Le Devoir
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- "Le numéro hebdomadaire 20 c.
- DIMANCHE 4 JANVIER 1880
- ANNÉE, TOME 4 — N° 69
- JOURNAL DES RÉFORMES SOCIALES
- BUREAU
- A GUISE (Aisne).
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant. Fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE par l’envoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- Pays d’Europe
- 10 f. »» Un an. . . . 11 f. »»
- 6 »» Autres pays
- 3 Un an . . . . 13 f. 60
- France
- Un an. .
- Six mois .
- Trois mois.
- Rédacteur en chef- : M. Ed. Champury
- ON S'ABONNE A PARIS 5,r.Neuve-des-Petits-Champi
- Passage des Deux-Pavillons)
- S’adresser à M. LEYMARIE, administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- La Misère. — Une question sociale.— Semaine politique. — Notes d’un liseur. — Egarements collectivistes. — Petites nouvelles. — Simple réflexion. — Le spiritisme et la science.— Les cléricaux etla question sociale. L’Irlande. — Le canal inter-océanique. — Variétés.
- LA MISÈRE
- PALLIER N’EST PAS GUÉRIR.
- Le bien naît parfois du mal. Souvent les grands mouvements de l’opinion sont enfant-és par les grandes souffrances. Tant que le mal n’est pas d’une intensité incontestable, tant que les dangers ou les inconvénients d’un état de choses ne sautent pas aux yeux, la grande masse du public oublie le mal et ne croit pas à ses inconvénients ou à ses dangers.
- Ce qui se passe aujourd’hui en est une preuve de plus. Chaque année l’hiver ramène des souffrances innombrables et cependant le public ne s’émeut pas chaque hiver. Cette année-ci, par le fait de la précocité et de l’extrême rigueur de la saison, les maux se sont révélés si multiples, si intenses, si douloureux, qu’une compassion profonde s’est emparée du public.
- L’initiative privée a donné l’exemple — exemple magnifique — et les communes et l’état,
- emportés dans le mouvement, ont voté pour subvenir aux besoins les plus pressants des sommes d’une réelle importance.
- Ce mouvement est fort beau et depuis la terrible crise, qui succéda à la guerre franco-allemande rien de pareil ne s’était vu. Les plus obstinés douteurs sont forcés de reconnaître que les sentiments de commisération des classes aisées envers les classes nécessiteuses n’ont rien perdu de leur vigueur et qu’ils n’attendent que l’occasion de se produire.
- Non, les hommes ne sont pas si mauvais qu’on le prétend. Si leurs bons sentiments ne se manifestent pas avec assez de constance, cela tient autant au milieu dans lequels ils vivent qu’à leur personnalité. Les personnes aisées ne se rendent pas un juste compte des souffrances des nécessiteux, et cela par trois raisons différentes.
- La première est la distance qui sépare les quartiers riches des quartiers pauvres. Chaque groupe social vît dans un milieu qui lui est propre. L’habitant des Champs-Élysées ne sait rien de ce qui se passe à Charonne ou à Billancourt. Il n’a jamais eu sous les yeux l’aspect repoussant de la pauvreté. Il s’habitue ainsi à croire le mal moindre que l’on ne dit.
- La deuxième raison de cette erreur des classes riches vient de la forme sous laquelle sont présentées les revendications ouvrières. Trop souvent, pour ne pas dire presque toujours, quand les ouvriers font entendre leurs plaintes,
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- ils Le font avec une acrimonie, avec une acer-bité qu’expliquent parfaitement les souffrances qu’ils endurent, mais qui, malgré cela, dessert empiète ment les intérêts qull faudrait servir. Il en résulte que ces réclamations véhémentes, qui, jau fond sont inspirées par la justice, maïs qui, dans la forme; semblent dictées par la haine et par l’envie, sont considérées, non pas comme un tableau, de la vérité, mais comme des manifestations de basses passions.
- Enfin et surtout les classes aisées se méprennent sur Tétât réel des classes nécessiteuses parce que les premières se font en pensant aux secondes une fausse idée dos rapports de la .misère et de là démoralisation.
- Les romanciers dont les œuvres sont en vogue prennent à tache de dépeindre la population des faubourgs sous les plus fausses couleurs* Ils imaginent quelques types dégradés et les présentent comme des personnifications de la classe laborieuse. Ces procédés de charlatans qui veulent écouler une marchandise interlope sont tout simplement une infâmie. La classe ouvrière n’est pas plus démoralisée que les autres. La pauvreté met les vices plus en évidence, elle offre moins de ressources que la richesse pour les cacher, mais malgré les apparences il n’y a pas plus d’abaissement moral ,iJ'ags la classe ouvrière que. dans les autres ; ^peut-être même y en a-t-il moins, chez elle que clans lp grand monde, et pourtant elle a ce que •n’a pas celui-ci : l’excuse de n’avoir pas reçu que instruction suffisante, de n’ayoir pas joui déun© Tonne éducation, d’être, sans possibilité’ 4e se procurer des plaisirs intellectuels et sans espérance d’échapper un jour à cette vie de fatigue et de pauvreté.
- .Quoi d’étopnant que dans des conditions pareilles, bon nombre de ces malheureux recherchant le seul plaisir qui leur soit accessible, Ja camaraderie du cabaret ou tombent dans le dépouragemont et laissent les jours se succéder sans souci du lendemain*
- Certes M* do Girardin a raison de dire que Pimpràyoyançe des Tommes fait la part de l’impré^a dans le monde' beaucoup plus grande qu’elle n§ devrait être, mais il oublie d’ajouter que cette imprévoyance des hommes vient delà quasi-in^ossibihtéroùcdls sa Tç^iwenÉ de pou-
- voir être prévoyants. Allez demander à celui qui n’a pas de quoi nourrir sa femme et ses enfants, allez lui demander d’épargner pour l’avenir.
- Il semble que les personnes riches aient à certains moments comme une intuition de ces vérités. Vienne une calamité publique, une inondation, un hiver d’une exceptionnelle rigueur et les préjugés, les défiances nourries à l’égard des personnes pauvres s’évanouissent d’elles-mêmes; on voit les bourses s’ouvrir spontanément et de fortes sommes en sortir pour aller porter secours à ceux qui ont besoin.
- Malheureusement ces actes de bienfaisance manquent d’une sage direction. Ils viennent de bons sentiments, mais ils ne donnent pas toujours de bons effets.
- C’est qu’il ne suffit pas de vouloir faire le bien, il faut encore savoir le faire. L’intention est quelque chose, mais elle a besoin de s’appuyer sur le sens pratique. On a le' désir de bien faire, mais on ne sait comment s’y prendre, et l’on se croit quitte de ses devoirs quand on a largement pratiqué l’aumône. On se trouve ainsi, perdre de vue un fait considérable ; c’est que les maux ne sont pas momentanés, mais constants. La misère ne s’empare pas de l’humanité par crises, elle est une lèpre qui la ronge sans arrêt.
- Aujourd’huiTopinion publique est profondément remuée par le ; spectacle des rigueurs inouïes de l’hiver. Les neiges et les cristaux de glace sont là pour parler aux yeux. Mais laissez passer quelques mois, attendez qu’avril ait fait des éclaircies bleues dans le ciel couvert et que mai, souriant comme toujours, ait répandu ses fleurs sur les champs et dans les vergers, et vous verrez le public reprendre sa vie accoutumée et retourner à ses plaisirs comme si l’hiver actuel n’avait jamais existé. Est-ce à dire que la misère aura disparu ou même qu’elle aura diminuée d’une manière durable ? Pa§ le moins du monde. Même après le radoucissement de la température, même après le retour du ciel bleu et la refloraison des prairies, l^s misères engendrées par l’hiver continueront, sans compter celles bien autrement considéra"
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- blés qui tiennent à des causes plus profondes et j plus ôonstantes.
- Le malheur c’est que l’opinion publique à soif j cle changement, elle ne peut se nourrir longtemps des mêmes sujets ; il lui faut à tout prix des aliments nouveaux. Les élans de la charité, j quelque grands qu’ils soient àun moment donné, ne tardent pas à s’éteindre. L’émotion s’é- : mousse vite et si elle se répète fréquemment, j elle se blase.
- Aussi n’est-ce pas à la pratique de la charité., mais à une plus stricte observation des principes de la justice qu’il faut demander le .remède à la misère.
- Ceci demande un mot d’explication.
- Si par charité on entend ce sentiment élevé qui nous porte à faire ou à désirer le bien d’autrui, cette vertu que Jésus-Christ a prêchée et pratiquée durant son ministère et que S. Paul a proclamée supérieure à toutes les vertus, oh | alors, nous n avons qu’à nous découvrir devant ce sentiment.
- Mais ce n’est pas ici le cas de nous payer de mots. Nous vivons au XIX0 siècle,* c’est-à-dire à : une époque où ce sentiment élevé a cédé le pas ' à la pratique de l’aumône. La charité aujour-d hui consiste moins a se dévouer qu’à s’imposer un sacrifice matériel. On se croit quitte en donnant de 1 argent. Ces dons, quelque soit leur importance, constituent des aumônes et rièn dé plus, or l’aumône est un instrument de démo- : ralisation. i
- Celui qui fait l’aumône considère son acte comme un acte de bon plaisir. Il donne, rhais tout en- Se disant qu’il aurait te droit dè né pàs donner.
- Celui qui reçoit l’aumône est imbu du même préjugé. H se dit qfu’tl n’a aucun droit à obtenir des secours et que ceux qu’il obtient ainsi sont 1 effet du bén plaisir-.
- f ^ r®sulte de cette appréciation fausse que-1 aumône invite à l’ostentation celui qui la donne et pousse à la dépravation celui qui la reçoit. En .effet si celui-ci conserve le sentiment de sa dignité l’aumône T’humilie; s’il n’est plus accessible a ce sentiment elle le déprave ;‘/jians les deux cas, elle l’habitue à attendre, elle l’incite
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- parfois à demander, elle familiarise avec l’idée que la pauvreté est une déchéance incurable.
- L’aumône est donc un fléau, et, comme telle', plus fréquente est sa pratique; plus grands sont ses ravages. N’est-il pas douloureux de voir que l’état social actuel est tellement à l’antipode de ce qu il devrait être que le seul moyen de porter un soulagement immédiat aux malheifrs de 1 hiver est d’employer cette fois enèorecë palliatif démoralisateur, l’aumône.
- Si encore nous avions la consolation de notlh dire que ce sera la dernière fois que l’On ÿ recourra ! que le terrible enseignement d'ohiië l’hiver sera entendu ! que les souffrances éi vives de tant de malheureux auront eu au moitié cette compensation d’avoir fait réfléchir nos gouvernants et de leur avoir fait comprendre qu’il ne s’agit pas d’améliorer ou de développer les institutions de bienfaisance, mais d’orgà-niser la société de telle sorte que les maux que ces institutions cherchent à pallier soient sup-pi imés totalement. Le moyen de guérir là rage, a dit Proudhon, n’est pas de faire mordre tout le monde.
- Certes, s’il s’agissait d’amener la société â être ce qu’elle devrait être c’est par de nombreuses reformes dans toutes les branches de 1 activité sociale que l’on y parviendrait.
- Il faudrait distribuer à chacun une instruction suffisante, dût-on pour cela adjoindre à 1 usage des enfants nécessiteux un réfectoire à chaque école ; il faudrait faire peser sur le revenu les impôts qui pèsent aujourd’hui sur le trâvaiï et sur les denrées de consommation ; il fàudrait remédier au renchérissement de toutes chosès par la suppression des intermédiaires inutiles et par la multiplication des moyens de transport rapide à bon marché; il faudrait rendre à des emplois productifs les, çapitaux énormes qui s’engouffrent chaque année dans ïes dépenses de la guerre ou de la paix armée; il faudrait offrir à la classe ouvrière des habitations supérieures à celles dans lesquelles on les confiné; il faudrait lui âccôrdér largement fa liberté d’association qui leùr permettrait dé sê concerter pour raméliûratiôn fie son sort; il faudrait enfin reconnaître et mettre en pratique ces deux grands actes de justice :
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- l'association du capital et du travail avec répartition des bénéfices proportionnellement à l’importance des concours,
- l’organisation d’un système d’assurance universelle.
- Il est certain d’une part que des réformes aussi nombreuses et aussi variées ne peuvent être réalisées en un jour : plusieurs d’entre elles demandent une longue élaboration.
- Mais d’autre part il est non moins certain que les maux auquels il faut remédier sont des maux immédiats; on ne peut en ajourner indéfiniment les remèdes ; ne pouvant tout faire il faut commencer par le plus facilement réalisable.
- A ce titre là nous estimons que c’est l’organisation de l’assurance mutuelle universelle qui pourrait être mis en pratique le plus promptement.
- Et que l’on ne vienne pas dire qu’il s’agit là d’une utopie irréalisable. L’assurance contre les atteintes de la maladie, de la vieillesse et du chômage pourra être réalisée quand on le von-dra. Elle fonctionne déjà depuis longtemps au Familistère de Guise. Elle a fait ses preuves. Elle a été reconnue praticable. Il est donc possible de l’étendre à la société tout entière.
- M. Godin dans un ouvrage d’une grande portée qu’il prépare au sujet des statuts définitifs de l’Association de Guise et qu’il ne tardera pas à publier, rappelle que cette organisation comptedans ses ateliers 30 années d’expérience.
- « Ce spécimen d’organisation d’assurance mutuelle, dit-il, établit que les 4 0/0 du montant des salaires et émoluments suffiraient à l’organisation des garanties réclamées par la loi de fraternité.
- « Ces 4 0/0 seraient imputer sur la production générale pour constituer dans l’établissement industriel, la commune et l’état, au profit de chacun des citoyens, l’assurance contre les ^besoins de la vie.
- « Dès que la mesure serait générale les mêmes charges pèseraient sur les produits similaires, l’équilibre serait maintenu sur la production, et une réserve Raciale de nature à faire face à tous les besoins serait constituée. »
- Ce mode d’assurance mutuelle expérimenté
- par M. Godin peut être universalisé. Ce qui est réalisé pour 1,200 personnes peut-être réalisé par toute une commune et par toutes les communes.
- « C’est, reprend M. Godin, par la contribution directe de chacun, en proportion des ressources qu’il lève de son travail et par le concours de l’état en cas d’insuffisance que le fonds d’assurance se soutient.
- « Il ne faut pas examiner bien longtemps l’état actuel de l’organisation de la commune pour voir à quel degré d’insuffisance se trouve la bienfaisance publique.
- « Il est humiliant pour la civilisation de voir à quel abandon sont livrées les classes pauvres au sein des campagnes et même des villes.
- Nous aurons à revenir sur le fonctionnement pratique de l’assurance mutuelle universelle. Qu’il nous suffise aujourd’hui de rappeler que son organisation porterait un remède actif et définitif à tous les maux que l’aumône cherche vainement à pallier. Elle a de plus sur l’aumône cette grande supériorité de n’avoir rien de démoralisant. Enfin elle est la mise en pratique d’un droit, de ce droit à l’existence auquel tous, depuis le plus riche jusqu’au pauvre, nous avons de par la nature un titre égal.
- La nature a mis au service du genre humain tout entier un patrimoine commun. Chacun de nous a droit à sa quote-part de ce patrimoine. La société du passé a permis que les forts dépouillent les faibles de cette quote-part, il appartient à la société du présent de réparer cette injustice et d’assurer au plus faible l’équivalent de la part dont il se trouve frustré. Il n’y a pas besoin pour cela de tout bouleverser comme peuvent le rêver quelques-uns, il suffit d’universaliser une institution qui a déjà fait ses preuves partielles, celle del’assurancemutuelle.
- Ed. Champury.
- Notre ami, M. Ch. Lemonnier, Président de la Ligue de la Paix et de la Liberté publie sur le même sujet, dans les Etats-Unis d’Europe, les réflexions suivantes :
- UNE QUESTION SOCIALE
- La rigueur de la saison ramène la pensée de la grande question de l’assistance publique. II est bon, il est à propos, il est indispensable que ceux qui
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- mangent à leur faim, qui s’abritent et qui se chauf-sent sachent le peu qui se fait, c’est-à-dire qu’ils font, pour des misérables qui n’ont ni feu, ni lieu, ni croûte à mettre sous la dent.
- Nous croyons que Paris est une des villes du inonde où l’assistance publique est le mieux orga-nisée et dotée le plus richement : or voici des faits et des chiffres empruntés à un journal qui n’est point suspect de socialisme, le Temps ; chiffres officiels au surplus.
- Du 1er octobre au 30 septembse 1879, les hôpitaux encombrés ont dû refuser 104,276 malades. Cependant, entre les lits réglementaires on ajoute des brancards dont la moyenne s’est maintenue l’hiver dernier à 600 au minimum.
- De même dans les hospices : du 1er octobre dernier, 1 284 candidats étaient inscrits comme admissibles avec une mention « très urgent » ; et il était matériellement impossible de les recevoir. Que sont-ils devenus
- Même insuffisance dans les secours àdomicile. Six arrondissements à Paris n’ont même point 10 fr. par an et par tête pour secourir leurs indigents. L’un de ces arrondissements, le deuxième, ne dispose que de 4 fr 74 c. par tête.
- Et les infirmes et les vieillards ? Voici le tableau des allocations mensuelles qu’ils reçoivent : 400 vieillards de 84 ans et au-dessus reçoivent 12 fr. par tête ; 650 de 81 à 84 ans reçoivent 1Ô fr.; 700 de 79 à 81 ans, 8 fr.; 6,634.de 69 à 79 ans reçoivent 5 fr. par mois soit par jour dix-sept centimes.
- Nous prenons Paris pour exemple parce que nous avons sous la main sa situation officielle, mais nous ne croyons pas que la situation de Londres, de Berlin, de Vienne, de Rome, ni d’aucune des grandes villes d’Europe soit meilleure, et cela posé nous faisons trois questions.
- Osera-t-on dire qu’une société dans laquelle on voit tant de misère en regard d’un luxe dont il serait aisé d’opposer le tableau scandaleux soit une société, nous ne disons point parfaite mais dont il soit juste, et, qui plus est, dont il soit possible de se contenter ?
- S’il est vrai que tout homme et toute femme qui travaille produit une valeur supérieure à celle que détruit sa consommation, n’est-il pas évident que cette misère effroyable pourrait disparaître par une meilleure organisation, par une plus grande généralisation du travail, par une plus juste répartition des produits ?
- N’est-il point vrai que la seule assistance publique ne remédiera jamais à la misère, parce que la misère ne peut disparaître que par l’effort constant du travail, et que le travail l’arrêterait là où cesserait pour chaque individu la nécessité de.travailier, et ia perspective de jouir du fruit de son travail.
- Si à ces trois questions on répond aveé nous par l’affirmative, on a du même coup répondu implicitement qu’il y a une question sociale, que cette question est soluble, et qu’il nous est commandé à tous et à chacun d’en préparer la solution pacifique par la simple application de la raison, de la justice et de la fraternité.
- Courons donc au plus pressé : faisons et recevons une aumône qui est une dette, et que la dure leçon que nous applique à tous tant que nous sommes, à ceux qui donnent et à ceux qui reçoivent, la rigueur fie ce crue) hiver ne soit perdue pour personne.
- LA SEMAINE POLITIQUE
- Le nouveau ministère. — En dépit des intrigues dont nous avons parlé et sur lesquelles il est superflu de revenir, la crise ministérielle a reçu une solution plus satisfaisante qu’il n’était permis de l’espérer. La logique de la situation a été plus forte que les spéculations des intrigants. Après bien des pourparlers, M. de Freycinet a été laissé à peu près libre de constituer un Cabinet dont il a pris les éléments dans la gauche républicaine et dans la fraction la plus opportuniste de l’Union républicaine. Les membres du Cabinet défunt qui appartenaient au Centre gauche n’ont pas été conservés. M. Waddingtonet M. Léon Say, liés, paraît-il, par un pacte mutuel ont refusé, dit-on, d’entrer dans la nouvelle combinaison; nous aimons à croire que c’est, au contraire, M. de Freycinet qui aura compris que la présence de membres de l’ancien centre droit de l’Assemblée nationale, dans le Cabinet qu’il avait mission de former, serait un germe de désagrégation et de mort pour ce Cabinet. MM. Tirard, Ferry, Lepère, Cochery et Jauréguiberry, ont seuls conservé leurs anciens portefeuilles. Le maintien des quatre premiers n'a rien que de rationnel; mais celui de l’amiral Jauréguiberry à la marine, après 1 incident Gent,a lieu de surprendre. M. de Freycinet a pris avec la présidence du Conseil, le département des affaires étrangères. MM. Cazot et Magnin, sénateurs inamovibles ont reçu les sceaux et le portefeuille des finances; M. Yarroy, sénateur de Meurthe-et-Moselle; a été appelé aux travaux publics et le général Farre, qui ne fait point partie du Parlement, mais dont le républicanisme est connu a recueilli la succession du général Gresley.
- On le voit, par son classement politique ce ministère diffère sensiblement du précédent : les trois nouveaux titulaires appartiennent à la gauche pure et à l’Union républicaine, M. de Freycinet a jugé plus habile de se retourner vers le sénat pour y choisir des éléments en rapport avec son programme, que de renoncer à celui-ci pour chercher à refaire un pastiche de l’ancien cabinet avec les rares éléments que la chambre laissait à sa disposition. L’avenir nous dira si cette habileté aura été féconde en résultats. Quant aux chances de durée de ce cabinet auquel la presse a fait bon accueil, elles dépendent de deux choses : d’abord, du programme qu’il exposera aux Chambres, à l’ouverture de la session de 1880; ensuite et surtout de ses premiers actes, qui seront une sorte de programme en action, plus significatif que les programmes développés à la tribune. Et comme nous attachonsbea ucoup plus de prix aux actes qu’aux paroles et aux personnes, nous attendrons les actes pour juger le ministère Freycinet.
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- Lest Hous-seerétaires d’Etat. — Le lendemain de la publication des décrets nommant les membres du nouveau cabinet, la constitution ministérielle a franchi sa seconde étape *. les sous-secrétaires d’état ont été nommés. Yoici leurs noms : M. Constans, à l’intérieur, M. Martin-Feuillée, à la justice ; M. Sadi-Garnot, aux travaux publics ; M. Girerd, au commerce ; M. Turque!, aux beaux-arts; M. Wilson, aux finances. Dans cette liste il n’y a que deux noms nouveaux, ceux de MM. Constans et Wilson. M. Martin-Feuillée passe simplement de l’intérieur à la justice, les autres conservent leur ancienne situation.
- Nous faisions observer plus haut que c’était dans le sénat que M. de Freycinet avait recruté ses nouveaux collègues du ministère ; on peut remarquer que c’est au contraire la chambre qui lui a fourni exclusivement ses coadjuteurs. Il faut noter aussi que le choix des sous-secrétaires a été dicté par la même pensée qui a présidé à la formation du cabinet : le déplacement du point de gravité ministérielle vers la gauche pure MM. Wilson et Constans, en effet, appartiennent tous deux à la gau-
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- che républicaine. Aie si constitué le ministère est incontestablement homogène : ministres sènatéurs et sous-secrétaires députés appartiennent tous à la même école, ou très peu s’en faut. La dernière étape qui reste à faire, la rédaction du programme et sa mise en œuvre semble donc devôir ê^re aisément traversée.
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- Premier acte d’opposition. — Le premier actè ffioppoàitiofi à l’4gard rfu'm'ini'stère.nous vient d’un m'émb'ré du centré gauche, qui a l’honneur d’occuper une; des plus hautes fonctions de la Répqhliqup. M. de, Saïnt-Vallief, ambassadeur de Fraude en Allemagne, a’ fai't annoncer ex abnqilo qu’il donnait sa.démission. C’est, là dné manifestation d’aétant plus: regrettable qu’on dît qtye Mr de Saint Vallier a cherché a provoquer les, démissions de ses collègues, pou'i ie cas ou M. Wadding-tôn quitterait, le ministère. Cette démission est iqeÂplir cafele’de là'part d’un personnage qui s’eàt dit. à satiété deveüü sincèrement républicain ; ce n’est pas, en effet, le"denfre gauche c’est la'République française qupAL de Saint-Vallier représente à Berlin. Il a eu tort de l’ou-irner"; l’opinion s’eü souviendra pour, lui en temps opportun.
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- La situation en Espagne, — Les cortès d’Espagnê viennent de sé proroger au 10 janvier. Avant de se séparer, le sénat espagnol, a adopté le projet d’émancipation graduelle des esclaves de Cuba dans lés termes proposés par sa commission, c’est-à-dire avec des restrictions1 nombreuses et importantes au texte primitif présenté par le ministère Martinez Campos. Ce projet n’à féuni què 134 voix sur 360 membres dont se composé le sénat. Les généraux Martinez Campos, Jovellar, Conçha, de Balmaseda et les sénateurs dés Antilles.se sont'abstenus. La Chambre des députés aura à son tour à discuter ce projet de,loi lorsqu’elle reprendra ses séap-cfes. Jusqu’au 10 janvier donc, les vacances feront trêve à la crise politique ; mais les allures bàtaijUeuses du ministère, l'attitude des représentants créoles et la ferme résolution des minorités de conserver une attitude d’abstention, rendent peu probable l’apaisement.
- Les dépêches annoncent qu’un attentat a été dirigé contre don Alphonse et sa femme.' Deux coups de pistolet ont été tirés sur eux. Voilà un attentat qui vient bien à propos pour consolider le trônechaneelaiit du fils d’Isabelle ; mais n’en démontrera-t-ilpas plutôt la fragilité:? ’
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- La tvipl-c alliance. On insiste de divers côtés sur les résultats de la visite du comte Schouvaloff à Yar-zin. Constatons, d’abord, que le czar comble le comte de prévenances depuis son arrivée à Saint-Pétersbourg, et lui réserve la succession bien difficile du général Dren-teln, chef de la police. Le comte Schouvaloff aurait le Utre.de ministre de la police. Nous sommes donc en dcoit< de penser que le comte n’a agi àVarzin que d’après les,ordres de son souverain, Le bruit courait, il y quelques jours, comme nous Pavons indiqué, que le. comte Schouvaloff a,vait jeté à Varzin le bases d’une nouvelle triple, alliance. On confirme ce bruit aujourd’hui. Toutes les questions qui séparent ou avaient Pair de séparer PAllemagne, l’Autriche.et la Russie auraient été régléesàla satisfaction commune.. La première phase de l’allian,çe a valu à la, Russie la Bessarabie et une partie de l’Asie-Mineure: la seconde vaudra sans doute à l’Autriche la possessions de Salonique; mais que demande, l’Allemagne en échange? L’avenir, et peut-être un avenir prochain nous 1,'apprendra. En tout cas, nous connaissons trop M, de Bismarck pour penser qu’il a travaillé!pour rien.
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- 3Le çzar et ï.e. czavewttl!, — La Gazelle natio-'iyalQi (jfe Berlin se, fait l’éçho d’un bruit tout, su moins singuljier., Le, czar. aurait proposéauçzarewifch <Je,p^e%-dré la direction des affaire's étràngères, dans le but de
- l maintenir des relations amicales, avec l’Allem,agne, On j assure que le czarewitch a reppusèé la proposition, et. nous le croyons sans peine. Cette nouvelle va donner Une: j certaine recrudescence aux bruits qui ont couru relatf-
- Ivement à l’abdication du czar. On prétend que tous les membres de la famille impériale vont se réunir- à Saint--Pétersbourg pour discuter cette grave question.
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- Les chemins cle fer roumains, — D’après - la Correspondance poliéiqîte, de Vienne, l.e differènà rentre l’Allemagne ei la Roumanie, à pr.opos des chemins j de fer roumains, ne serait pas encore aplani, quoi qu’on | ait aunoncé iC contraire et pourrait amener une crise i ministérielle à Bucharest. Le même, journal officieux' j prévoit que l’Autriche-Hongrie prendra une attitude I comminatoire vis-à-vis de la Serbie si elle n’opUent, pas ] satisfaction, sur la question d(es chemins de fer serbes. Il ! existe, eu effet, à Vienne, un mécontentement qui n,e ; prend plus la peine de se déguiser contre, la petite prin-I cipauté, à* cause des lenteurs du gouvernement serbè à conclure un traité de commerce avec P Autriche-Hongrie : qui assurerait à ce dernier pays une prépondérance commerciale sur le bas Danube.
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- Les Anglais en Afghanistan. — S'il faut,, en croire les dépêches offjciplles, une nouvelle, fort i heureuse pour les Anglais, est arrivée à Londres. Le. général sir Frederick Roberts, qui était renfermé et . presque assiégé par les Afghans dans son camp de Cher- ' pour, a repoussé, le 23, une attaque de l'ennemi, et, reprenant l’offensive le lendemaiu, il, a: réoccupé Caboul!' et la citadelle de Bala-IIissar. De >uis, il aurait, pu, à la. suite d’un, nouveau combat heureux, opérer sa jonction i avec le.générai Gouph. Les Anglais sont donc de nou,-’ veau les maîtres de Caboul, et toutes les craintes que ,1’on pouvait avoir relativement à la, situation du cprp§
- ! d’occupation n’existent plus. Quelle l'inné de conduite va'
- - maintenant adopter le gouvernérüènf anglais vis-à-vis j de l’Afghanistan ? Le plus sage serait évidemment de se ; retirer. Le pays, est évidemment trop pauvre pour four-i nir un large débouché au commerce anglais. Au point f de vue politique, c’est-à-dire d’une agression, possible de la part, de la Russie, l’Angleterre a tout à gagner à ne j pas froisser, par: une. occupation définitive, les, senti-; ments d’indépendance dés Afghans,
- : Quant à une occupation définitive, elle sera rendue très difficile par la nature du pays et l’eàprit indépendant des populations. D’autre part, le budget n’est , guère en état de subvenir à une dépense aussi considérable et aussi improductive; et encore ne sera-t-on pas à l’abri de soulèvements semblables à celui auquel-nous assistons. Ma,ia, lord Beaconsfield-çoasentira-Uil à évacuer Caboul pour se renfermer dans les frontières, scientifiques q.ufi.l a lui-même tracées ? Un avenir prochain ‘ nous l’apprendra.
- L^lcetion présidentielle aux États-Unis. — C’est seulement le 4 mars 1881, à midi, que, M. Hayes, en ce moment président des Etats-Unis, aura,
- ; fini sps quatre années de pouvoir et qusil sortira de là’ •Maison-Blanche pour y laisser entrer un successeur, j L’élection présidentielle ne se fera pas avant le mois de’
- ; novembre 1880, et partout ailleurs qu’en Amérique, i[
- | serait un peu tôt pour acclamer un candidat à là plus , haute magistrature du pays. A vrai dire, on a l’habitude,
- ; aux Etats Unis, de préparer longtemps d’avance le choix du futur chef de l’exécutif. Les compatriotes du général. Gi;ant semblent pourtant déroger à certaines de leurs traditions en entourant d’hommages extraordinaires, un candidat probable, et ils sont, dit-on, à, la \;eille d’y déroger encore plus ouvertement en introduisant dans leurs mœurs politiques un principe qu’ils en Avaient jusqu’à présent écarté : celui dès secondes réélections présidentielles.
- Après avoir été à Philadelphie le héros de brillantes ovations, le vainqueur de Vicksburg et de Richmond
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- paraît décidément choisi par le parti républicain pour monter au fauteuil lorsque M. Hayes en descendra. Ce serait la première fois qu’un favori de la fortune aurait obtenu aux Etats-Unis les honneurs d’une troisième présidence.
- Le général Grant avait beaucoup perdu de sa popularité pendant sa seconde présidence, et on se demandera peut-être ce qu’il a fait depuis pour regagner si vite tant de terrain. C’est affaire aux électeurs de répondre à cette question,
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- L’Allemagne en Polynésie. — Nous avons annoncé la faillite de la maison Godefroy aux îles Samoa, et nous avons montré que cette faillite intéressait très-directement la politique coloniale de l’Allemagne. La Gazette de VAllemagne du Nord publie à ce sujet les renseignements suivants :
- « Bien des personnes ont déclaré désirer que les factoreries et les plantations de la maison. Godefroy aux îles Samoa et dans d’autres îles de l’Océan Pacifique ne fussent pas perdues pour le commerce allemand et que le gouvernement impérial fournit, en cas de besoin, des fonds pour prévenir une telle perte.
- « Ce désir est sur le point d’être exaucé, le gouvernement ayant déclaré qu’il était disposé à présenter un projet de loi au Parlement, afin d’obtenir un crédit pour soutenir l’entreprise en garantissant subsidiairement les dividendes aux actionnaires, et la réalisation d’un projet conçu par les principaux financiers et tendant à créer une” nouvelle Compagnie allemande va commencer par l’acquisition des factoreries de la maison Godefroy. «
- On voit que l’Allemagne poursuit avec persévérance son projet de se créer des ports coloniaux et maritimes importants. C'est unffait dont il importe de prendre note.
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- Iba guerre cLn Pecilique, — Les nouvelles les plus contradictoires nous arrivent des régions lointaines1 de l’Amérique du Sud. Les succès remportés par l'une ou l’autre d'es deux parties adverses deviennent toujours l’objet de contestations très-vives, et, dans l’état d’incertitude où nous laisse l’absence de tout contrôle, il est assez difficile d’établir une balance à peu près exacte entre le doit et l’avoir des deux adversaires.
- Toutefois, l’occupation d’Iquique, la bataille de Dolo-rès et celle de Tapaca, et, à la suite de ces faits d’armes, la prise de possession parles Chiliens de tout le sud delà province péruvienne de Moquegna, semblent donner raison aux dépêches émanées du gouvernement duChili. La Légation chilienne annonce le'départ du président du Pérou, le général Prado, pour l’Europe, et la dictature de M. Piérola. »
- Cette information était à peine parvenue que le chargé d’affaires du Pérou la démentait de la façon la plus formelle Ce ne sont là, affirme-t-il, qne des” bruits erronés. L’ordre le plus parfait règne à Lima et aucun changement de gouvernement 'n’a en lieu Gela nous, paraît douteux.
- NOTES D’UN LISEUR,
- XIII
- Voilà u.ne saine doctrine : l’immortalité- et la responsabilité de tous les hommes au sein de l’humanité. En effet, tout ce que l’homme a* pu-faire de bien pendant sa vie* germera éternellement au sein de l’humanité : une intelligence agrandie par vous agrandira successivement' et éternellement, non-seuiement lies intelligences affiliées à celle-ci par la filiation des corps, mais encore toutes les intelli-
- gences qui auront été ou seront influencées et modifiées par les rayonnements de cette intelligence gé-nératrice, et aussi par les rayonnements de toutes, les intelligences filles de celle que vous avez illumi-? née vous-mêmes, de telle sorte que vous et toute la • filière des intelligences par vous illuminées formerez, éternellement au sein de l’humanité comme une constellation stellaire qui est votre création, qui. est. vous-même.
- Les mauvais germes déposés au sein de L’humanité y restent éternement actifs comme les bons germes, « et plus féconds, plus propagateurs que les bons : un, .j virus dégrade la race ; la scrofule, la phthisie la.dé-ciment ; et la propagande des préjugés, des erreurs,,-des mensonges, des illusions frappent, la grande majorité des hommes qui devrait être active-pour le progrès, d’une sorte de cécité et de stérilité sociale.
- Tout ce qui apparaît une fois à la vie y demeure , éternellement coopérateur et responsable.
- 11. Vallet,on„
- ÉGAREMENTS COLLECTIVISTES.
- Parmi'les systèmes proposés et débattus au Corn-' grès ouvrier de Marseille, il en est uni surtout? qui a été accueilli avec faveur et qui a été souvent mis^en -1 avant par certains groupes socialistes, IL consiste*à 1 supprimer l’intérêt et le loyer : les* débiteurs de car, pitau-x continueraient de servir les-intérêts, mais caseraient autant d’à-comptes sur le principal,;et-quand la somme.-des* Intérêts aurait atteint le .principal, la dette* serait éteinte. De même, les loyers-: payés au propriétaire] s’imputeraient sur la valeur do* Fimmeuble,- et quand la somme- des loyers aurait égalé cette valeur.,, le locataire prendrait la place du-, i propriétaire qui; se.trouverait ainsi évincé. C’est une, manière fort simple, d’arm verTa liquidation sociale.
- Il suffit d’un peu de réflexion pour comprendre la ausseté et la stérilité de ce système, *
- Remarquons d’abord, quant au* second^ point, qu’il ^ implique1 le maintien de la propriété individuelle, puisqu’il ne fiait queTa déplacer.
- Voyons quelles-en seraient lesmonséquences.
- Dès que le propriétaire saurait qu’illui est interdit ' die percevoir des loyers, il cesserait ù~& lbuer‘ ses --* immeubles-. Car on ne peut supposer qu’il se résigne* à'passer des contrats qui auraient pour1 conséquence de faire disparaître, en quelques années; son droit1 -dé propriété, Pour les biens ruraux-, if prendrait réparti de les*exploiter'lui‘-mê^nelou, dèsles faire-exploi- *1 ter par des gérants ou mandataires» Il en éprouverait
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- quelque gêne, des embarras ; mais il préférerait les supporter, plutôt que de travailler à sa propre spoliation. L’accès de la propriété n’en serait pas rendu plus facile à ceux qui en sont privés.
- Supposons encore que des propriétaires consentent à affermer dans des conditions aussi ruineuses. Qui veut-on faire profiter du droit de propriété qui s’établirait par l'accumulation, en quelques années, des fermages ? Ce serait le fermier, c’est-à-dire une sorte de bourgeois, muni déjà d’un capital agricole. On laisse de côté les ouvriers qui ont supporté tout le poids du travail, les charretiers, bergers, laboureurs, etc., qui sont les véritables producteurs. On ne change donc rien à la condition des déshérités actuels ; ils changeront de maîtres, et c’est tout. Est-ce la peine de bouleverser l’organisation sociale, de méconnaître les droits acquis, pour laisser la classe inférieure aussi mal partagée qu’auparavant ?
- Quant aux maisons, aussitôt qu’ellesne donneraient plus de produits, on cesserait d’en construire, car il faudrait être fou pour consacrer des capitaux à élever des édifices dont on ne pourrait pas tirer parti. Ceux qui en possèdent, seraient réduits à n’entretenir que l’appartement destiné à leur propre logement. On se demande alors où iraient se loger ceux qui n’ont pas le moyen de bâtir une maison. Seront-ils condamnés à coucher à la belle étoile ? Singulier moyen d’améliorer le sort de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre l
- Si cependant quelques propriétaires consentent à louer aux conditions du système proposé, les locataires, après le paiement d’un certain nombre d’an-, nées de loyer, deviendraient respectivement propriétaires, l’un d’un appartement, l’autre d'une chambre, celui-ci d’une boutique, celui-là d’un hangard ; la maison serait ainsi morcelée entre un grand nombre de propriétaires ; sans doute, il resterait en commun les entrées, cours, escaliers, lieux d’aisances, etc. Ce mode de jouissance n’est pas absolument impossible, et il existe encore dans quelques localités arriérées; mais il est horriblement incommode ; c’est une source continuelle d’embarras et 'de procès. On peut dire que ce serait unfprogrés à rebours.
- Quand une loi est oppressive, il arrive inévitablement qu’on cherche à l’éluder, et l’on y parvient presque toujours. C’est ce qui arriverait certainement, et c’est un état de choses extrêmement vicieux que celui où le Gouvernement est obligé de se livrer continuellement à des recherches vexatoires, d’exercer des poursuites innombrables pour découvrir et punir les infractions.
- Sans entrer dans le détail des moyens plus ou {noms adroits auxquels auraient recours beaucoup de
- propriétaires pour éviter la spoliation, il suffit d’indiquer un procédé ostensible, qui consisterait à surélever les loyers, de manière qu’au bout d’un temps donné, vingt ans par exemple, la somme des loyers équivaudrait au double de la valeur de l’immeuble ; de sorte que le propriétaire, obligé de délaisser l’immeuble, serait dédommagé par le nouveau capital qu’il aurait ainsi accumule. Le désir bien naturel qu’auraient les propriétaires de ne pas se laisser ruiner, amènerait ainsi l’élévation du cours des loyers. Les non-propriétaires ne pourraient plus se loger qu’avec une peine énorme et maudiraient une réformes qui,” en définitive, serait nuisible à leurs intérêts.
- En viendrait-on, pour éviter ces inconvénients, à taxer les loyers ? Ce serait entrer dans la voie la plus funeste. Quand l’État veut intervenir dans les transactions particulières, il est entraîné à commettre une infinité d’injustices, il sacrifie la liberté, il n’obtient que des résultals illusoires, au prix d’une foule de tracasseries, il arrête l’essor de la production, sans secourir efficacement le consommateur. La loi du maximum, en 93, a laissé de trop tristes souvenirs, pour qu’on puisse songer à renouveler une telle entreprise.
- Les valeurs locatives dépendent d’une multitude de circonstances que chacun apprécie suivant ses convenances et qui échappent à toute tarification.
- Arrivons à l’intérêt de l’argent. Décréter que les intérêts s’imputeront sur le principal, c’est, en réalité, supprimer l’intérêt. Dès lors, personne ne prêtera plus Pourquoi le capitaliste consentirait-il à se dessaisir de ses fonds, quand il n’en tirera plus aucun bénéfice et s’exposera-t-il aux risques de perdre le principal? Car cette mauvaise chance existe toujours, même avec les plus solides garanties. Ou tout au moins le porteur peut être obligé, pour recouvrer sa créance, de subir des retards, des difficultés, des procès. Il préférera, ou garder ses fonds inactifs, en attendant l’occasion d’une bonne acquisition, ou les déposer sans intérêts à la Banque, ou devenir actionnaire de quelque entreprise. Celui qui sera victime, ce sera le négociant, l’industriel, qui a besoin, pour faire marcher ses affaires, de capitaux, à défaut desquels il ne pourra que végéter. L’intérêt général en souffrira; la production n’étant plus alimentée, sera languissante ; le3 travailleurs seront sans emploi ; la classe inférieure, bien loin d’être soulagée, n’éprouvera qu’une aggravation de misère.
- Voilà où conduiraient ces rêveries chimériques. Il est regrettable qu’elles aient eu quelque crédit dans les assemblées d’ouvriers, et qu’il ne se soit pas trouvé des personnes raisonnables pour en faire jus-
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- tice. Que les ouvriers sachent qu’on ne peut rien fonder par la violence ni par la spoliation, que loin de maudire le capital, on doit le considérer comme une force essentielle,dont il faut se servir comme facteur de la production. Ce qu’on doit chercher, ce sont des combinaisons qui, sans porter atteinte aux droits acquis, associent le capital, le travail et le talent, de manière que leur réunion contribuent au bien de tous.
- (Finance nouvelle). A.-S . Morin.
- PETITES NOUVELLES.
- France
- D’une statistique relative à l’instruction primaire en 1879, dressée d’après les rapports présentés par l’inspection académique aux conseils généraux, il résulte qu’au mois d’août 1879 le total des écoles publiques était de 60,265 ; celui des écoles libres, de 12,846 ; soit, en tout, 73,110 écoles.
- *
- * *
- Nous avons parlé de la sépulture de Fourier au sujet d’une lettre de M. Considérant, lettre dans laquelle celui-ci déclarait ne plus avoir de documents au sujet de cette sépulture pour laquelle il croyait avoirdemandé une concession perpétuelle.
- Nous avons eu l’idée de chercher des renseignements à ce sujet dans la collection du journal La Phalange Voici ce que nous avons trouvé dans le 2e n° d’octobre 1837 (n° extraordinaire consacré uniquement à la mort de Fourier) page 1083 :
- a Nous avons résolu de couvrir le lieu de la sépulture avec une simple pierre, sur laquelle on lira l’inscription suivante :
- ICI SONT DÉPOSÉS LES RESTES DE CHARLES FOURIER LA SÉRIE DISTRIBUE LES HARMONIES.
- LES ATTRACTIONS SONT PROPORTIONNELLES AUX DESTINÉES.
- « Le corps demeurera sous cette pierre jusqu’au me-* ment où les moyens de la Réalisation sociétaire étant « rassemblés nous pourrons fonder en sûreié le premier « élément d’Harmonie sur un sol protégé par sa pré-« sence. Sur cette terre consacrée, dévoués sur le sépul-« cre du Rédemteur, nous accomplirons son œuvre. »
- Le Conseil municipal de Paris a voté 300,000 francs pour l'établissement de fourneaux destinés à la confection d’aliments chauds dans les asiles et les écoles primaires.
- * *
- On doit à Mme Duvergier de Ilauranne une histoire populaire de la Révolution française où le système papal et les papes eux-mêmes sê trouvent, dans certains pas-sages, assez rudement, c’est-à-dire justement, malmenés. M. de Larcy, sénateur du Gard, ayant dénoncé l’autre jour cet ouvrage à la tribune du Sénat dans l’affaire des congréganistes d’Alais, et l'Univers ayant repris l’attaque sur nouveaux frais, en accusant l’auteur d’avoir travesti 1 histoire, Mme Duvergier de Hauranne (aujourd’hui Mmo Graux) vient de répondre en portant a l'Univers un défi que celui-ci se gardera bien de relever. Voici le principal passage de cette lettre :
- Je vous mets au défi de prouver qu’un des faits, un
- seul, que j’ai cités dans mon livre, ne soit rigoureusement exact.
- J’ajouterai qu’avec un peu de sincérité, vous auriez reconnu que, loin d’exciter à la haine de la religion chrétienne, j’exprimais le regret que l’Eglise catholique, rompant avec les sublimes doctrines de l’Evangile, les eût remplacées par des cérémonies plus voisines de l’idolâtrie païenne que du vrai christianisme.
- Ce que j’ai écrit de l’Eglise catholique au quinzième sième peut s’appliquer, à quelques différences près, — pure affaire de civilisation, — à l’Eglise catholique du dix neuvième siècle.
- Si l’on ne trafique plus des indulgences, on fait des banques catholiques, et l’on sait faire recette avec les scandaleuses comédies de Lourdes et de Paray-le-Monial.
- Dites-moi, je vous prie, monsieur, ce que tout cela a de com nun avec la doctrine de Jésus-Christ.
- Je crois vraiment, Dieu me pardonne, que si le Christ revenait en pays catholique, vous lui feriez son procès tout comme à un Savonarole ou à un Martin Luther.
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- * *
- Départeme ut s
- L’inauguration des nouveaux bâtiments de la Faculté de médecine et l’installation des services anatomiques dans les Locaux qui leur sont destinés ont eu lieu à Lyon.
- Le conseil municipal de Lyon a élevé en trois ans ce monument remarquable dont les plans ont fait l’admiration du monde entier à l’Exposition universelle de 1878 et qui ont reçu la plus haute récompense dont le gouvernement pût disposer. A cet égard Lyon est au-dessus de Paris lui-même.
- M de Lortet, de la Faculté de médecine, parlant à cette cérémonie du budget général de l’instruction publique, a cité comme un trait de parcimonie exagérée la somme de 120,000 francs inscrite pour les bibliothèques de toutes les Facultés de France, ce qui donne à peine 1,200 francs par au pour chacune.
- Ce n’est donc point encore le moment de nous déclarer satisfaits, a-t-il ajouté,car nous sommes loin,sous certains rapports, de pouvoir entrer en ligne avec les peuples voisins. Ainsi, les Facultés réunies de notre pays ne possèdent que 136,000 volumes, encore quelques milliers de moins que ceux qui constituent la bibliothèque delà seule petite université de Gœttingen, et la somme de quatre millions que la France alloue aujourd’hui annuellement pour toutes ses Facultés n’est que le quart de ce que la Prusse dépense chaque année, et cela depuis vingt ans, pour les universités de ses 28 millions d’habitants.
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- * *
- Belgique.
- Le parti socialiste belge prend l’initiative d’un vaste mouvement en faveur du suffrage universel.
- Toutes les sociétés ouvrières et bourgeoises sont appelées à participer à ce mouvement.
- La propagande, dit la Voix de l'ouvrier, a déjà commencé dans le pays flamand et dans le Borinage. A Bruxelles un premier meeting a déjà été tenu, dans lequel ont été prises les résolutions suivantes :
- « Considèrent que si la constitution Belge, dérogeant aux grands principes qu’elle proclame elle même : « Tous les Belges sont égaux devant la loi ; tous les pouvoirs émanent de la nation, » a exigé comme condition du droit de vote le paiement d’un certain cens, c’est là une disposition qui n’a rien d’immuable et peut être supprimée ;
- » Considérant que cette suppression aurait pour résultat : d étendre à tous un droit qui, eu réalité, doit appartenir à tous: — de faire l’éducation politique du peuple ; — de rendre presque impossibles les fraudes et la corruption électorales ; — de donner aux Chambres une composition reflétant plus exactement les opinions du pays tout entier ; — et enfin, de fournir aux classes ouvrières, dans les graves circonstartces d’aujourd’hui, un
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- moyen légal de revendiquer des droits et de les obtenii:
- » Considérant que toutes les objections faites au suffrage universel ne, supportent pas l’examen ;
- * L’assemblée,
- » Décide qu’il est urgent, dans l’intérêt de tous, que le suffrage universel soit, à tous les degrés, substitué au suffrage restreint. »
- De nouveaux meetings seront tenus dans le même but d^nS le courant des mois de janvier et de février.
- Nous voyons ce mouvement avec plaisir. Le.s socialistes belges procèdent logiquement. La reconnaissance d'u suffrage universel est la première réforme à obtenir. Tout demander en bloc n’a, jamais avancé à rien ; quand on veut tuer un lièvre, il n’en faut pas courir plusieurs à la fois.
- Nous remarquons d’ailleurs avec plaisir qu’il y a dans le, parti, socialiste belge un seps politique plus développé que, dans le parti révoîtionnaire français,. Tandis qu’en France les révolutionnaires rejettent de plus en plus le j concours des hommes d’étude et de savoir, et poussent ; l’ingratitude jusqu’à anathématiser des vieux lutteurs comme Louis Blanc, Cantagrel ou Nadaud, les ouvriers belges accordent leur sympathie à des hommes éclairés qui donnent au prolétariat une conscience plus sûre de ses ifytérèls et de sa mission historique.
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- Ae g-leterre
- Un nouveau meeting a été tenu à Manchester par la Aéti-co-operative Society dont nous avons constaté dernièrement la fondation.
- Ce meeting n’a pas répondu à l’attente de ses lanceurs.
- M J. Sharp, négociant en épicerie à Bury,y a longuement parlé de la tactique à adopter pour entraver le" développement véritablement triomphal des associations côopéralivts du Lancaster.
- Ce qui ressort le plus clairement de son discours c’est que les épiciers de Sa contrée ne sont plus en mesure de. lutter contre la concurrence des coopératives.J.
- Peur nous l'association anti-coopérative n’aboutira qu’à mieux démontrer les bienfaits des associations qu’elle prétend combattre. En initiant le public à leurs appréhensions, les ligueurs ne feront qu'accélérer la décadence de. leurs propres boutiques.
- * *
- Allemagne.
- II est peu de nations en Europe qui, au cours du rigoureux hiver que nous traversons, n’aient à prendre des mesures pour soulager la misère publique sur l’un ou l’autre point de leur territoire. L'Allemagne n’est pas moins cruellement éprouvée que la plupart des autres pays, et la situation déplorable où se trouve l’une des provinces de la Prusse a donné lieu, le 19 de ce mois, à une discussion dans la Chambre des députés de Berlin. Il s’agissait de la haute Silésie, district situé sur le cours supérieur de l’Oder. Les inondations, et une mauvaise ré.cplte ont produit les plus désastreuses conséquences daps un certain nombre des communes de ce district La population, pauvre en tout temps, se trouve réduite à un dénûment presque complet. Les pommes de terre, qui forment sa nourriture habi tuelle, ont manqué complètement cette,année 85,OQÔjindividus -sont exposés à la, famine, et au typhus,, qui en est la suite. Le gouver-veruement s’estéiqu. de, cet état de choses. Le ministre des,finances, M. Bitter, a fait connaître à la Chambre, les: mesures.quij Qn,t déjà été prises par les autorités locales et par le pouvoir central. Des avarices de fonds ont déjà, été faites a.u.x cercles çùsontsitués les villages frappés par le fléau : on a décidé 1,’exécution de travaux publics, de routes, pour donner de l’ouvrage à la population et, s’il en est besoin,,le Landtag, à sa rentrée au commencement de l’année prochaine, sera saisi d’un projet de loi ouvrant un crédit pour subvenir aux besoins de la.haute-Silésie. Une certaine partie de la pre-se allemande se plaint cfe l'insuffisauce de ces mesures et de leur caractère tardif. On aurait pu* dit-elle, prévoir plu*
- sieurs mois à l’avance les faits qui se sont produits ; mais on n’a rien fait pour prévenir le mal, et, aujourd’hui encore, aulieu de demander aux Chambres dès à présmt, les fonds qui pourront être nécessaires, on aime mieux laisser passer les vacances de Noël avant d’apporter un remède énergique La Gazette de Francfort, à laquelle nous empruntons ces observations, s'en fait une arme pour attaquer le ministère; elle établit un pa rallèle entre la conduite des hommes d’Etat prussiens eu cette circonstance et celle du gouvernemsnt français, qui, il y a quelques jours, a demandé au Parlement et obtenu dans l’espace d’une seule séance les sommes indispensables pour secourir des misères analogues.
- (Le Parlement).
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- * *
- Un fabricant vient de publier dans- fa 'Vogtland-Anzei-ger (Saxe royale) lé triste tableau que voici de la situation des ouvriers en rideaux de ce pays :
- Un très bon ouvrier tisse en huit jours deux rideaux de 139 centimètres de large, et touche pour cela 6 marks (le mark == 1 fr. 23 c.) ; un ouvrier moins habile ne fait qu'un rideau et demi. L’apprenti ne peut guère gagner, lui, que de 1 mark 25 pfennigs par semaine (le pfennlng — 1 c . .23).
- Le gain total pour huit jours d'un ouvrier et de son apprenti ne s’élève donc qu’à 7 marks 20 pfennigs (9 fr.j qui doivent suffire à l’eutretieu d’une famille qui compte en moyenne cinq personnes.
- Le charbon peut coûter 70 pfennigs, ie loyer 1 mark 50 pfennigs, les pommes de terre 1 mark 20 pfennigs, le. pain 3 marks 23 pfennigs.
- Restent 53 pfennigs pour la graisse, le' sel, le savon^ l’écolage, les impôts, les vêtements, etc. Daviaude, il ne saurait en être question. {Voixde VOuvrier.):
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- Partug'al.
- Notre confrère O Operaio (l'Ouvrier), de Porto, contient une notice nécrologique sur le compagnon Joano Bapti-sie Esteves un des lutteurs les plus dévoués de la cause socialiste en Portugal. Esteves était un de ces ouvriers qui se dévoueut corps et âme à l’organisation des forces ouvrières; quoique collectiviste convaincu, ou plutôt parce que collectiviste, il travailla beaucoup à la création de sociétés de résistance et de secours mutuels, à la fondation de sociétés coopératives de production et de consommation, car il voyait dans ces diverses associations ouvrières autant d’essais pratiques, autant d’écoles, autant de moyens de faire l’éducation économique des masses ouvrières et de substituer dans la, vie réelle, l’esprit de solidarité et les sentiments fraternels à l’esprit de concurrence et aux sentiments égoïstes.
- Saisie.
- Le Conseil national a voté un projet de loi supprimant la fabrication, l’importation et la vente des allumettes : phosphoriques au phosphore jaune.
- Cette décision, qui est vivement commentée, supprime de ce chef une industrie qui occupe dans l’Obérland près de 2,000 ouvriers.
- L’opposition à cette mesure a été très-vive, mais l’opinion des philanthropes l’a emporté.
- Plusieurs députés ont signalé les nombreux accidents ^ de la fabrication ; chaque armée la nécrose faisait de plus > nombreuses victimes. En conséquence, à partii; du i 1er juillet 1881, la fabrication, la vente et l’importation des allumettes phosphoriques sont interdites dp Suisse.' - Les deux Conseils ont adopté la loi ; elle sera donc : promulguée, mais comme toutes les l(ois ‘fédérales,
- I elle sera soumise, si les électeurs, le demandant, à l’é-; preuve du referendum, et il; est possibléque l’opposition, . invoquant le principe de liberté du travail et la liberté.de l’industrie, provoque un mouvement d’oppositionpu-^ blique.
- ¥ *
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- TTt
- SIMPLE RÉFLEXION
- Amérique.
- Ce n’est pas seulement dans l’Amérique septentrionale que le socialisme fait des progrès remarquables, c’est aussi dans l’Amérique du Sud.
- A Rio-Janeiro, capitale du Brésil, existe une grande association ouvrière dont les tendances s’accentuent de plus én plus dans le sens des idées socialistes.
- Dans la République argentine, le mouvement ouvrier se prononce également dans le même sens. De nombreuses sociétés ouvrières, fondées depuis quelque temps, viennent. de se réunir en un Congrès à Buenos-Ayres et de se fédérer sous le nom de Federa-cion Régional obrera Argentina Ces sociétés ouvrières ont aussi un organe YAvanguardia, fondé le 13 octobre dernier.
- Dans l’Uraguai, même mouvement, notamment à Mon-
- tévidéW ’ (Voix de l'Ouvrier.)
- * *
- Chine.
- Il ne s’agit plus de plaisanter aujourd’hui quand on parle des armées chinoises et japonaises. Les deux empires de l'extrême orient ont donné à leurs troupes des armes perfectionnées et des matériels de campagne qui ne le cèdent en rien à ceux des pays les plus belliqueux de l’Europe. Depuis plusieurs années des attachés militaires chinois et japonais figurent dans les grandes manœuvres des camps de Châîons et de Beverloo ainsi que 4gns les expériences d’artillerie de Shoerburiness et de La Spezia. L’arsenal chinois de Fou-Chou peut rivaliser a-vec les plus beaux de l’Europe ; ses principaux ateliers sont placés sous la direction d’habiles ingénieurs hollandais, suisses, danois, et américains. Le grand organisateur de la défense en Chine, le vice-roi Li-Hung-Tchang y expérimente en ce moment d.es bateaux-torpilles et des canonnières d’un nouveau modèle, récemment arrivées d’Angleterre. Ces petits bâtiments réalisent les derniers pr,ogres de la construction navale et seraient, de l’avis des" hommes compétents, fort redoutables même pour les plus grands cuirassës des marines européennes.
- N’est-il pas déplorable de voir le réveil des empires de l’extrême orient entraîner dans ces pays l’esprit belliqueux et tous les maux qui eu résultent? Et pourtant, si l’on y réfléchit, on sera forcé de èonvenir que le Japon et la Chiné sont dans l’obligation d’agir ainsi puisque l’Angleterre et la France ont profité de l’ancienne faiblesse de ces pays pour y commettre des atrocités des-nôhorantes, l’une en bombardant la ville ouverte de Caton, l’autre en pillant et livrant aux flammes le merveilleux Palais d’Eté de Pékin.
- Indication électrique des stations cl© chemins de Ier.
- Il; n’est personne qui n’ait pesté en entendant la manière ridiculement incompréensible dont les gardes font l’appel des stations où le: train s’arrête. En hiver surtout, le mode d’avertissement devient tout à-fait insuffisant, quand les portières sont soigneusement fermées.
- Rdgers, ingénieur-mécanicien anglais, a imaginé un appareil électrique pour faire connaître automatiquement le nom de chaque station devant laquelle le train éxà'rrête. M Rogers dispose dans chaque station un cadran ressemblant à celui d’une horloge, et sur lequel on a peint les noms des différentes stations. Une aiguille solidarisée avec un électro-aimant fait un mouvement Chaque fois qu'un courant électro anime l’électro-aimant. Le système le plus simple serait de charger le garde-frein' de donner le courant chaque fois qu’on entrerait dans une sation.
- L’Inventeur anglais place sur la voie un taquet qui frappe sur un bras au moment où le train entre dans la station. Il en résulte un contact, le passage d’un courant instantané et le déplacement simultané de toutes les aiguilles indiquant le nom de la station.
- L’autre soir, j(e lisais le journal à, ma petitç famille, rassemblée au coin du feu, comme c’est notre habitude, lorsque j’arrivai à l’entrefilet suivant contenu dans la « Chronique locale. »
- « La police de Mâcon a arrêté, jeudi daynier le nommé Jacques-Alexis S..., qui s’était fait servir à boire et à manger chez un aubergiste de notre ville, bien qu'il n’eùt pas un sou vaillant pour paver son écot. »
- Mpn garçonnet, qui jusque-là m’avait écouté en silence et aveç une grande attention, partit d’un gra,nd ; éclat deTirç : « En voilà un qui avait de l'aplomb,
- ; s’écria-t-il, et qui n’était pas bête avec ça! Il a_ fait ; un bon dîner pour rien. »
- — « Oui, mais il s’est conduit malhonnêtement! dit la mère d'un ton cle reproche ; il a volé l’auher-, giste, et tu vois qu’il est puni pour cela. Le voilà en prison maintenant. »
- L’enfant baissa la tête et ne répondit rien. Je continuai la lecture interrompue. Suivait le Fait divers que voici :
- j « Le 10 novembre, à 2 heures du, soir, on a tr,ouvér i sur le territoire de Fontaines* un. mendiant mort de ; froid.. Il n’a été trouvé dans ses poches qu'un mauvais | porte-monnaie renfermant une pièce de deux; can,ti-> I mes... ».
- — « Pauvre malheureux ! dit ma. femme, iLn’ayaji î sans doute pas mangé depuis longtemps, la faiblesse ; l’aura pris-en route, et le troid l’a achevé.. Pauvre : homme 1 »
- i Il y eut u,u moment de silence, de nouveau in.tey^ i rompu par l’enfant :
- ; — « Papa, quand on est en prison, est-ce qu’on a
- faim et froid ?. »
- — Moi. — « Non, mon garçon. On punit les méchants en les privant de. leur liberté, mais on pe,les laisse pas souffrir de la faim et du froitj ; ce serait cruel et non juste. »
- L’Enfant. — « Si le pauvre mendiant avait volé on l’aurait mis en prison comme l’autre, n’est-ce pas ?»
- — Moi. “ Oui, certainement. »
- — L'Enfant. — « Et il ne serait pas mort de faim et de froid, n’est-ce pas? «
- i : - r • r |
- — Moi. — « Non.
- Nouveau silence. L’enfant semblait, réfléchir. Tout à coup, relevant la tête, et fixant sur moi ses deux grands yeux bleus si limpides, si francs :
- « Papa, dit-il, si tu avais à choisir entre mourir de froid et de faim comme le mendiant, ou voler un
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- dîner comme l’autre, qu’est-ce que tu ferais, toi, dis ? »
- Puis s’apercevant que la question m’embarrassait, il ajouta avec cette insistance particulière à son âge: « Aimerais-tu mieux mourir de faim et de froid, papa? »...................................... . »
- Je n’osai pas répondre que oui.
- Que celui qui eût pu le dire en son àme et conscience me jette la première pierre 1
- *
- ¥ *
- * Ce petit incident a fait naître en moi la simple réflexion suivante : Dans notre société, qui est si flère de sa civilisation, un homme pauvre, s’il nevputpas voler, peut mourir de faim et de froid, tandis que celui qui vole, la société le loge, le chauffe et le nourrit.
- Organisons donc la mutualité sociale et l’assurance contre la misère.
- Solidarité imprévue
- Plus on va en avant et plus on s’aperçoit que les découvertes du génie humain sont toutes'solidaires entre elles.
- Il y a longtemps déjà qu’on a remarqué que les philosophes grecs en s’amusant à de vains jeux sur les sections coniques ne soupçonnaient pas que deux mille ans après eux, ces courbes, leur distraction spéculative, serviraient à la réglementation des cieux, et que. grâce à elles, l’astronomie pourrait être fondée, la géographie et la navigation facilitées.
- Dernièrement nous faisions remarquer la solidarité qui existe entre la variabilité des taches solaires et les crises agricoles, aujourd’hui nous pouvons signaler ce fait que de nombreuses constatations scientifiques établissent que les grands dégagements de grisou dans les mines coïncident avec les grandes dépressions barométriques. Ces dépressions pouvant dans une certaine mesure être prévues, MM. les ingénieurs des mines peuvent jusqu’à un certain point veiller aux dégagements de grisou.
- LE SPIRITISME DEVANT LA SCIENCE.
- Tel est le titre sous lequel le savant rédacteur de la Religion laïque, M. Fauvety, qui a dernièrement cessé la publication de cette revue philosophique aux vues si profondes et si élevées, vient de faire paraître à la librairie des sciences psychologiques, 5, Rue Neuve des Petits-Champs, un petit volume de 200 pages, dont nous recommandons la lecture à tous les penseurs amis de la vérité et surtout de ces vérités nouvelles contre lesquelles sont toujours prévenus ces hommes qui considèrent la science acquise comme immuable et infaillible.
- Cette prétendue infaillibilité des connaissances écrites, est commode pour ceux qui aiment mieux s’abriter sous les études faites que de se livrer au
- labeur des études nouvelles. Mais ce n’est que par la recherche incessante des vérités confirmées dans les lois de la nature que s’élabore la véritable science.
- Le refus d’examen conduit à l’intolérance et l’intolérance est un des tristes côtés de l’histoire de l’esprit humain. Exagération sophistiquée de toute vérité, elle fait des erreurs qu’elle professe l’objet d’un fanatisme que rien ne doit contredire sous peine de condamnation.
- Les faits les plus avérés que puisse produire la raison éclairée et réfléchie ne trouvent pas grâce devant-elle. Passion aveugle qui affirme sans examen, l’intolérance pose des limites que rien ne doit franchir. Elle ne souffre pas d’être contredite dans ses affirmations; elle est prête à brûler tout ce qui ne s’incline pas devant son opinion.
- L’intolérance religieuse a été autrefois une barrière presque insurmontable pour les vérités physiques dont la science s’honore. L’intolérance matérialiste semble aujourd’hui vouloir reprendre un rôle analogue à l’égard des vérités psycologiquesqui plus que jamais s’offrent aux observations de la science. Cet oubli du respect des droits de la pensée et de la conscience est à signaler. C’est ce que fait M. Fauvety, avec la science et le talent qui lui sont propres. Tous ceux qui ont suivi ses travaux dans les revues la Solidarité et la Religion laïque seront de notre avis.
- M. Fauvety, par ses ouvrages, a largement contribué au progrès philosophique de notre temps. Il poursuit son œuvre par la publication du volume que nous venons d’indiquer et qui répond à deux lettres publiées sur le spiritisme, dans la République française, par M. Jules Soury.
- Le spiritisme expérimenté par des savants, la preuve de la perpétuité de l’existence après la mort du corps mise à la portée de nos sociétés modernes, ce sont là des faits d’une importance trop grave pour qu’on les passe sous silence.
- Aux Etats-Unis, en Angleterre, en Allemagne, en Russie, en France, partout les faits se multiplient. C'est ce que M. Fauvety dans son style d’une pureté et d’une élévation si remarquables fait excellemment ressortir, en s’appuyant des travaux et des témoignages de savants tels que MM William Crookes, Alfred Russel Wallace, C.-F. Varley, tous trois membres de la Société royale des sciences de Londres, les docteurs Zœllner, Weber et Fechner, de Leipzig, etc.
- Le spiritisme expérimental est posé devant la . science moderne et, comme tout fait réel, il doit trouver sa solution.
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- Le livre de M. Fauvety contribuera grandement à hâter l’examen de la question et sera pour nous un motif de plus de reconnaître en son auteur le conciliateur d’idées et le redresseur des consciences que ses précédents ouvrages nous avaient déjà montré.
- Nous ne pouvons mieux faire, pour donner une idée de la valeur du livre, que d’en citer les passages suivants :
- « Apprenons à M. J Soury » dit M. Fauvety,
- * qu’il n’y a rien de métaphysique dans la psycho-« logie spirite et que justement le spiritisme fait « sortir la science de l’âme de la phase métaphysi-« que où elle a été maintenue jusqu ici par le spiri—
- « tualisme de l’école pour la faire entrer dans la « voie positive de l’observation sensible et de l’ex-« périence. Tout dans le spiritisme est expérimental,% « basé sur des faits. Sans doute les phénomènes peuvent y être mal interprétés, les observations mal « faites, les conclusions précipitées ; tout cela est à
- « voir, à examiner, à contrôler par la méthode et la « critique ; mais on n’est plus fondé à dire que l’âme « n’est qu’une abstraction, une entité métaphysique;
- « avec le perisprU, l’âme se présente comme une « réalité perceptible et formelle. D’abord on pose les « phénomènes ; ils sont on ils ne sont pas. Mais pour « ceux qui les ont constatés, ils sont de ceux qui « tombent sous les sens et sont toujours vérifiables ;
- « telle est bien la méthode que suit la science. Les « faits constatés, on cherche la cause qui les pro-« duit.
- « Le spiritisme est appelé à introduire dans le u processus religieux, des données rationnelles et « scientifiques qui transformeront les anciennes
- # croyances en donnant à l’immortalité de l’âme, une c positivité, une précision qui lui avait manqué «jusqu’ici
- « Ce n’est pas un mince mérite à la science « de pouvoir fournir une base positive et rationnelle « à un sentiment généralement répandu. C est à peu « près à cela que se borne le progrès des idées rno-
- • raies et religieuses.
- « Dans cette sphère de nos rapports, on n’invente « guère, mais il y a toujours à préciser, à éclaircir.
- « En éliminant les idées fausses, rationalisant et gé-« néralisant les idées justes et vraies, l’esprit humain « amène à l’état d'évidence et de certitude scientifi-« que ce qui ne fut d’abord qu’à l’état d’instinct ou « de sentiment, puis d’opinion ou de croyance.....
- « Le spiritualisme, en devenant expérimental, avec « les manifestations dites spirites, satisfait pîeine-« ment à la méthode des sciences naturelles, et l’âme, en se trouvant revêtue après la mort d’un « organisme éthéréen, dit périsprit, organisme très-« subtil sans doute, mais cependant matériel, rentre « forcément dans les lois qui régissent toutes les « forces cosmiques, chimiques, biologiques ou phy-« sico-psychiques.................................
- « La science d’aujourd’hui qui se trompe pour ne
- • voir qu’un seul côté des choses et ne pas se rendre » compte de ses ignorances sera rectifiée par la « science de demain, et quoiqu’en disent les faux « savants et les sophistes la vérité triomphera,
- « Non, ce n’est pas par un processus aveugle de la « vie sociale que le spiritualisme expérimental s’est « manifesté dans le monde, juste au moment où se « produisaient les doctrines nihilistes de quelques « philosophes et les théories brutistes de quelques « naturalistes trop pressés de conclure. Il est permis *
- « de voir dans l’apparition des phénomènes du ma-« gnétisme et du spiritisme une espèce de révéia-« tion, mais celle là toute naturelle et nullement « miraculeuse, puisqu’elle arrive à son heure, quand » le milieu est préparé pour l’idéal nouveau et qu’il « peut s’appuyer sur la science elle-même, dont elle « vient élargir les horizons.
- « C’est là l’un des plus grands événements qui se « soient jamais produits dans la vie de l’espèce. Il » intéresse à la fois les sciences naturelles et les « sciences sociales. Il apporte un champ nouveau « d’expériences à la physique, à la chimie, à la phy-« siologie, à la psychologie, à laquelle il offre une « base positive qui lui a manqué jusqu’ici. En « prouvant par des faits sensibles qu’il existe des « rapports réels entre les vivants et les morts, il « met l’immoralité de l’àme hors de doute et apporte « à la pratique de la morale des mobiles pour le bien « et une sanction effective qui pour la première fois, « n’auront rien emprunté aux dogmes fondés sur le « miracle. Enfin, par ce fait même d’une communion « permanente entre ceux qui vivent sur cette terre « et ceux qui n’y sont plus, le lien social qui s’est « établi entre les hommes, en allant de l’individu à « la famille, de la famille à la tribu, à la cité, à la « nation, à la race, à l’espèce, et qui n’a pu jusqu’ici « les unir que d’une façon si faible les uns aux autres « et plutôt en théorie qu’en pratique, le lien social « se trouve solidariser effectivement toutes les gé-« nérations humaines, de sorte que tous les hommes, « qu’ils soient de ce côté ou de l’autre de la tombe, « en s’aimant les uns les autres et travaillant à leur « amélioration mutuelle, construisent réellement ce « grand corps de l humanité, dont ils se reconnais-« les membres, mais membres disjonts jusqu’ici et « séparés par plus d’égoïsme bestial et de haines « sauvages que notre pauvre terre n’en peut porter.
- « Que l’idéal humain fasse un tel pas, que de l’âme « des meilleurs et des plus avancés il se répande dans « les masses, la vraie religion, la religion de l’hu-« manité se fonde et la face de la terre se trouve re-« nouveiée. » A.
- Mortalité des enfants
- A Lille la mortalité des enfants est effrayante. Déjà en 1838 elle dépassait un cinquième et en 1874 M. le docteur Houzé de l’Aulnois constatait qu’elle allait chaque année en grandissant.
- M. Houzé attribuait ces décès au défaut de soins que des mères retenues à leur travail ne peuvent donner à leurs enfants.
- Ceci expliquait bien les décès, mais non pas l'augmentation de la mortalité. Cette augmentation qui n’a pas cessé de se produire est imputable à l'insuffisance du salaire, surtout du salaire des femmes. Le prixde la vie a augmenté avec une grande rapidité et dans de fortes proportions, tandis que le salaire des hommes et surtout celui des femmes n’est augmenté que très-peu et très-lentement.
- LES CLÉRICAUX ET LA QUESTION SOCIALE
- Voici ce que l’on trouve sous le titre Le problème social dans l’admirable publication Paris Murcie qui vient de se publier à un demi million d’exemplaires.
- « Une grande voix crie du fond de notre humanité déchirée et surtout du fond de notre siècle, plus que tous les autres siècles, tourmenté par le problème
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- social : Pourquoi des riches et pourquoi des pauvres ? Pourquoi des hommes qui jouissent et des hommes i qui souffrent ? !
- « Pour répondre à cette voix, et résoudre ce pro- | blême, les philosophes sont venus, les novateurs sont venus, les révolutions elles aussi sont venues. I
- « Mais la solution n'est pas venue, et le cri populaire est toujours, et aujourd'hui plus que jamais t Pourquoi des riches et des pauvres ?
- « Au redoutable problème il n’y a qu’une solution vraiment efficace : Amener ceux qui possèdent au volontaire partage de leurs biens, et amener ceux qui jouissent à prendre volontairement une part des ' souffrances d’autrui. «
- • Arrivé à cet endroit de la lecture nous nous sommes demandé quel était le républicain avancé qui osait parler en ces termesc Nous avons cherché le nom de l’auteur, et quel n’a pas été notre regret en yoyant qu’il n’était autre que le R. P. Félix dont1 nous avons déjà entretenu les lecteurs du Devoir.
- Encore un exemple du parti habile que les cléricaux savent tirer de l’indifférence des républicains. Il faut vraiment que nos opportunistes soient d’une cécité à toute épreuve pour ne pas s’apercevoir des immenses dangers que cette indifférence fait courir à la République.
- Le percement du Ment-1*1 nixc
- La question du percement du Mont-Blanc est plus que jamais à l’ordre du jour. Les travaux de la ligne du Gothard avancent avec rapidité et il importa à la France de ne pas laisser détourner de son territoire le grand courant commercial de l’Europe centrale. Le percement du Mont-Blanc peut seul faire une sérieuse concurrence au Gothard.
- La Revue des travaux publics dit que l’on étudie une ligne se rendant de Dijon à Chamonix par Dole, Lons-le-Saunier, Saint-Claude, Gex et Bonneville. Cette ligne emprunterait quelques kilomètres au territoire Suisse, mais abrégerait de près de 200 kilomètres.
- L’IRLANDE
- On comprend que, dans de pareilles circonstances, lorsque les esprits sont aigris, surexcités, tout événement puisse devenir une occasion de révolte. Il en était ainsi des Irlandais, et toutes les guerres civiles qui précédèrent le règne de Charles Ier, furent autant d’occasions saisies par eux pour exercer leur vengeance. Puis, comme ces révoltes provoquaient de nouvelles persécutions, de nouveaux actes de tyrannie, on peut dire qu’il n’y avait pour eux ni espoir dans la soumission, ni ressources dans la résistance. Quoiqu’il en soit dès 1641, ils prirent parti pour Charles Ier, La lutte s’engagea entre presbytériens et catholiques. Elle fut terrible et les cruautés proportionnées aux souffrances.
- « Alors », dit M. Elias Régnault, « commença au sein, de flrlandë*ùn& guerre civile qui avait,tbps les*
- caractères d’une guerre de sauvages. L’incendie et le pillage étaient la règle commune des deux partis : il n’y avait de raffinements que pour le meurtre ».
- Le triomphe même des Irlandais unis aux Royalistes ne mit pas fin à ces horreurs. L’anarchie régnait dans toute sa hideuse laideur. « La destruction était telle que, dans plusieurs provinces, les populations étaient retournées à l’état nomade, parcourant les campagnes avec leurs tentes et leurs troupeaux, et s’arrêtant aux endroits où elles trouvaient de l’eau, de l’herbe et du bois. Quelques cantons étaient même si misérables que, selon un proverbe du pays, il n’y avait pas d’eau pour noyer un homme, de bois pour le pendre, ni de terre pour l’ensevelir. » Enfin, en 1650, Cromwell, vainqueur, obtint la paix en créant la solitude. Un ordre du Parlement prescrivit sous peine de mort aux Irlandais catholiques de se rendre tel jour dans l’enceinte du territoire de Con-naught, et donna aux dominateurs anglais le droit de tuer tous ceux qui en sortiraient, sans excepter .les femmes et les enfants.
- En 1688, ils se jetèrent de nouveau dans la lutte en faveur de Jacques II ; mais Guillaume d’Qrange triompha d’eux et les courtisans whigs accoururent de tous côtés pour prendre part à la curée.
- Sous Anne, les persécutions recommencèrent-C’est sous son règne que parut la loi : « Acté pour prévenir les développements du papisme. » Entre autres stipulations, il était interdit à tout catholique d’acquérir des propriétés territoriales ou de faire des baux à longs termes ; ils n’étaient attachés à la terre que par le travail ; ils n’avaient d’autres droits que d’être les vassaux agraires des protestants. Tout héritier d’un catholique qui se déclarait protestant acquérait par cette abjuration la propriété paternelle du vivant même de son père et au détriment de ses co-héritiers.
- Tous les évènements qui même ne les concernaient pas, semblaient réagir contre eux. Les annes 1715, 1726, 1744 et 1745 en offrent autant d’exemp.les’.
- Cependant, a force d édicter contre les catholiques, à force d’interdictionslégales prononcées contre1 eux-* vint le moment où les protestants ne pouvant pfu'â faire de transactions qu’avec leurs propres poréliglon.* naires, voyant diminuer leurs ressources par les incapacités des catholiques à contracter et le'pqtfâô sécurité qu’offraient même les contrats possibles, en raison des restrictions que les édffits ou lois y appor-*-taient ; vint le moment, disons-nous, où la loi fut violée par ceux en faveur desquels elle était faite et la contrebande4 se glissa ainsi ju-sque dans la législation. Lesjmtérgssés. comprirent qnQ_.-f®ft.
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- introduire des améliorations et des tentatives furent j faites dans ce sens.
- En 1772 lr8 concession. Dans une loi sur le dessèchement des marais, il est dit : « Que comme le voisinage de tels endroits est très-insalubre, il sera permis aux catholiques de faire des baux à longs ; termes pour les dessécher et les cultiver ».
- En 1773 on permit aux catholiques de prêter sur hypothèque.
- En 1776, le 4 juillet, les Etats Unis se déclarent indépendants. C’est un avertissement à l’Angleterre : en 1778, l’acte du règne d’Anne est abrogé. En 1782, : un parlement irlandais indépendant est voté. En ! 1783, la tutelle de leurs enfants leur est rendue : et l’on abroge la loi qui punissait de l’amende i ou de la prison le catholique qui refusait de déclarer ] où et quand il avait assisté à la messe, le nom de I l’officiant et des assistants. j
- En 1792, on leur permet d’entrer au barreau et les ; mariages mixtes sont autorisés. C’est la Révolution j française qui leur vaut cela. I
- En 1793,1e Relief bill (foill de soulagement) est voté, i Par ce bill les catholiques sont admis à l’exercice : des fonctiohs civiles et militaires, mais sous des conditions restrictives. De même ils peuvent concourir aux élections du Parlement, mais ils ne peuvent être élus. Ils sont électeurs mais non éligibles. On reconnaissait leurs droits, mais on ne leur donnait pas satisfaction. On ne faisait que se courber sous ce vent de liberté qui venait de France... Ce vent, quand on le croirait passé, quand on ne le sentirait plus at home, on pourrait revenir sur ces concessions ou du moins le tenter. C’est ce qui fut fait ; car à peine le gouvernement fut-il revenu de ses terreurs, qu’il rappela le lord lieutenant Fitz-William qui était favorable aux catholiques, c est-à dire a la masse de la nation irlandaise.
- (à suivre). C.-P. Maistre.
- LE CANAL INTEROCÉANIQUE ""
- Le départ de M. Ferdinand de Lesseps qui se rend à l’isthme de Manama pour étudier sur les lieux les facilités et les conditions du percement, et, d’autre part, le dernier message du Président des Etats-Unis témoignant la sympathie de son gouvernement pour un canal interocéanique utilisant le fleuve et le lac Nicaragua, ont rappelé l’attention publique sur cette importante question.
- Nous recevons sur ce sujet la communication suivante d’un de nos abonnés.
- Nous n’avons que deux mots à ajouter.
- L’auteur omet de rappeler qu’en 1779 le père du socialisme contemporain, Saint-Simon, alors jeune homme, adressa d’Espagne au Vice-roi du Mexique un mémoire sur la jonction des deux océans par La coupure de l’isthme de Panama.
- Ce mémoire n’a pas été sans influence sur la question, puisqu’aujourd’hui c’est M. de Lesseps qui est le promoteur de l’entreprise et que M. de Lesseps a été dans sa jeunesse un des plus fervents et des plus actifs disciples de Saint-Simon.
- Ceci dit, laissons la parole à notre correspondant^:
- LE CANAL INTEROCÉANIQUE DE PANAMA
- Notre époque, déjà riche en créations prodigieuses, est destinée à laisser après elle comme preuve delà puissance de sa force et de la grandeur dq, ses.conr ceptions, deux œuvres, dont l’influence sur la civilisation moderne sera immense : l’une de ces œuvres, c’est le canal maritime de Suez, déjà en cours de par vigation depuis plusieurs années ; l’autre, est la canal inter-océanique de Panama, encore en projet ; toutes les deux ont pour- promoteur M- Ferdinand de Lesseps.
- Le canal maritime de Suez a déjà réalisé un immense rapprochement des peuples au moyen de la jonction indirecte des deux océans Atlantique et Par cifique par les mers intérieures de lg Méditerranée et de la mer Rouge.
- Mais voici une œuvre, dont les conséquences seront encore plus fécondes pour l’humanité et pour le rapprochement de tous les peuples du globe terrestre : c’est l'établissement du canal maritime de Panama.
- En effet, les deux grands océans, ces routes universelles du globe terrestre, sont séparés du panai de Suez par les mers intérieures de la Méditerranée et du Nord, d’un côté, et celles de la mer Rouge et des Indes., dê l’autre côté, Ensuite, la plupart des pays qui entrent dans le courant de Suez, l’Eurpp^ excèptée, à savoir l’Egypte, la Syrie, l’Arabie, la Perse et une partie de l’Afrique septentrionale ont perdu leur antique splendeur, et leurs fleuves etça-naux ne partent plus les flottes commerciales nom’1 breuses du passé. Il est vrai que le bassin de }a Méditerranée est destiné à acquérir une nouvelle importance par l’accès de l’Afrique septentrionale et centrale à la civilisation européenne, accès- qqi serait facilité par les chemins de fer et canaux africains, notamment par le chemin de fer trans-saharieri qui est projeté.
- Mais le grand courant industriel se porte de préfet rence dans une autre direction et veut avoir à sqn service les routes universelles dirgj.qj)$? j^s^ntor?.
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- médiaire. Le mouvement date des quinzième et seizième siècles. Laroute des Indes parle Cap de Bonne-Espérance et l’Océan Pacifique et celle des Indes Occidentales ou de l’Amérique par l’Océan Atlantique ont ouvert deux nouveaux courants de communications, dont l’un a pour pivot le grand bassin de l’Océan Pacifique et l’autre le grand bassin de l’Océan Atlantique.
- Le premier de ces bassins baigne-les côtes de l’Asie méridionale et orientale avec leurs îles, les côtes de l’Australie et les îles de l’Océanie ; et l’une des extrémités de ce bassin baigne le continent américain dans toute sa longueur ; sur tous ces points, la race industrielle par excellence, la race anglo-saxonne, a déjà établi des stations nombreuses et puissantes. C’est vers ce bassin qu’aboutiront les chemins de fer et les télégraphes électriques, comme aussi la navigation des canaux et des fleuves de l’Asie centrale, méridionale et occidentale. C’est vers lui qu’aboutiront ensuite, du côté de l’Afrique "méridionale et occidentale les diverses voies de communication à créer à mesure que cette contrée, aujourd’hui entamée de tous les côtés, entrera dans le courant de la civilisation moderne. C’est vers lui qu’aboutiront toutes celles des continents et des îles de l’Océanie presqu’exclusivement occupées par la race anglo-saxonne. Enfin c’est vers lui qu’aboutiront les diverses voies par terre et par eau des côtes occidentales du continent américain et des îles adjacentes où la même race occupe un rôle prépondérant.
- Le second de ces bassins baigne l’Europe occidentale, les côtes de l’Afrique occidentale, les îles de l’Océan Atlantique, enfin les côtes orientales de l’Amérique et les îles adjacentes. C’est vers lui qu’aboutiront les voies de communication par eau et par terre de l’Europe occidentale. Tous les grands fleuves et canaux de l’Europe occidentale y aboutissent en effet. Les chemins de fer et télégraphes électriques y tendent presque tous, par l’un de leurs bouts, dirigé vers les extrémités occidentales de l’Europe. Ceux-ci se continueront par les fils sous-marins, déjà réalisés et en voie de réalisation entre l’Europe et l’Amérique, par l’Océan Atlantique, fils sous-marins mis en communication avec les télégraphes électriques de l’Amérique. Et ceux-là sont continués par les paquebots transatlantiques, qui se dirigent déjà en quelques jours des côtes les plus rapprochés de l’Irlande, de la France, du Portugal et se dirigeront plus tard de celles de l’Afrique occidentale, vers les côtes orientales de l’Amérique. Par la grande artère des chemins de fer du nord de l’Amérique au sud, à travers l’isthme de Panama, se réalisera, ainsi déjà en partie, la communication
- universelle de l’ancien et du nouveau monde; car cette grande ligne dorsale de l’Amérique devient elle même, sur la partie réalisée de son parcours, l’aboutissant d’un grand nombre de lignes transver-, sales, parmi lesquelles la plus importante est celle qui relie déjà les deux océans, le railway transcontinental. D’un autre côté, la nature a préparé, dans ce continent américain une immense communication fluviale, qui, aidée par quelque travaux de canalisation, le traverse presqu’en entier Ce courant a pour centre le golfe du Mexique et la mer des Caraïbes, assis également sur l’isthme de Panama. « Le golfe du Mexique, dit le capitaine Maury, n’est qu’une expansion du Mississipi, comme la mer des Caraïdes, n’est que l’expansion ou une vaste nappe d’eau de l’Amazone et de l’Orénoque. «
- Et ces deux immenses bassins de l’Océan Atlantique et de l’Océan Pacifique, théâtres des évolutions gigantesques de l’Industrie moderne et routes universelles du globe, viennent presque se rejoindre au centre du continent américain, où une simple langue de terre, l’isthme de Panama, les sépare. Cet isthme, cela a été démontré par des études successives, peut être percé facilement par un canal maritime, dans son point le plus étroit, entre l’extrémité de la baie de Limon, près de Chagres, et la baie de Panama. Déjà un chemin de fer est établi sur cet emplacement et unit les deux rives de l’isthme, qui sont sillonnées par de nombreux paquebots et navires, faisant le commerce de l’Amérique, de l’Asie, de l’Europe, de l’Afrique et de l’Océanie.
- Ainsi, c’est vers ce petit point central, situé dans la région équatoriale, entouré par des îles nombreuses, qui, comme une immense voie lactée, s’étendent, d’un côté par l’Océan Pacifique vers l'Asie et vers l’Océanie, et, de l’autre côté par l’Océan Atlantique vers l’Europe et l’Afrique, comme autant de stations de sa communication avec le monde, — c’est vers ce petit point que viendra refluer l’immense mouvement industriel de la plus grande généralité du globe et de l’Humanité, lequel aura pour ailes les deux routes cosmopolites des deux grands océans.
- (A suivre). A. Gilliot.
- Le Directeur-Gérant : Godin.
- Saint-Quentin — lmp. de la Société anonyme du-Olaneur
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- Le numéro hebdomadaire 20 c. DIMANCHE H JANVIER 1880
- 3* ANNÉE, TOME 4 — N° 70
- JOURNAL DES RÉFORMES SOCIALES
- BUREAU
- A GUISE (Aisne
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE par l’envoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant. Fondateur du Familistère
- Franc©
- Un an. . . .
- Six mois. . .
- Trois mois. . .
- 10 f. »> 6 »» 3 »'*
- Pays d’Europe
- Un an. . . . 11 f. »» Autres pays Un an. . . . 13 f. 60
- Rédacteur en chef : M. Ed. Champury
- ON S’ABONNE
- A PARIS
- 5,r.Neuve-des-Petits-Champs
- Passage des Deux-Pavillons)
- S’adresser à M. LEYMARIE, administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- Le Familistère et l’hiver actuel. ~ Semaine politique. -- Notes d'un liseur. — Education des femmes. — Un des maux que produit la guerre. — Petites nouvelles. —L’Irlande. — Le Canal interocéanique. — Vie de l’ouvrier. — Bulletin bibliographique. — Variétés.
- LE FAMILISTÈRE ET L’HIVER ACTUEL
- Il n’y a pas d’éloquence plus persuasive que celle des faits. La plus juste des théories, le plus parfait des raisonnements n’auront jamais aux yeux du public une valeur, une autorité égale à celle des faits constatés. Cela est surtout sensible dans la discussion des idées nouvelles, car en général l’homme est à leur égard prédisposé au dotite ou à la négation.
- Ah ! c’est que l’on peut créer bien des choses, et de bien belles choses sur le papier; c’est qu’il est facile de proposer de nombreuses questions et même des plus importantes dans le silence du cabinet; mais vienne le grand jour de l’épreuve, de l’essai de réalisation, et, neuf fois sur dix, solutions et rêveries s’évanouissent comme l’éclat d’un ver-luisant à la lumière du grand soleil.
- Le public a trop vu de ees effondrements de ! théories pour ne pas être enclin à l’incrédulité. 1
- Il se méfie jusqu’au jour où les preuves matérielles sont là pour lui donner confiance. Aussi pensons-nous que l’économie sociale n’obtiendra auprès de lui l’autorité morale dont elle a besoin que lorsqu’elle sera entrée d’un pas résolu dans la voie expérimentale. Le jour où elle présentera de nombreux faits à l’appui de ses idées, les problèmes qu’elle étudie seront bien près de leur solution.
- Ce n’est pas un des moindres titres du Familistère de Guise à l’attention des penseurs que .d’être non pas un projet mais un fait, non pas une utopie mais une réalisation. Il représente il est vrai une théorie, il personnifie en quelque sorte une idée, mais il lui donne le contrôle de l’expérience et la consécration du fait accompli.
- Supposons que ce que nous avons dit en faveur de l’habitation unitaire quelque publiciste l’eut imaginé mot pour mot avant que le Familistère de Guise existât. A coup sûr on n’eût pas manqué de le taxer d’exagération, d’optimisme, peut être même de naïveté. On lui aurait reproché de voir le palais social à travers des lunettes roses et de prendre la couleur de ses lunettes pour celle de la réalité.
- Heureusement un journal qui se publie au Familistère est à l’abri de cette accusation. Pour démontrer les avantages de l’habitation unitaire le Devoir n’a pas à se livrer à des efforts d’imagination : il lui suffît d’enregistrer les faits qu’il a sous les yeux.
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- C’est là ce qu’il se borne à faire encore dans le présent article. L’hiver excessif qui s’est abattu sur nous s’est chargé d’établir la supé-
- riorité du palais social sur rbubi^ation habituelle. Il serait superflu de rien ajouter à que aussi éloquente démonstration.
- LE£ NEIGES
- Durant deux mois entiers notre contrée a subi toutes, les calamités que l’en peut attendre de l’hiver.
- C’est par la neige que ces. rigueurs ont commencé. Elle est tombée en quantités si considérables qu’à plusieurs reprises elle a interrompu pendant plusieurs jours toute espèce de communication.
- Il était triste de voir les habitants de la ville: de Guise, nos voisins, forcés, pour vaquer à leur travail ou pour faire leurs emplettes, de plonger jusqu’au genou dans une neige meuble qui se renouvelait *au fur et, à mesure que les, chemins étaient tracés. Chacun restait chez soi le plus possible, ajournant toute démarche qui n’é.tait pas d’une impérieuse nécessité.
- Pendant ce temps les cours du Familistère;, protégées par leurs vitrages, restaient à l’abri de la neige et permettaient à toute la joyçuso armée des écoliers et des écolières (environ 300) enfants), de prendre des ébats devenus impossibles au-dehors. Les salles de lecture et de. conversation du casino ainsi que les magasins, d’objets de première utilité, situés au rez-de-chaussée et ouvrant sur les cours, restaient comme en temps ordinaire accessibles à tous, les habitants.
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- A vrai dire il vint un moment où 'la.neige, d’une ténuité extrême, chassée par de violentes, rafales, fît irruption jusque dans les cours par, les ouvertures des vitrages, mais cône fut qu’en faible quantité et tout exceptionnellement. La cour du pavillon central fut seule à recevoir une certaine quantité de neige — ce qui vient delà manière dont sont distribués les ouvertures du vitrage —; dans les cours des deux autres pavillons la quantité de neige qui entra fut tout à fait insignifiante : le, balayage en eut. bien vite raidon.
- LE FROID
- Quelque vifs qu’aient été durant ces deux mois le& inconvénients ç|o ^ neige, ils sont peu de chosq auprès de ceu% du froid excessif qui a régné pendant plusieurs sem^in^;. Du 6 au 12 défcembj^ la température s’^st abuiss.é.ç, d’une manière tout à fait inouïe. On a compté à Guise jusqu’à 26 et même degrés centigrades. La mortalité s’est élevée dans des proportions effrayantes. Nombreux sont les enfants que l’hiver a tués. Beaucoup de malades et de personnes souffreteuses ont eu le même sort. Un certain nombre de pauvres, geps, ont eu des membres gelés. On a même à déplorer dans la contrée la mort de plusieurs personnes, hommes, femmes et enfants, tombés dans les chemins pour ne plus se relever. Il y a des détails qui fendent le coeur. A quelques kilomètres d’ici trois pauvres petits enfants en haillons, que leur famille avait envoyé mendier, ont péri do froid :
- - on les a trouvés morts, serrés les uns contre les autres et blottis contre une meule de foin.
- k Pour comble de malheur, la houille, combus-f tiblo général do nos régions, nous, arnvo d’habitude par les canaux. Pendant de longues
- - semaines les canaux no formant plus d’un bout à l’autre de la contrée qu’un, immense amas de glace épaisse, le transport des houilles s’est trouvé intercepté; les chemins de fer encom-
- . brés par les neiges ne pouvant non plus faire ce transport et le camionnage par çhevaux étant plias illusoire encore, il en. est résulté que. la , houille aurait fait défaut à Guise, précisément r pendant les froids les plus, excessifs, silo Fami-listère n’avait été assez largement* approvisionné.. Il a pu répondre à toutes, les. demandes de ses habitants et-même à, celles de personnes étrangères à L’association.
- Le froid a été moins, senti au Familistère qu’au dehors, ce qui est la conséquence natu~ relie du mode de construction adopté. Le vaste édifice qui contient, les logements entpure trois cours vitrées. Les vitrages ne peuvent; cmpê-* cher le froid d’entrer dans les cours mais ils diminuent son intensité. Aupuih vent, aucun courant d’air dans ces, cours ,, véritables* enceintes intérieures. Et c’est sur elles que s’ou-! vrent tous lps appartements : pas un seul ne
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- s’ouvre sur la rue. Il est facile de comprendre les avantages qui en résultent. De plus les logements, groupés les uns contre les autres, se protègent mutuellement contre le froid. La cheminée d’une chambre n’est séparée de la chambre du voisin que par un mur de briques. La continuité de ces locaux, chauffés adoucit la température intérieure. Un seul mur, celui de la façade est exposé au froid, les autres sont protégés. C’est encore là un avantage que l’on chercherait vainement dans les autres modes d’habitation. Ajouterons-nous que l’épaisseur des murs et la qualité de la toiture offrent au froid um obstacle bien plus sérieux que les murs minces et les toitures légères des maisons de faible importance. C’est pourquoi, au dire même de personnes aujourd’hui domiciliées au Familistère et qui habitaient précédemment la campagne la dépense de chauffage est beaucoup moindre. Cette économie de dépense permet à l’ouvrier de consacrer quelques francs de plus à l’achat de vêtements chauds. Aussi personne sur les 1,200 habitants du Familistère n’a eu à souffrir d’une manière trop vive du froid ou de ses conséquences. D’ailleurs l’association protège ses membres» contre des besoins exceptionnels.
- C’était un vrai plaisir de voir au plus fort de l’hiver que pas un seul des 300 enfants du Familistère n’était insuffisamment vêtu. A l’heure même où de pauvres enfants du voisinge étaient, comme nous, l’avons dit, relevés morts de froid dans les chemins, les enfants du Familistère n’ont ;pas eu à perdre une seule minute de la gaîté si nécessaire à leur âge. Aux heures de récréation ils ont eu les cours vitrées à leur service., aux heures d’étude, des salles bien chauffées.
- L’INONDATION
- On pouvait croire qu’après des froids si longs et si rigoureux l’hiver ferait grâce à nos malheureuses contrées. Quand viendra le dégel, disait-on, quand viendra le dégel ? On le souhaitait ardemment, certain qu’il mettrait fin à tant de misères.,
- Il
- d’une
- ment fondues par l’action de pluies tièdes se ruèrent en torrents le long des coteaux déboisés. Une inondation terrible et telle que depuis de longues années la région n’en avait point vu en résulta. L’Oise, ordinairement si calme et si tranquille dans ses méandres innombrables*. se transforma en un effrayant fleuve de boue«, rapide et mugissant. Tout le fond de la vallée, la ville, les villages, les pâturages à perte de v vue furent bien vite envahis.
- Les belles prairies que le printemps émaillé de ses coryophyllées et l’automne de ses colchiques se virent joncher de limon, de débris et de cailloux.
- Guise passa son jour de l’an et tous les, jours qui suivirent avec des rues ayant plus de deux pieds d’eau. Beaucoup de personnes durent déménager. Les dommages en bâtiments, marchandises furent notables; dangers d’insalubrité qui résultent de l’inondation par la, neige fondue et des nombreux inconvénients matériels de l’interruption des communication».
- Pendant toute la durée de l’inondation, le Familistère, dont le parc même, malgré sa surélévation artificielle était submergé ce qui ne s’était jamais vu — le Familistère est demeure à l’abri de toute atteinte des flots, permettant ainsi à ses habitants de continuer en toute quiétude leur genre de vie habituel. Une pompe à vapeur travaillant nuit et jour aspirait au fur et à. mesure l’eau qui s’infiltrait dans les, Gaves, les empêchant ainsi d’être inondées.
- Nous n’avons pas à insister sur les enseignements à tirer, de ces faits. Les avantages de l’habitation unitaire en ressortent avec trop d’évidence pour que nous ayons rien à y ajouter. Il est facile de comprendre que si' le Familistère de Guise, ce premier exemple du palais social, a montré cet hiver de si grands et de si nombreux avantages, ce n’est pas l'effet du hasard. C’est qu’il repose sur une idée juste, c’est qu’il a été conçu dans un but particulier, c'est qu’il a été l’objet de longues études préliminaires, c’est qu’il a été édifié pour réaliser, un véritable progrès en architecture.
- Il vint, mais sous quelle forme ? Sous celle
- oe progrès U vient de prouver qu’il le realist La manière dont le Familistère de Guise s’<
- calamité véritable. Les neiges, prompte- j comporté, prouve la supériorité du mode d’h
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- bitation par grand édifice. Par le choix judicieux de l’emplacement où on l’édifie, par la qualité des matériaux qui le composent, par les précautions qui y sont prises contre les intempéries, par la présence sous le même toit des magasins d’objets de première utilité, par tous ces avantages le palais social est bien réellement l’habitation de l’avenir.
- Ed. Champury.
- LA SEMAINE POLITIQUE
- Le ministère. — On sait encore fort peu de chose touchant le programme politique et administratif du nouveau cabinet, et les banalités échangées entre les ministres et les hauts fonctionnaires de l’Etat, â l’occasion du renouvellement de l’année, ne nous ont absolument rien appris de certain touchant les dispositions du gouvernement. Quant aux informations des journaux elles sont trop vagues et trop contradictoires pour qu’il soit utile de les consigner ici. Le mieux est d’attendre la déclaration que le président du conseil portera devant les Chambres, à l’ouverture de la session, qui a lieu mardi 13 janvier.
- On avait songé à un message, mais il parait que le président de ^République préfère laisser à ses minisires la responsabilité du programme qui sera exposé aux représentants de la nation.
- Le seul incident qui mérite d’être signalé, est l’accueil extrêmement cordial fait à M. de Freycinet parle corps diplomatique, le représentant de l’Allemagne s’est particulièrement distingué dans ce concert de paroles courtoises, et a mis une insistance significative à déclarer que la retraite»de M. Waddington et la démission de M. le comte de Saint-Vallier n’altéreraient en quoi que ce soit la cordialité des rapports qui existent entre l’Allemagne et la France Les feuilles officieuses ou réactionnaires qui avaient déclaré indispensable au repos de l’Europe, le maintien de ces deux personnages aux postes qu’ils occupaient, avaient donc audacieusement cherché à abuser de-la crédulité publique.
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- La question des fonctionnaires. —Il n’y
- a qu’une voix dans toute la presse pour réclamer ud prompte règlement de la question des fonctionnaires. Le gouvernement paraît,.d’ailleurs, disposé à donner enfin, satisfaction au vœu public. Au ministère des finances, le sous-secrétaire d’Etat a été changé, par décret de la nomination de tout le personnel qui jusqu’à ce jour avait appartenu en grande partie aux directeurs. Plusieurs de ces derniers ont été mis à la retraite et remplacés avantageusement.
- Au ministère de l’intérieur, M. Normand, directeur du secrétariat et de la comptabilité a été mis à la retraite et M. de Crisenoy, directeur de l’administration communale et départementale va être appelé à d’autres fonctions. Ces mesures sont accueillies avec faveur par l’opinion. On prépare, en outre, un mouvement préfectoral et, au ministère des finances, aussi bien qu’au ministère des affaires étrangères on étudie avec soin les dossiers du personnel. Gazot s’occupe des parquets et des justices de paix, mais on ne sait pas encore au juste, quel sont ses projets à l’égard delà magistrature, assise, ont certains arrêts récents ont fait scandale. Espérons que le successeur de M. Le Royer saura résister aux manœuvres de ceux qui cherchent déjà à le circonvenir et qu’il saura trouver le moyen de mettre à la raison ce corps privilégié qui, comme le clergé, vise à instituer une sorte d’Etat dans FEtat.
- Nï. «le Montalivct. — Cette semaine nous a apporté la nouvelle de la mort d’un homme d’Etat que, depuis quarante aus, les événements politiques d’abord, puis l’âge et la maladie avaient écarté des [affaires publiques. M de Montalivet est mort, laissant un souvenir respecté. Sou dernier acte politique a été un acte de bon citoyen. Sacrifiant à son patriotisme les souvenirs de son passé, M. de Montalivet eut le courage de rompre dans sa vieillesse avec toutes ses traditions, pour donner, en 1874, sa ferme et éclatante adhésion au régime républicain, le jour où il fut convaincu que. seule, la République pouvait relever la France.
- M. de Montalivet avait été élu l’an dernier sénateur inamovible, On parle pour le remplacer de M. de Freycinet ou du général Farre.
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- Les ± raraux publies. — Mercredi, le Journal officiel a publié une excellente lettre adressée au directeur général des chemins de fer parle nouveau ministre des travaux publics. Le ministre voudrait, périodiquement à des époques rapprochées, faire connaître au public par des chiffres indiscutables, le progrès des travaux en cours d’exécution. Il invite, en conséquence, le directeur général des chemins de fer à lui adresser, tous les trimestres, des tableaux résumant l’état de ces travaux et les dépenses concernant les lignes non encore ouvertes à l’exploitation. Cette publication, dit à juste raison M. Yarroy, donnera pour ainsi dire la physionomie du vaste chantier qui va s’étendre successivement sur la France entière. Elle sera à la fois une satisfaction donnée à la légitime préoccupation du public et un stimulant pour les ingénieurs.
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- L’agitation apaisée en Irlande. — Un
- fait de rébellion, sans grande importance par lui-même, mais qui caractérise la situation en Irlande, s’est produit le 3 j anvier sur la côte de Gonnemara, à vingt milles à l’ouest de Galvay. Deux tenanciers n’ayant pas payé leur fermage, le propriétaire du sol obtint contre eux un jugement d’éviction.
- Deux agents judiciaires allèrent signifier le jugement, et comme ces significations ne sont "point sans danger en Irlande, on les fit accompagner par soixante soldats de police. Mais *a population" s’était rassemblée. Elle s’opposa à Inexécution du jugement, l’officier de police fut entouré, maltraité, son épée fut brisée, les hommes chargèrent à la bayonnette. et cinq ou six personnes, dont une femme, dit-on, furent blessées.
- Les Anglais font remarquer que celte scène sanglante est le troisième acte du programme développé par M. Parnell, membre de la Chambre des communes, l’un des chefs du parti du Home rule (parti autonomiste irlandais), dans sa récente campagne de discours contre les propriétaires fonciers. «Ne lâchez pas la terre occupée par vous, » disait M. Parnell aux fermiers. Et il ajoutait : « Commencez par demander une diminution de fermage. Si l’on vous refuse, refusez aussi de payer quoi que ce soit. Et si alors on veut vous évincer, gardez votre terre, à tout hasard et quoi qu’il advienne. »
- En ce moment, M. Parnell est aux Etats-Unis, faisant de la propagande au milieu des irlandais émigrés en Amérique et leür demandant de l’argent pour aider à exécuter son plan en Irlande, Nous ignorons encore si ces démarches sont couronnées de succès.
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- L’Angleterre et la Porte. — On a fait grand bruit d’un nouveau différend qui a éclaté, dans ces derniers temps entre la Porte et l’Angleterre. Yoici l’origine de cette querelle. Un missionnaire protestant, de nationalité allemande, avait fait traduire par un musulman, par un softa, des brochures de propagande. L’autorité ottomane saisit les brochures, arrêta, puis relâcha aussitôt le missionnaire, et poursuivit le musulman. Il fut dit que celui-ci était condamné à mort, ce qui était faux. Sur ce, intervention de sir A. Layard, qui demanda, sous trois jours, la remise des brochures et l’élargissement
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- du musulman ; faute de quoi, il interromprait ses relations diplomatiques. ' , ,
- Cet ultimatum mit la Porte dans un grand embarras. La loi religieuse condamne à mort le musulman qui ab-iure et celui qui aide à propager une religion autre que la sienne. En fait, cette loi n’est plus appliquée, mais le sultan khalife du prophète et chef d’un gouvernement démocratique, ne peut pas ouvertement braver la loi religieuse, et il y aurait danger pour lui, en face de ses sujets musulmans, à autoriser officiellement la propa-
- ^n^pâraît que le procédé violent d’un ultimatum a été vu d’un mauvais œil par des diplomates étrangers et désapprouvé par le ministre des affaires étrangères de la Grande-Bretagne. L’ambassadeur anglais aurait été invité par le marquis de Salisbury à retirer son ultimatum et à modérer ses demandes. Les brochures seraient rendues, le softa serait, pour la forme, momentanément exilé] et la concorde se rétablirait entre le Divan et l’ambassade anglaise. Les querelles entre la Porte et l’Angleterre ressemblent fort, décidément à une tempête dans un verre d’eau.
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- La situation, en A-ixtriefie. — Malgré le succès qu’il a fini par remporter dans la question militaire dont nous avons entretenu nos lecteurs, le ministère Taaffe continue à mener une existence précaire.
- Les constitutionnels persistent à refuser les deux portefeuilles que le comte Taaffe tient en réserve pour constituer son cabinet de fusion, de conciliation. Ils ne croient pas à la durée de ce cabinet; ils espèrent avant peu assister à sa chute et à rentrer au pouvoir, grâce, au concours des Polonais. L’alliance des Polonais et des Tchèques est, en effet, sérieusement ébranlée. Le Czas, de Cracovie, se montre fort mécontent du mémorandum tchèque, qui exposerait les Galiciens, s’il y était fait droit, à des réclamations analogues de la part des Ruthè-nes. Il est bien difficile, comme on voit, de faire triompher un programme de conciliation au milieu des antagonismes nationaux qui divisent l’Autriche.
- Jbe traité de Berlin. — L’épilogue du traité de Berlin est toujours difficultueux. La commission grecque à Constantinople-pour le règlement des forteresses helléniques s’impatiente de voir ses séances constamment ajournées. L’un des délégués d’Athènes, M. Condourio-tis, a écrit à Savas-Pacha que la commission demanderait à Athènes la permission de se retirer si la prochaine réunion des commissaires n’était convoquée à bref délai.
- La remise de Plavna et de Gusinje aux Monténégrins est une autre pierre d’achoppement. Le gouvernement turc a adressé aux Albanais une nouvelle invitation à se soumettre. Le prince Nicolas, de son côté, consent à attendre l’effet de ces remontrances de la Porte, avant d’en venir aux mains. Les choses en sont là.
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- Le monvoment diplomatique russe. —
- La retraite du comte Schouvaloff, on plutôt son départ de Londres, a donné lieu à d’importantes modifications dans le personnel des chancelleries russes. Le prince LobanofT, ambassadeur de Russie à Constantinople, va représenter son gouvernement à Londres. M. de Novikoff quitte Vienne pour Constantinople ; M. d’Oubrii passe de Berlin à Vienne et il est remplacé à Berlin par M. de Sa-bourow, ministre de Russie à Athènes. La nomination du prince Lobanoff à Londres semble indiquer que le gouvernement russe ne considère pas que les questions relatives à la Turque soient résolues de si tôt.
- Le Nord déclare que les nouveaux ambassadeurs emporteront des instructions pacifiques. La Russie veut reprendre la politique de recueillement qui lui a si bien réussi jusqu’à ia dernière guerre d’Orient. Cependant on télégraphie de Vienne au Standard que malgré ses déclarations pacifiques, la Russie Continue secrètement ses préparatifs de guerre ; mais les renseignements qui nous parviennent d’Autriche-Hongrie sur la Russie ne doivent
- être accueillis qu’avec réserve, car les « reptiles » de Vienne savent allonger leurs anneaux jusqu’à Vienne et à Pesth.
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- La session du landtag prussien. — C’est jeudi 8 janvier que s’est réuni de nouveau le landtag à Berlin. La session, qui sera limitée par l’ouverture du reichstag, ne dépassera pas six semaines. Dans ce court laps de temps, la chambre aura à examiner vingt projets de loi, deux motions et neuf rapports de commissions. Dans le nombre se trouvent l’important projet relatif à l’extension des achats de chemins de fer, le budget et une loi sur les impôts communaux; enfin, le landtag sera saisi du projet relatif aux moyens propres à combattre l’effroyable misère qui sévit en Silésie. La session s'annonce donc comme devant être des plus laborieuses.
- ILa, guei-re du Pacifique. — Les nouvelles de l’Amérique du Sud confirment de tous points nos prévisions. Le renversement du président Prado au Pérou, son départ pour l’Europe, la prise de possession du pouvoir par le dictateur Pierola, la révolution qui vient d’éclater à la Paz, capitale de la Bolivie, et la fuite du président Hilarion Daza sont autant de sympômes de la gravité des échecs subis parles alliés.
- L’alliance entre le Pérou et la Bolivie n’existe plus aujourd’hui que de nom, et nous ne serions pas étonnés de voir le dernier de ces Etats se rapprocher du Chili afin d’obtenir de lui, des conditions de paix avantageuses, c’est-à-dire la cession de quelques ports de la côte péruvienne. seul moyen pour lui de ne pas devenir le tributaire du Pérou ou du Chili pour ses exportations.
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- L’Afgïiaui^tîiïï. — Les dernières nouvelles
- .reçues à Londres de l’Inde présentent sous un aspect satisfaisant la situation militaire des Anglais dans l’Afgha-nistant. Le grand succès remporté par le général Roberts avant l’arrivée des troupes de secours paraît avoir eu des résultats importants. Dans la région de Caboul, l’insurrection a été abattue d ud seul coup.
- A. Candahar, cù l’insurrection de Caboul avait causé une vive émotion, la défaite des insurgés a prévenu un soulèvement qui devenait très probable. Il n’existe donc plus, pour le moment, de danger militaire. Mais cette question si difficile et qui divise les Anglais : Que faut-il faire de l’Afghanistan ? n’est nullement résolue.
- NOTES D’UN LISEUR.
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- La confusion est à tel point dans la société qu’on y voit d’une part à l’église et d’autre part au théâtre deux morales contradictoires précitées simultanément aux mêmes individus. La jeune femme qui vient d’entendre un sermon sur le respect dû aux époux et aux supérieurs, ira l’heure suivante au théâtre prendre une leçon sur l’art de tromper un mari, un tuteur ou quelque autre argus. Et Dieu sait laquelle des deux leçons fructifie le mieux !
- Ces conflits permanents peuvent suffire à faire apprécier nos doctrines sur l’unité d’action en mécanique sociale.
- Ch. Fourier.
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- ÉDUCATION DES FEMMES
- leur rôle dons la Société.
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- L’ancien ministre de l’instruction publique,.dans l’Exposé des motifs de son projet d’organisation des Ecoles primaires supérieures, reconnaissait que cet enseignement serait d’autant plus indispensable pour les filles, que l’Enseignement secondaire ne leur offre pas de ressources ; mais, par des raisons tirées du manque d’argent et de l'insuffisance du personnel, il en,écartait provisoirement l’organisation.
- C’est une faute que nos Chambres libérales devront s’efforcer de réparer. La réforme doit, de toute nécessité, être menée de front pour les garçons et pour les filles, car pour celles-ci il y a bien plus à faire que pour ceux-là. Ce n’est qu’en donnant aux filles une Instruction forte, virile, complète, que nous élèverons le niveau intellectuel des citoyens de l’avenir.
- On l’a dit avec infiniment de raison : avoir les garçons, c’est n’assurer que la génération présente : avoir les filles, c’est assurer l’avenir, c’est fonder l’unité morale delà famille et de la nation.
- Il nous semble que, dans le projet du gouvernement, pn pourrait faire moins pour les garçons et plus pour les filles : les raisons tirées du manque d’argent tomberaient alors d’elles-mèmes; quant à celles tirées de l’insuffisance du personnel, elles doivent être écartées, car le recrutement de maîtresses laïques du premier et du second degré s’opérerait promptement, si on leur accordait pour l’avenir les garanties qui leur ont toujours été refusées depuis la loi de 1850.
- Si, en effet, lg création d’écoles primaires supérieures est nécessaire pour les jeunes gens, n’est-elle pas encore plus nécessitée pour des jeunes filles]? Il nous faudrait, dans chaque canton, de véritables écoles ménagères où, en outre de l’enseignement élémentaire actuel, beaucoup plus développé et bien plus complet, on apprendrait aux jeunes filles la comptabilité commerciale et agricole, la tenue de la maison et celle de la ferme, la cuisine, les soins à donner au potager, à la basse-cour et aux animaux domestiques, l’hygiène, la couture, les racommoda-ges, la confection, les ouyrages de main, etc.
- Là aussi on les exercerait fréquemment à lire à haute voix, art si difficile, talent si rare, même chez les gens instruits : c’est à elles alors que, chaque soir, à la veillée, incomberait plus tard la mission de faire la lecture à leurs époux et à leurs enfants, réunis autour du foyer après les labeurs de la journée à
- On peut être rassuré sur l’avenir des hommes dans les pays où les femmes sont instruites ; là est le véritable secret de la force de la démocratie américaine. « Si l’on me demandait, disait M. do Tocqueville, à quoi je pense qu’il faille attribuer principalement la prospérité immense et la force toujours croissante de ce peuple, je répondrais, sans hésiter, que c’est à la supériorité de ses femmes. »
- Aussi, les Américains font-ils les plus grands efforts pour fortifier l’instruction des jeunes filles, et ces efforts sont couronnés par les plus éclatants succès ; non-seulement dans les écoles primaires et secondaires, mais dans la plupart des grands collèges, et principalement en ce qui concerne les études supérieures, les premiers prix sont presque toujours remportés par les femmes. Car aux Etats-Unis, il ne faut pas l’oublier, l’instruction est mixte ; les écoles, quelles qu’elles soient, sont ouvertes aux d.eux sexes; jeunes gens et jeunes filles font en même temps, sur les mêmes bancs et dans les mêmes établissements, leur éducation jusqu’à 18 et 20 ans.
- Cette éducation mixte, nécessitée à l’origine par le manque de ressources, et dans laquelle leçons et professeurs sont les mêmes pour tous, présente de tels avantages, que les Américains ont toujours continué à la mettre en pratique. Je sais bien tque la coéducation complète des sexes n’est pas dans nos mœurs et que nous ne devons pas songer à la pousser aussi loin qn’on le fait aux Etats-Unis ; mais les résultats obtenus dans les écoles mixtes, partout où elles ont été organisées, sont tellement satisfaisants, que nous ferions sagement, à notre tour, d’expérimenter ce système et d’orgamser tout au moins des écoles primaires communes aux deux sexes et confiées à des institutrices.
- M. F. Buisson, dans son Rapport sur l’instruction primaire à l’Exposition de Philadelphie, en 1.876, % longuement étudié et traité au point de vue psychologique la question de la coéducation des sexes. Cette expérience, qui n’a jamais été tentée ailleurs qu’en Amérique, a pleinement réussi. Les enfants des deux sexes sont élevés ensemble, aussi bien dans le premier ‘âge que pendant tput le cours de leurs études primaires et secondaires. Il en est de même dans les écoles normales, où instituteurs où institutrices sont aussi élevés ensemble. Les dangers que l’on pourrait redouter dans nos pays d’Europe ne se produisent jamais dans la libre Amérique, où la société repose, en fait et non en théorie, sur le principe de l’égalité des sexes.
- Les Américains voient tous, dans ce système de la coéducation des sexes, un bien réel, qui, au lieu
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- d’entraîner dés dangers, les conjure et semble contribuer pour beaucoup à la dignité des mœurs,
- Oë régime ést aussi favorable aux jeunes géïis qu’aux jeunes filles ; les uns y perdent leur rudessè, leur grossièreté, leur sauvagerie ; les autres y gagnent en modestie, en assiduité, en sérièuX; tous sont unis, Simplement, sans jalousie ni arrièrë-péh-sées, dans une confraternité, dans Une émulation communès. Oh dirait des frères et des sœurs vivant côte à côte en famille : ainsi la transition se fait insensiblement de l’emance à la jeunesse. Toutes lès fois qu’on a essayé un dédoublement, on a été forcé, après une expérience plus ou moins longue, de revenir à la coéducation.
- Les femmes apportent à l’étude plus de goût, plus d’âbtiVitê, plus d’êhtraînehient que les hommes et, dans une foule de circonstances, elles se révèlent non plus seulement comme leurs égales, mais parfois aussi comme leurs supérieures. Ainsi, dans le courant de l’année 1875, 6807 candidats des deux sexes ont subi les examens nécessaires pour obtenir le brevet de capacité, brevet<qui comporte le minimum de Connaissances exigées des aspirants à la carrière de l'enseignement primaire : Sur les 2259 jeunes gens qui se sont présentés, 145$ Ont été ajournés, 801 seulement ont été reçus ; sur les 4548 jeunes filles, plus de là moitié, 2484 ont obtenu leur brevet. De plus, le maximum de points nécessaire pour cès èxamens étant de 90, la moyenne obtenue par les instituteurs n'a été que de 53.89 ; celle obtenue par les institutrices s’ëst élevée à 57*17.
- [A suivre.) Ludovic MarVinet.
- (Union républicaine).
- JLa ïtiOnnaie chez les anciens
- Pour les Grecs la monnaie n’était — ce qu’elle doit être — qu’üüe marchandise. La taille adoptée n’était que la conséquence logique et matérielle de cette théorie et le tëtradrachme d’argent valait réellement, en mettant à part la tolérance ou l’agio, quatre drachmes d’argent, ou leur valeur similaire en Cuivre ou én or. De la îè très-pètit nombre de pièces fausses qui nous sont arrivées de l’antiquité grecque, la falsification des monnaies ne S’opérant que par le fait de malfaiteurs que la loi punissait très-sévèrement et qui ne .pouvaient-, par conséquent, empoisonner les marchés des métaux.
- Chez les Romains, au contraire, c’est l’Etat qui donne à la monnaie Sa vâleür. Si l’Etat taille une pièce de cui-Yr®Jet,.i.W d°nùe par son empreinte une valeur dix fois supérieure, le public ësi obligé de l’accepter telle qu’on la lui offre* On comprend par là les profits énormes que l’Etat pouvait réaliser de cette façon (sous la République, sur sept pièçeé, l’EjLàt en fabriquait le plus souvent au moiiis une qui était fausse),.ët par suite les effroya-bles crises monétaires qui devaient être la conséquence dAi?ê système. Le IIP sièçle de notre ère nous offre une Sanalogue sôüs. ce rapport à ce qui se passa en Francè soüs le régime Ûës assignats. Même pdint de dé part) meme inextricable confusion*
- UN DES MAUX QUE PRODUIT LA GUERRE
- Si vous avez parcouru un müsée d’antiquités, oû observé ünë collection d’armurëè, il a dû vous arriver de coihpârer lëë armes ét les cuirassés quô ŸouS aviez sous les yëüx à la stature des hommes d*àu-jourd’hui. Cette comparaison faite, vous aurez été frappé de la force physique et de là robuste constitution de nos ancêtres.
- Sans remonter à des temps fort reciilés, il siifilfait d’examiner les armes de l’époque de la Renâissàhcê, les lances et les épées à deux mains du temps fie François IêL
- Où trouver aujourd’hui des.homnies qui pourraient se mouvoir librement dans ces iourds vêtements tout bardés de fer ou brandir ces épées longues de deux mètres ?
- Àh i c’est qu’il y a une dégénérescence physique trop réelle. Depuis an demi-siècle, on en cherche le remède ; le meilleur moyen de le découvrir serait fie remonter aux causes de cette dégénérescence.
- Depuis longtemps on s’élève contre la guerre ; le plus souvent on laisse la question morale de côté pour n’envisager que le côté matériel. On s’appuie pour cela sur cette vérité que les guerres ne profitent pas plus aux vainqueurs qu’aux vaincus, et qu’elles n’ont produit que des haines éternelles et des divisions contraires au bonhéür du genre humain.
- C’est vrai, mais il y aurait un argument plus fort à faire valoir*
- Depuis fie longues années* et surtout depuis là nouvelle organisation militaire,- l’armée enlève lés hommes les plus valides, et ainsi tend à faire diminuer la proportion des hommes de cette série relativement aux infirmes et aux débiles. Et ne voyez-vous pas qttë c’est là Ce qui amène iâ dégénérescence de l’espèce ?
- Quand on Veut améliorer une race quelconque, on fait choix des meilleurs typés et on sacrifie les autres. L’esprit belliqueux fait précisément le cOn« traire, en ce sens qüfil trië lès meilleurs èfc les envoie au combat.
- . Dfiraht lëë longues guerres de Louis XIV, Ûe Louis XV, de la Révolution et de Napoléon Ier* la natidn française a guerroyé contre l’Europe pOtir assouvir fies ambitions. A la fin du premier empire tous les hommes Valides sans exception avaient été recrutés. La fieür de la population dut ainsi languir et souffrir dés fatigues et des privations de toutes sortes. Ceux de sës soldats qui rentrèrent dans leurs foyerë se ressentirent bien vite et bien doUloùreuSé-f ment des suites de la guerre. Les plus nécessiteux ont
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- vu leur descendance apporter en naissant des germes de faiblesse de constitution héréditaire.
- En 1870, après les capitulations de Metz et de Sé-dan, une foule de soldats français, prisonniers de guerre, tombèrent malades et moururent, les uns dans les hospices allemands, les autres dans les camps; au nombre de ceux qui survécurent beaucoup virent leur santé perdue à jamais .
- Il nous a été donné à cette époque, étant prisonnier en Allemagne, d’entendre parler des docteurs prussiens, et de leurs entretiens, il est résulté pour nous la conviction qu’une foule de nos infortunés compagnons mourraient des suites des privations et de la fatigue.
- La prédiction ne fut que trop vraie. Ceux qui survivent à la campagne sont presque tous chétifs ou maladifs; la mort prématurée de la plupart d’entre-eux est imputable à la guerre.
- Pour peu que nous jetions un coup d’œil sur la situation militaire qui nous est faite par l’armement des autres puissances, nous verrons que le mal ne peut que s’accroître. Il deviendrait plus sensible encore si nous étions en guerre. Nous avons donc raison de croire que la dégénérescence physique del’homme ne s’arrêtera que lorsque les peuples seront assez sages pour vivre en paix.
- Alfred Migrenne.
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- Quelques chiffres sur la guerre de 1870. — Outre le nombre épouvantable d’hommes tués ou blessés sur les champs de bataille, outre la perte de deux provinces, outre la perte d'un matériel énorme, outre l’épuisement des arsenaux, outre l’indemnité des cinq milliards, outre les frais de l’occupation, veut-on savoir ce qu’a coûté à la France la guerre de 1870 ?
- La somme énorme de 886,957,738 fr. Ce chiffre résulte de l’évaluation officielle faite au ministère de l’intérieur.
- Les contributions de guerre et les amendes imposées par les Allemands se sont élevées à 229,996,029 francs 40 cent., dont 200 millions payés par la ville de Paris.
- Le montant des réquisitions ^n nature, sans compter celles qui n’ont pas été justifiées, se chiffre par une somme de 137,107,747 fr.
- Les dépenses relatives au logement et à la nourriture des troupes comptent pour 101,809,814 fr.
- Enfin, le montant des dommages résultant de vols, incendies, faits de guerre, occupation des troupes, s’élèvent à la somme de 392,611,839 fr. 70 c.
- Les pertes éprouvées par- les trerfte-quatre départements envahis se chiffrent de la sorte :
- Seine.............
- Seine-et-Oise.....
- Seine-et-Marne....
- Ardennes..........
- Loiret............
- Meurthe-et-Moselle
- Meuse.............
- Marne.............
- Eure-et-Loir......
- Aisne.............
- Somme.............
- Sarthe............
- Loir-et-Cher......
- 269,196,022 fr. 00 c.
- 146,500,940 » 12 » 50,904,041 » 14 » 40,633,735 * 90 » 37,886,609 » 66 » 28,611,180 » 97 » 26,242,760 » 57 » 26,237^675 » 41 » 25,499^341 » 12 » 23,742,839 » 37 » 22,850,443 » 29 » 17,026,660 » 72 » 15,522,693 » 94 »
- Seine-Inférieure..
- Côte-d’Or.........
- Haute Saône.....
- Oise............
- Eure............
- Vosges .........
- Jura............
- Haute-Marne.....
- Aube............
- Haut-Rhin.......
- Yonne...........
- Doubs...........
- Indre-et-Loire....
- Orne............
- Pas de-Galais
- Nord............
- Calvados........
- Mayenne.........
- Cher............
- Saône-et-Loire . . Nièvre..........
- 14,864,964 » 30 » 14,464,427 » 29 » 13,825 505 » 86 » 1 1,567,175 » 62 » 10,516,053 » 90 » 8,785,723 » 85 » 8,761,525 » 70 » 7,401,293 » 40 » 6,672,7*3 » 16 » 6,010,778 » 48 » 5,705,590 »> uO > 5,517,370 » 00*» 4,456,535 » 56 » 3.446,234 » 43 » 2,014,893 » 00 » 1,918,885-» 27 » 692,129 » 41 » 645,317 » 92 » 440,390 » 01 » 30,292 » 27 » 5,618 » 00 *
- Il ne s’agit, bien entendu, dans tous ces chiffres, que des sommes officiellement constatées. Il faut encore ajouter à cela les sacrifices privés non constatés officiellement.
- PETITES NOUVELLES.
- France
- »
- On exagère beaucoup l’importance d’une grève qui vient de se déclarer parmi les mineurs de Firminy, dans la Loire. Il s’agit d’une demande d’augmentation d’un franc par jour, sur laquelle on ne s’est pas encore accordé.
- Quelques travailleurs du puits Pagnat se sont joints aux réclamants, mais, en somme, la manifestation est très circonscrite.
- Il s’est également élevé des protestations contre le peu d’empressement que met la compagnie à remonter les ouvriers, une fois la journée finie.
- Il suffira apparemment de signaler ce grief pour que satisfaction soit accordée aux intéressés.
- Le préfet de la Loire s’est transporté à Firminy, où il a trouvé les esprits très calmes. Il y a lieu de croire que la conciliation se fera dans un délai prochain.
- * *
- Dans son dernier numéro la Nouvelle Rvvuq s’attache à démontrer, par des chiffres contrôlés, que l’agriculture ferait un marché de dupe en s’alliant anx industries protectionnistes.
- « Non, dit M. de Verninx, auteur de cette importante étude, non, mille fois non, nous, agriculteurs français, nous ne voudrions pas, même pour un bénéfice certain — et il serait complètement illusoire, — des droits d’entrée sur des produits agricoles de première nécessité, droits qui n’auraient pour résultat que de rendre plus difficile et plus précaire l’existence de millions de travailleurs qui vivent de leur salaire de chaque jour.
- « Mais nous ne voulons pas non plus que, sous prétexte que les charges de l’industrie ont augmenté depuis 1871, on nous les fasse payer par le renchérissement artificiel, au moyen des.droits dédouané, des tissus qui servent à faire nos vêtements, des métaux et du bois qui servent à construire nos habitations et à fabriquer des outils, des engrais avec lesquels nous fertilisons nos terres.
- « Si telle ou telle industrie nationale, jugée indispensable à la grandeur et à la sécurité de la patrie, comme par exemple la marine marchande, se trouve dans des conditions économiques qui ne lui permettent pas de vivre, qu’on le subventionne franchement par des prim.es directement prélevées sur le budget ; nous en supporterons notre part sans nous plaindre, comme nous suppor-
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- tons les charges de noire rançon, qui sont pour nous aussi lourdes que pour l’industrie ; mais au moins nous saurons où l’on nous conduit et ce que nous coûte l’existence des industries subventionnées... »
- ¥ ¥
- Il paraît que M. Sardou a lu au Comité du Théâtre-Français, une pièce dont l’intérêt repose sur une lutte entrela foi et l’athéisme. L’action se passe sur les bords du lac de Genève, parmi la colonie anglo-américaine.
- Les chauffeurs-mécaniciens du départemnt de la Seine ont donné, dimanche soir, leur premier banquet dans un des salons du restaurant Tavernier, au Palais- Royal. M. Henricy, conseiller municipal, présidait, entouré d’ingénieurs et de professeurs distingués, tous connus par les services qu’ils rendent constamment, dans leurs excellents cours du quatrième arrondissement, à l’intéressante corporation.
- Au dessert, plusieurs allocutions ont été prononcées. M. Henricy a bu à l’entente des patrons et des ouvriers et à la diffusion de l’enseignement parmi les travailleurs.
- M. Gargand, un patron présent, ancien ouvrier, a répondu en d’excellents termes exprimant cette pensée juste que le devoir des hommes qu’on appelle des parvenus est de tendre la main à ceux qui veulent parvenir. Il a été écouté avec la plus visible sympathie et cordialement applaudi. Personne n’est d'ailleurs, dans son terrible métier, et dans beaucoup d’autres, plus populaire que lui.
- La catastrophe épouvantable qui a coûté la vie à six personnes, rue Vicq-d’Azir, a inspiré au savant M. Testud de Beauregard d’émouvantes et éloquentes paroles sur la nécessité qui s’impose d’instruire plus que jamais ces ouvriers. Combien, en effet, l’instruction n’empècherait-elle pas d’accidents affreux !
- D’autres bonnes paroles ont encore été prononcées, tendant toutes à la bonne harmonie entre patrons et ouvriers et à la diffusion de l’instruction.
- ♦ *
- L’administration n’est pas raisonnable envers les ouvriers qu’elle emploie à Paris.
- Voici que dit le Petit Journal :
- Mais une véritable cruauté dont on ne saurait trop blâmer l’administration consiste dans la façon dont elle continue à payer les ouvriers.
- Pe dant la nuit de la débâcle, des milliers d’hommes ont été embauchés et se sont dévoués pour un salaire modeste. Il en est aujourd’hui des quautités qui n’ont pas pu recevoir même un à-compte ; les plus heureux en ont reçu variant de 60 centimes a un franc.
- Malgré les réclamations de la presse, les mairies continuent à appliquer le règlement qui décide que le payement ne doit avoir lieu que tous les onze jours.
- C’est ainsi depuis un mois pour tous ces malheureux. Et pour obtenir des à-comptes dérisoires ils doivent encore faire queue pendant quatre et cinq heures après douze et quinze heures de travail; et si à minuit leur tour n’est pas arrivé on les renvoie sans leur donner rien.
- Nous avons parlé à beaucoup de ces travailleurs ; tous nous ont déclaré qu’il faut avoir une constitution de fer pour résister aux privations qu’entraine ce système.
- Beaucoup, ^ qui ne demandaient qu’à travailler, ont forcément dû se décider à mendier quelques aliments dans les fourneaux et abandonner le travail.
- Tous sont furieux : ils prétendént que les employés, dont les heures sont payées en supplément, mettent dans leur travail une lenteur intentionnelle.
- Nous n’en croyons rien : mais ces colères sont causées par un système qui peut être très bon en temps ordinaire, mais qui est très mauvais dans les circonstances exceptionnelles.
- • * *
- Une réunion privée, organisée par les membres du comité républicain de Sotteville, près Rouen, a groupé une centaine d’ouvriers. Dans cette réunion, M. Chabert et
- plusieurs autres citoyens ont pris la parole sur des questions sociales et de politique générale.
- Au cours de la discussion, M. Chabert s’est prononcé pour le scrutin de liste et s’est déclaré partisan de la propriété collective en principe, mais non pratiquement, actuellement et de toutes pièces, vu l’absence du sens économique nécessaire à l’établissement de ce régime. En un mot. d’après M. Chabert, la question ne doit pas être mise dans les programmes pratiques avant que d’autres réformes en aient facilité l’application.
- M. Chabert s’est déjà fait remarquer par l’activité qu’il a déployée à la fondation de chambres syndicales dans différentes villes, notamment à Toulouse.
- *
- ♦ *
- On écrit d’Orléans au Prolétaire que le mouvement syndical s’accentue dans cette ville. '
- Lejmême journal contient une correspondance de Tou* louse dont nous extrayons les lignes suivantes *.
- L’organisation syndicale ne fait que grandir tous les jours dans notre ville. Plus que jamais les travailleurs comprennent que, par la solidarité, ils pourront résoudre les grands problèmes sociaux qui doivent les affranchir.
- C’es.t imbus de ces principes que des citoyens dévoués se sont groupés par corporations et s’efforcent de faire de nouveaux adhérents et de cimenter l’union de tous les déshérités de la société.
- Toutes les corporations syndiquées se réunissent dans un local commun, assez vaste pour les réunions générales de corporations. Dans la même soirée, les conseils syndicaux de quatre corporations peuvent s’y réunir et délibérer.
- Nous ne pouvons encore vous donner des renseignements précis sur les doctrines sociales qui seront admises dans nos divers, syndicats : toutes les écoles y sont à peu près représentées, aussi existe-t-il quelque confusion; mais nous croyons que l’union se fera, non pas sur telle ou telle doctrine, mais à un point de vue général de solidarité, en les étudiant toutes et en y puisant ce qui est praticable, étant donné l’état social qui nous régit et les quelques libertés illusoires q.ue nous possédons.
- Corporations organisées :
- Chapeliers, sculpteurs, boulangers, tailleurs, cordonniers. typographes, imprimeurs sur étoffe, maçons, menuisiers en bâtiment, peintres, tailleurs de pierre, mécaniciens, lithographes, ébénistes, selliers harnacheurs, plâtriers, doreurs, tourneurs carrossiers, cuirs et peaux, selliers, menuisiers en fauteuil, employés de commerce.
- ¥ ¥
- M. John Lemoinne, rédacteur au Journal des Débats, vient'de publier chez Bonhoure, sous le titre : Le Paganisme ultramontain, une brochure à 10 centimes qui ne manquera pas d’attirer l’attention.
- M. Lemoinne déclare dès la préface que c’est «comme catholique qu’il parle, comme chrétien qu'il attaquz cette effrénée corruption de la religion chrétienne. »
- *
- Suisse.
- A. Genève, les notaires ont été jusqu’ici nommés par l’Etat à la suite d’examen et — s’il y a plusieurs concurrents en présence — à la suite de concours.
- Le nouveau conseil d’Etat de cette petite République, lequel conseil n’est plus en majorité radical, vient de déroger à cet antique usage en portant sans concours au grade de notaires 8 concurrents à cette fonction, alors qu’il n’y avait pas 8 charges à repourvoir.
- Le Journal de Oenêveîàit à cette occasion les réflexions suivantes sur le système du concoure que nous avons nous-mêmes préconisé pour toutes les fonctions :
- « Il faut laisser aux concurrents eux-mêmes le soin de faire leurs preuves et de justifier leurs prétentions. De cette façon, personne n’a le droit de se plaindre, puisque le prix de la course appartient au plus digne, nous vou-
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- LÊ DEVOIR
- Ions dire au plus capable. C’est le système le plus juste, lè plus.logiqüe.
- « C’est le mode de nomination qui offre les ‘plus sérieu-sès garanties; c'est surfôüt. celui qui doit être choisi par l’Ètat, étant celui qui met le plus complètement sa responsabilité à couvert vis-à-vis du public.
- * *
- • Afegletèrire
- Nous avons annoncé dernièrement la mort du duc de portland.
- Son héritier va avoir à payer, au fisc anglais. 400,000 livres sterling (dix millions Se francs) pour droits de suc-cessîôn.
- Voilà un jeune homme vraiment bien à plaindre.
- *
- * * (
- Irlande
- ÏL'és tëûânciers de M. Stoney, à Bella, près Boyle, ont refusé dé payer leurs loyers, sàuf d’après l’estimation établie par la loi sur les pauvres, et celà bien qu’on leur eût offert une réduction de 20 0/0. En conséquence, 5Ï.Stôn;ey leur réclame devant la justice lé montant intégral dèà loyérà, plus lés frais judiciaires.
- Eépagtiè
- Ï1 s’est fonclé à Madrid une société pour venir en aide au* mètres victimes de la tyrannie des évêques. On pronara leur défense vis-â-vis de l’opiniün publique et ou les soutiendra matériellement. Une pareille société seyait bien utile dans d’autres pays catholiques ,où bien des prêtres restent, en gémissant, sous le joug, parce gu’ils ne trouveraient ni appui, ni moyens d’existence après leur rupture avec leurs supérieurs ecclésiastiques.
- ABesullo, village de 300 âmes, dans les Asturies, fl y à, dit la Renaissance*! une petite Eglise protestante ; le Culte èst suivi par 20 à 30 personnes en moyenne; il se célèbre dans la maison d’un paysan qui a été un des remiers à embrasser le protestantisme, et qui est un es habitants les plus estimés dü village. Malgré tout ce qu’a pu faire le curé, cet homme vient d’être nommé concej&l, ce qui correspond à peu près à conseiller municipal. C’est la première fois (|ü’on Voit, én Espagne, un protestant honoré dù suffrage de Ses compatriotes.
- \le Signal.)
- *
- * *
- Austro-Hongrie
- . La guerre a éclaté dans une ville de Hongrie, à Güns, éütre les maris et les femmes. Les premiers s’étant mis à boire êt ayant persisté plus que jamais à pratiquer le culte de la aive bouteille, leurs moitiés se sont fâchées.
- . Mais, au lieu de manifester leur mécontentement par dé tulgâires calottes, les. dames de Güns se sont mises à mêler dé l’arsenic à l’eaü-de vie de leurs hommes..Une quinzaine de cas d’empoisonnement ont été constatés par la justice, et dea arrestations ont été opérées.
- Depuis ces événements, la partie mâle de Güns est sur la défensive et n’ose plus manger et boire, surtout au cabaret,Mœurs primitives, mais dyôles de mœurs.
- L’empire d’Aptriche-Hongrie est fertile en anomalies.
- Ainsi en Autriche le divorçe n’existe pas tandis qu’en Hongrie il existe pour les nop-Gatholiques, hissent-ils blême AUtricpienS. il,résultait de cette situation que plus d’,un Autrichien allait demeqrer en Hongrie, y, abjurait ie catholicisme et demandait ensuite son divorçe.
- Le comte Taafîe a lancé une circulaire interdisant cette pratiq/ue. L6 divorce pe sera plus) possible en Hongrie qu’aux citoyens hongrois non-catholiques.
- Le doctepr Füchs, professeur à la Faculté de droit de Viçnpe fait .remarquer dans s.ps Juridische Blatter que cette cirçulqire manque son but, L’intention du comte Taaffe, dit. il^ est d’erppê.cper.les cathoiipues autriçhipns de d4vpf.cpr.par la voie de l’abjuration. Il a;ipterdit aux communautés protestantes de Hongrie de bénir l’union de ressortissants cisleithans ; mais il ne leur conteste \
- pas le droit de procéder aux mariages contractés entre ressortist'ants hongrois.
- Le divorce, dans ces conditions, ajoutele docteur Fuchs, se complique d’un changement de religion et d’un changement de nationalité. Le gouvernement autrichien l’entrave, mais ne le rend point impraticable. Ce n’est plus qu’une question de conscience et d’argent ; de ce 'côté, là loi est sans moyen d’action. Il suffira d’acquérir le titre dé citoyen hongrois, lequel est délivré en Transylvanie moyennant 500 florins.
- Gela prouve une fois de plus que les lois arbitraires sont toujours tournées.
- * ¥
- Allémàgne.
- Une brochure qui vient de paraître donne la plus triste idée de l’état des classes ouvrières dans l’empire.
- Suivant les données de l’auteur (G. Schlossèr, ufiêr Vagaàundenthum und Hermath), 1800 ouvriers, sans ou-ouvrage ont été hébergés en un seul mois à Sluttgard* autant à Offenbach dans le même espace de temps. Dans le cours d’une seule année, deux petites villes, Fried-berg et Wernigerode ont fourni des secours, la première à 4,000, la seconde à 6,000 individus, réduits à peu près à l’état de vagabonds.
- Dans là grande ville où il afflue* le nomadem’a point de demeure à lui, mais seulement une place a coucher « Schlafstelle, » Les logements où il couche ainsi sont des pandémoniums indescriptibles. On compte à Berlin 45,000 placés à coucher de ce genre,. Or, le nombre des individus qui y passent la nuit est de 78,698* dont 60,574 garçons (üchlafburschen, coucheurs),. et 18,124 filles (Schlàfmœdchen, coucheuses) ; ils n’ont .donc pour la pliipart qu’un lit ou un matelas pour plusieurs.
- Suivant une statistique de la police, sur ces ‘78,698 coucheurs et coucheuses, 26,716 Couchent à deux, 17.490 à trois, 7,340 à quatre, 2,690 â cinq, 1,562 à,six et plus. Dans ces étables humaines, le dernier reste de pudeur et d’énergie- morale s’évanouit bientôt, et l’ouvrier nomade devient un vagabond, un mendiant ou quelque chose de pire encore. ‘ ..
- La principale cause de ce vagabondage, M. Schlossèr la voit dans ce que l’on appelle ici la Freizügigkeit, ë’est-à-dire la liberté d’aller et de venir, et de changer de domicile. Cette liberté n’existe en Allemagne que depuis quelques années. Pour quitter sa commune natale et se fixer dans une autre, il fallait auparavant justifier de moyens d’existence. « Avec la suppression du passeport, dit M. Schlossèr, avec l’abolition de la feuille.de route et du visa* sont tombées les dernières barrières que la sagesse de nos pères avait établies contre un instinct désordonné de migration. »
- Eh non ! cher monsieur Schlossèr vos pères n’avaient pas été sages en établissant la feuille de route et le visa. Ces mesures étaient vexatoires et c’est précisément parce qu’elles étaient vexatoires que le régime de la liberté de déplacement produit les résultats que vous signalez.
- Eh interdisant à l’ouvrier de se déplacer vous lui avez fait désirer le déplacement et aujourd’hui il se déplace plus que de raison.
- C’est une chose fatale que toute tyrannie produit, le jour où eile tombe, l'abus de la liberté contraire. L’usage raisonnable de la liberté ne peut être exigé de celui qui n’a jamais été libre. On ne peut demander l’effet avant d’avoir accordé la cause.
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- Pologne
- Le second numéro Üè la revüe socialiste bolonaise Fownosc vient de paraître, ainsi qde le 2e nfiméro dü Bulletin de. cette revue, qui se publie en ffàfièâiÀ (Administration : Chemin Neuf, 17, Genève.
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- * *
- Russie
- D^hâgono-Mokriévitcil,1 ffaùi drioff Îît Ÿîadisîdv îz-bitsky, ont réussi à s’évader de Sibérie, pendant qu’on
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- LE DEVOIR
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- les transportait dans les .mines, aux travaux forcés. Tous les trois sont déjà.en complète sécurité.
- Nos lecteurs se souviennent que Mokriévitch, et Or-lotf furent condamnés à Kieff, chacun à quatorze ans de travaux forcés pour résistance armée, opposée lors de leur arrestation. Orloff fait déjà sa deuxième évasion. Quant à Izbitsky, on se souvient qu’il fit, avec son frère et Beverly, une tentative d’évasion de la prison de Kieff, que les soldats guettaient les prisonniers à l’issue de la galerie qu’ils avaient creus'ée, et que Beverlêy fut tué. Izbitsky était condamné à 10 ans de travaux forcés.
- (Le Révolté).
- *
- ¥ *
- Italie
- Le procès des socialistes de Florence, est enfin commencé devant la cour d’assises. Voici ce qu'en dit l'Indépendance belge \
- « Les accusés, au nombre de quinze, appartiennent tous à la clàsse ouvrière, à l’exception de Mme Kouli-choff, dont le nom n’est peut-être pas nouveau pour vous! Ce nom parut, en effet, dans le procès que la justice française intenta à Paris contre le citoyen Andrea Costa, internationaliste d’Italie. Mme Koulichoff est institutrice. Elle est accusée de s’être rendue à Florence pour assister à un congrès socialiste dans lequel devait être décidée la révolution. Mms Koulichoff dont le nom indique suffisamment l’origine russe, conteste l’accusation et allègue n’être venue en Italie que pour compléter ses études à l’université de Pise. C’est une femme de beaucoup d’esprit et de talent. Elle parle plusieurs langues, etc...............................................
- « Une autre dame figure dans ce procès. C’est M*»6 Pezzi, chef de la section florentine des dames internationalistes. Elle n’a point nié ses relations avec la célèbre association, et elle affiche avec hauteur les maximes qu’elle professe.
- « Le protagoniste de cette scène judiciaire estM. Natta, mécanicien distingué, qui, à la première audience, a formulé le programme du parti socialiste, qui veut l’anarchie, le collectivisme, la destruction de la famille juridique et l’abolition de toutes les religions officielles. Tous les autres accusés ont adhéré sans restrictions à ce programme. Laissez-moi ajouter, à l’honneur de la vérité, que M. Natta et ceux qui siègent à son côté sont d’une honnêteté irréprochable, et qu’à l’exception des poursuites judiciaires qu’ils ont eu à subir précédemment pour des causes politiques, ils n’ont jamais eu maille à partir avec la police pour un objet criminel. »
- Nous tenions à enregistrer ces aveux d’un journal bourgeois, concernant le savoir et l’honnêteté de ces « malfaiteurs. »
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- Turin vient aussi d’avoir son congrès ouvrier.
- Une commission a été chargée de coordonner dans un rapport les moyens les plus propres à permettre l’institution, le fonctionnement et le développement de la caisse générale des pensions pour les invalides du travail. en tenant compte des discussions et des ordres du jour présentés à l’assemblée.
- On a en outre voté, sur la proposition do M. Corsi, un ordre du jour ainsi conçu :
- « Il sera fait un appel au concours de tous les propriétaire de fabriques et d’établissements industriels et commerciaux de toutes les villes italiennes pour obtenir d’eux qu’ils versent, par l’intermédiaire des sociétés ouvrières, dans la caisse des pensions,_une modique cotisation, basée sur chaque journée de présence des travailleurs employés chez eux, établissant delà sorte un noble accord entre le capital et le travail. »
- On le voit, la question de la caisse de retraite des vieillards et des impotents, dont un groupe d’économistes français s est préoccupée jusqu’à présent sans résultat a faitau-dela des Alpes un pas considérable, et le jour ou de la théorie on passera à la pratique n’est pas éloi-
- gII6.
- L’IRLANDE
- III
- Tandis que se déroulaient les évènements dont nous avons parlé, un parti national s’était formé en Irlande, composé de tous ceux qui voulaient affranchir leur pays de la domination anglaise et de tous les dissidents protestants qui demandaient la réforme des abus.
- A ce parti déjà uni aux catholiques vînt se joindre un troisième élément qui allait donner à la lutte une force et une physionomie nouvelles. Une association secrète dont les forces étaient considérables vint offrir ses services et sa coopération. Elle se nommait Y Association des Irlandais Unis, entretenait une correspondance active avec la République française et pouvait, dit-on, mettre sur pied 300,000 combattants.
- Les Parlements Anglais et Irlandais ne furent pas longs à avoir conscience du danger -menaçant de toutes parts et des cris de concession se firent entendre dans l’une et l’autre de ces deux assemblées. Le Pouvoir fît la sourde oreille, et, pour répondre aux menaces de la ligue â triple tête qui allait l’assiéger, il organisa les Sociétés Orangistes composées de tout ce qu’il y avait de plus fanatique dans le protestantisme et des plus chauds partisans de la domination anglaise. La Religion et la Politique se donnaient la main dans les deux camps.
- Alors commencèrent les provocations poussant âlà révolte ouverte. Alors commença la lutte, lutte sanglante, terrible, et dans laquelle, des deux côtés se commirent des cruautés inouïes.
- Tout le territoire situé entre Dublin et lès montagnes de Wiclow fut un moment en insurrection et un gouvernement provisoire fut installé à Wexford sous le nom dq .Directoire exécutif de la République Irlandaise. On espérait en la France, on alla tête baissée; mais on s’était exagéré les forces dont on pouvait'disposer. L’Insurrection fut d’abord comprimée dans l’Est et le Sud et elle était presque apaisée dans le Nord lorsque le général Humbert débarqua en Irlande à la tête de 1,500 français. Les secours étaient trop tardifs ; les troupes anglaises concentrèrent toutes leurs forces pour attaquer les Français qui, renforcés de quelques insurgés, se trouvèrent à Ballinamuch en présence d’une armée de 30,000 hommes. Le courage des r évoltés fut impuissant, il fallut capituler. C’en é^ait fait de l’insurrection en dépit des plus exaltés et des plus compromis qui, retirés dans les bois et dans les mortagnes faisaient des sorties de temps en temps pour surprendre et massacrer les
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- LE DEVOIR
- agents de l'autorité. Les échafauds se relevèrent. Le pays était dans la stupeur, le découragement était général. Alors, en 1800, le Parlement anglais, dans le but de faire disparaître la nationalité de l’Irlande et sous le prétexte de resserrer les liens qui existaient entre les deux contrées, décréta leur union définitive. Cet acte d’union fut proclamé en 1802. Il abrlissait le Parlement national et laissait aux Irlandais la faculté d’envoyer cent membres irlandais au Parlement anglais qui prit dès lors le titre de Parlement impérial. Les catholiques furent privés du droit d’élection et de représentation.
- "Plusieurs années s'écoulèrent ainsi dans une muette oppression et un désespoir concentré, jusqu’à ce que, le 24 mai 1809, une assemblée générale des catholiques s’étant réunie à Dublin, on posa la question d’une nouvelle association. C’est là que le grand agitateur O’Connell parut pour la première fois ; mais ce ne fut que dans le courant de l’année 1823 que les bases de cette association furent arrêtées et que son but : Vémancipation catholique fut nettement défini.
- On sait la lutte que soutint O’Connell, lutte vive, ardente, mais toujours légale en dépit de tout ce qu’on put faire pour lui imprimer un autre caractère. Les efforts du gouvernement anglais pour étouffer la voix des réclamants furent inutiles et, en 1829, le duc de Wellington lui-même ayant déclaré en plein Parlement qu’il n’y avait plus de sécurité pour l’Angleterre à refuser davantage l’émancipation réclamée, on céda et l’association catholique ayant obtenu ce qu’elle demandait proclama elle-même sa dissolution. Néanmoins O’Connell ne s’en tint pas là et jusqu’à sa mort, comme chacun sait, il ne cessa de protester contre l’Union, d’en demander le rappel et de revendiquer « lehomeRule », c’est-à-dire l’autonomie de l’Irlande.
- Aujourd’hui cette revendication se fait entendre de nouveau; mais elle se met à l’arrière plan des réformes réclamées par les agitateurs irlandais. La question politique s’efface devant la question sociale Ainsi que l’a fort justement dit le Temps dans l’article publié par le Devoir, « le terrain de la lutte a été habilement circonscrit » par M. Parnell dans son discours au meeting de Navan. Qu’on en juge par ces paroles du représentant irlandais :
- « La presse anglaise dit aux fermiers que la seule chose qu’ils aient à faire lorsqu’ils ne peuvent payer leur fermage, c’est d’abandonner leur ferme... C’est le conseil donné par le Times et par lord Beacon-field... Que ces donneurs d’avis gardent leurs con-
- seils pour eux jusqu’à ce qu’on les leur demande... Le peuple irlandais doit se faire justice avant de se montrer généreux, et la seule voie à suivre pour les fermiers c’est de rester en possession de leurs fermes. Qu’ils aillent, s’ils le veulent, trouver le Landlord et lui offrir un loyer raisonnable, mais si celui-ci refuse de l’accepter et d’en donner quittance, qu’ils remettent l’argent dans leur poche jusqu’à ce qu’il plaise audit Landlord de le recevoir. Si tous les fermiers s’entendent entre eux pour agir ainsi et de concert, leur cause est gagnée. »
- Et dans l’appel fait aux Irlandais résidant aux Etats-Unis de venir en aide à leurs frères : « En demandant la propriété du sol pour ceux qui l’occupent, le peuple Irlandais n’entend point confisquer les droits des propriétaires que les lois actuelles doivent reconnaître et protéger. En faisant cette réclamation, il entend donner en échange une compensation équitable. De l’obtention de cette demande dépend le bonheur du pays, son bien-être qui est entre les mains de cette classe capricieuse que 600,000 fermiers, travailleurs n’ayant pas un pouce de terrain, sont appelés à remplacer dans l’occupation réelle du sol. »
- M. Parnell et les auteurs de l’appel ajoutaient que le mouvement actuel n’était point le fait d’un parti et qu’il ne se proposait point de soulever des difficultés aux autres éléments du travail. Affranchir le sol des restrictions qui. empêchent d’en tirer toutes les ressources exigées pour les besoins du pays, sans acception de couleur politique, d'esprit de secte ou de toute autre influence, dans l’intérêt général seulement, tel est le but des efforts réunis de la ligue.
- Enfin il terminait par ces mots : » Notre appel s’adresse à tous les Irlandais disséminés sur le globe, à tous ceux qui sympathisent avec nous et nous les adjurons de joindre leurs efforts aux nôtres pour obtenir en faveur de notre population la possession d’un sol libre, et pour l’Irlande les bienfaits qui doivent résulter du développement complet et désormais sans entraves de ses produits et de ses ressources. »
- C’est donc bien en effet, la question sociale qui est posée dans des termes qu’il n’y a pas lieu d’équivo-quer. C’est la revendication du sol par et pour ceux qui le cultivent et qui sont les fils de ceux que la conquête en a dépouillés.
- Contre qui a lieu cette revendication ? Le tableau suivant l’indique. Il a été dressé en 1877 et nous le tenons d’une source officielle.
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- Nombre de propriétaires. Étendue.
- 5.144 possédant 9*066 3.CT6S 6.892 » 28.968 «
- 7.746 » 195.526 »
- 3.479 » 250.147 »
- 7.969 » 1.955.136 »
- 2.713 » 1.918.528 »
- 1.863 » 2.514.643 »
- 1.198 » 3.675.288 »
- 452 » 3.154.628 «
- 186 « 2.478.493 »
- 90 » 2.558.860 »
- 11 » 1.023.667 «
- 3 » 387.080 »
- D’où il résulte que la population de l’Irlande s’élevant à environ cinq raillions d’habitants, sa superficie étant de plus de 20 millions d’acres (1.634 304 hectares) et le nombre des propriétaires possédant plus d’un are de terrain étant de 23.000, il y a dans cette île 4,968,000 individus n’ayant aucun droit au sol. Dans le nombre de ces 4.968.000 âmes se trouvent les 600.000 fermiers qui exploitent le sol.
- En présence de tels chiffres, et en tenant compte de l’état de dépression agricole qui existe non-seulement en Irlande, mais encore en Angleterre, on peut se faire une idée de la pauvreté de la population irlandaise en général et de la misère d’une certaine classe.
- Si l’on considère que de ces grands propriétaires la majorité ne se soucie de ses propriétés et de l’Irlande que pour en tirer des revenus qu ils dépensent partout ailleurs que dans l'ile, on se figurera aisément que les biens qui unissent fermiers et Land-lords ne sont pas précisément ceux de l’affection. Enfin en récapitulant tous les griefs que nous avons exposés et qui loin de diminuer d’intensité ne font que s’accroître chaque jour, on pourra apprécier le caractère et la portée de ce que l’on nomme aujourd’hui la Question irlandaise.
- G. P. Maistre.
- De
- De 1 à
- De 10 â
- De 50 à
- De 100 à
- De 500 à
- De 1000 à
- De 2000 à
- De 5000 à
- De 10000 à
- De 20000 à
- -De 50000 à
- De 100000 et
- ns de 1 acre 10 acre 30 » 100 » 500 » 1.000 » 2.000 « 5.000 » 10.000 » 20.000 » 50.000 » 100.000 » lu-dessus.
- Lo Calao.
- Livingstone parle d’un oiseau étrange qu’il rencontra dans le pays de Mopaur.
- C’était le Calao d’Afrique Je ne crois pas qu’il existe au monde de mari plus tyrannique et plus jaloux.
- C’est lui qui dispose, plutôt en maître qu’en époux, le lit de sa compagne ; disons mieu e, le nid de son esclave.
- Quand ce nid, creusé au fond d’un arbre, se trouve achevé et que l’heure de la ponte est venue, la femelle entre docilement dans cette alcôve, où nul ne doit entrer, pas même le Calao, le maître !
- Son épouse installée, l’époux se hâte de murer le nid, qui n’est plus un lit, mais un cachot.
- Un petit trou ménagé au -dessus de l’entrée du nid permet à l’air d’entrer,
- C’est encore par cette espèce de judas que 4e mari introduit son bec pour donner à manger à sa femme.
- Il faut reconnaître que le Calao remplit ce devoir avec une admirable ponctualité.
- Il emprisonne sa compagne, mais il la nourrit bien. Seulement, si le mari est tué à la chasse, la pauvre prisonnière est sûre de mourir de faim.
- Cette captivité étrange dure jusqu’à ce.que les petits Calaos aient des plumes, c’est-à-dire près de trois mois !
- Alors le père enfonce a coups de bec le mur de la prison et la famille est libre.
- Vous croyez peut être que le Calao va se délasser maintenant de ses fatigues de geôlier en vivant au milieu de ses enfants élevé* sous les verrous.
- Non ! Il a la manie du cachot, il se met aussitôt en quête d’une nouvelle compagne, qu’il traînera aussi en captivité.
- Il faut absolument qu’il mette quelqu’un èn prison.
- Ajoutez que les conséquences de cette captivité sont terribles pour la femelle du Calao.
- Immobile »t gavée dans son étroite cellule, elle engraisse à vue d’oiil et ce n’est plus qu’une pelote de graisse quand elle sort de son cachot conjugal.
- Gomme sa chair est exquise, c’est alors qu’on la chasse et qu’on la mange.
- Pour elle, la liberté c’est la mort; être mangée, c’est à quoi lui servent ses trois mois de prison.
- Est-ce que son sévère époux n’aurait pas mieux fait de la laisser mourir de faim au sein de sa petite famille?
- Quant aux petits Calaos, c’est merveille de les voir sur le seuil de cette prison qui fut leur berceau ; ils secouent leurs jeunes ailes aux rayons d'un soleil inconnu et bégayent dans leur langue d’oiseau, un pépiement timide qui est chmme un hymne enfantin à cette nature qu’ils admirent pour la première fois.
- Destinée singulière ! ils sont nés prisonniers et ils vivront orphelins. Leur mère était trop grasse ; on l’a tuée. Quant à leur père, ils n’ont jamais vu que la bout de son bec, comme de pauvres captifs n’aperçoivent que la main du gardien qui leur passe la nourriture.
- A la sortie de leur cachot, ils ont remarqué peut-être un oiseau immobile sur la branche ; mais leur cœur ne leur a rien dit.
- Ils le frôlent de leurs petites ailes, et. prenant leur vol, ils semblent dire : « Non, ce n’est pas là le père ; ce ne fut qu’un geôlier ! »
- LE CANAL INTEROCÉANIQUE.
- Panama, par les dons qu’il a reçus de la nature, contrée sous le plus beau ciel et la plus fertile du globe terrestre, par sa situation entre les deux routes cosmopolites, qui y aboutissent, et au milieu des peuples les plus industrieux dn monde, présente donc une immense supériorité sur Suez. C’est lui qui est marqué par la force des choses, comme devant être le centre des communications et des liens universels du globe et de l’humanité. Et voyez, ce petit point, presque imperceptible, a été doté dès l’origine d’un nom prophétique, révélateur de sa destinée! Panama, d’après l’étimologie greco-latine du mot* signifie en effet, amour-universel, le lien moral par excellence. .. .
- Or c’est à Panama que va être établi, parle concours simultané de l’Europe et de l’Amérique et grâce à l’initiative de Ferdinand de Lesseps le canal cosmopolite, reliant tous les chemins de fer, télégra-
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- phes électriques,, canaux et océans, ces routes universelles.
- La création de ce canal interocéanique et de ses conséquences a préoccupé à diverses époques les hommes de science et d’Etat.
- A une époque rapprochée de la découverte de l’Isthme, Charles-Quint avait conçu le projet de son percement ; mais la mauvaise volonté d’un gouverneur et l'abdication de l’empereur firent, échouer ce projet.
- Leibnitz disait (v. 6, v. p. 47, œuvres de Leibnitz édition de Foucher de Careil). « Je conviens que l’isthme de Panama en Amérique pourrait rivaliser avec l’isthme de Suez, si cette partie du monde était aussi fertile et. si les autres richesses lui étaient prodiguées avec, la même abondance. » L'on voit que Leibnitz ignorait la fertilité prodigieuse de cette contrée, et d’ailleurs de nos jours l'objet de son appréciation est bien changé„les contrées qui avoisinent l’isthme de Panama étant beaucoup plus riches que l’Egypte, la Syrie et l’Arabie,, qui avoisinent l’isthme de Suez.
- An commencement de ce. siècle,,de Humbolt, dans dans son fameux voyage aux Gordülères, alla lui-même étudier l’isthme et trouva, non pas un point, mais cinq, où il soutint que le percement était praticable. Ces cinq points étaient.: l’isthme de Darien, la province de Colombie à Ghoco, l’isthme de Tehuan-tepec, au bas Mexique, le lac de Nicaragua et l’isthme de Panama A Chagres.
- Vers le milieu du même siècle, un autre savant. Ampère, de l’Institut, dans son livre intitulé : Pro menade en Amérique, en faisant allusion à l’isthme de Panama», émet les: réflexions suivantes : « La ville inconnue, dit-il, qui s’élèvera un jour sur le point oü sa réunissent les deux Amériques, sera l’Alexandrie de l’avenir ; elle sera de même un entrepôt de l’Orient et de l’Occideut, de l’Europe et de l’Asie, mais sur une échelle tout autrement vaste et dans la proportion du commerce moderne, agrandi, comme l’étendue des mers qui lui sont Livrées. L’isthme, de Panama seras l’isthme de Suez de cette Alexandrie gigantesque, un isthme coupé (comme l’est déjà celui-ci}.Quel pays de la terre pourra le disputer à cette zone favorisée, s’étendant des deux côtés de l’Equateur,, depuis le golfe du Mexique jusqu’à la magnifique rade de Rio-Janeiro, pays admirable, ou croissent dans la plaine toutes'»les plantes tropicales et où, sur les hauteurs, un climat tempéré permet d’utiliser les végétaux de/Europe, qui renferme les plus grandes richesses minérale$4e la terre, l’or de.la Californie, l’argent du Mexique, les diamants du Brésil? Comment ne pas croire que quelque part,, dans cette ré-
- gioh prédestinée, vers le point de jonction des deux Amériques, sur la route de l’Europe et de l’Asie, sera la capitale.future du monde... Le foyer de la civilisation, déplacé par la force des choses et par suite de la configuration même du globe, aura été transporté vers le point marqué par le doigt de Dieu, sur notre planète, pour être le vrai centre de l’humanité. »
- En 1829, Bolivar envoya l’ingénieur Lloyd étudier le problème du niveau des deux océans. En 1838 et en 1843 le gouvernement français envoya des ingénieurs examiner les lieux-mêmes et étudier le niveau des deux mers Plus tard la compagnie anglaise dite ; de Costarica Route, a repris ce travail de nivellement. En 1858, MM. Belli et Thomé de G-amond ont publié un avant-projet de percement à la suite d’un traité, conclu à Rivas avec les républiques de Nicaragua et de Costa-Rica. De nouvelles études ont été organisées par la commission du canal interocéanique, dont le général Türr est président et auxquelles M. Ferdinand de Lesseps a prêté son précieux concours.
- Mais toutes ces tentatives et études diverses n’ont pu aboutir puisqu’elles avaient un caractère purement privé ou national. Le canal interocéanique de Pa-namadoit nécessairement avoir un caractère cosmopolite, neutre et devenir une voie accessible à toute espèce de navires, large, sans écluses, à sas et sans point de partage, facile, avec neutralité garantie à tout événement par toutes les nations, ainsi que l’indique déjà en 1859, M. Lenoir, dans la Science pour tous.
- C’est sur ce terrain cosmopolite et neutre que M» Ferdinand de Lesseps, le créateur du canal de Sue£, a proposé au congrès international réuni à Paris, le 15 mai 1879, l’entreprise gigantesque du canal interocéanique de Panama, à la réalisation duquel sont conviés les capitaux et les ouvriers du monde entier, qu’elle intéresse. Et le 29 du même mois, le congrès réuni en séance pléniène, après avoir reçu communication des rapports des commissions, a voté par 74 voix contre 8, la résolution suivante :
- « Le Congrès estime que le percement du canal « inter-océanique, à niveau constant, sf désirable « dans l’intérêt du commerce et de la navigation, est « possible et que ce canal maritime,, pour répondre « aux facilités indispensable d’accès et d’utilisa-« tion que doit offrir avant tout un passage de ce « genre, devra être dirigé du golfe de Limon à la « baie de Panama. »
- Ce tracé est parallèle ^au chemin de fer déjà existant et a seulement 73 kilomètres de long.ueur et pas ^ne seule écluse.
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- Dans ces conditions le succès de l’œuvre est certain et toutes les nations y sont intéressées; mais s'il y en a qui sont plus intéressées que les autres, ce sont certainement les nations de l’Amérique qui sont destinées par le mouvement immense que produira l’ouverture du canal interocéanique à devenir l'e&-trepét de commerce avec l’Asie, L’Europe et plus tard avec l’Afrique et l’Océanie-Aussi ne peut-on pas comprendre le mobile de certaines oppositions qui se sont manifestées un moment, mais qui heureusement se sont éyanouï.es. aussitôt, „au sein du congrès des Etats-Unis d’Amérique, sous le couvert d'une doctrine, politique s.urannée qui n’a rien, à voir dans une œuvre industrielle et essentiellement humanitaire -
- Quoiqu’il en soit : après avoir subi un temps d’arrêt à la suite d’oppositions et d’obstacles analogues à celles essuyées par celle de Suez, l’œuvre du percement de l’isthme de Panama, va reprendra un nouvel essort. Au moment où nous écrivons ces lignes, M. Lesseps est en route avec sa fanUUhpour Colon sur l’isthme de Panama. Il est accompagné de MM. Couvreux et Hersent, les entrepreneurs distingués des travaux de percement à Suez, d’une escouade d’hemmes compétents, parmi, lesquels sa trouve M. Dirks, l’émirent ingénieur en chef hollandais, si coqnu par la construction du canal d’Amstepdam à la mer, et il sera rejoint sur l'isthme par le général Tottep, la célèbre ingénieur des Etats-’Uqis du Nord, qui a fait le chemin de fer de Panama, et par des ingénieurs envoyés par les Etats-Unis de. Colombe-L’affaire va donc entrer dans la phase pratique.
- A. GlLLIOT.
- Institutrices en AïMét'iqne
- 8qlpn lqs calculs reproduits récemment pan M, 4a L^r veleye, dans son livre sur l’instruction du peuple, il existe, d ans. le Massachusetts 15,000 institutrices et seulement 4,000 instituteurs. Dans, le New-York, 7,533insr tituteurs et 18,925 institutrices.
- Dans les écoles des villes prises isolément, sauf les mêitreç et les directeurs particuliers, en ne trouve que des femmes. Ainsi, à Philadelphie, il n’y a que 82 instituteurs, et 1,112 institutrices. A New-York même, op compte daps les grandes écoles 3 hommes pour 21 ou 22 femmes.
- Dans les campagnes, et surtout dans les Etats de l’Ouest, la, proportion n’est,plue la. même, parce qu’une jeune fille ne peut y rester seule aussi bien qu’un Somme. Les garçons et les filles fréquentent la même école jusqu’à quinze, seize ans, , et c’est merveille dp voir la jeune institutrice maintenir l’ordre dans ce groupe d-’élèves dont plusieurs sont presque aussi âgés qq’ellc 1
- YtXML’QflVBIER.
- On demande fréquemment si dans les autres pays les ouvriers trouvent mieux à vivre qu’en France.
- La solution de cette question dépend du rapport qui existe entre le taux des salaires et le prix des subsistances. Un statisticien allemand a rassemble sur
- ce point un certain nombre de chiffres que cite Y Eco--nomiste français, et qui datent de 1878. Nous croyons devoir les faire connaître en les donnant comme de simples approximations ; ils s’appliquent pour les salaires à quelques professions et pour les subsistances à des denrées de consommation générale. Nous reproduisons seulement ceux qui concernent la France, l’Angleterre, l’Allemagne et lès villes de New-York et de Chicago.
- Yoici d’abord quel était le total hebdomadaire des salaires pour les professions suivantes en 1878 :
- Manœuvre maçon. Forgeron. Charpentier. Plombier.
- Allemagne.. 18 fr. 15 fr. 25 20 fr. 18 fr.
- France. 27 27 27 33 25*
- Angleterre., 40 à 60 36 41 3û
- New-York.., 60 à 75 60 à 90 45 à 60 60 à 90
- Chicago 30 à 52- 7.5 £ 125 37 à 60 60 à i 00
- On voit que, d’après cette statistique, les salaires les plus bas seraient ceux dè l'Allemagne, puis, ert continuant par ordre croissant, viendraient la France, l’Angleterre, New-York et Chicago.
- Quant au prix des denrées, le prix du* pais qp Amérique,, en 1878, était en, moyenne inférieur dé 10 0/0 aux prix de France et supérieur.de. KPD/tbau* prix anglais..
- Lqs pommes de terre coûtaient plus- cher au* Etats-Unis qu’en Europe.
- Pour d’autres articles le relevé'que nous résumons fournit relativement A l’année 1878,- les indication# que voici. :
- Chicago.......
- New-York......
- Allemagne--....-
- France.......
- Angleterre....
- PUIX, DU, LA LIVRE
- Bœuf. Veau. Beurre. CB&fëj là do»K
- 41 c. 67 c. 1 f. . 47 0 f. 89 c.
- 60 73 1 47 » ‘ -
- 91 73: 11 1:5 1 fl 04
- 97 If 0i, 1 30 0 f. 03
- l f. 06 1 18 1 75 i f. m
- En, résumé, pour le pain,, le bœuf, le veam les oaufa, substances qui forment les bases les plus-* larges dè l’alimentation,les deux grandes villes d'Amérique offraient, l’armée dernière, des.avantages inconnu# en France, avantages qui, vraisemblablement, subsistent encore. L’Allemagne présentait: également des pris inférieurs aux nôtres pour une.partie de ces denrées. Mais aux Etats-Unis le vêtement et lœ lo-
- gement sont beaucoup.plus coûteux que sur no.tra continent, L’Angleterre figure dans cetableau.parmi les contrées où l’existence est la, plus dispendieuse* Il serait très délicat d’établir avec précision- le budget détaillé d’un ouvrier selon q^’iL habiterait New-York, Londres, Parisou, Berlin; Cette enquête
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- LE DEVOIR
- seule pourrait permettre de savoir quel est le pays où le travailleur vit le mieux. Mais à raisonner sur le simple aspect des faits et en se contentant des chiffres approximatifs que nous puisons dans la statistique allemande en serait tenté de conclure que pour les professions que nous examinons l’ouvrier français n'est pas le plus mal partagé. Il gagne moins que les Américains et les Anglais, mais relativement aux Américains, il paie certaines denrées moins cher ainsi que le vêtement et le logement ; relativement aux Anglais il paie presque tout à meilleur marché excepté l’habillement; il dépense plus pour sa nourriture que les Allemands, mais ses salaires sont plus élevés. Au reste, aux Etats-Unis comme en Angleterre et en Allemagne il ne paraît pas que les ouvriers soient heureux et ce fait ne peut que confirmer l’opinion que nous venons d’exprimer.
- {Le Siècle).
- Terres exiite» tmbyloniennes
- Les figurines de terre cuite du groupe babylonien, confondues à tort avec des objets de basse époque, sont très petites, d’une terre blanchâtre et dure, parfois travaillées avec finesse; elles proviennent de Chaldée, de Babylonie, de Suse. On y distingue trois types d’époques différentes. Le plus ancien comprend des représentations d’hommes et de femmes, aux formes courtes, d’une plénitude un peu vulgaire; leur coiffure, leurs attitudes, rappellent les figures égyptiennes des premières dynasties. Un fait qui est la grande conséquence pour l’histoire de l’art, c’est que les progrès de la même fckfcrique chaldéo-babylonienne ont produit des ouvrages â’uu style perfectionné, où le réalisme primitif s’est changé en une vérité charmante. M. Heuzey en donne peur preuve une figurine représentant une jeune femme nue, debout, allaitant un enfant. Le type est purement asiatique, un peu rond et plein, mais relevé par des accents d’une extrême finesse. Gela nous donne une idée inattendue du degré de liberté et de grâce que l’art babylonien a dû aUeindre à son entier développement.
- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
- Le Musée artistique et littéraire, revue illustrée hebdomadaire de vulgarisation artistique. Paris, 33, Avenue de l’Opéra, L’an : 14 francs; départements 16 fr.
- Nous assistons depuis quelques asnées à une véritable renaissance artistique. Les beaux arts qui jusqu’ici étaient restés l’apanage d’un public très-limité ont été rendus accessibles à chacun.
- Plusieurs publications consacrées à la diffusion du goût artistique ont vu le jour, et la plus importante d entre- elles, le Musée artistique et littéraires, déjà rendu de notables services.
- L’industrie appelle aujourd’hui Part à son secours et avant qu’il soit longtemps chacun exigera que l’objet d’utilité qu’il achète soit en même temps agréable à J’œil.
- Or cet agrément de l’aspect ne peut être obtenu que par l’étude de l’art, et spécialement par l’étude des œuvres des grands artistes. Le Musée artistique et littéraire en mettant ces modèles à la portée de tous mérite d’être vi vem ent recommandé.
- Nous avons sous les yeux le beau volume de 416 pa-, ] ges que forment les numéros du dernier semestre de !
- cette importante revue hebdomadaire. C’est un ouvrage unique qui doit être entre les mains de toutes les personnes qui s’intéressent aux choses de l’Art.
- Ce travail manquait complètement à notre pays, et on n’avait point encore pensé à réunir et à donner à un prix accessible à toutes les fortunes, la production des œuvres capitales des maitres de toutes les Ecoles et de tous les pays.
- Le tome second contient à lui seul, sans compter fleurons, culs-de-lampe, lettres ornées, plus de 200 dessins signés par Rubens, Poussin, Michel-Ange, Van Dyck, Hogarth, Véronèse, Le Corrège, Prud’hon, Léonard de Vinci, Le Titien, sans compter les maitres modernes et une centaine de gravures des meilleurs tableaux et statues qui ont figuré au Salon. L’art y est représenté dans toutes ses manifestations, l’architecte y trouvera d’excellents travaux et des précieux dessins du vieux Vénitien Vitoria et de notre éminent et regretté compatriote M. Viollet-le-Duc ; les reproductions de la Céramique, de la tapisserie y abondent, et les ornemantistes qui s’exercent sur le marbre, le bronze ou le bois, y rencontreront des modèles charmants signés de noms célèbres.
- Le Musée a fouillé les Galeries et les collections particulières de Madrid à St-Pétersbourg, de Londres à Naples. Nous voudrions voir cet excellent recueil dont la rédaction est aussi curieuse qu’instructive dans les mains de toute la jeunesse qui se livre aux travaux de l’Art. Nul ouvrage n’est plus propre à former et à guider le goût, et à faire connaître les grandes conceptions, les ingénieuses élégances des maîtres, leurs vies, leur action spr leur siècle et leurs procédés.
- Ajoutons que pour répondre complètement à son titre le Musée artistique et littéraire joint à ses gravures de premier choix ud texte littéraire très-soigné.
- C’est ainsi que le Musée publie de charmantes nouvelles de nos bons auteurs, d’André Theuriet par exemple et qu’il insère de temps à autres quelques poésies de Joséphine Soularey, d’André Lemoyne, de Sully Pru-dhomme ou de M. Ed. Champury. Enfin des biographies artistiques, des comptes-rendus d’expositions ou des récits touchant aux arts complètent la partie littéraire.
- Un mot encore. Tout dans le Musée, illustration et texte, est surveillé de telle sorte que les deux beaux volumes qu’il forme chaque année puissent être mis sans hésitalion sur une table de famille. X.
- On offre 350 francs par* mois à un comptable capable de diri-ger, en qualité de sous-chef, les écritures et les "bureaux d’une g'rande comptabilité industrielle.
- On demande pour le même établissement un ingénieur habile à diriger une fabrication d’objets usuels en fonte, fer et tôle, et capable de créer des modèles nouveaux pour cette même industrie.
- S’adresser à M. GODIÎV, fondateur du Familistère, à Gluise (Aisne).
- Le Directeur-Gérant : Godin.
- Saint-Quentin — lmp. de la Société anonyme du Glaneur
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- £e numéro kUomadaire 20 c. DIMANCHE 18 JANVIER 1880
- 3» année, TOME 4 — N” 71
- JOURNAL
- A
- bureau
- GUISE (Aisne
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE par l’envoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant. Fondateur du Familistère
- France
- Un an. . . .
- Six mois . . .
- Trois mois. . .
- 10 f. »* Un
- 6 »»
- 3 Un
- Pays d’Europe
- an. . . . 11 f. »» Autres pays an. . . . 13 f. 60
- Rédacteur en chef : M. Ed. Champury
- on S’ABONNE
- A PARIS
- 5 ,r. N euve-de s-P etits-Champs
- Passage des Deux-Pavillons)
- S’adresser à M. LEYMARIE, administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- L’habitation unitaire. - Semaine politique. — Notes d’un liseur. — Correspondance. — Education des femmes. — Le droit prolétaire. — Petites nouvelles. — Le rachat des chemins de de fer. — Militarisme et industrie. - L’Irlande. — Les caisses d'épargne postales en Angleterre. — Variétés.
- plus développée, celle que nous adresse un écrivain bien sympathique aux idées que nous représentons, M. E. de Pompéry.
- Cet ami entoure les objections qu’il nous présente de considérations qui ne sauraient être résumées sans nuire à la clarté de sa pensée. Le plus simple est donc pour nous de les reproduire telles quelles en y répondant au fur et à mesure.
- L’HABITATION UNITAIRE
- Réponse aux Objections.
- Nos articles sur les habitations ouvrières nous ont valu plusieurs lettres : les unes nous présentent des objections, les autres nous demandent quelques explications complémentaires sur des points que nous n’avons fait qu’effleurer; toutes témoignent de l’intérêt que nos correspondants portent à la question et de 1 importance qu’ils lui reconnaissent.
- Les objections qui nous sont présentées et les demandes qui nous sont faites pouvant être nées dans l’esprit de plusieurs de nos lecteurs autres que nos correspondants nous croyons utile de faire une réponse publique.
- Toutefois comme la place nous fait défaut pour répondre d’un coup à ces différentes lettres, nous en ajournons plusieurs à la semaine prochaine, faisant choix pour aujourd’hui de la
- Cher Monsieur, nous écrit M. Pompery, vous démontrez parfaitement bien la supériorité de l’habitation unitaire sur les habitations dispersées, et au point de vue matériel, cela est incontestable.
- Toutefois, en lisant votre article, cela m’a fait penser que je n’avais pas moi-même suffisamment insisté dans mon Cas de Socialisme pratique (1), sur un autre côté de la question.
- Ce n’est pas tout, que le matériel soit là devant nous, présentant d’incomparables conditions de bien-être et de sociabilité, il faut encore que les hommes soient en état d’en profiter et d’en jouir Autrement il arrive que l’habitation unitaire, avec tous ses avantages, ne convient pas aux hommes et se trouve repoussée par eux, avec dédain, avec mépris.
- C’est ce qui est arrivé pour les cités ouvrières de l’empire et pour celles des employés de l’octroi de Paris, comme je l’ai oui raconter hier soir.
- Plus vous rapprochez les Hommes les uns des autres, plus il est nécessaire qu’ils aient des vertus sociales. Et l’on peut dire avec vérité que tel genre d’habitation correspond à un certain degré de sociabilité.
- Je ne crois pas que les Peaux-Rouges puissent vivre sous la tente de Momades réguliers comme les Arabes et les Tartares. Ceux-ci ont des moeurs qui ne s’accommodent point du premier degré des demeures stables telles qu’en ont les Kabyles. Et sans doute ces Kabiles ne se trouveraient pas à l’aise dans nos villes.
- (1) Voir la Philosophie positive, n* de juillet 1879.
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- Cecî est parfaitement vrai.
- Le mode d’habitation doit-être constamment approprié aux besoins du milieu social. Il en a été ainsi dans le passé, il doit en être ainsi dans l’avenir. C’est même à nos yeux une raison de plus en faveur de l’habitation par grands édifices.
- En effet, notre siècle n’est pas identique à ses devanciers. Il n’a ni leurs goûts, ni leurs occupations, ni leurs besoins. Le travail y a pris un essor inouï et les villes y prennent une extension considérable. La grande industrie, inconnue dans le passé, groupe aujourd’hui des milliers d’ouvriers sur un même point. Des besoins nouveaux résultent de ce nouvel état de choses.IVhabitation nouvelle doit répondre à ces besoins nouveaux. L’habitation du bon vieux est un anachronisme à notre époque. Autres temps, autres moeurs. Il faut aujourd’hui que l’habitation réponde à des conditions de proximité, de groupement, d’économie de temps qui étaient inconnues dans le passé. Ces conditions, l’habitation unitaire est seule en mesure d’y répondre.
- C’est ainsi que les employés de l’octroi de Paris, reprend M. de Pompery, ont regardé comme une tyrannie et un supplice d’être logés avec leurs familles dans une habitation commune, plus confortable sans doute que leurs logis dispersés dans Paris.
- En effet, il n’est pas agréable d’être associés dans le détail de la vie de tous les jours avec des personnes dont les mœurs, l’instruction, les habitudes, dont le moral s’éloignent trop des vôtres. On conçoit que, quels que soient les avantages matériels, * on puisse les repousser par une sorte d’horripilation morale,
- Qui ne préférerait manger seul, à 40 sous, que de dîner à la Maison-d’Or, à 100 francs par tête, ne dût-on pas les payer, avec des gommeux sans états et sans cœur ?
- Le matériel n’est donc pas tout, il faut absolument que le moral y corresponde.
- A l’heure qu’il est, peu de personnes, je le crains, sont assez dignes d’un Familistère.
- Les sentiments supérieurs de la créabilité et la culture de la raison ne sont pas encore assez développés dans le plus grand nombre d’entre nous. C’est encore plus là ce qui nous manque que les possibilités matérielles.
- Une des erreurs dèFourier a été de dire et peut-être de croire qu’il suffisait d’un bon mécanisme social pour changer l’homme très-promptement. L’organisme humain ne s’améliore que lentement et avec les siècles. L’histoire ne le démontre que trop.
- Certes, pour qu’une institution réponde complètement à ce que l’on attend d’eHe, il faut que les hommes soient à la hauteur de l’institution’.
- Mais serait-il raisonnable de demander que la perfection fut atteinte dès l’abord ? Ne faut-il pas un apprentissage en toutes choses ? Donnez aux populations intéressées le moyen de faire cet apprentissage. Ouvrez à tous l’habitation unitaire, même à ceux dont les sentiments de sociabilité sont peu développés. Ils y vivront les premiers temps comme ils auraient vécu dans les grandes maisons des grandes villes. Ils ne sauront pas dès l’origine faire donner à l’institution tous les fruits qu’elle donnera un jour. Mais petit à petit ils s’y feront, ce qui ne serait pas arrivé si ce moyen de progrès n’avait pas été à leur portée. Pensez-vous que l’on parviendrait à développer leurs instincts do sociabilité si au lieu de les réunir on continuait à les isoler ?
- Pour que la population d’un Familistère se mette à la hauteur de l’institution, il faut qu’elle ait cette institution sous les yeux, qu’elle se familiarise avec son fonctionnement, qu’elle en reconnaisse les avantages, en un mot quelle y prenne intérêt.
- Or tout cela pensez-vous pouvoir l’obtenir sans avoir au préalable mis le palais social à la portée de ceux qui seront appelés à en profiter ? Eh quoi ! pensez-vous que celui qui n’a point de cheval peut apprendre l’équitation, que celui qui demeure loin de tout étang ou de tout cours d’eau peut devenir un fort nageur ? C’est le milieu qui sert à développer les aptitudes et non les aptitudes qui font naître le milieu.
- Nous sommes d’autant plus surpris de l’objection de M. de Pompery qu’il sait par lui-même quelle paix règne au Familistère, et qu’il n’ignore pas que la plupart des' habitants y sont venus de la campagne ayant des habitudes déjà contractées et n’ayant qu’à un très faible degré de développement ces sentiments de sociabilité que le mot urbanité précise à merveille. ‘ Assurément Fourier s’est fait illusion, mais il y a une certaine dose de vrai dans ce qu’il dit de l’influence Heureuse d’un milieu bien perfectionné.
- Nul doute, poursuit M. de Pompery, qu’un bon milieu n’exerce une heureuse influence, socialisante sur les individus . Mais on ne triomphe pas aisément des causes héréditaires qui ont fait nos pères et nous ont fait nous-mêmes. Nous sommes les fils d’êtres instinctifs, bruts et violents, qui ont fait de la femme leur premier esclave et leur première victime, qui
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- , vidait leurs semblables à l’état d’aiximaux Snmestiques, qui ont vécu de pillages et de meurtres, d°i ont adoré la force et déchaîné la guerre sur la qUrface du globe. Voilà nos points de départ et nous nous en sentons encore. Hélas S cela n’est que trop
- éVTl faut du temps et des générations pour modifier ce fonds de brutalité primitive.
- Raison de plus pour ne pas retarder davantage les réformes, Plus on les réalisera tard, plus les résultats se feront attendre.
- Tous les progrès moraux se sont heurtés à leur origine aux influences des mœurs antérieures. Ils n’ont été des progrès que parcequ’ils ont diminué en une certaine mesure l’intensité de ces influences.
- Au temps de l’esclavage les hommes libres, témoins de l’état d’abrutissement et de corruption des esclaves, auraient, cru mal faire de les affranchir. Ce vil bétail humain leur paraissait indigne de la condition d’hommes libres. Et pourtant c’est à l’affranohissoment des esclaves qu’est dû l’état de notre civilisation. Les premiers qui parlèrent de cette grande mesure de justice furent traités de sophistes. Us devançaient le niveau général des esprits.
- Eh bien, nous prétendons qu’aujourd’hui il est nécessaire de devancer en faveur de la classe ouvrière le niveau général des esprits. Cela est indispensable pour que le progrès social s’accomplisse.
- Je ferai encore observer que.dès que les hommes sont groupés aussitôt surgit la nécessité d’une règle, d’une loi commune. Car nous sommes encore loin de l’époque où les sentiments de sociabilité étant prépondérants chez la plupart des hommes, où la culture morale et les habitudes posées, bienveillantes,étant généralisées, chacun de nous pratiquant librement la vie sans nuire à autrui, se fera lui-même sa loi qu plutôt sera une expression normale de l’humanité, vivant dans la justice, la liberté et le bien être,.
- En attendant, il faut une règle, une loi. Aujourd’hui on ne peut guère plus souffrir qu’elle soit imposée. Reste donc que cette loi soit faite par les associés, vivant ensemble et matériellement voulant lui obéir, à moins de déraison et de folie.
- Non, il n’est pas nécessaire qu’il y ait une loi. La force des choses y suffît. Voyez ce qui se passe au, Familistère. Le fait que chacun s’y connaît exerce une influence sérieuse sur la population. Chacun a son point d’honneur et tient à ne pas faire mal juger de lui. Une con-duite publiquement condamnable soulève bien
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- vite contre celui qui s’y livre la réprobation 'générale, Il se sent vite gêné. Au contraire celui dont la conduite est convenable a la satisfaction de jouir de l'estime de son entourage. Les natures corrompues au point de ne pouvoir se policer se trouvent déplacées et ne restent pas; les autres au contraire se plaisent et restent, et se plaisent d’autant mieux que leur voisinage est plus choisi qu’il ne le serait avec un autre mode d’habitation. Il se fait ainsi une épuration, un vannage qui tourne au profit de l’institution et de ceux qui en profitent.
- Dans les cités ouvrières de l’empire, conclut M. de Pompery, et sans doute dans celles des employés de l’octroi, on avait établi une règle, une discipline, qui étaient imposées; et nul doute que cette mesure a constitué une cause grave de répulsion pour leurs habitants. En outre, le plus grand nombre d’entr’eux n’étaient pas suffisamment préparés pour cette existence supérieure et manquaient de vertus sociales suffisantes.
- M Godin a procédé, au Familistère d’une manière plus heureuse et plus lente. Il a commencé par faire la loi, établir la règle; mais, aussitôt qu’il l'a pu, il a appelé les habitants du palais social à s’occuper eux-mêmes de régler leurs affaires, à s’entendre, à se gouverner et diriger.
- Il ne s’est occupé que de les rendre dignes d’être leurs maîtres, de savoir se conduire par eux-mêmes, pour leur plus grand avantage et avec le sentiment de la justice et de l’humanité.
- M. de Pompery est mal servi par ses souvenirs. En parlant d’une loi faite à l’origine du Familistère il est complètement dans l’erreur. Il n’y en a jamais eu, pas un seul jour.
- Au moment où les premiers locaux ont été livrés à la population, M. Godin a donné quelques conférences pour expliquer le fonctionna?-ment et faire comprendre les avantages du Familistère. Tout s’est borné là. Il y a bien eu, dans les tout premiers jours, quelques tâtonnements de la part de la population : cette manière de vivre était si nouvelle pour elle ! Mais c’est par la voie du conseil amical et ensuite par l’ascendant moral de la masse sur l’individu que les mauvaises habitudes ont été entravées, La liberté des habitants a été respectée dès 1$ premier jour et de la manière la plus complète. Aujourd’hui les bonnes habitudes sont contrat tées et leur seule influence suffit à faire prendre le pas aux nouveaux venus.
- C’est pourquoi le Familistère ne doit pas être rapproché un seul instant des cités ouvrières
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- de l’empire. Dans celles-ci la liberté individuelle était entravée par des règlements..sans par-
- ler des craintes plus ou moins fondées de se croire sous l’œil des mouchards.
- Deux mots encore.
- Avant peu les statuts définitifs de l’Association du Familistère recevront la sanction légale. Ils paraîtront immédiatement en volume. Nous les considérons comme devant faire événement dans le monde des penseurs. Ils ont ce titre exceptionnel à l’attention publique d’avoir été l’objet d’une étude de vingt années, corroborée par une expérimentation progressive.
- Nous n’avons pas à apprécier aujourd’hui leur portée au point de vue des relations industrielles, mais nous ne devons pas clore cet article sur l’habitation unitaire sans dire que ces nouveaux statuts s’efforcent de substituer dans la propriété et la gérance du palais social — et cela autant que la loi française le permet — le principe démocratique au principe autocratique, seul universellement pratiqué jusqu’ici.
- Ed. Champury.
- LA SEMAINE POLITIQUE
- Les Chambres. — On attend toujours le programme du Cabinet, dont la rédaction demeure toujours un mystère, il est vraisemblable que le président du conseil montera à la tribune au moment même où cette revue hebdomadaire paraîtra, de telle sorte quùl nous sera impossible de porter cette fois encore, la déclaration ministérielle à la connaissance de nos lecteurs. Au reste, comme nous l’avons dit, les actes nous intéressent infiniment plus que la parole. En ce qui nous concerne nous attendrons donc avec infiniment de patience que l’oracle ait parlé. Le seul fait intéressant a relever, fait auquel on a donné presque la proportion d’un évènement est la médiocrité significative du nombre des voix qui ont porté M. Gambetta à la présidence, élu l’an dernier par 314 voix, il n’a obtenu mardi que 259 suffrages dans une Chambre qui compte 380 républicains, 40 bulletins blancs ont été déposés dans l’urne. Notons qu’il faut 268 voix pour former la majorité absolus, puisque la Chambre compte 535 membres. On voit tout de suite les conséquences du vote de mardi. Certes nous ne disconvenons pas que beaucoup de députés républicains, étaient absents, mais il est certain que l’extrême gauche et peut-être même une fraction de l’union républicaine a voulu donner un avertissement au chef de l’opportunisme , accusé par beaucoup, d’exagérer la doctrine politique dont il s’est fait le promoteur. Il ne faut pas se le dissimuler la désunion des divers groupes républicains tend à s’accentuer de plus en plus et *il nous paraît douteux que le Cabinet nouveau ai t la • vertu de reconstituer l’unité d’une majorité dont la désagrégation est- imminente. Cette situation n’est pas sans gravité et mérite de fixer l’attention. Aucun autre incident sérieux n’est à signaler; M. Martel, au Sénat a
- été réélu président à la presque unanimité des votants et, de même qu’à la Chambre les séances ont été jusqu’au moment où nous écrivons, consacrées à la nomination des autres membres des bureaux et à celles des questeurs. Entre temps les groupes parlementaires tiennent des réunions qui présentent un médiocre intérêt On pelote en attendant partie, c’est-à-dire eu attendant le programme ministériel qui servira de prétexte, de base, si l’on veut, au groupement des parties et à l’établissement de la majorité.
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- Le remaniement des bureaux de la g-ue sre. — Le général Farre a signalé son entrée au ministère par un coup d’éclat, qui a eu un retentissement considérable; il a catégoriquement évincé le corps d’état-major et cinq directeurs On annonce que beaucoup de chefs de bureau seront également remplacés cette mesure énergique devant laquelle avaient reculé tous les prédécesseurs du général Farre a été généralement approuvée par l’opinion qui voyait avec peine les traditions de routine et de réaction s’éterniser dans les bureaux de la guerre, et paralyser le bon vouloir des ministres les plus disposés à introduire d’utiles réformes dans l’organisation de l'armée. Ajoutons que le maréchal Canrobert n’est plus président delà commission de classement et que le général duc d’Aumale va être relevé de ses fonctions d'inspecteur général. Voilà un début qui promet. M. Farre vient de faire table rase. Il a toute facilité pour réprimer les abus, puisqu’il a placé à la tête des diverses directions de son département des hommes à lui. Il serait impardonnable s’il restait en si beau chemin et s’il n’aboutissait pas.
- Le mauve me ut judieiaire. — Le Journal officiel a publié cette semaine un important mouvement judiciaire. M. Jules Cazot a commencé à réaliser les espérances que son arrivée à la chancellerie a fait concevoir aux républicains. Trente-trois magistrats des parquets, maintenus par l’incroyable faiblesse de M. Le Royer, ont été enfin rendus à la vie privée. Le pays, trop longtemps persécuté par ces tyranneaux de première instance, saura gré au garde des sceaux de la promptitude avec laquelle il lui a donné satisfaction.
- Parmi les nominations, nous avons remarqué avec un grand plaisir celle de M. le sénateur Ronjat, homme de mérite et ferme caractère, un des signataires de la proposition d’amnistie, comme avocat général à la cour de cassation. M. Tappie, républicain convaincu qui, dans un discours de rentrée à Bordeaux, demandait la réforme de la magistrature, est nommé procureur général à la cour de Nimes.
- M. Chudeau devient avocat général à la cour d’Angers. L’opinion publique est encore émue du scandaleux incident soulevé par l’arrêt de la cour d’Angers, qui innocentait les diffamateurs de l’honorable M. Ghudeau, alors substitut du procureur général.
- Nous attendons M. Cazot au moment où il se trouvera en présence de la magistrature assise. Sa fermeté d’aujourd’hui nous permet de bien augurer de sa fermeté de demain.
- * -¥
- Le mouvement préfectoral.— Le Journal officiel a publié un décret nommant M. Camescasse, préfet du Pas-de-Calais, directeur de l’administration départementale et communale au ministère de l’intérieur, en remplacement de M. de Crisenoy, et un décret nommant M. Rousseau directeur du secrétariat et de la comptabilité au ministère de l’intérieur et des cultes, en remplacement de M. le baron Normand, admis sur sa demande à faire valoir ses droits à la retraite.
- Un nombreux mouvement préfectoral a suivi,qui porte sur 18 préfets. 14 secrétaires-généraux, 61 sous-préfets et 67 conseillers de préfecture. Ce mouvement consiste uniquement eu mutations ; il y a seulement deux conseillers de préfecture révoqués. M. Lepère est-il bien sûr que tous ses préfets méritaient d’être conservés. En résumé ce mouvement, si étendu (Ju’il soit n’a Aucune sF
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- unification Le départ de M. de Crisenoy,clérical avéré et républicain simulé,mérite seul d’être relevé et approuvé.
- ¥ ¥
- L’exposition de Melbourne, — M. le ministre de l’agriculture et du commerce vient d’adresser aux présidents des Chambres de commerce et des Chambres consultatives des arts et manufactures une circulaire relative, à l’Exposition universelle internationale crui se prépare à Melbourne Le ministre appelle toute l’attention de ses correspondants sur les motifs d’intérêt national qui font souhaiter que les arts et les industries de la France soient dignement représentés en Australie. Les expositions universelles sont devenues un besoin, un stimulant indispensable ; elles servent à constater les ressources de chaque peuple ; on voit, grâce à ces concours internationaux, ce que chaque pays produit et ce qu’il consomme, et ainsi tend à se produire entre les nations un équilibre économique avantageux pour tout le monde. Le ministre de l’agriculture et du commerce invite, en conséquence, les présidents des Chambres de commerce à faire ressortir, aux yeux des industriels de leur région, les avantages que le gouvernement est en mesure de leur offrir s’ils veulent participer à l’Exposition de Melbourne et contribuer ainsi à naturaliser dans les colonies anglaises du Grand Océan les produits français que notre" commerce n’est pas encore parvenu à y faire adopter.
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- Le eoaflit entre les Chambres Italiennes. — Le Sénat italien persiste dans son opposition contre la suppression de l'impôt de la mouture adoptée par la Chambre des députés. A l’appui de cette réforme, fort populaire en Italie, le gouvernement, d’accord avec ta Chambre, avait proposé la création d’impôts nouveaux et la réalisation de certaines économies appelées à compenser le déficit causé par l’abolition de l’impôt de la mouture. Sur la proposition de M. Saracco, vice-président du Sénat et rapporteur de la loi, la Chambre haute a persévéré dans son opposition et adopté l’ordre du jour suivant : « Le Sénat, en attendant que des mesures efficaces permettent d’abolir graduellement l’impôt sur la mouture sans danger pour les finances, suspend toute délibération sur le projet d'abolition de l’impôt, et passe à l’ordre du jour. »
- Un conflit est donc menaçant entre les deux Chambres italiennes; toutefois il n’v a pas lieu de désespérer absolument de la conclusion d’un compromis admettant le principe de l’abolition graduelle de l’impôt de mouture, et faisant disparaître les nombreuses.mesures restrictives dont le Sénat a cru devoir l'accompagner.
- La situation en, Espagne. — On s’est demandé à la suite des événements dont nous arons parlé, si le ministère Canovas del Castillo n’aurait pas l’intention de se tirer de la crise parlementaire en faisant voter par la majorité une loi déclarant la vacance des sièges que la minorité est résolue à ne plus occuper, au Sénat et au Congrès, jusqu’à explications fournies au Congrès par le premier ministre. Ces prévisions ne paraissent pas dénuées_ de vraisemblance. « Ce bruit s’accentue, dit 1.Impartial. Cependant, des ministériels lui donnent un démenti furmel, en disant que M. Canovas s’est toujours montré contraire à cette solution. » Le même journal dit toutefois : a Le gouvernement se trouve dans l’alternative de prendre cette grave résolution, sans base légale et sans précédents dans notre histoire parlementaire si agitée, ou de conseiller au roi la dissolution des Cortès. *
- U y aurait bien une troisième solution : la formation
- ?nie4-?11.n-lstèr^ dont. M- Sa£asta> le chef du parti dit constitutionnel, serait le président. Il paraît qu’on y a songé, carie maréchal Martinez-Campos a promis, le cas
- timfpH^ COnC?U(rV-\.¥' Sa^'asta> P^t'vu que lk poli -
- douiPnl mi UMCVfut llbérale aux Antibes. Mais il est douteux que M. Canovas se retire des affaires, pour ce molli que la minorité se retire du Parlement. L’explica-
- tion donnée par lui, au Sénat, de sa conduite au Congrès paraît être un premier pas vers la conciliation, et si la minorité eu faisait un second , en rentrant au Congrès, il est probable que le ministre ne serait pas avare de bonnes paroles à son égard. Mais les bonnes paroles suffiront-elles pour apaiser la crise ; nous en doutons.
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- 3La concent ration de troupes en Pologne. — Nous avons déjà parlé des bruits qui courent relativement à la concentration de troupes en Pologne, bruits que le Standard, a particulièrement propagés. Ce journal annonce que ni M. deNovikoff ni M. d Oubril ne donneront d’explications relativement à ces mouvements de troupes. Donner des explications serait admettre que le fait est vrai; or, le gouvernement russe le nie absolument. D’ailleurs on assure que les puissances intéressées auraient officieusement interrogé le cabinet de Saint-Pétersbourg à ce sujet. Il aurait répondu qu’il n’y avait rien dans cette mesure qui dût inquiéter les voisins. Cette concentration s’explique par le simple fait que le danger (l’une collision avec la Turquie étant écarté, par suite de la formation d’une ceinture de principautés indépendantes, la Russie n’a plus besoin de maintenir de fortes garnisons en Crimée et dans la Bessarabie, et que les troupes ainsi devenues libres ont été envoyées en Pologne, les cantonnements dans ce pays étant plus avantageux. Nous donnons cette explication pour ce qu’elle vaut.
- IL© conflit •m.onténég'rlïi.. — On sait que, par le traité de Berlin, la Porte ottomane s’est engagée à céder au Monténégro les districts de Plava et de Gousi-nié. La cession devait être opérée le 12 décembre dernier. Mam les Albanais musulmans de ces districts et des régions voisines s’irritaient de voir passer les deux districts sous la domination d’un peuple chrétien. Ils réclamèrent auprès de la Porte ottomane. Celle-ci leur fit répondre, par trois proclamations successives de Moukhtar pacha, que ces districts avaient cessé de faire partie des Etats du sultan ; qu’en conséquence, toute résistance serait illégale.
- Les Albanais ne se découragèrent pas, et l’occupation fut ajournée. Cependant, des troupes monténégrines reçurent enfin l’ordre de tenter l’occupation. Il leur était prescrit, dit-on, de se retirer si elles rencontraient de la résistance. Les Monténégrins trouvèrent en face d’eux des Albanais en armes, ils se retiraient lorsqu’ils furent attaqués par ces musulmans. Quoiqu’au nombre seulement de trois mille, ils battirent environ douze mille Albanais, Ce fait d’armes résoudra probablement la question de l’occupation monténégrine.
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- ILeæ flnan<*es égyptiennes. — Une dépêche anglaise, que nous avons sous les yeux, indique les bases de la liquidation égyptienne, sur lesquelles le khédive et les contrôleurs européens de la caisse de la dette se sont mis d’accord. La moukabala est supprimée. L’intérêt de la dette unifiée est réduit à 4 0x0, avec promesse d’élever plus tard ce chiffre si l’on obtient un excédant de recette. Enfin, la dette à terme est convertie en dette perpétuelle (unifiée). Si ee'plan s’exécute exactement, la position des créanciers de l’Egypte s’améliorera sensiblement : au lieu de ne rien toucher des 6 (qO qui leur sont dus; ils toucheront les 4 0q0 auxquels on les réduira.
- ILe» Angolais ©t 1© travail. — La situation seuble se compliquer quelque peu au Transvaal. Suivant le Daily Telegraph, des Boers en arrhes interceptent les communications, et une collision serait considérée gc -néralement comme possible d’un moment à l’autre.
- Les arrestations ordonnées par sir Garnet Wolseley ont produit une grande sensation parmi les Boers, Un nota -ble Boer, du'nom de Grandme Abel, est décrété d’arres tation sous l’inculpation d’avoir conspiré avec SecocoenL
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- Lé quatre-vingtième régiment va être maintenu pour le moment eû résidence dans un des ports importants du pays, ^
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- L’Afglmnistan. — Le gouvernement des Indes tient l’opinion si peu au courant de ce qui se passe en Afghanistan qu’il est difficile de savoir si les nouvelles non officielles ont ou non une importance réelle. Toutefois il y a évidemment lieu de tenir compte des dépêches privés. Or, au moment même oh le général Roberts télégraphie qu’il est maître de Caboul, que l’ennemi s’ôst enfiii dans toutes les directions, et que les habitants de Caboul répudient toute espèce de participation à l'in-shrrection, on mandé de Lahore qu’un nouveau mouvement se prépare contre les Anglais et qu’on peut s’attendre à le voir éclater d’un moment à l’autre. Maho-ihed Jan, qu’on croyait absolument battu, est rentré tranquillement, comme nous le disions il y a quelques jours, dans la forteresse de Ghazni, d’où il a donné le Signal de la dernière insurrection. Les Ghilzais et les ^ardaks n’ont pas déposé les armes, comme on l’avait dit. Enfin Abdur-Rahman recrute une armée dans le Kohistan, ce qui prouve que l’expédition anglaise dans ce pays n’a pas eu les résultats qu’on en attendait II est donc évident que la prise de Caboul n’est pas le prélude de la paix et que la lutte recommencera tant que ^Angleterre occupera l’AfghanisLan.
- D’autre part, le bruit d’une prochaine expédition russe contre Merv a provoqué une vive émotion en Angleterre- Les journaux de presque toutes les nuances demandent que l’on réponde à cette expédition par l’occupation de Hérat, et qu’on empêche même les Russes de s’emparer de Merv.
- Elections en Amérique. — Les élections législatives de l’Etat du Maine ont donné lieu à des troubles nombreux. Les démocrates ont saisi l’occasion d’appliquer à leur profit le système que les républicains avaient imaginé pour s’assurer une majorité dans les législatures du Sud. Les républicains du Maine se voyaient déjà triomphants sur toute la ligne ; mais les démocrates, instruits par l’expérience, ont compris le parti qu’on pouvait tirer de la complaisance d’un Retur-ning Board. Le gouverneur, M. Garcelan, et son conseil, ont annulé sans phrases les élections républicaines qui leur semblaient entachées d’illégalité, et en un clin d’œil les démocrates sont redevenus le parti dominant dans le Maine.
- Dans ces circonstances, la minorité républicaine n’a pas voulu siéger à la législature, et cette abstention empêche la constitution du pouvoir exécutif de l’Etat. Le général Chamberlain remplit temporairement les fonctions de gouverneur, et annonce l’intention de remplir ces fonctions jusqu’à l’élection régulière du nouveau gouverneur.
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- Les île» Samoa — Les journaux officieux allemands s’appliquent à créer, à propos des îles Samoa, un mouvement d’opinion favorable à l’établissement de colonies allemandes. Le Nord et VItalie ne croient pas au succès de ces efforts ; ils doutent même que l’Allemagne réussisse à prendre possession des îles Samoa. Pour notre part nous croyons également qu’il ne sera pas possible aux Allemands de contrebalancer en Océanie l’influence de l’Angleterre et des Etats-Unis. L’Allemagne n’est pas en mesure de créer des colonies propres, elle ne peut qu’alimenter par l’émigration les colonies étrangères.
- NOTES D’UN LISEUR.
- XVI
- Il n’y a rien en quoi les hommes soient réputés imiter Dieu de plus près qu’en s’employant pour le f
- profit d’autrui : considéré que ce n’est pas pour vivre solitairement comme les sauvages et à la façon des bêtes brùtes, que nous sommes mis ici, mais pour y vivre en compagnie, et y apporter ce que Dieu à départi à un chacun.
- Le PhÉsiDENT La Place.
- oiXÿUo-—>—
- CORRESPONDANCE
- Nous recevons la lettre suivante :
- « Paris, 3 janvier 1880.
- « Monsieur le Rédacteur, •
- « Dans votre numéro du 28 décembre 1879, article « intitulé Petites nouvelles Paris, vous publiez un « passage de notre Prolétaire.
- « Vous n’avez oublié qu’une chose c’était de donner « l’article en entier ou tout au moins d’en indiquer « le sens général. Peut-être pour que la vindicte de « vos lecteurs atteigne un degré suffisant avez-vous « omis de mentionner que les Rédacteurs de notre * feuille prenaient le temps de faire ces articles « après 11 ou 12 heures d’un travail nécessaire pour « subvenir à tous leurs besoins ?
- « Vous ignorez, je le crois, les vexations sans « nombre, les insuites réitérées dont nous abreuvent « les gens polis de la société actuelle, nos employeurs, « pour qui nous ne sommés que des instruments, les « parasites de la classe bourgeoise auxquels nous « fournissons les moyens de consommer sans rien « produire.
- « Peut-être que l’auteur de vos petites nouvelles, « en citant cette Rhétonque épicée, l’a fait dans un « but de bonne confraternité.
- « Ces fameux révolutionnaires sont donc si féro-« ces que vous ne puissiez discuter avec eux autre-« ment que par ce moyen désapprouvé d une grande « partie de la presse,
- « Le Pays, le Figaro nous avaient déjà habitués à « ces escarmouches d’un autre temps; je suis surpris « que vous n’ayez pas craint de les imiter.
- « Vous pouvez avec la politesse qui caractérise b votre style contredire les faits énoncés dans votre b citation, votre fraternelle leçon ne prouve nulle-« ment que les hommes politiques qui depuis un b siècle détiennent le pouvoir ont été des anges de « douceur vis-à-vis des classes laborieuses.
- « Est-ce donc notre faute, si l’instruction et Védu-« cation n’est pas donnée à un degré égal à tous les « citoyens ? Est-ce notre faute, si depuis la révolu-« tion du tiers-état, nous avons eu le désagrément « (notre classe) d’être toujours aussi exploités, voire « même déportés et supprimés pour le plus grand b bonheur de nos tuteurs politiques et sociaux .
- « Je ne sais si plus que notre feuille vous sêbvez « les intérêts de la classe ouvrière, l’avenir nous b l’apprendra; mais soyez certains que jamais nous b n’insultons les modérés, nous les combattons ioya-b lement chaque fois que nous en trouvons l’occa-» sion, et si nous dépensons peu de temps à cette b besogne, c’est que ces modérés se contentent trop « souvent d’attaques sourdes et nous laisseraient « croire qu’ils craignent le grand jour de la dtscltS-« sion.
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- LE DEVOIR
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- « Recevez, Monsieur le Rédacteur, l'assurance de « mon profond respect.
- » Gustave Vivien, ouvrier tailleur, action-k naire de l’union des travailleurs société « ouvrière, ayant pour but la publication « du journal Le Prolétaire. »
- Cette lettre est motivée par huit lignes malencontreusement introduites dans les Petites Nouvelles du Devoir et dont nous n’entendons pas justifier.la forme. Nous la condamnons au contraire très-fermement. C’était à nous si nous voulions signaler les inconvénients de la passion politique et des excès de langage dans les revendications des ouvriers de savoir nous-mêmes éviter de blesser les personnes auxquelles nos observations s’adressaient. C’est ce que le Devoir n’a pas fait dans cette circonstance : nous le reconnaissons.
- Cela dit, nous ne sommes pas moins d’avis qu’il convient de ne pas donner à l’esprit de parti, aux personnalités et aux attaques contre les différentes classes de la société une place prépondérante dans la discussion lorsqu’il s’agit de défendre les intérêts des travailleurs*
- U est plus sage à nos yeux de s’occuper des questions sociales, de découvrir et de formuler les réformes nécessaires, d'en démontrer la justice, l’utilité, les avantages et leê moyens pratiques. Cela est infiniment plus profitable à la cause du peuple. Malheureusement les passions et les luttes politiques détourneront encore longtemps les esprits de ces études indispensables à l’émancipation des travailleurs.
- Au moment de donner ces lignes à l’impression on nous apporte le dernier N° du Prolétaire que nous n’avions pas reçu cette semaine II contient un article sur le sujet qui nous occupe. Dans cet article le Devoir est présenté comme l’organe d’un bourgeois philanthrope hostile aux revendications des ouvriers. Nous ne discuterons ces insinuations, l’avenir jugera et prononcera.
- Nous terminerons en regrettant que quelques lignes sur une question de forme ait donné si promptement matière à l’expression de dissentiments entre la rédaction du Prolétaire et nous.
- L’avénement des classes laborieuses au bien-être et leur émancipation n’est-ce donc pas là ce que la rédaction du Prolétaire poursuit comme nous ?
- La Rédaction.
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- Progrès des ailles
- La ville qui, toute proportion gardée, a fait le plus de P£?i?res ^ans une période récente, c’est Hanovre qui, de à,1£78> B’esl accru de 74,000 à 107,800 habitants ou
- 4 4 p. lOOi
- Dans le même temps Stuttgart s’est augmenté de 41 p. 100; Leipsick, de 40 p. 100; Brème et Berlin, de 38 p. 100; Odessa, de 34 p. 100; Francfort-sur-le-Mein, de 31 p. 100; Saint-Etienne, de 30 p. 100 ; Breslau, de 28 p. 100; Dresde, de 26 p. 100; Hull, 25 p. 100;. Anvers, 24 p. 100 ; Leeds, 22 p. 100 ; Glasgow, 21 p. 100 ; Edimbourg et Hambourg, 20 p. 100; Shefïietd, ip p. 100; Bristol, 18 p. 100; Copenhague, Liège et Vienne, 16 p. 100 ; Kœnigsberg, 15 p. 100 ; Palerme, 14 p. 100 ; Munich, Rotterdam, La Haye, 13 p. 100; Londres et Bruxelles, 12 p. 100 ; Bordeaux et Gand, 11 p. 100 ; Paris, Nantes et Stockholm, 9 p. 100.
- ÉDUCATION DES FEMMES
- leur rôle dan» la, Société-
- II
- « La question est souvent posée parmi nous, écrivait dernièrement Monsieur le docteur Daily, de savoir si par nature les femmes sont aptes à remplir certaines professions et si leur destinée est plus particulièrement tracée dans leur structure. C’est naturellement à l’anatomiste, au physiologiste, au médecin à répondre : pourtant, bien loin de s’appuyer des faits, ceux-ci s’engagent généralement, comme le public, dans une solution de sentiment, mais qui manque de support. A vrai dire, la question est pendante et les faits ne suffisent pas, au point où nous sommes, pour la résoudre définitivement. Il est, en effet difficile de faire la part de la culture sociale et celle de la nature dans les générations modernes. Ce qu’on peut affirmer, c’est qu’en différents temps et divers lieux, les femmes se sont montrées- à la hauteur de toutes les tâches que la destinée leur a confiées dans toutes les sphères de l’activité humaine, bien qu’elles n’y aient pas été préparées en général par leur éducation. » Et l'auteur ajoute : « Pour nous en tenir à des faits appréciables des contemporains, chacun ne sait-il pas que, depuis que l’usage s’est introduit parmi nous d’ouvrir aux femmes l’accès des facultés, celles qui s’y sont présentées, dans l'ordre des sciences ou de la médecine, ont tenu un rang au moins égal à celui de leurs condisciples ? »
- La femme cherche, par tous les moyens possibles, à sortir de l’état d’inféricrité auquel l’ont condamnée les lois édictées par l’homme ; elle veut s’affranchir de la tutelle et se faire enfin sa place au soleil. L’homme a prétendu lui tracer une sphère d’action qu’elle n’a pas le droit de dépasser : il a abusé de sa force ; il s’est arrogé une mission qui ne lui appartient pas. Pourquoi la femme, par exemple, n’aurait-elle pas, tout aussi bien que l’homme, le droit de voter, de s’occuper de ses intérêts privés et publics, auxquels elle prend déjà une part si active et si prépondérante dans les conseils de la famille t Méditons
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- LÉ DEVOIR
- ces belles paroles de Stuart Mill : « Je nie qu’une portion de l’humanité ait le droit de décider pour une autre portion, ou qu’un individu ait le droit de décider pour un autre individu, ce qui est ou ce qui n’est pas sa sphère propre. » Laissons donc chacun agir librement ; laissons chacun choisir sa voie suivant ses aptitudes naturelles. C’est par cette liberté complète du choix que nous arriverons à connaître qu’elle est la sphère propre à chaque intelligence.
- Mais, pour atteindre ce résultat, il faut nécessai-ement commencer par développer les facultés intellectuelles de la femme ; car, il faut bien l’avouer, la femme, dans toutes nos sociétés civilisées, finit par se différencier de plus en plus de l’homme au point de vue intellectuel. L’homme a constamment progressé avec la civilisation, ou plutôt c’est lui qui a créé la civilisation : la femme est restée stationnaire, en dehors du mouvement.
- Bile n’a pas, comme son époux, pris une part active au besoin d’expansion et de progrès qui entraîne l’humanité vers des horizons de plus en plus étendus.
- On sait que le volume du cerveau est généralement en rapport direct avec le développement de l’intelligence. Or le cerveau, comme tous les organes, s’accroît par l’exercice, non seulement chez l’individu, mais aussi et surtout de génération en génération.
- D’après les mesurations opérées par l’éminent professeur Broca, le volume de la capacité crânienne des Parisiens s’est, depuis moins de 600 ans, augmenté de 100 centimètres cubes. Mais cette augmentation de volume est à peine sensible chez les femmes, dont la culture intellectuelle n’a pas suivi la progression ascendante de celle des hommes.
- L’homme et la femme se différencient donc de plus en plus par leur cerveau, et cette différenciation et d’autant plus grande qu’il s’agit de races plus civilisées. C’est que, dans les races inférieures, la femme travaille autant, quelquefois plus que l'homme ; la nécessité la rend industrieuse ; son intelligence est en éveil, et le développement du cerveau suit, chez les deux sexes, une progression corrélative. Dans les races civilisées, au contraire, l’existence qu’elle mène est bien différente : Son éducation, son genr e de vie.exercent à peine ses facultés intellectuelles. Aujourd'hui encore, le plus bel éloge que l’on croit pouvoir faire d’une femme, n’est-ce pas quand on peut lui appliquer cette phrase dans laquelle se résumait toute l’existence des matrones romaines : domun mansit, lanam fecit? Aussi qu’en résulte-t-il ? Tandis que les crânes des Parisiens modernes se placent au premier rang dans l’échelle de mensuration, ceux des Parisiennes sont à peine supérieurs à ceux des Néo-Calédoniennes et inférieurs à ceux
- des Polynéniennes ! Si donc, dans les races inférieures, la femme, sous le rapport cérébral, se rapproche sensiblement de l’homme, dans les races supérieures son crâne possède une capacité beaucoup moindre : il reste en quelque sorte stationnaire pendant que celui de l’homme se développe et s’agrandit. (1)
- En France, à taille égale, d’après les mensurations opérées tout récemment parle docteur Gr. Le Bon, la différence au profit des cerveaux masculins dépasse 200 centimètres cubes ; et cette différence n’existe pas seulement chez les adultes, elle existe aussi chez les nouveau-nés où, à poids égal, le volume crânien de la femme est inférieur à celui de l’homme. En Allemagne, en Amérique surtout, où l’instruction des femmes est bien plus développée que chez nos races latines, la différence est bien moins sensible.
- Cette inégalité déplorable tient donc à l’inégalité d’instruction entre les deux sexes ; car c’est par l’instruction, c’est-à-dire par la gymnastique rationnelle de l’organe pensant/que se réalise l’accroissement du cerveau et, par conséquent, le développement de l’intelligence. La généralité des hommes exercent leurs facultés intellectuelles dans une proportion bien plus grande que la généralité des femmes. C’est l’instruction seule qui permettra à la femme de rattraper le temps perdu et de s’élever peu à peu au niveau de l’homme.
- Le moment n’est peut-être pas éloigné où la femme sera enfin autorisée à s’intéresser librement aux affaires privées et publiques. Partout l’homme s’est jusqu’à ce jour, adjugé la part du lion; il a mis sa compagne en tutelle; législateur, il l a assimilée à une incapable, à une mineure. Mais la femme songe à revendiquer enfin son droit légitime dans l’administration des intérêts communs; elle demande à exercer légalement l’influence prépondérante qu elle s’est, parmi nous, acquise peu à peu au coin du foyer domestique Un jour viendra où, elle aussi, elle jettera dans la balance électorale le poids de son vote; où il lui sera permis de participer ouvertement à une vie politique active et militante. Seule, f’instruc-tion peut dignement préparer ce glorieux avènement de la femme.
- {Union républicaine). Ludovic Martinet.
- (1) Il est indispensable de remarquer que tous> ces calculs tiennent très peu de compte des différences de dimension existant entre le corps d’un homme et celui d’une femme. Nos anthropologistes perdent de vue qu’il faut non pas comparer les crânes entre eux, mais comparer entre elles les fractions d’organismes total que représentent ces crânes
- {Notes de la Rédaction).
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- LE DROIT PROLÉTAIRE
- Si la question sociale est aussi peu avancée que nous le voyons, si nous assistons tous les jours au spectacle navrant detre humains se débattant en vain contre la misère et le chômage, d’hommes et de femmes, valant autant que qui que ce soit de notre aristocratie moderne, ramenés sans cesse, par une fatalité qu’on prend trop peu de soin de combattre, dans l’implacable engrenage des lois; si nous entendons dire chaque jour que tel pauvre diable, telle infortunée créature ont été mis à la disposition du procureur de la République et écroués dans les prisons, sans qu’on ait pu relever à leur charge d’au tre délit que ceux de n’ètre pas nés de parents riches, ou de n’avoir pas eu de chance, — il faut bien reconnaître que ce n'est pas la faute au régime actuel.
- La responsabilité d’un aussi lamentable état de choses retombe entièrement sur ces politiques de la vieille école qui n’ont pas d’autre tradition gouvernementale que le règne d’un homme, au profit d’une classe, au moyen de l’exploitation du plus grand nombre.
- En effet, ce sont ces gens qui ont étranglé la République chaque fois qu’elle a voulu faire œuvre véritablement républicaine..
- On sait que, sous la monarchie, les prolétaires en étaient arrivés à ce degré de misère qu’ils broutaient l’herbe des champs à côté des bestiaux; mais la Révolution éclate, la Convention arrive, et aussitôt l’on voit mettre à l’étude un projet de caisse nàtio nale des retraites pour les invalides du travail.
- Abandonné par le Directoire, par l’Empire et par la monarchie des deux branches des Bourbons, cette importante question ne peut être reprise que sous la seconde République, et l’Assemblée législative vota le 18 juin 1850, une loi sur les pensions de retraite pour la vieillesse.
- Cette première tentative ne produisit pas les résultats que ses auteurs en attendaient, car l’homme du Deux-Décembre n’allait pas tarder à commettre son coup et à jeter à l’oubli toutes les réformes de nature à émanciper le peuple et à améliorer ses conditions d'existence.
- Il appartenait à la troisième République de reprendre l’œuvre si bien commencée en 1792 et en 1848 par ses deux devancières, et le Parlement est saisi en ce moment d’un projet de loi tendant à créer une caisse nationale de retraite pour les vieux ouvriers de l’industrie et de l'agriculture. j
- Les auteurs de cette proposition ne siègent ni sur j
- î les bancs de la droite, ni sur ceux du centre. Ce sont des républicains comme M. Nadaud.
- Nous ne signalerons aujourd’hui qu’une des particularités de ladite proposition. C’est que ces retraites, loin d’être le produit unique des retenues pratiquées sur les salaires auront en partie pour origine des versements faits par l’Etat au profit des retraités, ce qui confirme une de nos récentes affirmations, à savoir que le prolétariat peut opposer aux faits et et aux actes de jouissance et de superfluité des classes dites supérieures, ua droit absolu et imprescriptible aux choses nécessaires indispensables à l’existence. (Le Républicain de l'Ailier.)
- Découverte archéologique
- Une importante découverte archéologique vient d’être faite dans le canton de Plogastel Saint Germain.
- M. P. du Cbatellier, en explorant un vaste tumulus ne cubant pas moins de SôOO mètres cubes de terre, a mis au jour une superbe sépulture mégalithique dans laquelle il a recueilli six poj^nards, une épée et deux haches en bronze, trente-trois pointes de flèches en silex à ailerons et barbelées, une semblable en cristal de roche, et enfin un bâton de commandement en pierre polie, pièce magnifique mesurant b3 centimètres de long.
- PETITES NOUVELLES.
- FRANCE
- Le Bïilleti*i du mouvement social,
- cesse de paraître,
- Durant 7 ans ce vaillant petit journal a cherché à rallier les débris de l’école sociétaire et à intervenir comme conciliateur dans la lutte du capital et du travail.
- Malheureusement, malgré l’extrême modicité de son prix et la valeur incontestable de sa rédaction, le Bulle-lin n’était pas parvenu à intéresser un nombre suffisa de lecteurs pour pouvoir couvrir ses frais. Les quelques amis qui le soutenaient par des sacrifices persévérants ont fini par perdre courage.
- Nous le regrettons vivement car c’est pour la pensée un combattant de moins. Déjà au mois d’octobre dernier les idées nouvelles ont perdu un de leurs meilleurs organes, la Religion laïque de M. Fauvety. Gela fait deux journaux amis tombes en quatre mois,
- Il est triste de constater qu’en France les publications périodiques consacrées aux idées élevées ne font pas leurs frais et sont une œuvre de dévouement pour leurs promoteurs, tandis qu’en Allemagne, en Angleterre, eu Russie, des publications de nature tout aussi sérieuse sont dé plus en plus florissantes.
- La faute en est au public avancé français. Ce n’est pas les ressources qui lui manquent, c’est l’ardeur de la conviction. Tandis que les cléricaux ne reculent devant aucun sacrifice pour soutenir leurs idées, les républicains et les socialistes hésitent à mettre la main à la poche.
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- LaRevaeda mouvement «soeia.1, — Tel est
- le titre d’une publication mensuelle par laquelle M. Limousin, principal rédacteur du Bulletin, entreprend du remplacer ce journal.
- L’abonnement annuel à la Revue sera du prix de 10 fr. (Pour adr.: M. Limousin, 112, Avenue d’Orléans, Pans.
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- LE DEVOIR
- Nous souhaitons à cette revue une pleine et entière réussite.
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- Tombéau cbamp d’honneur. - A l’heure où ttôüs mettions sous presse notre dernier numéro nous avons appris la, mort de M. Herbelin, interne à l’hôpital Sainte-Eugénie — hôpital des enfants malades.
- M. Herbelin est mort victime de son dévouement en soignant des enfants atteints de diphtérie. Il n’avait que 28^ ans.
- Une telle mort c’est le véritable champ d’honneur. Mieux vaut être frappé en soignant son semblable qu’en cherchant à le tuer.
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- Inventeurs ouvriers méritent toute notre sympathie. Nous apprenons qu’un groupe d’entre eux a institué un dépôt de ses produits, au Comptoir des Producteurs, 186, rue Saint-Maur, Paris.
- On y trouvera entre autres inventions nouvelles des verroux de sûreté, des tendeurs pour favoriser la couture, des porte-jupes parures, delà bijouterie textile, la filière Furon à tarauder les doubles tiges, la cafetière à filtre en feutre, la nouvelle eau à souder à l’étain, etc., êtc.
- ..V* éarèMfiplo fVaietnaité, dit le Bulletin du fnouvement social, vient d’être donné par les ouvriers des forges et Chantiers de la Méditerranée. Cette société a dû récemment congédier une partie de son personnel.
- En présence de cette mesure, les ouvriers conservés ont signé une pétition proposant de ne faire qu’un certain nombre d’heures par jour, afin de permettre à. leurs camarades de rester avec eux. En d’autres termes ils ont demandé de chômer tous, pour empêcher leurs camarades de tomber dans la misère,
- La Compagnie des forges et chantiers de la Méditerranée a accepté l’offre généreuse de son personnel.
- Les effets du chômage forcé dans les ateliers vont donc se trouver atténués, grâce au désintéressement des ouvriers.
- * *
- Iie^femme* oflloiei's d’aeaclémie. —Parmi les distinctions honorifiques qui vienaent d’être accordées à l’occasion de la nouvelle année par le ministre de l’instruction publique nous remarquons les noms de seize femmes qui ont reçu le titre d’officiers d’académie.
- •L.ePour leslogements dont le prix dislocation estmférieurà 400 f. arrive à Paris le8 janvier Aussi à cette date le bureau des loyers à la préfecture a-t-il été toute la journée littéralement assiégé. La préfecture reçoit en effet du ministre de l’intérieur, un fonds de 60,000* fr. destiné à venir en aide aux indigents qu’un manque absolu de ressources laisserait sans asile.
- ÏLa vierge volée— A Notre-Dame de Lourdes une nommée Madeleine Cassou a volé le chapelet et 1 couronne d’cfr de l’idole, valant ensemble 1300 fr.
- La bonne vierge n’a fait aucun miracle pour empêche ou poursuivre la voleuse. Ce sont les gendarmes qu ont arrêté Madeleine Cassou.
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- Conférences sur la propriété. — A Paris, une commission de propagande organise pour les premiers jours de février, une série de conférences traitant delà propriété.
- Ce sujet sera traité contradictoirement par MM. Jules Guesde, Labusquière, Pignon. Frédéric Borde, Prudent Dervillers, S. Paulard, Emile Gautier, Chabert, Deynaüd Daniel, Deville, chi Limousin, Finance, Maria et Delà»
- Ces conférences organisées dans un but d’éducation sociale, auront lieu salle des Ecoles, 3. rue d’Arras. Comme on le voit, les conférenciers appartiennent à différentes écoles socialistes, et c’est par cela surtout que ces débats présenteront le plus grand intérêt.
- , Une exhortation utile c’est celle que fait le « Spectateur » du Temps, il exhorte les gens riches à faire mieux que donner, à s’enquérir eux-mêmes dès souffrances qui n’osent demander, à faire de leur personne l’enquête de la misère. Ii ajoute fort bien ;
- « Est-ce une utopie que je conseille? Non. Si demain Paris était pris d’une terreur comme celle qui a suivi la Commune, si l’on annonçait qu’il se cache des pétro-leurs dans tous les quartiers, j’affirme qu’on verrait partout s’élever une nuée de sauveurs pour fouiller tous les quartiers, pour ne pas laisser une maison, une mansarde sans examen. Eh bien, ce qu’on ferait par intérêt de conservation universelle, par solidarité sociale, pourquoi ne le ferait-on pas quand il s’agit, non pas de pétrole, mais de misère ? Cela ne serait pas plus impossible. »
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- BELGIQUE
- H.e mouvement pour l’oI»teiition du
- suffrage universel prend de l’intensité.
- Un important, manifeste en sa faveur signé parle docteur De Pæpe bien connu de toutes les personnes familières avec la question sociale — par M. Louis Bertrand, rédacteurde la Voix de l'ouvrier et autres personnes connues par leurs opinions avancées, vient d’être adressé aux ministres, aux membres des deux Chambres, aux journaux et aux associations belgs.
- Nous nous associons de tout cœur à ee mouvement et nous lui souhaitons complète et prompte réussite. Ses promoteurs sont des hommes éclairés et sincèrement dévoués à la cause ouvrière, bien que plusieurs d’en-tr’eux apnartiennent à des groupes sociaux qui, en France, les feraient tenir à l’écart par nos orateurs révolutionnaires comme suspects de « bourgeoisisme. »
- * *
- SUISSE.
- ILa, misère à Berne. — En Suisse, chacun des 22 cantons confédérés a sa constitutions et ses lois propres.
- Le plus grand et l’un des plus riches cantons de la Suisse, celui de Berne, très-avancé sous certains rapport est le plus en retard de tous sous certains autres particulièrement sous le rapport du peu d’intérêt porté à la misère.
- Voici ce qu’on écrit à ce sujet de Berne à un journal peu suspect de radicalisme, le Journal de Genève :
- « La misère devient excessive ici. Les mendiants pullulent malgré le Bûlsverein, société de secours dont l’un des buts est la répression de la mendicité. Le nombre des ouvriers sans travail et des rôdeurs originaires d’Allemagne est considérable. Le Hûlfsverein allemand, qui en rée , pédie des escouades entières, ne suffit pas à la tâche.
- La ville fédérale est tout particulièrement le rendez-vous des rôdeurs d’origine bernoise. L’assistance officielle et la loi sur la police des pauvres ont rendu le paysan bernois très-dur. Dans les communes rurales, on ne tolère pas les pauvres qui n’y sont pas établis de père en fils, car au bout de deux ans de séjour, iis sont devenus armengenœssig et ils ont droit aux secours. Or, ces secours-là, pour lesquels l’Etat seul dépense, à titre de subside aux communes,bon an mal an,plus de 60,000 francs par exercice, sans compter les autres dépenses de l’assistance publique, n'ont encore fait diminuer, depuis 1868. année où fut promulguée la loi actuelle sur l’assistance, que d’un millier d’individus le chiffre effroyable des indigents assistés (Notkarme),
- En 1868, ü y en avait 17,000} aujourd’hui on nous dit
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- LE DEVOIR
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- cfu’il y en a 16,000. En outre, l’Etat assiste 1400 personnes originaires du canton de Berne domiciliées dans d’autres cantons. À ces deux catégories viennent s’ajouter 5400 nécessiteux (Dürftige), qui sont également assistés, le tout sans compter les hospices, les refuges et l’assistance bourgeoise.
- Une fois qu’une famille est entrée dans la catégorie des pauvres officiels, s’il est permis de se servir de ce terme, il est bien rare qu’elle parvienne à en s'ortir.
- Les communes rurales le savent bien, et comme les impôts pour le paupérisme à payer à l’Etat,et surtout à la commune, sont déjà suffisamment lourds, chacune d’elles cherche charitablement à se débarasserdes nouveaux venus, au détriment de ses voisines. Quelquefois elle n’y réussit qu’après avoir soutenu à la préfecture en première instance, le procès administratif connu soüs le nom deWonnsitzstreitig keil. Bref, une partie du fardeau est repoussée de commune en commune les pauvres passent à l’état déparias, ils deviennent forcément vagabonds, et, comme personne ne les tolère, ceux qui le peuvent gagnent le chef-lieu, où la police est plus impuissante que dans les communes rurales. Et c’est ainsi qu’il se fait que Berne, avec ses 400,000 âmes, parait avoir autant, de prolétaire tombés au bas de l’échelle de la misère que n’importe quelle ville de 400,000 âmes.
- Voilà Ce qui existe en temps ordinaire. Jugez ce qu’il én est par cet hiver, x
- * *
- ANGLETERRE
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- TJn grand seigneur professeur. — L’un des plus puissants seigneurs anglais, lord Raleigh, a demandé et obtenu la chaire de physique de l’Université de Cambridge, en remplacement de Clark Maxwell.
- G’est, observe Y Electricité, c’est un honneur pour les grands seigneurs que de Comprendre qu’il n’y a rien aü-dessus de la gloire que donne la science, et qüé dë chercher par leurs travaux une illustration personnelle, à laquelle leurs ancêtres ne pouvaient point prétendre à l’époque où l’on signait : Un tel, en sa qualité de gentilhomme, a déclaré ne pas savoir écrire.
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- Grand cléitmt. — C’est au 20 février prochain qu’est fixée la convention qui doit avoir lieu à Londres entre les délégués de tous les groupes démocratiques du Hoyaume-Uni pour soumettre à un grand débat public l’importante question de la propriété terrienne, et prendre les mesures en conséquence.
- Pour toute information relative à *'cette convention, s’adresser au secrétaire R. Forder, 26, West India Road, London, E.
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- ILa lumière èleetriqrie triomphe de plus en plus dans ce pays. La ville de Hull vient d’adopter une résolution tendant à demander au Parlement le bill l’autorisant à éclairer par la lumière électrique ses rues ainsi que celles de sa vaste banlieue.
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- Le paupérisme augmente à Londres. Jamais de mémoire d’homme on n’a vu pareille misère en Angleterre.
- Cette semaine, 79,669 personnes — chiffre qui dépasse celui de la population de la cité proprement dite — ont reçu les secours d’indigents.
- L’année dernière à pareille époque il n’y avait que 76,295 pauvres inscrits.
- C’est donc une augmentation de 3,374 personnes portées aux bureaux de bienfaisance.
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- ILes expériences* d’artillerio reprennent de plus belle. On essaie de nouveaux canons monstres de
- La charge de poudre est de 425 livres et le boulet pèse 1,700 livres*
- Chaque coup coûte plus d’argent qu’il n’en faudrait
- pour loger, nourrir et instruire deux familles d’ouvriers pendant une année.
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- ITALIE
- Le» socialiste» de Cesena viennent dë publier un manifeste « au peuple qui souffre de la faim ». Dans ce manifeste ils combattent l’aumône et disent que l’ouvrier a droit, non à la charité, mais au travail.
- A ce propos le journal YAteo, de Livourne, fait rémarquer avec raison aux.socialistes de Cesena qu’ils auraient bien pu ajouter que le travail est non-seulement le droit, mais aussi le devoir de tous, et que le travailleur doit recevoir intégralement le fruit de son travail.
- {'Voice d- VOuvrier)i
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- lùa criminalité s’accroît en Italie si l’on en croit une lettre adressée de Rome aux Etats-Unis d'Europe.
- Les dépenses pour la répression des crimes en 1878-79 se sont élevées à la somme de 63,938,200 fr. Les arrestations durant la même période ont été au nombre de 114,289.
- C’est la misère qui fournit le plus fort contingent aux prisons du royaume: 52,963 personnes ont été arrêtées pour mendicité et vagabondage
- L’administration des prisons coûte à l’Italie 29,977,051 francs.
- Que serait-ce, ajouterons-nous, si la police était faite en Sicile et dans le Napolitain avec autant de soin que dans la vallée du Pô !
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- ILa misère. — Un correspondant d’Italie du Temps écrit à ce journal que l’impôt foncier italien, aggravé des taxes municipales et provinciales, atteint dans certaines villes italiennes de 38 à 50 0/0 de la valeur effective et que les maisons sont frappées de 35 à 50 0/ 0 de la valeur imposable. Quant à l’impôt des valeurs mobilières, qui est soustrait aux surtaxes locales, il ne dépasse pas 13 0/0.
- Quoi d’étonnant, après cela que dans la seule année 1878 trente-cinq mille petites propriétés, terres ou maisons, aient dû être vendues pour faire face à l’impôt?
- Aussi le plus beau pays du continent est-il en même temps le plus pauvre. Naples est la ville d’Europe où la misère est le plus affreuse.
- Et tout cela parce que l’Italie, en proie à un chauvinisme effréné entretient une armée considérable dans le seul but d’arracher à l’Autriche la ville de Trieste, refuge des proscrits italiens, ville très florissante qui dépérirait une fois soumise à l’odieux régime fiscal italien.
- Avant de parler de délivrer les autres, les agitateurs italiens feraient peut-être mieux de chercher à délivrer de la mi-sère leurs propres concitoyens.
- it :k
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- ALLEMAGNE
- famine. — On écrit de Berlin à la Gazette de Cologne qu’un nouveau district de la Haute-Silésie, celui de Rosenberg, vient d’être gagné par la famine et par le typhus qui la suit toujours, On attribue cette extension croissante de la famine aux effets désastreux du nouveau tarif protectionniste de M. de Bismark. Le district de Rosenberg vivait surtout d’importations venant de Russie.
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- JL*e® in«lig,eiits de la Haute-Silésie préoccupent enfin le gouvernement prussien.
- Le ministre des finances évalue leur nombre à 106,000. Il demande à la Chambre des députés un crédit de 6 millions de marcs pour leur venir en aide. Cela équivaut à un secours de 56 fr. par tète d’assisté officiel... et cela pour passer Tannée.
- Pendant ce temps les dépenses militaires vont tou* jours leur train*
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- LE DEVOIR
- C'est là ce que l’Alletnagne appelle « tenir la tète de la civilisation »
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- Emploi des femmes. — L’administration saxonne a pris l’initiative d’une mesure qui a parfaitement réussi, celle de l'emploi des femmes, dans les établissements pénitentiaires.
- Déjà, depuis longtemps les femmes étaient employées dans certains établissements de punition, et dans quelques hôpitaux du pays, comme inspectrices. Depuis 1878, on les avait employées dans les maisons d’arrêt de quelques districts. La surveillance et le soin des détenues du sexe féminin leur avaient été confiés.
- On a eu toute raison de se féliciter du parti qui avait été pris. L'influence morale que ces femmes ont exercée sur celles dont la garde leur était confiée, a produit d’heureux résultats. Plusieurs de ces détenues qui avaient péché par inadvertance plutôt que par méchanceté. ont été amenées a résipiscence et remises dans le droit chemin, erâce à l’ascendant que les inspectrices surveillantes ont su prendre sur leur esprit.
- Aussi, depuis ie mois d’octobre de l'an dernier, où la nouvelle organisation des tribunaux a été mise en vi gueur. le nombre des inspectrices a-t-il été augmenté, et il ne pourra que s’accroître.
- Ces fonctionnaires du sexe féminin dépendent du ministère de la justice. Ils reçoivent, après avoir fait un certain stage pendant lequel il leur est accordé quelque rémunération, un traitement annuel de 900 marks (le mark vaut 1 fr. 25). Les inspectrices supérieures touchent 1,000 à 1,800 marks, quelquefois avec le logement gratuit dans la maison d’arrêt. Les unes et les autres sont pla cées à poste fixe. Après seize ans de service, elles ont droit à une pension.
- C’est, comme le fait remarquer la Gazette d'Augsbourg, une nouvelle carrière ouverte aux femmes et aux jeunes filles ayant reçu de l’éducation.
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- AUTRICHE
- L’Entât et less cliominN de fe«*. = Le gouvernement autrichien a assumé, le 1er janvier, l’exploitation et l’administration de la Compagnie autrichienne du chemin de fer Kronprinz Rudolf.
- La loi du 11 décembre 1879 donne au gouvernement le droit d’intervention à l’égard de toute Compagnie jouissant pour ces titres de la garantie de l’Etat, et qui pendant plus de cinq années de suite a dû faire appel à l’Etat pour plus de la moitié de la somme annuellement garantie
- La Compagnie Rudolfsbahn se trouvait depuis deux ans déjà dans le cas prévu par la loi.
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- PORTUGAL
- TJ « principe nouveau.—Dans le discours que le roi vient de prononcera l’ouverture des Chambres portugaises, nous voyons avec plaisir figurer au nombre des réformes à étudier, celle de la représentation proportionnelle des minorités.
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- ALGÉRIE
- TJne idée. — Nous lisons dans VAhhbar que dès le mois de novembre la réduction à moitié du prix des dé pêches d’Alger à Marseille a produit des résultats auxquels l’administration elle-même ne s’attendait point. Les deux câbles sous-marins sont aussi occupés aujourd’hui que l’était le cable unique lorsque les dépêches coûtaient dix centimes le mot. Le grand journal algérien ajoute que les employés capables d’exercer pour une ligne sous marine font défaut et qu’il en résulte du retard dans le service.
- Ne pourrait-on pas ouvrir un cours de jeunes filles pour
- former à ce service quelques télégraphistes du sexe féminin. Cela vaudrait mieux que l’école de la rue de Grenelle qui, sous prétexte de former des télégraphistes hommes, ne forme en réalité que des employés de l’administration du télégraphe.
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- HINDOUSTAN
- Le Progrès. — Pour peu que cela continue l’Europe aura à recevoir de l’Asie l’exemple du progrès.
- C'est ainsi que la lumière électrique est employée à l’éclairage public de plusieurs des grandes villes des Indes.
- Elle est également employée pour pousser activement les travaux du chemin de fer du Nord du Pundjab. Grâce à cette intervention la construction marche avec une rapidité inconnue en Europe.
- Il est a remarquer que les ingénieurs parisiens n’ont pas même songé une minute à en faire autant pour enlever les neiges qui encombraient Paris.
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- TURQUIE D’ASIE
- La famine sévit avec rigueur dans le district de Bayazir, ravagé par la dernière guerre. Elle s’aggrave aussi dans le district de Baskalo A Mossoul et à Diar-Békir la cherté des vivres est considérable. Les consuls anglais de ces villes insistent pour obtenir l’aide pécuniaire de l’Angleterre.
- ETATS-UNIS -
- Tin pliilhtïïroj:e français , M. Pierre Papier, vient de s’assurer la possession de 10.000 acres de terre dans la Caroline du Sud ; il se propose d’y établir une manufacture coopérative.
- [American Socialist).
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- Trois exécutions capitales ont eu lieu ces jours-ci dans les Etats-Unis d’Amérique. La plus barbare a été celle d’un certain Aza Magoon qui fut transporté à demi-mort déjà sur la plate-forme. Il y avait quatre ans que la sentence avait été prononcée ! quatre ans au secret ! quatre ans de cruelle agonie ! C’est à Windsor dans l’état de Yermont que celte horrible chose s’est passée.
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- La grande propriété foncière commence à exister aux Etats Unis. D’après une revue mensuelle de New-York, The Worker, il y a dans les territoires de l’ouest un domaine de 547 mille carrés, possédé et exploité par un seul homme occupant 100 ouvriers.
- Manifestation. — Comme toutes les autres villes des Etats-Unis, la capitale de la Californie, San-Prancisco, a em sa manifestation publique de sympathie envers l’Irlande. Cette manifestation s’est terminée par un meeting monstre où de nombreux orateurs socialistes et autres ont traité de la question de la propriété, non-seulement au point de vue de l’Irlande, mais aussi au point de vue de l’Amérique et au point de vus général de l’humanité. ( Voix de l'Ouvrier).
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- AUSTRALIE
- Le Congrès de# Trafles TJ nions a été clôturé le 13 du mois dernier à Sidney.
- La dernière mesure adoptée est relative à l’intervention de l’Etat dans l’introduction des ouvriers asiatiques
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- le devoir
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- Australie Par ouvriers asiatiques, le Congrès entend urnpr surtout ces bandes de Chinois, véritables escla-' S ^ nourrissant d’un peu de riz et travaillant jusqu à Ie îcampnt crue les capitalistes s’en vont enrôler en rSe pour les opposer aux travailleurs blancs, surtout C l nnvriers anglo-saxons, et détruire les «prétentions » de ces derniers a établir une journée normale de travail
- avec salaires équitables ^voise de VOuvrier).
- le rachat des chemins de fer
- vue de couvrir le déficit résultant de l’exploitation du second réseau. On voit que, lorsqu’on envisage ia situation dans son entier, le rachat n’a rien que de naturel.
- « Des complications inattendues l’ont rendu nécessaire, mais il ne saurait être onéreux en présence des compensations qu'entraînera la créance de l’Etat et, de plus, le remaniement des tarifs, suivant un mode nouveau vivifiera l’industrie dans les contrées de l’Ouest, trop longtemps éprouvées par une lutte entre les Compagnies inégalement subventionnées. »
- La République Française vient de publier un article qui a été vivement commenté et dont les c inclusions aboutissent résolument au rachat du réseau d’Orléans.
- L'article auquel nous faisons allusion reproduit les arguments présentés par M. Wilson, rapporteur de la commission du rachat. Ces arguments sont connus de nos lecteurs et nous n’y reviendrons pas, mais nous croyons devoir signaler un côté de la question trop longtemps méconnu et que vient de mettre en lumière la République Française.
- Ce journal part de ce principe que l’Etat est nu-propriétaire des Chemins de fer et que les Compagnies n’en sont qu’usufruitières.
- « Au moment, dit-il, où, pour la première fois un rapport est fait au sein du Parlement sur une affaire aussi considérable que le rachat d'une grande Compagnie, il est bon de faire remarquer qu’il y a dans le public des idées peu nettes sur les relations respectives de l’Etat et des Compagnies.
- Lorsque l’Orléans le prend de si haut à propos de cette affaire des tarifs qui est vitale au moment du renouvellement des traités de commerce, on ne songe guère qu’il s’agit de relations entre un tuteur et son pupille.
- Le vrai propriétaire du réseau d’Orléans, c’est l’Etat qui en a concédé la jouissance temporaire, et le rachat ne sera jamais que la réunion de l’usufruit entre les mains de celui qui restera propriétaire définitif.
- C’est certainement un tuteur enclin aux libéralités et à l’indulgence que l’Etat. Il y à dix ans, à la fin de l’année 1869, il avait déjà coopéré à la construction du réseau de l’Orléans, tant en argent qu’en travaux, pour une somme de 201 millions de irancs dont il ne réclamera jamais le remboursement ; de plus, il avance chaque année à la Compagnie une somme servant à payer pour partie, les intérêts dus aux obligataires. Suivant un tableau annexé au rapport de M. Wilson, la Compagnie d’Orléans serait débitrice envers l’Etat d’une somme de 217 millions pour le capital et les intérêts des avances faites en
- Progrès au Japon.
- Il y a deux ans, M. Edward Morse, professeur aux Etats-Unis, fut appelé au Japon pour occuper pendant un temps limité, à l’université impériale de Tokio, une chaire de géologie. Dès qu’il fut arrivé dans le pays^ il occupa ses loisirs à faire des recherches relatives aux amas artificiels de coquilles que l’on rencontre sur la ligne du chemin de fera quelq les milles de la ville de Tokio; il en découvrit ensuite d’autres de la même nature.
- Une exploration de ces dépôts révéla l’existence de grandes quantités de vases de terre entiers, de fragments de poterie, d’os et d’instruments en pierre. Ces découvertes ont une importance considérable, car ces objets d’art sont certainement d’une date antérieure aux temps historiques du Japon qui remontent à 1500 ou 2000 ans.
- Le professeur Morse a réuni le résultat de ses explorations dans un rapport qui a été publié à la fois en japonais et en anglais et qui forme une intéressante addition aux travaux récents sur l’anthropologie. L’édition anglaise publiée au Japon fait le plus grand honneur à ce "pays; les gravures et les lithographies qui en font partie sont l’œuvre exclusive d’artistes indigènes et la composition du texte est due à des imprimeurs qui ne savaient pas un mot d’anglais. Le papier même sur lequel le livre est imprimé provient de manufactures japonaises, de sorte que de la composition jusqu’à la reliure, ce livre qui, sauf quelques erreurs typographiques sans importance, serait digne des presses anglaises, est entièrement japonais.
- MILITARISME ET INDUSTRIE
- Un des plus éminents hommes d’état de l'Angleterre, le même qui en 1845 après la conversion de Robert Peel au libre échange renonça à sa position de ministre pour se faire le chef des protectionnistes anglais, Lord Derby, vient de prononcer devant la Chambre de commerce de Huddersfield un discours qui mérite une sérieuse attention.
- Le célèbre orateur se demande si l’Angleterre a vu réellement sa richesse diminuée dans ces dernières années et si aile doit déserter les doctrines du libre échange.
- Après avoir contesté toute diminution et examiné la situation respective des importations anglaises, il déclare ne pas redouter la concurrence étrangère.
- Voici en quels termes le journal le Temps résumé les très remarquables réflexions de Lord Derby.
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- LE DEVOIR
- L'Angleterre rencontre une double rivalité, celle des Etats-Unis et celle du continent. Il est de mode de parler beaucoup de la première ; comment se fait-il donc, dit l’orateur, que, malgré leur prétendue supériorité, les Etats-Unis hésitent à faire tomber les retranchements douaniers derrière lesquels ils s’abritent ? Comment se fait-il que, malgré leurs tarifs semi-prohibitifs, ils reçoivent, pour une somme importante, des marchandises étrangères ?
- En ce qui concerne le continent et la concurrence qu’il peut faire à l’Angleterre, lord Derby en parle en termes presque dédaigneux. Non pas que de grands Etats ne s’y trouvent ; mais constamment sur le pied de guerre, faisant perdre à leurs ouvriers les trois ou quatre meilleures années de leur Vie, intéressés à les tenir dans une dépendance morale et matérielle qui leur fasse trouver excellent le régime des casernes, abaissant ainsi le niveau des intelligences , brisant tqute initiative, grevés d’un budget militaire écrasant, ces Etats ne peuvent se constituer industriellement. Entre la libre expansion d’une nation commerçante comme l'Angleterre et le joug du militarisme, il y a un abîme.
- Voici ce que l’on appelle parler d’or. Et ces excellentes paroles ont d’autant plus de poids auprès des hommes de réflexion qu’elles viennent d’un des vétérans du parti tory, d’un conservateur convaincu.
- i i. > ——
- L’IRLANDE
- IV
- Il n’est pas plus possible de toucher à la question irlandaise sans parler d’O’Connell, qu’il n’est.possible de bien faire connaître quelle a été l’œuvre du grand agitateur et ce qu’il a laissé à faire, sans dire ce qu’était l’Irlande quand il est venu et ce qu’elle est aujourd’hui au triple point de vue : religieux, politique et social.
- On connaît l'ensemble des événements dont ce malheureux pays a été le théâtre : l’esquisse rapide que nous en avons faite n’est qu’un aperçu que nous allons essayer de convertir en un tableau aussi complet que peut le comporter l’espace qui nous est réservé dans le Devoir.
- Nous avons dit quelle était l’origine de la grande propriété en Irlande. Voici un document qui a été copié et traduit dans les archives mêmes du château de Dublin.Lapièce est officielle et confirme d’une manière absolue les spoliations auxquelles la prescription prétend donner aujourd’hui le caractère de la légitimité i
- « i&ept millions huit cent mille acres de terre ont
- « été distribués, sous l’autorité des actes dits de co-« Ionisation, à une bande d’aventuriers civils et mi-« litaires et à l’exclusion presque totale des anciens « habitants de l’île. Un grand nombre parmi ces der-« niers étaient restés étrangers à la révolte, et « pourtant ils furent dépouillés de leur héritage. Une « nouvelle colonie — composée de toutes les diverses « sectes qui étaient alors en Angleterre : Indépen-« dants, Anabaptistes, Seceders, (Scissionnaires),
- « Brownists, Sociniens, Millenariens et dissidents de « toutes sortes, — se répandit en Irlande et fut mise
- « en possession de l’héritage de ses habitants_______
- « Toute l’île fut confisquée, à l’exception de 5 ou 6 « familles de sang anglais. — Une portion considé-« rable fut séquestrée deux et trois fois dans le cours « d’un siècle. »
- Ce n’est donc pas à tort que le comte de Clare du clan des Fitz-Gibbon, de ce clan dont un poète écrivait : « Il n’est point de haine si vivace que le temps n'affaiblisse et ne parvienne à éteindre ; mais la merci du Ciel vint-elle à luire sur le clan des Fitz-Gibbon, leurs cœurs de boue infecte et envenimée s’exciteraient encore, même sous les rayons de la grâce, à de nouveaux crimes contre l’Irlande. » Ce n’est pas à tort, disons-nous, que le comte de Clare a pu s’écrier en 1800, en appuyant le « Bill of Union »:
- « L’Irlande est dans une situation sans pareille dans l’histoire du monde. » Le comte de Clare était chancelier d’Irlande et c’est par cette phrase qu’il terminait son rapport. Et, de ce rapport, le digne fonctionnaire concluait très-logiquement que, « puisque toute l’Irlande, à peu d’exceptions prés, était possédée par des naturéls anglais, elle n’avait pas besoin de former un royaume à part, se gouvernant et s’admiq|s--trant par des lois et des règlements autres que les lois et les réglements d’Angleterre. »
- Le noble comte ne se doutait pas qu’en accumulant ces preuves, en apparence dans un intérêt d’annihilation nationale, il ne faisait que tenir en réserve pour l’avenir de cette nationalité qu’il voulait» détruire, un aveu que plus d’un bon chrétien taxerait de providentiel, aveu dont O’Connell sut s’emparer lorsque, dans ses efforts pour arracher sa patrie des griffes de ceux qui l’enserraient, il poussa du haut des hqstings ce premier cri de revendication : Justice pour l’Irlande ! Angleterre, justice pour l'Irlande, où je laisse tomber sa misère sur toi 1 Et, quand s’adressant tour à tour à la foule électrisée par ses paroles, et adjurapt le radicalisme anglais dans une de ces apostrophes que lui inspirait son éloquence tribunitienne, il disait à la première ; « Héritiers d’un long esclavage, ne savez-vous pas I que ceux (pi veulent le. r^ndri libres 4pivent se te-
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- nir prêts à frapper le coup ? » Et se tournant vers les seconds : « Et vous, radicaux, vous qui vous donnez comme les champions de la liberté,- si vous dites vrai, vous ferez taire en vous les intérêts d’une nationalité étroite, et vous donnerez d’abord à l’Irlande la liberté que vous demandez pour le reste du monde ! » C’est que, lorsque le Libérateur faisait son agitation, il savait trop bien qu’entre les premiers et les derniers possesseurs par usurpation, il y avait continuité, et que ceux-ci 'étaient (comme ils sont encore aujourd’hui), les héritiers naturels et directs de ceux-là.
- Perpétuité de la richesse usurpée chez les uns,
- ' hérédité d’une misère radicale chez les autres et, par cette misère même, application insuffisante des facultés intellectuelles et corporelles. Voilà en effet, quelles étaient les causes principales de la situation de l’Irlande au temps d’O’Connell, causes existantes encore aujourd’hui et qui s’expliquent par un fait : celui des rapports que la loi civile établit entre le spoliateur et le spolié, le riche et le pauvre, le land-lord et le tenancier, entre celui qui emploie et celui qui est employé.
- A peu d’exceptions près, qui possède ? La race anglaise.
- Qui prend à bail ? la race irlandaise.
- Dès lors supériorité de la race anglaise sur la race irlandaise : exploitation de la seconde par la première, exploitation que la loi avait et a encore mission de continuer en dépit des efforts du temps, de la patience? de la ruse, de la probité, de l’économie, de l’ordre, du travail et, en dernier ressort, de la yiq-lence même poussée jusqu'à l’attentat.
- Oui, lord Clare avait raison en 1800 et il aurait encore raison en 1880 : « L’Irlande est dans une situation sans pareille dans l’histoire du monde. »
- Nous savons fort bien que chez presque toutes, sinon toutes les nations européennes, la propriété terrienne a été le fruit de la conquête et nous n’exceptons pas, dans une certaine mesure, la France elle-même.
- Mais pour parler de cette dernière, quelle^ différence dans la succession des âges !
- G’est à la propriété du sol que les populations rurales et la classe bourgeoise s’acheminent au temps des croisades, alors qu’aux seigneurs elles donnent, en échange de franchises et de terres, les premières, des hommes d’armes, la seconde, l’or qu’elle a gagné dans les professions industrielles. C’est encore de l’ôr en échange du sol qui fait passer aux classes du peuple les fiefs féodaux, lorsque la noblesse se ruine en fêtes, en pourpoints de soie ou de velours. C’est la consolidation de la propriété entre les mains de ses nouveaux possesseurs que l’on voit s’opérer
- par l’affranchissement des communes, et si l’on suit, annês par année, depuis cette époque, le travail lent mais incessant du bail emphytéotique « jeté par la loi « romaine au pied de l’arbre féodal, comme une « hache qui le devait abattre un jour », on voit cet arbre s’incliner peu à peu vers la terre jusqu’à ce que 93 arrive et lui porte le dernier coup. Enfin, faisant disparaître la tache originelle que toute usurpation imprime aux propriétés, et, avec elle tout ferment de haine, toute idée légitime de revendication, l’indemnité tuant la confiscation, donne aux biens natio -naux la sanction légale, le caractère du droit acquis.
- En Irlande, rien de tout cela, non-seulement la loi féodale est restée debout, mais encore le travail politique de l’Angleterre s’est attaché à empêcher que le travail social des siècles et la loi civile pussent jamais, en agissant sur les terres seigneuriales, se convertir en droit de propriété. Si quelques concessions apparentes ont été faites, elles ont été entourées de conditions telles que les bienfaits qui en sont résultés se traduiseut en chiffres par zéro. On en jugera par ce qui suit :
- [A Suivre) C.-P. Maistre.
- • CAISSES D’ÉPARGNE POSTALES pN ANGLETERRE.
- Si nos informations sont exactes, et nous les croyons telles, M. Tirard, ministre de ^agriculture et du commerce, se serait fait adresser un rapport statistique sur les caisses d’épargne postales en Angleterre.
- Le gouvernement de la République aurait-il l’intention de fonder une institution semblable en France? Nous ne saurions qu’y applaudir.
- Quoiqu’il en soit, voici ce que nous savons de ces « Saving Banks », et ce que nous allons en dire ne peut être que le précis exact des renseignements fournis au ministre.
- *
- * *
- C’est en vertu d’un acte du Parlement (24 Vietoriæ, Cap. 14] que l’administration postale a reçu l’autorisation d’établir ces caisses dans toute l’Angleterre et notamment à Londres, dans plus de 2 à 3000 de ses bureaux.
- Ces caisses sont réparties selon l’importance des quartiers, soit comme population en chiffre, soit comme ressources de cette population.
- Ces caisses ne sont pas seulement autorisées par l’Etat, elles sont encore placées sous son contrôle et sous sa garantie.
- Les femmes mariées, les mineurs peuvent aussi
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- LE DEVOIR
- bien que les hommes, faire des dépôts pour leur compte personnel.
- Les mineurs âgés de plus de sept ans sont traités comme s’ils étaient majeurs. Mais les enfants qui auraient versé ou pour lesquels on aurait fait un versement avant l’âge de sept ans, doivent attendre leur majorité pour pouvoir retirer tout ou partie de leur argent. -
- Tout dépôt doit être d’un shilling au moins.
- Mais nul dépôt ne peut s’élever pour la même personne à plus de 30 livres sterling, dans la même année, et, en totalité, à plus de 150 livres.
- On peut toujours se faire représenter, soit qu’on veuille opérer un versement, soit qu’on veuille retirer tout ou partie de son argent.
- On ne peut verser dans plus d’une caisse d’épargne, c’est-à-dire qu’il est défendu, sous peine de perdre son argent, d’avoir un compte dans deux bureaux.
- Nul dépôt n’est produisible d’intérêts s’il n’est d’une livre sterling au moins. Les fractions de livres n’ont pas droit à l’intérêt.
- Le taux de l’intérêt payé aux déposants est de 2 à 2 1/2 pour % ; c’est-à-dire qu'avec ce dernier taux, on a 6 pence par année ou 1/2 penny par mois pour une livre.
- Chaque déposant reçoit un livret dans lequel tous les dépôts qu’il a faits sont inscrits par le directeur du bureau où les sommes ont été versées.
- Le retrait d’un dépôt peut être fait, à n’importe quelle caisse de l’administration. Ainsi un dépôt tait à Londres peut être remboursé en Ecosse ou en Irlande".
- ♦ *
- Il existait avant la création de ces caisses et il existe encore d’autres « Saving Banks », mais ce sont des établissements particuliers qui donnent, il est vrai, 1/2 pour cent environ,-de plus que les caisses postales, mais qui ne sont placées ni sous le contrôle direct, ni sous la responsabilité du gouvernement.
- En 1860, ces caisses particulières étaient au nombre de 638. En 1878, elles n’étaient plus que de 462.
- En 1862, les caisses postales étaient de 2,523. Le dernier recensement qui en a été fait porte le nombre à 5,668, sur lequel chiffre l’année 1877 entre pour 220 nouvelles créations dont 189 en Angleterre, 7 en Ecosse et 24 en Irlande.
- Le nombre des déposants, toujours d’après le dernier recensement présente un accroissement de 88,866, sur celui qui l’avait précédé.
- •''En 1877, le chiffre des sommes déposées s’élevait à 9,166,738 livres sterling. Celui des retraits était de 8,083,991 livres sterling
- On a calculé que la moyenne des déposants sur la population du Royaume-Uni, était de 1 personne sur 19, se répartissant comme suit :
- En Angleterre 1 sur 15
- En Ecosse 1 sur 74
- En Irlande 1 sur 82
- La moyenne de chaque dépôt en 1877 était de
- 2 L. 16 S. 1 D. .
- En 1876, elle avait été de 2 L. 16 S 9 D.
- Les intérêts payés depuis la fondation de ces banques s’élèvent à 5,237,430 L., ou 130,935,750 francs.
- *
- Que les déposants, au lieu de retirer chacun un mince intérêt de leur argent, aient pu et voulu laisser cet intérêt se capitaliser pour la création de banques de solidarité..,.. A combien de nouveaux arrivants sur terre cela ne bénéficierait-il pas ?
- Et si de son côté le gouvernement qui ne laisse pas ces dépôts dormir dans sa caisse faisait du produit qu’il retire de cet argent un fonds de réserve ayant la même destination que celle ci dessus, de quels bienfaits légitimes du reste ne doterait-il pas la Société ?
- C.-P. Maistre.
- L’Antiphone
- Dans une amusante bouffonnerie qui reparaît de temps à autre à la scène il est question d’un sourd qui « entend de l'œil. »
- Voici quelque chose de bien autrement fort et qui cependant n’est pas le fait de l’imagination d’un vaudevilliste, les sourds vont pouvoir entendre avec les dents.
- En effet, M. le professeur G-raydon, de Cincinnati, vient d’iuventer un petit électro-microphone qu’il nomme antiphone. Au moyen de ce petit instrument de caoutchouc, le sourd entend par les dents, le son étant transmis par les nerfs des dents et par les os du visage jusqu’au nerf auditif.
- On offre SSO francs par mois à ixn comptable capable lie diri-ger, en qualité de sons-chef, les écritures et les bureaux d’une grande comptabilité indastrielle-On demande pour le même établissement nn ingénieur habile à diriger nne fabrication d’objets nsnels en fonte, fer et tôle, et capable de .créer des modèles nouveaux ponr cette même industrie.
- S’adresser à M. GrODIN, fondateur dix Familistère^ à Gfnise (Aisne).
- Le Directeur-Gérant : Godin.
- Saint-Quentin — lmp. de la Société anonyme du Glaneur
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- ±e numéro hebdomadaire 20 c.
- DIMANCHE 25 JANVIER 1880
- 3« ANNÉE, TOME 4 ~ N° 72
- BUREAU
- A GUISE (Aisne).
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant. Fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE
- par l’envoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France
- Un an. . . .
- Six mois. . .
- Trois mois. . .
- 10 f. »»
- 6 »» 3 *»
- Pays d’Europe
- Un an. . . . 11 f. »»
- Autres pays
- Un an . . . . 13 f. 60
- Rédacteur en chef : M. Ed. Champury
- ON S’ABONNE
- A PARIS
- 5,r.Neuve-des-Petits-Ghamps
- Passage des Deux-Pavillons)
- S’adresser à M. LEYMARIE, administrateur delà Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- D'une caisse nationale de retraite pour les travailleurs. — L'habitation unitaire. — Semaine politique. — Notes d’un liseur. — Divorce et nullité de mariage. - Petites nouvelles. — Education secondaire des filles. Discours de M. J.-B. Dumas. — Prix Pereire. — Bulletin bibliographique. — Chemin de fer du Cateau à Laon. — Variétés.
- D’UNE CAISSE NATIONALE DE RETRAITE POUR LES TRAVAILLEURS.
- Les idées font du chemin ; les sceptiques ont beau le mettre en doute et les pessimistes s’en effrayer, elles poursuivent leur marche, avec lenteur mais sans arrêt.
- Lorsque le Devoir, à peine âgé de quelques mois, consacrait des articles aux Caisses d’assistance sociale et aux Caisses de retraite, plus d’un de ses lecteurs a dû s’écrier : « Oh ! nous n’y sommes pas encore ; il faudra longtemps avant que l’on en vienne là ! » Qui donc aurait dit que 18 mois plus tard la Chambre des Députés serait saisie d’une proposition de loi tendant à créer une caisse nationale de retraite pour les travailleurs.
- C’est pourtant comme cela.
- Dans la séance du 11 décembre dernier M. Martin-Nadaud a déposé à la tribune de la Chambre des Députés, tant en son nom qu’au
- nom de 25deses collègues, un projet de résolution ainsi conçu :
- « La Chambre des Députés nommera dans « ses bureaux une commission de onze mem-« bres, chargée de lui présenter un projet de « loi relatif à la création d’une caisse de re-« traite en faveur des vieux ouvriers de l’in-« dustrie et de l’agriculture. »
- Certes, cette proposition est insuffisante. Il aurait mieux valu déposer un projet de loi sur la matière. Et même un projet de loi organisant une caisse de retraite n’est pas encore assez. Il faudrait garantir les travailleurs non-seulement contre les atteintes de la vieillesse, mais encore contre les risques de maladie, d’accidents ou de chômage. Nous aurions vu avec plus de plaisir présenter un projet de Caisse de prévoyance, mais puisqu’il ne s’agit pour le moment que de Caisse de retraite, va pour la retraite.
- La mesure ainsi comprise est sans doute incomplète, mais elle est déjà considérable et elle offre ce grand avantage de n’effrayer personne. En demandant tout à la fois, on s’expose à ne rien obtenir. Mieux vaut demander peu, mais le faire avec une constance implacable.
- Ainsi donc tout en maintenant que la caisse de retraite ne donne pas des garanties suffisantes à la classe laborieuse, nous appuyerons quand même le projet qui la demande.C’est toujours autant d’acquis. L’opinion publique sera
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- LÉ DEVOIR
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- saisie de ce projet ; la presse le débattra ; -force sera à la Chambre des Députés de le prendre en considération et d’y donner suite.
- C’est à tort que l’on représente l’opinion publique et celle du parlement comme hostiles aux revendications ouvrières. Hostiles n’est pas le mot. Quand ces revendications revêtent une forme précise et renferment des idées pratiques et qu’elles sont exposées avec calme, avec tranquillité, chacun convient bien vite qu’il y a quelque chose à faire et même beaucoup.
- Le malheur, c’est que les moyens pratiques de réalisation ont été trop peu étudiés. Economistes et socialistes se sont tenus également loin des faits réalisables. Ils sont restés dans le vague les uns comme les autres. Aucune recherche en pareille matière n’a été poussée à fond.
- Que l’on ne dise pas que nous exagérons. Ce que nous disons est tellement vrai que nous voyons aujourd’hui les promoteurs de la caisse nationale de retraite, malgré leur incontestable bon vouloir, ne pouvoir présenter à l’appui de leur proposition aucun projet de loi étudié.
- Il importe que l’on descende enfin des hauteurs où l'on s’est tenu jusqu’ici. L’étude serrée dü sujet sera moins poétique et se prêtera moins à des développements littéraires ou â des effets oratoires que le simple énoncé d’aspirations généreuses,mais elle aura sur lui ce grand avantage d’être plus profitable. On ne fonde rien avec le vague. Ce qui se réalise, c’est ce qui a', été étudié avec précision. Il s’est fait de beaux et de nombreux volumes de sentiments platoniques, de voeux et d’aspirations : toutes ces phrases n’égalent pas en virtualité, un bon projet sur la matière.
- Le Devoir cherchera dans la mesure de ses forces quel est le meilleur fonctionnement possible d’une caisse nationale de retraite.
- Toutefois avant d’aborder fêtude de ce fonctionnement il y a une étude préalable indispensable à faire. Il s’agit de déterminer exactement les. besoins auxquels la caisse en question aura â repondre.
- Essayons.
- -^TY ... - '
- Il est incontestable que les ouvriers de l’agriculture et ceux de l’industrie ont sur leurs vieux
- jours une existence difficile. L’ouvrier gagne peu. Le plus souvent son salaire suffit à peine à sa subsistance. Un des plus célèbres économistes anglais, Ricardo, a même démontré que dans toutes les professions où une concurrence sérieuse existe, le salaire, par la force des choses, ne peut s’élever à un chiffre supérieur à celui strictement nécessaire à l’existence de l’individu.
- Cet aveu est déjà effrayant, et cependant il est encore inférieur à l’odieuse réalité des choses.
- Que voyons-nous en effet!
- Le salaire des ouvriers hommes leur permet en général de pouvoir se soutenir tant qu’ils sont occupés et en bonne santé.
- Mais en est-il de même pour les femmes ?
- Pas le moins du monde. L’absence d’organisation dans le travail force les patrons qui occupent des femmes dans leurs ateliers à ne leur donner comme rétribution que des salaires très-minimes. Le plus souvent même ces salaires sont d’une telle insuffisance qu’ils ne permettent pas aux malheureuses ouvrières de vivre par cette seule ressource..
- Aussi pour peu que l’ouvrier et l’ouvrière soient chargés de famille, et c’est presque toujours le cas, leurs ressources-passent jusqu’au dernier centime aux dépenses quotidiennes. Ils vivent au jour le jour, dans rimpossibfiité absolue d’épargner, et vienne le chômage, la maladie ou la vieillesse, ils tombent à la charge de leurs parents ou doivent recourir à la mendicité.
- Mais objectera-t-on, tous les ouvriers n’en sont pas là. Il y en ade plus favorisés,-ceux qui sont exceptionnellement expéditifs, ceux qui ont une force musculaire au-dessus 4e la moyenne, ceux qui, grâce à une instruction plus développée ou à un goût plus délicat, peuvent se consacrer ,à des travaux plus élevés. Ceux-ci gagnent de meilleures j ournéesque les autres et s’ils sont malheureux sur -leurs vieux jours, c’est un peu à leur imprévoyance qu’ils doivent s’en prendre.
- Soit, mais oubliez vous à quel point le nombre de ces ouvriers est minime, je dirai meme insignifiant, mis en face de l’immense masse
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- des ouvriers ordinaires des villes et des cam-
- pagnes.
- N’accusons pas les ouvriers d’imprévoyance. Si même ce reproche était .fondé il faudrait s’abstenir de le leur faire. N’imitons pas ce maitre d’école de la fable qui voyant un écolier tombé à l’eau ne trouva rien de mieux à faire que de lui adresser une harangue. Si les ouvriers sont imprévoyants, c’est la faute de la société. C’est elle qui les a faits ce qu’ils sont-Elle né leur a le plus souvent pas donné d’instruction. Elle ne fait rien ou presque rien pour les engager à la prévoyance. Les caisses d’épargne ne servent que des intérêts très-minimes et ne sont accessibles qu’aux heures où l’ouvrier est à son travail. Il en résulte que rien ne ménage à l’ouvrier les moyens d’échapper un jour à sa misère. De l’absence d’espérance au découragement complet il n’y a qu’un pas. Ce pas, la mauvaise organisation de la société le lui fait faire.'Le découragement s’empare de lui. Parfois même il en vient à chercher dans l'étourdissement une diversion à sa vie triste et monotone. Et quand viennent les mauvais jours il se trouve en présence de la misère et du dénuement.
- Le cœur se serre lorsque l’on songe aux douleurs qu’endurent les ouvriers sur leurs vieux jours. Ah ! si Messieurs les économistes prenaient la peine de voir par leurs propres yeux ce qui se passe, ils auraient honte et remords d’avoir dit et répété comme ils l’ont fait que l’ouvrier n’a droit qu’à son salaire.
- Non, le travailleur n’a pas droit qu’à son salaire. Il a le droit à des institutions qui le garantissent contre les atteintes du chômage, de la maladie, de la vieillesse ou des accidents.
- Les remèdes, ou plutôt les palliatifs qui ont été jusqu’ici proposés à ces différents maux, n’ont pas donné les résultats que l’on, en attendait. Parfois même ils ont donné des résultats contraires.
- - efforts faits par l’assistance soit privée, soit officielle, n’ont fait qu’entretenir la misère ou porter atteinte à la dignité humaine. En Angleterre où il y a une taxe spécialement destinée à porter secours aux pauvres, la pauvreté ne fait i*9ue s accroître et la population pauvre que se démoraliser.
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- Quant aux sociétés de secours mutuels elles sont insuffisantes. Certes elles rendent des services, surtout dans les villes très peuplées Malheureusement elles ne présentent pas tou* jours un caractère de sécurité suffisant. De pliis 9 fois sur 10 ces sociétés emploient l'a presquè totalité de leurs ressources à des secours eh c‘â8 de maladie et d’accident et n’èn laissent qu’ïthe très insignifiante partie pour servir dés peh* sions aux vieillards.
- C’est donc ailleurs, vers rorganisàtiôn de caisses nationales embrassant tous les bèSoihÈ légitimes des travailleurs lorsque le salaire fait défaut, qu’il faut tourner les regards.
- Déjà sous la Révolution la Convention avait mis à l’étude un projet de caisse nationale dé retraite pour les invalides du travail. Malheureusement la Convention avait entrepris tant de cho» ses que cette étude fut au nombre de celles'qui ne purent être terminées avant l’entrée én fonction de la constitution de l’an IV. Le Directoire né donna pas suite à l’idée et quant au Premier Consul, à l’Empereur ou aux rois qui suivirent, ils s’occupèrent de toute autre chose que dés intérêts des travailleurs.
- La seconde république reprit l’impôrtanté question d’une caisse de retraite pour les invalides du travail. L’Assemblée législative vota même le 18 juin 1850 une loi sur la matière. Malheureusement cette loi ne fut pas appliquée avant le coup d’Etat et l’on sait quel cas fut fait depuis lors des bonnes idées sorties du mouvement de 1848. Durant tout le second empiré et et les présidences de MM. Thiers et Mac-Mahon la question demeura à l’état de lettre-morte.
- N’oublions pas cependant que le 6 décembre 1876 M. E. Jacquet, conseiller général de la Seine, présenta à ce conseil un vœu pour la création d’une « Caisse nationale des retraites civiles par l’Economie obligatoire. » Le Conseil général de la Seine ne repoussa pas le vœu, il se borna à en ajourner l’examen et depuis lors nous n’en avons plus entendu parler.
- Il appartient à la république assise que nous possédons aujourd’hui de faire ce que les deux premières républiques n’ont pas eu le temps de réaliser et de prouver qu’elle porte aux travailleurs une estime et un intérêt que les autres régimes ne leur ont jamais portés.
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- La France d’aujourd’hui n’est plus la même que celle d’autrefois. Elle comprend que la vraie supériorité est celle que donne le travail. Elle veut vivre en paix au dehors et à l’intérieur. Elle tient à consacrer les ressources immenses dont elle dispose à des travaux publics gigantesques qui donneront à l’industrie et au commerce une vigueur et une prospérité nouvelles.
- Du moment que la France désabusée réhabilite le travail, du moment qu’elle l’acclame comme le facteur principal de son bien-être et de sa vraie gloire, il est naturel, il est logique que cette réhabilitation ait comme corollaire, comme couronnement,comme consécration, des institutions en faveur des travailleurs. Car enfin le travail par lui-même n’est rien ; il n’est pas une entité ayant une existence propre; il n’est que ce que le font les travailleurs. Lors donc que la France acclame le travail, c’est les travailleurs qu’elle acclame. C’est à eux que s’adresse sa sympathiee, sa reconnaissance. Eh bien ! ces sentiments de reconnaissance et de sympathie ils doivent se traduire dans les faits par l’association du capital et du travail et dans la loi par la création d’institutions de mutualité, de solidarité et d’assurance au profit des travailleurs. Les caisses de retraite ne sont qu’une de ces institutions, mais elles en sont une. Abandonner sur leurs vieux jours ces travailleurs qui sont la chair et le sang de la France, c’est de l’ingratitude; garantir leur vieillesse contre la misère, c’est la justice.
- Entre l’ingratitude et la justice, l’hésitation n’est pas permise. Nos députés le prouveront.
- Ed. Champury.
- L’HABITATION UNITAIRE
- Réponse anx Objections.
- II
- Nous avons dit à nos lecteurs que les objections présentées par M. de Pompery — objections auxquelles nous avons répondu dans notre dernier numéro, n’étaient pas les seules que nous avions reçues.
- En effet il nous reste à répondre à plusieurs lettres dont la substance peut se résumer dans les deux objections suivantes :
- Première objection.
- « L’habitation unitaire ne tient pas assez « compte de cet amour du chez-soi qui se ren-« contre chez tous les hommes. »
- Entendons-nous.
- L’amour du chez-soi consiste-t-il dans une prédilection à posséder une habitation quelconque, pour la seule vanité d’être propriétaire, ou bien consiste-t-il dans le désir bien naturel de jouir d’un logement que l’on peut à son gré rendre plus confortable ou plus élégant et dans lequel on possède toute la liberté du foyer ?
- La réponse ne nous paraît pas douteuse.
- Ce que l’on aime dans le chez-soi c’est la liberté où l’on se trouve d’en augmenter le confort ou de l’embellir selon son goût. Or, l’habitation par grand édifice, laisse intacte cette liberté. Vous avez divers locaux à choisir et lorsque votre choix est fixé vous pouvez tapisser votre local comme il vous plaît, le meubler comme il vous convient, l’embellir tout à votre gré. Vous n’êtes pas dans un garni, vous êtes chez vous. La seule interdiction qui vous soit faite, c’est celle de faire de votre logement un lieu de tapage ou un foyer d’infection. JL’ouvrier ou l’employé jouit donc dans son logement du. palais social de la même liberté qu’un rentier dans une maison bourgeoise.
- C’est là sans doute ce dont notre premier -correspondant ne s’est pas rendu compte.
- Deuxième objection.
- « Les petites maisons ont cet avantage sur les grands édifices de mieux garantir la vie privée contre la médisance ou l’indiscrétion. Le poète a dit :
- Pour vivre heureux, vivons cachés. »
- Eh bien, le poète s’est trompé. La vie cachée n’est pas la vie heureuse. L’anachorète qui se retire dans une grotte n’a pas une vie enviable : il est simplement un être inutile et par conséquent coupable. Le bonheur ne se trouve que là où est le devoir, c’est-à-dire dans le travail' et la sociabilité.
- Quant à la médisance et à l’indiscrétion elles s’attaquent pour le moins autant à celui qui se cache qu’à celui qui vit au grand jour. II y a partout des personnes médisantes et indiscrètes, et il y en aura longtemps encore, mais
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- LE DEVOIR
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- il est certain que L’on en rencontre plus clans
- ]es villages, où les habitations sont pourtant petites, que dans les quartiers neufs des grandes villes où les bâtiments sont de proportions
- considérables.
- La médisance et l’indiscrétion ne viennent pas des facilités de voisinage, elles viennent de l’oisiveté, du désœuvrement, et surtout de l’absence cle distractions élevées.
- Or, nous avons établi :
- D’une part, qu’il y a plus de facilité d’obtenir un travail régulier lorsqu’un grand nombre de personnes sont réunies dans le même édifice que lorsque ce même nombre de personnes se trouve éparpillé dans des habitations diverses, et, d’autre part, que le palais social offre à ses habitants toutes les facilités désirables pour des distractions élevées.
- L’objection tirée de la médisance et de l’indiscrétion ne peut donc être soutenue plus longtemps.
- Il ressort donc bien clairement de notre exposé des avantages clé l’habitation unitaire et de notre réfutation des objections qui peuvent être présentées que ce mode d’habitation offre sur celui généralement répandu aujourd’hui une incontestable supériorité.
- Cela étant, il nous reste à souhaiter que les personnes qui s’intéressent sérieusement au sort de la classe ouvrière fassent des efforts pour constituer des associationsqui créeraient au profit du travailleur, le palais social. Souhaiter le bien être aux classes ouvrières, c’est bien ; faire quelque chose pour le réaliser, c’est mieux. Ed. Champury.
- LA SEMAINE POLITIQUE
- T_e programme ministériel et la majo-
- —On ie possède enfin ce fameux programme tant attenduet dontji’apparition devait dissiper tous le.Jnuages Dire qu il a provoqué une déception profonde serait se montrer pessimiste ; dire qu’il a satisfait sans mélange la majorité serait faire preuve d’un optimiste très-accentué Mais u faut reconnaître que M. de Freycinet qui a lu la déclaration aux deux Chambres a donné à sa parole un petit ton résolu qui a produit une assez bonne impression. Pour ce qui est d’un programme, il n’y en a guère a proprement parler. Le ministrî n’a pas soufflé" mot e la question toujours palpitaute de l’amnistie; quant aux réformes réclamés il a promis de les accomplir, mais sans donner aucune indication sur le sens et la portée de ses projets Le Cabinet actuel veut se borner, au urpius, il ] a déclaré lui-même, à marcher dans l’or-
- nière creusée par ses prédécesseurs immédiats. H aura grand peine croyons-nous à en faire un sillon subcep-tible de faire germer le bon grain. Il n’y a guère de promesses précises qu’en ce qui concerne le respect des institutions qui sera imposé aux fontionnaires, et l’engagement de soutenir l’article 7 au Sénat. Pour le reste, c’est une série de protestations énergiques, de la volonté d’accomplir.... des choses très-vagues. Au reste, comme nous l’avons déjà dit à satiété, nous dispensons parfaitement les ministres de belles promesses ; nous leur demandons seulement des actes et il nous importe peu qu’ils soient annoncés à l’avance, il nous suffit qu’ils se manifestent quand le besoin s’en fait sentir.
- Toutefois l’insuffisance du programme ministériel a eu ce résultat fâcheux que la cohésion si désirable de tous les groupes de gauche se trouve encore à l’état de desideratum, ce qui n’aurait peut-être pas eu lieu si le langage ministériel avait été plus précis et si M. de Freycinet avait évité de se poser en continuateur pur et simple de la politique du cabinet Waddington. Depuis la lecture du manifeste ministériel, c’est à qui inventera un procédé sûr et commode pour reconstituer la majorité. Les uns veulent fusionner les trois gauches, les autres veulent que la gauche républicaines provoque des dissidents dans le centre gauche et dans l’Union républicaine et absorbe à son profit ces dissidents. Bref tout les groupes sont en émoi, on y pérore, on y intrigue et l’aigreur qui règne entre les diverses fractions parlementaires risque de s’accroître de jour en jour, au grand préjudice des intérêts républicains. Cependant il ne faut pas encore perdre toute espérance de voir ces difficultés s’aplanir.
- + *
- Le #. lois d’instruction publique. — La
- Chambre des députés a discuté, en deuxième délibération, l’important projet de loi de M. Camille Sée qui organise l’enseignement secondaire des jeunes filles. M. Keller a combattu ce projet, qui a été énergiquement défendu par M Camille Sée, rapporteur, et par M Cha-lamet Après avoir entendu M. le ministre de l’instruction publique, qui a admis le principe de la création d’établissements d’enseignement secondaire pour les jeunes filles, tout en repoussant l’internat, à cause des charges qu’il imposerait au Trésor, la Chambre a adopté l’article 1er du projet, article qui décide la fondation de ces établissements. Sur le voeu de plusieurs députés, la commission a été invitée à transformer les articles 2 et 3, relatifs à la création d’établissements d’internes. Elle les a fondus en un seul article qui consacre seulement la fondation d’établissement d’externes, avec cette adjonction cependant que des internats pourront y être annexés sur la demande des conseils municipaux. Cette disposition énergiquement soutenue par M. Paul Bert et acceptée parle ministre, a été adoptée à la majorité de 325 voix contre 137, sur 462 votants. Puis les autres articles du projet, relatifs à l’organisation de l’enseignement et aux programmes, ont été successivement votés, et le projet adopté dans son ensemble. C’est un résultat excellent et il serait à désirer que le Sénat se montrât maintenant, aussi bien inspiré que la seconde Chambre.
- Signalons en même temps la prise en considération d’une proposition de M. Parent, que M. le ministre de l’instruction publique a acceptée et défendue, proposition qui crée une caisse des bâtiments d’instruction publique avec une dotation de 200 millions sur les propriétés de l’Etat, et, enfin l’adoption définitive, après une dernière délibération, du projet de loi, précédemment voté par le Sénat, et qui rend obligatoire dans les écoles publiques (garçons et filles) l’enseignement de la gymnastique.
- Enfin constatons que M. Ferry a déposé un projet de loi tendant à rendre l’instruction obligatoire et gratuite Ou remarquera avec regret que le principe de la laïcité n’est pas inscrii dans ce projet. Les Chambres auront le devoir de l'y introduire.
- La réforme de la magistrature. — M.
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- Gazot, garde des sceaux, a déposé sur le bureau de la Ëbambre spn projet de réforme de la magistrature.Voici les Indications générales sur l’économie de ce projet de lgi qui. a surtout pour but de réduire le personnel aetuél 4e la paagistta.ture assise par la suppression d’un cer-d'un ndmbre de sièges dans les coiirs et tribunaux.
- D^ns. les cours, on ramène le minimum auquel les conseillers doivent délibérer valablement, à cinq pour le civil et trois pour le correctionnel.
- En outret on réduit le nombre des chambres dans toqtes les cours.
- Dans §ix cours, celles de Lyon, Bordeaux, Àix, Toulouse, Douai et Rouen, le nombre des chambres est abaissé de quatre à trois.
- Pans toutes les autres cours, le nombre des chambres est abaissé à deux. Ces cours sont les suivantes : Agen, Amiens, Angers, Bastia, Dèsançon, Bourges, Caen, Chambéry,. Dijon,Grenoble, Limogés,Montpellier,Nancy, Nimes, Orléans, Pau, Poitiers et Rennés. ,
- Ep çe. qui concerne les tribunaux, il y a des suppressions et des. réductions.
- . Qn supprime tous les tribunaux jugeant moins de 100 affaires par an. Ces tribunaux sont au nombre de 36. Daps.tpus lqs tribunaux qui jugent contradictoirement mains de 400 affaires civiles par an ou moins de 1,200 affaires correctionnelles, et commerciales, il n’y aura désormais qu’une seule chambre. ,
- , Pour tous les autres tribunaux, le nombre des chambres sera déterminé par un règlement dAdministration publique, c’est-à-dire lait en conseil d’Etat.
- Enfin, une disposition transitoire, très-importante, achève de caractériser ce projet. Cette disposition est ainsi conçue :
- « II sera procédé, dans le délai de six mois, à la reconstitution générale des cours et tribunaux. Les réductions nécessitées par l’application de la présente loi porteront sur,l’ensemble du personnel indistinctement. Les magistrats* qui n’auraient pas été compris dans la nouvelle organisation conserveront leur traitement jus-quA ce qu’ils aient été replacés ou mis à la retraite. » ,ipa Chambre a renvoyé le projet à la commission déjà chargée des propositions Roysset et Brisson.
- . 4Ce projet est vivement commenté et cela se conçoit, car il répond mal à ce qu’attendait l’opinion publique. S’il permet de faire sortir de la magistrature un certain nombre de magistrats hostiles, il ne fournit pas les moyens d’y introduire des éléments nouveaux, de telle Oorte que si, par exemple,, une cour est tout-à-fait mauvaise, oh aura beau induire les membres de moitié, elle h’en sera pas meilleure pour cela.
- * *
- ulü&S subventionè aux chemins viel-»aüx, — Il n’y a guère à noter au Sénat que la discussion du projet de loi, adopté par la Chambre des députés, et portant ouverture au ministère de l’intérieur, sur l'exercice j§79, d'un crédit extraordinaire de 80 millions pour subvention aux chemins vicinaux. Cette somme est pjfé.levée.sur les 134 millions de. plus-value recueillis par le Trésor, sur le rendement descimpôts indirects, pendant t’qh'nèe 4879.. Le Sénat a en à se prononcer sur le contre-prqj^tdaMM.. Emile Labiche et Batbie, contre-projet 4U/juel le. gouvernement et la commission ont donné pleine adhésion. .
- Pans le mode de répartition établi par ce contre-projet 11 est à noter quç les communes pauvres ne contribueront que pour les deux dixièmes à là dépense, tandis que lé département et l’Etat y contribueront pour les huit dixjèmes, chacun suivant une proportion qui sera réglée entre eu;x. Le contre-projet de MM, Labiche et Batbie, qui ,est devenu le projet du gouvernement, a été adopté à l’unanimité de 257 votants.
- juf* Conversion. — Le ministre des finances a été interpellé par les bonapartistes qui ont réclamé la conversion immédiate de la rente 5 0/0. L’interpellateur, M. Lenglé, a eu l’imprudence de comparer l'empire, qui a j fait la conversion de la rente, à la République, qui l’a 1
- jusqu’ici ajournée. Il oubliait sans doute que l’empire 5 converti la rente pour rétablir l’équilibre du budget compromis par sa mauvaise administration ; il oubliait en outre, que la conversion avec sou'te était un emprum déguisé.
- Au contraire, quand là République convertira le 5 0/o ce ne sera pas, comme l’Empire, pour boucher un trou mais pour permettre de diminuer les impôts. Ce perdra le rentier en intérêts, le contribuable le gagner* en allègement de ses charges.
- Le ministre dès finances a reconnu que la conversion du b 0/0 est une opération légitime, utile, et qui se fer* un jour; mais c’est au gouvernement qu'il appartient juger de l’oppoftunité de l'opération, et il entend se ré. server toute sa liberté d’action. M. Magnin a fait remar-quer, en outre, que Cette interpellation indiScfète, re-nouvelée périodiquement par la droite, ne semblait avoir d’autre but que d’agiter le marché des valeurs publiques et la Chambre a donné son approbation au ministre, en substituant à un ordre du jour motivé de M. Lenglé l’ordre du jour pur et simple, qui a été adopté par 3l( voix contre 128.
- L’aumônerie militaire. —' La Chambre d$ députés a voté par 354 voix contre 120 le projet- de lo; de M. Duvaux tendant à l’abrogation de la loi instituai! des aumôniers militaires.
- Le fait saillant de la discussion a été la déclaratif très nette du nouveau ministre de. la guerre « Si cette proposition de loi n’avait pas été faite, a dit M. le général Farre, j’aurais proposé un projet de loi. J'e ihe place uniquement au point de vue de l’intérêt du service, el je vois que l’influence de l’aumônier ne s’acquiert qu’au détriment de l’influence du chef militaire. Or, il ne faut rien distraire de l’autorité du chef. » Par la fermeté dt ce langage, le nouveau ministre a conquis, dès son début une grande sympathie dans la Chambre.
- Graraont et Jnles Favre. — Nous avons* enregistrer cette semaine là mort de l'uii des homme; néfastes qui ont contribué à attirer sur la- France le; maux terribles de la guerre de 1870. Le duc de Gramont, prince de Bidacbe, qui fut ministre des affaires étrangères dans le cabinet Oilivier et qui en cette qualité sc fit complaisamment l'instrument des projets insensés de la cour impériale dans les intrigues ourdies pour préparer la déclaration de guerre., est décédé à Paris.
- Eh dépit des efforts qu’il a faits pour se justifier, M. de Gramont aura son nom cloué au pilori de l’histoire, et la postérité le considérera avec raison comme celui d’un des hommes qui ont fait ou laissé faire le plus- de mal a leur patrie.
- La mort de ce grand coupable n’a précédé que de peu de jours celle d’üu des patriotes qui ont essayé eu vais de réparer les fautes du gouvernement impérial. M. Jules Favre est mort d’une hypertrophie du cœur compliquée d’une hépatisation pulmonaire. Orateur incomparable, républicain convaincu, patriote ardent, M. Jules Favre a commis cependant des fautes qu’il a cruellement expiées. Il a été abreuvé de toutes les amertumes qu’une âme sensible peut subir; aussi faut-il maintenant, ne se souvenir que des services rendus par lui, avec désintéressement à la patrie et à la liberté.
- IN© budget russe— Le ministre des finances de Russie, M. de Greigh, vient d’adresser à l’empereur Alexandre le rapport sur le budget pour l’année 1880. Ce budget se solde par un excédant de recettes de deux mille roubles environ. C'est peu; et, pour obtenir ce léger excédant, il a été nécessaire d'établir de nouvelles taxes qui figurent pour quatre millions de roubles dans les prévisions du budget.
- Au reste, les dépenses ont augmenté dans une proportion plus rapide que les recettes, grâce au lourd service de la dette publique et au ministère de la guerre. Cependant, on a tenté de réaliser au ministère de la
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- LE DEVOIR
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- an erre quelques économies, parmi lesquelles il faut “lacer au premier rang la réduction do l’effectif sous les armes en 1880, qui a été ordonnée par l’empereur et qüi a pour effet le renvoi de 36,000 hommes dans leurs foyers, *
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- Désordres en Hongrie. — La capitale de la Hongrie vient d’ètre le théâtre de scènes tumultueuses nui ont nécessité l'intervention de la force armée et occasionné la mort d’une vingtaine de personnes,
- Un des organes les plus agressifs de la presse magyare le Fuggetlenseg (FIndépendance), avait publié, sous ^inspiration de son rédacteur en chef, M. Verhovay, un article intitulé les Bandits en frac, et dans lequel de violentes attaques étaient dirigées contre la personne du comte Paul Festetics. On l’accusait de s’ètre livré à de honteux tripotages financiers dans l’affaire du Wolks-loden crédit (Crédit foncier populaire), société dont le directeur vient d’ètre mis en arrestation.
- Le beau-frère de M. Festetics, le baron Majthenéï, envoya immédiatement un cartel à M. Verhovay. Une rencontre au pistolet eut lieu, et le baron Majthenéï, qui a la réputation d’être un des meilleurs tireurs de la Hon-arie blessa grièvement son adversaire.
- S Tels sont ies faits qui ont précédé les troubles de Pesth, troubles qui ont commencé par quelques démonstrations bruyantes devant le Casino, national dont le comte Paul Festetics et le baron Majthenéï sont les membres, par dégénérer bientôt en véritable émeute.
- Les derniers avis de Pesth tendent à donner à ces démonstrations tumultueuses un caractère qui dépasserait la portée d’une simple manifestation en faveur de M. Verhovay. On dit que le mouvement aurait été, sinon provoqué, du moins entretenu et aggravé par des influences socialistes internationales, C’est là sans doute un de ces calomnies dont les partis réactionnaires sont trop coutumiers. Les socialistes ont bon dos.
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- Les abstentionnistes . — On
- se rappelle que M. Canovas del Castillo, sous prétexte était urgente au Sénat, s’était, un jour, rèfusé à répondre à une pressante interpellation de la gauche du Congrès, et qu’après cette déclaration il avait aussitôt quitté la salle, au grand dépit de l’opposition, laquelle considéra ce procédé comme une injure faite volontairement à la minorité.
- Depuis cette époque, les membres de la gauche, à la Chambre des députés comme au Sénat, se sont abstenus de prendre part aux débats du Parlement ; et toutes les tentatives pour mettre un terme à cette abstention en masse ont échoué, malgré le désir que le roi aurait itérativement exprimé le désir de voir cesser le conflit.
- Une dépêche de Madrid, que sa présence annonce que la réunion importante qui a eu lieu dimanche à la présidence du Gongrès et qui devait, selon toutes les apparences, amener UDe réconciliation entre le ministre et les minorités du parlement, loin d’aboutir à ce résultat, n’a servi qu’à mieux accentuer la brouille.
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- L’éléctiou de VJBtsfct Hui Maine. — Aux
- Etats-Unis, la querellé singulière, qui divisait la législature de l’Etàt du Maine, s’est enfin terminée samedi, à ce quë nous apprennent ies dernières dépêches. Ainsi que hoüsl’avons> dit,-le parti républicain (centraliste) avait perdu là majorité au Sénat et à la Chambre des représentants du Maine, et le parti démocrate (anti-centraliste) l’avait gagnée par suite de manœuvres de l’ancien gouverneur. Celui-ci, qui était démocrate, avait fait ânnulèr, pour vides de forme, les votes de -villages et de districts républicains, et avait changé ainsi la majorité.
- Chaque pâtti avait formé une législature séparée et avait son commandant de la milice. Les républicains protestaient contre rèlection d’un gouverneur pat le ^énat démocrate. Cette élection fut soumise au jugement I de la cour suprême, qui l’annula. |
- A la suite de cet arrêt, tout s’est calmé. La législature |
- républicaine a élu un gouverneur républicain, M. Davies. Celui-ci a prêté serment devant le Sénat. Son autorité a été reconnue par la milice, et la querelle, qui menaçait de devenir très grave, paraît définitivement et pacifiquement réglée.
- NOTES D’UN LISEUR.
- XVII
- Le monde périrait si, aux phases critiques de la vie de l’humanité, un petit nombre d’hommes et de femmes ne se séparait de la masse corrompue, pour maintenir en eux les traits essentiels de l'espèce et conserver aux générations futures le type moral que l’avenir doit perfectionner encore.
- SÀINT-Sl&Oft.
- DIVORCE & NULLITE DE MARIAGE
- Qnand nous demandons que la loi civile admette le divorce et mette ainsi un terme aux situations inextricables et immorales que crée le régime de la séparation de corps, que nous répond-on? Que l’Eglise catholique n’accepte pas le divorce, que l’Eglise, au contraire, proclame l’indissolubilité du mariage, et que la loi civile ne saurait entrer en opposition avec la loi religieuse.
- Et la preuve que cet argument est bien le seul qui puisse être sérieusement invoqué contre l’institution du divorce, c’est que, dans tous les pays où le catholicisme n’a pas la haute main sur la politique, le divorce est depuis longtemps un fait accompli,
- Voyons donc ce que vaut l’argument,
- Pour apprécier comment l’Eglise catholique entend cette indissolubilité du mariage, qu’elle proclame et qu’elle nous oppose, lisez, je vous prie, la dépêche suivante, que nous apporte l’agence Havas :
- « La congrégation spéciale des cinq cardinaux a « prononcé sa sentence dans l’affaire du mariage du « prince de Monaco et de la duchesse Hamilton.
- « La sentence déclare le mariage nul, mais recon-« naît en même temps, conformément à la demande « du prince, lâ légitimité du fils issu du mariage et « le droit du prince de pourvoir à l’éducation de son « fils. »
- Ainsi, l’Eglise n’admet pas le divorce. Oh! non, certes, elle ne l’admet pas. Elle a des principes et elle se laisserait hacher en petits morceaux plutôt que de fléchir sur une seule de ses doctrines. [Seule* ment... Ah ! il y un seulement. * * l’Eglise, qui n’ad-* met pas le divorce, admet la nullité du mariage.
- Deux mariages successifs quand les contractants sont tous deux vivants ! Quelle horreur ! Il n’y a que des païens pour accepter de telles abominations 1
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- LE DEVOIR
- Seulement une « sentence » déclare que le premier mariage, bien que consommé, n'a jamais existé ; et voilà les deux époux rendus aussi parfaitement étrangers l’un à l'autre que s’ils ne s’étaient jamis connus, et libres d’aller porter où bon leur semble leur virginité fortement entamée. L’enfant même, né du mariage qui se trouve n’avoir jamais existé, n’en sera pas moins un enfant légitime.
- L’homme ne sépare plus ceux que Dieu avaient unis, par la raison que Dieu ne les avait jamais unis, bien que sa bénédiction leur eût été donnée suivant tous les rites et coutumes sacrés, par un prêtre chamarré d’or, devant cinquante cierges allumés. Il y avait maldonne, il ne reste plus qu’à recommencer.
- Que vous semble de cette façon de pratiquer l’indissolubilité du mariage ?
- Est-il permis de manger de la sarcelle Je vendredi ? cela dépend. Si la sarcelle est viande, évidemment la sarcelle est du gras, et l’on n’y peut toucher sous peine de péché mortel ; oui, mats si la sarcelle est poisson, en dépit de ses ailes, évidemment aussi, la sarcelle est maigre, et l’on en mangera le vendredi tant que l’on voudra, sans commettre le moindre péché. Une « sentence » ecclésiastique a déclaré la sarcelle poisson, et désormais, la conscience des fidèles peut être à son aise. Il ne s’agit que de s’entendre sur les mots. •
- Pour nous, qui n’aimons point â chicaner sur les mots, ou plutôt à qui les mots sont fort indifférents, nous ne voyons en tout cela qu’une chose.
- L’Eglise, qui en théorie déclare le mariage indissoluble admet fort bien en fait qu’il soit dissous. L’Eglise, qui met tant d’acharnement à combattre le divorce, a pratiqué et pratique fort bien le divorce.
- Il y a toutefois quelques petites différences entre la théorie de l’Eglise et la nôtre, et il suffît de quelques mots pour les indiquer.
- L’Eglise admet le divorce, mais à la condition que ce soit elle qui le prononce. Elle consent à casser les mariages, mais elle n’admet point que d’autres puissent le faire.
- L’Eglise admet le divorce, mais à la condition qu’elle en recueille les profits matériels. Rien ne se vend dans l’Eglise, mais tout s’y achète, et ses dédépenses sont de celles qui ne s’octroient point gratis.
- L’Eglise admet le divorce, mais à la condition qu’il s’agisse de hauts et puissants personnages, ainsi que l’on dit en style d’oraisons funèbres. Elle n’a guère refusé aux rois et aux empereurs, quand ils lui en ont fait la demande, de dénouer pour eux la chaîne conjugale et de la renouer quelques pas plus loin. Mais pour les'pauvres diables ou même le commun des mortels, qui n’ont ni argent ni titres, le i
- mariage reste bel et bien indissoluble. Pour eux est fait l’axiome que la chèvre doit brouter là où elle est attachée, et la « congrégation des cardinaux » a autre chose à faire que de s’occuper de leurs misères conjugales, petites ou grandes.
- Nous avouons que, sur ces trois points, l’Eglise catholique et la libre-pensée moderne n’entendent de même ni la théorie du divorce ni son application.
- {XIX» Siècle) Charles Bigot.
- PETITES NOUVELLES.
- FRANCE
- L’Union syndicale des travailleu- s <lo la Seine avait convoqué pour le 10 décembre une assemblée générale « que commandaient la gravité des circonstances et la nécessité d’affirmer les revendications du prolétariat. » Cette assemblée devait « attester la puissance des travailleurs résolus à jeter les bases de la révolution sociale. »
- Il paraît que cette assemblée a échoué. Un très grand nombre de membres n’ont pas répondu à l’appel. En conséquence seront déclarés déserteurs ceux des membres de la Société qui ne se rendront pas à la prochaine assemblée. Leur absence sans excuse valable sera considérée comme une démission.
- Nous aurons du regret à voir disparaître de cette So ciété l’élément raisonnable qui s’y trouvait côte à côte avec l’élément exalté.
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- Réforme de l’euseignemen*. — M le ministre de l’instruction publique, a enfin arrêté les termes du projet de réforme de l’enseignement secondaire dont il a été déjà plusieurs fois question. Ce document, qui va être publié incessamment, et sur lequel le futur Cou • seil supérieur de j’instruction publique aura a se prononcer, attaque de front les anciennes méthodes usitées dans l’université et qui sont en grande partie l’héritage de la seule école pédagogique que la France ait connue jusqu’ici, c’est à dire de la Société de Jésus. Les principales réformes proposées sont les suivantes :
- Substituer à l’enseignement des règles abstraites de la grammaire la pratique des langues que l'on veut apprendre. Ramener l’usage du thème latin ou grec à un exercice oral. Supprimer ou réduire considérablement les exercices du discours et du vers latins. Aux amplifications creuses usitées dans les classes, substituer des compositions mieux nourries dépensées sur des sujets d’un intérêt vivant. Initier les élèves à la connaissance des chefs d’œuvre de l’antiquité par la lecture de bonnes traductions au lieu de se borner à leur en expliquer quelques courts passages. Introduire dans les classes l’étude des œuvres du 19e et du 20 siècles trop négligées sinon exclues tout à fait jusqu’à présent.
- Donner moins d’importance dans renseignement de l’histoire aux nomenclatures de dates et de faits ; insister davantage sur les grands mouvements de la pensée humaine et de la civilisation, en particulier sur la Réforme et la Révolution. Restreindre en philosophie la partie métaphysique au profit de la psychologie expérimentale, de la morale et du droit naturel. Transformer enfin les épreuves du baccalauréat de telle façon que la mémoire y joue un rôle subordonné et que le succès soit assuré aux candidats qui feront preuve de connaissances raisonnées.
- C’est là, comme on voit, un plan très large, très net et bien conçu, mais qui n’aura de valeur que par l’application qu’on saura en faire.
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- le devoir
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- iVouveau cercle socialiste. — Un groupe d’ouvriers de la Belle-de-Mai, de Marseille vient de fonder un cercle sous le nom de Cercle de 1 Aurore , leur but est l’étude et la vulgarisation des principes démocratiques socialistes.
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- T Afsn-oserits. — Ceux des proscrits qui, à Genève avaient résolu de poursuivre devant les tribunaux, ïïM Lerover et Andrieux, à raison des calomnies proférées par ces Messieurs à la tribune du Sénat et de a Chambre des Députés, lors d“ h,session delà loi dite d’amnistie, s’étant réunis L donné lecture de la réponse
- ^^Dans^réponse, M. Lenoël Zévort, leur annonce
- mie tous renseignements pris, il lui est absolument im-
- Sn^ible de donner suite à leur projet de poursuite, Fcnrs « calomniateurs » (sic) étant absolument couverts.
- nrétend il, par l’immunité parlementaire .
- «En présence de cette situation qui les livre ainsi sans défrise aux injures d’adversaires se réfugiant derrière une 4rie d’exceptions légales, les proscrits dont U s agit pu annellent de nouveau à la conscience publique du Qnin de venner leur honneur aussi lâchement attaqué.
- « Ils oublieront prochainement une relation des démarches faites par eux concernant cette affaire et la correspondance à laquelle elle a donné casiers judiciaires. . {Le Mot a urare).
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- "CTu ïtijxï*^yx* do au compte de 1 art médical.
- A peine Georges Herbelin était-il enterré qn un autre étudiant en médecine périssait victime de son dévoue-
- mG’est M. Vigne, interne de l’hôpital Beaujon, qui, en soignant des varioleux, a été atteint de la contagion et n’a pas tardé à succomber.
- TJn© grève de prêtres. — Les prêtres du can ton de Sermano (Corse) tenaient dernièrement un conciliabule et, par un élan de charité chrétienne, décidaient à l’unanimité qu’à l’avenir ils n’assisteraient plus aux enterrements que moyennant une rétribution double, tant en argent qu’en cierges, de celle qu’on avait l'habitude de leur offrir.
- Cet édit bientôt traduit en faits dégoûta tellement les populations de ce canton que divers enterrements ont ou lieu sans le concours et les chants des prêtres du
- voisinage. „ .
- Mais dernièrement, à Bustanico, on fit mieux. Divers curés ou desservants avaient été invités à assister à un enterrement ; la cérémonie fut suivie d’un dîner confortable que leur servirent les parents delà défunte. Malgré le diner les parents durent s’exécuter suivant le nouveau tarif et verser aux curés la somme par chacun d’eux réclamée. Mais tout n’était pas tini, car immédiatement les parents de la décédée signifièrent aux prêtres d’avoir à payer le diner servi.
- Tableau !
- * *
- BELGIQUE
- Le mouvement en faveur <ïe robten-tion du suffrage universel s’accentue de plus en plus. Dans plusieurs villes des conférences sur ce sujet ont été données. Plusieurs des conférenciers ont fait ressortir avec beaucoup déraison que le mouvement réformiste ne doit pas seulement réclamer le suffrage universel, mais aussi la suppression de la conscription.
- ment disposées : au rez-de-chaussée, deux chambres ;
- au-dessus, le grenier. C’est dans la première chambre que se tient la famille : la mère en haillons, la figure noircie, les cheveux en désordre, surveille une soupe claire, composée de quelques légumes, nageant dans une marmite enfumée pendue au dessus du loyer ouvert. Sur ses bras, elle tient un enfant de quelques mois, dont le petit visage jaune reflète la misère profonde du ménage. Sur le pavement sale traîne un autre enfant, âgé de deux ans peut-être, à peine vêtu, couvert d’une chemise déchirée, noire, et des lambeaux d’une petite robe graisseuse qui a perdu toute couleur. Pendant deux ou trois ans encore, il passera la journée à pétrir la boue du ruisseau ou à se rouler sur les tas de fumier avec d autres enfants du même âge. Puis, on le lavera une fois par jour pour aller à l’école, où. il restera jusqu’à douze ans. A cet âge, il descendra dans la houillère ; il ira ouvrir une porte, porter des lampes ou charger des pierres dans les chariots de la mine. Si c’est une fille, elle Pâtira le matin avec une tranche de pain, pour aller péniblement ramasser les quelques morceaux de charbon clignés sur le terril avec les pierres; puis, on l’enverra a la ville, courbée sous le fardeau, pieds-nus et à demi-nue; elle devra vaguer de porte en porte, implorant la pitié des habitants, priant qu’ils lui achètent ce charbon qu’elle a ramassé morceau par morceau au milieu de la fumée, des vapeurs sulfureuses du terril. Plus âgée, elle ira aussi travailler au fond ; puis elle aura un enfant et elle entrera en ménage, pauvre et misérable comme sa mère le fut. Quant au père de famille, il va de grand matin au travail : il en sort pour entrer au cabaret, ou il va boire sa tasse de café, c’est l’habitude dans le Borinage; mais malheureusement il fait précéder cette tasse de plusieurs petits verres d’alcool allongé, sorte de vitriol dilué, que l’on nomme encore genièvre. Quand il rentre chez lui, la mère verse la soupe, qui est mesurée à chacun ; puis, le souper fini, le père et la mère se couchent sur un grabat disposé dans un coin de la seconde chambre, et lès enfants se fourrent pêle-mêle sur un sac rempli de paille qui occupe l’autre coin. Yoilà la vie que la plupart des familles d’ouvriers mènent actuellement dans le Borinage. » . , .
- Ainsi s’exprime, dans l’avant-derniere livraison delà Revue de Belgique. un habitant du Hainaut, M. J. Sclo-neux ; puis il ajoute, avec une sincérité dont il faut lui tenir compte : « Cette population, c’est nous qui 1 avons laissée devenir ce qu’elle est ; et aujourd’hui encore, une indifférence coupable règne parmi tous les hommes qui pourraient porter remède à cet état de chose : l’on s’écrie qu’il n’y a rien à faire de ce peuple rude, grossier, a demi civilisé. »
- *
- * *
- SUISSE
- L’Agrricttltu-re we plaint dans ce pays comme chez nous. Les causes de ce malaise paraissent être les mêmes, si nous en jugeons par les ligues suivantes que nous trouvons dans le Journal de Genève et qui, bien qu’écrites pour la Suisse, s’adaptent à merveille à notre
- pays : . ...
- « Dans toute l’économie agricole, il y en aurait de « nombreuses à introduire, surtout en ce qui concerne la « réduction des frais d’exploitation. Les bâtiments ru-« raux sont coûteux sans être toujours pratiques. Les « terres sont divisées. Les pertes de temps et les frais « de charrois trop considérables. L’esprit d’association « n’a pas encore pénétré dans l’esprit des cultivateurs, « et cela empêche l’emploi des machines. Voilà des su-« jets sur lesquels l’activité des amis de l’agriculture « peut s’exercer avec plus de fruit, surtout s’ils prêchent « d’exemple, qu’en demandant des droits protecteurs. »
- La misère est avouée par la Revue de Belgique. Voici ce qu’on lit dans cette revue :
- C’est un spectacle navrant de passer au milieu d’un groupe de maisons d’ouvriers, petites et pauvres habitations adossées les unes aux autres et toutes semblable-
- ALLEMAGNE
- JLeN gros traitements qui sont un des fléaux de la France, fléau dont jusqu’ici l’Allemagne avait été
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- protégée, menacent d’entrer dans les mœurs de ce pays.
- Le traitement du ministre des affaires étrangères — le plus payé des ministres allemands *— sera porté, si le projet de budget est voté tel quel, de 36,000 marks (44,280 fr.) son chiffre actuel à 60,000 marks (73,800 fr.)
- •*
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- Le duel, au dire des journaux de Berlin, règne avec une véritable rage parmi les étudiants de l’Université de cette ville On compte en moyenne un duel par semaine. Plusieurs ont été suivis de mort.
- La foi décroît dans ce pays. Le luthérianisme détache de lui les populations tout comme le catholicisme
- Ainsi, d’après une statistique qui vient de paraître il est né à Berlin durant l’année 1878, 41,000 enfants, 27,000 seulement ont été baptisés. Il y a eu pendant la même année environ 10,000 mariages civils sur lesquels 3,200 à peine ont été suivis d’une bénédiction à l’église.
- En 1870, la presse berlinoise comparait le bombardement de Paris « cette nouvelle Babylone, sans foi et sans mœurs » au feu du ciel descendant sur Sodome et Go-morrhe. La Prusse, à l’entendre, était une justicière divine, fonction méritée par l’ardeur de la foi berlinoise.
- On voit ce qu’il faut penser de cette ardeur de foi.
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- Le budget de la guerre de l’empire allemand tel. qu’il figure au budget général qui sera soumis au Reichstag le mois prochain est plus élevé encore que celui des années précédentes.
- Cette majoration est due aux dépenses nouvelles que le gouvernement impérial tient à faire pour l’artillerie.
- Nos lecteurs se rappellent sans doute que les ressources nouvelles créées au Trésor impérial par les réformes douanières votées en 1879 devaient être consacrées à des travaux et à des institutions profitables aux classes pauvres. On voit aujourd’hui de quelle sincérité étaient ces promesses.
- Et cependant la misère des masses ne cesse de s’accroître dans des proportions effrayantes.
- HOLLANDE
- Mouvement social, — Nos amis des Pays-Bas du Nord marchent résolument de l’avant dans leur campagne en faveur du suffrage universel. Non-seulement les conférences et meetings sur cette question se suivent et se propagent, ûon seulement leurs journaux et leurs brochures la prêchent, la vulgarisent, non-seulement le député Van den Houten la pose devant le Parlement, mais les voilà maintenant qu’ils se disposent à prendre part à la lutte électorale. En vue des prochaines élections d’Amsterdam, la Fédération, générale ouvrière, l’Association des Démocrates socialistes et la société « Algemeen Kies-en-StemrecM » se sont entendus pour présenter deux candidats, l’une à la 2e Chambre législative, l’autre au Conseil communal.
- Dimanche 11 , ces 3 trois groupes avaient organisé, d’un commun accord, une grande assemblée. populaire, présidée par le compagnon Heldt (rédaoteur en chef du WerAmansbode).
- Là, différentes candidatures socialistes furent proposées. En dernier lieu, l’assemblée par acclamation, adopta les deux noms suivants :
- P. Domela-Nieuwenhuis, publiciste (collaborateur aux journaux : WerAmansbode, RecAt voor Allen et Oost en West), comme candidat au Parlement
- H. Gerhard, ouvrier tailleur (ancien membre de l’Association internationalê des travailleurs, auteur de la brochure De internationale en hare teoordeelaars), comme candidat au Conseil communal d’Amsterdam.
- M. Dorme ni M. Gerhard iront été élus mais la manifestation resté quand même. {Voix de. VOuvrier).
- ANGLETERRE
- L’assistance publique. — Eu ce temps où les œuvres charitables sont à l’ordre du jour, il est curieux de voir comment l’assistance est organisée en Angleterre.
- Ce pays, qui est bien le plus conservateur qui soit au monde, n’a guère modifié, sous ce rapport, ce qui a été établi en 1601. L’acte de 1601 proclame, comme maxime fondamentale du droit public anglais que l’Etat est tenu de procurer du travail à tout indigent valide et à subvenir à la nourriture des infirmes et, en générai, de toutes les personnes incapables de gagner leur vie. Pour faire face à ces dépenses, le statut de 1601 ordonne qu’un impôt direct sera levé sur tous les possesseurs ou locataires d’immeubles, sans aucune exception.
- Ce principe, qui a ses bons êt ses mauvais côtés, est encore en vigueur
- La taxe des pauvres produit, par an, en Angleterre, 163 millions, en Ecosse 40 millions et, en Irlande, 19 1/2 millions de fr. En 1878, 732,886 personnes ont été assistées en Angleterre, 66,733 en Ecosse et 77.913 en Irlande.
- Il résulte de ces chiffres que l’Angleterre a un assisté sur 33 habitants, l’Ecosse un sur 84 et l’Irlande un sur 68. On pourrait en déduire que l’Irlande est le plus riche des trois royaumes et pourtant chacun sait qu’il est loin d’en être ainsi. Ce seul fait prouve à quels singuliers abus le principe ci dessus a donné lieu.
- On étudie le moyen d’y remédier, mais, du train dont vont les réformes en Angleterre, il est probable qu’on « étudiera » longtemps encore sans arriver à une solution pratique. *
- -----t-x-i------
- Mesures administrutives contre
- le talbao
- I. Aux portes de la promenade du Parc (qui est le Jardin des Tuileries de Bruxelles), une consigne de police porte ce qui suit :
- « .. .,Article 7. Il est défendu, en tous temps, de fu-« mer dans l’intérieur du Parô. — Est exceptée de cette « disposition la partie asphaltée, allant de la rue de la « Montagne à la rue Zinuer. — Une amende de 1 à 13 fr. « et un emprisonnement de 1 à 3 jours, séparément ou « cumulativement, selon les cas d’infraction, sont ap-« plîcables aux délinquants, sans préjudice de peines a plus sévères, pour récidives ou circonstances aggra-« vantes. »
- II. Sur les affiches de deux des théâtres de genre, qui représentent assez exactement nos Eldorados et Alca-zars de Paris, la défense de fumer dans les salles (des Fantaisies et des Délassements) est inscrite en gros caractères.
- Assurément, ce qui est possible à Bruxelles le serait à Paris et ailleurs, avec un peu de zèle et de bon vouloir de la police.
- Dr A. Bertherand.
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- L’ÉDUCATION SECONDAIRE DES JEUNES FILLES
- Nous avons touché à plusieurs reprises à cet important sujet. Aujourd’hui il revient à l’ordre du jour. La Chambre des députés aura à discuter dans la session courante le projet de loi sur ce sujet présenté par M. Camil e Sée, projet qui, nous l’avoiis dit, ale tort do proposer ia création de couvents IaU ques.
- Il est étrange que lorsque dans tous les pays avancés on repousse comme désastreux lè Système de l’internat même pour les garçons, on prétend chez nous non-seulement lé maintenir* pour eux.
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- LE DEVOIR
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- mais encore l’imposer aux jeunes filles. C’est le progrès à reculons.
- Nous trouvons à ce sujet quelques fort justes remarques de Mme Eugène G-arcin. Elles complètent trop bien ce que nous avons dit nous mêmes pour que nous ne tenions pas à les reproduire.
- Les voici :
- Le Rapport de M. Camille Sée se divise en neuf articles.
- Le premier réclame la fondation, par l’Etat,d’écoles secondaires pour les jeunes filles. Ces écoles recevront des élèves internes et des externes, dans les villes où ces établissements seront fondés après entente avec les Conseils généraux et les Conseils municipaux.
- Nous savons qu’on a vivement discuté, au sein de fa commission, le principe de l’internat. Ses partisans ont triomphé : nous le regrettons.
- Oui, nous regrettons que l’on recommence, pour nos filles, cette vie de couvent ou de caserne que le lycée impose à nos fils.
- Séparer un enfant de sa famille, au moment où germent chez lui les facultés pensantes, les facultés aimantes, c’est agir, selon nous, contre nature,et c’est faire en même temps, œuvre anti-sociale : on ne commence point à bâtir sur de pareilles bases.
- Un internat, c'est la prédominence en éducation, quoiqu’on fasse, de l’esprit d’autorité sur l’esprit de liberté. Avec lui apparaît l’inévitable cortège de la discipline et de la contrainte, dans les moindres actes de la vie. C’est le maître ou la maîtresse d’étude devenant le souffre-douleurs de l’enfance, dont ils sont si souvent les bourreaux.
- Ah ! nous les connaissons â l’avance, vos internats ! Allons, jeune fille, quitte le foyer où tu es appelé à vivre comme femme et comme mère. Embrasse encore une fois celle qui a veillé jour et nuit sur ton berceau, celle qui t’a donné, avec son lait, toute sa tendresse. Dis adieu à ce nid où tu as été abritée et aimée. Une porte étrangère s'ouvre devant toi : pénètre entre ces quatre murs où, pour t’inspirer l’amour de la science, on commence à resserrer ton esprit, à refréner toutes les expansions de son cœur 1
- Et,pour cette jeune âme qui a besoin de châleur et de lumière, voici le grand dortoir, qui lui fait froid, avec ses lits alignés comme dans une salle d’hôpital. Au lieu de la table de famille, autour de laquelle on se livre à l’intime causerie, ceci s’appelle le réfectoire ; tu y manges et tu y bois, mais tais-toi, car chacune de tes paroles, même les plus innocentes, y sera considérée comme une parole criminelle et punie sévèrement d’un intelligent pensum.
- Aussi croyez-nous, Madame, il nous faut du courage, car comment ferions-nous au milieu du babillage de cinquante ou cent enfants ? — Eh ! pardieu ! Monsieur, je le sais bien, et voilà pourquoi je suis l’ennemie de ces claustrations d’un autre âge,où l’on nous forme des esclaves, au lieu d’élever des êtres libres. Rappelez-vous ce mot de Fénelon, à propos des enfants que l’on veut soumettre à une éducation de contrainte : « S’ils sont vifs, on les irrite ; s’ils
- SONT MOUS, ON LES REND STUPIDES. «
- Combien de nos éducateurs modernes devraient méditer cette si juste pensée !
- Et voilà pourquoi la Convention, qui se plaçait au point de vue magnifique du développement de l’être humain, la Conventiou repoussa l’internat de toutes les grandes Ecoles dont elle a été la créatrice.
- 5 Ce fut Napoléon Ier, l’homme du pouvoir personnel, qui, voulant courber toutes les natures devant sa volonté de fer, proscrivit l’externat, même de l’Ecole polytechnique.
- A l’étranger, où l’on nous devance de si loin dans la voie de l’enseignement, la vie de famille, unie à l’instruction en commun, c’est-à-dire l’externat, est une des premières bases de l’éducation. C’est ainsi qu’en Angleterre, en Allemagne, en Suisse,les jeunes gens des deux sexes, qui ne peuvent trouver, là où habitent leurs parents, les éléments nécessaires pour s’instruire, vont les chercher dans quelque ville voisine. Là, autour de l’école dont ils désirent suivre les cours, sont groupées un certain nombre de familles bourgeoises, prêtes à accueillir au milieu d’elles le jeune homme, la jeune fille, qui retrouvent ainsi sous ce toit étranger une image du toit paternel.
- Ajoutons, du reste, que partout où l’expérience a pu être faite, il a été constaté, en général, que le travail, les progrès des externes sont supérieurs à ceux des internes. Pourquoi ? C’est que vous tenez ceux-ci constamment courbés sous une règle, qui, à la longue, produit chez la plupart l’affaissement d’abord, le découragement ensuite, et, chez quelques-uns, la révolte.
- Pour les externes, la discipline ne s’étend qu’aux heures de classe, et, ici, elle est facile, si la parole du professeur sait captiver l’attention ; si, pour l’enfant, toujours avide de savoir le pourquoi et le comment des choses, on donne à la science un caractère attrayant et non revêche.
- Que nos députés écartent donc du projet de loi ce point malheureux de l’internat et, du même coup,ils en supprimeront un autre point plus malheureux encore.
- C’est ce que nous examinerons dans un prochain et dernier article.
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- LE DEVOIR
- DISCOURS DE M. J. B. DUMAS
- Il est de mode aujourd’hui dans un certain monde de proclamer avec grand fracas que la science conclut au matérialisme. On prétend par là en imposer aux personnes qui sont peu au courant de la science et qui ne peuvent contrôler la valeur de cette affirmation. En jetant ainsi à la tète du gros public le nom de quelques savants de troisième ou quatrième ordre dont on surfait, dans les intérêts de la cause, l’importance et la célébrité, on espère donner au matérialisme une sanction que les savants de premier ordre lui refusent.
- Il nous serait facile d’établir que les plus hautes sommités scientifiques de la France et de l’Etranger — surtout des Etats-Unis — sont des adversaires déclarés du matérialisme. En France, par exemple, les savants qui font le plus 'd’honneur à la nation, Pasteur, Dumas, Quatrefages et autres, en sont la vivante démonstration.
- L’autre jour encore, à l’Académie, M. J. JB. Dumas, l’éminent chimiste, a tenu à l’affirmer une fois de plus.
- Plusieurs passages de son discours sont significatifs.
- Répliquant à cette phrase du récipiendaire, M. Taine :
- « L’homme est un animal d’espèce supérieure qui produit des philosophies et des poèmes, à peu près comme les vers à soie font leurs cocons et comme les abeilles font leur ruche,
- « M. J. B. Dumas s’est écrié : »
- « A peu près ! Mais chaque ver ne produit-il pas sa soie et chaque abeille son miel, esclaves nés d’un travail uniforme et chargés de fournir l’un et l’autre un produit toujours identique, dont les siècles n’ont changé ni la nature ni même la quantité ? N’abusons pas de la zoologie ; elle nous mènerait loin ? Ne persuadons pas au premier venu, — Il serait assez brute pour nous prendre au mot que, s’il n’est ni un Platon ni un Homère, c’est qu’il ne l’a pas voulu, ayant été créé, tout comme eux pour produire des philosophies et des poèmes. Ne désapprenons pas au vulgaire le respect ; quand il s’en va, hélas ! tout s’en va. Montrons-lui au contraire toute la distance qui sépare le commun des hommes des élus de l’humanité ; car, il ne faut pas se lasser de le répéter, l’humanité a ses élus que la vertu, l’esprit de sacrifice, la bonté, le courage, le génie, le travail signalent pour lui servir d exemple ou pour marcher à sa tête Ah ! si l’on se contentait de dire que chacun de nous possède à un degré parfois confus, quelquefois sublime, la notion de l’infini et le sentiment de l’idéal, on serait d’accord sur les faits accomplis ....
- Ne persuadons pas non plus à l’homme, prédestiné par son intelligence à s’élever d'âge en âge, qu’il ressemble au ver à soie et à l’abeille, condamnés par leur nature à l’immobilité.
- Il y a quelques milliers d’années, arrêté sur les bords delà mer, nu, armé de sa seule pensée, l'homme contemplait avec une curieuse audace cette immen-
- sité qui l’attirait et ce globe ardent de feu, sortant des flots le matin pour s’y replonger le soir, après avoir décrit sa courbe dans les cieux ; cependant le ver à soie dans son cocon et l’abeille dans sa ruche procédaient déjà machinalement à leurs monotones travaux. Aujourd’hui, vainqueurde l’Océan, l’homme, en se jouant, fait le tour de la terre en quelques semaines, et le cours du soleil dévoilé obéit aux calculs de l’astronomie ; tandis que le ver à soie construit encore son étroite prison en balançant sa tête d’un mouvement automatique et que l’abeille façonne de la même cire la même cellule, en la même forme géométrique dont notre raison connaît, la loi et dont son instinct ignorera toujours le secret.
- Et plus loin, répondant à certaines prétentions contemporaines, l’éminent chimiste — mieux qualifié que personne pour toucher ce point délicat, s’écrie :
- La philosophie ne redoute pas les extrêmes; il y a longtemps qu’on le sait. Aujourd’hui, on veut faire dt1 la pensée une simple sécrétion du cerveau, un produit chimique. Mais la chimie connaît ses limites, et ce n est pas elle qui prétend les franchir. Autrefois, se jetant dans le mysticisme, on libérait la pensée de tout lien avec les organes qui en sont le siège On exagérait. Aussi avez-vous analysé, sans les séparer, le rôle de l’intelligence qui gouverne et celui du corps qui sert d’instrument. Yos conclusions, résultat d’une longue investigation scientifique de la personnalité humaine au terme de laquelle apparaissent sa cause et la cause de l’Univers, différent peu de celles des plus humbles créatures, trouvant sans étude au fond de leur cœur la notion de l’âme et celle de Dieu, comme des axiomes qui ne sont pas susceptibles de démonstration et qui n’en ont pas besoin. Ces modestes disciples de la foi du charbonnier, cherchant à gagner le paradis par voie perpendiculaire, pendant que les docteurs disputent, comme le disait un de nos anciens géomètres, n’ont-ils pas raison ? Les deux axiomes auxquels ils se confient n’entrainent-ils pas avec eux cette notion de la liberté morale, du devoir, de injustice et de la responsabilité, qu’on n’a jamais pu faire sortir des théories_ fondées sur l’égoïsme ? Fait pour vivre en société, l’homme, dont on se plaît à faire un animal, qu’on croit complimenter en rappelant animal inventeur d’outils, mais que Goethe, du moins, appelait un animal religieux, ne semble-t-il pas créé, en effet, pour avoir le sentiment du droit divin pris dans son sens le plus large ? Si la face de nos premiers ancêtres s’est tournée vers le firmament dont ils ignoraient encore les profondeurs, comme vers une patrie perdue, les derniers de nos fils, après en avoir sondé les mystères accessibles, n’élèveront-ils pas, à leur tour, le front vers le ciel étoilé, comme vers une patrie retrouvée ?
- Quand des philosophes, mal inspirés assurément, considèrent le droit, la justice, la vertu, la charité, le dévouement à la patrie, comme autant de sentiments factices, nés de l’habitude de la vie en commun,. de la nécessité de prévenir les discordes ou de défendre la société ; vous voulez comme nous, monsieur, écarter sans hésitation ces thèses de la jeunesse. Vous ne mettez pas le faux, le laid, le mal sur la même ligne que le vrai, le beau, le bien, et votre esprit élevé n’y voir pas seulement des expressions relatives à des conformations anatomiques du cerveau variant avec l’hérédité ou 1 éducation, mais des
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- expressions absolues, d’accord avec la raison univer-
- Seïa doctrine qui rattache l’homme physique à son oeuvre intellectuelle vous conduit quelquefois à des conséquences dont il ne faudrait pas qu’on pht s’autoriser: car il y a là tout un système de critique et même d’histoire trop favorable à l’improvisation moderne. Vous apprenez à vos lecteurs que Pope était petit, chauve, contrefait, bossu: véritable avorton qu’on sortait du lit le matin comme un poupon dont les jambes grêles exigeaient trois paires de bas pour prendre forme humaine et dont le corps avait besoin d’un corset pour se soutenir. Vous ajoutez qu il mangeait trop, qu’il avait tous les appétits et tous les caprices d’un vieil enfant, d'un vieux malade, d’un vieil auteur et d’un vieux garçon. Triste portrait, démontrant, en tous cas, quel 'esprit domine même la plus ingrate matière.............
- Les découvertes dont les sciences se sont enrichies dans le cours de notre âge démontrent qu’il n'ap-partienl qu’à l'ignorance de considérer le livre de la sagesse comme nous ayant été révélé tout entier. La source de la vie et son essence nous demeurent inconnues. Nous n avons pas saisi le lien mystérieux qui, joignant le corps à l’esprit, constitue l’unité de la personne humaine. Nous n’avons pas le droit de traiter l’homme comme un être abstrait, de dédaigner son histoire et d’attribuer à la science des prétentions à la direction de l’axe moral du monde, que ses progrès n’autorisent pas.
- Nous avons conquis la terre, il est vrai, mesuré la marche des planètes, soumis la mécanique céleste au calcul, constaté la nature des étoiles, percé la brume des nébuleuses et réglé même le mouvement désordonné des comètes ; mais, par delà les astres dont la lumière emploie des siècles à nous parvenir, il est encore des astres dont les rayons s’éteignent en chemjn, et plus loin, toujours plus loin, sans cesse et sans terme, brillent dans des firmaments que le nôtre ne soupçonne pas des soleils que ne rencontrent pas nos regards, des mondes innombrables à jamais fermés pour nous. Après ceux mille ans d’efforts, si nous atteignons enfin l’extrémité lointaine de notre univers, qui n’est qu’un point dans l’espace immense, nous sommes arrêtés, muets et pleins d’épouvante, au seuil de l’infini dont nous ne savons rien.
- La nature de l’homme, son existence présente et future, sont des mystères impénétrables aux plus grands génies, comme au reste des humains, .écrivait d’Alembert au plus haut de sa renommée ; ce que nous savons est peu de chose, disait Lapiaee mourant, et ce fut la dernière parole de l’illustre rival de Newton. Ne vous étonnez pas que ce soit la mienne sur ces graves sujets, et que je vous laisse le soin d’en préciser vous-même les rapports avec Tétât social et politique du pays.
- Les droits de l'homme, reprend M. Dumas, ses devoirs envers lui-même, envers la famille ou l’Etat, dérivent directement de la théorie de la création. Il y a toujours un créateur, qu’il s’appelle hasard ou sagesse ; mais celui qui attribue tout au hasard ne reconnaît de droit que pour la force, de devoirs que ' pour la faiblesse ; tandis que l’existence d’un plan I suppose une justice éternelle que le faible peut invoquer et que le puissant doit craindre. |
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- La maison du sultan
- La Turquie continue à ne pas faire face à ses engagements financiers, malgré les économies qu’elle prétend réaliser sur tous les services.
- Il n’est pas sans intérêt, en présence de ces affirmations de voir si dans la maison du sultan toutes les économies possibles ont été réalisées.
- Voici quel est aujourd’hui, malgré les économies introduites depuis peu le personnel aux gages du nouveau fils du Prophète.
- Un grand maréchal de palais, touchant b00,000 francs par an,
- b secrétaires aux appointements fort élevés.
- 4 chambellans effectifs.
- 23 aides-de-camp.
- 60 espions.
- 5 mussahibs ou causeurs, chargés de lire les journaux à S. H. et de la tenir au courant des cancans.
- 5 médecins.
- 5 pharmaciens.
- 4 Imams 'chapelains).
- 4 astrologues (!)
- Un « Guidiscn mudiri » fonctionnaire chargé d’accompagner le sultan dans ses excursions.
- Ün directeur du palais, appelé « mudir », donnant des ordres à tout le personnel domestique.
- Un directeur des constructions privées.
- Un directeur du trésor impérial.
- Un directeur du télégraphe avec dix employés.
- Cinq bibliothécaires chargés de l’entretien drune bibliothèque à laquelle S H. n’a pas encore touché.
- Uu secrétaire chargé de recevoir et de dépouiller les pétitions adressées au sultan. '
- Un bouffon et une troupe de musiciens ou plutôt de chanteurs turcs.
- Cinq pianistes.
- 120 eunuques noirs (dont quelques-uns mariés !)
- 1 « Hayaldji » ou directeur du théâtre des marioiv-nettes.
- 10 maîtres d’approvisionnement de bouche.
- 10 maîtres d’hôtels dressant les menus.
- 300 cuisiniers.
- 200 domestiques hommes.
- 100 portiers.
- 25 gardiens de nuit.
- 10 employés chargés de déplier les tapis pour le sultan quand il veut faire sa prière.
- 10 « cafedjis »pour brûler, moudre, préparer et servir le café.
- 10 « tutundjis » chargés d’entretenir les « tchiboucks *, narghilés, ou de préparer les cigarettes de Sa Hautesse.
- 20 personnes préposées à la garde-robe impériale.
- 8 personnes préposées à l’entretien des chandeliers, flambeaux et torchères.
- 8 personnes chargés des volières et des aquariums.
- Un directeur de la valise impériale avec douze subordonnés.
- Uu directeur des écuries impériales avec deux cent quatre-vingts cochers ou palefreniers.
- Un directeur des rameurs, qui sont au nombre de cent.
- Cinq armuriers et deux coiffeurs, qui doivent être musulmans.
- Un très-grand nombre de femmes de chambre.
- Enfin, détail caractéristique, « quatre-vingts odalisques » (bien entendu sans compter dans leur nombre les «quatre» sultanes régulières).
- Dans le dernier budget officiel, la somme allouée annuellement à la liste civile est de 25 millions de francs.
- On comprend que cela ne suffit pas à la cour de Sa Hautesse.
- En réalité les dérenses du palais ne sont guère inférieures à 60 millions.
- - ' ' 1 II il< I
- LES PRIX ISÀAC PEREIRE
- Un banquier bien connu, M. Isaac Pereire, ancien disciple de Saint Simon, a fait annoncer dans le journal La Liberté, qu’il fonde des prix d’une valeur totale de
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- 100,000 fr. pour l’éducation des grandes questions sociales.
- A première vue, on pourrait reprocher peut-être au programme que nous allons reproduire de se renfermer dans le cercle un peu restreintj de l’économie politique pure et simple; mais il faut noter que, pour M. Pereire, la première question embrasse toutes les autres et peut être élargie considérablement. En la traitant, on pourra donc au moins, dans une annexe, indiquer quel devrait être le mode de recrutement applicable à une organisation nouvelle de la société.
- t L’initiative prise par M. Pereire est applaudie par la presse sérieuse.
- Le Z/X0 Siècle, organe de la République conservatrice, et non suspect de radicalisme, termine un article par ces mots :
- « Il faut signaler cette généreuse initiative,* qui aura tout au moins pour effet de diriger les méditations de bien des penseurs vers les problèmes les plus graves de l’avenir. Si ces solutions-là ne peuvent se trouver du jour au lendemain, c’est déjà beaucoup qu'on pousse qhacun à les chercher avec réflexion. »
- Le Siècle dit à son tour :
- » Nous ne pouvons qu’applaudir à la noble initiative de M. Pereire. Les questions qu’il indique dans son programme touchent aux problèmes de notre temps. Il n’y a pas pour la société de préoccupation plus vive. Nous ne voudrions pas affirmer que les mémoires présentés au concours indiqueront tous la solution la meilleure, mais ces travaux seront féconds et les recherches qu’ils vont susciter ne peuvent être que morales et utiles. »
- Le Devoir est très bien placé pour annoncer ces concours, puisque sa collection contient déjà de nombreux articles ou documents touchant les questions à élucider, et qu’il entre daps (sa ligne de conduite de continuer à étudier ces questions.
- Voici le texte du programme de M. Pereire.
- Mais nous n’avons pas la prétention de discuter légèrement un aussi vaste ensemble d’idées; contentons-nous aujourd’hui d’en publier le programme :
- Première question
- Rechercher les meilleurs moyens d’arriver à l’extinction du paupérisme, la charité, malgré les efforts les plus généreux, étant impuissante à le faire disparaître.
- Etudier notamment dÿns ce but :
- 1° Le développement ét la généralisation de l’instruction publique à tous les degrés ;
- 2° Le développement du travail au moyen dp l’organisation du crédit étendu à toutes les classes de' la société.
- 3° L’organisation de la prévoyance pour la vieillesse et l’institution générale des caisses de retraite au profit de tous les travailleurs, au moyen. „d’une contribution imposée aux chefs des diverses entreprises et à tous les patrons; cette contribution, qui constitue une réserve pour l’avenir, étant le complément nécessaire du salaire des travailleurs et devant former la base de combinaisons analogues à celles qui sont appliquées aux assurances et à la création de rentes viagères.
- On dëyra apprécier, à cë sujet, les institutions de cette nature créées par les compagnies de chemins de fer.
- On indiquera les transformations qu’auraient à subir les institutions actuelles d’assistance publique ou privée et les créations que nécessiterait le nouvel ordre de choses.
- Deuxième question.
- Rechercher le meilleur système d’instruction publique à tous les degrés, comprenant l’instruction primaire, l’instruction secondaire et professionnelle, et l’instruction supérieure. Ce système devra préparer tqus les citoyens aux fonctions qu’ils ont à remplir dans la société, développer tous les talents et toutes les aptitudes, dans la triple direction des beaux-arts, des sciences et de l’industrie, assurer le meilleur classement des indi-vidus suivant leurs capacités, la division rationnelle des fonctions et leur direction dans un but commun.
- L’instruction à tous ses degrés constituant une dette de la société envers tous ses membres, le principe de la gratuité, dégagée de toute contrainte, devra être appliqué sans rectriction à l’instruction primaire, à rinstrucifnn secondaire- et professionnelle, et à l’instruction supérieure.
- Mise à la portée de tous les citoyens, l’instruction s’imposera d’elle-même et deviendra obligatoire pour tous, par le seul fait de sa nécessité dans toutes les conditions de la vie sociale.
- On pourra utilement consulter le rapport de M. de Talleyrand sur l’instruction publique, présenté à T^g-r semblée nationale les 10, 11 et 19 septembre 1791 ; on devra également étudier les systèmes en vigueur aux Etats-Unis, constater le développement qu’y a reçu l’instruction publique, les sommes considérables consacrées à ce service et le rôle important qu’y jouent les femmes, en raison de leur aptitude spéciale pour l’éducation.
- Troisième question
- Etudier l’organisation du crédit le plus propre à développer le travail sous toutes ses formes et à commanditer les travailleurs de toutes classes.
- On étudiera, à ce point de vue, la copstitution des banques établies sur le principe de la mutualité qui a produit en Allemagne de si grands résultats, et qqi doit procurer aux travailleurs le crédit au meilleur marché possible, en les faisant profiter directement d,e tops |es avantages de 1a circulation fiduciaire.
- On étudiera aussi les moyens d’assurer la réduction successive du taux de l’intérêt et la transformation des rentes perpétuelles en rentes viagères.
- Quatrième question.
- . Etudier la réforme des impôts en vue de la simplification, de l’économie des moyens et de la réduction graduelle et successive des contributions indirectes, notamment des droits de douane et d’octroi destinés à disparaître les premiers.
- Le reyenu net d’une nation, après prélèvement de tous les Rais de production, étant la seule base, Tunique source de l’impôt, examiner si. l’on ne pourrait pas se dégager de toute complication et ramener aux termes les plus simples la perception de l’impôt, en demandant au revenu net les ressources nécessaires aux dépenses publiques, soit au moment de sa formation, soit lorsque par son accumulation successive, il est passé à l’état de capital et est devenu le fond de la richesse nationale.
- On pourrait alors recourir :
- Au revenu ;
- Soit directement par un impôt unique sur l'ensemble des revenus,-comme dans certains Etats de l’Europe, soit indirectement, comme en France, sous la forme des quatre contributions directes et de l’impôt sur les valeurs mobilières, en exemptant de cette charge tout prélèvement sur le nécessaire du peuple :
- Au capital ;
- 1° Au moyen de prélèvements gradués sur les successions collatérales ou directes, en dégageant, par compen-
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- n-nn la propriété, dans la mesure des besoins du con-de l'Etat et de la garantie des tiers, des droits de rimtation de timbre et d’enregistrement. .
- Pps prélèvements devraient être répartis sur plusieurs on nées de manière à en atténuer fia charge et à apporte r le moins de trouble possible dans la jouissance des biens transmis par héritage 20 par l’emploi des emprunts pour aider à la réforme de- impôts et pour accomplir toute œuvre reproductive, pomme celle de l’éducation et celle des travaux publies, en concentrant sur ce mode de placement tous les fonds Hps caisses d épargne et de tetiaite.
- Usera bonde s’inspirer, dans cette étude, des travaux de Vauban, de Quesnay et de Turgot.
- Pour chaque question, il y a :
- Un premier prix de 10,000 tr. — Deux seconds prix de b,000 fr. — Leux mentions honorables de 2,800 fr.
- Les mémoires doivent être adressés, au plus tard, le 31 décembre prochain, aux bureaux de la Liberté, 146, rue Montmartre. Iis doivent être aecompagés d’un pli cacheté contenant le nom de l’auteur et portant la même épigraphe que le mémoire.
- C’est en bonne compagnie que Le Devoir fende des es* pérances sur l’iriyention de M1Ie Marie Cbassevant.
- « Mademoiselle, » disait M. Gounod à l’auteur, a vous « qui avez inventé et réalisé le signe mobile, vous ep « ignorez encore les nombreuses ressources, elles sont ,« inépuisables. »
- Nos lecteurs seront, eroyons-nous, suffisamment édifiés sur la valeur technique de l'ouvrage que nous leur recommandons par cette autre citation.
- Mme Viardot écrivait à l’une de nos illustrations ce qui suit :
- « J’ai assisté à une leçon donnée à des marmots de cinq à neuf ans, et j’ai été émerveillée du résultat. C’est ingénieux au possible, presque génial Les enfants apprennent avec passion. C’est étonnant et charmant à voir, »
- Nous n’ajouterions rien, si nous n’avions encore à citer parmi les personnes dont l’auteur possède les témoignages d’approbation : MM. Ambroise Thomas, Reber, Massé, Massenet. Léon Gastinel, etc. M-111®8 Clamageran (née Hérold), Loisillon, J. Dubrisay, Henry Gré ville, été..
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- Année préparatoire.
- Ce cours préparatoire est divisé en trois parties :
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- Ce solfège est divisé en deux volumes,
- Le premier volume contient des exercices d'infonation et de mesure, de petites phrases faciles et progressives, une série de canons à deux, trois et quatre parties, de maîtres anciens. 1 fr. 50.
- Le deuxième volume renferme deux histoires qui mettent l’étude de la mesure et de la nuance à la portée d’un petit enfant. 1 fr. 50.
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- Mention honorable à l’Exposition de 48t8, Prix : 7 fr.
- Dans la boîte du compositeur se trouvent tous les signes employés dans l’année préparatoire du solfège de ienfant.
- Rien de plus clair et de plus rationel que cette méthode dédiée par l’auteur, MUe Marie Chassevant, à la mémoire de deux regrettés vulgarisateurs Chevé et Ma® Pape-Carpantier,
- Nous avons lu ces pages où se reflète un vif amour de l’enfance, une grande intelligence de ses besoins.; où l’art difficile de charmer ces chers petits êtres s’unit à la science qui les instruit. Œuvre d’imagination (qu’à ce titre seul nous recommanderions aux mères), l’histoire de Mme la Mesure et du Beau Génie de la nuance est aussi une œuvre de profonde érudition.
- Ce que nous admirons surtout .c’est l’ingéniosité -de la méthode qui, par eetle agréable et savante fiction, par l’heureux emploi des signes mobiles du Compositeur musical, introduit dans l’enseignement de la musique les leçons de choses,« ce système, d'instruction qui », dit M. Hippeau, « s’approprie merveilleusement aux dispositions naturelles de l’enfance. »
- Le talent et l’expérience de l’auteur nous font espérer qu’il saura donner à son système si commode aux mères, l’extension4 le grandissement, dirons-nous, qui en permettra l’application facile à un enseignement collectif et en fera le complément de -la méthode si vulgarisatrice de Mme Pape-Carpantier.
- REPUBLIQUE FRANÇAISE
- PRÉFECTURE DE L’AISNE
- ENQUÊTE D'UTILITÉ PUBLIQUE
- (Titre Iar de la loi du 3 mai 1841)
- A. JEfc J& M T
- Ordonnant le dépôt des pièces de lAvantéProjet, prescrivant l’ouverture de l’Enq-uête et nommant la Commission appelée à donner son avis.
- Nous, Préfet du département de FAisne,
- Vu les pièces de l’avant-projet du Chemin de fer du Cateau à Laon ; .
- Vu la décision de M. le Ministre des Travaux publies, en date du 8 janvier 1880, prescrivait de soumettre cet avant-projet à une enquête d’utilité publique et fixant à un mois la durée de cette enquête;
- Vu le titre Pr de La loi du 3 mai 1841 l’expropriation pour cause d’utilité publique;
- Vu les ordonnances des 18 février 1834 et 15 février 183.5 ;
- Vu les propositions de l’Ingénieur en chef, à Laon, chargé des études ;
- ARRÊTONS :
- Article premier. — Une enquête d’utüité publique est ouverte sur l’avant-projet sus-visé du Chemin de fer du Cateau 4 Laon..
- Art. ?, .tt- A cef effet, les «pièces,de l’avanf.-projet resteront déposées simultanément à la Préfecture (2e Lon) et aux Sous-Préfectures de Saint-Quentin et Vervins, pendant un mois, à partir du 25 janvier 1880, jusqu’au 25 février 1880, pour être communiquées, sans déplacement, pendant cet intervalle, de
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- LE DEVOIR
- 9 heures du matin à 5 heures du soir, aux personnes qui voudront en prendre connaissance Art. 3. — Des registres seront ouverts pendant le même temps et aux mêmes lieux pour recevoir, tous les jours non fériés, aux heures ci dessus indiquées, les observations auxquelles pourra donner lieu l’avant-projet dont il s’agit.
- Art. 4.-------Une Commission, constituée comme
- il est dit à l’art. 5 ci-après, se réunira à la Préfecture, le Samedi 28 février 1880, à une heure et 1/2, pour examiner les observations consignées aux registres d’enquête ; elle entendra les Ingénieurs employés dans le département et toutes autres personnes qu’elle croira devoir consulter. Après avoir recueilli tous les renseignements dont elle aura besoin, elle donnera son avis motivé sur l’utilité du Chemin de fer projeté.
- Le procès-verbal de la Commission sera clos dans le délai d’un mois à compter de la fin de l’enquête et nous sera remis par le Président, sans aucun délai, avec toutes les pièces de l’enquête.
- Art. 5. — Cette Commission sera composée de :
- MM. Turquet, Sous-Secrétaire d'Etat du ministère de l’Instruction publique et des Beaux-Arts, ♦ conseiller général, à Sains ;
- Maréchal, conseiller général, à Wassigny;
- Lefèvre, agriculteur et fabricant de sucre, conseiller d’arrondissement, à Lesquielles-Saint-Germain ;
- Godin, industriel, conseiller général , à Guise ;
- Chenest père, industriel, à Guise;
- David, filateur, conseiller d’arrondissement, à Sains ; »
- Bazin jeune, agriculteur et fabricant de sucre, à Faucouzy;
- Viéville (Edouard), agriculteur et fabricant de sucre, à Chevresis-Monceau ;
- Caurette, conseiller général, propriétaire, à Crécy-sur-Serre ;
- Sarazin, agriculteur et fabricant de sucre, à Mesbrecourt ;
- Ganault, conseiller général, à Laon ;
- Fouquier-d'Hérouêl, agriculteur, à Vaux-sous-Laon;
- Léon Rousseau, agriculteur, fabricant de sucre, adjoint au maire de Laon.
- Art. 6. — M. Turquet est nommé Président de la dite Commission.
- Art. 7. La Chambre de commerce de Saint-Quentin est appelée à délibérer et à exprimer son opinion sur l’utilité et la convenance du Chemin de, fer projeté.
- Le procès-verbal de sa délibération devra nous être remis avant l’expiration du délai fixé à l’art. 4 ci-dessus.
- Art. 8. — Le présent arrêté sera publié et affiché.
- Art. 9. — Expédition du présent arrêté sera adressée à M. l’Ingénieur en chef, chargé des études, à M. le Sous-Préfet de Vervins, et à Saint Quentin à M. le Président de la Chambre de commerce, et à chacun des membres de la Commission désignés à l’art. 5. Ampliation en sera adressée à M le Préfet du Nord.
- Fait à Laon, le 15 janvier 1880.
- Le Préfet de l'Aisne,
- ____________________________SEBLINE
- On offre 850 francs par mois à xxn comptable capable de diri-ger, en qualité de sous-chef, les écritures et les bureaux d’une grande comptabilité industrielle.
- On demande pour le même établissement xxn ingénieux* habile à diriger une fabrication d’objets nsxxels en' fonte, fer et tôle, et capable de créer des modèles nouveaux ponr cette même industrie.
- S’adresser à M. GODIN, fondateur du Familistère, à Omise (Aisne).
- L‘: Directeur Gerant ; Godin,
- On trouve a la Librairie du DEVOIIIî
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- SOLUTIONS SOCIALES, 1 volume de 655 pages, avec la vue générale du Familistère,, les vues intérieures, plans et gravures.
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- Ïa numéro hebdomadaire 20 c.
- DIMANCHE 1" FÉVRIER 1880
- 3. ANNÉE, TOME 4 — N° 73
- Le Devoir
- JOURNAL DES RÉFORMES SOCIALES
- bureau
- a GUISE (Aisne).
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant. Fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE par l’envoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France
- Un an. . . .
- Six mois. . .
- Trois mois. . .
- 10 1. »» 6 »» 3 »»
- Pays d’Europe
- Un an. . . . 11 f. »» Autres pays Un an. . . . 13 f. 60
- Rédacteur en chef : M. Ed. Champury
- ON S’ABONNE
- A PARIS
- 5,r.Neuve-des-Petits-Champg
- Passage des Deux-Paviilons)
- S’adresser à M. LEYMARIE, administrateur delà Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- D'une caisse nationale de retraites. — Semaine politique. — Notes d’un liseur. — De l'action législative. — Liberté de réunion et d'association. — Petites nouvelles. — La police des mœurs. — L’Irlande. — La question religieuse. — Variétés.
- D’UNE CAISSE NATIONALE DE RETRAITE POUR LES TRAVAILLEURS.
- Proposer une institution de tous points nouvelle est toujours affaire délicate. L’opinion publique n’aime pas les nouveautés ; le changement l’effraie ; il lui est désagréable d’ètre forcée de réfléchir. Elle tient à se reposer sur son oreiller d’idées toutes faites et ne souffre pas qu’on les dérange. Si parfois elle tolère que l’on y touche, ce n’est jamais que pour des modifications insignifiantes.... et encore ne les tolère-t-elle qu’avec mauvaise grâce. Il ne se passe pas de jour que nous n’en ayons la preuve. Parle-t-on de réformer quelque chose d’existant, elle se montre déjà rebelle, mais s’a-git-il d’innover, de créer, alors sa défiance n’a plus de bornes. Pour se faire écouter d’elle, il faut avoir à lui offrir, soit dans le passé, soit dans le-présent, des exemples ou des points de
- comparaison. La hardiesse lui fait peur. Marcher en regardant devant soi au lieu de marcher en regardant à ses pieds ou en tournant la tête vers le chemin parcouru lui parait aller à l’aventure.
- C’est lace qui lui fera accueillir avec réserve l’idée d’une caisse nationale de retraite pour les travailleurs. L’idée n’est pas complètement nouvelle puisqu’elle se trouve déjà dans l’article 21 de la, Déclaration des Droits de l’homme, en ces termes :
- « La société doit la subsistance aux citoyens malheureux, soit en leur procurant du travail, soit en assurant les moyens d’exister à ceux qui sont hors d’état de travailler, » mais si l’idée n’est pas nouvelle, l’institution l’est bel et bien. Aussi peut-on compter que le projet deM. Marti n-Nadaud et des 25 députés qui l’appuyent se heurtera à des obstacles nombreux, idées toutes faites, partis pris à l’avance, jugements arrêtés et sur lesquels on ne voudra pas qu’il soit dit de revenir. Elle court grand’chance d’être mal comprise ; nous sommes certains qu’on la combattra; peut-être même ses adversaires la dénatureront-ils.
- Et pourtant quoi de plus équitable que de mettre à l’abri du besoin les ouvriers devenus incapables de travail ? Quoi de plus juste que de garantir contre la misère ceux qui sont les producteurs de la richesse ?
- Disons le-bien haut, il ne s’agit pas de constituer un privilège en leur faveur, mais de ré-
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- connaître un de leurs droits trop longtemps méconnu.
- Ceci demande explication.
- Nous avons dit à plusieurs reprises que le mode actuel de répartition de la richesse créée n’est pas ce qu’il devrait être. Aucun compte n’y est tenu de l’un des éléments constitutifs de cette richesse : la nature. Il semble qu’il n’y ait que deux facteurs de la production :
- Le Travail et le Capital,
- tandis qu’en réalité il y en a trois :
- le Travail, le Capital, la Nature.
- Oui, la nature met gratuitement au service du genre humain tout entier une masse énorme ‘ de forces et de matières premières qui entrent pour une très forte part dans la production de la richesse.
- Cet apport de la nature ne saurait être contesté par personne. C’est lui que les économistes désignent sous le nom d'utilités gm-tuite'ê.
- Eh bien, cet ensemble de forces et de produits naturels constitue un patrimoine naturel commun à tous les hommes. Chaque être humain a droit à la jouissance ou à d’équivalent “de sa quote-part de ce patrimoine. Aucun être humain ri*a le droit d’en priver son semblable. Tous y ont un égal droit, et personne ne pourrait contester ce droit à un seul de ses semblables sans contester implicitement et du même coup son propre droit.
- Or dans l’état social actuel chacun jouit-il de sa quote-part ou de l’équivalent de cette quote-part t
- Pas le moins du monde. Ce patrimoine naturel commun à tous les hommes, il a été confisqué par quelques-uns à leur profit exclusif sans qu’aucune compensation, sans qu’aucun dédommagement ait été donné à ceux qui ont été privés de leur quote-part. Et non-seulement certains hommes sont privés de la' possession de leur part de ce patrimoine, mais encore du produit de cette part : non-seulement d’autres possèdent en leur lieu et place, mais les possesseurs font fructifier les biens des dépossédés et gardent pour eux-mêmes la totalité du produit de ces biens.
- Il importe de remarquer que ces dépossédés
- constituent la grande masse dé la population, Tous appartiennent à la classe laborieuse; tous par leur travail contribuent, participent à la production de la richesse sociale ; et tous,ou presque tous, — par suite d’une injustice qui ne peut durer éternellement — en sont réduits à vivre au jour le jour,s’ils travaillent,et si le travail manque, à vivre en proie à la misère et aux privations. j
- Osera-t-on soutenir qu’un pareil état de choses doit se perpétuer ?
- Ainsi donc le droit naturel suffit à établir d’une manière incontestable que la création d’institutions de solidarité au profit des travailleurs ne constitue pas un privilège qu’on leur: confère, mais bien une restitution qu’on leur! fait, non pas l’octroi d’une faveur, mais bien la! reconnaissance d’un droit. .
- Et cependant le point de vue du droit naturel,! si important déjà, n’est pas le seul auquel onj puisse se placer pour réclamer ces institutions.
- D’autres considérations peuvent encore être invoquées. Que le lecteur veuille bien nous ao-j corder une minute d’attention et il s’en convaincra.
- La richesse sociale s’augmente sans cesse. Elle est plus considérable aujourd’hui qu’elle ne l’était hier et demain elle sera plus considérable qu’elle ne l’est aujourd’hui.
- Or qui donc, je vous le demande, est cause de cette augmentation de richesse ? Qui a donné à la société contemporaine les prodigieuses ressources dont elle dispose ?
- Est-ce le capital?
- Mais mettez toute la fortune de M. de Rothschild sur un récif de l’océan et vous verrez si elle augmentera par elle-même d’un seul centime !
- Non, non, le capital par lui-même est stérile. Il ne cesse de l’être que lorsque le travail le féconde, C’est donc au travail — joint à l’apport constant de la nature — que le capital est redevable de son augmentation.
- Et vous voudriez que le capital-ne tint aucun compte au travail des services qu’il en reçoit ? Vous voudriez que la société qui est enrichie par l’effort constant des travailleurs et qui grâce à eux voit ses ressources prodigieuses
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- (grossir d’année en année, de jour en jour,vous lyoudriez que cette société abandonnât les pè-; reg cie son bien-être à leur malheureux sort !
- \ Mais ce serait d’une ingratitude, d’une ini-jquité révoltantes !
- | ^on, cet abandon ne peut pas être fait ! Et '.îc’est pourquoi les institutions de mutualité que mous demandons doivent être créées.
- 3 Encore une fois ce n’est pas une gracieuseté ;*à faire à la classe ouvrière, c’est une dette à tacquitter envers elle. Ne pas s’acquitter de cette Odette, c’est forfaire au devoir, c’est être débiteur de mauvaise foi, disons le mot, c’est faire banqueroute au détriment de son bienfaiteur.
- Nous voici bien loin du titre de notre article.
- Il devait ne s’agir que d’une caisse nationale tde retraite pour les travailleurs et nous en sommes venus à réclamer des institutions de solidarité générale. Eh bien, en dépit des apparences, nous sommes restés dans la question. C’est que lorsqu’on touche aux principes, tout se tient, tout est est solidaire, tout est un. Une pensée qui n’est pas poussée jusqu’à ses conséquences ultimes pèche toujours dans sa conclusion.-Il convient d’abord d’établir ce qui doit sefaire un jour, quitte ensuite à s’occuper de ce qui peut se faire immédiatement, La question qui nous occupe, comme d’ailleurs tout progrès, repose sur une transaction entre l’idéal futur et l’état actuel.
- Du moment qu’il était question d’une institution nouvelle, il s’agissait de voir quels principes la légitimaient ; du moment qu’on parlait d’une caisse, il s’agissait aussi des ressources qui l’alimenteraient.
- Or ces ressources à qui les demander ?
- Voilà la question sur laquelle l’examen précédent projette une vive lumière, lumière qui ferait défaut sans cet examen de principes.
- C’est justement pour n’avoir pas élevé la question à cette hauteur que M. Isaac Pereire dans son programme ainsi que les 26 députés promoteurs de la caisse de retraites dans 1 exposé de motifs qui précède leur proposition, n’ont pu, malgré leur incontestable bon vouloir, embrasser la question dans toute son ampleur.
- M. Pereire pose dans son programme que ies ressources des caisses doivent être obtenues
- « au moyen d’une contribution imposée aux chefs des diverses entreprises et à tous les patrons, » idée juste mais incomplète puisqu’il faut demander les ressources non-seulement aux patrons c’est-à-dire aux bénéficiants du travail actuel, mais encore à tous les capita* listes non-travaillants, c’est-à-dire aux bénéfi* ciants du travail antérieur. Ces derniers, en en effet, vivent des revenus que leur procure le travail des autres; leur fortune resterait stérile si les efforts des travailleurs ne la fécondaient pas.
- De plus M. Pereire paraît avoir perdu de vue quand il a élaboré son programme que demander les ressources d’une caisse de retraite à la seule contribution des patrons, c’est rendre ces ressources aléatoires. Il se peut que des crises industrielles et commerciales terribles nous attendent dans l’avenir. Un état social où chaque nation est armée jusqu’aux dents, n’inspire qu’une confiance très limitée dans la continuité de la paix. Des conflagrations épouvantables peuvent surgir, suivies de crises d’autant plus intenses que ces guerres seraient plus désastreuses. Que deviendraient alors les commerçants et surtout les industriels ? Comment fonctionneraient durant ces crises les caisses qui n’auraient que les patrons pour les alimenter ? Or, remarquez bien ceci, c’est précisément à l’heure où les patrons seraient le plus insolvables que les besoins seraient le plus grands pour les ouvriers.
- Admettez-vous que les patrons, même au cas où le travail serait arrêté, ne deviendraient pas insolvables ? Soit. Mais remarquez en ce cas que le travail n’existant plus c’est au capital des patrons que l’on s’adresserait. Alors pourquoi s’adresser à ce capital là et ne pas s’adresser aux autres capitaux ? Où trouver un motif pour légitimer cette inégalité de traitement ?
- Il n’y en a pas.
- C’est pourquoi la simple éventualité de crises intenses — et cette éventualité n’a rien d’excessif — nous paraît condamner le système de M. Pereire.
- Quant aux 26 Députés qui ont soumis à la Chambre le projet de résolution pour la création d’une caisse de retraites, ils nous paraissent, malgré l’évidente excellence de leur intention
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- avoir encore moins compris toute l’étendue du problème.
- Non-seulement ils demandent des ressources aux patrons sans en demander aux capitalistes non-travaillants, mais encore ils en demandent aux ouvriers eux-mêmes, et cela dans une proportion telle que lorsque les patrons débourseront 25 les ouvriers débourseront 50, c’est-à-dire le double.
- Il est vrai que dans la combinaison de M. Nadaud l’Etat débourse au profit de la caisse une somme égale à celle des patrons. Cette somme, l’Etat devra la demander à la masse des contribuables. En conséquence les capitalistes non-travaillants auront à y contribuer dans une certaine mesure. Maiè ne voit-on pas combien leur part sera insignifiante ?
- Oublie-t-on que « la masse des contribuables » c’est tout le monde, patrons, ouvriers et rentiers ?
- Les patrons et ouvriers paieront donc deux fois :
- une fois leur part des 25 0/0 demandés aux -patrons ou des 50 0/0 demandés aux ouvriers,
- et une fois leur part des 25 0/0 demandés à tout le monde.
- Pendant ce temps, les rentiers, eux, ne paieront que leur part des 25 0/0 demandés à tout le monde, part presque insignifiante, puisque le chiffre qu’elle doit atteindre se répartit sur toutes les têtes, tandis que les chiffres que doivent atteindre la contribution des ouvriers et celle des patrons, ne se répartissent :
- la première que sur les ouvriers,
- la seconde que surles patrons.
- Enfin perd-ôn de vue que les 25 0/0 demandés à tout le monde seront demandés non à une contribution spéciale mais au budget. Or les ressources du budget proviennent en majeure partie des impôts indirects, et ces impôts indirects, ce sont les ouvriers qui en paient la plus forte partie.
- En somme le système de M. Nadaud aboutit — contrairement aux intentions de son sympathique promoteur — à faire débourser aux ouvriers la plus forte partie de l’argent constituant le fond des caisses de retraite. C’est précisément l’inverse qu’il faudrait.
- Ici ouvrons une parenthèse.
- Il ne faut pas que l’on nous prête des inten. tions qui ne sont pas les nôtres. Nous ne von Ions pas dire qu’il faille ne pas intéresser 1$ ouvriers au fonctionnement des institutions qu les concernent. Loin de là. Nous voulons tou-au contraire que les ouvriers participent auj frais de certaines caisses.
- Il est excellent, il est indispensable que fi ouvriers soient tout ensemble bénéficiaires f membres actifs des institutions de mutualité Ces institutions ne seront possibles, ne serot légitimes qu’à cette condition là. Du jour oui s’agira de créer des assurances mutuelles contr la maladie, les accidents et le chômage, c’est-à dire contre des risques passagers, il sera just d’exiger des primes des assurés.
- Mais dans le cas tout particulier qui non occupe, celui de la création de caisses de retra tes pour les travailleurs frappés d’incapaci! physique, autrement dit pour les invalides d travail, le cas est tout différent. Il ne s’agit plu de risques passagers mais d’impossibilités q; durent jusqu’au dernier jour de peux qu’elle atteignent. C’est le droit à l’existence qui g mis en cause, et ce droit la société a mission d le faire respecter. Il ne faut donc pas que l caisse des invalides du travail soit une càis d’épargne obligatoire; il ne faut pas qu’el; constitue un impôt prélevé sur le salaire insufï sant de l’ouvrier; il faut, au contraire qu’elle soit un adjuvant, une addition à ce salaire.
- Pour cela il n’y a pas à hésiter, c’est à u impôt sur le revenu qu’il faut demander le ressources. C’est à ceux qui bénéficient de 1 richesse qui se produit ou de la richesse ante rieurement produite qu’incombe l’obligation d secourir les producteurs de la richesse le jot où ils sont frappés d’incapacité de travail.
- Ed. Champury.
- LA SEMAINE POLITIQUE
- Les mouvements administratifs. —!
- le ministre des affaires étrangères vient de prendre tt mesure qui a obtenu l'assentiment de toute la près libérale ; il a réorganisé sur de nouvelles bases le mini tère des affaires étrangères dont les diverses divisioi échappaient, dans beaucoup de circonstances,, à l’actL directe du ministre. M. de Freycinet a créé une diref tion du personnel à la tête de laquelle il a placé un#
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- 11ûTlt républicain. M. Herbette, qui occupe déjà une
- c? 1 Oiistiiieuée dans la diplomatie. Les autres direc- place ni» | mi3 à la retraite ou appelés à d’autres fonc-teur^on , aue le ministre s’occupe en ce moment h,? nP.ioM.el des ambassades, refuge de tant de hauts
- barons de la réaction. Voilà de la besogne utile .
- \r Maenin ministre des finances n’est pas resté mac-♦ •f il arésolument épuré le personnel des trésoriers -tlts' , s généraux. Ces fonctionnaires, recrutés pour la *\a opt Aans les rangs de la réaction la plus caractérisaient fini par sè croire inamovibles II semblait qu’ils f-ee^entdans leurs mains les caisses de l’Etat par droit de conquête et de naissance.
- M Maffnin a rappelé sévèrement à ces agents qu ils Ront et doivent être des serviteurs de la République, cmirnis comme les fonctionnaires les plus modestes aux l’ois communes de l’Etat, en révoquant, mettant en disponibilité ou à la retraite 17 trésoriers-payeurs. p De son côté M. Cazot a rendu aux douceurs de la vie privée un certain nombre déjugés de paix. Disons à ce propos que la commission de la Chambre est défavorable au projet dont nous avons parlé relativement à la réor ganisation de la magistrature. Elle voudrait avec raison des mesures plus efficaces et plus radicales.
- Ajoutons enfin, qu’un événement grave qui vient de sc passer au ministère de la guerre, démontre la nécessité d’épurer vigoureusement le personnel des minm-
- Par ordre du ministre une vérification de la caisse de l’a-‘gent comptablelchef, M Fournier avait été prescrite. Pendant qu’on procédait à ce.tte opération, cet employé supérieur s’est retiré chez lui et s’est brûlé la cervelle. Les •scellés ont été immédiatement apposés.füne enquête des plus rigoureuses a été commencée, et a permis de constater un déficit d’environ cent mille francs.
- 3L.e droit de réunion. — Un débat très-brillant mais qui paraît au premier abord un peu confus, se .poursuit depuis plusieurs jours dans la Chambre, il s’a-fgit de l’examen de divers projets relatifs au droit de réunion. Quelques mots d’explication sont nécessaires 'afin de bien saisir la marche de la discussion. Les projets soumis à la Chambre étaient tous exclusivement consacrés au d -oit de se réunir. M. Louis Blanc, n’ad • mettant pas que le droit de réunion puisse être disjoint du droit d’association, a présenté un contre-projet d’en-Isemble qui embrasse ces deux droits. D’ailleurs, ce [contre-projet est bien simple : il proclame la liberté illimitée et ahroge toute règlementation sur la matière et la question des congrégations religieuses se trouve intimement liée au débat et beaucoup de républicains tels que MM. Naquet, Madier.de Montjau et Brisson estiment que, la liberté d’association serait achetée trop cher si les associations religieuses, dont l’esprit s’ingénie déjà à tourner la loi française, étaient affranchies, même momentanément, de toute règlementation. Au dire de MM. Louis Blanc et Cantagrel il n’y a, au contraire nullement, dans leur projet, de péril que l’Etat ne puisse éviter.
- Les cléricaux qui revêtent l’étiquette libérale et rf publicaine et dont M. Lamy est le type, soutiennen il n> aurait, dans la même liberté octroyée à tou les Français, même à ceux qui relèvent d’un chc étranger, que justice.
- Ie ^®nlre gauche réactionnaire, par l’organe d M. Ribot a déclaré ne vouloir ni d’une loi qui serait di ngée contre une secte, les jésuites, par exemple, c d une liberté illimitée du droit de se réunir et de s’as socier.
- Au cours de la discussion, M. Henri Brisscn a donn lecture d un document de nature à ouvrir les yeux de personnes qui ne croient pas à l’existence du péril clé rical : cest un acte de société daté du 29 octobre 1871
- «fl8-011!1 but unique de soustraire cett association cléricale a toutes nos lois civiles.
- Lette révélation a déterminé le rejet du conlre-nroj( Loms Bianc, qui a été repoussé par 322 voix sur 46 votants. La question du droit d’association est donc rf
- servée et c’est celle du droit de réunion qui va seulement être résolue actuellement, par la Chambre, dans un sens plus ou moins restrictif. Plusieurs articles de la loi sont déjà adoptés et il est probable que l’ensemble sera voté quand ces lignes paraîtront. Remarquons, enfin, que le Cabinet, en ce qut concerne la règlementation des réunions, se montre moins libéral que la Chambre. C’est fâcheux.
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- TLe conseil supérieur die l’instruction
- putdiqne. — Le Sénat discute depuis plusieurs jours la-première des lois qu’on appelle les lois Ferry, celle qui est relative à la composition du conseil supérieur de l’instruction publique.
- La question débattue se réduit, en fait, à ceci : Convient-il dé composer exclusivement de membres du corps enseignant le conseil de l’instruction publique?
- M. Wallon, M. de Broglie, M. Chesnelong et M. La-boulaye, ont cependant voulu voir dans le projet tout autre chose. Ils l’ont présenté comme une première attaque, dans le domaine légal, contre la religion chrétienne et la liberté, et ils sont partis de cette interprétation fort arbitraire pour condamner le projet de loi au nom de la religion, du Concordat et du libéralisme, tout cela, parce que les évêques sont écartés du conseil supérieur, en même temps et par la même raison que les autres membres étrangers, comme les évêques, au corps enseignant?
- M. Roger-Marvaise, puis M. Barthélemy-Saint-Hilaire ont maintenu le droit de l’Etat quant à la direction, la surveillance et la discipline de renseignement,non-seulement dans les écoles publiques, mais dans les établissements privés, et ont rappelé que les membres du corps enseignant ont seuls la capacité professionnelle, indispensable dans un conseil supérieur de l’instruction publique.
- M. Jules Ferry dans un discours remarquable, tant par la force de l’argumentation que par l’énergie de la parole est venue prouver par des documents irréfutables que la loi de 1850, perfectionnée par les cléricaux en 1873, n’avait d’autre objectif que d’asservir l’enseignement officiel à la domination et à la surveillance jalouse de l’Eglise. Cet esprit d’envahissement, cette hostilité acharnée envers l’Université nationale devraient suffire pour écarter du conseil de l’instruction publique les ennemis de l’enseignement de l’Etat.
- Après un discours de M. de Lur-Saluces en faveur du projet, et un discours prononcé contre, par M. Fresneau, la discussion générale a été close. M. Delsol a proposé, un amendement faisant rentrer dans le conseil supérieur le clergé, le conseil d’Etat et l’Institut. La discussion continue au moment où nous écrivons.
- lues magistrats sollioïtenrs. — Le ministre delà justice, vient d’adresser aux procureurs généraux une circulaire pour les prier de veiller avec soin à ce que dans leur ressort, les règles en matière de congé soient par tous fidèlement observées Les magistrats out pris l’habitude de quitter leurs sièges sans autorisation et de venir, surtout à chaque changement de ministre, solliciter un avancement à la chancellerie Les inamovibles se déplacent facilement quand il s’agit pour eux de faire métier de solliciteurs ; le ministre de la justice vient de les rappeler au sentiment du devoir, de la discipline et des convenances. Voilà qui est bien.
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- XLes» transports. — L’industrie s’était justement émue d’une circulaire étrange de M. Léon Say, ministre des finances qui pour être agréable à la Compagnie du Nord, remettait en vigueur une loi surannée de 1791, que les auteurs n’avaient apparemment pas rédigée en vue d’une application aux transports par chemins de fer.
- L’effet produit par la circulaire de M. Léon Say a été tel que la compagnie du Nord, qui voulait empêcher les compagnies belges et allemandes de transporter nos
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- produits à 40 0/0 de moins qu’elle, bien que 3e parcours fût de 100 kilomètres plus long, la compagnie du Nord fut invitée à réduire ses tarifs au taux de ceux des voies étrangères.
- La compagnie du Nord, procédant avec une sage lenteur, a émis un tarif réduit pour un ou deux articles, mais elle a négligé les autres marchandises. C’est contre cet oubli que M. Des-Rotours s’est avec raison élevé dans une des dernières séances de la Chambre et il a très nettement posé la question.
- M. Wilson a répondu qu’il avait fait de son mieux pour atténuer les conséquences de la circulaire Léon Say. Cela ne suffit pas ; il faut que la Chambre prononce l’abrogation des dispositions abusives. Il n’est pas admissible que des Compagnies françaises qui ne peuvent suffire aux transports locaux, aggravent leur monopole et empêchent le commerce de se servir des voies les plus économiques.
- *
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- Le divorce. — Le rapport de M. Léon Renault sur le projet de loi de M. Alfred Naquet relatif au rétablissement du divorce vient d’être distribué aux députés. En voici la conclusion :
- « La commission, dit-il, a voulu l’indissolubilité du mariage dans la mesure où elle est compatible avec les défaillances de la nature humaine ; c'est la préservation des intérêts vrais des époux, des enfants nés de leur union, de la société elle-même, intéressée au bon ordre des mariages.
- » La commission n’a fait que reprendre l’œuvre du conseil d’Etat de 1803, ratifiée par l’expérience accomplie en France de 1804 à 1816, justifiée par les faits réalisés et los résultats obtenus dans tous les pays.
- » Le divorce doit être réglementé avec sagesse ; il ne faut voir en lui ni un mal, ni un bien, mais le remède à un mal, remède auquel la société a droit. »
- Il est probable que la Chambre souscrira à ces sages conclusions ; mais l’adhésion du Sénat est plus douteuse.
- L’occupation de Toîiking. — On a appris, cette semaine une assez grosse nouvelle: l’ordre d’occupation du Tonking, — cette vaste contrée que l’incurie du gouvernement impérial et aussi celle des agents qui avaient survécu à ce régime dans les bureaux de Saïgon et de Paris, a par deux fois laissé perdre, malgré les prodiges d’audace et d’habileté d’un simple négociant-explorateur, M. Dupuis (qui y a laissé toute sa fortune et en est aujourd’hui réduit à solliciter une indemnité des Chambres) et malgré l'étourdissante épopée de Francis Garnier, le savant officier de marine, qui avec une poignée de matelots conquit le Tonking tout entier sur ses oppresseurs anamites, aux applaudissements de ses habitants. C’est cette région dont le gouvernement français avait commis la folie de ne conserver que la partie îa moins salubre et la moins avantageuse au point de vue commercial qu’il s’agit de récupérer, et de conserver, cette fois.
- Yoici dans quelles circonstances le gouvernement français a été amené à prendre une détermination énergique : Dernièrement, le capitaine d’infanterie Rheinard, inspecteur des affaires indigènes en Cochinchine, avait appris de la bouche des mandarins eux-mêmes'qu’ils avaient ordre de ne tenir aucun compte des conventions de 1874, Pour obtenir des explications sur cet aveu dépouillé d’artifice, M. Rheinard demanda une audience à l’empereur d’Annam.
- Au cours de la réception, l’un des ministres qui assistaient le souverain, répondit grossièrement et avec violence à l’officier français ; l’empereur, au lieu de calmer son ministre, lui donna raison et alors eut lieu une scène fâcheuse dans laquelle M. Rheinard crut devoir faire intervenir la menace d'une intervention prochaine. A la sortie du Palais M. Rheinard fut attaqué, saisi et emprisonné, C’est là, sans doute ce qui aura décidé le gouvernement à transmettre un ordre d’occupation à l’amiral Duperré.
- TLte> conflit espagnol. — Le conflit entre le mj nistère et les minorités du Congrès est en voie d’apaW ments. Le premier ministre s’étant fait interpeller à ] Chambre par M. Posada Herrera, comme l’avait récem ment entrepris au Sénat M. Gueli y Rente, a déclaré (J sont les termes des dépêches officielles, qu’il n’avait pa; eu l’intention d’offenser la minorité dans la séance rit 10 décembre.
- L’omnipotent M. Canovas a formulé des excuses, apr& avoir déclaré urbi et orM pendant un mois qu’il ne ferai pas un pas pour ramener les minorités factieuses. L’atti. tude des feuilles, libérales laisse pressentir la fin (p conflit. Les minorités se contenteront vraisemblableme^ des explications fournies par le premier ministre.
- 4 4
- IScliec «In caLinet Cairoli. — Samedi derniet le cabinet Cairoli a été battu au Sénat italien. On discu. tait le projet de loi abolissant graduellement l’impôt su la mouture. Ce projet, déjà adopté par la Chambre ck députés, continue à être la pierre d’achoppement de politique intérieure. La section centrale (commission concluait à l’ajournement du projet. Le ministère a dé-claré qu’il considérerait un ajournement comme un re-jet.
- Toutefois, l’ajournement a été voté par 125 voix confit 83. S’il faut en croire ce qu’on affirmait à Rome deput quelques jours, le cabinet aurait obtenu du roi la pro) messe, en cas de rejet, d’une nomination de sénateurs en nombre suffisant pour changer la majorité et poui faire adopter par le Sénat la suppression de cette taxi fort impopulaire, suppression que l’opposition ne repousse d’ailleurs que provisoirement et pour ne pas corn-promettre l’équilibre du budget. Ajoutons que le roi a signé un décret prorogeant le Parlement.
- %
- * 4
- Augmentation. «le l’effectifallemand. -
- Le conseil fédéral de l’empire allemand vient d’être saisi d’un projet de loi tendant à compléter la loi militaire.
- D’après ce projet, l’infanterie comptera, à partir du 1er avril 1881, 503 bataillons, soit onze régiments de plus. Mais c’est surtout l’artillerie française qui, par soi nombre et sa qualité reconnue, a éveillé l’attention des généraux allemands ; l’artillerie sera donc augmentée de 32 batteries.
- Malgré les difficultés que présente l’équilibre du budget, on ne craint pas de le surcharger d'une dépense de 17 millions de marcs qui sera même de .26 millions pour la première année. C’est une réponse assez péremptoire aux bruits ridicules de désarmement que l’on avait répandus récemment et dont on rapportait l'origine invraisemblable à M. de Bismark.
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- L9 Allemagne et le Vatican. — On annonce le retour à Berlin de M. de Bismark. En même tempe l’on mande de Vienne que les bases d’un accord entre le Vatican et l’Allemagne seraient signées cette semaine dans la capitale de l’Autriche. Ces indices d’un rapprochement avec la Curie romaine sont-ils plus sérieux que précédemment, c’est ce que nous nous garderons bien d’affirmer. Mais M. de Bismark, qui est un homme de précaution, ne s’est sans doute pas lancé dans sa campagne pour l’accroissement des forces militaires de l’Allemagne sans avoir calculé les obstacles et les moyens de les vaincre et, s’il faut faire des avances au centre catholique du Reichstag, il est homme à ne pas reculei devant les nécessités d'une transaction dont il a dû fixai les limites et les conditions afin de faire voter les loi: militaires dont nous venons de parler.
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- L’évacuation de Caboul. — La question afghane serait, s’il faut en croire le Times, sur le point de recevoir une solution assez piteuse. Les troupes anglaises seraient sur le point d’évacuer Caboul et de se retirer à Djellalabad. Le général Roberts adresserait aus habitants de Caboul une proclamation pour les informel
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- rAngleterre ayant tiré une vengeance satisfaisante ^massacre de l’ambassade anglaise, l’armée se retire fin de laisser les Afghans libres de se choisir un souve-•n Fn outre jusqu'à ce que ce souverain soit solidement îïïhii sur le trône, la reine d’Angleterre renonce au droit mfe lui confère le traité de Gundamack d’avoir un représentant à Caboul. Les communications avec le gouvernement afghan auraient lieu, en attendant, par l’entre-mi?e d-un agent spécial de la reine. . . ,
- Fnfin pendant toute la période d’organisation du twmvernement du pays, les troupes anglaises continue-•aient à occuper Djellalabad et Candahar. La reine insisterait pour que les communications avec les gouvernements étrangers fussent au préalable soumises à
- S°L’tumleterref en agissant ainsi, adopterait évidemment le parti le plus sage. Elle s’est aperçu une fois de nlus qu'il n’y a pas de milieu dans une occupation sérieuse du pays tout entier et l’évacuation. Toutefois, comme il lui en coûte de renoncer entièrement à une conquête si chèrement .payée, elle occupera non loin des frontières quelques postes bien choisis.
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- Émeute èl ISio-Jatieiro. — Des avis de Rio-Janeiro en date du 3 janvier, annoncent qu’une émeute sérieuse a éclaté le 1er janvier, à la suite de discours violents et d’articles de journaux conseillant la résistance au nouvel impôt de 20 reis sur les voyageurs de tramways. La foule a détruit les wagons et les rails des tramways; elle a attaqué les conducteurs; elle a lancé des pierres et tiré des coups de revolver sur les troupes, qui ont chargé les émeutiers et ont fini par les disperser.
- Il y a eu trois personnes tuées et trente blessées, y compris des soldats et des agents de police. Le lendemain 2 janvier, une tentative d’émeute s’est produite : la foule a essaj^é d’incendier, les portes des magasins renfermant des fusils. Des meneurs ont été arrêtés. Le gouvernement, répondant à une députation des principaux adversaires de la taxe, a refusé d’en suspendre la perception. La ville est aujourd’hui tranquille.
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- La crise dans l’JECtat «lia Maine. — Nous nous étions trop hâtés d’annoncer la réconciliation des républicains et des démocrates de l’Etat du Maine. La situation devient plus tendue que jamais. En effet* on mande d’Augusta que les fusionnistes ont préparé un exposé destiné au tribunal suprême. Ils lui demandent de revenir sur sa décision, qui déclare illégale la législature fusionniste. Le trésorier fusionniste aurait reçu des sommes considérables appartenant à l’Etat, et il en aurait remis une partie aux députés fusionnistes.
- Le maire d’Augusta ayant prévenu M. Davies, gouverneur républicain, qu’il redoutait un coup de main des fusionnistes, lesquels auraient l’intention de s’emparer par la force du palais législatif, le gouverneur a ordonné à la milice, dont la fidélité est assurée, de prendre les armes. Deux compagnies ont relevé la police et occupé après minuit le palais législatif. Des renforts accompagnés de mitrailleuses sont attendus. Les républicains déclarent qu’ils ont l’intention de rester en possession de la Chambre et d’en appeler au président de la République si cela devient nécessaire. On assure que l'es milices fusionnistes s’organisent secrètement et que le gouverneur M. Davies doute de la fidélité d’une partie des forces militaires de l’Etat.
- NOTES D’UN LISEUR.
- XVIII
- Il vaut mieux remuer une question sans la décider que de la décider sans la remuer.
- J. Joubert.
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- UE L’ACTION LÉGISLATIVE <*>
- Parmi les réformes destinées à aboutir, dans le courant de cette session, se trouvent les trois libertés que nous voyons depuis si longtemps figurer dans tous les programmes des aspirants à la députation :
- Liberté de la Presse,
- Liberté de réunion,
- Liberté d’association.
- On peut à bon droit s’étonner que des réformes tant de fois promises aient tardé si longtemps à se réaliser. Il y a des circonstances atténuantes. Il peut être répondu que la République a eu fort à faire pour se défendre contre la coalition des anciens partis et arriver à se constituer ; qu’elle ne se possède que depuis un an ou deux ; enfin qu’une bonne législation en ces matières est fort difficile à faire. — On entend sans doute une législation qui organise la liberté et ne la supprime pas ; car quant aux lois restrictives et répressives, tous les gouvernements s’y entendent et elles sont vite bâclées lorsque le besoin s’en fait sentir.
- Un mot encore sur cette question des réformes à accomplir. Tout en abandonnant toute récrimination à l'endroit du passé, qu’il nous soit permis de faire remarquer qu’il reste beaucoup à faire pour réaliser le programme bien connu de la Démocratie militante, Si l’on ne travaille pas mieux qu’on ne l’a fait jusqu’ici, il est certain ^que la République n’est pas près d’être fondée.
- Je n’accuse pas la bonne volonté de la Chambre» au moins dans sa majorité républicaine. Elle a le désir de bien faire ; mais elle n’a pas compris son rôle et n’a pas accompli sa mission. Sa mission était d’organiser la République. Son rôle devait être de prendre l’initiative des mesures au lieu d’attendre le bon plaisir des ministres qui ne devraient avoir qu’à exécuter ses décisions. Depuis qu'elle existe ; depuis un an surtout qu’elle est maîtresse d’agir, elle a gaspillé son temps en stériles débats et n’a guère fait que piétiner sur place. Il serait grand temps d’entrer dans la voie droite et large de l’organisation et des réformes, si l’on ne yeut risquer de se voir acculé bientôt à la suprême ressource d’une Convention révolutionnaire ou d’un plébiscite Césarien !
- Ce qui manque à notre Parlement, c’est une direc-tion. Elle manque non pas seulement aux Chambres, mais à la République et à la France. La France a le
- (1) Quelques-unes des idées émises dans cet article différant de celles de notre journal, la rédaction croit devoir rappeler que les articles signés n’engagent que leurs signataires. Ce n’est pas nous qui donnerons l'exemple de l'intolérance en refusant nos colonnes à de$ articles remarquables, pour la seule raison qu’ils contiendraient, a côté d’idées que nous partageons, des idées, que nous ne partageons pes Toutefois, cola ne nous engage pas à faire de notre journal une tribune ouverte à toutes les opinions. 11 y perdrait son unité,
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- droit de savoir où on la mène. Qui le sait ? Est-ce le Président de la République ? Mais M. Grévy manque absolument d’initiative. Président constitutionnel, il est persuadé que son cabinet doit se borner à exécuter les volontés du Parlement. Rien de plus correct sans doute. Mais alors c’est le Parlement qui gouverne. C'est en effet l’esprit de la Constitution, et c’est conforme au sentiment de la France, qui aspire de plus en plus au self-government, comme disent les Anglais, et ne peut le trouver que dans le régime d’une représentation nationale, directement élue, où toutes les questions se discutent contradictoirement au grand jour et sont soumises constamment au tribunal de l’opinion publique.
- Qui que ce soit qui gouverne, il n’y a pas de société possible sans gouvernement. Le gouvernement en France se compose du pouvoir législatif (Sénat et Chambre des Députés) et du pouvoir exécutif (le Président de la République et ses ministres). Donc, le Parlement décide et légifère ; le Président et ses ministres exécutent ou administrent. Voilà qui est bien sans doute. Mais cela ne suffit pas. Une direction est nécessaire. Cette direction où est-elle ? Je ne la vois pas. La puissance gouvernementale peut être collective. Elle peut se partager entre une ou deux assemblées et le Chef de l’Etat, Président, Roi ou Empereur, assisté de ministres plus ou moins responsables ; mais une action directrice est utile pour donner l’impulsion à la machine gouvernementale. Et cette action directrice, pour être une et faire mouvoir la force de la collectivité vers un but commun, exige l’influence prédominante d’une personnalité ayant pour elle ou une autorité effective ou l’influence du talent et du caractère. Sans doute il est à désirer que celui qui possède l’influence morale du caractère et du talent ait aussi en mains la réalité du pouvoir. Mais dans une société où le gouvernement relève de l’opinion publique, l’homme d’Etat qui a mérité la confiance de la nation, a tout ce qu’il faut pour en diriger les affaires, si, personnifiant à la fois la politique de la majorité parlementaire et celle du cabinet, il possède assez d’autorité morale pour faire accepter ses avis de ceux qui décident et légifèrent comme de ceux qui exécutent et administrent.
- Telle est la situation qui est faite en ce moment au Président de la Chambre, alors que le Président de la Chambre est justement l’homme de la situation. C’est à lui, qui est le chef de l’atelier parlementaire, qu’incombe la direction des travaux à accomplir. Et puisque nous avons comparé le Parlement à un atelier, qu’il nous soit permis de demander qu’on y travaille davantage et qu’on y pratique mieux qu’on ne l’a fait jusqu’ici le principe économique de la division
- du travail. La dernière session a été surtout remar-quable par sa stérilité. Je ne veux pas insister sur ce point. Je risquerais de faire de la peine à de très braves gens qui sont animés des meilleurs senti, ments, mais qui seraient bien embarrassés de dire quelle mesure utile leur est due dans les travaux de l’année. Si les 540 députés ont fait ce que quarante — rien de l’Académie — auraient pu faire, c’est bien le bout du monde. Ce n'est pas assez pour le relèvement de la Patrie et le salut de la République, d’autant plus que je ne sache pas que le Sénat ait redou-blé d’efforts pour réparer le temps perdu par la seconde Chambre.
- Il est vrai, que Députés et Sénateurs pourront répondre que s'ils n’ont pas beaucoup avancé la besogne parlementaire, ils ont usé leur temps et leurs forces à faire les affaires de leurs agents électoraux et à solliciter des bureaux de tabac pour pas mal de veuves de la Grande Armée. C’est une raisdn qu’ils pourront faire valoir auprès de leur clientèle, mais qui pourrait suffire pour faire condamner l’élection par circonscription et motiver le retour au scrutin de liste. Ce mode là a bien aussi ses inconvénients, mais avant tout, il faut que les représentants du pays fassent les affaires de la France.
- Donc nous voudrions que la Chambre se mît sérieusement à travailler sous la haute direction de son Président, chargé de faire concourir toutes les forces de l’atelier législatif vers un but d'utilité publique, mais en laissant à chaque député, plus qu'on ne l’a fait jusqu’ici l’initiative des mesures législatives dont il aurait eu l’idée II ne convient pas que les fruits secs de la politique se perpétuent au Parlement en se dissimulant dans les foules et se créant des bourgs-pourris à forces d’influences et de complaisances malsaines. Il n’est pas bon, d’autre part, que les capacités soient étouffées et ne trouvent pas l’occasion de se produire. La République a grand besoin d’hommes. Les caractères sont rares de nos jours. Les administrateurs n’abondent pas dans notre beau pays de France. Peut-être ne les cherche-t-on pas où ils sont. U y a de fortes présomptions pour qu'un homme choisi entre tant d’autres par ses concitoyens pour avoir l’honneur de les représenter ait quelque valeur. Je connais pour ma part des députés qui sont gens de mérite et n’ont pas eu jusqu’ici l’occasion de le faire savoir au pays. Tout le monde n’est pas orateur et il est des gens qui répugnent à la célébrité de l’interruption et de l’interpellation bruyante.
- Enfin il serait fort à désirer qu’un bon classement pût se faire promptement au sein de l’une et de l’autre Assemblée afin qu’aux élections prochaines la
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- France se trouvât fixée sur la valeur morale et la capacité politique de ceux qui demanderont à leurs électeurs le renouvellement de leur mandat. Il ne suffit pas, pour être député ou sénateur, d’être ou de se dire républicain sous la République, il faut encore être travailleur, capable et surtout honnête homme dans toute l’acception du mot. Malheur à la République si elle tombe aux mains des tripoteurs d’affaires ! Une démocratie boursicotière est une démocratie perdue.
- Qu’il nous soit permis d’insister pour faire bien comprendre notre pensée sur le rôle du parlement dans l’Etat.
- Ce rôle consiste surtout dans l’initiative des déci sions que nous désirerions laisser généralement, et bien plus qu’on ne l’a fait jusqu’ici, au pouvoir législatif, mais plus particulièrement à la Chambre des députés, au moins tant qu’on n’aura pas modifié la Constitution en ce qui concerne les attributions du Sénat (IJ, qu’on peut regarder comme une cinquième roue à un carrosse quand il n’est pas un obstacle à tout mouvement.
- Nous croyons que les projets de loi gagneraient beaucoup à venir directement de l’Assemblée au lieu d’être présentés par le ministère qui d’ailleurs aurait toute liberté de proposer toutes les modifications, tous les amendements qu’il jugerait utiles. Mais on ne sortira jamais de la routine administrative si on confie aux ministres et par conséquent aux bureaux des divers ministères, la rédaction des projets de loi. Ces gens-là ojit la rage de la' réglementation et le culte de la paperasserie. Us sont constamment préoccupés de boucher toutes les fissures par où la liberté pourrait passer et la spontanéité de leurs administrés se faire jour. On les changerait pour d’autres que ce serait la même chose. Je veux pour législateurs les gens qui ont eu à souffrir des procédés de l’administration française, et non ceux qui ont intérêt à les perpétuer. Q’on les consulte pour les choses de leur spécialité, rien de mieux, mais que leurs avis soient toujours soumis à l’épreuve de la discussion publique.
- Du reste la marche que nous proposons et dont nous voudrions faire la règle, tandis qu’elle a été jusqu’ici l'exception, est indiquée par la logique des choses. De même qu’en Angleterre, toutes les motions devant aboutir à une mesure législative sont présentées au nom du gouvernement de la Reine (ou
- (1) Je ne suis pas l’adversaire du système des deux Chambres. Mais je ne comprends pas deux Chambres faisant l’une et l’autre la même besogne. G est se condamner à vivre dans la crainte continuelle du conflit Si elles sont d accord, pourquoi deux Chambres pour faire 1 ouvrage d une seule ? Si elles ne le sont pas, les deux forces se neutralisent et rien ne se fait. On viole ainsi deux principes essentiels en mécanique sociale : l’économie de ressort et la division du travail.
- du Roi) qui représente l’autorité souveraine d’où tout émane, de même en France toutes les propositions doivent être faites au nom du gouvernement de la nation représentée par ses Députés.
- Du reste, Userait bien temps d’en finir avec cette servile imitation du parlementarisme anglais à laquelle on ne s’est que trop livré en France. Le tempérament de la France n’est pas celui de L’Angleterre. Les fictions légales n’ont jamais pu s’acclimater chez vous. Celle « du Roi règne et ne gouverne pas » nous a valu trente-trois années de tiraillements intérieurs, de stérilité monarchique et qui pis est, .comme conséquence antinomique, l’empire du troisième Napoléon. Qu'on y prenne garde, avec notre tempérament égalitaire et notre régime de suffrage universel, le césarisme, même sans les Bona-partes désormais impossibles, est toujours à craindre. C’est la logique du peuple d'incarner la souveraineté nationale dans une personnalité éminente quand il ne se sent pas bien gouverné par ses assemblées. Toute assemblée souveraine qui se dessaisit du gouvernement au profit du pouvoir exécutif se dicérédite, perd son prestige et prépare elle-même son abdication. M. Grévy et le cabinet dont M. de Freycinet est le chef sont dans le véritable esprit de la Constitution et dans le courant de l’opinion publique lorsqu’ils disent solennellement dans leur déclaration aux Chambres : « Nous sommes les fidèles exécuteurs de vos résolutions. » Ceux qui parlent ainsi sont dans la bonne voie républicaine. Il convient de s’y maintenir. C’est bien là en effet le rôle du pouvoir exécutif. Quand le principe d’autorité repose non sur le droit royal héréditaire, mais sur la souveraineté nationale, quand c’est le peuple qui règne, ce sont ses représentants élus qui gouvernent en son nom. C’est pourquoi il faudrait renoncer à cette habitude que l’on a prise en France, de désigner par le mot Gouvernement le Président et ses ministres. C’esi là une fansse appellation qui tient à la tradition monarchique. On ne commet jamais cette faute aux Etats-Unis. Il faut nous habituer, en France, à comprendre, dans le mot gouvernement, comme font les Américains, ensemble le pouvoir législatif représenté par les deux Chambres et le pouvoir exécutif composé du Président et de ses ministres. Ce n’est point là une vaine affaire de mots. U importe de ne pas laisser s’établir la fiction d’un gouvernement distinct de ’a représentation nationale: on pourrait ainsi être amené à sortir de la République par la porte du droit divin ou par celle du plébiscite ; que les dieux nous préservent d’un tel malheur 1 Ch. Fauvety.
- P. S. Dans un prochain article nous examinerons
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- les projets de loi qui ont pour objet l’organisation des trois grandes libertés de réunion, d’association et de la Presse,
- JLa dette publique française.
- Des calculs de M. Leroy-Beaulieu dans son journal, l'Economiste français, il résulterait que cette dette dépasserait vingt-six milliards de francs en capital, et en annuités 1,265 millions de francs.
- Répartie sur les 37 millions de Français, comme le suppose M. Leroy-Beaulieu, cette dette si colossale que nulle nation n’en a jamais eu de pareille à supporter, représente 700 fr. par tête de citoyen ou 2800 fr. par famille, en capital, et, en intérêts annuels, 34 fr. environ et 136 fr. par famille de quatre personnes.
- Il faut ajouter à ce capital celui des emprunts faits par les départements, les villes, les communes, capital évalué par M. Leroy-Beaulieu à cinq ou six milliards.
- On arrive ainsi au chiffre de trente-un ou trente-deux milliards pour le total des dattes publiques de l’Etat, des départements et des communes en France, capital imposant une somme d’intérêts annuels de 1400 millions de francs environ.
- LA LIBERTÉ DE RÉUNION ET D’ASSOCIATION
- M. Louis Blanc a prononcé à la Chambre des députés, dans la séance du 24 janvier, sur la liberté de réunion, la liberté d’association, et la solidarité de ces deux libertés, un discours extrêmement remarquable qui ne peut être apprécié à toute sa valeur par les fades comptes-rendus des journaux.
- Si la presse française jouissait de quelques bribes de liberté, nous aurions reproduit in~eætenso ce remarquable discours ; malheureusement la liberté de la presse est chose inconnue chez nous : le Sénatus-consulte du 2 février 1861 nous interdit de reproduire un discours sans reproduire tout le reste du débat.
- Nos lecteurs pourront trouver le discours de M. Louis Blanc dans le Journal officiel du 25 janvier.
- PETITES NOUVELLES.
- PARIS
- Le Tîséveil social, nouveau journal quotidien de grand format publié sous les auspices de M. Louis Blanc et dont M. Henri Salles est directeur, vient d’entrer dans la lice.
- Nous souhaitons bienvenue et bonne chance à notre nouveau et sympathique confrère.
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- La chambre syndicale clés employés
- de commerce, d’industrie et d’administration adresse à cette corporation qui ne compte pas moins de 180,000 membres pour Paris seulement, un très pressant appel, les invitant à se grouper autour d’elle. En effet, jusqu’à présent, 200 à peine se montrent soucieux de leurs droits et de leurs intérêts. Tandis que la plupart des ouvriers tendent à se rapprocher, ces travailleurs, qui, pour avoir forcément les apparences d’une aisance absente, n’en connaissent pas moins les rigueurs delà gêne, ces travailleurs restent isolés, ne luttent point pour améliorer
- leur situation, et paraissent complètement indifférents aux bienfaits de la solidarisation.
- C’est celte torpeur qu’il est indispensable de secouer.
- a Sortez de cet isolement, dit le président en terminant son énergique invitation, et venez vous grouper autour de la chambre synicale dont le but est d’obvier aux funestes effets d’une détestable organisation, en attendant que nous soyons assez forts pour en exiger une plus équitable »
- Il est à désirer que les employés de commerce, d’industrie et d’administration se rendent à cette exhorta-tation si sage et comprennent bien qu’ils ont tout à gagner à établir entre eux l’entente à laquelle on les convie.
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- 3Lî* peine de mort est plus que jamais compromise. Depuis longtemps les hommes qui savent s’affranchir des influences du passé demandent la suppression de cette peine. On leur répond qu’il faut bien épouvanter les assassins.
- Ce pauvre argument vientde recevoir un démenti aussi éloquent que possible.
- Le lundi 19 janvier, le gardien de la paix Prévost, coupable d’assassinat était guillotiné. Si l’application de la peine capitale devait produire sur quelqu’un l’effet que ses partisans lui prêtent c’était assurément sur le corps des gardiens de la paix. Eh bien, le jeudi 22 du même mois, trois jours après, dans la même ville de Paris, un autre gardien de la paix, le nommé Gommetti, sè rendait coupable d’une tentative d’assassinat.
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- La presse Ixmapsurtist© est loin de couvrir ses frais. Dernièrement le Pays reprochait à l'Ordre d’avoir « déjà coûté treize cent mille francs au parti bonapartiste épuisé ». Aujourd hui on affirme que le Pays n’a guère coûté moins à ce parti que l'Ordre.
- C’est égal, les bonapartistes s’imposent bien des sacrifices en vain.
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- DÉPARTEMENTS
- JLiSi stat«© <i© Greoï*«re Sand. — George Sand va avoir sa statue. C'est à La Châtre (Indre), ville distante de Nohant de six kilomètres à peine, que s’élèvera son effigie en marbre. On se rappelle qu’au lendemain de la mort du célèbre écrivain, il avait été question de lui ériger une statue à Paris, sur la place de l’Odéon, en face dû théâtre où parurent François U QJiampi, Maître Favilla et Mauprat. Ce projet paraît abandonné, mais une souscription ouverte à La Châtre produisit 10,000 fr. On annonce que l’Etat vient de lever les dern;ères difficultés qui retardaient l’exécution de cette œuvre.
- Le ministre des beaux-arts vient de compléter, au moyen d’une allocation de 6,000 fr. faite à M. Aimé Millet, statuaire désigné par le comité de souscription, la somme de 16,000' frM moyennant laquelle cet artiste consent à se charger de l’exécution du monument.
- Espérons que M. Millet donnera plus de vie à cette statue que Clésinger n’en a donné à la George Sand qui décore le foyer du Théâtre français.
- Le grand écrivain socialiste aura donc deux statues.
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- lAittstrvictioïi danjb les "villes. — La mairie de Marseille a eu l’heureuse idée de publier le tableau comparatif de la situation de l’instruction primaire non-seulement à Marseille, mais dans les principales villes de France.
- Sur un budget de dépenses de 223,734 537 fr., Paris accorde à l’instruction primaire 11,382,204 fr. soit environ un vingtième. Lyon sur un budget de 18,835.978 L donne 1,147.834 fr. soit environ un treizième ; Bordeaux sur un budget de 9,358,748 fr. donne 497,179 fr. soit le dix-huitième ; Marseille sur un budget de 13,483,323 fr, consacre à l’instruction primaire 978,700 fr. soit environ le treizième.
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- p’e^t Nancy qui s’impose les plus grands sacrifices, «nfisoue sur un budget de deux millions en chiffres nnd« cette ville donne 200,00 fr. à ses écoles, soit plus JJJ. neuvième. Lille et Toulon viennent ensuite, la pre-rrOÀrp en accordant 618,000 fr. sur six millions et l’autre 156,sur 1,724,202.
- Ces chiffres témoignent d une sérieuse amélioration, toutefois il ne faut pas s’éblouir. Un petit pays, voisin rlu nôtre et bien moins riche, s’impose des sacrifices autrement considérables. Bâle, Neuchâtel, Zurich et Genève consacrent à l’instruction publique le quart de leur budget.
- Glace dynamite et vierge dé bois. — Depuis un mois bientôt la plus belle partie du département de Maine-et-Loire est menacée d’un désastre.
- Entre le confluent de la Uienne et la ville de Saumur la Loire est divisée en deux bras par des îles, et ses bords, égayés par de nombreux villages, s’étendent en prairies plantées d’arbres. Le lit du fleuve dans ces parages est peu profond et des bancs de sable mobiles en rendent la navigation difficile.
- Lorsque le 7 janvier le dégel a amené la rupture de la couche de glace qui couvrait le fleuve, les glaçons, au lieu de s'écouler, ont été arrêtés au milieu par les îles et parles bancs de sable, et sur les bords par les arbres et les taillis qui s’y trouvent en abondance. Peu à peu, ces glaçons apportés par le courant se sont accumulés eu se pressant les uns sur les autres formant ainsi une véritable mer de glace d’une épaisseur de 2 à 5 mètres, laquelle repose sur le sable du fond. Les eaux barrées par cet obstacle se sont répandues à droite et à gauche sur les rives.
- Quand la crue se produira en redoute deux choses, soit que les eaux aient assez de force pour rompre cet immense barrage de glace et le précipiter sur la ville de Saumur, renVersant les ponts et dévastant ses quais; soit que la glace résiste et que les eaux, passant pardessus inonâent la ville et submergent en même temps la digue de Villebernier.
- Dans ce cas la riche vallée de l’Anthion qui s’étend au nord de la Loire et parallèlement à son cours serait dévastée et les villages qui la peuplent pourraient être détruits.
- I: était facile d’éviter tout danger. Il suffisait d’envoyer sur les lieux, dès les premiers jours un ou deux régiments et de les faire travailler sans discontinuer une minute, en éclahantde nuit les travaux avec la lumière électrique. Mais l’administration n’en est pas encore là. Dès les premiers jours « cette administ ration que l’Europe nous envie, r n’a rien trouvé de mieux à faire que d’entrer eu conflit. Autorités locales, ingénieurs et armée se sont contestés l’un à l’autre le droit de toucher à la glace.
- A ce moment là M. Freppel, évêque d’Angers, a jugé que le spectacle était trop triste et qu’il lui appartenait d'y joindre la note comique. En conséquence il a lancé un mandement attribuant les fléaux qui désolent la France à la colère divine offensée par l’impiété des républicains. Après avoir donné cette haute idée du Dieu qu’il adore, M. Freppel s’est rendu en grande cérémonie j usqu’au bord de la banquise de Saumur. Il l’a exorcisée, il l’a aspergée eu plusieurs endroits avec de l’eanbénite, il a même fait intervenir la fameuse Vierge de Bon Secours, poupée de bois qui depuis des siècles ne cesse d accomplir d’innombrables miracles.
- La banquise n’a pas bougé.
- Enfin après 15 jours de temps perdu M. le ministre des travaux publics s’en est mêlé. Il est venu en personne. 11 a constaté que les ingénieurs n’avaient pas fait plus de besogne que la Vierge de bois. Il a tait envoyer des ^soldats avec une provision de 1500 kilos de dyna-
- Gette fois la banquise bougera. ’
- Mais quels progrès n’a pas à faire un tristes comédies peuvent se voir!
- pays où d’aussi
- MONACO
- L’Eldorado des bonapartistes c’est l’état minuscule et ridicule de Monaco.
- Cette principauté sans agriculture, sans industrie, sans commerce, sans autre ressource que. le rançonne-ment régulier des voyageurs et l’exploitation du plus dangereux des vices, ce lambeau de terre qui est de tous les territoires de l’Europe celui où l’immoralité est la plus révoltante, se permet de prendre des airs d’opposition à la République française.
- Tout le personnel administratif et gouvernemental monégasque est recruté parmi les anciens fonctionnaires bonapartistes les plus notoirement compromis, parmi les ennemis les plus acharnés de la République.
- Il est vrai que la principauté de Monaco n’est guère qu’un immense tripot entouré de maisons de tolérance et que par conséquent le bonapartisme peut fournir des éléments d’administration à la hauteur des exigences.
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- ALGÉRIE
- L’Union agricole du Sig, bien connue de la plupart de nos lecteurs, possède le plus beau et le plus riche domaine de la province d'Oran, 1800 hectares de la plaine du Sig.
- Malheureusement le fonds de roulement a été employé et l’association a même contracté 50,000 francs de dettes. Le Conseil d’administration se croit dans la nécessité de morceler le domaine. Il propose de commencer par les terrains irrigués.
- Si nous en croyons les affirmations d’un de nos correspondants de la province d’Oran, affirmations que nous ne sommes pas à même de contrôlèr mais que plusieurs journaux financiers sérieux reproduisent avec des commentaires fort vifs, les terrains que le conseil d’administration se propose de vendre, se loueraient facilement 30 francs l’hectare, avec l’eau d’hiver seulement, et 40 francs avec l’eau d’été, alors que leur valeur est calculée par le conseil d’administration d’après un loyer de 15 francs l’hectare.
- L’assemblée convoquée pour le 14 février jettera la lumière sur le degré de véracité de ces affirmations.
- Il nous serait pénible de voir périr la plus importante association agricole de l’Algérie.
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- SUISSE
- ILe Docteur Jü. Sclm©i«ier vient de mourir. C’était un des hommes politiques les plus éminents du pays. Un détail de sa vie fera toucher du doigt l’originalité et la ténacité de son caractère.
- Né en 1804 à Meinried, dans les immenses marais dits du Seeland qui s’étendaient au sud du lac de Bienne, il résolut à l’âge de 33 ans de consacrer ses efforts à faire dessécher son pays natal. Fumeur passionné, il prit l’engagement devant ses amis de ne pas fumer avant que le Seeland fut desséché. Il tint sa parole. En conséquence il se priva de tabac jusqu’en 1877, époque où les immenses travaux nécessités par ce dessèchement (voir le Devoir du 15 septembre 1878) furent terminés. Il fuma un cigare le jour de l’inauguration afin de constater que sa parole était dégagée, mais il ne refuma plus depuis, les 44 ans d’abstention qu’il s’était imposés ayant détruit en lui cette passion de jeunesse.
- * *
- 'lïkxti notion. du pLylloxeirra. — Il y a 5 ans la Suisse fut vivement mise en émoi par l’apparition de quelques taches phylloxeriques dans ses vignobles. Heureusement l’autorité ne perdit pas une minute ; l’arrachage des vignobles atteint fut pratiqué ainsi que l’empoisonnement du sol par l’acide sulfurique anhydre.
- Aujourd’hui il appert d’un rapport officiel que nous avons sous les yeux que le triomphe est complet. Durant
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- les années 1878 et 79 on n’a reconnu aucun cep phyl-loxerré.
- Toutefois comme les dépenses nécessaires sont considérables, on élabore en ce moment une assurance mutuelle obligatoire de tous les vignerons qui permettra à l’Etat d’agir comme parle passé si de nouvelles taches venaient à paraître.
- Il aurait été si facile en France à l’origine du fléau d’agir de même. Peut-être serait-il encore temps.
- * *
- ANGLETERRE
- Les femmes académiciennes, — Le 20jan-vier l’Académie royale des arts a discuté l’éligibilité des femmes comme académiciennes. On veut élire Elisabeth Thompson, dont les tableaux militaires sont connus.
- Autrefois Angélica Kaufmann et Marie Moser ont été élues académiciennes. Nous ne voyons pas pour quelle raison le sexe d Elisabeth Thompson pourrait s’opposer à son élection.
- La France compte aussi des femmes artistes de premier ordre, telles que Nelly Jacquemart et Henriette Browne ; elle a perdu l’année dernière une sculptrice de la plus grande valeur, Marcello. Pourquoi n’a-t il jamais été question de les porter à l’Académie des Beaux-Arts? Peut-être parce que les autres académies de France ne sont pas plus larges et que l’Académie française, qui a ouvert ses portes à des littérateurs" comme MM. d’Aumale etd’Audiffret-Pasquier,les avait fermées à George Sand.
- L’explosion de Newcastle — Une centaine de mineurs viennent d’être tués dans une houillère de Newcastle under Lyne. Le lendemain à Dartford deux poudrières ont sauté en tuant quelques ouvriers. L’année commence mal pour l Angleterre, puisqu’avant ces explosions il y avait déjà eu trois grandes catastrophes sans compter les sinistres maritimes.
- * *
- L’orateux* le pli* s fécond de l’Angleterre est M. Gladstone.
- Dans l’espace de 7 années il a prononcé 34 grands discours contenant en tout 215,000 mots consignés au télégraphe. La transmission électrique de ces discours a coûté plus de 18,000 fr.
- Son grand antagoniste, lord Beaconfield. se prodigue moins. Il n’a prononcé pendant la même période que 90,000 mots, composant 24 discours; leur transmission a rapporté au télégraphe 11,700 fr. Un des discours, celui d avril 1872 à Manchester ne contenait pas moins de 10,700 mots.
- Les télégraphes français n’ont jamais eu à transmettre pareil débordement de littérature officielle, non pas qu’il n’y ait eu dans les Chambres françaises des orateurs loquaces — M. Clapier, à l’Assemblée nationale, s’est montré plus fécond que Gladstone et Beaconfield ensemble — mais le télégraphe n’a pas jugé nécessaire de transmettre intégralement leurs discours.
- ♦ *
- ITALIE
- .Jean La Cecilia, un des vétérans du parti républicain italien, vient de mourir à Naples, à l’âge de 79 ans. Ami de Mazzini, il fut à plusieurs reprises exilé et emprisonné pour conspiration contre les Bourbons de Naples, dont il a d’ailleurs écrit l’histoire.
- Il avait plusieurs fils, dont l’aîné était ce sympathique Napoléon, La Cecilia à qui le Devoir a consacré un article biographique (N° du 29 décembre 1878) à une époque où personne en France n’osait parler de lui.
- ALLEMAGNE
- Le Fédéralisme et l’Allemagno tel est le
- titre d’un volume que vient de publier Constantin Franz, le premier écrivain politique allemand, auteur de « l’Histoire naturelle de l’Etat », de « la Nouvelle Allemagne » et d’autres publications très remarquées.
- Constantin Franz est un adversaire ardent de l’absorption des petits états allemands par la Prusse : il déclare que cette absorption porterait le coup de grâce aux initiatives locales et au mouvement intellectuel germanique, et par conséquent à la cause du progrès en Allemagne.
- Il est moins bien inspiré quand il déclare la guerre au judaïsme. Si en ce moment les Juifs sont les principaux agents de centralisation de M. de Bismark, cela tient non pas à une affinité du judaïsme pour le gouvernement, mais au fait que les partis libéraux ont toujours nourri envers les Juifs des suspicions qui ont éloigné ceux-ci de la cause libérale.
- * •¥
- BELGIQUE
- Antagonisme social. — La Semaine industrielle, après avoir parlé de la grève du Borinage définit comme suit l'hostilité réciproque qui règne malheureusement dans cette contrée entre patrons et ouvriers :
- « Les hommes ne comptent plus comme individus, ils forment des séries, ils sont représentés par des numéros — numéros d’actions au-porteur ou numéros de lampe Mueseler — le but unique des deux parts, c’est l’argent, dividendes ou salaires. De là l’antagonisme aigu entre les deux facteurs du problème social. Aussi, la grève est terminée, mais l’apaisement n’est pas venu. Il faudra beaucoup de temps et de peines pour rapprocher les parties, pour établir entr’elles la confiance réciproque qui n’a jamais existé réellement, pour inspirer le respect des droits d’autrui et les sentiments d’équité qu’elles ont complètement perdus de vue. b Il n’est que trop vrai que l’on en est là dans le Borinage. Mais à qui la faute? N’incombe-t-elle pas aux capitalistes qui se refusent à accorder aux ouvriers aucune participation dans les bénéfices?
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- ROUMANIE
- Deux professæexrrss socialistes, les frères Nadeyde. publiaient un journal socialiste la BessaraUa. Ensuite d’une interpellation d’un député, M. Nicolas Jonesco, professeur d’histoire à Jassy. la Bessara'ia a été supprimée et les frères Nadeyde renvoyés du lycée où ils professaient.
- AFRIQUE
- Le câble seul*3-1**0.1*111, du Gap de Bonne Espérance construit par la Maintenance Company et immergé par les steamers Scossia et Kanguroo vient d’être ouvert à la correspondance privée. Ce câble passe par Malte, Suez, Aden et Zanzibar.
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- ÉTATS-UNIS
- Les femmes institutrices. — Nous lisons dans le Signal :
- Les écoles publiques, aux Etats-Unis, ont presque toutes des femmes pour directeurs; or, nulle part, ailleurs, l’instruction ne marche aussi bien. Il y a là un enseignement à recueillir, peut-être un exemple à suivre. Ouvrons à notre jeunesse féminine des écoles normales, semblables à celles des Etats Unis : un vaste champ de travail s’étendra devant elle; l’influence éducative de nos femmes, de nos filles, s’exercera plus largement, et l’avenir bénéficiera de cette innovation.
- Stupidité. — Les journaux de Saint-Louis rendent compte d’un terrible combat qui a eu lieu, lundi dernier,
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- en présence d’un certain nombre de parieurs, entre un \ Irlandais nommé Brennan et un limier de Sibérie.
- L’enjeu était de 200 dollars.
- C’est l’homme qui a été victorieux après trois quarts d’heure de lutte, victorieux, mais à demi-mort, la gorge, les épaules et les bras affreusement lacérés par les dents du chien. Celui ci avait les lèvres arrachées et de telles blessures qu’il est mort une heure plus tard.
- Jolies moeurs I
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- ¥ ¥
- rsonvelle conversion. — Le trait caractéristique des finances américaines est la rapidié avec laquelle la dette fédérale a diminué. La dette atteignait son maximum le 31 août R65 par livres sterling 869,181,300. A la fin du mois dernier, d’après le rapport de la trésorerie, elle se trouvait réduite à liv. st 403,208,900, c’est-à-dire qu’en quinze ans elle a subi une diminution de 1(53,972,600 liv. st., un tiers de la dette totale. Et ce n’est
- pas tout.
- En convertissant les obligations à 3 et 6 0/0 en titres à 4 1/2 et à 4, le service des intérêts a été grandement réduit. Au mois d’août 1863, ce service exigeait une somme de 30 millions de livres sterling et plus ; maintenant il ne demande plus que 17 millions. Or ce travail de conversion se poursuit activement. 53 millions de livres sterling représentés par des obligations à 6 0/0 à échéance du 30 juin 1880 et 101,600,000 à 3 0/0, môme échéance, seront rachetés le 1er mai 1881, ou convertis en obligations à 4 et peut-être même à 3 1/2 0 /0
- Quant la France aurait-elle le bon sens de suivre cet
- exemple ?
- ¥ ¥
- AU CIEL
- Entrée solennelle de I?ie IX au Para- s «lis. — Le paradis ! Un pays dont on a rarement des I nouvelles bien authentiques, allez vous dire. î
- Détrompez-vous ! voici une feuille cléricale, le Pèlerin, qui vous tiendra au courant de ce qui se passe là haut. Elle y a, paraît-il, des reporters. Aussi a-t-ede eu la primeur du compte-rendu de l’entrée solennelle du pape Pie IX au paradis. Voici le récit authentique qu’il tient, dit-il, de la source la plus haute :
- Qu’est devenu l’auguste Pie IX, l’auguste pontife à jamais regretté ?
- Poser la question est presque une impiété. Pie IX est au paradis, cela va sans dire, mais on ne sera peut-être pas fâché de savoir l’accueil qu’on lui a fait là-haut.
- Il paraît qu'il y est entré immédiatement' après sa mort, et qu’il y a été reçu avec des honneurs exception-
- J-LÇ/IO.
- La vierge Marie, qui lui doit la solonnelle définition de sa conception immaculée, lui fit, de sa main, hommage d’une couronne, en récompense de celle qu’il lui avait décernée pendant son passage sur la terre.
- Il est probable que sainte Anne, qui ne lui doit pas moins de reconnaissance, puisque c’est elle que le dogme de 1854 a purifiée du péché originel, lui a fait aussi quelque précieux cadeau. Mais nous manquons de renseignements à cet égard.
- En revanche, il est positif que saint Joseph s’avança à la rencontre de Pie IX et lui serra cordialement la main en le remerciant de l’avoir nommé protecteur et patron de l’Eglise.
- Un hymne de bienvenue fut alors chanté par les habitants du céleste séjour. Saint Pierre donne le ton, en soufflant dans sa clef, et tandis que le chœur éclate, saint François de Sales et saint Alphonse de Liguori, proclamés docteurs de l’Eglise par Pie IX, récitent alternativement, avec force commentaires élogieux, les hauts faits de son pontificat.
- Un chœur harmonieux, chanté par cinquante-deux saints et vingt-six bienheureux, qui doivent à Pie IX leur situation actuelle, a dignement terminé cette imposante cérémonie.
- LA POLICE DES MŒURS
- Nous extrayons les lignes suivantes d’une très remarquable préface que M Jules Favre, peu de jours avant sa mort, écrivit pour être placée en tête de la nouvelle édition d’une étude remarquable de M. Alfred Decourteix : La Liberté individuelle et le droit d'arrestation (1).
- ... Nous arrivons, dit M. Jules Favre, au lamentable sujet connu maintenant sous le nom de police des mœurs. Il en est peu d’aussi navrants et d’aussi difficiles. Le problème qu’il soulève se complique des intérêts les plus graves et les plus délicats. Son examen seul provoque le dégoût, et il semble qu’on doive s’en écarter par une sorte de raison préalable d’indignité opposable à quiconque a touché à cette fange.
- Le législateur et le publiciste sont au-dessus de pareilles répugnances. Leur devoir est de rechercher et de défendre le droit et la vérité même à travers les turpitudes sociales. Il n’est pas à leurs jœux d’être si dégradé qui ne conserve en lui le sceau de sa céleste origine et de sa fin dernière. L’humanité à laquelle il appartient le couvre de ses inaliénables immunités, et si sa personnalité, quelque souillée qu’elle soit, était injustement sacrifiée, ce serait la société qui deviendrait criminelle et détruirait ainsi elle-même les conditions de sa propre stabilité.
- Ces considérations sont naturellement inspirées par la situation anormale des malheureuses qui se livrent à la débauche publique et qui, par ce fait, sont jetées en dehors du droit commun et soumises à un régime qui semble une insulte aux lois de la pudeur et à celles de la liberté individuelle. Quand on l’étudie dans son ensemble comme dans ses détails il est permis de se demander s’il n’est pas un outrage à la civilisation, dont on prétend en faire une des expressions les plus raffinées, et si, sous prétexte de préservation de la santé générale, il n’inocule pas à une partie de la population les germes d’une infection morale cent fois plus funeste que les désordres organiques les plus pernicieux.
- Il est d’abord à remarquer que c’est aux femmes seules qu’il est applicable, et qu’il a pour conséquence de créer parmi elles une catégorie officielle d’esclaves attitrées, enrégimentées sous le drapeau du vice, vouées aux voluptés du sexe le plus fort dont la sécurité, dans d’immondes plaisirs, est soigneusement garantie par la vigilance de l’administration.
- J (1) Marchai et Billard, éditeurs, 27,. place Dauphine..
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- Ainsi enrôlées, ces tristes créatures cessent d’être comptées au nombre des êtres libres. La servitude qu’elles acceptent les oblige à de honteuses et périodiques investigations, elles subissent l'hôpital ou la prison sur l’injonction d’un chef de bureau irresponsable. Que leur servirait d’ailleurs de se plaindre? Nul ne les écoute, et le mépris qui les écrase étouffe h l’avance leur voix. Elles n’ont d’autre ressource qu’une soumission aveugle aux exigences de tous ceux qui disposent d’elles et qui, trop souvent, exploitent leur ,abaissement.
- Si on recherche la loi en vertu de laquelle l’administration exerce un pouvoir si exhorbitant, on en est réduit à citer celles du 24 août 1790 et des 19 e 22 juillet 1791, confiant aux maires la police des cafés, théâtres et autres lieux publics et autorisant les commissaires et officiers municipaux à pénétrer en tout temps et à toute heure dans les lieux notoirement destinés à la débauche. Ce sont là les seuls textes cités par les auteurs et par les arrêts. Qu’ils aient paru suffisants pour consacrer une pratique qui révolte la conscience et viole toutes les règles légales, il faut bien le reconnaître, mais il n’est, point défendu de s’en affliger et de regretter qu’il ne se soit pas rencontré jusqu’ici un esprit assez indépendant pour aborder de front cette difficile question, et pour en proposer une solution conforme aux véritables principes de la justice et du.droit commun.
- Je sais combien il est périlleux de toucher à ces impuretés sociales ; il l'est, à mon sens, plus encore de les traiter par l’arbitraire et l’iniquité. Je ne devine pas d’ailleurs pourquoi cette plaie serait la seule guérie par ce remède. Je n’en vois qu’une raison que j’ose à peine dire : c’est qu’il s’agit ici de sacrifier des femmes par une mise hors la loi à laquelle l’homme échappe et dont il profite. Si la prostitution est un délit, qu’on punisse les deux coupables ; si elle est un vice honteux, placé au-dessous et en dehors de l’action du législateur, qu’on n’asservisse pas à une réglementation arbitraire les malheureuses qui s’y dégradent.
- Il est vrai que le système actuel a la prétention de diminuer le nombre des sujets infectés par une horrible maladie qui corrompt la so’urce même des générations futures. Cette prétention est-elle justifiée ? Peut-on pénétrer le mystère immonde d’une pareille communication ? Et si cette investigation est impossible, pourquoi frapper exclusivement un sexe en assurant à l’autre l’impunité ?
- On dit qu’en se faisant inscrire, les femmes de débauche acceptent avec l’infamie le traitement exceptionnel qui en est la conséquence. Je réponds d’abord que l’administration fait inscrire d’office celles que
- signale leur immoralité notoire, en second lieu que nul n'a le droit de disposer à l’avance de sa liberté, de sa pudeur, sous des conditions quelconques. Il n’y a pas ici de place pour le consentement. La loi ne le reconnaît pas, il est vicié dans son essence.
- Faut-il donc, par un respect exagéré de la légalité, ouvrir libre carrière aux débordements des mœurs, s'incliner devant le scandale et protéger les triomphantes orgies de la luxure ? Non certes, nous ne conseillerons jamais aux pouvoirs publics un tel abandon de leurs devoirs les plus sacrés. La loi actuelle les arme suffisamment contre toutes les atteintes portées à la pudicité. Qu’ils les répriment sévèrement et ne permettent, sous aucun prétexte, les actes de nature à blesser de légitimes susceptibilités. Mais, en même temps, qu’ils se hâtent de demander au législateur la réglementation légale d’un régime qui ne doit pas consacrer, sons le bon plaisir de la police, les lettres de cachet de la prostitution.
- Jules FAYRE.
- L’IRLANDE.-
- Y
- « Il y a un peuple d’Heria et de Bœtica qui pourrait montrer des poèmes dont l’existence remonte à quelques milliers d’années. »
- Le peuple que Strabon, le géographe, désignait dans ces quelques mots, n’est pas autre que celui dont les Iberi sont la souche et qui, le 1er mai de l’an 2934, monté sur 30 vaisseaux, abordait à Ban-try-Bay dans le Munster. Ce peuple, c’est le peuple Irlandais qui, durant une période de plus de deux mille ans, c’est-à-dire depuis son origine connue jusqu’à la conquête par Henri II, a été régi par les lois et coutumes de ses colons primitifs.
- Ces poèmes dont parle Strabon, sont, avec de vieilles légendes et quelques documents épars dans les archives de certaines familles, ce qui compose l’histoire des premiers âges de l’Irlande, histoire dont la philosophie se trouve dans les monuments, nous voulons dire les ruines que l’on rencontre en parcourant ce pays. De ces documents, il résulte que cette contrée que l’Angleterre appelle dérisoirement sa sœur, était morcelée en petites principautés qui se divisaient en tribus ou clans, lesquels se subdivisaient eux-mêmes en groupes dans une sorte d’ordre hiérarchique.
- Toutes ces petites principautés étaient soumises à une dynastie suprême ; mais cette suprématie était plutôt nominale que réelle et les mains qui tenaient le sceptre étaient si faibles (à part quelques exceptions), que ce sceptre dans de telles mains semblait
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- être plutôt un jouet, un hochet, que l'emblème de la puissance et de la justice. Le droit de primogéni-ture était bien celui qui réglait les successions de ces rois, de ces princes, de ces chefs ; mais c’étaient en réalité la violence et la ruse, les armes et l’élection qui prononçaient en dernier ressort.
- Dans le sud du pays, la terre appartenait aux clans. Dans les autres parties, elle était la propriété d’une sorte d’aristocratie ; mais dans le sud comme dans le nord, dans l’est comme dans l’ouest, toutes ces furieuses batailles que se livraient les chiéftains et dont nous avons dit un mot au commencement de cette étude, amenaient une nouvelle distribution du sol qui passait d’une main dans une autre, pour revenir de celle-ci à celle-là, puis de cette dernière, à une quatrième, une cinquième (etc., etc.). Ce va et vien continuel des terres, ce changement de mains si fréquent n’était, dans de semblables conditions, guère propre à inspirer aux populations une idée exacte du Mien et du Tien. La conquête qui vint ensuite avec ses spoliations et ses confiscations, fut loin d’imprimer aux vaincus le respect de la propriété comme il est compris dans notre société française. Aussi, jamais les habitants de la verte Erin n’ont-ils reconnus chez les possesseurs des terres le droit absolu de propriété et, séparés de leurs conquérants par les croyances religieuses, par la loi civile et le droit politique, toujours leur revendication a-t-elle paru offrir le triple aspect religieux, politique et social.
- (A Suivre) C.-P. Maistre.
- LA QUESTION RELIGIEUSE
- M. Edouard Féraud, docteur en médecine, nous adresse un remarquable volume dont il est l’auteur, le Grand Lieu et les petits dieux ou la grande et les petites religions (1).
- Depuis longtemps nous n’avions pas eu le bonheur de lire un ouvrage contenant autant que celui-ci nos propres idées touchant Dieu, les rapports de l’homme avec lui et ceux des hommes entre eux.
- Nous pensons ne pouvoir mieux faire pour donner une idée de la valeur de cet excellent livre que de reproduire les lignes suivantes qui font partie de son introduction :
- , •. C’est le devoir de l’homme de conserver son indépendance morale... Si des motifs le retiennent aux croyances imposées à sa crédule enfance ou acceptées par son indifférence, l’esprit de recherche, le libre examen sont devenus pour lui un besoin de nature... Laissons l’esprit humain raisonner libre-
- SaililFacX™-Pril : i“r?’liteairleS 'te Scie“MS SocialeSl î8’rue
- I ment, la religion n’a rien à y perdre... Il convient d’être fixé sur la valeur de ses titres à notre adhésion.
- La religion est presque l’unique éducation du peuple : raison de plus pour qu’elle reste pure de tout alliage Ce qui en détache ce sont les grossières superstitions, le surnaturel que l’on veut imposer en son nom et qui révoltent les esprits droits. Si vous ne séparez pas le vrai du faux, le peuple qui ne va pas au fond des choses et qui ne peut faire la différence, rejettera le tout en masse et vous n’aurez plus de croyants d’aucune espèce.
- L’ancienne conception du passé est épuisée... Il n’y a plus d’accord entre l’homme social et le catholique.
- Jusqu'à ce jour on avait dit: croyez et soumettez-vous; présentement il convient de dire : examinez avant de croire. Aujourd’hui les hommes sont sans foi, le vieil esprit chrétien s’est retiré des sociétés' qui ne sont plus chrétiennes que de nom, et l’esprit nouveau ne les pénètre encore que de vagues pressentiments. L’indifférence est générale, les classes élevées sont hors de l’Eglise restée systématiquement étrangère aux progrès accomplis;... elle a rompu entièrement avec le siècle, elle s’est mise à l'écart de la pensée contemporaine... Le clergé a perdu l’intelligence du christianisme sans acquérir le sens des faits nouveaux et la vérité fait son chemin sans lui et malgré lui.
- De son côté, l’esprit humain ne cherche qu’une certitude et ne peut se résigner à ne rien croire. Mais si le doute est lourd à porter, la foi telle qu’on nous la fait est plus lourde encore. En sentant s'effondrer ses vieilles croyances, l’homme désire s’en former de nouvelles, de plus rationnelles et qui répondent plus complètement à toutes ses légitimes aspirations.
- • Une réforme religieuse est devenue nécessaire, on sent que le monde moral prépare un enfantement laborieux.
- La société moderne veut se constituer religieusement, marcher en avant et se soulève contre ceux qui s9obstinent à la ramener à un régime à jamais déchu.
- Un nouveau soleil s’est levé sur les intelligences. La science a tout envahi et illumine l’horizon de ses clartés. Partout l’idée nouvelle travaille à créer son milieu.
- Dans le monde social deux courants d’idées partagent inégalement les esprits : expression d’un état mental différent, l’un s’attache au passé, l’autre regarde l’avenir. Leurs conceptions générales, leur manière de comprendre, d’interpréter les faits dans l’ordre universel sont opposées non-seulement en
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- politique, en économie sociale, mais encore en morale, en religion, et l’on sait que l’antagonisme des idées,'entraîne l’antagonisme dans la conduite.
- Tel est le redoutable conflit qui éclate au sein des sociétés et jusqu’au fond des consciences.
- En vain, des hommes de bonne volonté ont cru possible un accord au tout au moins- une tolérance réciproque entre la raison et la foi révélée, tous ceux qui l’ont tenté ont échoué. On n’unit pas ce que l’idée sépare.
- Il suffit d’avoir signalé les faits, constaté les tendances pour juger de quel côté sont nos préférences. Nous sommes avec les enseignements de la science contre les affirmations erronées du passé, avec l’émancipation de la pensée contre l’asservissement des intelligences,avec la communion des âmes contre les formes étroites et exclusives des religions positives, enfin pour un culte raisonnables contre un culte renouvelé du paganisme et constituant un paganisme nouveau. Détruisons cette ivraie des superstitions qui étouffe le bon grain de la raison.
- A cet énoncé, nous entendons des clameurs s’élever. Gardez-vous de toucher aux croyances qui passent pour inébranlables dans l’esprit du peuple et qui servent de frein aux appétits grossiers, aux entraînements personnels; discuter les enseignements, les dogmes religieux, c’est affaiblir la foi, saper la religion par sa base. Et que mettrez vous à leur | place? Le doute, l’incrédulité, des doctrines per- I verses envahiront les âmes, et vous vous rendrez coupable de la diminution des vertus qui sont la sauvegarde des sociétés.
- Ce tableau exagéré n’est propre qu’à effrayer les esprits timides D’abord, considérer la religion seulement comme un frein serait l’estimer bien peu et admettre que la contrainte est préférable à la raison.
- Les bonnes causes n’ont rien à craindre des faux raisonnements. Sans doute, il ne faut pas traiter les religions de chose légère, ni heurter les sentiments intimes de la conscience Nous ne sommes pas de ceux qui, ingrats envers le passé, refusent aux idées religieuses toute participation salutaire au mouvement des sociétés. Nous pensons qu’il faut les placer haut dans la confiance et le respect des peuples, comme le plus sublime des sentiments, un des moyens de développement de la vie morale. La religion est une force vive dont il faut ne rien laisser perdre et qui a sa place dans toutes les manifestations spontanées de la conscience humaine. C’est la seule part de l’idéal laissée aux malheureux.
- Le Christianisme, en particulier, n’aura pas passé en vain dans le monde; il a longtemps soutenu l’humanité défaillante et l a consolée dans ses jours de I
- souffrance. Mais, après avoir fait l’ordre durant des siècles, il est devenu une cause de désordre dans le catholicisme romain.
- Il ne faut pas que la religion serve de champ clos aux évolutions des intérêts matériels, et, sous prétexte de répéter celle de nos pères, déclarer inviolables les erreurs, les excès, les vices qui s’y sont introduits.
- Ce que demandent les hommes de bonne foi, c’est le droit d’adorer Dieu selon leur conscience, et non pas selon la conscience des autres ; c’est une religion, non de fabrication humaine, mais sainte et d’inspiration divine, une religion rationnelle qui permette à l’homme d’entrer dans les temples avec toutes ses facultés, sans laisser sa raison à la porte comme le mahométan laisse ses sandales.
- Rassurez-vous donc, âmes croyantes, ainsi que vous nous respectons tout ce qui est respectable.
- La religion, dans ce quelle a d’essentiel, de véritablement divin, n’a rien à redouter de l’action des hommes. La vie de l’âme, la croyance en Dieu, la confiance en sa justice, voilà le ressort qui ne se brisera jamais.
- En répudiant les doctrines destinées à disparaître, nous croyons mieux servir les enseignements divins que ceux qui font de la religion un grossier aliment, jeté en pâture aux âmes vulgaires.
- La vérité est la loi du monde moral et le plus grand bien de l’esprit humain. Comme la raison, elle est indivisible et il la faut tout entière. La respecter, c’est respecter Dieu qui en est l’auteur ; la céler, c’est la trahir.
- La vérité d’ailiers remplace avec avantage les erreurs qu’elle détruit, les illusions qu’elle dissipe.
- Arrière donc les pensées asservies, les intelligences qui se courbent sous une idolâtrie. Les conducteurs des sociétés, les révélateurs qui se transmettent le flambeau de la civilisation, les rédemp- ' teurs des souffrances de l’humanité, sont ceux qui travaillent dans la liberté et dans la lumière.
- On offre 350 francs par mois à un comptable capable de diri-ger, en qualité de sous-chef, les ; écritures et les bureaux d’une ; grande comptabilité industrielle.
- On demande pour le même établissement nn ingénieur habile à diriger une fabrication , d’objets usuels en tonte, fer* et tôle, et capable de créer des modèles nouveaux pour cette même industrie. X.
- S’adresser à M. GrOOIlV, Ion-dateur dm Familistère, à Gruise . (Aisne).
- Le Directeur-Gérant : Godin.
- Saint-Quentin — lmp. de la Société anonyme du Glaneur
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- 3e ANNÉE, TOME 4 — N° 74 Ze numéro hebdomadaire 20 c. DIMANCHE 8 FÉVRIER 1880
- Le Devoir
- JOURNAL DES RÉFORMES SOCIALES
- BUREAU
- A GUISE (Aisne).
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant. Fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE
- par l’envoi, soit.au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France
- Un an. . . .
- Six mois . . .
- Trois mois. .
- 10 f. »»
- 6 »» 3
- Pays d’Europe
- Un an. . . . 11 f. »» Autres pays Un an . . . . 13 f. 60
- Rédacteur en chef : M. Ed. Champury
- ON S’ABONNE
- A PARIS
- 5,r.Neuve-des-Petits-Champg Passage des Deux-Pavillons)
- S’adresser à M. LEYMARIE, administrateur delà Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- Réveil de la question sociale. — Semaine politique. — Notes d’un liseur. — A propos d’une, formule. — Les cléricaux et la question sociale. — Petites nouvelles. — Le travail. — L’extinction du paupérisme. ~~ L’Irlande. — Bulletin bibliographique. —Bibliothèque du Familistère. — Variétés.
- RÉVEIL DE LÀ QUESTION SOCIALE
- Que l’on s’en félicite ou que l’on s’en effraie, il y a un fait incontestable : c’est que la question sociale si longtemps reléguée à l’arrière plan tend à revenir à la place d’honneur.
- Il y a quelques mois personne ne parlait d’elle dans les réunions, aucun journal ne lui consacrait une place quelconque, même modeste, aucun projet de loi s’y rattachant n’était proposé aux Chambres^ Si quelques éclaireurs prononçaient le mot de question sociale, vite on les taxait de rêveurs, d’hommes d’un autre temps, de maladroits qui venaient compromettre la troisième république comme ils avaient perdu la deuxième, etc., etc.
- Aujourd’hui tout cela est bien changé. Ainsi dans tous les rangs de la société la question sociale revient à l’ordre du jour. C’est un courant général qui s’établit et avec lequel il faudra compter.
- Des réunions, des conférences, des congrès agitent la question sociale. Ils l’agitent avec plus ou moins de savoir, avec plus ou moins de mesure, mais enfin ils l’agitent. Les journaux s’occupent d’elle, et non-seulement les journaux radicaux comme le Rappel, la Justice et le Réveil social, mais aussi des journaux conservateurs comme le Temps et la Liberté. L’inépuisable M. de Girardin reprend ses idées socialistes de 1849. Le richissime M. Pereire ouvre des concours relatifs à la question sociale. Une société s’est fondée dans le but spécial de propager le principe si équitable de la participation des ouvriers aux bénéfices. D’un autre côté un groupe de catholiques formé par M. Le Play élabore une sorte de socialisme dévot tandis que plus à droite encore, les ultramontains cherchent à exploiter la situation pour se donner quelque popularité et n’épargnent dans ce but ni les démarches ni les promesses, ni les sacrifices d’argent. Enfin le Parlement lui-même est saisi de projets de lois qui se rattachent à la question sociale, celle de M. Richard Waddington sur la limitation par l’état de la durée de la journée de travail, et celle de M. Martin-Nadaud pour la création d’une caisse nationale de retraite pour les travailleurs.
- Ce réveil n’a pas lieu de nous étonner. Il était tout naturel qu’il se produisît. Nous l’attendions. Ce qui nous aurait étonnés, ç’aurait été qu’il tardât plus longtemps. Il ne pouvait pas ne pas venir. Les questions non résolues
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- peuvent être reléguées clans l’ombre, elles peuvent être oubliées pendant un certain temps, parfois même pendant un temps assez long. Cela ne veut pas dire qu’elles soient mortes : elles sommeillent seulement. Il y a toujours une heure, un moment psychologique où elles reparaissent au jour.
- Ce qui se passe en est la preuve. Ce réveil vient à son heure. Il est la conséquence logique des événements. Depuis plusieurs années la politique militante absorbait tout. La France affaiblie par l’invasion et la guerre civile né reprenait que lentement ses forces. Il fallait courir au plus pressé. C’est ce qui se fit. On s’occupa d’abord de panser les plaies et, en vérité, à ce moment là il aurait été difficile d’avoir la tête a autre chose. La lutte à main armée n’était pas encore terminée qüë la lutte parlementaire commença. Les principes les plus chers au pays furent menacés, les libertés auxquelles il tient le plus fortement furent compromises. A plusieurs rèprisës ôn essaya de lui imposer lé joug de la réaction. Pendant tout ce temps-là tous les efforts durent tendre à la défense de la liberté et à l’établissement de la république ; pendant tout ce temps là, rappelôns-le,la classe ouvrière fît abnégation de ses propres intérêts, elle subordonna ses propres souffrances à la souffrance générale, elle fit le sacriÿce a la cause de la république de ses légitimes revendications.
- Grâce à cette noble et belle conduite qui honore la classe ouvrière et dont les républicains des classes dirigeantes doivent lui tenir compte, les circonstances ont changé. La situation s’est transformée du tout au tout. La réaction est en pleine déconfiture. Les vieux partis se désagrègent et s’émiettent. Leurs fidèles, écrasés sous le poids de leur totale impuissance, n’osent même plus murmurer le nom de leurs prétendants. C’est la débandade, la ruine, l'aplatissement du monarchisme et sur ses décombres la république s’installe. Elle est faite ; elle vît ; elle vivra.
- Voilà ce que comprend parfaitement la classe ouvripre. Elle sent bien qu’il n’y a plus de raison dè politique générale qui l’invite à se taire. Elle a le sentiment d’avoir mérité par sa patience et sa discipline d’être écoutée avec défé-
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- rence et attention. Elle se dit enfin qu’eï). jouerait un rôle de dupe à n’attendre du régiijj
- républicain aucune amélioration de son *or elle qui depuis un siècle a tant souffert, a tau combattu pour ce régime, et qui a maintes inversé sôïî sang pour lui. ?
- C’est pourquoi la classe ouvrière fait dé îlot veau entendre sa voix ; c’est pourquoi elle g
- remue ; c’est pourquoi en un mot nous assis
- tons aujourd’hui au réveil de la question ciale.
- y':-
- Mi Louis Blanc disait excellemment il quelques jours :
- « De toutes les erreurs imagînablêg, îâ. plus dai gereuse serait celle qui consisterait â ôroife que
- république est le but, quand elle n’est, dans' la pour suite du bonheur commun, qu’un moyen. Les iiistitt tions politiques ont une valeur, mais il est natur. que le peuple ne la mesure qu’à leurs conséquent sociales. Le jour où. il sera amené à dire ; « Qu’; vous nous gagné à Pavènement de la République Sommes nous plus près du bonheur et de la justi: sous le régime républicain que nous ne fêtions soi le régime monarchique ? « Ce jour-là, la Répubiiqi sera en péril. »
- Heureusement ces éventualités ne se prése: teront pas.
- Le réveil social commence seulement. Il e vraisemblable qu’il ira en augmentant et prêt dra un© grande extension. Sous la pressio morale qui en résultera nos députés auront ! main forcée et devront mettre â l’étude lt grands problèmes trop négligés par eux.
- Les revendications de la classe ouvrîèfé i peuvent pas rester éternellement â l’état plat nique ; il faut qu’elles se traduisent dans îi faits par des institutions. La question soda! ne se résoudra pas sans le secours de la lo-Même eri admettant que dans la transformai sociale l’initiative personnelle doive avoir : premier rôle, encore faut-il que fa loi sreii met
- C’est une nécessité très heureuse, car, il fat
- bien le reconnaître, si la cfasse ouvrière a
- sentiment trés-vif de la privation de droits dot elle souffre, elle n’a que des idées très-vâguf et parfois trés-chimériques sur les mesures réclamer pour l’amélioration de son sort, b ouvriers sont- loin d’être d’accord entre etix st les points les plus fondamentaux, à plus fof raison sur les détails. Ils savent très-bien t qu’ils ne veulent pas, mais ils Sont très-divist sur ce qu’ils veulent.
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- Et cela se comprend. Pour pouvoir être fixés, il faudrait qu'ils eussent serré de très-près la question. Malheureusement le temps leur manque pour* cela. Ils n’ont que peu d’heures) à consacrer à la méditation.
- Les travaux dri pouvoir législatif s’occupant de ces grandes questions üe pourront que les éclairer d’un jour plus vif.
- Ce qu’il faut pour l’avancement des questions sociales c’est la longue et calme élaboration de la scieUce. Il n’ÿ a pas de procédés expéditifs • en semblable matière. Rien n’y doit être demandé à la passion ou au parti-pris,
- Malheureusement les hommes ne sont pas parfaits et chaque groupe, chaque classe, se laisse plus où moins aller à ne considérer qüe ses intérêts immédiats sans së rendre compte que le véritable intérêt de chaque groupe ne peut se trouver que dans l’intérêt général bien entendu» De cette myopie en fait de matière sociale résultent clés tendances fâcheuses, et plus d’unè de ces tendances se manifeste dans le réveil auquel nous assistons, et pourrait, si elle venait à se développer, le faire dérailler en partie.
- Ainsi nous voyons, aussi bieît dans le Camp des capitalistes que dans celui des travailleurs, quelques esprits consacrer toutes leurs forcés à poser le capital et le travail en antagonistes irréconciliables, en ennemis acharnés. On cherche à creuser un abîme infranchissable entre ces deux facteurs de toute richesse nouvelle.
- Cette disposition est grosse dé dangers. Elle nuit surtout à la cause de la classe laborieuse, car elle peut écarter d’elle des hommes dont l’instruction, l’expérience du monde, le talent de plume ou de parole pourraient lui être du plus important secours.
- Nous avons déjà signalé cette tendance lors-' qu’il fut question pour la première fois de constituer le quatrième état. Depuis lors elle a fait quelque peu de chemin à la grande joie des reactionnaires. Un fait en donne une preuve convaincante. Voici ce fait. Au nombre des résolutions votées par le Congrès de Marseille, ni en est une que le Congrès de Lyon s’était refusée à voter; plus tard le personnage qui avait présenté cette proposition à l’assemblée
- lyonnaise fut convaincu d’affiliation à lâ police. Ainsi, sans y prendre garde et de la meilleure foi du monde, quelques orateurs ouvriers marchent aujourd’hui dans une voie ou la préfecture de police désirait depuis longtemps lâ voir marcher. On leur avait tendu une ratière; ils s’en sont méfiés d’abord, puis ils ont oublié le piège, et, pleins de confiance, ils sont entrés et iis ont mordu au lard.
- Voilà où l’on en anive quand on perd de vue la solidarité de tous les intérêts, qüand on oublie que le progrès au lieu de creuser des séparations nouvelles doit tendre à supprimer celles qui existent.
- Comme l’observe M. Louis Blanc, « le jour où le prolétariat ne s’en remettrait qu’à lui-même du soin de son émancipation, il perdrait le bénéfice de la force et des lumières que mettraient à son service des hommes placés en dehors de lui, quoique profondément dévoués à sa cause. » On était plus habile que cela au siècle dernier. Les hommes de la Révolution se seraient bien gardés de faire fi du concours de Mirabeau et de Siéyès, sous prétexte que l’un était marquis de l’autre abbé.
- Mais le concours d’hommes de talents rte serait pas le seul que perdrait la classe ouvrière. Elle perdrait encore le concours du capital, concours qui est indispensable pour sortir de l’organisation actuelle. N’a-t-on pas vu avec quelle joie expansive la presse conservatrice a frappé des mains aux charges à fond de train faites à Marseille contre le capital. L’avènement des nouvelles couches sociales n’est possible que par une meilleure entente des classes entre elles, Or cette entente deviendrait bien difficile, si l’on continuait à prêcher la croisade contre le capital. Oui, l’avènement des nouvelles couches sociales se réalisera; oui, la question sociale aura sa nuit du 4 Août; oüi, le jour viendra où les détenteurs de privilèges renonceront d’eüx-mêmes à en jouir, où le Capital au lieu de garder pour lui la totalité du bénéfice produit par l’action collective du capital et du travail, partagera ce bénéfice avec le travail, propor-tionnellement à l’importance des concours; oui l’heure de cette transformation magnifique sonnera. Mais pour que cette heure ne soit pas trop éloignée de nous, pour qu’elle ne s’ajourne
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- pas indéfiniment, il faut que de part et d’autre on renonce à ce qui divise pour ne songer qu’à ce qui réunit, il faut que dans un camp comme dans l’autre on se souvienne que tous les hommes sont frères, il faut enfin, il faut surtout, que le capital et le travail, ces deux éléments constitutifs de toute richesse, de tout progrès, de toute prospérité, au lieu de se dénoncer du doigt ou de se montrer le poing, se tendent cordialement la main et vivent désormais associés, au grand soulagement et au grand bénéfice de chacun. Ed. Champurt.
- A l’appui de ce que nous avons dit plus haut, que le réveil social s’accentue et devient général, nous pouvons enregistrer des faits tout récents :
- L’autre jour, un orateur qu’on ne taxera pas de radicalisme, M. de Marcère s’est écrié en plein Palais-Bourbon, dans une réunion du centre gauche dont il est membre, que la République doit favoriser « l’accomplissement des réformes sociales compatibles avec les intérêts généraux de l’Etat. »
- Ce courant d’opinion est si général qu’il donne lieu aux conversions les plus inattendues. C’est ainsi que Jules Favre, qui s’était constamment déclaré l’adversaire des revendications sociales en vint à penser tout différemment. Voici, en effet, ce que nous lisons dans une publication posthume, une analyse de l’ouvrage Francesco Vigano, la Fraternité humaine :
- « Nous terminerons par un vœu adressé à tous les esprits d’élite et aux pouvoirs publics.
- « Nous leur demandons de se vouer à l’examen et à la solution des graves questions examinées dans ce livre. Sans doute, l’initiative des intéressés est le plus puissant des leviers, il en faut respecter l’indépendance. On n’aura plus à craindre sur ce terrain les exigences des ouvriers. Longtemps, il est vrai, ils ont sollicité l’intervention de l'Etat. Aujourd’hui, corrigés de cette erreur, ils sont résolus à tout tirer d’eux-mèmes Mais qui ne reconnaîtra que la législation sur les associations présente encore de graves obstacles au mouvement de corporation et de fédération auquel les ouvriers attachent leurs plus chères' espérances ? Que le gouvernement y songe : U est temps de mettre fin à cette anarchie. De grandes choses sont à faire, de nobles progrès doivent être accomplis. La nation le comprend et le veut. Elle ne demande à ceux qui ont l'honneur de diriger ses destinées que de lui montrer la route, et d'en faire disparaître les vieilles entraves d’un régime é ono mique et administratif qui n’a plus de raison d'être. »
- Ainsi ce réveil des idées sociales ne se produit pas seulement dans un groupe de la société, mais dans tous
- LA SEMAINE POLITIQUE
- .Les» défeetsou vi. — Le centre gauche sénalorj vient de donner un triste spectacle. Ou sait que jeu dernier, la Chambre haute était apdelée à désigner i successeur de M. de Montalivet. Les gauches avaient gi unanimes à désigner le docteur Broca, une de nos ifi^ trations scientifiques, et le succès de cette candidat ne paraissait point douteux. Maison comptait sans Ml! Jules Simo'n, Dufaùre, qui, de complicité avec la droit ont suscité la candidature de M. Bétolaud, avocat ho* tile à l’article 7 et républicain pour la forme. M. Simon a embauché dans son entreprise un certai nombre de sénateurs du centre gauche, de telle sorte qtt l’élection n’a pas donné de résultat. M. Broca n’a ot tenu que 126 voix, soit trois voix de moins que la nu jorité absolue. Une voix a été donnée au général Bout baki. M. Vacherot, dont la candidature avait été abat donnée, a réuni cependant 11 suffrages et M. Bétolauj le candidat adopté par la coalition a obtenu 118 voix if jointe aux 11 de M. Vacherot, auraient constitué la mî jorité.
- La même manœuvre a été pratiquée dans la commi; sion des finances où l’influence dissolvante deM. Jult Simon a fail échec 4 M. Calmon. C’est M. Léon Say qc a été nommé président par 9 voix contre 8.
- L’opinion publique s’est vivement émue de ces défeo tions scandaleuses provoqués par des sénateurs mis l’abri-de toute sanction par le privilège .de l’inamovibi lité, et le mouvement de réprobation est si vif conta ces iutrigues qu’il n’est pas impossible qu’un certaii nombre de défaillants ne viennent à résipiscence ai second tour de scrutin qui a lieu au moment où noui écri vons. Grâce à ces repentirs et au retour de quelque; absents, le succès de M. Broca est probable et, en effet au moment d’envoyer notre revue à l’imprimerie un! dépêche nous annonce que le candidat des gauches es; élu par 140 voix contre 132.
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- Le tarif général de* douanes. — La dis
- cussion, à la Chambre, du tarif général des douanes a ét dignëment inaugurée samedi par un remarquable ex posé de la situation économique de la France, présent; par M. le ministre de l’agriculture et du commerce.
- C’est comme on le-sait, pour la première fois que li tarif général, établi en 1791, et successivement modifit dans ses détails, à tel point qu’il n’en reste plus rien est soumis à une révision d’ensemble. La Restauratio; avait rétabli les tarifs, et appliqué le régime protecteui et, pour certains articles, le régime prohibitif. Le gouvernement de j uillet, sous la pression des grands ‘manufacturiers, dut renoncer à abaisser les tarifs. L’empirt les réduisit par un coup d’autorité, en concluant avec l’Angleterre un traité de commerce qui servit de bass aux conventions faites avec les autres nations.
- Mais, si les procédés du gouvernement impérial étaieff mauvais, s’il avait opéré d’autorité et avec mauvaise foi la mesure en elle-même était bonne. L’abaissement de; tarifs a été pour beaucoup dans le grand développemeu de notre commerce extérieur et dans l’accroissement di richesse qui a permis à la France de réparer les désaî très de la guerre.
- Le système adopté par la commission des tarifs aurai pour effet de substituer a des droits de douane modéré qui ne repoussent pas du marché français les produit étrangers, et qui cependant assurent un avantage à 1; production française, un tarif protecteur, qui élèverai' le prix des marchandises, aux dépens des consomma' teurs, et sans avantage réel pour le fabricant. La coffl mission nous ferait reculer, en matière de douane, ait delà de 1860.
- M. Tirard, laissant de côté les théories et ne se préocv cupant que des faits, a réduit à leur juste valeur les doléances de certaines industries, et il a indiqué l’erreui qu’a commis la commission du tarif en acceptai*
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- a fondées et en prenant pour base du tarif générai
- ^réclamations intéressées.
- d ai véline au nom des cotonniers des Voges, M. de TC crié au au’nom de l’agriculture, ont protesté très-vi-’outre les allégations du ministre. La théorie de î'eï?hprté commerciale a été défendue par M. Guyot, du uhÀnP et le système de la commission a été préconisé ^ r V ^ourigues. Cette discussion dans laquelle tant ^Intérêts particuliers sont en jeu se prolongera vrai-îpmblablement pendant un grand nombre de séances. Al Tirardterminait son discours par ces paroles: «On rTpnt avoir confiance dans ce pays. Il ne redoute per-ïmme sur le terrain de l’industrie, et il ne comprendrait nas au'on le ramenât en arrière. » Nous espérons bien que la Chambre ne le comprendra pas davantage.
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- r e droit de r<énisiori — La Chambre a terminé la discussion de la loi sur le droit de réunion, en Première lecture, au moment même où notre dernière revue hebdomadaire était sous presse. Certes cette loi réalise des améliorations, mais elles sont tout à fait insuffisantes. Elle a supprimé l’autorisation préalable, mais elle a, par son article 10 donné aux préfets le droit d’interdire’ en cas de troubles, de périls imminents, une réunion publique.
- En un mot, on a retiré d’une main tout ce qu’on avait donné de l’autre. Le droit de réunion reste soumis au caprice et à l’arbitraire de l’administration, qui fera de l’article 10 l’usage qui lui conviendra. Et sait-on dans quelles mains le gouvernement peut tomber? C’est ce qu’a dit avec beaucoup de sagacité M. Naquet ; mais il. Lepère n’a pas voulu en démordre, et finalement le cabinet l’a emporté sur la commission, qui voulait bimplement que la loi déterminât les cas où les pouvoirs du préfet pourraient s'exercer.
- M. Lepère a également fait feu et flamme pour introduire dans la loi un article interdisant « les Clubs », rédaction détestable et%qui ouvre la porte à toutes les fantaisies de l’arbitraire*, car il est impossible de définir juridiquement « le Club » dont M. Lepère a si grand horreur. Cet article a cependant été voté par 237 voix. Seulement qu’on étudié ce scrutin on déplore encore davantage le succès inattendu de M. le ministre de l’intérieur ; car plus de trente membres du centre droit et une dizaine de membres de la droite ont donné leur voix àM. Lepère, y compris M. de Fourtou. Voilà une* majorité ministérielle dont il convient de ne pas se montrer trop fier.
- conseil supérieur de l’iuHtruction p t>li<j-ue. — Grâce aux efforts de M. Ferry qui s’est montré orateur-politique de premier ordre et véritablement homme de gouvernement, la loi sur le Conseil supérieur de l’instruction publique a été votée par le Sénat, sans recevoir de modifications sérieuses. Le point capital, la laïcité du Conseil, a été respecté, le maintien cousefl supérieur des ministres des divers cultes a été repousse aune majorité de dix-huit voix, par 147 suflrages contre 129.
- 1 majoi:ilé de cin(I voix a écarté les conseil-
- leis a Etat. Le maintien de deux membres de la cour de
- i ™ai?S 1®„C0ÛSeil supérieur a été repoussé par
- 144 voix contre 12v.
- «u’/niripiid aLl™ünt£aire’ sera ^Présenté au conseil
- i’amendpmpPntrA ? s!"lïrâ£es contre 110, cette partie de 1 ^r^p^cement DelseJ a été acceptée
- conseil a?^dU pr<ïei ^ de ne faire entrer daQS ]e prend t mu p iy ?? men?br®s du corps enseignant. On com-Sne auan, lqUe v SéD?tait fait exception au prin-dePla lffi a été îdopffi 6 riûstitut- l’ensemble
- pOmé^au^vnipn11 dU 70te Par leqnel le Sénat a sup-qui a été anrïïl supérieur de 1 instruction publique,ce prise Mrbïîlf ^ fles évôrlues, » est bien cora-apercoivent dan^P , J0U™aux réactionnaires. Ils
- prendra le Sénat ?AV° indlce de la décision que v a le Sénat, lorsqu il aura a se prononcer sur l’ar-
- ticle 7 de la seconde des lois Ferry. Nous souhaitons vivement que cet indice ne soit pas trompeur et, par le fait, en dépit des intrigues de M. Jules Simon, Imite chance de faire adopter l’article 7 n’est pas encore perdue.
- Gomme l’urgence n’a pas été pronoucée sur le premier des projets Ferry, il devra être soumis à une seconde discussion. Mais le résultat de cette seconde épreuve n’est pas douteux.
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- TL<‘ budget «le 1 @8 1. — Le ministre des finances a déposé samedi sur lé bureau de la Chambre, le projet de budget de 1881.
- Nous en résumons, en quelques lignes, l'économie générale.
- L’ensemble des recettes est évaluée à 2,777,193,903 fr.
- L’ensemble des dépenses s’élève à 2,773,391,494 fr.
- Il en résulte qu’il y a un excédant libie de 3,801,429 fr.
- Les recettes dépassent celles de i880 de 23,667,45 fr.; les dépenses dépassent celles de 1880 de 24,083,318 fr.
- Le signe particulier de ce budget sera un dégrèvement de près de 20 millions sur l’impôt des boissons,et un dégrèvement de 3 ou 4 millions sur l’impôt du papier.
- Le dégrèvement de l’impôt sur les sucres sera ajourné à l’exercice de 1882.
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- ILeü» Prud’hommes. — Le Sénat a consacré sa séance de mardi à la discussion d'une proposition de loi que la Chambre des députés a récemment adoptée. Il s’agit simplement, dans ce projet, d’enlever au gouvernement les nominations du président et du secrétaire des conseils de Prud’hommes, afin de la remettre aux membres eux mêmes.
- M. Vetillard et M. Brunet sénateurs de droite ont dénoncé, cette réforme comme périlleuse pour l’ordre social. L’honorable M.Tolain n’a pas eu de peine à réfuter, avec la netteté et la sincérité qui le distinguent, l’argumentation fausse et vieillie de son antagoniste. Il a noblement défendit les bureaux de conciliation, qui parviennent à arranger 95 pour cent des affaires qu’on leur soumet, de sorte que 5 pour cent seulement des différends soulevés entre patrons et ouvriers arrivent en jugement. Bref la proposition de loi a été votée par 153 voix contre. 92 C’est un excellent résultat.
- tribun:tïix de commerce,— La Cham"
- bre des députés sera appelée prochainement à délibérer une seconde fois sur le projet de loi relatif à l’élection des tribunaux de commerce. On se rappelle qu’une proposition due à l’inftiative parlementaire avait pour objet de substituer au suffrage restreint établi par la loi du 21 décembre 1871 le suffrage universel de tous les patentés. Une première discussion eut lieu au mois de juin dernier, à la suite de laquelle le gouvernement crut devoir renvoyer la question à l’examen du conseil d’Etat. Le conseil d’Etat s’étant montré favorable au système du suffrage universel, le gouvernement a présenté un projet de loi qui ne diffère que sur quelques détails de celui de la commission. Tous deux sont d’-accord pour faire élire les juges consulaires par tous les commerçants ayant cinq ans de domicile dans le ressort du tribunal.
- La réforme proposée a une grande importance au point de vue de l’administration de la justice et des intérêts commerciaux. Il était à souhaiter en effet que le corps électoral consulaire s’élargit et que les chambres de commerce fussent constituées de manière à représenter, dans des proportions plus exactes, les intérêts qui leur sont confiés.
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- Nécrologie. — Le parti de l’empire vient de perdre un de ses chefs : M. Granier de Cassagnac (Adolphe), est mort samedi presque subitement dans le Gers. Bien que le bourg pourri de Mirandes l'eût renvoyé au parlement en 1876. il avait à peu près renoncé depuis 1870 * à la politique militante, et sou activité législative ne se
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- manifesta que par un assez médiocre discours en faveur de l'enseignement clérical. La République perd donc en lui un adversaire peu redoutable et dont la mort devrait passer inaperçue si cette figure ne représentait assez bien dans sa laideur originale le type du parfait condot-tière politique, car il avait servi tous les partis, depuis la démagogie j usqu’au césarisme autoritaire en passant par l’oî'léanisme.
- On a également appris la mort de M. Bersot, directeur de l’Ecole Normale supérieure, l’un des écrivains les plus distingués de notre temps et l’un de ces libéraux sincères dont les convictions n'ont jamais varié. M. Bersot, né en 1816 était membre de l’Institut et a beaucoup écrit dans le Journal des Débats. Son dernier acte a été l’euvoi au directeur de ce journal d'une lettre recommandant au centre gauche sénatorial de voter pour M. Broca.
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- Difflenltés politiqnesen Italie.— La session du parlement italien, qui avait été prorogée à la suite de l'échec subi au Sénat par le cabinet Cairoli-Deprotis, sur la question de Timpôt de la mouture, doit être close par décret. On ne sait pas encore quelle décision sera prise par le roi pour tirer le cabinet d’embarras. La presse italienne est extrêmement divisée sur la question de la fournée de quarante sénateurs à nommer. On dit même que le roi repousse absolument cet expédient' Divers personnages politiques conseillent une dissolution de la Chambre, qui mettrait les électeurs en position de se prononcer sur le conflit existant entre le Sénat d?une part, le ministère et la Chambre de l’autre. Si la majorité actuelle était réélue, on prendrait comme un verdict, et c’est alors seulement que la majorité sénatoriale serait modifiée par la création d’un grand nombre de sénateurs.
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- Kîn. Allemagrae. — En Allemagne, la grande question du jour est l’augmentation de l’armée. D’après diverses correspondances de Berlin, on est convaincu que la proposition de réduire de trois ans à deux le temps de présence sous les drapeaux ne sera pas acceptée par le gouvernement. On ajoute que les cadres exigent, sur le pied de guerre, 40,000 officiers; qu’il en existe 30,000 seulement, et que le nombre actuel sera augmenté. Gela et l’amélioration projetée de la nourriture du soldat amènerait, dit-on, dans le budget militaire un accroissement de dépenses supérieur à ce qu’on prévoyait.
- La discussion du projet au Reichstag permettra sous peu de vérifier ou de rectifier ces nouvelles répandues à Berlin.
- M. de Bismark est venu à Berlin et les journaux allemands sont remplis de conjectures sur une entrevue que le chancelier a eue avec l’empereur d’Allemagne et le prince héritier, et sur un voyage que celui-ci vient d’entreprendre en Italie. On fait remarquer que depuis juin dernier le chancelier c’avait pas vu l’empereur, et l’on suppose qu'il s’es^xomplètement entendu avec lui sur toutes les questions de politique intérieure et étrangère.
- A Berlin, il avait été dit que le voyage du prince héritier en Italie avait pour but une entente avec le roi Humbert; quelques-uns ajoutaient qu’à Rome le prince verrait le pape et qu’il discuterait avec lui les conditions de la paix religieuse en Allemagne : ce bruit a d’abord été spécialement démenti. Mais la Gazette de VAllemagne du Nord a généralisé le démenti. Elle affirme que le prince héritier va en Italie uniquement pour voir la princesse sa femme et ses enfants, qui sont en villégiature dans le pays où l’oranger fleurit. Nous serions surpris que le voyage du prince Fritz eût ce caractère exclusivement patriarcal.
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- L’agitation militaire en Autriche. —
- L’exemple donné par l’Allemagne en matière d’armements deviendrait-il contagieux ? L’Autriche-Hongrie, l’alliée de l’Allemagne, se disposerait, dit-on, à entrer dans la même voie. Malgré l’état peu prospère de ses
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- finances, des velléités d’augmentation du budget guerre commencent à se manifester dans le monde iuj litaire de Vienne, et il est question notamment de fortifier la capitale de l’Autriche-Hongrie, Ce bruit était fisamment accrédité pour que le Pester Lloyd s’en ému. L’organe du gouvernement hongrois s’est élew contre toute aggravation des changes militaires actuel]^
- « C’est, a-t-il dit, une absurdité de prétendre que noi[, avons besoin de suivre l’exemple de l’Allemagne, paJ qu’elle est notre alliée Le gouvernement fera sagemef de ne pas s’engager dans cette voie, s’il veut éviter conflit avec les chambres. Il faut qu’on le sache, nous^i saurions admettre qn’on augmentât d’un centime dépenses actuelles. » L’opposition si nette delà Hongrji paraît avoir produit quelque effet à Vienne, car le dard, et le Daily News publient des dépêches qui démej. tent la nouvelle. D’après eux, c’était un ballon d’essai1
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- Xms situation en Ra^sio» Le Daily Telegraü a reçu de son correspondant de Vienne, un télégramnii] d’après lequel, les rapports les plus dignes de foi reçn ces derniers jours représentent la situation intérieuree: Russie comme devenant de plus en plus critique. j
- Un de ces rapports affirme que le retour de i’impéïi trice à Saint-Pétersbourg, malgré l’état préeaiçe dfl& santé, a été causé par l’inquiétude qu’elle ressentait at sujet de la position de la famille impériale.
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- lutte politique en À.xi£rletei*r©. — Cly. que année, le mois de février, époque fixée pour l’ouvei ture du Parlement britannique, voit commencer une pplj mique fort vive qui se soutient dans les journaux comnf dans les réunions publiques convoquées sur tous h points du Royaume-Uni. L’éloquence dû ineeting, qf joue un rôle prépondérant dans la politique anglaise, es, en pleine floraison, et les colonnes des grands joprnavii sont remplies de bien longs discours. À Manchesfpi lord Derby, converti au libéralisme mitigé, et M. Brighl le chef vénéré des radicaux, ont rivalisé de fougue pou attaquer le gouvernement. De son côté, le ministré de L marine, M. Smith, a vertement critiqué, devant s«: électeur^ de Westminster, l’alliance des libéraux anglai. avec les nationalistes irlandais.
- La lutte est engagée; elle ne pourra manquer 4 porter des fruits, car la session que la Reine ouvre elle même au moment où nous écrivons, sera probablemen' la dernière du Parlement actuel, et c’est le paya qu prononcera.
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- ILa înî@tèi*e en îrlancle. -r- La misèfe est tou jours grande en Irlande. Le comité de secours, présid! par la duchesse de Malborough, femme du vice-roi. n' recueilli jusqu’à présent que 21.381 livres sterling! île; est réduit à faire un appel public à la bienfaisance de! nations étrangères. Depuis l’épouvantable disette d; 18(7, on n’avâit pâs été dans la pénible nécessité d'adresser un semblable appel à la charité européenne. Le: secours accordés par le gouvernement sont absolûmes! insuffisants pour combattre les progrès Croissants d’u:1 mal qui menace de prendre les proportions d’une iù] mense calamité. De plus, l’agitation de M. Parneil au’ Etats-Unis ne paraît pas avoir donné les résultats pécU| niaires qu’on en espérait : les Irlandais manifestent sauf doute beaucoup d’enthousiasme, mais ils sont pour lï plupart pauvres, et les Américains se montrent sensibles aux objurgations de l’agitateur irlandais. L* Neio-York-Herald, le principal journal des Etats-Unis! qui est d’ordinaire assez sympathique au catholicisme? observe une grande retenue. Autant qu’il semble, l’apé ' talion politique de M. Parneil a fait fort aux souscrif tions de la bienfaisance publique.
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- IL’IstHm.© <1© Panama. — La Gazette de l'dM' magne du Nord signale l’opposition que rencontre !< projet de M. de Lesseps de la part des Etats-Unis, ^ l’on craint le développement que le percement di
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- LE DEYOÎR
- à l’influence
- l’iqthme de Panama pourrait donner de 1 T-p D’un autre côté, la Correspondance américaine, îraI\!w York réduit cette opposition aux proportions «imnle question de compétition présidentielle, adversaires politiques du général Grant patronnent ^ liob ___* j,, TvrîAarao'iifl nrm -na.r rirtna.m,.fl np. a
- i nroiet du canal du Nicaragua, non par défiance de la trS.ce mais uniquement parce que le général paraît nour présider cette entreprise, ce qui écarterait sa cSidature à la présidence des Etats-Unis.
- Flections en Bulgarie. — Les élections générales de la Chambre des députés de la Bulgarie ont eu Hpii dimanche dernier. La plupart des députés sont hommes nouveaux. Bien que plusieurs membres influents du parti gouvernemental aient triomphé, ce parti
- reste faiblq. *
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- L,’Afgb,l«istau. t- Les nouvelles d’Afghanistan sont mauvaises pour les Anglais. Mahomed-Jan compte attaquer de nouveau le général Roberts vers le 24 février Les marchands hindous qui habitent Caboul commencent à quitter cette ville pour s’enfuir à Peshawar.
- reproduit cette formule en -l’attribuant à ce journal. D’autres journaux, qui cependant nous citent Volontiers l’ont publiée sans s’apercevoir de l’erreur d’at-, tribution. Nos amis de V Union républicaine ont déclaré le 31 janvier qu’ils se l’appropriaient et M. Garcin a même consacré deux articles de fond à la commenter.
- Il faut donc croire que cette formule résume mieux que d’autres les revendications sociales puisqu’elle jouit d’un succès si inespéré. Nous souhaitons de tout notre cœur qu’elle continue à faire sa route, dût-on même l’attribuer plus longtemps à d’autre qu’à nous. L’essentiel c’est que l’idée marche. Notre personnalité n’est rien, nos idées sont tout. E. C.
- LES CLÉRICAUX & LA QUESTION SOCIALE
- NOTES D’UN LISEUR.
- XIX
- Prépare-toi
- autres.
- à mourir, mais sème toujours pour les Proverbe russe.
- A PROPOS D’UNE FORMULE
- Une des formules du Devoir est en train de faire le tour de la presse.:
- Cette formule la voici :
- « Il ne s’agit pas d’anéantir la fortune sociale : il s’agit de l'a faire tourner au profit de tous.
- « U ne s’agit pas d’arracher le capital à ceux qui le possèdent : il s’agit d’organiser les choses de telle sorte que chacun, pardon travail, puisse avoir un capital à soi.
- « Il ne s’agit pas de soulever une moitié de la société contre l’autre et de dépouiller celle qui possède au profit de celle qui ne possède pas : il s’agit au contraire, au nom de la fraternité, au nom de la morale, au nom de la justice, de concilier les intérêts, de rendre à chacun ce qui lui est dû, rien que ce qui lui est dû, mais tout ce qui lui est dû. «
- Oes lignes se trouvent dans le numéro du Devoir du 16 novembre 187Ô, page 980, lr8 colonne, article relatif à la constitution du Quatrième Etat.
- Nos amis du journal les Etats-Unis d’Europe, frappés de cette formule, l’ont détachée et l’ont reproduite un mois plus tard. Par une inadvertance (que nous sommes }oin de jeur reprocher puisqu’elle semble avoir fait.la fortune de cette formule) ils* ont oublié d’eq dire la proven^ce. Pl^i^ra journaux qui ont bien soin de ne jamais nous citer mais qui se risquent jusqu’à citer les Etats- Ünis d'Europe ont
- Il paraît depuis un certain temps à Paris un journal d’apparences très-anodines, portant ce beau nom la Fraternité, et s’occupant d’une manière très constante des intérêts du prolétariat,
- Au premier moment on peut se méprendre sur la tendance et sur les intentions de cet orgânë. Ee plus souvent il met une sourdine aux opinions qu’il re-^ présente. Il joue le rôle du loup devenu berger. Toutefois de temps à autre on voit percer le bout del’o* reille et il est alors visible que la Fraternité est une feuille dévouée au parti clérical et destinée à rapprocher de ce parti les ouvriers mécontents de l’indifférence des républicains en matière sociale.
- Yoici un exemple de ce que l’on trouve dans la Fraternité :
- « Nous avons dit dans la Fraternité-, si soucieuse des intérêts du prolétariat, que dans nos grandes villes, grâce à la cherté desffoyers, les pauvres ou-,, vriers sont relégués dans les quartiers reculés et malsains, puis entassés pêle-mêle par quatre ou cinq personnes, dans un réduit étroit, obscur, dans une marsarde glaciale, souvent sur la paille.
- Quand le travail marche, tout ce peuple malheureux vivote gaîment, c’est le caractère dû Français, même dans l’indigence. Mais pendant le chômage, que de misères î
- La charité est grande, c’est vrai ; et pourtant, malgré tant d’efforts généreux pour venir en aide aux souffrances des ouvriers, n’appfenofts-Bôüs paâ constamment qu’une pauvre femme est morte .(ta, froid, que de malheureux enfants ont, succombé à la, faim, que des hommes se sont suicides, de désespoir parce qu’üs ne pouvaient, plus,nourrir leur petite, fa-? mille. ,
- Âu milieu de ces. profondes douleurs que noua voyons tous le&j,oin.rs, puisque tous les jours,, avec, les bons de pain, de viande et de combustible des Jésuites. nous grimpons dans les greniers à la; recherche de nos amis sans travail, nous éprouvons, le besoin de remercier publiquement ces bonnes sœurs,, qes dignes ecclésiastiques et religieux que nous rencontrons partout où se trouve la souffrance,avec des
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- LE DEVOIR
- morceaux de pain pour les affamés, des couvertures de laine et des vêtements chauds pour l’indigent.
- Nous ne parlons point ici comme dévot, mais comme homme et surtout comme ouvrier ; quand nous entendons demander l’expulsion de ces prêtres, religieux et religieuses, si dévoués à la misère, surtout à la misère honteuse et cachée, et c’est la plus grande, notre sang bouillonne dans nos veines et nous ne pouvons nous empêcher de considérer comme des monstres de l’humaûité, ces individu* qui veulent arracher aux pauvres leurs dernières ressources qu’ils ne remplaceront par rien.
- Oh ! ne comparez pas la-charité laïque à la charité catholique. Demandez à n’importe quel ouvrier; à n’importe quelle ouvrière de Paris, et l’on vous répondra que du côté des laïques, sont des inspecteurs de charité parfaitement rétribués, des inspectrices à deux cents francs par mois, y compris leurs déplace ments, pour voir, par exemple, si les filles-mères donnent le sein à leurs enfants. Eh, malheureuses 1 pour donner le sein, il faut soi-même pouvoir manger. Voilà ce que vous devriez inspecter tout d’abord, en apportant à la mansarde, comme les religieuses non-rétribuées, des corbeilles depain.
- Nous ne voulons point ici médire de la charité laïque, loin de là; nous la félicitons au contraire de tout cœur, mais entre les deux charités, nous connaissons parfaitement la différence. Demandez aux indigents, vous verrez s’ils ne vous répondront pas comme nous, et le jour où un gouvernement quelqu’il soit; prétendra nous enlever nos Petites sœurs des pauvres, nos Sœurs de charité, nos prêtres et religieux si bienfaisants, ce jour-là, il enlèvera aux pauvres honteux leur dernier morceau de pain et il sera dévoré par l’excès de misères qu’il aura faites. »
- Cela est signé Arbeîter, peintre alsacien.
- Nous doutons quelque.peu qu'il y ait un peintre de ce nom là, mais ce dont nous ne doutons pas le moins du monde c’est de la puissance des institutions d’assistance de l’église romaine.
- Il est incontestable que dans le public catholique l’initiative privée s’impose des sacrifices considérables pour soulager les malheureux; il serait injuste aussi de contester au plus grand nombre des sœurs de charité l’esprit de commisération et de dévouement. Les républicains doivent tenir le plus sérieux compte de ces influences. Ils doiv.ent rivaliser avec elles, en se gardant bien toutefois de tomber dans l’ornière de l’assistance. C’est à faire rendre des mesures plus hautes, des mesures d’équité et de justice, qu’ils doivent s’appliquer.
- Une trop longue indifférence serait grosse de péril. La Fraternité le sent bien.
- « L s peuple, dit-elle, dont les voies sont indispen-« sables pour hisser aux honneurs et par suite au * banquet plantureux du budget les membres de la « confrérie maçonnique, a la faiblesse de trouver les « hommes charitables plus dignes d’estime que les « égoïstes bien avisés qui, pour soulager le peuple « en faisant aller le commerce, se paient beaucoup « de truffes. En temps ordinaire, on le dupe assez « facilement avec des phrases ; mais aux heures de « crise, c’est aux hommes charitables qu’il fait ap- I « pel. » I
- Eh oui, malheureusement on l’a vu à ces deux ép0, ques et l’on pourrait jusqu’à un certain point le re. voir encore. Les désastres de cet hiver ont été ex. ploités par le cléricalisme. On sait quelle campagne
- I & Figaro et quelques autres organes ont organisés,
- Nous avons dit ce que nous pensons de l’aumône,
- II nous serait pénible de voir les amis de la Républi. que entrer dansla même voie démoralisante que leur; adversaires. Mais il n’y a pas que ce seul moyen venir au secours des pauvres. La Fraternité elle, même en convient :
- « Il y aurait sans doute, dit-elle, un moyen très* « honorable d'enlever aux catholiques l'influenct « que leur donne leur générosité Ce serait de fairt « comme eux, de faire mieux. Mais ce n’est pas « dans les habitudes Maçonniques. La fraternité d« « la bourse, sauf d’insignifiantes exceptions, ne s’j « exerce qu’entre collègues ; affaire d’assurance ma « tuelle. Et encore. »
- Eh oui, il faut faire mieux que les catholiques, et c’est ce que fera la République en organisant la mutualité sociale de manière à supprimer les souffrau ces injustes et les dénûments immérités.
- La force des choses fera que le gouvernement du peuple par le peuple prendra en main à un moment donné les intérêts de la classe la plus nombreuse du peuple. C’est à hâter ce moment que tout républicain doit s’appliquer.
- L’autre jour M Garcin écrivait ceci :
- « Ne sentez-vous point qu’il importe de trouver la « guérison ? La charité ne soulage que les besoins » actuels et ne répond pas aux Desoins de l’avenir, « Elle donne du pain à la misère d’aujourd’hui : c’est « bien I II est mieux encore de songer à affranchir « le malheureux de l’aumône de demain. La charité, « seul remède entrevu par les catholiques, ne sau-« rait être l’idéal des démocrates. Us savent que « philosophes et économistes ont creusé un problème « qui n’est pas insoluble, et ils attendent le jour où « grâce aux réformes équitables, la pam-nite ira di-« minuant dans le monde,où tout travailleur pourra « conquérir une petite propriété. Est-il coupable, « celui qui veut hâter cet avenir d’éclore ? S’écarte-« t-il du vrai programme républicain ? N'est-il pas « fidèle aux traditions de nos p mes de 1792 et 1848 »
- On ne saurait mieux dire.
- Le jour où une organisation semblable à celle que nous demandons, ayant à sa base, non pas l’assistance mais la justice, sera devenue un fait,ce jour-là la République française, et avec elle la cause du progrès politique du monde entier, n’aura plus rien à redouter des entreprises de la curie romaine et des nationaux qui lui sont soumis. E. C.
- Les pierres orientale de» lacs suisses
- A plusieurs reprises on a trouvé dans les lacs de la Suisse des haches et des grattoirs en jadéite et en néphrite, pierres totalemeut étrangères a l’Europe. Plusieurs de ces instruments ont été trouvés sur remplace-
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- le devoir
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- ment des anciennes habitations lacustres de l’âge pré-
- histonque. e ^ preinières découvertes, il y a 25 ans, M Desor et M. de Mortiliet, les deux autorités les plus ^nnsidérables en pareille matière pensaient que la roche nui a fourni les haches et autres ustensiles en néphrite Pt en iadéite, finirait par se trouver quelque part, soit pu ni ace dans les Alpes, soit à l’état de blocs et de galets erratiques dans les terrains diluviens. Depuis lors, on a exécuté de nombreux travaux dans les Alpes, creusant des tunnels, taillant des tranchées au milieu de massifs que l’on supposait devoir être qualifiés pour contenir des filons de cette roche, spécialement dans les massifs serpentineux. On n'a rien découvert.
- En attendant, J’analyse de ces pierres et des différentes variétés qu’elles présentent, avait encore accru l’intérêt qui s’y rattache ; en revanche, leur gisement européen devenait toujours plus problématique. Ce fut alors que M. Desor proposa au congrès anthropologique de Stockholm une autre explication demandant si ces ustensiles n’étaient pas plutôt des reliques des temps les plus anciens, apportées d’Orient par les colons aryens qui ont succédé aux peuplades paléolithiques ou de la pierre taillée.
- M. Desor est plus que jamais persuadé que lajadéite et la néphrite, aussi bien que la chloromélanite sont, d’impor-tatiua étrangère, surtout alors que MM. Damour et Ei-scher, qui en ont fait une étude détaillée, n’ont connaissance d’aucun gisement européen.
- PETITES NOUVELLES.
- FRANCE
- Une Société coopérative des ouvriers menuisiers est aujourd’hui en formation à Paris.
- Un appel est fait à tous les menuisiers qui désireraient participer à la fondation de cette association coopérative de production.
- Les producteurs comptent sur le concours de tous leurs camarades sincèrement dévoués aux idées nouvelles.
- Pour tous renseignements, s’adresser à MM. Giron, rue du Palais-Royal, H ;
- Pelbout, rue Grange-aux-Belles, 33 ,
- Louis Gabriel, rue ülavel, 37.
- *
- L<n chambre syn<iicale do* ouvriers lithographes de Rouen et d’ïClheuf*, informe toqtes les chambres syndicales ou sociétés de sa profession qu’elle désire correspondre avec elles. En conséquence, elle les prie de bien vouloir donner leur adresse au secrétaire, Ch. Damez, 42, Cavée Saint-Ger-vais, à Rouen.
- ♦ *
- Petit progrès. — Les femmes peuvent maintenant être reçues herboristes de première classe.
- XJne anomnlieétrange, c’est celle qui résulte de 1 appel aux fonctions de trésoriers payeurs généraux de préfets qui n’ont pas su administrer leur département. On tro uve quatre de ces compensations dans le mouvement administratif du 22 janvier. Il est permis de s’en étonner au point de vue de la justice distributive puisque les trésoriers payeurs gagnent par an 80,000 fr. et quelques fois davantage.
- Ua question des candidatures ouvriè-
- re» e-t débattue depuis quelques senislnes dans les colonnes du journal le Prolétaire. Les opinions paraissent bien divisées à ce sujet. Les uns en veulent, les autres n’en veulent pas.M. Lavy, instituteur, développe cette idée que si quelques uns des candidats ouvriers
- triomphent — ce qui nous paraît à nous hors de doute si les ouvriers savent s’entendre sur des candidats à la fois fermes dans leurs idées et parlementaires dans leurs paroles — ces députés ouvriers pourront porter à la tribune les revendications ouvrières, et qu’alors l’exposition de ces revendications, au lieu de rester sans grand écho dans quelques coins obscurs, iront se répandre à travers toute la France par les comptes-rendus des journaux.
- On ne saurait mieax dire. Mais, que l’on y réfléchisse, ce retentissement donné aux revendications ouvrières ne portera des fruits utiles que si les députés ouvriers savent émettre à la tribune des idées parfaitement précises. S’ils n’y apportent que des aspirations vagues, le public ne s’intéressera pas à leur cause ; s’ils y portent des déclamations violentes ils soulèveront l’opinion publique contre eux L’exagération et même l’exaltation se tournent toujours contre ceux qui s’en servent.
- Ajoutons, qu’au dire de M. Lavy, il s’est formé dans le XVII0 et dans le XX' arrondissement des commissions qui centralisent des fonds et préparent le terrain pour les candidatures ouvrières. Nous ne pouvons que souhaiter de tout notre cœur que ces commissions réussissent.
- Les adversaires des candidatures ouvrières ne manquent pas de leur côté de raisons sérieuses en faveur de leur opposition. M. Lemale, entre autres, craint que le programme des candidats ouvriers ne soit pas le même partout. « Ici, dit-il, il sera collectiviste et là individualiste. # Il y aura même des endroits, croyons-nous, où il sera mutuelliste.
- Assurément. Mais est-il nécessaire et surtout serait-il profitable à la cause de porter aux Chambres la totalité des reveudicatious des travailleurs? Bien au contraire. Semblable conduite serait le suicide du parti ouvrier. Il faut ne porter à la tribune que les points sur lesquels tous sont d’accord. La théorie du tout ou rien n’a jamais rien rapporté à personne. On n’improvise pas le progrès. On ne transforme pas le monde d’un seul coup de baguette. L’histoire toute entière de l’humanité est là pour : démontrer le contraire. Quand on a voulu trop faire à la fois, des réactions terribles se sont produites. Le plus clair de ces révolutions-là c’e^t d’entraîner après elles des réactions pires que l’état de choses renversé. Voyez 93, voyez 48, voyez 70. Si on avait eu plus de mesure à ce moment là, les idées mises en avant eussent triomphé. Quand les Etats-Unis, il y a un siècle, ont fait leur révolution, ils n’ont pas tout demandé à la fois et c’est pourquoi il n’ont pas connu les réactions.
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- Un fait incroyable vient de se passer à l’Es-taque (Marseille). Un homme s’est pendu devant 20 personnes dont aucune n’a essayé de s’opposer à son suicide. Cela s’est passé sur la rue, devaut la porte d’une maison. Ce n’est qu'un quart d heure après que le malheureux G. s’était pendu que M. Racle, capitaine des douanes, passant par là, aperçut le suicidé et coupa la ceinture au moyen de laquelle il s’était pendu. Il était trop tard. Les voisins qui avaient assisté aux dernières convulsions de G. n’avaient pas eu l’idée de couper la ceinture
- On se demande en présence de faits aussi incroyables, et cependant vrais, si la somme de progrès que la nation doit faire ne dépasse pas les prévisions" des plus incorrigibles pessimistes.
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- -ANGLETERRE
- Les théories deMalthu» trouvent en Angleterre des partisans dans la classe laborieuse. Cela peut étonner, mais c’est comme cela.
- Nous en avons une preuve sous les yeux. C’est un manifeste de la Malthusian Leage, 28, Stonecutter str. à Londres.
- Au nombre des affirmations étranges de cette Ligue, nous cueillons celle-ci qui donnera une idée de la valeur de ce document :
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- LÈ DEVOIR
- « Nous sommes persuadés que la théorie uéo-malthu sienne fera en France les progrès les plus rapides aussitôt qu’on la mettra â l'étude sans aucun préjugé. Son adoption par la grande majorité des travailleurs' aurait un immense résultat presque immédiat : la diminution dé la demande de travail, donc l’augmentation des salaires. »
- Ah, pardon! la diminution de la population entraîne une diminution du nombre des producteurs, c’est vrai, mais elle entraîne du même coup la diminution du nombre des consommateurs. Il y aurait moins d’ouvriers pour se faire concurrence, mais il y aurait moins de travail à donner aux ouvriers restants.
- C’est avec peine que nous constatons que d’aussi évidentes erreurs peuvent jouir encore de quelque crédit. Ii faut que l’erreur aie la vie bien dure pour que les sophismes économiques de Malthus puissent rencontrer encore quelques partisans.
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- IbeSf étüdiantes. — Nous empruntons à la En-glisfi Woman’s Retieio les chiffres suivant qui sont d’une grande portée.
- Il s’est présenté comme candidats aux examens de rilniversifé de Londres :
- 850 étudiants sur lesquels 475 (soit 55.47 0/0) ont été admis.,
- ét 63 étudiantes sur lesquelles 51 (soit 81 0/0) ont été admises.
- Les étudiantes se sont donc montrées plus capables que tes étudiants et cela dans d’énormes proportions (25.54 0/0 de supériorité, plus du quart t) Allez soutenir apres cela que la femme est moins intelligente que l'homme*
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- BELGIQUE
- Situation. — La Voix de l’OmHer, de Bruxelles, notis donne sur la Belgique quelques relevés statistiques pleins d’intérêt et d’enseignement.
- Dé ces chiffres il appert :
- 1* Que le nombre des propriétaires diminue ;
- 2° Que le prix de la terre et des fermages augmente ;
- 3° Que les choses nécessaires à la vie augmentent également de prix et a pour cônséqnence Une plus grande misère, une plus grande mortalité ;
- 4b Que les salaires, loin d’âugmenter, diminuent ;
- 5e Que la criminalité augmente ;
- 6° Que le nombre des faillites s'élève dans d’énormes proportions ;
- 7° Que l’Etat exige plus d'impôts d’année en année et que la dette publique est de plus de un milliard !
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- 3Le.«* dtîelis. — La Belgique se lasse de prêter Son territoire aux fantaisies homicides des duellistes français; elle se décide à proscrire le duel et à livrer à la justice française, par voie d’extradition, ceux qui lui demanderont désormais hospitalité pour le meurtre ; nous approuvons pleinement cette résolution. Unë loi internationale devrait prescrire le droit dans toute l'Eurojpe. G’éSt par voie dArbitrage que doivent se vider les questions d’honneur. En attendant qü’on püisse abqjir les guerres de peuple à peuple, achevons du moins d’ahoiir ce qui reste de la guerre d’individu à individu.
- (Etats- Unis dEurope. )
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- Une curieuse iuscription c’est celle qui peut se lire tracée en lettres d’or sur la 3® chapelle de gauche de la ci-devant collégiale de Saint-Jacques à Anvers:
- Cette inscription en langue flamande se traduit aihsi :
- f.e Ciel se gagne violemment On par le pouvoa1 de l’argent
- HOLLANDE
- Les <landidatures ouvrières. —» Gn nous écrit de Hollande pour nous, faire observer que nous avons considéré à tort comme une manifestation les candidatures de MM. Gerhardi et Domela-Nieuwenhuis. Ces candidats, nous dit-on, n’omü obtenu qu’un nombre ridicule de voix.
- Eh oui ! C’est précisément à cause de ee petit nombre de voix que ces candidatures sont une manifestation. Le district électoral d’Amsterdam compte 310,000 habitants, De ce nombre 4,602 seulement sont électeurs et à la votation dont nous avons parlé 1,5-18 électeurs seulement se sont prononcés (ee qui donne 1 votant sur 200 habitants.) En présence d’une loi aussi parfaitement inique les ouvriers ont parfaitement raison de mettre en avant des candidats qui ne réunissent sur leurs noms que quelques douzaines des votes.
- Gela rappelle qu’en Hollande, comme d’ailleurs dans beaucoup d’autres pays, l’immense majorité de la nation n’a pas la possibilité de faire entendre sa voix au Parlement.
- C’est là ce que nous avons voulu dire etlc’est là eé cçue nous maintenons. Nous ne trouvons pas qu’il soit ridicule d’être opprimé et si même cela était ridicule nous donnerions quand même nos sympathies aux opprimés plutôt qu'aux oppresseurs.
- SUISSE
- IL© Itimiel du Gottharfl, le plus grand du monde, ne tardera pas à être percé. La galerie de direction était ouverte au 31 décembre dernier sur là,535 mètres. Il De restait plus à rouvrir que sur 385 mètres. L’avaneement moyen est d’environ 8 mètres par jour. Dans quelques semaines les ouvriers des deux Sections se rencontreront et pourront se serrer la main sous l’énorme montagne. Il aura fallu moins de neuf années pour accomplir ce gigantesque travail. Au 31 décembre* dernier il avait déjà coûté 44,437,460 francs. Les autres tunnels de la ligne (il y en a 2ft en tout)avancent égaler, ment, mais leurs travaux ont été menés avec moins ePac-tivité. Ces 20 tunnels ont ensemble une longueur de 238,377 mètres dans laquelle le grand tunnel du Gotthard entre à lui seul pour 14,920. mètres.
- Ue® coMrver’Süionîs d’emprunts publics se succèdent en Suisse au grand soulagement des contribuables.
- Il y a quelques semaines c’était l’Etat de Fribourg qui convertissait sa dette, aujourd’hui e’est l’Etat de Genève et la Confédération qui convertissent les leurs. Genève transforme ses 20 millions de dette 4. 4 1/5 et 4 1 (2 en 3 0/0 amortissable en 66 ans, la Confédération dénonce ses 29 millions de 4 1/2 et les remplace par du 4 0/ 0 remboursable en 35 ans.
- Il p’y a bientôt plus en Europe que la France qui ne convertisse pas sa dette, et Cependant une conversion produirait chez nous une économie annuelle réellement énorme.
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- ITALIE)
- Lé comité de sêeottvs aux jpaurresf, dont il est question depuis si longtemps, est enfin créé ; le rdi vient de lui envoyer 6,000 fraiieê et la reine 6,000 autres en son nom et au nom du prince royal.
- La souscription publique est ouverte. On distribue les seeoqrs par l’entremise dq bureau xpuqicjpal 4.6 bienfaisance, des curés, des ministres protestants et dès rabbins-De son côté, la municipalité a voté l’anticipation de travaux d'édiüté pour une somme de 400,000 frappe.
- Qn a mis six semaines popr en arriver )à! Le résultat est d’ailleurs bien mosquip, eu ëgai'4 à l’ipamepsiié fléau.
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- LE DEVOIE
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- T es femmes <>tTuilimite* augmentent en nombre dans ce pays. Durant l’année 1878-79 on en a compté neuf : 3 à Turin, 2 a Rome, 2 a Bologne, une à Naples et une à Padoue. .
- C’est peu, mais c’est un acheminement.
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- RUSSIE
- TT»e plaisanterie Féroce. — Quand les Anglais plaisantent sur la Russie ils ont la plaisanterie féroce On sent en eux les compatriotes de Hamlet.
- Voici un échantillon caractéristique de ce genre de
- plaisantene-ne^ leg perplexités des historiens russes de
- l’an 2000, si jamais ils mettent la main sur la page suivante du« Diary » de l’empereur de Russie :
- 6 novembre 1879.
- Je me suis levé à 7 heures du matin et ai ordonné mon bain. Ai constaté qu’il ne contenait que du vitriol et ne l’ai pas utilisé. Ne pouvant me laver, c’est de mauvaise humeur que je me suis dirigé vers mon dé-ieûuer Les nihilistes avaient mis deux torpilles dans les escaliers mais j’ai évité de marcher dessus. Le café sentait tellement Pacide prussique que je me suis abstenu de le boire; trouvé un scorpion dans ma pantoufle gauche mais Pai secoué avant d’v mettre le pied. Ma voiture’a été mise en pièces juste une minute avant ma promenade du matin. Ai pris un léger « lunch »> fourni uniquement par une boîte de viande conservée d’Australie que j’ai gardée depuis cinq ans ! Ai trouvé un poignard empoisonné, la pointe en l’air dans le fond de mon fauteuil favori ; naturellement ne me suis pas assis dessus ! Voulant me reposer, ai trouvé un serpent à sonnettes sous mon oreiller.
- « Ai diné à 6 heures ; j’ai fait goûter tous les plats par le baron Laischonnowonski, il était mort avant qu’on n’eût desservi le potage ! N’ai pu trouver personne pour le remplacer ; aussi ai je diné avec des huîtres conservées de Baltimore et du stout anglais rapporté de mon dernier voyage à Londres, alors qu’on m’acclamait en Angleterre ! Suis allé au théâtre: avant la fin du premier acte on m’avait déjà tiré trois fois dessus ! J’ai fait pen-’dre tous les spectateurs !
- « Suis rentré pour me coucher et ai dormi toute la nuit sur les toits, où j!ai attrapé des engelures.
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- ALLEMAGNE
- ïhe*. Femmes dentistes. — Depuis le jour où Mra' Tiburtius Hirschfeld a commencé a pratiquer à Berlin l’art du dentiste qu’elle a étudié en Amérique, huit autres dames ont enjbrassé la même profession et se'sont fixées dans différentes villes de l’Allemagne, après avoir subi leurs examens. Trois autres dames allemandes font actuellement leurs études dans les mêmes intentions.
- Le désarmement et ML de IMLoltlc:.*. — On
- se méprend en France sur le caractère du feld-maréchal de Moltke. On lui suppose un esprit de chauvinisme très prononcé. Nullement. M. de Moltke n’est pas si noir que cela, seulement il a dans son grand âge conservé bien des idées de l’époque où il était jeune.
- Dernièrement répondant à une lettre qui le priait d’u-ser de son mûuence sur Guillaume pour faire diminuer 1 effectif de l’armée allemande, M. de Moltke a répondu • « Quel est l’homme qui ne partagerait pas le désir de
- * Voir alléger les lourdes charges qu’impose l’entretien 4 do 1 armée a un pays comme l’Allemagne. Ce ne sont « ni les princes, pi les gouvernements qui restent sourds
- * & CÔ VOBU.
- « Mais on ne peut espérer de voir une situation meil leure que lorsque toutes les nations auront rec-onm que TOUTE GUERRE, FUT-ELLE VICTORIEUSE, EST UN]
- Calamite publique.
- « Toute la puissaheê de l’empereur n’est pas capable
- « de faire naître une pareille conviction ; elle ne peut « naître que d’une meilleure éducation religieuse et mo-« raie des peuples, résultat d’un développement historf-« que de plusieurs siècles, dont ni vous, ni moi, ne se-« ront témoins. »
- Que M. de Moltke, qui est octogénaire, ne puisse être témoin du désarmement, c’est vraisemblable. Mais qu’il faille plusieurs siècles dé développement pour que l’humanité en arrive-là, cela nous parait d’un pessimisme outré. La France qui était si belliqueuse il y a 15 ans à peine est aujourd’hui parfaitement pacifique. Il suffit de goûter longtemps la paix, pour la vouloir toujours.
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- * *
- AUSTRO-HONGRIE
- XJne immense ligg’me commerciale va mettre en rapport la mer Noire avec la vallée du Rhin. La Hongrie va supprimer les rapides que fait le Danube aux Portes de Fer et l’Autriche va percer les Alpes de l’E. à l’O entre le Tyrol et la Suisse au moyen d’un tunnel grandiose sous l’Arlberg. Ce tunnel coûtera à lui seul 16 millions.
- Il résultera de ce double travail la création d’une immense voie de commerce nouvelle au cœur même de l’Europe. Le commerce des blés en recevra des modifications profondes.
- * *
- XJsio appréciation juste. — M. de Huymerlé, chef actuel du cabinet austro-hongrois, est un nommé de grand sens dont les appréciations sur notre pays méritent toujours d’être relevées.
- Répondant au baron de Hübner, ancien diplomate et voyageur estimé, qui émettait quelques craintes sur l’avenir pacifique de la France, M. de Haymerlé a répondu :
- « Eh France comme dans d’autres' pays règne un prô-« fond besoin de paix, et le bien être s’est développé en « France depuis la paix, d’une manière si éclatante, qu’il « n’y a point à craindre que du sein de la nation — et « c’est elle aujourd’hui qui détient le pouvoir— sorte un « appel quelconque à la rupture de la paix. »
- On ne saurait mieux dire.
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- ETATS-UNIS
- Contractes. — Il y a de tout aux Etats-Unis. Côte à côte avec des états très-développés on en trouve d’exees-sivement en retard. Ainsi dans la prochaine session 4® la législature de l’Etat du Delaware, il sera présenté un projet de loi prescrivant la peine du fouet, et de plus une heure de pilori pour tous les maris qui auraient battu leurs femmes ou les auraient maltraitées.
- En même temps que nous apprenons cela, noqs apprenons par la Solidarité, de Genève, que, dans le Meeting annuel tenu cette année à Longxvood par « Les Amis du Progrès, », il a été donné lecture de la déclaration suivante :
- a Nous renouvelons ici notre protestation contre l’injustice qui prive la femme d’une voix dans le gouvernement.
- « Les hommes réclament le droit de voter parce qu'ils 'paient les taxes ; les femmes paient aussi les taxes, et pourtant les hommes éludent la loi pour empêcher les femmes de voter.
- « Les hommes réclament le droit de décider quelles lois sont acceptables ou non parce qu’ils sont tenus à y oMir\ les femmes sont aussi tenups à obéir aux lois, et pourtant les hommes les empêchent d’aider à les faire.
- * Les hommes réclament le droit de voter parce qu’ils sont citoyens ; les femmes sont des citoyennes, mais quand elles cherchent à exercer le droit de vote, les homrpes leur font payer une amende.
- « Les hommes réclament le droit de participer aux affaires gouvernementales parce qu’ils sont des êtres humains; les femmes sont aussi des êtres humains, et pourtant, par la loi et par la force, on leur refuse l’exercice de ce droit.
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- LE DEVOIR
- « Ceci est un monopole ; c’est d’une législation surannée c'est anti-républicain.
- « Nous demandons pour la femme le droit de vote, et nous nous réjouissons des nombreuses preuves qui nous arrivent de tous côtés des progrès faits sur ce sujet par l’opinion publique, progrès qui amèneront infailliblement la réforme que nous réclamons. »
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- MAROC
- Atrocité. — Un certain nombre de Maures de Fez ont attaqué des juifs. Ils ont pris un vieillard de 70 ans, l’ont arrosé de pétrole et l'ont brûlé vif ou milieu des démonstrations de joie de la'foule.
- AFRIQUE CENTRALE
- XJ» martyr <le lu science. — L’abbé Debaize, explorateur français est mort à Ujiji.
- M. Ch. Bigot émet à celte occasion les réflexions suivantes qui sont identiques aux nôtres :
- Nous ne voulons pas laisser partir, sans saluer respectueusement sa mémoire, ce martyr de la science. 11 nous importe peu qu’il portât un habit différent du nôtre et qu’il obéit à des convictions que nous ne partageons pas. Au fond, il a aimé les mêmes choses qui nous sont chères : la patrie, la vérité, la science. Il servait de son mieux leurs intérêts. Il leur a donné sa vie. Ne nous soucions point d’imiter, dans leur criminelle intolérance, ceux qui ne veulent.reconnaître et admirer le dévouement ou l’héroïsme que lorsqu’il se rencontrent parmi les leurs. Honorons l’humanité partout où elle se montre noble et généreuse, et comprenons qu’elle peut être telle au milieu de toutes les races comme parmi toutes les croyances. Tâchons de nous souvenir le plus longtemps possible aussi bien de l’abbé Debaize que de l’interne Georges Herbelin.
- TT» Combat axa fond de la Mer
- Un plongeur anglais vient de soutenir, au fond de la mer, à Belfast,une terrible lutte avec un énorme poulpe, et le Times publie son récit en ces termes :« Ayant fourré mon bras dans une excavation, je le sentis retenu par quelque chose, mais l’eau étant encore chargée de vase, je restai pendant quelques minutes sans pouvoir rien distinguer. Lorsque je pus y voir un peu clair, je m’aperçus avec horreur que la tentacule d’un gros poulpe était enroulée autour de mon bras, comme un boa oens-trictor. En ce moment il appliqua quelques-uns de ses suçoirs sur le dos de ma main, ce qui me fit éprouver une sensation très douloureuse. Je sentis une douleur comme si on me brisait la main, et plus j’essayais de la retirer plus la souffrance augmentait. J’eus la plus grande difficulté à conserver pied, parce que l’air introduit dans mon appareil l’avait gonflé et allégé. Si j’avais perdu pied, j’étais perdu, car je n’aurais pas"tardé à m’évanouir. Si d’un autre côté je donnais le signal de me remonter, le monstre aurait tenu bon, et je courais le risque de me faire arracher le bras. J’avais un marteau sur moi, mais je ne pouvais pas le prendre avec ma main restée libre, pour m'en servir contre le polype. A environ cinq pieds de l’endroit oùj’étais, il y avait une barre de fer que je réussis à faire venir avec mon pied, à portée de ma main gauche, et je m’en saisis. C’est alors que commença le combat. Je frappais à tour de bras, mais plus je frappais et plus le monstre serrait si bien que mon bras en était complètement engourdi. Je continuai à frapper et je sentis à la fin que l’étreinte se relâchait, mais je n’en fus quitte qu’après avoir déchiré eu plusieurs tronçons la tentacule qui me retenait captif. La bête lâcha aussi alors le rocher auquel elle était fixée, et je m’en emparai. J’étais complètement épuisé, étant resté dans cette situation plus de vingt minutes Je remontai avec l’animal, ou plutôt avec une partie de l’animal. Il mesurait huit pieds de diamètre, et je suis convaincu qu’il aurait pu retenir ainsi cinq ou six hommes. »
- LE TRAVAIL
- Nous empruntons l’article suivant au nouveau journal La Justice, fondé par M. Clémenceau, le sympathique député de Montmartre et rédigé sous la direction de M. Camille Peletan, dont le talent de plume est bien connu.
- Nos lecteurs verront, par l’article que nous reproduisons, que notre nouveau confrère combat pour la même cause que nous.
- Sous le régime républicain, il est une question qui mérite de fixer plus particulièrement les préoccupations des hommes d’Etat : c’est la question du travail.
- A rencontre des gouvernements monarchiques fondés uniquement sur la faveur et le parasitisme et toujours enclins à chercher dans des fêtes fastueuses, dans des intrigues diplomatiques et dans des aventures extérieures, le déploiement de leur activité, la Republique doit songer à s’assurer le concours de tous, non par l’octroi de sinécures grassement payées, par la collation de grades et de fonctions tout exprès créés pour le fonctionnaire, mais par l’équitable répartition des charges publiques et la mise en pratique constante de la justice dans ses rapports avec les citoyens.
- Tout en tenant compte des nécessités passagères, poursuivre sans relâche les réformes réclamées par l’opinion publique, provoquer l’extension incessante de la justice sociale, tel doit être son programme.
- Mais l’Etat n’a point seul part à cette œuvre glorieuse.
- Sa tâche à lui est moins de légiférer que de biffer de nos codes les débris des vieilles institutions monarchiques et centralisatrices qui entravent la marche régulière de la liberté.
- A lui de déblayer le terrain; sur le sol de France, que tout puisse se dire — tout s’écrire : — que les citoyens puissent librement et se réunir et s’associer pour discuter et grouper leurs intérêts.
- A la presse libre, la fonction naturelle de livrer à la publicité les idées fraîches écloses, de les soumettre au contrôle de la discussion, d’en activer la maturation sous le prisme lumineux de la controverse de chaque jour, de préparer la transformation des décrets de l’opinion publique incessamment excitée, en lois définitives édictées dans le Parlement.
- Aux travailleurs, enfin (et j'entends par là tous ceux de la blouse et de l’habit — des champs et de l’atelier — de l’usine et du bureau du magasin — de l’école — du cabinet - les cottes bleues et les redingotes râpées — tous ceux qui vivent de leur travail quotidien et qui n’ont que cela pour vivre) à ces travailleurs à se grouper chacun dans leur profession, non point en corporations fermées comme avant 89, mais en confondant leurs intérêts identiques dans une étroite solidarité.
- L’Etat et les communes leur doivent l’instruction et la liberté ; la presse leur apporte le concours de sa publicité et de ses lumières, elle réclame avec eux et pour eux la destruction des privilèges iniques, des impôts écrasants, des monopoles oppresseurs. Aidés de ces deux puissants auxiliaires, ils peuvent et doivent par eux-mêmes — par eux seuls — opérer leur | émancipation économique.
- j Le travailleur instruit, libre et groupé, c’est la fin 1 des guerres civiles ou sociales. Il appartient à la
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- République vraie de faire disparaître ces antagonismes factices entre ouvriers et bourgeois. Ces délimitations arbitraires de classes doivent cesser le jour où les masses ouvrières, amené s à la propriété par une instruction intégrale, une liberté complète, une coopération intelligente, se confondront avec la bourgeoisie qu’elles auront absorbée, comme celle-ci a fait de la noblesse.
- Assurer à quiconque travaille le produit intégral de son travail, tel est le problème que doit résoudre inéluctablement la société moderne C’est affaire de justice, et il faut toujours que la justice ait le dernier mot dans les affaires humaines. Quand elle ne s’impose pas à la raison des hommes, alors elle triomphe par la force des choses et on l’appelle : la Révolution. — Nous sommes donc sans inquiétude pour le résultat final ; mais c’est à chacun de nous de le hâter de tous ses efforts.
- Amener le Capital et le Travail, — ces deux frères ennemis, — à s’embrasser au lieu de se combattre. Sur les débris des sectes fonder lentement, jour par jour, le socialisme pratique tel doit être le souverain souci de tous les gens de bonne foi et de désintéressement. — C’est aussi la tâche la plus sérieuse de la République, que de rallier autour d'elle tous les citoyens en un indissoluble faisceau. Elle n’y arrivera qu'en réalisant progressivement sa formule définitive :
- « Paix, Justice et Liberté sur la terre aux hommes « de travail et de bonne volonté. «
- Une école «le cuisine.
- Une charmante jeune fille de Boston, graduée de l’école culinaire de cette ville, miss Devereux, vient de fonder une école de ce genre à Philadelphie. Elle a, du premier coup, obtenu le plus grand succès. Elle est aidée d’une adjointe, et elles tiennent deux classes par jour : une le matin, l’autre le soir. Elles font aussi des conférences ou lectures dans la journée. A la fin des cours, elles délivrent des diplômes. La cuisine se fait au gaz, avec tous les appareils nécessaires pour façonner les plats les plus compliqués. La compagnie du gaz fournit le gaz gratuitement; pour engager le public à user de ce moyen, à la fois si économique et si propre, de faire la cuisine.
- Voici comment ces dames opèrent dans leurs leçons. Elles portent par-dessus leur vêtement une jupe dé calicot et un long tablier blanc, et les élèves revêtent aussi ce costume. Sur un vaste tableau noir ou écrit le plat à faire et la recette. Par exemple : Foie de veau sauté à la sauce piquante, etc. Les élèves suivent les indications du tableau et procèdent à la confection du plat.
- Peut être désirez-vous connaître les prix de ces cours culinaires. Pour un cours complet de douze leçons dans une classe de dix élèves, on paie 5 dollars ; °pour une seule leçon prise en classe, 50 cents ; pour un cours composé de douze leçons dans une classe de six élèves, 10 dollars : pour un plat spécial, 1 dollar; pour une souscription annuelle, donnant au souscripteur la faculté d’envoyer trois élèves, 25 dollars ; enfin pour une souscription à vie, donnant au souscripteur la faculté d’envoyer une élève par an, 25 dollars.
- Dans la classe de dix élèves, les plats sont vendus au public après la leçon ; mais dans la classe de six, ils appartiennent aux élèves qui les ont préparés et payent alors les ingrédients. (Le Siècle).
- L’EXTINCTION DU PAUPÉRISME
- Tant que la misère put sembler le lot naturel de l’humanité, et comme la marque divine de son abaissement; tant que le droit individuel parut un vain mot, à moins qu’il ne constituât un crime de lèse-majesté; tant que l’aisance, le bien-être, la richesse, furent la résultante, non du travail et de la sécurité générale, mais de la rapine, de la violence ou de l’astuce, cette question, qui aujourd’hui ne laisse personne indifférent, pouvait à peina naître. Pour remédier aux maux que .l’on constatait, c’est à l’indulgente compassion du riche pour le pauvre, au sentiment, à la charité que l’oa faisait appel ; mais, quant à parler et agir au nom de l'idée de justice, on ne l’eùt pu, sans déranger tout l’équilibre social, sans renoncer aux usurpations dont étaient faites la prépondérance des classes privilégiées et la toute-puissance de la monarchie.
- En brisant l’ancien régime, en détruisant la Royauté, la Révolution n’a pas accompli un acte politique ; elle n’a pas seulement émancipé le peuple, convié le plus humble des citoyens à l’administration des affaires publiques, rendu solidaires les intérêts de tous les membres de la nation et fondé ainsi réellement l’unité et l’indivisibilité de la patrie : elle a .préparé, surtout, une réforme sociale profonde. Du jour où la société a eu pour ressort l’individu libre, où les services ont dù s’échanger contre des services, où l’équité et la proportionnalité de l’impôt ont passé dans la loi, — en droit, le travail a été affranchi, l’initiative privée a pu porter tous ses fruits, une répartition nouvelle de la richesse a commencé.
- De ce jour, le paupérisme, qui jusqu’alors avait été la règle généralemont prêchée et subie, apparut comme une dérogation aux lois éternelles de la justice, comme une négation insolente des efforts et du progrès de l’humanité. Indéfini est le champ des conquêtes que l’homme peut faire sur la nature, pour accroître ses forces, ses capitaux et ses jouissances, se ménager des loisirs pour de nouveaux travaux, s’affranchir de toute dépendance personnelle, tout en rendant de plus en plus actives ses relations, de plus en plus nombreux ses échanges. La vérité économique était enfin proclamée. La plus merveilleuse des transformations industrielles allait lui donner bientôt la consécration de l’expérience.
- On sait quelles découvertes ont marqué ce siècle, quelle économie il a faite du labeur de l’homme. Le perfectionnement et la multiplication des machines à vapeur, la construction des chemins de fer, l’établissement des voies rapides de navigation, l’appii-
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- cation de l’électricité, mille inventions plus admirables l’une que Lâütrë, ont rendu vacants pour des emplois nouveaux dés capitaux immenses, mis à la portée des masses laborieuses des quantités innombrables de produits qui étaient jadis des objets de luxe, diminué les souffrances et les privations du grand nombre, élevé la condition moyenne du travailleur.
- En même temps, et pour appuyer cette renaissance moderne, le crédit était institué, l’association se développait, les valeurs mobilières prenaient naissance. Quelle époque magnifique dans l’histoire de notre évolution générale ! Certes, la gloire n’aura pas manqué à notre siècle ; les lettres, les sciences et les arts lui forment un cortège qui brille du plus vif éclat ; la postérité aura de grands noms à ajouter à ceux des poètes, des savants et des artistes que le passé a légués à nos hommages ; mais, dans la position des foules ouvrières, agricoles, dans la division des fortunes, dans la répartition de la richesse, quels autres changements et de quelle autre importance.
- Et ce n’est que l’aurore du monde nouveau qui se lève ! Avec l’instruction de plus en plus répandue, les forces matérielles de mieux en mieux utilisées, la justice dans les lois et la fraternité dans les cœurs, le flot montant de la richesse doit submerger les derniers restes du paupérisme.
- {{Le Temps.)
- îbn 'Victoire de Samothraee.
- Il y aune quinzaine d’années, M. Champoiseau, consul de France, rapporta de Samothrace une centaine de fragments de marbre ayant appartenu à Une statue colossale de femme. Parmi ces fragments quelques-uns provenaient de débris d’ailes, ce qui indiquait que la figure était peut-être celle d’une Niké (Victoire). Les morceaux furent rapprochés par M de Longpérier, alors conservateur des antiques au musée du Louvre, et on se trouva eü présence d’une œuvre sculpturale de la plus grande beauté. La tête et les bras manquaient, mais ce qui restait était d’un mouvement superbe, d’un modelé exquis et puissant ; les draperies flottantes et rejetées en arrière sont traitées avec une heureuse hardiesse et un art incomparable. Des monnaies de Samothrace, fi’êtppées sous Démétrius Poliorcète et à son effigie, présentent au repers une victoire ailée, tenant à la main droite une trompette et portée sur l’avant d’une galère.
- C’était sans doute la représentation du monument retrouvé par M. Ghampoiseau et érigé en mémoire des batailles navales où Démétrius avait vaincu Plolémée fils dé Lagus. Les connaisseurs jugèrent que la Victoire de Samothrace était vraisemblablement l’œuvre d’un élève de Lysippe et que, parmi les sculptures antiques réunies au Louvre, c’était une des plus admirables, la plus belle peut-être. De toutes parts, les musées étrangers demandèrent et obtinrent des moulages en plâtre du chef-d’œuvre LÀ Vienne, on à exécuté à l’aide de ces moulages un essai da restitution qui offre beaucoup d’intérêt M. Ghampoiseau vient fie compléter sa magnifique trouvaille en rapportant fie Samothrace les puissants blocs de marbre qui servaient de piédestal au colosse. Ce pié-
- destal consiste, suivant l’indication des médailles, dans la partie antérieure d’une galère, s’élevant â environ 2 mètres 50 au-dessus d’unéAalle épaisse lui servant de support. Il couronnait un tertre entouré d’une enceinte
- I ouverte pâr devant et situé dans un enfdiicëmêiit 'qui permettait de l’apercevoir du port. On l’a reconstitué à titre d’essâi dâiis la petite cour du musée du Louvre, appelée cour du Sphynx. M. Ravaisson, annoncé que le monument entier sera prochainement placé dans l’intérieur du musée, dont il formera un des plus grands et des plus beaux ornements.
- L’IRLANDE
- VI
- Nous venons de dire que l'Angleterre appéllé dérisoirement l’Irlande, sa Soôùr.
- Dérisoirement ! Le mot n’est pas trop fort !... L’Âhgieterre serait dans le vrai en l'appelant sâ victime.
- Cependant, si, par cette confraternité, elle entend une certaine conformité dans quelques lois fondamentales, comme la constitution de la Propriété terrienne et le maintien d’une haute aristocratie entre les mains de laquelle se trouve cette propriété, on peut admettre, sinon, la conformité, du moins l’&ssh milation.
- En Irlande comme en Angleterre, la Propriété se divise en trois classes : Freehold, Copyhold et Lease-hold.
- Freehold, signifie frahc-alleih C’est la terré, seigneurie Où héritage qui est libre, c'est-à-dire aîÜran* chie de tous droits seigneuriaux (à part quelques paiements réguliers) et sujette seulement à juridiction.
- Côpy hôïd, veut dire fief. C’efet « le bien qu’un vilain » finit par s’approprier au moyen d’empiétements ou de paiements successifs, mais dont la possession définitive est subordonnée à la volonté du SéignetiF jusqu'à ce que le Régisseur ou Landagent transcri* vant le titre sur les rôles de la seigneurie, én délivre copie àù vilain, à la condition encore parfois de payer certaines redevances comme en cas dé décès oh dê transmission.
- Lcasehold, signifie ferme, bail à ferme. C’ëst lè bail emphytéotique ; tenure â loyer, à vie, à long terme, à temps, ou â volonté, c’est-à-direàveCCongé.
- La propriété s’acquiert de deux façons : par voie de succession (descent) c’est-à-dire quand oh est hé* ritier de droit, direct ou collatéral (heir at làW) du décédé ; par voie d’acquisition, (purcftâse), soit à titré gratuit, c’est-à-dire par testament ou donation* soit par achat ou tout autre contrat exigeant lè cùü' sentemeh'Oes parties.
- Les biens se divisent en deux catégories : 1° en | biens immeubles ou real property, c’est-à-dire en
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- terres, maisrns, (etc.); 2° en personal property, ou meubles, comme argent, baux, marchandises, tôdtéé qui de sa nature est transportable ou le devient fa-cilemedt.
- Ün possesseur de biens en peut disposer comme bon lui semble, et en faveur de qui bon lui semble, par testament, donation, substitution II peut déshériter complètement Ses enfants. A cêtte règle, par exemple, il y a une exception, exception sur laquelle nous appelons l'attention du lecteur Comme sur le mode de transmission par substitution. Cette exception existe pour les biens qüe Ton nomme En-tail property, c’est-à-dire ceux qui üe peuvent être aliénés et se perpétuent dans lés mêmes grandes familles au moyen du droit d’aînesse.
- L’Entail property se divise en deux catégories : général et spécial; puis encore en maie et en female estâtes ; c’est-à dire que les uns de ces estâtes ou domaines passent aux hommes et les autres aux femmes exclusivement.
- La succession immobilière (féal property) âb intestat, se règle ainsi :
- 1* Dans la ligne descendante. L’aîné des enfants mâles hérite exclusivement de tous les immeubles auxquels ses frères et sœurs n’ont aucun droit. S’il n’y a que des filles, elles partagent par égales portions.
- 2° Dans la ligne collatérale. C’est le frère aîné qui hérite lorsque le défunt meurt sans postérité. S’il n’y a pas de frère aîné ou de descendants de celui-ci, les sœurs partagent par égales portions. Les frères et sœurs étant morts, ce sont les neveux et nièces qui héritent et partagent par tête.
- 3° Dans la ligne ascendante. La succession n’arrive aux ascendants qu’à défaut de descendants directs ou collatéraux et elle est alors dévolue aux pères et mères. La ligne masculine prend toujours le pas sur la ligne féminine, celle-ci n’héritant qu’en i’abscence des ascendants paternels.
- 4U Quand au conjoint survivant. Si c’est le mari, il a droit à l’usufruit des biens réels (real property) de sa femme, lorsqu’elle laisse des enfants issus du mariage. Si c’est la femme, elle a droit a un douaire qui est l’usufruit du tiers des biens réels laissés par le mari.
- 5° Relativement aux enfants naturels. Ils n’ont, à succession de -leurs parents, aucun droit que celui que leur confèrent les dispositions testamentaires faites éû leur faveur.
- Ün ëftfânt naturel mourant ab intestat et sans é fants, ses bieûs passent à la couronne. Cependant s laisse une veuve, celle-ci a droit à un douaire et tiers de la succession, SUmre).
- bulletin bibliographique
- La loi morale, loi de l’unanimité par P. ÎSf. Doihën-jarie, ouvrier tailleui\ 1 vol. gr. in-8. Paris, chez fauteur, 4, rue Thérèse. tTix \ fr.
- Ce volume est la réédition d’un travail publié une première fois en 1852, puis réédité en 1854, ce qui valut à son auteur une condamnation à 3 ans de prison.
- I Et pourtant il n’y a rien dans ce volume qui puisse, même de loin, servir d’excuse à uné condamnation aussi, sévère. D’un bout à Tautro de ce travail on ne rencontré aucune de ces violences qui déparent trop souvent les écrits des ouvriers touchant la quesUon sociale. Àù contraire il y règne, partout une sorte de sérénité qui prouvé la confiance de fauteur dans la vérité de ce qu’il soutient, g Quand on est convaincu, on n’a pas besoin de violencé. ! Celui qui a recours aux mots vifs, c’est celui qui h/â pas 1 d’arguments sérieux à son service.
- I Nous sommes loin de partager toutes lês idées de M. Domenjarie; il nous serait même facile d’en réfuter quelques-unes. Qu’il nous suffise de lui faire remarquer que le critère sur ieguel repose tout son travail est faux, En principe il est très joli ne dire que la vérité, étant innée Chez l’homme, le consentement ^universel de tous lés hommes à une, opinion^ autrement dit i’unanimité^, t la preuve de la vérité de cette opinion. En fait le mal fondé de cette doctrine est évident. G’eât au nom du consent^ ment universel que fi on a nié durant des siècles qu’Jlï put y avoir des hommes aux antipodes, puisque, disait-on, ees hommes auraient eu la tète en bas et les pieds en haut, C’est au nom du consentement universel què l’on a soutenu que le sang ne circulait pas, que le soleil tournait autour de la terre, etc,, etc.
- Lamennais dans un ouvrage trop peu connu etquq M. Domenjarie nous parait ne pas connaître, Esquisse d’une philosophie, essaya de construire une,philosophie basée sur le consentement Universel. Ii ne fut pas difficile de démolir tout ce système.
- Malgré l’erreur fondamentale sur laquelle il repose lë yolume de M, Domenjarie mérite d’être fu. Il est plein d’aspirations élevées. Ôn y sent d’un bout â l’autre l’œuvre d’un bon cœur, D'ailleurs nous croyons connaîtra assez nos lecteurs pour espérer qu’ils s’intéresseront à un volume relatif à des questions élevées, écrit par un brave ouvrier tailleur dans les rares heures de loisir que lui laisse son gagne pain» Nous serons toujours sympathiques aux travaux intellectuels des Ouvriers. E. C.
- Précis de l’histoire naturelle. — Selon la science moderne avec une lettre préface de M. Henri Martin de l’Académie française, par Louis Cortambert (de New-York). 1 vol. in-18, prix 3 fr., chez-Maurice Dreyfous, 13, rue Montmartre, à Paris.
- Yoiei enfih tm livre qui he ressemble pas â 6eé méchants petits livres d’étude qu’on donne aux enfants et qui, pôur rester dans- la tradition, leur apprennent un tas de choses absurdes qu’ils devront se hâter d’oublier lorsqu’ils auront atteint l’âge de raison. Malheureusement cet âge de la raison éclairée et majeure ii en est qui vieillissent sans jamais l’atteindre ; et jusqu’ici ce fut le plus grand nombre Presque tous les enfants du peuple sont dans ce cas même lorsqu’ils ont été élevés par des Instituteurs laïques.
- Quand on pense que des historiens sérieux, comme M. Duruy, des hommes haut placés comme M. H. Wallon, l’auteur de notre constitution, n’ont pas ûraint de publier sous leur nom honorable à taùt de titres des Aàrêçês' de t histoire Sûinte destinés aux écoles primaires et des Epitomœ hütoriœ sacrœ\ Où se trouvent racontés comme faits historiques ; la création du monde en six jours et toutes lés fables de la Génèse et des livres hébreux avec la ehrumologie y afférente ! « Telle était l’influence de l’Eglise sur l’Université que ces petites ordures littéraires ont survécu k toutes nos révolutions et
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- se retrouvent encore dans .renseignement scolaire. Le conseil supérieur de l’instruction publique que nous promet M. Jules Ferry veut-il enfin renouveler des classes élémentaires? Sans cetle réforme importante l’instruction laïque différerait bien peu de l’instruction cléricale. Malheureusement la question d’épuration se complique d’une question de gros sous II faudrait trouver le moyen de désintéresser les éditeurs de ces sortes d’ouvrages et les décider à brûler leur vieux fond de boutique. C’est difficile....
- Pour faire comprendre l’esprit tout nouveau et véritablement philosophique qui a inspiré l’œuvre de M.Louis Cortambert, il nous suffira de citer les premières lignes de son livre. L’ouvrage commence ainsi :
- « Origine de noire monde. L’univers a toujours existé, parce qu’il est la manifestation de la raison éternelle.
- « L’univers est parfait; mais pour comprendre cette perfection il faudrait embrasser l'univers dans son ensemble infini et dans sa durée sans limite. La raison suprême peut seule le faire.
- « Nous ne pouvons connaître qu’une très-petite partie de l’univers. Cette connaissance même est nécessairement fort incomplète. Mais nous pouvons toujours la perfectionner par l’observation et par l’étude. Il nous importe avant tout de connaître l’histoire du monde que nous habitons et celle de la famille humaine à laquelle nous appartenons. »
- L’auteur commence ensuite l’histoire de la terre, mais en disant tout ce qu’il y a d’hypothétique dans la théorie que donne la science pour expliquer la formation .des planètes de notre système solaire et les premiers âges du globe que nous habitons. Après avoir décrit très sommairement l’habit de terrestre, l’auteur, sans chercher à résoudre la question des origines du genre humain, pour laquelle les données jusqu’ici font défaut, aborde l’histoire de l’humanité qu’il définit fort bien « le tableau du progrès accompli, dans le monde par l’intelligence et l’esprit de sociabilité. »
- L’ouvrage est divisé en trois parties : l’antiquité, le moyen-âge et l’âge moderne, dont il conduit l’histoire jusqu’à nos jours.
- Un précis embrassant en 200 pages un sujet aussi vaste ne peut donner qu’une idée bien incomplète de l’histoire universelle Ce n’est qu'une esquisse sans doute et cela vaut ce que peut valoir le squelette dans l’étude du corps humain, mais c’est de la science, et il faut remercier M. Cortambert d’avoir pu mener à bien une telle tentative. Le plan est bon, le cadre est juste, il n’y a plus maintenant qu’à étudier la vie de l’humanité dans
- les diverses races et dans les peuples qui sa sont suc-cudés à la surface de la terre. C’est dans le récit détaillé de leurs luttes, de leurs efforts, de leurs souffrances que se trouvera l’iinérêt de l’histoire et les leçons que nous pouvons en tirer. Mais au moins les bases sont posées sur la réalité, non sur la fiction, et l’édifice historique de l’humanité va cesser de s’édifier dans les nuaeres.
- Ch. F.
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- Depuis le dernier bulletin, la bibliothèque du Familistère a reçu les dons suivants :
- 1° de M. Leleu, pharmacien à Neubourg : les « Apologues araucaniens » de M. Ed-mérick Edmond. 1 vol.
- 2° de M‘le Eugénie Pierre « les Femmes, les
- voilà ! » brochure dont elle est l’auteur 1 »
- 3° de M. Emile Bedinghans, à Gand « la Peine de mort » brochure dont il est l’auteur 1 „
- Ensemble 3 vol.
- Que les personnes qui veulent bien s’intéresser à la bibliothèque du Familistère agréent le témoignage public de notre reconnaissance. L’œuvre qu’ils encouragent est bien digne puisqu’il s’agit de la bibliothèque d’une association d’un millier d’ouvriers qui ne peuvent que gagner à s’instruire ou à lire de bons livres.
- Nous sommes certain que bon nombre de nos lecteurs ont chez eux des volumes qui leur ont servi autrefois soit à leurs études, soit à leur distraction et qui ne sont plus aujourd’hui pour eux qu’un embarras. Ces livres pourraient trouver un emploi utile si dans une bibliothèque comme la nôtre, destinée à une grande agglomération de travailleurs, comprenant des ouvriers, des employés et leurs familles.______________________________________
- Le Directeur Gérant : Godin,
- Oel trouve à la, Librairie du DE VOIR s
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- SOLUTIONS SOCIALES, 1 volume de 655 pages, avec la vue générale du Familistère, les vues intérieures, plans et gravtires.
- Edition in-8°. . . 10 fr.—Édition grand in-18°. . . 5 francs.
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- DU MÊME AUTEUR
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- • LePolitique du travail et la Politique des 'privilèges, volume de 192 pages. . 0.40 c.
- La Souveraineté et les Droits du Peuple, volume de 192 pages................0.40 c.
- La Richesse au service du Peuple, volume de 192 pages.......................0.40 c.
- Les Socialistes et les Droits du travail, volume de 192 pages...............0.40 c.
- Ces ouvrages seiont envoyés franco contre mandats ou timbres-poste adressés au gérant du Devoir, à Guise (Aisne).
- Saint-Quentin — linp. de la Société anonyme du Glaneur
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- 3e ANNÉE, TOME 4 — N° 75 Ze numéro leliomadaire 2,0 c, DIMANCHE 15 FÉVRIER 1880
- JOURNAL DES RÉFORMES SOCIALES
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- SOMMAIRE
- Le tarif des douanes et les intérêts des ouvriers. — Le fer et la houille. —Semaine politique. Notes d’un liseur. — Transformation de la peinture militaire. — Une simple question. — The Ward School. — Petites nouvelles. — Deux mots à la critique philosophique. — Les sociétés d’alimentation. — L’Irlande. — Erratum. — Variétés
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- LE TARIF DES DOUANES ET L’INTÉRÊT DES OUVRIERS-
- L’une des plus amusantes comédies de Molière, Y Amour médecin, débute par une scène •bien connue. Sganarelle, qui n’a plus au monde d’autre parente que sa fille, s’attriste de la voir atteinte d’une mélancolie désespérante ; il en a perdu l’esprit, et, sentant le besoin de bons conseils, il a réuni ses amis, entre autres M. Josse et M. Guillaume, afin de les consulter.
- Ces amis se prêtent de la meilleure grâce à ..conseiller le bon Sganarelle. M. Josse, qui est orfèvre, croit que l’amour de la parure est la chose qui réjouit le mieux les filles et que ,1e meilleur remède à donner à la malade en question serait de lui acheter de suite une belle garniture de diamants, de rubis et d’émeraudes.
- - M. Guillaume, qui est tapissier, n’est pas moins serviable que M. Josse ; il abonde aussi
- en bons conseils : s’il était le père de la malade il achèterait une belle tenture de tapisserie et la ferait mettre dans la chambre de la jeune fille pour lui réjouir l’esprit et la vue.
- Sganarelle écoute avec patience ces conseils; il déclare les trouver admirables ; toutefois il les tient pour un peu intéressés ; ils sentent, dit-il, l’homme qui a envie de placer sa marchandise. En conséquence, tout en reconnaissant que les raisons émises à l’appui de ces con. seils sont les meilleures du monde, le pauvre père trouve préférable de n’en suivre aucun.
- Cette scène exhilarante a toujours un grand succès auprès du public. Cela se comprend : elle est de tous les temps et de tous les pays. Partout et à toute époque il s’est trouvé des amis pour ne s’occuper, dans les conseils qu’ils donnent, que de leur intérêt personnel.
- Les enquêtes officielles sont surtout fécondes en conseils de cette espèce.
- Sous prétexte de consulter les intéressés on nomme des commissions composées de personnes le plus souvent étrangères aux questions débattues. Et devant ces commissions passe un interminable défilé de messieurs Josse et de messieurs Guillaume, parlant chacun en faveur de ses intérêts personnels.
- L’enquête sur le tarif général des douanes en a donné un spectacle convainquant. Nous pourrions faire pouffer de rire nos lecteurs en relevant à leur intention certains passages, des procès-verbaux dé la commission des tarifs.
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- Nous ne le ferons pas. Il ne conviendrait pas de rire dans une question qui entraînerait, si le tarif est voté, un énorme renchérissement de toutes choses et par conséquent une très-vive aggravation du sort déjà si pénible des ouvriers.
- Comme Ta fort bien fait observer M. Guyot,la tâche entreprise par la commission était impossible. Aussi il lui est arrivé ce qu’il devait arriver : la commission n’a entendu que les gros industriels, les gros propriétaires, ceux qui ne craignent ni la dépense d’un déplacement, ni l’émotion d’une entrevue avec une commission parlementaire ; les autres, les petits, ne sont pas venus, ils n’auraient osé, ils n’ont pas été entendus et ils ont été sacrifiés aux gros, aux riches, aux puissants, à ceux qui parlent haut, occupent les avenues du pouvoir et ont des journaux à leurs gages. N’entendant qu’une cloche, la commission m’a présenté qu’un son.
- Que penser de conclusions tirées d’une enquête dans laquelle ont été entendues quelques dizaines de chambre de commerce et pas une seule ^chambre syndicale ouvrière, quelques centaines d’hommes fortunés et pas un seul homme sans fortune, quelques centaines de patrons et pas un seul ouvrier 1 1 Serait-ce que les intérêts des ouvriers et des pauvres gens — autrement dit de l’immensité de la population — seraient moins respectables, moins dignes de sollicitude, que ceux des rentiers et des patrons — c’est-à-dire du très petit nombre ?
- Il nous semble que c’est tout le contraire. Si l’état se trouve dans l’impossibilité en matière de douane de concilier les intérêts des patrons avec ceux des ouvriers, c’est aux intérêts des ouvriers qu’il faut donner la préférence.
- Nous vivons à une époque de suffrage universel. Les intérêts du plus grand nombre doivent primer ceux de telle ou telle coterie. La Révolution a supprimé les privilèges et son esprit s’oppose à leur rétablissement. L’Etat doit faire la loi pour tous et non pas la faire pour quelques-uns. On ne doit d’impôts qu’à l’Etat.
- Malheureusement ces principes ne sont plus observés. Une féodalité nouvelle s’est formée,la féodalité de l’argent. Le fait de l’extension Inouïe prise depuis un demi-siècle par l'industrie et le fait que la richesse produite par le
- concours du travail et du capital est accapart en entier par le capital, sans que le travail participe, ces deux faits ont reconstitué ur classe de privilégiés, celle des capitalistes, i grande majorité des individus est frustrée d’ur partie de son bien être par la minorité.
- Cet état de choses est déplorable et cepe-clant les protectionnistes affichent la prétentio de l’aggraver encore. Ils demandent à l’Bt; d’organiser les choses de telle façon qu’ils ppj; sent eux, petit nombre déjà privilégié, percevo sur la grande masse du public, et en plus d* privilèges dont ils jouissent déjà, un impôt à leu profit personnel.
- Nous n’avons pas à reprendre ici aujourcTLi ce que nous avons dit précédemment du libi échange et de la protection en général. Le titr du présent article précise et circonscrit j champ de nos réflexions. Nous n’avons à corn dérer la question que par rapport à J’iatéri des ouvriers,
- Disons le tout de suite, ce point de vue u permet pas un instant d’hésitation. L’adoptioi même partielle, du tarif des douanes, serait u désastre pour la classe ouvrière. Elle aurait payer plus cher tous ses objets de consomfoj tion sans qu’elle eût à gagner davantage cornu salaire. La consommation diminuerait par coi séquant, ce qui ferait diminuer aussi la prc duction, L’exportation serait entravée et le te vaii ralenti. En peu d’années beaucoup d’ot vriers manqueraient d’ouvrage et se trouïi raient sans travail au milieu d’une société oui prix de toute chose aurait eonsidérablemeE augmenté.
- Nous savons bien ce que l’on va nous d'irei faut, dit-on, protéger certaines industries qt se trouvent en souffrance depuis quelques ai nées. A défaut de cette protection officielle le patrons des industries en souffrance se verrou contraints de fermer leurs usines et de renvoyé leurs ouvriers.
- Menaces surannées. On n’y croit plus. Le industriels qui disent cela le disent depuis 181Î Cela fait 62 ans, à les entendre, que leurs if dustries râlent et vont rendre le dernier soupl1
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- Des agonies aussi longues ont fort l’air d’un état de santé.
- C’est ainsi que chaque année celles des industries qui se plaignent le plus,la houille,le fer, le coton, doivent périr infailliblement si l’Etat ne leur vient pas en aide, et au plus tôt. Et cependant chaque année de nouvelles entreprises de ces industrip^-fà surgissent à côté des anciennes, et les titres se cotent à la bourse à des prix excessifs, et les dividendes distribués aux actionnaires sont énormes, si énormes même que, eu égard au prix d’émission, ils semblent fabuleux. La Compagnie des mines de Lens, l’une des plus jeunes, distribue des dividendes annuels de ,300 pour cent et celle d’Anzin,laplus ancieepe, des dividendes annuels de 4 ou 5 fois le capital (i) !
- Et c’est en présence d’un tel état de choses que l’on a l’aplomb do nous dire qu’il faudra renvoyer les ouvriers faute de travail 1
- Et l’on ose demander à l’Etat de nouveaux privilèges en faveur de ces privilégiés !
- Et il peut se trouver des gep.s pour émettre des prétentions aussi exhorbitantes et des députés pour les porter à la tribune.!
- Mais c’est à m’y pas croire!
- Il est vrai que les protcctiopmst.es n’onf pas que ce seul argument à faire valoir. Ils en ont un autre de même force. La protection, disent-ils, permettra aux patrons de payer davantage leurs ouvriers.
- C’est d’une naïveté charmante.
- A qui pense-t-on faire croire que les industriels protectionnistes se dépouilleront au profit de leurs ouvriers, de tout ou partie du supplément de bénéfice que leur donnerait le nouveau tarif des douanes s’il se trouvait un parlement assez coupable pour le voter ? Pas ,un seul centime do ce suppléèrent de bénéfice ne serait donné aux ouvriers. Il y a assez d’antécédents pour prouver que les patrons protectionnistes, comme beaucoup d'autres d’ailleurs, entendent profiter seuls de leur prospérité. L’appétTt vient en mangeant.
- Que! étrange et navrant contraste entre la réalité et l’intention prétendue ! On dit qu’il faut
- ticle A °ir l6S reUSeigUüWe'ûls je Wé§enl ar
- protéger les intérêts des ouvriers nationaux et l’on ne trouve pas de meilleure mesure à prendre pour cela que celles consistant à leur faire payer tout plus cher, à eux qui ont un si vif besoin de tout payer meilleur marché.
- Vous prétendez imposer davantage les fers à leur entrée afin de pouvoir réaliser de plus grands bénéfices sur les vôtres. Qui frappez» vous par cette mesure ? Tout le monde, mais surtout l’ouvrier des vijles et celui des campa-gneè : presque tous leurs outils sont en fep.
- Vous proposez d’élever les droits sur le coton de 75 0/0, chiffre énorme et qui, malgré cela, ne paraît pas suffisant aux patrons intéressés. Qui en souffrira ? Tout le monde, mais surtout l’ouvrier" des villes et celui des campagne^ : leurs ressources sont trop faibles pour qu’jls puissent avoir de bonnes étoffes. Et les pauvres ouvrières, qui sont déjà si malheureuses, qui ont déjà tant de peine à se suffire, avec quoi se vêtiront-elles quand elles devront payer plus cher les vêtements de coton ?
- Vous osez, à un moment où les mine^ (de houille jouissent d’une prospérité prodigieuse, à l’heure où nous sortons à peine (pun fiiypr dont les rigueurs sont présentes à toutes les mémoires, d’un hiver où I,e prix de lq hoqille est monté à une hauteur excessive et où les pas de mort par le froid se sont montrés si nprrp breux, vous osez parler de fermer la frange aux houilles étrangères afin de pouvoir vendre vos houilles françaises aussi cher qu’il ypus plairg. Mais qui atteindra surtout ce renchérissement ? Ce sera l’ouvrier : il n’a pas autre chose que la houille pour se chauffer.
- Ah ! vousl’ayezplaint cet hiver, le malheureux ouvrier, qui grelottait de froid ! Qu’aurait-ce été si la houille avait été vendue aux prix absurdes que les protectionnistes ont à opaur de lui donner.
- Enfin, comme si cette campagne en faveur de l’appauvrissement des classes ouvrières n’était pas déjà assez ‘triste comme" cela,, vous projetez encore de frapper le blé et la viande ! Qui se ressentira de ces droits nouveaux ? Les gens riches ? Non. Il importe p,e(u aux geps riches de payer quelques francs de plus par jour pour leur nourriture, A qm il importe foyofr le pain et la viande à bon marché, c’est
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- aux ouvriers des villes et des campagnes : l’ouvrier des villes ne mange pas autant de viande que cela serait nécessaire pour réparer ses fatigues ; l’ouvrier de campagne n’en mange presque jamais : pour l’un comme pour l’autre la viande est déjà trop chère. Et vous voulez la faire renchérir encore ! Mais qui êtes*-vous donc ?
- Enfin vous proposez d’augmenter le prix du pain, le prix de la principale nourriture du pauvre, la seule qu’il ait parfois à se mettre sous la dent. Mais c’est tout simplement odieux? C’est renouveler le pacte de famine ! C’est rétablir une dîme aussi honteuse que celle des siècles passés ! Les pauvres mangent plus de pain que les riches. En frappant le blé et par conséquent en faisant hausser le prix du pain, vous frappez non-seulement un nombre plus grand de pauvres que de riches, mais encore vous frappez chaque pauvre d’une somme plus forte que celle dont vous frappez chaque riche, c’est le contraire de ce qui devrait être. Et tout cela pour enrichir quelques gros propriétaires et quelques gros fermiers. Avouez que c’est bel et bien, sous une forme nouvelle, le rétablissement de la dîme, de la dîme odieuse et exécrée qui pesait d’autant plus sur les uns qu’ils étaient plus pauvres et rapportait d’autant plus aux autres qu’ils étaient plus riches.
- Où se trouvera-t-il une majorité parlementaire pour voter un pareil retour aux iniquités d’un autre temps ?
- Certes nous ne voulons pas dire qu’il n’y ait rien à faire en faveur d’un développement plus grand encore de l’industrie et de l’agridulture, mais les mesures à prendre dans ce but il faut les prendre de telle sorte que loin de nuire à l’ouvrier, elles tournent au contraire a l’amélioration de son sort.
- Ces mesures, nous les trouvons dans une moindre durée du service militaire, dans une meilleure répartition de l’impôt, dans la grande diffusion de l’enseignemênt professionnel, dans la renaissance de la liberté d’association, dans les encouragements à donner aux perfectionnements mécaniques, dans la multiplication des voies de communication et dans la diminution des frais de transport, dût-on pour y arriver racheter canaux et chemins de fer.
- En votant des mesures semblables le Parl6l ment méritera bien de la patrie. Ce sera décréta l’abaissement du prix de la vie, et comme consé, quence l’amélioration du sort des ouvriers. ^ contraire voter le tarif des douanes, ce serai; décréter la misère. Ed. Champury.
- LE FER ET LA HOUILLE
- On a pu croire que nous exagérions en parlant d« la prospérité de l’industrie métallurgique et des bé. néfices inouis réalisés par les entreprises de houille
- Eh bien non ! nous sommes restés plutôt au-dessous de la réalité.
- M. Pascal Duprat cite comme exemple, dans lj métallurgie , les titrées de Hauts Fourneaux di Gisors qui paient 93/4 0/0 de dividende à leur: actionnaires, le Creusot qui paie 10 0/0, h O Fives Lille qui paie-13 0/0 et celle des Chantiers de la Méditérannée qui paie 15 0/0 (ces chifïres en plus de l’intérêt habituel). Il cite également, dans les houilles, les titres de Yicoigne-Nœuds qui, émis à 1,000 fr. valent 19,000, ceux de Maries qui, émis à 500, valent 17,000, ceux de Courrières qui, émisl 1000, valent 27,000; enfin les Deniers d’Anzin qui valent aujourd’hui 1 million deux cent mille francs chacun et rapportent 14,000 fr. de dividende annuel,
- Nous pouvons présenter des chifïres authentiques bien plus éloquents que ceux de M. Pascal Duprat
- Prenons entre autres ceux relatifs à la G1* d’Anzin et ceux relatifs à la Cie de Lens, c’est-à-dire à la plus ancienne et à l’une des plus jeunes exploitations de houille.
- Les chiffres sur la Ci0 d’Anzin, sont empruntés auï Tableaux de statistique de M. Yuillemin, président du comité des houil ières du Nord et du Pas-de-Calais, et ceux sur la Ce de Lens au compte-rendu officiel publié le 25 novembre 1877 par le journal Le Charbon.
- La Ce d’Anzin, elle réalise, des bénéfices tellement considérables que la valeur vénale du Denier (part du capital de fondation) qui n’a- coûté que 10,000 fr. aux souscripteurs s’est élevée suivant les années à 55,000 fr. en 1873, à 800,000 fr. en 1874, à plus de 1 million 200 mille fr. en 1875.
- La Ce de Lens débute en 1863 avec un modeste capital de 900.000 fr. Aucun versement nouveau n’a été appelé ni aucun emprunt nouveau n’a été cou* tracté depuis lors.
- En 1857 cette Coproduisait déjà 71.000 tonnes et distribuait 33 0^0 de dividende.
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- En 1867, c’est-à-dire après les traités de com-
- merce elle'produisit 358.000 tonnes et distribua plus de 100 OiO de dividende.
- En 1873 elle produisit 653.000 tonnes et distribua in dividende 3 fois plus fort que le capital.
- Elle produit aujourd’hui plus de 700.000 tonnes.
- Au 30 juin 1877 elle avait distribué une somme de dividende de 23 millions 925 mille francs sans compter la part mise chaque année au fond de réserve, part que les souscripteurs retrouvent dans la valeur de leur titre.
- Les titres de 900.000 de capital primitif représentaient en 1877, d’après le cours moyen de la bourse de Lille et malgré l’énorme dépréciation produite par la crise industrielle qui régnait en ce moment là une valeur négociable de 63 millions de francs, 70-fois plus en 24 ans ! Ce qui sans compter les intérêts et les dividendes, donne en moyenne le triplement, ou à peu près, du capital chaque année.
- Et que l’on ne vienne pas dire que ces chiffres font exception dans l’ensemble de l'exploitation houilliêre. On se tromperait fort.
- En eûet de 1850 à 1873, c’est-à-dire en 23 ans la production totale dans les bassins houillers du Nord et du Pas-de-Calais s’est accrue de 534 pour 100.
- En 1850 elle dépassait à peine 1 million de tonnes, d’une valeur de 11.400.000 fr.
- Dix-ans après, en 1860, année de la conclusion des traités de commerce, elle était de 2.150.000 tonnes d’une valeur de 31 millions.
- Dix ans plus tard encore, en 1870, elle s’élevait à 4.700.000 tonnes d’une valeur de 53 millions.
- Aujourd’hui elle atteint le chiffre colossal de 6.600.000 termes représentant une valeur de plus de
- CENT MILLIONS DE FRANCS !
- En 1875, le capital d’exploitation étant de 200 millions les dividendes distribués ont correspondu à un capital d'iiN milliard de francs !
- Ces chiffres parlent d’eux-mêmes. Toutefois il n’est pas superflu de remarquer que le revenu normal des houillères du Nord devrait être de 3 à 4 0/0, à peu près comme le revenu des propriétés foncières, car, dit M. Vuillemin, l'étendue des concessions, les grandes richesses à peine entamées gu elles renf erment, le développement dont est susceptible leur exploitation, font assimiler les bonnes valeurs houillères françaises aux propreétés foncières.
- Et voilà quelle est la prétendue misère de ces compagnies avides de privilèges qui, non contentes de réaliser des bénéfices prodigieux prétendent, encora
- percevoir à leur profit un impôt indirect sur la population et tout particulièrement sur les ouvriers.
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- LA SEMAINE POLITIQUE
- L’élection Broca et l’article y. — Ainsi que nous l’avons annoncé sommairement dans notre dernière revue, M. Broca a été élu sénateur inamovible par 140 suffrages contre 132 obtenus par M. Bétolaud, lequel était classé comme républicain, mais avait le très-grave défaut de réunir sur son nom les voix des droites, et de représenter l’opposition à l'article 7 de la loi Ferry. Cette élection prouve deux faits: le premier, c’est que les droites sénatoriales en sont réduites, si elles veulent ne pas perdre à coup sûr leurs suffrages, à voter pour un candidat républicain ; le second, c’est que 140 sénateurs, contre 132, ont voté par anticipation l’article 7 de la loi Ferry, en accordant leurs suffrages au candidat qui, de l’aveu de tous, représentait l’article 7, eten le refusant au candidat déclaré hostile à cet article Ou peut donc, dès maintenant, considérer comme probable le vote de l’interdiction de l’enseignement public aux membres des congrégations non autorisées.
- Après ce vote décisif est venue la discussion des conclusions des rapports *ur les pétitions relatives à la liberté de l’enseignement supérieur. Ces pétitions portent 1,700.000 signatures, dont moitié données par des femmes, et beaucoup par des mineurs. Une très grande quantité de ces signatures n’est pas légalisée. Beaucoup sont illégales. Les motifs allégués par un grand nombre de pétitionnaires prouvent qu'en les a trompés sur les faits pour obtenir leur signature. Après discussion, et d’un commun accord, les pétitions et les rapports ont été renvoyés à la commission chargée d’examiner le projet de loi relatif à la liberté de l’enseignement supérieur.
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- Mouvement j nxlîeïiilre. ~ L’épuration de la magistrature se fait peu à peu ; on va doucement, mais il n’est pas facile d’aller plus vite, les moyens dont peut user aujourd’hui M. le garde des sceaux étant beaucoup trop insuffisants fl faut donc pour le moment nous contenter des petites satisfactions qu’on nous donne. Ainsi un mouvement judiciaire a eu lieu ces jours derniers, il porte sur 93 sièges. Deux procureurs généraux permutent par ordre; ce sont ceux de Montpellier et d'Orléans.
- Deux conseillers de cour d’appel et un président de tribunal, celui de Blois, sont mis à la retraite.
- Les révocations sont au nombre de 18; elles atteignent des avocats généraux, des procureurs et des substituts. Il y a en outre deux démissions, cela fait un peu patienter en attendant la loi sur la réforme judiciaire.
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- L’incident J:i ureguiLerry. — Avant de reprendre la discussion du tarif général des douanes, la Chambre a voté le budget des dépenses sur ressources extraordinaires de l’exercice 1880. Ces ressources. seront réalisées au moyen de l’émission de 3 0/0 amortissable. M. Haentjens a profité de l’occasion pour attaquer .ce nouveau fonds, auquel il préfère le 3 0/0 non amortissable, et pour réclamer la conversion.
- C’était sortir de la question; la Chambre, en effet, avait à voter uniquement sur une dépense, et non pas sur le procédé au moyen duquel on fera face à cette dépense; aussi a-t-elle passé outre.
- Un incident s’est produit au cours du débat. La commission avait rejeté un crédit de 800,000 francs pour fortifications aux colonies. M. le ministre de la marine a vainement réclamé le rétablissement de ce crédit. L’objection faite est l’absence de devis, absence que le ministre avait d’ailleurs expliquée. Le langage tenu par
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- ^JMyyh——————wn——gi"w it.iwi .iM»mawwwBU«jnwvmjwmb——,iiiwwiH*re-gwar.Maejr»«W'g?t- iMWMj»jjfciii«^f»uLimimi^-wMM»««r*.-7iarr^-^TTniiri~rrrirharn—M
- la commission prouve qu’après présentation de devis, le ïhinistte (sbtîendrà un crédit.
- Cependant M. Jauréguiberry a jugé à propos de se fâcher et de quitter la Chambre de tort méchante humeur. Il est allé dit on porter sa démission à l’Elysée ; puis sur les instances de M. Grévy, le ministre est revenu à des sentiments plus raisonnables. A notre avis M. Grévy aurait bien fait dë prendre au ffidt le fdugueux et réactionnaire amiral.
- Ifie «les do«««es. — La Chambre con-
- tihüé la discussion générale sur le tarif général des dôùahës. Elle a entendu un discours protectionniste de M. Cxâudln-, qui, sur presque tous les points, accepte le résultât dés travaùx de la commission: un discours nètleïnent iibre-écbangistê de M-. Pascal Duprat ; un discours protectionniste de M-. Guichard* qui a parlé des céréales et surtout du bétail- et enfin-, des discours de M&L dès Roys et.des Rotours qui n’ont guère fait avancer là question. Eue seule idée nouvelle a été émise et elle n’èst pas exacte* M. des. Rotours a prétendu que la Chârhbre, brayant plùs que deux ans à vivre-, ne pourra pas engager la Frahce pour dix années, eu sanctionnant des traités de comnaeree. .Où a-t-il vu que les engagements pris par le Parlement aient pour limite la durée du Parlement ?
- Interrompue par les têtes du carnaval, la discussion sera reprise samedi, après le <iébat sur le rapport Casimir Perrier concluant au rejet de l’amnistie, dé'bat qui s’ouvre au moment même où nous écrivons.
- •*
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- A.âoiplie Orëmieux. — Rfous avons eu la douleur d’apprendre cette semaine, la mort du vétéran de la démocratie française, M. Crémieux, sénateur inamovible.
- Entré dates la vie politique après une brillante carrière au barseau, dont il fut une des illustrations, M. Crémieùx s’test toujours montré libéral sincère et dévoué. Ï1 fut le premier israéii.te devant lequel s’ôuvrirent les portes du palais^ législatif, non sans peine et sàns obstacle.
- Depuis le 24 février 1848-, lorsqu’il ferma, sur la place de la 1Goncordev laportière de lâ, voiture qui emportait le roi Louis-Philippe et la monarchie constitutionnelle, M. Grém-ieux est resté, sans jamais broncher, au service de la République. Nommé, poùr ainsi dire .par acclamation, membre du gouvernement provisoire de l’époque-, il lui fût encore donné de Siéger, en 187-0, parmi les ministres de la Défense nationale et il a vécu assez longtemps pour assister à la consolidation définitive des institutions 'auxquelles il consacrait toutes -les forces de son intelligence, tous les élans de son cœur généreux-.
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- li’incideint d’Aîexa lulrette. L’ambassadeur de France a Gonstantinople informe notre ministre des affaires étrangères que la -Perte donne un commencement de satisfaction pour -les violences dont les marins français du Latouche-Trévilte ont été victimes à Alexandrette. Le kaïmacan de la ville est révoqué et les musulmans agresseurs seront jugés par tes tribunaux ; te gouvernement permet de faite appliquer sans retard et avec une extrême rigueur tes peines qui seront prononcées Contre les assaillants.
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- i«>» «a Italie. — Le gouvernement de Rome vient d’envoyer aux autorités provinciales Une circulaire qu'il est utile de signaler au passage, d’autant plus qu’elle touche aux intérêts de nos possessions algériennes. Le ministre de l’intérieur italien engage les préfets à combattre, par tous les moyens èn lëü'r pouvoir, les tendances qui poussent les travailleurs des campagnes à s’expatrier. Les paysans des pro'vïncës pauvres de rttâltese laissent facilement séduire par les promesses de certains agents d’émigration : ils s’embarquent au hasard, sans ressources, tombent d'ans la
- misère en arrivant à destination, et se livrent au vaga, bofidage ou au crime. L’Algérie, si voisine de l’ïtalie'dn sud et de la Sicilé, attire naturellement uüe grande pan tie de ces recrues peu désirables, et bien souvent- q0s fonctionnaires des départements d;Oran et d’Alger Se sont plaints de leur invasion. Assurément le travail ^ manque pas dans notre colonie, et les bras y trouve^ de quoi s’occuper : mais, une longue expérience l’a ré. vélé, l’émigrant qui n’emporte pas un petit Capital a pgu de chances de réussir; il devient trop souvent un élé. ment de désordreètüfi embâtteàé. Nolis espëroiié fidèle efforts du gouvernement italien réussiront k corriger le fâcheux état de choses qui a provoqué la circulaire du ministre.
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- L’élection «le Ibî'ver’pooï. — Le B février à é|; lieu à Liverpool une élection qui a préoccupé i’Angle. terre au moihs autant que i’oùverlure du Parlement,'qUj s’est faite le même jour. Ce U’est pas seulement panée que Liverpool, ville de 300,000 âmes est, après Manchet ter, Londres étant divisé ëii plusieurs circonscriptions le collège électoral le plus nombreùx des trois royaumes’
- :— elle compte plus de 60,000 électeurs, et six villes sein tentent en ont plùs dé 40,000 ; — mais Liverpool est une des fortere-ses du parti conservateur, et la défditb dé ce parti à l'élection partielle aurait été considérée comme un indice de défaites futures aux élections générales, Malheureusement ié candidat consefvâteiir, M. Whitr-i ley, a été élu, malgré l’influence de lord Derby, qui est sorti du fiàrti tory pour Voter àvèC lés whigs, et qui è'st le plus grand propriétaire du comté; malgré le concbürs des Irlandais, très nombreux à Liverpo’ol et dont le concours était acquis au candidat libérât lord Ràifisâÿ.
- La majorité absolue par le candidat.conservateur ësf de 2,221 voix. Mais, au scrutin de 1874, îa différence entré le prémier dés conservateurs élus ét lë câhdidatli-béral, non élu, qui figurait en tète de. la liste, était ds 4,^05. Les libéraux ont donc gagné du terrain, et cels leur donne de l’espoir pour le jour des élections générales.
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- Ouverture «lu î?ar*lei*i.e,itst anglais. — Le
- Parlement anglais a été ouvert lè h février jaar la Reine en personfiê. La Session annfielle qüi commence fist. pour la Chambre des communes, la septième çt par conséquent la dernière. C’est assez dirè qu’entre le cabinel conservateur et Popfiosition libérale, ia discussion aura pour principal objet de préparer les élections générales,
- Le discours du trôfiô ‘ëst fortgnsignifiaili.
- Au sujet de l’Afghanistan, la’reine après tin bref exposé des faits accomplis, paraît exclure toute pensée d'annexion, en disant qùe, « tout en ëtaüt résoliie a fen; dre plus fortes les frontières de son empire de l’Inde; élit désire conserver des relations amicales avec la population d'é l’Afghanistan et avec Ceux qüi sont appelés à la gouverner. »
- La pàrtie là plus importante du discours est celle qui, inspirée par l’état déplorable de l’Irlandé; à trâit à de-projets de lois modifiant l’exercice du droit de propriété, La législation en vigueur autorise et même favorise le; substitutions. Elle tienne tout drbit du fffopriétaire üf disposer à tout jamais de sa terre, de déterminer, par ut âcte dé sa volonté, quels en seront les propriétaires e-comment ceux-ci i’adminisireroüt, Sâtis pdüvbir Faliè ner,.en faire donation ou la diviser. Le propriétaire es! ainsi réduit à l’êtàt d’usufruitier. Le projet de loi an-. üoncé diminuera le droit fie Substitutidiis' et il affranchira le propriétaire actuel du joug posthume du .propriétaire défunt. Un autre projet simplifiera la proçédurf du^ transfert des propriétés, qui est fort ëomplitfùëè, très coûteuse, et n’assure pas à l’acheteur un droit de pro-priété incon’tëstable.
- L’adresse a été votée sans incident à la Chambre ctë lords. Au contraire, à la Chambre des communes la dit' cussion a été fort orageuse.
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- force® militaires allemande®. — Le
- ,y f4H4ral allemand composé, comme on sait, des C»S!sérSnts des divers Etats! a adopté en séance plé-l’accroissement des forces militaires et l’augmen-FMnn du budget qu’il comporte rendant ^opposition contre les projets s’étend dans t S et l’on peut prévoir qu’ils vont rencontrer d'assez ^^résistances au sein du reichstag. La loi militaire ïmivelle est combattue par un certain nombre de jour-San* catholiques, particularistes et progressistes.
- Ta Germania (catholique) engage le Reichstag a exa-mfner mûrement s’il ne serait, pas plus patriotique de
- TCDOUSser que de vüter * leS imPôts de £uerre> » dont le
- chiffre est devenu exagéré. . , , ,
- Les ëessische BlMter (particularistes) protestent contre l’élévation progressive du budget de la guerre prussien, nui a plus que triplé depuis quelques années. « La voilà donc s’écrient-elles, cette ère germanique nouvelle, cette’ère de prospérité européenne que nous devons à l’action de la Prusse en 1866. »
- Le Beichsburger, de Leipsick (progressiste), combat non moins vivement « nn système qui conduit l’Allemagne à la ruine et la place dans la terrible alternative d’une guerre ou d’une banqueroute. Et même avec la guerre la banqueroute est inévitable. »
- Ce journal ne voit plus qu’une vigoureuse initiative populaire qui puisse sauver le pays en empêchant le reichstag de voter le projet du gouvernement, mais ce serait se faire illusion que de compter sur l’efficacité de ce mouvement
- ILes frontière» gréco-turques. — Le Mot-
- ni%g Post et la P ail Mail Gazette annoncent comme probable le règlement prochain de la question turco-grecque dans des conditions satisfaisantes pour la Grèce. Le Biritto, journal ministériel de Rome, attribue en «grande partie ce résultat à l’intervention du gouverne-ment italien. Sans prétendre diminuer en rien la part qui revient à l’Italie, nous devons à la vérité de dire que c’est tout particulièrement à l’action du gouvernement français que la Grèce devra son accroissement territorial,* si cette interminable question de parties helléniques finit par trouver sa solution.
- * *
- L’Expédition do Merv. — Les journaux russes annoncent que l’expédition contre Merv est complètement décidée. Ils se lancent, à cet égard, dans de ; longues considérations sur l’attitude de la Perse. Ils > croient pouvoir affirmer que la shah est lié avec la Russie et permettra auxtroupes russes de traverser une partie du territoire persan. Il est certain, d’autre part, que l’Angleterre n’épargne à Téhéran ni les démarches, ni les promesses pour détacher le shah de l’alliance russe. On va même jusqu’à affirmer qu elle aurait promis de s emparer de la ville et du territoire de Hérat pour la •rétrocéder ensuite à la Perse, qui la convoite depuis longtemps. Le shah acceptera-t-il ces offres? Un avenir prochain nous l’apprendra. Quoiqu’il en soit, il nous semble que si les Anglais se décident à une longue et coûteuse expédition pour s’emparer de Hérat, ce sera ..pour le garder.
- NOTES D’UN LISEUR.
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- La préférence de l’intérêt général au personnel est la seule définition qui soit digne de la vertu et qui doive en fixer l’idée.
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- Vauvenargues.
- TRANSFORMATION DE LA PEINTURE MILITAIRE
- Depuis quelques années la peinture chauvine tend à reprendre faveur chez nous. De jeunes peintres d’une incontestable valeur, MM. Détaillé, de Neü-ville, Protais, et Berne Bellecour, consacrent tout leur talent à la représentation de scènes militaires*
- A chaque salon c’est devant leurs œuvres que le public stationne le plus volontiers, ce qui prouve que nous ne sommes pas encore débarrassés de l'amour du plumet, de la passementerie et de l’épaulette.
- Il convient cependant de remarquer à la déchargé des jeunes peintres militaires et de leurs admirateurs que les sujets choisis ne sont plus comme autrefois des bases flagorneries. Tandis que les tableaux de Lebrun-, de Yan der Meulen et d’Horace Vernet ne mettent en scène que les souverains ou les généraux, ceux de là nouvelle école s’attachent surtout au simple combattant. G’est là un incontes* table progrès.
- Remarquons en outre que nos jeunes peintres hê craignent pas de représenter la guerre sous de sombres couleurs, tandis que les peintres courtisans de Louis XIV et de Louis-Philippe né comprenaient leur art que comme une apologie du meurtre ët de la dévastation. Le palais de Versailles èèt jonché de ces immenses pancartes encadrées qui font les délices des tourlourous mais qui horripilent l’hommê de bon sens et le critique d’art.
- Aujourd’hui là peinture militaire semble entrer, dans une troisième phase, celle qui lui donne uh rôle social.
- G’est à un peintre russe, à M. Basile Véreschagiû, qu’appartient l’honneur de l’initiative de cette transformation. Cet artiste de génie entreprend de combattre la guerre par la peinture brutale de Ses horreurs et de ses misères.
- On peut admirer actuellement à Paris, au cercle de la rue Yolney, quelques-unes de ces toiles qui jurent si étrangement avec tout ce qui s’est vu jus- * qu’ioi en fait de la peinture militaire.
- Voici quelles réflexions cette exposition inspire A un critique de talent, M. L. fiugonftet. a L’impression générale que produit cette exposition rdest pas l’admiration pour les princes, ni la glorification dé la guerre. En racontant arec vérité et émotion les souffrances du soldat, sans distinction de nationalité, en s’apitoyant également sur les vainqueurs ét les vaincus, M. Vereschâgin sfost montré esseütiel-I lemênt humain. Ses tableaux, d’une réalité pôi-^
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- gnante et d’une philosophie élevée, sont en même temps une satire virulente des despotes ambitieux. M. Vereschagin n’est courtisan que du malheur. Il a partagé les tortures des victimes qu’il peint et, au lieu de rester contemplateur impassible, il ne peut s’empêcher de pousser son cri d’honnête homme.
- a Les vingt toiles rappelant des scènes de la guerre de 1877 m’ont surtout supris par leur sincérité. Je m’attendais à une vulgaire apologie de la conquête et à une traduction moscovite de l’odieux Vce victis ! Grand a été mon étonnement, à moi qui ai suivi dans le camp opposé à celui de M. Vereschagin les péripéties de ce lugubre drame, d’avoi.r à rendre hommage à la franchise et à l’impartialité de l’artiste.
- « Dans le tableau intitulé : Après la victoire, il nous montre au second plan Skobelef passant au galop devant le front de ses troupes qui viennent d’occuper Chipka. La longue ligne des fantassins, les pieds enfoncés dans la neige, est parfaitement rendue. Le personnage le plus sacrifié, c’est précisément le héros ; il apparaît dans le lointain, comme une sombre fatalité ; tout l’intérêt est captivé par les cadavres turcs et russes que la mort réunit au premier plan. Il y a un contraste .vigoureux entre l’enthousiasme du général vainqueur, avide de recueillir les félicitations de ses soldats, et le spectacle navrant de ses victimes dans la neige.
- « La troisième attaque de Plewna me fait songer au récit de Waterloo par Stendhal. L’empereur, assis sur un plant, au sommet d’un mamelon et loin du danger, suit, avec une lunette, le massacre de ses soldats qu’on a organisé pour le jour de sa fête et en dehors de toutes les règles stratégiques. Le tzar, entouré de son état-major, à l’air de ne rien comprendre aux événements qui se déroulent comme dans un rêve. Mais voici la réalité.
- « Un convoi de blessés russes nous fait assister aux douleurs de ces malheureux entassés sur des arabas traînés par des bœufs, dans des chemins épouvantables dont les orvrières leur donnent des secousses si atroces que la plupart meurent avant d’arriver au but.
- « Les prisonniers turcs produisent un effet plus grand encore. Le sol est entièrement couvert de neige, on n’aperçoit pas trace d’habitation humaine. Une ligne de poteaux télégraphiques indique seule l’emplacement de la route jonchée des cadavre, à moitié enfouis dans la neige, de prisonniers que l’on a eu la barbarie d’emmener, pieds nus et à peine vêtus, par un froid de 25 degrés et dans un pays où l’on passe des journés sans rencontrer un village. Bien des milliers sont morts ainsi. Les corbeaux
- n’osent pas encore se ruer sur leur proie. Il y a tr peu de temps que le convoi est passé. Mais en aidant ils picorent les excréments encore chauds chevaux et des buffles.. Bientôt les chiens erraj-viendront se disputer ces cadavres qu’ils écartèlero» sans pitié. Ces scènes sont tellement horribles q: bien des visiteurs refusent d’y croire C’est pourqu il faut féliciter chaleureusement le peintre d’avo eu le courage de nous dire la vérité.
- « Les vaincus nous montrent un autre épisoi navrant. Les cadavres de 1,500 chasseurs russe complètement nus, sont étendus en rangs serrés st le sol. Un pope, tenant un encensoir à la main, réci; une prière. Il n’est accompagné que par un solda; Deux hommes seulement pour dire le dernier adiç à tant de compagnons d’armes !
- « Ces lugubres drames sont traités par M. Vere; chagin avec un pinceau vengeur.
- « Le philosophe porte le dernier numéro d catalogue. L’artiste l’a fait avec intention. Ce solda qui contemple les morts songe à l’inutilité de tout* ces hécatombes et il fait comprendre l’explosion rt volutionnaire qui agite la Russie à cette heure. B retour dans son pays ce soldat philosophe ne pourr s’empêcher de dire que la gloire des massacres c vaut pas ce qu’elle coûte.
- « Ces éloquentes pages d’histoire contemporain sont dignes de Tacite et de Michelet. C’est ce qii explique l’impression profonde produite sur le publi; parisien par l’exposition de la rue Volney. Il es permis d’espérer qu’elle exercera une influence sala taire sur nos artistes. »
- A. ces appréciations de M. L. Hugonnet nous n’ajouterons que quelques mots.
- Voici des siècles que la peinture militaire existe e: qu’elle jouit de la part des gouvernements d’urit faveur très prononcée, Eh bien, malgré la longut durée et la grande importance de cette faveur, malgré les hectares de toile qui depuis trois siècles soni employés à reproduire des victoires, aucune œuvre de premier ordre n’a été inspirée par ce genre de peinture. Cette stérilité est significative. Elle prouve que cette forme de l’art est dévoyée. La sincérité de l’artiste fait défaut à ces productions, et toutes Es fois que l’âme de l’artiste ne passe pas dans son œuvre, l’œuvre est inférieure. Le jour où la peinture militaire entrera résolument dans la voie moralisatrice que lui signale M. Vereschagin, elle trouvera des artistes qui la traiteront avec sincérité, qui s’éprendront d’elle et qui nous donneront, en ce genre particulier,, quelque chef-d'œuvre égal à ceux dont s’honorele genre humain. L’artiste ne s’enthousiasme
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- as pour le mal ; aussi est-ce un fait constant que leTtentatives opposées au bien moral sont incapables d’atteindre au beau artistique. E. C.
- UNE SIMPLE QUESTION
- Le Conseil municipal de Paris a voté le remplacement complet des écoles congréganistes par les écoles laïques.
- Quel a été le but de ce grand mouvement qui, nous le reconnaissons, ? soulevé des haines fort vives ? C’est bien simple on a voulu obéir aux aspirations d’indépendance des masses, qui ne veulent plus soumettre leur raison à des croyances imposées par des hommes, croyances qui n’admettent aucune discussion et qui sont en désaccord constant avec la science.
- Comment se fait-il alors, qu’il n’existe à Paris aucun groupe scolaire gratuit, réellement laïque ?
- Il y a deux sortes d’écoles : celles pour les catholiques, et celles pour les protestants.
- Dans les unes, comme dans les autres, on prie d’après des règles établies par les prêtres, et l’on enseigne une morale entachée de dogmes ; les prêtres à toute heure, peuvent pénétrer dans les classes, et parler aux enfants.
- Certes, nous ne voulons pas créer des écoles opposées à l’idée de Dieu, nous protesterions énergiquement si on voulait donner à nos enfants une éducation matérialiste.
- Mais nous pensons que Dieu pour être prouvé et adoré n’a pas besoin de passer par les conceptions étroites des religions et qu’en fait d’instruction religieuse les instituteurs doivent rester neutres.
- Dans ce moment à Paris, une famille appartenant à la libre pensée, qui veut élever ses enfants en dehors de tous dogmes, se trouve en face de deux routes. Ou il faut qu’elle renonce à la gratuité, ou bien qu'elle abjure ses croyances,-.en laissant enseigner à ses enfants des choses qu’elle répudie.
- C’est là un grand malheur, la liberté de conscience n’est pas respectée, puisque par des actes extérieùrs, on affirme telle ou telle croyance.
- Ce qui n’existe pas encore à Paris, a été accepté par une modeste commune de l’Ariège.
- Là, une asilière a créé une salle d’asile, où les enfants ne reçoivent aucune notion religieuse ni antireligieuse.
- Au Vésinet, les dames du comité de la caisse des écoles ont refusé de donner le prix d’histoire sainte et celui d’instruction religieuse ; elles ont dit ceci :
- « Que le Curé donne lui-même ces prix aux enfants, qui reçoivent son enseignement. »
- Paris donne souvent des leçons à la province, mais parfois il peut en recevoir de très utiles.
- Que l’école soit obligatoire pour tous, et que chacun soit libre de prier selon ses convictions. Habituons-nous surtout, à toujours respecter la foi des autres, si nous voulons qu’on nous laisse la liberté de conserver intégralement la nôtre.
- Louise de Lasserre.
- THE WARD SCH00L A NEW-YORK
- Nous empruntons au correspondant américain d’un journal anglais les curieux détails suivant sur cette école de jeunes filles.
- Lorsque nous entrâmes, l'école exécutait un chant qu’accompagnait le piano.
- Les élèves, jeunes filles appartenant pour la plupart aux classes inférieures de la société, étaient vêtues, quelques-unes avec élégance, toutes avec la plus exquise propreté. L’Amérique se montre scrupuleuse sur ce point. L’élève qui se permettrait d’arriver les habits en désordre, les mains ou le visage malpropres, les cheveux ébouriffés, serait immédiatement congédiée.
- Bientôt Mme X***, directrice, monta sur l’estrade. Le timbre sonna, les jeunes filles dressèrent l’oreille.
- — Quand vous apercevez quelque objet nouveau, que devez-vous faire ? demanda Mm0 X***.
- — Examiner sa couleur, sa forme, ses diverses parties, ses qualités.
- Mme X***, ouvrant son pupitre, en tira une pipe de terre qu’elle tint à bras tendu. Les yeux brillèrent, un chuchotement parcourut la classe. S'il n’était pas nouveau, l’objet du moins était inattendu.
- Après une interrogation générale sur la couleur, la forme, les diverses parties du spécimen, M“e X***, se tournant vers une gentille fillette:
- — A quoi servent les pipes ?
- — A faire des bulles de savon.
- — Plût à Dieu qu’elles ne servissent qu’à celà ! s’écria MmeX*** avec un sourire.
- Chaque enfant, interrogée à son tour, débita son petit bagage scientifique. L’une nous apprit où se cultive le tabac, l’autre où on le prépare ; celle-ci, quels peuples en consomment le plus; celle-là, que New-York brûle journellement pour douze mille dollars de cigares ; la dernière nous en exposa les funestes effets, après quoi la pipe rentra dans l’ombre.
- Coup de timbre. Marche au piano. — Avec la pré
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- eisioa d’uh régiment, les six céntsjeunes filles se di-rigérent vers leurs classes respectives.
- “ Comment obtenez-vous cette ponctualité ? demandai-je à X***.
- — En faisant appel au self respect — respect de soi. — Là est est tout notre secret. Les aînées donnent l’exemple aux cadettes. Une infraction à là discipline, une impertinence, un acte de révolte, seraient considérés comme la pire humiliation que l’école eût à subir.
- — Mais les cerveaux brûlés ! mais les méchants esprits 1 mais les caractères indomptables! Car enfin, vous devez en avoir. Comment les réprimer ceux-là? Employez-vous les châtiments corporels ?
- — Jamais. Quatre-vingt-dix fois sur cent, les mauvaises notes suffisent. Si l’enfant ne s’amende pas, on avertit les parents; si cette mesure reste inefficace, on renvoie l’élève. Cela, c’est le châtiment suprême. La crainte de l’encourir dompte les plus rebelles.
- J’examinai les registres, où se trouvait indiquée la vocation des parents- Commissionnaires en mar~ chandises, plombiers, couturières, entrepreneurs, maçons, négociants, serviteurs, bouchers, serruriers, charpentiers, professeurs, commis, charretiers, imprimeurs, relieurs, fermiers, manœuvres, notaires, cochers de fiacre, garçons de café, architectes, horlogers, papetiers, chirurgiens et médecins ; toutes les vocations) tous les métiers—y compris le métier des gens qui n’en ont point — y avaient, leurs représentants.
- L’école, dé plus, possédait un registre des visiteurs. Côs visites, outre qu’elles témoignent de l’intérêt très particulier qu’inspire l’enseignement aux citoyens des Etats-Unis, excitent l’émulation des écoliers et le zèle des instituteurs. Un Américain a-t-il des hôtes ? il les mène voir l’école. Un homme d’affaires a-t-il une demi-heure devant lui ? il entre dans l’école voisine, assiste à la leçon, adresse quelques paroles cordiales à la classe, et laisse enfants et maîtres encouragés au devoir.
- Ici, dans les salles bien éclairées et bien aérées de Mme X..., les élèves étaient assises deux à deux en longues rangées, devant l’estrade. Chaque élève possède fauteuil et pupitre; chaque pupitre est pourvu d’un cadre où s’enchasse l’ardoise, d’une rainure qui retient le crayon, et d’une coupe où se place l’éponge â effacer. L’ordre, la propreté, le confort prennent rang, ne l’oublions pas, parmi les éléments essentiels à l’éducation américaine.
- Entre chacune des leçons — celles-ci ne durent que vingt minutes — des exercices gymnastiques
- | viennent reposer l’esprit, qui, n’étant pas surmené, ; garde toute sa vigueur.
- IMême- discipline dans les écoles de garçons, et dans les écoles qui réunissent les deux sexes.
- Dans une de ces écoles mélangées, cent élèves-en-viron, jeunes filles et jeunes gens, étaient demeurés
- I seuls en classe, absorbés par leur travail. Au bruit de nos pas, quelques paires d’yeux jetèrent sur nous un rapide regard ; ce ne fut qu’un éclair. L’heure de congé expirait :
- — A-t-on communiqué — chuchoté — demanda la directrice : A-t-on échangé des signes ?
- Cinq élèves se déclarèrent coupables, tout en donnant les motifs de cette infraction au règlement. Deux d’entre elles reçurent un mauvais point ; l’explication des trois autres parut suffisante à Mme Y... Ainsi marchait l’école, exclusivement menée par des femmes.
- Les enfants des Etats-Unis sortent des écoles américaines non-seulement instruits, mais élevés, mais ayant acquis le self respect, qui enseigne le respect des autres : petits citoyens d’une république où chaque garçon est un gentleman, chaque fille une lady.
- —.—.—.—- ii <|>ii .—«
- PETITES NOUVELLES
- FRANCE
- Xj’ittS'tiru.ctioKi ;p:riBxiaire, —• M. Jules Ferry vient d’adresser au président de la Répuplique un rapport sur les progrès réalisés depuis 40 ans dans l’enseL gnement primaire. Relèvons dans ce document quelques chiffres intéressants :
- De 1837 à 1877, le nombre des élèves dans les écoles primaires s’est accru dans le rapport de 190 à 182 ; évalué aux deux époques, dans son rapport avec la population, le progrès vrai se chiffre par 70 0/0 (752 élèves par 10,000 habitants, en 1837 — 1,281 en 1877), Le nombre total des écoles s’est accru de 36 0/0, celui des écoles publiques, de 75 0/0, c’est-à-dire dans une progression plus rapide que celle delà population. Dénombré des écoles de filles, dans le même espace de temps, a presque quadruplé. Le nombre des maîtres de toute catégorie s’est élevé dans la proportion de 100 à 185, mais il a plus que doublé dans les écoles publiques. On comptait en moyenne, dans les écoles publiques, un maître pour 53 enfants, en 1837 ; en 1877, il y a h8 élèves seulement pour un seul maître.
- ~ Enfin, en 1837, il restait en France 5,667 communes privées de toute école ; ce nombre se réduit, pour 1876-1877, à 312 ; il n’est plus, en 1879, que de 298. Au développement incessant des moyens d’instruction, corres< pond l’accroissement continu et parallèle des résultats acquis. En 1837, on compte 42 conscrits sachant lire, sur 100 jeunes gens appelés au tirage ; il y en a 85 en 1877, En 1820, 34 épouses, sur 100 seulement, pouvaient, signer leur contrat de mariage ; elles sont aujourd’hui de 70 sur 100.
- La période républicaine ne le cède assurément à
- ! aucune autre par l’ardeur et la persistance des efforts accumulés, et elle les dépasse toutes par l’étendue des sacrifices. De 1871 à 1877, les dépenses ordinaires des s écoles primaires se sont élevées de 31 0/0. La subvention | de l’Etat, qui était, en 1871, de 8 millions 320,000 francs,
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- LE DEVOIR
- iM i gfïWrïTmnri T»i
- 1(77
- ,,, successivement portée à 15 millions 647,000 francs aé|878 elle est à 20 millions* ou peu s’en faut, pour 1880. fournissement des contingents communaux proprê-meSdits. de J871 à 4877, a été supérieur à 44 0/0; la part afc ^énartements s’est accrue de47 0/0.' d rns chiffres témoignent d’un effort de bonne volonté de patriotisme sans précédents dans noire histoire.
- et
- + +
- T>roit des femmes. — La société féminine qui , Ai forméd pour « la revendication des droits sociaux m nolitiaues des femmes » ne se contente pas de parler, Plie àoit Un certain nombre de ses sociétaires se sont Présentées aux mairies de leurs arrondissements respectifs et ont demandé à èlrë inscrites sur les listes électorales. Mlle Hubéftiue Auoiërt nous communique la lettre qu’elle a reçue, à ce sujet, du maire du lû" arrondissement :
- VILLE DE PARIS
- Mairie du 10e arrondissement [enclos Saint- Ldiifént)
- HdUé, iücàirë du 10* arrondissement de Paris.
- Vu iâ demande à iiëus présentée, lë2 février courant,, nâr Mlle Uubertine Aücler!, tendant à obtenir son ins-ct-it)tion sur la liste électorale politique du 10e arrondis-
- Vd lèâ motifs ïôngüemè’dt développés sur lesquels cëttë demande est fondée,
- Vü les lois électorales actuellement en vigueur, no^ tâthffiènt lé décret organique du 2 février 1852, les lois des 1 juillet 1874 ët 30 novembre 1873,
- tionsidéranUfué, depuis 1789 jusqu’à nos jours, toutes lés lois électorales qui së sont succédé ont été, sans exception aucune, interprétées en ce sens qu’elles ont conféré et confèrent des droits seulement aux hommes et non aux femmes*
- Considérant que la prétention formulée par la réclamante de faire ressortir dit texte de ces ïdis uüe interprétation ddnt le résultat serait de créer, en favëür des femmes, des droits d’électorat êt d’éligibilité' identiques à ceux appartenant aux Pommés, Constitue dès îo’rs uné innovation politique dont il n’est pas de notre compétence de déterminer ni le mérite, ni la valeur légale,
- Considérant qu’il nous appartient encore moins, par conséquent,-de prendre êftr nous d’en admettre la mise en pratique:
- Décidons qu’en l’état âëtüél de ta législation la demande de Mlle Hubertfne ÀUclert est déclarée inadmissible.
- taris* le 4 février 4880b
- DéVisme.
- Nous recevons également communication de la protestation suivante :
- INSCRIPTION ÉLÉdTdRALE DES EËÏOffià
- Nous soussignées, nées dé parents Français, remplissant tou§ les devoirs ët Obligations qùi incombent aux Français, n6u§ nous sommes présentées munies de pièces constatant identité, séjoür1, majorité, à la mairie de nos arrondissements respectifs peut nous faite inscrire Sur les registres électoraux.
- Lë fonctionnaire préposé aux inscriptions nouS à répondu que; parce' que fehimes, nous ne pouvions être inscrites. Pourquoi donc? Nous voyons dans lë lëkte dé la loi électorale: Que sont électeurs, tous Français majeurs résidant dans la commune depuis ali îndius six mois. Nous sommes dans ce eas, et aucdne dé nous n’a ti0.ndamnation quelconque emportant la përtë dr°i,t? civiques. La question de sexe petit ddüc seule nous ette opposée, commé autrefois ôn opposait là dues
- nobles6 ni^rêtœsUallté dU Sari^ à C6UX ^ui û’éUtieül ni
- orn™im,(iiém,moderfe’ qui üe croit Plus à l’indignité
- croft/riin^;a société moderne. gui Ue
- croit plus a 1 mférionté de caste, ne doit piüs Souffrir
- qu’une moitié de l’humanité — les femmes — soient héréditairement- condamnées à la privation des droits civique»/
- Nous en appelons à l’opinion de l’injustice que euf>-sacre la République après les autres régimes en nous maintenant esclaves.
- Nous demandons notre inscription sür les listes élee^ torales. Les femmes françaises qui supportent les Charges publiques, paient les impôts, sont assujetties aux lois, doivent posséder les droits que les étrangers- eux* mêmes peuvent acquérir eu se soumettant à certaines prescriptions* et que les vieillards inconscients et débiles peuvent toujours exercer.
- Jusqu’à ce que justice leur soit faite, les femmes ne cesseront de protester contre une mutilation qui les frappe et dans leur intérêt et dans leur dignité.
- Les citoyennes :
- Hubertine Àuclert, Aubé, Couthier, Blin, Genty, Marie Drouin, Bastien,- Blanc, Eugénie Pierre* Leloup, Brucker,
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- JLè» fe±‘ï>ÏÜTQtiet*Éi de Paris, réunis én Assemblée lè 1er février dëfnier, considérant qu’il est de l'intérêt delà corporation d’affirmer leur solidarité, dflt nommé une commission chargée d’étudier les moyens de rétmir en un groupé cômfüün les ferblantiers’ de toutes les spécialités.
- Pour tous renseignements’ s’adresser â là Chambré syndicale des ferblantiers, 22, rue Chariot.
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- JLi*TJ ttiosi collective cl ri bâtimelit, société d’ouvriers maçons, tailleurs et scieurs de pierre, menai-siers, charpentiers; serruriers, peintres, plombiers, couvreurs, fumistes, etc.,- porte à la connaissance des intéressés que chez elle la journée est fixée à dix heures été comme hiver avec suppression du travail le dimanche*. et que la- payé se fait tous les quinze jours aux sociétaires suivant les tarifs portés aux statuts.
- Les sociétaires espèrent que tous les ouvriers cdm-prendront que leur intérêt est dans l’association ët qu’ils viendronts’y joindre pour poursuivre l’œuvre cdffimtfne dont ils approfondiront le but en prenant connaissance des Statuts qui sont mis à leur disposition.
- Lès adhésions sont reçues chez Messieurs VemeSf 29* rué Brochant, et Meunier, 20, rue dé la Verrerie,
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- * *
- Un Comité de propagande socialisft©
- s’est formé à Roanne.
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- LaCommisssion cîe propagande socialiste, 47, rde dè Gléry, fait un appel à tontes les sociétés ouvrières, chambres syndicales, 'sociétés de production, de consommation, dë seeoürs mutuels» et les prie de lui envoyer plusieurs exemplaires de lèurs statuts.-
- Qes exemplaires sont destinés h être c ommuniqüës à des prolétaires dès départements qui doivent se grouper.
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- Tombé an diaiw-p ct’lion «eiir. — Un externe de l’hôpital dés Ehfahts-Malades, M. Fernand Reverdy, vient de succomber atteint d’une angine couenneuse contractée en soignant de pauvres petits êtres atteints de'cette maladie.
- Cette mort porte kl le nombre des internes qui, dans le courant d’une année, ont succombé à l’augino par suite de leur dévouement»
- Charg é mlliüiii'cs. On vient d’installer à la batterie de l’Epi de S. ÀdrèSse (Le Uâvre) Ün canon de 27 cënlirnètrès de diamètre et de 9 métrés* de longueur*. Sûu poids est de 23 tonnes. Les obus destinés à ce Canon pèsent 240 kilos et la charge de poüdre est de 38 kilos.
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- LE DEVOIR
- ITALIE
- Une statistique qui honore le sexe féminin.
- Eu 1870, les tribunaux italiens condamnèrent 41.555 personnes, dont 37.999 hommes et 3.556 femmes. Pendant la même année, les cours d’assises condamnèrent 7.544 hommes et 383 femmes. Au 1er janvier 1874, les prévenus étaient au nombre 40.260 dont 37.134 hommes et 3 126 femmes.
- Sur 6 557 condamnés aux travaux forcés, on ne trouve que 318 femmes, ce qui a fait dire fort spirituellement à un journal de Plaisance: « Que c’est peut être à la suprématie qu’ont les hommes dans le crime, qu’ils doivent la souveraineté et les privilèges dont ils jouissent. »
- Charges militaires. — La Rivista mariiima donne des détails sur le canon de 101 tonnes fondu à Turin et transporté à la Spezia. Ce canon est long de 10 mètres ; son diamètre extérieur à la culasse est de 1 m. 90 ; la charge pèse 260 kilos ; le projectile a 1 m. 20 de 1 jngueur sur 0.45 de diamètre ; il pèse une tonne et coûte plus de 3000 fr.
- Pendant que l’Italie s’impose des sacrifices pareils en stériles dépenses de guerre, l’immense majorité du peuple italien vit dans la misère, écrasé par le plus odieux régime fiscal qui se puisse imaginer.
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- Vandalisme. — Tandis que le gouvernement italien donne toute son attention, toute sa sollicitude et la meilleurs partie de ses revenus à la construction d’engins de massacre et de destruction, il laisse perdre les œuvres d’art les pius merveilleuses. Des Turcs ne pousseraient pas le vandalisme plus loin. Nous avons déjà signalé la perte de l’incomparable fresque Madonna del Sacco d’Andrea del Sarto. Plus récemment, sous prétexte de restauration,on a confié une des plus merveilleuses toiles de ce peintre,une de celles du palais Pitti, à un Ripristinatore qui l’a repeinte sans pudeur et qui, d’un chef-d’œuvre, a trouvé moyen de faire une croûte. Ce n’est pas tout. Sous le fallacieux prétexte de faire à Saint Marc de Venise des travaux de restauration dont cette église n’a aucun besoin, on se propose de gratter certaines parties, d’appuyer de contreforts certaines autres, autrement dit de transformer ce joyau architectural en une sorte de caricature polychrome au goût du jour,
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- SUISSE
- Un jeune médecin de Saint-Irnier (Canton dé Berne) vient de se marier avec une jeune dame qui est également porteur d’un diplôme de docteur en médecine. Ce n’est pas le premier cas, en Suisse, d’un ménage voué à la pratique commune des professions libérales. La femme d’un professeur de géologie de Zurich exerce, depuis plusieurs années et avec un grand succès, les fonctions de médecin. Des unions semblables sont on ne peut mieux assorties et font paraître sous un heureax jour l’admission d« s femmes aux études supérieures.
- (la Solidarité de Genève.)
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- ANGLETERRE
- Un îml original. La great attraction de la saison d’hiver à Londres sera sans contredit le bal que le prince de Galles donnera à Marlhorough House. Ne seront invités que des couples « légalement unis » et les maris ne devront danser qu'avec leurs légitimes.
- Ce bal original, dont l’idée première est due, dit-on, à la reine, aura pour but de resserrer les liens du mariage, et ainsi de réconcilier officiellement princes et princesses, ducs et duchesses, marquis et marquises, comtes et
- comtesses, barons et baronnes et autres grands persop, nages soupçonnés de faire mauvais ménage.
- Nul, sous peine, de disgrâce, ne pourra se soustraire à l’invitation du prince et de la princesse de Galles, qui pour donner l’exemple, danseront ensemble toute iî soirée, ce qui ne leur était pas arrivé depuis leur bal de noce, en 1863 !
- Quelques cartes ont été adressées à la noblesse du cou. tinent.
- Il est peu probable que le grand monde parisien se rende à l’invitation, vu la condition imposée.
- On ne dit pas si l’empereur de Russie a été invité, lui
- qui,...
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- ALLEMAGNE
- La campagne contre les Israélites entreprise par quelques notabilités allemandes, à la tête desquelles est M. de Treitscke, fait naître de vives protestations.
- Le nouveau drame de M. Paul Lindau, la comtesse Lea, dont l’héroïne, née Israélite, après une lutte émouvante* l’emporte sur les intrigues et la haine de ses persécuteurs, a un grand succès au théâtre royal, ce qui a sou intérêt dans les circonstances actuelles.
- Dans la revue mensuelle : Notre Temps, rédigée par le conseiller aulique M. Rodolphe Gottschalk, un membre du Parlement, M. Bamberger, a répondu à M. de Treitscke par un article finement écrit', intitulé : Germanisme et judaïsme, et qui a victorieusement réfuté les sophismes du professeur qui, on peut en être convaincu, ne recommencera pas de sitôt une campagne où il n’a pas eu le beau rôle.
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- Charges militaires?. — La fonderie de canons de Spandau a reçu tant de commandes que, non-seulement de nombreux ouvriers ont été engagés, mais qu’on a aussi augmenté le nombre d’heures de travail par jour, et presque toujours les ouvriers travaillent toute la nuit de samedi à dimanche. La plupart des commandes concernent la fabrication de canons de 12 et de projectiles.
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- Le procédés de Vadmînistration des chemins de fer ressemblent quelque peu à ceux qu’employaient jadis les négriers.
- L’enquête faite dans le grand duché de Bade au sujet de l’accident de chemin de fer arrivé à Bretten au commencement de novembre a dégagé le mécanicien Hohl de la responsabilité qui semblait peser sur lui.
- Il est établi que ce pauvre mécanicien a.eu.26 jours consécutifs de service sans aucun repos ; il a dû rester à son poste pendant trois nuits ; il refusait une quatrième nuit de service, mais l’administration lui fit savoir qu’elle n’avait personne, quil fallait qu’il se soumît.
- On sait le reste. Il y eut 24 victimes et plusieurs centaines de milliers de francs de dégâts.
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- Mme de Bismark et les médecins de Molière. — Les journaux allemands publient la circulaire suivante que le président d’une société cynégétique a adressée aux membres de cette société.
- Cette circulaire jette un jour étrange sur l’étrange personne qui, lorsqu’elle était jeune, sut capter le cœur de M de Bismark Nous empruntons ce document à la Ber-liner Dürger Zeitung.
- M .., le 12 janvier 1880.
- Son Altesse la princesse de Bismark désire recevoir, « avant le 18 de ce mois, autant de pies que possible « destinées à être réduites en cendres pour obteuir une « poudre contre l’épilepsie. Je vous prie donc de faire « tuer dans votre district le plus de pies possible et de « les expédier avant le 18 courant, non affranchies, au « garde forestier en chef à Friderichsruhe, ou bien à mon « adresse.
- « Agréez, etc., S. L.-L. »
- O Molière où es-tu ?
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- TURQUIE
- Scand«les. — Quelques journaux ont affirmé sans rire que les nouveaux impôts indirects turcs allaient améliorer Ja situation financière du pays.
- C’est une erreur.
- Voici ce qu'en pense un correspondant bien informé.
- Le produit des douanes de Constantinople prendra invariablement le chemin du palais, et quand on aura pourvu aux besoins de Sa Hautesse, de ses 80 femmes, de ses 120 eunuques et des quelque 6,000 parents qui vivent autour du palais, alors on songera peut-être à payer les fonctionnaires. Chaque mois, on prélèvera sur ces mêmes revenus 30,000 livres, environ 700,000 fr. pour nourrir la garnison de la capitale.
- Les revenus des douanes de Smyrne et de Beyrouth seront affectés aux frais des ambassades et consulats. Enfin les revenus des douanes de Crète, du Yemen, de l’Hedjaz, de Scutari, d’Albanie, de Prevesa et de Saloni-que seraient consacrés à l’entretien des troupes dans ces localités.
- La gêne a cessé au palais, mais c’est tout, et toutes les branches de l’administration continueront de souffrir d’une pénurie sans exemple dans les annales de ce riche pays. Les Osmanlis continueront d’avoir faim ; mais le sultan et les gens de la cour seront repus, et tant pis pour ceux qui trouveront que tout n’est pas pour le mieux sous le régime du meilleur des padischahs. Celui-ci a, d’ailleurs, la manie de thésauriser. Il y a quelques jours on portait en terre une de ses sœurs, la sultane Refyé, qui, comme toutes les femmes de son rang, a laissé des dettes énormes, dépassant deux millions de francs. Elle possédait des bijoux pour près d’un million. Le sultan a fait main-basse sur cette proie et les diamants ont été distribués aux autres sultanes. Pour consoler les créanciers, on leur a dit que le mobilier serait vendu. Cela rapportera peut-être bien vingt
- mille francs. *
- S’il y avait des juges à Stamboul l’affaire serait portée devant eux; mais Diogène avec sa lanterne en chercherait en vain.
- RUSSIE
- Naïveté amusante. — On lit dans le Standard : « On se propose de faire un district avec la partie de la Bessarabie cédée à la Russie par le traité de Berlin. Ce district jouirait des mîmes avantages que le reste de l'empire. »
- C’est réussi !
- * *
- AMÉRIQUE CENTRALE
- TJi» congrès socialiste vient d’être tenu à Al-
- legheny City en Pensylvanie.
- Le secrétaire correspondant du Congrès M. Philip Van Patten a fait un rapport constatant :
- Qu’il y a progrès pour le socialisme dans toutes les villes, excepté à Cincinnati, où le journal du parti a cessé de paraitre.
- Que l’agitation a été entretenue avec succès par des tournées d’orateurs.
- Les organisations régionales ont été négligées par le parti qui y portera plus d’attention à l’avenir. La propagande au moyen de brochures a été satisfaisante, et sera continuée.
- Il est d’avis de prendre part à la campagne présidentielle prochaine, avec le concours d’autres organisations ouvrières. Il blâme fortement la relation officielle de quelques sections avec des corps organisés militairement, et demande que le congrès défende de pareilles liaisons, Il rend compte de l’influence qu’à exercée la propagande socialiste sur le public tméricain, et dit que presque toute la presse mensuelle de quelque importance s’est vue dans la nécessité de traiter la question sociale,
- Ce rapport a été chaleureusement applaudi par le congrès qui se composait d’une quarantaine de délégués.
- * *
- CHINE
- Les fredaines de l’empereur de la Chine
- commencent à amuser les journaux anglais.
- Oet autocrate, trop jeune encore, paraît-il, pour être marié régulièrement, n'en a pas moins déjà, dans ses divers palais, soixante dix femmes qui se distinguent tout particulièrement par leurs excès de toilette.
- Les soieries, le satin, la gaze, les velours, les colifichets et les perles portés par ces princesses l’année dernière seulement ont coûté au frère du Soleil et de la Lune deux cent cinquante mille taëls, c’est-à-dire plus de la moitié du produit de l’impôt foncier.
- L’une d’elles,entre autres, a fait, il y a quelques mois, l’acquisition d’un manteau tout couvert des perles les plus rares et d’une valeur fabuleuse. Malheureusement elle est âgée, et si le manteau lui appartient encore a sa mort, on devra, conformément aux usages, le brûler. Dans la crainte de voir surgir prochainement une aussi calamiteuse éventualité, l’empereur, dil-on, a déjà fait quelques tentatives pour reprendre ce splendide vêtement, mais inutilement, car la vieille y tient.
- On se demande comment le jeune monarque fera pour se tirer d’affaire lorsqu’il se mariera officiellement, ayant déjà d’avance soixante-dix femmes sur les bras.
- Pendant que ces belles choses se passent le pleuple chinois languit en proie à la misère et à la tyrannie des mandarins.
- Les études pour le percement de l’isthme de Panama vont reprendre dans peu de jours avec plus d’intensité que jamais.
- M. de Lesseps orgonise 12 expéditions d’ingénieurs qui auront chacune "une mission particulière.
- De leur côté les Américains qui jusqu’ici avaient paru ne s’intéresser qu’à un percement pratiqué passablement plus au nord, en utilisant le lac Nicaragua et son émissaire, font étudier le percement près du chemin de fer qui depuis de longues années va de Panama à Aspinwall.
- * *
- ETATS-UNIS
- La protection, n’a pas été profitable aux Etats-Unis.
- Il ressort d’un travail de M. E. Masseras que le nombre des faillites a été croissant dès le le jour où la protection a triomphé. En 1872 on comptait déjà 4,069 faillites, ce chiffre s’est élevé à 5,183 en 1873; à 5,830 en 1874; à 7,740 en 1875 ; à 9,092 en 1876; à 8,872 en 1877, enfin à 10,478 en 1878. Plus du double en six ans.
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- La lumière électrique dons les mines
- Une application curieuse vient d’être faite de la lumière électrique pour l’éclairage des galeries du fond et des chambres de dépilage dans le3 mines d’anthracite de Pensylvanie.
- La lumière électrique présente des qualités particulièrement précieuses, surtout dans les mines grisou-teuses, ce qui permet de penser qu’on l’emploiera de plus en plus dans l’avenir. Elle n’exige pas d’oxygèue pour la combustion et par suite ne vicie pas l’air ; si on enferme la lampe dans un globe de verre, on n’a aucune explosion de grisou à redouter. En outre, on peut éclairer les grandes chambres dans les mines, examiner le toit jusque dans ses moindres détails pour en apprécier exactement la solidité ; on évitera ainsi les accidents qui se produisent trop fréquemment lorsque les plaquettes se détachent subitement du toit.
- Le modèle de lampes adopté est celui de Brush, actuellement trè£ répandu en Amérique et employé pour
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- l’éclairage public de quelques rues de Boston et de New York. La machine dynamo-électrique est installée à la surface, auprès de la machine motrice, celle-ci permet d’alimenter à la fois G lampes dans le même circuit. Chacune de ses lampes peut se déplacer facilement sans interrompre le courant et être portée en avant au fur et à mesure des travaux. Le fil partant de la ma- , chine deseend dans le puits et parcourt les galeries pour | atteindre les différents points à éclairer, puis il revient | et remonte à la machine. |
- D’après Y Engineering and Mining Journal, M, Rrush | est arrivé à construire un type de machine faisant 730 jj révolutions par minute et pouvant alimenter, en con- jj sommant seulement 16 chevaux de force, 18 lampes 1 dans un même circuit. |
- Ce résultat est de beaucoup supérieur à tous ceux | obtenus jusqu’ici. 1
- . ' - 1 i 11 J». J"«On • - 1
- DEUX MOTS A LA CRITIQUE PHILOSOPHIQUE,
- La Critique philosophique qui depuis quelque temps paraît négliger les questions sociales sur lesquelles elle parlait autrefois avec un sens très-juste et un savoir très-réel, consacre quelques lignes de son défftier numéro au réveil social duquel nous assistons .
- « Àujqurd’hi, dit M. Pillop, la république n’a plue à lutter pour sa propre existence ; elle a rupins à redouter les attaques de ses ennemis que les fautes de ses partisans modérés ou ayaqcés. Le temps est venu où ces questions, auxquelles s’attache l'espérance d’un meilleur ordre [économique, doivent prendre dans les esprits la place que la méthode opportuniste a dû jusqu’ici leur refuser, L’attention qui s’en est détournée après nos désas-, très, après l’insurrection de la Commune de Paris, y devait inévitablement r@yenir ; aussi voyons nous sans surprise, sinon sans quelques appréhensions, les efforts qui se font de divers cotés en ce moment pour l’y ramener. »
- « Il n’y a rien de plus légitime que les aspirations socialistes, reprend-il. Il s’agit de lutter contre la fatalité économique, centre le mal économique .; il s’agit, selon une formule bien connue, qui est la plus claire définition que l’on puisse donner du socialisme* dé travailler à l’amélioration du sort de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre, Lé socialisme, envisagé sous l’un de ses aspects, représente plus ou moins confusément cette morale d’Etaf que les .économistes veulent faire ignorer à l’Etat. »
- « Nous avons parlé d’appréhensions. Le mot socialisme peut en inspirer, non par le but général qu’il1 exprime, mais parles prétendus moyens de réforme et 4e refonte auxquels il s’applique. Il y a un s©-^ eiallème révolutionnaire qui menace la paix civile, i et c’est malheureusement celui qui parle le plus haut et quï se fait le plus facilement applaudir dans f
- les congrès ouvriers. Le réveil de la question social* ne ya-rt-fil pas donner des forces à cette démagogie dont M. Littré a dit qu’elle ne vaut pas mieux son mauvais renom?»
- Il n’y aurait qu'un cas, un seul, où cela pourrait|${ réaliser : celui où les hommes de sayojr auraient ]* tort de se désintéresser de ia lutte.
- Cette éventualité ne se présentera pas; noms ai, mon s à le croire.
- Les vrais amis de la classe ouvrière ne mécçjrç. naîtront pas le devoir qui leur incombe. Ils se dirent que laisser le champ libre aux révolutionnaire serait une conduite coupable et que ne rien oppose* à leurs déclamations serait leur faire trop beau jen Il faut au contraire que ia discussion loyale s’empart de çes questions capitales et qu’ou les débatte $ grand jour. Si l’ouvrier n’entend qu’une cloche, il $ retiendra qu’un son. Loin délaisser s’accréditerda& la classe ouvrière les erreurs, les sophismes ou 1$ projets chimériques, il importe d.p les contredire, d*. les démasquer, de les confondre en leur opposant des réalités sérieuses et des réformes pratiques,
- Ne nous y trompons pas, le réveil social obéit km éian irrésistible. L’abandonner aux révointlnnhaiffi? serait plus qu’une faute ; ce serait une conduite coupable, l’.oubli .d’en devoir, fl en résulterait une agitation grosse de danger pour la République et surtout pour la liberté.
- Avant peu le mouvement social sera si intense que personne dans les hommes de cœur ne pourra s’en désintéresser ; force leur sera de prendre une décision ; ils pourront soit méconnaître Jeu-r d@vp.ir et §.« retirer à l’écart comme dos escargots dans leur ce, quille, soit comprendre leurmission et se mettre hardiment sur la brèche, dussent-ils pour cela recevoir quelques horions
- Nous savons bien que ce jour là nos confrères de la Critique philosophique opteront pour la brèche, Popt quoi ne feraient-ils pas mieux encore,etne mettraient iis pas dès à présent au service fie l’élucidât ion d$ grands problèmes sociaux leur incontestable talent?
- , 'M* c.
- Les fouilles d’Olympie.
- On lit dans la Gazette de VAllemagne du Nord que le Reichstag a été saisi d’un mémoire sur les fouilles d’Olympie, en Grèce. On sait que ces fouilles, entreprises pour l,e compte du gouvernement allemand il y a ..cinq ans, on fait découvrir une foule d'objets précieus et de monuments antiques.
- Par suite des pluies, les travaux ont été suspendus es partie pendant les derniers mois de l’aimée dernière. Ils ont nécessité une dépense de 363,000 marks sur ùa« somme totale de 701,000 marks affectés aux recherches dès le début. Le mémoire, qui contient des détails in-
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- m
- cnf le personnel. la méthode suivie, les plans, le transport à Berlin des statues caries, ^conclut en demandant un crédit sup-
- plde ^Ôoo marks pouf l'exercice 1880-18#!.
- les institutions dont nous nous occupons deviennent bientôt des centres qui ^adjoignent des registres pour le placement mutuel, des bibliothèques et autres fondations répondant peu â peu aux besoins matériels et moraux des sociétaires.
- LES SOCIÉTÉS D’ALIMENTATION
- Procurer aux sociétaires des vivres sains, à prix coûtant; arriver par L'extension de chacun des
- -caocs, puis par la fédéralisation de tous à faire d*es achats de plus en plus considérables ; diminuer do cette manière, progressivement, les bénéfices des Intermédiaires : tel est le but tangible de ces institutions.
- Les fondateurs de sociétés d’alimentation n’ont jamais espéré résoudre par elles le problème si complexe de la consommation, mais il est de toute évidence que l’un des points les plus importants de l'Economie Sociale est de réduire au minimum le nombre et le prélèvement des intermédiaires. Ces derniers retombent forcément dans la classe des producteurs à mesure qu’ils sont déplacés, il y a lâ un double bénéfice pour la société.
- A côté du point de vue matériel il en est un autre qui nous semble encore plus important et qui est de l’ordre moral.
- Les sociétés d'alimentation sont des cercles ouvriers. Là, le travailleur se sent chez lui, il est propriétaire du matériel, locataire de l’immeuble. G-râce à une combinaison des plus simples et qui n’en est plus à faire ses preuves, le patron de l’établissement a disparu sans être remplacé ni directement ni indirectement ; il n’y a même pas de gérant soumis à un contrôle; non ! Le fonctionnement de l’établissement est pour ainsi dire automatique. Le sociétaire a des allures indépendantes que ne peut se permettre l’ouvrier forcé de recourir à un marchand pour en obte-nir une maigre nourriture, distribuée le plus parci- i monieusement possible.
- Il existe un autre avantage qu’on ne saurait passer I sous silence.
- Les fédérations ouvrières et les groupes corporatifs eux-mêmes ne sont que tolérés, mais les cercles sont autorisés. Le besoin de la discussion permanente de leurs intérêts se fait sentir chaque jour davantage parmi les travailleurs. Une autre nécessité pressante est celle de compléter par les échanges d’idées une éducation économique trop sommaire. En un mot les sociétés d’alimentation sont des écoles, et des écoles qui ont déjà formé des administrateurs sérieux.
- Comme l’a prouvé l’expérience faite dans les derniers temps de l’empire et interrompue par le siège,
- Quant à l’installation, elle est des moins coûteuses. Il suffit que chaque adhérent verse un franc d’inscription et cinquante centimes par semaine destinés à couvrir les premiers fr.ais d’achat de matériel et de location du logement. L’établissement commence f d’une façon peu luxueuse, mais telle est la vitalité de la conception, que certains étaient devenus en peu de temps aussi bien tenus que des restaurants de | second ordre et bien mieux que ne le sont ceux où
- 'a
- ;i la plupart du temps les ouvriers prennent leurs repas.
- | Nous sommes heureux d’annoncer que Ifidée de
- I créer des sociétés d’alimentation à Paris vient d’être reprise. En province, surtout dans le Midi, beaucoup de ces établissements ont déjà de longues années d’existence.
- [Réveil social) Albert Lebla.no.
- An Pôle Mord
- Une nouvelle exploration des régions arctiques s’bP* ganis.e actuellement en Angleterre, sous les auspices du commandant de vaisseau Cheyne, officier distingué, qui a pris part à plusieurs expéditions au. pôle nord.
- Dès aujourd’hui, une commission formée des sommités du monde scientifique anglais élabore le plan du voyage, recrute du monde, recueille des adhésions, ex*, cite les jeunes ambitions, réchauffe l’enthousiasme de chacun, et s’occupe enfla de réunir, par voie de souscription sollicitée à domicile, lesressources matérielles nécessaires pour mettre l’entreprise à exécution.
- Jusqu’ici le succès paraît répondre à tous ees efforts.
- Le ministre de la marine anglaise a déjà fait espérer au commandant de vaisseau Chevne qu’il prêterait à l’expédition un des navires de la flotte britannique, la Dis-covery. Quatorze maires anglais se sont mis 4 la têt,e çteg comités de souscription, et des citoyens influents du Canada répondent de la participation financière de leur pays dans le cas où les fonds n’affiueraien.fc pas en Angleterre.
- Mercredi, une députation du comité exécutif s’est présentée chez le nouveau lord-maire fie Londres,sir Fran* cis Truscptt a mis la Mansion House à la disposition du comité, et il a été décidé qu1un premier meeting, présidé par le lord-maire lui-même, y serait tenu en lavçyj de l’expédition, le 23 de ce mois.
- Les membres de la députation ont exposé à sir Francis Truseott les grandes lignes de leur projet- Le çofH 4{J l’expédition s’élèvera à environ 30,000 iiv. [150,000 fr.) On n’emploierait qu’un seul steamer, approvisionné pour trois ans. Le matériel de locomotion se composera non* seulement de traîneaux pour parcourir les glaçes, mais encore d’un certain nombre de ballons montés par des aéronautes de profession. Tout d’abord on se contenterait de ballons captifs pour obtenir une vue 4 vol 4’ojseau des banquises à franchir*, puis on s’aventureraiQûn peu plus loin, en ballons libres, jusqu’à <?e qu’on arrivât en vue du pôle ; après quoi on retournerait au steamer pour préparer la marche en avant.
- M. Coxwell s’est efforcé de réfuter, à ce propos, les „ objections qu’on tire de la température aérienne contre » les explorations en aérostat. Il a affirmé avoir affronté
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- LE DEVOIR
- lui-même en ballon une température de 43° (Fahrenheit), environ 19" centigrades au-dessous de zéro.
- Or, tout fait prévoir qu’on n’aurait pas à lutter contre une température aussi excessive au pôle, puisque les ascensions s’y feraient au mois de juin.
- Voilà où en est, théoriquement, la nouvelle expédition.
- L’IRLANDE
- VII
- Il est facile de voir à quoi tend cet ensemble de la législation dans le Royaume-Uni, concernant la propriété foncière et l’hérédité.
- En Irlande comme en Angleterre et en Angleterre comme en Irlande, le but est le meme r maintien des privilèges civils de l’aristocratie par la conservation et l’indivision du sol. Mais tandis que, en premier lieu, en Angleterre cette législation avait, dans l’origine, pour principal objet de conserver au puissant baron toute sa force en protégeant son fief contre le roi, son suzerain, et que protéger ce fief c’était protéger en même temps ceux qui y étaient attachés, qui vivaient dessus en le cultivant; en Irlande, les substitutions et le droit de primogéniture que consacre cette législation, étaient une arme offensive et défensive, tout à la fois dirigée par un culte contre un autre culte, par une classe contre une autre classe,par une race contre une autre race,culte, classe et race de spoliateurs et d’oppresseurs contre culte, classe et race de spoliés et d’opprimés. Donc, rien de bien étonnant à ce que, aujourd’hui encore, en Angleterre, le sol féodal continue à être entouré d’une sorte de respect sympathique, tandis que, en Irlande, où ce sol ne retrace que des souvenirs de violence, de persécution et de sang, il soit envisagé avec des sentiments tout contraires.
- Si, en second lieu, on considère la condition de l’Angleterre, pays de commerce et d’industrie, où tant de voies diverses sont ouvertes à l’activité humaine, on comprendra que les classeslaborieusesproprement dites ne cherchent pas à devenir propriétaires de ce sol concentré en un petit nombre de mains, ou du moins n'y songent pas autant qu’en Irlande où la terre est, à peu de chose près, l’unique bien auquel le travailleur puisse aspirer et, ainsi que l’a dit avec tant de justesse un auteur dont le nom nous échappe,
- « la seule espérance du pauvre. »
- Enfin, si de la théorie de la culture en grand qui, en employant peu de bras, permet à un plus grand nombre de se rejeter dans les ateliers de l’industrie ou dans les spéculations du commerce, l’Angleterre retire d’importants avantages économiques, il n’en saurait être de même pour l’Irlande dont la popula-
- tion, nous venons de le dire, n’a d’autre ressource que l’agriculture ; car peut-nn compter pour quelqUe chose de vraiment appréciable, le cabotage des côtes l’industrie du lin (qui, du reste, se”rattache esseq! j tiellement à l’agriculture) et quelques pêcheries dont j le mince produit ne dépend que dans une faible pro.
- portion du labeur de l’homme.
- ; Le laboureur anglais auquel manque le travail de I la terre et qui peut en trouver dans l’atelier, ne ! cesse pas d’être un agent de richesse pour le pays.
- Mais le cultivateur irlandais, si le sol le reppusse que deviendra-t-il? que fera-t-il dans une contrée où » tout lui manque ? i.; Que l’Angleterre réponde !
- j; « Qu’il émigre ! » va dire cette excellente sœur, • « qu’il émigre ! »
- I Oui, c’est en effet la réponse officielle, la réponse 1 à tous les griefs, à toutes les plaintes. L’émigration, c’est-à-dire l’abandon du sol natal, du sol que l’on possédait autrefois, à ceux qui vous l’ont volé. C’est toujours la même pensée, c’est toujours le même but que l’on poursuit. Sous Elisabeth, c’était l’extermination humide, celle oh le sang coule ; aujourd hui il faut faire une concession à la force des choses, ce ne sera plus que l’extermination sèche, celle qui se fait lentement par l’extinction de la race sur une terre étrangère.
- (à suivre) C.-P. Maistre.
- ERRATUM
- Une erreur d’impression nous a fait dénaturer, dans le Bulletin bibliographique de notre dernier numéro, le titre de l’excellent ouvrage de M. Louis Cortambert.
- Il faut lire comme suit :
- Précis de l’histoire universelle selon la science moderne, avec une lettre-préface de M. Henri Martin, de l’Académie française, par Louis Cortambert (de New-York),
- 1 vol. in-18. Prix, 3 fr. Chez Maurice Dreyfous, 13, rue Montmartre, Paris.
- Le Directeur-Gérant : Codin,
- Saint-Quentin — lmp, de la Société anonyme du Glaneur
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- 3a ANNÉE, TOME 4 — N° 76 numéro heldomadaire 20 c, DIMANCHE 22 FÉVRIER .1880
- JOURNAL DES RÉFORMES SOCIALES
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE par l’envoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- Franc©
- Un au. . . .
- Six mois. . .
- Trois mois. . .
- 10 I. 6 3
- Pays d’Europe
- Un an. . . . 11 f.
- Autres pays
- Un an . . . . 13 f.
- 60
- Rédacteur en chef : M. Ed. Champury
- ON S’ABONNE
- ' A PARIS
- 5,r.Neuve-des-Petits-Champg
- Passage des Deux-Pavillons)
- S’adresser à M. LEYMARIE, administrateur delà Librairie des sciences psychologiques.
- BUREAU
- A GUISE (Aisne).
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN
- Directeur-Gérant.
- Fondateur du Familistère
- &---- —
- ‘ SOMMAIRE
- k
- De la méthode expérimentale en science sociale. — Semaine politique. — Notes d’un liseur. — Rôle social du théâtre. — The Co-operative Wholesale Society. ~~ Petites nouvelles. — Emploi de la lanterne magique dans l’enseignement. — L Irlande. — Musées régionaux. — l’Impôt. — Prospérité des houillères. — Bibliothèque du Familistère. — Variétés.
- * ' -- ' - T~ ' ^
- DE LA MÉTHODE EXPÉRIMENTALE DANS LES ÉTUDES SOCIALES.
- Une vérité que nous avons déjà rappelée à plusieurs reprises et que nous tenons à répéter encore car elle est au nombre de celles que Ton ne saurait trop répéter, c’est que la solution du problème social ne doit être demandée qu’à la science et ne pourra être fournie que par elle ; la passion est impuissante à la découvrir.
- Malheureusement la science sociale n’a pas été constituée jusqu’ici. D’éminents penseurs ont labouré ce domaine nouveau et l’ont ensemencé, mais l’heure de la récolte n’est pas encore venue et l’on ne peut pas dire avec certitude quelle sera la qualité du grain. La science sociale est encore un domaine neuf, presque vierge. De louables efforts ont été tentés pour la faire sortir de cet état, maïs elle n’en est sortie que partiellement. Economistes et socialistes ont contribué chacun de leur côté, bien
- qu’avec des vues très différentes, à l’élaboration de la science sociale ; ils ont établi quelques points de repère, dégagé quelques principes qui ne sont plus discutables ; mais combien cela est peu de chose en présence de l’immense étendue de la science à constituer !
- C’est que la science sociale, ainsi que l’a dit Herbert Spencer, se heurte à des obstacles plus grands qLie ceux que rencontre toute autre science; ils proviennent de la nature intrinsèque des faits dont elle s’occupe, de notre nature à nous en tant qu’observateurs de ces faits et de la relation particulière dans laquelle nous sommes placés à l’égard des faits à observer.
- Il faudrait que l’observateur fut dégagé de toute pression autre que celle de la vérité. Est-ce le cas f Pas le moins du monde. L’observateur ne cesse pas d’être un homme. En conséquence il est enclin à voir les choses sous un certain jour. Il se débarrasse difficilement de ses préjugés antérieurs et de l’influence des milieux. Il obéit plus ou moins consciemment à des sympathies, à des passions, à des intérêts, à des illusions, à des préjugés. Sa naissance, son éducation, la nature de son travail, ses opinions politiques ou religieuses pèsent sur sonjugement.
- La science sociale touche de trop près à la manière de vivre et de penser des individus pour qu’ils puissent garder dans son étude5 la
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- même impartialité que dans l’étucle d’autres sciences.
- Des hommes qui sur le terrain politique ou religieux sont des ennemis irréconciliables peuvent être parfaitement d’accord sur les mathématiques ou les SQiences naturelles. Ils se trouvent en présence de principes et de résultats visibles et vérifiables, en présence de tout un ensemble de faits tombés dans le domaine de l’expérience. Quant aux questions en litige ayant trait à ces mêmes sciences, ils demeurent à leur égard sinon tout à fait indifférents, du moins sensiblement froids. Au contraire, des ' hommes qui ne sont pas ennemis, ni même adversaires l’un de l’autre, sont très vite en désaccord, s’animent très-facilement et montrent -des préférences très tranchées aussitôt qu’une question sociale vient à s’éveiller. C’est qu’il n’y a pas encore en pareille matière un fond commun tombé dans le domaine de l’expérience au point de ne plus pouvoir être mis en discussion. Faute de cette autorité indiscutable les habitudes de vivre et de penser des individus i se donnent libre carrière.
- Ainsi donc, dans l’étude de cette matière, la. plus délicate de toutes, la passion, le tempéra^ ment, l’intérêt personnel, les préjugés de tous genres, en un mot tout ce qui est dangereux dans une étude scientifique se met en mouve-. ment et vient couvrir la voix, plus tranquille de la raison et de l’équité.
- N’est-il pas évident que cette immixtion d’é-léments d’erreur dans la science sociale est redoutable pour la cause de la vérité ?
- Cela saute aux yeux. Aussi pensons-nous que la méthode à suivre dans la constitution de la science sociale doit tenir compte de ces entraînements et doit s’efforcer de s’en garantir. U importe de laisser dans cette méthode le moins de latitude possible au caractère des individus. Pour cela il n’y a qu’un moyen : c’est de se rapprocher le plus possible de la méthode expéri* mentale.
- Il faut en convenir, la science sociale s’est tenue jusqu’ici aux antipodes de cette méthode. On a méconnu totalement, ou peu s’en faut, qu’il y a entre les faits sociaux une connexité qui peut être déduite par la science comme on ?
- déduit dans un autre domaine la connexit existant entre les phénomènes physiques.
- Si les sciences sont devenues de nos jour des sciences proprement dites au lieu de rest* pe qu’elles étaient auparavant, des arts d’ai}]; teurs, c’est par deux raisons :
- 1° Parce que dans le domaine des idées 1( savants ont substitué la méthode expérimenta, aux conceptions à priori ;
- 2° Parce que dans le domaine des faits uj foule d’applications ont rendu l’incrédulité ir possible. L’application pratique de la scierii est encore la meilleure consécration de théorie.
- Mais combien en science sociale nous soinn^ : encore loin d’une telle transformation ! Le de . maine des faits acquis est très restreint. [ pratique est toujours dans l’enfance. La grand masse de la population y reste étrangère, e n’ayant pas sous les yeux l’irrésistible argt ment de l’application générale, persiste clat son indifférence et son incrédulité. Quant à ; qui se passe dans le domaine des idées, c’e encore pis : la méthode expérimentale n’y ap: été introduite, la conception à priori régi toujours en despote.,
- Les économistes partent de ce principe q: la forme actuelle de la société est la seule po sible, que sa base actuelle est sa seule base ! gitime, que les détails accessoires peuvent êl modifiés mais que le fonds essentiel ne saur; l’être, en un mot que la société n’a riem mieux à faire*qu’à vivre sur sa base actuel semblable à une huître qui doit finir ses joc dans la même coquille et attachée au m® rocher.
- Les socialistes partent le plus souvent i principe contraire. Ils pensent que la socif est facilement modifiable et ils échafaudent cette donnée système sur système. Ils ent sent Ossa sur Pélion, dans l’espoir d’atteinc un autre monde, mais sans tenir compte ni* exigences de la pratique ni de celles de la tri sition. Ils improvisent des civilisations toff faites et rêvent de les mettre en un clin dï-en lieu et place d’une société qui a mis des ; clés à se former.
- Cette seconde dônnée est fille de l’illus comme la première est fille de la routine.b'(
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- onime l’autre reposent sur le raisonnement à priori et non sur la méthode expérimentale.
- forme la mê-
- lais, dira-t-on, sous quelle Ihode expérimentale peut elle être appliquée à
- la science sociale ?
- C’est là le point difficile.
- * fl est certain qu’on ne peut étudier les phénomènes sociaux par les mêmes procédés que les phénomènes physiques, mais on peut les 'étudier d’après les mêmes principes. La méthode expérimentale des sciences naturelles peut reproduire a satiété les memes experien— ices, la science sociale ne le peut pas.
- Toutefois remarquez ceci. Le domaine de la ^science sociale présente une foule de faits qui 'pourraient être recueillis, classés, comparés, et Êde ce groupement, de cette classification, de foetle comparaison jailliraient des lumières nouvelles. Ainsi il a été fait un certain nombre de tentatives pour améliorer le sort des travailleurs, les unes ont échoué, d’autres ont réussi.
- -Il y a donc en apparence des faits contradictoires. Mais la science n’admet pas de faits contradictoires. Elle déclare qu’il n’y a que des faits simples et des faits complexes : Les faits simples se reproduisant toujours identiques à eux-mêmes quand les conditions dans lesquelles ils se produisent sont identiques,
- — les faits complexes pouvant toujours, par l’examen des conditions dans lesquelles ils se produisent, être ramenés à l’état de faits simples, groupés ou combinés.
- C’est en cela surtout que la méthode expérimentaient précieuse, car comparer des faits entre eux, indépendamment de leur condition \ limine. D’élimination en élimination, on arrive
- nés tentatives et l’abandon de certains projets ont pu avoir, l’examen des besoins qui ont fait projeter ces institutions, celui des circonstances qui ont présidé à l’éclosion des projets,, celui des tendances qui ont nui à leur développement ou l’ont favorisé, enfin celui des causes qui ont amené leur triomphe ou entraîné leur échec, sont autant d’études de nature à faciliter la solution du problème social.
- Cette nomenclature est longue et pourtant elle n’est pas complète. Ainsi dans les études que nous avons passées il en est une de la plus grande importance, c’est celle qui consiste à s’assurer que tel fait qui existe dans une condition donnée ne. pourrait pas exister dans la condition contraire. Mais nous n’en finirions si nous voulions tout citer.
- Des recherches de ce genre exigent une grande, rigueur. Il faut avoir de nombreux documents à l’appui et être sur de leur caractère sérieux.
- Au fur et à mesure que ces recherches seront entreprises quelques principes généraux se dégageront d’eux-mêmes. L’induction hypothétique permettra bien vite de formuler quelques lois, car même en science expérimentale, T hypothèse n’est pas interdite. On ne l’exclut pas, on se borne à ne pas lui donner la valeur d’une certitude. Les hypothèses guident les recherches. Elles font toucher du doigt tes points de comparaison. On les soumet au contrôle des observations multipliées et des conséquences tirées du rapprochement des observations et au fur et à mesure qu’une de ces hypothèses est reconnue en désaccord avec les faits, on l’é-
- d’existence, c’est faire fausse route, c’est comparer clés résultantes et non des éléments.
- Aussi ne suffit-il pas de coordonner et comparer les faits, il faut encore déterminer, et cela avec le plus grand soin, les conditions dans lesquelles Us se produisent.
- La différenciation des institutions similaires -et celle des pensées qui les ont inspirées, la recherche soit d’antécédents, soit de points de comparaison à l’intérieur ou à l’étranger, le parallèle des résultats que l’on a obtenus^et dep espérances que l’on avait'conçues, l’examen
- des conséquences que le renoncement à certai- ] pourrait être appliquée
- à serrer de plus en plus prés la* certitude. On n’obtient pas un résultat considérable' dès l’origine, c’est certain, mais c’est toujours autant. Il faut un commencement à toute chose. Qui aurait jamais pensé au calcul différentiel si les quatre opérations n’avaient pas été connues? Avant d’obtenir la transmission de la parole d’un bout du monde à l’autre, il fallait découvrir l’électricité.
- Voici quelle pourrait être la méthode, mais ce n’est pas tout : il reste à savoir comment elle
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- A notre avis la chose n’est _possible que par deux mesures :
- 1° La production d’un plus grand nombre de faits observables. Cette augmentation devrait se demander à un plus grand développement donné aux institutions existantes et à la création d’institutions nouvelles,
- 2° La formation d’une enquête sérieuse qui grouperait les faits observés. Cette enquête serait faite, non par l’Etat — nous n’avons aucune confiance dans les enquêtes officielles, — ‘ mais par les vrais intéressés de la question sociale, les travailleurs.
- Le mécanisme permettant ces enquêtes existe, il n’y a qu’à le mettre en train. Il consiste dans les chambres syndicales d’ouvriers.
- Depuis un certain temps ces chambres syndicales se multiplient. Malheureusement elles paraissent ne pas avoir encore le net sentiment de ce qu’elles veulent ni la pleine conscience de ce qu’elles peuvent. Elles cherchent encore la voie par laquelle elles arriveront le plus sûrement au but qu’elles veulent atteindre : l’émancipation des travailleurs,
- Pour nous, l’hésitation n’est pas permise, la voie à suivre est parfaitement claire. Les chambres syndicales sont appelées à favoriser la constitution de la science sociale qui seule résoudra la question : elles seules sont en situation pour réunir les documents dont nous avons parlé.
- Qu’elles combinent leurs efforts ; qu’elles sachent s’unir et se concerter ; qu’elles fassent un appel à toutes les associations, à toutes les personnes qui ont en main des documents sur les projets et les tentatives faites par les ouvriers ou les patrons pour constituer des sociétés de consommation, de production, de crédit ou de secours mutuels, des caisses de retraite ou de rentes viagères, des entreprises où l’ouvrier participe aux bénéfices, etc., etc.; qu’elles réunissent les notices historiques, les statuts et les comptes-rendus relatifs à ce genre d’institutions; qu’elles constituent ainsi, ce qui n’a jamais été fait, les archives de la question ouvrière, et elles auront donné à cette question une impulsion nouvelle si vive, un caractère pratique si évident, que la cause ouvrière sera
- gagnée devant le juge en dernier ressort, l’opj, nion du peuple souverain.
- Ed. Champury.
- Le dessert gratuit des pauvres
- On nous communique un article de M.J. Yillerov publié il y a plusieurs mois dans le Journal d'agrim, ture.
- Il paraît que dans le Palatinat on tend à supprime, au bord des routes les arbres improductifs, tels que aci casias, peupliers, ormes, etc., dont les racines traçantes sont la désolation des riverains, et à les remplacer paj des arbres à fruits.
- Nous savions déjà de bonne source que dans les envi, rons de Mannheim cette coutume régnait déjà il y , quinze ans II paraît qu’aujourd’hui elle s’étend au Pj. latinat tout entier. Les fruits tombés sur la voie publi. que appartiennent à celui qui les ramasse.
- LA SEMAINE POLITIQUE
- L’amniNtic;. — Au moment où notre revue était sous presse, la Chambre discutait cette irritante question de l’amnistie que le gouvernement et le Parlement s’obstinent à ne pas vouloir résoudre. M. Louis Blanc a prononcé un discours magistral dans lequel il a fait ressortir les nécessités politiques de la mesure d’apaisement dont l’opinion des grands villes réclame l’adoption. M. Jean Casimir Perier, dans un discours haineux s’est efforcé de raviver toutes les rancunes suscitées par la terrible guerre civile de 1871 ; puis M. de Freycinet a pris la parole au nom du gouvernement pour déclarer que l’amnistie lui paraissait inacceptable à l’heure actuelle, parce que les campagnes ne l’admettraient point. Nous devons constater que M. le président du conseil s’est abstenu de toute récrimination déplacée contre les vaincus de l’insurrection du 18 mars, et qu'il n’a point repoussé en principe la proposition de M. Louis Blanc. Il a laissé entrevoir qu’un jour viendrait où elle pourrait peut-être avoir chance d’être adoptée; mais il a proposé aux partisans de l’amnistie une sorte de marché peu honorable pour eux’ en leur donnant à entehdre qu’ils n’obtendraient rien tant qu’ils ne se seraient pas transformés en ministériels. Cette attitude loin d’avoir calmé les partisans de la mesure réclamée par M. Louis Blanc, n’a fait qu’accentuer la scission de l’extrême gauche avec la majorité officieuse. En résumé la proposition d’amnistie a été rejetée par 316 voix contre 114, On constate que le nombre des votants en faveur de la mesure rejetée s’accroît progressivement. Quant au ministère, il n’a obtenu la majorité que grâce au concours de 84 membres de la droite. C’est un maigre succès.
- * *
- Le tarif des douane?». — La reprise de la discussion générale sur le tarif général des douanes a été inaugurée samedi dernier par deux discours de MM. Keller et Richard Waddington : le premier, protectionniste pour l’agriculture ; le second ultra-protectionniste à la fois puur l’agriculture et l’industrie. Puis,la discussion a été interrompue par une interpellation dont il est question plus loin.
- M. Allain-Targé a commencé samedi et terminé lundi un long et intéressant discours. Il a parlé des chemins de fer français et du traitement que les Compagnies font subir à l’industrie et à l’agriculture. Ce côté de la question a son importance, Les tarifs dits de pénétration favorisent les^ produits étrangers dans une large mesure Si l’on faisait les mêmes avantages aux produits nationaux, il s’ensuivrait une augmentation de transit et une amélioration sensible de la situation actuelle-M. Allain-Targé a dit des choses topiques à cet égard.U a fait une théorie de la réciprocité en matière de tarifs qui n’e§t pas éloignée de ce qu’on appelle l’égal-échange.
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- m réponse à M. Allain-Targé, M. Bouvier a prononcé i n remarquable discours en faveur du libre-échange.
- nroduit a été très grand sur tous les bancs de la rvAetrnhre L’orateur a montré les dangers de 1 isolement iiPiles protectionnistes voudraient condamner notre auqept victorieusement établi qu’une nation, démocra-comme la France ne peut être que libre-échan-tiqMP « Il s’agit de savoir, s’est-il écrié dans un superbe Mouvement d’éloquence, si, sous la République, il y ^ra une partie de la population qui prélèvera des sUr l’autre partie. Eh bien, je dis que le droit à la libre consommation est en quelque sorte la formule économique du suffrage universel ! »
- T a formule de M. Rouvier restera.
- Anrès un discours protectionniste de M. de Tillan-la suite de la discussion générale a été remise au
- COUi j ______mAmonl Aii Tvrviic Th!11a
- Ijc — Le Sénat à la suite d’une intermi-
- nable et fastidieuse discussion a fini par voter la loi sur la composition du Conseil supérieur de l’instruction publique, qui a été adoptée par 162 voix contre 126. Maintenant la Chambre aura à se prononcer prochainement sur les modifications, de peu d’importance, apportées au projet de loi précédemment voté par elle.- Il y a lieu de croire qu’elle ne refusera pas son approbation,et que la loi pourra être promulguée dans un bref délai.
- La Chambre haute a tenu énsuite.une courte séance pour débarrasser son ordre du jour de tout ce qui pouvait entraver la grande discussion sur la liberté de renseignement supérieur qui commencera lundi prochain Le projet de loi relatif aux valeurs mobilières appartenant, aux mineurs et aux interdits revenait pour la troisième fois devant le Sénat. Il a été adopté à l’unanimité, après un débat assez confus sur un amendement retiré par son auteur après quelques observations de M. le garde des sceaux qui a montré le péril qu’il y aurait à trancher par une disposition introduite incidemment dans une loi soéciale une question aussi grave et aussi controversée que celle de l’administration légale des père et mère des enfants mineurs. M. le garde des sceaux s’est d’ailleurs engagé à examiner la question et à soumettre au Parlement le résultat de ses études.
- C’est également lundi prochain, que sera nommé, au Sénat, le successeur de M. Léonce de Lavergne, décédé sénateur inamovible.
- ♦
- L’incident @e*gnolbo«. — Il s’est produit sa-medi, à la tribune de la Chambre, un incident pénible. Un député de l’Ardèche, siégeant au centre gauche, décoré de l’empire, M. Seignobos , correspondant du i ^ ^e Genève, s’est vanté par lettre, d’avoir obtenu le déplacement d’un magistrat, M. Clapier, avocat générai a Nimes, pour le punir d’avoir conclu contre lui dans un procès non politique. Interpellé. M. Gazot a pu allumer, aux applaudissements de toute la Chambre, t.que Al Seignobos se vantait d’une mauvaise action qu’il '»ava't Pas commise. La mesure prise à l'égard de m Liapmr a été nécessitée par des motifs purement ^fArd^clm’ ^ Gn qe^or,s l'intervention du député de
- a tenté d’expliquer à ses collègues la * rnnnabm FifFî* n® Pas dire plus, dont il s’était rendu VaWn-it-’ M-ais,.la chambre a été unanime à lui refuser l absolution qu il réclamait d’elle,
- ~w- * ^
- ailx colonies. — Le régime de la dlounp Ho dans les colonies de' la Guade-
- itiour 'lu hnn et de la Réunion. Jusqu’à ce
- nublicatin^H pla-‘Slr du gouvernement décidait de la lCet étal rnFJ!eS J°urnaux. On n’insérait rien sans visa, ren vigueur Pn°peS Va cesser- La législation de la presse régissent no^ rance ,sera appliquée. Les lois qui nous e sont guere libérales ; qlles constitueront
- cependant un progrès marqué sur le régime précédent. Toutes les colonies doivent bénéficier, dans un avenir rapproché, d’une mesure semblable à celle que nous annonçons.
- L’expédition du Mexique. — La Justice annonce une découverte importante. On aurait trouvé dans une casemate du Mont-Valérien des papiers touchant l’expédition du Mexique. Si ce fait est confirmé, il faut s’attendre à*des révélations curieuses sur cette désastreuse aventure, qui a coûté la vie à tant de Français et ruiné tant de gens.
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- Les élections en A ngleterre,. — En Angleterre, la Chambre des Communes étant, comme nous l’avons dit, à la dernière année de son existence, les élections partielles sont disputées avec une ardeur et suivies par le public avec une attention exceptionnelles. Cette semaine, le bourg de Southwark, qui comprend la partie de Londres située au sud de la Tamise, et qui compte plus de vingt-trois mille électeurs, avait à remplacer un député décédé et appartenant au parti libéral.
- C’est un conservateur, partisan du cabinet Beaconsfield, qui a été élu, avec 1.800 voix de plus que n’en avait obtenu, il y a six ans, le libéral qu’il remplace. Ajoutons que le nombre des votants a dépassé de beaucoup, dans cette élection partielle, celui des élections générales de 1874.
- On peut juger d’après cela combien la lutte sera chaude aux élections générales de cette année.
- Le parlement auglais vient de discuter une question intéressante. AI. Meldon a proposé une résolution tendant à. établir une parfaite égalité entre les villes et bourgs d’Irlande, d’Angleterre et d’Ecosse au point du cens électoral. Le gouvernement a combattu cette motion, qui a été répoussée par la Chambre.
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- Ouverture du Parlement allemand. —
- Ce n’est pas l’empereur Guillaume qui a ouvert en personne le Parlement de l’Allemagne. Le discours du trône a été lu par le comte de Holberg, vico-chancelier de l’Empire. Ce document ne contient rien qui ne fûl connu à l’avance. On s’attendait, paraît-il, à ce que le discours fit allusion aux engagements mutuels qui ont été pris entre l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie, lors du voyage .du prince de Bismarck à Vienne, mais il n’a pas été question de ce fait important. Les relations pacifiques et amicales de l’Allemagne avec toutes les puissances, la confiance dans le maintien de la paix, les dispositions pacifiques de l’Allemagne sont notées dans le discours avec une insistance évidente, et l’on y prend soin d’expliquer par une nécessité imposée et non par un acte de volonté l’augmentation de l’armée qui va être proposée au Parlement. Il y a dans tout cela une intention marquée de rassurer.
- En dehors de la loi militaire, qui est une question à la fois de politique intérieure et de politique extérieure, le discours d ouverture annonce plusieurs projets de loi importants, ayant pour objet : le vote du budget pour deux ans, ce qui permettra peut-être de ne convoquer le Parlement qu’une fois en deux années; des augmentations d’impôt ; un emprunt; une prorogation de la loi contre les socialistes, etc.
- On attendait l’élection du bureau pour juger du groupement qui s’opérait entre les partis. Le candidat du parti libéral-national à la présidence du Reichstag a été battu ; il n’a obtenu qu’un tiers des suffrages. La présidence échoit au parti de l’empire ; la première vice-présidence est donnée au centre-ultramontain ; et le parti libéral-national n’obtient que la seconde vice-présidence. Ce parti aspirait à des portefeuilles, et il arrive dernier au bureau.
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- Ouverture du Parlement italien. — Le
- roi d’Italie a ouvert en personne, mardi, la session du
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- Parlement. Les deux Principales questions que Humbert 1er recommande à rétention du Parlement sont, dans le discours du trône, l’abolition de l’impôt sur la mouture et la réforme électorale. Le roi place ces deux mesures sous la protection du nom de son pere, en rappelant qu’elles furent « les dernières promesses du fondateur du royaume », et que remplir cette double promesse « est un devoir sacré envers la mémoire de Victor-Emmanuel ».
- Le discours royal prévoit, pour « l’organisation complète de l’armée et de la marine, l'augmentation, si elle est nécessaire des crédits budgétaires •».
- Ce passage du discours a été fort applaudi, ainsi que celui qui est relatif à l’abolition du droit sur la mouture.
- Ce sont là les points saillant du discours delà Couronne. Il y a beaucoup d’autres réformes annoncées, et même en si grand nombre, qu’il est vraisemblable qu’il n’en sera voté par la législature actuelle qu’une assez faible partie. Les projets sur la réforme de la loi communale et provinciale, sur les réiormes administratives et judiciaires, sur l’exéçution des chemins de fer déjà votés, sur la révision de la législation pénale et judi ciaire, sont des plus intéressants, quelques-uns des plus urgents ; mais il se pourrait bien qu’ils attendissent quelque peu. Quoiqu’il en soit, le discours du roi Humbert est traversé par un grand souffle de patriotisme qui fera sur l’Italie entière une impression aussi vive que celle qu’il a produite sur le Parlement.
- * *
- Le commerce français et l’Italie — Le
- journal VItalie suit attentivement la discussion du tarif des douanes. Le journal italien déplore les tendances rétrogrades qui se sont manifestées dans le rapport général comme au cours des débats. Cette remarque, trop fondée, surprend un peu de sa part. Le temps n’est pas loin où les négociateurs de i’Italie, M. Luzzatti notamment, proposaient à la signature de la France un traité singulier, libre-échangiste' pour uos produits, protectionniste pour les leurs. Il' est néanmoins intéressant de voir qu’.au dehors on ne se méprend pas sur les idées économiques en faveur dans le Parlement. Les récents discours de MM. Keller et Richard Waddington ne sont pas laits pour atténüer l'impression produite.
- + *
- de Péter&l)oiirg. — L’empereur dé Russie a échappé mardi soir à une tentative plus atfoce encore et plus audacieuse que celle qui avait été dirigée récemment contre lui sur le chemin de fer de Moscou. Des assassins ont fait sauter Une partie du palais, où ils croyaient que l’empereur se trouvait alors. C’est à Saint-Pétersbourg, dans le palais impérial, situé sur le bord de la Néva et résidence habituelle de l’empereur, par conséquent sur un point qui doit être gardé et surveillé avec un soin extrême, que les assassins ont opéré.
- Ils avaient donc àêcès dans le palais, ils étaient au courant de l’heure à laquelle l’empereur devait être dans la salle à manger. Ajoutons que, pour parvenir à tuer le tzaf, ils Ué craignaient pas de faire périr les membres de la famille impériale et les invités à Ja table de l’empereur, ainsi que les soldats de la garde, réunis à l’étage situé au-dessous de la salle à manger et au-dessus de la mine. Un heureux hasard a fait que da salle à manger était encore vide àü moment de l’explosion. Les seules victimes sont les soldats de la garde finlandaise : huit tués è't quarante-cinq blessés, dit-on.-
- Ce crime, abominable en lui-même et par ses circonstances, est d'autant plus déplorable que le tzar, à l’occasion du vingt-cinquième anniversaire de son avènement au trône, comptait dit-on, réaliser une réforme politique d’une grande importance. On prêtait à l’empereur Pintention de relâcher les liens du régime autocratique, en créant dans ses Etats une assemblée délibérante qui discuterait le budget et les lois. Et c’est au moment où ce grand progrès, accepté en principe, était peut-être sur le point de se réaliser, qu’un crime sauvage
- vient tout remettre en question. On en est vraiment à ^ demander si les auteurs de ces forfaits qui appariiez, nent, à n’en pas! douter à la domesticité du tzar ne sou-pas précisément ceux qui ont intérêt à empêc^l Alexandre d’entrer dans la voie des réformes libérales.
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- 3La reconttaissaiice dô la Roumaide. s
- Le gouvernement français s’est entendu avèc les g^, veruements britannique et allemand au sujet dé la rg. connaissance officielle de la Roumanie, comme Etat ij, dépendant. On sait que l’indépendance de cette r;âtiot a été admise en principe par le Congrès de Berlin, ma|, qu’elle a été subordonnée à la collation au! isfaélitç roumains de l’égalité civile et politique.
- Après de longues et orageuses discussions, lè Parle, ment roumain ayant supprimé l’article'db la constitutiof qui interdisait la naturalisation dès Uoü-chrétiens $ ayant ensuite réglé d’abord lés Conditions de naturalisation, puis naturalisé un certain nombre d’israéîites, ]{< trois puissances ont pensé que la condition passée pilé traité de Berlin était remplie.
- Elles se sont mises alors d’accord pour reconnaître ot-fieiellement et par un acte identique, la Roumain comme puissance indépendante. C’est le 20 de ce mol; que s’accomplira cet acte. On sait que la Russie, l’An-triche-Hongrie et l’Italie avaient pris les devants,
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- JL, a cüüîïdiiet. autricbioït. — Le cabinet aütfi chien vient d’être complété par la nomination du barôt Conrad, gouverneur de la Bassê-Autriche, au ministèn de la justice et res cultes, et celle du baron XriêgSaua: ministère des finances. Ces choix ont été décidés pari? comte Taaffe après accord préalable avec la majorité d. la Chambre des députés cisleilhane. Le préfeidéül du m: tère autrichien a donc pu constituer enfin un cabiue complet et une majorité, au moins temporaire Là quss tion est de savoir si cellô majorité lui restera fidèle.
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- Crise immiKente à Coastaatïnôplei *
- On mande de Constantinople que le bruit relatif à u changement de ministère se propage et s’accentue. G affirme que Saïd-pacha est en désaccord sur de grave questions avec quelques membres du cabinet et qd'i sera remplacé par Savfet-pacha.
- La question de la nomination de Hafiz-pacha au posl de gouverneur de Gonstatinople est, dit-on, la principi cause du différent que l'on signale au sein du cabine1 On assure que l’iradé relatif à cette nomination est déj signé par le sultan, mais qu’il n’a pas encore été publi parce que tous les ministres, Saïd excepté, sont cou traires à cette nomination.
- NOTES D’UN LISEUR.
- XXI
- N’oublions pas que nous aurons un jour à répondf dé ce que nous n’aurons pas fait, selon notre plac« et nos moyens, pour notre perfectionnement et pot le bien de nos semblables.
- R. Tœppf^r.
- ROLE SOCIAL DU THÉÂTRE
- Les grands excès amènent souvent de nobles pfl testations. Nous en avons sous les yeux un eAeffip-de plus. Depuis plusieurs années le théâtre croup au milieu de pièces infectes et de platitudes. RtëiU nouveau n’a été fait dans le genre élevé. Les graflÀ
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- succès restent toujours l’apanage de l’opérette décolletée sauf quand ils ne s’attachent pas à des productions faisandées comme l'Assommoir. Jamais depuis les tristes jours du Directoire le niveau moral des productions théâtrales n’était tombé aussi bas. Les auteurs dramatiques ne se préoccupent plus du rôle social du théâtre ; ils ne tiennent même plus à faire œuvre d’art; le seul but qu’ils poursuivent, c’est de faire de l’argent. L’art dramatique est une industrie comme une autre, avec cette différence toutefois que dans les autres industries on a avantage à offrir au public des produits de bonne qualité, tandis que l’industrie des auteurs dramatiques fait de plus grosses recettes avec, les productions immondes qu’avec les œuvres d’art.
- Cette débauche du théâtre devait faire naître une protestation, en attendant qu’elle fasse naître une réaction.
- La protestation est déjà venue. C’est à un jeune poète d’un talent remarquable, M. Emile Blémont, qu’en revient l’honneur.
- Voici en quels termes il s’explique sur cette importante question :
- « Dans un temps et dans un pays où la majorité active et intelligente des populations ne pratique guère aucun culte régulier, ne va plus à la messe ni au sermon, et toutefois ne possède pas encore le droit absolu de réunion libre, le théâtre a évidemment un retentissement profond et parfois une portée décisive..'.. Il peut beaucoup pour l’éducation populaire, pour l'éducation de toutes les classes. Le drame aujourd’hui est une des plus puissantes voix que la foule puisse entendre. Je voudrais que cette voix fut l’organe du progrès. Je voudrais qu’on étalât moins complaisamment sur toutes les scènes les bas côtés de notre tempérament Les instincts et les passions ne sont jamais un bel et bon spectacle, quand on les laisse tout saccager, tout salir et tout corrompre, sans même engager le combat, ou du moins sàns même espérer la victoire.
- * Je ne prétends pas que l’on fasse toujours triompher la vertu, comme dans Berquin. Mais ne devrait-on pas montrer la, supériorité que garde la vertu, même vaincue, sur le vice, même vainqueur? Ne devrait-on pas indiquer en traits de flamme que la satisfaction de’ la conscience, l’ascension dé 1 honnête homme dans le bien, est la plus précieuse recompense, la jouissance souveraine, comme le pïre des châtiments, c’est la descente vertigineuse du coupable dans l'abîme hideux et gluant du vice et du crime ?
- “ Aujourd’hui il ne resté plus qu’une aristocratie organisée, qu’un pouvoir constitué : l’aristocratie,: 1
- le pouvoir de l’argent. Les Bonaparte et les Bourbons n’ont pu s’appuyer sur autre chose, ayant tout usé, tout brisé : noblesse, honneur, vertu, foi. A la domination de l’argent, qui ne représente que le côté matériel de l’existence, il faut absolument un contre poids moral, sans quoi l’équilibre sera rompu ; au grand danger de ce qu’il y a de meilleur au monde. On a donc pour devoir urgent de développer dans les esprits par tous les moyens légitimes tout ce qui peut les élever, leur donner un plus pur et plus ferme sentiment de la liberté, de la justice, de la vérité, de l’amour. Le théâtre peut et doit servir admirablement à cela. Il a, peut-être, plus d’action encore sur les masses, que la parole des plus merveilleux orateurs. Je voudrais qu’on y manifestât dignement ï’âme de la patrie devant le peuple assemblé.
- Pour le penseur, comme pour le politique, les temps héroïques ne sont jamais clos. C’est avec l’héroïsme seulement, qu’on vit une vie digne d’être vécue. Sans la réciprocité du sacrifice, il n’est pas d® sentiment fécond, pas de famille, pas de patrie, pas d’humanité. On peut être héroïque ailleurs que sur les champs de bataille, et martyr pour autre chose que des superstitions. Tout homme a en lui un î&yèt îatent d’héroïsme. Il faut révéler à chacun cette flamme intérieure. Il faut en faire un élémént de Sociabilité. Il faut donner à tous la religion de l’humanité, développer en nous la fraternité active. Tous sont solidaires. La fraternité, c’est l’intérêt supfènofe de chacun et de tous. »
- Après ces remarquables paroles, M. Emile BlémOüt déclare qu’il prendra toujours résolument la défense de l’idéal.
- « Contre tous les fatalimes,, dit-il, contre toutes les routines, contre tous les sophismes, nous soutiendrons le principe de la liberté. Au lieu de la force primant le droit et de l’homme accablé par les éléments, nous montrerons le droit primant la force et/ la âature domptée par l’homme intellectuel dont elle multiplie la puissance de toutes les forces de la création. »
- Cette protestation restera t-elle isolée? M. Blé--; mont prèchera-t-il dans le désert ? Nous aimons à croire que non. La France aspire à une vie non-Velle, Elle rêve une gloire plus grande que toutes celles qu’elle a connues jusqu’ici, plus belle que la. gloire d’être forte, plus grande que la gloire, d’être redoutée, la gloire de mériter l’estime et la reconnaissance de tous, la gloire d'avoir travaillé; au,
- ( relèvement des caractères et à la diffusion du bonheur.
- Le roman et le drame ont leur parta prendra dans
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- cette revendication d’un grand rôle. Il leur appartient de sonner la diane des idées nouvelles.
- La France doit avoir, elle aussi, son Schiller pour porter sur la scène, par la bouche des héros, les grandes espérances, les grandes revendications, les grandes batailles de la pensée, les grandes luttes pour la justice.
- Le poète en des jours impies Vient préparer des jours meilleurs.
- Il est l’homme des utopies :
- Les pieds ici, les yeux ailleurs.
- C’est lui qui sur toutes les tètes,
- En tout temps, pareil aux prophètes,
- Dans sa main, où tout peut tenir,
- Doit, qu’on l’insulte ou qu’on le loue,
- Comme une torche qu’il secoue Faire flamboyer l’avenir.
- E. C.
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- LA CO-OPERATIVE WHOLESALE SOCIETY
- La Co-operative Wholesale society est une puissante fédération dont le siège social est â Manchester.
- Cette fédération est composée de 584 sociétés. Elle compte 305,161 membres. Son capital souscrit est de 28,206 actions de 5 livres sterling chacune, ce qui donne en tout 141,030 livres sterling de capital, près de trois millions 557 mille francs.
- Elle possède à Manchester trois maisons distinctes :
- sa banque, son siège social, ses magasins généraux sont situés Balloon Street, n° 1 ;
- la draperie, les vêtements confectionnés, les nouveautés, ainsi que la chaussure sont installés dans Dantzic Street
- tandis que les magasins de fournitures diverses se trouvent dans G-arden Street.
- La C o-operative Wholesale society compte en outre cent vingt succursales, savoir :
- 1 à Newcastle on Tyne 1 à Waterloo (Lancashire)
- 118 à Londres.
- Elle a des maisons d’achat et des dépôts dans les 8 villes suivantes : Liverpool, Cork, Limerick. Tip-perary, Kilmallock, Waterford, Tralee et Armagh.
- A Rouen, à Calais et à New York elle a aussi des comptoirs.
- Elle possède plusieurs navires à voile et les vapeurs Pioneer et Plover.
- Elle réprésente les sociétés de fabrication suivantes :
- the Airedale Manufacturing Sociéty (étoffes et tissus divers)
- the Dunfermline. ' « » limited (tapis, victo-
- rias, nappage, etc)
- the Hebden Bridge Fustian M. S. L. (futaines, satins, etc)
- the Newton Heath M. S. L (soieries noires unies et soieries japonaises)
- the Eccles Industrial M. S. L. (damas, etc) the Lancashire and Yorkshire Co-operative productive S. L. (flanelles)
- the Frame Makers’ and G-ilders’ Association L.
- (optique, miroirs, glaces, girandoles, etc ) the Leeds Woollen ClothCompany L. (vêtements de laine)
- the PaisleyM. S. L. (châles, plaids, tartans, foulards, chemiserie, etc.)
- the Coventry Co-operative Watch M.- S. L. (horlogerie).
- De plus, la Co-operative Wholesale society est propriétaire et 'exploitrice d’usines à Crumpsall, près Manchester, pour les biscuits et la confiserie, à West End, Leicester, pour la chaussure et à Durham pour les savons.
- L'usine de Leicester est montée de manière à livrer 300,000 paires de chaussures par année. La banque de l’association fait annuellement pour plus de 5 millions de livres sterling d’affaires.
- Le 11 Janvier de 1 année dernière le montant des ventes de cette formidable association fut de 2 705,625 livres sterling, plus de 68 millions de francs.
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- PETITES NOUVELLES
- FRANCE
- 37 pétitions oirvr-î — M. Edouard Mil-
- laud, député du Rhône, a déposé hier sur ie bureau de la Chambre h7 pétitions émanant d’un très grand nombre d’électeurs lyonnais.
- Voici le texte de ces pétitions, qui soulèvent une question très-intéressante :
- Messieurs les sénateurs, Messieurs les députés,
- Les soussignés ont l’honneur de vous exposer que les pouvoirs des Chambres syndicales ouvrières n’étant pas reconnus par une législation spéciale, il en résulte constamment des difficultés graves pour les tarifs établis de concert entre elles et les chambres syndicales patronales. Selon les circonstances, les tarifs ne sont pas respectés et ii advient, comme on le voit aujourd'hui, des grèves aussi préjudiciables aux ouvriers qu’aux patrons.
- En conséquence, nous vous prions de vouloir bien donner à nos chambres syndicales des pouvoirs légaux pour empêcher les contestations et garantir les tarifs, ce qui mettra fin aux grèves et maintiendra en bonne harmonie les intéressés.
- Nous vous demandons aussi de vouloir bien présenter un projet de loi pour un budget de prévoyance du travail ou impôt de garantie réciproque dont seront passibles tous les citoyens et les citoyennes depuis vingt ansjusqu’à cinquante.
- Cette loi aura pour but de prévoir les cas de chômage, de disette, d’invalidité et de vieillesse; et de cette manière, les travailleurs de l’industrie, du commerce et de
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- o-riculture se trouveroiit dans les mêmes conditions hp Garantie que les fonctionnaires de l’Etat qui bémfi-cient d’un ordre de choses dont nous demandons l’ex-
- teïes°sou«si^nés ont l’honneur d’être, avec le plus pro-fnrm respect: vos très-dévoués serviteurs et servantes. IUU r (Suivent les signatures).
- + *
- . — Répondant a une lettre que vient rie lui adresser M. Hovius, président de la chambre de commerce de Saint-Malo et député d'Ille-et-Vilaine M. Paul Leroy-Beaulieu déclare dans les Débats, que « si l’Etat français s’amusait à protéger la navigation à voiles il protégerait la routine contre le progrès, la quenouille et le rouet contre la muli-Jenuy, la diligence et le roulage contre le chemin de fer. Il en est* de même, d’ailleurs de toute protection. Toutes ces industries gémissantes et plaignantes sont des industries attardées. Augmentez la protection dont elles jouissent, et vous accroîtrez la torpeur nationale; diminuez la, au contraire, et vous stimulerez toutes les énergies du pays. Augmenter la protection dans ce moment par le souvenir de deux années d’une crise qui s'atténue et qui va disparaître, ce serait, nous le répétons, un grave non-sens, ce serait, en outre, une offense et une atteinte à la vitalité nationale. »
- * *
- Un legs. — On annonce que M. Benjamin Rampai mort récemment, lègue toute sa fortune, estimée à près de deux millions, à ia ville Je Paris, sous la condition qu’elle sera employée à des prêts à faire à des associations ouvrières, sous le contrôle d’une commission du conseil municipal.
- {Rappel).
- qui en peuvent résulter, ont été assez discutés et prouvés, pour qu’il ne soit pas utile d’y revenir aujourd’hui.
- Nous avons pensé qu’il était temps de mettre en pratique ce qui a été trouvé bon en théorie.
- Les neuf dixièmes des travailleurs de Paris sont obligés de prendre leurs repas dehors; avec les nouvelles voies que Ton fait aujourd’hui, qui enlèvent les petits logements, loin de cesser, cet état de choses ne fait que croître.
- Un des grands besoins du travailleur est une nourriture saine et abondante, qu'il ne peut so procurer chez le traiteur, celui-ci ayant des grands frais et devant prélever des bénéfices pour couvrir ses pertes.
- Nous avons pensé qu’il était de l’intérêt de tous de remédier à ce mal. Aussi avons-nous fondé : ta Marmite, Société d'alimentation.
- L’inscription est de SO francs, payables à raison de SO centimes par semaine.
- Pour les adhésions et les renseignements s’adresser tous les samedis de 9 à 11 heures du soir, à la Chambre syndicale de la Reliure, 28, rue des Gfrands-Augustins.
- ¥ ¥
- Droit de» feïnmeH. — Nous avons transcrit dans notre dernier numéro la lettre reçue par M1U Hu-bertine Auclert en réponse à sa demande d’inscription comme électeur.
- On nous écrit à ce sujet que Mlle Auclert n’a pas été seule à faire cette démarche.
- Mmes Leloup, Léonie Pouzade. Brucker, Mlle Eugénie Pierre, et quelques autres personnes du sexe féminin dont on ne nous donne pas le nom, ont fait la même démarche.
- Tant mieux. Nous voudrions qu’il y eût des milliers de femmes qui en fissent autant.
- Un joli programme, — On lit dans VEgalité, é organe collectiviste révolutionnaire, les lignes suivantes, en répunse à un article de M. Corbon, du Rappel :
- « Mais il y a eu heureusement dans la Révolution de la fin du dernier siècle un autre * esprit, » populaire et égalitaire, celui-là, représenté par le brûlement des châteaux, par la prise de possession violente du sol,que les Hébertistes ou Enragés ont incarné un moment comme groupe et Marat comme individualité. Et cet «esprit » -là, qui devait aboutir à Babeuf et à son im mortelle Conjuration des Egaux, nous sommes restés fidèles, nous les égalitaires de 1880, fils des fusillés de Juin 48 et frères des mitraillés de mars, avril et mai 71.»
- Cocasserie. — L’Académie des Beaux-Arts s’est occupée des candidats à la place d’académicien. M. d’Aumale a obtenu le fauteuil vacant. Trois de ses concurrents, artistes de profession, se sont retirés en sa faveur.
- M. d’Aumale qui n’a jamais tenu la plume est membre de l’Académie française ; il en a conclu que puisqu’il n’a jamais tenu le pinceau il a tous les titres voulus pour entrer à l’Académie des Beaux-Arts. Nul doute qu’un jour M. le duc d’Aumale ne demande à faire partie d’un tribunal de commerce. Il y aurait bien plus de droits puisque le vrai titre de M. d’Aumale aux fonctions officielles est d’être marchand de vins de Zucco.
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- Société poisr le développement do l’Isa»-tructio» primaire — La vente annuelle qui a eu lieu au milieu de décembre en faveur de cette œuvre a produit environ 31,000 fr., soit 3,000 de moins que Tannée précédente. Malheureusement ce déficit n’est pas le seul. A Paris et dans les départements, les souscriptions sont en diminution notable, de sorte que « l’exercice va se clore avec un déficit considérable. » Nous regrettons vivement cette diminution et ce déficit dont va souffr.r une œuvre essentiellement utile.
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- Les étudiantes. — La Faculté de médecin Montpellier possède à l’heure qu’il est deux étudia en médecine, l’une russe, l’autre roumaine.
- déliés, Mme Tratcheff, a subi dernièrement ; succès le premier examen pour le titre de docteur.
- acUlt° ^es sciences, de son côté, compte une ih^nte^usse’ ans, qui suit les cours de
- matiques et se prépare à l’enseignement.
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- Une société d’alimentation est en voie de ormation dans le cinquième arrondissement de Paris.
- leurs-1111 GXtrait d<3 rappel qU’elle fait aux travail~ Les besoins de l’Association, ainsi que les bienfaits
- * *
- La Société La Fmterii elle, de Bézier»,
- vient d’uuvrir dans cette ville un fourneau démocratique qui a été inauguré dimanche.
- Les administrateurs avaient à cette occasion organisé un banquet tout particulier, sous la présidence d’honneur de Victor Hugo.
- Chacun, désireux de se rendre compte du fonctionnement de l’œuvre, passait au guichet, y prenait ses jetons et s’asseyait à la table commune. On a pu ainsi s’assurer de la modicité des prix. Le repas, composé de viande, pain, légumes, soupe et vin, revient à cinquante-cinq centimes.
- C’est une excellente innovation, dont profitera la po-pulation ouvrière et que nous voudrions voir se généraliser.
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- Le dépeuplement. — La mortalité continue à être grande à Nancy. C’est ainsi que du l*rau 7 février, on a constaté 63 décès, dont 25 hommes et 38 femmes. Pendant la même période, les naissances ne se sont éle-véesqu’à 35, dont 18 garçons et 17 filles. La moyenne quotidienne des décès est donc de 9, tandis que celle des naissances n’est que de 5. En supposant que cette proportion subsiste toujours, Nancy, qui a aujourd’hui 64,800 habitants, se trouverait dépeuplée au bout de 45 ans,
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- La^ociété pour l’amélioraticn du ho* t f de» femme* qui, jusqu’ici, s est tenue exclusive- I ment dans les limites de la propagande théorique va I entrer, grâce à l’impulsion que lui donnera son nouveau I Comité d’Administration, dans une voie résolument ac- I tive et pratique. |
- Le but de la Société, comme on le sait, est de fairesor- I tir la femme, par tous les moyens légaux, de la condi- ! tion d’infériorité où l’ont placée les codes de tous les I temps : infériorité contraire ?.u droit, à la justice, au I progrès de l’humanité. . 1
- Donc, afin de compléter cette légitime revendication | et de la rendre plus efficace, le comité a décidé qu’outre 1 les publications, les pétitions, les conférences, lesmee > | tings, les congrès, il serait fondé une œüvre de pïotec- p tion morale et matérielle, comme il en existé à l'étràn- | ger, en faveur des jeunes filles sans oüvrâge ou éloignées | de leurs parents. |3
- Pour réaliser ce projet, le comité d’administration s’a-r f, dresse à tous les membres de la société et à tous les ï3 nouveaux adhérents, persuadé qu’ils répondront à son chaleureux appel avec zèle et dévouement.
- Une grande réunion présidée par M. Victor Schœlcher, sénateur, avec conférence, auraiieu fin février.
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- BELGIQUE
- I^e mouvement pour l’oit» t en t ion du »u f* f*>vâg-e universel prend chaque jour plus d’intensité, surtout dans les provinces orientales. Espérons qu’il réussira.
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- Ibei« libres penseurs, — Le National Reformer et la Secular Review nous apprennent que l’idée de la Fédération universelle des sociétés de libres penseurs, dont les sociétés rationalistes belges ont pris l’initiative, est on ne peut mieux accueillie par les séeularistes anglais. Afin'd’arriver plus facilement à mettre en pratique cette fédération votée en principe depuis quelques temps déjà, les séeularistes anglais ont nommé pour leurs représentants, en Belgique, le docteur de Paepe, de Bruxelles* et en Hollande, M. Swaagman, d’Amsterdam. De mémo que les sociétés rationalistes belges, la société des libres penseurs hollandais « de Dageraad » s’est mise en relation directe et suivie avec Jes groupes anglais. Le Congrès annuel des libres penseurs d’Angleterre doit avoir lieu cette année le 16 Mai. Au moment où nous avons reçu nos dernières informations le siège de ce Congrès n’était pas encore décidé. Un des points qui y seront discutés sera, sans doute, l’organisation d’un Congrès rationaliste international pour le courant de cette aunée; ce dernier, selon toute probabilité, aura lieu en Belgique.
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- ALLEMAGNE
- ILe« socialistes continuent à inquiéter l’empereur.
- Voici textuellement un passage dü discours du trôné qui est très significatif :
- « Pour assurer la sécurité intérieure de l’empire menacée par les menées d’un parti révolutionnaire, vous avez donné, dans la première session de la législature actuelle, votre assentiment à la loi dirigée contre les tendances, menaçantes pour la paix publique, de la démocratie socialiste. Cette loi ne doit rester en vigueur qué jusqu’au 31 mars 1881. Les mesures ti’exécütion qui ont été prises dut eu pour résultat de contenir l’agita*-tion dans certaines limites ; on n’a pas réussi jusqu’ici et on ne réussira pas davantage dans le délai d’un an qui reste, à enrayer complètement l’agitation. En conséquence, on vous proposera de prolonger au-delà du 31 mars 1881, et pour une durée convenable, le temps pendant lequel la loi devra tester en vigueur. »
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- ITALIE
- ÜLesi rois t’en -vont. — L’instruction du procès intenté par don Carios à son ancien aide de camp, le général Boët, est terminée, et le tribunal s’occupe de réunir les témoins.
- On lit, à ce sujet, dans VItalie :
- Le tribunal de Milan à cité comme témoin dans l’affaire de la Toison d’or la choriste hongroise Pauline Horvath,qui avait été pendant quelques temps, et est encore, dit-on, l'amie de don Carlos. Mais l’autorité judiciaire de Pesth, priée par le tribunal de Milan de rechercher Pauline Horvath, n’a pas pu la retrouver.
- Deux choristes, ses amies, n’ont pas su ou pas voulu dire ce qu’elle est devenue.
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- Lecorp» «le ILie IX attend toujours, à St-Pierre, que ses héritiers lui fassent construire un tombeau à Saint Laurent extra mur os, conformément à sa volonté dernière. L’emplacement du tombeau (la niche pratiquée dans l’abside de l’église souterraine) est couvert d’inscriptions écrites avec un crayon ou gravées à la pointe d’un couteau. Il y enade très curieuses, où Jean-Marie-Mastaï-Ferreti est appelé Saint-Pie IX. Un individu, qui n’a pas signé, mais qui doit être un négociant gêné dans ses affaires, lui demande sans façon la grâce de gagner ud bon terne à la loterie! On n’efface rien.
- La tentative de quelques fanatiques, a Rome et à l’étranger, pour exercer sur la curie romaine une pression dans le sens de la béatification et de la canonisation de Pie IX, a été déjouée par la prudence et la fermeté de Léon XIII. La presse cléricale de la ville de Rome a reçu l’ordre de ne pas même effleurer cette question. Elle a publié, toujours par ordre, un résumé des prescriptions de la congrégation des rites en matière de béatification et de canonisation. Or, il faudrait déroger à ces prescriptions pour instruire dès maintenant la cause de Pie IX. Devant cette attitude du nouveau pape, les miracles que les reliques de Pie IX commençaient à opérer ont cessé tout à coup
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- ESPAGNE
- Un signe ffeg temps c’est le fait suivant :
- Uii ouvrier s’est fait protestant; il avait un enfant: l’enfânt meurt. Le père veut le faire enterrer par le ministre du culte auquel il appartient, dans le cimetière protestant. Le curé survient, enlève le cadavre de l’enfant, malgré la volonté du père. L’enfant a été baptisé catholique : il n’appartient plus à sou père, mais à l’Eglise. Mais les droits du père de famille?... Voilà de quelle façon les entend l’Eglise, voilà comment les respectent lés cléricaux, quand ils sont les maîtres C’est une nouvelle édition de l’affaire dü petit Mor-tara; cette fois seulement, le Mortara est un mort. Le ministère espagnol, quoique fervent catholique, n’ai pu souffrir la co nduite du fanatique curé. Il a exigé que le corps de l’enfant fût rendu au père, qui le fera inhumer comme il l’entendra.
- SUISSE
- Les divorces. —- D’après un relevé du bureau fédéral de statistiqüe, il y a eu en Suisse* en 1878,1,268 demandes de divorce, dont 77 obt été écartées. Dans 182 cas, les tribunaux ont prononcé là séparation et dans 1,036 le divorcé.
- La moyenne des divorcés a été de 5 0/0, mais Àppen-zell (Rhodes Extérieures) accuse le 15 1/2, chiffre qui est très considérable mais qui s’explique par le fait que le divorce n’était établi en 1878 dans ce demi canton que depuis deux ans. Or comme on y est très catholique, lés habitants n’ont pas osé profiter tout de suite de rinsti-tution nouvelle. Le chiflre de 5878 n’est si fort que parce ! qu’il contient la liquidation de l’arriéré.
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- (l’îlïi Curé. — Dahs le canton deFri-hourff les candidats à une cure sont depuis un temps immémorial soumis à l’élection de leurs paroissiens.
- Une élection ecclésiastique vient d’avoir lieu à Bulle dans les conditions suivantes :
- jq Gœtschmann, curé de cette paroisse, ayant été appelé à remplir les fonctions de supérieur du séminaire, il y avait lieu de pourvoir à son remplacement.
- C’est l’assemblée générale des paroissiens qui, dans ces circonstances, ale droit de désigner les caudidats, en nombre triple, qui sont ensuite présentés au choix de l’autorité diocésaine. ' ... ,
- Le conseil communal a dresse a cet effet une liste de candidats qu’il a soumise à l’assemblée des parois-
- Si<TJnô partie de ces derniers (Une centaine, nous dit-onfi mécontente de ne pas voir figurer sur cette liste M. le vicaire Bonnet, avait adressé à ce sujet à l’assemblée des bourgeois de la ville de Bulle, une protestation.
- Cela n’a pas empêché le choix de l’évêque de tomber sur l’un des trois candidats présentés par l’assemblée de3 paroissiens, M. l’abbé Frossard, ancien recteur du collège de Saint-Michel.
- 4 4
- La Société du Grriktii est la plus puissante des sociétés ouvrières suisses. Elle a des sections dans toutes les villes des 22 cantons confédérés.
- Le comité central de cette Société propose aux sections la discussion du sujet suivant qui sera traité dans l’assemblée générale de cette année. :
- « La Vie de famille, ses lacunes, son développement, au poiht de vue des classes laborieuses.
- Le reproche adressé à notre époque de ne pas comprendre suffisamment ta vie de famille et ses effets salutaires est-il justifié?
- A. quelles causes fa ut-il attribuer le grand nombre dés unions malheureuses?
- Quels sont les moyens propres à assurer le bonheur domestique? »
- Voilà Gertes un thème bien choisi.
- 4 *
- AUTRICHE
- Dé hutgaétlime à, "Vienne. — Pour la Société viennoise, la préoccupation exclusive du moment est au magnétisme animal.
- Mardi dernier, le théâtre du Pdng a vu se produire une scène tumultueuse à la suite d’expériences de magnétisme faites par le professeur Hansen. Plusieurs arrestations ont-été opérées. Quelques spectateurs qui avaient
- Sualifîé hautement de charlatanisme (Sckwindie^ei) les ëfflonstrations pratiques du conférencier ont été condamnés hier à des amendes variant entre 30 et 200 florins.
- On ne sait pas si les sévères arrêts du tribunal Correctionnel ont été dictés par la gravité* des imputations et léür peu de fondement, ou s’ils ont été inspirés par un légitime souci du bon ordre.
- Depuis cetle soirée mémorable, les dissertations sur le magnétisme ont pris dans nos journaux une très large placëi elles priment tout autre sujet. Dans les salons, la conversation n’a guère plus que ce texte Om ne s’aborde que par cette question caractéristique : — Que pensez-vous du fluide animal ?
- La ville est partagée en deux camps : les sceptiques et les croyants. Ceux-là nieut tout et résument ainsi leur opinion : adroit charlatanisme. Ceux-ci croient fermement et se retranchent derrière ce mot : mystère î Quant au parti de l’analyse scientifique, de l’examen impartial des phénomènes cataleptiques, il compte à peine.
- *
- ANGLETERRE
- Droit des — Un meeting composé ex-
- clusivement de femmes et présidé par'Mme Duncan m Laren, femme du député d’Edimbourg et sœur de John ünght, a eu lieu à Edimbourg le 3 février.
- 123
- or
- Des diverses parties de l’Angleterre étaient venues des déléguées afin de soutenir la" cause qu’il s’agissait de populariser : l’obtention du droit du suffrage pour les femmes. La salle était comble. Les hommes n’avaient été admis qu’aux galeries.
- La présidente, puis après elle la vicomtesse Harber-ton, Mme Seatcherd, Mlles Sturge, Ashworth-Hallet et d’autres membres du meeting ‘ont pris la parole, et il a été décidé qu’un mémoire serait adressé au gouvernement et présenté par une députation à lord Beaconfield, en vue d’obtenir que les femmes obtiennent le droit de vote avant les prochaines élections.
- La loi anglaise qui attache ce droit à la qualité de censitaire favorise cette réclamation ; puisque le paiement de l’impôt engendre le droit de voter, les femmes qui -paient l’impôt doivent être électeurs. On sait que cé .principe a déjà été appliqué à la formation des Dchoob boards.
- *
- * X
- Uiae femme chirurgien. — Une place de chirurgien était vacante à l’hôpital des enfants de Birmingham Plusieurs compétiteurs se sont présentés et, de leur nombre, une femme docteur, Mlle Clarke.
- La English Womans Review nous informe que Mlle Clarke a obtenu la préférence.
- Bravo ! Nous sommes convaincus que les femmes docteurs sont mieux qualifiées que les hommes pour soi** gner les enfants malades.
- *
- 4- *
- De® - og-srès de l’éclairage par l’Ul motricités se multiplient de plus en plus.
- La Compagnie des Docks Sainte-Catherine de Londres prévient le public qu’elle ouvre une adjudication à l’effet d’éclairer par l’électricité ses docks et ses magasins ' -
- D’après ce qui nous est dit, cette puissante administration, qui marche à la tète de toutes les administrations analogues, renonce à l’usage du gaz considéré comme insuffisant et dangereux.
- *
- 4 *
- ETATS-UNIS
- Droit de® femmes. — La Chambré des représentants de l’Iowa a adopté le 4 février une résolution tendant à réviser la loi constitutionnelle, afin de rendre les femmes éligibles comme députés.
- *
- 4- -4
- Xje® femme® électeur®. — Leë élections municipales dans le Massachussets ail commencement du mois, ont été marquées par une expérience intéressante.
- Pour la première fois les femmes étaient appelées à voter pour les directeurs des écoles, en vertu d’une loi récente.
- A Boston, le nombre de celles qui s’étaient fait enregistrer était d’environ un millier * il était de 3 000 pour tout le Massachussets. „
- Les femmes ont voté avec beaucoup d’ordre et tout s’est passé de la manière la plus convenable.
- Cinq villes ont élu des comités scolaires eu partie composés de femmes, dans la proportion d’un tiers environ.
- (Le Droit des femmes).
- *
- 4 4
- L’UniŸersité de Michigan compte maintenant 134 femmes étudiantes.
- *
- 4- 4
- Mlle Francis G. Janney, docteur en médecine, vient d’être nommé médecin de l’école d’apprentissage des filles du Delaware.
- Mlle Jauney exerçait jusqu’ici à Columbus où elle s’était acquis une grande réputation.
- 4 4
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- 124
- LE DEVOIR
- Mlle S. M. D. Fry vient, nous dit le Droit des femmes, d’être élue présidente de la Société des sciences sociales de l’Illinois.
- EMPLOI DES LANTERNES MAGIQUES DANS L’ENSEIGNEMENT
- La pédagogie moderne commence à renoncer à l’ancien système, basé sur la contrainte et les punitions ; elle pense qu’il faut suivre les indications que nous fournit la nature, laquelle nous pousse à l’action par le désir et à la répétition par l’attrait du besoin satisfait.
- Il faut cesser de répéter à l’enfant que les racines de la science sont amères, mais que les fruits en sont doux, provoquant ainsi chez lui le dégoût contre lequel nous sommes ensuite obligés de lutter par les remontrances et les châtiments, dont l’effet infaillible est d’accroitre le mal qu’ils sont appelés à guérir.
- Combien est différente la marche de la nature ; elle commence par nous solliciter agréablement, par nous donner de l’appétit, et nous fait ainsi complice empressé de l’œuvre qu’elle poursuit.
- Nous devons donc commencer par faire naître l’appétit de la science, ce qui est facile, le désir de connaître étant naturel et général, et le satisfaire, non par un enseignement morose et sévère, mais par les moyens les plus attrayants, et l’on peut être sûr que le profit sera en raison directe du plaisir éprouvé par l’intelligence.
- L’enseignement par les projections réunit toutes ces qualités, et c’est pourquoi on ne saurait trop le généraliser.
- I! éveille, en effet, au plus haut degré l’attention de l’enfant, nous pourrions ajouter et aussi de l’a dulte, et occupe à la fois son intelligence et ses yeux. Il a tout l’attrait d’un spectacle, il rend vivante la leçon; l’enfant n’apprend pas : il voit, il observe. Les pays dont lui parle la géographie passent sous ses yeux avec leurs habitants, leurs monuments, leur faune, leurs paysages. Il en est de même de l’histoire, de l’histoire naturelle, de la micrographie, de l’histoire des beaux arts .
- Grâce à des appareil^ perfectionnés, cette méthode peut être employée avec la même facilité et le même profit dans les cours publics, dans les écoles, dans les classes, dans les familles ; nous croyons que cette méthode est appelée à rendre les plus grands services et que ces services seront durables, parce qu’elle rentre dans le grand courant de la pédagogie scientifique contemporaine.
- Nous savons que plusieurs démonstrations ont eu
- Slieu dans les écoles publiques, que le ministre s'est montré favorable, qu’une commission a fait un rapport approbatif et que la méthode doit être expérimentée cette année dans les écoles de la ville de Paris. {Le Siècle).
- La M étallotLérapie.
- Jusqu’à ces derniers temps, les efforts faits par les médecins pour guérir l’anesthésie hystérique étaient restés sans résultat. Une découverte imprévue, révélant toute une série de faits vrais et invraisemblable, est venue apporter à la thérapeutique de l’hystérie d’heureuses modifications.
- Quoique vulgarisée depuis peu de temps, la découverte de la métallothérapie n’est pas tout à fait récente. Il y a près de 25 ans M. Burcq avait affirmé que l’application sur la peau de certains métaux, or, argent, cuivre, zinc, guérissait les névralgies, les migraines, les paralysies.
- Cependant personne ne songea à vérifier scientifiquement cette étrange allégation. On ne parla plus du docteur Burq.
- Lui, cependant, continua à soutenir que le traitement des maladies nerveuses par les métaux faisait obtenir des cures merveilleuses. Il est probable qu’il aurait ainsi prêché dans le désert jusqu’à la fin de ses jours, si M. Charcot n'avait songé à refaire des expériences. Or, il se trouva qu’elles étaient exactes, au moins en partie.
- Si l’application de métaux ne donne que des résultats médiocres dans beaucoup de maladies nerveuses, il n’en est pas moins vrai que chez les hystériques, et en particulier celles qui sont anesthésiques, ce mode de traitement modifie singulièrement les symptômes de la maladie Il suffit d’appliquer sur la région insensible des pièces d’or, ou d’argent, ou un autre métal, pour que, quelques heures après, la sensibilité soit complètement revenue.
- Certains malades guérissent avec l’or, d’autres avec l’argent, d’autres avec le zinc ou le cuivre, aussi le pro cédé thérapeutique, qui consiste à appliquer sur la peau des pièces de métal, a-t il reçu le nom de métallothérapie.
- Quelque étranges que puissent paraître ces faits, ils ont été trop de fois vérifiés, tant en France qu’à l’étranger, pour qu’on puisse les révoquer en doute. Du reste, les recherches ultérieures ont révélé de quelle manière agissent les métaux lorsqu’ils sont appliqués sur la peau. Il se développe, par suite du contact entre le métal et la peau humide, imbibée de sels, de très faibles courants électriques.
- Ces courants, trop peu inlenses pour être sentis, sont assez puissants cependant pour modifier l’état des nerfs sensibles, de sorte qu’ils font disparaître l’anesthésie, et rétablissent la sensibilité.
- L’expérience a été faite directement, et a rendu très probable cette hypothèse, que la métallothérapie n’agit qu’en donnant naissance a de très faibles courants électriques, courants qui excitent les nerfs sensibles, paralysés et font renaître la sensibilité.
- (Rerue des Deux-Mondes).
- L’IRLANDE
- VIII
- Le nombre total des émigeants du 1er mai 1851 au 31 décembre 1871 était de 2,084,494 ; et, au 31 décembre 1878, il s’élevait à 2,494 605.
- Voici du reste quelques chiffres instructifs que nous mettons sous les yeux du lecteur avant dç poursuivre notre sujet.
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-
- L’Irlande, on le sait, se divise en quatre grandes provinces : Leinster à l’Est, Ulster au Nord, Con-naught à l’Ouest, Munster au Sud.
- La province la plus peuplée est Ulster, puis vient Munster, puis Leinster et enfin Connaught.
- Certaines parties de ces provinces sont plus fertiles que d’autres et c’est sur l’évaluation du sol comme base que l’impôt est assis, et non-seulement l'impôt, mais encore dans le plus grand nombre des localités, le montant du fermages, (A)
- Leinster
- Munster
- Connaught
- Ulster
- Totaux. ..
- évaluation du sol eu livres st. Emigrants Nombre de pauvres
- 4 629,561 7 371 118.058
- 3,352.812 12 .833 103.607
- 1,435,149 4 680 28.898
- 4 254,414 16 .240 73.483
- 13,671,936 41 124 324.046
- Taxes pour les pauvres
- 299.127 284.665 92.395 169.421
- 845.608
- L’aristocratie irlandaise se divise en deux parties. La lre comprend toute la pairie au gnombre de 181 membres ; la 2e se compose de 65 baronnets.
- Les 181 pairs se décomposent comme suit :
- 2 ducs.
- 11 marquis.
- 64 comtes.
- 38 vicomtes.
- 66 barons.
- De ces 181 nobles, 105 sont dits pairs de Royaume-uni. Us se répartissent en :
- 1 duc.
- 11 marquis.
- 47 comtes.
- 17 vicomtes.
- 29 barons.
- Vingt-huit de ces 105 pairs du Royaume-Uni siègent à la Chambre des lords savoir :
- 12 comtes.
- 6 vicomtes.
- 10 barons,
- L’Irlande envoie en outre à la Chambre des communes 103 députés. Elle en envoyait 105, mais deux sièges ont été suspendus à Sligo (comté de Connaught) pour fait de corruption*.
- Ces 103 députés se divisent politiquement en « home rulers » (ceux qui revendiquent l’antonomie de l'Irlande), libéraux ou membres de l’opposition et con servateurs ou ministériels.
- Les home rulers sont au nombre de 58
- Les libéraux — 11
- Les conservateurs — 33
- Un siège est vacant à Donegal (Ulster) 1
- (A) Malheureusement dans la plupart des baux, le prix de 1 évaluatio3, terre ^Passe de beaucoup la moyenne
- 103
- :voir 125
- H. R. L. c.
- La province de Leinster
- est représentée par 25 - - 4 — 8 = 37
- La province de Munster. 11 - - 3 — • 5 = 19
- La province de Connaught. 12 - W — - p zzzz 12
- La province de Ulster.. 10 - - 4 — 20 = 34
- Totaux. 58 11 33 == 102
- Et le siège vacant. P P P 1
- L’Irlande renferme dans son sein 3 églises . 10
- f l’église d’Irlande, proprement dite église prot.es-, tante, 2° l’église presbytérienne, 3° l’église catholi-I que romaine.
- ; 1° L’église d’Irlande- ou épiscopale a été entière-
- ! ment séparée de l’Etat par un acte du Parlement en 1869, mais la loi n’a été mise en vigueur qu’à partir du 1er janvier 1871.
- L’Eglise d’Irlande compte 2 archevêques, 10 évêques, 1800 clergymen avec près de 700 mille membres d’après le dernier recensement fait en 1871. Elle est régie souverainement par un synode qui comprend 2 chambres : celle des évêques et celle des délégués Cette dernière se compose de 208 membres du clergé et de 416 laïques choisis par un synode diocésain, La gestion financière est confiée à un conseil de 60 membres constitué en vertu d’une loi du Parlement votée en 1873.
- L’Archevêque d’Armagh jouit d’un revenu de L 9.708 — fr.
- L’archevêque de Dublen.
- L’Evêque de Meath,
- » Down...........
- Klllalac.... Limerick...
- Tuam.......
- Derry......
- Cashel.....
- Kilmore,... Cork.......
- Ossory.....
- 7.287 = 1.500 = 3.763 == 3.130 = 3.875 = 4.767 = 2.300 = l.OüO = 1.000 » 1.700 = 1.500 =
- 242.700
- 182.175
- 31.500 94.075 78.250 96.875
- 119.175
- 57.500 25.000 25.000
- 42.500
- 37.500
- L 41.530 fr. 1.038.250
- L’Eglise presbytérienne en Irlande, selon le recensement de 1871, comptait ?03,461 membres. Elle se divise en plusieurs corps dont le principal est sous la direction d’uoe assemblée générale. Il embrasse 36 presbytères, 635 ministres, 599 congrégations, 73.632 familles, (après la bataille de la Boyne, 80.000 familles Ecossaises s’étaient établies dans le nord de l’Irlande). 8.579 écoles de dimanche et 72.288écoliers De 1878 à 1879 l’église presbytérienne a dépensé en missions ou autres œuvres religieuses ou de charité, 154.377 liv., ou en monnaie de France, 3.859.425 fr.
- Les dissidents de l’Eglise presbytérienne, ramenant
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- 126
- LE DEVOIR
- I
- le principe puritain et protestant à sa première ori- | 20,000 L. où 500 mille francs de notre monnaie. La gine, ne reconnaissent d'autre autorité que les livres I somme de 6 à 7,000 L. est affectée à sa maison, c’est-saints. Peu leur importe la façon dont on les inter- | à-dire à la solde des officiers qui la composent, prêtre pourvu que l’on ait foi en leur origine sacrée. \ La Justice est rendue par 1° la cour suprême de Ils sont généralement mêlés à tous les mouvements j justice, ou cour d’appel de Sa Majesté ; 2° la haute qui se font dans un sens démocratique. Ils ne sont | cour de justice comprenant les divisions suivantes : pas nombreux. * Chancellerie ; Banc de la Reine ; Plaids communs ;’
- Les presbytériens orthodoxes, selon le principe | Echiquier ; Actes probatifs et mariages. 3° La haute de l’église Ecossaise posent un dogme devant lequel | cour de l’Amirauté et enfin ia cour des banqueroutes, tout le monde doit s’incliner. Unis un moment dans ij Maintenant, reprenons notre récit.
- la lutte avec les catholiques, ils ne vivent plus en j aussi bonne harmonie. L’Irlande cependant, dans la | crise actuelle tirerait un profit immense de leur ac- j tion commune.
- L’Eglisê catholique-romaine est soumise, dan?* sa direction et son fonctionnement à la hiérarchie romaine. Elle compte quatre archevêques et un coadjuteur; 26 évêques et deux coadjuteurs ; enfin 3.188 desservants.
- On a vu quelle était la population des deux autres Églises, à part quelques sectes tout à fait insignifiantes comme chiffre numérique et influence, tout le reste de la population irlandaise appartient au culte catholique romain. C’est le 76 1/2 pour cent environ de la population totale de l’Irlande. Jusqu’à 1871 elle n’était qu’une branche de l’Église d’Angleterre. Actuellement elle est indépendante.
- Comm.e Enseignement, l’Irlande compte trois Universités : Tune dite Université de Dublin, fondée en 1591, comprenant une école du Génie ; la 2e appelée Université de la Reine, ayant sous sa direction trois grands collèges : le collège de la Reine à Belfort, le collège de la Reine à Cork et le college de la Reine à Galway ; la 3e Université dite : Université catholique, dont le siège est à Dublin.
- Outre ces établfssements elle possède encore un certain nombre d’Éoo.les ayant une dotation et des Écoles mixtes où sont reçus les enfants de toutes les sectes, sans distinction.
- Les Établissements financiers particuliers et ayant de l’importance sont peu nombreux. Deux des principaux ont des agents ou correspondants à Londres. Neuf autres Banques, parmi lesquelles la Banque d’Irlande, distribuent le crédit dans le pays. Nous dirons en ce qui a trait à l’agriculture quel est le mode de distribution et nous ferons remarquer la fatale influence q.u’exercent encore de ce côté les substitutions et le droit de primogéniture.
- Le gouvernement de l’Irlande est, prétend l’Angleterre, à .moitié indépendant. Un lord lieutenant nommé par chaque ministère successif, exerce au nom de la,, Reine de la Grande-Bretagne, des prérogatives presque royales. Il reçoit un traitement de
- (A suivre ) G.-P. Maistre,
- ïLes Mlétéovigrte»
- C’est à l’étude de tous ces débris, qui nous arrivent comme des projectiles des mondes lointains, que le savant président de l’Académie des sciences a consacré le deuxième volume qui complète les belles Etudes synthétiques de géologie expérimentale. Outre les notions générales concernant les météorites, nous y trouvons réunies les expériences remarquables dans lesquelles M. Daubrée a pu réaliser, en petit, la plupart des conditions sous l’influence desquelles ces roches apparaissent dans notre monde terrestre, expériences qui éclairent d’un, jour nouveau les questions relatives au mode de formation, à l’origine et à la nature de ces débris cosmiques. C’est une voie nouvelle ouverte à la géologie, qui vient ainsi prêter un concours inattendu à l’étude du monde sidéral, où l’examen des météorites nous révèle i une fois de plus l’unité de constitution de la matière, if II résulte, en efï'et, de plusieurs centaines d’analyses dues aux chimistes les plus éminents, que les météorites n’ont présenté aucun corps simple étranger à notre globe. Les éléments qu’on y a reconnus avec certitude sont, suivant l’ordre décroissant de leur importance : le fer, absolument constant, habituellement mélangé, soit à l’état de métal, soit à l’état de combinaison; 1% magnésium, à l'état de silicate; le silicium, Y oxygéné, le nickel, principal compagnon du fer ; le cobalt, le chrome, le manganè'e, le titane, l’étain, le cuivre, l'aluminium, les silicates, comme le potassium, le sodium et le calcium', l'arsenic, le phosphore, l'azote, le soufre, le chlore, le carbone, l'hydrogène. Plusieurs des combinaisons de ces corps se retrouvent parmi les minéraux terrestres : le pèndot. le pyroxène, l'enstatite, et le feldspath anorthite, le fer chromé, la pyrite magnétique et le fer oxydulè. Les ! foimes cristallines sont souvent les mêmes. D’autres combinaisons sont spéciales aux météorites : le fe*' natif nichlé, le phosphure de fer et de nickel, le sesquisulfure de carbone, (daubréelite), le sulfure de calcium et le protochlorure de fer (lawrencite).
- Ces données confirment l’hypothèse de la « scorification universelle », d’après laquelle l’écorce du globe se serait constituée telle que nous la connaissons par l’oxydation et la silicalisation des plus prononcée des métaux du noyau central. Au-dessous du granit, où l’eau intervient dans la formation de la masse cristalline, s’échelonnent des laves pyroxéniquès de fer, puis le péridot, silicate à base de magnésie et de protoxyde de fer, si commun dans les météorites et nos roches pro-fondes, que M. Daubrée y voit la scorie universelle.
- La chute des météorites est consécutive à l’apparition d’un bolide qui éclate dans notre atmosphère en projetant une lumière des plus vives et produisant une détonation complète au bruit du canon. On ne sait si lèS étoiles filantes, qui ne sont que des comètes désagrégées, sont identiques avec les bolides que l’on est porté à considérer comme des astéroïdes émanées des systèmes stellaires différents au nôtre. Il résulte, au moins, dçs expériènces de M. Daubrée, que ces bolides arrivent, nù | contact de notre atmosphère dans un certain état d’iü'
- 1 tégrité, et que, là seulement, la compression de l’air en
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- LE DEVOIR
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- Hermine ]a fragmentation qui, la plupart du temps, cprait bornée à la surface. Ils n’éclatent pas comme une hnmbe • ils émettent plutôt ces fragments qui s’en détaxent è’n diverareaût comme les projectiles d’une arme à fpu Tous les bolides ne nous envoient pas de ces projectiles • beaucoup ne laissent, après eux, qu’une trainée d’abord lumineuse, puis obscure, origine, sans nul doute des poussières métalliques que le microscope décèle dans l’atmosphère
- Les preuves de l'origine cosmique des météorites sont la vitesse de leur course, inférieure cependant a celle du ‘bolide lui-même qui peut atteindre 79 kilomètres à la seconde et la grande hauteur des points où elles paraissent Le’bolide d’Orgueil éclata à 65 kilomètres de hauteur et pénétra dans notre atmosphère avec une vitesse de SO kilomètres à la seconde.
- Les espaces sont donc sillonnés de corps innombrables originairement chauds et - lumineux, comme leur Siode de formation l’indique, malgré le froid excessif du milieu cosmique. Ceux ci sont des astres éteints, et comme des débris de la démolition du monde. Leurs ohases d’évolution chimique et physique rappellent celles par lesquelles a passé la Terre elle-même, et , leur étude nous ramène à l’hypothèse de Laplace, qui fait dériver notre planète, comme toutes les autres, d’une masse unique.
- sont les richesses naturelles du pays qu’ils habitent; ils l’auraient appris pour ainsi dire sans travail aucun, et d’une façon qui, j’en suis certain, serait des plus agréables pour eux.
- L’idée de M. Roehrigme paraît des plus pratiques; elle fera son chemin; aussi, nous nous permettrons d’appeler sur elle, l’attention des recteurs et des inspecteurs de l’enseignement de l’Etat.
- [Progrès de l’Est) Dr A. P.
- MUSÉES RÉGIONAUX
- La quatrième livraison du « Bulletin de la Société de géographie de l’Est » vient de paraître.
- Nous y trouvons un article de M. Rœhrig, professeur à l’Ecole de commerce de Bordeaux, où se trouve développée l’idée de créer des musées de matières premières et de produits fabriqués.
- M. Rœhrig propose l’établissement de musées régionaux renfermant des exemplaires des matières premières et des produits de fabriques de la région; de la sorte on aurait, groupés géographiquement, tous les produits d’un département, d'un arrondissement, d’un canton... On établirait — M. Rœhrig l’a déjà fait— des cartes industrielles, agricoles, commerciales de chacune de ces régions.
- Dans toutes nos écoles, il y aurait une de ces cartes ; enfin à chaque école, on installerait une petite collection des principales matières premières, et des produits fabriqués de la commune et même du canton tout entier. L’instituteur dirait à l’élève : cette pierre est bonne à bâtir ; celle-là ne vaut rien parce qu’elle gèle ; avec celle-ci on fait de la chaux* du ciment ; avec cette terre on fabrique des tuiles, des tuyaux, des pots. Tout cela se trouve en plus ou moins grande quantité dans notre comm'une, etc., ou bien : ceci est fabriqué avec du coton qui vient de 1 Amérique, de l’Inde ; cette toile a été faite à G-é-rardmer, etc.
- Je n’insiste pas sur l’utilité d’un tel enseignement; nos enfants apprendraient ainsi à connaître les * richesses minérales, agricoles, industrielles de la commune, du canton, du département qu’ils habitent; ils connaltraient-au* ^sortir -de l’école
- L’IMPOT
- La Chambre vient d’être saisie du projet de budget pour l’exercice 1881.
- L’ensemble des dépenses s'élève à 2,773,391,474 francs.
- Les recettes à percevoir sont évaluées à2,777,193,903 francs.
- Joli chiffre ! Mais, il y a longtemps que pour la première fois on a dit que les ressources de la France étaient inépuisables.
- Cela est vrai, à la condition que Fon prenne l’argent où il se trouve et que l’on ne pressure pas exagérément les petites bourses.
- Malheureusement, notre système d’impôts est défectueux.
- Sous prétexte d’égalité, on fait supporter par le pauvre une part proportionnelle infiniment supérieure à celle dont le riche est grevé.
- La proportionnalité absolue est un principe faux. Le contribuable qui, ayant deux mille francs de rente, paye à l’Etat 5 0/0 de son revenu, est atteint dans son nécessaire. Celui qui, ayant cent mille francs de rente, paye, lui aussi, 5 0/0 n’est atteint que dans son superflu ; il lui reste 95,000 francs par an pour vivre.
- Vous voyez tout de suite l’iniquité de ce principe, juste en apparence : la proportionnalité.
- Descendons dans les détails.
- Il s’agit des objets de consommation.
- Est-ce que les droits d’entrée dans les villes, droits dont l’Etat perçoit sa part, sont calculés de telle sorte que le riche soit plus lourdement frappé que le pauvre ? Non. Le vin acheté trente francs la barrique acquitte le même droit que le vin payé cinq cents francs ou mille francs. Ici, l’impôt n’est plus même proportionnel.
- Certaines taxes varient suivant le chiffre de! la population des villes auxquelles elles sont appliquées.
- Comme s’il n’y avait pas surtout de grandes for-queiies j“tunes et de grandes misères ! -
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- 128
- LE DEVOIR
- Selon les localités, l’impôt revêt diverses formes. Là, il est perçu sous nom de droits d’entrée ; ailleurs sous la forme de droits de détail ; ailleurs encore il est remplacé par une taxe unique, — facultative dans les villes de 4,000 à 10,000 âmes, et obligatoire au-dessus.
- C'est la confusion.
- C’est surtout l’injustice, car les droits de détail et d’entrée sont supportés par le pauvre beaucoup plus lourdement que par le riche. Le pauvre seul achète au détail.
- Depuis longtemps, le sens commun indique que les objets de consommation : le vin, la viande, le sucre, etc., etc., ne devraient supporter aucune charge fiscale, et qu’ils devraient entrer chez le consommateur au prix de revient de la production, augmenté seulement du bénéfice légitiment dû, soit au producteur, soit à l’intermédiaire.
- On parle de quelques dégrèvements.
- Cela ne suffit pas.
- Au lieu de 18 75 0/0 de droit de détail sur les boissons, on payera 12 0/0 dans les campagnes et les petites villes de moins de 4,000 âmes.
- Ces 12 0/0 sont de trop.
- D’autant plus, je le répète, que les pauvres seront seuls à les payer.
- Il n’y a qu’un impôt équitable : l'impôt unique, celui qui repose sur le capital ou le revenu.
- Je ne dis pas exclusivement sur le capital ; il y aurait là encore une injustice.
- Je dis : soit sur le capital, soit sur le revenu, — suivant les circonstances. Or, les circonstances seraient faciles à déterminer.
- J’ajoute que l’impôt devrait être non-seulement proportionnel mais encore progressif.
- Nous avons déjà, à Paris, l’impôt progressif sur les loyers.
- Nous l’avons même sur les, droits qui grèvent les boissons ; seulement, c’est la progressiveté à rebours.
- Il faudrait étudier le système et le généraliser dans le bon sens.
- Les dégrèvements que l’on nous annonce ne seront que des palliatifs insuffisants. La base est fausse, le principe est injuste. C’est plus qu’il n’en faut pour condamner notre système fiscal dans son ensemble .
- Nous n’approuvons donc que médiocrement le projet de budget déposé sur le bureau de la Chambre par le nouveau ministre des finances.
- Il nous semblait que l’heure des vraies réformes avait enfin sonné. [Petit Parisien).
- PROSPÉRITÉ DES HOUILLÈRES.
- , Nous avons consulté les cours de la bourse de Lille afin de voir si la hausse des valeurs des houillères faisait mine de diminuer comme le prétendent les protection, nistes.
- Nous y avons vu que les cours d’Anicke se sont élevés en une semaine de 14.500 à 14.800 et ont clôturé à 15.000 Cela fait 500 fr. de hausse en 6 jours.
- Les AnncouH traités à leur cours précédent à 620 se sont élevés à 690. Les Bruay sont montés de 9.400 à 9.550. Les titres de lens gagnent 400 fr. et montent à 24.000; à ce prix la valeur continue à être recherchée; les Bully Qrenay ont sauté de 1.195 à 1.387, les Escar-pelle Nord de 4.900 à 5.000, les Meurcàm de 1.197 50 à, 1.297, et les Courrières de 26.400 à 27.000. Enfin les Yicoigne ont subi une hausse très-suivie : de 19.680 ils se sont élevés après diverses étapes à 20.000. C’est joli pour des titres émis à 1.000 fr.
- Qui donc osera après la lecture de ces chiffres soutenir de bonne foi que les producteurs de houille sont fondés à demander la protection.
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- BIBLIOTHÈQUE DU FAMILISTÈRE
- Depuis son dernier bulletin la Bibliothèque du Familistère a reçu les dons suivants dont elle tient à témoigner-publiquement sa reconnaissance.
- M. Châtelier, à Frontenac (Gironde) lui a adressé :
- Le Spiritisme devant la Science, 1 volume.
- De son côté, et au nom de la Société de Secours Mutuels des Amis de la Famille, M. Boissy, fabricant de cartonnages, demeurant à Paris, 14, rue Debel-leyme, a fait hommage à la Bibliothèque du Familis-
- tère des ouvrages suivants :*
- P. Enfantin. — H. Saint-S-imon.
- Science de l’Homme............. I volume,
- Prédications........................ 3 —
- Doctrine Saint-Simonienne . . 2 —
- Vie éternelle....................... 1 —
- Procès.............................. 1 —
- P. Enfantin.
- Correspondancee politique. . . 2 exempl.
- Œuvres.............................. 15 volumes
- Saint-Simon
- Œuvres.............................. 11 —
- Mad8 Suzanne V.
- Une Saint-Simonienne en Egypte . 1 —
- Lachambeaudie.
- Fables............................... 2 exempl.
- Yinçard aîné.
- Mémoires d’un vieux chansonnier 1 —
- Les chants du travailleur. . . . 1 —
- Total 41 volumes
- L’Association du Familistère offre ses très-vifs remerciements à la Société des Amis de la Famille et, en particulier, à M. Boissy.
- Le Directeur-Gerant : Godin.
- Saint-Quentin — lmp. de la Société anonyme du Glaneur
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- 3. ANNÉE, TOME 4 — N° 77
- le numéro hebdomadaire 20 c, DIMANCHE 29 FÉVRIER 1880
- Le
- JOURNAL
- DES RÉFORMES SOCIALES
- BUREAU
- A GUISE (Aisne).
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant. Fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE
- par l’envoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France
- Un an. . . .
- Six mois. . .
- Trois mois. .
- 10 f. »»
- 6 »» 3
- Pays d’Europe
- Un an. . . . 11 f. »» Autres pays Un an . . . . 13 £. 60
- Rédacteur en chef : M. Ed. Champury
- ON S’ABONNE
- A PARIS
- 5,r.Neuve-des-Petits-Ghamps
- Passage des Deux-Pavillons)
- S’adresser à M. LEYMARIE, administrateur delà Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- A propos de la question du divorce. — Semaine politique. — Notes d’un liseur. — Le vrai moyen de favoriser le travail national. — Canal privé et canal de l Etat. — Prospérité des filatures. — Petites nouvelles. — Ce que coûte une guerre. — Un théâtre coopératif. — Des orphelinats laïques. — L’Irlande. — Bulletin bibliographique. — Variétés.
- A PROPOS DE LA QUESTION DU DIVORCE.
- Qu’il me soit permis, avant d’entrer dans mon sujet, de rappeler la thèse que j’ai soutenue dans un précédent article publié dans Le Devoir du 1er février 1880, sous ce titre : De Vaction législative. J’ai exposé, dans cet article que la fonction législative étant dévolue au Parlement et les membres de l’une et l’autre Chambre ayant l’initiative des lois, ceux-ci n’ont pas suffisamment usé jusqu’ici de cette prérogative et qu’il serait à désirer qu’il en fût autrement à l’avenir. J’ai essayé de montrer combien l’œuvre parlementaire pourrait être -féconde si notre Chambre des Députés, au moins ans sa majorité républicaine, se soumettant à a loi économique de la division et de la répar-ion du travail, chaque membre se regardait pomme chargé d’une besogne propre et spé-Cla e en raPPort avec ses aptitudes «t tenait à
- honneur de prendre l’initiative de quelque mesure utile au pays — cela, bien entendu, sans préjudice du concours que chaque député peut avoir à donner aux travaux habituels de l’Assemblée.
- Nous devons déjà à l’initiative des députés d’utiles réformes et quelques bonnes lois. La loi de 1871-72 sur les conseils généraux est dans ce cas. Parmi les mesures appartenant à la Chambre actuelle, on peut citer la loi sur les réunions non encore votée par le Sénat, et les projets de MM. Barodet et Paul Bert, sur l’enseignement primaire et sur l’enseignement secondaire. Ce que nous demandons n’est donc pas insolite. Seulement nous voudrions que ce qui a été jusqu’ici l’exception devint la règle et que le pouvoir législatif se taillât à lui-même sa besogne au lieu de l’attendre du pouvoir exécutif, dont la fonction, comme son nom l’indique, est d’exécute?’ les volontés du souverain.
- C’est ainsi que les choses se passent dans la grande République américaine. Là c’est le parlement qui a l’initiative des lois. Si nous devons imiter une nation étrangère, c’est plutôt la démocratique Amérique que l’aristocratique Angleterre. Ne sommes-nous pas une démocratie? N’est-ce pas d’ailleurs de ses représentants que le peuple attend le soulagement des maux dont il souffre et n’est-ce pas son élu, son mandataire que l’électeur rend responsable de ce que fait ou ne fait pas le gouvernement ?
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- Quant au pouvoir exécutif (le Président de la République et ses ministres), il a bien assez de la charge qui pèse sur lui de surveiller les rouages d’une administration aussi compliquée et aussi centralisée qu’est la nôtre. Ayant à se défendre dans la presse et à la Chambre contre les attaques des partis, les ministres sont trop absorbés par le besoin de justifier leurs actes et de maintenir ce qui est pour songer à préparer ce qui doit être. Tout cabinet, une fois entré en fonctions, se trouve entraîné, quelle que soit sa bonne volonté, à suivre la tradition et à perdre de vue les réformes nécessaires. En eût-il le goût et l’intention, il trouve autour de lui dans la routine des bureaux et dans la puissance des positions acquises une foule de résistances et d’impedimenta, qui lui barrent le passage. Pour avoir le coeur et la force de surmonter ces obstacles, pour se montrer véritablement progressif et réformateur, il faut que le ' pouvoir exécutif soit constamment poussé par l’opinion publique et ait, en quelque sorte, la main forcée par la volonté souveraine du parlement. Il faut, en un mot, qu’il se sente couvert par une autorité plus haute et plus respectée que la sienne, celle de la représentation nationale dans la personne de ses mandataires immédiats et qu’il puisse briser toutes les résistances en leur opposant la volonté du Parlement.
- La situation subordonnée du cabinet, qui ne peut exister que s’il est agréé par les Chambres et accepte la politique de la majorité parlementaire, dit assez quel doit être le fonctionnement des deux pouvoirs et quelles sont leurs attributions respectives. Il est évident que c*est au pouvoir législatif, c’est aux deux Chambres, qu’appartient surtout l’initiative des progrès à f accomplir, des réformes à faire et des lois organiques à formuler tandis que c’est au Présk dent et à ses ministres qu’incombe le soin de veiller à l’administration du pays,à la prompte expédition des affaires et à la bonne exécution des lois.
- Telle est la vraie théorie de l’Etat républicain, théorie conforme d’ailleurs à l’esprit et à la lettre de la constitution qui nous régit comme aux sentiments et aux aspirations-de la France. Nous trouvons dans ce qui s’est passé à l’oc-
- casion de la loi sur le divorce un puissant ^ gument. à l’appui de notre thèse de riiutia% parlementaire et un bel exemple à propos^, nos législateurs.
- On sait que l’honneur d’avoir porté la que-tion devant la Chambre appartient à M. Alfr&: Naquet. Elle avait été soulevée déjà dans ^ dernières années de l’Empire, Le journal/, Droit des femmes l’avait agitée pendant m]; douzaine d’années dans sa sphère d’action. Soj directeur avait même publié un projet de ]c qui est bien ce qui a été fait de meilleur sur], matière. Cependant la question n’avait pas o|. tenu l’attention du gros public et la grand presse politique n’avait guère songé à s’en ot cuper lorsque M. Naquet fit paraître son livre Le député de Vaucluse avait d’abord pro posé le retour à la loi fort radicale du 20 sep tembre 1792, mais il comprit bien vite quel tempérament de l’Assemblée n’était pas à 1 hauteur d’une loi aussi avancée et, pour avoi quelque chance de réussir, il dut se contente de demander le rétablissement pur et simple d la loi de 1803, qui forme le titre VI du livr premier du Code civil où tout le monde peut! lire. C’était déjà une loi de réaction.
- En soumettant le divorce à une procédw. compliquée et coûteuse, elle en fait le privilègf de ceux qui ont du temps à perdre et de Par gent à dépenser. Avec une telle loi, le divorci n’est permis'qu’aux riches. C’était trop encore L’Eglise en voulait au principe même. Elle par vint à le faire effacer de notre législation. Le'Æ vorce aboli en 1816 par la Restauration fut ren placé par la séparation de corps qui ne romp pas le sacrement du mariage.
- M. Naquet en proposant le rétablissement la loi de 1803 n’en méconnaissait pas l’insufl sance,mais, sagement opportuniste,il pensa qr l’essentiel était d’introduire de nouveau le prit cipe du divorce dans nos codes, et que bientc sans doute avec un Parlement moins timoré,: serait possible de faire un pas de plus et de siff plifier la législation de façon à rendre le d; vorce accessible aux pauvres comme aux riche;
- Rien ne peint mieux cependant l’état mors et la moyenne intellectuelle de notre démoers tîe militante — qui est cependant ce qu’il y a c plus vivant et de meilleur dans la nation — qu
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- la froideur avec laquelle fut accueillie tout d’abord la question du divorce* Personne à la Chambre et dans la grande presse politique ne voulait en entendre parler, et sans l’initiative courageuse et la persévérance de l’honorable député qui s’èn est fait l’apôtre infatigable, la question eût été étouffée dans cette conspiration du silence qui en a étouffé tant d’autres.
- Ainsi après notre épouvantable écrasement de 1870-71, nous nous retrouvions au niveau intellectuel et moral de 1816, au lendemain de Waterloo. Et même en 1878, lorsque la république venait de triompher de la coalition monarchique et cléricale, le Parlement renouvelé par une double élection, restait à la hauteur de la Chambre introuvable des Bourbons et ne trouvait pas la France assez avancée pour rentrer en possession d'une liberté, dont jouissaient depuis longtemps l’Angleterre, les Etats-Unis, l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie, la Suisse, la Belgique la Hollande, le Danemarck, la Suède, la Russie, la Pologne, la Roumanie, c’est-à-dire toutes les nations civilisées, excepté l’Italie, l’Espagne et le Portugal.
- Ces reculs vers le passé se sont reproduits à la Suite de tous nos écrasements. Après avoir perdu son plus généreux sang dans les grandes guerresdelaRévolutionetde l’Empire,la France en 1814 et 1815 se trouva ramenée presque à l’ancien régime, et si, à la suite de l’invasion de 1870, de l’insurrection communaliste et de l’épouvantable saignée faite à la population parisienne en 1871, la restauration monarchique ne s'est pas faite,c'est sans doute que l’écrasement n'avait pas été complet et que la France n’était pas suffisamment épuisée et exsangue. Heureusement notre noble nation a l’esprit de la Révolution dans les veines et aussitôt que ses forces revenues lui permettent de reprendre possession d’elle-même, elle rentre dans le sillon du progrès ouvert en 1789 et 1792 et se retrouve d’un bond au premier rang des peuples civilisés.
- Même réduite aux modestes proportions de la loi réactionnaire de 1803, la mesure fut assez mal accueillie par la Chambre, et la commission d initiative en rejeta la prise en considération par la raison qu’elle était inopportune.
- Inopportune, une question qui touche au mariage, à la vie du foyer, et qui selon qu’elle
- aura été résolue pour ou contre, peut affecter le mouvement de la population et relever les moeurs ou les corrompre I
- La réponse de cette commission parlementaire me rappelle celle que fit en 1839, le libraire Pagnerre à Lamennais quand l’auteur des Paroles d’un croyant, vint lui offrir son grand ouvrage « Esquisse d’une philosophie, » dont le premier volume était consacré à traiter De Dieu et de l’Univers. » La question, fit observer le libraire, en lisant ce titre sur le manuscrit* manque d’actualité. » Le brave homme néanmoins imprima l’ouvrage qui, du reste, ne se vendit pas.
- En effet, c’est le propre des questions éternelles de manquer d’actualité. Seulement elles dominent toutes les autres et servent à les résoudre. N’y a-t-il donc au monde que l’actualité et l’opportunisme ? N’y a-t-il pas à se préoccuper, avant tout, de ces grandes et nobles choses qui s’appellent la famille* la patrie, l’humanit^ la liberté, l’égalité, la justice, la dignité de la personne humaine, le relèvement des caractères et le redressement des consciences ? Est-il vrai qu’il faille toujours attendre pour faire triompher ces utilités sociales que les majorités les réclament ? A ce compte, on n’aurait jamais aboli l’esclavage; jamais proclamé la république, jamais établi le suffrage universel, créé l’unité nationale; l’Evangile n’aurait jamais été prêché aux hommes; la Réforme ne se serait pas faite, la Révolution serait encore à venir et il est probable que le second Empire, même après avoir roulé dans les boues de Sedan, aurait retrouvé ses millions de suffrages et serait encore debout! Car je ne sache pas que lês foules humaines aient jamais pris l’initiative des grands devoirs sociaux, des nobles dévoûments patriotiques et des généreuses revendications humanitaires.
- Oh ! sans doute lorsqu’il s’agit de réformes dans l’ordre des intérêts matériels comme sont par exemple les questions de salaires, d’impôts, de douanes et de ce qui touche aux choses d’argent, on peut s’en rapporter aux parties intéressées et attendre que les revendications de ceux qui souffrent des abus s’élèvent contre ceux qui s’en sont faits des privilèges^ > -
- * Mais il ne saurait en être de même pour les
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- intérêts généraux et les choses du monde moral. Les questions de ce genre sont trop haut placées et trop complexes pour être laissées à l’initiative des masses, incapables de comprendre que c’est dans les vices, les égoïsmes, les erreurs, les fausses notions, les ignorances, les préjugés qui les possèdent comme leurs pères en étaient possédés, qu’il faut chercher la source des maux dont elles souffrent.
- Comment ne voit-on pas que si les peuples, si les foules humaines réclamaient les mesures de nature à améliorer les rapports de moralité sociale, soit au sein de la famille, soit au sein de la patrie, soit à l’égard de l’humanité, c’est que l’amélioration serait déjà accomplie dans les âmes ‘1 Or c’est là justement ce dont il s’agit. Il s’agit, en effet, de réformer les institutions, non pas pour les institutions elles-mêmes, qui ne sont que l’instrument, mais d’arriver par la réforme des institutions à améliorer les rapports sociaux entre les personnes ; et cela ne peut s’obtenir qu’en faisant pénétrer dans l’âme de chacun des principes, des idées, des sentiments, des motifs d’action qui n’y avaient pas trouvé place jusque-là et qui importent au salut de tous.
- Ce serait donc se renfermer dans un cercle vicieux que se borner à faire de l’opportunisme et attendre la pression de l’opinion publique lorsqu’il s’agit de choses qui intéressent les mœurs, la famille, la patrie ou l’humanité. En de telles questions, l’inspiration vient d’en haut, je veux dire de l’idéal du bon, du vrai, du juste. C’est des meilleurs et des plus éclairés qu’il faut attendre l’initiative des réformes moralisatrices, et c’est dans le sentiment du devoir et des grandes responsabilités qui lui incombent que l’homme d’Etat trouvera la force de les accomplir.
- Si la proposition pour le rétablissement du Divorce faillit être enterrée par la Chambre, c’est évidemment que la majorité républicaine, prise au dépourvu, n’avait pas eu le temps de se faire une opinion sur la matière et qu’elle ne pensait pas que le besoin de cette réforme se fît généralement sentir.
- Mais on ne peut, à moins de manquer de logique, être républicain et même simplement libéral; on ne peut surtout être anti-clérical —
- et la majorité de la Chambre est franchement anti-cléricale — sans être amené à conclure en faveur du Divorce. Aussi lorsque M. Alfred Naquet, admis à parler contre les conclusions de la commission d’initiative, eût exposé le§ motifs du projet, la Chambre reconnut que la question méritait au moins d’être examinée et nomma une commission composée en majorité de personnes favorables à la mesure. Mais le député de Vaucluse ne se contenta point de ce premier succès. Voyant que la question n’étai; pas plus mûre dans le pays qu’au sein du Par. lement, il entreprit une campagne pour obtenir l’appui de l’opinion publique. Il avait déjà publié un livre où il traitait la question à fond, il s’appliqua à la vulgariser par de nombreuses conférences. Il en fît à Paris et dans un grand nombre de départements. Il publia des articles dans les journaux et amena la presse à s’en occu. per. Les feuilles libérales défendant la cause dii Divorce et les feuilles cléricales la combattant, lf débat ne tarda pas à se passionner. On discuta pour et contre dans les salons, dans les cafés, et chemin de fer. La chose intéressait l’Eglise ds trop près pour qu’elle y restât longtemps étraiu gère. La chaire en a retenti. Le P. Didon, mal gré son libéralisme et le P. Hyacinthe, maigri son hétérodoxie, • ont défendu l’indissolubilifc du'mariage. Un savant théologien, l’abbé Virieu avait écrit'un gros livre pour établir cette thèse; un illustre dramaturge, M. Alexandre Dumas en a publié un plus gros encore pour la réfuter, Ce dernier a eu un grand retentissement et en est déjà à sa septième édition. Enfin le Pape vient de publier une encyclique adressée à tous les évêques de la catholicité pour exposer le vraie doctrine de l’Église sur le mariage.
- Entre temps, la commission ayant accepté le principe du rétablissement du Divorce dans les termes du titre VI du Code civil, avec deux ou trois changements de peu d’importance, M. Léon Renault, son rapporteur, déposait sur le bureau de l’Assemblée, avec le projet de loi, un rapport fortement motivé au point de vue juridique et sagement écrit. On espère que la discussion du projet pourra s’ouvrir dans la seconde quinzaine de mars.
- {(A suivre) Ch. Fauvety.
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- LA SEMAINE POLITIQUE
- magistrature. On sait que le cabinet est opposé à cette mesure, on ne peut donc que féliciter la commission de sa fermeté.
- y n loi snr Penseignement supérieur.
- Anrès avoir élu M. John Lemoine, rédacteur du Tournai des Débats, sénateur inamovible par 142 voix «droite s’était abstenue en masse), le Sénat a abordé ! discussion du second des projets Ferry, celui qui con-♦ •pnt le fameux article 7. Le débat a été marqué par une Interminable homélie de M. Chesnelong, qui a fait l’a-«riosiedes jésuites et posé en principe, qu’en matière d’instruction, l’Eglise était investie d’un droit supérieur î relui du pouvoir civil. Ce débat prouve bien que l’ar-lirle 7 qui interdit l’enseignement aux cougrégations non autorisées, est à la fois la vraie caractéristique du nroiet loi et le seul point sur lequel l’opposition de droite conserve quelque vague espérance de succès.
- U M Pelletan a vigoureusement réfuté.l’audacieuse apologie de M. Chesnelong. L’orateur a aitaqué la Société de Jésus dans son histoire, et il l’a montrée si dangereuse qu’il a fallu la chasser quatre fois de France et neuf fois de l’Europe. Il a invoqué contre elle notre ancienne législation, « qui les condamne », leur hostilité passée et présente contre notre organisation sociale et nos institutions politiques, les attaques qu’ils inspirent et dirigent contre le droit civil actuellement en vigueur et le droit public de la France ancienne aussi bien que la France moderne, leur prétention de subordonner l'Etat à l’Eglise et de faire chez nous la contre-révolution. , . , T
- Les autres discours sont sans importance. La discussion continue à l’heure qu’il est et il est vraisemblable qu’elle durera une dizaine de jours encore, pour le moins. M Ferry compte formellement sur l’adoption de sou fameux article 7. Nous souhaitons que son espoir ne soit pas déçu.
- • Les tarifs douaniers. — La discussion géné-‘ raie de la loi sur les tarifs douaniers a été close lundi.
- Le seul ipcident à signaler est un discours de M. Rou-, her qui a été naturellement amené à la tribune pour faire l’apologie de ces traits de 1860 à la confection des quels il a pris une grave part.
- ; Il s’est appliqué à défendre l’Empire d’avoir impro-' visé la réforme économique de 1860. Il ne convenait pas d’évoquer dans ce débat les tristes souvenirs qu’éveillait la présence de M. Rouher à la tribune. La Chambre ; a donc écouté, muette et attentive, l’ancien ministre, ; qui a singulièrement vieilli et qui tout en se faisant ’ avec raison le champion de la liberté commerciale, n’a , pas pu parvenir à démontrer que l’empire avait rempli ( les promesses qu’il avait faites au commerce national, I il y a vingt ans. Quand l’orateur a parlé, au point de j vue économique, de la séparation de l’Alsace-Lorraine ; I il y a bien eu un frémissement, mais la Chambre a aus-; sitôt repris possession d’elle-même.
- La Chambre a décidé qu’elle ne siégerait pas le 24 février, anniversaire de la Révolution de 1848. Jeudi com mencera la discussion des articles sur le tarif.
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- La loi sur le conseil supérieur de Pins
- trifxt!on — Lundi, la Chambre
- aaopte le projet de loi relatif au conseil supérieur d 1 instruction publique, avec les modifications votées pa nanti 1 La\l01 sera promulguée très-prochainemen •7,,™ Jal)ensf e du ministre, les élections pour le conse auront lieu dans le mois de mars.. Il se fonde, dès à prf
- ceF.tam nombre d’organes universitaires en vu ne ces élections.
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- T ^lnn”lOVi^ilit^ <*e la magistrature -
- rartirlt^rpm011 la ma£ist™ture a arrêté le texte de IKSS? Ppr®mier du Pr°J.et de loi.Le bénéfice de l’inamo-T 1 té ebl susPendu jusqu’à la réorganisation de ls
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- La statue de Ledru»Rolli«. — Un comité
- vient de se fonder dans le but d’élever une statue à M. Ledru-Rollin. L’homme qui a tant fait pour le suffrage universel a droit à la reconnaissance de ses concitoyens. En appelant le peuple à participer à la vie publique, M. Ledru-Rollin a émancipé la démocratie. Le suffrage universel, comme touies les choses humaines, a ses infirmités. 11 a eu ses heures de défaillance, mais il a racheté ses fautes en donnant à un régime de liberté l’appui qu’il prêta trop longtemps au césarisme. Dégagé depuis 1870 de la perversion plébiscitaire, le suffrage universel a été le grand instrument de la pacification du pays. M. Floquet, a qui on doit attribuer l’initiative du projet, fait partie du comité ainsi que MM. Spuller et Devès ; Victor Hugo a accepté la présidence.
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- IVécrologie. — Presque le même jour où l’article 7 gagnait au Sénat un partisan de plus par l’élection de M. John Lemoinne, il perdait un adversaire parla mort de M. Cunin-Gridaine, sénateur des Ardennes. Fils du grand industriel de Sedan qui fut longtemps le ministre du commerce dans le cabinet Guizot, M. Charles Cunin-Gridaine avait siégé à l’Assemblée législative de 1849-51. Il avait protesté contre le coup d’Etat — comme orléaniste — mais, dans les dernières années de l’empire, il accepta les candidatures locales. Elu sénateur en 1876, il vota d’abord avec les libéraux du Centre gauche, mais plus récemment il se montra l’antagoniste résolu des réformes proposées par M. Jules Ferry.
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- L’extra tlitiori d’nn russe. — Cette semaine, sur les indications de l’ambassade de Russie, on a arrêté à Paris, aux Champs-Elysées un individu nommé Hartmann, dont l’identité a tout d’abord été difficile à établir et qu’on accusait d’avoir participé à l’attentat de Moscou. Cette arrestation et la demande d’extradition dont elle a été le prélude, ont produit une très-vive impression. Comme il n’existe pas de traité d’extradition entre la France et la Russie, c’est d’après ce droit des gens traditionnel que le gouvernement doit régler sa conduite. Or, tous les exemples modernes que l’on peut citer montrent que jamais un Etat civilisé n’a livré à un autre Etat les criminels politiques.
- Puisqu’au point de vue du droit des gens traditionnel l’extradition d’Hartmann, fût-il reconnu coupable de l’attentat de Moscou, n’est pas admissible, il faut reconnaître que le gouvernement français ne pourrait l’accorder que par faiblesse ou par esprit de calcul mal entendu dans l’espoir de gagner à la République française les bonnes grâces de la diplomatie russe. Une pareille combinaison serait une véritable honte. Malheureusement on assure que le cabinet incline à livrer Hartmann, et celui-ci ayant fait, paraît-il, l’aveu de sa participation à la tentative de Moscou, il est fort à craindre que le gouvernement ne se laisse aller à commettre le crime de lèse-humanité que toute la presse conservatrice lui conseille de commettre.
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- L’Allemagne et lu Russie. — Il est à remarquer que depuis l’attentat du palais d’Hiver, la presse allemande officieuse a repris soudain son ton d’hostilité envers la Russie. Ainsi le Post de Berlin accuse les Russes d’accepter l’héritage de la politique napoléonienne qui vise à la conquête du monde. La Gazette de la Bourse s’exprime ainsi :
- « Cette Russie puissante, victorieuse, menaçante pour la paix de l’Europe ; cet empire esclave qui embrassait des mondes et dont les projets ambitieux faisaient naguère trembler l’Europe civilisée, qu’est-il aujourd’hui aux yeux des contemporains émus par le dernier attentat de Saint-Pétersbourg ?»
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- Enfin, la Norddeufsche Allgemeine signale les fortifications projetées sur la frontière occidentale de la Russie, notamment près de Koxvno, dont on compte faire un camp retranché, et le long du chemin de fer de Varsovie à Saint-Pétersbourg, non loindeBialystock et de Grodno. Le journal sëmi-offïciel demande la raison de ces travaux coûteux et ajoute ironiquement que, dans les cercles influents, il pourrait à peine être question d’une anxiété causée par une attaque imaginaire de la part de l’Allemagne.
- Le Nord espère que les journaux de Saint-Pétersbourg et de Moscou « ne donneront pas dans ce panneau » et qu’ils dédaigneront de relever « ces indignes provocations. »
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- Le» cob séqnencew de l’attentat de 3?<é-tersbourg-, — Ainsi que nous l’avions prévu et qu’il était facile de le pressentir, le czar à la suite de l’attentat mystérieux dont il a failli être victime s'est enfoncé plus que jamais dans la voie de la compression à outrance. On ne parle de rien moins que de mettre toute la Russie en état de siège.
- En attendant, on a déjà arrêté plus de deux cents personnes en Russie, parmi lesquelles un général,, le gouverneur du palais d’Hiver, l’architecte de la cour, etc. D’après le Bund, de Berne, il serait même question de fermer l’Université temporairement et de surveiller tous les professeurs et tous les étudiants. Le bruit court, même, que le grand duc Constantin aurait été ou serait sur le point d’être arrêté. En un mot le gouvernement moscovite est en proie au délire de la répression, et la folie est encore surexcitée par le fait qu’il se débat dans le vide, qu’il ne sait où porter utilement ses investigations et que l’opinion publique, quoi qu’on en dise assiste avec indifférence à cette lutte effroyable entre l’autocratique et ses mystérieux adversaires.
- Le régime de la propriété en Angleterre. — Lundi soir, à la Chambre des lords, le chancelier d’Angleterre, lord Cairns. a présenté quatre projets de loi qui introduisent des réformes importantes dans le régime de la propriété en Angleterre. La législation anglaise, très compliquée sur ce point, a accordé au propriétaire actuel un droit absolu d’imposer telles conditions qu’il voudra au propriétaire futur.
- En transmettant à un autre sa propriété par héritage ou donation, le propriétaire a le droit d’établir le mode de succession ou d’administration qui lui convient.
- La loi respecte à tel point son droit de disposer qu’elle lui permet d’enlever à ses successeurs la libre disposition du bien qu’il leur laisse.
- De là il est résulté, avec le temps, que la majeure partie des propriétaires actuels est enchaînée par la volonté des propriétaires qui ne sont plus. Le trop grand respect pour la liberté de ceux-ci a fait que les propriétaires actuels ne sont plus libres de disposer à leur gré de leurs terres, de les vendre, de les léguer, quelquefois même de les louer ou de les exploiter comme il leur convient. Cette sorte d’esclavage du propriétaire est tellement dans les mœurs anglaises que le projet de loi ne vise pas à le supprimer. Il Cherche seulement à le restreindre en donnant au propriétaire, dans un intérêt public, le droit d’interpréter les obligations à lui imposées par la volonté de l’ancien propriétaire, de manière à pouvoir tirer de son bien un meilleur parti.
- Les trois autres projets de loi ont pour objet de simplifier et de rendre moins coûteux le transfert de la propriété, et d’abréger les délais de prescription en matière ae propriété foncière et de fermage. Dans l’ensemble de ces projets, ce qui est d’une importance capitale, c’est la liberté relative accordée au propriétaire et la facilité de transfert des biens fonciers. Cette double réforme, réclamée depuis longtemps par les libéraux, serait donc partiellement accomplie par le ministère conservateur.
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- Les obstructionnistes. — À la Chambre des
- I communes, le chancelier de l’Echiquier a proposé u, modification du règlement qui vise les obstructionil irlandais. La désobéissance aux ordres du présidents « l’obstruction » apportée volontairement aux travac! du P arlement seraient punis d’exclusion temporal pouvant durer, dans certains cas, toute une semaine , être encore prolongée, s’il y a lieu. On. voit que le got vernement et la majorité sont disposés à résister l projet, hautement avoué, d’entraver systématiquemei le travail de la Chambre des communes. Reste à savo^ si les mesures proposées seront efficaces. 1
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- La réforme électorale en Italie. — j,
- discours du trône du roi d’Italie a indiqué, comme étaH les deux principales questions à résoudre par le paik ment, l’impôt de la mouture et la réforme électorale Pour vaincre les résistances du sénat contre l’abolltioi de l’impôt de la mouture, le gouvernement a eu reco® à une première fournée de vingt sénateurs qui ne coi1 respoud qu’aux sièges devenus vacants par suite t décès sénatoriaux ; mais elle ne suffira pas à assure? i majorité au ministère et elle ne doit être considérée qo comme un premier avertissement adressé au sénat de)* résolution de la couronne d’user plus largement encop de sa prérogative. Si l’impôt de la mouture jouit en itaD d’une impopularité justifiée, la réforme électorale s’m pose comme une nécessité à tout gouvernement issu dt la gauche : de tous les pays constitutionnels d l’Europe, c’est l’Italie qui possède le système électoral u plus oligarchique. Et pourtant aucun des projets émanl du parti libéral ne propose l'introduction du suffra»' universel : ils s’accordent tous à maintenir le cens élèii toral, à cela près que le projet de M. Zanardelli repo> particulièrement sur l’adjonction des capacités, et celt de M. Depretis sur un abaissement du cens.
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- Le Kulturkarapf. — Le Kulturkampf est te: miné dans le grand-duché de Bade Les idées de cof ciliation l’ont emporté dans la seconde chambre, et! ministère lui a déjà soumis un nouveau projet de 1: sur les rapports de l’Eglise et de l’Etat, qui répond ai vœux exprimés par M. de Kubel, administrateur g l’archevêché de Fribourg. Le droit d'examen d4 candidats de théologie catholique sera rendu aux a1* torités ecclésiastiques, et ainsi disparaîtra une dt, causes principales du conflit entre l’Etat et l’Eglise, h* points secondaires, tels que la nomination d’un titulai;] au siège vacant de Fribourg seront réglés sans peine,t la conclusoin de la paix entre l’Etat "et l’Eglise dansi grand-duché de Bade pourrait bien être le symptôm d’une prochaine réconciliation de M. de Bismarck etd la curie romaine.
- Lu réforme OtiLnaiise. — Il semble que i gouvernement espagnol ait cédé en partie à l’oppositiü sur la question de la réforme économique à Cuba! 1 projet de budget de celte colonie, que nous ont apporlj hier les journaux de Madrid, abaisse le droit d’entré sur les denrées alimentaires, supprime le droit d’expo:, tation sur les sucres et mélasses à destination d’Espagi et sur tous les produits cubains, quelle que soit leu destination. En outre, le gouvernement se déclare favî rable à la diminution de la surtaxe de pavillon et dispos à diminuer le droit sur les farines provenant de paj qui accorderont en échange une diminution sdr l«i sucres de Cuba. Ce n’est pas là tout ce que demande^ les Cubains; mais ces adoucissements du régime doüi nier seraient déjà très sensibles.
- Les frontières lielléniques. — Si l’on o; croit une dépêche de Constantinople un iradé impéri* approuverait la ligne de déiimittaion de la fronl$ turco-grecque proposée par les commissaires ottoman* Cette résolution tardive n’a pas empêché le départ ( Constantinople de M. Braïla, le commissaire grec. Sou
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- . nnT) d'une intervention des puissances signataires
- L, traité de Berlin, la Porte s’est décidée à renoncer à dU attitude passive ; mais il était trop tard : la patience ïtfVFürope était à bout. Pour en finir, le marquis de cliisbury a proposé de remettre la solutton du litige à ne commission où chaque signataire du traité de Berlin prait représenté par deux commissaires, l’un diploma-ffmie 1 autre technique, mais dont la Turquie et la rrèce seraient exclues, Cette solution a été rendue nécessaire par les lenteurs systématiques delà Turquie qui auraient éternisé le débat.
- NOTES D’UN LISEUR.
- XXII
- Rien n’ést malaisé comme de décider, en de certaines matières, ce qui est absolument impossible. Î1 y a bien des choses qu’on a proclamé l’homme incapable de faire, et que, depuis cet arrêt d’impuissance, il a bel et bien faites.
- Albert Lemoine.
- .........üfr—r
- LE VRAI MOYEN DE FAVORISER LE TRAVAIL NATIONAL
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- Une chose nous étonne; c’est que personne durant la discussion du nouveau tarif des douanes n’ait songé à faire la distinction de ce qu’il y a de fondé et de ce qu’il y a d’imaginaife dans les plaintes formulées par quelques gros industriels.
- Quand les protectionnistes viennent soutenir que l'industrie française est à l’agonie et que l’agriculture nationale est menacée de ruine, ils disent lé contraire de ce qu’ils Savent être vrai (un loyal examen des faits suffit à réduire à néant CeS exagérations), mais quand les industriels affirment quë depuis la guerre l’industrie supporte dés charges excessives et rencontré des obstacles qui nuisent à son développement, ils ont parfaitement raison.
- À cette partie fondée de leüfs dires on a répondu par des dénégations. Plusieurs orateurs ont cherché à établir que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.
- On a eu tort;
- En opposant ainsi un optimisme excessif à un pessimisme de parti-pris, en rendant ainsi la cause du libre échange solidaire de la négation d’une réalité facilement vérifiable, on a plus compromis la vérité qu’on ne l’a servie.
- Combien il aurait été plus juste — et par conséquent plus adroit, car il n’y a pas de plus grande habileté que d’être juste — combien, disons-nous, il aurait été plus juste :
- 1° De reconnaître que l’Industrie française supporte depuis la guerre des charges que l’industrie des autres pays n’a pas à supporter ;
- 2° De faire remarquer en même temps que le remède doit être demandé, non pas à la protection douanière qui ne ferait qu’augmenter les charges dont on se plaint, mais au dégrèvement de ces charges.
- Avec la protection on arriverait d’abord au renchérissement du prix des produits — renchérissement que le consommateur paierait — et ensuite au ralentissement de la consommation et, en conséquence, à une diminution corrélative de la production. Au contraire, avec le dégrèvement des charges ou avec des mesures prises dans le même sens on arrivera d'abord à l’abaissement du prix des produits — abaissement dont le consommateur bénéficiera — et ensuite à la prospérité des industries.
- En toute première ligne de ces mesures il convient d’inscrire
- La dimination clés frais die transport
- C’est un fait indiscutable que les grandes compagnies de chemin de fer sont plus soucieuses de leurs intérêts que de ceux du pays. Maîtresses comme elles le sont des tarifs de transport, elles n’ont pas craint d’établir des tarifs dits « de pénétration. » En vertu de ces tarifs les marchandises venant de l’étranger jouissent de rabais de 40 et même de 52 % sur les prix réclamés aux marchandises circulant à l’intérieur ou à celles à destination de l’étranger.
- Si ces tarifs de pénétration étaient appliqués par réciprocité aux marchandises d’exportation ce serait un bien, ce serait une facilité de plus donnée aux re-lations internationales. Mais il n’en est pas ainsi ; ils ne s’appliquent qu’au transit et à l’importation. Il en résulte que les marchandises étrangères sont plus favorisées chez nous que les marchandises françaises quoique cependant les compagnies aient été subventionnées parles communes et par l’état français.
- Ce grief est grave, mais il n’est pas seul à condamner les grandes compagnies. Il y en a d'autres, et beaucoup,
- Ainsi les chemins de fer belges et anglais ont des tarifs sensiblement inférieurs à ceux que nous payons. Les railways anglais offrent encore un avantage de plus. En France il y a deux vitesses pour le transport des maféhatidiSes, là grande qui est tbês coûteuse et la petite, moins coûteuse mais organisée intentionnellement de telle sorte que ses sempiternelles
- I lenteurs fassent affluer les marchandises vers la grande vitesse. Au lieu de delà on ne connaît en An-$ gleterre pour le transport des marchandises qu’une
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- seule vitesse, plus accélérée que la grande vitesse française et qui, malgré cette rapidité, coûte moins cher que notre petite vitesse.
- Les transports anglais ont ainsi un double avantage sur les nôtres :
- 1° Ils sont à bien meilleur marché ;
- 2° Ils sont plus rapides.
- Et cependant les compagnies anglaises ne sont pas subventionnées,* l’état ne garantit pas leurs titres ; il ne leur reconnaît même pas de monopole ; la concurrence étant admise chez nos voisins en matière de chemins de fer.
- Le public ne sait pas assez à quel point notre industrie, notre commerce et notre agriculture ont à souffrir de l’existence des grandes compagnies. Elles sont comme d’immenses pieuvres qui étreignent le travail national dans leurs bras avides et qui lui sucent le sang par des milliers de tentacules.
- Espérer obtenir de ces compagnies de" notables adoucissements à l’état de choses actuels ce serait nourrir une illusion quelque peu naïve. Mieux vaut leur déclarer ouvertement la guerre en autorisant la concurrence en matière de chemins de fer ; mieux vaudrait encore que l’état usant du droit qui lui est reconnu, rachetât les lignes comme cela s’est vu dans d’autres pays. Le monopole est toujours un mal, mais la où il existe il faut au moins qu il bénéficie à tous au lieu d’être, pour quelques-uns, un moyen de prélever une prébende sur le pays tout entier. (1).
- Les transports par eau sont dans une condition pire encore. Les plaintes à ce sujet sont nombreuses ; l’administration ne les ignore pas et elle en a reconnu à plusieurs reprises le bien fondé ; elles portent particulièrement sur les taxes ; elles portent aussi sur le mauvais état de l’instrument pour lequel on paie Le fait que les droits de navigation ne figurent au budget que pour une petite somme fait perdre de vue que ces droits sont une charge considérable pour une industrie aussi peu lucrative que celle de la batellerie. (2).
- Les droits de navigation récemment supprimés sur les canaux de l’état (Marne au Rhin, Bourgogne, Centre, Saint-Quentin, etc.); persistent pour les canaux appartenant à des compagnies (Sambre à l’Oise, Beaucaire, Midi, latéral à la G-aronne, etc.)
- Cette distinction est malheureuse, car les canaux
- (1) En attendant les grandes mesures, il en est une relative aux chemins de fer qui pourrait être prise du jour au lendemain : c’est la suppression de l’impôt de deux dixièmes du prix de transport des voyageurs et des marchandises en gra de vitesse. Le rendement de cet impôt est prévu au budget de 1880 pour la somme de 81,447,060 francs.
- (2) Voir à ce sujet le Journal Officiel du i l juillet 1878, page 7,729
- et 7,738.
- | non rachetés sont justement ceux qui grèvent le plus j les transports. Dans plusieurs de ces canaux non ra.
- Ichetés, les actio.is sont possédées en majeure partie par les hommes de paille des compagnies de chemins de fer auxquels ces canaux faisaient concurrence, fi en résulte que les tarifs des canaux ont été rapprochés de ceux de la petite vitesse des chemins de 1er et que l'on a systématiquement introduit dans l’exploitation des canaux, déjà très-lente par la force des choses, des lenteurs déraisonnables destinées à faire reporter sur la grande vitesse des chemins de fer une bonne partie du mouvement.
- L’industrie souffre beaucoup de cet état de chose, auquel il n’y a d’ailleurs qu’un seul remède : le rachat par l’État et l'exploitation au prix de revient,
- {A suivre). Ed. Champury.
- CANAL PRIVÉ ET CANAL DE L’ÉTAT
- A l’appui de ce que nous avons dit plus haut de la nécessité du rachat des canaux privés,voici quelques chiffres :
- Deux canaux viennent du nord et se rencontrent à Fargniers, près La Fère (Aisne).
- L’un s’appelle canal de l’Escaut depuis Condé jusqu’à Cambrai et canal de Saint-Quentin depuis Cambrai jusqu’à Fargniers. Il appartient à l’État. C’est une bonne voie de navigation qui présente partout 2 mètres de profondeur et qui, du reste, est au nombre des plus utilisés, non seulement de la contrée, mais de tout le pays. L’autre comprend la Sambre canalisée depuis Jeumont jusqu’à Landrecies et le canal de jonction de la Sambre 4 l’Oise depuis Landrecies jusqu’à Fargniers. Il appartient à 2. compagnies. Il est étroit, peu profond, mal entretenu et la circulation y est interrompue à tout moment.
- Voici les péages par 100 kilos sur chacune de ces voies,on jugera par là de l’irrégularité des conditions de transport.
- Péage sur 1© canal privé
- de Jeumont à Landrecies 56 k. à 0 fr. 024 = 1 fr. 344
- de Landrecies à La Fère 67 k. à 0 « 003 = 2 fr. 01
- de La Fère à Fargniers 3 k. à 0 « 002 = 0 fr. 006
- Total............ 126 k: 3 fr. 36
- Y comp. lehalage dep. la front.jusqu’à la Fère, halage qu’il convient de déduire 0 40
- Reste..... 2 fr. 96
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- le devoir
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- Péage sur le canal de l’État
- de Condé à Cambrai 48 k. à 0 fr. 002 = 0 fr. 096
- deCamb.àPargniers 85 k. à 0 fr. 002 =0 fr. 170
- Total......... 133 k. 0 fr. 266
- Différence,.. 2 fr. 6§4
- Le canal de l’Etat fait donc payer 2 fr. 69 centimes 4/10 de moins par tonne quoique la distance soit de 7 kilomètres plus longue.
- Si l’on tient compte des charges supplémentaires résultant de l’irrégularité de la navigation on arrive à une différence réelle de plus de 3 fr. par tonne.
- N’est-il pas évident que l’Etat a le devoir de racheter ce canal comme d’ailleurs tous ceux qui n’unt pas été rachetés jusqu’ici ?
- PROSPÉRITÉ DES FILATURES
- L’industrie de la filature est après l’industrie de la houille et celle de la métallurgie, l’industrie qui se plaint le plus.
- Nous avons vu que l’industrie de la houille et celle de la métallurgie réalisent des bénéfices prodigieux, et qu’il leur faut, pour se plaindre, un aplomb sans égal. Voyons maintenant si la filature est mieux fondée à se plaindre.
- Un journal protectionniste; Y.Industrie française, contient des chiffres qui se rapportent à une filature normande, la filature de St-Joseph.
- Les bénéfices depuis 10 ans n’ont pas cessé d’être considérables sauf dans la seule année 1873.
- En 1871 elle a rapporté à ses actionnaires 37.34 0/0
- En 1872 » » 16.30 yy
- En 1874 yy » 19.28 yy
- En 1875 yy yy 43.47 yy
- En 1876 yy yy 47.00 yy
- En 1877 yy yy 34 50 yy
- En 1878 yy yy 12.50 »
- En 1879 Cela fait en » » moyenne 25 pour cent. 14.40 yy
- PETITES NOUVELLES
- FRANCE
- «.-P®, ttmbr© poatol international. — Dans janvier 1879 le Devoir proposait la ° mvtP x*e timbres-poste internationaux.
- Das au’p11à-Ce molmeQt-là et nous ne sachons quelconque Ü étÔ émiSe Préalabl^ment par un journal
- Il parait que cette idée a fait du chemin.
- Aujourd’hui la France el la Belgique .étudient en ce moment la question d’un timbre-poste international et M. Borel, directeur de l’Union postale, s’est rendu à Paris et à Bruxelles pour aider à chercher la solution. Si on la trouve, le timbre d’affranchissement pour les lettres allant d'un des deux pays dams l’autre sera le même pour les deux Etats. Gela facilitera les paiements minimes par lettres. En outre, cela permettra d’envoyer d’un des pays des timbres aux correspondants habitant l’autre pays pour l’affranchissement de leurs réponses.
- Mais comment s’y prendre pour que l’un des deux pays ne soit pas frustré aux dépens de l’autre? La fabrication et la vente des. timbres se fera-t-elle en commun, pour ensuite en répartir le bénéfice d’après le nombre de lettres expédiées ? Ou bien laissera-t-on chacun des deux Etats fabriquer et vendre à sa guise, comme s’il s’agissait de, monnaie divisionnaire, en s’en remettant à sa bonne foi, chacun s’engageant à ne faire le trafic de timbres-poste que sur son propre territoire V Si, comme nous l’espérons, on parvient à créer le principe du timbre-poste universel, ce sera un nouveau service ajouté à tous ceux déjà rendus sur le terrain postal international. Personne n’y trouverait à redire que les collectionneurs, et peut-être les rédacteurs de leur organe spécial qui, on le sait, paraît a Berne, c’est-à-dire au siège même de l’Union internationale des postes.
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- TJsio conversion. — La Revue du mouvement social nous apprend que la commune de Bersillies, près Maubeuge, vient de se faire protestante en. masse, parce qu’aucun prêtre catholique ne voulait aller y dire la messe faute d’une subvention de 200 francs par mois.
- Gela prouverait qu’il existe un besoin de culte même dans les populations qui se détachent du catholicisme.
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- Caisses de retraites pour les ouvriers.
- — La dix septième commission d’initiative a entendu et approuvé le rapport de M. A. Picard sur la proposition de loi de MM. Martin Nadaud et Floquet, tendant à la création d’une caisse nationale de retraites pour les vieux ouvriers de l’industrie et de l’agriculture. La dix-septième commission d’initiative a pris en considération cette proposition.
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- Deux bien bonnes coquilles. — On lisait
- l’autre jour dans l'Univers :
- « Ge matin, four anniversaire de la mort de M. le duc de Berry. »
- De son côté le Pays appréciant avec vivacité l’absence d’àpropos du 16 maifie qualifie ainsi « coup de bête du maréchal. »
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- ILes prix IPéreire. — Yoici une note importante sur les concours ouverts par M. Isaac Péreire.
- Les mémoires devront être adressés désormais à M. Isaac Péreire, président du jury, 36, faubourg Saint-Honoré. Ils doivent être accompagnés d’un pli cacheté, contenant à l’intérieur le nom de l’auteur du mémoire et portant à l’extérieur une épigraphe également reproduite en tête du mémoire lui-même.
- Le caractère éminemment international du concours a fait admettre libéralement à y prendre part tous les étrangers qui peuvent apporter une idée utile et féconde à la solution du grand problème de la misère ; mais tous les concurrents doivent comprendre que, pour que leur œuvre puisse être jugée sainement et impartialement par le jury, it est indispensable qu’elle soit écrite dans la langue familière à la majorité des membres.
- Les mémoires devront donc être essentiellement écrits en français ou du moins traduits en français par les soins de leur auteur.
- Néanmoins, si l’auteur n’avait pas les moyens de faire
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- faire cette traduction, il pourra envoyer son travail dans sa langue nationale, mais à la condition d’y joindre, « en français, » une notice qui en résumera les idées principales.
- Sur le vu de cette notice, le jury décidera, sans toutefois qu’il soit pris aucun engageaient à cet égard, si le mémoire lui panait assez important pour qu’il en fasse faire lui même la traduction.
- Le jugement du concours aura lieu dans le premier trimestre de l’année 1881.
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- Une ftoarelle Imprimerie coopérative.
- — Les ouvriers typographes de Toulouse qui étaient en grève, viennent de former une association sous la dénomination & Imprimerie coopérative nouvelle. La société est ouverte à tous les ouvriers typographes, et est constituée sur le modèle de celle qui fonctionne à Paris, rue des Jeûneurs.
- Grâce à son organisation, la société peut offrir aux éditeurs de sérieux avantages. Les commandes devront être adressées pu citoyen Simon Baylac, directeur de l’Imprimerie coopérative nouvelle à Toulouse.
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- Une citatiote nmladroite c’est celle qu’a faite dans son discours,. de réception à l’Académie française M. le duc d’Audiffret'Pasquier.
- Voulant citer l’évêque DUpanloup il lui a emprunté les lignes suivantes :
- « Pour moi, je le déclare, tant que de loin ou de près je pourrai m’occuper de l’éducation de la jeunesse, je respecterai la liberté humaine dans le moindre enfant, plus religieusement encore que dans un homme mûr, parce qu’au moins celui-ci saurait contre moi la défendre? l’enfant ne le peut pas. Non, jamais je n’outragerai l’enfant au point de le considérer comme une matière que je peux jeter dans un moule pour l’en faire sortir avec l’empreinte que lui donnera ma volonté. »
- Ne pensez-vous pas que cette citation vient à poiut nommé au moment où la sécularisation de l’enseignement est la question dominante.
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- Ueei bibliothèques irmum â <*i pn le s* <1® Ua-
- ï‘is sont en progrès. Voici quelques chiffres sur ces utiles fondations qui mettent gratuitement de bonnes lectures à la portée de la population.
- Eh 1878, on ne comptait que cinq de ces bibliothèques dans les 2°, 3e, 4e, 10e et 11e arrondissements. Sauf le 2e arrondissement, qui est celui de la Bourse, ces arrondissements : le Temple, l’Hôtel de-Ville, la rue et le Faubourg Saint Martin, Popincourt, sont également des centres ouvriers. En 1879. quatre autres bibliothèques ont été achevées dans les 12e, 16®, lie et 20 arrondissements qui, à part le 16e, Passy, sont également des quartiers ouvriers, le 12e Reuilly, le 17' Batignolles, et le 20a Ménilmontant. Dans la même année, deux bibliothèques nouvelles ont été ouvertes dans le 8e arrondissement, Elysée, et dans le 13®, Gobelins. Enfin, en 1880, il en sera ouvert six dans les arrondissements suivants : lep, Louvre, 5e Panthéon, 7° Palais-Boürbon, 9a Opéra, 15e Vâugirard et 19e Buttes-Chaumont. Sur vingt mairies, il y en aura dix-sept qui posséderont des bibliothèques à la fois de lecture sûr place et de prêt gratuit à domicilej Seuls le 6«, Luxembourg, le 14e, Observatoire, et le 18é, •Butte-Montmartre, n’ont paé encore de bibliothèque municipale.
- Si l’on excepte d'une part Passy, qui est habité par une population généralement aisée et dont la bibliothèque est la plus riohe, car elle compte 10,000 volumes; d’autre part, Montmartre, dont la population ouvrière est dépourvue de bibliothèque, on voit que les centres ouvriers sont ceux qui ont été lôs premiers munis de biblio-thèques. Les mairies de l’Observatoire et du Luxembourg placées au milieu de quartiers hâbités par des étudiants, des artistes et des savants, n ont pas dé bibliothèque populaire; c’est là aussi que le besoin s’eu faisait le moins vivement sentir.
- Le nombre total des volumes contenus dans ces bibliothèques est actuellement, en chiffres ronds, de 38,000, et il y a une augmentation de 6,000 volumes depuis six mois.1 Le nombre des lecteurs pendant l’année 1879 a été de S7.0Q0, chiffre bien faible sur une population de deux millions d habitants, mais qui est pourtant le double de ce qu’il avait été l’année précédente. Les deux arrondissements qui ont fourni le plus de lecteurs sont le 2e (Bourse), et le 4e (Hôtel-de-Ville).
- La conclusion à tirer de ces chiffres, c’est que l’administration républicaine de Paris s’occupe d’améliorer l’état intellectuel des ouvriers avec plus de zèle que ne le faisait l’administration impériale.
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- Une société coopérative de boulangerie s*est fondée à Saint-Chamond (Loire). Les boulangers propriétaires de maisons ont donné congé à ceux de leurs locataires qui appartenaient à la dite société.
- II faut que ces messieurs redoutent bien la concurrence des coopérateurs pour qü’ils se mettent si fort en colère.
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- Le Cercle dn progrès à Nîmes vient d’être inauguré. A la séance d’ouverture lecture a été donnée d’une lettre de M. Ernest Denis» jeune professeur dont nous avons déjà entretenu nos lecteurs â l’époque où il soutint en Sorbonne une thèse sur Jean Euss qui eût un certain retentissement dans le monde des lettres. (Voir notre numéro du 8 septembre 1878).
- La lettre de M. Denis est très-remarquable, en voici quelques passages :
- « L’épuration du personnel ne suffit pas, il fàutencoré que tout le monde sache et comprenne qué s’il est permis à une monarchie de se contenter de vivre, la République démocratique doit, sans cesse, à chaque jour, à toute heure, travailler à sôn programmé : l’ainéliorâtioif infinie des conditions de la vie sociale,
- « Pour que les réformes succèdent aux réformes, pour que nous n’aynns à redouter ni surprise de la réaction ni découragement momentané, il faut que tout le monde se mette à l’œuvre ; trop nombreux sont encore ceux dont là foi platonique aime à se reposer sùr deS intermédiaires officiels; s'en remettre à un autre, même au plus digne, du soin d’agir pour nous, c’est vendre sa part de souveraineté.
- « Les députés votent des réformes,mais il faut que ces réformes soient d’abord discutées, préparées,, acceptées, réclamées par les juges. Les innovations doivent Venir non d’en haut, mais d’en bas, non de T Assemblée, mais des électeurs. Je rêve volontiers pour ma part le gouvernement direct, c’est-à-dire un état politique dàhs lequel toutes les grandes questions seront soumises au vote de tous les citoyens.et où l’on n’assistera plus à ce spectacle étrange : un ministère délégué de la Chambre, et qui la gouverne, tandis que les députés, délégués dp leurs électeurs, les gouvernent à leur tour. Des siècles s’écouleront avant qu’un pareil système puisse étfe appliqué, s’il doit jamais l’être, mais il est possible, dès maintenant, de diminuer les abus et les inconvénients du gouvernement représentatif. On nJeSt pas quitte envers son parti en bien votant.
- « Ainsi compris, le suffrage universel n’est que le droit d’abdiquer tous les quatre ou cinq ans entre les mains d’un député s La République, c’est la chose de tous ; tous doivent s’occuper de son administration, de ses besoins, de ses intérêts : il ne suffit pas de choisir avec réflexion un représentant convaincu et éclairé, il faut savoir ce que l’on veut qu’il fasse. »
- Révolte dans les lycées. ~ Plus dn Va en avant, plus les inconvénients de l’internat deviennent sensibles.
- L’esprit de révolte règne aujourd’hui dans leê lyèées, Un nouveau mouvement de cette nature s’êsfc pVdddtt l’autre jour à Alger.
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- Cela porte à 6 le nombre des révoltes lycéennes qui ae sont produites depuis Je 7 juillet.
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- Une église catholique à vendre aax écolières — On écrit de Pont-de-l’Etoile (Bouches-du-Rhône), à la Jeune République, de Marseille :
- Notre population va assister à un spectacle assez rare : la vente aux enchères de son église par expropriation forcée.
- U y a une dizaine d’années un groupe de cléricaux eut l’idée bizarre de doter notre hameau d’une église, dont le besoin ne se faisait nullement sentir, et cela sans bourse délier, bien entendu. M. Levert, alors préfet,vint même assister à la pose de la première pierre. Tout allait comme sur des roulettes.
- L’empire disparu, les choses ont changé et jugez de l’effarement de nos cléricaux quand on leur a présenté la note à payer.
- Les bailleurs de fonds, ne pouvant obtenir que de belles promesses, viennent de décider, après plusieurs longues années de patience, de poursuivre l’expropriation et la vente aux enchères de l’église. Cette vente aura lieu dans quelques jours.
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- ITALIE
- Charges militaire,®. — Il résulte d’une déclaration faite par le général Primerano que l’Italie a dépensé depuis 1862 en armements la somme énorme de 3 milliards 860 millions.
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- ÏLa @ta.ti®ti<iwe médicale «le l’armée italienne n’est pas édifiante. Les chiffres suivants que les Etats-Unis d’Europe empruntent à un rapport du docteur Macchiavelli en sont une preuve convaincante :
- En 1877, la moyenne des troupes sous les armes a été de 196,192 hommes. Or le nombre des malades entrés dans les hôpitaux civils et militaires, dans les infiroieries de garnison tant spéciales qu’appartenant aux corps de troupes, a été de 193.650, soit 987 sur 1,000 hommes. Les maladies traitées dans l’année sont classées en quatre grandes catégories : médicales 46,123 malades (233 pour 1,000), chirurgicales 30,123 (134 pour 1,000 hommes). Le nombre des décès, parmi les hommes de service a été de 2,072, dont 1,615 dans les hôpitaux civils et militaires.
- Les pertes occasionnées par les réformes pour cause de maladie, ont atteint le chiffre de 2,468 12. (57 par 1,000); congés de convalescence 6,000.
- L’entretien d’une armée permanente, dans les casernes est donc une bataille livrée chaque année, bataille qui a coûté la vie à presque trois mille personnes. Le rapport reste nruet sur le sort de 2,468 congédiés pour cause de maladie, or chacun sait que le congé définitif n’est accordé qu’à bon escient, c’est-à-dire quand il est bien constaté que le jeune homme est condamné ; qui nous dira ce que sont devenus ces 2,468 invalides ?
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- . TTae «société coopérative de consommation existe à Milan entre les employés du chemin de fer de la Haute-Italie résidant dans cette ville.
- •fr
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- ANGLETERRE
- Saisie d’une église catholique. — Nous avons parlé de la vente aux enchères de l’église de Pont de l’Etoile, dans les Bouches-du-Rhône.
- Par une coïncidence singulière une vente identique mais plus considérable va avoir lieu à Londres.
- Le Shériff-huissier de Londres s’est transporté lundi à la chapelle catholique où officie Mgr Gopel, archevêque in partibus. et là, en vertu de la loi, il a fait le « recole-¥ ment des objets mobiliers » et a «procédé à la saisie de l’immeuble. »
- Cette chapelle, soit dit en passant, est une des plus riches de Londres et est fréquentée par un public très-élégant et très-riche.. Les fidèles sont venus pendant longtemps au secours de leur évêque mais, d;ms ces derniers temps, les dettes sont devenues si lourdes, qu’ils ont dû l’abandonner à son sort.
- La vente de la chapelle et les trésors artistiques qu’elle contient, parmi lesquels plusieurs tableaux de maîtres, aura lieu aujourd’hui.
- Ce n’est pas fini. Avec l’édifice et les objets du culte sera également vendu l’ameublement splendide de Mgr Copel.
- On compte que le produit total de la vente atteindra au moins cent vingt mille livres sterling — trois millions.
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- Ifagitatios» irlwnridLai®©. —- Quatre huissiers, accompagnés d’une force de police assez considérable, étaient allé opérer une saisie pour loyer non payé chez une fermière veuve, habitant près de Clonmel,
- Ils furent attaqués, à leur retour, par une foule nombreuse qui leur reprit les bestiaux.
- La police réussit à reprendre à son tour les bestiaux. Mais les assaillants ayant couru aux villages voisins, en ramenèrent du renfort. Ils étaient environ 300.
- Les policiers mirent baïonnette au canon et chargèrent la foule. Mais alors commencé à tomber sur eûx une pluie de pierres tellement violente qu’ils durent finalement battre en retraite et abandonner les bestiaux saisis.
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- , RUSSIE
- 3La fanai ne et la diphthérie sont deux fléaux qui déciment les populations. Les provinces les plus florissantes et les plus productives souffrent cruellement de la disette. Les gouvernements de Saratof et de Kiew, qui exportent annuellement des quantités énormes de grains pour l’étranger, n’ont presque pas eu de récolte en 1879 ; les malheureux habitants manquent littéralement de pain. La calamité est encore aggravée par l’absence de fourrages. Ne pouvant nourrir leur bétail, les paysans le vendent à vil prix, après lui avoir fait manger le chaume qui recouvre leurs cabanes.
- Mais la famine qui sévit au Caucase défie toute description. Quelques faits peindront mieux la cruelle réalité. Dans la province d’Erivan, le nommé Hassan s’est coupé la gorge pour ne pas assister à la lente agonie de ses enfants.' Au village d’Oumri, un certain Hadji a vendu ses deux enfants, un garçon de sept ans et une fille de dix ans, pour 4 hectolitres de blé,
- (Le Temps).
- SERBIE
- ’3Ae système monéiaire de l’Union latine vient d’être adopté par la Serbie. Le franc s’appelle Dinar.
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- ETATS-UNIS
- ILet» exécniions capitale® aux Etats-Unis ont été, en 1879, au nombre de 171. Le nombre des criminels condamnés par les tribunaux réguliers et ayant subi leur peine a été de 101 ; celui des condamnés de la loi de Lynch, c’est-à-dire de jurys spontanémentformés par les citoyens, a été de 70. Beaucoup de condamnés lynchés avaient été extraits des prisons oùles retenaient des juges que l’opinion publique, à tort ou à raison trouvait trop indulgents
- (Rerue du mouvement social)
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- LÈ DEVOIR
- TURQUIE D’ASIE
- Xjbl traite des nègres, — Une convention relative à l’abolition de la traite des nègres vient d’être signée par M. Layard et Savas-Pacba. Cette convention stipule que les nègres saisis dans les eaux turques sur les navires ottomans ou anglais seront légalement af franchis. Ils seront rapatriés et les négriers seront punis Les personnes coupables de mutilation ou de trafic d'enfants seront poursuivies- La convention entrera en vigueur le 25 mai prochain.
- TJn curieux phénomène
- Dans les ascensions en ballon, quand les voyageurs se trouvent au-dessus d’une couche de nuages en nappe, et qu’ils ont un ciel clair au-dessus de leur tête, ils voient l’ombre de leur ballon faire une tache sur la couche de nuages comme sur une surface solide.
- Dernièrement, à Rouen, plusieurs personnes ont pu être témoins, sans quitter le sol, d’un phénomène analogue, c'est-à-dire de la formation d’une ombre sur une couche de brouillards.
- « Un phénomène extraordinaire pour nos climats, dit le correspondant de la Nature, s'est produit à Rouen le mardi, 23 décembre 1879; vers trois heures un quart du soir, quelques personnes ont pu en être témoins de la place de l’Hôtel de-Ville et sans doute de plusieurs autres endroits. Le soleil, déjà près de disparaître à l’horizon, éclairait de bas en haut la flèche de la cathédrale dont l’ombre, à la gauche des spectateurs, se réflétait sur le brouillard, considérablement agrandie. Ce fut pendant quelques instants un véritable mirage.
- » L’effet était d’autant plus fantastique, que l’immense construction, au lieu d’être reproduite dans sa direction verticale, paraissait incliner du sud-ouest au nord-ouest, menaçant de sa chute apparente tout le quartier compris entre la cathédrale et le lycée Corneille.
- ». C'était à terrifier les personnes qui, en ce moment, * passaient sur la place de l’Hôtel-de-Ville. Le spectacle I était d’autant plus grandiose, que le disque du soleil, rouge et sanglant à travers le brouillard, semblait envelopper d’un immense incendie la base commune de la flèche réelle et de la flèche réfléchie, chancelante et mobile comme la couche de brouillard sur laquelle se dessinait l’image gigantesque. »
- CE QUE COUTE UNE GUERRE
- I
- L’Imprimerie Nationale vient de publier une œuvre immense, le Recueil des traités, conventions, lois, décrets et autres actes relatifs à la faix entue la France et VAllemagne.
- Commencé modestement, ce travail a pris depuis sept ans des proportions considérables. Il a été conduit à bonne fin par le directeur du contentieux politique au ministère des affaires étrangères, M. Vil— lefort, qui par sa situation et par les qualités de son esprit, était mieux qualifié que personne pour posséder un aussi vaste sujet, coordonner tant de milliers de documents français, allemands et suisses, jeter de la lumière et de l’ordre dans ce chaos. Sous l’apparence modeste d’un recueil de décrets et de rapports, M Villefort a écrit en termes émus l’h'stoire des malheurs du pays et l’histoire plus consolante
- de son relèvement. L’esprit patriotique des auteurs et rapporteurs domine et inspire l’œuvre d’un bout à l’autre; on devine des cœurs chauds derrière le texte froid des actes diplomatiques, et ce silence animé n’est pas l’un des moindres attraits de ce monument de la reconstitution de la France.
- Il y a de tout dans ces volumes, qualifiés par M. Villefort lui-même de « vaste synthèse » :
- « 1. Conventions d’armistice, traités diplomatiques et militaires, traités remis en vigueur lors du rétablissement de la paix, paiment de l’indemnité de guerre, frais d'entretien de l’armée allemande d’occupation, traités de délimitation, question d'option, règlement des dettes et créances de l’Alsace-Lor-raine ;
- « 2. Prorogation des échéances et de loyers pendant la guerre et conséquences juridiques des decrets de prorogation ;
- « 3. Questions des indemnités ou des secours aux particuliers victimes des armées françaises et allemandes, ou de la Commune de Paris. Evaluation des dommages, principes à appliquer;
- « 4. Réorganisation des territoires séparés par l’annexion, au point de vue judiciaire, administratif et religieux, séparation des diocèses, reconstitution de l’Eglise de la confession d’Augsbourg ; situation des avoués, des notaires dépossédés ; succession de militaires disparus et sépulture des 87,000 victimes de la guerre ;
- « 5. Réorganisation militaire de la France, au point de vue de l’armée, dé la marine, des places fortes, des voies de communication par fer, par eau et par routes, et exposé du fonctionnement du célèbre compte de liquidation à l’aide duquel la France a fait face à ses charges colossales ;
- « 6. Questions de toute nature soulevées par les actes insurrectionnels de la Commune de Paris, et par le relèvement des ruines de la capitale tant au pont de vue des monuments et des actes de l’état civil incendiés, qu’à celui des propriétés privées, et du remboursement des réquisitions faites par la Commune ;
- « 7. Histoire financière de la France depuis dix ans, en tout ce qui a trait à la guerre, aux charges du pays et aux ressources destinées à faire face à ces charges ;
- « 8. Documents allemands utiles à comparer aux sources françaises, emploi des milliards. »
- Chacun de ces grands chapitres est composé de centaines de pièces officielles, de rapports détaillés, d’extraits des discussions au sein des Ch imbres, et parfois un seul de ces rapports est une véritable mo-
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- LE DEVOIR
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- nographi
- e dont les plus experts ne sauraient né-
- UN THÉÂTRE COOPÉRATIF
- gliger la lecture.
- Nous allons donc essayer de suivre rapidement M. Villefort dans une partie de son œuvre et de résumer le bilan de ce que la dernière guerre a coûté au Trésor français.
- Il va sans dire que ce compte ne s’applique pas aux pertes générales faites parles particuliers, et encore moins au manque-à-gagner. Nous sommes obligés d’être brefs, et d’indiquer beaucoup déchiffrés. Nous en demandons pardon à nos lecteurs. Mais quelle sanglante et lugubre éloquence dans plusieurs de ces
- chiffres!
- 1. Dépenses extraordinaires de la guerre,
- du budget militaire annuel,
- 2. Indemnité à l’Allemagne, capital.
- Intérêts,
- Entretien des troupes allemandes en France,
- S. Indemnités aux départements, aux communes et aux particuliers,
- 4. Frais des emprunts,
- 5. Perte des impôts pendant
- Fr. 1.912
- .000 315
- en sus ,000.000
- ,000.000
- ,000.000
- 340.000.000
- 856
- 631,
- 000.000
- 000.000
- la guerre et sur les recettes nettes de l’Alsace-Lorraine, capitalisées à 4 0/0,
- 6. Pensions, etc., capitalisées,
- 7. Reconstitution du matériel de guerre,
- 8. Travaux publics, canaux interceptés par la nouvelle frontière, etc.
- 9. Divers,
- 2.024.000.000
- 462.000.000
- 2.144.000.000
- 90.000.000
- 862.000.000
- Total général, Fr. 14.456.000.000
- 10. Si l’on ajoute les frais résultant de la Commune savoir :
- a). Réquisitions à la Banque, Fr. 16 millions.
- êj. Saisies chez les agents du Trésor, 11 »
- c). Monuments incendiés. 45 »
- ii). Justice militaire, 12 »
- e). Indemnit.auxpart. divers» 98 »
- Total, Fr. 182 millions.
- à ajouter aux frais de guerre ci-dessus, on arrive au total exorbitant de 14,638 milliards, nous disons plus de QUATORZE MILLIARDS ET DEMI.
- C’est bien le cas de dire avec M. Villefort :
- « Rien ne manque à cette triste énumération qui, en montrant dans leur ensemble toutes les horreurs de la guerre, peut au moins servir à la faire détester. »
- Les associations coopératives, qui rencontrent encore de l’hostilité ou de la méfiance tout au moins, ne sont pourtant pas d’une réalisation si difficile que se l’imaginent des esprits prévenus ou que voudraient le faire supposer ceux à qui la solution du problème social apparaît comme une utopie.
- Sans aller bien loin, il est aisé de choisir un exemple éclatant, fourni par une société qui fonctionne sous nos yeux, au vu et au su de tout le monde, au centre de Paris, avec un succès incontestable.
- Je “veux parler de l'exploitation du théâtre du Château-d’Eau.
- La mauvaise chance l’avait longtemps poursuivi. Des directeurs habiles 'y avaient échoué dans les genres les plus divers. On eût cru que la fatalité s’acharnait après eux.
- Tout à coup un changement se produisit. Quelques artistes intelligents et audacieux s’étaient réunis, avaient fait appel à des camarades de la banlieue et de la province, et, se partageant peines et bénéfices, avaient réussi à faire de la salle désensorcelée une source de revenus.
- Le public s’intéressait à leur programme, qui témoignait d’aspirations élevées et généreuses, et l’affluence grandissait. La troupe, insensiblement, par le contact quotidien, se fondait, obtenait des ensembles remarquables. Si une étoile, très cher payée, ne se détachait point de 1’affiche, la compagnie tout entière, à force de travaux, devenait, sans contredit, égale, sinon supérieure, à beaucoup de celles qu'antérieurement les spectateurs visitaient assidûment.
- A cette heure, quinze pièces inédites ont été représentées sur la scène de la, rue de Malte, et plus de cent cinquante familles vivent dans cette petite République.
- Ce ne sont point seulement les capitaux qui ont opéré le miracle. Au début, ils étaient loin d’ètre riches, les braves sociétaires. La mise de fonds n’était point lourde, pécuniairement. Seulement ils réunirent leurs volontés, leurs activités, leurs forces intellectuelles. Ils travaillèrent sans relâche, chacun pour tous,- tous pour chacun, ayant le même intérêt à la victoire, se concertant pour l’organiser et la remportant souvent.
- Ce qu’ont fait les artistes — eux que la calomnie
- De quoi épouvanter Matlius
- M. Flammarion, rapporte sur l'affirmation de Derham, que le plus curieux exemple de fécondité humaine est celui d’une femme anglaise qui, lorsqu’elle mourut à l’âge -de 93 ans, comptait en enfants, petits-enfants, ou arrière petits-enfants 1258 descendants.
- se plaît souvent à peindre en rivaux incorrigibles, se jalousant les uns les autres, — cette entente étroite, cette émulation infatigable en vue d’un but commun, est-il donc absurde de l’attendre des ouvriers ?
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- LE DEVOIR
- Si l’association coopérative paraissait irréalisable quelque part, c’est à coup sûr dans un théâtre. L’expérience a démontré qu’elle n’était pas irréalisable du tout; que, loin de là, elle était susceptible des meilleurs résultats, et financièrement et dramatiquement. N’y a-t-il pas, en ce fait, matière à méditation ?
- [Le Rappel) Edmond Bazire.
- --------------------
- DES ORPHELINATS LAÏQUES
- Il y a quelques jours, une veuve s’adressait à moi pour me prier de lui trouver une maison, un orphelinat, où on accepterait sa fille, moyennant le payement annuel d’une modeste pension.
- Je m’occupai sérieusement de cette affaire ; après huit jours de courses inutiles, je dus lui indiquer une maison congréganiste, où on accepterait sa fille moyennant 25 francs par mois.
- J’ai rencontré dans mes courses de nombreuses maisons religieuses, ou même des cuvroirs tenus par des femmes laïques, mais entièrement vouées aux idées de l’ultramontanisme ou du protestantisme. Je n’ai pu trouver une seule maison laïque et libre penseuse, c’est-à-dire, où la liberté de conscience soit respectée.
- Il existe donc là une lacune et une lacune qu’il est urgent de combler immédiatement.
- Nous voulons soustraire la classe laborieuse à l’influence néfaste des prêtres, en leur enlevant la direction de l’enfance, et nous ne faisons rien de pratique ! Souvenons-nous donc une bonne fois, que ce n’est pas avec des mots, qu’on vient en aide à ceux qui souffrent, mais bien en créant des institutions utiles et humanitaires.
- Les catholiques possèdent un vaste système de domination ; ils ont en mains la meilleure part de l’assistance ; ils savent secourir les malheureux afin de s’en rendre maîtres.
- Eh bien, luttons avec eux,
- Dieu me garde de préconiser la charité : elle amoindrit la dignité humaine, en obligeant presque celui qui reçoit à devenir la chose du donateur. Mais si nous ne devons pas faire l’aumône, il faut que nous nous souvenions toujours des grands principes de solidarité qui nous obligent à venir en aide à la grande famille des prolétaires.
- Peut être qu’un jour, alors que la société sera plus avancée dans la voie du progrès, les besoins ne seront plus les mêmes.,. oui, mais cela, c’est l’avenir, c’est Iq songe d’or des rêveurs. En attendant la réalité est #> avee toutes ses laideurs, toutes ses souffrances.*'
- Or, aujourd’hui, quand des enfants de prolétaires perdent leur père ou leur mère, il faut qu’ils entrent dans des maisons religieuses, ou que le survivant les oonfie à des étrangers, à moins toutefois qu’il ne préfère les laisser vagabonder pendant qu’il travaille (puisque les écoles n’ouvrent qu’à neuf heures, et ferment dès quatre heures )
- Cruelle alternative !
- Les gens de cœur ne manquent pas parmi la libre pensée. Pourquoi ne se grouperaient-ils fias jpaur fonder des maisons où l’on recevrait les enfants orphelins, soit contre le paiement de 20 ou 25 fr. effectué par le survivant, soit en cherchant des protecteurs pour les plus pauvres, comme Cela se fait chez les catholiques ?
- Dans ces maisons on respecterait le libre arbitre des parents et des enfants, en ce qui concerne la foi religieuse; on donnerait les éléments nécessaires pour l’obtention du certificat d’étude, en même temps on apprendrait aux enfants une profession qui leur permît de vivre honnêtement, une fois sortis, de l’orphelinat.
- Outre que ces maisons recueilleraient des enfants pauvres des deux sexes, des instituteurs, des institutrices, des maîtres et des maîtresses d'ateliers trouveraient par ce moyen des situations honorables, et un salaire rémunérateur et suffisant.
- Nous soumettons notre idée à tous les vrais amis de la classe laborieuse, ils comprendront, nous en sommes sûrs, que pour lutter avec avantage contre nos ennemis, il ne faut pas le faire en les insultant ou les opprimant, mais au contraire, en faisant comme eux, ou plutôt en faisant mieux.qu’eux.
- Nous pensons que l’Etat, lui-même, et les muni cipalités aideraient de leur pouvoir, et de leurs de-* niers les institutions dont nous souhaitons le prompt établissement. (1) •
- Louise de Lassbrre.
- Encor© une application, «le lumière électrique.
- La Ci0 Paris-Lyon-Méditerranée vient de faire faire par son bureau des études, une application industrielle de la lumière électrique : il s’agit de la reproduction des dessins. ,
- On sait que M. Marion est inventeur de la reproduction héliographique au moyen non pas de la lumière mais des rayons mômes du soleil, M. Wenger a, eu l’idée de se servir pour les mêmes reproductions" de la lumière électrique. Il est arrivé à créer un atelier qui fournit 2Û reproductions par jour.
- Le matériel électrique de cet atelier est fort, simple.
- (t) Il y aurait mieux à faire, fin Suisse les orphelins garçons et filles sont élevés, par l’Etat, et avec des soins tels qu’il reçoivent une édu^ cation de beaucoup supérieure à celle des enfants de la classe ouvrière non'orphelins. r - * * v *. î
- irrfèotefois en attendant que l’état français réalise des institution# de même nature l’initiative privée devrait en fonder.
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- LE DEVOIR
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- ti consiste dans un couple de machines Gramme alimentant deux lampes Serrin. L’impression est faite au bout
- rie 20 minutes. . , ,
- Tl résulte de cette application que les ateliers qui possèdent des machines Gramme pour leur éclairage peuvent presque sans frais, les utiliser pendant le jour pour la reproduction héliographique des calques.
- L’IRLANDE
- IX
- tSous connaissons l'origine de la propriété en Ir-Iunde et la cause de sa concentration dans quelques gsalas. Nous savons quelle est la législation qui tend à perpétuer et qui, de fait, perpétue cette concentrâmes. Nous venons de montrer combien le résultat déiSSnitif de cette législation diffère en Irlande de celui produit en Angleterre. Parlons maintenant des rapports existants entre Landlords ou propriétaires, et Tenants ou tenanciers.
- Le tenancier irlandais n’est pas esclave comme on l’était dans le siècle du paganisme ; il n’est pas esclave comme l’étaient les nègres dans les colonies; 11 n’est pas esclave comme le serf Pétait de la glèbe au temps de la féodalité, mais les charges qu’il a à supporter et auxquelles il doit faire face avant de songer à sa famille : le prix du fermage, la dîme pour le clergé protestant, ou la taxe volontaire pour le clergé catholique, les contributions que lui impose la loi politique et sociale, tout cela constitue un esclavage réel mais qui ne ressemble à nul autre.
- Nous avons dit que parmi les torts des Landlords vis-à-vis des tenants, l’absentéisme n’était pas un des moindres. Aujourd’hui, c’est-à-dire depuis 1846, un certain nombre de grands propriétaires résident en Irlande, mais avant 1846 le nombre, des résidants était presque nul et plus d’un d’entre eux ne connaissait que vaguement ses propres domaines. Il savait que, de par le droit de confiscation, il possédait quelque part une terre lui appartenant et d’un produit une somme de tant par an. Toucher cette somme-régulièrement, voilà tout ce à quoi il visait. Pour ce faire, il s’entendait avec un capitaliste spéculateur qui traitait à forfait avec lui. Ce capitaliste qui n’avait souci que de retirer un bénéfic de ce domaine, se hâtait de le diviser en un certain nombre de lots qu’il affermait à une classe de traitants se-condâires^appelés Middlemen. Ceux-ci, à leur tour, désireux de tirer quelque bon profit de la terre qu’ils avaient à exploiter, subdivisaient cette terre par parcelles ; d’un lot ils en faisaient dix,, vingt, trente, selon ce qui leur paraissait le plus avantageux, puis ils les affermaient à de pauvres agriculteurs du pays qui, on le voit, avaient ainsi à entretenir par leur travail PôîsîŸütê fie trois parasités5.5’” -----
- Ce n’est pas tout.
- Le malheureux qui prenait ces lots à loyer devait se loger à ses frais, bâtir lui-même sa demeure, son cottage et y apporter ses instruments de culture. S’il avait, ce qui était rare, quelques ressources, elles se trouvaient absorbées dans cet aménagement. S’il n’en avait pas, il devait, avoir recours à autrui pour se procurer ce strict nécessaire qui, même trouvé, comptait comme une de plus parmi les charges qui pesaient sur lui. Vainement pour satisfaire à cea charges le pauvre diable suait-il sang et eau ; vaine-* nient s’efforçait-il de faire lui-même sur le lopin de terre qu’il cultivait le gain nécessaire à sa subsis# tance et à celle de sa famille, il arrivait le plus sou# vent qu’il ne pouvait payer son fermage. Alors comme, 1m tenure était à volonté (atwill) et que le propriétaire ou le traitant pouvait, quand bon lui semblait, évincer le tenancier qui avait seulement droit aux fruits pendant par racine lorsque cette tenure finis# sait par la volonté du bailleur, le malheureux tenan-* cier voyait ses meubles saisis et vendus ; lui même expulsé de son cottage, était contraint d’aller oher-» cher une autre ferme à tout prix et, en attendant qu’il l’eut trouvée, forcé de mendier aveo sa femme et ses enfants.
- Quelquefois ce n’était pas seulement un certain nombre de familles qui étaient menacées d’éviction, mais un village tout entier qu’un propriétaire sans entrailles mettait dans l’alternative de mourir de faim ou de devenir mendiant ou voleur. Oeci avait lieu lorsque la terre était louée sous l'empire du Joint-tenancy’> c’est-à-dire du fermage m commun.
- Voici comment.
- Qu’on se figure un village composé de 100 familles. Le landlord livrait à ces 100 familles deux ou trois cents acres de terre, attribuant à chacune
- ! d’elles 2 ou 3 acres dont il fixait le prix de fermage à une livre sterling l’acre, à la condition que toutes les, familles seraient solidaires entre elles, c’est-à-dire que si une ou plusieurs d’elles ne payaient pas, les autres étaient tenues de la dette.
- Or, il était bien rare que le cas ne se présentât pas où des arrérages ne fussent dus par quelques familles, arrérages que les autres familles qui déjà avaient de la peine à faire face à leurs charges particulières, étaient dans l’impossibilité de payer.Alors, avait lieu l'éviction. Maître de l’appliquer comme bon lui semblait, le propriétaire ou le middlen^an pouvait la faire tomber sur le village en bloc ouéup quelques ménages particuliers. Dans ce dernier cas, I les malheureux désignés comme victimes étaient le I plus souvent des récalcitrants qui n’avaient pas
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- LE DEVOIR
- voulu se prêter à tels ou tels caprices de leur seigneur et maître, voire même de ses gens. Et pour rendre plus dure encore la mesure, ou pour arracher la concession qu’on n’avait pas pu obtenir, on attendait le temps de la récolte et l’on choisissait le jour même où le village tout entier l’avait commencée pour procéder à l’exécution.
- On raconte que le duc de Beresford, en 1838,avait, dans les circonstances ci-dessus, agissant en personne, chassé 13 familles. Parmi les expulsés se trouvait un homme qui, entouré de sa femme et de ses enfants ne poussa pas une plainte, ne fit pas entendre un seul murmure, ne proféra pas la moindre menace. Il était là immobile, les bras croisés sur sa poitrine, avec sa bêche à ses pieds. Plusieurs fois le duc avait passé devant lui, poussant devant lui les malheureux sur lesquels tombaient sa rancune. Chaque fois le noble seigneur avait dû. baisser les yeux sous le regard du paddy (A). A un moment il essaya de fixer le tenancier, il dut quitter la place ; le tenancier fouillait dans son cœur, il y lisait. Quand ce dernier se vit seul maître du terrain, il s'éloigna aussi. Mais il avait du sang à ses lèvres et à ses mains. « Il avait déchiré ses lèvres avec ses dents, et ses flancs avec ses ongles. »
- « Pourquoi donc le regardais-tu ainsi ? » lui demanda-t-on.
- « Je calculais combien il pouvait mesurer pour aller lui creuser sa fosse, » fut sa réponse ; et, ramassant sa bêche il se dirigea du côté qu’avait pris le Duc en s’en allant.
- {A suivre). C.-P. Maistre.
- Magnifique invention.
- Au dire ae la revue anglaise Nature, des expériences se poursuivent en Angleterre pour des applications du verre trempé d’après le nouveau procédé Siemens.
- Ce verre peut être coulé sous toutes les formes, qualité d’une très-grande importance qui s’ajoute à celles qu’avait déjà le verre trempé La Bastide, inaltérabilité et incassabilité.
- Des traverses de chemin de fer en verre trempé ont été expérimentées à Stratford. Elles ont supporté sans rupture des poids de 8,000 kilos. Ces traverses sont disposées de telle sorte vers leurs deux extrémités qu'elles retiennent elles-mêmes les rails, au moyen d’une sorte de moulure faite dans ce but.
- Dans une autre série d’expériences, une plaque carrée en verre Liemens de 0m22 de côté et de 0m028 d’épaisseur, a été enfouie dans du sable et recouverte d’une planchette de 0m005 d’épaisseur, sur laquelle on posa un bout de rail, sur ce rail on laissa tomber de hauteurs successives de 0m90 à 6 mètres, un poids de 457 kilos. Au choc le rail fut brisé mais la plaque de verre resta intacte. Une plaque en fonte, de même grandeur et de 0m012 1 /2 d’épaisseur, essayée comme l’autre, fut brisée par le poids de 457 kilos tombant de 3 mètres de hauteur. Cette admirable découverte ouvre les plus vastes perspectives
- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
- Bulletin de la ligue de la pais: et de la
- lit>ert<é, 1 vol. Paris, chez Fischbacher, rue de Seine, ou à Genève, à la direction du journal les Etats-Unis d'Europe.
- La Ligue internationale de la Paix et de la Liberté vient de publier le Bulletin officiel des meeting, conférence et assemblés tenus par elle à Genève en septembre dernier.
- Nous avons lu avec un grand intérêt ce petit volume qui contient, outre le compte-rendu des assemblées de la Ligue, les discours prononcés au meeting et surtout une excellente conférence de M. Milkowski sur le traité de Berlin et la situation des Slaves du Sud.
- Le colonel Milkowski qui s’est héroïquement distingué pendant la dernière insurrection polonaise, est, sous le pseudonyme de T. Jez, un des plus grands écrivains slaves contemporains. Il a longtemps habité l’Orient, et sa conférence est assurément l’un des écrits les plus instructifs et les plus intéressants qui aient paru sur la question d’Orient.
- Jf *
- Almanach spirite pour 1 ©80, i vol. Paris,
- librairie des sciences psychologiques, 5, rueNeuve-des-Petits-Champs. Prix : 40 cent.
- Cet opuscule nous parvient bien tardivement. Cela est regrettable pour un almanach. Celui-ci s’ouvre par un calendrier où l’on a eu l’excellente idée de remplacer les noms des saints par des noms d’hommes remarquables ; il s’en trouve toutefois quelques-uns de discutables et d’autres qu’il faudra rayer l’année prochaine, par exemple celui de François de Salles, ce grand massacreur des protestants duChâblais, etcelui desa maîtresse, Jeanne de Chantal. Ces deux compères bien que l’Eglise les ait canonisés, sont d’affreux gredins.
- Ce calendrier nouveau est suivi de notions élémentaires sur le spiritisme, d’un résumé de la doctrine et de quelques notices sur son développement, le tout rédigé avec une grande clarté, et plein d’idées de la morale la plus élevée.
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- Reyne du mouvement social. — Revue mensuelle, lre livraison. Paris, 112, Avenue d’Orléans. Un an : 10 fr. y
- C’est la Revue que nous avons annoncée comme devant faire suite au Bulletin du Mouvement Social.
- Il est impossible de pouvoir apprécier une revue qui n’est qu’à sa première livraison, mais ce que nous pouvons affirmer c’est que cette première livraison est fort bonne.
- Nous souhaitons bonne réussite à cette nouvelle revue et bon courage à son fondateur, M. Limousin.
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- * Histoire du socialisme par B. Malon. — C’est une deuxième édition entièrement refaite et considérablement augmentée de l'Histoire du Socialisme dont nous avons rendu compte dans le Devoir du 2 mars 1879. Cette publication paraît par livraisons à 20 centimes. Abonnement pour tout l’ouvrage : 8 fr. Nous apprécierons celte nouvelle édition quand sa publication sera plus avancée. Les 10 premières livraisons comprenant l’Histoire du socialisme depuis son origine jusqu’à la Révolution ont seules paru. On peut se les procurer en brochure séparée pour 2 fr., chez Dumay, libraire, 25, rue d’Autun au Creuzot.
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- La Revue socialiste. — Revue mensuelle, paraissant à St-Cloud (Seine-et-Oise). Un an: 10 fr.
- Un nouveau confrère auquel nous souhaitons de tout cœur la bienvenue. Deux livraisons seulement ayant paru il ne nous est pas encore possible de l’apprécier. Nous trouvons, dans la liste de ses collaborateurs des noms de socialistes bien connus.
- Lp Directeur-Gérant : Godin.
- Saint-Quentin — lmp. de la Société anonyme du Glaneur
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- Le numéro hebdomadaire 20 c.
- DIMANCHE 7 MARS 1880
- BUREAU
- A GUISE (Aisne).
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant. Fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE
- par l’envoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France
- Un an. . . .
- Six mois. . .
- Trois mois. . .
- 10 1. »» 6 a» 3 »*
- Pays d’Europe
- Un an. . . . 11 f. »» Autres pays Un an. . . . 13 f. 60
- Rédacteur en chef : M. Ed. Champury
- ON S’ABONNE
- A PARIS
- 5,r. N euve-des-Petits-Champs
- Passage des Deux-Pavillons)
- S’adresser à M. LEYMARIE, administrateur delà Librairie des sciences psychologiques.
- PRIME AUX ABONNÉS DD « DEVOIR »
- L’excellent roman de Mm< Marie Howland, I}À JlLLE DE SON Père, que le Devoir a publié I dans ses colonnes et dont nos lecteurs n'ont certainement pas oublié la grande valeur, vient d’être édité en un fort volume in-12 de 620 pages.
- Ce roman gagne beaucoup à être relu en volume. On sent mieux ainsi toutes les qualités de l'œuvre de Mme Howland : détails piquants sur les côtés les plus intéressants de la société américaine, réflexions sur les questions sociales rendues plus sensibles encore par le déroulement de l’action, vues généreuses et hardies sur des idées encore nouvelles, enseignements utiles sur tout ce qui a trait aux droits de la femme.
- Loin de gaspiller son talent à la recherche de l ignoble, comme le font de nos jours un trop grand nombre de romanciers français, M Howland nous fait voir par ce volume quel beau rôle social, quelle mission supérieure la littérature américaine confie au roman.
- Nul doute que tous nos lecteurs ne tiennent à se procurer cette belle œuvre, soit pour la
- mettre à une des places d’honneur de leur bibliothèque, soit pour l’offrir en cadeau.
- Le prix de librairie du volume est de 3 francs 50, toutefois, la direction du Devoir, pour être agréable à ses abonnés d’un an, le leur accorde
- EJV PRIME
- rendu franco à domicile, contre l’envoi de 3 francs fait au bureau du Devoir.
- AVIS AUX LECTEURS
- Les Statuts de la Société du Familistère, précédés d’une introduction philosophique, vont paraître réunis en un volume.
- Ces Statuts, par leur importance, ainsi que par celle des considérations qui les précèdent, sont de nature à faire événement dans l'ensemble du mouvement social.
- A partir de son premier numéro d’Avril, le Devoir publiera consécutivement les chapitres de ces Statuts.
- Que nos lecteurs veuillent- bien répandre cette bonne nouvelle auprès des personnes sympathiques à nos idées.
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- LE DEVOIR
- SOMMAIRE
- Prime aux abonnés du Devoir. — Avisaux lecteurs. Le scrutin d'arrondissement. — Semaine politique. — Notes d'un liseur. — Le vrai moyen de favoriser le travail national. — Petites nouvelles. — Ce que coûte une guerre. — Caisses de secours en Allemagne. — L'institution de Ry. — Société coopérative de Varmée et de la marine. — Une rectification. — L'Irlande. — Bulletin bibliographique. — Variétés.
- LE SCRUTIN D*ARRONDISSEMENT.
- La cause du scrutin d’arrondissement est aujourd’hui Une cause jugée. Depuis quatre ans elle ne Cessait de perdre du terrain ; la discussion générale sur le nouveau tarif des douanes vient de lui porter le coup de grâce. Ce grand tournoi oratoire n’aura pas été sans fruit. Outre les lumières nouvelles qu’il a jetées sur le terrain des affaires, il a éclairé d’un jour nouveau la question de la représentation nationale.
- Bon nombre des discours prononcés dans cette discussion générale ont révélé chez leurs auteurs Une préoccupation dominante : celle de favoriser quelques industries répandues dans leur circonscription électorale. En plus d’un cas on eût pu dire les noms des industriels en faveur de qui tels et tels députés parlaient. La tribune à certains moments a cessé d’être occupée par des représentants du peuple :: les orateurs n’étaient plus que des chargés d’affaires. Jamais, au grand jamais> l’intérêt général du pays n’a été sacrifié avec un sans faç*on plus ouvert, avec une désinvolture plus complète, à l’intérêt particulier de quelque circonscription, voir même à l’avidité de quelques gros industriels.
- Ce spectacle était triste, mais il a été gros d’enseignements. C’est une compensation. Il a fait toucher du doigt à l’opinion publique le vice de notre mode actuel de scrutin. Il a forcé ceux qui ne voulaient pas voir à ouvrir enfin les yeux. Les personnes qui avaient pu conserver quelques illusions sur notre régime électoral actuel ne peuvent les conserver plus longtemps. Il est désormais-acquis que Ce plus clair résultat du scrutin d’arrondissement, c’est
- de soumettre le pays à la prédominence de Tes. prit de clocher sur les intérêts nationaux.
- Expliquons-nous.
- Nous n’entendons pas soutenir que les préoccupations locales viennent vicier toutes les décisions. Ce serait exagérer. Il y a des questions générales qui, par leur nature même, échap. peut à cette influence. Mais ce qu’il y a de certain, c’est que, en-dehors de ces questions gé-nérales, l’esprit de clocher reprend le dessus. Les intérêts généraux du pays sont perdus de vue ou même ouvertement sacrifiés.
- Nous ne voulons pas dire non plus qu’en agissant comme ils le font nos députés violent le mandat que leur ont donné leurs électeurs. Au contraire, ils s’y renferment trop. Les électeurs lorsqu’ils n’ont à porter leurs voix que sur une seule personne, comme c’est le cas avec le scrutin d’arrondissement, choisissent volontiers pour leur député un homme qu’ils croient à tort ou à raison dévoué à leurs intérêts locaux. Ils le choisissent tel et ils le nomment à cause de cela.
- Cela est si vrai qu’en plusieurs circonstances on a vu les électeurs s’élever contre leurs députés, lorsque ceux-ci ont donné aux intérêts, généraux de la France la priorité sur les intérêts particuliers de leur circonscription.
- Nous pourrions en citer de nombreux exemples, nous n’en citerons qu’un. Il est topique et suffit à prouver ce que nous affirmons^ Il s’agit du cas de M. Girerd.
- M. Girerd représente à la Chambre la ville de Nevers. La même ville de Nevers a joui jusqu’ici de la présence dans ses murs d’une usine de l’Etat, une fonderie de canons. Or, par une raison d’économie à laquelle tout patriote doit de souscrire,le gouvernement arrêta en principe supprimer la fonderie de Nevers. M. Girerd,en sa qualité de sous-secrétaire d’état, prit part aux délibérations du ministère à ce sujet. De là grand émoi dans la préfecture de la Nièvre. Ôn se remua ; on agit à Paris auprès de M. Girerd; on le pressa: on le supplia; on ne craignit pas de lui demander de sacrifier les intérêts de la France à ceux de sa eirconscrip' Nfn. FijpalemenLn’QbtenanAp^ à Pans la satisfaction qu’on lui demandait, on l’invita à
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- LE DEVOIR
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- comparé1*0 devant ses électeurs et, là, on le mit dans l’alternative ou de trahir les intérêts
- du pays ou renoncer ^ se vo*r r®®lu.
- Kous n’avons pas à insister. Une pression semblable se passe de commentaires. Ce seul fait démontre jusqu'à l’évidence que le scrutin de circonscription rend illusoire ou peu s’en s’en faut la liberté de bien faire du député.
- Mais la liberté du député n’est pas seule compromise, sa dignité l’est pour le moins autant.
- Qui de nous n’a pas vu quelque député chercher à se rendre ou à se maintenir populaire dans la circonscription qui l’a élu et se prêter dans ce but à des complaisances, à des démarches, à des intercessions qui ne sont pas toujours dignes ? Pierre a-t-iî un fils à placer à Paris ? Il va trouver le député de sa circonscription et le prie de s’intéresser au sort du jeune homme. Paul désire-t-il une machine à coudre dont il fera cadeau à sa femme ? Il écrit au député de sa circonscription en le priant de lui faire cet achat. Un bureau de tabac vient-il à être disponible ? Vite cinq ou six postulants s’empressent autour du député pour le prier d’intercéder ,en leur faveur. Le député vient-il à passer quelques {ours dans sa circonscription ? CT est alors bien autre chose. Il est harcelé par des candidats fonctionnaires et quand il retourne à la capitale il a sa malle remplie de paquets que ses électeurs l’ont prié de remettre aux parents qu’ils ont à Paris. Ces hraves gens trouvent cela tout naturel et seraient tout ébahis si on venait leur dire que. leur député doit nourrir des préoccupations plus hautes que le placement d’un jeune homme, l’achat d’une machine à coudre ou l’obtention d’un bureau de tabac.
- Le plus souvent le député est fort mécontent du métier qu’on, lui fait, faire, mais il s’efforce de n’en rien laisser paraître. Il souffre en voyant comme on abuse de lui, mais il fait bon visage à ses mandants. Il n’accepte qu’à contrecœur le rôle de commissionnaire, mais il ne proteste pas de crainte des’aliéner la sympathie
- de personnes, dont l’influence. locale est incontestable.
- Il perd ainsi à ses propres yeux et aux yeux
- de ses électeurs la dignité si indispensable à sa position. L’opinion publique, de son côté, habituée à tout généraliser ne voit plus dans le gouvernement qu’une réunion d’hommes politiques tournés en commissionnaires, et cette opinion enlève au corps qui élabore la loi la confiance absolue, l’autorité inébranlable et incontestée, dont elle a besoin devant la nation.
- Voilà où devait nous conduire le scrutin uninominal. Les résultats qu’il donne sont opposés à ceux que l’on est en droit d’attendre du suffrage universel.
- Au Heu que la lutte s'engage entre des principes, elle s’engage entre des intérêts, quelquefois même entre des appétits. Les questions d’une grande envergure sont méconnues; les problèmes complexes ne sont examinés qu’en partie ; tout est réduit à son minimum d’importance ; tout est considéré à travers le petit bout de la lorgnette. C’est la politique du rapetissement, la politique de Lilliput.
- Et l’on s’étonne ensuite qu’une’ Chambre ainsi composée soit indécise, divisée, timorée à l’excès, qu’elle ait peur d’aller de l'avant, qu'elle se sente impuissante à sortir des vieilles ornières, qu’elle se cramponne à tous les ajournements comme aux roseaux du- rivage un homme qui se noie, enfin qu’elle n’ait pas de plus grande prédilection que celle de se. voter à elle-même des vacances à tout propos et même hors de propos.
- La France attend autre chose de sa» représentation nationale. Voici trop longtemps qu’on, la paie de mots, elle veut des faits. Elle entend que les intérêts .généraux de ïa nation soient l’objet de tous les soins, de toute l’attention, de toute la sollicitude des député®. Arriére aux intérêts personnels, aux préoccupations mesquines, aux rivalités de clocher f Place’ aux grandes lignes, à l’examen par vues larges^ aux horizons plus étendus ! Lé progrès ne se réalise pas en ergotant sur des mesquineries’ mais en réfléchissant sur les grands principes' et en faisant, dans lJa mesure du possible, passer ces principes de leur domaine idéal dans le domaine des réalisations.
- Le scrutin de liste, bien qu’il ne soit pas le mode de représentation nationale le plus par-
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- fait, aurait du moins cette immense supériorité sur le scrutin uninominal que tout en garantissant mieux la liberté et la dignité du représentant, il donnerait la prédominence aux questions générales sur les questions particulières, aux intérêts nationaux sur les intérêts privés.
- Ed. Champury.
- LA SEMAINE POLITIQUE
- La loi sur l’enseignement supérieur.
- — La discussion de la seconde des lois Ferry se poursuit au Sénat et est marquée par les défaites successives du parti clérical. Au reste les orateurs sont des plus maladroits. M. Lucien Brun, par exemple est venu exposer avec une naïveté surprenante la pure doctrine jésuitique qui consiste à subordonner le pouvoir civil au pouvoir canonique. Les habiles de la droite étaient contents de cette maladroite ingénuité qui confine de bien près le cynisme ; ils sentaient bien que de pareilles théories détachaient de la cause cléricale bien des hésitants. En effet,malgré l’intervention de M. Buffet,quand il s’est agi de voter sur l’amendement Lucien Brun, qui maintenait le jury mixte pour les examens d’enseignement supérieur, une majorité de 69 voix s’est elle prononcée par le retour à l’Etat du droit exclusif de conférer les grades universitaires.
- Après ce vote décisif, il n’y avait plus de discussion possible jusqu’à l'article 7, qui interdit l’enseignement aux congrégations non autorisées. Tous les articles, jusqu’à l’article 7, ont donc été votés sans discussion, suivant le texte de la commission accepté par le gouvernement.
- Au moment où nous écrivons, commence le débat sur le fameux article qui soulève la bile des cléricaux. On a tout lieu de .croire qu’il sera voté à quatre ou cinq voix de majorité.
- I>*iuter*pellatiora de Janzé. — Cette semaine, M. de Janzé a développé son interpellation sur la part de responsabilité qui incombe à l’Etat, dans les derniers accidents du chemin de fer de l’Ouest. Après avoir montré dans quelles conditions les voies ferrées sont exploitées en France, l’honorable député a insisté sur l’urgente nécessité de réorganiser le contrôle de l’Etat. Il a déposé un Ordre du jour en ce sens. Le ministre a fourni des explications assez embarrassées, et les auteurs de l’interpellation, contents de peu, se sont ralliés à l’ordre du jour pur et simple, qui a été voté.
- A la fin de la séance, la Chambre a abordé la discussion d’un important projet de loi, relatif à l’agrandissement du port de Marseille.
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- La commission du budget. — La commission du budget de 1881, élue mardi avant-hier, s’est constitué le lendemain. Son président,élu à l’unanimité des voix, moins la sienne, est M. Henri Brisson. Par la manière dont il a présidé la commission du budget de 1880, M. Brisson méritait simplement cet honneur.
- M. Brisson, en prenant possession de la présidence, a prononcé un discours excellent. r L’orateur a rappelé l’heureux état financier de la France, 140 millions de plus-value, l’an dernier; 246 millions d’excédant, au cours des quatre années écoulées depuis rétablissement de la République à titre définitif ; 140 millions de dégrèvements ; 109 millions qui restent disponibles : tels sont les résultats relevés par M. Brisson. I
- Ainsi, le Parlement a eu beau dégrever les impôts doter la caisse des chemins vicinaux et la caisse écoles, accroître dans une grande proportion le budgç! de l’instruction publique, augmenter les petits traité ments, la solde des sous-officiers, les retraites des oflf ciers et assimilés : le dégrèvement des impôts n’a arrêté l’augmentation des recettes ; l’accroissement de-dépenses utiles n’a pas empêché, d’avoir des excédants
- La tâche de la commission du budget sera donc fl, choisir entre les dégrèvements à accorder et de répart^ entre les divers services publics, l’excédant disponible; Nous avons dit quelles sont, sur ces deux points, U propositions du gouvernement. Le principal dégrève! ment proposé porte sur l’impôt des boissons. !
- * *
- Elections légiishnives. — Dimanche, dew élections législatives ont eu lieu dans la Charente etday l’Aude. A Ruffec. M. Gautier, candidat bonapartiste,-été élu, mais seulement à une majorité de 400 voix, tan dis qu’en 1877, son père, actuellement décédé, l’aval emporté de 3,184 suffrages sur le candidat républicain On voit combien le parti de l’empire a perdu dans le dé-partement de la Charente, qui est une de ses forteresse A la prochaine élection, la République pourra don-compter sur un succès à Ruffec. Le nombre des votant-a été très considérable et beaucoup plus fort que dan” une élection partielle ordinaire.
- On a compté au contraire beaucoup d’abstentions dan l’élection à Narbonne, où les trois candidats étaient républicains, et qui n’a pas donné de résultat.
- Mouvement financie *. — M. le ministre de finances s’occupe avec un zèle fort louable de l’épuratioij de son personnel. Un mouvement dans les recettes par-ticulièresa paru cette semaine. En révoquant 41 ageal qui ne cachaient pas leurs sympathies pour les faction! M. Magnin a obéi aux vœux de l’opinion publique. Le receveurs particuliers, bien que leurs fonctions n’aiec rien de politique, jouissent d’une influence morale suies populations. Cette influence ne doit pas s’exerce d’une façon hostile aux institutions républicaines. L’administration des finances doit rester neutre. Gommeli. neutralité n’est jamais absolue, il faut qu’elle soit bienveillante pour le gouvernement. Les récriminations qo: soulève le mouvement financier ne sont ni fondées! sérieuses. La République ne peut être utilement servi que par des républicains. C’est d’ailleurs ce que M. Magnin a très opportunément rappelé aux trésoriers-payeurs généraux dans une excellente circulaire.
- * *
- Lai -L.«ég*ïon d’honneur. — Dimanche, 1 eJo» nal officiel a enfin publié un décret nommant grand-chancelier de la Légion d’honneur M. le général Fai-dherbe, eu remplacement du général Yinoy. Un'second décret nomme secrétaire-général de la grande-chancellerie le général Rousseau, en remplacement du génén Durant de Villiers.
- On ne saurait trop applaudir à tette mesure. Il étai vraiment déplorable de voir l’un des principaux acte® du drame sinistre de décembre, placé à la tête de 11 grande chancellerie de la Légion d’honneur.
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- Les relations entre la France et I< Mexique. — La reprise des relations officielles enttf la France et le Mexique est décidée en principe.
- On annonce que la nomination d’un représentant dj-gouvernement français à Mexico, et celle d’un reptf sentant de la République mexicaine à Paris, auront lif à bref délai.
- Les relations officielles qui vont se rétablir entre të deux nations latines, faites pour s’aimer et s’estima permettront de développer au profit de chacune d’elle-' des rapports commerciaux déjà bien anciens, mais tendaient à se ralentir à cause de la situation faustf que les Français avaient au Mexique depuis la guerre.
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- LE DEVOT#
- x »cSCÏBr^agé nrx ^énég'al. — Il parait qu’il t avec l'esclavage des accomodements.
- 6 t Convention ‘qui, dans son enthousiasme jhumani-• s’écriait : « Périssent les colonies plutôt qu’un tal-r<eiDe » ne les admettait pas. M. l'amiral Jaurégui-Prin~. est moins radical Répondant à une interpellation Schœlcher, M. le ministre de la marinÏÏ fait com dre au Sénat qu’il y a esclavage et esclavage; que 11 eaotivité au Sénégal n’est qu’uDe espèce de « servage if/ré litaire » avec lequel il faut bien que les gouver-n ir- apprennent à vivre, sous peine de voir s’élever les nf J5 plaintes des grands négociants qui trouvent, dans i grands ports de commerce de la colonie, une source an fortune dont la France profite.
- Va majorité utilitaire de la Chambre haute n’a pas ap-rouvé l’interpellation de M. Schœlcner qui touchait à rhumanité et à la moralité de notre pays. Elle a accepté rom me pilule dorée le « servage héréditaire t> cet ingénieux euphémisme roulé dans le miel par M. Jaurégui-? ry- Le Sénat s’est déclaré satisfait des explications de M le ministre de la marine et des colonies. Le Sénat, est on le voit facile à contenter. Quant à nous, mous dirons tout simplement que « le servage héréditaire » respecté par M. Jauréguiberry est une honte.
- l^e rappel du prince de Hohenlohe. —
- Le surcroît de travail et l’état de sa santé empêchant le chancelier de l’empire de se consacrer comme il aurait fallu aux débats parlementaires et aux délibérations ministérielles, il a été proposé au prince de Hohenlohe, ambassadeur à Paris, de le suppléer provisoirement au ministère des affaires étrangères, que le prince de Bismarck gère en ce moment.
- Le prince de Hohenlohe a accepté, l’empereur a approuvé celte proposition. Cet incident si -simple a été exploité par la presse alarmiste, qui a prétendu que le cabinet de Berlin rompait indirectement avec le gouvernement français. Des bruits de guerre prochaine ont immédiatement" circulé. Notre ambassadeur à Berlin a télégraphié à M. de Freycinet pour démentir les bruits répandus par Je correspondant alarmiste du Times. M. de Saint-Vallier, dans ses dépêches s’est attaché à mettre en lumière le grand honneur que lui ont fait l’empereur et l’impératrice d’Allemagne en assistant au dîner de 'l’ambassade de France, sympathique manifestation qui se produit pour la première fois depuis dix ans, M. de Saint-Vallier cherche à étouffer le bruit des armes sous le cliquetis des fourchettes. Peut-être est-ce là de la haute diplomatie ; mais ce qui nous rassure plus que tous les dîners de l’ambassade de France, c’est la sagesse de la politique du cabinet français qui ne prête en rien le flanc aux desseins de l’Allemagne qui ne peut rien faire contre nous sans prendre devant l’Europe le rôle odieux d’agresseur de parti pris. Le successeur du prince de Hohenlohe à Paris n’est pas encore connu.
- Lu nouvelle loi militaire allemande. —
- Celte semaine s'est ouverte au Parlement de'l’Allemagne la discussion de la nouvelle loi militaire. Les principaux discours sont ceux du ministre de la guerre, de M. Bien ter membre de l’opposition et du maréchal de Moltke. En voici la substance :
- Pour justifier l’augmentation des cadres et de l'effectif ae t armée, le ministre, après avoir déclaré que i’Allema-gne n est point poussée à cet accroissement « par des mûri Posément de l’ordre aigu », a affirmé que l’é-pntill i é,labli Par lQi militaire allemande de 1874, mure les forces de l’empire d’Allemagne et celles de ses Hpc « S’ tr?uve maintenant détruit par l’accroissement lui m* es étrangères. Il est donc nécessaire, d’après dp eate4, l’armée. L’accroissement ne sera que
- neuf a dix mille hommes, sur le pied de paix.
- nnm’ioKimer a i’éP9Ufiu au ministre en prêchant l'éco-Tm‘nicfr>û^0Ur ce.la’ ü appuyé sur la déclaration du ne ,ônie^Ue; le,? motifs de l’augmentation de l’armée
- Sue VinfïnL^6 }°rdre aigu- * 11 a Cünsîaté en passant . que 1 infanterie française est, sur le pied de paix, infé-
- rieure à 6,000 hommes à l’infanterie allemande.
- On attendait le discours du maréchal de Moltke. Le maréchal a d’abord rappelé la situation géographique de l’Allemagne, « la seule puissance qui ait besoin de faire face de tous côtés à l’ennemi. Les autres sont libres sur leurs derrières ». Il a ensuite comparé, comme cela avait été fait dans l’exposé des motifs du projet de loi, les cadres et les effectifs de l’armée, sur pied de paix et sur pied de guerre, en Rassie et en France, avec les cadres et les effectifs de l’Allemagne, pour déduire de cette comparaison la nécessité de la loi en projet. Voici la conclusion du discours dii maréchal de Moltke :
- « Nous devons rester en paix et aussi nous protéger contre l’étranger dans la mesure de nos forces. Nous ne serons peut-être pas tout seuls pour cela. Il n’y a pas de menace là-dedans, mais une garantie pour le maintien de la paix sur le coutinent, pourvu que nous soyons forts et armés. Car avec une armée faible et en congé, ce but ne saurait être atteint. »
- Une majorité de 36 voix seulement (conservateurs et libéraux-nationaux) paraît assurée au projet de loi militaire, que le Reichstag a renvoyé mardi à une commission de 21 membres. Il n’est pas encore certain que le petit groupe qui repousse comme inconstitutionnel, un nouveau septennat militaire, se sépare, définitivement, pour cette raison, du parti libéral-national.
- *
- * *
- La crise en Russie. — L’anniversaire de l’a-vénement d'Alexandre II au trône s’est passé sans aucun incident et les journaux officieux russes ont profité de cette circonstance pour féliciter le czar de la détermination qu'il a prise de faire régner la terreur dans son royaume. C’est le général Loris Melikoff, fils naturel d’Alexandre et d’une Arménienne qui a reçu les pouvoirs dictatoriaux grâce auxquels les insensés qui conseillant le czar se flattent de mâter la révolution russe. Le vainqueur de Kars, s’est fait une réputation de grande cruauté pendant la guerre de 1877, mais sa nomination à la présidence de la commission exécutive supérieure ne paraît pas avoir beaucoup ému les nihilistes, car au moment ou les journaux russes officieux nous apportent l’expression de leurs espérances, la nouvelle est arrivée par dépêche d’une tentative d’assassinat sur le général Mélikoff.
- Mercredi, à deux heures, au moment où le général rentrait, un jeune homme a tiré sur lui, à bout portant et l’a manqué. L’assassin a été arrêté par celui qui a failli être sa victime. Le coupable est un étudiant juif. On voit que la terreur est sans efficacité. Il fallait s’y attendre.
- *
- * V-
- L’Expédition «le Caboul — Il ne serait pas impossible que la guerre sévît de nouveau en Afghanistan. Il y a quelque temps, le général Roberts a envoyé de Caboul à Ghuzni nn ancien ministre de Ghir-Ali. Habil-Allah, avec mission de proposer aux chefs afghans qui occupent Ghuzni d’élir un émir de l’Afghanistan. D’après une dépêche du Daily News, cette mission n’aurait pas réussi. On parle depuis longtemps dans l’Inde d’une marche de l’armée anglo-indienne sur Ghuzni, et il est reconnu que les Anglais ne peuvent laisser des chefs hostiles en possession de cette place importante, qui coupe la route de Caboul à Gandahar. La mission d'Halib-Allah avait sans doute pour but de s’épargner cette opération militaire, en même temps que de résoudre pacifiquement la question toujours pendante de l’Afghanistan. Si la nouvelle du Daily News se vérifie, il faudra donc s’attendre, en mars ou en avril, à une attaque de Ghuzni par le général Roberts.
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- * * *
- Le gérs(irai Grant. — La candidature du général Grant, mise en avant par la Convention de l’Etat de Pensylvanie, est dit-on acceptée favorablement sur presque tous les points des Etats-Unis et il semble probable,que ce personnage obtiendra cette dietinction rare d’être élu une fois de plus président de la grande République.
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- . LE DEVOIR
- NOTES D’UN LISEUR.
- XXIII
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- Celui qui ne sait pas défendre et invoquer la liberté au profit de ses adversaires ne l’aime ni ne la corn^ prend,
- Montalembert, L'Espagne et la Liberté,
- LE VRAI MOYEN DE FAVORISER LE TRAVAIL NATIONAL
- II
- Nous avons vu que des mesures tendant à la dimP nutio» des frais de transport seraient d’une importance capitale pour le développement du travail en France.
- On pourrait en dire autant de deux autres mesures : la création de nouvelles voies de transport et la réduction de la durée du service militaire.
- CRÉATION SE NOUVELLES VOIES UE TRANSPORT
- L’achèvement du réseau des chemins de fer et de celui des canaux S'impose aujourd’hui comme une nécessité. Il y a de nombreuses industries, il y a des, contrées très populeuses qui sont privées de ces moyens de transport, bien que les chefs do ces usines et les populations de ces contrées payent les mêmes, impositions que le reste du pays,,
- Il résulte de ces inégalités que ces industries et cea contrées supportent des charges sans avoir aucun avantage en compensation.
- Nous savons bien que l’on a fait des plans fort beaux sur le papier et que M, de Freycinet parait avoir k eeeur d’attacher son nom à cet ensemble de grands travaux publics- Malheureusement M. de. j Freycinet a beau être devenu président du ministère, f il rencontre en province* dans le personnel des tra^ | vaux publics, pour l’exécution de ses projets, des ? résistances sourdes, mais tenaces, dont on ne se ; doute pas à Paris. Dans bien des cas, ces résistances sont dues à l’influence occulte des grandes compa- f gnies de chemins de fer qui ne sont pas sympathiques le moins du monde à Vidée d’achever lè réseau, |
- En 1860, l’Empire, au moment où il élabora les ? traités de commerce — la seule bonne oeuvre qu’il ait faite ^ avait promis ce grand développement des moyens de transport. L’un devait être le corollaire, le couronnement logique de l’autre. Ces promesses ne furent pas tenues, et tandis que nos voisins les plus redoutables comme concurrence industrielle, les
- Belges et les Anglais, voyaient leurs pays se couvrir de chemins de fer et se couper de canaux, l’industrie française restait oubliée par l’Etat qui ne faisait rien pour elle. La guerre est venue, puis M- Th.iers. réaction économique. L'industrie déjà déshéritée \\ été de plus en plus. On ne l’a pas oubliée cette fqi^ mais, si Ton s’esfc souvenu d’elle, cela n’a été qye pour faire retomber sur elle la plus forte part des nouveaux impôts,
- RÉDUCTION PE LA DURÉE DU SERVICE, MILITAIRE
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- Nous touchons ici à une question dont le côté é% nomique est trop publié, bien qu’il ait cependant rh9 importance capitale.
- Indépendamment de la diminution de dépenses qui résulterait de la réduction de la durée du servie militaire, — réduction qui permettrait des dégrèvements d’impôts — cette mesure aurait encore deux avantages :
- 4P Celui de rendre les ouvriers 4 l’industriq ayaut qu'ils, aient trop oublié es qu’ils ont appris durant leur apprentissage ;
- 20 Celui de rendre à l’agriculture, qui en a si besoin, des mU4er§ et des milliers fle br$j valides.
- Le premier de ces avantages est considérabla quoique généralement oublié. Il y a tellq industrie, l’horlogerie par exemple, qui exige cinq ans d’apprentissage. Pense-t-on qu’une industrie qui nécessite un aussi long apprentissage ne soit pas entravée par le fait que l’ouvrier doit aller pefdre çinq sous les drapeaux % Gela est si vrai que la plupart des ouvriers horlogers du Doubs.», ç>ù cet,te a une grande extension, sont étrangers.
- Qe qui existe popr cette industrie-là, existe, dqn§ d’autres d’une manière moins sensible, mais tant aussi réelle-
- Le deuxième avantage de la durée du service militaire, avons-nous flit, est de rendre 4 l’agrlç.ultur£ les bras dont elle a besoin.
- La mnin-d’eeMro est chère en campagne depuis la nouvelle organisation militaire. Or cette cherté de lq main-d'œuvre à la campagne entraîna la cherté d§ la vie dans les villes. Diminuer la première ce serait du même coup diminuer la seconde et pap oCbséquC1^ faciliter la production.
- N’oubUons pas non plus que iq production bénéficierait du fait que des milliers et des milliers de
- soldats. séVpiCbt rendus à la v|u çiYilq, Ç4.Ç iC c!vil
- consomme plus que le militaire.
- Le fait que l’Angleterre n’a pas d’arnaée contpme énormément à la prospérité de l’industrie dans ce pays.
- Nous savons bien que les conditions ne sont PUS 10S
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- LE DEVOIR
- mêmes pour la France que pour l’Angleterre. La France n’est pas une île ; elle confine à l’Allemagne et n’est séparée d’elle que par une ligne toute fictive. Aussi tout en souhaitant de tout notre cœur un désarmement général et proportionnel de tous les pays, comprenons-nous que dans l’état actuel des choses, en présence des armements continus de l’Allemagne, H serait imprudent pour la France de désarmer.
- Toutefois nous ferons remarquer que la longue durée du &ervjce militaire n’est pas une condition nécessaire de force. Cette Allemagne que l’on regarde avec tgpt de défiance n’exige d.e ses soldats que trois ans de service actif.
- (A suivre} E. C.
- PETITES NOUVELLES
- FRANCE
- L’enquête sur le régime «les boissons. _ M. Pascal Duprat, président de la Commission d’enquête sur le régime des boissons vient d'adresser à tous les préfets une circulaire leur enjoignant :
- 1° de rassembler des données statistiques précises sur la production et la consommation dos boissons dans leur
- département ;
- 2° do transmettre les observations relatives aux impôts actuels sur les boissons et aux conséquences qu’ils ont ou peuvent avoir, tant au point de vue des intérêts du Trésor qu’à ceux de l’accroissement de la production et du développement de la consommation ;
- 3° de faire connaître les désirs le plus fréquemment exprimés et les modifications que l'opinion publique réclame à l’égard de cette catégorie d’impôts.
- Si cette enquête est sérieusement menée, elle fera comprendre au pouvoir que l’impôt sur les boissons est universellement condamné, comme excessif, vexatoire et inquisitorial.
- ♦ *
- U’affsiîre ï:ïa.rt*« maio — On a beaucoup parlé ces temps derniers de ce jeune russe arrêté par la police française sur la dénonciation de l’ambassade de Russie et dont l’extradition a été demandée quoiqu’il n’y ait entre notre pays et l’empire des Gzars aucun traité d’extradition. On a cherché bien loin des raisons pour ou contre. La question est pourtant bien simple. t Supposons la Russie au lendemain de la révolution qui s’y prépare et la révolution victorieuse. Le Czar s’est enfui et s’est réfugié à Paris. Les nihilistes qui ont organisé un gouvernement demandent à la France l’extradition du Czar comme conyaincu d’avoir fait mettre à mort de nombreux nihilistes.
- Extradierait-on le Czar ?
- sommes bien certains que non 1 On trouverait d’innombrables raisons pour se refuser à l’extrader.
- En ce cas pourquoi ne pas invoquer en faveur d'Hartmann, qui, aux yeux des Français, est un homme et rien de plus, les mêmes raisons" que l’on invoquerait en iaveur du Czar qui lui aussi est un homme, et rien de
- T <le dévoîiement. — M. Ron
- pnm AStagiaire a rH0Pital du Yal de Grâce, est t suites de son dévouement. Il avait géné] fæSfiï1/??611 S0£ sang il y a 4 ans p°ur la tranfusio] celsé rin V,Lmalhfareux blessé ; depuis lors il n’a 6é de lutter entre la vie et la mort.
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- Un peu cl o pitié T — On lit dans Y Union Républicaine :
- L’administration des contributions directes de Bourges, après avoir envoyé à un ouvrier, père de famille, n’ayant que ses bras pour nourrir les siens et très honnête (nous en parlons à bon escient) après lui avoir envoyé un avertissement qui coûte 0 fr. 20 c., vient de lancer contre lui une contrainte, dont le coût est de 1 fr. 30, et con-tenant üne menace de saisie mobilière, si le prix des impositions, qui s’élève à 3 fr. 80, n’est pas soldé dans trois jours.
- Nous ne voulons pas incriminer ici les agents de l,a perception qui agissent avec tant de rigueurs et sans doute à l’insu de lear honorable chef. Mais nous demandons s’il ne serait pas vexatoire, révoltant qu’on refusât d’accorder à ce pauvre père de famille le peu de répit qu’il réclame, jusqu’à la fin du mois, pour qu’il puisse payer ses impositions ?
- Eh ! Quoi ! voilà un homme qui a eu sa femme malade tout l’hiver, par suite de couches, un ouvrier qui, au milieu de son rude labeur, se résigne à ne boire que de l’eau, à ne manger guère que du pain, et on viendrait lui ravir son humble petit mobilier, parce qu’il doit à l’Etat 3 fr. 80.
- * ¥ *
- Louis Knelpf, l’un des plus fervents disciples de Cabet est mort le 24 février. C’était un homme doux et actif, aimé de tous ceux qui le connaissaient. Il s’était retiré de la vie militante, mais il conservait intactes ses convictions socialistes.
- Il fut l’un des promoteurs et l’un des meilleurs conseillers du Crédit au travail, société qui malheureusement se heurta à des obstacles qui la firent échouer.
- *
- * *
- ICmîoskIm. à, lis. fxuv& <Ie ,3?oii)t*ooiit*gr. — Un
- voyageur à un douanier qui veut lui saisir une boîte d’allumettes chimiques :
- — Mais enfin à quoi reconnaissez-vous que ce sont des allumettes de contrebande !
- Le douanier, carrément :
- L’allumette belge s’enflamme du premier coup \ l’allumette française jamais.
- * *
- Concours. — La Société contre Valus du talac met au concours, pour l’année 1880 :
- 1° Un prix des Instituteurs, TOO fr.
- 2° Un prix des pères de famille, 100 fr.
- 3“ Un prix médical : Influence du tabac sur la grossesse et l’allaitement, 200 fr.
- 4° Un prix pour le meilleur travail concernant Tin-fluence du tabac sur les marins.
- En outre, pour les questions étrangères au programme, et les mérites divers, des médailles d’honneur, livrets, ete., seront distribués, et représeuteront une somme qui ne-sera pas moindre de 400 fi*.
- Four avoir le programme détaillé écrire au présideqt, 8, rue Saint-Benoît, Paris.
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- Les Typographes du fïavr'e se sontémue
- de ce que le prochain Congrès des ouvriers révolutionnaires doit se tenir dans leur ville.
- L’Association des ouvriers typographes hâyrais dite Caisse typographique de prévoyance du Êÿvre, invitée par les organisateurs du prochain Congrès à se faire représenter à cette manifestation, a répondu par une lettre peut être trop crue dans les termes mais dont le fond UO inanque pas de vérité.
- Les ouvriers typographes hayrais disent que des Coq-grès du gepre deeeiultenu à Marseille font plus de mal que de bien à la cause ouvrière. Ils terminent en disant que leur vœu le plus cher, c’est que le Gongrès ouvrier du Havre soit le dernier.
- C’est aller trop loin. Que le Gongrès, du Hâvre doive être le dernier Congrès révolutionnaire, rieu de mieu:ç, | mais le dernier Congrès ouvrier, non pas.
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- LE DEVOIR
- Les Congrès ouvriers de Paris et de Lyon avaient rendu des services à la cause ouvrière.
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- XJ» hérésie anthropologique. — On sait quel insultant mépris nos anthropologistes affectent pour la femme. Revendiquant pour eux-mèmes. comme titre suprême de leur gloire la filiation du singe ils ne savent voir dans la femme que la femelle de ce mammifère.
- Toutefois il y a un ou deux anthropologistes — et ce ne sont pas les moins illustres — qui restent assez maîtres de leur raison pour se montrer rebelle à la consigne de leurs collègues. M. de Mortillet, l’éminent conservateur du Musée national de Saint-Germain-en-Laye est au nombre de ces hérétiques abominables
- Nous avons sous les yeux une circulaire qu’il lança il y a peu de temps et qui souleva des orages à la Société d’anthropologie.
- M. de Mortillet s’y exprime ainsi :
- « Désireux d’étudier l’anthropologie au point de vue esthétique, je réunis dans un album la photographie des plus beaux types de femmes de tous les pays, de toutes les races.
- <c Cette réunion de beautés et d'autant plus importante scientifiquement, que les plus belles-personnes dans chaque race doivent être les plus typiques si la loi de sélection est réelle.
- « Mes études de paléœthnologie et d’anthropologie préhistorique m’ont montré que la femme a joué le plus grand rôle dans les progrès de la civilisation et dans l’adoucissement des moeurs. L’homme de tout temps, a eu la force en partage. La femme a dominé cette force, presque toujours brutale, par l’influence irrésistible du cœur, de la grâce et de la beauté. Impossible de mettre en évidence tout ce qu’il y a de bon chez la femme, mais on peut montrer jusqu’où s’élève la beauté et ainsi faire comprendre quelle est et quelle a dû être de tout temps sa puissance. L’album que je forme viendra compléter la démonstration basée sur l’observation des faits. »
- Gomme ce calme bon sens jure étrangement avec les prétentions de nos anthropologistes et comme on comprend bien que les confrères de M. Mortillet aient frémi d’horreur en lisant sa circulaire !
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- X-*© prochain, congrès ouvrier. — Voici le texte de VAdresse du Comité d’organisation Au quatrième Congrès socialiste ouvrier de France au prolétariat français.
- Citoyens,
- Le Congrès ouvrier de Marseille a, l’année dernière, choisi la ville du Havre comme siège du quatrièmeGon-grès socialiste de France et fixé son ouverture en septembre 1880.
- En raison de cette décision, dont nous sommes heureux et fiers, un comité d’organisation s’est immédiatement formé qui ne négligera rien pour rendre cette quatrième réunion des travailleurs digne de ses devancières de Paris, Lyon et Marseille, en éclat et en importance.
- Nous venons vous adresser un appel fraternel pour vous inviter à procéder, sans aucun retard, au choix de vos délégués et à l’envoi de vos adhésions et souscriptions.
- A l’œuvre donc travailleurs ! et que tous les groupes ouvriers constitués de Framce déploient, sans tarder, l’activité indispensable pour soutenir dignement les intérêts du prolétariat !
- Il importe que vos délégués reçoivent leurs mandats assez à temps pour qu’ils puissent se livrer à un examen sérieux des questions qui devront être traitées, et que le Congrès de Marseille a fixées comme suit : « le Salariat, — la Propriété, — la Femme, — l’Education pour les deux sexes. » — Les quelques mois qui nous séparent de septembre ne seront pas de trop pour une étude exacte et consciencieuse de ces sujets, dont il n’est pas nécessaire de faire ressortir l’importance.
- Ni les attaques, ni les railleries, ni les injures pe sau-
- raient amoindrir la légitimité et l’utilité de nos congrès. Ce sont eux qui nous renseignent sur la condition intellectuelle et sociale du prolétariat français. Ils poussent les esprits à l’étude des phénomènes sociaux, afin d'arriver progressivement et pacifiquement, mais sûrement, à l’amélioration matérielle, intellectuelle et morale des travailleurs des deux sexes et de tout âge : l’enfant, l’adulte, la femme, le vieillard. — C’est là notre but, c’est celui du prolétariat !
- Nous avons la confiance que vous répondrez à notre appel, et recevrons avec reconnaissance les communications et les souscriptions que vous voudrez bien nous adresser.
- Salut et fraternité !
- Pour la commission d’organisation :
- La commission de propagande.
- Les fonds devront être adressés au citoyen Yauthier, trésorier général, rue Duguesclin. 2, au Havre ;
- Et les lettres et communications au citoyen W. No-norgue, secrétaire général, rue Franklin, 32, au Havre.
- Barbier, Darfeuil, Duval, Geyer, Lebreton, Le-tellier, Mouchel, Nicolle, Nicollet, Pocheron, Rissetto, Simon.
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- TJ ne excu se. — On lit dans le Pays :
- « Il y a de grandes probabilités pour que les femmes des membres du corps diplomatique, n’assistent pas au bal qui doit avoir lieu jeudi à l’Elysée. On invoquerait le temps de carême comme excuse »
- En d’autres termes le Pays prend la religion comme un prétexte à mensonge : précieux échantillon des doctrines jésuitiques.
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- TJne société coopérative do consommation est en formation à Alais.
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- ITALIE
- Instruction supérieure «les femmes. —
- Eu énumérant les personnes du sexe féminiu qui ont pris des diplômes dans les universités italiennes, nous avons oublié Mlle Enrica Girardi, une jeune fille qui a été reçue licenciée ès-lettres à l’Université de Naples, à la suite d’un brillant examen.
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- Le denier de Saint-Pierre. — Les sommes récoltées dans le courant de 1879 pour le denier de Saint-Pierre, s’élèvent au chiffre de 3,590,000 francs, ainsi répartis :
- France, 1,100,000 francs. — Les Amériques, 909,000. — Angleterre, 750,000. — Autriche, 700,000. — Italie, 600,000. — Belgique, 300,000. — Allemagne, 130,000. — Hollande, 60,000. — Suisse, 30,000.
- On le voit, c’est toujours la France qui tient la tête dans ce genre de subvention.
- Chaque année la France s’appauvrit de plus d’un million en faveur du Pape.
- SUISSE
- Des téléphones vont réunir les divers postes de
- olice et de sapeurs-pompiers de la ville de Genève.
- ’est la première application officielle du téléphone dans cette ville; si elle réussit, comme c’est probable,on réalisera le même progrès dans d’autres administrations. Au dire du Journal de Genève des installations de cette nature fonctionnent déjà dans plusieurs villes suisses.
- Quand nous déciderons nous en France à utiliser le téléphone ?
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- Mouvement religieux. — Un latiniste distingué, M. le professeur Longchamp a laissé en mourant il y a quelques années une dotation de 590,000 francs pour des personnes qui se voueront à la propagapde de « la
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- le devoir
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- religion morale et réellement monothéiste, dégagée de toute “idée de surnaturel ou de révélation spèciale ou intermittente. »
- C’est aller plus loin que le protestantisme libéral qui rejette toute idée de surnaturel, qui nie la divinité de Jésus Christ mais qui croit à la révélation.
- Le fonds Longchamp a décidé la formation à Genève d’une association de libres penseurs déistes qui a pris nom la Réforme progressive et qui est définitivement
- constituée.
- ANGLETERRE
- propagande coopérative. — Le Central Co-operative Board rappelle au souvenir des sociétés et des personnes qui s’intéressent à ces questions, qu’il a en mains bon nombre d’opuscules (en langue anglaise) rédigés en vue de la propagande coopérative. Quelques-uns de ces opuscules sont déivrés gratuitement, les autres sont à des prix si modérés qu’ils peuvent être pris par centaines d’exemplaires. Facilités de paiement pour grandes quantités.
- Pour adresse : M. le Secrétaire Général du Central Co-operative Board, City Buildings, Corporation Street, Manchester.
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- Les sohool penny banks. — Les caisses d'épargne scolaires Oht été introduites à Liverpool après les premiers succès de la France en 1875, et suivant la méthode qui fonctionne aujourd’hui si bien dans plus de douze mille écoles de notre pays.
- Dans l’année 1879, trente et une écoles de Liverpool étaient dotées de ce nouveau service d’éducation ; et ces trente et une écoles comptaient 8,491 écoliers épargnants; plusieurs de ces écoles sont importantes : l’une avait 846 élèves épargnants ; une autre, 663 ; — six plus de 50(» élèves épargnants ; et neuf plus de 400.
- Quelques-unes étaient des écoles de petite importance, aj^ant seulement 70, 67, 62, 47 élèves épargnants.
- L’expérience a donc porté sur des établissements scolaires grands, moyens et petits ; ce qui rend plus intéressants les résultats , l’enseignement de ces expériences.
- Dans toutes ces écoles, la somme moyenne épargnée par chaque élève est à peu près la môme ; d’ensemble, onze francs par élève pour l’année ; cela représente environ un schilling (1 fr. 25 c ) par mois de l’année scolaire.
- C’est bien là l’épargne pure et simple de l’écolier.
- D’où l’on voit qu’a Liverpool, comme en France, les organisateurs ont pris grand soin d’empêcher que la caisse d’épargne scolaire ne soit détournée de son caractère et de son but, en devenant un moyen pour les familles de faire passer leurs propres épargnes par les mains de leurs enfants et l’intermédiaire de l’institution.
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- La Société Coopérative tle Beith (Ecosse) a donné l’autre jour rà soirée annuelle. Il résulte du rapport lu par le secrétaire que les ventes faites durant l’année dernière se sont élevées à 11.746 livres sterling. Le dividende a été de 2 shillings 2 pences et demi.
- Durant les onze ans et demi qu’a déjà duré celte société une somme de 8.638 livres sterling (217.600 fr.) a été répartie en dividendes. Le nombre dé ses membres est de 403. Les dépôts de sa caisse d’épargne s’élèvent à 568 livres sterling. Le capital est de 2.136 livres sterling.
- GRÈCE
- La, en Grèce — Le ministre de l’instruc-
- tion publique du royaume de Grèce vient d’adresser aux inspecteurs des écoles une circulaire dans laquelle il leur ordonne d’introduire le Nouveau Testament comme livre de lecture dans les écoles nationales.
- ALGÉRIE g
- Union. agricole <I*AfViq«ie. — La dernière assemblée générale a été bonne pour les actionnaires du Sig.
- Des éléments nouveaux se trouvent aujourd’hui dans le conseil d’administration de la Société. Nous espérons que la fraction du Conseil qui se proposait de morceler le domaine, se trouverait aujourd’hui en minorité si elle revenait à son ancien projet. Les nouveaux administrateurs qui lui ont été adjoints paraissent résolûment opposés au morcellement.
- Toutefois il importe de remarquer que la présidence du Conseil d’administration de cette Société qui est la création des Phalanstériens, n’appartient ni de loin ni de près à l’école de Fourier.
- L’honorable M. Considérant, membre du Conseil d’administration, a cru devoir se retirer en présence d’un blâme porté à ce Conseil par les actionnaires. Ce blâme cependant ne faisait que passer au-dessus de sa tête pour aller frapper quelques-uns de ses collègues,
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- ILE MAURICE
- Les cléricaux sont partout le» mêmes,
- — Nous trouvons dans un journal qui vient de loin, le Progressiste de Port Louis (Ile Maurice) une lettre du P. Hogan., vicaire-général romain dans cette colonie anglaise. Il résulte de la lecture de cette lettre que les cléricaux sont là-bas les mêmes que ch’ez nous. Ils méprisent la femme et tiennent à ce qu’elle ne soit instruite que le moins possible.
- Cette prétention inspire au Progressiste les réflexions suivantes :
- Oh! non, les cléricaux ne sont pas faits pour former des citoyens ; ils tuent au contraire la sève que l’enfant porte en lui et finissent par en faire un homme humble et servile. C’est sur la femme surtout que s’exerce leur influence délétère, et c’est d’ailleurs par elle qu’ils sont assurés d’une espèce de domination dans les sociétés catholiques romaines. Aussi ils la travaillent comme on fait de l’argile, et quand elle sort du moule clérical sa carrière est tracée d’avance : elle aura tout ce qu’il faut dans le cœur et dans l’esprit pour être, selon l'avis de M. Hogan, une cuisinière ou une couturière. Le fait des cléricaux consiste donc à abaisser les créatures de Dieu au-dessous de leur condition première, ou seulement à les y maintenir, mais non à les faire progresser comme cela est dans leurs destinées éternelles : or c’est là un fait destructeur du bien être des Etats, un fait d’ailleurs que la conscience humaine ne peut que répudier avec force. ,
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- ETATS-UNIS
- Le» Associations Cooperative» laitière» qui existent en France et en Suisse ont été imités en Amérique.
- Ilyenal,l39 dans le seul état de New-York, elles comprennent plus de 23.000 associés sur 53.000 ou 54.000 producteurs de lait qui existent dans l’Etat et emploient le lait de 908.952 vaches.
- (Revue du mouvement social).
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- MADAGASCAR
- Le» j<é»uite» causent depuis plusieurs mois des désordres politiques a Madagascar.
- . Pour augmenter leur influence ils s’appliquent à identifier leurs intérêts avec ceux de la France, cherchant par tous les moyens à faire naître entre la France et le gouvernement Malgache un conflit dont ils espèrent profiter.
- Trop fidèle à des traditions déjà vieilles, le nouveau représentant de la France dans cette île, M. Eugène
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- LE DEVOIR
- Cassas, consul et commissaire français, semble être entré pleinement dans leurs vues et se montre disposé à seconder leurs intrigues.
- Arriv.é depuis peu, il a pris immédiatement l’attitude d’un homme qui cherche l’occasion d’une brouille. Invité à un banquet donné par le gouvernement en son honneur comme représentant d’une puissance amie, il a rofusé do s’y rendre. Des prêtres de la mission jésuite ayant pénétré dans la maison d’un Malgache sans sa permission et l’ayant frappé, celui ci, assailli dans sa demeure, s’est défendu et a blessé grièvement à la main un des prêtres. M. Eugène Cassas est intervenu alors, a fait grand bruit de J’affaire avant de la connaître, ne s’est calmé que quand il a dû reconnaître que les prêtres avaient été les agresseurs.
- (Le Progressiste, de Port Louis).
- TJ il singulier procès
- Un médecin en vogue, le docteur Phillips, avait été, raconte VUnion médicale, victime d’un déraillement sur le South-Western Railway. Réduit à l’impossibilité de continuer sa profession,'il assigne la Compagnie, en justifiant d’un revenu annuel de 6.000 livres sterling, désormais perdu po ur lui Le jury auquel incombait l’examen de la cause alloua une indemnité de 7.000 livres. Mécontentement du demandeur; nouveau débat; enfin, allocation de 16.000 livres, soit, en chiffres ronds 4Q0.0Q0 francs. Celte fois, c’est le South-Western Rail-vvay qui cesse d’être satisfait- Décidé à en rappeler, il formule le singulier raisonnement que voici :
- Quand des colis humains d’une valeur si énorme sont confiés à nos soins, il n’y a pas de proportion entre le léger bénéfice encaissé et la perte pouvant résulter dû contrat.
- Un médecin, un homme de loi, ne paye pas plus pour son billet que le moindre des voyageurs.. S il arrive sain et sauf à destination, la Compagnie a le bénéfice du transport. S’il lui survient un accident en route, elle est forcée de payer une somme proportionnelle à l’avarie. Comme voiturier, la Compagnie n’est-elle pas en droit de se protéger contre un risque de ce genre ? Les marchandises d’une valeur spéciale doivent être déclarées, elles paient plus que le'tarif ordinaire;' lés gens qui exercent les métiers à gros bénéfices ne sont pas tenus à se déclarer eux-mêmes. S’il en était autrement, la Compagnie, en les acceptant comme voyageurs, leur vendrait un'ficket d’après un certain tarif; elle pourrait ainsi courir les risques de l’accident.
- 'La cour d’appel n’a pas admis l’argumentation du South-Western Railway qui parle d’en appeler au Parlement.
- CE QUE COUTE UNE GUERRE
- il
- ayons exposé dans notre dernier nupaéro, d?aprè§ le remarquable recueil publié au ministère des aflfajrê§ .étrangères sons la direction de M. Ville-fort, que la guerre franco-allemande et la reconstitution des forces militaires de la France avaient coûté au fisc français 14 milliards et demi, y compris les frais se rattachant à l’insurrection de la Commune de Paris (18? millions). Dans ce chiffre ne figurent pas les sommes considérables, croyons nous, dépensées par les villes depuis neuf ans, sous le nom de « extension du casernement » et qui ont permis ûg ministre de la guerre de développer ses places
- Fr.
- d’armes sans rien faire figurer de ce chef au budget de l'Etat.
- Où la France a-t-elle trouvé les ressources nécessaires pour payer ces 14 milliards ?
- Nos lecteurs nous pardonneront de leur donner encore une fois beaucoup de statistique. I^.qus cherchons à résumer autant que possible les documents officiels :
- 1. Emprunt impérial du 23 août 1870,
- 2. Emprunt Morgan (25 octobre 1870),
- 3. Emprunt dit de 2 milliards (20 juin 1871)
- 4. Emprunt dit de3 milliards (15 juillet 1872),
- 5. Emprunt au chemin de fer de l’Est,
- fi. Ayances de la Banque de France,
- Total des emprunts,
- 804. .000,000 209.000.000 2.22fi.000.000 3.500.000.000 325.000.000 1.530.000.000
- Fr. 8.594.000.000 ce qui a entraîné une augmentation d’intérêts de
- 631 800,000 fr. par année.
- Les impôts nouveaux votés depuis 1870 ont pro-; duit annuellement un minimum de 670 millions, soit une somme constamment supérieure à la rente des nouveaux emprunts.
- Dans le chiffre de 14 milliards et demi indiqué comme comme dépenses de guerre par M. Villefort, les diminutions de recettes résultant de la perte de l’Alsace-Lorraine ont été capitalisées à 4 0/0, ainsi que les rentes viagères, ce qui nous amène 4 faire une réduction de près de 2 milliards. Restent 12 milliards et demi de dépenses, contre 8 4 9 milliards empruntés au public ou à la Banque de France ; la différence, soit trois milliards enyiron, a été encaissée par lp fisc dans les budgets ordinaires en huit ans, et l’on sait qu’en 1879 les plus-values d’impôts, malgré les charges excessives du pays, ont dépassé 140 millions. En même temps, le compte de la Banque de France était remboursé intégralement (un milliard et demi).
- Maintenant, que sont devenus, les milliards envoyés à Berlin ?
- Voici le résumé des principaux documents allemands recueillis par M. Villefort pour répondre à cette question :
- 1. Fonds des invalides, 700 millions.
- 2. Forteresses impériales et d’Alsacp-
- Lorraine, 400 *
- 3. Chemins de fer d'Alsace,, etc. 203 »
- 4. Trésor de guerre, 150 »
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- le: devoir
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- 5y. patations à 4e “ hapts personnages,- « 15
- 6. Aux Allemands expulsés, 8
- 7, farine allemande,
- 8. Indemnités pour réquisitions,
- Pensions,
- 10. Frais généraux de la guerre, démobilisation et divers.
- Total. 2,2QQ0 millions. Le solde a été réparti entre les divers Etats allemands, qui en ont disposé ^ leur gré, et se sont, en première ligne, remboursé leurs frais de guerre.
- 4u nombre de§ chiffres caractéristiques indiqués dans Touvragede M. Viilefort,, citons au hasard les
- savants:
- Remboursement des impôts payés aux Allemands, 19 millions.
- Réquisitions françaises pendant la lutte contre la Çpmmnne de Paris, 15 millions.
- Secours aux particuliers victimes de la guerre, 21Ü million en bloc, M. Tbîers n’ayant pas vpqlq reconnaître de droits à une indemnité, bien que les pertes constatées s'élèvent à 687 millions.
- Frais de garde nationale mobilisée, 176 millions. - Au cpenpn be for de l’Est, perte de ses lignes d’Alsace, 120 millions.
- A la Suisse, pour frais d’internement et de garde de l’armée de l’Est, il a été payé 12 millions » Il a été enterré en France, dans des fosses nationales, 37,859 Français et Allemands. 27,661 soldats ont été enterrés dans des fosses communes, sans distinction de nationalité; le total officiel des soldats enterrés en France s’élève ainsi à 879396, chiffre effrayant et cependant bien inférieur au chiffre réel puisqu’il ne comprend que les inhumations officiellement constatées. Ce nombre serait bien plus énorme encore si on y ajoutait celui des inhumations faites en Allemagne, en Suisse et même en Belgique.
- (.4 suivre.)
- m. ---------
- Joué pair les Jésuites
- Il existe à Rome un journal qui a pour titre Âurora, un titre plein de promesses.
- Il existe aussi à Rome un homme qui, sous le titre de Léon XIII occupe le siège pontifical et que l’on désigne Pm'.Sa S%intpté. On d|| Sa Sainteté comme on dit Son Eminence,’ Son Excellence (etc. etc.), cela fait partie dans une lettre de ce que, en style administratif, on appelle la IffiP appel|atiop bien choisie, à mon avis.
- Or, sa Sainteté ne trouvant pas dans les feuilles cléricales officieuses tout ce qu’elle aurait voulu y rencontrer, se dit qu’un journal à elle, qui ne s’inspirerait que de sa pensée et qui serait en réalité son organe officiel, aurait une pfortéé beaucoup plus grande, exercerait une influence beaucoup plus pffjpacp sur fp public. L’idée
- n’était pas mauvaise. Elle ne pouvait p^s l’être, le pape étant infaillible. Adoptée par lés intimes, il ne s’agissait plus que de la mettre immédiatement à exécution.
- Ou se mit donc en quête. Ce n’est pas que les jpqrqa-listes manquent, à Rome pas plus qu’à Paris. Mais il y a journalistes*et journalistes. Il fallait à celui-ci une plume exprès, une plume taillée, ou plutôt aiguisée au Vatican, trempée dans l’encre du Vatican, et bien entendu, pas une plume d’oie : la presse, dans tous les pays et dans tous lps partis n’eu fait plus usage. Cela prêtait trop à rire... surtout en France où tout tourne à l’esprit. On voulait une plume d’aeier et l'on cherchait.
- Déjà plusieurs candidats s’étaieut offerts ; mais nul np remplissait les conditions exigées. Enfin se présenta à leurs Eminences les cardinaux Howard, Oreglia et Randi, un homme qui leur sembla être, sous le double rapport littéraire et religieux, ce que l’on désirait, mais encore, ce qui ne gâte jamais rien, sous le rapport financier. Références données, renseignement^ pris : tout était on ne peut plus favorable. Bref, le candidat fut accepté par sa Sainteté et dut se mettre immédiatement à l’oeuvre.
- Le premier numéro qui parut sous le titre que nous avons indiqué plus haut : Aurora, fut admirable à tous égards. C’était bien la parole du vicaire de J.-C. C’était mieux que cela, c’était le Christ lui-même apparaissant au monde chrétien dans des rayons d’azur et de pourpre. Le Vatican jubilait.
- Tout alla bien pendant une semaine. Au bout de ce temps, il sembla au Saint-Père que ses idées prenaient une autre forme, que sa parole avait d’autres accentuations, principalement en ce qui touchait aux négocia^-tions entamées avec Berlin et aux concessions de la part du siège pontifical. Gela parut étrange et nécessita même l enyoi d’un télégramme aq |Grand-Ghancelier pour désavouer V Aurora. Puis on fit une enquête et l’on finit par découvrir que sa Sainteté^était jouée. Le Pape infaillible ne s’était pas trompé ; il avait été trompé... trompé par les Jésuites : prob Pudorl
- La docte compagnie désirait avoir un journal lui appartenant corps et âme, soq instrument positif; mais elle savait que le Vatican s'opposerait à la création d’une telle feuille. Elle s’ingéniait à trouver un moyen d’arriver quand même à ses fins, lorsqu’elle apprit rinfeffiiQn dq Saint-Père. Oq devine le reste. L'Aurora appartenait à la docte Compagnie ; le prétendu organe du vicaire de J.-G. n’était que le porte voix des .disciples de Loyo|ar. 4$ majorera Dei glorïam ! C.-P. Maistre.
- LES CAISSES DE SECOURS POUR LES OUVRIERS EN ALLEMAGNE.
- Au moment où la Chambre des Députés est saisie d’une proposition de loi de M. Martin-Nadaud, tendant à la création d’une caisse nationale de retraites pour les ouvriers l'industrie et dp l’agricqltqre, il ne sera pas sans intérêt de connaître les institutions au inpyeq desquelles lps notions étrangères ont essayé de venir en aide aux populations laborieuses.
- En Allemagne, où chaque municipalité est tenue dp nourrir ses pauyrPS, ia plupart des villes obligent, en vertu de la loi, les ouvriers à faire partiq d’une fies sociétés de secpurs mutuels établies dans leur sein. Chaque ville édicte des règlements particuliers pqur la piise à exécution de pette pbliga? tion.
- La R&vue $ administration, du ministère 4fi l!in-
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- térieur, nous fait connaître le plus récent de ces réglements, qui est celui de la ville de Cassel (49,967 habitants).
- Aux termes des articles 1er et 2 de ce réglement, tous les compagnons, aides, ouvriers et ouvrières de fabrique, qui ont atteint leur seizième année doivent, pendant tout le temps de leur travail dans le cercle de Cassel, faire partie d’une société de secours mutuels reconnue, ou d’une des sociétés établies par la ville elle-même.
- Au cas où cette prescription ne serait pas volontairement remplie par les ouvriers, l’administration municipale peut, d’office, les incorporer dans une caisse fondée par elle, et exiger d’eux la cotisation Les patrons sont tenus d’avancer à leurs ouvriers jusqu’à concurrence de la moitié des salaires,le montant des cotisations, que tant ces cotisations sont exigibles pendant la durée du travail.
- L'administration municipale peut autoriser les patrons à faire partie des caisses de secours, mais jusqu’à concurrence seulement de la moitié des membres. Quant aux autres patrons, iis peuvent, avec l’agrément de la Société, payer les cotisations de leurs ouvriers.
- Les patrons sont obligés, dans les huit jours de l’entrée des ouvriers dans leurs ateliers, d’en avertir l'administration municipale, sinon ils sont tenus vis-à-vis des caisses, au paiement des sommes dont leurs ouvriers seraient débiteurs.
- C’est, on le voit, le système de la retenue obligatoire, tel qn’il fonctionne en France pour la retraite des employés de l’Etat. Ce système est également la base de la proposition de loi de M. Martin Nadaud, aux termes de laquelle tout ouvrier travaillant pour gagner sa vie comme simple salarié devra faire partie de la Caisse nationale de. retraites et en subir toutes les obligations
- Un pont sur la mer.
- Le pont de New-York à Brooklyn par-dessus l’estuaire de l’East-River est près d’être terminé. Quelques mois seulement nous séparent de son inauguration. On peut déjà se rendre un compte exact de l’ensemble de l’ouvrage
- Il se compose d’un pont suspendu de trois travées.
- L’arche centrale a 486 mètres d’ouverture ; c’est l’arche la plus large qui existe sur la terre. Elle est plus grande que deux fois la longueur totale du plus long pont de Paris (le Pont-Neuf, qui a 233 mètres et comprend 12 arches). Les deux travées latérales ont 283 mètres, ce qui fait 1,053 mètres pour le pont.
- Il est suspendu à 4 cables métalliques de 39 centimètres de diamètre, comprenant chacun 6,224 fils d’acier parallèles et non tressés ensemble; chaque cable a une longueur de 1 kilomètre 90 mètres, pèse 88,400 kilos et peut en supporter 11,380,000.
- Les deux piles centrales entièrement en granit s’élèvent à 84 mètres au-dessus de la haute mer, c’est-à-dire
- à la hauteur des tours de Notre-Dame de Paris surmontées d’une maison à 6 étages. Ces deux piles, nous devrions plutôt dire ces deux tours ne plongent pas seulement jusqu’au fond de la mer, qui se trouve à 5 1/2 mètres sous l’eau, elles pénètrent encore au-dessous de ce fond lui-même , jusqu’à une profondeur très considérable. Pour la pile de New-York, la plus profonde, ces fondations souterraines descendent à 30 mètres plus bas que le fond de la mer, La pile se trouve avoir ainsi depuis la base de ses fondations jusqu’au sommet de la tour 114 mètres de hauteur. Cette pile contient à elle seule plus de 36,000 mètres cubes de maçonnerie et pèse plus de deux cent millions de kilogs.
- Le tablier est suspendu à la moitié de la hauteur des piles à 41 mètres au-dessus de la haute mer. Les cables passent au sommet des tours.
- Les 70 millions de personnes qui chaque année circulent entre Brooklyn et New-York passeront ainsi pardessus les mâts des navires. Ils domineront la mer d’une hauteur égale à celle de la colonne Vendôme au-dessus du sol.
- Ce tablier aérien a la largeur d’un boulevard, 26 mètres. Il comprend deux voies ferrées au centre, quatre voies charretières (dont deux à droite et deux à gauche de la ligne de fer et une parallèle pour les piétons.
- Le. pont est continué sur chaque rive par deux viaducs de maçonnerie qui s’abaissent au niveau du sol au centre de New-York et de Brooklyn. Le viaduc d’accès de Brooklyn a 296 mètres de longueur et celui de New-York 476. Cela donne à l’ouvrage total une longueur de 1,826 mètres, soit la longueur de la Place du*Château-d’Eau au Boulevard des italiens.
- La dépense, une fois le travail parachevé, arrivera à près de 80 millions de francs. Les travaux de construction ont commencé en 1869.
- Nous parlerons un autre jour des très ingénieux procédés employés pour construire certaines parties de cet ensemble gigantesque.
- —— » w«o&oOQOoee»^—
- L,INSTITUTION DE RY
- La Maison rurale d’enfants fondée à Ry (Seine-Inférieure), par M. le docteur Jouanne est une institution des plus intéressantes, si ce n’est pour son organisation actuelle encore imparfaite, du moins par le but que se sont proposé les personnes qui ont contribué à sa fondation.
- Ce but, qui est poursuivi avec une grande persévérance, consiste d’abord dans la combinaison du travail et de l’apprentissage avec l’instruction. Les fondateurs de la Maison rurale veulent créer un milieu qui soit, autant que possible, la reproduction en petit des industries primordiales, pour que l’enfant placé dans ce milieu puisse manifester ses tendances et développer ses capacités pour telle ou telle profession.
- Un vaste jardin annexé à l’établissement et un champ de culture d’une douzaine d’hectares permettent aux enfants de s’initier à la taille des arbres et aux premiers éléments de la culture, d’expérimenter la valeur, l’aménagement et la fabrication des différents engrais.
- Un atelier spécial leur permet de s’exercer aux travaux sur bois et sur métaux.
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- La Maison compte un petit troupeau de vaches | bretonnes, des chèvres, six charmants petits poneys ? que montent et dirigent les élèves.
- Enfin, une basse cour composée de lapins et de volailles de races variées complète le cadre actuel des amusements récréatifs et instructifs offerts aux enfants.
- Des professeurs instruits, pourvus de leurs diplômes universitaires et possédant une longue expérience de l’enseignement, prodiguent à ces enfants l’instruction dans ses différents degrés :
- Instruction primaire pour les tout jeunes enfants;
- Pour les plus âgés, Enseignement secondaire, lequel embrasse la langue française, la langue latine et la langue grecque, l’histoire, la géographie et les mathématiques élémentaires, en un mot toutes les connaissances exigées pour le baccalauréat.
- Puis Y Enseignement spécial ou professionnel, qui comprend en outre la tenue des livres, la géométrie appliquée (arpentage, levée des plans, nivellement), la physique, la chimie, l’histoire naturelle, le dessin linéaire, etc.
- Ces études sérieuses alternent avec quelques arts d'agrément : Exercices militaires et chorégraphiques, théâtre, musique vocale et instrumentale. — F.
- {Le Monde Maçonnique.)
- Les Salutations,
- D’après la Lancette belge le docteur William Matthews, professeur à i’Universilé de Chicago, vient de publier un livre dans lequel il prétend qu’on peut juger du caractère des différents peuples par leurs formules de salutations.
- Le Grec, naturellement porté au plaisir, dit: « Réjouis-toi ! » Le Romain, pour lequel la santé et le bonheur ne font qu’un, vous dit : « Salve ! » Sois bien portant, sois fort ! Le fatalisme de l’Arabe se trahit dans cette expression : « Si Dieu le veut, vous allez bien. » La formule de salutation du Turc : « Que votre ombre n© s'amoindrisse jamais! » indique un pays où il y a toujours du soleil. Sous le brûlant climat de l’Egypte, où une transpiration abondante est salutaire, on vous demandera: « Comment transpirez-vous?» Le Hollandais, voyageur, vous demande . « Comment marchez-vous ? » Le Suédois méditatif : « Comment pensez-vous ? »
- En Chine, ou le riz forme le fond de la nourriture, on vous aborde ainsi : « Avez-vous mangé du riz? » Le salut du paysan Irlandais est bien caractéristique : « Que la vie de votre honneur soit longue, dit il, et que votre lit soit fait dans la gloire ! » Cette emphase hyperbolique et cette abondance de métaphores n’indiquent-elles pas l’origine orientale, dit-on, de ce peuple ? Mais aux yeux de notre auteur, la formule la plus frappante est le «Comment faites-vous? » de l’Anglais. Il voit dans ces quatre monosyllabes : How do you do ? toute l’activité, tout l’esprit pratique- des Anglo-Saxons : l’action est tellement l’essence de leur nature, il leur est tellement impossible de ne pas faire quelque chose, qu’on ne songe même pas à leur demander « s’ils font » ni « ce qu’ils font, » mais « comment ils font. »
- SOCIÉTÉ COOPÉRATIVE LIMITÉE DE L’ARMÉE ET DE LA MARINE.
- Les quelques détails suivants pourront attester une fois de plus le bien qui peut résulter de l’application de l’idée coopérative.
- * *
- Les membres de la société coopérative de l’armée et delà marine sont divisés en deux catégories: 1° les actionnaires ; 2* les porteurs de billets, sous laquelle dernière dénomination sont.compris les membres à vie et les membres souscripteurs annuels de l’association.
- — Ne peuvent être actionnaires que les officiers commissionnés et non commissionnés ainsi que les officiers subalternes servant ou ayant servi dans l’armée, la marine, la milice ou le corps d’oflicier de la Reine ; les veuves, les enfants d’officiers, les secrétaires et autres officiers reconnus des clubs de l’armée et de la marine ; enfin les représentants Of regimental and, naval canteens and myses.
- Le actions sont de 1 livre sterling (25 fr.) et tout actionnaire a droit à une part dans les bénéfices, à faire des affaires avec les magasins de la société et les marchands qui sont en rapport avec elle; ainsi qu’à certains privilèges, comme la gratuité dq,transport des marchandises.
- — Les membres à vie comprennent toute personne qui serait qualifiée pour être actionnaire, mais qui ne veut pas l’être, non plus que souscripteur annuel. Le prix d’un billet pour un membre à vie est de une livre et un shilling (26 fr. 20 c.)
- Les souscripteurs annuels qui paient 5 sh. la première année et seulement 2 sh. 6 d (3 fr.) les années suivantes, se composent : 1° de personnes qui pourraient être actionnaires ou membres à vie, mais qui ne le désirent pas ; 29 d’un certain nombre d’autres personnes étrangères à l’armée ou à la marine mais présentées par des membres de la société au comité d’administration et acceptées par lui.
- Les souscripteurs annuels jouissent de tous les privilèges des actionnaires, excepté la participation aux bénéfices, le droit de faire partie de l’administration et la gratuité du transport des marchandises.
- On peut obtenir des billlets annuels soit en demandant personnellement, soit en écrivant au secrétaire... mais toujours sous la condition ci-dessus
- Les billets annuels courent à partir du 1er janvier de chaque année.
- La direction a le droit de refuser le renouvellement des billets annuels, voire même de les annuler durant le cours de l’année sauf à payer le mon-
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- tant de la souscription en proportion du temps qui reste à s’écouler.
- *
- * *
- La société coopérative de l’armée et de la marins est à sa huitième année d’existence. Nous ne donnons pas son organisation comme un type sur lequel se modeler, car elle est dans la forme et dans le fond moins que démocratique. Néanmoins, telle qu’elle est, elle est encore un enseignement pour ceux qui, par égoïsme, ignorance ou mauvaise foi, nient les bienfaits de l'association.
- On en va juger en examinant les chiffres ci-après, résultat de son quinzième inventaire semestriel.
- Il y avait au moment de l’inventaire :
- Actionnaires.......................... 13036
- Membres à vie......................... 4933
- Souscripteurs annuels................. 18173
- Le 1er février 1879 il y avait en magasin, valeur des marchandises au prix
- de revient................... .Lg. 166746 4 4
- Achat durant le semestre,.830778 12 11
- Total........... 997524 17 3
- Au 31 juillet on a trouvé en magasin 174040 0 1
- (a' On avait donc à représenter..... 823484 17 2
- Les livres présentaient un encaissement, prix seulement des marchandises vendues,.................... 891142 16 10
- Escomptes et revenus des billets annuels ................................. 1379 16 11
- Total.......... 892522 13 9
- De quoi il y a à retrancher ce qui était à (a) représenter............... 823484 17 2
- Différence ou bénéfice brut.. «. 69037 16 7
- Les frais de toute nature étant de... 52739 9 6
- Le,bénéfice net est donc de......., 16298 7 1
- en monnaie de France 407,458 fr. 52.
- Sur cette somme il a été versé un dividende de 5 0/0, à chaque action,
- soit, un total de.................... 1531 5 »
- Au compte des travaux de construction d’une succursale (Victoria
- Street)............................. 1000 » »
- D’une 2me succursale (Johnson’s
- Place)-.............................. 1000 » »
- Et d’une 3me (Ranelag Road)...... 500 » »
- Et enfiri dans la caisse des fonds de'réserve............................. 12267 7 1
- Réprélentant îè bénéfice net..... 16298 7 1
- Une caisse de secours va être créée pour venir en aide, aux employés malheureux. Elle s’alimentera de souscriptions particulières et d une certaine somme
- prise sur la caisse des fonds de réserve.
- *
- * *
- Cette association, nous le répétons est loin de répondre à ce que l’on est en droit d’attendre de Inapplication vraiment démocratique de 1 idée coopérative. Elle est même dans l’état social actuel, au point de vue de la concurrence faite aux boutiquiers, ce que les Anglais nomment une nuisance, mais d’une autre part elle a eu cela de bon, avec le civil service, de provoquer la création de magasin coopératifs ou du moins prenant cette qualité mais quf, dans tous les cas vendent leurs marchandises à un prix sensiblement réduit. Le public profite donc, dans une certaine mesure, de cette concurrence.
- En jetant un coup d’œil sur les chiffres que nous avons donnés, on voit qu’à côté du divideude payé aux actionnaires, à côté des prélèvements faits pour la fondation de succursales, à côté du bon marché dont profitent les trois catégories d’associés, bon marché qui n’empêche pas de réaliser de jolis bénéfices, la société peut chaque année conserver comme fonds de réserve ,1a somme ronde de 12 mille 260 livres sterling environ, c’est-à-dire en argent de France 306,500 fr. Eh bien, nous le demandons, cet exemple seul ne suffirait-il pas à démontrer, même à ceux qui ne veulent pas voir, combien il serait facile, au moyen de l’association s’étendant à toutes les branches de l’activité humaine et se solidarisant, d’obtenir la valeur représentative de ce. patrimoine primitif que M. G-odin appelle le concours de la nature et à qui il donne, avant toute répartition, dans s.a dis» tribution des fruits du travail, la quota- part lai revenant.» C. P. Maistre,
- UNE RECTIFICATION
- Tout n’est pas exact dans, ce que nous avons-dit de la Co-operative Wholesale. Society.
- Cette Société n’a pas de succursale à Warterloo (Lancashire/ et elle n’en a qu’une à Londres, 118, Mî-nories. De même elle n’a jamais eu d’autres navires lui appartenant que le Plover et le. Pioneer ~ /
- L’erreur que nous relevons aujourd’hui vient d® la forme par trop laconique du document que. no,us avons consulté ; il donnait matière à double enteasiev Quant aux chiffres énoncés ils sont exacts.
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- L’IRLANDE
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- Répétons le, dans un pays où l’industrie et le commerce auraient offert des ressources aux bras inoccupés, les maux engendrés par cet état de choses eussent toujours été grands, sans doute, mais ils eussent pu du moins être adoucis. Il ne pouvait en être ainsi de l’Irlande dont ou voulait systématiquement faire, sous le rapport intellectuel, social et politique, un repaire de l’ilotisme. Loin de chercher à y créer des ressources qui manquaient, on prenait à tâche d’y rendre vains tous les efforts qui pouvaient être tentés dans ce sens. La culture était donc Yalma mater à laquelle chacun demandait l’existence. La terre était donc la chose à laquelle chacun visait. Si l’on songe qu’à l’époque dont nous parlons la population catholique qui formait et forme encore aujourd’hui l’immense majorité en Irlande, exclue des emplois publics, des professoins libérales, inhabile à être propriétaire, pauvre, incapable d’industrie et de commerce, n’avait absolument d’autre carrière à embrasser que celle de fermier, on ne sera pas étonné de voir arriver le moment où la fécondité de l’Alma mater est insuffisante au besoin de ses enfants. Si, de plus, on apprend que l’encombrement de cette carrière du fermage provoquait une concurrence fatale dont profitaient Londlords et Middlemen pour élever encore le taux de la rente, on se demandera comment vont faire les malheureux agriculteurs et l’on assistera par la pensés au spectacle de centaines de mille de meurt de faim sur lesquels s’accumulent les rigueurs, pourchassés de chaumière en chaumière, jetés, eux et leur famille sur la voie publique, partout en butte aux mêmes cruautés légales, partout réduits à la même extrémité d’infortune... Et alors sera-t-on bien surpris de voir cette population de spoliés chercher dans ses grossiers Instincts les moyens de salut et de protection qu’elle ne trouve pasdans ceux qui devraient être ses guides et ses protecteurs naturels ?... Et alors semblera-t-elle bien étrange cette voix qui s’élevant de la foule décrétera au nom de la misère :
- « La terre est notre mère commune ;
- « La terre d’Irlande est notre mère nourricière ; attachons-nous à elle !
- « Mort à qui voudra nous en séparer, Londlords ou Middlemen !
- « Mort à qui voudra nous demander plus que'nous ne pouvons donner ! (1)
- « Mort à qui voudra surenchérir sur le prix qui aura été fixé ! (2)
- (1) (2) Il s’agit du prix du fermage.
- « Mort à qui voudra prendre la place d’un frère expulsé 1
- « Intérêts et effusion de nos spoliateurs, de nos persécuteurs, que rien ne soit épargné ! Que eux et les leurs tombent sous nos coups ! Qu’il ne reste vestige de ce qu’ils possèdent illégitimement !
- « Union et solidarité entre les opprimés ! Qu’un même lien indissoluble, religieux, nous lie tous, et mort à qui le violera ou trahira son frère en le dénonçant à nos bourreaux !
- « Enfin, mort à qui, désigné pour être l'exécuteur des ordres de l’Association, se refuse à obéir. Tout ce qui ne sera pas avec nous sera contre nous i »
- Cette voix, c’est celle du Paddy (A). Çe Code, c’est celui des Whiteboys ; il date de 1760, C’est, on le voit, la guerre sociale, impitoyable, sans merci ! Ge sont les représailles et, contre elles, toutes les lois seront impuissantes, toutes les rigueurs seront stériles. « Au lieu de guérir la plaie, dit lui-même l’auteur anglais, elles l’irrileront et la rendront seulement plus, vive et plus saignante. » En effet, en 1764, ce même décret de sang et signé des OakBoys ; en 1772, des Steel Boys ; en 1785, des Right Boys. Plus tard ils se nommeront Rockites ou bien Ciaristes, (du nom d’un capitaine Rock et de Lady Çlare).
- En 1806, ils ont le nom de Trashers.
- En 1811, en 1815, en 1820, en 1821, en 1823 et 1829 ils reviennent à leur première appellation de White Boys :
- En 1831 ils sont dénommés Terryalts ; en 1833, 1833 et 1837 ils s’appellent successivement White-feet et Black-feet, et plus récemment Ribbonmen.
- Vainement le White Boys Ael dirigé contre les White Boys punit de mort (en 1775) le moindre délit se rattachant aux jacqueries du White-Boysme ;
- Vainement Y Insurrection Act> en 1796 et renouvelé en 1807, punit de la déportation quiconque est trouvé hors de sa maison après le coucher du soleil ;
- Vainement le Coereion Bill crée des cours martiales, des commissions extraordinaires et multiplie les exécutions capitales (loi du 2 avril 1833) ;
- Vainement, jusques et y compris l’époque actuel!*, le bras de la Justice s’efforce d’atteindre les révoltés contre l’état social; quoique courbés par les misères et affaiblis par la faim, ils trouvent dans le sentiment même de ces misères et dans celui du désespoir que cause la faim, l’énergie voulue pour se livrer aux mêmes violences. Ce n’est point entre l’honnête homme et le malfaiteur que la lutte est engagée ; ce
- (A) Paddy, nom que l’Anglais donne par dérision à l’Irlandais.. Paddy est la corruption de Patrick (saint Patrick, patron de l’Irlande).
- White Boys: le§ enfants blancs — Oak Boys: les ^enfants du chêne. — Steel Boys: les enfants d’acier. finginBoys : las enfants du droit, — Tra&hers : batteurs.. — White feet : Pieds îdapcp. — Black feet : pieds noirs. Ribbonmen : hommes aux rubans.
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- LS DEVOIR
- n’est pas le travail qui fait la guerre à l’oisiveté ; ce n’est pas le combat entre celui qui gagne sa vie et celui qui vole ; c’est la guerre entre le riche et le pauvre, entre le maître et l’esclave, c’est-à-dire le propriétaire et le tenancier... -Et pourquoi cette guerre? parce que le riche,parce que le maître, parce que le propriétaire a poussé l’égoïsme si loin que le pauvre, que l’esclave, que le tenancier n’a plus songé qu’à la vengeance la plus expéditive possible.
- Nous n’excusons, ni n’accusons : nous constatons.
- Evidemment, on tournait dans un cercle vicieux, et de l’obstination et de l’àpreté de ceux que nous appellerons, du nom moderne de dirigeants, comme de la résistance haineuse justifiée par la misère des dirigés naissait l’anarchie.
- Que s’ensuivait-il?
- C’est que le pays était de plus en plus déserté. Les uns le fuyaient parce qu’ils avaient peur; les autres parce qu'ils le haïssaient de plus en plus ; et d’autres, les meilleurs, parce qu’ils désespéraient de soulager tant de maux auxquels ils compatissaient cependant. Quant à ceux que la crainte n’atteignait pas et que la compassion ne touchait pas davantage, ils restaient, plus durs au fur et à mesure que la détresse augmentait, parce qu’elle poussait à l’esprit de vengeance ceux à qui tout manquait De telle sorte que, là où il eut fallu des capitaux pour créer des débouchés à un trop plein, en dépit des émigrations et de la mort, les capitaux qu’on eut pu y trouver s’en fuyaient pour jamais du pauvre Paria. Les maux naissaient les uns des autres, s’engendrant mutuellement.
- (A suivre). C.-P. Maistre.
- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
- La Bible des Familles,traduite du hollandais des professeurs Oorl, Hooykaas et Kuenen. Ire partie. Ancien Testament. 4 vol. in-8 avec cartes. Chez Sandoz et Fis-chbaeher, Paris. Genève : A. Cherbuliez et C% éditeurs.
- Voici un ouvrage d’une très-grande importance dont le titre maladroit n’a pas favorisé le succès. On a cru qu’il s’agissait simplement d’une Bible expurgée des obscénités de l’original et l’on n’a pas pensé qu’il s’agissait d’un travail historique d’où la Bible ressort si transformée qu'il est impossible de la reconnaître.
- Appliquer à l’ancien Testament la méthode et les lumières de la science contemporaine et étudier ces textes sans esprit de dénigrement comme sans préjugé de dévotion, c’était une œuvre difficile entre toutes et qui ne pouvait guère être réalisée en France, en Allemagne ou en Angleterre. Les écoles scientifiques y sont"en compétitions trop vives pour pouvoir échapper en semblable matière à l’esprit tendanciel. Les savants hollandais sont mieux placés ; ils n’ont à redouter ni l’église ni l’état ; ils vivent dans un milieu paisible, recueilli, exempt d’influences passionnées.
- Aussi le travail des trois savants hollandais est il em-
- preint d’un bout à l’autre d’un parfait esprit de loyauté et d’un amour scrupuleux de la science. On sent qu’ils ont apporté à l’étude scientifique de la Bible la même indépendance d’esprit que s’il s’était agi du Zend-Avesta ou du Lotus de la Bonne loi. Gela donne une grande autorité au résultat.
- « Ce qui a surtout mis obstacle jusqu’ici à une véritable intelligence de la Bible, dit fort bien un des traducteurs, c’est que l'on s'est beaucoup moins occupé de c$ qu'elle dit réellement que de ce qu'on désirait qu'elle dit. Chacun s’est efforcé de tirer à soi cette autorité. Chacun lui a demandé un appui pour son système une arme contre ses adversaires, un secours pour ses intérêts, un aliment pour, ses rêves, tout au monde plutôt que les connaissances réelles que l’on peut y puiser. L’édification elle-même cherchait à s’y nourrir en l’interprétant au moyen des procédés les plus déraisonnables. C’est ainsi que chacun trouvait dans la Bible, non ce qui y est, mais ce que l’on y mettait soi-même ; et on l’y mettait par le fait même qu’on l’y cherchait. Il est clair que, sous la fascination de ces fâcheuses méthodes,personne ne comprend la Bible.... Quoiqu’ils n’aient que trop duré, ces procédés sont trop violents et trop contraires au bon sens pour durer toujours. Le point de vue s’est graduellement déplacé.Les progrès immenses qu’ont fait les sciences historiques, en donnant à ce mot son acception la plus large, ont découvert bien des erreurs, ruiné bien des préjugés. L’histoire de la terre, constatée par la géologie ; celle du ciel que fournit l’astronomie ; la manière dont l’archéologie, la philologie, l’étude comparée des religions, permettent de remonter dans les temps antérieurs à l’histoire documentée ; les développements incomparables qu’à pris la connaissance de l’Orient ; les découvertes qui se font chaque jour dans l’Assyrie et dans l’Egvpte ; tout cela n’a pu que transformer du tout au tout l’aspect sous lequel nous sommes conduits à envisager les livres sacrés des Juifs et des Chrétiens. »
- Oui, ce n’est pas trop dire, qu’affirmer que ces livres sont transformés du tout au tout. Ils ressortent de l’étude historique méconnaissables. Ont-ils perdu ou gagné à la transformation?
- Pour nous, ils ont gagné.
- Certes tout le monde ne sera pas satisfait d’apprendre et de constater en quelque sorte de visu que la Genèse est l’œuvre de deux auteurs distincts, racontant parfois les mêmes faits chacun à sa manière — ce qui entraîne pas mal de contradictions — et de voir, que l’un de ces deux auteurs ne conçoit son dieu, Yahvèh, que sous une forme humaine, tandis que l’autre auteur, son collègue, joint à une idée plus élevée de Dieu des opinions parfois fort originales (par exemple, il prête aux animaux la connaissance du bien et du mal). Certes plus d’un lecteur se récriera en apprenant que l’histoire de Samson est une suite de légendes toutes tirées d’un mythe solaire primitif, que les 300 chacals bruns portant des flambeaux entre leur queue ne sont que des nuages et que la fameuse mâchoire d’âne n’est pas autre chose qu’une image qui se retrouve dans la mythologie de plusieurs peuples.
- Combien nous voici loin de l’interprétation terre à terre de l’église romaine ! A coup sûr, la dévotion ne trouve plus son compte aux miracles ainsi expliqués, mais la poésie y trouve le sien et la poésie n’est elle rien pour rapprocher de Dieu ? E. C.
- Le Directeur ^Gérant : Godin.
- Saint-Quentin — lmp. de la Société anonyme du Glaneur
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- £e numéro hebdomadaire 20 c. - DIMANCHE 14 MARS 1880
- 3. ANNÉE, TOME 4 — N” 79 .
- Lg
- JOURNAL
- DES RÉFORMES SOCIALES
- BUREAU
- A GUISE ( Aisne ).
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant. Fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE par l’envoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France
- Un an. . . .
- Six mois. . .
- Trois mois. . .
- 10 I. 6 3
- Pays d’Europe
- Un an. . . . 11 f. »» Autres pays Un an. . . . 13 f. 60
- Rédacteur en chef : M. Ed. Champury
- ON S'ABONNE
- A PARIS
- 5,r.Neuve-des-Petits-Cliamps
- Passage des Deux-Paviilons)
- S’adresser à M. LEYMARIE, administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
- AVIS AUX LECTEURS
- Au mois d’Avril prochain le devoir commencera la publication d’un roman traduit de l’Anglais et intitulé :
- LE DERNIER-NÉ DE GINX
- SA NAISSANCE ET SES AUTRES INFORTUNES
- Publié d’abord a Londres, cet ouvrage parut sans nom d’auteur. Il compte aujourd’hui plus de quinze éditions.
- Du premier mot au dernier, c’est une œuvre pleine de verve et d’humour. Sous la forme la plus piquante et la plus animée, l’auteur montre l’insuffisance des germes d’institutions protectrices des classes laborieuses, particulièrement en Angleterre où l’histoire se passe.
- Le dernier-né de Ginx est le treizième enfant d’un pauvre travailleur incapable de gagner de quoi soutenir une aussi nombreuse famille. Quel aide le père accablé de cette dernière charge, peut-il trouver dans la société?
- C est ce que nous apprend l’ouvrage en question.
- Nous ne pouvons mieux faire, pour indiquer
- au lecteur l'esprit du livre que de donner ici les titres des cinq divisions principales du roman :
- I. Ce que le père fit de l’enfant.
- II. Ce que firent de lui la charité et les églises.
- III. Ce que fit de lui la paroisse.
- IV. Ce que les clubs et les hommes politiques firent de lui.
- V. Ce que le dernier-né de Ginx fit de lui-même.
- Bien que comprenant cinq parties, l’ouvrage est court, l’action marche rapidement, et le lecteur vivement intéressé, acquiert sans effort la connaissance des situations et des besoins dont l’auteur a jugé utile de présenter l’inoubliable tableau.
- SOMMAIRE
- Mutualité sociale et association du capital et du travail. — Forme nouvelle du mouvement ouvrier. — Semaine politique. — Notes d’un liseur. — Protection des jeunes filles. — Les romans naturalistes. — Petites Nouvelles. — Ecole secondaire des jeunes filles à Genève. — Les orphelinats laïques. — Nouveau cas d’association du capital et du travail. — L’Irlande. — Prime aux abonnés. — Variétés.
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- LE DEVOIR
- }6$
- MUTUALITÉ SOCIALE
- RT
- ASSOCIATION DU CAPITAL ET DU TRAVAIL
- ou
- EXTINCTION DU PAUPÉRISME
- Par la consécration
- du droit naturel des faibles au nécessaire et du droit
- des travailleurs a participer aux bénéfices de la production.
- Tel es,t le titre d’un ouvrage actuellement sous presse., dans lequel M. Godin publie les statuts et réglements de l’Association du Familistère,
- Nous avons la satisfaction d’annoncer à, nqs lecteurs que « le Devoir, » à partir du mois d’avril prochain, commencera la publication des premiers chapitres de ce volume.
- L’Association du Familistère qui, fondée au capitâl de cinq millions, appelle à la participation des bénéfices de l’industrie environ un millier de travailleurs, employés et ouvriers, et qui consacre d’une façon légale, au profit de ées travailleurs et de leurs familles, les institutions de prévoyance et de protection mutuelles propres à donner à chacun les garanties nécessaires à l’existence, est un fait trop considérable pour ne point soulever la plus vive attention.
- Déjà, en Angleterre et en Amérique, les penseurs qui connaissent les travaux accomplie par M. Godin se préoccupent de faire traduire, aussitôt sa publication, l’ouvrage dont nous parlons.
- * Exposant des faits qui depuis trente ans se sont lentement et laborieusement ajoutés les uns aux autres, cette œuvre offre le tableau le plus, complet de ce qu’il est possible de réaliser aujourd’hui, soit, dans la voie de la répartition équitable des bénéfices de la production, par l’Association du capital et du travail, soit dans la voie de l’organisation partielle ou complète de la mutualité pour donner aux citoyens les garanties dont la vie humaine a besoin.
- La question sociale', -Si anxieusement envisagée de nos jours dans tous les pays civilisés,
- trouve dans ce volume les éléments d’une so-lutfon pacifique dont un des grands mérites est de se prêter aux combinaisons les plus propres à concilier les parties intéressées.
- Ce nouvel ouvrage de M. Godin débute par des notions préliminaires concernant les prin. cipes philosophiques, sociaux et économiques qui ont guidé l’auteur dans ses travaux.
- Viennent ensuite les statuts de l’Association coopérative du capital et du travail, réalisée au Familistère. Ces statuts déterminent les droits et devoirs des membres de l’Association, règlent les questions de gérance, de direction et de travail, et précisent quelle part doit-être faite annuellement à la prévoyance sociale, sur les bénéfices de la production après paiement des salaires et des intérêts et avant tout partage de bénéfices entre les divers éléments producteurs.
- Les statuts fixent ensuite les bases de la répartition équitable des bénéfices entre le capital et le travail, ce dernier étant représenté par le personnel des employés et ouvriers. La répartition se fait entre les divers éléments de la production selon l’importance de. leur concours respectif dans la création des bénéfices.
- L’organisation des institutions cle prévoyance mutuelle qui garantissent les travailleurs et leurs familles contre le besoin ou l’abandon en cas de maladie, d’infirmité, de vieillesse^ etc... est exposée dans la deuxième partie du livre sous le titre : Assurances mutuelles.
- La troisième, partie comprend le réglement d’ordre, intérieur concernant les fonctions et les services dans l’Association et l’accès aux emplois de tous ordres par le concours et l’élection, système dont les conséquences peuvent être si fécondes en résultats avantageux pour l’organisation des pouvoirs dirigeants.
- Dos tables analytiques facilitent au lecteur l’étude de ce premier Code du, Travail,
- • ^—*»’>-.—
- FORME NOUVELLE DU MOUVEMENT OUVRIER
- Depuis quelques mois le mouvement ouvrier prelid une forme nouvelle. Les manières dô voir et d’agir se modifient ; les aspirations se i transforment. On abandonne les ornières de la
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- LE DEVOIR
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- théorie et l’on entre dans la voie trop négligée je 1^ pratique. L’espérance renaît, le courage fortifie, l’initiative privée se développe.Nous voyons des symptômes, jusqu’au sein des etîtes communes rurales. Pas de semaine qui présente quelques faits caractéristiques, elQties signes des temps : ici, c’est la création d’une chambre syndicale nouvelle ; là, c’est ta fondation de quelque société coopérative; ailleurs, c’est l’organisation d’une caisse mutuelle de secours ; partout c’est la vie, le mouvement, l’ascension de la sève nouvelle, le retour au sens pratique trop longtemps méconnu, le progrès des idées de solidarité et d’association sur les routines de l’isolement et du chacun pour soi.
- La transformation est notable. Et que Ton ne dise pas que nous exagérons, car on se tromperait. Que les pessimistes veuillent bien se ‘rappeler où en était la cause * ouvrière sous fl’empire, sous le septennat et même il y a dix-fhuit mois seulement ; qu’ils se rappellent sous {quelle chape de plomb étaient courbés ses défenseurs; qu’ils comparent la lassitude et le découragement qui régnaient alors avec le réveil 'dont ils sont témoins aujourd’hui, puis, en présence d’un contraste si saisissant, qu’ils soutiennent encore, s’ils l’osent, que nous exagérons.
- Certes ce mouvement est encore timide* indécis, inexpérimenté : il ne va pas à grande vitesse; mais l’inertie est vaincue, l’impulsion est donné et c’est là l'essentiel. Le mouvement, une fois lancé,ne-peut aller qu’en s’accentuant. La locomotive qui se met en marche ne s’ébranle qu’avec lenteur; bien sot qui en conclurait qu’elle marchera toujours ainsi.
- Ce qui mérite surtout d’être remarqué dans le mouvement actuel c’est la transformation complète de la manière de voir. On passe des
- ïdées révolutionnaires aux idées évolutionnistes.
- Est-ce à dire qu’il n’y ait plus de révolu-mnnaires? Non, mais ce groupe-là perd cha-fine jour de son importance. Loin de faire des jfcrues, rï v°lt Ie vide se faire peu à peu autour *’ Ul*' -.Ss^hù méprend à- soa égard. On croit les ouvriers lui sont inféodés. Erreur. On
- n’entend que ceux qui parlent, et surtout que ceux qui crient. La grande masse des ouvriers n’est pas révolutionnaire. Ceux qui le sont ont le verbe constamment très-haut : habitude contractée en prêchant dans le désert. Blanqui lui-même, malgré la popularité que lui ont value ses malheurs, n’entraîne plus les foules.
- Cette transformation devait se faire. Elle est la conséquence de ce qui s’est passé en politique. Un peuple qui a vu tomber du pouvoir et rentrer dans le néant par la seule force du scrutin le régime dit « de l’Ordre moral », ce peuple ne peut plus être révolutionnaire. Lee ouvriers sont trop intelligents, trop au courant de ce qui se passe en politique, pour n’avoir pas fait à leur propre cause l’application des enseignements donnés par ce grand fait. Ils ont compris que le règne de la violence est fini, que celui du bulletin de vote commence, que l’agitation révolutionnaire devient un anachronisme et que l’amélioratian du sort, des travail-lêurs se trouvera dans l’association des forces matérielles, intellectuelles et morales, et là seulement.
- Toutefois il ne faudrait pas conclure de nos constatations que le mouvement ouvrier actuel soit à l’abri de toute erreur. Il s’y mêle encore quelques illusions et beaucoup de doctrina-risme. Illusions et doctrinarisme sont â combattre, les premières parce qu’elles peuvent être suivies de découragement, le second parce qu’il sacrifie le sens pratique à des préoccupations moins profitables.
- Nous ne voulons pas faire un reproché à la classe ouvrière de caresser trop souvent des espérances dont la réalisation immédiate est chimérique et dont la réalisation future est douteuse. Il est permis à ceux qui souffrent de construire des châteaux en Espagne pour le moment où ils seront en santé. C’est une distraction qui les empêche de trop sentir la souffrance présente.
- Mais ce besoin de nourrir des espérances doit il faire rejeter les remèdes immédiats 1 Non,car il deviendrait alors dangereux. II ne manquerait pas non plus de ridicule. En effet que rîi-' rait-on d’un homme qui, ayant la jambe cassée, ne voudrait pas se laisser mettre d'appareil et
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- LS DEVOIR
- préférerait songer aux promenades qu’il fera une fois rétabli ? — 1 •
- u Vous riez. Il y a en effet de quoi. Eh bien, il y a des ouvriers très sincères qui n’agissent pas autrement. Pour eux, tant que la propriété foncière et bâtie, et même la propriété mobilière antérieure ne seront pas devenues collectives, toute tentative des ouvriers pour améliorer leur sort est illusoire. N’allez pas leur parler de participation dans ^es bénéfices, de - fondations de solidarité ou d’assurance mutuelle, d’association du capital et du travail', ils vous diront que ces mesquineries-là ne méritent aucune espèce d’attention, il leur faut tout ou rien. , •
- ; ..j Le héron de la fable ne raisonne pas autrement. Eh côtoyant la rivière il y voit des tanches et des goujons. Il les dédaigne :
- ‘Jli ’ i Moi, héron, que je fasse une si pauvre chère! >
- r f r Mais pour qui me prend-on ?
- 'Cependant l’heure passe, l’appétit vient et notre héron s’apprête à faire bombance.il s’approche du bord. Plus rien. Aucun poisson. Les tanches et les goujons ont disparu comme le reste. Notre oiseau tourmenté par la faim, finit par être ' - : <•) •
- 1 ,JJj J fi T Tout heureux et tout aise
- . ‘j De rencontrer un limaçon, .* ,
- ' Eh bien, à entendre les orateurs et les journaux du groupe dont nous parlons,les ouvriers doivent faire comme le héron de la fable : dé-s "daigner un avantage trop faible. Les ouvriers doivent attendre le jour où la société aura été retournée comme on retourne un gant. D’ici là "ils n’ont qu’à continuer à vivre dans la misère, à ne jouir que d’une partie de leur droit, à être frustrés d’une part de leur gain, se bornant à une agitation continuelle mais stérile, suivie de temps à autre par des grèves qui coûtent plus en une seule fois que les augmentations obtenues par elles ne rapportent à la longue.
- A nos yeux une semblable politique est un cheval de renfort pour la réaction, Le plus clair, le seul résultat qu’elle pourrait avoir si la classe ouvrière était assez aveugle pour s’y rallier, ce serait de détourneUde l’effort immédiat, d’ex-
- > , i
- cuser le découragement,de légitimer l’inaction.. Cette politique,1 elle a un nom : c’est la politique
- du temps perdu, la politique de l’impuissance la politique de l’engourdissement. Aucune, solument aucune ne peut être d’un plus prç cieux concours à l’omnipotence du capital.
- Il n’y a rien d’étonnant à ce que les idées (jt quelques uns soient faussées à ce point là.C’ev la conséquence de trente ans d’oppression. Aj] si cet écrasement de la pensée n’avait ^ existé, combien le milieu social dans leq^ nous vivons serait déjà supérieur à ce qu’il est Si depuis trente, ans la classe ouvrière avar pu employer à se solidariser les trop court, loisirs dont elle a disposé, n’est-il pas éviden quelle présenterait aujourd’hui une cohésioi qu’elle n’a pas ? Et si elle avait pu se lance hardiment dans la coopération n’aurait-elle pa gardé par devers elle des sommes d’argent sont allées dans/d’autres poches ?t Ainsi saiu ces 30 ans d’oppression d’une part et sans « 30 ans de découragement de l’autre la class ouvrière, maîtresse aujourd’hui de ressource plus grande et forte d’une cohésion plus cou plète, jouirait d’un sort sensiblement meilleur
- En cas de conflit avec le capital seraite mesure de lui donner à réfléchir.
- En sommes-nous là ? Pas le moins du mond; On n’a rien fait ou presque rien et la puissant discrétionnaire du capital est restée la mênt
- Nous savons bien ce que nous opposent lt partisans du tout ou rien. Les tentatives d’a sociation, disent-ils, n’ont pas produit jusqu1; des résultats aussi considérables qu’on l’esp rait.
- Qu’est-ce que cela prouve? Un manque1 réflexion de la part de ceux qui font ce rep* che, rien de plus. Eh quoi ! ils voudraient qi ! le sort de la classe entière des travailleurs m été influencé par des tentatives partielles r* tées trop peu nombreuses ! Mais c’est une pif* tention absurde ! [
- D’ailleurs la question n’est pas là. J
- La vraie question c’est de savoir si ceux ® ouvriers qui ont participé à ces tentatives» ou n’ont pas vu leur position s’améliorer. ici la réponse est certaine. En consomm» en commun, en produisant en commun, W ‘ouvriers sont affranchis des prélèvements w
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- LE DEVOIR
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- capital, des intermédiaires : donc leur position 'est améliorée d’autant. Supposez ces tentatives ^association, généralisées ou, mieux encore,’ universalisées et demandez-vous si le sort de la classe ouvrière n’en aurait pas été profondément amélioré.
- Oh ! nous savons bien que cette amélioration ne peut se faire du jour au lendemain. La récolte des fruits ne peut suivre immédiatement la poussée des premières feuilles. La situation économique de la société ne peut se transformer en un clin d’œil comme le décor d’une féerie. Mais, dites-moi, voit-on souvent des changements à vue sur la grande scène du monde réel ? Jamais. Ce n’est qu’avec le temps que les résultats généraux s’affirment. Toutefois il faut remarquer que dans les tentatives d’association il y a des résultats partiels immédiats dont l’ouvrier peut jouir déjà et dont il ne jouirait certainement pas si, au lieu de s’occuper des possibilités immédiates, il perdait son temps à s’occuper des éventualités des temps futurs.
- n
- Il faut être juste. Les résultats matériels des tentatives d’association faites jusqu’ici sont déjà considérables, eu égard au petit nombre des essais. Eh bien, quelle que soit déjà cette importance, elle est peu de chose en comparaison de leurs intérêts moraux. .
- Un éminent penseur anglais, M. Thorold Rogers, ancien professeur à l’Université d’Ox-ford, a signalé quelques-uns des résultats moraux obtenus par les ouvriers coopérateurs anglais. .
- « Les unions de métiers, dit M. Thorold Rogers ont plus contribué que toute autre institution à l’éducation sociale des ouvriers. Lr poursuite d’un but commun et la connaissance d’un même devoir, lors même que ce but serait une illusion et ce devoir une erreur, valent infiniment mieux que la vie sans but et sans devoir.
- « D’un autre côté, les habitudes de cliscus-S10>n ’ d’administration de gouvernement qu’entraîne forcément l’union des ouvriers, constitue une éducation qui peut être employée ensuite d’une autre manière. Il se peut que les ouvriers trouvent un meilleur moyen d’améliorer leur condition ; mais les historiens économiste8 qui ne reconnaîtraient pas l’énorme influence qu’ont eue les unions pour la solution ue cet important problème jugeraient avec une grande légèreté. » , .
- Et l’on pourrait compléter ces paroles par d’autres considérations du même ordre :
- Pense-t-on, dirons-nous, qu’il soit inutile de faire sentir à l’individu les avantages qu’il y a pour lui à s’associer à ses semblables ? Pense-t-on qu’il soit inutile de l’habituer à comprendre la solidarité des intérêts, de lui faire sentir à quel point la division et l’isolement sont une déperdition de forces et à quel point la réunion et l’action collective sont une multiplication de puissance ? Enfin pense-t-on qu’il soit inutile de constituer des groupes d’ouvriers pouvant faire entendre dès plaintes collectives et provoquer dans l’opinion publique un courant favorable à l’émancipation des travailleurs ? “
- Non, non, tous ‘ces efforts-là ne sont pas perdus ; aucuns ne peuvent être plus profitables . à la classe ouvrière. Ils ouvrent la voie aux grands progrès de l’avenir, à ceux qui donneront la solution du problème social. p y
- Aujourd’hui, en présence d’une classe ouvrière sans cohésion, trop peu soucieuse des améliorations de détail, trop peu expérimentée en fait d’association, trop disposée encore à sacrifier ? aux chimères, le capital est maître de la situation. En cas de^ conflit il peut attendre, la classe ouvrière ne le peut pas. Il est presque sûr de pouvoir dicter les conditions et il agit en conséquence. * 'r
- Mais que le mouvement ouvrier persiste dans la voie où il est entré, que les idées d’association deviennent plus générales, que le sentiment . de la solidarité s'accentue, que le sens pratique triomphe des aspirations vagues, et alors, le travail, loin d’être à la merci du capital, pourra traiter avec lui de puissance à puissance. Ce jour-là le capital sera amené par la force des choses à reconnaître que la condition économique la plus favorable pour tous est celle que donne le fonctionnement de la plus stricte justice; ce jour-là le capital mettra au service du travail les immenses ressources dont il dispose sans réclamer de bénéfice autre qu’une part proportionnelle à l’importance de son concours.
- Ed. Champury.
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- 266 LE DEVOIR
- LA SEMAINE POLITIQUE
- L’article 7 rejeté. — Le grand évènement de la semaine est le rejet de l’article 7 de la loi sur l’enseignement supérieur, repoussé par le Sénat, à la majorité de 19 voix. Il s’est trouvé 148 sénateurs dont 29 du centre gauche pour donner raison aux sophismes de M. Jules Simon et de toute la bande cléricale. On ne compte que 129 membres de la Chambre haute qui aient eu le courage de tenir bon. 11 nous paraît bien superflu de revenir, à cette heure, sur les discours qui ont été prononcés dans cette mémorable discussion Disons seulement que M. Dufaure est venu prêter son aide à M. Jules Simon et que M. de Freycinet, président du Conseil n’a peut-être pas déployé toute l’énergie qui convenait pour défendre l’article attaqué. Quant à M. Jules Ferry son énergie est au-dessus de tout éloge ; abandonné par les uns, mal soutenu par les autres, il n’a pas hésité un seul instant dans l’accomplissement de sa tâche, et l’échec qu’il a subi ne fera qu’accroître l’estime que les bons citoyens professent pour ce ministre viril et courageux.
- L’émotion ressentie par le pays et par les élus du suffrage universel à la nouvelle du rejet de l’article 7 a été considérable. Les gauches de la Chambre des députés se sont réunies dès le lendemain et ont unanimement régolu de réclamer du gouvernement l’application stricte des lois sur les congrégations non autorisées. Seulement on a reconnu tju’il serait convenable d’attendre l’issue de la seconde délibération an Sénat, non pas que l’on s’attende à ce que nos Pères Conscrits reviennent à résipiscence, mais afin de laisser au gouvernement tous les moyens d’action dans le débat qui va s’ouvrir de nouveau
- Par le fait, il n’y a pas autre chose à faire, pour l’instant que de demander la mise en vigueur des lois établies. M. de Freycinet a déclaré qu’aucun cabinet ne saurait se soustraire à la mise en demeure qui pouvait lui être adressée à ee sujet. Il n’y a qu’à prendre acte de la déclaration de M. le président du Conseil et à agir en conséquence. Assurément la véritable solution de toutes ces difficultés serait la séparation pure et simple de l’Eglise et de l’Etat, mais comme il n’y a pas à espérer que cette solution puisse être adoptée, il faut se contenter de ce qui est possible, c’est-à-dire de l’application des lois de la Révolution confirmées par la monarchie.
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- * +
- Ee tarif des douanes. — Au moment où notre dernière revue était sous presse, la Chambre reprenait la discussion du tarif des douanes.
- M. Lebaudy a demandé la déclaration d’urgence et le sectionnement du tarif. M. Méline a combattu l’urgence et accepté le sectionnement, au nom de la majorité de la commission. Après avoir entendu deux orateurs pour et contre, la Chambre a heureusement accordé non-seulement le sectionnement, mais l’urgence; heureusement, car si le tarif eût été soumis à deux délibérations, il est certain qu’il n’aurait pu être voté par les deux Chambres cette année. On sait, en effet, qu’il contient 1,2Ô0 articles, ce qui, avec les amendements, exigera peut-être 3,000 votes. Or, le temps presse, pour qu’on puisse conclure des traités de commerce, et d’ailleurs l’industrie ne peut rester plus longtemps dans le provisoire.
- On discutera donc successivement sur les quatre sections suivantes : produits agricoles, .produits minéraux, objets fabriqués, surtaxe d’entrepôt.
- La Chambre a abordé immédiatement la discussion sur la section des produits agricoles. Mais, avant de passer aux articles et, quoique la discussion générale soit close sur l’ensemble du tarif, on a recommencé une discussion générale sur la section de l’agriculture.
- ¥ *
- Elections sénatoriales. —Dimanche dernier, la Dordogne a élu deux sénateurs : le seul qui ait passé I
- au premier tour de scrutin est M. de Fourtou, l’ancien ministre de M. Thiers, devenu plus tard le ministre ^ l’intérieur du 16 mai. Il était très combattu cette f0j dans la presse bonapartiste. Le second élu au scrutin de ballottage, est M. de Bosredon, bonapartiste. ^
- Le département de la Dordogne n’est donc pas encor» guéri de la maladie de l’impérialisme. Cependant, flfaJ constater un grand progrès. En 1876, le candidat rép^ blicainle mieux protégé n'avait pas 200 voix, tandis que cette fois, M. Garrigat en a obtenu, au premier tour dë scrutin, 307, et au second 305.
- De son côté, le Sénat a eu à élire un sénateur inam0. vible en remplacement de M. Crémieux. M. Albert Grévy gouverneur général de l’Algérie, était le candidat o6ë gauches, et les droites s’abstenaient prudemment de lui opposer un concurrent. M. Albert Grévy a été élu, pM 152 voix sur 159 votants.
- On se souvient qu’après la démission de M. le maréchal de Mac-Mahon, M. Albert Grévy a été nommé gouverneur général de lAlgérie, en remplacement de M. le général Ghanzy.
- Cette mission était renouvelable, et elle a été renouvelée une Fois. Mais l’incapacité qui existe pour les députés n’existe pas pour les sénateurs. Ii était donc naturel que, pour rendre plus stable la position de M. Albert Grévy en Algérie, on songeât à faire de lui un sénateur. L’Algérie a, en effet, un grand intérêt à ne pas changer trop souvent de gouverneur, et il convient que M. Albert Grévy exécute lui-même les réformes qu’il a étudiées et préparées, avec le concours des corps électifs de l’Algérie, et qui'vont être soumises à l’approbation du Parlement.
- V *
- La France et î’-A-IIoiïiïs gne. — Les bruits de dissentiment entre la France et l’Allemagne ont cessé de se faire entendre, à la suite des démentis qui leur ont été opposés de tous côtés.
- M. de Hohenlohe, revenu de Berlin, a eu un entretien avec M. de Freycinet. Les assurances les plus pacifiques ont été échangées de part et d’autre. M. le prince de Hohenlohe reste à Paris un mois encore. Ce n’est que dans la première quinzaine d’avril qu’il ira à Berlin prendre la direction du ministère des affaires étrangères. Espérons que le ministre se souviendra des sentiments exprimés par l’ambassadeur.
- L’affaire Hartmann. — L’affaire de l’extradition de l’individu accusé par le gouvernement russe d’avoir voulu faire sauter le train de Moscou où l’on pensait que le Gzar avait pris place, a mieux tourné que nous l’espérions. Le Cabinet considérant que l'identité de l’inculpé n’avait pas été suffisamment établie, a refusé de livrer Hartman et l’a fait partir pour l’Angleterre. Yoilà qui est bien. Mais la chose eût été mieux encore si le refus avait été immédiat et si, par principe, l'extradition avait été déclinée. Quoiqu’il en soit il faut féliciter le Cabinet de sa détermination. Au reste la presse européenne n’a qu’une voix pour déclarer que le ministère a bien agi. Nous aimons à croire que le cabinet de Saint-Pétersbourg aura ie sens assez droit pour apprécier, pour accepter sans rancune la détermination si cqrreQte du gouvernement français.
- La dissolution en Angleterre. — Les journaux anglais nous ont apporté, cette semaine une lettre de lord Rpaconsfield au vice-roi d’Irlande annonçant la prochaine dissolution du Parlement. La lettre de M. Disraeli peut être considérée comme le programme ministériel. Le premier ministre n’a fait que tracer les grandes lignes et ses lieutenants se chargeront évidemment des détails ; toutefois, avec son habileté ordinaire, il a donné à entendre que le parti libéral prend fait et cause pour les Home rulers d’Irlande. Il croit que rien n’est moins vrai, mais il a voulu frapper un grand coup et rattacher au parti conservateur tous ceux qui ne veulent pas qu’on mette en question le principe de l’unité
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- tionale. gR Stafford Northcote se prépare lui atissi à lancer un manifeste qui doit contenir un exposé complet de la politique du cabinet.
- Les libéraux ne restent pas en arrière. M. W. E. Forster, ancien ministre du cabinet Gladstone, a répondu déjà à la lettre de lord Beaconsfield. Il cherche à démontrer aue le premier ministre en accusant les libéraux de poursuivre une politique qui tend à la désagrégation de l’empire a voulu tout simplement détourner l’attention (je la politique dü gouvernement à l’étranger et aux Indes.
- Le marquis de Hartmgton, leader du parti libéral va bientôt aussi lancer son manifeste dont on délibère en ce moment les termes. Puis viendra celui de M. Gladstone, qui portera principalement sur les finances. Aussi, attendra t-il pour le publier l’exposé financier que le chancelier de l’Eéhiqüier doit présenter à la Chambre des Communes dans la séance d’aujourd’hui.
- On pense généralement que la proclamation royale portant d issdlution de la Chambre des Communes paraîtra le 24 de ce mois, et il est probable que les élections seront entièrement terminées vers le 5 avril.
- * *
- Le® fortifications* suisses. — D’après le Bund, de Berne, il serait question de fortifier Zürich et Berne ou Aarberg ei peut-être aussi Bellinzona. La presse officieuse de Berlin affecte de voir dans ce projet des précautions militaires contre la France; à notre sens, ces fortifications seraient plutôt dirigées contre l’Allemagne, à laquelle on a souvent prêté le dessein d’annexer quelques cantons de la Suisse allemande. Quoi qu’il en soit, (es petits Etats faibles, entourés de puissants voisins, agis-sent prudemment s’ils préparent à l’avance des moyens de défense; les guerrês contemporaines se décident avec une telle rapidité qu’il devient impossible d’improviser une résistance nationale.
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- Le® lois anti-socialistes en Allemagne.
- — Au cours de cette huitaine, le Parlement de l’Allemagne a eu à discuter l’application de la loi contre les socialistes, telle qu’elle est constatée dans un mémoire présenté an Reichstag. M. Bebel, député socialiste, avait soutenu que l’application faite était illégale et abusive. Le comte, d’Eulenbourg, ministre de l’intérieur, a répondu qu’on avait appliqué exactement ia loi, et, pour justifier sa prorogation, que réclame le gouvernement, il a affirmé que, si l’organisation du parti socialiste s’est maintenu en Allemagne, c’est uniquement parce que, dans ce parti, on espérait que la loi contre les socialistes cesserait bientôt d’être en vigueur. Maintenant qu’il s’agit de proroger cette loi, a dit le ministre, le parti se démasque * et prêche ouvertement une agitation illégale et la guerre contre les lois. Il est donc nécessaire de proroger la loi. » ».
- Le projet de prorogation pour un an de la loi contre les socialistes a été renvoyé à une commission de quatorze membres. Dans la discussion qui a précédé ce vote, les conservateurs-libéraux et l’aile droite des libéraux-nationaux se sont prononcés pour la prorogation fie la loi ; les progressistes et l’aile gauche du parti libéral-national ont parlé contre. Le centre ultramontain, qui, il y a deux ans, a voté contre cette loi, se prononce, cette année, pour elle. Le pouvoir discrétionnaire accordé au gouvernement eontre les socialistes, durera donc un an de plus, au moins.
- Me
- * *
- La situation eu Bnisiisiç. — Il paraît, s’il faut ?n croire le Daily Télégraphe que le général Loris Méli-jmn se serait dêelaré én faveur de certaines concessions, il aurait eu à ce sujet des conférences quotidiennes avec leczarewiteh, et se serait mis d’accord à cet égard avec mi- Il s’agirait d’une certaine liberté pour "la presse,
- V UIrv.I^Sltr*cti<m aPP°r^e à l’autofité de la police, de
- extension des prérogatives des conseils provinciaux, un avait, s’il nous soirvient bien, parlé déjà dp conces-
- 0US semblables qui devaient être promulguées le jour I
- 1&7
- anniversaire de l’avènement au trône de l’empêrenr Alexandre. Nous croyons qu’il n’y a pas lieu de considérer comme fondé ce bruit qui se renouvelle de temps en temps. D’ailleurs, dans l’état actuel des affaires en Russie, ces concessions seraient certainement insuffisantes pour ramener le calme.
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- * *
- L’1 Htïirne <lo Fouama — On sait l’opposition qu’a soulevée aux Etats-Unis le projet dü canal de Panama. M. de Lesseps est en ce motnefe aux Etats-Unis, où il essaye d’apaiser la jalousie excitée par cette entreprise, d’origine européenne. Jusqu’à présent, il n’a pas réussi, La Chambre des représentants avait nommé une commission chargée d’examiner le projet. Or, une dépêche annonce qu’un rapport sera adressé par elle à la Chambre pour recommander l’adoption d’une résolution affirmant de nouveau catégoriquement la doctrine de Manroë ; déclarant, en conséquence, qu’il est de l’intérêt et du droit des Etats Unis d’avoir la direction et le contrôle de tous les moyens de communication de l’isthme ; déclarant, en outre, que les Etats-Unis regarderaient comme dangereuse pour leur prospérité et leur sécurité toute tentative, de la part d’üne puissance européenne quelconque, d’établir un protectorat dans un des Etats indépendants du continent américain. De plus, le président serait invité à prendre des mesures pour obtenir l’abrogation de tout traité contraire, à la déclaration ci dessus. M. de Lesseps a été invité à expliquer son projet à la commission, mais il est douteux qu’il puisse triomper des préjugés Yankees.
- *
- *
- L’Expédition de Cai>onl. — Il y a tout lieu de croire que la lutte va recommencer en Afghanistan,. Mahomed-Jan s’avance sur Caboul à la tête de onze mille hommes. Les habitants de Kohistan se Sont déclarés pour le chef afghan et se préparent aussi à marcher sur Caboul.
- NOTES D’UN LISEUR.
- XXIV
- Il en est de l’idée comme du fruit Ou de la, graine: quand elle est bien mûre, elle tombe OU s’envole d’éile-même.
- Eug. Rambert, Artistes juges et parties. -
- '..... Nfrv-------
- PROTECTION DES JEUNES FILLES
- La Société pour l’amélioration du sort des femmes, qui a pour présidente l’éminente conférencière Mlle Maria Deraisme, nous adressé le compte-rendu suivant du rapport de la Chambre des Députés, sur la pétition de Mme Griess-Traut, vice-présidente de la Société, contre l’inscription des filles mineures, en violation dë l’article 334'du Code pénal.
- Les points que vise cette pétition sont du plus haut intérêt, nos lecteurs en apprécieront la portée morale. Nous les indiquons ci-bas en y donnant notre vive et pleine adhésion.
- En conséquence, elle demande : Ie Application de l’article 334 du Code pénal et par suite évacuation des filles mineures des maisons de tolérance ;
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- 2° Envoi de ces filles (à titre provisoire) dans les Asiles de Paris ou de la province ;
- 3° Interdiction de délivrer des cartes aux filles mineures ou de les inscrire sur les registres de la prostitution ;
- 4° Application de l’article 334 du Code pénal aux délinquants et délinquantes, à titre quelconque. Agents de l’autorité et maîtresses des maisons),
- 5“ Fondation d’institutions, dites « ménagères » propres à former des ménagères et à amener la réintégration sociale des pauvres égarées.
- 6J Annexion aux Ecoles communales de jeunes filles, d’écoles professionnelles gratuites, similaires à celles que les municipalités ont fondé, pour les garçons, à Paris.
- Motifs de la Commission
- « Il est impossible à des esprits républicains et « honnêtes de contredire aux trop justes demandes de « la pétition En effet, n’est-ce pas une triste chose « que de voir le gouvernement, ce tuteur naturel des « faibles et des opprimés qui doit être le premier à « respecter les dispositions de la législation, les « violer tous les jours, en la personne de malheu-« reuses jeunes filles mineures, poussées au mal « souvent par la misère et par les suites d’une mau-« vaise éducation?
- « Ici, votre rapporteur a le regret de constater « qu’il avait demandé par lettre à notre collègue,
- « M. Andrieuæ, qui n'a pas répondu, et, ce qui était « très-intéressant à connaître en cette circonstance,
- « le nombre des jeunes filles mineures inscrites à la « police, par catégorie d’âge.
- « Aussi, pour vous donner une idée de l’étendue du « mal qu’il s’agit d’arrêter, votrè Rapporteur se u voit-il obligé de se servir des chiffres donnés à ce « sujet par M. Parent Duchâtelet, dans un ouvrage. « connu, intitulé : la Prostitution dans la ville de « Paris. Voici ces chiffres : il prend l’année 1831 « pour base de ces calculs (hâtons-nous de dire, avant « toute citation, que, d’après M. Parent Duchâtelet,
- « depuis M. Mangin, préfet de police, on n'inscrit « plus que des filles de 15 ans et avec production « de l’acte de naissance). En 1831, sur 3517 pros-« titués inscrites à Paris, il y en avait 282 dont on « n’avait pu constater légalement l’âge, parce qu’elles « n’avaient pu fournir leur acte de naissance. En dehors de celles-là il y en avait 1 de 12 ans, 3 de «13 ans, 8 de 14 ans, 17 de 15 ans, 44 de 16 ans, 55 de 17 ans, 101 de 18 ans, 115 de 19 ans et 210 de 20 ans, soiï un total de 660 filles mineures sur 3.517 prostituées. Si, à ce total, on ajoute les prostituées mineures des départements, on arrive
- « à un chiffre considérable qui doit l'être bien pius « aujourd'hui, car le chiffre général de la prostitu-« tion a sans doute bien augmenté depuis 1831.
- « Ce chiffre considérable démontre pour tout esprit « non prévenu, combien cette situation déplorable, » au point de vue de la morale publique, appelle un « prompt remède, et combien est ji«ste et rationnelle « la demande de la pétition.
- « Quant à la fondation d’institutions dites « méat nagères » pour ramener la réintégration sociale « des pauvres égarées, elle est la conséquence natu-« relie et logique de la suppression de la prostitution « des jeunes filles mineures. La commission ne peut « que s’associer à l’idée généreuse qui a inspiré cette « fondation à la pétitionnaire ; seulement, il serait « à désirer que ces établissements ne fussent pas « comme celui de Saint-Lazare, confiés à des reli-« gieuses, mais à des femmes mariées ou qui l’aient « été ; au reste, Parent-Duchâtelet, lui aussi, écrit « dans ce sens, lorsqu'il dit : « Il est démontré, pour « moi, que les religieuses n’opéreront jamais le bien « moral des prostituées, soit dans la prison, soit « dans les infirmeries ; on pourra les respecter si « elles s’y prennent avec adresse, mais leurs obser-« yations ne feront jamais une bien vive impression, « parce que les filles publiques sont persuadées « alors que les religieuses ne font que leur mé-« tier.
- « Pour conduire les prostituées, pour les instruire « et leur inculquer quelques préceptes de morale, « pour leur inspirer certains - sentiments de pudeur « et de bon ordre, il faut nécessairement avoir « recours à des femmes mariée* ou qui l’aient été : le « titre de femme mariée, et surtout celui de mère de « famille, inspirent à ces filles un respect tout parti-« culier et les engagent à se soumettre sans murmure « à tout ce qu’on exige d’elles. »
- « Enfin la demande de la pétition sur l’annexion « aux écoles communales des jeunes fiiles, d’écoles « professionnelles gratuites, similaires à celies que « les municipalités ont fondé pour les garçons à « Paris, est encore trop juste pour n 'être pas ac-« cueillie favorablement.
- « En conséquence la 14e commission des pétitions « est d’avis de renvoyer cette pétition aux ministres « de l'Intérieur, de la Justice et de l’Instruction pu-« blique. »
- LES ROMANS NATURALISTES
- L’immense succès de scandale d’un roman infect écrit par M. Zola a décidé M11® Maria Deraisme à protester publiquement contre la tendance nouvelle du roman. (Nous ne disons pas de la littérature... et pour cause).
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- Deraisme a donc donné sous les auspices du Congrès libre de l’éducation une conférence sous ce titre « M. Emile Zola et la science. »
- La sympathique conférencière a d’abord établi le lien qui rattache le sujet par elle choisi au patronage du Congrès de l’éducation.
- Nui n’ignore, a-t-elle dit, que l’éducation ne se fait pas seulement par ce qu’on appx’end, mais aussi, mais surtout par ce qu’on entend et par ce qu’on lit.
- Nous commençons vraiment nos études quand nous croyons les avoir terminées. Les jugements se transforment, se corrigent. Les lectures et le théâtre agissent plus qu’on ne le croit généralement sur les jeunes générations qui embrassent sans réfléchir les opinions les plus erronées, les doctrines les plus paradoxales pouf* peu que l’erreur et le paradoxe soient revêtus d’une étiquette attrayante ou nouvelle. Tout est affaire d'étiquette en ce monde, et les vues les plus fausses n’ont souvent pour s’imposer à bien des esprits qu’à prendre une étiquette scientifique. C’est ce qu’a fait le réalisme.
- La conférencière a dit la nécessité qu’il y a pour les moralistes et les éducateurs à éclairer le public, elle a fait l’histoire de cette école naturaliste qui, sentant le besoin de créer quelque chose après la décadence du classique et du romantique, a voulu renouveler un système aussi vieux que le monde, et a prétendu s’appuyer sur l’étude des faits, des personnes et de leurs milieux réel3, et expliquer le tout en un langage familier.
- Mais cette école, à la tète de laquelle est M. Emile Zola n’a rien inventé du tout. Elle a exagéré le procédé de Diderot, à tel point qu’elle ne peut qu’à grand peine revendiquer la paternité de cet écrivain ; elle a exagéré le procédé de Balzac, qui lui-même (à côté d’un vrai talent d’observation) a souvent interprêté bien mal et bien faussement la nature humaine, M. Emile Zola est le vulgarisateur bruyant d’une phase de la littérature propre à l’époque de transition où nous nous trouvons. Il est un produit, un résultat, il n’est pas un initiateur.
- Les réalistes ont senti lé besoin de s’appuyer sur quelque chose, et, comme la science est à l’ordre du jour, ils ont choisi de se dire savants.
- La sôience a deux sortes d’amis : le vrai savant qui expérimente lui-même, qui, ardemment, patiemment se met aux prises avec la nature qu’il étudie et les érudits qui font de la science sur le papier, de la pseudo-science trop souvent, et qui veulent établir sur cette science en core si incertaine, si loin d’avoir dit son dernier mot, non-seulement le passé et le présent, mais l’avenir.
- Sous prétexte de philosophie scientifique ils prétendent donner à tout des règles fixes ; ils déclarent la poésie morte et l’idéal enterré.
- Ils font de la littérature une science, la pathologie sociale.
- Ils se trompent.
- L idéal est le but véritable de la littérature et lui seul peut guider l’humanité vers les grandes choses et lui ouvrir les larges horizons. Qui nie l’idéal doit nier le î progrès. I
- L’hérédité sur laquelle s’appuie M. Zola, est une loi
- sms doute, mais une loi dont il est bien difficile de li-niter l’action incertaine et souvent peu constante.
- M. Zola prétend, étant donné un groupe ou une famille en prévoir les transformations, en suivre d’avance lamarche à travers quatre générations. Sous prétexte qie l’hérédité a ses lois comme la pesanteur, ce qui est rilativement vrai, il passe de la Curée à l'Assommoir, puis kNana par une progression fatale dans l’abjection. C’est me décomposition en 5 volumes.
- Lorsqu'il dépeint les hontes, les turpitudes démoralisâmes du règne napoléonien, il est dans le vrai, mais ilse trompe lorsqu’il met en doute les forces de la nation frvnçaise.
- L’entourage de l’empereur était dissolu, le peuple n’é-tàt pas complice. Aux jours du grand cataclysme, cette ntioa française s’est relevée toute seule par son hé-rcsme.
- -,es prolétaires ne sont pas tous des Coupeau, c’est le caatraire qui existe. Et d’ailleurs quelle invraisem-bince dans cette dégradation subite de Coupeau, deve-nnt paresseux et ivrogne, après 33 ans d’une vie exem-plire.
- 3t Gervaise, est-elle prise dans la nature ?
- 'l’est-il pas bien rare au contraire de voir ces pauvres fenmes dont le mari s’adonne à la boisson, tomber d’é-cfelon en échelon jusqu’à l’abjection de la prostituée. Ne sot-ce pas elles qui élèvent et qui soutiennent leur fa-nille lorsque le père fait son devoir.
- M. Zola n’a qu’une attraction finale : l’abrutissement à peuple dans l’ivresse.
- C’est une calomnie.
- Le peuple est tout disposé à prendre sa part de la cience, des distractions intellectuelles, et élevées quand m voudra enfin les mettre à la portée de sa bourse. Le euple est la partie honnête de la nation.
- Puis Nana, cette vigoureuse et luxuriante fille, est-elle ien le produit de quatre générations vicieuses? cela iaraît inexplicable, malgré les arguments de l’auteur.
- Le système sur lequel s’appuie M. Zola est en somme ien fragile et propre tout au plus à lui faire de la rétame. L’hérédité se compose d’éléments complexes, tès-difficiles à reconnaître. Les plus surprenants con-tastes, les surprises les plus inattendues viennent à ûaque instant contrarier toutes les combinaisons qu’on rétend fatalement établir à cet égard.
- M. Zola dit et veut prouver que nous sommes seule-îent des organismes, et que la préoccupation de rem-jir nos fonctions, domine tous nos actes ; théorie plus istiale que spirituelle.
- Il s’empare des côtés les plus immondes de notre na-ire, il les cisèle, et dans ces seules occasions il devient yrique.
- La conférencière cite à ce propos diverses expressions mployées par M. Zola, elle rappelle certaine scène de la <urée, scènes impossibles à raconter, qui ne méritent lautre nom que celui d'indigestion d'abjection et d’in-fition.
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- Certes nous sommes des organismes, mais nous avons aussi des facultés nobles, transcendantes et notre bit doit être d’établir l’harmonie entre les facultés physiques et les facultés morales et intellectuelles. C’estlà que réside la supériorité de la race humaine. L’idéa a ses racines dans Phistoire. Il traverse une génération, une existence héroïque. Il est de ,tous les temps et te tous les âges.
- M. Zola dépouille l’homme de sa liberté morale. Sois le prétexte de science, il exagère arbitrairement une bi générale. Il nous offre toutes chances de descendre3t aucune de remonter ; c’est la loi fatale. Suivant son système, que devrions-nous être devenus? Qui sait? Peit-ètre des champignons vénéneux.
- La mission du littérateur ne doit-elle pas consister u contraire à élever le niveau des consciences. L’attei-drissement, un attendrissement sain et vrai n’est jamis stérile. L’émulation du bien, la contagion du bien exstent comme l’émulation du mal, la contagion du m.l. L’écrivain doit donc nous attendrir, nous émoüvoir, ncas agrandir.
- Nous voulons simplement qu’on nous peigne l’hum-nité telle qu’elle est, mais nous ne voulons pas quin nous présente perpétuellement un seul de ses côtés :1e côté abject.
- Le vice offre des tableaux â sensation, c’est ce qu a séduit M. Zola. Il a voulu tirer l’œil ; il a choisi les peà-tures les plus obscènes, les expressions les plus grc-sières, et il a enveloppé le tout sous la rubrique : sciene, philosophie et morale.
- Tout au fond du naturalisme, il y a une grande in-puissance. Ne pouvant se distinguer autrement, M. Zol a créé la littérature des ruisseaux.
- De plus ce réaliste n’est pas naturel, il use d’une gros sièreté raffinée, systématique voulue, qui est un vér-table maniérisme.
- C’est un peintre de nature morte.. Il puise dans ce réalisme factice, son originalité; il en abuse.
- Il se perd dans les détails et s’attarde à des descrip tîons tout à fait étrangères à son sujet et indifférentes a lecteur.
- Pour être un grand artiste, il faut avoir la puissane de concentration, le sentiment de la synthèse. Dans toue œuvre, il y ale point culminant et les détails indispe-sables qui sont destinés à le faire valoir. Cette sciene des rapports et des valeurs, M. Zola ne h possède pas, l amplifie, il n’invente pas, il ne coordonne pas.
- Et pourtant, avant même l’apparition de Nana, il r avait déjà chez les éditeurs une demande de 70,00 exemplaires. On se prépare à représenter Uana transfo-mé en drame, en comédie. Ne sont-ce pas là des syn ptômes inquiétants ?
- N’en aurons-nous donc jamais fini avec les charlatan et les mystificateurs, avec les confectionneurs de truc et de ficelles ?
- Sont-ce de telles œuvres qui doivent occuper les c-toyens d’une république ?
- Il faut que notre république française soit le triompe
- de cette démocratie qui a toutes les hautes facultés, toutes les nobles intuitions de l’esprit et non de cette voyoucratie issue du cerveau de M. Zola. Les Etats-Unis et la Suisse qui sont libres et dignes de l’être ont une littérature élevée, et les citoyens de ces républiques sont trop soucieux de leur dignité personnelle et de celle de leur pays pour sp laisser entraîner dans les égouts du réalisme par quelques charlatans de là plume qui trouvent le moyen de se faire des rentes en servant aux badauds une pâture de leur goût. X.
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- La Société des Théosoplies
- L'Alpina reproduit d’après la Réforme, « organe du parti religieux libéral, » le curieux article suivant :
- « Depuis 1873, il existe à New-York une société dont le mélange caractéristique dè tendances franc-maçonniques et d’organisation original forme une excellente illustration de l’histoire de la culture et de la religion dans l’Amérique du Nord. Elle s’appelle la Société des Théomphes et se base sur la reconnaissance d’une cause incréée, générale, infinie et éternelle, laquelle s’explique par les lois naturelles.
- « La première condition qui est posée aux membres de la Société, c’est qu’ils aient une connaissance approfondie des lois de la nature, afin de pouvoir par là arriver à cette cause éternelle de toutes choses, et puis vice versa mieux comprendre par elle les lois de la nature et être à même surtout d’expliquer l’énigme de l’être humain. Cette Société fait une opposition péremptoire au matérialisme dans les sciences naturelles, mais ausél une opposition tout aussi décisive à toute forme de théologie dogmatique, à toute religion positive, C'est surtout le christianisme que les chefs de la Société regardent comme très dangereux et nuisible, et ils font tous leurs efforts pour détruire son influence sur l’opinion publique et privée. Par contre, cette Société accorde la plus grande importance aux anciens systèmes de religion des pays orientaux, aux doctrines sublimes des Vedas, de Bouddha, de Zoroastre et de Confucius : elle y trouve l’expression la plus pure et la plus vraie de ses aspirations religieuses.
- « La conduite de ces Théosophes doit, d’après leurs statuts, répoudre à toutes les exigences de l'éthique.
- « L’organisatioü est tout aussi caractéristique que les principes de la Société. La Société se divise en trois sec-1 tions, dont chacune comprend trois grades. Quiconque désire être reçu comme membre de la Société des Théosophes doit entrer dans le troisième grade de la troisième section, et delà monter graduellement, sans terme fixé, mais selon le degré de sa valeur. Cependant il peut aussi sortir en tout temps de cette section, qui- n’est qu’une section d’épreuve, mais il faut qu’il observe un secret absolu relativement à tout ce qu’il a vu et en* tendu dans la Société pendant son temps d’épreuve. Dans la seconde section, on admet ceux qui ont fait un certain progrès dans l’empire sur soi-mème et la culture de l’esprit, mais qui ne se sont pas encore désistés tout à fait de tout préjugé religieux,c’est-à-dire qui n’ont pas encore renoncé à toute religion positive. Pour pouvoir être admis au plus haut grade de la première section, il faut que le théosophe en soit venu à ne pas acoorder la moindre préférence à quelque forme de religion que ce -soit, il doit s’être affranchi de toute obligation envers la société, l’Etat et la famille ; il faut qü’il soit prêt à donner môme sa vie pour le bonheur de l’humanité, de chaque frère, quelle que soit sa race, sa couleur ou sa croyance. Il faut qu’il renonce au vin et en général à toutes lés boissons capiteuses, et qu’il mène une' vie très morale.
- « Yoilà l’organisation de la Société à laquelle les adhérents espèreut voir prendre toujours plus d’extension pour former enfin une « confrérie comprenant VhnmaniU tout entière. » à laquelle appartiendront tous les hommes bons et purs, de quelque race que ce soit, habitant cette planète. |
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- LÉ DEVOIR
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- PETITES NOUVELLES
- FRANCE
- fédération o«rvr'<è!**e. — La commission chargée d’élaborer le programme et les statuts de la fédération lyonnaise du parti ouvrier, a terminé ses travaux. Une réunion générale des corporations, chambres syndicales, associations, groupes, etc., aura lieu très-prochainement.
- * *
- , Le monrement coopératif prend de l’importance dans le Midi. Une boulangerie coopérative vient de se fonder à Nîmes.
- On s’occupe également dans la même ville d’organiser des fourneaux alimentaires dans le genre de.peux qui fonctionnent déjà à Montpellier et à Cette. A Béziers on organise également des fourneaux alimentaires.
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- * Ÿ
- Ln Société coopé ative de S. Remy-sur-Aire (Eure-et-Loir) qui a deux magasins, l’un dans cette commune et l’autre à Saint-Lubin, compte 850 adhérents. La vente pour 1879 s’est montée à 311,210 fr. 40. Les frais généraux de l’exbloitation ont été de 3.44 0/0, la réserve dépasse 31,000 francs, et les bénéfices alloués sur la vente ont été de 24,896, soit 8 0/0.
- Il est à remarquer que la population de S. Remy n’est que de 1,625 habitants et celle de S. Lubin de 100 habitants.
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- La caisse "bonapartiste paraît être à la baisse. On prend des mesures d’économie.
- Le Figaro raconte que M. Rouher, agissant comme mandataire de l’ex-impératrice Eugénie, réclame aux compagnies françaises d’assurance sur la vie dans lesquelles elle s’était fait assurer en cas dé décès pour une somme importante, le dégrèvement et le rappel des 10 0/0 que l’ex-souveraine payait en plus du tarif en raison du risque que courent les têUs couronnées. L’impératrice n’étant plus souveraine, elle n’a plus de raison pour être surtaxée.
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- La fédération des travailleurs de Grenoble est un fait accompli.
- Malheureusement elle débute par faire fausse route.
- La commission fédérale a décidé à l’unanimité d’organiser le parti socialiste révolutionnaire dans cette région, en créant des groupes dans toutes les communes, afin de pouvoir faire la propagande nécessaire. Elle a également décidé la création d’un journal, paraissant une fois par semaine, et qui sera intitulé : « La Révolution sociale, organe du parti socialiste révolutionnaire. » Le programme est adopté et sera imprimé dans le courant de la quinzaine. Ce journal sera républicain, socialiste, collectiviste, révolutionnaire, athée et matérialiste.
- C’est le plus sûr moyen de compromettre une fédération qui pourrait devenir féconde.
- Les ouvriers typographes de Toulouse, qui étaient en grève, viennent de former une association sous la dénomination de VImprimerie^ coopérative nouvelle. La Société est ouverte à tous les ouvriers typographes et est constituée sur le modèle de celle'qui existe à Paris, rue des Jeûneurs.
- (Voicô de l'Ouvrier)
- * -¥
- de la Pyramide, à i jAiÔ Laame-et-Loire), s'organisent on chambre svp- | cale. Dès que celle-ci sera constituée définitivement, f
- une bibliothèque socialiste sera établie, permettant ainsi à tous ses membres de s’instruire sur les données du socialisme moderne. Instruction, travail, progrès, telle pourrait être, dirions-nous, la devise des vaillants ouvriers Carriers de la Pyramide. (ld.)
- *
- ¥ *
- Encore un d’Orlétiun. — On annonce que le comité d’artillerie a définitivement maintenu M. d’Alen-* çon, capitaine d’artillerie, sur la liste des officiers de son arme proposés pour le grade de chef d’escadron au choix. Si l’on consulte l’annuaire de" l’armée française, on voit que son ancienneté dans le grade de capitaine remonte seulement au 2 avril 1874 et que le moins ancien des capitaines proposés en même temps que lui pour le choix possède ce grade depuis le 14 octobre 1870:
- M. d’Alençon a le n° 537 sur l’annuaire et il n’y a que 27 propositions.
- Celui qui précède ce noble duc sur la liste porte le n° 240.
- M. d’Alençon parce qu’il est duc passera chef d’escadron avant 297 de ses collègues.
- Pauvre républiquette !
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- Une phrase caractéristique.— Voici une phrase de V Univers qui en dit long sur Pétat religiéux actuel de l’Eglise romaine..
- Parlant des écoles normales de filles, dirigées jilsquiCi par des congrégations, « Dieu présidait, dit le journal catholique, sous l’œil de VEglise, à la formation des institutrices chargées de façonner l’âme et le cœur des jeunes filles ». Que dites-/ous de cette surveillance de l’Eglise à l'égard de la manière dont Dieu s’acquitte des fonctions présidentielles qui lui sont confiées? Dieu, agent subalterne du pape ; la Providence, fonctionnaire contrôlé de la sainte Eglise : c’est bien cela, et jamais clérical n’avait si franchement parlé,
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- La cüïïie <là ele*-gg<?. — A Château-Thierry, quand un décès a lieu dans une famille, l’usàge est de placer, à un bout du cercueil, sur une petite table couverte d’une serviette blanche, une bouteille de vin avec une miche de pain pesant un kilo. Un peu avant l’enlèvement du corps, se présente à la famille, sous un lugubre accoutrement, une sorte de bedeau ou sacristain, délégué de la cure, à qui on remet ce qu’on appelle la dtme du mort.
- Si cette vieille pratique féodale se passait dans lin coin reculé de province, nous n’en serions pàs étonné : mais dans une des paroisses de Compïègne, celle de Saint-Germain, c’est-à-dire dix-huit lieues de la capitale, j'ai vu prélever la dîme du mort dans les mêmes circonstances.
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- TTïie caisse do retraite ouvrière a été fondée à Paris par les ouvriers en instruments de musique.
- Les pensions sont fournies par les quatre cinquièmes de la recette de chaque mois répartis également entre _ tous les ayant droits.
- Les bénéfices ayant dépassé de beaucoup les espérances de la société, celle-ci a décidé en assemblée générale de prendre à sa charge tout sociétaire malade de plus d’une année ou abandonné par sa société de secours mutuels.
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- La Chambre syndicale des graveurs
- de Paris, 7, rue des Filles du Calvaire, a institué chez son concierge, un registre destiné à l’inscription des offres et demandes de travail.
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- L’Éîgrallfc&iï-e, société coopérative de consommation, rué de Loos, 11, à Paris, est en bonne \oie. Son local est devenu insuffisant et elle va pour cette raison se transporter dans un local plus vaste, 31, rue Sainbre-et-Meuse.
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- XJn© bonclierle coopérative est en formation au Mans.
- La marche de cette institution sera intéressante, car on n’ignore pas que la boucherie est une des branches ou la coopération se heurte au plus grand nombre d’obstacles.
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- Paurres travailleurs. — On dit dans la Lanterne ; .
- Sur la Compagnie du Midi, les mécaniciens et chauffeurs en ce moment employés au service des marchandises passent 8 fois 24 heures sur leurs machines, dans l’espace de 26 jours.
- Mais la durée du service est bien loin de représenter la durée delà fatigue. Les mécaniciens et chauffeurs arrivent dans une gare : il faut qu’ils remisent leur machine et la nettoient: cela demande encore quelque temps.
- Puis, si cette durée du service est déjà excessive, il faut encore compter avec les retards : sur certaines lignes, pour certains trains, ils sont constants. Dans les mauvais temps, le service devient effroyable. Les compagnies ne comptent plus avec les forces humaines.
- Enfin, en dehors du service régulier, il y a les trains facultatifs ; puis, il faut remplacer les malades, et, en suppléant les malades, on devient malade soi-même. Quand le camarade est rétabli, on se couche à son tour: c’est un roulement.
- Les mécaniciens et chauffeurs arrivent à la gare ou ils doivent s’arrêter; mais avant de pouvoir imanger, avant de pouvoir se coucher, il faut qu’ils enlèvent la couche de suie grasse qui leur couvre le visage et les mains. Ce nettoyage est un véritable travail qui demande un temps assez long.
- Il faut quïls mangent. Quelquefois il y a plus de douze heures qu’ils n’ont pu avoir un instant de repos.
- Enfin, ils peuvent aller se coucher dans les dortoirs, espèce de corps de garde. Mais ces dortoirs sont presque partout insalubres et *ales. Puis le repos est fractionné souvent en deux ou trois fois. Un sommeil pris ainsi par fragments n’est pas réparateur. Au moment où la fatigue commencerait à disparaître, il faut se réveiller, se lever, partir, recommencer. C’est là un supplice
- Il n’y a de repos réel, pour le mécanicien et le chauffeur, que le jour où ils peuvent rentrer chez eux, et, comme nous l’avoDs vu, ce jour ne revient pas souvent.
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- Bibliothèque populaire du 18e arrondissement. — D’après les rapports lus à l’Assemblée annuelle des sociétaires de la bibliothèque populaire des Amis de l’instruction du dix huitième arrondissement, (dont le siège est rue de la Chapelle, 57), il résulte que la bibliothèque compte actuellement 450 sociétaires, ayant à leur disposition 4,000 volumes.
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- L’histoire des religions. — M. Albert Réville, le professeur nommé à la nouvelle chaire d’His-toire des religions qui vient d’être créée au Collège de France, a fait, il y a quelques jours, sa première leçon devant un auditoire nombreux qui l’a couvert d’applaudissements,
- En même temps, l’abbé de Broglie, frère du ministre du 16 mai, commençait, à la Faculté catholique de Paris, un cours d’histoire lies religions non chrétiennes.
- Cette différence entre les titres de ces deux cours opposés l’un à l’autre montre bien la limite qui sépare renseignement laïque de l’Etat de l’enseignement catholique. Le premier embrasse dans la même étude toutes les religions, qu’elle traite sans exception comme des phénomènes naturels. Le second n’admet pas que la religion catholique soit sujette aux investigations de la science ; son origine divine la place au-dessus des méthodes de l’esprit humain ; les autres religions seules, qu’il regarde comme fausses, peuvent être examinées et discutées au point de vue de l’historien.
- ' SUISSE
- La représentation proportionnelle des minorités. — La section genevoise de l'Association suisse pour la représentation proportionnelle a tenu son assemblée annuelle le 27 février dernier. La réunion a été ouverte par une allocution du président, M. A. Ro-get. Ce dernier, après avoir fait l’historique de l’échec inattendu qu’a éprouvé devant le Grand Conseil genevois la proposition d’introduire le rote limité, a rappelé que l’Espagne vient d’inaugurer l’expérimentation du rote limité, et que les Conseils scolaires, dans toute l’étendue de la Grande Bretagne, viennent d’être renouvelés pour la troisième fois en employant ie rote cumulatif.
- A la suite de cet exposé, il a été décidé de désigner une commission de trois membres chargée de rédiger une adresse priant le Grand Conseil d’examiner à nouveau la question de la représentation de la minorité.
- HOLLANDE
- Le siiftVï?ge universel. — L’association des ouvriers typographes d’Amsterdam « Voorzorg en Oe-noegen » vient de voter par acclamation qu’une adresse d’adhésion sera envoyée, au nom de la typographie, aux initiateurs hollandais du mouvement pour le suffrage universel.
- Nous avons appris ultérieurement que déjà cette adresse d’adhésion était parvenue à destination, et que la même décision est prise maintenant parla Fédération typographique néerlandaise tout entière (Nederlandsche Typographen Bond); le Conseil fédéral supérieur do cette très sérieuse organisation ouvrière est chargé de l’exécution de ce vote.
- La section de Surhuisterveen de l’association ouvrière provinciale de la Frise, vient, à son tour, d’adhérer à l’adresse en faveur du suffrage universel, élaborée par la société « het Algemeen Kies-en Stemrecht ». Ajoutons ici que cette même section ouvrière vient de faire l’acquisition d’un terrain et d’une maison qu’elle utilisera dans un but d utilité générale pour la cause ouvrière.
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- Angleterre »
- ©tntistiqixe de*» {-rêve». — Voici le nombre des grèves et des disputes qui ont éclaté pendant l’année 1879, entre les ouvriers de certaines corporations et les patrons.
- Parmi les ouvriers en bâtiments, 79;
- Les mineurs. 71 ;
- Les ouvriers de la métallurgie, 45 ;
- Les mécaniciens, 13 ;
- Les tailleurs, cochers, charretiers, employés de chemins de fer, 8 ;
- Les constructeurs de navires, 13;
- Les potiers, verriers, cimentiers, 10;
- Les ouvriers dans la pierre et le bois, 10 ;
- Dans les confections, etc., 12 ;
- Les tissus, 47 ;
- Les laboureurs, 12 ;
- Divers, 15.
- Le nombre des grèves et des disputes s’élève en 1879 à 327.
- En 1877, il n’était que de 277, et en 1878, de 191.
- Ces chiffres, on le voit, sont significatifs.
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- Prospérité due au libre échange. —
- Voici la preuve que le régime du libre échange n’appauvrit point les peuples qui le pratiquent.
- Le revenu net de l’Angleterre monte actuellement à 25 milliards de francs.
- C’est lord Derby qui l’assure. Et la prospérité va en s’accroissant. Ainsi les dépôts dans les caisses d’épargne se sont élevés de 53 millions liv. st., en 1870, à 74 millions liv. st., en 1878 ; le thé consommé pesait 117 millions de livres en 1850; il atteignait 157 millions de livres en 1878.
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- CANADA
- Un fait curieux a eu lieu le 30 janvier dernier à Montréal. Une locomotive a franchi le fleuve Saint-Laurent, en ce moment couvert d’une épaisse couche de glace sur laquelle on a posé des rails afin de faciliter le trafic et la circulation d’uue rive à l’autre.
- L’ÉCOLE SECONDAIRE DES JEUNES FILLES A GENÈVE.
- Le canton de Genève, dont la population ne dépasse pas cent mille âmes, possède plusieurs écoles spécialement destinées à l’instruction secondaire des jeunes filles. Ces écoles ont toutes pris un rapide essor, ce qui est une preuve de la valeur que la population leur reconnaît.
- II est naturel de choisir comme objet de notre étude sur ces écoles la plus remarquable d’entre elles, celle de la Ville de Genève.
- - Fondée en 1841, l’Ecole secondaire et supérieure des jeunes filles de Genève débuta avec 3 classes et à peine 200 élèves. Elle compte maintenant 20 classes et plus d’un millier de jeunes filles de 9 à 19 ans.
- Toute cette armée féminine reçoit là, sans distinction de rang social ou de conviction religieuse, une instruction qui ne cherche qu’à inculquer la vérité et à développer l’intelligence.
- - Pendant ces 32 ans d’existence, espace de temps relativement court, cette école a non-seulement vu s’augmenter le nombre de ses élèves, mais elle a aussi perfectionné sa méthode et étendu le champ*de son enseignement. Nos jeunes filles arrivent à s’y familiariser avec les sciences et les langues en même temps qu’elles apprennent à couper et à repriser le linge, à soigner un malade et à vaquer à tous les devoirs d’une maîtresse de maison. t
- Mais n’anticipons pas. Avant d’entrer dans l’analyse des cours, il convient de rappeler que si cette institution est arrivée à réaliser aujourd'hui toutes les espérances qu’elle avait fait naître, que si elle offre à la jeunesse féminine toutes les ressources que l’on peut raisonnablement réaliser, elle en est surtout redevable à deux hommes d’un dévouement et d’une activité inépuisables, M. Antoine Carteret, le Conseiller d’Etat chargé du Département de l’instruction publique, et M. Philippe Bonneton, le Principal de l’Ecole.
- Des lecteurs français ne peuvent pas se rendre un juste compte des exigences de ces deux fonctions. Indiquons-les en quelques mots.
- Le Conseiller d’Etat chargé du Département de l’instruction publique est à Genève, toute proportion gardée, bien entendu, ce qu’est le Ministre de l’Instruction publique en France. Il a même une plus grande liberté d’initiative. C’est de lui que relèvent toutes les questions relatives à la marche générale des établissements d’instruction de tous les degrés.
- Le rôle du Principal de l’Ecole secondaire des jeunes filles est moins étendu mais plus difficile. C’est lui qui élabore les programmes et les horaires, qui choisit les livres et le matériel d’enseignement, le tout, bien entendu, avec le consentement du Conseiller d’Etat. De plus il a en propre toute l’administration de l’Ecole, et par conséquent toute la responsabilité qui en résulte.
- Jusqu’en 1870, époque où M. Carteret fut élu Conseiller d’Etat et chargé du Département de l’instruction publique, les écoles genevoises avaient marché d’une façon régulière, mais sans rien de frappant. La petite République genevoise tenait un bon rang comme instruction, mais elle n’était pas comme aujourd'hui l’état d’Europe qui proportionnellement s’impose les plus fortes dépenses dans le but du développement intellectuel. A partir de 1870 une impulsion on ne peut plus louable fut donnée à l’instruction. Chaque année de nouvelles améliorations furent introduites dans les programmes ; de nombreux cours publics et gratuits furent institués ; toutes les méthodes d’enseignement furent transformées ; le mode de recrutement du personnel fut modifié ; le taux de l’écolage de l'enseignement secondaire et supérieur fut mis à la portée des plus petites bourses, l’Université fut relevée par une douzaine de chaires nouvelles et l’instruction primaire — déjà gratuite depuis 1848 — fut rendue obligatoire.
- Aujourd’hui le budget deTinstruction publique de la petite République de Genève absorbe le quart du budget total, sans compter les sacrifices considérables des communes ni les nombreuses fondations dont la rente est employée chaque année à des cours.
- L’instruction secondaire des jeunes filles a tout particulièrement bénéficié de cette transformation. On lui a donné de nouveaux locaux ; on l’a dotée de nouvelles chaires ; on a étudié pour elle de nouveaux programmes et de nouveaux horaires ; bref, on n’a rien épargné de ce qui pouvait faire des écoles secondaires genevoises de jeunes filles des établissements modèles.
- Genè\e, Mars 1880. {A suivre.) H. C. C.
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- LES ORPHELINATS LAÏQUES
- Pau, 2 Mars 1880.
- Monsieur,
- Sous ce titre : Les Orphelinats laïques vous publies dans le Devoir-, un article signé, Louise de Lasserre. — Les idées qui y sont exprimées sont les miennes.
- Aussi dès que j’ai connu par le Petit Journal la création de la Société générale de protection de l’Enfance abandonnée ou coupable fondée par M. <?. Bonjean, le fils du malheureux Président, je me suis adressé à lui.
- Il me répondit :
- « Votre offre généreuse me prouve que vous « comprenez l’immense portée philanthropique et «. sociale de cette Société nouvelle, essentiellement « laïque, et qui dans ma pensée doit montrer que « l’amour sincère d’hommes de coeur peut produire « des résultats considérables et aussi soutenus que « ceux qui ont paru jusqu’à présent le monopole des « congrégations religieuses, »
- L’auteur de l’article dit : « Ge n’est pas avec des « mots qu’on vient en aide, à ceux qui souffrent, « mais bien en créant des institutions utiles et hu-« manitaires. »
- Son vœu est rempli ; ou du moins le progrès qu’elle propose reçoit un commencement d’exécution.
- Veuillez agréer l’assurance de ma considération distinguée.
- Tourasse.
- de M“e Boucicaut les employés seront propriétaires de cet immense commerce. Les intérêts de l’argent versé par Mme Boucicaut et par ses employés se prélèvent d’abord, puis un deuxième prélèvement est fait dans le but de créer un fond de réserve de six millions, après quoi les bénéfices sont répartis conformément aux statuts.
- Des précautions ont été prises dans les statuts pour empêcher que le capital ne devienne trop prédominant dans l’association, ainsi :
- 1° Les intéressés et les employés de la maison ont été seuls admis à la commandite ;
- 2° Les parts sont de 50,000 francs, mais les employés ont été autorisés à se réunir en aussi grand nombre qu’ils ont voulu pour faire cette somme, à la condition qu’un seul soit en nom ;
- 3° Tant que Mme Boucicaut vivra, les parts ne pourront être cédées qu’à des personnes de la maison et avec son assentiment ; après sa mort, cette cession devra être surveillée et agréée par l’assemblée générale.
- Nos lecteurs peuvent voir parce qui précède que Mme Boucicaut n’a pas compris l’association du capital et du travail de la même façon que nous la comprenons. Toutefois nous ne saurions qu’applaudir à un aussi grand et salutaire exemple. La réalisation de l’association du capital et du travail dans une grande maison de commerce telle que le Bon Marché nous paraît de nature à attirer l’attention publique sur cette importante question et à fournir à sa solution définitive des documents nombreux et importants .
- NOUVEAU CAS D’ASSOCIATION DU CAPITAL ET DU TRAVAIL
- L’association du capital et du travail gagne chaque 1 jour du terrain* 1
- Ainsi on nous apprend que depuis le Ier février la 1 grande maison parisienne de nouveautés, le Bon | Marché, dans laquelle participation du personnel | aux bénéfices existait déjà dans une certaine me- | sure, vient d’associer à l’entreprise son très il nombreux personnel.
- D’après le Petit Journal l’aliénation faite par Mm° Boucicaut, propriétaire du Bon Marché correspondrait à peu prés à l’abandon de la moitié de ses revenus. Elle a estimé son apport à deux millions et demi ; elle reçoit un demi-million par an pour le loyer des immeubles lui appartenant, plus soixante mille francs par an comme directrice de la société. Le reste du capital (sept millions et demi) sont souscrits par les employés devenus associés. A la mort =
- L’IRLANDE
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- Cependant un homme s’était levé, un homme, un élu qui s’était dit f cette misère, cette oppression pour si profondément enracinées qu’elles soient, je les extirperai. » Cet homme, nous l’avons déjà nommé, c’est O’Connell. La conspiration, le huis-clos ne convient pas à son tempérament : c'est une guerre constitutionnelle, c’est la lutte en plein soleil-. Tous les éléments de mécontentement, il les réunira et fl soulèvera les passions populaires en les montrant aux masses ; mais de ces passions il saura se faire le directeur, les lançant ou les retenant à volonté. En dépit de toutes les attaques, malgré toutes les lois existantes et toutes celles votées pour la combattre, l’association irlandaise dont il est le fondateur, grâce à lui, A'sdh adbésse, *à sa vigueur, à son audace jt à sa souplesse, naîtra, grandira, dominerârDe cette
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- association, il est le chef; il en est l’âme. Mais que üe peine pour la fonder ! Disons en quelques mots... d’autant plus qu’elle est un enseignement et prouve combien est fécond en résultats ce principe de l’association que, aujourd’hui ençore, notre Parlement républicain n’ose pas introniser d’une manière absolue.
- Ç’est en 1823, Shiel, un autre champion de l’Irlande, était chez un de ses amis, dans les montagnes de Wicklow (Leinster). Daniel O’Connell y arrive. On parle des maux de la patrie, des remèdes à y apporter et, la proposition de recourir à la paissance de l’association vient, à la fois à la pensée de ces deux hommes. Sans perdre une minute, on en jette les bases et l’on en indique le but : l’émancipation catholique. Les catholiques, répétons-le encore une fois, formaient les 9/10 de la population irlandaise; mais cette immense majorité était opprimée par une minorité qui n’eût rien été malgré l’or qu’elle possédait, si elle n'eut eu l’Angleterre derrière elle. Fût-ce un tort de la part du grand agitateur de ne pas s’attacher plutôt à la question sociale qu'à la question religieuse ?
- Oui, disent les uns; non, répondent les autres.
- Ce qu’il y a de certain, c’est que le découragement régnait dans l’élément religieux proprement dit- Ce découragement, faillit faire échouer l’œuvre entre,-* prise par les deux patriotes.
- D’après un des statuts de l’association en projet, il fallait la présence de dix membres pour se constituer, c’est-à-dire pour pouvoir tenir une séance, Trois fois des convocations furent faites; trois fois le nombre voulu ne put être trouvé* Le lieu de réunion était l’arrîère-magasin d’un libraire de Dublin, établi Capel-Street. Tout ecclésiastique, quelque fut sa croyance, était de droit membre de l’association.
- Enfin une 4e convocation a lieu. Trois heures est le moment fixé pour l’ouverture de la séance. On va procéder à l’appel nominal; mais huit personnes seulement se trouvent réunies. Faut-il donc se séparer une fois, de plus et renoncer à l’œuvre ? O’Connell jette de l’arrière-boutique où sont les huit personnes, un regard dans la boutique. Cinq étudiants s’y trouvent qui viennent de recevoir les ordres. Il n’hésite pas, entre •brusquement dans le magasin et propose aux étudiants de se réunir à l’assemblée pour la régulariser et lui permettre, de se constituer. Les cinq invités ne semblent pas décidés mais O’Connell, lui, est décidé, il les pousse par les épaules dans la chambre où se trouvent ses co-asso-ciés et... « la séance est ouverte. »
- Ces quatre mots sont Je premier défi jeté par l’association à l’Angleterre.
- Le second, c’est encore O’Connell qui le fait rendre en 1828.
- Les catholiques étaient, par la loi, incapables d’ètre députés au Parlement. Un meeting avait lieu dans le comté de Clara. L’agitateur après avoir fait un appel aux passions du peuple, éveillé toutes ses sympathies, excité son enthousiasme le plus vif en lui montrant dans l’avenir les liens qui enchaînaient, le prolétariat à l’aristocratie brisés d’un seul coup, en lui peignant le. fermier libre désormais, libre dans son culte, libre sur la terre qu’il cultive et qu’il revendique, termine par cet éclat formidable : « La loi vous défend de nommer un catholique, eh bien, je suis catholique, nommez- , moi !»
- Il fut nommé. Son élection frappa de stupeur cette aristocratie qu’il était parvenu à isoler.
- Un an après l'émancipation catholique était prononcée par le Parlement anglais.
- De quels moyens pécuniaires disposait l’asso-dation ?
- De ceux qu’elle trouvait dans son propre sein; c’est-à-dire dans la souscription de chaque membre.» Cette souscription était d’un penny (un peu plus de 2 sous) par mois!* Elle produisit un revenu de plusieurs millions. Association du Sou pour les écoles laïques, avis à vous /
- Ce n’était pas seulement à l’émancipation catholique, mais encore au rappel de la loi d’Union que visait O’Connell, S’il ne.disait pas comme aujourd’hui : la terre à ceux qui la cultivent» :du moins disait-il déjà : VIrlande aux Irlandais, et jamais ne laissait-il l’occasion de rappeler aux possesseurs du sol l’origine de leur possession. Malheur au grand seigneur qui le provoquait.
- Le grand patriote irlandais recevait de l’Irlande, depuis 1831, une somme qui venant de souscriptions volontaires, variait annuellement de 13 mille, livres (328,000 fr.), à 25 mille livres (630,000 fr.) Depuis que l’agitateur s’était voué entièrement à la cause de son pays, il avait dû renoncer au barreau .qui lui rapportait au moins autant que ce qu’il recevait de la reconnaissance de ses concitoyens. Un jour, dans un banquet public, un Lord, faisant allusion à ce tribut annuel, traita O’Connell de heggermann (mendiant.) O’Connell en fut instruit. Le lendemain* 11 janvier 1837, l’insulté prenait la parole en ces termes dans la séance qui avait lieu de l’association du home Rule.
- « J'ai» mes amis, à vous raconter une agression nouvelle dirigée contre moi par le noble marquis Jde *** qui s’est permis, d’ajouter à mon nom; lUpi* Üthète cte mendiant? JeVoudrais bien savoir
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- droit ce seigneur me traita de la sorte. Quel est son motif? Serait-ce que j’ai sacrifié un revenu égal au moins au produit du plus beau de ses domaines, pour me mettre à même de me dévouer plus complètement à la défense de mes concitoyens, et pour mieux les protéger contre une aristocratie qui n’a joie qu’à les fouler aux pieds ? Il m’est arrivé ce qui peut-être n’est arrivé à aucun homme, et l’Irlande a fait pour moi ce qu’aucun peuple ne fit jamais pour un simple individu. Oui, je reçois un tribut, gage du haut prix qu'on attache à mes plus faibles services Je m’en glorifie, et je repousse, en même temps que je les entends avec le plus profond dédain, les injures de cette lâche aristocratie, qui marcherait sur le corps du peuple, si elle ne me trouvait sur son chemin. Quels sont,' dites moi, les titres du marquis de *** à la considération publique ? A quoi doit-il les grandes terres qu’il possède en Ecosse ? Je m’en vais vous le dire. Son ancêtre était lord ***, Abbé de *** au temps de Knox (A) : trahissant le dépôt qui lui était confié, il livra les vastes possessions qui dépendaient de son abbaye, après toutefois en avoir obtenu pour lui-même la concession des deux tiers.
- « Voyons maintenant l’origine de ses domaines en Irlande. Comment sont-ils entrés dans sa famille ? — Eh mais, par la voie accoutumée du temps, le par -jure, le vol et l'assassinat. Et voilà un homme qui, héritier du fruit de tous ces forfaits, ose attaquer un autre homme dont tout le crime est de s’être constitué le défenseur de tous ses concitoyens contre les monstres qui, depuis des siècles écrasent soa pays du poids de leur tyrannie. »
- Assurément l’homme qui stigmatisait ainsi l’aristocratie de son pays et qui, en rappelant à l’un des membres de cette aristocratie ses titres à la consi-dération publique, les taxait tous de vol, de parjure et de sacrilège ; cet homme qui avait vu les conspirations des Jacques Irlandais et avait su les pacifier, cet homme ne pouvait pas ne pas songer à l’émancipation sociale de ses compatriotes. Mais, s’il nous était permis d’expliquer, comme nous le comprenons, la ligne de conduite suivie par O’ConnelI, nous dirions que si la première œuvre qu’il a songé à accomplir, a été l’émancipation religieuse, c’est qu’il considérait le catholicisme comme une seconde nationalité de l’Irlande, et qu’il espérait encore trouver dans cette émancipation les moyens de constituer une classe
- (A) Knox est nn des principaux chefs de la Réformation en Ecosee. Né en 1505 à Gefford il mournt en 1572. Lorsque Elisabeth monta sur le trône d'Angleterre en 1558, Knox souleva l’Ecosse contre le clergé catholique et iit adopter par le Parlement Ecoss-ais une confession de foi abolissant l’exescice du culte catholique, supprimant les cours ecclésiastiques et établisssnt le Presbytérianisme. A ce moment maintes spoliations eurent lieu ; mais aussi maintes transactions se firent de la nature de celle dont parle O’ConnelI dans ce que nous citons de lui.
- intermédiaire, une classe qui s!appuyant sur les petits cultivateurs, c’est-à-dire la majorité de la nation, ouvrirait à son pays les voies à la liberté politique et arriverait ainsi légalement, constitutionnellement, à la réforme sociale. Il croyait que s’il y avait lutte à main armée et que la victoire restât à ceux dont il avait épousé la cause, le lendemain de cette victoire les vainqueurs se regarderaient, comme on le dit familièrement, entre les deux yeux et s’adresseraient une autre question dont la solution devrait aussi se faire par les armes, Donc, paraît-il, conquête des droits politiques d'abord : YIrlande aux Irlandais, puis Réforme sociale : la terre à ceux qui la cultivent.
- Nous allons essayer de justifier cette explication par quelques faits qui du reste sont loin d’être une superfétation dans cette étude de la question irlandaise.
- {A suivre) C.-P. Maistre.
- PRIME AUX ABONNÉS DU « DEVOIR »
- L’excellent ronqan de Mme Marie Howland, IqA Pille de son Père, que le Devoir a publié dans ses colonnes et dont nos lecteurs n’ont certainement pas oublié la grande valeur, vient d’être édité en un fort volume in-12 de 620 pages.
- Ce roman gagne beaucoup à être relu en volume. On sent mieux ainsi toutes les qualités de l’œuvre de Mme Howland : détails piquants sur les côtés les plus intéressants de la société américaine, réflexions sur les questions sociales rendues plus sensibles encore par le déroulement de l’action, vues généreuses et hardies sur des idées encore nouvelles, enseignements utiles sur tout ce qui a tirait aux droits de la femme.
- Loin de gaspiller son talent a la recherche de l’ignoble, comme le font de nos jours un trop grand nombre de romanciers français, Mme Howland nous fait voir par ce volume quel beau rôle social, quelle mission supérieure la littérature américaine confie au roman.
- Nul doute que tous nos lecteurs ne tiennent a se procurer cette belle œuvre, soit pour la mettre à une des places d’honneur de leur bibliothèque, soit pour l’offrir en cadeau.
- Le prix de librairie du volume est de 3 francs 50, toutefois, la direction du Devoir, pour être agréable a ses abonnés d’un an, le leur accorde
- EIY PRIME
- rendu franco à domicile, contre l’envoi de 3 francs fait au bureau du Devoir.
- Le Directeur-Gérant : Godin
- Saint-Quentin — lmp. de la Société anonyme du Glaneur
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- numéro hebdomadaire 20 c.
- DIMANCHE 21 MARS 1880
- BUREAU
- A GUISE ( Aisne ).
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant. Fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE par l’envoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France
- Un an. .
- Six mois .
- Trois mois.
- 10 t. 6 3
- Pays d’Europe
- Un an. . . . il f. »» Autres pays Un an. . . . 13 f. 60
- Rédacteur en chef : M. Ed. Champury
- ON S’ABONNE
- A PARIS
- 5,r.Neuve-des-Petits-Ghampg
- Passage des Deux-Pavillons)
- S’adresser à M. LEYMARIE, administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
- AVIS AUI LECTEURS
- Nous avons la satisfaction d’annoncer a nos lecteurs que le Roman dont le devoir doit commencer la publication au mois d’Avril prochain, compte aujourd’hui, non quinze éditions comme nous l’avons dit par erreur, mais
- 38 ÉDITIONS,
- qu’il s’en est vendu aux États-Unis plus de 500,000 exemplaires et en Angleterre un chiffre énorme.
- LE DERNIER-NÉ DE GINX
- SA NAISSANCE ET SES AUTRES INFORTUNES a pour Auteur
- 1VI. Edward JENKINS
- Membre du Parlement britannique dont la vie est consacrée a la propagation et à la défense de toutes les idées de -progrès.,
- M. Edward JENKINS compte au rang des hommes politiques dont s’honore l’Angleterre.
- Le Roman dont le devoir va commencer la publication est, du premier mot au dernier, v-ne oeuvre pleine de verve et d’humour. Sous la forme la plus piquante et la plus animée, l auteur montre l’insuffisance des germes d’ins-titutions protectrices des classes laborieuses,
- particulièrement en Angleterre où l’histoire se passe.
- Le dernier-né de Ginx est le treizième enfant d’un pauvre travailleur incapable de gagner de quoi soutenir une aussi nombreuse famille. Quel aide le père accablé de cette dernière charge, peut-il trouver dans la société?
- C est ce que nous apprend l’ouvrage en question.
- Nous ne pouvons mieux faire, pour indiquer au lecteur l'esprit du livre que de donner ici les titres des cinq divisions principales du roman :
- I. Ce que le père fit de l’enfant.
- I.T. Ce que firent de lui la charité et les églises.
- III. Ce que fit de lui la paroisse.
- IV. Ce que les clubs et les hommes politiques firent de lui.
- Y. Ce que le dernier-né de Ginx fit de lui-même.
- Bien que comprenant cinq parties, l’ouvrage est court, l’action marche rapidement, et le lecteur vivement intéressé, acquiert sans effort la connaissance des situations et des besoins dont l’auteur a jugé utile de présenter l’inoubliable tableau.
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- SOMMAIRE
- Avis aux lecteurs, — Mutualité sociale et associa-tion du capital et du travail. — La liberté d'enseignement et la situation actuelle. — Semaine politique. — Notes d'un liseur. — Le socialisme en Allemagne. •— Caisse de retraite pour les travailleurs. — Petites nouvelles. — Situation des ouvriers belges« — L'Ecole secondaire des jeunes filles à Genève. — L’Irlande. — Bibliothèque d,u Faynilistère. — Bulletin bibliographique. — Discussion contradictoire. — Prime aux abonnés. — Variétés.
- MUTUALITÉ SOCIALE
- ET
- ASSOCIATION DU CAPITAL ET DU TRAVAIL
- OU
- EXTINCTION DU PAUPÉRISME
- Par la consécration
- du droit naturel des faibles au nécessaire et du droit
- des travailleurs à participer aux bénéfices de la production.
- Tel est le titre d’un ouvrage actuellement sous presse, dans lequel M. Godin publie les statuts et réglements de l’Association du Familistère.
- Nous avons la satisfaction d’annoncer à nos lecteurs que « le Devoir, » k partir du mois d’avril prochain, commencera la publication des premiers chapitres de ce volume.
- L’Association du Familistère qui, fondée au capital de cinq millions, appelle à la participation des bénéfices de l’industrie environ un millier dq travailleurs, employés et ouvriers, et qui consacre d’une façon légale, au profit de ces travailleurs et de leurs familles, les institutions de prévoyance et de protection mutuelles propres à donner à chacun les garanties nécessaires à l’existence, est un fait trop considérable pour ne point soulever la plus vive attention.
- Déjà, en Angleterre et en Amérique, les penseurs qui connaissent les travaux accomplis par M. Godin se préoccupent de faire traduire, aussitôt sa publication, l’ouvrage dont nous parlons.
- Exposant des faits qui depuis trente ans se sont lentement et laborieusement ajoutés les uns aux autres, cette œuvre offre le tableau le plus complet de c,e qu’il est possible de réaliser
- aujourd’hui, soit dans la voie de la répartition équitable des bénéfices de la production, par l’Association du capital et du travail, soit dans la voie de l’organisation partielle ou complète de la mutualité pour donner aux citoyens ies garanties dont la vie humaine a besoin.
- La question sociale, si anxieusement envisagée de nos jours dans tous les pays civilisés, trouve dans ce volume les éléments d’une solution pacifique dont un des grands mérites est de se prêter aux combinaisons les plus propres à concilier les parties intéressées.
- Ce nouvel ouvrage de M. Godin débute par des notions préliminaires concernant les principes philosophiques, sociaux et économiques qui ont guidé l’auteur dans ses travaux..
- Viennent ensuite les statuts de l’Association coopérative du capital et du travail, réalisée au Familistère, Ces statuts déterminent les droits et devoirs des membres de l’Association, règlent les questions de gérance, de direction et de travail, et précisent quelle part doit-être faite annuellement à la prévoyance sociale, sur les bénéfices de la production après paiement des salaires et des intérêts et avant tout partage de bénéfices entre les divers éléments producteurs.
- Les statuts fixent ensuite les bases de la répartition équitable des bénéfices entre le capital et le travail, ce dernier étant représenté par le personnel des employés et ouvriers. La répartition se fait entre les divers éléments de la production selon l’importance de leur concours respectif dans la création des bénéfices.
- L’organisation des institutions de prévoyance mutuelle qui garantissent les travailleurs et leurs familles contre le besoin ou l’abandon en cas de maladie, d’infirmité, de vieillesse, etc... est exposée dans la deuxième partie du livre sous le titre ; Assurances mutuelles.
- La troisième partie comprend le réglement d’ordre intérieur concernant les fonctions et les services dans l’Association et l’accès aux emplois de tous ordres par le concours et réfection, système dont les conséquences peuvent être si fécondes en' résultats avantageux pour l’organisation des pouvoirs dirigeants.-. .... oi
- Des tables analytiques facilitent au lecteur l’étude de ce premier Code du Travail.
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- IA LIBERTÉ D’ENSEIGNEMENT ET LA SITUATION ACTUELLE
- La Chambre des Députés en interdisant aux congrégations non autorisées la possibilité d’enseigner et le Sénat en rejetant cette interdiction ont créé un conflit dont la solution est d’autant plus difficile que la lutte a été mal engagée. Dans les deux camps on a tort- A droite les intentions réelles ayant honte d'elles-mêmes prennent pour masque les principes du libéralisme ; à gauche la politique de combat mitigée d’opportunisme fait proposer des mesures destinées à flatter des passions et non à consacrer des principes. Il résulte de cette double tendance que les rôles sont intervertis : les ennemis les plus implacables de la société moderne se donnent l’avantage de poser en champions de la liberté pour tous, tandis que les légitimes défenseurs des idées républicaines se donnent le tort de restreindre la liberté d’enseignement et de combattre celle d’association.
- La nation sera-t-elle dupe de cet intervertissement des rôles ?
- Nous ne le pensons pas.
- Elle comprend à'merveille que le subit amour des réactionnaires pour la liberté n’est en réalité que l’amour d’un statu quo favorable à la conservation des idées rétrogrades et nuisible à la diffusion des idées progressistes. Elle ne tardera pas à comprendre que tout le mouvement soulevé par la gauche contre un petit nombre de congrégations non autorisées a pour but principal de donner le change aux électeurs : on annonce avec grand fracas que l’on va ouvrir le feu contre les empiétements du clergé et en même temps on alloue à ce même clergé un budget énurine que l’on augmente en moyenne de 110 à 120 mille francs par an.
- De quel terme qualifier une telle duplicité de conduite ? Et comment la concilier avec les promesses faites aux électeurs ?
- Nous en sommes arrivés à ce point que toutes les institutions franchement républicaines, la liberté de la presse, la liberté de réunion, la liberté d’associa-tion, sont combattues par la majorité républicaine de la Chambre comme pouvant fournir des armes nouvelles au clergé.
- Ainsi pour empêcher les empiètements de la curie romaine, la France continuera à être gouvernée par les lois de l’empire ; la forme du pouvoir exécutif aura changé mais les. lois sur lesquelles il s’appuie seront toujours les mêmes ; le mot de République restera inscrit sur ce morceau de papier qui s’appelle
- la Constitution, mais avec ce correctif que les mœurs républicaines demeureront interdites à la population.
- En vérité c’est à n*y pas croire ; et pourtant c’est comme cela. A plusieurs reprises des déclarations très-caractéristiques ont été faites à la tribune. Tout récemment encore, le président du Conseil ne déclarait-il pas au Sénat que l’opinion bien arrêtée du gouvernement est de ne jamais reconnaître aucune espèce de droits aux associations non autorisées, qu’elles soient religieuses ou qu’elles ne le soient pas. Cette déclaration est significative. Elle prouve que nous ne sortirons pas de sitôt des errements autoritaires. Elle est même de nature à effrayer si l’on se rappelle comment s’accorde ou se refuse aux associations l’autorisation légale. Pour présider à une décision aussi grave il n’y a pas la moindre règle, pas l’ombre d’un principe. Le pouvoir exécutif fait ce que bon lui semble. Il ne consulte personne pour cela et personne n’a de compte à lui demander de sa décision. C’est le bon plaisir sous sa forme la plus absolue.
- La nation n’a pas lieu d’être satisfaite. Elle attendait mieux du ministère actuel.Elle comptait obtenir de lui les libertés qu’elle réclame avec tant d’ardeur et depuis si longtemps. Au lieu de cela elle se trouve en face d’une situation à peu près semblable à celle dont elle a souffert ces années dernières.
- Les acteurs sont autres et les décors ont été changés, mais la* comédie reste la même. Les ficelles et les trucs ont été remis à neuf, mais ce sont toujours des ficelles et des trucs. Les grands effets s'obtiennent toujours par le même procédé ! Sous l’empire c’était le spectre rouge et l’hydre de la démagogie ; sous le septennat c’était le fantôme de la Commune renaissante et du socialisme latent ; gous le régime actuel c’est le spectre noir, le spectre du cléricalisme et de la théocratie. On a mis une soutane au spectre, voilà tout.
- Les spectateurs commencent à croire que l’on se moque d’eux. Ce n’est pas pour cette comédie-là qu’ils ont payé. Ils la connaissent depuis trop longtemps et ils en ont, comme on dit familièrement, plein le dos. Ils n’ont même pas de plus cher désir que de s’en voir débarrassés au plus tôt.
- D’autre part il est incontestable que la morale jésuitique à quelque chose de révoltant. De nouvelles révélations ont été faites et l’on a pu se convaincre que tout ce qui avait été dit auparavant sur l’écœurante immoralité dès prescriptions jésuitiques est encore inférieur à la réalité ! La cause des jésuites n’est plus à défendre ; elle n’est même plus à juger ;
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- depuis longtemps déjà elle est condamnée par toutes les personnes qui ont souci de leur dignité. Elle est même tellement condamnée que les rares individus qui prennent parti pour elle n’osent pas l’avouer et affectent de parler en faveur de la liberté !
- Mais la meilleure manière de combattre ce virus moral consiste-t-elle à le proscrire parla loi? Pense-t-on que des mesures matérielles puissent entraver un fléau moral ? Que peuvent les gendarmes contre la perversion des idées ? Vous condamnerez les jésuites au silence, vous les expulserez du pays, et vous croyez que cela suffira pour extirper leur influence. Illusion. Le catholicisme tout entier est imprégné de leurs théories. Pour un membre de l’ordre que vous chasserez, il restera dix mille jésuites non ordonnés que vous ne chasserez pas. Les hommes les plus influents du parti vous échapperont. Vous proscrirez les Pères Tel et Tel dont on n’a jamais entendu parler, mais les rédacteurs de T Univers resteront à leur place.
- L'expérience a été faite ailleurs, en Suisse. Voyez ce qui s’y passe. A la suite de la guerre civile du Sun-derbund fomentée par les Jésuites, leur corporation et celles qui lui sont affiliées, ont été expulsées. L’expulsion a même été inscrite dans la constitution fédérale de 1847 et maintenue dans celle de 1874. Le jésuitisme est-il annulé en "Suisse pour cela? Pas le moins du monde. Il a changé de forme, voilà tout. Dans quelques cantons l’enseignement est aux mains de personnages complètement civils, mais qui n’en sont pas moins, au point de vue moral, de vrais jésuites. Dans le Valais, dans le Tessin et à Fribourg ils détiennent même le pouvoir.
- Ainsi les précautions prises contre eux ont été impuissantes, partout du moins où l’on s’est borné à l’exclusion. Si dans les autres cantons ils n’ont pas reparu, c’est que dans ces cantons l’Etat, les communes ou l’initiative privée, par le développement de bonnes écoles laïques, leur ont fait renoncer à tout espoir de nouvelle influence.
- Eh bien! c’est ainsi que nous devrions agir en France. Vous parlez d’expulser les jésuites et quelques autres corporations non reconnues. Cela fermera un certain nombre de collèges et portera le coup de grâce aux universités catholiques. Soit. Mais cela supprimera-t-il cet immense fléau de l’enseignement primaire aux mains des Frères de la Doctrine chrétienne, congrégation autorisée qui compte des millions d’élèves et qui les forme aux mêmes principes que les jésuites.
- Le vrai moyen d’extirper ce fléau de l’instruction cléricale c’est de lui donner un contre-poids Proclamez la liberté d’association, la liberté d’associa-
- tion, la liberté des cours et conférences, la liberté <ie la presse et vous verrez l’initiative privée surgir et organiser à côté de l’enseignement clérical, malg^ lui et contre lui, un autre enseignement qui réduira bien vite à néant l’influence des frères et celle des jésuites.
- L'enseignement des congrégations est trop con. traire au bon sens, à la science et à la morale pour pouvoir soutenir la lutte contre l’enseignement ra-tionnel, scientifique et moralisateur que ne manque-raient pas d’organiser des associations laïques si ia liberté d’association existait. Nous demandons qü’ûn laisse toute liberté aux universités catholiques, à U condition toutefois qu’on permette à la libre pensée de créer, elle aussi, des universités. Or c’est juste-ment là ce qu’on lui interdit. Le premier projet de loi sur l'enseignement supérieur stipulait dans son article 4 que les communes étaient autorisées à fonder et à entretenir des établissements d’enseigne-ment supérieur placés sur le même rang et jouissant des mêmes abantages que ceux de l’Etat. C’était permettre à la Ville de Paris et peut être à d’autres grandes villes de fonder des universités qui, bien certainement, auraient .été moins routinières que l’Université de l’Etat. C’était introduire la concurrence et par conséquent entretenir l’émulation dans l’enseignement. Par malheur on a modifié cet article 4 et l’on n’a pas maintenu aux communes le droit de développer dans leur sein l’instruction supérieure.
- Cette mesure illibérale aura pour plus clair résultat de maintenir l’ignorance et de favoriser la routine. Nous voudrions que non-seulement les communes mais que les associations de toute nature et même les individus pussent fonder des établissements d’instruction à tous les degrés, en laissant, bien entendu, entre les mains de l'Etat, la collation des grades qui accordent un monopole. Il y a aui Etats-Unis des universités fondées par des particuliers et ce sont les meilleures universités américaines. Il y a à Bruxelles une université libre et ce n’est pas la moins bonne de la Belgique.
- L’Etat ne doit pas tout faire. Dans une république il est même nécessaire qu’il ne fasse pas tout. Les communes et surtout l’initiative privée doivent prendre leur part de la tâche. Il faut que l’enseignement soit ouvert à la bonne volonté de chacun. Les sages mesures ne consistent pas à fermer des écoles à l’erreur, mais à en ouvrir à la vérité. La concurrence en matière d’enseignement est sans danger quand elle est permise à chacun. Les bonnes causes n’ont rien à craindre de la concurrence ; la vérité n’â
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- rjen à craindre de la contradiction. C’est une vannage .je. ies pailles sans valeur sont emportées, le bon ain reste seul. Ne faites pas de l’enseignement une maison close, car dans les maisons closes l’air se
- vicie.
- Celui qui veut que la lumière inonde ses apparte-tements et que l’air pur y circule doit ouvrir portes et fenêtres toutes grandes. De même la nation qui veut voir l’instruction se répandre dans son sein, le personnel enseignant augmenter de valeur et les méthodes s’améliorer, doit laisser chacun libre d’enseigner d’après toutes les méthodes. Les résultats ne tarderont pas à se produire et la faveur publique reviendra aux plus méritants. La liberté est comme la lance d’Achille : elle guérit les blessures qu’elle fait •
- Et vous MM. les Députés, pour excuser vos mesures illibérales, ne venez pas dire que vous luttez contre le clergé parce que le clergé est si riche qu’il écraserait toute concurrence, car nous vous ferons une réponse bien simple. Si le clergé est si riche, c’est parce que vous, Députés, vous le payez grassement et chaque année davantage. Si au lieu de lui jeter plus de 53 millions de francs par an vous ne lui donniez pas un centime et que vous reportiez cette somme sur l’instruction publique, la puissance du clergé serait en bien peu de temps réduite à des proportions voisines de zéro.
- Quoi 1 vous criez bien fort : « Le cléricalisme, voilà l’ennemi 1 » et vous n’avez rien de plus pressé que de voter et d’augmenter le budget des cultes ! Mais soyez donc conséquents avec vous-mêmes ! Si vous voulez lutter gardez-vous de donner à vos adversaires des capitaux qu’ils retourneront contre vous et si vous ne voulez pas lutter cessez de vous poser en combattants. Oui, le cléricalisme est un des ennemis de la république, mais la république a un autre ennemi non moins grave, c’est la tactique qui consiste à tromper l’électeur, à lui promettre ce que l’on ne fera pas et à faire le contraire ce qu’on lui a promis. Ed. Champury.
- LA SEMAINE POLITIQUE
- r s,lr l’enweiguement supérieur. —
- ci? r 081 a Procédé lundi à la seconde lecture de la lo:
- r i euseigneinent supérieur. Cette discussion, qui nt pouvait apporter aucunjchangenu'nt Important au vot( e mardi denmy. a débuté par un long hors-d’œuvre de ' Gavardie, dont l’insanité dépasse tout ce qu’or er’ ,Eusuite le Sénat a rapidement voté les sii Efs articles de la loi. Sur l’article 7, M. Pelletan i rr>mi? parole’ et’ comme membre de la minorité de h bSSÏÏ®810?’ 11 a. demaudé que le Sénat procédât-à, ur na vote qui pouvait, dans une certaine mesure
- rectifier ou changer celui de mardi. M. de Freycinet est alors monté à la tribune, non pas pour s’opposer au vote, mais pour donner quelques explications. Il a déclaré que le gouvernement ne se rendrait pas à l’appel de M. Dufaure, en proposant une transaction, « parce que. dans sa pensée, l’article 7 était lui-même la transaction. » Le premier'ministre a ensuite constaté, en termes d’une tranchante précision, la situation créée par le rejet de l’article 7. « Cette transaction écartée,-a-t-il div, nous n’avons aperçu d’autre solution que , l’application des lois, et le gouvernement a dû accepter la situation qui résulte pour lui du vote du Sénat. » L’application des lois : toute la séance est dans ces trois mots du président du conseil. Le vote a été ce qu’on devait attendre : 132 voix se sont prononcées pour l’article et 149 contre; la majorité, qui était, mardi, de 19 voix, s’est trouvée réduite à 17. Ce résultat est insignifiant, et il est dû à quelques rectifications de vote. M. Albert Grévy, par exemple, qui ne pouvait pas voter mardi, a voté hier; M. Garnier que l’on croyait s'être abstenu au premier scrutin, a pris part au second, etc. Enfin, le Sénat a émis un vote général sur l’ensemble de la loi. Sur 390 votants, 187 ont voté pour l’ensemble et 103 contre.
- Le lendemain, mardi, au commencement delà séance, M. le ministre de l’instruction publique avait déposé sur le bureau de la Chambre des députés le projet de loi modifié par le Sénat. Après la discussion de l’interpellation, dont nous parlons ci-après, M. Spuller a donné lecture d’un rapport concluant à l’adoption de ce projet qui consacre définitivement la restitution à l’Etat de la collation des grades et la liberté des cours individuels. L'ensemble de ce texte législatif a été adopté sans débat par 376 voix conLe 93.
- *•
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- L’interpellation. — Le rejet de l’article 7 par le Sénat a eu hier à la Chambre le contre-coup qu’on prévoyait. Les présidents des quatre groupes républicains ont fourni l’occasion au gouvernement, en lui adressant une interpellation, de déclarer quelle conduite il compte suivre à l’égard des congrégations religieuses non autorisées. Alors, M. le président du conseil, après avoir répété ce qu’il avait dit au Sénat : qu’il ne reste plus qu’à appliquer les lois existantes, a ajouté que le ministère se chargeait de faire cette application, mais qu’il réclamait pour cela sa liberté d’action et un vote _de confiance de la Chambre. Après une piteuse et vaine protestation de quelques orateurs de la droite contre la déclaration ministérielle et une réplique admirablement éloquente de l’honorable M. Madier-Montjau, qui a marqué au fer rouge les jésuites et leurs congénères. M. Devès a déposé, au nom de l’union républicaine, de la gauche et du centre gauche, un ordre du jour ainsi conçu :
- « *La chambre, confiante dans le gouvernement et comptant sur sa fermeté pour appliquer les lois relatives aux congrégations non autorisées,- passe à l’ordre du jour. »
- Comme M. de Freycinet n’avait donné aucune explication sur les mesures qu’il projetait et q»’ib n’avait point fait connaître les tempéraments et les délais qui pouvaient lui sembler nécessaires, l’extrême gauche a pensé qu un vote de confiance absolu était peut-être excessif et, par l’intermédiaire de M. Madier, elle a déposé l’ordre du jour suivant :
- « La Chambre, invitant le gouvernement à appliquer toutes les lois aux congrégations non autorisées, passe à l’ordre du jour. »
- Nous ne parlons pas dés ordres du jour plus ou moins fantaisistes de messieurs les bonapartistes, non plus que de l’ordre du jour pur et simple demandé par M. Keller qui a, été rejeté par 372 voix contre 98. Bref, par 324 voix coûtre l3o, l’ordre du jour de confiance a été voté. Jamais ministère n’a eu situation plus belle ; c’est à lui maintenant de justifier le vote de confiance qûi lui a été, accordé avec tant de bon vouloir et de loyale sincérité. Il a réclamé sa liberté d’action. £h bien ! qu’il agisse !
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- Le tarif de» douanes - La Chambre continue toujours la discussion du tarif des douanes, sans aucun plan déterminé, car les députés ne sont guidé3 par aucun principe bien arrêté. Voiei les principales décisions prises par la Chambre :
- Deux amendements, tendant à frapper la laine d’un droit de douane, ont été successivement repoussés, conformément à l’avis de la commission et du gouvernement. La laine étrangère entrera donc en franchise à titre de matière première indispensable à l’industrie française, et parce que notre industrie ne pourrait pas supporter la concurrence étrangère si la matière première qu’elle emploie lui arrivait enchérie par un droit de douane. La Chambre a adopté par 250 voix contre 222 le droit de 1 fr. 50 c, proposé par la commission sur les moutons : le gouvernement demandait un droit de 50 c. seulement. La commission l’a emporté également en ce qui concerne les porcs : 229 voix contre 216 se sont prononcées pour le chiffre de 1 fr. 50 c. qu’elle opposait aux 50 c. demandés par le gouvernement, Par 319 voix contre 138, on a voté l’exemptiou de tous droits sur les suifs. Un droit de 10 fr. par 100 kilog- sur le poisson a été adopté. Le maïs, le seigle, l’orge, le sana>-pris et leurs farines ont été exemptés de droits : le droit de 0 fr. 60 c. par kilog. appliqué au blé étranger a été maintenu comme simple droit de statistique. La diseuse-se ^poursuit oscillant étrangement, on le voit, entre la protection et le libre échange.
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- Eleetiom?* sénatoriale» et législatives. — Des élections sénàtoriales et législatives ont eu lieu dimanche. Dans le Bhône. deux candidats républicains, MM. Vallier. vice-président du conseil général, et M. Edouard Millaud, député, ont été élus à la presque unamité.
- Les élections législatives se sont produites : l’une, à Mirande, dans le département du Gers, l’autre à Rambouillet, dans le département de Seine-et-Oise, et la troisième à Narbonne, dans le département de l’Aude. A Mirande, il s’agissait de remplacer M. Granier de Cas-sagnac. Un de ses fils, M. Georges de Cassagnac, se présentait, et il a été élu. Il a eu 11.372 voix, tandis que le candidat républicain, M. Sansot, n’en a réuni que 7.993. Tout en regrettant ce résultat, nous n’en sommes pas surpris. La famille de Gassagnac a une grande et vieille influence dans le département du Gers, et la lutte contre un de ses membres était particulièrement difficile dans l’arrondissement de Mirande. M. Sansot a fait preuve de courage, et son nom a servi de point de ralliement à un nombre de républicains plus considérable qu’on n’aurait pu le croire.
- Dans le département de Seiue-et-Oise, c’est le candidat républicain, M, Ferdinand Dreyfus, qui i’a emporté. Il a eu 8.S08 voix, tandis que son concurrent bonapartiste, M. Maurice Richard, n’en a eu que 5.618. Nous ne parlons que pour mémoire d’un candidat royaliste, M. Robinet de Gléry, porté par les pères de famille ennemis de l’article 7. Cette manifestation a piteusement échoué. M, Robinet de Gléry a obtenu 755 voix. A Narbonne, le ballotage entre les trois candidats républicains, a été favorable à M, Labadié, nuance union-républicaine.
- * »
- IL© gonvernement die l’Algérie. — Cette semaine a paru au Journal officiel le décret nommant M. Albert Grévy gouverneur général de l’Algérie. Dans la séance d’hier, la démission de M. A. Grévy de ses fonctions de député avait été acceptée par la Chambre* et le Sénat l’avait proclamé sénateur inamovible. On sait qu’il y a incompatibilité légale entre la qualité de député et la fonction de gouverneur général, mais que cette incompatibilité n’existe pas peur les sénateurs. M. Albert Grévy, député, n’avait donc pu être gouverneur général qu’à titre de mission temporaire et renouvelable. Devenu sénateur, il est nommé gouverneur général à titre définitif.
- Disons en passant qu’un différend grave a surgi entre !
- M. Grévy et son secrétaire général M. Journault, ancien député de Seine-et-Oise, qui a donné sa démission, g paraît, si l’on en croit la presse algérienne, qu’il règQe dans la colonie un certain mécontentement contre M. Albert Grévy, à qui on reproche une tendance fâcheuse l’autocratie.
- * *
- Le inilitHrisme pruss en. — La commission du Reichtag, chargée d’examiner le projet de loi portant augmentation de Teffectif de l’armée, a déjà terminé sa tâche ; au moment de mettre sous presse nous apprenons qu’elle a adopté le projet par 13 voix contre 8.
- Ce résultat était prévu. Il en sera sans doute de même au Parlement, où. le parti du centre, les progressistes quelques alsaciens-lorrains et quelques nationaux-libé-raux seront peut-être les seuls à voter le rejet de la loi.
- Au dîner politique où le chancelier de l’empire a toui ché, d’une main un peu rude, à toutes les questions du jour, il a parlé aussi de l’inviucible répugnance de l’empereur Guillaume pour toute mesure qui tendrait à diminuer les années de service. Allons, l’Allemagne n’est pas près de se dérober aux étreintes de la main de fer du militarisme prussien, fléau détestable qui gangrène l’Europe, car les nations du continent sont bien forcées d’imiter l’exemple des Allemands, pour peu qu’elles tiennent à conserver leur indépendance et l’intégrité de leur territoire. U Economiste de Londres calcule que l’Europe dépense quatre milliards et vingt-trois millions annuellement, pour ses armées et ses marines. Voici comment se répartit cette somme formidable entre les principaux pays : la Russie 912,590,000, l’Angleterre 806,200,000, h France 675,000,000., l’Allemagne 533,000,000, l’Autriche, 278,000,000, l’Italie 231,000,000, l’Espagne 150,000,000, la Turquie 125,000,000. Que de forces perdues pour le progrès !
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- IL©» iortilieatioïs» »u.i»»e». — Le mouvement en faveur de la construction de forteresses permanentes pour la défense de la Suisse continue à gagner. La question n’est maintenant plus considérée comme militaire, elle est devenue populaire et commence à être discutée d$,ns la presse et dans les réunions des habitants des grandes villes.
- Les frais des fortifications s’élèveraient à vingt-six millions de francs environ ; et pette somme pourrait être levée au moyen d’un emprunt, dont les intérêts seraient payés par un monopole sur le tabac.
- Quelle plaie que cet esprit belliqueux .qui souffle en ce moment sur l’univers entier !
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- L’afliouço austro-aflomunde. t- A une
- très forte majorité, la Chambre des députés de Vienne a voté la construction du chemin de fer de l'Arlberg, qui, eq unissant Vienne à la Suisse, rendra l’Autriche Hongrie économiquement indépendante de l’Allemagne. Au cours de la discussion de ce projet de loi, un député polonais, M ijaussner, Rapporteur de la commission, après avoir démontré la nécessité de construire la ligne projetée, s’est déclaré, aux applaudissements de la droite, adversaire déclaré de l’alliance austro-allemande qui, d’après lui, n’est qu’une duperie, tant au point de vue politique qu’économique.
- Ce langage excessif est énergiquement réprouvé par les journaux de Vienne, favorables à l’Allemagne, tels que 1 a Nouvelle Presse libre et la Gazette allemande. La Presse, qui a, comme on sait, des attaches officieuses, tout en blâmant « la sortie intempestive » de M. Jïaus$-ner, ne méconnaît pas les avantages d’une ceRtaine inr dépendance dans la politique extérieure ; mais elle estime que j’entente austro allemande est une question d’intérêt autrichien, et qu’il eût mieux valu « se tafrp sur le grain de vérité contenu dans ce qui a été dit, qnê d’en faire l’objet d’une telle déjpppstration parlementaire. »
- Il n’est pas moins certain que cette jpanilfestation dû député polonais et les applaudissements qui l’ont ac-
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- cueillie prouve qu’il existe jusqu’au sein du reischrath autrichien un courant d’opinion très prononcé contre ,-aiiiance austro-allemande, qui n’est défendue que par les députés autrichiens d’origine allemande.,
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- interpellations italiennes. — Depuis plusieurs jours, la politique extérieure du cabinet Cai-roli est attaquée et défendue de droite et de gauche, à la Chambre des députés italienne, dans une longue série d’interpellations présentées à l’occasion du budget des affaires étrangères. Le gouvernement se taisait, ayant l'intention de répondre à tous et sur tout en une seule fois. Mardi, enfin, le président du conseil a pris la parole. Il nous est impossible de résumer la ÎODgue analyse télégraphique de son grand discours.
- M. Cairoli a défini la politique suivie par l’Italie au I congrès de Berlin, et il a nié que l’Italie soit sortie du I congrès à l’état d’isolement. Sur la question délicate de I Y Malte irredenta et des rapports avec l’Autriche,la droite I avait accusé le ministère de faiblesse envers les irre- 1 dentistes, et d’attitude de mauvais voisin envers l’Au- 1 triche, tandis que M. Gris pi soutenait qu’il n’y a rien à | faire contre le parti de l'Italie/, irredenta. Le ministre g paraît avoir pris rengagement formel d’empêcher tout ce § qui pourrait altérer les bonnes relations avec l’Autriche. 1
- Nous renonçons à mentionner les questions sans 1 nombre traitées dans ce discours d’ensemble dont nous venons de signaler le point important. Les dépêches des agences disent que le discours a été très applaudi.
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- Lft dissolution en Angleterre. — C’est le 24 mars, le chancelier de l’échiquier l’a annoncé à la Chambre des communes, que le Parlement sera prorogé et qu’une proclamation royale annoncera ensuite sa dissolution. En attendant, l’opposition lihérale se prépare aux élections en attaquant à la Chambre des communes, le budget préparé, et à la Chambre des lords, le premier manifeste électoral du gouvernement : la lettre de lord Beaconsfield au vice-roi d’Irlande. M. Gladstone a attaqué le budget, et lord Beaconsfield a défendu sa politique et sa lettre II convient de signaler l’attitude de lord Derby qui vient de publier une lettre fort importante. L’ancieD chef du foreign-office dans le cabinet Beaconsfield y déclare que « comme il ne peut soutenir le gouvernement actuel, et comme la neutralité, qu’il pourrait préférer par sentiment personnel, serait, au milieu d’une crise politique, une désertion d’un devoir public, il ne jjeut faire autrement que de se ranger, quoique à regret, dans les rangs de l’opposition. » Le comte de Derby n’adopte pas formellement, on le voit, les principes du parti libéral ; mais il apporte à ce parti le concours de son nom et de son influence. C’est un utile appoint.
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- lues frontières Helléniques. — Cette question dont nous avons cessé de parler est toujours peu dante. Elle va entrer dans une nouvelle phase grâce à l’intervention des puissances. Sir II. Layard, ambassadeur d’Angleterre, a officiellement informé le gouvernement ottoman de la résolution prise par les puissances qui ont pris part au traité de Berlin. Il s’agit de la nomination d’une commission internationale, qui se rendra sur les lieux pour tracer la nouvelle frontière. La Porte a immédiatement soulevé des difficultés. Il fallait bien s y attendre, car elle avait réussi à faire traîner cétte question si longtemps au milieu de l’indifférence de 1 Europe, qu’elle pouvait s’imaginer qu’une solution ne viendrait jamais. L’entente des puissances l’a très désagréablement surprise. Elle a demandé tout d’abord à se ^aire représenter dans la commission, et l’ambassadeur d Angleterre n’a pas réussi à la convaincre que c’était chose impossible. Ensuite, elle a soulevé une objection assez curieuse : elle né peut, a-t-eÜo dit, garantir lasé-cunté des membres de la commission. Cet aveu d’impuissance est assez singulier, Faudra-t-il donc que les puissances envoient des troupes pour escorter les membres de la commission ?
- JL’wgitatenr Koarstey. — L’opinion publique s’est fort occupée, l’an dernier, de l’agitateur socialiste Kearney qui a joué un si grand rôle, récemment en Californie. Les beaux jours de ce puissant orateur populaire semblent passés. Non content d’avoir fait changer la constitution de l’Etat californien, il avait organisé un mouvement contre les Chinois quïl menaçait d’extermination, s’ils ne retournaient pas dans leur pays. Mais il s’est formé une Union protectrice pour résister à Kearney et à ses partisans. Kearney a été arrêté. La liberté provisoire sous caution lui a été refusée, et il vient d’être condamné « pour langage incendiaire » à six mois de prison et à mille dollars (S,000fr.) d’amende. L’agitateur ne s’attendait, dit-on, qu’à une condamnation pour la forme. Le gouvernement fédéral des Etats-Unis ne sera donc pas obligé d’intervenir pour assurer aux Chinois émigrés en Californie la sécurité dont ils doivent y jouir, d’après le droit et d’après les traités conclus par les Etats-Unis et la Chme.
- NOTES D’UN LISEUR.
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- Dans le mariage, la femme est serve :
- Devant l’instruction nationale, elle est sacrifiée ; Devant ie travail, elle est infériorisée ;
- Civilement, elle est mineure ;
- Politiquement, elle n’existe pas ;
- Elle n’est l’égale de l’homme que quand il s’agit d’être punie et de paver les impôts.
- Mme Jenny P. b’Hérico«»t.
- LE SOCIALISME EN ALLEMAGNE
- Il est intéressant de suivre la lutte des démocrates socialistes allemands avec le régime militaire qui tient ce grand pays sous sa botte.
- Aussi croyons-nous être certains de faire plaisir à nos lecteurs en mettant sous leurs yeux le compte rendu suivant du discours prononcé il y a quelques jours au Reichstag par M. Bebel.
- Dans les motifs présentés à l’appui du projet qui demande la prolongation dé la durée de la loi contre les socialistes, a dit M. Bebel, le gouvernement soutient que le socialisme ne s’est maintenu que parce qu’on a fait accroire à ses partisans que la loi serait rapportée. C’est une erreur. Personne n’a cru cela»
- On a procédé avec ia plus grande rigueur aux expulsions autorisées par la loi. On a expulsé de préférence des pères de famille ; sur les cent trente personnes expulsées, vingt seulement n’étaient pas mariées. Frapper et anéantir la vie de famille est assurément une mesure très-efficace. Mais il est permis de s’étonner qu’on ait frappé un grand nombre de personnes qui sont inconnues à l’orateur et à ses amis et qui n’ont fait aucune espèce d’agitation. Les réclamations n’ont avancé à rien ; la police n’a jamais
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- daigné indiquer de motifs. Les réclamations sont d’ordinaire jetées au panier et souvent elles entraînent des conséquences fâcheuses pour ceux qui les présentent. L’autorité entretientun espion qui touche un traitement de 60 marks par mois et qui est tenu de travailler afin de pouvoir se mêler plus facilement aux ouvriers. Tout individu soupçonné d’être socialiste est surveillé par un espionnage tel qu’il n’a existé que du temps de la réaction et sous le second empire en France. Le député Fritzsche notamment, est l’objet d’une attention particulière.
- Quant aux femmes des sociaslites expulsés, un certain nombre d’entre elles ont reçu la visite d’employés qui leur ont fait des propositions malhonnêtes. L’orateur dit qu’il est prêt à donner des noms. Très souvent, ces femmes ne se sont débarrassées de ces gens qu’en les menaçant de faire usage de leurs balais.
- Le président de la police a repoussé avec une grande dureté toutes les demandes qui lui étaient présentées pour obtenir des délais pour la vente des affaires et des magasins. Le pharmacien Vogel, expulsé récemment, a été pendant des années membre du parti socialiste : mais depuis un assez long temps il s’est abstenu de toute action dans l’intérêt du parti. La police a surveillé le moindre pas fait par lui et s’est tenue constamment devant sa boutique, de façon à "lui nuire. Quand il a été expulsé, on lui a refusé tout délai pour la vente de sa pharmacie. « Elle se vendra bien sans vous, lui a-t-on répondu ; il fallait songer plus tôt aux conséquences que votre conduite pourrait entraîner pour votre famille. » Voilà la délicatesse de la police.
- Le fils d’un tailleur expulsé, Hillevig, a été conduit devant la présidence de la police de Berlin ; là, M. de Meerscheidt-Hullessem a commencé par le régaler de bière et de cigares, et puis il l’a questionné sur son père.
- Les plus simples lettres adressées à des personnes soupçonnées de socialisme ont été ouvertes et confisquées non par les tribunaux mais par la police. L’état des choses à Berlin ne justifie pas de pareilles mesures ; il ne justifie pas ceux qui d’une façon tout simplement criminelle enlèvent leurs moyens d’existence à tant de gens au moment où la misère est si grande.
- M. Bebel constate, en citant des exemples, qu’après avoir expulsé les socialistes, on les poursuit au dehors et on cherche à leur enlever tout travail et tout moyen d’existence.
- Au moyen âge on persécutait au nom de la religion ; on a persécuté les huguenots, les juifs et en
- général tous les hérétiques. Aujourd’hui on n’a pas renoncé tout à fait, il est vrai, à persécuter les juifs; mais en général on ne connaît plus que les persécutions politiques. Ces persécutions sont une honte pour l’Allemagne et en particulier pour le libéralisme allemand.
- Qu’a-t'On obtenu, du reste, avec ces persécutions f Vous n’avez pas tué le socialisme ; vous n’avez eu aucune façon réprimé le mouvement. Vous n’avez d’autre part rien fait pour remédier à la misère générale ; vous n’avez provoqué que la haine, et, comme vous avez affaire à des hommes, vous avez semé partout des pensées de vengeance. C'est vous qui avez fait cela et vous en serez responsables.
- CAISSE DE RETRAÏTEPOUR LES TRAVAILLEURS
- Nos lecteurs se rappellent sans doute la proposition faite par M. Martin Nadaud tendant à la création d’une Caisse nationale de retraite pour les vieux ouvriers de l’industrie et de l’agriculture. Nous avons examiné cette proposition dans nos numéros des 25 janvier et 1er février. Depuis lors elle a été prise en considération et renvoyée à la 16e commission d’initiative parlementaire.
- Le président de cette commission, M. Lecomte, député de la Mayenne, vient de déposer à la Chambre un rapport tendant à l’adoption de la proposition Nadaud.
- Bien que la Caisse proposée ne réponde pas à l’idée que nous nous faisons d’une institution de cette nature, il convient de reconnaître que même sous la forme que lui donne M. Nadaud cette Caisse réaliserait un grand progrès sur l’état actuel des choses.
- Souhaitons donc bonne réussite à cette idée qui, quoique incomplète, est un premier pas fait dans une voie excellente.
- Voici le rapport de M. Lecomte.
- Messieurs,
- L’opinion publique se préoccupe beaucoup et depuis longtemps du paupérisme.
- A diverses époques on a essayé de faire disparaître des sociétés ce fléau, pour lequel la charité est un remède inefficace.
- La Convention étudia le projet d’une caisse nationale de retraites pour les invalides du travail.
- Le Directoire, l’Empire et les monarchies qui lui succédèrent eurent l’imprudence de laisser de côté cette importante question qui ne fut reprise que sous la seconde République.
- L’Assemblée nationale vota la loi du 18 juin 1850 sur les pensions de retraites pour la vieillesse.
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- Cette tentative n’eut pas les résultats que ses auteurs en attendaient.
- La troisième République doit achever l’œuvre cümmencée en 1792 et en 1848
- Depuis la grande Révolution qui a proclamé l’émancipation de l’homme, la fraternité est devenue un devoir social, comme la liberté et l’égalité.
- L’organisation de la fraternité est la solution du problème de la misère.
- v La démocratie doit avoir confiance dans sa force pour cette grande et belle mission. On ne peut espérer faire disparaître complètement le paupérisme, mais on peut l’atténuer. Essayons donc de tenter le possible.
- L’esprit d’association qui se développe sous toutes les formes doit nous guider dans l’œuvre que nous voulons voir entreprendre.
- Tel est le but de la proposition soumise à vos délibérations et qui est ainsi conçue :
- Article unique
- La Chambre des députés nommera dans ses bureaux une commission de 11 membres, chargée de lui présenter un projet de loi relatif à la‘ création d’une Caisse de retraite en faveur des vieux ouvriers de l’industrie et de l’agriculture.
- Un long exposé des motifs est inutile, puisqu’il s'agit seulement de la nomination d’une commission chargée de se livrer à des études approfondies et pratiques de ce qui pourra être fait dans l’intérêt des ouvriers.
- Beaucoup de bons esprits ont examiné cette question en même temps que nos collègues.
- Un administrateur municipal, dévoué aux ouvriers qu’il a longtemps fait travailler, M Roccas, a envoyé. à la Chambre une pétition que j'ai déposée antérieurement et qui sera renvoyée à la commission que nommeront les bureaux de la Chambre. J’allais la transformer en projet de loi, lorsque j’ai appris le dépôt fait par M. Nadaud et mes collègues. En présence de ces auxiliaires puissants, j’ai cru devoir m’abstenir et me rallier à eux.
- La presse, elle aussi, traite la question du paupérisme avec talent et dévouement.
- Ce serait un grand honneur pour l’Assemblée actuelle d’avoir réussi à donner aux ouvriers vieux ou infirmes le pain qui leur est indispensable pour vivre.
- Un financier célèbre a créé des prix destinés à récompenser ceux qui découvriront la solution des questions sociales qui se rattachent au problème du paupérisme
- L’instruction sera un des remèdes. Son développement et sa généralisation préoccupent la Chambre, on le sait.
- L’extension du crédit et son organisation, seront une des grandes améliorations qu’attendent toutes les classes de la société, déshéritées jusqu’à ce jour de cet instrument de travail qui a nom le capital et qui donne à l’ouvrier les ressources dont il a besoin pour devenir producteur.
- Le sol et les outils sont nécessaires à l’homme pour vivre.
- L’outillage a fait des progrès énormes qui ont centuplé et au-delà les forces de l’ouvrier.
- . Les machines, les chemins de fer, 1 électricité mis a la disposition des masses laborieuses ont élevé la condition moyenne des travailleurs. Le flot montant 1 delà richesse publique doit, tôt ou tard, submerger I tes derniers vestiges du paupérisme. |
- | Le vice et l’inconduite resteront les seuls obstacles ; ne désespérons pas de les vaincre par l’instruction.
- Pour le sol comme pour l’outillage, l’aurore d’un monde se lève, quelque grande que soit la résistance des Français à émigrer même pour trouver le bien-être.
- Heureusement l’Algérie est une autre France. Durant notre récent voyage dans cette belle colonie, nous avons pu nous rendre compte du développement qui peut lui être donné en distribuant des terres à nos compatriotes.
- Il y a là évidemment un horizon immense que ne doit pas perdre de vue la mère patrie, enserrée dans son étroit territoire.
- La vieillesse, cet écueil obligatoire des forces de l’homme, nécessite des caisses de prévoyance qui ont déjà rendu de signalés services.
- Il faut maintenant créer la caisse générale des retraites.
- Le lourd fardeau des impôts devra aussi être examiné par la Chambre au moment où nous demandons qu’on crée pour tous la retenue sur le travail, c’est-à-dire un impôt sur le salaire du travailleur dans le présent pour un intérêt général d’avenir.
- Les octrois vont probablement succomber bientôt sous l’impopularité de leurs lourdes taxes, il faudra les remplacer par une combinaison productive. Les villes ne peuvent se passer des ressources qui ont fait leur prospérité.
- La proposition de loi qui va être soumise à vos délibérations aura les sympathies de tous.
- « Combattre l’ignorance, la misère, mettre le tra-» vail en honneur, le faire estimer des hommes, en » assurant à l’ouvrier du pain pour ses vieux jours,
- » n'est-ce pas, dit très bien M. Nadaud, dans son élo-» quent exposé des motifs, la plus digne des médita-» lions d’un gouvernement issu du suffrage univer-» sel, c’est-à-dire des entrailles mêmes de la na-» tion. »
- L’Etat a sa Caisse des retraites pour le personnel civil et pour l’armée, il faut que l’industrie et l’agriculture aient la leur.
- J’emprunte à M. Nadaud les détails techniques du mécanisme de sa proposition, qui pourra être amendée ou complétée par le concours de tous lors de la discussion; mais la proposition suffit pour que la Chambre comprenne la nécessité de nommer une commission et de délibérer sur une question que l’on peut considérer comme une des plus importantes du siècle, si I on réussit à la résoudre.
- On ferait ainsi disparaître l’antagonisme des classes et les sinistres et trop fréquentes crises toujours aggravées par l’enrôlement des oisifs du malheur.
- L’apaisement des haines, des rivalités sera la conséquence de l’assurance mutuelle donnant le repos, la sécurité et le calme à tous. Les mauvais conseils de la misère disparaîtront de nos mœurs et l’ouvrier sera obligé de reconnaître que la société a rempli vis-à-vis de lui tous ses devoirs.
- M. Nadaud fixe l’âge du début de l’ouvrier comme apprenti à quinze ans. Il a fait ses calculs sur trente ans de travail effectif, et une retenue de 20 centimes (0 fr. 20) sur un salaire de quatre francs (4 fr.) par jour.
- 55 ans est la limite d’âge indiquée par lui pour la retraite.
- 400 francs seraient le minimum de la retraite qu’il faudrait assurer aux ouvriers, et généralement 600 fr.
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- On ferait une retenue proportionnelle sur tous les salaires. On fixerait un taux, n’étant pas partisan d’une retenue d’une égale importance, faite sur cha-que ouvrier, quel que soit son gain journalier.
- Il y aura donc dans le quantum des retenues destinées à former le capital, une inégalité qui se retrouvera dans la rente à servir.
- 5 0/0 seraient le taux adopté pour la retenue sur les salaires comme le font l’Etat et les grandes Compagnies de chemins de fer à divers taux.
- L’Etat serait appelé à concourir pour indemniser l’ouvrier du temps consacré au service militaire. Les communes ne refuseraient pas leur concours, nous en sommes convaincus, puisqu’elles se trouveront allégées de charges plus lourdes qui grèvent leurs budgets.
- Mais laissons de côté aujourd’hui toutes ces mentions ; nous les indiquons seulement d’un mot. Le principe de la proposition devait seul nous préoccuper.
- La commission dont on demande la nomination aura à examiner et à décider l’organisation définitive qui sera donnée à la Caisse des retraites des ouvriers de l’agriculture «t de l’industrie.
- M. Nadaud entre dans des détails très intéressants sur la mise en œuvre de l'idée qu'il veut transformer en loi. Ils serviront de guide aux membres de ia commission qui sera nommée sur son initiative et sur ia vôtre.
- Je vous propose donc d’adopter la proposition de loi qui vous est soumise, sans vous arrêter aux objections qu’elle peut soulever au point de vue de la liberté individuelle, un peu atteinte par la retenue des salaires.
- Le droit d’association et de réunion ne doit pas être pratiqué que par des communautés religieuses ; faisons mieux qu’elles. Il faut que la société moderne se défende, et, sans s’immobiliser, prouve sa vitalité en ne s’occupant pas seulement de l’instruction et de l'esprit, mais aussi de la vie matérielle et du corps. C'est ainsi que le gouvernement de la République montrera à tous les bienfaits de la force de son organisation protectrice des malheureux affaiblis par l’âge ou par la maladie.
- Vulnéraire contre les plaies.
- Parmis les meilleurs vulnéraires qu’on puisse employer pour guérir les plaies de tous genres, foulures, brûlures, coupures, écorchures, etc., il n’en est pas de plus efficace que l’eau dans laquelle on a fait bouillir de la corne râpée. La matière gélatineuse contenue dans cette eau possède une vertue rate derestauration des tissus momentanément détruit. Placez une compresse d’eau de corne sur le genou d’un cheval couronné \ au bout de quelques jours, il sera guéri et le poil repoussera sur la peau dénudée.
- Appliquez une compresse semblable sur toutes les coupures, brûlures, etc., vous serez étonné des bons effets de ce spécifique.
- M. Voilant, qui nous à rélévé cette propriété de l’eau de corne, tient lui-même cette recette de quelques ouvriers parisiens qui fabriquent des objets en corne : manches de couteau* peignes* été. Dans ce métier, iis se coupent fréquemment les doigts et les mains ; mais le remède étant toujours 4 leur portée, ils y ont recours sans hésiter et avec un succès qui ne laisse aucun doute sur son excellence.
- C’est donc une bonne précaution dans un ménage rural d’être constammeût pourvu d’une bouteile d’eaude corne pour l’appliquer âux blessures des personnes et à celles des animaux.
- ( Gazette des campagnes. )
- PETITES NOUVELLES
- FRANCE
- La grève des apprêteurs de ehôles continue, les patrons n’yant pas répondu au programme qui leur a été soumis le 9 mars.
- Les ouvriers apprêteurs font de 13 à 14 heures de travail par jour pour ne gagner que de 30 à 40 francs par semaine.
- «
- * M
- Proposition Talnndier. — M. Alfred Talan-dier, député de la Seine, a déposé la semaine dernière, sur le bureau de la Chambre, une proposition de loi avant pour objet l’extinction graduelle du paupérisme.
- Nous sommes heureux de pouvoir donner aux lecteurs du Devoir la teneur de cette proposition de loi, rédigée en 9 articles.
- PROPOSITION DE LOI
- Article premier. — A dater du 188
- l’assurance de tous les enfants, filles et garçons, enfants naturels aussi bien qu’enfants légitimes, à partir du jour de leur naissance, pour une somme de (soit 1,009 fr.), qui devra leur être comptée au jour de leur majorité, sera obligatoire pour toutes les communes.
- Art. 2. — Cette assurance devra être faite par les soins de la municipalité de chaque commune à l’une des compagnies d’assurances qui auront adopté le tarif énoncé au règlement d’administration publique qui, dans un délai de trois mois à partir de l’adoption de la loi, devra être fait sur ce sujet par M. le ministre des finances, ou à la Caisse nationale d’assurances, si, comme cela serait désirable, une institution de ce genre était créée,
- Art. 3. — Pour constituer aux communes les ressources nécessaires à l’accomplissement de cette nouvelle obligation, il sera fait dans toutes les successions une part du pauvre qui sera de un dixième ou un douzième, par exemple, dans la succession en ligne directe des-j cendante, et de un quart ou un cinquième, par exemple, dans les successions en ligne directe ascendante ou en ligne collatérale.
- Art. 4. — Ces parts formeront un fonds inaliénable dont les revenus seront employés par préférence et privilège au payement des primes de l’assurance obligatoire.
- Art. 8. — Les communes auront contre les familles riches ou aisées et contre lés bénéficiaires de l’assurance, lorsque ceux-ci seront arrivés à une position qui leur permette de se libérer de eette dette, un droit de répétition des sommes avancées par la commune pour le payement des dites primes d’assurance.
- Art. 6. — Il sera nommé dans chaque commune un conseil de famille composé de cinq membres. ,
- Art. —Ce conseil sera élu par le conseil municipal qui pourra en choisir les membres en dehors de son sein.
- Art. 8. — Pour toucher le montant de leur assurance, les jeunes bénéficiaires devront justifier devant le conseil de famille de la commune de l’emploi qu’ils comptent faire de la somme qui leur aura été assurée. La simple opposition du conseil de famille suffira pour suspendre le payement de la somme assurée.
- Art 9 —L’emploi de la somme assurée comme dot par les jeunes gens, en cas de mariage, ou comme apport d’associé à l’association syndicale de production de leurs corps d’état respectifs, sera une justification suffisante à laquelle le conseil de famille ne pourra faire opposition.
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- L’Union die» ouvrleV» méerti) félons de
- Irt Seine est constituée depuis le 29 février. Nous lui souhaitons de mieux réussir que la Chambre syndicale à laquelle elle succède.
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- • La réunion, du droit de» femmes — La
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- Société du droit d^s femmes a tenu une réunion au théâtre de la rue Oberkampf.
- Sur la proposition de M. Antonin Lévrier, secrétaire l’association, l’assemblée a acclamé Louise Michel comme présidente d’honneur et a nommé Elan qui président effectif.
- îdma Aubé a lu un éloquent discours ayant pour but le développement et la recommandation d’une pétition que la Société du Droit des Femmes, a l’intention de déposer entre les mains du ministre de l’intérieur. Cette pétition a pour but de nommer des commissions de surveillance pour visiter les enfants assistés.
- v M119 Hubertine Auclert a prononcé un discours très éloquent et très applaudi dans lequel elle a apprécié ainsi qu’il convenait le rôle des femmes pendant la Commune de Paris — et fait l’éloge de Louise Michel.
- M. Antoine Lévrier a terminé la soirée par un discours, tes Energiques, qui a été vivement applaudi.
- Nous pensous que la cause des femmes gagnerait davantage a revêtir des allures moins révolutionnaires.
- Nous trouvons de plus souverainement illogique que des femmes qui revendiquent leurs droits nomment un homme à leur présidence.
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- Les candidatures ouvrières se produiront aux prochaines élections législatives. Plusieurs arrondissements de Paris ont déjà depuis quelques mois des comités qui s’en occupent. Aujourd’hui le XIV« arrondissement fonde sous le litre Sou des élections une œuvre de propagande en faveur des candidatures ouvrières.
- Nous souhaitons de tout notre cœur plein succès aux efforts des ouvriers pour se faire représenter au Parlement.
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- Loi des faillite»». — M. Pascal Duprat va déposer une proposition de loi sur les faillites dont voici les dispositions principales :
- Le failli ne sera plus frappé de déchéance, soit en ce qui concerne ses droits politiques, soit ses droits civils; ce n’est que dans le cas de banqueroute qu’ il y aurait incapacité.
- D’autre part, le syndic serait supprimé ; les créanciers souverains feraient gérer l'établissement par le failli ou par l’uu des banquiers, toutes les fois que la chose serait possible, de façon à améliorer le passif, et à sauvegarder les créanciers et à voter enfin la répartition, souvent minime, l’actif étant absorbé par les frais.
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- XJ ne séance intéressante a eu lieu à l’Ecole de médecine dans la salle affectée aux études de la Société d'anthropologie. On a examiné un petit bonhomme de dix ans, d’origine piémontaise, qui ne sait ni lire ni écrire, et qui se fait un jeu des calculs les plus compliqués et résout les problèmes les plus difficiles.
- Jacques Inodi, qui mendiait de ville en ville, a un crâne \ énorme, plus développé du côté droit que du côté gau- j che. ' j
- La Société anthropologique va, dit-on, solliciter son î
- admission dans un lycée. '
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- ITALIE I
- tZTne opinion «le Léon XIII. — On lit dans 1 un discours prononcé dimanche dernier par le pape : j
- Les principes mêmes de ce qu’on appelle le droit nou- j veau, dont divers Etats apprennent par expérience les fu- j nestes effets, s’appuient sur certains mensonges éclatants \ d une fausse philosophie ; tels, par exemple, que la sou- j veraineté absolue de la raison humaine; Végalité de droits entre la vérité et l’erreur ; Végalité encore de tou-tes les religions; etc.
- Qu'en pensent ceux qui veulent établir une différence entre ia doctrine des jésuites et celle de l’Eglise?
- ♦ ¥
- nof^ — Les Italiens vont plus vite que
- Tandis que chez nous la discussion du projet de loi de M. Naquet s’est trouvée ajournée pour diverses raisons, la Chambre des députés italiennes aborde déjà la discussion du projet de M. Morelli sur le divorce.
- Dans la séance de lundi, M. Morelli en personne, a exposé, à la tribune, les avantages de la proposition qu’il présente, et a réfuté les objections qui lui ont été opposées.
- Le ministre de la justice, après avoir présenté à la Chambre quelques réflexions sur le projet Morelli, a prié celle-ci de le prendre en considération, le ministère l’acceptant en principe, sous réserve de quelques modifications de détail qu’il proposera ultérieurement.
- La prise en considération a été votée.
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- SUISSE
- La lig-ete «la Grottliard est non moins intéressante que le tunnel auquel elle donne accès, tunnel dont la galerie de direction a été Ouverte le 28 février dernier.
- Voici ce que dit de cette ligne un de nos confrères de la Suisse :
- On se demande comment l'homme a osé engager la lutte avec une nature pareille et espérer la victoire.
- La vallée du Tessin,~pas plus que celle de là Beüss, n’est une seule vallée ; c’est une série de terrasses se succédant les unes aux autres par d’énormes ressauts où les torrents se précipitent en Cascades entre des parois de granit hautes souvent de plusieurs centaines de mètres. Pour racheter ces différences de niveau, on a dû recourir à tous les subterfuges. Tantôt la voie s’infléchit en lacets immenses, tantôt, pour gagner du champ, elle franchit la rivière sur des ponts obliques d’une longueur et d’une hauteur effrayaute.
- Mais, lorsque ces moyens ne suffisent pas, et lorsque la gorge trop étroite ne se prête pas a ces développements, il faut se résigner à chercher de l’espace dans les entrailles mêmes de la montagne. De là ces nombreux tunnels hélicoïdaux, véritables énigmes pour qui n’en connaît pas le secret. Gomment croire, en effet, que ces deux ouvertures béantes au dessus l’une de l’autre, avec une différence de hauteur souvent considérable, sont l’entrée et la sortie d’un même souterrain, replié sur lui-même, à peu près comme une coquille de colimaçon ? On peut, entre Biasca et Airolo, compter sept ou huit de ces tunnels, vraies merveilles de Part du constructeur. Il y en a deux surtout, au delà de Faido, qui dépassent en excentricité tout ce qu’on peut imaginer en ce genre. Les voyageurs qui suivront un jour cette route devront se préparer à d’étranges surprises.
- Aussi on peut dire que ce chemin de fer sera un des plus étonnants du monde entier et que nulle part on ne trouvera de traces d’une lutte aussi énergique entre le génie humain et les forces inertes de la nature. Le touriste, qui prendra cette route aérienne peur gagner l’Italie, passera en quelques heures de ce que les Alpes ont de plus sauvage et de plus terrible, — parois immenses, roches tourmentées, précipices, neiges, ébouJements, avalanches, cascades mugissantes en ôté, en hiver formant des glaciers en miniature, — à ce que les paysages de plaine ont de plus tranquille et de plus doux, car on pourrait chercher longtemps un contraste plus complet que celui qui existe entre les abîmes du Gotthard et les riches campagnes de la Lombardie et du Piémont.
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- ALLEMAGNE
- Impôt progressif sur les exemptés. —
- Parmi les mesures que le gouvernement Ihlpérial a l’intention de proposer au Parlement de Berlin figure un nouvel impôt, dont seraient frappés tous les hommes exonérés, à un titre quelconque, du service militaire actif. Lorsque le revenu de la famille suffit à peine aux besoins de l’existence,la contribution ne sera pas élevée. La quote-part demandée aux personnes peu aisées sera d’un taux inférieur à celui qu’on exigera de ceux qui
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- LE DEVOIR
- possèdent les biens de la terre en plus grande abondance. Enfin « les riches », c’est-à-dire tous les parents dont les revenus dépasseront une somme fixée,paieront une proportion assez forte et, en outre, ils ne jouiront pas du privilège accordé aux familles dont un fils servirait déjà sous les drapeaux.
- Nous trouvons ce nouvel impôt parfaitement équitable au point de vue de la justice sociale. La vie nationale est tout aussi indispensable que la vie de famille pour assurer à l’individu son indépendance et le développement de ses facultés. C'est l’Etat qui protège la personne et la propriété de chaque citoyen ; donc, chaque citoyen est obligé, à son tour, de défendre l’Etat contre les ennemis du dehors et contre les oppresseurs de l’intérieur. S’il ne peut pour un motif quelconque, s’acquitter de la tâche qui lui incombe, il est juste qu’il contribue, sous une autre forme, à la défense nationale.
- Un impôt du même genre existe déjà en Suisse, également sur une base progressive.
- * *
- ANGLETERRE
- ILe» élections sont coûteuses en Angleterre.
- Lt Ternes affirme que celles qui se préparent ne coûteront pas moins de 325 millions de francs.
- Quel gaspillage de capitaux dans un pays où il y a tant de misère.
- * ¥
- PORTUGAL
- Le réveil <ïes idées nouvelles dans ce petit pays se manifeste chaque jour davantage.
- Ainsi la Chambre des députés vient de voter à l’unanimité et avec l’adhésion du ministère une motion félicitant la nation suédoise et l’éminent professeur Nor-denskjold du succès du voyage d’exploration de la Véga dans l’océan glacial arctique.
- Il est encourageant de voir un petit pays complètement désintéressé au point de vue matériel dans les découvertes de M. Nordenskjold donner des félicitations officielles à un savant tout ce qu’il y a de plus étranger au pays.
- Le divorce chez le» Tohérémisses.
- Les Tchérémisses sont une peuplade d’origine asiatique fixée depuis des siècles dans la Russie d’Europe au nord de la ville de Hazan. Leur religion est une sorte de paganisme adapté à la religion grecque orthoxe.
- Chez les Tchérémisses, dit M. Elysée Reclus, le divorce est facilement prononcé, après une cérémonie fort simple. Les deux époux qui ne se conviennent plus sont amenés devant les anciens de la commune ; on les lie dos contre dos au moyen d’une forte corde, l’ancien prend un couteau, tranche le nœud conjugal, et les deux époux s’enfuient chacun de son côté.
- SITUATION DES OUVRIERS BELGES-
- La Hevue de Belgique vient de publier sous oe titre un article de M. E. Dufrasne, article où nous coupons les paragraphes suivants :
- Près de 100,000 ouvriers sont occupés aujourd’hui en Belgique rien que dans l’industrie charbonnière : c’est une armée égale à celle de toutes nos forces militaires sur le pied de guerre, armée formée de soldats courageux, affrontant les fatigues et les dangers avec une insouciance et une hardiesse extraordinaires*
- « Cett armée noire de 100,000 hommes représente, avec leurs familles, à peu près un demi-million d’âmes, le dixième de la population belge, vivant généralement au jour le jour, sans rien prévoir,sans rien épargner pour les mauvais moments. (Il serait plus juste de dire : sans pouvoir rien épargner).
- C’est là une ombre au tableau brillant des progrès de l’industrie !
- Ceux qui disent que M. Scloneux a dépeint d'une manière trop sombre l’intérieur d’une famille boraine (Voir le dernier Devoir) n’ont certainement visité ni les ruelles du Marais de Cuesmes, ni les bas-fonds du fort Mahon à Jemappes, ni le quartier ouvrier de Flénu Monsville, ni les rues détournées de la Mala-drée à Frameries et du Cul du Cheval à Pâturages. C’est là qu’on trouve des habitations malpropres, malsaines, formées d’une seule chambre où tout un ménage végète dans la plus dégradante promiscuité, où tout sue la misère, et le dénuement.Naguère encore on pouvait voir au centre d’un village industriel une maison formée d’une seule chamhre étroite, sans plafond, et dont les quatre murs branlants étaient soutenus par quelques étais. Pour pavement, la terre nue ; pour cheminée les lézardes des murs et les trous du toit. Ce taudis s’est écroulé il y a quelques mois, et jusqu’au dernier jour il a été habité par une vieille femme presque octogénaire,pauvre et misérable s’il en fût, sans famille, sans ressources.
- En 1842, il y avait, dans les douze communes du Borinage 1,644 cabarets pour une population de 58,870 habitants, soit un cabaret pour moins de 36 habitants. Et depuis 1842, tout prouve que le nombre n’a pas été en diminuant ; au contraire. — Si l’ivrognerie a pris un tel développement, c’est qu’autrefois brasseurs et patrons étaient alliés pour pousser à la consommation ; l'habitude du cabaret est prise et elle est devenue une des grandes causes du mal actuel.
- Il y a plus.
- Le cabaret est très souvent obligatoire.C’est ainsi que les ouvriers employés au traînage souterrain se trouvent sous les ordres d’un chef de trait auquel l’ingénieur adjuge le transport du charbon au fond de la mine pour un certain prix. La société ne connaît que ce chef de trait et c’est à lui seul qu’elle paye, à la fin de la semaine, les frais de transport du fond. Or, ce chef de trait est toujours caba-. retier et c’est chez lui, dans son établissement,après une absorption considérable de verres de bière et de liqueurs alcooliques, que s’effectue le règlement des comptes : nous laissons à penser si la’somme tou-I chée est bien intégralement partagée !
- 1 Quant aux ouvriers à Veine, ils ne touchent pas
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- toujours eux-mêmes leur salaire. Souvent c’est le cabaretier qui va le toucher pour eux, sous prétexte qu’il épargne à l’ouvrier, quand celui-ci remonte du fond, la peine de passer par le bureau du payeur. En réalité, c’est parce qu’il peut ainsi se rembourser les verres de bière qu’il a servis pendant la semaine et qu’il a eu soin de marquer chaque jour à la planche | du comptoir.
- L’ouvrier borain n’est pas toujours libre d'acheter où bon lui-semble ; tantôt c’est le propriétaire de la maison qu’il habite ; tantôt c’est le porion, son supérieur immédiat; tantôt c’est un employé du charbonnage qui l’obligent à s’approvisionner dans tel magasin désigné : c’est l’achat forcé. Comme on pourrait contester ce que nous avançons, nous reproduirons ici ce que disait à ce sujet M. Saincte-lette , actuellement ministre des travaux publics dans le rapport de la Chambre de commerce de Mons en 1867 : « En 1866, comme en 1865, l’ouvrier a con-« tinué de se plaindre du grand nombre d’employés « et de contre-maîtres qui tiennent des débits de
- « boissons, de farines, d’épiceries, d'étoffes. etc.
- « Il soutient que là où existe ce cumul, il n’est pas « libre de s’approvisionner où et comme il lui plaît,
- « voire de ne boire qu’à son heure et dans la mesure « de sa soif. Il prétend qu’on l’y oblige à payer plus « cher des denrées de moins bonne qualité que celles « qu’il pourrait se procurer ailleurs. Qu’il y ait là un « grief fondé ou seulement un prétexte de méconten-« tement, nous ne comprenons point que les chefs « d’industrie ne s’émeuvent point davantage de cette « situation. Ils y sont moins désintéressés qu'ils pa-« raissent le croire. Car, à supposer même que les « employés et les contre-maîtres commerçants ne se « sentent aucune préférence pour ceux de leurs su-« bordonnés qui sont leurs clients, — et cela paraît « peu vraisemblable, — il est certain que ce cumul « inspire une vive répugnance aux ouvriers.... »
- M. Dufrasne constate que la crise industrielle a plongé les houilleurs dans une misère profonde; il montre combien l’ignorance règne dans le Borinage, combien le relâchement des mœurs y est grand ; il avoue avec M. Scloneux, que les populations ouvrières restent absolument abandonnées à elles-mêmes, sans que nul songe à améliorer leur sort ; et il ajoute tristement : « Faut-il donc admettre que
- * notre organisation sociale ne puisse se maintenir
- * qu’en tirant périodiquement des coups de fusil sur « les malheureux, et ne verrons-nous jamais les “ patrons se préoccuper de cette situation pleine de “ dangers pour tous ? »
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- L’ÉCOLE SECONDAIRE DES JEUNES FILLES A GENÈVE.
- il
- Deux édifices sont consacrés à l’École secondaire des jeunes filles. L’un, le plus ancien, construit il y a une vingtaine d’années sur le Quai de la Poste, l’autre, véritable palais dans le style florentin de la Renaissance, tout récemment construit rue d’Italie, dans un des quartiers les plus brillants et les plus aérés de Genève, à deux pas du lac et des jardins publics qui le bordent.
- L’ancien bâtiment a été le témoin de toutes les principales réformes introduites dans l’école. Il n’avait à l’origine que deux étages ; mais le nombre croissant des élèves nécessita bien vite,la construction de deux nouveaux étages, ce qui le rend trop haut pour sa destination et nécessitera son remplacement par un bâtiment à deux étages construit sur un terrain plus vaste.
- Sur chaque palier s’ouvrent deux grandes salles pouvant contenir en moyenne 60 jeunes filles.
- Au rez-de-chaussée se trouvent le cabinet du Principal, lieu respecté entre tous par les écolières ; une salle de gymnastique, une salle d’attente, le logement de la concierge, et une cour avec fontaine. Au 1er étage une des salles a été récemment transformée en un amphithéâtre de chimie avec son laboratoire.
- Le mobilier de chaque classe se compose de bancs et de pupitres à 2 places et munis d’encriers, d’une chaire pour la personne qui donne la leçon et d’une table pour la surveillante ; quelques cartes de géographie sont suspendues aux murs ; une ou deux armoires contiennent les livres, les provisions d’encre, etc. ; enfin au fond est un vestiaire avec des patères numérotées, où chaque enfant suspend ses vêtements à son numéro d’ordre.
- Dans la salle d’attente une petite armoire vitrée renferme les modèles des poids et mesures, et une balance.
- Pour l’usage des écolières, trois bibliothèques ont été créées. Deux d’entre elles sont destinées à fournir des lectures appropriées à l’âge des jeunes filles ; la 3e est formée d’ouvrages classiques et de dictionnaires, et permet « aux grandes » (comme on appelle les élèves des classes supérieures) de se faire une opinion individuelle sur les principaux écrivains, non-seulement français mais allemands, anglais,
- | italiens, etc. ; elles y trouvent aussi les renseignements qui pourraient être nécessaires aux études.
- Le second bâtiment scolaire, élevé en deux ans et
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- inauguré en 1878, a été l’objet de tous les soins. De larges escaliers aboutissent à de longs et spacieux corridors, dallés dans toute leur étendue et éclairés par de hautes fenêtres cintrées donnant sur un jardin.
- La disposition générale est la même que dans le bâtiment du Quai de la Poste, mais on s’est montré moins sobre dans l’ornementation afin de développer chez les jeunes filles le goût, non de ce qui est luxueux et clinquant, mais de ce qui est élégant quoique simple.
- Pour l’agrément des professeurs, il leur a été réservé une salle d’attente particulière où ils trouvent également tous les livres dont ils peuvent avoir besoin. Les élèves ont aussi une salle d’attente et de plus une salle à manger où se réunissent celles dont la demeure est trop éloignée pour pouvoir retourner prendre leur repas chez elles après la classe du matin. Une maîtresse d'étude les surveille jusqu’au moment où la cloche annonce l’ouverture des leçons de l’après-midi.
- Le système de chauffage est le même pour les deux bâtiments ; il consiste en calorifères à eau chaude et à air chaud, et l’on a sans peine une chaleur soutenue.
- Voilà à peu près tout ce qu’il y a à mentionner à propos du matériel scolaire ; nous l’avons résumé en commençant afin de n’avoir pas à y revenir plus tard, et de pouvoir nous dévouer plus complètement à la partie la plus importante de notre sujet : l’instruction proprement dite que reçoivent les élèves de l’École secondaire des jeunes filles.
- (4 suivre.) H. C. C.
- ---im—WJOOCOB0*—" -----
- I^es» piscines à eau chaude
- On a proposé dernièrement au conseil municipal de Paris la création de vastes piscines chauffées pouvant servir d’écoles de natation permanentes.
- Les auteurs du projet demandent la concession des eaux de condensation des machines à vapeur municipales ainsi que celles des machines qui pourraient être utilisées à l’avenir si l’administration ne jugeait pas convenable de les utiliser elle-même ; actuellement ces eaux sont déversées à l’égout, elles représentent- une éuorme quantité de calorique perdu. Ces eaux provenant de la condensation de la vapeur seraient utilisées à chauffer à une température convenable l’eau de vastes bassins.
- Ces bassins auraient de 70 à 75 mètres de longueur sur 15 mètres de largeur et une profondeur de 2 mètres ; ils présenteraient donc un espace suffisant pour la natation.
- Ils seraient alimentés d’eau filtrée chauffée à 20 ou 28*. Les promoteurs de ce projet ne demandent que 18 mois pour établir quatre de ces bains sur différents points de Paris. Ils offrent en outre 600.000 cachets gratuits pour les écoles.
- Ces écoles de natation chauffées seraient évidemment une excellente innovolion et il semble que leur création est pos'sible dans toutes les villes, dans les casernes, etc. Le bain, surtout celui dans lequel' on peut, faire de l’exercice, est une excellente" chose pour laquelle les municipalités, les administrations doivent faire des sacrifices.
- L’IRLANDE
- XII
- Cependant O’Connell, au moment où il faisait son agitation avait été nommé Directeur de la Banque royale d’Irlande (A). Son influence y était grande quoique l’établissement fut commandité par des capitalistes anglais. Constituée comme elle l’était, la Banque ne pouvait venir directement en aide au travail. Un intermédiaire devenait nécessaire. Une association territoriale se forma pour avancer des fonds aux ouvriers de la terre. Elle endossait, cela va de soi, pour les négocier, les billets souscrits par les emprunteurs. Ces billets furent présentés à l’escompte de la Banque Irlandaise. O’Connell profitant de son influence et profitant de l’antipathie des commanditaires anglais, s’opposa à cet escompte. Le libérateur, (comme on l’appelait), frustrait son pays de l’occasion de se relever par le travail. C'est ce que l’on disait. Il avait accompli l’émancipation religieuse; pourquoi s’opposait-il à l'émancipation sociale ? Ne pouvait-elle donc, sinon devancer l’émancipation politique, au moins se faire en même temps que celle-ci ? Cela prenait l’apparence d’une trahison. O’Connell, traître !... cela ne pouvait être.
- En tout état de cause, ce refus était une énigme dont on ne devinait pas le mot. Ce mot, il le laissa échapper plus tard dans un de .ces moments d’hésitation qui précédèrent la fin de sa carrière. Il dit, répondant à ce reproche qui lui avait été fait dans le temps :
- « Et quoi, j’aurais laissé les riches faire des avances aux pauvres ! Pour que ces derniers rendis-
- (A) Des neuf banques dont nous avons dit un mot, (dans le Devoir du 22 février 1880), la Banque d’Irlande est celle qui fut fondée la première. Sa création remonte à 1783. Elle ne jouit pas tout d’abord des privilèges accordés aux établissements de crédit existants en. Angleterre et en Ecosse. L’Irlande est, en toutes choses, destinée à être la Cendrillon du foyer Britannique. Le papier-monnaie lui fut refusé et ce ne fut pas avant 1797 qu’elle put émettre des Billets au porteur. Mais ces billets ne pouvaient être moindres de 50 L, (1,250 fr,), et leur émission devait avoir une date d’au moins six mois. C’était une prohibition déguisée : on reprenait d’une main ce qu’on avait donné de l’autre. Ce ne fut qu’en 1823 que la circulation des billets fut assimilée en Irlande à celle de la Grande Bretagne. Cette mesure et l’abolition de certaines restrictions (comme celles relatives à la limitation du nombre des associés dont pouvait se composer un établissement de crédit et au rayon au-delà duquel il ne pouvait s’établir), permit aux banques de se multiplier, mais dans une proportion beaucoup moins grande qu’en Angleterre et en Ecosse. Néanmoins les établissements financiers accrurent .en nombre, parmi lesquels Provincial "Banh est un des plus florissants. Fondée sur le modèle écossais elle peut émettre des billets d’une livre sterling. U’efst en -î862,^seulement que fut votée la loi constftuant la législation Une, en matière financière peur tout le Royaume-Uni.
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- sent à la culture des domaines-en jachère, augmentant ainsi les revenus des Lanlords pour ne récolter, eux, que la misère ! Oh, si avant de former leur association territoriale, ces messieurs avaient changé le mode des baux de manière que les améliorations pussent profiter dans une juste proportion aussi bien aux cultivateurs qu’aux propriétaires, non seulement j’aurais favorisé l’escompte des valeurs de ces derniers, mais encore j'aurais mis mon propre endossement à leurs billets. »
- Et, à cet autre reproche qu’on lui adressait d’avoir fait de l’opposition à outrance à la loi sur les pauvres (;poor Law) :
- « Oui, » s'écria-t-il, « ils voulaient faire l’aumône à l’Irlande 1 l’aumône improductive qui humilie l’homme et perpétue la misère au lieu du travail productif qui le relève et met fin à sa détresse ! Et puis, ajoute-t-il à demi-voix, pour que l’Irlande continue de s’agiter pour son indépendance, il faut qu’elle ait faim. Ils savent bien cela, nos oppresseurs, et voilà pourquoi ils veulent faire l’aumône ; mais c'est aussi parce que je le sais, mol, que je repousse leur loi sur les pauvres. »
- La loi passa néanmoins, mais tandis qu’en Angleterre elle permettait aux maisons de charité de distribuer des secours au dehors, en Irlande elle le défendait.
- O’Connell disait-il vrai ? Etait-il sincère ?
- Nous le croyons.
- Oui, nous croyons en dépit de ses tergiversations apparentes, malgré cette lutte qui avait lieu chez lui entre l’avocat, c’est-à-dire l’homme de la légalité, et le révolutionnaire, c’est-à-dire l’homme des réformes ; nous croyons que celui qui se faisait courtisan et assistait en habit de marquis au couronnement d’une jeune reine dans Westminster, était de bonne foi. Il espérait qu’en retour des concessions qu’il faisait, lui, le représéntant des opprimés en Irlande, il obtiendrait de la part des oppresseurs des concessions nouvelles et nombreuses. Peut-être aussi se croyait-il obligé de donner a cette reine, qu’il saluait comme sa souveraine, les dernières garanties que lui dictait sa loyauté, afin, si la lutte devenait inévitable, de rejeter sur l’obstination et le mauvais vouloir de qui de droit, la responsabilité de cette lutte. La nécessité d’un appel à la révolte était bien la perspective qu’il envisageait. Cette idée faisait bouillonner son sang dans ses veines; mais il écartait l'idée et la perspective autant qu’iL le pouvait, non point-pàrfélonie, mais par -prudence, parce qu’il ne se sentait pas assez certain des chances I du succès. Quelque fussent ces efforts pour éloigner |
- de lui ce calice de douleur, des larmes de sang lui remontaient du cœur aux yeux et, en face des résistances incessantes qu’il rencontrait et qu’il prenait corps à corps, c’est le cri du désespéré qu'il poussa quand sa voix tonna :
- « Ah, ils ne veulent pas faire justice, eh bien, je lèverai l’étendard de la révolte et je le planterai sur ma tombe. *
- La famine vint.
- Elle sévissait encore lorsque l’agitateur dont l’in-iiuence s’était amoindrie avec le retour au pouvoir du parti whig qu’il appuya, mécontent de ses amis et peut-être aussi de lui-même, se décida à faire un voyage sur le continent. Il se dirigeait sur Rome où l’appelaient ses convictions religieuses et où il savait que lui serait fait l’accueil le plus sympathique ; mais le mal ne lui permit pas d’arriver jusquvà la Ville-Eternelle et, obligé de s'arrêter à Gênes, le 15 mai 1847, il y rendit Je dernier soupir.
- Selon le désir qu’il avait témoigné, son cœur fut transporté à Rome, et son corps ramené en Irlande, Des funérailles somptueuses lui furent faites; des discours élogieux furent prononcés sur sa tombe,.,, mais la révolte ne vint pas.
- (4 suivre) C,-P. Maistre.
- —.»«! l1 I —. 1 I I O nw*.
- BIBLIOTHÈQUE DU FAMILISTÈRE
- Depuis son dernier Bulletin, la Bibliothèque du
- Familistère a reçu les dons suivants :
- 1° De M. Louis Tognetti, à Genève, l'Ange gardien, comédie dont il est auteur, l vol.
- 2° de M. Ch. Lemonnier, à Paris, Bulletin officiel de la Ligne internationale de la paix et de la liberté, I vol,
- 3° de M. Benoit Malon à Zurich, la première partie de son Histoire du Socialisme, I vol.
- Ensemble 3 vol-
- Que les donateurs veuillent bien agréer nos publics remerciements.
- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
- L’Ordre social, revue mensuelle de sciences sociales, paraissant à Zurich. (Adr. à Paris : A. Ghio, libr., Palais-Royal). 1 an : 10 fr.
- Cette nouvelle revue est l’édition en français d’une revue en langue allemande paraissant en ‘Suisse, à Zurich. Elle est républicaine, radicale et socialiste £ïqus aurions bien quelques réserves à faire sur le caractère Sun peu germanique du français qu’elle emploie mais* lorsqu’il s’agit d’idées sérieuses la forme n’est que l'accessoire, le fond est l’essentiel. Or ici le fond est consacré aux idées socialistes de la Suisse allemande, idées presque
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- ignorées chez nous et qui cependant mériteraient de ne pas l’être.
- La deuxième livraison, qui vient de paraître, contient les articles suivants :
- Du profit commercial, par le docteur Charles Schalk.
- Le socialisme et l’art, par Kuno Grunding.
- La situation économique delà Russie, par A. Blumen-thal. La Russie sans nom. Etude littéraire, sociale et politique, par Fréd. de Bacrenbach.
- La Philosophie positive, Revue politique, littéraire et scientique, dirigée par MM. E Littrd et Wyrouboff, vient de publier le cinquième numéro (Mars-Avril 1879) de sa douzième année.
- Ce numéro contient :
- Origine et sanction de la morale, par E. Littré. — François Arago (suite et fin), par leD* Charles Pellarin.
- — La Coxiscience dans le Drame (suite) : Critique des idées de la morale par le moyen de l’épopée, du théâtre et du roman, par Lucien Arréat. — Des origines et de l’évolution du droit économique, par H. Denis. — Sur la morale théologique, par le DrEug. Bourdet. — Réalisme, par C. S. — Institutions et mœurs annamites (suite), par Truong Vinh Ky. — Mémoires de Mme de Rèmusat. par E. de Po npéry. — Tableau d’une histoire sociale de l’Eglise, par Victor Arnou d. — D’une infirmité socio-logique du parti républicain en France, par Et Littré.
- — Variétés. — Bibliographie : P. P. : Le cléricalisme de 1189 â 1810, par Emile Clairin ; — Dr Ant. Ritti : La Biologie, par le Dr Charles Letourneau ; Victor Derély : Les Paysans et la question des paysans en France, pendant le dernier quart du XVIIIe siècle, par M. Nicolas Karéieff; — Achille Mercier : Les conditipns du bonheur et de la force pour les peuples et les individus, par Adolphe Coste ; — Achille Mercier : Confèrences populaires, par E. Spuller ; G. W. : Dieu et l’âme, essai d’idéalisme expérimental, par A. Coste; — G. W. : La philosophie scientifique, par H. Girard.
- Les soirées littéraires, journal illustré paraissant tous les dimanches. 1 an : 3 fr.
- Nous signalons aux amateurs de lectures variées, intéressantes et récréatives cette publication dont un légitime succès a déjà couronné les débuts.
- Elle s’adresse à tout le,monde : à la jeunesse comme à la famille.—Parmi ses collaborateurs figurent en grand nombre les noms les plus aimés du public et les illustrations sont confiées à des artistes de talent.
- Les Soirées littéraires paraissent depuis le 1er novembre dernier et l’on peut dès aujourd’hui compter cette publication au nombre des bonnes lectures de famille.
- Une série de dix numéros, brochés sous couverture illustrée, est expédiée franco à titre de spécimen, contre l’envoi de 1 fr., au Directeur, 32, rue Paradis-Poissonnière, Paris.
- La Oritique philosophique, politique, scientifique, littéraire, revue hebdomadaire, publiée par MM. Renouvier et Pillon, Paris, 84, rue de Seine, 1 an, Paris : 17 fr. Départements, 18 fr.
- Cette excellente revue vient d’entrer, — le 8 février 1880, — dans sa neuvième année.
- Elle contient, dans le volume de son dernier semestre, des articles intéressants et remarqués sur le Déterminisme et le libre arbitre, sur le Sentiment de la rationalité, sur les Lois Ferry, etc.
- Elle a ajouté, il y a deux ans, à sa feuille hebdomadaire, sans augmentation de prix, sous le nom de Critique religieuse, un supplément trimestriel de six ou sept feuilles consacré spécialement aux questions de philosophie et d’histoire des religions.
- La Critique religieuse contient, dans le volume de sa deuxième année, des articles de MM. Renouvier, Pillon, Milsand, Louis Ménard, Félix Pécaut, A. Bénezech, A. Grotz, L. Penchinat, V. Courdaveaux, Pétavel-Olliff, Le-blois, E. Sabatier, L. Trial, L. Prat.
- DISCUSSION CONTRADICTOIRE
- « La Philosophie de VAvenir » relevait dans son numéro de janvier un article du « Devoir » publié à la fin du mois de novembre.
- Notre réponse était prête et si elle n’a pas encore trouvé place dans les colonnes du « Devoir, » c’est que nous avons cru pouvoir différer la publication d’une question de doctrine.
- La Philosophie de Vavenir nous fait entendre que si nous n’avons pas répondu, c’est que nous sommes écrasés par la facilité avec laquelle elle a formulé, dans ce numéro de janvier, le projet de loi qui rend possible l’application des idées collectivistes à la Société.
- Nous sommes loin de partager sa manière de voir sur l’excellence et la praticabilité de ce projet de loi. C’est ce que nous nous efforcerons de démontrer dans un de nos prochains numéros,
- PRIME AUX ABONNÉS DU « DEVOIR »
- U excellent roman de Mme Marie Howland, IqA JEille de son Père, que le Devoir a publié dans ses colonnes et dont nos lecteurs n'ont certainement pas oublié la grande valeur, vient d’être édité en un fort volume in-12 de 620 pages.
- Ce roman gagne beaucoup a être relu en volume. On sent mieux ainsi toutes les qualités de l’œuvre de Mme Howland : détails piquants sur'les côtés les plus intéressants de la société américaine, réflexions sur les questions sociales rendues plus sensibles encore par le déroulement de l’action, vues généreuses et hardies sur des idées encore nouvelles, enseignements utiles sur tout ce qui a trait aux droits de la femme.
- Loin de gaspiller son talent a la recherche de l’ignoble, comme le font de nos jours un trop grand nombre de romanciers français, Mme Howland nous fait voir par ce volume quel beau rôle social, quelle mission supérieure la littérature américaine confie au roman.
- Nul doute que tous nos lecteurs ne tiennent à se procurer cette belle œuvre, soit pour la mettre a une des places d’honneur de leur bibliothèque, soit pour l’offrir en cadeau.
- Le prix de librairie du volume est de 3 francs 50, toutefois, la direction du Devoir, pour être agréable à ses abonnés d’un an, le leur accorde
- EN PRIME
- rendu franco à domicile, contre l'envoi de 3 francs fait au bureau du Devoir.
- » Le Directeur Gérant : Godin.
- Saint-Quentin — lmp. de la Société anonyme du Glaneur
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- ïe numéro hebdomadaire 20 c.
- DIMANCHE 28 MARS 1880
- 3. ANNÉE, TOME 4 — N° 81
- Le
- JOURNAL
- DES RÉFORMES SOCIALES
- BUREAU
- ABONNEMENTS PAYABLES
- D’AVANCE
- A GUISE ( Aisne ).
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant.
- par l’envoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France
- Un an. . . .
- Six mois. . .
- Trois mois. . .
- 10 f. »* 6 »» 3 »*
- Pays d’Europe
- Un an. . . . 11 f. un Autres pays Un an . . . . 13 f. 60
- Fondateur du Familistère
- Rédacteur en chef : M. Ed. Champury
- ON S’ABONNE
- A PARIS
- 5, r • N euve-de s-P etits-Champs
- Passage des Deux-Pavillons)
- S’adresser à M. LEYMARIE, administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
- • • AVIS AUX LECTEURS
- Nous avons la satisfaction d'annoncer à nos lecteurs que le Roman dont le devoir doit commencer la publication au mois d’Avril prochain, compte aujourd'hui, non quinze éditions comme nous l'avons dit par erreur, mais
- 38 ÉDITIONS,
- qu’il s’en est vendu aux États-Unis plus de 500,000 exemplaires et en Angleterre un chiffre énorme.
- LE DERNIER-NÉ DE GINX
- SA NAISSANCE ET SES AUTRES INFORTUNES a pour Auteur
- M. Edward JENKINS
- Membre du Parlement britannique dont la vie est consacrée à la propagation et à la défense de toutes les idées de progrès.
- M. Edward JENKINS compte au rang des hommes politiques dont s’honore VAngleterre.
- Le Roman dont le devoir va commencer U publication est, du premier mot au dernier, une œuvre pleine de verve et d’humour. Sous là forme la plus piquante et la plus animée, l àuteur montre l’insuffisance des germes d'ins-Htutions protectrices des classes laborieuses,
- particulièrement en Angleterre où l’histoire se passe.
- Le dernier-né de Ginx est le treizième enfant d’un pauvre travailleur incapable de gagner de quoi soutenir une aussi nombreuse famille. Quel aide le père accablé de cette dernière charge, peut-il trouver dans la société?
- , C est ce que nous apprend l’ouvrage en ques~ tion.
- Nous ne pouvons mieux faire, pour indiquer au lecteur l esprit du livre que de donner ici les titres des cinq divisions principales du roman : _
- I. Ce que le père fit de l’enfant.
- II. Ce que firent de lui la charité et les églises.
- III. Ce que fit de lui la paroisse.
- IV. Ce que les clubs et les hommes politiques firent de lui.
- V. Ce ' que le dernier-né de Ginx fit de lui-même.
- Bien que comprenant cinq parties, l’ouvrage est court, l’action marche rapidement, et le lecteur vivement intéressé, acquiert sans effort la connaissance des situations et des besoins dont l’auteur a jugé utile de présenter l’inou-bliable tableau.
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- LE DEVOIR
- SOMMAIRE
- Mutualité sociale et Association du capital et du travail. Le Capital et les Associations ouvrières. -» Semaine politique. -*** Notes d’un liseur. —* L’Ecole secondaire des jeunes filles à Genève. Les Ecoles publiques à New Yorh. Petites nouvelles. —Suppression des octrois. — Les orphelinats de jeunes filles. — Réforme des chemms de fer. — LA Irlande. — Variétés. — Prime aux abonnés.
- MUTUALITÉ SOCIALE
- ET
- ASSOCIATION DU CAPITAL ET DU TRAVAIL
- ou
- EXTINCTION DU PAUPÉRISME
- Par la consécration
- du droit naturel des faibles au 'nécessaire et du droit
- des travailleurs à participer aux bénéfices de la production.
- Tel est le titre d’un ouvrage actuellement sous presse, dans lequel M. Godin publie les statuts et réglements de l’Association du Familistère.
- Nous avons la satisfaction d’annoncer à nos lecteurs que « le Devoir, » à partir du mois d’avril prochain, commencera la publication des premiers chapitres de ce volume.
- L’Association du Familistère qui, fondée au capital de cinq millions, appelle à la participation des bénéfices de l’industrie environ un millier de travailleurs, employés et ouvriers, et qui consacre d’une façon légale, au profit de ces travailleurs et de leurs familles, les institutions de prévoyance et de protection mutuelles propres à donner à chacun les garanties nécessaires à l’existence, est un fait trop considérable pour ne point soulever la plus vive attention.
- Déjà, en Angleterre et en.Amérique, les penseurs qui connaissent les travaux accomplis par M. Godin se préoccupent de faire traduire, aussitôt sa publication, l’ouvrage dont nous parlons.
- Exposant des faits qui depuis trente ans se sont lentement et laborieusement ajoutés les uns aux autres, cette œuvre offre- le tableau le
- plus complet de ce qu’il est possible de réaliser
- aujourd’hui, soit dans la voie de la répartition équitable des bénéfices de la production, l’Association du capital et du travail, soit dans la voip de l’organisation partielle ou complète de la mutualité pour donner aux citoyens les garanties dont la vie humaine a besoin.
- La question sociale, si anxieusement envisagée de nos jours dans tous les pays civilisés, trouve dans ce volume les éléments d’une solution pacifique dont un des grands mérites est de se prêter aux combinaisons les plus propres à concilier les parties intéressées.
- Ce nouvel ouvrage de M. Godin débute par des notions préliminaires concernant les principes philosophiques, sociaux et économiques qui ont guidé l’auteur dans ses travaux.
- Viennent ensuite les statuts de l’Association coopérative du capital et du travail, réalisée au Familistère. Ces statuts déterminent les droits et devoirs des membres de l’Association, règlent les questions de gérance, de direction et de travail, et précisent quelle part doit-être faite annuellement à la prévoyance sociale, sur les bénéfices de la production après paiement des salaires et des intérêts et avant tout partage de bénéfices entre les divers éléments producteurs.
- Les statuts fixent ensuite les bases de la répartition équitable des bénéfices entre le capital et le travail, ce dernier étant représenté par le personnel des employés et ouvriers. La répartition se fait entre les divers éléments de la production selon l’importance de leur concours respectif dans la création des bénéfices.
- L’organisation des institutipns de prévoyance mutuelle qui garantissent les travailleurs et leurs familles contre le besoin ou l’abandon en cas de maladie, d’infirmité, de vieillesse, etc... est exposée dans la deuxième partie du livre sous le titre : Assurances mutuelles.
- La troisième partie comprend le réglement d’ordre intérieur concernant les fonctions et les services dans l’Association et l’accès aux emplois de tous ordres par le concours et l’élection, système dont les conséquences peuvent être si fécondes en résultats avantageux pour l’organisation des pouvoirs dirigeants.
- Des tables analytiques ' faediteut au leoteul l’étude de ce premier Code du Travail.
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- CAPITAL ET LES ASSOCIATIONS OUVRIÈRES
- jptiniiste
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- Ce que n0US avons de I°rme nouvelle •êtue par le mouvement ouvrier a paru trop à quelques-uns de nos lecteurs. On écrit que « dans une société comme la tre où le capital est tout puissant et où oha-ie jour augmente sa puissance, les associations ivrières sont condamnées d’avance et par la pce des choses à voir leurs efforts n’obtenir g peu de résultats. »
- L’observation est juste, du moins dans une brtaifTe mesure.
- i Assurément si les associations ouvrières per-istent à repousser comme aujourd’hui tout encours du capital, les résultats qu’elles obtien-ront ne seront pas en proportion avec leurs fforts, mais, si au lieu de s’aliéner le capital, [les savent l’attirer à elles et le faire tourner à Bur profit, le résultat sera tout autre.
- Quoiqu’on en ait dit, la conciliation du capital jtdu travail n’est pas une chimère. Elle se fera lar la force des choses. Deux puissances qui (ont pareillement indispensables l’une à l’autre je peuvent pas vivre dans un état continuel l’hostilité. Les travailleurs ont trop besoin du apital et le capital a trop besoin des travail-îurs pour qu’ils puissent rester longtemps à se Turner le dos. Il n’est pas admissible que les ommes soient éternellement incapables de omprendre leurs intérêts. Ce dualisme d’élé-îents solidaires s’éteindra dans l’association.
- jour approche où le capital au lieu d’expro-rier le travail le commanditera. L’art de par-enir à cette assimilation est à la portée des ravailleurs ; il leur suffit pour l’acquérir de avoir le comprendre et de savoir se concerter. Ne voyons donc pas les choses plus en noir u’elles ne sont; ne nous exagérons pas les ifïicultés que présente l’émancipation des tra-ailleurs et surtout quand midi se trouve à ouze heures n’allons-nous pas le chercher à [uatorze.
- Nous savons bien que le capital ne sera pas si tôt en odeur de sainteté auprès des traceurs. Ils ont eu trop longtemps à souffrir
- le lui
- pour qu’ils ne restent pas un certain
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- temps encore à le considérer comme un ennemi. Les lois faites par les détenteurs du capital ont été faites sans, malgré et parfois contre les travailleurs. Comment s’étonner après cela qu’ils se défient ? Ce qui aurait lieu d’étonner, ce serait au contraire qu’ils ne se défiassent pas.
- Le malheur, c’est que les travailleurs en portant ce jugement, ont le tort de le porter d’une manière trop sommaire. Ils prennent l’effet pour la cause : ayant à souffrir de l’abus ils' proscrivent la chose dont on abuse. Ils agissent comme un cultivateur qui, mécontent de la récolte de son verger, couperait les arbres a leur racine plutôt que d’émonder les branches nuisibles; comme un propriétaire qui, ayant un ruisseau dans son domaine, maudirait ce ruisseau à cause de ses ravages, sans même songer à en tirer parti pour moudre son blé.
- Certes le capital jouit aujourd’hui de privilèges ; ces privilèges revêtent une forme déplorable ; ils sont même tels que le travail antérieur (dont le rôle est passif) exproprie à son profit la presque totalité du bénéfice produit par le travail présent (dont le rôle est actif), mais cela ne veut pas dire que cette forme déplorable soit la seule que les relations du capital et du travail puissent revêtir. Rien n’est immuable dans les relations économiques. Tout est soumis à une évolution lente mais constante vers le mieux. On a donc les enseignements du passé pour soi quand on affirme que les relations entre les deux grands facteurs de la richesse tendront constamment à s’améliorer. Le jour viendra, et peut-être est-il plus près qu’on ne pense, où le capital aura un sentiment assez net de ses véritables intérêts pour agir de manière à faire disparaître toute défiance des travailleurs à son égard. Ce jour-là il ramènera ses prétentions à la mesure légitime de ses droits.
- Nous venons de nommer les droits du capital : c’est intentionnellement.
- En effet il y a une distinction essentielle à faire et que l’on ne fait pas toujours, c’est que, à côté des privilèges que le capital s’est arrogé et qui devront disparaître, le capital a des droits légitimes qui devront rester.
- Par une réaction qui se comprend, beaucoup de travailleurs lui contestent ses droits, qu’ils
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- confondent avec ses privilèges. C’est répondre à un excès par un excès contraire. En réalité le capital rend des services, d’immenses services. Il est le plus puissant facteur de la production et comme tel il a droit à sa part du bénéfice réalisé. Le quantum de cette part peut être discuté, mais son droit à cette part est indiscutable. En bonne justice, le capital doit être rétribué en proportion de l’importance de son concours. Rien de plus, rien de moins.
- Si l’on réfléchit à l’importance de ce concours on verra qu’elle est considérable. Elle l’est plus aujourd’hui que jamais, et il est vraisemblable qu’elle le sera davantage encore dans l’avenir. C’est pourquoi les ouvriers ont le plus grand intérêt à se concerter, à s’associer, pour constituer des capitaux qui soient à eux ou pour attirer à leur service les capitaux des autres.
- Ah ! c’est que le commerce et l’industrie transformés depuis une quarantaine d’années, emploient un matériel de fabrication ou dé transport dont la valeur est colossale. Les travaux mécaniques ont supplanté le travail à la main. Le génie humain, affranchi des entraves que lui opposait le régime des anciennes corporations, éclairé par les conquêtes continuelles de la science, stimulé par les avantages considérables que donne une grande division du travail a transformé tout le matériel et tout l’outillage ancien. Les réalisations de la grande industrie laissent bien loin derrière elles tout ce que l’imagination de nos grands parents aurait pu rêver de plus merveilleux. Tel engin de fabrication vaut à lui seul toute une fortune. Des produits d’une valeur secondaire, la bijouterie en doublé par exemple, sont obtenus au moyen d’outils du plus haut prix. Les marteaux-pilons des grandes usines métallurgiques ne pèsent pas moins de 80 à 90 tonnes. Et plus on va en avant, plus le rôle des machines dans la production industrielle devient considérable et important.
- Une transformation non moins importante s’est accomplie dans le commerce. Le nombre des échanges s’est accru dans des proportions inouïes. L’opération en grand s’est substituée à l’opération en petit. D’immenses associations de capitaux possédant navires, locomotives et wagons ne cessent de transporter d’un bout du 1
- monde à l’autre des quantités de matières p] mières ou de produits fabriqués représenf des'sommes si considérables qu’autrefois on] aurait traitées de fabuleuses.
- Aussi dans le commerce comme dans \'\ dustrie le rôle du capital est-il plus indispe sable que jamais.
- Il ne faudrait pas s’en effrayer. Si d’une pa l’importance du capital va en croissant, d’aut part son rendement va en sens inverse. Et pa le développement de la richesse a pour cous quence d’améliorer le sort du travailleur.
- Il n’y a pas besoin d’être très-fort en histoi pour savoir qu’un ouvrier d’aujourd’hui ^ somme plus qu’un prince du xi6 siècle et que capitaliste d’aujourd’hui ne tir© de son capit qu’un intérêt 12 à 15 fois inférieur à Celui qt prélevaient les Juifs du moyen âge et mêmei temps moins éloignés.
- C’est que, par le fait même de son aboi dance, le capital perd de sa valeur. Le taux d l’intérêt s’abaisse de plus en plus. Àujourd’ln les bons placements rapportent très-peu d chose. Le prix des titres sérieux va sans ces> en augmentant, même au cas où les coupon sont invariables comme dans les rentes d’étai Eh bien ! ne voyez vous pas où cela non conduit ?
- Ne comprenez vous pas que l’augmentatioi constante des capitaux rend la production pki facile et par conséquent facilite la consomma tion ?
- Ne sentez-vous pas que cet abaissement continu du taux de l’intérêt rendra un jour oi l’autre les capitaux de placement si peu pro ductifs que leurs détenteurs trouveront intérê à rechercher une meilleure organisation sociale ?
- Ceux des capitalistes qui sont patrons renon ceront au régime du salariat qui produit pet pour embrasser le régime de l’association f produit davantage (par le fait qu’il donne uni saine émulation aux travailleurs devenus associés) .
- Quant à ceux des capitalistes qui sont rentiers, ils se verront contraints par la force de; choses à commanditer, de bon ou de mauvais gré, des associations industrielles ou commerciales, associations au nombre desquelles, si le-;
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- v^ers savent s’entendre, se trouveront bon Libre d’associations ouvrières.
- Oh ! nous savons bien que la plupart des as.
- ciations ouvrières se sont trop peu préoccu-f;C chercher des commandites au dehors. L onf; eu peur de se voir dans un jour de rise expropriées par leurs commanditaires.
- \ous croyons qu’elles s’exagèrent le danger, jlles peuvent s’armer contre ces éventualités : lies n’ont qu’à prendre dans leurs statuts des^ ^cautions à l’égard des commanditaires. Af-ranchir le travail du capital c’est d’une belle léorie, mais faire tourner le capital au profit i travail, c’est d’une bonne pratique.La chose est pas impossible. Il suffira de s’en occuper our en trouver le moyen. C’est pour ne l’avoir >as tentée que les sociétés françaises de pro-tuction ne sont pas devenues plus puissantes (lies ont fait comme le voiturier qui,ayant une jôte difficile à gravir, refuse le cheval de renfort de son voisin afin de n’avoir d’obligation snvers personne. C’est une faute, tout simplement une faute.
- Nous l’avons vu tout à l’heure, le rôle du ca-lital est devenu formidable. L’importance de ce joie ira même toujours croissant. Pense-t-on pie les simples économies des ouvriers puissent suffire à constituer des capitaux assez forts pour entrer en concurrence avec ceux des capitalistes? Certes ces économies sont quelque chose. Elles pourraient même en quelques années atteindre de fort beaux chiffres si les ouvriers savaient s’entendre, car les ouvriers se comptent par millions. Si même, comme cela Bst éminemment désirable, ils créaient comme |es Anglais des associations de consommation dont les bénéfices au lieu d’être répartis entre les consommateurs formeraient des fonds collectifs qui vont en s’accumulant, ils parviendraient en peu d’années à posséder • des capi-Lux très considérables. Toutefois cela encore be suffirait pas pour rattraper l’avance qu’ont
- Ur eux ^es capitalistes. Croire le contraire ce serait se bercer d’illusions.
- j^lais ce qui n’est pas une illusion, c’est de i ^jre que sj ies associations ouvrières ap-f e ent à elles le capital, en offrant à leurs
- commanditaires de les faire participer dans les bénéfices, quoi qu’en refusant toute priorité dans l’administration, les capitaux se rendront à l’appel.
- Assurément les prêteurs n’abonderont pas dans les premiers temps. Il n’y aura guère que le petit nombre des hommes aisés, sympathiques à la cause ouvrière. Mais si faible que ce nombre soit, ce sera toujours un commencement. Il ne faut pas dédaigner les débuts modestes. Les petits ruisseaux font les grandes rivières. Les grains de sable en s’accumulant forment des dunes qui arrêtent la mer. D’ailleurs les réformes qui s’annoncent trop grandement échouent presque toujours.Si les pionniers de Rochdale au lieu de n’être que 28 à l’origine avaient été 3,000 ils auraient eu trop de confiance dans leur force et auraient échoué. Les entreprises auxquelles on fait un chemin de velours sont rarement viables ; pour qu’elles vivent longtemps il leur faut de l’énergie et de la persévérance, et pour qu’elles possèdent à un haut degré ces qualités viriles, il faut qu’elles soient forgées et trempées à la lutte.
- Si donc les premiers prêteurs des associations ouvrières sont peu nombreux, il n’y a pas à s’en désespérer. L’essentiel c’est qu’elles en trouvent un premier noyau. Or ce premier noyau de prêteurs, il se trouvera. C’est une erreur, une grande erreur, de croire qu’en dehors des hommes qui manœuvrent l’outil les ouvriers ne rencontrent que des adversaires. A-t-on oublié que les écoles socialistes de la première moitié du siècle se sont recrutées surtout dans les classes aisées ? Du jour où le mouvement ouvrier aura contracté une allure à la fois aussi résolue et aussi pacifique que celle qu’avaient contractée ces écoles, il jouira de la même faveur. On calomnie la nature humaine si l’on ne voit en elle que de l’égoïsme. Cela n’est pas. A côté de l’immense troupeau des égoïstes, elle compte aussi toute une armée, toute une nombreuse armée de défenseurs de la vérité, d’hommes émus d’une grande compassion pour ceux qui souffrent et d’un grand amour pour ce qui est juste et pour ce qui est bon. Que les travailleurs par leur persévérance, par leur esprit de conduite, par leur tact dans
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- les revendications sachent attirer à eux la sympathie et l’appui de ces'hommes là et la cause ouvrière sera gagnée.
- Ed. Champury.
- LA SEMAINE POLITIQUE
- LeN vacances. — Les Chambres ont pris leurs vacances. Elles se sont séparées lundi dernier et ont décidé de ne se réunir, sauf en cas d'urgence, que le 20 avril.
- Pendant que nos représentants goûtent ainsi les dou cours de la villégiature, le gouvernement parait, lui aussi, vouloir se laisser aller aux douceurs du far niente. En effet, tous les jours on annonce en grand fracas que le Journal officiel du lendemain publiera un décret tendant à appliquer aux congrégations non au torisées les lois existantes et tous les. jours le Journal officiel reste muet Cette inertie commence, à irriter avec juste raison les esprits les plus patients et l’on se demande si la Chambre n’a pas été un peu vite en besogne en donnant un blanc seing au ministère, avec sa confiance en surplus, pour l’accomplissement de l’œuvre urgente que la France réclame. Il ne doit pas y avoir de vacances pour un Cabinet soucieux de satisfaire l’opinion.
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- L’interpellation sur l’Algérie. — Nous avons dit que M. Journault avait donné sa démission de secrétaire général du gouvernement de l’Algérie. L’ancien député de Seine et-Oise a motivé sa détermination dans uue lettre rendue publique peut-être un peu promptement/ et qui articule des griefs assez nombreux contre le gouverneur général, dont M. Journault prend à partie les tendances autoritaires et qui est formellement accusé d’incurie par son ancien subordonné.
- Les bonapartistes se sont immédiatement emparés de~ Ces révélations, dont nous ne pouvons apprécier l’exac titude et l'un d’eux a demandé à interpeller le gouvernement sur la situation de l’Algéiie. M. le ministre de l’intérieur après avoir ouvertement blâmé la lettre de M. Journault a demandé que le débat sur l’interpellation fut remis à un mois, alors qu’on présenterait les projets relatifs à la réorganisation de notre colonie. Ce retard qu’on peut regretter a été accepté par la Chambre Un décret a nommé M. Albert Grévy commissaire du gouvernement près le parlement, afin de lui permettre de se défendre contre les attaques dont il a été l’objet. Nous aimons à croire que celte défense sera victorieuse. car il serait déplorable que le premier gouverneur civil de l’Algérie méritât les reproches que M. Journault a formulés dans sa lettre.
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- ( Le tarif*des douanes. — La Chambre a con tinué la discussion du tarif des douanes et examiné un amendement frappantla§oie d'un droit d’entrée.
- Après avoir entendu un important discours de M. MilLud qui démontre que rétablissement des droits sur les cotons étrangers atteindrait principalement l’Industrie lyonnaise déjà si éprouvée, la Chambre a rejeté les droits réclamés. L’ensemble de la première section du tarif général des douanes, relatifs aux produits animaux et végétaux, a été ensuite voté. On sait que cette section forme un projet de loi séparé, ainsi que chacune des trois autres sections.
- L’amendement Brisson. — M. Henri Brisson a présenté un important amendement au budget. L'honorable député de la Seine d mande qu’on soumette les congrégations à l’impôt, qu’on leur applique la législation sur les patentes, quand elles se livrent à une
- profession soumise à l’obligation de la patente, q i pose de tax-er les biens de mam-morte, qui né (J1* jamais de droits de mutation, puisqu’ils sont lisés. Enfin il suggère des moyens propres à {^3 quitter des droits de succession par les religieux joignant la richesse collective à la pauvreté individu^ échappent aux prises de l’enregistrement.
- L’extrême importance de cette proposition pera pas à nos lecteurs, qui n’ignorent pas les Sur] cberies coupables auxquelles se livrent les reli&u pour frauder le fisc. ° ^
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- JLa loi sa** l’étnt-major. — Le projetée’ sur le service d’état-major, adopté d’abord au Sénat 1 déposé le lendemain sur le bureau de la Chambre à! députés, a été adopté.On se souvient que le dernierr!! port sur ce projet avait été fait par une conrnissioünjjîî de sénateurs et de députés. Ce rapport était donc desi^ aux deux Chambres,et laChambre d s d p bésn’.iv^m a attendre un nouveau rapport. Aussi a-l-eue pu pJ) immédiatement à la délibération, et elle a adopi'h projet de loi dont la discussion traînait depuis .près* deux ans.
- On sait que cette loi porte dissolution du corps d'étj; major, et qu’au lieu d'un eorps, d'une arme spécialeelï constitue un simple service, une fonction dont se’ro chargés temporairement certains officiers La loi e question a décidé que les officiers qui faisaient partiei! corps d’état-major seraient répartis dans les diverse armes. Avant d opérer celte répartition, le ministre dei guerre a appelé les officiers a faire leur choix.
- Mais, ainsi que nous l’apprend lé rapport rninistérâ qui motive et qui, dans le Journal officiel, précède' décret rendant exécutoire la loi nouvellement votée, |j demandes faites par eux ne concordent pas avec î< chiffres affectés par la loi au personnel de chacunej ces armes. Il y a donc eu trop de demandes d’entre dans telle arme et trop peu pour telle autre. Dans celi situation, il n’y avait d’autre ressource, pour être égaii ment équitable envers tous, que de procéder par tira,’ au Sort. Aussi, le décret en question prescrit-il de fai: la répartition par la voie du sort.
- Si M. le général Farre est réellement un ministre! la guerre qui, comme on le dit, a quelque souci des ri formes militaires,il pourra sous peu se mettre à l’oeiw Il aura dans la main une arme sérieuse contre cet esp:i de routine qui, jusqu’à présent, dans les bureaux dei guerre a paralysé les bonues intentions dont était pu le cabinet de ses prédécesseurs.
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- L’enquête anti-cléricale belge, — Apri de longs et orageux débats la Chambre des représe: tants belges a voté un projet de loi qui déterminei procédure et les pouvoirs des commissions d’enquè; parlementaire qui aurout toute l’autorité des tribunal: judiciaires* Ensuite de quoi la Chambre belge a adopti après une discussion également fort approfondie, t projet d’enquête scolaire, qui se fera d’après les régit posées parla loi nouvelle.
- Dans la pensée de la gauche, l’enquête scolaire di avoir pour but de constater l’état comparatif de l'i® traction primaire, dans les écoles publiques et dans le écoles privées que le clergé vient de fonder, et, de pi1* de relever tous les actes par lesquels le clergé, cerU"1 administrations municipales ou provinciales et de si® pies particuliers se sout efforcés d'entraver l'application de la loi de 1879 sur l’instruction primaire.
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- Les élections anglaises. — A l’heure * nous écrivons, la dissolution du Parlement anglais *= un fait accompli. Toutes les correspondances d'An?( terre montrent la lutte électorale comme ayant uue^ vacité incomparablement plus grande qu’en 1874. Pédant les premiers jours, l’activité des libéraux dépa^ sensiblement celle des conservateurs. Cet étatdecho^ n’a pas duré longtemps, et ces derniers font aujourd’65
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- -oui’ le moins autant de bruit que leurs adversaires. Les premières électiors suivront d’ailleurs de fort près la dissolution qui doit avoir lieu aujourd’hui. Certains collèges nommeront leurs représentants dès le 1er avril. On sait en effet que les élections ne se font pas partout en Angleterre le même jour, comme il est actuellement d’usage en France. Elles durent environ trois semaines. Ce ne sera que dans là dernière semaine d’avril que sera définitivement rendu le verdict de l’Angleterre sur la politique que lui a faite depuis sept ans le ministère du comte de Beaconsfield.
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- Le succès dn cabinet Caïroli. — La
- discussion sur la politique extérieure du cabinet Cairoll s’est enfin terminée par l’adoption, à la majorité de 220 voix contre 93. et avec 12 abstentions, d’un ordre du jour proposé par M. Mancini et accepté par le ministère. En voici le texte :
- « La Chambre, prenant acte des déclarations du ministère, «t comptant que, dans ses relations extérieures, l’Ilalie représentera parmi les nations une politique de paix, de respect aux traités et de progrès de la civilisation internationale, passe à l’ordre du jour. »
- La droite a déclaré qu’elle aurait accepté les termes de eet ordre du jour si le président du conseil ne l’avait pas interprété comme un vote de confiance. L’extrême gauche a déclaré s’abstenir. La majorité n’en a pas moins été, comme on le voit, très forte Mais les débats ont été très-orageux. M Mancini a dû être rappelé à l’ordre et cette mesure a provoqué des manifestations si violentes que M FarinL président de la Chambre a donné sa démission et a refusé de la reprendre en dépit d’un vote unanime des députés qui ont refusé cette démission. La Chambre a décidé qu’elle procéderait à l’élection d’un président après les vacances de Pâques.
- Le vote de l’ordre du jour Mancini a été favorablement accueilli par l’opinion en Italie ; il l’est également à l’élrauger. Il y a longtemps, en effet, qu’un cabinet italien n’avait pu réunir une majorité aussi forte.
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- Xjfipaix ovtropérïme, — Une dépêche de Rome nous annonce qu’une réception a eu lieu à l’ambassade d’Allemagne, à l’occasion de la fête de l’empereur Guillaume.
- M. de Keudell a prononcé un long discours, qui est sans doute un heureux écho des excellentes pacifiques déclarations de M. Cairoli à la tribune du Parlement italien.
- Après un éloge de l’empereur, M. de Keudell a dit qu’il voulait la paix et qu’elle était le seul but de son gouvernement. Les assistants ont beaucoup remarqué cette phrase significative qui résume bien la politique actuelle de l’Allemagne : « Suivant moi, il n’existe aucune probabilité que la paix soit troublée, car l’admirable organisation des forces militaires de l’Allemagne ne donnera à personne le désir de nous attaquer ni' l’espoir de pouvoir le faire avec avantage. »
- Nous devons, en effet, constater que les appréhensions des dernières semaines se sont calmées. La presse allemande, sûre du vote de la loi militaire, ne s’occupe plus que de questions extérieures rétrospectives, comme celle de l’historique des pourparlers engagés, suivant certains nouvellistes, entre le gouvernement de Saint-Pétersbourg et les cabinets de Paris et de Rome.
- Le dénoûment de l’affaire Hartmann et le mécontentement que le refus d’extradition a suscité à Saint-Pétersbourg auront beaucoup contribué à faire tomber les bruits d’accord intime entre la Russie et la France. D’ailleurs, la question de l’émigration, celle de la misère et des grèves préoccupent nos voisins beaucoup plus que les bruits de guerre.
- On le voit, si les dernières semaines ont été traversées par quelques paniques, aujourd'hui les assurances pacifiques se reproduisent de toutes parts : c’est une compensation. Puisse-t elle être durable.
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- La Prusse et le Vatican. —- Lé Pape a fait un .pas vers M. de Bismarck. Par une lettre adressée à l’archevêque de Cologne, il a autorisé les évêques à notifier au gouvernement prussien la nomination des curés. Un fait à notes?, c’est que la presse libérale qui, au pre mier moment, avait considéré la concession faite par le pape comme une grande victoire remportée par l’Etat, cherche maintenant à réduire la portée de cette concession. Par contre, le langage des journaux conservateurs indique que le gouvernement, au contraire, se félicite de la démarche conciliante du pape. La Gazette de VAllemagne du Nord a, rompu elle-même le silence pour constater la bonne impression que le changement d’attitude du saint-siège a produite à Berlin. Enfin, il ne semble -pas que la lettre pontificale ait été accueillie avec grande joie dans tous les cercles ultramontains de l’Ailemagne.
- Le conseil des ministres de Prusse s’est occupé dans fine de ses dernières séances, de la lettre de Léon XIII et de la question politique et religieuse qui s’y rattache, mais rien n’a encore transpiré au sujet des décisions prochaines du gouvernement.
- IL» IBuijEra-rie. — Le nouvel Etat constitué par le traité de Berlin est singulièrement gouverné. Le prince de Bulgarie est toujours à Saint-Pétersbourg et ne paraît nullement pressé de retourner dans ses Etats. Un certain nombre de journaux, la Gazette de Cologne, par exemple, assurent qu’il quittera Saint-Pétersbourg demain lundi pour se rendre directement à Sofia Le» autres affirment que le czar aurait confié une mission au prince. Il s’agirait pour lui de se rendre à Berlin^ où il travaillerait à opérer un rapprochement entre la Russie et l’APemagne. On ne voit pas trop ce que le prince de Bulgarie irait faire à Berlin, car il nous semble que l’empereur Alexandre n’a besoin d’aucun intermédiaire auprès de son oncle, l’empereur Guilliume. Il faudrait donc attribuer ce voyage à une certaine répugnance qu’éprouve-raü le prince à retourner daus sa principauté, où sa présence est cependant bien nécessaire puisqu’on n’attend que son retour pour ouvrir les travaux de l’Assem-. blée nouvellement élue. Il est vrai qu’il va avoir à résoudre des questions bien difficiles, et qu’il n’a pas su depuis son avènement se créer un parti assez puissant pour avoir quelque chance de s’en tirer à son honneur. On a déjà annoncé qu’il avait l’intention d’abdiquer; peut-être sera-t-il forcé de le faire avant qu’il soit longtemps.
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- TTn noüveatt toyanme. — Il serait question, s’il faut en croire une dépêche de Berlin, de constituer la Roumanie en royaume. Le prince de Bismarck appuierait cette proposition, mais à condition que lë nouveau royaume participât à l’alliance austro-allemande. Le voyage de M. Bratlano à Vienne et à Berlin a, sans doute, donné lieu à ce bruit, que la Pressé âs Buchaffest démënt de la façon la plus formelle. Il est probable que le voyage à Vienne du président du ministère roumain a été provoqué par la nécessité de régler diverses questions d’ordre économique depuis longtemps en soaffYancë. Quant au vOÿâge â Berlin, il s’explique facilement. La qûëstion du rachat des chemins de fer roümains par l’Etat, où, comme on sait, le cabinet dë Berlin a fait Xaldir énergiqüement les intérêts des actionnaires âîlëmaùds, ëst'en effet loin d’êtré définitive-mefit résolue.
- Troubles à riiès. — Des troubles, paraît-il,
- ont éclaté à Smyrne. I4s sont assez graves pour avoir obligé le gouverneur à demander des renforts à Constantinople', et les consuls européens à réclamer de leurs gouvernements respectifs l’envoi de navires de guerre. Dans l’état actuel si déplorable de l’Asie-Mineure, il est fort à craindre que lë soulèvement üe prenne Uü développement rapide.
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- La crise ministérielle grecque. — Dans la chambre des députés de Grèce, le chef de l'opposition, M. Tricoupis, a obtenu, à l’occasion de la discussion du budget, à la majorité de 99 voix contre 93, un vote de défiance et de blâme contre le ministère. Ce n’est pas la première fois que l’opposition remporte un succès de ce genre ; mais comme elle n’est, après tout, qu’une coalition de fractions rivales, il se pourrait fort bien que M. Tricoupis ne parvint pas à constituer d’une façon viable le Cabinet dont la formation lui a été confiée par le roi. Si le chef de l’opposition échoue dans sa tâche, on veria sans doute M. Goumoundouros, après une fausse sortie des affaires, reprendre de nouveau la présidence du conseil, à moins queM. Tricoupis n’obtienne la dissolution ; alors la question sera tranchée par le pays lui-même.
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- L’incident die Madagascar. — Un conflit vient de s’élever à Madagascar entre M. Cassas, consul de France, et les ministres de la reine Ranavolo. Le représentant français aurait amené son pavillon et se serait retiré de Tananarive à Tamatave.
- Il faut chercher l’origiüe de ce conflit dans les tracasseries sans cesse renouvelées des minstres de la reine, lesquels subissent l’influence anglaise que représentent là-bas de nombreux missionnaires protestants.
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- Le conflit russo-ehinois.— Depuis longtemps déjà, on remarquait un mécontentement sourd, contrela Russie, dans les hautes sphères politiques de Pékin, et maintenant ce mécontement s’est traduit par le refus brutal d’exécuter le traité de Kouldja et par la sentence arbitraire prononcée contre Tchoun-Hooun, l’ambassadeur de Chine à Saint-Pétersbourg, condamné à être étranglé, ce qui est une insulte pour la Russie.
- Daprès les nouvelles les plus récentes, la Chine se prépare énergiquement à la guere ; quelques-uns prétendent même que ses amis de l’Occident lui ont promis d’appuyer ses revendications au sujet du pays de l’Illi et de celui d’Ossoury.
- D’autre part, l’intention manifestée par la Chine d’en finir, au plus vite, avec le Japon, prouve que le gouvernement du Céleste-Empire veut rassembler toutes les forces dont il dispose pour faire la guerre à la .Russie. Cependant une dépêche annonce qu’il est question du départ du général Ignateef pour Pékin dans un"but d’apaisement.
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- L’Afghanistan. — Le Times a publié un télégramme de Caboul, qui, s’il est réellement conforme aux faits, présage la complète et prochaine pacification de l’Afghanistan. D’après cette dépêche, le général Roberts aurait reçu une lettre écrite par Mouza Khan, fils de Yacoub Khan et signée par tous les chefs afghans actuellement à Ghuzni, par laquelle tous les signataires annonceraient que, convaincus des intentions amicales des Anglais, ils sont prêts à se soumettre et à se rendre en masse a Maïdan, place située à 25 milles de Caboul, pour entamer des négociations. La lette ajouterait que les chefs de Logdor et de Kodistan ont été également invités à se présenter en même temps à Maïdan. Peut-être ce télégramme n’est-il qu’une manœuvre électorale du ca; met Beaconsfiel, car tandis que le Times assure que les chefs afghans ont fait leur soumission, le Standard annonce, d’après une dépêche de Bombay, que le général Stewart a reçu l’ordre de marcher sur Ghuzni.
- NOTES D’UN LISEUR.
- XXVI
- On ne peut rien trouver de plus douloureux que l’opinion générale au sujet de la guerre.
- L’Eglise, l’Etat, la minorité des gouvernants, la !
- majorité des gouvernés, tous s’accordent à prendre sous leur protection le vice et le crime, là précisément où la sphère de leur action est plus calamiteuse.
- Donnez à un homme un costume particulier, ap-pelez-le d’un nom spécial, cela suffit pour l’autoriser, en certaines occasions prévues, à commettre tous les genres de crimes : à voler, à tuer, à détruire le bonheur des hommes, à porter leurs souffrances au maximum : et après s’être souillé de tous ces forfaits, des récompenses l’attendent encore...
- J. Bentham.
- L'ÉCOLE SECONDAIRE ET SUPÉRIEURE DES JEUNES FILLES A GENÈVE
- III
- Loin de vouloir faire de nos jeunes filles des bas-bleus, qu’ils appellent Philaminthe ou Armande, l’Ecole secondaire et supérieure des jeunes filles de Genève, vise à former des mères, des épouses et aussi des citoyennes.
- Ses organisateurs, comprenant la grandeur et la beauté de la tâche à laquelle ces jeunes filles seront appelées plus tard, ne cherchent qu’à leur fournir les matériaux nécessaires à l’accomplissement de cette tâche.
- Ils savent que les élèves qui leur sont confiées deviendront le soutien de leur mari, les éducatrices et plus tara les amies de leurs enfants ; or pour qu’elles remplissent dignement ces devoirs multiples, l’amour et le dévouement innés dans le cœur de toute femme ne suffisent pas ; elles ont encore besoin d’une foule de connaissances diverses, d’un jugement sain et droit, de goût et d’intérêt pour toutes les questions qui peuvent être débattues devant elles.
- En effet, si elle n’a pas quelque peu exploré le domaine des connaissances souvent ardues à acquérir pour son esprit, — mais qui font l’objet de toute éducation masculine — comment une femme pourra-t-elle s’intéresser aux occupations de son mari, lui fourffir des conseils judicieux, une conversation agréable, des distractions saines et élevées, en un mot cette communauté de besoins et de plaisirs intellectuels qui est la base de la vie de famille bien comprise.
- Il faut que, quelle que soit la question traitée devant elle, la femme puisse se mêler à la discussion, non en arbitre pédant, mais en esprit éclairé et avide de perfectionnement. D’autre part, il est indispensable qu’elle joigne à cette culture spirituelle les
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- connaissances pratiques spéciales à son sexe, qui achèveront d’en faire une femme accomplie, et qui, au besoin, lui permettront de gagner sa vie par elle-même.
- L’Ecole s’occupe donc de ces deux parties de l’éducation féminine : d’un côté, elle enseigne à fond diverses branches ou pose les bases de quelques autres ; d’un autre elle initie les jeunes filles aux mille travaux de couture et aux principes de l’économie domestique qu’elles auront à mettre en pratique. Dans ce domaine un peu spécial l’école primaire s’occupe plus particulièrement de la couture en général, l’école secondaire de la confection des objets de lingerie les plus usuels, de la coupe et des ouvrages d’agrément.
- L’Ecole secondaire n’a pas non plus négligé de faire donner à ses élèves un cours d'hygiène parmi les nombreuses branches enseignées ; et elle a eu raison, car cette science trouve des applications plus nombreuses qu’on nê le croit dans le ménage et la famille.
- L’hygiène est complétée par l’économie domestique; le médecin et la maîtresse d’étude en même temps maîtresse demaison, s’accordent pour donner les directions pratiques les plus rationnelles en même temps que les principes les plus généraux. L’un indique, par exemple, les soins à donner aux enfants et aux malades, l’outre à préparer dans les meilleures, conditions possibles les choses qui leur sont nécessaires ; l’un enseigne à bien choisir l’emplacement de sa demeure, l’autre à bien organiser le ménage.
- La théorie ne suffit pas : il faut que la jeune fille trouve dans sa famife l’occasion de l’appliquer immédiatement voire même de la rectifier si elle le juge nécessaire. Cela n’est possible qu’avec le système de l’externat Aussi le préfère-t-on, à Genève et dans toute la Suisse^ à celui de l’internat. On veut que l’enfant goûte toutes lès joies de la famille afin que, devenue jeune fille, elle comprenne bien la douceur de sa mission, et qu’elle n’ait pas d'autre ambition que de former un jour, à l’exemple de sa mère, un foyer béni où régnera l’amour, la confiance, l’estime et le respect.
- Comment développer ces sentiments, si la jeune Allé se trouve transportée-dans un foyer étranger où ^ grand nombre des pensionnaires empêche l’inti -mité de régner et établit les rivalités et les petites jalousies?
- A Genève donc, les parents gardent leurs filles auprès d’eux, se contentant de les envoyer chaque matin en classe ; ils sont obéis avec joie et • entrain, car toutes nos élèves chérissent leur école, et s’y
- rendent avec ardeur. Pour le prouver qu’on nous laisse mettre sous les yeux de nos lecteurs quelques vers d’un poète genevois (1) qui en donnent une idée pleine de grâce et surtout de vérité.
- Nos écolières
- Oh ! le gai tableau ! Huit heures... soudain,
- Des modestes seuils, des portes princières,
- S’échappe, affairé, pied vif, œil mutin,
- L'innombrable vol de nos écolières.
- C’est joli, joli de les voir presser Leurs groupes grossis à chaque seconde Et, de fous propos, souvent agacer Le rire éclatant qui court à la ronde.
- Elles ont vingt ans ; elles ont dix ans, Mais pas une n’est si petite fille,
- Qu’on ose frôler du doigt ses rubans,
- La libre fierté garde la famille.
- L’hiver, le bonnet d’astrakan frisé Dispute aux vents froids leurs roses oreilles Sous leur frais chapeau le jour tamisé Les baigne, l’été de lueurs vermeilles.
- Portant dans leurs bras pliés sur leur sein, Quelquefois au dos, leur sac lourd de livres Elles vont quêter leur part du bon grain Comme les oiseaux aux saisons des" givres.
- Nous n’osons développer plus longuement l’éloge de l'externat. Un homme des plus dinstingués parmi ceux qui s’occupent de l’éducation comme parmi les littérateurs, M. Ernest Legouvé a déjà traité ce sujet dans son ouvrage intitulé : « Les pères et les enfants au XIX0 siècle. » Nous nous permettons d’en conseiller la lecture à tous ceux qui s'intéressent aux questions pédagogiques.
- Nous ajouterons seulement, que pour nous qui avons pratiqué pendant de longues années le système de l’externat, nous l’apprécions, mieux encore nous l’aimons tant qu’il nous serait impossible de le voir remplacé par ce diminutif du couvent, de la caserne et, disons le mot, de la prison, que l’on appelle l’internat.
- H. C. C.
- [A suivre.)
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- LES ÉCOLES PUBLIQUES A NEW-YORK
- Nous recevons la lettre suivante de New-Jersey (Etats-Unis d’Amérique).
- « J’ai lu avec beaucoup d’intérêt l’article qui a c paru sous ce titre : « Les Ecoles publiques à New-a York », dans le Devoir du 15 février.
- « Cette description de l’une de nos écoles' publi-« ques semblera peut-être exagérée à un certain
- (1) M. Henri Maistre,
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- LÉ DEVOIR
- i - ............ n i iihv" ———---
- « nombre de lecteurs français. Grâce à ma longue j « expérience de professeur dans les écoles, je puis j « certifier que cet article est une constatation très- I
- « exacte des faits. - |
- « Les écoles publiques, non-seulement à New- ! u York, mais dans toutes nos grandes cités, sont des I u exemples de ce que peuvent accomplir la richesse, | « l’énergie et la foi dans i’efiïcacité des écoles li- | « bres. I
- « Ces écoles me semblent aussi parfaites qu’on 1 « peut l’espérer dans toute société où les demeures 1 « des citoyens sont isolées les unes des autres. |
- « Les inconvénients qu’on peut signaler tiennent à j « l’état même des choses et se répètent partout-« Savoir :
- « 1° Difficulté pour l’élève de suivre assidûment « l’école pendant les mauvais temps ;
- « 2° Difficulté d’obtenir la coopération des parents « et des tuteurs dans l’œuvre de l’éducation ;
- « 3° Manque près de l’école de vastes et beaux ter-« rains qui puissent servir au développement de la « culture intellectuelle et physique des élèves.
- « Dans nos meilleures écoles les élèves suivant « les cours avec la pluà exemplaire régularité quel « que soit le danger que le mauvais temps puisse « faire courir à leur santé.
- « Quant à la Coopération des parents et des tu-
- * teurs, en règle générale, elle est rare et peu éner-« gique : de sorte que quelles q.u’en soient les causes/
- « meilleure est l’école, plus on lui abandonne com-« plètéfnent le soin de l’éducation.
- « Je ne sais si les habitants du Familistère com-« prennent les facilités qu’offre leur demeure pour « obvier aux inconvénients que nous venons de signa-« 1er-. Quant à moi, je suis absolument convaincue « que l’Ecole du Palais social offre des avantages
- * vitaux que l’on ne peut trouver nulle part ail- g
- « leurs. » 1
- Marie Howland, 1
- Auteur de * La fille de son père, » |
- PETITES NOUVELLES
- FRANCE
- Les Compagnons pasusaintsi charpentiers. — A /occasion dë 3a S. Joseph 300 compagnons charpentiers se sont réuuis 161, rue d’Allemagne, pour la procession annuelle des chefs-d’œuvre. Ou appelle chef-d’œuvre une pièce montée dout la forme rappelle le plus souveut celle d’un édifice gothique et où sont réunies toutes les manières de couper le bois et de l’ajuster, en un mot toutes les difficultés de l’art du charpentier.
- Les Compagnons passants du devoir en possèdent ac- I
- tellement deux, un petit qui a été fait pour l’Exposition des arts appliqués à l’industrie de 1879, et un beaucoup plus grand quia deux mètres et demi de haut et qui a figuré à /Exposition -universelle de 1878, où il à obtenu une médaille d’honneur.
- En dépit des écrivains qui annoncent depuis une quarantaine d’années que l’esprit moderne tuera ]e compagnonnage, le campaguonnage subsiste, et dans nul autre métier le lieu n'en est resté aussi fort que parmi les charpentiers. Il y a plusieurs milliers de compagnons passants du devoir en France ; à Paris même, il y en a quinze ceuts environ, dont neuf cents compagnons remerciés, c’e-t-à-dire n’ayant plus à pratiquer, quelque chose comme des compagnons honoraires, et cinq ou six ceuts compagnons actifs.
- C’est que jusqu’à présent aucune autre institution n’a remplacé le compagnonnage; ainsi les chambres syndicales viennent bien au secours de leurs adhérents, mais elles n’ont plus ce caractère de fraternité qui fait que d’une ville à 1 autre le co mpagnon retrouve une famille; et puis il suffit d’être ouvrier pour pouvoir être adhérent ; il n’y a pas de choix, dans ce système, partant pas d’honneur.
- Dans le compagnonnage, quand un jeune ouvrier commence, ses camarades plus âgés lui disent comme une promesse : Travaille et nous ferons de toi un compagnon.
- Ce but ennoblit sa vie, car il lui faut être honnête homme et bon ouvrier pour l’atteindre.
- Comme l’association répond de ses membres auprès de la mère où ils mangent et boivent et auprès du patron où iis, travaillent, son propre intérêt lui commande d’èlre sévère. Le titre de compagnon ne sera jamais donné à un mauvais sujet, et ffe-t parce qu’il est un brevet d’honorabilité et d’habileté qu’il est toujours si recherché.
- Eu huit jours, dit le président de l’association, nous voyons changer le jeune homme qui a été reçu compagnon ; il marche plus librement,- il se sent digne d’estime, il a conscience qu’il est un homme.
- On aura une idée de cette fierté par ce fait que, pour figurer dignement à l'Exposition de 1878, les. compagnons se vantent d’avoir dépensé soixante mille fraucs à leur grand chef-d’œuvre, et pourtant ils ne sont pas riches."
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- Une arme loyale contre les Jésuites.—
- M. Edouard Lockroy demande dans le Rappel que le gouvernement décrète que- tout candidat aux écoles du gouvernement, écoles polytechnique et de St-Cyr, fournisse la preuve qu’il a fait ses études dans les établissements de l’Etat. Ce serait, sans recourir à la loi. sans même dissoudre la Société de Jésus, un moyen de porter un coup terrible à son influence en France. Car on sait que les Jésuites se soucient peu de l’enseignement de la jeunesse pour lui-même et que le but qu’ils recherchent est de former des candidats pour les fonctions de l’Etat, ce qui est une manière détournée, mais sûre, d’acquérir l’influence dans la société et dans le gouvernement.
- Un €7©rngjT'é» ouvrier* sérieux. — La commission d’organisation du Congrès régional de Bordeaux adresse aux travailleurs et aux membres des sociétés ouvrières l’appel suivant :
- Citoyens,
- L’œuvre des congrès ouvriers de France nous semble avoir suffisamment démontré son utdité, pour que nous nous mettions à l’œuvre pour organiser, conformément aux résolutions du congrès de Marseille, celui qui doit se tenir dans notre ville, le printemps prochain.
- A cet effet, les délégués au congrès de Marseille joints â /Union syndicale, ont adressé un appel à tous les syndicats, cercles ouvriers, sociétés de secours mU' tuels et de compagnonnage de la ville de Bordeaux. Ie3 invitant à nommer deux délégués p tr groupe, pour former la commission d’organisation.
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- Les travailleurs bordelais ayant accepté cette tâche, adressent un pressant appel à tous les ouvriers de la région et les invitent à apporter leur concours sur lequel fis croient pouvoir compter.
- N’oublions pas que notre isolement est la cause de notre faiblesse, et que pour y remédier, nous devons tous nous unir et nous grouper pour nous instruire et revendiquer nos droits/
- A côté des questions purement théoriques et plus ou moins susceptibles de donner matière à des discussions interminables et sans profit, le Congrès de Marseille a pris des résolutions d’un intérêt capital pour la classe ouvrière, et d’une pratique immédiatement réalisable.
- De ce nombre sont :
- La fédération des chambres syndicales et groupes des travailleurs;
- La formation d’une presse ouvrière ;
- L’institution des écoles professionnelles ;
- La préparation des candidatures ouvrières à toutes fonctions électives ;
- Et enfin, la tenue des congrès régionaux ayant pour but d’amener dans une région déterminée une entente solidaire entre les ouvriers de la contrée, afin qu'ils puissent mettre à exécution les points que nous venons d’iudiquer, ainsi que d'autres réalisables, laissés à votre initiative ; nous vous invitons à nous les faire connaître au plus tôt, pour les insérer dans le programme
- La triste expérience du passé nous a assez appris à ne compter dans nos revend;cations. légitimes que sur nos propres efforts, pour nous faire espérer, qu’au moins, nous ne faillirons- pas au devoir de nous seconder les nns les autres, et de nous unir étroitement, dans le but d’opposer une ligne formidable aux empiétements croissants des classes dirigeantes, et qui vivent de nos labeurs.
- Nous en appelons à vous tous, déshérités delà société marâtre. Ouvriers qui gémissez sous l’oppression du privilège et qui ne pouvez même pas, à l’aide d’un travail inouï et de privations sans nombre, satisfaire aux besons de vos familles.
- Y<mez â nous, grossissez notre phalange, apporte vos lumières, vos conseils, vos initiatives, aidez-nous à préparer et à mener à bonne fin ce congrès, première étape vers ce but émancipateur que, pour notre part, nous ne cesserons de poursuivre, et nous pourrons peut-être aplanir à nos enfants le sentier de la justice et l’ère de la liberté.
- Le congrès de Bordeaux n’a d’autre objet que de re chercher le moyen pratique et les questions qui intéressent directement la cause du travail et de /émancipation économique des travailleurs.
- It faut donc, pour que cette idée puisse recevoir satisfaction et que des solutions puissent se produire, que toutes les villes de la région envoient des délégués à ce congrès ; ce sera je moyen de centraliser les lumières, les expériences et'en faire la meilleure application possible.
- Donc, que les chambres syndicales ouvrières, associations et groupes de travailleurs, se mettent immédiatement à l’œuvre pour préparer les délégations qu’ils se disposent à envoyer au congrès de Bordeaux.
- Nous espérons que les prol daires répondront à nôtre appel; nous comptons sur leur adhésion et leur appui pour nous aider dans cette tâche, et subvenir aux frais qui nous incomberont.
- Un avis ultérieur vous fera connaître la date de son ouverture et les questions qui y seront traitées.
- Pour les avis et renseigne nents, s’adresser au citoyen Castaing, secrétaire à la correspondance, rue d’Arès, 203.
- Les fonds doivent être adressés au citoyen Maurin, trésorier, rue Fondaudège, 173.
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- Grève des teinturiers. — La grève des ouvriers teinturiers continue. La plupart des centres industriels sont complètement désertés. Puteaux, Saint-Denis et Courbevoie, qui ont le dixième de leur population vivant de cette industrie, sont en grève,
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- IDeux maisons de Puteaux ent cessé tout travail depuis lundi dernier. La maison Y... qui emploie 300 ouvriers est en grève.
- Les ouvriers réclament une augmentation de cinq centimes par heure, ce qui, pour onze heures de travail représente 55 centimes, soit à peu près le huitième de la journée moyenne, qui est de 4 francs.
- Les raisons invoquées par les ouvriers sont que, pour la vie en détail, la première zône de la banlieue ressent exactement toutes les augmentations de vivres et de loyer que supporte Paris. Or, presque toutes les teintureries sont situées dans ces conditions.
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- Les convertissenrs iss extreixiisn — Le
- Progrès de Saône-et-Loire publie le lugubre récit d’un malheureux du nom de Condamin, admis à l'hôpital de Châlons-sur-Saône, qui s’est suicidé pour échapper aux obsessions incessantes du personnel de 1 hôpital.
- Les détails que donne le Progrès sont révoltants.
- Secours aux phylloxéras.— Le Crédit foncier a l’intention de demander une loi l’autorisant à appliquer à des prêts aux propriétaires des vignobles phyl-loxérés les cent millions que la loi de 1856 l’a autorisé à mettre à la disposition cie l’agriculture pour travaux de drainage et qui sont restés à peu près sans objet.
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- Grève des tailleors sisi* verr \ — La commission d’initiative des tailleurs sur verre, informe la corporation qu’a la suite d’une diminution de salaire subite, contre laquelle elle proteste, elle a résolu de cesser ses travaux depuis le 16 mars.
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- SUISSE
- L’utilisation des pour les con-
- cours agricoles, voilà certes une nouveauté. On vient à Genève d’ouvrir les belles écuries de la caserne à un concours de bétail de boucherie. Cela économise des frais de baraquement considérables. Dans beaucoup de villes françaises nos casernes de cavalerie et d’artillerie ont des écuries non occupées, qui restent sans emploi pendant delongues années. On pourrait les utiliser aussi pour les concours agricoles.
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- ï8.-<^es»*.**t.tora des minorité®. — L’association bernoise pour la réforme électorale a tenu une réunîQn le 12 mars sous la présidence de M. Haller, éditeur.
- Tous les orateurs ont été d’accord pour demander que la Société se portât à une démarche pratique etconcen--trât d’abord ses efforts sur le terrain des élections municipales.
- En conséquence, l'assemblée a adopté à /unanimité la proposition de son comité d’adresser à l’autorité communale une requête formulée en ces termes :
- a Le conseil de la ville de Berne est prié d’examiner et de soumettre à /assemblée la question de savoir si le règlement électoral eommunal ne doit pas être modifié en ce sens que le principe de /élection proportionnelle soit substitué désormais au système de ia majorité absolue. »
- Il a été décidé, en outre, que le comité serait chargé de convoquer prochainement une nouvelle assemblée pour examiner et déterminer quel procédé doit être proposé de préférence à l’assemblée bourgeoisiale, pour réaliser le principe proportionnel.
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- ALLEMAGNE
- ILe» &g£ï'v» t* ®o«te.rt*aiïi!S. — Nous empruntons les indicaHons suivantes à la Gazette de Cologne elles donnent un aperçu des travaux projetés pour compléter le système de communications par télé-
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- graphe souterrain que l’on se propose actuellement de développer dons la région orientale de l’empire :
- On prépare pour 1880 l’exécution des lignes télégraphiques souterraines Berlin-Francfort sur l'Oder-Bres-lau, Berlin-Münchenberg (section de la ligne qui, plus tard, ira jusqu’à Thorn), et Berlin Stettiu. On s’occupera ensuite des lignes Stettin-Colberg-Dantzig-Konigsberg-Aix-la-Chapelle. On projette également de prolonger la ligne de Konigsberg jusqu’à Eydtkuhnen sur la frontière prusso-russe, et la ligne deBreslau jusqu’à Oden berg sur la frontière prussu-autrichienne. Après l’achèvement de ces travaux, c’est-à-dire probablement en 1883, le projet d’organisation d’un réseau télégraphique souterrain le long des grandes voies commerciales et militaires de l’empire pourra être considéré comme réalisé dans ses parties essentielles.
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- ALGÉRIE
- fruiï s du ï.épotisme, — M. Journault, ancien député de l’arronuissement de Versailles, qui avait renoncé à son mandat de député pour devenir secrétaire général du gouvernement de l’Algérie, s’est démis de ses fonctions à la suite de dissentiments avec son chef, M. Albert Grévy, dissentiments qui tenaient uniquement aux allures autoritaires du gouverneur général, lequel ne peut tolérer dans son entourage aucune initiative.
- La vacance du siège législatif de Versailles ayant été récemment comblée par l’élection de M. Hippolyte Maze, M. Journault redevenu libre avait songé à poser sa candidature en Algérie, à la place de M. Jacques, député, qui se serait porté lui-même comme candidat au Sénat, en remplacement d’un sénateur algérien, M. Pomel, dont la démission était annoncée à la suite de sa nomination comme doyen de la Faculté des sciences d’Alger.
- Il était entendu que M. Pomel renoncerait à son siège sénatorial pour se consacrer tout entier à ses nouvelles fonctions scientifiques, qui exigent sa présence constante à Alger. Mais la démission de M. Journault comme secrétaire-général du gouvernement algérien et la nouvelle de sa candidature législative en Algérie ont changé la situation. Ne serait-ce pas un échec" à l’autorité de M. Albert Grévy que le secrétaire-général dont il n'a pu s’accommodêr fût élu député dans la colonie? Le gouvernement a été de cet avis, et pour empêcher ce danger de se produire, il renonce à demander la démission de M, Pomel, qui restera sénateur; M. Jacques restera lui-même député, et ainsi il n’y aura pas en Algérie de candidature législative possible pour M, Journault. Cet arrangement pris par le gouvernement, pour fermer l'ac-cès de la Chambre à un ancien député républicain qui a eu seulement le malheur de ne pas s’accorder comme fonctionnaire avec le frère du président de la République, donne lieu à des appréciations on ne peut plus sévères dans les cercles politiques sérieux.
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- ITALIE
- Hier, dit VItalia, a été un jour alto signanda lapillo pour le popolino et pour tous les dilettanti de la loterie de Naples. Ils ont eu la chance d’attraper un terne.
- L'histoire de ce terne se rattache à celle d’un pauvre moine nommé Ambrogio, qui fut séquestré, garrotlé, roué de coups précisément par deuxjoueurs à la loterie qui exigeaient de lui des numéros sûrs. Ce moine est mort l’autre jour à l’hôpital des Incurables.
- Ur, avant de rendre le dernier soupir, le pauvre frère Ambrogio donna aux gens qui se trouvaient autour de son lit les trois numéros
- 13 — 37 — 65
- Un journal du matin les publia et un grand nombre de personnes les jouèrent. Et trois des cinq numéros sortis au tirage d’hier étaient précisément ;
- 13 — 37 — 65!
- Tout Naples a gagné à la loterie. On a jusqu’à présent constaté deux millions de vincite. Si on a l’intention de
- faire un procès à ceux qui ont gagné, les prévenus seront au nombre d’environ deux mille.
- Lorsqu’on se rencontre, on ne se demande pas : « Comment vous portez-vous ? » mais : « Combien avez-vous gagné ? »
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- CHINE
- L’csprît d’imitniioîi. — Ce n’est pas seulement par nos bons côtés que la Chine nous imite, c’est aussi par nos ridicules et nos petitesses.
- Ainsi l’ambassadeur du Céleste-Empire à Paris se fait appeler marquis de Tseng. Il s’appelle en réalité Tseng. Il est le fils du célèbre général Tseng-Kouo-Fang qui mit fin en 1865 à.la terrible révolte des Taïpings, et'reçut de l’empereur pour ce haut fait d’armes la noblesse héréditaire de deuxième ordre. Venant en France, le fils du guerrier chinois n’a rien trouvé de mieux que de transposer sa noblesse asiatique .gn son équivalent occidental, et comme le marquisat est le deuxième garde nobiliaire, il s’est fait appeler marquis. Quant à la particule qui figure ordinairement devant son nom, il la doit à la courtoisie française. Marquis Tseng n’irait pas, et marquis de Tzeng fait très bien au contraire. On dit à Paris marquis de Tzeng, comme on dit prince de Bismarck, au lieu de dire correctement Tzeng ou Bismarck tout court.
- LA SUPPRESSION DES OCTROIS
- ET LES RÉSULTATS QU’ELLE A DONNÉS EN BELGIQUE
- Une proposition tendant à la suppression des octrois en France a été déposée parM. Ménier, député.
- Il était temps que quelqu’un prît l’initiative d’une mesure aussi éminemment désirable. L’octroi est le plus vexatoire de tous les impôts et cela par trois raisons :
- 1° parcequ’il ne s’applique qu’aux consommations de première utilité et que les objets de luxe lui échappent.
- 2° parcequ’il est le dernier vestige d’une époque économique disparue depuis longtemps, époque à laquelle existaient des impôts de circulation intérieure.
- 3° parcequ’il ne peut être perçu que par des mesures inquisitoriales contraires à la dignité et à la liberté des citoyens.
- Aussi croyons-nous que cet impôt ne compte point de partisans en France. S’il existe encore,c'est moins parcequ’on lui reconnait quelque qualité que parce-qu’on est embarrassé pour son remplacement par un impôt plus juste.
- On s’exagère les difficultés de ce remplacement.
- La Prusse et la Belgique ont remplacé leurs octrois et elles s’en sont bien trouvées, la Belgique surtout.
- Ce fait, mérite examen.
- Les octrois ont été supprimés en Belgique par une loi du 18 juillet 1860, et remplacés par un prélèvement sur le produit de certains impôts généraux.
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- LE DEVOIR
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- Ce fonds, dit fonds communal, est partagé entre tontes les communes.
- Il est destiné :
- 1° à compenser dans une certaine mesure la perte subie par celles qui possédaient des octrois ;
- 2°. à restituer aux autres l’équivalent de la part j que leurs contribuables payent pour la formation de j
- ce fonds commun. I
- Le fonds communal est alimenté par un prélève- .
- ment :
- 1° de 40 0/0 sur le produit des postes ; j
- 2° de 75 0/0 sur le produit du droit d’entrée sur le <
- café ; [
- 3° de 34 0/0 sur le produit de certains droits d’ac- j cise sur les liquides et sur les sucres. j
- Il est intéressant de connaître les résultats de cette suppression des octrois et de la combinaison imaginée par le législateur belge en vue de les remplacer.
- La Revue d’administration du ministère de l’intérieur contient, sur ce point, des renseignements qui sont la justification complète du système si heureusement adopté par nos voisins.
- Dès la première année d’application de la loi, le fonds communal s’est élevé à 15.253.570 fr., et, sur les 79 communes à octroi, 11 recevaient déjà, sur ce fonds, une part supérieure au produit de leur octrci ; les autres ne recevaient que l’équivalent de ce produit , c’est-à-dire le minimum garanti par la loi.
- En 1866, le fonds communal s’élevait à 17.936.590 fr., et le nombre des communes qui obtenaient de leur participation à ce fonds un revenu supérieur au produit des droits d’octroi était porté à 29.
- En 1875, le fonds communal a atteint 24.408 059fr., et 61 communes y ont trouvé une ressource supérieure au produit de leur octroi. Il n’en restait donc plus que 18 qui n’avaient pas encore profité de l’accroissement du fonds communal.
- Sur les 24.408.059 fr. fournis en 1875 par le fonds communal, les communes à octroi ont prélevé 13.486.798 fr. Le surplus a été partagé entre les autres communes de la Belgique, d’après les bases fixées par la loi de 1860, et toutes indistinctement y ont trouvé, sans aggravation sensible déchargé pour les contribuables, un élément progressif de richesse.
- Ainsi, il résulte d’un relevé officiel que, dans la période de quinze ans, écoulée de 1860 à 1875, 1,284 communes ont vu doubler leur contingent dans le fonds communal. Ce contingent a été triplé dans 1.022, quadruplé dans 127, quintuplé dans 32,
- sextuplé dans 11 , septuplé dans 3 et décuplé dans 2.
- Le produit du fonds communal est réparti chaque armée entre les communes au prorata du principal de la contribution foncière sur les propriétés bâties, du principal de la contribution personnelle et du principal des cotisations de patentes. La quote'part attribuée aux communes qui, en 1859, possédaient un octroi, ne peut, en aucun cas, être inférieure au produit que donnait cet octroi.
- Heureux peuple qui a pu ainsi, sans secousse et sans compromettre en rien la fortune communale, s’affranchir d’une des institutions les plus vexatoires que nous ait léguées le moyen-âge 1 Plus heureux encore celui qui saurait demander au revenu la compensation des sommes produites par l’inique impôt de l’octroi !
- Remède contre le Croup,
- Les jeunes mères ne nous en voudront certainement pas si nous leurs donnons, dit le Figaro, un remède préventif contre le croup, auquel, en tout temps, leurs bébés sont exposés, et qui peut les atteindre surtout en ce moment de l’année.
- Voici donc la recette que nous communique une A.méricaine, à laquelle trois babies roses ont tressé une ravissante couronne maternelle.
- il s’agit tout simplement d’acheter, chez le premier boucher venu, de la laine de mouton non dégraissée. De cette laine, convenablement pressée, on fait une sorte de capitonnage que l’on enferme dans un léger foulard de soie et dont on garnit le cou de l’enfant. Rien de plus. Seulement, il importe que le bébé conserve ce collier au moins jusqu’à la fin du mois. Il est, en effet, certain que le mois qui vient de finir et celui dans lequel nous sommes entrés sont malheureusement favorables à l’éclosion de la terrible maladie.
- Combien nous bénirions notre lectrice américaine, si l’efficacité de sa recette était dûment reconnue !
- LES ORPHELINATS DE JEUNES FILLES
- La femme d’un de mes amis qui, jusque-là, n’avait pas eu la main heureuse me dit dernièrement :
- » Je crois que je vais en finir avec mes ennuis de domestiques. On m’a conseillé de m’adresser aux sœurs qui dirigent l’orphelinat de... et elles m’ont promis un bon sujet, une honnête fille, qu’elles ont recueillie à l’âge de trois ans, qui est restée quinze ans dans ce couvent et qui maintenant est en état de gagner sa vie. Il était temps, car j’étais à bout de patience. Je sais bien que je n’aurai pas un cordon bleu, mais je dresserai cette brave fille, et enfin nous serons à peu près servis. »
- — Amen ! fis-je.
- — Comment, répliqua-t-elle, vous n’avez pas confiance ?
- I —Médiocrement. Que voulez-vous que ces paû-
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- vres orphelines apprennent chez des religieuses qui n’ont ni famille, ni ménage et qui, après avoir marmotté leurs prières et égrené leur chapelet, ne songent qu’à exploiter certaines industries : lingères ici, liquoristes là-bas, pâtissières plus loin.
- — Laissez donc ! vous êtes un mécréant et voilà tout.
- J’ai revu hier cette excellente femme et naturelle-ment je lui ai demandé des nouvelles de cette perle des servantes que les sœurs de l’orphelinat avaient si généreusement mise à sa disposition.
- — Àh 1 me dit-elle en riant, que vous aviez raison, cent fois plus encore que vous ne pouvez l’imaginer!
- — AHons ! vous allez exagérer maintenant.
- — Exagérer!... mais ce serait impossible! La réalité dépasse toutes bornes.
- — Voyons cela !
- — Cette grande fille de dix-huit ans arrive chez moi. Une figure !... Non ! une buse doit avoir l’air plus intelligente. Elle tenait ses yeux baissés et remuait un chapelet entre ses doigts qui n’étaient pas d’une propreté irréprochable. Je ljui demande si elle connaît le service ; elle répond affirmativement sans lever les yeux. — Savez-vous faire un peu de cuisine ? — Pas beaucoup, mais si madame veut me montrer, je tâcherai de contenter madame. — Je connais ce refrain et j’étais loin d’en être satisfaite. Cependant je médis qu’il faut faire contre mauvaise fortune bon cœur, que je n’aurai peut-être que quelques mauvais jours à passer. Essayons, me dis-je.
- Et, en effet, la pauvre femme a essayé. - -
- Calino est un géant, Calino est un aigle auprès de ce produit de l’éducation cléricale. Pendant quinze ans qu’elle a passés au couvent, cette malheureuse fille n’a rien appris, rien absolument ; elle a fait de la lingerie grossière, des chemises de soldats, non pas une chemise entière, ce qui lui aurait du moins appris à faire une chemise tant bien que mal; mais elle en est incapable, car elle n’a jamais cousu que certaines parties de ce vêtement.
- Elle n’avait jamais vu une pièce de vingt sous et elle payait avec cette pièce un objet d’un sou, tout étonnée qu’on lui rendît d’autres sous, et les refusant parce qu’elle « n’était pas une voleuse. »
- Son premier pot-au-feu, c’est tout un poème. Bien entendu, elle n’avait jamais fait un pot-au-feu. Sa maîtresse prépare elle-même toutes choses : viande, condiments, légumes, puis lui dit la formule sacramentelle ; « Quand vous aurez écumé, vous mettrez de la cendre sur le feu et vous ferez bouillir tout doucement. »
- Ah ! bien oui î L’heure du dîner arrive ; on sert le potage. Hélas ! c’était de la lessive. La bonne avait consciencieusement mis la cendre dans le pot au-feu et puis avait laissé bouillir tout doucement, comme on le lui avait recommandé.
- Vous voyez ce coup de théâtre.
- Il y a cinq ou six bêtises de ce genre, toutes plus extravagantes les unes que les autres. On ne les croirait pas.
- « Mais qu’avez-vous donc appris pendant ces quinze ans de couvent ?» La maîtresse du logis n’obtenait aucune réponse, si ce n’est celle-ci*’
- « Nous cousions des chemises pour la troupe. » Ainsi, ces orphelines recueillies avec tant de fracas par les corporations religieuses de femmes sont tout simplement réduites à l’état de machines. On n’a pas même le souci de leur apprendre une profession qui leur permette de vivre honorablement. Elles grandissent dans la plus complète ignorance de toutes choses, incapables de gagner leur vie en travaillant. Elles seront la proie inévitable du premier débauché qui les rencontrera, et c’est la société qui tôt ou tard, sous une forme ou sous une autre : hôpital, hospice ou prison, dépensera pour les malheureuses i créatures, élevées sur les genoux de l’Eglise, plus , d’argent qu’il n’en aurait fallu pour leur donner une bonne instruction professionnelle.
- Et notez que ces orphelinats d’où sortent ces idiotes ne se contentent pas des bénéfices qu’ils réalisent en les exploitant. Ils reçoivent de l’Etat, des départements, des communes, de la charité privée, des sommes considérables. Celui dont je parle spécialement tient ici de la générosité de l’Etat un magnifique domaine situé dans les environs d’une grande ville. Le département lui alloue une subvention proportionnelle au nombre des orphelines recueillies.
- Franchement, c’est là, il faut en convenir, de l’argent bien mal placé. L’Etat, le département et les communes gagneraient à faire leurs affaires eux-mêmes et à repousser de tels intermédiaires. Mais ce n’est là encore que le point de vue économique, c’est à-dire le côté le plus étroit de la question. Le point de vue moral a plus d’envergure. La société peut-elle, doit elle permettre que des enfants orphe. lins, dont elle est la protectrice naturelle, grandissent ainsi dans une sorte de barbarie, abêtis par les superstitions les plus grossières, et quej arrivés à l’âge adulte, ils soient une charge sociale? Le devoir dt la société n’est-il pas de soustraire ees enfants à un tel péril ? La question mérite d’être sérieusement
- examinée. „• , _ jlL&.Siècle.).
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- LA RÉFORME DES^ CHEMINS DE FER
- Le dernier numéro de ia revue La Reforme des chemins de fer traite 'du Rachat partiel de l'Orléans ; le rédacteur y juge sévèrement le projet de m. Varroy.
- « C’est, s’écrie-t-il, une méconnaissance inexplicable des vœux et des besoins du pays, disons de sa
- volonté. »
- ~Le pays veut que les tarifs rentrent sous la main de l’Etat. « L’Etat, maître absolu des tarifs, c’est la base du régime nouveau impérieusement réclamé par notre situation économique. » Or, le seul moyen d’atteindre ce but, c’est le rachat, non le rachat partiel, mais le rachat total. Est-ce que les grandes compagnies n’ont pas formellement déclaré dans l'enquête faite par le Sénat « qu’en droit, les tarifs des compagnies de chemins de fer sont une propriété véritable, acquise à titre onéreux et aussi -inviolable que toute autre ; que si enfin, on prétend enlever aux compagnies la libre disposition de leurs tarifs il n’y a pour y arriver, qu’un seul moyen légal,œ’est l’expropriation ou le rachat prévu par l’article 37 du cahier des charges, *
- C’est, en effet, conclut le rédacteur, le moyen légal heureusement prévu à l’origine des concessions et il félicite la commission des trente-trois de sa persistance à en réclamer aujourd’hui l’application.
- Cette étude est complété par une adresse au président de cette même commission par M. Vauthier, une autorité en pareille matière.
- C’est.tout le régime des chemins ,de fer, lui dit il, que la Chambre a entendu soumettre à vos recherches et, de la décision que vous ait z prendre dans la première grande solution qui vous est déférée, dépend peut-être l’avenir de ce régime. Or, « la bonne organisation de notre viabilité ferrée est, pour le pays, la plus haute des questions économiques pen-dantes. C’est une question nationale, je dirai presque une question gouvernementale. »
- M. Vauthier raconte comment la commission des trentre-trois s’est divisée en trois sous-commissions: dés tarifs, du rachat, de l’exploitation.
- La sous-commission du rachat a déjà enfanté le projet de rapport dé M. Wilson, qui concluait au rachat total du réseau d’Orléans et dont le rédacteur ^aitun éloge très mérité. La partie critique du travail de M. Wilson fourmille en effet de détails curieux. Il en est de si surprenants qu’on a peine à y croire. Que les compagnies eussent continué à user d® leurs tarifs pour faire concurrence au réseau de * Etat, personne ne s’en fut étonné ; mais que de la
- même plume qui signait et prescrivait, en matière de tarification, « de ne pas bouleverser les conditions naturelles résultant des distances et de la situation géographique et de ne pas déplacer les courants commerciaux » — ce à quoi l’administration des chemins de fer de l’Etat se conformait religieusement — que de cette même plume le département des travaux j publics homologuât des tarifs de détournement de la jj compagnie d’Orléans, qui violaient audacieusement | le principe posé par ses circulaires, voilà qui exige,
- \ pour être cru, les documents mis au jour par M. Wil-
- I son.
- |
- f Mais l’honorable rapporteur ne s’était pas con-| tenté de critiquer. Il avait péremptoirement dérnon-| tré « que la rachat total, dont les intérêts qu’il | froisse cherchent à faire un épouvantail, n’est autre chose qu’un virement'; qu’il n’entraîne le Trésor dans aucune aventure financière ; qu’il ne s’agit pas d’énormes emprunts pour rembourser une valeur en capital, mais d’un simple paiement d’annuités dont les recettes des lignes rachetées auront fait, au
- préalable, rentrer le montant dans les coffres de l’Etat.
- M. Vauthier pense que les études faites par la sous-commission des tarifs doivent l’avoir déjà convaincue de ces vérités : que le taux des frais d’exploitation ne peut manquer de varier dans une large mesure avec l’importance du trafic à mouvoir ; que le prix de revient surtout dépend à un haut degré de cet élément, et que, s’il est aisé d’amortir, avec un -gros trafic, un capital considérable, cet amortissement devient au contraire impossible avec un trafic réduit : d’où il suit qu’il est économiquement insensé de faire le même emploi de capital dans un cas que dans l’autre ; vérité qui l’eût sans doute amenée aussi, par l’évidence de l’impossibilité qu’il y aurait à les employer aux grandes compagnies, à l’idée du rachat.
- Car il n’y a pas de milieu, ou rester dans le système d’homologation illusoire actuel, ou racheter et régler sur de nouvelles bases l'exploitation des lignes- existantes et la construction des lignes futures.
- M. Vauthier n’est pas partisan de l’exploitation directe par l’Etat, mais il ne veut pas de l’exploitation par très-grandes Compagnies. Il présente pour cela trois raisons.
- 1° L’importance et la complication des services sur les lignes principales dépassent la capacité et les forces d’un directeur, quelle que soit sa valèur.
- 2° Des concessions qui excèdent 4.000 kilomètres, ! voire 6.000, comme celles du Paris-Ly@#4îérditerra-
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- née, sont incompatibles avec les exigences actuelles de la circulation.
- 3® L’administration d’une compagnie ne devrait pas s’étendre à un ensemble de plus de 2.000 kilom.
- L’IRLANDE
- XIII
- Il est assez difficile de décider, mêmeaprès coup, si O’Connell a fait fausse roui® durant sa longue carrière
- Eut-il mieux valu qu’il poursuivit la réforme sociale de préférence et par priorité à la réforme politique ? Il en est qui se prononcent pour l’affirmative. « L u-surpation de la conquête anglaise », disent-ils à l’appui de leur opinion, « n’a pas seulement porté sur les droits politiques de l’Irlande, mais encore et surtout sur le droit de propriété. C est l’usurpation du droit de propriété qui fut, pour ainsi dire, la mère de l’usurpation des droits politiques. Sans la première, la seconde n’eut pas eu lieu. Il fallait donc faire cesser celle-là pour mettre fin à celle-ci. »
- Cette question qui soulève encore des controverses parmi les patriotes irlandais, fut, qu’on nous permette cette digression en passant, une de celles qui, avant 1848, séparaient les républicains encore en petit nombre, des phakmstériens qui commençaient à compter. Plus tard, en la personne de Victor Considérant, la majorité de l’Ecole sociétaire se rangea sous le drapeau de la République.
- A. l’heure qu’il est, néanmoins, il existe encore chez nous des hommes qui croient à la possibilité de se passer des libertés politiques, pourvu qu’on jouisse de ses droits sociaux. Nous n'aimons pas à supposer la mauvaise foi ou la vénalité chez qui que ce soit, nous tenons donc ces hommes pour sincères, mais nous avouons ne pas les comprendre. C’est que, tout en laissant subsister la différence, que nous avons du reste fait ressortir, entre la situation économique et politique de l’Irlande et celle de la France, et en réservant la question religieuse, nous croyons non-seulement à la possibilité, mais encore nous proclamons la nécessité pour les deux nations de faire marcher de front les réformes que le mot Justice implique dans ces deux ordres de choses.
- Par exemple, si nous ne craignions point d’être taxé de violence ou de toute autre aménité de ce genre, nous dirions que, en Irlande, contre l’usurpation des droits politiques, Justice peut bien s’entendre par Réforme; mais que contre l’usurpation du droit de propriété, Justice signifie Restitution.
- Si pourtant cette dernière expression paraissait trop forte à ceux chez lesquels le respect du fait accompli semble vouloir être érigé en principe comme garantie de l’avenir ; s’il est, en effet, un moment où ‘
- une justice rigoureuse peut devenir de l’injuitice {Summum jus, summa injuria), ne pourrait-on nous le demandons, arriver à une transaction ? N’est-il point de compromis à l’aide duquel celui qui a souffert et souffre encore de l’usurpation, ne puisse obtenir une réparation, sans que violence soit faite à celui qui a tiré avantage de cette usurpation ? Et, à l’aide de ce compromis, en ce qui concerne l’Irlande, le mot restitution ne peut-il être remplacé par un autre.,.. un autre qui a cours dans la vie des hommes ; qui est une garantie de bien-être et d’indépendance ... un autre que la France a commencé à inscrire dans ses institutions et qu’elle y gravera plus profondément au fur et à mesure que s’assiéra plus solidement la République... un autre, celui-ci ou plutôt ceux-ci : accession à la propriété P « Réforme politique et accession à la propriété, » O’Connell a fait entendre la première de ces revendications ; aujourd’hui le parti de l’Indépendance irlandaise insiste sur la seconde.
- Home Rule and peasant proprietary /
- C--P- Maistre.
- •PRIME AUX ABONNES DU « DEVOIR »
- L’excellent roman de Mme Marie Howland, IqA Pille dk son Père, que le Devoir a publié dans ses colonnes et dont nos lecteurs n’ont certainement pas oublié la grande valeur, vient d’être édité en un fort volume in-12 de 620 pages.
- Ce roman gagne beaucoup à être relu en volume. On sent mieux ainsi toutes les qualités de l’œuvre de Mme Howland : détails piquants sur les côtés les plus intéressants de la société américaine, réflexions sur les questions sociales rendues plus sensibles encore par le déroulement de l'action, vues généreuses et hardies sur des idées encore nouvelles, enseignements utiles sur tout ce qui a trait aux droits de la femme»
- Loin de gaspiller son talent à la recherche de l’ignoble, comme le font de nos jours un trop grand nombre de romanciers français, Mme Howland nous fait voir par ce volume quel beau rôle social, quelle mission supérieure la littérature américaine confie au roman.
- Nul doute que tous nos lecteurs ne tiennent à se procurer cette belle œuvre, soit pour la mettre a une des places d’honneur de leur bibliothèque, soit pour l’offrir en cadeau.
- Le prix de librairie du volume est de 3 francs 50, toutefois, la direction du Devoir, pour être agréable a ses abonnés d’un an, le leur accorde
- EJV PRIME
- rendu franco à domicile, contre l’envoi de 3 francs fait au bureau du Devoir.
- /.< Directeur Gérant : G-odin
- Saint-Quentin — lmp. de la Société anonyme du Glaneur
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- numéro hebdomadaire 20 c.
- DIMANCHE 4 AVRIL 1880
- bureau
- a GUISE (Aisne ).
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant. Fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE •
- par l’envoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France
- Un an. , . .
- Six mois. . .
- Trois mois. . .
- 10 f. »» 6 »» 3 »*
- Pays d’Europe
- Un an. . . . 11 f. »» Autres pays Un an. . . . 13 f. 60
- . Rédacteur en chef : M. Ed. Champury
- ON S’ABONNE
- A PARIS
- 5 ,r. N euve-de s-P etits-Champs
- Passage des Deiix-Pavülons)
- S’adresser à M. LEYMARIE, administrateur delà Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- Mutualité sociale et association du capital et du travail• — Semaine politique. — hôtes d’un liseur. — Ouvriers, employés et artisans. — Désarmement. — A propos du divorce. — Les écoles d’apprentissage en Italie. — Petites nouvelles. — Feuilleton : Le dernier né de Ginoc. — Le collectivisme de M. Borde. — Le droit des femmes. — Bulletin bibliographique. — Aux abonnés du Devoir.
- MUTUALITE SOCIALE
- ET
- ASSOCIATION DU CAPITAL ET DU TRAVAIL
- OU
- EXTINCTION DU PAUPÉRISME
- Par la consécration^
- du droit naturel des faibles au nécessaire et du droit
- des travailleurs a participer aux bénéfices de la production.
- NOTIONS PRÉLIMINAIRES
- Chapitre Ier
- XJtilité <1© c© livre
- C’est avec le désir d’être utile au présent et à 1 avenir que je publie les statuts de l’Association du Familistère.
- Le moment approche où la Société récla-
- mera la solution des problèmes que le salariat pose à notre civilisation.
- Ces problèmes ne seront résolus que par des institutions de nature à coordonner les forces du monde moderne et à en répartir les re» sources avec équité et justice. C’est dans ce but que ce livre pourra être consulté avec fruit.
- En présence de la diffusion actuelle des lumières et de l’élévation du niveau intellectuel des classes ouvrières, les esprits les moins attentifs reconnaissent que la société ne peut rester sans réparer l’oubli de ses devoirs, en accordant
- jt
- aux classes laborieuses des garanties contre la misère et le besoin.
- Ce sont ces garanties qu’il imporfe de découvrir et de créer si l’on veut assurer la paix et la sécurité sociale.
- Qu’on ne dise pas qu’elles sont impossibles à accorder. L’impossibilité n’existe que par ignorance de ce qui est à faire et par indifférence pour le bien à accomplir.
- Si ceux qui ignorent savaient et si ceux qui peuveut voulaient,' les difficultés sociales se-, raient bientôt résolues.
- L’Association dont je publie aujourd’hui les statuts n’est pas une oeuvre improvisée; c’est le résultat d’une longue expérience. Elle est, sur le terrain de la pratique, une élaboration de ce double problème qui agite aujourd’hui tout le monde civilisé : éteindre le paupérisme et donner aux classes laborieuses les garanties nécessaires à l’existence.
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- Je ne prétends pas avoir résolu toutes les difficultés que cette question comporte. La conciliation des intérêts des classes riches avec ceux des classes laborieuses ne sera complète que du jour où elle sera d’une application générale dans lès institutions sociales.
- L’Association du Familistère est particulièrement industrielle. C’est l’application, restreinte à un millier environ de travailleurs, des garanties mutuelles contre la misère et les privations; c’est la participation du travail aux bénéfices de la production.
- Néanmoins, dans ces limites, je présente avec confiance à mes contemporains les statuts de cette Association et je les confie surtout à l’avenir, comme étude utile à poursuivre dans le champ de l’application.
- Des statuts et des réglements présentent sous une forme trop concise les faits et les principes qu’ils consacrent : les raisons et les motifs qui les ont dictés n’apparaissent pas immédiatement à l’esprit des hommes les plus attentifs. Il faudrait donc, pour éclairer le lecteur, mettre sous ses yeux les longues études, les discussions des motifs qui m’ont fait choisir telle rédaction plutôt que telle autre qui, au premier abord, pourrait paraître mieux appropriée au sujet.
- Mais comme je ne puis me livrer ici à ce travail, le prie le lecteur de vouloir bien suivre attentivement l’exposé sommaire des considérations et des principes qui m’ont guidé dans cette fondation.
- LA SEMAINE POLITIQUE
- Les décrets contre le* congrégjat ons non autorisées. — La politique chôme à peu près complètement à l’intérieur et notre revue de la semaine serait d'une aridité sans pareille si nous n’avions pas à signaler, d’après le Journal officiel du 30 mars, les mesures qüe le gouvernement a résolu de prendre à l’égard des congrégations non autorisées, en conformité des déclarations qu’il a faites au Sénat lors de la discussion de la loi sur ia liberté de l’enseignemont supérieur, et à la Chambre des Députés, lors de l’interpellaiiou déposée par M. Devès au nom des groupes de la Gauche. Un rapport adressé à M. le Président de la République et signé conjointement par M. Lepère, ministre de l’intérieur et des cultes, et par M. Cazut, garde des sceaux, ministre de la justice, expose les raisons qui ont motivé les mesures proposées. Ces mesures sont consignées dans deux décrets : le premier s’applique à l’Association dite de Jésus ; le second, aux autres congrégations non autorisées.
- En ce qui concerne l’Association dite de Jésus i gouvernemeut, considérant qu'une plus longue w rapce ne saurait être admise à l’égard de cette Soeiér contre laquelle le sentiment national s’est prononcé' différentes reprises et encore tout récemment, estimant qu’il ne serait ni convenable ni digne d’admettre cet? Société à demander une autorisation qui lui serait cer tainement refusée, visant la loi organique du 18 gérai'i nal an X, mettant à exécution les lois encore en vigueif j désireux toutefois de ne pas donner à cette exécmigj l'apparence de mesures portant atteinte à la liberté in' dividuelle, décide que la dite Association est dissoupl et que les établissements occupés par elle devront êtj!1 fermés et évacués dans un délai de trois mois à date, de la promulgation du présent décret, lequel ne renferme qu’un seul article. Ce délai pourra être prorogi jusqu’au 31 août 1830 pour les établissements d’instruc. tion appartenant à la Société.
- Le second décret vise les articles £91 et 292 du Code pénal et la loi du 10 avril 1834 ; il énumère les formalité que devront remplir les autres congrégations non a% risées. Ce décret renferme dix articles. Il dispose que ie, congrégations non autorisées autres que la Société dite fie Jésus, devront soumettre leurs statuts et demande; au gouvernement l’autorisation légale.
- Dans un délai de trois mois à partir de la promulga-tion du présent décret, celles de ces congrégations qu: n’auront pas demandé ou obtenu l’autorisation nécesi saire seront déclarées dissoutes.
- Les demandes d’autorisation devront être déposée; au secrétariat général de la préfecture de chacun des départements où ces associations non autorisées possèdent uii ou plusieurs étaLlissements. L’autorisation sera accordée en vertu d’une loi pour les association; d’hommes, et en vertu d’un décret pour les association; de femmes.
- Ces mesures, on en conviendra, n’ont rien d’excessif: on pourrait même, et non sans raison, leur reprocher d’être peu efficaces, bien plus, d’être périlleuses, en ce sens qu’elles fournissent aux congrégations non autorisées autres que celle des Jésuites le moyen d’obtenir une situation légale qui les rendrait inattaquables. Or elles sont à peu près aussi dangereuses que la Compagnie de Jésus et nous serions pris à un véritable piège si ces congrégations se soumettaient humblement aux obligations que leur impose le second des décrets de mars. Fort heureusement, d’une part, il y a lieu d’espérer que la Chambre sera assez ferme pour refuser de voter les lois d’autorisations qui pourraient lui être présentées et d’autre part, les congrégations autres que celles des Jésuites semblent fort éloignées de vouloir entrer dans les voies de la soumission, Enfin, voilà les décrets lancés. Nous allons voir quel parti le gouvernement saura en tirer.
- -Le pape et; le gouvernement français.
- — Si l’on en croît les nouvellistes, le pape serait circonvenu de tous les côtés par. les jésuites, qui veulent le pousser a faire une protestation violente, à solidariser la cause du clergé séculier avec celle des congrégations et à établir une confusion en représentant la religion comme persécutée, mais on ignore encore sa résolution.
- A ce propos, mous devqns dire qu’on a donné des renseignements absolument erronés sur de prétendues négociations qui auraient été engagées par M. de Freycinet avec la cour de Rome en vue" de modifier le concordat Il n’y a eu et il n’y a aucune négociation engagée pour amener le pape à intervenir dans cette affaire. Le gouvernement français considère la question des congrégations comme étant d’ordre purement intérieur, et il a grandement raison.
- Ce qui a pu donner naissance à ce bruit de négociations, c’est un échange très actif de dépêches qui a eu lieu, depuis une dizaine de jours, entre Rome et Pari8' ainsi que divers entretiens du nonce avec le ministre des affaires étrangères.
- Dans ces dépêches et ces entretiens, il n’a^té nulle-ment question de négociations. Le gouvernement frafl*
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- a eu seulement en vue de prémunir le pape contre Ça„fusses interprétations et les résolutions qui pour-le:?eut en être la conséquence. Il a déclaré, soit à Paris ral once, soit à Rome au cardinal-secrétaire d’Etat,que fUauestion qui s’agitait était d ordre exclusivement po-miaue et ne concernait que les affaires intérieures de ! France. Ce n’est pas une entreprise contre la reli-ion c’est un appel c~u respect de lois trop longtemps violées, c’est la réalisation d’un vœu unanime de l’opinion pùbli(Tae5 qui demandait, depuis trop longtemps, rru’on opposât enfin qne barrière aux entreprises contre le pouvoir civil et la société moderne, poursuivies par diverses sectes sous prétexte de religion. Voilà à quoi c6 réduisent ces prétendues négociations.Libre au pape, une fois averti, d’agir comme bon lui semblera.
- •k
- * *
- élections anglaises. — Les élections générales dont l’ouverture est fixée au 31 mars ont, en réalité, commencé la veille, car à plusieurs scrutins nrélïminaires ouverts le 30, les candidats qui se sont présentés n’ayant pas rencontré de concurrents, les résultats acquis doivent ôire .considérés comme définitifs. " Ces scrutins ont eu lieu dans quinze circonscriptions ; neuflibéraux et six conservateurs ont été élus. Ces résultats ne modifient pas la situation antérieure des partis dans les circonscriptions, mais si l’on en croit certaines informations venues de Londres les chances des libéraux se seraient considérablement accrues.
- Au moment où nous écrivons on dépouille le scrutin dans 38 districs tous appelés à voter le 31 mars et qui comprennent 94 pièges, dont 46 étaient occupés par des conservateurs et 48 par des libéraux.
- Ainsi que nous l’avons déjà dit, dans la Grande-Bretagne, toutes les élections législatives ne se font pas eu même temps, elles durent cinq jours. Il faudra attendre les dernières pour savoir si la majorité, et par consé quent le pouvoir, reste aux conservateurs ou passe aux libéraux. « L’opinion dominante est que la majorité, de quelque côté qu’elle soit, ne sera pas numériquement aussi forte que dans la Chambre dissoute.
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- Bruits de crise à, Vieuue. —- Des bruits de crise ministérielle ont été mis en circulation à yienne par les journaux libéraux, qui annonçaient comme imminente une épuration du cabinet dans un sens réactionnaire. Ces bruits ont été énergiquement démentis parles feuilles officieuses ; mais ils ne subsistent pas moins, parce qu ils sont nés de la situation même des partis dans le reicbsratb. La majorité où domine l’élément fédéraliste, tend de plus eu plus à éliminer du cabinet de coalition formé par le comte Taaffe les ministres qui appartiennent au parti centraliste. Si cette évolution devait se produire, elle ne saurait nous laisser indifférents. A l’intérieur, il est vrai, la constitution d’un ministère de droite pure amènerait le triomphe des idées ultramontaines, uqe réaction contre les idées libérales dans les questions religieuses et scolaires; mais, d’autre part, l’avènemeut au pouvoir des fédéralistes serait de uatpre à modifier considérablement les rapports extérieurs de l’Autriche-Hongrie, car si la droite composée de tchèques, de slaves, de féodaux et de cléricaux très peu favorables à l'Allemagne obtenait un pouvoir sans partage avec l’élément constitutionnel, il n’est pasdop-S0a Premier soin serait de détacher l’Autriche
- 'i Allemagne pour la rapprocher de la Russie et, éventuellement, de la France.
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- aile 6 milttarlsme allemand. — Les populations ees aPes fdt^daenceraient elles à se fatiguer des char-On r U 0U ^eur impose au nom de la grandeur militaire ? Un P<jurrait Ie croire car le Tagblait de Berlin termine phrarllcld remarquable et remarqué sur ce sujet par la une ^ sl£uiQdative qui suit : « La gloire de posséder ^tisfa'P6 ^‘filante et redoutable nous donne peu dé uousn °û’ sinous sommes obligés de nous dire que ae possédons pas, chez nous, les ressources finan-
- cières requises pour maintenir longtemps cotte année dans la position brillante qu’elle prend vis-à-vis dq i’é-trânger. » On pe saurait mieux dire; mais cela n’empê-chera nullement les députés élus par ces populations de voter pour toutes les mesures qu’il plaira à 1% chancellerie de leur soumettre.
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- ÏLes lois <31© mai. — Le télégraphe nous a apporté l’analyse d’un article intéressant de la Gazette de /’Allemagne du Nord sur ce que peut faire ou ne peut pas faire le gouvernement p ussien, en présence de la lettre du pape à l’archevêque de Cologne. Cette lettre, on s’en souvient, a fait une grande concession, en autorisant les évêques à communiquer à l’autorité civile la liste fies prêtres qu’ils se proposent de nommer à des fonctions ecclésiastiques. La presse ultramontaine, après la publication de cette lettre pontificale, qui a pris un caractère quasi-diplomatique par sa communication officieuse au gouvernement prussien, a demandé que le gouvernement y répondît par des concessions égales. La feuille officieuse fait, en substance, aux ultramontains les Objections suivantes : S’agit-il, d’après vous, de modifier les lois de mai? C’est là une affaire législative et non une affaire de gouvernement. Demandez-vous que ces lois, sans être modifiées, cessent d'être appliquées dans telles de leurs dispositions? Mais, pour cela, il faudrait que le Reichstag accordât au gouvernement un pouvoir discrétionnaire, permettant à celui-ci de choisir, dans les lois de mai. ce qu’il convient d'appliquer et ce qu’il est bon de laisser tomber en désuétude. Le but de cet article de la Gazette de V'AIle »agne du Nord paraît être de préparer les voies à cette attribution au gouvernement prussien, de ces pouvoirs discrétionnaires qui lui feraient une situation très commode, il est vrai- Dans les limites tracées par les lois de mai, la volonté du gouvernement ferait loi; il pourrait à son gré frapper ou retenir ses coups.
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- La révolution eu Russie. — Le Tagblati, de Berlin, signale une agitation dangereuse dans la classe ouvrière en Russie qui, jusqu’à ce jour, n’avait nullement participé au mouvement nihiliste. Il prétend que des soulèvements partiels d’oùvriers survenus depuis un mois, s’élèvent à plus de treize, parmi lesquels le plus grave, celui des ouvriers du chemin de fer à Kiew, aurait nécessité l’intervention de deux régiments d’infanterie. Cependaut, nous devons ajouter, qu’il y a lieu de n’accueillir qu'avec réserve les nouvelles sur l’état intérieur de la Russie qui nous arrivent de Berlin.
- Nous n’ajoutons pas non une plus grande croyance au bruit d?après lequel le général Lori Melikoff chercherait à diriger le czar dans la voie des réformes libérales, car les peudaisons se suivent quotidiennement sur tous les points du territoire moscovite.
- Instabilité ministérielle en Grèce. Le
- ministère Tricoupi est à peine installé à Athènes et déjà on discute les noms des hommes d’Etat qui composeront le cabinet appelé à lui succéder. Cét empressement à dé.-igner un nouveau ministère ne semble pas présager une longue durée à l’administration qui vient d’être constituée. L’organe de M. Zaïmis formule eu effet des prévisions peu rassurantes pour la vitalité de la combinaison Tricoupi. Ces observations sont d’autant plus intéressantes à noter que le parti Zaïmis a aidé à renverser le ministère Goumoundouros et qu’il pourrait bien aider maintenant à en faire autant fin cabinet Tricoupi.
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- Le brigandage en Bosnie. — Les Autrichiens sont toujours aux prises avec de grandes difficultés dans les principautés bosniaques, ifs travaillent en ce moment à extirper le brigandage, qui est en grand honneur dans le pays, lleydukes chrétiens ou bandits musulmans, tous sont poursuivis et fusillés par les soldats de François-Joseph avec une froide impartialité. Il y a douze ans, les Autrichiens avaient pris leurs mesures
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- pour défendre la population dalmate contre les razzias des sujets ottomans. Devenus maîtres de la Bosnie et de l’Herzégovine, ils ont, en 1878, fait campagne avec succès contre les Jbrigands. Ceux-ci avaient profité de la leçon ; mais, en ce moment, les Askoks de la Kraïona, au nord-ouest de la Bosnie, ont recommencé leurs brigandages. Aussi annonce-t-on que des cours martiales, rendant une justice sommaire, viennent d’être instituées à Bihacs et à Banialouka, pour régler le sort des bandits sur lesquels mettra la main la bonne gendarmerie bosniaque, créée par les Austro-Hongrois.
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- La, Chine et la Russie. — L’ambassadeur de Chine à Londres doit, dit-on, se rendre à Saint-Pétersbourg pour reprendre avec la Russie les négociations relatives à la province de Kuldja. Ce déplacement sera sans aucun doute inutile, car la Russie ne veut faire aucune concession et insiste purement et simplement sur la ratification de la convention signée par le plénipotentiaire chinois, qui a payé si cher le rôle qu’il a joué dans cette affaire. Le gouvernement chinois, de son côté ne veut pas ratifier cette convention ; il trouve que payer une trentaine de millions de francs, sans compter d’autres avantages stipulés pour la Russie, afin de rentrer en possession d’une province qui lui appartient, est un marché de dupe. Si la Chine persiste, la guerre éclatera certainement entre elle et la Russie. Celle-ci prévoit cette guerre et a déjà envoyé des troupes en Asie pour faire face â toutes les éventualités. En outre, elle pousse le Japon à déclarer la guerre à la Chine, et certainement les prétextes ne manqueront pas.
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- La guerre de Caboul. — Ainsi que nous l’avons prévu, on a tout lieu de penser que la fameuse soumission des chefs afghans n’existait que dans l’imagination du correspondant indien du Times ou n’était qu’une manœuvre électorale. Le journal de la cité a été, en effet, bientôt obligé d’annoncer une attaque entre Grundamak et Caboul, contre les lignes anglaises que l’on renforçait en toute hâte. '
- Le Daily-News dit que cette attaque n’a pas été couronnée de succès- Dans tous les cas elle prouve que la résistance des Afghans n’est pas encore épuisée.
- Les élections présidentielles aux Etats-Unis. — D’après certaines informations récentes la candidature du général Grant à la présidence delà République perdrait du terrain.
- La division commence dans les rangs du parti républicain. Une réaction contre cette troisième élection du général à la, présidence se manifeste dans les Etals de l’Est, et le manifeste, récemment lancé, des républicains « indépendants » de la Pensylvanie — un Etat dont l'influence électorale est souvent décisive —peut faire grand tort à la candidature ou général. Quant au parti démocrate, dont la force est surtout dans les anciens Etats à esclaves, il est resté jusqu’à présent immobile ,et n’a pas encore de candidat. Il est, toutefois, juste de reconnaître qu’il n’y a rien de définitif dans ce premier classement des partis.
- NOTES D’UN LISEUR.
- XXYII
- Un fait a toujours frappé les hommes qui réfléchissent, c'est qu’il n’y a pas de majorité pour l’épouse; la femme, après vingt ans de mariage, est aussi mineure que la jeune fille qui entre en ménage à dix-huit ans.
- E. Legouvé.
- OUVRIERS, EMPLOYÉS ET ARTISANS
- Lorsque nous parlons des rapperts du capit^ du travail, il nous arrive souvent de parler des tr. vailleurs, de l’amélioration de leur sort, et même^ leur affranchissement sans que nous précisions sens du mot travailleurs. Il ne faudrait pas se ^ prendre sur notre pensée et croire que nous parloc. seulement des ouvriers.
- Dans le sens où nous l’employons, le mot trava^ leurs s’applique à tous ceux qui vivent du seulpp duit de leur travail, qu’ils soient agriculteurs, cou merçants ou industriels, qu’ils soient ouvriers, eu ployés ou artisans travaillant seuls ou avec un très, petit nombre d’ouvriers.
- Ce n’est point par hasard, que nous réunissons g divers groupes sous une appellation commune ; c’e; parce qu’il y a entre eux une identité d intérr absolue, aussi réelle que peu comprise. Les comme les autres ont à souffrir des privilèges k tuels du capital, les uns comme les autres auro-à bénéficier du régime économique de l’avenir dai lequel le capital et le travail au lieu de vivre cornu chien et chat seront deux associés. f
- Combien il serait à souhaiter que cette solidarii fut mieux sentie par ceux qui ont intérêt à la senti: Nous voudrions voir les petits patrons, les emploj! et les ouvriers, se tendre fraternellement la maia-se dire que, puisqu’ils ont tous à souffrir des prit léges actuels du capital, ils doivent se concerter ! s’entrunir pour demander et pour obtenir l’extirpa tion de ces privilèges.
- Malheureusement il n’en est pas ainsi. Ces group de travailleurs se connaissent trop peu, pour sent la similitude de leur situation. Ce qui les disting: frappe leurs yeux davantage que ce qui les confon:
- Il en résulte qu’au lieu de grouper tous leurs effor dans un même sens, ils tirent chacun de son côté, la grande satisfaction de ceux qui profitent de manque d’entente.
- Cet aveuglement durera-t-il toujours ? Les dégroupes des travailleurs ne comprendront-ils jann qu’ils ont tous le même sort, qu’ils sont les if comme les autres des moutons dociles dont le méfl maître tond la laine ? Ne seront-ils jamais $ d’abandonner le plus clair de leur gain aux du capital?
- C’est pourtant là ce qui se passe. Ouvriers, «' , ployés, artisans, tous concourent â produire une' chesse dans la répartition de laquelle ils touché une part inférieure à l’importance de leur cours.
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- Quelques détails sur la condition vraie upes de travailleurs feront comprendre l'i le leurs intérêts.
- de ces identité
- Commençons par les employés.
- La grande majorité des travailleurs de ce groupe t formée par les petits employés. Pour un employé qUi jouit d’une situation aisée, 5, 10, 20, selon les professions, n'ont que des appointements fort minimes. Il y a même certaines professions où les employés gagnent en général moins que l’ouvrier ; si même leur gain est égal ils ont l'existence moins facile par le fait qu’ils ont plus de frais. L'ouvrier peut travailler en blouse ou en bourgeron, l’employé ne le peut pas. L’ouvrier peut se chausser et se couvrir à peu de frais, l’employé le peut difficilement. Et ainsi du reste. Pour une foule de détails la situation de l’employé comporte des exigeances que ne comporte pas la situation de l’ouvrier.
- Au point de vue moral la vie de l’employé est plug difficile aussi que celle de l’ouvrier. Celui-ci jouit en général de sa liberté d’opinion. Ii peut penser ce que bon lui semble sans être inquiété pour cela. Le plus souvent ses chefs ne savent pas et ne cherchent pas à savoir ce qu’il pense. Il n’en est plus de même pour l’employé. Trop souvent il est sous la dépendance de ses supérieurs. Il doit cacher ses opinions ou s’en laisser attribuer des contraires aux siennes. C’est par milliers que se comptent les carrières d’employés brisées par le fait d’opinions politiques ou religieuses antipathiques à celles de leurs chefs. Qui donc ignore que certains grands établissements financiers et certaines grandes compagnies de chemin de fer exigent que leur personnel vote comme un seul homme ?
- A l’égard de l’employé la subordination du travail au capital ne se borne donc pas au domaine pécu-nier, elle s’étend aussi au domaine moral. Et cela durera jusqu’au jour où employés, ouvriers et artisans feront cause commune et auront constitué des unions assez puissantes pour n’avoir plus de pression à redouter.
- De même pour ce qui concerne l’artisan, c’est-à-dire l’agriculteur, le commerçant ou l’industriel qui m’occupe qu’un petit nombre d’ouvriers et qui est forcé de recourir au crédit pour exercer sa profession.
- Très souvent, peut-être même le plus souvent, il est la proie du capitaliste, du banquier, du commanditaire. Le meilleur de son gain va dans leur caisse*
- S’agit-il du petit cultivateur f Quelques années de mauvaises récoltes successives le forcent à recourir
- (l 1 *
- 1 emprunt ; il hypothèque sa terre et si quelques
- mauvaises années viennent de nouveau A se produire il court la chance de ne pas pouvoir faire face à ses engagements. On vend son matériel, ses bestiaux et plus d’un se voit réduit ainsi à la misère.
- S’agit-il du petit industriel, du petit commerçant? La situation n’est pas meilleure. Impossible pour lui de faire les achats en gros ou de s’approvisionner de matière première quand les prix sont favorables, sans recourir pour cela au crédit. C’est se mettre dans la gueule du loup. Les intérêts et commission à payer au banquier mangeront son bénéfice. D’abord le banquier lui prêtera à des conditions onéreuses, et d'autant plus onéreuses que l’industriel ou le commerçant aura davantage besoin de crédit. L’usure est interdite par la. loi et nos financiers d’aujourd’hui sont trop habiles gens pour recourir à l’usure ouverte, mais ils ont des moyens détournés d’en obtenir l’équivalent. Le taux de l’intérêt est limité par la loi,mais on a des commissions qui se chiffrent sur le côté le plus fort du compte et on s’arrange de manière que ce côté du compte s’élève à un joli chiffre.Si les remises et les versements sont peu nombreux, le banquier établit une circulation artificielle. Chaque fois que l’escompte tend à baisser il fait souscrire à son débiteur des billets qui produisent au banquier un double bénéfice :
- 1° Celui résultant de l'écart entre le taux du compte et le taux de négociation toujours inférieur à celui du compte,
- 2° Celui résultant de l’augmentation de la commission qu’il prélève sur le total du compte.
- Grâce à ces pratiques le banquier est maître de la situation. Vienne une crise, ses débiteurs sont à sa merci. Il peut exiger d’eux des conditions plus onéreuses encore, des garanties nouvelles ou même exiger le remboursement, ce qui en temps de crise amène la faillite.
- Nous aurions bien d’autres révélations à faire sur la conduite des banquiers ; il y aurait à raconter tous les tripotages qui se font sur les nantissements .. mais cela n’en finirait plus.
- Ainsi du côté de leurs prêteurs les petits industriels et les petits commerçants sont la proie du capital.
- Le sont-ils moins sous le rapport de la concurrence avec les grands établissements ?
- Là ils se heurtent à d’autres difficultés.
- Il n’est pas possible au petit négociant d’acheter à d’aussi bonnes conditions que les grands établissements qui achètent par quantités importantes à la fois et qui, étant des clients notables pour leurs
- (fournisseurs, obtiennent des conditions de faveur. Donc infériorité dans les achats.
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- Les ventes éprouvent des difficultés presque semblables.
- Les grandes maisons de détail peuvent faire.des conditions de bon marché excessives, opérant seu-lement sur la vente au comptant. Il en résulte que, dans les villes où existent de ces grandes maisons de détail elles ne laissent guère aux petites maisons que la vente à crédit, laquelle est toujours grosse de dangers. Sous ce rapport là la position du petit négociant est très difficile.
- Celle du petit industriel l’est encore davantage car à tous ces embarras s’ajoute encore pour lui l’impossibilité où il se trouve de montrer son outillage sur un pied assez large pour économiser autant de main-d’œuvre et fabriquer d’une manière aussi expéditive que cela se pratique dans les grandes industries.
- Enfin n’oublions pas de rappeler que les petits cultivateurs, les petits industriels, les petits commerçants supportent une forte partie des impôts du pays.
- Que conclure de tout cela, sinon que le capital, dans la forme actuelle de ses rapports avec le travail, jouit de privilèges qui nuisent non-seulement à la classe ouvrière mais aussi à tous les travailleurs établis qui ont recours au crédit. Le capital qui devrait être en tout et partout l’associé du travail est aujourd’hui son maître C’est, comme on l’a dit,l’association du fouet et de la bête Un état de choses semblable, qui nuit à la grande masse de la société, ne peut se prolonger indéfiniment. Si même il a pu durer jusqu’ici, c’est parce que ceux qui en souffrent n’ont pas su s’entendre pour lutter contre lui.
- Lejouroùles petits patrons, les employés et les ouvriers comprenant la solidarité de leurs intérêts, sauront unir leurs efforts, cet état de choses prendra fin.
- Us pourront quand ils le voudront rogner les griffes du capital. Us constituent la majorité des électeurs, ils ont tout ce qu’il faut s’ils le veulent pour obtenir des modifications profondes à notre vieille législation oppressive. Que les victimes actuelles du capital s’organisent et réclament sans relâche la liberté d’association, la réforme de l’impôt, une meilleure organisation du crédit, la suppression de la saisie, la refonte de la loi sur les faillites et mille autres améliorations du même genre et ils les obtiendront. Les évolutions économiques ne se font pas du jour au lendemain et en bloc ; elles se font parcelle après parcelle par de sages mesures et d’utiles réformes, mais ces réformes et ces me-
- sures ne s’obstiennent que si tous ceux qui ont térêt à leur obtention savent grouper leurs efforts pour les obtenir.
- Ed. Cha.mpury.
- --•Of^îO'O—
- DÉSARMEMENT
- La France publie un article'remarquable, l'Europe et les Etats-Unis, que nous recommandons à toute personne soucieuse de nos intérêts commerciaux. Après avoir nettement exp.iqué la situation de l’Eu. rope, avec ses armées qui coûtent tant d’hommes et de millions, comparée à celle des Etats-Unis, avec leurs 35,000 hommes de troupe qui ne coûtent presque rien, l’éminent ingénieur à qui est dû cet article, M. Simonin, conclut en ces termes :
- Oïl pourra parer au malaise qui résulte de la concurrence américaine en imitant les Américains dans leurs audacieuses innovations mécaniques, en diminuant les dépenses inutiles au budget de chaque Etat ; mais le meilleur remède serait encore dans l’extirpation courageuse de la cause même du mal.
- Et quel serait ce remède ?
- Le désarmement général et la pacification universelle de tous les Etats européens. Ce ne sont pas seulement les nations latines qui devraient constituer une union douanière, comme quelques-uns le demandent à cette heure, c’est toute l’Europe.
- On a prêté quelquefois à M. dé Bismarck des idées de désarmement. Il serait difficile de dire jusqu'à quel point il poursuivait un but économique en provoquant à diverses reprises la formation d’un congrès européen.
- Quoi qu’il en soit, le véritable remède est là, et le meilleur moyen pour l'Europe de parer victorieusement à la concurrence américaine, qui devient de plus en plus menaçante, est dans un désarmement général.
- Si l’on n’a pas recours à ce moyen Suprême, les budgets iront grossissant de plus en plus, et rien ne nous relèvera peut-être de notre infériorité économique, ni le libre-échange et encore moins la protection, ni les tarifs autonomes et même les traités de commerce.
- Et pour atteindre le but proposé, combien dë temps nous est-il donné ? « Dans vingt ans, dit M. Simonin, par la seule force de leurs propres ressources et de la situation européenne, les Etats Unis auront détrôné l’Europe. »
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- A PROPOS DU DIVORCE
- retrouve dans la question du mariage ce vieil anta-me de l’Eglise et de l’Etat ou plutôt de l’esprit al et de l’esprit laïque, qui se rencontre dans eeque toutes les questions parce qu’il est au fond de P c0QCeption chrétienne' basée sur la séparation du *a. itupj et du temporel. L’Eglise romaine veut le ma-S-age indissoluble ; la société laïque reconnaît le droit aU divorce.
- ^ Réforme, an xvi* siècle, en introduisant la laïcité dans la religion vint modifier l’ancien état de choses. Elle interpréta les Ecritures favorablement au divorce et toutes les nations protestantes l’introduisirent dans leur
- législation.
- La Révolution fit un pas de plus. Ce n’est pas en interprétant les Ecritures par 1» libre examen, c’est en interrogeant les lois éternelles de la Nature et de la Raison qu’elle conclut au Divorce. L’esprit de la Révolution, pour affirmer le droit au Divorce n’a qu’à invoquer le grand principe de liberté qu’elle a posé à la base de f édifice social. Lisez cette déclaration mise en tète de la loi promulguée par l’Assemblée législative le 20 septembre
- 1792;
- « L’Assemblée nationale considérant combien il im-« porte de faire jouir les Français de la faeulté du di-« yorce, qui résulte de la liberté individuelle, dont un i engagement indissoluble serait la perte.... décrète i etc... »
- La loi sur le Divorce fait partie de cet ensemble d’institutions sans lesquelles la République serait un vain mot.
- L’indissolubilité du mariage est incompatible avec notre régime républicain dont elle méconnaît le principe fondamental, qui est l’autonomie ou souveraineté de la personne. Que devient en effet la souveraineté collective de la nation, qui est la source d’autorité d’où découlent aujourd'hui tous les pouvoirs, si l’autonomie, la liberté, la souveraineté individuelle n’est pas respectée par la loi, si la personne humaine a cessé pour la vie entière de se posséder dans son corps et dans son âme?
- En vain prétendrait-on que l’engagement a été pris volontairement. Il est volontaire aussi, que les vœux éternels contractés envers l’Eglise par les prêtres, les ûonues et les moines, et, Dieu merci, notre législation française a eessé, depuis la fin de l’ancien régime, de reconnaître leurs vœux éternels. C’est qu’en effet la volonté peut tout engager et tout permettre, excepté 1 aliénation de la personne d’où elle émane.
- ^ b doit être de principe — et cela est déjà entré dans a Pratique sociale — qu’un contrat n’ait de valeur entre 8eos civilisés que lorsqu’il s'applique aux choses. De m me que nul n’a le droit de vendre son semblable» Personne n’est admis à vendre son corps à un maître et
- ses^ faire,volOnt'air0meût esclave. Si quelqu’un engage ras> SOû travail, ses services, c’est pour un temps
- et à la condition, expresse ou sous-entendue, que le ; contrat pourra toujours être rompu à la volonté des parties ou se résoudre en dommages-intérêts.
- Mais, dit-on, le mariage est un contrat d’une nature particulière. Dieu est intervenu dans l’acte. C’est un sacrement, et, « ce que Dieu a réuni, l’homme ne doit pas le séparer. » Telle est, du moins, la doctrine de l'Eglise romaine.
- D’abord on ne peut répondre que c’est là une théorie propre à une religion particulière, et que tout ce qui touche aux dogmes et à la foi religieuse doit être laissé au domaine de la conscience, la loi civile n’ayant, à intervenir dans les choses de religion que pour défendre la paix sociale et protéger la liberté de chacun contre l’esprit d’intolérance et d’envahissement des sectes et des Eglises.
- Nous voulons bien cependant nous placer sur le terrain où l’Eglise romaine nous convie de nous placer, celui des Ecritures, et il nous sera facile de démontrer textes en mains, que l’esprit de l’Eglise, sur ce point comme sur tant d’autres, n’a rien de commun avec l’esprit de l’Evangile.
- On sait que l’Eglise n’a jamais reculé devant l’absurde. Les dogmes chrétiens en témoignent assez éloquemment. On les dirait inventés pour défier la raison et le sens commun. Mais ce qu’on ignore généralement c’est que ces dogmes, que l’Eglise fait reposer sur l’autorité des Ecritures, sont en contradiction avec l’esprit de l’Evangile. La philosophie de l’Evangile est admirable; la - dogmatique chrétienne est insensée. Lorsqu’on sait interpréter le texte en esprit et en vérité, comme le recommande Jésus, on découvre dans les Evangiles une sagesse toute humaine, nullement supra-naturelle, dont on retrouve d’ailleurs tous les éléments dans les écoles philosophiques de l’Inde, de l’Egypte, de la Perse, de la Chaldée, de la Grèce et de la Judée, mais qui ne s’est nulle part formulée d’une façon aussi aimable, aussi vivante et aussi populaire. La philosophie de l’Evangile n’est que l’expression de la civilisation antique arrivée à son plus haut développement, mais cette expression est à la fois la plus simple et la plus synthétique qui pût se produire à cette époque. Ce qui ne veut pas dire qu’elle soit parfaite.
- Comment donc se peut-il qu’on ait tiré d’une philosophie au fond très rationnelle des dogmes et des croyances qui le sont si peu ?
- C’est qu’il y a deux choses dans l’Eglise. Il y a la partie abstraite et la partie concrète, ou, comme nous dirions aujourd’hui : la métaphysique et la morale. Or si la morale qui avait trait" à la vie était enseignée à tous, la métaphysique ou philosophie des principes formait une doctrine ésotérique qui n’était donnée qu’aux initiés Ce mode d’agir était de tradition dans toutes les écoles de l’Orient et particulièrement dans les pays où la philosophie se confondait avec la Religion. Il était pratiqué par les Thérapeutes d’Egypte st par les Esséniens de Judée.
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- Or la doctrine de Jésus — au moins dans les trois premiers Evangiles — est toute essénienne.
- Du reste il n’y a pas moyen de s'y tromper. Les auteurs des Evangiles mettent à chaque instant dans la houche de Jésus des avertissements destinés à éclairer le lecteur sur la nécessité de l’iniatiation pour compren' dre ses paroles :
- « Je vous le dis en vérité... Que celui qui a des oreilles pour ouïr, entende!...» Et lorsque ses disciples l’interrogent sur le sens d’une parabole : « Il vous est donné, » leur dit-il, « de connaître le mystère du royaume de Dieu; mais pour ceux qui sont du dehors (les Profanes), tout se traite par des paraboles, de sorte qu’en voyant, ils croient voir et n’aperçoivent point, et qu’en entendant, ils croient entendre et ne comprennent point... » (Marc, cb. IV, v. 11 et 12).
- Quand on lit les Écritures, il ne faut pas seulement les lire avec un esprit libre de toute autorité théologique et de toute tradition ecclésiastique, comme le veulent les protestants, mais il faut ne pas oublier qu’à côté du sens matériel destiné, soit à faire illusion aux profanes, soit à ne dire aux foules que ce qu’elles ont besoin de savoir pour bien se conduire dans la vie, il se trouve un sens spirituel qui est à chercher sous les formes mystiques ou symboliques de la lettre. Or ce n’est pas seulement dans ses paraboles que l’Évangile révèle, un sens caché, c’est dans ses miracles, dans ses anecdotes, dans les faits de la naissance, de la vie et de la mort du fils de Vhomme et jusque dans les noms de ses personnages, y compris celui de Jésus qui n’a pas été pour rien annoncé sous le nom d'Emmanuel (Dieu en nous, Dieu avec nous) pour s-’appeler ensuite Jésus (Sauveur, libérateur) et être salué du titre de Christ ou Messie (Le Roi, l’Oint du Seigneur),
- C’est donc avec intention que la partie doctrinale de l’enseignement évangélique a été voilée sous des formes mystiques et même que les idées ont été anthropomor phisées comme cela était déjà pratiqué dans l’Ancien-Testament. En réalité, il y avait, au fond de l’enseignement évangélique, telles doctrines de liberté, d’égalité, de fraternité, de revendication et de justice distributive, qui n’étaient rien de moins que la promesse d’une révolution sociale qu’il importait de cacher aux puissants de la terre. D’une autre part, la morale empirique eût été impuissante à féconder l’avenir si elle s’était bornée à des leçons et à des préceptes. Il fallait fournir à l’âme humaine des mobiles et une sanction. L’enseignement évangélique s’y est appliqué, non pas en inventant des dogmes incompréhensibles, — ces dogmes sont venus plus tard, — mais en prêchant la confiance (la foi) en la bonté du Père céleste, l’amour du prochain (la charité) et entretenant Y espérance du règne de Dieu que l’Église des fidèles doit chercher à réaliser sur la terre « ainsi qu’il est au ciel, » c’est-à-dire comme il nous est donné de le concevoir dans l’idéal de la pérfection divine : « Soyez parfaits comme votre Père qui est aux cieux est parfait. » Math. V, 48).
- La prédication de Jésus a tout particulièrement ce caractère d’annoncer l’idéal et de montrer le chemin y conduit. Il s’appelle lui même « le chemin » en Ce langage oriental qui allégorise et personnifie les choses comme il s’appelle « la vérité et la vie, » se donnant ainsi les trois attributs de la trinité divine. Il faut CR. tendre : le chemin qui mène à la perfection réalisée c’est-à-dire au « royaume de Dieu. » Mais le Royaume Dieu n’est pas relégué dans le ciel. Il doit se réaliser snr la terre. Seulement Jésus a soin d’ajouter : « Mon royaume n’est pas encore maintenant de ce monde. »(j) Il s’agit donc de travailler à l’y réaliser, et c’est fi l’objet de son enseignement ainsi que l’indique la seule prière qu’il ait voulu apprendre aux hommes : « Que ton règne vienne sur la terre comme il est au ciel. » Et comment viendra-t-il? Est-ce à l’aide de la contrainte? Non, jamais; c’est uniquement par l’amour, la lumière, la persuasion. L’Evangile n’est pas venu apporter des lois positives avec une sanction pénale. Il n’eut pas été alors la Bonne Nouvelle. La bonne nouvelle c’est l’annonce de la justice non plus par la force, mais parla liberté. Au règne de la loi qui fut propre à l’Ancienne Alliance, la Parole vient opposer le règne de la foi, qui est la confiance en Dieu et Vobéissance volontaire à ses commandements. Unir* les hommes entr’eux comme Christ (l’âme de l’humanité) est uni à Dieu, par la vie de l’esprit, voilà l’objet de l’Evangile qui se trouve ainsi résumé par Jésus : * Aimer Dieu et son prochain comme soi-même, c’est la loi, toute la loi et les Prophètes. » Et saint Paul de s’écrier : « Où est l’esprit du Seigneur, là est la liberté. »
- Le malheur de l’Eglise a été, en s’alliant à César,d’acquérir le concours de la force matérielle et d’avoir ainsi possédé la puissance de contraindre les volontés. Dès ce moment, elle a méconnu l’esprit de l’Evangile et a perdu la clef des saints mystères. On s’est habitué ensuite de plus en plus à matérialiser la parole évangélique eu prenant le revêtement symbolique de l’idée pour l’idée elle-même ; et en même temps qu’on n’entendait plus le sens philosophique des Ecritures, on leur faisait dire une foule de choses, les unes insensées ou incompréhensibles, les autres utiles à la puissance sacerdotale, mais auxquelles certainement les auteurs des Evangiles n’avaient jamais pensé.
- Après les explications qui précèdent, il nous sera facile de montrer que l’Eglise s’est trompée sur la question du mariage comme sur tant d’autres parce qu’elle» matéi'ialisé le sens des Ecritures. Ce que Jésus avait donné comme un principe idéal destiné à être réalisé par la foi libre de chacun, l’Eglise en a fait une loi positive qu’elle a prétendu imposer à tous par la contrainte. En agissant ainsi, elle a méconnu complètement
- (1). « N une autem non est hinc regnum meum. » (Jean xviii, 36). Ce nunc autem, « mais ce n'est pas encore maintenant que mon règne est d'ici, est toujours négligé dans les traductions orthodoxes. On ne veut pas que le règne du Christ doive être un jour de la terre. On tient à le laisser dans le ciel.
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- ^esprit de l’Evangile qui est un esprit de liberté et a trabi ï la Nouvelle Alliance » qui est venue substituer le gouvernement intérieur de soi-même — V Emmanuel, X)ieu en nous, Dieu incarné dans l’humanité — à celui de l’ancienne loi, « laquelle ne sera pas cependant changée, mais accomplie jusqu’à son dernier iota; » seulement elle sera désormais suivie ou réalisée librement par la volonté humaine au lieu de l’être fatalement par l’effet de la toute-puissance divine.
- Tel était, à notre humble avis, le sens philosophique de renseignement du héros de l’Evangile. Voyons si sur la question du mariage, les textes confirment cette manière de voir.
- (A suivre). Ch. Fauvety.
- LES ÉCOLES D’APPRENTISSAGE EN ITALIE
- Nous lisons dans la République française :
- Par deux circulaires récentes, le ministre de l’agriculture, industrie et commerce d’Italie a demandé aux préfets et aux sous-préfets, aux députations provinciales, aux chambres de commerce, aux municipalités, aux conseils provinciaux scolaires du royaume, de faire tous leurs efforts pour arriver à la création d’écoles d'arts et métiers ou d’arts appliqués à l’industrie du soir.et du dimanche.
- Les cours professés le jour aux écoles d’arts et métiers, dit le ministre italien dans sa première circulaire, donnent d’excellents résultats ; mais ils ne peuvent guère être suivis que dans les grandes villes où les familles d’ouvriers sont assez aisées et intelligentes pour y envoyer leurs enfants. Dès lors, si des cours techniques du soir et du dimanche étaient institués, ils seraient assidûment fréquentés, même dans les plus petits centres de population, par les enfants et les jeunes ouvriers. Une seconde circulaire, en date du 24 janvier 1880, est venue préciser les bases sur lesquelles les écoles d’arts et métiers ou d’arts appliqués a l’industrie du soir et du dimanche devront être établies.
- Ne seront admis aux écoles d’arts et métiers que les enfants âgés de douze ans au moins, sachant lire et écrire et connaissant les quatre règles. On y enseignera les éléments de géométrie, de physique, de chimie, de mécanique et de l’industrie locale, l’économie industrielle, la langue italienne, le calcul et l'écriture. Les cours du soir dureront deux heures au moins et trois au plus ; ceux du dimanche de trois à quatre heures. La durée des études sera de trois ans et de neuf mois par année. Le nombre des professeurs devra être aussi limité que possible, surtout au début de l’institution ; trois ou quatre suffiront.
- Dans les communes où il ne serait point possible d’ouvrir une école d’arts et métiers, on devra essayer de fonder une école d’arts appliqués à l'industrie où l’enseignement comprendra le dessin géométrique, le dessin d’ornement, les éléments du dessin architectural, industriel et de la figure, et le modelage. Aucune condition d’admission ne sera imposée ; on ne recevra point cependant d’élèves au-dessous de douze ans.
- A la fin de chaque année, on distribuera aux élèves les plus méritants des livrets de caisse d’épargne ou des objets utiles pour l’exercice de leur profession.
- Le gouvernement a pris rengagement de concourir dans une large mesure à la fondation et à l’entretien des écoles d’arts et métiers ou d’arts appliqués à l’industrie. Dans le cas où la contribution de la commune et le montant des dons particuliers atteindront les trois cinquièmes de la dépense prévue, ie budget de l’Etat fournira les deux autres cinquièmes. Le gouvernement donnera, en outre, des subventions supplémentaires, des modèles et des publications scientifiques, artistiques et techniques. L’administration de chaque école est dévolue à un conseil composé de quatredélégués de l’assemblée communale et du directeur de l’établissement, nommé également par celle-ci, Le droit d’inspection seul est réservé à l’Etat.
- PETITES NOUVELLES
- FRANCE
- Xi© Fèro Didan fiait des siennes. —
- Ce qu’on est convenu d’appeler un scandale a eu lieu à l’égiise de la Trinité. Le prédicateur, le père Didon, un homme éloquent et sincère, a froissé abominablement son auditoire, composé de ce qu’on est également convenu d’appeler le beau monde, Ce beau monde a trépigné, murmuré ; peu s’en est fallu qu’on ne sifflât.
- Le lendemain, le Figaro, qui se connaît en religion, dénonçait le père Didon, la veille tant admiré, à l’indignation des catholiques.
- Qu’avait donc dit de si étrange et de si terrible ce moine fanatique ? On ne sait pas bien. Les uns prétendent qu’il avait osé douter que Dieu fût légitimiste. Mais les autres vont plus loin. Les autres affirme*nt que le père Didon aurait fait du socialisme et de la démagogie. Il aurait été jusqu’à rappeler que Jésus était un pauvre diable, qu’il avait maudit les riches et les prêtres de son temps, qu’il avait même été pendu pour cela; il aurait ajouté que les faibles, les petits, les souffrants, n’ont peut-être pas tort de se plaindre, que tout n’est pas pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, que le peuple est bon, et que les classes dirigeantes ne font pas leur devoir à son égard.
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- Réveil du goût littéraire. — Les auteurs naturalistes ne sont pas encore aussi maîtres du publiç
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- qu'ils veulent bien le dire. La nouvelle pièce en vers de l’Odéon, les Noces é'Attila, dans laquelle M. Henri de Bornier cherche à démontrer que tout vainqueur se détruit lui-même par l’abus de la victoire, cette nouvelle pièce vient d’obtenir un succès éclatant.
- On peut dire de cette pièce qu’elle est d’un bout à l’autre un appel aux plus nobles sentiments de l’âme humaine, à l’amour désintéressés, à l’esprit de sacrifice, à la haine de la tyrannie. Tout est exprimé dans cette langue cornélienne dont M. de Bornier avait déjà fait preuve dans la Fille de Roland.
- Ainsi que l’observe à cette occasion M. Sarcey : « Les directeurs vont répétant sans cesse que le drame en vers ne fait plus un sou, que la foule ne demande que des pièces à spectacle ; la vérité au contraire est que Ce public que l’on calomnie a soif des beaux vers. »
- Il serait peut- être plus exact de dire « a soif des beaux sentiments exprimés par de beaux vers. » Quoi qu’il eu soit il est consolant de voir que s’il se trouve en France un public pour lire Nana il s’en trouve aussi un pour applaudir les Noces d’Attila. On aurait donc tort de considérer le goût littéraire français comme perdu.
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- Qoaïid aurons nous la liberté ? — Les
- petits faits trahissent parfois les intentions secrètement nourries.
- La société musicale Y Harmonie de Ménilmontant avait offert son concours à un banquet organisé pour le jour du Yendredi-Saint par un groupe deAibres penseurs du XXe arrondissement. Le commissaire de police a refusé à cette société musicale l’autorisation de jouer « vu la solennité du jour *, et cependant YHarmonle ne voulait jouer que dans le local du banquet.
- Il serait temps que l’on laissât à chacun ce minimum de liberté, la liberté de la musique. Permettez aux cléricaux de chanter chez eux
- Sauvez Rome et la France
- mais permettez aussi aux libres penseurs de jouer chez eüx les morceaux de musique qui leur plaisent.
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- ULe jevme. — Le jour du Yendredi-Saint il n’a été vendu que 5.700 kilogs de viande aux halles de Paris, tandis qu’il s’est débité 121,000 kilogs de poisson , 17,000 kilogs de mollusques et 1,800,000 œufs.
- Ce simple fait donne lieu à des réflexions :
- Les traditions de l’Eglise romaine sont donc encore bien puissantes à Paris pour qu’elles produisent de telles perturbations dans la consommation. Si l’on déduit du nombre de ceux qui n’ont pas fait maigre le chiffre des protestants et celui des israélites, à qui le jeûne n’est pas demandé, on trouve que le chiffre des personnes nées dans l’église romaine mais affranchies de la tradition du jeûne est relativement peu élevé.
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- Le dr-oit des femmes à Marseille. — Nous lisons dans un journal de Marseille :
- Il existe dans notre ville une société du droit des femmes Une réunion a même eu lieu l’autre soir rue Saint-Gilles. L’assistance était peu nombreuse. La réunion n’en a pas moins voté des résolutions importantes Elle a décidé, entre autres choses:.
- Que les femmes de la société iront en .corps réclamer leur inscription sur les listes électorales.
- Que l’art. 340 du Gode civil qui interdit la recherche de la paternité doit être abrogé,
- Que le mariage doit être affranchi du consentement des parents (comme cela existe en Suisse depuis 1874),
- Que les promesses de mariage doivent être considérées comme des engagements réels,
- Enfin que Le divorce doit être rétabli
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- L’abus du tabac. —M. Choqueux, instituteur à Rotangy, a organisé les élèves de son école Une petite société contre l’abus du tabac.
- ALSACE-LORRAINE
- Socialiste malgré lui. —On lit dans la Presse d Alsace et de Lorraine :
- Un de nos concitoyens vient de publier une application tort désagréable de la loi sur les socialistes.
- Notre concitoyen, hommo-éminemment paisible et appartenant à une des familles les plus honorables de la ville, n a pas été peu surpris, l’autre jour, eh rentrant à son logis, d’y trouver installés un fonctionnaire et un agent de la police qui l’ont invité à les suivre à la poste aux lettres où se trouvait un ballot portant son adresse et contenant des écrits socialistes prohibés. Notre concitoyen refusa d’obéir à cette injonction, alléguanl qu’il n avait rien à démêler avec les socialistes, les nihilistes » et autres sectes en « iste, » et qu'il n’avaif jamais usé s de dynamite autrement que dans l’exercice de sa profession d’ingénieur.
- L’affaire en resta la pour l’instant; mais, deux jours après, nouvelle descente de la police, suivie cette fois d’une visite domiciliaire très minutieuse qui, naturellement, n’amena aucun résultat.
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- SUISSE
- Discrédit de lVconomie politique. Un
- ancien phalanstérien devenu professeur d'économie politique à l’Université de Genève, se lamente dans le Journal de Genève du discrédit où est tombé l’économie politique dans le milieu où s’organise l’enseignement public genevois, ainsi que dans l’opinion public du reste de la Suisse. Le temps est donc passé où la Suisse était l’Eldorado des écomistes.
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- La pétition dois ouvriers sans travail
- demandant qué les travaux projetés par l’Etat de Berne fassent exécutés en régie et que, vu le peu de probabilité d une reprise prochaine des affaires, il fût ordonné de nouveaux travaux, entre autres la construction d’un hôpital et le transfert d’un pénitencier, n’a pas été prise en considération.
- Cette décision a donné lieu à un ordre du jour motivé constatant que, dans les temps de crises industrielles et commerciales, comme la crise actuelle, l'Etat devait aider , dans les limites de ses re ssources financières, à procurer du travail à ses ressortissants, mais que le gouvernement ayant déjà alloué une somme de 200,000 francs pour des travaux publics et demandé un crédit de 5f!0,000 francs pour des construtions de routes, il avait ainsi satisfait à ce devoir.
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- Une femme «leux fois docteur. — Une
- jeune personne,belge d’origine.vient de subir avec succès, à l’Université de Berne, les examens pour l’obtention du grade dedocteur dans les deux Facutésde philosophie et de médecine.
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- (LWeetiora. <1« cuvé de la ville de Fribourg est fixée au 4 avril prochain.^ un sait que ce sont les bourgeois de la ville qui procèdent à cette nomination dans un scrutin ouvert à l’église de Saint-Nicolas.
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- ITALIE
- I ** loterie à Naples. — Nous avons parlé dans notre dernier numéro d’un incident curieux survenu au loto de Naples*
- Nous lisons à ce sujet dans le Pungolo de Naples :
- Les gains ordinaires faits à la loterie samedi dernier ont, comme on le prévoyait, extraordinairement augmenté cette semaine le nombre des joueurs. Tous les bureaux de la ville ont été ce matin pris d’assaut, et la I plupart d’entre eux, une heure avant le moment fixé, ne
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- recevaient pins de mises parce qu’ils n’avaient plus de registres ou que le temps leur manquait :
- La foule courait d'un bureau à l'autre, se pressait à la porte de deux qu’elle trouvait fermés et à plusieurs on a cassé les vitres.
- Dans les deux bureaux installés à la direction de la loterie, de midi k 2 heures, il y a eu un continuel pugilat, une lutte indescriptible entre les commis qui ne pouvaient plus accepter de mises et la foule qui faisait irruption de toutes parts et priait, suppliait qu’on reçut 5 10, 20 francs pour le terne de la scazetla, pour le quatre dnpazzo et pour tous les autres numéros que l'imagination du popolino et.. des chroniqueurs était ailée pêcher dans le fait le plus insignifiant de la chr-oni que.
- Voici U conséquence de cette triste frénésie qui avait envahi la population de Naples : une bonne partie de l’argent gagné la semaine dernière est Centré dans les caisses du Trésor, lequel, au lieu de 300,000 francs, qui est la somme moyenne jouée chaque semaine dans le district-de Naples, a, sdivàntdeé calculs exacts, encaissé hier plus d’un demi-million !
- De sorte que si, samedi dernier, ou a dit que tout Naples avait gagné, on peut aujourd’hüi dire avec plus de vérité que tout Naples a joué.»., et perdu.
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- ÉCOSSE
- ccwypîéi'iEttioiî. — Ü résulte d’un rapport lu au meeting de la Fife and Kiüross association, tenu à Lociigeîly, que la coopération s’étend dans ce distinct. On ÿ cdmpté aujourd'hui 3l sociétés composées d’environ 8,000 membrés,
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- DANEMARCK
- Les socialistes et le süfffasie Ütïfvër-sei. — Dans ce pays existe un parti démocrate socialisé ëÜcdré puissamment organisé, malgré la désertion de ses anciens chefs. Pio etl&eleff. Il a pbür organe le journal Social demohraten,qui se publie à Copenhague Le pitti socialistë danois à inscrit dans son programme le suffrage universel ; c’est ce parti qui la-bas représente essentiellement le mouvement en faveur de l’oMehtio'n de ëë droit,
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- RUSSIE
- AgritéLiicm oitvrlèves. — Ou écrit de Éieff au Tagblatt,, de Berlin, qu’üne agitation dangereuse Se manifeste depuis quelque temps parmi les ouvriers eu Rüéèie. Dejffiië la célébration du 25e anniversaire de l’avènement du tzar au trône, les journaux ü’oüt pas enregistré moins de treize soulèvements ouvriers plus ou rtiolhs imbhHânts.
- Celui du 5 mars à Kieff aurait pü devënir le plüs dangereux de tous, si des troupes n’étaient promptement arrlVéëS én force et tt’avàiëiit mis fia aux désordres.
- . Le . moqveuiënt devait avoir lieu ie déiixi èihë joür de la fête impériale. Pour des raisons restées inconnues, ü fut ajourne âü 3. A huit heures du matin, on entendit tout à coup des cris d’alarme et on vit üh drapeau rouge flotter sur la tour près de la gare. La foule, croyant à un incendie; Courut de cé côté. La police et la troupe furent avisés que les ouvriers des ateliers du chemin de fer, au nombre d’environ 1,500 s’étaient révoltés, détruiraient lès machines, maltraitaient les fonctionnaires et armés de barres de fer, de bâtons èt de pistolëts, voulaient descendre en bande dans la ville.
- On envoya à la rencontre des ouvriers deux régiments d infanterie et trois sotüids de cosacjués qüi rencontrèrent les bandes en roule et les attaquèrent immédiatement. Lâ bataille menaçait de prendre de sanglantes proportions, lorsqu’elle fut interrompue par l’intervention delingénieur général Bofüdine.
- Les ouvriers ne së dispersèrent gùe sur l’âssuranëë qu aucun d’eux ne serait arrêté.
- HOLLANDE
- Mouvement pour* l’obtention du sn f-frage universel —* Depuis lo commencement de Tannée dernière, la Fédération ouvrière néerlandaise a entrepris en faveur du suffrage universel, une Campagne qui est menée avec beaucoup de vigueur. Les groupes socialistes S'ociaal-demohratische Vereéniginyen, S coudent lé ftïotïVemeni. Enfin une association s’est constituée tout spécialement dans le but de poursuivre, par tous les moyens légaux, la réalisation du suffrage Universel, et par conséquent la révision de la Constitution : c’est l’asst dation hel algemsen hies~en stemrecht. Sous l’impulsion des trois groupes sus-indiqués de nombreuses conférences et de nombreux meetings ont été données dans les principales villes delà Hollande. La question de la réforme électorale a même été posée dans la 2e chambre par le député radical Simou Van Houten. Enfin la presse périodique néerlandaise, s’occupe en ce moment de la question ; parmi ces dernières publications, les unes, comme la revue de Tijdsptegle, tes journaux quotidiens het Handetsblod, de Niewe Rotterdams-che Courants het Vaderland, etc., se contentent de demander un abaissement du cens électoral ; — ies autres, comme la revue Vragen des T>jds, demandent le droit électoral pour tous ceux qui savent lire et écrire; — enfin, d’autres encore, notamment de yVe^hmansbode, Organe officielle dé la Fédération ouvrière néerlandaise, Recht * oore A ILn, organe du parti socialiste, et Oost en West, organe d un groupe libres penseurs progressistes, demandent le suffrage universel sans restriction.
- Pour soutenir le mouvement en faveur de cette der-ùière idée et unifier la propagande, il a été nommé un Comité composé de professeurs, de publicistes, d’ouvriers, choisis parmi les différentes nuances de l'opinion publique favorable à la réforme.
- Un grand nombre de sociétés ouvrières ont adhéré au mouvement.
- {La voix de l'ouvrier, de Bruxelles.)
- LE DERNIER NE DE GINXf)
- SA NAISSANCE ET SES AUTRES INFORTUNES
- ParM. jenkins
- Membre du Parlement Britannique
- 38® Édition
- TABLE DES MATIÈRES
- Première Partie
- Ce que le Père fit fie l’JEufaut
- I Dès le commencement.
- II Chez soi, doux chez soi !
- III Travail et idées.
- VI Digression qu’on peut passer sans tronquer l’histoire.
- V Motifs et résolutions.
- VI L’antagonisme de la loi et de la nécessité.
- VII Malthus et l’homme.
- VIII Le premier changement de mains de Bébé.
- (lj Reproduction interdite.
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- LJE DEVOIR
- DEUXIÈME PARTIE
- Ce que firent de lui lu charité et le» églises.
- I Le lait de la bonté humaine, le lait maternel et
- celui de la parole divine.
- II La « Société protestante des investigations. »
- III Le Sacrement du baptême.
- IV La loi selon l’Évangile.
- V La loi selon la justice humaine.
- VI Papisme et Protestantisme au banc de la Reine. VII Un homme qui proteste, mais qui n’est pas un
- protestant.
- VIII Voyez comme les chrétiens s’aiment les uns les autres.
- IX Les bons Samaritains... leurs gros sous*
- X La force publique. Un spécimen de sa faiblesse. XI L’Unité de l’esprit et le bien de la paix.
- XII Adieu l’argent 1... Adieu la foi ! Adieu les
- œuvres 1
- XIII En passant.
- TROISIÈME PARTIE.
- Ce que fit de lui lu Paroisse
- I Difficultés paroissiales à résoudre sans préju-
- dice de...
- II Un conseil d’administration.
- III Le monde c’est ma paroisse.
- IV Sans préjudice de qui que ce soit excepté des
- administrateurs.
- • V Un fourré d’impiété.
- VI Bienfaisance paroissiale — Un autre changement de mains.
- Quatrième partie .
- Ce que le» clubs et le» hommes politique» firent de lui.
- I Encore changé de place.
- II Idées de club.
- III Un hardi réformateur... sinon un révolution-
- naire.
- IV De très larges vues.
- V Tactique de partis et obstacles politiques aux réformes sociales.
- VI Incidents parlementaires dans une haute assemblée législative.
- Cinquième partie.
- Ce que le dernier né de Ginx fit de lui-même.
- Le dernier chapitre.
- PREFACE
- La critique : — De ma vie je n’ai lu une histoire moins vraisemblable.
- L’auteur : — Néanmoins elle peut-être vraie.
- PREMIÈRE PARTIE Ce que le Père fit de FËiifant
- 1 Dès le commencement.
- Le nom du père de Bébé (2) Ginx était Ginx. Par une coïncidence qui n’est pas sans exception sa mère était M“e Ginx.
- Bébé Ginx appartenait au genre masculin.
- Le jour où naquit notre héros M. etMme Ginx habitaient le n° 5 de Rosemary Street, dans la cité de Westminster. L'être qui venait d’entrer ainsi dans le monde n’était pas la seule créature humaine à qui la qualification de Bébé Ginx était ou avait été appliquée. Ginx s’était uni à Betsy Hicks à St-John, Westminster, le 25 octobre 18.., ainsi que cela résulte d'un extrait de l’acte de mariage conservé par Betsy et que j’ai soigneusement collationné avec le registre original. Notre héros était le treizième enfant né de cette union. Des recherches patientes m’ont permis de constater comme suit la gradation de leur lignée.
- Le 25 juillet de l’année qui suivit son mariage, Mm* Ginx accouchait heureusement d’une fille. Nul journal n’en fit mention.
- Le 10 avril suivant, tout le voisinage, comprenant Great Smith Street, Marsham Street, Great and little Peter Street RegentStreet,Houneferry Road et Strut-ton Ground, était en grand émoi. On racontait qu’une femme du nom de Ginx avait donné naissance à trois enfants : deux filles et un garçon.
- La nouvelle arriva jusqu’au quartier occupé par le doyen et jusqu’à l'ancienne école de Westminster. Le Doyen qui n’acceptait rien sur ouï-dire, envoya, pour s’assurer du fait, son commissionnaire. Ce dernier fut en même temps chargé de remettre une layette àMamam Ginx,Madame la doyenne ayant avec raison, pensé que la pauvre femme n’avait pas le nécessaire pour répondre à une si grande augmentation de sa famille.
- Les écoliers, en allant à Vincent Square, le lieu de leurs récréations, firent sournoisement un petit dé-
- (2) La qualification de Bébé est ordinairement donnée dans les familles anglaises au dernier-né des enfants, soit fille, soit garçon.
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- tour pour voir cette merveille, curiosité qui leur coûta à chacun six pences qu’empocha sans mot dire Madame Spittall, une vieille amie d’enfance de Mm« Ginx.
- Cette fois, toute la presse du Royaume-Uni publia l’événement en le faisant suivre de la nouvelle additionnelle « qu’il avait plu à Sa Gracieuse Majesté d’envoyer trois livres sterling (3) à M“e Ginx. »
- Quel démon pouvait donc posséder cette femme,je ne saurais vraiment le dire : il n’en est pas moins certain que douze mois s’étaient à peine écoulés que Mmfl Ginx, assistée de deux médecins que son mari effrayé était allé en toute hâte chercher à l’hôpital, faillit succomber dans un nouvel effort de maternité dont le résultat fut d’ajouter deux fils et deux filles au lot que possédait déjà l’heureux couple. Sa Majesté envoya quatre livres.
- Quelle que fut la paix qui régnât dans le ménage, il n’en était pas de même de la rue où tout était bruit et désordre. La police avait même été requise par les voisins irrités d’une notoriété qui commençait à devenir gênante pour eux. Bientôt même ils manifestèrent cette irritation d’une manière telle que
- Lachaize, chargé d’affaires de la République française à Venise, ayant perdu son fils âgé de huit mois, demanda la permission de le faire incinérer et s’adressa au maire du leI arrondissement, qui en référa au citoyen Frochol, premier préfet de la Seine, qui prit, le 12 floral an VIII, l’arrêté suivant :
- « Vu la demande de la citoyenne Dupré Geueste , épouse du citoyen Pierre-François Lachèze, chargé d’affaires de la République française à la résidence de Venise, tendant à être autorisé*à faire brûler le corps de son fils, âgé de 8 mois, décédé le 30 germinal an VIII ;
- « Le Préfet du département,
- « Considérant que les derniers soins à rendre aux dépouilles humaines sont un acte religieux dont la puissance publique ne pourrait prescrire le mode sans violer le principe ou la Liberté des opinions ;
- « Arrête : — Article 1er.
- « La citoyenne Dupré Geneste est autorisée à faire brûler le corps de son fils décédé.
- « Art. 2. Cette cérémonie funèbre sera faite hors de l’enceinte de ’Paris, en terrain clos et spacieux, en présence de l’agent municipal et de l’inspecteur des inhumations.
- Art. 3. La citoyenne Dupré Geneste justifiera au maire çlu l9r arrondissement, un certificat de l’agent municipal, constatant que le corps a été brûlé et que les cendres ont été recueillies. »
- On voit qu’à cette époque les fonctionnaires n’étaient pas retenus par les scrupules de légalité qui semblent aujourd’hui mettre obstacle à l’exécution des délibérations du Conseil municipal de Paris. L’arrêté Frochot n’a donné lieu à aucune réclamation. Que ne suit-on cet exemple ?...
- Ginx jugea qu’il n’avait rien de mieux à faire que de déménager et de transporter ses pénates à Rosemary Street. C’est là que jusqu'à l’année qui précéda la naissance de bébé Ginx, maman Ginx continuant d’ajouter à sa descendance, atteignit la douzaine en chiffres ronds.
- Alors aussi Ginx trouvant qu’en toute conscience, il avait atteint l’extrême limite du bonheur réservé aux familles nombreuses et... qu’il en avait sa charge, notifia à sa femme, en termes affectueux mais fermes que vu la peine qu’il avait déjà à soutenir sa famille actuelle, elle pouvait être assurée que s’il leur survenaient un, deux, trois enfants ou davantage, lui, Ginx, le ou les noierait dans une cuve d’eau, sauf à en subir les conséquences.
- (A suivre).
- LE COLLECTIVISME DE M. BORDE
- Dans sa revue, M. Borde a fait, à l’intention du « Devoir », un plan de collectivisme sous forme de projet de loi en douze articles, afin de nous prouver ce dont les collectivistes sont capables, et il nous met en demeure d’examiner ce projet.
- Le voici :
- Art. 1
- L’hérédité est abolie en dehors de la ligne directe.
- Art. 2
- Liberté absolue de tester.
- Art. 3
- Un impôt de tant pour cent est établi sur les successions testamentaires.
- Crémation
- M. Paul Fussy, maire de la commune de Plailly, vient de publier une brochure très intéressante intitulée : La Crémation dans les temps anciens et dans les temps modernes. Il y a réuni de nombreux documents pour établir que la Crémation a été longtemps en usage. Nous avons remarqué un titre curieux.
- En l’an VIII, sous le consulat, à une époque où. le gouvernement songeait surtout à restreindre toutes les libertés, la dame Geneste, épouse de Pierre-François
- . (3) Il avait plu à Sa Gracieuse Majesté d'enrayer trois livres. La reine a l’habitude d’envoyer à la mère qui accouche de trois enfants, la somme de trois livres (75 fr. environ) et quatre livres pour quatre enfants. Les reporters de journaux à l’affût de nouvelles s’empressent de publier ces exemples de fécondité qui donnent à la générosité de la Reine l’occasion de s’exercer.
- Art. 4
- Toute succession, ab intestat et hors la ligne directe appartient à la collectivité.
- Art. 5
- Le sol entré à la propriété collective est inaliénable.
- Art. 6
- Toute rente perpétuelle est abolie.
- Art. 7
- Tout prêt à intérêt sera désormais viager on à temps.
- Art .8
- Une dot proportionnelle à la richesse sociale,
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- LE DEVOIR
- est allouée à chaque individu qui a atteint sa nia- j jorité.
- Art. 9
- Le sol muni de tout le matériel nécessaire à son exploitation, sera divisé par fractions selon les besoins des localités, et loué au plus offrant et dernier enchérisseur, soit à des individus, soit à des associations d’individus.
- Art. 10
- Les baux seront personnels et à vie pour les individus, et de trente ans poux’ les associations d’individus. Les locataires ne pourront sous-douer.
- Art. 11
- Les associations de travailleurs sont seules licites. Les associations de capitaux sont défendues.
- Art, 12
- Concurrence sociale aux capitalistes par l’institution de comptoirs de vente où les travailleurs pourront déposer leurs produits pour qu’ils soient vendus aux prix qu’ils auront eux-mêmes fixés.
- M Borde nous demande tout simplement de dire en quoi ce projet est impraticable. Nous ne comprenons pas pourquoi M. Borde ne discute pas d’abord son projet lui-même et ne démontre pas la possibilité de son application, car c’est surtout à l’auteur d’une proposition qu’il appartient d’en expliquer la pensée et d’en faire ressortir le mérite.
- Sans nous arrêter à la forme rudimentaire de ce projet, disons de suite que nous n’avons pas prétendu qu’il fût impossible à M. Borde de faire des projets de loi sur l’hérédité, les successions et tant d’autres sujets qu’il voudra,
- Mais si nous avons bien compris, la question consisterait à réaliser un plan de réforme sociale, en mettant la propriété, toutes les propriétés, aux mains de l’Etat.
- Le gouvernement devrait donc ajouter, à l’énorme centralisation dont il est déjà trop chargé, ce qui est aujourd’hui du domaine public; il devrait administrer tout, louer tout, gérer tout C’est alors qu’il nous faudrait des ministres capables.
- Si la propriété individuelle donne lieu à des abus, y aurait-on remédié par un tel régime ?
- Si au lieu du propriétaire cultivant lui-même son champ ou le louant à un fermier, on n’avait plus devant soi que l’Etat comme propriétaire et une nuée de mandarins dispensateurs de la propriété publique, où serait la place de ceux qui ont l’amour de la liberté, de l’initiative et de l’action ? Qui donc peut caresser l’idée d’un semblable régime ?
- Mais admettons pour uff in&tant que-l’Etat, seul propriétaire, n’ait pour fonctionnaires chargés
- d’affermer les propriétés nationales que des hommes intègres, incapables de concussion et ayant horreur des pots de vin.
- Admettons par conséquent que les baux ne pourront être l’objet d’aucune faveur, que tous les citoyens se trouveront devant des conditions égales de fermage, nous n'en voyons pas moins immédiatement la nation divisée en trois classes :
- 1° Celle des fonctionnaires dispensateurs des domaines de l’Etat ;
- 2° Celle des fermiers exploitant les concessions qu’ils auront obtenues ;
- 3° Celle des travailleurs exploités par les fermiers.
- Que les collectivistes qui envisagent ainsi les moyens de réforme nons disent où serait, sous le régime du collectivisme à la façon de M. Borde, l’amélioration du sort des classes ouvrières ? Quelles iustitutions en faveur de ces classes résulteraient d’un pareil régime? Quel bien-être leur donnerait le retour de la terre à l’Etat ?
- Proposer de réformer le régime actuel de la propriété pour y substituer un régime plus arbitraire, ne nous paraît pas chose bien utile à réfuter plus longuement.
- t Nous ne cherchons pas les améliorations sociales dans l’inanité de plans et de projets qui n’offrent aucun avantage au peuple, ce que nous cherchons, c'est l’avènement des travailleurs à la vraie vie sociale, par la mise à profit de toutes les autres forces vives de la société, sans en rien paralyser, sans en rien détruire, et en démontrant la possibilité d’une répartition de la richesse en accord avec la justice et avec le droit de chacun.
- C’est par l’association du capital et du travail et par des institutions utiles et profitables à tous que nous concevons la solution du problème.
- a.
- TJne Anecdote
- Ch Dickens est un des auteurs les plus populaires en Angleterre où tout ce qui lit connaît ses ouvrages. Style original, critique fine et parfois ipcigive, ma,’s toujours imparliale, disant tout ce qu’il a envie de dire sans se servir d expressions que n’admet pas la littérature d’Ou-tre-Manche plus décente dans sa forme que Ja nôtre, observateur judicieux, tel nous apparaît le spirituel auteur de Pickwick.
- L’éducation de la jeunesse était un des priiicipaqj sujets que Dickens aimait à traiter. Il était bien rare qu’on le quittât sans avoir entendu de lui quelques réflexions à cet égard. Il en disait ce qu’en dit luirmême M, Ieukins. M. P; « Teaching is the highest, noblest, purest and most efficient function, which ought to be ^the most lofty ambitions of States mans hip. » (A)
- st* u^ Î*VV**!
- (A) Enseigner est la plus ïiaute, la plus noble et la plus efficiente fonction que doit ambitionner l’homme d’Etat aux vues élevéfs.
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- Un jour que Ch. Dickens recevait la visite d’un de ses bons amis, la conversation vint à ro lier sur le sujet fa vori de notre couteur. L’ami en question était un de ces hommes dont le positivisme est parfois désespérant. Il soutenait qu il fallait écarter absolument de l’esprit de l'enfance tout ce qui était de pure imagination. Le brillant était, selon lui, complètement inutile ; le solide suffisait. L’enveloppe n’avait pas même besoin de vernis. Le jeune homme élevé dans ces conditions n’en ferait que mieux son chemin.
- Dickens écoutait, souriant, la tirade de son visiteur. C’était en été et nos deux interlocuteurs étaient dans un charmant petit salon dont la fenêtre ouverte donnait sur le jardin.
- Pendant que M. S... poursuivait sa sortie réaliste, un magnifique papillon était entré dans le salon et s’était posé sur des fleurs que contenait un vase sur la table, même près de laquelle étaient nos deux amis.
- Ch. Dickens attrapa immédiatement le bel insecte.
- « Oh, s’écria M. S..., que faites-vous là, barbare »? —
- « Moi, barbare, pourquoi ? »
- « Parce que vous privez ce pauvre petit animal de sa liberté.»
- « Mais sans répondre, Dickens a enlevait avec son pouce les brillantes couleurs du papillon.
- « Vandale, reprit l’ami, vous déshonorez ce charmant animal. »
- « Barbare, Vandale», répondit alors Dickens. « Pourquoi cela? Ne voyez-vous donc pas que je débarrasse ce papillon d’un ornement inutile et qui ne peut qu’être un obstacle à l’agilité de son vol. »
- Puis ayant dit, il lâcha le papillon qui s’envola, mais lourdement. Ses belles couleurs ne brillaient plus comme auparavant sous les rayons du soleil.
- Dickens sourit de nouveau et l'ami comprit la leçon qui venait de lui être donnée. Il avoue maintenant être complètement converti à la sentence du poète latin :
- Omne tulit punctum qui miscuü utile dulci. -
- C.-P. Maistre.
- ------»-<> ,„*
- LE DROIT DES FEMMES AUX ÉTATS-UNIS
- Nous empruntons au correspondant américain du Siècle les détails suivants :
- L’association nationale pour le suffrage des femmes vient de tenir une grande convention ou réunion plénière à Washington. On estime à cinq mille le nombre des personnes qui étaient là, hommes et femmes. Celles-ci étaient naturellement en majorité.
- La réunion a été des plus sérieuses. Contrairement à l’habitude, un grand nombre de jeunes femmes étaient cette fois présentes, et les hommes qui suivaient ces discussions se sont dispensés des quolibets par lesquels ils les accueillaient d’ordinaire ; tout au contraire, ils ne pouvaient se lasser d’admirer la patience et le courage deces femme qui, depuis tant d’années, demandent avec une persistance qui jamais ne se lasse ce qu’elles appellent leur droit.
- Dardez-vous de traduire ce mot par émancipation, comme le font quelques mauvais plaisants ou quelques sectes féminines qui n’ont rien à voir ici, par exemple celle des blooméristes, aujourd’hui bien en décadence. L’association nationale pour le suffrage des femmes poursuit 'tin autre but. Ce qu’elle ré-
- clame, ce n’est pas le droit pour le sexe faible de porter des bottes, des pantalons, un chapeau pointu, un gilet et une redingote à plis : c’est le droit de voter, d’arriver aux emplois publics et aussi de pouvoir librement exercer les mêmes professions libérales que l’homme, telles que celles déjugé, d’avocat, de médecin. Les femmes ne sont-elles pas déjà chez nous les meilleurs instituteurs, même dans les collèges de garçons ? Pourquoi ne seraient-elles pas aussi des avocats et des médecins ? La chose est déjà admise pour ces deux professions aux Etat-Unis.
- Dans quelques Etats et territoires de l’Ouest, on va plus loin : les femmes votent comme les hommes dans toutes les élections politiques ; elles peuvent être nommées juges, et bientôt on les admettra à siéger à la législature comme représentants et sénateurs de l’Etat. On fera ensuite un pas de plus : elles pourront administrer l’Etat comme gouverneurs, et enfin, mn jour qu’on peut prévoir, mais qui est encore bien loin, elles pourront être nommées présidentes des Etats-Unis. Pourquoi pas ? Elles ne sont aujourd’hui qu’un petit nombre à vouloir cela, mais demain elle seront légion. Voyez plutôt ce qui vient de se passer à la convention féminine de Washington.
- Elles sont arrivées là de tous les points de l’Union: de l’Indiana, du Missouri, de 1 a Louisiane. Miss Phœbe Cozzens, bachelière en droit de Saint-Louis, s’est plu à développer le côté moral du suffrage des femmes et à provoqué, par ses considérations, d’unanimes applaudissements. Elle est coutumière du fait et l’on va même jusqn’à dire qu’elle est a prophète dans son pays, » c’est-à-dire dans la bonne ville de Saint-Louis, où tout le monde l’honore et l’estime. Il est vrai quelle n’a qu’à se montrer pour plaire. Elle est jeune, elle est jolie, elle se met bien, elle a des manières gracieuses, elle parle à ravir, Gomment refuser à une conférencière de cet ordre tout ce qu’elle peut demander f On lui accorderait même ce qu’elle ne demanderait pas.
- Miss Suzanne Anthony, qui présidait aux lieu et place de Mma Elisabeth Caddy Stanton, empêchée pour cette fois, n’a pas les mêmes charmes que Miss Phœbe Cozzens ; mais elle est connue et appréciée de tous, et c’est une des colonnes de l’association. Elle porte des lunettes et rappelle à s’y méprendre ces vieilles Anglaises excentriques que l’oa rencontre en voyage par toute l’Europe ; mais elle est si bonne, si dévouée, qu’on ne fait aucune attention à ses petits travers. Quant à Mm0 Stanton, je n’ai jamais- connu de douairière d’un port plus noble et plus majestueux. Elle n’en est pas moins sympathique à tous, et sa belle chevelure blanche encadre une figure des plus intelligentes et des pius animées.*
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- LE DEVOIR
- Il y a quinze ans que ces dames sont sur la brèche avec d’autres aussi que je n’ai pas encore nommées, telles que miss Anna Dickinson, de Philadelphie, qui fait des lectures publiques, a joué au théâtre, et n’en est pas moins la plus respectable du monde et l’une des plus convaincues parmi les membres de l’association.
- À la fin, toutes ces femmes triompheront.
- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
- Le» Vovafreixr-s, poèmes légendaires, par Francis Melvil, *1 vol. in-12. Paris, Lemerre, éditeur. — Prix : 3 fr.
- Encore un nouveau poète qui entre dans la lutte. Il est Breton et sa poésie présente les défauts et les qualités de sa race, un peu de rudesse, beaucoup de fermeté.
- Les poèmes qui ouvrent ce volume sont visiblement inspirés par la première série de la Légende des Siècles de Victor Hugo et par les Poèmes barbares de Leçon te do Lisle, mais dans les dernières pièces M. Melvil trouve une poésie qui est complètement sienne, par la forme comme par le fond.
- Nous voudrions pouvoir citer quelques pièces entières, entre autres le Conservateur au temple qui est une satire pleine de vigueur et de vérité : Un bon conservateur remercie Dieu de ne pas être de ceux qui luttent pour les idées nouvelles et il s’écrie en terminant :
- Continuez, Seigneur, à me bien protéger :
- Un jour, si du pays vous deviez nous venger,
- Ecrasez les castes obscures;
- Mais, quels que soient le maître et le gouvernement,
- Faites que je conserve invariablement Mes rentes et mes sinécures!
- Le Sommeil de VEpée, ode d’un élan lyrique remarquable, ne vaut pas moins. Jugez-en par ce passage :
- Hier, la Guerre implacable, oisive, vagabonde :
- Aujourd’hui le Travail et la Paix, qui féconde Et creuse le sillon;
- Dans la poudre des morts la moisson germe et lève :
- Enfants des fiers héros, laboureurs, plus de glaive En vos mains : l’aiguillon!
- Dors en paix, vieille Epée,
- Mais, reprend le poète, si jamais la cause de la liberté te réclame, malheur à qui t’éveillera.
- Les pièces suivantes sont plus belles encore.
- A la pièce Néant dans laquelle le poète se demande à quoi bon les luttes humaines puisque le jour viendra où
- Tout rayon s’éteindra. Les ténèbres livides Voileront la lueur du soleil éclipsé,
- Et les flambeaux éteints des Immensités vides Tomberont en débris dans l’espace glacé ;
- Et l’antique univers, tel qu’un vaisseau qui sombre,
- Roulera dans l’abîme effroyable et béant,
- Et rien ne sera plus que l'Etendue et l’Ombre,
- Le Silence éternel et l’Eternel Néant!
- à cette pièce désespérée, le poète répond par une plainte traversée d’un rayon d’espérance :
- ... Nous saurons s’il faut que s’engloutisse Jusqu’au dernier reflet des dernières clartés ;
- Si Devoir, Idéal, Droit, Liberté, Justice,
- N’étaient que de vains sons par hasard inventés;
- Et si l’homme, vraiment, aura l’âpre courage De se dire à soi même un éternel adieu,
- Et d’accepter l’atroce et suprême naufrage,
- La tombe sans réveil et l’univers sans Dieu!
- Espérons que ce qui reste d’incertitude dans l'âme de M. Melvil s’évanouira et qu’au lieu de rencontrer dans ses volumes futurs plus de doutes que de croyances nous y trouverons plus de croyances que de doutes. En fermant les Voyageurs nous nous sommes demandé où a voulu en venir le poète, à quelle grande vérité il a
- voulu nous conduire ; nous n’avons pu formuler de réponse. Nous croyons même que M. Melvil ne peut point s’en formuler à lui-même C’est un peu le mal de notre époque, néanmoins les poètes ne doivent pas être à la jremar-que de leur époque, mais à l’avant-garde. Leur âme doit être semblable à ces nids que les oiseaux perchent sur les grands arbres afin d’être les premiers à recevoir les rayons du soleil levant et les premiers à les saluer de leurs concerts. E. C.
- Les Etats-Unis d’Europe commenceront leur douzième année le jeudi Ier avril 1880. Organe de la. Ligue internationale de la Paix et de la liberté.
- Ce journal est le seul journal politique qui traite toutes les questions politiques et sociales en se plaçant au point de vue européen.
- Il applique impartialement aux hommes et aux choses de tous les pays les principes de la Ligue résumés dans cette maxime : Faire passer le juste avant l'utile ; subordonner la politique à la morale.
- Directeur, Ch. Lemo-nnier,
- Il parait tous les jeudis à Genève. Çrix de l’abonnement d’un an : pour la Suisse, 8 fr. ; pour tout pays de l’Ünion postale, 10 fr. 60.
- AUX ABONNES DU « DEVOIR »
- Nous prions ceux de nos lecteurs dont Vabonnement est expiré au 1er Avril de bien vouloir nous envoyer le montant de leur réabonnement, afin d’éviter toute interruption dans le service du journal.
- L’excellent roman de Mme Marie Howland, IqA J'ille de son Père, que le Devoir a publié dans ses colonnes et dont nos lecteurs n’ont certainement pas oublié la grande valeur, vient d’être édité en un fort volume in-12 de 620 pages. %
- Ce roman gagne beaucoup a être relu en volume. On sent mieux ainsi toutes les qualités de l’œuvre de Mme Howland : détails piquants sur les côtés les plus intéressants de la société américaine, réflexions sur les questions sociales rendues plus sensibles encore par le déroulement de l’action, vues généreuses et hardies sur des idées encore nouvelles, enseignements utiles sur tout ce qui a trait aux droits de la femme,.
- Loin de gaspiller son talent à la recherche de l’ignoble, comme le font de nos jours un trop grand nombre de romanciers français, Mme Howland nous fait voir par ce volume quel beau rôle social, quelle mission supérieure la littérature américaine confie au roman.
- Nul doute que tous nos lecteurs ne tiennent à se procurer cette belle œuvre, soit pour la mettre a une des places d’honneur de leur bibliothèque, soit pour l’offrir en cadeau.
- Le prix de libi'airie du volume est de 3 francs 50, toutefois, la direction du Devoir, pour être agréable à ses abonnés d’un an, le leur accorde
- EN PRIME
- rendu franco à domicile, contre l’envoi de 3 francs fait au bureau du Devoir.
- />’ Directeur-Gérant ; Godin
- Saint-Quentin — lmp. de la Société anonyme du Glaneur
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- "Le numéro hebdomadaire 20 c.
- DIMANCHE 11 AVRIL 1880
- 3. ANNÉE, TOME 4 — N° 83
- Le Devoir
- JOURNAL DES RÉFORMES SOCIALES
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- A GUISE (Aisne).
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant. Fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE par l’envoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France - Pays d’Europe
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- Rédacteur en chef : M. Ed. Champury
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- Ce roman gagne beaucoup à être relu en. volume. On sent mieux ainsi toutes les qualités de l’œuvre de Mme Howland : détails piquants sur les côtés les plus intéressants de la société américaine, réflexions sur les questions sociales rendues plus sensibles encore par le déroulement de l’action, vues généreuses et hardies sur des idées encore nouvelles, enseignements utiles sur tout ce qui a trait aux droits de la femme.
- Loin de gaspiller son talent a la recherche de l'ignoble, comme le font de nos jours un ^\°mt Vmnd nombre de romanciers français, Mme Howland nous fait voir par ce volume Quel beau rôle social, quelle mission supérieure la littérature américaine confie au roman.
- , Nul doute que tous nos lecteurs ne tiennent a se procurer cette belle œuvre, soit pour la lettre à une des places d’honneur de leur blbliothèque, soit pour l'offrir en cadeau.
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- 3 francs 50, toutefois, la direction du Devoir, pour être agréable à ses abonnés d'un an, le leur accorde
- JSIV JPHèlMJS
- fendu franco a domicile, contre l'envoi de 3 francs fait au bureau du Devoir.
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- SOMMAIRE
- Mutualité sociale. — Semaine politique. — Notes d’un liseur. — Réforme des conseils généraux. Ecole secondaire des jeunes filles à Genève. — .'1 propos du divorce. — Sélection militaire. — Petites nouvelles. — Feuilleton : le dernier né de Ginœ. — Variétés
- MUTUALITÉ SOCIALE
- ET
- ASSOCIATION DU CAPITAL ET DU TRAVAIL
- Par M. GODIN
- NOTIONS PRÉLIMINAIRES
- Chapitre IL
- État die là société moderne.
- Quand on examine l’état présent de l’industrie dans le monde civilisé, on est frappé de cette anomalie que les sociétés voient chaque jour se développer leurs moyens de production et s’accroître les ressources propres à augmeû-
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- LE DEVOIR
- ter la consommation de chacun, tandis que le paupérisme, contrairement à ce qui devrait se produire, tend à se développer au milieu de cet accroissement de la prospérité publique.
- La richesse s’accumule aux mains de quelques-uns dans des proportions inouïes, et la masse du peuple n*a pas plus de sécurité ni de garanties pour le lendemain.
- Toute l’existence des classes ouvrières repose sur le salaire ; si le salaire fait défaut, la misère est aussitôt dans la famille.
- Dans l’ancien comme dans le nouveau monde, travailleurs et chefs d’industrie se préoccupent de la solution de ce problème.
- A quoi serviraient les progrès de l’industrie et de l’agriculture si les ouvriers, auteurs principaux de cette prospérité, devaient être privés du nécessaire que le sauvage et l’animal obtiennent de la nature !
- Mais pour que ces progrès, gloires du travail humain, puissent procurer à la société tous les bienfaits qu’elle est en droit d’en attendre, il faut que les institutions, tout en sauvegardant les intérêts de ceux qui possèdent, donnent aux classes laborieuses les garanties qui leur sont dues.
- A défaut d’une telle organisation les intérêts se heurtent confusément et les individus ne peuvent donner essor à leur activité sans entrer en conflit les uns avec les autres.
- Partout, en France, en Allemagne, en Angleterre, aux États-Unis, les chefs d’industrie, les fabricants, les cultivateurs cherchent des débouchés à leurs produits. On ne voit pas que les consommateurs sont à la porte même de l’usine et de la ferme et que la part trop restreinte qui leur est faite dans les bénéfices les empêche seule d’assurer à la production d’intarissables débouchés.
- Cet état de choses fait que la richesse reste presque inactive,, que les capitaux regorgent dans les banques.
- Des conflits semblables à ceux que nous révèlent les grèves des mines et des fabriques en Angleterre, les grèves des chemins de fer aux États-Unis, celles dont la France a trop souvent à se préoccuper, ne naissent pas sans des causes profondes qu’il serait imprudent de méconnaître plus longtemps. Ces conflits pui-
- sent leur principale raison d’être dans un vice d’organisation de l’industrie et dans l'insuffisance des garanties donnés aux travailleurs.
- Le chômage, les conflits entre patrons et ouvriers sont des sujets qui méritent la plüs sérieuse attention de la part de tous ceux qui cherchent les améliorations politiques et sociales nécessaires au bonheur des peuples.
- La plupart des hommes qui influent "sur les questions du travail ne voient dans la société que l’équilibre de la production et de la consommation, au lieu d’y voir l’équilibre de la vie humaine. Les choses leur importent plus quô les personnes. Ils ne se préoccupent que des intérêts matériels là où sont en jeu les intérêts de l’existence.
- Ne consultant que des chiffres, ne supputant que des bénéfices au lieu de chercher avant tout le bien être des hommes, ils n’imaginent,comme remède à l’encombrement des produits, que l’abaissement des salaires; moyen aussi injuste qu’il est, insensé, car il va directement contre son but.
- En effet, la fabrication à prix réduit a pour conséquence d’augmenter un stock déjà trop considérable et de déprécier le prix des produits existants.
- Ces marchandises jetées sur le marché obligent à réduire, sur d’autres points, les prix des produits similaires, et, en même temps, le travail et le salaire des ouvriers.
- La baisse du travail et des salaires se géné* ralisant, la masse du peuple, privée des ressources suffisantes, cesse d’acheter; la consommation se ralentit et le mal s’aggrave.
- Alors apparaissent le chômage, la misère, la faim, la maladie.
- Tels sont les malheurs qui résultent du défaut de prévoyance et d’organisation dans la création de la richesse; l’absence d’unité morale et dô but commun fait surgir la lutte jusque dans le camp de l’industrie.
- De même que dans les aberrations de la guerre, vainqueurs et vaincus ne reviennent au calme de la paix qu’après leur épuisement et leur ruine, de même dans l’industrie ce n’est qu’après les douleurs du chômage et les pertes suscitées par la conçiirrençe que le cours normal du travail se rétablit. Ces épreuves
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- ireuses conduisent les sociétés à recher-d°u l’organisation du travail et de la paix, c^er 1 qu’elles atteindront le jour où la “° «ftn ries peuples se sera élevée à l’intelli-nce et à l’amour du bonheur social.
- ^Déja l'on commence à comprendre que tous hommes sont solidaires, dans le bien comme le mal, et que si aujourd’hui une classe de citoyens peut au détriment des autres classes accaparer certains avantages, elle est exposée à les perdre demain.
- On commence à comprendre que le règne de la paix publique est au prix de l’observation de la mstice et du droit à l’égard de chacun.
- C’est donc, en travaillant à établir l’accord des intérêts entre les différentes classes -de citoyens, en développant les liens qui doivent unir les hommes entre eux, que la sécurité réelle s’établira et que la confiance fera disparaître les inquiétudes ressenties par tant de
- personnes.
- L’organisation de la société sur les bases de la Fraternité ne peut sortir ni de la résistance aux progrès nécessaires, ni de mesures imposées par la force, ni de règles prescrites par la violence, ni de rien qui mette les hommes en lutte les uns contre les autres. Tout cela peut ou maintenir temporairement les abus, ou renverser des pouvoirs établis et déplacer la sphère de l’autorité en donnant place à de nouvelles ambitions, mais ne peut établir ni l’union, ni l’accord entre les hommes.
- Seule la connaissance des destinées humaines peut rendre possibles cette union et cet accord m indiquant ce qui est à faire pour le plus ?rand bien des hommes et des sociétés.
- Tant que les principes des devoirs humains seront pas établis, tant qu’on n’aura pas lécluit de ces principes des règles sûres de di-eetion, les hommes seront divisés sur les ^jens du gouvernement de soi-même et des autres; chacun aura sa règle morale indivi-Uel|e basée sur une conception différente de itérât dans la société et l’absence d’unité ajis le but entretiendra la rivalité et les conflits, faut donc, si l’on veut entrer dans la voie
- Je la
- justice, commencer par étudier quels sont
- .. u ,e* 1 objet de l’existence humaine, quel est
- ^‘•oie sur la terre.
- Cette connaissance acquise, il faut que la société mette ses institutions en concordance avec la science des lois de la vie humaine, afin que chaque citoyen soit amené, par les institutions sociales elles-mêmes, à la pratique de ses devoirs. (A suivre.)
- LA SEMAINE POLITIQUE
- L’agitation cléricale. — Bien que les cléricaux n’aient pas encore trouvé un moyen efficace de résistance, bien qu’ils n’aient ^>u s’entendre encore sur un plan commun, iis songent à passer sérieusement de la situation platonique à la situation active, c’est-à-dire à la révolte. Ces jours derniers, une réunion a été tenue rue du Regard, sous la présidence du R. P. Petitot, supérieur de l’Oratoire ; cette réunion ne comprenait pas moins de dix huit chefs de communautés représentant 308 maisons religieuses. Des délégués ont été nommés pour se mettre en relations suivies avec le comité consultatif et le comité des droites sénatoriales, et, tout en nous cachant sous quelle forme et à quel moment se manifesteront les résultats de la résolution adoptée, les organes officieux du club ultramontain de la rue du Regard affirment que « toutes les congrégations religieuses » auront la même attitude ; aucune ne s'isolera d'une H-» g ne de conduite identique, inspirée par les circonstances.» On est d’accord sur un point, celui d’organiser la sédition.
- On avait espéré que les conseils généraux entreraient en campagne pour présenter des vœux favorables aux jésuites. Mais trois conseils seulement, jusqu’ici, ont émis des vœux défavorables aux décrets ; et ces vœux, loin de soulever des orages, ont simplement été renvoyés aux commissions compétentes. On parle aussi, pour la rentrée d’une interpellation au Sénat. Bref il y a beaucoup de projets en l’air et pas une résolution arrêtée. Nous aimons a penser que, du côté du gouvernement la situation est toute autre et que le cabinet est résolu à agir si, lorsque les délais seront écoulés, les congréganistes ne se sont pas mis en règle.
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- Lalottre du prince Jérôme Napoléon.
- — A défaut de faits politiques ayant quelque importance, nous signalerons une lettre du prince Jérôme Bonaparte, publiée par l'Ordre. Cette lettre a pour but apparent d’exprimer l’adhésion du signataire aux décrets du 29 mars sur les congrégations religieuses. Mais son but réel est de servir les intérêts d’une ambition un peu ridicule, au moyen d’une manifestation qui est en accord a^ec l’antipathie de la nation pour les jésuites.
- Ce but est indiqué par le prince .Jérôme lui-même avec une naïveté qui, de sa part, nous étonne. « C’est par la franchise, dit-il, qu’on conquiert la confiance d’un peuple comme le nôtre. » L’aveu est bien clair. Ce n’est pas pour faire connaître son approbation des décrets du 29 mars, approbation dont personne né doutait et que son passé ne lui aurait pas permis de refuser ; c’est pour « conquérir la confiance du peuple » et dans l’espoir d’exploiter plus tard cette confiance, qu’il a risqué cette manifestation peu réussie.
- M. le prince Jérôme Bonaparte approuve dôncdes décrets du 29 mars. Nous en sommes satisfaits pour lui; quant aux décrets eux- mêmes, ils pouvaient se passer de son suffrage.
- Retour dix prince Orloffà Paris. — Les
- pessimistes, dont l’unique préoccupation paraît être de froisser nos susceptibilités patriotiques, viennent de
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- recevoir une leçon qui devrait leur être profitable, mais dont ils ne tiendront aucun compte.
- Ils avaient fait grand bruit de la solution donnée par le ministère à l’affaire Hartmann, et ils se montraient tout heureux de pouvoir nous menacer des foudres de la Russie, comme si notre existence nationale était à la merci du caprice ou de la mauvaise humeur d’un de nos voisins. Le départ du prince Orioff avait à leurs yeux l’importance d’une rupture des relations diplomatiques existant entre les deux pays, et nous n’avions plus qu'à attendre le châtiment si bien mérité par la conduite digne et absolument correcte de notre gouvernement.
- Eh bien ! tout cela était absolument inexact et de pure fantaisie : Le prince Orioff a reçu l’ordre de rejoindre son poste et il a tenu à en donner lui-même l’assurance au général Chanzy, à la soirée particulièrement brillante et animée donnée en son honneur par notre représentant à Saint-Pétersbourg.
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- L’Armée territoriale. — Le Moniteur de rArmée vient de publier un décret relatif à l’armée territoriale qui sera favorablement accueilli par l’opinion publique. Ce décret remplace un certain nombre d’officiers supérieurs de cette armée, ceux précisément qui s’ôtaient fait le plus remarquer par leur ardeur réactionnaire, et dont la plupart n’avaient pas eu d'autre titre à la confiance des ministères précédents. A la place de ces officiers de salon, le ministre de la guerre vient de donner le commandement des régiments de l’armée territoriale à d’anciens officiers supérieurs de l’armée active, qui ont fait leurs preuves comme valeureux soldats, et qui, on peut en être assuré, n’emploieront point leur influence a combattre le gouvernement légal du pays,
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- L’amt>si«sa<le <1<» Lo*sAres. «— A en croire le Journal de Genève, le remplacement de l’amiral Pothuau à l’ambassade de Londres serait probable. Il sei’ait amené par Phostilité que cet ambassadeur a témoigné constamment pour le parti whig. Il serait question de M. Léon Say, non comme ambassadeur, mais pour aller négocier* à Londres, à titre d’envoyé extraordinaire, le traité de commerce à conclure. Si nous reproduisons ces nouvelles, c’est qu’elles sont confimées en partie par des dépêches de Londres.
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- Les édL* ctiou si pour le Conseil supérieur.
- — Les élections du conseil supérieur de l’instruction publique auront lieu le lo avril prochain. L’opinion commence à s’en préoccuper, et, en effet, elles ont une importance qui n’échappe à personne. L’attitude actuelle du parti ultramontain démontre surabondamment la nécessité de mettre notre système d’enseignement en conformité avec l’esprit moderne, et de réformer nos méthodes. Le daugei des compromis est aujourd’hui dans tout son jour. Il importe que les élus de nos facultés et de nos lycées ne se contentent pas d’éliminer ce que Bayle appelait « l’encyclopédie de la mauvaise morale »; il faut qu’ils inaugurent un système d’instruction et d’éducation capable d’introduire dans notre société l’ordre durable qui est fondé sur des convictions raisonnées.
- Tout justement M. Jules Ferry a prononcé à la Sorbonne, à la réunion des Sociétés savantes un excellent discours pour affirmer la nécessité de réformes profondes dans l’enseignement secondaire, où l’on consacre trop de temps à des futilités. Espérons que l’Université aidera l’actif ministre qui la dirige, dans la tâche qu’il poursuit avec tant de résolution.
- La démission de M. die Bismarck. — Il
- vient d’être mis en circulation une nouvelle dont l’importance et l’influence inévitable sur la situation de l’Europe ne sauraient être contestées, si elle est vraie, ce dont il est encore permis de douter, car elle a été
- déjà.plus d’une fois lancée dans le public saus.. encore réalisée. Cependant aujourd'hui le journal*'1 s’en fait le héraut n’est rien de moins qu’un organ -cieux du chancelier de l’empire d’Allemagne, ia tffj< de VAllemagne du Nord Voici les faits :
- Le prince de Bismarck a annoncé sa déterminât} se retirer des affaires publiques; et, au dire de la Go 1 il aurait même déjà remis officiellement à l’eniDer& démission de chancelier de l empire. *
- Cette résolution lui aurait été inspirée par l’échec éprouvé devant le conseil fédéral un projet de loi r nantde l’initiative du prince, relatif au droit de w sur les quittances, les mandats de poste et les en-contre remboursement. Ce projet a été repoussé^' 30 voix contre 28. La majorité représentait une p0lJ; tion de 7 millions et demi d’Allemands et la min0,li plus de 30 millions; 16 voix des petits Etats se som J'' vées, par voie de délégation, entre les mains deri^ membres du Conseil fédéral. Devant ce vote le prinCe: Bismarck a déclaré qu’il ne pouvait demeurer au voir.
- Tout ceci nous paraît être une pure comédie; en eft le prince a donné sa démission, mais l’empereur ne' pas acceptée et a déclaré qu’il ne l’accepterait jania.' Sur quoi M. de Bismarck a invoqué l’état de sa saut mais il ne paraît pas que cet argument ait agi sur le vie-souverain de l’Allemagne. Quant à nous, nous croyo" que le malade s’en ira tout bonnement en congé, juL" ce qu’il lui plaise d’être guéri.
- Les élections anglaises. — Le résultats élections anglaises a dépassé les privisions des partisa les plus optimistes du parti libéral. Hier soir on cV naissait les élus de 471 scrutins,dont 382 en Angleter 60 en Irlande et 29 en Ecosse.
- Les libéraux l’ont emporté dans 273 districts, les cc servateurs dans 164 et les home-rulers dans 34. Indépe; damment des home-rulers, la majorité des libérauxê donc actuellement de 109 voix.
- Ils ont conquis sur leurs adversaires 86 sièges, tani qu’ils en perdaient seulement 23 ; ce qui leur donne; gain net de 63 sièges, soit un déplacement de 126 t.; en leur faveur.
- En Ecosse, sur les 29 élections dont les résultats o: été télégraphiés, les conservateurs ont perdu 4 siè? sans en gagner aucun. On croit que les libéraux aurc. la majorité' indépendamment des home-rulers.
- On assure que lord Beaconsfield, en présence de norme succès des libéraux, n’attendrait pas l’ouvert: de la session pour donner sa démission. Il se démetlr: de ses fonctions dès le retour de la reine, qui abrège probablement un peu son voyage en Allemagne ; il c: seillerait à la reine de charger M. Gladstone de forœ le nouveau cabinet libéral.' Le Daily News ne croitp que ce dernier consente à se charger de cette missit qui serait alors confiée à lord Granville ou au marqj de Hartington. Mais, dans ce cas,s’il faut en croire f-gane libéral, M. Gladstone resterait membre du cabip en qualité de ministre sans portefeuille.D’autres feui-1 pensent que M. Gladstone reprendra le poste de chani lier de l’Echiquier, qu’il a occupé si longtemps et o. a rendu de si éminents services.On affirme toujours y lord Derby prendra le portefeuille des affaires étrange? et il se confirme que sir Charles Dilke, qu’on quap nous ne savons trop pourquoi, de radical, mais qui* sans contredit, un bon libéral, doué d’un grand talf-entrera aux affaires dans la prochaine combinaisonc nistérielle.
- * *
- Les réforme « en Russie. — Il est cflpd-; pour la centième fois en Russie de la promulgadop réformes libérales,on va même jusqu’à parler de la c*-tion d’une assemblée délibérante. L’empereur an chargé le comte Valonieff, président du conseil -des ' nistres, de lui présenter un rapport à ce sujet. Com toujours on fixe la date de la promulgation de ces velles lois, le 17 avril disent les uns, le 26 août, di*
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- Quant à nous, nous n'avons aucune confiance le s ^Réalisation de ces réformes.
- ^ « «
- frontière» monténégrines, — La rïeS frontières du Monténégro est résolue. Le <jueîtl0Qganctionné la décision du conseil des ministres S ,uliau a j'échaDge de territoires demandé par la cou- 1 accorda -qou (j[U Monténégro. Il est probable que le : tr^Pj0? jjgg élections anglaises a dû influer sur cette féïUltàJ ^ guitan. Il s’est empressé de terminer cette décisw crainte que les prétentions du prince
- e Revinssent plus considérables. On doit amè->’iklta, regretter aujourd’hui, à la Porte, de n’avoir pas nn‘arrangement avec la Grèce tandis que le mar-qS de Salisbury était aux affaires.
- NOTES D’UN LISEUR.
- XXVIII
- Celui qui travaille avec moi et pour moi n’est-il pas autorisé à me demander sa part des profits que nous devons au perfectionnement des méthodes et à la marche progressive du temps ?
- Goethe, Wilhelm Meister.
- —»... . !<> t 1 1 ’ ' “
- réforme des conseils généraux
- Au moment où les Conseils généraux, sont en session dans toute l’étendue de la France et où l’heure de leur renouvellement s’approche, il n’est pas sans intérêt de signaler dans leur mode de formation un vice qui, pour avoir passé inaperçu, n’en est pas moins regrettable.
- Nous voulons parler de l’absence de proportionnalité dans la représentation.
- Sous le régime de la législation actuelle, chaque canton, quelle que soit son importance, est représenté également au sein du Conseil général.
- On perd de vue que si les cantons sont à peu près égaux en superficie ils ne le sont pas en population. Le chiffre des habitants offre d’un canton à l’autre des écarts considérables. Il résulte que donner à tous égale représentation aux Conseils généraux, c’est produire non-seulement des anomalies mais bel et bien des injustices.
- hes cantons qui paient dix, vingt ou trente fois plus d impôts que d'autres n’ont comme eux qu’une seule voix. Est-ce juste ? Est-il juste, par exemple, Çue le canton des Saintes-Maries, qui ne compte que ^-6 habitants soit représenté au Conseil général des
- ucnes-du-Rhône sur le même pied que le canton
- 6 Marseille-Nord extra-muros peuplé de 83,267 ha-
- nts> c’est-à-dire quatre-vingt-neuf fois davantage ?
- Et
- ces cas sont pas aussi exceptionnels qu’on
- pourrait le croire. En général les cantons peu peuplés sont plus nombreux que les cantons peuplés; et écrasent par la réunion de leurs voix les voix des cantons urbains. Souvent, là où la densité de la population est considérable la représentation départementale n’a plus aucun rapport avec le chiffre des populations cantonales. Ainsi dans le département du Nord tandis que 25 conseillers généraux représentent 90,500 habitants, il n’y a que 36 autres conseillers généraux pour représenter 487,000 âmes. Chaque conseiller général du premier groupe représente donc en moyenne 3,580 habitants, chaque conseiller du second groupe en représente quatre fois davantage soit 13,500.
- Dans les Bouches-du-Rhône l’arrondissement d’Arles nomme 8 conseillers généraux pour 88,000 habi-bitants; celui d’Aix en élit 10 avec 11,400 et celui de Marseille n’en élit que 9 avec 352,000.
- On arrive ainsi à de véritables injustices.
- La commission chargée d’examiner la proposition de loi Loustalot a constaté qu’il n’y a pas moins de soixante-dix-huit départements où la minorité de la population a la majorité dans les Conseils généraux.
- Cela est doublement déplorable, tant au point de vue de la politique qu’au point de vue de la prospérité matérielle du pays.
- En politique surtout. En effet les conseillers généraux font partie du collège électoral qui élit les sénateurs à temps. Du moment que l’élément urbain est sacrifié à l’élément rural dans les conseils, il en résulte que les idées républicaines, plus généralement répandues dans les villes, y sont en partie neutralisées par les idées anti-républicaines, plus généralement répandues dans les campagnes. C’est dans le but d’obtenir ce résultat que l’Assemblée nationale, dans son vote du 11 juillet 1871 repoussa un amendement qui attribuait à chaque canton dans le conseil général une représentation proportionnelle à sa population.
- Les intérêts politiques du pays demandent donc que l’on rende proportionnelle la représentation départementale. Les intérêts du pays ne militent pas moins en faveur de cette mesure.
- N’est-il. pas évident en effet qu’il y a un danger pour la prospérité d’un pays à ce que la majorité de ses contribuables soit représentée dans une proportion moindre que la minorité ?
- Les conseils généraux ont à délibérer sur les questions d’instruction, d’emprunts, de grande et petite vicinalité; n’est-il pas nécessaire que tous les intérêts en jeu soient représentés dans ces délibérations en proportion de leur importance ?
- Que les intérêts du petit nombre soient représen-
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- tés, c’est excellent, mais qu’ils puissent primer les intérêts du grand nombre c’est ce qu'il ne faut pas. Les intérêts agricoles sont respectables, mais ceux de l’industrie et du commerce ne le sont pas moins.
- Ainsi tant au point de vue des intérêts matériels de la France qu’à celui des intérêts politiques du régime que le pays s’est donné, le mode actuel de formation des conseils généraux est défectueux.
- L’introduction dans la représentation départernen ta!e du principe de la proportionnalité, principe si démocratique et si conforme à la justice, entraînera pour la France des modifications fécondes, aussi bien pour la cause républicaine que pour la prospérité matérielle du pays. L’avenir, avait dit M. Thiers, appartiendra au plus sage; le mot est parfait si l’on se souvient que pour être le plus sage il faut être le plus juste. Il n’y a pas meilleure politique que la stricte application de la justice.
- Ed . Champury. '
- L’ÉCOLE SECONDAIRE ET SUPÉRIEURE DES JEUNES FILLES A GENÈVE
- IV
- Après avoir dans nos précédents articles exposé le plan général et le but des études, nous voulons aujourd’hui faire connaître le fonctionnement régulier de l’Ecole et donner les différents programmes des classes.
- Pour mieux approprier le travail à l’âge et aux forces des élèves, on a formé 6 divisions dont la 6« est la plus inférieure et dans lesquelles se répartissent toutes les branches de l’enseignement. Chaque division comprend 2, 3 ou 4 classes parallèles comptant chacune en moyenne 50 jeunes filles.
- Les jeune filles ne peuvent entrer à l’Ecole secondaire avant l’âge de 9 ans révolus et le nombre très-grand des élèves qui se présentent force à être très sévère à cet égard.
- Suivant la division pour laquelle on s’inscrit, varie le programme de l'examen d’admission. 11 faut outre la connaissance du champ parcouru dans lès classes précédentes posséder quelques notions sur le champ que l’on va parcourir.
- Les jeunes filles paient un droit d’inscription de 10 francs par semestre, qui est le même pour toutes les divisions.
- Les externes, c’est-à-dire celles qui ne suivent pas tous les cours dans les classes supérieures, paient chaque cours à raison de 2 francs par semestre pour
- Itine heure de leçon par semaine. Les cours fac^ tifs de latin, anglais, peinture de fleurs et gy^ tique, ce dernier pour les 3 divisions supérieures paient de 20 à 30 fr. par an.
- Le personnel enseignant compte 20 maître^, d’études chargées de la direction générale de cha^ classe, et de donner certaines leçons, surtout a4> les divisions inférieures, 34 professeurs, pour la part attachés aussi au gymnase et à l’Univers' sont chargés des cours spéciaux et apportent ^ conférences mensuelles tenues par M, le PriDcip, et Mmesles Maîtresses, leur contingent d’obeervatio; sur la marche de leur enseignement et la façon doj les élèves le reçoivent.
- Pour maintenir la discipline il n’y a à l'Ecole j* condaire d’autre moyen permis que l’inscription a registre de mauvaises notes différant selon la grj. vité de la faute commise. Cet unique système sujj; parfaitement et les maîtres n’ont pas à regretter les pensums soient interdits. Dans les cas de rébe'.. lion très-grave, cas heureusement fort rares, M., Principal intervient lui-même et peut prononcer, renvoi momentané ou définitif de l’enfant.
- Jetons maintenant un coup d’oeil sur chaque brai che d’études ; pour éviter des longueurs et dj répétitions nous nous contenterons d’indiquer ; champ parcouru depuis les classes inférieur jusqu’aux supérieures sans nous arrêter à chaqt division.
- Excusez nous, lecteur, si notre nomenclature et un peu longue et un peu sèche; mais nous ne pouvoi l’eviter si nous tenons à être complets ; nous tâch* rons de compenser cela dans un prochain articlec nous aurons à vous parler des bons côtés de latî d’école . les prix, les fêtes de promotions, etc. Ceci dit, commençons.
- U suivre.) H. C. 0- I
- A PROPOS DD DIVORCE
- La question du divorce, ou plutôt, du mariage, se trou* traitée dans l’Evangile selon Saint-Mathieu aux cl;ap très V et XIX et dans celui de Saint-Marc aux chapiW X et XIII. Tous deux s'expriment en des termes a p* près identiques. Saint-Luc ne dit presque rien de question. L&s quelques mots qu’il y consacre (ehap. 18) ne sont que la répétition tronquée d’une phrase <? se trouve dans Mathieu. Quant à Jean, il n’en Pa" pas, mais il faut tenir compte de l’apologue de la ^ adultère qui s’y rattache indirectement et a bien ^ importance. (Jean, ehap. VIII, 3 à 11.)
- On lit au ehap. V de Saint Mathieu : « Vous sâ,t qu’il a été dit aux anciens : tu ne commettras PoL
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- adultère. Mais moi je vous dis que quiconque regarde une femme pour la convoiter, il a commis déjà l’adultère dans son cœur... Il a été dit aussi : si quelqu’un répudie sa femme, qu’il lui donne la lettre de divorce. Mais moi je vous fiue ffuicon(Iue répudie sa femme, si ce n'est pour cause de fornication (le grec dit porneia), la fait devenir adultère et que quiconque épouse celle que son mari aura répudiée commet adultère. »
- Constatons tout d’abord que le divorce, consacré par la loi de Moïse, se trouve maintenu par les paroles mêmes de Jésus, dans les cas de souillure ou de fornication, au moins en tant que le péché a été commis par la femme. Ce qui prouve que Jésus, tout en posant un idéal de chasteté plus sévère que celui de l’ancienne loi, n’exige pas l’indissolubilité du mariage. La répudiation reste permise comme dans l’ancienne loi ; seulement, avec cette différence, que la morale se spiritualise à ce point que ce n’est pas seulement le fait qui souille, c’est la seule pensée.
- Mais voici qui est remarquer. Dans ce même chapitre y de Saint Mathieu, et justement à la suite des versets 31 et 32 que nous venons de citer, le serment, toute espèce de serment, et par conséquent celui que prêtent les époux en contractant mariage, se trouve absolument interdit. Lisez verset 33 : « Vous avez encore entendu qu’il a été dit aux anciens : Tu ne te parjureras point, mais tu t’acquitteras des serments que tu auras faits devant le Seigneur. Et moi je vous dis : ne jurez point du tout, ni par le ciel parce que c’est le trône de Dieu, ni par la terre qui est son marche-pied... Mais que ta parole soit : cela est, ou cela n’est pas. Car ce qu’on dit de plus vient du mauvais esprit. » (chap. V, 33 à 37.)
- Ges paroles placé s immédiatement à la suite de celles qui précèdent sur le divorce et l’adultère ont une grande portée. Elles condamnent évidemment le serment du mariage qui engage l’avenir et annihile la volonté.
- Cette interdiction du serment est la pure doctrine essénienne. Elle s’applique plus particulièrement ici aux serments que font les deux époux en contractant leur union, mais elle doit s’entendre aussi des vœux relatifs à la prêtrise et à la vie cénobitique. Si les serments sont défendus, les vœux perpétuels, à plus forte raison, doivent être regardés comme interdits et condamnés par l’Evangile.
- L’Eglise va donc à l’encontre de l’enseignement de son glorieux fondateur lorsqu’elle impose des serments faits devant Dieu et des engagements irrémissibles. Lès conjoints qui se présentent pour faire bénir leur union comme aussi les catéchumènes à qui l’on demande si, confirmant leur baptême, ils veulent, ceux-ci rester dans le giron de l’Eglise où ils sont nés, ceux-là faire profession de vie apostolique ou cénobitique, doivent se borner à répondre : « Oui, si c’est oui; non, si c’est non, » et rien de plus qui puisse engager leur volonté dans 1 avenir et opprimer leur conscience. « car, nous dit l’Evangile en son langage, tout le reste vient du malin », c est-à-dire de l’esprit de vertige et d'erreur.
- 1 que l’Eglise savait bien ce qu’elle faisait lors-
- qu’elle défendait aux fidèles la lecture de l’Evangile! On se serait aperçu qu’elle entendait l’interpréter uniquement à son profit et n’y trouver jamais que ce qui pouvait servir son système de gouvernement et d’ex-ploitatiou religieuse.
- Mais si le mariage ne repose point sur le serment que les deux époux prêtent devant Dieu, sur quoi reposera-t-il? Il reposera sur l’honneur réciproque du mari et de la femme, sur l’amour, sur l’amitié dont ils seront animés l’un pour l’autre, et surtout dans la pensée de Jésus, sur le respect qu’ils doivent avoir du Dieu intérieur, du Saint-Esprit dont leur corps est le temple, et aussi, par le sentiment de l’œuvre sacrée que les époux ont à accomplir et qui consiste à ne faire qu’un par la chair en vue de se retrouver ange dans le Ciel au jour de la résurrection, Cet idéal de l’état angélique à conquérir pour l’âme humaine revêtue d’un corps spirituel est formellement indiqué par Jésus dans la parabole de la femme aux sept maris.
- Qu’il nous soit permis de rappeler cette anecdote rapportée par les trois Évangiles de Mathieu, de Marc et de Luc :
- Gomme les Saducéens « qui ne croient pas à la résurrection », et par conséquent à l’immortalité de l’âme, voulaient prendre Jésus en contradiction sur la loi de Moïse, ils lui adressèrent cette question : « Maître, Moïse nous a laissé par écrit, que si le frère de quelqu’un meurt et laisse sa femme sans enfant, son frère épousera sa veuve pour susciter lignée à son frère (litt. pour faire revivre la semence de son frère). Or il y avait sept frères qui tous l’ont épousée successivement sans avoir laissé d’enfants. Duquel des sept frères sera-t-elle la femme quand ils ressusciteront ? car tous les sept l’ont eue pour femme. Jésus leur répondit : « N’êtes-vous pas dans l’erreur, parce que vous n’entendez pas les Écritures, ni quelle est la puissance de Dieu. Car lorsque les mort's ressusciteront, ils ne s’épouseront point, mais ils seront comme des anges dans les cieux. Et pour ce qui est des morts, s’ils doivent ressusciter, n’avez-vous pas lu dans le livre de Moïse comment Dieu lui parla dans le buisson, disant : Je suis le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Dieu n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants. Vous êtes donc dans une grande erreur. »
- Il est certain que Jésus ne répond pas directement à la question qui lui est posée. S’il avait entendu affirmer l’indissolubilité du mariage, il l’eût fait certainement dans cette circonstance. Il n’aurait pu le faire sans se trouver en contradiction avec cette loi de Moïse que les fBaducéens lui ont rappelée, tandis qu’il avait affirmé aux Juifs qu’il n’était pas venu pour abolir un seul point de l’ancienne loi. Mais si l’on ne trouve pas l’interdiction du Divorce dans les Evangiles, il est facile d’y trouver le conseil de ne pas se marier. G’était la tendance de l’Es-sénianisme. La pureté dans le célibat était la voie qui menait à la vie parfaite et par celle-ci à cet état angélique où las différences de sexe sont inconnues. Seulement Jésus pensait comme l’a dit saint Paul, qu’il « vaut
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- encore mieux se marier que de brûler, » et il n’impose le célibat à personne. LesEsséniens faisaient de même. Bien que les réguliers vécussent dans les couvents et sous le régime de la communauté, il y avait des Essé-niens mariés et vivant dans le monde. La Bonne Nouvelle n’a guère fait que vulgariser, au moins sur ce point, la doctrine Essénienne et recommander ce qui déjà se pratiquait au sein de la secte.
- Arrivons maintenant à ce passage de l’Evangile sur lequel l’Eglise Romaine s’appuie plus particulièrement pour imposer l’indissolubilité du lien conjugal. Mais faisons remarquer auparavant que lorsque l’Evangile met dans la bouche de Jésus l’enseignement moral destiné à tout le monde, il le représente parlant à la foule ou s’adressant particulièrement à tel ou tel personnage du dehors et faisant des miracles ou racontant des paraboles, tandis que pour ce qui est de l’enseignement secret, ésotérique, l’Evangile a soin d’annoncer qu’il est donné par le maître entouré de ses disciples au désert, dans la maison, sur la montagne. Nous allons assister cette foi» à ces deux soi’tes d'enseignement, et nous verrons, par cet exemple, que celui qui est donné aux disciples en langage spirituel contient la philosophie de la question et comme la moelle de l’os, tandis que le vulgaire n’a, eu que la partie extérieure de la doctrine, la seule qu’il fût en état d’entendre et la seule qui pût être pratiquée par lui.
- Dans ce chapitre qui contient le grand argument en faveur de l’indissolubilité, Mathieu et Marc s’expriment à peu près dans les mêmes termes. Nous allons laisser parler le second. Son langage est un peu plus bref et plus précis. Le Chapitre X de Marc commence ainsi : « Jésus étant parti de là vint aux confins de la Judée, le long du Jourdain, et le peuple s’assembla encore vers lui, et il continua à les instruire comme il avait accoutumé. Alors des Pharisiens vinrent et lui demandèrent pour l’éprouver : Est-il permis à un homme de quitter sa femme ? Il répondit : Qu’est-ce que Moïse vous a commandé ? Ils lui dirent : Moïse a permis d’écrire la lettre de divorce et de la répudier. Et Jésus, répondant, leur dit : Il vous a laissé cette loi par écrit à cause de la dureté de votre cœur. Mais au commencement, Dieu fit la créature mâle et femelle (1).
- a C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera (adhœrebit) à sa femme. Et ils seront dans une seule chair ; ainsi ils ne seront plus deux, mais une seule chair. (Il faut entendre une seule âme terrestre.) Que l’homme ne sépare donc pas ce que Dieu a uni. »
- Là se termine l’instruction donnée au peuple. Ce qui va suivre (à partir du verset iO) appartient à l’enseignement ésotérique. « Les disciples l’interrogèrent encore
- (I) Le latin traduisant exactement le grec en rappelant les expressions de la Genèse écrit : « Ab initie autem crenturæ masculum et feminam fecÀt eosDeus, mais au commencement de la créature, Pieu les lit mâle et femelle. » Ni les Bibles catholiques ni les Bibles protestantes ne traduisent ainsi en français C’est un tort. Ils écrivent : «Au commencement de la création, Dieu ne ût qu’un homme et qu’une femme. * Ce n’est pas du tout la même chose, creatura n’est pas l’équivalent de creatio.
- sur ce sujet dans la maison et il leur dit : Quiconque quittera sa femme et en épousera une autre, commet uu adultère à l’égard d’elle et si la femme quitte son mari et en épouse un autre, elle commet adultère. »
- Nous ne voyons pas ici une défense expresse de ne pas divorcer. Mais lorsqu’il s’adresse à ses disciples, à ceux qui doivent se donner en exemple aux hommes, Jésus recommande — mais n’ordonne pas — l’abstention des rapports charnels en vue de cette pureté qui était, chez les Esséniens, comme chez les Thérapeutes, chez les Pythagoriciens et bien d’autres sectes, une condition de la vie parfaite. Les versets placés à la suite sur les petits enfants viennent à l’appui de notre explication. Mais Mathieu, quand il parle de ceux qui se font eunuques en vue du royaume de Dieu est encore plus probant. Nous citons Mathieu chap. XIX, 10 et suivants : « Ses disciples lui dirent : Si telle est la condition de l’homme avec la femme, il ne convient pas de se marier. Mais il leur dit : tous ne sont pas capables de cela, mais ceux-là seulement à qui il a été donné. Car il y a des eunuques qui sont nés tels, dès le ventre de la mère ; il y en a qui ont été faits tels par les hommes et il y en a qui se sont châtrés eux-mêmes à cause du royaume des Cieux. Que celui qui peut comprendre comprenne ! »
- Faul-il entendre que Jésus conseille aux siens de se faire eunuques. Nous ne le pensons pas. La formule Qui potest capere, capiat nous indique qu’il ne faut pas prendre la chose au pied de la lettre, mais qu’il y a là un sens spirituel, et l’on doit entendre, non pas que Jésus a préconisé la mutilation du corps, mais qu’il a voulu recommander la chasteté complète, la continence absolue qui, en obligeant l’homme à des luttes quotidiennes contre les sollicitations des sens, peut développer à un si haut point ses énergies physiques et morales. Le gracieux apologue des petits enfants cité par les trois synoptiques ue laisse aucun doute sur la pensée de Jésus : « On lui présenta ensuite de petits enfants afin qu’il leur imposât les mains et qu’il priât. Les disciples les repoussaient. Mais Jésus : Laissez venir à moi ces petits, car le royaume des Cieux est pour ceux qui leur ressemblent. Et leur ayant imposé les maius, ii partit de là. »
- Quand nous aurons cité l’histoire de la femme adultère racontée dans l’Evangile de Jean chap. YIII, nous aurons reproduit tout ce qui a été dit par Jésus sur le mariage : « Jésus s’en alla sur la montagne des Oliviers. Et dès la pointe du jour, il retourna au temple où tout le monde s’étant installé autour de lui, il les enseignait. Alors les Scribes et les Pharisiens amenèrent une femme surprise en adultère et l’ayant mise au milieu, ils dirent à Jésus : Maître, cette femme vient d’être surprise en adultère. Or Moïse nous a ordonné dans la loi de lapider ces sortes de personnes ; toi donc, qu'en dis-tu ? Ils disaient cela pour l’éprouver, afin de le pouvoir accuser. Mais Jésus s’étant baissé, écrivait avec le doigt sur la terre. Et comme ils continuaient à l’interroger, ii se redressa et leurdit : Que celui de vous qui est sans péché, jette le premier la pierre contre elle. Et s’étant incliné de nou-
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- veau, il se remü & écrire sur la terre. Mais pour eux, aussitôt qu’ils l’eurent entendu, ils se mirent à sortir l’un après l’autre en commençant par les plus âgés. Et Jésus resta seul avec la femme qui n’avait pas bougé, ^lors Jésus dit à la femme : Où sont ceux qui t’accusaient ? Aucun ne t’a-t-il condamnée ? Personne, Seigneur, lui dit-elle. Et Jésus lui dit : Je ne te condamne pas non plus. Va donc, et ne pêche plus à l’avenir. » .
- Ce charmant récit est bien de nature à nous faire com-urendre le succès séculaire des Evangiles. Gomme cette leçon des choses ainsi dramatisée et mise en scène rend la morale vivante et la fait pénétrer dans les âmes 1 Sans doute la morale de l’Evangile est belle, mais combien d’autres livres, avant et après la prédication évangélique, ont donné les mêmes préceptes et maximé les mêmes devoirs ! Aucun n’a eu ce charme pénétrant que possèdent les Evangiles, maigre leur style assez lourd et dépourvu d’ornements. Nous croyons que cela tient à leur forme anecdotique et dramatique. Les Evangiles sont une thèse et un enseignement, sans doute, mais ils sont en même temps un drame dont la naissance, la vie et la mort de Jésus, suivie de son apothéose, forme le cadre obligé et où tous les personnages vivent et parlent selon les idées qu’ils représentent et les passions qu’ils personnifient. Au-dessus de tout ce monde, plane la figure si noble et si touchante du héros. Est-ce un Dieu? Est-ce un homme ? Peu importe ! Il est vivant dans l’Evangile : tout est là. Et comme il a vécu son œuvre d’amour et de lumière et s’est immolé pour l’accomplir, il est resté immortel dans la mémoire des hommes et leur reconnaissance l’a sacré Dieu.
- Après les citations qui précèdent, chacun de nos lecteurs pourra contrôler la valeur de nos conclusions. Nous allons les donner en peu de mots.
- L’Eglise n’est nullement fondée à s’appuyer sur l’Evangile, pour condamner le Divorce, puisque Jésus l’admet expressément en cas de fornication ou de souillure dans Math. Gh. V, versé 32. De plus l’abolition du Divorce ne pouvait être dans la pensée de Jésus-Christ parce que c’eût été détruire une loi de Moïse et qu’il ne se lasse pas de répéter « qu’il n’est pas venu détruire la loi, mais l’accomplir et la compléter (Adimplere en grec plêphobai.) »
- Mais si Jésus ne veut rien changer à la loi, il entend bien la perfectionner en ajoutant de nouveaux liens aux liens de l’Ancienne Alliance, c’est-à-dire en appelant les hommes à un idéal de perfection plus élevé : « Car, dit-il à. ses disciples, je vous déclare que si votre justice ùest pas plus féconde et plus parfaite que celle des Scribes et des Pharisiens, vous n’entrerez point dans le Royaume de Dieu. »
- De là cette façon de parler qui se retrouve si souvent daos la prédication évangélique : « Vous avez appris fiu il a été dit aux anciens : Tu ne tueras point, etc..., mais moi je vous dis, etc... » indiquant chaque fois en présence de l’ancienne défense édictée par la loi de Moïse la formule d’une vertu plus difficile à atteindre et
- surtout plus active, comme le pardon absolu des injures opposé à la loi du talion, la charité pratiquée jusqu’à l’abandon du vêtement, et l’amour du prochain allant jusqu’à aimer ses ennemis et « prier pour ceux qui vous persécutent et vous calomnient. »
- Moïse, en prescrivant la lettre de Divorce avait amélioré la condition de Ja femme. L’homme étant obligé de justifier son acte de répudiation en établissant les torts de l’épouse, celle-ci n’était plus chassée comme une simple servante, selon le caprice du maître. C’était un progrès. Jésus introduit un nouveau progrès, mais un progrès tout moral lorsqu’il inaugure le principe d’une justice égale entre les époux et invite ceux qui veulent lapider la femme adultère à descendre dans leur conscience et à se demander, avant de lui jeter la pierre, si eux-mêmes n’ont jamais commis, soit en acte soit en pensée, la faute qu’ils lui reprochent. Je dis un progrès tout moral, parce que Jésus n’est pas un législateur ayant autorité pour rendre des arrêts ou décréter des lois positives. Il enseigne en s’adressant au cœur et à la raison de chacun'. Il ne juge point, ne commande point et ne contraint personne. Non pas qu’il soit modeste comme le serait un homme parlant de lui-même, mais la chose qu’il représente est si grande que la personne disparaît devant la fonction divine qui lui est attribuée. L’Evangile du Logos le représente parlant ainsi au peuple : « Je suis la lumière du monde ; celui qui me suit ne marchera point dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie. » Quel homme oserait parler ainsi de lui-même ? S’appeler la lumière du monde, n’est-ce pas se donner le nom et l’attribut principal de Dieu même ?.....
- Nous avons fait remarquer que l’enseignement de Jésus n’était pas le même selon qu’il était donné au peuple ou aux initiés, ses disciples. Gelui-ci était à un degré supérieur et destiné à faire des saints. « Nous prêchons, dit aussi saint Paul, .la sagesse entre les parfaits. » ( 1 Corinth. II. ) C’est à ses disciples qu'il parle lorsqu’il conseille le célibat, le veuvage éternel, la continence imposée aux eunuques et la pureté de la première enfance. Mais c’est à tort que l’on a voulu trouver dans ses paroles au peuple autre chose que la recommandation d’obéir à la loi de Moïse, loi si bien appropriée à la dureté de leur cœur et d’ailleurs faite pour « le monde » non pas pour « les saints, les purs, » qui ont embrassé la vie ascétique. On s’est trompé en donnant à cette parole « que l’homme ne sépare point ce que Dieu a uni » le sens étroit d’une interdiction positive du Divorce. Il n’y a là qu’un appel à la volonté de Dieu si bien marquée dès l’origine par ce verset du premier chapitre de la Genèse: « Dieu créa l’homme à son image; il le créa à l’image de Dieu. Il les créa mâle et femelle. » Le principe invoqué est celui de la monogamie : un seul homme pour une seule femme. Il n’y a rien là qui implique l’indissolubilité du lien conjugal, mais on peut y trouver le conseil de ne pas se remarier et surtout l’aspiration vers cet idéal de pureté cénobitique qui était la grande préoccupation de la secte Essénienne, à laquelle
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- appartenait Jésus ou les auteurs, quels qu’ils soient, de la révélation chrétienne. Ajoutons que cet idéal de l’Essénianisme était opposé à l’indissolubilité du mariage, étant contraire au mariage lui-même. Bien loin de rêver les noces étemelles, à la façon de certaines sectes, le héros de l’Evangile regarde si bien le célibat comme le chemin de la perfection qu’il refuse toute distinction sexuelle aux élus appelés parla résurrection à l’état angélique. Les premiers chrétiens paraissent avoir généralement accepté ce point de vue et les apôtres l’ont professé avant les Pères de l’Eglise, même quand ils étaient comme l’ancien Pharisien saint Paul (1) fraîchement sortis du Mosaïsme et qu’ils devaient avoir dans ies oreilles cette invitation de l’Eternel adressée au premier couple humain et si bien pratiquée par les Juifs: « trois-sez et multipliez ! » Quant à nous, persuadé que Dieu le père avait raison contre Lieu le fils et même contre l’Eglise, nous demandons la permission de finir sur cette grande parole.
- Ch. Fauvety. '
- SÉLECTION MILITAIRE
- Malheureusement, à notre époque plus que jamais, le militarisme joue le premier rôle dans ce qu’on appelle la civilisation ; le plus clair de la force et de la richesse des états civilisés les plus prospères est gaspillé pour porter ce militarisme à son plus haut degré de perfection. Au contraire l’éducation de la jeunesse, l’instruction publique, c'est-à-dire les bases les plus solides de la vraie prospérité des Etats et de l’annoblissement de l’homme, sont négligées et sacrifiées de la manière la plus lamentable.
- Et cela se passe ainsi chez des peuples qui se prétendent les représentants les plus distingués de la plus haute culture intellectuelle, qui se .croient à la tète de la civilisation ! '
- On sait que pour grossir le plus possible les armées permanentes, on choisit par une rigoureuse conscription tous les jeunes hommes sains et robustes, Plus un jeune homme est vigoureux, bien portant, normalement constitué, plus il a de chances d’être tué par les fusils à aiguille, les canons rayés et autres engins civilisateurs de la même espèce. Au contraire, tous les jeunes gens malades, débiles, affectés de vices corporels sont dédaignés par la sélection militaire ; ils restent chez eux en temps de guerre, se marient et se reproduisent. Plus un jeune homme est infirme, faible, étiolé, plus il a de chances
- (l). Lire le chap. 7 de la première éph-re de saint Paul aux Corinthiens, consacré tout entier à la question. On voit là tout ce que l’esprit pratique de l’Apôtre a pu tirer de l’enseignement fort peu pratique du Maître : a Mariez-vous, vous ferez bien, ne vous mariez pas, vous lares mieux. *
- d’échapper au recrutement et de fonder une famille.
- Tandis que la fleur de la jeunesse perd son sang et sa vie sur les champs de bataille, le rebut dédaigné, bénéficiant de son incapacité, peut se reproduire et transmettre à ses descendants toutes ses infirmités.
- Or, en vertu des lois qui régissent l’hérédité, il résulte nécessairement de cette manière de procéder que les débilités corporelles doivent non-seulement se transmettre et se multiplier, mais encore s’aggraver.
- Par ce genre de sélection artificielle et par d’autres encore s’explique suffisamment le fait navrant mais réel que, dans nos Etats civilisés, les faibles de caractère soient en voied’ ccroissement, et que l’alliance d’un esprit libre, indépendant, à un corps sain et robuste devienne de plus en plus rare.
- Ernest Haeckel,
- Professeur de zoologie à V Université d'Iênz.
- PETITES NOUVELLES’
- FRANCE
- i
- XJn grand poète ultramontain — Un des
- rédacteurs de Y Evènement raconte que, le Vèndredi-Saint, il a suivi un provincial de ses amis, dans l’église Ste-Glotilde, à Paris. Comme ils en sortaient, on leur a proposé un opuscule de 8 pages, en échange de 10 centimes. C’est un recueil de chansons pieuses. La première suffira pour faire juger des autres.
- Les vers sont agrémentés d’une gravure représentant un Christ en Croix, aux pieds duquel sanglottent la Vierge Marie et le comte de Chambord ; au fond des démons se disputent les membres d’une femme coiffée d'un bonnet phrygien. Au-dessous on lit :
- c’est pas pour ça que je suis mort Dédié au roi de France.
- Air : Réveillez-vous, Belle endormie !
- Premier couplet :
- Quand je vois votre République,
- Vos ministres, vos communal ds,
- La Gauche avec toute sa clique,
- Qui po te au loin ses étendards ;
- Je m’écrie alors : « Oh ! mon Père,
- » Plaignez, plaignez mon triste sort!
- - » J’aurai fait deux foi.- mon calvaire !
- » C’est pas pour ça que je suis mort ! »
- Deuxième couplet :
- Quand sous les plus sinistres voiles Le'soleil a caché ses feux ;
- Quand les ténèbres sans étoiles Sont venus (nie) obscurcir les cteux ;
- Eritio, lorsque j’ai rendu l’âme,
- Prévnyais-je ceitain effo t De Feriy, dont l’article infâme... !
- C’est pas pour ça que je suis mort !
- De troisième et le quatrième couplets sont adressés au clergé et à la noblesse. J’ai hâte d’arriver au dernier!
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- Cinquième couplet :
- Père Eternel, en ma souffrance,
- En échange du Golgolha,
- O Père, délivrez la France,
- Délivrez-la de Gamhetla !
- Uue je puisse, fondant en larmes,
- Sur le trône admirer Chambord l Ët m’écrier, loin des alarmes:
- « C’était pour ça que je suis mort ! »
- Ni Lorgeril, ni Scipion Doncieux n’auraient trouvé celle-là.
- Et dites après cela que le catholicisme ne donne pas à ses croyants une grande élévation de pensée.
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- M. Gambetta à l’Académie. —L’Académie aura à se prononcer le 13 mai pour le remplacement de Jules Favre. On parle de M. Gambetta. Ce ne serait que justice, le célèbre orateur ayant plus de titres légitimes à l’Académie que les d’Audiffret et les d’Aumale qui s’y rencontrent.
- Il serait plaisant que le sort, qui désigne seul l’Académicien chargé,de souhaiter la bien venue au nouvel élu, désignât M.*Emile Ollivier, l’homme au cœur léger, pour recevoir l’ancien organisateur de la Défense natjo-nalç.
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- Prédications protestantes dais® denx églises catholiques. — M. Bouillat, évangéliste protestant à Clamecy, autorisé par les autorités municipales et préfectorales, a pu prêcher un sermon protestant, deux fois dans la chapelle catholique de Parvy, et une fois dans celle d’Oisy.
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- A. propos «les courses. — La saison des courses de chevaux est rouverte. Les amateurs de ce passe-temps byzantin pourront se procurer de nouveau le plaisir de voir quelques jockeys se rompre les reins Ou se briser les côtes.
- Les courses coûtent cette année fort cher à leurs organisateurs.
- La société pour l'amélioration de la race chevaline en France distribuera cette année 220 prix d’une valeur totale de 1,415,000 fr. Elle a dépensé un million pour installer le champ de courses de Longchamps, elle va en dépenser 800,000 pour Chantilly. Elle paye 12,000 fr. de location à Lonchamps et 7 500 à Chantilly. La ville de Paris donne 56,000 fr. de subvention, le conseil général de la Seine 4,000 fr. Chacune des cinq grandes compagnies de chemins de fer 10,000.
- Cela fait environ 3 millions et demi qui seront consacrés avant la fin de l’année à ce simple passe-temps.
- Pendant que l’argent ss gaspille ainsi, il y a des milliers et des milliers de malheureux qui manquent du nécessaire.
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- XJn petit calculatevir. — Dans un de nos derniers numéros, nous avons signalé l’arrivée en France d'un petit Italien, possédant la singulière faculté de faire de tête des calculs très longs et très compliqués.
- A la dernière séance de la Société d’anthropologie, ce petit prodige a été présenté. C’est un petit garçon de 10 à 11 ans, à lamine éveillée, aux yeux intelligents, et dont la tète examinée et mesurée, n’a présenté ri n de bien spécial : elle est un peu volumineuse, le front est proéminent, davantage sur le côté droit que sur le côté gauche.
- Parmi les différents calculs qui lui ont été donnés à faire, se trouvait celui-ci : multiplier 3,000,249 par 240,073 ; l’opération lui a pris 7 minutes, au bout desquelles il a donné le résultat exact. Pendant son calcul, on causait autour de lui sans que cela parut le gêner.
- D’après ses explications, le procédé qu’il emploie est tout emp’rjque, se rapprochant du reste de celui deMon-deux, le célèbre berger calculateur. If commence par gros chiffres et à la base, ainsi obtenue, il ajoute ce
- que lui donne les retenues et la multiplication des chiffres inférieurs ; il arrive ainsi par tâtonnement au chiffre exact.
- Chose singulière ! ce petit garçon ne sait ni lire ni écrire, et ce n’est que depuis peu de temps qu’il connaît les chiffres ; il dit même que depuis qu’il sait les reconnaître, il calcule moins facilement qu’avant.
- Cette aptitude au calcul est, paraît-il, naturelle chez lui. La personne qui l’a pré°enté l’a trouvé, il y a quelques mois, accompagnant uu joueur d’orgue, dans les rues et les cafés et étonnant les consommateurs dans ces derniers endroits, par sa faculté de faire les calculs de tète.
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- L’euseignement par les projections.
- — Nous avons parlé à deux reprises de ce mode d’enseignement.
- Mardi soir a eu lieu, à la Sorbonne, une séance de ces projections photographiques.
- Il s’agissait de démontrer l'utilité de cet ingénieux procédé d’enseignement. M. Stanislas Meunier, professeur au Muséum d’histoire naturelle,a montré comment le système des projections s’adapte avec un égal succès à chacune des matières de l’enseignement : géographie, histoire, mathématiques, physique, chimie, histoire naturelle.
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- XJniOML douanière. — A la salle des Chambres syndicales, rue de Lancry. M. G. de Molinari a fait une conférence sur les unions douanières, c’est-à-dire, sur le mouvement qui depuis deux siècles, depuis Colbert, tend à supprimer les obstacles dont les douanes entravent les relations et les échanges.
- Le savant économiste a résumé l’historique des progrès accomplis, d’abord par la suppression des douanes des provinces, puis par l’abaissement des tarifs des douanes des Etats ; et, en montrant l’énorme accroissement des échanges entre les peuples depuis cinquante ans, il a signalé l’adoucissement des tarifs douaniers, comme une nécessité voulue par la force des choses ; et sa conclusion a laissé entrevoir ce qu’on pourrait appeler la politique internationale de l’avenir, c’est à-dire la suppression des barrières fiscales entre les Etats,comme on a fait la suppression des barrières fiscales entre les provinces; et l’organisation d’une union douanière entre les Etats de l’Europe centrale.
- Cetle idée, dont M. de Molinari s’est fait le promoteur et qui a trouvé déjà écho chez plusieurs esprits très distingués en Europe, n’est certes pas à la veille de se réaliser, par ce temps de paix armée ; mais elle inscrit à l’ordre du jour de l’opinion publique une question qui s’impose à l’intérêt de tous et de chacun, dans ce siècle des chemins de fer, des télégraphes électriques et des transports à vapeur, qui, de plus en plus,rapprochent et lient les intérêts do tous les peuples.
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- ILes prélats fondateurs de l’Université catholique d’Angers lancent une circulaire ayant pour but d’éviter que les décrets du 29 mars ne jettent la débandade dans les étudiants de cette université.
- Une phrase nous a tout particulièrement frappés dans cette circulaire, c’efct la suivante :
- « Nous repoussons comme une injure pour les pouvoirs publics la pensée que des Français, réunissant toutes les conditions exigées par la loi, pourraient jamais se voir systématiquement exclus des charges et des emplois dont l'accès leur est assuré par >eur naissance même, par les droits incontestables de leurs familles et par les constitutions du pays, »
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- Moralité p-uïiliqxi©. — On lit dans la Lanterne :
- Le 10 avril aura lieu un grand meeting contre la-police des mœurs.
- M. Yves Guyot, conseiller municipal, organise une grande réunion privée qui se tiendra salle Lévis (Bati-gnolles), sous la présidence du docteur Thuliéi
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- Un certain nombre d’étrangers, et notamment d’Anglais des deux sexes, doivent assister à ce meeting et prendre part à la discussion. Nous citerons Mme Joséphine Butler, Mme Venturi, la disciple dévouée de Maz-zini ; M. Benjamin Scott, chambrelain de la Cité de Londres ; M. L. Scott, président de la Bourse de Londres ; Aimé Humbert, ancien ministre plénipotentiaire de Suisse, etc., etc.
- Les Jesnites. — Notre ami Fauvety constate dans les Etats-Unis d'Europe, que la mesure prise contre les jésuites, toute brutale qu’elle est, est incontestablement populaire.
- «C’est tout de même, dit-il,un intéressant problème que ce sentiment national si persistant contre les jésuites. Les apologistes de la société ont beau vanter les mérites de ses membres, faire valoirleurs capacités pédagogiques, leur esprit de dévoûment et d’abnégation Rien n’y fait. L’ordre des jésuites reste de tous le plus impopulaire. Pourquoi? Je vais vous le dire, mais à condition que vous le répéterez partout : c’est que les jésuites sont les logiciens du catholicisme. Ils vont jusqu’au bout du principe sur lequel s’est édifiée la toute puissance du vicaire de Jésus-Christ. Or, au bout de tout cela, il y a l’obéissance passive aux mains du supérieur, l’abdication de la volonté, le silence de la conscience, l’extinction de l’âme elle-même par la suppression de la virilité et de la spontanéité humaine. L’instinct du peuple ne le trompe pas. Sous le jésuite, il sent le cadavre. Et il ne serait pas difficile de montrer que le pîrinde ac cadaver de la discipline jésuitique est aussi le dernier mot de l’éducation donnée aux fils de famille par les instituteurs de la compagnie de Jésus. »
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- Société pour l’nmél ïorjitïon du sort des femmes. — Une grande réunion présidée par M. Victor Schœlcher a eu lieu lundi dernier au Grand-Orient, 16, rue Cadet.
- M. Schœlcher a ouvert la séance par une allocution.
- M. Antide Martin, conseiller municipal, a donné un aperçu de l’objet et du but de la société, Mlle Hippeau, a rendu compte des travaux récents de la société et Mlle Maria Deraismes, l’éminente conférencière a traité ce beau sujet : Les femmes dans la société contemporaine. Elle a constaté avec justice que le grand honneur du XIXe siècle sera d’avoir proclamé l’émancipation de la femme.
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- La Société française des amis de la
- f*aix a tenu la semaine dernière son assemblée annuelle dans la salle du Conservatoire.
- Le président, M. A. Franck de l’Institut, a tracé rapidement le tableau des progrès accomplis par les di verse? Sociétés de la Paix. « Toutes, a t-il dit, proposent l’arbitrage en faveur duquel sept Parlements ont déjà voté. Vœu platonique encore, mais qui bientôt peut être sera la loi. Au moyen-âge, chacun se faisait justice dans ses propres querelles. C’était le droit, c’était la guerre privée. Depuis, les choses ont bien changé. Chez toutes les nations s’est établi un droit civil ; partout la loi est appliquée par des tribunaux, et les arrêts rendus par ces tribunaux sont exécutés par une force publique. Mais quand nous entrons dans le domaine du droit international, nous ne trouvons plus de lois communes, plus de tribunal, plus de pouvoir exécutif, plus de gendarmerie européenne. Au point de vue des relations des peuples entre eux, nous sommes encore en plein moyen âge. La question est donc de trouver le moyen de substituer un état juridique international à la barbarie de la guerre. Pour cela il est nécessaire que le lien qui s'est formé entre les citoyens d’un même pays, unisse les nations, de manière à garantir aux unités ) nationales, considérées comme individus, leur liberté, \ leur indépendance, leur autonomie Ce lien est celui de j la fédération. Point de guerre possible au sein d’une fé- s dération européenne, car il n’y aurait d’autre force pu- j
- blique en Europe que la force fédérale. Evidemment cette fédération ne peut s’établir tout d’un coup ; mais qui empêcherait deux, trois, quatre ou cinq peuples, de se donner de mutuelles garanties, de s’engager à ne pas faire la guerre pendant un certain nombre d’années, sauf à déférer toutes les difficultés qui pourraient survenir entre eux à des arbitres qui prononceraient en dernier ressort ? C’est la motion présentée au Congrès de la paix par M. Ch. Lemonnier. Est-elle irréalisable? On fait des traités de guerre, pourquoi ne ferait-t-on pas des traités de paix ? A l’instigation de M. Van Eck, une proposition dans le même se'ns a été votée par le Parlement des Pays-Bas. Le temps viendra certainement où, sous la pression de l’opinion publique mieux éclairée, les gouvernements seront obligés d’entrer dans la voie qui leur est frayée par les Sociétés des Amis de la Paix. »
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- ï*ï*ix Paul lïert. =— M. Paul Bert vient de consacrer 1,000 francs, sur les deux mille francs de dommages-intérêts que le Tribunal correctionnel de Paris lui a accordés dans un procès contre le journal la Bourgogne, à la fondation de deux prix à décerner chaque année aux deux élèves des écoles communales de garçons et de filles de la ville d’Auxerre qui auront mérité la première place en histoire, Je cite ce fait comme un exemple qu’il serait bon d'imiter.
- L’Institut est accablé de riches donations et de prix qu’il est souvent fort embarrassé de distribuer ; mais personne ne songe à encourager les études dans les petits collèges et dans les modestes écoles communales. Du reste, M. Paul Bert, en fondant ces prix, a songé surtout à réhabiliter la mémoire de son grand-père, qui avait été gratuitement calomniée par le journal la Bourgogne.
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- Les accidents d’appareils à vapeur. «
- En exécution d’un décret très-sage, tous les accidents qui se produisent dansdes appareils à vapeur sont l’objet d’une enquête officielle, et les résultats de cette enquête sont consignés année par année dans le Journal officiel.
- Présentement, c’est le relevé des accidents de l’année 1878 qui vient de paraître dans le Journal officiel, et nous y trouvons qu’il y a eu, en 1878, un nombre total de 35 accidents, qui ont tué 37 personnes et en ont blessé 31.
- Sauf un seul, celui de Garvin, où la machine était de construction vicieuse, tous ces accidents ont été causés par l’imprudence, la négligence ou le mauvais entretien.
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- XIjoi canal maritime de l’Océan à 1 a Méditerranée. — M. Duclerc, sénateur, vient de faire distribuer aux membres des d< ux Chambres une npte en faveur de la création d’un canal maritime de l’Océan à la Méditerranée mettant en communication directe les ports de Bordeaux et de Narbonne. La note expose les avantages que l’exécution d’un pareil projet permettrait de réaliser au point de vue militaire, commercial, économique, etc.
- Les études de ce canal ont été faites par un ingénieur de plus grand talent, M. de Lépinay.
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- Prix <1ch orgaiîcw mutilée. — En quelques
- jours, les tribunaux nous ont appris ce que valent des organes mutilés ou endommagés. Le tribunal de commerce de Paris avait à se prononcer sur une oreille endommagée dans le premier accident de la ligne de l’Ouest. Le voyageur demandait 10,000 francs de dommages-intérêts ; il a obtenu 1,000 francs. D’autre part, le tribunal de la Seine a en deux jours prononcé les trois jugements suivants : La 4e chambre a accordé 1,200 francs à un vidangeur qui, en retenant un attelage qui se mettait mal à propos eu mouvement, avait eu la main mordue par un cheval. La 89 chambre a donné à un cocher, précipité de son siège par une voiture, pour un œil crevé, 750 francs de rente viagère et 50C francs de dom-
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- mages-intérêts. La 11e chambre a alloué 10,000 francs de dommages-intérêts pour un coup sur l’oreille, qui a rendu un homme entièrement sourd.
- SUISSE
- ï^e grisou dans une «saline. — Le feu grisou a éclaté dans la galerie inférieure des salines de Bex le 14 février 1879, —il y a donc 13 mois de cela, — et la Compagnie des salines a eu l’excellente idée de capter ce gaz, de renfermer dans des tubes et de s’en servir pour éclairer la mine sur deux points assez distants l’un de l’autre; on ne voit là ni cornues ni épurateurs, ni gazomètre, ni compteurs, et la lumière si simplement obtenue est fort belle.
- Quelle est l’origine de ce feu grisou domestiqué dans une formation géologique si éloignée des terrains houil-liers, et comment expliquer sa pureté, sa constance et sa régularité d’émission ? Ce sont des questions auxquelles il n’a été fait jusqu’ici aucune réponse satisfaisante.
- ¥ *
- ITALIE
- ILe« généraux desjé^uites. — Depuis Ignace de Loyola, qui fonda l’ordre des jésuites en 1541, les supérieurs de cette compagnie portent le nom de général Une statistique très-instructive faite récemment rappelle le nom et la nationalité des. différents généraux qui ont dirigé l’ordre des jésuites depuis sa fondation. La voici :
- Ignace de Loyola, Espagnol, 1541 ; — Lainey, Espagnol, 1558 ; — François de Borgia, Espagnol. 1565; — Mercurian, Belge, 15*73; — Acquaviva, Napoiitaiu, 1581 ;
- — Vitelleschi, Romain, 1615;—Carafïa, Napolitain, 1646:
- — Piccolomini, Florentin, 1649 ; — Gotifredo, Romain, 1652 ; — Goswn Nickel, Allemand, 1652; — Oliva, Génois, 1664 ; — Ch. de Noyede, Belge, 1682 ; — Thyrse Gonza-lôs, Espagnol, 1687 ; — Tamburini, de Modène, 1706 ; — Retz, de Bohème, 1730 ; — Visconti, Milanais, 1751 ; — Centurioni, Génois, 1755 ;—Ricci, Florentin, 1758; — Brozozowski, Polonais, 1805; — Fortis, de Vérone. 1820; Roothan, Hollandais, 1839; — Beckx, Belge, 1853.
- En résumé : onze Italiens, quatre Espagnols, trois Belges, un Autrichien, un Polonais, un Allemand et un Hollandais.
- On remarquera qu'aucun Français ne figure sur cette liste.
- •¥ *
- Reliques de San Donato. — M. Anatole De-midoff vient de vendre les immenses collections réunies par feu son père dans le palais de San Donato, Florence.
- Ces collections, les plus considérables peut être qui existassent comme propriété privée, comprenaient les objets les plus divers. A côté de tableaux de maîtres de la plus grande valeur se trouvaient de nombreux objets ayant appartenu à Napoléon Ier et à sa famille. Il s’en trouve de tout à fait intéressants, témoin celui-ci porté au n° 249 du catalogue de la vente ;
- « Nécessaire de toilette ayant appartenu au roi Jérôme : boite ovale en maroquin, avec les armes du royaume de Westphalie sur plaque d’argent, douze paires de ciseaux, huit instruments de 'pédicure, trois pinces, deux limes, un cure-oreilles. »
- Ces détails donnent une haute idée du goût régnant à San Donato. A côté de tableaux de Rubens et de Rem-brand, des instruments de pédicure et un cure-oreilles ! Ce que la vie a de plus trivial côte à côte avec ce que le génie humain a déplus glorieux. Il est vrai que ces instruments avaient servià d’< augustes pieds » et à d’«. augustes oreilles » et que d’aussi « augustes contacts » suffisent à tout ennoblir.
- ANGLETERRE
- La politique pacifique. — Les élections anglaises ne sont pas seulement importantes au point de vue politique elles le sont encore et surtout au point de vue pacifique.
- La nation anglaise s’est prononcée contre la politique conquérante de M. Beaconsfield. C’est un fait des plus considérables, car l’Angleterre, qui est le pays le plus puissant du monde, peut, selon que sa politique est pacifique ou belliqueuse, influer grandement sur la paix générale.
- Il ne faut pas oublier non plus que le retour de M. Gladstone aux affaires placera la politique anglaise aux mains d’un homme de génie, honnête convaincu et désintéressé, ce qui n’est peut-être pas le cas de son habile prédécesseur, homme intrigant qui a servi les whigs avant de servir les torys. »
- ALLEMAGNE
- XJne querelle dWllemaiid^. — Nous lisons dans la Yolkszeitung de Berlin la narration suivante :
- « Hier soir, à 9 heures, le sous-lieutenant Teichmann, du régiment d’uhlans de Lithuanie n° 12. a tué l’huissier Stahl, au restaurant de la Georgenburg. D’après un témoin oculaire, les choses se sont ainsi passées :
- « Dix personnes, en costume civil, parmi lesquelles se trouvait l’huissier Stahl, entrèrent dans ce restaurant-et saluèrent trois officiers qui s’y trouvaient, mais ces derniers ne leur rendirent pas leurs saluts. Les bourgeois se rendirent dans une autre salle pour y prendre des consommations.
- « Les officiers s’y rendirent bientôt après et saluèrent en entrant. Quelques-uns des bourgeois répondirent à leurs saluts, mais les autres, qui étaient en train de causer, n’y répondirent pas. Un des officiers se mit dans une vive colère ; ils se rendit dans une autre salle, remit son sabre à sa ceinture et revint ainsi armé. Il se produisit alors une querelle, à la suite de laquelle le sous-lieutenant Teichmann donna un soufflet à l’huissier Stahl et lui perça ensuite le ventre de son sabre. »
- Les Prussiens nous avaient fait connaître l'emprunt forcé. Ils s’exercent maintenant, avec la douceur qui les caractérise, au salut forcé.
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- Le socialisme. — M. Hasselmann, membre socialiste du Parlement allemand, a comparu devant la première chambre du tribunal de première instance de Berlin, comme prévenu d’avoir répandu, sans autorisation, des imprimés dans le public.
- Le procureur impérial a demandé au tribunal de condamner M. Hasselmann à six mois de prison; mais le tribunal a prononcé l’acquittement.
- Le» nouveaux impôts. — La présentation du projet de loi sur le timbre a produit dans le sud de l’Allemagne une impression tellement fâcheuse que M. Rie-del, ministre des finances de Bavière, a cru devoir faire le voyage de Berlin pour sauvegarder les intérêts du royaume, en vertu du traité de Versailles qui réserve certains droits à la Bavière.
- On craint, non sans raison, que le projet actuel ne soit qu’un premier jalon posé dans cette direction, et qu’aux droits de timbre dont vont être frappées toutes les transactions en Bourse, les virements, les titres, les comptes et leurs extraits, les quittances, les chèques, on n’ajoute plus tard les émissions, les contrats d’assurances, les lettres de voiture et toute la kyrielle de droits de timbre en usage dans des pays plus riches que l’Allemagne et dont plusieurs d'ailleurs ne connaissent pas comme i elle l’impôt sur le revenu.
- I Involontairement, on .se reporte au nouveau tarif des | douanes dont le moindre mérite devait être de faire dis-t paraître les contributions matriculaires ; mais celle-ci
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- LE DEVOIR
- ont, au contraire, augmenté et s’élèvent pour l'exercice du 1er avril 1880 au 31 mars 1881, à la somme de 81,670,950 marks.
- On ne parle plus, bien entendu, de décharger les communes des énormes impôts de toute nature qui les grê vent et l’on ne se trompe peut-être pas beaucoup en sup posant que les nouveaux droits de timbre iront rejoindre tous les autres produits dans la grande caisse.
- Depuis 1874, le budget de l’empire s’est, en effet, élevé de 372,843,272 à 539,252,640 marks, soit une différence en plus de 166,409,368 marks, soit en chiffres ronds de 218 millions de francs, qu’il a fallu trouver dans une augmentation d’impôts existants ou dans la création d’impôts nouveaux.
- Aussi, ne faut-i) pas s’étonner que la question du monopole des tabacs revienne à l’ordre du jour, et que le prince de Bismarck fasse faire des calculs pour connaître approximativement le chiffre des indemnités que pourraient réclamer les fabricants.
- *-* *
- BELGIQUE
- Terrible coup de grisou. — Une explosion de grisou a éclaté le 1er avril au charbonnage Le Bois de la Haie.
- On a retiré trente-deux cadavres; il en est resté neuf dans la fosse.
- Quarante quatre ouvriers sont remontés sains.
- Chemin de fer électrique de Berlin.
- — A Berlin, la mucipaüté vient d’accorder, paraît-il, la concession pour l’établissement d’un chemin de fer électrique. La ligne partira de la place de Belle-Alliance pour aboutir à la place Widding.
- La voie portera sur des viaducs qui seront à leur tour supportés par de fortes colonnes qui monteront à peu-près à la hauteur des premiers étages des maisons. Ces colonnes seront disposées de manière à ne pas gêner la circulation.
- Nous trouvons, dans le journal la Lumière électrique, un article des plus intéressants sur les chemins de fer électriques.
- Est-ce ainsi que le dit Fauteur de l’article, M. Hospitalier, la solution immédiate'de la traction des chemins de fe aériens et souterrains à l’aide de courants électriques? nous ne le pensons pas, mais il n’en est pas moins réel que la création de M. le docteur Werner Siemens, le savant ingénieur dont les traveaux ont fait faire de si grands progrès à l'électricité, est un fait d’une grande importance, assurant dans un avenir prochain la solution de ce grand problème: le transport de la foi ce motrice à distance par Vélectricité.
- Une machine fixe, à vapeur ou hydraulique, met en mouvement une machine électro-dynamique dont les courants électriques sont transmis à une seconde machine qui, elle, est reliée aux roues du véhicule qui la porte et leur transmet la force motrice qu’elle reçoit.
- G’est le problème résolu à Sermaize et à Noisiel, chez M. Ménier, appliqué à la traction sur voie ferrée.
- Le pôle négatif de la machine génératrice a été relié aux rails du chemin de fer et le pôle positif à un rail central isolé. Sur ce rail central viennent s’appliquer des balais en petit fils de cuivre placés sur le remorqueur. Le courant arrive par le rail central et par les balais isolés sur le remorqueur et, après avoir agi sur la machine motrice, il retourne par l’intermédiaire des roues, à la source électrique.
- La petite locomotive électrique de Berlin remorquait trois wagons minuscules de six places chacun. Le mécanicien tient de sa main gauche le commutateur qui sert à interrompre le courant, et de la droite un freiu. Un peut, en inversant le courant dans les b bines de la machine motrice, changer le sens de marche.
- La largeur de la voie était de 49 centimètres.
- Le diamètre des roues 50 centimètres.
- L’effort à la traction, pour une marche de lm88 par seconde, était de 75 kilogrammes presque 2 chevaux-vapeurs ; à la vitesse de 3m 5 par seconde, l’effort était de 40 kilogrammes soit à peu près la mémo force, mais sans tenir compte de la résistance propre à la locomotive.
- G’est la première réalisation d’un véhicule se déplaçant par une transmission de force électrique ; et. à ce point de vue c’est, non-seulenent un fait très curieux et très intéressant, mais encore un pas considérable de fait dans la voie de l’application de l’électricité comme force motrice. Nous ne partageons pas, cependant les idées de l’auteur de l’article si intéressant de la Lumière électrique ; mais nous les saluons comme une première étape dans la voie qui sera fructueuse pour l’humanité.
- Les journaux berlinois annoncent en outre que le nouveau chemin de fer électrique de la capitale allemande ne fera pas de tort aux tramways, attendu que par sa nature il aura peu de points d'arrêt ; d’ailleurs, il n’aura qu’une seule destination, relier au chemin de fer métropolitain (Stadleisenbahn) les quartiers de la ville qui en sont trop éloignés.
- LE DERNIER NÉ DE GINXC)
- SA NAISSANCE ET SES AUTRES INFORTUNES
- Par M. JENKINS
- II. — Chez soi, doux chez soi.
- Le jour où Ginx proférait sa terrible menace était le lendemain de celai où le n° 12 avait fait entendre son premier vagissement. Mme Ginx gardait le lit, ce même lit qu’à leur entrée en ménage ils avaient acheté, de seconde main, à Strutton Gfround, moyennant 9 sh. 6 d. (environ douze francs).
- De seconde main?
- Il avait bien passé en au moins autant de mains qu’il avait vu naître d’enfants ! C’était un vieux vagabond de bois de lit, tout raccommodé, type, du reste, de tout le mobilier de Ginx et de celui d’une quantité innombrable de maisons dans la grande Cité. Ce lit mesurait 4 pieds 6 pouces de large, sur 6 pieds de long. Lorsque Ginx, manœuvre aux robustes proportions, etMm9 Ginx, vaillante matrone, occupaient ce lit, on comprend qu’il y restât peu de place.
- Cependant, il n’était pas rare que les deux époux, ne sachant où coucher leurs enfants, en logeassent au moins un entre eux, au risque de l’étouffer Tout dernièrement même ils s’étaient vus si à l’étroit dans leur ménage qu’ils avaient dù nicher les deux plùs petits au pied du lit. Sans planche, ni oreiller pour les retenir, ces enfants se trouvaient alors dans une position périlleuse ; car il suffisait d’un mouvement de jambe un peu désordonné de la part de Ginx pour les précipiter en bas, la tête la première. Il est vrai qu’ils ne couraient d’autre risque que de tomber sur l’un ou l’autre de leurs frères ou sœurs.
- (1) Reproduction interdite»
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- Ces détails et les suivants sont décrits de t>isu et avec l’exactitude scrupuleuse d'un Commissaire-priseur.
- La chambre où couchait la famille, mesurait 13 pieds 6 pouces de large sur 14 pieds de long. A côté de cette chambre et ouvrait sur le même palier, au 3m* étage* se trouvait une pièce plus petite servant à tous les besoins du ménage. L’ameublement de cette seconde pièce se composait d’une armoire, d’une vieille commode, d’un coffre en bois ayant autrefois servi à serrer des outils de manœuvre, d’une table, de trois chaises, d’un tabouret et de quelques ustensiles de cuisine. Dans ces deux pièces, la famille entière devait donc trouver place pour la nuit*
- Quand un petit Ginx s’était pelotonné dans un* couverture sur le coffre de la cuisine et que trois autres enfants s’étaient glissés sous un morceau de tapis en lambeaux, il restait encore cinq petits corps à loger.
- Une vieille paillasse, assez molle pour être roulée le jour sous le lit des parents, était étendue la nuit sur le plancher de la chambre à coucher. Dans cette paillasse recouverte d’une courte-pointe faite de pièces et de morceaux, on laissait les cinq bambins s’empaqueter ensemble comme ils pouvaient. De telle sorte que s’il arrivait que Ginx, sous l’impression fâcheuse d’un rêve, étendit brusquement les jambes hors du lit, il envoyait rouler une couple de moutards sur la masse de la gante enfantine éparpil ée sur le sol.
- Mais, ce qui ne peut se décrire, ce sont les murs souillés, les plafonds enfumés, les fenêtres barbouillées de saletés, l’atmosphère lourde et toujours épaisse de ces chambres. Les pièces mesuraient 8 pieds 6 pouces du plancher au plafond : tout statisticien peut calculer le nombre de pieds cubiques d’air qu’il était donné à chacun de respirer.
- L’autre côté de la rue était à une distance de 14 pieds. Derrière la maison se trouvaient des logements semblables à celui de Ginx. Ces noirs logis surplombant la petite cour du n° 5, en faisaient une sorte de puits où la circulation de l’air était. aussi rare que l'argent dans la poche des habitants. J’ai vu la cour ; si vous êtes d’une délicatesse de sens un peu trop grande, je vous conseille de n’y pas entrer.
- Là s’entassaient, jour par jour, les ordures qu’on ne pouvait jeter par les fenêtres donnant sur la rue, ordures qu’on enlevait rarement, si tant est <lu’on les enlevât jamais.
- Qu’advenait-il de cet état de choses ?
- Eh! qu’en advient-il des encombrements analogues innombrables dans de tels quartiers ?
- En combien d’endroits trouve-t-on ces matières pestilentielles exhalant les miasmes qu’absorbent, du premier'au dernier jour de leur existence de pauvres créatures humaines ?
- Dans la maison dont nous parlons, les habitants au nombre de quarante-cinq, tant petits que grands, n’avaient pour eux tous qu’un cabinet d’aisances placé au coin delà cour. Jadis, au-dessus de ce cabinet avait existé un réservoir d’eau, mais depuis longtemps ce réservoir était pourri.
- À une certaine époque des entrepreneurs d’éclairage au gaz puis des entrepreneurs de drainage s’étaient emparés de la rue. Les uns et les autres semblaient s’être complus à remuer le sol fétide, à ouvrir de profondes tranchées dans les différentes couches d’ordures, et à multiplier pendant des jours et des semaines les causes de ces exhalaisons qui s’échappent des détritus de végétaux ou d’animaux en décomposition. Nul besoin de dire que Rosemary Street (la rue Romarin) ne devait pas son nom à ses parfums. Si dans un tei milieu les Ginx et leurs voisins conservaient encore quelque apparence de santé, le membre même le plus optimiste du Comité de salubrité publique (1) était forcé d’avouer que c’était unmiracle... Pauvres gens! Ils ignoraient les mesures hygiéniques, les précautions sanitaires ; ils ne savaient rien des maladies endémiques, épidémiques, rien de l’usage des désinfectants. Ils regardaient la maladie avec cette apathie des créatures qui croient que la douleur est inséparable de l’humanité, et ils l’acceptaient avec désespoir.
- Le gin (genièvre) était leur remède souverain, non
- comme curatif, mais comme moyen d’oubli........« Sold
- every where ! » vendu partout !U
- Une vingtaine de ces palais à gin, à portée de . voix l’un de l’autre, florissaient dans ce triste et malheureux district. Antres ruisselant de lumière et brillant d’un vulgaire éclat, ils attirent à eux la masse des pauvres gens qui viennent y engloutir leurs ressources, leur vie et jusqu’à leur destinée éternelle.
- Véritables pilleurs d’épaves que ceux qui construisent ces repaires, plus vils que les misérables qui allument de faux signaux au bord de la mer et dépouillent les cadavres échoués sur les côtes.
- Traînons à notre barre les propriétaires de ces établissements et mettons-les en présence de leur œuvre de mort. Nous en verrons plus d’un parmi eux être
- (lj Comité de salubrité publique. Les membres de ces comités sont pris généralement parmL Jès habitants même des quartiers à surveiller, de telle sorte que les commissaires étant pour la plupart pftïpriétaires des maisons, ils vantent dans leurs-rapports Lia salubrité et le confortable des logements, afin d’en tirer le loyer le plus fort possible. \
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- chefs d’Associations philantropiques, orateurs des assemblées, des Missions, des Sociétés de la Bible, payer tribut au Seigneur arec l’argent sorti de la poche d’ivrognes agonisants, se montrer champions valeureux de l’abolition de l’esclavage ou défenseurs énergiques des droits populaires.... Allons, mon riche Publicain (I) (pardon du jeu de mots) avant de payer la dîme de la menthe et du cumin, et surtout avant de vous dire disciple de certain Nazaréen, écoutez la leçon de celui qui rendait le quadruple de l’argent dont il avait fait tort à autrui, ou méditez sur le cas de cet homme auquel Jésus disait : « Va, vends tout ce que tu as et distribue-le aux pauvres 1 »
- A cette déplaisante alternative s’en ajoute une autre à laquelle vous ne pouvez échapper aujourd’hui : le mépris des gens de bien.
- (A suivr§.j
- Miroirs magiques japonais.
- Des observations curieuses sur ces miroirs ont été faites par M. R. W. Atkinson, professeur à l’üniversité de Tokio.
- Ces miroirs sont en métal, petits et ronds. Leur poli ne laisse rien à désirer. Leurs revers portent des caractères japonais d’un relief très sensible. Que 1 on fasse tomber un rayon de soleil sur un de ces miroirs et qu’on tourne la surface polie vers un écran et un fait curieux se produit. Les caractères en relief de Vautre côté du miroir apparaissent sur l'écran, plus lumineux que le
- M. Atkinson ne trouve qu’une explication de ce phénomène.
- (1) — Publican — Ce mot en Anglais signie propriétaire d'un public house^ ou de tout autre débit de boissons ouvert au public... On le traduit par Publicain. De là le jeu de mots de l’auteur.
- La voici:
- Pendant le polissage le métal subit une pression qui est .plus grande pour les parties en relief que pour ies au très.Les parties qui subissent cette pression piUs grande subissent un certain changement moléculaire qui les rend apte à renvoyer une plus grande quantité de lumière.
- Quoi qu’il en soit, des faits semblables n’avaient jamais été connus de nos savants avant l’apparition des miroirs magiques japonais.
- L’éleetrophoD e.
- On vient d’expérimenter, près du Mans, dit la Liberté entre les bureaux de la .maison Chappée et les forges d'Antoigne c’est-à-dire une à distance d’environ vingt-quatre kilomètres, un nouveau procédé de transmission du son et de la parole humaine, bien supérieur, paraît-il, au téléphone ordinaire.
- L'appareil se compose d’une petite caisse en bois qui en renferme une autre en verre. Sur cette dernière sont disposés de petits, cylindres de carbonne pur qui, par leur différence de conductibilité, transmettent au poste récepteur les vribations produites par la parole.
- C’est un appareil excessivement simple, on le voit, mais qui dénote cependant une connaissance approfondie des lois de l’acoutisque.
- Ajoutons que le montage et le démontage sont l’affaire d’une minute et que l’appareil ne peut jamais se déranger.
- La transmission se fait au moyen d’une ligne télégra-phiquemrdinaire avec un seul fil. Le retour par la terre suffit et donne même un résultat meilleur que l’orsqu’on emploie deux fils.
- A 24 kilomètres ; on entendait et on reconnaissait la voix des causeurs. Un air de flûte, joué à 15 mètres de l’appareil dont il était séparé par une chambre close, a été transmis avec une netteté incroyable. Avec cet instrument, du reste, on n’a-pas besoin de parler dans une embouchure. On parle comme à l’ordinaire à côté de l’appareil.
- Le passage des trains sur le chemin de fer, à 12 mètres de l’appareil, n’empêchait nullement la transmission.
- L’inventeur, M. Maiche. affirme, qu’il peut faire fonctionner son système aux plus grandes distances et ne doute pas que la parole ne puisse se transmettre, par le câble transatlantique, entre la France et l’Amérique.
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- le numéro hebdomadaire 20 c.
- DIMANCHE 13 AVRIL 1880
- ANNÉE, TOME 4 — N° 84
- JOURNAL
- BUREAU
- A GUISE (Aisne).
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant. Fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE par l’envoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
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- Rédacteur en chef : M. Ed. Champury
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- S’adresser à M. LEYMARIE, administrateur delà Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- Mutualité sociale. — Semaine politique. —Notes d'un liseur. —Les enfants et l’habitation unitaire. — L’éducation de l’avenir. — Le concordat. — Petites nouvelles. — Réflexions sur l'affaire Bière. — Feuilleton : le Dernier nè de Ginx. — Ecole secondaire des jeunes filles à Genève. — Variétés.
- MUTUALITÉ SOCIALE
- ET
- ASSOCIATION DU CAPITAL ET DU TRAVAIL
- Par M. GODIN
- NOTIONS PRÉLIMINAIRES
- Chapitre III
- La morale de l’humanité
- Aux époques les plus reculées de notre humanité, l’esprit de la sagesse a donné aux hommes les préceptes les plus propres à les guider vers le règne de la justice.
- Les enseignements de Zoroastre, il y a environ quatre mille ans, puis ceux de Manou, de Confucius, de Jésus, des Apôtres, etc., nous prouvent que les sages de tous les temps ont considéré l’amélioration morale chez l’homme comme la première condition de son progrès et de son bonheur. - _
- Citons les principaux préceptes de ces sages. Zoroastre a dit :
- « Ne faites pas de mal à votre prochain. »
- « Ne vous emportez pas de colère. »
- « Ne vous laissez aller ni à l’avarice, ni à la violence qui blesse, ni à l’envie, ni à l’orgueil, ni à la vanité. »
- « Ne prenez pas le bien d’autrui. »
- « Répondez avec douceur à votre ennemi. (1)» « Ni la calomnie, ni la médisance pas plus que le vol, ne peuvent être compensées par des prières (2). »
- « Appliquez-vous à penser le bien, à dire le bien, à faire le bien. Éloignez de vous tout ce qui est mal de pensée, de parole et d’action. »
- « Tout recevra le prix de ses œuvres, le méchant comme l’homme pur. (3). »
- « Celui-là est pur qui se purifie par la sainteté dépensée, par la sainteté de parole, par la sainteté d’action : voilà la loi (4). »
- Nous trouvons dans Manou :
- « La résignation, l’action de rendre le bien pour le mal, la tempérance, la probité, la pureté, la répression des sens, la véracité, telles sont les vertus en quoi consiste le devoir (5).*»
- (1) Zoroastre, Ieschts Sadès xxxi, Nekah et Namrad.
- (2) » Zend Avesta notices xv vieux ravaet.
- (3) Zoroastre. — Vendidad-Sadé, Fargard xviii.
- 4) » Vendidad-Sadé, Fargard v.
- o) Manou, Manava-Dharma-Sastra Livre 6, stance 92
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- LE DEVOIR
- « Dire des injures, mentir, médire de tout le « monde et parler mal à propos sont les qua-« tre mauvais actes de la parole (6). »
- « La souillure des membres du corps de « l’homme est enlevée par l’eau, celle de l’es-« prit par la vérité (7). »
- « O homme ! tandis que tu te dis : « Je suis « seul avec moi-même », dans ton coeur réside « sans cesse cet esprit suprême, observateur « attentif et silencieux de tout le bien et de tout
- * le mal (8). »
- « Les hommes se purifient par le pardon des « offenses (9). »
- « Le mérite des pratiques austères est ané-« anti par la vanité (10). »
- « Quelle que soit l’intention dans laquelle « un homme fait tel ou tel don, il en recevra « la récompense selon cette intention (11). »
- « On ne doit jamais travailler à nuire à au-« trui, ni même en concevoir la pensée (12). » Confucius et ses disciples nous disent :
- « La grande loi du devoir doit être cherchée « dans l’humanité, cette belle vertu du cœur qui « est le principe de l’amour pour tous les hom-« mes (13). »
- « Il n’y a que deux grandes voies dans le « monde : celle de l’humanité et celle de l’inhu-
- * manité, et voilà tout (14). »
- « ‘Avoir assez d’empire sur soi-même pour « juger des autres par comparaison avec nous « et agir envers eux comme nous voudrions
- * que l’on agît envers nous-mêmes, c’est ce « que l’on peut appeler la doctrine de l’huma-« nité, il n’y arien au-delà. (15). »
- « L’homme qui a la vertu de l’humanité dé-« sire s’établir lui-même, et ensuite établir les « autres hommes ; il désire connaître les prin-« cipesdes choses et ensuite les faire connaître « aux autres hommes (16). »
- « Si les hommes de capacité et de talent « abandonnent ceux qui n’en ont pas, alors la
- (6) Manou, Manava-Dharma-SastraLivre 12, stance 6
- (7) > » » » Livre 5, stance 109
- (8) » * » » Livre 8, stance 91
- (9) » » » » Livrq 5, stance 107
- (10) » » » » Livre 4, stance 237
- (11) Manou, Manava-Dharma-Sastra Livre 4 stance 234
- (12,' > » » » 2 » loi
- (13) Confucius ou Khoung-Fou-Tseu, Invariabilité dans le milieu, ch xx.
- (14) Meng-Tseu, livre 2, ch. 1.
- (15) Confucius, entretiens philosophiques; livre 1 ch. 6.
- (10) » * » 1 ch. 6. ?
- « distance entre le sage et l’insensé ne sera pas « de l’épaisseur d’un pouce (17). »
- Voici maintenant ce qu’on trouve dans la Bible et les Évangiles’ :
- « Pardonnez à votre prochain le mal qu’ü « vous a fait (18). »
- « Aimez-vous les uns les autres (19). »
- « La foi qui n’a pas les œuvres est morte (20).»
- « La charité est patiente, elle est pleine de « bonté, la charité n’est point envieuse, la cha-
- * rité ne se vante point ; elle ne -s’enfle point
- « elle ne fait rien d’inconvenant ; elle n’est « point égoïste, elle ne soupçonne pas le mal
- elle ne se réjouit pas de la méchanceté, elle « se réjouit au contraire de là vérité...
- « La charité ne passera jamais (21). »
- « N’aimons pas de parole ni de langue, mais « par œuvre et en vérité (22). »
- « L’amour qu’on a pour le prochain ne souf-“ fre pas qu’on lui fasse du mal (23). »
- « Que chacun ait égard non à ses propres in-« térêts, mais à ceux des autres (24). »
- « Mangez votre pain avec les pauvres et « avec ceux qui ont faim et couvrez de vos vête-« ments ceux qui sont nus (25). »
- « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout « ton cœur, de toute ton âme et de toute ta
- • pensée. » Voilà le premier et le plus grand « commandement. En voici un second qui lui « est semblable : « Tu aimeras ton prochain « comme toi-même. »
- « De ces deux commandements dépendent toute la loi et les prophètes (26). »
- Tels sont les préceptes qui, depuis la plus • haute, antiquité, ont révélé aux hommes la grande loi morale qui se résume en ces mots :
- « Respect et amour de la vie humaine. » L’amour du prochain, l’amour d’autrui était enseigné alors que l’homme, privé des choses les plus nécessaires à l’existence, en proie au plus grand dénûment, aux plus tristes privations, était par cela même sollicité aux plus
- (17) Meng-Tseu, livre 2, ch.n.
- (18) Ecclésiastique, ch. xxviii, v. 2.
- (19) St-Jean (évangile ch. xm. v. 34.
- (20) Epitre St-Jacques. ch n, v. 17.
- (21) St-Paul lr* aux Corinthiens, ch. xm.
- (22) Epi tre St-Jean lrô. ch. ni, v. 18.
- (23) Epitre St-Paul aux Romains, ch. xm, v. 10.
- (24) * » » ... Philippiens, ch. xr. v. 4. .
- (23) Tobie, ch iv, v. 16 et 17.
- (26) St-Mathieu, ch. xxii, v. 37 à 40.
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- convoitises. Pour arriver à la satisfac-Sl de leurs voisins, les forts dépouillaient les ^ -, pI les assujettissaient en qualité d’es-aux plus durs labeurs. le méchant, ne concevant d’autre amour que [Ui de sa propre personne,-sacrifiait à son . -M-ne l’existence de son semblable.
- La loi de justice devait donc être révélée uX hommes pour réfréner leurs violences.
- Mais tant de siècles d’existence n’ont pu donner à ces préceptes de la sagesse qui vivront autant que l’humanité, leur consécration définitive en les faisant passer dans les institutions
- sociales.
- Il ne faut pourtant pas en conclure que l'homme ne se soit pas avancé vers le bien. Peu à peu la lumière des vérités morales a élargi le cercle de sa raison et de son affection ; sa brutalité primitive s’est effacée ; la barbarie et ses cruautés, ses violences, ses haines, l’esclavage avec son cortège de douleurs et d’oppressions ont disparu de nos sociétés civilisées ; la loi civile elle-même s’est faite dans une certaine mesure protectrice de la vie humaine.
- Malgré cela les préceptes les plus purs inscrits dans Les devoirs des peuples sont restés jusqu’ici surtout dans le domaine des vérités de sentiments. S’ils n’ont eu et n’ont encore qu’une influence secondaire sur les sociétés, c’est que ces préceptes ne faisaient qu’indiquer à l’homme le bien et le juste, sans tracer en même temps les moyens d’application du juste et du bien aux faits de la vie sociale.
- Limitée à la vie individuelle, la loi morale supérieure est elle-même impuissante à réaliser le bien dans les sociétés : elle contribue à atténuer le mal, mais elle ne peut le faire dispa-raitre. Pour être vraiment salutaire, il faut îu elle devienne la base des institutions sociales.
- (A suivre.)
- nrxWOQQOJ—W'-—
- LA SEMAINE POLITIQUE
- ï-es conseil» gjénéraaxc. — La politique 1U-erïeuie u'a présenté aucun fait saillant dans le cours^ ue •eUe semaine. La session des conseils généraux s est poursuivie et achevée sans qu'aucun incident notable î°‘l venu la signaier. L agitation que les cléricaux ficièli^ soulever est demeurée tout à fait super-
- Il n’v a guère qu’une douzaine d’assemblées départementales dans le sein desquelles un certain nombre de partisans échauffés des jésuites aient provoqué des protestations contre les décrets du 29 mars. Partout les préfets ont opposé la question préalable aux vœux présents. Dans quelques départements on a passé outre avec tumulte, dans d’autres la protestation s’est faite paisiblement. En résumé la campagne a véritablement avorté, ce qui prouve que le sentiment public n’est pas du tout hostile à l’application des lois aux congrégations existantes et que le mouvement clérical est absolument artificiel. Nous l’avons toujours pensé. L’évènement vient confirmer notre manière de voir.
- * *
- La commission du budget. —< Les vacances législatives de Pâques qui se terminent mardi n’ont pas complètement arrêté les travaux parlementaires. La commif-sion du budget, spécialement, travaille toujours. Son intention est de déposer ses divers rapports dans la première quinzaine de mai. Il est désirable que la Chambre en soit saisie le plutôt possible. Il est, en effet, présumable que la discussion du tarif général des douanes va prendre beaucoup de temps ; et, d’autre part, le renouvellement partiel des conseils généraux ayant lieu vers la fin de juillet, beaucoup de députés désireront une prorogation hâtive de la session, pour aller s’occuper sur place des élections départementales. La session étant très chargée et sa dorée pouvant être abrégée, il importe qu’aucun retard dans le dépôt des rapports ne vienne ajouter une nouvelle entrave à la discussion du budget.
- *
- * *
- Le discours de M. Jules Ferry. — M.
- Jules Ferry vient de prononcer dans les Vosges, devant les électeurs de sa circonscription, une excellente harangue qu’on peut appeler un vrai discours de ministre, très net, très ferme et très modéré à la fois. Le ministre de l’instruction publique a déterminé avec exactitude le caractère des dt crets du 29 mars sur les congrégations religieuses. En politique, ces décrets sont une mesure défensive contre ceux qui travaillent « à miner sous le manteau delà foi religieuse », les institutions républicaines et, avec elles, la société organisée sur les principes de 1789, Au point de vue du droit public, les décrets sont un retour à la légalité, violée par l’existence des congrégations non autorisées.
- Mais ils ne touchent ni à la religion, ni au clergé séculier, le seul qui ait une existence légale ; ils ne visent que .les associations non autorisées, qui couvrent la France de leur réseau et cherchent à l’enserrer de leurs liens. Si ces congrégations, dont l’existence est illégale, dont les constitutions sont un secret, dont les chefs sont des étrangers, se superposaient plus longtemps.au clergé concordataire et continuaient à le dominer, le Concordat, observé par l’Etat, mais violé par l’Eglise, ne serait plus qu’un vain mot.
- « Ces décrets seront exécutés, a dit M. Jules Ferry... Vous serez étonnés de la facilité avec laquelle le gouvernement.. . aura raison de résistances illégales. Il saura imposer l’obéissance aux lois. »
- Nous y comptions ; mais il était bon que cela fut dit à haute voix par un ministre, et nous aimons à croire que le cabinet, au moment décisif, tiendra l’engagement pris par M. Ferry.
- * *
- Le» protestations épiscopales. — Depuis les décrets du 20 mars, il ne se passe guère de jour sans qu’un évêque n’adresse soit à un autre évêque, soit à un général d'ordre, soit au président de la République une lettre de protestation contre les décrets du 29 mars.
- 11 est bon de remarquer que le ton de ces lettres devient de plus eu plus modéré et qu’elles se bornent à formuler des appréhensions plutôt qu’un blâme explicite. Elles contiennent tout naturellement de bruyantes apulogies du jésuitisme et les évêques se sont visiblement donné le mot d’ordre pour faire croire au gouvernement que l’exécution de ces décrets pourra rencontrer
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- des difficultés légales ou des résistances passives invin-cibles*
- Nous ne comprenons pas quelles difficulté:' légales pourrait faire naître l’exécution des décrets du 29 mars. Ces décrets sont conformes aux lois. On ne peut supposer que, pour appliquer des décrets légaux, le gouvernement ait recours à des moyens entachés d’illégalité. Quant à la résistance passive, très puissante lorsqu’elle s’appuie sur la loi, elle est sans valeur contre la loi. Il suffira, d’ailleurs que le gouvernement prenne l’attitude résolue annoncée par M. Ferry, pour quelles difficultés disparaissent et les résistances s’évanouissent. Le ton paterne des protestations épiscopales prouve assez que les congréganistes non autorisés ne sont pas aussi rassurés qu’ils voudraient le faire croire sur l’issue de la lutte ; ils cherchent, en conséquence, à intimider le gouvernement. Nous espérons qu'ils n’y parviendront pas.
- * *
- Election législative. — Une élection,en remplacement de M. Albert Grévy, a eu lieu dimanche, à Besancon. Elle n’a pas donné de résultat. Il y aura ballottage. M. Beauquier, candidat de l’extrême gauche, a obtenu le plus grand nombre de suffrages ; mais, en réunissant les voix qui se sont portées sur MM. 01. Ordinaire, David. Léon Journault, qui appartiennent à l’union républicaine et à la gauche, on trouve un chiffre supérieur de plus de 1,100 voix à celui que M. Beauquier a obtenu. *
- + *
- Les élection» anglaise». — Au moment où nous écrivons, les élections anglaises se terminent et il ne reste plus à connaître que les résultats de 18 élections. Mais les forces des partis ne pouvant plus être modifiées. On compte aujourd’hui sur les 635 élections connues, 349 libéraux, 229 conservateurs, 57 home rulers.
- En 1874, les conservateurs avaient triomphé dans 351 élections, les libéraux dans 242 et les home rulers dans 57.
- Les libéraux disposeront donc, une fois les 18 élections d’aujourd’hui faites, d’une majorité plus forte que celle du précédent ministère, avec cette différence à leur avantage que les home rulers considéreront naturellement les libéraux comme des adversaires beaucoup moins absolus que les conservateurs. En admettant, du reste, que les home rulers se coalisent avec les conservateurs. les libéraux auraient encore au moins 63 voix de majorité.
- Rien n’est encore décidé et ne peut l’être d’ailleurs, quant à la composition du nouveau cabinet, avant le retour de la reine. Il va sans dire que les bruits de toutes sortes continuent à circuler et que chacun imagine une combinaison ministérielle plus ou moins fantaisiste. Toutefois, les chefs du parti libéral ont dû se réunir à Londres, et il est probable que nous ne tarderons pas à apprendre quelles résolutions ont été prises.
- L élection du Président cl© la Chambre italien»©. — La Chambre des députés italienne avait hier à élire son président. Contrairement aux prévisions, il n’y avait que deux candidats : M. Coppino, présenté par le ministère, et M. Zanardelli, ancien ministre de l’intérieur dans un cabinet de gauche. Le cabinet actuel, qui est aussi un ministère de gauche, n’avait pas accepté la candidature de M. Zanardelli. parce que celui-ci s’était volontairement abstenu de voter, le 29 mars, sur l’ordre du jour approuvant la politique extérieure du cabinet Cairoli.
- M. Coppino a obtenu 155 suffrages, et M Zanardelli 73 seulement. Mais la droite avait décidé qu’elle voterait blanc, au cas où elle ne présenterait pas de candidat. Elle a sans doute exécuté celte résolution, car il y a eu 109 bulletins blancs. On a dû procéder, après une suspension de séance, à un scrutin de ballottage. I
- Au second tour M. Coppino a été élu pari74 suffrages, 1 contre M. Zanardelli, qui en a obtenu 144. Il n’y a eu '
- que 22 bulletins blancs. L’opposition de droite S voté en partie, la seconde fois, pour l’ancien mf de gauche.’ Le résultat final est un succès pour
- nerGairoli. e ^
- * *
- Le service militaire et le eler»û Allemagne, — Au cours de la discussion d^ i militaire, au Reichstag, il s’est produit un incident ^ n’est pas sans intérêt de relater.
- En Allemagne, les futurs membres du clergé ne pas dispensés, comme chez nous, du service miiit °t| Us n’ont d autre privilège que de n’être astrehu8 . un service d’un an. Quant aux ecclésiastiques n sont pas exempts en droit du service dans la réserv^ * en particulier des exercices. Seulement, on en disnp0'* en tait, ceux qui sont régulièrement en fonctions. LL amendements ont été présentés. Le premier, éman? d’un député progressiste, supprimait les exemny accordées aux ecclésiastiques par le projet de loi r5' été adopté ; la minorité se composait du. centre ult montain et du parti des conservateurs allemands ^ maréchal de Moltke a voté pour, quoiqu’il appartient à ce dernier parti. Le second amendement, proposén’ un ultramontain, exemptait les ecclésiastiques du vice militaire. 8{'
- Le commissaire du conseil fédéral a déclaré que gouvernement pouvait dispenser en fait du servicekj ecclésiastiques en fonctions, mais qu’il s’opposait à a que la dispense fût accordée par la loi et à toutek classe des ecclésiastiques. Le motif allégué par la cou. mission mérite d’être signalé, oc L’intérêt du servi* exige, a-t-il dit, qu’une classe qui exerce une influent si grande sur la pensée et les sentiments des citoyen ne reste pas en dehors de l’armée. » L’amendemenu été rejeté; il n’a eu pour lui que les ultramontains;:^ autres conservateurs ont voté contre. Quand verrou nous adopter en France de pareilles mesures. L’incorporation des séminaristes dans l’armée serait un d# meilleurs remèdes qu’on pourrait opposer au clério lisme.
- ***
- Le prince Gortsçhakoff. — Le prince Alexa;-dre Gortsçhakoff, chancelier de l’empire, est mouran:. Les dernières dépêches décrivent son état comme dés* péré. Get éminent homme d’Etat, qui est né en 17* succéda au comte de Nesselrode dans la direction dï affaires étrangères en 1856. Il a occupé ce poste considi-rabie depuis lors, sauf une courte interruption en 18? Il témoigna au prince de Bismarck une amitié exirau: dinaire et en quelque sorte aveugle, grâce à laquelle^ chancelier de Berlin put accomplir tout ce qu’il enlre prit de 1863 à 1871 contre le Danemark, l’Autriche eL France. La Russie et son chancelier en furent malr* compensés: le traité de Berlin et la nouvflie allianr austro-allemande ont bien fait voir que M. de Bismarc. n’hésite pas à se montrer ingrat, quand, il trouve son h térèt.
- * *
- La Prusse et 1© "Vatican. — Les journac allemands nous ont apporté ce matin le texte d’une Ù portante résolution du ministère prussien qui a & communiquée au nonce du pape à Vienne.
- On se rappelle que, dans sa lettre à l’archevêque à Cologne, Léon XIII a autorisé les prélats prussien.5' communiquer au gouvernement les nominations d’ee clésiastiques faite par eux.
- La note prussienne est une sorte de mise en demeur adressée au saint-siège, de compléter cette concessii en prescrivant avec précision aux évêques de faire cet> communication de la manière qu’a fixée la loi p^ sienne.
- En échange de cette concession, la Prusse s’enga? non pas à abroger les lois ecclésiastiques qui sont l’obj* du conflit entre le Vatican et Berlin, mais seulement1 demander au Parlement l’autorisation de ne les apP-quer qu’en partie et avec douceur. Le Pape et M. defr marck jouent au plus fin. Ils pourraient bien se dupe l’un et l’autre.
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- tlSge démission de M. de Bis*
- ^ ... Comme il était aisé de le prévoir, le chan-,,1,irHe i’empire allemand a retiré sa démission devant feüer Û énergique de l’accepter formulé par l’empereur ‘fre ma2ûe et devant l’amende honorable que lui a i Conseil fédéral en revenant sur un vote hostile. ?e parle plus guère en Allemagne de la fausse sor-L’dJ Uprince de Bismarck. Mais en Autriche, l’émoi a tic (]u P vif et les feuilles officieuses, en apprenant que Lcelier restait aux affaires se sont répandus en le chauulations dont le lyrisme dépasse tout ce qu’on ^imaginer. Nous signalons le fait, parce qu’à notre P6 - cette émotion prouve que les Autrichiens ne comp-
- beaucoup sur la stabilité de l’Alliance Austro-tent pas y
- ^lemanae. +
- * *
- r e jriini^tère smédois. — Une dépêche de a ckholm nous informe que la Chambre suédoise vient s rejeter le projet de foi militaire par 121 voix contre 15. î1 «résident du conseil des ministres a immédiatement
- donné sa démission.
- La Chine et 1«, Russie. — On n’a pas oublié le bruit soulevé dans ces derniers temps à propos d’une prétendue violation du territoire russe, sur les frontières L l’extrême Orient, par une bande de soldats chinois indisciplinés. On annonçait qu’une guerre entre la Russie et la Chine était imminente à la suite de ces faits. Des informations plus récentes atténuent la portée de l’incident. Il se réduirait, paraît-il, au passage d’un certain nombre d’ouvriers tartares qui ont traversé la frontière pour se rendre dans les districts miniers du sud de la Sibérie. Mais, si nous n’avons encore à signaler aucun acte d’hostilité entre le Céleste-Empire et la Russie, il n’en est pas moins hors de doute que les relations diplomatiques deviennent chaque jour plus difficiles entre Pékin et Saint-Fétersbourg.
- * *
- L’émigration chinoise. — L’Amérique commence à se préoccuper de l’invasion dont elle est menacée Je la part des Chinois. Le président Hays a envoyé au Congrès un rapport disant que le ministre américain en Chine a reçu, le 9 a vil, des instructions l’engageant à sonder le gouvernement de Pékin relativement aux moyens d’empêcher l’émigration excessive des Chinois afin d’entamer des négociations à ce sujet. Les propositions américaines ont été amicalement accueillies par le gouvernement chinois et une solution satisfaisante est attendue. Aucune correspondance avec l’Angleterre ne sera engagée à ce sujet avant que les négociations avec la Chine soient plus avancées. Ces négociations pourront être maintenant confiées à la commission diplomatique récemment nommée.
- NOTES D’UN LISEUR.
- XXIX
- Il n’y a de vraies révolutions que les révolutions d’idées.
- Jouffroy, de la destinée humaine.
- LES ENFANTS ET L’HABITATION UNITAIRE
- Nos lecteurs n’ont peut-être pas oublié ce que noas avons dit de la supériorité de l’habitation uni-taire ^eHe qu’elle est réalisée au Familistère de Guise
- sur l’habitation par maisons séparées généralement répandue aujourd’hui (1).
- Nous avons vu quels sont ces avantages matériels : parle choix judicieux de l’emplacement où on l’édifie, par la qualité des matériaux qui la composent, par les précautions qui y sont prises contre les intempéries, par la présence sous le même toit des magasins d’objets de première utilité, l’habitation unitaire assure à sa population des avantages que l’habitation par maisons séparées est impuissante à offrir.
- Nous avons vu aussi quels avantages moraux importants résultent de l’influence de ces bonnes dispositions matérielles. Par le fait qu’elle groupe davantage les hommes, qu’elle les habitue à vivre côte à côte, à se voir plus souvent, à se connaître de plus près, qu’elle leur fait toucher du doigt la solidarité de leurs intérêts, enfin qu’elle les appelle à bénéficier des mêmes avantages et à prendre part aux mêmes réjouissances, par toutes ces raisons et par d’autres encore qu’il serait trop long d’énumérer, l’habitation unitaire est un puissant instrument de moralisation et de développement iutellectuel.
- Elle pousse ceux qui en jouissent à contracter des habitudes plus policées ; elle développe en eux les instincts de sociabilité au détriment de l’égoïsme ; elle tient en éveil par le point d’honneur et le bon exemple l’amour de la propreté, de l’ordre, de la prévoyance ; elle stimule dans la population les sentiments de bienveillance et de fraternité ; enfin et surtout elle met à la disposition des habitants un milieu plus favorable qu’aucun autre à la réunion des efforts individuels dans un but commun.
- Ceux des avantages de l’habitation unitaire dont nous nous sommes occupés sont donc considérables ; ils le sont même à-tel point que tous les hommes sincèrement attachés à la cause de la classe ouvrière devraient porter leur attention sur ce point spécial.
- Et pourtant il y a encore un avantage dont nous n’avons pas parlé et ce n’est pas le moindre. Il est même si important que nous l’avons réservé pour une étude spéciale. Cet avantage, c’est celui qu’offre l’habitation unitaire au point de vue de la protection de l’enfance et du soulagement des familles trop chargées d’enfants.
- Dans cette étude, comme d’ailleurs dans celles que nous avons déjà faites sur l’habitation unitaire, nous nous bornerons à consigner ce que nous avons constaté personnellement au Familistère de Guise, ce
- (l) Voir nos numéros des 14, 21 et 28 Décembre 1879 et des 11 18 et 25 janvier 1880,
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- que tout observateur impartial pourra y constater comme nous.
- On parle beaucoup de l’amélioration du sort de la classe ouvrière. Malheureusement ceux qui en parlent le plus ne sont pas toujours ceux qui comprennent le mieux comment il est possible d’arriver à cette amélioration.
- L’économiste dans son fauteuil rédige des articles qui font grand honneur à son talent littéraire et à son imagination mais qui prouvent avant tout qu’il ne sait pas le premier mot de ce dont il se mêle. Il disserte sur la classe ouvrière sans que jamais il ait vécu près d’elle, sans que jamais il ait pu se faire une idéejuste de ce qu’elle est, sans que jamais il ait pressé de sa main gantée la main calleuse d’un ouvrier. Aussi ses travaux sur la matière peuvent lui mériter la faveur des libraires, le poser en philanthrope, lui valoir des distinctions et des récompenses, même le porter au Ministère ou à l’Institut ; quant à croire qu’ils auront été utiles à la cause ouvrière, ce serait le plus souvent une illusion.
- Pour se rendre utile à la cause des travailleurs il faut que l’observateur vive auprès d’eux, au milieu d’eux, et qu’au lieu de rêver dans la solitude du cabinet il étudie sur le vif la cause de leurs souffrances et la nature de leurs besoins.
- L’observateur ainsi placé ne tarde pas à s’apercevoir que la cause principale de la pauvreté dans les familles ouvrières c’est la difficulté ou même l’impossibilité où elles se trouvent d’élever leurs trop nombreux enfants. Les cas de maladie, de chômage, d’inconduite entrent, il est vrai, dans la production de la misère, mais pour une part moindre que la puis sance prolifique. Ce sont les cas exceptionnels, le grand nombre des enfants est l’état général.
- Las familles ouvrières où il y a quatre ou cinq enfants sont extrêmement nombreuses ; celles où on en compte six ou sept ne sont pas rares et l’on en rencontre encore beaucoup où ce chiffre est dépassé. La société ne fait rien pour eux. Dans letat d’isolement où elles se trouvent, les familles d’ouvriers sont à la merci de leurs malheureux sort. C’est tant pis pour eux s’ils ont beaucoup d’enfants : aucune institution ne leur viendra en aide pour les soutenir.
- Comment avec des charges aussi lourdes, le père peut-il élever ses enfants, lui dont le salaire est à peine suffisant pour un petit ménage ? Et quel travail pour la mère que l’entretien d’une famille aussi nombreuse 1 Impossible à elle de travailler à Ajournée : elle ne peut s’absenter; impossible aussi d’avoir chez elle des travaux du dehors qui lui rapporteraient quelque argent ; elle n’a pas de temps à y
- consacrer. Au contraire, souvent elle ne peut à son propre travail et se voit forcée de lais. désordre s'introduire dans sa maison faute de * voir rétribuer les services dont elle aurait Le père est donc seul à gagner. Il gagne peu p* voit aucun moyen d’échapper au triste sort en * est fait. Le découragement s’empare de lui pe^1 petit. Son intérieur où règne le désordre n’a rien 5 soit de nature à le retenir. Sa femme qui néglicre^ corps et sa toilette n’a plus rien qui le captive* alors commence cette chùte dans le malheur qaj été si parfaitement décrite par Mme Gatti de mond.
- « Les enfants, dit cette auteur, loin d’être un ije[ entre les parents deviennent un sujet de discorde le père, moins patient, moins tendre, se plainte leurs criailleries, de leurs dégâts; il fuit le i0oi) pour trouver ailleurs la tranquillité; il s’affli^ leur nombre, il accuse la Providence, il s’en prend| sa femme qui met au monde des enfants que lui, pai. vre homme, ne peut nourrir par son travail. Li femme récrimine, se plaint d’en avoir tout le soin
- tout le tracas, d’être esclave du matin au soir et dt
- ! veiller encore les nuits, sans avoir de reposnid( distraction, ni même la tendresse de son époux pou: dédommagement. Les caractères s’aigrissent; h femme devient acariâtre, tracassière, difficile à vivre; le mari pour avoir la paix, pour s’étourdir va au cabaret et dépense jusqu’à son dernier sou, et les pauvres petits, victimes de la discorde des parents, v». gètent et meurent faute de soin ou de nourriture, ot ne vivent que pour passer à leur tour par toutes lei privations et toutes les douleurs de la misère. »
- Ce tableau n’est pas chargé. Il dit toute la vérité, mais il ne dit que la vérité. Disons-le à la honte de notre époque, c’est par centaines et centaines k milliers que pourraient se compter les ménages qui en sont là.
- En est-il ainsi dans l’habitation unitaire?
- Pas le moins du monda, Ce qui se passe au Familistère de Guise suffit à le prouver.
- Au Familistère l’Association exerce sa protection sur l’enfance et supplée à l’insuffisance de ressource.* de la famille. Chaque année une somme importante est prélevée sur les bénéfices de l’Association eï consacrée aux soins et à l’instruction de l’enfance. Les tout petits enfants peuvent être confiés par leur mère pour le jour tout entier au service spécial de la basse enfance. Un bâtiment attenant ai Familistère est affecté à ce service. Ce bâtim0Dt ayant été construit ad hoc, ses salles sont bien conditionnées et l’aération en est bien comprise ; jouit d’un bon chauffage en hiver et de vaiW
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- elouses en été. Des berceaux constamment tenus jans un état exemplaire de propreté reçoivent les lus petits enfants. Des bonnes, choisies dans les erspnnes de l’Association qui ont le plus d’aptitudes ^ r ie soin des enfants, sont chargées de veiller sur ces petits êtres. Les mères peuvent ainsi les confier en toute quiétude, car ils ne cessent pas un instant d’ètre surveillés. Les linges des enfants sont changés aussitôt que cela est utile ; les plus petits reçoivent même leur nourriture. Ajoutons que les langes et couvertures des nourrissons, comme les berceaux dont il a ôté parlé plus haut, appartiennent au Familistère et qu’il en prend à sa charge l’entretien : cela constitue pour les familles un double avantage.
- Au fur et à mesura que l’enfant grandit il passe dans des divisions plus élevées où il reçoit une instruction proportionnée au degré de développement de son esprit.
- L’école est gratuite à tous les- degrés ; les fournitures sont fournies gratuitement aux élèves.
- Là encore aucune charge pour les parents.
- Une famille peut avoir ainsi 3, 4, 5 enfants dans les services de la basse enfance et les écoles. La mère, maîtresse de son temps, peut se livrer à des occupations rétribuées. Le ménage garde la tranquillité indispensable au repos du travailleur. L’intérieur du logis peut conserver un ordre et une propreté qui seraient impossibles si les enfants en bas âge devaient y rester en permanence.
- Que i’on juge du soulagement que de telles institutions dppuent à tune famille. Chacun y gagne : les enfants de ne jamais manquer du nécessaire,de pouvoir jouer tous ensemble, d’être tous surveillés,tous instruits; les parents d’avoir plus de temps dispos nible, plus de tranquillité chez eux et point de frais d’éducation. C’est la joie et la santé pour l’enfant,la liberté pour la mère, la suppression d’une lourde charge pour le père, en un mot pour toute la famille, l’allégement des soucis et le bonheur rendu possible,
- suivre*} En. Chàm?urv.
- sincèrement, car c’est 1 h là surtout qu’il faut au plus vite faire pénétrer les idées saines et appliquer les méthodes les plus propres à donner satisfaction à ce besoin, à ce penchant si impérieux qui pousse les enfants à s’occuper, et s’occuper encore, à s’occuper toujours.
- Ce penchant qui est si vivace, si persistant, ne serait-il pas l’indication, la révélation par la nature, de l’un des côtés, et p^ut-être le plus important, de la destinée humaine sur le globe ? N’indiquerait-il pas que sa fonction principale est l’élaboration de la surface terrestre, la mise en œuvre des matériaux fournis par la nature, le parachèvement de l’œuvre créatrice dans les parties qu’elle n’a qu’ébauchées, et cela non pour obtenir seulemept les objets nécessaires à l’entretien de la vie de l’espèce, mais encore et surtout par ce que cette élaboration serait nécessaire au parfait fonctionnement du globe?
- Cela étant, ou plutôt quoiqu’il en soit, ne serait^il pas convenable de diriger l’éducation en consultant ces indications naturelles, qui, si j’ai bien observé, ne conduisent pas les enfants à des amusements, h des occupations purement stériles et de simple fantaisie, mais bien à des occupations utiles et dont ils sont très-flattés lorsqu’ils ont quelque peu réussi et qu’on ne les tourmenté pas pan léS obstacles qu’on apporte à l’exécution de leur dessein.
- Il me semble qu’il y a là .une mine féconde à exploiter et qu’en partant du point de vue que les germes des facultés, des instincts, des impulsions que la nature a mis en nous, elle l'a fait pour nous montrer notre voie, on arriverait à trouver les çondi-tious les plus convenables pour organiser les écoles, pensionnats, instituts, collèges, lycées, etc., c’est-à-dire les établissements d’éducation,
- En tout cas U ne me semble pas admissible que la nature ait mis en nous ces germes pour que nous en emploilons une partie à comprimer les autres-
- C, Yallot.
- ---t-
- L’ÉDUCATION DE L’AVENIR.
- Nous extrayons d’une lettre adressée à notre Directeur les très remarquables réflexions suivantes :
- Je vois avec un vif intérêt que vous attachez ia plus sérieuse importance aux questions d’éducation ; vous, paraissez saisir toutes les occasions Pour en entretenir vos lecteurs et leur montrer les Progrès qui se font, ainsi que pour montrer ce que 1 on pourrait faire de plus, Je vous en félicite bien
- Loeoraotivos routièreN. — Le steamer EfiVt a dernièrement débarqué à New-York des locomotives routières provenant des ateliers de Rochester, en Angles terre, et destinées par la compagnie de transports du Nevada, « the Nevada Steam Transportation Company », au transport des minéraux et autres articles ponaéreux. Ces locomotives pèsent environ 7 tonnes et ont une force de 12 à 14 chevaux-vapeur. Leurs chaudières sont horizontales? leu1 s boites à feu sont disposées de façon à utiliser toutes les sortes de combustible, et elles sont pourvues d’une provision d’eau susceptible de durer trois ou quatre heures. Le diamètre des roues de der-i rière est de 7 pieds, avec une épaisseur de 12 pouces, tandis que celles de devant mesurent 4 pieds de diamètre ef 9 pouces d’éP^ibSeUD Un mépaniciep et deux f aidés suffisent, sur des routes d’une pente moyenne, à la
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- LE DEVOIR
- manœuvre d’un train composé de deux à trois voitures capables de contenir chacune de cinq à six tonnes de marchandises, et l’on n’estime pas à plus de 5 à 10 cents par tonne et par mille les frais de transport, ce qui ne représente guère que le quart des irais occasionnés par un équipage de 16 mules traînant des voitures d’un poids moyen de 6 à 10 tonnes et ne faisant pas plus de 2 milles à l’heure.
- {Economiste français).
- LE CONCORDAT
- Les décrets rendus par le ministère, contre les jésuites et les autres congrégations religieuses non autorisées sont appréciées d’une manière très diverse.
- La majorité de la nation paraît toutefois sympathique à ces mesures qu’elle croit suffisantes pour conjurer le danger que le cléricalisme fait courir aux idées modernes.
- Pour nous, nous voudrions davantage :
- 1° L’abolition du régime concordataire ;
- 2® La suppression du budget des cultes ;
- 3® L’institution de l’inhumation civile ;
- 4° La liberté complète de réunion et d’association et la liberté de la presse.
- L’opportunisme, nous le savons, ne parait pas disposé à appuyer de telles propositions. « Le moment n’est pas venu !... C’est encore trop tôt ! etc., » toujours la même histoire.
- De deux choses l’une, ou la République est fondée, ou elle ne l’est pas. Ou nous vivons d^ins le provisoire, ou c’est le définif qui existe.
- Si la République n’est pas solidement assise, si nous ne sommes encore que dans le provisoire,qu’on le dise nettement et qu’on ne permette à personne de s’endormir dans une fausse sécurité. Pour cela pas de discours optimistes, pas de vanteries ! Pas de poudre de niais jetée aux yeux des naïfs et des crédules et en dépit du proverbe, la vérité, rien que la vérité. Rien de cela, mais des actes vigoureux.
- Si au contraire on pense que le régime démocratique a poussé de solides racines dans le pays, si on estime que la République est définitivement constituée, pas de ces demi-mesures qui dénotent le manque de confiance en soi-même ; pas de mutilation à la liberté, pas de restrictions, pas d’entraves à son libre développement.
- Le concordat, dans l’esprit même de ceux qui l’ont établi, n’a été qu’un expédient, une sorte de compromis bon à une époque de transition, mais qui ne saurait convenir lorsque l’heure de l’émancipation a sonné.
- Le régime concordataire est la négation des principes républicains, car il est le maintien d’un privilège
- en faveur de quelques cuites reconnus et salariés par l’Etat, l’étouffement des autres confessions, ia violation du droit des minorités.
- Ce n’est pas un contrat définitif, dicté par l’équité c’est une transaction entre l’Eglise et l’Etat, ou piu_ tôt c’est une coalition du spirituel avec le temporel coalition dans laquelle le premier perd son indépendance en se soumettant à être subventionné et à voir ses magistrats élus par le second, tandis que 'celui-ci aliène sa dignité en s’abaissant, pour se ménager sinon l’appui au moins la neutralité de celui, là, à se faire le défenseur de trois ou quatre formules érigées en vérité.
- La question des cultes demande une prompte solution.
- Ajourner cette solution, c’est perpétuer les conflits. Chercher des expédients, avoir recours à des compromis, c’est raviver ces conflits ou en faire naître de nouveaux. La discussion des lois Ferry, de ces simples expédients ou compromis, comme on voudra l’appeler, en a donné la preuve.
- Le concordat qui n’a jamais été que cela, doit disparaître.
- Disparaissant, le salariat des cultes qui trouve sa raison d’être dans sa simultanéité d’existence avec le régime concordataire, le salariat des cultes doit disparaître également.
- Pratiqué comme il l’est aujourd’hui,le salariat des cuites n’est pas autre chose que l’injustice passant à l’état de principe, la proclamation de l’inégalité dans les idées, la prépondérance de la routine en majorité sur le progrès en minorité.
- Le gouvernement pour qui la tolérance est an devoir et qui doit respecter également toutes les croyances qui ne sont pas contraires à la morale publique, doit une protection égale à tous les cultes ; mais cette protection ne saurait pas plus lui conférer le droit d’en salarier quelques-uns, que de nommer leurs ministres.
- Le salaire, nous le répétons, faveur pour les uns, pour tous ceux qui le reçoivent, est, par cela même, une injustice pour les autres, pour tous ceux qui ne le reçoivent pas,
- Comment, d’ailleurs, les frais de trois ou quatre confessions privilégiées peuvent-ils être considérés comme des charges publiques et payés par la généralité des citoyens dont une minorité très respectable ne professe aucun d'eux ? Est-ce là de la justice distributive ?
- De tels procédés ne sont-ils pas. déterminés par des considérations où l’équité n’entre pour rien ?
- Un roi d’Angleterre disait : « Celui qui a le pou-
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- LE DEVOIR
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- voir de nommer les juges et les évêques doit servir de loi et d’évangile. »
- Le gouvernement républicain ne saurait avoir cette prétention. Il n’a pas à pénétrer dans le domaine des consciences et la loi qu’il édicte doit-être la même pour tous.
- Au point de vue de la liberté, les cultes doivent donc être dégagés de toute entrave politique. La police gouvernementale après s’être assurée de la pureté de leurs doctrines ne doit s’exercer que sur les actes extérieurs ; chaque communauté religieuse doit pouvoir élire les magistrats ou fonctionnaires qui lui conviennent le mieux et régler avec | eux, de gré à gré, leurs émoluments et toutes les ' autres conditions de leur nomination. Son administration intérieure doit être parfaitement libre.
- Mais aussi toute association religieuse quels que soient son nom, sa qualité, son origine ou son but, doit être soumise au droit commun et chacun de ses membres ayant les mêmes droits être soumis aux mêmes devoirs que tout autre de ses concitoyens.
- Au point de vue financier, les impôts ou contributions, les charges supportées par la totalité des contribuables et les autres revenus publics, ne doivent être employés qu’aux dépenses publiques et utiles à tous. En distraire une partie pour en faire profiter quelques services particuliers, c’est commettre tout simplement un détournement, actes qui, s’il est punissable chez le mandataire d’un simple particulier, doit, à plus forte raison, l’être bien davantage chez celui auquel sont confiés les intérêts généraux de tout un pays.
- Enfin, au point de vue de la morale, un seul mot suffira pour exprimer toute notre pensée à cet égard et nous espérons que cette pensée sera bien comprise quand nous aurons dit que le Salariat des cultes aujourd’hui n’est pas autre chose que l’adultère de la conscience avec Vécu.
- Donc, abolition du régime concordataire ; suppression du budget des cultes ! C'est au nom de la liberté que nous le demandons.
- C’est aussi au nom de la liberté, et de l’égalité en même temps, que nous réclamons l’institution de l’inhumation civile.
- La protection dont la Société couvre ses membres durant leur vie, doit les suivre jusque dans la mort.
- Le corps social doit une tombe à chacun des ces membres, quelque soit leur confession. Il importe qu elle puisse la leur fournir dans un cimetière inique et laïque.
- Libre du reste à ceux qui survivent de bénir les tombes selon leurs croyances, d’élever des monu-meûts, des mausolées, selon leurs aésirs, de sur-
- monter ces monuments d’une croix ou d'un serpent, d’un bonnet phrygien ou d’une colombe, d’un croissant ou d’un niveau égalitaire, selon leurs symboles et leurs mythes.
- Personne n’a rien à y voir.
- Libre encore à qui, pensant que le voisinage de cadavres d’une autre religion pourrait gangrener ses chers morts, voudrait les enterrer dans un autre lieu, catacombes ou simples cimetières, de creuser ces catacombes et d’acheter ces cimetières... Là encore personne n’a à s’en mêler, si ce n’est en ce qui a trait à l’hygiène publique. Mais l’Etat ne doit rien de plus aux uns que ce qu’il donne aux autres : l’enterrement civil dans un cimetière unique et laïque.
- Un auteur a dit quelque part : « Désarmons les faux dieux de leurs privilèges et ils ne seront plus à craindre ; » Nous donnons cette phrase à méditer à nos gouvernants. Qu’en matière religieuse aussi bien qu’en politique et en économie, ils chargent la liberté de désarmer l’erreur et l’abus, l’expérience est là pour l’attester, cela leur réussira mieux pour consolider l’ordre et créer l’harmonie dans le corps social, que toutes les lois votées ou à voter contre les associations ouvrières ou les communautés religieuses, contre l’internationale rouge ou l’internationale noire.
- Qu’il soit permis d’élever chaire contre chaire, tribune contre tribune, autel contre autel.
- Puis liberté complète à toutes les religions de s’épanouir en plein soleil dans les limites de la soumission égale de la part de toutes au droit commun.
- Tel est, dans les termes qui précédent et qui sont notre conclusion, le meilleur mode, à notre avis, de donner à la Raison et à la Foi la satisfaction à laquelle elles ont droit l’une et l’autre.
- C. P. Maistre.
- PETITES NOUVELLES
- FRANCE
- Le droit des femmes. — Des citoyennes sociétaires du Droit des Femmes ont adressé la lettre sai-vante aux préfets de leurs départements :
- Monsieur le préfet,
- J’ai reçu un avis relatif à mes contributions pour l’année 1880. Gomme je n’ai pas l’intention de les acquitter, je viens vous en prévenir et vous prier en même temps de rayer mon nom du rôle des contribuables.
- J’ai bien voulu jusqu’à cette année me soumettre aux impositions, parce que je croyais que dans la commune, dans le département, dans l’Etat qui me trouvent bonne pour supporter ma part de charges, je possédais ma part de droits.
- Avant voulu exercer mon droit de citoyenne fran • çaise, ayant demandé pendant la période de révisiont
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- LE DEVOIR
- mon inscription sur les listes électorales on m’a ré- j pondu : « que la loi conférait seulement des droits aux j Sommes et non aux femmes. » j
- Je n’admets pas cette exclusion en masse de dix mil- j lions de femmes, qui n’ont été privées de leurs droits civiques par aucun jugement. En conséquence, je laisse j aux hommes qui s'arrogent le privilège de gouverner,de j s’attribuer les budgets,je laisse aux nommes le privilège j de payer les impôts qu’ils votent et répartissent à leur \ gré. !
- Puisque je n’ai pas le droit de contrôler l'emploi de mon argent, je ne veux plus en donner, je ne veux plus être complice, par ma complaisance, de la vaste exploitation j que l’autocratie masculine se croit le droit d’exercer à l’égard des femmes. Je n’ai pas de droits, donc, je n'ai pas de charge. Je ne vote pas, je ne paie pas.
- Ce n’est pas ta première fois qu’il y a, au nom du droit lésé, insurrection de l’argent contre les prétentions du fisc.
- * I
- « *
- Canal maritime du 1VEî cl i. — Nous n’avons dit que deux mois de ce projet ; il convient d’y revenir.
- Dans la pensée des promoteurs de l'idée du canal maritime de l’Océan à la Méditerranée, ce projet est avant tout une entreprise de préservation des intérêts militaires et économiques de la France,
- Le but à atteindre est double :
- 1° Permettre à notre flotte de passer en quelques heures, sans quitter les eaux françaises, de la Méditerranée dans l’Océan, et réciproquement, c’est-à-dire l’affranchir du passage par Gibraltar ;
- 2° Compenser le détournement, par Sa’onique et le Saint-Gothard, du trafic, au détriment de la France, des produits du Nord de l’Europe à destination de l’Asie par le raccourcissement, à notre profit, de la grande communication d’Asie en Amérique par Gibraltar,
- L’importance du résultat à obtenir, explique et justifie les proportions inusitées des moyens matériels que l’on se propose de mettre en œuvre.
- Les évaluations faites avee le plus grand soin portent le coût du projet à 850 millions, chiffre certainement considérable en soi, mais qui est relativement restreint si on songe à la grandeur des intéiêts nationaux, moraux et matériels engagés dans la question.
- Hbess cours d’adultes dans le Rhône,
- A l’occasion de la distribution des prix aux élèves du cours d’adultes de Vernay,commune de Galuire-et-Cuire, les élèves du ccurs d’adultes ont adressé à M. l’adjoint et à MM. les conseillers municipaux la lettre suivante, qui a été lue par l’un d’entre eux :
- Monsieur l’adjoint,
- Messieurs les consei'lers municipaux,
- Permettez-moi de vous exprimer, au nom de tous les élèves du cours d’adultes du Vernay, les sentiments de la plus vive reconnaissance dont nous sommes tous pénétrés.
- Les cours d’adultes du Vernay ont été suivis par un nombre de jeunes gens relativement élevé, et tous ceux parmi nous qui resteront âu foyer paternel promettent de revenir l’année prochaine s'asseoir sur les bancs de l’école.
- Nous apporterons le même zèle et le même empressement à profiter des bienfaits de l’instruction. Nous en sentons tout Je prix Nous savons que c’est par ce moyen que nous ajouterons à potre biep-être et à notre bonheur. Plus l’hopipie s’instruit, plus il s’éloigne de la servitude et de l’erreur ; il est maître de ses passions et devient plus digne, et ses relations ayee ses semblables sont plus faciles et meilleures.
- Les cours d’adultes dépeupleront les tribunaux et les prisons, et le jeune homme qui, après ses travaux quotidiens, voudra, se retremper le soir dans leg éléments de la science et de la morale, sera digue d'exerçur ses droits politiques, et le gouvernement 4e la République pourra compter un soutien de plus*
- Daignez agréer. Monsieur l’adjoint et Messieurs les conseillers municipaux, etc.
- LES ÉLÈVES DU COURS.
- * +
- TTngrève vient d’éclater à Grenoble.Les ouvriers métallurgistes de cette ville demandent la réduction de la journée de travail à dix heures tout eu maintenant 1q même salaire que pour la journée de 11 heures. Quelques patrons ont déjà adopté ces nouvelles conditions.
- Le cercle clés travailleurs de Givors
- (Rhône), a été inauguré la semaine dernière.
- Plusieurs orateurs ont pris la parole.
- M. Benoit-Lourd s’est exprimé en ces termes :
- « En fondant le Cercle que nous inaugurons aujourd’hui, les travailleurs de Givors ont eu pour but de se livrer à l’étude des sciences et des arts et principalement des questions économiques qui se rattachent au problème social.
- Plus patients que nos aînés de 48, qui avaient sacrifié trois mois de misère au gouvernement de la République, nous attendons, mais avec confiance, depuis bientôt dix ans, outre les libertés de réunion et d’association, des institutions tendant à l’amélioration du sort de ceux qui produisent et manquent du nécessaire, Nous réclamons de la société ce qu’elle doit à tous ses membres, la garantie du droit à l’existence.
- Ajourner l’examen et la solution de oes questions, serait préparer la voie aux revendications violentes, ce serait une mauvaise Dolitique.
- La liberté des échanges, facilitant les rapports entra nations, est un des moyens les plus efficaces pour amener la fédération des peuples qui détruira à jamais toute eause de guerre. »
- M. le Dr Fontan a rendu compte ensuite des progrès faits à Givors par renseignement laïque, puis M. Edouard Millaud a fait une conférence sur la Démocratie,
- « Le travail est la loi de l’humapité, a dit l’honorable sénateur, il est l’honneur des démocraties. Nous avuns hérité de nos pères des conquêtes sans nombre ; nous ne devons pas seulement les conserver, nous devons les agrandir.
- C’est honorer la femme que de l’admettre a partager la vie laborieuse du mari, comme elle doit être son auxiliaire dans la tâche difficile de l’éducation de la famille. A .XX
- Notre démocratie laborieuse connaîtra aussi tout ce que l’art ajoute de grandeur à une civilisation.
- Gènes. Florence, Venise, villes libres, ont, été des centres intellectuels et artistiques... x\yons des palais pour ie peuple ; que nos mairies, que nos écoles resplendissent des chefs-d’œuvre de nos maîtres ; que nos musées soient ouverts à tous et visités par tous ; que nos places publiques scient ornées des monuments qui rappellent les gloires de notre histoire ; que dans des fêtes comme celle-ci notre chant national réjouisse et enflamme les jeunes générations. »
- Après avoir donné à cette pensée des développements constamment suivis par un auditoire attentif, l’honorable sénateur du Rhône compare les mœurs républicaines, déjà répandues dans notre pays, à ce qui existait autrefois, quand des castes hautaines exigeaient devant elles l’humiliation et le respect des travailleurs.
- Les temps sont bien changés !... Nous sommes tous égaux devant le suffrage universel, et quiconque Rem à la main son bulletin de vote ale droit de relever faere-ment la tête. ,.
- L’orateur termine par un rapide examen dès conditions constitutionnelles indispensables à un pays libre, mais il ne croit pas à la nécessité de se renfermer dans des formes convenues d’avance. Où nous ont conduits les tribuns et les consuls empruntés à la vieille Rome • •• La démocratie a grandi au milieu des luttes sans sm cours ni encouragements, çpmblafilê à ces enfant éfàyjf sur le pavé de nos grandes villes* Elle n’en est pasmom-
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- devenue forte, digne d’inspirer l’admiration, même à ses plus persévérants adversaires.
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- Rejet de la caisse de retraites. — Le
- Conseil général de la Sejne a repoussé une proposition présentée sous forme de vœu par un de ses membres, projet qui tendait à créer une caisse de retraite au moyen d’une cotisation obligatoire de toute personne ayant de 20 à 60 ans,
- * *
- Réunion de Villefrauclrp. — M. Guyot, député du Rhône, a convoqué l’autre jour ses électeurs et a développé devant eux ses idées sur la question sociale,
- Il a commencé par démontrer tous les dangers que le jésuitisme fait courir à la société moderne.
- Les jésuites ayant en mains l’éducation de tous les fils de la petite bourgeoisie font des réactionnaires de tous ces jeunes gens qui devraient être un des plus fermes appuis des idées républicaines.
- Ce sont aussi les jésuites qui nous ont fait des magistrats et des officiers hostiles à la République.
- Ce sont encore eux qui introduisent leurs créatures dans les administrations.
- Il y a là un grand danger que le gouvernement avait le devoir de prévoir.
- Les cercles catholiques militaires et ouvriers sont encore une des œuvres dangereuses du jésuitisme,
- Dans les cercles militaires on pratique un véritable embauchage de l'armée. Dans les cercles ouvriers on conspire ouvertement,
- M. Chesnelong y prononce les discours que l’on sait.
- M de Mua y prêche le socialisme catholique, qui est la négation de l’organisation sociale issue de la Révolution, de laquelle date l’émancipation des paysans et des artisans.
- M. Gu'yot fait justice du socialisme mystique, dont les conséquences ont été : d’abord» au Moyen-Age. l’asservissement du peuple, aggravé d’une épouvantable misère, et, de nos jours, le communisme bête, mortel des couvents et des monastères, où les orphelines et les frères lais sont odieusement exploités et font une concurrence désastreuse au travail libre.
- M. de Mun abuse de la crédulité de ses auditeurs naïfs, lorsqu’il leur dit que le catholicisme peut résoudre la question sociale.
- La solution de cette question est dans le travail et la liberté. Or, les cléricaux sont les ennemis de la liberté, et ils prétendent que le travail est une pénitence imposée à l’homme.
- L’orateur démontre facilement combien la République peut plus réellement que le cléricalisme résoudre les questions sociales.
- La République, eu répandant l’instruction partout, en répartissant plus également les impôts, en favorisant l’épargne et la création des caisses'de retraite pour la vieillesse, en réalisant des réformes et des progrès, fait du yrai et du bon socialisme,
- Et cela vaut mieux que des formules vaines et creuses, telles que celles du collectivisme et de la liquidation sociale.
- M Guyot n’est cependant pas de ceux qui croient que tout est pour le mieux. Il étudie attentivement les questions sociales, mais il ne s’égare pas dans les rêves généreux, mais irréalisables, des Gabet, des Robert Owen. Il veut les choses praticables ; M. Guyot considère par exemple, comme possibles, la solution de la question des invalides du travail, la réduction du service militaire, la liberté d’association et l’existence légale des ehambras syndicales ouvrières.
- D’autres progrès, également utiles au point de vue social, pourront être réalisés par la suite, mais on ne peut atteindre à l’idéal, chaque pas fait dans la civilisation, le plaçant plus haut et plus loin, comme un point lumineux vers lequel l’humanité gravitera sans cesse sans pouvoir jamais l’atteindre*
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- Moralité publique. — La réunion de la salle Levis que nous avions fcnnoncée a été une véritable manifestation contre la police des mœurs. L’assistance, composée de près de 2,000 personnes s’est montrée très sympathique aux orateurs. Plusieurs des conseilers municipaux de Paris assistaient aux débats et y ont pris part.
- La réunion a déclaré se rallier à VAssociation pour l'a’-bolition de la prostitution réglementée, et a voté une in-vitaton à tous les mandataires du peuple, conseillers municipaux, députés et sénateurs à faire cesser au plus tôt le système dit de la police des mœurs, système illégal dans son origine, arbitraire dans son application, immoral dans ses conséquences. ’ .
- L’adoption de cette resolution a été votée à l’unanimité.
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- Aménités cléricales. — Voici ce que nous apprend le Courrier de la Rochelle :
- « Le jour de Pâques, à vêpres, dans une église del’île d’Oléron, ûn prédicateur congréganiste dont nous ignorons le nom vociférait, le feu dans le regard et dans l’âme, les indignités qu’on va lire :
- « Les hommes qui nous gouvernent, s’écriait-il, sont » des niais, des gredins et des lâches..., c’est une pour-» riture envahie par les vers...
- » La guerre civile est proche, ajoutait-il, et je ne crois » pas me tromper en vous prédisant que nous l’aurons » avant un an..., apprêtons-nous à soutenir cette lutte » au nom et dans l’intérêt de la religion... »
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- Société mxitaclle de travail et ct’assis-tance. :— Le but de cette Société es* de servir de lien entre les patrons et le personnel dont ils ont besoin. C’est une Société mutuelle pour le travail, comme il en existe déjà pour les secours en cas de maladie.
- Les sociétaires seuls ont le droit d’obtenir du travail par l’entremise de l’œùvre et n’ont absolument rien à payer pour cela; mais, en revanche, ils s’engagent à adressera la Société les vacances d’emploi qu’ils connaîtront ou engagent les personnes qui ont besoin de ser-( vileurs ou d'employés à s’adresser à la Société.
- La solidarité humaine comprise, appliquée de la façon la plus large, car tous les hommes sont appelés, sont sollicités à se donner la main dans cette œuvre universelle de la mutualité.
- Cette œuvre philanthropique sera certainement soutenue par tous les amis du progrès, car l’article premier des statuts est ainsi conçu :
- « Article Ier. — ua Société mutuelle de travail et d’assistance a pour but de répandre et de mettre en pratique les grands principes de la fraternité universelle en procurant du travail, des emplois et même des secours à ceux de ses adhérents qui en opt besoin.
- » Elle ne prend aucun drapeau de nationalité ni de culte, en s’inspirant d« ces grandes paroles : « Àimez-» vous les uns les autres, aime ton prochain comme » toi-même. »
- Cette Société compte déjà six cents membres.
- Le directeur fait un cours gratuit de comptabilité aux sociétaires qui en font la demande.
- On trouve au aiège de la Société des leçons de français, d’allemand, d’anglais, d’espagnol, et de toutes les langues.
- Pour les membres participants, le versement annuel n’est pas limité au-dessus d’un minimum de 3 fr. par an, ce qui ne fait pas un centime par jour.
- S’adresser pour tous les emplois à offrir au siège de la Société, 82, rue Notre-Dame-de-Nazareth.
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- ALLEMAGNE
- _ XJ» essai de navigation aérienne a eu
- lieu le 28 mars à Leipzig. L’appareil inventé par M. Baumgarten est une espèce de ballon auquel sont attachées trois nacelles en osier, munies chacune de dix ou onze ailes qu’une manivelle met en mouvement. L’inventeur s’était placé dans la nacelle du milieu* et
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- ses aides chargés-de la manœuvre dans les deux autres.
- En présence d’une grande affluence, les cordes ont été lâchées et le navire aérien s’est élevé assez lentement dans les airs. Il est venu ensuite, au milieu de sa course, Taser les toits des maisons; à ce moment, tous les gens qui étaient occupés à la manœuvre, saisis de crainte, ont sauté à has des nacelles et ont abandonné la direction du ballon qui est remonté aussitôt jusqu’à une hauteur de 4,000 pieds. L’effroi des specteurs était à son comble. On apercevait le malheureux aéronaute qui faisait des efforts surhumains pour ne pas être emporté par le vent; puis tout à coup on vit le ballon redescendre avec une rapidité vertigineuse.- il avait éclaté, et tout le gaz s’était échappé par la déchirure.
- Cependant, dit la Dresdener Zeüung, l’aéronaute ne s’est pas dangereusement blessé dans cette terrible chute; il n’est nullement découragé et se croit si près d’avoir résolu le problème de la navigation aérienne qu’il recommencera prochainement son expérience aux environs de Leipzig, où ceux qui l’accompagneront dans les airs ne rencontreront probablement pas de toits leur ©tirant un refuge pendant l’ascension.
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- deux grands collèges, qui, terminés avant le 2 novembre prochain, devront recevoir environ 2000 élèves. Cette vaste construction sera faite sur des terrains que les pères jésuites ont récemment achetés.
- Beaucoup de demandes d’élèves sont déjà parvenues à l’une des directions des établissements de la rue des Postes et de la maison Saint-Ignace, et bientôt on ne poxirra plus suffire au grand nombre des demandes. Informations prises, le prince de Monaco et tout son entourage sont favorables à l’arrivée des jésuites dans la principauté, tandis que l’administration du casino de Monte-Carlo s’y oppose formellement, en alléguant des complications politiques qui pourraient survenir avec la France et l’Italie.
- Les jésuites ont déjà à Monaco un collège italien, qui est en pleine prospérité et qui élève des enfants des meilleures familles italiennes. On ne sait trop, pour le moment, si le projet des jésuites pourra arriver à une heureuse fin, étant donnés l’assentiment du prince de Monaco et l’opposition de l’administration du casino de Monte-Carlo.
- SUISSE-
- Des sources sulfureuses viennent de surgir dans le tunnel du Gothard. On se propose de les exploiter.
- Qui donc aurait prévu que ce gigantesque travail de percement aurait aussi un avantage médical?
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- Éleotion de curé — Dimanche a eu lieu l’élection du curé de la ville de Fribourg. En France, le gouvernement nommerait sur présentation de l'évêque. En Allemagne, l’évêque nommerait, mais il serait tenu aux termes de dispositions des lois de Mai dont Léon XIII a récemment autorisé l’observation de communiquer le nom de l’élu au gouvernement. A Fribourg, et cela depuis un temps immémorial, le pape ni l’évêque n’ont rien à voir dans la nomination, ce sont les bourgeois qui choisissent leur curé, et c’est dans l’église même qu’ils votent au scrutin.
- Le candidat présenté à l’asrsemblée électorale par M. Alexandre Gendre, au nom des libéraux, M. le chanoine Perriard jeune a été élu.
- ESPAGNE
- Les Jésuites. — On écrit à Y Indépendant des Basses-Pyrénées :
- Une dépêche annonce que plusieurs jésuites sont arrivés au couvent de Loyola, près d’Aspeitia, où des préparatifs ont été faits pour les recevoir.
- D’après certains renseignements que nous recevons de bonne source, les jésuites songeraient à fonder un établissement sur la frontière même, à Urdach, dans un ancien couvent de cette localité.
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- MONACO
- Les Jésuites. — Nous avons signalé à plusieurs reprises le fait que la principauté de Monaco devient le repaire de tout ce que la France et l’Italie expulse.
- Cette ville déjà si fertile en croupiers, en prostituées et en chevaliers d’industrie va s’enrichir d’un bon nombre de jésuites.
- L’affaire des congrégations religieuses et des jésuites en particulier, préoccupe en ce môment-ci très vivement l’opinion publique à Monaco, et l’on se demande de part et d’autre avec anxiété quel sera le dénoûment de cette crise. A Monaco règne cette préoccupation qui a été encore augmentée lorsqu’on a appris qu’un architecte très connu à Paris, venait d’arriver dans la principauté, portant des projets et des plans établis sous la direction du père général des jésuites et de M. Chesne-long ; cet architecte vient procéder à la construction de
- ANGLETERRE
- Les téléphonés. — On procède à Londres à la pose d’un réseau de téléphones destinés à réunir les cours qui siègent dans Chancery Lane et celles qui tiennent leurs séances à Westminster.
- Les hommes de loi communiqueront ainsi avec autant de facilité que si tous les services judiciaires étaient concentrés. On épargne de la sorte les sommes énormes qu’aurait nécessitées la construction d’un nouveau palais de justice.
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- Les j ésuites. — De vastes terrains à Jersey ont été acquis récemment par la Société de Jésus, pour y installer des maisons d’éducation, pour le jour où les jésuites devront quitter la France.
- Y Y
- AFRIQUE
- Domestication des» éléphants. — La question de cette domestication se pose enfin d’une manière pratique. Nous en trouvons la nouvelle dans un recueil très sérieux : l'Afrique explorée et civilisée, publié par M. Ch. Faure sous la direction de M. Gustave Moynier. L’initiative est attribuée au roi des Belges, lequel a décidé qu'une station sera installée au village de Simba pour la capture, la domestication et le dressage des éléphants d’Afrique.
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- TURQUIE
- Suites de la guerre. — La péninsule des Balkans est devenue la terre classique du brigandage. C’est la conséquence des guerres, de la mauvaise administration et des souffrances des populations. On n'entend parler que de bandes, de pillage, de meurtres et d’exactions de toute espèce.
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- ETATS-UNIS
- ILes femmes docteurs. — Le Waman’s Words de Philadelphie, l’un des journaux américains les plus dévoués à la cause des femmes, et l’un des mieux faits, a eu l’excellente idée de publier les noms et les adresses de toutes les femmes qui, à Philadelphie et à Washington, exercent une profession. Nous trouvons dans la première liste "jusqu’à dix-sept femmes médecins pour la seule ville de Philadelphie.
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- RÉFLEXIONS SUR L’AFFAIRE BIÈRE
- Les journaux de Paris ont consacré de nombreuses colonnes aux réflexions que fait naître l'affaire Bière-Gentien qui vient d’occuper la Cour d’assises ?. de la Seine.
- Condamnés par notre périodicité hebdomadaire à venir après eux, nous jugerions plus sage de nous taire si nos réflexions avaient quelque rapport avec les leurs. Mais il n’en est rien. Aucun journal n’a dit un seul mot de l’enseignement le plus vif qui ressort de toute cette affaire.
- Rappelons en deux mots de quoi il s’agit.
- Un jeune homme riche, oisif, d'une tenue correcte, d’un extérieur convenable, répondant parfaitement à l’appellation d' «homme comme il faut » fa rencontré une jeune artiste à la voix d'or, à l’imagination exaltée, au talent apprécié des connaisseurs et en passe de devenir célèbre. L’honnêteté de la jeune artiste est au-dessus de tout soupçon; elle a vécu dix ans dans le théâtre sans que jamais elle ait failli. Cette réputation pique le jeune homme. Il courtise la jeune artiste, il la poursuit, il cherche et arrive à se faire aimer d’elle ; elle se livre à lui par amour, sans réserve, sans calcul, sans arrière pensée, puis, quand elle est devenue mère, quand elle a perdu sa fraîcheur, sa santé, sa voix, cette belle voix qui l'avait rendue célèbre et qui assurait son avenir, son amant la congédie, il se refuse à reconnaître l’enfant, ne veut même pas consentir à le voir, et recommence avec d’autres femmes son existence de viveur. Sa conscience ne lui reproche rien, dit-il, il se considère même comme un parfait galant homme puis-qu’en abandonnant sa maîtresse et son enfant il leur assure une pension.
- Ces choses là se voient tous les jours. Il est reçu dans notre société que les enfants illégitimes peuvent être reniés par leurs pères et qu’un homme aimé, lorsqu’il est rassasié d’une femme, peut être oublieux de l’amour que cette femme lui a donné.
- Dans le cas qui nous occupe la mère accepta la situation. Elle reporta sur son enfant toutes les tendresses de son cœur brisé. Mais cette consolation ne devait pas être de longue durée et le frêle petit être adoré, né chétif, ne tarda pas à mourir.
- Alors, sous l'influence de l’abandon, et du deuil, une pensée de vengeance nait et grandit dans l'àme déchirée de la pauvre femme. Navrée par la position que lui fait la société, affolée par l’impassibilité dédaigneuse de celui qui aurait dû lui servir d’appui, elle résout de se faire justice à elle-même, Elle guette son ancien amant et au moment
- même où elle l’aperçoit en compagnie d'une autre femme, elle fait feu sur lui de deux coups de son revolver et lui loge deux balles dans le corps.
- Rien dans tout cela n’est bien exceptionnel. Ces drames du désespoir sont nombreux dans le monde, et si, lorsqu’ils éclatent, ils n’ont pas un aussi vif retentissement que celui-ci, c’est qu’ils n’ont pas pour auteur comme aujourd’hui une artiste applaudie sur les grandes scènes.
- Mais ce qui est nouveau, ou du moins ce qui ne s’était pas vu depuis longtemps, peut-être depuis l’affaire Marambat où un père tua le séducteür de sa fille, c’est l’attitude décidée du public. Dès le premier jour, il a embrassé la cause de l’accusée et s’est déclaré hostile à l’ancien amant. Et plus les débats ont avancé dans leur cours, plus cette attitude s’est accentuée. Elle arriva même à intervertir les rôles et à considérer M. Gentien comme l’accusé véritable, et l’agresseur comme la vraie victime. Le verdict d’acquittement de Mlle Bière a été salué par de vifs applaudissements et le défenseur, Me Lachaud, a été l’objet à sa sortie du palais de chaleureuses acclamations.
- Ce verdict négatif du jury, ce tribunal de l'opinion fonctionnant à côté du tribunal de la loi, condamnant celui envers qui la loi reste muette et absolvant celui qui se fait justice à lui-même dans un cas où la loi ne le protège pas, cette explosion de pitié qui a poussé le public à prendre fait et cause pour l’accusée, cette commisération témoignée à la blessure morale de l’inculpée et refusée aux deux blessures physiques de son ancien amant, enfin cette réprobation morale de l’attditoire à l’égard d’un homme en qui les lois actuelles n’ont vu que la victime d’un attentat, tout cela est significatif, tout cela est de bon augure, tout cela est encourageant.
- C’est qu’en effet nous sommes tous trop enclins à croire notre époque pire qu’elle est ; nous la considérons trop comme un temps d’indifférence et d’égoïsme où tout est absorbé par les préoccupations matérielles. Il est bon, il est consolant que de temps à autre le public se charge de démentir lui-même ce pessimisme outré. Il vient de le faire, et de la manière la plus éclatante, durant le procès Bière-Gentien. Qui donc, après ce qui vient de se voir, oserait soutenir encore que la foule est égoïste et indifférente ? Mais elle était tout ce qu’il y a de plus désintéressée dans cette affaire et pourtant elle a porté l’intérêt le plus vif, le plus continu, le plus clairement manifesté, à la personne que la justice traduisait à sa barre ! Allez soutenir après cela, si vous l’osez, que les sen-
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- timents de.sympathie s’éteignent dans les masses, que le sens moral s’y oblitère, que la situation fortunée d’un homme lui assure de la part de l’opinion publique l’approbation de sa conduite ! Tous ces vieux clichés sont à refondre. Messieurs les misanthropes doivent en prendre leur parti : les faits démentent leurs assortions. Le sens moral est plus vivace qu’ils ne le disent, il est plus développé qu’on ne le croit généralement, il va plus loin que la loi, il a plus qu’elle le juste sentiment du devoir, il témoigne même de scrupules et de délicatesses que la loi ne connaît pas. C'est ainsi que dès 1 instant où M. G-entien a parlé de la rente qu'il servait à Mlle Bière après son abandon et qu’il a déclaré que dans son sentiment la compensation était suffisante, il a eu toute l’opinion publique contre lui -
- Ne sentez vous pas tout ce que cette attitude révèle ? Ne trouvez vous pas qu’elle en dit long sur les sentiments intimes de ce public tant calomnié ?
- Mais cela prouve que la foule a un sentiment profond de la justice; qu’elle ne considère pas un homme comme quitte de ses devoirs parce qu’il s’impose un sacrifice d’argent ; qu’elle ne veut pas qu’au dévouement sans réserve d’une femme on réponde par la froideur, par l’abandon, par l’oubli, par l’impassibilité dédaigneuse ; qu’elle exige qu’un père, au lieu de prendre avant tout ses aises et de vivre à sa guise, soit un père pour 1 enfant qu’il sait être le sien ; enfin qu’elle est lasse de tous ces désœuvrés, qui, au lieu d’embrasser quelque fonction utile à la société, trouvent plus commode de vivre du travail des autres et d’occuper leurs loisirs à séduire les filles du peuple, dépensant pour les perdre vingt fois plus d’argent qu’il n’en faudrait pour les sauver.
- Proclamons le bien haut, quand l’opinion publique a de telles exigences et qu’elle éprouve, comme cela vient d’être le cas, un si vif besoin de les manifester, il est permis, il est logique d’espérer et d’avoir confiance dans l’avenir.
- En. Champury.
- ---- -loaoOOOOonra»”—-
- ' Le Pont de l’Eaist River
- Nous avons promis à nos lecteurs de leur donner quelques détails sur la curieuse manière dont ont été faites les fondations des piles colossales du pont de New-York à Brooklyn, qui se termine en ce moment.
- Ces piles devaient être fondées sur deux caissons descendus jusque dans la terre solide ; on fit donc sur le rivage ces deux caissons, colossales cloches à plongeur semblables à des navires à fond plat retournés la carène eu haut. Lancés à la mer comme des vaisseaux il furent conduits sur l’emplacement où devaient s'élever les piles. Tout en les gardant pleins d’air par l action des pompeVfuulaütes, on les surchagea sür leur face supérieure. jusqu’àv ce qu’ils fussent descendus au fond de l’eau, le plateau supérieur dépassant encore la surface
- liquide et formant au milieu du détroit deux îles artificielles, sur lesquelles on pouvait édifier les premières assises des tours de granit. Pendant que les maçons appareillaient les pièces sur le caisson, les terrassiers creusaient le fond de la mer à son intérieur pour les faire descendre lentement dans la fouille ; en même temps, pour ne pas laisser le niveau de la pile descendre au-dessous de la mer, on ajoutait de nouvelles assises au fur et à mesure que le caisson portant les maçonneries descendait plus profondément.
- Jamais pareille cloche à plongeur n’a été vue : elle avait 63 mètres de longueur sur 31 de largeur ; l’in té— térieur formait une place sous-marine où 236 hommes travaillaient à la fois. En même temps 260 autres ouvriers construisaient la pile au-dessus de l’eau à l’étage supérieur de ce chantier à double fond.
- Les 2 étages communiquaient par deux écluses à air pour le passage des ouvriers. Deux chaînes à godets fonctionnaient pour l’extraction des déblais. Deux larges tubes h soupapes s’oppsant à la sortie de l’air comprimé servaient à l’introduction des matériauux. Des conduits amenaient l’eau douce aux travailleurs; d’autres conduits évacuaient les eaux vaseuses. 56 foyers de lumière oxhy drique éclairaient les travaux dans cette invraisemblable mais très réelle place sous-marine.
- LE DERNIER-NÉ DE GINXO
- SA NAISSANCE ET SES AUTRES INFORTUNES
- PakM. JENKINS
- III. — Travail et idées
- Revenons à Ginx formulant sa menace près de sa femme qui, couchée en ce moment, allaitait leur 12® enfant.
- Ginx avait pour Betzy une affection instinctive qui mettait celle-ci à l’abri de toute brutalité de la part de son mari, même quand ce dernier était pris de boisson Du reste Ginx avait rarement offensé qui que ce fût.
- Ce n’était pas contre des êtres en chair et. en os qu’il luttait ; c’était contre la pierre et l’argile, contre le désordre et la confusion dans la matière. Ses mains calleuses attestaient ses combats,et peut-être sa nature abrupte avait-elle emprunté de sa rudesse aux choses avec lesquelles il bâtaillait.
- Ginx était doué d’une volonté énergique; sa vie n’avait été qu’un dur labeur, surtout depuis son mariage, et, justice à lui rendre, il avait toujours agi honnêtement pour le bien de sa famille dans les limites de sa connaissance et de ses moyens. Limites bien étroites, hélas !
- Chaque semaine il jetait dans le tablier de Mme Ginx les 18 ou 20 sh. (au plus 25 fr.) que grâce à sa force et à sa sobriété, il gagnait régulièrement ; il il ne gardait par devers lui que 6 pences (douze sous) pour le public house, où il se réfugiait le dimanche, après le dîner de la famille. Une douzaine d’enfants
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- le devoir
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- envahissant ce qae les chambres offraient d'espace* c’était pins que n’en pouvait supporter Ginx. Gomme il ne se sentait pas le courage de faire ce qui se pratique communément, c’est-à dire de mettre ses enfants à la porte au risque de les voir ramassés dans une razzia par « l’Ecole du Dimanche », (1) il sortait lui-même pour causer avec les esprits les plus modestes de l’estaminet du « dragon » ou pour écouter, à moitié endormi, quelque démagogue indiquant des remèdes aux abus de la société.
- Notre ami était presque aussi ignorant que si Eve n’avait jamais touché au fruit de l’arbre de la science du bien et du mal. Complètement étranger à toute idée politique, il ne savait rien du mécanisme d’un gouvernement. La reine, il n’ignorait pas qu’elle existait; il l’avait vue. La chambre des Lords et celle des Communes étaient pour lui de vagues déités possédant d’étranges pouvoirs. A la vérité, il avait bien vu parfois quelques-uns de ses compagnons, moins ignorants que lui, applaudir, au passage, certains gentlemen, tels que le Chancelier de l’Echiquier et ie premier Ministre; mais quelle supériorité pouvaient avoir ces hommes qui ne brillaient pas par la force physique et dont Ginx disait, en les comparant à lui-même : « Je les renverserais en les touchant du bout du doigt. » Il s’inquiétait peu si de tels personnages étaient utiles ou nuisibles.
- Les fonctions d’un gouvernement étaient pour lui les mystères de l’Asie. Tout ce qu’il comprenait, c’est qu’il fallait au Pouvoir un bras vigoureux comme celui avec lequel il maintenait l’ordre dans son propre royaume. De là cette confusion fréquente chez lui du gouvernement avec la police. A son point de I vue, cette dernière avait pour mission de faire table | rase des malfaiteurs et de maintenir la paix.
- Les fonctions plus élevées du gouvernement se présentaient à son imagination, si toutefois elles s’y présentaient, sous la forme la plus confuse. Le gouvernement établissait des impôts... cela, il était bien obligé de le savoir. Le gouvernement entretenait les
- G) Les Ecoles du Dimanche sont fondées généralement par des congrégations rel gieuses, quelquefois par Rs paroisses elles-mêmes ; elles s’adressent surtout aux enfants pauvres.
- Les professeurs ne sont pas payés, ils n’appartiennent pas en général au corps enseignant. Ils se distinguent plus par leur zèle religieux que par leur instruction.
- La gouvernement n’a rien avoir dans la direction des uites écoles laquelle est exclusivement confiée à un mi-uistre (Glergyman). L’Evèque du diocèse envoie, une i°is Pan, un délégué appartenant à son clergé pour ins-sort *6S ^üs^tu^ons he ce genre existant dans son res-
- On nomme ces établissements Ecoles du Dimanche, parce que c est ordinairement le dimanche que le minis-e requiert l’aide des maîtres volontaires des deux
- parcs publics, il lui en savait gré Le gouvernement faisait des lois ; mais qu’étaient ces lois ? dans quel but étaient-elles faites ? Ginx l’ignorait. Tout ce qu’il savait de ce dernier point, c’est que les lois influaient sur la hausse ou la baisse du prix du pain, du thé, du sucre et des autres choses de première nécessité. Pourquoi cette influence ? Il ne le compre* naît pas et je ne suis pas certain qu’il s’en préoccupât. Il souffrait parfois de la législation, mais législation et législateurs lui étaient dérobés par une couche de ténèbres si épaisses qu’il lui était impossible de critiquer les théories dont l’essai pratique se faisait à ses dépens.
- Je dois à tout hasard dire quelques mots de cette situation dans un chapitre à part.
- {Â suivre.)
- L’ÉCOLE SECONDAIRE ET SUPÉRIEURE DES JEUNES FILLES A GENÈVE
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- A tout seigneur tout honneur. Le français est naturellement, enseigné dans toutes les divisions : à côté de l’étude de la grammaire, de la syntaxe et de l’orthographe prennent place de nombreux travaux et exercices ; ainsi en ô9 division nos fillettes commencent par écrire de petites narrations sur des groupes de mots, puis elles font des compte-rendus oraux ou non de morceaux lus une ou 2 fois par M®* la Maîtresse : plus tard elles mettent en prose des fables et des contes en vers ; enfin elles s’exercent dans la composition proprement dite, d’abord en prose et sur des sujets donnés par le professeur. En I” division elles les font en vers, le plus souvent sur des sujets libres.
- L’art de la versification est cultivé dans un double but :
- Habituer l’élève à choisir les termes et à donner à sa pensée la forme la plus concise et la plus harmonieuse ; %
- Permettre à l’élève de mieux apprécier les œuvres des poètes.
- Cependant un résultat inespéré s’est produit : Nous avons lu des pièces de vers fort jolies sorties de la plume et du coeur de ces jeunes filles. On connaît même à Genève un petit album de vers composés exclusivement par les jeunes filles de l’Ecole secondaire.
- Parmi les exercices se comptent d’abord les dictées depuis les plus faciles jusqu’aux plus ardues et hérissées de difficultés ; en lre division on arrive à la composition de dictées par les élèves. C’est un ex-
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- cellent exercice à recommander aux jeunes personnes qui veulent se vouer à l’enseignement. A coté des dictées viennent les analyses grammaticales et logiques, les explications de grammaire; les travaux dits « de chrestomatie » qui consistent en remarques grammaticales, logiques, rhétoriques et littéraires faites sur des morceaux choisis parmi nos meilleurs auteurs. En 2e division on s’occupe tout spécialement de l’étude des homonymes, synonymes, gallicismes, néologismes, règles de l’étymologie, racines grecques et latines.
- A l’étude du français se rattachent pour les trois divisions supérieures celles de 1 art d écrire et de 1 histoire de la littérature française, partie qui n'est plus confiée à la maîtresse d’études mais à un professeur particulier.
- La Géographie est commencée en 6e division par l’étude du globe en général, saforme, ses mouvements, ses grandes divisions; puis viennent l’étude des continents au point de vue physique et ensuite au point de vue politique; enfin, en lre division, la géographie commerciale. Cette branche est entièrement confiée aux maîtresses d’études; mais elle est accompagnée d’un cours de cosmographie, (cours donné par un professeur en lre division seulement). Dans tous les degrés on calque et on dessine des cartes d’après l’atlas ou de mémoire, et l’on compose des voyages plus ou moins étendus et détaillés, soit à l'aide de cartes muettes, soit même complètement de mémoire.
- Nombres entiers, fractions décimales et ordinaires, proportions, règles de trois simples et composées» règles d’intérêt, d’escompte, de société, de partage et fi’alliages, notions sur les changes et fonds publics, les comptes-courants et les racines carrées, enfin théorie complète de ces diverses opérations et applications pratiques, tel est l’objet de l’enseignement aux jeunes filles dans les diverses classes par les deux professeurs d’arithmétique.
- La calligraphie enseignée par des maîtres spéciaux n’offre rien de particulier. „
- La musique est, à l’ecole secondaire, 1 objet de beaucoup de soins. De nombreux exercices de solfège tendent à assouplir les jeunes voix, à former l’oreille, et à habituer l’enfant à noter sous dictée les morceaux qne le professeur chante.
- Ici une explication est nécessaire.
- Le professeur donne le ton puis il dicte positivement les sons, il ne prononce aucun nom de notes et c’est à l’élève à juger d’après le son, quel signe ou plutôt quel chiffre elle doit écrire pour que la dictée corresponde, à celle de son maître. Il va sans dire que cet exercice n’est possible *
- qu’avec la méthode Chevé. Quand la dictée est reconnue correcte, ou, s’il y avait des fautes, quand elle est corrigée, vient le tour de la mesure. Le professeur la bat en répétant la dictée et l’élève doit chercher la valeur des notes.
- C’est encore-là un exercice à recommander car fi met à même de noter où que ce soit toute espèce de morceau de musique. Il nous est souvent arrivé de voir une jeune personne, au spectacle, noter sur son programme une mélodie qui la charmait, et cela sans hésitation. Cette éducation musicale est donc soignée bien plus en vue de faire aimer la musique que que pour créer de véritables machines à pianoter.
- Dans les divisions supérieures surtout, où l’oncon-nait aussi bien la musique chiffrée que la musique usuelle, on fait apprendre des chœurs et des chants à plusieui s voix.
- On ne commence l’étude de la langue allemande qu’en 5e division où la maîtresse donne les tout premiers éléments. Dans les 4 autres divisions on étudie toute la grammaire, de sorte qu’en sortant de lre les élèves n’éprouvent pas de sérieuses difficultés à suivre le cours de syntaxe et de littérature professé en allemand dans les « cours supérieurs, »
- Le champ que les professeurs d’histoire ont à parcourir est immense ; il.va des temps les plus reculés jusqu’à la fin de la révolution française, laissant [ our les « cours supérieurs » l’histoire contemporaine, l’histoire nationale détaillée, et l’étude plus approfondie d’un siècle de l’histoire moderne.
- La physique, la botanique, la zoologie, l’hygiène et l’économie domestique sont des cours particuliers à la première division auxquels nous ne nous arrêter rons pas.
- La diction confiée jusqu’en 4® division à la maîtresse et depuis là à un professeur, comprend avant tout la récitation et la lecture de poésies et de fragments de nos classiques et même de nos poètes contemporains ; mais nos jeunes filles ne craignent pas d’aborder la grande comédie et en jouent au moins de longues scènes sous la direction de leur maître. A plus d’une reprise elles ont donné dan» des but de bienfaisance des représentations publiques couronnées d’un plein succès.
- Les dernières branches de l’enseignement dont nous avions à parler sont la couture, le dessin et la gymnastique. Cela fera l’objet de notre prochain article. H. C. C.
- (4. suivre).
- I.... ——
- Le Directeur-Gérant : Godin)
- Saint-Quentin
- lmp. de la Société anonyme du Glaneur
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- DIMANCHE 25 AVRIL 1880
- y ANNÉE, TOME 4 — N”
- 85
- £e numéro hebdomadaire 20
- c.
- JOURNAL DES RÉFORMES SOCIALES
- bureau
- A GUISE (Aisne
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant. Fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE
- par l’envoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France
- Un an. . . .
- Six mois. . .
- Trois mois. .
- 10 f. »»
- 6 »» 3 »*
- Pays d’Europe
- Un an. . . . 11 f. »» Autres pays Un an . . . . 13 f. 60
- Rédacteur en chef : M. Ed. Champury
- ON S’ABONNE
- A PARIS
- 5,rNeuve-des-Petits-Champ«
- Passage des Deux-Pavillons)
- S’adresser à M. LEYMARIE, administrateur delà Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- Mutualité sociale. — Semaine 'politique. —Notes d'un liseur. — Les intérêts de l'enfance et le familistère. — Exécution de l'opportunisme. — Banquet des disciples de Fourier. — Mouvement coopératif. — Petites nouvelles. — Indépendance de l'instituteur. — Feuilleton : Le dernier né de Ginæ — Les ouvriers, le tabac et Valcool. — Bulletin bibliographique — Variétés.
- MUTUALITÉ SOCIALE
- ET
- ASSOCIATION DU CAPITAL ET DU TRAVAIL
- Par M. GODIN
- NOTIONS PRÉLIMINAIRES
- Chapitre IV.
- Le# voiest de la -vie humaine.
- Absorbé par la recherche des lois d’ordre matériel capables d’améliorer son existence, l’homme ne voit pas que ces lois sont corrélatives d’un progrès supérieur dans la vie et souvent même il est porté à nier qu’il en soit ainsi.
- Pour ceux qui se complaisent dans cette opi-ftion, Je bien et le mal sont indifférents, ou plutôt il n’y a philosophiquement ni bien ni mal,. Puisque l’homme de bien et le méchant tombent paiement dans le néant après la mort.
- Mais la justice distributive des lois universelles ne veut pas qu’il en soit ainsi. Non, le misérable qui a employé son existence à torturer les autres hommes ne sera pas après la mort l’égal de celui qui a dévoué toute sa vie au bien des autres.
- C’est là ce que je veux expliquer ici pour faire comprendre l’importance des actions et des oeuvres dans la vie matérielle, au point de vue du progrès intelleotLiel et moral des individus et de l’humanité.
- La raison d’accord avec les faits acquis à la science psychologique et la révélation que ces faits apportent confirment aujourd’hui :
- Que les oeuvres utiles, les intentions qui ont présidé à leur conception trouvent leur glorification dans l’éternité de l’existence et de la vie;
- Que par les lois de justice universelle, d’afïi-nité, d’attraction, l’être se classe dans ses existences successives suivant la valeur des actes qu’il a accomplis, des facultés qu’il a développées en lui-même, suivant enfin ce qu’il est en état d’accomplir encore pour le bien et le progrès de la vie générale.
- L’existence matérielle est donc un des progrès innombrables de la vie, dans lequel la créature doit acquérir les vertus propres à l’élever à un degré supérieur.
- Pour qu’il en soit ainsi, il faut que l’homme sache triompher de ses imperfections morales ; il faut qu’à travers les convoitises de sa nature matérielle, il sache s’élever à l’amour du
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- juste, à l’amour de l’équilibre dans la vie générale.
- La loi de la vie qui sur la terre fixe la différence entré la créature primitive et l’être régénéré se distingue par ces deux états :
- L’Égoïté, vivre pour soi ;
- La Fraternité, vivre pour autrui.
- Vivre pour soi est le propre de la brute, c’est la condition de la créature confinée dans les appétits matériels ;
- Vivre pour autrui, c’est la vertu de l’être s’élevant à l’amour de la vie universelle, c’est l’esprit se dégageant des imperfections de la matière pour s’identifier aux vertus des régions supérieures de l’existence.
- Telle est la différence qui fait que par ses penchants égoïstes, l’homme est attaché aux tribulations de la vie matérielle, ou que,par ses vertus fraternelles, il se rend digne d’une existence supérieure au sein de la lumière et de la pure substance.
- Tant que l’homme est dans l’amour de soi et dans la convoitise des honneurs du monde, il est dans l’égoïté et ne possède ni le sentiment du devoir, ni celui du droit ; il ne connaît ni le bien ni le mal ; ce que le monde condamne,il le condamne ; ce que le monde absout, il l’absout.
- Il admet comme mal ce qu’on dit être mal, il considère comme bien ce qu’on dit être bien. Le sentiment du juste lui échappe.
- Par conséquent, il fait indifféremment le mal OU le bien,selon que cela lui rapporte honneurs et profits : car l’homme qui est dans l’amour de soi et dans les convoitises mondaines n’a d’autre règle de conduite que les satisfactions de sa personne.
- Quand, au contraire, l’homme s’élève à l’amour des autres hommes et au désir du progrès de la vie humaine, il est dans la Fraternité ; le respect du droit et l’observation du devoir sont la règle de ses actions.
- Il sait distinguer et pratiquer le bien ; il sait éloigner et repousser le mal.
- Son esprit s’éclairant à la lumière du vrai et son cœur s’inspirant de l’amour du bien, il se donne pour règle de travailler au bien de ses semblables en vue du progrès de la vie humaine, du ^progrès de la société et de h huma- „ nité. Le sentiment de la justice inspire toutes
- ses actions, et toutes ses actions ont pour objet le bien des autres hommes.
- L’amour de soi et des honneurs du monde pour soi,
- L’amour d’autrui et du progrès de la vie dans l’humanité,
- Tels sont les deux états qui marquent la séparation entre la voie descendante et la voie ascendante de la vie.
- Les hommes aveuglés par l’égoïsme et préoccupés avant tout de leur intérêt personnel n’ont pu saisir toute la portée des préceptes de la sagesse, ni à bien plus forte raison concevoir les institutions civiles et politiques assurant la mise en pratique de ces préceptes, et veillant à ce que l’enseignement des sages ne reste pas sans influence sur nos mœurs et nos lois.
- Loin d’engager les hommes à s’unir et à s’entraider, l’égoïsme les conduit au mépris les uns des autres ; il a pour conséquence des rivalités, des jalousies, des haines mortelles entre les individus et entre les différentes classes de la Société.
- C’est à l’orgueil de la domination qui prend sa source dans l’égoïté, que sont dues toutes les usurpations grandes ou petites dont notre pauvre humanité a été et .est encore affligée. C’est lui qui, s’emparant des nations modernes, détourne leur attention des questions utiles et les oblige à employer toutes leurs ressources, toutes leurs forces aux travaux inproductifs de la guerre, paralysant d’autant l’essor de l’industrie, du travail et du commerce.
- Cependant, si la guerre entre nations et les préoccupations qui en dérivent sont une cause d’affaiblissement et de ruine pour les peuples, si elles ont été et sont encore une des grandes causes de misère des classes laborieuses, ce n’est pas néanmoins à elles seules qu’il faut attribuer le malaise universel.
- Car dans l’état actuel de nos civilisations la puissance du travail est telle qu’elle triompherait assez vite des embarras de la guerre entre nations.
- Mais l’orgueil de la domination est un aussi grand obstacle à la paix intérieure des société? qu’à la paix entre lès peuples ; il est le principe •de toutes les convoitises sociales, "comme 'de toutes les convoitises royales. ^
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- "*^iise de la spoliation des nations entre elles, ’est lui également qui est responsable de la Mauvaise répartition des richesses et des fruits
- du travail dans la société.
- Les principes de la morale supérieure indi-
- ant ce qui est à faire pour nous affranchir
- 1 ** - __________*
- Jjumab Prem*er devoir des hommes consiste . chercher les moyens de traduire en actes ces
- principes*
- L’oeuvre sociale nécessaire consiste donc aujourd’hui à formuler les institutions en accord avec la Véritable morale de l’humanité, c’est-à-dire, avec la loi du progrès de la vie dans l’individu et dans les Sociétés.
- L’action isolée et individuelle de chacun ayant toujours été cause de l’antagonisme des intérêts et de la division parmi les hommes, l’individualisme étant le propre des êtres inférieurs et la source de l’égoïsme, il faut rechercher si Phomme ne doit pas trouver dans l’union et l’association des forces individuelles et sociales l’ordre nouveau'qui aurait pour résultat de mettre les intérêts, et, par conséquent, la conduite de chacun, en accord avec la loi mo-
- rale du devoir.
- Devant cet état de la question, n’est-il pas urgent de remonter aux principes du bien et du mal, afin de préciser avec exactitude quels sont nos devoirs dans la vie, et sur quelle base doivent reposer nos institutions.
- {A suivre.)
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- LA SEMAINE POLITIQUE
- La rentrée clés Cliambres. — La leprise des travaux parlementaires s’est effectuée tout pacifiquement. Si, au SéuU, lecture n’avait été donnée d’une lettre de M. Martel contenant sa démission de président, pour motif de santé, et si le Sénat, n’admettant pas les scrupules de son respectable président, n’avait eu le bon esprit de refuser à l’unanimité sa démission, la réouverture de la session aurait eu lieu sans incidents.
- La Chambre a manifesté son intention d’avancer ses travaux. Elle a supprimé le congé du vendredi et éta o i une répartition régulière des questions à discuter, lui permettra de mener de front ia longue discussion des tarifs fie douane, les affaires courantes et les questions politiques.
- l’in*1 beure .°ü nous écrivons, on discute à la Chambre, nterpellatioü d’un député bonapartiste, M. Gudelle, ur les faits livrés à la publicité par une lettre de lan-secrétaire général duT gouverneur de l’Algérie.» ie lettre, on s’eu souvient, est la lettre de démission ^jU.Juurnault. ",
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- Election» sénatoriales. — Dimanche l’élection sénatoriale delà laute-Vienne a eu un excellent résultat, Un républicain, M. Ninard, a été élu en remplacement d’un monarchiste décédé, M. de Peyramont. Si le résultat est excellent en lui-même, le chiffre des votes en augmente encore la valeur, car il prouve combien de terrain la République a gagné dans la Haute-Vienne depuis E jection de M. de Peyramont au Sénat. D’une élection à l’autre, les partis monarchistes ont perdu 54 voix d’électeurs sénatoriaux et la République en a gagné 41.
- Le sciuiin a év demment porté non-seulement sur la question générale du choix entre la République et la m narchie, mais sur la grande question du jour: la politique du gouvernement à l’égard des congrégations non autorisées, et cette politique a été approuvée par les électeurs de la Haute-Vienne. Nous n’en sommes pas surpris.
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- Les élection» générales. — S’il faut en croire le journal de M. de Girardin, la législature actuelle arriverait à échéance avant son terme normal : « Il est plüs qi e jamais question, dit la France, d’avancer la date des élections générales pour le renouvellement de la Chambre des députés. Régulièrement, ees élections devraient avoir lieu en octobre 1S81, la Chambre actuede ayant été élue le 14 octobre 1877 ; mais M. Gambetta aurait fait i emarquer à plusieurs ministres que la présente législature aura voté quatre budgets, a la fin de 1880, et que si elle ne se sépare qu’au mois d’octobre 1881, il lui faudra en voter un cinquième, celui do 1882. Cet argument en faveur *e l’anticipation des élections générales sera examiné, nous dit-on, dans le prochain conseil des ministres. » D’apr js ceci, il serait donc possible que les élections générales eussent lieu au printemps de l’année prochaine. Cette éve dualité nous parait infiniment moins improbable que celle d’une dissolution prononcée par un futur « ministère centre » qu’une correspondance réactionnaire et fantaisiste, les Tablettes d'un spectateur, prophétise en même temps qu’une rentrée en scène de M. Jules Simon. D’ailleurs, une note du Temps dont l'origine officieuse ne fait pas de doute, proteste contre l’éventualité d’une dissolution, ce qui indique assez que le Président Grévÿ n’est pas favorable à cette mesure.
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- Ees prince» et Parmëe, — M. le comte de Paris, lieutenant-colonel dans l’armée territoriale, vient d’ôlre mis à la suite des officiers de son grade dans un corps de troupe territorial. Conformément à la loi du 20 mars dernier, cette mesure a été également appliquée à tous les autres officiers territoriaux qui étaient attachés au service d’état-major dans l’armée de seconde ligne Nous pouvons même ajouter que,comme le comte de Paris ne remplit aucune des conditions voulues pour être pourvu d’un commandement de chef de régiment et qu’il a dépassé l’âge de quarante ans, il est probable qu’il sera ultérieurement rayé des cadres, ainsi que tous les lieutenants-colonels territoriaux ne provenant pas de la catégorie des officiers supérieurs retraités de l’armée active.
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- Ees enfants «le troupe, — Le général Farre vient de prendre une excellente initiative. Par une circulaire, il ordonne que tous les enfants de troupes âgés de plus de dix ans révolus, soient envoyés désormais exclusivement dans des établissements laïques d’instruction. El ceux qui ne se conformeront pas à cette disposition seront immédiatement rayés des contrôles.
- Il est à coup sûr singulier que les pensionnaires de VElat fussent envoyés dans des écoles dirigées par les adversaires de l'Etat. C’est bien le moins que le gouvernement, en l’absence d’une loi qui établisse l’instruction laïque, ne livre pas aux congrégations les enfants*eonfiés à sa garde et qui doivent un jour appartenir à l’armée de la France.
- Nous félicitons le général Favre de la mesure qu’il
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- vient de prendre. Jusqu’ici, les sentiments républicains du ministre de la guerre se sont traduits par des actes. Nous regrettons de n’en pouvoir dire autant de tous ses collègues.
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- Mouvement diplomatique. —Deux décrets nommant M. le comte Duchâtel ambassadeur à Vienne et M. John Lemoinne ministre plénipotentiaire à Bruxelles ont paru cette semaine au Journal officiel. Le choix de M. Duchâtel n’est peut-être pas tiès heureux, car ce personnage a faibli au 16 Mai. Quant à l’ambassade de Bruxelles, on ne peut que féliciter M. le ministre des affaires étrangères, d’avoir confié ce poste à un écrivain qui est depuis vingt ans la fleur et l’éclat de la presse libérale de Paris et qui s’est distingué par son zèle à combattre le cléricalisme si audacieux en Belgique comme en France. Hâtons-nous de dire que la nomination de M. John Lemoinne est parfaitement accueillie par la presse de Bruxelles. On assure que M. Léon Say ira à Londres remplacer l’amiral Pothuuu, démissionnaire. On pourrait mieux choisir.
- La loi militaire allemande. — Contrairement aux prévisions, le gouvernement, à la troisième lecture de cette loi, a éprouvé un échec, qu’il faut constater, mais qui n’a pas l’importance que lui ont donné les feuilles cléricales.
- La Chambre a adopté, à la majorité de dix voix, un amendement exemptant les ecclésiastiques des exercices militaires de la réserve complémentaire. Cet amendement, ou s’en souvient, avait été combattu, et avec succès, en seconde lecture, par le major de Funek, commissaire du éonseil fédéral. Le générai de Kameke, ministre de la guerre, a été moins heureux en troisième délibération.
- Au fond, cet échec est mince, et le privilège des ecclésiastiques sera peu de chose. Iis demeurent astreints, comme les autres citoyens, au service militaire dans l’armée active. Ils y feront, comme par le passé, une année de service, ainsi que les volontaires d’un an. A ce propos, nous ferons remarquer que les instituteurs sont astreints seulement à six mois de service. Les ecclésiastiques seront ensuite inscrits dans la réserve. Leur seul privilège sera donc d’être exemptés des manœuvres de la réserve complémentaire.
- Nous serions bien heureux s’il en était çle même chez nous et nous nous contenterions de cela. x
- Après cet échec partiel du gouvernement, le reste des articles a été voté, et le Reichtag a adopté, par scrutin public, l’ensemble de la loi, à la majorité de 186 voix contre 128. Avant que la discussion ne s’ouvrit, la presse officieuse avait exprimé un vif désir que la loi militaire fût adoptée à l’unanimité en Allemagne, « comme elle l’a été en France », disait-elle. On voit que le gouvernement est resté loin de compte.
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- Le petit état de siège » Oerlin. — Le
- Reichstag a terminé aussi la discussion du projet de loi contre les socialistes. La commission a obtenu que la loi fût prorogée seulement jusqu’au 30 septembre 1884, c’est à-dire deux ans de moins que ne le demandait lé gouvernement.
- Au cours des débats, le ministre Eulenbourg a défendu la prolongation du petit état de siège à Berlin Le terrorisme exercé par l’agitation démocratique-socialiste rend nécessaire, d’après lui, le maintien de l’état de siège. Une agitation sourde continue à se faire sentir.
- Il est impossible de renoncer en ce moment à l’arme tranchante ne l’état de siège. Ce n’est pas, a dit le ministre, d’un cœur léger qu’on l’emploie. Ce n’est qu’avec hésitation et répugnance qu’on use des armes terribles de la loi, mais il ne faut pas y renoncer. C’est le raisonnement à l’aide duquel tous les despotes font maintenir leurs pouvoirs dictatoriaux.
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- Le ministère anglais. — Le ministère ar ^ n’a pas encore remis officiellement sa démission ^ reine ; on assure même que lord Beaconsfield était r* ÿ à attendre un vote du nouveau Parlement pour céd '' place, mais qu’il aurait renoncé à ce plan sur les^ tances de la reine et du prince de Galles. On s’éto^ en effet, dans le pays, de ce long délai, et on vouh^ en avoir fini avec la crise ministérielle. En tout Caar4i| conseil des ministres s’est réuni a Londres merp matin sous la présidence de lord Beaconsfield, nroh1 blement pour la dernière fois, car on peut supposer le ministère aura signé sa démission formelle, qUe Beaconsfield portera sans doute sans délai à la reine Presque tous les journaux de Londres affirment (tu', reine est résolue à charger le marquis de Harlingio,^ former un cabinet. Il est au moins douteux que ce d nier accepte. Un cabinet dont ne ferait pas partie v Gladstone n’aurait en ce moment aucune chance d durée et M. Gladstone ne peut guère faire partie d’i cabinet qu’avec le titre de premier ministre. C’est san doute ce que le marquis de Hartington ne manquera^ de faire remarquer à la reine si elle persiste à vouy lui confier la mission de former un cabinet. f
- Crise ministérielle en Autriche. —. u
- prévisions que nous avions formulées jadis sur le défam de solidité du ministère Taaffe se sont réalisées, il Cabinet vient de subir un échec qui a entraîné la démf sion du Conseil. La Chambre des députés autrichien® discutait le budget des dépenses, et en était au chaoit» des fonds secrets. Cette Assemblée, abstraction faite des fractions et des nuances, se divise en deux grandes sections : le parti constitutionnel, centraliste, allemand e; le parti autonomiste et slave. Les élections de l’an dernier ont enlevé la majorité aux constitutionnels, et il s’est formé alors le cabinet de transaction que préside le comte Taaffe et dans lequel domine la tendance auto-nomiste et slave.
- Les deux fractions du parti constitutionnel avaient résolu de refuser les fonds secrets, sans manifester le® manque de confiance pour le miuistère. Les autonomistes polonais, tchèques et conservateurs étaient décidés, an contraire, à les accorder, mais en déclarant que c’était pour assurer les services pub ics et non par confiance dans le ministère.
- On croyait que le ministère aurait la majorité; mai» l’orateur des Ruthènes, qui sont toujours hostiles aui Polonais, déclara que ses amis voteraient contre, parce que les tonds secrets avaient été employés à fausser le; élections. La majorité se trouva alors déplacée, et les fonds secrets furent refusés par 154 voix contre 152, à li grande joie de la gauche constitutionnelle et au désappointement des autonomistes. A la suite de ce vote le ministère s’est retiré; mais il ne parait pas que l'Empereur doive accepter cette démission et Ton pense qu’il y aura seulement des remaniements qui ne consolideront guère le Cabinet transactionnel présidé par le Comte Taaffe. On s’attend, d’ailleurs, à Vienne, à une dissolution de la Chambre dans un délai très rapproché,
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- Le cabinet Oniroli. — Malgré le récent succès du ministère italien dans la question extérieure, il semble que le cabinet Cairoli ne soit pas bien solidement établi. Le Fanfulla maintient que de graves dissentiments ont éclaté au sein du ministère à la suite de l’élection du président de la Chambre et que plusieurs ministres ont menacé de donner leur démission. M Cairoli a eu, le 15, une longue conversation avec le roi. qui lui aurait exprimé le désir de voir cesser, une fois pour toutes, l’état d’incertitude et de faiblesse dans lequel se trouve le gouvernement et qui est si nuisible au pays, tant au dedans qu’au dehors.
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- L’opposition en Espagne. — Malgré de hautes interventions, le jeune homme qui avait tiré sur le roi a été exécuté la semaine dernière. Cette exécution
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- en Espagne une vive émotion. M. de Car-a interpeller le cabinet à ce sujet et demander fïjal Ljistère pourquoi il a refusé une grâce que la *U'ne 'lésirait et que l’opinion eût favorablemént ac-
- cUMte' discussion offrira un grand intérêt. On est ^ ix de savoir si, comme leTbruit en a couru, M. cUf vas del Castillo n’a réclamé cette exécution que ^ur des raisons de politique extérieure, et s’il en fera
- l'a^eUçroit savoir d’ailleurs que tous les groupes libéraux ' Portés saisiront cette occasion de combattre la poli-d.e* e de Canovas à tous les points de vue. Les différentes étions du parti radical ont fusionné et publié un «^ranime qui a déjà réuni plus de 290 adhésions. ü(\l Ruis Zorilla, Martos et Saimeron figurent en tète 'igQataires ; viennent ensuite d’anciens ministres, ouverneurs de provinces, magistrats, chefs d'armées, fjpS hommes dont l’Europe connaît le nom et qui com-osent en Espagne l’aristocratie de l’intelligence. Ce Proeramme est nettement démocratique. Aussi s’attend-on à ce qu’une très vive lutte s’engage bientôt entre ceux qui l’ont signé et le ministère.
- NOTES D’UN LISEUR.
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- Quand les hommes sentiront-ils qu’il n’y a point de désordre aussi funeste que le pouvoir arbitraire avec lequel ils pensent y remédier? Ce pouvoir est lui-même le pire des désordres ; employer un tel moyen pour les prévenir, c’est tuer les gens afin qu’ils n’aient pas la fièvre.
- J. J. Rousseau.
- LES INTÉRÊTS DE L’ENFANCE ET LE FAMILISTÈRE.
- Tout à l’heure un ami entra chez moi.
- — Je vous dérange, me dit-il. Je vois que vous écrivez.
- — Non ; je vais écrire, mais je ne suis pas encore au travail. Restez donc, nous causerons.
- — Et quel sujet alliez-vous traiter ?
- — Les intérêts de l’enfance et le Familistère. '
- — Mais vous avez déjà signalé dans le Devoir de 1 autre jour les avantages qu’il présente sous ce rapport.
- — C est vrai, mais je me suis placé au point de Vue de l’intérêt des familles chargées d’enfants et n°n à celui des enfants eux-mêmes. C’est ce dernier point que j’entends développer aujourd’hui.
- Mon ami s’approcha des fenêtres toutes grandes ouvertes à la blonde lumière du soleil couchant.
- J aime beaucoup cette vue, me dit-il. Cette ri-
- lere qui va se perdre au loin après avoir décrit de hombreux méandres, ces arbres fraîchementfeuillés,
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- cette vaste pelouse au gazon d’un vert vif, tout cela est charmant.
- — Convenez, répliquai-je, que les ouvriers qui demeurent ici, côte à côte avec moi et qui jouissent de leur fenêtre de cette même vue dont vous jouissez de la mienne, sont plus heureux que les ouvriers des grandes villes, entassés dans des ruelles infectes.
- — J’en conviens.
- — Et convenez aussi qu’il n’est pas sans avantage pour la santé de pouvoir, comme je le fais, ouvrir les fenêtres toutes grandes à l’air pur de la campagne.
- —r- J’en conviens encore.
- — Et que si ces avantages sont sensibles pour des personnes formées, comme vous et moi, ils doivent l’être bien davantage encore pour les enfants^
- — C’est incontestable.
- A ce moment de nombreuses voix d’enfants s’éler vèrent de la pelouse.
- Qu’est cela, dit mon ami ?
- — Ce sont les petits enfants du Familistère que leurs maîtresses mènent prendre l’air et profiter du soleil.
- — Comme ils s’en donnent à se rouler sur l’herbe, à faire des culbutes, à courir et à gambader en tout sens !
- — C’est un vrai plaisir de les voir, n’est-ce pas ?
- — Ils viennent souvent ici ?
- — Chaque joar quand le temps le permet.
- — Et quand il ne le permet pas ?
- — Ce jour-)à les enfants ont à leur disposition de petites cours vitrées attenantes aux écoles et les trois grandes cours vitrées des bâtiments d’habitation. De la sorte, en toute saison, même en plein hiver, ils peuvent prendre les ébats indispensables à leur âge.
- — Vous les croyez indispensables, ces ébats ?
- — Oui, indispensables.
- — Eh bien, je ne pense pas comme vous, moi, J’admets que les enfants doivent avoir quelques récréations, mais je suis convaincu qu’en leur laissant toute liberté pour courir et gambader à leur aise on leur rend un mauvais service. C’est les laisser s’habituer aux manières brusques. Pour avoir des enfants bien élevés, des enfants comme il faut, il convient...
- — Assez. Je sais ce que vous allez dire. Je connais ce préjugé-là. C’est celui du bonvieuxtemps.il a fait ses preuves. On sait ce qu’il a donné.
- — Mais...
- — Si. Prenez au hasard dans la classe aisée quinze ou vingt enfants âgés de dix à douze ans; prenez f dans la classe ouvrière un nombre égal d’enfants du
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- même âge et comparez ces deux groupes. Il y a gros à parier que les enfants de la classe aisée, malgré les soins de garde dont on les entoure, malgré l’état Constant de propreté dans lequel en les entretient, malgré la bonne nourriture qui leur est servie en tout temps, malgré les soins du docteur et des parents en cas de maladie, malgré d’autres avantages encore qu’il serait trop long d’énumérer, il y a gros à parier, vous dis-je, que ces enfants seront moins robustes que des enfants de la classe ouvrière davantage abandonnés à eux-mêmes, mal vêtus, mal entretenus par leur famille, souvent malpropres et mal nourris. Et remarquez encore ceci, je vous prie, c’est que plus les familles sont aisées plus les enfants sont débiles.
- — C’est anormal.
- » — Oui, mais c’est comme cela. Le fait existe, mon cher ami, et vous pouvez facilement le constater par vous-mêmes.
- — Et qu’est-ce que cela prouve?
- — Ce que cela prouve? Mais c’est bien simple. Cela prouve que les enfants de la classe ouvrière prennent un exercice physique que l’on interdit aux enfants de la classe aisée; cela prouve que l’absence presque complète d’éducation est encore plus près de l'éducation rationnelle que l’éducation de convention ; cela prouve que les précautions prises dans l’éducation « comme il faut » pour avoir des enfants « bien élevés » éloignent ces enfants de la santé en raison même des efforts faits pour les y conduire. Voilà ce que cela prouve.
- — Hum!
- — Il n’y a pas de hum! C’est comme cela. La nature a donné aux enfants des instincts que vous méconnaissez. Ils ont besoin de mouvement, de variété dans les occupations, de compagnons dans les jeux. Il leur faut aller, venir, voir, courir, sauter. Cela est indispensable à leur développement. Voilà ce que vous oubliez. Eh quoi! vous entravez les penchants naturels dont vous devriez favoriser l’expansion et vous vous étonnez ensuite que vos enfants soient débiles! Mais, ce qui m’étonne, moi, c’est votre étonnement.
- — Pourtant il faut une discipline.
- — Oui, à l’intérieur des classes, pendant la durée des leçons. Elle s’impose en ce cas par la force des choses puisque le maître doit se faire entendre ; mais au dehors, aux heures de récréation, il faut rendre l’enfant à lui-même. C’est bien assez de l’avoir contraint au silence et à la tranquillité pendant les heures des classes, n’allez pas encore faire ressembler ses récréations à des pénitences. Veillez pendant la récréation à ce qu’il ne fasse pas d’impru-
- dence, à ce qu’il ne s’adonne pas à des actes
- vais, mais, au nom de son bonheur présent et <je
- acti
- santé à venir, n entravez pas son exubérance j vité. C’est justement là ce qui le fortifie. parce que vous l’entravez chez les enfants de i classe bourgeoise qu'ils sont plus débiles qUe Cfiî] des ouvriers.
- — Je n’avais jamais songé à cela.
- — Songez-y. De plus, remarquez bien ceci, je y0^ prie.
- — J’écoute.
- — Etant donné que l’activité physique de l’enf^. est la base de sa santé, plus l’habitation en facilita l’expansion, plus les enfants auront chance de <, fortifier.
- — Naturellement.
- — Or l’habitation unitaire, comme nous l'avoiu ici, permet mieux que toute autre cette libre expa&. sion de l’activité de l’enfant.
- — En êtes-vous bien sûr. La classe ouvrière n-laisse-t-elle pas partout la liberté aux enfants ?
- — Oui, elle leur laisse cette liberté, mais quel: emplacements met-elle à leur service ? Vous save; aussi bien que moi ce qui se passe. Dans l'habitatiw habituelle i’enfance est gênée. Si on la laissait courr dans les corridors ce serait un tapage à rendre les maisons inhabitables. On l’envoie donc au dehors S’il s’agit d’un village ou d’une petite ville et si k saison est belle, passe encore ; il n’y a qu3 demi-mal. Mais si c’est l’hiver, ou bien s’il pleut. Adieu lesjeui en plein air.
- Dans les quartiers ouvriers des grandes villes c’est encore bien pis. Les enfants n’ont à leur disposition que des ruelles étroites sans air et sans soleil oa des cours qui ont quelque peu l’air d’être des puits Ils sont là, dans l’ombre, dans l’air vicié, à jouer dans les ruisseaux. Et s’ils s'aventurent dans la rue ils risquent de faire crier après eux par les voisins que leur bruit importune ou courent la chance autrement grave de se faire écraser par les voitures. Et viennent la pluie, la neige ou la gelée ils sont
- forcés de renoncer à leurs jeux. Ici, au contraire.
- mais je n’ai pas à insister : vous avez la pelouse sons les yeux et, pour venir chez moi, vous avez traversé les cours vitrées.
- — Mais cette pelouse elle est entourée de bien beaux buissons,
- — Eh bien ?
- — Et les élèves doivent y trouver bien des facilita de faire au propre l’école buissonnière.
- — C’est ce qui vous trompe. Elle est impossible ici. Avec le mode habituel d’habitation les famille ne sont jamais sûres, au cas où elles envoyent leflrs
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- enfant à l’®c0*e> J vont réellement. Ici, les
- fants se réunissent dans la grande cour centrale "vaut l’heure de l’entrée en classe et partent de là eu cortège sous les yeux de l’instituteur. Pas moyen s’échapper sans être vu. En outre même aux heures où l’école ne les retient pas ils ne peuvent rien commettre de mauvais. La pelouse et les cours ne sont-elles pas sous les fenêtres des parents ?
- — Mon cher ami, voilà notre démonstration faite et votre article tout préparé !
- __ Pas encore ; il y a des considérations qui
- vous ont échappé. Ainsi nous n’avons pas dit un mot de la condition hygiénique des logements.
- — C’est vrai.
- __Or, pensez-vous que la classe ouvrière trouve
- ailleurs à sa disposition un édifice comme celui-ci, où tous les appartement sont facilement ventilés, où les étages sont hauts et les pièces larges, où l’eau est distribuée en abondance à tous les étages, où les corridors, ces réservoirs de miasmes, n’existent pas? Et ne pensez-vous pas que ces conditions hygiéniques supérieures ont, elles aussi, une heureuse influence sur le développement de l’enfant. Enfin ce service de la basse enfance dont je parlais l’autre jour dans l’article dont vous vous souvenez, croyez-vous qu’il ne soit utile qu’aux familles qui en profitent et nullement aux petits enfants eux-mêmes ? Mais soutenir cela, ce serait soutenir une absurdité. Il meurt en France un nombre effrayant d’enfants en bas âge.
- C’est vrai.
- Eh bien, si tous ces enfants jouissaient des mêmes avantages que ceux d’ici, s’ils étaient comme eux bien nourris, bien logés, surveillés avec soin et tenus dans un état constant de propreté, nul doute que leur mortalité ne diminuât sensiblement.
- Voilà pourquoi, mon cher ami, je vous affirme en toute conviction que l’habitation unitaire est éminemment favorable aux enfants. Par la protection donnée à ceux en bas âge, par la facilité de se produire donnée à l’activité des plus grands, par la possibilité où ils se trouvent de prendre leurs ébats Itoute l’année et quelque temps qu’il fasse, enfin par es conditions hygiéniques des logements, mis à leur service, les enfants du Familistère jouissent d’avantages exceptionnels, non-seulement plus grands que ceux dont jouissent les enfants de la classe ouvrière, mais encore que ceux dont jouissent les enfants de classes plus aisées.
- Et maintenant, mon cher ami, si après ce que je viens de vous dire et ce que vous avez sous les yeux il vous reste encore des doutes, c’est que vous êtes un entêté. En. Châmpüry .
- EXÉCUTION DE L’OPPORTUNISME
- M. Henry Maret, conseiller municipal de Paris a prononcé il y a quelques jours à Bourges un important discours autour duquel la presque totalité de la presse républicaine a jugé bon de faire la conspiration du silence.
- En conséquence nous considérons comme notre devoir de citer les passages les plus saillants de ce discours.
- Les voici :
- Le spectacle de ces dix dernières années a été certainement l’un des plus curieux de l’histoire. Tout a été fait pour détruire la République et rien ou presque rien pour la défendre. Et cependant elle vit, elle a écrasé tous ses adversaires par la seule foroe de l'opinion. Comment ne serait-elle pas indestructible ?
- Car ils étaient tottt-puissants, ses adversaires. Ils avaient tout. Iis avaient la présidence avec Mac-Mahon ; ils avaient le parlement avec l’assemblée de Versailles; ils avaient i’armée; ils avaient la magistrature, ils avaient l’administration, ils avaient les finances, ils avaient le clergé, ils avaient le bagne, les prisons, et cette arme plus forte que toutes les autres, la calomnie. Nous, nous n’avions rien que la vérité. La vérité a vaincu.
- Grand exemple sur lequel je n’insisterai pas. Il aura prouvé irréfutablement qu’une nation a le gouvernement qu’elle veut avoir et qu’il n’y a pas de force réelle contre sa volonté.
- Maintenant, nous avons la République, et, je le répète, la République est indestructible.
- Eh bien ! ne sera-t-il pas temps de l’organiser ?
- Tant que nous n'avons eu de la République que le nom, tant que les hommes du passé étaient au pouvoir, tous ces esprits modérés qu’on a qualifiés d’opportunistes, parce qu’ils ne trouvent jamais rien d’opportun, nous disaient : « Prenez garde; ne créez pas de divisions ; nous sommes en plein combat; ne demandez rien, c’est le plus sûr moyen d’obtenir quelque chose. »
- .... Depuis que nous avons la République, qu’ont fait les opportunistes? Précisément ce qu’ils faisaient auparavant. Rien.
- Qu'attendent-üs ? Ils ont le pouvoir, et la République ne craint plus dennemis. Le président ne s’appelle plus Mac Mahon, il s’appelle Grévy. Les ministres ne s’appellent plus de Broglie et Fourtou; ils s’appellent Freycinet, Ferry, Lepère. La majorité de la Chambre est républicaine; la majorité du Sénat passe pour l’être. Eifcore une fois, qu’attendent ils ?
- Ils n’attendent rien. Ils sont contents. Volontiers, quand nous faisons des réclamations, ils nous répondraient : « A qui en avez-vous ? Ne sommes-nous pas ministres ? INe sommes-nous pas présidents ? Ne sommes-nous pas députés ? Ne sommes-nous pas conseillers d’Etat ? N’avez-vous pas la République ? Est-ce que tout cela ne suffit pas au bonheur de la France ? »
- — Mais votre programme ? ce fameux programme que vous aviez sous l’empire ? Mais la liberté de la presse ? Mais la liberté de réunion ? Mais la liberté d association ? Mais toutes ces institutions démocratiques qui devaient remplacer les institutions aristocratiques du passé ? Mais la magistrature élue, mais
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- Lfî DEVOIR
- la séparation de l’Eglise et de l’Etat, mais la décentralisation, mais la commune libre dans l’Etat libre, mais l’administration simplifiée, mais l’égalité par la réforme des lois, mais la fraternité par f’organisa-tion du travail ? — Oh ! ce sont de grosses questions qu’il faut étudier. — Et ils les étudient en dormant.
- Tous les travaux de votre parlement se résument en ceci : il a voté un ordre du jour, grâce auquel le gouvernement a signé un décret qui fait que les jésuites ne pourront enseigner en tant que jésuites. Seulement ils continueront à enseigner en tant que citoyens
- Votre ennemi, -citoyens, change de nom, change de nom, change de forme; mais il est toujours le même, et on le reconnaît en le démasquant. Quand les vieux noms sont trop déshonorés on en prend d’autres, mais on poursuit la même tâche. Croyez-vous que les classes dirigeantes aient abdiqué, parce qu’elles sont entrées dans la République ; elles y sont entrées pour étouffer la démocratie ! Qu’est-ce que c’est que tous ces députés, tous ces sénateurs, ventrus, repus, qui étaient orléanistes hier, et qui se disent républicains, et que les badauds sont fiers d’avoir ralliés à la République, tandis qu’eux rient sous cape, sachant bien que c’est la République qui s’est ralliée à eux ?
- Henri III était fort ennuyé de voir s’élever contre lui ce parti puissant, qui s’appelait la Ligue et qui avait les Guise pour chefs, il ne savait comment s’en débarrasser. Un jour, sa mère, Catherine de Médicis, lui donna ce sage conseil :
- « Mon fils, fais-toi toi-même chef de cette Ligue et tu la domineras. »
- C’est ainsi que nos classes dirigeantes, nos orléanistes, nos constitutionnels vaincus en ont agi avec la République. La République s’élevant contre, ils en ont pris la tête, ils se sont faits républicains Et maintenant le peuple regarde sa république, et il ne la reconnaît plus, et il se demande désespéré, si c'est lui qui a fait cela et comment il se trouve que voulant démolir la maison il n’est parvenu qu'à en changer l’enseigne.
- BANQUET DES DISCIPLES DE FOURIER.
- Le 7 avril, les membres de l’école fouriériste se sont réunis au Palais-Royal, pour célébrer sous la présidence de M. Brisbane l’anniversaire de la naissance de Ch. Fourier.
- Plusieurs orateurs ont pris la parole.
- M. dePompèry a exposé, d’une manière claire et précise la mission du socialisme.
- M. Conrbebaisse reproduisant les opinions jadis émises dans la Démocratie pacifique, a déclaré que les partisans de la doctrine de Fourier n’avaient qu’à accomplir leur tâche, saus se préoccuper des questions politiques et religieuses, vu que la propagation et la réalisation de cette doctrine pouvaient se faire sous un régime quelconque.
- M. Morin a revendiqué la part que le précédent orateur semblait vouloir enlever à la politique.
- « Si le socialisme, a-t-il dit, est le but, la politique est le moyeu indispensable. On ne peut faire de propagande si l’on n’a pas la liberté de la presse, les libertés de réunion et d’association, qui, hélas 1 manquent encore à la France républicaine. La propagande serait impossible avec un despotisme comme celui de l’ancien régime, qui faisait brûler Emile par la main du bourreau et qui entérinait à la Bastille des hommes comme Voltaire et Diderot. Le socialisme ne peut donc se désintéresser de la politique’, iL doit travailler à conquérir toutes les libertés. Mais il doit se garder de tomber dans le travers de ces libéraux qui se figurent que le peuple, une fois muni du droit de suffrage, n’a plus rien à de-
- î mander. Quand on est armé de l’instrument, il faut s’en servir et marcher à la réalisation des réformes sociales.
- « De même, le socialisme ne peut se désintéresser des questions religieuses. Certains religions prêchent le mépris du séjour terrestre, la vertu de la mortification, i’extinctiou des passions, la perpétuité et la nécessité de la misère du plus grand nombre. Elles sont donc à l’antipode du socialisme, qui est obligé d’en combattre la funeste influence. En un mot, la politique et le socialisme doivent s’unir pour le progrès. »
- M. Eug. Nus, uansune allocution spirituelle, s’afflige de la décroissance du nombre des disciples de Fourier. Il compare l’école à une chrysalide condamnée temporairement à la torpeur, mai^, patience, les ailes lui pousseront, et elle sortira des limbes pour prendre un vol radieux.
- M. Limousin n’admet pas cette déchéance momentanée. Si le nombre des disciples complets de Fourier est réduit, en revanche, ses idées se sont répandues, et une foule de gens les ont adoptées sans en connaître l'origine. C'est ainsi qu’on entend parler partout de l'association du capital, du travail et du talent. Ou admet le droit au minimum,. On se fait ainsi, sans s’en douter, l’é cho de la parole du maître. Ce progrès ne s’arrête pas. L’orateur est d’avis que pour parvenir en harmonie, il faudra passer par la période de garantisme.
- Mme Griess-Traul a rappelé les droits de la femme,méconnus sous tous les régimes et énergiquement affirmés par Fourier.
- M. Griess-Traut a fait un appel pour encourager, en Algérie, une entreprise basée sur 1 association, l’Union agricole d’Afrique.
- Nous possédons, dit-il, sous le ciel splendide de l’Algérie, le plus magnifique domaine de la colonie. Située dans un climat salubre, exempt des rudesses de nos hivers, cette propriété est placée dans les conditions économiques les plus favorables : voie ferrée qui la traverse, approvisionnements faciles, vignes, vergers, etc. Créons-y un ménage sociétaire, un hivernage précieux, un rendez vous des amis et condisciples, un milieu intellectuel affectueux. Gréons-y la vie à bon marché.
- Uu abri confortable et quelques hectares de terre suffiront pour le début. Par les soius du nouveau Couseil, les actionnaires qui le désirent auront la facilité de pouvoir s’installer à l’Union. Une indemnité par hectare, équivalente au prix payé par le fermier à l’administration de l’Union, réglera leur situation.
- Il a été dit ensuite de très jolis vers à l’honneur de Fourier et de sa doctrine.
- Enfin M. Brisbane a clos la fête en prononçant une allocution chaleureuse retraçant le rôle de Fourier et la grandeur de son système d’organisation sociale.
- LE MOUVEMENT COOPÉRATIF
- L’unique organe de la coopération en Angleterre « The Co-operative News » de Manchester, du 27 Mars dernier, contient un premier article sur lequel nous appelons l’attention de nos lecteurs.
- L’objet principal de l’article est de chercher à démontrer que le mouvement coopératif n’est point destiné à disparaître après avoir effectué de simples réformes commerciales, que si le redressement des abus du commerce et l’abaissement du prix des choses est le but d’un certain nombre de Sociétés coopératives de consommation (1), la question prend un aspect plus large avec les Sociétés coopératives
- (1) Par exemple, the civil service supply association. Voir notre n* du 26 Janvier 1879.
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- ouvrières et que la encore le mouvement n’a point dit son dernier mot.
- A.près avoir établi la permanence et la prospérité croissante du mouvement coopératif ouvrier, depuis sa naissance à Rochdale, malgré les crises commerciales passées, malgré la stagnation des affaires présentes, « The Co-operative News » continue en ces termes :
- « La plupart des pionniers des Sociétés ouvrières coopératives ne possédaient pas les notions d’une distribution économique ; mais ils avaient un fervent désir de relever la classe laborieuse des misères et des luttes désespérées sous lesquelles succombe la grande masse du peuple.
- « Pour atteindre ce but, un grand travail d’éducation était nécessaire et il fallait commencer par réunir les moyens de réaliser ce travail. Les habitudes de la génération qui s’élevaient devaient être changées. Il fallait vaincre les préjugés sans nombre et de formes diverses, écarter autant que possible le soupçon et la jalousie.
- « La coopération a fourni h s moyens qui manquaient aux réformateurs sociaux, et ceux-ci n’ont jamais perdu de vue que nous n’avons pas seulement besoin d’acheter un peu meilleur marché qu’aupara-yant les choses d’un usage journalier ; mais que nous avons surtout besoin de réformes sociales.
- « La facilité avec laquelle on peut faire progresser une entreprise commerciale est démontrée par nos Sociétés où 1 on voit constamment le côté positif du partage des dividendes être plus promptement compris que le but social du mouvement. C’est pourquoi il est nécessaire que les coopérateurs expérimentés et prévoyants rappellent constamment et sans relâche, les principes d’assistance mutuelle, de justice et d’amour dans tous nos rapports avec les autres, principes qui sont ceux de la coopération.
- *r Déraciner de vieilles habitudes, faire échec à des pratiques plus nouvelles mais très-fausses, qui se sont établies parmi nous, sous prétexte d’esprit d’affaires, sera une bien longue tâche. Il en a été ainsi dans le passé et il en sera de même sans doute dans l’avenir.
- “ Nous ne devons cependant pas nous laisser arrêter dans nos efforts par ces difficultés, ou par les résultat^ comparativement minimes de travaux considérables.
- “ ^ar dessus tout nous devons éviter soigneusement de nous laisser emporter par le flot de la Prospérité et de nous imaginer en voyant l’augmentation de notre commerce, que nous sommes d’adorables hommes d'affaires et que nous faisons des Progrès merveilleux.
- « Tout cela ne doit nous procurer que bien peu de satisfaction intérieure à moins que nous puissions constater en même temps des efforts persistants, couronnés de succès, dans l’œuvre d’éducation et d’amélioration de nos frères plus pauvres, frères que l’ignorance rend aveugles sur les bienfaits de la coopération et qui, par conséquent, réclament d’autant plus notre attention, que nous connaissons, nous, par expérience la valeur de la coopération.
- « Ce qui donne au mouvement coopératif une excellente garantie de durée, c:est la facilité du placement avantageux des petites épargnes que présente le magasin coopératif. Aucun autre commerce ne procure aussi facilement et aussi sûrement au travailleur actif et à la ménagère prévoyante les moyens d’amasser une réserve toujours disponible. C'est un fait que l’on doit sans cesse porter à la connaissance des travailleurs et dont l’utilité sera de plus en plus appréciée, à mesure que le mouvement coopératif prendra plus d’extension.
- « Ainsi sera assurée la continuité du mouvement à moins que, en vérité, nous ne devenions si riches un beau jour que nous nous précipitions dans l’extravagance et la prodigalité.
- « Nous pouvons à peine entrevoir tout ce que la coopération peut nous donner.
- « Mais nous savons d’une façon certaine que sa puissance est à peine sortie de l’enfance.
- « Notre organisation se développe constamment et nous conduira à des projets pour l’amélioration de notre sort, projets dont beaucoup de personnes ont à peine une idée, mais qui occupent vivement un certain nombre de coopérateurs.
- Tout se présente à nous sous l’aspect du progrès et de la durée. »
- L’exploitât, on de« chemins de fer par l’Etat en Europe.
- Le Bulletin du ministère des travaux publics nous fournit des renseignements sur la situation des différents pays de l’Europe au point de vue de l'exploitation par l’Etat, et il n’est pas sans intérêt de les analyser en ce moment où la question est à l’ordre du jour.
- D’après ce document, il n’y a qu’une seule contrée où les chemins de fer soient exploités exclusivement par l’Etat : c’est la Norwège, dont le réseau ne comprend, d’ailleurs, que 822 kilomètres.
- Il est à remarquer que sauf en Allemagne où l’Etat exploite 62 0/0 du réseau total, l’exploitation par l’Etat n’a été établie que dans des pays peu étendus, tels que le Danemarck, où l’Etat détient 70 0/0 du réseau, et la Belgique où ce rapport est de 63 0/0.
- Dans la Grande-Bretagne, dont le réseau est le plus considérable (27,552 kilom.) toutes les lignes sont exploitées par les compagnies. Il en est de même en Espagne, en Grèce, en Suisse et en Turquie.
- En Autriche-Hongrie, l’Etat n’exploite que l,99ü kilomètres sur 18,391, soit seulement 1.1 0/0 ; en Russie, sur 22,670 kilomètres, les Compagnies en exploitent 21,475 et l’Etat 1,194 soit 5 0/0.
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- Quand k la France, le réseau total de 1878 comprenait 24,424 kilomètres, dont 22.840 exploités par 46 Compagnies, et 1,584, soit 7 0/0 exploités par l’Etat.
- On sait que, depuis lors, le réseau de l’Etat s’est sensiblement accru ; il était de 1,643 kilomètres à la fin de l’année 1879,
- PETITES NOUVELLES
- FRANCE
- Cnî sses d'épargne scolaires. — La France compte 10.440 caisses d’épargne scolaires, réparties sur 81 départements. Les déposants sont au nombre de 224,280 et possèdent, en tout, une somme de 3,602,621 franc». La première caisse d’épargne scolaire a été fondée en 1834, mais c’est depuis 1873 que ces utiles établissements se sont surtout développés. L’honneur en revient donc à la République actuelle.
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- Y Y
- Le» impôt h . — Le produit des impôts indirects, en mars, dépasse de 18,430,000 fr. les prévisions du budget. Pour le i'r trimestre, la plus-value réalisée sur ces impôts s’élève à 26,200,000 fr.
- Cela prouve, disent certains journaux, que la consommation progresse et que par conséquent le bien être est plus répandu.
- Mais cela prouva aussi que notre système fiscal est scandaleux. En effet, pendant que la plus-value des impôts indirects arrivait à un chiffre aussi exorbitant, quelle était la marche de l’impôt sur le revenu des valeurs mobilières ? Evalué pour ce premier trimestre à 8,297 000 fr., cet impôt à donné 9,045,000 fr. soit 748,000 déplus.
- Or, comme cet impôt n’est que de 3 0/0une plus-value de 748,000 fr. représente une augmentation de revenus distribués de 24.933 000, ce qui à son tour, au taux où se capitalisent aujourd’hui les valeurs, accuse un accroissement de capital nfobilier de pins de 625 millions.
- Aussi les personnes riches en s’enrichissant de 625 nouveaux millions ne versent au fisc que 748,600 fr. tandis qüô la masse des consommateurs paie durant le même espace de temps 26,200,000 fr. de plus-value.
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- 3Le« petits Jésuw à. musique. — Un de nos
- abonnés nous communique un numéro de la Semaine religieuse du diocèse de Paris aux annonces duquel on peut lire, en gros caractères :
- Maison ANGïOLINI, fondée en 1 SOS
- 31, me de Sèvres, Paris.
- Spécialité d’enfants Jésus en cire à mouvements, sans mouvements et à musique. Spécialité de Crèches ou étables de Bethléem pour Noël, de toutes dimensions.
- Personnages pour Crèches, de toutes dimensions. Statuettes blanches -et décorées. Christ ivoire et bronze. Chapelets, Couronnes, Cœurs, Colliers, etc. Orfèvrerie pour petites chapelles d’enfants. Petits Autels pour enfants, Chemins de Croix, etc.
- Gomme tout cela doit développer dans les âmes les sentiments religieux. {Le Signal).
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- Bienfaits du célibat oïadigreitoire. — La
- Gironde^ annonce que dans le canton d’Audenge, situé sur le littoral du bassin d’Arcachon, trois curés sont partis, dans ces derniers temps, enlevant des femmes ou des filles de leurs paroissiens. Voilà qui donne singulièrement tort au célibat des prêtres et singulièrement raison à l’apôtre saint Paul, disant « qu’il vaut mieux se marier que de brûler. »
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- Un Cougvèg do la liberté commerciale
- a été tenu à Toulouse le 13 avril.
- M. Pascal Duprat y a démontré que les industries qui réclament la protection, c’est-à-dire les cotons, les fers et les houilles, ne représentent pas un vingtième du travail de la France; qu’elles jouissent, d’une prospérité qui ne justifie pas leurs prétentions et qu’enfin la majo-ration de tarif qu’elles réclament, au détriment des consommateurs, n’aurait pour effet que d’élever les dividendes du capital, sans profiter en rien au salaire de l’ouvrier
- La liberté, a dit l’orateur, est le besoin le plus impérieux de notre temps. C’est par elle que l’industrie et le commerce sont parvenus à établir entre des pays différents une sorte d’égalité de toutes les valeurs. C’est grâce à elle que l’on ne pourrait plus trouver aujourd’hui ces coins déshérités où les progrès de la civilisation ne pénétraient que difficilement aux époques de la grande protection douanière.
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- Uuecouronne impériale. — L’ex-impératrice Eugénie, avant de partir pour le Zoulouland, a fait don à l’église Notre-Dame des-Victoires de la couronne impériale qui devait servir à son couronnement et qui est d’une valeur considérable par le travail artistique et par la quantité et la beauté des pierreries.
- Elle se compose d’une rangée de brillants alternant avec des aigles d’or admirablement ciselés, dont les ailes prolongées vont rejoindre, en s’amincissant, la croix de diamants qui la surmonte. Sur le bandeau de la couronne s’épanouissent de gros brillants et des émeraudes superbes serties dans de l’or travaillé.
- Le jour de la remise de ce présent n’est pas encore fixé; mais la Patrie croit savoir qu’elle aura lieu dans les premiers jours de la semaine prochaine, avec une certaine solennité.
- La Patrie ne dit pas — et c’est dommage — pour quelle raison la vèuve du héros de Sedan a choisi précisément Notre Dame des Victoires pour bénéficier de ces largesses.
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- ALLEMAGNE
- Orol séance de Uonii&ï-îttiiojtt. La Gazette Nationale de Berlin est très affectée des proportions qne prend, cette année, V migration des Allemands.
- Dans l’espace d’une semaine 5,800 personnes se sont embarquées à Brême et depuis le l*r janvier 14,000 émigrants sont partis de ce seul port.
- La feuille libérale nationale en conclut que la nouvelle politique économique de M. de Bismarck a été impuissante a remédier à la misère publique. Elle aurait pu ajouter que le militarisme n’est pas sans influence sur le développement de lémigration.
- SUISSE
- ïnva&ion rite mendiamf g ni 1 émane! ««. — Il
- est certain, dit le Journal de Genève, que la mendicité est en quelque sorte invétérée dans certains Eandweris-burschen allemands, qui n’ont aucune répugnance à exercer ce métier, lors même que la nécessité ne leur en fait pas une loi. La Suisse est inondée de ces soi-disant ouvriers qui, n’ayant jamais de livrets en règle, n’osent pas se présenter chez les patrons de leurs professions nominales, même pour y recevoir la passade, dans le cas où iis n’auraient pas d’ouvrage. Ces gaillards-là forment une vaste association occulte, connaissant très exactement les maisons charitables où la main est toujours ouverte. Us en prennent note. Il y a en outre la catégorie de ceux qui travaillent quand ils ont de l’ouvrage, mais qui. par économie, pour améliorer l’ordinaire ou en prévision des mauvais jours, ne négligent pas dans l occasion de tirer la sonnette.
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- Représentation proportionnelle des minorités. — Le Grütlianer, organe de la Société du I Gfrütli, vient de publier un article intéressant au sujet
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- de la réforme électorale» Il salue avec un vif plaisir les efforts que fait eu ce moment la section bernoise de l’Association suisse pour la représentation proportionnelle, dans le but de faire adopter un mode de représentation des minorités pour les élections de la commune de Berne. En sa qualité de journal socialiste, il se préoccupe surtout des avantages que procurerait la représentation proportionnelle à la classe ouvrière.
- « Si — dit-il — nous possédons une fois un système d’élection proportionnelle, la représentation du peuple s'effectuera d’une toute autre manière, et bien mieux qu’avec le système actuel. Nous aurons dans les autorités une image fidèle des aspirations populaires, et chaque groupe un peu important d’intérêts aura ses représentants. Les ouvriers aussi, qui jusqu’à présent n’ont rien eu à dire dans les autorités, pourront désigner des représentants dans leurs propres rangs. Les minorités arriveront à participer aux débats, pour le plus grand avantage de la vie publique, et ne seront plus obligées de pactiser avec les majorités par des compromis boiteux; elles seront alors en mesure d’envoyer, par leurs propres forces, leurs hommes les mieux qualifiés et les plus intelligents dans la salle du Conseil. »
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- Statistique «les divorce». — M. Kummer, directeur du bureau fédéral de statistique. vient de publier une statistique des divorces en Suisse.
- Sur 180 mariages, il y a eu en Suisse en 1876 : 4.92" divorces, en 1877 : 4.74, en 187S : 6.03 divorces,
- ce qui équivaut à peu près au double des résultats fournis par le royaume de Saxe, qui se trouve, pourtant, sous ce rapport, dans des conditions infiniment plus défavorables que le grand-duché de Baden, la Hesse, la Belgique, la Hollande et la Suède,
- Parmi la population protestante, les divorces sont d’un tiers plus nombreux que parmi la population catholique ; chez les agriculteurs ils arrivent seulement à la moitié du chiffre fourni par l’ensemble de la population.
- Il est à remarquer que les mariages dans lesquels la femme est plus âgée que l’homme aboutissent beaucoup plus souvent au divorce que ceux qui ont eu lieu dans des conditions normales (dans le recensement de 1870, on trouve un quart des mariages où la femme est plus âgée que l’homme, et cependant, ces mariages fournissent une proportion d’un tiers dans la statistique des divorces).
- Les unions demeurées stériles fournissent aussi un plus grand contingent de divorces que celles où il y a eu des enfants. Les unions stériles forment le cinquième du nombre total des mariages, tandis qu’elles figurent pour un tiers dans les divorces.
- 10^11 des demandes en divorce ont été appointées, lôo jugements ont été portés devant le tribunal fédé ral; dans 26 cas, le jugement du premier juge a été réformé, et, dans 21 cas, le divorce refusé en première instance a été accordé.
- ESPAGNE
- La mise en chapelle. — A l’occasion de l’exécution du régicide Otero les journaux ont parlé de la « mise en chapelle » du condamné, sans donner des détails suffisants sur cette coutume. Voici en quelques mots en quoi elle consiste. Des agissements de cette nature donnent une haute idée de la charité chrétienne dans l’état le plus catholique de l’Europe.
- Le code pénal espagnol exige que les condamnés passent vingt-quatre heures dans une chambre petite, simple et obscure, dont deux cierges et quelques bougies éclaireut les murs blancs, l’auiel avec son crucifix et une Vierge des Douleurs en relief sur un petit autel ou l’on dit les messes pour celui qui va trépasser.
- Des chaises pour le condamné et les prêtres; les freres de l’ordre de la Paz y Caridad remplissent ie peu d espace entre la porte et l’alcôve où sont un lit et un
- I fauteuil. A la porte, une sentinelle, jeune soldat au frais visage, regarde, les yeux effarés, ce lugubre réduit, cette chapelle qui est un reste des cruels usages de l’ancienne procédure. Il n’y a pas huit ans que les condamnés y passaient quarante-liuit heures, et l’ancien régime ne fit pas grâce de cet affreux usage, même aux héros nationaux. aux Juan de Padilla, à Riego, à l’Empecinado, dont les noms furent inscrits plus tard sur les marbres du Congrès par les Cortès de la révolution.
- Vraiment, quand on observe de près cette étrange torture d’un criminel, on ne comprend pas que les hommes d’Etat castillans n’en proposent pas la suppression aux Cortès alors qu’il y a des sénateurs et des députés assez généreux pour demander la suppression des courses de taureaux et des exécutions publiques.
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- ITALIE
- lîanqnei'otite au Saint-Père. —Le banquier du Vatican qui avait la charge des affaires financières du pape à Rome, vient de faire banqueroute. Il laisse une dette qui s’élève à plus de 700.000 francs. Plusieurs ecclésiastiques et cardinaux, qui lui avaient confié leur fortune, sont dans la plus grande détresse.
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- AUSTRALIE
- TT 11 curieux procès. — Un procès se plaide en ce moment à nos antipodes, en Australie. Un négociant catholique, mort récemment, a légüé à l’Eglise 35,100 francs « pour qu’elle délivre son âme du purgatoire ». L’exécuteur testamentaire refuse de payer le legs jusqu’à ce qu'on lui ait fourni la preuve que la condition est remplie et que l’âme du défunt est réellement sortie du purgatoire !
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- JAPON
- Militarisme. —- Depuis quelque temps on déploie dans les arsenaux militaires une grande activité qui prend même un caractère significatif. Dans l’arsenal on travaille 24 heures par jour pour pouvoiï suffire aux commandes qui se font en masse par le ministère de la guerre et de la marine. On fabrique des canons, des munitions et des fusils, tout cela naturellement, sur des modèles européens les plus nouveaux.
- Pour se faire une idée des exigences auxquelles l’administration de l’arsenal doit satisfaire, il suffit de dire que le ministre de la guerre a commandé à lui seul 60 gros caanons de siège et 120 pièces de campagne. Les commandes, surtout les canons de siège, doivent être effectuées au plus vite. Dans l’espace de six mois les forts suivants doivent être construits et armés :
- 1° D'abord un à Kanonsaki, colline qui domine le détroit de Veddo. Ce fort doit être armé avec douze canons de 30 centimètres.
- 2° Trois forts semblables et plusieurs bastions doivent être construits dans la baie Simonosaki.
- 3° Sur des points d’une importance stratégique de la côte du Japon on construirait de grandes forteresses.
- Le ministre de la marine se flatte de son côté d’armer suffisamment la flotte. Les cuirassés Cheï-Chan et Kongo-Chcrn seront armés de canons système Armstrong. Gomme flotte permaaente fonctionneraient quatre cuirassés. 6 frégates, 4 corvettes et plusieurs avisos, qui tous stationneront dans le port de Kanonsaki.
- Notez qu’au Japon on attache une énorme importance à celte flotte, ainsi que le prouve déjà le fait que les grands et les aristocrates du pays qui ne sont pas au service administratif se font inscrire pour la plupart dans les registres de la marine. Il est certain que ces jeunes nobles feront rapidement carrière, car la marine manque d’officiers, bien plus encore que l’armée.
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- LÉ DEVOIR
- TURQUIE D’ASIE
- La famine sivit dans presque toute l’Asie-Mi-neure et jusqu’en Mésopotamie. Dans les provinces orientales de i’Asie-Mineure qui ne peuvent être ravitaillées par suite aes neiges abondantes d’un hiver exceptionnellement rigoureux, tous les objets de consommation ont atteint de très hauts prix. Un kilè de blé qui coûte eu temps ordinaire 25 piastres, se vend 170 piastres. — Le kilè d 'orge de 10 piastres est monté à 135 piastres ; le foin de 20 piastres, à 130 piastres ; l’huile d’olive de 6 piastres, à 20 piastres ; un œuf de 2 paras, à 20 paras ; le jajig, fromage indigène, de 20 paras, à 100 paras ; et ainsi de tous les objets de consommation.
- Ce qui est vraiment terrrifiant, c’est que cette situation n’est pas accidentelle. Tout indique, au contraire, qu’elle va prendre un caractère permanent. On le comprendra sans peine, si l’on réfléchit que sur toute la surface du territoire, et principalement dans les contrées où la guerre a exercé des ravages, la misère est depuis longtemps si intense que les cultivateurs n’ont pu ensemencer qu’une minime partie de leurs terres. En prévoyant donc une bonne récolte, la meilleure qu’on puisse espérer, les cultivateurs n’auront pas en quantité suffisante de quoi se nourrir l’hiver prochain et de quoi ensemencer pour la future récolte.
- INDÉPENDANCE DE L’INSTITUTEUR
- On ignore en général à quelles vexations continuelles, à quelles humiliations inouïes sont soumis
- Peut.-d quitter son poste sans prévenir le curé, alors même qu’il reçoit une dépêche lui annonçant la mort de quelqu’un des siens? — Non; le règlement le lui défend toujours.
- Peut-il admettre dans sa classe un enfant de moins de six ans et de plus de treize ans sans la permission du curé ? — Non.
- Peut-il admettre gratuitement dans son école un enfant avant que la liste, bien qu’elle ait été approuvée par le Conseil municipal, soit signée par le curé?
- — Non ; il faut absolument, toujours et pour tout, son approbation.
- Ii faut que l’instituteur soit continuellement son très-humble serviteur, et pour ainsi dire, son esclave.
- L’instituteur peut-il empêcher le curé de visiter les écoles ? — Non ; celui-ci en a le droit absolu, et il n’en use que trop souvent.
- Lorsque l’instituteur fait une leçon à ses élèves et que le curé arrive dans son école, est-il obligé de suspendre cette leçon pour que le curé pose des questions de catéchisme ou autres questions, à son gré, aux mêmes élèves ? — Oui. Dans le cas contraire le curé userait de son autorité pour décrier l’instituteur auprès des familles, et le traiterait partout d’athée.
- L instituteur est-il obligé de se confesser à Pâques?
- — Oui ; le règlement le prescrit en termes formels. Y a-t-il un autre fonctionnaire de quelque ordre qu’il soit, de quelque administration qu il relève, qui soit soumis à la même nécessité ? Il n’y en a point, et, il ne saurait y en avoir. »
- Tout commentaire ne serait-il pas superflu ?
- les instituteurs des campagnes. Il suffit pour s’en convaincre de jeter les yeux sur le règlement qui leur fut imposé à la veille du coup d’état par le ministre Fortoul, règlement qui n’a jamais été rapporté.
- Dans quelques contrées, il est vrai, son observation n’est plus intégrale, mais dans d’autres il joui^ encore de toute sa faveur.
- Le Devoir, dans son numéro du 22 décembre 1878, contenait, sous forme de lettre au ministre de l’instruction publique, une analyse détaillée de ce honteux règlement. Cette analyse a été adressée au ministre et aux plus hauts fonctionnaires de l’instruction publique.
- Rien n’est venu prouver qu’elle ait. été prise en considération.
- Aujourd'hui que l’on semble se mettre résolument à laïciser l’enseignement public, le moment est venu de rappeler l’attention sur le règlement Fortoul.
- C’est ce qu’a fort bien compris un instituteur de province qui vient d’en faire un très juste résumé que voici, tel que nous le trouvons dans le Glaneur de Saint-Quentin.
- « ... Sachez-le bien : en pleine République, le
- curé demeure le chef de l’instituteur communal.
- L’instituteur peut-il s’absenter sans prévenir le curé ? -- Non ; le règlemeut le lui défend.
- S’il a un voyage indispensable à faire le dimanche, peut-il partir sans la permission du curé ? — Non ; le règlement le lui défend encore.
- Fourmis à bord des navires
- Un navire est un petit monde habité par d’autres êtres que les hommes. Malgré toutes les précautions que l’on peut prendre, les navires, surtout dans les régions tropicales, sont envahis par les insectes, araignées, charençons, mites, scolopendres, cancrelas, fourmis.
- Les fourmis les plus communes à bord des navires sont très petites et de couleur brun-jaune.
- M. Jouan raconte que sur un navire infesté de cancrelas des fourmis s'étaient établies dans un trou débouchant au haut d’une paroi verticale. Parfois quelques fourmis, dans leur course, rencontraient par terre un cancrelas écrasé. Yite elles remontaient dans leur trou répandre la nouvelle de cette bonne fortune. Aussitôt une troupe nombreuse de fourmis se rendait à l’endroit où gisait la précieuse dépouille et s’en emparait. Mais il fallait l’amener dans la fourmilière, et pour cela lui faire gravir une paroi d'une hauteur de plus de 2 mètres, complètement à pic et où des moulures et des cordons saillants constituaient de réels obstacles. Les fourmis cherchaient à tourner l’obstacle. Elles faisaient monter leur proie, à grand renfort de poussées, le long d’un pilastre à surface unie situé à quelques mètres de là. Malheureusement pour elles une sorte de chapiteau saillant de quelques centimètres au haut du pilastre leur présentait des escarpements si durs et des ravins si traitres que le plus souvent le corps du cancrelas échappait à ses ravisseurs, ou qu’il culbutait et retombait sur terre entraînant dans l’abîme les travailleurs les plus acharnés. Des fourmis expédiées à l'habitation ramenaient des renforts. On se remettait à l’œuvre avec une ardeur nouvelle, mais pour éprouver presque toujours de nouvelles déceptions. Plus de 40 fols nos fourmis recommencèrent pour faire franchir à leur gibier les anfractuosités du maudit chapiteau. A la fin elles triomphèrent, prouvant par là que grâce àla persévérence et à 1 association les fourmis réalisent les tentatives les plus hasardées.
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- LE DERNIER-NE DE GINXO
- SA NAISSANCE ET SES AUTRES INFORTÜNES Par M. JENKINS
- IV, — Digression qu’on peut passer sans tronquer V histoire.
- Je m’arrête ici pour m’adresser aux personnages spécifiés ci-dessous, dans le cas où le hasard leur mettrait ces pages sous les yeux.
- Vous, M. l'homme'd’Etat, si homme d’Etat il y a;
- Vous, M. le pseudo-homme d’Etat, fonctionnaire public, chef de parti, tireur de ficelles ;
- Vous, M. l’homme-d’Etat amateur, dilettante, employé du Gouvernement ;
- Vous, M. l’homme de club, littérateur, journaliste ;
- Vous, M. le candidat du peuple, démagogue, fanatique défenseur du Fénianisme (2) ;
- Vous enfin qui que vous soyez qui prétendez savoir ou faire quelque chose en politique ;
- Veuillez (cela mérite considération, et je suis bien sùr que vous n’y avez songé qu’imparfaitement), examiner la condition d’un homme qui ne se fait une idée du Gouvernement que par ce qu’il sait de la Police.
- Imaginez quelqu’un qui n’aurait jamais vu de polype et qui chercherait à se représenter la forme générale de l’animal à la vue d’un simple tentacule qu’il apercevrait s’agitant au dehors d’un paquet de mauvaises herbes, dans lequel le reste du corps demeurerait entortillé. La situation n’est-elle pas analogue à celle de l’individu qui ne voit du Gouvernement que l’action vigoureuse de la Police? Comment cet homme pourra-t-il se faire une idée convenable des motifs, des opérations et des fonctions d’un Gouvernement? Son idéal à ce sujet pourra-t-il être autre chose qu’une force hautaine, arbitraire, antagoniste et exactrice ? Et sous quelle forme alors croirez-vous devoir gouverner un tel être, si ce n’est au moyen de la seule chose qu’il comprenne : le joug de l’autorité ?
- Etant donné un pays dans lequel se trouverait une majorité de créatures ainsi laissées dans l'ignorance, nul doute qu’on y rencontrât comme complément le
- (1) Reproduction interdite.
- (21 Le Fénianisme. Ce que demandait surtout le Fénianisme, comme du reste le faisaient O’Connel, Smith, O’Brien, c’était le rétablissement du Parlement irlandais : « l’Irlande à l’Irlande! » C’est ce que réclame encore l’agitation actuelle.
- L’Irlande, on le sait, n’a pas de parlement particulier; elle envoie à Londres 28 pairs et 105 membres du Parlement.
- despotisme. Mais quand ces êtres se comptent par centaines de mille, comme aujourd’hui en Angleterre, songez-vous, Messieurs, aux complications qui en résultent dans votre système de Gouvernement libre?
- En vain les lois constitutionnelles sont votées, sous la pression des citoyens électeurs, par la Chambre des Communes librement élue et par la Chambre héréditaire des Lords, ces lois, quelles que soient la bonté et la pureté des intentions et des principes qui les ont dictées, sont suspectes à l'ignorant, parce qu’il les considère moins comme le résultat des votes de chacun des représentants de la nation que comme l’expression de la volonté d’une force supé** rieure.
- Son obéissance à la loi n’est pas l’effet d’un acquiescement cordial, c’est une concession à la force des circonstances. Il ne regarde pas comme un ami, comme un frère, le pouvoir législatif qu’on impose à son respect; il ne voit en lui qu’un tyran. En conséquence, il croit tout naturellement faire acte d’habileté politique en cherchant — rude et fâcheuse opération — à vous abaisser, à vous dompter, vous qu’il considérerait comme ses conseillers et ses amis, si vous saviez faire ce que réclament à cet égard les besoins sociaux.
- En attendant, chaque fois qu’il trouve que votre action législative se traduit pour lui en mesures de répression et de restriction, il vous maudit comme auteurs de ces mesures, parce qu’il ne voit pas les ressorts qui vous font agir.
- En sùt-il même plus long que notre ami Ginx, et fùt-il capable d’apprendre qu’il concourt à élire le Parlement et par conséquent d’une façon indirecte à faire des lois pour lui-même et pour ses concitoyens, qu’il n’aurait encore qu’une mince confiance dans l’Assemblée qui est censée le représenter.
- Abandonné de la sorte à lui-même pourra-t-il, comme un homme politique ou un citoyen éclairé, se soumettre aux décisions d’une majorité contraire à ses préjugés? Ne sera-t-il pas plutôt conduit à regarder toute la Wittenagemote (1) avec défiance, mépris ou même haine?
- Aussi voyez le courir aux meetings de Trafalgar-Square (2), aux manifestations d’IIyde Parck, à l’occasion même aux émeutes des Lord George Gor-
- (1) . Wittenagemote est le nom de l’ancienne Assemblée Nationale, ou Conseil national en Angleterre, du temps des Anglo-Saxons, c’est-à-dire avant la conquête.
- (2) . TrafalgarSquare, près de la gare de Charing-Cross, en face de la Galerie nationale, est le lieu où les sociétés ouvrières se donnent rendez-vous et d’où elles partent pour se rendre à Hyde-Park où s’agitent à ciel ouvert les questions sur lesquelles la réunion doit se prononcer.
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- don (1), comme s’il n’existait pas d’autres moyens moins dangereux de manifester ses opinions ! Hélas 1 dans ces assemblées des hommes astucieux ne pourront-ils pas s’emparer de son esprit, exciter ses passions et tourner ses propres forces contre son bien même et celui de ses enfants.
- N?avez-vous jamais songé à la quantité d’électeurs qui ne savent pas lire, à ceux plus nombreux encore qui, bien que sachant lire, sont incapables de comprendre les raisons d’Etat- La presse elle-même est impuissante à les éclairer, parce qu’ils n’ont point reçu à l’avance les notions élémentaires indispensables â l’intelligence des questions qu’ils auraient à embrasser. Chose grave, à défaut de ces connaissances préparatoires, ils pourront même interpréter d’une façon extrêmement fâcheuse et toute contraire à la vérité la politique, ses visées et ses conséquences ?
- En présence de cet état de choses ne serait-il pas, Messieurs, de la plus haute nécessité sociale, ne serait-il pas de votre premier devoir de rechercher et d’inaugurer les moyens de répandre, de vulgariser l’instruction élémentaire en politique et en économie, soit que vous ayez recours à 1 intermédiaire de bons prédicateurs en plein vent (2), soit que vous fassiez distribuer par des colporteurs, hommes ou femmes, des catéchismes politiques comme on distribue la Bible.
- Chaque votant serait bientôt ainsi en état de comprendre les raisons et le but des actes législatifs, qu’il s'agisse d’administration intérieure ou de politique étrangère. Si vous ne réalisez pas ce que je dis là, vous courez le risque de voir l’électeur se tourner contre vous, — je souhaite qu’il le puisse. — Alors notre homme insistant sur le renouvellement annuel du Parlement contraindra les ambitieux, trafiquants politiques en concurrence d’emploi, à s’adresser à lui et à lui faire connaître plus souvent ce qu’ils veulent et où ils tendent. Cette dernière solution, aurait en outre, l’avantage de couper court à certaines intrigues électorales et de faire disparaître la corruption en annihilant tout ce qui peut l’encourager. Dix mille livres sterling pour une seule année de pou-
- (1) . Lord George Gordon, né en 1750, membre de la Chambre des Communes en 1780, prit parti pour les catholiques à propos d’un bill dirigé contre eux, provoqua une émeute où le sang coula, et fut emprisonné pour ce fait.
- (2) . Il est très commun en Angleterre (à Londres principalement) de rencontrer dans les rues, sur les places les plus fréquentées ou dans les parcs publics, des prédicateurs appartenant à une secte religieuse quelconque : protestants, anglicans, non conformistes, (etc.), il en est de même ;dùs^iù$â%ateûrs de la Bible, et des colporteurs de brochures religieuses.
- voir ! C’est un joli denier, même pour un contractant.
- Voyez donc si l’on ne doit pas, à quelque prix que ce soit, tenter quelque mode d’éducation politique générale. Puisqu’un esprit souffle sur les eaux, il est de première importance pour la société toute entière de savoir en quel sens cette action se fait sentir. Autour de nous se dressent des rocs abrupts mus d’une façon étrange ! Vous avez à choisir, ou laisser à des artistes vulgaires, maladroits, souverainement imprudents et uniquement en quête d’un misérable profit, le soin d’ébaucher grossièrement ces fragments de l’humanité, ou faire vous-mêmes de ces rocs abrupts de civiques pierres angulaires polies à l’instar des marbres d’un palais, au moyen d’un enseignement qui devrait être l’objet de votre plus haute ambition et constituer la fonction la plus noble, la plus pure et la plus efficace du Gouvernement.
- (A suivre )
- Statistique eu Russie.
- Il y a quelques années, en Russie, non compris la Pologne, mais en y comprenant les femmes et les enfants, on comptait, divisées en 7 catégories, comme suit : 86.400.000 âmes.
- 1. Nobles et officiers civils et militaires. 1.200.000
- 2. Soldats. .............................. 3.000.000
- 3. Marchands................... . . . 600.000
- 4. Ouvriers, artisans. . . . . . . 6.000.000
- b. Paysans et manœuvres............... 30.000.000
- 6. Ecclésiastiques.................... 600.000
- 7. Asiatiques......................... 25.000.000
- Total, (habitants) : 86.400.000
- De ces 86.400,000 habitants, étaient et sont capables de lire et d’écrire :
- La lre catégorie toute entière. 1.200.000)
- De la 3e catégorie, hommes et i
- De la 4e catégorie 1/3 de mâles >2.850.000 lettrés.
- et le reste du sexe féminin. 1.000.0001 De la 6e catégorie .... 500.000/
- Parmi la population formant la lre catégorie on estime que le gouvernement peut regarder comme prenant part a la lutte, un chiffre de 1.030.000.
- Et sur celui de 430.000 dans toutes les autres classes réunis.
- C’est donc sur ce chiffre de 1.500.000 d’individus prenant part, on peut le supposer, à la politique et intéressés au maintien de l’état de choses actuel, que le gouvernement devrait pouvoir faire fonds. Mais en est-il ainsi? Nous ne le croyons pas et si nous devons au contraire ajouter créance à ce qui nous est dit, nous devrions réduire des deux tiers ce nombre de 1.300.000. Ce serait donc :
- pas-
- 1° Une population soumise à une obéissance
- sive............................ 84.900.000)
- 2° et pouvant raisonner, un La ... nnA
- groupe de. ..................... 1.000.0001°°,4UÜ,UUU
- qui subiraient la loi de, , . 300.OQO)
- Peut-on s’étonner dès lors des événements qu’on a vu se dérouler dans l’Empire Russe et la demande dé réformes libérales doit elle être considérée comme upè superfétation ? C.-Pi Màiswus, ....
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- LES OUVRIERS, LE TABAC ET L’ALCOOL
- Nous pouvons le dire avec quelque fierté, l’ouvrier français est bien moins malheureux que celui de l'Allemagne et de la Grande-Bretagne. La France n’offre pas le triste spectacle de la misère anglaise. Les excès de boisson tuent chez nos voisins plus de cent mille personnes par an, sur lesquelles vingt et quelques mille femmes. Les rapports des coroners ont constaté qu’il y était mort 3,606 enfants étouffés sous les couvertures en huit années, et ces faits malheureux, que l’on pouvait toujours imputer à l’ivresse de la mère, se passaient ordinairement dans la nuit du samedi au dimanche.
- Nous ne sommes pas encore arrivés à ce degré d’abaissement. Dans notre pays on ne meurt pas de faim, si l’on veut être bon travailleur et un peu prévoyant. La condition de l’ouvrier s’est améliorée et s’améliore avec le progrès chaque jour. Il est mieux logé, mieux vêtu, mieux nourri que dans les temps passés ; ce qui peut le perdre, c'est le tabac et l’alcool. La moitié des aliénés et la plus grande majorité des malfaiteurs sont des fumeurs et des buveurs d’eau-de-vie. Aux hommes d’Etat et aux économistes d’y réfléchir. Et nous, nous devons prêcher d’exemple et travailler à faire connaître le danger auquel exposept l’usage et surtout l’abus de ces funestes jouissances.
- Le mal est moins dans la condition du travailleur que dans les fâcheuses habitudes qu’il y contracte. Aussi le professeur Bouchardat conseille-t-il de répandre l’instruction et les lumières, de créer des bibliothèques populaires, des cours publics dans le but de combattre le vice en élevant le niveau de la dignité humaine. Il serait aussi à désirer que dans l’intérêt des classes laborieuses, et dans un vrai but de conservatiop sociale, nos législateurs voulussent bien édicter une loi organisant dans chaque région une commission de surveillance chargée de veiller à la fabrication des boissons spiritueuses, et d’en contrôler la composition et la qualité, car si les bons spiritueux raniment, réchauffent et donnent de la vigueur, les mauvais empoisonnent, conduisent à l’oubli de tout devoir, à la perte de toute dignité, et souvent même au crime.
- (Moniteur de l’Oise) Dr Evrard.
- L’Alcoomètre du «docteur Pe»'rler
- B y a quelques jours a été expérimenté, devant le syndicat de la chambre du commerce des vins à Paris, dn petit appareil ayant pour but de doser la quantité ualcool contenue dans les liquides. Cet appareil mérite u être signalé iâi. plusiedrs points de vue, au point de vue scientifique il repose sur un principe qui n’avait
- I jamais été utilisé à cette usage ; la diférence de tension des vapeurs émises par les liquides alcooliques bouillants, suivant la quantité d’alcool qu’ils contiennent : et ensuite, au poiut de vue pratique, par une sensibilité qui peut être accrue indéfiniment et qui, dans un appareil de petite dimension, pouvant doser des liquides contenant de 0° à 15° d’alcool, atteint un 1/10 de degré ou plus d’approximation.
- Cet appareil se compose d’un petit cylindre renfermant, à sa partie inférieure, une lampe à alcool ; au-dessus, une capsule où se met le liquide à essayer et à la partie supérieure, un petit godet rempli d’eau, qui forme un réfrigérant. Dans le liquide à essayer plonge un tube de verre renfermant un petit manomètre d’une extrême sensibilité.
- Pour se servir de l’appareil, on met une-quantité déterminé du liquide à essayer dans la capsule, de l’eau dans le godet, et on allume la lampe. Au bout d’une minute environ, le liquide entre en ébullition ; aussitôt, on voit la colonne demercure monter rapidementdans le manomètre et s’arrêter à un certain point de l’échelle graduée indiquant le tant pour cent d’alcool contenue dans le liquide.
- Lopération dure de trois à quatre minutes et n’exige aucune connaissance spéciale delà part de l’opérateur. L’appareil se démonte et peut se mettre dans la poche.
- Les personnes connaissant les difficultés que présente d’ordinaire le dosage exact de l’alcool contenu dans les liquides composés connues les vins, les bières, les cidres, dosages qui, d’ordinaire nécessitent une distillation préalable comprendront l’importance scientifique et pratique de la découverte d’uu nouveau principe d’alcoométrie et de son application rationnelle.
- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
- L’Ange gardien, comédie en un acte et en vers de M. Louis Tognetti. Broçh. in-12; Genève, Jules Ca-rey, éditeur,
- M. Tognetti n’est pas un nouveau venu pour nos lecteurs. Nous avons ici même, le 17 août dernier, rendu compte d’un très-remarquable volume de ce poète. Depuis lors il a fait représenter sur l’une des premières scènes de l’étranger deux pièces en vers d’une grande valeur, Y Ange gardien, comédie en un acte, et Jean Hus$, drame en cinq actes.
- U Ange gardien seul a été imprimé jusqu’ici.
- C’esi un petit lever de rideau de l’art le plus exquis et de la poésie la plus élevée. Excellence du style, sonorité des vers, richesse des rimes, limpidité de l’expression, chaleur dans l’essor du sentiment, excellente conduite de l’action, toutes ces qualités s’y trouvent réunies et dans leur épanouissement complet.
- Mais ces qualités purement artistiques sont-elles les seules que le public soit en droit d’exiger d’une pièce de théâtre?
- Non, le théâtre a une mission sociale à remplir. Il est une puissance, et Tune des plus grandes de notre époque. En s’efforçant, comme il le fait, d’attendrir le spectateur il contribue à l’améliorer... à condition toutefois qu’il l’attendrisse pour une cause juste.
- M. Tognetti le sait bien et les beaux vers suivants, qu’il place dans la bouche du principal personnage de sa pièce, en sont une preuve convainquante :
- Le pur flambeau
- De l’art va de nouveau briller, et de la scène DisparaîtVa bientôt toute pièce malsaine ;
- Le goût va s’épurer, s’améliorer ; l’auteur N’osera plus alors traîner le spectateur Chez des drôlesses, dans un milieu délétère Où l’on étale tous les viees ; l’adultère Ne sera plus donné comme un péché mignon, Complément d’un dîner de Riche ou de Bignon;
- On n’aura plus de pièce où l’impudeur se joue,
- Amenant des rougeurs subite sur la joue
- Des femmes. Tout cela cessera. Les bravos y *
- De ce soir vont ouvrir des horizons nouveau^. ^ ^
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- Qui parle ainsi ? Une actrice, Marguerite du Breuil, au sortir de la première représentation d’une pièce écrite pour elle.
- Nous trompons-nous en disant qu’une pièce où de telles espérances sont expriméees doit, dans l’esprit de son auteur, développer une pensée morale? L'Ange gardien n’est donc pas une fantaisie. Il est écrit avec un but et doit être examiné comme tel.
- Eh bien! déclarons-le franchement à M. Tognetti, la pensée que sa pièce développe appartient à la morale du temps passé : c’est l’approbation par scrupule de conscience de l’indissolubilité du mariage.
- Jugez plutôt.
- Le poète Henri Ménars, qui rêve et tente la rénovation de l’art dramatique, s’est épris de l’admirable interprète de sa pièce, Marguerite du Breuil. Celle-ci, actrice aux moeurs pures, aime Ménars, en qui elle voit une nature supérieure. Ces deux êtres semblent créés l’un pour l’autre. Malgré cela Marguerite renoncera à cet amour et brisera l’existence de Ménars. C’est qu’elle est mariée; elle est, comme dit la loi, « en puissance de mari. »
- Ce n’est pas que ce mari soit un être sympathique. Oh I loin de là, car voici en quels termes Marguerite nous initie à ce qu’il vaut :
- J’ai vécu trois ans dans un enfer Terrible; mon mari ne m’avait épousée Que pour ma grosse dot... Une jeunesse usée A courir les tripots et les maisons de jeu,
- Voilà ce qu’il m’offrait... Mes parents ignorèrent Que ce vil débauché me flétrissait le cœur ;
- Que ce maudit blasé, ce sceptique moqueur,
- Rêvait de m’abaisser au niveau de ces femmes Qu’il courtisait la nuit dans des tripots infâmes.
- Et comme le mari était joueur'et que Marguerite avait l’âme faible et craignait un éclat sur son nom elle se laissa ruiner par lui. Alors, dit-elle :
- Quand mon dernier joyau fut envolé, cet homme Qui s’était avec moi toujours comporté comme Un lâche, disparut; je restai sans appuis Et mère... Je ne l’ai jamais revu depuis.
- Marguerite est donc à nos yeux une victime, une martyre digne de toute notre pitié. Non, nous dit M Tognetti, ce que je vous demande, ce n’est pas de vous apitoyer sur son sort, mais d’admirer l’héroïque vertu avec lequel elle l’accepte. En effet, Marguerite, malgré les torts de son mari, se considère comme toujours liée à lui; elle n’a rien fait, elle ne fera rien pour reprendre son indépendance. Il se peut, dit-elle à Ménars en parlant de son mari dégradé, que Dieu
- Le ramène au devoir et qu’il revienne un jour Au foyer conjugal redemander sa place.
- Ne sentez-vous pas que nous touchons ici le point faible de la pièce.
- Si le mari de Marguerite n’était pas un homme avili, mais un être momentanément coupable, le dénouement de la pièce serait parfait. On approuverait Marguerite de vouloir relever son mari. On lui pardonnerait d’immoler à cette mission tout son bonheur et tout celui de Ménars.
- Mais il n’en est pas ainsi dans l'Ange gardien,. Le mari est un homme déchu, avili, dans la chute duquel Marguerite n’est entrée pour rien. Elle a droit d’en aimer un autre et d’être aimée. Il ne faut pas qu’elle se conteste à elle-même ce droit, il faut que ce soit la société actuelle qui le lui conteste. L’auteur pouvait et devait nous faire toucher du doigt la monstruosité d’une législation exigeant qu’une femme comme Marguerite reste sous la dépendance d’un mafi comme le sien. Aucune séparation légale n’est intervenue entre Marguerite et son mari et elle vit en France. Elle reste donc pour lui sa propriété, sa chose, sa bête. Il n’a pas besoin d’être revenu au devoir pour avoir droit de redemander sa place. Il peut au besoin l’exiger. Il peut même faire ap-
- préhender sa femme par les gendarmes si elle hésite à répondre à son appel.
- C’est pour ces raisons là, et non pour d’autres, que Marguerite devait repousser l’amour de Ménars. Quelles situations poignantes la pièce ainsi comprise offrait au poète ! Il y avait là matière à trois et même cinq actes. Il est vrai que la pièce ainsi traitée cessait d’être une comédie et devenait un drame, mais les deux genres ne se valent-ils pas ? Quand le développement de la pensée demande l’un plutôt que l’autre, nous ne voyons pas de raisons d’hésiter.
- E. C.
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- Les Communes de France.
- Les résultats généraux de la situation des communes en France, tels qu’ils résultent de l’exposé dressé par tes soins du ministre de l'intérieur, font ressortirau l'r janvier 1880 un nombre de 36,068 communes jouissant d'un revenu annuel de 424,180,758 francs, présentant une différence en moinssur 1878de3,465 950fr., provenantde ce que l’on avait fait entrer dans un centain nombre de départements le produit d’impositions annuelles et spéciales qui n’aurait pas dû y être compris.
- La superficie territoriale de la France est de 52,750 172 hectares ; mais ce chiffre devra être légèrement rectifié lorsque les opérations cadastrales entreprises dans le département de la Haute-Savoie seront terminées. Les départements dont les communes ont le territoire le plus étendu sont : les Bouches-du-Rhône, où la moyenne est de 4,704 hectares par commune ; le Var, de 4,133 ; la Loire-Inférieure, de 3,186 ; ceux où la moyenne est de moindre étendue sont ; le territoire de Belfort, qui n’a que 589 hectares par commune ; la Seine, 664 ; le Calvados, 722 ; le Pas-de-Calais, 734 ; la Somme, 737 ; Seine-et-Oise, 786 ; la Seine-Inférieure, 810; le Doubs, 810; l’Oise, 835 ; le nord, 860 ; le Jura, 865 ; l’Aisne, 876; Meurthe-et-Moselle, 878 ; la Haute-Saône, 883 ; la Manche, 924 ; les Hautes-Pyrénées, 939.
- Le nombre des eommunss qui reçoivent des subventions de l’Etat pour l’instruction primaire est de 26,331, soit 644 de plus qu’en 1878. La proposition est restée au-dessous de 50 p. 100 dans huit départements seulement : la Haute-Saône, le Doubs, la Meuse, Meurthe-et-Muselle, l’Yonne, la Haute-Marne et le département de Saône-et-Loire.
- Dans les autres départements, la proposition est supérieure à 50 p.100.
- En 1878, le Gard, le Calvados et le Yar se trouvaient classés avec les huk départements qui viennent d’être mentionnés. Aujourd’hui les propositions se sont élevées respectivement, pour ces trois départements, de 46 à 52 p. 100, de 50 à 57 p. 100 et de 31 à 68 p 100.
- Le nombre des communes possédant des octrois s’élève à 1,530 pour toute la France.
- Quant aux revenus des bureaux de bienfaisance, ils se sont élevés à 27,444,498 fr.
- IVous prions ceux de nos lecteurs dont, l’abonnement est expiré au 1er Avril de bien vouloir nous envoyer le montant de leur réabonnement, alin d’éviter toute interruption dans le service du journal.
- Le Directeur-Gérant : Godii».
- Saint-Quentin — lmp. de la Société anonyme du Glaneur
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- "Le numéro hebdomadaire 20 c.
- DIMANCHE 2 MAI 1880
- y ANNÉE, TOME 4 — N° 86
- bureau
- a GUISE (Aisne).
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant. Fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE par l’envoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- Pays d’Europe
- France
- Un an. .
- Six mois .
- Trois mois.
- 10 I. »* 6 »»
- 3 **
- Un an. . . . 11 f. »» Autres pays Un an . . . . 13 f. 60
- Rédacteur en chef : M. Ed. Champury
- ON S’ABONNE
- A PARIS
- 5,r.Neuve-des-Petits-Champs
- Passage des Deux-Pavillons)
- S’adresser à M. LEYMARIE administrateur delà Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- Mutualité sociale et association du capital et du travail. — Modification du Devoir. — Le mowoe-ment coopératif. — Petites nouvelles. — Un criminel de onze ans. — Caisse de prévoyance en Angleterre. — Le droit des femmes. — Le chômage et les corporations. — Feuilleton : Le dernier né de Qinx. — Ecole secondaire des jeunes filles à Genève. — Une association coopé-rative de patrons. — Variétés.
- MUTUALITÉ SOCIALE
- ET
- ASSOCIATION DD CAPITAL ET DU TRAVAIL
- Par M. GODIN
- NOTIONS PRÉLIMINAIRES
- Chapitre V.
- Les loi» die la -vie dans l’humanité.
- Voyons donc si le Créateur n'a pas inscrit dans l’homme lui-même la loi vivante qui doit guider ce dernier dans tous ses actes.
- Un fait principal, qui n’est le résultat d’aucune volonté humaine, qui précède tout enseignement et toute législation, peut servir à mesurer la valeur des revendications modernes, c°nime celle de la pensée des réformateurs re-1®leux et des philosophes de l’antiquité, fait capital, c’est la vie.
- La vie, c’est la cause première sous son aspect le plus immédiat, car nous participons à son action, nous sommes des membres de son activité, des sujets agissant pour elle comme elle agit pour nous. La vie, c’est l’être vivant en tout et par tout.
- •J’ai indiqué dans le chapitre précédent que la vie est le circulus universel de l’Être dans lequel chaque activité a deux voies ouvertes devant elle : la voie ascendante et la voie descendante.
- La voie descendante est celle du mal.
- Dans la vie matérielle comme dans la vie intelligente, elle donne place à la corruption, aux impuretés matérielles et morales composant l’humus et le ferment de la vie.
- C’est la vie inférieure ou imparfaite qui doit se régénérer pour être digne#ou capable d’une vie meilleure.
- Chez l’homme, c’est l’égoïté avec tout son cortège d’artifices, d’hypocrisie, d’envie, de haine, de convoitise, de despotisme, etc. C’est le ferment qui se traduit sans cesse en actions nuisibles à la vie humaine parce qu’elles portent atteinte à sa liberté et à son progrès.
- La voie ascendante est au contraire celle du bien.
- C’est celle du progrès, de la perfection et de la fructification de la vie. Chez l’homme, cette fructification se traduit par les oeuvres utiles*ù la vie humaine, et ces oeuvres sont inspirées par
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- LE DEVOIR
- la fraternité, l’amour du prochain, l’amour social, l’amour de l’humanité.
- La vie progressive, c’est l’homme ouvrant à la matière, par le travail, les voies de l’activité.
- C’est l’action du père et dé la mère se dévouant au soin de leurs enfants, afin d’en faire des citoyens utiles, capables de bien accomplir tous leurs devoirs dans la vie ;
- C’est le jeune homme et la jeune fille, espérance de la société future, se développant sous l’influence et la protection d’institutions sociales et politiques élevant sans cesse le niveau des sociétés et faisant de tous les enfants du peuple de nobles citoyens et des serviteurs dévoués à la patrie ;
- C’est l’ouvrier des champs, de l’atelier, de la fabrique ; c’est l’artiste, le savant, le travailleur de la pensée, c’est enfin l’homme du labeur, assurant à l’existence humaine ses jouissances, ses avantages, ses moyens de grandir, de prospérer et d’être !
- C’est l’humanité se perfectionnant par l’action de tous ses membres, pour la gloire de la vie.
- C’est la terre elle-même et tous les mondes de l’espace. *
- C’est l’espace, c’est l’infini plus vivant à son tour que tout ce que nous pouvons comprendre.
- La vie, c’est Dieu sensible, visible et agissant.
- Voilà pourquoi nous sommes, dans la vie, les serviteurs de la vie elle-même, ce qui veut dire les serviteurs de Dieu.
- Voilà pourquoi dans l’œuvre de la vie, tous les hommes sont solidaires dans le bien comme dans le mal.
- Envisagée ainsi, la vie est le côté sensible du principe universel par lequel nous pouvons toucher et comprendre la loi morale de l’univers, de l’humanité et de l’individu.
- Tout homme est doué par la vie même des facultés propres à l’exercice de la vie sur la terre. Ce premier fait constitue pour l’individu des droits inaliénables dérivant de la vie elle-même. ,
- La créature humaine reçoit la vie pour vivre, pour accomplir sa tâche dans la vie.
- Vivre est son premier droit; vivre est son premier devoir; et vivre selon son droit et son devoir, c’est vivre selon la justice.
- Les lois primordiales de la vie qui s’imposent
- à l’individu, à la société et à l’humanité, sont •
- La loi de conservation de la vie humaine;
- La loi de développement et de progrès de h vie humaine ;
- La loi d’équilibre et d’ordre de la vie humaine
- La loi de conservation impose à l’être humain le soin de sa propre existence et à la société le soin de l’existence de tous.
- Elle constitue pour chacun le droit à ce qne la vie lui rend nécessaire, et le devoir d’en faire un juste usage.
- Pour obéir à la loi de développement, l’individu doit exercer ses facultés physiques, cultiver ses facultés intellectuelles et morales, enfin travailler à la perfection de son être, afin de pouvoir aider par lui-même au progrès de tout ce qui l’entoure.
- La société, de son côté, a pour devoir de permettre à toutes les personnes l’accomplissement de cette loi en mettant à leur usage ce qui est nécessaire au progrès de l’espèce.
- La loi d'équilibre prescrit à l’être humain d’user avec mesure des présents de la vie, et à la société de répartir ces présents avec ordre et justice. Elle appelle les hommes à la pratique du bien et du vrai dans toutes leurs actions, au respect des droits de chacun, à la pratique du devoir envers tous, enfin à l’observation de la justice dans l’humanité,
- tA suivre.) '
- MODIFICATION DU « DEVOIR «
- 4
- En présence du besoin toujours croissant que les Sociétés éprouvent de voir améliorer le sort des classes ouvrières et d’assurer la paix et la sécurité publiques, en donnant à tous les citoyens les garanties qui leur font défaut, la rédaction du « Devoir* pour donner plus de place à l’examen des faits qui se rattachent à ces questions, supprime, à partir du présent numéro, son Bulletin politique de semaine.
- Organe d’une expérience sociale qui ouvre la voie aux institutions capables de répondre aux nécessités de notre époque, le « Devoir » doit se livrer plus complètement à l'exposé des faits de coopération et d’association qui, en France et à l’étranger, se rattachent au même but que celui qu’il s’est assigné: l’étude des moyens pratiques du bien-être et de l’amélioration physique et morale du sort des classes laborieuses.
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- "*^e a Devoir » compte aujourd’hui des abonnés dans tous les pays. Il est lu en Europe comme en Amérique. Mais nous devons ajouter qu'il n’a de lecteurs que chez les penseurs à la recherche du
- vrai.
- Il faut bien le reconnaître, les esprits qui s’attachent aux questions sérieuses sont en petit nombre, pour beaucoup, l’idée sociale se réduit aux compétitions politiques, journalières. Les intrigues gouvernementales et les scènes émouvantes des romans, voilà ce que préfère le plus grand nombre des lecteurs.
- Le. « Devoir » ne peut rien emprunter d’un tel programme. Organe d’enseignement social, il doit poursuivre sa mission en faisant connaître, autant que possible, les faits qui se rattachent à son but.
- Le mouvement coopératif en Angleterre, en Amérique, etc., les progrès de l’idée d’association parmi les classes ouvrières doivent être au premier rang de ses préoccupations.
- Mais pour embrasser la destinée humaine dans son ensemble, c’est la science des lois de la vie an triple point de vue : social, moral et spiritualiste que nous devrons aborder ; nous devrons donc nous j efforcer de démontrer, par le raisonnement et par I les faits, que la civilisation présente doit donner pour base à toutes les questions politiques et sociales l’idée morale la plus pure ; que toute idée religieuse, pour être vraie, doit être basée sur des faits scientifiquement démontrés et donner lieu à des institutions sociales directement profitables au progrès et au perfectionnement physique et moral de l’espèce humaine.
- Pour rester dans ces limites, le « Devoir » doit se faire une règle de ne jamais s’occuper de religion au point de vue de la métaphysique pure ou des digressions qui ne porteraient que sur l'examen de textes sans portée pratique.
- Le spiritualisme scientifique fera partie de notre programme parce que toutes les réalités de la vie sont utiles â étudier pour qui veut élucider le problème des destinées humaines. Mais nous ne devrons jamais nous écarter de cette règle :
- Elever Vaction sociale au sentiment religieux et traduire la pensée religieuse en action sociale.
- L’évolution que notre feuille accomplit peut nous conduire à transformer sous peu le « Devoir » en revue.
- Dès aujourd'hui, il ouvre ses colonnes à toutes les personnes désintéressées qui, donnant une complète adhésion au cadre que.nous venons d’indiquer et sachant se maintenir dans les limites susdites, voudraient, avec nous, concourir à l'exposition des
- solutions sociales, morales et religieuses qui peuvent opérer la conciliation entre toutes les classes de la société, donner à tout individu les garanties de l’existence et pousser * à l’inauguration des institutions sociales propres à réaliser le progrès et le bien-être pour tous.
- a.
- --------b-*~i-----
- LE MOUVEMENT COOPÉRATIF
- Sous ce titre : « Associated homes » (1) (Habitations sociétaires) M. Edward Vansittart Neale, avocat distingué de Manchester et l’un des plus sérieux propagateurs du mouvement coopératif en Angleterre, vient de publier une brochure qui précise d’une façon remarquable le but de ce mouvement, tel du moins que le comprennent ses principaux chefs.
- Des citations indiqueront mieux que toutes nos paroles l’esprit du livre de M. Yansittart Neale :
- « L’idée de l’habitation sociétaire qui se lève actuellement sur l’horizon coopératif est, selon moi, la plus importante de toutes les conceptions par lesquelles la coopération peut chercher à réaliser le bonheur de l’espèce humaine. Dans l’habitation sociétaire les conditions du bien-être peuvent être mises à la portée de chacun.
- « Cette conception est de nature, en outre, à développer au plus haut point cette habitude de prévoyance mutuelle, cette disposition à placer 'notre bonheur propre dans les satisfactions d'autrui qui, d’après les grands professeurs de morale, peuvent seules offrir à l'activité incessante de l’homme une voie de confiance et de sécurité, en assimilant l’action humaine à la volonté de Dieu laquelle est amour.
- « La coopération, au début se fonde et ne peut se fonder qu’en se basant sur l’intérêt individuel. Son grand succès, en Angleterre comme en Allemagne, est provenu de ce qu’elle a demandé aux individus des choses en accord avec leurs habitudes premières et n’apportant aucun trouble dans leurs intérêts privés.
- « Ainsi, en Angleterre, elle a surtout pour objet de procurer, au meilleur marché possible, les choses de consommation journalière. En Allemagne, son but est d’unir les individus afin de leur permettre de trouver, par leur garantie mutuelle, un crédit que, séparément, aucun d’eux n’obtiendrait. De cette façon les coopéra-| leurs allemands se procurent, aux conditions les plus j modérées, les fonds nécessaires à leur avantage particulier.
- « Mais bien que dans ces cas l’intérêt individuel soit le motif déterminant, il ne se dégage pas moins de ces institutions un esprit de prévoyance du bien général, esprit grâce auquel le combat pour l’existence se transforme peu à peu en une harmonie plus haute et plus en rapport avec la vie des êtres doués de raison.
- (1). En vente à Londres Macmillan and C® et à Manchester ; central co-operative board, city buildings, corporation Street. Prix : three pence (trente centimes).
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- « Nous pouvons voir ce résultat, non-seulement dans les œuvres des sociétés fondées sur les plans des premiers pionniers de Rochdale, — puisque ceux-ci appelaient à la participation des béaéfices, d’une façon égale, les premiers comme les derniers admis parmi eux — mais encore dans les réserves faites sur les bénéfices communs, en Allemagne comme en Angleterre, quoique plus largement dans ce dernier pays, afin de constituer un fonds destiné aux dépenses d’éducation générale.
- « De ces réserves sont sortis les magnifiques bibliothèques, les nombreux salons de lecture, les écoles d’arts et de science et autres institutions analogues qui ont donné une si juste célébrité aux Equitables pionniers de Rochdale et aux grandes sociétés du Nord.
- « La société coopérative limitée à la consommation ne peut certainement avoir de visées plus larges ; l’habitation unitaire ne peut entrer dans son plan.
- « Mais le genre humain ne vit pas uniquement de commerce ; seuls quelques individus peuvent trouver dans cette fonction des moyens d’existence, parce que le grand corps des producteurs est là pour les soutenir.
- « Arrivés à ce point, nous voyons se lever la question des sociétés coopératives de production et c’est alors que se pose aussi l’idée de l’habitation unitaire.
- « Mais pour entrer dans cette voie, ii devient important de réagir contre cette notion commune qu’il faut réduire le plus possible, pour le consommateur, le coût des articles produits. C’est là une pensée qui s’éveille même chez le travailleur parce qu’il est porté à considérer la question de production au point de vue de son intérêt personnel comme consommateur.
- « Le point capital pour la société coopérative de production, c’est d’abord d’assurer à l'ouvrier un salaire équitable, puis d’accumuler les bénéfices restants de l’œuvre commune, afin que les coopérateurs aient par devers eux les moyens de réaliser les institutions nécessaires à leur émancipation. C’est seulement en procédant ainsi que les ouvriers pourront sérieusement améliorer leur condition.
- « Quand nous dressons des plans pour venir en aide aux travailleurs au moyen des bénéfices produits par le travail, nous ne devons jamais oublier que, déduction faite de l’énorme augmentation du prix des choses causée par les vices du système actuel, ces bénéfices se réduisent à un faible tant pour cent.
- " « Les luttes de la concurrence ont poussé le manufacturier dans une voie où la plus petite économie est la source la plus réelle de profits. De sorte que, même lorsqu’on arrive à donner au capital engagé dans les affaires un gros dividende, si les bénéfices étaient répartis entre tous ceux qui ont concouru à les produire, la part faite à chacun serait insignifiante ; ces bénéfices provenant non de larges profits réalisés sur peu de transactions, mais au contraire de très-petits profits levés sur un vaste champ d’opérations.
- « En conséquence, la production coopérative importe aux classes ouvrières, non à cause de la grande aug-*
- mentation de profits dont elle les peut faire jouir, en raison de ce fait que, par la production coopérative bien conduite, les classes laborieuses peuvent régler ie taux des salaires et en quelque sorte leurs propres conditions d’existence. Elles peuvent porter la production sur tel point et dans telles circonstances qu’elles jugent les plus convenables à leur bien-être général.
- « Bien que ce fait, à l’origine, ne puisse avoir lieu qUe pour la production de quelques-uns des minimes articles que les classes ouvrières consomment elles-mêmes il n’en aurait pas moins une influence directe sur toutes les industries, parce qu’il serait un enseignement pour les travailleurs en général, aussi bien pour ceux occupés à la production des choses nécessaires aux classes riches du pays même, qu’à ceux occupés à produire les choses destinées à l’exportation.
- « Tous verraient dans l’exemple donné par les producteurs en état d’entretenir leur travail par leur propre consommation, quels efforts sont à accomplir pour que l’ouvrier devienne son propre patron, pour que les classes ouvrières s’élèvent à un état plus satisfaisant.
- « Il est à signaler que dans ce travail d’éducation du peuple, l’habitation sociétaire a un grand rôle à jouer. Non p?s qu’elle en soit une adjonction indispensable. Des institutions fondées, par exemple, sur les bases de la Société Leclaire, à Paris, peuvent sans ce complément exister et prospérer au sein des grandes villes. Là les ' bénéfices qui reviennent *&ux travailleurs sont surtout employés à perfectionner les moyens d’instruction des coopérateurs, à constituer à leur profit un fonds d’assurance contre le dénument en cas d’accidents, de maladies, de vieillesse, etc. Mais ce ne sont que des faits isolés de prévoyance mutuelle, tandis que l’habitation unitaire embrasse tout le cercle des rapports ordinaires de la vie.
- « Où les circonstances sont favorables au complet développement des avantages que l’Association peut procurer, nous devons donc chercher la réalisation de ce meilleur état social que l’union coopérative ouvre devant nous.
- « C’est pourquoi je vais indiquer sommairement, d’après l’excellent ouvrage de M. Godin : « La richesse au service du peuple », ce que peut être une habitation unitaire. Le fait est réalisé dans le Familistère de Guise. »
- M. Yansittart Neale entre alors dans les détails les plus précis et les plus complets sur l’organisation matérielle et morale du Familistère. Il en parle en homme qui non-seulement a étudié et compris toute la pensée du fondateur, mais en homme qui s’est rendu compte par lui-même de la réalité des faits. M. Neale est venu à plusieurs reprises visiter le Familistère. Il en a saisi l’esprit et le but; il est animé lui-même de la pensée sociale qui a donné naissance à l’œuvre et des principes de morale humanitaire qui ont guidé M. Godin.
- Dans la brochure dont il est ici question, M. Vansit-tart Neale montre comment les « Equivalents de U
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- •richesse » sont mis, par l'habitation sociétaire, à la portée de chacun des habitants.
- Les services généraux du Palais Social ; les arrangements administratifs qui assurent le plus de liberté et de bien-être aux familles ; les institutions pour les soins et l’éducation de l’enfance ; l’organisation de la prévoyance mutuelle dans tous les faits de la vie ; la part faite aux orphelins, aux veuves, aux malades, aux infirmes, aux vieillards, etc.; les fêtes et tous les moyens de repos et d’éducation institués au bénéfice des habitants,tout est passé en revue et envisagé au double point de vue de la réalité pratique et des principes de fraternité universelle qui ont donné lieu à une telle fondation.
- Le livre contient, en outre, la plus complète biographie de M. Godin qui soit parue jusqu’à ce jour.
- M. Vansittart Neale dit en terminant :
- « De nos jours où chez tant d’hommes et de femmes accablés du lourd fardeau d’un travail incessant et de désirs jamais satisfaits, un profond mécontentement existe et va croissant, une conception comme celle de l’habitation unitaire mérite la plus sérieuse considération.
- « Les ressources qu’elle offre pour donner à l’homme la certitude que son travail de chaque jour est systématiquement et consciencieusement employé à la plus noble des fins de la vie, c’est-à-dire à l’augmentation du bien-être pour tous, doivent déterminer sa mise en prati que. Je suis heureux de donner à ceux qui en tenteront la réalisation l’assurance qu’ils ne regretteront pas l’é-pïeuve.
- « L’habitation unitaire n’est pas la seule chose que l’Association permette de réaliser pour le bien du genre humain.
- « L’accord des droits du travail et du capital, tel que M. Godin l’a effectué à Guise, est un autre fait de la plus haute importance. Malheureusement l’exemple est difficile à imiter; car il nécessite la rencontre d’un homme possédant tout à la fois l’habileté industrielle et commerciale et la volonté de consacrer cette habileté à un but d’amour et de dévouement pour tous.
- « Ce sont là des conditions qui seront, à notre époque, bien rarement trouvées ailleurs que chez le Français de noble esprit à qui l’on doit le Familistère de Guise.
- « Mais sans encourir les risquas des opérations commerciales, il serait très facile, je crois, à la riche Angleterre, sans préjudices matériels pour les possesseurs de la richesse et à leur grand bénéfice moral, d’inaugurer fies institutions qui montreraient quelles applications peuvent être faites des bénéfices du travail pour le plus grand bien des classes ouvrières.
- « Enseigner par des exemples vivants : aux travailleurs, ce qu’ils peuvent réaliser pour eux-mêmes; aux Patrons, ce qu’il est possible de faire pour ceux dont fiêpend la richesse des nations, c’est là le mode le plus e ectif de résoudre la grande « Question sociale. »
- * Je demande à la riche et bienveillante Angleterre entreprendre cette tâche. » M. M.
- PETITES NOUVELLES
- FRANCE
- Le congrès ouvrier <ïe Avilie s’ouvrira le 27 juin prochain.
- L’invitation faite aux sociétés ouvrières de la région de participer à ce congrès est pleine de bonnes idées.
- En voici un passage :
- Dans les différentes assises du travail qui ont été tenues jusqu’ici, on s’est généralement contenté de dénoncer les abus et les injustices dont nous sommes journellement victimes sans en obtenir la suppression. Aussi, est-il temps de changer d’attitude et de rechercher nous-mêmes quels sont les moyens pratiques d’y arriver.
- Aujourd’hui que nous avons définitivement conquis la République, il n’est plus permis à aucun citoyen honnête et soucieux de l’avenir, de rester indifférant aux questions sociales.
- Car, à quoi servirait-il d’avoir le gouvernement de tous, si, comme par le passé, on ne devait s’occuper que de l’intérêt de quelques-uns au détriment de ceux de la masse, c’est à-diie des travailleurs.
- C’est malheureusement là, il faut le dire, ce qui existe.
- En effet, depuis que nous avons la République, quelles sont les réformes obtenues en faveur des travailleurs 1 Bien peu, pour ne pas dire aucune.
- Nous avons réclamé la réduction des impôts de consommation et 1a. diminution du nombre d’heures de la journée de travail.
- Aucune solution importante n’a encore été donnée à ces justes revendications.
- Nous avons demandé la liberté de la presse, le droit de réunion et d’association : tout cela est encore à l’état de projet.
- De très belles promesses nous ont été faites, mais n’ont pas été tenues. Il est bien temps, cependant, que nos mandataires s’inspirent de ceà promesses, faites lorsqu’ils étaient candidats, s’ils ne veulent trouver chez leurs électeurs l’indifférence qu’ils montrent à leur égard pour leurs légitimes revendications.
- Car, il faut qu’ils le sachent, nous ne voulons plus être dupes. Il est temps de leur rappeler qu’ils suivent une route qui les mène fatalement au dehors des destinées de l’humanité.
- Il est temps de revendiquer nos droits et de prendre notre place au banquet de la vie.
- Mais pour atteindre ce but, il est indispensable de nous grouper en sociétés et de nous réunir à celles existantes.
- N’oublions jamais que la seule cause de notre faiblesse est notre indifférence et notre division.
- Notre cause est juste, puisque nous sommes le nombre, et pourtant nos droits indéniables sont parfois méconnus. Unissons-nous donc et nous les ferons prévaloir.
- C’est par le groupement en sociétés que nous pourrons nous entendre sur la marche à suivre pour améliorer Dotre sort et arriver à notre indépendance et à notre émancipation.
- Ce résultat ne pouvant être obtenu que par la représentation directe du prolétariat au Parlement et par l’association coopérative, ces questions seront l’objet d’une étude toute spéciale et approfondie de la part du Congrès.
- Dans une de ses réunions, le comité, considérant que le programme suivant répond aux vœux de la classe travailleuse, a décidé que cinq questions seraient soumises à la libre discussion des délégués ouvriers de la région. Ce sont :
- 1. Le droit de réunion et d’association ;
- 2. Questions sociale et économique ;
- 3. Réglementation des heures de travail ;
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- 4. La coopération ;
- 5. La représentation du prolétariat aux corps élus.
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- Grève tX Reims et à R oulbaix. — Des grèves éclatent dans la plupart des fabriques de ces deux villes.
- *
- * *
- Lachambre syndicale des chauffeurs- de Lille fait donner des cours techniques très appréciés ; elle a établi des examens et elle délivre des diplômes qui sont une garantie toujours prise au sérieux.
- Cet exemple montre quel bien peuvent faire les chambres syndicales quand elles sont animées de l’esprit pratique.
- *
- ¥ *
- Grève de ISollbee. —- Les ouvriers des établissements de tissage de cette localité et des environs se sont mis en grève»
- Cette grève est motivée par une réduction de 10 0/0 dans les salaires ; on craint que les filatures, privées de l’écoulement de leurs produits, ne soient obligées de fermer.
- Dès à présent, il y a 6,000 ouvriers en grève, le nombre en sera doublé si les filatures arrêtent leurs travaux.
- ***
- BELGIQUE
- Un congrès de la litrre pensée doit s’ouvrir à Bruxelles en septembre.
- Il durera trois j ours.
- Yoici l’ordre du'jour de ses-travaux :
- 1° Histoire et situation de la libre pensée;
- 2° Fédération universelle des libres penseurs ;
- 3° Du libre arbitre ;
- 4° De la morale : nécessité de la constituer à nouveau et de l’enseigner en dehors de toute idée confessionnelle.
- L’inscription d’autres questions pourra être proposée avant le 1er juin 1880.
- Pour adr. Dr G. de Paepe, 18, rue Cuerens, Bruxelles.
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- SUISSE
- Ecoles manuelles. — On a introduit l’année dernière l’enseignement manuel dans le collège industriel cantonal de Lausanne.
- On s’en trouve à merveille.
- Cès ateliers dit un journal suisse, ont été ouverts dans l'i but de remettre en honneur, parmi la jeunesse, les métiers manuels. Tant de gens ambitionnent pour leurs enfants le diplôme d’avocat, la patente du notaire ou la lancette du médecin, alors qu’ils pourraient eu faire d’excellents menuisiers, tourneurs, etc.
- A l’heure actuelle, où les professions libérales sont partout encombrées, on revient vers les carrières plus modestes, mais non moins utiles, qui reposent sur le travail manuel ; aussi les ateliers de l’école industrielle, bien que facultatifs, ont-ils été extrêmement fréquentés. C’est au point que, plus d’une fois, le maître a dû menacer de fermer l’atelier pour obtenir que ses élèves quittent leur besogne, ce qui, d’ordinaire, n’arrive guère, vous le savez.
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- Embarras de richesse. «*-* La Caisse d’épar-
- ne privée instituée par la Société bâioise d’utilité pu-
- lique se sent gênée depuis plusieurs années par l’accroissement constant et considérable de son fonds de réserve.
- La Caisse devait, le îer décembre 1879, sur 17,399 li-viets une somme de 8t677,933 fr. et possédait une réserve de 644,964 fr., soit environ 7 1/2 0/0 de la somme due à ses clients.
- Cette réserve doit servir à couvrir des pertes éventuelles de capital, mais comme tous les fonds sont pla-
- cés sur de bonnes hypothèques, la Caisse n’a jama-éprouvé la moindre perte depuis plus de 70 ans existe.
- En 1879, les frais ont été de 18,645 fr. La réserva augmenté de 50,000 fr. cette même année. â
- En face d’une pareille situation, la Société d’utibu publique a trouvé qu’il était temps de prendre une résn lution.
- Yoici à quoi elle vient de s’arrêter après mûr exa men. d’
- Considérant que l’intérêt de 4 0/0 bonifié aux déno santsest suffisai t et ne pourrait être augmenté mip d’une fraction fort insignifiante, la Société a décidé <ju! dorénavant la moitié seulement des profits, soit environ 25,000 fr., sera portée au fonds de réserve, tandis que l’autre sera mise à la disposition de la Société fonda trice pour doter quelque institution d’utilité publi! que.
- De cette manière, on peut espérer que tous les dix ans la Société d’Utilité publique sera en mesure d’exécute/ quelque entreprise au profit de la masse des travailleurs bâlois à laquelle appartiennent les clients de la Gaisv d’épargne.
- *
- ¥ ¥
- La fête dix printemps, dite Sechselœuten, a été favorisé cette année par un temps magnifique et a pleinement réussi dans toutes ses^partiee. À Zurich une masse énorme de spectateurs encombrait les rues pour voir le défilé.
- L’un des cortèges des enfants représentait les quatre saisons ; le phylloxéra et le Colorado, figurés pas d’immenses insectes, ont beaucoup amusé ; un autre rappelait le lac gelé avec tous les incidents de ce rare événement ; le troisième montrait la paitt armée, au moyen d’une forteresse en miniature ornée aux angles des figures de Bismarck, Gambetta, Andrassy et Gortscha-koff. Sur un tonneau de poudre était assis un homme fumant tranquillement sa pipe.
- ¥ ¥ , HONGRIE
- Le mariage civil vient d’être déclaré seul légal par la Chambre hongroise. Cette amélioration était demandée depuis longtemps afin de pouvoir généraliser la faculté de divorce, laquelle n’existe dans ce pays que pour les mariages civils.
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- ALLEMAGNE
- Les socialistes. — Cent trente-cinq perquisitions ont été faites à Munich pendant la dernière quinzaine.
- Toutes les lettres « suspectes » sont soigneusement décachetées par le cabinet noir.
- Le député Basselmann, membre du Parlement allemand, prévenu du délit de colportage, a été acquitté.
- ITALIE
- Congrès Socialiste. — On annonce pour te 10, U et 12 mai prochain un congrès de socialistes italiens qui se tiendrait à Milan et auquel les sociétés populaires enverraient de 120 à 130 délégués.
- Une réunion préparatoire a été tenue à Bologne, ® secret bien entendu, car la. liberté de réunion n’existe qu’auiant qu’il plaît à la police de la respecter. Les différentes sections, tout en maintenant chacune leur programme, sont tombées d’accord de participer à tout* agitation ayant pour, but la conquête des droits du peuple en général et des classes ouvrières en particu-lier. -
- Cela indique un changement de direction dont il : aurait lieu de se réjouir, car ü permettrait d’augurer que les socialistas commencent à admettre que <1*®*
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- elje le peuple n’est pas seulement une classe, mais foutes les classes réunies n’en formant qu’une.
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- Y^e couvent de Jésus et Marie, à Rome, vient d’être vendu à des protestants qui vont y fonder T g écoles et un culte de leur confession.
- Les temps ont bien changé pour Rome.
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- SERBIE
- JLa question agraire vient d’être soulevée dans ce pays. (
- Conformément a la demande du ministère la Skupt-china a voté que le territoire récemment annexé serait divisé sur la base, de 4 hectares par famille, et que les anciens propriétaires recevraient une indemnité équivalant à 8 fois leur revenu annuel.
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- AUSTRALIE
- tLeü agissements des ultramontains
- viennent d’amener une réaction contre eux.
- Déjà, annonce le Sydney Uorning Herald, le Parlement de la Nouvelle Galle du Sud avait voté en seconde lecture un Bill abolissant les subventions en faveur des écoles congréganistes ; tandis que d’un autre côté, à Melbourne et à Sydney, les populations sé livraient,sur la même question, â une campagne qui devait finir bientôt devant les Chambres.
- A Yictoria, où une loi décrétée en 1872 a aboli les écoles congréganistes pour ne laisser debout que les écoles de l’Etat, les catholiques romains s’agitent dans le but de faire rapporter cette loi et d’obtenir comme précédemment des écoles destinées à leur propagande religieuse, mais il est probable qu’ils n’y arriveront pas.
- ETATS-UNIS
- Les femmes et la politique. — La légis-ture du Wisconsin a voté dernièrement un biil par le-uel les femmes mariées seront à la fois électeurs et ligibles. il faudra soumettre ce biil à la ratificaton populaire, car la constitution du Wisconsin n’avait pas prévu que cet Etat admettrait un jour des électeurs et des représentants féminins. On fera un amendement à la constitution, et tout sera dit.
- Pendant que le Wisconsin admet ainsi les femmes à légiférer et à prendre au besoin la direction des affaires publiques, d’autres Etats, qui vont d’un pas plus calme les admettent dans le conseil des écoles.
- C’est ainsi que le Massachussett d’abord et l’Etat de New-York ensuite, ont accordé aux femmes le droit de prendre part à la nomination des directeurs des écoles* laquelle se fait à l’élection. Ici. étant donné le rôle éminent que joüe la femme aux Etats-Unis dans l’éducation populaire, l’intervention du sexe se comprend mieux.
- A son tour, le Connecticut vient d’entrer dans !’arène, et la législature de cet Etat a décidé que les femmes majeures auraient le droit de voter sur toutes les questions relatives à la vente des liqueurs alcooliques. C’est le parti de la tempérance qui a fait décréter cette mesure, et il faut lui en savoir gré. car il n’est pas de pays au monde où l’on boive et où l’on s’enivre comme aux Etats-Unis. L’ivrognerie est passée à l’état de fléau pu-
- blic. {Le Siècle.)
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- ARMÉNIE
- La famine. — Une terrible famine règne en Ar-méüie depuis six mois, conséquence fatale des güerres dès le commencement de ce siècle,ont ensanglanté st dévasté ce beau pays. La dernière, plus désastreuse
- encore, le brigandage séculaire des Kurdes, qui ruinent sans cesse ces contrées désolées, et l’hiver exceptionnellement rigoureux que nous venons ne traverser, ont achevé la ruine de l’Arménie, dont les vastes vallées, naguère si florissantes et si enchanteresses, avaient été surnommées le Paradis terrestre et avaient inspiré en tout temps les historiens, les voyageurs et les poètes.
- On frémit en pensant que la misère la plus profonde s’abat sur une immense population, dénuée de tout, et qui s’estimerait si heureuse de trouver quelques racines que l’hiver aurait épargnées.
- Des centaines de malheureux meurent journellement dans les terribles angoisses de la faim. Des mères désolées voient expirer dans leurs bras leurs enfants, sans pouvoir les arracher à cette mort, qui vient les ravir à leur tour.
- Pour remédier à ce terrible désastre, le patriarcat arménien s’est empressé de former un comité central de secours à Constantinople, qui a immédiatement organisé partout des comités partiels pour intéresser la charité publique au triste sort des malheureux affamés de l’Arménie. [Le Temps. )
- UN CRIMINEL DE ONZE ANS
- Louis Proger est né le 15 novembre 1868. Il a donc onze ans et quelques mois. Malgré son extrême jeunesse il a déjà cherché, de sang froid et avec préméditation, à empoisonner sa belle-mère.
- Quelques détails sur la vie de ce pauvre enfant feront comprendre comment il en est venu là.
- À peine sorti du berceau il eut le malheur de perdre sa mère. Un autre malheur l’attendait : son père se remaria et épousa une femme dégradée, fréquemment ivre, livrée à toutes les débauches, transformant son alcôve en lieu de prostitution et son domicile en maison de passe, pervertissant de pauvres jeunes filles et vivant du profit de manœuvres abortives dans lesquelles elle se montrait fort experte.
- Cette créature devint une marâtre impitoyable pour le pauvre petit. Elle voulait l'habituer à mendier, Elle l’envoyait au dehors dans ce but et quand il rentrait sans rapporter quelque aumône ou quand l’aumône rapportée paraissait trop faible, le malheureux enfant était roué de coups. C’est avec des badines d’osier que sa marâtre le frappait. Parfois, pour qu’il souffrit davantage, elle lui faisait des frottées d’ortie par tout le corps.
- Cette femme en vint à être en lutte ouverte avec ses propres enfants ce qui rendit l’intérieur de cette maison infâme plus insoutenable encore. Le pauvre enfant devint le bouc émissaire des mécontentements et des colères. C’est sur lui que l’on fit retomber toutes les rancunes sourdes, toutes les haines contenues qui ne peuvent manquer de se produire dans un pareil enfer.
- *
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- Comme cela se conçoit facilement la marâtre I devint pour l’enfant un objet d’exécration. Ce sen-
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- LE DEVOIR
- timent devint si vif que l’enfant résolut de tuer sa mère. Il cherchait un moyen d’en venir à ses fins lorsqu’un jour il entend dire que le phesphore des allumettes chimiques est un poison. La nuit même il s’empare des allumettes qui se trouvaient au logis, en détache le phosphore et le pétrit en une pâte qu’il jette dans le café que prendra le lendemain matin la femme Froger.
- Le café bu, la femme est atteinte de vomissements. On découvre le phosphore. On questionne les enfants :
- — Qui a fait cela ?
- — C’est moi, répond le petit Louis, la tête haute.
- — Tu voulais donc empoisonner ta mère !
- — Oui.
- % ¥ ¥
- Des faits aussi navrants ne crient-ils pas bien haut contre les vices de la législation qui régit aujourd’hui la famille et contre l’insuffisance où, dans nombre de cas, se trouve la famille pour donner aux enfants une bonne éducation.
- Est-ce comprendre la famille comme elle doit être comprise qu’abandonner comme on le fait de pauvres petits enfants aux mauvais exemples et aux traitements cruels de ceux qui les entourent? Quoi! la même société qui a une loi G-rammont pour interdire à un charretier de malmener son cheval n’a aucune loi pour interdire à une marâtre de martyriser un enfant! Mais c’est d’une inconséquence qui n’a pas de nom.
- L’organisation sociale devrait-elle être assez imparfaite pour laisser se produire des faits comme ceux qui font l’objet de cet article?
- Non, il est du devoir de la société de soustraire les enfants à la contagion du mauvais exemple. Il est de son devoir de protéger contre la violence ceux qui sont trop faibles pour se protéger eux-mêmes. Les intérêts supérieurs de l’humanité doivent primer le pouvoir discrétionnaire du père et de la mère sur l’enfant.
- Un jour viendra, et il est à désirer qu’il soit prochain, où la famille régénérée par une forme plus parfaite ne connaîtra plus de ménage dans le genre de celui des Froger.
- Malheureusement nous n’y sommes pas encore et en attendant que nous y soyons il y aura encore des milliers d’enfants martyrs et des milliers d’enfants pervertis par le mauvais exemple. Il importe de prendre des mesures pour réduire ce mal autant que cela sera possible. Ces mesures ne seront que des palliatifs, mais mieux vaut recourir aux palliatifs que ne rien faire du tout. Là où les parents manquent à leur devoir, là où ils ont perdu toute espèce de
- | dignité, là où ils se permettent vis à vis d’un enfant des traitements coupables, la loi doit intervenir etla société se charger de l’enfant. E, c.
- Bel exemple de volonté
- Dans la classe supérieure de l’école d’horlogerie de Genève, dans la section où s’apprennent les travaux de chronométrie les plus délicats et les plus difficiles, Se rencontre, un élève comme vraisemblablement école d’horlogerie n’en a jamais vu.
- Sa touchante histoire est racontée par le Journal de Genève. Elle vaut la peine d’être reproduite.
- Cet élève, dit notre confrère, cet élève d’une espèce rare, nous arrive de l’autre côté de l’Atlantique. C'est un Mexicain. Blessé à l’âge de 17 ans au siège de Puebla en défendant son pays contre l’invasion française, il ftù amputé du Iras droit, un peu au-dessous dé l’épaule. Mais cette infirmité honorable ne l’a nullement découragé. On peut se demander comment, entre toutes les professions qu’il pouvait choisir, ce jeune homme s’est arrêté précisément à celle qui semblait lui être absolument interdite. Est-ce l’attrait de la difficulté vaincue, est-ce la conscience des aptitudes spéciales qui devaient lui permettre de réussir là où d’autres auraient échoué? Le fait est qu’il a engagé la partie et qu’il l’a gagnée, au grand étonnement de ceux qui l’ont vu* se présenter un beau matin à l’Ecole d’horlogerie pour y apprendre son métier comme un apprenti ordinaire. On ne pouvait le renvoyer : c’eût été trop cruel, il avait traversé l’Atlantique pour cela. Il se mit donc à l’œuvre avec un courage admirable, et il réussit à faire en douze mois ce que d’autres, en possession de tous leurs membres, ne feraient ni en deux ans, ni même en trois.
- Lorsqu’une difficulté extraordinaire se présente, il invente à son usage un outil auxiliaire qui lui permet de la surmonter, et, l’obstacle franchi, il se remet au tra-* vail avec plus d’entrain que jamais.
- Il a terminé sa montre faite en entier de sa main, et maintenant il se prépare à retourner dans son pays montrer à ses compatriotes ce que peuvent la volonté et la persévérance au travail.
- C’est un exemple bon à voir, même ailleurs qu’au Mexique, et sa présence était, pour ses jeunes camarades, un enseignement qui en valait bien un autre, bien qu’il ne figurât point au programme.
- CAISSES DE PRÉVOYANCE EN ANGLETERRE
- I.
- Si nous sommes bien informés, et nous croyons l’être, le gouvernement français s’enquiert des mesures adoptées par le gouvernement britannique pour assurer aux ouvriers de la terre comme à ceux des manufactures, des moyens de subsistance pendant leur vieillesse.
- Nous pensons que les lecteurs du Devoir n’ont pas moins d’intérêt à connaître ces mesures que le gouvernement de la République, et comme nous sommes heureusement à même de les porter à leur connaissance, nous pensons que c’est faire œuvre utile que d’en indiquer les points principaux.
- Le gouvernement anglais n’a pas voulu, en pareille matière, se substituer à l’initiative privée ; mais il a cherché et cherche encore à aider et favoriser
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- cette initiative toutes les fois qu’elle se manifeste dans des circonstances opportunes. Son action s’est traduite de deux façons :
- lo Par l'établissement de Caisses de retraite et d’assurances postales ;
- 2° Par une réglementation particulière des Friendly Societies (Société d'amis), réglementation à laquelle ces associations sont libres de se soumettre et qui a pour objet, tout en leur assurant certains privilèges, d’augmenter les garanties de durée et de bonne administration aux ouvriers qui les composent.
- Premièrement
- En ce qui concerne l’établissement des caisses de retraite et des assurances postales, les opérations qui se rattachent, comme les Savings Banks organisés par l’Etat, ou système postal du Royaume-Uni, sont de trois espèces :
- 1° Des assurances sur la vie, paiements à l’époque du décès ;
- 2° Des constitutions de rentes assurées à partir d’un certain âge, au moyen de versements périodiques. Dans cette opération les sommes déposées sont ou ne sont pas remboursées en cas de décès ou de défaut depaiement empêchant l’exécution du contrat, suivant les conditions faites au début et la quotité du versement.
- 3° Des constitutions de rente à fonds perdu.
- On peut assurer sa vie de 16 à 60 ans, jusqu’à concurrence de 100 livres sterling |(2510 fr. environ) chiffre maximum.
- Une assurance pour 100 livres peut être fractionnée ; mais le premier contrat doit être de 20 livres au moins. Les suivants peuvent être de sommes moindres.
- Un homme et une femme mariés peuvent s’assurer chacun de son côté.
- Le paiement de la prime peut s’effectuer de plusieurs manières : en une seule fois ou par des versements périodiques, soit jusqu’à sa mort, soit jusqu’à l’âge de 60 ans.
- Ainsi une personne qui voudra assurer le paiement à son décès d’une somme de 20 livres, (502 fr.) pourra j dans sa 16e année, déposer dans les caisses postales, ) 7 1. 2 sh. 8 d. (179 fr. 05). Si au lieu d’un versement j en une seule fois, il aime mieux des paiements pério- I diques, il pourra depuis l’âge de 17 ans payer, annuellement 6 sh. 9 d. (8 fr. 45) jusqu’à sa mort, ou encore s’il le préfère, verser toujours annuellement 7 sh. 9 d. (9 fr. 70) depuis l’âge de 17 ans jusqu’à 60 aQs, ou jusqu’à l’époque de son décès si cet évènement avait lieu avant qu’il ait atteint ce dernier uge.
- Un homme de 20 ans, en payant 37 l. 0 sh. 2 d. '(929 fr. 10) assure à ses héritiers 100 1. (2512 fr.)
- Un ouvrier qui désire procurer à sa famille une certaine somme lorsqu’il mourra, peut déposer dans une des caisses postales dont le Devoir a parlé dans son n° en date du 18 janvier 1880 (page 47) ses petites économies jusqu’à ce qu’elles aient atteint, le total nécessaire pour une première assurance. Il peut ensuite en augmenter le chiffre au fur et à mesure de ses nouvelles épargnes.
- Comme dans toutes les assurances possibles, la personne qui veut s’assurer est soumise à une visite médicale dont le coût est compris dans le calcul de la prime.
- Elle a également à répondre à toutes les questions d’usage qui sont faites en pareille circonstance, à présenter deux témoins la connaissant de longue date et à déposer toutes les pièces constatant son identité. Le Post-Master general peut dispenser de la visite médicale lorsqu’il le j uge à propos.
- Un livret spécial est remis à chaque assuré, sur lequel livret chacun des versements est inscrit par le Post-Master de la région.
- Si, pour une cause ou pour une autre, les paiements ne sont pas faits à l’époque déterminée par le contrat, ce contrat est rompu par cela même et l’intéressé en reçoit l’avis. Néanmoins il peut en obtenir le renouvellement en s’adressant au Post Master général; mais ce fonctionnaire a le droit de s’y refuser, de même qu’il peut imposer au retardataire une amende de 4 ou de 8 shillings selon que la somme assurée dépasse ou non 60 livres.
- Lorsque faute de paiement ou même à la demande de la partie, le contrat prend fin, une portion de ses déboursés est rendue au défaillant.
- Comme les professions auxquelles appartiennent les assurés sont prises en considération au point de vue du danger ou de l’insalubrité qu'elles peuvent présenter, au moment où ils contractent, ils doivent, lorsqu’ils changent de métier, faire leur déclaration . à l'administration des postes qui introduit, selon les cas, des modifications convenables aux conditions de l’engagement primitif. Cette clause doit être exécutée à peine de nullité du contrat et de la perte des sommes versées. La sanction est la même si l’assuré quitte l’Europe sans en prévenir le Post-Master.
- Le suicide ou l’exécution capitale entraînent la nullité du contrat.
- Deuxièmement.
- Un ouvrier ou toute autre personne, peut toujours par l’intermédiaire des bureaux de poste, s’assurer
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- un revenu fixe, soit pendant sa vieillesse, soit pendant la durée de son existence. La rente à laquelle il obtient des droits peut même, dans certains cas, continuer à être servie après sa mort ; c’est-à-dire qu’il peut attacher cette rente à la personne de sa femme ou de ses enfants et dont ils jouiront tout le temps de leur vie, sans qu’ils puissent le dépenser à leur gré en peu de temps.
- Si l’on veut que la rente soit immédiate et prenne effet de suite, il faut alors que le versement soit immédiat et unique. Dans ces conditions, un homme de 20 ans qui voudra s’assurer une rente annuelle de 10 1. devra verser 198 1. 3 s. 4 d. (4,973 fr. 95). Pour les femmes, le taux est plus élevé : 2141. 6 s. 8 d. (3,379 fr. 85) pour la même constitution.
- Pour la Rente à terme, il est facultatif de faire des paiements périodiques ou un paiement unique.
- Ainsi un homme de 21 ans, pour toucher à partir de 55 ans une rente annuelle de 10 L devra, s’il use du mode de paiement unique, abandonner immédiatement 23 1. 13 s. 4 d. (594 fr. 15) si, au contraire, il préfère les versements périodiques, chacun de ses versements sera de 1 1. 6 s. 8 d. (33 fr. 55).
- Oes chiffres sont tirés de tables calculées pour le cas où l’argent déboursé ne sera jamais rendu, quelque soient les circonstances, si le décès survenait avant l’entrée en jouissance.
- Il est d’autres tables dont les taux sont plus élevés à l'usage des personnes qui veulent se réserver le droit de rompre le contrat. Alors, comme dans le cas de mort et avant l’entrée en jouissance, les sommes versées seront remboursées sans intérêt au contractant.
- Comme pour les cas d’assurances sur la vie, on peut au moyen d’une suite de versements uniques, non périodiques, augmenter petit à petit le chiffre de sa rente; mais ce chiffre ne doit pas dépasser la somme de 50 1. par an ou 4 1. 3 s. 4 d. (fr.. 104 55) par mois. Les versements peuvent commencer à partir de l’âge de 12 ans. L’homme et la femme mariés peuvent également souscrire des engagements séparés. Quant aux formalités à remplir, elles sont à peu près les mêmes que dans les cas des assurances sur la vie, sauf en ce qui a trait aux questions sur la santé du contractant, sur celle de ses parents, et à la visite médicale, toutes Choses qui ne lui sont pas demandées pour les constitutions de rente immédiate ou à terme.
- Lorsque la rente commence à courir, nous voulons dire lorsqu’elle commence à être due, les arrérages en sont remis au titulaire dans un des bureaux ad hoc, mais sur la présentation d’un certificat de vie émanant du juge de paix ou de tout autre officier public.
- Si le Rentier était empêché par l’âge ou la maladie de venir toucher liii-même, les employés de la poste, sur sa demande, lui porteraient les sommes dues à domicile. (Le système en question fonctionne en Angleterre depuis le 17 avril 1805).
- (A suivre). C. P. Maistrk.
- Lcê chemins die fer belge
- La Belgique est de tous les pays celui dont le roseau de chemm de fer est le plus complet. Il est proportionnellement à la surface, trois fois plus considérable que celui de la France.
- La Belgique ne comptait pas moins de 3,600 kilomètres de chemins de fer. Ces lignes sont celles du monde entier qui jouissent de l’activité la plus grande et sur lesquelles circule le matériel le plus nombreux. Ce matériel se composait au 1M janvier 1877 de 1,100 locomotives, 3,400 wagons de voyageurs et 36,000 wagons de marchandises.
- On a calculé aue si tout ce matériel était disposé en un seul train, le convoi n’aurait pas moins de 325 kilomètres oe longueur. C’est-à-dire que ce train touchant par l’une de ses extrémités à la Mer du Nord à Ostende traverserait tout le pays et ne se terminerait qu’au Rhin à Cologne. Cette longueur correspond à peu près à celle de Paris à Poitiers. C’est 10 kilomètres de plus que celle-de Paris à Dijon.
- LE DROIT DES FËMMES
- Je suis de ceux à qui ce mot : le droit des femmes, n’inspire aucune envie de ricaner. J’ai l’infirmité de ne pas trouver les hommes tellement supérieurs et tellement incomparables que les femmes ne puissent les égaler en plus d'un point. Il ne m’a pas semblé que la croix d’honneur fût déshonorée le jour où on l’a donnée à Mlle Rosa Bonheur, et il faut que j’aie le crâne fait d’une façon particulière, mais j’ai beau m’appliquer, je ne peux pas parvenir à me figurer qù’en admettant parmi ses membres George Sand l’Académie aurait dégringolé des hauteurs où l’avait mise l’élection de M. Casimir Bonjour.
- Le droit des femmes en peinture et en littérature, passe, dira-t-on, mais en politique! Les femmes députés ! les femmes sénateurs! les femmes votant le budget !
- Ceux que cette perspective révolte le plus sont des royalistes, et, entre les royalistes, les royalistes de sang-froid et de raison, les royalistes qui passent leur vie à nous proposer cet idéal : la royauté comme en Angleterre. En Angleterre, le trône est occupé par une femme.
- Régner est-il donc si inférieur à Voter? Ce mépris de la royauté est singulier de la part des royalistes.
- Bien des choses qui paraissaient impossibles hier paraissent toutes simples aujourd’hui. Bien des choses qui indignent aujourd’hui n’étonneront même pas dé-
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- main. La condition des femmes est déjà loin d’être ce qu’elle a été ; elle sera encore bien plus loin d’être -ce qu’elle est. Quand, dans le Marchand de Venise, Shakespeare veut faire plaider par Portia le procès d’A.ntonio contre Shylock, il faut qu’il la déguise en homme : à présent, il y a plusieurs pays où les femmes sont avocats. Il y en a également où les femmes sont médecins. Personne à Paris ne tombe de stupéfaction en lisant sur le programme d’une conférence ou d’une réunion publique que le conférencier ou l’orateur sera une femme. J’avoue ne pas voir distinctement quelle monstruosité il y aurait à ce que celles qui peuvent être orateurs, avocats, médecins, pussent être électeurs.
- La grosse objection au vote des femmes, c’est qu’à l’heure qu’il est la grande majorité des femmes appartient au clergé. Ce ne seraient pas elles qui voteraient, ce seraient leurs confesseurs. L’objection est en effet très sérieuse. C’est aux femmes à la faire cesser. Si elles veulent être les égales des hommes, il faut qu'elles commencent par 11e plus être les servantes des curés.
- [Le Rappel). auguste vacquerie.
- A propos de la grande pyramide. — Les
- études, dont la grande Pyramide de Chéops a été l’objet depuis le milieu du siècle, ont fait découvrir dans ce monument des rapports numériques singuliers qui existent entre les différentes parties de la construction et qui semblent témoigner de préoccupations mathématiques d’ordre assez élevé chez l’ancien constructeur.
- A l’étonnement causé par ees découvertes s’est joint presque de la stupéfaction, lorsqu’on a vu qu’il existe également des rapports simples entre les dimensions de l’édifice ou de ses parties, et celles de la terre et du système solaire. C’est ainsi que fa hauteur de la Pyramide prise un milliard de fois, donne exactement la distance de la Terre au Soleil ; la coudée pyramidale est exactement la dix-millionnième partie du rayon polaire de la terre, et se trouve contenue 36b 24/100 fois dans le côté de la base de la Pyramide. Ce dernier nombre, comme on le sait, exprime la durée de l’année en jours. La somme des diagonales de la base de la Pyramide, mesurées en pouces pyramidaux, donne le chiffre 23827, durée en années de la précession des équinoxes, etc.
- D’autres dimensions du monument semblent être en rapport avec les dates de l’histoire.
- La grande Pyramide serait donc un monumènt essentiellement scientifique, et peut-être le témoin d’une époque préhistorique de haute culture intellectuelle oubliée aujourd’hui, époque qui aurait laissé, comme un débris de naufrage, le document inconnu sur lequel a travaillé au temps du roi Chéops, de la 4« dynastie, 1 architecte de la grande Pyramide.
- LE CHOMAGE ET LES CORPORATIONS OUVRIÈRES
- Supposons donc les corporation ouvrières sérieusement organisées, non plus tolérées mais autorisée» et protégées par les lois. La question sociale du
- chômage se produisant, que fera la commission de statistique du groupe corporatif? Chaque jour, pendant plusieurs années, elle notera, le rapport du nombre de ceux qui travaillent à la totalité des ouvriers de la partie ; les observations seront ensuite consignées dans des tableaux analogues à ceux qui servent à indiquer les fluctuations des valeurs ; l’inspection de la courbe réunissant les résultate journaliers démontrera que les causes du chômage sont de deux natures, les unes naturelles et se reproduisant périodiquement, les auti'es accidentelles.
- De l’analyse scientifique du mal au mode pratique d’y porter remède, il n’y a qu’un pas.
- Sans préjuger des résultats que doit apporter une étude approfondie, nous allons donner des exemples.
- La loi naturelle du chômage, consiste en ce que le rapport varie entre les besoins de la consommation et la faculté de production. C’est ainsi que la suspension de travail à certaines époques est obligatoire dans quelques professions qui exigent pour s'exercer des conditions climatériques déterminées. Dans d’autres corps d’état les ouvriers font des heures supplémentaires à l’approche des étrennes, tandis qu’en d’autres temps le nombre de ceux qui sont sans ouvrage est considérable.
- Ceci ne peut-être qu’un aperçu général, puisque les documents manquent et dépendent d’une organisation sérieuse et à créer des groupes corporatifs. Mais, a priori, les avantages d’une connaissance précise sont évidents.
- L’ouvrier qui saura avec certitude que, sur l’année, il ne peut compter que sur neuf mois d’occupation, discutera son salaire en conséquence. S’il gagne huit francs par jour, il établira ses dépenses sur une dépense de six francs. Il basera ses prétentions, non pas sur un rapport illusoire, mais sur des besoins constants.
- Dans d’autres cas, le travailleur bien renseigné sentira la nécessité de faire partie de deux corporations qui soient telles que le maximun de chômage de l’une corresponde avec le minimun de l’autre.
- Nous ne regardons pas les groupes comme devant être isolés, mais, au contraire, comme se livrant à des travaux analogues et se les communiquant. Il arriverait fréquemment que, dans une même Corporation, on saurait par avance que la période de chômage d’une localité correspond au moment de presse d’une autre ; de là un déplacement rationnel, un équilibre économique qui soulagerait de nombreuses misères.
- C’est encore l’organisation des groupes corporatifs qui permettrait, par une diminution dans le nombre
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- des heuree de travail, de répartir l’ouvrage disponible entre tous les ouvriers d'un corps d’état. Les patrons n’emploient leurs capitaux qu’au dernier moment ; de là des heures supplémentaires, des hommes, surmenés à certaines époques, sans travail à d’autres. Les corporations organisées en élevant le prix de l’ouvrage fait en dehors du temps normal ramèneraient les industriels à des idées plus humanitaires.
- Nous ne multiplierons pas les exemples qui sont aussi variés que peuvent l’être les conditions particulières d’existence des corporations. Il nous suffit d’avoir démontré l’utilité pratique qui résulterait d’une étude raisonnée des causes du chômage basée sur la statistique établie par les groupes eux-mêmes.
- Il nous reste à parler des ralentissements ou des suspensions de travail qui ne proviennent pas de phénomènes qui puissent être prévus. Telle est, par exemple, l’introduction d’un procédé ou d’une machine qui, brusquement, rend inutile un grand nombre de bras. Nous savons parfaitement que, dans ce cas, la corporation est impuissante au point de vue du remède, comme à celui de la précision.
- Nous savons aussi qu’un semblable déplacement n’est possible économiquement que si la production est augmentée concurremment avec la diminution de l’emploi du travail humain. Il y a là le-sacrifice momentané d’une classe de travailleurs aux intérêts des consommateurs. Eh bien ! dans ce cas, comme la société bénéficie, il nous semblerait naturel que ce fut elle qui indamnisât les ouvriers dépossédés en somme d’un capital représenté par leur apprentissage antérieur. Et cela au même titre qu’est indemnisé le propriétaire exproprié pour cause d’utilité publique, l’industriel dont le matériel est réquisitionné. Nos économistes assimilent peut-être à tort les biens fonds, le matériel, les connaissances acquises, mais ils ne poussent pas assez loin l’esprit de logique pour reconnaître des droits identiques à tous les dépossédés.
- Albert Leblanc.
- (Réveil social.)
- ii mueecoeon**-"1 -----
- Sien être et Liberté
- Carey, dans un ouvrage qui restera, a calculé que la rétribution du producteur a toujours été en raison directe de la dose de liberté dont il jouit. Ainsi supposant un produit total de 100, il a calculé que le partage s’opère ainsi :
- Part du Travail Part du Capital Part du Gouvernemen t
- Etats-Unis 72. 75 25. — 2. 25
- Angleterre 56. — 21. —23. —
- France 47. — 36. — 17. —
- Les chiffres datent déjà de quelques années et les proportions ont dû se modifier quelque peu depuis lors.
- LE DERNIER-NÉ DE GINX
- SA NAISSANCE ET SES AUTRES INFORTUNES
- Par M. JENKINS
- V. — Motifs et résolutions.
- Nous avons laissé passer trois chapitres sans permettre à Ginx d’expliquer sa mauvaise humeur à propos de la naissance de son-douzième enfant. Ces explications ne seront pas longues.
- Lorsque, regardant autour de lui, le pauvre homme vit une telle quantité d’êtres à nourrir, il n’est pas étonnant qu’il pâlit de frayeur à la pensée d’en voir augmenter le nombre. Ses enfants n’étaient pas des caméléons, cependant ils étaient déjà forcés de se contenter d’une portion d’air en guise de nourriture; et quel air ? Leur maigreur et leur pâleur livide disaient assez dans quelle atmosphère impure ils vivaient !
- Comment étaient-ils vêtus ? Ceci est un mystère que la mère seule pourrait expliquer, elle qui rattachait ensemble les haillons dont ses enfants étaient couverts; peut-être aussi Ginx en pourrait-il dire quelque chose, lui, le témoin attentif de la noble patience et du sacrifice héroïque de la mère à tous les instants de l’existence.
- Des désirs incessants et toujours vains de cette pauvre femme, des terreurs maternelles qui venaient parfois l’assiéger lorsqu’elle berçait ses enfants sur ses genoux, qu’il me soit permis de ne point parler; car, si on les exposait à vos yeux, lectrice, avec les vives couleurs de la réalité, vous n’en pourriez supporter le tableau.
- L’intelligence simple et bornée de Madame Ginx s’attachait opmiâtrément à cet aphorisme controversé : « Où Dieu envoie des bouches à nourrir, il envoie aussi de la nourriture. » Elle ne mettait point en doute qu’un Dieu, et un Dieu bon existât. Aussi avait-elle confiance en l’aphorisme susdit comme en une vérité. Peut-être Celui à qui rien n’échappe passait-il rapidement sur ce qu'il pouvait voir de bizarre et d’anormal dans ce simple cœur pour n’en considérer que l’ensemble. Ainsi que l’exprimait elle-même Madame Ginx : « Dieu merci, ils avaient toujours été capables de s'en tirer. »
- a Capables de s’en tirer 1 » Au milieu des vicissitudes et des tourments de ce monde, ce bonheur
- I purement négatif est, selon toute apparence, le bien suprême des neuf dixièmes des mortels ! Capables de s’en tirer ! c’est-à-dire, pour un trop grand nombre I ne pas périr, ouvrir les yeux, quoique avec peine, à I un matin de plus; satisfaire avec quelque chose,
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- n'importe quoi, à un dévorant appétit; fermer les yeux la nuit sous quelque abri, dans quelque refuge, gt, pour certains individus passer un autre jour sans crainte de la banqueroute ou de la prison ! « Grâce au ciel, ils sont tout juste capables de s’en tirer l » Il est un proverbe qui dit : « C’est le dernier brin (je paille qui casse* le dos d’un chameau. » Ginx convaincu qu’un autre enfant, ce brin de paille du proverbe, lui casserait les reins, se proposait naïvement de violer tous les rapports sociaux au triple point de vue matériel, moral et légal, en se débarrassant violemment de la surcharge qui menaçait de lui incomber.
- Madame Ginx dont la pensée ne pouvait se détacher du n° 12, écoutait avec horreur. C’est que s'il était une mère qui pût oublier son nourisson, elle était loin d’être cette mère. Elle avait à partager son affection entre douze enfants ; mais en eût-elle eu vingt-quatre à aimer qu’il serait encore resté de la tendresse au fond de son cœur. Aussi pleine de pressentiments douloureux s’attristait-elle d’avance sur le sort du petit être qui n'existait pas encore : le n° 13. Elle se figurait l’innocent petit intrus arraché
- de son sein par ces bras vigoureux et...elle se mit
- à sangloter si fort que Ginx, honteux, chercha à la consoler en lui suggérant qu’elle n’aurait plus d’enfant,... Mais la brave femme savait à quoi s’en tenir.
- VI. — Lantagonisme de la loi et de la nécessité.
- Dix-huit mois après, en dépit des menaces, des résolutions et des prédictions, Bébé Ginx vînt au monde.
- Longtemps la mère avait caché sa grossesse au père ; mais un moment était venu où il n’avait plus été possible de taire l’événement. Alors Ginx après avoir beaucoup réfléchi et bu un verre de plus que d’habitude s’était résolument écrié :
- « Je ne veux pas avoir recours à la paroisse ; je ne puis nourrir un enfant de plus ; je n’ai jamais accepté et n’accepterai jamais d’aumône.... donc, rien de mieux à faire que de noyer le marmot- »
- Les amies de Madame Ginx ébruitèrent dans le voinage ces terribles paroles. C’est assez dire qu’on attendait la naissance de l’enfant avec un intérêt qui tenait de l’impatience. Enfin une après-midi, Ginx qui rentrait chez lui en flânant, vit quelque émotion àl’entour de sa maison dans Rosemary Street. Un rassemblement de femmes et d’enfants attendaient son arrivée. En traversant les groupes, il apprit bientôt ce dont il s’agissait. Sans s’arrêter à dire le moindre mot, ni même à réfléchir, Ginx entra chez lai> »e saisit du petit étranger et l’emporta hors de la chambre.
- « Oh ! oh ! oh ! Ginx ! Ginx !! » cria la pauvre mère. Elle essaya de se lever; mais ses forces trahirent sa volonté, elle retomba sur son lit... Pauvre Madame Ginx !
- Pendant ce temps notre homme avait gagné la rue.
- « Le voici qui vient ! Yoilà le Bébé 1 Bien sûr il va le détruire ! » criaient les femmes. Les enfants étaient immobiles, bouche béante.
- Lui s’arrêta et regarda. Il est aisé de dire qu’on va noyer un enfant, encore faut-il deux choses pour cela: de l’eau et un moment opportun. Vauxhall Bridge (le pont de Yaux-hali) était le point le plus rapproché du fleuve ; ce fut de ce côté que Ginx dirigea ses pas.
- — « Arrêtez-Ie ! »
- — « À l’assassin ! »
- — « Prenez-lui l’enfant ! *
- La foule allait grossissant et empêchait Ginx d’avancer. Quelques-uns de ses compagnons de travail étaient là, regardant ce qu’ils prenaient pour une plaisanterie.
- * Voisins, » cria Ginx, « f... moi la paix ! Cet enfant est à moi et j'en veux faire ce que bon me semble. Je ne puis le garder !... si j'avais de quoi l’élever !... mais il s’en faut. Le mieux est donc de m’en débarrasser de suite... »
- Mais les femmes s’attachaient à ses bras et -aux pans de sa veste.
- « Haoh ! Qu’est-ce que tout cela? » dit, en écartant vigoureusement la foule, un homme de bonne mine et bien vêtu. « Encore un enfant trouvé ! On n’a jamais vu quartier pareil, il y sort des enfants de dessous les pavés ! D’où celui-ci vient-il ? » Reconnaissant un délégué du bureau de charité de la paroisse, (1) la foule s’écria : « Ce n’est pas un enfant trouvé, c’est le bébé de Ginx ! »
- — Uofficier : * Le bébé de Ginx ? Qui est Ginx ? » — Ginx : « Moi. »
- — L'officier : « Eh bien ? »
- — Ginx : « Eh bien quoi ? »
- — La foule : « Il va le noyer. »
- — L’officier : « Le noyer, cela n’a pas le sens commun ! »
- — Ginx : « Si, c’est bien cela. »
- (l) Il existe dans chaque district ce que l’on nomme un ioard of Guardians, c’est-à-dire un comité d’administrateurs «hoisis pour inspecter les Workhouses et s'enquérir des besoins de la classe nécessiteuse. Les fonds affectés au soulagement des pauvres sont le produit d’impôts payés par les propriétaires ou locataires principaux des maisons situées dans le rayon du Board of Guardians. Le délégué dont il est question est choisi par le dit comité pour distribuer aux malheureux des secours en argent ou en nature, s’enquérir des personnes qui sont réellement dans le besoin, faire à ce sujet les rapports nécessaires, et voir enfin si les mesures prises en vue de la salubrité publique sont suffisantes.
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- — L'officier : « Mais Dieu me bénisse, c’est un meurtre ! »
- — Ginx : « Non, ce n’est pas un meurtre ! J’ai déjà douze enfants à la maison. Celui-ci, certainement mourra de faim ; mieux vaut lui en éviter la peine. »
- — La foule : « Prenez l'enfant, M. Smug (i), vous lui sauverez la vie. »
- — U officier : « C'est absurde ! Tout à fait en opposition avec la loi ! Comment, mon brave l mais vous êtes tenu de nourrir votre enfant. Vous ne pouvez pas plus vous en débarrasser de cette façon que le mettre à la charge de la paroisse. Donnez-moi votre nom, que j’obtienne un ordre du magistrat. L’acte du parlement est clair comme le jour. La semaine dernière, un homme, pour le même cas, fut mis sous les verroux. : « Quiconque aura été reconnu coupable d’outrage à la loi, en abandonnant ou en exposant un enfant au-dessous de deux ans, et qui par cela même, aura mis en danger la vie ou la santé de cet enfant, (et le jeter à l’eau est, je suppose, un des crimes visés ici), pourra être condamné au gré de 1a, Cour, à trois ans de travaux forcés,^où à un emprisonnement de deux ans avec ou sans travail forcé. »
- M. Smug débita ce paragraphe sans arrêter, d’une voix monotone et sonore, comme celle d’un greffier de tribunal. Il se faisait un point d’honneur de savoir par cœur tous les actes relatifs à son département et, à l’occasion, il les jetait à la tête des récalcitrants comme pour les en écraser. Mais c’était peine perdue avec Grinx dont l’intelligence était tout à fait rebelle aux actes du Parlement.
- Dans les dispositions d’esprit où le pauvrediomme se trouvait, « the Cominination Service (2) » ou les malédictions de St-Ernulphus (3) lui fassent apparus comme de véritables balivernes. Le seul sentiment que faisaient naître en son esprit les termes de la loi, était le ressentiment.Cette loi lui semblait injuste parce qu’elle était dure, inexorable et sans prévoyance pour les nécessités de la vie.
- — Ginx : « Au diable l’acte du Parlement ! A quoi bon dire que je n’ai pas le droit d’abandonner l’enfant, puisque je ne puis lui conserver l’existence ? »
- (1) « Smug » signifie «bien mis, élégant, propre. » Les personnages que l’auteur met en scène ont tous des noms caractéristiques.
- (2) Commination Service. C’est une sorte de service re-
- ligieux qu’on célèbre parfois, dans quelques églises, le 1er jour de Carême. Il consiste à lire, depuis le 27* chapitre du Deutéronome, les paragraphes contenant les menaces de Dieu aux pécheurs impénitents ; le tout accompagné de quelques prières et d’une invocation à la divinité. » i | ...* •
- (3) Les malédictions de^t-Emulphus. Ceci équivaut en français aux malédictions de tous les saints du Paradis.
- — L'officier. « Mais vous êtes tenu de le faire vivre. »
- — Ginx. « Le faire vivre ! Et comment ? Les autres sont là-bas (montrant sa maison de la tête) et s’ils ne sont pas morts, ils n’en valent guère mieux. Puisque le Parlement s’occupe de faire des actes sur les enfants abandonnés, pourquoi n’en fait-il pas aussi en faveur de ceux qui restent à notre charge. Vous savez ce que sont les salaires ; je ne peux pas obtenir plus que le tarif. »
- — La foule : « Oui 1 Pourquoi le Parlement ne s’occupe-t-il pas des uns et des autres ? Prenez l’enfant M. Smug ? »
- — L'officier : « Moi. La paroisse a assez à faire de soigner les enfants trouvés et ceux dont les parents ne peuvent travailler ou n’ont pas d’ouvrage. Vous ne supposez pas que nous allons nous charger, en outre, de ceux dont les pères et mères sont en état de faire oeuvre de leurs mains. »
- — Ginx : « Justement, vous voulez bien élever les bâtards et les petits des mendiants, mais vous ne voulez pas aider un honnête homme à soutenir sa famille. Le mioche va donc faire le plongeon, n’importe comment. *
- Et il se disposa à s’échapper, au milieu des cris redoublés de la foule.
- (A suivre).
- L’ÉCOLE SECONDAIRE ET SUPÉRIEURE DES JEUNES FILLES A GENÈVE
- VI
- Depuis quelques années l’enseignement du dessin a repris un peu partout une vigueur nouvelle. On a compris que le dessin est plus qu’un art d’agrément, qu’il est la gymnastique d’un sens précieux, de celui de nos sens dont nous avons le plus fréquent exercice.
- Habituer l’œil à se rendre compte de la dimension des surfaces, du degré des angles, des rapports des lignes, de la dimension des objets, de l’harmonie ou du désaccord des couleurs, tel est le but qw se propose l’enseignement du dessin par les dernières méthodes.
- Le dessin trouve son utile application un peu par' tout même dans les travaux où on pense le moins i lui. La mère de famille qui prépare elle-même quel' ques vêtements pour ses enfants se tirera mi®uï de ce travail si elle connait le dessin que si e^e l'ignore t. Cela paraît “un paradoxe, ~ c’est “pourtam une vérité. Que l’on y réfléchisse et l’on verra qüe
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- la justesse du coup d’œil, est d’un précieux concours daus un grand nombre de cas.
- Aussi dans l’école dont nous nous occupons s’est-on efforcé de donner à l’enseignement du dessin une forme telle qu’il fasse naître et développe cette justesse du coup d’œil. Au lieu de condamner les élèves, comme cela se pratique dans maintes insti» tutions routinières, à consacrer de longues heures — oh oui. longues ! — à copier des nez, des jeux, des oreilles, des bouches, ou autres organes pris isolément, nos élèves passent par des exercices progressifs dont nous regrettons de ne pouvoir ici rendre un compte détaillé.
- Dans les trois divisions inférieures on ne fait que du dessin linéaire, et ce n'est que depuis la 3e classe que commence l’étude de la tête, du paysage et de l’ornement.
- En 6e division les élèves ne font que des droites et des courbes simples que l’on combine entre elles pour former des figures très peu compliquées et toujours symétriques. Puis vient l’étude de l'ombre et enfin le dessin aux crayons de couleurs. Le compas et la règle ne servent qu’à vérifier et corriger s’il y a lieu les mesures qui doivent être prisés à l’œil.
- Les élèves notez ceci, sont souvent appelées à refaire de mémoire un dessin qu’elles ont fait pendant la leçon et même à en composer de nouveaux dont les proportions principales leur sont indiquées. C’est là un excellent exercice.
- Le développement du corps n’a pas été moins l’objet de la sollicitude des organisateurs de l’école secondaire que le développement de l'esprit. C’est ce que prouve l’enseignement de la gymnastique qui depuis une dizaine d’année, a été élevé au rang des branches obligatoires dans les trois divisions inférieures.
- Nos lecteurs nous sauront gré sans doute de leur donner quelques détails sur la manière 'dont la gymnastique est enseignée aux jeunes filles à Genève, car nous croyons qu’en France cet enseignement, là où il est donné, n’est donné qu’aux jeunes garçons.
- Dans ehacun des deux batiments de l’école, une vaste salle du rez-de-chaussée a été consacrée à la gymnastique et munie d’engins assez nombreux pour permettre de varier les exercices et fortifier ainsi à *on tour chaque membre de ces petits corps féminins.
- Une épaisse couche d’écorces hàchées couvre le sol d’éviter les accidents. Une maîtresse d’étude assiste le profesgetfï*-ffàns - te maintien de la discL PÜne, toujours assez difficile à obtenir dans ces le-
- çons qui sont un vrai plaisir pour les élèves.
- Celles-ci doivent revêtir un costume spécial composé d’une blouse retenue à la taille par une forte ceinture et d’un pantalon court, le tout très-large afin de laisser aux mouvements toute l’aisance possible.
- Depuis quelques temps on a renoncé à ce vêtement et cela a amené la suppression de quelques exercices que le costume féminin rend impossible. On les a remplacés par des pas qui sont plutôt de la danse que de la gymnastique. Nous parlerons cependant de tous les exercices que nous avons vu faire à l’école secondaire, car nous regrettons qu’ils n’y soient plus tous pratiqués.
- Ils se divisent naturellement en exercices d’ensemble et en exercices individuels. Les premiers sont la marche, la course et les pas de daase, les mouvements de bras accompagnent souvent la marche et se font en chantant.
- Les exercices individuels sont d’abord les sauts en longueur, et en hauteur, en avant et en arrière avec ou sans élan.
- La corde à franchir n’est pas fixe, elle est tendue librement entre deux chevalets afin d’éviter les chutes graves quand l’élève manque le saut.
- Un exercice d’équilibre consiste à marcher en avant et en arrière sur une poutre horizontale placée à 1 ou 2 pieds au-dessus du sol
- Pour développer la force musculaire des bras on a recours à l’échelle de bois horizontale, à une hauteur de6 pieds environ, il s’agit pour l’élève qui s’y suspend par les mains, d’aller d’un bout à l’autre de l’échelle, soit en saisissant échelon après échelon par un simple balancement du corps, soit en se tenant aux montants. Enfin viennent les exercices au trapèze et aux boucles suspendues au plafond.
- Parmi les exercices qui fortifient à la fois les bras et les jambes sont le « pas de géant » et l’ascension d’uae corde à nœuds et d’une corde lisse.
- (A Suivre.) H. C.C.
- L’Hcrmès cïe Praxitèle
- On sait que, parmis les objets d’art découverts dans les fouilles d’Olympie, figure en première ligne une merveilleuse tête juvénile dont l’original appartient à la Grèce, mais dont le moulage, apporté au musée de Berlin, a excité chez les connaisseurs le plus vif enthousiasme.
- Ce fragment.- d’une statue de grandes dimensions a été trouvé sur l’emplacement du temple de Junon. Or, dans le long catalogue dressé par lui des objets d’art qui se trouvaient dans ce sanctuaire, Pausanias mentionne un Hermès de Praxitèle ; cette désignation a paru correspondre très exactement au buste qui venait, d’être exhumé. .Non seulement la beauté de. l’œuvre- éie tout à fait digne de la renommée du sculpteur, mais un détail très significatif, l’existence d’une petite main d’enfant
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- LE DEVOTE
- posée sur l’épaule gauche du jeune dieu rendait cette attribution extrêmement probable.
- En effet. Pausanias nous apprend que l’Hermès de Praxitèle était représenté portant dans ses bras Bacchus enfant, ce qui correspond très exactement à la pose appareute du buste que nous possédons et à l’expression souriante de ses traits.
- Cette probabilité vient d’être changée en certitude par la découverte sur le même emplacement du Bacchus enfant, mentionné par Pausanias. Dès lors, aucun doute n’est plus possible ; c’est bien le télèbre chef-d’œuvre de Praxitèle que les limons de l’Alphée nous ont conservé et que les fouilles entreprises par l’Allemagne viennent de rendre à l’admiration de notre temps. C’est une des rares œuvres parfaitement authentiques qui nous soient parvenues des grands maîtres athéniens postérieurs au siècle de Périelès.
- UNE ASSOCIATION COOPÉRATIVE DE PATRONS
- Une société coopérative de production ayant un capital d’un demi million entièrement souscrit et versé et jouissant d’un compte de réserves et d’amortissement de cent mille francs, cela ne se voit pas tous les jours.
- Nous en connaissons une cependant qui remplit ces conditions là, c’est la société anonyme dite Usine genevoise de dégrossissage d'or.
- Cette puissante association a été fondée il y a quelques années à Genève par des fabricants de boîtes de montres, de chaînes de montres et de bijoux d’or de cette ville.
- La consommation que l’industrie genevoise fait de cette précieuse matière première monte à des sommes énormes. Jusqu’à ces dernières années les lingot» avaient été fournis à l’industrie par de grandes maisons de banque et par une ou deux maisons faisant spécialement le commerce de l’or. Mais l’or importé ainsi n’est pas encore propre à l'industrie. Il faut le ramener au titre voulu. Il faut aussi par la nature de l'alliage lui donner les teintes diverses qu’il peut revêtir. Enfin il faut pour éviter des pertes de temps et du déchet qu’il soit livré à l’industrie sous la forme la mieux appropriée à sa destination, en feuilles, en plaques, en barres, en fils de divers diamètres.
- Toutes ces préparations, réunies sous le nom de dégrossissage de l’or, demandaient, elle aussi, l’activité d’intermédiaires , lesquels naturellement faisaient payer leurs services. Tout cela surélevait les prix de revient et nuisait à l’écoulement du produit. Comme toujours la diminution de la consommation entraînait celle de la production et l’ouvrier en supportait les conséquences.
- Des plaintes s’élevèrent. Le mécontentement s’en mêla. Une crise générale de toute l’industrie horlo-gère et bijoutière vint mettre le comble à cet état de
- choses. On comprit qu’il fallait diminuer les prix de vente et pour cela réaliser quelques réformes urgentes. Les industriels intéressés à avoir l’or à aussi bon marché que possible résolurent de s’affranchir des intermédiaires inutiles ; ils se constituèrent en société coopérative, versèrent un demi-million et firent construire dans le quartier de Saint-Jean, au bord même du Rhône, une belle usine à moteur hydraulique possédant un outillage très perfectionné.
- Depuis quatre ans cette association coopérative fonctionne, économisant à ses membres des dépenses très considérables, permettant à une industrie en souffrance de se relever et par conséquent rendant du travail à bon nombre d’ouvriers de cette industrie qui se trouvaient sans occupation.
- Dès les premiers jours du fonctionnement de l’usine des associés les demandes furent sensiblement supérieures aux prévisions les plus optimistes. Depuis lors elle n’a cessé de prospérer . Et cependant l’opposition ne manqua pas de la part des intermédiaires supprimés. D’ailleurs l’idée était nouvelle — du moins dans la ville où elle se produisait — et toute idée nouvelle a contre elle les douteurs.
- On le voit, il s agit ici d’une association, d’un genre tout particulier, une association de patrons. C’est une combinaison exclusivement économique et qui ne touche au sort de la classe ouvrière que d’une manière très indirecte. Toutefois on aurait tort de croire que des exemples de cette nature n’ont pas d'importance dans la question du travail.
- Il y a plusieurs enseignements à en tirer : d’abord celui de la suppression des intermédiaires inutiles, ensuite celui des avantages que l’association procure à ceux qui en font partie.
- Les intermédiaires sont une lourde charge pour l’industrie et pour les consommateurs. Ce sont des parasites qu’il importe d’extirper partout où leur fonction n’est pas indispensable.
- Or dans un très grand nombre de cas les chefs d’industrie pourraient faire ce qu’ont fait les patrons horlogers et bijoutiers de Genève : se constituer en association coopérative et se substituer aux intermédiaires. Ce sont les consommateurs qui en profiteront. En beaucoup de cas aussi il serait possible aux ouvriers de supprimer, en s’associant, les intermédiaires qu’ils ont à payer.
- Il est malheureux que les ouvriers qui comprennent si bien, en cas de résistance momentanée, la puissance de l’union des efforts, hésitent trop souvent à utiliser cette même puissance à créer des institutions durables et profitables.
- Le Directeur Gerant : Godin.
- X
- Saint-Quentin — lmp. de la Société anonyme du Glaneur
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- . £e numéro hebdomadaire 20 c.
- DIMANCHE 9 MAI 1880
- y ANNÉE, TOME 4 — N' 87
- JOURNAL DES RÉFORMES SOCIALES
- bureau
- x GCJISE ( Aisne ).
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant. Fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE par l’envoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- Pays d’Europe
- Un an. . . . 11 f. »» Autres pays Un an. . . . 13 f. 60
- France
- Un an. .
- Six mois .
- Trois mois.
- 10 f. »» 6 »» 3
- Rédacteur en chef : M. Ed. Champury
- ON S’ABONNE A PARIS -5,r.Neuve-des-Petits-Champs
- Passage des Deux-Pavillons)
- S’adresser à M. LEYMARIE administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- Mutualité sociale et association du capital et du travail. — Fête du Travail au Familistère de Guise : discours prononcé par M. Godin et compte-rendu de la fête. — Toast porté par Mme Griess Traui au banquet fouriériste. — Nouvelles diverses. — Feuilleton : Le dernier né de Ginx. — Le droit des femmes. — Caisses de prévoyance en Angleterre. — Ecole secondaire des jeunes filles à Cenève. — Variétés.
- MUTUALITE SOCIALE
- ET
- ASSOCIATION DU CAPITAL ET DU TRAVAIL
- Par M. GODIN
- NOTIONS PRÉLIMINAIRES
- Chapitre VI
- Le Dieu et le mal social.
- L’étude des lois primordiales de la vie éclaire d’un jour nouveau les préceptes de la morale universelle ; elle en précise le sens et nous montre comment cette morale peut recevoir son application dans tous les actes de la société. Car ces deux voies :
- Etre utile à la vie humaine,
- Ou être nuisible à la vie humaine,
- Sont les seules placées devant nous, et constituent la loi du bien et du mal.
- Pour l’homme, le bien c’est tout ce qui est en accord avec la vie humaine;
- Le mal, c’est tout ce qui est contraire à la vie humaine.
- Etre utile à la vie humaine, c’est travailler, par les moyens que la nature nous offre, à répandre les choses nécessaires au bien-être de l’individu et de l’espèce, et à faciliter l’essor des facultés et la satisfaction des besoins de tous.
- Etre nuisible à la vie humaine, c’est sacrifier à l’égoïté d’un petit nombre ce qui peut contribuer au bonheur d’un plus grand ; c’est retenir au profit d’un seul, ce qui pourrait servir à la libre expansion des facultés et à la satisfaction des besoins de plusieurs.
- La loi morale ainsi comprise nous découvre le véritable champ d’action de la pratique du bien dans la société moderne.
- On conçoit qu’il ne suffît plus de pratiquer la bienfaisance individuelle pour que la loi morale de l’humanité soit réellement appliquée.
- La loi morale du dévouement à l’existence humaine exige des œuvras plus accomplies ; elle doit déterminer la fondation d’institutions durables étendant leurs bienfaits au grand nombre de ceux qui manquent du nécessaire : la bienfaisance doit devenir sociale; c’est seulement ainsi qu’elle sera vraiment pratiquée.
- Mais pour que ce but soit atteint, il ne faut plus attendre de la seule condescendance de ceux qui possèdent la richesse le remède à la misère ; il faut que tous les membres de la
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- société interviennent dans l’organisation de la mutualité sociale.
- En outre, si la société doit se hâter de mettre un terme aux misères du prolétariat, si elle est intéressée à organiser la mutualité sociale de façon à ne pas laisser plus longtemps en oubli les droits de l’existence humaine, il n’est pas moins important de faire appel à l’esprit d’équité et de justice à l’égard du travail,
- La loi morale qui dérive du respect et de l’amour dus à la vie humaine, nous démontre que le travail est la vertu première de l’homme et la seule voie efficace qui conduise à la régénération.
- Ne voyons-nôUs pas, en effet, que tout ce qui est nécessaire à la vie humaine, que tout ce qui est progrès pour l’existence humaine, exige l’intervention du travail.
- Le travail est donc la première des vertus morales par lesquelles l’homme obéit aux lois de conservation, de développement et d’équilibre de la vie.
- A ce titre, le travail â droit à des égards que l’équité sociale ne peut laisser méconnaître plus longtemps. (A êuivre.J
- FÊTE DU TRAVAIL AU FAMILISTÈRE DE GUISE
- Discours de M. Godin
- Chers coopérateüfs et amis,
- « La Fête du Travail arrive à sa quatorzième année. La pensée qui en 1867 a présidé à l’institution de cette fête était la même que celle qui, en 1859, avait le Familistère. C’est elle encore qui a conçu l’association du Capital et du Travail dans laquelle vous allez entrer d’une façon légale et définitive.
- « La fête du Travail est donc pour nous un gage et une preuve de persévérance dans la voie que nous nous sommes tracée. Elle démontre que la foi dans les principes fait les choses durables, et surtout combien nous attachons d’importance à la glorification des œuvres utiles.
- « Car tout ce que j’ai fait a tendu à ce but :
- Glorification et réhabilitation du travail, êrrihn* cipation du travailleur.
- « C’est là, en effet, la pensée supérieure qUe représente la fête du travail,
- « Le travail est, en lui=même, l’œuvre utqe par excellence; c’est l’œuvre Utile à celui qUj l'accomplit, utile à la famille, utile à la Société' c’est par le travail que l’humanité s’élève dans ia Vie des mondes.
- « Le travailleur est l’homme auquel la société doit tout ce qu’elle est. C’est là une grande vérité qui n’a pas toujours été reconnue.
- « Ouvrez l’histoire, elle vous dira ce que fut le travailleur dans le passé; elle vous montrera le travail considéré comme une cause d’abjection. Alors le travailleur c’était surtout l’esclave, l’homme dépouillé de tous biens, asservi par la guerre, assujetti à son semblable par la violation de tous ies droits humains.
- « A ces époques malheureuses, le travailleur était abaissé au niveau de la bête de somme et livré à la merci d’un maître qui avait pouvoir absolu sur sa personne, sur son existence, sur sa vie et, par conséquent, sur son travail,
- « Dans ces conditions, le travail fut considéré comme chose servile ; il fut regardé comme un châtiment imposé au vaincu, comme une preuve de la domination du maître. Le vainqueur ainsi enrichi du fruit de ses rapines put facilement se faire glorifier de ses exactions, tandis que le travailleur qui rendait des services, qui produisait toutes les choses utiles, était à la merci de l’oisif ou du guerrier cruel et dévastateur.
- « Il n’y a pas bien longtemps que nos pères étaient en servage sous l'arbitraire absolu des gens de robe ou d’épée.
- « Un siècle à peine nous sépare de la Révolution française qui nous a donné la liberté civile, liberté par laquelle chacun est à peu près maître de sa personne.
- « Mais les erreurs et les préjugés professés contre le travail n’ont pas complètement disparu; il se trouve encore des gens pour qui l’ouvrier semble être un homme d’une condition inférieure; le travail est encore l’objet du mépris de ceux qui en tirent le plus grand profit.
- « L’ignorance profonde et1 l’injusiiee^brutale des sociétés primitives ont seules été capables
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- de produire assez d’obscurité morale pour faire méconnaître la haute mission du travail.
- « Ces longues phases d’injustice grossière 'effacent. Au contact des faits accomplis par la Révolution, nos moeurs se sont améliorées. On commence à reconnaître la grandeur du rôle du travail dans le monde et quelques-uns s’honorent d’être de la grande famille des
- travailleurs.
- « La lumière se fait donc et le jour approche où la réhabilitation du travail sera complète.
- « La société moderne commence à entrevoir que c’est le travail qui donne chaque jour l'indispensable â l’existence, qui assure les satisfactions de la vie, et qui crée les splendeurs du monde.
- « Comment ne pas reconnaître que la civilisation moderne s’est élevée par le travail, et que sans le travail tout ce qui distingue notre époque et fait sa gloire disparaîtrait.
- « j3ien sots qui pensent que le monde est â leur suite parce qu’ils fréquent les salons et vivent dans l’oisiveté, et qui ne voient pas que c’est à l’activité productive du travail qu’est dû le mouvement ascendant de la vie dans les sociétés.
- « Toute la terre n’est-elle pas couverte des fruits du travail de l’homme, et le monde n’est-il pas rempli de son action ?
- « Le travailleur laboure la terre, l’ensemence, la fait se couvrir de moissons, lesquelles nous donnent le pain de chaque jour.
- « Le travailleur aménage les prairies, cultive les plantes et soigne les animaux, pour les rendre utiles à la société.
- « Le travailleur descend dans les entrailles de la terre pour y aller chercher les minéraux nécessaires à l’industrie.
- 8 Le travailleur, à la surface du sol, dans l’usine, dans l’atelier, transforme tous les produits de la nature et les fait concourir au bien-être des populations.
- 8 C’est par le travail que la civilisation se développe, que la société s’améliore et que le monde avance dans la voie de ses destinées lutures.
- 8 Le travail, c’est le rôle dévolu à l’homme Pour intervenir, dans le progrès général de la Vle sur la terre. Quand l’homme commence â
- comprendre ce beau rôle du travail, il peut lé célébrer, le fêter et lui rendre hommage.
- “ Le travail prend alors dans les égards et le respect des hommes la place qui lui est due. Ses droits s’imposent avec la reconnaissance de ses services et bientôt le travail apparaît, aux yeux du monde, comme seul digne de conférer à l’homme le véritable honneur et la' véritable noblesse.
- « Alors l’heure de la justice est arrivée pour le travailleur. Sa place se fait dans le grand concert social ; ses droits à la richesse produite trouvent leur formule, et l’accord universel de la justice et du droit s’accomplissant dans la société, celle-ci devient assez sage et assez parfaite pour faire, outre la part des travailleurs, celle des faibles et effacer à tout jamais le paupérisme.
- « Tel est, mes amis, le rôle que nous avons accepté en fondant ici la première association réelle entre le capital et le travail. Les difficultés sont plus grandes pour nous que pour ceux qui nous imiteront. Mais j’ai la satisfaction de voir que notre expérience des années passées porte déjà ses fruits, et qu’un souffle de cordiale fraternité circule de plus en plus parmi nous.
- « Ce sentiment va grandir, je l’espère, avec la confiance que va faire naître la constitution définitive de notre association.
- « L’an dernier, à pareil jour, je vous présentai dans cette enceinte le manuscrit déjà longuement élaboré des statuts.
- « Il n’a pas fallu moins d’un an pour achever cette oeuvre et, par une coïncidence singulière, je viens d’en recevoir la première mise en page.
- « Ces statuts, comme VOUS le voyez, forment un volume qui, sous peu de jours, va être tire en un grand nombre d’exemplaires : chacun de vous pourra donc les consulter à son gré.
- « Ce volume, véritable codé du travail contient d’abord l’exposé des principes qui ont présidé â la fondation de l’oeuvre, puis les statuts qui seront la loi commune de nos rapports et de nos intérêts ; viennent ensuite les règles spéciales de nos assurances mutuelles qui garantissent les membres de l’Association contre le dénûment et l’abandon dans toutes les cir*
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- constances de la vie ; enfin le règlement intérieur du travail établi d’une façon juste et fraternelle et qui a pour objet d’indiquer à l’Association la voie du succès et de la prospérité dans l’avenir.
- « L’Association va donc être pourvue de tous les organes qui lui sont indispensables ; la comptabilité qui lui est propre est étudiée ; on procède à l’ouverture, sur livres spéciaux, des comptes des associés, des sociétaires et des participants ; les certificats d’inscription d’épargne vont être délivrés pour tous les dividendes acquis pendant les dernières années.
- « Ainsi va être consommé parmi nous ce grand acte de l’Association du travail aux bénéfices de la production, association conçue d’après des principes réguliers, basés sur les notions de la justice et d’une application facile à généraliser.
- « Cette association dont l’avenir va être remis entre vos mains sera pour vous, devant le monde, le sujet d’une grande responsabilité morale, car jamais plus puissant levier dé progrès pour les classes ouvrières n’aura été remis aux mains des travailleurs.
- « L’usine qui vous occupe et qui va vous appartenir est une des plus grandes du monde et la plus grande certainement dans sa spécialité.
- « C’est de l’usage que vous saurez faire des ressources dont vous allez disposer que dépend l’exemple que vous donnerez au monde.
- Mis en possession de tous les fruits de votre travail et avec cela pourvus de tous les moyens d’en faire un bon usage, vous pouvez démontrer par les faits la puissance du travail associé.
- « Déjà tout est organisé parmi nous sur les bases les plus sérieuses, mais vous pouvez, en vous élevant à la conception de ce qui est à faire, perfectionner et améliorer ce qui existe.
- « Vous pouvez, par exemple, agrandir parmi vous le cercle de l’enseignement et celui de l’instruction de la jeunesse. Aucun établissement scolaire n’est aussi bien placé que celui du Familistère pour organiser l’instruction sur les bases les plus larges et les mieux ordonnées. Il n’est pas d’écoles mieux comprises pour conduire l’enfant de l’étude à l’application ; il n’est pas d’institution qui permette un
- plus facile contrôle des parents sur l’éducation des élèves, et qui puisse mieux assurer bonne tenue des écoles et la moralité de la dj. rection.
- « Vous pouvez donc protéger l’enfant de ]a façon la plus efficace ; dès ses débuts dans la vie, vous pouvez lui offrir les voies les piUs sûres pour devenir un homme de mérite, on élément de la prospérité future de l’association.
- « Ce que vous pouvez faire pour vos enfants vous le ferez pour vous-mêmes par l’esprit d’union, d’accord et de fraternité que vous apporterez dans vos actions, par l’esprit d’ordre, d’économie et d’intelligence que vous mettrez dans le travail et dans la direction de toutes les affaires de l’Association.
- « Que chacun de vous apporte, en outre, de temps à autre, une bonne pensée, une idée nouvelle et utile dans la production ; que le mouvement et le progrès se continuent dans vos créations industrielles et vous servirez d’exemple au monde.
- « Avec les forces dont vous disposez, avec les bonnes intentions et la bonne volonté que vous apporterez au travail, avec l’intelligence que vous saurez mettre au service de l’association, ce n’est pas trop présumer que d’évaluer à deux cent mille francs la part de bénéfices qui vous reviendra chaque année.
- <c En moins de dix ans vous auriez donc acquis deux millions en titres de parts dans l’association ; en moins de vingt ans, vous pourriez être en possession du capital social tout entier.
- « Efforcez-vous donc, mes chers coopérateurs, de bien comprendre le bel avenir qui s’ouvre devant vous et l’exemple considérable que vous pouvez offrir au monde dans la voie de l’amélioration du sort des classes laborieuses, par l’association de tous les concours.
- « Ce qu’il vous faut aujourd’hui par dessus tout, c’est de la bonne volonté, c’est que chacun de vqus se préoccupe de faire œuvre utile et fasse appel à tout son esprit d’initiative ; c’est que toutes vos préoccupations,toutes vos forces convergent vers un but unique : la prospérité de l’association. Et chacun y trouvera son compte, car dans l’union de toutes les forces et de tous les concours chacun travaille pour tous et tous pour chacun.
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- « L’ére de la Fraternité est ouverte devant vous; d vous appartient d’en tirer toutes les admirables conséquences qu’elle contient. »
- COMPTE RENDU DE LA FÊTE
- Chaque année la population du Familistère consa-cre le premier dimanche de Mai à la célébration de la Fête du Travail.
- Cette fête, elle est pendant toute la deuxième quinzaine d’Avril la grande préoccupation des habitants, pans chaque famille règne une activité plus grande que de coutume. Les mamans et les sœurs préparent les habits des petits garçons, les toilettes printanières des petites filles et aussi les vêtements de sortie des papas. Les pères, de leur côté, s’occupent à leurs heures de loisir de quelle manière on pavoisera ou à quels concours ils prendront part. Fera-t-il beau ? Pleuvra-t-il ? Graves questions dont la réponse peut favoriser ou renverser bien des rêves.
- Cette année la célébration de la fête a été favorisée par un temps d’une splendeur peu commune. La belle saison plus précoce que de coutume avait rendu depuis plusieurs semaines leur fraîcheur aux pelouses et aux feuillages et leurs parures de fleurs aux marronniers et aux lilas. Pas une goutte de boue sur les chemins ; pas le plus petit nuage au ciel. Le jour un soleil vif et clair, le soir un grand ciel étoilé. Dans l'air des chants d’oiseaux et la senteur pénétrante des fleurs.
- Aussi durant toute la fête ce temps magnifique n'a pas cessé une minute défaire sentir son heureuse influence ; chacun se montrait plus gai, plus alerte, plus content de vivre.
- JOURNÉE DU SAMEDI
- La Fête du Travail s’est ouverte cette fois, non pas le dimanche comme de coutume, mais bien lé samedi.
- A trois heures de l’après-midi les enfants étaient convoqués dans la grande salle des bâtiments d’école du Familistère pour la distribution des récompenses aux élèves méritants.
- Les enfants se sont placés à des distances égales échelonnés sur un gradin disposé au fond de la salle, Puis, après une allocution de l’instituteur, après quelques exercices de gymnastique dont la mesure est iûdiquée par celle de chœurs nettement rythmés que les enfants chantent pendant les exercices, et après un joli chœur d’ensemble fort bien exécuté,
- M. Godin a procédé à la distribution des récompenses, Comme toujours ces récompenses consistent en jolis volumes choisis avec soin dans les éditions de la maison Hachette ainsi qu’en décorations de diverses natures.
- M. Godin a adressé quelques recommandations aux enfants, puis vacance leur a été donnée pour toute la durée de la Fête du travail. Inutile d’ajouter que leurs ébats joyeux ont duré jusqu’au soir où une autre attraction les attendait.
- A huit heures et demi une retraite s’organise.
- Quatre-vingts lanternes vénitiennes éclairent le cortège que précèdent la musique du Familistère et une.batterie de tambours. La ville est parcourue dans tous les sens au milieu d’une foule considérable et vers neuf heures et demie le cortège revenu devant le Familistère se sépare après avoir applaudi la Marseillaise exécutée par le corps de musique avec beaucoup d'entrain,
- MATINÉE DU DIMANCHE
- Le dimanche, c’est le grand jour. Dès le matin les coups de marteau retentissent dans toutes les directions. On pavoise la cour. On y érige des trophées on achève sur la pelouse la construction d’un kiosque et d’une estrade pour le concours de chant.
- A midi tous ces travaux sont terminés, La vaste cour centrale où trois mille personnes pourraient circuler à l’aise, estpavoisée sur toute son étendue. Tout le long des galeries qui régnent à chaque étage sur le pourtour entier de la cour sont suspendues des guirlandes de couleur que rehaussent de place en place des faisceaux de drapeaux tricolores, de bouquets d’érable et de coudrier, et des écussons portant les initiales de la République ou des maximes ayant trait au travail.
- Au centre de la cour est suspendu un immense lustre formé de ballons chinois et de lanternes vénitiennes et destiné à éclairer le bal.
- Les deux petits côtés de la cour ainsi que le milieu des deux grands côtés ont reçu de grands trophées symbolisant le travail en général et plus particulièrement celui auquel se consacre l’association de Guise.
- Au fond, au-dessus de l’estrade des musiciens un grand décor avec échafaudage représente une usine en construction. De nombreux ouvriers réduits aux proportions de marionnettes et mus par un moteur à vapeur minuscule s’adonnent à toutes sortes d’occupations .
- En face, à l’autre extrémité de la cour s’élève un groupe de deux personnages de grandeur naturelle,
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- l’un tenant la lime en mains, l’autre présentant à la meule une pièce de fer oxydée. A droite et à gauche de ces personnages se trouvent des transparents d’une nature fort originale. Ce sont des produits de l’usine de l’association, cheminées et calorifères en fonte émaillées éclairés à l’intérieur. Des outils et objets de diverse nature rappelant les travaux d’ajustage, emballage et magasinage complètent ce grand ensemble décoratif. A droite et à gauche deux petits trophées d’outils rappellent la menuiserie et autres accessoires des travaux de l’association.
- Au-dessus de la grande porte centrale un magnifique décor 4 jour représente une machine à vapeur et quelques roues rappellent le matériel de l’usine.
- En face, au-dessus de la porte qui donne accès au bâtiment consacré à la basse enfance un trophée, dont un cubilot fait le centre, symbolise la fonderie.
- L’effet d’ensemble produit par ces diverses décorations donne à la cour un aspect des plus agréables.
- APRÈS-MIDI DU DIMANCHE
- Dès deux heures de l’après-midi l’animation est extrême dans les cours du Familistère. Les divers groupes qui doivent constituer le cortège se réunissent chacun de son côté, qui dans la belle cour de' l’aile gauche, qui dans le bâtiment attribué à la basse enfance, qui dans les diverses salles du casino.
- Vers deux heures trois quarts le cortège général s’est formé dans la grande cour centrale et le défilé commence, aux accents de la musique qui emplit de ses accords l’immense vaisseau de la cour centrale.
- < En tête, fendant avec peine la foule énorme des curieux, s’avancent les sapeurs, les tambours et les clairons, tous dans l’uniforme de leurs fonctions ; puis vient la compagnie des pompiers du Familistère en grande tenue et dans un ordre parfait. Derrière elle marche, toute frémissante de plaisir, la joyeuse armée des élèves des écoles, garçons et filles, les uns dans leurs plus beaux habits des dimanches, les autres dans leurs fraîches toilettes de printemps. Les élèves distingués portent sous forme de bannières, de croix ou de rubans de couleurs vives les insignes de leurs distinctions. Après les élèves viennent dans l’ordre du cortège l’Harmonie du Familistère dans son coquet uniforme et avec sa bannière chargée de médaille, puis M. Godin entouré des membres des deux conseils de* l’association, les membres élus des comités des assurances mutuelles
- (autrefois caisses) de prévoyance, de pharmacie de retraites, ainsi que les associés et la délégation des anciens ouvriers. Plusieurs dames font parti des comités.
- C’est dans cet ordre que le cortège sort du bâti ment central et traverse la vaste place rectangn laire qui le sépare du théâtre. Toutes les fenêtres sont garnies de spectateurs.
- Au moment où le cortège franchit la porte du théâtre la compagnie des pompiers et le corps deg archers font la haie.
- M- Godin, les conseils de l’association, les GQmj. tés des assurances, les associés et la délégation des anciens ouvriers prennent place sur l'estrade décoré© pour la circonstance avec des géraniums en fleurs, Les enfants occupent les premiers bancs du parterre i derrière eux le corps de musique. Une foule considérable occupe les trois rangs de galeries.
- L’exécution à grand orchestre d’une fantaisie sur Nabuchodonosor de Verdi et un délioieux chœurs d’enfants, XAubade languedocienne, plein de frai, oheur, ouvrent la séance, puis M. Godin prend la parole et prononce le remarquable discours qui est reproduit ci-dessus. De ohaleureux applaudissements éclatent dans toute la salle.
- Après la parfaite exécution par 1 ''Harmonie du Familistère d’une fantaisie sur le Pré aux Clercs dans laquelle tous les instruments importants ont tour à tour moyen de se produire, la cérémonie est close et le cortège se reforme pour regagner la grande cour centrale où il se dissout.
- La foule se répand bien vite, sur la place où des industriels privés ont établi à son service des distractions variées, des boutiques et des jeux.
- Le soir, dans la grande cour centrale éclairée à giorno, la foule se rencontre de nouveau pour le bal. Les musiciens prennent place dans l’estrade qui leur est réservée et des centaines de couples s’élancent en mesure aux accents de la musique tandis que des centaines et des centaines de spectateurs assistent des trois étages de galeries aux plaisirs que prennent les danseurs. De temps à autre des flammes de bengale s’allument et jettent sur le bal et sur ses spectateurs leurs fantastiques reflets.
- JOURNÉE DU LUNDI
- La journée du lundi est toujours consacrée au* divertissements. Des concours de diverses natures sont organisés, auxquels l’association consacre prix s’élevant au total fle deux mille franos, Bon nombre de ces jeux ont surtout pour but d’amusef l’assistance et c’est toujours au milieu des éclats ^
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- ij.e que s’exécutent les courses en sac, le jeu du a uat ou celui des boules 4 voiturer dans une Droaette ouverte sur les côtés tandis qu’on est embarrassé d’une hotte au dos. D’autres concours d’a^ dresse ou d’habileté attirent les connaisseurs ; c’est le cas par exemple des concours de cartes, de boules, de billards, du tir 4 la carabine, du tir à l’are, etc., etc, Les enfants ne sont pas oubliés, et quelques jeux adaptés à leur âge les réunissent en eercles joyeux. Vers une heure et demie une partie de la musique exécute quelques morceaux de son répertoire sur des bateaux qui remontent et redescendent l’Oise, aux grands applaudissements de la foule arrêtée sur les bords.
- Enfln un concours d’un genre plus élevé, le concours de chant avait été ajouté cette année à la liste des concours habituels.C’est une idée très-heureuse. D’ailleurs les organisateurs de la fête ont parfaite-, ment compris le parti qu’ils pouvaient tirer de ce ooncours pour le plaisir de la population, aussi l’ont-ils fait coïncider avec la fête de nuit.
- FÊTE pp NUIT
- Dès huit heures du soir la foule s’est répandue sur la pelouse et dans les allées du parc du Familistère Une scène complète avait été érigée en plein air et non loin d’elle un kioske recevait la musique. Aussitôt la nuit tombée l’illumination a commencé. Des centaines de lanternes vénitiennes et de ballons chinois formaient des guirlandes allant d’un arbre 4 l’autre tout le long des marronniers de la grande allée semi-circulaire qui fait le tour de la pelouse.De plus d’autres ballons chinois étaient suspendus aux arbres ou logés dans les buissons, Toutes ces |u^ mières jointes à celles du kioske et de la scène transformaient le pure du Familistère en un véritable jardin enchanté. L’effet était d’autant plus saisissant que de quart d’heure en quart d’heure dp§ flammes de Bengale vertes allumées sous les buissons dp lilas en fleurs jetaient leurs magnifiques re« flets sur les façades du Familistère, sur la scène où 1 on chantait, sur le kioske occupé par la musique, sur les arbres et les massifs de verdure qui entourent Ju pelouse ainsi que sur la fouie énorme qui s’y trouvait réunie.
- Quatorze chanteurs ont pris part au concours et deux amateurs ont bien voulu se faire entendre. Dans 1 inter val !e des diverses parties ainsi qu’après a clôture du concours la musique a joué plusieurs es meilleurs morceaux de son répertoire, couronnés ehaqqe fois par des applaqdissements dq public et | Pur des pétards tirés dans les buissons. |
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- M. Godin a fermé la fête par une courte improvisation. Il a remercié d’abord les organisateurs de la fête puis il a fait ressortir, en peu de mots mais avec un à-propos qui a donné à ses paroles toute la valeur d’un discours, combien la population du Familistère est privilégiée, combien la franche cordialité donne d’entrain et d’agrément à une fête et combien aussi la bonne entente et l’association des efforts peuvent produire de merveilleux résultats. « Aussi, a-t-il conclu, que renseignement qui se dégage du beau spectacle que vous venez d’avoir sous les yeux ne soit pas perdu, mais qu’il demeure présent à votre pensée dans les travaux de l’association industrielle dont vous faites partie avec moi. Entretenez en vous durant les travaux habituels le même zèle et les mêmes sentiments de fraternité qui ont donné cette fois-ci à la Fête du Travail une splendeur plus grande encore que de coutume, et les résultats seront, plus encore que par le passé, favorables à votre bonheur et à vos intérêts. »
- D’unanimes applaudissements répondent aux paroles de M. Godin, puis un grand cri de v Vive lu Repu? blique ! » s’élève de plus d’un millier de poitrines avec un ensemble saisissant.
- L’ffeure étant fort avancée et là fraîcheur commençant à s’accentuer la foule se retire 4 regret du para illuminé, emportant de la Fête du Travail un souvenir qui, nous n’en doutons pas, sera durable et fécond,
- Il est impossible qu’aucun des assistants oublie -« surtout après la remarque publique qu’en a faite si à propos M. Godih — que l’excellente organisation et la parfaite réussite de cette fête sont dues 4 l’association des efforts. Ce n’est point par hasard que pendant trois jours entiers une population ou-» vrière de plus de 1.200 personnes a pu s’adonner sans réserve à des réjouissances dont la classe ou? vrièrp est privée ailleurs. Ce n’est point par hasard que l’initiative privée a pu donner à cette fête une splendeur qui laisse bien loin derrière elle tout ce que les efforts officiels pourraient produire, même dans des villes vingt fois plus peuplées que le Familistère. Non, cela n’est point par hasard ; cela tient à une double raison :
- C’est pareeque l’habitation unitaire en groupant sur un même point des personnes qui ont des intérêts identiques développe eu elles des sentiments de sociabilité qui sont heureux de se produire au grand jour quand l’occasion est favorable j
- Ç’est aussi pareeque l’assopiation des efforts permet à ces sentiments de sociabilité de s’affirmer par un résultat utile et de donner à ce résultat une importance quTil lui serait impossible d’avoir si les efforts individuels étaient réduits à l'isolement.
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- Donc, si nous voulons réussir, rapprochons-nous et associons-nous,
- E. C.
- ------- mgijQOQOonrn
- TOAST DE Mrae GRIESS TRAUT
- AU BANQUET ANNIVERSAIRE DE LA NAISSANCE DE FOURIER.
- Nous avons rendu compte dans notre avant dernier numéro du banquet anniversaire de la naissance de Fourier.
- Nous pouvons aujourd’hui donner à nos lecteurs le texte du toast qu’y a porté Mme Griess Traut.
- Le voici textuellement ;
- A. FOUXî I E K les femmes reconuaissantes I
- A ce génie lumineux, qui, en dotant le monde du levier puissant de** l’Association — seul propre à affranchir les Faibles du joug des Plus Forts, — a fourni à l’homme les moyens de" briser, les entraves séculaires dont on a hérissé la voie radieuse que la nature et les sociétés à venir réservent à la femme ! Des Signes des Temps de l’affranchissement prochain de la femme se manifestent de toutes parts. — Les universités, en petit nombre encore, qui les ont accueillies, nous envoient chaque jour, quelque bachelière ou quelque femme-médecin ! — Ailleurs le progrès de la mécanique et l’application de plus en plus fréquente de l’Association à tous les travaux de l’Activité humaine, remplaceront, largement bientôt, les mains de la femme et les bras de l’homme. — L’organisation sociale aussi, réclame des méthodes scientifiques aux lieux et place des méthodes empiriques.
- Fourier a stigmatisé avec une ironie toute Socratique, et parfois attendrie, les Iniquités légales qui pèsent sur la femme, dans les sociétés qui se disent Civilisées — sans excepter la nation où le sexe fort revendique le Monopole de la Galanterie.
- D’accords avec de grands esprits, tels que les : Condorcet, les de Tocquevilles et autres, il attribue à juste titre les fléaux qui rongent nos sociétés : Guerre — Ignorance — corruption — à l’asservissement de la femme, à l’état d’infériorité dans lequel, les hommes ont cru de leur intérêt de la maintenir — se montrant, en ceci, moins généreux, envers leurs compagnes, que les espèces auxquelles la Science refuse le titre orgueilleux d’Animal raisonnable — oclroyé à l’homme un peu à la légère !
- Je répète — A Ch. Fourier, les femmes reconnaissantes !
- NOUVELLES DIVERSES
- FRANCE
- Les écoles d’apprentissage. — Le Séna! a discuté une proposition relative aux écoles manuelles d’apprentissage.
- A la Chambre des députés, la proposition sur cette matière avait été admise sans discussion. Tout le monde est d’accord sur l’utilité de ces écoles ; on espère les voir relever la qualité de la main d’œuvre qui tend a s'abaisser par suite de l’excessive division du travail et du perfectionnement des agents mécaniques. Elle tend
- à accorder des subventions aux écoles créées ou à créer par les départements, les communes et les particuliers Au Sénat cette proposition a été élargie avec raison, oj y a ajouté la création d’une caisse établie sur le modèle de la caisse des écoles et ayant pour objet d’aider à ia fondation d’écoles d’apprentissage. De plus on a voulu que, les écoles d’apprentissage une fois créées, la dé. pense devint obligatoire pour le département, le conj merce ou l’association fondatrice.
- Il est malheureux que le ministre du commerce n’ait pas cru la question assez étudiée, surtout en ce qui cou. cerne la caisse projetée, et qu’il ait proposé et obtenu l’aj-. urnement de la discussion.
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- La proposition Marfin-Nadaud tendant à créer une caisse nationale de retraite pour les vieux ouvriers de l’industrie et de l’agriculture a été prise en considération à la Ghambae des députés par 411 voix contre 3.
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- TJn© distitjction très vraie c’est celle qu’a faite le 3 mai, M. Gazot, garde des sceaux, dans son discours à la Chambre.
- Entre l’association, a-t-il dit, et la congrégation il y a cette différence que l'association augmente les forces de l’individu, tandis que la congrégation les anéantit. C’est parfait. Seulement nous aimerions voir le ministère assez conséquent avec lui-même pour aller jusqu’au bout de cette distinction et déclarer que s’il entend restreindre le développement des congrégations qui anéantissent l’individu, il entend aussi favoriser le développement des associations qui augmentent les forces de l’individu et contribuent d’autant à la prospérité nationale.
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- Le procès <lo Bourges. — Notre confrère et ami, Eugène Garcin, rédacteur en chef de VUnion républicaine soutient à Bourges un procès dont, à l’heure où nous écrivons, le résultat n’est pas encore connu.
- L'Union républicaine, pariant de M. Boin, ancien procureur de la République à S. Amand au Deux Décembre, aujourd’hui président de Chambre à la Cour d’appel de Bourges et président au Conseil général du Cher, a déclaré que c’était « une honte » infligée au département du Cher que de voir la présidence de son Conseil général aux mains « d’un ancien pourvoyeur des Commissions mixtes. »
- Ce procès est d’une portée si considérable que M. Boin, s’il l’eut prévue, aurait peut être hésité à poursuivre. En effet ce n’est point une affaire d’homme à homme qui se juge, c’est le procès du Deux Décembre, le procès de» commissions mixtes, le procès des arrestations illégales, des proscriptions et des emprispnnements arbitraires. Les dépositions des témoins sont accablantes pour les fonctionnaires d’alors, dont plusieurs sont très haut placés aujourd’hui.
- Il est certain que ce progrès influencera considérablement le résultat des élections prochaines du Conseil général du Cher. C’est un coup d’assommoir pour le parti bonapartiste. Des incidents émouvants se sont produits, qui laisseront de longs souvenirs dans la population berrichonne. Plusieurs des anciens martyrs du Deux Décembre, appelés comme témoins, se sont fait amener au tribunal, ne pouvant y venir d’eux-mêmes, car ils ont contracté durant leur exil ou leur captivité arbitraire des infirmités dont le spectacle fend le cœur.
- L’opinion publique s’est intéressée à eux et comme la prescription n’est point acquise aux crimes du Deux Décembre, plusieurs des anciennes victimes vont introduire une action en dommages intérêts.
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- TJn nouveau confrère vient d’entrer dans la lice pour la revendication des droits de la femme.
- Ce journal a pour titre La femme dans la famille et dam la société.
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- Nous lui souhaitons bonne réussite, ce qui n’est pas impossible s’il sait se tenir à égale distance des revendications vagues et des récriminations exagérées.
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- Orèves à- Reims. — Plus de sept mille ouvriers et ouvrières sont en grève. Et, à l’exception de la filature et de l’atelier de tissage Dauphinot, où les prix sont relativement assez élevés, tous les ateliers de tissage et de filature sont arrêtés.
- Les grévistes demandent :
- Une augmentafion de salaire de 15 p. 100.
- L’abolition des primes de production.
- Un tarif général pour tous les ateliers.
- La réduction de la journée de travail à 10 beures.
- Jusqu’à présent les grévistes n’ont rien obtenu de leurs patrons et, grâce à l’absence de la police et de la gendarmerie, tout se passe fort paisiblement.
- Vendredi et samedi, dans la matinée, les grévœtes se sont réunis dans la salle et le jardin de l’embarcadère ; 2.500 à 3.000 ouvriers assistaient à cette réunion, dans laquelle on devait discuter les tarifs ainsi que la réduction de la journée de travail à 10 heures ; cette dernière question a excité un véritable enthousiasme et c’est par acclamation qu’elle a été votée.
- Ouvrez la bourse H. Y. P.
- On lit dans le Journal de Caen :
- Nous publions, sans aucun commentaire, la circulaire imprimée suivante, qui est entre nos mains et qui, par un oubli involontaire nous n'tn doutons pas, ne porte aucun nom d’imprimeur :
- DIOCÈSE
- DE
- SÉEZ
- M
- PAROISSE
- DE LA
- Madelein e
- L'Epargne normande de Caen vient de me faire perdre la somme énorme de dix mille francs, destinée à la fondation d’une école de filles et à des œuvres de bienfaisance. Je ne pourrais tenir, ni survivre peut-être à ce désastre, si je ne comptais beaucoup sur votre grande charité. Au nom du Cœur de Jésus, envoyez-moi l’aumône du pauvre ! Petite ou grande, ne me la refusez pas (1).
- A. GOUDET,
- Curé de la Madeleine, par Moutiers-au-Perche (Orne).
- On voit que, lorsqu'il s’agit de réclame, tous les moyens sont bons à messieurs du clergé. Cet excellent curé n’y va pas par quatre chemins. Il a fait une mauvaise spéculation de Bourse. Vite, vite, avisons, se dit-il, à nous refaire. Et il invoque le nom du Sacré-Cœur de Jésus.
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- î ^*eifî ca1is8es d’épargne scolaires font leur chemin. A Lyon durant la période 1877-78 les écoles publiques avaient versé à la caisse d’épargne la omme de 33,137 fr. répartie en 3.758 livrets ; durant la période suivante 1878-79 les mêmes écoles ont versé la somme de 51.886 en 9.137 livrets, sud élèves épargnants se répartissent comme
- 3.996 garçons élèves des écoles laïques.
- 1.236 » » » congréganistes.
- 2 527 filles » » laïques.
- 1.558 » » » congréganistes,
- ü est raisonnable de dire que les sommes importantes
- à décembre, 50 messes seront dites Parer^ uf en^deurs,si minime que sou leur offrande; 2° pour leuis •is défunts ;3° pour les âmes du purgatoire les plus délaissées.
- recueillies par les caisses scolaires n’auraient pas été épargnées sans l’existence de cette institution.
- Le mode de réception des épargnes n’est pas le même à Lyon que celui employé ailleurs. En effet ailleurs on emploie le système recommandé et patronné par M. de Malarce dans lequel l’instituteur est dépositaire de l’argent. A Lyon l’écolier dépose lui-même son épargne dans sa petite case d’un meuble spéeial ; l’instituteur n’a plus que la comptabilité, c’est le collecteur de la caisse d’épargne qui enlève le contenu des boites. Le système lyonnais nous paraît de beaucoup supérieur.
- Singulier point d’honneur. — Le nommé Estoret, maire d’un village de l’Oise s’était enfui en Belgique après avoir enterré dans un champ le cadavre d’un fou de l’établissement d’aliénés de Clermont, tué par lui.
- Il est maintenant sous les verroux, et ce qui est curieux, c’est la façon dont il est revenu se constituer prisonnier.
- En Belgique, où il s’étaitréfugié auprès de ses parents, Estoret avait d’abord négocié 70.000 francs de titres lui appartenant, et il était passé de là en Angleterre. Mais le climat de la Grande-Bretagne lui parut bientôt insupportable, l’ennui vint, et il eut l’idée singulière d’écrire à M* Lachaud, le célèbre avocat criminel peur lui demander conseil, M9 Lachaud lui répondit qu’il n’avait rien de mieux à faire que de venir se livrer à la justice. Refus d’Estoret, auquel il répugnait en sa qualité de maire et d’homme riche et par conséquent considéré dans son pays, de faire sa rentrée au milieu de ses concitoyens entre deux gendarmes. C’est alors que M* Lachaud a négocié avec le ministère de la justice une sorte de compromis en vertu duquel Estoret pourrait rentrer en France et gagner la prison sans subir l’humiliation de la conduite avec les menottes aux mains.
- M. Macé, chef de la sûrete, est allé le recevoir à Os-tende, et il a accompagné ce riche criminel, avec tous les égards possibles, à Clermont, où il est maintenant écroué.
- Singulier procédé que celui d’un coupable traitant de puissance à puissance avec un ministre de la justice, et singulière façon de comprendre l’honneur chez ce bourgeois campagnard qui ne voit pas la honte dans le crime, mais dans le manque d’égards dont la force publique a coutume d’user envers "les criminels !
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- SUISSE
- Envoi d’enfauts débile» à la montagne. — L’initiative privée, si généralement répandue en Suisse, s’occupe dans plusieurs villes de recueillir les fonds nécessaires pour faire passer un mois dans des villages de la montagne, au grand air, à des enfants débiles appartenant à la classe ouvrière.
- On choisit de préférence >es élèves studieux.
- Après un mois de séjour dans la compagnie d’un instituteur qui leur fait faire de petites excursions botaniques, entomologiques, minéralogiques ou qui les fait assister à des observations météorologiques, ou qui leur apprend encore à arpenter sur le terrain, les élèves reviennent plus instruits et mieux portants.
- Ces placements à la montagne dont Bâle et Berne ont donné l’idée (Bâle e,n fait chaque année plus de 200) commencent à être imités non-seulement dans les autres villes suisses maisaqssi en Allemagne. Francfort a envoyé 133 élèves au grand air l’année dernière. Berlin et Dresde ont aussi commencé.
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- ITALIE
- Evadée du harem. — On sait que l’ancien khédive Ismaïl Pacha vit avec toutes ses femmes à Résina, au pied du Yésuve.
- Il y a quelques mois, raconte le Droit des Femmes, une habitante du harem disparut et les recherches lurent vaines à Résina et dans les environs. Or voici qu’un ci-
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- LE DEVOIR
- toyen dans la maison duquel la fugitive avait trouvé ! asile se présente pour l’épouser civilement devant le magistrat municipal.
- Le syndic de Résina est légèrement embarrassé,
- En Egypte Mlle Nassik-Nissak fut vendue comme une chose au prince musulman. Mais en Italie elle doit être une personne protégée par les lofs et maltresse de sa vie et de sa liberté.
- Le syndic de Résina a transmis la question au procureur rô^al de Naples,
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- AUTRICHE
- Tuel Société viennoise pour le 4éveïop= pement intellectuel et professionnel des
- femmes rend des services de plus en plus signalés. Les cours scientifiques et littéraires qu’elle donne, les ateliers d’apprentissage qu’elie a créés et le cours de dessin et de tenue de livres qu’elle a ouverts sont très suivis et rendent de vrais services à la population féminine viennoise en lui ouvrant des carrières qui ne lui étaient pas accessibles jusqufiei.
- Il serait à désirer que cette utile institution trouvât des imitateurs dans d’autres pays.
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- Dl»tinetious accordées à «le® femmes.
- L’empereur d’Autriche a décerné la médaille d'or pour les seienoes et lgs arts à Ml1®’ Rouziska Ostoïch, pour son dictionnaire turco-allemand. Cette jeune fille s’était déjà fait remarquer à l’Acad mie orientale de Vienne.
- Mw® CarlaSerepa a été élue membre de la Société royale et impériale d’Autriche. Elle est la première femme à laquelle cet honneur ait été décerné.
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- mouvement coopéra.“ Le 2e de
- 1880 de la Statistisehe Monatschrift que rédigent à Vienne MM. de Neumann Spallart et (i. A. Schimmer contient la statistique des associations autrichiennes. Nous voyons dans ce travail qu’à la fin de 1868 on comp-? tait en Autriche 276 Sociétés coopératives de consommation.
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- ALLEMAGNE
- Fédération de» Speiéfés d’artisans. —
- Le journal Der Arbciterfreund de Berlin contient un eurieux article de M. J. Berndt sur <* la Fédération des sociétés d’artisans » de la province de Brandebourg et les tentatives qui se font pour rétablir les Innungen ou corporations professionnelles M. J. Berndt signale comme regrettable la tendance qui pousse les sociétés d’artisans à s’occuper moins d’intérêts professionnels que de manifestations, de conférences et 'réunions de tous genres qui ne font pas avancer la question d’un se a 1 pas. La fraternité est une bonne chose, mais il ne faut pas qu elle fasse perdre da vue l’esprit pratique. Ce n’qst pas av§c des mots, môme éloquents, (pie l’on fait avancer les causes. -
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- HONGRIE
- pairân & Î*| -vie. m Nous era-* pyuptons 4 un® correspondance du Temps les détails suL vants sur l’exécution d’un nommé Tabaoks à Raab. Nous ne changeons rien à ce récit, nous bornant à souligner quelques mots qui feront réfléchir nos lecteurs :
- « L’exécution suivait §qn CQtirs régulier ; la publication de l’arrêt et la procédure durèrent en fQut douze minutes. Le bourreau était un hommç habile, le nommé Kozavek. ~Au bout de deux minutes et après constatation de la mprt par le médecin légal, le pendu fut détaché et porté à la salie dè dissection deTliôpital de Raab.
- Mais, au moment où le professeur. L. Bierbauer, allait
- iaire sur le prétendu cadavre des expériences d’éleçtrj-r cité, celui-ci commença à s’agiter, et il sortit un râle convulsif de la gorge au supplicié. Une panique indicible s’empara de tous les assistants On fit demander immédiatement au procureur général des instructions pour ce cas imprévu d’un pendu dont les muscles se contractaient sans le secours de l’électri-Cité. Et, en attendant ces instructions, on s’occupa de rappeler entièrement à la vie le malheureux.
- Un mot d’explication sur le mode de pendaison, ou mieux de strangulation adopté ici. L'CXécution a lieu dans une cour de prison, en présence d'une commission judiciaire, de deux médecins, et d’un petit nombre de spectateurs privilégiés. La potence est peu élevée ; le cqn-damné y est hissé par les aides du bourreau qui l’acero-Ghent à cette potence après l’avoir étranglé en serrant d’nn coup de poignet la fine corde ligneuse, de manière à intercepter la respiration et à rompre la colonne vertébrale. Il faut au b uirreau une grande habileté de main pour obtenir çe résultat, et si la vertèbre n’a pas été hri-r sée, il peut y avoir catalepsie et ensuite retour à la vie,' Autrefois cqttq rupture de la colonne avait lieu par une opération mécanique plus sûre, quoique pins horrible par son apparence de brutalité : le bourreau, après avoir hissé le condamné, la cravate de soie au col, lui sautait sur les épaules et l’effet de la secousse était à peu près immanquable. Maintenant, au contraire, si le bourreau ne fait pas complètemént en un tour de main la double opération, les effets de ^étranglement peuvent être paralysés par la force musculaire du sujet.
- Le bourreau a été mandé à Pestb pour rendre compte de sa maladresse. Le pendu aurait été trop tôt descendu du poteau, après la constatation de la mort faite par le docteur SiJcap, trompé dans son diagnostic par la catalepsie.
- C’est sur la table de dissection qu’a eu lieu le retour à la vie ; le premier geste involontaire du pendu a été de porter la main derrière sa tête, puis il est tombé dans une horrible crise de deliriumtremens et il n’a pas encore repris connaissance. On a pu lui faire prendre des calmants et un bouillon. La fièvre cérébrale achèvera-t-elle l’œuvre du bourreau inhabile ?
- C’est là ce qui préoccupe avant tout l’opiniQù publique, très irritée d’ailleurs de çe drame pénible,
- Tabaclis est un sujet précieux d élu,des pour la science., et U serait curieux à bien des points de me que cet homme éçhappôt à la mort . si surtout U devait être en état de, nous répéter les émotions vraies djun vrai pend Qn aurait ainsi un élément d'appréciation pour choisir entre la décollation et la strangulation. comme moyen sur
- ET PROMPT D’EXÉCUTER UES HAUTES ŒUVRES. »
- * *
- ANGLETERRE
- -w Qn fit daft? le Prolétaire ;
- 18, Clarendon Street, JL W.,
- Londres, avril 1880,
- Les soussignés se font un devoir d’annoncer que le 1er mai 1880, ils cootracterqnt une union libre, en présence çSe quelques amis socialistes invités et réunis t0ut simplement pour en recevoir çbmmanication,
- ' Les raisons qui les ont déterminés 4 se pasger dp mariage juridique, ainsi que dp mariage religieux, c’est qp’ils les considèrent comme dçs institutions bourgepi-ses créées dans le seul but <je çré.çr }çg questions dé propriété et d’héritage ; n’offrant açunq garantie sériquse aux prolétaires des deux sexes consacrant l'assujettit' sement de la femme; engageant pour l’avenir les. volontés et les consciences, sans tenir compte des caractères ; et s’opposant 4 dissolubilité qui est la base de tout contrat,
- La question des enfants sera réglée ultérieurement de la manière la plus conforme à la justice et selon la situation qui leur sera faite par la société bourgeoise, Gigyani Deffenpi,
- I Kmilia Tronzi-Zanardelli.
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- LE DEVOIR
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- JAPON
- jjntrée (let* femmes danp la -vie polit!*
- wUe, — On sait que le Japon paalgré.son gouvernement ajni du progrès n’a pas encore de repiésentation natio-
- L’idée de le doter d une assemblée élue fait du chemin. De nombreuses dames se sont constituées les apôtres infatigables de cette innovation.
- Une correspondance adressée de Yokohama au Temps du 3 Mai insinue que si les dames japonaises prennent §i fortement la chose à cœur c’est parce qu’elles espèrent avoir leur part dans l’élection des représentants.
- ---:-f-Œf-<ÎP-$Ç=>*-rrT-
- LE DERNIER-NÉ DE GINX
- SA NAISSANCE ET SES AUTRES INFORTUNES
- ParM. JENKINS
- VIL Malthus et Vhomme.
- Deux messieurs qui ayaient observé ces péripéties s’avancèrent alors.
- — Le 1er Monsieur. « Voici de nouveau notre problème, M. Philosophe. »
- — Philosophe. (S’adressant h Ginx) « Vous ne savez que faire de votre enfant, mon ami, et vous pensez que l’Etat devrait pourvoir h ses besoins ? Si j’ai bien compris, c’est votre treizième ? Comment avez-vous fait votre compte pour avoir autant d’en* fants ? »
- Cette question, quoique faite avec une profonde gravité et même une certaine teinte de tristesse, dérida G-inx, l’offlcier et la foule qui partirent tous ensemble d’un éclat de rire homérique.
- — Ginx. « Ho ! ho ! ho 1 comment j’ai fait pour en avoir autant 1 Q’est que ma brave femme est une bonne, , et,,.., »
- Et, après avoir cherché quelque réponse comique, Giux se reprit à rire bruyamment.
- Il y 8 deux aspects h toute question,
- — Philosophe. « Je parle sérieusement mou ami» N’est-il jamais venu à votre pensée que vous n’avez pas le droit de mettre a» monde des enfants, si vous ne pouvez pourvoir à leur nourriture, à leur entre* tien et à leur éducation ? a
- — La foule. « Bonté du Ciel} a
- ~ Ginx : « Je voudrais bien savoir comment j’aurais pu empêcher ces enfants de naître , je suis saarjé, voisin, »
- ^ Philosophe. « Alors j’irai plus loin et je dirai que vous ne deyiez pas vous marier sans vous être à 1 avance mis en mesure de pouypir subvenir aux besoins de votre famille, »
- Lçt, foule. (( Miséricorde 1 ?
- —• Philosophe (s’échauffant) « Quel droit aviez-YQus d’abord d’épouser une femme pauvre, puis tous I
- les deux de multiplier insouciamment comme des brutes ? »
- — Ginx. « De la politesse, voisin n’injuriez pas ma famille, s’il vous plaît, v
- Philosophe. » Eh I laissez^moi vous le dire... Treize enfants ! N?est*ce pas une monstruosité 1 Tous venez de constater vous-même que les salaires sont les salaires et qu’ils ne varient pas beaucoup, et cependant vous avez continué de réduire vos ressources en ne cessant de produire des êtres qui seront nécessairement abâtardis. [S'adressant à la foule) Et il en est de même de vous autres ouvriers, tous tant que vous êtes 1 N’e§t*il pas temps de songer à cela et de mettre Uniterme 4 cette procréation d’êtres humains aux besoins desquels vous êtes incapables de pourvoir suffisamment ? Ne devriez-vous pas vous comporter d’autre sorte. Est*ce là le but de la vie ? (Revenant à Ginx), Combien il eut mieux valu, pour vous, mon amb ne jamais vous marier que de vous être donné je tourment d’une si nom breuse famille depuis tant d’années. »
- Le philosophe avait été trop loin. Des murmures de colère se firent entendre parmi les femmes et la figure de Ginx s’assombrit. Il pensait au temps éGoplé près de sa femme dévouée, qui, depuis le matin jusqu’au soir, du dimanche au dimanche, dans le calme comme dans la tempête, était demeurée sa fidèle compagne. Il songeait à l’éelat des yeux de Belsy, aux étreintes de ses bras caressants. Il souriait aux douces espiègleries des mioches. Il entendait les joyeux éclats de rire qui avaient égayé tant d’heures de fatigue,
- Peut-être comme le disait M. Philosophe, lui Ginx, s’étftiLil conduit en brute; pourtant cette pensée le révoltait et il sentait qu’après tout les douoes joies de la famille sont le véritable lot de l’être humain.
- Tandis qu’il ®e livrait à oes pensées et avant qu’il eut pu les traduire en paroles, un tailleur de pierres à la physionomie intelligente et aux cheveux frisés intervint dans la discussion.
- Le tailleur de pierres. « Vos doctrines ne prendront pas ici, M. Philosophe, ce n’est pas la première fois que je les entends exposer. Je voulais justement vous demander ce que homme et femme doivent faire s’ils ne se marient pas, et, s’ils se marient, comment pouvez-vous, en tout honneur, les empêcher d’avoir des enfants ? »
- Le tailleur de pierres avait mis en saillie les points principaux de la question.
- — Philosophe <i Mais à commencer par ce dernier point, il touche à des questions physiques et morales qu’il est difficile de discuter devant un auditoire comme celui-ci. »
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- LÉ DEVOIR
- — Le tailleur de pierres. « Il faut cependant bien le discuter si vous désirez nous voir changer de manière d’être et mettre un terme à la reproduction. »
- — Philosophe. « Très-bien ; peut-être avez-vous raison. Mais encore me faudrait-il poser les prémisses de mon argumentation en montrant que l’idée que vous entretenez du mariage est moins qu’élevée. Le mariage n’est pas simplement une affaire de reproduction. Les rapports matrimoniaux ont une véritable valeur surtout par ce fait qu’ils développent entre l’homme et la femme ces sentiments réciproques et ces délicatesses qui sont d’une si grande importance dans un ménage. »
- — Le tailleur de pierres. « Eh ! ce peut être très “ beau et trés-délicat pour vous et votre dame de concevoir ainsi le mariage ; mais je voudrais bien savoir ce que serait devenu le pays si nos pères avaient pensé de même ? Ouais, n’est-il pas naturel à tous les êtres de s’unir et de propager leur espèce ? Et vous dites que nous ne devons pas le faire ? Il me semble qu’un homme d’Etat devrait mieux comprendre ce qui est dans la nature humaine et ne point chercher à changer cette nature. Outre cela, n’y a-t-il pas quelque bien à espérer des relations entre parents et enfants ? Avoz-vous jamais été père vous-même ?
- — Ginx (toisant M. Philosophe) « Lui, avoir un enfant ! Est-cequ'il pourrait ? »
- — La foule « Ha ! ha ! ha 1 »
- — Le tailleur de pierres. « Vous nous la baillez belle avec votre idée; je n’y ajoute aucune foi. Elle conduit au dérèglement et au crime. On dit qu’en France aussi, cette idée se propage. Si vous ne sentez pas en vous-même la nature protester contre de telles opinions, je veux vous dire, en notre nom à nous autres travailleurs, que) règle générale, si l’homme n’obéit point à la nature d’une honnête manière il se satisfait autrement. Essayez donc de supprimer la faim, par un acte du Parlement !
- « Quant à votre développement de sentiments réciproques, cela ne signifie rien du tout ; nous en savons sur les gens instruits plus qu’on ne pense. Qui rencontre-t-on, rôdants, attardés la nuit dans les rues et se glissant dans les maisons de joie ? Plus d’un qui professent comme vous des principes élevés, mais dont la nature ne change point pour cola. Ils ont leurs passions comme les autres et l’éducation ne les dompte pas.
- « A quoi sert donc de nous demander de nous imposer un tel frein ? Nous ne pouvons qu’une chose : ou vivre en brute, selon votre expression, comme nous le faisons maintenant, ou commettre ce qui est pire qu’un meurtre ?.. Je ne vois rien autre à faire.
- « Chez nous, Monsieur, il est bon de vous le dire, c’est le cœur qui fait les trois quarts de l’éducation. Nous apprenons par la famille à être humains, bons, dévoués, et j’estime que, règle générale, cela rend les hommes meilleurs que vos grands principes et l’instruction que vous puisez dans vos livres. Non point que je dédaigne les principes et l’instruction, mais ce n’est pas tout. Et je suis bien certain que des esprits forts comme les vôtres qui ne font pas œuvre de leurs dix doigts pour gagner le pain de chaque jour, ne se battraient point pour leur pays comme savent le faire des hommes de cœur ayant derrière eux femmes et enfants, aux besoins desquels ils doivent pourvoir ! »
- Le tailleur de pierres était au-dessus de sa condition. Il appartenait à cette catégorie d’hommes intelligents dont la secte des méthodistes se sert parmi les basses classes, sous le nom de prédicateurs locaux, hommes qui apprennent à penser et à parler mieux que leurs camarades.
- M. Philosophe témoigna quelque étonnement à ce langage qu’il avait écouté avec attention ; il se disposait à répondre, mais la foule était fatiguée et les hommes ne voulaient plus rien entendre.
- — La foule. « Assez, en voilà assez comme çà! Pas besoin de votre philosophie ? Allez et tâchez d’avoir des enfants vous-même, etc., etc... »
- M, Philosophe et son ami s’éloignèrent sans avoir résolu le problème qu'ils avaient soulevé.
- VIII. — Le premier changement de mains de Bébé.
- Le tailleur de pierres avait été le héros du moment; mais l’attention se concentra une fois de plus sur notre héros. Gfinx se précipitait de nouveau en avant et la foule s’ouvrait pour lui livrer passage lorsqu’il s’arrêta tout à coup dans sa course insensée. Il se trouvait en présence d’une femm3 d’apparence frêle, complètement vêtue de noir, à la figure pâle et curieusement encadrée dans une sorte de capuchon dont les rebords formaient comme deux blanches ailes. Une grande croix pendait à sa ceinture. Ginx ne put éviter cette femme.
- — La Religieuse. « Arrêtez, homme, êtes-vous fou? Donnez-moi cet enfant. »
- Il lui remit le paquet. Elle découvrit l’étrange petite figure rose et l’embrassa. Ginx n’avait pas regardé cette figure auparavant, mais après l’avoir vue, après ce baiser, il n’eut pu toucher à un cheveu de la tête de son enfant. Sa résolution s’évanouit dès ce moment, bien que sa perplexité continuât de subsister.
- — La Religieuse. « Confiez-le moi ; je le porterai
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- à notre maison qui deviendra la* sienne. Votre femme pourra venir et lui donner le sein. Nous prendrons soin de lui. »
- Oinco. « Et vous ne le rendrez pas? Vous le garderez toujours et pour tout de bon ? »
- __ la Religieuse. « Oh. oui ! »
- — Ginx• « Bon ! Donnez-moi votre main. »
- La religieuse tendit une petite main blanche que Ginx saisit et écrasa à moitié dans sa poigne herculéenne.
- — Ginx. « C’est fait ! merci la dame. Allons, les amis, je paie une tournée. »
- Quelques minutes après la religieuse qui avait été consoler la pauvre mère descendait Rosemary-Street, les blanches ailes de sa coiffure agitées par le vent^ Elle emportait Bébé Ginx dans ses bras.
- (A suivre.)
- Acelimatation des autraeh,*s. — L’idée est venue à la société d’agriculture d’Alger d’essayer d’élever en grand des autruches en Algérie. L’élevage de cet oiseau est déjà pratiqué dans la colonie anglaise du Gap (au sud de l’Afrique) et a donné de très-bons résultats. C’est la récolte des plumes qui fait le bénéfice; ces plumes sont envoyées en Europe pour servir de parure aux chapeaux des femmes élégantes.
- Les plus abondantes récoltes sont faites lorsque l’autruche a de vingt-deux à trente-huit mois.
- A trente-huit mois, J’oiseau doit être affecté à la reproduction. La femelle reste non-valeur jusqu’à l’âge de cinq ans, époque à laquelle elle se décide à pondre ; le mâle n’est pas meilleur pour la reproduction avant se3 cinq ans révolus.
- Une autruche fournit de quarante à cinquante plumes de grande dimension.
- Tous les terrains algériens ne seront pas favorables à l’élevage des autruches, mais on rencontre en Algérie encore assez de terrains qui réunissent les conditions désirables. Il est bon de choisir un terrain boisé, mais qui ne soit pas trop couvert. Il faut des bois pour que les autruches y aillent picorer et se mettre à l’abri du vent et de la pluie. Leur nourriture consiste en fruits du poirier épineux qu’elles affectionnent spécialement, en baies d’aloès, et en une foule de végétaux, herbes, fruits, feuilles. Une ferme à autruches doit être amplement pourvue d’eau courante ; une eau stagnante ne peut convenir.
- Les autruches, dans leur bon temps, rapportent en moyenne tous les six mois de 175 à 200 francs par tôle.
- Le prix actuel est de 375 francs la pièce pour les autruches de cinq mois. Quand elles ont de quatre à cinq ans, c’est-à-dire qu’elles sont dans l’âge de la reproduction, le prix est de 3,000 à 3,750 francs le couple.
- ---------4P».------~
- LE DROIT DES FEMMES
- Le Rappel reçoit la lettre suivante :
- Monsieur le rédacteur,
- Vous avez bien voulu vous intéresser à nos réclamations. Nous vous adressons cette pétition qui en
- est la conclusion naturelle. Nous espérons que vous voudrez bien l’insérer.
- A l’avance, monsieur le rédacteur, nos remerciements.
- Pour la société,
- La déléguée : hubertine auclert.
- Pétition aux députés.
- Messieurs les députés,
- Ce fait que la représentation nationale est exclusivement composée d’hommes et d’hommes exclusivement mandatés par des hommes, cause un préjudice moral et matériel considérable aux femmes. L’absence des femmes de la législature produit l’injustice de la législation.
- Dans la discussion et le vote des lois qui visent particulièrement les femmes, les projets qui leur seraient favorables^sont écartés, pour ce principal motif qu’ils gênent l’autocratie masculine, ou prennent pour les femmes un peu des budgets que les hommes se sont presque exclusivement attribués.
- Nous vous demandons, messieurs les Députés, de décider que ces mots : les Français, qui, .en politique, sont considérés par les délégués à la révision des listes électorales comme ne comprenant pas les femmes ; nous vous demandons de décider que ces mots : les Français soient interprétés dans la loi électorale comme ils le sont dans la loi civile. Ces mots : les Français, qui comprennent les deux sexes comme contribuables, doivent comprendre les deux sexes comme électeurs ; donc, leur conférer,au même titre, le droit au vote municipal et politique, le droit à l’éligibilité.
- Les femmes ont autant d’intérêt que les hommes à la confection des bonnes lois,à la répartition équitable des budgets. Or, l’exercice des droits civiques est le seul moyen pour elles de contrôler ce qui se fait, de garantir à la fois leurs intérêts et leur liberté.
- Messieurs les députés, vous tiendrez à honorer votre carrière législative, vous accueillerez favorablement la juste réclamation de la moitié déshéritée de la nation française.
- S’adresser, pour signer cette pétition ou prendre des listes, tous les jours de midi à deux heures, au siège de la société le Droit des femmes, 12, ru® Cail.
- Ce n’est point la force des bras ni la valeur des armes qui remportent les victoires : c’est la vigueur des âmes.
- , Fichte.
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- LE DEVOIR
- aos
- CAISSES DE PRÉVOYANCE EN ANGLETERRE
- IL
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- Indépendamment de ce qui précède, plusieurs essais ont été tentés à diverses reprises en vue d’éta-biir, sous des formes différentes, des caisses de retraite pour les personnes de la classe la moins aisée.
- Ainsi en 1771, un projet de loi avait été présenté ayant pour but de constituer dans chaque paroisse en faveur des habitants pauvres un fonds commun d‘où ils auraient pu tirer une rente de 20 1 par an, à partir de l’âge de 50 ans pour les hommes et de 35 ans pour les femmes. Les déficits auraient été couverts par des Impôts locaux. Le Parlement rejeta le projet et il en fut de même en 1773 et en 1789.
- En 1796, Pitt proposa aussi rétablissement d’un fonds paroissial dans le même but. Ce fonds se serait fofîné
- de souscriptions volontaires à un taux aussi réduit que possible ^
- et de taxes locales.
- La proposition ne fut pas mieux accueillie que ses devancières et des projets similaires furent également repoussés en 1818.
- Plus récemment, en 1862, lord Shelburn demandait que Ton créât une institution paroissiale qui put assurer aux membres qui en feraient partie :
- 1* Les secours gratuits du médecin ;
- 2° Une somme de 12 sh. par semaine au maximum, en cas de maladie, jusqu’à l’âge de 60 ou 65 ans ;
- 3° A partir de cet âge une rente hebdomadaire d’environ 8 sh.
- Les 3/4 du fonds paroissial ou communal auraient été le produit de contributions volontaires ou de souscriptions périodiques et l’autre quart éut été fourni par la paroisse. Cela ressemblait assez à nos Sociétés de secours mutuels en France. Lord Shelburn n’eut pas plus de succès que Pitt.
- *
- * *
- C’est le 17 avril 1865, comme nous l’avons indiqué plus haut, que le Gouvernement se décida à intervenir, dans les termes que nous avons précisés, en faveur des classes laborieuses. Depuis cette époque, jusqu’au 31 décembre 1877, l’administration des postes a consenti 8,125 constitutions de rente à fonds perdus ; 583 de rentes à terme et 5,511 assurances sur la vie,
- En 1878, on a compté 709 contrats de rente à fonds perdus, représentant un chiffre d’une valeur annuelle de 11,375 livres sterling, soit environ 285,900 francs.
- La même année on a enregistré 229 assurances sur 1 avie représentant 19,608 livres sterling, soit envi-
- ron 493,000 francs, à payer au décès des contractants.
- Le Post-Mater général n’a consenti au contraire que 50 contrats de rentes à terme à concurrence de 1,370 livres sterling (environ 34,400 francs), sur ces 50 contrats, pour 14 l’argent ne doit en aucun cas être restitué, tandis que pour les 36 autres il peut l’être dans les circonstances et sous les conditions que nous avons fait connaître.
- Ainsi qu’on le voit par ces chiffres, le mode qui est le plus en faveur auprès de l’ouvrier anglais est celui de la constitution de rente à fonds perdus. Nous croyons que ce n’est pas précisément là le résultat attendu par le Gouvernement. Les caisses postales, cependant, ont eu et continuent d’avoir un grand succès et il semblerait qu’il eut dû en être de même des institutions qui sont, pour ainsi dire, leurs annexes.
- A quoi cela tient-il ?
- Peut-être à ce que le désintéressement, le dévoue* ment à sa famille n’est pas chez l’ouvrier anglais, en général, la qualité essentielle.' Il faut en effet une certaine abnégation de soi-même et avec cela beaucoup de prévoyance pour, dans le cas d’assurance sur la vie par exemple, se dépouiller au profit de ses héritiers, et dans celui des rentes à terme se priver de sommes dont on ne pourra recueillir le bénéfice qu'à un âge auquel on n’est pas certain d’arriver. Quoi qu’il en soit, il n’est pas douteux que ces deux institutions Sont bien moins du goût de la classe laborieuse que la 3e c’est-à-dire la constitution de rente à fonds perdus. Peut être cela tient-il aussi â certains usages dont la loi a fait des obligations et dont nous parlerons un peu plus tard, usages qui sont, disons-le tout de suite, complètement en opposition avec ceux de notre société française.
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- * ¥
- Si les assurances sur la vie ne semblent pas entrer dans les Vues du travailleur anglais, les Friendly societiés ou Sociétés d’amis, à en juger par leur nombre, paraissent lui sourire beaucoup plus. Elles n’ont pas au point de vue des retraites une grande importance, cependant elles ne laissent pas que d’avoir une certaine influence sur l’amélioration matérielle et morale de la classe ouvrière.
- Quelques-unes d’entre elles comptent plus de cent mille membres et la plus prospère en a près de 800 mille. Toutes, bien qu’ayant la même dénomination, n’ont pas en vue le même objet. Ainsi les unes, et c’est l’immense majorité, n’accordent pas à leurs membres de secours dans leur vieillesse. D’autres en accordent, mais une allocation variant de 1 à 7 shil-
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- 803
- lings par semaine ; c’est-àdire en moyenne 3 on 4 sh.; c’est-à-dire par an, de 7 à 8 liv. st.
- Ce chiffre est loin d’atteindre celui que la loi de 1875 permettait aux sociétés de donner et qui s’élevait à 50 liv. st.
- Il en est qui offrent, cependant, des conditions plus avantageuses à leurs adhérents. Ainsi le « Nord Staf-fordshire Provident, » moyennant une souscription dé 1 s. 6 d. 3/4 (1 fr. 95 par mois), depuis l’àge de 24 ans jusqu’à celui de 65, accorde à ses membres 10 sh. par semaine en cas de maladie et, en cas de mort, 10 fr. à la famille. Une souscription supplémentaire de i sh. 6 d. 1/4 (1 fr. 90 par mois) pendant la même période, donne droit à 5 sh, par semaine à partir de 65 ans.
- Une autre société, le « County of Kent Friendly Society » accorde également aux membres âgés d’au moins 25 ans, moyennant la rétribution d’une livre par année, la somme de 10 sh. par semaine en cas de maladie. Mais elle fixe comme limite un maximum de 52 semaines pour 5 ans, et de 78 pour 10 ans, enfin de 104 en tout. Au-delà de ces termes elle ne donne que moitié ou 5 sh.
- Dans les mêmes conditions d’âge, chaque contribution mensuelle de 1 d 3/4 (17 à 18 centimes), assure aux souscripteurs 1 sh. par semaine à partir de 70 ans.
- Nous ne parlons ici que des sociétés sérieuses ; car il en est d’autres en grand nombre aussi qui, sous le nom de « Village Clubs, » consomment plus de bière dans leurs réunions périodiques qu’elles ne distribuent de remèdes ou d'argent pour en acheter. Ces dernières, on le comprendra,sont loin de faire naître ou de favoriser les dispositions à l’économie. Ajoutons que le plus souvent les fondateurs des Village Clubs sont des cabaretiers,.. Us prétendent que les libations dont ils sont les dispensateurs... moyennant finance, s’ils font délier les cordon's de la bourse commune, resserrent les liens de l’amitié.
- L’enregistrement de ces sociétés de la part du gouvernement, enregistrement non obligatoire, nous le répétons, a eu pour but de développer, nous l’avons dit aussi, l’organisation en même temps que 'de les éclairer sur leurs véritables intérêts, l’exemp* tion de certains impôts, la protection ouverte de l’Etat auquel lesdites sociétés sont obligées de rendre un compte annuel de leur situation financière ; les rapports officiels qui en sont faits ; les observations auxquelles donne lieu leur gestion bonne ou mauvaise ; le contrôle, un contrôle certain de leurs mtérêts rendu facile à tous les membres qui les composent, par tout ce qui précède ; tout cela réuni constitue en effet, une garantie de vitalité et de
- bonne administration dont tous profitent. Nous disions : dont tous profitent, et cela est vrai ; car on estime que les secours de toute nature distribués par ces Sociétés épargnent une levée d’impôts dont les chiffres ne s’élèvent pas à moins de 2 millions de livres sterling.
- A nos yeux, un des bienfaits les plus grands de ces institutions consiste dans l’indépendance qu’ellôs assurent à leurs adhérents. Ils ne reçoivent l’aumône de personne et ce qui leur est donné ne saurait leur être reproché directement ou indirectement par qui quê soit. C’est le fruit de leur travail une partie du moins, qui leur revient sous une autre forme. Ce ne sont point des bureaux do charité, ce sont des écoles de fraternité, de solidarité.
- 0. P. Maistre.
- Un chemin de fer à, navire®, à travers l’isthme de Panama
- rn l'American reyîsUr : « Le capitaine. J-B.
- Eads, de Saint-Louis, qui, gu rnônc^nt st bÎ6H lëâ tr&YSiux de l’embouchure du Missisipi, a gagné la confiance du public st s sst réyélé ingénieur de la plus grande h&bl-leté, a parlé devant un comité du congrès, le lendemain du jour ou ce même comité reçut les explications de M. de Lesseps au sujet du projet du caüal de Panama.
- » Apres Une analyse consciencieuse du projet eu question, le capitaine Eads a soumis au Comité son idée d’un chemin de-fer à navires à travers l’isthme déclarant que ce projet est réalisable et bien îîiolüâ coûteux que la voie d’eaü proposée. Le public a été mis au courant des plans du grand ingénieur français i nous reproduirons seulement les paroles mêmes dû capitaine Eads, dont 1 expérience est grande et qui a la confiance la plug entière dans le succès de son entreprise- Il
- « Tout ingénieur intelligent qui se départira des anciens préjugés, ët qui considérera la question de transporter des navire à travers le détroit par le moyen d’un chemin de fer sera certainement convaincu •
- » 1° Que ce projet est absolument réalisable :
- » 2° Que sur tout parcours où il est possible de perce? un canal, il est plus facile de construire et d’appareiller un chemin de fer à navires,'dont les frais Seront moitié moindres que ceux d’un canal à écluses et trois quarts moindres que ceux d’un canal à niveau •
- » 3° Qu’un chemin de fer de cette espèce peut être construit en un tiers où en un quart du temps nécessaire pour construire Un canal.
- » 4° Que les navires de la plus grande dimension pourront etre transportés avec une vitesse quatre ou cinq lois plus grande par le chemin de fer eue Dar le canal ; y
- 5° Qu’un gand nombre de vaisseaux pourra être transporté journellement par le chemin de fer •
- 6° Que la grandeur du chemin de fer pourra facilement être augmentée pour répondre aux besoins du commerce Sans interruption du transport, soit pour suffire aux plus grandes dimentions du navire, soit pour faire face a leur plus grand nombre ;
- » 7° Que les frais d entretien et de roulement du chemin de fer seront beaucoup moins considérables aue ceux du canai ; ^
- » 8® Que les frais généraux du chemin de fer seront moins considérables que ceux du canal •
- , Pue chemin de ferypoürra étr# facilement établi dans des endroits ou il serait difficile de construire uu canal ;
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- 10° Qu’il est possible d’évaluer avec une exactitude minutieuse le coût d’un chemin de fer à navires et le temps nécessaire pour le construire , parce que les travaux seraient presque entièrement à fleurs de terre, tandis que le canal serait une construction entièrement hydraulique, demandant l’emploi de l’eau et l’exécution de travaux sous l’eau. Il y a donc le danger d’être submergé ou interrompu par l’eau, ce qui rend tout calcul du temps et des frais de construction nécessaires de toute impossibilité. De sorte que les capitalistes ne peuvent savoir quels seront le temps et les fonds nécessaires, ni quels seront les profits procurés par l’exploitation du canal. »
- Voilà bien une idée yankee ; juste au moment ou le percement des isthmes et la recherche des routes inconnues abrégantes esta l’ordre du jour, un Américain rêve de transporter les gigantesques navires du Royl Mail et de la Pacific-Steam navigation Company sur de simples wagons, comme on transite le canot d’un yachtam qui se rend aux régates du Havre.
- L’ÉCOLE SECONDAIRE ET SUPÉRIEURE DES JEUNES FILLES A GENÈVE
- vu.
- L’enseignement rationnel de la couture, dont nous avons déjà dit quelques mots en passant, mérite que nous nous y arrêtions plus longtemps ; c’est peut-être la branche la plus nécessaire dans l’éducation d’une future mère de famille. Que deviendraient en effet des jeunes filles chez lesquelles l’intelligence seule serait développée et qui manqueraient des connaissances pratiques dont elles ont besoin journellement ?
- A Genève les élèves qui passent de l’école primaire à l’école secondaire sont déjà toutes très-habiles dans les ouvrages à l’aiguille. Mais il y a bien des jeunes filles qui sortent d’autres établissements d’instruction et qui ne sont pas si bien préparées sous ce rapport. C’est pour cela que dans les classes inférieures de l’Ecole secondaire on reprend la couture à partir des ourlets, surjets, etc. En 4e division on s’occupe spécialement du raccommodage des bas et de la mise des pièces.
- Ce n’est que quand tous ces principes sont bien mis en pratique, c’est-à-dire dès la 3e division, que l’on entreprend les travaux complets de lingerie. Ce sont le plus souvent des chemises ou des tabliers d’enfants dont on confie la confection à ces jeunes filles de douze à quinze ans.
- La maîtresse les coupe elle-même et les livre aux élèves moyennant la petite somme de 1 fr.; puis elle surveille l’exécution.
- L’ouvrage achevé est présenté au concours pour le prix de couture, puis rendu à l’écolière à laquelle il appartient.
- Pendant le travail, une élève est chargée de faire la lecture à haute voix ; cette|lecture est tou- !
- jours choisie avec soin par la maîtresse, et sert à la fois d’encouragement et de récompense, car c’est toujours l'élève qui a le mieux travaillé qui jouit du privilège d’être lectrice.
- Enfin dans les cours supérieurs, auxquels nous aurons l’occasion de revenir, les élèves devenues des demoiselles suivent un cours de coupe et se perfectionnent dans les travaux à l'aiguille et les ouvrages d’agrément. Là, ce n’est pas plus la maîtresse habituelle qui donne la leçon ; c’est une tailleuse de profession. Les élèves apprennent alors à relever les patrons, à modifier les grandeurs, à couper sur mesure divers objets de lingerie ; en un mot elles se mettent à même de se confectionner elles-mêmes un trousseau et de l’entretenir convenablement ; l’enseignement est organisé de manière à leur apprendre aussi les travaux de lingerie et de vêtement dont elles pourront avoir l’emploi plus tard, soit pour habiller elles-mêmes leurs enfants, soit au besoin pour pouvoir gagner honorablement leur vie; elles trouvent là l’application directe des principes relatifs à l’entretien du linge qui leur ont été donnés précédemment dans leur cours d’économie domestique; enfin elles s’y habituent au respect et à l’amour du travail manuel, trop méprisé dans la plupart, pour ne pas dire dans la totalité des pensionnats.
- La jeune fille qui a suivi dans son entier l’Ecole secondaire de Genève ne sort pas seulement avec un diplôme d’institutrice, elle sort aussi lingère et tailleuse.
- Peut-être la France aurait-elle raison de suivre dans l’organisation des écoles secondaires de jeunes filles votée récemment, l’exemple donné par l’Ecole secondaire de Genève. On enseigne la couture dans les écoles primaires françaises de jeunes filles ; il existe même des asiles-ouvroirsqui ne sont pas sans rendre quelques services; mais il est peut-être à redouter que dans l’enseignement secondaire gouvernemental on tombe dans l’imitation des pensionnats et qu’on développe davantage chez les élèves le goût des occupations d’agrément que celui des occupations utiles. Il est excellent d’avoir des femmes instruites, mais il est encore meilleur de les avoir à la fois instruites et travailleuses.
- (A suivre) H. C. C.
- Le Directeur Gérant : Godin.
- Saint-Quentin — lmp. de la Société anonyme du Glaneur
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- 3* ANNÉE, TOME 4 — N° 88 numéro hebdomadaire 20 c. DIMANCHE 16 MAI 1880
- JOURNAL DES RÉFORMES SOCIALES
- BUREAU
- A GCJISE ( Aisne ).
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant. Fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE par l’envoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
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- Rédacteur en chef : M. Ed. Champury
- ON S’ABONNE
- A PARIS
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- S’adresser à M. LEYMARIE administrateur delà Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- Mutualité sociale et association du capital et du travail. — La fraternité et Vassociation. — Coopération et association. — Nouvelles diverses. — Questions sociales. — La loi contre les socialistes en Allemagne. — Feuilleton : Le dernier né de Ginæ. — L'éducation d’aujourd'hui. — Variétés.
- MUTUALITÉ SOCIALE
- ET
- ASSOCIATION DU CAPITAL ET DU TRAVAIL
- Par M. GODIN
- NOTIONS PRÉLIMINAIRES
- Chapitre VII
- Le droit naturel et la mutualité sociale
- En donnant la vie à l’homme, le Créateur a placé sur la terre les ressources nécessaires à son existence. Le sol, les fruits qu’il porte, les animaux dont il est couvert, sont un fonds commun, où chacun, dans l’état primitif, trouve ses moyens d’existence et sur lequel aucun privilège n’est établi.
- Chacun peut ramasser la pierre qu’il trouve Propre à faire un tranchant, couper la branche dont il se fera un arc, cueillir la grappe mûre ot tuer l’animal pour satisfaire son appétit. Les
- bêtes des plaines et des bois, les poissons des rivières et des étangs, des lacs et des mers, enfin tout le travail du Créateur et celui de la nature restent le fonds commun sur lequel les générations qui se succèdent conservent le droit d’exercer leur activité et de pourvoir à leurs besoins.
- Tel est le droit naturel primordial correspondant aux besoins de l’existence, droit que la nature a placé en face de l’homme pour lui permettre d’accomplir sa destinée..
- Vivre, se conserver, est le premier devoir imposé à la créature.
- Le devoir de vivre confirme le droit à la vie et, par conséquent, aux choses nécessaires à la subsistance.
- Il entre tellement dans les fins de la nature qu’il en soit ainsi, qu’elle en fait à chacun une obligation en lui créant des besoins auxquels il doit satisfaire.
- . C’est donc en violation du droit naturel parmi eux que les hommes seront enlevés les uns aux autres l’usage du fonds commun de la nature, sans le remplacer par de justes compensations.
- Ils ont ainsi entravé le libre exercice de l’activité par laquelle chacun doit pourvoir à ses besoins.
- Cette atteinte portée au droit naturel est un fait dû à l’égoïsme des hommes. La force s’imposant à la faiblesse a fait servir celle-ci à ses convoitises. Le fort a pu paraître s’obliger à
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- entretenir le faible en échange des services qu’il tirait de ce dernier; mais il a toujours conservé la plus forte part des fruits du labeur de son prétendu obligé, et le droit du faible à tout le produit de son activité, à tout le produit de son travail a disparu.
- Tel est l’abus qui s’est perpétué d’âge en âge par ignorance ou par mépris de la justice. Cet abus il faut le faire disparaître. Il faut que les déshérités de ce monde trouvent l'équivalent de leurs droits naturels dans la prévoyance sociale, ou plutôt dans les institutions que celle-ci fera
- naître.
- C’est aujourd’hui la production générale qui est débitrice à l’égard des faibles ; c’est la création incessante de. la richesse par le travail qui doit aujourd’hui remplir le rôle protecteur de la nature à l’égard de tous ceux auxquels le
- champ de celle-ci est fermé.
- La nature ne cesse pas de mettre son activité profitable au service de l’homme, parce que la plaine et la forêt vierge ont disparu. Au contraire, c'est encore elle et toujours elle qui nous gratifie de la plus forte part des biens dont nous jouissons, et c’est en vertu de ces dons gratuits que le droit naturel subsiste et subsistera.
- L’homme n’est que l’ouvrier de la nature pour le progrès de la vie sur la terre ; il n’intervient que pour une bien faible part dans le travail immense que les forces naturelles accomplissent chaque jour, pour donner à tous les hommes les biens qui leur sont nécessaires; et si un seul instant cette protection lui était retirée, l’humanité périrait. Il y a donc, à côté des produits du travail de l’homme les produits du fonds commun.
- L’action de la nature est antérieure à celle de l’homme et elle nous suit dans tous nos travaux.
- Nul individu ne peut prétendre être le premier principe des choses sur lesquelles son activité s’exerce ; avant lui, la nature en a créé les éléments ; avant son action, une action première était accomplie ; mais en outre l’homme ne peut rien faire de nouveau sans le concours de la nature.
- L’homme n’a créé ni la terre, ni l’eau, ni l’air, ni la lumière; il n’a pas fait davantage les matériaux du sol, ni ceux de la mine ; la matière enfin, n’est pas son oeuvre; la nature a créé
- toutes ces choses pour exercer l’activité d* l’homme et pour satisfaire aux besoins de 1 v pèce.
- L’ouvrier fond les minéraux, les étire, les allonge, en fait des instruments de travail, des machines; mais il accomplit ces travaux à l*aide des ressources que la nature tient en réserve-il lui emprunte les matériaux, l’air et le feu! sans cette assistance de la nature, l’homme né pourrait rien faire.
- Le laboureur sème et récolte la graine ; mai8 cette graine ce n’est pas lui qui l’a faite et si le travail de la nature ne venait faire fructifier le champ, qu’en obtiendrait-il ?
- La nature accorde à l’homme la faculté de disposer des biens qu’elle prépare pour Limais elle ne donne et ne confère à personne par aucun signe particulier le privilège d’accaparer ces biens. De l’assistance qu’elle accorde, elle fait un droit pour tous les hommes à une part du produit qui en résulte ; en conséquence, le domaine naturel est inaliénable.
- Son aliénation n’a lieu qu’en violation du droit naturel, violation malgré laquelle tons les hommes conservent de génération en génération leur droit imprescriptible au fond commun de la nature.
- La société ne peut avec justice faire obstacle à ce droit; elle ne peut en modifier l’usage qu’en donnant à l’individu des droits sociaux supérieurs à ceux qu’il tient de la nature, c’est-â-dire en convertissant son droit aux produits naturels en un droit sociétaire dans les produits du travail.
- Jusqu’à ce que des hommes aient imposé à leurs semblables des restrictions et des règles sociales plus ou moins conformes aux intentions de la loi nouvelle, chaque individu trouve dans son droit au fonds commun de la nature, la part nécessaire à ses besoins.
- Jusque-là la nature a fait tous les frais, c’est à elle seule que l’homme doit les premières ressources dont il dispose; le droit de propriété se réduit, pour chaque individu, à la possession de lui-même et de ce qu’il s’assimile pour satisfaire à ses besoins.
- Mais l’homme a pour mission d’approprier la matière à son usage, de la transformer et d’ajouter au travail de la nature son propre
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- travail^1 commence le droit de propriété individuelle-
- Ce que l’homme ajoute au travail de la nature lui appartient en propre : c’est l’oeuvre
- i le grandit dans la vie ; le fruit de son travail est le rayonnement de lui-même : c’est une extension de son être.
- Mais l’homme ne peut faire acte de propriété sur son travail sans se trouver obligé vis-à-vis de ses semblables. La propriété lui impose des devoirs, puisque l’aliénation de la matière, au profit de l’individu, se ferait au préjudice du droit de tous, si l’appropriation individuelle n’entraînait le devoir d’une compensation pour ceux que cette appropriation prive de l’exercice de leur droit de participer au fonds commun et à ses fruits naturels.
- Investi du besoin de la possession, l’homme n’a pas distingué entre son travail et l’oeuvre de la nature à laquelle ce travail a été appliqué. Pour conserver la propriété de son travail, il s’est approprié en même temps les fruits naturels et le fonds commun qui n’appartiennent qu’à l’humanité.
- Et l’homme ayant méconnu les véritables principes du droit, les sociétés en ont méconnu l’usage : elles se sont dessaisies de toute action sur la richesse, parce que l’activité humaine l’avait rendue individuelle.
- Les lois du progrès ne peuvent permettre aux sociétés de perpétuer indéfiniment cette erreur sociale ; le droit de propriété issu du travail de l’homme,ainsi que la plus-value qu’il a su donner aux choses, doivent être distingués de ce qui provient du fonds naturel sur
- lequel chaque être humain conserve sa part de droit.
- Si, comme j’ai cherché à le démontrer, le droit de vivre est inhérent à la vie même et a P°ur base l’effort incessant de la nature créant e* produisant en vue de l’humanité entière, le devoir social apparaît : la Société doit pourvoir aux besoins des faibles, en créant les institutions générales de mutuelle protection qui ga-^ntiront les familles laborieuses contre la Pri\<y£on du nécessaire. « ...
- Les statuts de l’association du Familistère, ^ntenus dans ce volume, assument donc, sur
- ce point, des,charges qui appartiennent pour une forte part à l’Etat.
- C’est, en effet,la société elle-même qui a mission de protéger ses membres, et si elle ne l’a fait et compris que d’une façon imparfaite jusqu’à ce jour, elle doit avec le temps arriver à compléter son oeuvre.
- Elle a déjà reconnu que l’instruction publique est un devoir social qui, s’il incombe à la famille, est aussi placé sous la protection de la commune, du département et de l’Etat.
- Le sentiment public va même jusqu’à penser aujourd’hui que l’instruction doit être gratuite et obligatoire. Bientôt on s’apercevra què si la nourriture de l’esprit est un devoir social, la nourriture du corps n’en est pas un moins'impérieux.
- Comment, en effet, pourrait-on rendre l’école obligatoire pour ceux qui attendent de l’aumône leurs moyens de subsistance et qui ne peuvent les trouver qu’en recourant à la mendicité ?
- Le droit au nécessaire s’inscrit donc au-* dessus de l’instruction gratuite et obligatoire.
- On voit de suite que la mutualité sociale et nationale est la première chose à organiser lorsqu’on voudra aborder la solution du grand problème que chaque humanité doit résoudre pour donner à tous ses membres la place au soleil à laquelle ils ont droit.
- Tout en admettant que les individus et les intérêts doivent s’associer librement, il. faut reconnaître que l’Etat est seul en position d’établir la mutualité sociale sur des bases suffisantes pour garantir et assurer la vie humaine contre la misère et le dénûment.
- Il ne faut pas examiner bien longuement l’état actuel de l’organisation de la commune pour voir à quel degré d’insuffisance se trouve la bienfaisance publique.
- Il est humiliant pour la civilisation de voir à quel abandon sont livrées les classes pauvres au sein des campagnes, et même au sein des villes.
- Si j’examine dans ce volume ce qui est à faire au point de vue des rapports industriels entre* patrons et ouvriers, il me paraît indispensable de poser comme prémisses la nécessité de l’intervention de l’Etat pour donner aux classes
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- laborieuses des garanties générales contre la misère et les privations.
- Mais par quel moyen, dira-t-on ?
- Je vais, pour répondre à cette question, esquisser les données générales qui me semblent devoir présider à cette création.
- (A suivre).
- LA FRATERNITÉ ET LA COOPÉRATION
- Le N° du l*r Mai de Y Economiste français contient sous ce titre un article dans lequel M. Arthur Mangin s’efforce d’établir que la fraternité n’est entrée jusqu’ici pour rien dans la coopération et qu’elle n’a même pas à y entrer.
- Cet article résumant en termes très clairs une manière de voir qui est commune aux économistes et à bon nombre de membres des sociétés coopératives, nous allons l’examiner en prenant l’une après l’autre les affirmations fondamentales de cet article et en y répondant au fur et à mesure.
- Ceci dit, commençons :
- « Ce sentiment (la fraternité) se manifeste, dit M. Mangin, en mainte circonstance, non seulement par des paroles et des témoignages platoniques de bienveillance, mais souvent par des actes de générosité secourable et de dévouement héroïque.
- u Maio dans ce qu’on appelle assez improprement « la coopération », la fraternité ne joue ordinairement qu’un rôle secondaire et très restreint, quand elle n’en est pas complètement absente. La coopération n’est qu’une forme, un mode de l’association, et l’association n’est-elle même autre chose qu’une combinaison où l’on entre, non en général pour faire plaisir à son prochain, mais pour être utile à soi-même. ..
- « Lorsque les ouvriers entrent dans une société de prévoyance ou de secours mutuels, dans une société coopérative de consommation ou de production, ils obéissent à une pensée toute personnelle, à un sentiment d’égoïsme très légitime, mais nettement caractérisé... Il n’y a point là de fraternité, de charité, de dévouement : il y a un calcul intéressé. »
- Oui et non.
- Quelques-uns, il faut en convenir, obéissent à une pensée personnelle, d’autre pas.
- Les associations ouvrières, surtout celles de production, n’ont été rendues possibles que parce que la fraternité a soutenu leurs fondateurs. Les difficultés des débuts, l'incertitude des résultats sont trop grandes pour que le simple intérêt en fasse triompher.
- D’ailleurs ne l’oublions pas, c’est au magnifique Tnouvement de fraternité que firent naître les écrits de Fourier, de Lamennais et de Pierre Leroux que la classe ouvrière est redevable des tentatives de coo- I
- pération L’économie politique n’a aucun titre 4 ^ vendiquer cette paternité. Au contraire, à l'ér
- où les associations ouvrières n’en étaient
- ePo<^
- eQc<^
- qu’à leurs premiers débuts, les économistes ne tar saient pas de railleries à leur sujet. Ils voyaient
- elles le fruit du socialisme et comme tout
- doit être jugé à son fruit, ils dénigraient le fruit ^ de pouvoir mieux déprécier l’arbre.
- Aujourd’hui encore la plupart d’entre eux n’o^ pas d’autre tactique.
- Mais ils ont beau faire, la classe ouvrière, p^ mière intéressée dans la question, sait à quoi ^ tenir. Elle n’a pas la mémoire si courte qu’elle ^ oublié que le grand mouvement des associatif ouvrières n’a perdu sa vigueur que par les fusillai et les déportations du Deux Décembre.
- Nombreuses et prospères étaient à ce moment] les associations ouvrières. Sous prétexte d’aflfiliatf à des sociétés secrètes, on supprima les association on confisqua les capitaux et on envoya leurs fond* teurs pourrir à Cayenne ou à Lambessa.
- Dès lors la vraie tradition des associations $ vrières fut perdue. Durant les tristes années del’e: pire et les années non moins tristes des président de Thiers et de Mac-Mahon, le mouvement ouvra fut étouffé par des procès ou dans le sang et ton manifestation de fraternité poursuivie comme 1 délit. Est-il besoin de rappeler les prescriptions dr? conniennes de la loi Dufaure ?
- Quoi d’étonnant que pendant cette longue périls beaucoup d’ouvriers se soient laissé aller à perdre^ vue la vraie base des associations et à ne plus voirq elles que des combinaisons purement économes ayant l’égoïsme pour seul mobile et l'intérêt po* seul but.
- Mais que l’on ne s’y trompe pas. La classe ouvrit reprend conscience de la solidarité qui unit tous si membres. Elle se reconstitue en un groupe compas Cette torpeur a fait son temps. Les masses labft rieuses s’éveillent à une nouvelle vie. De tou* parts surgissent des signes caractéristiques de réveil. C’est un renouveau général.
- Messieurs les économistes feignent de ne pas s’1 être encore ? perçus. Ils ne pourront plus feind* bien longtemps; avant peu ils constateront à 1£ grande surprise que ni le sang répandu, ni lesprofr multipliés n’ont pu extirper du sein de la clas-ouvrière ce sentiment profond de la fraternité, P** fort, plus intense, plus vivace que jamais.
- « Depuis que grâce au progrès des institution* politiques et economiques, continue Ai. Mang*11.^ tyrannie a uisp aru et la misère quoi qu’on en po15-
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- est devenue dans nos sociétés une exception, — ^Ji’s la misère, non la pauvreté, ce qui est fort diffé-je chacun éprouve le besoin de reprendre pos-^«sioo soi-même, de se dégager de liens qui ne fnt plus &u®re que gêner les mouvements, de vivre hez soi et pour soi. Bref, la tendance générale est cDujfestement individualiste; j’avoue être de ceux ® : ja tiennent pour excellente, et je crois en tout cas que, bonne ou mauvaise, il faut bien s’en accommoder. »
- çeci est écrit en 1880, au moment où de toutes parts depuis le département du Nord jusqu’à celui ^ l’Ariège, depuis le Finistère jusqu’aux Àlpes-qaritimes, les ouvriers se réunissent, se concertent, constituent des chambres syndicales et rêvent même de réunir toutes ces chambres syndicales en une taste fédération.
- Quel démenti donné par les faits !
- Sous l’empire il y a peut-être eu tendance des ouvriers à s’éloigner de certaines associations. La raison en est bien simple. C’est que ces associations-là ne naissaient pas de l’initiative des ouvriers. De plus Napoléon les favorisait ostensiblement et cette faveur était aux yeux des ouvriers une raison suffisante de suspicion. Semblables au rat de la fable, ils ont soupçonné là dessous quelque machine et ont eu bien soin de se tenir à l’écart.
- Mais il ne faudrait pas croire que parce que les ouvriers n’ont pas voulu entrer dans ces souricières ils aient renoncé pour cela aux sympathies qu’ils ont toujours eues pour les associations loyales et réellement fraternelles.
- M. Mangin parait ne pas s’y tromper, car dans le même travail que nous analysons il fait, quelques lignes plus bas que la citation ci-dessus, un aveu qui détruit de fond en comble tout ce qu’il a dit d’une prétendue tendance à l’isolement.
- « L’humanité, dit-il, ne va pas sans doute renoncer à l’association, qui est pour elle un besoin tout autant que la liberté, et cela par la raison très simple Qu 'elle est la condition de la liberté, qu’il n’est pas vrai, comme on le répète souvent, que les hommes en se réunissant en sociétés, se sacrifient mutuellement une partie de leur liberté pour conserver le reste : ils font justement le contraire. »
- On se demande après avoir lu ces excellentes lignes où le rôle de l’association est si bien compris, comment celui qui les a écrites a pu dire qu’il tenait, la tendance individualiste pour excellente. Puisque 1 association est « la condition de la liberté » il faut noü pas approuver mais blâmer ceux qui cherchent à se dégager de ses liens. » '
- j “ Ie conviens_volontiers, reprend M. Mangin, que Loin °iïnmes comme M. Vigano, comme M. Schulze-M ri- M' Luzzatti> Godin, comme feu vninn*. ^lre quelques autres peuvent, avec une Qte ferme et bienveillante, alliée à une réelle
- entente des affaires, fonder, faire vivre des banques populaires, des phalanstères, des sociétés de prévoyance, de secours mutuels, -l’approvisionnements, etc.; et j’ajoute que pour ces hommes là la fraternité n’est pas un vain mot : ils ne se contentent pas de la prêcher, ils la pratiquent, ils lui donnent une « réalité objective » et ils prépareraient son règne si son régné était dans la nature des choses et dans la nature humaine. »
- Mais pardon, vous venez, sans le vouloir, de nous dire qu’elle est dans la nature humaine puisque vous avez avoué que l’association est un besoin pour l’humanité et puisque nous avons établi que, si l’association existe, c’est à la fraternité qu’on le doit.
- Ce n’est donc pas sous une forme dubitative mais bien sous une forme affirmative qu’il faut parler des conséquences qu’auront un jour les efforts des apôtres actuels de la fraternité.
- « Ce n’est pas la fraternité qui fait d’ordinaire les grandes choses, poursuit M. Mangin : ce n’est pas elle qui a produit la civilisation : c’est l’intérêt, c est l’ambition, lorsque ces passions ont été servies, par le génie et par l’intelligence. »
- Nous ignorons comment s’est formée la civilisation. Nous n’étions pas là pour dresser le procès-verbal de sa formation et M. Mangin non plus. Mais nous savons comment elle s’est développée, nous savons comment les grands principes ont été proclamés, comment les grandes découvertes ont été faites.
- Souvent, il est vrai, l'intérêt ou l’ambition ont rempli un rôle d’une importance capitale, soit pour le bien, soit pour le mal. Mais combien de choses grandes, élevées et fécondes ont été faites par le seul amour de l’humanité ! C’est l’intérêt, c’est l’ambition qui ont fait Alexandre ou Constantin, Théodoric ou Bajazet, Grégoire VII ou Pierre-le-Grand. Mais est-ce l’intérêt qui a suscité au doux charpentier de Nazareth cette mission qui finit au Golgotha ? Est-ce l’intérêt qui a conduit John Brown à la potence pour avoir, essayé de délivrer les noirs? Est-ce l’intérêt qui pousse chaque année, chaque mois, chaque jour même, toute une légion de médecins à risquer et parfois à sacrifier leur vie pour préserver l’humanité de l’extension d’un fléau.
- Non, ces grandes choses là, et tant d’autres qu’il serait trop long de nommer, l’ambition et l’intérêt sont incapables de les produire. Elles ne sont dues et ne peuvent l’être qu’au levier puissant de la fraternité .
- Et vous voudriez qu’ayant une force aussi considérable sous la main la classe ouvrière renonçât à s’en servir !
- Le conseil serait dangereux s’il pouvait être écouté. Mais il ne le sera pas. Nous sommes sans crainte à cet égard. Il faudrait connaître bien peu la
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- classe ouvrière, il faudrait écrire sur son compte en vivant bien loin d'elle pour mettre en doute un seul instant l’influence capitale qu'a sur elle le grand principe de fraternité.
- Les ouvriers ont toujours mis au premier plan de leurs revendications et de leurs tentatives l’affranchissement de leurs frères. C’est an nom de la fraternité qu’à l’heure des grèves les ouvriers dont l’occupation n’est pas atteinte trouvent moyen de prélever sur leur maigre salaire quelques subsides pour ceux qui ne travaillent pas. C’est au nom de la fraternité que dans la période toujours si difficile de la fondation des sociétés de production les ouvriers s’imposent pendant de longs mois, quelquefois pendant des années, des prélèvements hebdomadaires ou mensuels de 25, de 50 centimes ou même d’un ranc. C’est au nom de la fraternité que les statuts de certaines associations sont conçus de manière à créer un capital plus ou moins considérable appartenant â tous les sociétaires indivisément. C’est au nom de la fraternité.... mais nous n’en finirions plus si nous voulions énumérer tout ce que le principe de fraternité a inspiré à la classe ouvrière. Cette influence est si considérable que les fautes que les ouvriers ont pu commettre ont été commises en croyant servir la fraternité.
- Les ennemis de la classe ouvrière ne sv trompent pas. Ils le savent même si bien qu’ils ne se lassent pas de railler et de tourner en ridicule cette expansion de sentiments fraternels : injure jetée à là bonté du cœur par l’égoïsme et la rapacité.
- (4 Suivre) En. Champury.
- COOPÉRATION ET ASSOCIATION
- Il est intéressant de savoir comment l’état politique actuel de l'Angleterre est apprécié dans le monde des coopérateurs. Voici ce que dit à cë sujet « The Co-operative-News » de Manchester, en date du 10 courant. Après avoir établi que des’ projets de lois importants, concernant la transmission de la propriété du sol, l’héritage, etc., etc., seront certainement déposés dans la prochaine législature et tiendront en éveil l'attention publique pendant plusieurs années, l’auteur de l’article ajoute :
- . « Il est à propos de considérer dans quelle mesure ces modifications peuvent concorder avec les vues de ceux qui aspirent aux réformes sociales par la voie de la coopération en prenant pour guide le programme remarquable et parfois très-injustement ridiculisé des 28 célèbres pionniers de Rochdale. - « Pour ces pionniers la coopération signifiait :
- produire par l’action collective de toutes personnes qui adhéreraient à leurs vues les ^ sources nécessaires à l’établissement de colonie^ digènes se soutenant par elles-mêmes ; colonies lesquelles le droit du travail à la répartition de«^ néfices ne serait pas insouciamment sacrifié, ne serait écarté par les compétitions des prod^ teurs s’efforçant de se couper mutuellement l'he^ sous les pieds, où le travail participerait aux béD-fices de l’ensemble d’après le mode judicieux q^ surerait le bien-être général.
- « Sans méconnaître les bienfaits que peuvent curer les modifications légales demandées à notu époque, ces modifications m’apparaissent comu, insignifiantes en comparaison du but que s eta% assigné les pionniers de Rochdale.
- « Prenons donc garde d’user nos forces à la pour, suite de biens de peu d’importance et de ne savol* point acquérir les objets qui méritent nos grands efforts. Ce serait agir un peu comme le chiet de la fable qui lâchait la proie pour en attraper l’ombre.
- » Les réflexions que je viens de faire n’auraien; aucune raison d’être si, en notre pays, les citoyeni étaient encore privés,- comme ils l’ont été autrefois, de la liberté individuelle ou du droit de s’associer lj. brement pour agir d’une façon collectivë sous la protection de la loi.
- « Si ces libertés nous faisaient défaut, il serait certainement de la plus haute importance pour nous d’obtenir sur ce point les réformes politiques et légales indispensables à l’essor de la liberté individuelle et de l'Association.
- « Mais, il faut le reconnaître, nous jouissons actuellement dans le Royaume-Uni d’une telle liberté d’action, sous ce rapport, que s’il m’était donné d’apporter dans la loi les changements que je jugerais nécessaires, en vérité je ne sais ce que je pourrais proposer...,
- « Les modifications légales les plus hautement réclamées parmi nous à l’heure actuelle touchent à des faits inhérents aux sociétés basées sur l’individualisme, sur l’antagonisme des intérêts, et affectent peu, en réalité, ce qui est du domaine de l’Association.
- « Prenons pour exemple les lois relatives à la propriété terrienne. Nul doute que ces lois créent aujourd’hui un amas de difficultés et de frais pour le citoyen qui désire acheter ou vendre la plus petite propriété dans le Royaume-Uni.
- « Selon moi, il sera possible et facile d’écarter ces embarras, et descendre les mutations de la pro-
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- nriété aussi aisées que le transfert d’une valeur de | baûQue ou ^’une acti°û de chemin de fer. J
- e jjais les difficultés actuelles n’affectent pas les gommes qui désirent, non acheter ou vendre individuellement la terre, mais la tenir collectivement à l’usage de toute une société, et convertir le droit individuel à la propriété du sol en un droit à une certaine part de revenu. C’est là ce à quoi tendait le programme de Rochdale.
- « La propriété collective du sol, autant que j’en puis juger, est la condition essentielle d’une réforme sociale effective ; elle en est la pierre angulaire. 11 est donc évident que les plans pour améliorer le mode de transfert de la terre doivent être comparativement indifférents aux coopérateurs et qu’ils devraient même être opposés à toute proposition ayant pour but l’excessif morcellement des grandes propriétés. Car une telle subdivision augmenterait beaucoup la difficulté de transformer la propriété individuelle de la terre en propriété collective; elle rendrait en outre, plus difficile que maintenant aux colonies indigènes l’achat d’une propriété convenable à leur but ; puisqu’elle créerait tout un corps de petits propriétaires qui s'opposeraient, avec la ténacité attachée communément au sentiment de la propriété individuelle, à toute mesure ayant pour but la conversion de leurs droits sur le sol en un revenu proportionnel garanti par l’Etat... »
- L’auteur passe ensuite à l’examen des réformes qui pourront être proposées dans les lois sur l’héritage, puis il dit :
- «'Le défaut d’espace m’empêche d’entrer dans de plus grands développements sur le point que je me suis efforcé de mettre en lumière, c’est-à-dire que la coopération regardée comme plan de réforme sociale ouvre devant nous des moyens d’action qui rendent insignifiant le programme de nos modernes réforma- ' teurs politiques. Le véritable coopérateur doit donc se mettre soigneusement en garde contre le danger des dissentiments politiques qui pourraient altérer chez eux cette unité d’action, condition indispensable pour atteindre au succès dans les réformes sociales.
- “ 11 y a là un danger qu’il ne faut pas mépriser.
- “ Dans la période qui s’ouvre devant nous, il e de toute probabilité que les questions politiqu» yont devenir particulièrement excitantes, que l’ai tagonisme s’élèvera fortement et qu’il sera envenin Pari amertume théologique, en raison des questioi fiai seront soulevées. Les choses prendront un c: ractère d’autant plus irritant à cause de la mauvaii a ltude entre adversaires politiques de se jeter <
- la boue les uns aux autres, de s’imputer mutuellement des motifs deshonnêtes, de se donner des appellations qu’on veut rendre insultantes, voie dans laquelle les dix dernières années qui vont clore le XIXe siècle semblent bien appelées à surpasser celles qui les ont précédées.
- « Que le réformateur social montre donc au réformateur politique dans quel esprit toute réforme doit être conçue et poursuivie.
- « Plus que tout autre le coopérateur doit avoir sans cesse dans l’esprit que trois choses dominent toute question :
- « Foi, Espérance, Amour, et que de ces trois choses la plus grande est Vamour.
- « Que l’excellente devise de notre feuille : « Dans les choses essentielles, unité; dans les choses douteuses, liberté; en toutes choses, charité, » soit constamment dans le cœur comme sur les lèvres du véritable réformateur.
- « De cette façon il passera à travers le brasier de l’agitation politique sans que l’odeur du feu reste sur lui.
- « Quelques mots pour conclure sur le libéralisme.
- « Je suppose que tout le grand corps des coopérateurs appartient politiquement à ce qui est appelé le parti libéral, parti'en dehors duquel je me tiens par la conviction que l’ardent désir de faire des changements dans les institutions qui appartiennent à la forme des sociétés oh règne la concurrence, empêche plutôt qu’il ne facilite le développement de cet esprit calme, patient, constructeur, duquel doit sortir le meilleur ordre d’une société coopérative.
- « Mais je ne suis pas étonné que les coopérateurs appartiennent généralement au parti libéral, parce qu’ils sont des réformateurs et que les réformes ont des points de contact avec le libéralisme ; il n’en peut du reste être autrement si par libéralisme on entend être libéré des anciens préjugés, des anciennes habitudes ou manières d’être et de voir qui contrecarrent le progrès humain.
- « Mais la liberté du sincère réformateur social est la liberté par l’ordre et par la loi — la liberté de la raison — c’est-à-dire l’opposé de cette liberté désordonnée, sans frein, qui constitue le plus complet esclavage, la soumission de l’homme au joug le plus exacteur et le plus dur, celui de ses propres désirs non réglés.
- « La coopération est un antagonisme direct de cette licence.
- « Nous voyons cela clairement dans l'obligation faite aux membres des sociétés coopératives d’acha-lander les magasins communs et dans la même obli-
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- gation faite aux sociétés de vente au détail à l'égard des sociétés de vente en gros. Cet achalandage est considéré comme un devoir inévitable. Un devoir envers qui ?
- « Envers les sociétés de vente au détail de la part des membres, envers les sociétés de vente en gros de la part des sociétés de vente au détail.
- « Les membres forment les sociétés de premier degré, et celles-ci les sociétés générales de vente en gros. Donc s’il a devoir c’est bien un devoir des hommes entre eux et il en est ainsi. Le devoir est ce que chaque homme doit à son propre être intime : L'esprit de Dieu en lui, la voix de la raison, qui appelle tous les hommes à s'unir les uns aux autres pour se prêter une aide mutuelle; car l’aide mutuelle justifie la réclamation faite à chacun d’être raisonnable en soi et dans ses rapports avec autrui. En soi, parce que l’esprit de raison fait un avec l’esprit d’unité ; dans les-rapports avec autrui, parceque l’harmonie des rapports peut seule donner la plus grande somme de bien-être général pour tous.
- « De ce que j’ai dit, il suit que le sincère coopérateur est à la fois un parfait libéral et un parfait conservateur. Un parfait libéral, parce qu’il est libéré des désirs et des pratiques égoïstes qui engendrent l’esclavage des passions ; et un parfait conservateur, parce que sa liberté est celle de la raison, mère du devoir. » J. P.
- NOUVELLES DIVERSES
- FRANCE
- L’émancipation de la, femme. — A l’ouverture de la séance du 7 mai de la Chambre des Dépu -tés M. Camille Sée a déposé sur le bureau une proposition de loi relative à la capacité civile de la femme.
- Le député de Saint-Denis y demande d’abroger ou de modifier certaines dispositions du code civil et du code de procédure qui restreignent la capacité civile de la femme.
- Il distingue entre la femme non mariée et la femme mariée.
- Pour la femme non mariée il part de ce principe que sa capacité civile doit être la même que celle de l’homme.
- En conséquence, il demande • que la femme majeure puisse être témoin dans un acte de l’état civil et dans tout acte instrumentaire ;
- Que la mère survivante et non remariée ait sur la personne des enfants les mêmes droits que le père ;
- Que la femme puisse être tutrice, membre d’un conseil de famille ;
- Que la mère survivante soit tutrice légale, sans que le père puisse lui donner un conseil spécial ;
- Qu’en cas de dissentiment relatif au mariage d’un enfant naturel reconnu par le père et la mère, il soit statué par le tribunal.
- Pour la femme mariée, M. Camille Sée part de ce principe que l’état de dépendance de la femme relativement a son patrimoine ne peut être justifié que par la nécessité de la puissance maritale.
- Il demande en conséquence ; que le mari puisse q0n ner à la femme l’autorisation générale d’aliéner, d’hv" pothéquer, d’acquérir à titre gratuit ou onéreux ;
- Que l’autorisation ni de la justice ni du mari ne soit nécessaire à la femme pour contracter ou es+er en jugl tice, lorsque le mari est frappé d’une peine afflictive ou infamante, lorsqu’il est interdit, absent ou mineur, 0u quand la séparation de corps a été prononcée contre lui ;
- Qu’enfin la nullité fondée sur le défaut d’autorisation ne puisse être opposée que par le mari.
- * *
- Les grèves dans le Nord. — U y a eu ven.
- dredi dernier, au Ballon, sur le territoire belge, uoè réunion de grévistes français : dix mille ouvriers fran. çais s’y trouvaient réunis, ne départ a eu lieu par groupes isolés. Le retour se fit en groupe. Mais aucun'inci-dent ne s’est produit, et la rentrée à Roubaix s’est faite avec calme.
- A Tourcoing, la grève s’est étendue à des établissements qui étaient restés jusqu'à ce jour eu dehors du mouvement ; le nombre des établissements atteints par la grève est de 40 ; il y a environ 1.260 grévistes, soit 36 fileurs, 441 soigneurs, 2‘ 6 rattacheurs,200 tisserands et 327 de professions diverses condamnés au chômage par la grève des autres. Une réunion des ouvriers a eu lieu vendredi à la mairie ; les patrons ont été à leur tour convoqués samedi.
- Voici quelles sont les réclamations des ouvriers : ils demandent une augmentation de 50 centimes pour les rattacheurs, de 25 à 40 centimes pour les bâcleurs et les soigneuses ; ils veulent, en outre, que la journée soit limitée à douze heures.
- A Lille, en outre de la grève des mouleurs et fondeurs, il n’y a que les ouvriers en tissage qui soient en grève; mais on s’attend pour le samedi 15, à ce qu’éclate un mouvement de grève plus important.
- * *
- Les grèves de Reims. — On lit dans le Temps :
- Les demandes des ouvriers lainiers se résument ainsi : ' réduction à dix heures de la journée de travail qui est aujourd’hui de douze ; élévation du tarif des salaires, de façon à ce que l’ouvrier puisse gagner autant en dix heures qu’il gagnerait en douze.
- Les raisons qu’ils font valoir pour appuyer la première sont de nature à faire une vive impression sur la Chambre où l’on sait qu’une proposition est précisément déposée pour limiter à dix heures par jour le travail dans les manufactures. — La vie de famille nous est impossible, disaient les ouvriers que je consultais, voyez comment se pasée une de nos journées. Nous entrons a l’atelier à cinq heures et demie du matin et nous n’en sortons qu’à sept heures un quart du soir, après deux arrêts pour prendre nos repas, l’un de neuf heures un quart à dix heures du matin, et l’autre, de deux à trois heures de l’après-midi. Nos enfants, eux, vont à l’école à huit heures du matin, ils en sortent à onze, rentrent à une heure de l’après midi et ressortent à quatre heures, de sorte qu’il nous est impossible de les voir une seule fois dans la journée. Le soir, quand nous rentrons chez nous, nous sommes accablés de fatigue et nous no songeons qu’à nous coucher ; le matin quand nous partons, ils ne sont pas réveillés encore ; si bien qu’en réalité, nous ne voyons nos enfants que le dimanche.
- Songez maintenant à quelles dépenses ce légime nous entraîne. Ce n’est ni en trois quarts d’heure, ni même en une heure qu’on a le temps de préparer un repas. Or, comme la plupart de nos femmes travaillent à l’usine avec nous, nous sommes obligés d’aller à la gargote pour manger. C’est mauvais et c’est cher. Nos enfants sont dans ïe même cas, il n’y a personne à la maison pour leur faire à manger, et ils vont également à la gargote. Quand trois ou quatre bouches ont ainsi passé sur le prix d’une journée, vous voyez ce qui peut rester.
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- qû parle de notre démoralisation, mais personne n’en «ouffre plus que nous, puisque ce que nous demandons c’est notre part des joies de la famille. Que vculez-vous aue deviennent des enfants sans cesse abandonnés à eUx-mêmes ? Nous ne sommes là ni quand ils se lèvent, uiquand ils mangent, Si nos garçons deviennent de mauvais garnements et si nos fihesi tournent mal, nous en sommes les p rem'ers affligés, mais qu’y pouvons-nous ? Avec le travail de dis heures, on pourrait régler notre sortie de l'atelier de façon à la faire coïncider avec celle des enfants de l’école, et on pourrait nous donner le temps de préparer notre repas. Au lieu d’aller à la j gargotte, nous mangerions chez nous ; nous mangerions mieux, cela nous reviendrait meilleur marché, et nous pourrions au moins voir un peu nos enfants et nous occuper cl’eux.
- Pour subvenir aux besoins des grévistes les plus nécessiteux, la chambre syndicale des ouvriers lainiers a ouvert deux fourneaux économiques où l’on distribue deux cents portions de soupe à la viande le matin et environ autant le soir. Cette chambre syndicale avait fort peu d’adhérents avant la grève, mais depuis la plupart des ouvriers se font inscrire. On verse immédiatement 2 fr. 25. et on s’engage à verser 1 fr. chaque mois pour former un fonds de réserve. D’après les membres de cette chambre, l’argent consacré à soutenir la grève provient de secours envoyés par les différentes chambres syndicales ouvrières de France et notamment de Paris.
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- Pas de préférences S. ~V. I?. — Plusieurs journaux républicains publient une lettre de M. Léon Bienvenu, rédacteur du Voltaire et directeur du Tintamarre, qui appelle l’attention sur un point curieux de la législation française. Il y a quelques années, M. Léon Bienvenu a été condamné à 50 fr. d’amende pour outrage aux mœurs Son crime était d’avoir, dans un article du Tintamarre, journal burlesque, fait ressortir en termes grossiers l’immoralité d’un roman qui avait pour titre la Fille Elisa. En requérant contre l’accusé, le ministère public avait reconnu que les intentions de l’article incriminé étaient louables. Cette condamnation à 50 fr. d’amende, qui équivalait presqu’à un acquittement, a entraîné cependant la perte des droits politiques pour M. Bienvenu, et il n’a aucun moyen de se relever de cette déchéance. Après Nana et tout ce que nous avons vu s'étaler de littérature ordurière, il est dur d’être privé de ses droits d'électeur, parce qu’on a cru pouvoir flageller le vice dans la langue de Rabelais.
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- Orphelinats laïque». — Le conseil municipal de Paris a discuté les conclusions du. rapport présenté par M. Prétet sur les propositions déposées par MM. Dubois et Boué et en son nom, relativement à la création d’orphelinats destinés à recevoir les enfants des deux sexes.
- M. Prétet a exposé qu’il est du devoir du conseil municipal de se préoccuper des orphelins de la ville de Paris. La commission a demandé en conséquence au conseil de décider la création, à partir du 1er octobre 1880, d’un orphelinat municipal.
- Il serait institué à cet effet 1,000 bourses dont l’attribution aurait lieu à mesure des besoins constatés, et dans la proportion approximative de 100 par an.
- Ces ho irses seraient divisées en trois catégories :
- 1° Les bourses entières avec trousseau ;
- 2° Les bourses entières ;
- 3° Les portions de bourses.
- La dépense annuelle entière, quand les 1,000 bourses j^raient été attribuées, ne dépasserait pas 500,000
- Les maîtres et les maîtresses de pension, les instituteurs et les institutrices libres et laïques, ainsi que les ‘amilies d'artisans et les familles d’agriculteurs seraient invités à déclarer dans quelle mesure ils entendent con- I courir à l’œuvre entreprise. Les déclarations des inté- I ressés, accompagnées de l’avis motivé du maire, seraient g
- i adressées à la isréfeclure de la Seine, où elles seraient soumises à l’examen d’une commission administrative spéciale. Cette commission se réunirait à la préfecture de la Seine, sous la présidence d’un conseiller municipal déiégué r ar le conseil.
- Le conseil serait appelé à juger en dernier ressort, et établirait pour le 1er août la liste définitive des pensions et des familles auxquelles les orphelins municipaux pourraient être confiés. Avis immédiat en serait donné aux intéressés, et l’orphelinat municipal de Paris se trouverait définitivement constitué pour la rentrée d’octobre 1880.
- Les enfants au-dessous de sept ans qui seraient confiés aux familles seraient conduits, dès que leur âge le permettrait, à l’asile ou à l’école du voisinage. Au-dessus de cet âge, ils pourraient obtenir des bourses dans un des lycées ou des collèges de Paris. La surveillance des enfants au-dessus de sept ans, placés dms les pensionnats, serait attribué provisoirement à l’inspecteur primaire et au maire de la commune. Celle des enfants au-dessous de sept ans serait exercée, à Paris, par les inspectrices d’asile et par des dames spécialement délé-| guées ; hors Paris, par l’instituteur communal pour les [ garçons, et par l’institutrice communale pour les filles,
- ! sous les ordres et la direction du maire.
- Sur la demande de plusieurs membres, l’ajournement de la discussion du rapport a été prononcé.
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- Cités ouvrières à Paris. — L’œuvre des cités ouvrières semble devoir enfin entrer dans le domaine de la pratique, grâce aux longs efforts de M. le maire du 16* arrondissement, aidé de grandes personnalités du j commerce.
- I Une réunion a eu lieu à la mairie du 16' arrondissement, M. Dietz-Monin, président; M. de Plasman a fait un intéressant discours sur le but de l’œuvre qui peut se résumer ainsi :
- « Le caractère de la Société projetée est de ne pour-| suivre aucune idée de spéculation, ni même de bénéfice.
- ; Elle se propose uniquement de procurer aux classes ; pauvres des logements salubres et à bon marché ; et,
- 1 comme elle ne veut procéder qu’avec mesure et en com-! plète connaissance de cause, elle n’a en vue dans le pré-I sent que les familles pauvres domiciliées dans le 16e arrondissement. »
- Dans cette réunion il a été décidé qu’une commission composée de MM. Dietz-vionin, Paul Leroy-Beaulieu, de Plasman, David, Meyer, Davrillé des Essarts et Estibal,
- | se réunirait pour arrêter Je texte des statuts définitifs.
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- La suppression <1© l’octroi. — On sait que le ministre des finances a proposé un dégrèvement sur les vins à la ville de Paris. La con.mission des finances l’a adopté, mais en le remplaçant par de nouveaux centimes additionnels et en désaffectant 5 millions sur les
- 7 millions obtenus sur l’annuité due au Crédit foncier.
- Un groupe de conseillers municipaux vient de prendre les choses de plus haut. Presque tous les membres du conseil municipal ont promis la suppression de l’octroi. Le ministre leur donne une occasion de prouver qu’ils sont prêts à réaliser leur programme. Le conseil municipal doit en profiter pour affirmer sa politique financière.
- Hier, M. Yves (Payot a déposé, au nom de plusieurs de ses collègues, le contre-projet suivant :
- Le conseil délibère,
- Art. 1er. — Les droits d’octroi sur les vins sont fixés à
- 8 fr. 87 par hectolitre ; les droits sur les cidres à 4 fr. Les droits sur la bière à l'entrée et à la fabrication sont supprimés.
- Art. 2. — Une taxe de deux pour mille (2 p. 1,000) sera établie sur la valeur vénale des terrains bâtis ou à bltir et de tous les établissements particuliers, quelle qu’en s it la destination.
- En dehors des dégrèvements énoncés à l’article 1er, les
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- excédants résultant de cette taxe seront employés à la suppression ou à la réduction des taxes d’octroi.
- Art. 3. — L’évaluation de la valeur vénale de ces immeubles sera faite par l’administration des contributions directes et les répartiteurs de la ville.
- (Suivent les articles d’ordre.)
- Yves Guyot, Hovelaque, de Heredia, Sigismond Lacroix, Jules Roche, Georges Martin, Lucien Dela-brous^e, Aristide Rey, Songeon, François Combes, Cusset, Colin, Bourneville, Darlot, Lafont, Maillard .
- D’après l’exposé des motifs, cette taxe produirait à coup sûr un chiffre de 25 millions, très probablement un chiffre de 50 millions. L’octroi étant de 130 millions, il suffirait de le doubler pour arriver à sa suppression complète. En trois ou quatre ans, elle serait réalisée.
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- Société coopérative d’horlogers. <«- A'u
- moment où les divers syndicats fondés parmi les ouvriers de Besançon venaient de disparaître, un groupe d’horlogers relevait courageusement le drapeau de l’association et organisait une société de production.
- Il n’y a peut être pas de profession qui se prête aussi bien à l’association que celle de l’horlogerie. Le travail y est subdivisé en spécialités très-nombreuses, ce qui est éminemment favorable à la coopération. h- Le groupe d’horlogers qui a constitué l'association dont nous parlons est peu nombreux, mais il s’est créé au sein d’une population ouvrière très-instruite pour laquelle l’exemple ne sera pas perdu.
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- Concours do peinture. — Les catholiques de Lille proposent un concours pour un tableau rappelant la vie ou le pontificat de Pie IX, soit dans son ensemble, soit dans l’un de ses faits les plus importants, ou même de ses épisodes. Deux prix : 1° 1,500 fr. et une médaille d’or ; 2° 700 fr. et une médaille de vermeil.
- Les tableaux devront être envoyés franco au secrétaire, rue Négrier, 43, à Lille.
- Nous ne saurions trop recommander à ceux de nos amis qui s’occupent de peinture de prendre part à ce concours.
- Ils pourraient choisir dans la vie du Saint-Père le meurtre de Monti et Tognetti, que Pie IX fit mettre à mort en 1869 par ce qu’ils avaient osé rêver la délivrance de leur patrie.
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- La récolte des messes. — On lit dans le Pèlerin :
- Nous continuons a envoyer, à qui le demande, des feuilles pour récolter, pendant le mois de Marie et le mois du Sacré-Cœur, des messes, communions, chemins de croix, jeûnes, rosaires, chapelets. Ces feuilles sont envoyées gratuitement, mais nous sommes heureux qu’on nous aide à recueillir les aumônes que nous cherchons pour les payer, car les envois se font par cent mille.
- « Nous porterons ces feuilles comme en trophée à Montmartre, le 29 juin, jour fixé par nos maîtres pour l’exécution en masse des religieux. »
- Nous avions souvent entendu rire — et avec raison — des moulins à prière des bords ùu Gange.
- Aujourd’hui ces ridicules appareils paraissent choses sérieuses auprès des feuilles de révolte des chemins de croix, etc., etc., que met en avant l’église romaine.
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- Comment les cléricaux écrivent l9his-toire. — Nous extrayons du telerin du l#r mai les lignes suivantes qui valent leur pesant d’or.
- « Quand on chante l’hymne des révolutionnaires, on entend ce vers fameux en l’honneur de deux enfants : le tambour Bara et l’Avignonnais Yiala :
- « Des Bara, des Yiala, le sort nous fait envie. »
- « Voilà l’histoire authentique de Viala : Agé de 13 ans neveu de Pex-abbé Moureau, il jouait au soldat dans les rues d’Avignon avec une bande d’enfants qu’on appelait « l’espérance de la patrie ». Le 14 juillet 1793, dit Yü~ nion de Vaucluse, il se glissa dans les rangs de la milice citoyenne, et quelle milice ! qui alla sur les bords de la Durance pour empêcher les Marseillais de passer cette rivière. Dans un accès de fanfaronnade, il mit bas sa culotte et montra à ses adversaires, de loin et à nu, autre chose que sa figure. Une balle répondit de l’autre côté à cette manifestation de tas étage en étendant raide ce Brutus en herhe, dont la Convention, toujours ridicule et toujours inepte, voulut faire porter les restes au Panthéon (Séance du 18 floréal an IL) Agricol Moureau exalta naturellement le courage civique de son neveu, se gardant bien de consigner, dans ses rapports au gouvernement, les circonstances de sa. mort. Il le fit mourir dans l’accomplissement d’un acte de dévouement patriotique, et il poussa la forfanterie jusqu’à mettre sur les lèvres de sa mère un mot prononcé autrefois par une femme de Sparte.
- « Ce que nous venons de raconter, nous le tenons de témoins oculaires, qui étaient dans les mêmes rangs que Viala, et qui n’ont jamais compris l’imprudence des écrivains républicains, disant qu’il tomba au moment où il coupait le câble du bac à traille sur la Durance.
- « Nous ajouterons 1° que Viala se croyait hors de la portée des armes des fédéralistes; 2° que son oncle, Agricol Moureau, ne se contenta pas de chanter la gloire de son neveu, il se fit donner un bon poste.
- « Aujourd’hui, on propose pour les écoles laïques de remplacer les images des saints par des images patriotiques coloriées. — Viala est proposé comme modèle aux braves qui combattent le cléricalisme par leurs gesfes. »
- Que pensez-vous, cher lecteur, de tout cela. Remarquez que le Pèlerin édifie sa fable sur le rapport à lui fait en 1880 par des témoins oculaires de la mort de Viala sui’venue en Florialde l'an IL
- Pour que l’Eglise ait recours à d’aussi ridicules impostures il faut qu’elle se sente bien profondément malade.
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- IL’IEigrlîse et la famille. — Veut-on avoir une idée de la façon dont l’Eglise romaine comprend et respecte ces droits de la famille dont elle a soin de tant parler ? Les deux lettres suivantes fixeront à cet égard les plus indécis :
- Paris, le 8 avril 1880.
- A monsieur le directeur des filles de la Charité,
- Etant veuve, âgée de soixante-huit ans, souvent malade et incapable de me livrer à aucun travail, je désirerais voir revenir auprès de moi ma fille, sœur Marie Castel, fille de la Charité, actuellement à l’hospice de Copiapo (Chili), qui a été envoyée dans ces pays lointains, non-seulement sans mon consentement, mais sans que je fusse prévenue même de son départ.
- J’ai deux autres filles : l’une est également religieuse; l’autre est malade à l’hospice depuis deux ans, et, je le crains, sans aucun espoir de guérison.
- Vous penserez, sans doute avec moi, monsieur le directeur, que, s’il est beau de consacrer sa vie à servir Dieu et ses semblables et d’aller à l’autre bout du monde porter les secours de la religion et de la médecine à des soldats étrangers, il serait sinon plus louable, du moins plus rationnel qu'une fille demeurât auprès de sa vieille mère, seule et privée de tout secours ; et vous vous empresserez, j’en suis convaincue, de prendre les mesures nécessaires pour que ma fille me soit rendue le plus tôt qu’il sera possible.
- Dans l’espoir, etc.,
- Votre très humble servante
- Signé : Vve Castel.
- 23, rue Lacaze.
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- Toici la sèche et dure réponse que Mme Castel a reçue :
- Paris, le 10 avril 1880.
- Madame,
- Par votre lettre du 8 courant, vous m’avez exprimé le désir que votre fille soit rappelée du Chili pour se mettre à votre disposition. Il n’est pas en mon pouvoir, madame, de faire droit à cette demande. Votre fille a été appelée de Dieu à le servir dans la communauté et il ne nous appartient pas de modifier les vocations à notre gré. Mais •T'aime espérer que Dieu pourvoira à vos besoins et que d’autres vous donneront les soins que l’éloignement de votre fille lui rend impossible. C’est dans cette confiance que j’ai l’honneur d’être, madame,
- Votre très humble serviteur,
- Signé : Bourdarie.
- Tout commentaire est inutile.
- * *
- Sorcier et contre sorcier. — On lit dans le Journal d’Albertville (Savoie) :
- Qui croirait qu’en plein xixe siècle, il se trouve des gens à croire aux sorciers, et cela existe, et le fait se passe actuellement dans la cômmune d’Héry-sur-Ugi-nes.
- Ce pauvre diable de sorcier, qui n’en peut mais, est un brave habitant de Saint-Nicolas, et il a dû venir se plaindre à la gendarmerie du chef-lieu : il est malheureux ; tous le fuient ; il ne peut entrer nulle part, car il donne le mal à toutes les bêtes de la maison.
- Ce qu’il y a de plus curieux, — et c’est là le fait principal,- — est que les habitants se sont cotisés pour faire venir un contre-sorcier, lequel, avec toutes sortes de grimaces connues en pareil cas, a exorcisé bêtes, bâtiments et gens, et, le plus sûr de la chose, a empoché pas mal d’argent à ces pauvres diables.
- Nous apprenons avec plaisir, ajoute le Journal dAlbertville, que le contre-sorcier d’Héry, individu venant de Cruseilles, et appelé pour réparer le prétendu mal causé par le sorcier dont nous avons parlé dernièrement, a été condamné à un mois de prison et 30 fr. d'amende.
- ---- ! noQiaOQn jnim—
- QUESTIONS SOCIALES
- Il règne sur la question sociale, dans les hautes régions du pouvoir, un aveuglement, un parti pris d’inertie qui pourraient avoir des conséquences funestes pour la République. Cette malheureuse dispo-position d’esprit s’est récemment accusée dans un des discours prononcés à Lille par M. le ministre de l’instruction publique.
- Certes, M. Jules Ferry est en butte à trop d’hostilités passionnées pour qu’il nous convienne de chercher l’occasion d’un blâme à son égard. Cependant nous ne saurions laisser passer sans1 un mot de protestation ce passage d’un de ses discours dans lequel, opposant bien à tort le savoir au bien être, il affirme que notre démocratie est plus éprise du premier que du second. Comme si ces deux excellentes choses n'allaient pas généralement de pair, l’aisance conduisant à l’instruction et l’instruction, bien dirigée contribuant à l’accroissement de l’aisance .
- Sans les moyens matériels d’entretien de la vie
- organique il n’y a point de vie intellectuelle et morale possible. Voilà ce qu’à paru oublier M. le Ministre de l’instruction publique, lorsqu'il a déclaré « que notre démocratie était plus éprise de savoir que de bien-être. »
- La vérité est que le peuple aspire à la fois à l’un et à l’autre, mais que pour lui le besoin le plus urgent, le plus impérieux est encore celui de la subsistance.
- « Elle (la démocratie) a, continue M. Ferry, ac-» clamé non un socialiste, non un révolutionnaire, » non un démagogue, mais une idée. Cette idée ne » diminuera pas pour elle le poids du jour et n’aug-» inentera pas son capital et son épargne, mais elle a » le sentiment que là est l’avenir et le patrimoine de » la postérité. »
- Illusion et méprise dangereuse sur le sentiment de la grande classe des travailleurs, cette classe à l’existence toujours précaire et à laquelle manque si souvent ce que Michelet appelle la suffisante vie.
- • Voyez donc s’il convient de se montrer aussi dégagé que M. le Ministre du souci des moyens de satisfaire aux premières nécessités de l’existence, quand il se passe chaque jour, au milieu de nous, des drames tels que celui qui est raconté par les journaux du 5 mai :
- Pauvres petits orphelins- — Cinq jeunes enfants pleuraient et frappaient contre la porte du logement occupé par leur père, au rez-de-chaussée d'une maison située, 158, boulevard de la Gare. Il était environ six heures et demie du soir, c’était l’heure du dîner, et les pauvres petits ne pouvaient comprendre pourquoi leur père ne leur répondait pas.
- Cet homme, nommé Alphonse G..âgé de trente-sept ans, ouvrier serrurier resté veuf avec cinq enfants, venait de se suicider. C’est la misère qui l’a poussé à cet acte de désespoir.
- Avant de mourir, il a tracé à la craie sur une porte les lignes suivantes :
- « Voilà le chef-d’œuvre delà société. Puisqu’il a mieux fallu que ce fut le père qui meurt pour que les enfants pussent être assistés, il est mort. C’est lâche de mourir de la sorte, pour moi c’est brave.
- « Je meurs, qu’ils soient heureux. Comme c’était le père qui gênait, il disparaît. Que la Providence veuille que vous passiez dans la misère.
- « Je vais te rejoindre... Justine. Je vous reverrai tous, courage! »
- C. P.
- A propos du fait ci-dessus le Réveil social publiait les lignes suivantes :
- « Un ouvrier serrurier, de trente-sept ans, resté » veuf avec cinq enfants, s’est tué; — il s est tué » parce qu’il ne pouvait nourrir ses pauvres petits !
- » Robustes, plein de vie, il a succombé sous de » trop lourdes charges.
- » Voyant cet homme dans la force de l’âge, et pou-
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- » vant travailler, on ne se disait pas qu’à lui seul » il était incapable de suffire aux besoins de ses » cinq enfants; on ne s’apitoyait pas sur le sort de » ces pauvres petits qui n’avaient plus de mère ; et,
- » alors, pour que la charité publique s’intéressât à » ses enfants, le pauvre ouvrier,' le martyr, s’est » tué. »
- Nous nous associons pleinement aux réflexions que suggère à notre confrère ce navrant fait divers.
- Non, la Société ne doit pas laisser périr un travailleur à la tâche. Lorsque l’activité humaine s’empare du fonds de la nature, auquel tout homme a un droit imprescriptible, et le fait tourner au profit de la collectivité, celle-ci doit reconnaître le faible pour créancier.
- Nous ne saurions mieux faire que de renvoyer le lecteur au chapitre de la Mutualité sociale que le hasard de la publication place dans le présent numéro.
- Il ne se passe pas de jour sans qu’une triste expérience ne vienne confirmer la raison de notre incessante préoccupation.
- Combien de désespérés s’en vont, sans graver sur la porte de leur pauvre logement à l’adresse de la Société ce lugubre Mane Thecel Pharès Que la société y prenne garde, elle qui est toujours empressée d’exiger le respect de ses droits, sans songer que tout droit implique un devoir.
- Qu’elle ne se tienne pas quitte parce qu’elle aura organisé l'assistance publique car, comme le fait justement remarquer notre confrère, « l’assistance pu-» blique n’a jamais tiré un pauvre de la misère. Telle » qu’elle est organisée elle ne peut que maintenir » la misère, en entretenant les misérables. «
- Dans le même numéro du Réveil social, se trouve le rapport collectif adressé à Messieurs les membres de la commission générale des tarifs de la ville de Paris par les délégués des corporations ouvrières du bâtiment.
- Voici la conclusion de ce rapport :
- « Nous terminons, messieurs, nous adressant à « ceux qui nous gouvernent en exprimant le vœu « qu’une loi protectrice vienne enfin sauvegarder « les intérêts du capital du pauvre, qui est son tra-« vail, comme elle favorise le capital du riche, qui « est l’argent, que les travailleurs, puissent, de leur » côté, opposer à la coalition du capital exploitant, « la réunion de leur intelligence et de leurs bras, « qui forment le capital producteur, et cela par le « droit de réunion et d’assocsation. »
- Ainsi se trouvent posés côte à côte les deux termes du problème que la Société doit résoudre.
- Donner aux faibles le nécessaire en vertu du droit de Chacun au fonds commun de la nature.
- Faire jouir le travailleur du fruit intégral de son travail.
- C’est par la participation du travail aux bénéfices de l’industrie, c’est parl’organisationdela mutualité sociale, par l’Association intégrale enfin que ce problème sera résolu.
- C’est pour la propagation de cette doctrine que le Devoir a été fondé.
- L’Association du Familistère dont il est l’organe en est l’application.
- Ses statuts en cours de publication, consacrent une expérience de trente annés, et les deux citations du Réveil Social pourraient servir d’épigraphe au livre qui les renferme sous ce titre :
- Mutualité sociale et Association du Travail et du Capital.
- Ou extinction du paupérisme par la consécration du droit naturel des faibles au nécessaire et du droit des travailleurs à participer aux bénéfices de la production.
- J. Pasca.lt.
- L’enseignement a© la. physiqueà Berlin
- Lorsqu’à Berlin on débouche à l’extrémité de la Neue Wilhelmstrasse, sur le quai de la Spree, on-est impressionné par la vue d’un immense édifice qui ressemble à un palais ministériel.
- Les ailes de la façade s’étendent sur une longueur de plus de deux cents” mètres et une élégante architecture de brique rouge donne un certain relief aux corniches, aux portiques, aux fenêtres et aux larges péristyles.
- C’est dans cette somptueuse demeure qu’on enseigne deux sciences jumelles : la physique et la physiologie.
- Deux hommes de génie, deux novateurs, MM. Helm-holtz et Du Bois-Reymond, sont les maîtres du logis ; ce sont eux qui ont aménagé ces splendides locaux, grâce aux subsides que le gouvernement- allemand a mis à leur disposition.
- Laissant de côté les quelques millions de marks enfouis dans la brique et la pierre de taille, pénétrons dans l’intérieur et visitons les laboratoires.
- En physique, et spécialement dans la physique expérimentale, on recherche les lois de la nature en l’interrogeant par une série de questions qui ont toutes pour réponse Y indication d'un instrument. Il faut donc avoir des instruments, et surtout des appareils bienfaits dont l’usage soit commode, facile, exempt de danger, et dont le maniement ne soit pas trop délicat.
- Voilà la différence essentielle qui distingue les recherches physiques. Les produits chimiques purs, comme matière première, des cornues, matras et une verroterie assez complète, tels sont si l’on y ajoute la balance de précision et un petit nombre d’instruments, les outils indispensables aux chimistes. Pour les physiciens, au contraire, c'est une légion d’appareils qu’ils mettent constamment à contribution, tout en devant fréquemment employer aussi les produits chimiques et les réactions qui leur servent d'auxiliaires.
- Pour toutes les recherches de physique, sans exception, il faut monter, agencer tout un dispositif d’instruments, dont souvent quelques uns ne servent que pour une seule expérience.
- C’est pour cela que les travaux de physique sont incomparablement plus coûteux que les analyses chimiques et qu’il est impossible de faire véritablement
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- des études dans cette science sans être riche ou sans | recevoir un appui financier.
- Pour former des physiciens, il faut donc les mettre en contact direct avec l’expérience. Aussi à Berlin, dans ce laboratoire unique au monde comme étendue et développement, chaque étudiant possède son laboratoire spécial, composé d’une ou deux chambres. Il s’y enferme, et là, grâce au concours des professeurs assistants, avec l’aide des préparateurs, et sous la haute direction du maître, il vérifie une à une toutes les lois qu’il désire connaître à fond. Dans une salle, n° 15 ou 17, on étudie la spectroscopie par exemple. Le laboratoire est cbscur, les volets hermétiquement clos, ne trahissent pas le plus faible rayon de lumière. Un grand spectroscope se trouve sur une table avec des prismes multiples, en crown-glass, en quartz, avec des objectifs divers, photographique, fluorescent, système Soret, etc. Tous les produits chimiques à analyser par leurs raies caractéristiques sont également réunis, et là, tranquillement, patiemment, l’étudiant et le professeur profitent des étincelles qui jaillissent du courant électrique, engendré par une machine dynamo- électrique fonctionnant dans le sous-sol, pour mesurer rigoureusement les caractères optiques des rayons réfractés.
- Dans une autre salle un élève étudie le magnétisme et ses lois. Il lui faut les électro-aimants, la balance magnétique, les boussoles des tangentes, des sinus, les galvanomètres, voltamètres et un courant constant ; il lui faut modifier tout son agencement après chaque expérience et avoir toujours un ou deux aides avec lui. Ailleurs, des étudiants s’occupent de la chaleur et vérifient les lois de la tension des vapeurs. Il leur faut des chaudières, des manomètres, des thermomètres, des appareils enregistreurs, etc., et ainsi de suite ; chaque chapitre de physique comporte un nombre indéfini d’instruments et de dispositions, dont beaucoup sont laissées à l’initiative des élèves.
- Cet immense laboratoire de Berlin est au fond une véritable pépinière de physiciens élevés en cellule et chez lesquels on porte l’individualisme scientifique à ses dernières limites.
- Aveç ces moyens puissants, dont l’origine remonte à l’influence de Magnus le prédécesseur de M. Helmholtz, on forme de vrais observateurs, des expérimentateurs consciencieux et habiles, capables d’enseigner ce qu’ils ont appris eux-mêmes.
- Mais ces résultats ne sont obtenus que grâce à des subventions colossales.
- Malgré ces allocations annuelles qui se chiffrent par bien des milliers de marks, les collections d’instruments ne sont pas encore complètes, et on travaille sans se lasser à combler les lacunes.
- Une trentaine d’étudiants inscrits travaillent dans ces laboratoires et profitent des facilités que l’Etat met à leur disposition. Ajoutons que les cours officiels de MM. Helmholtz et Du Bois-Reymond attirent chacun près de deux cents auditeurs et que les amphithéâtres sont ins- ] tallés de telle sorte que toutes les expériences, notam- ] ment les projections lumineuses, sont mises à la portée \ de tout l’auditoire. 1
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- LA LOI CONTRE LES SOCIALISTES !
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- Le Parlement a discuté en troisième lecture le S
- Les agissements de la police ont été inouïs ; mais il faudra bien que le droit finisse par triompher de l’injustice. On a trouvé pour frapper les socialistes un prétexte dans les attentats contre l’empereur; mais Hœdel et Nobiling n’étaient pas socialistes ; c'est faussement qu’on a donné à leurs crimes des motifs politiques. Ceux qui, sous le coup de l’émotion produite par ces attentats, ont autrefois voté la loi, devraient donc aujourd’hui la rejeter; malheureusement ils n’en feront rien. L’iniquité sera d’autant plus criante qu’elle se prolongera plus longtemps grâce à la nouvelle loi.
- Sans motifs, le chancelier a attribué aux socialistes des intentions révolutionnaires; c’est lui, au contraire, qui en 1866 a fait en Allemagne, non pas une agitation pacifique comme les socialistes en rêvent une, mais une grande révolution par le fer et par le sang.
- La police a traité avec une partialité et une dureté monstrueuses la presse socialiste, les caisses de secours et les associations de travailleurs.
- Les libéraux se sont frappés eux-mêmes en votant la loi, car ils ont inauguré une ère de réaction : le libéralisme n’a pas tué le socialisme, il s’est tué lui-même.
- Les auteurs des révolutions ne sont pas ceux qui les accomplissent, c’est-à-dire les classes populaires, mais ceux qui les rendent nécessaires, c'est-à-dire les gouvernements.
- Du reste , les socialistes ne chercheront pas à amender la loi; plus elle sera mauvaise, meilleure elle sera pour leur parti. La désorganisation croissante de l’Etat, les impôts de plus en plus durs, tout servira les socialistes dans leur lutte.
- On a commencé par frapper la démocratie socialiste, puis ce sont les libéraux qui ont été écrasés ; on ignore encore de quel parti ce sera le tour demain.
- Le gouvernement encourage toutes les iniquités de la police. Les socialistes sont à la discrétion de la police pendant que d’autre part on autorise et peut-être on encourage la chasse aux juifs, organisée par M. Stocker au nom du Christ, au nom d’une religion d’amour. C'est là un signe de l’ère actuelle. La loi contre les socialistes a multiplié les dénonciations : c’est au point qu’un peu avant le second attentat, un socialiste aj-anl parlé des régicides dans une réunion publique à Worms, un membre du Reichstag a fait sténographier son discours et l’a remis à la justice pour obtenir des poursuites. Vous lui donnez raison, messieurs de la droite, je n’ai pas la même notion de l’honneur que vous, car jo méprise de telles dénonciations.
- Le président rappelle â.l’ordre M. Liebknecht pour avoir adressé l’épithète de dénonciateur à un des membres du Parlement. Il le somme de désigner clairement ce député. M. Liebknecht nomme M. Heyl, de Worms. Le président déclare que M. Heyl décidera ce qu’il aura à faire.
- projet de loi relatif aux socialistes.
- M. Liebknecht, député socialiste, a pris le premier la parole :
- L’orateur a constaté que le vote de Hambourg pour un socialiste a été la réponse du peuple à l’adoption en seconde lecture du projet en discussion. Beaucoup de membres du Parlement ont du reste reconnu qu’on avait fait fausse route en votant cette loi.
- M. Liebknecht termine son discours, qui a duré deux heures, en rappelant les suites qu’aura le vote de la loi.
- M. Heereman, au nom du centre, déclare que ce n’est pas avec de simples mesures de police que l’on pourra détruire le socialisme. Il faut améliorer le sort des classes populaires et répandre parmi elles
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- la foi religieuse. L’orateur critique la prolongation de la loi jusqu’en 1884 et soutient un amendement d’après lequel la loi sur les socialistes ne sera appli-cable que jusqu’en 1882.
- Après un long incident soulevé par M. Heyl, mis personnellement en cause par M. Liebknecht, la Chambre aborde la discussion des articles.
- M. Hasselman prend la parole en qualité de socialiste révolutionnaire :
- La loi sur le socialisme a enlevé au peuple la conviction qu’il puisse jamais arriver à un accord avec les classes dirigeantes. La suppression du droit commun a fait naître une profonde amertume : la police s’est acharnée contre le peuple, chez qui on soulève une telle rage que les travailleurs allemands vont agir comme les anarchistes russes et les travailleurs français sous la Commune.
- Le président rappelle l’orateur à l’ordre. M. Hasselman reprend :
- J’ai seulement exprimé mon opinion. J’ai toujours eu des sympathies pour le mouvement énergique des anarchistes russes. Je regrette qu’on ait dit à cette tribune qu’il fallait les considérer comme un parti étranger au nôtre. Pour ma part, j’accepte d’être assimilé aux anarchistes. Le peuple va bientôt penser comme moi-même que le temps des luttes parlementaires est passé et que le moment de l’action est arrivé.
- Les articles de la loi sont successivement adoptées, puis l’ensemble de la loi est définitivement voté par 191 voix contre 94.
- LE DERNIER-NÉ DE GINX
- SA NAISSANCE ET SES AUTRES INFORTUNES
- Par H. jenkins
- DEUXIÈME PARTIE
- Ce qiio la Charité et les Églises firent fie lui.
- I. — Le lait de la ~bonté humaine, le lait maternel et celui de la parole divine.
- Les premiers jours que passa Bébé Ginx à la maison des soeurs de la Miséricorde,dans Winkle Street, furent l’Eden de son existence. Novices comme elles l’étaient dans les soins maternels, les sœurs pouvaient, dans cette voie toute nouvelle, donner libre cours à leur tendresse et, chance heureuse pour l'enfant d’adoption, assumer une sorte de maternité spirituelle. Des bras aimants servaient de nid au bébé, et de chastes lèvres faisaient tomber sur lui des pluies de baisers »
- Il y eut bien un peu de scandale dans le Couvent lorsqu’on découvrit son sexe qui,naturellement,avait
- été purement conjectural de la part de sœur Pudici-tia quand elle avait sauvé le petit du naufrage ; mais que-ne peut l’enthousiasme ! La prise en considération des questions embarrassantes que souleva cette découverte fut ajournée au moment où leur importance deviendrait telle qu’on dût les soumettre au jugemènt de l’archevêque.
- Des visions commencèrent à hanter le cerveau des Nonnes. Certainement bébé Ginx serait un jour un trésor de sainteté, qui, après s’être développé dans les pures régions du couvent, irait en mission par le monde témoigner de la puissance de la discipline spirituelle. Qu’y aurait-il d’étonnant à ce que cet enfant fût un saint en herbe, destiné à l’accomplissement d’une grande œuvre parmi ces barbares hérétiques d’où il était sorti.
- Quelle mince quantité de saine nourriture avaient dù recevoir les cerveaux dans lesquels ces rêves insensés étaient excités par notre innocent bébé ! A peine les saintes filles prévoyaient-elles ce qui les attendait quand le petit ferait ses dents !
- Cependant Bébé Ginx était dans une atmosphère religieuse et ces atmosphères sont toujours surchargées d’électricité. Il eut été privilégié entre tous s’il eût pu y rester longtemps sans être visité par la foudre.
- On avait permis à la mère de venir au couvent aussi régulièrement que le laitier (1) pour y remplir ses devoirs maternels. Mais en même temps que grandissaient les projets chimériques dont nous venons de parler, les doutes les plus sérieux commencèrent a agiter le fertile esprit de casuiste de la supérieure. Plus immaculé lui apparaissait son idéal, le saint Ginx de l’avenir, plus déplorable lui semblait toute souillure d’hérésie dans le présent. Pieuse mère! N’était-ce pas un danger éminent pour la*pü-reté d’esprit de ce saint futur qu’une mécréante comme Mme Ginx apportât dans le couvent du lait non consacré destiné à ce nourrisson de l’Egligh I
- Dans sa perplexité, elle en référa au confesseur de la maison, le père Certificatus, qui répondit pâr la lettre suivante ;
- « Chère sœur Suspiciosa,
- « Votre très grave question m’a mis sur les épines. Il ne pouvait en être autrement puisque, ainsi que j’ai pu le voir, elle occupait si pleinement vos saintes réflexions elles-mêmes. Je l’ai pesée pendant la nuit tandis que, agenouillé, je récitais cent Ave Maria et je crois que la bienheureuse Vierge a daigné me prêter son assistance.
- « Si je vous .ai bîçn^comprise, vous m’avez dit qna,
- (J) A Londres, le laitier vient deux fois par jour apporter à chaque ménage sa provision de lait.
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- dans votre pensée la santé physique de l’enfant, si gingulièrement et si miraculeusement tombé sous votre garde, exigeait les services de son hérétique de mère ; mais que, d’autre part, vous sentiez combien il était incompatible avec le noble avenir que vous contemplez pour lui, qu’il allât puiser à une source hétérodoxe le lait nécessaire à sa subsistance. En ceci, vous n’avez fait que suivre l’usage séculaire de pEglise qui a toujours prescrit dans l’intérêt de ses enfants, de leur infuser ses doctrines avec le lait de la mère.
- « Vous n’avez, selon moi, que trois voies à
- suivre.
- « premièrement, vous pouvez essayer d’agir sur la mère et, lui représentant l’intérêt de son enfant, la persuader de profiter elle-même des privilèges inestimables de l’Eglise dans le sein de laquelle il est élevé.
- « Deuxièmement, si elle repousse vos insinuations, — ces hérétiques de bas étage sont d’un entêtement si stupide 1 — vous pourriez du moins obtenir d’elle qu’elle vous permît de faire avec de l’eau bénite le signe de la Croix sur ses réservoirs naturels, chaque fois qu’elle viendrait pour allaiter son enfant. Outre que ceci lèverait immédiatement toute difficulté et assurerait au petit une provision de nourriture sanctifiée, cela pourrait préparer la mère à recevoir elle-même le lait de la parole divine.
- « Troisièmement, dans le cas où ces propositions seraient rejetées, js ne vois pas autre chose à faire que d’interdire à la mère l’accès de son enfant et, plaçant celui-ci sous, la protection de Notre Sainte-Mère, le nourrir de bouillie, ou lui donner tout autre aliment convenable préalablement consacré par nous, avant d’être cuit, et préparé par les mains les plus saintes de votre communauté.
- Ainsi nous pourrions espérer conserver cette jeune âme dans toute sa fraîcheur, loin du contact des éléments charnels.
- Votre affectionné père en... (etc.) '
- « Çertificatus. »
- En recevant cette lettre, la Supérieure ne prit conseil de personne, mais envoya chercher Mme Ginx. La digne femme n’était pas enchantée de la position âe son enfant. J’ai donné à comprendre que sa foi était aussi simple que profondément enracinée. Il n est pas rare qu’il en soit ainsi. De longs exposés de croyance, de grandes professions de foi éprouvât une déperdition de force èt de ferveur en s e^ndant sur une trop large surface ; toute l’énergie
- 1 âme, au contraire, se concentre dans le cadre 1 etroit d’un seul article de foi. La formule primitive : !
- « Repens-toi et crois en Notre Seigneur Jésus-Christ » conservée dans le crédo d’Athanase, (2) y perdit de sa vive chaleur quoiqu’elle y eut gagné sous le rapport de la distribution.
- Le credo de Mme G-inx était succint.
- Principale foi de Mme Ginx :
- « Je crois en Dieu qui donnp le pain, la viande, l’argent et la santé ».
- Ceci était sa croyance fondamentale, sans acception de rituels, ni de pratiques de dévotion. Mais à cette proposition principale, Mme Ginx ajoutait un corollaire, confession de foi secondaire, qui ne lui était nécessaire que dans certaines conjonctures.
- Cette confession de foi secondaire était la suivante :
- « 1° Je crois à l’Eglise Anglicane ;
- « 2° Je crois au Paradis et à l’Enfer ;
- « 3° (Article négatif). Je hais la papauté, les prêtres et le Démon. »
- Quand son mari fit son fatal présent à la Nonne, ce troisième article du credo de sa femme ou de son incrédulité s’agita et devint agressif.
- — « Ma bonne femme, » dit la Supérieure, « Votre enfant vient bien soas la garde de notre Ste Mère l’Eglise » .
- — « Il vient bien » se contenta de répéter Mme Ginx. * Et, j’ai cette fois du lait plus que jamais pour le chéri, grâce à Dieu. »
- — « Et à la Sainte-Vierge. »
- — « Je ne la connais pas, » cria Mme Ginx avec emphase, ne voyant peut-être pas de rapport entre une vierge et le sujet de sa gratitude.
- -7 « Et à la Ste-Vierge, » répéta la religieuse, « à la Ste-Vierge qui s’intéresse à toutes les mères, à la Ste-Vierge qui vous-a bénie afin que votre enfant devînt fort pour les œuvres de l’Eglise. Ne sentez-vous pas qu’il s’opère en vous un miracle pour prouver sa bonté ? C’est, je n’en doute pas, une preuve à vos yeux de son désir de vous sauver. Ecoutez sa voix, je vous en prie, venez et entrez dans sa bergerie. »
- — « Si vous voulez parler de la Vierge Marie, faites pardon, je ne suis pas une idolâtre, » dit Mme Ginx; « et quoique je ne voudrais pas, pour le monde entier, offenser les nonnes, elles qui ont été si bonnes
- (2) Saint Athanase, uu des premiers pères de l’Eglise grecque, né à Alexandrie vers l’an 296, mourut dans cette même ville en 373. Patriarche d’Alexandrie après saint Alexandre, il se déclara l’adversaire de l’Arianisme et dut à cela d’être persécuté par lesî 6ectateurs: :ffë ia doctrine. Il finit par l’emporter sur eux. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, parmi lesquels on cite des commentaires sur la Binle où il expose les dogmes de la Sainte Trinité. Il passe pour être l’auteur du Credo.
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- pour mon enfant, qui ont empêché cette chère petite créature d’être précipitée par* dessus Vauxhall-Bridge, pourtant, il faut que je le dise, je ne suis pas papiste. Oh non, et je ne suis pas disposée avec douze enfants que j’ai à la maison, tous protestants jusqu’à la moelle des os, de tourner au Papisme à 1 heure qu’il est. Ainsi je l’espère et je vous en prie, madame,» dit Mme Ginx, rugissant et pleurant, « vous ne ferez pas un papiste de ce qui est mon sang et ma chair 1 O mon Dieu, mon Dieu! »
- La Supérieure se boucha les oreilles. Elle avait soulevé une tempête qu’elle ne pouvait apaiser. Elle temporisa.
- — « Vous savez que votre mari nous a donné l’enfant. Il porterai© nom de petit Ambrosius. »
- — « Oh! Dieu de Dieu, quel nom ! » soupira Mme Ginx.
- — « Nous désirons le garder pur de toute souillure du monde, et un jour ou l’autre sa sainteté peut vous gagner l’absolution malgré votre endurcissement dans l’hérésie. Je ne puis vous permettre de lui donner un lait non consacré; cependant comme nous voulons vous traiter avec bonté, le saint père Certi-ficatus m’a permis de prendre avec vous des arrangements qui, je le pense, ne soulèveront aucune objection de votre part. Il s’agit de me laisser faire le signe de la croix sur votre sein, matin et soir, avant que vous n’allaitiez votre enfant. Vous y consentez, n’est-il pas vrai ? »
- Qu’on se figure la réponse de Mme Ginx parée de toutes les fleurs de rhétorique de l’Anglais qui so parle à Westminster! Elle protesta qu’elle se laisserait plutôt couper la main droite et les pieds, qu’elle aimerait mieux être pendue, noyée, brûlée, mise en pièces, soufîrir en un mot tous les supplices què, la tradition populaire prête au génie de l’Eglise Catholique-Romaine, voire même par dessus le marché son Bébé réduit à l’état de cadavre, què de soumettre son sein de protestante à une telle infâmie.
- — « Non ! Non ! Je ne pourrais jamais dormir avec cela sur ma poitrine ; » et elle se mit à pleurer convulsivement.
- « Ces hérétiques de bas étage sont décidément d’un entêtement de brutes, » pensa la supérieure, et elle notifia à Mme Ginx de ne plus revenir. Cette dernière s’en retourna chez elle dans un état de quasi-jubilation : elle passait à l’état de martyre.
- (A suivre.)
- Respectez les droits de la nature, suivez l’élan de i’amour, vous n’aurez besoin d’aucune autre loi.
- Iffdand.
- L’ÉDUCATION D’AUJOURD’HUI
- Je suppose un homme qui réunisse dans sa cour tous les jeunes chiens nés dans l’année à Melun, à Orléans, à Périgueux ou ailleurs, et cela sans dis-tinction-d’espèces, c’est-à-dire les dogues, roquets, danois, épagneuls, caniches, carlins, lévriers, bassets, déterreurs, mopses, chiens courants, chiens couchants, chiens de berger, chiens de boucher, chiens de Terre-Neuve, etc ; et que mettant les noms dans un sac, et dans un autre les emplois, il fasse tirer à chacun son lot.
- Il en résulterait probablement que le dogue serait chargé d’arrêter les cailles, le roquet de combattre les taureaux, le chien de boucher de garder les moutons, le chien de Terre-Neuve de courir les loups, le carlin de repêcher les hommes, le basset d’attraper les lièvres, le lévrier de déterrer les lapins, etc.
- En vain le fouet serait là pour remédier au sort et rajuster les choses, il est probable qu’elles ne le seraient jamais entièrement, que le naturel l’emporterait, et qu’en voyant tout aller de travers, les passants diraient au maître des chiens : « Vous êtes un grand fou. »
- Et pourtant, nous qui sommes des sages, c’est ainsi que nous traitons nos enfants ; nous faisons comme les Caraïbes qui leur compriment le cerveau entre deux planches. Nous avons une cage appelée Académie, collège, école publique, vrai moule à brioches qui doit servir à toutes les pâtes ; et c’est là que pèle mêle nous empilons les élèves comme le grain sous la meule, le tout pour leur faire dire musa ; car, caniches ou bassets, il faut qu’ils soient tous latinistes.
- Et puis, quand ils sont latinistes, nous leur donnons justement l’état auquel le latin qu’ils ont appris et les dispositions qu'ils tiennent de la nature peuvent leur servir le moins. Il n’est pas un homme sur vingt qui, à trente ans, ne reconnaisse qu’on s’est trompé sur sa vocation, et qu’on lui a fait étudier ce qu’il lui importait peu de savoir et ce qu’il ne pouvait jamais apprendre. N'est-ce pas pitié de mettre le bât à l’aiglon et de dresser l’anôn à planer dans les nuages ? Aussi voyez comme ils profitent et remplissent bien leur destination ! Partout les résultats semblent démentir l’horoscope du professeur, et ceux qui réussissent dans le monde, c’est toujours où personne ne l’avait prévu.
- Boucher de Perthes. 1837
- Le Directeur -Gerant, : Godin.
- Saint-Quentin — lmp. de la Société anonyme du Glaneur
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- :Le numéro hebdomadaire 20 c.
- DIMANCHE 23 MAI 1880
- j. ANNÉE, TOME 4 — N° 89
- JOURNAL DES RÉFORMES SOCIALES
- BUREAU
- A GUISE (Aisne).
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Dire cteur-Gérant. Fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE par l’envoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France Union postale
- Un an. . Six mois . Trois mois.
- 10 î. »» 6 »» 3 »*
- Un an.
- 41 i. »»
- Autres pays
- Un an . . . . 43 f. 60
- ON S’ABONNE
- A PARIS
- 5,rNeuve-des-Petits-Champs
- Passage des Deux-Pavillons)
- S’adresser à M. LEYMARIE administrateur delà Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- Mutualité sociale et association du capital et du travail. — La fraternité et la coopération. — Coopération et association. — Tableau des progrès de la coopération dans les îles Britanniques — Nouvelles diverses. - L'impôt sur les oisifs. — Citation de Broom's paper. —- Comptoir des producteurs et des consommateurs — Feuilleton : Le dernier né de Cinx. — Enseignement professionnel. — Banques populaires en A lle-magne. — Variétés.
- MUTUALITÉ SOCIALE
- ET
- ASSOCIATION DU CAPITAL ET DU TRAVAIL
- Par M. GODIN
- NOTIONS PRÉLIMINAIRES Chapitre VIII
- Organisation de la mutualité.
- Les garanties assurant à tous les membres de la famille humaine le minimum nécessaire à l’existence dans le cas d’incapacité de travail et de besoin sont les premières à établir en faveur des classes laborieuses.
- Par cette mesure d’équité, la société,mettant au service de ceux qui en ont besoin une part des biens que la nature donne chaque jour à 1 homme, restituera aux faibles l’équivalence de leur droit naturel.
- C est un acte de justice que doit remplir la société, et ce n’est pas trop lui demander ; car,
- si elle a été jusqu’ici surtout puissante dans le mal par les œuvres de la guerre, elle ne doit pas hêtre moins à l’avenir, dans le bien,par les oeuvres de la paix.
- Dans une société où règne l’amour du bien et de la justice, la richesse doit servir à autre chose qu’à un luxe et à des jouissances excessives pour les uns, lorsque les autres sont dans la plus complète misère ; elle doit faire la part des garanties nécessaires pour assurer aux malheureux l’exercice-du droit à la vie. C’est sur la richesse créée que doit se prélever ce que la prévoyance sociale doit mettre en réserve pour assurer à chacun l’indispensable à l’existence, à l’éducation et à l’instruction.
- Dans l’ordre des satisfactions à donner aux besoins ci-dessus indiqués rentrent les pensions aux invalides du travail, le minimum nécessaire à l’existence de ceux qui sont momentanément privés de toute ressource, l’instruction gratuite à tous les degrés pour le développement de toutes les aptitudes. Ce sont là des charges qui incombent à la société entière.
- L’assurance ayant pour objet d’accorder l’équivalence des droits naturels à chacun, c’est-à-dire le minimum indispensable à l’existence en cas d’abandon, d’infirmité ou de^ vieillesse, est nécessairement du domaine de l'Etat.
- A côté de ce devoir social, la prévoyance, la mutualité nationale doit aussi, sous la protection de la loi, s’organiser au sein des classes I laborieuses pour assurer le travailleur contre
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- Q«4
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- le dénûment en cas d’accidents, de maladie et de chômage ; mais ici il y a lieu d’admettre simultanément le concours de l’Etat et la contribution directe de chacun en proportion des ressources qü'il tirë de sOh travail:
- Les ressources une fois trouvées, il faut en assurer l'administration et la distribution avec équité et justice; Pour atteindre Ce but, c’est dans la conimtihe, c’ëët dans la Classe laborieuse qu’il faut prendre les éléments de direction:
- C’est à des comités de chaque sexe qu’il faut confier le sOin d’administrer le fonds d’assurance propre aux hommes ou aux femmes. Le bbri fôriétidnnëhient du service en dépend.
- Là Visité dëë malddeS étla bonne application des fonds exigent que les deux sexes aient des administrations séparées.
- Les comités doivent être composés de membres actifs chargés à tour de rôle de se rendre compte de la situation des familles, de visiter les malades, de signer les bulletins de secours* etc-.
- Le membre du comité reçoit sur les fonds dë l’assurance pour le temps qu’il consacre à la gestion des intérêts communs, une rétributiori équivalente à .celle que lui donnerait sou tra^ vail accoutumé.
- Cette êondition est indispëhsUblë pour âssti-rëf le bien du service. ToUtë peine hiéritë salaire* et dë h’ëst pas lorsque l’acte a poür objet
- d’être directement utile aux autres UU’üne réi - t 1 | numération doit être refusée.
- Peut-êthe S’étoririera-t-OU de ne pas vbir hiëm tiôtther ici les membres honoraires et lés dames pâtrônneëses * mais l'ecuvre d© là mutualité sociale iië doit revêtir auCüh dëë Caractères humiliants de l’aumônë ; elle doit, au contraire élever le travailleur eri dignité ; car il ne faut pas perdre de Vtië cpie c’est au nom du droit naturel dë tous lés hommes qüë la mutualité doit être fondée.
- Non pas qUë je veuille dire due les personnes riches ét aisées doivént être tenues à bécart ; loin de là : mais il est indispensable que les ouvriers eux-mêmes appellent â la direction des assurances mutuelles les personnes qui s’identifient à leurs besoins. Ën conséquence, c’est
- par des comités élus que les assurances doivent être administrées.
- Je në puis donner ici plüs au long les détail d’orgaiiisation de la mutualité dans la toa* hume, mais le lecteur trouvera dans le présent volume (deuxième partie, Assurances mutUelles de ^Association), l’énumération des besoins de différente nature auxquels ii S’agit de répon. drë, le mode de distribution dés ressources,les mesures d’ordre consacrées par trente années d’expérience.
- Ce spécimen d’organisation mutuelle établit que 4 0/0 du montant des salaires et értiolu. ments suffiraient à l’organiSatidn des garanties réclamées par la loi de fraternité;
- Ces 4 0/0 seraient à prélever sur la production générale pour constituer dans l’établissement industriel, la commune et l’Etat, au profit de chacun des citoyens, l’assuranëè contre lë dénûment dans les besoins de la vie.
- Dès que la mesure serait générale, les mêmes charges pèseraient sur les produits Similaires, l’éqüilibfe serait maintënü sur la production, et une réserve sociale de nature a faire face à tous les besoins serait constituée;
- Déjà, dans un certain nombre d’établisse-mënts d’industrie, les ouvriers laissent 2 0/0 de leurs salaires;
- Il est vrai que les assurances disposant de ces ressources Ue fonctionnent qtië d’Urte manière fort, incomplète, les secours momentanés qu’elles accordent sont hors de proportion avec les besoins que le développement industriel fait naître. Aussi de plus en plus reconnaît-on la nécessité de donner à Ces germes d’institutions une vitalité noUVëllé.
- Mais dès qu’il s’àgrt d^êlevër là mutualité à la Hauteur d’une institution communale et nationale, ce n’est plus seulement l’ouvrier et la fabrique qui sont appelés à contribuer, c’est l’ensemble des citoyens ; chacun peut intervenir suivant ses revenus : le champ de la fraternité est ouvert a tout le monde.
- Il faudrait donc poUr constituer l’oeuvre de la mutualité nationale d’importantes ressources.
- Qu’on ne .vienne pas dire que ces ressources soient impossibles à trouver, car les nations ont aujourd’hui suffisamment de puissance
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- “ Rétive et de richesses acquises pour réaliser j^jeiïîent les réformes dont il s’agit.
- cq l’on se rerid compte pdr exemple, qu’une Association de mille personnes dépense annuel-jeineatj pour garantir à chacun de ses membres nécessiteux le minimum indispensable à l’exis-une sortime de 40,000 fl*.; si l’oh estime
- que
- l’as
- distance mütüellë nationale en France doit s’étendre d’abord â toutes les personnes salariées ou vivant du seul produit de leur tra-tail, et qne ce nombre puisse être évalué à tifigt millions, Ce sehà à 20,000 fois quâràrite mille francs, ou à huit cents millions que devra s’élever la somme des recettes du budget de la mutualité nationale, pour que son fonctionnement solidaire soit établi.
- Or, la seule guerre de Prusse à éhgfôüti, polir la France, ürié sommé défit le revenu est ddiible de ce qu’il faudrait pour assurer â perpétuité au peuple français les bienfaits de la mutualité sur les bases que je propose. La France paie annuellement, par le fait de cette malheureuse guerre'; un revenu qui suffirait
- pdUP âné&ritiî* à tout jamais le paupérisme et faire dispàfaitfë la misèhe.
- Toutes ces charges se paient maintenant en pure perte au lieu de servir à améliorer le sort du peuplé.
- Pourquoi donc n’aurions-nous pas â i’âvéiiir là sagésse de consacrer à la conciliation sociale,
- au triomphe de la paix publique, ce que nous dépensons si facilement pour la guerre ?
- Une fois Sur ce terrain les ressources abonderont; par exemple, on reconhaîtra sans peine que ceux qui meurent sans héritier y n’en ont pas de plus légitimes que les enfants du travail et du labeur»
- A Ce titre les àssurahcëS UâtidhalëS dëviêri-âront les héritières naturelles de ces biens. Si l’on admet, en outre, que dans tout héritage il y a la part de l’homme et la part de Dieu, c’est-à-dire celle de la Fraternité; On reeOntiaitra ^ il y aurait justice à faire intervenir la'Société, Jli nom des déshérités de la fortune, dans les ens que l’homme abandonne à sa mort, sans a'oir su le plus souvent comment il aurait pu etl kire bon usage. . *
- de semblàbleë mesurés î’Ëiat sera vite
- en possession des ressources nécessaires pour
- assurer le fonctionnement des institutions de prévoyance mütüellë: \(À suffire :)
- LA FRATERNITÉ ET LA COOPÉRATION
- il
- « L’associatiorij pdürsuit M. Mangin dànâ dofl âftiële de VÉconomiste frtitiçàiSj de peut réÜSSir (jti’efl fàisaiq appel aux intérêts et eü lëtif donnant sàtüsfàctidü. * Distinguons.
- Si par ces mots M. Mangin viSë tdutëS lefe àssâciàtlohfe, il fait erreur. Il y a dë nombreuse!? àsëdfciâfidüê ddht les membrës s’imposëflt des saërifiëeS Sans aVoif* àüëühe espèce de compensation à attendre. Telles sont la Lljüe de Venseignement., VAssociation pkilotechniigûè; les diver- . ses Sociétés de lapaiæt, etc, etc. Ici le désintéressement est absolu.
- Mais M. Mangin visait peut-être les seules associations coopératives ayant un but matériel. En ce cas il est bien près d’avoir raison.
- Mais voilà justement en quoi l’association est admirable. Tout en donnant ou promettant à ses membres certains avantages matériels, elle leur fait comprendre que ces avantages ne sont possibles pour eux qu’en procurant à d’autres les mêmes avantages. C’est tout le contraire de ce qui se passe dans la société actuelle basée sur la compétition à outrance, sur la concurrence acharnée* sur le droit du plus fort ou du plus roué. Au lieu d’exciter les hommes les uns contre les autres et de sacrifier la fraternité à la soif de jouissances personnelles, l’association fond en un tout homogène le désir du bien être personnel et le sentiment de la fraternité.
- Dans i’association on travaille pour soi, c’est vrai, mais à une condition expresse : celle de travailler en même temps pour les autres Ôn ne cherche plus à s'enrichir en dépouillant son prochain, on s’efforce d’enrichir tous ies associés afin de s’enrichir soi-même.
- La préoccupation cëun bien être collectif dans lequel chacun trouvera son compte se substitue à la préoccupation individuelle égoïste.
- D’un sentiment qui n’a rien de flatteur pour l’homme, ^association fait un sentiment qiii honore celui qui en ëst animé. Il y a toujours dè l’intérêt personhêï, mais il n’y a piùs d’intérêt égoïste. Dans les mots cette distinction n’est qu’une nuance, dans les faits c’est toute une transformation.
- « De deux choses l’une, poursuit M. Mangin :
- Ou ies sociétés coopératives périssent,
- Ou elles deviennent des entreprises « bourgeoises et capitalistes. »
- Le sort de toutes les choses humaines est de n’être ni parfaites ni éternelles.
- S’il fallait condamner toutes les idées qui ont inspiré des tentatives malheureuses, le bagage d’idées qui res-
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- terait à la civilisation serait fort léger. De nombreuses combinaisons économiques, qui n’étaient point des associations ouvrières, ont croulé, engloutissant dans leur ruine des capitaux considérables. Les journaux financiers sont pleins de ces déconfitures. Le public y est môme si accoutumé qu’il n’y prend plus garde. Pour quelle raison les ouvriers seraient-ils plus infaillibles que les industriels, les commerçants et les agioteurs, et pour quelle raison imputez vous à crime chez les uns ce qui vous semble si naturel chez les autres. Avant de reprocher à votre voisin la paille qui est dans son œil assurez vous s'il n’y a pas une poutre dans le vôtre.
- D’ailleurs il importe peu de savoir si les associations ouvrières ont péri, ce qu’il importe de savoir c’est si le nombre des déconfitures est proportionnellement plus fort dans les associations ouvrières que dans les autres.
- Cette statistique u’existe pas. Mais si même elle existait et accusait un plus grand nombre de désastres dans les associations ouvrières cela ne prouverait rien.
- ciations s’interdisent d’occuper 4es ouvriers ou ployés qui ne participeraient pas aux bénéfices prescription entrera un jour ou l’autre dans les de toutes les associations coopératives.
- ett
- Cett*
- s*%ti
- Les associations coopératives, poursuit M. MangiB élèvent à une condition meilleure un certain nom'h" de prolétaires — ce qui est déjà un bon résultat ^ elles ne suppriment point le prolétariat. »
- Sous la plume d’un révolutionnaire cette opinion non paraîtrait toute naturelle, sous celle d’un économ^ elle a lieu de nous surprendre.
- Comparer un remède resté jusqu’ici local, mais ralisable, à un mal tout à fait général, ce n’est tionnel.
- La question se trouve ainsi mal posée.
- Il ne s’agit pas de savoir si les trop peu nombreux associations ouvrières ont supprimé le prolétariat dano,
- monde entier, mais bien de savoir si elles le
- ment chez elles.
- supp,j.
- Ce genre d’associations est jeune encore — Dans quelques pays il date à peine d’hier — tandis que les associations d’une autre nature datent déjà de longtemps. En conséquence, tandis que ces dernières sont déjà sorties de la période des tâtonnements et des illusions, les associations ouvrières en sortent seulement. Les jeunes vaincront comme leurs devancières ont vaincu.
- Voilà ce qu’oublie M. Mangin quand il rappelle que les associations ouvrières sont susceptibles de périr. Quant au reproche qu’il fait à celles qui réussissent de devenir des entreprises bourgeoises et capitalistes, nous avouons ne pas comprendre.
- « Entreprises bourgeoises et capitalistes », mots qu’on fait sonner très-haut dans l’école révolutionnaire, mais qui, à nos oreilles, sont dépourvus de toute clarté, sans doute parce qu’ils n’ont aucun sens.
- Veut-on dire que ces entreprises élèvent les ouvriers de leur vie de misère à la vie plus facile d’un bourgeois, d’un détenteur de capital ? Alors pourquoi employer ces expressions comme un reproche? Il faut au contraire applaudir des deux mains à l’œuvre des associations et souhaiter de tout cœur qu’elles s’étendent et qu’elles se multiplient.
- Mais peut être M. Mangin veut-il parler de la tendance qu’ont certaines associations à devenir des maisons de commerce ou d’industrie occupant des employés ou des ouvriers qui n’ont aucune part dans les bénéfices.
- Quelques associations malheureusement en sont là.
- Gela prouve qu’elles ont perdu de vue leur principe initial. Elles en sont venues à ne plus voir la question que d’un seul côté, au lieu de l’embrasser dans toute son ampleur. L’influence d’un passé d’égoïsme était inévitable, surtout dans les premières tentatives. Malheureusement on n’avait pas songé à s’armer centre cette influence. Aujourd’hui l’on y songe et l’on formule les statuts en conséquence. Bon nombre d’asso-
- Que penserait-on de celui qui viendrait dire : « i/in:. truction que vous répandez à Paris n’a aucune impo>. tance puisque les indigènes de Nouka Hiva n’en peuvem pas profiter. »
- On lui rirait au nez et l’on, n’aurait pas tort.
- Eh bien ! quelque puéril que serait ce raisonnement il ne le serait pas plus que celui consistait à taxerdïm-puissance les quelques milliers d’associations ouvrière qui existent aujourd’hui parce qu’elles n’ont pas supprimé le prolétariat dans le genre humain tout entier.
- Pour voir juste, il faut ramener la question à ses proportions réelles, et la poser en ces termes : « l’assocn-tion supprime-t-elle oui ou non le prolétariat cbezle* associés ? »
- Or à cette question nous répondons : oui! Le fait est incontestable Le prolétariat est bel et bien supprimé dans les associations au bout d’une certaine durée d’existence.
- Il faut le temps pour toute chose. N’accusez pas de stérilité un arbre qui est à peine en fleurs : laissez & moins venir la saison des fruits.
- Les résultats acquis jusqu’à ce jour sont peu dechctf en présence du mal à réparer. C’est vrai. Mais si pe: que ce soit c’est toujours autant. Un vice social auss profond que le prolétariat ne saurait être extirpée: quelques années. On ne transforme pas la société pu un coup de baguette. L’œuvre du temps est nécessaire Dans la marche de l’humanité comme dans celle de 1» nature les grands résultats sont obtenus par l’action accumulée et constante d’efforts qui seraient impuissant* s’ils étaient isolés.
- D’ailleurs si les résultats n’ont pas jusqu’ici une importance plus considérable, à qui la faute ? A ceux f ont donné l’exemple ou à ceux qui ne l’ont pas suivi-
- Si vous avez à reprocher à quelqu’un la persistant du prolétariat, ne la reprochez pas aux associations oc-vrières, mais à ceux qui n’ont pas voulu entrer dans
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- • tioüs, à ceux qui les ont combattues et à ceux Cherchent à les discréditer.-
- An nous arrivons aux conclusions de M. Mangin. ^ gUrtout que nous l’attendions. te“ . avoir affirmé que les associations ouvrières • t nas supprimé le salariat il s’écrie :
- D Les docteurs en communisme et collectivisme peu-\ maugréer là-contre tout à leur aise : cela n’y chan-Les hommes sont ainsi faits, on ne les refera - et le mieux est encore de les prendre tels qu’ils
- '"vraiment si nous ne connaissions les travaux antérieurs de M. Mangin nous nous demanderions s’il a
- laue idée de ce qui se passe dans le camp collecti-. to— car de communistes il n’y en a plus.
- Yl*l6 v
- gn effet, non seulement les « docteurs en collectivisme » ne maugréent pas contre la trop faible importance atteinte chez nous par les associations coopératives mais ils sont les ennemis les plus acharnés, les plus implacables de ces associations. La coopération est a leur dire un énorme pavé roulé sur la route du progrès. Il est de fait que rien n’est plus opposé à l’idée révolutionnaire qui rêve de retourner la société comme on retourne un gant que l’idée de la coopération qui demande la transformation sociale à une évolution pacifique et régulière. Les « docteurs en collectivisme » sont amateurs de moyens plus expéditifs que la coopération, M. Mangin ne l’ignore pas.
- Cette opinion vient de loin. Un des apôtres de la coopération en Prusse disait il y a quinze ans déjà que les Latins sont des êtres « trop infériéurs » pour pouvoir jamais réussir dans la coopération. Aujourd’hui que les Italiens y ont réussi à merveille, on dit « les Français » au lieu de « les Latins. »
- C’est bientôt dit. Mais les jugements portés à la hâte sont rarement les meilleurs. Celui-ci nous paraît faux du tout au tout.
- Un des principes les plus élémentaires de la méthode scientifique veut que l’on ne compare pas les faits entre eux sans comparer entre elles les conditions dans lesquelles se produisent les faits.
- Appliquons ce principe à l’étude des associations ouvrières et nous verrons que là où elles sont puissantes et fécondes comme en Angleterre, en Italie ou en Allemagne là aussi existe la liberté d’association, et que là où les associations sont peu prospères la liberté n’est pas complète. Quoi d’étonnant après cela que les associations ouvrières rencontrent chez nous des difficultés puisque la France est, avec la Turquie, le seul pays d’Europe où la liberté d’association soit complètement inconnue.
- La différence de la législation sur la matière est la vraie cause de la différence des résultats. L’ouvrier français n’est pas plus bête qu’un autre, il est moins libre, voilà tout. Donnez-lui la même liberté et il obtiendra des résultats au moins égaux.
- Ed. Champury,
- ----— - ...........
- Relèverons nous cette désolante parole de notre honorable contradicteur rappelant que si les hommes sont mal faits, « on ne les refera pas et que le meilleur est encore de les prendre tels qu’ils sont. »
- L’histoire donne un trop éclatant démenti à ce pessimisme excessif pour que nous puissions le prendre au sérieux. Personne n’ose plus soutenir l’invariabilité du caractère humain. L’homme d’aujourd’hui est en progrès sur celui d’autrefois, l’homme de l’avenir sera en progrès sur celui d’aujourd’hui II fut un temps où l’esprit belliqueux était le principal, sinon l’unique mobile de toute 1 activité humaine. S’il se ful^ trouvé alors quelqu’un P'jur appliquer à ses contemporains la méthode que les économistes d’aujourd’hui appliquent aux leurs, il en aurait conclu que la guerre est fatalement le seul moteur de l’humanité et qu’il faut une dose d’illusions peu immune pour rêver un état social reposant tout entier sUr ^ lravail. De même que les instincts belliqueux se -ont effacés pour faire place à un sentiment plus élevé, e même les instincts égoïstes s’effaceront à leur tour.
- ^Arrivons à la phrase finale de M. Mangin, à celle qui a|1S^S0Q artrâle fait la fonction de la flèche du Parthe. trè' à - ^rance’ ^t-il, toutes ces institutions semblent
- perm'^0^68 ^ sacclimater : eiles ûe sont pas, il est mis de le croire, dans le génie ou dans le tempéra-de notre nation.,
- lue» Précurseurs.
- Voici quelques lignes écrites, il y a vingt ans déjà; par un ancien ministre des affaires étrangères de la République française, Jules Bastide, dans son livre : La République française et l'Italie en 1848:
- « Si la croyance au progrès de l’humanité n’est pas « une erreur, un temps viendra où, toutes les affaires de « lEurope réglées par une assemblée représentative, il « n’y aura non plus de diplomatie que d’armées perma-« nentes. Les questions seront traitées et résolues au « grand jour, à la majorité des voix des représentants « des peuples, et la famille européenne entière main-« tiendra dans l’ordre chacun de ses membres, sans « qu’ils aient à recourir entre eux ni à la ruse ni à la « force ouverte. Ce sera le règne de la justice, le règne « de l’opinion publique....
- « La démocratie réalisera un jour ce progrès que l’on « peut traiter encore d’utopie, et, si toutes les nations « pouvaient arriver à la fois à un même degré de dévête loppement démocratique, si la république européenne « pouvait se fonder tout d’une pièce, l’utopie deviendrait « sans peine vérité. »
- « Mais les nations ne marchent point du même pas « dans la voie du perfectionnement politique et social. « Lorsqu'il arrive qu’une d’entre elles y devance les « autres, elle se trouve à leur égard et pour uu temps « du moinh dans un état d’infériorité matérielle. Elle a « proclamé que le droit est le souverain de la société « humaine, et elle n’a devant elle que des Etats organi-« sés au point de vue et sous l’empire du principe de la « force Elle ne peut employer la force contre eux, sans « s’écarter de son propre principe, et sans courir en « même temps le danger de raviver dans son propre « sein le principe contraire. Il lui faudrait, pour ètrj « conséquente avec elle-même, renoncer à l’emploi des « armées qui, ne pouvant subsister sans le dogme
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- 326 LE BEVOIR
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- « de l’obéissance passive, sont nécessairement une « école de despotisme ; et cependant, elle est environnée « d’armée£ étrangères qui la ipenaçent, qu dp moins « empêchent ses principes de se répandre au dehors »
- Quelle conclusion tirer de ces dernières paroles qui relèvent sj b^P les obstacles lue rencontrent J’établisse-ment d’une Fédération européenne ? Elle ne démontrant qu’une chose, c’est que ce n’est point par un mouvement simultané de tous les peuples que la Fédération dqit se fqpder, mais par une accession ppogpessiye des moins avancés autour d’un premier groupe formé par leurs aînés.
- COOPÉRATION S ASSOCIATION
- Lp question sociale se pose partout et se manifeste de tQtttes les faÇQqs, depuis le I^iltjlisme Rpssp pom* battit ppr le fer et le fep, jusqu’à la papifique coopération anglaise écoulant tranquillement ses denrées eoloniales.
- En Allemagne, le député Hasselmann annonce l’action prochaine du parti socialiste révolutionnaire. En France la grève est à l’ordre du jour pendant que le 4me congrès ouvrier prépare ses grandes assises.
- La sereine période des grandioses conceptions n’est plus.
- Le qppi^lism6 passe à l’action. Il est selon les hommes, les circonstances, les milieux, évolutionniste ou révolutionnaire.
- Mais si diversement que soit posé le problème, si différents, si divergents mêmes que soient lèS effprts tentés pour sa solution, il est un fait qui tend à être de plus en plus reppnpu. C’est que si }’qp <jpit à l’Association des capitaux les merveilles de l’industrie, & l’Assopiption dps travailleurs pp dpvra l’amélioration économique, morale et intellectuelle des classes laborieuses,
- Nous n’avons pas besoin de rappeler ici le but que gqprsuit le D.ç'çoir et les moyens qu’il préconise-
- Nous n’avons pas besoin de dire qu’il n’est pas indifférent aux revendications légitimes des socialistes d’Europe.
- $Iais bien ppuYaincps que l’œuvre dp la rénovation sociale est surtout une œuvre de paix, quelle exige de longs et patients efforts, nous suivrons avep in-? térêt les expériences qui ont pour objet d’amener pacifiquement mais sûrement un changement dans les rapports dp capital et du travail, et qui rendent possible rayépemèbt de l’4ssRpiation ipfégrale pni-: que forme des sociétés futures.
- A ce titre la çoppératiqp sollicite particulièrement notre attention.
- pans l’étude de ce moqvement nous serons sobres de réflexions personnelles. Les faits parlent assez
- haut. Nos sympathies pour le mouvement coopgr anglais ne sont pas préconçues. ^
- Nous n’attendons pas les résultats de ces tentati pour être fixés sur lp yaleur de la coopératipp : y périence est faite et victpriepsemept fpjte, qUe , socialistes pratiques français s’ep pénètrent biep Le mouvement coopératif écrasé en France ^ première fois par l’empire, une 8me fois par la gUerr. semble prendre un nouvel essor, malgré l'accusatif d’impuissance que lui jette une partie du socialisa révolutionnaire. Les faits répondront aux théorie, et l’exemple servira de stimulant à nos compatriote Mais s’il pe faut pas restreindre ie pôle de i| coopération il nfce faut pas l’exagérer nop plus.
- La coopération n’est pas l’asspciation ; elle pfi, être up moyen d’y arriver; elle en est un des éij mepts ,• ppr la pratique de l’acfiep en commun, & Ip prépare.
- Nous ne nous opcuperons donc pas des sociétés4 consommation dont l’unique objet est de vendre an meilleures conditions possibles et sans bénéfice! G'est un système essentiellement transitoire doi l’heureuse conséquence il est vrai, sera l’habitude! la vente pu comptant et la suppression des interne diaires onéreux, au grand profit dp cppsompi^teii;
- Mais l’ayenir est fermé à ce genre de coopépatjfl dont la préoccupation est explusivpmept individu^ liste. Les sociétés que nous désirons faire connaitn à nos lecteurs ont une portée éminemment sociajs M. le professeur Stuart l’a défini ep qpelqqes ip daps le dernier cqngrès des sociétés coopératif! (14 Avril 1879) ;
- ? Créer par pne pctiqp commune pp fqnds pomp destipé à rendre possible la réalisation d’entrepris* ultérieures popr le bien commun.
- « Ne perdez pas de vue ce triple but Gar Femph de yos dividendes trimestriels à d’autres usages q* des entreprises coopératives est autant de perci pour le succès final. L(^n de moi la pensée de nia les avantages du système qui permet d’obtenir ave vingt francs autant de denrées qu’avec vingt-déni mais ce système me laisse froid-« Le système, au contraire (pt p’est ainsi que jçcfl çois le vôtre), quj? avpp lps deux francs, pour** l’affranchissemept dp travailleur, tend à le rend) tpaître dp iui-même, et en l’associant à d’autres il telligents comme lui cherche à édifier un non* ordre social et à rendre le monde meilleur, le mo* vement qui a ce noble but est capable d'enflam^1 l’imagination et de doubler l’énergie des plus noW esprits parmi nous. »
- Ce bénéfice, en effet, mis en réserve forme le Q pital des sociétés de vente en gros, de crédit»
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- LE DEVOIR
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- ûduCtiftB, permet d’élever les coopérateurs à la
- P ' 1 .. 1 mi v) + A rth rt woyi ti vi in An I i KAnfil A _
- fauteur
- de leur tâche par une instruction libérale-
- eut répandue, et autorise les magnifiques conceptions dont notre numéro du 20 Mai (page 275), faisait la rapide analyse (1).
- La mâsse des coopérateurs anglais est-elle bien /Jnétrée de ces généreuses pensées ? est-elle bien résolue à exécuter jusqu’au bout le programme des initiateurs mouvement, affirmer cela serait téméraire. Nous verrons pour-
- rais il importe de connaître la marche ascom-dante de ce mouvement dans le passé, pour comprendre si les espérances des pionniers de la coopération sont réalisables et combien nous avons raison d’attacher de l’importance à ces faits,
- Le tableau qui se trouve à la fin de cet article montre l’extension considérable que prennent en Angleterre les sociétés coopératives.
- En dix-sept ans elles avaient vendu pour 4 milliards et demi de denrées, et réalisé un bénéfice net de 34Q.09Q.77O
- ({) Voir Associated homes, par M. Vansittart Neale. M. Neale esl le secrétaire général du bureau central des Sociétés coopératives fédérées. C’est lui qui est l’auteur de l’article que nous avons emprunté tu « Cooperative News » dans notre dernier numéro.
- Elles étaient il y a deux ans au nombre de 1811, comprenaient 560,708 membres, et disposaient d’un capital de 165,082,600 fr. Aujourd’hui cette prospérité s’est encore accrue.
- Le congrès annuel des délégués des sociétés coûr pératiyes de la Grande-Bretagne et de l’Irlande, membres de l’union coopérative a dti se tenir à Nevv-Gastle les 17, 18, 19 du présent mois. Le résultat de ses travaux ne nous est pas encore parvenu, mais nous ne doutons pas qu’ils ne complètent les renseignements que nous venons de donner.
- Voici le programme des matières que le congrès aura à examiner :
- 1° L’union coopérative: ses travaux passés, su position présente, ses travaux futurs,
- 2° La coopération de production.
- 3° Lu coopération de vente en gros.
- 4° L’éducation telle que les établissements de coopération lq cpmprenqent dirigent.
- 5° Gouvernement des magasins.
- 6° Maison coopérative et question de la terre.
- La discussion de ces sujets sera précédée :
- l°‘Du discours 4’ouYPrture.
- 2° Du rapport du bureau du congrès.
- J. Pascalt.
- TABLEAU INDIQUANT LA MARCHE PROGRESSIVE DE LA COOPÉRATION
- DANS LES ILES BRITA.IVNIQUES
- depuis 1861 jqsQu’A 1878
- P’APRÈS Lp •F4BLEAU PRESSÉ PAp M, H.-R. BAILEY, DE NEWCA8TLE-ON-TYN0
- ANNÉE
- 1861
- 1862
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- 1878
- NOMBRE CAPITAL CHIFFRE des VENTES
- de SOCIÉTÉS de MEMBRES ACTIONS PRETS (Epargne)
- A FR. FR.”’ "FR.' '
- 48.184 8.832.250 37.802.925
- 450 : 91.502 7.768.275 1.361.300 58.726.375
- 460 108.588 14.339.550 1.838.575 65.668.52$
- 505 129.429 17.104.550 2.228.050 70.912.650
- 867 148.586 20.484.175 2.161.575 84.346.175
- 915 174.993 25.115.775 2.650.575 111.316.900
- 1052 171.897 36.879.975 2:418.350 150.Û28.825
- 1242 208.738 50.694.400 4.6Û4.Ô75 202.826.8Q0
- .• 1300 220.000 50.000.000 4.75Ô.0Ô0 202.500.000
- 1375 249.113 50.856.525 4.928.200 205.061.400
- 746 262.188 57.648.775 5.388.825 235.986.775
- 748 300.931 69.644.425 8.612.725 284.714.750
- 980 387.701 87.824.300 12.443.750 391.561.326
- 1026 411.252 97.590.200 14.674.300 408.956.950
- 1163 479.284 117.524 750 2Ï.Ü5.500 402.201.925
- 1165 507.857 132.600.475 22.994.050 497.742.475
- 1144 628.582 137.198.975 26.831 625 534.350.325
- 1181 560.703 143.255.450 21.827.150 528.207.900
- Totaux. 4,472.913.000
- BÉNÉFICE
- NET
- FR.
- 4.157.050 5-340.575 5'.611:500 6:980,650
- 9.307.675 9'. 964:450 5.638.550 2.5ÛQ.Ô0Q 188o.875 6.768.025
- $0;194.370 27 0Ï5-575 30:6pQ.250
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- NOUVELLES DIVERSES
- FRANCE
- La Conférence du droit des femmes. —
- La réunion privée tenue le 16 mai rue Lévis, par la Société du Droit des Femmes, sous la présidence de Louise Michel, n’a pas manqué d’intérêt.
- Avant l’ouverture de la séance, se vend, dans la salle, le programme et l’appel de la Société pour la revendication des droits sociaux et politique des femmes. « Pas de devoirs sans droits, dit le programme, pas de droits sans devoirs. » Et, en manière d’épigraphe, cette citation de Condorcet : « Ou aucun individu de l’espèce humaine n’a de véritables droits, ou tous ont les mêmes ; et celui qui vote contre le droit d’un autre, quels que soieut sa religion, sa couleur ou son sexe, a dès lors abjuré les siens. »
- Mlle Aubé ouvre la séance. Elle répond à quelques articles publiés dans les journaux, la Défense, le Français, la Caricature.
- Mlle Hubertme Auclert lui succède et parle de l’impôt. L’impôt, devrait être voté par les femmes et par les hommes réunis. La femme,devenant ménagère nationale, apporterait l’économie dans le budget, le'bonheur dans le pays. L’état actuel est un Etat autocratique masculin. Il faut que la femme refuse de payer l’impôt si elle ne peut contrôler la façon dont elle est gouvernée, c’est-à-dire exploitée.
- Les femmes sont déshéritées. Elles devraient être élec-trices. Elles payent l'impôt du sang, non sous la forme du service militaire, mais sous celui de la maternité qui se solde, non sur le champ de bataille où l’on donne la mort, mais sur le lit de douleur où l’on donne la vie ?
- Mlle Auclert termine son discours en demandant l’amélioration du sort de la femme au lieu de celui de la race chevaline. Elle déclare que, si les femmes étaient appelées à voter sur la guerre, l’odieuse guerre n’existerait plus dans le monde ! Elle prie les personnes présentes de signer la pétition qui, au nom des femmes ex--ploitées, revendique des réformes dans le travail, l’instruction, le code civil, le code pénal, le code d’instruction criminelle.
- * *
- Les grèves daiiN le Nord. — La situation est toujours la même à Lille.
- Les ouvriers de l’Union linière du Nord sont retournés dans les ateliers vendredi sans condition ; mais, par contre, le travail a cessé en partie dans la filature de coton de M. Delesalle, à la Madeleine-lès-Lille, par suite de l’absence des rattacheurs qui demandent une augmentation de salaire. Même situation dans les filatures de MM. Grépy et Mamet, et à la fonderie Delrue.
- Ainsi que nous l’âvons annoncé hier, les patrons mécaniciens, fondeurs et chaudronniers ont décidé qu’ils conserveraient une attitude expectante jusqu'à ce que les ouvriers aient fait connaître les suites qu’ils comptent donner à leurs premières réclamations.
- Après quelques échauffourées sans importance et une charge de cavalerie sur la grande place de Roubaix le calme semble être revenu parmi les ouvriers de Roubaix.
- L’arrêté municipal qui menaçait d’expulsion les Belges pris en flagrant délit de manifestations tumultueuses vient, dit le Petit Nord, de recevoir une première exécution. Sur la proposition du commissaire central de Roubaix, le préfet du Nord a signé des arrêtés d’expulsion contre douze Belges, dont une femme.
- Aucun changement sensible ne s’est produit dans la situation industrielle. Cependant, ait le Journal de Roubaix, on remarque des symptômes d’apaisement. Depuis vendredi dernier il y a eu quelques rentrées partielles dans plusieurs établissements.
- A Halluin, la grève qui s’était déclarée chez MM. Ovi-gneur, Bernard et Devos, Dansettc-Lemaître et Gratry est terminée.
- Les délégués ouvriers de Roubaix, représentant 63 ateliers de diverses industries, se sont réunis au local de la chambre syndicale ouvrière.
- La résolution suivante a été votée à l’unanimité :
- « Les délégués, considérant que la grève est préjudiciable aux intérêts des ouvriers et des patrons, et surtout de l’industrie française, désirent faire leur possible pour mettre un terme à la crise ; ils espèrent que les patrons répondront à leur appel. »
- Cette démarche a été accueillie avec la plus vive satisfaction.
- Une grande amélioration s’est produite à Tourcoing-22 manufactures se sont remises à la besogne. Quelques manufactures seulement chôment encore.
- A Armenlières la grève est générale ; 40 tissages sont fermés.
- A Lille l’autorité a cru nécessaire de prendre des précautions militaires excessives. Des forces importantes ont été concentrées dans la ville, savoir 4 escadrons du 1er régiment de cuirassiers, le 14e dragons, le 110' de li-gneet deux escadrons lu 19e chasseurs a cheval.
- A Roubaix un général de division est arrivé avec ses aides-de-camp. Des patrouilles de cavalerie parcourent la ville.
- * *
- Prophète en son jniy». — Messieurs les sénateurs qui avez voté contre le repos forcé du dimanche prenez garde à vous! La Décentralisation, journal clérical de Lyon, vous adresse l’avertissement suivant :
- « C’est un des plus grands crimes commis depuis 60 ans dans notre pays, un de ces crimes qui ne restent pas impunis. Prenons garde que Dieu ne rentre pas sept jours de suit:; et septante fois sept fois, la verge à la main, dans une société où... les républicains seuls sont de trop. »
- ' * +
- Al’Académie. —L’Académie française éprouvait depuis un certain temps le besoin de faire rire à ses dépens. Depuis l’élection de M. d’Audiffret-Pasquier elle ne recrutait plus que des écrivains; il importait de revenir à la saine tradition établissant que l'Académie française est un corps de littérateurs auquel on ne peut postuler qu’à la condition d'avoir écrit le moins possible.
- Le 13 mai l’Académie avait à procéder à l’élection du successeur de Jules Favre. Deux poètes des plus distingués se présentaient, M. Henri de Bornier et M. Eugène Manuel. L’Académie a préféré créer immortel M. Rousse, avocat. Ce qui a valu à M. Rousse les faveurs académiques, c’est l’ofîre qu’il a faite aux congrégations religieuses de défendre devant les tribunaux leur situation menacée par les décrets du 29 mars.
- MM. les Académiciens ignorent sans doute que M. Rousse est un écrivain. Us l’ont nommé croyant qu’ii n’avait jamais tenu la plume. Us sont dans l’erreur. M. Rousse a écrit un ouvrage Etude sur les Parlements, dans lequel 50 pages au moins sont consacrées a flétrir les disciples de Loyola, ces hommes qui ont une clef pour chaque porte, un œil dans chaque famille, une oreille pour chaque secret ; ces hommes qui marchent comme des soldats sur un signe de leur général, qui forment un Etat dans l'Etat et qui, par conséquent, doivent être pour celui ci un sujet de crainte et d'alarme.
- * *
- L’industrie lainière est une de celles qui demandent la protection. %
- Yoici ce qu’on lit à ce sujet dans le Temps, ces chiffres en disent long sur la bonne foi des protectionnistes :
- U paraîtrait cependant que cette industrie est on ne peut plus prospère si l’on en croit le dire des patron» lainiers de Reims, qui, en se plaignant des torts que leur fait la grève, oublient qu’ils sont en contradiction avec ce qu’ils disaieut précédemment.
- « L’industrie lainière, en effet, n’avait jamais été aussi florissante que cette année. II y a, tant à Reims que dans la vallée de la Suippe, qui en est une dépendance, une soixantaine d’établissements de peignage, de filage et
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- LE DEVOIR
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- de tissage mécanique qui emploient 7.900 ouvriers, gommes, femmes et enfants; il y a en outre 7,900 métiers à la main, occupant naturellement autant de tisseurs. Depuis quatre ou cinq mois, tout ce monde travaillait avec une activité fébrile. Il suffit de se reporter aUx tableaux de la douane pour avoir une preuve de cette reprise des affaires ; pendant le premier trimestse de 1880, l’industrie lainière française a exporté pour 89 600,000 francs, tandis qu’en 1879 elle n’avait exporté que pour 70,000,000. »
- ¥ ¥
- SUISSE
- Les honoraires des instituteurs. — Le
- canton de Vand a des écoles primaires fort bien tenues. S'il ne peut soutenir la comparaison avec des cantons industriels comme Bâle. Zurich, Neuchâtel ou Genève, il tient sous le rapport de l’instruction la tête des cantons agricoles. On s’en rendra facilement compte quand on saura quels sacrifice il s’impose pour cet objet.
- Le canton de Vand paie, sans compter les autres frais d’instruction, en traitements au personnel de 1 enseignement primaire, 1,049,359 fr. sur lesquels 196.968 fr. sont à la charge de l'Etat et le reste à celle des communes.
- Il y a, en activité de service, 496 régents et 301 régentes
- Cela fait un peu plus de 1,300 fr. en moyenne, par membre du corps enseignant primaire.
- Si l’on ajoute à cela le fqjtque les instituteurs jouissent en plus du logement, du chauffage et d’un jardin et qu’en outre ils reçoivent — commetous les habitants des communes vandoises — leur quote-part du revenu des biens communaux, on trouve que les instituteurs vaudois jouissent d’une position infiniment supérieure à celle des instituteurs de nos campagnes.
- Si la France voulait s’imposer des sacrifices égaux à ceux que s’impose le canton de Vaud, il lui faudrait débourser chaque année, pour le seul traitement du personnel enseignant primaire la sommé énorme de 139 millions 625,000 francs.
- Or notez qu’en France la vie est sensiblement plus chère que dans le canton de Vand et que si l’on voulait compenser la différence du coût de la vie on arriverait à près de 200 millions.
- ¥ *
- ANGLETERRE
- La météorologie et les femmes ins-trutt*-». — La Société météorologique de Londres vient de mettre au jour un volumineux ouvrage sur l’influence de la température sur la vie des plantes et des animaux. Il produira quelque sensation â un moment oii V >u commencera se préoccuper de ces phénomènes. Eu effet, il semble montrer qu’ils ne peuvent servir a la prévision du temps.
- L’époque de la floraison des plantes est très variable d’une anuée à l’autre. Dans certains cas, la différence peut aller jusqu’à près de deux mois. Mais le retard pro vient d’un hiver froid, et l'avance d’un hiver humide et chaud. Le passage des oiseaux voyageurs est assujetti à de telles irrégulari tés qu’il est impossib'e d’arriver à une conclusion quelconque.
- Cet ouvrage est basé sur lés observations que feu miss Niclesworth a recueillies pendant quarante ans à Gob-ham. Il a été édité par miss Eléonore Osmerod, à la requête de la Société dont elle fait partie.
- N’est-il pas satisfaisant de voir les femmes prendre une si belle part aux travaux scientifiques?
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- WURTEMBERG
- Docteur et Dixeliessise. — La duchesse Pauline de Wurtemberg s’est mar ée le 1er mai avec un simple bourgeois prussien, le docteur Willim, de Breslau. i.r ',e Journal officiel de Stuttgard annonce que c’est avec 1 autorisation du chef de la famille que ce mariage a été conclu :
- « En présence d’une inclination décidée, le roi, nous dit-on, n’a pas cru devoir faire opposition, mais il a exigé que sa cousine renonçât préalablement au nom, au titre et à la position de princesse royale. »
- En effet, l’ex-duchesse de Wurtemberg a pris pour se marier le nom de Mlle de Rippach.
- Ajoutons que d’après l’Almanach de Gotha elle est âgée de vingt-six ans.
- Honneur à la princesse chez qui le bon sens est assez développé pour comprendre que de nos jours un docteur qui rend des services est plus élevé qu’un prince qui n’en rend pas.
- ITALIE
- La crémation «les morts. — On vient de publier, à Milan, un règlement pour l’incinératien des cadavres et la conservation de leurs cendres.
- Ou peut dire que la crémation est aujourd’hui entrée dans les mœurs de la ville de Milan.
- Chaque jour la flamme de l’appareil crématoire purifie les morts.
- ETATS-UNIS
- Développement des chemins die fer. —
- Depuis le l'r septembre de l’année dernière, 2,971 milles de nouveaux chemins de fer ont été achevés aux Etats-Unis.
- Les lignes en ce moment en cours d’exécution ont un parcours de 12.641 milles.
- Le coût des 15,612 milles de lignes nouvelles est calculé à raison de 28,000 dollorspar mille.
- Gela ajoutera au capital placé dans les chemins de fer américains une somme de 337 millions de dollars, ou de 1,685,000,000 de francs.
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- ARMÉNIE
- ILn. fa-mine. — M. Glayton, consul anglais à Yan, qui a visité le district de Hekiari sur la frontière, a raconté, à son retour, que les habitants du district sont réduits à la plus grande misère et mangent leurs mulets et leurs chevaux . Dans un autre district situé également sur la frontière, celui d’Alpak, plus de cent personnes sont mortes de faim. Dans les environs de Yan, le fléau sévit cruellement. A Gargar, des paysans ont vendu leurs jeunes femmes pour, avec le prix de l’odieux marché, prolonger de quelques jours l’existence de leurs enfants. A Bach-Kalé, la population n'a plus pour son alimentation que du pain fabriqué avec des racines.
- A Van, on a réduit de 100 à 50 grammes la portion de pain qu’on distribue aux affamés. A Mouch, la situation est tout aussi inquiétante Les nouvelles de Mardin, du vilayet d’Alep et de MossouL sont également mauvaises.
- L’IMPOT SUR LES OISIFS
- M. Girault, député du Cher, a proposé à la Chambre une patente sur les oisifs dont voici le texte :
- « Ajouter à la suite du tableau d « tableau e. — Patente rC oisif.
- « Toute personne ne possédant aucune profession assujettie à la patente et vivant notoirement de ses revenus, sera soumise aux droits suivants :
- « 1° Droit proportionnel au 5e sur la valeur locative de la maison d’habitation et de ses dépendances
- « Si le patentable possède plusieurs habitations, le droit sera étendu à chacune d’elles.
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- LE DEVOIR
- « Droit de vingt-cinq francs par personne de l’an ou l’autre sexe (en plus de deux) occupée à son service personnel, à celui de sa famille, ainsi qu’à l’entretien et aux soins 3 donner à 1 habitation prin cipale et à ses dépendances. »
- Le spirituel écrivain qui signe dans le Petit Parisien sous le pseudonyme Jean Frollo, et qui n’est autre, croyons nous, que M. Léon Richer, écrit à ce sujet :
- Ça, c’est une idée. Je ne nie point son originalité : mais la trouvant juste je l’apprpuve.
- En attendant 1 impôt sur lé revenu, qui, tôt ou tard, finira bien par entrer dans nos mœurs, comme il est entré dans celles de l’Allemagne, ce serait un bon commencement.
- *
- * f
- Qn discutait à la Ohambre des députés la nouvelle loi relative aux patentes.
- Qu’est ce que la patente ? Un impôt prélevé sur le travail, sur l’industrie, sur le commerce des détaillants.
- Je ne critique pas, je constate.
- Je préférerais autre chose ; en principe, je n’aime guère que l’on entrave dans son essor notre activité nationale. Mais la patente est une charge acceptée. Conservons-là, puisqu’il le faut.
- La loi discutée par la, Chambre avait surtout pour objet d’établir une répartition plus équitable et de soulager, dans la mesure du possible, le petit commerce, trop lourdement grevé jusqu'ici.
- Tout cela était bien. ^
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- * *
- Mais voilà qu’au début de ?a séance s’est produite, sous forme d’amendement, une proposition qui a beaucoup fait rire pos députés.
- il y avait de quoi, en effet.
- N’est-il pas convenu que toute idée neuve, fût-elle juste, doit prêter à la raillerie ?
- L’auteur — M. Girault (du Cher) —ne se l’est pas dissimulé. « Dans notre pays, a-t-il dit, ou arr’ve facilement à toucher au ridicule ; mais j’aime piieux y toucher et apporter mon système qpe je crois bon. >?
- Son système, il l’a exposé en six mots : — « Je demande la patente sur les oisifs. »
- Non ! je renonce à dépeindre l’attitude de nos représentants à ces paroles. C'étaient, sur le plus grand nombre des bancs, des exclamations et des rires. Il y avait, çà et là, de graves législateurs qui se tordaient. On pouffait jusque dans les tribunes.
- Ah ! vraiment ?
- Eh bien, moi, j’estime que l’idée n’est pas mauvaise du tout.
- Je crois, comme M. Girault, que la patente la plus élevée devrait être payée por lés gens qui ne font rien.
- Comment, vous troqvex juste que ceux qui travaillent achètent, par une contribution annuelle payée à l’Etat, le droit de travailler, et il vous semble monstrueux que les oisifs, les inutiles, ceux qui se promènent toute la journée, achètent le droit de ne rien faire ?
- Encore une fois, c'est M. Girault qui a raison.
- * ;
- ♦ * »
- En somme, l’industrie, qui est une des sources ?
- principales de notre prospérité nationale, paye à 1 Etat, sous forme de patentes, plus de soixante-cinq millions par an.
- L’oisiveté ne paye rien.
- Vous me direz : « Pardon 1 les oisifs acquittent, l’impôt foncier comme tout le monde. »
- Oui ; mais est-ce que les cqmmerçants hé l’acquit-! tept pas aussi ?
- La patente est une charge supplémentaire.
- « Pourquoi, a fortement dit le député du Cher, faire payer celui qui, en travaillant par nécessité, accomplit un droit et un devoir, quand au contraire on laisse ipdemhé celui qnî s’affranchit dp la Ipi commune? »
- Et il a ajouté :
- « C’est le contraire qui devrait exister. »
- Qn riait toujours et beaucoup. Nos bons députés sont parfois d’une gaieté folle.
- M. Girault a poursuivi :
- « Vous rirez, si vous voulez, mais vous connaissez le proverbe : L'oisiveté est la mère de tous les vices. L’oisif peut nous apporter ses vices et constituer qn danger; pourquoi ne mettrions-nous pas sqr lui qn droit qui, en contribuant à remplir le Tpéspr, serait pour nous une compensation? n
- L’oisiveté est d’un très mauvais exemple. Je pense qu’on ferait sagement de l’atteindre. Cela serait d’autant plus raisonnable que l’on pourrait, par compensation, dégrever le travail. Qe qup rapporterait l’oisiveté diminuerait d’aqtaqt les charges qui pèsent sur le commerce et j’jqdnstpie. Ust-rç’e dpnç Si rldicqle.
- Moi, jé ne trouye pas.
- *
- * t
- Savez-vous pourquoi l’idée de M. Giraqlt n'a même pas eu les honneurs d’un examen sérieux ? Je le devine : c’est parce qu’on l’a jugée d’une appication difficile; de plus, cela changeait les habitudes.
- O routine !
- La chose a paru drôle, on a ri; et, pomme qn avait ri,*on était désarmé, — mais nullement convaincu.
- En Amérique, on eût certainement considéré la proposition d’un œil plus favorable. Les Américains, — gens laborieux, — n’aiment pas les inutiles. Youlez-vous des preuves ? Je puis vous en fournir une toute fraîche.
- Dans le Mississipi, une loi vient de décider que tous les hommes célibataires, âgés de plus Je vingt-cinq ans, payeront un pqll-tax (impôt électoral) de trois dollars. Pour les hommes mariés, le taux du poil-tax n’est que d'un dollar. Les législateurs ont youlu frapper les célibataires volontaires, qu’ils regardent comme des parasites.
- Eh ! eh !... à bien prendre ?.., Ont-ils si grand tort, ces Américains.
- M’est avis que la grande République dq Nouveau-? Monde, ppus dqnne » au contraire, de salutaires exemples.
- * ¥
- Je reviens à mon sujet.
- L’idée de M Girault — un excellent républicain., -t-ï a paru trop excentrique pour être prise eq cpqsidé-ration.
- Voulez-vous que je vous dise ? Elle l’est beaucoup moins qu’que foule d’autres que la Chambre a honorées de sa haute approbation. Est-ce qu’il n’est pas
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- LE DEVOIR
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- infiniment plus absurde d’imposer le pétrole que la paresse ?
- On l’a fait pourtant.
- Allons ! allons ! l’honorable M. Girault avait émis, quoi qu'on dise, une excellente idée, et l’on a eu tort d’en rire; — plus grand tort encore de ne pas l’adopter.
- C’est mon opinion, et ce sera celle de tous les travailleurs.
- Le Voltaire de son côté fait les observations suivantes ;
- La patente d’oisif est une trouvaille, et le métier de farnientiste étant, somme toute, un métier, comme un autre, et pon le plus désagréable, je ne vois pas pourquoi ii se déroberait aux charges que supportent les citoyens laborieux’ et utiles.
- Il faut remarquer, en outre, que l’amendement a le mérite dô fpîre faire un grand pas au sacro-saint principe de l'égalité, et de réhabiliter, ipoyennapt un impôt relativement rninime, la classe si décriée des propriétaires, rentiers et autres philistins.
- Toutes les distinctions de classes seraient effacées, et le plus impénitent des oisifs, le plus improductif des citoyens, interrogé sur sa profession, répondrait avec un légitime orgueil en exhibant sa patente : commerçant... en oisiveté.
- Enfin M. Francisque Sarcey revendique en ces termes pour M. Alexandre Dumas fils, la paternité première de l’idée :
- Dumas fils, dans une pièce qui n’a pas eu beaucoup de succès, il est vrai, la Question d'argent, l’avait émise, sous forme quelque peu paradoxale, la prêtant à un utopiste sorti de l’école polytechnique, M. de Cayolle.
- M, de Cayolle cause avec René, un jeune homme pauvre, mais fier, qui s’enferme orgueilleusement dans une indigence modeste, et ne veut pas souiller ses do;gts aux tripotages d’argent. Et au cours de la conversation, il lui dit :
- n N’est-ce pas déplorable qu’un homme de vingt deux ans, de bonne famille, qui aurait pu utiliser son intelligence, si peu qu’il en ait,, débute dans la vie de cette façon-là, et que le père en soit réduit à bénir la prison! Les résultats de l’héritage! Ahl quand nous aurons la conscription civile... »
- René arrête M. de Cayolle pour lui demander avec curiosité :
- Qu’est-ce que c’est que cela?
- M. de Cayolle, l'homme à projets, répond :
- « C’est une conscription dont j’ai eu l’idée,et qui est la chose du monde la plus simple. Elle servirait de pendant à la conscription militaire et pourrait même la remplacer, car il ést probable que, dans un temps donné, tous les peuples seront unis par les intérêts, lps arts, je commerce, l’industrie, et que la guerre disparaîtra du monde. Alors, la société ne demandera plus aux hommes que le tribut de leurs capacités intellectuelles. Quand un homme aura vingt et qq ans, l’Etat viendra le trouver et lui dira : « Monsieur, quelle carrière avez-vous embrassée ? Que faites-vous pour les autres hommes? - Rien, monsieur.— Ahl... Voulez-vous travailler? — Non, monsieur je ne veux rien faire. Très bien ; vous avez donc une fortune ? — Qui, monsieur. — Eh bien, monsieur, vous êtes libre de ne pas travailler; mais, alors, il faut prendre un remplaçant. Vous allez dqnc nqu* donner tant par an pour'que des gens qui
- n’ont pas de fortune travaillent à votre place, et pous allons vous délivrer une carte de paresse avec laquelle vous pourrez circuler librement. »
- On lit dans Broom's paper, journal publié à Vine-land, New Jersey (Etats-Unis d’Amérique) à la date d’avril 1880 :
- « Le nom de M. Godin est largement connu des penseurs américains, grâce aux infatigables efforts de M. et Mme Edward Howland.
- Néanmoins son grand ouvrage Solutions sociales n’avait pas encore paru in extenso en anglais.
- « Mme Marie Howland, le brillant auteur de la Fille de son Père a traduit complètement cet ouvrage et nous aurons l’honneur de le publier dans « Broom’s paper. »
- « Mme Howland a résidé plusieurs années en France. Elle connaît parfaitement la langue française, et M. Godin l’a jugée pleinement capable de rendre avec exactitude Solutions sociales en anglais.
- « Nous commencerons Gette publication dans notre prochain numéro. »
- ----;
- Les arpres et la foudre
- Beaucoup d’arbres, dit M. D. Colladon, et spécialement les peupliers, peuvent être assimilés, au point de vue de la conductibilité électrique, à des échafaudages en bois ou en maçonnerie, qui seraient munis de tiges de paratonnerres dans leur partie supérieure , seulement jusqu’à moitié, ou aux deux tiers de leur hauteur, à parlir du commet, mais qui, de là jusqu’au sol, seraient dépourvus de tiges conductrices, Cette construction, si elle était foudroyée, resterait intacte dans sa partie supérieure et serait très probablement maltraitée vers le bas. Une personne placée vers le sommet de l’échafaudage n’aurait à redouter aucune lésion sérieuse, tandis que, reposant sur le sol, près de cet échafaudage, elle courrait un grand risque d’être tuée ou blessée.
- Chaque année, dans la saison des orages on apprend que des animaux ou des personnes qui s’étaient abrités sous des arbres ont été foudroyés. Cela s’explique facilement : le sommet de l’arbre, bon conducteur, attire la foudre qui suit ses branches poqr atteindre le soi ; mais, ne trouvant plus qu’un conducteur imparfait dans la partie inférieure des grosses branches et dans le tronc, elle se répand sur tous les corps environnants, que ce soient des buissons en pleine végétation ou le corps d’hommes au d hanimaux.
- De deux personnes, dont l’une serait établie dans l’arbre, près de son sommet, et l’auUe sur le sol, près du tronc, la seconde aurait incomparablement plus de chance d’être atteinte.
- Les qiseaqx nichés dans les arbres sont rarement tués par la foudre, et les nids mêmes sont presque toujours épargnés.
- Un ancien élève de l’Ecole polytechnique, M. F. R. Duvalf possède une ferme dans le Beyry, et son fermier élève de nombreux volatiles. Dans la nuit du 18 mai 1873, un grand peuplier de Caroline, situé près de la ferme, sur lequel perchaient une trentaine de pintades, fut frappé par la foudre ; un instant après, le fermier put voir toutes ses pintades juchées à leur place habituelle ; aucune ne fut blessée, et cependant, le lende-
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- main matin, on constata que le l’arbre avait reçu un très fort coup de foudre ; il existait des lésions considérables dans la partie inférieure du tronc jusqu’à trois mètres au-dessus du sol et des carreaux en terre appuyés contre le bas de l’arbre furent brisés.
- Les grands arbres, et spécialement les hauts peupliers placés près des maisons, peuvent servir de bons paratonnerres ; mais c’est à la condition indispensable qu’il n’existe pas-au côté opposé du bâtiment une mare, un puits, où un courant d eau qui puissent attirer la foudre au moment où l’arbre est foudroyé, car, dans, ce cas, l’éclair passerait très probablement du sommet de l’arbre sur la maison pour atteindre la nappe d’eau et se répandre dans le sol.
- On croirait presque que notre propre existence, si faible et si passagère, n’est qu’une partie constitutive de la longue existence de la planète, comme les feuilles annuelles d’un arbre séculaire, et que, semblables aux mousses et aux moississures, nous ne végétons un instant à la surface de ce globe que pour servir aux procédés d’une immense vie planétaire que nous ne comprenons pas.
- Camille Flammarion.
- Astronomie populaire, p. 87.
- Cliques, aux travailleurs, aux Français soucieux des intérêts de leur pays, aux capitalistes désireux de faire une chose utile tout en concourant à une opération fructueuse.
- Il ne s’agit nullement d’une spéculation aléatoire, mais d’une affaire basée principalement sur des industries brévetées, ayant pour principal élément de succès le travail soigneusement accompli.
- Nous croyons être utiles à notre pays, à ceux qui nous aideront et à nous-mêmes, en développant une Société aussi utile au travail et nous ne doutons pas que notre appel sera entendu.
- Favelier père, Administrateur-délégué, Faubourg du Temple, 74.
- Administrateurs : Gauthier, négociant. Dekker père, lithographe.. Furûn, mécanicien. Guichard, ingénieur.
- Contrôleurs : Baumes, repou sseur. Faisnel, bijoutier. Tonelli, sculpteur. H. Doumet, gainier. Laissus, mécanicien,
- COMPTOIR DES PRODUCTEURS ET DES CONSOMMATEURS
- LE DERNIER-NÉ DE GINX
- SA NAISSANCE ET SES AUTRES INFORTUNES
- Nous recevons la circulaire suivante avec prière d’in sérer.
- SOCIÉTÉ COOPÉRATIVE ANONYME
- A PERSONNEL ET CAPITAL VARIABLE
- Comptoir des Producteurs et des Consommateurs rue St Maur, 186, Paris.
- La Société est fondée au capital provisoire de 20,000 fr. pouvant s’augmenter jusqu’à 200,000 fr., conformément à la loi du 24 juillet 1867.
- Ses opérations consistent : i° à faire l’escompte des valeurs de commerce et des factures de produits livrés ; 2° des avances pour exécuter des commandes, 3° le placement des produits par des placiers et des voyageurs coopératifs, 4° l’achat et la vente de tous produits pour le compte de tiers et généralement toutes opérations utiles aux producteurs et aux consommateurs.
- Les actions sont de 50 fr. afin que les travailleurs puissent faire eux-mêmes une partie du capital. Avant toute répartition de bénéfices, il est attribué au capital versé un premier dividende de 5 0/@. Tous ceux qui participent à sa prospérité ont droit à une part de bénéfices. 2/10 sont affectés au fonds de réserve destiné à augmenter le capital social,, afin de permettre d’aider un plus grand nombre d’intéressés.
- En vue du plus prompt développement de son but, la Société du comptoir fait appel aux Concitoyens sympa-
- ParM. JENKINS
- II. — La Société protestante des investigations.
- A partir de ce moment Bébé Ginx fut nourri de bouillie sacrée. Mais sa mère n'était pas femme à se taire sur les torts dont elle était victime. Elle n’en souffla mot à son mari ; c’était entre eux un sujet proscrit ; mais elle se dégonfla dans le sein de Mme Spitall et d’autres matrones protestantes.
- Or il arriva qu’un beau jour, en l’absence de Ginx, la bonne femme vit arriver chez elle, à sa grande
- surprise, un gentleman. Celui-ci était petit de taille, à l’allure vive et décidée et tout de noir habillé.
- Il entra immédiatement en matière.
- — Mme Ginx ? Ah ! je suis l’agent de la société protestante des investigations, »
- Mme Ginx essuya la meilleure de ses chaises et la lui avança.
- « Par le plus heureux des hasards, notre secrétaire a appris il n’y a pas plus d’une demi-heure, la révoltante agression dont vous avez été victime de la part des Papistes. »
- Entendre poser son affaire en des termes aussi
- 1 élevés, c’était pour Mme Ginx une tartine de miel, i
- | « Eh bien, voyons », continua le petit homme,
- 1 « nous sommes prêts à vous aider à arracher votre
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- enfant des griffes du Grand Dragon (I). Je désire connaître d’une manière exacte les circonstances. — Attendez... (Ouvrant un grand portefeuille) j'ai la note : L'enfant a é‘ê emporté du lit de sa mère en plein jour par une religieuse accompagnée de deux prêtres et d'une troupe nombreuse d'Irlandais. Est-ce bien cela ? »
- — « Seigneur Dieu, non, Monsieur, c’est pas tout à fait çà, » dit Mme Ginx, « Nous en avions tant que Ginx voulut noyer le treizième. »
- Le petit homme ouvrit de grands yeux,
- « Et il partit avec et le donna à une religieuse, » ajouta-t-elle en pleurant, « ah ! ah ! ah ! et maintenant elles ne veulent plus me le laisser voir, ce pauv’ chéri, ah 1 ah ! ah ! parce que je ne veux pas que Missis Spiciosa me marque de la croix, Monsieur ! Et dire que je n’avais jamais eu tant de bon lait ù lui donner à lui, Monsieur ; ah î ah ! ah î »
- « Hem ! » dit le petit homme, « c’est bien différent de ce que j’avais compris. »
- C’était un parfait honnête homme, mais qui ne sait le désappointement que l’on éprouve en trouvant moins grave qu’on ne l’avait espéré, un tort qu’on s’était donné pour mission de redresser ?
- N’importe, cela paraissait assez sérieux et pouvait s’aggraver encore. C'était décidément un cas qui relevait de la Société protestante des investigations.
- — « M. Ginx ne voudrait-il pasjoindre ses efforts aux nôtres pour recouvrer son enfant. »
- « Non, Monsieur, je ne le pense pas puisqu’il s’en est défait. »
- — « Je sais, mais n’est-il pas protestant ? »
- — « Je ne sais pas trop ce qu’il est dans tout cela, Monsieur... Tout ce que je sais c’est qu’il haït les prêtres comme le poison. Quant au reste, il ne le prend pas autant à cœur que moi. »
- — « Oh, je vois ! » Et il écrivit dans son agenda : Mari indifférent. Puis : « Mais ne croyez-vous pas qu’il vous aiderait à ravoir l’enfant ? »
- — Non, Monsieur, et je ne voudrais pas lui en parler pour rien au monde. Malheur à qui. se hasarderait à lui en toucher un mot : il passerait un mauvais quart d’heure. »
- Le petit homme se promit in petto de ne pas voir Ginx.
- — « Bien ! mais vous, ne voudriez-vous ravoir votre enfant? »
- — « Vous savez, Monsieur, je ne pourrais pas
- (1.) Le Grand Dragon. On sait que le Dragon est un animal allégorique. Dans l’Ecriture on désigne sous ce S nom Satan, ou le Démon. j
- l’amener ici. Ginx n’en voudrait pas; mais j’aimerais bien le voir hors de chez ces Nonnes. »
- — « Ah ! Très-bien alors. Peut-être l’affaire pourra-t-elle s’arranger comme vous le désirez. Ne seriez-vous pas contente de le confier à une maison d’asile protestante où l’on en prendrait soin et où vous pourriez venir le voir quand bon vous semblerait ? »
- — « Oh, si! « s’écria joyeusement Mme Ginx.
- — « Bon ! Alors nous aurons un Affidavit (1) et nous demanderons un habeas corpus (2). »
- Il était impossible de pas être satisfaite de telles paroles, quelle que fût du reste leur signification.
- Quand le petit homme s’en alla Mme Ginx était consolée.
- III. — Le Sacrement du baptême.
- Nous l’avons dit: Mère ou Missis Suspiciosanourrissait Bébé Ginx de bouillie sacrée. Cependant l’heure semblait venue de le baptiser et de le recevoir formellement dans le sein de l’Eglise.
- Ce ne fut pas une mince affaire que cette cérémonie pour la célébration de laquelle toutes les ressources du couvent furent mises en réquisition.
- Le jour choisi fut celui de St-Ambrosius. On orna la chapelle de fleurs. La messe fut célébrée; les cierges brûlaient sur l’autel, entourant une image de l’Enfant Jésus ; l’encens fumait autour du Bébé, et sœurs et novices agenouillées en rangs serrés l’entouraient d’un cordon virginal, « semblables à des colombes qui sur un toit de chaume exposent au soleil leurs poitrines de neige.\»
- Mère Suspiciosa apporta l’enfant vêtu d’une robe d’une éclatante blancheur et sur le devant de laquelle était brodée une croix rouge. Une figure de cire de St-Ambrosius remplaçait le père absent, tandis qu’une autre figure, ausside cire, représentait le parrain.
- Ici, je n’ose pas entrer dans des détails sur des matières qui peuvent être regardées, selon les spectateurs, comme horriblement profanes ou terriblement solenelles Ce sont des mystères !
- Mais je n’hésite pas à décrire la conduite impie du petit Ginx. Tout ce qu’un enfant au maillot pouvait faire d’opposition avec les mains, avec les jambes,
- '.!•) Affidavit : attestation par écrit et sous serment faite devant un magistrat autorisé à cet effet.
- ^2.) Haieas corpus s entend : soit d’une ordonnance ayant pour objet, la comparution de quelqu’un devant une cour ou un juge (spécialement pour une enquête au sujet de 1 emprisonnement ou de la réclusion d’une personne en vue de protéger sa liberté individuelle) soit de l autonsation de délivrer quelqu’un d’un emprisonnement arbitraire. . ... .
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- avec là voix, cet embryon de saint le fit. L’encens le fît tousser et vomir ; les lumière et lès chatits réveillèrent en lui l’esprit malin ; ses cris étouffèrent les prières. Il effraya, par là rougeur de sa face, là sainte fille qtii le tenait. Ii gâta complètement la Croix rouge par ses déjections. On l’eut pris pour un possédé dit démOfi. Mère Suspiciosa puisa Un nouvel encouragement dans ces ennuis mêmes. Elle y vit une preuve de plus de la valeur du petit G-inx dont Sâtah et Saint Michel se disputaient la possession.
- Enfin oii le baptisa et on l’ëmporta. Credat ju-dœus ! Il tomba instantanément dafis 'tin profond sommeil. C’était tiri miracle : Sâtàh s’était soumié devant le signe de la Croix.
- (A Suivrê).
- Une pratique catholique en Bretagne
- Un Parisien, tin Méridional, comme tout Français étranger à la Basse-Bretagne, pourrait,, en arrivant à Saint-Carré. Saint-Jean-du-Doigt, Sainte-Anne-la Paine. Rumngàl, etc., un « jour de pardon », se croire en plein pays sauvage et idolâtre ; et on se demande s’il n’y a pas dans la pratique dont nous allons parler, un abus que les lois d’un pays civilisé comme la France devraient faire cesser.
- Dans les lieux que nous venons de nommer, dit l’Echo dè là Vérité, chacun peut voir, au grand jour dés expiations, des femmes de tout âge marcher sur leurs genoux nus, et faire le tour des chapelles, trois, six Ttèuf îoii et pitis. Certains dévots, ignorants et pauvres, s’imposent à eux-mêmes cette véritable torture qu'ils appellent une mortification ; d’autres, plus riches et partant iïioiüs excusables, paient les malheureux pour qu’ils se mortifient ën leurs lieu et place. Pour quelques sous, de pauvres femmes font jusqu’à 30, 40 et même 50 fois à genoux le tour de l’édifice. C'est là, nous pouvons le dire, un spectacle honteux,écœuraht et même indécent: honteux, parce que la religion du Christ n’est plus respectée, et qti’elle a même disparu complètement là où se vendent dés indulgences ; écœurant, Car on ne peut assister à cette procession de créatures humaines, livides de sdüffrânCes, se traînant sur des cailloux rougis de leur Sang* pleurant, tombant exténuées sur le bord dti chemin; c’est enfin un spectacle indécent, car il arrive une heure où, la fatigue et la souffrance aidant, la plupart de cés femmës ne se rendent plus compte de la façon dont elles relèvent leurs vêtements qui les gênent pour se traîner ainsi.
- Voilà ce que l’Eglise romaine a fait, dans ce pays, de cette religion de désus qui ne doit consister que dans l’adoration en esprit et en vérité.
- ENSEIGNEMENT professionnel-
- Nous recevons la lettre suivante dont le sujet nous paraît digne dè la plus grande attentidn Nous ne saurions trop encourager l’auteur à approfondir là qtiest on qu’il abordé, et nous insérerons avec lé plus grand plaisir res'tièVeïoppeiûénts qu’il voudra bien nous communiquer.
- 10 mai 1880.
- ic Jè lis dans l’excellente publication. — Lé Devoir — n° du 9 mai, une noté relative au projet d’Écoies riatiOfiales d’apprentissage. Votre jtiùriial, si dévoué aux intérêts du travail {lesquels ëônt lès véritables intérêts düpàys), ëXprimele regretque la proposition de loi ait été ajournée jusqu’à plus aiüple étude ; për-mettez-moi de profiter de cette latitude offerte à la discussion et à l’analyse de la question pbur soumettre à votre appréciation un point dë tue qtti rencontre à Paris de nombreux partisans. * L’enseignement professionnel est un des principaux objectifs de l’éducation â notre époque, aussi, approuvons-nous en principe l’idée d’ajouter aü programmé élémentaire intellectuel, un programmé élémentàifè mahtièl, mais nous fie saurions partager cette opinion dti législateur que : l’Ensëignemént professionnel Soit àp-pelé à féconder ufie série de bons praticiens.
- « Le praticien, tel qu’il était coüipids tiàtis l’acception du terme, n’est plus possible aujourd’hui qti’à l’état d’exception; les conditions économiques modernes ont changé la nature des services industriels et les améliorations successives accomplies dans les sciences ont annihilé pour les quatre cinquièmes la valeur industrielle de la main-d’œuvre.» Il ne fatit pas se dissimuler que l’apprentissage tend à disparaître de nos mœurs à mesure que la seiencj de l’invention développe et vulgarise les modes d’appropriation préparatoire des matières à ouvrer qui constituaient autrefois le lot de l’apprenti.
- » Beaucoup dfindustries ont remplacé les apprentis par — des auxiliaires — rétribués dès leur entrée dans le métier , et remplissant une fonction — plus tôt que fournissant une création — dans l’organisme du travail.
- « Peut-être donc, bien à l’insu de sa généreuse sollicitude, l’intention de l’honorable auteur du Projet de loi sur les Ecoles d’apprentissage, irait-elle à l’encontre du but recherché, car, former d’excellents limeurs, d’adroits forgerons, n’est pas supprimer la concurrence redoutée mais inévitable, des raboteuses et riveuses mécaniques ; au contraire, le temps employé à se perfectionner la main, pourrait compromettre les intérêts du producteur s’il devait se‘borner aux démonstrations pratiques du tour-de-main.
- « Nous croyons qu’il s’agit moins de confiner l’élève sur une pratique particulière des aptitudes inhérentes a une profession, que de lui exposer la synthèse complété de cette même profession. Plus encore, il devient nécessaire d’éveiller §on attention sur les procédés généraux du travail dans ï’ordre industriel, agricole et commôréiàl. L’enëëignemëiit
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- prdféssionriel doit tendre, au départ, à familiariser ihoiünie dès scm adolescence avec le maniement des dütils les plus usuels ; et comme but, à augmenter sa valeur intrinsèque en lui facilitant, par l’acquit dë notions générales et variées, les mutation^ et déplacements que l’aléa des affaires impose si fréquemment aux journaliers. Remarquons, en passafit, qtie l’éducation professionnelle, envisagée âü point dé ituè commun, rendrait un immense ser-Yicë àui français si inférieurs aux autres nationalités ëfi matière de colonisation.
- u 11 ÿ aurait peut-être lieu, en creusant la question de déterminer la nuance qui sépare les écoles professionnelles existantes, des écoles d’apprentis-èagé projetées ; et de voir si l’on n’arriverait pas à fonder les deux idées dans un plan d’enseignement commun ; afin, d’une part, de ne pas émieter les ressources national es',d’autre part, d’assurer le bénéfice dë la chOsë à tous les élèves de nos écoles.
- « Si vous le jugiez utile,* Mofisieuf, je pourrais vous adresser quelques aperçus touchant les Institutions professionnelles établies à Paris, ët votfé dévouement aidant, pdur ces questions profondément sociales, ferions-nous quelque lumière sür le sujét 1
- Recevez etc;
- Ci Dèyillè
- Ancien Membre des Prud’hommes de la Seine.
- Développement des Tilles saxonnes
- OU sait que la Saxe, maintenant aussi peuplée proportionnellement que la Belgique; si nen plus; est l’un des pays d’Europe où l’accroissement du nombre des habitants est le plus rapidp.
- Eo 1834, ce royaume avait 1.393,668 habitants.
- En 1861, il en comptait 2,228,240 ;
- En 1864, sa population atteignait 2,337,102 âméS;
- Eu 1867, elle se montait à 2,423,386 personnes ;
- En 1871, elle était de 2,356,244 ;
- EU 1875} d’après le Ans allen Weltthèibén, ëlie était arrivée à 2,760,586 habitants, soit une augmentation de 2 pour 100 par an pendant les quatre années de cette dernière période.
- Ce pays ne doit point tout ce croit à l’excès des naissances sur les décès : l'immigration y contribue pour une grande part, la Saxe élaut un des pays manufacturiers les plus actifs de l’univers. Ses villes grandissent encore plus vite que l’ensemble de sa pdpülàtibn. .
- Ses grandes cités sont; Dresde, la capitale; Leipzig, la ville commerçante ; Qhëmùitz, là fille ihddstrielle, voici quel a été, durant cette période de 1834 à 1875; l’ac-croissèrherit de ces trdis <1 métropoles », én nombre rond : -
- Dresde avait 66.000 âmes en 1834, 128,000 en 1861, 1 t»000 en 1871, 197,300 en 1875.
- avait 45.000 habitants en 1834, 78,000 en 1861, *97,000 en 1871, 135,600 en 1875.
- (üiftw nilz n’avait que 21,000 en 1834, 46,000 en 1861, 98.000 eu 1871, 78 000 en 1873.
- trüis. vi*les ont bus faubourgs qui en font réelle-
- eQt Parüe, et qu’en toute justice il faut leur attribuer,
- si l’on veut donner le vrai chiffre de leur population. Dresdé à 30 de ces faubourgs, Leipzig 23, Chemniiz 18.
- Ces faubourgs-là compris. Dresde avait. nomMès fonds, 204,000.habitants en 1871, et 264,000 en 1877 ; augmentation annuelle, 4,87 p. 100.
- Leipzig avait en 1871 une population de 173,000 âmës, qui, en 1877, s’élevait à 223,000, ce qui donne par an la colossale augmentation de 5.79 p. 100.
- Ghemnitz avait 98,000 habitants en 1871 et 114,000 en 1875, ce qui donne un croit annuel de 4,03 p. 100.
- LES BANQUÉS POPULAIRES EN ALLEMAGNE
- Le Devoir a déjà entretenu ses lecteurs, et même à plusieurs reprises, des banques populaires fondées dans divers pays, et particulièrëment en Allémagne où elles fonctionnent à merveille;
- Ces banques en ouvrant aux petits industriels, petits commerçants; ouvriers; agriculteurs dès crédits que les grands établissements ne leur ouvriraient pas et en leur escomptant les effets qü’ils peuvent avoir rendent de véritables services à la classe laborieuse.
- L’initiateur de ces banques, M. Schulze DelitzScb vient de publier un travail sur la Situation de eés banques au 31 décembre 1878.
- Malgré les difficultés économiques au milieu desquelles l’Allemagne lutte encore, le nombre de ces associations de crédit et celui de leurs membrës, s’est encore augmenté de 14 durant l’année 1878. Oëla prouve que ces banques jouissent d’une confiance croissante; que leur base est solide et que leur administration est régulière. Il n’y a eu qu’un nombre insignifiant de banques en mauvaise situation ce qui ne doit étonner personne puisque le nombre de ces banques s’élève à plus de trois mille.
- D’aillehrs ces malheurs auront eu leur bon côté. Comme tous ont été dû.s à l’oubli des règles fonda-mëntâlëé dë ces associations, ils ont exercé sur les autres banques une salutaire influëncë èn htoiitrant qixéls dangers së présentënt si l’ori s’écàrtë deâ vrais prineipës des banquës pùptilaireë.
- Voici/ en gros; les principales données fournies par le travail de M. Schulze Delitzsch.
- i° Le nombre des associations de crédit mutuel était au 81 décembre 1878 de 1841 pour toute l’Allemagne, tandis qu’à la même date et pour le même pays le nombre des sociétés coopératives d’approvisionnement était de 635, celui des sociétés coopératives de consommation était de 621 et celui des sociétés coopératives de construction était de 49:
- 2° Le nombre des membres des associations de crédit mutuel dépassait un million^;; ;
- 5° Le chiffre des affaires faites dépassait 2 milliards de niafes.
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- 4° Les capitaux appartenant aux associations, y compris les fonds de réserve, s’élevaient à environ 170 millions de marcs.
- 5° Les emprunts faits et consacrés au développement des affaires arrivent à 400 millions de marcs environ.
- Pour établir ces sociétés sur une base de plus en plus solide et les mettre à même de remplir une mission sociale, il importait de leur donner, à l’aide d’une fédération générale entre elles, une organisation nouvelle qui, tout en respectant leur autonomie, permît d’exercer une influence salutaire sur la marche des affaires, de tenir compte des nouveaux besoins et des intérêts chaque jour plus nombreux qui gravitent autour d’elles.
- Dans ce but un bureau central a été créé. 1,100 sociétés sur 1,841 ont pris part à la fédération. Dirigé par M. Schulze Delitsch ce bureau est chargé surtout de sauvegarder les intérêts communs aux sociétés, de leur donner des conseils, de leur fournir des renseignements dont elles pourraient avoir besoin, d’étudier les questions qui les concernent, enfin de préparer et tenir l’assemblée générale annuelle à laquelle interviennent les délégués des différents groupes.
- En outre'entre ce bureau central unique de la fédération et les 1,100 sociétés fédérées il existe 32 groupes intermédiaires dits * groupes provinciaux » formés presque partout de la réunion des présidents de chaque société.
- Ces groupes provinciaux, sans porter atteinte à l’autonomie des sociétés sont des milieux où se communiquent les expériences faites, où l’on se prête
- assistance entre banques distinctes pour repousser tout attaque et vaincre toute résistance, en un mot où se concentrent au profit de l’intérêt commun les forces des sociétés disséminées.
- Cette tendance à la fédération est un fait nouveau dans l’histoire des associations de crédit mutuel Quoique jusqu’à présent 1,100 banques seulement soient fédérées, ce qui s’explique par la nouveauté de l’innovation on peut compter néanmoins que dans un temps assez rapproché toutes les banques populaires allemandes seront unies en une immense fédération comptant plus d’un million de membres et réunissant pour une cause commune plus de 2U0 millions de francs de capitaux.
- C’est ainsi que les petits ruisseaux font les grandes rivières.
- XJne Femme Explorateur
- M. Nordenskjold n’est pas le seul qui fasse des voyages extraordinaires. En effet Mme Caria Serena, femme d’un armateur italien résidant à Londres, explore le monde depuis sept ans. Elle a visité la Suède, la Norwége, la Syrie, l’Egypte, la Turquie, la Grèce ; elle a parcouru le Caucase, la Perse et le Daghestan. Elle a reçu la bénédiction du grand Lama, qui a été des plus aimables, et est revenue de cette tournée monstre par la Russie.’ où la Société moscovite l’a chaleureusement fêtée.
- Mme Caria Serena, encore très-jeune, ne semble nullement fatiguée par ces pérégrinations et est toute prête à recommencer. Elle a couru de grands dangers, a subi bien des traverses, mais elle a le feu sacré, et elle raconte ses aventures avec un naturel plein de gaieté. Elle parle huit langues et est membre de la société de géographie de Vienne ; c’est la première fois que pareil honneur est aecordé à une dame. L’intrépide voyageuse doit faire â Paris des conférences sur ses voyages.
- {La Solidarité, de Genève.)
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- "Le numéro hebdomadaire 20 c.
- DIMANCHE 30 MAI 1880
- JOURNAL DES
- ; SOCIALES
- BUREAU
- X GCJISE (Aisne).
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant. Fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE par l’envoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France
- Un an. . . . 10 f. »*
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- Un an. . . . 11 f. »» Autres pays Un an . . . . 13 f. 60
- ON S’ABONNE
- A PARIS
- 5,r-Neuve-des-Petits-Champg
- Passage des Deux-Pavillons)
- S’adresser à M. LEYMARIE administrateur delà Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- Mutualité sociale et association du capital et du travail. — L'Education mixte. — Coopération et association. — Les Grèves. — Le Capital et le Travail. —- Nouvelles diverses. —Feuilleton : Le Dernier né de Ginœ. — Choses de Vautre monde. ~ Bulletin bibliographique. — Variétés•
- MUTUALITE SOCIALE
- ET
- ASSOCIATION DU CAPITAL ET DU TRAVAIL
- Par M. GODIN
- NOTIONS PRÉLIMINAIRES
- CHAPITRE IX
- La mutualité an Familistère.
- L’Association du Familistère de Guise satisfait au droit naturel en assurant aux faibles le nécessaire à l’existence.
- En attendant que la société donne elle-même garantie à tous les citoyens, l’Association du Familistère assure une retraite à la vieillesse de ses travailleurs et le nécessaire aux familles lui tombent dans le besoin.
- C’est l’objet de son Assurance des pensions et du nécessaire à la subsistance.
- Les fonds de cette Assurance sont portés aux frais généraux de la Société.
- Les membres de l’Association sont, en outre, garantis contre le besoin en cas de maladie ou d’accident, par une Assurance spéciale alimentée par une subvention directe de l’Association et par les cotisations de tous les travailleurs.
- Ces deux Assurances sont administrées par des Comités spéciaux. Peut-être se demandera-t-on pourquoi cette administration distincte dans une Société qui étend sa sollicitude sur tous les besoins de la vie de ses membres.
- Je dois tout d’abord faire remarquer que, dans la pratique, il y a à tenir compte des faits existants, du milieu où l’on agit et des transitions à ménager pour passer'du présent à l’avenir. Dans le progrès social, il n’y a pas que des faits matériels à réaliser, il y a aussi des hommes à préparer.
- J’ai donc dù m’inspirer, pour l’adaptation des Assurances à l'Association, des trente années de leur existence et de leur bon fonctionnement.
- Un autre motif a contribué également#à me faire maintenir cet état de choses.
- L'Association des travailleurs et la participation de l’ouvrier aux bénéfices de l’industrie peuvent encore être pendant longtemps un fait
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- d’expérimentation locale, mais il n'en sera pas de même de l’organisation de la mutualité nationale. Le besoin en sera plus vite 'compris et les circonstances en rendront l’application vite nécessaire.
- Il était donc intéressant d’indiquer la Solution de ce problème en dehors de l’Association intégrale el^même.
- Il est d’un véritable intérêt public que la mutualité, fie besoin pressant de pacification sociale, soit organisée d’une manière générale pour remédier à la misère. Pour que cette organisation porte ses fruits, il faut qu'elle se fasse par l’intervention des classes laborieuses elles*-mêmes ; il faut intéresser directement la massé du peuple à la bonne gestion de la mutualité ; multiplier entre les individus des intérêts communs et fraternels ; il faut enfin donner au mutualiste le sentiment direct de son droit aux ressources mutuelles et de son devoir de veiller à leur bonne gestion.
- Tels sont les motifs pour lesquels les Assurances mutuelles de la Société du Familistère sont administrées d’une façon distincte de l’Association et pour lesquels, excepté en ce qui concerne l’Assurance des pensions et du nécessaire, la cotisation de toutes les familles de l'Association est exigée.
- Des Assurances organisées de façon à tout donner aux individus, sans que ceux-ci aient à s'en préoccuper, les'laisseraient insouciants de
- la bonne marche et du bon fonctionnement de
- «
- l’institution. Le progrès moral exige, au con traire, que l’individu s’occupe activement de lüi-même et de ses semblables.
- L'homme s’attache aux choses qui sollicitent son intérêt et son attention. La mutualité, par Rapport individuel périodiquement renouvelé, tient le mutualiste en éveil et l’habitue à penser aux autres en même temps qu'à lui.
- Ces apports sont des actes qui engagent lés individus dans la voie dé la fraternité; rien n’est plus propre à leur démontrer "que' c’est dans P union et l’association des forces, des res
- sources et des hommes que se trouveront }a perfection et le bonheur social.
- La mutualité a donc pour effet de 'multiple les rapports entre les individus, de développa dans leur esprit .l’idée des avantages qui résub tant de l’union des concours et de la réoiprooité dans la pratique du bien.
- Si l’immense avantage de Passociatiôn est difficilement saisi parla plupart des hommes s’ils ne peuvent en comprendre ni le mécanisme ni la portée, beaucoup peuvent être frappés des bienfaits immédiats d’une assurance de protec. tion mutuelle dans laquelle chacun intervient pour une part déterminée. La mutualité, main, tenue dans l’Association même, a donc ce mérite de préparer les esprits à comprendre les avantages de l’association.
- Si cette interprétation du devoir social doit avoir pour conséquence- certaine l’atténuation des causes de revendication des classes laborieuses,» si la société, par une telle mesure, peut, à n’en pas douter effacer la plupart des embarras qu’elle voit devant elle, il est pourtant vrai que cela ne correspondrait pas entièrement aux aspirations confuses des classes ouvrières; aspirations qui comprennent non-seulement le droit à l’existence, mais aussi pour chacun le droit à la jouissance des fruits de son travail.
- Indépendamment de la part de production due à l’intervention de la nature, il y a donc à tenir compte de celle directement due au travail humain dans les bénéfices de la production. Aussi, concurremment avec l’organisation delà mutualité sociale, la participation apparaît-elle aux ouvriers comme un principe de justice à appliquer dans la répartition des bénéfices.
- {A suivre.)
- Toutes les fois qu’un homme résout pour sa part le conflit des forces égoïstes en faveur de la justice, il s’élève philosophiquement et politiquement an rang d’homme providentiel, car il fait surgir en lai et chez les autres la vraie providence du rnoncte, 1* liberté 4
- Alfred Fouillée.
- Vidée moderne du droit, p. 73.
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- L’ÉDUCATION MIXTE
- je faisais les honneurs du Familistère à une personne venue à Guise dans le seul but de le visiter. Je la conduisais dans l’un des bâtiments d’écoles dépendant de l’institution.
- ^ peine fûmes-nous entrés dans l’une des salles que mon compagnon de visite laissa échapper un cri
- d’étonnement.
- _ Comment, me dit-il, vous avez ici l’école mixte.
- __ comme vous le voyez, répondis-je.
- ^ C’est un tort, yous disposez de larges espaces, deux bâtiments entiers consacrés aux écoles ; il vous serait facile, très facile de séparer les filles des garçons.
- _ Rién de plus facile en effet* Seulement ce serait céder à un préjugé pernicieux.
- __ Je ne vous comprends pas.
- — Vous allez me comprendre ; mais comme ni le lieu ni le moment ne seraient bien choisis pour la discussion, attendons pour ^entreprendre d’être sortis.
- — Soit.
- — Toutefois, avant de sortir, remarquez, je vous prie, l’or ire parfait qui règne ici. Les garçons occupent un côté de la salle et les filles l’autre, séparés seulement par un passage.
- — Oui, mais le maître est là.
- h- Bon. Voilà une réflexion qui vous échappe et dont vous voudrez bien vous souvenir tout à l’heure.
- Nous examinâmes quelques travaux d’élèves, puis, après un rapide coup d’œil au matériel d’enseignement, au mobilier scolaire et au mode de construction de l’édifice, nous sortîmes.
- La porte ne s’était pas encore refermée sur nous que déjà mon interlocuteur m’apostrophait en ces termes :
- — Vous direz tout ce que vous voudrez, mais je ne crois pas qu’il soit bon de réunir ainsi garçons et Ailes. Il est impossible que ce rapprochement ne fasse pas naître chez les enfants des curiosités malsaines.
- Et moi je vous dis tout le contraire. G’est jugement la division des élèves par sexes qui fait naître les Curiosités dont vous parlez. Par le seul fait que vous séparez garçons et filles vous éveillez chez eux 1 idée que cette Réparation a un motif ; or de soupçon-ner l’existence de ce motif à chercher à le connaître, ^ ft’y a qu’un pas. Réunissez garçons et filles, ils 8 habitueront à vivre côte à côte ; ils ne réfléchiront n^me pas à ne qui les ‘distingue. Y3'réfléchissent-ils fiaas les familles du peuple où frères et sœurs sont
- levés dans les mêmes chambres ?
- — Non.
- — Et la raison en est bien simple. C’est que l’habitude et La fréquence des rapports entre enfants est pour les mœurs une protection autrement féconde que toutes les précautions que vous prendrez. Rassemblez un peu vos souvenirs de jeune garçon. Y a-t-il chose au monde qui sourie autant à l’enfance que ce qu’on lui interdit ?
- -M- Il est certain que toute défense enjolive atix yeux de l’enfant l’objet défendu.
- . — Oui, et qu'il trouve piquant de triompher des obstacles qu’on lui oppose et de montrer qu’il échappe aux précautions prises contre lui.
- — C’est une manière de s’affirmer à lui-même sa propre liberté.
- — Justement. Mais puisqu’il en est ainsi, ne comprenez-vous pas qu’on prend l’éducation à rebours et qu’en séparant les sexes dans les écoles on arrive précisément au résultat que l’on croit éviter.
- — Je comprends très-bien les raisons que vous me donnez. Elles me paraissent justes en théorie. Toutefois il peut arriver que télle chose qui paraît juste dans le domaine spéculatif soit Condamnée par i’eX-périence pratique. Or, c’est, me paraît-il, le cas de l’école mixte. Je me souviens du temps où il n’y avait guère en France que de ces écoles-là, Ainsi sous Louis-Philippe on était très pauvre en moyens d’enseignement. Beaucoup de villages n’avaient pas d’écoles et là où les écoles existaient elles réunissaient filles et garçons,
- — Eh bien î était-on plus dépravé à Cette époque-là qu’aujourd’hui ?
- —< Je ne dis pas cela. Seulement je vous ferai observer que si Ces écoles mixtes ont été remplacées par des écoles distinctes, c’est que l’on a eu de bonnes raisons pour le faire.
- — Entendons-nous. Si vous voulez dire qu’il y a eu des raisons de moralité, je le conteste ; mais si vous parlez de raisons politiques, alors vous êtes dans le vrai. La substitution des écoles distinctes aux écoles mixtes est une des plus habiles manœuvres du cléricalisme sous la présidence et sous le règne de Napoléon.
- — Yous croyez.
- — J’en suis sûr, et volis allez me donner raison.
- — J’écoute.
- — Savez-vous quelle fut la première mesure lé»
- gislative tendant à la suppression des école! mixtes ? ... i
- — Non. .. •
- — Eh bien ! ce fut la loi du 15 mars 1850, loi promulguée par le Président à l’heure où les armées
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- françaises, victorieuses des patriotes romains, ramenaient au Vatican le pape fugitif.
- — Cette date suffit à édifier sur l’esprit qui inspire la loi en question.
- — L’appétit vient en mangeant. Le clergé ne se tint pas pour satisfait. La loi de 1850 ne lui suffisait pas, il voulait davantage. Aussi le 31 octobre 1854, à l’époque où l’influence cléricale de l’impératrice était dans toute sa fraîcheur, le ministre adressait à tous les préfets des instructions générales leur enjoignant qu’ils « devaient travailler de tous leurs efforts » à la substitution d’écoles spéciales aux écoles mixtes.
- — Bien. J’admets que ces mesures ont été rendues à une époque de réaction cléricale, les dates le prouvent, mais je ne vois pas ce que*le clergé avait à y gagner.
- — Vous allez le voir. L’article 49 de la loi du 15 mars 1850 stipule que « les lettres d'obédience tiendront lieu de brevets de capacité aux institutrices appartenant à des congrégations religieuses ». Or comme il n’y a d’institutrices que pour les écoles spéciales de filles, on a séparé les filles des garçons afin de permettre à des sœurs, illettrées ou à peu près'mais pourvues d’une lettre d’obédience, d’accaparer toute cette branche de l’instruction. Une fois la porte de l’enseignement toute grande ouverte aux Sœurs, les Frères n’ont pas manqué de la franchir à leur tour et de s’emparer des écoles de garçons. C’est ainsi que secrètement, sournoisement, avec cette prudence silencieuse et cette patience soutenue qui caractérisent ses manœuvres, la curie romaine a fait main-basse sur une forte partie des enfants de la France et façonne leurs intelligences de manière à favoriser ses prétentions futures; Comprenez-vous maintenant ?
- — Je ne comprends que trop et je m’étonne que le ministre actuel de l’instruction publique, qui ne saurait être suspecté de cléricalisme, persiste dans les errements de ses devanciers.
- — Non seulement il y persiste, mais il les accentue davantage. En beaucoup d’endroits où les écoles mixtes existaient encore on les supprime. A deux pas d’ici, par exemple, il y a une commune comprenant deux villages. Chacun d’eux avait son école mixte. Aujourd’hui chacune de ces écoles est consacrée à l’un des sexes. Il résulte de cette belle combinaison que la moitié des enfants de chacun de ces villages, au lieu d’avoir comme précédemment l’école à proximité, est contrainte de se rendre dans l’autre village quelque temps qu’il fasse, pluie, vent, gel ou verglas.
- . — Quelle absurdité.
- — Et remarquez ceci : les garçons -et filles que déplace inutilement de la sorte afin de ne pas | voir côte à côte sous l’œil du maître, sont forcés
- > Pîf
- le fait même du déplacement qu’on leur impose deSe croiser en route, loin des maisons et loin de tou^ espèce de surveillance.
- — C’est par trop fort.
- — C’est comme cela. Quand vous voudrez vérifia le fait je suis à votre service pour le mettre sous y0j yeux. Voilà où l'on en est aujourd’hui. C’est le progrès à reculons. Et tout cela parce que nos gouvernants ne veulent pas • prendre la peine de réfléchir on parce qu’ils ont trouvé trop fatiguant de renverserle3 lois de leurs prédécesseurs. Ils en sont même venttj à croire cette chose absurde qu’un monde où les pe. tits garçons et les petites filles s’occuperaient côte 4 côte de géographie et d’arithmétique sous les yenx des professeurs serait un monde perdu.
- {A Suivre). Ed. Champury.
- COOPÉRATION ET ASSOCIATION
- Nous donnons ci-dessous le compte-rendu d’une réunion qui vient d’avoir lieu à Keighley (Angleterre entre les Sociétés coopératives du district d’Aire-dale.
- Ce résumé reflète assez fidèlement les deux aspects de l’esprit coopérateur anglais :
- Le sens pratique et le côté large et généreui qu'embrasse la coopération quand elle est comprise comme voie d’accès à l’Association.
- M. Howell, président de la Société de Keighley occupe le fauteuil.
- En ouvrant la séance il rappelle que lors delà dernière réunion, c’est-à-dire en remontant à plus de 2 ans 1/2, la Société dont il fait partie subissait une crise très grave, et il ajoute qu’actuellement la Société est prospère, grâce à un système parfait de contrôle.
- M. Swallon (secrétaire du district) prononce un discours pour expliquer en quoi consiste ce système. « Peu de sujets », dit-il, « sont plus importants pour une Société coopérative qu’un système de contrôle bien ordonné qui empêche le gaspillage et qui fasse ressortir le soin et l’économie apportés dans la direction des magasins.
- Cette question a donné lieu à beaucoup d'études et de discussions. Nombre de plans ont été conçus, mais la plupart avaient le tort d’être trop dispendieu* pour les résultats qu’ils pouvaient produire, et ileSt arrivé que même avec un système complet de cou-trôle on se trouvait, au grand désappointement des
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- "Aérateurs, en présence de pertes vraiment extra-ürdinaires. *
- le système que l’orateur va exposer a été appli-ué par des Sociétés grandes et petites depuis nom-^re d’années et presque partout avec des résultats
- satisfaisants.
- Un discours qui eut un retentissement considérable fat prononcé sur la question par le président delà Société d’Halifax au Congrès tenu dans cette ville en 1874 L’orateur constatait qu’un nouveau système de contrôle établi chez eux depuis 1863, donnait de bons résultats sous tous les rapports. Tel est encore l’avis de la Société d’Halifax.
- L’orateur passe ensuite à l’examen du système en question.
- « Ce système », dit-il, « n’a aucun rapport avec le prix des marchandises, ni avec les bénéfices faits sur tel ou tel produit. A strictement parler, il n’est pas non plus en connexion avec les balances de compte au point de vue de la perte ou du gain, quoique en définitive il agisse considérablement sur le gain ou la perte.
- dises perdent en magasin, et que des causes diverses en diminuent le prix de vente. Pour faire la part de ces déperditions, il est alloué un certain taux [de pertes possibles.
- « Après soigneux examen et nombre d'enquêtes, il nous est apparu » dit l’orateur « que l’on pouvait allouer ainsi' 2 à 3 deniers (20 à 30 centimes) par livre (25 francs), pour ce qui concerne les affaires faites communément dans les magasins coopératifs.
- « Ce système mis en pratique à Leeds nous a parfaitement réussi. Chaque chef de magasin en entrant à notre service nous signe un engagement et nous remet une obligation de 50 livres (1250 fr.) il s’engage à vendre aux prix fixés par la société, sauf la possibilité de 3 deniers de^ perte à la livre. Le taux est parfaitement rationnel, les chiffres suivants en donnent la preuve :
- a Pendant les trois derniers mois le taux moyen du coulage dans nos 49 magasins a été de 1 den. 1/2 par livre.
- 17magasins ont travaillé en dessous de 1 d. de perte
- par livre.
- « Il est le moyen de savoir si le chef de magasin remplit ses fonctions avec économie et fidélité.
- « La base de ce système (1) est de regarder le chef de magasin pour ce qu’il est, c’est-à-dire un distributeur de produits (non un acheteur ou un vendeur), et de voir si la distribution est bien faite et si les produits sont tenus en magasin de façon à ne rien perdre de leurs qualités de vente, à ne subir aucune détérioration.
- « On arrive à ce contrôle efficace en n’envisageant que le prix de vente au détail et en disant au chef du magasin :
- « Nous plaçons en vos mains telle quantité de produits que vous devez vendre tel prix. Ce que la marchandise a coûtée la part de bénéfices qu’on veut en tirer n’entrent pas dans la question spéciale qui nous occupe. A un certain moment nous viendrons constater l’état et la quantité des marchandises en magasin, et vous devrez alors nous représenter la quantité sus-dite de marchandises ou sa valeur en argent.
- “ Le système est facile et simple comme on le voit, ^ais dans les approvisionnements divers, épiceries, 6tc-, il y a à tenir compte que certaines marchan-
- Htercer*8 <^?rs serv'ces de l’Assoeiatiorf du Familistère, Epicerie, de com'^Ci a 'menlat'on, buvette, etc., possèdent un svstème analogue des serv° . <1ont Application est faite par l’Econome, Chef général ^»ffiili8tèCeS ^^khation sociétaire et agent exécutif du Conseil du
- 11 » au dessus de 1 et en dessous de 2
- 10 » » 2 » 3
- 4 » » 3 » 4
- 6 » » 4 » 6
- 1 seul a eu 8 d. 1/2 de perte par livre. Mais le chef de ce dernier magasin a dû résigner ses fonctions et il aura à se défendre de l’accusation de malversation.
- « Vous voyez par ce tableau » continue l’orateur « que le système que nous préconisons est bon. Peut-être pensera-t-on qu’il est oppressif pour le chef de magasin. Je puis certifier par expérience qu’aucun bon chef n’en est effrayé car il sait qu’avec une attention vigilante et de l’économie il peut répondre à ce qu’on attend de lui.
- « Pour la pratique du système un livre spécial doit être tenu en dehors des livres ordinaires de la société; ce livre a pour but de montrer la quantité totale des produits en stock avec indication du prix de détail dès la réception.
- « Le chef de magasin est débité de tous les produits en stock pendant le trimestre et crédité de toutes les marchandises sorties dans le cours du même exercice.
- * La déduction convenue étant faite, le stock est évalué au prix de détail à la fin du trimestre, et l’on voit ce qui a été vendu.
- « Nous donnons ci-après l'e duplicata d’un de nôs livres pour faire mieux saisir l’opération. »
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- Trimestre finissant le 91 mars 1880.
- Débit
- à stock livraison 31 décembre 1879. 5531 9*11 &
- Marchandises livrées pendant
- le trimestre. L. S, D.
- Farine 784 6 8
- Epicerie 1206 14 0
- Boulangerie 19 0 31/2
- Diverses 1 8 9
- Coopérative news 0 3 0
- 2565. 2. 7 1/2
- « Crédit L. S. D.
- par stock au 31
- mars 1880. 529 18 5
- Allocations (remises) 13 6 531. 1. 11
- Produits vendus pendant le trimestre 2034. 0. 8 1/2
- Coulage alloué à 3 d. par livre. 25. 8. 6 1/2
- Somme d’argent requise. 2008,: 12. 2
- Somme encaissée d’après les livres. 2020. 8. 0
- Surplus. 11.15.10
- Un autre orateur succède à M. Swallow.
- M. Vansittart Neale le secrétaire général du bureau central des sociétés coopératives fédérées, après avoir insisté sur la nécessité du dépôt d’une somme en garantie de bonne gestion parle chef de magasin, dit que le système proposé peut être très-bon et très-utile.
- Des remerciements sont votés à M. Swallow pour son discours.
- Le même soir une nouvelle réunion eut lieu,
- Dans cette réunion, M. Vansittart Neale, comme étant l’un des chefs du grand mouvement coopératif, fut prié de bien vouloir prendre la parole.
- M. Neale profita de cette occasion pour faire de nouveau ressortir l’intérêt qu’il y a pour le peuple à donner le pas aux questions sociales sur les questions politiques.
- Il dit qu’en Angleterre où la liberté d’Association est illimitée la seule chose dont les travailleurs aient besoin pour leur émancipation, c’est de se rendre un compte exact des facilités que la loi leur offre, afin de réaliser le capital dont ils ont besoin pour devenir eux-mêmes propriétaires du sol et se créer des maisons unitaires pourvues de tous les avantages possibles. {Applaudissements).
- Quant au caractère religieux du mouvement, M.
- Neale fait remarquer que le christianisme et tous i6s autres systèmes de théologie ont fait leur temps et tombent en pièces. Us ont été à la vraie religion Ce qu’est une enveloppe d’argile.pour une lumière-ils ont gardé l’esprit religieux à travers les 4gei’ Aujourd’hui l’enveloppe se brise et cette lumière qttj est divine ne s’en répand que mieux.
- Dans le mouvement actuel, c’est à la fois pour l’a. Venir et pour eux-mêmes que les travaille^ agissent et c’est dans ce sentiment de l'utiijtg de ses œuvres que l’homme trouve la plus grands la plus sérieuse des satisfactions* (Applaudisse, ment s).
- L’orateur est convaincu que quiconque se déyoQÊ sérieusement à ce grand travail a l’esprit calme et content. Il ne peut s’imaginer un liomme travail, lant pour le bien de l’humanité future, et manquant de bonté pour ceux, avec lesquels son existence s’écoule.
- M. Neale conclut en recommandant vivement à ses auditeurs de cultiver en eux l’esprit d’unité, n dit qu’il lui reste peu d’années à vivre, mais qu’il mourra content s’il voit cet esprit se répandre sur le monde.
- Des remerciements sont votés à M- Neale et le président proclame que le discours qui vient d'être prononcé est le meilleur discours coopératif qu’il ait jamais entendu,
- (Extrait du Coopérative News).
- ---. .
- LES GRÈVES
- La plupart des journaux politiques ont entretenu leurs lecteurs des péripéties des grèves de Roubaii et autres lieux.
- Les uns ont donné de sages conseils aux ouvriers, pour contrebalancer les suggestions de la faim, mauvaise conseillère et bien Gapable de faire naître des dangers au sujet desquels le Gouvernement su déclare incompétent, lorsqu’il s’agit de protéger l«t salaires.
- Les autres gourmandaient plus ou moins timidu* ment les patrons qui après avoir encaissé des bénéfices considérables, ne trouvaient pas le moiodr* petit centime à ajouter à la journée des malheureux dont le travail pourrait bien ne pas être étrangers cet accroissement de richesses. Tous, ou presque tous, critiquent et ouvriers et patrons qui s’obstinent à ne pas donner le spectacle public d’une réconciliation qui est pourtant faite dans les esprits-
- Car les patrons ne veulent pas afficher l’augmeU' tation consentie avant que les ouvriers ne
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- LE DEVOIR
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- entrés ; et les ouvriers ne veulent pas rentrer avant la susdite augmentation ne soit affichée.
- ^ Jjâ plus haute autorité du département est sur le oint d’intervenir et l’on compte sur la circulaire ^ éfectorale pour résoudre cette question sociale ^ansformée en question d’amour-propre.
- Ët maintenant que tout est pour le mieux dans le pilleur des mondes économiques possibles, puisque les journalistes vont reprendre possession des boulevards, les troupes le chemin de leurs casernes, les ouvriers, un peu de nourriture et les patrons la suite de leur digestion ; maintenant que tout est fini..... tout est à faire.
- parlant des grèves un ouvrier disait au Congrès
- de Lyon :
- « Le moyen de les faire disparaître est d’entrer résolument dans la voie de la coopération et de l’association. Les ouvriers ne pourront plus alors se révolter contre eux-mêmes. »
- Cet ouvrier avait raison.
- Il faut ajouter que les ouvriers ne se révoltent pas pour le plaisir de se révolter. Ce n’est pas par caprice qu’ils s’imposent, qu’ils imposent à leurs femmes et à leurs enfants les tortures de la faim.
- La grève est la manifestation soudaine et intermittente d’un mal profond et permanent : la mauvaise organisation industrielle et sociale.
- C’est pourquoi la question n’est pas résolue lorsque la faim qui fait sortir le loup du bois, fait rentrer l’ouvrier dans l’usine.
- Quelques centimes, quelques minutes de travail en plus ou en moins, ne changent pas la situation.
- Voyez : grèves partout. Toutes les branches de l’industrie sont atteintes.
- Les tisseurs les fileurs sont en grèves à Lille, Armentières, Roubaix, Tourcoing, dans Bolbec, Lillebonne, à-Manchester en Angleterre ; les ouvriers du bâtiment à Reims ; les tailleurs à Rennes ; les tailleurs de pierres à Anderthem, à Cardiff (Angleterre) ; à Marseille ; les charrons à Paris ; les cordonniers à Bourg et à Edimbourg ; les menuisiers et charpentiers en France à Tours ; en Angleterre, à Scarborough; en Espagne à Barcelone, etc., etc., etc.
- Puisse l’universalité de ces conflits amener de salutaires réflexions.
- Il faut se mettre résolument à l’œuvre, extirper ce mal que ne font pas naître les excitations d’agents Plus ou moins politiques, et contre lequel ne peuvent rien les exhortations pacifiques, les charges de ca-valerie, et les circulaires préfectorales.
- Le remède? les quelques mots que nous avons C1tes Plus haut l’indiquent : coopération, association,
- Le Devoir, tout en consacrant une large place
- aux tentatives des ouvriers dans le premier sens, s’est imposé la mission de faire connaître les avantages qui résultent pour la pacification sociale de la participation de l’ouvrier aux bénéfices, c’est-4-dire de l’association du oapital et du travail,
- Le Devoir est bien placé pour faire cette démonstration puisqu’il est l’organe de l’association du Familistère où la théorie est consacrée par la pratique.
- C’est par des expériences, de cette nature que le problème social se résoudra, Nous relevons ci-après un article de « La France » du 17 mai dans lequel M. Simonin donne son avis sur ce grave problème et sur la solution qu’il comporte.
- J. P.
- LE CAPILAL ET* LE TRAVAIL.
- Des grèves très sérieuses viennent d’éclater dans le Nord, à Lille, à Roubaix, à Armentières, dans les filatures et les ateliers de tissage,
- Il y a quelques jours, les filateurs et les tisseurs de Reims voyaient également leurs usines arrêtées par la grève.
- Qu’il s’agisse de la laine, du coton ou du lin, le malaise est général.
- Cette situation, d’ailleurs, n’est pas particulière à la France : dans le Lancashire, à Oldam, à Manchester, à l’heure où j’écris, les ouvriers, au nombre de plus de 30,000, demandent une augmentation de salaire, et, comme les patrons la leur refusent, quittent les ateliers.
- Si je passe l’Atlantique, je constate également qu’il y a trois semaines, dans tous les états industriels de l'Union, principalement la Pensylvanie et l’État de New-York, une partie des manufactures se fermaient devant les revendications des ouvriers.
- Ainsi, le mal est universel et éclate par intermittence, dans l’ancien monde comme dans le nouveau.
- Si le mal est universel, le remède doit l’être, et ce ne sont pas des palliatifs qu’il faut chercher, mais bien couper le mal dans sa racine.
- Aux protectionnistes obstinés qui accusent en France les traités de commerce de 1860 et la supériorité des filatures anglaises sur les nôtres, d’être la cause de cette crise, je réponds que ces traités n’ont rien à voir dans cette affaire, puisque l’Angleterre souffre en ce moment comme nous.
- A ceux qui demandent qu’on instruise l’ouvrier et que l’école laïque, obligatoire, professionnelle, le prépare aux luttes du travail, de la concurrence et de la liberté, je réponds que l’école semble avoir
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- LS DEVOIR
- peu d’influence ici, puisque les Etats-Unis eux-mêmes, dont les écoles peuvent en tout être citées comme des modèles, les États-Unis sont sujets à des grèves plus formidables et plus répétées que les nôtres.
- La question est uniquement concentrée, il faut bien que je le dise, dans la lutte du capital et du travail, du patronat et du salariat, dont les intérêts semblent opposés, alors qu’ils devraient être en réalité harmoniques.
- Le capital a-t-il fait en France, en Angleterre, aux États-Unis, en Allemagne, tout ce qu’il devait faire pour le travail?
- Je réponds que non, et que, tant qu’il ne l’aura pas fait, des grèves éclateront, toujours plus dangereuses ; car, comme Fs peuples vont partout à la démocratie, le nombre deviendra de plus le maître et affichera ses prétentions d’une façon de plus en plus flère. \
- Je ne veux pas parler ici de ce que le patron a essayé de faire pour le travailleur : maisons ouvrières, caisses de secours et de retraite, magasins coopératifs, association aux bénéfices. Tout cela ne fonctionne pas partout, et si je retrouve quelque part quelques-unes de ces améliorations, je ne les y retrouve pas toutes.
- C’est cependant ce qu’il faudrait, car il ne sert ici de rien d’adopter certains détails si l’on n’adopte pas tout l’ensemble.
- Dans un grand centre industriel où il n’y a jamais eu de grèves, et que je viens exprès de visiter, la réforme a été radicalement opérée.
- Ce que le capital peut faire pour le travril, le patron pour l’ouvrier, l’habile et intelligent fondateur du Familistère de Guise, qui a su mettre si heureusement « la richesse à la portée du peuple », va nous l’enseigner.
- Mais qu’est-ce que le familistère ? direz-vous.
- Le familistère, c’est un édifice où vivent des familles d'ouvriers, comme le monastère est l’édifice où vivent des moines, et le phalanstère l’édifice social où Fourier avait rassemblé ses groupes sympathiques ou phalanges. Fourier était un rêveur, M. Godin, un de ses disciples, ne l’est point.
- Il faut à l'ouvrier une maison commode et propre, où l’air, la lumière et l’eau aient librement accès à portée de la crèche et de l’école où il envoie son enfant, des lieux de récréation où il se repose et se distrait, des magasins où il se fournit, des ateliers où il travaille.
- M. Godin, à Guise, dans l’Aisne, a créé tout d’a- | bord une usine importante et prospère, qui n’occupe pas moins d’un millier de bras, puis il a donné à ses
- travailleurs tous les avantages que je viens d’én^ mérer.
- Il fait plus, il les associe légalement aux bénéfice* de son industrie, et il va même les associer de telle façon que, dans un espace de temps donné, disoQS vingt ans, l’usine et la cité, le familistère, appâr, tiendront à ses ouvriers.
- Certes, tous les chefs d’industrie n’entendent pas aller jusque là ; mais la maison, l’école, le magasin les lieux de récréation, le patron les doit mettre à la disposition de l’ouvrier et à prix coûtant, s'il veut vivre en bonne harmonie avec lui, s’il veut qu6 la paix règne dans l’usine et hors de l’usine.
- Qu’ont fait les patrons jusqu’ici ?
- Très peu de chose.
- Que leur reste-t-il à faire ?
- Presque tout.
- Et c’est parce que l’on rencontre dans cette magnifique institution du familistère, trop peu connue, trop peu citée,trop peu visitée,tout ce qu’il faut pour rendre le travailleur heureux, que je me suis permis de citer cette institution comme exemple.
- J’oubliais un détail.
- Aux États-Unis le prêtre est banni de l’école, de même il l’est du familistère.
- Aux Etats-Unis, on pense que c’est aux parents d’instruire les enfants dans la religion ; de même M. Godin laisse aux parents ou aux prêtres, mais alors hors du familistère, le soin de s’occuper de cette partie de l’éducation.
- Vous me demanderez où je veux en venir.
- Le voici :
- Je crois que l’heure est pressante et que la question ouvrière ou, si vous préférez, l’association du capital et du travail est un des plus grands problèmes du jour.
- Cette question, comiùent arriverez-vous à la résoudre ; cette association, comment arriverez-vous à la former? La lutte, qui est de plus en plus imminente, comment arriverez-vous à l’empêcher?
- Ce ne sera pas, je le répète, par des palliatifs, par des hausses momentanées de salaires, par des droits protecteurs mis à vos frontières sur les produits de l’étranger qui viennent faire concurrence aux vôtres; ce ne sera pas par l’instruction gratuite et laïque généreusement donnée à l’ouvrier, ni par des écoles professionnelles largement instituées, ni par des caisses de retraite et de secours, ni par des asiles pour la vieillesse ; tous ces moyens pris un à un sont bons, mais ne peuvent atteindre et extirper le mal dans son ensemble.
- Il faut délibérément associer le travailleur aux bénéfices de l’industrie et donner avant tout à l’ou-
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- LE DEVOIR
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- vrier et à sa famille tout le bien-être, tout le confort, toute la sécurité dont jouissent les classes riches.
- Comment cela ?
- En fondant auprès de l'usine « le palais du travail, la commune nouvelle » dont il vient d’être parlé, et qui n’est pas une caserne, ni un couvent, mais comme une petite ville ^propre et coquette, où régnent la paix, l'abondance et le bonheur et où les grèves ét les chômages sont inconnus.
- L. Simonin.
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- NOUVELLES DIVERSES
- FRANCE
- Gfrèves dxa. Nord. — A l’heure ou paraîtra notre journal les grèves du Nord seront probablement terminées dans toutes les villes où elles avaient éclaté.
- Voici, d’après les journaux qui ont envoyé des reporters sur place, quelques détails sur la grève de Roubaix et ses causes:
- Il y a, à Roubaix, sur une population de plus de 80,000 habitants, 30,000 ouvriers environ dont la moitié est composée de sujets belges. Ceux-ci, exerçant divers métiers, maçons, plafonneurs, peintres, etc.", viennent en hiver, c’est-à-dire pendant les chômages, demander du travail dans nos ateliers français, où ils acceptent les plus modiques salaires.
- La moyenne de la journée, à Roubaix, dépasse souvent douze heures , pour atteindre parfois quatorze et quinze heures.
- Des ouvriers delà filature Motte-Bossut ont même déclaré devant une commission municipale composée de M. Gh. Daudet, maire ; Gh. Bonne, conseiller municipal; Leloir, etc., qu’ils travaillaient jusqu’à seize heures par jour.
- Notez que ces ouvriers travaillaient au flatteurs, c’est-à-dire se trouvaient exposés seize heures par jour à l’inhalation des poussières organiques dont l’atmosphère des ateliers est chargée. Je n’insiste pas sur les conséquences désastreuses de cet état de choses pour la santé des ouvriers.
- Eh bien, sait-on ce que, dans ces conditions, gagne en moyenne l’ouvrier roubaisien? De 13 à 16 fr, par semaine.
- L’ouvrier qui, à la fin de la s'enfaine, c’est-à-dire après six jours de travail, touche la somme de 16 fr. peut s’estimer heureux : c’est presque un ouvrier de choix. On nous en a cité qui avaient atteint la somme de 17.50, mais eeux-là sont des phénix du genre, ce sont des exceptions.
- Quant aux femmes, cela va sans dire, leur salaire est bien au-dessous de cette moyenne.
- En résumé, un ouvrier qui gagne 65 fr. par mois est nn bon ouvrier.
- E maintenant quels sont ses frais ?
- Il est vrai que l’ouvrier de Roubaix est d’une grande sobriété. Il ne vit guère que de pain et ce pommes de terre, mais encore faut-il se vêtir et payer son loyer. Ce loyer est en moyenne de 15 à 16 fr. par mois, c’est-à-dire qu’il absorbe à lui seul le quart du gain mensuel.
- Quant au vin, les ouvriers n’en boivent pas, les plus ûis^s boivent de la petite bière, les autres, c’est-à-dire l’immense majorité, les huit dizièf^es, ne boivent que de l’eau.
- On voit combien est triste la situation de ces malheu-reux. Que doit-elle être pendant les hivers rigoureux, alors que l’ouvrier, insuffisamment nourri, insuffisamment vêlu, manque du combustible nécessaire pour se réchauffer dans son misérable réduit? Et la femme et les enfants? car beaucoup ODt charge de famille. Peut-on songer sans frémir à une aussi effroyable misère ?
- Et pourtant ces gens-là travaillent, ils travaillent du matin au soir, et quel fruit retirent-ils de leurs fatigues sans trêve ? La misère dans le présent... comme dans l'avenir. La misère toujours et sans espoir, voilà leur lot.
- Le rigoureux hiver que nous avons traversé cette année a fait subir une crise à l’industrie roubaisienne. Les patrons en ont profité pour baisser immédiate,lient les salaires. Les ouvriers placés entre ces deux termes, ou accepter la réduction de leurs salaires, ou demeurer sans ouvrage au milieu d’un hiver épouvantable, n’ont pu hésiter : ils ont cédé aux patrons.
- Au printemps, la situation étant redevenue prospère, les affaires ayant repris avec une intensité telle qu’on peut dire que, depuis longtemps, l’industrie roubaisienne n’avait eu autant de commandes, les ouvriers purent espérer que les patrons ne tarderaient pas à rétablir la hausse des salaires.
- « Puisqu’on réduit nos salaires lorsqu’il y a crise, se disaient-ils, quand il y a prospérité, il est juste que nous en profitions. »
- Il n’en fut rien. Les patrons refusèrent de modifier les prix d’hiver. Ils arguaient des prétendues pertes qu’ils avaient subies. C’est une plaisanterie. Depuis le commencement de l’hiver, les filateurs de laine à façon font payer à leurs clients, pour le filage des laines 33 0/0 de plus qu’auparavant ; ils ont donc haussé d’un tiers leurs prix, alors que l’ouvrier ne réclame d’augmentation que dans la proportion d’un huitième de sa journée ordinaire. On nous cite d’ailleurs tels industriels qui, depuis le commencement de cette année ont réalisé qui quatre, qui cinq, six et même sept cent mille francs de bénéfices.
- Les réclamations des ouvriers étaient d’autant plus fondées que, chaque j our, le travail devient plus ardu. Les patrons créant sans cesse des dessins nouveaux et de plus en plus-compliqués il en résulte pour l’ouvrier tisseur un surcroît de travail dont il n’est pas rémunéré, puisqu’il est à la tâche.
- Les ouvriers n’obtinrent pas gain de cause et la grève commença. ,
- Les palrons, de leur côté, s’irritèrent de ce que les ouvriers suspendaient ainsi le travail sans leur avoir envoyé de parlementaires pour exposer à nouveau leurs demandes. Il est d’usage à Roubaix que les ouvriers doivent avertir huit ou quinze jours d’avance, selon les maisons avant de quitter les ateliers ; les patrons d’autre part, s’engagent également de ne pas renvoyer leurs ouvriers sans les prévenir.
- Les patrons craignirent aussi que, s’ils cédaient trop facilement, les ouvriers ne recommençassent dans quelques mois à interrompre brusquement le travail.
- Cette grève a coûté, dit-on, aux ouvriers plus d’un million de salaires. La misère s’est assise à beaucoup de foyers. Les industriels eux-mêmes subissent chaque jour des pertes considérables.
- On cite une maison des pl is importantes, qui fabriquait près de 1,200 pièces de tissus chaque semaine et qui a dû, à cause de la grève, interrompre depuis trois semaines sa fabrication.
- T .P» grèves de Reims sont aujourd’hui terminées.
- Ce calme sera-t-il de longue durée? Nous l’ignorons totalement ; seulement, l’on doit observer qu'à la suite des troubles de dimanche et lundi derniers une profonde scission s'est produite entre les grévistes.
- L’entente, il est vrai, n’est pas encore complètement faite. Les conditions posées par les grévistes étaient au nombre de dix. Cinq, relatives à des questions techniques, ont été acceptées. Mais le syndicat des patrons n’a pas accordé les autres, consistant en la libre ciculation dans les usines, le droit d’entrer et de sortir à l’heure qu’on voudrait, la suppression des amendes, le paiement d’une indemnité de chômage les jours de réparations de machines, et enfin le droit de fumer pendant toute la durée du travail.
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- LE DEVOIR
- Grévistes condamnés. — Des poursuites ont eu lieu à la suite de la grève de Bolbec. Un des ouvriers a été condamné à 6 mois de prison ; deux à 3 mois ; un à lb jours ; deux à 6 jours ; six à 16 francs d’amende sans prison. Trois ont été renvoyés de la poursuite.
- Voici quelle admonition le ministère public a cru de son devoir de leur faire :
- « Ne vous étonnez pas, leur a-t-il dit, si les spectateurs désintéressés comme nous, si vos amis les plus sincères gémissent quand ils voient une grève commencer. C’est que nous savons que, si la production fait la fortune du pays, toute interruption du travail produit la misère.
- v Çe n'est pas que nous ayons à intervenir jamais dans vos débats avec vos patrons. Vous êtes absolument libres, même de compromettre vos intérêts. Mais savez-vous où commence notre mission ? C’est lorsque vous cessez de respecter la liberté d'autrui. Nous sommes sous un régime de liberté absolue ; mais on n’est libre qu’à la condition de respecter la liberté de ses concitoyens. En agissant autrement, on les opprime.
- » Qu’avez vous fait le 21 avril? Vous avez opprimé vos camarades, vous avez encore violé 1a. propriété, le domicile de vos concitoyens, vous avez suspendu le travail.
- » Si vous étiez mieux conseillés, mieux instruits, vous ne vous laisseriez jamais entraînera de pareilles violences, vous useriez tranquillement de la liberté de transaction, qne personne, ne vous conteste; vous sauriez que les grèves, ruinèuses pour les patrons, le sont encore plus pour les ouvriers ; vous sauriez que les ouvriers anglais y ont presque renoncé, après avoir fait à leurs dépens mainte expérience infructueuse.
- » Vous sauriez aussi la joie que les désaccords entre ouvriers et patrons causent aux ennemis de la France, à ceux qui cherchent à fonder leur fortune éphémère sur la ruine des patrons, qui entraînerait celle des ouvriers. »
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- Création d’une fête nationale. — M, Benjamin Raspail a déposé sur le bureau de la Chambre la proposition de loi suivante :
- « La République adopte la date du 14 juillet comme jour de fête annuelle, n
- La proposition est signée par 63 députés'.
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- ESPAGNE
- Les rois s’amnsent. — Le Voltaire publie sur don Carlos d’intéressants, de très intéressants détails d’après le général Boët. On peut y voir quels sont les goûts et les distractions de ce brillant prinçe :
- Il faisait placer dans un compotier de la chandelle coupée en petits cylindres et y mêlait deux ou trois morceaux de pomme façonnés au couteau. Ensuite, il faisait engager une personne de la société à manger tout ce qu’il mangerait lui-même. Les victimes de * la plaisanterie s’offraient, toujours empressées à faire leur cour, et souvent plus nombreuses qu’il n’y avait de morceaux pour les satisfaire toutes. On apportait le compotier. Don Carlos avertissait alors qu’il s’agissait de manger de la chandelle. Naturellement, les malheureux faisaient la grimace. Mais ils s’étaient si bien engagés qu’ils ne pouvaient plus reculer, D’ailleurs, le prétendant payait d’exemple et, sans broncher, il dévorait un de ces blancs cylindres. Bien entendu, il avait commencé par se servir et par prendre les pommes, Généralement, au premier coup de dent, les malheureux qui avaient voulu l’imiter étaient obligés de se lever de table. Roët raconte qu'un M. de Laborde, légitimiste français, très dévoué à la cause du prince, pensa rendre l’âme à la suite d’un de ces dîners au suif.
- AUTRICHE-HONGRIE
- Congrès ouvrier*. — Pendant les deux jours de fête de la Pentecôte, il s’est tenu à Pesth un congrès ouvrier.
- 136 délégués de toutes les parties du pays y ont pris part.
- Le Dp Csillag, élu président, a ouvert le congrès par une allocution en hongrois, dans laquelle il a dit entre autres que le mouvement provoqué avajt pour but de ré. soudre la question ouvrière.
- C’est ce qu’a répété après lui, en allemand, M. Léo Frankel, qui a joué, comme on le sait, un rôle dans la Commune de Paris.
- Le Congrès a résolu :
- 1° de fonder un journal central des ouvriers ;
- 2° de publier des brochures sur la question ouvrière;
- 3® d’organiser dans ce but des souscriptions ;
- 4* de tenir des réunions ouvrières ;
- 5° d’adresser un mémorandum aux ouvriers.
- •k
- Rétribution des apprentis.
- — Les apprentis de la fabrique J, Saigner à Katarinaberg se sont’mis en grève Ces jeunes gens, âgés de 14-18 ans, travaillent dans les conditions suivantes : de 6 heures du matin à 9 heures du soir avec une demi heure pour le dîner ; quelques-uns ne cessent leurs travaux qu’à minuit: ces enfants reçoivent 60 kreutzers par jour, soit 3 florins 60 kreutzers (4 fr. 55) par semaine !
- [Sozial Démolirai),
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- ALLEMAGNE
- XTn acte de justice, — La Cour supérieure vient de condamner le gouvernement à payer au socialiste Kaufmann des- dommages-intérêts pour les mois de prison qu’il a subis.
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- ÉTATS-UNIS
- JLes femmes. — D’après une correspondance du Siècle, assez malicieuse du reste, l’association des femmes qui prend à New-York le nom de Sororis ou Société de Sœurs, est des plus prospères. Elle vient de fonder dans cette ville un club etune Bourse.
- On raille très-agréablement cette double institution, mais pour notre compte nous ne voyons pas pour quelle raison les femmes qui peuvent être à la tête de maisons de commerce o.u d’industrie et qui paient patentes comme les hommes,Sauraient pas aussi bien que ceux-ci, le droit d!avoir un cercle et une bourse.
- SUISSE
- m iarsition die l’Eglise et de l’Etat. —
- On écrit de Genève à la France, le 22 mai :
- Jeudi a eu lieu à l’église Notre-Dame la séance annuelle du synode catholique chrétien. L’évêque national suisse, Mgr Herzog, revêtu de tous les insignes de ses fonctions,crossé et mîtré, entouré d’une vingtaine de membres du clergé libéral en surplis a prononcé un discours dans lequel il a exposé les principes de la nouvelle Eglise, et insisté surtout sur le fait que, loin de tenir à l’union avec l’Etat, elle était prèle à renoncer à l’appui du budget si, de leur côté, les autres Eglises en faisaient autant.
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- RUSSIE
- Procès du docteur Weimar. — Un iro*
- mense procès a commencé à Saint-Pétersbourg.
- 8 Parmi les divers chefs d’aeçugatiem qui sont relevés
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- contre l’accusé, docteur Weimar, le plus lourd est celui d’avoir procuré un poison à Solowieff, auteur de l’attentat contre l'empereur.
- Cette accusation est basée sur ce que le docteur "Weimar a fait prendre dans une pharmacie un poison extrêmement violent et d’un usage très-rare.
- Dans son interrogatoire le docteur Weimar a d’abord prétendu qu’il avait promis ce poison à un M.D..., pour empoisonner le chien d’un M. K..., puis, ce dernier ayant nié ce fait, que c’était pour empoisonner son propre chien. Or il a été prouvé, par le témoignage de ses domestiques, que le docteur Weimar ne possédait pas de chien.
- L’acte d’accusation affirme, en outre, que c’est le docteur Weimar qui a acheté le revolver qui a servi à Mirski, pour tirer sur le général Drentelc, et à Solowieff pour tirer sur l’empereur. C’est un revolver de grand calibre,, semblable à ceux dont on se sert pour la chasge à l’ours. Par contre, l’accusation relative à l’achat du cheval qui a favorisé la fuite de l?assassin du général Mezentzoff est moins prouvée,
- Les mesures sévères pour empêcher la publicité des débats ont donné lieu aux bruits les plus divers, aux interprétations les plus bizarres.
- Aussi on affirme que le gouvernement craignant certaines révélations qui auraient pu compromettre certains personnages très haut placés. Gela ne semble guère prohahle," car s’il en était ainsi, il n’eût pas été difficile au gouvernement d’étouffer complètement l’affaire.
- (Correspondance franco-russe).
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- Triste emploi die l’électricité. — On lit
- dans le Petit Parisien :
- Il faut avouer que les gouvernements et les tribunaux d’autrefois étaient terriblement’naïfs dans l’art de tourmenter les misérables.
- Quand on voulait faire parler un homme supposé COU-' pable, —= et peut-être innocent, — que faisait-on?
- Qu lui mettait un brasier ardent squs ses jambes nues f On versait de l’huile bouillante sur ses pieds chaussés de grandes bottes poreuses qui souvent prenaient feu? On lui introduisait des lames entre les ongles et la peau ? On l’asseyait sur un escabeau de bois, de l’aspect le plus anodin, qui était taillé, à sa partie supérieure, en forme de diamant d’environ six lignes carrées, et l’accusé restait assis sur cette pointe, — de façon que la çolonoe vertébrale portât tout le poids du corps, jusqu’à ce qull eût avoué des fautes réelles ou imaginaires ?
- Comme cela était médiocre, piteux, barbare, — j’entends « barbare > dans le sens d’« arriéré ! »
- C’est qu’en ce temps-là l’humanité était plongée dans les ténèbres et que la science ne faisait qu’épeler les premiers secrets de la nature.
- Grâce à Dieu et au czar, ou a changé tout cela ; la Question a été mise au niveau des progrès de la science : et, laissant aux musées les chevalets et les brodequins, QU torture par.,., l’électricité.
- Oui, par l’électricité.
- A la bonne heure ! voilà qui est « civilisé », voilà qui est« moderne. »
- Et, pour la pratique,, rien n’est plus simple, comme vous allez voir.
- Le bourreau, -r- qui, sans doute, entre deux exécutions, professe la physique à l’université de Péters-bourg, — prie l’accusé de vouloir bien s’approcher d’une bobine Rhumkorff, — tout ce qu’il y a de "plus nouveau comme invention, vous voyez, — et, grâce à des décharges électriques habilement redoublées, les membres du patient se tordent, ses dents claquent, ses cheveux se hérissent, ses yeux jaillissent de leurs orbites.
- Tout porte à croire que la souffrance est aussi intolérable qu’il est possible de le désirer.
- Mais ce qu’il y a surtout d’excellent dans cette façon de faire, c'est qu’après le supplice les nerfs de l’accusé sont absolument brisés, amollis,. vaincus...
- Cet homme, qui était superbement robuste tout à l’heure, est faible comme une femme ; sa tète penche,
- ses bras s’abandonnent comme ceux d’un enfant malade ; et le héros même devient un lâche.
- Alors, de cet espèce de chiffon vivant à qui reste la voix, on peut tii;er tous les aveux qu’on désire, toutes les paroles qui rendront la condamnation inévitable.
- D'après les renseignements donnés par des personnes qui sont en situation d’être bien informées, — renseignements qui n’ont pas été démentis, — la torture par l’électricité est devenue une coutume dans les forteresses russes, et l’on cite, entre autres faits, l’exemple d’un malheureux qui a été arrêté à Elisabethgrad, le 10 novembre 1879, pour avoir recelé un paquet de dynamite, et qui a été « questionné » à coups de batterie électrique, au point d’en perdre la raison !...
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- ANGLETERRE
- Le droit des femmes, — Un nombreux et enthousiaste meeting de femmes a eu lieu ces jours derniers, dans une salle de St-James, à Londres, sous la présidence de la vicomtesse Habenton, l’infatigable avocat du suffrage des femmes. Les résolutions à l’ordre du jour ont été adoptées, et une pétition a dû être envoyée aux ministres de sa majesté la reine, réclamant l’extension du suffrage et des franchises parlementaires, aux personnes qui paient la taxe foncière dans les bourgs et les comités, et qui appartiennent au même sexe que la gracieuse souveraine de 192 millions de sujets.
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- HABITATIONS SOCIÉTAIRES
- linbitatioH8 sociétaires;, — On lit dans le « Co-operative News » de Manches ter? du 15 mai 1880 :
- Le discours sur les habitations sociétaires (Associated homes) prononcé par M. Yansittart Neale, devant ras-* semblée des coopérateurs, discours que le « Co-operative News » a publié dans ses nos des 11 et 18 .octobre 1879, vient de paraître sous forme d’une brochure de propagande. Ce discours est précédé d’une intéressante notice biographique de M. Godin, biographie établie d’après les renseignements les plus authentiques.
- La brochure contient les vues du Familistère dë Guise qui ODt paru dans le « Co-operative News » de l’an dernier. Cet ouvrage qui’ ne peut manquer d’exciter un vif intérêt parmi les çoopérateurs, est livré au prix de trente centimes.
- Les comités d’éducation de chaque société contribueront largement à la propagande de l’idée des habû tâtions sociétaires (idée envisagée communément avec beaucoup de préjugés) en veillant à ce que la brochure sus-dite soit placée en un certain nombre d’exemplaires dans la salle de lecture de chacun des magasins.
- Etrange Pèlerinage
- Le Grand Duché de Luxembourg a conservé d’antiques coutumes dont quelques-unes ne manquent pas d’étrangeté.
- Ainsi, dit M. Elisée Reclus, le mardi de la Pentecôte, une procession de sauteurs parcourt % encore les rues d’Echternach,. du pont de la Sûre à' l’église, et cela, dit-on, pour conjurer la Danse de Saint Guy, qu’une tradition locale dit avoir été très-commune dans le pays, vers le VIIIe siècle : en 1&67, on vit 15.000 sauteurs, venus surtout d’Allemagne, réunis dans une seule procession. Les pèlerins, se tenant par des mouchoirs, sautent trois pas en avant et deux pas en arrière. Quoique la musique les encourage à là danse, un grand nombre de processionnaires tombent épuisés et sont recueillis parles habitants. Arrivée à l’église, la foule fait en sautant le tour de l’autel et chacun y dépose son offrande.
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- LE DEVOIR
- LE DERNIER-NÉ DE GINX
- SA NAISSANCE ET SES AUTRES INFORTUNES
- ParM. JENKÏNS
- IV. La loi selon VEvangile.
- Au moment où sœur Suspiciosa triomphait, l’ennemi dressait ses batteries contre elle. Le petit homme faisait son rapport au Secrétaire de la Société protestante des investigations. Celui-ci, un véritable gentleman, bien né et bien élevé, était poussé à'agir dansfcette cause par une juste haine de la superstition, de la fourberie des gens d’Eglise et de leurs mensonges. Il visait à abattre la puissance du démon, projet ambitieux à la réalisation duquel toute son énergie était consacrée ; et tandis qu’en toute autre matière il procédait avec calme et réflexion, en ceci il agissait avec tout l’emportement de l’enthoei-siasme. Il avait un nez taillé à la Romaine. Il pouvait sentir un prêtre dans n’importe quelle partie du Royaume-Uni. Il flairait le Jésuitisme dans le salon de la Reine, dans un conseil de cabinet ou un synode, bien qu’il n’eùt jamais mis les pieds dans l’un ni dans l’autre. Son regard était plus perçant que celui du faucon. Il vojait des choses invisibles et lisait sous tous les masques. Il reconnaissait un émissaire secret du Pape rien qu’à la forme de son chapeau ou à la couleur de ses bas. C’est du moins ce qu’il croyait, et des milliers de personnes agissaient d’après l’opinion que le secrétaire avait de lui-même.
- “ Ce cas », dit-il au petit homme, quand celui-ci eut conclu son rapport, « ce cas, bien que moins grave dans ses premiers incidents que nous n’étions portés à le croire, est à un autre point de vue très-sérieux. Voici un homme indifférent, comme vous l’avez exprimé, indiflérent à la vie spirituelle et matérielle de son enfant. La»mère, un vrai cœur de Protestante, un vrai sein de nourrice, languit d’allaiter son enfant et de le délivrer des filets de la Papauté. Mais le mari... Quel est son nom ?... G-inx. — Ginx ? un bien vilain nom pour la circonstance-: le cas Ginx ! Ce Ginx a abandonné son enfant aux Sœurs de la Miséricorde. Comment faire pour ravoir le bébé sans la coopération du père.... ? Enfin, nous allons essayer.
- On manda immédiatement le solicitor (1) de la Société. Après que l’affaire lui eut été soumise, il manifesta quelques^ doutes, proposa et retira divers
- (1) Solicitor, signifie littéralement ‘procureur. Parfois le solicitor remplit en effet, les fonctions de procureur ; d’autres fois il agit comme nos avoués, en France, ou encore comme simple conseil dans une affaire.
- moyens d’action, puis finit par insinuer qu’il allait prendre l’avis d’un homme compétent...
- « De M. Stigma, je suppose ? » demanda-t-il au
- Secrétaire.
- *
- — « Ah oui ! M. Adolphe Stigma est un de nos principaux appuis et son fils nous est dévoué corps et âme. »
- Messieurs Roundhead (2) Roundhead et Lollard (3) rédigèrent un exposé pour le soumettre à M. Stigma, J’en transcris seulement les derniers paragraphes.
- « M. Ginx étant indifférent et Mme Ginx se montrant toute prête à fai^e le nécessaire pour recouvrer la garde de son enfant et le confier à une maison de refuge protestante, •
- VOUS ÊTES REQUIS D'AVISER :
- « 1° Si une sommation ne devrait pas être obtenue d’un magistrat contre la Supérieure du couvent, pour cause d'enlèvement et de détention d'un enfant, aux termes du paragraphe 56, chapitre iOO de la loi des 24 et 256 années du régne de Victoria ? Ou,
- « 2° Si le remède convenable ne serait pas de faire rendre une ordonnance cThabeas corpus, dans laquelle occurence il serait peut-être nécessaire que le père vint se joindre à la procédure et donner son consentement aux poursuites ? Ou, à défaut de ceci,
- « 3° Si le conseil est d'avis que le présent cas est
- (2) Nous avons dit dans une note précédente que les noms choisis par l’auteur étaient caractéristiques. En effet, Roundhead, signifie tête-ronde et ce nom était donné aux puritains, du temps de Charles I", roi d’Angleterre. — Les puritains étaient les partisans de Cromwell ; on les appelait tête-rotyde parce qu’ils portaient les cheveux coupés ras. C’étaient des dissidents de l’Eglise Anglicane. Ils bannissaient de l’Eglise toute hiérarchie, et du culte tout luxe. Us proscrivaient toute liturgie, ainsi que beaucoup de manifestations extérieures telles que les jeûnes, les signes de croix, les agenouillements (etc).
- (3) Lollard est le nom d’un sectaire né en Angleterre et qui fut brûlé on 1322 à Cologne. L’Anglais Wycliffe, né en 1324 dans le comté d’Yorck, à 'Wycliffe, mort en 1387, était un partisan de Lollard, un des adeptes de sa doctrine. Les Lollards niaient la transsubstantiation, la nécessité de la confession pour qui a la contrition, la damnation des enfants morts sans baptême, la primauté du siège de Rome, la hiérarchie, le droit des clercs et des moines aux richesses temporelles, à la juridiction ou à tout autre démembrement de la souveraineté.
- Les luttes de Wicliffe ou Wyclef contre la papauté furent très vives. Il traita le pape Urbain V d’ Antéchrist et Grégoire XI ne rut obtenir raison de lui. En 1382 le concile de Londres condamna dix de ses propositions ! comme hérésiarques et le força de se retirer à Oxford. f Ces noms de Roundhead "et de Lollard, indiquent j donc de la part de l’auteur l’intention de faire connaî-f tre ces opposants au Papisme dans le cours de son récit.
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- visé par l'acte Talfourd {4) s'il ne serait pas possible d'adresser une requête au Lord chancelier {5) ou au Maître des Rôles [6) au nom de la mère à l'effet de ravoir la garde de son enfant? Et de voir, u 4° D'une manière générale ce qu'il conviendrait de faire en ce qui concerne Venfant, v M. Adolphe Stigma mit dix jours à examiner l’affaire, Durant ce temps le petit Ambrosius continuait de bien se trouver de la bouillie du couvent. Alors M. Stigma donna sa consultation par écrit, une consultation modèle pour un avocat. Il y avait, comme on dit familièrement, à boire et à manger. C’était au lecteur de choisir, à ses périls et risques ; la responsabilité de M. Stigma n’était point engagée. Je transcris le document tel quel :
- Consultation.
- a Ce cas est un des plus difficiles et je l’ai examiné avec la plus scrupuleuse attention. Attendu les questions qui me sont posées, et dans leur ordre, à mon avis.
- 1° Le paragraphe 56, chap.-100 de la loi des 24 et 25e année du règne de Victoria, paraît, à première vue, être dirigé contre le vol et l’enlèvement d’enfant en vue de mariage ou de tout autre but non qualifié. Il y est dit que :
- « Quiconque aura illégalement soit par force, ou « par ruse, conduit ou emmené, ou attiré dans un « piège, ou séduit, ou détenu un enfant (etcj, avec « l’intention de dépouiller le père ou la mère de la « possession de cet enfant, sera coupable de fé-« Ionie (7).
- (4) Talfourd est un juge doDt le nom est resté attaché à une loi.
- (5) Le Lord chancelier président de la haute cour de justice.
- (6) Le Maître des Rôles est tout à la fois une sorte d’archiviste et un juge dans les attributions duquel se trouvent des cas semblables à celui que présente la requête n° 3. Le Maître des Rôles s'occupait autrefois beaucoup plus de ses fonctions d’archiviste. Aujourd’hui c’est de sa magistrature qu’il est le plus soucieux. Il a sous lui un délégué pour le remplacer aux Rôles.
- Il est difficile dans une note d’expliquer tout le mécanisme de la procédure comme de la législation anglaise. Rien n’y est parfaitement défini. Les attributions des magistrats ne sont pas précises et donnent souvent lieu à des contestations qui n’en finiraient plus si MM. les repi ésentants de la Thémis Britannique pour lesquels Times is Money n’y coupaient court par des décisions arfois arbitraires. Quant aux lois, elles sont si nom-reuses, si éparses, que peu de jurisconsultes ont con naissances de toutes.
- 00 Félonie. Acte coupable passible de la mort ou de 1 emprisonnement.
- La législation anglaise distingue dans le même fait, selon certaines circonstances, la félonie de l’offense simple, et applique la pénalité en conséquence.
- « Il est évident que, dans le cas actuel, l’enfant n’a été, par force ou par ruse, ni emmené, ni attiré dans un piège, ni séduit. Encore la loi se sert-elle du mot détention, et ceci, à ce qu’il me semble, a bien la même force et la même intention que les mots précédents. Il faut remarquer, néanmoins, qu’entre ces derniers et le mot détention se trouve la conjonction disjonctive ou, de sorte que l’on pourrait arguer de là que tout acte de détention violente ou artificieuse (après notification préalable aux détenteurs), commis par des personnes qui avaient dans le principe acquis légale -ment la garde d’un enfant, tombe sous le coup de ce paragraphe. Le point est neuf et très-important, et si la société protestante des investigations est disposée à en déférer à la justice, le cas se présente dans des circonstances très-favorables. Alors, si elle se décidait à agir,une demande par écrit en restitution de l’enfant, devrait être adressée aux autorités du couvent, soit par la mère, soit par toute autre personne agissant pour elle et en son nom.
- 2o La deuxième question est également entourée de difficultés. Si le père était partie dans la procédure, l'habeas corpus serait bien ce qu’il y aurait de mieux à employer. 'Mais son refus probable exige que l’on s’enquière si la mère peut demander seule l’ordonnance. La loi dans ses termes généraux attribue au père la garde et la libre disposition de ses enfants. Dans Cartlidge et Cartlidge (8) vol. 31. rapport L. J. et vol. 35 rapport P. M. et D, on soutint que la Cour de Divorce ne se départirait jamais de cette règle générale ; mais dans (9) Barnes contre Barnes vol. 1. Rapport L. R. P et D. vol. 463, la cour rendit un arrêt en vertu duquel la garde de deux enfants fut confiée à la mère répondante dans une instance en dissolution de mariage sur le terrain que la santé de ladite mère souffrait de la privation de ses enfants et que ceux-ci vivaient avec un étranger et non avec leur père. Il est vrai que l’àffaire passa en Cour de divorce et le cas n’est pas applicable ici. Cependant, comme, d’une autre part, dans les circonstances particulières qui se présentent, il y a terrain suffisant pour établir que la mère doit avoir la garde de son enfant ou tout au moins pour que cet enfant ne soit pas laissé entre les mains de personnes d’une religion différente des père et mère, une re-
- (8 et 9). Ce sont deux cas de procédure que l’auteur met en présence l'un de l’autre pour faire voir que dame justice en Angleterre, comme en France, et partout ailleurs, n’est pas toujours une dans les dispositions et l’application de la loi.
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- quête dans ce sens pourrait être faite au Banc de la Reine (10) pour vider la question.
- « 30 Si la loi commune était impuissante on pourrait peut-être aller en appel en Chancellerie, sous l’égide de l’acte Talfourd ; mais je désirerais conférer à cet égard avec un conseil de justice avant de donner un avis décisif. Il a été décidé sous l’empire du dit âcte que la Cour pouvait confier à la mère la garde d’enfants au-dessous de sept ans. (Shilüto contré Col-lett 8 W. R 683-696). Or comme l’enfant en question n’a que six semaines le cas lui est applicable.
- a 4° Je n’ai aucun avis général à donner en ce qui a trait à l’enfant, »
- Adolphe Stigma,
- 9, Cour du Pruniér.
- Si aucune des propositions suggérées par M. Stigma n’était décisive, MM. Rounhead, Rounhead et Lol-lard n’étaient pas fâchés d’avoir trois cordes à leur arc. La Société protestante des investigations était une bonne clientèle et la plus grande partie de ses fonds passait dans les poches des hommes de loi. Les contestations en justice entraient pour une part dans sa règle de conduite. Elle tenait ainsi le monde attentif à ses actes concernant la Papauté Qui pourrait dire que l'Association avait tort ? De temps en temps le jour se faisait sur les ténébreuses menées du Jésuitisme, et certaines gens pensaient que cela valait bien la peine de s’exposer à commettre une injustice. Quand bien même on ferait du tort au diable, peu de personnes le plaindrait.
- Le Solicitor donna immédiatement des instructions à M. Dignam-Bailey, conseiller de la Reine pour qu’il eût, de ooncert avec M. Stigma, à s’adresser à un magistrat afin d’obtenir une somma-
- (10) La. Cour de divorce, le Banc de la Reine, la Chancellerie sont autant de tribunaux ayant chacun sa juridiction.
- La Cour de divorce, ainsi que son nom l’indique, s’occupe spécialement de tout ce qui est relatif aux divorces.
- Le Banc de la Reine a la juridiction de la procédure civile et criminelle. Avant la conquête des Normands, il n’y avait qu’une cour supérieure de justice dans le royaume, et cette cour qui siégeait à Westminster, se nommait Curia regis : Cour du Roi ou de la Couronne. Aujourd’hui la Cour suprême de justice se divise en deux parties : la cour d’Appel et la Haute cour de Justice.
- La lrs comprend deux divisions : les appels de la loi commune et ceux de ce qu’on appelle Chancery et que nous appellerions la loi écrite, y compris les appels .de banqueroute.
- La 2e est formée de cinq parties : La Chancery ou Chancellerie ; le Banc de la Reine ; la couiHdêiÿplaidoyers et l’Echiquier ou cour de l’Echiquier et la cour de l’Ami* rauté. i
- tion (11;. Le choix qu’on fit de M. Bailey ne fut pas dicté par les sympathies religieuses qu’on pouvait lui reconnaître. En matière de religion, ce digne officier de la Couronne était un parfait G-allioniste (12) ; mais d'un autre côté, il était comme saint Paul, toujours prêt à faire quoique ce fût pour qui que ce fût.
- " niOTOQOWairinM.
- CHOSES DE L’AUTRE MONDE
- Sous ce titre, M. Eugène Nus vient de publier à la librairie Dentu, Palais-Royal, un volume remarquable que nous croyons devoir porter à la connais* sance de nos lecteurs en publiant l’article suivant dû à la plume de M. E. de Pompéry.
- M. Eugène Nus, qui est ôonnu comme auteur dramatique, est de plus poète doublé d’un philosophe. Ce n’est pas un homme de métier, un faiseur habile cherchant seulement à escalader le succès, pour en tirer quelques bonnes petites rentes, un hôtel, une villa, etc.
- Non, Eugène Nus a montré qu’il était possédé d’une autre ambition : avant tout, il éprouve le besoin de rechercher le vrai, de pousser à la roue du progrès et de prendre modestement, bravement, sa part de labeur, pour l’amélioration du sort de ses semblables.
- Là est la marque de son caractère ; et la chose lui semble très simple, autant qu’elle est très noble et digne de lui assurer l’estime affectueuse de tous ceux qui le connaissent.
- Après le coup d’état, qui amena tant de ruines et entr’autres celle de la « Démocratie pacifique » dont E. Nus était l’un des rédacteurs, tous les amis du peuple et du progrès se trouvèrent subitement réduits à l’impuissance, au silence*, sinon à l’exil, à lâ déportation.
- Dans cette situation extrême et pénible, quelques
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- | (11). Les jurisconsultes de la Couronne sont : l’Avocat
- ! général, l’Avocat de la Reine, les sergents ou docteurs î en droit, et quelques-uns des Conseillers de la Reine.
- * Pour obtenir une sommation il faut, comme on le voit,
- 1 s’adresser à un Tribunal.
- j II n’y a pas en Angleterre de fonctionnaires comme j nos huissiers'. La sommation, selon les cas, se demandé à tel ou tel tribunal et se paie de 1 à 4 ou b sh. avec quelques menus frais.
- (12). Annaeus Ne vatus, frère de Sénèque et qui prit le nom de Gallion, de son pète adoptif, était Proconsul d’Achaïe lorsque les Juifs lui amenèrent saint Paul pouf le faire condamner, mais il refusa d'intervenir dans ces uereiles, religieuses. Cette indifférence qu-if témoigna t ensuite donner lé nom de Gâllionistes aux mimé" rentsen matière de religion. Gallion se perça de son épée après le supplice de son frère, l’an 68 de j.-C.
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- écrivains du journal socialiste de la rue de Beaune, s’avisèrent pour passer le temps, de s’occuper des tables tournantes, lesquelles en ce moment faisaient tourner les têtes.
- Eugène Nus était de ce nombre. Peu à peu, on s’intéressa à cette besogne et on poursuivit avec curiosité d'abord, avec ardeur ensuite, ces expériences étranges, inexplicables . A la suite de longues et nombreuses séances, le fameux guéridon dè la rue de Beaune dicta des sentences, des réponses et même des mélodies, qui ont été transcrites par un très bon mucisien Allyre Bureau ; E. Nus les rapporte dans son livre, en détaillant les conditions dans lesquelles se produisait le phénomène et les dispositions d’esprit des chercheurs. C’est très curieux, très singulier, et cela demeure toujours inexpugnable.
- Mais l’auteur ne s’est pas contenté de faire con* naître oe qu il a vu et ce à quoi il a coopéré pour sa part.
- M. E* Nus raconte dans son livre ce qui s’ést passé de plus notoire, au sujet des manifestations < spirites ou spiritualistes, » en Amérique, en Angleterre, en Allemagne. Plusieurs savants, hardis et résolus, n’ont pas craint de s’associer à ce genre de recherches, pour le moment mises au banc de la science officielle et rangées parmi les folies superstitieuses, anciennes et modernes.
- C’est bientôt dit et bientôt fait. Mais Cela ne prouve pas'que le phénomène n’existe point. Car il s’agit du fait en lui-même et non de son explication.
- Jusqu’ici cette explication n’est nullement satisfaisante et parait même impossible. Quant au fait en lui-même, il semble, tout étrange qu'il soit, qu’il est aujourd’hui hors de toute contestation.
- L’auteur de « Choses de l’autre monde » ne va pas au-delà et n’élève aucune autre prétention.
- 11 raille avec une certaine vivacité ceux qui, au nom de la science, se croient en droit d’écraser de leur dédain les malheureux chercheurs» occupés du spiritisme.
- Il est certain, comme dit Voltaire, que « nous ne savons rien des premiers principes », èt que sans doute nous n’en saurons jamais rien.
- C’est pourquoi M. Nus peut parfaitement se moquer de Hæckel, de sa théorie du mécanisme partant de la cellule du protoplasma pour arriver aux organismes les plus élevés et les plus comple* xes. On peut railler également ceux qui croient s appuyer solidement sur l’entité matière ou l’entité esPrit, ceux qui nient ou qui affirment bravement 1 harmonie universelle. Car, nous ne savons rien des premiers principes.
- Il est effectivement singulier et téméraire de la part de l’habitant de notre petite planète, qui avec son petit tourbillon ne compose qu’un petit point dans l’espace, de prétendre parler de l'infini et d’en causer comme de chose accessible à notre intelligence et tombant dans la prise de notre esprit. Il y a, certes, moins de distance d’une fourmilière à notre globe avec ses habitants, qu’il n’y en a de l’humanité avec sa planète au coin de l’infini, que nous percevons à l’aide du télescope. Quand on songe que nous connaissons cinq voies lactées, pleines d’étoiles, dont la plus rapprochée de nous met trente ans à nous envoyer sa lumière, tandis que nous recevons les rayons de notre soleil en huit minutes !..
- Nous trouvêrions sans doute fort impertinent qu’une fourmi vînt nous dire : je vous connais, beaux masques, avec votre science, votre industrie, chemins de fer, paquebots, télégraphie et lumière élec- -trique, etc. Peuh ! qu’est-ce que tout cela? Vous vous en faites trop accroire, parce que d'un coup de pied vous pouvez bouleverser notre sage et vaillante république.
- Ne sommes-nous pas en effet mille fois plus impertinents que la fourmi avec nos visées sur l’infini» où, d’après la proportion, nous occupons une place incommensurablement plus petite que la sienne sur notre grain de sable sidéral ?
- Notre impertinence est sans bornes, tandis que nous connaissons celle de la fourmi. Là est la différence, et elle est tout à l’avantage de l’insecte, dont la prétention est moins folle que la nôtre.
- Je ne crois pas que le spiritisme nous fasse sortir de cette humble situation. Si le phénomène spirite ou spiritualiste est bien fait pour étonner et même renverser le simple raisonneur, il est encore quelque chose de plus étonnant et de plus renversant î c’est la comparaison de la puissance du moyen merveilleux avec la puérilité et l'insignifiance des résultats. Qu’est-ce que des tables qui remuent et se laissent interroger pour rendre des idées et des sentiments enrapportavecles idées et les sentiments de ceux qui pratiquent l’opération? Qu’est-ce que des ardoises se couvrant d’écriture sans le secours d’aucun agent, visible ? Qu’est-Ce que des apparitions de mains lumineuses, de corps blancs et diaphanes, et tout cela pour aboutir à quoi ?
- Quel enseignement, quel avantage restait-il de tous ces prodiges et quel profit en est-il résulté jusqu’ici, pour le bien de l’humanité, pour l’accroissement de ses connaissances et celui de ses progrès généraux? . A II à *
- Je he vois rien, absolument rien, qu’un aliment pour
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- la curiosité, puis certaines satisfactions sentimentales, un excitant périlleux pour les imaginations faibles et disposées au merveilleux. Jusqu’ici les recherches ont bien amené quelques cas de folie, grand nombre de supercheries et d’exploitations, mais en vérité, je ne vois rien pour Futile, pour le vrai, pour la science.
- Ceci n’empêche pas que le livre d’Eugène Nus ne soit un livre amusant, plus intéressant que la plupart des romans. Il est clairement et vivement écrit, sans prétention et avec une entière sincérité. Quoique convaincu de la réalité du phénomène spirite, l’auteur en parle avec indépendance, avec franchise, avec l’amour profond de la Vérité. Et je le répète, Eugène Nus n’explique pas et ne prétend nullement pouvoirdonner une explication satisfaisante des faits étranges, qu’il se borne à rapporter aussi fidèlement que possible.
- E. DE POMPERY.
- Guérison «le l’Anémie
- Un conseiller à la Cour d’appel de Bordeaux avait été malade plus d’un an d’une anémie arrivée à sa dernière période. Les docteurs lui proposèrent leur remède suprême, mortel trop souvent, la transfusion du sang. Il refusa. Abandonné des docteurs il s’est relevé par la seule observation d’un remède de bonne femme.
- Pendant dix mois il s’est fait conduire à l’abattoir, tous les jours, et y a bu un bol de sang chaud., sang de bœuf sortant de l’animal qu’on vient d’abattre.
- Au bout de dix mois, sans être complètement guéri, notre malade avait reeouvré la vigueur.
- Cette cure d’un nouveau genre répugne à la première idée, et pourtant si l’on réfléchit le sang est une substance moins répugnante que bon nombre des produits de pharmacie que J’on absorbe en potions.
- L’anémie est une des maladies les plus répandues de notre époque. Elle fait des ravages épouvantables. Jusqu’ici les traitements qu’on lui oppose sont au-dessus des ressources de beaucoup de malades. Sa guérison par l’absorption du sang chaud,si elle est reconnue possible dans de nombreux cas serait un véritable bienfait pour l’humanité.
- Quant aux désagréments que présentent les abattoirs pour une cure médicale, il serait facile d’y remédier. Du jour où les cures de sang chaud seraient reconnues profitables les municipalités ou les compagnies qui possèdent des abattoirs ne manqueraient pas de créer une petite salle propre et inodore pour la réception des malades.
- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
- La peine de mort par Emile Bedinghaus. Brochure in-8. A Gand, chez Dullé-Plus, Imprimeur.
- En 1867 les Chambres belges discutaient la révision du code pénal. Un des membres du ministère libéral d’alors, M. Bara, aujourd’hui chargé de nouvean du portefeuille de la justice, demanda énergiquement l’abolition de la peine de mort.
- « Une belle occasion, disait-il, se présente pour la Belgique, de réaliser un grand progrès et de se placer ainsi à la tête des nations. Notre territoire est petit,
- ; mais nous sommes grands par le devoir qui nous incombe. Ce devoir, c’est de tenter une réforme que d’autres nations, plus puissantes, n’osent entreprendre • supprimons la peine de mort. »
- La suppression ne fut pas votée, mais M. Bara s’écria : « Si nous sommes les vaincus d’aujourd’hui, nous serons les vainqueurs de demain. »
- Or il y a trois ans ou environ, son successeur fut interpellé à la Chambre au sujet de la non-application de la peine de mort. Quelques membres de la droite, sérieusement effrayés des crimes qui se succédaient dans l’arrondissement de Gharleroi, réclamaient l’application de la loi. Le ministre de la justice d’alors, membre de la droite cependant, leur répondit par cette belle parole : « Je préférerais abandonner le pouvoir que de signer un arrêt d’exécution. » Un spectacle curieux se produisit : le ministre fut attaqué par son parti et applaudi par l’opposition.
- Aujourd’hui, après trois ans écoulés, aucune application de la peine de mort n’a été faite en Belgique. Il y a plus. Dans les discours de rentrée des cours et des tribunaux de cette année, la grande question de l’abolition de la peine de la mort a été touchée. La magistrature s’est montrée favoracle à l’abolition.
- Tel est l’historique succinct que M. Emile Bedinghaus fait de la question de la peine de mort en Belgique, puis il ajouté avec une parfaite raison :
- « La Belgique, où la peine capitale n’existe plus que de droit, est placée comme un point intermédiaire entre la France, où elle est encore appliquée, et la Hollande, où elle rayée du Code pénal.
- « Elle a deux exemples sous les yeux : l’abolition de la peine de mort a-t-elle changé le rôle des assises en Hollande ? Et l’échafaud qui, en France, se dresse en moyenne une fois chaque mois, y fait-il diminuer le nombre des crimes ?
- « La cruauté a cessé d’être une des qualités de la justice. Le nombre des exécutions capitales a considérablement diminué depuis l’institution des jurys. C’est que l’opinicn publique qu’ils représentent recule devant l’application de la peine de mort. Le spectacle hideux des exécutions capitales ne peut plus être donné au public. En Angleterre elles ont lieu dans l’intérieur des prisons. En France aussi il est question de cacher aux yeux le dernier supplice du condamné. Une pudeur semble s’être emparée de la Justice : elle jette un voile sur l’exécution de ses hautes œuvres. Elle sent que l’opinion publique n’est plus avec elle dans cette question, et que la peine de mort qui déshonore encore les législations, est déjà abolie dans la conscience des peuples. »
- Nous voudrions multiplier les citations, mais la place nous manque pour cela. Tout ce que nous pouvons faire est de signaler quelques points du raisonnement, M. Bedinghaus. établit successivement.
- Que le maintien contre l’assassin de la loi du talion condamnée à l’égard de tous autres criminels est un non-sens.
- Que la peine de mort n’est pas une œuvre de justice mais une vengeance.
- Que la Justice ne peut emprunter le procédé de l’assassin qu’elle condamne.
- Que l’exécution publique habitue à la vue du sang.
- Qu’elle nécessite cette chose monstrueuse : l’entretien d’un homme qui est payé pour le sang qu’il répand.
- Que l’humanité a des droits qui doivent être respectés, même dans le criminel, et que la peine de mort les viole.
- Enfin que le criminel a des droits au repentir, à l’amendement, à l’amélioration de sa vie et que ces droits la peine de mort les méconnaît.
- Le Directeur-Gérant : Godin.
- Saint-Quentin — lmp. de la Société anonyme du Glaneur
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- numéro hebdomadaire 20 c.
- DIMANCHE 6 JUIN 1880
- 3. ANNÉE, TOME 4 — N° 91
- JOURNAL DES RÉFORMES SOCIALES
- BUREAU
- A GUISE (Aisne).
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant. Fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE par l’envoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France
- Un an. . . . 101. »»
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- ON S’ABONNE
- A PARIS
- 5 ,r- N euve-de s-P etits-Champs
- Passage des Deux-Pavillons)
- S’adresser à M. LEYMARIE administrateur delà Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- Mutualité sociale et association du capital et du travail. — Véducation mixte. — Coopération et association : Congrès de Newcastle, autres faits de coopération. — Nouvelles diverses. — Vouvrier associé. — Feuilleton : Le Dernier-né de Ginœ. — Le tabac et son influence. — Variétés.
- MUTUALITÉ SOCIALE
- ET
- ASSOCIATION DD CAPITAL ET DU TRAVAIL
- Par M. GODIN
- NOTIONS PRÉLIMINAIRES
- Chapitre X
- ILe Travail
- C’est à l’action exceptionnelle que l’homme exerce sur la matière, à la surface du globe, qu’il doit sa supériorité. C’est le travail qui 1 élève au-dessus de tous les êtres de la terre.
- L’homme n’est pas seulement appelé à la Vie comme les autres créatures pour élaborer la matière par l’alimentation et la nutrition, mais il lui est donné l’intelligence pour travailler aux Progrès de la substance matérielle sous toutes ses formes. C’est par le travail qu’il devient le
- coopérateur direct de la nature dans l’œuvre de la vie sur la terre ; aussi le Créateur, afin d’empêcher l’homme de faillir à sa mission, lui a-t-il donné des besoins solidaires du travail.
- Tant que l’homme ne peut s’élever à la notion de l’étendue des devoirs et de la responsabilité qui pèsent sur lui, il ne peut comprendre ce qu’est le travail qu’il doit accomplir sur la terre , et il est impuissant à comprenHrè les droits qui en dérivent. Aussi, s’est-il rendu coupable de blasphème en avilissant le travail, et en le considérant comme une peine et un châtiment.
- Il n’est pas, au contraire, de travail si infime qu’il paraisse, qui ne soit supérieur à l’oisiveté la plus entourée d’honneurs ; une journée de travail bien remplie vaut mieux que rtoute une existence inactive. .
- Mais les phases diverses du travail sont bien loin de revêtir à leur origine la sainte apparence du but divin qui leur est assigné. Le travail est le moyen par lequel l’humanité s’élève, mais c’est lentement et péniblement que cette dernière acquiert les connaissances par lesquelles chaque progrès se réalise, et les vertus sublimes du travail, à peine comprises aujourd’hui, n’ont été nullement pressenties au début des Sociétés.
- Car l’assujettissement de l’homme à la matière, tant qu’il n’a pu se faire aider des forces de la nature, l’empêche de voir, pendant bien longtemps, tout ce qu’il doit espérer en se pla-
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- çant sous leur protection par le travail intelligent.
- Si le travail est difficile sur la terre, s’il est encore le plus souvent accompagné de la pauvreté pour celui qui l’exerce, cela est dû surtout à l’ignorance de l’homme et à son oubli de la justice.
- Les difficultés qui restent à vaincre sont, aux yeux de la raison, une œuvre de dévouement que l’homme doit à la vie, plutôt qu’un châtiment infligé à sa nature.
- Le travail cessera d’être un fardeau, et il aura l’attrait de l’accomplissement d’un devoir, le jour où l’homme aura compris que le travail est une mission divine dévolue à la créature humaine, pour son avancement dans la vie infinie.
- Et le travail ne sera plus un simple moyen de satisfaire aux besoins des sens, il sera le champ du grand concert des intelligences, des cœurs et des âmes pour la conquête de la liberté, de la fraternité et de la justice sur la terre.
- Alors l’activité de l’homme produira les moyens de participer dignement aux bienfaits de la vie, et l’abondance effacera rapidement les traces du mal et des iniquités du passé.
- Déjà ce qu’on peut constater aisément, c’est la quantité prodigieuse d’objets produits par l’industrie.
- Mais le progrès industriel a marché plus vite que le progrès moral, puisque le travail qui enfante les produits ne trouve pas ses satisfactions, et que l’accroissement de la richesse n’a pu empêcher les classes laborieuses de manquer du nécessaire.
- Le travail continue à créer la richesse, et le travailleur est privé des avantages et des biens que la richesse procure.
- Le travail produit tout ce qui contribue à rendre la vie agréable, et la vie du travailleur reste entourée de dégoûts.
- Le travail continue sa tâche de fatigue et de peine, et le travailleur ne peut jouir des douceurs du repos.
- Le travail augmente de plus en plus ses forces productives en les concentrant, et le travailleur est isolé dans la misère. ,
- Le travail crée les édifices grandioses des fabriques et les merveilles de l'usine, mais l’ha-
- bitation du travailleur reste dans les conditions élémentaires des premiers âges ; ce n’était, ^ ce n’est encore, qu’un réduit privé de tout ce que l’art, l’architecture et la science ont imaginé pour rendre l’habitation agréable, et, souvent ce logement suffit à peine pour y entasser la famille.
- Le travail, enfin, plus que jamais, fait appel au concours de la science, et l’éducation comme l’instruction du peuple restent placées au dernier rang de nos institutions publiques.
- L’ordre de choses établi livre la richesse produite au cumul du capital sans que le travail ait rien à y voir.
- Et cependant qui ne reconnaît que le capital sans le travail serait stérile ?
- Ces réflexions peuvent se présenter à l’esprit de tout homme intelligent ayant l’amour du juste, mais on conçoit qu’elles se présentent surtout à la pensée de ceux qui sont exclus du partage de la richesse sortie de leurs mains ; cette question d’équité, faute de recevoir les solutions qu’elle réclame, constitue le plus réel des dangers de la Société présente.
- Car cette anarchie industrielle est en grande partie cause des crises périodiques du travail et des affaires.
- Les résultats du travail doivent assurer à tout être humain la complète expansion de son activité, afin que chacun puisse faire profiter la vie générale de son action productive.
- Mais pour qu’il en soit ainsi, pour que l’activité intelligente se multiplie, il faut d’abord que le travail profite à celui qui le fait.
- Il faut ensuite que les ressources soient suffisantes pour que la santé et le bien-être existent dans toutes les familles.
- C’est seulement lorsqu’il en sera ainsi que les activités humaines se manifesteront dans la plénitude de leurs facultés.
- Il faut donc remédier au mal dont souffrent les Sociétés, en établissant l’ordre dans la production et la répartition des richesses.
- (A suivre.)
- - • ••••
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- L’ÉDUCATION MIXTE
- II.
- Mon interlocateur ne se tint pas pour battu.
- _ Tout ce que vous venez de me dire là, reprit-il, constitue le côté historique et politique de la question. C’est beaucoup, j’en conviens, mais ce côté n'est pas le seul qu’il y ait lieu d’examiner. Peut-être même n’a-t-il qu'une importance de second ordre. La préoccupation qui doit dominer en semblable matière est celle-ci : lequel des deux modes d’éducation est le plus profitable, de celui qui réunit* côte à côte des élèves de sexes différents ou de celui qui les sépare ?
- _ Pour moi, la preuve de la supériorité de l’un de ces systèmes sur l’autre n’est plus à faire : elle est faite. Dans plusieurs pays les écoles primaires sont toutes des écoles primaires mixtes. C’est le cas par exemple d’une partie de l’Allemagne et de plusieurs pays du Nord. La Suisse donne de plus en plus la préférence aux écoles mixtes sur les écoles séparées et dans peu d’années ce pays n’aura plus que des écoles mixtes (I). En Amérique on va même plus loin: dans quelques-uns des états de l’Union, justement dans les plus avancés, l’école mixte existe à tous les degrés de l’enseignement.
- — Et les résultats?
- — Sont tels que tout le monde là-bas s’en félicite. Non-seulement l’émulation est plus grande chez les élèves, mais encore la conduite de ceux d’un sexe à l’égàrd de ceux du sexe opposé a gagné en convenance et en respect mutuel. Or, remarquez ceci.
- --J’écoute.
- •— Les contrées où fonctionne ainsi l’éducation mixte sont d’un protestantisme très rigide, et par conséquent assez disposées à porter jusqu’à l’exagération les scrupules de moralité. Si donc dans de tels pays on proclame la supériorité de l’éducation mixte sur tout autre, nous devrions chez nous tendre à l’introduire là où elle 11 existe pas plutôt que de tendre à la supprimer là °ù elle existe encore.
- ~ Mais ces heureux résultats doivent avoir une cause théorique. L’affirmation de leur existence ne
- 8Dffit pas, il faut encore être renseigné sur leur Nature.
- Accordez-moi un instant d’attention et vous le *arez.
- le milieu dans lequel ils auront à vivre plus tard, est une éducation fausse et dangereuse.
- — Cela ne souffre pas de contestation.
- — Bon. Or dans la société contemporaine hommes et femmes sont appelés à vivre les uns auprès des autres. Plus qu’à aucune autre époque ils ont à prendre part ensemble aux mêmes travaux, aux mêmes réjouissances. Notre société n’est plus celle d’autrefois où la femme était confinée chez elle. Plus la civilisation s’est développée plus l’homme a senti le besoin de la société de la femme et la femme le besoin de la société de l’homme. La société s’étant modifiée dans ce sens, l’éducation aurait ’ù se modifier dans la même direction. C’est ce que l’on n’a pas fait.
- — C’est vrai.
- — Il y a plus. L’ordre social actuel est tout entier assis sur la famille et sur l’union conjugale. La plus grande partie de l’existence d’un homme ou d’une femme s’écoule en compagnie d’un être de l'autre sexe. Tout tend à devenir commun entre eux, non-, seulement les intérêts matériels, mais encore, mais surtout leur vie intellectuelle et morale. Il est indispensable qu’il en soit ainsi, sans quoi la communauté n’est plus qu’une source de lassitude ou de déceptions. Eh bien ! ne trouvez-vous pas à la fois ridicule et dangereux que dans une société où les deux sexes sont appelés à vivre ainsi côte à côte, on ne trouve pas de meilleure manière de les préparer à ce voisinage constant que de les séparer dès l’enfance ? C’est le renversement de ce qui devrait être 1 c'est l’antipode du bon sens 1 Et encore si chaque sexe recevait de son côté la même éducation, il n'y aurait que demi-mal. Mais il n’en est pas ainsi. La séparation a produit la bifurcation. L’enseignement de l’un des sexes va dans un sens, celui de l’autre dans le sens opposé.
- — Cela devait arriver par la force des choses. 11 ne se pouvait pas que la séparation des sexes ne produisit pas la différence des enseignements.
- — Aussi que voyons-nous ? Pour les jeunes garçons l’enseignement consiste à former des latinistes ou des pédants. Au lieu de s’efforcer de les mettre à même de comprendre tout ce dont ils entendront parler autour d’eux et à même de pouvoir y répondre, on leur inflige une éducation de rhétorique,
- Un déluge de mots sur un désert d’idées.
- " Je suis tout à vous.
- ~~ ^oute éducation qui ne prépare pas les élèves pour
- * **i lins lp t^n\UVeiIc^ Diverses de ce jour ce qui se passe à Saint-Gall. Il y a *Üoa violent. ?, Genève les cléricaux de Collex Bossy avaient aussi fait epno-* la su»stitutioa de l’école mixte à l’école séparée.
- On bourre leur intelligence, ou plutôt leur mémoire, d’un lourd bagage de connaissances sans emploi qu’ils seront obligés de jeter aux orties aussitôt échappés de la classe. Par contre celles des connaissances dont ils auront certainement besoin ne
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- leur sont pas enseignées du tout ou ne leur sont servies qu’à dose homœopathique. Voilà pour l’éducation des hommes.
- — Vous êtes sévère.
- — Je dis ce qui est. Pour les femmes c’est encore pis. L’enseignement qui leur est donné — quand on leur en donne un, cas assez rare — est étudié de manière à tuer en elles toute espèce d’initiative. Crainte qu’elles prennent connaissance des choses du monde extérieur, on les emprisonne dans des pensions ou des couvents. Là elles perdent leur temps à des occupations sans valeur entremêlées d exercices pieux. On ne fait rien pour fortifier leur raison et tout pour développer en elles des goûts frivoles et des dispositions mystiques. Elles grandissent en proie aux idées les plus fausses sur les réalités de la vie et sur les exigences de la position qui valeur être faite.
- — Hélas !
- — Les deux sexes élevés ainsi à distance forment comme deux mondes à part, ou plutôt ils sont comme les deux pôles : ils ont tout un monde pour les séparer.
- — Ici je vous arrête.
- — Pourquoi donc ?
- — C’est bien simple. Votre raisonnement conduit tout droit à ceci, que la réunion des élèves de sexes différents doit durer aussi longtemps que les études.
- — Naturellement.
- — Or je vois ici un grave danger, qui n’existe pas tant qu’il ne s’agit que de petits enfants, mais qui existe bel et bien pour les élèves plus avancés en âge.
- — Oubliez-vous que le maître est toujours là, et que sa présence, comme vous l’avez constaté vous même, est une entière sauvegarde de la décence ?
- — Je ne veux pas dire cela.
- — Ou bien feriez-vous aux maîtres l'injure de suspecter l’attention qu’ils apporteront à remplir cette partie si délicate de leur mandat ?
- — Loin de moi cette pensée.
- — Alors quoi ?
- — Voici : Avec des élèves un peu grands il y a des inclinations à redouter. Or, remarquez bien ceci, en pareille matière le zèle du maître, quelque vigilant qu’il soit, sera toujours en défaut et son œil, quelque exercé qu’on le suppose, se trouvera toujours avoir à faire à plus habile que lui.
- — D’abord réduisons l’objection à ses proportions , réelles. La grande masse de la jeunesse scolaire quitte la classe aux environs de 13 ou 14 ans, c’est-à-dire à un âge où J es inclinations ne sont pas à re-
- douter. Vos craintes n’ont pas lieu de s’appliquer ^ l’école primaire.
- — J’en conviens, mais l’objection subsiste pour le petit nombre des élèves qui poussent leurs études jusqu’à un âge plus avancé: Trop souvent les incli. nations donnent d’amers résultats ; combien d’existences ont été empoisonnées par leur fait ! C'est afin d’épargner de tels malheurs à l’avenir de nos enfants que je demande qu’on les sépare et qu’on leur donne le moins possible la facilité de se connaître ou de se rencontrer.
- — L’intention qui vous anime est honorable, mais le moyen que vous proposez va à contre-sens de votre intention. Les inclinations dont vous parlez bien loin d’être entravées par l’éducation d’aujour-d’hui, sont au contraire favorisées par elles.
- — Je ne vous comprends pas.
- — Vous allez me comprendre. Avec l’éducation séparée jeunes gens et demoiselles ont vécu trop éloignés pour pouvoir se connaître à fond ; ils se voient en trop petit nombre pour que la facilité de comparaison leur fasse faire des choix heureux ; leur instruction dirigée dans des voies différentes porte leurs pensées à différer sur trop de points. Quelle communauté de croyance, quelle similitude de goûts, quelle idendité d’aspirations voulez-vous qu’il y ait entre ces jeunes filles élevées d’un côté et ces jeunes gens élevés de l’autre ? Et si même dans le nombre il se trouve quelques êtres assortis, comment voulez-vous qu’ils se rencontrent ?
- — Ils se rencontrent parfois cependant.
- — Parfois, j’en conviens, mais rarement ; et c’est là le malheur. Avec l’éducation mixte ces inconvénients n’existent plus. C’est tout le contraire qui se produit. Jeunes gens et jeunes filles se connaissent de près dès leur plus jeune âge ; chacun d’eux, par le fait du milieu où il se trouve, est appelé à former des relations multiples, ce qui le met à même de comparer entre elles les personnes avec qui il a des relations ; enfin les uns comme les autres suivant des études identiques et recevant une part égale de lumières, leurs conformités de goûts intellectuels peuvent se produire et les âmes faites pour se comprendre peuvent se reconnaître, s’entr’aimer et s’élever ainsi dans les régions sereines qu’elles n’auraient jamais atteintes sans cela
- — Que nous voici loin des idées qui ont cours chez nous ! C’est le renversement de toutes nos théories et la condamnation de tous nos établissements d’in»' truction.
- — Non pas de tous, car l’école mixte existe encore dans beaucoup de communes rurales. Il est vrai qu’on s’efforce de la supprimer parce qu’on lui appl1'
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- ries instructions ministérielles datant de l’empire gt sur l’origine et la conséquence desquelles on a eu tort de ne pas réfléchir. Mais ne désespérons pas. tjn courant anti-clérical emporte aujourd'hui la prance. On commence à réagir contre les mesures qu’a fait prendre depuis un quart de siècle, le parti clérical* Il est impossible que durant ce mouvement 0u ne réfléchisse pas sur les raisons qui ont fait proscrire les écoles mixtes. On se rappellera alors que cette mesure a été édictée au nom de la morale par le même souverain qui organisa à Compiègne les tableaux vivants ; ce simple rapprochement fera toucher du doigt la sincérité du prétexte et l’on reconnaîtra que la défaveur jetée par les gens de Décembre sur l’école mixte n’a été qu’une manœuvre cléricale extrêmement habile, au moyen de laquelle les Frères et les Sœurs ont fait main-basse
- sur l’enseignement primaire.
- De grandes lois sur l’instruction publique sont à la veille d'être discutées. Espérons qu’à leur occasion leministère.qui n’est pas suspect decléricalisme, on les députés de l’Union républicaine, qui ne le sont pas davantage, auront assez de clairvoyance et de fermeté pour porter le coup mortel à l'instruction cléricale en rétablissant l’école mixte dans l’enseignement primaire d l’État.
- Ed. Champury.
- COOPÉRATION ET ASSOCIATION
- CONGRÈS DE NEWCASTLE
- I
- Ainsi que nous l’avions annoncé, le 12me Congrès des sociétés coopératives vient de se tenir en Angleterre à Newcastle les 17, 18 et 19 du présent mois.
- Nous en ferons connaître les diverses phases.
- Disons rapidement que les sociétés coopératives de production ont été dans le congrès l’objet de la préoccupation générale, et signalons l’apparition dans ce grand laboratoire des idées sociales d’un sujet nouveau de discussions et d’études : l’habitation sociétaire.
- Nous aurons également à attirer l’attention de nos lecteurs sur l’évolution qui semble se préparer au sein des Trades-Unions, évolution qui en portant les trades-unionistes à seconder la coopération de production, permettrait d’atteindre plus vite le but final de tant d’efforts : l’Association du Capital et du Travail.
- Avant d’entrer dans l’examen suivi des faits les Plus marquants du congrès de Newcastle, nous
- croyons devoir reproduire dès maintenant ce qui est relatif à l’exposition des produits des sociétés coopératives.
- Chaque congrès donne lieu annuellement à une de ces expositions.
- Le lundi, 1er jour du congrès, à 2 heures de l’après-midi, les délégués des sociétés coopératives, ainsi qu’un grand nombre de spectateurs se sont rendus àVolunteer Drill hall, corporation Street pour assister à l’ouverture de cette exposition.
- M. Burt, membre du Parlement et l’un des « leaders » des Trades-Unions était chargé de prononcer le
- Discours d’ouverture.
- L’orateur commence par remercier l’assistance de l’honneur qu’elle lui fait en le chargeant déporter la parole dans une occasion aussi solennelle.
- « Ce que les coopérateurs attendent de nous » dit-il « c’est moins de faire des discours que de nous rendre compte de ce dont les sociétés coopératives sont capables.
- « Après les sérieux échecs de la coopération de production le spectacle de son succès actuel est fortifiant et consolant.
- « Les articles réunis ici sont tous produits par des coopérateurs. Les hommes qui les ont créés ne se sont pas contentés de critiquer le système industriel existant, peut-être même n’ont ont-ils rien dit— ils ont fait mieux : ils ont prouvé par la pratique qu’un système nouveau peut produire les meilleurs résultats.
- « Devant de pareils faits, je n’ai pas besoin d’insister sur les mérites de la coopération. Le système n’a pas besoin d’avocat. Il suffit de le voir à l’œuvre.
- « Quel que soit l’avenir de la société coopérative de production, la Société de consommation a prouvé d’une façon péremptoire l’excellence du principe. Que ceux qui sont disposés à jeter un coup d’œil découragé sur l’avenir de la société coopérative veuillent bien se rappeler que, il y a quarante ans, les sociétés coopératives de consommation étaient elles-mêmes jugées et condamnées comme une tentative avortée Elles n’en constituent pas moins aujourd’hui une des plus puissantes et des plus bienfaisantes forces sociales qui s’exercent au profit des classes ouvrières. Ilyaàce sujet dans le manuel de la coopération distribué à chacun des membres du congrès des chiffres vraiment significatifs.
- « Je ne veux pas vous fatiguer de la lecture de ces chiffres, si intéressants qu’ils soient, mais un simple coup d’œil suffira pour montrer combien ces sociétés ! coopératives sont importantes et quelle grande action I elles exercent.
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- « Pour ne prendre que lès deux comtés du Nord le Durham et le Northumberland. — Je trouve que les Sociétés coopératives de ces deux comtés avaient ensemble l’année dernière 56,000 membres ; elles ont encaissé 43,275,000 francs et réalisé un bénéfice net de 4,975,000 francs. Les intérêts et les dividendes distribués s’élèvent à 5,500,000 fr. Il n’a pas fallu plus d’une génération pour produire cela.
- « Je ne suis pas vieux; mais je me rappelle le temps où il n’y avait aucun magasin coopératif dans ces deux comtés. Il n’est pas facile d’estimer les bénéfices que les Sociétés coopératives ont procurés aü£ classes laborieuses.
- « Les avantages pécuniaires, quoique fort considérable, peuvent être évalué à peu près exactement en chiffres. Dans ce temps où la plus grande partie du peuple possède à peine de quoi acheter les objets indispensables à la vie, il n’y a pas de choses insignifiantes et le gain provenant des sociétés coopératives est une heureuse addition à des salaires trop parcimonieux.
- « Mais si important que soit le bénéfice pécuniaire, il n’est pas tout; il est même peu de chose en Comparaison de l’avantage moral; car la coopération est une école quotidienne d’épargne, de prévoyance, de Sobriété et d’honüêteté. (Écoutez)
- « Il est un autre fait que je ne puis passer sous silence.
- « Je veux dire les moyens par lesquels ces sociétés se sont non-seulement maintenues mais encore fortifiées et améliorées, pendant la longue série des désastres qui depuis 1873 ont assailli le commerce et l’industrie.
- « Les importations et les exportations ont subi une baisse considérable ; les diminutions de salaires Së sont succédées avec rapidité; les banqueroutes ont eu lieu de tous côtés.
- « Les sociétés coopératives composées presque exclusivement de travailleurs ont certainement senti l’orage ; mais elles n’ont éprouvé aucune déconfiture ; et pendant ce temps d’extrême adversité, elles ont constamment accru le nombre de leurs membres, leurs richesses et leur influence. Cela prouve et la solidité du principe qui leur sert de base, et lâ science, l’habileté et l’honnêteté avec laquelle elles ont été conduites.
- « Dans l’éloquênt et puissant discours par lequel le congrès a été ouvert ce mâtin l’évêque de Durham s’est étendu sur les bienfaits considérables qu’il attend de la coopération.
- « Quoique la coopération ait fait et qu’elle fasse encore beaucoup, nous espérons d’elle de plus grandes choses dans l’avenir.. C’est d’elle que nous
- attendons la solution des difficultés qui s’élèvèRf constamment entre le Capital et le Travail.
- « Harmoniser ces intérêts antagonistes, faciliter leurs rapports est un des plus pressants problèmes de notre époque.
- « Swift dit que l'homme qui fait croître deux épis là Où un seul avait jusqu’alors po ussé est un bienfaiteur de sa race.
- « Depuis que ie spirituel Doyen a prononcé ces paroles nous avons mieux appris à produire la richesse qu’à la distribuer. Dans le cours de ce siècle la puissance productive du monde s’est énormément accrue.
- « La vapeur, cétte infatigable puissance assujettie au service de l’homme accomplit les plus durs travaux ; les inventions mécaniques ont partout multiplié nos forces productives et aussi,hélas ! nos forces destructives, dans une proportion presque incalculable.
- « En elle-même cette augmentation de puissance est un hienfait e-t une bénédiction pour l’homme mais lorsqu’on la pervertit et qu’on en abuse elle devient une malédiction.
- « Le problème économique de notre époque n’est pas de créer ni même de réduire le prix des objets produits, si désirables que soient ces deux choses ; mais c’est de savoir comment assurer une plus équitable répartition de la richesse sociale de façon que le travail participe plus directement et plus largement dans les bénéfices qu’il contribue pour une si large part à créer-
- « Nous nous confions à la coopération, ce mouvement social si plein de promesse pour atteindre ce noble but. (Ecoutez).
- « Sa mission est d’élever la grande armée des travailleurs à un état matériel, social et intellectuel, supérieur à celui qu’ils ont atteint jusqu’ici.
- La devise sociale ordinaire est « Chacun pour soi. » La devise du coopérateur est « Chaque homme paur lui-même et pour tous. » « La coopération tend à élever ies hommes d’une façon générale et non à élever un individu ici, un autre là.
- « Tout en rendant justice à l’énergie et au mérite individuels et en appréciant les services de ceux qui contribuent par le travail ou la pensée au bien-être général, le coopérateur s’oppose à ce que l’intérêt individuel se satisfasse au préjudice de l’intérêt commun.
- « Les coopérateurs ne nourrissent aucun esprit de fol antagonisme contre le capital. Au contraire ils reconnaissent pleinement sa valeur, sa nécessité absolue et sont prêts à rémunérer équitablement ses services.
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- « Mais ils considèrent le capital comme le produit, comme l’enfant du travail, et ils conçoivent que leur devoir est d’empêcher que le capital domine l’homme, ga véritable place étant celle d’un serviteur utile et bienfaisant.
- (Ecoutez.)
- « Ce sont là des points qui se présentent à mon esprit comme les principaux en fait de coopération. je voudrais le faire comprendre impartialement, sans esprit d’exclusivisme ni d’amertume.
- « Nous avons besoin de ne porter atteinte à personne, de n’offenser qui que ce soit.
- « Nous devons sérieusement, tranquillement, avec persévérance accomplir notre propre ouvrage dans la voie que nous nous sommes tracée.
- « La coopération n’est pas une force négative, révolutionnaire, dissolvante. Elle vise à harmoniser les intérêts en lutte, à unir les hommes, à les associer dans les liens de la plus réelle fraternité, à mettre enfin en pratique les principes de l’aide et de la sympathie mutuelle. {Ecoutez).
- » Avec ces grands principes nous avons foi dans l’avenir. Dans ce pays, malgré tant de mécomptes, les perspectives ouvertes au travail sont pleines d’espérances.
- « La plupart des grandes nations de l’Europe ont à redouter des révolutions. Les populations ouvrières écrasées sous les bottes du despotisme militaire,sont poussées en désespoir de cause dans les voies de l'insurrection. Ici, quoiqu’il reste beaucoup à faire, nous devons Constater que tout heureusement peut s'accomplir par des moyens morceaux et pacifiques. De nos gouvernants nous n’avons rien à demander que l’égalité politique et la justice pour tous.
- « Nous n’avons besoin ni de patronnage, ni de privilèges,ni de monopoles. Avec la liberté de la parole et de la presse, avec surtout la plus complète liberté d’Association, avec l’éducation mise à la portée du plus pauvre, avec l’exercice du droit politique, et la certitude que ce droit sera élargi dans un avenir prochain, les travailleurs d’Angleterre, u’ont qu’à se montrer justes envers eux-mêmes et envers la cause de l’humanité, et ils obtiendront une riche récompense et transmettront aux générations futures un meilleur héritage que celui qu’ils ont eux-mêmes reçu du passé. »
- L’honorable gentleman déclare, au milieu des applaudissements, que l’exposition est ouverte.
- (A Suivre).
- Antres faite «le Coopération.
- Un remarquable travail de concentration des forces collectives se manifeste de tous côtés. Les sociétés coopératives qui ont reconnu la supériorité du principe d’association sur le régime du Ghacunpour soi poursuivent leur œuvre en fédéralisant entre elles les sociétés coopératives.
- C’est logique.
- La fédération pour les approvisionnements, pour la propagande, pour la généralisation de toutes les mesures utiles, ouvre à la coopération des horizons infinis, et met à sa disposition des moyens de progrès de nature à modifier profondément l’ordre économique actuel.
- Un congrès des coopératives de la nouvell^ Angleterre (1) a eu lieu à Massachusets (Etats-Unis d’Amérique),
- Voici la belle déclaration de principes de ce congrès.
- « 1° L’humanité ne peut progresser qu’à mesure que les hommes reconnaissent leur fraternité.
- « 2° Pour faire de ce sentiment une puissance grandiose et irrésistible, il faut qu’il y ait entre les hommes Association volontaire pour la prévoyance et l’assistance mutuelle.
- « 3° De tous les remèdes proposés pour élever et améliorer la condition des hommes la coopération semble le meilleur.
- « 4° S’unir à son semblable pour l’aide mutuelle est le plus précieux des privilèges de l’être humain. »
- C’est dans cet esprit que l’on a résolu d’organiser pour le 3 mai l’association coopérative de la Nou-velle Angleterre.
- Cette association se propose d’unir toutes les Sociétés coopératives dans une action commune pour l’avancement du principe coopératif et le développement général des intérêts de ces sociétés.
- Les membres des sociétés de consommation et de production seront invités à prélever "sur leurs bénéfices annuels une somme dont moitié sera payée à l'Association de la Nouvelle Angleterre pour couvrir les dépenses générales et les frais de propagande et dont l’autre moitié sera mise en réserve par chaque société pour former un fonds d’éducation.
- D’un autre côté nous lisions il y a quelque temps dans le Rappel :
- « Les sociétés ouvrières de consommation se réu-
- (1) La Nouvelle Angleterre comprend les Etats suivants : Le Maine, le New-Hampshire, le Vermont, le Massachusetts, le Rhode*Island, le Connecticut,
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- niront prochainement pour statuer sur un projet dont voici l'analyse rapide :
- « Il s’agit de la formation d'une agence générale pour l’achat en gros et la répartition au comptant de tous les objets utiles à la vie quotidienne,
- « Cette agence portera le nom de Docks des sociétés ouvrières de consommation. Elle aura son siège à Paris et fonctionnera aussitôt que les adhésions seront assez nombreuses.
- « Aucun capital ne sera affecté aux besoins de l’agence ; les sociétés adhérentes fourniront, sous forme de prêts, les premiers fonds nécessaires à son établissement, au moyen d’une avance prise sur leurs fonds de réserve respectifs.
- « Le fonds de roulement sera créé au moyen d’une majoration des règlements trimestriels de chaque sociélÿ.
- « L’agence sera administrée par un conseil composé d’un membre de chaque société adhérente, qui sera placé sous le contrôle de six membres, renouvelables par tiers tous les trois mois. »
- L’Angleterre est entrée depuis longtemps dans cette voie.
- Ainsi la «Co-opérative Vholesale Sociéty «(société coopérative de vente en gros) fondée en 1855 par les pionniers de Rochdale est une institution fédérative composée aujourd’hui de 584 sociétés comprenant 305,161 membres.
- Le capital souscrit est de 28,206 actions de 5 livres chacune (125 fr ) ou 141,030 livres (3,525,750 fr.) Les Sociétés coopératives peuvent seules devenir actionnaires et doivent prendre une action par 10 membres.
- Un intérêt de 5 0/0 est alloué au Capital. Les bénéfices n^ts, une fois les intérêts payés, sont répartis entre les acheteurs.
- Dans l’année 1879 les ventes se. sont élevées à 2,705,625 livres (57,640,625 fr.)
- Les chiffres ci-dessus convaincront les sociétés non encore fédérées des avantages que peuvent procurer des opérations aussi étendues.
- En France l’idée n’est pas nouvelle, nous la trouvons développée dans le remarquable rapport présenté en 1878 au Congrès de Lyon par M. Frilley au nom de douze sociétés coopératives de Paris. Des divers genres de fédération de travailleurs, la fédération des sociétés coopératives est, croyons-nous, la plus économique, la plus féconde en résultats avantageux, la plus pratique en l'état de notre législation.
- Nous faisons donc des vœux pour sa réalisation et comme nous savons qu’une société coopérative de vente en gros, aura pour résultat d’augmenter le nombre des sociétés coopératives de consommation
- j par les avantages qu’elle leur procurera et de faire naître nombre de sociétés de production, auxquelles elle fournira des débouchés assurés.
- Nous disons :
- A quand le premier congrès des Sociétés coopératives françaises ? J. p.
- NOUVELLES DIVERSES
- FRANCE
- I>ew grèves du Nord. — C’est, dit le Petit Nord, une perte sérieuse qu’auront faite pendant ces trente-six jours dégrève patrons et ouvriers. Les patrons ont manqué beaucoup d’affaires importantes. Nous en connaissons un qui vend tous les ans, fin avril et commencement de mai. environ 4.000 pièces aux acheteurs des maisons américaines. Il n’a pu cette année fournir ses marchandises, et les Américains ont adressé leurs ordres aux fabricants d’Angleterre et d’Allemagne.
- C’est autant de travail enlevé à la maison, et il est possible que, dans deux ou trois mois, 200 ouvriers de cet établissement se trouvent en chômage momentané. Plusieurs autres maisons sont dans la même situation et I on craint que vers la mi-août, il ne se produise dans les ateliers un ralentissement qui mette un grand nombre d’ouvriers sans travail. Nous espérons toutefois que les patrons prendront les mesures nécessaires pour que la crise actuelle ne soit pas suivie d’un nouveau chômaee à si bref délai.
- Les ouvriers, eux aussi, ont été fortement éprouvés parla grève. Les trente-six jours de chômage représentent pour eux une perte moyenne de 150 fr. Or, l’augmentation moyenne qui est accordée aux plus favorisés, est d’environ un franc par semaine. On voit qu’il leur faudra une année entière pour arriver à compenser leur perte par leurs bénéfices.
- Les sommes distribuées aux grévistes ont été relativement minimes. Plusieurs ouvriers nous ont dit avoir reçu 13 fr. 30 une fois et 10 fr. une autre fois La fraude a été toutefois plus fructueuse. Elle n’a cependant pas empêché beaucoup d’ouvriers d’être obligés de s’imposer de très dures privations et de s’endetter. On voit que la grève qui vient de finir aura été tout simplement un désastre.
- ¥ ¥
- Nouvelle association coopérative. — On
- lit dans le Nouveau Journal :
- Quelques citoyens de bonne volonté se sont groupés pour créer une association sous le titre significatif de Fraternité populaire, bureau d’épargne, de crédit mutuel des ouvriers et des employés de Paris et de la banlieue.
- Tout aohérent profitera des avantages de la coopération. sans faire de versements, sans payer de cotisations, sans contracter d’engagements et sans encourir de responsabilité.
- La Fraternité populaire, à l’aide de son système d’approvisionnement, procure à ses adhérents une épargne, suivant l’importance de leurs achats, de 160 à 300 francs par an : siège central, rue de Belzunce, 11, à Paris.
- Le capital de début est réalisé, et l’œuvre va fonctionner incessamment dans les onzième et vingtième arrondissements, les plus peuplés de travailleurs.
- *•
- •* ¥
- Kancane vivace. — Le Parlement s’enflamme à la pensée que les vaincus de 1871, n’ont pas oublié leurs trente mille morts :
- «Non, dit-il,les neuf années qui se sont écoulées depuis la terrible semaine de Mai, n’ont pas fait disparaître les rancunes et les haines das vaincus ; elles n’ont pas fait disparaître non plus les causes qui ont infligé à Paris la
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- ministre et honteuse aventure de la Commune. Nous ne narions pas de la masse des insurgés, trompée par de fausses théories, instrument d’une poignée d’intrigants, d’incapables et d’ambitieux. Nous ne parlons pas des quelques hommes honnêtes et convaincus qui s’étaient égarés à ) Hôtel-de Ville. Nous parlons de ceux qui tfont vu, dans la plus odieuse des guerres civiles,qu’un moyen de satisfaire leur envie,leurs convoitises et leurs appétits. Ceux-là, graciés par faiblesse ou retenus encore au delà de nos frontières, n’ont rien appris, sinon la patience. Ils continuent ou ils ont repris leurs manœuvres ; ils se préparent à recommencer la lutte. Jamais leur langage n’a été plus insolent ; jamais leurs revendications n’ont été plus séditieuses : jamais impunité plus large n’a couvert violations plus formelles de la loi. »
- Le Parlement devrait dire : « Jamais rancune (!) plus vivace ne persista plus longtemps contre des vaincus daus le cœur des vainqueurs. »
- Eh ! quoi ! ap’-'ès dix ans écoulés, les républicains opportunistes s'obstinent à refuser l’amnistie pleine et entière, et vous vous étonnez que les veuves, que les fils des fusillés et des déportés s’obstinent, eux,à se souvenir ?
- Dérision !
- *
- * -¥
- Fraternité ouvrière. «— Les magistrats municipaux du 11e arrondissement ont fait un appel à leurs administrés en faveur des ouvriers de l’usine « La Lorraine » qui était située rue Saint-Maur, 14,et qu’un incendie a entièrement détruite.
- Cet appel a été assez bien accueilli pour faire espérer qu’on pourra remettre ces honnêtes travailleurs, à même de reprendre le travail qui donnait le pain à leur famille.
- Nous constatons avec bonheur que les Associations Coopératives ouvrières du ile arrondissement se sont empressées de répondre à l’appel, elles ont organisé des souscriptions parmi leurs membres.
- Nous étions persuadés que lorsque l’on invoque les sentiments de fraternité et de solidarité, les ouvriers associés ne seraient pas les derniers à affirmer ces principes essentiellement républicains.
- Voici la liste des sommes versées par les associations
- coopératives du 11e :
- Ouvriers en cuivre, 25 fr.
- — robinettiers, 20
- — marbriers, 11
- — instruments de musique, *25
- — lithographes. 23
- — cochers de Paris, 64
- 170 fr.
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- Miracles interdits. — Les sœurs de la Providence, de Samois, un petit village entre la Seine et la forêt de Fontainebleau, avaient imaginé de rendre célèbre par de prétendus miracles, l’école qu’elles dirigent.
- Comme il leur était facile d’avoir la complicité des petites filles dont l’éducation leur était confiée, elles ne tardèrent pas à parler de visions surnaturelles de toute sorte.
- En attendant que l’autorité prenne des mesures la commission de l’hospice de Samois vient de prendre la délibération suivante :
- * La commission administrative de l’hospice de Sa-mois, informée du fait dont il va être question, délibère :
- « Attendu qu’il ne doit pas être permis à des personnes chargées de l’instruction des jeunes enfants dhalluciner l’imagination et de pervertir le sens moral en prêtant les mains à des prétendus miracles que la raison réprouve :
- .«Attendu que, le vendredi 21 mai, les sœurs de l’hos-Ptce de Samois, en faisant ou en laissant croire aux en-ants confiés à leurs soins qu’ils avaient vu a l’horizon arche de Noé illustrée d’inscriptions, avec Jésus nu
- dans l’arche et une colombe transpercée du glaive, et en appelant nombre d’habitants du pays à être témoins de cette manifestation, ont commis un scandale public dans un établissement dont elles n’ont pas la gérance :
- « Attendu que ce soi-disant miracle n’est qu’une réédition de la mystification de la Vierge censément descendue, le 15 mai 1873 sur un prunier du jardin du même hospice dont les produits acquirent une singulière valeur :
- « Décide :
- « A l’avenir, il est interdit aux sœurs de l’hospice de Samois de coopérer, dans l’établissement hospitalier, à des miracles, sans l’autorisation expresse de la commission administrative dudit hospice.
- « Le préseut ordre du jour sera signifié aux sœurs par les soins de l’économè.
- « Et ont, les membres, signé après lecture.
- (Suivent les signatures).
- Cette délibération ressemble assez à cette ordonnance affichée en 1732 sur la porte du cimetière de saint-Médard à Paris, à l’occasion de l’interdiction des manifestations des convulsionnaires sur le tombeau du diacre Pâris :
- De par le roi, défense à Dieu De faire miracle en ce lieu.
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- Victime du devoir. — Encore un nom a ajouter à la liste des victimes de leur dévouement aux malades. Aujourd’hui c’est une jeune femme de trente-deux ans, Mme Colin, qui succombe à l’hôpital Rothschild, d’une maladie contractée au chevet d’une petite fille atteinte de la variole
- Mme Colin était attachée en qualité de surveillante à l’hôpital Rothschild de Paris. Elle n’avait pas voulu quitter d’un instant sa chère petite malade et déjà atteinte elie-même, elle s’obstinait à soigner encore la pauvre enfant. Il fallut l’arracher à ce chevet; mais il était trop tard. La contagion l’avait gagnée et après quelques jours de souffrance, cette sœur de charité israè'-lite rendait le dernier soupir.
- ITALIE
- Expéditions géographiques. — Les lauriers de Nordenskjold empêchent de dormir les explorateurs du pays de Colon et de Marco Polo.
- On projette en Italie une expédition au pôle sud.
- L’idée est due à‘un vieux Vénitien, le professeur Cris-toforo Negri, père de la Societa geografica, et à un jeune Piémontais, le lieutenant de vaisseau Giacomo Bove, en mission à bord de la Vega.
- A peine la proposition lancée un comité central s’est constituée à Gênes, pour la traduire en acte. Il se forme des sous-comités dans toutes nos grandes villes. Gelai de Rome, qui a tenu sa première séance le 25 avril, n’est autre que le bureau de la présidence de la Societa geografica.
- La somme indispensable ne dépassera pas 600,000 fr., dont 250,000 pour la construction d’un navire approprié à sa destination spéciale, 200,000 pour les approvisionnements de toute espèce, et 150,000 pour la solde de l’équipage et les frais de voyage.
- Le pôle Sud n’a été étudié jusqu’ici qu’en passant et durant l’été.. L’expédition italienne, devant y séjourner deux hivers et un été, aura le temps d’approfondir, par exemple, le problème du magnétisme terrestre, qui est encore si obscur après les recherches de Ross, de d’Ur-ville, de Wilkeà, et des astronomes chargés, récemment, d’observer le passage de Vénus devant le soleil.
- On organise aussi à Milan une expédition commerciale dans l’intérieur de l’Afrique.
- Le tiers du million nécessaire est déjà souscrit.
- Bravi i Milanesi l
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- LE DEVOIR
- ALSACE-LORRAINE
- Le Divorce. —*Nous empruntons à la Revus alsacienne de très intéressants détails sur les effets produits en Alsace-Lorraine par l’établissement du divorce, après l’annexion à l’Allemagne. G’est un document de nature à éclairer plus d’un esprit encore hésitant.
- Jusqu’à la fin de 1873, la séparation de corps était restée le seul recours légal à utiliser dans les unions malheureuses ; mais le 27 décembre 1873 fut promulguée une loi établissant le divorce dans les provinces annexées.
- On le devine, dans les premiers moments, la nouvelle du rétablissement du divorce fit grand bruit ; et les détracteurs de s’ingénier à en grossir les conséquences funestes, de se livrer à mille prophéties sur les scandales qui allaient se produire.
- Mais leurs prévisions ne se réalisèrent point. la statistique officielle est là pour- démontrer qu’en Alsace-Lorraine les divorces sont relativement peu nombreux ; ce qui est également constaté depuis longtemps dans les pays voisins.
- En laissant de côté les anciennes séparations de corps transformées en divorce, voici le tableau des divorces prononcés en Alsace-Lorraine pendant les années judiciaires de 1873 à 1879 :
- 1. 1873 à 1874........... 21
- 2. 1874 à 1875........... 33
- 3. 1875 à 1876........... 51
- 4. 1876 à 1877.......... 66
- 5. 1877 à 1878........... 87
- 6. 1878 à 1879. ...... 58
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- divorces en six ans, sur une population de plus d’un million et demi d’habitants ; ce qui n’est guère, conve- j nons-en. i
- Le législateur allemand, à l’exemple du législateur ' français, a cherché à entourer les actions en divorce de formalités rigoureuses, afin de ne rien précipiter, et de laisser â la réflexion et à la réconciliation le temps de se produire. Oui, certes, il faut le répéter, le divorce en lui-même n’est pas un bien ; ce ne sera jamais que le remède d’un mal. Mais, comme on le voit, le mal ne s’est guère révélé en Alsace-Lorraine, et, de plus,-aucune des perturbations sociales qui devaient surgir à la suite de rétablissement du divorce, au dire de ses adversaires, ne sont survenues dans ces pays, hier encore français, et dont les mœurs n’ont subi aucune altération sensible depuis l’annexion à l’Allemagne.
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- ANGLETERRE
- L’enseignement pratique «3e la cuisine
- dans les écoles de filles, dont nous avons déjà parlé dans le Devoir, fait de grands progrès en Angleterre.
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- ALLEMAGNE
- Les allemRnds peintspar eux-mêmes.
- — « En politique, disait il y a quelques jours le Dussel-dorfer Anzeiger, officieusement cité par la Gazette de VAllemagne du Nord, l’Allemand est un égoïste, mais un égoïste mesquin, une tête carrée, un ergoteur qui ne démord pas de son opinion. »
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- I.es socialistes allemands. — Depuis l’élection du socialiste Hartmann à Hambourg, élection due à une majorité écrasante, le parti socialiste relève fièrement la tète.
- On signale de divers côtés des démonstrations dont on n’avait pas eu d’exemple depuis deux ans.
- A Brunswick, l’autre jour, six mille socialistes des deux sexes suivaient dans le plus grand ordre et sous les yeux de la police, l'enterrement de l’imprimeur
- Bracke, qui est mort la semaine dernière, après avoir été prématurément tué deux ou trois fois par les journaux.
- A Berlin, les socialistes ont empêché une réunion de l’association des ouvriers relieurs. Cette société a été fondée sur le modèle des Trades-TJnions anglaises, et sous kimpulsion des leaders du parti progressiste à Berlin, les journalistes Hirsch et Duncker. Dans le môme corps d’état existait une association socialiste, qui a été dissoute par ordre supérieur. Les membres de l’association dissoute, considérant comme des traîtres et des ennemis les membres de l’association progressiste, ne leur ont pas permis de délibérer. Iis ont forcé la réunion à se dissoudre.
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- SUISSE
- mixte èt Ssaint-GrEill. — Le canton de Saint-Gall possède des écoles mixtes dans toutes les communes rurales, mais le chef-lieu, belle ville prospère et industrielle, u’avait jusqu’ici que des écoles séparées.
- Une loi vient de rendre or ligatoire pour tout le canton, chef-lieu compris, l’éducation mixte.
- Cette mesure a caust- ch z les catholiques romains une grande émotion Quelques « fidèles catholiques » ont affiché à la porte de la Chambre du commerce et au portail de l’église Saint Laurent la proclamation suivante :
- * Appel aux fidèles catholiques de Saint-Gall. A bas « la fusion des écoles ! Nous ne voulons point d’écoles « mixtes. Oui ! ©ui ! MM. Tschudi et Ce vous trouverez « ici un peuple qui ne se laisse pas voler sa religion. On « veut bannir Christ dé l’école et démoraliser la vie ; la « fusion des écoles ne doit pas devancer le résultat du « recours au Tribunal fédéral. — A 'bas cette machine,
- « ou il y a Révolution 1 » Le Comité.
- L’affiche est rédigée, du reste, dans un allemand qui ne fait pas honneur aux écoles où les membres du comité ont appris leur langue.
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- Séparation «le l’Eglise et de l’Htat à Genève. — Nous devons attirer l’attention de nos lecteurs sur l’importance de la décision préliminaire que le Grand Conseil genevois vient de prendre sur la proposition relative à la suppression du budget des cultes.
- L’entrée en matière a. été votée par 50 voix contre 42, c’est-à-dire à une majorité de huit voix.
- Cette décision ne permet pas, sans doute, de préjuger le sort définitif puisqu’il ne s’agit que de l’entrée en matière mais elle montre cependant que la majorité de l’assemblée est favorable en principe à cette solution, la plus efficace assurément que puissent désirer ceux qui sont las de voir les débats politiques se compliquer de querelles religieuses.
- Il suffit de jeter un coup d’œil sur l’appel nominal pour constater que rien ne ressemble moins que cette décision à un vote de parti et que des hommes appartenant aux nuances d’opinions les plus opposées ont voté les uns à côté des autres contre l'ajournement indéfini proposé par M. Chenevière.
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- Au moment de mettre sous presse nous apprenons que l’art. 1er du projet, conçu en ces termes :
- « La liberté des cultes est garantie. — L’Etat et les communes ne salarient aucun cuite. — Nul ne peut-être contraint de contribuer aux dépenses d’un culte. »
- a été voté en premier et en second débat par 41 voix contre 39, malgré l’opposition du Conseil d’Etat (pouvoir exécutif.)
- L’article 2 a été adopté dans les termes suivants :
- « Les cultes s’exercent et s’organisent en vertu de la liberté de réunion et du droit d'association. Ils sont tenus de se conformer aux lois générales ainsi qu’aux règlements de police sur leur exercice extérieur. Ils peuvent, avec l’assentiment du Grand Conseil, se constituer en fondation et recevoir à ce titre des dons et
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- îPffS. mais ils ne peuvent, sans une autorisation spéciale au Grand Conseil, être propriétaires d’autres immeubles uue des temples ou des églises, des cures ou des pres-hvtèjes, et leurs dépendances. »
- Enfin l’art. 3 a été adopté avec un amendement qui lui donne la rédaction suivante : « Les temples et églises sont déclarés propriétés communales, inaliénables pendant 30 ans, sauf le cas d’expropriation pour utilité oubliqne. Pendant le même laps de temps elles demeureront à l’usage de celle des deux confessions, protestante ou catholique, à laquelle ils ressortent actuellement. »
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- {{établissement de la p>eine «le mort, —
- Tandis que les cantons protestants de la Suisse marchent en avant, les cantons catholiques marchent en arrière. C’est ainsi que le petit canton ultramontain d’Appenzell Rhodes Intérieures vient de rétablir chez lui la peine de mort.
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- Pas BÆaltlrusieïi celui-lsl. — Dans le même canton d’Appenzell un brave citoyen vient de faire baptiser son trentième Toute cette famille travaille et, sans être aisée, n’a pas à souffrir de la pauvreté. Il est vrai que cela se passe en campagne et que la fécondité des familles n’a pas pour les paysans les mêmes inconvénients que pour les ouvriers des villes.
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- ÉTATS-UNIS
- Coîiséquenoes morales de l’émigration.
- — La Flandre libérale, après avoir constaté que, depuis 1876, l’émigration de l’Europe vers l’Amérique du Nord S’accroît suivant une progression rapide, et telle qu’on évalue à 400,000 hommes ou femmes le nombre des Européens qui seront allés, cette année, grossir la population des Etats-Unis d’Amérique, se demande quelle influence exercera non-seulement sur l’Europe , mais sur le monde, ce peuple devenu le plus nombreux et le plus fort parmi les nations civilisées :
- Entièrement vouée aux travaux de la paix, la grande République opposera, on peut le croire, son veto absolu à toute guerre d’agression et imposera au monde une politique pacifique comme la sienne. Chacun sait combien le commerce et l'industrie souffrent de ces rivalités internationales. Une nation de 200 millions de travailleurs se laissera-t-elîe troubler dans ses occupations laborieuses par les sanglantes querelles de quelques petits peuples placés de l’autre côté de l’Océan? Ce n’est guère probable. En Europe même, il y a de nombreuses populations qui détestent la guerre ; en Australie, dans l’Afrique se forment des communautés politiques, im- j bues du même esprit. Toutes s’uniront pour constituer j une ligue de neutres issez forte pour imposer la paix à J leurs voisins plus belliqueux La fin des guerres, la j cessaiion des armements militaires, l'étouffement des \ baines de race et des préjugés de nationalité, voilà le ] dernier et immense bienfait que nous attendons de la ] colonisation américaine. On voit combien ce phénomène jj mérite d’attirer l’attention : C’est un nouvel ordre de î choses qui s’enfante par la seule force du travail, et sans S bruit, sans fracas, comme se préparent toutes les gran- ? des choses en ce monde. 1
- Le résultat final se fera quelque peu attendre on le voit; mais l’avantage remporté par le Woman party n’en est pas moins digne d’attention.
- Le tnnnel gous THudisoa
- Le tunnel sous la rivière de l’Hudson, qui doit relier New-York et Jersey City, est poussé activement du côté de cette dernière ville, et des ouvriers doivent se mettre prochainement à l’ouvrage du côté de New-York. Le fond du lit de la rivière consiste presque exclusivement en une boue tenace. Au dire deM. Haskin, président de la compagnie, les difficultés sont moins grandes qu’on ne s’y attendait, et le capital de 10 millions de livres sterling sera sans doute amplement suffisant pour mener l’entreprise à bonne fin. Les ouvriers sont approvisionnés d’air au moyen de machines d’un système nouveau breveté, par M. Haskin, et dont on a obtenu jusqu’à présent les meilleurs résultats. La longueur to-t le du tunnel sera de 12,000 pieds, dont un mille sous la rivière. L’entrée du côté de Jersey City est dans la Quinzième rue. Le terminus à New York sera près de Morton Street A partir de ce point seront les travaux d’approche, déviant légèrement vers le sud, sur uüe distance d’environ 3,000 pieds. L’endroit exact de l’entrée n’est pas encore fixé. Quand le tunnel sera complété, les voyageurs arrivant à Jersey City seront transportés de là à New-York en six minutes, sans changement de wagons. Les trains de marchandises ne traverseront le tunnel que la nuit, et les premières heures du matin seront réservées pour les trains venant approvisionner les marchés de New-York.
- L’OUVRIER ASSOCIÉ
- A propos des grèves qui ont éclaté récemment dans plusieurs centres manufacturiers des départements du Nord, de la Marne et de la Seine-Inférieure, le journal la Liberté a publié, sous le titre que nous reproduisons, des observations fort justes, et elle a conclu à la nécessité de l’association du capital et du travail, seul remède efficace aux crises causées par l’antagonisme des deux intérêts en présence dans le champ de l’industrie.
- « Ces troubles locaux, dit la Liberté, ne sont qu’un épisode de la crise générale du travail. Toute cette agitation se terminera'par voie de répression ou de transaction.
- La question, pour nous, n’est pas dans l’incident de la grève, mais dans la cause qui l’a produit.
- Chaque fois qu’éclate dans les régions industrielles quelque brusque explosion des revendications ouvrières, nous y voyons Un nouveau symptôme menaçant de l’état maladif où s’agite le monde du travail.
- Le travail chez nous est mal organisé. »
- Il serait plus vr.ai de dire qu’il ne l’est pas du tout, et les choses, sous ce rapport, ne sont pas sur
- , L*r°ït femmes. — Le Sénat provincial de
- lEtat de New-York a adopté, par 17 voix contre 14, un projet d’amendement constitutionnel en vertu duquel les îemmes seraient désormais électeurs el éligibles.
- Pour que cet amendement soit inscrit dans la constitution de New-York, il faudra toutefois que la seconde onambre l’adopte à son tour et qu i la prochaine législa-ure cûiifirme cette première sanction; après quoi", aux •.L* 1?.ûs de l’amendement pourra être soumis au Vote direct du peuple.
- un meillieur pied dans les autres pays que dans le nôtre.
- La Liberté cite l’Angleterre où, suivant elle, « l’ouvrier participerait jusqu’à un certain point aux chances favorables ou défavorables des industries qui l’emploient. » S’il en est ainsi, comment se fait-il que les grèves ne soient pas moins fréquentes de
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- l’autre côté du détroit que de ce côté-ci, et qu'elles y atteignent en général des proportions beaucoup plus grandes ?
- Quoiqu’il en soit, laissons la Liberté, puisque cela lui convient, appliquer à la [France seule son argumentation qui n’en est pas moins péremptoire
- « En France, le salaire est fixe ou plutôt les patrons l’abaissent lorsqu’ils sont dans une période de crise, et consentent difficilement à l’augmenter lorsque les jours de prospérité reviennent.
- C’est à. cette séparation, et, disons-le, à cet antagonisme d’intérêts, qu’est due la haine invétérée entre le capital et le travail, cette haine tenace qui nous menace sans cesse d’une véritable guerre sociale et qui livre les fouies laborieuses à toutes les funestes influences du radicalisme subversif.
- Il n’y a, à ce mal profond, qu’un remède efficace : c’est de réunir ce qu’on a jusqu’à présent divisé ; c’est de substituer l’association au salariat. Ce n’est pas là une théorie idéale, ni un empirisme utopique. Partout où ce système de solidarité et de réconciliation a été appliqué, il a produit les plus heureux effets d’apaisement et de bien-être. Il faut le généraliser.
- La participation de l’ouvrier aux bénéfices est un principe de raison et de justice. Jusqu’à présent, sous toutes les formes qui ont régi le travail, esclavage antique, servage du moyen-âge, salariat moderne, l’homme a été considéré comme une machine dont on paie le prix matériel, sans récompenser autrement les services qu’on en obtient.
- Il est temps de voir en lui quelque chose de plus noble et de plus digne. C’est un collaborateur, qui met non-seulement ses bras, mais son intelligence et son dévouement à la disposition de l’œuvre qu’il produit. C’est un des facteurs nécessaires de toute production. Il est juste qu’il ait sa part et son bénéfice dans les résultats du travail.
- Tant que les chefs d’industrie n’auront pas compris cette vérité, tant qu’ils se borneront à payer à leurs ouvriers un salaire presque toujours insuffisant, au lieu de les intéresser fortement au succès de leur entreprise, en en faisant de véritables associés, la lutte du capital et du travail persistera, jalouse et acharnée, et les grèves révolutionnaires agiteront et menaceront la société. »
- Voilà qui est parfaitement raisonné.
- Ou l’accord des intérêts du capitaliste et du travailleur, du patron et de l’ouvrier par Y Association, ou la guerre entre eux sans fin ni trêve, au grand dommage des deux parties, non pas toujours impunément pour la paix publique, ni sans lésion pour la société tout entière.
- Il convenait de prendre acte de la déclaration formelle d’un grand journal tel que la Liberté, en faveur de l’Association du capital et du travail, question si négligée par toute la presse politique.
- Remarquons toutefois que la Liberté se borne à exprimer un vœu, un désidaratum, dont elle déduit fort bien les motifs, mais qu’elle n’indique pas du tout comment il faut s’y prendre pour le réaliser.
- Essayons de suppléer un peu à cette omission. L’association ne pourra évidemment résulter d’une mesure législative qui s’imposerait d’emblée à tous les industriels de la nation, puisque, sans parler de
- l’impossibilité matérielle et morale d’une pareille façon de procéder, l’industrie, à part certaines conditions d’hygiène et de sécurité publique, est libre et n’est point du domaine de la loi.
- Ceux qui ont quelque peu creusé le problème savent que le régime de l’association ne saurait débuter que par des applications locales, par des centres particuliers d’expérimentation, en quelque sorte, du lien sociétaire, centres qui se rattacheront par la suite les uns aux autres, tout en conservant chacun leur existence propre et distincte, comme aujourd’hui, par exemple, la commune dans le canton, dans le département et dans l’État.
- Sans doute, la participation est un premier pas dans l’association, mais, seule, elle ne suffirait pas à la réaliser complètement. On aurait peu fait pour le bien-être et pour l’élévation de la classe laborieuse, si l’ouvrier admis à participer, reste pris ailleurs dans les mêmes conditions de vie où il se trouve actuellement ; si, par exemple, il habite toujours un logement insalubre, soit par insuffisance d’espace, d’aération et de jour, soit par la nécessité de faire de la pièce, souvent unique qui le compose, d’en faiye à la fois, disons-nous, la cuisine, la salle à manger, le dortoir de la famille, la buanderie et le séchoir, en un mot le lieu où s’exécutent confusément les opérations diverses du ménage, cela contre toutes les règles de l’hygiène et de l’économie.
- Dans son remarquable ouvrage (Solutions sociales), qui s’appuie sur un grand fait pratique, ou plutôt qui en est l’historique et le commentaire, M. G-odin a insisté avec raison sur l’importance capitale de l’édifice unitaire, offrant aux familles des logements hygiéniques et commodes, agréables mêmes, facilitant toutes les relations sociales, réunissant écoles, gymnases, bibliothèques, magasins de vente des denrées usuelles, où chacun peut s’approvisionner au prix de revient, sans perdre de temps en courses au dehors. Dans son dessein d’établir l’association, le fondateur du Familistère a donc suivi une marche tout-à-fait logique en débutant par bâtir pour les 1200 travailleurs occupés à divers titres à son usine ce qu’il nomme le Palais social.
- De son côté, le théoricien de l’Association, Charles Fourier, commence la partie organique de son œuvre par la description du phalanstère ou résidence de la population associée.
- C’est qu’en effet, avec le morcellement des habitations, avec ces maisonnettes qui sont encore l’idéal de beaucoup de philanthropes, l’établissement de l’association est absolument impossible.
- Une autre condition essentielle au maintien de cette forme de société, c’est qu’on ait une règle de
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- répartition équitable qui satisfasse les légitimes prétentions de chaque associé, soit comme travailleur, soit comme capitaliste.
- U y a en outre, dans l’organisation même des travaux, certaine disposition à adopter ou à éviter : dispositions desquelles peut dépendre soit le succès, soit l’échec des tentatives sociétaires.
- S’il est donc bien de recommander l’association, comme Ta fait, à propos des dernières grèves, le journal la Liberté, on voit que pour faire passer ce voeu, cet excellent conseil, à l’état de réalité il y a certaines précautions à prendre, certaines conditions à remplir, dont ne se sont peut-être pas suffisamment enquis tous ceux qui préconisent cette panacée : panacée véritable, en effet, mais dont il faut savoir faire une bonne application.
- Charles Pellarin.
- LE DERNIER-NÉ DE GINX
- SA NAISSANCE ET SES AUTRES INFORTUNES
- ParM. JENKINS
- V. La Loi selon la Justice Humaine.
- La personnalité du Magistrat à qui M. Dignam Bailey, conseiller de la Reine et, avec lui, M. Adolphe Stigma, s’adressèrent dans le cas relatif à un enfant nommé Ginx, non présent, n’est pas essentielle à cette histoire.
- Ce magistrat était, du reste, comme tous ses collègues appointés, enclin à faire des pointes plus ou moins spirituelles, zélé dans les devoirs de sa profession et'attaché à ses opinions personnelles. Il était ennuyé de l’intrusion dans son tribunal d’un avocat auquel il se sentait disposé à accorder tout au plus la huitième partie de la courtoisie qu’au banc de la Reine on accorde même au plus humble et au plus jeune des membres, consciencieux qu’il était de sa divergence avec ses collègues et de ses contradictions avec lui-même dans l’application de la loi pénale.
- Mais au fait, le mieux est de mettre sous les yeux du lecteur le compte-rendu du « Daily electrlc meteor » :
- « Westminster.
- « M. Dignam Bailey, Q. C. (et avec lui, M. Adolphe Stigma) requièrent une sommation contre Mary frens, communément appelée Sœur Suspiciosa, du couvent des Sœurs de la Miséricorde, dans Winkle Street, accusée de détournement et de détention d’un enfant mâle de John Ginx et de Marie sa femme.
- “ M. d’Acerbity. De la part de qui votre requête ?
- « Le docte conseiller expose qu’il a reçu des instructions de la part de la Société protestante des investigations, à l’effet d’agir au nom delà mère. Et que l’affaire est suivie par la Société préventive de l’enlèvement et de la détention illégale des femmes et des enfants.
- « M. d’Acerbity. Le père est-il partie dans la requête ?
- « M. Bailey. Non, Monsieur.
- « M. d’Acerbity. Pourquoi ? Il devrait y figurer, s’il est de ce monde.
- « M. Bailey. Peut-être me permettrez-vous, Monsieur, de vous exposer ce qu’il en est. Les circonstances sont d’un caractère tout particulier. Le fait est que....
- « M. d’Acerbity. Je ne puis comprendre pourquoi le père n’est pas représenté s’il y a eu détournement de l’enfant ?
- « M. Bailey commence à développer la thèse : « Que l’enfant avait été pris par une religieuse au N®5, Rosemary Street, sans le consentement delà mère, et qu’il était actuellement détenu dans le couvent. Le père semble y être indifférent ou avoir donné une sorte de consentement général. C’était le 13m* enfant de M“e G-inx et celui sur lequel se concentraient toutes les affections.
- « M. d’Acerbity (interrompant le savant gentleman) . Nous n’avons pas de temps à perdre à faire du sentimentalisme, M. Bailey. Si le père consentait, appelleriez-vous cela une soustraction ? Cela m’a plutôt l’air d’une réduction. (On rit).
- « M. Bailey, appelant l’attention sur l’ensemble des prescriptions écrites de la loi criminelle, (1) dit qu’il plaide pour illégale détention plutôt que pour détournement, et il insiste, argumentant longuement sur le paragraphe 56. A la conclusion de son argumentation, après avoir refusé d’entendre M. Stigma, M.d’Acerbity répond qu’il est clair comme le jour que cette affaire n’a rien de commun avec le paragraphe 56, ce qui, il craint de le dire, est parfaitement connu du docte conseiller. Le père a été partie consentante, d’après l’aveu même du savant contradicteur, à l’éloignement de l’enfant, et rien ne peut donner lieu de croire qu’il ait retiré son consentement. Il refuse donc la sommation.
- « M. Bailey essaie de répliquer au magistrat, mais celui-ci l’arrête court.
- (1) Il y a dans la législation la loi commune et la loi écrite. La loi commune est celle que nul texte ne renferme. Elle existe séculairement.
- La loi écrite est une sorte de condensation en cinq parties d’une foule de lois communes autrefois. Ces cinq parties ou divisions, que vise la loi écrite actuelle sont: le vol; l’attentat sur les personnes; la fausse monnaie ; l’attentat sur les propriétés ; le faux.
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- «M. d’Acerbity. Je n’ai rien de plus à dire Vous pouvez vous adresser au banc de la Reine ; quant à moi je ne sympathise avec vous en aucun point. » M. d’Acerbity interprétait sans doute sainement la loi, mais qu’est-ce que la justice a de commun avec la .sympathie ?
- Bien certainement le jour qui suivit la publication de ce compte rendu, le magistrat dut recevoir une lettre du secrétaire de l’intérieur.
- VI. — Papisme et Protestantisme au ï>anc de la Reine.
- La requête au magistrat n’avait point été satisfaisante. Il n’y avait même pas eu d’exposé de motifs et le Bulletin de Windmill (2) railla fort agréablement la Société des investigations.
- Pendant ce temps avait eu lieu la grande cérémonie du baptême. A peine était-elle terminée qu’un rapport détaillé et circunstancié était déjà entre les mains de l’Association.
- Un tel attentat sur la personne d’un petit protestant, c’était monstrueux ! Le rapport fat immédiatement imprimé avec le compte-rendu de la requête au Magistrat ainsi que la conversation d’un agent de la Société avec la mère.
- Dans les grandes artères et les passages. les plus fréquentés de la ville, on pouvait voir paradant et faisant les cent pas des Board-men (3) portant l’appel suivant :
- Bï<6-0— m—...... — ' ....- -.... -O-^jjl
- ? SOCIÉTÉ PROTESTANTE DES INVESTIGATIONS
- PAS DE PAPAUTÉ ï
- „ Enlèvement d’un enfant,
- Attentat à la liberté du sujet I Procédés terribles et mystérieux !
- Baptême d’un enfant protestant dans uncouvent.
- OUTRAGE
- à la nation par des mercenaires étrangers 1
- Tous les pères et mè res sont invités à prêter leur coopération au maintien de la religion protestante, du Sanctuaire de la famille et de l’inviolabilité de la liberté Britannique.
- PAS DE DÉFAILLANCE!!?
- è è
- . (2)- "Windmill signifie Moulin à Vent. Allusion à un journal dont les opinions changent aveqje vent.
- (SJT.’TJes Board-men " sont appelés communément les Sandwieh-men. Ce sont des individus auxquels on
- On trouvera peut-être que cette élucubration manque d’enchaînement ; mais il est bon de noter combien peu la cohésion est de l’essence d’un appel populaire. Ce fut un soulèvement dans la métropole j On tint des meetings ; on ouvrit des souscriptions-des attroupements d’un caractère dangereux se formèrent dans Winkle Street. Quand M. Dignam Bai-ley, Q. C alla à Westminster pour agiter la question au Banc de la Reine, le tribunal fut assiégé par la multitude. Champions du Protestantisme et membres du clergé catholique luttaient pour avoir des places. Le renvoi de l’ordonnance avait été fait de la chambre des juges à la cour plénière.
- Sœur Suspiciosa portant le petit Ambrosius et assistée de deux novices ainsi que du père Certifi-catus, avait été introduite dans le prétoire par quelque passage dérobé. Mme G-inx amenée de Rosemary Street par le petit homme qui l’avait pourvue d’un chapeau garni de ruban couleur orange, était aussi là, assise, tenant ses yeux rougis sur son enfant ; le bébé, lui, était enveloppé dans une robe toute brodée de petites croix.
- Est-il besoin de vous dire comment au tumulte causé par l’entrée des juges dans l’enceinte du tribunal, succéda un silence de mort ; comment chacun savait ce qui devait arriver lorsqu’un Maître {Master) se leva derrière un banc et appela « ReG-inx, un enfant, Ex parte, Marie Gfnx ! » comment le Chief Justice (principal juge) frais et rose se moucha dans un élégant foulard en soie couleur mauve ; comment il essaya et rejeta une 1/2 douzaine de plumes au milieu d’un silence qu’on eut craint de troubler en respirant ; comment de son ton le plus aimable il dit : « Qui parait pour la Répondante ? » enfin comment M* Dignam Bailey, Q. C. et M0 Octavius Ernes-tus, Q. C. se levèrent simultanément et répondirent : « M® Ernestus ! »
- M® Ernestus était catholique. Il était assisté d’une demi douzaine de conseils. Il passa rapidement sur les dépositions de la partie adverse, mais en lut de volumineuses de son côté, se plaignant amèrement de ce que la déposition du père faisait défaut. Il voua au mépris du monde civilisé les procédés de ces fanatiques zélateurs du protestantisme à l’égard de ses doux et paisibles clients. Il parla en termes pleins d’onction de ces saintes recluses cherchant la quiétude loin des regards d’un monde grossier et antidonne 2 sh ou 2 sh 6 d. par jour et qui se promènent dans les lieux les plus fréquentés de Londres avec deux planches attachées à leur cou dont l’une pend par devant et l’autre derrière. Sur chacune de ces planches.est placardé un avis, ou une réclame, ou une annonce de représentation théâtrale (etc.). C’est l’affiche ambulante.
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- pathique U cita des cas depuis la Grande-Charte (4) jusqu’à ce jour, et appela toutes les justes rigueurs de la cour sur les iniquités du Protestantisme, terminant sa péroraison par cet aphorisme de Lord jjamfleld : Fiat Justiciay ruât cœlum.
- On ne peut assez rendre justice à l’argumentation de Me Dignam Bailey lorsque, après son lunch (5), il ge leva pour répliquer. Il fut tour à tour logique et passionné, vindicatif et pathétique. Il se répandit en invectives contre la supérieure, contre ses avocats, contre le père Certificatus, contre Ginx « abdiquant lâchement ses droits divins de liberté politique et religieuse », contre la relig’on catholique romaine; contre le Pape, l’archevêque de Westminster et la Vierge Marie.
- La cour savait, tout le monde savait et Me Bailey lui-même savait mieux que tout le monde, que tout cela n’était que des feux d’artifice ; mais quoique la cour fut toujours plus disposée â parler qu’à écouter, elle comprit que dans un cas comme celui-ci, tout d'intérêt public, elle ne pouvait mieux faire que de rester muette spectatrice de la farce qui se jouait devant elle. Me Bailey termina son plaidoyer en jouant sur l’aphorisme que son savant ami avait cité : * Ah ! Messieurs » s’écria-t-il, « si l’arrêt de la Cour devait être tel que le demande avec tant d’instance mon honorable ami, l’Angleterre, messieurs, l’Angleterre verrait le Royaume des deux s’abîmer sur sa tête. »
- Considérant que le père avait confié la garde de son enfant aux Sœurs de la Miséricorde et qu’il ne paraissait pas disposé à la leur retirer, la Cour, sans daigner lever son regard sur les sphères religieuses où chacune des parties s’était placée avec trop de soin, rendit un verdict en faveur du défendant, avec dépens.
- On entendit M. Stigma dire à ses clients au moment où ils sortaient du Tribunal : « Eh bien, ne l’avais-je pas préva ? Vous rappelez-vous ce que je disais dans ma consultation. »
- Vil. — Un homme qui proteste mais qui n’est pas un protestant.
- O’est à grand peine que le petit Ambrosius et ses guides purent regagner le couvent, sains et saufs.
- (4) La Grande Charte (Magna Charta) dans laquelle il est établi que nul ne peut-être arrêté, emprisonné, privé de ses biens, mis hors la loi, exilé ou poursuivi, si ce Qest par ses juges naturels, et suivant la loi en vigueur, a été signée par Jean Sans Terre, le 15 juin 1215. C’est le Palladium de la liberté individuelle en Angleterre.
- t>) Le lunch est le second déjeuner des Anglais. Il se Prend dans le milieu de la journée. En Suisse, ce serait te dîner. En France également, pour la classe ouvrière ; Pour l’autre, “ce serait une sorttVde collation ou de goûter.
- Angleterre, cela ne s’oublie jamais.., pas même chez «^avocats.
- Toutes les vitres du bâtiment qui donnaient sur la rue furent brisées et nul. ne peut dire ce qui fut arrivé dans quelques jours, si Bébé Ginx n'eut pris lui-même l’affaire en mains.
- Le traitement qu’on faisait subir au petit saint aigrit son caractère. Ses bonnes nourrices l’avaient saturé d’encens jusqu’à la suffocation et tout-à-l’heure encore il venait de respirer, durant sept longues heures, l’air du Banc de la Reine. A son retour au couvent on lui donna à manger en toute hâte et on le transporta à la chapelle pour remercier le Ciel de la victoire de la journée. Enveloppé dans une belle chasuble on l’étendit sur les marches de l’autel. Au moment le plus solennel du service il tut pris d’une quinte de toux et d’un mal de cœur dont les effets se firent sentir sur la chasuble. Lorsque, voulant préserver cet ajustement, le prêtre qui officiait prit l’enfant dans ses bras, eelui-cl souilla indignement les vêtements sacerdotaux et les marches de l’autel, donna des coups de pied à l’autel lui-même, jeta des cris horribles et finit par tomber en convulsions dans les bras de sœur Suspiciosa. Chez la supérieure comme chez toutes les femmes l’enthousiasme, pour se soutenir, avait besoin de succès. Elle commença à croire qu’elle s'était abusée; il était trop évident que Bébé Ginx était un avortement religieux. « 11 faut qu’il soit protestant jusqu’à la mœile des os comme le reste de sa famille, » dit-elle... Et le père Certificatus fut complètement de son avis : ses vêtements de grande cérémonie et la plus belle de ses chasubles, tout était gâté.
- « Ne courons pas le risque do voir se renouveler cette scène », dit-il, « abandonnons l’enfant ; il est baptisé et ne peut être séparé de l’Eglise. Il nous reviendra plus tard » .
- Le jour suivant, dans la matinée, les Solicitors de la Société protestante des investigations recevaient une lettre de leur partie adverse : « présumant que MM. Roundhead, Roundhead et Lollard étaient dans l’intention d’en appeler au Maître des Rôles », y était-il dit, « les autorités du couvent, satisfaites de ce que justice leur avait été rendue par le Banc de la Reine, avaient décidé d’abandonner l’enfant lequel serait tenu pendant 24 heures à la disposition ou aux ordres de la Société, après lequel délai les parents pourraient en disposer. » On ajoutait : « conformément aux instructions de nos clients, nous venons vous prier de bien vous mettre dans l’esprit que l’enfanta été admis au sein de l’Eglise catholique, qu’il en est membre et doit allégeance, au Papê, allégeance dont il ne peut être délié que par l’exqffffmiu-nication papale seulement ». 1
- (À Suivre).
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- LE TABAC & SON INFLUENCE
- Le tabac et l’intérêt de» ouvriers.
- Une habitude qui se généralise de plus en plus parmi les ouvriers, dit le Journal du Bien public, est celle de fumer.
- Assurément personne ne prétendra que fumer soit une chose indispensable ni même nécessaire ; les plus chauds défenseurs du tabac peuvent à peine plaider son innocuité.
- Eh bien I à supposer que la dépense journalière ne soit que de 10 centimes, ce qui est de beaucoup inférieur à la réalité, ce n’en est pas moins pour la vie d'un homme une somme de 4,000 francs dissipée en fumée!
- Voici comment M. Th. H. Barrau fait le calcul de cette somme dans ses Conseils aux ouvriers sur les moyens d'améliorer leur condition.
- « Quel est celui qui ne peut pas épargner 10 centimes par jour. Personne, pas même le plus pauvre de ces Limousins qui gâchent le mortier pour les maçons. Eh bien ! je ne demande à un jeune homme que d’épargner ces 10 centimes. C’en sera assez pour le préserver de la misère. Il a 17 ans je suppose. Que chaque jour il mette 10 centimes dans une tirelire. Quand il sera parvenu à l’âge de 55 ans qu’y trouvera-t-il? Plus de 1,400francs. Mais il est puéril d’enterrer ses économies dans une tirelire : c’est à la caisse d’épargne qu’elles doivent être déposées pour fructifier. Qu’il les y place donc, et, à l’époque que j’ai dite, il se trouvera possesseur d’une somme de plus de 4,000 francs, somme qu’il pourra à son choix ou convertir en une rente viagère de plus de 400 francs ou conserver pour sa famille.
- M. Barrau aurait dû., pensons-nous doubler les chiffres. L’ouvrier français dépense en tabac, achat de pipes et d’allumettes une somme qui nous paraît être en moyenne supérieure à 20 centimes par jour. En épargnant ces 20 centimes dès l’âge de 17 ans, l’ouvrier serait possesseur à 55 ans de plus de 8,000 francs.
- Puisque nous avons parlé du tabac, il ne sera pas hors de propos d’en mettre sous les yeux de nos lecteurs la statistique.
- En 1816, la consommation du tabac en France était de 9,227,442 kilogrammes. Trente ans après, en 1846, elle s’élevait à plus du double, soit 18,636,234 kilogrammes. Trente ans après encore, en 1876, malgré la perte de deux provinces, le chiffre montait à 31,373,244 kilogrammes représentant une somme de plus de 377 millions de francs ! Cette progression n’est-elle pas effrayante ?
- « En supposant, dit le journal l'Europe, que par
- | an pour le tabac, les allumettes, la pipe, le papier la boîte, les boissons prises à cause du tabac qUj altère et échauffe le gosier et la bouche, sans comp ter le temps perdu, nous arrivons à cette conséquence que ces cent francs, qui sont loin d’être chiffre exagéré, font perdre un capital de 10.000 francs ou 500 francs de rente au bout de 30 ans en plaçant la somme à intérêts composés. Au bout de ce même laps de temps, la somme versée dans les caisses d’une compagnie d’assurances sur la vie donnerait 12 à 1,500 francs de rente annuelle. »
- Nous n’ajouterons que deux mots.
- Il est malheureux que l’instruction soit trop petl répandue dans notre pays, car si elle l’était davantage les ouvriers, qui ont le plus grand intérêt à ne pas faire de dépenses inutiles, réfléchiraient au tort que leur fait l’habitude de fumer. Ils se diraient qu’a vaut mieux pour eux renoncer à cette habitude et se constituer quelques réserves pour leur vieux jours-Malheureusement on ne fait rien pour les éclairer sur cette question,. L’Etat qui réalise d’énormes bénéfices par le monopole du tabac se garde bien de lutter contre sa consommation. Il fait au contraire tous ses efforts pour l’activer. N’est-ce pas pour généraliser dans le pays l’habitude de fumer que l’Etat distribue du tabac à l’armée. Aujourd’hui que tout le monde est soldat, tout le monde est sollicité par l’Etat à contracter l’habitude de consommer du tabac.
- Est-ce ainsi qu’un gouvernement doit agir? Ne devrait-il pas au contraire s’efforcer de combattre dans la mesure du possible la contractation d’habitudes nuisibles à la fois au corps, à l’esprit et à la bourse de ses habitants ? Spéculer sur les mauvaises habitudes du public et tendre à les développer parce qu’on en tire profit, c’est un méprisable métier dont l’Etat, plus que personne, devrait avoir à cœur de ne pas donner le triste exemple.
- [A suivre). E. C.
- Le Chemin «le fer électrique de Berlin.
- La Gazette de lfAllemagne du Nord publie de nouveaux détails sur le chemin de fer électrique que la maison Siemens va construire à Berlin. Ce chemin de fer aura deux voies et sera posé des deux côtés des rues sur des piliers en fer hauts de quatre à cinq mètres. Les wagons seront très petits, pouvant contenir dix personnes assises et quatre debout ; la machine électro-dynamique sera placée au-dessous du wagon entre les roues, et une grande machine â vapeur, do la force de 60 chevaux, sera installée sur un terrain à proximité de la ligne. Les trains iront assez vite pour parcourir 1 mille ( environ 7 kilog-mètres 1/2) en quinze minutes. Le projet présenté par la maison Siemens aux autorités municipales de Berlin a reçut un accueil favorable, et trois commissaires ont été nommés pour traiter avec la Compagnie au nom de la municipalité.
- Le Directeur-Gérant : Godin.
- Saint-Quentin — lmp. de la Société anonyme du Glaneur
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- lit numéro hebdomadaire 20 c.
- DIMANCHE 13 JUIN 1880
- J. ANNÉE, TOME 4 — N° 92
- JOURNAL DES RÉFORMES SOCIALES
- BUREAU
- \ GXJISE (Aisne).
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant. Fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE par l’envoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France
- Un an. . . . 40 f. »*
- Six mois... 6 »» Trois mois. . . 3 *»
- Union postale
- Un an. . . . 41 f. »i> Autres pays Un an. . . . 43 f. 60
- ON S’ABONNE
- A PARIS
- 5 ,r • N euve-de s-Petits-Champs
- Passage des Deux-Pavillons)
- -J^TfNU
- S’adresser à M. LEYMARIE administrateur delà Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- Mutualité sociale et Association du capital et du travail. — Le Divorce. — Coopération et Association : Congrès de Newcastle. — Nouvelles diverses. — Suppression du volontariat. — M. de Bismarck et l’Allemagne. — Feuilleton: Le Dernier-Né de Ginx.
- MUTUALITÉ SOCIALE
- ET
- ASSOCIATION DU CAPITAL ET DU TRAVAIL
- Par M. GODIN
- NOTIONS PRÉLIMINAIRES
- Chapitre XI
- Droit <Ie participation du travail
- Le travail n’a pas de législation propre. Accompli par les faibles, il est sous la domination forts ; aucun principe protecteur n’est en-admis à son égard. La Révolution française a bien donné aux citoyens l’égalité devant la loi ; mais la loi n’a pas encore été faite e§ale pour tous.
- En effet, la loi garantit la propriété, elle en assure la- possession, elle en protège les res-
- sources ; mais rien d’analogue n’est fait pour le travail.
- La propriété et le capital sont un moyen d’existence, une source de revenus auxquels nul ne peut arbitrairement porter atteinte. Le revenu de la terre est garanti par le fermier ; celui des valeurs mobilières, par des titres.
- Dès que le fermage est accepté, que l’intérêt est consenti, que la rente est établie, les propriétaires n’ont pas à redouter que quelqu’un vienne arbitrairement, et sans leur consentement, changer leurs revenus. Pour que des modifications de ce genre soient valables, il faut qu’elles aient été consenties par les possesseurs du capital.
- Et il est juste qu’il en soit ainsi ; car la propriété ou le capital est un des instruments nécessaires à la production ; il est un des facteurs indispensables à la création des ressources nécessaires à la vie; il est donc juste qu’il lui soit assuré une part dans ces ressources.
- Mais le travail est-il moins utile que le capital ? son intervention dans la production est-elle moins nécessaire ?
- N’est-il pas évident, au contraire, que dans la production c’est le travail qui remplit le rôle actif, tandis que le capital n’a qu’un rôle passif?
- Le capital n’est qu’un travail déjà fait et mis en réserve ; le travail, au contraire, c’est l’activité de l’homme, la force et l’intelligence agis* | santés, créant et enfantant le capital lui-même.
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- Le capital, lui, ne saurait enfanter le travail ; il n’est que son auxiliaire obéissant.
- Malgré cela, le travail est bien éloigné de trouver dans la loi les protections dont le capital est entouré ; et c’est là une énorme lacune, si ce n’est une énorme injustice; il faut la faire disparaître.
- Le travail a droit à des garanties ; il faut les lui donner. Elles lui sont dues au nom de la morale qui nous prescrit d’accorder aux autres ce que nous désirons pour nous-mêmes ; elles lui sont dues au nom de l’intérêt que nous devons porter à la vie humaine dans la personne de nos frères ; elles lui sont dues, car la justice nous montre qu’accorder ces garanties nécessaires, c’est remplir un devoir social.
- Travail et capital sont indispensables à la production des richesses ; il serait donc juste qu’ils participassent l’un et l’autre aux bénéfices de la production ; il n’en est rien cependant; l’une des parties jouit à elle seule des résultats obtenus : le capital absorbe tout.
- Les parties intervenantes ne sont pas sous une loi commune; l’une d’elles manque d’un intérêt direct aux résultats définitifs.
- C’est pourquoi, si le capital intéressé aux bénéfices est soigneux des opérations, on voit le plus souvent le travail y apporter la plus complète indifférence, quand il n’y est pas hostile.
- Ce sont là des résultats dus aux erreurs dans lesquelles est encore le monde, sur les principes de l’organisation vraie du travail.
- La répartition des bénéfices de la production se fait actuellement sans qu’aucun principe y préside.
- Le salaire donné au travail semble n’être encore que la tradition de l’obligation pour le maître de nourrir le serviteur.
- A l’origine même le salaire ne fut' que la représentation du sel indispensable à l’homme.
- Dejnos jours le salaire se paie sur conditions débattues, mais sans autre règle que celle de l’offre et de la demande. Il n’est tenu aucun compte que le travail renouvelant sans cesse les moyens d’existence,ces moyens doivent être assurés aux hommes de labeur.
- Du jour où la grande industrie s’organisera participation des travailleurs au bénéfice de la f production devient une règle de justice. Car, j
- alors, l’ouvrier ne dispose plus du produit sorti de ses mains; c’est le capital qui s’en empare et qui monopolise les profits généraux du travail Il n’est pas juste qu’il en soitainsi.La situation du travailleur doit s’améliorer en proportion du développement de la richesse.
- Voilà pourquoi il faut associer le capital avec le travail.
- L’association du travail et du capital est un progrès social à réaliser parallèlement au progrès industriel ; loin de se nuire, ces deux progrès doivent marcher de concert à la conquête de tous les autres.
- C’est d’ailleurs l’association qui constituera le remède aux plaies de notre régime indus, triel : c’est en elle que sont renfermés les véritables principes d’organisation du travail sur lesquels reposera la prospérité future des nations.
- Le droit de participation du travail n’est pas plus difficile à concevoir que le droit de participation du capital ; c’est une question de comptabilité et de chiffres des plus faciles.
- Le droit de participation du travail ne gêne en rien la marche de l’industrie; il peut s’appliquer à toutes les entreprises, sans en modifier la direction ; il peut, par conséquent, s’introduire dans l’industrie actuelle, sans autres difficultés que celles des résistances aveugles du préjugé qui seront, comme en tout progrès, les seuls obstacles à vaincre.
- Si les garanties de différents ordres dont l’existence de l’ouvrier a besoin d’être entourée se présentent à l’esprit lorsqu’on songe à le rendre participant aux bénéfices de l’industrie, aucune d’elles n’est néanmoins susceptible de faire obstacle à l’inauguration du nouveau régime. Elles sont déjà toutes plus ou moins entrées dans la pratique industrielle, sous l’influence du désir qu’ont des chefs d’industrie de chercher un remède aux souffrances de l’ouvrier malheureux.
- Le principe de participation ne fait que consacrer toutes ces tendances à la bienfaisance et à la justice envers l’ouvrier.
- Ce principe, librement accepté, se' fera peu à peu sa place en gravitant vers l’Association de toutes les forces humaines ; alors, effaçant l’în-dividualisme et l’égoïsme qui en est la consé-
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- t7uence *ïu* P0llsse sans cesse l’homme au Repris du droit d’autrui, le principe de participation inspirera à chacun des sentiments plus humains, sauvegardant les droits de tous.
- L’objection qu’on oppose pour contester au travail son droit de participation ne manquera pas de se produire ici; dans toute entreprise, dira-t-on, le capital court les chances, c’est à ses risques et périls qu’elle marche; s’il perd, le travail ne vient pas l’indemniser; si l’entreprise eSt favorable, le capital doit par conséquent jouir de ses avantages, comme il aurait, dans le cas contraire, supporté le poids du revers.
- Cet argument n’est que spécieux. Il n’est pas vrai, en effet, que le travail ne soit assujetti à aucune chance de perte ; ses pertes se produisent sous une autre forme que celles du capital, mais elles n’en sont pas moins réelles pour cela.
- N’est-ce pas une perte pour le travail, quand l’industrie opère la réduction des salaires ?
- N’est-ce pas une perte pour le travail, quand ]e chômage arrive et que le salaire cesse par la
- fermeture des ateliers ?
- Le travailleur, dans ces circonstances, n’est-il pas obligé d’épuiser les ressources qu’il possède, en attendant que l’industrie ait besoin de lui, et s’il n’a pas de ressource, il doit souffrir
- toutes les privations.
- Le capitaliste ne souffre dans les phases défavorables de l’industrie que de l’absence de bénéfices ou de l’amoindrissement de son capital.
- Ledravailleur, au contraire, souffre des fluctuations de l’industrie par le sacrifice de ses économies, par la détresse et souvent dans sa santé : il paye ainsi jusque dans sa personne.
- Capital et travail ont donc chacun leur part dans les vicissitudes de la production ; il est juste de donner à chacun sa part dans la prospérité.
- Beaucoup de personnes oubliant le précepte de donner aux autres les sécurités que Von désire pour soi-même, diront que la condition faite au travail tient à la nature même des choses; que le capital et le travail étant des facteurs différents de la production, ils ne peuvent avoir des garanties semblables. ^
- C’est vrai, répondons-nous, leurs garanties
- Peuvent être différentes, mais ce qu’il faut
- reconnaître aujourd’hui, c’est que celles du tra« vail sont oubliées.
- Rien des protections assurées au capital n’existe pour le travail mis en permanence en face de l’arbitraire. Aujourd’hui, dans la mine, la forge, l’usine, la fabrique, les prix du salaire sont fixés à un certain taux ; demain, il peut convenir aux détenteurs du capital de baisser ces prix sans consulter le travail, et le travail devra s’incliner.
- Lorsqu’il s’agit des loyers ou revenus du propriétaire, tout est sauvegardé par la loi, par les contrats et même par la coutume; mais lorsqu’il s’agit des ressources du travailleur, des loyers ou revenus de l’ouvrier, c’est-à-dire du salaire dont il vit, lui et sa famille, tout est précaire et sans sécurité.
- Le fermier du capital ou de la propriété est soumis à des conditions régulières, tandis que les grands fermiers du travail ne sont soumis à aucune règle, c’est-à-dire n’ont d’autres règles que celles qu’ils s’imposent à eux-mêmes.
- Au nom de l’équité et de la morale sociales, faisons donc que cet état de choses ne dure pas plus longtemps; faisons que le travail soit représenté dans toutes les entreprises où il intervient, et qu’à côté des conseils veillant sur les intérêts de ceux qui possèdent les instruments de travail, il y ait d’autres conseils veillant sur les intérêts de ceux qui ne possèdent rien autre chose que le travail lui-même.
- Il n’est pas plus difficile de concevoir un conseil élu parmi les travailleurs qu’il n’est difficile d’en concevoir un élu parmi les actionnaires.
- Les objections naissent de ce que cela ne s’est pas encore fait, de ce que cela est contraire aux habitudes, et de ce que le droit des travailleurs aux bénéfices produits parleur travail n’est pas encore consacré.
- Mais comment concevoir le règne de la paix et de la concorde dans le monde tant que celui de l’équité et de la justice ne sera pas mis en pratique.
- Or, personne ne contestera que la justice soit que chacun jouisse du fruit de ses oeuvres. A ce point de vue les bénéfices de la production sont l’oeuvre du travail et du capital; il est donc juste que le travail entre en participation dans
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- les bénéfices de l’industrie, en proportion de la valeur du concours qu’il a apporté à la production.
- Du jour où ce principe d’équité sera consacré, les conflits entre patrons et ouvriers disparaîtront, et les grèves n’auront plus de raison d’être; car, en même temps que le principe de l’équité de répartition fera son entrée dans l’industrie, l’esprit de mutuelle et fraternelle assistance se répandra en institutions dans l’Etat. La vie humaine, dans la personne de chaque individu, sera placée sous la protection sociale ; la misère et la mendicité disparaîtront de la société ; et chacun sera l’artisan de son bien-être et de son élévation dans la mesure de son activité.
- En introduisant plus de sagesse dans la répartition des produits du travail, la société moderne est en mesure d’opérer cette transformation; du jour où elle l’aura faite, elle aura réalisé le règne de Dieu et sa justice, et tout alors lui sera donné par surcroît.
- (A suivre.)
- nujuecOOOfW'—11'- --
- LE DIVORCE
- Le projet de loi sur le rétablissement du divorce vient d’être inscrit à l’ordre du jour de la Chambre des Députés. Cette importante question vient ainsi d’entrer dans une phase nouvelle. L’heure est venue pour le Devoir de l’examiner à la seule lumière des principes.
- Les arguments invoqués pour et les objections présentées contre étant nombreux et de diverses natures il convient que nous partagions notre étude en plusieurs parties consacrées chacune à l’un des aspects du sujet.
- Afin de procéder avec méthode commençons par établir une distinction essentielle portant sur la nature même du mariage, établissons qu’il est un contrat civil et pas autre chose.
- Que le mariage est un contrat civil, et non un sacrement.
- L’indissolubilité du mariage a été établie par la loi du 8 mai 1816, loi qui a été inspirée par un courant d’esprit dans lequeldeux erreurs dominaient :
- 1° l’erreur qui consiste à considérer le mariage comme un sacrement,
- 2° celle qui consiste à considérer l’Etat comme
- tenu de subordonner la loi civile aux prescription de l’église romaine. 8
- Pour se convaincre que c’est bien dans cet esprit que la loi a été rendue il suffit de lire les discussions qui ont précédé sa votation. Le rapport présenté â la Chambre des Députés le 26 décembre 1815 par jq de Trinquelague est d’une telle franchise que sa lec ture ne laisse subsister aucun doute à cet égard.
- « Aux yeux de notre religion sainte, y est-il dit textuellement, le mariage n’est point un simple con-trat naturel ou civil : elle y intervient pour lui primer un caractère plus auguste. C’est son ministre qui au nom du Créateur du genre humain et pour le perpétuer1, unit les époux, consacre leurs engage-ments. Le nœud ainsi formé prend dans le sacrement une forme céleste, et chaque époux semble à l’exemple du premier homme, recevoir sa campagne des mains de la divinité même.
- « Une union formée par elle ne doit pas pouvoir être détruite par les hommes, et de là, son indissolubilité religieuse.
- « Si le dogme n’est pas reconnu par toutes les Eglises chrétiennes, il l’est incontestablement par l’Eglise catholique, et la religion de cette Eglise est celle de l’Etat, elle est celle de l’immense majorité des Français.
- « La loi civile qui permet le divorce y est donc en opposition avec la loi religieuse. Or, cette opposition ne doit point exister, car la loi civile, empruntant sa plus grande lorce de la loi religieuse, il est contre sa nature d’induire les citoyens à la mépriser.
- « Il faut donc, pour les concilier, que l’une des deux fléchisse et mette ses dispositions en harmonie avec celles de l’autre. »
- M. de Trinquelague concluait-que c’était à la loi civile d’être sacrifiée, l'interdiction du divorce prononcée par la loi religieuse devant, d’après lui, primer toute autre considération.
- Cette déclaration a cela pour elle de nous renseigner très-exactement sur ce qu’ont voulu ses auteurs. Il s’agissait de rien moins que de renverser tous les principes qui ont présidé à l’élaboration du Code Civil. Aussi la loi du 8 mai 1816 jure-t-elle de la manière la plus éclatante avec tout le reste de notre législation.
- C’est ainsi que dans l’esprit de cette loi la religion romaine est considérée comme religion de l’Etat,
- alors que la constitution garantit la liberté de cons-
- cience et que le budget de l’Etat soutient, à côté du culte romain, les cultes protestant, israélite et mahométan.
- C’est ainsi encore que dans l’esprit du législateur de 1816 la loi civile est considérée comme empruntant sa plus grande force de la loi religieuse, alors qu’il est parfaitement certain que l’esprit de la Déclaration des droits de l’homme est en contradiction formelle avec l’esprit des déclarations des conciles.
- Enfin dans l’esprit de M. de Trinquelague et de la loi qui lui est due l’autorité doit voir dans le mariage
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- LE DEVOIR
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- sacrement, alors que dans tout le reste de notre lation civile la loi ignore l'existence des sacre-
- un légis
- et ne peut, par conséquent, leur accorder Æen
- 3ûCune espece d autorité.
- 11 se peut que des personnes voient dans le mariage autre chose qu’un contrat civil et jugent nécessaire 4’y adjoindre une cérémonie religieuse. Ceci est du domaine de la liberté de conscience. La loi ne doit pas l’interdire de même qu’elle ne doit pas l'impo-ût,. mais ce qu’elle a le droit et le devoir de faire, c-est de se refuser carrément à reconnaître qu un contrat passé par elle peut paraître insuffisant aux
- contractants •
- Comme l’a fort bien dit en 1831 M. Odilon Barrot,
- , si avant 1789 le sacrement était un élément essentiel du mariage, il n’en est pas de même aujourd’hui que le contrat civil est parfait par lui-même et que la consécration religieuse n’ajoute rien, aux yeux de la loi, ni à sa force, ni à sa sainteté. »
- La loi ne voit donc ét ne peut voir dans le mariage qu’un contrat civil. C’est à ce titre de contrat civil qu’il figure dans nos lois, c’est à ce titre de contrat civil qu’il reçoit sa sanction du maire; c’est à ce titre de contrat civil qu’il est justiciable des tribunaux; c’est à ce titre de contrat civil qu’il n’est valable que s’il y a libre consentement des parties.
- Et cela est si vrai que tout, dans la pratique, est organisée en conséquence. L’autorité religieuse n’intervient pas dans le mariage, elle se borne, si les intéressés l’y convient, à en prendre acte et à le bénir. Le sacrement — quand il y a sacrement — ne précède pas le contrat; il ne lui est même pas simultané : il lui succède. Ce n’est point le prêtre qui unit les époux, c’est l’officier de l'état civil. Si même le prêtre se permettait de donner sa bénédiction à un mariage avant que l’officier d’Etat civil ne l’eût sanctionné, le prêtre, tout prêtre qu’il est, encourait des pénalités sévères.
- L Etat ayant seul le droit de donner à l’union con-Jagale la légitimité, a seul aussi le ^droit de régler ks conditions dans lesquelles cette union peut sub-
- s|sterou se dissoudre. L’Egiise romaine n’a rien à y voir.
- bailleurs, comme l’a fort justement observé Odilon Barrot,
- gion, car le sacrement seul rend le mariage indissoluble.
- « Et maintenant, cette renonciation au divorce, réduite à ces termes, serait-ce autre chose qu’une question de conscience, une question de foi religieuse, une loi enfin que chacun peut bien s’imposer à soi-même, mais pour laquelle il ne peut exiger des autres la même obéissance et que la législation ne pourrait consacrer sans faire d’un acte de foi un devoir civil, d’une prescription religieuse une contrainte légale, sans violer le grand principe de la séparation du temporel et du spirituel, sans rompre cette belle unité de notre loi civile qui est la même pour tous les ciloyens, quelle que soit leur croyance, parce qu’elle est faite pour tous les membres de l’Etat et non pour les sectes religieuses ? »
- Y aurait-il un code possible s’il fallait que les lois civiles s’accordassent en tout avec les prescriptions des diverses religions, car enfin il y a plusieurs religions et la loi ne doit pas donner satisfaction à l’une sans donner satisfaction aux autres. Que ne dirait-on pas contre une loi qui imposerait aux catholiques certaines prescriptions du culte israélite ? Et pourtant les mêmes personnes qui dans cette circonstance là crieraient, trouvent tout naturel qu’on impose aux israélites certaines prescriptions de la religion romaine.
- Et que l’on ne vienne pas dire que le rétablissement du divorce dans le code civil malgré l’opposition de l’église romaine soit une atteinte portée à la liberté de conscience, car ce reproche ne serait pas fondé. Il serait même le contraire de la vérité.
- Ce qui est une atteinte à la liberté de conscience c’est de contraindre des personnes qui n’appartiennent pas à la religion romaine de subir les prescriptions d’une religion qui n’est pas la leur.
- Quant aux époux soumis à la religion romaine, leur liberté religieuse reste intacte : ils seront toujours libres de ne pas profiter de la dissolubilité du mariage. On n’oblige personne à divorcer.
- Il y a des pays catholiques où le divorce fonctionne, en Pologne et en Belgique par exemple, et nous ne sachons pas que dans ces pays là la conscience des catholiques soit mise à de bien terribles tortures. Le parti clérical pendant les 16 ans qu’il a été aux affaires en Belgique n’a pas songé une minute à supprimer le divorce et les prêtres de là-bas n’hésitent pas à donner la bénédiction nuptiale à des divorcés.
- ParVtt a c^v^8 devait repousser le divorce douta 6 seu\e considération qu il est proscrit par le jgy ® Ca^°^fiue» il est évident que le divorce ne Crova e^re. interdit qu’à ceux-là seuls dont la d’aura f6 6S^ incomPatible avec lui ; car la loi civile Pour l aucane raison de se montrer plus sévère bartQn8 non catholiques que leur loi religieuse. seraient68 Cathohques eux-mêmes, ceux là seulement gieUsen, éteints par la prohibition de la loi reli-» dont l’uuioü aurait été consacrée par la reli-
- Pourquoi donc ce qui est tout naturel de l’autre côté de la frontière ne le serait-il pas de ce côté.
- Que le mariage est dissoluble comme tout contrat civil.
- Nous venons de voir que le mariage est un contrat civil et non pas un sacrement.
- En conséquence, sous peine de contradiction, il
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- LE DEVOIR
- doit relever des mêmes principes généraux dont relèvent tous les autres contrats civils.
- Or, au nombre de ces principes généraux il en est deux que le code avait reconnus, mais que la loi de 1816 a foulés aux pieds, savoir :
- 1° Le principe qui veut qu’un contrat soit dissous quand les auteurs du contrat sont d’accord pour le dissoudre ;
- 2° Le principe en vertu duquel lorsque l’un des auteurs du contrat n’a pas tenu ses engagements vis-à-vis de l’autre, ce dernier, pour cause d’inexécution des clauses consenties, a le droit d’en demander et obtenir la résiliation.
- Le divorce est absolument conforme à ces principes généraux du droit public, tandis que l’indissolubilité du mariage en est la formelle négation. Trouvez-moi dans tout le reste de nos lois un seul antre cas où ceux qui ont contracté d’un commun accord se voient interdire le droit de dissoudre leur contrat s’ils sont d’accord pour cela. Trouvez-moi aussi dans tout le reste de nos lois un seul autre cas où lorsque l’un des auteurs du contrat n’a pas tenu ses engagements
- vis-à-vis de l’autre, la partie lésée se voit refuser le
- «
- droit de demander et d’obtenir la résiliation du contrat.
- Il n’y a pas sur d’autres matières d’exceptions semblables et cela par une raison bien simple : c’est que l’indissolubilité du contrat civil qui a nom mariage a été introduite après coup dans une législation avec laquelle cette prescription est en contradiction formelle. Le code civil dans sa forme première ne connaissait pas cette contradiction. Il était logique avec lui-même. Un-titre tout entier de ce code était consacré à la détermination des cas où le tribunal compétent doit dissoudre le contrat, sur la demande des intéressés.
- Le mariage indissoluble et les vœux perpétuels.
- Ce que nous venons de dire établit irréfutablement la valeur juridique du divorce. Il est évident que Tindissolubilité du mariage, introduite après coup dans nos lois, est en opposition formelle avec l’esprit du Code civil. Il y a plus. Elle est une violation flagrante de plusieurs de nos dispositions légales à l’égard des vœux perpétuels.
- L’article 18 de la Déclaration des droits de l’homme du 24 juin 1793 porte :
- « Tout homme peut engager ses services, son temps ; mais il ne peut se vendre ni être vendu, sa personne n’est pas une propriété aliénable. La loi ne connaît pas de domesticité ; il ne peut exister qu’un engagement de soins et de reconnaissance
- entre l’homme qui travaille et celqi qui l’empl0ie L’article 352 de la Constitution de l’an XII * ' ainsi concu :
- est
- « La loi ne reconnaît ni vœux religieux, ni aucU!1 engagement contraire aux droits naturels <}e l’homme. »
- Ces dispositions sont toujours en vigueur. Lajn. risprudence les a sanctionnées et de son interpréta, tion il résulte que toute espèce d’engagement qQi oblige corporellement la personne de l’un des contractants, et à plus forte raison la personne des deux, est nul, absolument nul devant la loi. La per. sonne humaine s’appartient à elle-même, de parle droit de nature imprescriptible ; la personne humaine ne peut aliéner sa liberté que pour un temps et moyennant des conventions contractées volontai-rement et arrêtées en toute liberté.
- Le mariage est une convention de ce genre, un contrat civil qui par sa nature spéciale « oblige corporellement la personne des contractants. » En conséquence il n’a pu être déclaré indissoluble qu’en violation flagrante de la jurisprudence sur les vœui perpétuels.
- Résumons ;
- Le mariage est un contrat civil et n’est point un sacrement. Comme tel il est soumis aux mêmes principes généraux que les autres contrats et pent être dissous dans les circonstances Axées par la loi.
- La loi actuelle sur l’indissolubilité du mariage es: la négation de tous ces principes. Elle est daeà l’ingérance de l’église romaine dans les affaires de l’état. Elle impose à des non-catholiques les prescriptions de l’église romaine. Elle foule ainsi aui pieds la liberté de conscience. Elle ravale l'union conjugale au niveau d’une des formes de l’esclavage,
- Le divorce donne au mariage le caractère élevé dont il serait dangereux de le dépouiller. Il lui restitue le caractère d’union librement consentie et fait des époux des êtres associés par estime et par affection et non des forçats rivés à perpétuité à une même chaîne. Il respecte la liberté de conscience en n’obligeant pas les non-catholiques a subir les ei-gences d’une religion qui n’est pas la leur. EnfiDl-établit dans la législation cette unité, cette logiqaî de toutes les parties qu’il est de toute nécessité ^ donner à la loi si l’on veut qu’elle jouisse du preste et de l’autorité indispensables à sa mission.
- Ed. Champurî*
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- COOPÉRATION ET ASSOCIATION
- CONGRÈS DE NEWCASTLE (1)
- II
- Avant de passer au compte-rendu et à l’examen des faits principaux du Congrès de Newcastle, nous croyons devoir rappeler que les coopérateurs an- | <r]ais en possession de la liberté de la parole, delà j liberté de la presse, de la liberté e réunion et sur- j tout de la liberté d’association, sont unanimes à « concevoir que la question sociale peut se résoudre j cliez eux par la voie pacifique du développement de j punion, de la coopération, de l’association entre les j hommes. Pas un appel aux moyens révolutionnaires n*apporaît dans ce Congrès que l’un de ses membres,
- \. Thomas Hughes, désigne si bien par ces mots : ie parlement du travail.
- Il y a 14 pour les nations civilisées qui ne sont pas encore en possession des libertés dont jouissent nos voisins d’outre-Manche, un enseignement des plus utiles.
- La liberté de la parole, de la presse, la liberté de réunion, la liberté d’association, sont aujourd’hui des éléments indispensables à la sécurité sociale, non moins que la condition du progrès des peuples.
- CONGRÈS COOPÉRATIF DE NEWCASTLE-SUR-TYNE
- 12me réunion annuelle Première journée. —* Lundi 17 mai 1880.
- La séance s’ouvre à 10 heures du matin dans la salla d’école de Bathlane, 4 Newcastle-on-Tyne. Sur l’estrade se trouvent lord Lighfoot, évêque de Durham, MM. Burt, E. Vansittart Neale, Swallow et les autres membres du bureau central. La foule est considérable. L’évêque de Durham ouvre la sé nce par un discours dont nous extrayons les passages suivants :
- « J’ai devant moi », dit l’Evêque « le vivant témoignage de la puissance et de l’efficacité de l’union parmi les hommes. La coopération que tant de gens < déclaraient impossible est passée dans la région solide des faits.
- “ Un nouvel engin économique et social de la plus haute portée est découvert et réalisé. Car le mouvement coopératif va croissant chaque jour en féconds résultats, Il a donné lieu à une enquête parlementaire; ff a pris rang parmi les questions qui influen-cent lesélections ; il a ses journaux etses revues périodiques, son histoire; il étend ses opérations et donne lieu à de nouvelles industries; il a ses sociétés lo-Cales et son bureau centrai, Enfin chaque année,
- U) Voir le îsrQ du 6 juin 1880.
- dans ses Congrès, il résume ses travaux, les porte à la connaissance du public et devient ainsi dans le système social une puissance avec laquelle hommes d’Etat et économistes doivent compter.
- « Le succès de la coopération est une question du plus haut intérêt pour le réformateur social. Car la coopération entre autres avantages, comporte des bénéfices moraux ' que nous devons envisager tout d’abord.
- « Elle développe chez l’homme les deux manières de vivre qui distinguent la civilisation de la barbarie, et font par leur plus ou moins d’activité la supériorité des hommes entre eux.
- « L’une est la prévoyance ou l’habitude de songer au lendemain.
- « L’autre est la recherche de l’association ou l’habitude de songer aux autres et de s’unir à eux.
- « Le barbare est essentiellement isolé. Il ne songe qu’à soi, et ne vit que pour l’instant présent. Il accomplit son premier pas vers la civilisation quand il apprend à semer la graine pour en recueillir le fruit des mois après.
- « A mesure que l’homme apprend à songer au lendemain, à l’année prochaine, à l’âge avancé, à la mort, aux choses de la vie ultérieure, il avance dans Péchelle de l’humanité.
- « La coopération qui est fondée sur le développement de ces deux manières de vivre est donc un élément civilisateur de la plus haute puissance. »
- Passant ensuite à l'examen des bénéfices matériels de la coopération, l’Evêque fait ressortir qu’elle diminue le prix des choses de consommation journalière, puis il ajoute :
- « La coopération préserve en outre le travailleur de la dette et lui offre un moyen de placer avantageusement ses économies.
- « Enfin, par dessus tout elle vise à faire du travailleur un capitaliste et à lui donner par ce moyen la commande de son propre travail. Sous ce rapport elle tend à lui donner l’indépendance sociale. Si la coopération atteint son but elle distribuera graduellement le capital dans la masse et cela sans affaiblir la puissance motrice de ee facteur de la production : car la combinaison du nombre remplaçant le monopole de quelques-uns, assure au capital cette aggrégation qui est nécessaire au plein exercice de sa force.
- « En attendant, la coopération adoucit le travail et stimule le travailleur parce que l’ouvrier sait qu’il recueillera lui-même les fruits directs de son honnête et énergique labeur. »
- Cherchant ensuite si la coopération peut suffire à résoudre le problème social, lord Lighfoot ajoute ;
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- « Mettez-vous bien dans l'esprit que pour régénérer la société, il faut quelque agent plus profond, plus moral, plus humain que des mesures économiques quelque bonnes qu'elles soient en elles-mêmes. Il faut quelque chose qui tienne de plus près au cœur et à la conscience de l’homme.
- « La liberté du commerce, par exemple, est bonne en elle-même, et elle est consacrée par la pratique. Elle a mis au plus bas prix les moyens de vivre, mais elle n’a pas produit les grands effets moraux que beaucoup en attendaient.
- « Il en est de même des expositions universelles. La plupart d’entre nous peuvent se rappeler avec quel enthousiasme l’exposition de Hyde-Park en 1851 était accueillie. On la regardait comme l’inauguration du règne de la paix universelle. Les expositions se sont suivies de plus en plus grandioses. Quel en a été le résultat? Elles ont fait tout ce qu’elles pouvaient faire : elles ont propagé les connaissances industrielles, stimulé les inventions mécaniques, développé les échanges commerciaux, élevé notablement le goût public. Mais elles ne pouvaient réconcilier entre elles les nations.
- « L’ère de la liberté du commerce et des expositions universelles a été signalée par des guerres plus fréquentes, plus destructives de la vie et de la propriété que celles des époques précédentes.
- « La coopération peut amener des réformes économiques. Elle peut même produire subsidiairement des avantages moraux. Mais fera-t-elle davantage ?
- « Inaugurera-t-elle le règne de la fraternité universelle ?
- « Substituera-t-elle la sympathie et le bon vouloir à la compétition ?
- » Quelques-uns parlent de la coopération comme d'un principe opposé à la compétition. Mais ne jouons pas avec les mots; voyons les choses en elles-mêmes. La coopération commence par être en compétition avec le petit commerçant ; elle continue en faisant concurrence aux capitalistes ; et son œuvre ne s’arrêtera pas là. Il en résulte qu’à certaines classes d’hommes, la coopération apparaît comme une chose mauvaise, contre laquelle il est nécessaire de se défendre.
- « Il y a de grands malentendus dans tout cela. Aux alarmistes dont je viens de parler, la question se présente comme une question de vie ou de mort. Il leur semble voir leur propre extinction dans le développement du mouvement coopératif. Entre le capital et le travail unis ainsi, iis se voient déjà, eux distributeurs, réduits en poudre comme entre les deux meules d’un moulin, de sorte qu’ils poussent le vieux cri : Vivez et laissez vivre.
- I« Je confesse que je ne suis pas insensible â ces doléances. Pour être exagérées les alarmes n’en sont pas moins légitimes, et je pense que vous, les repré, sentants du travail, devez être indulgents pour ces craintes.
- a Dans les discussions entre le travail et le capital vous avez senti vous-mêmes les dures clauses dâ marché. Vous avez compris qu’entre patrons et tra-vailleurs la sympathie était nécessaire.
- « La science de l’économie politique peut devenir odieuse parce qu’elle semble pousser à obtenir i0 plus grand travail possible pour le moindre salaire possible....
- « L’erreur est venue de co que l’on s’est habitué à considérer l’économie politique comme étant la règle des relations entre le travail et le capital, entre les patrons et les ouvriers. Quelques écrivains économistes n’ont pas peu contribué à propager cette erreur, en donnant place dans leurs traités à des considérations morales.
- « Comprise ainsi, leur œuvre n’avait plus de caractère propre. Comme science économique c’était superflu, comme science sociale c’était défectueux.
- « Vous, les représentants du travail, avez toujours vu avec déplaisir que l’économie pure, que la simple sciencé de faire de l’argent dictât absolument les relations entre les patrons et les travailleurs.
- « Vous avez toujours demandé que les dures conditions économiques qui régissent les travaux des uns et des autres, fussent tempérées par des considérations humanitaires.
- « Vous devez vous-mêmes envisager la question avec le même esprit à l’égard du petit boutiquier. Si le commerçant a sa panique aujourd'hui, vous avez eu la vôtre autrefois, lors de l’introduction des machines......
- « Alors des oppositions et des craintes semblables ont eu lieu et nous pouvons en tirer d’utiles leçons.
- « L’introduction des machines dans l’industrie.fat le signal des plus sérieuses luttes. Cependant personne aujourd’hui ne Méconnaît l’impulsion considérable que les machines ont donné à la production, et l’amélioration importante qu’elles ont causée dans la situation matérielle du travailleur.
- « L’histoire montre que dans des faits comme ceux que nous examinons, des compensations non prévues à l’origine viennent rendre profitables à tous les mesures contre lesquelles on s’était le plus soulevé. Il sera de même de la coopération de consommation. » Ce passage du discours de l’Evêque renferme des vues profondes et justes en même temps qu’il témoigne d’un sentiment généreux bien naturel chez un , pasteur dont la tendresse est égale pour tous.
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- Certainement les alarmes des petits commerçants dont il se fait l’écho ne sont pas chimériques. Mais il ne faut pas perdre de vue que la coopération n’a pas d’autre objet que de tirer du profit réalisé par la suppression d’intermédiaires onéreux, tous les avantages matériels et moraux sur lesquels l’orateur s’étend avec enthousiasme.
- On ne peut pas reprocher à la coopération de se passer du commerce privé : c’est là au contraire sa seule raison d’être.
- La coopération n’a pas envahi toutes les villes anglaises au même degré que Thetford, dans Norfolk, où un habitant sur deux est coopérateur; mais nous ne voyons rien qui puisse légitimement empêcher Thetford d’avoir des émules dans tout le Royaume-Uni et dans les pays d’outre-mer.
- M. l’Evêque dit qu'il y a des compensations imprévues à l’origine d’un mouvement économique. Tant mieux. La cage de l’écureuil n’est pas notre idéal.
- Les compensations elles abondent.
- N’est-ce pas une compensation que le bénéfice qu’apporte au commerçant l’excellente habitude de la vente au comptant généralisée par les coopérateurs ?
- Heureuse habitude, en effet !
- Nous reviendrons un jour sur l’influence qu’elle exerce sur la vie de l’ouvrier ; mais pour ne parler que des intérêts du boutiquier :
- Plus de procès pour le recouvrement de créances souvent contestées.
- Plus de surcharge du prix de vente au préjudice des bons payeurs, surcharge nécessitée par les chances de perte que font courir les mauvais payeurs.
- Simplification de la comptabilité et de la direction des affaires.
- N’est-ce pas une compensation que cette moralisation du commerce produite par la pression de la concurrence à Halifax, Manchester, Rochdale, etc..?
- Plus de fraudes dans la qualité et dans le poids des marchandises. Le commerce privé peut-il espérer retenir sa clientèle par d’autres moyens ?
- La coopération ne veut pas la mort du pécheur mais sa conversion. Si les compensations ci-dessus et d’autres encore imprévues ne suffisent pas aux détenteurs actuels du commerce nous n’en voyons Pas de meilleure et pour eux et pour tous, que celles fiu’ils pourront retirer, en quittant leurs fonctions d intermédiaires qui n’ajoutent rien aux produits, pour prendre un rôle actif dans la production, L’Evêque poursuit •
- * Quant à la coopération de production, je ne vois
- pas qu’aucune objection raisonnable puisse lui être faite.
- « Jusqu’ici elle n’a eu que des succès momentanés; mais la foi du coopérateur dans l’excellence du principe n’a pas été atteinte. Il en est ainsi de toutes les choses nouvelles. Les apôtres de la science, les grands génies qui ont apparu dans l’humanité ont passé par ces épreuves. Elles ont du reste leur côté instructif. Le succès de la coopération dépend à ce qu’il semble, non de l’intelligence de quelques-uns ; mais de l’éducation de la masse.
- « Ce que les coopérateurs doivent reconnaître particulièrement c’est qu’en fait de répartition industrielle, l’égalité n’est pas l’équité. L’égalité donne à chacun une part semblable. L’équité veut que la distribution soit faite selon la valeur du concours. Il faut admettre sans jalousie que celui qui donne en travail, en capital ou en direction un plus fort concours au bien de l’œuvre commune doit recevoir une plus forte part de profits................
- « De l’avenir de la coopération de production je ne puis parler en prophète ; mais je déclare que l’entreprise me paraît mériter tout l’enthousiasme dont
- elle est entourée..................................
- « Si le principe triomphe des difficultés, il opérera une évolution économique et sociale pleine d’heureuses conséquences, et qui n’aura coûté aucune souffrance, aucune aggravation de peines pour être
- réalisée...........................................
- « Sous ce rapport la coopération mérite les plus sérieuses sympathies de la part de tous ceux qui s’intéressent au bien-être général du pays.
- « Le travail, la patience, l’aide mutuelle, l’énergie, la prévoyance, la confiance et la cordialité qui sont indispensables pour atteindre le but que se proposent les coopérateurs doivent être deux fois bénis, d’abord pour l’éducation morale immédiate du travailleur, ensuite pour les bienfaits qu’en retire le corps social tout entier. »
- Le discours du docteur Lighfoot, évêque du Durham, est accueilli par les plus vifs applaudissements.
- En faisant ressortir dans le « Cooperative News » les mérites de ce discours, M. Vansittart Neale, le secrétaire général du bureau des sociétés fédérées, relève particulièrement ces paroles :
- « La coopération rend agréable le travail et stimule le travailleur, parce que l’ouvrier sait qu'il recueillera lui-même les fruits directs de son honnête et énergique labeur. »
- Il fait observer que dans l’état actuel des choses pour la plupart des sociétés coopératives, le travail-
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- leur ne recueille pas encore tout le fruit direct de son honnête et énergique labeur ; qu’en se bornant à participer aux bénéfices réalisés sur les ventes l’ouvrier ne recueille ainsi que des bénéfices trop disséminés pour que sa position sociale en soit réellement améliorée.
- M. Neale dit que la coopération de production offre bien plus de ressources pour transformer l’état social des classes ouvrières, et il ajoute :
- « Dans Sa coopérative de production, après que des réserves ont été faites pour le capital, les profits actuellement absorbés par le manufacturier doivent être appliqués aux bénéfices du travailleur.
- « C’est à l’Association qu’il appartient de porter remède à la longue injustice des âges et de rendre au travailleur moderne par le travail bien organisés le droit qu’il tient de la nature de jouir des fruits de son activité. Et ceci l’Association peut le faire et doit le faire, »
- M, Neale considère que la plus importante question du jour est celle de la part qui doit être faite au travail dans le système coopératif.
- Nous reviendrons nous-mêmes sur cette grande question dont la solution s’impose de plus en plus, après avoir montré comment elle a été envisagée par les autres membres du congrès de Newcastle.
- J. P.
- NOUVELLES DIVERSES
- FRANCE
- IjO dfvoree. — Le 6 juin 1876 M. Naquet avait présenté à la Chambre des députés un projet de loi rétablissant le divorce. La prise en considération de cette proposition allait être discutée ; elle était à l’ordre du jour lorsque le Coup d’Etat du 16 mai eut lieu. M. Naquet représenta le même projet dans la séance du 20 mai 1878. La sixième commission d’initiative à laquelle cette proposition de loi fut renvoyée, conclut à sa non prise en consjdération. Heureusement dans la séance du 27 mai M. Na*quet à la suite d’un très remarquable discours obtint de la Chambre la prise en considération du projet de loi. De vives discussions s’élevèrent dans la presse et plusieurs volumes virent le jour à cette occasion, entre autres ceux dans lesquels M. Louis Legrand, député du Nord, et M. Albert Miiiot soutiennent l’indissolubilité du mariage et celui dans lequel M. Alexandre Dumas préconise lé divorce.
- Comme il arrive souvent dans notre pays, à cette période de mouvement succéda une période de silence complet sur la question.
- Pendant plusieurs mois l’agitation soulevée autour d’elle parut épuisée. Ce calme tout superficiel avait pour cause une maladie du député qui s’est fait à la Chambre le porte-voix de toutes les personnes qui demandent le rétablissement du divorce,
- La question entre aujourd'hui dans-une phase nouvelle. A peine convalescent M. Naquet s’est rendu au Palais-Bourbon pour y demander la mise à l’ordre du jour de la question du divorce. Il l’a obtenue, ce qui est déjà, quelque chose. Il est vrai qu’entre l’inscription
- à l’ordre du jour et la première délibération il s’écoulera forcément un certain temps, puisqu’il n’y a pas moins de 34 projets de loi inscrit antérieurement au projet en question. Toutefois nous avons meilleur espoir que jamais pour l’issue de la campagne entreprise parM. Naquet. En effet le. parti clérical affiche son intention de transformer les débats relatifs au divorce en un champ de bataille où les principes du passé et ceux du présent seront aux prises. Il entend soutenir que la république en rétablissant le titre VI du Code civil porterait atteinte à la famille et à la religion.
- Peut être, étant données les dispositions d’esprit actuelles, n'y a-t-il pas de tactique possible qui puisse, mieux que celle-ci, engager la Chambre, à rétablir le divorce. Pour une fois, et il est vrai bien à contre-sens de leurs intentions, les représentants de la droite auront fait passer une grande réforme sociale. Nous applaudirons au résultat mais nous ne cachons pas que. nous aurions mieux aimé que le rétablissement du divorce n’eut pas eu besoin de ce renfort. La justice de la cause devait suffire à la faire triompher sans que la passion s’en mêlât.
- Il ne faudrait pas croire que la loi sur le rétablisso*1 ment du divorce trouvât l’opinion républicaine compacte en sa faveur, même au cas où on y mêlerait la question cléricale. En effet la majorité républicaine compte dans ses rangs quelques adversaires au divorce parmi lesquels M. Legrand, dont nous avons parlé plus haut et M. Constans, notre ministre de l’intérieur,
- A-
- * *
- slatioïî du bail à mi-fruit. — Le
- Sénat a discuté un projet de la commission du code rural sur le colonage paritaire, autrement dit le métayage ou le bail à mi-fruit.
- Ce'mode de culture, qui est en usage dans une grande partie de la France (comme en Toscane du reste, et à Rome du temps de Pline le Jeune), n’a pas été réglementé par le code civil, qui ne s’est occupé que du fermage à prix d’argent.
- Autrefois proscrit par les économistes, il a repris faveur aujourd’hui, à cause de l’élévation de la main d’œuvre et de l’incertitude de certaines récoltes, soumises depuis quelques années à tant de chancesd’in-succès : il est du reste une application du principe si vanté de l’association du capital et du travail ou de la participation de l’ouvrier aux bénéfices du patron.
- *
- * ¥
- ïmportasieo cle l’agriculture. — Les Comices agricoles sont plus fertiles en discours fourrés de lieux-communs qu’en observations sensées ou en recommandations tirées de l’histoire.
- Il y a cependant quelquefois des exceptions. C’est ainsi" que dans un discours prononcé il y .a quelques jours au Comice agricole d’Aubigny-sur-Nère par M. Mingasson, députéAiu Cher, nous avons relevé cette observation, très juste au fond quoique peut-être un peu excessive dans sa lorme =
- « L’histcire est là pour nous apprendre, dit M. Mingasson. que les peuples ne sont grands, sauf dans des conditions toutes spéciales, que s’ils restent agriculteurs. Les Romains ont été puissants et heureux tant qu’ils ont été agriculteurs ; ils ont dégénéré quand la culture a été faite chez eux par les esclaves, quand les généraux ne se prirent plus à la charrue, mais parmi les complaisants des empereurs. Les Arabes avaient fait de l'Espagne, par une culture intelligente et soignée, un pays riche, fertile, heureux, Mais lorsque le fanatisme catholique eut chassé ces travailleurs, avec eux, avec leur activité disparut la richesse , tout l’or du nouveau monde, tous les trésors du Mexique et du Pérou ne purent les remplacer et rendre la vie à l’Espagne. La vieille légende du roi Mifia,s, qu’avait créée la sagesse des anciens, se trouvait encore une fois justifiée ; cette légende, vous la connaissez tous : Midas ayant reçu chez lui Jupiter, le dieu lui permit de lui demander ce qui lui plairait le plus ; Midas demanda le don de changer en or tout ce qu’il toucherait, ce qui lui fut aussitôt
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- LE DEVOÎR
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- accordé ; mais, au bout de quelques jours d’essai de sou pouvoir magique, Midas, mourant dé faim, venait sup-plierle dieu de reprendre son funeste cadeau. Les Espagnols de cette époque vivaient, comme Midas, au milieu de l’or ; l’Amérique entière s’épuisait à le leur fournir, des millions d’hommes travaillaient et mouraient pour eux dans les mines, mais il ne leur suffisait pas d’avoir de l’or : il fallait aussi vivre, et. comme ils ne travaillaient pas, que les champs restaient en friche, ils devaient tout acheter aux peuples voisins, chez qui passèrent bientôt, toutes les richesses du nouveau monde. »
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- T^e nouveau. député «le Lyon. — Il s'est fait beaucoup de bruit au sujet de l’élection de Lyon. Nos lecteurs seront sans doute satisfaits d’apprendre que M. Ballue, qui vient d'être élu député à Lyon, et qui va siéger à l’extrême gauche de la Chambre, est le même qui a'rédigé pendant* plusieurs mois de 1878 la semaine politique du Devoir.
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- SUISSE
- Séparation «le FICgjliee et «le l’Etat à,
- Genève. — La loi dont nous avons donné le texte dans notre dernier numéro vient d’être votée en troisième et dernier débat par le Grand Conseil de Genève.
- Ce vote a quelque peu surpris le public car la proposition qui vient d’être votée avait été émise, même par ceux qui l’ont lancée, comme un ballon d’essai plutôt que comme une proposition ayant chance d’être votée. La question étaitdonc plus mûre dans le Grand Conseil genevois qu’il n’était permis de le supposer. Reste à savoir s’il en est de même dans la population. C’est ce que dira la votation populaire à laquelle cette loi va être soumise.
- Espérons que le peuple de la République de Genève, ce petit peuple qui au xvi* siècle a donné un si grand exemple à l’Europe d’alors en proclamant la Réforme, sera à la hauteur de ses antécédents et qu’il donnera un grand exemple à l’Europe d’aujourd’hui en proclamant la séparation de l’Eglise et de l’Etat.
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- RUSSIE
- Cîiavgçe® Militaire®. — Les Puissances continuent entre elles à jouer avec l’argent, les forces et le sang des peuples ce jeu bête et inhumain des grands cuirassés. Le gouvernement russe, dit la Revue maritime, a commandé à MM. John Elder, de Glasgow, un immense cuirassé de 152 mètres de long, de 17,000 tonnes de déplacement, avec machines développant 10,000 chevaux. Ce cuirassé différera en presque tous les points des navires de combat ordinaires. Ce sera en réalité une île flottante dont les bords viendraient mourir à la surface de la mer. Le pont supérieur, tracé selon une courbe plate qui partira de la flottaison pour atteindre la ligne du milieu, ne peut être mieux comparé qu’à une écaille de tortue. L’armemement consistera probablement en six, sept ou huit canons de 100 tonnes et en de nombreuses torpilles.
- Il est probable que, devant les progrès de l’attaque, les puissances maritimes seront obligées de modifier les conditions de construction de leurs flottes de combat, et il est possible qu’on arrive à créer des îles flottantes cuirassées comme celles que projette la Russie. On ne cherchera pas à leur donner upe grande vitesse, mais la stabilité de la plate-forme sera presque aussi grande que si les canons étaient dans un fort.
- Après une longue énumération des qualités meurtrières de ce nouvel engin, J_a Revue conclut naïvement : Le prix de ce navire sera certainement énorme ! mais elle ne songe même pas à blâmer ee gaspillage.
- (.Etats-Unis d'Europe).
- ANGLETERRE
- ïûe désarmement. — C’est le 17 juin courant que M. Henry Richard doit présenter et développer devant la Chambre des communes sa proposition en faveur d’un désarmement simultané et proportionnel.
- SUPPRESSION DU VOLONTARIAT
- Le ministère se déclare hostile à la suppression du volontariat dans l’armée, et la raison qu’il en donne est qu’il ne faut pas faire obstacle au recrutement des professions libérales.
- En fait les professions libérales sont trop pourvues de sujets, elles sont même encombrées. Leur accessibilité trop facile les ouvre à une foule de médiocrités qui n’y cherchent qu’un titre et restent improductive dans la nation. Ce sont des non-valeurs sociales quand elles sont riches et vivent du travail économisé par leurs pères, ou des parasites quand elles joignent la pauvreté dé fortune à celle de l’intelligence. Ces dernières vivent absolument aux dépens de ia société, s’appliquant uniquement à lui extorquer ou surprendre les moyens de leur existence sans lui rendre aucun service en compensation.
- On ne peut, en ce qui concerne ces dernières, arguer des services qu’elles rendent à un autre point de vue pour abréger ceux qu’elles sont appelées à rendre au point de vue militaire. Ce privilège se"jus-tffierait à peine pour uns intelligence exceptionnelle jointe à ce qui fait le citoyen utile, le dévouement à la patrie, c’est-à-dire le dévouement à un milieu social à la bonne organisation duquel tous ceux qui y sont réunis doivent la sécurité et la prospérité.
- Le ministère veut que les carrières libérales puissent se recruter, et crainte d’y nuire, il se refuse à mettre sur le pied d’égalité de devoirs envers la patrie ceux qui se livrent à ces carrières et ceux qui ne s’y livrent pas.
- Il y a peut-être dans cette préoccupation un peu de préjugé aristocratique. D’ailleurs cette crainte est sans fondement. Les vraies vocations sauront toujours trouver leur place et le service militaire égal pour tous ne parviendra à écarter que les insuffisants,
- Quant au prestige dont jouissent les carrières libérales et dont quelques-unes — comme la magistrature et l’enseignement ont besoin — il ne pourra que s’accroître quand on saura que les hommes qui le composent font leur devoir de citoyen comme les autres. La régime des dispenses et des exemptions n’a jamais rendu service aux corps que l’on a voulu favoriser. On a encouragé le recrutement des carrières libérales, mais on l’a rendu moins loyal et moins sincère. On a invité à embrasser les vocations libérales tous ceux qui voulaient seulement bénéficier
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- des douceurs d’un système d'exception.
- Les appréhensions ministérielles sont donc mal fondées. D’ailleurs il y a un moyen bien simple de les calmer.
- Aujourd’hui l’atténuation du service militaire ne s’obtient que par l’argent (car les épreuves préalables sont futiles et dérisoires). Tel jeune homme sans capacités qui peut donner 1,500 fr. jouit d’un privilège sur le jeune homme capable qui ne peut donner cette somme. Eh bien, cette atténuation il faut qu’elle soit obtenue par la capacité des jeunes gens et non par la position fortunée de leurs familles, par les résultats satisfaisants d’un examen et non par le versement d’une somme. Donnez satisfaction à cette idée que dans la profession militaire comme dans les autres le temps exigé est proportionnel aux aptitudes et aux facultés du sujet. Cela se pratique dans certaines contrées de l’Allemagne et s’il y a un pays où le recrutement des professions libérales soit entravé, ce n’est à coup sûr pas celui-là.
- Dans le G-rand Duché de Bade, par exemple, la durée du service est proportionnée au degré d'instruction militaire et générale possédée par le sujet, et la réduction a lieu en conséquence d’examens périodiques. On arrive ainsi à mettre tout le monde sur pied d’égalité pour les devoirs à remplir envers le pays, puisque celui qui sort au bout d’un an peut faire un défenseur aussi sérieux que celui qui sort au bout de trois ans, et cependant on rend plus vite utilisable pour les grands intérêts du travail les facultés des citoyens méritants.
- Pourquoi craindrions-nous d’introduire dans l’armée française un fonctionnement dont l’armée allemande n’a eu jusqu’ici qu’à se féliciter. Plus qu’eux nous avons intérêt à voir disparaître les privilèges. La France s’est donné un gouvernement républicain : il faut qu’en tout et partout ses institutions se répu-blicanisent. Supprimons sans retard la possibilité d’atténuer moyennant finance le devoir militaire de tous les citoyens. Et une fois cette suppression faite n’allons pas commettre la faute d’exonérer certains hommes de tout ou partie de la présence sous les drapeaux sous prétexte qu’ils rendent service à la société et que l’on entrave le développement de leur vocation, car nous répondrons que tous les travailleurs sans exception rendent service à la société et que l’on entrave pour le moins autant la vocation d’un graveur, d’uu mécanicien ou d’un bijoutier en lui faisant passer cinq ans à l’armée que celle d’un licencié en droit ou d’un étudiant en théologie, Peut-être même la société se passerait-elle moins facilement d’agriculteurs et de boulangers que d’avocats et de théologiens.
- M. DE BISMARK ET L’ALLEMAGNE JUGÉS PAR L’ANGLETERRE.
- Les dernières discussions dans le Parlement allemand ont dû prouver à M. de Bismark qu’il n’avait pas à compter sur une déférence aveugle de la part de cette assemblée. L’opposition qu’il y a rencontrée l’a, dit-on, non moias profondément étonné qu’irrité. Nous comprenons son irritation, nous comprenons moins bien son étonnement. Cette opposition inexplicable pour le grand chancelier est cependant toute naturelle de la part de la majorité.
- Tant que M. de Bismark a suivi une ligne politique en harmonie avec l’esprit de la nation allemande, il a trouvé dans le Parlement un auxiliaire puissant. Sans aucun doute le nouvel Empire désire autant que l’homme politique qui a si grandement contribué à sa création, voir son unité se consolider, mais sans aucun doute aussi il est déterminé à résister à toute volonté personnelle qui tendrait à se substituer à l’opinion publique et à la dominer, pour ne pas dire plus.
- De 1867 à 1878 la masse de la nation, par son attitude, et le Parlement, par sa coopération cordiale, ont encouragé et secondé les efforts de M. de Bismark dans l’accomplissement de son œuvre.
- La réorganisation de l'armée de terre et de mer en un seul corps compact, l'établissement de l’unité monétaire, la mise en vigueur d’un système postal et télégraphique un, l’application d'une procédure uniforme dans les débats judiciaires ainsi que d’autres mesures d’une importance secondaire mais calculées de façon à ajouter à la stabilité et à la force des nouvelles institutions,étaient des faits qui parlaient trop en faveur de M. de Bismark pour qu’il en fût autrement.
- Mais depuis 1878 les choses ont un peu changé de face. A l’intérieur ses vues sont bien restées les mêmes, quoique le résultat des élections anglaises l'ait un peu dérouté. Néanmoins sa politique ne s’est pas sensiblement modifiée. Il n’en est pas ainsi à l’intérieur. Préoccupé des questions économiques qu’il s’est mis à étudier, dit-on, tandis qu’il vivait en ermite dans sa retraite de Poméranie, il a jugé qu'il fallait abandonner le libre échange pour revenir à la protection. Invoquant les intérêts de l’industrie nationale compromis par la concurrence étrangère, il a essayé de prouver que les droits perçus sous l’empire du régime protectionniste devraient placer le pays dans une situation financière et industrielle complètement indépendante, en même temps que contribuer à soulager les Etats particu-! liers de la lourde charge de l'impôt direct. Mais
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- cette perspective, quelque adroitement qu’il l’eut fait miroiter, ne charme pas le moins du monde ces mêmes membres du Parlement qui jusqu’alors avaient soutenu la politique du grand chancelier aussi, dans cette circonstance, souleva-t-il contre lui une protestation énergique.
- Ce premier échec fut cependant compensé par le succès obtenu dans les élections générales qui suivirent en 1878 la dissolution du Parlement. Non-seulement le parti progressiste revint à l’assemblée, diminué considérablement, mais beaucoup de sièges qui appartenaient aux libéraux-nationaux, les anciens amis de M. de Bismark, tombèrent au pouvoir des particularistes, des absolutistes et des conservateurs. Ces groupes unis aux ultramontains et à quelques membres représentant des intérêts spéciaux et qui se trouvaient dans les rangs du libéralisme, formèrent la majorité qui vota en 1879 les mesures protectionnistes réclamées par le chancelier.
- Ce nouvel appui du gouvernement, cette coalition, pour l’appeler de son véritable nom, resta solidement unie tant que dura la discussion des tarifs ; mais la session qui vient de prendre fin l’a vue se diviser complètement.
- Les ultramontains avaient prêté leur concours au gouvernement, soit pour servir les intérêts particuliers d’immensés établissements industriels appartenant à leurs amis sur le Rhin et dans la Westpha-lie, ainsi que ceux de grands propriétaires dans d’autres provinces, soit dans l’esprit d’obtenir de larges concessions dans la question religieuse. Mais ils n’étaient en aucune façon disposés à se compromettre aux yeux de leurs constituants en prêtant gratis leur appui à la série de projets présentés en dernier lieu par M. de Bismark. M. Windthorst était donc parfaitement dans le vrai en affirmant, comme il l'a fait récemment dans le Parlement, que * toute proposition du gouvernement était sérieusement et impartialement examinée par ses amis qui, en conséquence de cet examen, l’approuvaient ou la rejetaient selon sa valeur pratique. »
- Les libéraux-nationaux, eux aussi, sont aujourd’hui parfaitement résolus à n’appuyer les mesures qui seront proposées que si elles leur paraissent dignes de l’être. Naguère ils visaient surtout à rester en bons termes avec le maître, coûte que coûte, persuadés qu’ils étaient de l’excellence de ses intentions et désireux de lui prouver leur reconnaissance des services éminents qu’il avait rendus ; aujourd’hui que le Prince dédaigne leur concours et semble disposé à gouverner avec l'aide de la réaction, sa nouvelle alliée, l’opposition, mais une opposition raisonnée à tout ce qui leur paraît contraire au bien- |
- être général, s’impose à eux de par leur propre dignité aussi bien que de par les intérêts du pays.
- Comme la démission de M, de Bismark, moyen usé et qui, du reste, ne serait pas sanctionnée par l’acceptation de l’Empereur, est hors de question en tout ceci, ce que l'ermite de Varzin a de mieux à faire, c’est de gouverner constitutionnellement. M. de Bismark doit aussi comprendre qu'ameuter dans une assemblée les partis les uns contre les autres pour les dominer tous, que diviser pour régner peut avoir quelque succès pendant un certain temps, mais qu’à la fin tout s’use. Crier à chaque instant et à tout propos au particular isme, à l’ultramontanisme, au socialisme, etc., etc., etc. C’est faire un peu comme le berger Gruillot du conteur Lafontaine.... Un beau jour le loup, nous voulons dire le socialisme ou tout autre chose en isme, vient pour tout de bon, et G-uil-lot, nous voulons dire M. de Bismark a beau crier : nul ne répond à son appel, personne n’arrive à son secours.
- Le Prince peut encore dissoudre le Parlement et convoquer de nouveaux les électeurs... L’expédient, car c’en est un, serait-il favorable à qui s’en servirait? Nous en doutons fortement. Nous croyons, et c’est probable, que maints des libéraux qui avaient perdu leurs sièges en 1878, les retrouveraient aujourd’hui. Ces revenants grossiraient encore les rangs de l’opposition et leur apparition jointe à celle de la goutte, cette vieille ennemie du grand chancelier, troublerait plus d’une fois son sommeil.
- Cependant, quel que soit l’état actuel des esprits en Allemagne, quelle que soit la position particulière de M. de Bismark, quelle que soit son influence sur les destinées de l’Empire allemand, croire avec certains organes russes et français que cet Empire ne survivrait pas à l’administration du grand homme d’Etat, nous semble une erreur capitale. En Allemagne pas plus qu’en Russie, pas plus qu’en Angleterre, pas plus qu’en France ou en tout autre pays, il n’est point d’homme indispensable.
- Maistre.
- LE DERNIER-NÉ DE GINX
- SA NAISSANCE ET SES AUTRES INFORTUNES
- ParM. JENKINS
- VIII. — Voyez combien les chrétiens s'aiment les uns les autres.
- Le jour désigné par la lettre des avocats papistes, un meeting monstre de Protestants avait été convoqué pour trois heures dans la salle Philopragmon. C’était le centre favori de mouvements sans nombre
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- dont certains étaient aussi bien calculés qu’exécutés tandis que d’autres étaient aussi inconsidérés qu’ils avaient peu de portée. Cependant on ne pouvait pas dire que cette salle fût témoinde plus de sottises qu’il ne s’en dit ou s’en fait danstout autre entreprise de ce genre. Les concessions des catholiques romains avaient tout d’abord déconcerté les meneurs de la manifestation. Ils n’avaient plus de griefs à faire valoir. Mais, bast ! il y avait encore matière à un meeting :
- 1° On se féliciterait de cette première victoire ;
- 2° On délibérerait sur l’avenir du Bébé protestant.
- Le secrétaire était un vieux roué en fait de mee-
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- tings de cette sorte. Il fit son plan pour rendre celui-ci aussi émouvant que possible. Bébé Grinx apporté du couvent et veuf de ses langes de papiste qui avaient fait place à de magnifiques vêtements, présent d’une aimable duchesse protestante, fut placé dans un berceau, sa tête reposant sur une Bible. Il n’avait, je le crains bien, jamais été aussi mal à l’aise.
- Lorsque le Président eut fait connaître à l’auditoire le succès obtenu par la société, on exhiba prestement Bébé sur la plate-forme..., les vivats, les applaudissements, les mouchoirs agités... Ce fut une scène indescriptible! Jamais rien de semblable ne s’était encore vu dans la salle Philopragmon. Bébé abasourdi par le bruit était immobile d’ahurissement.
- M. Trumpeter (1) prit la parole.
- M. Trumpeter était remarqué par beaucoup comme le plus puissant défenseur de la foi, après la Reine, dans le Royaume-Uni. Je n’ai jamais pu et ne puis encore comprendre pourquoi les journaux publiaient ses discours.
- Lorsqu’il eut fini de parler, lord Evergood (2) un pair populaire, homme pratique et de principes protestants irréprochables, {Lord PPPP ainsi que le désignait dans son numéro du matin le Daily ban-ner(3), par les P commençant les quatre mots: Pair, Populaire, Pratique, Protestant), se leva pour soumettre à l’Assemblée la première question qui déjà avait été tranchée et vidée par le Comité, savoir : « Que l’enfant heureusement arraché à l’influence pernicieuse de préjugés religieux, serait confié aux soins de VEglise congréganiste protectrice des Veuves et des Orphelins, et serait entretenu par des contributions volontaires. »
- Avant que lord Evergood pùt dire un seul mot, des murmures s’élevèrent de tous les points de la .salle.
- (1) Trumpeter signifie en français Trompette.
- (2) Evergood signifie toujours bon.
- (3) Le Daily banner est sous ce nom le Daily Chro-nicle.
- L’orateur était un homme d’humeur douce. Son esprit dénué de tout artifice s’étonnait et s'effrayait de l’opposition.
- _I1 prononça quelques phrases pour appuyer sa proposition et s’assit.
- Un individu de la galerie : « Monsieur le Président, je demande à faire un amendement. »
- Applaudissements et cris : « A l'ordre, à l'ordre, assis ! etc. »
- Le Président du ton le plus aimable : « Le sieur X. n’est pas dans la question : la proposition de lord Evergood n’a pas encore été appuyée. Je demande au Rév. M. Vaîpy de le faire. »
- M. Valpy, bénéficier de St-Swinthin-Within, s’escrima à parler au milieu dutumulte, mais ce qu’il dit, lui seul put le savoir. Quand il eut fini, il y eut une agitation extraordinaire.Surlaplate-formeune quantité de ministres et de laïques se levèrent brusquement. Dans la salle plus de cent auditeurs se haussèrent sur les bancs ou sur le dos de leurs amis, tous demandant la parole à la fois.
- Le Président : « Messieurs, à l’ordre ! à l’ordre, Messieurs ! Ceci est une grande occasion, sachons en profiter ! Messieurs, de Tunanimité 1 »
- De l’unanimité... Il semble y en avoir... pour parler. Au milieu des cris : « Ecoutez ! », des applaudissements, des rappels à l’ordre, des bans redoublés, on put entendre s’adressant au Président, le Rev. Mark Slowboy (4), indépendant ; le Rev. Hyugh Quickîy (?) Wesleyen, le Rev. Bereciah Calvin (6) Presbytérien et le Rev. Ezechiel Cutwater (7) Baptiste.
- (4) . Slowboy, signifie en français garçon lent. L’indépendant croit qu'une congrégation chrétienne organisée est complète'par elîe-mème et indépendante de toute autorité ecclésiastique supérieure.
- (5) . Quiekly, signifie en français vite promptement. Le Wesleyen estle partisan de Wesley, de ses doctrines. John Wesley né en 1703 à Epworth (Lincohnshire) mort en 1791, fût avec son frère Charles, le fondateur de la secte des Méthodistes dont nous avons déjà parlé. Ce nom de méthodistes leur vient de ce que leur genre de vie est réglée de telle sorte que chaque heure y a son emploi particulier.
- Les méthodistes comptaient il y a deux ans, à l'étranger (statistique officielle), 57 missionnaires, 6,540 membres de l’Eglise ; 157 chapelles et 5,942 écoliers du di-. manche. En Angleterre, ils ont 293 missionnaires, 3,435 prédicateurs locaux ; 64,777 membres de l’Eglise; 1,391 chapelles et 170,650 écoliers du dimanche.
- (6) . Presbytéiiens, ainsi appelés parce que dans cette secte qui appartient du reste au Calvinisme, on n’admet que de simples prêtres (presbytère), qui sont tous censés égaux. Ils ne reconnaissent ni évêques, ni supérieurs ecclésiastiques. Leur fondateur est Kuox, né à Gifford (Ecosse) en 1505 et mort en 1572. Ils n’ont pas peu contribué aux persécutions dirigées contre Marie Stuart, à la haine que l’Ecosse porta à T Angleterre et 4 la Révolu* lion qui vit décapiter Charles Stuartl«f-,
- (7) Cutwater signifie en français coupe Veau. Les bap-,, tistes ou anabaptistes ne confèrent le baptême qu’aux
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- Survint un-moment de calme dont profita M. Stentor, un orateur bien connu dans les manifestations de Hyde-Park, qui grimpé sur les épaules d’un ami, beugla : « Eeoutez-moi, M. le Président ! » Appel qui provoqua de bruyants éclats de rire (8).
- •De quoi s’agissait-il? De donner le Bébé aune maison de refuge Anglicane !... C’est là ce qui faisait bouillonner le sang dans les veines de chaque non-conformiste. C’était sortir l’enfant de la poêle à frire pour le laisser adroitement tomber dans le feu. Le président était, heureusement, habitué à ces scènes. Il mit fin au tumulte en proposant que chaque secte nommât un délégué chargé de faire connaître à l’As semblée l’avis de ses commettants.
- « Par qui voulez-vous commencer ? »
- Les cris les plus forts furent pour M. Cutwater. Un petit homme d'apparence frêle, s’avança clopin-clopant, courbé sur lui-même, une cravate lâche autour du cou et son pantalon déformé et bouffant aux genoux, mais ceci je me hâte de le dire par suite d'une honorable habitude. Si l’assertion du docteur Wats (9) est vraie que :
- « Satantremble lorsqu'il voit le saint le plus faible à genoux » il est à croire que cet insigne ennemi du genre humain devait être troublé d’une façon extraordinaire lorsque Ezechiel Cutwater était agenouillé, posture dans laquelle il avait eu de vigoureuses luttes à soutenir contre l’esprit du mal. C’est qu’il y avait dans le Credo d’Ezechiel deux articles, voire même trois, sur lesquels il était inflexible et que les flammés du bûcher eussent été impuissantes à lui faire désavouer : 1° la haine de la Papauté ; 2° le mépris de la fourbe des ministres Anglicans et de la succession apostolique ; 3° enfin son adhésion au dogme du baptême des adultes et de l’immersion complète (10). Il eut fulminé l’anathème Maranatha
- adolescents ayant atteint l’âge de puberté et rebaptisent les enfants qui ont été baptisés trop jeunes. Les noms deCarlostad, Zwingle, Mélanchton et Thomas Munzer sont mêlés à l’histoire des anabaptistes ; mais c’est surtout à peu près en 1520 que leur célébrité commença avec Munzer. Des luttes sanglantes dans lesquelles ils triomphèrent plus d’une fois, ne prirent fin qu’en 1535, époque A laquelle ils furent presque tous exterminés.
- ^8). En Angleterre quand un orateur parle et provoque l’intérêt de l’auditoire, les mots hear ! hear ! (Ecoutez, écoutez), se font souvent entendre. Mais cela n’est jamais dit par l’orateur iui-nlême. De là les rires de l’Assemblée.
- |9). Nous croyons qu’il s’agit du docteur Wats (Isaac) ministre non conformiste né en 1674 à Southampton et mort en 1748, auteur d’une logique de perfectionnement de Ventendement et de plusieurs autres ouvrages de morale et de piété. Un autre livre du même auteur Culture de l'esprit, a été traduit en français a, Lausanne en 1762.
- (10) Ainsi qu’il a déjà été dit les anabaptistes veulent gue l’on ne soit baptisé que lorsque l’on est adulte et Tue l’immersion soit complète.
- (Il) sur quiconque n’eut pas été en communion avec lui sous ce triple rapport.
- Son regard étincela en se portant sur cet auditoire en ébullition « Monsieur le Président, » dit-il « je demande à faire un amendement à la proposition du noble Lord; » (>applaudissements). « Le noble Lord propose de transférer à la garde de l’Eglise établie, reconnue, ce tendre et innocent enfant « (ii se penche sur Bébé Ginx) « tout récemment délivré des filets d’un parentage superstitieux ! » [Cris, Oh 1 Oh ! Sifflets et applaudissements). « Je retire mon expression ... je ne veux offenser personne. [Ecoutez). Cette assemblée est un grand corps représentatif, non point de l’Eglise anglaise, non point de l’Eglise Baptiste, non plus que de la Presbytérienne, mais du Protestantisme. (Applaudissements et dans redoublés). Est-il juste dès lors qu’un enfant représentant tout le Protestantisme soit l’objet d’une disposition particulière ? N’est-il pas l’enfant adoptif non point d’une secte, mais de toutes les Eglises ? [Oui/ oui! applaudissements). Autour de lui ou d’elle, je ne sais s’il est un ou une... autour de sa tête de chérubin s’agitent les blanches ailes des anges des différentes Eglises et sur elle ou sur lui, quel qu’il soit »... (Ici le Président dit qu’il croyait convenable de faire connaître à l’orateur et à l’Assemblée que d’après les informations exactes qui lui étaient arrivées, on pouvait dire lui).
- « Sur lui, alors sa concentrent les sympathies de tous les cœurs protestants. N’enlevons rien de sa grandeur à la circonstance en montrant une étroite partialité dans un sens ou dans un autre ! Que tous les rayons de l’unité universelle viennent converger en ce foyer enfantin, (Bruyants applaudissements et bans redoublés)» Quant à moi, pour ne parler que de moi seul, il me serait très-pénible de penser, — ce qui ne manquerait pas d’arriver si la motion était adoptée, — que huit jours après son entrée dans l’asile proposé, on jouerait à ce frêle et inconscient pécheur la farce d’une prétendue admission dans l’Eglise du Christ. Oh ! oui ! je dis la farce... Si l’on tient compte de l’âge de l’acolyte ou de la mince proportion d’eau dans laquelle il serait baptisé. {Bruit. Oh ! Oh l Applaudissements de la part des anabaptistes). Mais je ne veux pas entrer davantage dans ces détails, » dit M. Cutwater qui savait parfai. tement son rôle, « je puis professer ces opinions et n’en pas moins aimer mes frères des autres sectes. Je propose donc, comme amendement, la formation d’un comité composé d’un ministre et d’un laïque
- (11) Maranatha est un mot syriaque signifiant : le sei-' gneur vient. C’est l’expression dont. se servait. S$4nt I Paul quand il prononçait un anathème ou donnait sa î malédiction.
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- choisis dans chacune des Eglises, lequel comité aura pour mission de pourvoir à l’éducation physique, intellectuelle et spirituelle de l’enfant. »
- Cette proposition qui fut accueillie avec enthousiasme devait précipiter Bébé Ginx dans une arène de luttes et de polémiques. Chacun désirait voir la question résolue par un comité de délégués ; aussi, lorsque M. Slowboy appuya l’amendement, on le vota avec de bruyantes acclamations.
- Cependant auteurs et partisans de l’amendement n’en étaient pas encore quittes. En procédant à la nomination desmembres du comité,les Unitaires (12) et les Quakers (13) demandèrent à être représentés. La plate-forme et l’Assemblée étaient de rechef aux prises. On soutint avec acharnement que les chrétiens orthodoxes seuls devaient prendre part à l’œuvre, et maints des élus déclarèrent qu’ils ne siégeraient pas dans un comité où se trouveraient des.... et ici on employa de drôles d’épithètes. Les Unitaires et les Quakers s’appuyèrent sur les principes catholiques renfermés dans l’amendement et sur ce fait que Bébé Ginx était à l’heure présente une propriété nationale du Protestantisme. M. Cut-water et quelques autres que cette dispute scandalisaient, intervinrent et le comité finit par se constituer à la satisfaction de toutes les parties. Il devait prendre le nom de Comité de l’Union protestante des investigations, Section de l’Education physique, intellectuelle et spirituelle de Bébé Ginx.
- Une quatrième proposition , la suivante , fut adoptée :
- * Le sujet devra être traité en chaire le dimanche suivant dans les églises de la Métropole et une quête sera faite à chaque prêche au profit de l’enfant ».
- (12) La dénomination générale d’Unitaires comprend tous ceux qui nient la Trinité et n’admettent en J.-G. qu’une seule personne. Les Ariens étaient les Unitaires des premiers temp^ de l’Eglise. Mais la secte plus J spécialement désignée sous ce nom est celle qui au XVI9 siècle, compta parmi ses chefs, François Staneari, prêtre de Mantoue et Lelio Socin, de Sienne. C’est Fanste Socin, neveu de ce dernier qui dans ses écrits fixa d’une manière précise les doctrines de l’Unitarisme.
- (13) Les Quakers eurent pour fondateur en 1647, Georges Fox, cordonnier à Leicester. Les principaux propagateurs de la secte furent Guillaume Penn, Robert Barnley et Samuel Fisher.
- Les Quakers nient tout sacrement, rejettent tout culte extérieur et toute hiérarchie ecclésiastique. Tout homme, selon eux, peut être inspiré de Dieu. Ils ne prêtent pas de serment et sont crus sur parole devant les tribunaux. La guerre, les spectacles, les chants, les jeux de hasard, la chasse, — tout cela leur est interdit. — Us tutoient tout le monde et ne se découvrent jamais devant qui que ce soit. Leur costume est très simple, de couleur sombre, pour les hommes comme pour les femmes. Ils ont de nos jours beaucoup perdu de leur originalité. Commerçants pour la plupart, ils sont généralement très-riches.
- La Pensylnanie en Amérique fut fondée par Guillaume Penn dont le nom est le plus populaire de tous, s
- Ceci s’annoncait bien pour l’avenir de Maître Ginx (14).
- Le meeting avait duré cinq heures, et tandis qu’on discutait sur son compte, l’enfant avait gagné de l’appétit. Le bruit de la discussion avait fait oublier à chacun le sujet même de cette discussion et maintenant que tout était dit, chacun s’en allait de son côté sans songer à lui. Mais il ne permit pas, tout au moins à ceux qui étaient près de lui, de faire semblant d’ignorer sa présence. Quelques-uns prévoyant qu’il allait se passer quelque chose de désagréable s’échappèrent furtivement tandis que trois ou quatre restèrent pour savoir ce qu’on allait faire du bébé.
- « Il faut le donner en garde au Président, » dit un M. Dove, (15)
- « Ce serait avec grand plaisir, » dit celui-ci d’une voix doucereuse, « mais Mme Trumpeter n’est pas en ville. Votre chère femme ne pourrait-elle s’en charger, M. Dove ? »
- La femme de M. Dove avait autre chose à faire.
- Le secrétaire n’était pas marié... logé àLincoln’s inn.
- Au milieu de leurs perplexités une femme qui était restée dans la salle s’avança et offrit de prendre soin de l’enfant « pour le bien de la cause. » Chacun se sentit soulagé. Après avoir pris à la hâte le nom et l'adresse de cette femme, on lui remit le Bébé protestant. Mylord Evergood, le Président, le clergé, le secrétaire et la foule, chacun regagna son logis en se frottant les mains en signe de réjouissance.
- Quelques heures après Bébé Ginx dépouillé des beaux vêtements donnés par la Duchesse , était trouvé par un Policeman étendu sur le pas d’une porte dans une de ces rues étroites à moins de cent mètres derrière Philopragmon. Par une ironie du hasard, il était enveloppé dans un numéro du journal le plus grand qu’il y ait dans le monde. (16)
- (A suivre.)
- (14) Maître Ginx. Les enfants mâles en Angleterre sont habituellement appelés Maître jusqu’à l’âge de l’adolescence.
- (15) Dove signifie Colombe.
- (16) Le Daily Telegraph qui dans ses annonces, placards ou réclamas, prend toujours cette qualification.
- ----- »<aaoaOQooOTiii'
- Le genre humain doit se réunir en un vaste corps organisé, ayant connaissance de lui-même. Les intérêts particuliers feront place à l’amour universel, et le but de l’existence sera de former une vie sociale, juste, vertueuse et grandiose à la fois.
- Pichte.
- Le Directeur-Gérant : Godin.
- Saint-Quentin — lmp. de la Société anonyme du Glaneur
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- ie numéro hebdomadaire 20 c. DIMANCHE 20 JUIN 1880
- 3. ANNÉE, TOME 4 — N* 93
- JOURNAL
- bureau
- a GCJISE (Aisne
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE par l’envoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant. Fondateur du Familistère
- France
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- S’adresser à M. LETMARIE administrateur delà Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- 0
- Mutualité sociale et association du capital et du travail. — Le divorce. — Association et coopération. — Nouvelles diverses. -— L'éducation mixte. — L'enseignement professionnel. — L'instruction. — Feuilleton : Le dernier né de Ginoc. — Variété.
- MUTUALITÉ SOCIALE
- ET
- ASSOCIATION DU CAPITAL ET Dü TRAVAIL
- Par M. GODIN
- NOTIONS PRÉLIMINAIRES
- Chapitre XII
- L’Association et la fraternité.
- Le problème à résoudre pour établir des relations fraternelles entre les hommes a son Pdncipal élément de solution dans l’accord des intérêts entre les différentes classes de la so-Ueté. Le règne de la justice n’est possible qu’à a condition d’établir une équitable répartition biens matériels créés chaque jour par le
- ^ rappellerai brièvement que, dans la pro-
- c ion de la richesse, il y a trois agents distincts : "
- 1° La nature, qui donne la matière .et l’activité vivifiante ;
- 2° Le travail humain, qui met en oeuvre la matière et aide à la fructification des éléments que fournit la nature ;
- 3° Le capital ou travail économisé qui sert d’instrument et de moyen d’action au travail pour créer de nouvelles richesses.
- La solution du problème de la répartition équitable entre ces trois éléments de la production est tracée dans la déclaration de principes qui forme le Titre premier des présents Statuts. J’y renvoie donc le lecteur.
- Je me borne à signaler ici que l’Association a pour principe la liberté des conventions.
- C’est d’un commun accord que s’établissent le salaire du travail et l’intérêt du capital. Leurs relations se déterminent par le besoin que ces facultés productives ont l’une de l’autre ; mais une fois qu’elles ont fixé leur valeur respective selon leur utilité dans la production, c’est proportionnellement à cette valeur que chacune d’elles a droit à la répartition des bénéfices de la production. Ce principe doit être invariable : un franc de salaire viendra toujours au même titre qu’un franc d’intérêt ; mais les taux de l’intérêt et du salaire sont arrêtés à l’avance par des conventions.
- Capital et travail, tout en s’unissant à l’abri d’un principe qui les intéresse au succès de toute entreprise, n’en restent pas moins l’un et l’autre libres de leurs mouvements.
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- Le travail ira sans gêne où le capital sera moins exigeant, comme le capital, de son côté, se portera où le travail lui donnera des résultats avantageux.
- Il n’y a pas à bouleverser la marche actuelle de l’industrie et de la production pour inaugurer le principe de la répartition équitable des bénéfices ; il suffît de déterminer à l’avance le taux de l’intérêt des capitaux engagés dans l’entreprise ; de fixer les émoluments, appointements et salaires ; puis, administrateurs, directeurs, comptables, chefs de fabrication, contre-maîtres, ouvriers sont intéressés aux bénéfices de l’entreprise selon l’importance de leur concours ; chacun peut s’en retirer selon ses conventions, sans troubler en rien ni les fonctions, ni la marche des industries.
- L’association est devenue aujourd’hui chose familière lorsqu’il s’agit de mettre des capitaux dans une entreprise financière, industrielle ou commerciale ; mais elle est plus difficile à réaliser entre capitalistes et travailleurs.
- Pourtant notre siècle, malgré son caractère individualiste, progresse dans la voie de l’association. Aussi, à côté des grandes entreprises du capital, a-t-on vu les classes laborieuses se grouper soit pour l’achat et la vente des denrées, soit pour exploiter en commun une même branche d’industrie.
- C’est particulièrement sous le nom de société coopérative que ces dernières tentatives se sont produites.
- Les coopérateurs se sont unis pour partager les bénéfices soit de la vente des produits commerciaux, soit de leur industrie particulière.
- Mais, en dehors de ces opérations ou de ce motif de ralliement sur une question d’intérêt, 'ils sont restés étrangers les uns aux autres dans toutes les autres actions de leur existence. Aussi n’a-t-on pas donné le nom d’association, mais celui de coopération, à ces entreprises.
- Ces sociétés coopératives ont pour objet de supprimer les intermédiaires entre le consommateur et le producteur.
- Dans la coopération de consommation, ce sont les bénéfices du commerçant que les coopérateurs font tourner* à leur profit ; dans la coopération de production, ce sont les bénéfices du patron qu’ils réalisent.
- La société coopérative a donc pour objet particulier l’économie des intermédiaires, et par suite le partage des bénéfices qui en résul tent.
- Dans ces étroites limites, la coopération n’en est pas moins un pas fait dans la voie de l’en-tente et de l’accord des intérêts.
- Pour ce qui est de la coopération commerciale, en dehors du partage des bénéfices ou de la perte qui en résulte, on ne voit guère qu’elle produise d’autre effet moral que celui de donner lieu à des réunions dans lesquelles les coopérateurs se forment à la discussion de leurs intérêts communs.
- La société coopérative de production appelle les individus à un accord de volonté et d’action plus réel et plus efficace.
- Chez elle il n’y a plus seulement un bénéfice pour objectif, il y a l’entente des ouvriers clans le travail : l’union est plus réelle, les hommes apprennent à s’aimer, à se dévouer les uns aux autres ; ils deviennent meilleurs.
- Réunis pour travailler en commun, les coopérateurs triomphent ensemble plus aisément des difficultés que le travail présente; ils sont ainsi mieux placés pour comprendre la grandeur du rôle que celui-ci est appelé à remplir dans le monde. Par l’action collective, l’ouvrier est plus disposé à comprendre que le travail est le symbole de la vie ; il le trouve plus agréable à exécuter. Le travail s’ennoblit à ses yeux, et c’est ainsi que peu à peu, par la pensée, par la parole et par l’action, la place sociale du travail se révèle à tous les hommes.
- La Société coopérative de commerce a donc moins de puissance que la Société coopérative d’industrie pour développer la valeur intellectuelle et morale de ses membres.
- Mais si l’une et l’autre s’unissaient, si à la Société de production se joignait la Société de consommation, alors la coopération rapprocherait singulièrement les hommes de la vie fraternelle, c’est-à-dire de cette solidarité dans le bien qui est le fond de la morale universelle et le but de la vie.
- Mais les réunions nécessaires pour une pareille organisation ne se font que difficilement-Si les hommes peuvent se réunir dans l’atelier-I ils sont obligés de se séparer pour se rendre a
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- leurs demeures, disséminées sur différents ints et dans différents quartiers ; les ateliers et magasins coopératifs sont le plus souvent éloign®s ^es uns c^es au^res et de l’habitation; çe sont là des conditions peu commodes et antiéconomiques que l’association réelle entre leS hommes ne doit pas comporter.
- On comprend que c’est par l’économie du temps et de la peine, que c’est par le bon emploi ^ ressources, que l’homme parviendra à s’assurer un sort meilleur.
- D’où je suis amené à conclure brièvement que si la coopération peut, dans une certaine mesure, contribuer à améliorer le sort des classes ouvrières, elle est impuissante à résoudre les difficultés sociales, à assurer le bien-être des classes les plus nombreuses ou tout au moins à leur donner les garanties nécessaires.
- Pour être réellement fructueuse, elle doit comprendre tout à la fois la production, la consommation et l’habitation; mais alors ce n’est plus la simple coopération, c’est l’association des individus.
- L’association seule peut concentrer tous les genres de coopérations : production, consommation, éducation, habitation.
- Elle seule peut unir les intérêts du labeur et ceux de la richesse.
- Elle seule ouvre aux classes et aux individus la voie de la Fraternité.
- L’usage et l’emploi de la richesse n’atteignent un but conforme aux lois de la vie qu’en créant le milieu dans lequel ils peuvent réellement produire le bien-être au profit de tous, et concourir au progrès de la vie humaine par le complet développement des facultés de chacun.
- C’est à la bonne organisation de l’atelier qu’est dû le progrès de la production et du travail.
- C’est à la bonne organisation de l’habitation que sera due la réalisation du bien-être par la consommation bien comprise des produits du travail.
- C’est dans l’habitation que se concentrent les °^tés les plus intimes de l’existence humaine; c est par elle que les ressources dues au travail Peuvent recevoir l’emploi le plus .conforme au ut de la vie et concourir de la façon la plus certaine au bien-être et au progrès de l’existence» !
- C’est par l’habitation que l’association peut réaliser en faveur des classes ouvrières les équivalents de la richesse; par l’habitation bien comprise, on peut concentrer les ressources et les choses d’un usage commun, les rendre d’un facile accès à toute une population et mettre ainsi à la portée des associés la plupart des avantages que la fortune peut seule s’accorder dans l’état actuel de division des intérêts.
- L’association est la voie ouverte à l’humanité pour la pratique de la fraternité. Avec elle on peut marcher constamment dans la voie des œuvres utiles, on a un guide sûr et infaillible devant soi.
- Placer la famille du travailleur dans un logement commode ;
- Entourer ce logement de toutes les ressources et de tous les avantages dont l’habitation du riche est pourvue ;
- Faire que le logement de l’ouvrier soit un lieu de tranquillité, d’agrément et de repos;
- Remplacer par des institutions communes les services que le riche retire de la domesticité;
- Telle est la marche à suivre si l’on ne veut pas que les familles ouvrières soient perpétuellement exclues du bien-être qu’elles créent, bien-être auquel toute créature humaine a droit, et qu’il est dans les nécessités de notre époque de réaliser pour tous.
- En résumé, l’association est le principe d’organisation qui dans la société correspond à l’application de ce précepte de la morale supérieure* des peuples ; « Aimez-vous les uns les autres. »
- Car, si l’on suppose pour un instant l’association établie entre le Capital et le Travail, dans une branche quelconque de l’industrie, le premier devoir des associés sera d’assurer à la vie humaine les garanties qui lui sont nécessaires, c’est-à-dire de veiller, avant tout partage de bénéfices, à faire disparaître les misères, à soulager les souffrants et les malades, à pourvoir à l’éducation et à l’instruction de l’enfance et à doter l’Association des moyens propres à aider au développement intellectuel et moral des sociétaires.
- Ce n’est qu’après avoir accompli ces devoirs et satisfaite ces principes de morale sociale, pour lesquels l’Etat doit accorder son patronage,
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- que l’Association portera les bénéfices restants au compte des sociétaires et des actionnaires, en proportion du concours que chacun d’eux aura donné en travail ou en capital.
- L’association satisfait donc ainsi au précepte qui nous enseigne le devoir de nous aider les uns les autres, et d’agir envers les autres comme nous désirons qu’on agisse envers nous-mêmes, ce que ne fait en aucun cas le régime du chacun pour soi.
- C’est la solution que formulent les Statuts de la Société du Familistère.
- Associer tout à la fois les opérations d’industrie, de travail, de commerce, d’approvisionnements, de logement, d’éducation et d’instruction et les divers services de mutualité concernant les vieillards, les infirmes, les malades, les orphelins, etc.
- Tel est le spécimen d’institutions que je livre à l’étude des hommes sérieux.
- ÇA suivre.J
- iLiUPCOCOeÇcr—
- LE DIVORCE ET LA MORALITÉ PUBLIQUE
- L’une des objections le plus souvent invoquée contre le rétablissement du divorce est celle-ci :
- « La vie de famille est une sérieuse garantie de la moralité publique ; malheureusement la vie de famille est très peu en honneur chez nous. Gardons-nous bien de lui porter le coup de grâce en recon naissant la dissolubilité du mariage. »
- Voyons ce qu’il y a de vrai dans cette objection, qui, incontestablement,est inspirée par une intention honorable.
- Il est certain que la vie de famille, comprise et pratiquée comme elle devrait l’être, est une sérieuse garantie de la moralité publique. La Société a un grand intérêt à ce que des ménages réguliers se constituent, à ce que les familles soient unies, à ce que les époux vivent en parfaite intelligence. En effet, le mariage n’a pas seulement pour but la conservation de l’espèce, il a encore une mission plus haute à remplir. Il doit contribuer au perfectionnement des individus et au progrès de la Société, soit en substituant à l’égoïsme personnel un sentiment plus élevé, soit en créant des foyers d’estime et d’affection qui favorisent le développement physique, intellectuel et moral des petits êtres qui y naissent, soit surtout — et c’est là ce que l’on oublie ‘trop — en participant à augmenter le nombre des intelli-
- gences qui reçoivent le jour sur cette terre, multi plication profitable puisque plus nombreuses sont les intelligences plus elles s’excitent et font faire <je progrès à l’humanité.
- Telle est, dans la forme la plus pure, dans son idéal le plus élevé, la mission du mariage et par conséquent de la famille.
- Malheureusement c’est là l’idéal et nous vivons dans la réalité. Chacun de nous n’a qu’à regarder autour de lui pour se convaincre bien vite que les choses ne se passent pas ainsi. Aveu triste à faire : ies unions où l’estime et l’amour mutuels régnent en maitres ne sont pas les plus nombreuses. Elles ne sont même en France que le très-petit nombre. La plupart des unions sont très loin de ce qu’elles pourraient être. Soit que les préoccupations de la cupidité aient été leur principal ou leur seul mobile, soit que des illusions trop tôt envolées aient présidé à des choix trop peu raisonnés, laissant après elles le regret.ou le désabusement, soit encore que le contact du monde ou les conséquences ultérieures de la première éducation aient modifié à la longue des caractères qui s’étaient cru faits pour vivre ensemble, soit enfin que, de part et d’autre ou de la part d’un seul, il y ait eu des torts de nature à entraîner la désaffection, toujours est-il que dans beaucoup de familles les époux vivent encore côte à côte, mais sans affection, sans sympathie, souvent même, sans estime mutuelle : ils ne se recherchent pas, ils se subissent l’un l’autre.
- Un écrivain distingué, M. Léon Richer, n’a pas craint de dénoncer le caractère révoltant que dans certains cas l’indissolubilité peut faire revêtir au mariage. Il s’agit des cas malheureusement trop nombreux où la femme reste soumise au pouvoir d’un mari indigne d’elle. Le mariage n’est plus alors, dit M. Richer « que la prostitution légalisée,que le viol permanent couvert et protégé par la loi, que l’outrage clandestin à la pudeur favorisé par le code et amnistié par le prêtre. »
- Et remarquez que nous ne parlons pas ici des séparations légales, dont le chiffre pour la France est en moyenne de 2,500 par an, ni des séparations à l’amiable, lesquelles, comme le fait observer M. Na-quet, « sont naturellement beaucoup plus nombreuses que les autres dans les pays où, le divorce n’existant pas et la séparation de corps n'apportant aucune liberté nouvelle, on préfère, toutes les fois que cela n’est pas indispensable, ne pas rendre h public témoin des discordes intestines d’un ménage**
- Est-il besoin de pousser ce tableau jusqu’au bout, de parler des ménages irréguliers dont le nombre est si considérable dans les grandes villes, enfin de
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- épeler dans quelle énorme proportion les enfants ^légitimes entrent dans le total des naissances?
- Tout cela est tristement significatif, tout cela pr0uve avec une navrante évidence que sous la législation du mariage la vie de famille est bien peu en faveur, bien peu répandue, bien peu comprise.
- paut-il dire que cet état de choses regrettable existe malgré l’indissolubilité du mariage, ou bien à cause d’elle, toute la question est là?
- pour nous, il n’y a pas d’hésitation possible. Si la yiecle famille jouit en France de si peu de prestige, c’6St l'indissolubilité du mariage qui en est cause.
- La France n’est pas seule à exister sous le soleil ; il y a d’autres pays aussi avancés qu’elle en civilisation. Eh bien ! dans presque tous ces pays-là le divorce existe, et ce n’est pas sans un étonnement très-réel que les habitants de ces pavs-là voient l’opposition qui est faite en France au rétablissement du divorce. Ils se demandent comment nous pouvons être chez nous assez ignorants de ce qui se passe chez eux pour en être encore à croire dangereux ce remède du divorce dont les autres pays ont reconnu depuis longtemps les excellents effets.
- Un fait à remarquer, c’est que la faveur dont jouit dans ces pays-là la vie de famille est précisément en proportion de la facilité des divorces. Cela choque les préventions de beaucoup de personnes, mais c’est comme cela.
- La Suisse est aujourd’hui, avec la Prusse, le pays ! d’Europe où le divorce est le plus facile. Or, il n’est certainement pas de pays en Europe où la vie de famille soit plus respectée et plus répandue, où l’on se fasse d’elle une plus haute idée et où elle soit au même degré mise à la base de toutes les mœurs, de toutes les coutumes et de toutes les institutions.
- On dira qu'il n’en est pas de même en Prusse. Erreur. La vie de famille a conservé dans ce pays toute son intensité, sauf bien entendu dans les villes de garnisons où la présence de jeunes hommes valides, forcément célibataires, rend la démoralisation profonde.
- Les autres pays qui jouissent du divorce, laSuède-Norwège, le Danemarck, la Hollande, la Grande-Bretagne, en un mot tous les pays dont la législation û est pas l’œuvre de la religion romaine tiennent la vie de famille en très grand honneur.
- Quant à la Belgique, où l’ancien titre YI de notre Code civil n’a pas cessé de régner, la possibilité du divorce a si peu nui à la famille que, toute proportion de population gardée, il y a à peu près moitié m°ins de divorces et de séparations réunis en Bel-S^ue qu’il u’y a de séparations en France. En effet,
- tandis qu’en Belgique il y a une séparation et un divorce par 235 mariages soit par 32,557 habitants, il y a en France une séparation par 152 mariages soit par 14,324 habitants. M. Naquet, pour qu’on n’op-posàt pas la différence de caractère des populations, a même comparé la statistique de notre département du Nord et celle de la province belge de Flandre orientale, qui confine au département du Nord. Il a trouvé que dans la Flandre orientale il y a un divorce ou séparation par 691 mariages, tandis que dans le Nord il y a une séparation par 197 mariages.
- Ces chiffres sont tellement éloquents par eux-mêmes qu’il serait superflu de les commenter. Mais ce qui n’est pas superflu en présence des préventions du public, c’est d’établir quelle en est la cause.
- Voici ce qu’écrivit à cet égard M. Naquet dans son livre le Divorce :
- « Avec un peu d’observation on s3 convaincrait aisément que le mariage, même indissoluble, n’est pas un lien pour ceux qui veulent le rompre et dont les mœurs sont déréglées ; on se convaincrait aussi que la liberté absolue n’est pas un obstacle à la fidélité et à la constance pour une foule de ménages extra-légaux qui, malgré la sévérité du monde à leur égard, donnent souvent, aux ménages reconnus par la loi des exemples que ceux-ci pourraient suivre sans déroger. Sans doute, il n’en est pas toujours ainsi ; mais lorsqu’on songe aux difficultés de tout ordre que la société accumule autour de ces ménages libres; lorsqu’on songe que le plus souvent, par suite même de ces difficultés, les unions s’établissent entre personnes appartenant à des classes différentes et conséquemment éloignées les unes des autres par leur éducation, on ne peut être étonné que d’une chose, du nombre considérable de ces unions qui résistent à toutes les causes de destruction dont elles sont entourées.
- « C’est à se demander si la liberté n’est pas une cause de constance et si le divorce n’amènerait pas l’union dans les familles comme la république entraîne l’ordre dans la rue et l’union entre les citoyens.
- « Lorsqu’un époux qui aime son conjoint sent que • ce dernier peut l’abandonner, il veille sur sa propre conduite ; l’autre en fait autant et il en résulte une foule de concessions et de prévenances réciproques qui font naître l’harmonie. Lorsque, au contraire, les époux peuvent se reposer sur les droits que la loi leur confère, les concessions deviennent plus rares, les prévenants disparaissent, et, là où la liberté ou une crainte salutaire du divorce aurait amené
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- l’harmonie, l’indissolubilité du mariage entraîne la discorde.
- « D’ailleurs, en dehors même de la loi, est-ce que les difficultés de la vie matérielle et l’amour des enfants, lorsqu’il y en a, ne sont pas des chaînes naturelles plus fortes cent fois que celles que la loi peut établir. Le divorce n'a donc point pour effet de détruire la famille, et c’est au contraire au nom du droit à la famille que nous en réclamons le rétablissement. »
- Ce serait ici le cas de renforcer ces considérations par un parallèle entre la séparation de corps et le divorce, et d’établir, ce qui serait façile, combien au point de vue de la moralité publique le divorce est préférable à la séparation de corps. Mais ce parallèle doit être fait avec tout le soin qu’il mérite et nous devons le réserver pour un article spécial.
- Uhe considération nous reste à développer, et ce n’est pas la moins grave quoique ce soit peut être la plus oubliée. C’est celle-ci : l’indissolubilité du mariage retient beaucoup de personnes d’en contracter un.
- Ceci est un fait. Il n’est personne qui dans sa vie n'ait conseillé à un jeune homme de se marier et ne se soit attiré cette réponse : « Quand on se marie, c’est pour toute la vie et si l’on tombe mal c’est le malheur à perpétuité. La séparation, si on a recours à-elle, ne dégage pas des engagements malheureux. Mieux vaut rester garçon. »
- Ce raisonnement se comprend très bien. Ceux qui le tiennent n’ont qu'à moitié tort car la loi française est pour beaucoup dans la défiance où elle les met. L’irrévocable fait toujours peur à ceux qui sentent ne pas être infaillibles. Il se disent que s’ils se trompent au moment de prendre un engagement de cette nature, c’est leur vie toute entière qu'ils engagent. Il y a en effet de quoi reculer.
- Et voilà pourquoi en France, sous le règne de la loi de 1816, la proportion des célibataires est plus élevée que dans les pays où le divorce existe, et pourquoi le nombre des enfants naturels tient une place si considérable dans le chiffre total des naissances .
- Pense-t-on que le grand nombre des célibataires ne soit pas un danger pour la moralité publique ? Non-seulement il favorise l'immoralité entre célibataires, mais encore dans le sein même des ménages.
- « C’est une règle tirée de la nature, a dit Montesquieu (1) que plus on diminue le nombre des mariages qui pourraient se faire, plus on corrompt
- (1) Esprit des lois, l. xxm, ch. 21.
- ceux qui sont faits. Moins il y a de gens mariés moins il y a de fidélité dans les mariages, comme lorsqu’il y a plus de voleurs il y a plus de vols. »
- Enfin qui pourrait dire que le mouvement général de la population n'est pas influencé par le fait de l’indissolubilité du mariage ?
- En effet,-si d’une part il y a toute l’armée des non mariés qui évitent autant que possible d’avoir des enfants naturels,d’autre part il y a toute l’armée des séparés qui redoute de mettre au monde des enfants a dultérins.
- . Comment, lorsque l’on réfléchit à cela, s’étonner que la population de la France reste stagnante tandis que celle des pays où le divorce existe multiplie rapidement ? L’indissolubilité du mariage n’est sans doute pas la seule cause, mais elle est sûrement une des causes qui empêchent la France de se développer sous ce rapport autant que ses rivales et qui la font déchoir peu à peu de son rang d’importance relative.
- C'est pourquoi nous pouvons dire que la loi de 1816 est doublement nuisible à la France :
- 1° parce qu’elle déprave ses mœurs ;
- 2° parce qu’elle contribue à faire passer les autres nations avant elle.
- Ed. Champury.
- COOPÉRATION ET ASSOCIATION
- CONGRÈS DE NEWCASTLE (1)
- III
- Première Journée [Suite). — Lundi 17
- La première partie de l’après-midi fut consacrée par les membres du congrès à la visite de l’exposi-tron des produits des Sociétés coopératives de production.
- Nous avons, dans notre numéro du 6 juin, page 357, donné le remarquable discours prononcé par M. Burt à l’ouverture de cette exposition.
- Après cette visite le Congrès se réunit en séance et M. Kyle fut invité à prendre la parole sur cet important sujet :
- « L'union coopérative.
- « 1° Quels sont le lut et Vol jet de V Union coopérative ?
- « 2° La coopération peut-elle se répandre et se développer par toute la Grande-Bretagne sans un système national d'organisation ?
- « 3° Est-ce le devoir de chaque société coopérative de devenir membre de V Union ?
- « 4° Quels bénéfices V Union a-t-elle conférés à ses ment' lres% collectivement et individuellement ? »
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- 4. ces quatre propositions, l’oratenr répond de la façon
- clivante :
- Le but et l’objet des Unionistes coopèrateurs sont la . me du système commercial et du système social lesquels sont si bien joints qu’on ne peut réformer l’un sans l’autre. L'imperfection de la société actuelle est la source de beaucoup de souffrances.
- „ Shakespeare dit que le monde est un théâtre où connues et femmes jouent chacun le rôle qui leur est attribué dans le grand drame de la vie humaine.
- * Ces acteurs peuvent être divisés en deux classes ; jeS riches et les pauvres — ceux qui ont de l’argent et ceux qui n’en ont pas — et la différence entre ces classes pour tout ce qui regarde la santé, le confort, et le bonheur est bien grande en réalité.
- t Le riche vit dans une maison spacieuse et commode ; il a en abondance tout ce qui fait le luxe et le bien-être de la vie ; les précieuses réserves de la science, de l’art, de la littérature sont à sa complète disposition.
- i Le pauvre au contraire r.’a qu’une demeure petite et incommode; l’entourage en est malsain et déplaisant; il est obligé de se lever à l’aube et de travailler tard, il mange le pain du souci et vit une vie de travail, de soins et de peines..
- « On a cherché par des moyens divers à améliorer la condition sociale des classes ouvrières. Il y a, par exemple le mouvement en faveur de la tempérance : Ses adeptes disent que la pauvreté, le cnme, les chagrins, les souffrances qui rendent les classes ouvrières si malheureuses sont causées par l’intempérance; qu’on pourrait bannir du monde la pauvreté et le crime, en fermant les débits de boissons où vont s’engloutir les millions qui sortent de la poche du peuple.
- « Puis vient le réformateur par l’éducation : celui-là attribue toute la misère à l’ignorance : « Instruisez les masses, » crie-t-il « et vous aurez un peuple heureux, content et vertueux !»
- « Vient ensuite le réformateur politique qui déclare qu’un bon gouvernement est le grand remède à toutes les maladies sociales.
- « Mettez le gouvernement aux mains du peuple, ou en d’autres termes, laissez le peuple se gouverner lui-même et vous verrez un heureux changement dans notre système social. »
- Hé bien ! la coopération est l’amie et l’alliée de toutes ces sortes de réformes.
- Elle enseigne à tous les hommes à être sobres, économes, industrieux, à contrôler leurs désirs, à renoncer à des plaisirs présents en vue des besoins futurs.
- Ceci est bien de la tempérance au plus haut degré.
- # La coopération est aussi l’amie de Féducation, car chaque société vraiment coopérative a sa chambre de Iecture, sa bibliothèque où les membres sont pourvus de a littérature courante du jour à un prix insignifiant ; andis que les Q^efs du mouvement s’efforcent de aire comprendre aux membres de toutes les sociétés
- 1*) Voir le Devoir du 6 juin et du 13 juin.
- la nécessité d’augmenter les ressources propres à les instruire dans les plus hautes branches de la science, de l’art et de la littérature. Quelques sociétés ont donné un noble exemple dans cette voie.
- « La coopération est également l’amie de la réforme politique parce que le système coopératif enseigne au peuple la meilleure espèce du gouvernement, c’est-à-dire le gouvernement de soi-même. Quand cette réforme est accomplie, alors le gouvernement du pays n’est plus qu’une affaire nominale.
- « Si grandes que soient ces réformes, nulle d’elle prise isolément, n’atteint à la racine du mal.
- « Ce qu’il nous faut eu outre, c’est une réforme commerciale qui mette fin à l’inégale distribution de la richesse, car les extrêmes de pauvreté ou d’opulence n’existent qu’au détriment des meilleurs intérêts du genre humain. Il n’y a aucune justice dans notre système commercial ; en fait il est devenu proverbial par son immoralité.....
- « Le système de commerce usité par FUnion coopérative repose sur une base morale ; tout'es ses transactions sont marquées au cachet de la probité ; la fraude et la fausseté ne peuvent trouver place dans les actes d’un magasin coopératif.
- « Or la moralité étant la première condition du progrès, les travaux de FUnion coopérative tendent à développer le bien-être de la grande masse du peuple. »
- 2° La coopération peut-elle se répandre et se développer dans toute la Grande-Bretagne sans un système national d'organisation ?
- Nous répondons par la négative parce que sans un système national d’organisation les conditions nécessaires à la croissance et au développement de la coopération ne peuvent être trouvées.
- Supposons par exemple qu’un magasin ait été établi dans une ville moyenne : le magasin prospère de sorte que de nouvelles branches de commerce sont établies jusqu’à ce que rien ne puisse plus être fait dans cette voie. Le Capital s’accumule aux mains des coopérateurs et ils ne savent qu’en faire, et ils ne peuvent devenir ni marchands en gros, ni importateurs avec avantage parce que leur champ d’opération est trop petit. D’où la nécessité de former une organisation nationale qui permette à ces sociétés de travailler non-seulement à leur bien propre, mais au bénéfice de tout le pays.
- Le même argument peut servir à démontrer la nécessité d’une organisation nationale dans un but d’éducation. Nulle société livrée à son isolement ne serait capable de publier un journal comme le Co-operative News ou de faire de la propagande littéraire comme cela est pratique par le bureau central. C’est seulement par ces moyens que Féducàtioh' peut se faire dans la voie de la coopération.
- IL est un fait bien connu que la coopération n’est pas enseignée à nos enfants dans les écoles. Nous n’avons pour nous, ni la presse, ni la chaire sur cet important sujet. C’est donc uniquement aux soins de FUnion qu’est
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- due l’éducation coopérative répandue parmi les sociétés de la Grande-Bretagne.
- ' Ces faits plus forts que des arguments démontrent que l'organisation des sociétés sur un plan national est indispensable au développement normal et au progrès futur du mouvement.
- 3° Est-ce le devoir de toute société coopérative de devenir membre de V Union ?
- Nous avons déjà mis en avant des arguments et des faits qui permettent de répondre affirmativement à la question. On peut constater que l’Union a un double aspect :
- Le premier est commercial ; la vente en gros;
- L’autre éducationnel : c’est le bureau central.
- Et nous croyons qu’il est tout à la fois de l’intérêt et du devoir de toute société coopérative de devenir membre de ces deux branches de l’Union. Une armée envahissante comprend 3 divisions ; l’avant-garde, le corps d’armée et l’arrière-garde.
- La civilisation est une invasion sur les anciennes coutumes et les préjugés, elle a comme une armée, son avant-garde, son corps principal et son arrière-garde. Mais il y a cette différence que dans le militarisme c’est l’armée toute entière qui combat et qui remporte les victoires, tandis que dans la civilisation c’est l’avant-garde seule qui soutient la lutte et conquiert le terrain. Ceci a toujours été la règle et le sera sans doute tant que la nature humaine sera ce qu’elle est. Eh ! bien ! les coopérateurs sont les éclaireurs de l’armée civilisatrice, ils combattent pour le progrès et s’efforcent de mettre à la portée des classes ouvrières le bien-être et l’indépendance !
- Les sociétés coopératives qui possèdent le véritable esprit de leur œuvre sont membres à la fois de la Société de vente en gros et du bureau central. Elles reconnaissent que le savoir est une puissance et l’union une force. En possession de ces armes éprouvées, elles seront capables de soutenir toutes les luttes et de vaincre tous les ennemis.
- Mais je dois constater aussi, avec douleur, qu’il y a des sociétés qui ne sont membres ni de la société de vente en gros, ni du bureau central. A la façade de leurs magasins notre bannière flotte avec sa glorieuse devise : Chacunpour tous et tous pour chacun ; mais ces sociétés n’en restent pas moins spectatrices inactives de nos efforts.
- Ce sont des coopérateurs en paroles, mais non en actes ni en vérité. Que ces sociétés se rappellent donc ce qui a été dit : « La foi sans les œuvres est morte et ce n’est pas celui qui croit, mais celui qui agit qui obtient la récompense ».
- 4° Quels bénéfices l'Union coopérative a-t-elle conférés à ses membres collectivement et individuellement ?
- Ges bénéfices sont de trois sortes :
- 1° Le bénéfice intellectuel par le fait d’avoir prouvé aux classes ouvrières l’utilité et la puissance des Sociétés
- coopératives qui servent de levier pour élever le tra vailleur dans l’échelle sociale en créant une plus éqm table distribution de la richesse.
- 2° Le bénéfice moral par l’inauguration d’un système commercial d’où la fraude et la fausseté sont exclues Les vices commerciaux sont aussi dégradants que iej autres vfces, nous sommes devenus si familiers avec eux qu’ils ont presque cessé de blesser notre sens moral.
- 3° Enfin les bénéfices matériels. Les profits provenant du commerce coopératif se montent annuellement à 2.000.000 de livres (30.000.000 de francs) si le gouvernement avait voté cette somme pour qu’elle fut distribuée parmi les travailleurs, il eut été considéré comme très-bienfaisant. Si quelque homme immensément riche avait fait un tel don pour quelque objet charitable son nom se fut transmis à la postérité comme étant celui d’un philantrophe au large cœur.
- Les coopérateurs gagnent cette somme annuellement sans travail du corps ni de la pensée, par le seul fait de s’approvisionner à leur magasin spécial ; ils gagnent cet argent aussi librement que l’air qu’ils respirent. Mais quelque forte que soit cette somme elle doublerait si les coopérateurs étaient plus instruits et mieux organisés.
- Il nous reste à voir quels bénéfices la coopération a conférés à chacun de ses membres individuellement.
- Demandez à l’homme qui s’efforce d’élever une nombreuse famille, ce que la coopération a fait pour lui? Il vous dira que dans les jours où l’industrie était en souffrance, où le travail était rare, la coopération par l’épargne qu'elle a créée au profit de chacun de ses membres lui a fourni les moyens de répondre aux besoins de sa famille et de rendre ainsi sa pauvreté respectable. Qu’aux jours de maladie où à l’échéance du loyer il a pu grâce au fonds que la coopération lui tenait en réserve faire honneur aux demandes de ses créanciers et qu’il peut toujours marcher le front haut paVce qu’il n’a de dettes envers personne.
- Demandez au vieillard devenu incapable de travailler quels bienfaits il a tirés de la coopération? Il vous dira : «Pendant 30 ans j’ai été membre d’une société coopérative, pendant ce temps, la santé et le travail ne m’ayant point fait défaut, j’ai pu laisser s’accumuler mes épargnes en attendant les besoins de l’avenir ; aujourd’hui j’ai 300 livres (7.500 fr.) pour soutenir ma vieillesse et me préserver du « Workhouse » dernier refuge des naufragés delà vie. Ce sont là des faits, non des fictions ; les coopérateurs qui pourraient parler ainsi se comptent par milliers. »
- M. Yansittart Neale succède àM. Kyle pour aborder le sujet particulier du travail de l’Union coopérative. Il rappelle que l’Union coopérative embrasse toute la Grande-Bretagne laquelle est divisée dans ce but en districts placés chacun sous la surveillance d’une section du bureau central. Cela posé, il établit que l’Union coopérative a deux objets principaux, l’un moral : développer la vérité, l’équité, la
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- justice dans les relations ; l’autre économique : prévenir le gaspillage dans ces questions d’échange et de production qui par leur nature même occupent tant de place dans la vie de la plus grande partie du genre humain.
- « La société » dit M. Neale « telle qu’elle existe borne constamment l’horizon de notre esprit à notre avantage individuel, elle nous fait sans cesse chercher, non cornaient nous pouvons rendre nos œuvres le plus profitable possible au bien commun, mais comment nous arriverons à détourner à notre propre usage la plus grande part des ressources communes.
- « Le cri de chacun n’est-il pas que le devoir de l’individu est d’améliorer sa position ? Je réponds non : le devoir d’un être raisonnable est d’améliorer non sa position mais sa personne elle-même et son travail.
- « Evidemment quand l’homme travaille seul en face de la nature qui lui donne ses dons libéralement et ne lui demande que d’en faira usage, les deux aspects de la question se confondent, puisque l’homme en améliorant son travail, améliore nécessairement sa position. '
- « Mais dans le travail collectif pour que l’homme obtienne le produit complet de ses efforts c’est d’un consentement mutuel que doit être déterminée la part qui revient à chaque travailleur.
- « Dans la société humaine l’élément collectif doit toujours contrôler l’élément individuel si l’on veut que cette société soit établie sur les bases de la raison et de la morale, c’est la seule voie qui puisse faire participer chacun des citoyens aux bienfaits que la nature mise au service de l’homme peut livrer aux sociétés.
- « Donc si la coopération doit devenir l’agent bienfaisant que nous désirons, ce sera en développant graduellement cet esprit de raison, de prévoyance et d’union, en l’offrant de plus en plus à l’attention de l’homme jusqu’à ce que la société toute entière soit pénétrée de cet esprit. Alors le travail sera universellement regardé comme une fonction publique et la rétribution qui lui est due lui sera attribuée d’un • consentement général ; le foyer cessera d’être un centre d’égoïsme ; et devenir riche au préjudice d’autrui soit en qualité de producteur ou en qualité de distributeur, sera regardé sous le même jour que l’acte de prendre une bourse dans la poche de son voisin. »
- M-Neale examine ensuite quels ont été jusqu’ici les travaux du bureau central pour développer dans tous les districts de la Grande-Bretagne l’esprit le Plus élevé de la coopération.
- Il signale en particulier les bons effets des conférences et ceux des réunions et fêtes annuelles.
- Après avoir ainsi exposé les travaux extérieurs de Propagande pour le développement et l’intelligence de plus en plus large de la pensée coopérative, M. Neale expose les travaux intimes du bureau central et des bureaux de sections pour répondre aux mille
- demandes qui viennent de tous les points du corps coopératif.
- Résumant enfin l’état actuel de 1’Union, M. Neale constate que d’après les relevés des registres des 1181 Sociétés-Unies, l’Union comprend 490,584 membres en Angleterre et 70,119 en Écosse, sans tenir compte des coopérateurs dont les sociétés ne font pas partie de l’Union, c’est donc un total de 560,103 membres qui, à 2 d. (10 centimes) par tête, pourraient produire un revenu annuel deL. 4,672 1116,800).
- Pour l’année qui s’est terminée au 29 février 1880, le revenu a été de L. 2,190,15 s. (54,757 fr. 55).
- On voit,dit M. Neale,que les ressources pourraient être largement augmentées, afin de développer la puissance effective de l’Union.
- Il félicite ensuite les sections du bureau central des efforts qu’elles font pour se subdiviser elles-mêmes dans les districts en unions de sociétés assez rapprochées les unes des autres pour entrer en rapport dans, les conférences et foutes les œuvres de propagande. M. Neale voit dans ce fait un des meilleurs moyens de développer l’esprit coopératif et de rallier à l’œuvre des membres nouveaux.
- « Le développement de l’action locale, dit-il, conduira probablement à l’organisation de districts électoraux correspondants aux nominations à faire dans chaque section du bureau central. »
- Les Etats-Unis d’Amérique nous fournissent un frappant exemple du principe de fédération d’après lequel je désire voir notre union se fonder avec des parties libres de développer leur propre énergie dans leur voie particulière, tout en restant subordonnées à une consth; tution commune, et administrées par un bureau central, lequel bureau, nommé par ceux qu’il gouverne, donne à toutes les parties la force de l’union, tandis qu’il laisse à chacune d’elles l’activité de la liberté, individuelle. »
- J. P.
- NOUVELLES DIVERSES
- FRANCE
- Suppression «le l’octroi de Paris. — Le
- Conseil municipal de Paris, saisi par le gouvernement d’un projet de dégrèvement sur les vins, est parti de là pour discuter le remplacement de l’octroi par un impôt proportionnel ou progressif frappé sur le revenu ou sur le capital. En telle matière le Conseil ne peut émettre qu’un vœu, mais il a bien fait de soulever et d’éclairer la question.
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- Responsabilité des patrons. — M. Martin Nadaud a proposé à la Chambre une loi qui, renversant le principe de la législation actuelle, rendrait e droit, et sauf preuve contraire, les patrons responsables envers leurs ouvriers des suites de tout accident survenu pendant le travail. M. Laisant est le rapporteur de cette proposition.
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- LE DEVOIR
- L’association coopérative des coupeurs, ouvrières et ouvriers tailleurs de Paris est si prospère qu’elle a dû agrandir ses magasins situés aujourd’hui rue faubourg St-Martin, 100.
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- ILe droit des femmes dans le Berry. —
- Le mouvement en faveur du droit des femmes fait du chemin. Nous le retrouvons jusque dans les contrées les plus rebelles en apparence à tout progrès hardi.
- C’est ainsi que dans le Berry, en plein pays clérical, il fait de rapides progrès.
- Il y a quelques jours, au banquet du Cercle républicain du Berry, une dame. Mme de Mannoury a prononcé un discours dont nous extrayons les lignes suivantes :
- Mes chers compatriotes,
- J’ai désiré porter un toast aux femmes de notre cher Berry, à leur avenir, à l’espoir de leur voir assurer, à mesure des progrès de la justice démocratique, dans tous les intérêts de la société, un rôle de plus en plus digne de leur nature à la fois sympathique et sérieuse, aimante et fière, intelligente et dévouée, de cette nature qui est propre par excellence à faire d’elles les compagnes et les égales des hommes braves, loyaux et laborieux parmi lesquels elles sont nées.
- Je bois à l’avenir de la femme du Berry, en me reportant par la pensée aux horizons les plus éloignés de son passé historique.
- Les revendications que je pourrais formuler pour elles, dans un état social vraiment digne de la civilisation, ne sauraient aller au-delàdes droits qui lui avaient été déjà conférés par le respect, par l’amour, par l’équité de nos premiers ancêtres.
- Ce que je veux écarter ici, Messieurs, c’est le préjugé qui consiste à croire que ce que nous demandons, pour la femme de nos jours, est une nouveauté chimérique, une prétention exagérée faite pour froisser la nature et le. bon sens... Dieu sait par quels sarcasmes cruels, par quelles exagérations de mauvaise foi on a essayé de faire le changé à l’opinion publique sur le véritable caractère des efforts généreux qui ont été tentés dans ce siècle pour restituer à vos sœurs, à vos mères, à vos compagnes, la condition sociale qui leur appartient.
- La conquête romaine a bien pu asservir la femme, le catholicisme l’abuser, la féodalité ia dégrader, la bourgeoisie égoïste l’atrophier ; elle a pu être victime, au cours des âges, de mille outrages et de mille perfidies, mais, de l’avenir, elle ne peut attendre rien de mieux que la restitution des droits glorieux dont nous la voyons investie dans l’antiquité gauloise.
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- Les duels. — On lit dans les Etats-Unis d’Europe :
- « Il y a eu cette semaine en Europe et particulièrement en France comme une épidémie de duels dont quelques-uns ont excité une émotion générale.
- « Il serait temps que cette maladie morale disparût.
- « Si la justice et non la force doit servir de règle aux républicains, si l’honneur est dans la droiture des actes, dans la stricte observation de la loi morale, il est visible, plus qu’il ne le fut jamais, que la décision des questions d’honneur ne doit pas être remise au hasard d’une épée qui tourne ou d’une balle qui s’égare.
- Puisque nous voulons abolir la guerre entre les peuples, achevons d’abord de l’abolir entre les individus.
- « L’épreuve du « Jugement de Dieu » est aujourd’hui un non sens.
- a Si l’arbitrage doit remplacer la force entre les nations, qu’il la remplace aussi entre les personnes.
- « Vidons nos querelles privées par des jurys librement choisis.
- « Groit-on que la sentence de trois honnêtes gens ne sauvegarderait pas l’honneur mieux que ne le peut faire un coup de sabre ou de pistolet ?
- « Le duel, pratique monarchique, noble et féodale, doit disparaître des mœurs démocratiques. »
- A ces excellentes réflexions de notre confrère, nous n’ajouterons que deux mots. Le divorce a déjà disparu totalement des mœurs de plusieurs pays. En Angleterre on hausse les épaules quand on entend parler de duel. En Suisse l’homme qui oserait en provoquer un autre en duel serait considéré par l’opinion publique comme un toqué ou comme un misérable préméditant un assassinat.
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- Procédés administratifs :ï l’égard des*
- déportés polit?«jiaes. — La commission d’eu-quête sur le régime disciplinaire des établissements pénitentiaires de la Nouvelle-Calédonie a entendu M. Le Prévost, chirurgien de marine, qui, en 1874, se trouvait à la Nouvelle-Calédonie, et fut révoqué à la suite de l’évasion de Rochefort. .
- M. Le Prévost a donné les renseignements les plus circonstanciés sur la discipline et l’état sanitaire et moral des détenus pendant son séjour dans la colonie.il n’existait point de service médical dans les camps de détention. C’était un garde-chiourme qui visitait le plus souvent les détenus malades. Les hommes en état de souf-' france étaient laissés aux fers et soumis au régime disciplinaire le plus rude.
- M. Le Prévost a constaté dans diverses circonstances qu’on faisait usage depoucettes. Il a vu des mains meurtries et des pouces ankylosés. La bastonnade était encore employée. Quand le détenu avait reçu vingt-cinq coups, il pouvait guérir au grand air ; mais quand il recevait 80 coups, la guérison des plaies était impossible s’il restait soumis au régime cellulaire.
- Les malheureux enfermés dans les cellules de punition étaient littéralement privés d’air et de lumière.
- La punition la plus terrible était la crapaudine, qui consistait à suspendre un homme nu en l’air par les pieds et les mains liés par le même nœud coulant. M. Le Prévost a vu appliquer ce supplice à la baie Rosny.
- La plupart des maladies provenaient du défaut d'alimentation.
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- Adversaires du baptême. — Nous avons sous les yeux le prospectus suivant :
- VINS DU MONASTÈRE DE FONTFROIDE, PRÈS NARBONNE
- {Suit le texte du prospectus)
- N. B. — Nous recommandons surtout à MM. les ecclésiastiques les vins du monastère de Fontfroide, car ces produits leur offrent une entière sécurité pour le saint sacrifice de la messe.
- Nous avions cru jusqu’ici que le baptême ajoutait des qualités aux êtres ou aux choses qui le reçoivent.
- Il paraît qu’il n’en est pas ainsi et que* le vin de la messe ne doit pas être baptisé.
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- ALLEMAGNE
- socialisme ehrCtieu. — On écrit de Berlin que la dernière réunion des socialistes chrétiens a été si tumultueuse qu’il a fallu lever la séance.
- Ce tumulte a eu pour cause un discours du prédicateur de la cour M. Stoeckersur Lâssalle, discours dans lequel il a reproché à l’apôtre du socialisme de n’avoir pas eu de religion « qualité que doit posséder en première ligne un agitateur qui recherche le bien des classes laborieuses. »
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- SUISSE
- Une idée qui mérite examen, c’est celle que la Zürcher Post, organe démocratique suisse, vient d’émettre relativement a une législation internationale
- Ipour les manufactures.
- Elle part de cette base que les populations ouvrières de chaque pays sont obligées, pour conserver leur su-
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- nrématie dans tel ou tel genre d’industrie, de donner plus ou moins de leur liberté, de leur temps d’existence pour pouvoir produire davantage et à meilleur
- marché.
- Elle estime donc qu’une entente des Etats ferait cesser cette spéculation sur les forces de l'homme, en fixant d’une manière uniforme et normale les heures de travail. +
- * *
- séparation <1© l9I±3g;li@e et de l’Etat à génère. — C’est le 4 juillet qu’aura lieu la votation populaire sur la loi établissant la séparation de l’Eglise et de l’Etat dans le canton de Genève.
- Contradiction étrange : c’est le parti radical, composé surtout de libres-penseurs, qui pour des considérations politiques fait opposition au progrès. On s’efforce de faire rejeter la loi non point parce quelle est mauvaise mais parce que l’honneur de son élaboration revient au parti adverse. Faire prédominer les considérations d’origine sur les considérations de justice, c’est la pire des politiques et il nous est pénible de penser que le parti radical genevois qui compte tant d’hommes distingués peut être aveuglé par la passion au point de tomber dans ce travers.
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- ANGLETERRE et ÉTATS-UNIS
- Simple contraste. — Sait-on à quel chiffre fabuleux s’élèvent les quatre plus grosses fortunes du monde entier ?
- Le duc de Westminster, dont le revenu annuel est de 800,000 livres sterling (20 millions de francs), peut, sans entamer son capital, dépenser 50,000 francs par jour, soit 37 fr. 50 par minute.
- Le sénateur américain Jones, de Nevada, possède un revenu de I million de livres sterling, soit 25 millions de francs par an ou 50 fr. par minute.
- Le chef de la famille de Rothschild, lui, possède un revenu de 2 millions de livres sterling, juste le double de ce que possède le sénateur américain, 100 francs par minute.
- Enfin, au sommet de cette échelle, trône M. J.-W. Mackay, avec un revenu de 2 millions 750,000 livres sterling (68,750,000 fr.) ce qui lui permet de dépenser, sans toucher à son capital, 175,000 francs par jour, 7,500 francs par heure et 125 francs par minute.
- Dans le pays de MM. le duc de Westminter et de Rothschild on a constaté l’année dernière 155 décès pour cause d'inanition. Il est présumable que dans le pays de M. Jones et de M. Mackay le nombre des personnes mortes de faim n’a pas dû être moindre.
- ÉDUCATION MIXTE
- UN ASILE AGRICOLE MIXTE
- M. V. Griess Traut nous communique au sujet dé l’éducation mixte les notes suivantes :
- Nous connaissons un asile agricole mixte, qui existe depuis 34 ans, dans la plaine de Cernay (Alsace, Haut-Rhin).
- Non seulement le contact permanent des élèves des deux sexes qui séjournent jusqu’à 16, 17 et même 18 ans dans cette institution, n’a présenté aucun des inconvénients qu’on aurait pu supposer, mais cette institution a eu et continue d’avoir un plein succès.
- Or notez une circonstance aggravante, c’est que l’établissement n’est alimenté que par des enfants
- d’ouvriers de fabrique les plus incultes et souvent les moins moraux.
- Trois sortes d’occupations sont communes aux élèves des deux sexes :
- l’école,
- les travaux des champs,
- les soins donnés au bétail et à la basse cour.
- Les élèves sont donc presque toujours ensemble, mais jamais seuls.
- La méthode suivie par la direction est l’imitation de la famille. L’établissement a un directeur et une directrice, le mari et sa femme. Cette dernière enseigne tous les travaux féminins et toutes les occupations du ménage, faits uniquement par les élèves. Le mari préside aux travaux des champs et dirige l’école où filles et garçons sont assis côte à côte sur les mêmes bancs.
- L’enseignement équivaut à celui d’une bonne école primaire, plus dessin, chant, notions d’histoire naturelle, natation et gymnastique.
- Le nombre de 40 élèves, en proportion égale des deux sexes, est la limite extrême des admissions.
- Le système d’éducation et d’enseignement suivi est celui de Pestalozzi.
- Le directeur de l’établissement a été lui-même un élève de l’institution de Pestalozzi. Il est de nationalité suisse, comme le grand pédagogue son maître.
- Le mérite et le succès d’institutions de cette nature résident surtout dans la capacité du directeur et de la directrice à faire de laréunionde leurs élèves une grande famille. Il faut pour cela des maîtres ayant reçu une éducation ad hoc.
- CONFÉRENCE SUR L’iNSTRUCTION INTÉGRALE
- Samedi soir a eu lieu dans la salle des Mille-Colonnes, rue de la Gaîté, 20, à Paris, une conférence organisée par les membres de la loge maçonnique la Libre Pensée et de la Société du Sou des Ecoles laïques du xiv° arrondissement.
- M. Talandier, député, avait pris pour sujet de sa conférence: « De l'Instruction intégrale. » Il a développé son sujet au milieu des applaudissements répétés de l’auditoire. Il a montré qu’il ne suffisait pas de demander l’enseignement professionnel, qu’il fallait, pour détruire une des grandes causes de l’inégalité, mettre les enfants à même de développer toutes leurs facultés.
- Il a soutenu la nécessité de la coéducation des sexes et a montré que, déjà dans Rabelais, on pouvait trouver les préceptes essentiellement français de la pédagogie de l’avenir.
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- L’ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL
- Dans une première communication sur ce sujet, nous avons exposé quelques vues générales ; il devient utile de résumer ce qui s’est fait de pratique à ce sujet.
- Depuis dix ans la question a vivement préoccupé l’esprit public; et des efforts considérables ont été tentés par l'initiative privée et par les administrations locales ; nous citerons les entreprises fondées à Paris, car c’est là surtout que l’application de l’idée d'instruction professionnelle a pris les formes les plus variées.
- Nous commencerons par les deux établissements, placés sous le patronage de,la municipalité parisienne, où se donnent, à côté de l’enseignement scolaire, des éléments de pratique industrielle.
- Ces deux établissements, connus sous le nom d'Ecoles municipales d'Apprentis, situés l’un à la Villette, l’autre rue Tournefort, ont certainement réalisé d’incontestables progrès puisque en élevant leniveau des connaissances indispensables à l’homme, ils ont répondu à un besoin de notre époque.
- Or, précisons un point, ils font des élèves et non des apprentis.
- En effet, les jeunes gens qui passent dans ces écoles travaillent tour à tour le bois, le fer et la pierre; ils acquièrent le maniement familier de la lime, du rabot, du ciseau, de la forge et du tour, mais la perfection qu’ils recherchent dans l’exécution de leurs travaux constitue de l’art manuel plutôt que de la fabrication manuelle; car la démonstration méthodique d’une série de modèles ne suffit pas pour dresser un praticien ; ce qui dégage les facultés professionnelles c’est la fréquentation des menus éléments du métier, c’est la variété des types nés de l’imprévu des commandes et des caprices de la clientèle, et c’est plus encore, le renouvellement des ouvriers de passage, lesquels apportent chacun une manière différente d’opérer.
- En dehors de ces conditions on fera par des leçons savantes, des chefs d’équipe, des contre-maîtres, des marchandeurs, bien plus que de simples journaliers.
- Et cela s’explique :
- Les jeunes gens qur sortent des écoles d'apprentissage à 16 ans, possèdent des notions scientifiques sur la géométrie, la physique, la chimie, la comptabilité, etc., qui dès leur entrée en fabrique établissent une disproportion sensible avec leurs camarades d’atelier; jalousés par les jeunes, raillés par les vieux, il en résulte des rapports communs assez dif-
- ficiles pour que les sortavits des écoles spéciales cherchent à sortir aussi du milieu où ils se trouvent; c’e3t alors qu’ils tendent naturellement à s’utiliser, soit au bureau de la fabrique, soit en qua-litéde commis au dehors.
- Notons ceci d’ailleurs : c’est surtout en raison de leurs connaissances théoriques un peu supérieures, en raison de leurs habitudes d’ordre, que les chefs d’industrie recherchent ces jeunes gens sortis des écoles spéciales et qu’ils leur confient des emplois généralement en dehors de la routine manuelle.
- Cette situation anormale cessera quand le niveau scolaire des écoles spéciales sera appliqué à toutes les écoles élémentaires; mais actuellement, si un enfant sortant de l’école d’apprentissage n’est pas pris pour sa plus-value intellectuelle, c’est qu’alors on spécialise ses aptitudes sur un point du métier, ce qui offre un danger pour son émancipation économique.
- Tel est le point faible des écoles dites d’apprentissage et ce qui les différencie des écoles dites professionnelles ; en effet, dans ces dernières, par un système inverse, on réunit les membres dispersés d’une industrie et on leur donne la science technologique de leur profession ; on leur apprend tout ce qu’ils n’apprennent pas à l’atelier.
- Ainsi ont opéré les industries de la carrosserie et du charrolmage, de l’ameublement, de la bijouterie, etc. ; elles ont organisé des cours démonstratifs où périodiquement, durant deux heures le jour ou le soir, les apprentis et les ouvriers de ces divers métiers venaient s’instruire sur le dessin, la coupe, l’histoire des styles, la construction, etc.
- On peut dire des écoles d’apprentissage qu’elles préparent au travail manuel. — Et des écoles professionnelles qu'elles complètent des praticiens.
- La question en est là aujourd’hui, après bien des tâtonnements ; il reste à voir s’il ne serait pas possible de généraliser une méthode mixte qui d’une part, multiplierait les avantages de l’éducation théorique et pratique, et d’autre part, enrayerait cette éventualité d’un état-major, de praticiens parmi les praticiens, chose fâcheuse à notre époque où l’unification des classes et la communauté des intérêts représentent une nécessité sociale de premier ordre et le plus important problème à résoudre.
- C’est ce que nous analyserons prochainement.
- C. Deville.
- Ancien membre des Prud'hommes de la Seine.
- Paris, 15, rue Rodier.
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- DE L’INSTRUCTION
- i.
- Al. Gladstone, en parlant de l’Irlande, disait en 1870, « nous lui avons fait le don le plus précieux qu'on puisse accorder à un peuple. D’une main libérale on lui a distribué une excellente instruction, et malheureusement cette instruction ne lui a servi qu’à mesurer l’étendue de ses misères, à aigrir ses maux, à lui donner une voix pour accuser ceux qu’elle appelle ses tyrans. »
- L’explication de ce phénomène dont semble s’étonner l’homme d’Etat anglais, est cependant très simple : c’est que cette instruction dispensée à l’Irlande n’est pas en harmonie avec ses institutions.Et il en sera de même de tout pays dont le gouvernement n’aura pas pour pensée première de faire marcher de concert, de mettre complètement d’accord l’instruction et la constitution données à ce pays.
- L’instruction des masses met en péril les gouvernements autoritaires, tandis que leur ignorance fait courir des dangers aux gouvernements libres.
- Instruire un peuple, lui révéler l’étendue de ses droits, c’est préparer la chùte du gouvernement qui, au mépris de ces droits, fait du principe exclusif d’autorité sa règle souveraine. Mais qu’à ce gouvernement tombé succède un gouvernement libéral,qu’à de mauvais agissements succèdent de bonnes institutions, quelle que soit leur excellence, si l’instruction dispensée n’est pas assez profonde, pas assez générale, pour que de ces institutions bien comprises le germe puisse se développer partout à la fois, ces mêmes institutions (et nous répétons le mot à dessein) ne seront que des éléments de perturbation jetés dans la société. Elles créeront des besoins qu’elles ne pourront satisfaire. Elles surexciteront quelques enthousiastes. Elles concentreront dans quelques cerveaux ardents des idées dont l’expansion devrait se faire parmi la population toute entière. Elles produiront plus de force qu’elles ne pourront en employer et finiront par périr par cet excédant même qu’elles voudront comprimer. j
- Ce qu’il faut donc à tout gouvernement libre, ce j qui est indispensable à une République démocratique ayant son origine dans l’élection, c’est un vaste système d’enseignement gradué, national et professionnel.
- Régénérer l’esprit public abatardi par la routine da passé, remplacer toutes les démarcations arbitraires par le classement équitable des aptitudes reconnues et justifiées par le travail, faire en un mot Que chacun puisse arriver à faire partie de ce contingent renouvelable d’hommes éclairés, nécessaire
- au recrutement de l’administration municipale, à la composition si délicate des jurys et de la magistrature, former enfin des citoyens dans toute l’acception du terme, tel est le but que doit atteindre le système d’instruction véritablement républicain.
- Nous sommes partisan de la décentralisation administrative ; nous voyons dans l’autonomie delà commune une condition essentielle de la consolidation du régime démocratique; mais nous voulons qu’en détruisant la tradition du monopole, mais nous entendons qu’en substituant à la tutelle administrative le Self governmefit, on éclaire les masses de façon que dans leur sein on puisse trouver tous les éléments destinés à remplacer ce que nous voudrions voir disparaître.
- L’instruction publique telle que nous l’entendons, n’est pas l’instruction primaire avec une maigre dotation. Ce n’est point non plus l’instruction universitaire sans but, sans spécialité, sans application, étrangère aux intérêts du pays, contraire aux idées du siècle. M. le Ministre français de l’Instruction publique a dit que depuis dix ans on a triplé le budget de l’instruction publique... très bien ! Quintu-plez-le et ce sera mieux encore. Faites ensuite d'un programme convenu une obligation commune, avec la condition de la gratuité, bien entendu. M. Jules Ferry a promis que la législature actuelle dont le mandat finit en 1881 ne se séparerait pas sans avoir voté la loi nouvelle sur ce double principe de l’obligation et de la gratuité. Il a tracé dans le Congrès pédagogique un programme assez complet de ce que comprendra l’instruction primaire. Il a déclaré vouloir soustraire l’instituteur aux influences mauvaises
- *
- qu’il subit depuis trop longtemps... Ce sont là toutes promesses dont le pays doit prendre note et que les mandataires du peuple doivent faire exécuter. Le Ministre peut tomber, mais qu’il tombe ou qu’il reste debout, il importe que cette loi soit inscrite au chapitre premier du Code de l’Instruction publique ; il le faut, parce que sans l’instruction primaire gratuite et obligatoire, c’est-à-dire dévolue à tous à chacun :
- 1° La forme représentative qui est celle adoptée jusqu’à présent par le gouvernement républicain, met tous les intérêts en présence, les agite et que, mal compris, au lieu de la solidarité qui devrait les unir, ils présentent un caractère d’antagonisme qui les fait tous ennemis et ne donne satisfaction à aucun ;
- 2® Parceque la centralisation, principe presque autoritaire, qui est (l’aveu en a été fait par M. Thiers), incompatible avec le régime municipal, principe de liberté, ne peut soutenir les débats à fond d’un par-
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- lement vraiment libéral et que la décentralisation est impossible sans la formation d’un contingent où. doit se recruter le corps municipal.
- 3° Parceque, au point de yue professionnel, la routine fait de la réforme de notre industrie agricole une utopie et que cet état de choses influe d’une façon des plus fâcheuses sur l’industrie manufacturière. L’industrie agricole, en effet, restant stationnaire, n’augmentant pas le nombre des consommateurs, ne diminuant pas le prix des denrées, l’industrie manufacturière s'encombre de ses produits. Cet encombrement la pousse, non-seulement à ne pas augmenter les salaires, mais encore à les réduire ou à supprimer les bras. Le chômage, les grèves se mettent de la partie et, avec l’augmentation du nombre d’ouvriers sans travail, monte, monte toujours le flot de la misère.
- 4* Parce que la superstition ou, si on le préfère, les exagérations dans les croyances, ou bien encore, si mieux on aime, la captation des consciences, amène tôt ou tard comme réaction le scepticisme ; que le scepticisme engendre la démoralisation et qu’une nation démoralisée est condamnée à périr.
- Or, la France ne veut pas, ne doit pas périr. Les épreuves par lesquelles elle a passé démontrent sa vitalité. Les institutions libres sur lesquelles elle s’achemine sont destinées à lui donner une force nouvelle; mais aux institutions comme aux édifices il faut un sol ferme et nivelé, aux unes comme aux autres il faut pour qu’elles puissent rester debout, des fondations solides et proportionnées à leurs dimensions. Ce sol ferme et nivelé, c’est l’instruction qui doit le conquérir... cette base solide et proportionnée c’est à l’instruction qu’il faut la demander. Ce ne sera pas sans combats que ceci et cela s’obtiendra. Déjà la lutte commence et les obstacles se dressent... mais nous en parlerons dans un prochain article.
- (A suivre).
- C. P. Maistre.
- -----i-------*
- LE DERNIER-NÉ DE GINX
- SA NAISSANCE ET SES AUTRES INFORTUNES PsM, JENKINS
- IX . 1— Les bons Samaritains et leurs gros sous.
- * Le matin suivant, dans chaque maison de la ville, à l’heure du déjeuner, on lisait le compte-rendu du grand meeting protestant, puis le récit, écrit en gros caractères, de la découverte de Bébé Ginx par un Policeman à une heure avancée de la soirée. Un joli
- commentaire des faits ! Le bon Samaritain mit le malade sur son âne et le transporta dans une auberge, tandis que le prêtre et le lévite bien que l’ayant vu, l’avaient laissé tranquille. Convoquer un meeting public pour discuter sur le sort de l’enfant puis abandonner celui-ci était un raffinement de cruauté.
- Le comité mis*au courant des faits par la presse fût presque honteux de lui-même quand il se réunit. Il prit des mesures immédiates pour recouvrer l’enfant. La duchesse fournit une nouvelle layette et le Dimanche suivant on prêcha dans une vingtaine d’Eglises en faveur de Bébé. Enfin on organisa des quêtes qui s’élevèrent à 800 liv. (20 mille fr.) laquelle somme, augmentée des donations et des souscriptions atteignit le chiffre de 1.360 liv. 10 s. 3 d. 1/2 (34.012 fr. 85 cent.), un joli chiffre, vraiment.
- On verra plus tard ce que le Comité fît du Bébé. Faisons tout de suite connaître à quel usage on employa les fonds. Voici le compte tel qu’il résulte de l’état qui en fut dressé mais qui ne passa jamais sous les yeux des souscripteurs.
- Loyer des Salles du Comité. . . . 45 L. 0 S. 0 D.
- Deux Secrétaires employés par le
- Comité....................... 120 0 0
- Agents, quêteurs, etc. ...... 88 6 2
- Avis imprimés.placards,pamphlets :
- « un Bulletin quotidien de santé; » « Vie de Bébé Ginx; »
- « Venfance d'un protestant, conte ; » « le berceau d'un enfant martyr; » « une âme arrachée à la perdition ; » et autres ouvrages publiés par le
- Comité 596 13 5
- Annonces de meetings, de ser-
- mous (etc.) . . . . . 261 1 1
- Frais judiciaires , 77 6 8
- Frais de bureau . 35 10 0
- Affranchissement, chauffage et di-
- vers ... . 27 .19 2
- Total . . (31.295 fr. 62 c. 1/2) 1.251 16 6
- Restait . (2.717 fr. 22 c.) 108 13 91/2
- pour la garde de Bébé et son entretien. Pas d’enfant sur le compte duquel on eut plus discuté, prêché, écrit, mis d’annonces, pris ou donné de conseils ; avantages sans aucun doute, mais qui diminuaient d’autant les ressources disponibles. Trop souvent la bienfaisance s'exerce en aveugle et ne prend pas la peine d’examiner les comptes de dépenses des fonds qu’elle verse. A côup sûr si quelqu'un des souscripteurs eut vu la susdite balance, il se serait plaint de
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- ce que si peu des dons généreux destinés à donner chair et os à l’enfant eût été employé à son bien-être. Un misanthrope eut pu faire observer qu’il vaudrait mieux donner moitié moins et veiller moitié plus à l’empli de ce que l’on donne. L’indifférence de certaines gens ressemble à celle dont parle le poète sa-tyrique :
- Prodigus et stultus donat qum spernit et odit
- Dans le siècle où nous vivons nous poussons le luxe à un tel point que nous payons des agents pour faire nos bonnes œuvres ; seulement cela nous coûte trois cents pour cent de plus.
- X. — La force publique. Un spécimen de sa faiblesse.
- Donc un policeman avait découvert Bébé Gtinx emmailloté dans un journal d’un penny horriblement familier aux voyageurs qui prennent le Métropolitain (1). Ce serait mal de ma part de ne point dire comment l’enfant fut traité par cette grande institution qu’on nomme la force publique. Le représentant de l’autorité entre les mains duquel il tomba se promenait dans une petite rue de derrière, examinant les portes avec son œil de taureau (2). Il était chaussé de bottes massives, telles qu’un voleur eut pu l’entendre à une distance de cent mètres. Sa taille était élevée mais lourde dans son ensemble. Un commissaire, habile homme, avait inventé un uniforme exprès pour rehausser ces qualités ; c’était une pesante capote avec une sorte de sous-ventrière pour ceinturon et un collet de manteau rond. Notre policeman avait pour consigne de ne pas faire plus de trois milles en une heure.
- Quel ne fut pas son ahurissement quand les rayons de sa lampe tombèrent sur un journal qui s’agitait et duquel, comme d’une coquille, partaient d’étranges cris 1 Soulevant un coin du papier, il jeta un coup d’œil curieux sur la figure de Bébé Ginx, après quoi il se laissa aller pendant un quart d’heure à d’embarrassantes réflexions... Un enfant à demi-nu pleurant, transi de froid !1! Ce qu’il y avait de mieux à faire était de lui donner immédiatement un abri.
- Mais X. 99 (3) était dans son quartier de ronde et,
- (l) Le Métropolitain est le chemin de fer souterrain que prennent les négociants, commis ou hommes d’affaire de la Cité quand ils se rendent à leurs magasins ou bureaux.
- (2) L’œil de taureau est une lanterne sourde que les roliceman portent suspendue à leur ceinture. Cette lanterne leur sert à voir si les portes des magasins et allées sont fermées, ainsi qu’à s’assurer de ce que sont tels ou tels individus qui leur semblent suspects, telles ou telles choses qui leur paraissent anormales.
- (X. 99). (3) La police de Londres sé compose de 11,000 nommes environ et se divise en deux corps. Le premier comprend 800 hommes seulement et sa juridiction se
- d’après les anciens règlements de police, il lui était défendu d’en franchir les limites. Chacun sait parfaitement que cette absurde prescription a été abolie par le nouveau régime. Quoi qu’il en soit, à l’époque dont nous parlons, chaque garde de nuit avait son quartier fixe. Quitter ce quartier, c’était se mettre en contravention avec le règlement, à moins que l’on eût un prisonnier à emmener; mais alors c’était abandonner aux éventualités les plus fâcheuses les maisons et les habitants des maisons qui se trou* vaient dans l’enceinte déterminée.
- Si X 99 avait entendu le Bébé crier de l’autre côté de la rue qui était la partie surveillée par X 101, il aurait poursuivi son chemin le cœur léger, le cas étant hors de sa juridiction. Malheureusement le dit cas était dans son enceinte et il fut délivré de la tentation qu’il éprouvait de le transporter dans celle du voisin, par l’apparition, non loin de lui, de X 101 et de sa lanterne sourde. Que faire ? Le poste était à un mille de distance. L’inspecteur n’arriverait pas avant une heure et ce serait, sinon très-peu digne, au moins très-gênant, de porter en faisant sa ronde un Bébé braillant de toutes ses forces et enveloppé dans un journal, fùt-il le plus grand journal quotidien du Royaume-Uni. D’un autre côté, abandonner l’enfant où il était ?.. Cet enfant pourrait mourir et alors il pouvait, lui policeman, être accusé de meurtre. X 99 y perdait son latin. Enfin il se résolut au parti le plus simple : porter l'enfant au poste.
- Rien dans les règlements de la force publique n’assurait la protection d’un quartier de ronde abandonné éventuellement, même pour cause de service. Aussi, tandis que X 99 remplissait sa mission de miséricordre, les importants magasins d’ornements d’église appartenant à MM. Trinkett et Blouse furent-
- limite à cette partie de la ville qu’on nomme la Gité. Le second exerce sa surveillance dans un rayon de 15 milles à partir de la gare de Charing-cross, c’est-à-dire sur une surface de plus de 700 milles carrés.
- Le premier corps est désigné sous le nom de City Police; le second sous celui de Metropolitan Police.
- Les deux corps réunis sont subdivisés en 20 sections désignées chacune par une lettre de l’alphabet. Chaque sergent et chaque constable porte sur son collet, en caractères métalliques, le numéro et la lettre de la section à laquelle il appartient.
- Des postes de police sont établis dans tous les quartiers de la ville et sont plus nombreux et plus rapprochés selon que les quartiers sont plus populeux ou plus suspects. Dans chaque poste se trouve un constable spécialement chargé d’enregistrer les faits, rapports, plaintes, requêtes, etc.
- A la tête de chaque section ou division se trouve un inspecteur qui passe à certaines heures dans les postes placés sous sa juridiction, et qui prend connaissance de tout ce qui s’est passé en son absence.
- L’agent de police a Londres, n’est pas armé en temps ordinaire. Un rondin dans un étui en cuir suspendu à son côté, une paire de menottes dans sa poche, et la nuit la petite lanterne sourde en question. Voilà tout!
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- ils forcés, et une certaine quantité d’étoles, de chasubles, de nappes d’autel et autres ornements enlevés et appropriés à des usages profanes.
- Au poste de police on prit à l’égard de Bébé les dispositions habituelles. L’inspecteur consigna d’abord dans le registre de nuit tous les détails relatifs à la découverte de l’enfant ; puis on se procura du lait froid qu’on lui fit avaler, après quoi l’ayant enveloppé dans une capote de constable, on le plaça dans une cellule dont on eut soin de fermer la porte, afin qu’il ne troublât point le repos des gardiens de la paix.
- La même nuit, un pauvre diable de gentleman frappé d’apoplexie dans la rue, mais porté sur le livre des délits comme se trouvant en état d’ivresse et d’insensibilité absolue, mourait comme un chien dans la cellule voisine (4).
- (4) Le Devoir a publié dans un de ses numéros un cas semblable à celui-ci. La fréquence de ces méprises a enfin déterminé l’autorité à prendre des mesures préventives.
- (A Suivré).
- Acloi*îition du St-Sacrement par un mulet
- On lit dans le Pèlerin du 5 Juin 1880 ;
- Un hérétique de Rimini, nommé Bonvilo refusait de se rendre aux meilleurs arguments. Il voulait comme Hérode des miracles.
- Saint Antoine de Padoue pensa qu’il fallait pour prédicateur à un homme aussi entêté, un mulet..
- — Vous avez un mulet, lui dit-il, enfermez-le pendant trois jours sans boire ni manger, et alors lui-même vous convaincra. »
- L’hérétique accepta, et trois jours après le Saint, après la messe, ordonna qu’on amenât le malheureux mulet tout affamé, et. prenant alors la sainte Hostie avec un grand respect, il s'approcha de l’animal, et lui dit:
- «— Au nom de ce Seigneur que je tiens, moi indigne, en mes mains, je te commande que tu viennes présente’, ment t’agenouiller devant ton Créateur, et que tu confondes la malice des hérétiques, donnant à entendre à chacun la vérité de ce très auguste Sacrement,et montrant que toutes les créatures sont sujettes à leur Créateur. »
- L’animal écouta le Saint et, s’agenouilla devant le très saint Sacrement et l’adora.
- Le prodige stupéfia les assistants, les hérétiques endurcis entrèrent en une nouvelle fureur, mais le maître du mulet, pour qui le miracle avait été accompli, se convertit et devint bon catholique.
- Puissent les nombreux contemplateurs de l’auguste Sacrement, qui ne veulent pas qu’il illumine de sa présence les populations de nos cités, être admis à voir les créatures sans raison,soumises à sa puissance et l’adorer !
- Le Directeur-Gérant : Godin.
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- Le numéro ieldomadaire 20 c. DIMANCHE 27 JUIN 1880
- ». ANNÉE. TOME 4 — N" 94
- JOURNAL DES RÉFORMES SOCIALES
- bureau
- a GUISE (Aisne).
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant. Fondateur du Familistère
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- S’adresser à M. LEYMARIE administrateur delà Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- Mutualité sociale et association du Capital et du Travail. — Le divorce. — Coopération et asso -dation. — Caisse nationale pour les retraites civiles. — Progrès des idées sociales en Italie. — Nouvelles diverses. — Feuilleton : le Dernier né de Ginoc. — VEducation future. — Bibliothèque du Familistère. — Variétés,
- MUTUALITÉ SOCIALE
- ET
- ASSOCIATION DU CAPITAL ET DU TRAVAIL
- Par M. GODIN
- NOTIONS PRÉLIMINAIRES CHAPITRE XIII
- Accès à la propriété et à la fortune
- t La plupart de ceux qui se sont occupés de Amélioration du sort des classes laborieuses 0Qt considéré l’accès à la propriété comme une Audition essentielle de cette amélioration.
- Le moyen proposé pour atteindre ce but a insisté surtout à placer les économies de l’ou-J’ler> quand celui-ci en peut faire, dans l’achat Petite maison servant à le loger lui et sa mais on a négligé de lui donner un
- intérêt dans l’usine, dans la fabrique et dans la ferme.
- Il est pourtant bien aussi intéressant pour l’homme de labeur de se sentir des droits sur l’atelier et l’instrument de travail qui constituent son gagne-pain que sur la maison qu’il habite.
- L’atelier, en effet, n’est pas seulement le lieu où se gagne la subsistance de chaque jour, il est de plus celui où l’ouvrier dévoue sa liberté à l’action méritoire du travail.
- En n’ouvrant à l’ouvrier que la perspective de devenir propriétaire de son habitation, on ne réalise qu’une faible partie de ce qui est à faire; car l’atelier où le travailleur passe sa journée, la matière qu’il met en œuvre, le produit qui sort de ses mains, le produit qu’on fait de ce produit, sont des choses qui le touchent de près et dans lesquelles il ne serait pas moins heureux d’avoir une part d’intérêt que dans l’habitation où il est logé.
- Si l’accès à la propriété doit relever l’homme en dignité, il faut le rendre possible à tous.
- Mais, dira-t-on, comment arriver à un tel résultat ?
- C’est encore, répondrai-je, l’association qui en offre les moyens.
- C’est elle qui, sans nuire à l’unité de la ferme et des cultures, permet d’intéresser l’ouvrier des champs aux opérations agricoles.
- C’est elle qui, sans porter atteinte a l’unité
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- de direction industrielle, permet 4 l’ouvrier de l’usine et de la fabrique de posséder une part d’intérêt dans le capital de l’industrie à laquelle il est attaché.
- Ce sujet est assez important pour que nous nous y arrêtions. Peu de personnes, en effet, comprendraient sans explication comment l’ouvrier pourra non-seulement avoir part à la propriété de l’habitation, mais encore devenir actionnaire dans l’établissement où il travaille.
- On n’a pas perdu de vue que précédemment j’ai établi le principe du droit de participation de l’ouvrier aux bénéfices. Ce droit s’exerce dans la coopération de production, à plus forte raison s’exerce-t-il sous le régime de l’association de toutes les forces, de toutes les ressources et de tous les concours.
- L’industrie bien dirigée et bien conduite donne des bénéfices pour résultat. Quand tout le personnel d’une industrie aura par l’association le même intérêt à bien faire, nous pouvons admettre que les bénéfices ne seront pas moindres.
- Les membres de l’association auront donc chaque année des bénéfices â répartir, après avoir payé les salaires au travail, acquitté les intérêts du capital et pourvu â tous les services sociaux. C’est dans le judicieux emploi dé ces bénéfices nets que se trouve le principal moyen de l’émancipation des travailleurs, en même temps que celui de leur avènement à la propriété.
- Pour qu’il en soit ainsi, il ne faut pas se laisser aller à une distribution trop hâtée, il faut que les bénéfices suivent le cours des applications qu’ils ont ordinairement en industrie et en agriculture. Agir autrement serait un recul au lieu d’être un progrès.
- Ainsi, dans une industrie en voie de développement, les bénéfices servent à accroître les moyens d’exploitation, à augmenter le capital par la construction ou l’acquisition d’immeubles nécessaires, par la création ou l’achat d’outils indispensables.
- Il ne faut pas que l’Association suive une autre voie; il ne faut pas que les bénéfices revenant aux travailleurs soient distraits de l’industrie ; il faut qu’ils servent à accroître les moyens d’action de l’Association. Le travailleur a droit
- à un dividende proportionnel à son concoiif mais ce dividende doit être converti en pap! d’intérêt dans le capital de la Société. Procédé différemment, distribuer en espèces aux ayanp droit leur part de bénéfices, serait enlever ; l’industrie ses moyens d’action et de pro^rè?* sans produire autre chose qu’un avantage pé^ niaire et passager pour l’ouvrier.
- Mais il n’en est plus de même si les bénéfice convertis en matériel industriel, s’ajoutent au capital de l’association et si la valeur en est délivrée en titres aux ayants droit. Chaque ou. vrier devient ainsi propriétaire d’une part du fonds social et il joint la qualité d’actionnaire à celle du travailleur.
- Participant aux bénéfices à ce double titre, t se trouve doublement intéressé à l’entreprise sans que l’accès à la propriété puisse développer en lui l’instinct de l’égoïté. Son intérêt l’amène au contraire au sentiment de la fraternité, car c’est dans la prospérité générale que se trouve la sienne propre. L’Association conduit donc à la pratique de la morale fraternelle, comme la morale fraternelle conduit à l’Association.
- Mais, dira-t-on, une entreprise industrielle, fût-elle basée sur l’Association, ne peut indéfiniment augmenter son capital. Un moment arrive où elle possède tout ce qui lui est nécessaire pour exploiter son industrie; alors il faudra bien partager les bénéfices disponibles.
- Non, répondrai-je, ce partage ne'devra pas davantage avoir .lieu; les bénéfices disponibles continueront à être convertis en titres de parts dans l’Association au profit des ayants droit, mais leur valeur sert à rembourser intégralement les titres de fondation, puis les titres les plus anciens, par ordre de priorité'.
- Par ce remboursement successif et la délivrance d’actions nouvelles aux travailleurs, le fonds social rentre insensiblement aux main; des membres actifs de la Société et ne risque pas de s’égarer en des mains étrangères, & sorte que, quelle que soit la durée de l’œuvre» ce sera toujours ceux qui feront vivre l’Assocù tion qui seront en possession de ses biens.
- Peut-être se demandera-t-on ce qui advieu* cirait si, au lieu d’une Association qui commet par convertir ses bénéfices en capital social» e s’agissait d’une Société se formant de tout--'
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- ièces avec de grands capitaux qui, dès la première année d’exercice, donnerait des béné-£ceS à répartir aux employés et ouvriers.
- L,a seule différence consisterait en ce que, pour cette dernière, le remboursement des titres de fondation commencerait dès le premier exercice, afin de faire passer une part du fonds social en titres aux mains des employés et ouvriers de l’Association.
- Fixons la pensée par un exemple.
- Un établissement d’industrie en plein exercice possède un capital de deux millions. Ses propriétaires associent leurs employés et ouvriers aux bénéfices de l’entreprise ; les choses se passeront de la façon suivante :
- Si l’entreprise est bien conduite, on peut supposer que, après l’intérêt du capital et toutes autres charges payés, il restera un bénéfice de cent mille francs à répartir aux travailleurs et à rembourser aux capitalistes fondateurs; on voit qu’ainsi en moins de vingt ans le fonds social serait passé aux mains des employés et ouvriers attachés à l’établissement, et que les premiers propriétaires auraient pu disposer de leurs capitaux^, au fur et à mesure du remboursement.
- Quelle ère nouvelle de bonheur et de paix un tel état de choses ferait naître dans la société,si les hommes savaient le réaliser !
- N’ai-je pas eu raison d’intituler ce chapitre :
- « Accès à la propriété et à la fortune » ? En effet, l’association du labeur et de la richesse donnant au travailleur droit au partage des bénéfices industriels, lui confère par ce fait des droits sur les ateliers, l’outillage, l’habitation, enfin sur tout ce qui constitue le capital de l’Association.
- Quelle différence entre de tels intérêts et cette prétendue faveur de l’accès à la propriété qui consiste à proposer à l’ouvrier l’achat à crédit d’une maisonnette,sans lui offrir d’autre moyen d’en devenir propriétaire que celui d’en payer le prix sur son salaire !
- „ [A suivre.)
- L’ensemble de l’humanité est la seule individualité Parfaite^etd’individu isolé ne peut être cpntent et heureux qu’autant qu’il aura le courage dë l’être par
- e contentement et le bonheur de tous.
- Goethe, Mémoires.
- LE DIVORCE
- III
- l’intérêt DBS ENFANTS
- « Vous prétendez rétablir le divorce, s’écrient nos adversaires ; mais que deviendront les enfants des ‘couples divorcés ? »
- Eh, mon Dieu, ils deviendront chez nous ce qu’ils deviennent dans les pays où le divorce existe ! Croyez-vous que les Belges, les Suisses, les Russes, les Anglais, les Danois, les Suédois, les Norwégiens, les Allemands, les Hollandais, les Américains, tous ces peuples, chez lesquels la vie de famille est si fort en honneur soient dénués de sentiments humains au point de n’avoir pas songé à la situation que leur loi fait aux enfants. Allez leur dire qu’en établissant chez eux le divorce ils ont perdu de vue les intérêts de l’enfance et vous verrez ce qu’ils vous répondront !
- Iis vous répondront d’abord que vous parlez à la légère et que vous feriez bien d’examiner les choses avant de les apprécier. Ils vous répondront ensuite qu’ils portent au moins autant d’intérêt à leurs enfants que vous aux vôtres, et que c’est précisément par intérêt pour les enfants qu’ils ont admis le divorce dans certains cas déterminés. Enfin ils vous répondront peut-être aussi que le divorce a existé en France durant 23 ans et 7 mois et que le titre VI du Code civil français, titre aujourd’hui abrogé, qui contient de'nombreux articles d’une précision parfaite, a garanti pendant tout ce long espace de temps la situation des enfants de ménages divorcés, comme il la garantirait de nouveau s’il venait à être rétabli.
- Certes il serait désirable dans l’intérêt des enfants que leur père et mère fussent toujours unis par l’estime et par l’affection. Malheureusement il, n’en est pas ainsi et il n’est pas du pouvoir de la lof que cela soit. Le plus sage est donc d’organiser les choses de telle sorte que la désunion du père et de la mère nuisent le moins possible aux enfants. Toute la préoccupation du législateur doit être tournée de ce côté. _
- C’est ce que comprit à merveille le conseiller d’Etat Treilhard* dans le rapport qu’il présenta à ce conseil en 1803.
- « Sans doute, dit-il, le divorce ou la séparation des pères forme dans la vie des enfants une époque bien funeste ; mais ce n’est pas l’acte de divorce ou de séparation qui fait le mal, c’est le tabféau hideux de la guerre intestine qui a rendu ces actes nécessaires. a
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- Voilà ce que l'on oublie. Le prononcé du divorce ne crée pas la discussion dans la famille, jl y met un terme. Les enfants ont tout à y gagner. [Il vaut mieux pour eux vivre avec leur père divorcé resté seul ou remarié, ou vivre avec leur mère divorcée restée seule ou remariée, que vivre ^ans une famille où règne le scandale de perpétuels déchirements intérieurs et tout ce qui s’en suit.
- « C’est pour les enfants une triste initiation aux devoirs de la vie, a dit M. Louis Blanc, que celle qui consiste à les faire spectateurs obligés de querelles domestiques : la famille perd sur eux son heureuse influence, dès qu’elle devient le théâtre d une lutte affreuse qui leur flétrit le cœur en le déchirant. »
- — Qu’ils se séparent, dira-t-on.
- Cette recommandation établit avec évidence à quel point les adversaires du divorce sont inconséquents avec eux-mêmes. Eh quoi, messieurs, vous reconnaissez qu’une heure peut venir où la dissolution de l’union, que vous proclamez éternelle s’impose comme une nécessite ! C’est fort bien. Mais puisque vous reconnaissez cette dissolubilité nécessaire, demandez-vous sous quelle forme elle peut le mieux être pratiquée pour tenir le plus grand compte de l’intérêt des enfants.
- Est-ce au moyen de la séparation de corps qui interdit aux époux séparés de reconstituer un nouveau foyer ou qui les force à en reconstituer un auquel la loi refusera toute légalité ? Ou bien est-ce au moyen du divorce, qui accorde aux époux devenus étrangers l’un à l’autre, le même droit de constituer des ménages nouveaux que s’ils étaient veufs ou veuves ?
- « Les époux divorcés, observe M. Treilhard, ont encore le droit d’inspirer pour leur personne un respect et des sentiments qu’un nouveau nœud peut légitimer; ils ne perdent pas l'espoir d’effacer par le tableau d’une union plus heureuse les fatales impressions de leur union première, et, n’étant pas forcés de renoncer au titre honorable d’époux, ils tiennent à se préserver de tout écart qui pourrait les en rendre indignes. *
- Et Treilhard ajoute que de nouveaux foyers constitués par les parents divorcés vaudront mieux pour les enfants que le veuvage obligatoire sans possibilité de se remarier qu’entraîne la séparation de corps.
- C’est en effet ce qu’on observe dans les pays où le divorce existe. Là, les divorcés qui se remarient, — et ils sont, toute proportion gardée, trois fois plus nombreux que les célibataires qui se marient, — les divorcés qui se remarient, disons-nous, devenus par leur malheur très-prudents dans leurs choix, constituent de nouveaux foyers généralement très-
- unis. Les enfants de la première union reçoivent les mêmes soins et les mêmes exemples que si le second mariage du père ou de la mère avait suivi un veu„ vage au lieu de suivre un divorce.
- En est-il ainsi pour les enfants de parents séparés?
- Pas le moins du monde.
- Deux cas se présentent pour eux :
- Ou bien celui des parents auquel le tribunal ies confie reste seul,
- ou bien ce parent reconstitue un ménage que la loi ne reconnaît pas.
- Dans le premier cas l’enfant recevra peu de soins ou sera confié à des mains mercenaires ;
- dans le deuxième il court la chance d’être exposé injustement à l’hostilité, dont le public fait preuve envers les ménages irréguliers, ou même aux mauvais exemples auxquels ces unions, (par le fait même de l’hostilité publique qui en entrave le recrutement), sont exposées que les ménages réguliers.
- Soit que le tribunal décide auquel des époux doivent être confiés les enfants, soit que la loi sur la matière permette à l’enfant de choisir celui dejs parents avec lequel il préfère rester, le divorce place l’enfant dans une position meilleure que la séparation de corps. L’enfant de parents divorsés est même moins à plaindre que l’orphelin car la mort frappe sans discernement tandis que le divorce confie l’enfant au parent qui mérite le mieux cette confiance, ou au parent que l’enfant aime le mieux.
- Aussi M. Naquet a-t-il eu raison de s’écrier :
- « Oui, les enfants nés pendant le mariage ont un intérêt capital à ce que le divorce soit substitué à la séparation de corps, parce que la nature a créé les choses ainsi que, pour l’éducation d’un enfant, il faut un homme et une femme. Un homme seul est incapable d’élever des enfants; une femme seule est incapable également de les élever ; de sorte que, avec la séparation de corps, vous arrivez à cette conséquence monstrueuse, ou que les enfants seront délaissés, ou qu’ils sont élevés par un ménage non légitime. »
- Voilà pour les enfants nés pendant le mariage. Leur sort est déjà bien triste, mais combien plus triste encore est'celui des enfants nés après la Réparation. Ceux-là sont les parias de la société. Nos mœurs et nos lois s’unissent pour les frapper d’ostracisme. On les condamne d’un mot : enfants adultérins. Ceux-là ne seront jamais reconnus par leurs pères : la loi le défend. Elle fait peser sur eux une flétrissure qui dure toute leur vie, comme s’ils étaient responsables de l'irrégularité de leur naissance.
- La Convention, dans son amour de la justice, | n’avait pas voulu qu’il y eût des enfants mis hors la
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- Malheureusement, avec Napoléon I°r notre législation a rétrogradé, et le même Cambacérès qui en 1793 prononçait ces belles paroles reniait en 1802 les principes qui les avaient inspirées. Aujourd’hui notre législation, comme l’observe M. Eugène Garcin, trouve tout naturel de traiter presque à l’égal des malfaiteurs les pauvres êtres qui sont nés hors du mariage.
- Le rétablissement du divorce ne supprimera pas l’existence des enfants adultérins ; il n’adoucira pas non plus la triste condition qui leur est faite ; mais il diminuera notablement leur nombre et ce sera déjà un grand bienfait.
- Cette considération suffirait à elle seule pour faire désirer la substitution du divorce à la séparation de corps.
- — Il est une considération beaucoup plus puissante qui doit être invoquée, et qui, à notre connaissance du moins, ne l’a pas été jusqu’ici. Nous voulons parler du tort énorme que fait aux enfants le scandale des plaidoiries en séparation.
- Nous savons bien qu’une loi qui serait assez mal faite pour se borner à substituer purement et simplement le divorce à la séparation de corps ne supprimerait pas ce scandale, mais quand nous réclamons le divorce, ce n’est pas du divorce ainsi compris que nous entendons parler. Une bonne loi sur la matière permettra le divorce de consentement mutuel, lequel, pour être rendu, n’exige pas les mêmes procédés.
- Quel spectacle hideux et écœurant que celui des plaidoiries en séparation ! Est-il dans nos lois ou dans nos mœurs un autre procédé aussi immoral, une autre pratique légale aussi profondément démoralisatrice ?
- Nous donnerons à l’examen de ce sujet l’importance qu’il comporte quand nous comparerons au point de vue des époux les inconvénients de la séparation
- . 0) « Le droit naturel, dit rëminent recteur de l’Université de Dijon ’• lissot, dans son livre le Mariage, la Séparation et le Divorce, ne connaît pas la distinction des enfants légitimes et des enfants natu-*‘ s-. Tousses enfants sont légitimes, par c^-la seuls qu’ils sont aiurels. Il n’y a donc en droit naturel ni bâtards, ni incestueux, ni Ü , enns> ou, si l’on admet cette distinction par rapport aux parerits, i I"4 pas la moindre raison dVn faire souffrir les enfants, de rendre condition pire. »
- ^ ^ a'°si qu’agit la loi genevoise qui met tous les enfants sur pied
- et les avantages du divorce. Pour le moment, nous ne pouvons nous en occuper qu’en ce qui touche à l’intérêt des enfants.
- Les enfants ! mais ils sont aussi intéressés que leurs parents à voir leur nom sans tache et leur famille respectée 1 C'est leur avenir tout entier qui peut être compromis par quelque esclandre public frappant le père où la mère. Que deviennent les jeunes filles dont les parents ont eu un procès en séparation. A moins qu’elles aient une dot assez ronde pour faire passer sur la question du scandale elles sont condamnées à rester vieilles filles ou à s’emprisonner dans un couvent. Ainsi donc de pauvres êtres innocents des torts de leur famille, traînent, comme un boulet de forçat, et parfois toute leur vie, le souvenir de scandales qui n’auraient pas été connus du public sans le procès en séparation.
- Enfin n’est-il pas d’une complète évidence que rien ne saurait être plus dangereux pour l’éducation des enfants que ces plaidoiries qui traînent à la barre et qui donnent un retentissement malheureux aux querelles intérieures d’une famille, aux fautes d’un des époux, en un mot à toutes les chose!? qu’il faudrait cacher avec le plus de soin aux yeux de l’enfant ? Et encore si tous les incidents dont le public se gausse, si tous les torts dont l’un des époux accuse l’autre ou dont tous deux s’accusent mutuellement, n'étaient que l’exacte vérité ! Mais il est loin d’en être ainsi. MM. les avocats mettent tout leur talent, tout leur art, toute leur science, tous les effets de leur voix et toutes les ressources de leur rhétorique à découvrir en tout et partout des actes ou des intentions coupables ; ils ne se considèrent comme satisfaits que s’ils parviennent à donner leur importance de montagnes à des faits qui n’ont au plus que la grosseur d’une souris ; enfin, ils ne craignent pas de faire de la déconsidération des familles et du déshonneur des pères et des mères, un piédestal pour leur vanité d’orateur et une éclatante réclame pour leur talent d’avocats i
- Et c’est lorsque l’intérêt des enfants est pareillement foulé aux pieds par les nécessités de la séparation, que l’on veut proscrire le divorce au nom de l’intérêt des enfants 1 Mais c’est d’un ridicule qui n’a pas de nom... à moins que ce ne soit d’une mauvaise foi insigne.
- Résumons :
- A ceux qui au nom de l’intérêt des enfants demandent que le divorce soit écarté, nous répondrons :
- Que dans les pays où le divorce existe les enfants sont au moins autant protégés que chez nous ;
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- Que le divorce a régné en France pendant 23 ans et 7 mois et que personne pendant ce temps n’a trouvé que les enfants fussent trop peu protégés ;
- Que le prononcé du divorce, loin de créer la désunion dans la famille, y met au contraire un terme ;
- Qu'il y a moins d’inconvénients pour les enfants à voir leurs parents divorcés qu’à assister à leurs querelles ;
- Que le divorce supprime la presque totalité des conséquences désastreuses que la séparation entraîne pour les enfants.
- Que les enfants nés pendant le mariage ont un intérêt capital à ce que le divorce soit substitué à la séparation de corps.
- Que le nombre des enfants adultérins, ces parias de la société, diminuera par le fait que le divorce permettra aux séparés de se remarier;
- Que le divorce peut épargner aux enfants la flétrissure et la déconsidération que jette sur eux le scandale des plaidoiries en séparation ;
- Enfin que toute personne qui porte aux enfants un réel intérêt doit souhaiter de toute sa force, dans l’intérêt même des enfants, la substitution du divorce, mesure logique et moralisatrice, à l’illogique et démoralisante séparation de corps.
- Ed. Champury.
- COOPÉRATION ET ASSOCIATION
- CONGRÈS DE NEWCASTLE (1)
- IV
- Seconde Journée. — Mardi 18 Mai.
- Une des premières opérations de la séance est l’élection des membres du bureau central de l’Union coopérative.
- Divisé en 6 sections, le bureau étend son action sur la plus grande partie du territoire britannique. Il compte 53 membres élus, répartis comme suit : Section du centre, 9 délégués,
- » du Nord, 7 »
- » du N.-Ouest, 11 »
- » de l’Ecosse, 10 »
- » du Sud, 9 »
- de l’Ouest, 7 »
- Total ; 53 »
- * *
- Le rapport annuel du bureau central distribué aux délégués du Congrès, est examiné.
- Le Devoir dans son numéro du 23 mai, page 327, ayant déjà publié un tableau statistique indiquant
- (1) Voir les numéros du Devoir des 0, 13 et îO juin 1880.
- la situation des sociétés coopératives jusqu’en 187g .nous ne relevons de l’important rapport du bureay central que quelques chiffres complémentaires sq rattachant aux sociétés fédérées.
- L’Union coopérative comprend, avons-nous dit dans notre dernier article, deux objets distincts :
- Le bureau central de’ propagande et d’éducation coopérative et la Vholesale Society (Société de vente en gros).
- Deux sociétés de vente en gros fonctionnent ac-tuellement ; l’une appelée communément « The Vholesale Society » en Angleterre ; l’autre en Ecosse
- « The Scottish Vholesale »
- Malgré les crises commerciales qui ont sévi dans les îles Britanniques, ces deux sociétés ont vu s’accroître leurs opérations dans la proportion indiquée par le tableau suivant :
- Vholesae anglaise Vholesale écossaise
- 1878 1879 1878 1879
- Nombre de 1
- sociétés, fédérées. J j- 883 591 138 • 137
- Capital ac-
- tion. . . Fr.3.077.275 3.265.350 413.675 433.225
- Epargnes . 6.729.125 7.951.775 1.576.900 1.753.530
- Vente. . . 58.489.500 68.778.600 15.014.750 15.7 52.423
- Bénéfices
- nets. . . 808.900 1.111.850 299.200 374.725
- Si l’on réunit les bénéfices nets faits en 1879 par
- ces deux sociétés,on obtient un total de 1.486.579 fr.
- répartis entre 728 sociétés de vente au détail.
- * *
- Le rapport du bureau central fait connaître les* résultats du premier trimestre de 1880, résultats qui permettent d’évaluer à 20 L. 2 sh. pour cent les bénéfices de la Vholesale Anglaise, et à 31 L. les bénéfices annuels de la Vholesale Ecossaise.
- « C’est un cas exceptionnel », dit le rapport, « mais bien fait pour rendre évidente cette vérité, que le système ordinaire de compétition commerciale ne garantit point les masses contre les larges profits prélevés à leurs dépens par les capitalistes,
- « Ici, grâce au mode coopératif, les bénéfices nets, après paiement de l’intérêt de 5 0/0 au capital et part faite à la réserve commerciale, sont distribués aux acheteurs.
- « Où ces bénéfices seraient-’ils allés si les sociétés coopératives, qui en profitent aujourd’hui, au lieu de s’approvisionner à la Vholesale avaient fait leurs achats chez les commerçants privés?
- « N’est-ce pas un devoir pour chaque société de réfléchir à ces avantages et de soutenir un système qui leur vaut de tels profits. »
- •k
- * ¥
- Nous trouvons encore dans le rapport la situation des différents objets embrassés par l’Union coopéra-
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- LE DEVOIR
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- pouvant suivre dans tous ses détails la dis-^s'iun a ^eu sur c^acune des questions soule-C'éespar le raPP°r^ nous n0lls bornerons à en relever les points principaux et d’un intérêt général. Mentionnons tout d’abord
- Ija coopération de production
- le rapport du bureau central dit à ce sujet :
- „ Nous nous confions au temps pour montrer au corps coopératif d’une façon de plus en plus complète et universelle que la coopération distributive, très-bonne comme moyen d'accumuler le capital et Rapprovisionner les marchés, n’est et ne peut être logiquement qu’un'e étape vers une action supérieure.
- u En effet, si la coopération veut arriver à transformer les conditions d'existence de la masse du peuple, il faut que sa principale opération soit la production non seulement des choses que le travailleur consomme ; mais de toutes celles qui sont le lot des classes plus riches, et qui alimentent le travail de toutes les classes laborieuses. »
- Suit un tableau statistique de 22 sociétés coopératives en 1878. Il en existait un plus grand nombre; mais les résultats n’en avaient pu être recueillis.
- Un appendice au rapport du Congrès devant bientôt donner des renseignements complémentaires sur les sociétés de production nous pourrons alors publier le tableau complet de leur situation.
- « Quelques-unes de ces sociétés ont cessé d'exister, » continue le rapport. « Mais celles qui demeurent, ayant résisté aux sévères épreuves que nous avons, traversées, donnent ies plus sérieux motifs d’espérer qu’avant peu les sociétés coopératives de production occuperont une large place dans l’histoire de la coopération anglaise. »
- Ici nous sommes amenés à présenter à nos lecteurs un élément nouveau, qui après avoir vécu jusqu'ici dans un état d'isolement, presque d’hostilité vis-à-vis des coopératives de distribution,, vient dans le présent Congrès de Newcastle offrir son concours sous certaines conditions aux coopérateurs.
- Nous voulons parler des
- T ratio’,*» Unions
- * Les Trade’s Unions », dit M? Dupont (de Bus-sac)> « sont des associations dont le but n’est pas de Opprimer l’intervention des capitalistes dans l’œu-Vre de la production ; mais bien de défendre le sa-laire des travailleurs contre les. diminutions arbitraires des employeurs ou d’en obtenir des salaires
- ^disants, c’est le combat pour la vie (Struggle for bfe). »
- Bien qu’organisées pour soutenir les grèves, et malgré les millions qu’elles ont dépensés à cet effet pendant 50 ans de luttes, les trade’s unions redoutent ce terrible expédient.
- En 1871, dans le Congrès de Trade’s Unions où 300,000 ouvriers étaient représentés, la motion suivante fut votée par acclamation :
- » Les membres des traders unions représentés dans cette réunion s’engagent à ne jamais commencer une grève, sans avoir d'abord proposé aux patrons de fonder un conseil d’arbitrage devant lequel la difficulté serait portée ».
- La même année un Mil du parlement sanctionnait cette décision en établissant des Cours d’Arbi-trage.
- « Souvent victorieuses dans les questions de salaires », dit M. Dupont, « les trade’s unions le furent toujours dans les grandes questions d’humanité, celles du travail des femmes et des enfants dans les mines, de la durée du travail ; — elles ont obtenu une loi sur le travail des mines (1873). Enfin, à leur éternel honneur, elles ont empêché l’aristocratie du coton de soutenir les esclavagistes du Sud contre le Nord des Etas-Unis ».
- Les trade’s Unions par leur organisation qui embrasse tout le Royaume-Uni, par leur Caisse et le nombre de leurs membres sont une puissance considérable. Leurs revenus annuels, produits par des cotisations hebdomadaires variant de 1 penny (10 centimes) à 1 et 2 shillings (le shilling vaut 1 fr. 25) s’élèvent à la somme dè 30.000,000 de francs environ, employés pour la plus grande partie en secours mutuels, mais qui peuvent être facilement concentrés pour l’action des grèves.
- Les grèves ! est-ce là que doivent aboutir tant d’efforts et de patience ? Est-ce dans ces conflits dont le meilleur résultat ne modifie en rien la situation respective du travail et du capital, que doivent s’engloutir tant de ressources ?
- Nous l’avons dit : l’idée de l'arbitrage a prévalu parmi les traders unions. Mais l’arbitrage, quand il réussit ne fait que différer les horreurs de la lutte, et laisse en présence ces éternels compétiteurs : le capital et le travail.
- C’est au nom des trade’s unions que MM. Slatter et Prior viennent comme délégués du Comité parlementaire, apporter au Congrès de Neweastle un message amical.
- Us sont heureux de dire que jamais la coopération n’avait été mieux vue par le Congrès des trade’s unions, puisque un des actes du Comité des trade’s unions avait été de décider que la question de la coopération ferait non-seulement partie du prochain
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- Congrès qui sera tenu à Dublin ; mais encore qu’elle y occuperait une place prééminente. (Ecoutez). Cette manière de procéder assurerait une discussion libre et complète qui aurait l’avantage d’introduire dans l'esprit de leurs freres d’Irlande les vrais principes de la coopération.
- M. Prior dit qu’il n’y a chez les trade’s unionistes qu’une opinion sur la valeur de la coopération et sur le devoir d'aider à ce mouvement.
- Il ajoute que les coopérateurs qui viendront à Dublin, trouveront beaucoup de trade’s unionistes, heureux de les assister dans leur propagande coopérative, et que les tràde’s unionistes travailleraient dans l’avenir, avec les coopérateurs plus cordialement qu'ils ne l’ont fait dans le passé, pourvu que quelques petits malentendus fussent écartés.
- « Si les coopérateurs », dit l’orateur, « visaient à quelque chose de plus qu’à créer des dividendes aux actionnaires, s’ils comprenaient que* les trade’s unionistes demandent seulement un salaire plus convenable pour leur travail, dans le but d’élever les travailleurs dans l’échelle sociale ; alors les deux mouvements travailleraient plus harmonieusement au bien public, car ils auraient un intérêt commun ( Ecoutez).
- *
- « L’expérience a enseigné d’ailleurs, qu’un mouvement isolé ne peut régénérer les classes ouvrières. Les trade’s unions, les sociétés de tempérance, la coopération doivent se prêter un mutuel appui afin d'atteindre par un effort commun le but désiré. »
- M. Lloyd Jones dit qu'il faut profiter de cette occasion pour arriver à des résultats pratiques ; qu’il est possible à des ouvriers de devenir leurs propres patrons. L’orateur serait heureux de voir se former un grand nombre de sociétés de production.
- C’est avec plaisir, dit-il, qu’il appuie la motion de son collègue. Revenant aux sociétés de production, M. Lloyd Jones raconte qu’il y a quelque temps les peintres du bâtiment de Sheffield étaient sur le point de se mettre en grève. Ils lui écrivirent à Londres de venir leur prêter l’appui de sa parole ; parce que, disaient-ils, une grande partie des ouvriers n’appartenaient pas à leur union, et que vraisemblablement ils perdraient la bataille. « Je refusai d’y aller, » continue l’orateur, et leur déclarai que cela n’était pas désirable, que l’industrie dont il était question risquait peu de capital.Que s’ils achetaient quelques brosses, de la peinture ; s’ils louaient un abri pour resserrer ces objets ; si leur comité allait en ville pour chercher de la commande, il était tout à fait certain qu’ils seraient bientôt capables de faire une société coopérative prospère. (Applaudissements) .
- « Il y a plusieurs sortes de travaux analogues ajoute M. Lloyd Jones, « où la coopération pourra-être facilement introduite par les trade’s unioniste du pays. »
- L’orateur fit la motion qu’un comité de trois mem bres fut nommé avec mission de chercher la ujejj leure méthode d’introduire la coopération parmi les trade’s unions, et de signaler le sujet à l’attention du-congrès des trade’s unionistes.
- M. Barrowman parlant en sa qualité de trade’s unioniste dit qu’il espère que les coopérateurs n’ou. blieront pas que c’est aux trade’s unions qu’ils sont redevables de la première forme d’association parmi les travailleurs.
- L'esquisse rapide que nous venons de faire des opinions exprimées par les ouvriers anglais, coopérateurs ou trade’s unionistes témoigne d'une tendance à l'union des efforts, tendance que nous n’avions pas remarquée au même dégré dans les congrès précédents.
- D’un autre côté l'étude des sociétés de production a pris cette année une importance qu’elle n’avait pas eu l’an dernier au congrès de Glascow.
- Ce double courant est plein de promesses. Car si d’une part les trade’s unions s’appuyant sur la coopération de consommation réalisent la coopération de production ; si d’autre part, elles développent l’esprit de prévoyance qu’indiquent leurs caisses mutuelles, on peut en conclure que l’accord du capital et du travail ne tardera pas à se réaliser sur une grande surface, et que le monde du travail en Angleterre verra la solution tant désirée d’un problème que l’Association du Familistère de Guise a déjà résolu. J, P.
- Le Pétrole en Russie
- Les propriétaires de sources de pétrole aux États Unis auront, avant peu, à lutter contre la redo utabl-concurrence des dépôts de pétrole découverts sur le continent européen et surtout dans le Hanovre et en Russie. Dans la Russie, les dépôts de cette huile minérale sont, en quelque sorte, illimités et s’étendent sur un espace de 1,500 milles le long de la chaîne du Caucase, de la Caspienne, à la mer Noire.
- En ce moment, cependant, il n’y a que deux districts dans cette vaste région où l’on ait entrepris des travaux réguliers pour extraire le pétrole. C’est d’abord dans la vallée de la rivière de Kuban, qui se jette dans la mer Noire : deux puits y ont été creusés par une compagnie française sous l’intendance d’un directeur américain) cette compagnie a une raffinerie à Taman.
- L’autre localité, qui est la plus productive, est située près de Bakou, sur la mer Caspienne. Un grand nombre de puits y ont été creusés à la profondeur de trois cents pieds, qui donnent, par jour, 28,000 barils de pétrole brut. Une quantité extraordinaire de sable sort du puits avec le pétrole et s’accumule autour de leur orifice en monticules de trente pieds de haut. Il existe de grandes raffineries à Bakou, quoique l’huile qui en provient ne soit pas aussi bonne que l’huile américaine.
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- CAISSE NATIONALE POUR LES RETRAITES CIVILES
- Dimanche 13 juin avait lieu à l’Ecole Centrale de paris une importante réunion au sujet de la création d’une Caisse nationale d’assurances pour les retraites civiles;
- La réunion, fort nombreuse, était composée de délégués de Sociétés de Prévoyance, d’économistes, de conseillers généraux et de députés faisant partie de la commission parlementaire chargée de l’enquête relative à la proposition Nadaud. (1)
- Le président de cette commission, M. Bertholon, dirigeait également la discussion dans l’assemblée de dimanche.
- Divers projets ont été analysés : entr’autres, ceux de MM. Martin Nadaud; Jacquet; Laviron; Haas; Motteau ; Blanchard et Limousin ;
- M. Nadaud a démontré la nécessité de renouveler souvent des réunions de ce genre profitables à tous par l’échange des idées, et contribuant à la propagande d’une question fort intéressante sur laquelle l’esprit public n’est pas encore fixé.
- M. Bertholon a exprimé tout le bon vouloir dont est animée la Commission parlementaire ; il a réitéré l’annonce, déjà faite par la Presse, que le Questionnaire rédigé par les députés serait adressé aux Chambres de commerce, aux Syndicats professionnels, aux Institutions de Prévoyance, aux grands industriels, et à tous les citoyens s’occupant de la question, afin de réunir les éléments d’une consultation générale et approfondie. Il demeure entendu qu’aucune décision ne sera prise à la Chambre avant d’avoir entendu le plus grand nombre d’intéressés ou de personnalités acquises à l’idée d’une Caisse nationale d’assurances mutuelles.
- -----—«cieOOOCSCCBMg»—-
- PROGRÈS DES IDÉES SOCIALES EN ITALIE
- On nous écrit de Turin :
- Les lecteurs du Devoir n’ont peut-être pas perdu le souvenir de ce que nous avons dit de M. Rossi, sénateur d’Italie, et de la vaste association qu’il a fondée à Schio (Vénétie) entre lui et ses ouvriers. (Voir notre numéro du 9 Novembre 1879.)
- M. Rossi vient d’exposer dans deux remarquables volumes les idées qui l’animent et qui lui ont inspiré de si grandes choses.
- L’un de ses ouvrages traite du crédit populaire
- ?appelons <ïue l’Enquête sui la question a été vetée par la uiambre des Députés, à runanimité moins trois voix..
- | dans les associations coopératives d'aujourd'hui (1). M. Rossi y passe en revue les diverses combinaisons de crédit coopératif qui existent dans divers pays, particulièrement en Allemagne, et les compare avec celles de l’Italie.
- L'autre ouvrage, plus à la portée du grand public grâce à la simplicité du langage et surtout à la nature des sujets traités, est consacré à La question ouvrière et la question sociale (2). L’auteur cite souvent en français son éminent homonyme, l’économiste Pellegrino Rossi.
- ILa question ouvrière ne peut manquer de recevoir des lumières nouvelles des travaux d’un homme aussi compétent que le fondateur de Schio.
- La cause de l’émancipation de la femme fait aussi des progrès chez nous. Elle inspire plusieurs vaillantes publications ; la Donna, journal bi-mensuel, compte déjà 12 ans d’existence et propage sur la réforme sociale en faveur des femmes les nobles pensées de Mme Mozzoni, auteur de nombreuses conférences très-remarquables, dont plusieurs ont été publiées en 1877 et 1878, entre autres celles sur le vote politique des femmes et sur la condition civile et politique des femmes italiennes. Madame Mozzoni n’est pas seule dans la campagne qu’elle poursuit. Elle est secondée par des femmes supérieures. Ainsi Mme Gualberta Beecari et Mm® la comtesse Maria Malliani Traversari ont gagné le procès de l’instruction à tous les degrés rendue accessible à la femme. Aujourd’hui les femmes sont admises non-seulement à suivre les cours des universités italiennes, mais encore ceux des gymnases, chose qui, par une inconséquence peu explicable ne se pouvait pas jusqu’ici.
- L’Italie ne veut pas rester non plus en arrière dans les questions de la police des mœurs et du commerce infâme que l’on a si justement nommé « la traite des^ blanches ». Du 24 septembre au 8 octobre la Fédération Britannique et Continentale pour l’abolition de la prostitution tiendra à Gènes, sur cet important sujet, un Congrès qui fera suite à celui qu’elle a tenu à Genève en 1877. Ce congrès ne manquera pas d’avoir , comme le précédent, un retentissement considérable.
- Le théâtre lui-même subit une heureuse influence du souffle régénérateur de l’ère naissante, et il contribue pour sa bonne part au réveil qui prépare un XXe siècle préférable à son prédécesseur. La dernière pièce de Sardou « Daniel Rochat » a obtenu
- (1) Alessandro Rossi : Del credito popolare nielle odierne associazioni cooperative, Hcerche e studio, in-8 de £76 pages. Florence 1880.
- (2) Questione operaia e questione sociale, studio, in-8 de 198 pages. Turin, 1880.
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- un assez vif succès à Rome, à Venise, à Naples, à f
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- Florence et à Turin. Cette pièce qui, vous le savez, met aux prises à propos d’un mariage, la foi et l’incrédulité, a soulevé dans notre public de vives démonstrations dans les deux sens. Quelle que soit la conclusion que Sardou a donnée à sa pièce, les réflexions qu’elle fait naître, les préoccupations auxquelles elle donne lieu sont salutaires et d’une réelle virtualité. Il est toujours utile et profitable de discuter sur les questions élevées. Il serait à désirer que beaucoup de pièces de théâtre portassent sur la scène ces grandes discussions et que nos moralistes, nos romanciers et nos artistes fussent dans leur domaine aussi utilement novateurs que Sardou vient de l’être dans le sien.
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- NOUVELLES DIVERSES
- FRANCE
- Le mouvement ouvrier en faveur <1© la réduction ci©» heures de travail se généralise. Borné d’abord à Paris, il s’est étendu peu à peu en province et continue à s’y étendre. Ce sont aujourd’hui les ouvriers charrons, forgerons et ümeurs-carros-siers de Bordeaux, qui la réclament. Ils demandent la journée de dix heures.
- A Lille ce sont les mécaniciens qui réclament la même réduction dans la durée de la journée.
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- Congrès socialiste du Centre. — Les sociétés ouvrières socialistes du Centre sont informées que la date d’ouverture du Congrès régional est définitivement fixée au 18 juillet avec cet ordre du jour :
- De la ligne de conduite du parti socialiste ouvrier dans la lutte électorale : 2 jours de séances.
- De la propriété : 2 jours de séances.
- Du salariat : 1 jour.
- De la femme : 1 jour.
- De l’instruction et éducation intégrale et professionnelle : 1 jour.
- Séance des résolutions et nomination du comité fédéral : 1 jour.
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- Une grève générale des métallurgistes est imminente à Lille. Plusieurs ateliers sont déjà fermés.
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- Une Chambre syndicale des ouvriers filatenrs d© coton vient de se constituer à Lille.
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- Congrès ouvriers. — Des congrès partiels s’organisent pour préparer le congrès général ouvrier qui aura lieu au Havre en octobre.
- Le Congrès de Lyon s’ouvrira le 26 juin. Les sociétés de la région du Centre se réuniront à Paris le 18 juillet. Celles du Midi commenceront leurs travaux à Marseille le 4 du même mois.
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- Ue droit d’associotioH. — M. Dufaure a déposé à la tribune du Sénat sa proposition de loi sur ou plutôt contrôle droit d’association.
- Les idées de M. Dufaure en fait de liberté d’association sont connues. C’est lui qui est le père de cette loi sur Y Internationale qui est un des plus parfaits moyens de des-
- potisme que l’on puisse imaginer. Sa proposition d’aujourd’hui sur le droit d’association exige une déclaration de la part des fondateurs d’associations, sous peine d’amende, et, en cas de récidive, d’emprisonnement.
- Les associations pourront être reconnues comme établissements d’utilité publique par des lois'particulières.
- La proposition abroge les articles 291, 292 et 294 du code pénal.
- L’exposé des motifs qui précède la proposition Dufaure est assez court ; le passage le plus vaillant de cet exposé est celui-ci :
- Les luttes religieuses qu’on est parvenu à réveiller dans ces derniers temps ont fait sentir de nouveau et plus vivement la nécessité de cette loi. Beaucoup d’esprits réfléchis croyaient qu’après le voté'du 9 mars dernier le gouvernement en prendrait l’initiative ; il a mieux aimé recourir à des mesures que je dois, en ce moment, m’abstenir de j.uger, sur lesquelle une loi nouvelle ne peut avoir aucune influence, mais qui la rendent ' pour l’avenir encore plus nécessaire.
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- Une nouvelle n»»ocia.±ion vient d’être fondée par un groupe de cochers. Afin de sauvegarder les intérêts des cochers qui travaillent dans des administrations, les noms des adhérents sont tenus secret jusqu’au jour de la constitution légale de l’association.
- U© conseil supérieur de Pinstruetion pulbliqnea clos sa première session. Nous avons suivi avec le plus grand intérêt ces magnifiques débats où tant de grandes réformes ont été discutées et en partie votées. Nous avons été frappés de la hauteur à laquelle ces débats se sont constamment soutenus. C’est un spectacle fortifiant que celui que donne ce Conseil et nous croyons ne rien exagérer en disant que son organisation nouvelle est l’acte le plus important accompli jusqu’ici par la République Nous n’avons pas encore pu obtenir de nos gouvernants les libertés nécessaires mais nous leur devons cette justice qu’ils ont accompli de bonnes choses pour le relèvement de l’instruction et' par conséquent pour la formation des citoyens de l’avenir.
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- ANGLETERRE
- U’JEeole modèle d© filles fondée à Londres par les Francs-Maçons a reçu dans le courant de l’année dernière pour 13,000 livres "sterling (environ 340,000 fr.) de dons et souscriptions.
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- Situation des femmes ©si Irlande* — Les
- injustices de la loi irlandaise à l’égard des femmes ne sont nulle part plus flagrantes que dans les dispositions relatives à l’héritage.
- Dans quelques cas, comme dans ceux où des frères et des sœurs se trouvent en présence pour hériter de leurs parents, aucune inégalité n’est à relever ; mais il n’en est pas de même entre les maris et les femmes, les pères et les mères.
- Si une femme qui possède des biens personnels meurt sans testament, le tout revient à son mari, qu’elle ait ou non des enfants et des parents. Si c’est le mari qui meurt sans testament, sa femme n’hérite que d’un tiers s’il laisse des enfants, de la moitié seulement s’il n’en laisse pas. Cette règle s’applique même aux biens acquis en commun pendant le mariage.
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- Ârbit* Hge commercial. — Yoici la proposition que M. Henry Richard a présentée et soutenue mardi devant la Chambre des Communes avec son talent et son éloquence habituelles :
- « Que Sa Majesté soit priée de charger le ministre des affaires étrangères d’entrer en communication avec les autres Puissances, à l’effet de réaliser une réduction mutuelle et simultanée des armements européens. »
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- Bien que la proposition n’ait pas été acceptée, la façon dont M Gladstone a répondu au-discours de M. Richard, et le vote d’un amendement présenté par M. Courtney, sont pour la cause de La paix un succès dont dous féli-citons M. Richard. Voici l’amendement de M. Courtney :
- « ji est du devoir du gouvernement de mettre à profit toutes les occasions de recommander aux Puissances la réduction des armements. »
- pourquoi donc l’Angleterre ne concluerait-elle pas avec les Etats-Unis d’Amérique, ou avec la France un traité d’arbitrage permanent ?
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- ESPAGNE
- Une Ligue contre l’ignorance vient d’être fondée en Espagne. Elle a reçu les encouragements et l’appui de toute la presse libérale du pays.
- L’initiative de cette ligue est due aux six ateliers maçonniques de Valladolia.
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- AFRIQUE CENTRALE
- TJne "bataille «ie Missionnaires, tel est le
- spectacle auquel Mtésa, le roi de l’Uganda, a eu la bonne fortune d’assister.
- Mtésa était sur le point de se convertir au protestantisme quand des missionnaires de l’Eglise romaine, le père Jourdel en tête, sont survenus."
- Un jour que les missionnaires protestants lisaient l’Evangile au roi et à sa cour et faisaient suivre cette lecture d’une prière, le Père Jourdel pénétra "à la cour et traita les protestauts de menteurs. Un tapage effroyable s’eu suivit. Le bon roi Mtésa devint fort perplexe. « U parait, disait-il, que les blancs ont chacun leur religion. Comment saurai-je où est la vraie ? Si j’écoute les nouveaux arrivés, peut-être en viendra-t-il d’une troisième espèce qui les accuseront d’être des menteurs. »
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- CHINE
- Une femme docteur en Chine. — On lit
- dans le Temps du 22 juin 1880 :
- Une anglaise, Miss Howard,' docteur en médecine, vient d’être attachée en cette qualité à la comtesse Li et à sa famille. Elle vit à Pékin dans le yamen de sa riche cliente. Un hôpital qui a été ouvert parles résidants étrangers est en outre placé sous la direction de la jeune Anglaise. Mme ki est très généreuse ; elle fournit gratuitement tous les médicaments nécessaires aux malades et paraît prendre un grand intérêt à leur bien être.
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- Effets <le la foudre sur Ses arbres.
- On a cm depuis longtemps que les premières plaies dubois ou de l’écorce, à partir du sommet des arbres, indiquent le ou les points primitivement frappés par le fluide électrique. Il n’en est rien. La foudre atteint toujours, ou presque toujours, les branches supérieures, surtout celles qui sont les plus élevées et les plus exposées à la pluie d’orage. De là, elle dessent par la presque totalité des rameaux jusques aux grosses branches et de celle-ci sur le tronc principal. Ces grosse branches, et surtout le tronc étant en général beaucoup moins bons conducteurs que les jeunes branches, le passage de 1 électricité y produit de la chaleur et les effets répulsifs qui déchirent l’aubier ou l’écorce et en lancent quelquefois fort loin les débris (à 80 mètres et au-delà). Voilà une loi que M. D. Colladon a pu constater par de très nombreuses observations.
- Pour quelques essences délicates, ou peu conductrices, ieuilies et les branches supérieures périssent quelquefois ; c’est en particulier ce que l’on voit pour les
- chênes, qui sont souvent atteints par la foudre. Mais les feuilles et les jeunes pousses d’autres essences, et tout spécialement celles des peupliers, sont si bonnes conductrices du fluide électrique, qu’elles ne paraissent subir aucune lésion intérieure ou extérieure assez grave pour en souffrir notablement. C’est là un cas si général que, sur cent peupliers atteints à leurs sommets par un violent coup de foudre, il est rare que deux ou trois aient des feuilles desséchées ou même flétries par le fluide qui, atteignant ensuite le tronc peut mettre en lambeaux son aubier et son écorce.
- —- —aQQQQQoo»»»»'—
- LE DERNIER-NÉ DE GINX
- SA NAISSANCE ET SES AUTRES INFORTUNES
- Par M. JENKINS
- XI.
- U Unité de l'Esprit et le lien de la Paico.
- Quand le comité se réunit, il ne fut pas long à découvrir que nulle harmonie n’existait dans son sein. Chacun de ses membres était décidé à traiter Bébé G-inx d’une façon différente. En d’antres termes chaque sectaire désirait que ce qui était l’objet d’une charité commune reflétât les vues de sa secte particulière. C’était une nouvelle Alliance Evangélique s’entendant sur un seul point : la haine de la Papauté.
- Trouvant dès sa première séance qu’il était nécessaire de concentrer la discussion, le comité nomma une commission de trois membres, chargée de minuter les points à discuter. Cette commission, dans son rapport, offrit à la discussion les questions suivantes.
- « I. Quant au corps :
- (a) De quoi serait-il nourri et vêtu ?
- (b) de quelle manière et à quelle mode ?
- II. Quant à l’esprit :
- (a) Ferait-on son éducation?
- Si, oui :
- (b) Quels devraient être les sujets d’instruction ?
- (c) Si on devait l’élever dans une croyance; quelle
- serait cette croyance tout d’abord ?
- (d) Serait-il baptisé plus tard ? .
- Si, oui :
- 1° Dans quelle communion ?
- 2° Et avec quel cérémonial ? »
- Ce programme embrassait, sembla-t-il à ses rédacteurs, tout ce qui pouvait concerner Bébé Ginx, excepté sa mort par la volonté de Dieu ou par le fait des ennemis de la Reine. Aussitôt fait le rapport fut adopté. Alors un membre, ardent lutteur, proposa d’ajourner la série I des questions, jusqu’à ce que l’on eut statué sur les
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- questions de la série II. Des apôtres de la vérité devaient-ils se préoccuper de nourriture matérielle? C’était évidemment pour eux une question d’un ordre inférieur, quoique, j’ose le croire, de la première importance pour Bébé Ginx. On décida de discuter l’avenir du petit G-inx avant son présent.
- Le branle fut donné par le vénérable archidiacre Hotten, qui, au milieu d’une grande agitation, soutint que dès l’éclosion de la pensée chez un enfant, on devait greffer la religion sur cette jeune pousse ; qu’il ne saurait y avoir d’éducation vraiment digne de ce nom qu’une éducation religieuse. « Avec A on doit enseigner l’origine : avec Z la destinée finale et la destruction du mal î Séparer l’éducation de la religion, ce serait couper les ailes de la colombe céleste ! » Puis il affirma que le comité aurait dû baptiser immédiatement l’enfant dans l’abbaye de Westminster (1), bien que, à son avis, le premier baptême fût valide au point de vue canonique ; qu’on aurait dû lui enseigner les vérités de notre très saint dogme et que, comme il ne saurait y avoir de dogme sans croyance, et que la seule croyance nationale * était celle de l’Eglise anglicane, le Bébé devait être confié à un Pasteur et envoyé alors dans une école religieuse convenable. L’orateur trouvait inutile d’ajouter qu’il excluait Bugby (2) à cause de la direction profane de son enseignement.
- Cependant l’Eglise (il s’agit ici de l’Eglise anglicane) était divisée entre elle, car le Doyen de Tris-ton dit qu’il serait plus large que son très-révérend frère. « Vous ne devez pas tracer les lignes d’une croyance absolue dans l’esprit d’un enfant. » Dans le fait il ne reconnaissait aucune confession de foi : il
- (1) L’abbaye de Westminster est un des grands monuments historiques de Londres. Edouard le Confesseur, et, avant lui Sebart, roi des Saxons de l’Est, sont les premiers qui jetèrent les bases de l’édifice. Henri III, Henri VII vinrent ensuite non pas continuer, mais refaire l’œuvre commencée. Dans l’abbaye de Westminster. que ne manquent jamais de visiter les étrangers qui viennent à Londres, se trouvent les tombeaux des personnages les plus éminents de l’Angleterre. Rois, Reines, hommes d’Etat, artistes, explorateurs, poètes, historiens, auteurs, généraux, amiraux, etc, y sont, non point confondus, mais réunis. Quelques illustrations étrangères, illustrations par leur naissance, telles que le duc de Montpensier, frère de Louis-Philippe Ier, roi des Français, y ont également une place. Des objets de curiosité s’y font également remarquer : entre autres le casque et la selle qui servirent à Henri V à la bataille d’Azincourt.
- Le Parlement occupe une partie de l’abbaye.
- (2) Bugby. Sous ce nom l’auteur désigne Rugby, un des collèges les plus célèbres d’Angleterre et que fréquentent les jeunes gens avant d’entrer à l’Université. En parlant de son enseignement profane, il fait allusion à un des anciens directeurs du collège, M. Temple, aujourd’hui évêque d’Exeter, auquel les ultra-orthodoxes reprochaient d’avoir publié un certain ouvrage entâcbé d’hétérodoxie.
- n’y était pas contraint par la loi et sa raison l’en éloignait. Il préférerait laisser ce jeune esprit, livré à lui-même, s’ouvrir naturellement à cette lumière qui nous vient d’en haut, glorieuse efflorescence qui pénètre dans le cœur de tous les hommes.» Le Doyen était évidemment peu précis et beaucoup moins fervent que son frère en communion.
- Le Rév. M. Bumpus, unitaire, accueillit les insinuations de l’Archidiacre avec le mépris qu’elles méritaient. Il était impossible d’appliquer à un enfant, représentant d’un siècle de lumière, des théories depuis longtemps condamnées. Le doyen, avec cette large et sympathique expression des sentiments qu’on lui connaissait, s’était certainement plus rapproché de la vérité. Il proposait lui-même de faire de l’enfant un nourrisson type du libéralisme d’une nouvelle ère. Un passé vieilli se mourait. Tout se renouvelait. Les symboles étaient les bannières hors de service d’une époque de transition, bonnes seulement à être suspendues dans les Eglises et regardées comme des monuments historiques, mais qui ne devaient plus se déployer dans le front de bataille. L’éducation du jour était celle qui apprenait à l’homme à regarder en lui-même, à y reconnaître l’essence divine sous quelque aspect, sous quelque enseignement que ce fût, soit celui de Brahma, de Confucius ou de Christ. « La vérité », ajouta-t-il est kaléidoscopique et varie selon le Media (3) à travers laquelle on la considère. Quant à l’enfant, on doit laisser le vrai et le faux miroiter à ses yeux sous toutes leurs surfaces. Qu’il reçoive l’instruction ordinaire des écoles jusqu’à l’âge de 15 ans et qu’on l’envoie alors à l’Université de Londres (4).
- ' Ici le Président et une demi douzaine de membres du Comité protestèrent... « Cette Université est une école du démon... » et l’on échangea quelques phrases moins que courtoises.
- M. Shortt M. P. (membre du Parlement),demanda à faire observer, comme point à discuter, que l’enfant n’était capable, pour le moment de recevoir aucune idée d’aucune sorte, qu’il pourrait mourir, être idiot ou muet et ainsi n’avoir besoin d’aucune éducation. Ne seraît-il pas mieux d’ajourner cette discussion jusqu’à ce que le sujet fût assez âgé pour qu’on s’en occupât ?
- (3) Le Media dans le Kaléidoscope se compose de lames de verres à miroir placées dans l’intérieur du tube, doublées de papier noir et plus ou moins inclinées les unes à l’égard des autres. Le mouvement des objets colorés et leur réflexion dans ces lames de verre, produisent une variété de dessins quelquefois très jolis.
- (4) L’Université de Londres a été reconnue par une Charte royale, dans la lre année du règne de Victoria. Elle confère tous les grades dans les arts, les sciences, la littérature, le droit, la médecine, la musique, etc., la
- , théologie exceptée.
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- î4. Schortt avait l’habitude de montrer son tour d’esprit pratique, sa capacité en affaires, en mettant des bâtons dans les roues. Il avait réussi une vingtaine de fois à démontrer à la chambre des Communes combien il était sot de prendre en considération des probabilités. Dans le fait, il était opposé coeur et âme à toute législation préventive. En ma-' tière législative il voulait vivre au jour le jour.
- Le comité ne voulut pas laisser M. Schortt avoir le
- dernier mot.
- Le révérend docteur M. Grregor Lucas de l’Eglise nationale écossaise, silencieux jusqu’alors, ne put plus se contenir. Quand on' parle de cet homme au public, il est nécessaire d’en faire une description spéciale. Il en est même qui pensent queM. Lucas vit pour et de la publicité. Dans tous les cas il se montre également avide de blâme et de louange ; l’un et l’autre donnent de la notoriété et la notoriété rapporte quelque chose. Il n’était guère de sottises qui n’eussent été admises par son esprit de peu de profondeur. Si M. Lucas se fut contenté d’employer exclusivement les ressources limitées de son esprit à faire croire au monde qu’il était un homme de génie, il n’eùt fait que suivre l’exemple de milliers de personnes ; on eut pu ne pas le juger trop sévèrement ; mais il trafiquait de matières dangereuses. Il faisait métier de prophéties à bon marché. Il avait l’habitude de prédire environ une fois tous les cinq ans que la fin du monde était proche et, comme M. Jad-kiel (5) il trouvait des gens qui prenaient leur inévitable désappointement comme une preuve de son inspiration. Si vous eussiez entendu les paroles mielleuses tomber de ses lèvres, vous l’eussiez pris pour un ange d’Ecosse, et par conséquent pour une rareté. L’aigreur ou la vanité pourraient-elles sortir d’une telle bouche ? Montrez-lui un prêtre, et vous l’entendrez. Le pape était particulièrement son ennemi-né; le papisme, la Patrie de ses ennemis; c’est ce qu’il disait. Il pouvait lancer ses traits en toute sécurité. Nul ne pouvait dire s’il portaient ou non, tandis que maints spectateurs étaient assez bienveillants pour désirer qu’ils atteignissent leur but. Qu’eut-il fait si Daniel et saint Jean n’eussent pas fait de rêveries ? On se perd en conjectures.En l’état elles ouvraient des horizons sans fin à l’imagination du docteur. Personne ne pouvant deviner le sens énigmatique des prophéties de Daniel et de saint Jean, ^ y avait certitude à ce que nul ne put réfuter les solutions du docteur Grregor Lucas. Néanmoins le temps venait si souvent leur donner un démenti que
- en^i Jadkiel est le Mathieu Laênsberg des campagnes (at,Tn^eterre> Ie Messager boiteux dé Bâle, en Suisse ' lmamachs prophétiques).
- je suis forcé de croire, ou que le bon docteur espérait mourir avant l’époque critique, ou qu’il était assez habile pour savoir compter sur l’infaillibilité de la faiblesse humaine.
- Le docteur Lucas présenta le Bébé comme un des sept mystères. Il se prononça pour qu’on lui enseignât immédiatement la haine de l’idolâtrie, de la musique, des croix, des messes, des nonnes, des prêtres, des évêques et des cardinaux. Les humanités, le petit catéchisme, la profession de foi, le devoir complet de l’homme, tels seraient, à son avis, les livres propres à asseoir dans l’esprit de l’enfant les bases d’un caractère chrétien du type le plus élevé.
- A ce moment M. Ogle M. P, intervint énergiquement.
- « Je ne puis » dit-il, « malgré toute ma déférence, me rendre à aucune de ces observations. Elles impliquent la lutte pied à pied sur le corps de ce Bébé, Nul n’a qualité pour se charger de lui. Autrement, pourquoi cette union entre nous formée pour le délivrer du couvent? Il sera mis en pièces au milieu de ces disputes théologiques! Une éducation purement laïque est je crois le seul but que devrait se proposer un Comité. Nous venons de soustraire l’enfant à l’influence d’une Eglise ; serait-ce pour le replacer sous l’influence d’une autre Eglise ? Chaque secte protestante contribue à le soutenir ; comment pourriez-vous employer les dons de toutes à l’élever pour une seule ? Vous n’auriez ni paix, ni trêve ! Mieux vaudrait le traiter comme fit de sa femme l’homme de la tribu de Benjamin ; coupez-le en assez de morceaux pour pouvoir en envoyer à toutes les tribus d’Israël en les appelant au combat. Je termine en disant que nous n’avons pas à nous occuper de cela pour le moment. Faisons élever l’enfant dans un collège laïque et que chaque* secte soit libre d’envoyer ses agents pour l’instruire comme ils l’entendront, en dehors de ses heures d’école.
- Le Rev. Theodoret Yerity (Master of arts), se leva, plein de colère :
- « A coup sûr, Monsieur, ce n’est pas sérieusement que vous présentez un tel projet. Et quoi ! vous laisseriez cette épave précieuse ballotée par les flots rivaux de l’erreur et de la vérité jusqu’à ce que, vague espérance, souffle un vent favorable qui la jette sur le roc du salut ? Je proteste contre toutes ces éducations d’hérésiarque. Elles ont une odeur de soufre. La vérité est ou elle n’est pas. Si elle existe, il est de notre devoir de la faire luire aux yeux de cet immortel dès son entrée dans la vie. Vous parlez d’éducation laïque... Qu’entendez-vous par là? Peut-on, séparant une question de l’autre, qualifier celle-ci de laïque et celle-là de religieuse ? Est-il un seul Yap-
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- port, une seule vérité qui ne s’unisse à la religion (l’une manière ou d’une autre? etc., etc. »
- Il y avait bien quarante ans que M. Verity répétait ce même thème.
- « Pardonnez-moi,» répliqua M. Ogle « si je traite ces paroles de billevesées. Je n’ai pas proposé de séparer une question d’une autre. Je propose seulement de faire d’une manière différente ce que sont en train de faire les plus rigides des amis de M. Verity. Je ne puis comprendre le sens de cette assertion, qu’il n’est pas de vérité qui ne s’unisse d’une façon ou d’une autre avec la religion. Si ce n’est point réellement du pur verbiage et un moyen comme un autre de s’attirer des applaudissements, moyen de fou, bon pour d’autres fous, cela signifie peut-être qu’il existe des affinités entre toutes les vérités comme entre les éléments du corps. Ceci je l’admets volontiers. Le sang n’est-il pas chose parfaitement distincte de l’os? Chacun a sa place, sa fonction, son rapport.
- « Mais qui oserait prétendre que l’un ne peut être examiné en dehors de l’autre, sous ses aspects les plus variés, par un homme versé dans les sciences naturelles ? L’homme de science néanmoins, revient étudier chacun d’eux dans ses rapports avec tout le reste du corps. L’étude séparée qu’il a faite ne l’a que mieux préparé à une connaissance plus approfondie de ces rapports intimes.
- « Il en est ainsi du corps de la vérité.
- « Quoiqu’en dise M. Verity, j’affirme qu’il y a des vérités qui n’ont en elles-mêmes aucune sorte d’élément-religieux. La 47e proposition d’Eulide sera enseignée par un jésuite absolument de la même façon qu’à riiniversité de Londres. La géographie affirmera certains principes et désignera des endroits, des fleuves, des montagnes que nulle foi n’est capable de déplacer ou de faire se jeter dans des mers inconnues. Ces matières , ot d’autres avec elles, sont enseignées dans nos écoles les plus bigotes à des heures particulières et sans le moindre rapport avec la religion. Que signifie alors votre affirmation qu’il ne saurait y avoir d’éducation laïque pour cet enfant, à côté de l’enseignement religieux ? Quant au mode de procéder à cë dernier, si j’en juge d’après ce que j’ai vu, il est probable que nous ne tomberons pas d’accord, je désire tout d’abord déterminer certaines limites dans lesquelles notre commune bienfaisance pourra se mettre à l’œuvre.
- « Eh bien, nous croyons tous à la Bible ! Nous nous accordons tous à reconnaître qu’elle renferme quelque part la vérité religieuse. Mettez-lui, si vous le voulez, ce livre entre.les mains ; agi’ssez sar l’enfant par la pratique et l’exemple; entourez-le de ces bienveillantes et saintes influences qu’il est donné à
- beaucoup de nos sectes de pouvoir exercer dans maintes circonstances. A quoi bon un catéchisme ! C’est dans le livre ouvert de notre vie de chaque jour qu’il doit lire son Credo. Les articles de foi les plus solides seront ceux qui, si je puis m’exprimer ainsi, se seront cristallisés dans sa conscience sous l’action combinée de la vérité et de l’expérience, et non point ceux dont de religieux colleurs d’affiches pourraient en placarder les parois.
- « Qu’est-ce que la vérité ? Telle est la question qu’il doit se faire et à laquelle il doit répondre lui-même, comme nous devons tous le 'faire en présence de la Divinité ! Ne vous méprenez pas sur mon compte ; je crois n’ètre pas plus indifférent en matière de religion que qui que ce soit ici, seulement mon opinion est différente sur la méthode la meilleure à employer pour en pénétrer l’esprit et le cœur. Evidemment il n’çst pas besoin, nous n’avons pas le pouvoir, —* ce serait absurde au supiême degré — de décider que cet enfant sera Calviniste. Qui voudrait se porter garant que dans la suite des années il resterait constamment pur de toute souillure de l hérésie Arminienne ? Oseriez-vous même décréter qu’il sera chrétien et protestant? Pour ma part je ne voudrais pas le garantir. Mais quand je vois autour de moi un si grand nombre de disciples du Christ,je me dis que, certainement, oh ! bien certainement, sans qu’il soit besoin d’aucun mécanisme religieux, il lui sera suffisamment témoigné de la façon dont il doit faire son salut. Vos prières, vos visites, l’influence morale de votre bienveillance et celle de votre parole ; l’enseignement de la vertu lui arrivant, non point par des dogmes, mais par des groupes de croyants animés d’un saint zèle et prêchant par l’exemple ; cet exemple qu’il aura constamment sous les yeux et qui lui révélera chaque jour tous les trésors de la miséricorde divine... tout cela le mettra bientôt à même de rechercher la vérité qui vous a fait ce que vous êtes. Qu’une bonne âme de femme lui tienne lieu de mère, mais que l’ensemble des qualités de cette femme dicte votre choix et non point ses croyances religieuses. Plus simple sera sa piété.... et, j’ose le dire, mieux cela vaudra pour l’enfant. »
- Ce discours franc et qui allait droit au but tomba comme une nouvelle pomme de discorde au milieu du Comité. Des groupes irrités se formèrent et le digne Président se trouva impuissant à rétablir Tordre. On convint d’un ajournement. Heureusement pour le corps*de Bébé Ofênx qu'on l'avait envoyé- dans un asile où de l’argent donné par des Protestants lui assurait | pour quelque temps une bonne nourriture, tandis
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- que ses bienfaiteurs discutaient sur ce que l’on ferait de son âme. .
- Il n'est certes pas hors de propos d’interrompre ici cette histoire et d’appeler l’attention sur ce fait que dans la discussion que nous venons de rapporter, chacun avait raison jusqu’à un certain point et s’entendait dans une certaine mesure. Que l'enseignement religieux fut dû- à un esprit immortel ; que ce fût un devoir de lui présenter quelques notions de la Divinité et de l’Eternité, on le contestait à peine ! Tout le monde s’accordait également sur la nécessité de ce que l’on nommait la culture intellectuelle. Il fallait bien enseigner à cet enfant quelque chose du monde où il allait vivre et, qui plus est, cette dernière. connaissance semblait deVoir être celle qui devait précéder toutes les autres. Comme chaque disputant avait ses visées particulières, mettre ainsi fin au différend lui paraissait être la chose la plus importante. D’ici, par un écart naturel, on en vint à traiter comme étant opposés des sujets qui, en réalité, étaient semblables et tout à fait compatibles. Ceux-ci appelaient ceux-là athées qui répliquaient par l’épithète de fanatiques. Puis la chose se corn» pliqua: Qu’était-ce que la Religion? La culture intellectuelle.. . on pouvait s’entendre à cet égard; cela embrassait des terrains connus; mais cette religion !! En combien de parcelles, matière à contestation, ne se divisait-elle pas? Ces frères protestants étaient comme des voisins de campagne qui doivent se rencontrer aux foires, aux marchés, à dès rendez-vous de chasse et dans les bals, qui se souriènt et se saluent, quoique chacun au fond du cœur regarde son voisin et les bornes qui limitent leurs champs respectifs, d’un œil presque féroce. La plupart d’entre eux, très probablement passent leur temps à la poursuite de procès interminables.
- Pour la plus grande partie des membres du Comité, Religion signifiait croyance, et comme chacune des vastes corporations qu’ils représentaient avait sa croyance, son Credo, il leur était impossible d’arriver à composition sur le compte de Bébé G-inx, ou de tout autre âme enfantine. Si ce n’était peut-être pas toujours, c’était du moins très-souvent qu’ils combattaient pour de futiles distinctions. La confession de Mahomet eut-elle été limitée à cet article : Il n'y
- qu'un seul Dieu, le sang de maintes nations nô se fut pas soulevé pour protester contre ce Gredo. Mais à cet article on ajouta : et Mahomet est son prophète, on protesta. Si les Protestants animés d’un esprit pacifique laissant de côté toutes les petites suIh tilités qui peuvent les diviser, consentaient à s’entendre sur le seul point qui les réunit tous, quelle force d’impulsion n’aurait pas cette union, quels obs-
- tacles, quelles erreurs ne renverserait - elle pas !
- Quand Bébé Ginx parvenu à l’âge de raison, eut été capable de distinguer la vérité de l’erreur (en admettant la possibilité d’une pareille distinction,) il y avait dans le pays cinquante mille respectables gentlemen de chaque nuance d’opinion religieuse qui eussent pu mettre à son service leurs diverses théories, quoique peu d’entre eux n’eussent été satisfaits à moins de pouvoir s’emparer de l’enfant tandis que sa jeune nature était plastique et d’essayer d’imprimer sur un être immortel la marque de fabrique de quelque invention humaine. (A suivre),
- L’ÊDUCATION FUTURE
- Un des écrivains les plus distingués du protestantisme libérai, M. H. Mouchon, pasteur à Lyon, vient de publier sur ce que doit être l’éducation un volume qui mérite plus qu’une simple notice bibliographique (1).
- Nous n’avons ni l’intention, ni le .temps, ni la place voulue pour discuter en détail tout ce que contient cet ouvrage. Sur beaucoup de points nous ne sommes pas d’accord avec l’auteur, et si nous pensons avec inique deux réformes surtout sont nécessaires dans ce domaine :
- l°La substitution d’une méthode vivante et libérale aux méthodes mortes que nous ont iéguées les jésuites ;
- 2® La transformation radicale des rapports des maîtres avec les élèves,
- par contre nous ne pensons pas qu’il suffise de modifier les conditions de l’internat ; pour que l’éducation réponde réellement à ce que l’on est en droit de lui demander, il faut que l'externat, ce complément de la vie de famille, prenne la place de l’internat, ce diminutif de la caserne et du couvent.
- Les lecteurs du volume de M. Mouchon ne se douteront certainement pas qu’ils lisent l’œuvre, d’un pasteur, car il n’est pas une seule ligne où la question de l’enseignement religieux soit touchée. Aucun doute que cette réserve soit volontaire : l’auteur a pensé être utile aux idées éducationnelles qu’il défend en gardant pour un autre volume ses opinions sur le rôle éducatif de la religion.
- Dans la crainte de rebuter les esprits peu familiers avec les matières sévères dont il avait à traiter, M. Mouchon a donné à son ouvrage la forme d’un roman. La scène se passe au siècle prochain, à l’intérieur d’une institution édifiée sur les principes nouveaux. En plusieurs endroits de ce roman se trouvent des pages où l’auteur s’élève à de très-hautes considérations. ,, ......
- (1) Un collège m plein soleil ou Véducation au XXe siècle. Paris, Fischbacher éditeur, 1 vol. in-12 de 286 p.
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- Nous en reproduisons trois, qui donneront une idée de la valeur de l’ouvrage.
- Voici par exemple ce que l’auteur nous dit des conséquences sociales que ne manquerait pas d’avoir à la longue sa méthode nouvelle d’éducation, dans laquelle les travaux manuels alternent avec les travaux intellectuels.
- N’oublions pas que les paroles qui suivent sont sensément prononcées au XXe siècle :
- « Oe qui divisait le plus les hommes c’était cette espèce d’antinomie , qu’on établissait jadis entre bourgeois et ouvriers, les uns voués exclusivement au travail de l’esprit, pendant que les autres l’étaient au travail des bras. Le bourgeois méprisait l’ouvrier qu’il regardait comme un esclave, l’ouvrier jalousait le bourgeois qu’il regardait comme un fainéant. Depuis qu’on s’occupe un peu plus d’instruire les uns et de développer les muscles des autres, ces antipathies disparaissent. L’ouvrier, plus instruit s’aperçoit que le travail de l’esprit est aussi difficile, peut être plus, que le travail des bras. Il regarde l’architecte comme un travailleur tout aussi bien
- que le maçon.......Le bourgeois, de son côté, ne
- méprise plus un travail qui entretient la vigueur de son corps et lui procure chaque jour de très nobles jouissances. Quand il aborde un ouvrier, il sait par-1er sa langue et se mettre à sa portée; il peutlui dire:
- « Je suis des vôtres » et le lui montrer. Bref, il n'y a plus qu’uue nuance entre l’un et l’autre : l’un travaille de son cerveau pour vivre et de ses bras pour se distraire ; l’autre fait exactement l’inverse, et tous deux se rencontrent et se comprennent au
- milieu.....Cela finira peut-être par déraciner de la
- bourgeoisie cette couardise chronique, qui la rendait si méprisable et la poussait à chercher en dehors d’elle-même, dans les moyens les plus vains et les plus bas, la préservation de ses intérêts. »
- Voici deux autres passages non moins remarquable. Il sont extraits d’un parallèle entre l’éducation telle que M. Mouchon la suppose exister au XXe siècle et celle qui existe aujourd’hui :
- « Ces deux principes d’éducation, l’ancien et le nouveau, ne sont pas seulement en lutte dans l’éducation, mais partout, et vous les avez nommés avant moi : l’un s’appelle « autorité », l’autre s'appelle « liberté ». Définissons les l’un et l’autre.
- a Le principe d’autorité part d’une défiance en quelque sorte absolue de la nature humaine. Cette nature, à ses yeux, n’est pas une plante généreuse et vivace, qui, sous la condition d’être placée dans une bonne terre, arrosée et cultivée convenablement, porte d’elle-même et nécessairement tous ses fruits. C'est une sorte d’animal féroce, qu’il s’agit de lier et de garrotter avec soin, et dont on ne peut utiliser les forces qu’à condition de le faire d’avance trembler sous le fouet.
- « La méthode de liberté, sans méconnaître le mal inhérent, hélas 1 à la nature humaine, croît qu’il faut faire appel avant tout aux bons côtés de cette nature ; qu’on gagne plus sur elle par la confiance que par son contraire ; qu’il faut lui inspirer la foi dans sa dignité en le respectant du dehors ; qu’il est absurde d’empêcher l’homme de marcher sous prétexte de prévenir ses chûtes; que la répression enfin, impuissante et dangereuse toute seule, n’acquiert une cer-
- taine efficacité que du fait de suivre les autres moyens et d’en assurer le retour.
- « Ainsi de ces deux méthodes, l’une impose, l’au-„tre persuade ; l’une exclut le choix, l’autre le provoque ; l’une rétrécit, comprime, étouffe ; l’autre élargit, dilate, développe, éclaire ; pour tout dire, l'une tend à faire des esclaves, l’autre veut faire des hommes libres. »
- ....... « A quoi attribuer cet affaissement des
- caractèrès, cet énervement des consciences, cet oubli de la notion du devoir, cette soif de jouissances, cet égoïsme féroce, et pourquoi n’oserions nous pas le dire ? cette immoralité débordante, qui ont fait fia honte de notre pays et qui ont failli le précipiter dans des abîmes sans fond ? A bien des causes, je Je veux, mais tout d’abord, n’en doutez pas, à un système d’éducation qui semblait ordonné en vue de produire et de multiplier ces déplorables résultats.
- « A la place de la conscience vous aviez mis un réglement. Le réglement ôté, vous vous êtes trouvés en face d’une table rase.
- « Dix années entières, vous aviez tenu cet enfant, puis cet adolescent, puis ce jeune homme serré dans d’étroites lisières. Le jour où, rompant brusquement ces liens, vous lui avez dit : « Il est temps, sois homme ! » il est tombé et sa chùte a été si lourde, qu'il ne s’en est pas relevé.
- « Vous aviez étouffé en lui avec soin tout sentiment d’indépendance et tout genre d’initiative 1 A la première difficulté, au premier danger il a pris peur et il s’est donné un maître, le premier venu.
- « Au point de vue religieux c’est plus triste encore. Révolte insensée, soumission aveugle, scepticisme et fanatisme, la France a vu ces deux monstres s’échapper du même antre, poursuivre la même carrière, se combattre et se soutenir tout ensemble, et, chose plus bizarre encore, se donner le baiser de paix dans les mêmes cœurs, étouffant dans cette union hybride les derniers restes de la dignité humaine, de la pudeur et de la vertu. » E. C.
- BIBLIOTHÈQUE DU FAMILISTÈRE
- La Bibliothèque du Familistère a reçu de M. Favelier père, 74, rue du faubourg du Temple, *Paris, les volumes suivants :
- La Bible de l’humanité, par J. Michelet.
- Recueillements poétiques, par Alp. de Lamartine.
- Le printemps perpétuel en France et en Angleterre, par M. Malapert.
- Histoire littéraire de la Révolution, par Eugène Maron.
- Le Pape, par Victor Hugo.
- Garibaldi — Histoire de la conquête des Deux-Siciles, par Marc Monnier.
- De l’esprit, par Helvétius.
- La marmite libératrice ou le commerce transformé, par Gallus.
- Marnix de Sainte-Aldegonde, par Edgar Quinet.
- Poésies, par Mme Emile de Girardin.
- Almanach de la coopération pour 1870, 5 exemplaires.
- Le mouvement ouvrier à Paris de 1870 à 1873, par J. Barberet.
- Les associations ouvrières dans le passé, par Camille Pelletan.
- Gracchus Babeuf et la conjuration des égaux, par Philippe Buonarroti.
- La Bibliothèque du Familistère recevra toujours avec la plus vive reconnaissance les volumes que l’on voudra bien lui envoyer.
- I Le Directeur-Gérant : Godin.
- Saint-Quentin — lmp. de la Société anonyme du Glaneur
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- numéro hebdomadaire 20 c. DIMANCHE 4 JUILLET 1880
- 3* ANNÉE, TOME 4 — N° 95
- Le Devoir
- JOURNAL DES RÉFORMES SOCIALES
- bureau
- À GCJISE (Aisne).
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant. Fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE par l’envoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
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- »»
- Un an. . . . 11 f
- Autres pays
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- ON S’ABONNE
- A PARIS
- 5,r.Neuve-des-Petits-Champs Passage des Deux-Pavillons)
- S’adresser à M. LEYMARIE administrateur delà Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- Mutualité sociale et association du capital et du travail. — Le Divorce. — Coopération et association. — Congrès de^Newcastle. — Deux petits martyrs. — Nouvelles diverses. — Patente de l'oisif. — L'instruction. —- Feuilleton : Le dernier né de Qinx. Variétés.
- MUTUALITÉ SOCIALE
- ET
- ASSOCIATION DD CAPITAL ET DU TRAVAIL
- Par M. GODIN
- NOTIONS PRÉLIMINAIRES CHAPITRE XIV
- Des fonctions et emplois et de la direction dans l’administration
- Dans toute direction, les résultats sont en concordance avec le mérite et la capacité des Personnes attachées aux fonctions dirigeantes.
- Ce fait depuis longtemps remarqué que tant talent les hommes tant valent les choses, implique surtout pour l’association la nécessité d’ap-Peler aux fonctions les hommes les plus dignes et les plus capables.
- Mais par quel moyen atteindre ce but ?
- Comment être assuré de toujours donner à l’association des fonctionnaires à la hauteur du rôle qu’ils ont à remplir ?
- La nécessité d’assurer une direction suffisante et stable à la marche d’industries dont dépend l’existence de populations entières, se comprend plus que jamais. On conçoit tout ce qu’il y a d’inconvénients et de dangers à ce que les établissements les plus importants soient encore assujettis aux chances de directions incertaines, aux hasards de tomber entre des mains inhabiles et incapables ; tel est pourtant le sort des ateliers de production de tous ordres, aussi bien dans l’agriculture que dans l’industrie.
- A une direction intelligente et prospère peut succéder une direction incapable et ruineuse. Rien dans l’état actuel de notre organisation agricole et industrielle n’est prévu pour empêcher de tels malheurs ; et cependant ils compromettent les plus réelles ressources des populations laborieuses.
- Tous les hommes intelligents entrevoient le préjudice que cet état de choses cause à la production générale et aux moyens de subsistance des classes ouvrières ; mais bien peu ont mesuré l’étendue du mal.
- L’insuffisance des directions est la principale cause de l’imperfection du travail, de la production mal calculée, de l’encombrement des produits et par suite de la concurrence dépréciative, de l’abaissement des salaires, du chômage, de
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- la misère des classes laborieuses, toutes choses que clés directions intelligentes éviteraient.
- Le principe de l’association s’oppose à cet état d’anarchie industrielle dont souffre la société tout entière, L’industrie sociétaire n’est plus soumise au régime arbitraire d’un seul chef de fabrique.
- L’Association ne peut pas permettre que la direction tombe, par voie d’héritage, aux mains d’incapables et'd’inhabiles, elle est naturellement portée, à la confier à l’intelligence et au mérite.
- Au nom de l’intérêt de tous, l’Association procède d’une façon rationnelle^ et d’après des règles qui ne laissent ni à l’arbitraire ni à la faveur le soin des mesures à prendre.
- Ses Conseils ont charge de veiller aux intérêts communs, et c’est surtout clans l’organisation des pouvoirs qu’ils ont un rôle salutaire à exercer.
- Le choix des fonctionnaires est une des questions les plus difficiles pour l’association. C’est en grande partie du mérite de ses agents supérieurs que dépend sa prospérité, et il faut reconnaître que dans l’état présent du développement intellectuel des masses, il n’est guère fréquent d’y trouver les éléments d’une direction comme celle que réclament les affaires sd diverses d’une association qui embrasse les approvisionnements et la vente des denrées domestiques, les soins de l’habitation, la production manufacturière et agricole, et les opérations de commerce.
- Une telle administration exige des capacités réelles à la tête cle ses différents services, et c’est de la succession et du renouvellement de ces capacités que dépend la prospérité sociale.
- _ En présence des difficultés de l’organisation des pouvoirs dans une société importante, les esprits prévenus diront que l’Association est impossible.
- C’est trop se presser de conclure. L’Association a ses difficultés à vaincre, mais si l’on se représente les inconvénients et les dangers auxquels l’industrie actuelle est assujettie, on reconnaît sans peine que c’est encore l’Association qui doit y remédie^.
- L’industrie, dans sa constitution présente,est | sans suite. La grande majorité des établisse- I
- ments périclite en moins de cinquante ans.^ connaissances, les traditions industrielles Se perdent parce que le droit d’héritage est puissant à les conserver.
- Le régime de l’Association perpétue, au con traire, les bonnes traditions, les capacités dj rectrices et administratives ; il conduit à or^ niser le concours à tous les emplois et à mettre ainsi en relief toutes les capacités et toutes leg aptitudes.
- L’Association du Familistère r exige deux sortes d’épreuves pour le choix et l’avancement de ses fonctionnaires. Ces épreuves sont celles du concours et de l’élection.
- Par le concours, le candidat fait preuve de capacité suffisante ; par l’élection, il est établi que le fonctionnaire jouit de la confiance et de l’estime des associés.
- Les Conseils de l’Association sont, comme nous l’avons déjà dit, juges des concours en ce qui concerne les connaissances techniques du candidat.
- L’appréciation du mérite ou de la valeur morale est dévolue au suffrage.
- L’Association donne ainsi, dans la mesure du possible, la direction aux plus capables et aux plus dignes ; elle remédie donc à la confusion et à l’arbitraire qui existent actuellement dans le choix des employés, et elle ne peut en aucun cas tomber absolument en des mains incapables.
- Je ne crains pas d’affirmer que c’est dans la bonne organisation et l’intelligent usage des concours et de l’élection que se trouvera la cause principale des succès de l'Association, comme c’est dans l’oubli de cette règle qu’elle trouverait la cause de ses insuccès.
- C’est à la honte des religions et des gouvernements que l’on voit d’un côté tant de pauvreté , d’autre côté tant de superfluité et de luxe.
- Si l’on calculait les dépenses tout à fait vaines et superflues dans un pays, et si l’on en faisait la base d’un impôt ou une contribution charitable, il y aurait plus de maisons d’asile que de pauvres, plus d’écoles que d’écoliers, et l’on pourrait encoret épargne? de grosses sommes pour les dépenses générales de’dtf nation.
- GrUILLA.UME PENN.
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- LE DIVORCE
- IV
- g avons vu que les intérêts de la moralité pu-• « et ceux des enfants nés de parents désunis 6 . de la manière la plus impérieuse que le e.0 0 soit substitué à la séparation de corps. Ils ne t pas seuls à réclamer cette substitution : l’intérêt des conjoints qui ne vivent plus en bonne harmonie se prononce non moins énergiquement en sa faveur.
- C’est ce que nous allons établir.
- \ous ne pouvons mieux aborder cette étude qu’en cédant la parole à M. Léon Renault qui en a posé les prémisses en termes excellents dans son rapport à la Chambre des députés.
- « Il s’agit, dit-il, de choisir entre deux remèdes à 0n mal dont l’évidence s’impose. Lequel est le plus efficace et le moins dangereux ? Comparons les effets du divorce et de la séparation de corps et voyons s’il vaut mieux accorder ou refuser aux époux, dont l’union conjugale doit être dissoute de fait, la faculté de se remarier.
- « La première raison de préférer le divorce à la séparation de corps, c’est que-celle-ci ne repose que sur une fiction. Elle suppose le maintien du lien conjugal. Eli bien ! n’est-ce pas une allégation vaine? Eu quoi consiste, aux termes mêmes de nos lois, ce lien puissant et sacré ? Demandons-le au Code Civil.
- Art. 212. Les époux se doivent mutuellement fidélité, secours, assistance.
- Art. 213 Le mari doit protection à sa femme, la femme obéissance à son mari.
- Art. 214. La femme est obligée d’habiter avec son mari et de le suivre partout où il juge à propos de résider. Le mari est obligé de la recevoir, de lui lournir tout ce qui est nécessaire pour les besoins de la vie, suivant ses facultés et son état.
- « Ces trois articles sont la définition même du mariage. Elle ne donne comme matière à ses engagements que des obligations morales.
- “ Si tels sont bien, dans notre Code, le caractère etl’objet du mariage, qu’en reste-t-il dans les cas la conduite de l’un des époax ou de tous deux a rendu la séparation de corps nécessaire ?
- « Les promesses réciproques de fidélité, de secours, d assistance, qui formaient l’essence même ducon-^ ont été méconnues par l’un des époux ou par tous deux. La femme, au lieu de la protection tipulée, n’a rencontré que l’outrage et l’abandon ; le f ^ri> avait droit à l’obéissance, s’est trouvé en ^ de ia révolte ; la fidélité a été désertée par le don10U ^ar> *emme 1 *e respect et l’afifection, qui
- et à l’état de mariage sa dignité, son charme
- le . l0Fce> se sont éteints dans les cœurs des époux ; les ri?ns ou *a Laine trop justifiés les ont remplacés ; perm t+es on^ poussées à ce point qu’il a fallu ccinm ' aa mar* et à la femme de faire cesser cette extériUDaU^ *a table et du lit, qui était le signe *Sprit®ur/e fanion étroite de leurs cœurs, de leurs » de leurs volontés. Que subsiste-t-il donc
- de cette union conjugale dont le Code a donné une si haute formule et une si noble définition ?
- « Le temple s’est écroulé ! Le3 ruines seules en demeurent éparses sur le sol, encombrant la route. Au nom de quel intérêt social, do quel principe moral les déclare-t-on sacrées ? Pourquoi laisser au mari et à la femme des débris de pouvoir, des restes de droit qui deviennent dans leurs mains égarées comme des tronçons d’arme avec lesquels ils se meurtrissent et s’assassinent? Pourquoi les condamner tous deux, le coupable et l’innocent, le bourreau et la victime, ou à une viduité contraire à la nature humaine, ou à la formation d’unions illégitimes, clandestines ou publiques, qui ne se fondent trop souvent qu’au détriment de l’honneur et de la sainteté d’autres mariages ; que la loi tolère ou punit, suivant que c’est le mari ou la femme qui s’y engagent ; en face desquels la conscience publique se trouble, ne pouvant absoudre et n’osant condamner, et qui, volontairement stériles ou irrégulièrement fécondes, empêchent le nombre des citoyens de cioître, ou multiplient dans la nation le nombre des enfants adultérins ?
- « Quelle morale est satisfaite par la conservation de cette autorité mutilée et dégradée à la fois que la séparation de corps laisse au mari vis-à-vis de sa femme, innocente ou coupable des faits qui ont amené la rupture du mariage? La femme séparée a le droit de vivre comme elle le veut, d’aller et de résider où il lui plaît; elle est seule maîtresse de ses actions, de ses relations, de sa considération. Eh bien! cette même femme ne peut ni donner, ni recevoir, ni acquérir, ni aliéner, sans une autorisation de ce mari auquel il est interdit de la hanter et de la fréquenter. Dans l’ordre moral elle est émancipée; dans l’ordre matériel elle demeure asservie. Que gagne l’idée nécessaire du pouvoir dans la famille à cette contradiction ? v
- « Que devient-elle quand on assiste à ce spectacle trop fréquent d’un mari qui, n’ayant plus le droit d être le gardien, le conseiller de sa femme, peut encore être son espion, et qui, ne pouvant plus légalement entrer comme époux dans le domicile de sa femme,peut y pénétrer accompagné d’un commissaire de police, sur un soupçon juste ou injuste ? »
- Il serait facile de s’étendre sur le triste sort que la séparation de corps réserve à la femme séparée et d’établir que le divorce dépouille cette situation de ce quelle a de déplorable ou même la supprime radicalement.
- Le plus souvent la séparation survient tandis que la femme est encore jeune. Si c’est le mari qui a les torts, la pauvre femme devient une victime dont le sort est digne de la plus grande pitié.
- Quelle alternative en effet, que celle dans laquelle la malheureuse se trouve placée 1
- Ou bien elle se résigne à accepter la vie décolorée que lui fait la loi et à fermer son cœur à tout nouvel amour.
- Ou bien elle fait sans 1$, loi ce .que la loi ne lui permet pas de faire avec elle et ouvre son cœur à une nouvelle affection.
- Dans le premier cas elle se condamne à traîner une
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- existence faite d'abandon et d’isolement, une existence fermée à tout amour et à tout espoir,
- dans le second elle se condamne à attirer sur elle Fhostilité et la réprobation publique.
- Pauvre femme, elle n’a le choix qu’entre ces deux malheurs !
- Il ne lui est même pas permis d’espérer de devenir mère, car le jour où elle sentirait un enfant tressaillir dans son sein, ce jour là, au lieu d’amener pour elle la suprême consolation de son malheur, amènerait au contraire un malheur de plus : l’enfant auquel elle donnerait le jour serait condamné dès sa naissance à être un des parias de la société.
- Quel contraste avec la situation de la femme divorcée 1
- Celle-ci redevient complètement maîtresse d’elle-même. Elle peut vivre au grand jour de la même vie que toutes les honnêtes femmes. Elle peut ouvrir son âme à l’espérance ou la livrer à l’affection. Elle peut se remarier, avoir de nouveau le bonheur de devenir mère et trouver dans l’amour de ses enfants l’oubli de ses souffrances passées et ia compensation de ses malheurs immérités.
- La situation que la séparation de corps fait au mari est à peu de chose près la même que celle qu’elle fait à la femme.
- Il y a toutefois quelques différences. Ainsi l’opinion publique se montre moins hostile envers l’époux séparé qui contracte une union irrégulière, qu’en vers la femme séparée qui en contracte une. De plus le mari séparé est exempt de tout contrôle de la part de sa femme, de toute immixtion de celle-ci dans sa conduite privée, tandis que la conduite de la femme séparée n’est pas exempte de l’immixtion . du mari. Par contre, étrange phénomène d’incohérence légale ! la même loi qui sépare de corps les époux et les autorise à vivre éloignés l’un de l’autre, considère ces mêmes conjoints comme n’ayant jamais été désunis : les enfants de la femme séparée continueront d’appartenir au mari, dont l'action en désaveu n’est recevable qu’en cas de recel de la naissance ; ils porteront son nom et hériteront de lui.
- Est-il besoin d’insister sur ce qu’une telle législation a d’odieux ? Elle seule suffirait à exiger la substitution du divorce à la séparation de corps.
- Mais l’enfant né après la séparation ne sera pas seul à porter contre toute justice le nom du mari de la mère, ce sera la mère aussi qui continuera à porter ce nom.
- Avec la séparation de corps, que les époux le veuil-
- lent ou ne le veuillent pas, le nom du mari
- celui de la femme, et cette communauté du
- res:
- nom f.
- auti,
- rejaillir sur l’un des époux l’infamie dont 1 peut se couvrir.
- M. Léon Richer a fort bien montré quels incofl. nients cela peut avoir pour l’homme . ”
- « Si la femme séparée reste honnête, dit-il -bien ; mais si la passion ou le besoin la poussé contracter une liaison criminelle, elle peut portp 1 déshonneur dans la famille de l’homme qui \-donné son nom. Car ce nom lui reste, ne roub]Qt ; pas ! Elle peut le souiller, le couvrir de toutes* hontes, le traîner publiquement à' travers les r* scandales d’une vie de débauche. Si les torts qU[ amené la séparation sont de son . côté, si elle a ^ mauvaise épouse ou mauvaise mère , si c’est une6; sérable qne cettefemme, eh bien ! la voilà pour jours en possession d’un nom honoré, respect qu’elle vautre, elle, dans les orgies, et qu’elle tr-= nera un jour peut être jusque sur les bancs de la^ lice correctionnelle ou de la cour d’assises I »
- La contrepartie de ce tableau pourrait être faic Nombreuses sont les femmes qui ont dû se sépar* de maris brutaux et dénaturés, et qui ont dû traîne jusqu’à la fin de leur vie, comme le boulet d’un força; à perpétuité, le nom de ce mari, fut-il déshonoré pi-des scandales publics ou frappé de flétrissure par condamnations infâinantes. Quel sort pour la ma-heureuse qui a sacrifié son nom de jeune fille poi: porter jusqu’à son dernier jour le nom d’un escrc: d’un incendiaire ou d’un voleur !
- Le divorce a cela pour lui qu’une fois les épom désunis par la loi la femme reprend le nom qu’eh portait avant son mariage. Si c’est elle qui est victime, elle rejette loin d’elle un nom déshonoré; si ai contraire c’est elle qui est coupable elle ne peut pim flétrir ou jeter le déshonneur sur le nom qui cesse d’être le sien.
- Ce sont là des considérations qui ont bien leur vi-leur.
- Il en est cependant de plus hautes à faire.
- L’autre jour, en parlant de l’intérêt des enfant; nous avons dit quelques mots du tort irréparables font à la vie de famille le scandale des plaidoiries a: séparation.
- Les pauvres enfants 1 ils ont déjà bien à souffrir; ces scandales, mais combien le tort qui leur estk ainsi est moindre que celui fait aux conjoin-Ouvrez les journaux quotidiens et parcourez 1^ comptes-rendus des tribunaux. Qu’y trouvez-von; Le plus souvent de longues colonnes sont consacre* aux procès en séparation. Est-ce à dire que ces aô* res-là soient plus nombreuses que celles d’un an’-genre? Non pas, mais la presse a pour elles115 prédilection toute particulière. Une société bl^-comme la nôtre affectionne le scandale; le coirfÿ
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- rendu
- (jes procès qui y prêtent le plus est un ex-
- I
- t appât pour le public- Un procès bien re--'sapt fait vendre des journaux. C’est un filon ^atif Qae ^es (f*recteurs de journaux s’entendent à '^veillo à exploiter. Plus le scandale est grand, Dier p^baine pour eux est excellente. Aussi leur ^uS . Souci est-il de veiller avec le plus grand ^ ^ ce que leurs comptes-rendus présentent les
- en séparation sous le jour le plus déplorable P qble- Aveu triste à faire : plus ils dévoilent de ^ndales et pins ils rendent ces scandales retendants, pins ils gagnent d’argent. Il est facile de Comprendre ce qne devient en de telles circonstances l’honneur des époux qui plaident en sépara-
- MM. les avocats ont encore moins de scrupules que MM. i0S directeurs de journaux. Ils s’adressent au même public mais la liberté des débats leur garantit en cas de diffamation une impunité qne les lois contre la presse n’accordent pas aux journalistes. Les avocats ont donc, d’une part, tout intérêt à solliciter l’attention du public par des détails scandaleux ; d’autre part, tout intérêt pour obtenir gain de cause par l’emploi des procédés diffamatoires dont l’impunité leur est garantie. Aussi ne manquent-ils jamais de tirer tout le parti possible de la latitude qui leur est laissée et du rôle qui leur est convolu. Ils n’épargnent rien pour grossir les incidents, dénaturer les soupçons, les développer de certaine manière, leur donner du piquant ou du relief, les agrémenter ou les rendre plus saisissants par les fleurs de leur rhétorique et les broderies de leur imagination.
- Il n’est pas rare de voir au cours des débats les conjoints découvrir dans les plaidoiries des avocats une foule de griefs de tout premier ordre dont eux, conjoints, n'avaient jamais soupçonné l’existence. La surprise est parfois aussi forte chez la partie qui accuse que chez celle qui est accusée. L’irritation des époux a beau voir les choses en noir, elle ne les Toit jamais sous des dehors aussi odieux que ceux que l’imagination de l’avocat sait forger pour la circonstance.
- Et combien plus triste encore devient la comédie SlIon plaide reconventionnellement. On assiste alors ^ un étrange duel d’éloquence dans lequel les deux Parties, parla voix de leurs avocats, se versent réciproquement des tonnes de boue sur la tête,à la grande Jubilation des badauds. C’est qu’il ne s’agit pas dans 06 genre de procès d’établir la vérité, au contraire, â importe d’établir, avant tout et à toute force, des CQipabilités et de les prouver aussi graves, aussi ‘^Pardonnables que possible, dût-on, pour le succès
- delà cause, les dénaturer ou même les imaginer. Dans tout cela, MM. les avocats se préoccupent exclusivement de leurs propres affaires et peu leur importe les conséquences que peuvent avoir pour les époux leurs plaidoiries; l’essentiel à leurs yeux c’est qu’elles aient du retentissement, et que, en entraînant le gain du procès, elles prouvent leur savoir faire et contribuent à augmenter leur clientèle.
- Pauvres époux ! que devient dans tout cela votre intérêt ?
- Le plus souvent les époux n’ont qu’une très faible partie des torts que les avocats accumulent sur eux ; d’autrefois ils sont victimes des apparences ou de coïncidences fortuites; presque toujours ils pourraient invoquer des circonstances très atténuantes ; quelquefois même celui contre qui la séparation est obtenue est justement celui qui aurait eu le plus de droit de la demander : c’est la victime que l’on condamne; raison est donnée au plus roué. Ces choses-là se voient tous les jours.
- N'importe î l’opinion publique ne sait rien de cela ou n’en veut rien savoir. Elle a pris note des scandales et se les rappellera. En vain les époux séparés chercheront à effacer par une vie tranquille l’impression de ces débats, en vain une conduite exemplaire prouvera-t-elle à qui la voit de près que toutes les accusations mises sur leur compte sont des infâmies, ils auront beau faire, ils ne s’en laveront pas complètement aux yeux du public. Leur crédit, leur considération morale, la confiance dont ils jouissent, le nom même qu’ils portent et que porte leur famille, auront reçu une atteinte dont il restera toujours quelque chose.
- Et tant que la séparation de corps existera, ces scandales et leurs conséquences existeront.
- C’est pourquoi nous demandons que le divorce avec la clause du consentement mutuel soit rétabli dans notre législation au lieu et place de la séparation de corps, et non pas institué parallèlement avec elle comme beaucoup le demandent.
- La société a de trop grands intérêts compromis par l’existence de la séparation de corps, pour qu’elle puisse l’autoriser plus longtemps. Lui adjoindre le divorce ne suffirait pas, il faut qu’on la remplace radicalement par lui. La moralité publique, l’intérêt des enfants, l’intérêt des conjoints, en un mot tout ce qu’il y a de plus sacré et de plus respectable dans la société l’exige impérieusement.
- Ed. Champury.
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- LE DEVOIR
- COOPÉRATION ET ASSOCIATION
- CONGRÈS DE NEWCASTLE (1)
- V
- Seconde Journée [suite). — Mardi 18 Mai.
- Nous signalions dans notre dernier numéro l’importance qu’aurait l’entente définitive des coopérateurs et des trade’s unionistes, au point de vue' de la solution du problème du capital et du travail ; problème qui ne s’impose pas seulement à la coopération mais au monde industriel tout entier.
- Si désireux que nous soyons de voir les idées que le Devoir s’est donné mission de répandre, marcher rapidement vers leur réalisation, nous ne nous dissimulons pas les résistances que rencontre encore rétablissement de la répartition équitable des bénéfices.
- Ce n’est pas la première fois que les trade’s unions font aux coopérateurs le reproche de ne pas faire participer, d’une_ façon plus satisfaisante, l’ouvrier aux bénéfices de la production. <
- Pourquoi ?
- En 1856, une manufacture de coton fut fondée par les pionniers de Rochdale,
- Tous les ouvriers n’y étaient pas associés ; mais, d’après les statuts, ils étaient appelés à partager les bénéfices dans une certaine mesure. Le montant de leurs salaires était assimilé à un capital égal.
- Vers 1862, beaucoup d’actions passèrent aux mains d’étrangers à la fondation de la Société. Bientôt les actionnaires formèrent la majorité, et purent décider que les simples ouvriers ne participeraient plus aux bénéfices.
- Ce fait n’est pas isolé.
- Le grand principe de l’intervention du travail dans les bénéfices de la production, bien qu’il ait été posé et qu’il ait reçu un commencement d’application dans diverses sociétés coopératives a toujours été sacrifié à l’influence du capital et presque perdu de vue.
- Cependant nombre des chefs du mouvement coopératif reconnaissent qu'il est urgent d’appeler le travail à participer aux bénéfices de l’industrie et de déterminer les règles de cette participation, de façon à éviter tout à la fois les écueils signalés par le passé, et ceux qui résulteraient d’une distribution hâtive et individuelle des bénéfices.
- La nécessité de réaliser la régénération des classes ouvrières en inaugurant la répartition équitable des bénéfices se fait jour de tous côtés. Non seulement
- (i) Voir les numéros des 6, 13, 20 et 27 Juin.
- cette pensée est formulée par les principaux oratP du Congrès de Newcastle; mais nous la retrou ^ dans une conférence tenue à Leith, en Ecosse ^
- « Je suis fermement convaincu », dit M. lan, secrétaire de la section écossaise, « qU6 térêts de nos travailleurs et le plus grand bien fa société en général exigent que tous nos efforts dent à mûrir le système le plus propre à l’avau^ ment social et au bien du genre humain.
- « Cela je le maintiens peut être effectué d’une fa^ complète et permanente si nous agissons d’après^ principe que la base de toute entreprise coopératif de production <Joit être l’élévation du travail, cv là l’étoile polaire qui devrait toujours nous guider le centre de gravité sur lequel doivent pivoter noj pensées et nos actions ; le centre vers lequel tom doit converger. »
- La discussion sur la Société coopérative de duction, qui fait l’objet du titre 2 du programme h Congrès de Newcastle ne pouvait pas ne pas téinol-gner de cette préoccupation générale.
- Aussi le discours de M. Swallow, que nous donnons plus loin, est-il très -affirmatif sur ce point.
- M. Swallow signale une autre question au sujet de laquelle une courte explication est nécessaire; nous voulons parler des débouchés des sociétés de production.
- Il y a deux sortes de Sociétés coopératives de production :
- l9 Celles qualifiées de Fédérales parce qu’elle! sont organisées par les Sociétés fédérées qui constituent les Vholesale (Sociétés de vente en gros).
- 2° Celles organisées par les souscriptions privées des travailleurs ou par les trade’s unions.
- Naturellement les premières fondées par les Sociétés de vente en gros ont des débouchés assurés. Il n'en est pas de même des scondes, c’est donc pour celles-ci surtout que M. Swallow réclame autant que possible l’aide de toutes les Sociétés coopératives de consommation.
- Voici le discours de M. Swallow :
- La coopération est destinée à élever -les classes ouvrières; mais ce but ne peut être atteint par la simple coopération distributive, et bien que nos succès soient merveilleux dans cette voie et qu’ils aient attiré l’attention du gouvernement : cependant la coopération distributive a peu fait pour élever les coopérateurs au-dessin de la position de simples salariés; peu pour émancipe-le travail de la domination du capital et pour rendu l’homme indépendant en lui permettant de recueilli1 ^ fruits de ses propres efforts.
- Tant que la coopération productive ne sera pas org* nisée d’une façon aussi large, aussi complète que l’estl*
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- 0 ération distributive, nous ne pourrons pas dire que C°° s ayons atteint le but principal assigné à nos efforts, ^est-à-dire améliorer matériellement la condition du C vaideur donner Ie produit de son travail.
- nous n’avons qu’une pensée sur ce sujet et si nous ^^3 qu’il serait bon pour la nation et pour la majo* nté du peuple que les relations des facteurs de la produc-, tion fussent établies de façon à ce que le produit de ces facteurs soit plus équitablement réparti, pourquoi ne nous mettons-nous pas à la besogne en hommes énergiques, afin de donner à notre pensée une solution pratique ?
- Quelques-uns répondront que la tâche est difficile ; que le temps n’est pas venu de résoudre un problème aussi ardu; qu’il serait, il est vrai, grandement avantageux à la population qu’un tel plan put être mis en pratique, mais que les difficultés sont si grandes et les risques si nombreux qu’il y aurait folie à se mettre à l'œuvre.
- Est-ce là parler en coopérateurs ?
- N’avons-nous pas assez de puissance intellectuelle pour surmonter les obstacles ?
- Nulle innovation ne peut être réalisée sans peine ; le problème d’arracher au monopole du capital la richesse industrielle produite annuellement, pour la faire passer aux mains des producteurs qui y ont les droits les plus légitimes ne s’accomplira pas sans efforts, sans dévouements ni sans quelques échecs.
- Mais assurément nous ne serons pas arrêtés par ces considérations. Des hommes sérieux s’élèvent au-dessus de telles difficultés et marchent même au-devant des plus grands obstacles afin de réaliser ce qu’ils croient être bon en principe et de concourir à leur plus grand bien en même temps qu’à celui de leurs camarades de travail.
- Nous avons déjà des sociétés productives installées sur divers points du pays, c’est un premier pas vers la réalisation des plus grandes choses, et je maintiens qu’il est du devoir de tous les coopérateurs de manifester leur sympathie envers ces sociétés et de leur venir pratiquement en aide afin d’assurer leur succès.
- Souvenez-vous qu’ils sont nos frères, une partie de notre paisible armée, ceux qui marchent en. avant du corps principal et préparent les lauriers delà victoire. Qu'ils se sentent donc soutenus par nous tous afin d’avancer sans crainte à l’encontre des dangers qui les entourent dans leur nouvelle entreprise.
- Que les coopérateurs individuellement et collectivement se mettent bien dans l’esprit que les sociétés productives doivent être soutenues au nom du principe même de la coopération ; car un échec parmi elles porte éteinte à tout le mouvement auquel elles sont associées» Je crains qu’il n’y ait pas entre nos sociétés un esprit suffisant de solidarité. Les produits des diverses assortions productives ne sont pas répandus autant qu’ils
- devraient l’être parmi les membres. Dans beaucoup de cas les comités et les individus tout à la fois sont d’une indifférence véritablement étonnante à l’égard des créations de leurs frères producteurs.
- Les coopérateurs pourraient, avec la plus grande faci* lité, s’approvisionner pour la nourriture et le vêtement chez les sociétés productives et, à condition égales de prix et de qualité, jamais les produits du dehors ne devraient avoir la préférence sur ceux créés en coopéra* tion. C’est une question de la plus haute importance. Comment les sociétés productives vivront-elles si elles ne savent où écouler leurs produits et qui leur offrira ces débouchés si ce n’est leurs frères coopérateurs?
- Ne savons-nous pas quel peu d’aide elles trouveront en dehors de nous ?
- Je suis certain que les demandes de nos magasins suf* tiraient à entretenir la production des quelques sociétés coopératives actuelles.
- La Société de vente en gros, comme centre de distribution devrait veiller à ce que les produits des coopéra-teurs fussent en première ligne dans ses magasins.
- Les chefs de la fédération de consommation désirent tout naturellement que les sociétés distributives s’approvisionnent loyalement au centre, ce ù’est certainement pas trop demander à la Société centrale elle-même que d’agir de la même façon envers_les sociétés productives.
- Que de fois les représentants des sociétés productives qui viennent offrir leurs produits aux sociétés de consommation s’entendent dire : « Nous voudrions bien üous approvisionner chez vous, mais nous ne le pouvons pas, étant résolues à nous fournir directement à la Société de vente en gros. »
- Si les choses étaient convenablement organisées, les sociétés productives n’auraient pas besoin d’envoyer des représentants de ville en ville afin de placer leurs produits. La société mère à elle seule suffirait à leur commerce et serait leur intermédiaire naturel.
- La plupart des tentatives de production coopérative qui ont rencontré quelques succès ont été établies pour la fabrication d’articles d’un usage journalier pour les membres de nos magasins. La société de vente en gros et quelques-unes de nos plus grandes sociétés distributives fabriquent également Certains de ces articles ; mais une telle production est forcément limitée et ces sociétés étant formées surtout pour la distribution et visant aux bénéfices du consommateur, ont une tendance constante à perdre de vue l’intérêt du travailleur.
- Les intérêts du consommateur sont si favorisés . que ceux du producteur ne peuvent qu’en souffrir, et que la situation du travail dans ces sociétés est aussi peu enviable que dans les établissements appartenant à des capitalistes. Le travailleur est en réalité acheté et vendu au lieu de devenir membre de l’établissement dans lequel
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- il est employé et de participer aux bénéfices du travail. Pour qu’un homme soit convenablement intéressé à son ouvrage, il faut qu’il ait un avenir ouvert dans la maison où il travaille et qu’il ait la perspective d’avoir part aux profits de l’industrie à laquelle il est attaché. Il deviendrait ainsi intéressé à la stabilité et au succès des usines en devenant propriétaire d’une portion du Capital.
- Ceci est impossible, sinon à un degré infinitésimal, dans les ateliers de production des sociétés distributives dont nous venons de parler et nous n’avons pas à espérer de grands résultats des sociétés de prodution, tant que nous n’aurons pas intéressé le travailleur de ces deux façons : savoir comme actionnaire dans les profits du Capital et comme participant dans les bénéfices du travail.
- Je rappellerai aussi que la plus grande partie des ouvriers sont généralement occupés à produire des articles qui ne sont, ni vendus à nos magasins, ni usités parmi nos coopérateurs. C’est à l’établissement d’ateliers pour la production d’articles destinés à combler cette lacune que nous devons concourir de toutes nos forces, si la coopération veut réellement arriver à l’émancipation du. travail.
- Il est temps d’établir pour nos ouvriers des ateliers où ils puissent exploiter leur industrie particulière où ils mettront comme garantie sérieuse le capital dont ils pourront disposer et aussi leur habileté, -leur énergie, leur intelligence, leur travail, en fait eux-mêmes, et de leur donner lorsque les résultats sont bons (et ils le sont lorsque l’entreprise est gérée honnêtement) une plus large part dans les bénéfices.
- Sans doute la difficulté qui s’élèvera à l’origine de telles entreprises sera le manque de capital suffisant. A ceci, je pense, les sociétés distributives pourront porter remède en avançant une partie des fonds qu’elles auront épargné en prévision des besoins des travailleurs. Ces fonds ne pourraient être appliqués à une meilleure œuvre, à une œuvre plus en harmonie avec la pensée qui leur a donné naissance, savoir l’amélioration de la condition du travailleur. Il serait veillé autant que possible à la sécurité de ce capital; il recevrait un intérêt fixe, variant naturellement en proportion des risques qu’il courrait dans les diverses industries ; mais le grand principe qui serait toujours observé c’est que le Capital est loué comme un agent pour être mis en œuvre par le travailleur et que, en conséquence, après paiement de l’intérêt ou loyer qui lui est dû, le produit appartient aux travailleurs.
- Nos trade’s unions et autres sociétés peuvent, je pense être amenées à avancer une partie de leurs fonds pour un tel projet, et je ne sais pas de meilleur moyen d’utiliser leurs ressources que dans des expériences de cet ordre.
- Les travailleurs des divers établissements et les Trade’s Unions possèdent relativement peu du Capital employé dans la production coopérative, la plus grande partie étant la propriété des sociétés distributives ou
- d’individus intéressés comme capitalistes. Ceci joint i l’apathie des sociétés dont j’ai parlé précédemment ^ paraît être un très sérieux empêchement et devoir con tribuer beaucoup au manque de succès et de dévelop pement du côté productif du mouvement.
- Les hommes doivent apprendre à épargner leur capi. tal et à en user pour leur propre émancipation. Toutou, vrier, employé dans un magasin coopératif doit en de. venir actionnaire et jusqu’à ce qu’un capital suffisant pour répondre à tous les besoins soit acquis, le travailleur laisserait autant que possible accumuler son profit pour des développements ultérieurs. Nous avons large, ment appris aux travailleurs par la coopération dis tribu-tive à être sobres et à épargner ; il est maintenant de la plus grande importance de leur enseigner à utiliser leurs épargnes pour de plus grands avantages. Ceci comporte des efforts et des sacrifices ; mais dignes du but; et je conjure ardemment les chefs du mouvement de consacrer leur énergie à enseigner aux travailleurs à devenir leurs propres patrons par l’emploi de leurs épargnes coopératives, leur assurant que les bons résultats d’une telle œuvre récompenseront largement des peines et des efforts, et que la production coopérative est appelée à produire des conséquences qui excéderont de beaucoup celles déjà si fécondes de nos premiers pas dans la voie de la coopération.
- La discussion s’engage ensuite sur les points soulevés par le discours de M. Swallow.
- M. Farn dit que la coopération productive, selon lui, est aussi aisée que la coopération distributive.
- Il désirerait avoir une histoire détaillée des causes de ses échecs.... Il soutient que ni dans la distribution ni dans la production on ne peut établir qu’un échec soit dû. à la non excellence du principe.
- Il soumet les propositions suivantes à l’attention du congrès : * .
- 1° La production coopérative est aussi aisée que la distribution coopérative, siexle est pratiquée d’une façon aussi régulière et dans le même esprit.
- 2° Pour un échec de production coopérative il y a eu des douzaines et des vingtaines d’échecs dans la distribution coopérative.
- 3° Dans ce cas il ne peut être dit que l’échec soit attribuable à l’infériorité du principe.
- 4° Dans toute direction la capacité doit être la seule condition de l’avènement aux emplois et à la direction.
- 5° Il faut se procurer un capital suffisant.
- 6° Que le capital soit transférable mais non remboursable.
- 7° La branche de production choisie doit être celle qui est familière à la majorité des membres.
- 8° Dans les bonnes années des réserves doivent être faites pour les temps difficiles, en mettant de côté des fonds destinés à couvrir les pertes, de façon que l’intérêt soit toujours payé et payé en plein.
- 9° Nul prélèvement personnels pour services rendus
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- ne doit être autorisé en aucun temps ni sous aucune forme.
- 10° Tous les membres sans exception, doivent se mettre dans l’esprit que le droit d’investigation libre, loyale, complète, appartient à chacun et à tous et que personne ne doit réclamer pour soi-même un droit que même implicitement il dénie à autrui.
- Une discussion serrée s’établit sur les causes de succès ou d’insuccès des sociétés coopératives de production et sur l’aide qui leur est plus ou moins prêtée par les autres coopérateurs.
- M. Hodgson Pratt dit q»’en fait le Congrès est le parlement, du travail vt qu’il discute en ce moment la pins importantes des questions qui peuvent lui être soumises.
- Jusqu’à ce que cette question de travail soit réglée d’une façon satisfaisante par le monde coopératif il y aura une grande quantité de travailleurs qui en ce pays manqueront de sympathie pour le mouvement.
- L’orateur termine en déposant la motion suivante :
- « L’opinion du congrès est que le devoir des acheteurs dans les magasins coopératifs est de donner la préférence aux articles produits en coopération si ces articles ne sont inférieurs, ni en qualité, ni en prix à ceux fournis par le commerce privé. »
- Cette motion est adoptée.
- M. Greenwood dit « qu’un des objets de la coopération est de débarrasser les classes laborieuses de leur assujettissement au capital. Le salariat est en état de demi esclavage. Les associations, industrielles doivent être encouragées par ce qu’elles permettent au travailleur de devenir capitaliste, qu’elles lui donnent une belle part des fruits de son , industrie et qu’elles l’émancipent de la servitude. (Ecoutez. Ecoutez).
- Quant à la cause des échecs dans les sociétés productives, nous la trouvons dans ce fait que quelques-unes de ces sociétés, bien que produisant d’excellents articles, manquaient de tact commercial. Il est difficile de trouver des administrateurs à la fois habiles producteurs et bous commerçants, Savoir quand il faut acheter et vendre est essentiel au succès d’une entreprise industrielle. »
- Vers la fin de la discussion M. Swallow reprend la Parole et dit, entre autres choses :
- “ La coopération n’atteindra son but que lorsqu’elle aura réalisé l’émancipation du travail.
- “ Plus nous aurons de sociétés coopératives de Production faisant participer l’ouvrier aux bénéfices, Plus près nous serons des habitations sociétaires. »
- Ainsi revient incidemment, dans une discussion où 8e sont débattus les intérêts vitaux du travail et du
- commerce coopératif, la question de l’habitation sociétaire.
- Cela ne nous surprend pas.
- D’abord l’œuvre de M. Godin est trop connue' en Angleterre, grâce à ses publications et à l’infatigable propagande de M. Vansittart Neale, pour qu’elle ne tienne pas une certaine place dans les préoccupations des hommes de progrès; ensuite il y amne telle connexion entre la production, la consommation et l’habitation, (Voir Mutualité sociale dans notre n°du 20 juin), qu’il est tout naturel que la question des associated homes ait pris rang dans lesftravaux des coopérateurs anglais, comme elle s’imposera logiquement à l’attention de tous les socialistes sérieux. J. P.
- DEUX PETITS MARTYRS
- Un ouvrier mineur de Saint-Julien-Maurienne avait confié deux de ses enfants, Auguste, âgé de douze ans, et Michel, âgé de huit ans, à un habitant d’une commune voisine, patron ramoneur, nommé Falcaz. Un traité de louage fut signé : Falcaz s’engagea à payer par tête d’enfant 120 francs par année. De plus, il promit de leur fournir immédiatement un chapeau et une paire de souliers par dessus le marché. Devant cette munificence, le pauvre mineur pensa que ses enfants allaient être fort heureux avec Falcaz.
- Falcaz emmenant Auguste et Michel et un neveu nommé Lacambe, âgé de seize ans, se mit en route pour sa campagne d'hiver. Les ramoneurs ne voyagent pas en première, ils franchissent les distances à pieds et ne craignent pas la rigueur des saisons. Mais le dernier hiver a été des plus cruels. Comment par un temps pareil, circuler sur les routes où s’accumulaient la glace et 1a, neige ! C’est pourtant ce que faisaient Falcaz et sa petite troupe. Lui et son lieutenant Lacambe étaient bien couverts et bien chaussés, mais les pauvres petits n’avaient que des chaussures ouvertes et des lambeaux de vêtements. Ils n’en pouvaient plus, ils avaient faim.
- A bout de forces, ils s’arrêtaient sur la route,
- s’asseyaient dans la neige et demandaient un peu de
- repos ; mais Falcaz et Lacambe les faisaient aussitôt
- relever et les frappaient avec un bâton ferré. Michel,
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- le plus jeune, pleurait, Auguste, son frère aîné, le consolait tout bas et lui inspirait du courage. Il lui rappelait sa mère, son père et ses autres petits frères qui étaient dans la peine, au village, et qui seraient heureux de recevoir à la fin d’une année tant d'argent que Falcaz devait leur donner.
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- LH DEVOIR
- Michel essuyait ses larmes avec sa manche, et répondait qu’il aurait mieux aimé rester dans sa famille.
- Aux repas Falcaz leur donnait un morceau de pain, et quelquefois un os à peu près décharné. Si les petits ramoneurs recevaient un peu de pain blanc d'une main charitable, Falcaz et Lacambe le prenaient pour eux. Ces enfants eurent d’abord les pieds enflés et écorchés, puis la gangrène s’y mit. Auguste a perdu les orteils des deux pieds, et Michel, tous les doigts de la main droite. L’un est à l’hôpital de Châlons, l’autre à celui d’Epernay. Il sont estropiés pour toujours.
- Falcaz et Lacambe ont été arrêtés et viennent d’être condamnés, mais cela ne change rien à la triste position des deux pauvres petits martyrs.
- La société fait bien de punir les abus de ce genre, mais elle ferait encore infiniment mieux de les prévenir.
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- NOUVELLES DIVERSES
- FRANCE
- LES GRÈVES
- LILLE
- Le conflit entre les patrons et les ouvriers de l’industrie métallurgique a pris un caractère aigu. Aux réclamations des ouvriers les patrons ont répondu par la fermeture générale de tous les ateliers. Dans plusieurs usines les ouvriers n'ont pas attendu la fermeture de l’établissement pour se déclarer en grève.
- La grève se continue dans des conditions de tranquillité complète. Les ouvriers grévistes se tiennent pour la plupart dans leurs familles, et les groupes, extrêmement restreints, qui circulent dans les rues de la ville passent inaperçus dans le mouvement général.
- Il se* confirme que les ouvriers congédiés par les patrons auraient quelques ressources qui pourraient prolonger la grève. Un certain nombre trouveront d’ailleurs à s’employer dans des industries similaires.
- On sait que le bureau de conciliation des prud’hommes s’est prononcé mercredi contre les réclamations des ouvriers demandant une indemnité de huit jours de salaire. Les ouvriers n’ayant pas admis cette décision, l’affaire a été portée devant le conseil des prud’hommes au complet qui, réuni en assemblée générale, a confirmé la décision du bureau de conciliation et donné également gain de cause aux patrons.
- NIMES
- La grève des ouvriers charpentiers a commencé le 16 juin à la suite d’une réunion d’ouvriers de plusieurs patrons. Les patrons n’ont pas voulu accorder une augmentation de 10 centimes réclamée par les ouvriers.
- La grève des ouvrières fileuses de Nîmes est terminée.
- MARSEILLE • '
- Les ouvriers marbriers sont toujours en grève ; ils résument ainsi leurs demandes : abrogation de tous les travaux à façon ; augmentation de 1 fr. par jour sur le taux actuel.
- TOULOUSE
- Les ouvriers forgerons en voitures viennent de suspendre les travaux ; ils demandent une augmentation de 50 centimes par jour.
- AMIENS
- Les ouvriers, dans un grand nombre de manufactures, ont J’habitude d’apporter de la petite bière pour leur usage. La maison Collet-Dubois, par un règlement récent ayant interdit l’entrée de cette boisson, les ouvriers se sont mis en grève. '
- BORDEAUX
- Les charpentiers grévistes de Bordeaux maintiennent leurs conditions et persistent à repousser les propositions des patrons, qu’ils considèrent comme inaceepta-I blés. Les ouvriers demandent un tarif de journée ainsi, l disent-ils, qu’il est établi dans toutes les villes de i France.
- S Dans une réunion privée tenue à la salle des Lilas, ( deux cent cinquante ouvriers ont voté le maintien de la [ grève.
- | TRONES
- Les ouvriers couvreurs et zingueurs de Troyes se sont mis en grève. Us demandent une augmentation de vingt centimes par heure et la promesse que la journée d’hiver ne sera jamais de moins de neuf heures.
- Actuellement, ils ne gagnent qu’une moyenne de 40 centimes l'heure, et encore ils ne travaillent pas d’une façon régulière ni assurée. Défalcation faite des-jours fériés et des chômages imposés par le mauvais temps, c’est au plus s’ils sont occupés deux cent quarante jours dans l’année, ce qui leur produit un total maximum de 1,120 francs.
- On voit par ces chiffres que leur réclamation n’est point déraisonnable, d’autant plus que leur profession est pleine de dangers et qu’ils risquent à chaque instant de se tuer.
- CREUSOT
- Les ouvriers maçons et couvreurs du Creusot ont déclaré aux entrepreneurs que, faute d’avoir obtenu cinquante centimes par heure, ils se mettaient en grève. La journée étant de dix heures, c’est en somme un gain quotidien de 5 francs qu’ils réclament; il n’y a pas là d’exagération.
- NICE
- Une entrevue des ouvriers maçons de Nice a eu lieu avec l’adjoint de cette ville, M. Poulain.
- Une commission mixte va être constituée pour examiner les revendications.
- On espère une entente.
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- * *
- Nouveau tarif <les tisseurs lyonnais.
- La chambre syndicale des tisseurs de Lyon vient d’élaborer un nouveau tarif pour les étoffes façonnées, les robes et confections.
- Ce tarif a été communiqué à 84 négociants en soieries, que la chambre syndicale convoquait, à cette occasion, en réunion privée, mardi dernier, dans la salles des Réunions industrielles, au Palais du Commerce.
- Il était dit dans la convocation que les fabricants qui n’assisteraient pas à la réunion seraient considérés comme donnant une adhésion tacite aux propositions de la chambre syndicale.
- Yoici, d’après le Salut Public, les résolutions qui ont été adoptées dans cette réunion :
- 1° Que la date est fixée au 1er juillet 1880, irrévocablement, pour l’application du nouveau tarif, et qu’à partir de ce jour il ne sera pris aucune pièce n’étant pas payée dans ces conditions;
- 2° Que les commissions de maison sont chargées de convoquer les maîtres de chacune d’elles avant le 1“ juillet pour prendre des décisions, lesquelles devront être consignées sur un procès-verbal et déposées à la chambre syndicale, qui sera chargée de prendre toutes les mesures nécessaires pour en assurer l’exécution immédiate ;
- 3° Pour faciliter la tâche de la chambre syndicale, des procès-verbaux contenant les présentes résolutions seront tenus à la disposition de tous les maîtres, quipour-
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- ront, par leurs signatures, constater qu’ils ne prendront du travail qu’autant qu’il sera payé d’après le nouveau tarif ; .
- 4U Que tou.es maisons refusant de payer dans ces conditions seront mises en demeure après la déclaration contenant les renseignements constatant @e refus.
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- Union des chambres syndicales ouvrières.
- Une importante réunion de délégués des syndicats ouvriers a eu lieu jeudi, 17 juin, place de la République.
- Le sujet de la léunion était l’étude d’un projet d’union des chambres syndicales ouvrières, dont les termes sont formulés dans une circulaire adressée à ces sociétés par la commission d’initiative et dont voici quelques passages :
- Considérant que l'intérêt général de la démocratie ouvrière exige que l’opinion publique soit éclairée sur l’essai de Fédération tenté par quelques groupes collectivistes révolutionnaires, qui affectent de parler au nom des chambres syndicales, se servent de leur autorité et s’emparent de leur silence comme d’une adhésion.
- Considérant, en outre, les différences d’aptitudes ou de tendances existant entre les divers genres de sociétés ouvrières possédant des statuts :
- Considérant enfin l’admission dans certains groupes dits : « d’Etude sociale ; » d’éléments non ouvriers, admis sous la vague dénomination de « travailleurs ; » attendu que ces' sociétés ne seraient pas, — pour l’Union syndicale ouvrière, — une garantie d’homogénéité sérieuse et durable ;
- La commission vous propose de procéder à l’organisation de l’Union syndicale ouvrière sur les bases suivantes :
- Projet de statuts.
- Article ler. — L’Union syndicale ouvrière est fondée dans le but : 1° De concourir au progrès moral, intellectuel et matériel des travailleurs des deux sexes, ainsi qu’à la légitime satisfaction de leurs vœux et besoins ;
- 2° d’étudier toutes les questions que leurs intérêts soulèvent et de prendre toutes les mesures utiles et nécessaires à lemr émancipation.
- Art. 2. — La durée de l’Union syndicale ouvrière est illimitée ; son siège est fixé à Paris.
- Art. 3. — L’Union syndicale se compose de toutes les chambres syndicales qui adhèrent aux présents statuts.
- Art. 4; — L’Union syndicale’ ouvrière est représentée par un conseil exécutif qui devra se réunir au moins une fois par mois. Ce conseil se subdivise en autant de commissions et sous-commissions qu’il le jugera nécessaire au bon fonctionnement de l’Union syndicale. Il fait son réglement intérieur.
- Art. 5. — Le conseil exécutif se compose de trois délégués de chacune des chambres syndicales adhérentes. Leur mandat'ne peut excéder un an et ils sont toujours révocables par leur chambre syndicale.
- Art. 6. — La cotisation de chaque chambre syndicale est fixée à par mois.
- Art. 7. — Toute chambre syndicale en retard de trois mois de cotisation pourra, après notification, être exclue de l’Union syndicale ouvrière. Elle ne pourra prétendre, non plus que les démissionnaires, à aucun remboursement.
- Art. 8. — Toutes propositions de modifications aux présents statuts devront être déposées au moins deux mois à l’avance, au siège de l’Union syndicale. Mais pour être adoptées elles devront réunir la majorité absolue des membres composant le conseil exécutif et l’adhésion de la moitié plus une des chambres syndicales adhérentes.
- Paris, le 1er juin 1880.
- Après la lecture de ce projet, plusieurs délégués ont, dans des rapports ou des discours fréquemment applau- I
- dis, démontré tous les avantages qui découleront de l’union de toutes les corporations ouvrières.
- Les délégués ont ensuite adopté, à l’unanimité,la proposition suivante :
- L'assemblée adopte le principe de l’Union sociale ouvrière, convaincue que tous les ouvriers soucieux de leurs intérêts répondront à cet appel.
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- SUISSE
- Séparation de l’Eglise et de l’Etat à Genève. — C’est un spectacle étrange, et curieux à la fois que celui qu’offre en ce moment la petite république de Genève. L’approche de la votation populaire sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat y développe une surexcitation politique réellement fébrile. On ne peut se faire une idée en France de l’intensité de cette vie politique. Conférences, assemblées populaires, brochures innombrables, affiches de dimensions démesurées, y pleuvent comme grêle.
- Impossible de prévoir au juste dans quel sens le peuple se prononcera. Inconséquence étrange : ce sont les radicaux qui combattent la séparation, laquelle est demandée par une coalition de protestants méthodistes et d’ultramontains. Les radicaux craignent que la séparation de l’Eglise et de l’Etat dans un aussi petit pays n’entraîne l’écrasement des idées libérales sous le libre développement du méthodisme calviniste et de l’ultramontanisme romain. C’est un brouillamini parfait.
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- ÉTATS-UNIS
- Congrès de San Francisco. — Le Congrès socialiste et du papier-monnaie, réuni à San Francisco, a adopté les résolutions suivantes :
- t° Remboursement de la Dette publique, non plus par l’amortissement ou la conversion, mais par le papier-monnaie ;
- 2° Suppression des banques et des monopoles ;
- 3° Frappe indéfinie de l’argent;
- 4° Suffrage des femmes;
- R° Impôt sur le revenu;
- 6° Journée de travail réduite à huit heures ;
- 7° Suppression des coolies chinois.
- Un tumulte indescriptible n’a cessé de régner pendant tout le cours des débats.
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- Une inconséquence. — Beaucoup de gens savent qu'une des plus grandes prisons américaines s’appelle les Tombes. mais ils ne savent pas quel gouverneur singulièrement bienveillant dirige ce pénitencier.
- Les condamnés sont souvent tristes, surtout si la sentence de mort a été prononcée contre eux; le bon gouverneur des Tombes a, en ce moment, sous sa charge deux de ces infortunés : Chastine Cox, un nègre meurtrier, et un blanc appelé Balbo.
- Dans ces circonstances, le gouverneur a pensé à procurer quelques distractions à ses hôtes, et il a prié la troupe Chico Evangeline, qui se trouvait libre une après-midi de vendredi, de venir distraire les prisonniers pendant une couple d’heures.
- On fit des préparatifs pour la recevoir, et un orgue fut transporté au second étage de la prison.
- La troupe arriva bientôt, renforcée d’une partie des chœurs du théâtre Niblo. Tous les prisonniers, excepté Balbo et Cox, étaient renfermés dans leurs cellules. Les deux meurtriers étaient assis devant la porte des leurs, et 1a. représentation commença.
- Miss Jarbeau chanta la ballade : Où es-tu, mon bien-aimé ? et à un bis vigoureux des prisonniers, qui applaudissaient en frappant sur les portes de leurs cellules, elle chanta : Laissez-moi rêver encore.
- Le morceau suivant fut un chœur français d'Evangè-line, suivi du chœur des matelots du même ouvrage.
- Quand les hommes eurent eu leur part, la troupe se
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- transporta du côté de la prison où sent les femmes, et la les hymnes sacrées furent mieux accueillies que la musique d’opéra-houfïe qui avait été applaudie par les hommes.
- Nous sommes grand partisan de l’emploi de procédés humanitaires envers les malfaiteurs, fussent-ils même des meurtriers, mais il nous semble que Ton ferait preuve de bon sens et d’équité en déployant à l’égard des travailleurs pauvres mais honnêtes autant de bienveillance et de sollicitude que l’on en déploie è l’égard des criminels.
- Chez nous, par exemple, les prisons sont bien construites et les prisonniers sont suffisamment nourris et vêtus, tandis que beaucoup de travailleurs qui n’ont fait de mal à personne et qui rendent service à la société n’ont pour se loger que des taudis infects et sont à peine vêtus et à peine nourri*.
- - Titres Princiers.
- Vous n’avez jamais eu la curiosité de parcourir l’almanach de Gotha ?... C’est une mine d’étonnement.
- Il n’existe pas moins de cent dix-neuf princes ou princesses européens appartenant à des familles souveraines et aptes à porter la couronne.
- Le plus titré de tous les princes, c’est l’empereur d’Autriche ; François-Joseph est une fois empereur, neuf fois roi, une fois archiduc, deux fois grand-duc, dix-huit fois duc, une fois grand-prince, quatre fois margrave, cinq fois comte-princier, deux fois prince et une multitude de fois comte et seigneur.
- Le roi de Portugal, qui a dix-huit prénoms, s’intitule roi des Algarves en deçà et au delà de la mer en Afrique.
- Il est, en outre, seigneur de la Guinée et du Congo et duc de Saxe ! L’aîné de ses fils a été gratifié de vingt prénoms ; le cadet en a vingt-neuf.
- Entre autres particularités, signalons le titre de roi de Jérusalem, qui est porté à la fois par l’empereur d’Autriche, l’ex-roi de Naples, le roi d’Italie et M. le prince de Lusignan. Pareil conflit se présente entre le roi Oscar de Suède, roi des Goths, et le roi de Danemark, également roi des Goths.
- Oscar et Christian ont deux autres royaumes aussi bizarres que chimériques. Le premier est roi des Wen-des et le second roi des Vandales.
- Mais le plus fantaisiste des souverains c’est le grand-duc de Mecklembourg-Strélitz, qui est à la fois général de cavalerie dans l’armée prussienne, colonel dans l’infanterie hongroise, et enfin docteur en droit de l’Université d’Oxford. C’est peut-être ce dernier titre qui a le plus de valeur.
- LA PATENTE DE L’OISIF (i)
- L’amendement de M. Girault demandant que l’oisif soit aussi bien assujetti à la patente que l’est l’homme qui se rend utile à la société par un bon emploi de son activité, a attiré l’attention de la presse entière.
- Les organes qui ont le plus approfondi la question ont conclu que la proposition n’était pas pratique.
- Nous sommes de cet avis et nous reconnaissons avec M. Morin de la Finance Nouvelle que l’application d’une telle loi serait, dans la plupart des cas, d'une injustice flagrante.
- Mais nous reconnaissons aussi et nous espérons que la Finance nouvelle reconnaîtra avec nous que c’est une injustice plus grande encore-de faire payer
- (I) Voit le Devoir du 23 mai.
- aux seuls travailleurs sous forme de patente une part de l’impôt destiné à entretenir des services utiles ou agréables dont l’oisif sera plus spécialement appelé à profiter.
- Voici de vastes promenades, des squares bien ombragés, soigneusement entretenus, que les fleurs rares embaument, et où l’eau chèrement achetée répand une fraîcheur délicieuse ; des monuments somptueux, embellissements coûteux de nos cités modernes.
- L’oisif se promène, se repose,admire à satiété tous les produits de l’art humain.
- Le travailleur confiné dans l’atelier ou le magasin, enchaîné toute la semaine, produit ou vend,travaille, en un mot, et paye, par dessus le marché, pour permettre à l’oisif de donner à son désœuvrement, sans bourse délier, toutes les jouissances que nous venons d'énumérer et d’autres encore.
- Mais alors c’est une iniquité que cette disposition financière qui fait que quand on vit du travail d’autrui on est moins taxé que lorsqu’on vit, et fait vivre de son propre travail.
- La Finance nouvelle s’attendrit sur le sort du philosophe, du savant qui passent leur vie à creuser des problèmes et s’exténuent sans rien gagner, des écrivains qui gardent leurs œuvres en portefeuille ou ne produisent qu’après leur mort ; sur le sort de ceux qui, obscurément, se livrent aux beaux-arts et y consacrent autant d’activité que les artistes de profession ; des inventeurs à la poursuite d’une découverte, de ceux qui remplissent des fonctions publiques non salariées, maires, conseillers généraux, etc., et la Finance nouvelle en conclut qu’on n’a pas de critérium pour discerner l’oisif.
- Nous l’avons dit, nous sommes absolument de son avis.
- C’est aussi la conclusion de la plupart des journaux qui ont parlé de l’amendement de M. Girault.
- Hé ! bien î il s’agit de tirer la conclusion de cette conclusion, et nous arrivons à ce fait de la plus haute importance sociale, c’est que notre législation sur l’impôt est à refaire. C’est qu’il faut supprimer l’impôt qui sous une forme ou sous une autre pèse sur l’activité humaine, sur le travail et sur les choses nécessaires à l’existence du travailleur. Il faut supprimer non-seulementla patente ; mais encore tous les impôts qui entravent la production et la consommation.
- Enumérer~les contributions dont la suppression est nécessaire serait trop long ; mais qui oserait soutenir que ces charges détestables ne pèsent pas plus lourdement sur le travailleur que sur l’oisif?
- L’équité n’exigerait-elle pas plutôt que les impôts soient prélevés sur la richesse acquise? J. P.
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- DE L’INSTRUCTION
- il.
- Les obstacles qui, encore à l’heure qu’il est, nous semblent se dresser devant l’application de la loi sur l’instruction primaire, sont de diverses sortes.
- Ainsi, dans certaines parties de la France, notamment dans celles les moins riches, les hameaux sont éloignés et à une assez grande distance de la commune où se trouve l’école. Le mauvais état des chemins vicinaux joint à cet éloignement delà commune, fait qu’au moment même de l’année où les parents ont le moins besoin de leurs enfants et fpourraient le plus volontiers les envoyer en classe, c’est pour eux une quasi-impossibilité de le faire. 1er obstacle .
- La rétribution à payer, quelque minime qu’elle soit, semble d’autant plus onéreuse à l’habitant de la campagne qu’elle est comme une prime par lui donnée pour se priver de l’utilité que dès l’âge de 7 à 8 ans lui offrent ses enfants, soit pour garderies troupeaux, soit même pour veiller sur de plus jeunes frères ou sœurs et permettre ainsi à la mère de se livrer aux travaux des champs. 2® obstacle. Enfin,
- 3e obstacle de la même nature que les précédents, l’insuflisance du nombre d’écoles et d’instituteurs primaires et, dans l’enseignement lui-même, |l’absence de méthodes expéditives et arrêtées qui, si elles étaient introduites abrégeraient de beaucoup le temps employé à répandre cette instruction élémentaire, indispensable dans un état démocratique.
- La loi exige que toute commune de 500 âmes ait une école mixte. Eh bien, jusqu’à présent il n’y a pour ainsi dire que les communes atteignant le chiffre de mille habitants qui en soient pourvues. Quant au matériel il est également insuffisant, et les 5/6 des écoles rurales n’ont pas de livres, si ce n'est peut-être des catéchismes ou autres ouvrages de religiosité. Quand on y trouve un livre d’histoire, c’est l’ouvrage de Mme de Saint-Ouen qui possède, il est vrai, de très belles enluminures de l’image de nos rois; comme aperçus historiques et, comme fond, quelques anecdotes fort insignifiantes. Hâtons-nous de le dire, nul crédit n’existe au budget de l’Instruction publique pour l’acquisition de livres. Lacune à combler !
- D’autres difficultés d’une autre espèce se présentent encore à la mise en pratique de théories propres au développement de l’instruction.
- Telle est l’apathie chez ceux des parents qui, n’ayant pas eux-mêmes reçu d’instruction, en méconnaissent les avantages et sont presque disposés j à la considérer comme une cause de désunion dans f
- les familles, craignant que leurs enfants, une fois plus instruits qu’eux, ne les dédaignent,ou ne s’écartent des errements traditionnels ;
- Tel est l’état de dépendance des instituteurs primaires et leur condition misérable dans maintes localités, condition qui les déconsidère aux yeux du public et s’opposent à ce qu’ils acquièrent dans la commune l’influence légitime qu’ils devraienty posséder.
- Telle est encore la lutte qui s’engage souvent entre le maître d’école et le curé, entre le laïque e^ le congréganiste, lutte dont le caractère se dessine de plus en plus à tous les degrés depuis le rejet de l’article 7 par le Sénat et les décrets du 29 mars dernier.
- Telles sont toujours l’indifférence et la parcimonie de certains maires et conseillers municipaux qui, soit crainte réelle ou mauvais vouloir, redoutent de voir leur commune s’endetter pour la fondation d’une école, ou refusent à un instituteur le traitement qui lui est nécessaire.
- Tel est, en raison de ce qui précède, le sentiment de répugnance qu’éprouve à embrasser la carrière de ^instruction un certain nombre de jeunes gens, répugnance trop bien fondée jusqu’à présent en présence de la situation faite aux éducateurs du peuple dont les fonctions ne peuvent être encore regardées comme une profession, puisqu'elles ne suffisent pas à faire subsister ceux qui les exercent.
- Telle est enfin l’incapacité de maints instituteurs, incapacité qui se conçoit de la part de personnes qui n’ont embrassé la carrière que comme un pis aller et en désespoir de tout autre.
- C’est donc à vaincre ces obstacles, à surmonter ces difficultés premières et mille autres qui en sont engendrées, que le gouvernement doit résolument s’appliquer. Mais on voit d’après la nature même de la tâche qui lui est imposée, qu’il ne pourrait suffire seul à l’accomplir ; il faut donc que les citoyens, individualité ou collectivité, lui viennnent en aide. Il faut que les Chambres secondent son action, fassent mieux encore, le poussent et lui donnent les moyens matériels et moraux de faire ce que n’ont pas voulu faire tous les gouvernements qui l’ont précédé.
- Il faut qu’il continue de multiplier les écoles... 700 de plus, c’est peu pour une population comme celle de la France et nous sommes encore loin du chiffre que compte l’Allemagne, toutes proportions gardées.
- Il faut que la loi municipale soit modifiée et que conseils généraux et conseils d’arrondissement s’en-
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- tendent pour que le premier obstacle que nous avons signalé disparaisse.
- Il faut que la gratuité ait raison du second et que l’indemnité même, dans des circonstances données, s’ajoute à la gratuité. Il importe que parents et enfants ne puissent que gagner au nouvel état de choses que créera le système adopté.
- Il faut avoir raison de l’apathie des parents en faisant, comme nous l’avons dit précédemment, une obligation de l’instruction primaire et si l’on indemnise ceux qui seront de bonne volonté, il faut que le mauvais vouloir soit puni. Le préjugé disparaîtra bientôt devant l’évidence et les familles ne seront pas longues à s'apercevoir que loin d’être une cause de désunion, ce degré de savoir acquis par les enfants est profitable à tout le monde.
- Il importe que l’instituteur primaire soit relevé à ses propres yeux en faisant de ses fonctions un sacerdoce qui, distinct de celui du curé, mais son égal sinon plus, lui attire confiance et considération de la part de tous. Le traitement de cet éducateur doit être inscrit à la place de celui de l’homme d’Eglise, au budget de l’Etat. Si lutte il doit y avoir entre ces deux influences, il est de toute nécessité que la victoire reste au plus digne, au plus capable, au plus dévoué, au membre de la grande famille humaine, plutôt qu’à celui qui dit n’en faire partie que pour s’en servir comme d’un instrument passif. Le domaine de l’un, du reste n’est pas celui de l’autre et le gouvernement doit veiller à ce qu’il n’y ait pas d’empiètement préjudiciable à la société, d’une part pas plus aue de l’autre.
- La commune libre et agrandie, possédant plus de ressources dont elle peut disposer, fera disparaître cet esprit de parcimonie de la part du maire et des conseillers municipaux. Des allocations pourront toujours du reste être accordées aux groupes dont les moyens sont insuffisants.
- Les obstacles vaincus par les réformes que nous venons d’indiquer à grands traits, la répugnance éprouvée par des jeunes gens capables à se vouer à l'instruction se changera promptement en un sentiment contraire et si, comme le ministre a déjà manifesté l’intention de le faire, nous pourrions dire a commencé à le faire, on ne surcharge pas trop les instituteurs, si le nombre des élèves qui leur seront confiés est assez grand pour exiger l’adjonction d’instituteurs-adjoints, on ne doit pas marchander avec cette exigence.
- Quand on aura bien déterminé les divers objets que devra comprendre cet euseignement primaire et les degrés dont il devra se composer, il faudra eneou*
- rager par tous les moyens possibles toutes ses méthodes expéditives.
- U suivre). C. P. Maistre
- LE DERNIER-NÉ DE GINX
- SA NAISSANCE ET SES AUTRES INFORTUNES
- ParM. JENKINS XII.
- Adieu l'argent J Adieu la foi / Adieu les œuvres /
- Le comité d’Union (Bébé Grinx) de la Société protestante des investigations tint 23 meetings au sujet de Bébé Ginx sans être plus avancé à la fin de la vingt-troisième réunion qu’à la première. Les meetings n’offrirent de différence que dans le classement des membres en fonction. L’ardeur du zèle pour la vérité fit quelque peu oublier les finances qui furent à la fin remises entre les mains du secrétaire de l’Association. Nous avons vu à quels énormes frais elles avaient eu à faire face. Les 23 meetings occupèrent une année tout entière. A la fin de cette période, le secrétaire fit bondir de surprise le Comité en déposant sur son bureau une demande de 3f> livres pour la nourriture et l’entretien du Bébé protestant pendant trois mois. Il ne restait en caisse que 1 L 4 s 4dl/2. Le rapport disait : « Nul effort, n’a été « épargné : insertions, pamphlets, contes, arti-« clés dp fonds dans les journaux et les publications « religieuses, sermons, tout a été employé pour « gagner à cet enfant l’intérêt du public, mais « l’attention en a été détournée par l’affaire impor-« tante Roman Spazzi et l’inquiétude causée dans le « monde protestant par la découverte récente faite « par le docteur Gooddee, d’un survivant de l’an-« cienne église protestante des Vieux bois, vivant erf « ermite dans une vallée retirée des Pyrénées. »
- Le secrétaire demanda au comité de fournir l’argent pour remplir les engagements contractés au sujet de Bébé, mais le comité ne répondit à cette demande que par un ajournement immédiat, et nul effort ultérieur ne fut capable de réunir un nombre suffisant de ses membres. Lorsque les personnes qui avaient soin, de l’enfant eurent connaissance de l’état des choses, elles commencèrent à presser le Secrétaire pour être payées et à négliger le petit protestant qui, alors âgé de 13 mois, commençàit à marcher. Nul argent ne se montrant les personnes en question vendirent les vêtements qui avaient été "donnés pour lui et partirent de "l’endroit^ otr ffs l’avaient pris à condition pour le compte du Protestantisme. Le secrétaire, s’il eut connaissance du fait
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- assez discret pour ne faire aucune enquête, et Bébé Ginx, comme question protestante, disparut du monde, Je n’ai jamais entendu dire qu’on se fut informé de ce qu’étaient devenu les fonds; mais on a déjà pu voir le compte que j’en ai fourni et qui devait en avoir été rendu.
- XIII. — En passant.
- Une nuit, à minuit environ, un vigilant boutiquier regardant en dehors de la porte de son magasin, avant d’aller se coucher, entendit un cri provenant d’un paquet sur le trottoir, lequel paquet n’était autre chose qu’un enfant emmailloté dans un sac à pommes de terre. Il ne fut pas long à s’apercevoir qu’il avait été disposé en travers dudit trottoir, au coin de sa maison sur une ligne creusée dans la pierre et qu’il savait être la limite de Saint-Simon Magus, sa paroisse, et Saint-Bartimeus, la paroisse adjacente. Il prit note, en véritable homme d’affaires, de la position exacte du corps de l’enfant relativement à cette ligne et le transporta ensuite au Workhouse de l’autre paroisse.
- TROISIÈME PARTIE
- Ce que fit; cte lui la IParoisse.
- I. — Difficultés paroissiales... à résoudre sans préjudice de...
- L’enfant apporté au Workhouse de Saint-Bartimeus était Bébé Ginx. Lorsqu’il eut été placé sur le plancher, dans la chambre de la matrone, et que le Directeur l’eut examiné, ce fonctionnaire se tournant vers le malencontreux porteur du fardeau :
- — Vous avez trouvé cet enfant ?
- — Oui !
- — Où?
- — Etendu vis-à-vis de mon magasin dans Nether Place.
- — Quel est votre nom ?
- — Doli.
- — Oh ! Vous êtes le marchand de fromages. Votre magasin est sur l’autre côté de la limite, dans l’autre paroisse. L’enfant ne devait pas venir ici. Il ne nous aPpartient pas.
- — Si ! Il n’était pas sur mon côté de la ligne.
- — Mais il était en face de votre maison ?
- — D’accord ; mais la ligne coupe le trottoir dans sa largeur ; il ne s’ensuit donc pas que l’enfant se trouvât sur notre paroisse.
- ~~ Quelle sottise ! Gela ne fait pas de doute ! Nous
- ne P°uvons accepter cet enfant. Il vous faut le remporter .
- Et M. Snigger se leva pour quitter la chambre. !
- “ Attendez un instant, monsieur, dit M. Doll, je I aisse t onfant tici; vous en ferez ce que bon vous f
- semblera. Dans tous les cas ce n’est pas mon enfant. J’affirme qu'il était sur votre paroisse et si vous ne vous en chargez pas, vous pourrez vous en repentir. Le Coroner (1), bien certainement, essaiera de gagner ses honoraires. Bonne nuit ! »
- Et il se hâta de sortir de la chambre.
- « Arrêtez », s’écria le Directeur, « Eh 1 dites donc, je n’accepte pas l’enfant. Vous le laissez ici à vos risques et périls. Nous le gardons sans préjudice... ne l’oubliez pas... sans préjudice, Monsieur, sans préjudice ! »
- M. Doll était déjà dans la rue et ne pouvait plus l’entendre.
- IL Un Conseil d1 administration.
- Les administrateurs de St-Bartimeus se réunirent le jour qui suivit l’adroite manœuvre de M. Doll. Parmi les affaires dont ils avaient à s’occuper, se trouvait un rapport du directeur du Workhouse à propos d’un enfant dont le nom était inconnu et que M. Doll, marchand de fromages, demeurant Nether Place, Paroisse de St-Simon Magus, avait trouvé en face de son magasin et, ainsi qu’il l’alléguait, sur le côté le plus rapproché de la limite de St-Bartimeus. Cet enfant était actuellement dans le Workhouse sous la garde de la matrone.
- Les administrateurs qui n’étaient pas habitués à se maîtriser ne purent s’empêcher de laisser éclater leur indignation à cette nouvelle. Comme M. Doll avait été lui-même un des administrateurs de St-Si-mon Magus, il leur paraissait évident que le marchand de fromages essayait de leur jouer un tour de sa façon en imposant à tort à la Paroisse un bâtard... Qui sait? Peut-être le sien.
- M. Çheekey, marchand de comestibles patenté, proposa de mettre le rapport au panier.
- M. Slinkum, drapier, appuya la proposition. M.Edge, marchand de fer, -quincaillier, fit observer qu’en agir ainsi avec le rapport serait sans aucun précédent parlementaire, et puis cela ne résolvait rien à propos du Bébé.
- « Bien, dit M. Cheekey rougissant jusqu’au blanc des yeux, qu’on fasse du rapport ce que l’on voudra ; mais je propose qu’on se défasse du marmot. Quelle est la meilleure forme à donner à ma proposition ? »
- Un marguillier qui par hasard, se trouvait être un gentleman exposa que le conseil ne pouvait trancher laquestiond’une façon aussi sommaire. « Il pou-rait bien y avoir là, » prévoyait-il, « un gentil point
- (t). Le coroner est un magistrat désigné pour faire les enquêtes sur les cas de décès, principalement lorsqu’il y a mort violente ou bien soudaine^ oiïbien encore lorsque les circonstances qui l’entourent font naître des doutes sur la cause du décès.
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- de loi sur lequel il appelait l’attention du Conseil. Certaines mesures légales lui paraissaient nécessaires pour déterminer la nature et l’étendue de leurs engagements et contraindre l’autre paroisse à se charger de l’enfant, le cas échéant. Il conseillait enfin de prendre l’avis de leur soliciter. »
- On dépêcha en toute hâte ce gentleman vers l’homme de loi.
- Pendant ce temps là on fit amener le Bébé pour l’examiner. La matrone l’avait confié à un pensionnaire de la maison, nommé Davus, une sorte de niais qui néanmoins avait de l’esprit et un esprit étrange justement quand il n’aurait pas fallu en avoir. Cet individu apporta Bébé G-inx dans la Chambre du Conseil et le posa sur la table. Le Conseil d’administration put l’examiner tout à son aise. L’enfant n'était pas dans un bel état : boiteux, sale, les joues creuses, les membres raides et à -moitié nu :
- « Pallidula, regîda, nudula. » (augenre près).
- « Hum, dit M. Stink, un éleveur de chiens, à quelle race appartient-il, celui-là ? »
- Cette saillie de mauvais aloi et tant soit peu grossière fut cependant bien accueillie par quelques administrateurs.
- « Sa généalogie », répondit gravement le niais, « remonte à 300 ans. Parents de noms inconnus, mais issus de Crève-de-faim par Misère. Le lignage a commencé par Pauvreté engendrée par Paresse, au temps delà reine Elisabeth. Quoique vous puissiez penser de la qualité de la souche, les rejetons ont été nombreux. »
- Cette plaisanterie fût moins du goût du conseil.
- « Bon! Bon! Voyons, » ditM. Scoop, épicier, un grand partisan des formes parlementaires, je « propose qu’on l’envoie... »
- « Qu’on l’envoie... Où ? » demanda M. Stinck.
- « A Newgate, je suppose », répondit le niais en clignotant.
- « Stupide ! Monsieur. — Par respect, faites sortir cet homme, » — s’écria M. Scoop. « Monsieur, débarrassez la chambre, laissez-nous délibérer ! »
- On chassa Davus et l'on confia alors formellement Bébé à un comité. A ce moment entra le conseiller juridique.Les faits lui ayant été mis sous les yeux, il dit :
- « Messieurs, me fondant sur ce que je viens de voir, je suis d’avis... mon opinion est que la paroisse sur laquelle l’enfant a été trouvé doit le garder. Si M. Doll (un homme éminemment respectable, mon propre marchand de fromages), ,a ramassé l’enfant au-delà des limites de Saint-Simon Magus — et il sera appelé à l’affirmer sous serment — vous ne
- pouvez vous refuser à l’admettre. Quoiqu’il en soit ce qu’il y a de mieux c’est de s’assurer de la réalité des faits près de M. Doll lui-même et de prendre l’avis du conseil de la paroisse. Mais en attendant, gardons-nous bien de rien faire qui puisse nous compromettre. Pas d’admission et rien qui y ressemble l Pour cela, voyons un peu... Oui, c’est cela :
- 1° Notifions à l’autre paroisse qu’on répudie l’enfant ;
- 2° Notifions à M. Doll d’avoir à l’emporter et qu’il ici à ses risques et dépens ! Car, à bien voir, Messieurs, vous ne pourriez guère vous aventurer à le rendre à M. Doll ; vous feriez une fâcheuse impression sur l’esprit publier »
- « Au diable le public ! *» dit M. Stinck.
- « Parfait, cher Monsieur 1 » répliqua M. Phillpots en souriant, « parfait en vérité; mais pas d’illusion, légalement et pratiquement, on ne doit pas dédaigner l’opinion publique... il faut, j’en ai peur,compter et agir avec elle. C’est pourquoi, reprenant et poursuivant, nous avons pour nous mettre complètement à l’abri, une troisième notification à faire à l’enfant et à tous ceux que cela peut regarder. Et, sans plus tarder, je vais rédiger ce document. » Quelque minutes après le Comité en charge épinglait sur l’unique vêtement de Bébé G-inx l’avis suivant:
- PAROISSE DE St-BARTIMEUS A — (nom inconnu), enfant trouvé et à tous ceux qui s’intéressent à lui ou que le cas intéresse.
- - PRENEZ NOTE
- que vous, ou l’un ou l’autre de vous, n’avez au point de vue de la justice ou de la légalité, aucun titre pour vous imposer, vous ou le dit enfant, à la dite paroisse. Et ceci est aux fins de vous faire savoir à vous le dit enfant que c’est en protestant que l’on vous garde dans le Workhouse ; que tout ce qui vous a été fait et fourni, ou pourra vous être fait et fourni l’a été et le sera à votre charge et à celle de toute personne qui, en vertu de la loi, est ou était tenue de vous garder et de vous entretenir.
- Winkle et Phillpots Solicitors du Conseil d’Administration.
- (Â Suivré.)
- Le Directeur-Gérant : Godin.
- Saint-Quentin — lmp. de la Société anonyme du Glaneur
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- I* numéro hebdomadaire 20 c.
- DIMANCHE 11 JUILLET 1880
- Le Devoir
- A
- bureau
- GCJISE (Aisne
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant. Fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE par l’envoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- ON S’ABONNE
- A PARIS
- 5,r.Neuve*deS'Petits-Ghamps
- Passage des Deux-Pavillons)
- France
- Union postale
- Un an. . . . 10t. »*
- Six mois... 6 »» Trois mois. . . 3 »»
- Un an. . . . 11 f. »» Autres pays Un an . . . . 13 f. 60
- S’adresser à M. LEYMARIE administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- Mutualité sociale et association du capital et du travail. — Le Divorce : examen de la loi pro posée. — Coopération et association : Congrès de Newcastle. ~~ Congrès ouvriers français. — Nouvelles diverses. Conférence de la salle d'Arras. — Feuilleton : Le dernier né de Ginx. — Société de Jésus ouvrier. — Quelques chiffres sur l'assistance publique. — Variété.
- MUTUALITÉ SOCIALE
- ET
- ASSOCIATION DU CAPITAL ET DU TRAVAIL
- Par M. GODIN NOTIONS PRÉLIMINAIRES CHAPITRE XV
- Le Familistère et l’avenir* de Flmbltiition
- Mes lecteurs connaissent les raisons philosc Pâques et morales qui m’ont déterminé 0nder l’Association du Familistère; je vai exPoser brièvement par quelles circonstance
- ^atérielles le Familistère a préparé F Associa «on.
- rt
- n 1840, je commençai à Esquehéries, moi natal, une industrie nouvelle dont l’obje j^1 Produire en fonte de fer des appareil ® chauffage et de cuisine qui jusque-là n’a lent été faits qu’en tôle.
- Six ans plus tard, étant parvenu à réaliser quelques bénéfices, je vins à Guise, accompagné d’une vingtaine d’ouvriers et fondai les premiers ateliers de l’usine importante qu’on y voit aujourd’hui.
- Chaque année je dotais mon industrie de modèles et produits nouveaux, et j’agrandissais mes ateliers. Le nombre des ouvriers croissait dans la même proportion.
- En présence de ces faits, l'amélioration du sort de la classe laborieuse, qui était depuis longtemps une de mes principales préoccupations, prit une plus grande place dans mon esprit.
- L’étude des souffrances et des privations éprouvées par les familles ouvrières m’avait démontré que la première condition pour faire arriver ces familles au bien-être est de faire en sorte qu’elles jouissent d’un logement pourvu des ressources et avantages sans lesquels la vie est entourée de dégoûts.
- Pour peu qu’on veuille y penser, il est facile de se convaincre que le logement est la base du bien-être de la famille. Quelles que soient les ressources dont celle-ci dispose, elle ne peut en faire un usage profitable que lorsque de bonnes conditions de logement le lui permettent. Cela est tellement bien compris des classes riches, que leur première préoccupation est de se donner une habitation convenable.
- Convaincu que les bénéfices créés par le travail ne pourraient être mieux employés qu’à bien loger le travailleur, je conçus le projet
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- d’édifier pour mes ouvriers l’habitation à côté de l’usine.
- Il m’apparut alors qu’une réforme architecturale était nécessaire dans l’habitation, si l’on voulait que celle-ci servît à l’amélioration du sort des classes ouvrières.
- J’étudiais donc le mode d’habitation qui, à ce point de vue et en te'nant compte de l’état des terrains dont je pouvais disposer, devait réunir les conditions propres à permettre aux familles l’emploi le plus profitable de leurs ressources et à leur assurer un logement commode, agréable et salubre.
- J’ai développé cette idée dans un autre volume (1). Je ne puis donc que la résumer ici.
- En 1859, j’arrêtai les plans d’ensemble du Familistère, et je commençai par construire une des ailes.
- Le Familistère comprend aujourd’hui trois édifices rectangulaires ayant ensemble un développement de 570 mètres de façades extérieures. Chaque édifice possède sous-sol, rez-de-chaussée et trois étages. Chacun d’eux a sa cour intérieure couverte d’un vitrage à la hauteur des toits. Les galeries en forme de balcon qui entourent chaque étage et sont reliées d’un édifice à l’autre, permettent aux habitants de circuler partout à l’abri des intempéries.
- Au milieu des pelouses, rattaché à la façade nord du palais par une galerie, se trouve le bâtiment destiné aux soins et à l’éducation de la basse enfance.
- Une partie de ce bâtiment est occupée par les salles de la Nourricerie, où les mères peuvent confier leurs enfants de moins de deux ans aux soins de bonnes dévouées à ce service. Des berceaux, de petits sièges, un promenoir offrent aux bébés des ressources proportionnées à leur âge.
- Les salles du Pouponnât, ou premier jardin d’enfants, occupent l’autre partie du bâtiment. Ces salles sont ouvertes aux enfants de deux à quatre ans. Sous la direction de dames gardiennes, les petits élèves passent leur temps à des exercices récréatifs, à des promenades dans les allées du parc et à des jeux sur les pelouses.
- Au midi et à l’extrémité de la place en face
- (1) Solutions sociales. — Librairie Guillaumin et Cio, éditeurs, 14, rue de Richelieu, Paris.
- du palais, est l’édifice contenant d’abord Bambinat, ou second jardin d’enfants, poiirjg6 élèves de quatre à six ans; puis l’Ecole prop^ ment dite, comprenant trois salles de cla$ pour les élèves de six à quatorze ans; enfin grandes salles de réunion servant aux besoins divers et aux amusements de la population
- L’Association a des salles de jeux, de billard de réunions, une salle de théâtre où des trouves d’acteurs viennent de temps à autre donner des représentations.
- Enfin, près 4du palais sont les bâtiments d’exploitation, la basse-cour, les lavoirs et et buanderies.
- L’Oise contourne la propriété, dont elle fait une presqu’île.
- L’entrée de l’usine est sur la droite delà rivière, à une centaine de mètres du Familistère,
- Aussitôt le premier essaim de population ins. tallé dans le Familistère, un service fut établi pour le maintien de la propreté publique, de manière à ne pas en laisser l’obligation aux habitants.
- La propreté des escaliers, des galeries, des fontaines, des cabinets d’aisances, des cabinets aux balayures, enfin tous les nettoyages et entretiens des choses d’un usage commun furent considérés comme donnant lieu à des fonctions spéciales incombant aux soins de l’administration du palais, afin d’assurer la régularité et l’exactitude de ces services.
- Des magasins furent établis de manière à pourvoir aux approvisionnements et au débit de toutes les choses nécessaires à l’alimentation et aux besoins les plus ordinaires de la vie: pain, viande, légumes, épicerie, boissons, combustibles, étoffes, vêtements, coiffure, chaussure, vaisselle, etc.
- Les familles trouvent ainsi dans l’habitation même, presque à la porte de leurs appartements, des magasins où père, mère et enfants peuvent promptement et par des galeries couvertes aller pourvoir aux besoins du ménage.
- L’eau nécessaire aux familles s’élève dun puits artésien à tous les étages, et des fontaine la distribuent sur différents points de l’édifia
- Afin de débarrasser l’appartement de 1°“
- I vrier des inconvénients du lavage du linge et ‘
- I la lessive, des lavoirs et buanderies sont étab
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- jj^ns un bâtiment spécial près du palais, pans le même bâtiment une piscine servant
- bassin de natation pour la population, et sUrtout pour les enfants des écoles, permet d'exercer ceux-ci, de sorte que, dès l’âge de six \ huit ans, ils savent parfaitement nager. Les lavoirs et bains sont alimentés par les eaux chaucles des machines de l’usine.
- Autou-r du palais, des terrains sont réservés aux pelouses et aux promenades ; la population peut aller s’y reposer sous les ombrages dans ses heures de loisir, et les enfants aux heures je récréation y prennent leurs ébats.
- Le surplus des terrains qui avoisinent le palais est divisé en petits jardins que les familles se distribuent pour faire de l’arboriculture et de l’horticulture, mais particulièrement pour cultiver le poirier et les plantes potagères, de manière à ce que la famille ait sous la main les fruits, les petits légumes et les fines herbes. Les gros légumes se cultivent sur des terrains plus éloignés. Le jardin est cultivé au gré de celui qui le possède,presque toujours en dehors des heures > du travail de l’industrie. On se retrouve donc là aussi entre associés ; mais chacun applique en toute liberté ses connaissances acquises dans l’art du jardinage. Ainsi s’établissent des points de comparaison propres à faire ressortir la valeur des différents procédés et à aider au développement des connaissances utiles.
- On conçoit combien la communauté d’intérêts se fait sentir dans une population dont les liens sont ainsi resserrés, et la facilité avec laquelle les volontés peuvent s’unir dans un but commun. Aussi, dès l’origine du Familistère, des Sociétés, des comités se sont établis dans des buts divers.
- Des Assurances mutuelles ont été fondées.
- Un corps de musique s’est constitué et compte aujourd’hui environ cinquante musiciens.
- Un corps de pompiers s’est organisé.
- Des jeux divers : tir à l’arc, tir à la carabine, etc., ont donné lieu à des sociétés spéciales.
- U n’entre pas dans mon sujet d’examiner ici c°niment les avantages économiques de l'habi--krtkm sociétaire se multiplient jusqu’à clans les petits détails. Ce que je viens de dire du
- Familistère suffit pour démontrer quelle im-portance il faudra attacher au plan et à l’édification de l’habitation du peuple, quand on vou-dra travailler à l’amélioration réelle du sort des classes ouvrières.
- Pour améliorer nos villes on démolit les vieilles rues, on rase les maisons, et des constructions nouvelles s’élèvent sur d’autres plans.
- Pour améliorer le village, il faut aussi le bâtir à neuf, sur des plans conformes à l’économie domestique la mieux entendue.
- Quelle que soit l’influence de l’habitude et de la routine en faveur de la petite maison isolée, lorsqu’il s’agit du logement de l’ouvrier, on ne pourra s’empêcher de reconnaître, à l’exposé rapide que je viens d’en faire, comment l’unité de l’habitation permet de mettre facilement une population ouvrière en possession des éléments principaux du bien-être et des agréments de la vie dont notre civilisation a fait la conquête. C’est ce que le palais du Familistère offre à la population qui l’habite.
- Trois cents familles (environ douze cents personnes) occupent le palais social. Chaque famille a son intérieur, son foyer, son indépendance. Les hommes prennent part à l’industrie; un certain nombre de femmes sont attachées aux services du Familistère ou à des travaux particuliers de l’usine.
- C’est cette population qui constitue l’élément fondamental'de l’Association du Familistère.
- Les ouvriers de l’industrie habitant au dehors sont de simples participants aux bénéfices ou des auxiliaires à titre temporaire.
- La Société du Familistère unit ainsi dans une même association les personnes et les capitaux. Les personnes y jouissent des avantages et des bienfaits ressortissant des bénéfices créés par le travail; les capitaux, de la rémunération due à leur utilité.
- C’est l’Association du labeur et de la richesse se prêtant un mutuel concours, se rendant de mutuels services et s’accordant de mutuelles garanties.
- Vingt années se sont écoulées depuis la fon-dation du Familistère jusqu’au moment qù l’Association définitive a pu être constituée. •«
- iMais il est nécessaire de faire remarquer à ce sujet que dix années au moins ont été perdues
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- en oppositions intestines qu’il m’a fallu détourner et vaincre pour éviter la ruine de l’œuvre. Le Familistère a éprouvé, comme toutes les idées et les choses nouvelles, des résistances et des embarras ; il a eu ses détracteurs et ses calomniateurs avant d’avoir des appréciateurs.
- Les Statuts de l’Association du Familistère et ses règlements constituent l’ensemble le plus complet des règles pratiques conçues jusqu’à ce jour en vue de la participation des ouvriers aux avantages créés par le travail et l’industrie.
- Ces Statuts ne sont pas tels que j’aurais voulu les faire; j’ai dû me renfermer dans le cadre étroit que la loi française impose aux conventions en matière de Société.
- Peut-être ces restrictions légales, en m’obligeant à étudier de plus près ce premier contrat entre le capital et le travail, serviront-elles à la vitalité de mon œuvre.
- L’Association du Familistère, le travail participant aux bénéfices de ses usines, ses logements commodes et salubres, ses salles d’éducation et d’instruction, de réunion et de fêtes, ses Assurances de'mutuelle protection, enfin tout ce que contiennent ses institutions pour concourir au bien-être et au progrès de l’être humain, est un fait trop considérable pour échapper à l’attention publique. -
- Aussi le Familistère a-t-il attiré l’attention des penseurs, surtout à l’étranger et particulièrement en Angleterre et en Amérique. Les nécessités sociales obligeront la France à s’en occuper plus qu’elle ne l’a fait ; il faudra bien examiner si réellement cette fondation répond à la mise en pratique de la morale et de la justice dans l’humanité.
- LE DIVORCE v
- Examen <le la loi proposée.
- lre PARTIE
- Notre étude sur le divorce s’est tenue jusqu’ici dans le domaine spéculatif. Nous avons établi sa base juridique et démontré ses avantages au triple point de vue de la moralité publique, de l’intérêt des enfants et de celui des époux, mais nous n’avons rien dit encore de la forme qu’il est susceptible de revêtir dans la législa-
- tion et de celle que l’on prétend chez nous lui
- Or, ce côté de la question est d’une grande
- Poser
- ltÛPûN
- tance. En effet, telle institution qui, bien organisée profitable à la société, peut cesser de l’être ou ^ même être nuisible si son organisation est vicieu8.11* C’est tout particulièrement le cas pour le divorce ^ selon que la loi qui préside à son fonctionnement ^ bonne ou est mauvaise, les résultats qu’il donne bons ou sont mauvais. La qualité de la greffe donn la qualité des fruits. 6ra
- Malheureusement on réfléchit trop peu à cela. sommes enclins en France a nous laisser payer de m0^ et à prendre le nom des choses pour les choses elles. mêmes. La loi sur le divorce soumise à l’examen dei* Chambre en est un exemple probant. Elle se préoccupe beaucoup plus d’introduire le mot divorce dans nos lois que d’organiser le divorce de manière à lui faire rendre tout ce qu’il peut donner. De même que nous avons[a république sans la liberté et sans les mœurs républi-caines, de même nous aurons la possibilité du divorce dans les lois sans avoir entièrement sa praticabilité dans les faits. Le divorce, tel que le propose la coin-mission de la Chambre des députés, est un divorce à
- l’usage des gens riches seulement,inaccessible aux personnes qui n’ont ni temps à perdre ni fortune à jeter en pâtûre aux hommes de loi. De plus — et c’est là un des vices fondamentaux de la loi en question — le divorce sous la forme proposée, maintient le scandale des plaidoiries et contribue par conséquent, tout comme la séparation de corps, à la démoralisation publique et à l’amoindrissement de la vie de famille.
- A chaque ligne de ce projet de loi on sent que la commission qui l’a élaboré a été tiraillée par des sentiments contraires ; d’une part, elle sentait quelle immense et salutaire influence une bonne législation du divorce aurait sur la vie de famille et la moralité publique ; d’autre part elle n’a pas su résister aux sollicitations de préjugés anciens, dûs en majeure partie à l’influence de l’église romaine. C’est ainsi qu’elle a élaboré avec beaucoup de peine un projet qui ne satisfait pas plus les partisans que les adversaires du divorce. Les uns verront dans ce projet un sacrilège, les autres un progrès manqué. A vouloir contenter tout le monde on ne satisfait personne. La politique qui ménage à la fois la chèvre et le chou mécontente tous les deux : b chèvre qui a grand faim ne peut manger à son appétit, et le chou qui voudrait bien rester intact reçoit nombre de coups de dents.
- Du moment qu’on parle d’innover, on a tout à gagner à demander l’innovation complète. Quand un mal est assez grave pour exiger le recours à la chirurgie, il fout avoir le courage d’y porter résolument le fer. Si la commission du divorce avait eu ce courage, bien vite les gens réfléchis se seraient mis de son côté, et après eux le public, car’îe public,sur la question du divorce,par^ plus radical que la commission,
- Il est regrettable que le projet de loi proposant le rétablissement, du divorce témoigne d’un esprit si timoré-
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- LE DEVOIR
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- ” ^ chaque article ou se heurte à des inconsé-
- preSti pS C’est ce qui ressortira d’une manière évidente
- ide examen que nous allons faire de ce projet,
- n dans lequel pour plus de clarté nous prendrons
- e*a e article l'un après l’autre. De plus, chaque fois
- C l’un de ces articles proposera une modification à
- Article similaire du Code civil nous comparerons entre
- la rleux rédactions, en les faisant suivre, s’il y a elles u
- Atxc. observations nécessaires, lieu, aes
- Commençons.
- Des causes «in Divorce
- Art. 229 et 230.
- Maintenus tels quels savoir :
- , \rt. 229. Le mari pourra demander le divorce pour uîe d’adultère de sa femme.
- , Art. 230. La femme pourra demander le divorce pour cause d’adultère de son mari, lorsqu’il aura tenu concubine, dans la maison commune. »
- Remarquons ici l’incohérence de notre législation. Lar’.. 212 du Code civil établit que les époux se promettent et se doivent une fidélité réciproque. Or, les art. 229 et 230 foulent aux pieds cette réciprocité. Le second le ces articles est plus sévère pour la femme que le premier n’est sévère pour l’homme. C’est une injustice qui doit disparaître.
- De deux choses l’une :
- Ou bien l’adultère commis en dehors du domicile conjugal est un fait assez grave pour autoriser le divorce,
- Ou bien il n’est pas assez grave pour cela.
- Dans le premier cas il faut faire preuve à l’égard du mari de toute la sévérité dont on fait preuve à l’égard de la femme.
- Dans le second cas il faut accorder à la femme .la même tolérance que l’on accorde au mari.
- Un acte est coupable ou il ne l’est pas. Le sexe de la personne qui le commet n’y change rien. La loi ne peut avoir deux poids et deux mesures. Elle doit être la même pour tous. Il est temps que l’on supprime les innombrables inégalités que les législateurs ont établies au profit du sexe auquel ils appartiennent et au détriment du sexe opposé. M. Naquetdans un projet de loi avait demandé que l’adultère du mari fut mis sur pied égalité avec celui de la femme. La commission s’est refusée à cet acte de justice et a maintenu l’ancien texte 8408 dire pourquoi.
- Art. 231.
- Le Gode disait :
- ^‘Les époux pourront réciproquement demander le
- ce P°ur excès, sévices et injures graves de l’un en-ersl’autre. »
- Imposition ajoute :
- raison de la condamnation de l’un d’eux îron ^eiIle samPlerQent correctionnelle : pour vol, es-deur al3US de confiance, outrage public à la pu-
- Ce complément est utile.
- Art. 232.
- Le Code Civil porte :
- « La condamnation de l’un des époux à une peine infamante sera pour l’autre époux une cause de divorce. »
- La Commission, dans son projet de loi, excepte des peines infamantes qui seront cause de divorce « le bannissement et la dégradation civique prononcés pour cause politique ». La Commission reconnaît à cette occasion que eertaines condamnations politiques « n’entraînent aucune dégradation morale ». Nous nous demandons alors pourquoi elles sont déclarées infamantes par la loi. L’exception que fait en leur faveur la Commission du divorce a au moins cela pour elle qu’elle contient un blâme implicite du caractère infamant que la loi donne à certaines condamnations politiques.
- Sur le même article 232, M. Naquet aux motifs de divorce pour cause déterminées demandait qu’on ajoutât :
- 1° L’aliénation mentale de l’un des époux quand elle avait duré deux ans et plus ;
- 2° L’absence déclarée ;
- 3° Les dissentiments religieux survenus après le mariage et prouvés soit par le changement de religion de l’un des époux, soit par la religion imposée aux enfants lors de leur naissance, ou plus tard, par l’un des époux malgré la volonté de l’autre.
- La commission n’a accepté qu’une seule de ces additions et encore sous une forme qui prête à la critique. Elle a estimé que la folie, même incurable, ne doit pas être une cause de divorce. C’est contraire à l’esprit du Code qui fait du mariage un contrat civil réciproque. Or quelle réciprocité peut-on attendre d’un contractant qui a perdu la raison ? En Suisse l’aliénation mentale est admise comme cause de divorce.
- La commission a pensé de même que les dissentiments religieux survenant après la conclusion du mariage ne peuvent être de nature a autoriser sa dissolution. Nous croyons que M. Naquet voyait plus clair en ceci que la commission. Les époux vivent trop près l’un de l’autre pour que la divergence de leurs vues religieuses ne puisse pas engendrer la division et même la lutte.
- En n’admettant pas ces deux motifs de divorce on forcera les époux à se séparer, à contracter des unions irrégulières, et, qui sait ? peut être à procréer des enfants adultérins.
- La commission a admis par contre que l’absence sans nouvelles pendant cinq ans devait être inscrite parmi les causes du divorce.
- Cette stipulation, juste en elle-même, manque de la précision nécessaire à une loi.
- Le délaissement de l’un des époux par l’autre sans entente ou consentement préalable doit être un des plus sérieux motifs de divorce, car le délaissement est la violation flagrante de l’un des engagements pris en ko mariant , en effet l’article 214, qui est un, de ceux qu’on lit aux époux au moment du mariage,
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- oblige la femme à suivre partout son mari et oblige le mari à recevoir et à entretenir sa femme. La non - observation de cette clause du contrat doit permettre à la partie lésée de s’affranchir d’un engagement réciproque qui n’est pas observé à son égard.
- Malheureusement ce n’est pas là ce que dit la commission.
- Elle parle d’une absence sans nouvelles.
- Or l’autorité n’a aucun moyen d’établir si oui ou non l’époux absent donne de ses nouvelles, tandis que le délaissement peut être établi.
- Art. 233
- Maintenu tel quel :
- « Le consentement mutuel et persévérant des époux, exprimé de la manière prescrite par la loi, sous la condition et après les épreuves qu’elle détermine, prouvera suffisamment que la vie commune leur est insupportable, et qu’il existe, par rapport à eux une cause pê-repaptoire de divorce ».
- Il est déplorable que toutes les restrictions que le Gode Civil mettait au fonctionnement du divorce par consentement mutuel aient été maintenues.
- Nous en reparlerons plus bas au sujet des art. 278 et suivants.
- Du divorce pour cause déterminée.
- Art, 234 à 237
- Maintenus tels quels. Ce sont les articles déterminant les formalités à remplir pour une demande en divorce pour cause déterminée.
- Il y aurait beaucoup à dire sur ces formalités qui sont longues et ennuyeuses, et, qui plus est, coûtent fort cher, ce qui rend le divorce à peu près impraticable pour l’immense masse des personnes peu fortunées.
- Art. 238 et 239
- Le texte du Gode Civil établit que les époux auront à comparaître ensemble et en personne devant le juge du tribunal de leur arrondissement. Ce sont des préliminaires de conciliation. -
- La commission propose que chacun des époux convoque à cette entrevue ses trois plus proches parents ou alliés.
- Art. 240 à 274
- Maintenus tels quels. Les 16 premiers de ces articles sont consacrés aux formalités des demandes en divorce aux mesures provisoires auxquelles ces demandes peuvent donner lieu, et aux fins de non-recevoir. Rappelons que, à teneur de l’article 253, les dépositions de témoins sont reçues à huis clos, ce qui diminue le scandale mais ne le supprime pas, puisque, à teneur de l’art. 258, le jugement ne peut être rendu qu’en séance publique. L’art. 259 permet aux juges, lorsque la demande en divorce aura été formée pour cause d’excès, de sévices ou d’injures graves, « encore qu’elle soit bien établie », de ne pas admetttre immédiatement le divorce mais d’au* toriser la femme « à quitter la compagnie de son mari, sans être tenue de le revoir, si elle le juge à propos. » Les juges en ce cas condamnent le maria payer à sa
- femme, si elle manque de ressources personnelles
- pension alimentaire proportionnée à ses facultés. « ju •
- une année d’épreuves (Art. 260) si les parties ne «e»
- SOm
- pas réunies, l’époux demandeur pourra faire citer i\ül époux à comparaître au tribunal dans les délais de la pour y entendre prononcer le jugement définitif pour lors admettra le divorce. »
- » Uüe
- Tel est le travail de la commission quant aux ch» pitres I et II de l’ancien titre YI du Gode civil.
- Le manque de place nous contraint à ajourner a5 prochain numéro l’examen des modifications propos^ au chapitre III, lequel est consacré au divorce par coD sentement mutuel.
- Qu’il nous suffise pour le moment de faire remarque, au sujet des chapitres que nous venoos d’examiner, qü. le projet de la commission laisse subsister les quatR vices principaux de la loi de 1803 sur le divorce, savoir ;
- inégalité de traitement de l’homme et de la femme
- publicité des débats,
- nécessité de recourir à des avoués,
- coût et lenteur des formalités.
- (A suivre). Ed. Champury.
- COOPÉRATION ET ASSOCIATION
- CONGRÈS DË NEWCASTLE (1)
- VI
- Troisième Journée — Mercredi 19 Mai 1880.
- Nous nous sommes efforcé de donner sur le mouvement coopératif Anglais des notions générales di nature à en bien faire saisir toute la portée sociale, tout en restant dans les limites d’un compte-rendc le plus exact possible, du Congrès de Newcastle Cette double tâche nous était facile.
- Il y a, en effet, entre les divers éléments qui constituent le mouvement coopératif anglais, et quel1 discussion fait passer tour à tour devant nous, m lien qui rend tous ces éléments solidaires les uw des autres, et qui favorise leur évolution vers « but encore lointain, mais chaque jour plus claire' ment entrevu, plus nettement indiqué : TAssociatios-
- Cette tendance à la solidarité des efforts, à i* concentration des forces, se manifeste dans les dis' cours des orateurs du congrès, mieux encore : dai» les faits.
- Placer le commerce entre les mains des con*011 mateurs, Tindustrie entre les mains des travaillé et nous le verrons plus loin, donner la terre $ paysans, trouver et appliquer les formules ^
- (1) Voir les numéros des 6, 13 20, 27 juin et 4 juillet 1880»
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- LE DEVOIR
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- fissent le bon fonctionnement des institutions ^ et la possession du terrain conquis, un tel C gramme, ÔU P^u^t une telle série de conquêtes P je vieux monde économique, présente, nous ' mble-t-iï» tous les caractères de la révolution so-iale la P^uS comPlète, P^us pacifique, la plus légitime» celle auss^ dont ^es résultats sont les plus certains» les plus fructueux et les plus durables puisas sont fondés sur l’expérience.
- C’est l’application amplifiée du manifeste que les jonniers de Rochdale lancèrent l’année même de feur constitution (1844) et dont voici la teneur ;
- jo Etablir un magasin pour la vente des provisions et des vêtements ;
- 2» Construire ou acheter des maisons saines et commodes pour les associés.
- 3« Fabriquer les produits les plus nécessaires, afin de les avoir ainsi à meilleur marché encore que par l’achat en gros, et de procurer de l*ouvrage à ceux des membres qui seraient sans travail ou qui souffriraient d’une trop grande réduction de salaires ;
- 4» Acquérir par achat ou par fermage des terrains qui seraient d'abord cultivés par les bras inoccupés et partagés ensuite en propriétés individuelles entre
- les associés ;
- 5° Consacrer une partie des bénéfices futurs à la création d’établissements communs pour l’instruction et le développement moral des membres de l’Association ;
- 6° Enfin, aussitôt que faire se pourra, la Société devra s’occuper d’organiser la production, la distribution du travail, la répartition des bénéfices, l'éducation, le gouvernement, ou, en d’autres termes, de fonder une colonie intérieure unie d’intérêts, se suffisant à elle-même, et d’aider d’autres sociétés à créer de semblables colonies.
- Si l’on veut bien se reporter au tableau que nous avons publié dans notre numéro du 23 Mai, on verra fine le commerce passe, d’une façon continue, des magasins privés aux magasins coopératifs. Cette extension du régime coopératif en Angleterre est rendue sensible par les chiffres suivants.
- Si l’on multiplie le nombre des coopérateurs en 1878, soit 560.703 par 5 (moyenne de la famille anglaise) on obtient le chiffre respectable de 2.800.000 P^sonnes vivant de produits achetés dans les sociétés coopératives.
- ^ Mais pendant que les sociétés distributives se multiplient, les bénéfices deviennent de plus en plus considérables et les capitaux qui s’accumulent ne r°iVent pas toujours une destination.
- Car les sociétés de production, basées sur les so-
- ciétés de consommation, se sont développées moins vite que ces dernières.
- Que faire de cet argent ?
- Ici, l’ordre d’idées dans lequel nous sommes engagé, et l’ordre des matières du Congrès que nous examinons, nous amène à dire quelques mots sur une des branches du sujet dont nous avons à rendre compte aujourd’hui : le département de la banque de la Wholesale.
- Les capitaux s’accumulaient avec une telle rapidité, qu’en 1869, un Congrès fut tenu à Londres dans le but de donner à ces fonds, au moyen d’une banque centrale, une rénumération plus considérable que le minime intérêt accordé par les diverses banques Anglaises.
- Les membres des Unions et des Sociétés de consommation, qui auraient donné leur adhésion, pourraient seuls être actionnaires et clients de cette banque. Un intérêt de 5 pour 0/0 devait être alloué aux fonds déposés, et les profits devaient être distribués en dividendes au capital-action.
- L’idée devait faire son chemin et trouver son application dans' le département de banque de la Wholesale.
- Nous croyons utile de donner les résultats de cette banque pour les deux dernières années :
- SOMMES REÇUES. SOMMES PAYÉES. BÉNÉFICES.
- 1878. 132.647.400 132.032.575 36.150
- 1879. 132 615.050 134,746.625 57.475
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- Nous arrivons à la Wholesale. (Société de vente en gros) qui forme le titre 3, du programme du congrès de Newcastle.
- La partie du compte-rendu du congrès que nous avons déjà publiée, a dû suffisamment édifier nos lecteurs sur le rôle de la Wholesale, dans la coopération anglaise ; sur le chiffre de ses affaires et de ses profits, sur le nombre des sociétés fédérées qu’elle approvisionne.
- Le discours de M. Lloyd Jones énumère d’abord les avantages de la Wholesale, avantages qui résultent des facilités suivantes : abondance de capital, par conséquent grande facilité d’acheter ; nul besoin de crédit ; pas de frais de représentation commerciale ni de réclame ; pas de spéculation hasardée ; pas de marchandises en stock au-delà des besoins, par suite pas de détérioration possible.
- Ajoutez, en outre, des ventes assurées et qui, bien que moins importantes qu’elles pourraient l’être, sont cependant considérables, constantes et certaines .1
- Le discours passe ensuite à l’examen des causes qui, en dépit des avantages de la Wholesale amè-*
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- nent cette faiblesse relative du chiffre des ventes dont nous venons de parler.
- Le discours de M. Lloyd Jones et la longue discussion qui l’a suivi sont appréciés dans les termes suivants par M. Yansittart Neale :
- « Quelqu’un qui voudrait donner à une personne ignorante des faits de la coopération, le sentiment exact de la grandeur des efforts que la masse de la population accomplit pour améliorer sa position présenterait en première ligne le commerce fait par les deux grands centres de vente en gros en Angleterre et en Ecosse. Il agirait ainsi pour les deux raisons suivantes :
- 1° Le simple total des affaires faites est de nature à convaincre le lecteur de la puissance de l’Association.
- 2° Le fait que ces achats au lieu de se faire par le commerce privé sont concentrés à la société de vente en gros, met en évidence que ceux qui conduisent ces opérations ont la capacité voulue pour faire concurrence aux plus grandes maisons de commerce privé, et que l’on peut en conséquence attendre d’eux qu’ils montrent la même habileté à travailler à la solution du problème ouvert devant eux, c’est-à-dire celui de la production coopérative qui pourra seule permettre d’atteindre la répartition équitable des bénéfices.
- Considérons ce qu’établit M. Lloyd Jones : le total du commerce coopératif des ventes au détail dans l’Angleterre et le pays de Galles, représente 12.000.000 de livres ; en allouant 2.400.000 1. pour les produits pesants et pour ceux qu’il est plus avantageux d’acheter dans les localités mêmes, il reste 9.600.000 livres.c’est-à-dire, en faisant une remise de 20 pour cent pour la différence entre les prix de vente- en gros et de vente au détail, 7.680.000 1. Le chiffre d’affaires de la société de vente en gros est 2.751.000. Différence 4.929.000 1 somme qui devrait s’ajouter au chiffre d’affaires de la Wolesale.
- Pourquoi n’en est-il pas ainsi ?
- Le simple fait de l’importance des affaires actuellement accomplies par la Wholesale, le grand nombre des sociétés qui s’y approvisionnent et le développement sérieux, tout à la fois du nombre de ces soutiens et du montant de leur concours particulier, comportent en eux-mêmes une réponse suffisante. Iis sont une preuve que la qualité et le prix des produits fournis par la Wholesale donnent satisfaction à un nombre considérable de consommateurs, répartis sur toutes les parties du royaume. Car ces consommateurs, qui dans la plupart des cas, auraient pu avoir un prompt accès à d’autres magasins de vente en gros de la meilleure réputation, ont trouvé qu’ils ne pouvaient être mieux approvisionnés que par le centre de Manchester ou par ses succursales de Londres et de Newcastle.
- Mais M. Lloyd Jones a mis cette question à l’épreuve des chiffres. Ii a relevé dans le trimestre finissant en février dernier 28 sociétés faisant avec le centre un chiffre d’affaires de plus de 5,000 L. ; il a comparé les chiffres des 6 plus grandes et des 6 plus petites sociétés acheteuses avec la somme d’affaires par membre.
- Il en ressort ce résultat frappant. Les sociétés qui f0l. la plus grande somme d’affaires par membre avec b Wholesale sont également celles dont les membres ach^ tent le plus régulièrement à leur propre société.
- La conclusion tirée par M. Lloyd Jones nous semble irrésistible. Les sociétés qui sont en rapport avec ;a Wholesale offrent à leurs propres membres plus de cause d’attrait, de satisfaction que les sociétés qui ne sont pas en relation avec la société centrale. Ces dernières de vraient donc, au nom de leur propre intérêt, afin de mieux satisfaire leurs membres et de s’assui er un ra. pide développement, se mettre en rapport avec la Who. lesale.
- Je ne vois pas quelle raisonnable objection pourrait être faite à cette conclusion ; car, évidemment celle-ci n’est motivée que par ce fait que les produits fournis par la Wholesale sont moins chers et de meilleure qua. lité que ceux fournis par les autres maisons.
- Je n’admets donc pas cette excuse si souvent donnée: « Nous ne pouvons pas commercer avec la Wholesale parce que d’autres maisons nous offrent des marchandises à des conditions plus avantageuses. » Je suppose que l’élément moral a plus à faire avec les résultats signalés que ne sont disposés à l’admettre quelques-uns des coopérateurs pratiques. IL y a une cause puissante d’opposition aux rapports avec la société.
- Dans une grande ville le magasin coopératif est, pour une forte partie des membres, plus éloigné que beaucoup d’autres magasins privés. Il ferme ordinairement de meilleure heure. Dans les soirées, à l’heure où les affaires se font communément, il est souvent encombré d’une façon gênante; pour être servi il faut attendre beaucoup plus longtemps que dans les autres boutiques. Ces raisons de convenance engagent donc continuellement les membres à s’approvisionner ailleurs. Je suis confirmé dans cette croyance par le fait constaté par M. Godin, que les dépenses des habitants du Familistère à Guise, dans les magasins de l’habitation sont sensiblement égales à leurs salaires et appointements. Les habitants du palais social sont aussi libres d’acheter dans les magasins de Guise que le son t les membres de notre société d’acheter dans les magasins de leur ville respective; pourquoi ne font-ils pas plus d’usage de cette liberté ? Parce que la convenance personnelle pousse l’habitant du Familistère au magasin commun au lieu de l’en éloigner. •
- Quand la population anglaise sera devenue assez sage pour s’assurer des maisons unitaires et (selon l’expression de M. Godin) pour mettre les équivalents de la richesse à la portée de tous, elle sera aussi capable de faire tourner à son profit le plein bénéfice, de sa consommation, lequel se perd en grande partie aujourd’hui dans les poches des intermédiaires.
- Mais jusqu’à ce que ce but soit atteint ? Quelle raison peut-on opposer aux motifs de convenance qui contrecarrent le développement de la coopération ? Deux choses : l’intérêt et le principe; les deux marchent de concert.
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- Il est clair que l’intérêt séparé du principe n’est pas assez puissant pour vaincre les raisons de convenance immédiate. Mais le principe de la coopération ne peut être limité. Il doit voir au-delà de l’intérêt individuel et embrasser tout le corps qu’il s’agit de garder vivant et vigoureux.
- Les sociétés qui commercent avec le Wholesale mettent constamment en évidence devant leurs membres la supériorité du principe de l’union coopérative et elles obtiennent (cela ressort des faits mis en lumière par M. Llojffi Jones) de leurs propres membres une fidélité que les autres sociétés n’obtiennent pas.
- Ceci nous amène a l’importante proposition de M. Lloyd Jones concernant la nomination d’un comité d’experts ayant moins la charge de s’assurer de la qualité et des prix des marchandises mises en vente par la Wholesale (lesquels ne laissent rien à désirer), que d’écarter toute cause de suspicion et d’arriver ainsi autant que possible à la perfection du système.
- Ce serait, en fait, obtenir d’une organisation coopérative ce qu’on croit trouver actuellement dans le régime de la concurrence. •
- Chaque commerçant est supposé faire au mieux de l’intérêt des clients, rien que par la loi du combat pour l’existence, puisqu’il pourrait sombrer s’il vendait des produits moins avantageux comme prix ou qualité que ceux de ses rivaux.
- La coopération doit mettre fin à ce système de rivalité.
- Quelle organisation y substituera-t-elle ? Celle d’un comité d’experts qui, selon M. Lloyd Jones donnerait à l’acheteur la certitude qu’il opère à de bonnes conditions. Cette idée me semble de grande valeur et essentiellement en accord avec nos principes.
- Je suis heureux que le congrès ait adopté sur ce même sujet la proposition de M. Odgers, formulée ainsi :
- « Le bureau central examinera si les allégations don-« nées comme excuses par les sociétés qui ne eommer-« cent pas avec la Wholesales ont une justification suf-« fisante. Les sociétés dans chaque section devront de « leur côté, étudier quel est le mode pratique pour ob-* tenir le résultat désiré. »
- J’ai la confiance que cette évolution accomplie, nous ne serons pas longtemps à assurer cette « unité d’action » qui selon M. Llyod Jones sera « la plus grande puissance qui ait jamais opérée pour le bien du peuple, si nous évitons cette méfiance et cette désunion qui tôt ou tard conduiraient à la ruine ce magnifique mouvement. »
- J. P.
- CONGRÈS OUVRIERS FRANÇAIS
- Le quatrième congrès annuel des ouvriers de France doit avoir lieu cette année au Hâvre. Le comité d’organisation a fixé la date de ce congrès
- au 11 octobre 1880, les séances se tiendront au cercle Franklin.
- Une commission de sept membres a été nommée afin de recueillir tous les renseignements sur le mouvement social en France. Les associations ouvrières sont invitées par le comité à dresser un rapport sur la situation morale et matérielle des travailleurs dans leur région.
- Ces documents serviront au rapporteur général a établir son rapport sur des données certaines. Toutes les communications seront ainsi centralisées dans le rapport d’ensemble.
- Des congrès régionaux ont lieu dans différentes villes pour préparer les travaux du congrès national.
- Nous reviendrons sur cette question, lorsque les renseignements complets nous seront parvenus.
- NOUVELLES DIVERSES
- FRANCE
- TT no bonne nouvelle. — Par décret et sur l’avis conforme du conseil d’Etat, le Cercle Parisien de la Ligue de l'Enseignement a été reconnu d’utilité publi-que.
- On sait que la Ligué de l’Enseignement veut l’instruction :
- Obligatoire, dans le double intérêt de l’individu et de la Société, au nom de leur solidarité réciproque ;
- Gratuite, au nom de l’égalité, et pour ôter tout prétexte aux mauvais vouloirs ;
- Laïque, parce que ce principe : « La science à Vécole et l'instruction religieuse à l'église, « est le seul qui protège efficacement la liberté de conscience.
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- ^oppression des) octrois. — Le Conseil municipal de Moutereau, dans sa séance du 16 juin dernier, a voté à l’unanimité la suppression de ses octrois et leur remplacement par des centimes additionnels, applicables sur le principal des quatre contributions, à partir du 1er janvier 1882. Par cette mesure la ville réalisera une économie annuelle de 17,000 francs, sans compter les ennuis, les entraves et les vexations de moins.
- Le même Conseil, le 21 juin, a voté 300 francs pour fêter l'anniversaire du 14 juillet 1789.
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- Même question. — Il s’est fondé l’année dernière sur l’initiative de M. Ménier, député, une Ligue 'pour la défense des intérêts des contribuables et des consom-sommateurs, dont le titre précise l’intention.
- Cette société a déjà tenu, tant à Paris qu’en province, 61 réunions où les réformes qu’elle poursuit ont été exposées ou débattues.
- Une conférence vient d’être donnée au Château-d’Eau, par les soins de cette ligue, sur la suppression des octrois.
- On sait qu’une proposition semblable a été votée récemment par le conseil municipal de Paris. M. Guyot, qui en est l’auteur, et M. Jules Roche, autre conseiller municipal, l’ont développée devant les douze cents personnes réunies au Théâtre du Château-d’Eau.
- Le second a produit des chiffres intéressants. Il y a dans la capitale 684,882 locaux qu’on peut diviser en deux
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- catégories : ceux dont le loyer est inférieur à 1,000 francs et qui sont au nombre de 625,186, et ceux dont le loyer est supérieur à 1,000 franes et qui sont au nombre de 59,666. Ces 684,852 locaux ont un loyer de 332 millions ; dans ce chiffre les loyers au-dessous de mille francs entrent pour 169 millions et ceux au-dessus pour 168 ; de serte que les 59,666 locaux de la seconde catégorie ont une valeur locative à peu près égale aux 625,186 locaux de la première.
- M. Roche fait un calcul d’après lequel la moyenne des droits d’octroi payés pour chacun des locaux est de 204 francs. Ce calcul pourrait être discuté et peut-être n’est-il pas aussi facile que l'honorable conseiller municipal veut bien le dire d’établir une moyenne entre les petits et les grands appartements. Mais lui le tient pour bon et il en tire cette conclusion que, tandis que les locaux à loyer au-dessous de 1,000 francs paient 128 millions au fisc, les locaux à loyer au-dessus de 1,000 francs dont la valeur locative est presque égale, ne paient que 12 millions, N’est-ce pas là, dit-il, une monstrueuse disproportion qu’il importe de faire disparaître au plus vite?
- Des tableaux graphiques, distribués au publie pendant la conférence, contenaient de curieux détails sur les variations que l’augmeotation ou la diminution de l’octroi font subir à la consommation. Il y a en France, soumises à l’octroi, 1,530 communes représentant une population de dix millions d’habitants, soit le quart de la population française. Si l’octroi est élevé dans une dè ces communes, aussitôt la consommation s’abaisse ; s’il est abaissé, elle s’élève. A Nantes, où les droits d’entrée sont faibles, il se boit 337 litres de vin par habitant et par an ; à Paris, où ils sont très forts, il ne s’en boit que 219.
- Après un discours dans lequel M. Yves Guyot a exposé la théorie de l’impôt sur le capital, par lequel on pourrait, d’après lui, remplacer les droits d’octroi, M. de Heredia, qui présidait, a mis aux voix la résolution suivante, qui a été adoptée à l’unanimité :
- « La réunion, convaincue qu’il est urgent que l’autonomie communale devienne une réalité tant en matière fiscale qu’en matière administrative, approuve les résolutions du conseil municipal tendant à supprimer les octrois et à leur substituer un impôt plus équitable, »
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- 3hja cais.se xroire a beaucoup préoccupé les journaux ces temps derniers. Il nous paraît toutefois qu’ils n’ont pas fait à ce sujet une réflexion qu’ils auraient dû faire.
- On sait de quoi il s%git, quelques millions de francs, — le chiffre exact n’est pas connu — ont été ramassés parmi les grandes familles royalistes de France pour constituer un fonds électoral en faveur du parti du comte de Chambord. Comme la restauration légitimiste est le danger qui menace le moins la république, le gouvernement ne s’effrayait nullement de cette propagande politique et financière ; mais les jésuites, bien qu’ils affectent parfois de confondre leur cause avec celle de la légitimité, ne pouvaient partager cette indifférence des républicains. Que deviendrait leur puissance , si l’argent des riches familles catholiques se laissait détourner d’eux au profit d’une entreprise purement politique ?
- Ils ont eu peur, et ils ont poussé leur cri d’alarme dans le Figaro, qui a nettement signifié à sa clientèle pieuse et mondaine que c’était peine perdue de sacrifier de l’argent pour le comte de Chambord, et que les seuls dons agréables au Seigneur étaient ceux dont profitait la congrégation.
- Il est bien certain en effet que la curie romaine abandonnera ses anciens alliés et se ralliera s’il le faut à la république, si elle croit pouvoir en faire sa chose.
- Aussi le danger pour les républicains est-il moins dans la monarchie que dans le cléricalisme. Il serait à redouter que l’on nous fit une république où le clergé aurait un pouvoir occulte plus fort que le pouvoir officiel,
- La république n’est rien par elle-même ; elle ne vaut que ce que valent les républicains.
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- Elncore une victime du devoir profes. sioïiîiel. — Un jeune étudiant en médecine, ancien interne en pharmacie, M. Henry Grécy, de Gompiègne, vient de mourir à l’âge de 26 ans, emporté en quelques jours par la fièvre typhoïde.
- G’est dans le service de M. le professeur Jaccoud, à l’hôpital Lariboisière, où il était attaché en qualité d’externe, qu’il a contracté la maladie à laquelle il vient de succomber.
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- Gfrève «1© Bordeaux. — Dans une réunion tenue samedi dernier les maîtres charpentiers ont décidé de maintenir leur offre de 45 centimes l’heure pour une certaine catégorie d’ouvriers ; de 50 centimes pour les autres, se réservant d’augmenter le salaire des ouvriers hors ligne suivant leur mérite. Les patrons accorde-deraient un supplément de 10 centimes par heure et les frais de déplacement pour les travaux à exécuter à plus de cinq kilomètres en dehors des barrières de la ville.
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- Grève <1© JhyoïE. — En réponse aux compagnons maçons de Lyon les patrons ont faitla déclaration suivante :
- « Les délégués des ouvriers maçons ayant impérativement exigé les cinquante-cinq centimes, premier objet de leur demande, malgré l’offre faite par les patrons de cinquante centimes pour l’année 1880 et de cinquante-cinq centimes pour l’année 1881, et, par suite, toute tentative de conciliation étant épuisée, le syndicat des entrepreneurs se dissout, laissant chaque patron libre da s’entendre avec ses ouvriers et de subir, sous réserve, comme contraint et forcé, les exigences qui lui sont imposées. »
- En conséquence, les ouvriers s’en référant à la décision des patrons, cesseront Ja grève et l’interdit pour to.utes les maisons qui adhéreront au tarif qu’ils ont proposé. Ils la continueront avec la même énergie contre îes patrons non acceptants.
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- On lit dans le Mot dOrdre :
- Grève de Marseille. — Les ouvriers marbriers ont tenu une réunion le 1er juillet.
- La séance a été ouverte à neuf heures, sous la présidence du citoyen Gautier ; assesseurs, Bédèle et Guiraud.
- La lecture d’une deuxième lettre des patrons, dans laquelle ils refusent de rechef toute augmentation aux ouvriers, raffermit ceux-ci dans leur résolution de continuer le. grève.
- Après une discussion très animée, plusieurs orateurs expliquent l’historique de la grève et le but que nous poursuivons.
- Un membre fait observer si l’on ne pourrait pas transiger et demander 50 centimes au lieu de 1 fr. Un murmure de désapprobation accueille ces paroles.
- Plusieurs membres font la proposition suivante :
- « Considérant que l’on ne peut et ne doit entraver la liberté du travail : d’autre part, que les patrons refusant toute condition avec nous veulent nous forcer à subir leur joug, que nous ne devons pas revenir sur les votes émis précédemment, qui sont l’augmentation de î franc sur les journées ; demandons qu’il soit procédé à un vote par scrutin secret ou appel nominal, afin de savoir si la majorité veut continuer la résistance. >
- Cette proposition est acclamée et couverte d’applaudissements. L’appel nominal est adopté à Tunanimité.
- Résultat : Les ouvriers marbriers décident de continuer la résistance jusqu’à la réalisation de leurs justes revendications. (Applaudissements).
- L’assemblée nomme ensuite deux délégués au Congrès régional qui doit avoir lieu le 23 juillet 1880. — Le président, Gautier,
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- CONFÉRENCE CONTRADICTOIRE DE LA SALLE D’ARRAS W.
- Samedi 26 jain, une instructive discussion contradictoire a eu lieu à la salle des Ecoles, rue d’Arras, à paris, entre le citoyen Alfred Talandier, représentant le socialisme pacifique, et le citoyen Jules Guesde, défendant sa doctrine, lé socialisme révolutionnaire.
- Une foule nombreuse était accourue et plus de 500 personnes n’ayant pu entrer pour assister à ce tournoi oratoire, restèrent jusqu'à 10 h. 1/2 à la porte, espérant forcer la consigne et arriver à pénétrer j dans la salle regorgeant de monde. — Le citoyen j Dijeon ouvre la séance en indiquant que l’objet de la discussion est de savoir si l’on peut arriver aux réformés sociales dans le milieu économique existant.
- Le citoyen Talandier se prononce pour l’affirmative ;
- « Il y a, dit-il, entre mon contradicteur et moi un * terrain commun, la réalisation complète de l’égalité » de fait. Le citoyen Guesde préconise l’emploi de la » force pour faire rentrer à la collectivité le sol et » les instruments de travail, moi, je pense qu'on peut » arriver au même résultat plus sûrement par les » moyens pacifiques. »
- L’orateur donne ensuite lecture d’un passage de YEgalité, journal de M. Jules Guesde, passage qui « peut se résumer ainsi : « La violence est mère de » la liberté, c’est une duperie d’attendre quelque » chose de la légalité actuelle faite â l’image de la » bourgeoisie. »
- Le citoyen Talandier croit qu’il est du devoir du prolétariat d’êssayer d’abord des moyens pacifiques et de n’user de la violence que s’il y a nécessité absolue. * Une classe dirigeante, ajoute-t-il, n’a pas le droit de s’imposer ; si elle le fait, c’est alors à ses risques et périls. » L’orateur se dit révolutionnaire en ce sens que, à tel moment venu, il se peut que la révolution devienne malheureusement inévitable, mais il signale le fait consolant que plus on avance en civilisation et en progrès, plus l’évolution pacifique remplace la révolution violente et tend à rendre celle-ci inutile. Autrefois la violence était une nécessité, elle le sera peut-être trop longtemps encore, mais il est digne d’hommes libres qui veulent le progrès, de le chercher pacifiquement. — Que la révolution sociale réussisse, croit-onque l’égalité sera réalisée ? La réalisation objective dépend de la réalisation subjective. L’idée ne s’impose pas, il faut qu’elle soit en nous.
- La propagande ne se fait pas en un jour, on re-
- (1) La publication de cet article a été retardée par le fait de la surabondance de matières.
- pousse d’abord les arguments apportés par le propagateur, puis on en vient, à moins de parti pris, à emplojœr souvent soi-même, ces arguments que l’on a combattus.
- C’est une révolution morale qu’il s’agit de faire et non une révolution physique. Il y aura des exploités tant qu’il y aura matière exploitable ; il nous faut arriver à un état social où personne ne veuille être ni exploiteur ni exploité. Mais ce résultat peut être obtenu sans coups de fusil, sans violences, même sans tumulte. Le but peut être atteint par l’éducation intégrale. — Il est impossible, a dit l’orateur comme conclusion à ce premier discours, d’affranchir extérieurement les hommes plus qu’ils ne le sont en eux-mêmes.
- Le citoyen Guesde affirme que l’homme ne sera affranchi moralement que lorsqu’il l’aura été matériellement, lorsque le capital cessera d’être individuel pour devenir collectif. — Comment sortir de la propriété individuelle pour entrer., dans la propriété collective ? « Les moyens que nous préconisons, parcequ’ils sont les seuls efficaces, dit-il, n’ont pas été choisis : il nous ont été imposés. L’histoire n’offre pas un seul exemple d'émancipation pacifique et tous les progrès ont été marqués par une révolution. » (1).
- L’orateur prétend que c’est le milieu qui fait l’homme, il faut donc changer le milieu.
- Nous ne partageons pas l’avis dta principal rédacteur de YEgalité. Qu’il nous soit permis d'évoquer â ce propos un seul souvenir historique que nous voudrions voir imité à l’avenir, cariions pensons avec le citoyen Talandier que, plus nous irons, plus le suffrage universel sera éclairé par l’éducation intégrale, ce nœud de la question, et plus aussi les révolutions violentes pourront être évitées. — Les Anglais lorsqu’ils entreprirent la campagne contre les iois céréales il y a une 40e d’années pensaient, eux, que si le milieu a une grande influence sur les hommes, ce sont ces derniers qui composent le milieu ; c’est donc le milieu qu’il faut changer par la propagande, par 1’enseignement, en s’adressant à chacun, en formant l’opinion publique ; alors une minorité intelligente peut avec le temps, en faisant partager ses convictions, changer pacifiquement le milieu et faire cesser un abus qui semble indestructible, comme paraissaient l’être les corn laws que défendaient l’aristocratie et le gouvernement anglais.
- L’armée, l’argent, toutes les forces vives de la
- couronne, les parlements, le ministère, l’aristocratie
- (1) Ceci est vrai pour le passé, mais M. Guesde perd de vue que pour les pays où le suffrage universel existe !e temps des révolutions est passé. Une révolution chez nous, aujourd’hui que chacun a droit de voter, serait un crime de lèse-nation.
- E. C*
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- propriétaire du sol, tels étaient les ennemis qu’il s’agissait de vaincre. Eh bien, nous pensons que si Y Anti-corn-law-League, au lieu de répandre en une seule année (1843) 9,026,000 brochures et adresses pesant 200,000 kilogrammes, avait dépensé les 12 millions de francs que lui a coûté la victoire due à la diffusion des vérités qui faisaient sa force, les eût dépensés en poudre et fusils pour combattre ses antagonismes derrière des barricades,, elle eût été étouffée en six mois ?
- Méfions nous toujours du recours à la force 1
- Si les collectivistes-révolutionnaires ont raison, s’il n’y a d’autre issue que la révolution, que deviendra alors la femme, cette moitié de l’humanité qu’on oublie trop en tout ceci ; pense-t-on que ces nouvelles amazones feront aussi un jour leur révolution, élèveront leurs barricades et, le fusil en bandoulière et le révolver au poing, iront à la conquête de leur droit, proclamant le 5e état, comme le prolétariat proclame aujourd’hui le 4” ?
- Si nous admettons la seule revendication par la violence, ne venons pas dire que nous serons justes pour les femmes : il y a arbitraire et autoritarisme là où l’individu ne peut décider lui-même de son sort et de ce qui le concerne ! — Rappelons-nous que les despotes ont prétendu être bons pour leurs peuples.
- Le milieu agit sur les hommes, c’est évident ; mais comment former ce milieu autrement qu’en gagnant les hommes à la vérité par la persuasion? ce n’est ni un parti ni un homme qui peuvent le changer ; c’est à tous les hommes à le transformer en progressant : Napoléon Ier en nous ramenant par la violence dans le milieu d’avant la révolution a fait reculer l’humanité ; une révolution prématurée peut égarer la société en la plaçant dans un milieu factice; c’est aux hommes eux-mêmes à former leur milieu en s’éclairant mutuellement par la parole et la plume.
- La place nous manque pour développer davantage les arguments présentés par les deux orateurs qui ont été chaleureusement applaudis.
- Jacques Courrier.
- LE DERNIER-NÉ DE GINX
- SA NAISSANCE ET SES AUTRES INFORTUNES
- Par M. JENKINS XII.
- III. — Le monde, c'est ma'paroisse.
- Quant M. Philpotts passa chez M. Doll, le marchand de fromages, celui-ci lui raconta immédiatement les faits tels qu’ils s'étaient passés. Il désigna la place exacte où le paquet était posé, donna l’état du
- nombre des pouces qu’il occupait de chaque côté de la ligne et déclara au Sollicitor que la tête et les épaules de l’enfant se trouvaient sur la paroisse de ses clients. L'affaire Bébé Ginx revint sur le tapis et, sou» le titre de Re-un enfant trouvé fut de nouveau déférée aux délibérations du Conseil. Celui-ci avisa les administrateurs du Workhouse que l’enfant était sur le territoire des deux paroisses quand on l’avait trouvé, mais qu’ayant été ramasssé par un contribuable de St-Simon Magus, cette dernière paroisse était tenue de s’en charger. En conséquence les administrateurs de St-Bartimeus décidèrent dans leur réunion suivante que le Yestry (1) de St-Simon Magus recevrait une notification par écrit d’avoir à emmener l’enfant, à défaut de quoi il y serait contraint par un Mandanus (2) que l’on obtiendrait du banc de la Reine.
- A la réception de cette récusation, l’administration de St-Simon Magus prit aussi l’avis du Conseil de Paroisse. Celui-ci déclara que la plus grande partie de l’enfant et spécialement sa tête et ses épaules étant, au moment de la découverte du Bébé sur la Paroisse de St-Bartimeus, cette dernière devait évidemment le prendre à sa charge. Les deux parties se mirent alors en mesure de faire entendre des affidavits (3).
- Le procureur général et l’avocat général, ces deux grands officiersde la couronne dans l’ordre judiciaire, siégèrent l’un pour St-Simon Magus et l’autre pour St-Bartimeus. Tous deux touchèrent des honoraires, non point en qualité de poursuivants au nom du gouvernement, mais tout simplement comme conseils au banc de la Reine dans un chamaillis de Paroisse.
- IY. — Sans préjudice de qui que ce soit excepté des administrateurs.
- La cour du banc de la Reine, après avoir entendu
- fl) Le Yestry est le Conseil de la Paroisse. Son nom vient de la salle même de ses réunions, et le bâtiment qui lui sert de siège est ce que l’on nommerait chez nous maison commune.
- Yestry signifie littéralement sacristie.
- Il ne faut pas confondre Le Yestry (Assemblée ou I Conseil de la Paroisse) avec le Yestry Board. qui est le i conseil de Fabrique.
- I (2) Mandamus, mot latin signifiant nous ordonnons.
- I Le Mandamus est un acte judiciaire, une assignation I émanant d’une cour supérieure et adressée à un tribunal inférieur, ou bien encore comme dans le cas Bébé Ginx, à une corporation exerçant une autorité publique en vertu de laquelle elle est soumise à l’accomplissement de certains devoirs.
- (3) Affidavit. Une anciennne expression de procédure signifiant : il a prêté serment. Le mot est employé aujourd'hui pour désigner une déclaration ou une déposition écrite signée et faite sous serment devant un magistrat ayant autorité pour la recevoir. Cela se comprend de la personne elle-même qui fait le serment où la déclaration.
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- un exposé habile de la part de l’avocat général, accorda un ordre Nisi for a Mandamus (4). On en passa écriture pour preuve dans un registre exprès ainsi que l’indiquait son nom : « Spécial Register » ; mais la liste des affaire^ inscrites était si chargée qu’une année presqu’entière s’écoula avant d’arriver au tour de celle qui nous préoccupe et, encore lorsqu’on en fut là, le Conseil en prenant à son aise, la fit-il renvoyer plusieurs fois.
- La comité d’administration de Saint-Bartimeus s’indignait de ces délais légaux. Bébé G-inx devint pour lui un cauchemar mortel, d’autant plus que la presse avait, avec une amerture peu commune, fait une revue de plusieurs de ses actes les plus récents. A. l’indignation vint se joindre la défiance. Les notifications ayant été dûment faites, MM. les administrateurs, d’après les conseils de M. Stinck résolurent de ne pas pourvoir plus longtemps à la subsistance du marmot. La vie du pauvre enfant était menacée. C’est de cette façon sans aucun doute que sont tranchées maintes difficultés dans l’administration paroissiale ; on fait disparaître le sujet.
- On garda provisoirement le Bébé dans une chambre du Workhouse sur la porte de laquelle en dehors, était l’avis suivant écrit en ronde magnifique :
- AVIS
- ENFANT TROUVÉ PAR DOLL
- Pendant l'enquête légale sur les faits concernant l'enfant ci-dessus, et en attendant une décision définitive, il est défendu à tout fonctionnaire, aide et domestique du Workhouse d'entrer dans lat chambre où cet enfant est déposé, de lui rendre aucun service ou de lui prêter aucune assistance, sous peine dexpulsion. Aucune nourriture ne lui sera fournie provenant de la cuisi ned u Workhouse.
- N. B. — Ceci ne saurait empêcher, et Von est pas dans Vintention dempêcher, les personnes autres que les fonctionnaires, employés {etc.) d’avoir accès auprès de l'enfant ou de lui venir en aide.
- Par ordre du Conseil.
- Qu’un être quelconque appartenant à la race humaine, les Patagons exceptés, eût pu comtempler
- (4) Nisi for a Mandamus, permission provisoire de tàire telle ou telle chose, à moins cependant que la partie Adverse contre laquelle cette chose est dirigée ne prouve quelle est dans son droit de s’y opposer. (Nisi... si ce nest que... à moins que).
- de sang froid ce qui serait arrivé si l’ordre ci-dessus eût été exécuté à la lettre, c’est à ne pas le croire, excepté cependant de la part des administrateurs de Saint-Bartimeus. Il n’était rien dont ces derniers ne fussent capables pour arriver à leurs fins. Heureusement pour Bébé Ginx que leur ordre fut transgressé. De temps en temps des dames visiteuses venaient apporter quelque nourriture au pauvre petit être, toujours seul dans cette chambre où il trottinait sur des jambes mal affermies. Mais la charité sembla se lasser en présence des questions d’une nature officiellequi se rattachaient à cet enfant.
- Le Directeur, M. Snigger, qui avait pour fonction de s’assurer chaque matin si la cause de la grande querelle paroissiale était encore de ce monde, trahit la commission. Lorsqu’il vit l’enfant affamé atteindre un degré de maigreur qui donnait à craindre pour ses jours, il lui apporta des bouteilles de bouillie préparées par Mm8 Snigger. On ne pouvait de ce fait tirer aucune conclusion fâcheuse pour le Conseil d’administration, parce que Snigger ne manquait jamais chaque fois qu’il administrait cette nourriture au marmot de lui dire à haute voix : « Or çà, moutard, ceci est sans préjudice, souviens-t’en bien... prends-en note... sans préjudice. »
- Qui, dans la situation de Maître Ginx eut pu concevoir quelque prévention contre un pareil acte et l’exprimer après l’avoir conçue ? Il ne vit aucun inconvénient à manger la bouillie, tandis que M. Snigger était enchanté de faire preuve d'une bienveillance peu habituelle sans compromettre la paroisse.
- Les choses allèrent ainsi pendant plusieurs mois jusqu’à ce qu'un beau jour un des cent yeux de cet argus monstre qu’on nomme le public se fixa sur bébé Ginx. Un personnage bien connu appartenant à la noblesse venant voir au Workhouse une jeune fille qu’il avait sauvée de l’infamie, fut, comme il traversait un corridor, frappé de l’avis placé sur la porte de la chambre de notre héros. Il s’arrêta et piqué de curiosité entra... Il fut pendant quelques instants immobile d’horreur.
- S’il eut passé indifférent, Bébé Ginx, en dépit de M. Snigger eut cessé dans les 24 heures de compter au nombre des vivants. Là se serait fermée notre histoire. Les conditions dans lesquelles se trouvait le malheureux reclus en proie à une fièvre violente étaient aussi révoltantes qu’eut pu le désirer le reporter le plus à sensation. Courir en toute hâte chercher un médecin ; de là prendre un cab (5),
- (K) Le mot Cab s’applique à toutes les voitures de place, mais il désigne plus spécialement une sorte de cabriolet à deux roues et dont le siège est sur le derrière de la voiture.
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- saisir un magistrat de tous les détails de l’affaire, les livrer à la presse pour être publiés le lendemain matin, fut, pour le nobleman, l’affaire d’un instant.
- Les écrivains à tant la ligne s’empressèrent de se rendre sur les lieux et, donnant le texte de l’avis placé sur la porte, firent une description des plus colorées de la Chambre et du Bébé. Les administrateurs furent éreintés dans des articles de fond les plus incisifs et dans des lettres pleines d’indignation.
- Au lieu de se courber pour laisser passer la tempête, ils essayèrent de lui faire face et s’arrêtèrent à des résolutions où la puérilité et le burlesque le disputaient à la colère. Le petit nombre d’entre eux qui possédaient quelque bon sens furent injuriés dans les meetings jusqu’à ce que, de guerre lasse, ils fussent forcés de ne plus paraître dans ces réunions.
- Le bruit, au-dehors, allait grandissant. On se demandait pourquoi le Président du Poor law Board (6) n’intervenait pas. A la fin il intervint, seulement au lieu de s’assurer par ses propres yeux de la vérité de ce qu’il avait entendu dire, ce qui lui eut pris une couple d’heures, il désigna un gentleman chargé de faire une enquête.
- Les administrateurs ne se possédèrent plus. On croirait en lisant les rapports de leur procédure lire les divagations d’une maison de fous ou les délibérations du Sénat américain. Iis révoquèrent M. Snigger Gomme coupable d’infractions à leurs ordres et le remplacèrent par un parent de M. Stink. Ils mirent une serrure à la porte du Bébé et passèrent à l’enfant sa nourriture au bout d’un bâton. Un comité fut nommé chargé de le voir manger et l’on adressa au poor law Board un mémoire établissant que le Bébé avait chaque jour plus de vivres qu’il ne lui en fallait et qu’il se trouvait dans des conditions de santé admirables. Ils interdirent à tout autre docteur que le leur de visiter l’enfant et se firent donner un certificat attestant que le noble Busybody et son médecin s’étaient trompés et que toutes les fonctions de la vie paraissaient se faire on ne peut mieux*.
- Alors le gentleman publia son enquête et son rapport ; puis survient une lettre du poor law Board ; puis encore de nouvelles discussions et de nouvelles lettres jusqu’à ce que enfin, le public ahuri, ne sachant plus à qui entendre, pestant contre le ministre, les administrateurs et la loi, les envoya tous de compagnie au fin fond de la terre et au-delà.
- V. — Un fourré d'impiétés
- L’affaire des administrateurs de St-Bartimeus
- (6) Poor Law Board. Commission de la loi. sur le paupérisme qui est chargée de s’assurer si la loi est justement appliquée dans les maisons de charité et qui en requiert l’application quand elle le croit opportun.
- contre ceux de St-Simon Magus vint enfin au rôle. Les débats durèrent deux jours.
- Il existe un ouvrage affreux dont le titre est court : « Burn’s Justice » mais qui, en cinq gros volumes fait reculer d’épouvante l’homme de loi le plus... homme de loi. Dans un de ces énormes tomes de mauvais augure, sous le titre : « Poorp. p. 1,200, » le curieux peut trouver un code dont les dispositions sont conçues dans un esprit tel qu’elles dépassent tout ce qu’il y a de pire chez les anciens aussi bien que chez les modernes; un code où par des additions graduelles, on a bâti pour le pauvre et le malheureux un système d’assistance si impolitique et, à la fois, si immoral, que ce n’est que de l’official de paroisse le plus aride, le plus stupide, le plus pétrifié qu’on pourrait attendre un plaidoyer en sa faveur; un système si compliqué que nul, sous la calotte des cieux n’est capable de déterminer jusqu'où l’on peut aller dans son application, à qui et dans quelles proportions on peut l’appliquer et quel sont, en un mot, son but et sa portée. Et cependant il est là debout, monument de la sottise anglaise, merveille d’ignorance et de nonchalance politique.
- Figurez-vous, s’il vous plaît, un président de Tribunal et trois de ses assesseurs, tous hommes de pratique et d’un esprit pénétrant, pleins de vigueur dans la conduite des affaires et animés du bien public, désireux de dégager la vérité et de faire droit à chacun; figurez-vous cesmagistrats tête baissée dans ce fourré d’impiétés, contrecarrés à chaque instant dans leurs recherches de la Justice en faveur de Bébé G-inx? Eh bien! en dépit de tous les efforts du président, malgré toute sa patience, son intelligence, sa subtilité, il lui parut que ce serait une rude tâche de réconcilier le passé avec le présent comme de tirer de ce chaos quelque chose qui fut d’accord avec ses instincts moraux.
- Place nette, Messieurs du Conseil ! Une législation vraiment régénératrice doit commencer par se dé-barasser des antiquailles. Réformer signifie plus que replâtrer.
- Raccommodez ; mettez une pièce ; jetez bas un peu par ici; étayez quelque vieillerie incommode et branlante par là ; bouchez avec du ciment législatif breveté des ci’evasses entr’ouvertes; enluminez de vieilles façades ; cachez la décrépitude sous une appa" rence de nouveautés ; badigeonnez, décorez, polissez... Et après ? Quand tout cela sera fait, aurez-vous une maison neuve ? Non, vous ne serez en présence que d’un sépulcre blanchi et tombant en ruine.
- Réparer ! — Entre les Torys et les Réformistes Radicaux ou Ultras, appelons-ies ainsi si cela vous | plaît, il existe un parti : le parti du replâtrage qui
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- ge cramponne aux intérêts établis et à toutes sortes j je vieilleries incommodes et qui, néanmoins parle de progrès. La réforme, qui signifie démolition de la part de la main hardie de l’homme d’Etat et reconstruction par la même main, n’est pas en faveur auprès fie vos rhabilleurs politiques. Donnons au parti et à ceux qui le composent leur véritable nom et, en fait de législation ou d’administration, regardez un vieux tory et un membre du groupe de l’obstruction (7) comme plus utile que ce juste milieu, intrigant, brouillon — « désireux de changer, mais craignant de détruire. »
- En ce moment même, tout ce qui est Réforme sociale est enchaînée, mis aux fers (si nous pouvons nous exprimer ainsi) par le parti du replâtrage. Ce que l'on désigne par réforme sanitaire est énervé par ce parti qui lui soutire toute sa vigueur. « Droits acquis, » « liberté du peuple », « empiètement sur la liberté individuelle, » « Dépenses, » tels sont les rengaines que les replâtreurs ont toujours à la bouche lorsqu’on leur montre une centaine de leurs voisins use pâles, fiévreux, et que l’on fait appel à un ministère pour qu’il de son pouvoir en faisant assainir ce voisinage.
- Un vaste projet d’éducation nationale est-il présenté ; vite le parti du replâtrage s’en saisit pour l’étrangler â moitié. « Oh 1 Utilisez ce qui existe ; améliorez-le et ajustez-le au système fonctionnant ; profitez vous-même de la jalousie des sectes; voyez quel grand bâtiment a déjà été construit. C’est bien vrai qu’il n’est pas assez vaste ; c’est bien vrai que la constimction en est défectueuse; mais réparez-le, ajoutez-y des ailes. Celà coûterait tant d’en faire un neuf 1 Réparez ! »
- Les modes de venir en aide aux pauvres sont vieux, vexatoires, insuffisants et aussi stupides que ceux qui sont chargés de cette mission. Que les Réformistes s’avancent et crient bien haut : « Enlevez ce va-rec (8) et débarrassez-nous de vos Bumbledom (9) vieillis, de vos distinctions de paroisse, de votre carte compliquée d’autorités locales ; faites une nouvelle distribution du Royaume sur un système plus pratique ; redressez les injustices de l’impôt ; améliorez le
- (7) Le groupe de l’Obstruction (obstructive party) se compose de quelques membres du Parlement dont la tactique est, tantôt par tel ou tel moyen, tantôt par telle ou telle manoeuvre, d’empêcher ou de faire ajourner les discussions et les votes de propositions qu’ils combattent.
- (8) Le varec, en anglais Wrack, est une plante marine dont on fait du fumier.’
- (9) Bumbledom est un mot composé de Bîtmble et de l’affixe Dom. Bumble est le nom d’un bedeau qui, dans « Oliver Twist » de Ch. Dickens, joue un rôle assez laid. L’affixe dom fait du nom un substantif. On aurait donc pu traduire débarrassez-vous de votre vieille institution de bedeau.
- mécanisme et l’esprit de l’assistance, et ainsi de suite », immédiatement le parti du replâtrage s'écrie « non possumus » aussi haut que quelque archi-obstructif que ce soit ! » Dieu m’en garde ! Elisabeth Reine et la loi sur les. pauvres à jamais ! A la rescousse du gouvernement local et des droits acquis ! Contentez-vous de réparer.
- Que doué d’une prévoyance remarquable et d'un cœur chaud de dévouement, cherchant en vain du secours dans les milliers de passages étroits et déjà encombrés qui sillonnent l’intérieur de l'Angleterre, jetant son regard perçant à travers les mers sur les riches pays qui chaque jour demandent au ciel des bras vigoureux pour diriger la charrue et manier la bêche, un homme s’écrie : « Oh ! Travail, voici le sol! Misère, inanition, voici la production! Mort voici la vie ! » Que ce citoyen aille trouver chaque homme d’Etat, chaque patriote, et leur demande leur concours, et l’appui de leur influence pour accomplir la bonne œuvre et organiser un plan d’émigration... alors le parti du replâtrage écume : Envoyer au loin le travail, la source de notre richesse? Non. Améliorer la condition du travailleur ; lui accorder la faveur des droits politiques — le droit de cité, de scrutin —. Consacrer les ressources de l’Etat à changer les conditions sociales ? Non ! Etendre le mode d’assistance locale à l’émigration ; c’est un remède temporaire •- Réparez ! »
- Alors, selon l’évangile de ce parti, chaque chose ne doit être soumise qu’à une restauration. Comme les antiquaires, MM. les replâtreurs grognent à tout ce que l’on abolit, quelque laid, quelque peu utile que ce soit à l’humanité et quelles que soient Félégance et ia beauté artistique de ce que vous voulez mettre à la place. Pour eux, un Gilbert Scott politique, restaurateur respectueux de styles surannés, conservateur fanatique, toujours prêt à étayer une politique qui date du temps des Goths, est bien préférable à un Brunei homme d’étatouàunStephenson, créateur de génie, qui ne se laissent effrayer par rien, ni par la perspective des difficultés apportées par la nature elle-même, ni par l’obligation de vaincre ces difficultés. Donnez-moi un homme d’Etat qui tranche dans le vif, ou je vous en prie, laissez en paix la légis -lation. Mieux vaut ce qui est, et tel que cela est, que des rapiéçages à l’infini.
- A la fin, grâce à de subtils accomodements avec la légalité, les juges trouvèrent le moyen d’affirmer que Bébé Ginx était de la paroisse de St-Bartimeus ; en conséquence ils refusèrent de délivrer les Mandamus.
- • [A suivre.)
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- LA SOCIÉTÉ DE JÉSUS-OUVRIER
- La société de Jésus-ouvrier, généralement désignée sous le nom de société des cercles catholiques, est dirigée par un comité central au-dessus duquel se trouve, en qualité de protecteur, un cardinal investi par le pape de cette haute mission. Toutes les décisions prises par le comité sont préalablement soumises au protecteur qui examine les comptes rendus des séances, donne son avis sur les questions pendantes, approuve les solutions ou en propose d’autres que le comité accepte toujours.
- L’exécution est confiée à un secrétariat général qui se subdivise en quatre sections ayant chacune ses attributions distinctes. La première section est chargée des relations avec la presse, avec les sociétés catholiques, avec les autorités religieuses, civiles et militaires : c’est de là que partent les attaques contre le gouvernement, attaques que reproduisent littéralement les journaux dévoués à la cause surtout en province.
- A la deuxième section sont rattachées toutes les fondations catholiques en France, à l’exception de Paris : ces fondations sont groupées autour de comités locaux dont l’ensemble est réparti en six zones, à la tête de chacune desquelles se trouve un secrétaire de zone qui réunit toutes les informations concernant son territoire et les transmet au chef de section. La troisième section comprend les fondations de Paris, l’administration financière et le service intérieur de la Société. La quatrième section s’occupe de la propagande, des publications, des. bibliothèques. C’est à cette dernière qu’appartient la haute main sur la partie militaire de l’entreprise.
- Ce comité central qui reçoit le mot d’ordre d’un évêque directement investi par le pape en dit long sur les projets nourris par le cléricalisme contre la société moderne. Aussi comme l’on comprend les cris de colère du parti du prêtre forcé de se mettre sur la défensive, d’interrompre son travail de sape et de mine contre les institutions à demi républicaines qui nous régissent I
- Une réplique die Milton
- On raconte que le duc d’York, qui fut plus tard Jacques II, ayant beaucoup entendu parler de Milton, dit à son frère, le roi Charles II, qu’il désirait voir le fameufc poète aveugle. Charles lui conseilla de se satisfaire. En conséquence le duc alla avec sa suite chez Milton, qui alors se faisait vieux et souffrait beaucoup de diverses infirmités. Leduc lui demanda s’il ne regardait pas sa cécité comme un châtiment que lui avaient attiré ses écrits contre le feu roi.
- — Si vous croyez, répliqua le poète, que les calamités qui nous arrivent ici-bas sont des signes de la colère de Dieu, comment expliquez vous le soft du roi votre père? Le déplaisir du ciel a dû être bien plus grand contre lui que contre moi, car je n’ai perdu que les yeux, et il a perdu la tête.
- QUELQUES CHIFFRES SUR L’ASSISTANCE PUBLIQUE.
- L'Anuaire statistique de la France (2e année, 1879) donne quelques chiff res officiels sur l'assistance publique durant l’année 1876.
- Il résulte de ces chiffres que au cours de 1876, près de 1,280,000 indigents ont été secourus individuellement et à domicile par 13,500 bureaux de bienfaisance.
- Ces bureaux ont distribué pour 16 millions et demi de francs de secours en nature et un peu plus de 5 millions de secours en argents : total, 21 millions et demi.
- Leurs frais d’administration montaient à 4,840,000 francs. Ils recevaient 8 millions de subventions communales, 7 millions et demi de charités publiques et privées ; ils avaient 12 millions et demi de revenus propres.
- La France compte 362 hôpileaux, 786 hôpitaux-liospi-ces, 376 hospices (1,524 établissements hospitaliers), qui ont 28,527 employés et servants, dont 2,730 médecins, chirurgiens et pharmaciens, 11,205 religieuses,
- ôte
- Sur le total de 164,362 lits, 71,683 sont affectés à la maladie, 53,064 à l’infirmité et à la vieillesse, 16,414 à l’enfance.
- Le service spécial des enfants assistés a employé, dans l’année 1876, 8 millions de francs pour les enfants admis à l’hospice ou élevés sous sa tutelle à la campagne ; 3 millions 1J 3 ont été distribués en secours aux nouveaux-nés nourris par leurs mères indigentes.
- Le total des enfants entretenus, durant l’aDnée, était de 62,612, dont 10,052 orphelins, 48,412 apportés ou abandonnés, 4,148 trouvés.
- II en est mort 897 à l’hospice, 2,108 à la campagne.
- Il en est sorti, à leur majorité, ou repris paF leurs parents, retirés par des bienfaiteurs particuliers, placés par l’administration, 11,667.
- Le 31 décembre, il restait à l’hospice : 1,176 garçons et 1,241 filles; à la campagne: 23,506 garçons et *22,017 filles.
- Dans les Monts-de-piété, que possèdent 42 villes, il a été engagé, en 1876, plus de 3 millions d’articles, sur lesquels il a été prêté près de 55 millions de francs en moyenne 17 fr. 24 par article.
- Les renouvellements se sont opérés dans la proportions de 24 pour 100 des engagements, et les dégagements dans celle de 18 pour 100.
- Il a été vendu près de 226,000 articles, sur lesquels il avait été prêté 3,900,000 fr., et dont les intérêts et droits de prisée s’élevaient à 412,000 fr. Du montant des boni de ces ventes, 782,500 fr. ont été réclamés dans l’année.
- La moyenne générale du taux des prêts était de 9,50 p. 100!
- Les frais de personnel et de matériel défalqués, les monts-de-piété ont réalisé, dans l’année 923,000 fr. de bénéfice !
- Et la statistique officielle classe ces institutions dans celles de bienfaisance !
- C’est tout simplement l’exploitation de la misère par l’Etat.
- Le Directeur-Gérant : Godin.
- Saint-Quentin — lmp. de la Société anonyme du Glaneur
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- & numéro hebdomadaire 20 c. DIMANCHE 18 JUILLET 1880
- Le Devoir
- REVUE DES RÉFORMES SOCIALES
- BUREAU
- Â GUISE (Aisne).
- joutes les communications doivent être adressées
- à M. GODIN
- Directeur-Gérant, .fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE par l’envoi, soit ail bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- ON S’ABONNE
- A PARIS
- 5,r-Neuve-des Petits-Champs Passage des Deux-Pavillons)
- France
- Un an. . . . 101. »»
- Six mois... 6 »» Trois mois. . . 3 >»
- Union postale
- Un an. . . . 11 f. »» Autres pays Un an. . . . 13 f. 60
- S’adresser à M. LE7MARIE administrateur delà Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- Mutualité sociale et Association du Capital et du travail. — Le Divorce : examen de la loi proposée (suite). — Coopération et Association : Congrès de Newcastle. — La fêté de la République à Guise. ~~ Nouvelles diverses. — Le l’instruction. — Caisse nationale de retraite. — Sur l'enseignement professionnel. — Feuilleton : Le dernier-né de Ginoc. — Marche de la Norwége vers la République. — Capacité civile de la P-mme. — Variétés.
- MUTUALITÉ SOCIALE
- l’envoi franco contre 5 francs en timbres-postes ou en manclats-poste.
- Les Notions préliminaires que le « Devoir » a publiées sont suivies, dans ce volume, des statuts de la société du Familistère, du règlement concernant les Institutions de prévoyance mutuelle qui existent dans l’Association, et du règlement d’ordre intérieur touchant les fonctions et services.
- Le tout constitue un ensemble de dispositions qui se complètent les unes par les autres. Des tables analytiques très détaillées facilitent les recherches et l’étude, et le lecteur peut ainsi se mettre vite au courant des points qui l’intéressent.
- ET
- ASSOCIATION DD CAPITAL ET DU TRAVAIL
- OU
- EXTINCTION DU PAUPÉRISME
- par la consécration
- du droit naturel des faibles au nécessaire et du droit
- des travailleurs à participer aux bénéfices de la production
- Cet ouvrage dont « le Devoir » vient de publier les « Notions préliminaires » est aujourd’hui en vente à Paris; librairie Guillaumin etCie, rue Richelieu et librairie Ghio, 1, 3, 5, 7, galerie d’Orléans, Palais-Royal. Il se vend ^ °dué, avec la vue générale des établissements e 1 Association, au prix de 5 francs.
- Éa Librairie du Devoir en fait elle-même
- Les réformes sociales et rationnelles qui se trouvent condensées dans ce volume, ont été préconisées par « le Devoir » depuis sa fondation, et votre feuille a trouvé des lecteurs dans toutes les parties du monde et nous avons la satisfaction de reconnaitre que nos travaux n’ont pas été sans fruit.
- L’idée d’organiser la mutualité sociale se fait jour dans le monde officiel et bientôt, nous pouvons l’espérer, la vie humaine trouvera dans nos sociétés la protection et les garanties dont elle a besoin. .
- Une autre idée non moins fondamentale des réformes sociales est celle d’associer l’ouvrier aux bénéfices de la production dans une mesure correspondante à la valeur de son concours; cette question longuement développée dans le
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- Devoir fait son chemin sous cette formule : Association du Capital et du Travail.
- En présence du progrès des idées dont nous nous sommes faits les apôtres, nous songeons à donner au « Devoir » le caractère d’une revue plus spécialement consacrée-à la sociologie sous ce titre : « Revue des réformes sociales. »
- Des collaborateurs nouveaux nous aideraient à faire connaître à nos lecteurs les principaux essais de réformes sociales qui s’accomplissent en Europe comme en Amérique.
- « La Revue qui succédera ainsi au «Devoir» paraîtra-t-elle chaque semaine ou deviendra-t-elle mensuelle en offrant au lecteur l’équivalent de quatre numéros du « Devoir ». C’est là une question non-résolue encore et sur laquelle nous recevrions avec plaisir les observations que nos amis voudraient bien nous adresser.
- Après cette modification du « Devoir » nous comptons publier les réflexions et les études provoquées par la constitution des statuts de l’Association du Capital et du Travail au Familistère.
- On comprend que cette Association qui embrasse les fonctions industrielles et les besoins domestiques d’une population d’environ 1,200 personnes, hommes, femmes et enfants, et qui appelle, en outre, ses ouvriers du dehors à la participation des bénéfices de l’industrie dans la proportion de la valeur du concours de chaque travailleur, a donné lieu à nombre d’observations, tant sous le rapport de ses agencements propres que sous celui des dispositions légales auxquelles elle a dû se prêter, au milieu des difficultés de la législation française concernant les sociétés.
- Des commentaires éclairant toutes ces questions compléteront donc d’une façon utile la publication des principes des statuts de l’Association du Familistère.
- *
- * *
- Au milieu des aspirations vagues et indéfinies du socialisme en Europe et des incertitudes qui planent encore sur les premiers essais de réformes, il est nécessaire que dans la Presse française un organe serve à élucider les voies et moyens de concourir le plus efficacement à l’amélioration du sort des classes laborieuses.
- Il ne suffit pas de trouver mauvais tout ce qui existe et de demander le renversement des nombreux abus que nos sociétés renferment, il faut découvrir ce qu’il convient de mettre à la place, afin d’assurer au peuple les bienfaits dont on voudrait le voir jouir. Il est indispensable de bien étudier le plan de l’édifice nouveau avant de renverser l’édifice ancien. Agir autrement serait livrer le peuple à toutes les misères, à toutes les incertitudes d’une attente indéfinie.
- Les réformes sociales ne peuvent être l’effet du hasard, elles ne peuvent naître que de l’étude approfondie des éléments d’action que la société comporte pour entrer dans la voie du progrès.
- Ce point de vue qui est celui du Devoir sera également celui de la Revue des réformes sociales. Notre feuille a été jusqu’ici dans la Presse française l’organe des voies expérimentales du socialisme et la modification que nous projetons est surtout motivée par le désir de poursuivre cette "tâche avec encore plus de soin.
- Nous faisons, à ce sujet, appel à tous les vrais amis de l’amélioration du sort des classes ouvrières, afin de donner à notre revue des éléments de variété et d’attrait, à côté des études sérieuses de sociologie qui doivent constamment faire la base de sa rédaction.
- Le Devoir, depuis sa fondation, nous a conquis de réels amis. La plupart de ses lecteurs sont des hommes dévoués au bien de l’humanité et, à ce titre, nous faisons appel à leur concours, non pour obtenir des sacrifices financiers dont nous prenons seul la charge, mais pour nous amener de nouveaux lecteurs et pour propager les principes de morale, de science et d’organi-' sation sociales dont nous nous sommes faits les défenseurs.
- Jusqu’ici l’Association du Familistère était pour ainsi dire à l’état d’incubation. Son éclosion maintenant a lieu au grand jour.
- Sans se faire l’apôtre de l’ensemble des faits appliqués au Familistère, on peut aider à la vulgarisation des principes qui servent de base à l’Association, au développement des institutions qu’elle renferme; car ces principes et ces institutions ouvrent la voie aux réformes pratiques que réclame l’état actuel de nos sociétés.
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- C’est donc faire oeuvre de bien social que de aous aider dans cette tâche, aussi comptons-uS sur le concours de tous nos lecteurs et
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- VI
- ICxainen de la. loi proposée.
- 2me PARTIE
- DU DIVORCE PAR CONSENTEMENT MUTUEL L’esprit timoré et le manque (Je conséquence dont nous avons vu que la Commission avait fait preuve à pégard du divorce pour cause déterminée se retrouvent, niais avec une intensité plus grande encore, dans son travail sur le divorce par consentement mutuel.
- Quel magnifique champ d’études ce sujet lui présentait. Elle pouvait examiner la législation des pays où ce mode de divorce fonctionne et voir par la statistique quels résultats ils ont fourni. Elle n’en a rien fait. Elle s'est bornée à reprendre l’ancien Gode Civil français et à reproduire presque identiquement les articles qu’il consacre au divorce par consentement mutuel.
- Voyez plutôt.
- Art. 275 et 276 Maintenus tels quels :
- « Le consentement mutuel des époux ne sera point admis, si le mari a moins de 25 ans, ou si la femme est mineure de 21 ans. »
- « Le consentement mutuel ne sera admis qu’après deux ans de mariage. »
- Ces précautions s’expliquent. Le législateur a voulu laisser aux conjoints le temps de se connaître et de s’éprouver. Il s’est méfié de l’irréflexion de l’âge. On ne peut pas sans danger livrer le mariage à la merci des fantaisies et des coups de tête.
- Art. 277
- La commission propose d’abroger cet article qui rend le divorce par consentement mutuel impossible après 20 ans de mariage ou lorsque la femme a dépassé 45 ans.
- Nous n’avons jamais pu comprendre pourquoi cet article avait trouvé place dans le Gode. Il doit en être expulsé. D'ailleurs ni la durée de l’union conjugale ni l’âge des époux ne peuvent faire disparaître l’intérêt publie et privé qui réclament le fonctionnement du di-vorce par consentement mutuel.
- Art. 278 à 294
- Maintenus tels quels, malheureusement.
- A-teneur de ces articles, le divorce par consentement mutuel n’est possible que si les conditions suivantes s°ut remplies :
- h doit être autorisé par les père et mère ou, à défaut, par les autres descendants vivants des époux. ^es époux seront tenus de régler préalablement le
- partage de leurs biens, et de convenir préalablement. 1° de l’attribution qui sera faite de leurs enfants ; 2° du domicile où la femme devra résider durant le temps d’épreuve ; 3° de la pension que le mari devra servir à sa femme durant le même temps.
- La déclaration de consentement mutuel des époux au divorce sera renouvelée dans la première quinzaine de chacun des 4e, 78 et 10e mois qui suivront ; les époux seront obligés de rapporter chaque fois la preuve, par acte public que leurs ascendants vivants persistent dans leur première détermination..
- Dans la quinzaine du jour où sera révolue l’année, à compter de la première déclaration, les époux devront se présenter devant le président du tribunal et lui déclarer qu’ils persévèrent. L’affaire sera déférée par lui au tribunal, lequel, si le ministère public ne voit pas d’empêchement, admettra le divorce et renverra les parties devant l’officier de l’état-civil.
- On voit que ces innombrables formalités ont pour but de rendre à peu près impraticable le divorce par consentement mutuel. La commission de la Chambre des députés ne le cache pas.
- « Si le législateur de 1804, admet le divorce par consentement mutuel. ditM. Léon Renault, rapporteur de la commission, ce n’est pas qu’il estime comme celui de 1792, que la volonté seule des époux ayant fait le mariage, leur volonté seule peut le rompre : non, c’est parce qu’il reconnaît que, parmi les causes j istificatives du divorce, il en est de si-graves et de nature à entraîner pour l’époux défendeur de si funestes conséquences, que son conjoint, victime d’attentats odieux, peut, à raison de l’élévation et de la délicatesse de sa conscience, préférer les tourments les plus cruels et la mort môme à l’éclat et à la manifestation publique de ses légitimes griefs.
- « Ces considérations prises delà sûreté des époux, de l’honneur des familles toujours compromis dans ces fatales occasions, de l’intérêt même de la société toute entière, ont seules déterminé lès auteurs du Gode Civil à ne pas forcer toujours la publicité des motifs péremptoires de divorce, et à permettre que l’existence de ces causes, demeurant enfermées dans le secret des consciences, pût être prouvée par un ensemble de consentements résistant à des lenteurs, à des épreuves, à des sacrifices combinés de façon â en essayer et à en prouver la solidité et la légitimité. Voilà pourquoi ils se sont attachés à vendre si chèrement le divorce de consentement mutuel, qu’il ne put y avoir que ceux à qui il était absolument nécessaire qui fussent tentés de l’acheter. »
- L’aveu est complet. Ainsi, à moins de circonstances tout à fait exceptionnelles, on retire d’une main ce que l’on paraissait avoir donné de l’autre. Ce que le titre VI du Code Civil formule ce n’est pas la possibilité du divorce par consentement mutuel, c’est sa quasi-impossibilité. C’est le nom sans la chose, faiblesse voilée par hypocrisie. Une législation qui ne permettrait pas ce mode de divorce serait criticable mais aurait au moins l’avantage d’être franche ; celle qu’on nous propose serait tout aussi criticable, mais aurait la franchise en moins.
- En disant quelle loi nous voudrions voir sur le divorce nous reviendrons sur le divorce par consentement mutuel.
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- LÉ DEVOIR
- Art. 29o
- Le Gode civil interdisait aux époux divorcés de se remarier entre eux. C’était absurde, puisque le divorce les avait rétablis chacun dans la position où ils étaient avant leur mariage.
- La Commission lève cette interdiction, sauf « si l’un ou l’autre des époux a postérieurement au divorce contracté un nouveau mariage. » Nous ne comprenons pas la raison d’être de cette interdiction. Les divorcés sont redevenus par le divorce aussi libres que garçon et fille. Ils se sont mariés. Ils sont devenus veuf ou veuve de leur nouveau conjoint. Qu’y a-t-il là qui soit de nature à leur interdire de se marier entre eux ?
- La Commission ajoute encore : « Les époux ne pourront adopter de conventions matrimoniales autres que celles qui réglaient originairement leur union. » Encore une inconséquence ! Comment ! parce que des époux auront fait mauvais ménage sous le régime de la communauté de bien, vous prétendez leur interdire de se marier sous le régime dotal, ou s'ils ont fait mauvais ménage sous le régime dotal leur interdire de se remarier sous celui de la communauté. Mais il se peut que ce soit précisément les conventions matrimoniales de leur première union qui aient jeté la zizanie dans leur ménage. C’est un cas qui ne se voit que trop souvent.
- Enfin la commission veut qu’on refuse aux divorcés qui se seront remariés entre eux la faculté de se divorcer une seconde fois. Pourquoi cette exception? Pourquoi refuser à ceux-là ce que vous accordez à d’autres ? Et s’il est dans l’intérêt de la moralité ou de la sécurité publique que ces divorcés remariés se divorcent à nouveau, pourquoi sacrifier des intérêts aussi sacrés ?
- Toutes ces restrictions prouvent surabondamment que la Commission n’est guidée par aucun principe. Après avoir accordé une chose, elle s’ingénie à en entraver l’application.
- Nous arrivons à la
- Dis position transitoire
- proposée par la Commission.
- « Les époux séparés de corps, antérieurement à la promulgation de la présente loi, auront, sans distinction entre le demandeur et le défendeur, la faculté, lorsque le jugement prononçant la séparation sera devenu définitif depuis 3 ans au moins, de faire convertir leur séparation en divorce sans requête et par assignation à bref délai.
- « Le jugement qui convertira la séparation de corps en divorce sera rendu en audience publique.
- « L’époux contre lequel la séparation aura été prononcée pour adultère ne sera pas admis à réclamer le bénéfice de cette disposition.
- « Les instances en séparation de corps introduites au moment de la présentation de la présente loi, pourront être converties par le demandeur en instance de divorce. »
- Cette disposition transitoire fait toucher du doigt L’incohérence du travail de la commission.
- Eh quoi 1 vous reconnaissez qu’il y a intérêt à substi-
- tuer le divorce à la séparation de corps, que l’existence faite aux séparés est contraire à la justice et aux intérêts sociaux, et vous n’avez rien de plus pressé que de rendre obligatoire pendant trois ans une situation que vous condamnez vous-mêmes! Quoi! vous ne prononcez la séparation de corps que dans des circonstances graves, et à ceux qui ont obtenu leur séparation, sans distinction entre le demandeur et le défendeur, vous prétendez imposer une pénitence de trois ans ! Mais de quel droit? Dans quel but ? Pour quelle raison ?
- Et comment concilier cette pénitence de trois ans avec la stipulation relative aux instances en séparation introduites au moment de la présentation de la loi.
- Ainsi les époux non encore séparés de corps pourront, au lendemain de la promulgation de la loi, demander tout de suite leur divorce, taudis que des époux séparés par jugement deux ans auparavant devront, pour jouir du même droit, attendre une année, et ceux séparés la veille attendre trois années entières.
- Quelle inconséquence !
- fnconséquence encore que cette interdiction a l’époux, contre lequel la séparation aura été prononcée pour adultère, de demander la transformation de sa séparation en divorce.
- M. Léon Richer écrit à ce propos :
- « Peut-on concevoir une disposition de loi plus ridicule que celle-là ?
- « Comment ! un h«mme et une femme, séparés de corps par jugement pour cause d’adultère, vivent dans l’adultère ; ils demandent à la loi de les dégager pour pouvoir régulariser leur situation, et la loi leur dit: « Ah non ! attendu que vous avez péché, je vous punis ; et ma manière de vous punir consiste à prolonger moi-même l’état d’adultère dont je vous ai fait un crime. »
- « Pour châtier l’adultère, la loi ne trouve rien de mieux à faire que de perpétuer l’adultère. »
- Nous n’ajouterons que quelques mots.
- Pourquoi cette différence à l’égard de l’adultère? Ainsi le mari qui aura tenté d’étrangler sa femme, ou la femme qui aura essayé d’empoisonner son mari, auront droit de faire transformer en divorce leur séparation ; mais le mari ou la femme adultère — bien moins coupables cependant que l’étrangleur ou l’empoisonneuse — n’auront pas le même droit! Mais c’est d’une injustice révoltante et d’une absurdité sans nom ! Les bras tombent de découragement quand on voit des législateurs croire en leur âme et conscience à l’excellence de telles énormités. Heureusement que la discussion publique ne manquera pas d’en faire justice.
- On voit par ce rapide examen du projet de la commission que le divorce n’est pas encore près de fonctionner chez nous d’une manière rationnelle. Nous sommes tellement imbus des préjugés catholiques, que même les personnes favorables au divorce hésitent à lui donner sa vraie forme, et se bornent à faire de lui une séparation de corps avec faculté de se remarier.
- N’est-il pas à craindre que l’on puisse appliquer au
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- LE DEVOIR
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- divorce tel que le demande la Commission le jugement suivant porté par son rapporteur sur la séparation de corps :
- « Institution sans sincérité, elle est par cela même un remède inefficace et dangereux : car du faux le mal peut sortir- »
- Nous verrons sous quelle forme le divorce doit être rétabli pour être à la hauteur de la mission qui lui incombe. Ce sera l'objet de notre prochaine étude. Nous y établirons qu’une organisation rationnelle du divorce peut contribuer dans une large mesure à relever le niveau général des mœurs, à entretenir le respect mutuel et la bonne harmonie dans les unions conjugales, enfin à remettre en faveur la vie de famille qui chez nous est ma’heureusement trop tombée en discrédit.
- Ed. Champury.
- ——.——--------------
- COOPÉRATION ET ASSOCIATION
- CONGRÈS DE NEWCASTLE (1)
- Vil
- Troisième Journée — Mercredi 19 Mai 1880.
- {Suite).
- M.> John Holmes avait préparé un discours sur « l’éducation telle que les établissements de coopération la comprennent et la dirigent. » Ce discours fat déposé mais non prononcé. Nous en parlerons à nos lecteurs, s’il y a lieu quand le texte nous en sera \ parvenu.
- Qui veut la question du
- Gouvernement des magasins
- M. Georges Scott prit la parole :
- Le sujet est un de ceux sur lesquels il a été dit et écrit tant de choses que réellement il est difficile de trouver quelque système nouveau pour le gouvernement d’un magasin coopératif. Mon intention du reste n’est pas de proposer quelque plan particulier, mais d’exprimer l’espoir que, par l’échange de nos pensées, nous serons capables d’avancer vers cet état satisfaisant, si ce n’est parfait, auquel nous aspirons.
- La richesse du monde est suffisante pour maintenir tous les habitants dans le bien être ; mais le système de distribution de cette richesse est radicalement mau* vais ; personne ne le contestera sérieusement.
- Tout plan de distribution qui permet à un homme de vivre dans une telle abondance qu’il peut se vêtir de pourpre et de lin fin et se nourrir somptueusement chaque jour, tandis que son voisin est condamné à vivre dans la pénurie et le dénûment, porte sa propre condamnation. Or, le système commercial actuel permet à quelques individus seulement de devenir riches, tandis
- que des milliers et des milliers terminent leur existence plus enfoncés dans la pauvreté qu’au début de leur vie de travail.
- (J) Voir les numéros des 6, 13, 20 et 27 juin, 4 et i 1 juillet. I
- I C’est parce que nous pensons qu’il y a dans le mode de commerce coopératif quelque chose qui peut transformer la société et conduire les hommes à une meilleure situation que nous honorons tant les hommes qui lui ont donné naissance et ceux d6nt les cheveux ont blanchi à. son service.
- Il a été dit que l’homme qui fait croître deux brins d’herbe où un seul avait poussé est un bienfaiteur public, et que l’homme qui invente un plan par lequel une plus équitable distribution des richesses sera inaugurée, a également des titres à cette appellation. La coopération offre à tous une aide incessante ne comportant pour personne d’injustes avantages.
- Ceci est la grande mission de la coopération.Les hommes ont besoin de s’élever, de se perfectionner et de s’aider mutuellement et celui qui est capable du plus petit effort pour l’accomplissement de cette grande et belle œuvre, se prépare la satisfaction d’avoir fait quelque chose pour rendre le monde meilleur qu’il ne l’a trouvé...
- Afin de gouverner avec succès un magasin ; il est indispensable d’avoir d’abord un comité d’hommes vigilants et intelligents.
- L’histoire passée des sociétés nous enseigne à craindre que des hommes ne soient trop souvent choisis pour des raisons qui devraient être les plus forts arguments contre leur élection.
- Il arrive parfois que l’on élit celui qui a réussi à faire beaucoup de bruit dans les meetings mensuels ou trimestriels ; qui a occupé le temps à des questions interminables, qui n’ont pas plus de rapport avec le sujet en discussion qu’avec un voyage à la lune ; qui, examinant le côté défectueux de la nature humaine voit toutes choses d’une façon si fine et si claire qu’on pourrait croire que ses organes visuels sont des microscopes perfectionnés, mais qui semble frapper de cécité absolue lorsqu’il s’agit de voir le bon côté des choses, et fait alors des harangues à perte de vue pour mettre en évidence la mauvaise direction des affaires. Souvent celui-là est regardé comme une personne apte à tenir les rênes du gouvernement, dans la société dont il est membre. Nous ne nous faisons aucun scrupule de déclarer qu’une telle conduite de la part des électeurs est des plus répréhensibles. Ces remarques naturellement ne s’appliquent pas à toutes les critiques, elles visent seulement celles qui peuvent être traitées de fâcheuses.
- Nous soutenons fermement que si les sociétés instituées pour le bénéfice du pays, mais plus spécialement pour celui des classes ouvrières, doivent être établies, consolidées et menées à bien, ce sera par l’élection aux fonctions qui entraînent une responsabilité, d’hommes dont le sens moral, la conduite respectable et digne, l'intelligence et la capacité en affaires soient, se manifestent dans leur vie journalière.
- Le comité doit avoir le suprême contrôle sur toutes les affaires de la société, et quoique dans les grands magasins il soit presque impossible d’entrer minutieusement dans chaque détail, les commissaires doivent
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- cependant maintenir toujours leur position d’agents responsables des transactions, et ceci nous le soutenons peut-être fait sans accompagnement de ces interventions inutiles et de ces critiques captieuses qui sont trop souvent pratiquées.
- La question qui vient ensuite est celle du chef de magasin. Sujet délicat à traiter pour nous qui exerçons les fonctions dont il s’agit de parler.
- Cependant nous donnerons notre opinion sur les qualités nécessaires à l’homme qui doit être choisi et sur la situation qu'il doit garder à l’égard du comité et de ses membres.
- Les comités en choisissant un chef de magasin doivent s’assurer que la personne possède non-seulement toute l’habileté commerciale nécessaire pour bien diriger les affaires de la Société, mais aussi qu’elle est imbue au moins un tant soit peu, du véritable esprit de la coopération.
- L’expérience nous enseigne que ces conditions quelques désirables quelles soient, sont rarement combinées ; cependant nous espérons que le jour approche où nous aurons tant de coopérateurs entraînés dans le mouvement que cette difficulté disparaîtra.
- Certaines personnes disent ; « Procurez-nous un homme qui ait nos principes et nous en ferons un homme d’affaires. » Ceci indique plus d’enthousiasme que de raison. Car n’est-ce pas un fait avéré que quelques sociétés ont cessé d’exister quoique leurs directeurs aient été pleinement imbus des principes de la coopération.
- Un des traits principaux du caractère d’un directeur doit être la ponctualité en affaires.
- C’est là la pierre de touche de la valeur des transactions commerciales; c’est la vie, l’âme d’un magasin en prospérité croissante, c’est la condition qui donne aux autres facultés requises la puissance et la plénitude dans leurs opérations. La ponctualité est la principale source de l’action immédiate et le vainqueur du laisser aller individuel. Elle donne du nerf à l’esprit contre l’indolence. Elle est la vertu dominante de beaucoup de problèmes de la vie ; elle résout beaucoup de choses inexplicables; ajoutez à la ponctualité la fermeté du dessein ; la promptitude dans l’exécution du devoir, une connaissance parfaite du travail à accomplir et l’intégrité du caractère et vous avez un homme de premier ordre et du meilleur type.
- Telles sont les conditions nécessaires pour qu’un homme soit capable de rendre prospère un magasin coopératif sous le double rapport moral et commercial.
- Ce que la clé de voûte est aux arceaux, la ponctualité l’est aux affaires, et nous voudrions dire ici aux comités et aux membres,que, après avoir arrêté le chef de magasin, leur dé sir unanime et leur plus sérieux effort doivent tendre à arranger les choses de façon à ce qu’il soit excessivement difficile au chef de magasin de mal faire et très-aisé démarcher droit. En agissant ainsi les comités
- accomplissent simplement leur devoir d’hommes envers leurs semblables.
- L’homme qui a pouvoir d’empêcher le mal et qni Q l’empêche pas est moralement responsable d’une faute d’omission.
- Le chef de magasin doit avoir en l’absence du comité le suprême contrôle de toutes les affaires de la société et si ce n’est pas lui seul qui choisit ses subordonnés il doit avoir au moins voix dans leur élection, avec au' torité de les suspendre en cas de mauvaise conduite en attendant la discussion du comité. A lui aussi doit être confiée l’achat de tous les produits avec cette réserve que tous les ordres reçoivent la sanction du bureau et que le bureau décide où les produits doivent être ache-tés.
- Ici nous dirons d’un mot qu’ils doivent être achetés à la Wholesale autant que possible, et que, dans le cas contraire la raison doit en être donnée (dans l’intérêt du mouvement), non-seulement au comité local, mais aussi aux fonctionnaires directeurs de la Wholesale.
- Il est notoire qu’il y a des commissaires et des acheteurs qui emploient toute leur habileté à combattre la Wholesale, tandis qu’il est néanmoins certain que la plupart d'entre eux ne savent pas même où est l’établissement de la rue Waterloo, excepté qu’il est à Newcastle. « Meilleur autre part » est leur cri favori, interrogez-les sur la question et ils vous diront : « Oh ! nous sommes pour la concurrence. » La concurrence, sans s’être demandé ce que cela signifiait. Par rapport à l'habillement cela signifie deux vêtements au lieu d’un, deux paires de chaussures au lieu d’une, etc... cela signifie aussi nourriture mauvaise et falsifiée qui tend à l’extinction prématurée de la vie ; corruption des transactions commerciales ; cela signifie la chair et le sang du travailleur.
- Stocks. — Afin d’effectuer les ventes promptement, il est nécessaire qu’une certaine somme de produits soit gardée en stock : la quantité dans chaque cas doit être régularisée par la demande. Déterminer à l’avance les stocks, en quelque matière que ce soit, serait à notre avis très-peu sage, et l’expérience nous enseigne que beaucoup de sociétés ont éprouvé et éprouvent encore beaucoup de difficultés par le seul fait d’avoir laissé leurs stocks prendre une étendue hors de toute proportion avec les demandes.
- Cette remarque s’applique plus particulièrement à la nsuveauté et à la chaussure dont les produits sont si prompts à se détériorer.
- « Achète ce dont tu n’as pas besoin et tu seras bientôt
- obligé de vendre ton nécessaire, » est une maxime quil
- est bon pour nous de ne pas perdre de vue. En d’autres
- termes, achetez ce que vous ne pouvez pas vendre et
- non-seulement vous enlevez à votre capital son PoU‘
- - le
- voir pour le bien ; mais encore, pratiquement, vous convertissez en machine dévastatrice par laquelle k3 ressources de votre société sont amoindries et détruite*-Nous savons que dans les deux branches dont nous ve
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- nons de parler de grandes difficultés s’élèvent pour des causes diverses telles, par exemple, que les changements continuels de la mode et la diversité de goûts parmi nos nombreux acheteurs. D'où le grand besoin de surveillance et de vigilance.
- Quelques-unes des meilleures maisons de commerce sont parfois obligées de supporter sous ce rapport des bévues d’une telle importance que cela leur coûte d’énormes sommes d’argent. Gela est vrai pour le commerce en général, mais s’applique avec moins de force aux coopérateurs puisqu’il y a une différence marquée dans notre position comparée, à celle du commerçant ordinaire, ce dernier ayant dans la plupart des cas à chercher un marché pour ses produits après qu’il les a achetés, tandis que nous avons un débouché assuré à l’avance. La seule chose qui nous soit nécessaire est donc d’acheter la marchandise dont nos clients peuvent avoir besoin ; en agissant ainsi, le travail, pour prévenir une accumulation de stock (qui finalement entraîne une déperdition de marchandises) s’accomplit comparativement avec facilité et permet de renouveler les stocks avec une rapidité plus grande. En fait de nouveauté et de chaussure, nous devons viser à ce que les stocks soient renouvelés au moins une fois par trimestre.
- Épicerie et approvisionnements. — Ici les risques dont nous avons parié ci-dessus ont peu ou point d'application puisque notre position de vendeur au détail nous permet d’arranger les choses de façon à convertir les produits en argent dans le plus court délai possible. Les facilités sont telles pour agir ainsi que le chef de magasin le moins habile doit renouveler les approvisionnements au moins 10 fois dans un trimestre.
- Inventaires. — Il y a plusieurs modes d’opérer dont quelques-uns sont à la fois coûteux et laborieux. Toutes les marchandises doivent être prises à prix coûtant. Quand au mode d’opérer le plus simple est celui pratiqué par un grand nombre d’importantes maisons (ce qui est un signe de sa valeur) consiste en ceci : dans la nouveauté les articles de différentes qualités et de différents prix sont soigneusement comptés et mesurés par les employés durant la semaine pendant laquelle l’inventaire arrive après quoi ils sont étiquetés.
- Chaque étiquette contient la quantité de marchandises contenue dans le rayon. Un objet est-il vendu. Après cette opération et avant l’inventaire l’objet est effacé de ladite étiquette, et le jour de l’inventaire,les commissaires prennent chaque étiquette et la comparent avec le rayon. S’ils trouvent des produits détériorés ou manquants, ils soumettent la chose à la plus minutieuse investigation. Dans aucun cas ils ne doivent accorder leur confiance à aucun homme ni à aucun groupe d’hommes qui les conduiraient au relâchement dans cette partie spéciale de leurs travaux.
- Les comptes doivent être tenus avec clarté, simplicité et exactitude ; ce qui sera fait au mieux par des hommes spéciaux. Le contrôle doit être confié à des comptables compétents, indépendants et honorables.
- Partout où cela est possible la vente doit se faire au comptant, nous n’accordons pas la moindre confiance au système de crédit : il est antipathique au principe de la coopération et préjudiciable aux intérêts des individus et des sociétés qui le pratiquent. Il tend non-seulement à augmenter le coût de la vie ; mais aussi les violations des lois de l’économie domestique, et les frais généraux de toute société qui tolère ce système. En outre il détruit dans les hommes l’esprit d’indépendance virile et les assujettit à un système dont les tendances finales sont démoralisantes et dégradantes, Combien de banqueroutes commerciales peuvent être attribuées à la pratique du crédit. Une grande quantité de sociétés coopératives n’ont périclité que par l’introduction de celte funeste pratique, et aujourd’hui encore quelques-unes luttent contre des difficultés dues uniquement à cette même cause....
- Disons pour conclure qu’ayant mis nos mains à la charrue coopérative, nous devons employer tous les moyens légitimes pour assurer son succès. Que la fidélité à nos principes soit la règle caractéristique de notre existence et nous aurons la satisfaction d’avoir fait au moins quelque chose pour atteindre au grand résultat qui doit être le lot du bon temps de l’avenir.
- Au cours de la discussion qui suit ce discours, M. Iiadgson Prat dit qu’il est bien connu que beaucoup de sociétés ont périclité faute d’un bon chef demagasin. Ne pourrait-on rien faire pour obvier à cet inconvénient ? Les petites sociétés ne savent où aller demander de bons directeurs. M. Hodgson Pratt pense que le bureau central devrait garder sur un registre confidentiel (peut-être même, cela devrait-il être fait dans chaque section) les noms des hommes recommandables comme chefs de magasin.
- M. Scott fait observer que, lorsque les sociétés ont besoin d’un bon chef de magasin, elles s’adressent à la Wholesale, presque toujours en état de recommander des hommes compétents et de confiance. Il espère que l’idée du registre recevra sa pleine exécution. J. P.
- ---------------—
- LA FÊTE DE LA RÉPUBLIQUE A GUISE
- La fête de la République a eu lieu à G-uise avec une splendeur dont jamais les fêtes de la monarchie ni de l’empire n’ont approché. La ville s’est distinguée en cette circonstance, mais l’Association du Familistère a largement concouru de son côté à relever l’éclat de la fête.
- Dès la semaine précédente, le conseil du Familistère portait l'avis suivant à la connaissance des membres de l’Association :
- « Fête du 14 Juillet
- « La République a adopté comme jour de fête na-« tionale le 14 Juillet anniversaire de la prise de la
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- « Bastille. Un enfant de Guise, Camille Desmoulins, u. fut le promoteur de cet acte qui ouvrit l’ère de nos « libertés. C’est, à ce double titre que le conseil d’ad-« ministration du Familistère ouvre dans les ateliers « de l’usine et au Familistère une souscription pour « que chacun puisse coopérer à l’illumination des « façades du Familistère du côté de la ville. »
- « Cet avis fut accueilli avec le plus vif entrain. Les dispositions furent immédiatement prises et le jour de la fête la cour extérieure couverte de guirlandes de lanternes vénitiennee servait d’avenue au spectacle de l’illumination générale du Palais.
- Ce fut véritablement magique de voir, à 8 heures et demie, au signal donné par le clairon, les trois cents fenêtres s’illuminer en un clin d’œil.
- Cette fête exercera, à Guise comme partout, une influence morale considérable pour graver dans les esprits l’amour de la République.
- NOUVELLES DIVERSES
- FRANCE
- XJne femme héros. — On annonce, dit le Droit des Femmes, la mort à Evreux, d’une dame Perrichon, qui, lors du 2 Décembre, se trouvait sur les barricades à côté de Baudin. Ce fut elle qui reçut dans ses bras le député tombant sous les balles de la troupe. Elle avait conservé de ce drame sanglant le plus fidèle souvenir, et elle était vraiment émotionnante lorsqu’elle le racontait.
- Mme Perrichon a voulu être enterrée civilement.
- 'te
- * *
- Droit de® femme®. — M1Ie Hubertine Auelert a adressé la lettre suivante au préfet de la Seine :
- Vous m’informez que, pour rejeter ma demande de dégrèvement d’impôt, vous vous appuyez sur l’ariicle 12 de la loi du 21 avril 183(2, qui déclare imposable à la contribution personnelle et mobilière tout habitant français ou étranger non réputé indigent
- Il y a quelques mois, je m’appuyais sur une loi identique, mais de date plus récente : la loi du 5 mai 1848. qui dit, article 6 : « Sont électeurs tous Français », pour réclamer mon inscription sur les listes électorales.’
- On m’a répondu que devant le scrutin, Français ne signifie pas Française.
- Si Fiança s ne signifie pas Française devant le droit Français ne peut signifier Française devant l’impôt.
- Je n accepte pas cette anomalie qui fait mon sexe incapable de voter et capable de payer.
- Gomme vous ne paraissez pas tenir compte des motifs qui me font refuser les contributions, j’ai l’honneur de vous informer, monsieur le préfet, que je désire user de mon droit de présenter des observations à la séance publique du conseil de préfecture que vous voudrez bien, m’indiquer. Je m’y ferai assister par M' Giraud.
- * *
- Less jeunes détenus à la prison de la Hoquette. — Pour la première fois depuis qu’il y a des barreaux aux fenêtres et des verroux aux portes d’une maison d’arrêt, la société vient de chercher à moraliser ee qu’elle punit, et à faire de la prison une école.
- C’est à la Petite Roquette, dans la prison des jeunes détenus, que vient d’être tentée l’expérience.
- On a demandé à M. le préfet de police et à M. ie n,-nistre de l’intérieur, qui l’ont accordée, l’autor'isati d’organisei. dans la prison même de la Roquette n°n représentation, une sorte de matinée littéraire, pouri5 jeunes prisonniers.. Cette représentation a eu lieules l’effet qu’elle a produit a été extraordinaire. ’
- Elle a été donnée dans la grande salle où l’aumôiieri fait d’ordinaire l’instruction religieuse. rie
- Cette salle est d’un aspect sinistre : d’une part un estrade assez élevée sur laquelle se lient le prêtre • d l’autre côté, une sorte d’amphithéâtre où chaque stali est une cellule ; 1 abonné qui l’occupe est séparé de se deux voisins de droite et de gauche par des cloison* et de ses voisins des rangs inférieurs et supérieurs par de, écrans inclinés qui ne lui laissent voir absolument que l’estrade et celui qui l’occupe. H e
- Quand les artistes choisis par l’administration pénitentiaire pour venir réciter ou chanter leur répertoire së sont présentés dans cette salle, ils n’ont pu apercevoir tout d’abord que lestâtes du premier rang, têtes parfois intéressantes, parfois effrayantes dans leur précoce avi-lissement; mais, à mesure qu’ils franchissaient les degrés de l’estrade, précédés ou suivis par les rares invités de cette fête émouvante, ils découvraient les étages supérieurs, et ces rangées de têtes blafardes, presque uni-formes dans leur expression de stupeur heureuse et de curiosité passionnée, clouaient les mots sur leurs lèvres et les jetaient tout à coup dans une impuissante immobilité.
- Quel spectacle et quelles réflexions !
- Au milieu d’un silence religieux, une voix s’est élevée. M. Taillade a dit la Conscience, de Victor Hugo, comme jamais certainement il ne l’a dite et comme jamais peut-être il ne la redira, et chaque fois qu’un des vers sur lesquels la postérité a déjà fixé son admiration s’échappait des lèvres de l’artiste, c’étaient de toutes parts, dans cette assemblée de spectateurs isolés, dans cette collection de voisins ignorés l’un de l’autre, un long frémissement et des bravos sans fin. Cüaque mot portait, tout était compris. Ces consciences que le remords avaient étreintes et poursuivies, elles savouraient l’amère jouissance d’entendre expliquer leur tourment. Ces âmes déchues, elles applaudissaient aux élans vers le bien. Mais par dessus tout, ces pauvres êtres, malheureux plus encore que coupables pour la plupart, regardaient de tous leurs yeux et admiraient de tout leur cœur.
- Après Taillade, sont venus deux chanteurs, les deux frères Lyonnet, qui avaient choisi dans leur bagage ce qu’ils avaient de plus délicatement gai ou bien de plus doucement triste, pour le dire devant ce public nouveau. Même intelligence à saisir toutes les nuances, même enthousiasme pour applaudir aux bons endroits.
- j Tous ceux qui assistaient à cette étonnante représen-! tation se sentaient profondément remués par des mani-| festations des jeunes détenus.
- j C’est un fait constant que l’art, sous toutes ses formes,
- \ rencontre en nous, des spectateurs toujours honnêtes, j Le plus vil coquin pleure au récit d’une infortune im-| méritée ; le bandit le plus inculte se sent ému en pré- sence d’une belle chose. Musique, drame ou poésie, ! toute œuvre de l’imagination humaine, toute création de l’art, éveille en nous des idées et des sentiments toujours purs. Pourquoi ne profiterait-on pas, pour relever ces intelligences flétries, pour susciter ces repentirs pares-. seux, pour émouvoir ces âmes engourdies enfin, >e cet ' instinct du beau qui dort en elles ?
- Une première expérience a été faite ; il ne faut pas,
- ; croyons-nous, en rester là. .
- j De bons résultats sont à espérer, mais ils ne peuvent pas s’obtenir sur une seule tentative ; Je but est indiqué ; il faut le poursuivre.
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- SUISSE
- Séparation de l’Eglise et de l’Etat ot
- î mœurs populaire®. — Le peuple genevoi»)
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- invité à se prononcer sur la loi que venait d’élaborer son Grand Conseil, loi qui consacrait la séparation de l’Eglise et de l’Etat, a rejet'; cette loi à une immense majorité.
- Ce qui a le plus contribué à amener ce résultat, c’est pappui que la curie romaiue a donné à l’idée de la séparation. Cette conduite des agents de l’infaillible Léon XIII a lieu de surprendre puisque le Syllabus, rendu par l’infaillible Pie IX, frappe d’anathème quiconque parlera de séparer l’Eglise de l’Etat.
- La proclamation des résultats du scrutin a fait naître une manifestation trop originale pour que nous ne la racontions pas à nos lecteurs.
- Une simple affiche placardée à la hâte convoquait en assemblée populaire, sur la place publique dite le Mo-lard, au cœur même de la ville, les citoyens membres de la majorité. 3 ou 4,000 personnes répondirent à l'appel. En un instant, cette .ouïe se procura des tambours, des trompettes, des drapeaux, puis, sans que personne en ait pris la peine, s’est organisée spontanément en cortège Alors, tambours et drapeaux en tête, et chantant ce refrain quelque peu incendiaire :
- Aristocrate fais ta prière
- A genoux devant les radicaux.
- Le cortège s’est rendu à la cathédrale (protestante) dont il s’est fait ouvrir les portes. Tandis que l’orgue jouait des airs nationaux, un vieux bonhomme de pasteur qui de sa vie n’avait jamais eu si nombreux auditoire, est monté en chaire et a fait une prière que l’assistance composée en bonne partie de libres penseurs et de catholiques libéraux a écoutée dans le plus profond silence Puis l’un des orateurs les plus avancés du protestantisme libéral, M. le professeur Cougnard, a prononcé une allocution patriotique et religieuse à la fois appplaudie chaleureusement à huit reprises. L’orgue clôtura cette cérémonie improvisée en jouant de nouveau des airs nationaux, puis le cortège se reforma sur le parvis pour se rendre de nouveau, en traversant les principales rues de la ville, sur la place du Molard où une tribune improvisée l’attendait. Là les organes politiques les plus marquants du parti radical et du parti libéral — adversaires sur toutes les autres questions — haranguèrent successivement la foule. En même temps toutes les cloches de la ville et de la campagne, tant celles des temples protestants que celles des églises des catholiques iibéraux, furent mises en branle et sonnèrent à toute volée. Quelques canons furent même réquisitionnés et des citoyens en tirèrent des salves.
- Les discours sur la voie publique une fois épuisée, chacun s’en alla de son côté comme dans la chanson de Marlborough. Durant toute la durée de cette manifestation qui ne comptait pas moins de 3 à 4,000 citoyens, aucune rixe n’eut lieu, ni aucune arrestation. La police genevoise a borné son rôle — comme elle fait toujours en semblable circonstance — à contempler le spectacle.
- Le lendemain et le surlendemain se trouvaient être des jours de fêtes, ceux> par lesquels chaque année la population donnait de la solennité à la distribution des récompenses aux élèves des collèges et des écoles. Les fêtes se sont passées avec le même entrain que s’il n’y avait jamais eu à Genève d’agitation politique. Les adversaires de la veille, placés sur un autre terrain, ont fraternisé de nouveau, pour de nouveau se combattre aussitôt qu’une question politique surgira.
- Quelle différence entre les mœurs républicaines de cette ville qui touche presque à notre territoire et les moeurs impériales que nous conservons sous le régime républicain.
- * *
- La question des cimetières. — Les questions confessionnelles sont de plus en plus à l’ordre du jouren Suisse. On croit s’en débarrasser, elle reviennent ®t s’imposent à l’attention. Aujourd’hui c’est la question des cimetières qui est devenue, au sein de l’Assemblée lêdéra'e, un des problèmes les plus importants de la constitution de 1874. L’article 63 est le résultat d’un compromis. Du côté libéral, on aurait voulu trancher la ques-
- tion des cimetières dans le sens de leur sécularisation, on aurait désiré leur enlever tout caractère confessionnel et prescrire formellement l’inhumation dite « à la ligne. » . On n’a pas osé inscrire cette innovation dans la Constitution, de peur que les cantons cathobques ne la rejetassent en masse, et l’on s’est contenté de termes généraux.
- Les libéraux ont cru qu’ils avaient obtenu la chose sans le nom; mais leurs adversaires interprétant le compromis à leur façon, se sont attachés à exécuter les textes à la lettre, sans s’occuper du sens caché et des sous-entendus.
- Il est probable qu’une loi plus claire et plus radicale verra le jour sous peu de temps.
- ANGLETERRE
- Le Divorce. — Eu Angleterre, le nombre de mariages de personnes divorcées n’est pas très grand, mais il va croissant.
- Dans l’année 1868, il y a eu 177,000 mariages. Sur ce nombre, 40 seulement étaient entre personnes dont l’une ou l’autre avait été divorcée.
- En 1878, un rapport montre qu’il y a eu 107 de ces derniers mariages sur 190,000 unions.
- Eu 18 ans, de 1861 à 1878, il y a eu 886 mariages de personnes divorcées. Dans 464 cas, l’homme était un divorcé, dans 405 c’était la femme qui était divorcée. Dans les 16 restants les deux conjoints avaient divorcé.
- * *
- Révélation navrante. — Dans une lettre qu’elle adresse au Shield et qu’elle signe « avec douleur, avec colère, avec espoir ». Mme Joséphine Butler dénonce l’existence à Bruxelles, à Paris, à Anvers, de maisons magnifiques, somptueuses, dans lesquelles de jeunes filles de 12 à 14 ans vivent incarcérées, dévouées à satisfaire la lubricité de riches clients. Ces pauvres enfants, enlevées ou achetées à leurs familles, ne vivent guère pins de deux ans. Dès qu’elles meurent, on fait le plus secrètement possible disparaître et inhumer leurs petits corps.
- Si l’existence de ces infamies n’étaient attestées par la signature d’une femme que toute l’Europe applaudit et vénère, nous déclarerions faux un tel récit, mais puisque Mme Butler en atteste la réalité, il n’y a pas de doute à conserver. Il serait bon que Mme Butler précisât davantage.
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- L’INSTRUCTION
- m
- Que partout les conférences s’organisent dans le but poursuivi ! que les instituteurs eux-mêmes se réunissent, se concertent pour l’amélioration de ses méthodes et la propagation des bons livres, des livres utiles.
- Que les associations se créent! que des comités se fondent toujours dans le même but. La semence jetée par Jean Macé et ceux qui l’ont secondé porte déjà ses fruits. Il importe que l’œuvre soit continuée, poursuivie partout où faire se peut. En passant, donnons un conseil à ces associations, à ces comités : En présence du conflit qui existe actuellement entre l’Etat et l’Eglise, MM. les congréganistes pour qui tout moyen est bon, chercheront sans doute dans les réclamations qu’ils soulèveront, dans les procès qu’ils intenteront, à assimiler les groupes qui se forment
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- à leurs propres groupements... il importe donc que comités et associations se mettent en règle vis-à-vis de la loi, déposent leurs statuts et se fassent autoriser. Ce sera prêcher d’exemple en même temps que mettre dp son côté le droit et enlever un argument à des adversaires qui, lorsqu’ils n’en ont pas, savent trop bien en forger.
- Encouragement aux instituteurs par des primes annuelles ou semestrielles. Et ce que nous venons de dire au masculin, cela bien entendu s’applique au féminin; car les difficultés se présentent les mêmes et l’adversaire sous le béguin est le même que celui sous le rabat, le capuchon ou le bonnet carré.
- Les distributions de prix doivent être de véritables fêtes, les fêtes de l’intelligence, Si nous ne craignions de blesser la modestie de certain fondateur de familistère, nous dirions: prenez modèle sur Guise... Mais nous pouvons au moins conseiller d’imiter la Suisse : Genève, Vand, qui sont les deux cantons que nous avons pu étudier le mieux à notre aise. Là les distributions de prix sont de véritables fêtes nationales et sont une occasion pour ces pays républicains de planter chaque année de nouvelles racines dans cette terre de la Liberté.
- Nous avons dit que l’on devait veiller au choix de bons livres ce n’est pas seulement dans les livres classiques, les livres d’histoire que nous recommandons ce choix, c’est encore aux ouvrages donnés comme prix que l’on doit faire attention, Jusqu’à présent ceux qui ont été distribués sont propres à répandre les idées républicaines... bien heureux quand ils ne faussent pas l’esprit. Et à ce propos, qu’il me soit permis de citer un fait que rappelait lui-même un Préfet, M. Ernest Hendlé, dans Saône-et Loire :
- « Dans une commune importante de l’arrondissement, le conseil municipal avait voté un crédit pour l’achat de livres de prix à donner aux élèves de l’école communale des garçons qui était alors dirigée par des congréganistes. Il avait indiqué dans quel esprit le choix de ces livres devait être fait. Se conformant à ce désir, le Directeur de l’Ecole dressa une liste qui fut soumise au visa de l’Inspecteur d’Académie. Celui-ci l’approuva complètement et félicita en même temps le Directeur de l’excellent choix qu’il avait fait. Tous les livres étaient conçus dans un esprit démocratique et signés des noms de nos meilleurs auteurs. Arriye le jour de la distribution des prix. Un membre du conseil municipal s’avise de feuilleter quelques ouvrages qui vont être donnés aux enfants. Quel n’est pas son étonnement de voir que pas un des livres désignés précé-
- demment par le Directeur de l’école ne se trouve SQr la table. Tous ont été remplacés par des ouvra»es inspirés par l’esprit de la contre-Révolution.
- « Que devait faire la municipalité ? Empêcher ia distribution de tels livres. C’est ce qu’elle fit. jjaj comme e le ne voulait pas priver les enfants de ieurs prix, elle décida l’acquisition des ouvrages désigné sur la liste primitive et invita les maîtres congrès nistes à les remettre à leurs élèves. Qu’arriva-t-jij Ces messieurs s’y refusèrent et préférèrent donner leur démission.
- « Ce fait » ajoute M. Hendlé, « est significatif, u prouve que le choix des livres est une question capj. taie et que si nous voulons faire des républicains,fi faut répandre les saines idées, les bonnes méthodes,.
- Nous ajoutons, pour terminer cet article, que dans l’intérêt de la France républicaine il serait à désirer ns le gouvernement mit dans le choix de ses fonctionnaires à tous les degrés, le discernement qne M . Hendlé recommande à propos des livres. Le mouvement qui se produit dans Saône-et-Loire en faveur de l’instruction, mouvement que le rejet de l’art. 1 et les protestations du clergé ne font qu’accélérer, démontre de quelle importance il est d’avoir à la tête des départements des hommes qui ne prêchent pas seulement par paroles, mais encore et surtout par actions. C. P. Maistre.
- mm NATIONALE DE RETRAITE POUR LES VIEUX OUVRIERS DE L’INDUSTRIE ET DE L’AGRICULTURE
- La commission chargée d'examiner la question, vient d’arrêter les termes d'un questionnaire qui va être adressé à toute les autorités compétentes. Ce questionnaire est ainsi conçu :
- Art. 1er. — Les ressources ordinaires des sociétés de secours mutuels leur permettent-elles d’allouer des pensions de retraite à leurs membres? Quel peut être le maximim de ces pensions.
- Art. 2. — Que pensez vous de la retenue obligatoire, comme moyen de généraliser le système des retraites pour les deux sexes ?
- Art. 3. — Une retenue sur les salaires parait-el'0 possible ?
- Art. 4. — Ceux qui occupent des ouvriers doivent ils être tenus de contribuer à la formation de 1* caisse des retraites et dans quelle proportion ?
- Art. 5. — L’Etat doit-il contribuer également cette formation ? Comment et dans quelle mesure-
- Art. 6. — En cas d’infirmités ou blessures, eQtral
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- nant incapacité définitive de travail, devra-t-on servir la pension à tout âge ?
- Art. 7. — Quels sont, d’après vous, les meilleurs moyens pour organiser la perception des cotisations destinées aux caisses des retraites ?
- Art. 8. — Convient-il de donner aux caisses de retraite un caractère exclusivement national ou exclusivement local ou tout à la fois national et local ?
- Art, 9. — Avez-vous des observations à faire sur le système de retenue pratiqué dans les usines, les mines, les compagnies de chemins de fer?
- Les réponses et toutes communications relatives à ce questionnaire devront être adressées à M. Ber-tholon, président de la commision à la Chambre des députés.
- Le Devoir s’est déjà occupé de cette question. Il aura encore l’occasion d’y revenir. Toutefois, d’ici là, nous croyons devoir signaler que toutes les réponses aux questions “ci-dessus se trouvent contenues dans le volume contenant les statuts du Familistère, volume que M. Godin vient de faire paraître à la librairie Guillaumin et Cl8, rue Richelieu, 14, Paris.
- SUR L’ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL
- Nous avons exposé précédemment la constitution et les résultats des écoles municipales d’apprentis organisée par la ville de Paris, nous devons énumérer ce qui est dû à l’initiative privée.
- Indépendamment des ateliers professionnels montés avec beaucoup de soin dans certaines maisons de grande industrie, telles que l’entreprise Leclaire, les imprimeries Chaix, Lahure, etc , lesquels répondent plus particulièrement à des intérêts commerciaux ; en dehors, disons-nous de ces ateliers, il s’est créé des types d’écoles professionnelles assez nombreux : nous citerons entre autres une dizaine de groupes diiférents qui à l’aide de modestes cotisations fournies par les ouvriers, et de quelques dons offerts par les patrons, ont établi des cours réguliers classés et suivis : Dans l’ameublement, la bijouterie, le "vêtement, la voiture, l’horlogerie, la lingerie,la cordonnerie, les instruments de précision, etc.
- Ces cours fréquentés par un millier d’élèves ont donné une extension considérable à la question ; et le mouvement qui s’en est suivi, résultant de divers efforts tendant au même but, a provoqué la mise à 1 ordre du jour de l’enseignement professionnel devant les pouvoirs publics.
- Un point caractéristique s’est dégagé de cette émulation générale :
- Ce sont les Ecoles professionnelles de femmes qui ont produit le plus de résultats.
- A côté des ouvroirs et des orphelinats, certaines maisons d’éducation pour les jeunes filles ont acquis une notoriété justement méritée en raison des services qu’elles rendent;
- Telles sont : l’Ecole commerciale de la rue de Bruxelles, les fondations Lemonnier, l’Ecole pratique du Xe arrondissement, l’Atelier-Ecole de la rue de Vaugirard, l’Institution enfantine d’Auteuil, etc.
- Plusieurs de ces établissements ont des classes comptant plus de cent élèves et préparent chaque année un personnel féminin capable de pourvoir :
- — A l’enseignement, pour le professorat à tous les degrés.
- — Au commerce, pour la vente et la comptabilité.
- — A l’industrie, pour la couture, la coupe et les garnitures.
- — A l’art, pour la décoration, les plans et la com_ position.
- L’une de ces Ecoles de jeunes filles pourrait servir de modèle ; nous voulons parler de l’Institution Victor Paulin, rue de Bruxelles, qui datant de 1871 seulement, a conquis les distinctions suivantes :
- A part les Brevets pédagogiques aux concours départementaux, elle a obtenu successivement pour ses leçons de travail manuel ; mention honorable, médaille de bronze, médaille d’or, et diplôme de mérite de l’Exposition de Vienne 1873.
- Si le rôle delà femme dans la société paraît devoir prendre une place plus importante, nous devons reconnaître que, sous le rapport de l’éducation, il s’est développé d’une façon remarquable et, par conséquent, affirmé depuis \quelques années.
- Nous relatons principalement les progrès accomplis à Paris par l'idée de l’enseignement professionnel car la diversité des exemples nous est plus facile à étudier, mais s’il nous est donné de réunir un jour des documents à ce sujet nous sommes convaincus que la province apportera de précieux éléments de comparaison.
- — Citons au hasard : La Société Nantaise, fondée par le docteur Guépin, pour renseignement professionnel des jeunes filles ; 170 élèves ; 14 cours variés.
- — La maison Rurale d’Enfants, à R (Seine-Inférieure) qui ouverte en 1871, présente aujourd’hui un champ de culture pour expériences, de 12 hectares.
- — La Société industrielle de Reims qui par ses connaissances techniques a pu apporter un concours actif au sous-comité de l’industrie de Reims lors de la dernière Exposition.
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- Notons encore que deux cents bibliothèques populaires, réparties dans 55 départements, se préoccupent d’organiser des cours et démonstrations pratiques.
- Nous ne terminerons pas cet énoncé un peu aride mais nécessaire au cadre de la question que nous traitons, sans signaler la formation simultanée sur de nombreux point du territoire de musées cantonaux.
- Le Devoir a consacré aux Musées à la campagne toute une série d’articles. Nous n’y reviendrons pas. Qu’il nous suffise de rappeler pour que le présent article soit complet que ces musées réunissent des observations et renseignements utiles au public des campagnes ; des tableaux accompagnés de notices sur l’agriculture et l’outillage y appliqué ; des spécimens de produits naturels, et leur transformation en objets de valeur industrielle. C’est de la science par échantillons ; or, cette conception qui tend à développer une branche très importante de l’enseignement professionnel, rentre également dans la série des œuvres d’initiative. Son promoteur, M. Groult (de Lisieux) en propageant l’idée des musées cantonaux a mis en pratique le grand principe si nécessaire à notre époque : —de la vulgarisation des connaissances. (A suivre).
- C. DEVILLE,
- Ancien membre du Conseil des Prud’hommes.
- 15, Rodier, Paris.
- LE DERNIER-NÉ DE GINX
- SA NAISSANCE ET SES AUTRES INFORTUNES
- ParM. JENKINS
- VI. Bienfaisance paroissiale. — Un autre changement de mains.
- Les autorités de Saint-Bartimeus accueillirent avec déplaisir la charge qui leur était imposée par le Banc de la Reine. Quelques-uns des administrateurs firent entendre en particulier au Directeur qu’il n’était pas nécessaire de donner une nourriture abondante à l’enfant. Ils ne le surchargèrent pas de vêtements et distribuèrent même une partie de ceux qu’il avait à ses compagnons.
- Bonne matrone, qui regardez votre petite fille aux joues roses, si propre et si jolie à voir dans son gentil petit lit, lorsqu’elle s’éveille jetant les yeux sur la figure avenante de sa nourrice et sur la vôtre; mère, qui guettez les rêves voltigeant sur son front si pur; que ne vous arrêtez-vous un moment sur le contraste de la scène qui,
- avec ses tristes tableaux se déroule non loin de v présence !!! e
- Bébé Ginx n’est pas un enfant disgracié de j nature. Il avait hérité de la charpente et de la f0rc de son père.... il en avait besoin pour supporter 1^ changements que nous racontons. Que fut-il adven si avec une nourriture simple, mais fortifiante des soins, de la propreté, un peu plus de bienveillance et de l’intelligence dans leur mise en utilité, ces dons de la nature eussent été appliqués en plein au travail î Abandonnés à eux-mêmes, laissés sans culture üs perdaient chaque jour de leur valeur, et cette dépré. ciation ne portait pas préjudice à Bébé Ginx seule-ment, mais encore à la société tout entière. Réduire de moitié les forces de l’enfant, c’était diminuer de moitié les chances qu’il avait de se suffire à lui-même ; c’était multiplier les causes d'un appel continuel à l’assistance de l’Etat.
- L’argent dépensé à boucher un trou qui se fait dans une digue en Hollande est, sans, contredit, mieux employé que si on le gardait jusqu’à ce qu’une large brèche eut amené l’inondation de la moitié d’un Royaume.
- Tous les jours, dans notre fortuné pays, des hommes et des femmes sont occupés à dénaturer la divinité, à la présenter sous des proportions amoindries, moyen employé publiquement avec tant d'autres pour égarer la jeunesse, dompter son énergie, miner sa vigueur ou l’arrêter dans son développement et corrompre sa nature physiquement et moralement par d’impurs contacts. Certains le font par privilège spécial du Démon, d’autres en vertu d’actes du Parlement, d’autres encore par indolence ou par cupidité. Si vous pouviez apprendre à cette jeunesse (dont une grande partie est, sans en avoir conscience, gagnée à l’œuvre du mal) à s’unir et à marcher de concert ; s'il vous était possible de répandre votre influence sur cette génération livrée à elle-même, de la diriger dans un sens qui fût plus en harmonie avec l’idéal de votre propre intérieur, n’ouvririez-vous pas une ère nouvelle ? Votre travail, vos sacrifices ne seraient-ils pas une œuvre de Dieu, œuvre féconde qui se ranh-fierait et dont les fruits nombreux seraient cueillis dans une longue suite d’années par l’avenir reconnaissant ? C’est par le sentiment du besoin d'un tel mouvement, c’est en le prescrivant partout vous-mêmes, ô femmes toutes puissantes, que s’accompb^ la grande réforme économique et sociale que vous désirez. Une société qui méconnaît une vérité fond8' mentale comme celle-là. sème le vent-. Dieu sait ce qu’elle récoltera.
- C’est ainsi que se renfermant strictement dans texte de la loi, les administrateurs ne négligea’eDt
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- 0^\pOnY tarir chez le petit Ginx les sources de la rieD émoilSsan* ses P^us ^eureux instincts, jetant le ^oâble dans son sens moral etr étouffant dans son ^ar l’esp^ancQ presqu’aussitôt qu’elle y naissait. Oh! Diea bon ül
- u articles que la commission administrative
- rait dû. être réellement autorisée à mettre à la
- a? ^ des contribuables comme étant fournies à cnai° .
- notre héros, étaient :
- La saleté ;
- Les puces; de l’air vicié ;
- des chances d’attraper des maladies de peau, des fièvres, etc. ..
- Une compagnie abjecte ; «
- le manque de soins ; de mauvais traitements à l’occasion ; de faibles subsides en nourriture mauvaise et en vêtements non moins mauvais.
- Tout pauvre était pour ces Messieurs de la commission un fardeau que par toute espèce de moyens on pouvait réduire au minimum ou à zéro. Bébé Ginx était donc réduit au minimum. Sa constitution lai permettait de protester contre la réduction à
- zéro.
- Cependant Messieurs de la commission venaient à peine d’arrêter leur budget qui grevait les contribuables de Saint-Bartimeus de plus de 1,600 livres (40.000 fr.) qu'ils eurent vent du nom et de l’origine de leur dépôt. Une des personnes qui l’avaient abandonné venait d’être arrêtée pour vol et, parmi les objets trouvés en sa possession, étaient' quelques-uDsdes vêtements du Bébé. Elle fit des aveux complets et déclara que l’enfant laissé dans Veither Place n’était autre que le Bébé protestant, fils de Ginx, autour duquel tant de bruit s’était fait deux ans auparavant. Ces messieurs ne furent pas long à découvrir Ginx et, un beau jour, le malheureux entant substitué fut réintégré dans son logis, à Rose-mary Street, par un délégué, du comité d’assistance avec cette bénédiction que je me rappelle avec tristesse.
- “ Le voilà, et qu’il aille au diable ! »
- Je suis sûrypue si les administrateurs eussent été ^ ils eussent répondu : « Ainsi soit-il. »
- Quatrième partie
- que les clubs et les hommes politiques firent fie lui.
- -U — Encore changé de place.
- ^es et sœurs de Ginx n’avaient rien à dire s°n compte. Mais il n’en était pas de même des
- P^rft '
- 1 mere. Mme Ginx déclara qu’elle ne voyait
- rien en lui des traits du cher petit qu’ils avaient perdu et M. Ginx, lui, jura que le moutard n’ayait jamais été sien. Le couple, depuis peu, rognait sur son nécessaire et celui de ses enfants pour épargner quelque chose afin d’émigrer. Un curé du voisinage dont je voudrais écrire ici le nom en lettres d’or si mes pages étaient destinées à l’immortalité, leur avait donné ce conseil et les avait même aidés pour cela.Il fera d’amples moissons là où maints hommes d’Etat ne récoltent que de l’ivraie. Bref, M. et Mme Ginx se voyant imposé un treizième enfant par une loi aussi puissante que la loi anglaise hâtèrent leur départ.
- La dernière nuit qu’ils passèrent à Londres, à une heure assez avancée de la nuit,Ginx emportant notre héros se dirigea le long de Berdcage Walk. Il ne savait trop où il allait, ni comment il se déferait de son fardeau ; mais il se proposait bien de s’en débarrasser. Il poursuivait donc son chemin, se rencontrant çà et là avec de sombres créatures qui, dans l’incertitude de l’obscurité, après l’avoir suivi pendant quelques pas, s’apercevant que ce n’était pas une proie pour elles, disparaissaient de nouveau dans les ténèbres. Il passa les maisons noires qui ont été depuis remplacées par le Foreign-Ofiîce (1), traversa l’espace ouvert devant les horseguards (2), près de l’habitation d’un premier ministre populaire, et franchit le grand escalier qui conduit à la colonne d’York (3) sous laquelle il s’arrêta. L’obscurité de l’endroit en faisait une place favorable au projet de Ginx, mais un policeman dont les soupçons avaient été éveillés par la présence à cette heure silencieuse d’un homme portant un enfant dans ses bras, dirigeant sa lanterne contre lui, en fit manquer l’exécution. Ginx alors s’avança le long de Pall Mail (4) non loin de lui cheminait un gentleman qui tournant monta les escaliers d’un vaste bâtiment. Ginx assit
- (1) Foreign-Ofïice. Le ministère des affaires étrangères, actuellement Downing Street.
- (2) Horseguards. Les gardes à cheval d’un Whitettale. Ce nom est donné à l’hôtel du commandant en chef de Farinée, édifice assez laid, construit en 1703. Son nom vient du corps de garde qui s’y trouve. Un passage à travers ce corps de bâtiment conduit au parc de Saint-James.
- (3; La colonne d’York. L’escalier en question descend dans le parc de Saint-James. Près de cet escalier et dans le haut est la colonne d’York, d’ordre toscan. Elle a 38 mètres de haut et a été érigée en 1833. Elle est couronnée par une statue en bronze du duc d’York, deuxième fils de Georges III. Cette statue a 4 mètres de haut. Un escalier tournant dans l’intérieur de la colonne conduit, par 160 degrés ou marches, à la plateforme.
- (4) Pall-Mall est le centre des clubs. Cette rue lire son nom de deux vieux mots frarçais; paille (balle) et maille (mail) parce que cet endroit servit pour le jeu du mail, introduit en Angleterre sous Charles Ier. Pall mall se prononce pèle mêle.
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- l’enfant sur la dernière marche du bas, et lui recommandant de ne pas crier, pénétra dans Saint-James square, longea les grilles et se glissant de coin en coin à travers les dédales de cette localité, regagna sa demeure par Piccadilly et Grosvenor'Place. Désormais il ne sera plus question de lui dans cette histoire. * (A suivre).
- L’âme <1© la plant©
- Le sentiment de la sollicitude maternelle s’affirme d’une manière étonnante dans le mode de reproduction d’une graine bien connue, Varachide ou pistache de terre.
- Cette légumineuse, d’où l’homme extrait une huile excellente, et que les enfants recherchent pour son goût de noisette, a la singulière faculté d’enfoncer elle-même et de cacher dans la terre sa gousse ridée. Aussitôt que la fleur est fanée et que l’oVaire a porté son fruit, la tigelle qui redressait çet organe s’abaisse d’un mouvement lent, mais sûr, vers le sol. Le bec corné qui termine la pistache entame l’humus, la graine disparaît, et voilà les enfants a l’abri. « Ici vraiment, dit M. Eugène Muller, il y a conscience de l'acte accompli; car cet acte exige de la part de la plante en végétation, non-seulement des efforts dans un but déterminé, mais encore le choix instinctif du moment où ces efforts doivent avoir lieu...»
- i -'T JW'T
- MARCHE DE LA NORWÉGE VERS LA RÉPUBLIQUE
- Le Royaume-Uni de Suède et Norwége est entré dans une crise qui pourrait peut-être aboutir à la séparation de ces deux nations, réunies cependant depuis de bien longues années, sous un même gouvernement monarchique.
- Un vent d’aspirations nouvelles souffle sur la Norwége que ses mœurs et ses tendances intellectuelles semblent attirer vers une forme nouvelle : la forme républicaine.
- Depuis longtemps déjà tout Norwégien âgé de 25 ans est électeur sauf dans un petit nombre de cas, et tout comme chez nous les députés à la Grande Assemblée, Storthing, peuvent être pris dans les diverses classes de la population, avec cette sage réserve que les hauts fonctionnaires ne sont pas éligibles. Cette grande Assemblée fait ou abolit les lois, surveille les finances et vote les fonds nécessaires aux dépenses publiques. Le Roi dispose dans une certaine mesure du pouvoir exécutif, mais il ne peut l’exercer que sur Davis d’un conseil composé exclusivement de Norvégiens, et qu’au moyen d’un personnel exclusivement norwégien.
- Le veto du Roi peut suspendre pour trois ans l’effet des lois votées par le Storthing ; le roi peut même renouveler son veto de 3 ans en 3 ans après chaque
- nouveau vote, mais jusqu’à 3 fois seulement. Passé la 9e année, si le Storthing persiste, c’est lui qui a le dernier mot.
- C’est justement ce qui est arrivé en Norwége à plusieurs reprises notamment pour la suppression des titres de noblesse. Malgré l’opposition royale, manifestée par 3 votes successifs la noblesse a été abolie en Norwége, et cette monarchie se trouve sous ce rapport plus avancée que notre république.
- Une autre exemple que nous aurions à prendre de la Norwége, c’est celui de son organisation judiciaire. Les électeurs nomment les juges de paix et les jurés au criminel; les juges de paix élisent les juges des 116 tribunaux de première instance et ceux-ci élisent ceux des 5 tribunaux supérieurs.
- Les prêtres (luthériens) sont peu nombreux. On en compte ajourd’hui 637, suivant la même proportion il n’y aurait que 12,000 prêtres en France.
- Le service militaire est obligatoire pour tout le monde, sans aucune facilité du genre de notre volontariat.
- La liberté de la presse est complète en Norwége, de même que celles d’association et de réunion.
- C’est, on le voit, un régime tout démocratique dans lequel le roi ne joue qu’un rôle fort effacé, à peine celui d’un président de république. La Constitution française de 1791, dont celle de Norwége est visiblement imitée, était loin d’être aussi démocratique,
- La Suède, au contraire, conserve un esprit monarchique très-prononcé.
- Il suffit pour en juger de savoir que pour être député suédois il faut posséder des immeubles d’une valeur de 112,000 francs. Toutes les vieilles institutions suédoises se sont perpétuées dans leur formean-cienne.
- On comprend que le mouvement libéral qui anime la Norwége soit mal -vu en Suède.
- Aujourd’hui un vif procès est ouvert entre le roi de Norvège et son Storthing. Celui ci, fort de sa tradition, et appuyé sur sa loi fondamentale, n’entend pas concéder aux prétentions royales, refuse d’introduire les ministres dans son sein et n’est nullement disposé à élargir l’autorité du souverain jusqu’à un veto absolu.
- La question a été mise en discussion trois fois. Désormais le roi doit savoir à quoi sJen tenir. Il n’ignore pas que sa volonté est impuissante Contre celle de son Parlement lorsque celui-ci a parlé trois fois dans le même sens. Le Storthing est resté sur sa première décision. Comme jadis, les conseillers du roi sont exclus de la Chambre. C’est ce que les Norvégiens appellent leur loi fondamentale {grund-low).
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- l\ reste a connaître quelle sera l'attitude du roi en de cette décision immuable.
- ^Une rupture entre les deux pays paraît prochaine*
- Il ne sera donc pas sans intérêt de suivre la mar-jje de la lutte ffui es* engagée entre la Grande semblée de Norwége représentant l’idée démocratique et le Roi représentant l'élément autoritaire ou monarchique. — S’il n’y a pas rupture complète, il aura, c’est certain,'modification dans la constitution des deux États, et si on envisage la marche des événements en Europe, tout indique que la transformation s’opérera au bénéfice des idées démoerati-
- A. l’étranger on sait mieux, ou tout aussi bien que n0US.mêmes, ce qui se passe en France. Nous, au contraire, nous ne savons que très peu des choses du dehors et nous ne nous en occupons presque que pour constater les faits principaux, quand ils sont bien accomplis. Nos journaux ne réservent, du reste, aux questions étrangères qu’une place restreinte et c’est encore à peine si les nouvelles qui s’y rattachent y attirent une attention soutenue,
- L’étude plus développée des langues vivantes amènera bientôt,espérons-le, d’autres résultats ; le désir de connaître les aspirations des peuples ou les transformations qui se préparent se répandra davantage.
- Il n’est pas de petite nation qui ne présente du reste à certains moments des enseignements utiles, même pour les plus grandes puissances.
- CAPACITÉ CIVILE DE LA FEMME
- M. Camille Sée a déposé le 7 mai à la tribune de la Chambre des Députés une proposition de loi sur la capacité civile de la femme.
- Bien que cette proposition soit bien loin d’aller jusqu’à ses conclusions logiques elle dénote une tendance qu’il est bon de signaler et d’encourager.
- Voici le texte de cette proposition :
- EXPOSÉ DES MOTIFS
- Messieurs, nous avons eu l’honneur, en octobre 1878, de vous demander de proclamer l’émancipation intellec-toelle et morale de la femme en créant pour elle l’enseignement secondaire.
- “ouS veüons vous prier, aujourd'hui, d’abroger ou de modifier certaines dispositions du code civil et du code ae procédure qui restreignent sa capacité civile.
- ça femme non mariée, quand elle est majeure, jouit en principe delà même capacité civile que 1 homme, ent le^S' ^ans l’ordre du droit de famille, il existe lais! femme ®t l’homme certaines différences qu’a L®s,é subsisté le code civil et qui ue sont pas justifiées V C- ♦ gisons suffisantes.
- înfa t a*ûs* (lue lia femme ne peut être tutrice d’autres famidS ?ue les sieas> ni faire Partio d’un conseil de
- De 6 a moiûs qu'elle ne soit une ascendante. e même, le père peut nommer à la mère survivante
- et devenue tutrice légale un conseil, sans l'avis duquel elle ne peut faire aucun acte relatif à la tutelle.
- De plus, il existe de graves différences entre le droit de correction qui appartient au père, et celui qui appartient à la mère survivante et non remariée.
- Ainsi encore lorsqu’un enfant naturel a été reconnu par son père et par sa mère et qu’il y a dissentiment entre ces deux derniers pour savoir s’ils doivent consentir à son mariage, on considère comme de règle que le consentement du père l’emporte.
- Il existe, dans un ordre d’idées différent, à l’encontre de la femme, d’autres incapacités qui n’ont pas de raison d’être. La femme ne peut servir de témoin ni dans un acte de l’état civil ni dans tout autre acte instrumentaire.
- Nous proposons d’abroger ces incapacités diverses qui frappent la femme en dehors du mariage et qu’on essaye vainement d’expliquer soit par l’infirmité naturelle du sexe, soit par des idées surannées de convenances publiques.
- En dehors de ces restrictions, la capacité civile de la femme est la même que celle de l’homme.
- Mais, lorsque la femme se marie, l’état de dépendance dans lequel elle se trouve placée, par suite de sa situation nouvelle, vient subordonner cette capacité à de très-graves restrictions, en imposant à la femme la nécessité de demander l’autorisation de sou mari lorsqu'elle veut disposer de son patrimoine.
- Lorsqu’il s’agit d’expliquer cette nécessité, on se trouve en présence de deux systèmes divergents : les uns la justifient par une incapacité personnelle semblable à celle du mineur ou de l’interdit ; les autres, par l’uuité de direction qu’il importe de maintenir au mari dans l’intérêt du ménage et de la famille.
- ; Ces deux opinions, suivant qu’on adopte l’une ou l’autre, conduisent à des solutions différentes.
- Si la femme devient personnellement incapable, par suite de son mariage, comme l’est un mineur ou un interdit, en d’autres termes s’il s’agit de la protéger contre les entraînements de son inexpérience et de"sa faiblesse, l’autorisation du mari devra être spéciale, en •e sens que cette autorisation devra s'appliquer non-seulement à tel ou tel acte, à tel ou tel contrat déterminé, mais encore à chacune des clauses spéciales de la convention.
- Lorsque le mari sera, par suite de certaines circonstances, dans l’impossibilité de donner son autorisation, il faudra recouiir à l'intervention d’un autre protecteur, qui sera le magistrat, cette intervention sera nécessaire en cas de minorité du mari. Enfin, l’incapacité de la femme mariée ayant pour but unique de la protéger n’existera pas dans son intérêt. D’où la conséquence qu’à la femme seule il appartiendra d’invoquer la nullité de ses actes non autorisés et de couvrir cette nullité par une ratification ultérieure, en telle sorte qu’une ratification consentie par le mari resterait, à cet égard, impuissante.
- Si, au contraire, la nécessité de l’autorisation a son fondement unique dans la puissance maritale, les effets qui en découlent seront tout à fait différents. Ainsi l’autorisation n’aura pas besoin d’être spéciale dans le sens que nous avons indiqué. De plus, si à raison de certaines circonstances particulières il y a, pour le mari, impossibilité de manifester sa volonté et de donner son autorisation, la femme, soustraite exceptionnellement à la puissance maritale, va pouvoir recouvrer sa liberté d’action sans qu elle soit obligée de s’adresser à la justice. En dernier lieu, c’est au mari seul, dont la puissance aura été méconnue, qu’il appartiendra de demander la nullité des actes passés par la femme sans son autorisation ou de les ratifier.
- Lorsqu’on examine à ces divers points de vue la législation du code, civil, on est frappé de sa discordance. On s’aperçoit bien vite que le législateur n’a pas su prendre un parti dans un sens ou dans l’autre, et qu'il a mêlé dans les diverses dispositions de son œuvre des idées tout à fait disparates. D’uue part, il exige la spécialité de^l’autorisation, et dans les cas spéciaux où le mari est hors d’état de la donner il fait intervenir le juge pour le remplacer. Le législateur donne à la femme le droit
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- d’invoquer la nullité des actes qu’elle a passés sans autorisation ou de les ratifier. Il est clair que, sous ces divers aspects, il est parti de l’idée que l’incapacité de la femme s’explique par sa faiblesse et par la nécessité d’une protection extérieure. D’autre part, la nullité des actes de la femme qui n’ont pas été autorisés, peut être invoquée par le mari, et il est encore évident qu’a ce nouveau point de vue, l’idée qui a préoccupé le législateur est celle du respect dû à l’autorité maritale, pensée tout à fait étrangère à celle que nous venons d’exposer.
- Notre proposition de loi a pour but de faire cesser ces contradictions en rétablissant le véritable principe sur lequel est fondée la nécessité de l’autorisation maritale. On ne peut, sans bizarrerie, concevoir que la femme qui, avant son mariage, avait une capacité pleine et entière quant à la gestion de sou patrimoine, soit soumise par le mariage à une incapacité de même ordre que celle du mineur ou de l'interdit.
- La différence entre l’état antérieur de la femme et sa situation actuelle ne saurait avoir d’autres causes que la puissance maritale et la nécessité de maintenir au mari le gouvernement de la famille. Partant de ce principe, nous en déduisons les conséquences en vous proposant de les consacrer et d’entrer ainsi dans la voie de Léman -cipatiçm de la femme au point de vue de ses intérêts civils. .
- PROPOSITION DE LOI
- Art. 1er. — La femme majeure pourra être témoin, soit dans un acte de 1 état civil, soit dans tout autre acte instrumentaire.
- Art. 2. — La mère survivante et non remariée pourra faire détenir un enfant soit par voie d’autorité soit par voie de réquisition, dans les mêmes cas que le père et sans avoir besoin du concours des deux plus proches parents paternels.
- Art. 3, — La femme peut être tutrice et faire partie d’un conseil de famille.
- Art 4. — La femme survivante est tutrice légale, au même titre que le père et sans que celui-ci puisse lui nommer un conseil spécial.
- Art. b. — Lorsqu’un enfant naturel a été reconnu par son père et par sa mère et qu’il y a dissentiment entre le père et la mère quant au mariage de l’enfant, il sera statué par le tribunal.
- Art. 6. •— L’article 217 du code civil est modifié ainsi qu’il suit : ...
- La femme, même non commune ou séparée de biens, ne peut donner, aliéner, hypothéquer, acquérir à titre gratuit ou onéreux, sans le concours du mari dans l’acte ou sans son autorisation par écrit.
- Cette autorisation n’a pas'besoin d’être spéciale.
- 7. _ Aucune autorisation, ni du mari, ni de justice, n’est nécessaire à la femme pour contracter ou ester en jugement, lorsque le mari est frappé d’une, condamnation emportant peine afflictive ou infamante.
- Art- 8. — Il en est de même si le mari est interdit, absent ou mineur.
- Art. 9. — La même dispense d’autorisation est accordée à la femme, lorsqu’elle a obtenu la séparation de corps contre son mari.
- Art. 10. — La nullité fondée sur le défaut d’autorisation ne peut être opposée que par le mari.
- Art. 11. — Les dispositions du code civil et du code de procédure sont abrogées en tant qu’elles sont contraires à celles de la présente loi.
- Un peuple retrouvé.
- Un des plus curieux résultats des recherches modernes, c’est la révélation de l’existence dans l’Asie occidentale d’un grand et puissant empire que l’antiquité classique n’a pas connu.
- Le nom de ses fondateurs, les Hittites, n’est venu jusqu’à nous que par quelques rares passages de l’Ancien Testament, et personne ne soupçonnait que cet empire eût été dans un temps un objet de terreur parmi les nations de l’Orient.
- La Genèse nous parle d’une obscure petite tribu qui habitait au sud de la Palestine, au temps des patriarches, et dont on peut soupçonner la réputation littéraire par le nom de Kirjath-Séphar ou « Ville des Livres » donné à Debir, leur capitale, à l’ouest de l’Hé-bron. Deux autres fois, dans le Livre des rois, il est fait mention des rois des Hittites,une fois comme acheteurs des chevaux que les marchands de Salomon amenaient d’Egypte, et une autre fois comme dangereux rivaux des monarques de Syrie. Quant aux écrivains grecs et latins,ils ont entièrement ignoré l’existence de ce peuple.
- Cependant, non-seulement les Hittites ont existé* mais ils ont été assez puissants pour menacer l’Assyrie d’un côté et l’Egypte de l’autre, et pour porter leurs arts et leur civilisation de l’Euphrate au Pont-Euxin et à la mer Egée. Les Hittites, appelés Kheta par les Egyptiens et Khatti par les Assyriens, apparaissent pour la première fois sur les monuments du monarque égyptien Thothuiès III, dans le seizième siècle avant Père chrétienne.
- Les deux centres de leur pouvoir étaient Carskémish sur l’Euphrate et Kadesh « la ville sainte » sur l’Oronte. On sait que Ramsès II, le Sésostris des historiens grecs! dont l'avènement peut être placé vers l’an 1400 avant Jésus-Christ, fut attaqué dans la quatrième année de son règne par une vaste confédération de nations asiatiques qui toutes donnèrent le commandement aux princes Hittites de Carshemish et de Kadesh.
- Le monarque Hittite avait réuni sous son drapeau les tribus de la Mésopotamie, du sud de l’Arménie et de l’Asie Mineure. L’histoire de cette lutte a été racontée dans un long poème épique par un poète de cour, Pen-taur. Ramsès y est représenté avec tous les caractères et la vaillance d’un héros divin ; comme les dieux d’Homère, les dieux de l’Egypte combattent en sa faveur, et le sort de toute la guerre dépend uniquement de son bras. La bataille se continua dans toute sa fureur autour des murs de Kadesh, jusqu’à ce que les Hittites, terrifiés par les exploits surhumains du monarque égyptien, prissent la fuite en demandant la paix.
- Tel est du moins le récit du poète épique égyptien ; en fait, cependant, le conflii ne se termina pas avant la 21« année de Ramsès; à cette époque, les deux parties, fatiguées des fortunes diverses d’une longue guerre, se déterminèrent à conclure un traité ; une alliance offensive et défeusive fut formée entre les monarques rivaux ; chacun d’eux promit de marcher au secours de l’autre, daus le cas d’une attaque étrangère et de se rendre réciproquement les accusés politiques et les criminels qui auraient fui des Etats de l’un dans les Etats de l’autre.
- Ce traité parait avoir été observé pendant à peu près un siècle; pms nous voyons les Hittites et les Egyptiens engagés dans de nouvelles hostilités. Ramsès III conduisit les Egyptiens jusqu’à Karshemish et rentra en Egypte avec du butin et des prisonniers des différentes villes hittites.
- a. partir de ce temps, la puissance des Hittites fut en décadence, leur dernier monarque Pisiris fut défait et tué par les armes de Sargon, roi d’Assyrie (717 av. J.-G.) et Carshemish devint le siège d’un gouvernement assyrien. Les guerres entre l’Assyrie et la Phénicie, bientôt après, détournèrent le cours du commerce de la vieille capitale hittite, où jusqu’alors les marchands de toutes les parties du monde se rencontraient.
- Le Directeur -Gérant : Godin.
- Saint-Quentin — lmp. de la Société anonyme du Glaneur
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- £e numéro hehdonwdairc 20 c. DIMANCHE 25 JUILLET 1850
- 3. ANNÉE, TOME 4 — N” 98
- Le Devoir
- REVUE DES RÉFORMES SOCIALES
- BUREAU
- A GUISE ( Aisne ).
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant, fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE par l’envoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France
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- ON S’ABONNE
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- 5,r-Neure-des-Petits-Champ» Passage des Deux-Pavillons)
- S’adresser à M. LEYMARIE administrateur delà Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- Etudes sociales sur le gouvernement. — Le Divorce, VII : La loi à faire. — Coopération et association : Congrès de Newcastle. — Pacifiquement ou à coups de fusil. — Nouvelles diverses. — Feuilleton : Le dernier-né de Oinæ. — Les femmes et la criminalité en France. — Sur l’enseignement professionnel. — Bulletin bibliographique.
- ÉTUDES SOCIALES
- SUR LE GOUVERNEMENT
- CHAPITRE I.
- Importance d.e l’étude du gouyernement
- Le gouvernement des sociétés est certainement un des plus importants sujets dont la philosophie pratique puisse s’occuper. Quel but peut être assigné à la science si ce n’est celui de servir au progrès et au bonheur de l’homme ? Les sociétés ne peuvent atteindre ce but que par la perfection de leur gouvernement; l’étude des moyens de réaliser cette perfection est donc la première chose à faire dans l’intérêt des peuples.
- Certains penseurs ont prétendu que la direction politique est étrangère au progrès social, ^be les réformes utiles au peuple peuvent 8 accomplir sous toute forme de gouvernement. Tel qui n’agit que dans le silence du ca-mnet peut se confirmer dans une semblable
- opinion, mais quiconque veut réaliser la moindre réforme, se heurte bien vite aux difficultés sans nombre que les gouvernements imparfaits suscitent aux novateurs, même dans le domaine de l’expérience privée.
- Tant que les sociétés ne sont pas élevées à la doctrine du respect de la liberté humaine; tant que les gouvernants se font les dispensateurs du droit d’agir, les institutions progressives ne peuvent s’établir qu’au milieu de mille embarras. Les réformes, mêmes les plus capables de faire disparaître pacifiquement les erreurs et les abus de la société ne trouvent qu’opposition devant elles ; les plus grands dévouements, les meilleures intentions, les plus nobles idées, tout est sacrifié à l’esprit autoritaire du préjugé et de la routine.
- Au contraire, tout devient facile sous un gouvernement de liberté sociale : la sécurité de toute entreprise existe de droit ; la liberté de la pensée, la liberté des croyances, la liberté de l’enseignement, la liberté d’initiative et d’activité étant assurées, le progrès se développe à l’aise, les institutions de toutes sortes s’établissent , l’intelligence humaine grandit , la prospérité publique s’accroît sous toutes les formes. Tels sont les gouvernements qui s’inspirent de l’amour de la liberté humaine, au lieu de ne chercher que le maintien du « statu quo » en faveur des classes dirigeantes et des individus en possession du pouvoir.
- Toutes les mesures prises par les gouver-
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- nants animés du sentiment de l’égoïsme politique n’ont d’autre but que de favoriser les personnes et les choses qui conviennent à leurs convoitises. Le reste du peuple n’est pour eux qu’une masse à diriger et à exploiter ; aussi ces mauvais gouvernements traînent-ils les nations dans la ruine et le malheur.
- Jamais, sous aucune civilisation les pouvoirs n’ont été aussi profondément mis en question qu’à notre époque.
- Il importe donc de rechercher les principes des vérités gouvernementales,d’après lesquelles doivent être institués les pouvoirs sociaux qui feront disparaître l’arbitraire et le despotisme et placeront tous les citoyens sous la protection de la justice, en leur assurant la jouissance de leurs droits légitimes.
- La science sociale ne sera réelle que si elle parvient à fixer les lois naturelles de l’organisation des sociétés et que si elle démontre celles en vertu desquelles les gouvernements doivent agir.
- L’étude du gouvernement comprend essentiellement tout ce qui constitue la direction des choses qui intéressent l’existence humaine, aussi bien dans le domaine administratif que dans le domaine industriel.
- Les gouvernements politiques se sont surtout donné pour objet de favoriser les intérêts de castes et les privilèges, le gouvernement de l’avenir, au contraire, doit se donner pour objet de protéger les intérêts du peuple, les véritables intérêts de la société.
- C’est la recherche des règles de ce gouvernement que nous voulons faire, et si nous sommes obligés de nous occuper des gouvernements politiques, ce ne sera que pour faire ressortir combien ils sont restés éloignés du véritable gouvernement social. ! v,
- CHAPITRE II -,
- Du principe «In gouvernement *
- Pour déterminer le principe du gouvernement, remontons à ses causes.
- Le principe du gouvernement se trouve intimement lié à l’existence de l’être.
- L’homme comme l’animal est soumis à une première loi de nature : celle de sa conservation. Obéir à cette loi, pourvoir aux besoins de
- l'existence, c’est accomplir les premiers actes du gouvernement de soi-même.
- Les formes sous lesquelles l’être se gouverne sont proportionnées à l’étendue de ses affections. Si l’individu n’est affecté que par ses appétits, il ne pense qu’à lui ; il n’agit, dans le milieu où il se trouve, et par rapport à tous ce qui l’approche, que dans un seul but : paL sorption de ce qui lui convient.
- Certains êtres inférieurs ne se respectent même pas eux-mêmes : ils dévorent leur propre substance. D’autres sont arrivés au respect de leur unité matérielle, mais ils ne comprennent encore la vie que dans leur propre individualité et sont si peu soucieux de la vie de leur espèce qu’ils dévorent leur progéniture.
- A mesure que les espèces sont plus parfaites le cercle de leur amour s’agrandit. Chez tous les mammifères, par exemple, la mère, si ce n’est le père, soigne et protège ses petits ; l’amour s’étend de l’individu à la progéniture, puis, à tout ce qui se rattache à l’être et de proche en proche, la règle de conduite, c’est-à-dire le gouvernement individuel s’élargit en proportion de l’étendue des affections.
- Si les moyens de donner satisfaction à ces besoins primitifs sont suffisants, l’être se gouverne librement à sa guise; si au contraire les ressources sont rares, si la nourriture, en particulier, fait défaut, le gouvernement de l’un fait obstacle au gouvernement de l’autre, et en l’absence d’affections qui s’étendent au-delà de l’individu, les puissances d’affinité vitale s’entrechoquent et les conflits s’établissent; l’amour que chaque individu a pour elle-même ne laisse pénétrer dans l’entendement d’autre intérêt que celui de l’appropriation individuelle sans partage. Mais c’est aussi de cette opposition d’intérêts et d’affections que germe dans la créature l’idée du droit individuel et celle du droit collectif, l’idée de la nécessité des égards réciproques ; c’est enfin ainsi que s’éveille la reconnaissance progressive des droits et des devoirs%ijituels pour arriver par la justice à la paix et à lâ*tranquillité communes.
- En général, l’anin||I n’a que l’instinct du moi; il ne sait guère que perlier et agir pour soi; ü n’a d’affinité ou d’affection'%é,rieuse que pour ce qui lui est nécessaire. Le cercle de la vie se
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- limite chez lui aux instincts de conservation et ia satisfaction de ses appétits; aussi l’existence de l’animal est-elle essentiellement individuelle; l’association, la vie solidaire, n'est le partage e de quelques espèces. L’animal, en général, est dans sa loi d’ordre naturel en ne s’occupant que de sa propre conservation. L’égoïté est son principe de gouvernement.
- Mais ce qui est dans l’ordre à certains degrés de la vie primitive n’est plus qu’imperfections et vices au degré de l’être humain.
- L’animal peut circonscrire son action dans les affections sensuelles. Un tel rôle ne convient plus à l’homme.
- Celui-ci a une fonction supérieure à remplir; il faillit à sa mission s’il reste sous l’empire des tendances égoïstes de la vie animale.
- Assemblage imparfait de toutes les forces animiques et vitales de la nature, l’homme primitif pendant longtemps ne se montre guère que sous les dehors et avec les appétits de l’animalité, dehors et appétits auxquels s’ajoutent les facultés industrieuses du travail, porte ouverte au progrès de l’espèce. La faculté de comparer, de juger est, avec celle du travail, ce qui distingue l’homme de la bête. Mais entraîné par les forces primitives de la matière, l’être humain a besoin du temps et de l’expérience pour que ses affinités ou ses affections individuelles s’éclairent à la lumière des évolutions supérieures de la vie.
- Jusqu’à ce que cette lumière soit faite, les instincts de conservation qui suffisent à l’animal et le conduisent dans la voie de l’ordre qui lui est propre, prennent chez l’homme un caractère désordonné et produisent les plus graves abus.
- Au lieu de faire usage de son intelligence par sa conservation propre et celle de son espèce,
- 1 homme doué de facultés intellectuelles plus yives que celles de l’animal, convoite la part necessaire à l’entretien de la vie des autres hommes, et met en jeu toutes ses facultés pour Approprier les objets de sa convoitise. Il Jovient bientôt cent fois plus [destructeur que Aimai féroce, qui, lui, n’a pour but que d’en-denir son existence.
- être humain ne se dégage de ces imperfec-ns qu’au prix de longues et douloureuses
- euves. Les dures conditions de son existence
- le poussent elles-mêmes à l’épuration, au progrès de la vie, et c’est par ses propres excès qu’il est amené à reconnaître ses imperfections originelles et à s’en débarrasser pour entrer dans la voie du progrès vivant ouverte devant lui.
- Cette phase est pleine de fluctuations, d’incertitudes, de doutes, d’hésitations entre le bien et le mal, entre le vrai et le faux, entre l’amour de la vie vraiment sociale (vie pour laquelle l’âme humaine est faite) et les convoitises du bien d’autrui suggérées par l’influence des restes de la vie brutale. Ce n’est qu’avec peine, nous le répétons, que l’homme se débarrasse de l’esprit d’égoïsme et d’individualisme qu’il a fortifié en lui-même, en mettant son intelligence au service des instincts de l’animalité.
- (A suivre) GODIN.
- «—^♦
- LE DIVORCE
- VII
- La T-iOi à faire
- I — RELATIVEMENT AUX ÉPOUX
- La critique est aisée et l’art est difficile,
- a dit le poète. Rien n’est plus vrai. On s’en aperçoit bien vite lorsqu’on veut élaborer une bonne loi. Les difficultés sont multiples. Il faut tenir compte non-seulement de ce qui doit être, mais aussi de ce qui est, et concilier deux nécessités qui, au premier coup d’oeil, paraissent inconciliables : celle de faire approcher la loi autant que possible de la perfection théorique,
- et celle de lui donner une forme qui s’adapte au milieu dans lequel et pour lequel on la fait.
- La politique est pleine de ces transactions, entre l’absolu et le possible, entre l’idéal et la réalité. Elles sont nécessaires. Les progrès qui tentent de s’en affranchir n’ont jamais de vitalité. L’évolution des mœurs, comme celle de la nature, s’effectue par degrés successifs et non par brusques sauts. Le bourgeon de l’arbre deviendra fruit, mais après toute une série de transformations. Pour que la chenille molle et rampante devient un insecte ailé aux éclatantes couleurs, il faut qu’elle s’emprisonne un certain temps dans une chrysalide.
- Cette continuité qui rend solidaires le passé, le présent et l’avenir, seîTefrouve en tout et partout. Aucune question;dans l’étude de laquelle on puisse n’en- pas tenir compte.
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- Nous ne l'oublierons pas, et dans notre étude de ce jour, nous aurons constamment présent à l’esprit qu’il faut compter avec ce qui existe et que, par conséquent ;
- il ne s’agit pas de faire une loi spéculative sur le mariage, mais une loi d’application immédiate ou prochaine; il ne s’agit pas de voir quelle loi conviendrait le mieux au genre humain de l’avenir, mais bien laquelle conviendrait le mieux au genre humain du présent, à celui que nous connaissons si imparfait. C’est pourquoi nous ne pousserons pas jusqu’à leurs conséquences ultimes les principes que nous avons développés ; nous nous bornerons à leur donner satisfaction aussi complète que le permettent l’état actuel-des mœurs et la force des préjugés régnants.
- Ceci dit, commençons.
- Un homme et une femme désirent associer leurs existences, et donner à cette association la sanction de la loi. En conséquence ils demandent à un officier d’état civil, représentant la loi, de donner cette sanction légale à l’association qu’ils constituent.
- L’autorité s’assure alors :
- 1° Que les personnes qui contractent sont saines d’esprit;
- 2° Qu’elles agissent en pleine liberté;
- 3° Que leur demande de sanction légale n’est pas le fait d’une étourderie ou d’un caprice.
- Une fois que l’autorité s’est assurée que ces conditions sont remplies, elle donne sa consécration au mariage des époux qui devient ainsi un contrat civil.
- Ce contrat civil, sous peine de contradiction dans la législation, doit être soumis aux mêmes principes généraux que tous les autres contrats civils. Par conséquent il doit être susceptible d’être dissous :
- 1° Au cas où les deux parties contractantes sont d’accord pour le dissoudre;
- 2° Au cas où les engagements contractés n’ont pas été tenus ou ne peuvent plus l’être, soit par l’un des contractants, soit par tous les deux, et où la partie lésée demande la dissolution ;
- 3<J Au cas où il y a eu erreur sur la qualité essentielle des personnes, et où la partie dupée demande la dissolution.
- ' Dans l’un comme dans l’autre de ces cas les formalités que la loi doit prescrire sont toutes tracées parla logique.
- Le divorce par,consentement mutuel doit être consacré par l’officier d’état civil, comme le mariage lui-même l’a été; le divorôAclans les deux autres cas doit être prononcé par les tribunaux.
- Voici sous quelle forme nous le comprenons.
- Premier cas
- Les deux parties contractantes sont d'ac--, pour demander à Vautorité civile de dissoudre nion qu'elles ont été d'accord 'pour lui demander $ consacrer.
- Ici la conduite de l’autorité civile est bien simp]e Il lui suffit de s’assurer que le consentement de époux est bien réciproque, que leur décision est bie arrêtée et qu’ils ne subissent en l’exprimant aucanç pression extérieure.
- L’Etat peut exiger en plus pour la dissolution <je l’union, comme il l’exige pour sa contractation
- > 4 u u3
- délai soit imposé aux parties afin d’essayer etde prouver la fermeté de leur décision. Il peut même instituer des préliminaires de conciliation, les ren dre obligatoires, et n’autoriser le divorce que si j} tentative de conciliation a échoué. Tout cela l’Eta. est fondé à l’exiger, car il ne serait pas de sa dignité de donner satisfaction à des décisions prises à la lé. gère. D’ailleurs ces délais et ces tentatives de conciliation n’ont rien de vexatoire. Il n’en serait plus de même si l’Etat voulait aller plus loin ; tout paj qu’il ferait au-dela de cette limite serait un empiètement sur le domaine de la liberté. La loi devra même établir de la manière la plus formelle qu’aucune question ne sera posée ou aux témoins sur le motif de leur instance en divorce. En effet, de même qu’au moment de la contractation de l’union, l’Etat n’a pa> eu à s’enquérir des motifs qui y ont donné lieu, de même au moment de la dissolution par consentemen: mutuel il n’a pas droit de s’enquérir des motifs qui; donnent lieu.
- Remarquons que, une fois organisé de la sorte, le divorce par consentement mutuel a un double avantage :
- 1° il supprime le scandale des plaidoieries publiques ;
- 2° il ne nécessite aucuns frais de justice et par conséquent est aussi bien accessible aux pauvre! qu’aux riches.
- DEUXIÈME CAS
- L’une des parties contractantes seulement demande à l'autorité, judiciaire de dissoudre l'umffl conjugale, et cela, soit parce que les engagent contractés par la partie adverse n’ont pas été tenu soit parce qu'ils ne peuvent plus être tenus par élit-
- Ici encore la conduite de l’autorité est bien simple
- Dans le cas où on lui demande la dissolution a1 nom de l’inobservation antérieure des engagement il lui suffit de s’assurer que les engagements contra-tés n’oiit pas été tenus, soit par l’un des contractai vis-à-vis de l’autre, soit par tous les deux.
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- Le mariage est un contrat bilatéral de sa nature. t des contractants ne peut continuer à être engagé and l’autre contractant se dégage.
- Aucune indécision n’est possible en cela car les fiü(Tagements qui constituent le contrat de mariage sont précisés par la loi.
- On les connaît :
- P C’est l’engagement des deux époux à se garder r.cjproquemerit fidélité, secours et assistance;
- 90 c’est l'engagement du mari à protéger sa femme ; 30 C’est l’engagement de la femme à se soumettre à son mari ;
- 40 C’est l’obligation pour la femme d’habiter avec son mari et de le suivre partout où il juge à propos de résider;
- 5» C’est l’obligation pour le mari de recevoir sa femme et de lui fournir tout ce qui est nécessaire pour les besoins de la vie, suivant ses facultés et son état.
- Il est possible que ces prescriptions ne répondent pas a tout ce que l’on pourrait désirer, mais ceci est une autre question. Il suffît que ces prescriptions aient été acceptées par les contractants pour que ceux-ci soient tenus de s’y conformer.
- Le tribunal établit si les engagements et obligations contractés ont été tenus ou ne l’ont pas été. Au cas où ils ne l’ont pas été il prononce le divorce.
- II est indispensable que la preuve de l’inobservation des engagements soit faite. C’est malheureux, car cela maintient îe scandale public des plaidoiries, mais nous 11’avons pas une certitude assez grande de l'infaillibilité de la magistrature pour demander que ces affaires soient traitées, à huis-clos.
- On aurait tort d’ailleurs de trop s’effrayer de ce danger, car il est vraisemblable qu’une fois le divorce par consentement mutuel rendu facile on recourrait rarement à celui pour cause déterminée.
- La dissolution, avons-nous dit, peut encore être demandée pour cause d’incapacité de l’un des contractants à tenir ses engagements.
- C’est ce qui arrive en cas d’aliénation mentale de 1 un des époux.
- La commission se refuse à reconnaître la perte de
- i . A
- raison comme une cause de divorce. Elle assimile taliénation mentale aux autres maladies.
- Argument plus spécieux que bien fondé. En effet, Ce n est pas en tant que maladie que l’aliénation ®entale doit entraîner la dissolution du mariage, est en tant que perte de la raison. Du moment ^Uuu des contractants perd l’usage de sa raison, il Perd du même coup le sentiment des engagements c°ntractés étant sain d’esprit. On ne peut plus, sous
- peine de se couvrir de ridicule, lui demander de s’y conformer. Par conséquent son conjoint doit pouvoir s’affranchir d’un contrat qui était réciproque et qui a cessé de l’être.
- L’aliénation est donc bel et bien une cause péremptoire de divorce.
- troisième CAS
- L'une des parties contractantes demande à l'autorité judiciaire de dissoudre l'union conjugale par ce qu'il y a eu erreur sur la qualité essentielle de la partie adverse.
- Ce cas peut se présenter sous deux formes :
- 1° Ou bien il y a eu fausse déclaration de l’un des époux dans le but d’induire l’autre en erreur sur sa qualité essentielle ;
- 2° Ou bien il survient, postérieurement au mariage, une condamnation infamante.
- La fausse déclaration doit être prévue. Aujourd’hui un forçat en rupture de ban peut contracter mariage sous un nom d’emprunt ou même sous son vrai nom, et la malheureuse qui devient sa femme est condamnée à le rester jusqu’à ce que la mort frappe l’un ou l’autre des époux.
- Ecoutez ce que rappelle à ce sujet M. Léon Ri-cher :
- « Tout le monde, dit-il, connaît l’histoire de cette jeune fille mariée à un galérien, et qui dut subir toutes les conséquences de sa douloureuse situation. Le misérable était parvenu à cacher ses antécédents. Le divorce n’existant pas en France, on a tenté de faire annuler le mariage au moyen de l’article 180 du code civil, qui dispose que le mariage peut être attaqué lorsqu’il y a eu erreur dans la personne.
- « L’erreur est flagrante, disaient les avocats, Mlle X... a cru épouser un homme honorable, un homme du moins dans les conditions ordinaires, et elle se trouve mariée à un forçat. » — « Non, ont répliqué les juges, Mlle X... a pu se tromper sur la moralité de l’homme auquel elle s’est unie, mais elle ne s’est pas trompée sur son identité ; elle a entendu épouser M. Z..., c’est en effet M. Z... qu’elle a épousé ; donc pas d’erreur quant à la personne. »
- « O11 épuisa, continue M. Richer, toutes les juridictions, mais en vain. Le texte de la loi est formel. Il a fallu que cette pure et chaste enfant, dont le cœur bondissait de dégoût et de mépris souverain, restât la femme d’un échappé du bagne. Et Clothilde de Vaux, l’amie d’Auguste Comte, n’a-t-elle pas, elle aussi, été mariée à un forçat ? »
- Il importe que la loi ne permette pas à de telles monstruosités de se reproduire.
- Du moment qu’un des contractants perd sa dignité
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- d’homme l’autre conjoint doit avoir le droit de se dégager d’obligations prises envers un homme qui jouissait ou était sensé jouir de toute sa dignité.
- La commission du divorce s’est occupée de cette question et bien qu’on ne puisse lui faire le reproche de radicalisme en la matière, ellô a admis que non-seulement les condamnations infâmantes sont un motif péremptoire de divorce, mais même que certaines condamnations correctionnelles — celles pour vol, escroquerie, abus de confiance, outrage public à la pudeur — entraînent une dégradation morale de nature à justifier, delà part du conjoint de celui que la justice a frappé, une demande de divorce. En conséquence elle propose que ces con-damnations-là entraînent la même facilité de divorce que les condamnations déclarées infâmantes par la loi. Nous nous rallions en ceci à l’idée de la commission.
- Toutefois nous demandons que le divorce pour cause de condamnation de l’un des époux ne soit prononcé qu’après que preuve aurait été faite par le demandeur qu’il n’était point en état de complicité morale, c’est-à-dire qu’il a ignoré les faits qui ont motivé la condamnation, ou du moins que, les ayant connus, il a tout fait pour s’y opposer,
- En effet, si cette innocence du demandeur n’était pas établie, nous ne verrions pas pour quel motif la loi consentirait à le soustraire aux conséquences d’une situation dont il est moralement responsable.
- Voici, quant aux époux, de quelle manière nous comprenons le divorce. Nous établirons dans notre prochaine étude que cette réforme de la famille est plus profitable aux enfants qu’aucune de celles qui ont été proposées jusqu’ici.
- Bornons-nous pour le moment à rappeler que le divorce ainsi organisé répond seul aux exigences de la civilisation imparfaite dans laquelle nous vivons.
- Le divorce par consentement mutuel rendu possible et même facile est une garantie du bonheur des ménages. Trop souvent dans notre société cupide les jeunes gens qui se marient n’ont pas bien compris toute l’importance de leurs engagements. _ Ils se laissent entraîner par une passion qui est au cœur ce que l’illusion d’optique est aux yeux. D’autres fois les mariages sont préparés par les ascendants des époux, plutôt que par les époux eux-mêmes. On fait briller à leurs yeux des considérations fallacieuses ; on prend le jeune homme par l’intérêt, la jeune fille par la vanité ou par l’esprit de soumission à la famille, et, contrairement à l’esprit mais non à la
- lettre de la loi, ou leur fait contracter une union laquelle, sans l’intervention des parents, ils ü>au raient vraisemblablement jamais pensé.
- Et vous voudriez que les malheureux jeunes qui, par inexpérience ou manque de fermeté, se sont laissés unir de la sorte fussent rivés à perpétuité 4 leurs engagements lors même qu’ils s’apercevraient une fois rendus à eux-mêmes, que leurs caractères sont incompatibles. Mais, prenez garde ! De qUej droit osez vous prétendre que la vie doit être rendue amère à une si forte partie du genre humain? gj savez vous à quoi vous aboutissez avec votre indis-solubilité de l’union conjugale malheureuse ? Aux plus odieuses conséquences. Vous poussez les époux à trahir les promesses qu’ils se sont faites, à fouler aux pieds les engagements qu’ils ont contractés et qui sait ? peut être même à nourrir et à laisser fermenter au fond de leur cœur des haines ineffaçables.
- lit c’est en présence de conséquences aussi profon* dément navrantes que vous vous posez en défenseurs de la famille et de la moralité ? *
- La véritable famille n’est-elle donc pas celle où règne l’union, la paix et la concorde ? et la moralité n’est-elle pas où se trouve la pratique du vrai bien et des vertus domestiques ? Le mariage est l’union de deux âmes dans l’estime et l’affection ; si donc deux de ces âmes réunies par la loi ne s’aiment pas ou ne s’estiment pas et sentent qu’elles ne s’aimeront ou ne s’estimeront jamais, la morale, la vraie morale, exige qu’elles se séparent et que la loi leur permette de se séparer.
- [A suivre). Ed . Champury.
- COOPÉRATION ET ASSOCIATION
- CONGRÈS DE NEWCASTLE (1)
- VII
- Troisième Journée — Mercredi 19 Mai 1880.
- {Suite).
- Les sujets de discussion se suivent, mais ne se ressemblent pas. Le mouvement coopératif qui, dans notre dernier numéro, ne sortait pas du cadre étroit du comptoir et des rayons d’un magasin prend, cette fois, de l’envergure : il s’agit de la construction des maisons et de l’appropriation du sol.
- La question posée . n’est plus : « Comment ferons-nous de l’argent ? » Mais « Que ferons-nous de notre argent ? »
- Ces deux questions supposent entre elles un inter-
- (1) Voir les n° des 6,13. 20, et 27 Juin, 4,11 et 18 Juillet 188®>
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- valle considérable. Le temps est un grand facteur dont il faut tenir compte dans les transformations économiques, et les coopérateurs Anglais, gens pratiques savent compter avec lui.
- Dans la série des faits résolus entre ces deux questions, et de ceux dont la solution est renfermée dans ces prémisses, nous reconnaissons tout le caractère scientifique dont on pare prématurément ailleurs d’autres doctrines. Car il n’y à pas de science sociale possible sans observation dés faits ; et il n’y a pas d’observation efficace sans application. C’est en marchant que Don prouve le mouvement.
- Le cadre du Devoir ne nous permet pas de suivre dans leur entier développement les deux grandes questions qui forment le dernier titre du programme du congrès, dont l’une fixe à cette heure l’attention de tous les socialistes qui considèrent le sol comme la base fixe de l’Association, et dont l’autre aboutira logiquement à la réforme architecturale de l’habitation qui seule peut permettre la consommation bien comprise des fruits du travail, augmenter le bien-être de tous par ses dispositions, concourir au progrès individuel et social par les institutions qu’elle seule rend possible, et sans laquelle, par conséquent, tout plan de l’Association intégrale serait illusoire.
- Le compte-rendu du congrès nous donne la note présente de ce double mouvement et les aspirations de quelques-uns des meilleurs esprits de la coopération .
- La question de la terre est surtout envisagée au point de vue des terrains que les « coopérative building societies » achètent pour y bâtir les maisons quelles louent, ou pour les revendre avec ou sans maison.
- Il ne nous est pas possible de nous éloigner de ce point de vue sans entrer dans de trop longues considérations sur une question bruyamment agitée dans le vide en France, mais très brûlante en Angleterre où la moitié du sol est possédée par 150 individus, tandis que la moitié de l’Ecosse appartient à 10 ou 12 personnes, et nous ne parlons pas de l’Irlande!
- Le sol passera-t-il entre les mains des producteurs au moyen de groupes d’individus, ou par les ac* quisitions successives des magasins coopératifs, ou par la voie légale de la nationalisation du sol ? Une fédération de sociétés étendrâ-t-elle ses ramifications sur le sol Britannique comme le demande M. Van-sittart Neale ?
- La discussion sur les voies et moyens est ouverte et toutes les opinions se manifestent.
- Sans doute la question de la terre n’a pas encore P1Js dans les congrès les proportions considérables
- que lui ont données dans leurs œuvres, MM. Stuart Miil, Spencer et les plus influents des coopérateurs Anglais. Néanmoins, lés intérêts agités ont une grande importance et ne tendent pas moins qu’à faire entrer dans la pratique les théories des philosophes socialistes que nous venons de citer.
- Sans doute aussi tous lés coopérateurs Anglais ne sont pas encore résolus à substituer le Palais social au cottage. Mais il no faut pas oublier que l’idée n’a pas encore reçu une impulsion générale; que l’expérience qui en est faite à Guise n’a pas encore eu tout le retentissement que và lui donner l’adjonction de l’Association industrielle.
- Ce que nous remarquons et ce que nous signalons c’est la force de ce courant qui substitue partout aux tendances individualistes les aspirations collectives, et qui transformera partout, à des époques diverses, suivant le degré de perfectionnement matériel et intellectuel ; l’industrie privée en industrie associée ; le morcellement de la terre en grande culture sociétaire ;
- la petite maison isolée en maison unitaire. Sur ce dernier point l’évolution que l’on remarque dans les faits se présente de cette façon ,
- Les sociétés coopératives prêtent d’abord le capital à l’individu pour rendre celui-ci propriétaire de sa maison ; ensuite l’esprit d’association, dans sa lutte contre l’individualisme, demande que l’on construise la maison, en conservant la collectivité comme propriétaire et l’individu comme locataire.
- On peut en conclure que le mouvement se dirige lentement, mais sûrement vers la maison sociétaire que les pionniers de la coopération donnent déjà comme but ultime à atteindre dans cette voie.
- • Nous donnons ci-dessous d’après le rapport du bureau central le tableau des chiffres qui concernent les « coopérative building societies » sociétés pour la construction des maisons.
- Angleterre Ecosse
- 1877 1878 1877 1878
- Sociétés . . . 41 -49 5 6
- Membres » « « • • 2.206 4.948 1.431 825
- Capital actions . . . . 962.400 1.717.400 397.825 243.600
- Gapital en comptes courants ' 2.512.025 2.014.075 618.100 400;975
- Ventes. . . > . , . 56.775 102.650 542;725 260.450
- Bénéfices . . . 44.450 64.500 71.250 37,450
- M. Thirlaway prend la parole sur cet important
- sujet.
- A quoi les sociétés coopératives employeront-elles le surplus de leur capital ? Cette question peut paraître sans objet à l’heure actuelle, si l’on considère qu’un grand nombre de sociétés n’ont pas trouvé sans de grandes difficultés le capital suffisant pour leurs affaires
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- ordinaires. Mais nous souvenant que les difficultés financières de quelques-unes de ces sociétés sont dues à de mauvais placements dans le passé, que les sociétés en rapport avec la Wholesale ont placé comme épargne dans cette société la somme de 318,071 livres, outre ce qu’elles avaient prêté ailleurs, et persuadés que nous sommes sur le seuil de temps meilleurs, il devient important d’examiner quel emploi nous devons donner à notre capital de façon à ce qu’il soit en sécurité, à ce qu’il touche des intérêts convenables et à ce que les coopérateurs soient encouragés à laisser leurs dividendes en magasin, et à faire de la société leur seule banque.
- Employer le capital à fournir des logements aux membres me semble une des opérations les plus sûres, et en même temps les plus profitables. Ge sujet a été le thème de plusieurs conférences depuis quelques années; mais le plan toujours recommandé consiste, à ce qu’il me semble, à vouloir que la société prête aux membres individuellement de l’argent pour acheter une maison. La société prend les titres comme garantie et l’argent est remboursé à la société dans une période de quelques années, par paiements Lebomadaires ou mensuels. De nombreuses et croissantes objections peuvent être faites à ce système, eu se basant sur les mêmes raisons qui font combattre l’individualisme dans la production.
- Ge qui sera le plus profitable à nos membres, et presque à tous d’une façon égale, doit être le plus recherché. Le système d’avancer aux individus de l’argent pour acheter une maison, profite à très peu, et ces privilégiés sont les plus riches parmi nous, ceux qui, en règle générale sont en état de pourvoir à leurs propres maisons. Ma raison pour parler ainsi est que la plupart des sociétés qui se sont livrées à ces opérations établissent comme règle que la société n’avancera pas plus les 4/5 de la valeur de chaque maison; c’est-à-dire que chaque membre, avant qu’il puisse acheter une maison et demander des fonds à la société, doit avoir épargné le 5e au moins de la valeur de cette maison. Maintenant ce cinquième est une très grande somme, du moins dans, Gateshead, que vous me pardonnerez de citer parce que c’est ce que je connais le mieux. En raison du haut prix de la terre, il ne sera pas moins payé de 350 à 400 livres pour élever des maisons basses, convenables pour deux locataires. Le 5# de cette somme est 60 livres, et avec les dépenses légales et autres, qu’un acheteur encourt inévitablement, la somme ne sera pas moins de 90 livres. Je suppose que la moitié 45 livres, soit suffisante, tout le monde tombera d’accord avec moi qu’il y en a bien peu parmi les coopérateurs qui soient en mesure de prélever sur leurs ressources de quoi profiter de la combinaison.
- Le meilleur plan et celui que je recommande est que, au lieu de viser à rendre quelques individus propriétaires, c’est-à-dire, au lieu que ce soit les sociétés qui prêtent de l’argent aux individus pour acheter des maisons, ce soit la société qui achète ou qui bâtisse des maisons et qui les loue pour le bénéfice de tous les membres.
- Ce plan ferait plus de bien et distribuerait le bien d’une façon plus égale. Les plus pauvres parmi nous en pourraient bénéficier.
- Je confesse que je n’ai pas grand enthousiasme pour rendre les individus propriétaires ; car tout ce qui peut être dit contre les grands propriétaires est mérité par les petits avec non moins de justice. Le système est mauvais dans les deux cas. Il n’y a qu’une différence de degrés.
- Si nos grands propriétaires terriens étaient dépossédés et remplacés par un nombre égal d’hommes sortis de nos rangs, ceux-ci agiraient bientôt, je le crains, de la même façon que les propriétaires actuels. L’humanité est la même partout, c’est le système qui est mauvais, et le seul qui puisse être logiquement défendu est le plan radical de la nationalisation de la terre. <t La terre pour le peuple» et de longs bails à ceux qui désirent l’occuper comme manufacturiers ou agriculteurs.
- Le système le plus pratique et le meilleur selon moi je le répète, est celui qut consiste pour nos suciétés à acquérir selon leurs moyens la terre et la propriété.
- On dira que je veux créer une nouvelle classe de grands propriétaires ; ma réponse est que les sociétés que je désire rendre propriétaires sont composées de cette partie considérable des travailleurs, les pauvres, sociétés qui ne chercheraient pas à mettre le peuple en coupe réglée comme le font les commerçants privés et les compagnies financières, mais qui chercheraient à prendre le peuple pour partenaire, dont les portes seraient larges ouvertes, etlepublic qui admettraient àpar-ticiper aux économies et avantages qu’elles offrent au dernier entré au même titre qu’aux premiers membres.
- En me faisant l’avocat de ce plan, je garde l’esprit de l’époque. Vos autorités municipales, dans beaucoup de cas, font des choses qui procurent au peuple des avantages dont auparavant il était privé. Les parcs, les bibliothèques, les services d’eau et de gaz, les améliorations des rues, sont les preuves que nous allons dans la voie de ce système si méconnu : le Socialisme.
- Je ne prétends pas que le plan que je propose soit le meilleur. Gomme d'autres, je rêve de palais sociaux plus grands même que celui réalisé en France et dont M. Neale nous a donné une belle description dans le News, pour l’époque où non seulement nous vivrons ensemble, mais aussi où nous travaillerons ensemble; où tous les travaux inutiles seront épargnés, où chacun se livrera seulement à un travail nécessaire où toute personne aura des loisirs suffisants et à sa portée tout ce qui est requis pour rendre l’homme heureux, pour l’époque où il sera facile à tous les jeunes gens d’être bons parce qu’ils auront devant eux le bon exemple de leurs ainés. Mais, Gentlemen, à l’heure actuelle ceci n’est pas à notre portée.
- Après le discours de M. Thirlaway, dont nous n’avons donné que les principaux passages, la discussion commence. .
- Nous devons être content d’en approcher par étapes
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- faciles. Ce que je propose est un grand pas dans eette j voie.
- ^ Gfateshead, la propriété a augmenté d’environ 50 0/0 depuis 10 ans, dans les autres villes il en a été de même.
- Nous savons par expérience que tandis que la terre eSt fixe, la demande, vu l’augmentation de population, va toujours en croissant, il en résulte que la propriété bâtie dessus a une tendance générale à augmenter de
- valeur.
- Nous efforcerons-nous d’assurer au peuple le bénéfice d’une partie de cette augmentation de valeur ?
- Le plan que je vous ai proposé ci-dessus entre dans cette voie. Au contraire, le système qui consiste à faire avancer de l’argent par les sociétés aux individus pour acheter des maisons, ne fait participer que ceux qui empruntent à cet accroissement de valeur. Les individus qui ont ainsi reçu les fonds des sociétés coopératives, il y a quelques années ont bénéficié de l’augmentation de valeur de la propriété pour environ la moitié de la somme qu’ils ont empruntée et cette augmentation de valeur représente une charge correspondante sur le peuple pour l’avenir dans la surélévation du prix des loyers.
- Je dis donc que la proposition qui consisterait à faire profiter la masse, et non la minorité, de cette augmentation de valeur est une proposition humanitaire.
- Nous efforcerons-nous de la réaliser ?
- Nous savons par expérience que la propriété et celle du sol en particulier donnent le pouvoir et l’importance.
- Nous efforcerons-nous de faire profiter le peuple tout entier de ces avantages ?
- Quand des temps prospères reviendront, le capital des sociétés augmentera encore et un bon placement sera nécessaire. Nous avons bien des fois recommandé de placer nos fonds dans des entreprises dont nous ne connaissions rien. Il s’agit ici d’une chose que nombre de nous connaissent un peu, et que beaucoup connaissent bien,d’une chose qui répond à un besoin commun, car personne ne peut bien vivre sans une maison commode et bien conçue.
- En conclusion je dis que je crois fermement que rien défavoriserait plus la prospérité de nos magasins, rien De donnerait plus de confiance au public, que si chaque société là où les circonstances le permettent commençât à bâtir une rue coopérative.
- Odgersdit qu’il est d’accord avec M. Neale sur *a nécessité d’émettre des obligations avec intérêts Nantis, afin de se procurer des fonds considérables P°ür l’édification d’une classe supérieure de cottages.
- 11 serait bon que quelque architecte coopérateur ressàt les plans et devis de telles maisons et les 80umit au bureau central. Des copies lithographiées ,eii P°urraient être vendues. Il est opposé à l’édifica-0û ée cottages dos à dos tels que ceux faits par ^ues Petites sociétés. Les contraventions aux
- lois sur l’hygiène ne doivent pas être commises par les coopérateurs. Leurs maisons doivent être telles qu’elles puissent faciliter aux locataires une longue vie. Il recommande ce sujet à l’attention des conférences locales.
- M. Neale dit que le but doit être d’édifier des logements coopératifs supérieurs. Par un judicieux usage de leur capital-action, les sociétés coopératives doivent fournir à leurs membres des maisons convenables, hygiéniques et pittoresques à moindre prix qu’ils ne paient actuellement pour leurs déplaisantes demeures. Il pense que M. Thirlaway rejette trop les choses à l’avenir Les sociétés doivent entrer dans la question en employant leurs fonds à construire pour leurs membres des habitations qui soient autant; supérieures aux logements ordinaires, que le système commercial coopératif est supérieur au système actuel de compétition.
- M. A. Howard (Rochdale) dit que les maisons coopératives de Rochdale ont beaucoup augmenté le confort des habitations des travailleurs.
- 1° Il y a dix ans la société avait près de 200 livres dépensées en édification de cottages de grandeur variée: elle avait trouvé là un bon placement.
- 2° Depuis, la société a adopté le plan de prêter de l’argent aux individus pour bâtir leurs propres maisons, 20.000 livres ont été prêtées ainsi.
- 3” La Société a essayé aussi de bâtir des maisons selon les indications des membres. Ni l’un ni l’autre de ces derniers plans n’ont donné satisfaction complète.
- Le 1er plan était facile parce que la Société ne consultait personne ; elle n’avait qu’à choisir l’emplacement et à attendre des locataires. A l’exception d’une localité, elle a toujours été en état do trouver des locataires. La supériorité des bâtiments coopératifs a conduit les architectes ordinaires à améliorer leur œuvre, de sorte qu’il y a un progrès marqué dans les habitations de construction récente sur celles bâties il y a 20 ans. Un des avantages de la coopération est donc d’avoir rendu les logements plus sains et plus beaux.
- M. Tweddle (Oateshead) est heureux de voir l’unanimité de l’opinion sur cet intéressant sujet, qui préparera la voie à l’habitation sociétaire.
- M. Atkinson (Wall Sund) dit qu’à Wall Sund ont bâti des maisons et les ont livrées à prix coûtant à leurs membres, qui ont désiré devenir acheteurs.
- L'acheteur s’acquitte envers les sociétés coopératives à raison de tant par trimestre et beaucoup plus promptement s’il le désire; le plus vite est le meilleur, parce que la Société se trouve ainsi en mesure de bâtir de nouvelles maisons. Il ne pense pas que les
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- habitations-sociétaires feront abandonner les maisons individuelles. L’amour-propre de quelques mem* bres les a induits à vendre leur propre maison et à élever dés boutiques en opposition aux magasins coopératifs. D’autres contraints d’aller ailleurs pour avoif de l’ouvrage ont vendu leurs maisons à des coopérateurs qui les Ont louées à n’importe qui.
- Il est nécessaire de porter remède à ces difficultés. t
- Vers la fin de la discussion M. Thirlaway dit qu’il pense comme M. Neale sur la question des maisons sociétaires. Il désire une transformation des lois concernant la terre et voudrait en finir avec l’individualisme.
- Au cours des discussions du Congrès il a été convenu que le prochain Congrès aura lieu à Leith.
- J/ P.
- PACIFIQUEMENT OU BIEN A COUP DE FUSIL?
- A M. Godin, directeur-gérant du Devoir, Monsieur,
- Votre excellent journal a donné le résumé d’un débat contradictoire qui a eu lieu, il y a quelques temps à la salle d’Arras, entre M. Talandïer, député, et M. Guesde, principal rédacteur du journal l'Egalité. Partisan l’un et l’autre du Collectivisme; l’objet de la discussion entre les deux orateurs était la question des moyens à employer pour arriver à une réforme sociale, conforme à leur commune aspiration.
- Le premier s’est prononcé pour les moyens pacifiques, pour une propagande en vue d’amener la majorité des esprits à la même conviction socialiste ; le second a soutenu que seule, la violence révolutionnaire était capable d’atteindre le but.
- Contre cette dernière opinion vos collaborateurs, M. E. Champury dans une note signée de ses initiales, et M. J. Courrier dans des observations vraiment top'ques, ont protesté et fait valoir des raisons tout à fait décisives. Je ne viens donc ici qu’appuyer leur argumentation, en insistant surtout sur le danger de la thèse du citoyen Guesde.
- Les deux orateurs de la salle d’Arras ayant été, d’après le compte rendu, chaleureusement applaudis l’un et l’autre, cela donne à penser qu’une partie au moins de leur auditoire inclinerait vers le parti de la violence. Si une telle opinion gagnait du terrain dans la classe populaire, elle pourrait entraîner pour l’avenir la répétition des malheurs dont nous avons été, en juin 1848 et au printemps de 1871, les témoins désolés. Il importe donc de réagir forte-
- I ment contre elle et d’en établir par l’expérience du passé la déplorable conséquence pour le peuple.
- Ce que l’histoire démontre depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours, c’est que la révolte des classes exploitées n’aboutit jamais qu’à des hécatombes de ceux qui tentèrent ce moyen de libération. Combien cependant, sous un régime qui ne laissait à l’esclave aucun espoir d’amélioration de son sort, le recours-à la force n’était-il pas mieux jus-ttfié que de la part du travailleur salarié de l’époque actuelle ? Spartacus lui-même, malgré ses talents supérieurs, après avoir tenu tête à des armées romaines, n’arriva qu’à faire écraser les soixante mille esclaves qui, à sa voix, avaient pris les armes ou s’étaient ralliés à ses drapeaux.
- Au moyen-âge, les jacqueries en France, la guerre des paysans en Allemagne, la révolte des Lollards en Angleterre, furent noyées dans le sang du peuple.
- Plus près de nous, et depuis que la Révolution française avait proclamé l’égalité, la Conspiration de Babceuf ou des égaux, qui n'eut pas le temps d’éclater, ne fit par suite qu’un petit nombre de victimes; elle eut pour résultat le supplice des chefs et un surcroît de la réaction qui dominait dès lors dans le gouvernement de la première République. Enfin, dans l’époque tout à fait contemporaine, la révolte des canuts de Lyon, en 1831, avec sa fièro devise: « Vivre en travaillant ou mourir en combattant, » qui fut pendant quelques jours maîtresse de la ville ; l’insurrection mutuelliste et républicaine de la même grande cité industrielle en 1834, qui fut réprimée au prix de beaucoup de sang versé, ne furent l’une ét l’autre qu’une cause d’aggravation de misère pour les ouvriers.
- Voici venir maintenant, après la Révolution du 24 février 1848, l’insurrection de juin, provoquée par la suppression brusque des ateliers nationaux; ~ puis celle de mars 1870, sous les yèux et à la plus grande joie de l’envahisseur allemand — qu’amènent-elles toutes les deux ? des boucheries de prolétaires et la transportation en masse de survivants.
- Aussi, bien imprudents et bien coupables sont, à mon avis, les écrivains et les orateurs de clubs qui poussent la classe laborieuse àde n.ouvellesprisesd’ar-mes ! Celles-ci ne sauraient, comme les précédentes, que retomber en rigueurs terribles sar la tête des ouvriers et amener des réactions qui pourraient aller jusqu’à tuer la troisième Républipue comme les deux précédentes.
- Voilà ce qu’il importe de prévenir. Quiconque aime sincèrement le peuple et a quelque sentiment d’humanité dans le cœur ; quiconque veut le maiD' I tien de la République et delà liberté, doit regarder
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- connue un devoir de signaler le danger d’excitation malsaine auxquelles les ouvriers sont de nouveau en butte. Les prédicants de guerre civile et sociale ne font pas seulement œuvre de mauvais citoyens, ils sont des ennemis du peuple, des ennemis cruels et sans pitié pour lui. Sous prétexte de son affranchissement, ils le poussent à l’abattoir.
- Ch. Pellarin.
- NOUVELLES DIVERSES
- FRANCE
- Nous y lisons :
- « Jamais le chiffre des affaires en séparation de corps n’avait été aussi élevé qa’en 1878 ; il en a été porté 3,277, dont 2,802 par les femmes et 475 par les maris. Ceux-ci ont intenté 166 demandes reconventionnelles et les femmes 56.
- Presque toutes les demandes principales ou reconventionnelles 3,207 ou 98 p. 100, étaient fondées sur des excès, sévices ou injures graves ; 169 s’appuyaient sur l’adultère de la femme et 31 sur la condamnation de l’un des épcux.
- 438 causes ont été retirées avant jugement ; les tribunaux n’ont eu, par conséquent, à se prononcer que sur 2.839 demandes; ils en ont accueilli 2,556, les neuf dixièmes, et rejeté 283.
- Celafaitdoncenuue seuleannée5,112 personnes séparées de corps que l’absence d’une loi sur le divorce empêche de se remarier,
- * *
- IjCS duels et les mamrs die lu classe ouvrière, — Assurément, dit VArbitrator, les ouvriers français ont le sentiment de l’honneur aussi vif et aussi délicat que peuvent l’avoir les journalistes et les députés qui auraient volontiers la prétention de leur faire la leçon, cependant on n’entend jamais dire que les travailleurs aillent vider leurs querelles à coup de sabre ou de pistolet.
- La raison, l’arbitrage, la loi, leur suffisent.
- Ils méprisent tout recours à la force brutale, en quoi c’est eux qui donnent l’exemple à bien des gens qui se posent en professeurs.
- * *
- Séparations do Corps. — D'après lé rapport général de l’administration de la justice en France, jamais le chiffre des séparations de corps n’avait été aussi élevé qu’en 1878.
- Au cours de cette année, il en a été porté devant les tribunaux 3,277, dont 2,802 par les femmes et 475 par les maris. Ceux-ci ont intenté 166 demandes reconven*» tionnelles et les femmes 56.
- En classant les demandeurs par profession, ou plûtôt par catégories d’après leur état social, nous trouvons que près de la moitié des actions en séparation de corps, soit 1,575 étaient introduites par des ouvriers; 529 l’étaient par des rentiers ou des personnes exerçant des professions libérales; 520 par des commerçant et 405 par des cultivateurs. Enfin, dans 248 affaires* la profession des époux n’a pu être indiquée.
- Un chiffre à noter en passant : c’est que l’union avait été stérile pour 1,233 conjoints, soit 38 0/0. Il n’est pas sans intérêt de savoir dans quelle proportion se sont présentées les demandes en séparation par rapport à la durée du mariage.
- Ou a compté 16 demandes en séparation après moins d’un an de mariage ; 718 de un à cinq ans, 989 de cinq à dix ans, 1,062 de dix à vingt ans, 371 de vingt à trente ans, 92 de trente à quarante ans, 28 de quarante à cinquante ans, et 1 au-dessus de cinquante ans.
- Quant aux causes qui avaient amené les demandes principales ou reconventionnelles, elles se répartissent comme suit : 3,207 (soit 98 0/0) étaient fondées sur des excès, sévices ou injures graves ; 169 avaient pour cause 1 adultère de la femme, 92 l’adultère du mari et 31 provenaient de la condamnation de l’un des deux conjoints à une peine infamante.
- Voici maintenant la marche qu’ont suivie les affaires engagées : 438 ont été retirées du rôle avant jugement, Parmi lesquelles 260 par suite de réconciliation des epoux.
- Les tribunaux n’ont eu, par conséquent, à se pronon-cÇï que sur 2,839 demandes. Ils en ont accueilli 2,556, cest-à-dire les neuf dixièmes et rejeté 283.
- «épariitiou <1© corps. — Le Journal offi-wi du g juillet contient le rapport sur l’administration fa justice en France pendant l’année 1878.
- Caisses d’épargne postales. — La Chambre a adopté l’urgence du projet de loi sur la création d’une Caisse d’Epargne postale.
- Voici l’économie de ce projet.
- Les bureaux de poste de France et d’Algérie (dont le nombre s’élèvera l’année prochaine à 6,100) seront autorisés à recevoir des dépôts d’argent. Un intérêt de 3 0/0, franc de tout impôt, sera servi aux déposants. Chaque année l’intérêt acquis s’ajoutera au capital et deviendra lui-même productif d’intérêts. Chaque compte pourra atteindre le chiffre de 3,000 fr. Tout déposant dont le crédit sera suffisant pour acheter 10 fr. de rente d’Etat, au moins pourra faire opérer cet achat par la Caisse postale sans aucun frais. Le déposant, devenu de la sorte rentier, pourra ne pas retirer ses titres de renté; la caisse en touchera pour lui les arrérages et en inscrira d’office le montant à son crédit. Enfin les Sociétés de Secours Mutuels seront admises à faire des versements jusqu’à un maximum de 8,000 francs.
- BELGIQUE
- Les miracles du Bois-d’Haiue. — Le
- Devoir a parié de Louise Lateau, de cette infortunéejeune femme dont le clergé belge exploite cruellement les souffrances ( voir notre N° du 5 mai 1878 )
- Voici d’après le Siècle, quels ennuis elle donne aujourd’hui à ses exploiteurs :
- Le parti clérical de France et de Belgique est fort ennuyé en ce moment par la fameuse stigmatisée de Bois-d’Haine, Louise Lateau, dont ils ont fait, comme on sait, une autorité dans l’Église. Il y a en Belgique deux évêques qui échaugent depuis plusieurs mois des injures du genre ecclésiastique : l’un M. Dürousseaux, à pour lui le pape ; l’autre, M. Dumont à été destitué par le pape et remplacé au siège épiscopal de Tournai par ledit M.Durousseaux. Dans ce conflit, une grave question s’est présentée dès le début : le quel de ces denx évêques serait reconnu par Louise Lateau 2 II y avait là de quoi tenir les cléricaux dans une pénible attente Eh bien! Louise Lateau vient de se déclarer enfaveur de l’évêque destitué parle pape. Ellenereconnaît d’autre autorité que celle de M. Dumont. Voilà donc l’infaillibilité du pape compromise ! Quel scandale! Là-dessus, revirement complet dans les idées que les cléricaux répandent depuis des années sur Louise Lateau. On ne croit plus à ses miracles qu’on a tant vantés, on ne tardera pas à déclarer que tout cela est imposture et comédie.
- L’évêque Dumont écrit au journal la Vèntè
- « Je pense de Louise ce que je trouve bonde penser et je laisse à tous pleine liberté de faire de môme, mais je ne puis permettre que l’on mente impudemment à mes dépens et aux dépens d’une fille honnête, simple, charitable et vénérée de tous ceux-qui la connaissent. Je ne puis consentir à ce que ceux qui ont crié miracle dans le monde entier tentent maintenaut, contre toute vérité d’alléguer ce miraclelvraï ou faux) comme un signe que Dieu approuve l’imfamie dont ils se sont rendus et
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- continuent effrontément à se rendre coupable envers moi.»
- « Vrai ou faux » est heureux, sous la plume de l’évè-que qui a tant contribué à établir la réputation de la stigmatisée de Bois-d’Haine.
- SUISSE
- L’impôt sur les célibataires. — Il est
- question à Zurich de remplacer la taxe personnelle, qui frappe tout le monde sans distinction, par une taxe ne frappant que les célibataires.
- Ce serait créer une exception, mais les partisans de cet impôt invoquent eu sa faveur que les célibataires n’ont pas les mêmes charges à supporter que les pères de famille. De plus, disent-ils,ils n’ont pas d’enfants appelés à contribuer à la défense du pays et à supporter d’autres charges.
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- ALLEMAGNE
- Fruits dix protectionnisme. — La caisse de l’empire n’a pas à se féliciter du résultat financier produit par le nouveau tarif douanier pendant les quatre premiers mois de la présente année.
- Les droits de douane perçus dans le courant de cette période ont atteint seulement la somme de 41,105,817 marks, tandis que dans la période correspondante de 1879 ils s’étaient élevés à 43.273,970 marks.
- Le déficit a été causé par la diminution des recettes sur les trois principaux articles : le café, le vin et le tabac ; la inoins-value pour le premier de ces articles a été de 2,200,000 marks ; pour le second, de 750,000 marks, et pour le troisième, de 10,500 marks.
- Les autres articles de consommation, qui payaient déjà des droits antérieurement, mais dont les taxes ont été augmentées, par exemple le beurre, le fromage, la viande préparée, le riz, les norcs, ont presque tous fourni des plus-values de recettes.
- Constatons cependant que les quantités importées, { sauf pour le riz, ont été inférieures à celles de 1879, et que les droits élevés sont seuls cause de l’augmentation des recettes.
- Les Allemands auront donc consommé moins et payé plus cher.
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- Fruits du uiilitavismae. — A Dusseldorf, qui a en ce moment une exposition d’art et d’industrie, on remarque un énorme canon de marine pour la défense des côtes, canon sorti de la fabrique d’acier Krupp, à Essen. Le tube, forgé d’une espèce particulière d’acier (Teigelstahl), a un calibre de 400 millimètres; sa longueur est de 10,000 millimètres ; son poids, y compris l’obturateur, est de 72,000 kilog.
- L’affût sur lequel ce colosse est monté, et qui offre des dispositions particulières pour l’exhaussement ou rabaissement de la ligne de tir, pèse à lui seul 45,000 kilogrammes. Pour le lever et introduire les projectiles, il y a un système de grue adapté à l’affût et surplombant le canon.
- Les projectiles normaux ont une longueur de 2m8 ; l’obus en acier pour percer les plaques pèse chargé : 777 kilog.; la charge est, selon le cas, de 10 ou de 33 kilogrammes 3.
- On peut juger, par les chiffres ci-dessus, quelle a été la difficulté du transport de ce monstre d’acier jusqu’à son emplacement actuel.
- Ce canon, dit de 40 centimètres, a été expérimenté 41 fois, sur le champ de tir de Messen, avec des charges de 220 kilogr; et des projectiles qui pesaient 800. A une distance de 5,000 mètres, cet engin peut encore percer les plus forts blindages existants, ceux de deux fois 12 pouces.
- Nous serions curieux de connaître ce qu’a coûté ce colosse et ce que coûte chacun de ses coups.
- ITALIE
- La Crémation. — La propagande en faveur de la crémation des morts a fait faire à cette idée d’immenses progrès dans la ville des papes. Léon XIII s’en est ému, ce qui se comprend, la coutume hygiénique d’incinérer les cadavres étant une coutume payenne et la coutume de les inhumer étant une coutume catholique.
- On assure que le cardinal Monaco La Valletta, vieux général du pape, prépare une protestation pour le cas où le Conseil commuoal de Rome accorderait l’autorisation que demande la Société italienne pour la crémation des morts d’établir un columbarium dans un coin de notre cimetière.
- Le protestantisme à Rome. — Ce même vicaire général du pape vient de protester contre une décision par laquelle la municipalité de Rome accorde aux Anglicans, pour y construire leur nouvelle église une partie de l’emplacement de l’ex-couventde Jésus-et-Marie, rue del Babbuino, c’est-à-dire dans Rome.
- Ce qui froisse le plus les cléricaux romains, c’est d’abord l’autorisation accordée à des« hérétiques » d’ouvrir une église intra muros, puis la transformation d’un couvent catholique en église protestante. Aussi Léon XIII, pour empêcher au moins le second de ces deux « scandales », s’était-il empressé de faire offrir à la Ville, par un prête-nom bien connu, un prix considérable du couvent en question. Le Conseil municipal n’a pas tenu compte de l’offre du pape.
- RUSSIE
- Fenimes diplomates. — Il paraît que le gou-veruemeMt russe ne dédaigne pas d’employer des femmes pour remplir au dehors les délicates fonctions de diplomates.
- Un journal de Berlin vient de publier la liste des dames russes qui sont chargées à l’étranger de missions diplomatiques.
- Berlin compte trois ministresses plénipotentiaires, Rome en a deux, Vienne également deux; enfin, trois dames circulent à travers les petites cours d’Allemagne qui ont des relations de parenté avec le tzar.
- Paris ne figure pas sur cette liste, pour le moment du moins. (Droit des femmes).
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- ÉTATS-UNIS
- XjVmig£t*a.-tion. — Le mouvement qui pousse les Européens vers l’Amérique du Nord a repris avec une intensité nouvelle.
- Il est arrivé à New-York, pendant le mois de juin, 42,000 émigrants qui portent à 177,362 le nombre total des émigrants qui ont pris terre en Amérique pendant le premier semestre de l’année courante.
- Pendant le même semestre de l’année 1879, le nombre des émigrants n’avait été que 55,910.
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- Ijî» Dette des Tbttvts-TTnis. — La dette publique des Etats-Unis n’était plus, au 1er juillet 1880, que de 1 milliard 942 millions de dollars, soit environ 9 milliards et demi de francs. Elle avait été amortie de plus de 10 millions de dollars, ou 50 millions de fiancs, dans le courant du mois de juin dernier, et de plus de 83 millions de dollars, soit 425 millions de francs, dans le courant de l’année fiscale américaine allant du Ur juillet 1879 au 30 juin 1880.
- Il y a douze ans que se poursuit sur ce pied l’extinction de la dette des Etats-Unis. L’extinction va même en progressant. Naguère, c’était de 1 million de francs par jour qu’on amortissait la dette; aujourd’hui, c’est de prés de 1 million 1/2 de francs. . .
- Nous recommandons à toute l’attention de notre vigilant ministre des finances, M. Magnin, le système suivi avec taut de ténacité aux Etats Unis, dans l’extinction
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- graduelle de la dette nationale. Les Yankees, à l’issue de la guerre de sécession, avaient la plus grande dette du monde. Au train dont ils poursuivent l'amortissement de cette dette, ils ne devront plus rien dans vingt ans.
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- PÉROU
- Anéantissement d’uu gourera ement de niattvaiwe foi. — On sait de quelle mauvaise foi inexcusable le gouvernement du Pérou a fait preuve envers ses prêteurs Aujourd’hui ce malheureux pays voit l’armée Chilienne arriver à la porte de sa capitale. C’est une déroute si absolue qu’elle équivaut presque à un anéantissement.
- Malgré cela le président du Pérou, don Nicolas de Pie-rola, à la fois noble et ultramontain, impose au pays une contribution de 3 °/0 calquée sur i'income-tax d’Angleterre avec cette différence toutefois que le décret soumet à la taxe les Bons de l'emprunt national. Or, depuis plusieurs années le gouvernement péruvien a jugé opportun de ne payer aucun intérêt aux porteurs, tant étrangers que péruviens. Non-seulement les prêteurs ont perdu leur argent, mais ou leur fait payer un impôt à cause de l’argent qu’ils ont perdu. Pauvre Pérou !
- La morale de tout ce qui se passe là bas, c’est que la mauvaise foi ne profite pas à ceux qui y ont recours.
- ----—*aoceoroe**» 11 —
- LE DERNIER-NÉ DE GINX
- SA NAISSANCE ET SES AUTRES INFORTUNES
- ParM. JENKINS
- II. — Idées de Club.
- A peine l’ombra de son père se fut elle évanouie dans les ténèbres que Bébé Ginx, en forme de protestation, sc mit à crier violemment : la rue se remplit de nouveau de bruit Les portes au haut de l’escalier ne tardèrent pas à s’ouvrir, et une forme imposante se dressa dans la lumière.
- « Allons 1 Qu’est-ce que cela ? » fut l’observation lancée dans l’espace. « Ouais, Dieu me bénisse, c’est un enfant qui crie sur les marches. »
- Une autre forme apparut.
- « N’y a-t-il personne avec lui ? Holà ! Y a-t-il quelqu’un par là ? »
- Nulle réponse ne se fit entendre que celle du pauvre petit Ginx, mais elle était décidée. Les deux domestiques descendirent les degrés et examinèrent l’enfant sans le toucher ; puis ils plongèrent leurs regards dans l’obscurité espérant y découvrir trace de la mère ou d’un policeman. Un pas rapide si fit alors entendre sur le trottoir et un gentleman s’avança près du groupe.
- * Qu’est-ce que vous avez ici? » dit-il d’un ton affable.
- — « C’est un enfant, sir Charles, que j’ai trouvé criant sur les degrés. Je pense que c’est un tour pour se débarrasser de lui. Nous cherchons un policeman Pour le lui faire emporter. »
- “ Pauvre petit diable, » dit sir Charles, s’arrêtant
- pour considérer de près Bébé Ginx, « il paraît que pour vous et pour ceux qui vous ressemblent le policeman ou les fonctionnaires de la Paroisse sont les tuteurs nationaux, et la prison, ou l’asile des pauvres le chez soi... amenez-ledans le club Smirke. »
- Les valets hésitèrent un moment à exécuter un ordre aussi extraordinaire; mais Charles Sterling, ancien ministre et membre du comité, n’était pas un homme qu’on pût contrarier impunément. L’enfant ayant été conduit dans la magnifique salle du club s’arrêta, debout sur le plancher en mosaïque. Le gaz, par les mille becs des lustres répandait des flots de lumière sur les colonnes de marbre et faisait étinceler les corniches dorées et les panneaux de Sca-gliola (1). Une statue de la Reine le regardait du haut de sa niche, dont l’ouverture était tournée du côté de la salle à manger. Une deuxième statue avec le front sévère et imposant du grand soldat puritain, homme d’Etat et habile gouvernant (2), puis une troisième reproduisant les traits fermes et doux tout à la fois du champion du libre-échange (3) semblaient le regarder également de leurs coins respectifs. Sur les murs, tout autour, étaient des portraits d hommes qui avaient lutté pour i’indépendance et l’affranchissement du peuple. Naturellement, Bébé Ginx ne voyait pas tout cela.
- Pauvre enfant, il était là debout, immobile, ébloui de tout cet éclat, un de ses doigts planté dans un de ses yeux, tandis que le concierge, les laquais, sir Charles Sterling et d’autres membres qui sortirent en flânant de la salle à manger, le considéraient curieusement. Mais quiconque eut observé cette scène à part, eut remarqué le contraste existant entre l’enfant et le lieu où il se trouvait, les principes et professions dont cette magnificence était le sanctuaire consacré et ce triste et atomique spécimen de matériaux dont ils avaient à s’occuper. Quelle utilité sociale avait été le résultat des grandes agitations dont les fondateurs et hôtes assidus de cet endroit avaient été les initiateurs ? Ces agitations devraient-elles avoir eu ou auraient-elles encore besoin d’un complément? Tandis que de merveilleux changements politiques dont il ne faut pas exagérer la valeur avaient été opérés au bénéfice de maintes classes, qu’avait-on fait pour Bébé Ginx?
- (1) Seagliola. Une imitation de marbre faite en incrustant dans une couche de gypse mêlée avec de la colle iorte, une foule de petits cailloux brisés de diverses couleurs et en polissant soigneusement le tout.
- (2) C’est Cromwell, à ne pas s’y tromper, qui est présenté au lecteur sous le triple aspect du militaire de l’homme politique et de l’administrateur ou gouver-
- (3) Le Champion du libre échange : Cobden, celui que
- 1 on appelait le dialecticien du libre échange mort aujourd’hui. °
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- LÉ DEVOIR
- La question n’eut pas été très-ridicule. Bébé Ginx était une unité de l’Empire Britannique et rien ne pouvait effacer ce fait dans les cieux. Avait-on omis de faire ce que l’on aurait dù faire, ou bien eût-il mieux valu ne pas faire ce qui avait été fait? En véri.té cela valait la peine d’y penser.
- « Qu’est-ce que tout ceci ? » dit un homme de haute stature, membre du Parlement et ministre renommé pour ses vues économiques et philosophiques. « Qu’est-ce que vous faites de ce marmot ? Je n’ai jamais vu de ma vie semblable irrégularité dans un club. »
- « Si vous la voyiez plus souvent, vous y penseriez davantage. » dit sir Charles Sterling, « nous avons trouvé cette irrégularité sur l’escalier. Je pense que c’est à vous qu’elle en voulait, G-libton. »
- Cette saillie provoqua des rires aux dépens du ministre.
- « Bon » dit un autre « l’enfant s’est trompé d’adresse s’il a besoin d’argent. »
- « Je ne serais pas étonné, » ajouta un troisième, « que ce fut un des nouveaux messagers du bureau des édifices populaires ; G-libton est en train de réduire son budget. «
- « S’il en est ainsi, je pense que, ici, vous êtes arrivé au minimum... Eh Glibton, » cria sir Charles « les moyens du pays lui permettent-ils la dépense d’une livrée ? »
- « Ennuyeux que vous êtes tous » répliqua le ministre qui, intérieurement était enchanté qu’on le raillât sur ses singularités, « dites-nous ce que cela signifie. Quel est Fauteur de cette escapade ? »
- « Ce n’est pas du tout une escapade, » dit Sterling; « c’est un problème qui nous est posé, à vous, comme à nous, et que nous devons résoudre. Cet enfant délaissé est un agent et se trouve ce soir ici pour nous prêcher an sermon sérieux. Il a été abandonné sur l’escalier du club, habile trait d’ironie peut-être à notre adresse. Il pourrait bien se faire qu’il fût le fils de l’un de nous Quel est ton nom mon garçon.
- Bébé G-inx se disposait à répondre : « Sais pas. »
- « Demandez-lui s’il a un nom, » dit un ancien député Irlandais, porteur d’une physionomie sérieuse.
- « Non ! » répondit distinctement Bébé G-inx à cette question.
- « Pas de nom, » reprit un plaisant, « alors Wilkie Collins (4) pourrait bien être l’auteur de son être. » Tout le monde se mit à rire de cette fade plaisante Wilkie Collins., auteur de romans fantastiques dont les deux destinées publié par la mode illustrée peut donner une idée.
- terie, à part notre héros dont la poitrine commença à se soulever d’une façon très-significative.
- — « Que faut-il en faire ? »
- — « L’envoyer au Workliouse 1 »
- — « Envoyez-le au diable ! » (Les dieux et les déesses sont parfois brutaux).
- — « Donnez-ie au concierge ! »
- —' « Non, merci I » répondit immédiatement celui-ci.
- Ces messieurs allaient se retirer. Charles Sterling les arrêta.
- « Regardez ! » dit-il, prenant l’enfant par le bras qu’il mit à nu. « Regardez. Cet enfant peut à peine être appelé un être humain. Voyez ce bras comme il est mince ! Comme la chair est flasque et incolore! Et cette figure vieillotte ! C’est à peine si je sens son pouls. Oh, bon Dieu ! Allez-donc lui chercher du vin. Quelques heures de plus et bien certainement il ira où l’on vient de l’envoyer. Qu’allons-nous faire pour lui, Glibton ? Je le répète, il n’est qu’une partie d’un grand problème. Il doit y avoir des centaines de mille qui ont la destinée de cet enfant... Et quelle génération cela nous promet. »
- Ceci fut dit avec une véhémence qui déconcerta messieurs les membres du club.
- « Oh, vous exagérez, » hasarda Glibton, « il est impossible que la misère soit aussi étendue et aussi profonde. Ouais ! mais si cela était, le peuple détruirait nos habitations. »
- « Ah ! » répliqua sir Charles avec tristesse, « vou-* lez-vous donc attendre que cela ait lieu, est-ce donc là la preuve qu’il vous faut pour croire en cette misère ? Je vous affirme que je dis vrai. Demain matin, si vous le désirez, je puis vous amener une centaine de pasteurs qui vous l’attesteront. »
- « A Dieu ne plaise! » dit Glibton. « Bonne nuit. »
- Le très honorable gentleman étouffa le sujet dans sa petite cervelle en mettant son grand chapeau par dessus ; mais partout ailleurs les étincelles sont toujours vives, et lui et tous ceux qui -sont comme lui peuvent s’éveiller tout A coup comme des femmes qui ont peur la nuit, environnés des rouges lueurs d’un embrasement populaire. Tant mieux pour eux s’ils ne sont pas alors chargés du mécanisme de l’Etat. Quelle heure que celle où l’on se pressera courant aux conduits d’eau par ici et aux sceaux à incendie par là, quand une sage prévoyance, de l’activité et quelques sacrifices eussent mis le bâtiment à l’épreuve du feu.
- (A suivre.)
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- LES FEMMES ET LA CRIMINALITÉ EN FRANCE
- le Journal officiel du 28 juin dernier contient un important rapport du garde des sceaux sur l’administration de Injustice criminelle en France.
- Bien que ce rapport ne donne pas dans un travail spécial la statistique comparative de la criminalité des hommes et de celle des femmes, il contient cependant quelques chiffres qui permettent d’ébaucher cette comparaison.
- Examinons-les.
- Le nombre des accusés traduits devant le jury a été en 1878 de 4,222.
- Sur ces 4,222 accusés,
- 3 503 appartenaient au sexe masculin, et
- 659 au sexe féminin,
- H y a donc eu, selon les données officielles, cinq fois et demi plus d’hommes criminels que de femmes criminelles. La proportion pour cent est de 15 femmes contre 85 hommes.
- Cette triste supériorité n’a rien qui nous étonne. Elle a existé de tout temps. (1)
- Nous avons sous les yeux les chiffres de plusieurs années. Dans chacune d’elles les hommes ont fourni dô5à6 fois plus de criminels que les femmes. Il est à remarquer toutefois qu’en 1878 la proportion a été plus que jamais à l’honneur des femmes.
- Il suffit pour s’en convaincre de jeter les yeux sur la table quinquennale suivante. Elle donne les chiffres proportionnels par cent des hommes et des femmes traduits devant le jury durant la période 1874 à 1878.
- Ces chiffres sont significatifs et méritent réflexion.
- La proportion pour cent des criminels a été :
- En 1874 de 84 hommes contre 16 femmes.
- En 1875 » 84 » » 16
- En 1876 » 83 » 3? 17
- En 1877 » 83 » 33 17
- En 1878 Ci 00 « J? 15
- Il importe pour bien comprendre l’importance de ces chiffres et de l’enseignement qui en découle, de se rappeler :
- 1° Que le nombre des femmes est en France quelque peu supérieur à celui des hommes ;
- 2° Qu’une partie de la population mâle est enrégimentée et soumise pour les crimes qu’elle commet à des juridictions militaires dont les condamnations ne sont pas comprises dans les chiffres que nous donnons;
- fi) Nous savons même qu’elle existe plus ou moins dans tous les Pays civilisés.
- Ainsi nous avons ies chiffres officiels de la criminalité dans le Portugal pour la même muée 1878.
- km 15,345 prévenus, 11,128 (85.3i p. 190) appartenaient au sexe manculin; 2,222 (16,66 p. 100) au sexe féminin.
- F est ^ Peu Pr^s m®me en Belgique et en Hollande.
- ^.Allemagne, elle est beaucoup plus forte contre ies femmes, et
- e«tle contraire qui arrive en Espagne.
- 3° Qu’il y a plus de femmes illétrées que d’hommes et que les illétrés, peu nombreux dans le pays, entrent dans le nombre des criminels pour l’énorme proportion de 30 à 35 %,;
- 4° Que dans les crimes commis par las femmes, les avortements et surtout les infanticides entrent dans une proportion extrêmement forte et que ces crimes viennent moins de la perversité naturelle que de l’affollement dans lequel nos moeurs sociales jettent la pauvre fille qui se voit mère ;
- 5° Que la situation énonomique de la femme pauvre est beaucoup plus malheureuse que celle de l’homme pauvre, et que par conséquent les mauvaises incitations de la misère doivent avoir plus de prise sur elle que sur lui. -
- Tout homme sérieux qui réfléchira sur les chiffres que nous avons relevés plus haut et sur les considérations dont nous les faisons suivre devra reconnaître que la femme est moralement de beaucoup supérieure à l’homme. Les écrivains du sexe barbu se plaisent assez à dire le contraire. Nous ne savons quelles raisons ils peuvent avoir pour cela, mais ce que nous savons parfaitement c’est que leurs affirmations prouvent :
- Soit qu’ils ne savent pas le premier mot de la question dont ils se permettent de parier.
- Soit que, ayant étudié la question, ils ont la mauvaise foi d’intervertir les rôles.
- L’homme sérieux devra même ne pas s’en tenir là. Il devra encore, se demander ce qu’il faut penser d’un état social dont la plus morale moitié est frappée d’interdit par la moitié la moins morale.
- L’écrivain de ces lignes va même plus loin encore et ne craint pas de dire que dans son opinion, c’est précisément parce que le sexe auquel il appartient est plus hardi en fait de crimes que le sexe opposé, que les hommes se sont arrogé tous les droits et les ont tous refusés aux femmes.
- Ed. Champury,
- SUR L’ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL
- Nous avons signalé par des exemples l’importance du mouvement qui s’est produit en faveur de l’Enseignement professionnel ; nous avons noté, d’une part, les efforts de l’administration centrale, d’autre part, les tentatives dues à l’initiative privée, et nous avons constaté que ce double courant avait puissamment contribué à élucider la question sur le terrain pratique. Or, il s’agit maintenant de considérer s’il y a lieu d’établir une division entre l’Enseignement, pris dans le sens général, et l’Enseignement professionnel.
- En principe, nous sommes opposés à toute spécia-
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- LE DEVOIR
- lisation car nous estimons que dans l’ordre économique aussi bien que dans l’ordre social les règles unitaires sont encore les meilleures. En effet, si dans l’organisme national les lois spéciales font naître de grandes difficultés, de même, dans les rouages industriels la spécialité amène l'abâtardissement du goût dans la main-d’œuvre ; et un avilissement des salaires qui n’est poirt compensé par l’abaissement du prix de revient sur les objets de consommation usuelle.
- Nous croyons, que pour répondre aux besoins de notre époque il est absolument nécessaire de donner sous une forme concise la somme des connaissances indispensables, laissant ensuite à l’élève le soin de choisir une fonction particulière en rapport avec ses aptitudes naturelles.-
- Le cadre de l’Enseignement, dit intégral, nous paraît conforme à cette idée. Mais on nous objectera qu’il n’est pas possible de donner à tous les élèves la somme complète des connaissances actuelles ; à cec1 nous répondrons : Donnez toujours de la science autant et le plus que vous pourrez; en profitera qui pourra ? Si vous la distribuez avec méthode et clarté il en restera toujours quelque chose !
- Un exemple fera comprendre notre manière de voir. Depuis que les exhibitions artistiques se sont propagées, un nombre sans cesse plus considérable de curieux et d’amateurs compose le public ordinaire. S’ensuit-il que ce public, très-assidu, produise des artistes ou même des connaisseurs ? assurément non. Mais il précise un point : c’est que le goût des arts s’étend et se vulgarise à l’infini ; le sentiment du visiteur est éveillé par la variété des objets reproduits plus ou moins fidèlement, et c’est en passant par cette étamine du jugement que l’imagerie grossière a disparu devant la lithographie comme cette dernière forme va céder la place à la photographie.
- L’enseignement intégral entraînerait des avantages semblables. En ouvrant un champ plus vaste aux imaginations, il ne formerait pas des encyclopédistes, mais il offrirait des ressources multiples aux intelligences de tous*les degrés ; et c’est surtout en adjoignant aux programmes scolaires la démonstration des procédés industriels que l’on répondrait d’une façon plus large aux besoins des sociétés modernes.
- Au lieu de faire passer l’élève, par une transition brusque, des classes d’études aux ateliers d’apprentissage, si l’on arrive à faire alterner la gymnastique intellectuelle avec la gymnastique manuelle, on facilitera par cette méthode, l’accès des carrières les plus diverses aux aptitudes les plus différentes.
- Sans doute un tel plan paraît difficultueux, cepen-
- dant il n’est pas impossible, et le magnifique élan s’est donné carrière en France sur les questions d’é ducation fournit la preuve de réformes possibles et probables. Nous examineron§ les moyens dans une prochaine communication.
- G. Deville,
- Ane. membre du conseil des Prud’hommes de laSeine Paris, 15, rue Rodier.
- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
- Ontologie pratique, par J. M. De la Codre, 1 volume en vente chez Dentu, Palais-Royal 17 et 19, Galerie d’Or léans, Paris.
- « L’Ontologie, science de l’ètre, se présente à nous * dit l’auteur « sous deux aspects principaux :
- « L’ontologie théorique, science de l’ètre en soi a tou-jours été et est très-obscure...
- « L’ontologie pratique, la science des phénomènes a fait et fait encore de notables progrès, en astronomie en physique, en chimie, dans toutes les directions què prend l’esprit humaiD. ^
- « C’est de cette dernière seulement que s’occupe le présent écrit, en l’appliquant surtout aux notions diverses qui touchent à l’immortalité de l’âme humaine. »
- Un pmnt intéressant à signaler, c'est que l’auteur après s’être livré à l’exposé de notions universelles sur Dieu, sur l’univers, sur la vie de l’homme et celle de l’esprit, cherche à déduire de ces notions les règles du devoir non-seulement dans la vie privée mais aussi dans les rapports sociaux et internationaux.
- Nous différons avec lui sur plus d’une question, mais nous reconnaissons que son livre inspiré par l’amour de l’humanité mérite de trouver des lecteurs.
- ha terre et ses habitants, par A. Bouchet. 1 volume en vente à l’imprimerie Clavel, Ballivet etCie, 12, rue Pra-dier à Nîmes
- « Prendre la terre à sa formation, la suivre rapidement dans ses tranformations diverses jusqu’au moment où l’homme est venu en prendre possession, c’est ce que l’auteur s’est proposé de faire tout d’abord.
- Il passe ensuite en revue les institutions, les croyances, les mœurs des différents peuples jusqu’à nos jours.
- Les religions et les institutions des Egyptiens, des Indiens, des Chinois, des Grecs, des Druides sont tour à tour exposées. Puis viennent le Christianisme, le Mahométisme et le Catholicisme avec les différentes sectes auxquelles ce dernier a donné lieu.
- Poursuivant son œuvre, l’auteur arrive à l’exposé de la doctrine spirite qui compte aujourd'hui tant d’adeptes en Europe comme en Amérique.
- Il consacre quelques pages aux travaux de M. Fau-vety concernant l’inauguration de la religion laïque, c'est-à-dire de la religion fondée sur la science, de la religion sans sacerdoce, sans mystères et sans miracles.
- Il montre enfin comme conclusion de ses études, le progrès incessant par la science mise de plus en plus à la portée du peuple, la séparation des pouvoirs spirituels et temporels, la nécessité de l’enseignement laïque par l’Etat pour les deux sexes et l’émancipation de la femme.
- Il s'étend ensuite sur la nécessité d’organiser au pro fit de toutes les familles des institutions de prévoyance et conçoit que l’Association entre les hommes peut seule permettre d’atteindre ce but.
- Les travaux accomplis par M. Godin lui semblent offrir le modèle de ce qui est à réaliser présentement. L’ouvrage se termine donc par un court exposé de ce que selon l’auteur les travailleurs devraient faire pour entrer dans cette voie. L’ouvrage de M. A. Bouchet est un de ces bons ouvrages dont la lecture laisse plaisir et profit. . ï
- Le Directeur-Gérant : Godin.
- Saint-Quentin — lmp. de la Société anonyme du Glaneur
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- numéro hebdomadaire 20 c.
- DIMANCHE 1" AOÛT 1880
- 3. ANNÉE, TOME 4 — N» 99
- Le Devoir
- REVUE DES RÉFORMES SOCIALES
- bureau
- À OU IS E (Aisne
- Toutes les communications doivent être adressées à M GODIN Directeur-Gérant fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE
- par Uenvoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France
- Un an. . . . Six mois . . . Trois mois . .
- 10 fr. »» 6 »m 3 )>»
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- Autres pays Un an. . . . 13 fr. 60
- ON S’ABONNE
- A PARIS 5,r.Neuve-des-petits-Champs
- Passage des Deux-Pavillons
- S’adresser à M. LEYMARIE administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- Etudes sociales sur le gouvernement. —- Le divorce.
- — l'habitation sociétaire et le Congrès de Newcastle. — Nouvelles diverses. — La question ouvrière. — Congrès régional ouvrier. — Feuilleton : Le dernier-né de Ginæ. — A ssocia-lion des femmes en couche à Mulhouse. — Nouveau fait en faveur du divorce. — Bulletin bibliographique. — Bibliothèque du Familistère.
- — Variétés.
- ÉTUDES SOCIALES
- SUR LE GOUVERNEMENT CHAPITRE III.
- Les voies opposée» de Gouvernement,
- Par le travail de la vie les êtres s’élèvent graduellement au gouvernement d’eux-mêmes et des choses de la nature.
- L’animal le mieux organisé ne va guère dans cette voie au-delà du gouvernement de sa famille; il donne ses soins à ses petits jusqu’au moment où ceux-ci peuvent se suffire, puis il les abandonne. Pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa progéniture, il ne fait du reste que chercher dans les produits naturels ce qui lui est nécessaire.
- L’homme, au contraire, par sa propre organisation est assujetti à des conditions beaucoup Plus complexes, non seulement dans le gouvernement de sa personne et de sa famille, mais aussi dans ses rapports avec ses semblables.
- Ü doit passer par toutes les formes du gou-
- vernement, depuis la forme la plus infime jusqu’à celle qui convient à l’humanité régénérée.
- Il n’est pas nécessaire de recourir aux premiers âges du monde pour se rendre compte de l’état des sociétés primitives.
- Beaucoup de peuples sont encore aujourd’hui dans cette condition, où l’homme est placé sous l’aiguillon de toutes les douleurs et de toutes les misères, comme pour provoquer chez lui l’expérience nécessaire à sa réformation et à sa régénération.
- Ces âges d’ignorance et de douleurs précèdent les âges d’harmonie et d’accord qui résultent de la conception du juste et du bien dans la société.
- Pourquoi en est-il ainsi ?
- Parce qu’il est dans l’ordre naturel des choses
- Que l’ébauche précède l’oeuvre ;
- Que les incertitudes de l’enfance se fassent jour avant l’expérience de l’âge mûr ;
- Que les erreurs de l’ignorance aient lieu avant les découvertes de la science.
- Il est donc naturel que les gouvernements aient été jusqu’ici entachés de tous les défauts que renferment les sociétés elles-mêmes,et que leur perfectionnement soit subordonné au progrès des sociétés, comme à celui des individus.
- L’homme porte, avons-nous dit,en lui-même le principe en vertu duquel il se gouverne. Et ce principe est celui de ses affections.
- Deux lignes principales de conduite en résultent.
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- La première consiste pour l’être à se laisser guider par l’amour de soi et par la recherche de ses satisfactions propres, sans préoccupation ni respect du bien d’autrui ; c’est l’état d’égoïsme et d’ignorance.
- La seconde consiste pour l’homme à rechercher son bien propre en même temps que le bien de tous ceux qui l’entourent, en vue du progrès de la vie sociale et de la vie universelle; c’est l’état de fraternité et de progrès.
- L’état d’égoïsme est celui de tout être humain qui s’abandonne aux instincts de la vie animale.
- C’est celui de l’homme dominé par l’idée constante de son intérêt propre ou de ses avantages personnels; c’est la tendance anarchique des êtres au bas degré de la création, état qui se continue dans l’homme jusqu’à la régénération morale.
- Lorsque l’homme est dans la voie du mal et du faux, ses affections sont mauvaises, nuisibles, et ses actions sont une cause d’antagonisme et de luttes sociales.
- Car l’égoïsme porte l’homme à regarder l’usage des choses, non en vue des avantages et du bien qui en peuvent résulter pour tous,mais en vue des seuls profits qu’il en tirera lui-même, L’ordre de la vie sociale est ainsi renversé, puisque l’individu fait prédominer son intérêt propre sur l’intérêt de tous.
- Le mal originel dans l’homme n’est pas autre chose que l’amour de soi et des avantages de toutes choses en vue de soi-même exclusivement; ces affections n’ont rien de l’amour social, il n’en peut sortir que des maux de tout genre pour la société.
- Sous l’empire de ces instincts, si son intérêt personnel ou ses satisfactions sont en jeu, l’homme considère comme rien de nuire à autrui, de lui ravir ses biens, de le poursuivre de sa jalousie, de sa haine, de ses calomnies, de jeter le trouble dans sa famille.
- N’ayant d’amour que pour soi, il méprise la société et les devoirs qu’il doit remplir envers elle ; il n’observe que les formes et les apparences de morale civile nécessaires pour se ménager les égards des autres, ne trouvant mal que ce qui peut porter atteinte à ses satisfactions t personnelles et à sa considération. Car l’homme j
- qui n’aime que soi et les vanités du monde aucune sympathie pour l’avancement d’autrui • il ne se préoccupe des autres et ne cherche à se les attacher que pour en faire des instruments de son ambition.
- Au contraire, quand la volonté humaine est dans la voie de la fraternité, dans la voie du bien et du vrai, elle est en accord avec les loi3 de la vie, les affections de l’être sont bonnes et utiles ; ses actions sont profitables à la société. Car la fraternité porte l’homme à utiliser toutes les oeuvres de la création au progrès de la vie générale. C’est la loi d’ordre de la vie sociale puisque la fraternité fait prédominer l’intérêt de tous sur le sentiment du chacun pour soi,
- Sous l’empire du sentiment d’altruisme ou fraternité les hommes recherchent la conciliation de tous-les intérêts; ils veulent l’association entre eux en vue du bien commun, la paix dans la famille, dans la société et entre les nations.
- C’est la fraternité qui engendre chez l’homme le désintéressement; c’est elle qui caractérise l’individu véritablement digne d’être appelé au pouvoir; car celui-là qui met pardessus tout le service du bien public est le protecteur naturel des droits de tous les citoyens.
- Sous l’empire de la fraternité l’homme, quelle que soit sa place dans la vie, s’élève en vertus morales par le concours qu’il apporte à faciliter à ceux qui l’entourent l’exercice du droit et la pratique du devoir.
- Ainsi tout homme règle et gouverne ses actions suivant que l’emporte la balance du coté de l’amour de soi ou vers l’amour de la société en général.
- De même, toute réunion, toute collectivité d’individus, toute société a pour tendance commune'un ordre conforme à la dominante de l’état moral qui existe en elle,
- Si «cette dominante est l’amour des avantages individuels, la convoitise fait appel à la brutalité, et la force s’impose.
- Au contraire si la dominante est l’amour du bien commun, ce sentiment fait appel à la raison et l’accord naît de la bienveillance réciproque.
- Le gouvernement ainsi compris est, à toua les degrés de l’échelle sociale, la cause régulatrice de l’activité humaine en mal ou en bien.
- On conçoit dès lors par quel nombre infini
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- d’ébauches les règles de gouvernement doivent a3Ser, soit dans les individus, soit dans les sociétés, avant d’atteindre à la perfection. Car l’esprit et le cœur humains doivent traverser bien des phases de dégrossissement et d’épuration avant de s’élever à la règle sociale supérieure et à la forme de gouvernement qu’il est dans les lois du progrès humain de réaliser.
- Les hommes de gouvernement sont souvent peu disposés à reconnaître que c’est aux influences morales opposées de ces deux états : l'égoïsme, U fraternité que sont dues les différences qui les divisent dans leurs vues sociales et politiques, que c’est â la dominante de l’une ou de l’autre de ces deux tendances que naissent les résultats si contraires du malheur ou du bonheur des peuples.
- Nous n’ignorons pas du reste que bien des raisonnements ont été faits pour établir que l’amour de soi, l’amour-propre, l’intérêt sont de bons mobiles pour conduire l’homme au bien.
- L’amour-propre, l’amour de soi, l’intérêt, peuvent certainement conduire les hommes â faire des actes utiles aux autres. Mais c’est dans le cas où ces actes ont pour conséquence de procurer à leur auteur honneur et profit. S’il en est autrement, si l’œuvre à réaliser exige des sacrifices personnels, on voit bientôt les hommes guidés par l’intérêt, répudier la ligne de conduite qu’ils semblaient avoir embrassée et rechercher tout ce qui est en accord avec leur amour-propre et leurs intérêts individuels.
- Quand de tels hommes ont en mains le pouvoir, eux qui à certains moments S’étaient posés 611 défenseurs des intérêts du peuple, de la cause du droit et de la justice, ils suivent une voie tout opposée et tombent dans l’arbitraire d le despotisme, si leurs intérêts propres et kurs satisfactions personnelles les y engagent.
- Les actes inspirés par l’égoïsme et ayant pour mobile l’intérêt individuel, n’offrent donc Pas de sécurité pour l’intérêt public. Seuls, les actes inspirés par l’amo.ur d’autrui, par le ^vouement à la vie humaine présentent des Nanties de durée et d’avenir.
- Lne faut donc point se faire d’illusion.L’argent de l’intérêt n’a qu’une valeur relative ^°Ur contribuer'au progrès. - : h #
- qu'il est nécessaire d’exposer à tous les
- yeux, ce sont les conséquences sociales du gouvernement basé sur l’égoïsme, c’est-à-dire sur les compétitions et les satisfactions individuelles, ou sur la fraternité c’est-à-dire sur la recherche du bien pour tous. Alors la voie réelle du progrès et de l’harmonie sera claire* ment indiquée.
- Tout le passé de l’humanité si chargé de peines et de douleurs, est dominé par les instincts de l’égoïsme.
- On en retrouve l’empreinte à chaque trait de l’organisation sociale. Les individus, les classes, les gouvernants semblent n’avoir point eu d’autre règle que celle de leurs satisfactions, progrès : aussi que de maux en sont résultés pour tous !
- A ces phases d’ébauche morale doit succéder la phase du progrès fécondée par Pamour et le respect de la vie humaine.
- Alors les institutions sociales fraternelles donneront à chaque citoyen des garanties contre l’abandon et le malheur, en même temps qu’elles lui assureront tous les moyens de développement et de progrès.
- (A suivre) GODIN.
- LE DIVORCE .
- VIII
- Loi à faire *
- II — RELATIVEMENT AUX ENFANTS
- Il nous reste à examiner quelle situation ferait aux enfants une loi sur le divorce conforme aux principes que nous venons d'exposer.
- Avant tout, il importe de rappeler que la question atteint moins de monde qu’on ne pense. La statistique des pays où le divorce existe établit :
- 1° Qu’il y a plus de demandes en divorce dans les unions stériles que dans les autres ;
- 2° que dans les unions fécondes les demandes sont plus fréquentes quand les enfants sont déjà élevés ou, près de l’être que lorsqu’ils sont en bas âge. 1
- En outre dans les unions fécondes sont comprises celles dont les enfants sont majeurs, celles ‘qui ont des enfants mineurs émancipés ou des filles en puissance de mari : pour toutes ces unions-là la. loi n’fi rien à prévoir quant à l’éducation des enianîs.:
- Reste le nombre très restreint des époux qui de-
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- LÉ DEVOIR
- mandent le divorce quoique ayant de jeunes enfants ou quoique la femme soit enceinte.
- Disons-le franchement, la question réduite à ces propositions de peu d’étendue n’a plus rien qui doive effrayer. D’ailleurs, la législation actuelle sur la situation des enfants en cas de séparation de corps des parents peut-être appliquée telle quelle ou à peu près au cas de divorce des parents. Le Code civil et la jurisprudence sont très riches et très précis en cette circonstance. Il se sont efforcés de protéger les enfants et s’ils n’ont pas tout fait, ils ont du moins fait beaucoup.
- Il suffit pour s’en convaincre d’examiner les prescriptions légales relatives au sort des enfants en cas de séparation des parents. De nombreuses précautions sont prises pour que l’intérêt des faibles soit sauvegardé dans la mesure du possible et l’on peut dire que leur intérêt matériel l’est suffisamment. Nous croyons que sous ce rapport purement matériel la législation actuelle répond aux exigences et devra subsister, même une fois le divorce rétabli.
- Le législateur ne s’est pas arrêté au seul intérêt matériel. Il s’est efforcé de veiller à l'intérêt éducatif des enfants, de ces délicats petits êtres â la bonne éducation de qui le progrès social est si fortement lié. C’est pourquoi en cas de séparation légale des époux, le tribunal confie les enfants à celui des deux qui lui en paraît le plus digne. En principe c’est très joli, en pratique c’est déplorable. Les juges sont loin d’être infaillibles et journellement ils commettent des erreurs. Combien de malheureux enfants ont vu leurs premières années, ces années où les épanchements de l’affection tiennent une si grande place, empoisonnées par le fait que le tribunal les arrachait à celui de leurs parents qu’ils aimaient le moins ou que même ils n’aimaient pas du tout.
- C’est pourquoi nous pensons que la législation nouvelle sur le divorce devra laisser à l’enfant, lorsqu’il aura dépassé une limite d’âge à fixer, le droit de choisir lui-même le parent avec lequel il veut rester. Un conseil de famille fixerait ensuite les détails de l’entretion matériel de l’enfant et des frais de son éducation.
- Nous allons même plus loin. Nous voudrions que le divorce par consentement mutuel ne pût en aucun cas être prononcé avantque le sort des enfants ait été réglé par les parents, soit par entente mutuelle antérieure à la demande en divorce, soit par l’intermédiaire d’un conseil de famille nonmmé par le tribunal au moment de l’introduction de la demande.
- Les parents devront même déposer aux mains de
- l’autorité compétante un acte en bonne forme éta blissant :
- 1* à qui et dans quelle mesure incombera l’entre tien matériel des enfants.
- 2° à qui les enfants seront attribués s’ils n’ont pag encore l’âge d’opter.
- Moyennant ces diverses modifications, miniiQes dans la forme mais considérables dansJa portée morale, la législation actuelle relative aux enfants dont les parents se séparent s’appliquera en entier au régime du divorce. Elle satisfera parfaitement à toutes les circonstances qui pourront se présenter Elle sera de plus un grawd progrès sur ce qui existe aujourd’hui puisque, tout en en conservant les avaa. tages, elle en supprime les inconvénients.
- Conclusion
- Telle est la loi moralisatrice que nous proposons de substituer au, régime démoralisateur de la séparation de corps.
- G-râce au divorce ainsi compris nos mœurs se relèveront et la sécurité de la France à l’intérieur et son prestige au dehors se relèveront d’autant.
- Oui, le divorce ainsi compris fera diminuer le nom. bre des ménages où l’hypocrisie et les mauvais procédés ont pris la place de l’estime et de l’affection.
- Il fera diminuer le nombre des unions clandestines qui sont la conséquence forcée de la législation actuelle sur la séparation de corps.
- 11 diminuera le nombre des enfants naturels et surtout celui des enfants adultérins, ces parias de la société.
- Il s’opposera à l’invasion du libertinage dans les familles, invasion favorisée aujourd’hui par sa quasi-impunité.
- Il supprimera le scandale révoltant des plaidoiries en séparation, plaidoieries qui jettent sur les parents et sur les enfants une flétrissure et une déconsidération parfois ineffaçables.
- Il poussera les époux, par la perspective des conséquences que pourrait avoir pour eux l’inobservation de leurs engagements, à vivre en bonne intelligence.
- Il rendra à ceux des époux qui ne peuvent s’entendre et qui doivent se séparer la possibilité d’être heureux dans des unions nouvelles.
- Il permettra aux enfants des époux qui se sépa-rent de continuer de vivre avec celui de leurs parents pour lequel ils ont le plus d’affection et de ne plus être les victimes innocentes d’une situation qu’ils n’ont pas faite.
- U affranchira les enfants du triste et corrupteur spectacle des querelles domestiques de cours parent»'
- Enfin* par toutes ces actions similaires, il relèvera
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- de famille, lui rendra le prestige qu'elle a perdu
- t la remettra en honneur chez nous, non-seulement tant qu’à l’étranger, mais même plus que partout ailleurs. Le jour où la France aura introduit dans lois cette grande régénération de la famille, ce . là au lieu d’arriver sous le rapport de la fa-
- jOUI
- mille en queue des pays civilisés, elle marchera tète de toutes les nations. Au lieu de reculer msqu’aux mœurs espagnoles elle devancera même les mceurs américaines. C’est une gloire qui vaut mieux nue beaucoup d’autres.
- ^ Ed . Champury.
- i'HABITATION sociétaire et le congrès DE NEWCASTLE.
- Xous nous étions imposé d’esquisser le compte-rendu du Congrès de Newcastle, et de marquer les étapes parcourues par la coopération anglaise dans la voie de l’As-gociation. Cette tâche s’arrêterait à notre dernier numéro, si nous n’avions à revenir sur une question qui nous tient à cœur, celle de l’habitation sociétaire.
- Nous avons signalé, dans le cours des délibérations du Congrès, la première apparition de cette solution sociale, qui trouve si peu de place dans les préoccupations des socialistes, révolutionnaires ou non révolutionnaires, solution la moins contestable cependant, puisque, réalisée, elle défie à cette heure toutes les argumentations des sceptiques ou des hommes de parti pris, et n’a plus à redouter le choc de l’expérience qui la consacre depuis 20 ans.
- L’habitation unitaire est à l’habitation isolée, ce que la grande industrie sociétaire est à la petite industrie privée, ce que la grande culture associée est au morcellement de la propriété.
- D’excellents esprits considèrent les deux derniers aphorismes comme fort logiques, et leur application comme très légitime, inévitable même. Prétendre le contraire serait nier le progrès qui a substitué, par le perfectionnement de l’outillage, la grande industrie à la petite, et qui fera succéder à la petite culture la grande exploitation agricole. Aussi proclament-ils nécessaire 1 évolution qui, par l’Association, fera profiter les travailleurs des villes et des champs, de cette économie de forces, en leur donnant le produit intégral de leur travail. Mais en présence de l’habitation sociétaire la logique cesse d’être la logique. Et quel argument invoque-t-on-le respect de la liberté individuelle. On peut or-dorner ou bouleverser la production, répartir plus ou moins équitablement les résultats du travail ; les masses Peuvent mourir de ces combinaisons; tout est bien Puisque le respect de la liberté d’autrui est assuré.
- ^ Eh ! bien ! n’en déplaise, aux défenseurs à outrance de
- ^dividualisme, la consommation a autant besoin d’ètre 0fganisée que la production ; et de même qup celle-ci a trouvé dans la grande usine le milieu le plus économi-^Ue e* *e Plus favorable à ses progrès, et à son dévelop-
- pement, de même la consommation doit trouver dans l’habitation sociétaire le milieu qui permettra le meilleur usage des richesses produites. Mettre à la disposition de tous la plus grande somme de bien-être matériel, assurer par les institutions le développement des facultés de chacun au profit de tous, tel est le rôle et la raison d’être de l’habitation sociétaire. Là est le critérium de sa nécessité et de sa vitalité. Si la liberté est dans le plus grand nombre possible des motifs qui sollicitent l’activité de l’homme, l’habitation sociétaire est le milieu le plus favorable à la liberté.
- Nous ne craignons pas d’être affirmatif sur ce point, car nous pourrions retrancher notre insuffisance à ' démontrer théoriquement le bien fondé de notre affirmation derrière un fait qui parle bien haut, et qui est indéniable : le Familistère de Guise.
- Aussi ne sommes-nous pas surpris de voir en Angleterre, ce pays si soucieux de la liberté individuelle, les pionniers de la coopération évoluer vers' ce but et le considérer comme le couronnement de l’édifice auquel'ils travaillent.
- M. Yansittart Neale achève en ce moment un manuel de coopération, dont le rapport du bureau central lu au Congrès de Newcastle a fait mention.
- La coopération y est présentée comme un système ayant pour but d’élever les opérations ordinaires de la société à ce haut idéal de la conduite humaine dont la moralité dépend, et qui a pour pivot la production coopérative. Dans la peinture présentée par ce manuel, l’accumulation du capital, soit qu’il vienne des épargnes faites sur la consommation comme en Angleterre ou des profits de banque comme en Allemagne <1) forme le commencement de l’œuvre. Employer ce capital au moyen de l’union fédérale à assurer aux travailleurs les profits actuellement absorbés parle capitaliste constitue le second pas, et l’application de ces profits à élever la condition sociale des ouvriers groupés autour des centres de production apparaît comme le but du mouvement ; mais un but qui est en même temps un moyen de restaurer les relations naturelles entre le travail et la subsistance en développant l’union des opérations agricoles et manufacturières.
- Ce principe est rappelé dans la question des habitations sociétaires qui a son chapitre à part dans le même rapport. Il y est dit :
- « Le mode d’argumentation adopté dans le Manuel nous conduit naturellement à envisager cette forme de coopération sociale, sur laquelle notre secrétaire général, stimulé par son étude personnelle de la remarquable institution fondée à Guise par M. Godin a, l’an passé, continuellement attiré l’attention des coopérateurs.
- « Le bureau central a autorisé la publication comme traité de propagande d’une conférence faite à Londres sur ce sujet par M. Neale, à la requête de rassemblée des coopérateurs.
- (t) Voir notre numéro du 23 mai 1880.
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- « Cette brochure cou tient les trois gravures du Familistère publiées l’été dernier dans le« Co opreative News,» et une esquisse de la vie de M. Godin tirée des sources les plus authentiques ; ce traité ne peut manquer d’être une adjonction de valeur à notre littérature coopérative parce qu’il appelle l’attention, non-seulement sur les idées d’un puissant penseur, mais sur ce fait que. ces idées sont réalisées dans une institution magnifique et prospère. »
- Une discussion a été ouverte sur ce sujet. Nous en empruntons le compte-rendu, bien écourté, au vaillant organe de la coopération en Angleterre. « The Co-opera-tive News » qui nous a fourni du reste tous les renseignements relatifs au Congrès.
- M.. Tabbern demande si l’on a l’intention de réaliser l’idée des maisons sociétaires ; il pense que l’épreuve pourrait réussir; ce serait un pas dans la voie du progrès. Quelques coopérateurs ne comprennent pas ce qui est proposé. Il s’agit de créer pour chacun un foyer individuel dans une maison sociétaire dont les combinaisons permettraient une augmentation de convenance,de confort, d’économie et d’élégance.
- M. Neale rappelle aux délégués que le traité publié sur ce sujet donne un récit complet de l’habitation sociétaire fondée par M. Godin à Guise, laquelle existe depuis 20 ans et abrite maintenant 1,200 personnes. On ne peut demander un plus splendide exemple.
- Un délégué : Mais ce n’est pas en Angleterre.
- M. Swallow (Lecds) dit qu’on a posé la question de savoir, s’il y avait quelque probabilité qu’on pût élever une habitation sociétaire dans le pays.
- Si un projet semblable pouvait être réalisé, ce serait par une Cie privée ou par des coopérateurs individuels s’associant dans ce but.
- Quelques-uns parmi eux ont l’idée# d’essayer d’ici à peu de temps la réalisation de ce projet.
- S’il y a dans rassemblée des coopérateurs ralliés sérieusement à l’idée et qui soient d’accord sur la nécessité d’en tenter l’application, M. Smith, le secrétaire-adjoint ou lui-même, M. Swallow, seraient heureux de prendre leur nom.
- M. Hughes Q. C. exprime le plaisir qu’il ressent de l’armonce faite par M. Swallow. Il n’avait pas encore entendu parler d'un pareil projet. Il est d’accord que la première maison sociétaire dans ce pays devra être l’oeuvre des efforts individuels. Ce ne peut être l’œuvre de l’Union.
- Il est sûr d’exprimer les opinions de chacun dans l’Assemblée, et aussi de chacune des sociétés quand il dit que l’Union appuyerait de ses vœux ardents, de ses prières mêmes, l’effort qui semble à la veille d’être réalisé.
- M. Lloyd Jones dit que le mouvement coopératif est capable de nombreux développements et que cette idée des maisons sociétaires semble réalisable. Il pense que là où des ateliers sont bâtis loin des villes, des maisons associées pourraient être élevées pour loger les travailleurs dont les maisons actuelles sont fréquemment tout autre chose que ce qu’elles devraient être.
- M. Brundley (Sunderland/ suggère que l’expérience d’une maison associée soit faite en connexion avec la manufacture de chaussures de Leicester, autrement des années pourraient s’écouler avant que le projet reçoive sa démonstration pratique.
- M. Hodgson Pratt dit que l’«xpérience de Guise, dans le Nord de la France, a été prospère parce que M. Godin aune grande armée de travailleurs autour de lui.
- Il lui semble que le devoir principal de la Wholesale est de faire l’expérience de la maison sociétaire en connexion avec ses ateliers de production. Les bénéfices de la ci opération productive ne peuvent être mieux employés qu’à fournir aux travailleurs des logements hy-
- giéniques et convenables pourvus du confort et des t finements de la vie. a*'
- Des individus pourraient également s’unir pour tem cette expérience. M Neale a porté la question deva l’Assemblée des coopérateurs de Londres, et cette semblée a requis M. Neale de présenter un projet d’i bitation sociétaire que l’assemblée s’efforcerait de so mettre à desphilantrophes de toutes classes, dans le h î de réaliser l’expérience près de Londres ou de queW autre grande ville.
- ' Il est désirable que les avantages physiques, sociau et moraux mi§ à la portée des travailleurs de M. Godin soient conférés aux travailleurs Anglais par l’action coni binée de la philantropie et du capital. '
- M. Crabtrée (Hechmondwiche) dit que ces maisons peu vent être convenables pour des Français et autres gen" du continent, mais qu’elles ne répondent pas à ce dont le-Anglais ont besoin. Ceux-ci ont été élevés à une école différente. Si M. Swallow avait proposé rétablissement d’une institution hydrothérapique, où les coopérâtes auraient pu renouveler leur santé après leurs ardents travaux, il aurait approuvé la chose.
- Quant à essayer de faire vivre ensemble M. Nuttal M. Pingstone, M. Mitchell, M. Holyoake, M. Lloyd Jones et lui-même (rires bruyants et continus) il ne sait pas comment ces messieurs consentiraient.
- M. Potier {Leicester) est d’accord avec M. Swallow mais il ne pense pas qu’il y ait vraisemblance que le projet puisse être appliqué aux ateliers de Leicester tant que le travail dans ces ateliers ne sera pas rétribué plus équitablement que partout ailleurs. (Ecoutez).
- L’expérience devra d’abord être due à l’initiative individuelle.
- M. Hilliard [Derby) pense qu’on auïait dû prononcer un discours sur la matière avant de la mettre en discussion.
- Il y a beaucoup trop d’individualisme dans le caractère anglais, pour s’associer à l’œuvre proposée par M. Neale.
- Les habitations sociétaires pourraient être avantageuses et pratiques en adjonction à de grandes fabriques coopératives.
- M. Baxter (Leeds) approuve l’idée des maisons sociétaires et indique quelques-uns de leurs avantages.
- M. Foster (.Manchester) n’aimerait pas à voir entrer la Wholesale dans des projets coûteux. Les coopérateurs, dit-il, ont des maisons bien supérieures à celles delà majorité des ouvriers.
- M. Barrowman (Glascow) fait un terrible tableau des misérables demeures de la population ouvrière d’Ecosse. Il ne pense pas que les maisons sociétaires conviennent au peuple d’Ecosse.
- M. Swann (Masboro) serait heureux d’avoir plus de renseignements sur ce sujet, mais il n’accorde pas faveur à l'idée, ayant remarqué que le Français a une conception du foyer toute différente de celle qui prévaut parmi les Anglais.
- Il ne pense pas que les coopérateurs s’aiment suffisamment les uns les autres pour désirer de vivre sous le même toit. (Rires et cris : au vote).
- M. Barrowman dit que le succès de l’expérience française est basé sur ce fait que les travailleurs de M. Godin sont des producteurs coopérateurs. Là où les ouvriers sont associés à la production, la maison sociétaire convient ;|sans communauté d’intérêts iln’y a pas de maison sociétaire possible.
- Le président dit que le temps consacré à cet’e discussion n’a pas été perdu ; mais comme il est certain qu® le sujet sera repris encore, il pense que le mieux es de passer à la suite de la discussion du rapport.
- Il résulte de cette discussion dont le résultat ed négatif comme résolution, mais considérable au P°*nl de vue de l’incubation de l’idée, qu’il y a parmi le coopérateurs Anglais, sur la question des habitation^ sociétaires deux courants : l’un sympathique, mais quant à l’application, l’autre, hostile, sceptique ou
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- distance passive. Celui-ci l’a emporté dans cette première escarmouche. Ce résultat était prévu par celui-là
- ôme qui s’est fait le propagateur infatigable de l’idée, ^ fteale : il ne nous surprend pas. Nous y applaudissons mède> nous considérons la solution de cette question comme indispensable au progrès individuel et social.
- pourquoi cela ?
- parce que, en théorie générale, nous considérons l’acceptation immédiate d’une théorie si évidente soit-flHe comme aussi déraisonnable que le procédé d’atter-moiement qui consiste à inscrire les réformes à accomplir sur l’agenda de dame Révolution ou de sieur Collectivisme (abstentionniste, révolutionnaire ou rationnel suivant les fantaisies d’imagination des parrains) au lieu de se mettre résolûment à la besogne, après réflexion.
- En matière d’innovation, les œuvres solides sont celles qui sont disputées pied à pied.
- D’un autre côté, l’examen des arguments produits par les adversaires des habitations sociétaires nous rassure sur l’avènement prochain de cette idée en Angleterre.
- Si les coopérateurs Anglais au lieu de vivre dans la maison isolée, habitaient la maison unitaire, ils seraient, pour juger favorablement cette dernière, dans de meilleures conditions que celles dans lesquelles ils se trouvent actuellement, .alors que leur idéal, résultat des habitudes passées a toujours tendu vers la maison isolée.
- Les causes qui légitiment l’attaehement que l’on a pour la maison isolée sont de deux sortes : la peine que coûte son édification, son acquisition, son organisation, les avantages que l’on y trouve.
- Combien plus grand sera l’attachement à la maison unitaire ! Car la peine qu’elle donne par l’ensemble des organisations que l’on est appelé à y introduire est bien plus considérable. Bien plus grands, plus nombreux, plus variés sont aussi les avantages qu’elle procure tant au point de vue individuel qu’au point de vue collectif.
- Mais sans faire aujourd’hui l’énumération des avantages que l’habitation sociétaire comporte, disons qu’elle peut donner, dans les applications de ses fonctions, leur organisation, et dans les relations multiples qu’elles créent, un emploi utile à la force d’expansion qui tourmente le cœur d’un certain nombre d’hommes, forces ?ue le cercle étroit de la famille laisserait sans emploi, et par conséquent infécondes.
- Cesderniers points do vue ne sontpas ceux qui pouvaient guider la plupart des coopérateurs qui ont combattu les idées de M. Yansittart Neale, et l’habitation société; mais nous croyons et affirmons que si ces mêmes hommes avaient été élevés dans des habitations asso-C1^es> ils se seraient passionnés pour les institutions qui auraient frappé leur enfance, exercé leurs facultés, et îuils auraient apporté à la défense de l’habitation uni-
- lre P^us d’ardeur encore qu’ils n’en mettent actuelle-^mità défendre la maison isolée. Car nous ne trouvons Pour légitimer leurs arguments d’autre raison que
- celle qui ressort de l’influence de la tradition. Ils sont tous amis du progrès, ces hommes, qu’ils soient rangés parmi les partisans ou parmi les adversaires des idées deM. Neale. Comment doue ceux qui combattent l’unité d’habitation pourraient-ils ne pas la défendre, alors qu’ils constateraient qu’elle est le plus puissant levier du progrès, quelle le facilite,"en même temps qu’elle le rend nécessaire, opérant le miracle de créer le besoin en donnant le moyen de le satisfaire.
- Là est la loi du progrès.
- NOUVELLES DIVERSES
- SUISSE
- incompatibilités de fonctions. —
- L’élection au Grand Conseil pour la circonscription du Locle, canton de Neuchâtel, a donné lieu à une manifestation assez curieuse,
- Un député de ce collège, M. Renaud, a été nommé président du tribunal.
- Or, d’après la constitution, tout membre du Grand > Conseil qui n’était pas revêtu de fonctions publiques au moment de son élection et qui, peodant la durée de aon mandat, accepte des fonctions publiques salariées soit administratives, soit judiciaires, est réputé démissionnaire en ce qui touche son mandat de député au Grand Conseil, mais il est rééligible.
- Le cas s’est présenté bien souvent, et jusqu’à présent les magistrats, ainsi remis en élection, avaient toujours été réélus. Mais depuis quelque temps, on commence à agiter dans le peuple la question des incompatibilités : bien des gens sont d’avis que le cumul des fonctions publiques est préjudiciable au développement des institutions démocratiques et .qu'il est utile en outre d’arriver à une séparation complète du pouvoir législatif et du pouvoirjudiciaire.il s’est donc manifesté parmi les radicaux du Locle une vive opposition contre la réélection de M. Renaud.
- La question a été discutée dans une assemblée préparatoire où les partisans du principe des incompatibilités l’ont emporté à une forte majorité,
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- 3La pein© de mort. — Le conseil cantonal de Sehwitz vient de se prononcer, par trente-trois voix sur cinquante-neuf pour le rétablissement de la peine de mort.
- Le canton de Sehwitz est allemand et ultramontain.
- C’est le troisième canton ultramontain qui profite de la latitude qui leur est laissée de rétablir la peine de mort que la constitution fédérale avait supprimée. Aucun des cantons protestants ne l’a rétablie ni ne la rétablira.
- ITALIE
- Mouremeut pour l’obtention du suf-frnge nuiveriBel. — On écrit a.ux Etats-Unis d'Europe :
- L’Italie tout entière s’agite, pacifiquement mais résolument,pour le suffrage universel: Meetings surMeetings, Comices sur Comices ! Après Milan, pressée autour de Bertani, Naples pressée autour du vieux Zuppetta qui échauffe, anime, enlève tout ce peuple de sa vieille voix vibrante et passionnée. Garibaldi convoque pour le 1er août l’assemblée générale de la Lega délia aemocrazia. La reine Marguerite fait ce qu’elle peut pour s’attacher le peuple ; elle fait faire à Capo di Monte des pizza napolitains qu’elle déclare délicieux ; le peuple est ravi, mais il n’en court pas moins applaudir Imbriani et Bovio.
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- LE DEVOIR
- Voici quelques passages du discours de ce dernier au grand meeting de Naples, meeting réunissant 4,000 personnes:
- « Nous ne demandons à personne, et personne ne peut nous donner ce qui nous appartient déjà. Nous affirmons notre droit, et si nous ne l’obtenons pas nous le prendrons ! Nous affirmons le droit au suffrage universel, on ne peut pas plus le concéder que le dénier.Après vingt ans de seigneurie irresponsable le tour du droit commun doit venir ; après de grands devoirs accomplis l’heure est venue de reprendre le premier et le plus élémentaire des droits : le suffrage universel. Jusqu’à présent le cens était tout, le peuple rien ! Le cens était seul électeur et seul éligible ; il était le seul savant et le seul honnête ; il était législateur, chevalier, religieux, patriote ; il était docteur sans avoir étudié, et riche sans avoir travaillé, il était homme d’Etat sans même con naître la politique, législateur sans avoir à observer la loi, etc., etc. Pour lui Mazzini n’était qu’un visionnaire, un fou, les autres penseurs sont des démagogues, des aventuriers! Et toi, usurier oisif, qu’es-tu donc ? Il est temps d’en finir, tous les excès ont leurs bornes. Laisse passer le mérite, la capacité intellectuelle et morale ; laisse passer le travail, et l’ouvrier que tu n’as pu corrompre, le milicien que tu n’as pu avilir, l’écrivain que tu n’as pu acheter, le pauvre journalier qui te doit une vieillesse et une mort anticipées mais auquel tu n’as pu ravir l’honneur. »
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- Droit clos — Les femmes prennent
- aussi part à l’agitation électorale.
- Au banquet de 110 couverts offert par la Démocratie milanaise à M. A. Bertani, plusieurs dames ont prouvé par leur présence et par leurs paroles qu’elles s’intéressent autant que l’homme à la conquête du suffrage universel. Mlle "Marie Mozzoni, avec la verve et la vigueur qui lui sont familières, a tenu pendant longtemps les convives sous le charme de sa parole. Elle s’est attachée surtout à faire comprendre au sexe fort que la femme est aussi capable de jugement que l’homme, et. qu’il n’y aura de liberté, d’égalité, de démocratie véritables que lorsque les femmes participeront avec l’homme à la confection et à la défense des lois sociales.
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- Représentation rationnelle de la minorité. — La commission de la Chambre des députés italienne chargée de rédiger le projet de loi électorale, s’est prononcée à l’unanimité en faveur de la représentation de la minorité, au moyen du procédé du vote limité.
- La commis°ion a approuvé un article rédigé par les anciens ministres MM. Zanardelli et Minghetti stipulant que dans les collèges électoraux nommant 5 députés, l’électeur ne pourrait porter que 4 noms,et dans les collèges nommant 4 députés l’électeur ne pourrait porter que 3 noms.
- Comme la loi institue 81 collèges électoraux, dont aucun ne nommera plus de 5 députés, il résultera de cette disposition que l’opposition comptera pour le moins 81 députés dans la Chambre des députés.
- Si, comme tout le fait présumer, la clause du vote limité est sanctionnée par la Chambre, l’Italie sera avec l’Angleterre le second grand Etat constitutionnel européen qui aura introduit dans ses institutions parlementaires le principe de la représentation de la minorité, déjà pratiqué dans plusieurs des Etats les plus peuplés des Etats-Unis.
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- AUTRICHE-HONGRIE
- Le socialisme révolutionnaire. — Au
- lieu d’imiter la prudence de l’Angleterre, de la Belgique et de la Suisse qui émoussent et désarment le socialisme révolutionnaire par la liberté des écrits, des paroles et surtout des associations, l’Autriche s’engage
- sur la voie dangereuse où s’est enfoncée l’Allemagne que la France commence à peine à quitter ; elle intp6 dit, elle arrête, elle emprisonne, elle persécute. nN poursuit un ouvrier, M. Fernoch, dont le crime es, (paû voir possédé, prêté, peut-être donné ou vendu les ce,, vres de Karl Marx, de Lassalle et de Liebknecht. pa^' vres gens ! si Liebknecht, Karl Marx et Lassalle extra vaguent, réfutez-les, et si par hasard ils avaient raison' vos poursuites ne feront pas qu’ils aient tort. ’
- {Etats-Unis d'Europe).
- PAYS-BAS
- Une heureuse innovation a été faite i Amsterdam : c’est un Jardin d’enfants, où l’on reçoit entre les heures de classe les enfants d’ouvriers de lioit a douze ou treize ans qui, avant l’établissement de cette philanthropique insti tution, couraient le risque de devenir de mauvais sujets en fréquentant la rue outre mesure.
- Us trouvent dans ce jardin, outre une surveillance bienveillante, tous les engins et jeux qui peuvent plaire à la jeunesse et la rendre saine et vigoureuse.
- Le succès a été si grand (15,800 visites d’enfants dans le mois de juin) que d’autres jardins ont été établis.
- ALLEMAGNE
- Des socialiste». — Il y a encore, paraît-il, des juges à Berlin !
- Les députés démocrates-socialistes Fritsche et Hassel-mann, cités le 20 juillet devant la 2e chambre du tribunal de première instance pour avoir à répondre de l’accusation de s’être rendus à Lichterfelde, malgré la loi qui leur interdissait ce séjour, ont été acquittés, et le Trésor public a été condamné aux dépens.
- Les considérants de ce jugement admettent que les accuses se sont rendus coupables de ce qu’on leur reproche, mais que la police de Berlin n’avait pas le droit de leur interdire le séjour de villes qui ne sont point de son ressort.
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- Fête gigantoNque. — Le 25 juillet s’est ouverte à Francfort sur le Mein la cinquième grande fête annuelle de gymnastique.
- Les journaux de la localité donnent sur cette réunion des détails qui prouvent que jamais une fête de ce genre n'aura eu des proportions aussi grandioses. Ils parlent de 160,000 gymnastes allemands et 50,000 étrangers.
- K
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- Do socialisme chrétien. — On fait circuler le bruit que le prédicateur Hœcker, qui s’était mis à la tète du mouvement socialiste-chrétien, a reçu un blâme en due forme du Conseil supérieur de l’église évangélique. '
- Le Conseil juge que les ecclésiastiques ne sont pas a leur place à la tribune des meetings populaires.
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- RUSSIE
- De» sauterelles. — Une nouvelle plaie d’Egypte vient de s’abattre sur la Russie du Sud, c’est l'invasion des sauterelles qui voyagent par essaims, s’abattent ici et là sur des contrées qu’elles ravagent.
- Le 14 juin on a vu passer un essaim considérable au-dessus de Moscou, le ciel en était noir.
- Mais c’est surtout dans le gouvernement caucasien que la calamité prend des proportions considérables, des milliers de soldats et d’ouvriers sont occupés a enfouir les masses sous le sol. ,
- Après une tempête, des milliards de ces insectes ou péri ; la voie du chemin de fer de Tiflis à Poti en étai à un tel point encombrée que le service a dû être un°' mentanément suspendu.
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- Ou évalue à plusieurs centaines de kilomètres la surface envahie par les sauterelles.
- Naturellement, le gouvernement Russe ne prendra aucune mesure en faveur des Cuntrées ravagées et l'année prochaine la famine y régnera.
- ÉTATS-UNIS
- Jilinigï’•*«fs mormons. — On vient d’embarquer à Liverpool un convoi de 330 émigrants mormons, qui se rendent dans l’Utah, « Ces émigrants, dit le Messager franco-américain, viennent de l’Angleterre, du pays des Galles, de l’Ecosse, de la Suisse, du Schleswig-Holstein et du nord de l'Allemagne. Les femmes sont splendides comme santé ; en générale les hommes présentent le type des ouvriers des villes de la Grande-Bretagne. Il y a plusieurs ménages, beaucoup d enfants et plusieurs vieillards allant rejoindre leurs familles déjà établies parmi les « Saints des derniers jours. »
- LA QUESTION OUVRIÈRE
- Un groupe d’ouvriers, ou d’agitateurs se disant ouvriers, tient dans ce moment ses assises à Paris dans la salle de l’Alhambra.
- La presse a déjà fait à ces prétendus travailleurs, bruyamment réunis dans un congrès qu’ils décorent da nom de régional, l’honneur de discuter leurs théories.
- C’est peine perdue, et tous les arguments que l’on pourrait faire valoir devant ces adeptes de la révolution armée et permanente,devant ces démolisseurs de la propriété et de toutes les lois politiques et sociales, tous les arguments qui leur démontreraient qu’ils se trompent, qu’ils font fausse route, ne seraient pas même écoutés par eux.
- Ils croient qu’ils ont la force, le droit,qu’eux seuls sont dans le vrai et qu’ils triompheront bientôt.
- Je viens leur dire qu’ils ne peuvent pas triompher, qu’il y a des lois primordiales qui président au développement des sociétés humaines comme à la marche des mondes extérieurs, et qu’il n’est au pouvoir de personne de changer l’ordre de ces lois.
- Il n’est pas plus en notre pouvoir d’arrêter la marche de la terre autour du soleil,de la lune autour de la terre, de faire que les corps n’aient pas de poids, que la lumière ne se meuve pas en ligne droite, qu’il n’est en notre pouvoir de supprimer les lois économiques auxquelles toutes les sociétés humaines sont tenues d’obéir.
- Si, par instant, une révolution sauvage essaie d’enrayer l’effet de ces lois, la société tout entière se redresse et réagit. Armée pour sa légitime défense et pour son éternelle conservation, elle fait bien vite rentrer dans le néant les perturbateurs de l’ordre Public.
- Lu physiologie sociale le veut ainsi, quoi qu’en Pensent les beaux parleurs du congrès régional de
- Paris, qui entassent tant d’inepties en ce moment sous les voûtes de l’Alhambra.
- Est-ce à dire qu’il n’y ait rien à faire, qu’il n’y ait pas à améliorer le sort du travailleur,que le moment ne soit point venu pour cela et que la République ait fait à ce sujet tout ce qu’elle aurait du faire.
- Nous ne le pensons pas, nous disons même que ia République a fait encore trop peu.
- Oui ! il faut enfin décider que l’instruction gratuite sera donnée à tous et à tous les degrés, et que des écoles professionnelles seront aussi établies, où l’ouvrier apprendra les secrets et les tours de main de son art. *
- Il faut que partout des sociétés coopératives de production, de consommation, de crédit, libèrent de plus en plus l’ouvrier, l’élèvent au rang de patron, lui assurent la vie à bon marché Il faut que rien n’empêche les ouvriers de se réunir, de s’associer comme ils l’entendent ; il faut qu’ils aient partout des chambres syndicales, et que les associations ouvrières puissent librement concourir aux adjudications de travaux publics.
- Il faut que des banques populaires fonctionnent partout pour venir en aide au travailleur et lui fournir facilement et à peu de frais le crédit dont il a besoin pour s’établir.
- Il faut que le travail des prisons ne fasse plus concurrence au travail libre, et n’ait plus ce fâcheux résultat de faire baisser le prix de la main-d’œuvre. Pour cela, il faut renoncer aux prisons et renvoyer bien loin, dans des colonies pénitentiaires, les condamnés qu’on moralisera en les faisant travailler aux champs.
- Il faut élever, instruire la femme, la rendre véritablement l’égale de l’homme, lui ouvrir toutes les , carrières qui se ferment aujourd’hui devant-elle.
- Il faut que le patron associe enfin l’ouvrier aux bénéfices de l’industrie, et prenne soin de ce coopérateur assidu, en lui assurant le bien-être auquel il a droit pour lui et pour ses enfants. Il faut garantir au travailleur une retraite pour ses vieux jours. Quelques patrons ont déjà fait cela, tous devraient le faire et chercher surtout l’exemple de cet établissement trop peu connu, le Familistère de Guise, où la question ouvrière a été à la fois si bien étudiée et si complètement résolue.
- Si la République ne s’inquiète pas de ces choses, et si nous, républicains, nous n’entreprenons pas réso-lùment pour notre part d’arriver à la solution de ce difficile problème, il est certain que nous irons, d’agitations en agitations, et que finalement la République, sinon la société, succombera dans cette lutte .i
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- Voilà pourquoi il faut étudier en face ce qu’on a si bien nommé la question sociale.
- La République est le gouvernement de tous par tous, du peuple par le peuple, comme disait cet homme de bien, Lincoln, le président martyr.
- Il faut justifier cette définition de la République, en s’occupant sans relâche de l’amélioration du sort des masses. La chose n’est par difficile, mais on doit âu moins le tenter et ne pas laisser aux masses, irrésolues, sans boussole, sans instruction, — car nous leur avons donné le suffrage universel en oubliant de les instruire à la fois et de leurs droits et de leurs devoirs, — il faut ne pas laisser aux masses le soin de chercher toutes seules la solution du problème social.
- Si l’Etat, si nos gouvernants, si nos législateurs ne prennent pas à ce propos une décision virile, il est certain que la République courra bien des dangers.
- Gomment sont nés en tous les temps ces sau-* veurs, ces Césars que la société affolée a appelés à sa défense ?
- Ils sont nés des agitations populaires, des revendications des masses, que ceux qui étaient à la tête des affaires n’avaient su ni prévoir ni satisfaire â temps.
- L. Simonin.
- La France, 25 juillet 1880.
- CONGRÈS RÉGIONAL OUVRIER
- X£ég-ioï& du Centre
- Le dimanche 18 juillet, le congrès a ouvert sa session dans la salle de rAlhambra a Paris. 32 groupes se sont fait représenter.
- Passons brièvement en revue les idées qui ont été émises à ces assises des prolétaires parisiens.
- Dés la première séance, l’assemblée a voté que le Congrès ouvrier prendrait le titre de collectiviste révolutionnaire de la région du centre.
- Quelques délégués ont protesté; le citoyen Maître-jean, délégué de la chambre syndicale des papetiers-régleurs, a déclaré qu’avant de prendre part à la discussion , les délégués représentant sa chambre syndicale voulaient dégager leur responsabilité, ainsi que celle de leur groupe de la décision donnant au congrès le titre de collectiviste-révolutionnaire :
- « Nous protestons, a-t-il dit, contre cette décision due à une majorité de circonstance, ayant été votée par quarante-trois délégués sur cent et n’ayant eu pour elle que vingt-trois voix. » Le congrès, pense l’orateur, ne pouvait préjuger à l’avance sur ce qu'il
- serait ou ne serait pas et de la discussion seule devait sortir son titre et son esprit. — De son côté le citoyen. E. Drouet, délégué du Havre, représentant de l’Union fédérative du Havre et mandaté par 15 chambres syndicales, a protesté au nom de ses mandants contre quelques doctrines révolutionnaires émises pendant la première séance. Après sa déclaration il s’est retiré, ce qui lui a valu un blâme sur la proposition de 5 délégués.
- Les deux premières séances (18 et 19 juillet) ont été consacrées à l’étude de la ligne de conduite du parti socialiste ouvrier dans la lutte électorale.
- Le cercle d’étude du onzième arrondissement, représenté par le cit. Even, se rallie au programme électoral minimum publié par un grand nombre de journaux socialistes et approuvé par les rédactions de Y Égalité, de Ja Fédération de Marseille, de la Revue socialiste et du Prolétaire, ainsi que par de nombreuses fédérations de province.,— Yoici ce programme :
- A. Programme politique.
- ld Abolition de toutes les lois sur la presse, les réunions et surtout de la loi contre l’Association Internationale des Travailleurs. — Suppression du livret, cette mise en carte de la classe ouvrière, et de tous les articles du Code établissant l'infériorité de l’ouvrier vis-à-vis du patron.
- 2° Suppression du budget des cultes et retour à la nation « des biens dits de main-morte, meubles et immeubles, appartenant aux corporations religieuses » y compris toutes les annexes industrielles et commerciales de ces corporations religieuses.
- 3° Armement géqéral du peuple.
- 4° La Commune‘maîtresse de son administration et de sa police.
- B. Programme économique.
- lo Repos du lundi ou interdiction légale pour les employeurs dé faire travailler le lundi. — Réduction légale de la journée de travail à 8 heures pour les adultes. — Interdiction du travail des enfants dans les ateliers privés au-dessous de 14 ans ; et 14 à 18 ans , réduction légale de la journée de travail à 6 heures.
- 2° Minimum légal des salaires déterminé, chaque année, d’après le prix local des denrées.
- 3° Egalité de salaire -pour les travailleurs des deux sexes .
- 49 Instruction scientifique et technologique de tous les enfants, mis pour leur entretien à la charge de la société représentée par l’Etat et par les communes.
- 5° Suppression de toute immixtion des employeurs
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- dans l’administration des caisses ouvrières de secours mutuels, de prévoyance, etc., restituées à la gestion exclusive des ouvriers.
- 6° Responsabilité des patrons en matière d’accidents garantie par un cautionnement versé par l’employeur et proportionné au nombre des ouvriers employés et aux dangers que présente l’industrie.
- 7° Intervention des ouvriers dans les règlements spéciaux des divers ateliers , suppression du droit usurpé par les patrons de frapper d’une pénalité quelconque leurs ouvriers sous forme d’amendes ou de retenues sur les salaires.
- 8° Réunion de tous les contrats ayant aliéné la propriété publique (banques, chemins de fer, mines, etc.), et l’exploitation de tous les ateliers de l’Etat confiée aux ouvriers qui y travaillent.
- 9° Abolition de tous les impôts indirects et transformation de tous les impôts directs en un impôt progressif sur les revenus dépassant 3,000 francs, et sur les héritages dépassant 20,000 francs.
- Le délégué du Cercle d’Etudes sociales du 6e arrondissement répond au sujet de la question à l’ordre du jour, que son groupe n’accepte pas le Parlement, donc il n’accepte pas la candidature ouvrière ; il ne veut pas non plus de la représentation municipale. Ce cercle préconise l’abstention.
- Une des déléguées de 1’union des femmes, la citoyenne Eugénie Pierre, désavoue le système parlementaire actuel, elle ne consentirait donc jamais à se mettre sur les rangs comme candidate, mais elle ne veut pas de l’abstention, elle préconise l’accès pour les femmes à la députation : « Nous demandons à ne pas être exclues de vos réunions et de vos comités électoraux, dit-elle ; nous vous demandons d’élire celles de nous que vous en jugerez dignes, et je crois pour ma part que la citoyenne Louise Michel pourrait ouvrir glorieusement l’ère de la réparation à notre égard. »
- L’orateur voudrait pour les députés le mandat impératif constamment révocable, et de plus que le député rendît compte de son mandat une fois par mois, verbalement ou par écrit.
- Le cercle du 12B arrondissement, (cit. Robelet) demande aux anarchistes : » Quel résultat pensez-vous obtenir de l'abstention-? » Ce groupe se rallie au programme minimum que nous venons de publier.
- Le citoyen Paulard, de l’Union des Travailleurs, Proteste contre l’abstention électorale. Il regrette los expressions employées à l’adresse des partisans de l’action politique du prolétariat. « En agissant ainsb dit-il, les partisans de l’abstention ont manqué du respect que se doivent mutuellement des citoyens
- poursuivant par des moyens différents l’affranchissement de l’humanité. »
- L’avis de l’orateur est qu’una campagne abstentionniste est impossible à conduire, et qu’elle restreindrait encore davantage la possibilité de propager les principes socialistes. Je suis de ceux, ajoute-t-j il, qui croient fermement à l’utilité de faire une pro-| pagande active, de répandre nos théories partout.
- : Or, pénétré de cette utilité, j’accepte la lutte électorale, parce qu’il me parait nécessaire, dans les conditions où nous vivons, d’y participer. »
- Les groupes anarchistes motivent comme suit leur j opinion sur l’abstention. — L’alliance des groupes l socialistes-révolutionnaires après avoir demandé j dans la séance d’ouverture, ainsi que les cercles d’é-j tudes du cinquième et treizième arrondissement, que les noms des délégués soient remplacés dans . le compte-rendu par ceux des groupes auxquels ils appartiennent, afin de mettre en pratique leur principe contre le fétichisme de la personnalité, ce groupe s’adressant au peuple prolétaire, s’exprime comme suit par la bouche de son délégué :
- « Tu as de nouveau la République. Bans quelques mois tu vas être appelé à voter.
- « Les députés que tu as nommés au 14 octobre et les candidats qui veulent être élus en 81, viendront te demander ton vote. »
- « Tu décideras une fois encore de la sauce à laquelle tu veux être mangé. »
- Les abstentionnistes disent à leurs disciples :
- « Le suffrage universel est un leurre. Comment « supposer qu’un homme ait assez de capacités, et « les connaissances universelles nécessaires pour « pouvoir se prononcer sur des questions aussi mul-« tiples ,que celles qui sont soumises à un parle-« ment? »
- Ne voulant ni gouvernemental principe d’autorité, ni Chambre, demandant la liberté absolue, ils veulent comme moyens ne pas perdre une occasion pour faire : la guerre à l’Etat et à ses représentants,
- « non prendre place dans leurs conseils comme le « font les partis politiques, mais n’agir que pour « ébranler la force qu’ils opposent aux aspirations « des travailleurs, et pour activer leur chute. »
- Les jours suivants furent étudiées les questions importantes : de la propriété'-, du salariat ; de la Femme; et enfin de l'instruction et de l’éducation intégrale et professionnelle pour les deux sexes.
- Nous terminerons dans un prochain numéro l’examen rapide des principaux travaux de ces séances e‘t nous appelons d’avance l’attention du lecteur sur la partie de notre compte-rendu relative au salariat.
- Les divers orateurs qui se sont succédé à la tribune
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- ont signalé beaucoup d’abus dont souffrent les prolétaires des différents corps de métiers. — On ne saurait trop s’arrêter sur les maux que le congrès a le mérite de mettre en lumière, c’est le premier travail à faire quand sérieusement on veut chercher le remède. Jacques Courrier.
- TJ ml baromètre naturel
- Tout le monde a remarqué le travail ingénieux et délicat de l’araignée ; tout le monde sait de quelle façon elle procède pour tendre ses filets ; mais tout le monde n’a peut-être pas fait cette remarque que, lorsqu’il doit y avoir de la pluie ou du vent, l’araignée raccourcit beaucoup les derniers fils auxquels sa toile est suspendue, et qu’elle la laisse dans cet état tant que le temps reste au variabble ; si elle allonge ses fils, c’est du beau temps ; suivant leur degré d’allongement, il sera facile de juger de la durée de ce beau temps.
- Si l’araignée reste inerte, c’est signe de pluie ; si au contraire, elle se remet à travailler pendant la pluie, c’est que cette pluie "ne sera pas de longue durée et qu’elle sera suivie d’un beau temps fixe. L’araignée fait des changements à sa toile tous les vingt-quatre-heures : si les changements ont lieu le soir un peu a^ant le coucher du soleil, la nuit sera belle et claire. N’est ce pas le cas ou jamais de donner raison au proverbe : « Araignée du soir, espoir? »
- ___--r^==^L4!^==£>--
- LE DERNIER-NÉ DE GINX
- SA NAISSANCE ET SES AUTRES INFORTUNES
- ParM. JENKINS
- III.
- Un hardi réformateur, sinon un révolutionnaire.
- Grâce à la bonté et à l’influence de sir Charles Sterling, Bébé Ginx cette nuit et longtemps encore après, trouva un abri dans le club Radical. Le lendemain soir, dans le fumoir il s’éleva à son sujet une discussion qui doit être enregistrée. Quelques membres du comité appuyèrent sir Charles, en demandant avec instance que l’enfant fut adopté par le club, comme un gage de leur résolution à faire de la question dont il semblait être l’incarnation emblématique, un objet do l’action législative. D'autres objectèrent que ces questions étant purement sociales et non politiques, ne pouvaient raisonnablement motiver une agitation de parti, et que la réception dans le club de cet enfant trouvé constituerait une grave irrégularité. Point n’était besoin d’échantillons des matériaux avec lesquels ils bâtissaient des théories. A quoi sir Charles avait répondu en insistant, que quelle que fut leur décision au sujet de l’enfant, ils ne sauraient étouffer les questions soulevées par sa condition.
- « Vous pouvez les ajourner, mais il ne vous est pas possible de les écarte'r définitivement. Eh! quoi ! nous
- remplissons nos sessions de luttes de partis, de discussions théoriques, de querelles sur la politique et de débats sur notre mécanisme gouvernemental tandis que, année par année, les conditions dans lesquelles se trouve placé le peuple deviennent de plus en plus odieuses et pleines de périls. Les réformes sociales et les réformes politiques doivent marcher de pair ; les populations aux quelles vous conférez de nouveaux droits politiques ne peuvent en jouir s’ils n’ont la santé et le bien-être. »
- Mais » s’écria M. Joshua Haie « toute notre législation tend à cela : la réforme, le livre-échange, la libre importation des céréales, n’ont-ils donc pas ajouté à la prospérité publique ? »
- « En partie, oui ; mais il y a des classes que leur influence vivifiante n’a pas encore régénérée. Le libre échange, la libre importation des céréales, ne pourvoient pas à l’alimentation de tous les citoyens.»
- — « Il n'est aucune autre législation qui puisse atteindre ce but : Soyons pratiques. J’avoue qu’il y a beaucoup à faire. J’ai souvent exposé publiquement mes principes à cet égard. Nous devons retrancher de nos dépenses en soldats et en navires, diminuer le personnel de nos présomptueux espions diplomatiques et de nos légions d’offlcieux, nous abstenir d’intervenir dans les querelles d’autrui, de grever les objets qui sont de première nécessité pour l’ouvrier : le thé, le sucre, etc..., abolir péremptoirement le droit de primogéniture, encourager la division et le transfert du sol et faire du scrutin une égide capable de protéger les tenanciers et les ouvriers contre les landlords (1) et les patrons. »
- « Toutes ces réformes sont peut-être fort bonnes, » répliqua sir Charles « mais il en est dans le nombre qui, pour le moment, sont impratiquables et, prises dans leur ensemble, elles sont insuffisantes. Pourquoi ne pas aller au fond des besoins de la société ? Vous ne dites rien de la législation sur la salubrité. Seriez-vous indifférent aux conditions sanitaires du peuple ? Vous vous taisez également sur ce qui a trait à l’éducation, aux terrains incultes, à l'émigration ? »
- — « Oh ! je suis opposé à tout celai »
- — « Pardon, j’oubliais que vous êtes manufacturier, bien que vous soyez le dernier homme chez lequel je pourrais croire que l’égoïsme a perverti le Jugement. Vous avez faic et souffert plus que n’importe quel homme l’Etat au monde pour le bien de vos concitoyens ; aussi, loin de moi la pensée de vous accabler du reproche d’aveuglement de caste. Cependant je puis à peine croire que vous -ayez considéré ce sujet purement au point de vue du patrio-
- (1) Landlords, propriétaires de terre.
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- tisme, et que chez vous l’intérêt mesquin, du commerçant n’ait point parlé plus haut »
- — « C’est tout à fait injuste. Nos meilleurs économistes blâment ce système de faire le vide du travail sur notre marché. L’émigration est un remède qu’on peut appliquer en temps opportun, dans un moment de crise, mais dont on ne doit user qu’avec beaucoup de sobriété. Le travail est notre veine la plus riche.»
- — « Nous pouvons en avoir trop., Tenez pour certain que nous .avons à l’heure qu’il est plus de bras que nous ne pouvons en employer et ce qui est sans emploi meurt de faim... Eh bien, que faire ? »
- — « C’est simplement une crise temporaire et accidentelle à laquelle toutes les classes sont exposées. »
- « Mais » reprit sir Charles « une crise telle que nul ne peut la supporter. Outre cela, que diriez-vous si elle était permanente ? Vous espérez que le commerce prendra un nouvel et plus grand développement. Supposez-vous que nous puissions conserver notre supériorité manufacturière, lorsque chaque pays, ancien ou moderne, entrera en compétition avec nous ? Notre commerce, je vous le demande en toute sincérité, augmentera-t-il en raison de notre population ? De plus, pour l’amour du Dieu, envisagez la chose en homme. Que nous ayons (cela peut se présenter) cent mille âmes sans ouvrage et des centaines de mille qui en dépendent ; croyez-vous que ce soit une 'mince affaire que. de laisser pendant une, deux, trois années, cette masse considérable se consumer dans la misère et la douleur en attendant la reprise des affaires ? jusqu’à ce que cette reprise ait lieu, tout espoir de soulagement peut s’être évanoui chez cette population, et, en admettant, que le commerce se relève demain, ferez-vous jamais que ces gens-là soient ce qu’ils étaient auparavant, et, n’aurions-nous pas dû prendre nos mesures pour qu’ils ne fussent pas ce qu’ils sont actuellement ? Enfin je soutiens que cette crise est passée à l’état chronique ; que le paupérisme s’étend de plus en plus profond et persistant, et je demande comment alors nous, qui représentons cette classe avec les autres, nous ferons face à cette perspective ? »
- A ce moment intervint un gentleman, occupant une fonction élevée, économiste pur, rigide et habile tout à la fois, aussi distingué par son intelligence que par son haut rang politique.
- “ Mon cher Sterling, permettez-moi de vous dire que vous extravaguez. Vous ne vous apercevez peut-etre pas que vous tendez au communisme. On peut prévoir l’action des lois économiques d’une façon tout aussi infaillible que celle d’une éclipse de soleil.
- Il ne vous est pas possible de préserver une classe quelconque des calamités périodiques et de régler l’offre et la demande sur le texte d’une loi et les chiffres d’un tarif, de façon à garantir tout le mondé de l’indigence. Vous désirez que l’on éloigne ce qui constitue votre force parce qu’il n’y a pas d’emploi pour elle en ce moment; mais que l’année prochaine, ou l'année suivante le commerce se relève, vous vous tordrez les mains de regret et maudirez la folie qui vous a poussé à le faire. »
- « Je serais trop heureux de l’occasion, » répartit brusquement sir Charles. « En attendant, nous sommes encombrés d’une population immense aux besoins de laquelle nulle reprise des affaires ne saurait pourvoir, cette reprise dépassât-elle même nos plus grandes espérances. Pour ma part je ne voudrais pas me rendre coupable d’inhumanité en gardant dans la misère ces pauvres créatures, nos semblables, jusqu’à ce que nous puissions les employer. Vous avez oublié qu’il est d’autres lois économiques à côté de celles que vous considérez. Il existe plusieurs millions d'acres de terrain inoccupé et qui, dans un sens appartenant au peuple de ce pays, restent incultes au mépris de cette loi supérieure que Dieu et la nature nous ont enseignée ; savoir que le travail doit se mettre en rapport avec le sol. Faute de cette union, nos colonies vont être arrêtées dans leur développement, tandis que chez nous des millions de malheureux tendent la langue, affamés et sans ouvrage. »
- — « Oh ! laissons les s’expatrier. Déjà ils sont trop nombreux ici. Ils suivront les lois de la nature et là où le travail sera demandé, afflueront les travailleurs. »
- « Pur verbiage, mon savant ami », réplique l’autre « les hommes qui émigrent à leurs propres frais sont nos ouvriers les plus sobres, les plus circonspects et les plus énergiques. S’il en était autrement ils ne partiraient pas. Ils partent parce qu’il y en a ici des quantités qui, véritables nullités pèsent lourdement sur leurs épaules. Et où va le plus grand nombre ? Dans nos colonies, pour leur donner force et développement ? Non, mais bien aux Etats-Unis, chez un peuple qui n’est pas toujours notre ami et qui, juste en ce moment, est le loup-garou de nos libres échangistes. »
- « Bon, bon, dit le ministre, laissons là cette question. Ce que vous demandez e*st radicalement impraticable pour le moment. Nous ne pouvons admettre l’intervention de l’Etat comme aide pour un instant. Je vous le répète, vous êtes un fouriériste. Vous proposez tout simplement de prendre dans les poches
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- des hautes classes de quoi payer les frais de toute sorte faits en faveur des basses classes. »
- « Appelez-moi communiste, si cela peut vous être agréable » reprit Charles Sterling, « je ne m’eflraie pas d’une ombre. reut-être suis-je en faveur de quelque chose qui se rapproche plus du communisme que la forme actuelle de notre société. U%est une chose qui est parfaitement évidente, c’est qu’on ne peut dire qu’une société soit convenablement organisée tant que chacun des citoyens ne se constitue pas le gardien des intérêts communs comme de ses intérêts individuels et ne se sent point obligé moralement et systématiquement à ajouter au bien-être de ses voisins comme au sien propre.
- La société par son groupement et sa protection ne fait-elle pas que le riche peut augmenter sa fortune, que l’homme de génie peut poursuivre ses rêves d’ambition, que le marchand ‘peut réaliser ses bénéfices et le noble jouir de ses propriétés ? On a à payer plus ou moins pour ces privilèges et il se peut que la proportion dans laquelle les classes riches ont à contribuer à la fortune publique, n’ait jamais été réglée d’une manière équitable. La communauté des biens fut le premier fruit de la pratique du christianisme, et, si ce n’était de notre égoïsme, nous pourrions espérer voir une ère d’Utopie où il serait de règle que celui qui ne voudrait pas travailler ne devrait pas manger, et où l’on rendrait manifeste pour chacun le devoir de prendre soin de son frère plus pauvre, plus faible ou moins capable. Je ne compte pas voir se réaliser jamais cela, mais j’espère voir les hommes les plus éminents payer plus généreusement pour les privilèges dont ils jouissent... Et c’est d’une bonne politique pour eux, car ils se trouveront d’autant mieux que la société se trouvera elle-même dans les meilleures conditions générales, Vos épithètes... je n’en ai souci.Mais fort heureusement ces aperçus ne sont pas essentiels au système d’émigration que je soutiens.
- « O Dieu de Dieu, aussi écervelé qu’un lièvre de mars ! » s’écria le ministre sortant de la chambre en frappant des pieds.
- « Sterling est un brave garçon » dit-il à son collègue avec lequel il descendait Pall Mail, « et un libéral pur Sang. A côté de cela il a une grande influence à la cha mbre. Mais c’est un fanatique et dès lors il est loin d’être toujours parfaitement pratique, »
- Par pratique, le ministre entendait, non point ce que pourraient faire de bon et de profitable des hommes de bien et de talent résolus ^ à agir faire*en dépit de tous les obstacles ,* mais ce qui,
- après une revue minutieuse de la force des partis et une appréciation judicieuse de.l’opinion publique» semblerait devoir être une ligne de conduite politique convenable pour son parti. Dans le premier cas, la main d’un homme d’Etat supérieur, original et initiateur est de toute nécessité ; dans le secondai suffit d’un tacticien hahile qui sache manipuler les hommes et les circonstances.
- (A suivre.)
- ASSOCIATION DES FEMMES EN COUCHES A MULHOUSE.
- Parmi les nombreuses institutions populaires dont l’Alsace, et en particulier la ville de Mulhouse donnent depuis longtemps l’exemple, il convient de mettre au premier rang VAssociation des femmes en couches, fondée en 1866 par M. Jean Dollfus,
- Voici la hase de l’Association :
- Toutes les ouvrières de 18 à 45 ans, travaillant dans les établissements qui se sont associés pour cette fondation, reçoivent lorsqu’elles sont en cou* çhes, un secours qui.est aujourd’hui de 60 fr. pour trois quinzaines pendant lesquelles, notez ce point, l’accouchée est tenue de garder la maison et de soigner le nouveàu-né. L’Association paie en sus la sage-femme, les honoraires du médecin et la pharmacie en cas de maladie de la mère ou de l’enfant.
- Pendant les premières années, chaque femme associée payait une cotisation de 15 centimes par quin* zaine, cette somme ayant été trouvée trop faible a été portée à *20 centimes par quinzaine en 1873. En outre, les chefs des établissements associés paient une somme égale pour chaque femme employée dans leurs ateliers.
- Le nombre des femmes associées est aujourd'hui de 1,738 depuis que MM. Schæffer, Lalance et 0e sont entrés dans l’Association où leurs ateliers figurent pour 250 femmes. Un grand nombre de ces femmes ne sont point mariées, mais elles apprécient très bien la moralité et l’utilité de l’institution. Voiei main tenant les résultats :
- Le nombre des enfants mort-nés a diminué de moitié, il n’est plus que de 3.20 0/0 ;
- La proportion des naissances illégitimes est descendue de 21 0/0 à 18 0/0 ;
- La mortalité des entants pendant les premiers six mois après la naissance est tombée de 21.33 0/0 à 17.73 0/0 pour les enfants légitimes, et de 30.840/0 à 16.55 0/0 pour les illégitimes ;
- La mortalité pendant la première année est ioip” bée pour l’ensemble à 27 ô/O.
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- Tout commentaire est inutile. Il faut applaudir, et surtout imiter. C'est ce qui se fait à Paris et à Londres où l'Assistance publique a demandé à l’Association inulhousienne ses statuts et ses règlements .
- {Etats-Unis d Europe).
- nouveau fait en faveur du divorce
- M. Plaquet, Belge de nationalité, fixé à Lille, épouse en cette ville une jeune femme qui devient belge par le fait de cette union. Des dissentiments s’élèvent entre les deux époux, une séparation de corps est demandée, et le tribunal accorde cette séparation au profit de la femme.
- Que se passe-t-il alors ?
- Le mari veut se remarier. Pour ce faire, il retourne dans son pays, en Belgique, demande la transformation de sa séparation de corps en un véritable divorce, ce que la loi belge lui accorde, puis il revient à Lille reprendre sa maison de commerce, et veut épouser en secondes noces une autre jeune fille,
- Française comme sa première femme.
- * ¥
- Mais à Lille, l’officier de l’état civil refuse de prononcer cette nouvelle union, M. Plaquet, qui tient absolument à reconvoler, s’adresse aux tribunaux. Il perd son procès à Lille, en première instance ; il perd en appel, à Douai. Gomme il est obstiné, il va jusqu’en cassation, et la cour casse l’arrêt de Douai et renvoie les parties devant la cour d’Amiens, Et enfin, la cour d’Amiens, em dépit du ministère public, condamne l’officier de l’état civil de Lille à célébrer le mariage de M. Plaquet.
- Voilà pour le mari.
- Mais la femme, la première, Mma Plaquet n® 1, que devient-elle dans tout cela ? Son époux a recouvré la liberté; en est-il de même pour elle, et pourra-t-elle se remarier à son gré, comme l’a fait celui dont elle a porté le nom ?
- Ah ! bien, oui ! Ecoutez ce considérant de l’arrêt de la cour d’Amiens :
- Attendu que, pour échapper à l’application de ce principe, on se prévaudrait vainement encore de ce Que le premier mariage a été contracté avec une Française, puisque celle-ci étant devenue étrangère Par le mariage, la sentence qui a prononcé le divorce se trouve avoir l’autorité d’un jugement rendu entre Orangers, et que, si la femme a pu redevenir francise, ce n’est que parce que son mariage est légalement dissous...
- Ainsi, Mmfl Plaquet, devenue Belge par son ma-riage, est redevenue Française par le fait du divorce Prononcé dans un pays qui ü’est pas le sien, et ne
- peut se remarier dans son pays. De plus, redevenue ainsi Française, elle n’a pas la ressource d’invoquer la loi belge, qui a rendu la liberté à son mari et qui ne peut pas l'empêcher, elle, de rester, sa vie durant,
- esclave d’un mariage qui n’existe plus pour lui.
- *
- * *
- Et les bons catholiques trouvent cela logique, trouvent cela moral, trouvent cela naturel. J’en suis bien fâché pour leur conscience ou pour leur intelligence. Cela prouve que l’une est élastique, et que l’autre est bornée.
- Mais remarquez ce qui peut arriver encore î
- Cette infortunée Mma Plaquet, la première, peut à la rigueur, si elle a envie de se remarier, aller en Belgique, là où le divorce a été prononcé, et y épou* ser, sous le couvert des lois belges, l’homme choisi par elle. C’est bien.
- Mais, comme le dit" aujourd’hui un de mes confrères, considérez les suites.
- Mœ0 plaquet sera, par rapport à cette même loi française qui a autorisé le second mariage de son premier époux, parfaitement bigame et mère de petits bâtards.
- Elle sera dans la situation de Mme Bibesko, que les magistrats s’obstinent à appeler Mm0 Bauffremont, et qu’ils ont ruinée, ne pouvant la déshonorer !
- Et que M»19 Plaquet meure, que la succession offre seulement matière à quelques difficultés, et vous verrez quel gâchis !
- ♦ ¥
- Décidément, le divorce a du bon.
- {Nouveau Journal).
- Une expérience <le gg-enes pratiques
- La Compagnie des chemins de fer de Pensyvanie vient de faire procéder sur 5„0Q0 de,ses agents à des expériences sur leur E*ptitude à distinguer les couleurs et l’apa-rence des objets. Pour apprécier la qualité de la vue, on s’est servi d’abord de cartons imprimés que l’on plaçait à une distance de 20 pieds (6 mètres) et d’écrans percés de petites ouvertures et éclairés par derrière.
- Un grand nombre de ceux qui avaient réussi dans ces premières preuves ont échoué lorsqu’il s’est agi de distinguer les couleurs. On avait pris trois éebeveaux de laine : le premier d’un vert pâle, le deuxième rose et le troisième rouge. On les plaçait sur une table, à distance de 1 mètre, devant l’agent examiné, qui les regardait à travers un verre transparent et devait désigner les couleurs et choisir une couleur correspondante à celle de l’écheveau, dans un paquet d’autres écheveaux de toutes couleurs et numérotes de 1 à 38.
- Un jeune homme, prié de désigner la couleur rouge, le fit sans hésiter; mais lorsqu’on lui demanda de chercher le rouge dans le paquet, il se trompa complètement et désigna trois échevaux bleus, deux jaunes et un rouge. U ne voyait aucune différence entre ces couleurs-Le même fait fut observé chez plusieurs individus qui furent examinés dans la suite.
- Une troisième expérience consista à diviser les écheveaux en trois groupes de douze numéros chacun. Quelques individus distinguèrent parfaitement toutes les nuances du vert, mais furent incapables de distinguer celles du rouge.
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- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
- La chimie pour tous par A. Deiuc, 2 volumes de chacun 8 francs avec nombreuses figures dans le texte, en vente à la librairie Fouraut, 47 rue St-André-des-arts, Paris, et à la librairie scientifique de H. Manceaux, 12 rue des Trois-Tètes, à Bruxelles.
- Chacun de ces volumes forme un tout et peut-être vendu séparément.
- L’ouvrage a été récompensé d’une médaille d’honneur par le Société-libre pour le développement de l’instruction .—Paris 11 Mai 1879.
- Voici la préface de cet excellent ouvrage :
- « C'est un défaut commun à tous les cours et à tous « les traités de chimie, de supposer, dès les premiers pas, « des connaissances que l’élève où le lecteur ne doivent « acquérir que dans les leçons subséquentes. »
- Lavoisier. Traité élémentaire de Chimie (1789).
- « En ouvrant au hasard un traité moderne, on s’aper çoit facilement que les immenses progès, accomplis depuis près d’un siècle,ont rendu plus sensible encore le défaut signalé par l’illustre créateur delà science chimique
- Certes, je suis bien éloigné de méconnaître les avantages, la nécessité même d’une, exposition théorique et condensée des lois générales, qui, seule-, peut donner une juste idée de la nature intime et des ressources de la science. Mais j’estime que cette synthèse doit former le couronnement, plutôtquela base d’un premier renseignement. Dans l’ignorance absolue des faits,est-il possible, même à l’esprit le mieux doué, de se frayer une route sûre, à travers l’échafaudage de lois et l’appareil de formules dont l’étude des premiers corps est déjà embarrassée ?
- « Matériellement, la propagation de la chimie est aussi entravée par l’emploi forcé d’ustensiles encombrants que par la longueur des préparatifs qu’exige la plus simple manipulation.
- « Pour rendre accessible à tous, cette science si intéressante et si fertile en applications, j’ai essayé de remplir les trois conditions suivantes :
- « 1° Créer une méthode naturelle qui, procédant comme les mathématiques, du connu à l’inconnu ( avec le degré de rigueur que comporte une science physique,) enchaîne les vérités chimiques d’après le plan le plus propre à en faciliter l’inteUigence aux commençants;
- « 2° Organiser un système de manipulations, qui permette de faire sans danger, sur le coin d’une table, rapidement et avec très peu de matière les expériences les plus instructives d’un cours de chimie générale ;
- « 3* Elaguer les sujets trop spéciaux et accorder, aux notions fondamentales, les.développements qui peuvent en rendre l’étude fructueuse et attrayante.
- « Quoique subordonné à l’obligation d’éviter, autant que possible, toute anticipation, l’ordre dans lequel sont successivement présentés les divers corps, tient compte des analogies principales et ne sépare pas ce qu’il importe de réunir. Chaque chapitre formant un tout nettement défini, concourt à l’établissement progressif de la théorie et décrit avec précision, les" caractères pratiques qui distinguent, entre eux et des autres,les corps d’un même groupe naturel.
- « En résumé, cet ouvrage, complet dans son genre, suffît amplement à tous ceux qui ne veulent pas faire de la chimie une spécialité et constituera,pour les élèves destinés aux cours supérieurs, un premier degré d’initiation aussi indispensable que négligé.
- « Il convient parfaitement aux écoles normales primaires et fournira aux instituteurs le moyen de vulgariser une science qui éclaire et féconde les arts agricoles et industriels.
- < Il s’adapte bien à la situation des jeunes gens studieux, qui, éloignés des centres d’instruction, sont livrés à leurs propres ressources.
- 4k Enfin, il peut être considéré comme une espèce d’encyclopédie élémentaire de la chimie, où, grâce à une disposition particulière de la table, chacun trouvera une réponse aux questions usuelles de science pure, de physiologie, d’agriculture et d’industrie. »
- A. D.Delug.
- | Un ancien compagnon de Napoléon Ijj
- | L'Indépendant de la Charente-Inférieure nous donne j d’intéressants détails sur un personnage qui a joué un | rôle important dans l’hisLoire de Napoléon III, et q^ | n’a pas eu trop à se louer de la reconnaissance de son j patron.
- j II sagit du fameux aigle apprivoisé qui accompagnait I le prince Louis dans sa ridicule équipée de Boulogne [ et qui excellait à venir chercher un morceau de lard i caché dans le chapeau du prétendant.
- ; Ce malheureux aigle fut capturé en même temps que son prince : tandis que celui-ci était enfermé à Ham, l’oiseau était conduit à l’abattoir de Boulogne, où il vécut de longues années. — ce qui, à tout prendre, n’était peut-être pas une trop mauvaise position pour lui : le lard remplacé par la viande fraîche.
- Mais, voici l’ingratitude. En 1853, Napoléon III vint à Boulogne visiter le camp des troupes destinées à la Crimée, et recevoir la reine d’Angleterre. Quelqu’un de son entourage lui parla de son ancien ami emplumé. Napoléon III ne daigna pas lui accorder la moindre entrevue, ni même lui octroyer une place au Jardin des Plantes de Paris. L’aigle acheva ses jours à l’abattoir de Boulogne. Aujourd’hui, il figure empaillé dans une des vitrines du musée de la ville.
- Aussi mort que l’empire lui-même !
- BIBLIOTHÈQUE DU FAMILISTÈRE
- Une de nos abonnées nous envoie les ouvrages dont la liste suit, pour la bibliothèque du Familistère.
- Au nom de la population du Palais social, nous remercions sincèrement la donatrice.
- Cours élémentaire de dessin linéaire
- par Henry 6 exemplaires
- Premiers éléments d’agriculture par
- Bentz............................5 »
- Traité de littérature par G-omien. 2 »
- Abrégé du dictionnaire de l’antiquité
- par Bouillet.....................1 »
- Dictionnaire allemand-français par
- Caspar et G-érart................1_____»
- Total: 15 volumes.
- La JLiig"«e du Bien public (1). — On nous prie de reproduire les lignes suivantes : Ce Cercle d’études socialistes demande à ses membres d’adhérer aux principes suivants ;
- 1° Tout adhérent confesse et reconnaît que la morale doit être indépendante de tout dogme religieux, qu’elle procède essentiellement de la nature de l’homme et qu’elle contient en elle-même son principe et sa sanction.
- 2° Tout adhérent reconnaît la nécessité absolue des libertés d’association, de réunion, de presse, du gouvernement du peuple par le peuple, de la suppression des armées permanentes et de leur remplacement par la nation armée. De plus tout adhérent reconnaît que toutes les fonctions publiques doivent être soumises a l’élection du peuple et rétribuées.
- 3° Tout adhérent déclare prendre comme critérium de conduite ce principe solidarité des intérêts humains.
- 4° Tout adhérent doit admettre l’égalité des sexes devant les lois civiles et politiques.
- (1) S’adresser pour les adhésions soit à M. Edmont Polorie, soit à Mlle Eugénie Pierre, 21, rue Daubenton, Paris.
- Le Directeur-Gérant : GODIN.
- Saiat>Qvten£m — bap. data Sorsiété aneafaie du €Hanw
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- r année, TOME 4 — N° 100
- numéro hebdomadaire 20 c.
- DIMANCHE 8 AOUT 1880
- Le Devoir
- Jl
- SOCIALES
- bureau
- ^OUISE (Aisne)
- Toutes les communications doivent être adressées à M GOD1N Dire cteur- Gérant Fondateur du Familistère
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- SOMMAIRE
- Etudes sociales sur le gouvernement. — Congrès régional ouvrier. — Protestations ouvrières.
- Us Congrès collectivistes et le s demandes des ouvriers. — Nouvelles diverses. — Le Mir russe. — Feuilleton : Le Dernier-né de Ginœ. — Variétés.
- ETUDES SOCIALES
- SUR LE GOUVERNEMENT
- CHAPITRE IV.
- m
- Pourquoi, les Sociétés sont imparfai tes
- Sorti clos limbes de l’animalité,l’être humain, quelles que soient encore la grossièreté et la confusion de ses instincts primitifs possède, avons-nous dit, plus que toute autre créature, la Acuité du travail à laquelle se joint celle de découverte et d’invention.
- Le cercle des affections extérieures s’est, en oufre, suffisamment élargi chez lui pour que la société de ses pareils lui soit absolument né-^saire. Quelles que soient la rudesse et la ^barie de ses mœurs, quelles que soient les P^ses de misère et de pauvreté qu’il ait à tra-rerser, l’homme, à tous les âges du monde, vit 01 réunion avec ses semblables.
- ais à cette période d’enfance, l’être humain c*st souvent qu’une ébauche d’âme clans'une Uche de corps ; longtemps il est incapable
- d’organiser avec ses semblables une société en accord avec les destinées auxquelles la vie sociale appelle l’individu.
- Les sociétés primitives ne sont donc que des ébauches ; elles aussi apparaissent avec toutes les imperfections, toutes les difficultés qui s’attachent à l’origine des choses ; les luttes, les déchirements et les douleurs de ces premiers âges sont dus à l’imperfection morale des individus, autant qu’à l’antagonisme des besoins.
- Ces sociétés sont incapables de s’élever à l’organisation d’un gouvernement conçu selon l’usage des peuples plus avancés. Autant les actions et les mœurs primitives diffèrent de celles des peuples policés, autant le gouvernement de la peuplade est différent de celui des civilisations parfaites.
- Ce n’est que lentement que l’homme s’élève à la science du bien et au sentiment de la solidarité qui unit sa destinée à celle des autres hommes.
- Si l’on jette les yeux sur la carte du monde, on est surpris du peu de territoire occupé par la civilisation et de l’énorme quantité de terres livrées encore à des peuples sauvages, ignorants et barbares.
- Sur plus d’un point, la règle de conduite et de gouvernement des hommes semble ravalée au-dessous de celle de certaines troupes animales, tant l’espèce humaine traîne à sa suite d’instincts cruels et brutaux,tant elle comporte de convoitises et de violence, de ruse et de perfidie, d’ignorance et de misères ; imperfections
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- qui ne se rencontrent qu’isolément dans les espèces inférieures de la création.
- L’âge de pierre dont on retrouve maintenant des vestiges dans les pays occupés par les nations les plus policées, a été pour nous, et il est encore pour un .certain nombre de peuples, l’état où l’homme commence le? étapes de la
- | et de l’industrie, de même elles passent parj phases douloureuses des expériences politiq^'
- vie.
- A ce degré primitif, la créature humaine est à peine capable de créer quelque chose par son propre travail ; elle ne sait encore exercer ses facultés que pour conquérir à l’aide d’instruments ce dont l’animal se pourvoit à l’aide de ses dents et de ses griffes.L’homme est sollicité au labeur et à l’industrie par les besoins les plus pressants. Elevé au-dessus des êtres dont le rôle se borne à élaborer par la nutrition les produits naturels, l’homme a la mission supérieure de faire croître et fructifier ces mêmes produits, afin d’agrandir le cercle de la vie. Mais les besoins qui le sollicitent à l’accomplissement de cette tâche précèdent la découverte des moyens de se procurer le nécessaire ; aussi le désordre et la confusion morale s’établissent-ils entre les individus.
- Sous l’empire des nécessités de la vie matérielle et de l’attachement à l’existence, l’être ne voit que ses besoins propres ; il oublie et sacrifie facilement les besoins des autres.
- Les conflits et les prétentions qui résultent d’un tel état de choses imposent bientôt aux sociétés naissantes le gouvernement de la force.
- La liberté que l’individu tient de la nature est dès ce moment livrée à l’arbitraire. L’homme devient esclave de sa propre ignorance et des passions dominantes qui s’agitent en lui et autour de lui.
- La préoccupation du chacun pour soi, telle est la principale cause du malheur des peuples ; et il en sera ainsi jusqu’à ce que les sociétés soient entrées dans la voie de justice et de solidarité qui doit unir tous leurs membres dans l’amour du bien commun.
- Le progrès social est soumis comme tous les autres progrès, au développement des connaissances humaines. même que les sociétés passent par toutes le% phases du travail pénible avant de s’élever au progrès de la science
- avant de découvrir les lois naturelles du
- Jus-
- et du droit en économie politique, en éconooj.
- sociale, en économie industrielle et en
- ecou,.
- mie domestique.
- A travers les siècles et les degrés divers c civilisation qui se succèdent, ce n’est que p6ll. peu que l’âme humaine se dégage de la ga^. qui l’obscurcit et qu’on retrouve plus ou aujourd’hui chez ceux-là mêmes qui se donner la mission de conduire les peuples.
- Cela explique pourquoi jusqu’ici les société ont été imparfaites, pourquoi elles n’ont revêt-que des formes destinées à disparaître pom faire place à de meilleures.
- Cela explique aussi comment les sociétés ont; subir le règne de la force et de l’arbitraire avant d’atteindre à celui de la science du hier du juste et du droit.
- Ce sont les caractères principaux de cette élaboration qu’il faut rechercher pour en déga ger les enseignements propres à nous conduin à la connaissance des vraies bases du gouvernement.
- De nos jours encore, combien d’hommes sous des dehors civilisés, portent les restes è l’ignorance, de la crédulité, de la convoitise, à la violence et de tous les instincts autoritaire* propres à la brutalité des peuples primitifs o. barbares.
- Dans toute société où l’égoïsme est la règ: des actions, le gouvernement conserve un a ractère individuel, exclusif de tout ce qui ne > rattache pas directement à l’avantage mên-. des classes dirigeantes.
- Au contraire, dans les milieux où règne h mour de la vie humaine, la société s’enrick d’institutions réfléchissant tous les développements de cet amour.
- Dans une société arrivée au sentiment d* bien et du vrai, du juste et du droit, le de\û-essentiel du gouvernement est de travailler * l’union entre les hommes en facilitant à ch#* citoyen l’exercice du droit et raccomplisseIlie''‘ du devoir.
- Pour atteindre ce but, la société doit do-élever aux fonctions du gouvernement les ^ mes animés de l’amour de la liberté
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- et désireux du progrès des institutions nécessaires à l’épanouissement cle cette liberté.
- Mais, nous le répétons, la pratique du bien et du vrai et l’application du juste et du droit ne peuvent avoir lieu que le jour où l’opinion publique s’inspire de l’amour de la vie humaine, je l’amour du progrès et de la perfection sociale, de l’amour des institutions utiles à tous. Tant qu’il en est autrement, les classes dirigeantes s’aveuglent dans leur égoïsme, au point de faire une règle de la conservation de tous les abus que le despotisme a mis en pratique contre la liberté et le droit.
- L’état actuel de l’Europe présente sous ce rapport de remarquables exemples : les défiances entre les différentes classes des sociétés sont surexcitées outre mesure, et les passions de l’égoïsme, au grand danger de l’ordre social, attisent le foyer des revendications.
- (A suivre) GODIN.
- CONGRÈS RÉGIONAL OUVRIER
- Bégioü du Centre
- (Suite. Voir le Devoir page 490.)
- Relativement à l’attitude du prolétariat dans la lutte électorale, à la suite des. deux séances de discussions dont nous avons brièvement rendu compte, voici les résolutions adoptées par le congrès ; il déclare :
- I. L’émancipation sociale des travailleurs inséparable de son émancipation politique.
- II. L’abstention politique serait funeste par ses conséquences.
- III. L’intervention politique devra se manifester par des candidatures de classe, sans alliance aucune avec les fonctions des vieux partis politiques existants, à toutes les fonctions électives.
- IV. Tout en se servant des moyens légaux, le prolétariat ne pourra arriver à son émancipation par la voie pacifique, et la révolution sociale par la force reste la seule solution définitive.
- V. L’intervention politique sera, subordonnée au mouvement socialiste et ne lui servira que de moyen.
- VI. Tout en se mêlant aux luttes des différentes fractions de la bourgeoisie, pour les combattre indistinctement, le prolétariat poursaiivra son orga-rusation distincte, qui n’est que la forme préparatoire de la Société de l’avenir.
- G’est avec un chagrin profond que nous avons vu
- le congrès ériger en principe la révolution violente.
- Nous rendons compte ici avec la plus complète impartialité des diverses opinions émises pendant le cours du congrès mais nous ne pouvons laisser passer sans protester le paragraphe IV cité plus haut : nous n’admettons pas la force comme argument; nous répondrons aussi bien à Bismarck qu’à tous autres partisans des moyens violents : La force ne prime pas le droit.
- Toute la solution se résume dans une question de justice.
- Le congrès déclare ensuite qu’il n’y a que deux formes sous lesquelles les moyens de production peuvent appartenir aux travailleurs :
- 1° La forme individuelle, qui n’a jamais existé à l’état de fait général et qui est éliminée de plus en plus par le progrès industriel ;
- 2° La forme collective, dont les éléments matériels et intellectuels sont constitués par le développement même de la société capitaliste.
- Quant au programme politique et économique déjà inséré dans le Devoir, il a été adopté après avoir subi les modifications suivantes :
- 1° Repos d'un jour par semaine (1) on interdiction légale pour les employeurs de faire travailler plus de six jours sur sept.
- 4° Instruction scientifique, professionnelle et intégrale etc.
- 5° Mise à la charge de la société des vieillards et des invalides du travail.
- A l’article 9 devenu l’art. 10 nous trouvons le changement suivant : Suppression de l'héritage en ligne collatérale et de tout héritage en ligne directe dépassant 20,000 francs.
- Les 2 articles suivants ont été ajoutés :
- 11° Cessation absolue de l’aliénation des propriétés foncière par les communes ou l’Etat ;
- 12° Affectation par les municipalités des fonds disponibles à la construction, dans tous les terrains appartenant aux communes, de bâtiments de natures diverses, tels que maisons d’habitation, bazars de dépôt, pour les louer sans bénéfice aux habitants.
- Les troisième et quatrième séances ont été consacrées à la propriété.
- Le délégué du 59 et du 139 arrondissement demande au nom de son cercle révolutionnaire la disparition de la propriété individuelle, afin que tout ce qui la constitue fasse retour à l’humanité, c’est-à-dire, à la collectivité des êtres humains organisés epmme ils
- l’entendront. . .
- • ' ^ <' '• '
- Le citoyen Fauché de l’Union syndicale des^.travailleurs conclut par les paroles suivantes : « Orga-
- (1) Les mots en italique indiquent les changements et additions.
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- » nisons nos forces pour créer une milice égalitaire ; » renversons les préjugés du respect aux droits » acquis, à la propriété ; cela fait, le lendemain de la » Révolution, ceux qui ne voudraient pas se sou-» mettre de bonne volonté, nous les ferons se sou-» mettre de force. »
- Le délégué du VI8 arrondissement se déclare également partisan des moyens révolutionnaires violents : « Je défie, dit-il en terminant, les proprié-» taires, de venir chercher ce que les prolétaires » auront pris. »
- Le citoyen Maitrejean (socialiste de l'école de Colins) montre la grande propriété tendant de plus en plus à se reconstituer. — Il y a là, menace pour les exploités devenant de plus en plus malheureux. Que faut-il faire? — Nationaliser le sol au profit de tous; il faut rendre aussi à la collectivité la majeure partie des capitaux amassés par les générations passées, capitaux représentés par les usines et les instruments de travail et déclarer le sol propriété collective inaliénable.
- L’orateur demande que l’on distingue « deux sortes « de propriétés confondues, comme à plaisir, jusqu’à « ce jour, » la propriété collective et la propriété individuelle. Les collectivistes du socialisme rationnel (Colinsiens) comprennent que la première doit être celle qui ne provient pas du travail.
- Au nom de son groupe, le délégué de la Chambre syndicale des papetiers régleurs demande pour conclure que la majeure partie des capitaux amassés par les générations passées entre à la propriété collective.
- Le citoyen Deynaud, collectiviste, représentant l’Union des travailleurs de la Seine, a dit entre autres choses dans un discours très éloquent :
- « Il faut garantir à chaque citoyen un minimum « suivant ses besoins rationnels. Je crois et je sou-« tiens qui si aujourd’hui nous avions la possibilité « de refuser le travail, la question serait plus ou « moins bien réglée ; mais nous serions libres, et « rien plus ne s’opposerait au progrès naturel. Alors « dans le cas où nous nous sommes placés, tenant « compte des sentiments qui existent chez l’homme, « nous savons qu’il ne désertera le travail que lors-« qu’il ne pourra pas faire autrement. »
- Le citoyen Delaporte (Colinsien) pense qu’un point est laissé dans l’ombre par la discussion précédente : il ne suffit pas de savoir ce que c’est que la propriété et de quelle façon elle sera organisée ; il faut encore se préoccuper des moyens de passer de l’état actuel à la société future et être capables d’y arriver sans craintes, sans troubles, sans injustices, sans verser de sang.
- De plus en plus aujourd’hui, ajoute le même orateur, un certain nombre de socialistes, convaincus et sincères sans aucun doute, prêchent avec ardeur la nécessité de l’emploi de la force pour transformer l’état de désordre social actuel. Il ont tort assurément, cet état social doit être transformé puisque le plus grand nombre souffre et meurt de misère, de l’aveu même des coryphées de l’économie politique, mais cette transformation ne doit pas être demandée à la force.
- Le citoyen Delaporte répudie les moyens révolutionnaires violents :
- « La force seule n’a jamais rien fondé de stable ; » il préconise l’intronisation de la suppression de l’bé-rédité collatérale de droit, et l’impôt de 25 0/0 sur les testaments, « Colins faisant intervenir l’effet « moral des démonstrations irréfutables, demande « un délai de 25 ans pour que le sol et les capitaux « soient entrés à la propriété collective. D’autres « étendent ce délai à 40 ans, et tous font voir que du « lendemain de la mise en pratique du moyen tran-« sitoire, la situation des travailleurs prolétaires a « changé, que la concurrence qu’ils se font actuel-« lement entre eux, et qui produit les conséquences « qu’on a appelées « la loi des salaires » est si « profondément atteinte qu’elle cesse à bref délai. »
- Selon l’orateur, en admettant même que les trois quarts des héritages collatéraux n’excèdent pas le quart des héritages directs, 25 0/0 d’impôts représentent le quart des transmissions testamentaires, par ce seul fait, qu’en 4 générations, toute la richesse actuelle, sol et capitaux, est entrée à la propriété collective sans qu’un sou d’impôt ait été prélevé sur le travail des vivants, tout étant pris sur le travail des morts. C’est un siècle. Mais en tenant compte que les 3/4 des héritages collatéraux dépassent la totalité des héritages directs, que tous les pères peuvent tester, que la progression de l’impôt suit l’importance des legs par testament et que la base minimun suivant les mœurs amendées par l’éducation, passe de 25 à 30, 35, etc. pour cent, le délai de 40 ans et même celui de 25 ans est justifiée.
- L’orateur termine son discours sur lequel nous avons cru devoir nous étendre plus longuement, vu son importance, par les paroles suivantes :
- « Dès que la société met à la disposition de tous la » matière foncière et mobilière : sol, outils et capi-
- « taux, moyennant loyer fixé par l’adjudication sous
- « certaines condition, le capitaliste a perdu toute sa « puissance sur le travailleur qui n’est plus prolé-« taire. Les associations librement consenties profile tent à ceux qui en font partie. Le travailleur a « l’intégralité des richesses qu’il produit. »
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- « La loi des salaires est renversée. Le paupérisme „ a disparu. »
- Le citoyen Deynaud répond au citoyen Delaporte en disant : qu’il y a un parti qui prêche la révolution; que quant à lui, il ne la prêche pas, il constate seulement qu’elle est un fait absolument néceessaire ; et qu’d ne trouve dans l’histoire aucune espèce de progrès qui ait pu se réaliser sans faire couler des flots de sang.
- Nous nions absolument le fait énoncé par l’orateur. De grandes réformes se sont faites sans effusion de sang- Quand ie sang a coulé cela a surtout été parce que le progrès étant œuvre de persuation, ce principe même de la marche rationnelle de la justice, ce flambeau du progrès, avait été méconnu.
- C’est la réaction qui, elle, n'a pas d’autres armes que la violence et la ruse, que le canon, l’ignorance et la perfidie ; la vérité n’a qu’à éclairer ; elle prend le flambeau et jette la torche : l’oppression passe sur des cadavres, la liberté relève ceux qui tombent; elle est la vie, la régénération ; l’opprobre tue mieux que le martyre ; montrer l’abus finit à la longue par le faire disparaître.
- Et qui vous dit, révolutionnaires violents, que vos intentions, quelque bonnes qu’elle soient, ne contiennent pas quelqu’erreur ?
- Avez-vous alors le droit d’imposer?
- Ne perpétuerez-vous pas le virus en prenant les mêmes moyens que vos antagonistes ?
- Laissez leur la violence ; plus heureux qu’eux, vous n’en avez pas besoin. Au dix-huitième siècle c’est la philosophie de nos pères qui a pris la Bastille; elle ne serait pas tombée le 14 juillet au souffle populaire, presque sans effusion de sang, si ses pierres n’avaient été désagrégées par la persuasion. Eh bien, nous sommes plus heureux que nos pères, l’œuvre pacifique à laquelle la science, la conviction, la propagande, l’existence du suffrage de tous suffisent,
- 1 œuvre réelle du progrès, devient chaque jour plus facile.
- Revenons à notre analyse, be citoyen Massard de l'Egalité, lit un long rap-port dans lequel il conclut : Considérant qu’il n’y a d émancipation possible pour les travailleurs que *|ans la Possession de l’instrument et de la matière de leur travail,
- R déclare : que tous les instruments et toute la Wière du travail doivent être repris par la col-'divité, et rester entre ses mains propriété indi-
- 1 se ei inaliénable.
- »on C1*°^ea B**! du Droit des Femmes, au nom de kcUye°U*)Ô deinande ^ue la propreté devienne col-
- I D’autres orateurs se prononcent dans le même sens.
- Le congrès dans ses résolutions reproduit mot à mot la déclaration que nous avons signalée plus haut en italiques comme conclusion du discours du citoyen Massard de Y Egalité, en ajoutant : « La réali-« sation de ces résolutions devra être poursuivie « par tous les moyens possibles. »
- | La cinquième séance a été consacrée au Salariat.
- ! — Passons en revue quelques-uns des tristes tableaux qui nous ont été faits de l’état actuel de nombreux prolétaires.
- h * Cit. Philippe : — Les mineurs, on le sait, n’ont à peu ! Près pas d’instruction ; ainsi dans le département de I la Loire,les huit dixièmes ne savent ni lire ni écrire, i Dès qu’ils atteignent l’âge de 9 ans,(l) on les met dans la mine pour transporter des morceaux de charbons dans les wagonnets ; ils gagnent à ce métier de 5 à 15 sous par jour et lajournée est d’environ 12 heures au moins ; ils travaillent à peu près nus dans ces in-pace; ils ne grandissent pas, restent malingres et chétifs, ont presque tous mal aux yeux, et meurent jeunes, ce qui est une libération pour eux. Il est rare de voir des mineurs dépasser la quarantaine, si toutefois le grisou ne les a pas emportés avant et un charbonnier ne gagne jamais plus de 3 fr. 75.Les femmes aussi travaillent dans ces enfers et gagnent de 25 à 35 sous. Tout ce monde loge dans des cabanes et mange un peu de lard cuit avec des pommes de terre et des choux. Quant au vin ; on ne le connaît pas beaucoup : lus mineurs se brûlent l’estomac avec de l’eau-de-vie, ce qui les soutient un peu, dit l’orateur, mais contribue à les abrutir.
- {A suivre). Jacques Courrier.
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- PROTESTATIONS OUVRIÈRES
- Le compte-rendu du Congrès de Paris, publié dans notre dernier numéro a fait mention de la retraite du citoyen Drouet, délégué du Havre. Les quinze chambres syndicales ouvrières de cette ville l’avaient envoyé au congrès avec mission d’y soutenir le programme suivant :
- 1° Instruction obligatoire, gratuite et laïque; instruction secondaire et supérieure, accessible aux enfants du peuple, c’est-à-dire eratuite après concours ;
- 2° Ecoles d’apprentissage dans toutes les villes de 3,000 habitants et au-dessus;
- 3° Liberté du travail, sauvegarde de l’initiative individuelle et de la dignité humaine ;
- 4° Liberté d’association, qui implique la reconnaissance légale des chambres syndicales et l’abrogation de l’article 291 du Gode pénal;
- (t) Si le fait est vrai il tombe sous le coup de la loi sur la travail des enfants. Les ouvriers ont droit en ce cas de porter plainte aux inspecteurs. e. G.
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- LE DEVOIR
- 8° Groupement professionnel par ville, arrondissement et département; groupement par région ;
- 6° Liberté de réunion, sous la seule responsabilité des citoyens ;
- 7° Liberté de la presse, sans le cautionnement ;
- 8° Rétribution déboutés les fonctions électives ;
- 9° Abolition du livret d’ouvrier, tout citoyen français devant être libre de circuler sur le territoire national ;
- 10° Certificats d’apprentissage délivrés par les écoles professionnelles, les chambres syndicales et les patrons, garantie de la capacité professionnelle ;
- 11° Intervention légale des chambres syndicales dans la surveillance des contrats d’apprentissage ;
- 12° Réglementation de la durée de la journée de travail, fixation de cette durée à 10 heures pour les adultes et à 8 heures pour les enfants au-dessous de quatorze ans ;
- 13° Révision de la loi sur les prud’hommes, vote accordé à tout ouvrier qui justifiera d’une année de présence dans la localité, ou de la possession d’un livret d’apprentissage ;
- 14° Interdiction du travail civil dans les prisons et communautés et son remplacement, dans les prisons, par la confection des objets nécessaires à l’armée ;
- 18° Institution de Sociétés de crédit pour faciliter la création de Sociétés coopératives de production et de consommation ; • '
- 16° Liberté des échanges ;
- 17° Suppression des octrois et impôts indirects, et leur remplacement par un impôt unique et progressif ; '
- 18° Le service militaire égal pour tous et réduit à trois ans ;
- 19° Interdiction absolue de toute communauté admettant le célibat dans ses statuts ;
- 20° Admission des groupes syndiqués à déposer dans les enquêtes officielles et législatives ;
- 21° Respect de la propriété et des droits acquis.
- Ce programme et la protestation du citoyen Drouet ont été reproduits par la plupart des journaux français.
- Voici cette protestation :
- monarchie, et que nous, citoyens français, nous sommes en République ; République de nom, “soit, mais Répu„ blique qui depuis dix ans s’est vue obligée de payer par des impôts excessifs les déprédations de vingt années d’oppression napoléonienne; et aujourd’hui," après le 14 juillet, signe de réveil de la nation pour tous les citoyens quels qu’ils soient, modérés ou radicaux, vous venez à cette tribune sous prétexte de défendre nos droits et de revendiquer nos. libertés; après, dis-je, une manifestation sans pareille dans l’histoire et qui a remué depuis la capitale jusqu’au plus petit hameau, vous voudriez que nous vous suivions dans une pareille voie î Non ! jamais ! Paris pas plus que la province, ne vous suivra ; la preuve, c’est que votre congrès régional ne représente qu’une trentaine dé groupés et que la province n’est représentée que par un délégué, et ce délégué proteste.
- Vous voulez que nous vous suivions, non, mille fois non ! car nous pensions assister au développement de théories pratiques conformes à la saine raison, et vous venez nous demander à vous aider à faire triompher des utopies absurdes et malsaines.
- Citoyens, au nom des ouvriers du Havre et de tous ceux qui, librement sans se cacher, veulent arriver au progrès par le droit et la justice, nous répudions vos principes, et avant de quitter cette tribune, je tien^ à déclarer que moi, Ernest Drouet, ouvrier voilier délégué du Havre à ce congrès, je proteste par cette déclaration et que je me retire.
- Le délègue du Havre,
- E. DROUET
- ouvrier voilier.
- Le citoyen Drouet a soumis sa conduite à la commission fédérale des chambres syndicales ouvrières du Havre, qui l’avait délégué au congrès de Paris. Après l’avoir entendu dans sa séance du 26 juillet, la commission a décidé de porter à la connaissance des quinze chambres syndicales ouvrières du Havre la communication suivante :
- Citoyens,
- Citoyennes, citoyens,
- Délégué, représentant de l’Union fédérative havraise, mandai é par quinze chambres syndicales, je viens, au nom de mes mandants, protester contre les doctrines, révolutionnaires et les excès de langage produits hier à cette tribune.
- En présence du programme intitulé programme minimum électoral, et des" revendications sociales des différents orateurs qui m'ont précédé, soient qu’ils aient parlé, soit qu’ils aient déposé un rapport au nom du groupe qu’ils représentent, je proteste; moi, délégué de province, qu’ai-je vu ?... des citoyens acceptant un mandat qui leur interdit de donner leurs noms, disant : Nous ne parlons qu’au nom de notre groupe, et l’on a décidé de cacher ces noms !
- Je me suis demandé, citoyennes, citoyens, ce qu’il pouvait y avoir de sérieux dans un pareil mandat.
- Du moment que vous représentez un groupe, c’est qu’il est présumable que vous avez sa confiance, sinon vous n’êtes qu’un porte-parole sans force et sans autorité.
- Ceci dit ; au nom des ouvriers havrais que je représente, je déclare protester :
- 1° Contre toute action révolutionnaire collectiviste faite ou tentée par la force; par cette raison que nous possédons des moyens plus pratiques sans aller les chercher dans vos théories brutales ou vos utopies ridicules, les seules pratiques selon vous (que ce soit pétrole, dynamite ou picrate de potasse) ;
- 2° Vous avez déclaré que les 800,000 socialistes allemands qui avaient envoyé leurs représentants au Parlement prussien s’étaient vu refuser toutes leurs justes réclamations, s’étaient vu poursuivis ; c’est vrai ; m v us avez oublié de dire que l’Allemagne est une
- Vous avez voulu affirmer vos idées socialistes en envoyant le citoyen Drouet, de la chambre syndicale des voiliers, déposer et défendre, au congrès régional de Paris, le programme que vous avez adopté et qui contient les revendications des ouvriers du Havre.
- A la suite d’incidents survenus dans la première séance du congrès, incidents que la presse locale et l6S journaux de la France tout entière ont portés à la connaissance du public, le délégué du Havre a protesté contre la situation qui lui était faite et s’est retiré du congrès.
- Votre commission fédérale s’associe à l’éloquente et fière protestation que le délégué du Havre a faite en i votre nom et déclare qu’il a traduit exactement les ; sentiments de tous les ouvriers de notre cité.
- ; Citoyens,
- | L’importance considérable que l'on accordée à notre j programme, à la suite de cet incident caractéristique | qui met en face les partisans des réformes pacifiques et I légales, et ceux qui ne se réclament que de la force s pour bouleverser l’organisation sociale actuelle, nous j impose de grands devoirs envers nous-mêmes et envers i nos camarades qui forment la masse ouvrière du pa.v> et qui, nous en avons la ferme conviction, pensent comme nous. Nous saurons les remplir en nous unissao plus étroitement que jamais afin de faire triompher, a congrès national du Havre, la justice et la raison.
- La commission fédérale maintient donc, au nom l’Union syndicale havraise, le programme qui nettement la ligne de conduite que* les ouvriers du Ha entendent suivre pour arriver progressivement et su ment à, conquérir la place qui leur est due dans u société vraiment démocratique.
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- ctruits par les événements de l'histoire, qui leur ont Dris que la violence n’a jamais rien fondé de duraMe, »Pont décidés à ne demander la juste réparation des il5 s dont ils souffrent qu’à l’organisation méthodique *tàurs forces, sous la protection de lois égalitaires réclament, et qu’ils obtiendront pacifiquement des Avoirs publics, parce qu’ils savent ce que vaut leur Sletin de vote.
- IP repoussent la création d’un Quatrième Etat, parce qis ne veulent pas reculer d’un siècle,, et se séparent Volument de ceux qui,possédant le suffrage universel, fient encore de l’emploi du fusil pour résoudre les Ublèmes sociaux.
- l'c’îst avec cette franchise et dans cet esprit qu’ils rendront part au congrès national ouvrier qui s’ouvrira P II octobre prochain, et qu’ils feront résolument appel u concours dévoué des délégués de la France toute ntière, pour arrêter ensemble une ligne de conduite ommune, en vue de préparer les classes ouvrières au rôle prépondérant qu’elles doivent jouer dans notre so-dété républicaine.
- Oui, citoyens, c’ëst dans le congres où la tribune sera véritablement libre, et où il ne sera pas imposé de faire wrtie d'une Fédération quelconque pour y avoir droit de tott, que les travailleurs français pourront formuler leurs vœux.
- Ils sauront prouver, nous en avons l espoir, que si rien désormais ne se peut faire sans eux, iis ne veulent pas être un danger, ni pour les intérêts légitimes, ni pour la République. En offrant à tous un terrain sur lequel nous pourrons nous tendre la main, les ouvriers du Havre auront aidé à constituer la plus grande foree delà République qui, seule,est capable de mener à bien l’œuvre de régénération, d’émancipation et de justice, qui mettra la France à la tète des nations civilisées.
- Eu conséquence, citoyens, la commission fédérale,interprète fidèle de vos sentiments, a approuvé la conduite du citoyen Drouet au‘congrès régional de Paris, et, en votre nom, l’a remercié d’avoir dignement rempli le mandat que vous lui aviez confié.
- Recevez, citoyens, nos salutations fraternelles.
- Pour la commission fédérale :
- Le président de la réunion du 26 juillet,
- CLÉMENT BARBEY.
- Les assesseurs,
- LEBIGOT et LEMAITRE.
- Cette protestation n’a pas été la seule qui ait été formulée.
- Dans la dernière séance du Congrès de Paris. M. Jardin, délégué des ouvriers dû brGnze a donné lecture de la protestation suivante :
- Citoyennes, citoyens,
- Dès la deuxième séance, nous avions l’intention de •aire cette déclaration. Nous avons voulu la soumettre, avant, à notre syndicat et à un grand nombre de sociétaires. Tous nous ont non-seulement autorisés mais encore engagés fermement à la lire devant vous.
- Lorsque la chambre syndicale nous fit l’honneur de tous désigner pour la représenter, il fut bien entendu que nous ne prendrions la parole que si les circonstances
- nous y obligeaient.
- orafS ^ées émises à cette tribune par presque tous les Présent n°US ^ dégager la Société que nous re -
- tenons à ce que l’on sache que l’immense ruades • travaiifeurs composant la chambre syndicale forc°UVr*ers bronze proteste contre ces appels à la
- En’ C^ntre ces provocations à la guerre civile. jyJr.Pféconisant de pareilles idées, nous sommes per-unevuS ^ae vous faites* inconsciemment sans doute, action aiüe besogne, que vous commettez une mauvaise
- Nous avons pour la République un amour profond. C’est vous dire que nous serions prêts à combattre ceux qui auraient l’intentione la renverser, quel que soit le nom qu'ils prennent, qu’ils soient monarchistes ou qu’ils se disent anarchistes.
- N’est-ce pas avec un serrement de cœur, citoyens, que vous avez entendu ici des hommes vouloir que l’on substitue la dynamite à la légalité, le peloton d’exécution à la persuasion ?
- Ne se rappellent-ils pas que, dans les révolutions, c’est toujours dans nos rangs qu’on trouve le plus grand nombre de victimes ? Qu’ils songent aux milliers de veuves, d’orphelins, à ceux qui, s’ils ne perdent la vie, perdent, ce qui est pis encore, pour longtemps, si ce n’est pour toujours, leur patrie, leur famille, leurs amis.
- Quelques-uns d’entre vous repoussent le suffrage universel.
- Nous, au contraire, c’est là que nous voyons le salut.
- Lorsque l’instruction sera répandue à profusion, nous obtiendrons, avec le bulletin de vote, et en choisissant parmi nous les plus honnêtes et les plus capables pour nous représenter, les réformes que nous sommes en droit d’attendre.
- Nous les obtiendrons, ces réformes, sans effusion de sang, progressivement, ce qui fait qu'elles seront im-muab les ; vous voyez que nous sommes plutôt évolu-tionnires que révolutionnaires, lors que nous sommes en République.
- Certes, beaucoup d’entre vous ont exposé éloquemment la situation critique, les souffrances du prolétariat; mais nous regrettons sincèrement qu’au lieu de chercher les moyens d’alléger cette situation, ces souffrances, vous ayez presque tous conclu à la violence.
- En conséquence,
- Les délégués soussignés ne craignent pas de déclarer que la chambre syndicale des ouvriers du bronze ne s’associe en rien aux idées révolutionnaires du congrès régional ouvrier.
- JARDIN, ANCELMENT.
- LES CONGRÈS COLLECTIVISTES ET LES DEMANDES DES OUVRIERS
- Les congrès collectivistes révolutionnaires qui viennent de se tenir à Paris et à Marseille ont donné lieu à des appréciations très diverses. 11 nous serait facile de joindre les nôtres à celles de nos confrères et de tomber à bras raccourcis sur ces bruyantes réunions. Nous ne le ferons pas. Nos idées sur la question ouvrière sont trop connues pour que nous ayons besoin de rappeler combien l’abîme qui nous sépare du collectivisme révolutionnaire est large et profond. Aussi, ne pouvant être suspect de partager ces idées, nous sommes très bien placés pour en parler sans passion.
- Disons-le tout de suite, bien que nous regrettions que ces congrès au lieu de s’occuper d’améliorations immédiatement réalisables aient consacré tout leur temps à parler sur des théories impraticables, nous croyons toutefois que ces débats, malgré ou peut être à cause de leur violence, n’auront pas été complètement perdus.
- Un aveu triste à faire, c’est que dans notre société blasée et affairée la violence et l'étrangeté sont deg
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- conditions de retentissement. Les hommes d’aujourd’hui se préoccupent avant tout de gagner de l’argent. Le temps qu’ils laissent à la pensée — quand ils lui en laissent— est forcément limité ; à peine ont-ils celui d’effleurer les questions sérieuses ; jamais ils n’en prennent assez pour les approfondir. On n’écoute que ceux qui crient. On ne discute que les opinions extrêmes. Un sophisme vigoureusement soutenu attire mieux l’attention qu’une pensée réfléchie rationnellement exposée. Le public est composé de dormeurs qui sommeillent de leur mieux et n’ouvrent les yeux que lorsque quelque tapageur attardé casse leurs vitres ou de passants tellement affairés et tellement habitués au bruit de la rue que pour se faire remarquer d’eux il faut tirer des coups de pistolet à leurs oreilles
- Le Devoir a qualité pour faire ce triste aveu. Depuis trois ans il se consacre à exposer les besoins de la classe ouvrière et à proposer des remèdes aux maux dont elle souffre C’est en vain. Tout ce qu’il a dit à cet égard n’a pas dépassé un petit cercle d’hommes réfléchis, et ni la presse ni la triuune n’ont cru de leur dignité de discuter avec lui.
- Eh bien, il en serait de même pour les congrès ouvriers s’ils ne revêtaient pas une certaine allure turbulante et batailleuse.
- Supposons que ces congres n’eussent présenté au public que des rapports étudiés avec le plus grand soin, rédigés avec la plus grande modération, ne contenant que les arguments les plus probants et les phrases les plus polies, supposons que les séances où ces rapports auraient été lus eussent présenté toute la gravité solennelle, toute la rectitude.parle-mentaire d’une séance académique, croyez vous que le public s’y lut intéressé ? /
- Pas le moins du monde.
- On se serait dit : « Voilà de bien braves gens. Us prennent bien en patience leur sort. Il parait donc que leur sort n’est, pas aussi misérable qu’on a prétendu. » Puis ou n’aurait plus pensé ni aux ouvriers, ni à leurs demandes.
- Au contraire les appels à la violence, les provocations ouvertes à la guerre civile, les propositions de solutions à la dynamite et au picrate de potasse,ont cette conséquence de forcer le public à parler de la question ouvrière. Il hausse les épaules en entendant quels procédés on propose, mais en lui même il se dit qu’i! y a tout de même quelque chose à faire et que réellement la vie que l’on fait à l'ouvrier est bien loin d’être ce qu’elle devrait.
- Quant à croire que ces appels à la violence ont du retentissement dans la classe ouvrière, ce serait une erreur. Les ouvriers sont les premiers à en sourire
- et si quelques uns les prennent au sérieux c’est p0Q s’élever publiquement contre eux. Les trois pro testations que nous avons reproduites plus haut sont la preuve évidente.
- Non, les ouvriers ne sont pas aussi broui]i0nj qu’on le prétend .Que dans leur nombre il s’entrouïe quelques-uns qui ne rêvent que plaies et bosse$,c’es. ce dont nous ne disconvenons pas. Mais quel partj je vous prie, peut se flatter d’être exempt de tètes chaudes ? Ne vous y trompez pas, vous entendez ceux qui parlent, mais vous n’entendez que ceux-B et parmi eux que ceux qui crient le plus fort ; n’0u. biiez pas que derrière ce petit peloton d’avant garde qui sonne du clairon et bat de la caisse se trouve la grande, l’innombrable armée des travailleurs quine se plaint pas à voix haute. Ne croyez pas que cette
- grande masse des travailleurs emboîte le pas derrière les éclaireurs. Non, car elle a pour eux h1qs de suspicion que de confiance et au jour des élections eiie choisit pour ses représentants d’autres hommes que ceux-là.
- Les orateurs du collectivisme révolutionnaire n’i-gnorent pas de quel oeil les regarde la grande masse des ouvriers. C’est un peu à l’adresse de celle-ci qu’a été rédigé l’ordre du jour de clôture du Congrès de Paris, ordre du jour aussi étrange que significatif, dans lequel le Congrès se félicite d’avoir changé en hostilitées décidées certaines neutralités sympathiques et d’avoir transformé des ennemis en indifférents. .
- Ce n’est pas que la grande masse des travailleurs soit satisfaite de son sort. Loin de là. Seulement, dans son clair bon sens, elle se dit que les procédés révolutionnaires seraient impuissants à lui donner satisfaction Elle a confiance dans son bon droit.Elle est pleine d’espérances dans l’avenir. Elle comprend que la liberté est la condition nécessaire du progrès et que demander l’émancipation des travailleurs avant d’avoir obtenu le fonctionnement de la liberté c’est mettre la charrue avant les bœufs. Enfin, élis se dit aussi que le régime politique que le pays s’est enfin donné est celui pour lequel elle a si longtemps souffert et tant de fois répandu son sang, et que,un? fois consolidé, ce régime ne pourra mentir à son origine au point de se désintéresser de la cause des travailleurs.
- Cette confiance, cette foi des ouvriers dans l’avp' nir, assure aujourd’hui la tranquillité, la sécurité générale, et, par cela même, fait la force de la repu-bisque. Mais, que l’on y prenne garde, si cette c0l‘" fiance devait aboutir à la désillusion, un danger se rieux surgirait. Les ouvriers ne pardonneraient pa-
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- à nos gouvernants d’avoir méconnu leurs intérêts. Ils ont pi'*55 patience jusqu’ici parce qu’iis ont été té-Hioins des difficultés qu’a rencontrées la république, niais ils ne prendront pas patience éternellement. Leur attachement profond à la forme républicaine ne p’étend pas, du moins au même degré, à la représentation nationale et s’ils voient qu’ils ne peuvent rien obtenir d’elle, ils profiteront des élections prochaines pour la remplacer.
- par qui ? C’est ce que l’on ignore. Il ne serait pas impossible que dans l’agitation qui se produirait d’habiles pêcheurs en eau trouble arrivassent à sor-ir de l’ombre dans laquelle il serait excellent de les maintenir. Quelle aubaine en effet pour les révolutionnaires qu’une période électorale s’ouvrant à l’heure où la classe ouvrière serait mécontente d’une chambre recrutée dans les classes dirigeantes !
- Mais cette éventualité de danger n’est pas la seule. Il se pourrait aussi que de longues crises industrielles coïncidant avec plusieurs mauvaises récoltes successives vinssent empirer la situation des travailleurs en fermant les ateliers et en faisant hausser le prix de la vie.
- Que se produirait-il alors ? Nul ne peut le dire au juste, mais il est certain que le terrain serait mieux préparé qu’aujourd’hui pour les semeurs de collectivisme.
- Il importe de prévenir ce danger. Cela n’est pas aussi difficile qu'on se le figure. La situation actuelle est exceptionnellement propice à une action dans ce sens. Les sentiments de confiance dans le régime républicain et de respect dans la légalité dont la classe ouvrière fait preuve en laissant sans écho les appels les plus véhéments à la guerre civile, permettent de donner satisfaction aux justes plaintes de la classe ouvrière sans paraître pactiser avec l’esprit 'le révolution. De même que l’on a bien fait de répliquer par le vote de l’amnistie à une élection qui nommait M. Ballue dans un quartier ouvrier où se présentait M. Blanqui, de même on ferait bien de répliquer par la mise à l’étude des questions sociales à la parfaite tranquillité que conserve la classe ouvrière en présence des plus violentes excitations.
- On a pu voir par les protestations publiées plus haut sous quelle forme se présentent les revendica-fions des ouvriers du Hâvre et celles des ouvriers parisiens du bronze. Celles du reste de la classe ouvrière sont à peu près les mêmes Les uns vont un peu moins loin, d’autres au contraire — et ce sont eï> plus nombreux — vont un peu plus loin. Aucun Qe dépasse les limites légitimes.
- Groupons ces diverses nuances d’aspirations afin
- de constater que, prises en bloc, elles n’on rien qui soit irréalisable ou contraire à l’équité.
- Les ouvriers demandent que le droit leur soit reconnu de se réunir en toute liberté pour s'éclairer mutuellement, pour discuter leurs intérêts, pour arriver à donner à leurs revendications une forme plus étudiée et plus complète.
- Eli bien ! Qu’on reconnaisse enfin en entier cette liberté de réunion qu'on vient de reconnaître en partie.
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- Ils demandent que le droit leur soit reconnu d associer leurs épargnes ou leurs efforts comme bon leur semble pour la défense de leurs intérêts.
- Eh bien 1 qu’on proclame enfin cette liberté d’as-| sociation qui existe dans tous les pays d’Europe sauf en France et en Turquie et qui partout donne les meilleurs résultats.
- Ils demandent à être garanties contre la maladie, contre le chômage et contre les infirmités de la viel-lesse.
- Eh bien ! qu’on organise la mutualité de manière à leur donner satisfaction.
- Ils demandent à être soulagés des charges accablantes que leur donne trop souvent le grand nombre [ de leurs enfants.
- f Eh bien ! que par de sages réformes dans le régime fiscal et par le développement du libre échange on fasse baisser le prix de la vie, et qu’on organise en plus des crèches nombreuses et le réfectoire à l’école.
- Ils demandent à être protégés contre les inconvénients d’une instruction insuffisante et parfois presque nulle.
- Eh bien ! qu’on leur réponde par une distribution gratuite et égale pour tous d’une bonne instruction physique, morale et intellectuelle.
- Enfin ils demandent de participer dans une mesure équitable aux bénéfices que produit leur travail, bénéfices qui vont exclusivement dans la poche du patron.
- Eh bien 1 qu’on les appelle à participer aux bénéfices produits, et cela proportionnellement à l’importance du concours.
- I)u jour où ces grandes et légitimes satisfactions seraient données à la classe ouvrière — et cela est aussi possible qu’équitable — la quiétude sociale serait assurée, les plaies les plus hideuses de la société actuelle seraient fermées, les intérêts de chacun seraient mieux garantis que jamais. En supprimant les causes du mécontentement, on réduirait à néant les éventualités de danger. Tant il est vrai que la meilleure des politiques est encore celle qui se rapproche le plus de l’équité. Ed. Champury.
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- NOUVELLES DIVERSES
- FRANCE
- f Les femmes — La lutte que Mile Hu-
- bertine Auclert soutenait contre le fisc, vient d’avoir son dénouement: Mile Hubertine Auclert est vaincue.
- C’est le sort ordinaire, quand on lutte contre le fisc.
- En pareille matière, après une succession de petits papiers de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, jaunes, verts, violets et blancs, — le blanc est terrible ! — les huissiers arrivent. Ils se sont présentés au domicile de Mlle Hubertine Auclert qui a cédé.
- Sa protestation n’aura toutefois pas été perdue puisqu’elle a attiré l’attention du public sur une question trop méconnue.
- * *
- Instruction des femmes. — On écrit de Paris au Journal de Genève :
- Le Conseil municipal de Paris a voté l’acquisition d’un immeuble destiné à l’installation, au mois d’octobre prochain, d’un externat primaire supérieur de jeunes filles, pouvant contenir cinq cents élèves. C’est l’idée du député Camille Sée reprise par l’initiative communale et réalisée avec une promptitude que ne comporte pas malheureusement la procédure parlementaire. C’est surtout un commencement de réforme dans un état de choses qui ne pouvait se perpétuer plus longtemps sans nuire singulièrement au développement de notre régime national.
- Il y a quelques jours, un savant étranger qui avait obtenu du préfet de la Seine l’autorisation de suivre les examens pour le brevet d’institutrice, formulait ainsison opinion sur les épreuves auxquelles il venait d’assister: « J’ai trouvé, disait-il, des élèves très fortes en histoire sainte; d’autres, en moins grand nombre, suffisamment ferrées sur l’histoire générale ; mais aucune ne savait ce que c'est qu'une chandelle. »
- Sous cette forme pittoresque se cachait une critique fort juste de l’enseignement donné ici aux femmes. Initiées aux innombrables règles et exceptions de notre grammaire, bondées de dates historiques, qu'elles oublient d’ailleurs plus ou moins vite, elles terminent leur éducation sans avoir appris, en fait de science, autre chose que la pratique élémentaire des opérations arithmétiques. Et ce qui est pis, celles d’entre elles qui voudraient combler cette importante lacune, n’ont pour ainsi dire aucun moyen d’y parvenir.
- Il se fait bien, de ci de là, dans Paris, quelques cours spéciaux à l’usage des jeunes filles; mais, outre que l’admission à ces séances entraîne des frais qui ne sont pas à la portée de toutes les bourses, l’enseignement y a un caractère superficiel où l’expérience amusante tient la place du raisonnement et où l’esprit ne peut, en conséquence, s’ouvrir aux déductions de la méthode scientifique.
- C’est à cette situation que le Conseil municipal de Paris a voulu porter un premier remède par la création d'un établissement d’instruction primaire supérieure, et son intention est d’ouvrir successivement diverses institutions du même genre, de telle sorte que, moyennant une légère rétribution et sans avoir à encourir des déplacements gênants, la jeunesse féminine puisse acquérir ces notions scientifiques qui sont devenues indispensables dans un siècle tel que celui-ci, — ne fût-ce que pour s’affranchir de ces croyances au merveilleux qui troublent tant de bons esprits et qui se confondent, en la compromettant, avec la foie religieuse.
- L’exemple donné en cette circonstance par Paris sera probablement suivi par beaucoup de grandes villes.
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- ¥ *
- Diminution des droits d’octroi. — La
- commission du budget du Conseil municipal de Paris a pris une décision importante : elle a porté à 5 centimes par litre le dégrèvement des droits d’entrée sur les vins.
- Cette détaxe entraîne une diminution de 6,250,000 fr. dans les recettes du budget de la Ville.
- La consommation annuelle du vin à Paris étant en moyenne de 220 litres par tête, c’est donc une diminution d’impôt de 11 fr. en moyenne par habitant, soit 44 fr. dans une famille composée du père, de la mère et deux enfants.
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- Récompense méritée. — Mme Ch. Sauvestre, femme ne notre confrère, vient d’être nommée officier d’académie. Mme Ch. Sauvestre, qui a consacré toute son existence à l’instruction, est l’auteur de plusieurs ouvrages, parmi lesquels le Guide pratique pour les écoles professionnelles de jeunes filles lui a valu une mention honorable à l’Exposition universelle de 1878.
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- ITALIE
- Une femme docteur. — Mlle Angela délia Chiara, ancienne élève du cours complémentaire annexé à l’école normale de Florence, a été reçue docteur en lettres, histoire, géographie, philosophie morale et pédagogie à l’Université de Padoue.
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- SUISSE
- Cotlification du droit interiîfitionnl. —
- Le Conseil fédéral a accordé la salle du Conseil national pour les séances du Congrès pour la réforme et la codification du droit international, qui doivent avoir lieu du 24 au 27 août, sous la présidence de M. Robert Phili-mare.
- Les principaux objets à l’ordre du jour sont :
- 1° Le droit public international, la juridiction consulaire en Orient, l’organisation judiciaire en Turquie, eu égard aux ressortissants étrangers; l’application des lois du lieu de domicile, eu égard aux dispositions testamentaires et au droit matrimonial ; le droit territorial des indigènes ; la protection internationale des télégraphes sous-marins;
- 2° Le droit commercial international; lettres de change ; effets de commerce ; faillites ; droit d’auteur ; codification du droit commercial ;
- 3° Droit maritime international ; grandes avaries, assurances mariLimes, contrats de transport.
- M. Welti, le président de la Confédération suisse et son plus grand orateur, prendra une part importante aux travaux.
- ALLEMAGNE
- Les fruits de la protection. — La réforme douanière commence à produire, d’après la Vossische geitung, des effets désastreux :
- « Les bienfaits de la réforme opérée par le prince Bismarck en matière de douane et d’impôt reçoivent, dès aujourd’hui,, dit ce journal, par le fait de la publication des rapports annuels des Chambres de commerce, un commentaire significatif. Nous avons déjà eu l’occasion de constater la gravité du dommage subi par un grand nomûre de branches de production qui comptent parmi les plus importantes.
- « Les protectionnistes nous objectaient que les plaintes formulées n’émanaient guère que des villes maritimes et de certaines places centrales. Or, nous avons sous les yeux le rapport d’une Chambre de commerce et d’industrie qui appartient à une région très industrielle, nous voulons parler de la Franconie centrale, et le tableau n’est pas plus rassurant que ce que nous savions déjà.
- « Ainsi l’industrie des crayons, la brosserie, la fabrication des cordes et des fils d’acier, celle des veilleuses, etc., ont déjà subi un préjudice incalculable par suite des représailles de l’étranger. »
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- L’émigration. — Un mouvement marqué d’émigration en Bavière :
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- LE DEVOIR
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- On écrit d’Aschaffenbourg que soixante-dix familles, oinptant trois cent cinquante personnes, vont quitter f ^pessart pour se fixer dans l’Arkansas, où, par l’inter-Jnédiaire de la congrégation du Saint-Esprit, des terrains nour cent familles leur sont destinés. Le clergé eatho-îiaue fait une propagande active parmi les populations naiivres da Spessart; de concert avec la Société Raphaël, nui prend. sous protection les émigrants à leur arrivée i Hambourg et à New-York, il a organisé l’émigration et cherche par les descriptions les plus séduisantes à engager les pauvres gens à se fixer de l'autre côté de l’Atlantique.
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- Une démonstration républicaine a eu
- jieu à Kaiserslautern, dans le Palatinat.
- Une foule nombreuse s’est rendue au cimetière où reposent dix-sept volontaires tués pendant le soulèvement qui a eu lieu en 1849 quand la réaction austro-prussienne entreprit de détruire la constitution démocratique votée par l’Assemblée de Francfort. C’est l’empereur d’Allemagne actuel qui commandait les troupes chargées de « mettre à la raison » les partisans de la Conférence et de l’Assemblée nationale.
- M. tSonnemann, le député de Francfort, toujours sur la brèche, a prononcé un discours fort apprécié et très-applaudi dans lequel il a exposé que les combattants de 1849 étaient dans la légalité et que l’uüiou de FAllemagne, que le parti libéral revendique pour lui et pour le chancelier, avait été créée par les démocrates allemands. Pour la première fois, depuis longtemps, on voyait réapparaître l’emblème de la République allemande, les couleurs jaune, rouge et or.
- ANGLETERRE
- Progrès de l’idée républicaine. — On lit
- dans le Spectator au sujet du vote de la Chambre des Communes sur le projet d’érection d’une statue à l’ex-priuce impérial.
- f La véritable signification de la résolution de nos représentants, c’est le mouvement favorable qui se manifeste chez nous pour la forme républicaine.... Les dix années de prospérité que vient de traverser la France montrent aux Anglais qu’un monarque n’est pas nécessaire à un grand Etat, et qu’une république peut aussi bien organiser des armées, maintenir l’ordre, lever des impôts, faire respecter la propriété et rester en paix avec ses voisins. C’est pour nous toute une révélation on ne peut plus intéressante. »
- —cccomme»»
- Un roitelet sauvant urne armée.
- La veille de la bataille de la Boyne, un corps d’armée royaliste du roi Jacques essaya de surprendre le camp du prince d’Orange, dont les soldats, ayant eu beaucoup à souffrir de la chaleur du jour, étaient livrés au plus profond sommeil.
- Les Irlandais catholiques s’avancaient en silence, à la faveur des ombres de la nuit, et allaient surprendre les protestants, sans une circonstance encore plus insignifiante que le cri des oies qui avertirent les Romains de t arrivée des Gaulois.
- Un jeune tambour avait mangé son souper, composé a u.n, morceau de pain sec, dont quelques miettes étaient restées sur la peau de sa caisse, auprès de laquelle il s était endormi ; un petit roitelet, qui avait peut-être moins bien soupé que le jeune tambour, était sorti d’un miîsson pour venir grignoter les miettes laissées sur la caisse. Le bruit que fit le petit oiseau en tombant sur qu’il frappait de son bec pour ramasser les ceDris du pain, suffit pour réveiller l’enfant de troupe
- qui entendit aussitôt la marche des soldats du roi Jac-que$,
- U saisit ses baguettes, frappa à coup redoublés sur
- son tambour; les protestants se réveillèrent, formèrent leurs rangs et repoussèrent les catholiques dont la journée du lendemain acheva la défaite.
- L’histoire du roitelet se répandit dans les deux armées. Jamais les Irlandais n’ont, put pardonner au roitelet d’avoir sauvé leurs ennemis et affirmé la suprématie de l’Eglise réformée dans les trois royaumes.
- N’est-il pas certain que si le fait s’était passé dans le cam adverse et qu’il eut eût entraîné le triomphe des catholiques, on l’aurait exploité comme étant un miracle.
- LE MIR RUSSE
- On lit dans la Géographie universelle deM. Elisée Reclus :
- C’est principalement pour la culture du sol que s’est maintenu, en se transformant, le groupe communal. Ce groupe, c’est le Mir de la Grande Russie, la hromada de la Petite Russie ; on voit sous d’autres noms, une organisation analogue chez les populations finno-tartares, telles que les Mordves, les Tchérémisses et les Tchouvaches ; même les colons allemands des bords de la Volga, quoique ayant reçu des terres par familles, les ont réunies en domaines co'mmunaux.
- Le Mir est donc une institution générale dans l’empire, quoique ses formes les plus originales et les mieux étudiées se rencontrent surtout dans la Grande Russie. C’est dans cette partie de l’Europe seulement que l’on voit des villes même garder le régime de la distribution des terres entre leurs membres. Ainsi les habitants de Mologa sont divisés en onze stotria (centaines), et les prairies environnantes se partagent en onze parties, que chaque centaine fauche à son tour et dont le produit "est distribué entre les membres, selon la quantité des impôts payés par chacun.
- Il n’est pas tout à fait exact de traduire, commeon le fait d’ordinaire, le mot Mir par celui de « commune », car le travail en commun ne se pratique guère que dans quelques associations agricoles temporaires, comme la seierchtchina de la basse Volga et de la Petite Russie. Dans certaines communes de Raskolniks (hérétique de l’église grecque) et notamment chez les Obchtchiye ou « communautaires », secte des Donkhobortzî, il n’y. a point de partage du sol ; la terre est cultivée par tous et la récolte répartie entre eux proportionnellement au nombro des travailleurs de chaque famille.
- En général le travail en commun et le partage égal du produit s’observe plus souvent pour les prairies que pour les terres labourables et sur les terrains loués que sur la propriété des communes.
- Le mot Mir, signifiant à la fois le village et le monde, ne se distingue que par l’orthographe d’un
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- LE DEVOIR
- mot ayant le sens de « paix », de contrat et d’accord. Le Miresten effet l’entente générale des familles du village sur la répartition des terres. Quand le territoire est vaste, comme dans les provinces du nord, le sol est commun à plusieurs villages, constitués en vol’ost : c’est ainsi que dans le district d’Olonetz environ 600 villages sont groupés en 30 communes. Un seul vol’ost communautaire comprend plus de cent villages, et son territoire d’une superficie de 2 0,000 hectares, borde le Svir sur une longueur de 60 kilomètres.
- L’étude des documents a démontré que la fédération des villages en vol’ost pour l’exploitation du sol était le fait général dans l’ancienne Russie.
- L’ensemble des habitants d’un village constitue le Mir ou la commune. Le Mir, qui s’administre en toute liberté, est propriétaire du sol, mais en même temps il est responsable du bien-être de tous les membres de la commune ; il doit assurer une part de la terra à tout individu capable de travailler. Souvent
- les forêts et presque toujours les pâturages restent indivis.
- En principe, le partage doit se faire suivant la quantité des travailleurs mâles dans chaque famille, et la terre étant taxée pour les impôts d’après la population mâle, la répartition du sol devient obligatoire après chaque recensement.
- On a remarqué que les communes les plus riches et soignant le mieux leurs terres répètent les partages moins fréquemment que les communes pauvres.
- Afin que chaque membre du Mir reçoive une part égale, on divise ordinairement laterreen trois sortes de lots, suivant leurs qualités de terrain et les facilités de la culture. Tout est pris en considération, nature du sol, exposition, pente, proximité des maisons, des chemins et des ruisseaux ; les lignes de démarcation entre les lots suivent la direction qui assure entre eux le plus de ressemblance. Puis le sort décide quels lots les paysans recevront dans les terres de diverses qualités.
- En dépit des prédictions faites par tant do publicistes russes et étrangers depuis l’émancipation des serfs, le Mir russe s’est maintenu : il n’a cessé de s’accorder avec les intérêts et la manière de penser des paysans. La loi permet aux communes de partager définitivement les terres en propriétés distinctes et de dissoudre ainsi la propriété communale, mais les villages qui ont usé de cette autorisation sont très rares et presque tous se trouvaient dans aes conditions particulières, qui rendaient fort gênant le maintien de l’ancienne communauté. Pendant les 14 premières années qui ont suivi l'état d’émancipation, on ne connaît que 98 exemples de communes qui
- aient abandonné la propriété collective pour passer sous lo régime de la propriété privée, et l’on cite ie cas de communes qui se sont dissoutes pour se reconstituer partiellement d’une manière plus avantageuse; d'autres se sont agrandies, groupant en uq Mir plus étendu les terres rachetées par elles L’ancien esprit de solidarité entre membres d’une même commune n’a point disparu.
- LE DERNIER-NÉ DE GINX
- SA NAISSANCE ET SES AUTRES INFORTUNES
- Par M. JENKINS
- IV. — De très-larges vues.
- Sir Charles Sterling, M. Joshua Haie et autres, poursuivirent leur conversation interrompue par la sortie du Ministre.
- Que devait-on faire de Bébé Ginx ?
- Quelle case lui était réservée, à lui et à ses pareils, sur le grand échiquier social ?
- La plupart de nos politiques étaient d’avis de laisser à l’enfant le soin de trouver lui-même cette case. Ils agitaient entre eux la question de l’offre et de la demande d’une façon toute gratuite, comme le font maints journaux, n’ayant guère en vue qu'un seul objet : tourner une phrase bien ronflante qui ferme toutes les issues à la discussion.
- Aussi, de ces hommes d’Etat, le plus grand nombre se cramponnait-il, sinon à son intérêt propre,du moins à ses fantaisies personnelles. Quoi de plus cher à un homme que le produit de son esprit et de son imagination ? Qui ne sait avec quel amour le pauvre poétereau caresse ses vers qui, bien que dépourvus de grâce et de délicatesse, sont à ses yeux le diadème mis sur le front du génie ! Il en est de même de l’homme politique avec ses idées : il les lance à tous les hasards, à tous les vents, tandis qu’il ferme les yeux â l’utilité des pensées qui lui sont étrangères.
- Telle est la base, la source pourrait-on dire, de cette sorte d’égoïsme qui souvent fait tort à une politique réellement honnête ; égoïsme qui n'est pas celui d’une criminelle ambition , mais bien plutôt l'effet de l’aveuglement du créateur sur les mérites do sa créature ; égoïsme qui n'en est pas moins désastreux pour les intérêts du peuple. Tandis que ces hommes d’Etat se complaisent dans leurs fantaisies et les élèvent à la hauteur d’une question nationale, ils évitent de regarder ce qu’ont en vue d’autres hommes aussi capables qu’eux, ou s ils y jettent les yeux, c’est d’une façon toute superficielle.
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- 4jnsi Joshua Haie, qui est loin cependant de tomber s0US eouP ^e ces observations, avait aussi sa marotte à propos de la quostion de la propriété à gte.Hélolie (1). Son plan était probablement très-bon, quoique tant soit peu révolutionnaire, et rien n’eut j,u le convaincre qu’un autre que le sien pût être mis à exécution avec succès. Il voulait qu’à Sainte-Hélène cette turbulente de l’empire, tout individu pût devenir propriétaire ; et je suis tenté de croire qu’il ne désirait ni n’espérait voir aucun homme heureux dans cette île avant que ne fût accomplie cette réforme-
- D’autres personnes, qui avaient en poche d’autres remèdes prétendus plus simples et meilleurs, étaient prêtes à prouver que si tout individu à Ste-Hélène, arrivait à être propriétaire, ce bas monde plus ingouvenable que jamais serait un véritable enfer- Si pour arriver à une solution de la question, nul de ces messieurs n’était disposé à faire le sacrifice d’une de ses moindres fantaisies,on pouvait se demander : Qu’aviendra-t-il de Sainte-Hélène.
- On discutait donc, disions-nous, le cas de Bébé Cfinx. L’un pensait que le rappel de la loi sur les pauvres et un nouveau mode d’assistance s’étendraient à ce cas ; l’autre voyait dans les Trades-unions le germe du mal dont souffrait Bébé ; un troisième l'attribuait à la coopération industrielle ; un quatrième suggérait que l’on possédait une source immense de revenus dont on ne savait tirer parti. Cette ressource n’était autre que l’innombrable quantité de Marsoins qui peuplent les mers du Royaume-Uni et dont certaines parties pouvaient offrir une excellente nourriture, tandis que d’autres fournissaient une huile délicieuse , plus douce et plus agréable que le beurre, sans compter la peau de l’animal qui était également d’une grande utilité. Un cinquième demandait qu’on fit une loi pour réprimer les tendances des pairs Ecossais à évincer les fermiers et à convertir les terres arables en pâturage pour les brebis, ou en forêt pour les dains. Un sixième soutenait qu’il y avait dans le Royaume-Uni des terrains incultes en quantité suffisante pour nourrir des millions d’affamés. Dans le fait, la terre, les cieux et les mers allaient être régénérés par Acte du Parlement pour le plus grand bénéfice de Bébé Ginxet du peuple anglais. Sir Charles avait écouté avec impatience, à la fin il éclata de nouveau.
- “ Quand on considère », dit-il, « que ce que nous nous proposons de tenter aujourd’hui est, tout bonnement, de rendre meilleure notre espèce, noos devons reconnaître que pour y arriver nous ne prenons pas le chemin le plus court.
- •t) L auteur a en vue l’Irlande.
- « En premier lieu nous nous trouvons en présence de la situation malheureuse d’une partie de la génération actuelle, et l’un de nos problèmes est, de prévenir l’accroissement de cette partie de la population ou, si elle doit s’accroitre, de faire que ce soit dans des conditions prospères. Nu! ne semble s’être préoccupé de la solution directe de ce problème. Les difficultés auxquelles nous devons faire face sont épouvantable. Il n’est pas de jeune voyou anglais que les principes d’une liberté inviolable et les droits de l’Habeas Corpus (2) n’entourent comme d’un rempart infranchissable. On laisse le père et la mère, ou tout autre personne qui nous épargne la nuit de veiller sur l’enfant , façonner celui - ci comme bon leur semble . S’il arrive qu’ils en fassent un vagabond, on le met dans l’asile des pauvres; s’ils en font un voleur, en le fouette et on l’enferme à grands frais à Milbank ou Dartmoor ; si, livré sans frein à toutes ses passions, cet être devient ravisseur et meurtrier, il court le risque d’être pendu, à moins que son crime ne soit si affreux qu’il n’attire sur lui l’intérêt et la bienveillance du Ministre de l’intérieur; s’il se suicide, on provoque en enquête de la part du coroner et c’est encore de l’argent à donner ; enfin quelle que soit la façon dont il meure, on lui fait les fraits d’un cercueil de sapin et d’un enterrement.
- « Et cependant, je puis vous prouver que cet être, traité par vous comme un chien dans un jeu de quilles, n’a jamais été pendant un seul jour, une seule heure, en contact avec rien de ce qu’il y a de bon, de pur, de vrai, de bienveillant chez l’homme ; qu’il n’a jamais eu l’occasion d’apprendre rien de bon. De quel droit alors le chassez-vous comme une bête fauve ? Qui est-ce qui vous autorise à le battre à le fouetter, à l’enchainer ? Et pensez - vous rester dans les limites de l’équité, lorsque vous le privez de la vie à l’aide de ce mécanisme compliqué et coûteux que vous nommez une potence ? Lui avez-vous jamais enseigné, les devoirs d’un citoyen ? *
- — « Arrêtez, arrêtez, sir Charles, vous êtes trop virulent. Il y a une infinité de moyens de rendre meilleur votre gars. Des charités sans nombre.... »
- — « Oui, qui jamais n’arriveront jusqu’à lui. »
- — « Qu’importe ! cela peut se faire, vous le savez. Les Ecoles industrielles, les Pénitenciers, les salles d’asile, les hôpitaux, les cités ouvrières de Pea-
- (2). L’habéas corpus, nous en avons déjà parlé, est la Consécration de la liberté individuelle, de son inviolabilité, par un acte du Parlement, Statuts 31. cap. 2. chap. 2.
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- body (3) les lois sur les pauvres... Mais il n’est personne qui n’ait à cœur d’améliorer les conditions des pauvres gens ! L’administration même de l’hygiène publique va le trouver à domicile et rend son logement habitable. »
- « En vérité ! », s’écria Sir Charles Sterling d’un ton caustique.
- — « Les lois sur les manufactures prennent sous leur égide les enfants des travailleurs et. leur assurent l’éducation. »
- — « Ce n’est pas une fois sur dix qu'on leur donne cette éducation. Les nourrit-on, les habille-t-on ? Leur procure-t-on des distractions ? Cultive-t-on leur esprit ? hein ? »
- — « Certainement non ! ce serait par trop ridicule. »
- « Ouais ! c’est justement ce qu’il s’agit desavoir, » répliqua Sir Charles. « J’ignore si cela peut se faire, mais pour transformer la génération qui vient, ce que nous devons nous proposer, c'est, au lieu de l’enfer des mauvais ménages, d’offrir aux enfants le spectacle de l’uüion et du bien-être dans la famille ; c’est de remplacer une éducation détestable par un enseignement meilleur, et de substituer à l’air méphétique, à la nourriture défectueuse, à la triste monotonie, à l’af-ffreuse ignorance, toutes les conditions convenables de la vie matérielle, les distractions saines et la culture de l’esprit. Je gage que vous me traiteriez de fou si je proposais que le gouvernement établît des salles de musique et de gymnastique dans tout le
- (3) Peabody est le nom d’un philantrophe anglais, le donateur de ce que l’on nomme Peabody fund, somme destinée à la construction de logements ouvriers.
- Les sommes données ou léguées par M. Peabody ont été :
- en 1862............ 3.750.000 fr. f
- 1866............ 2.500.000
- 1868............ 2.500.000
- 1873............ 3.758.000
- (12.500.000 fr. »»
- Rentes et intérêts de la dite somme. 5 .597 .931 fr. 65
- Total au 31 décembre 1879. . 18. ,097. 931 65
- Dépenses faites pendant l’année der-
- nière 13. ,749. 617 80
- Encaisse. . . . 4. ,448. 313 85
- Les administrateurs de Peabody fund ont, en dehors des salles de bain, des blanchisseries et des lavoirs, fait construire pour les artisans et les manœuvres de Londres 5,170 logements. Ces logements comprennent 2,355 habitations séparées qui sont occupées par 9,905 individus.
- Un nouvel achat de terrains à bâtir vient d’être fait. Les constructions que l’on se propose d’y élever coûteront environ 9,090,000 fr. et, comme l’encaisse actuel est insuffisant, on a emprunté au Trésor public une somme de 7.500.000 fr. à raison de 3 1/2 pour cent d’intérêt par an. Le remboursement de cet emprunt pourra se faire dans l’espace de 15 ans, mais à la condition expresse que les emprunteurs ne pourront pas prendre sur cette somme plus de 2,500,000 fr. dans une année quelconque. Avec ces nouvelles constructions, il y aura des logements pour 10,000 personnes.
- La moyenne du loyer de chaque bâtiment était de 5 fr. 42 par semaine, et pour chaque chambre cette moyenne était de 2 fr. 40.
- pays. Mais, au fait, vous, M. Fissure vous avez voté pour les bains et les lavoirs. »
- « Qui paierait tout cela ? » demanda pertinemment M. Fissure.
- — « Qui ? Eh, parbleu, l’Etat, c’est-à-dire la S(K ciété qui, toute entière y est directement intéressée N’entendez-vous pas ces millions d’enfants qui Û0Q^ crient de les affranchir du joug du crime et de l igQo, rance que protège la loi. »
- — « Cela est concluant ; mais vous mettez i0 pied sur un terrain délicat. La liberté de l’individu. »
- — « Voilà bien la réponse que j’attendais de vous La liberté de l’individu !!! objection fort commode et qui peut être employée pour justifier presque toutes les injustices et les tyrannies ! Liberté individuelle, économie politique, communisme, socialisme, toutes expressions lancées dans la même direction l Et cependant combien de propositions renfermées dans ces termes et faites convenablement n’ont-elles pas été approuvées par ceux mêmes qui vous jettent ces mots à la face comme un reproche. Je lis en effet un rapport d’une commission royale moderne dans lequel un des commissaires se montre tout-à-fait aussi révolutionnaire que moi. Il dit qu’il est juste que la loi garantisse l’enfance de tout cruel traitement, ou de négligence intellectuelle, de toute surcharge de travail ou de manque d’éducation. Certains, j’imagine, taxeraient ceci de communisme. Mais au point de vue de l’économie politique je tiens cette large proposition comme exacte. Pourquoi ? Parce que les rapports de l’enfant avec l’Etat sont plus étendus, plus constants et plus importants que ceux qu’il a avec ses parents. S’il court le risque d’être blâmé et vilipendé pour défaut de civisme, l’Etat doit venir à sa rescousse ».
- « Un gouvernement paternel et maternel tqut à la fois, » s’écria Lord Namby, « un gouvernement de nourrices. J’aimerais, vous le savez, voir mettre ,hq terme à cette propagation désordonnée de l’esp&tf dans les classes laborieuses ; mais vos propositions vont bien au-delà de mon radicalisme. Certainement l’Etat doit parfois intervenir entre les parents et les enfants, mais si je vous comprends bien,vous voudriez que le pouvoir législatif prît en main le stoind’éleTef et de polir les classes laborieuses. »
- — « Assurément ! Je voudrais qu’on cultivât leuf
- morale, qu’on raffinât leurs goûts, leurs manières, leurs habitudes. Je désirerais que Poil éloignât d’elleî ce sentiment de désespérance qui les retient dans la baissement. » ...
- — « C’est également le désir du plus grand nombr13’
- mais c’est par des influences personnelles et d fl®
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- caractère privé que cela doit s'accomplir, et non par des ordonnances ou des arrêtés du gouvernement. Je me demande comment vous vous y prendriez. »
- __« Comment ? Rien de plus facile, je crois, que
- de vous tracer un programme. Favorisez, par exemple,l’expatriation d’un million d’âmes afin de réduire la concurrence qui maintient de pauvres diables à la demi-ration ou les envoie dans les asiles de l’indigence ; mettez dans les Workouses tous les vieillards, les malades, les estropiés, les incapables (les pauvres, j’entends) ; mais faites en même temps que ces établissements soient dirigés par des hommes humains et non par des vampires. Faites des lois rigoureuses pour améliorer les habitations ouvrières et, si besoin est, avancez l’argent nécessaire ; étendez et renforcez les lois sur l’hygiène publique ; que dans tout le pays la libéralité du gouvernement crée des cabinets de lecture gratuits et procure au peuple des endroits où il puisse s’amuser avec mesure. Au lieu de dépenser des milliers et des milliers pour des dilettantes à une extrémité de la métropole, distribuez l’art et les distractions sur toute la surface du royaume. Les riches ont leurs musées, leurs bibliothèques leurs clubs ; faites que les pauvres aient également les leurs. Fondez des asiles temporaires pour les femmes en couche, multipliez vos bains, vos lavoirs vos piscines jusqu’à ce qu’il n’y ait plus prétexte ou excuse pour personne de rester sale. Donnez l’éducation ; créez des écoles de jour pour tous les enfants qui peuvent les fréquenter et des écoles industrielles pour les autres; ouvrez des cours supérieurs pour les élèves les plus avancés et fondez des bourses pour les Universités ; établissez d’autres écoles technologiques ; offrez d’enseigner gratuitement le commerce et l’agriculture et vous aurez bien vite neutralisé votre épouvantail le Trade-Unionnisme. Que la morale, les sciences, les arts, entrent dans le cadre de vos études. Faites que les hommes s’amusent comme des hommes et non comme des brutes. Dans un pays aussi riche que celui-ci ce programme, quoique rigoureux, n’est pas impraticable. Comme le but à atteindre est le bien-être des générations futures, il n’y a pas de raisons valables pour que ces générations ne contribuent pas aux frais nécessaires... Mieux vaut laisser une telle dette à la postérité que celle d’une guerre entreprise sans motif raisonnable. »
- Un homme politique pratique et aux vues saines, pourrait-il s’étonner de ce qu’à la fin de cette harangue le groupe éclatât . Quelques - uns rappelèrent en se moquant de la sortie de sir Charles Sterling, le nombre de verres d’eau de Seltz dans
- lesquels l’orateur avait puisé ses aspirations. Sir Charles Sterling devançait tellement les plus radicaux des réformistes, que ce n’était pas trop d’une ère ou deux à traverser avant de pouvoir l’atteindre... ce que comprenant, ses auditeurs se décidèrent à se figurer que c’étaient eux qui l’avaient laissé en arrière.
- (A suivre.)
- Le percement du Mont-Blanc
- Une grande bataille est engagée entre les ingénieurs pour savoir lequel sera percé du Mont-Blanc ou du Simplon.
- On fait valoir en faveur du Simplon que le trajet sera légèrement plus court et que le tunnel passera à une moindre hauteur. En faveur du Mont-Blanc on invoque le fait que le tunnel partirait du territoire français et que sa longueur serait moindre.
- Ce dernier point paraît capital, non pas que les ingénieurs soient à court d’instruments permettant des galeries de toute longueur, mais parce que l’on a constaté en perçant le Gotthard que plus le tunnel est long plus la température intérieure s’élève. Cette difficulté menace ni plus ni moins, de rendre impossible l’exécution d’un plus long souterrain si la science ne trouve pas le moyen d’y remédier.
- M. Staplf, ingénieur géologue au tunnel du Gotthard, vient de résumer et de publier de précieuses observations qu’il a faites journellement, pendant la perforation du grand tunnel, et, les appliquant à celui du Simplon, il en vient à conclure à l’impossibilité d’exécution du tunnel bas, avec les moyens de ventilation que nous possédons aujourd’hui. Une température de plus de 47° centigrades, à laquelle on doit s’attendre, suivant M. StapfF, dans l’intérieur du tunnel du Simplon, quoique encore supportable à la rigueur dans un air sec, ne le serait absolument plus dans un air saturé d’humidité comme c’est en général le cas dans un tunnel semblable.
- On doit reconnaître, grâce aux enseignements que suggère l’expérience du SL-Gothard, que le percement du Mont-Blanc semblerait devoir s’effectuer dans de bien meilleures conditions, sous le rapport de la température que celui du Simplon.
- M. StapfF a observé en effet au St-Gothard que la température augmente rapidement sous les parties peu inclinées du profil de la montagne et moins rapidement sous les parties abruptes. La hauteur de la montagne, relativement à la largeur de sa base, semble devoir exercer sur la température à l’intérieur des galeries une influence inverse de celle que l’on pourrait supposer ; de telle sorte qu’à base égale, la température croîtrait moins rapidement et n’arriverait pas à un degré aussi élevé dans le tunnel percé sous la montagne la plus haute que dans celui que l’on percerait sous la montagne la plus basse. En outre de cette circonstance, évidemment favorable au Mont-Blanc, la distance entre ouvertures (tête et puits), étant moindre que dans celui du Simplon, on est en droit d’attendre dans le premier, aussi par ce fait, des conditions plus avantageuses de température.
- Le Directeur-Gérant : GODIN.
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- 3, année, TOME 4 — N" 101
- "Le numéro hebdomadaire 20 c.
- DIMANCHE 15 AOUT 1880
- Le Devoir
- revue des réformes sociales
- bureau
- v GUISE (Aisne)
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur* Gérant fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE
- par Uenvoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France
- Un an. . . . 40 fr. »» Six mois ... 6 »»* Trois mois . . 3 »»
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- A PARIS 5,r.Neuve-des-petits-Champs
- Passage des Deux-Pavillons
- S’adresser à M. LEYMARIE administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- iu;r Coopérateurs anglais. — Congrès régional ou-iTjer< „ Les impôts de consommation. — A propos des dégrèvements. — Nouvelles diverses. — Nouvelles du Familistère. — Evangile de la vie et du travail. — Moralité publique : Congrès de Genève, — Feuilleton : Le Dernier-né de Ginx. — Bibliothèque du Familistère. — Variétés.
- AUX COOPÉRATEURS ANGLAIS
- Le congrès de Newcastle est une vivante démonstration de l’esprit pratique et organisateur de la population britannique.
- On est étonné de la différence qui existe entre les grandes assises du travail au-delà de la Manche et celles qui ont lieu en France.
- Les congrès anglais ne perdent jamais de vue la recherche des' moyens qui peuvent directement améliorer la condition des ouvriers ; k discussion ne quitte pas un seul instant la question sociale.
- Les congrès français, au contraire, discutent a Peine la question sociale et donnent la plus tP’ande part aux questions politiques ; la raison 3 en explique aisément.
- L absence de liberté de réunion, de liberté association, de liberté de la presse jointe à la uRdité de nos gouvernants pour nous accorder j*8 biens nécessaires, ont été jusqu’ici un obs-e a ce que les masses ouvrières françaises
- puissent étudier sérieusement les moyens de leur émancipation.
- L’Angleterre, au contraire, débarrassée des entraves de notre législation, peut tout ce qu’elle veut pour élucider les graves problèmes de l’amélioration du sort des travailleurs.
- Aussi les citoyens y ont-ils toute facilité pour s’occuper de leurs propres affaires ; ils s’habituent ainsi à ne s’en prendre qu’à eux-mêmes s’ils n’atteignent point le but qu’ils se proposent, et à reconnaître que c’est à eux qu’il appartient de réaliser les réformes dont ils désirent jouir.
- La liberté leur a permis d’organiser des Trades-Unions et des Associations coopératives sur tous les points du pays.
- Plus que tout autre nation, l’Angleterre possède aujourd’hui des éléments d’études considérables touchant les causes d’antagonisme qui existent entre le travail et le capital, et les moyens de porter remède à cet antagonisme.
- Parmi ces moyens figure en première ligne la coopération ; celle-ci n’a pas été inaugurée par ses initiateurs pour n’être qu’une œuvre mercantile. Bien âu contraire.
- Elle a eu pour but la transformation du sort des classes laborieuses et son œuvre ne sera complète que le jour où elle aura réalisé la conciliation entre capitalistes et travailleurs.
- Pour cela, il est nécessaire que les coopérateurs, ne perdant point de vue les principes de leurs glorieux devanciers, les 28 pionniers de Rochdale, s’efforcent de tirer du mouvement
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- coopératif toutes les bienfaisantes conséquences qu’il comporte.
- Or, il est à remarquer, et le fait a été signalé parmi les coopérateurs eux-mêmes, que la coopération courait le risque d’aller s’affaiblissant dans l’esprit public, si l’on constatait qu’en définitive elle n’est qu’une sorte d’entreprise financière, et qu’elle ne donne au travailleur, ni plus de sécurité, ni plus de garanties que tout autre système.
- En économie sociale comme en économie politique, on a quelque peu négligé les principes qui sont la base de la justice dans la répartition des richesses, et les sociétés coopératives anglaises elles-mêmes ont perdu de vue le but qu’elles s’étaient d’abord donné mission d’atteindre.
- Elles travaillent pour l’amélioration de l’existence des classes laborieuses, mais généralement elles le font d’une manière confuse, sans principes arrêtés, et au risque de s’égarer dans les errements financiers de l’égoïsme.
- Plusieurs orateurs du congrès de Newcastle entre autres MM. E. Vansittart Neale, Burt, John Allan, Swallow, Loyd Jones, etc., et M. Prior délégué des « Trades-Unions » ont signalé combien il était dans les nécessités sociales actuelles de donner au travail une part plus équitable et de réaliser les conditions du progrès physique et moral des classes laborieuses.
- La question nous paraît remarquablement résumée dans un article du « Coopérative News » du 5 juin, article intitulé : « Devoir et Intérêt dans le système coopératif. » Il y est dit ;
- « Le point important pour les coopérateurs est de déterminer s’ils introduiront la moralité dans leurs relations mutuelles, ou s’ils accepteront la doctrine que la moralité et l’économie politique n’ont rien de commun l’un avec l’autre. S’efforceront-ils de réorganiser la société sur les bases de l’intérêt ou sur celles du devoir?
- » Nos controverses sur l’individualisme et le fédéralisme ont presque exclusivement rapport aux intérêts des parties en cause. Concernant les travailleurs individuellement les uns disent ; « Ce sont eux qui font tout le travail, ils doivent donc avoir tout le profit. » Ce qui
- | équivaut à dire que les individus n’ont de ^ I voirs qu’envers eux-mêmes.
- « Quant aux ateliers de production f0ricj *. par les sociétés fédérées, il est dit : « Les ^ ciétés fournissent le capital, elles assurent jfc commerce, elles paient d’aussi bons salaires, que les autres maisons, donc tous les pro^ leur doivent revenir. » Ce qui sous entend qUe la société n’a aucun autre devoir envers ceux qu’elle emploie que de leur payer des salaires salaires qui ne peuvent être inférieurs à ce^ compté sailleurs, puisque dans ce cas, les travailleurs quitteraient l’établissement.
- « Ni l’une, ni l’autre de ces prétentions n’est soutenable. En réalité, il y a des devoirs réciproques de l’individu envers la société et de la société envers l’individu.
- « L’individu a pour devoir, comme l’a conb-taté M. Neale dans son discours au congrès de Newcastle, de s’améliorer lui-même et de perfectionner son travail ; ce qui bien entendu ne se rapporte pas seulement à l’atelier, mais aussi à la vie domestique et à l’Etat dont l’homme est citoyen.
- « Le devoir de la société envers l’individu est de mettre celui-ci en mesure de remplir toutes ses obligations. Le travailleur doit donc recevoir des salaires suffisants pour payer ses taxes et impôts, s’assurer logement, vêtements,nourriture pour lui et sa famille et aussi pourvoir par une assurance en cas de mort prématurée de sa part, aux moyens de subsistai) ce des siens jusqu’à ce que ceux-ci soient en état de se soutenir eux-mêmes.
- « Il faut, en outre, que l’individu soit garanti contre le dénûment en cas de maladie ou de vieillesse ; il doit avoir des loisirs raisonnable-et des facilités pour accomplir toutes les charges qui lui incombent, facilités variant avec le caractère spécial des obligations que l’individu a remplir, avec les aptitudes naturelles de chacun, et avec les besoins du temps et de la circonstance. »
- La question est bien posée, mais pour réalisé un tel programme, il faut d’abord reconnaître sur quels principes doit être basée la réparti^00 équitable des bénéfices de la production.
- Car, si ces principes ne sont point suffit ment établis, par avance, aux yeux des parties^&
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- cause, l’égoïsme des capitalistes aura trop couvent tendance à dénier à l’ouvrier la part jes bénéfices que celui-ci contribue à créer.
- Un exemple, frappant ressort à cet égard des tentatives faites dans les manufactures de L,eeds. Lorsque, de 1855 à 1864, les pionniers de Rochdale voulurent introduire, au profit des ouvriers producteurs, le principe de participation déjà établi dans les sociétés coopératives au profit des consommateurs, ils se heurtèrent à la résistance des porteurs d’actions qui, ayant voix au chapitre, écartèrent à la majorité le droit de l’ouvrier à la participation des bénéfices.
- Disons donc que le mouvement et le progrès de la vie s’accomplissent par trois facteurs :
- p Les ressources de la nature et celles du domaine public;
- y Le travail et l’intelligence;
- 3° Le capital ou travail accumulé.
- En recevant l’existence, l’homme a droit à la part nécessaire à son entretien dans les produits que la nature vivifie et fait croître ; il a droit également à sa part de progrès accomplis et de connaissances accumulées par les généra" tions qui se succèdent.
- C’est à l’aide des forces naturelles que l’activité humaine crée la richesse, secondée qu’elle est dans cette tâche par les progrès acquis du passé et les ressources du domaine public.
- Le concours perpétuel et gratuit de la nature est le fondement du droit des faibles et des nécessiteux à la part indispensable à l’entretien de leur existence.
- La production générale de la richesse a donc ^ faire, au nom du devoir social, la part de tous ceux qui ne peuvent par eux-mêmes subvenir à leurs besoins.
- Quant au travailleur actif, pour déterminer la part équitable qui doit lui revenir dans les bénéfices de la production, il faut d’abord recon-nafire que le travail est le rôle essentiellement dévolu à l’homme ; que sans le travail l’huma-nité serait abandonnée aux seules ressources la nature, à l’égal de l’animalité.
- Tout ce dont l’homme, dispose de biens l’éle-'a^t au-dessus de la bête, il le doit au travail; dans les sociétés les plus avancées, la °he8se acquise ne dure, ne se soutient, n’est
- profitable, que si le travail l’entretient et la fait fructifier.
- Les classes laborieuses doivent donc trouver, dans les résultats de leur activité, des ressources proportionnées aux concours qu’elles donnent à la production de la richesse.
- Jusqu’ici, les coopérateurs n’ont été considérés commetelsqueparunemisedefondsquelconque, et la répartition des bénéfices s’est faite proportionnellement à la mise de fonds de chacun et aux achats faits dans les magasins coopératifs. Ce n’est pas la loi de justice en son entier, car s’il est nécessaire pour fonder une société de coopération que des capitaux soient apportés à l’œuvre commune, il est tout aussi nécessaire que des hommes intelligents y apportent leur travail. Travail d’administration, de direction, de bureau, d’achats, de vente, de voyages, etc. Ce sont là des concours aussi indispensables que l’argent pour le succès de l’affaire.
- Aussi, de la même façon que l’argent ne s’abandonne que moyennant un intérêt qui est la représentation de la valeur du service qu’il rend, le travail ne s’accorde-t-il que moyennant un salaire qui est la représentation des services qu’il rend de son côté.
- L’intérêt du capital d’une part,
- Le salaire du travail de l’autre, sont la représentation des concours et des services sans lesquels aucune entreprise ne pourrait fonctionner.
- Or, il appartient aux sociétés coopératives de faire,avant toute société mercantile, l’application de la stricte justice dans la répartition des bénéfices de leurs opérations. Il leur appartient de reconnaître et de proclamer que ce qui doit prendre part à la répartition des bénéfices, ce sont les services rendus.
- On comprendra alors que la base d’estimation de ces services étant : d’une part, l’intérêt préalable consenti pour le capital ; d’autre part, les salaires et appointements fixés pour le travail; et en troisième lieu, le montant des ventes faites aux acheteurs, c’est proportionnellement à la valeur de chacun de ces concours que doit se faire la répartition des bénéfices pour que tous soient intéressés à la bonne marche de l’entreprise.
- Cet exemple de la participation du travail aux
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- bénéfices, d’après des règles et des principes établis, serait d’un salutaire effet. Une fois le droit de participation reconnu en faveur des employés et agents de tous ordres du magasin coopératif, il gagnerait de proche en proche l’atelier et la fabrique ; on comprendrait alors la possibilité d’associer la coopérative de production à la coopérative de consommation. On comprendrait que le comptoir de vente ne doit être qu’une annexe de l’atelier ; que les bénéfices faits sur les produits doivent revenir partout aux divers concours effectifs qui ont servi à les créer, à les conserver, à les vendre.
- Mais les bienfaits de la Société coopérative de distribution, et ceux mêmes de la société coopérative de production, ne peuvent résoudre les questions sociales, s’il n’est apporté un profond changement dans le mode de distribution des bénéfices.
- La répartition individuelle des profits constitue une sorte de gaspillage qui ne produit presque pas de changement dans la condition de l’ouvrier, qui ne lui donne guère plus de sécurité, ni de garanties pour l’avenir.
- La solution du problème de la conciliation des intérêts entre le capital et le travail réside surtout dans le mode de répartition et d’emploi des bénéfices. Nous examinerons dans un second article comment, pour assurer le bien-être des travailleurs, cette répartition doit faire l’objet de la coopération locative de l’habitation.
- (A suivre) GODIN.
- CONGRÈS RÉGIONAL OUVRIER
- Région *1 a Centre
- (Suite).
- Le citoyen Philippe a connu à St-Etienne une famille composée du père, delà mère et de deux enfants. Le père et la mère travaiilant de 5 heures du matin à 8 heures du soir au puits de la Loire, gagnaient 4 francs par jour à eux deux. Ils étaient obligés de laisser les enfants à garder à une vieille femme moyennant 5 francs par semaine, mais il leur fallait nourrir la vieille le soir, car elle était très-pauvre. Pendant la journée, la vieille mendiait, et les enfants en loques, demi-nus, n’ayant pas de chemises, vagabondaient. Voilà le sort de beaucoup de salariés des mines tandis que Messieurs les actionnaires reçoivent de beaux dividendes.
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- Passons à d’autres métiers.
- Voici une corporation dans laquelle les ouvrje sont relativement instruits, il s’agit des arqu^ siers-armuriers. On peut admettre une moyenne salaire de 4 fr. 50 à 5 francs pour laquelle il r/6 travailler de 11 à 12 heures.
- On exige de l’ouvrier arquebusier une certaine jn. truction, il doit être en même temps moitié comu/ répondre au client, changer de linge deux fois par' semaine et fournir un outillage qui ne coûte moins de 400 fr. et dont l’entretien revient à 40 50 c. par jour.
- Il y a en outre un chômage de cinq mois moins.
- Le citoyen Conte délégué des teinturiers-appré. teurs révèle comme suit le triste sort des ouvriers dans sa partie.
- Autrefois l’ouvrier n’avait qu’une cuve à soigner-aujourd’hui, on lui en donne deux et très souvent trois, et cela sans aucune augmentation de salaire.
- L’ouvrier n’a alors aucun repos entre chaque opération, ce n’est que lorsqu’il a les mains trop brûlées qu’il est forcé de s’arrêter.
- « Il arrive, dit l’orateur, que des ouvriers n’ayant « pas travaillé de la journée, quoique présents àl'a-« telier le soir, soient dans l’obligation de rester « jusqu'à 11 heures ou minuit pour faire le travail « qui vient d’arriver, ce qui fait un total de 15 à 10 « heures dans la même journée de présence pour 4 à « 5 heures de rémunération, voire même 2 heures.
- « En prenant la moyenne des heures de présence,
- « l’on peut compter de 12 à 12 h. 1^2 pour un salaire « de 8 à9 heures. »
- « Le prix de l’heure pour ce travail qui use l’homme avant l’âge, par les mauvaises émanations, l’excès du travail et l’excès de misère, est de 35 à 40 c., ce qui fait 3 fr. 15 à3 fr. 60 par jour. »
- Nous ne pouvons nous étendre davantage ici sur les misères inhérentes au salariat tel qu’il existe aujourd’hui. Les orateurs qui prirent part ensuite à la discussion après ceux que nous avons cités sont: les citoyens Ardouin, Godefroy, Hervé, Dey-naud, Limousin, Delaporte, Fauché, Massard, Héri-vaux, Cortin, Pignon, Paulard, Legal et la citoyenne Dissat. Tous ont conclu à la suppression du salariat, à l’exception du citoyen Delaporte.
- A la suite de ces discours, le congrès déclare dan? ses résolutions : que l’abolition du salariat doit etre l’objectif de la classe ouvière.
- La séance suivante a été consacrée à la Femn*--Le citoyen Aveline présidait. Le délégué du VIe »r rondissement, la citoyenne K., les citoyens Four
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- aière
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- çosveau et Even ont d’abord critiqué la situa-
- faite Par la société d’aujourd’hui à toute, une Moitié de l’humanité.
- là citoyenne Rouzade de V Union des femmes de. aride que le congrès vote pour les femmes les mêmes ^oitsabsolument que pour le? hommes. C’est une estion de justice, « de plus, ajoute-t-elle, je dirai ^aux citoyens : N’ayez pas peur de voter Légalité politique des femmes, parce que, lorsque nous voterons, c’est que la société sera grandement chan-
- gée;
- c’est que le peuple aura conquis, sans res-
- trictions possibles, les libertés de réunion, d'association, les libertés de discuter publiquement et librement toutes les idées par la parole et la plume, sans cautionnement, sans menace, sans danger. t Voilà très-certainement où on eri sera quand nous pourrons user de nos droits politiques, et alors notre vote ne sera plus à craindre, parce qu’avec les grandes libertés dont je vous parle, le sort du peuple ne sera plus dans la main des députés, mais dans celle du peuple lui-même, libre de se réunir à son gré et d’imposer ses volontés. » Au nom de l'Union des femmes, l’orateur demande pour les deux sexes l’égalité absolue des droits politiques et civils, l’égalité des salaires, l’égalité d’instruction au degré supérieur.
- Le* citoyens Fauché, Massard, Deherme, Godefroy et Légal prennent ensuite la parole.
- La citoyenne Eugénie Pierre, déléguée de VUnion des Femmes réclame également la liberté, l’indépendance pour la moitié féminime de l’humanité.
- L’orateur s’élève avec beaucoup d’énergie et dans un style très-imagé contre les abus auxquels prête la forme actuelle du mariage, et déclare que dans son opinion l’union libre basée sur l’amour est plus respectable que le mariage légal.
- Après d’autres discours de la citoyenne X..., des travailleuses de Belleville,_ dès cit. Philippe et Bal, le congrès vote les résolutions suivantes ; il réclame :
- L’égalité politique et civile ; l’égalité des salaires;
- l’égalité de l’instruction à tous les degrés, l’égalité de l’éducation
- et enfin l'égalité complète et immédiate pour les deux sexes.
- -'tous passerons rapidement sur la dernière séance du congrès consacrée à Y Instruction. — La citoyenne Tinayre de Y Union des femmes, dans un discours ^0rt bon à tous les autres points de vue, préconise Internat. — Nous nous contenterons de nous décla-j*er SOn adversaire à cet égard, toute atteinte à la 1 erté étant odieuse à nos yeux. — Les citoyens
- | Bazin, Queraud, Faillière, le délégué des groupes révolutionnaires socialistes, les citoyens Desmoulins, Deynaud, Dupas, Monnier, Corsin, Deconvenance, Georges Ménard, E. Gély et E. Philippe lisent et déposent sur le bureau des rapports sur la question et le congrès conclut :
- Considérant que tous les êtres humains ont le même droit au développement intégral de toutes leurs facultés ;
- Considérant que l’éducation civique qui a été négligée jusqu’à présent est des plus importante dans une société bien organisée ;
- Considérant d’autre part, que ce développement est impossible si l’enfant reste à la charge de ses parents ;
- Considéran t enfin que l’éducation de l’homme n’est jamais achevée, et que tout citoyen doit être mis à même d’acquérir de nouvelles connaissances et de suivre la marche toujours ascendante de l’esprit humain;
- Adopte les résolutions suivantes :
- 1° L’éducation, dans la société future, sera tout à la fais physique, intellectuelle, morale, professionnelle, civique et économique, c’est-à-dire intégrale ;
- 2° Les enfants des deux sexes seront à la charge de la société jusqu’à ce que cette même société les ait mis à même d’exercer une profession conforme à leurs aptitudes;
- 3° L’éducation sera continuée au moyen de conférences faites dans chaque commune et à tour de rôle par tous les instituteurs des communes du canton. Ces conférences porteront successivement sur tous les sujets scientifiques, civiques et économiques.
- Adoptée par 39 voix contre 27.
- Nous avons reproduit impartialement ce que nous avons entendu, il a été dit de fort bonnes choses quant aux revendications, mais nous ne signerions pas, nous l’avons déjà dit, certaines résolutions du congrès.
- Quand aurons-nous la liberté de réunion ? — Alors nous pourrons avoir de véritables assises du peuple en dehors de toute coterie, de tous groupe directeur, alors la lumière se fera, lentement peut-être, mais elle se fera; la vérité n’arrive à se refléter dans l’esprit de tous que par la liberté.
- Nous ne voulons pas tomber de Chandbde en Scylla; eh bien, n’est-ce pas là ce qui nous attend, si nous quittons l’autocratie pour ai 1er à l’oligarchie ! — Si nous repoussons les coups d’Etat, pour vouloir la révolution violente de demain; n’acceptons-nous pas d’avance un nouveau joug? — Joug bien intentionné, qui fera beaucoup de bien, disent les partisans des moyens violents. « Nous forcerons les gens à être
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- heureux', » nous disent-ils, et encore que leur faut-il pour ce faire : la dictature d’un groupe entendant imposer la loi. -
- Nous qui sommes pour ce seul et sûr moyen de progrès, la persuasion par la liberté, nous ne nous attarderons pas à combattre les partisans de la 'violence. Jacques Courrier.
- LES IMPOTS DE CONSOMMATION
- Montesquieu a consacré un livre entier de VEs-prit des Lois a établir qu’il y a des rapports nécessaires entre la nature des impôts d'un pays et l’esprit de ses institutions politiques. La forme du gouvernement, dit-il, se traduit tôt ou tard, dans l’ordre financier, par une organisation correspondante. L’impôt sera compris et perçu différemment sous le régime monarchique que sous le régime républicain, là où l’aristocratie commande que là où la démocratie est la base du pouvoir.
- Rien n’est plus vrai. Cela ne peut pas ne pas être. Il est dans les imperfections de la nature humaine que les détenteurs du pouvoir soient enclins à s’exonérer des charges qui leur incombent et h les faire supporter par d’autres.
- Si Montesquieu avait à récrire aujourd’hui son chapitre, de quels nombreux exemples ne pourrait-il pas l’appuyer ! Il nous montrerait la taille, la dîme et la corvée s’en allant avec la noblesse ; puis l’Assemblée constituante supprimant les impôts de consommation ; puis le Directoire, le Consulat et l’Empire réagissant contre l’œuvre de la Révolution aussi bien dans le domaine fiscal que dans le domaine politique ; puis la Restauration pour ménager la noblesse et le gouvernement de juillet pour ménager la bourgeoisie, demandant tous deux des ressources nouvelles à des impôts sur la consommation ; puis le Second Empire demandant à des impôts indirects les ressources nécessaires à des dépenses de pure ostentations qui ne profitaient qu’à des spéculateurs; puis l’Assemblée de 1871, cette réunion de hobereaux habitués à vivre de leurs revenus et à mépriser le travail, frappant l’industrie, lo commerce et les denrées de première utilité des plus épouvantables charges que jamais pays ait dù supporter; enfin la République légale assise d’une manière définitive diminuant de 300 millions de francs en moins de quatre années le montant annuel des impôts de consommation.
- Là démonstration serait complète, et la conséquence à tirer de la démonstration se dégagerait d’elle-même : « Puisque la République, qui est le gouvernement de tous par tous, est devenue le gou-
- vernement définitif du pays, l’impôt doit être modjfj. de telle sorte que dans sa répartition il n’y ajt 6 victimes, ni privilégiés . »
- Nous avons dit que l’on était déjà entré dans cett voie. En effet, depuis que la République est affôr mie, plusieurs produits de première utilité, le3 ^ les, le savon, la chicorée, ont été dégrevés. Latax* des lettres et le timbre des effets de commerce ont été réduits. L’impôt sur la petite vitesse a été gUp primé. Enfin à partir du l*r janvier prochain, les charges qui pèsent sur le vin et le sucre seront diminuées de 160 millions. C’est un total de 300 mil. lions de francs d’impôts indirects dont en quelques années le régime républicain a soulagé la population Il y aurait de l’ingratitude à ne pas le reconnaître
- Il faut toutefois ne pas se faire illusion. Ces dégrèvements n’ont été rendus possibles que par la piDg. value d’autres impôts. Les quatre contributions directes n’entrent dans ces plus-values que pour une très faible proportion. Le tabac et les droits de mutation et de succession y rentrent pour une part très forte, mais pas encore autant qu’il le faudrait. Une bonne part de la plus-value provient de l’impôt sur les vins, bière et cidre — impôt qui frappe des objets de première utilité — et de l’impôt sur le timbre — impôt qui frappe l’industrie et le commerce et qui par conséquent se répercute sur les consommateurs.
- Les dégrèvements faits jusqu’ici sont donc dam une certaine mesure des trompe-l’œil. C’est le cas de tous les dégrèvements qui sont rendus possibles par des plus-values d’impôts indirects, et non par des plus values d’impôts directs ou par des réductions de dépenses. Aujourd’hui, comme par le passé, et malgré ces dégrèvements, la richesse acquise continue de laisser payer les autres à sa place.
- C’est une iniquité qui doit cesser. La République, qui est un gouvernement de justice et d’équité, ni pourra pas tolérer indéfiniment que le grand nombre des petites bourses ait à sa charge la totalité ou peu s’en faut, des impositions du pays ; que ceux qui n’ont pour vivre que le salaire gagné à la sueur de leur front aient à remplir les coffres de l’Etat tandis que ceux qui passent leur vie à se croiser les bras s’amusent à les regarder faire. Non, oela ne «0 pourra pas. La transformation du régime des impôts s’imposera comme une conséquence de la transformation du régime politique. Que la masse du public soit mieux éclairée sur les injustices dont elle es> victime et la réforme fiscale s'accomplira.
- La presse, sans plus tarder, devrait se mettre résolument à répandre ces lumières. Elle s’honor#-
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- DE devoir
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- ^ ne pas ajourner plus longtemps ce devoir.
- *** _„ ^ r-v-t r\r\+ rvv»onr?o ÎAnr»nîinT ooccorl^c 1 a
- eusement les grands journaux, possédés le
- malheur
- . souvent par des financiers qui bénéficient des P aCtuels ont bien eu soin de ne pas souffler mot ^la question. Le Devoir tentera, dans la mesure ° «s forces, de faire ce que ses puissants confrères
- ne font pas.
- péjà M- Godin dans un très remarquable discours qu’il prononça à l’Assemblée nationale le 3 février 1374 s’était efforcé d’éclairer le public à ce sujet. Il va sans dire qu’on évita de faire la lumière sur le régime odieux dénoncé par M. Godin, et que la conspiration du silence fut seule à répondre à son discours .
- Et cependant les injustices y révélées sont si graves, si certaines, si odieuses, qu’elles devraient être signalées au grand jour : le triste spectacle de cette plaie forcerait les plus indifférents à demander qu’on y applique un remède.
- On en jugera par les passages suivants de ce discours. Nous les reproduisons, certains que nous ne pouvons mieux faire pour entrer dans le vif'de la question.
- « .... Je veux établir, disait M. Godin,la différence énorme qui existe entre la répartition des différentes sources de richesse d’où le pays tire ses ressources ; je veux arriver à cette démonstration que l’impôt paraît véritablement assis en proportion inverse de la richesse, et en proportion directe de la pauvreté de la population.
- « J’ai été placé, par des circonstances exceptionnelles, dans la possibilité d’étudier cette question ; j’ai pu voir de près ce que paie la classe ouvrière; j’ai pu, peut-être plus que personne ici, rassembler les éléments nécessaires pour me faire une opinion sur ce point.
- « Ce que je voudrais exposer devant vous sur l’impôt payé par l’ouvrier repose sur l’examen de ce qui s’est passé dans une cité ouvrière importante, où les approvisionnements de tous les produits consommables sont faits par les soins d’une administration unique. Cela m’a permis d’établir d’une façon régulière quelles sont réellement les charges qui 'pèsent sur la classe ouvrière.
- 8 hans cette cité mille personnes sont logées et reçoivent, comme je viens de vous le dire, par le fait ô une administration qui concentre tous les approvisionnements, les objets nécessaires à la vie. Il est ^ûnc possible d’examiner quelle est l’importance de 'Impôt payé au sein de cette cité ouvrière par cbaque famille. Il a été, pour l’année 1873, pour une
- population de mille personnes, enfants et vieillards compris, de 43,371 francs.
- a Je vous fais grâce des détails de ces charges. Je puis vous dire néanmoins que les impôts directs de cette cité s’élèvent à la somme de 3,823 francs et les impôts indirects à 39,548 fr. D’où il suit que pour une population de mille personnes, c’est un impôt de 43 francs par tête.
- « Je vous l’avoue, quand j’ai vu ces résultats, j’ai été effraye moi-même ; car,pour une famille ouvrière de 5 personnes, c’est une somme de 215 francs d'impôts
- « Je me suis demandé si par hasard il n’y aurait pas eu une erreur dans l’examen que je faisais ; j’ai voulu entrer dans les détails ; j’ai voulu examiner, en consultant le budget d’une famille ouvrière des plus pauvres, quel était réellement l’impôt qui pesait sur elle ; et, arrivant enfin par l’examen détaillé de ce qu’une famille ouvrière avait payé, j’ai trouvé que les plus pauvres de ces familles, celles qui ont à peine le strict nécessaire, ont encore à payer 127 francs.
- « Et dans ce chiffre ne sont pas compris les nou-. veaux impôts que vous avez votés, ni ceux que vous voterez encore, dans lesquels figurent les huiles â manger, les huiles à brûler, les essences minérales, le savon, le sel, le sucre, etc.
- « Dans des conditions semblables ne sommes nous pas fondés à dire que véritablement les classes ouvrières se trouvent surchargées d’impôts et que le travail a véritablement une situation pénible. Dans ces conditions le salaire paie infiniment plus que le capital. Voilà ia vérité,
- « Je viens de vous dire que la famille ouvrière payait 217 fr. J’ajoute que si vous comprenez tous les impôts qui pèsent sur la richesse acquise, vous arrivez à ce résultat que 100,000 francs de fortune immobilière ne paient que 500 fr., y compris tous les impôts. Cela nous conduit à dire que 30,000 fr., les impôts fonciers et ceux de luxe compris, ne paient pas autant que paie le simple ouvrier.
- « N’est-ce pas là l’impôt augmentant en raison décroissante de la richesse de chacun ? Et ne pourrions-nous pas dire que c'est l'impôt proportionnel à la pauvreté ?
- « Or, Messieurs, il me semble que l’impôt proportionnel à la richesse est véritablement le point de départ de la science économique, et que tous les hommes éminents qui se sont occupés de cette question ont reconnu que c’était là la limite la plus étroite qui laissait la possibilité d’établir l’équité de l’impôt.
- « Beaucoup d’hommes éminents ont été jusqu’à soutenir que l’impôt progressif profitait infiniment
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- plus à l’application de la justice que l’impôt proportionnel lui-même. Eh bien, messieurs, je n’essaie pas de défendre devant vous ces théories, quoique pourtant elles aient reçu l’appui des hommes les plus éminents de la science, quoi qu’on ait reconnu que réellement l’impôt progressif sagement mesuré aurait pour conséquence de permettre d’établir plus de justice dans la répartition des charges, mais je viens vous demander le respect de la proportionnalité, et cela au nom du sentiment religieux, auquel il est si souvent fait appel dans cette assemblée, sentiment qui nous commande de faire aux autres ce que nous voudrions qui nous fût fait à nous-mêmes.
- « Or,n’est-ce pas le cas pour le législateur de chercher à appliquer d’abord dans l’impôt, qui est véritablement le moyen le plus direct de venir en aide aux classes ouvrières,cette sage proportion qui doit faire que chacun contribue aux charges de l’Etat suivant ses ressources, suivant la richesse qu'il possède ? N’est-ce pas là que doit être notre préoccupation, et non de frapper des impôts qui ont pour conséquence de peser sur les choses nécessaires à la vie et de faire que les classes ouvrières aient tant à en souffrir, surtout dans les moments de crise ?
- « Théoriquement on s’est dit qu’il importait peu si les objets de consommation étaient frappés par l'impôt, que c’était, enfin de compte, la richesse produite qui était tenue de payer. Cela peut être vrai pris d’une manière générale, mais c’est complètement faux quand vous vous trouvez en face du chômage. Quand une population toute entière est privée de travail, qu’arrive-t-il alors ?
- « Si un ouvrier n’a que mille francs pour les besoins de sa famille, et qu’il soit obligé par suite de l’impôt de donner 200 francs de plus sur son salaire pour acheter les subsistances nécessaires, quelle gêne pour lui, surtout s’il n’a pas de travail, s’il n’a pas la possibilité de gagner la journée nécessaire pour nourrir sa famille ? C’est alors qu’apparaît le redoutable inconvénient du renchérissement des denrées par l’impôt ; cela lui rend infiniment plus difficiles les moyens d’existence, car le surcroît de l’impôt vient encore s’ajouter au prix des objets qu’il est tenu d’acheter pour les besoins de sa famille. L'accès lui en est d’autant plus difficile qu’il est privé d’un salaire suffisant.
- « Il y a donc là véritablement quelque chose à faire pour l’amélioration du sort des classes laborieuses . »
- Les chiffres cités par M. Godin sont si élevés qu’ils peuvent paraître surfaits à quelques personnes. Il n’en est rien. Ces chiffres ont été puisés dans la
- comptabilité du Familistère. Ils ne sont donc pas comme c’est trop souvent le cas des chiffres cité- • la tribune, le fruit d’estimations personnelles forcé ment erronées. Non, quelque excessifs qu’ils parais sent, ces chiffres ont un caractère d’autorité inc0Q testable.
- Chose triste à dire, ces chiffres de 1874 sont infé rieurs à ceux que donnerait le même travail p0Qr 1880, puisque divers impôts indirects ont été établis entre les deux dates.
- En outre il importe de remarquer que même en 1874 ces chiffres représentaient un minimum et non une moyenne. En effet, dans le but de ne citer que des chiffres qu’il pouvait prouver, M. Godin n’a re_ levé que ceux des dépenses faites par une famille d& Familistère à l’intérieur de l’association ; or, en outre de ces dépenses, il y en a d’autres qui se font au dehors. Il est impossible d’en connaître au juste le chiffre, mais il est bien certain que la part pour laquelle l’impôt entre dans ces dépenses représenta à la fin de l’année une somme de quelque importance qui vient grossir au chiffre connu de l’impôt.
- Enfin il est essentiel de ne pas oublier que le discours-de M. Godin, portant sur le budget de l’Etat et s’adressant aux représentants de l’Etat, n’avait à relever que le chiffre des impôts payés à l’Etat. Les charges municipales n’avaient rien à voir dans la question ; elles ont été intentionnellement laissées de côté.
- En conséquence, si l’on veut avoir l’idée des sacrifices qu’impose à une famille ouvrière l’odieux régime fiscal qui nous régit, il faut ajouter au chiffre de l’impôt payé à l’Etat — chiffre qui est proportionnellement le même pour toute la France — celui de l’impôt d’octroi qui varie de ville en ville, et qui, dans quelques-unes atteint des proportions effrayantes.
- Le cœur se serre lorsque l’on réfléchit à l’importance des sacrifices que doivent s’imposer en faveur du fisc, les pauvres gens, ceux dont le salaire ne s’élève qu’à une petite somme, ceux qui ont déjà toutes les peines du monde à subvenir à leurs , besoins. Les familles qui sont le plus Irappées parles impôts de consommation, ce sont celles qui ont le plus d’enfajits, c’est-à-dire celles qui sont déjà sans cela les plus malheureuses et les plus pauvres,celles qui doivent déjà s’imposer le plus de privations.
- Nos représentants devraient songer à cela. La République ne peut laisser subsister plus longtemps d’aussi criantes injustices. Au tout premier rang des mesures qu’elle doit prendre pour améliorer le sort des travailleurs, parmi les plus légitimes, parmi les plus désirées, parmi les plus bienfaisantes, parmi les
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- plus facilement réalisables, se trouve la réforme de l’impôt sur des bases nouvelles, plus conformes à péqaité, telles en un mot qu’au lieu de frapper le plus celui qui n’a d’autre revenu que le maigre salaire gagné à la sueur de son front, l’impôt atteigne celui à qui la vie est rendue facile par d’importants
- revenus.
- Ed. Champury.
- A PROPOS DES DÉGRÈVEMENTS-
- Les plus values considérables de l’impôt nous dispensent d’insister sur l’opportunité des dégrèvements qui ont été votés par les Chambres avant leurs vacances. Toutefois nous répéterons que ces dégrèvements ne soulageront que bien peu la masse des contribuables. En faisant l’abandon de 160 millions de recettes, le Trésor allège l’impôt de 4 francs, en moyenne, par tête. A ce compte, un ménage de quatre têtes devrait se trouver allégé de 16 à 18 fr. Mais l’allègement voté ne se répartira pas egalement, et il est regrettable de dire que pendant que les uns en ressentiront largement les effets, d’autres, et les plus pauvres, ne s’en ressentiront point.
- Ainsi, l’on calcule que la réduction sur les vins sera d’envirpn un centime et demi par litre, la consommation annuelle des vins en France, étant en moyenne de 44 millions d’hectolitres. La détaxe est donc insignifiante, et il est à craindre que le marchand de vins ne soit seul à en profiter. Dans tous les cas, si elle profite quelque peu au riche consom mateur qui. fait ses approvisionnements par fortes-quantités, elle laissera l’ouvrier, qui achète au détail, dans la même situation.
- Mômes résultats pour les sucres. En France, la consommation de sucre est de 7 kilogrammes par tète et par an. Les rnénag-s urbains consomment de 20 à 30 kilog-par tête. Un quart de la population at-sorde les trois quarts de la production totale. L’autre quart est consommé par les campagnes, à raison de moins de 1 kilog. par tête. Chaque consommateur rural gagnera donc 32 centimes par an. Pendant ces dernières années, on a opéré pour 3*00 millions de dégrèvements, mais si le budget général a été dégrevé le budget particulier des petits ménages n’a pas cessé d’être surchargé.
- Pour que les dégrèvements soient efficaces, il ne suffit, pas de les faire par fractions, il faut les faire en bloc, en supprimant non pas quelques-uns mais lous les impôts de consommation, pour . reporter * impôt sur la richesse acquise et sur son revenu.
- NOUVELLES DIVERSES
- FRANCE
- Protestatiou ouvrière. — Nous trouvons dans le Journal de Bouen le texte d’une Adresse de la chambre syndicale des ouvriers cotonniers de Lille-bonne, votée à l’unanimité dans la séance générale tenue mardi dernier.
- Citoyens,
- Les ouvriers cotonniers de Lillebonne ont suivi avec le plus vif intérêt les incidents qui se sont déroulés devant le congrès régional de Paris.
- Ilsconnaissent le programme que vous y avez envoyé défendre par le citoyen Drouet, qui s’est acquitté noblement de son devoir, et ils savent maintenant que les idées de progrès et de justice qui sont dans le cœur de tous les ouvriers français ont trouvé en vous de vrais et sincères défenseurs"; merci, citoyens, au nom de tous les travailleurs de la vallée, qui approuvent votre programme et se joignent à vous pour adopter une conduite commune en vue de marcher, pacifiquement, à la conquête des libertés nécessaires à notre avenir, qui est inséparable de celui du pays.
- Comme vous, nous repoussons le quatrième Etat.
- Gomme vous aussi, nous nous déclarons les défenseurs de la propriété individuelle, qui est née de la. Révolution française et qui a sauvé la France dans toutes les crises tragiques qu’elle a traversées.
- Nous voulons être moins exposés aux fluctuations des crises industrielles. Nous eu étudierons les causes pour en conjurer les effets. Nous avons souffert, nous .souffrons encore et ne faisons plus, pour la plupart, que | quatre jours par semaine.
- Rien n’ébranlera notre foi dans le suffrage universel et dans la République, qui noas aidera à surmonter les difficultés du présent et nous garantira la paisible possession des améliorations que nous conquerrons dans l’a-veuir.
- Tous ceux qui prêchent la révolte et osent encore nous parler de l’emploi du fusil pour refaire la société sont des fous ou des traîtres. Nous nous séparerons absolument d’eux et nous répudions leurs doctrines parce que nous ne voulons pas quion puisse jamais dous compter au nombre de ceux qoi font le jeu de toutes les réactions.
- Citoyens, les ouvriers cotonniers de Lillebonne ajoutent leurs signatures à celles des ouvriers du Havre, au bas du programme des vrais ouvriers qui mettent tout leur espoir dans la République.
- Salutations fraternelles.
- Les assesseurs,
- LEMONNIER et PELTIER.
- Le président, CHOINE.
- * *
- Les Jésuites ci-vll». — La distribution des prix à l’école tenue par les Jésuites, rue de Madrid, a été marquée par un incident d’une extrême importance.
- Aux termes des décrets du 29 mars, les Révérends Pères sont tenus de se dissoudre comme congrégation : c’est ce qu’ils comptent faire. Mais ils restent libres, aux termes de la loi, d’agir comme tout citoyen français jouissant de ses droits civils et politiques: en cette qualité, ils demeurent professeurs. Une déclaration en ce sens a été lue aux parents assemblés pour assister à la distribution des prix de fin d’année L’Ecole Saint-Ignace devient l’Externat de la rue de Madrid. Elle ouvrira de nouveau ses portes aux élèves à la date fixée pour la rentiée. Elle peut agir ainsi sans contrevenir aucunement aux intentions marquées par les décrets. Constituée par une société de pères de famille, la déclaration le dit expressément, elle choisira ses pro-
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- fesseurs comme elle l’entendra ; et ces professeurs, on le devine, seront des Pères Jésuites. L’Ecole n’entend rien changer ni à ses habitudes, ni à son programme, ni à son esprit.
- En présence de ces faits, les réflexions se pressent en foule. Nous n’en ferons qu’une, encore est-elle plus une constatation qu’une réflexion.
- Nous avions prévu ce qui va se passer et c’est pourquoi le Devoir a toujours dit que les décrets rendus contre les congrégations seraient impuissants à les détruire. On ne lutte pas par des décrets contre des maux moraux. Il n’y a qu'un seul moyen d’étouffer l’enseignement clérical, c’est de faire mieux que lui.
- * *
- Divisions an sein du socialisme. — Voici ce qu’écrit dans la Revue socialiste M. Benoît Malon :
- « Il est évident, dit-il, que si la bourgeoisie française, puissante, organisée comme elle est, et obéissant à un chef dont l’habileté n’est pas douteuse, ne trouve en face d’elle qu’un socialisme sporadique et divisé, elle le brisera comme verre et son chef pourra répéter : Il n'y a pas de questions sociales. »
- Si l’article n’avait paru avant la clôture des congrès collectivistes on croirait ceci écrit à leur adresse, car jamais la division entre socialistes, n’a été plus hautement préconisée qu’au sein de ces congrès.
- Plus loin M. Malon reprend :
- « Quelques milliers de braves ont pu faire quelquefois des révolutions politiques, mais, nous le répétons, les révolutions sociales sont autrement difficiles, autrement compliquées. La seule bataille demande des forces centuples, car alors les choses ne se passent plus entre un parti et un autre parti, la masse restant spectatrice et le parti agresseur ayant ordinairement l’opinion pour lui ; mais c’est la bataille au front immense d’une classe contre une autre classe. Et la victoire en bataille rangée, qui est tout pour une révolution politique, n’est que la plus petite partie de la tâche pour une révolution sociale, car il s’agit d’organiser après. Si, dans cette seconde partie l’on se trompe, l’expiation est rapide et terrible : le passé revient avec les propres troupes de la révolution dévoyée, extermine les pionniers de l’avenir et restaure et solidifie les anciennes iniquités sociales. »
- L’honorable M. Malon,qui a été l’un des membres modérés de la Commune, est certainement mieux qualifié que bien d’autres pour parler ainsi.
- * *
- Pensionnaire» <1 u Sacré-Cœur. Il devient de mode parmi les dames du monde dit « comme il faut» de faire des pieds et des mains pour obtenir des places bien en vue au tribunal chaque fois qu’une affaire obscène doit se plaider. La Cour d’assises devient une salle de spectacle.
- Le cas vient encore de se produire dans la sale affaire Menesclou, Des dames du plus grand monde avaient tenu à assister aux débats. On nomme ces dames, qui toutes sont d’anciennes élèves du Sacré-Cœur.
- Dans les pays qui ont le bonheur de n’être pas catholiques, il ne se rencontrerait pas de femmes pour assister à des débats qu’elles prévoiraient présenter des obscénités.
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- Le difcicouî'w de M. Jules Ferry à la Sorbonne est réellement remarquable. Il témoigne de l’esprit nouveau qui ' anirpe'aujourd’hui l üniversité de France. Espérons que les grandes réformes que vient d’introduire le Conseil supérieur donneront tout ce que le public attend d’elle.
- "Voici quelques phrases de M. Ferry qui permettent de l’espérer :
- « S'il est une vérité reconnue par la pédagogie progressive, c'est que l’intelligence enfantine se nourrit avant tout de l’aspect extérieur des choses, qu’elle a besoin non pas de formules, mais d’observations , non d’abstractions savantes, mais de notions concrètes, comme le petit corps a besoin nou de lisières, mais de
- mouvement, d’air pur et de liberté. Autrefois, l’école était une prison ; aujourd’hui l’on rêverait d’en faire un jardin. On y fait pénétrer à longs flots le grand air et la grande lumière ; on cherche à en rendre les muiailles Instructives et souriantes. Nous voulons tout cela, messieurs, pour nos petites caisses de nos lycées. Nous leur donnerons tout cela. J’en prends ici l'engagement devant les mères qui m’entendent... Mais enfermer des enfants de huit ans dans les défilés de la grammaire, leur donner pour principale pâture les broussailles du rudiment n’est-ce pas refaire contre eux le maillot et la prison’ n’est-ce pas le rebours de l'expérience, de la vérité et du bon sens ?
- « Nous rentrons dans le bon sens. Nous croyons qu’à l’âge heureux où la jeunesse s’ouvre à la vie, dans sa bonté native, dans sa curiosité insatiable, dans toute la fraîcheur de ses facultés naissantes, le travail doit être un attrait et l’étude comme une floraison. G’est pourquoi nous avons fait passer la leçon de choses avant les déclinaisons, la logique des faits naturels avant la logique grammaticale," la physique élémentaire et le calcul mental avant la règle abstraite et la syntaxe des langues mortes, assurés de conquérir du premier coup, dans cette voie nouvelle où l’Université réformée s’engage, l’esprit des enfants et le cœur des mères. »
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- Le legs de M. Beujamaïn Rampai à la ville «le Paris vient d’occuper le Conseil municipal de la capitale.
- On sait que l’honorable traducteur de Schulze Delitsch, M. Benjamin Rampai, est mort en laissant à la ville de Paris toute sa fortune s’élevant à 1,500,000 francs environ, avec affectation spéciale.
- D’après la volonté du donateur, la somme représentant ce legs doit être employée, à Paris, par une commission du conseil municipal, en prêts à intérêts, pour le terme de neuf ans au plus, à diverses associations ouvrières, ou sociétés coopératives de consommation, de crédit, de production et autres, lesquelles devront remettre tons les trois mois à la dite commission un état de leur situation.
- En cas de perte du fonds social pour un tiers, le capital prêté deviendra immédiatement exigible, au gré de la commission.
- A défaut de prorogation, les capitaux remboursés et les intérêts payés seront prêtés dans les mêmes formes à de nouvelles sociétés coopératives. »
- La commission du conseil municipal s’est vivement préoccupée des difficultés d’exécution,aussi bien que de la lourde responsabilité qui incombera au conseil municipal pour l’administration d’une somme aussi importante. En conséqu qnce elle réserve les moyens d’exécution et se borne actuellement à proposer l’acceptation du legs.
- Le conseil a adopté le projet de délibération suivant:
- Art. 1er. La ville de Paris est autorisée à accepter, aux closes et conditions ci-dessus énoncées, le legs universel fait en sa faveur par M. Benjamin Rampai, aux termes de son testament olographe du 7 mai 1878, savoir : Le montant dudit legs devra être femployè en prêts à intérêt remboursables en neuf ans au plus, à des associations ouvrières où à des sociétés coopératives de consommation, de crédit, de production, etc.:
- Art. 2. M. le préfet de la Seine mettra à la disposition de la commission spéciale nommée à cet effet par le conseil municipal les employés nécessaires pour préparer les contrats de prêts, la correspondance, et toutes autres opérations relatives à l’exécution du legs, -bes opérations, délibérées par la commission,'seront soumises à la sanction du conseil municipal.
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- Méprise comique. — Un usage du plus parfait ridicule voulait qu’à la distributiou des prix du concour3 général la cérémonie soit ouverte par un discours latim En général les assistants n’y comprenaient pas un m ? et les élèves guère davantage. On applaudissait de co
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- fiance, par respect pour le pédantisme, aux endroits où le professeur hausse la voix.
- Cette année les applaudissements ont porté à faux, il. Cartaut venait de citer, dans son discours latin, le dernier qui doive se faire, cette fin d’un vers de Virgile:
- ... .Mamfesto lumine ferri.
- L’auditoire a cru qu’il s’agissait de quelque éloge à l’adresse de M. Jules Ferry, et il a applaudi à tout rompre,
- Nous n’avions jamais pu comprendre à quoi pouvait bien servir le discours latin ; nous le savons maintenant. Il servait à permettre aux auditeurs de se faire moquer d’eux.
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- XLjGS invalides du travail. — M. Lockroy a prononcé à Marseille un important discours dans lequel il réplique aux déclamations du congrès collectiviste en montrant que l’euvrier doit attendre de la République et non de la Révolution l’amélioration de son sort.
- Voici un passage de ce discours :
- « Là, nous trouvons la création de la caisse des invalides du travail, déjà proposée par Martin Nadaud. Nous avons les invalides de la guerre. Pourquoi n’aurions-nous pas les invalides de la paix ? Certes, il est honorable de défendre son pays contre l’invasion, et ils ont bien mérité de la patrie ceux-là qui ont versé leur sang sur les champs de bataille ; mais n’ont-ils pas aussi bien mérité de la patrie ceux qui ont contribué par le travail à sa prospérité, à sa richesse-, à son repos et à sa grandeur ? Le soldat est le grand ouvrier des champs de bataille, mais l’ouvrier est le soldat des luttes pacifiques, luttes où l’on risque aussi quelquefois sa vie ! »
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- ILe parricide OJialaye vient de voir sa peine promuée. Nous voudrions qu’il en fut de même pour toutes les condamnations à mort en attendant que cette peine ignoble soit extirpée de nos codes,
- Chalaye dont il est ici question est ce jeune Lyonnais qui avait fait maigre avant d’assassiner sa mère et qui, aussitôt le crime commis, se rendit en pèlerinage,
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- Un sourdbachelier. — La faculté des lettres de Lyon vient d’enregistrer un cas unique dans les annales des examens au baccalauréat.
- Un sourd parlant, M. Maurice Kœchklin, de Mulhouse, âgé de 16 ans, élève de M. Hugentobler, directeur fondateur du pensionnat des sourds-muets pour l’enseignement par la parole, a subi, les 3 et 4 courant, le premier examen pour le baccalauréat ès-lettres et il a été reçu avec la note « bien. »
- Le Courrier de Lyon ajoute que c’est un professeur du lycée, M. Fenet, qui a secondé M. Hugentobler dans son œuvre, ayant été chargé de l’enseignement des langues portes auprès dudit jeune homme,
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- Les femmes et les prix die vertu. — Des
- soixante lécompenses décernées cette année par l’Académie française, quarante-sept ont été méritées par des femmes. On ne leur contestera pas cette supériorités. Tous les ans la proportion est la même. « Partout, dit àl. Victorien Sardou, partout où il y a douleur, maladie, désespoir, la femme parait... que dis-je, elle accourt !... G est à croire que le mal n’a pas d’autre raison d’être ici-oas que de donner de l’emploi à cet esprit de sacrifice, üe dévouement qui est un besoin de sa nature. »
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- .Le dia!>le en personne. — La Semaine Relï~ $uuse de Nancy et celle de Grenoble racontent toute8 ueux nu fait dont elles déclarent avoir des preuves cer"
- aines. Le père Jandel, général des Dominicains entré ?une loge maçonnique de Lyon, y aurait rencontré
- e diable en personne et l’aurait fait fuir en brandissant un crucifix.
- Ceci s’imprime en 18801
- ITALIE
- Vandalisme et militarisme. — Tandis que le gouvernement italien consacre le plus clair de ses ressources à construire des navires cuirassés ou des canons monstres, il laisse tomber en ruines les plus mer-I veilleuses œuvres d’art du pays et ses plus intéressants monuments historiques.
- Nous avons déjà signalé à l’égard de la plus belle des fresques d’Andrea del Sarto et des dégradations de S. Marc de Venise les conséquences de ce vandalisme gouvernemental.
- Aujourd'hui c’est du Baptistère de Ravenne que nous voulons parler. Ce monument, l’un des plus beaux de l’Halie, est menacé de destruction.
- La ville de Ravenne a été autrefois un port de mer, et, d’après ce qu’en dit Strabon, sa position maritime était à peu près la même que celle de Venise. Mais des masses de sable apportées par la mer, principalement parle Pô, se sont accumulées de telle sorte que Ravenne se trouve aujourd’hui à 8 kilomètres de la mer; en même temps, le niveau originaire do la ville s’est abaissé de 9 ou 10 pieds.
- Il est résulté de ce travail imperceptible des éléments, que le vieux Baptistère orthodoxe, le tombeau de Théodoric et d’autres monuments anciens n’ont pu conserver leur hauteur primitive. Le Baptistère s’est enfoncé jusqu’à une profondeur de 3 mètres au-dessous du niveau des roues modernes qui l’entourent. On a constaté, en outre, que. par suite de l’infiltration des eaux, les murs de l’édifice étaient minés et en danger imminent à une profondeur de 1 m. 1/2.
- Pour sauver les belles mosaïques du plus haut intérêt qui recouvrent la voûte et les murs du Baptistère, il faudrait des sommes considérables que le trésor italien, épuisé par les dépenses militaires, est dans l’impossibilité de fournir..
- C’est ainsi que l’un après l’autre l’Italie voit disparaître au profit du chauvinisme les monuments uniques au monde qui faisaient sa gloire et son intérêt.
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- RÉPUBLIQUE ARGENTINE
- Révolation nouvelle. — Une révolution vient de se terminer dans ce pays, laquelle n’est pas autre chose que l’échec d’une nouvelle tentative faite par la ville de Buenos-Ayres pour reconquérir son omnipotence d’autrefois sur le reste de la confédération Argentine. L’ancienne capitale des vice-rois espagnols n’a pas oublié l’influence qu’elle exerçait sur l’Amérique du Sud avant l’émancipation ; la métropole souveraine, d’où le dictateur Rosas lançait ses troupes à la conquête des provinces de la Plata, ne peut se résigner à perdre sa suprématie et à se soumettre aux décisions du gouvernement fédéral.
- En 1852, Buenos-Ayres s’est séparée des autres Etals de la Plata ; elle leur a fait une première fois la guerre en 1859. Deux ans plus tard, après une lutte longue et acharnée, elle a renoué les liens rompus depuis neuf années et elle a consenti au rétablissement de l’ancienne constitution.
- A part un soulèvement de peu d’importance, qui avait éclaté en 1874, la capitale de la République Argentine paraissait avoir renoncé depuis 1861 à ses projets de sécession. Ce résultat était dû en grande partie à la sagesse des gouverneurs locaux.
- Malheureusement le gouverneur actuel de Buenos-Ayres, docteur Téjédor, a abandonné la sage conduite de ses devanciers et tenté de s’emparer de la présidence de la Confédération argentine, dont Buenos-Ayres n’est qu’une des parties.
- Dix'gouverneurs des autres provinces confédérées lui ont fait opposition ainsi que le président de la Coniédé-ration, docteur Avellana, les sénateurs et la moitié des députés.
- Après une lutte et des négociations dont nous ne connaissons pas encore les détails, le pouvoir fédéral a été
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- LE DEVOIR
- réinstallé à Buenos-Ayres ; la milice provinciale de l’Etat rebelle a été dissoute et le docteur Téjédor a donné sa démission de gouverneur de Buenos-Ayres.
- Après ce succès des autorités nationales, il est permis de présumer que l’ordre sera rétabli pour quelques mois, et peut-être même pour quelques années dans la République delà Plata.
- NOUVELLES DU FAMILISTÈRE
- Quelques lecteurs nous écrivent qu’à l’instar de ce qui se fait en Amérique dans les organes de publicité attachés à une institution spéciale, ‘iis aimeraient à voir notre feuille donner de temps en temps quelques nouvelles de la vie au Familistère.
- Pour répondre à ce désir, disons que le Familistère est visité en ce moment par une célèbre conférencière américaine, Mms Augusta Cooper Bristol.
- Cette dame qui a, l'hiver dernier, fait des conférences sur le Familistère à New-York, vient d’être déléguée par cette ville pour venir étudier sur place l’expérience sociale réalisée ici.
- Mme Cooper BrisÆol avait déjà, à plusieurs reprises, attiré l’attention de la presse américaine sur l’œuvre de M. Godin.
- Dans VEvolution de New-York, elle avait publié sous ce titre : Evangile de la vie et du travail, un long article dont nous publions un extrait dans le présent numéro.
- Nos lecteurs pourront ainsi apprécier quelles vues philosophiques et sociales guident la célèbre conférencière dans ses études.
- L’ÉVANGILE DE LA VIE & DU TRAVAIL
- En étudiant les anciennes sociétés de Morgan, nous reconnaissons que le sentiment religieux s’exprime en certains rites, en certaines cérémonies, qui trouvent place dans les plus grossières, dans les plus simples fermes de société. Nous constatons également que ce sentiment, au lieu d’être éliminé dans le mouvement progressif de l’humanité, tend, avec la race elle-même, vers une unité plus haute, en passant par l’organisation de la famille, de la tribu, de la nation.
- La tendance à exercer ce choix entre les diverses croyances se fortifie et se développe à mesure que l’homme avance vers la civilisation. L’intelligence humaine a de plus en plus conscience de sa liberté à cet égard. Cependant les conditions de la vie et de la société sont encore si peu équilibrées et si confuses que cette indépendance ne s’exerce que par les moyens les plus grossiers et les plus irrationnels.
- Pour assurer et défendre sa liberté de conscience, l’humanité suit la voie du massacre et de la dévastation. Les individus disparaissent comme des flocons de neige.
- Des formes grossières du culte primitif, le sentiment religieux s’élève lentement mais constamment à des rapports plus rationels avec les réalités de la vie.
- Il va du vague au défini, du surhumain à l’humain, de l’incompréhensible au compréhensible, delà spéculation théologique à la science de la philosophie.
- Que faut-il conclure de ce fait ? Les praticabilités de la vie sont basées sur la connaissance des lois de la nature, sur la science. Quel rapport cela peut-il avoir avec le principe religieux ?
- La religion et la science pourront-elles jamais être liées dans une action commune pour concourir au travail de la vie ?
- Le jour de cette union luira-t-il jamais à nos yeux? Voyez, les rayons s’en montrent déjà !
- Le principe religieux est une dualité ; il comporte à la fois l’idéal et le réel... Que son objet soit Dieu ou l’homme, l’invisible ou le visible, la théologie ou la science, il donne lieu à un évangile.
- Or, le progrès de la religion ayant été de plus en plus la reconnaissance de ce fait que les conditions et les rapports de la vie humaine sont l’objet le plus important des spéculations de l’homme, un Evangile de vie et de travail est la formule de ce progrès.
- Le premier germe de cet Evangile est visible dans Fourier, puis dans Comte. Des expériences prématurées eurent lieu pour traduire la théorie en pratique par l’organisation de la vie sociétaire. Mais le moment n’était pas encore venu. La science et l’aspiration n’étaient pas suffisamment identifiées l’une à l’autte chez les individus, pour permettre la réalisation de telles entreprises.
- 11 fallait l’action du temps et de nouveaux efforts pour rencontrer un homme qui fixât dans les actes ce qui n’existait qu’en pensée, qui exprimât dans un Evangile nouveau les réalités industrielles de la vie. Cette œuvre est contenue dans le Familistère de
- Guise...............................................
- Quelqu’un supposera-t-il que le fondateur de cette œuvre, parce qu’il était en possession de la richesse, n’a rencontré dans ses travaux aucune difficulté, et que la besogne n’a nécessité en lui aucune dépense d héroïsme. Une telle supposition est contredite par l’expérience. L’argent es t une force, mais celui qui veut contrecarrer la routine et les usages sociaux s’aperçoit bien vite que l’argent ne le protège en rien contre la persécution.
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- Dira-t-on que le Familistère prit son origine dans des considérations toutes personnelles, dans des vues financières? L’expérience des affaires suffît à réfuter une telle conjecture.
- Une force était en cet homme et cette force ne venait ni de la possession de la richesse, ni de l’espoir du gain. La richesse n’était pour Godin qu’un instrument au service de la pensée à îaqu die il vouait sa vie.
- Un élément supérieur dominait cethomnm, le soutenait dans toutes les difficultés.... Il n’est pas nécessaire de nommer cette force. Godin a révélé à l’humanité que la religion et la science sont corollaires, que l’unité de leur action assure les harmonies de la vie et du travail.
- La profondeur de la pensée philosophique de Godin peut être saisie dans les citations suivantes que nous tirons de son livre « Solutions sociales. »
- « Le principe suprême et universel est celui de la vie.
- » Il a trois coefficients qui constituent les lois primordiales de la société et de l’humanité.
- Ces trois coefficients sont :
- « La loi de conservation et d’entretien de la vie humaine ;
- « La loi de développement et de progrès de la vie humaine ;
- « La loi d’équilibre et d’harmonie de la vie humaine ;
- « Ces lois s’imposent au respect de l’individu, de la société et de la nation ;
- « L’homme ne doit pas seulement travailler pour lui-même, mais aussi concourir à l’entretien, au progrès, à l'harmonie de la vie en général. »
- Le droit, le devoir, la justice sont explicitement déduits de ces préliminaires.
- Le point que nous signalerons tout particulièrement, c’est que Godin assigne pour but au sentiment religieux tout ce qui a trait aux réalités physiques intellectuelles et morales de l’existence. Conserver, développer, harmoniser la vie humaine, telle est pour lui la base de la vraie religion dans l’humanité.
- L’œuvre du Familistère est donc un témoignage du fait signalé ci*dessus : l’évolution du sentiment religieux depuis les phases de la plus grossière sauvagerie jusqu’à l’organisation de conditions d’existence dans lesquelles la science est unie au sentiment, où les êtres humains sont reliés pour leur bien général, où le travail enfin est le seul mode de culte.
- Le second point à noter, c’est que l’Evangile nouveau dont nous parlons reconnaît pour autorité centrale et souveraine la loi universelle de vie. C’est 1 obéissance parfaite à cette loi qui détermine la valeur des actes de l’homme à l’égard de ses semblables ;
- c’est elle qui doit servir de base à la constitution des sociétés.
- Les notions du droit, du devoir et de la justice entre les hommes sont régulières en théorie et en pratique si de leur application ressort le bien de la vie universelle.
- Tel est le critérium auquel tout acte doit être rapporté.
- C’est l’antipode de l’individualisme moderne qui, manquant de pensée philosophique et de méthode, produit la dissolution et la démoralisation dans la société.
- Sous l’empire de l’individualisme, les hommes mettent l’individu au-dessus de la masse, éiéminant ainsi le principe du sacrifice qui, lui aussi, va se développant depuis l’offrande de 1 huile, du vin et de la chair, jusqu’à celui prescrit par l’Evangile nouveau et qui consiste en ce que l’individu consacre sa propre existence et ses actes au service de la vie universelle.
- Dans la philosophie de Godin nous apprenons que pour obéir à la loi suprême de la vie universelle, les hommes doivent établir les institutions sociales les plus propres à conserver, à développer et à perfectionner ia vie de l’individu et de l’espèce,
- Ce but, dit Godin, sera accompli par l’Association du Capital et du Travail.
- Dans le domaine de la vie et du travail, Godin a élaboré un Evangile si fécond en résultats que nous pouvons raisonnablement conclure que le sentiment religieux est entré dans sa phase véritable et définitive, et que son évolution consistera maintenant à améliorer la méthode, mais non à changer de but.
- Augusta Cooper Bristol.
- MORALITÉ PUBLIQUE
- congres de GÊNEiS
- La Fédération britannique continentale et générale doit tenir à Gênes cette année un congrès dont M. Aurelio Saffi sera le président.
- En voici le programme:
- Mercredi 29 septembre, à 9 heures du matin, séance d’ouverture publique :
- Discours du Président ; Rapport d'ensemble sur Vœuvre ; Thèses concluant à la revendication du régime de droit commun en opposition aux institutions policières actuelles.
- 3 h. du soir, séance non-publique : Question hygiénique envisagée comme inséparable du droit commun.
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- Jeudi 30 septembre, à 9 h. du matin, séance publique :
- Thèses concluant au rejet de tout compromis et de toutes mesures tendant à remplacer la police des mœurs par tel ou tel équivalent plus ou moins dissimulé.
- Vendredi l*r octobre, 9 h. du matin, séance publique :
- Thèses concluant à une entente internationale ayant pour dut la suppression du trafic de ravitaillement de la prostitution légale.
- Samedi 2 octobre, 9 11. du matin, séance publique :
- Thèses ou propositions contenues dans les rapports particuliers aux divers pays dans lesquels la lutte est engagée.
- 3 h. du soir, conférence de l’assemblée générale : Rapport du Sociétariat ; Adoption dé la formule vérificative du résultat des délibérations du Congrès.
- Dimanche 3 octobre, 3 h. du soir, séance publique au théâtre, entrée libre :
- Proclamation du résultat des délibérations de la session, clôture solennelle du Congrès.
- L’àme de la Plante.
- Dans un ouvrage publié en 1876 et intitulé Lettres familières sur quelques mystères delà nature, M. T.-L. Phipson, citait des faits nombreux à l’appui de cette opinion, que les effets de sensibilité, d'excitabilité chez les plantes n’étaient pas rares ainsi qu’on se l’imagine assez communément. Et il affirmait que la raison pour laquelle les mouvements bien connus de la sensitive sous l’influence d’excitations extérieures ont été regardés comme si merveilleux, c’est qu’on les avait envisagés comme quelque chose de tout à fait exceptionnel, tandis que ce n’est que le plus haut degré de développement dhin phénomène dont nous pouvons suivre les tracas à travers le règne végétal tout entier.
- M. Phipson vient de signaler un fait qui confirme ses assertions.
- Il a pu produire facilement des effets tout à fait analogues à ceux que l’on observe sur la sensitive, et cela, non plus sur une plante plus où moins délicate, mais sur un arbre de 6 à 6 ans, un acacia, connu sous le nom de Robinia-pseudo-acacia.
- Le 17 septembre dernier, à 5 heures et demie du soir, par une température de 17 degrés et par un beau soieil, en appliquant simplement de 10 à 20 petits coups secs avec le doigt sur la foliole terminale d’une feuille, les autres folioles commencèrent à se rapprocher spontanément. Elles effectuèrent de mouvement successivement à partir de l’extrémité, ainsi que fait la sensitive. Au bout de cinq minutes elles furent toutes rabattues, ou dans un état de sommeil comme au milieu de la nuit.
- Le lendemain à midi et demi en plein soleil, la même expérience conduisit au môme résultat. En quatre minutes et demie la feuille prit les allures du sommeil. En la laissant ensuite à elle-même, il fallut de deux à trois heures d’éclairage par les rayons solaires pour qu’elle reprit sa position primitive où leâ folioles latérales étaient horizontales.
- LE DERNIER-NE DE GINX
- » -
- SA NAISSANCE ET SES AUTRES INFORTUNES
- Par M. JENKINS
- V — Tactiques de partis et obstacles politiques aux réformes sociales.
- Durant quelque temps, grâce à la protection de sir Charles Sterling, aux gâteries de Pairs, membres du Parlement, et de' désœuvrés assez nombreux dans cet endroit, notre héros prit joyeusement ses ébats dans le Club. Il y avait bien quelques Messieurs dont la mine et lés manières annonçaient des gens de bourse qui passaient dédaigneusement près de lui; il est vrai que ces gens étaient de ceux qui tranchent toutes les questions avec de l’or et qui font tout passer par le compte de profits et pertes. Je gagerais que plusieurs-d’entre eux pensaient que le grand tort de Judas dans son fameux marché, était d'en avoir retiré un trop petit bénéfice. Elever Bébé Ginx dans le club comme un témoignage des questions importantes qui agitaient la Société, leur semblait ridicule. Combien plus grave à leurs yeux était la solution d’un différend entre deux misérables fous dont l’un était à Constantinople et l’autre au Caire! Combien plus grandes encore les conséquences d’une hausse des consolidés Turcs ou des 9 0/o Egyptiens. Je ne leur jette pas la pierre : chacun voit les choses à son point de vue.
- Cependant il était curieux de noter les changements qui s’opéraient au club dans la fortune de Bébé. Tantôt les plus vieux routiers lui passaient la main sous le menton,les ministres lui souriaient ou M. Jos-hua l’honorait a’un signe de tête. Puis, tout à coup, il se voyait comme oublié d’eux tous; Des mois entiers s’écoulaient sans qu’on fit attention à lui; et il était laissé à la merci de la domesticité, jusqu’à ce qu’un cas semblable au sien venant à soulever des discussions dans la presse, attirât de nouveau l’attention sur lui. Alors c’était à qui s’occuperait de Bébé Ginx. Le concierge, M. Smirke avait réussi, aidé d’un agent de la police secrète, à découvrir le nom de l’enfant; mais la famille Ginx étaient alors à moitié chemin du Canada.
- Les membres du Club Pogey, en face, apprenant qu’un enfant trouvé aussi digne d’intérêt était le protégé de leurs adversaires, demandèrent poliment à voir Bébé et reçurent sa visite de temps à autre. Us le traitèrent avec bonté et discutèrent sa position avec passion.
- Les chefs du parti se demandaient s ^
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- ne serait pas avantageux pour eux d’arracher cet enfant des mains de leurs antagonistes. Les uns pensaient que se servir de lui avec tact leur vaudrait de la popularité, mais d’autres objectaient qu’il serait dangereux pour eux de prendre en mains des intérêts aussi incertains. En définitif, les Fogey se contentaient de graisser la patte du jeune Ginx, mais ne prenaient parti ni pour, ni contre.
- Ainsi s’était écoulé un long espace de temps et notre héros avait atteint l’âge de faire un page. Il avait été nourri, vêtu, avait reçu des étrennes quant à son éducation, nul n'y avait songé.D’une turbulence extrême parfois,Bébé Ginx faisait de mauvaises farces avec les couteaux du Club, et appliquait l'argenterie à un usage impropre. Il tendait des chausse-trappes à des législateurs présomptueux, vieux et infirmes, et mettait à l’épreuve la patience et le' bon naturel des membres les plus jeunes du Parlement, en montant subitement sur des endroits étranges et en y prenant des poses indécentes... tant et si bien qu’à la fin, d’un concert unanime, on déclara qu’il n’était qu’une source de désagréments et que sous peu de jours il verrait les portes du club se fermer pour lui.
- Les Fogey n’eurent pas plutôt vent de ceci qu’ils manœuvrèrent pour prendre Bébé Ginx sous leur propre direction. Ils donnèrent leurs instructions à leurs joarnaux (leurs organes, ainsi qu’ils les désignaient) pour qu’ils eussent à en appeler hautement au sentiment populaire sur la honteuse apathie des Radicaux à l’égard de l’enfant trouvé. Ils avaient attiré Bébé Ginx en cachette et l’avaient fait traiter par leurs émissaires chez les confiseurs. Une fois ou deux, ils étaient parvenus à l’enlever et à l’envoyer à la campagne avec les candidats de leur parti pour le montrer aux électeurs.
- Les Radicaux ressentirent vivement le coup. Bébé Ginx fut ramené au club et recouvra toutes les bonnes grâces de la compagnie. La presse gouvernementale reçut à son tour des instructions pour faire connaître en détail combien l’enfant était choyé par le parti et combien on s’occupait de son sort. « Il était parfaitement inutile d’exciter l’opinion publique en sa faveur, nul besoin n’était de légiférer spécialement à son égard pour le faire profiter des changements organiques qui se faisaient alors dans la constitution du pays. »
- Sir Charles Sterling s’intéressa de nouveau à l’enfant. Il avait vaillamment soutenu son parti dans d’autres questions, la question Tombouctou, par exemple. Un misérable chef du désert avait détenu un vagabond anglais qui n’avait pas eu l’esprit de se tenir hors du danger qui le menaçait. On regardait généralement l’honneur anglais comme engagé dans
- cette affaire, et les Fogey qui avaient précédé au pouvoir le gouvernement actuel, avaient ordonné une expédition pour traverser le désert et punir le cheick. Impossible à quiconque n’avait pas vu le compte, de croire ce que cela avait coûté. Dix millions de livres sterling aussi bien employés que si on les eut jeté à 1 eau, tandis qu’avec la dixième partie de cette somme, on eut pu, chez soi, empêcher cent mille âmes de mourir de faim, et que la centième partie eut suffi à faire tomber les fers du malheureux prisonnier.
- • Il y avait encore la question Ste-Hélène, cette préoccupation constante du Parlement (1). Ste-Hé-lène était une partie constituante de l’Empire Britannique. Tout patriote s’accordait à dire que sans elle l’Empire serait incomplet ; vérité si vraie que son retranchement laisserait l’Empire amoindri d’autant. Le plus grand nombre des habitants de Ste-Hélène était de race primitive, race ardente, pleine de feu, à l’esprit vif et doué de l’éloquence exubérante des sauvages, mais dépourvue de dignité et d empire sur elle-même. Avant que la Providence eût donné à ces insulaires quelque peuple à combattre, ils se tuaient et se pillaient entre eux. Nos ancêtres, les usurpateurs Bretons, marchèrent sur l’Ile, fauchèrent les habitants comme des épis de blé, et s approprièrent les terres que leurs épées venaient de conquérir. Néanmoins les aborigènes tinrent bon sur certains points et défièrent leurs vainqueurs ,* mais ces derniers les écrasèrent, confisquèrent les propriétés et se les partagèrent. Puis, pour montrer leur suprême autorité, ils bâtirent, sur les ruines qu’ils avaient faites, une grande Eglise dans laquelle ils donnèrent ordre aux insulaires de venir adorer le Seigneur. Ceux-ci résistèrent et combattirent comme des démons toutes les fois qu’ils le purent, puis ils finirent par accepter la religion de leurs ennemis. Mais les conquérants ayant quelques temps après changé de religion, décidèrent que les * insulaires en feraient autant. ( Dès lors, sans plus attendre, ils confisquèrent la ] grande Eglise et le cimetière, puis, distribuant partie I des terrains et des dépouilles parmi leurs plus émi-! nents chenapans, ils construisirent une nouvelle j Eglise d’un style tout à fait différent dans laquelle les indigènes firent serment de ne jamais mettre le pied bien prévenus du reste par leurs prêtres que s’ils en franchissaient le seuil, ils seraient inévitablement damnés. Enfin, ce qui ne contribuait pas peu à augmenter les complications, ce même clergé était tenu au serment de fidélité envers une vieille femme habitant un pays éloigné, qui avait tout l’esprit d’in-
- (1) Allusion à la question d’Irlande.
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- trigue et de petite jalousie de son sexe et qui, en | continuel d’agitation.Cependant saconditiongénérale
- outre, était fort attachée à de misérables pécheurs J s’améliorait ; ses fermes devenaient prospères, et une
- cachant leurs visées sous l’apparence d’un amour passionnée pour elle-même.
- Les chenapans de haut rang moururent ; mai® leur succession se transmit de génération ën génération , soit à leurs enfants, soit à d’autres vainqueurs délestés. Les insulaires dont la population augmentait ne cessaient de faire entendre des protestations La faim les décimait et eux, à leur tour, tuaient les propriétaires, leurs oppresseurs, quand le* hasard leur en mettait sous la main ; car la plupart de ces derniers vivaient loin de Sainte-Hélène, dans leur propre pays et faisaient administrer leurs domaines par des agents . Plus d’une fois le gouvernement fut obligé de prêter à ces derniers le secours de ses soldats et de ses corps de police armée ; plus d'une fois il fit fusiller les masses, arrêter quelque chef de parti qu’il envoyait à Fernando Pô, ou bien il privait des villages tout entiers de leurs droits civils.D’autre fois la récolte des ignames venant à manquer, presque ia moitié de la population abandonnait l’ile pour aller au-delà des mers où, emportant ses haines avec elle, elle continuait à conspirer contre ceux qui avaient eu le malheur d’hériter de quelque portion de son sol natal,
- Raeonter les absurdités qui avaient lieu des deux côtés, dire la stupidité ou la coupable absence de tact dont faisait preuve de temps en temps le gouvernement, montrer les natifs résolus, sous Fin-fluence de leur clergé, à ne jamais être tranquilles, serait par trop fastidieux.
- « Sur ce terrain commun fertile en nouveautés,
- Chaque jour surgissaient d'autres difficultés ; »
- Des sociétés secrètes se formaient tuant par répré-sailles. Un corps d’individus, appelés les Jauues (2) s’était organisé ; les membres avaient juré entre eux de garder la mémoire des triomphes religieux de leurs devanciers, et d’exercer toutes les persécutions possibles contre le parti clérical- Les Insulaires détestaient les Oranges, et chaque fois que l’occasion s’en présentait, ils fendaient le crâne des porteurs d’Oranges avec une arme particulière à leur lie. Ces derniers en revanche, ne manquaient pas, lorsqu’ils le pouvaient, de faire sauter la cervelle III lequel était protestant et de la maison d’Orange. des Insulaires. L’île tout entière était dans un état
- (2) Allusion aux Orangistes eu partisans de Guillaume
- société par actions avait fait construire un moulin pour convertir les fibres des noix de coco en housses de chevaux. Cela rapportait de jolis bénéfices.
- On eût pu sans doute oublier les événements passés, mais le clergé,dans l’intérêt de la vieille femme attisait le feu couvant sous la cendre, et, d’autre part, la course au clocher des partis après la popularité, avivait lestassions qui sî fussent naturellement éteintes sans cela. Ajoutons, qu’en dernier lieu, trop de sottises avaient été faites des deux côtés, pour qu’on pût les oublier facilement. Tout le monde était las des querelles de Sainte-Hélène. Enfin, H se fit un mouvement général en faveur de la paix et, pour apaiser les Insulaires, on demanda au Parlement de démolir les ailes delà vieille église, de transporter ailleurs quelques-unes des tombes, et de retrancher une large étendue du cimetière. Quelques personnes mêmes se prononcèrent en faveur du partage de toutes les fermes du pays entre les indigènes ; mais se présentait la difficulté de savoir comment indemniser les possesseurs actuels. Ces projets donnèrent lieu à des débats élevés dans lesquels le gouvernement eut des alternatives de revers et de succès. Durant ces discussions, Bébé Ginx n’avait aucune chance d’être entendu au Parlement.
- Beaucoup d’autres matières d’une insignifiance particulière avaient absorbé le temps de la session; à la fin le nombre toujours croissant d’enfants dans la position de Bébé inquiéta le pays, et sir f Charles Sterling pensa que le moment était venu de faire entendre sa voix en faveur de notre héros et de ses semblables.
- (.A suivre.)
- BIBLIOTHÈQUE DU FAMILISTÈRE.
- M. Ed. de Pompery a bien voulu envoyer six exemplaires de son volume : La vie de Voltaire pour la bibliothèque du Familistère ; nous lui offrons nos sincères remerciements.
- Le Directeur-Gérant : GODIN.
- Saint-Quentin — lmp, de La. Société anonyme du Glaneur
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- TOME 4 — N” 102
- ie numéro hebdomadaire 20 c.
- DIMANCHE 22 AOUT 1880
- Le Devoir
- REVUE des réformes sociales
- bureau
- v GUISE (Aisne)
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant Fondateur du Familistère
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- j Passage des Deux-Pavillons
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- SOMMAIRE
- Aux Coopérateurs anglais. — Nouvelles du Familistère. — Le Familistère et le New-York Hêrald. — Nouvelles diverses. — Appel aux travailleurs. — Recherche de la paternité. — Société générale des ouvriers boulangers. — Feuilleton : Le Dernier-né de Ginx.—Bulletin bibliographique. — Variétés.
- AUX COOPÉRATEURS ANGLAIS
- il
- Nous avons posé, dans un précédent article, les principes en vertu desquels tout citoyen hors d’état de subvenir à ses besoins, a droit aux garanties sociales contre la misère et le dé-nùmont, et démontré que le travail doit participer aux bénéfices de la production dans la mesure de la valeur de son concours.
- Nous avons dit aussi que c’est dans le mode d’emploi et de répartition des bénéfices revenant au travail que réside la solution des difficultés qui se font jour partout entre travailleurs et capitalistes. Voyons maintenant quelles sont ks premières mesures à inaugurer pour atteindre à la conciliation de tous les intérêts.
- Dès que la société, par la constitution de la propriété, enlève au travailleur la possibilité de pourvoir à ses besoins sur le fonds commun *Je la nature, elle est en devoir de constituer en échangé l’assurance universelle de la vie au proüt du pauvre, et de donner au travailleur la
- part équitable à laquelle il a droit sur les produits de son travaii.
- L’organisation de la mutualité doit donc tout d’abord être l’objet de l’attention des sociétés coopératives, si celles-ci veulent accomplir toute la mission qui leur incombe.
- L’Union coopérative dispose pour cette œuvre de ressources considérables.
- Outre ses sociétés de consommation dont les chiffres d’affaires s’élèvent à des centaines de millions, elle peut compter sur l’appui et le concours des Trades-Unions qui, dans le congrès de Newcastle, viennent de témoigner qu’elles seraient disposées à une communauté d’action avec l’Union coopérative, s’il s’agissait de « quelque chose de plus que de créer des dividendes aux actionnaires, si le but était d’élever les travailleurs dans l’échelle sociale. »
- On entrevoit facilement quelle serait la force d’une telle entente. Déjà, par la simple accumulation de légers sacrifices de la part des travailleurs, les Trades-Unions ont constitué une puissance considérable, combien bien plus grande encore serait celle qui résulterait de l’action combinée des Trades-Unions et des sociétés coopératives en vue de réaliser les institutions utiles à l’amélioration du sort du peuple.
- Car, il est reconnu aujourd’hui qu’il y a autre chose à faire que de réclamer l’augmentation des salaires ; qu’en général de telles augmentations ont pour conséquence inévitable l’élévation des prix des objets de consommation ; et qu'ainsi le sort de l’ouvrier n’est en rien amélioré.
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- Quand la maladie ou le chômage frappent le travailleur,sa condition est plus difficile encore, puisque toutes les choses usuelles ont augmenté de valeur.
- La solution des difficultés sociales se trouve moins dans l’élévation des salaires que dans l'organisation des garanties mutuelles contre la misère.
- Les sociétés coopératives unies aux Trades-Unions pourraient réaliser, dans cette voie, un grand exemple.
- Déjà, les Trades-Unions ont constitué des assurances contre le dénûment en cas de maladie ou de cessation de travail ; ces germes d'institutions pourraient être agrandis, afin d’embrasser toutes les éventualités de la vie des classes laborieuses, maladie, chômage, vieillesse, abandon des faibles, etc., en ajoutant aux ressources des Trades-Unions une certaine part prélevée sur les bénéfices des sociétés coopératives.
- Unies aux Trades-Unions, ces sociétés pourraient, en outre, demander aux Chambres, à l’Etat, une loi créant à la richesse l’obligation de concourir, par un impôt spécial, à l’organisation générale de la mutualité en Angleterre, afin de garantir toutes les familles laborieuses contre la privation du nécessaire.
- Cette évolution accomplie serait la conquête du droit de vivre pour tout être humain, droit qu’il est honteux à notre époque de ne savoir ni reconnaître, ni respecter ; ce serait une gloire pour la coopération anglaise de se placer en avant de ce mouvement, en s’inspirant du sentiment de i’amour de la vie humaine, qui est la base du principe évangélique si en honneur en Angleterre.
- Mais ce ne serait encore là que le point de départ des réformes nécessaires ; ce que peuvent en outre réaliser les Sociétés coopératives et les Trades-Unions c’est la participation de l’ouvrier aux bénéfices de la production, c’est l’organisation de l’industrie sur les bases de l’association du capital et du travail ; c’est la conciliation des intérêts entre patrons et ouvriers. -
- Pour entrer dans l’ordre d’un développement logique et rationel, le mouvement émancipateur des classes ouvrières doit se faire producteur ; il doit organiser la coopération de travail, d’in-
- dustrie, de culture. Car, le problème important n’est pas seulement d’associer les consomma teurg, il est surtout d’associer les producteurs Il faut créer le produit avant de songer à le vendre.
- Associer les travailleurs dans l’œuvre de la production, unir leurs efforts, estimer chaque concours à sa juste valeur, et faire participer chacun aux résultats de l’entreprise proportionnellement à la valeur de son concours, tel est le problème de justice et d’équité qu’il s’agit de résoudre d’une façon pratique.
- Les magasins coopératifs peuvent être considérés comme de simples comptoirs où se fait la vente des produits du travail, au profit du consommateur ; c’est là en effet le rôle rationnel et réellement économique de la société de consommation; c’est celui par lequel elle est véritablement une institution favorable à la classe laborieuse. Le magasin coopératif qui cesse de faire profiter le consommateur des bénéfices réalisés sur la vente et qui distribue tous ses bénéfices à ses actionnaires, abandonne son rôle utile et n’est plus qu’un magasin parasite de commerce ordinaire.
- Il est important de ne pas perdre de vue que le rôle économique de la coopération consiste à faire profiter les classes ouvrières des bénéfices sortis du travail, en ne laissant à la fonction intermédiaire que le juste intérêt dû au capital qu’elle emploie.
- Or, pour peu qu’on y fasse attention, on voit que si le magasin coopératif de vente fait rentrer, dans une certaine mesure, aux mains de la classe laborieuse les bénéfices réalisés sur les produits du travail, il a le tort de ne point faire revenir ces bénéfices aux mains mêmes de ceux qui ont créé les produits vendus.
- N’est-ce pas le renversement de l’ordre naturel des choses que le profit d’un produit quelconque soit donné à celui qui consomme et non à celui qui crée ce produit ?
- Mais nous avons dit que c’était surtout dans le mode de répartition et d’emploi des bénéfices que résidait la solution du problème social.
- En effet, pour que- le droit de participer aux bénéfices donne aux travailleurs tous les avantages qu’on en peut attendre, il ne suffit pas de faire une répartition individuelle qui mettrait
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- niains de chacun ime certaine somme,
- me cela se pratique actuellement dans les piétés coopératives de consommation, sans Joodifier grandement la situation du travail-
- ^Le se1’*' PeuP*e ne Peu^ être réellement amélioré que par le judicieux emploi des béné-, restants,après paiement des salaires et appointements dus au travail et des intérêts dus au capital.
- La coopération anglaise réalise des bénéfices considérables, qu’elle les accumule en actions au profit des coopérateurs,et qu’elle emploie ces capitaux à créer des ateliers où seront exécutés les produits que les sociétés livrent à la con-ionunation ; que les travailleurs de ces ateliers soient considérés comme des coopérateurs qui apportent à la création de la richesse un concours indispensable, concours dont la valeur est représentée par le salaire même, comme la valeur du concours du capital est représenté par l’intérêt.
- Que le travail et le capital aient droit alors aux bénéfices réalisés dans la proportion de l’estimation de leurs services : et la voie de rédemption sera ouverte,
- Ayant reconnu la puissance et les bienfaits de l’accumulation de leurs bénéfices, les sociétés comprendront que sur ces bénéfices annuels il y a lieu de faire avant tout partage la part de la mutualité sociale, puis celle de la réserve destinée à faire face aux événements imprévus du commerce ou de l’industrie.
- Cela fait, les bénéfices restants reviennent de 4roit au travail et au capital ; mais si l’on veut tout à la fois conserver aux sociétés productives leurs moyens d’action, permettre aux industries sociétaires de se développer et de s’a-?randir,si l’on veut surtout que les travailleurs tttifa soient toujours en possession du fonds 80c*al et que l’ouvrier ait enfin la sécurité et les garanties d’avenir qui lui font actuellement dé-u > fi y a lieu d’éviter la répartition en espèces dividendes, et de convertir en parts d’inté-to dans le capital de la Société les fonds qui ^viennent aux travailleurs. Ainsi,chacun d’eux du fonds social, et joint la qua-Actionnaire à celle de travailleur.
- ici, 1
- on Peut faire observer qu’une société
- productive n’a besoin que d’une certaine somme de capital, et que les dividendes ne peuvent pas être accumulés ainsi indéfiniment.
- Cela est exact, mais après avoir fondé des ateliers de production, que de réformes urgentes sont encore à réaliser pour le bien des coopérateurs associés !
- Permettre à l’ouvrier,par la coopération distributive, d’acheter les choses nécessaires à sa consommation sans les grever de frais inutiles et en profitant des bénéfices réalisés sur l’achat, est certainement un avantage.
- Lui permettre de recueillir, par la coopération productive, tous les profits de son travail serait certainement un avantage encore plus grand.
- Mais ces deux modes de coopération qu’il importe à l’Angleterre de compléter l’un par l’autre, ne suffisent pas pour réaliser d’une façon complète le bien-être de la famille ouvrière.
- Pour que ce bien-être ait une base sérieuse, il faut ajouter à l’assurance mutuelle contre le malheur, à la société coopérative d’économie domestique, à la société coopérative d’industrie et de travail, la société coopérative et locative de l’habitation.
- La place importante que l’habitation a dans le bien-être de l’existence n’a pas été suffisamment étudiée ni comprise jusqu’ici. Il est impossible d’en différer plus longtemps l’étude, si l’on veut l’amélioration réelle du sort des masses.
- Comment, en effet,réaliser cette amélioration tant que l’ouvrier et sa famille ne sont point placés dans les conditions propres à favoriser leur parfait développement,
- Or, la première des conditions pour atteindre ce but, c’est de sortir l’ouvrier du logis incommode, insalubre et dépourvu de tout confort dans lequel son existence s’écoule. Le calme,le contentement, le progrès intellectuel et moral sont impossibles dans ces foyers où rien de ce qui peut rendre l’existence agréable et féconde n’est facilité au travailleur.
- L’augmentation même des salaires est à peu près sans résultat pour l’amélioration du sort des masses, si l’on ne change rien à de telles conditions de vie. v >
- En Angleterre, une partie des hommes intel-
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- ligents qui s’occupent de la question ouvrière indiquent déjà cette réforme de l’habitation comme la voie la plus sage d’employer les bénéfices réalisés par les sociétés coopératives. Ils comprennent qu’un des plus sûrs moyens d’émanciper les classes ouvrières, c’est de mettre à leur portée,et à proximité des ateliers de production, une habitation dans laquelle soient concentrés tous les services d’économie domestique et tous les éléments de bien-être, de confort, d’éducation, et de progrès physique, intellectuel et moral.
- L’édilité des grandes villes sent, plus que jamais le besoin de ne pas abandonner à l’imprévoyance individuelle l’emplacement des habitations, les alignements des rues, les mesures d’hygiène, etc. et des précautions générales sont prises, surtout dans les beaux quartiers, afin de sauvegarder la santé et les convenances publiques.Si ces mesures sont bonnes à l’égard des classes aisées, elles ne le sont pas moins à l’égard des classes ouvrières.
- Pourquoi la science de l’architecture ne se mettrait-elle pas,d’une façon sérieuse, à l’étude des meilleurs moyens d’édifier l’habitation des travailleurs, au lieu d’abandonner ce genre de construction, à l’ignorance, à l’incurie, à l’imprévoyance et surtout à l’incompétence de chacun.
- La coopération locative serait apte à prendre le beau rôle de la réforme architecturale des habitations ouvrières; elle imprimerait à ces maisons l’unité de plan et d’ensemble qui permettrait de concentrer tous les avantages d’une économie domestique générale bien comprise.
- A ce sujet, il a été parlé du Familistère de Guise dans le congrès de Newcastle ; il ne faut pas croire pour cela qu’il faille entendre par habitation sociétaire des constructions calquées absolument sur le plan du Familistère de Guise. Ce qu’il faut concevoir, c’est la conception du nouveau village dans lequel on introduira les conditions de confort, de salubrité, de commodité, de proximité de tous les services d’éduca tion et d’administration, de manière à ce que ces services soient à la convenance de tous les habitants, et à ce que chaque famille jouisse également des avantages qu’ils comportent.
- Il appartient à la science de l’architecture de
- de
- varier les plans, de multiplier les étude réaliser enfin la coopération locative associé la coopération productive et distributive. 4 Mais il faut bien se convaincre à l’avance
- la maison unitaire ne constituera un avants.
- pour le travailleur, que si l’on commence
- 'et
- Par
- reconnaître le droit de celui-ci à la participa^ des bénéfices de la production, et que si 1^ ^ videndes qui lui reviennent de droit sont cou vertis en actions sur l’habitation unitaire elL même, autant que sur les ateliers et les maga si ns de vente.
- Tout autre manière d’établir le palais ou village social ne donnerait lieu qu’à des entre-prises financières dans lesquelles le travailleur n’aurait aucune part et resterait un exploité.
- Au contraire, dès que le travailleur recevra légalement dans les bénéfices de la production un dividende proportionnel à son concours, et que cette part d’intérêt lui sera dévolue en vue de l’amélioration de son sort, on comprendra que ces dividendes ne peuvent être mieui appliqués qu’à la fondation de palais ou de villages dans lesquels le travailleur et sa famille seront appelés, comme nous venons de le dire, à jouir de tous les moyens de bien-être et de progrès nécessaires à la vie.
- Telles sont les institutions à réaliser au moyen des ressources accumulées des sociétés coopératives, avant de songer à une répartition individuelle des dividendes annuels, répartition qui tarirait dans sa source le moyen le plus sur d’émancipation des classes laborieuses.
- Ce n’est qu’après avoir donné au travailleur toutes les garanties d’avenir et tous les moyens de progrès pour lui et sa famille, que lua pourra, s’il y a lieu, entrer dans la voie de répartir en espèces, à chacun individuellement, les dividendes qui lui reviennent sur les bene; fices de la production.
- Mais, là encore, il y aurait à prendre les ntf" sures nécessaires pour sauvegarder l’avenir, d faire en sorte que les instruments de tra\ad. que le fonds social, que l’habitation sociétal* demeurent sans cesse la propriété des membre-actifs des associations.
- Pour atteindre ce but, il serait sage de con®* crer les bénéfices annuels à rembourser lesp ^ anciens titres de fondation, afin que toujou*
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- LE DÉVOTE
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- les
- autres
- travailleurs se transmettent les uns aux
- la propriété du fonds social où ils trou-'e'nt leurs m°yens d’existence.
- ' ^jnSi? Capital et travail seraient associés dans ne œuvre grande et belle, celle de la fraternité humaine, celle du véritable amour du prochain, et la conciliation des intérêts entre travailleurs et capitalistes, entre ouvriers et patrons, serait
- lin fait un fait accompli. un GODIN.
- NOUVELLES DU FAMILISTÈRE
- le 13 août 1880, quatorze personnes appelées par le fondateur du Familistère, M. Godin, se réunissent sous la présidence de celui-ci, dans la salle ,!es Conseils et signaient un grand acte, celui de la Société/ du Familistère de Guise Association coopérative du Capital et du Travail Sous la raison sociale : Goein et Cie.
- Cet acte qui, au point de vue du capital, comprend une mise de fonds de 4,600,000 francs, et qui est destiné à harmoniser les intérêts de plus de .1,200 personnes, est la consécration légale d’un fait qui existe en plein depuis quatre ans déjà.
- Alors que le monde économique est troublé jusque dans ses entrailles par les bruyantes revendications des congrès ouvriers, ces quinze signataires, représentant la masse des travailleurs de l’établissement, ont silencieusement accompli cet acte qui ouvre la Toie pratique de l’extinction du paupérisme et de la conciliation des intérêts entre patrons et ouvriers,
- Deux femmes, oui deux femmes, ont été appelées à signer cet acte, afin d’établir autant que les lois le permettent en France, la parfaite égalité des deux sexes.
- De simples ouvriers concurremment avec les principaux chefs de fonction ont également signé l’acte statutaire, comme démonstration de ce fait que la Société du Familistère place le travail manuel au même rang que le travail intellectuel, et qu’elle les considère tous deux comme étant la base féconde sur laquelle doivent s’édifier les sociétés régénérées.
- En se séparant et en remerciant du fond du cœur ^ ^0(hn de sa noble initiative, les signataires se *ont sentis fortifiés dans leur résolution de prendre P°ur devise la maxime américaine : En avant, tou-Jours en avant ! F.
- Duhn^r0^*’ ^ans un prochain numéro, contiendra la d’enregistrem6 I'tex*ra^ ^gal àes Statuts et la mention
- LE FAMILISTÈRE & LE NEW-YORK-HÉRALD
- Le plus grand et le plus lu de tous les journaux du monde, le New-York-Herald, qui a donné un grand exemple à la presse en organisant deux expéditions au cœur de l’Afrique,à la recherche deLivings-tone,et celle de la Jeannette actuellement au pôle nord comme s’il s’était donné la tâche de trouver la solution des deux grandes inconnues, qui ont déjà fait tant de victimes : le pôle Nord et l’Afrique, le New-York-Hérald vient de consacrer, dans son numéro du 10 juillet, deux longs articles à une autre question qui, dans un ordre d’idées bien différent, renferme peut-être la solution d’une autre grande inconnue qui ria pas moins coûté à l’humanité, c’est-à-dire la conciliation des intérêts entre travailleurs et capitalistes.
- Ces deux articles sont consacrés à l’étude du Familistère, l’un d’eux, accompagné de plans, est précédé de cet entête caractéristique :
- LE FAMILISTÈRE
- Réforme sociale «& industrielle en France ;
- Grande expérience coopérative ;
- 1 ,SOO personnes 'vivant So travaillant ensemble ;
- problème «le l’époque ;
- Une institution qui rapporte.
- Ne pouvant donner cet article dans toute son étendue, nous en détachons les passages suivants. . .
- « Le Familistère est ce qu’il prétend être, l’habitation du travailleur et de sa famille ; habitation dans laquelle les ouvriers peuvent vivre confortablement et économiquement, élever leurs enfants et trouver un sûr asile dans la vieillesse, sans rien devoir à la charité publique. Tout ce que le Familistère donne à ses habitants leur est alloué non comme une faveur, mais comme un droit.
- « Le confort et les bénéfices dont ils jouissent sont dûs à la judicieuse application de deux grands principes : coopération et association du Capital et du Travail
- « Un avocat désintéressé de la coopération s’efforce beaucoup en ce moment de rallier la population de Manchester (Angleterre) à l’idée du Familistère. Il n’a pas encore complètement réussi.
- « Conte de voyageurs, » disent les gens de Manchester. « Comment une telle institution pourrait-elle exister; c’est contre toutes les règles de la science sociale. Il n’y a jamais eu de Familistère jusqu’à ce
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- jour, il ne peut pas y en avoir maintenant. Il est donc inutile de chercher à nous tromper.
- — « Mais, cher Monsieur....................
- — « li n’y a pas de cher Monsieur ; prétendez-vous me faire croire que 1,200 travailleurs français, hommes, femmes et enfants, vivent ensemble depuis des années sous un même toit, dans le confort et l’harmonie, bien nourris, bien instruits, se comportant bien et marchant vers l’indépendance, sarfs que nous en ayons encore entendu parler. C’est absurde. Outro cela, Monsieur, la chose est monstrueuse en elle-même ; est-ce que je pourrais vivre sous le même toit que M. Higgs et M. Riggs et M. Wiggs, et M. Tiggs, pendant 20 ans sans que nous nous querellassions les uns, les autres. Naturellement non, Monsieur. Ainsi ne me parlez plus de votre Familistère, nous en avons assez de ces plans utopiques, Monsieur. Us ne sont pas réalisables, Monsieur, ils ne rapportent pas.
- « Que peut répondre l’apôtre de la réforme à de tels arguments ?
- « Il soupire, murmure, et généralement remet la discussion à un moment plus favorable, comme dut le faire à Manchester le gentleman dont je parle.
- « Mais en dépit de MM. Higgs et Wiggs, le Familistère existe et qui plus est, il travaille et il rapporte. »
- Ici le journaliste entre dons des considérations sur les graves difficultés qui surgissent de toutes parts entre travailleur et capitaliste, et il ajoute :
- « Si quelques années se passent avant qu’on n’ait porté remède à ces maux,au moins dans une certaine mesure, nous aurons une nouvelle et plus terrible révolution sociale que celle qui, il y a 90 ans, frappait la France. Personne ne peut le contester sérieusement.
- « Les grèves dans le nord de la France et dans le Lancashire en Angleterre ; les difficultés industrielles de 1877 en Amérique et cent autres phénomènes sociaux le prouvent. -
- « Les capitalistes commencent à le comprendre et les plus intelligents parmi eux se demandent avec anxiété comment les maux qui menacent la société en général et eux-mêmes en particulier pourront être évités.
- « Une simple élévation de salaire, dit M. Godin, ne peut ni satisfaire le travailleur, ni affermir la position du capitaliste.
- « Un mot nouveau, expression d’une idée nouvelle a été récemment mis en usage : Solidarité, mais un sens trop étroit lui est parfois donné. La solidarité est supposée n’intéresser que les travailleurs, lors-q-< n , calité elle comprend les travailleurs et les
- capitalistes. M. Godin a eu la perspicacité de r""* naître que la sécurité n’est possible que dansl’A ciation intégrale du capital et du travail. ' So*
- « Faites que le capitaliste soit l’associé au r
- d’être le maître de ses ouvriers, dit M. Godin et^
- danger social disparaîtra ; sa théorie sur 6 le
- point
- peut être résumée en une phrase :
- « Tout travailleur a droit à une part des profl proportionnelle à la valeur de son travail, c’est * dire proportionnelle à la valeur de son concon dans la production des bénéfices. Et la valeur de concours est représentée par les salaires ou appojj* tements consentis.
- « La participation aux bénéfices seule ne sufflrait cependant pas à assurer le bonheur du travailleur, son sort serait peu amélioré par une augmentation de ressources, à moins que l’ouvrier ne soit conduit à faire de ces gains, un usage plus sensé qu’il ne le fait actuellement.
- « Trois choses en conséquences sont indispensables :
- La participation aux bénéfices,
- Le magasin coopératif,
- L’habitation unitaire. »
- Ces trois questions sont examinées en détail parle correspondant du « New-Torh-Hérald. »
- Le système de la répartition équitable des bénéfices est maintenant trop eonnu de nos lecteurs pour que nous ayons besoin d’insister davantage. Le nouveau volume de M. Godin « Mutualité sociale » (1) qui contient les statuts de l’Association, donne du reste sur ce point tous les renseignements désirables.
- L’auteur de l’article passe ensuite à l’examen des avantages de toutes sortes que le Familistère offre à ses habitants.
- * « Voyons, » dit-il, » comment les choses se passent dans l’économie domestique du Familistère. Les 1,200 personnes, hommes, femmes et enfants s’accordent-ils ? Quels sont leurs principes de conduite!
- « Il faut bien se convaincre que quoi que tant de personnes soient abritées sous un même toit, il n’j a pas entre elles plus de promiscuité que dans un village, et beaucoup moins qu’il n’y en aurait au grand Hôtel du Louvre, par exemple, que le Famili* tère m’a rappelé plus d’une fois.
- « Si vous vous tenez dans une des trois grandes cours du Palais social, la ressemblance est remarquable. Imaginez la cour du Grand Hôtel ou celle do Louvre plus simple d’architecture et quatre fois pl°;
- (1) En vente à la librairie du Devoir, chez Guillaum^ Gie, 14 rue Richelieu et chez Ghio 1, 3, 0, 7, galerie léans, Palais-Royal, Paris. 1 vol. broché avec la vue établissements de l’Association, S francs.
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- étendue»et vous aurez unen°tion suffisamment exacte je l’intérieur d’une des trois sections du Familistère-
- Tant que vous ne portez pas atteinte à la liberté je vos voisins vous pouvez faire ce que vous voulez aU Palais social. C’est de toute la France l’endroit où l’on a le plus de liberté. Il n’y a même pas de concierge, pensez à cela, lecteurs, et si quelqu’un parmi yous vit et tremble sous la surveillance d’un Pipelet quelconque, admirez !
- « Dix entrées donnent accès au bâtiment à toute heure du jour ou de la nuit. Je dis entrées avec intention car je ne vis pas de porte quand je visitai le Familistère. On en pose bien en hiver pour garantir contre le froid, mais ce sont des portes sans serrures, qu’une poussée d’enfant suffit à ouvrir, et qu’on enlève l’été venu pour laisser l’air circuler librement.
- « L’air, l’eau, le gaz abondent partout.
- a Le plus grand soin est donné à l’hygiène. Toutes les choses d’un usage commun sont entretenues par des services publics. »
- L’auteur décrit ensuite l’organisation des conseils administratifs du Familistère, de l’usine et de l’As-sociatiori ; il explique les institutions de prévoyance mutuelle, les services d’éducation et d’enseignement et les différentes sociétés d’utilité générale ou d’agrément dues à l’initiative de la population elle-même.
- Enfin il termine par ces paroles :
- * La réforme accomplie par M. Godin est aussi différente que possible des expériences faites à Roch-dale ou ailleurs. Le mouvement coopératif anglais a eu jusqu’ici une tendance trop exclusivement commerciale.
- « Le réformateur de Guise a eu un plus noble but en bâtissant le Familistère et il n’a jamais oublié ce qu’il s’était proposé d’atteindre. Il a vécu et travaille pour un principe grand et humain et ses efforts n’ont point été perdus. Maintenant qui bâtira un Familistère américain ?
- (New - York-Herald).
- NOUVELLES DIVERSES
- FRANCE
- Nouveau journal socialiste.— On annonce pour le premier octobre l’apparition d'un nouvel organe intransigeant, l’Emancipation, organe du parti ou-
- Rédacteur en chef : M. Benoit Malon.
- Iavlnc*PrtUX collaborateurs; MM. Jules Guesde, Paul ’j.j guc^Gabriel Deville, Émile Massard, Prudent Der-^arouck, Emile Digeon, Paul Brousse, de etct,J°lm Labusquière, J.-B. Clément, Jean Lombard,
- ILes reporters du ciel. — Nous avons déjà signalé comme une des curiosités do notre époque le fait qu’un journal catholique, le Pèlerin a des reporters au ciel.
- Yoici ce que nous trouvons en tête du n° du 13 août de cette feuille.
- « La fête de la patronne du ciel est une grande joie pour les élus. — L’Assomption est aussi la fête du purgatoire; la tradition est, qu’en ce jour, «n nombre immense d'âmes, sort de ce lieu d’expiation pour fêter la reine du ciel.» etc. etc.
- * ¥
- Le <lroit <3es» femmes. —Nous avons entretenu nos lecteurs de la résistance de Mlle Hubertine Auclert, contre le receveur percepteur de son arrondissement.
- Mlle Auclert a refusé de payer sa contribution parce-que, dit-elle, n’ayant pas droit de vote, étant femme, elle ne peut contrôler ni directement ni indirectement l’emploi des finances.
- Le receveur-percepteur a ordonné la saisie des meubles de Mlle Auclert ; celle-ci a fait opposition devant le conseil de préfecture ; l’affaire est venue et, malgré ses efforts et ceux de M, Levrier, secrétaire de la société du droit des femmes, voici l’arrêt qui a éié rendu hier le 12 août.
- Considérant qu’aucun texte de la loi n’établit de corrélations entre l’obligation de payer l’impôt et la jouissance ou l’exercice des droits politiques ;
- Considérant que l’artice 12 paragraphe 1èr de la loi du 21 avril 1832 décide que « la contribution personnelle et mobilière est due par chaque habitant français et par chaque étranger de tout sexe jouissant de ses droits et non réputé indigent. »
- Que dans la disposition précitée, les mots : « jouissant de ses droits » n’ont qu’un sens spécial et restreint.
- Que, d’après les termes exprès du paragraphe 2 de l’article 12 susvisé, il y a lieu de comprendre au nombre des personnes jouissant de leurs droits « les garçons et les filles majeurs ou mineurs ayant des moyens "d’existence, soit par leur fortune personnelle, soit par la profession qu’ils exercent. »
- Considérant qu’il résulte de l’instruction que la demoiselle Auclert a des moyens suffisants d'existence.
- Qu’elle doit donc être réputée « jouir de ses droits » dans le sens attribué à cette expression par la loi du 21 avril 1832 ;
- Que dès lors, elle n’est pas fondée à demander la décharge de la contribution personnelle et mobilière à laquelle elle a été imposée, au rôle de 1880, 12, rue Cail à Paris ;
- Arrête :
- La réquête de la demoiselle Hubertine Auclert est réjetée.
- ¥ ¥
- Bienfaits elérlcanx, — On se rappelle l’entreprise excentrique du marquis de Roy s qui prétendait fonder en Océanie une « colonie catholique libre » et avait raccolé dans ce but des émigrants entassés sur un navire acheté par lui, le Chandernagor. Cette entreprise, comme il était à prévoir, vient d’aboutir misérablement, laissant dans une affreuse misère la centaine d’émi-grants qu’il avait envoyés à Port-Breton,'dans les îles océaniennes de la Nouvelle-Irlande.
- Le Sydney Herald contient de navrants détails sur le sort de ces trop confiants émigraDts.
- Embarqués à Flessingue, sur le Chandernagor, ils sont arrivés à T île Lorghîan après trois mois de traversée.
- Dix d’entre eux seulement sont restés dans l’ile avec des provisions; les autres ont été débarquées à Sikiliki, au sud-est de la Nouvelle-Irlande ; mais ils ont enduré les privations et les souffrances les plus affreuses.
- Une dispute s’est alors élevée entre le capitaine Mac-Laughlin et le baron de la Croix au sujet du gouvernement de la colonie ; ce dernier, qui voulait être le seul maître, ayant rencontré de l’opposition de la part des
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- émigrants, est retourné à bord du Chandernagor et a levé l’ancre pour regagner Sydney, emportant avec lui toutes les provisions.
- Les malheureux émigrants, abandonnés, sans ressources sur une plage déserte, allaieut tous succomber à la faim et aux maladies, lorsqu’un vapeur anglais de passage à Sikiliki les recueillit et les transporta dans l'île diTduc d’York, où des missionnaires wesleyens les ont soignés ; mais deux sont morts le lendemain de leur arrivée.
- A )a réunion collectiviste de la salle Gr*-aJtFîVî <i, un uraieur n’a pas craint de s’écrier :
- « Périsse la République plutôt que la question sociale. »
- La même réunion a décidé qu’il n’y avait point lieu d’adopter un programme politique, mais que tous ses efforts devaient uniquement se borner au groupement des forces collectives révolutionnaires.
- Tout commentaire serait superflu.
- BELGIQUE
- La situatiou au Borinago. — Le parti socialiste au Borinage, ayant pris naissance en juin 1879, compte actuellement plus de 14 mille membres.
- La cotisation est de 60 centimes par mois. L'encaisse est actuellement de près de 120 mille francs.
- Chaque section emploie ses fonds comme il lui convient. Ces fonds servent pour la plupart à acheter des obligations de villes ou actions de charbonnage.
- La s ction de Frameries ayant gagné à l’un des derniers tirages une somme de 10 mille francs, s’occupe en ce moment de la création d’une caisse de secours pour ses membres.
- (Voix de Vouvrier), de Bruxelles.
- « *
- ALLEMAGNE
- Joli» Tïsangrew. — On lit dans la Germania :
- Un procès militaire dont les débats viennent de se dérouler à Wurzbourg a produit sur l’opinion publique une impression pénible. Il s’en dégage une fois de pîus la constatation que les soldats de l’armée allemande sont parfois victimes de mauvais traitements que l’humanité réprouve et qui. d’ailleurs, sont absolement inutiles au point de vue de l’éducation militaire. Il a été constaté, entre autres choses, à Wurzbourg. qu’un homme a été forcé de remplir un vase de la contenance de cinq litres, en allant par une froide nuit d’hiver puiser l’eau, petit verre par petit verre, à la fontaine située dans la cour de la caserne. Il y a d -.ns ces punitions fantaisistes un abus qui rend nécessaire la prompte révision du code pénal militaire.
- Les mésallifixiees. — Servons-nous du mot puisqu’il est consacré. —Les mésalliances seraient-elles* décidément de mode dans les familles des souverains dépossédés ?
- A peine la princesse Frédérique, fille de l’ex-roi de Hanovre, a-t-elle épousé un simple baron, M. de Fœvel, que sa jeune sœur songe à épouser un autre officier de l’ex-armée hanovrienne, qui a suivi la famille royale en exil, et qui n’est pas même baron ; il s’appelle le lieutenant Yolger tout court.
- Si des filles de roi épousent de simples lieutenants, des comtes et des généraux se marient avec des actrices, Mlle Buska, une ingénue du Burg-Théâtre de Vienne, s’appelle, depuis trois jours, Mme la comtesse de Torok. Son mari, le général Torok, est un des meilleurs officiers supérieurs de la cavalerie autrichienne.
- •*
- -* *
- Les socialistes. — On écrit de Berlin au Siècle.
- On connaît aujourd’hui ce secret plein d’horreur qui a j provoqué la mesure extraordinaire prise par la police ii
- de Breslau de surveiller le service postal et de contre les lettres : le terrible révolutionnaire qui mettait société en danger a été arrêté : c’est un pauvre di h!a nommé Petersen, de Leipzig. Ce dangereux révoluti 6 naire était en relations avec le gros de l’armée an chiste de Breslau, forte de quatre ou cinq pauvres hè qui seraient heureux si on leur appliquait l’adage mand : « Leben und, leben lassen » (Vivre et lai-' vivre). î’ier
- Un socialiste vient de jouer un bien bon tour à l’aui rité de Dresde. Elle a défendu au député Bebel de réun°' ses électeurs pour leur rendre compte de l’usage qu’il 1 ’ fait de son mandat de député au reichstag. Bebel ü0 a : remplir son devoir, a fait imprimer et distribuer gratn^ : tement 30,000 exemplaires de son rapport, 200 colnor' ! teurs ont été chargés de la distribution. La police Data Tellement s’est ruée sur les imprimés qu’elle a saisit incarcérant les colporteurs qu’on a dû relâcher en i suite.
- [ *
- | * *
- ! L’émig-ration. — La Germania, après avoir | constaté le mouvement croissant de l’émigraJion aile i mande, ajoute les réflexions suivantes :
- « Une circonstance qui mérite d’être signalée, c’est le fait que ceux qui émigrent, notamment les émigrants des provinces orientales, n'appartieunent pas à la classe du prolétariat, mais à celle des paysans ayant une certaine aisance, ce qui enlève au pays un’ grand nombre d’bommes valides, laborieux et éminemment aptes au service militaire.
- « Nous craignons fort que le courant de l’émigration ne prenne une intensité plus effrayante encore.
- « L’amour de la patrie et du foyer est pour l’homme un lien puissant, mais ce lien se rompt fatalement lorsque l’existence sur le sol de la patrie est devenue insupportable. » ’
- * *
- député aurait, parait-il,
- quitté l’Allemagne. Les adversaires politiques disent qu’il l’aurait fait dans des conditions qui ne sont pas tout à fait en sa faveur. Les organes de la ' resse bourgeoise affirment que le socialisme allemand sera affaibli par ce départ. C’est le contraire qui est vrai. M. Ilas-selmann était un esprit exalté, un de ces enfants terribles qui font un grand mal à la cause qu’ils embrassent.
- Le socialisme allemand une fois débarrassé de ce personnage compromettant reprendra toute sa respectabilité d’autrefois.
- AFRIQUE
- Matyr« de la f«elei»c©. — Quatre courageux explorateurs, M. Burdo, de Liège, et MM. Rogers, 0a-deudeah et Carter, voyageuis anglais, viennent d’ètre cruellement massacrés assez avant dans l’intérieur de l’Afrique.
- * +
- Un instrument d© propagande jé»ul-tjkjTj.©. — Le docteur Gameron, l’illustre voyageur anglais qui a exploré le continent africain, fait partie delà Chambre des Communes. L’autre jour il montrait à ses collègues un objet des plus curieux rapporté de ses voyages ; c’est un fouet au manche rugueux et flexible, à la corde tordue, serrée, noué à neuf reprises. Au bout de la corde est une forte lanière de cuir taillée en croix, qui sert de touche. Ce fouet est un instrument de propagande des missionnaires jésuites chez les sauvages du Nyan-Nyao. C’est avec cela que les Rév. Pères inculquent la sainte doctrine papiste aux pauvres néophytes. Ce fouet et le fusil des missionnaires botte-, récemment bénis par l’évêque d’Alger, opéreront (j * prodiges.-, à moins que les sauvages ne massacrent ' apôtres de la religion d’autorité.
- ♦ +
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- PORTUGAL
- >î<)uvemeul — Il se fait en ce moment
- en* Portugal uu mouvement très marqué vers la République. De nombreux journaux républicainssont fondés. Uu d’eux. O Partido do Povo (le Parti du Peuple), qui inscrit en tête de ses colonnes : Vérité et Justice, Ordre et Progrès, publie en français un message chaleureux à la presse républicaine de Paris, en souvenir de la fête du U juillet.
- Mous relevons les passages caractéristiques de ce Message de la commission exécutive du Centre républicain de Lisbonne :
- Messieurs,
- été publié, a été complété et imprimé probablement à l’étranger, en 26 pages très serrées. A la 22e page, il est dit que le journal avait été imprimé jusqu’à cette page avant la saisie et que le reste avait été ajouté ensuite, 1 conformément aux dispositions prises précédemment.
- Ce journal semble, comme son nom l’indique, être destiné à. propager l’idée du partage des terres et la division de la propriété en parts égales pour tous les citoyens. Ce but serait atteint par le terrorisme, par une propagande active et par le colportage des publications révolutionnaires dans les masses ; les membres du parti dont le journal en question est l’organe, sont invités à contribuer au succès de l’œuvre, en fournissant des écrits et de l'argent.
- La sagesse du peuple français vient de triompher, une fois de plus, en couronnant dignement le 14 Juillet. Les hommes les plus distingués aiment et honorent cette date, — parce qu’elle est éminemment française, — c’est à-dire immortelle. Cependant elle nous touche de plus près, car la France — cœur de l’Europe et tête du monde. — est spécialement, dès longtemps, la nourrice intellectuelle de notre pays.
- Quoi qu'on dise, messieurs, le Portugal, — lui aussi — est préparé pour recevoir le grand baptême de lumière dont votre nation est redevable à des hommes tels que MM. Grévy. Gambetta, Victor Hugo et tant d’autres soleils de votre horizon politique. Donc, ce ne sont nullement quelques i. dividus qui ont adhéré à la commémo ration solennelle de la Bastille. Tous les espritséclaiiés se font un devoir et une gloire de se ranger du côté de la Révolution française.
- ... .LePortugal traverse une période féconde, éminemment démocratique. Le 10 juin de cette année fut pour la monarchie constitutionnelle un coup foudroyant et une chute terrible. Le tricentenaire de Camoëns a été la pierre de touche de la démocratie et la grande pierre d'achoppement de la monarchie. Le peuple siffla le trône. Plus de vingt journaux prêchent, ouvertement, la doctrine républicaine.
- La République est faite, chez nous, et dans la tête des penseurs et dans le cœur du peuple? Oh! il ne faut que la mettre eu pratique en saisissant pour cela le premier moment favorable. Vraiment, nous sommes sur le qui-vive.
- La monarchie enchaîne et ravage encore notre sol généreux. Cependant, ce peuple héroïque, qui a doublé le cap indomptable et découvert les Indes précieuses, possède encore assez d’énergie et du sien propre pour conquérir la liberté plénière, et, quand même, payer avec du sang sa rançon. Nous tenons à croire que le peuple français, qui émancipa le monde, ne peut être que le protecteur et parrain naturel de notre naissante République occidentale.
- Ajoutons que le journa le Parti du Peuple prend le sous-titre de journal républicain et défend les idées démocratiques, concurremment avec la Révolution, l'Emancipation, VAvant-Garde, le Civilisateur et nombre d’autres aussi vaillants.
- * *
- socialisme fait des progrès dans ce pays. Un congrès socialiste s’ouvrira le 2o septembre à Porto.
- ffeDr Anthero de Quental a accepté la candidature que lui offrent1 es socialistes de Lisbonne en vue des prochaines élections législatives.
- ANGLETERRE
- Institut de droit international. — Tandis que l’Association pour la codification du droit international prépare uu concours à. Berne, son émule, l’institut de droit internatio ml se prépare à tenir sa session annuelle de 1880 à Oxford, le lundi 6 septembre et les jours suivants.
- L'ordre du jour qui vient d’être communiqué aux membres et associés de ï’Instit t, comprend plusieurs sujets d’une importance juridique considérable. L’Ins-litut s’occupera en première ligne du conflit des lois civiles ; il aura à statuer sur une série de propositions émanées des deux rapporteurs, MM. Arntz et Westlake, concernant l’état et la capacité des personnes et le for des successions.
- L’Institut s’occupera ensuite du conflit des lois pénales, et de l'extradition (rapporteurs • MM. Charles Brocher et Louis Renault) ; du droit matériel et formel en matière de prises maritimes (rapporteur : M. de Buime-rinq) ; enfin,de la règlementation des lois et coutumes de la guerre. Le rapporteur en cette matière est M. Gustave Moynier : l’Institut aura à se prononcer sur un projet de Manuel des lois do la guerre qu’a rédigé cet honorable philanthrope en vertu d’une résolution prise par l’Institut à Bruxelles en 1879.
- Il ne faut pas confondre l’Institut de droit international avec VAssociation pour la réforme et la codification du droit des gens, qui doit se réunir à Berne vers la ftu d’août. Ces deux sociétés ont naturellement de nombreux points de contact, mais leur but et leur méthode diffèrent essentiellement.
- On sait que l’Institut possède deux organes : {'Annuaire et la Revue de droit international et de législation comparée.
- *
- % *
- XTmo femme héroïque- — Les journaux anglais et américains louent en chœur le courage de Mme Marie Boldi, femme du capitaine Boldt commandant le schooner Mourbourg. A bord de ce bâtiment se trouvaient, outre le capitainoet sa femme, un second,quatre marins allemands et un cuisinier chinois." Iis allaient de la Chine à Melbourne (Australie). Durant le voyage tous les animaux qu’ils avaient comme provision moururent, puis vint le tour des quatre marins et du cuisinier; puis le capitaine et son second tombèrent dangereusement malades. Mme Boldt resta seule sur pied, soigna les malades, et, ce qui est bien plus étonnant, dirigea le bâtiment et l’amena sain et sauf dans le port de Melbourne. {La Solidarité).
- RUSSIE
- nihiliM'tes. — Le procès des individus arrêts au mois de février dernier, dans les ateliers des imprimeries secrètes du Marodna/ia Volia et du Tchorny 1 éridal, n’aura pas lieu avant l’automne prochain. Cela Provient de ce qu’on n’a pas encore pu obtenir des accusés autant de renseignements qu’on le désirait. Un grand nombre de personnes sont compromises dans i
- cette affaire. i
- tt parait que le Tchorny Pérédal, saisi avant d’avoir !
- Ti1 avûtl des femmes. — Les femmes employées a ia composition dans les ateliers de M. Machrée imprimeur à Crem, touchent un salaire de : 10, 12 et 16 shillings par semaine, le rapport constate que ces femmes travaillent aussi vite, aussi bien que les hommes. Pourquoi alors ne pas les payer aussi bien que les hommes ? doit-on encore dans notre siècle répéter ce proverbe : « La raison du plus fort est toujours la meilleure? »
- Voici ce que dit à ce sujet M. Rozy, de Toulouse,dans son traité élémentaire d’économie poli! i que : « Il y a
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- criante injustice dans la répartition inégale pour les deux sexes des salaires correspondants à une même quantité de travail ; mais ce qui surtout est pénible à constater c’est cette tendance plus accentuée chaque jour à exclure les femmes d’une foule de professions qui leur conviendraient. Il ajoute : « Ceci est une des causes du dépeuplement de nos campagnes, que les jeunes gens abandonnent pour les villes où ils accaparent le travail des femmes. (Id).
- APPEL AUX TRAVAILLEURS
- L’Union des chambres syndicales ouvrières adresse aux travailleurs l’appel suivant qui, nous en sommes convaincus, sera entendu :
- Citoyens,
- Les chambres syndicales ouvrières de Paris s’inspirant des vœux émis dans tous les grands congrès et dans les grandes assemblées ouvrières, ont décidé d’unir entre elles toutes les chambres syndicales de France.
- Les corporations syndiquées ont> depuis leur formation, rendu à la démocratie ouvrière des services incontestables, et leur utilité, leur autorité, ne sont plus à démontrer ; mais il était nécessaire, pour leur donner un rôle plus prépondérant, de les unir entre elles par un lien de solidarité conforme aux sentiments généraux qui les animent et aux nécessités qu’impose l’état social actuel du prolétariat.
- Convaincus que pour conquérir la place qui nous est due dans une société vraiment démocratique, nous devons procéder d’une façon pratique et progressive, nous soumettons à votre sanction la partie de notre programme la plus urgente à étudier dans le domaine des questions économiques et sociales résumées ci-après :
- 1° Réglementation des heures de travail; lajournée réduite à dix heures pour les adultes ; le travail des femmes rétribué conformément aux principes du droit et de l’équité, c’est-à dire à travail égal, salaire égal.
- 2° Droit de réunion et d’association; abolition des lois restrictives.
- La liberté d’association entraînant la reconnaissance légale des chambres syndicales facilitera leur développement.
- 3° L’adjudication des travaux'de l’Etat mise à la portée des associations ouvrières qui acquerront ainsi une garantie matérielle et une influence morale que paralyse actuellement la force du capital.
- 4° La création d’une caisse nationale de retraites civiles pour les vétérans de l’industrie.
- Cette question, qui intéresse à un si haut degré tous les travailleurs, recevra, nous l’espérons, une
- solution conforme à nos vœux, et nous engageons vivement tous les intéressés à étudier les différents projets parus jusqu’à ce jour.
- Citoyens, pour arriver au développement régulier du progrès et de la liberté, ainsi qu’à une répartition plus équitable des charges et des bénéfices sociaux notre organisatien officielle doit s’affranchir de toute tutelle, qu’elle nous soit imposée par l’Etat ou par ceux qui préconisent l’anarchie comme un remède souverain devant guérir toutes les plaies sociales.
- Notre but, le but de l’Union des chambres syndicales ouvrières, est de faire disparaître parmi nous \ ces différentes écoles qui, laissant la porte ouverte aux utopies, faussent le jugement, et de former, non pas un parti ouvrier dans la nation, mais de fonder la véritable démocratie du travail.
- Nous comptons, citoyens, sur le concours actif et éclairé de tous les dévouements pour nous aider dans cette œuvre de régénération sociale.
- Agréez, citoyens et chers camarades, nos saluts fraternels.
- La Commission.
- Avril, confiseur; Bosan , instruments de musique; Dauthier , sellier; Grahier, application de pelleterie; Scholastique, gantier ; Veyssier, peintre en bâtiment.
- Paris, le 29 juillet 1880.
- RECHERCHE DE LA PATERNITÉ
- Nos lecteurs n’ont peut-être pas oublié nos réflexions au sujet de l’affaire Marie Bière. Des cas à peu près semblables viennent de se dérouler devant diverses cours d’assises.
- Après l’affaire Bière est venue l’affaire Rosalie Gallois et quelques jours à peine après celle-ci, au moment même où la semaine dernière on jugeait à Bourges Louise Saulnier , une autre abandonnée blessait gravement un grossier don Juan qui l’injuriait après l’avoir séduite, et hier encore, à Bordeaux, une jeune fille se faisait exécutrice de son infidèle amant, qui en est mort.
- Voici ce qu’en dit M. Louis Jourdan, l’un des vétérans de la presse républicaine :
- Nous voyons se dérouler depuis quelque temps, devant nos cours d’assises, de nombreux procès criminels qui semblent être des éditions successives d’une même histoire. C'est toujours une jeune fin6 séduite; son séducteur lui a promis le mariage, pu18-quand elle est sur le point de devenir mère, le jeune homme l’abandonne brutalement et lui annonce quu va épouser une autre qu’elle.
- Colères, supplications, désespoir. Il arrive partoi alors que la malheureuse abandonnée va attend son amant au coin d’une rue et lui jette du vitriol
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- la face ou décharge sur lui un revolver. Arrestation, prison préventive, comparution devant la cour d’assises, perplexité du jury et, presque toujours, verdict qui déclare l’accusée non coupable.
- C’est ce qui vient d’arriver encore ces jours derniers, devant la cour d’assises du Cher, siégeant à Bourges.
- Une jeune femme prend place sur le banc des accusés. Son attitude est modeste; sa tenue réservée, sa figure honnête et sympathique lui concilient bien vite la bienveillance de tous. Et cependant elle a tué son amant en tirant sur lui trois coups de revolver. Le fait n’est pas douteux, elle l’avoue elle-même, et néanmoins le jury rend en sa faveur un verdict négatif, à la suite duquel la cour ordonne sa mise en liberté. Malgré lu respect dû à la justice, des applaudissements éclatent de toutes parts dans la salle d’audience et la jeune femme est accueillie au dehors par d’unanimes témoignages de sympathie. Il en est invariablement ainsi dans tous les cas analogues. L’opinion publique, si cruelle quelquefois pour lesjeunes filles séduites et si indulgente ou indifférente à l’égard de leurs séducteurs, fait volte-face, pour ainsi dire, lorsque la femme, se voyant perdue sans retour, désespérée, blesse ou tue l’homme qui l’a indignement trompée.
- Suit un bref résumé des faits qui ont été exposés devant le jury de Bourges. Cette histoire est, à quelques variantes près, celle de toutes les affaires de cette nature.
- Après ce résumé M. Louis Jourdan reprend :
- Ainsi donc, nul doute ne peut planer dans l’esprit des jurés. Louise Saulnier a tué son amant, elle l’a tue avec préméditation ; elle est allée à la ville voisine acheter l’arme avec laquelle elle voulait exécuter son funeste projet ; elle s’exerce à manier, à charger cette arme, elle attend son amant avec la ferme résolution de lui faire expier son abandon, elle tire trois coups de pistolet et le jeune homme meurt.
- Et cependant ce jury, composé de citoyens paisibles, pères de famille pour la plupart, ne croit pas qu’il suffira d’accorder à la jeune accusée le bénéfice des circonstances atténuantes. Non 1 II rapporte un verdict de non culpabilité. Louise Saulnier n’est pas coupable; et l’opinion publiqne— bon juge en pareille matière — approuve la sentence.
- Ne trouvez-vous pas qu’il y a là un phénomène social d’une immense gravité ?
- Pourquoi ce meurtre, commis avec une lente préméditation, est-il absous par la justice des hommes? Parce que le premier coupable, le vrai coupable, celui qui aurait porté, s’il eût survécu à ses blessures, toute la responsabilité morale de ce crime, est précisément celui qui en a été la victime. Le jury a décidé que l’acte de Louise Saulnier, si criminel qu’il fht, avait été déterminé par un acte plus criminel encore, sinon au point de vue de la loi, mais au point de vue de l’éternelle morale, le crime de séduction.
- Il faut que les hommes qui jouent, avec une si coupable légèreté, ce jeu cruel et terrible de la séduction connaissent bien l’étendue, la gravité du crime fiu’ils commettent lorsque, à l’aide de promesses trompeuses, ils perdent une jeune fille. La femme Qui commet un meurtre pour se venger de l’abandon °ù son séducteur la laisse est moins coupable que celui qui l'a séduite, qui l’a entraînée au mal, qui a
- troublé sa vie, son repos, le repos de sa famille, qui a déshonoré l’une et l’autre. Tel est le sens véritable et profond de la déclaration du jury de Bourges, et cette déclaration est sanctionnée par l’opinion publique.
- La loi, disions-nous tout à l’heure, ne punit pas ce crime de séduction. Il est pratiqué sur une large échelle et le plus grand nombre de ceux qui le commettent s’en font une sorte de gloriole, Ce sont des hommes à bonnes fortunes, et quelle bonne fortune, en effet, quelle action méritoire que d’aborder une jeune fille honnête, de lui promettre le mariage, d’abuser de sa candeur, de son ignorance, de la détourner de ses devoirs, de la perdre, de la flétrir pour satisfaire un caprice, une fantaisie ; de donner la vie à un enfant que Ton vouera, de parti-pris, froidement, sans pitié, à la misère et à Tabandon.
- M. Louis Jourdan termine en disant que c’est à l’opinion publique à faire justice des séducteurs, à les flétrir publiquement de son mépris et à les mettre au ban de la société. Il demande même qu’ils soient contraints par la justice de réparer autant que faire se peut le dommage causé.
- Ce n’est pas ce genre de réparation qu’il faut. Les dommages-intérêts en matière de séduction ne changeraient rien. Les femmes blessées au cœur ne se laisseront pas consoler, par quelques rouleaux d’or. Ce qu’il leur faut, c’est une compensation morale, une réhabilitation, laquelle ne peut leur être donnée que par le droit de rechercher et d’établir la paternité . E ' C.
- IL© chemin de fer électrique «le Berlin
- Nous empruntons à la revue scientifique du Siècle les détails suivants sur cette entreprise, Tune des merveilles du génie humain.
- En 1879, le Dr Werner Siemens exposa à Berlin un chemin de fer électrique. Cette idée fut afloptëè, et un chemin de ce genre est actuellement en construction à Berlin.
- Un chemin de fer électrique ! Au premier abord cela surprend et Ton se demande si l’on ne rêve pas. Et dans une ville encore! Et pourtant, quand on y réfléchit, la nécessité d’un engin de ce genre apparaît assez clairement.
- Il est certain en effet, ainsi que le fit remarquer M. Siemens dans une conférence qu’il fit à ce sujet l’année dernière, que l’accroissement de la circulation dans les rues très Iréquentées des grandes villes augmente l’encombrement et les inconvénients qui en résultent dans des proportions inquiétantes. Si d’autre part on veut éviter ces inconvénients tout en satisfaisant aux besoins de la circulation, il faut créer des moyens de transport qui ne la gênent point. De là l’idée des chemins de fer souterrains ou aériens.
- Des chemins de fer souterrains, il en existe à Londres qui fonctionnent à merveille. Mais quelle dépense énorme, quels travaux considérables, et quel ennui de se faire transporter ainsi sous le sol d’une grande ville !
- Un chemin de fer aérien paraît beaucoup plus satisfaisant, s’il peut être établi dans de bonnes conditions au point de vue des frais de premier établissement, de la sécurité et de l’hygiène publiques. A cet égard un chemin de fer ordinaire, c’est-à-dire à vapeur, comme celui qui existe à New-York, présente bien des incon-
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- vénienls, par exemple de couvrir les passants et les mai- j sons d’eau, de vapeur, d’escarbilles enflammées, de fu- | mée, sans compter le bruit inséparable d'un tel mode [ de locomation.
- Mais il n’en serait pas de même d’un chemin de fer électrique. Plus de risques d’être enfumé, brûlé ou inondé. Cela vaut la peine qu’on y songe et l’on y a songé : bien plus, ainsi que nous venons de le dire, on exécute.
- Le chemin de fer n’aura qu’une voie placée en bordure de chaque côté du trottoir. Il reposera sur des poteaux enfer ou en fonte, espacés de dix ou douze mètres, sauf pour la traversée des rues, où l’on prendra toutes les précautions nécessaires pour assurer une solidité à toute épreuve. La partie inférieure de la voie reposera sur les poteaux à 4 m. 50 de hauteur au-dessus du sol. Les rails seront placés à une hauteur de 5 mètres ; leur écartement sera de 1 mètre seulement. Les wagons de 1 m. 55 de largeur, pouvant contenir dix places ; chacun d'eux portera sa machine électrique motrice placée dans une caisse au-dessous de lui.
- Ces machines du genre de celles dites dynamo-èlec-triques et dont il existe aujourd’hui beaucoup devariétés, sont du modèle imaginé parM. Siemens. L’organe principal est une bobine fixée à un axe, et qui, sous l’action d’un aimant éleciique intense, tourne avec une vitesse assez grande. L’axe est muni de tambours sur lesquels des courroies peuvent communiquer le mouvement aux roues des wagons.
- Le tout est d’envoyer dans ces bobines un courant électrique qui satisfasse aux conditions suivantes :
- p‘ Etre assez intense ;
- 2° Avoir une intensité autant que possible indépendante de la position du wagon sur la voie, ou, si l’on veut, de sa distance au point où se produit le courant générateur ;
- 3° Conserver cette intensité de façon à ce qu’elle n’éprouve aucune perte sur son trajet;*
- 4° Pouvoir être interrompu ou rétabli à volonté pour arrêter les trains ou les mettre en marche.
- La première condition est facilement réalisable. Il suffit d’établir k chaque tête de ligne, et si c’est nécessaire, en des points intermédiaires, des usines renfermant des machines productives d’électricité, comme celles qui servent aujourd’hui a faire la lumière électrique.
- On satisfait à la seconde condition en se servant pour conduire le courant de l’usine aux wagons, des rails eux-mêmes et des roues en fer. D’après l’une des lois les mieux connues de l’électricité, plus le conducteur métallique d’un courant électrique est gros, moins il offre de résistance au passage du courant et moins il l’affaiblit quand sa longueur augmente. Il est facile de calculer qu’avec les dimensions des rails l’intensité du courant ne variera guère, que le wagon soit près de la source d’électricité ou qu’il en soit éloigné de 10 kilomètres.
- Pour éviter les pertes d’électricité, les rails seront séparés de leurs supports en fer par des traverses en bois, qui suffiront à les isoler du sol. Les roues des wagons seront aussi isolées du reste de la construction, et communiqueront seulement par des fils métalliques, celle de gauche avec l’une des extrémités du fil de la bobine dans la machine motrice, et celle de droite avec l’autre extrémité.
- Enfin un simple commutateur placé sous la main du conducteur du wagon permettra d’interrompre à volonté ou de rétablir le courant.
- Il est à remarquer d’ailleurs que rien dans tout ce qu’on vient de voir ne s'oppose a ce qu’on puisse faire avec les wagons les manœuvres ordinaires des chemins de fer, et, par exemple, constituer des trains en rendant deux ou plusieurs wagons solidaires les uns des autres
- SOCIÉTÉ GÉNÉRALE DES OUVRIERS BOULANGERS DE LA SEINE
- Ou lit dans le Temps :
- Depuis sept mois, la « boulange » est en pleine crise : il s’y produit un des épisodes les plus intéressants du mouvement qui entraine depuis quelques années la population ouvrière vers l’association. Pour exposer la situation actuelle, il nous faudra remonter jusqu’à la fin de l’année dernière.
- Le 30 octobre, une réunion des ouvriers boulangers décida qu’il serait soumis au syndicat de la boulangerie parisienne des propositions tendant à obtenir :
- 1° Que la journée, qui était de 6 fr., fût portée à 7 fr., ce qui, de 42 fr., élevait à 49 fr. la semaine, à la fin de laquelle il est d’usage de faire la paie;
- 2° que le prix des fournées supplémentaires, qui était de 1 fr. par ouvrier, fût élevé à I fr. 50.
- Les ouvriers motivaient cette demande par l’augmentation des vivres et des loyers, et par les dépenses extraordinaires qu’exige le travail de nuit. Ils réclamaient en outre le maintien de l’usage en vertu duquel le patron doit donner 1 kilog. de pain et 20 centimes de vin par jour à chaque ouvrier.
- La chambre syndicale de la boulangerie se réunit le 6 novembre pour examiner ces réclamations. Le ! président communiqua un intéressant tableau des augmentations de salaire successivement exigées par les ouvriers.
- 11 fit remarquer que chacune de ces augmentations correspondait à quelque grand trouble social. Aucune perturbation de ce genre n’expliquait cette foi3 la demande des ouvriers. D’autres personnes développèrent les graves conséquences que pourrait avoir une augmentation du prix du pain que l’augmentation des salaires ne manquerait pas d’amener. Cependant, pour faire preuve d’un esprit conciliant, la chambre syndicale décida qu’elle consentirait à augmenter de 3 fr. le salaire de la semaine et à le porter à 45 fr. Il n’était point touché au prix des fournées.
- Les ouvriers refusèrent cette concession, et plusieurs d’entre eux parlèrent de grève. Voyez-vous Paris s’éveillant un matin sans pain !
- Les ouvriers préférèrent employer ce qu’ils appellent le système de rotation, système qui est aussi fatigant que la grève pour les patrons, mais qui ce compromet pas l’alimentation de Paris. Un ouvrier se présentait chez un patron et se mettait au travail sans rien dire, mais, sa première journée faite, il demandait :
- — Payez-vous au tarif des ouvriers ?
- S Si le patron répondait :
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- — Non.
- — Faites-moi mon compte, disait l’ouvrier.
- Et il s’en allait.
- Les patrons étaient ainsi obligés de changer d’ouvriers tous les jours. Il en résultait pour eux des pertes considérables. Aussi se lassèrent-ils vite. Ils s’étaient adressés au gouvernement afin d’avoir des soldats pour remplacer leurs ouvriers ; mais le gouvernement, invoquant la liberté du travail, avait refusé d’intervenir. Dans le courant de décembre, sur 1,898 maîtres boulangers que compte le département de la Seine, 1,100 avaient subi les conditions des ouvriers. La victoire paraissait donc acquise à ceux-ci, lorsque les patrons s’avisèrent d’un coup qui leur rendit tous les avantages dans la lutte.
- Le patron n’est pas en relation directe avec l’ouvrier ; il y a entre eux un intermédiaire qui est le placeur. Les placeurs ne sont point fort populaires auprès des patrons qui, un moment, pour mieux tenir leurs ouvriers dans leur main, songèrent à ouvrir des bureaux de placement à leur propre compte, et firent un essai au siège de leur chambre syndicale, quai d’Anjou. Mais cela n’est rien en comparaison de l’aversion, on pourrait presque dire de la haine, que l’ouvrier a pour les placeurs.
- Pour l’ouvrier boulanger, le placeur est un parasite insatiable qui lui boit son sang à mesure qu’il le refait. Sans, lui, point de travail; il en faut passer par ces conditions. Et l’ouvrier frémit d’autant plus de cette sujétion qu’il lui lui est plus impossible de s’y soustraire.
- Comme il y a deux soutes de travail, le placeur a deux sortes de tarif. Le travail en boutique est celui de l’ouvrier fixé à demeure chez un patron; le travail à la journée est celui du remplaçant de l’ouvrier en boutique qui prend du repos ou un congé. Quant un placeur a placéun homme en boutique, celui-ci lui doit 10 francs au bout de quinze jours de travail. Dans le travail à la journée, l'homme qui est remplacé donne 1 franc par jour au remplaçant, et ce franc revient au placeur.
- Ces tarifs sont déjà élevés ; mais, ce qui coûte bien plus cher, c’est la complaisance qu’il faut acheter. Le travail en boutique est naturellement beaucoup plus recherché que le travail à la journée, et dans le travail en boutique il y a de bonnes et de mauvaises maisons. Une sorte d’enchère s’établit pour obtenir la faveur de l’homme qui vous choisira une Place entre toutes celles qui sont vacantes. Tous les jours, il se joue autour des bureaux de placement une comédie qui n’excite pas toujours le rire.
- J Un ouvrier arrive. On va chez le marchand de vint et en buvant :
- —• Est-ce qu’il y aurait moyen d’avoir de l’ouvrage ?
- — Hum ! Ça ne va pas fort en ce moment.
- — Oh ! vous, vous placez toujours quand vous voulez.
- — Il y en a tant à placer maintenant.
- L’ouvrier voit bien qu’il faut autre chose que des compliments. Il tire doucement une pièce de cinq francs et la laisse voir dans sa main :
- — Voyons, vous chargez vous de moi ?
- — Ah ! fait l’autre, sans s’abandonner encore, je n’aime pas à m’engager ; vous savez, moi, quand je promets. Je tiens.
- L’ouvrier montre une autre pièce. Cet argument opère et il est placé.
- Mais celui qui n’a rien, qui vient la poche vide, quel accueil lui fait-on ? C’est dans le bureau même qu’il traite ; les ouvriers ont surnommé le banc où il s’asseoit « le banc des accusés. » A lui les places dont personne ne veut, celles où i’on paie mal, celles qui sont loin. Qui ne , voit combien le placeur peut abuser d’une situation qui le rend absolument maître de l'ouvrier? Suivant pas à pas l'existence de chacun, il sait ce que chacun peut rendre. Si un ouvrier reste longtemps dans une boutique, combien il lui est facile de lui soutirer ses économies quand il en sort ; une fois qu’il le tient, il peut ne plus le lâcher, l’envoyer dans de mauvaises places, l’obliger ainsi à revenir fréquemment lui demander ses services et, écu par écu, lui reprendre ce qu’il a amassé.
- Cet animosité fut à son comble lorsque, à la fin de décembre, on apprit tout d’un coup que dix des principaux placeurs venaient de s’entendre avec les patrons, et que désormais ils ne placeraient plus que des ouvriers consentant à travailler au tarif des patrons. (Il y a, sauf erreur, quinze placeurs d’ouvriers boulangers à Paris, mais les cinq autres sont de peu d'importance).
- Ce fut un coup terrible ; une délégation alla demander à M. Andrieux la suppression des placeurs ; mais, ainsi que le gouvernement avait fait précédemment pour les patrons, M. Andrieux se retrancha derrière la liberté du commerce. Il fallut se replier en désordre, renoncer au système de rotation. Les patrons qui avaient subi le tarif des ouvriers s’empressèrent de reprendre celui des patrons. A peine 8n reste-t-il une centaiae aujourd’hui qui paient 49 francs par semaine.
- Les ouvriers ne se tiennent pourtant pas pour battus. Mais la lutte a changé de caractère ; ils s’at- taquent maintenant aux placeurs dont ils veulent
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- s’émanciper. Reprenant l’idée des patrons, ils ont résolu d’ouvrir des bureaux de placement à leur compte ; mais pour que ces bureaux supplantent ceux des placeurs, il faudrait que la majorité des ouvriers s’engageât à ne reprendre du travail que par leur intermédiaire,
- C’est alors que les chefs du mouvement ont songé à une association et lancé le projet d’une société générale des ouvriers boulangers de la Seine,
- Ils comptent trouver 4,000 adhérents sur les 7 ou 8,000 ouvriers du département. La cotisation serait de un sou par jour, ce qui produirait 72,000 francs par an. 40,000 francs seraient consacrés à l’entretien de dix bureaux de placement, et le reste constituerait les premiers fonds d’une caisse de retraite. Une fois affranchis du joug des placeurs, les ouvriers pensent être en mesure de reprendre la campagne pour l'augmentation des salaires.
- Jusqu’à présent 1,400 adhésions ont été réunies. On juge que c’est suffisant pour commencer.
- LE DERNIER-NE DE GINX
- SA NAISSANCE ET SES AUTRES INFORTUNES
- Par M. JENKINS
- VI. — Incidents parlementaires dans une haute assemblée législative.
- Tandis que sir Charles Sterling essayait d’obtenir du Parlement qu’une soirée fût consacrée à la discussion du cas Bébé Ginx, tandis que des associations se formaient dans la métropole en vue de se défaire de l’enfant, soit en l’expatriant, soit de tout autre manière, un pair d’une activité inquiète, sans en prévenir personne, porta tout à coup l’affaire devant la Chambre des Lords.
- Ce pair n'avait jamais vu Bébé Ginx et ne savait rien,ou à peu près, de ce qui le concernait.il est donc à peine besoin de parler de son discours à son sujet, Disons seulement qu’après avoir fait appel aux sympathies de l’aristocratie en faveur de Bébé, il proposa d’envoyer celui-ci aux Antipodes aux frais du gouvernement.
- Le Secrétaire d’Etat du département duquel res-sortissait le cas Ginx, était un homme habile, mordant, original, subtil, à deux tranchants, un quasi disciple de Machiavel, ayant du reste fort bon ton. Capable de diriger un groupe dans un assaut parlementaire et de planter un drapeau sur la brèche, ou de couvrir une retraite par de brillantes escarmouches, adroit, mais jamais profond, il se laissait trop aller aux influences de son état-major permanent*
- Dans la soirée même, cet état-major avait,comme de coutume, obsédé le ministre, mais celui-ci avait fait justice des objections avec tant d’originalité et en mettant si bien en évidence l’absurdité et la faiblesse des propositions de ses interlocuteurs, que c’eût été amusant peut-être pour un critique indifférent ; pour un homme pénétré des souffrances de ses semblables, ce spectacle était profondément triste. Que ce ministre vive longtemps et il se verra forcé d’étudier plus sérieusement les questions dont il se raille si fort aujourd’hui.
- Lord Munnibagge, une grande autorité en matière économique, dit que jamais cas plus faible n’avait été présenté au Parlement. Envoyer Bébé Ginx dans une colonie aux frais de l’Etat, c’était tout à la fois prendre de l’argent dans les poches du riche et enlever au travail de sa puissance créatrice. Il n’y avait pas de nécessité à cela. Bébé Ginx ne pouvait pas mourir de faim dans un pays comme l’Angleterre. Lui, lord Munnibage, n’avait jamais entendu dire qu’un Bébé fût mort de faim.
- La misère n’était ni aussi étendue, ni aussi profonde qu’on se plaisait à le dire. Sans doute il y avait des périodes de stagnation dans le commerce, mais c’étaient des accidents. Sans doute aussi, les classes laborieuses souffraient de cet état de choses, mais le commerce était élastique et, en admettant que le moment présent fût une de ces périodes, l’heure était proche de la reprise des affaires. (Applaudissements). Bébé Ginx ou tout autre Bébé ne désirerait pas alors s’expatrier. On exagère toujours quand il s’agit de la condition du pauvre. Lui, lord Munnibagge, n’ajoutait pas foi à tout cela. Il croyait que le pays quoique temporairement affaibli par des catastrophes financières, était dans des conditions convenables. (Ecoutez! Ecoutez!). C’était absurde de dire le contraire en présence des rapports du « Board of Trade » (I) démontrant que chaque jour qui s’écoulait ajoutait à la richesse publique. (Applaudissements). Naturellement Bébé Ginx devait, lui aussi, suivre cette progression de fortune. N’était-ce pas répondre catégoriquement aux récriminations du noble lord qui avait soulevé la question. (Rires et applaudissements). Il y a en économie politique un principe élémentaire : c’est que la population d’un pays constitue une grande partie de sa richesse. L’orateur pensait dono, d’après l’élévation des salaires, que non-seulement il n’y avait pas excédant de population, mais plutôt disette de bras. Il repoussait la proposition. (Applaudissements).
- Deux ou trois nobles lords répétèrent les mêmes
- (1) Board of Trade. Conseil de commerce. Il publie chaque mois des rapports sur l’état du commerce et des affaires en général.
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- latitudes, se gardant tout aussi soigueusement d'aborder les faits, que de toucher à la question de 3aYOir si l’élévation des salaires ne correspondait pas immédiatement et nécessairement à la hausse des objets de première nécessité, ou, ce qui était plus profond encore, d’examiner si le développement colonial n’avait pas quelque chose à faire avec le progrès à l’intérieur.
- Le noble Lord qui s’était précipité dans l'arène sans s’être armé pour le combat, n’était pas de taille à lutter contre les forces rangées en bataille contre lui. Il retira sa proposition.
- Ainsi se termina ce grand débat. La chambre des Lords respirait. Elle était débarrassée sans grands efforts d’une question qui ne laissait pas que de l’inquiétero Les journaux ministériels publièrent que ce débat avait démontré la futilité de la question d’expatriation de Bébé Ginx. Une autorité des plus compétentes, Lord Munnibagge, avait établi qu’il n’était pas nécessaire que le gouvernement intervint dans le cas de Bébé Ginx, pas plus que dans celui de tout autre personne, petite ou grande. L’exposé lucide et concluant du Ministre avait rendu évidente pour tout le monde l’impossibilité de la part de l’Etat de se prêter à un grand projet d’expatriation, de même qu’il avait prouvé combien il serait impolitique d’appliquer aux colonies les lois ordinaires de la liberté de se mouvoir,
- Certainement, après celà, les partisans de l’expatriation n’eurent plus qu’à mettre leurs lumières sous le boisseau.
- Le gouvernement refusa de consacrer une soirée à sir Charles Sterling, et celui-ci après la discussion de la chambre des Lords, ne trouva pas le moyen de forcer la chambre basse à écouter sa motion.
- Pendant ce temps, Bébé Ginx se décida une fois de plus à prendre en main ses propres destinées. Las de la vie monotone du Club et se sentant pris de frissons au milieu de l’indifférence de ses patrons, il emprunta, sans permission, quelques habits dans la chambre d’un pensionnaire, se munit de la même façon de quelques couverts d’argent et décampa.
- Le Baronnet et le Club éprouvèrent-ils de la honte sous le ridicule dont la public les couvrit, ou plutôt furent-ils joyeux de se voir débarrassé de la question Ginx ? Nous ne saurions le dire; mais ce qui est certain, c’est que nulle tentative ne fut faite pour recouvrer ledit enfant.
- oi]v<^uièm:ï±: partie
- Ce que le dernier-né de Ginx fit de loi-même.
- Un cheval fait se vend sur tous les marchés de 20 à 200 frédéricks d’or. C’est sou prix.
- Un homme dans les mômes conditions, non-seulement n’a aucune valeur pour le monde ; mais celui-ci lui donnera une -semme ronde s’il veut simplement prendre l’engagement d’aller se pendre. » = Sartor resartus.
- Le dernier chapitre
- Notre héros atteignait presque sa 15® année lorsqu’il quitta le Club pour se lancer dans la société. Il ne fut pas longtemps à convertir son butin en une somme qui fut rapidement dépensée. Il eut alors à sa creuser la cervelle pour lutter contre la faim, et quelques-uns de ses expédients furent d’un caractère desespéré. Partout où il alla, le monde lui parut terriblement plein.
- Répondait-il à une annonce demandant un jeune homme pour faire les commissions, il trouvait battant la semelle, une vingtaine de garçons qui l’avaient devancé au rendez-vous.
- Essayait-il d’apprendre quelque métier utile, il se trouvait en présence de milliers d’adeptes disposés, non-seulement à demander moins que lui, mais encore à lui flanquer des coups de poings comme interlope.
- Les voleurs eux-mêmes vers lesquels il gravitait, étaient jaloqx de son accession, parce qu’il y avait déjà trop de compétition dans leur département. De sa carrière de misère, de métiers honnêtes et déshonnêtes, d’évasions et d’arrestations, d’emprisonnements et d’autres châtiments, on peut trouver la copie exacte en lisant les rapports d’une année de la Police métropolitaine.
- Je ne sais combien de temps Bébé Ginx vécut ainsi après sa fuite de Pall Mail. Un soir, à minuit, je reve-nais de Richmond, m'acheminant lentement par Wauxhall Bridge; j’écoutais le bruit de l’eau profonde léchant encourant les arbres du pont.Portant alternativement mes regards de la voûte étoilée des deux à la surface sombre et unie du fleuve, je me sentais saisi de respect en présence de ce temps d’arrêt de la vie de tout un monde endormi dans les ténèbres; tout à coup, interrompant mes rêveries, une ombre, une ombre humaine traversa le chemin devant moi, rapidement, mais silencieusement, et ne s’arrêta que lorsque debout, haute, elle se dessina sur l’étrange rideau de brume que j’avais devant les yeux. On eut dit le fantôme d’un homme aux for* mes grêles, sans chapeau et sans habits. Un moment je vis à son extrémité supérieure une lueur terne comme celle d'un regard humain dans les ténèbres ; puis l’ombre se-précipita de son haut dans la
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- nuit profonde. Splash ! le bruit de l’eau réjaillissait. Quand mes regards épouvantés s’abaRsèrent sur la vague agitée, je crus voir une blanche ondulation d'écume s’étendant dans l’obscurité pour s’évanouir à jamais.
- Je ne savais pas alors quelle était cette forme emportée au-dessous de moi par le courant du fleuve. Sj j’eusse su que c’était celle de Bébé Ginx, peut-être eussé-je pensé : « La Société qui au nom de la loi et de la charité défendait au père de jeter son enfant par-dessus Wauxhall Bridge, à une époque où ce petit être n’avait guère plus conscience de la vie que de la mort, a fini par précipiter elle-même l’enfant par-dessus le parapet dans les flots dévorants.
- « Philosophes, philantrophes, hommes politiques, papistes et protestants, ministre de la loi sur les pauvres et administrateurs de la Paroisse, tandis que vous bâtissiez des théories, qve vous débattiez, que vous disputiez, légifériez et administriez, entre vous tous,Messieurs,au nom de Dieu, où donc est allé Bébé Ginx ? »
- FIN.
- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
- Cours rationnel de dessin à l’usage des écoles élémentaires, par L. d’Henriet, 3 parties (dessin d'imila-tion, dessin linéaire, dessin d’ornement) comprenant chacune un volume de texte avec figures et un album de modèles lithographiés. Paris : Hachette et Ce.
- Nous avons encore beaucoup à emprunter à l’étranger. L’enseignement rationnel du dessin, adopté depuis une quinzaine d’années en Angleterre, est encore chez nous inconnu ou peu s’en faut. Et cependant cet enseignement a produit chez nos voisins de si remarquables résultats, que sa réputation a franchi l’Océan et que l’état de Massachusetts, toujours si avancé en matière d’instruction, l’a adopté dans ces écoles. Il y a même à Boston, la ville de l’audace pédagogique, un éminent théoricien et praticien de cet enseignement. M. le professeur Walter Smith, qui a publié sur ses principes des ouvrages de la plus grande valeur.
- Il ne s’agit plus dans renseignement rationnel du dessin d’abètir les élèves en leur plantant devant le nez un modèle qu’ils doivent imiter servilement, il s’agit au contraire de les exercer à saisir la forme générale des choses, au moyen de la connaissance de la nature des lignes, des relations qui les unissent et des combinaisons qu’elles peuvent offrir. On apprend ainsi à l’élève à lire les objets, à les analyser, puis à les écrire au moyen de cette écriture universelle, le dessin.
- Celui qui voit bien possède la moitié du dessin. 11 ne suffit pas de regarder pour bien voir; l’œil doit être exercé. Pour bieu voir il faut savoir analyser la forme des objets et observer la physionomie des surfaces et des lignes qui les délimitent. Aussi avant toute reproduction, le maître doit-il exercer les élèves à analyser le modèle dans son ensemble et ses détails.
- Il est difficile de donner, sans figures à l’appui, une idée nette de ce mode d’enseignement. Essayons toutefois en choisissant un exemple facile.
- Supposons que le professeur veuille bien faire dessiner aux élèves le contour d’un ornement arabe bien connu, l’étoile à 6 pointes égales.
- Le professeur ne doit pas se borner à donner le modèle'de cette étoile, il doit faire comprendre à l’élève
- quels en sont les éléments et la décomposer. Il fera faire à l’élève deux triangles équilatéraux, égaux entre eux mais inversement disposés, l’un ayani une horizontale au bas, l’autre une horizontale au haut. Il fera remarquer que chacun de ces triangles est formé de deux lignes obliques et d’une horizontale, que toutes deux sont égales entre elles, que les obliques sont également mais inversement inclinées par rapport à l’horizontale enfin que les 6 lignes qui composent ces deux triangles se trouvent parallèles deux à deux. Une fois ces remarques faites, le professeur demandera à l’élève de super, poser ces deux triangles de manière que leur croisement partage chacune des lignes en trois parties égales. H fera remarquer alors que la figure obtenue est régulière Elle présente un hexagone flanqué sur chacun de ses pans d’un triangle équilatéral. Les 6 triangles sont égaux entre eux, et pris ensemble, ils sont égaux à l’hexagone.
- Le dessin, d’après cette méthode, confine donc en certaines rencontres, à la géométrie élémentaire.
- Telle est, dans ce cas particulier, la méthode de M. Walter Smith. C’est bien là le dessin rationnel. Rendons grâce à M. L. d’Henriet qui s’efforce de l’acclimater chez nous.
- « Si jusqu’ici l’enseignement du dessin, dit M. L. d’Henriet, a donné de si médiocres résultats, c’est qu’on s'est presque exclusivement borné à remettre à l’élève, sans explications ni commentaires à l’appui, un modèle estampe plus ou moins approprié à ses aptitudes naturelles. C’est à peine si le professeur fait à la copie quelques corrections applicables au crayonnage beaucoup plus qu’à l’étude attentive des formes. »
- Cela n’est que trop vrai. Qui de nous ne se rappelle avoir peiné sur les bancs delà classe à copier durant des heures entières des nez, des bouches ou des modèles de Julien. L’enseignement des écoles primaires n’en est plus tout à fait*là aujourd’hui, mais combien il est loiu encore de la méthode rationnelle.
- Espérons que nous nous dégagerons de plus en plus de ces vieilles méthodes ou plutôt de cette absence de méthode et que l’enseignement du dessin prendra chez nous la place élevée qu’il adroit de revendiquer.
- E. C.
- In8trixotion et na.ilitariN«*e
- Chaque habitant paie annuellement l’Etat :
- En Danemark,
- — Suisse,
- — Saxe
- — Hollande,
- — Grande-Bretagne.
- — Bavière,
- — Prusse
- — Belgique,
- — Wurtemberg,
- — Autriche,
- — Italie
- — France
- pour ^instruction, publique.
- 5 80 5 20 4 15 3 85 3 75 3 10 3 00 2 80 2 20 2 05 0 80 1 65
- pour, la guerre
- fr.
- »
- »
- fr. 13 20
- )> 6 00
- )) 13 43.
- V 11 ba
- » 23 (30
- » 13 45
- » 13 45
- » 8 40
- » 13 45
- » 8 30
- » 12 00
- * 26 85
- les Etats
- modernes se préoccupent bien plus, on le voit, de tuer les hommes que de les instruire.
- Le Directeur-Géïant : GODIN.
- Saint-Quentin — lmp. delà Société anonyme du Glaneur
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- Le numéro hebdomadaire 20 c.
- DIMANCHE 29 AOUT 1880
- 3. ANNÉE, TOME 4 — N» 103
- Le Devoir
- REVUE des reformes sociales
- bureau ^ GUISE (Aisne)
- -JL'TTNA-
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant Fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE
- par Tenvoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste,'dont le talon sert de quittance.
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- S’adresser à M. LEYMARIE administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- Etudes sociales sur le gouvernement. — Nouvelles du Familistère. — Les impôts de consommation : l’octroi. — Nouvelles diverses. — Les lacunes légales. — Les femmes et la politique. — Enseignement professionnel. — Ote toi de là que je m’y mette. — L'instruction gratuite implique une autre gratuité. — Protection aux pauvres orphelins. — Le mariage,. son passée son présent, son avenir. — Variétés.
- ÉTUDES SOCIALES
- SUR LE GOUVERNEMENT
- V
- Qu© les Sociétés s’améliorent.
- Mais, me dira-t-on, vous ne pouvez changer la nature humaine ; il faut prendre les hommes tels qu’ils sont. Un gouvernement ne se fait pas avec une société idéale ; si les hommes sont égoïstes, c’est-à-dire plus préoccupés de l’intérêt de leur personne que des intérêts d’autrui, n’est-ce pas un rêve de vouloir qu’ils deviennent altruistes, c’est-à-dire occupés non-seulement de leur bien propre, mais aussi du bien des autres.
- Je réponds : Mon intention n’est pas d’établir qu un gouvernement puisse être parfait avec des hommes méchants et pervers, ni avec des enimes cupides et hypocrites, c’est le con-^re que je cherche à démontrer. Et j’ai la ^bfiance que le jour où les turpitudes enfan-es par l’égoïsme seront comprises, les classes
- dirigeantes elles-mêmes seront effrayées des dangers que l’égoïsme peut attirer sur la société, et qu’alors l’opinion publique agira sur les gouvernants de façon à obliger ceux-ci à mettre la nation en possession des droits qui lui appartiennent.
- Que ceux qui ne croient pas au progrès moral des sociétés fassent attention à ce fait que dans les temps barbares, encore assez- près de nous, le meurtre, la perfidie, les atrocités étaient pratiqués journellement par les classes les plus élevées, autant au moins que par les plus humbles.
- Ces calamités morales ont disparu ; il n’est plus personne aujourd’hui qui s’honore d’être un meurtrier ou un assassin. N’est-il donc pas possible que l’égoïsme, l’orgueil mondain, la cupidité et les convoitises de la société présente disparaissent de même pour faire place à des sentiments plus élevés, plus fraternels, plus humanitaires.
- Les sociétés sont l’expression même des hommes qui les composent et assurément la France a eu les gouvernements qu’elle a mérités; mais un esprit nouveau circule en notre pays; le règne de l’amour de l’humanité se prépare et celui des convoitises sociales a besoin de faire un retour sur lui-même pour éviter les dangers d’un conflit qui lui serait fatal-
- Les esprits fermés à toute idée d’amélioration de la vie humaine croient qu’aucune pensée de justice suprême n’a assigné de but aux
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- LE DEVOIR
- efforts de l’être humain. Tant pis, se disent-ils, pour les hommes que la fortune abandonne, ils sont vaincus, qu’ils subissent leur sort.
- C’est là précisément le sentiment d’égoïsme que nous voulons combattre. Les vaincus sont des hommes. Les vaincus sont les frères de ceux qui ont échappé aux charges de l’action générale. Dans la lutte incessante de l’homme contre la matière, ces prétendus vaincus constituent le grand nombre. C’est la masse immense qui soutient l’effort du labeur et de la pensée ; c’est chez elle que se ressent la solidarité des hommes dans le travail dè la vie ; c’est chez elle que s’accomplit incessamment le devoir du labeur utile à tous ; c’est à ces hommes mêmes que l’esprit de la justice éternelle vient dire : soyez amis, soyez solidaires,soyez libres, associez vos efforts et vos pensées, unissez-vous dans le travail, réalisez la fraternité sociale en étendant votre amour à toute vie humaine et le règne de l’égoïsme sera vaincu.
- VI
- Individuelle jusqu’ici, la morale doit deyeuir sociale.
- Dans les sociétés primitives, l’homme éla» bore une à une les choses qui concourent à son progrès ; non-seulement il crée les objets matériels propres à son usage journalier, mais il opère les dégrossissements de sa vie intellectuelle et morale. Il apprend peu à peu à distinguer entre le bien et le mal, entre le vrai et le faux.
- Tant que cette distinction n’èst pas faite chez l’individu lui-même, l’accord est impossible entre les hommes sur la vérité et la justice, sur une morale sociale ou commune, dans leurs ébauches de sociétés. Si quelque règle sociale j apparaît, c’est pour être imposée par la vio- j lenee; mais la morale imposée ainsi n’entre point dans le cœur de l’homme, et chacun demeure avec sa morale individuelle jusqu’à ce que la lumière soit faite.
- La morale de nos lois civiles est encore aujourd’hui le fruit de la contrainte; elle traîne avec elle bien des restes barbares qui pèsent d’un poids considérable sur la liberté du citoyen.
- La morale individuelle précède donc forcé-
- ment la morale sociale. Et ce n’est que leii^ ment que l’esprit humain se débarrasse liens qui l’enserrent, pendant les premières phases de son développement, aussi peut-on constater que les morales les plus élevées du passé sont restées individualistes.
- La morale même du Christ a revêtu nQe forme individuelle pour se proportionner j l’esprit du temps où elle est apparue.
- Jésus prêchant sur l’amour entre tous les hommes s’est servi de cette expression : l’amour du prochain.
- Or, que fallait-il entendre par ce mot î pro. chain ?
- Chaque caste de la société pouvait ne l’appliquer qu’à ses propres membres.
- Et c’était beaucoup déjà que prêcher la fraternité entre individus d’une même caste.
- Il était presque impossible alors, devant le monde de l’esclavage, devant une société pétrie de violences et de rapines, ’de professer l’idée de la fraternité entre tous les hommes.
- L’esclave n’était considéré que, comme un être inférieur, comme un auxiliaire abject dans lequel le citoyen libre ne pouvait reconnaître ni un égal, ni un frère.
- Ceux qui pensaient que l’esclavage était un crime social, ne pouvaient le dire librement devant une société qui tenait en mépris le travail utile. Les hommes qui, comme Socrate, le Christ et ses apôtres, ont voulu amener leurs contemporains dans la voie de la vérité ont été sacrifiés par ceux-ci.
- C’est que les hommes libres d’alors ne comprenaient pas d’ordre social possible sans l'esclavage ; il fallait aux oisifs, aux guerriers, des hommes de labeur travaillant pouf eux.
- Pourquoi en était-il ainsi ?
- Pourquoi les hommes libres en possession de la science, du pouvoir et des influences reli-gieuses, avaient-ils le cœur fermé aux enseignements de la loi naturelle, loi qui parlait si haut à l’âme des esclaves ?
- C’est que les hommes libres étaient avides de jouissances mondaines et qu’ils craignaient de voir s’amoindrir leurs plaisirs en accordant plus de place dans la vie aux malheureux dont ils exploitaient le travail.
- Aussi, les plus grands philosophes restait *
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- ils à peu Pr®s mue^s sur ce grand problème de i l’esclavage dont les hommes médiocres parlaient seuls pour entasser à son sujet des sophismes en accord avec la loi civile et en contradiction avec la loi naturelle,
- Les hommes étant appelés à comprendre l’intérêt personnel avant de s’élever à la compréhension de l’intérêt d’autrui, les sages et les philosophes durent chercher d’abord comment l'homme en vue de son propre bien pouvait être induit à la pratique des vertus individuelles, afin de s’élever peu à peu à la pratique des vertus sociales en vue du bien de la cité et de l’humanité.
- Cicéron, en conséquence, place au rang des premières vertus la Prudence. Est-ce faire autre chose que mettre le Devoir dans l’intérêt individuel, dans l’amour de soi ?
- S’assurer les moyens de domination sur les autres hommes ?
- Eviter le dommage que l’on peut éprouver de l’action d’autrui ?
- Se ménager la protection des puissants ?
- Tirer parti du travail des inférieurs, etc, etc, pouvaient être considérés comme des mesures nécessaires à la conservation individuelle.
- Mais si cette morale convenait à des peuples chez qui le mépris de la vie humaine et de ses droits était de règle si elle convenait à des sociétés qui, comme le monde romain reposait sur l’esprit de conquête et d’asservissement, chez (lui la force était le droit, combien elle est loin de répondre aux besoins de la société moderne, aux aspirations qui se font jour partout vers un ordre de justice qui élève l’amour du prochain à l’amour social.
- sociale, d’inaugurer les institutions par lesquelles tout homme sera appelé à exercer ses droits dans la vie, à remplir ses devoirs, et à concourir ainsi à l’application sociale de la justice et de la fraternité entre tous les hommes. (A mime) GÔDIN.
- NOUVELLES DU FAMILISTÈRE
- émmm
- Parmi les visiteurs qui,dans le présent mois, nous ont fait l’honneur de venir au Familistère, nous de-vous signaler M. Lepère, ancien ministre de l’Intérieur.
- Cette visite est une nouvelle preuve de l’intérêt qui s’éveille partout à l’égard des questions sociales.
- Jusque dans les sphères gouvernementales, on reconnaît combien ii est urgent d’étudier les moyens pratiques de résoudre les difficultés qui s’élèvent de tous côtés dans notre organisation industrielle.
- Mais que de peines pour se livrer à ces études quand on est appelé à l’exercice de ces hautes fonc„ tions où l’étiquette vous impose mille obligations dans lesquelles le temps s’écoule presque sans utilité pour personne î
- Cependant l’action de nos hommes d’Etat est de première importance sur les destinées sociales.
- Ne pouvant par eux-mêmes se livrer à des études pratiques sur les solutions à donner aux difficultés sociales, ils ont donc pour devoir de se tenir au moins au courant des résultats les plus saillants obtenus par les hommes spéciaux. C’est dans ce sentiment que M. Lepère est venu au Familistère, et nous croyons que le fait si important de l’Association du Capital et du Travail, réalisée ici offre aux hommes de gouvernement les éléments d’études les plus complets.
- La raison nous dit que ce n’est pas seulement 1 individu qui a des devoirs à remplir envers
- ses semblables, mais que c’est surtout la société e^e*même qui a des obligations envers chacun Qe 8(38 membres ; elle nous dit que les temps ^nt venus où l’amour social doit être substitué ctaz tous les hommes, et en particulier chez les gouvernants, à l’amour des convoitises person-^olles. Elle nous dit que le gouvernement doit d’avoir pour règle de conduite l’avantage quelques-uns et que son seul mobile doit e e 1 avantage de tous.
- e Moment enfin est arrivé de créer la morale
- M. Jean Macé, le fondateur de la ligue de l’enseignement, le chef de l’institution du petit château, l’auteur de livres si remarquables pour l’éducation et l’instruction de la jeunesse, a aussi jugé à propos de venir étudier sur place l’état de l’Association du Familistère de Guise. M.
- LES IMPOTS DE_C0NS0MMATI0N
- I
- Les octrois
- Tous les impôts de consommation sont injustes, tous sont contraires aux principes démocratiques, tous doivent disparaître dans un pays qui a mis ces
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- LE DEVOIR
- principes à la base des institutions qu’il s’est données.
- Les impôts de consommation sont nombreux ; nous avons dit quelques mots de ceux perçus par l’Etat et nous avons établi combien leur charge était onéreuse et combien, par le vice de cette institution, les pauvres subissent, toute proportion gardée, des charges beaucoup plus lourdes que celles du riche.
- Eh bien, quelque excessives que soient déjà ces charges établies au profit de l’Etat, elles ne sont pas les seules dont da population ait à souffrir ; il y en a d’autres aussi excessives, parfois même plus excès-sives encore, ce sont les charges que les municipalités imposent aux consommateurs sous forme de droits d’octroi à l’entrée.
- C’est de cette déplorable institution que nous voulons nous occuper aujourd’hui.
- Beaucoup de personnes n’ont pas une idée assez nette de l’inconciliabilité absolue des principes démocratiques et des droits d’octroi. Et pourtant elles n’auraient qu’à donner un coup d’œil à l’histoire de cette institution pour être éclairées : son origine déplorable suffit a révéler son caractère odieux.
- Sous l’ancienne monarchie les octrois existaient un peu partout, sous les formes les plus diverses et sous les appellations les plus variées. C’était la transformation, quelque peu adoucie, des anciennes redevances seigneuriales devenues municipales à la suite des temps. *
- A l’étranger on condamna l’octroi plus tôt qu’en France. Déjà en 1541, Charles Quint reconnaissait qu’à Bruxelles l’octroi rendait les denrées plus chères et amenait le dépeuplement par les vexations qu’il occasionnait, par les exécutions et les foule-ries atteignant le simple peuple. Aussi décréta-t-il ce qui suit :
- « Faisons savoir que pour soustraire nos bons su-
- » jets à LA TORTURE DES TAXES COMMUNALES [SÎC), et
- » pour les laisser désormais en repos et en paix, j 5? nous avons aboli et anéanti à perpétuité les 17 } » taxes ou tous autres et qu’il sera défendu de les | » percevoir à dater du 15 juillet 1541.» ' j
- En France, les plaintes contre l’octroi ne commen- j cèrent que plus tard. C’est Rousseau qui attacha le ! grelot. Dans sa Lettre à d'Alembert, il s’élève contre ces impôts qui sont très iniques puisque « le pauvre qui ne peut dépenser que pour son nécessaire est forcé de jeter en impôts une bonne part de ce qu’il gagne, tandis que ce même nécessaire n’étant que la moindre partie de la dépense du riche, l’impôt lui est presque insensible. De cette manière, continue
- Rousseau, celui qui a peu paie beaucoup et celui a beaucoup paie peu. »
- Turgot dans sa Lettre sur les octrois (1775) signa|e l'injustice qu’il y a à faire peser de préférence i^
- charges de l’octroi sur les denrées que les pa :vres consomment. Dans son Plan d'un mémoire sur \fJ impositions il s’élève contre les impôts qui frappent « le journalier qui n’a que ses bras, le pauvre qui ^ point de travail, le viellard et même l’infirme. »
- Enfin arrive 89. Le 23 août de cette mémorable an. née, Mirabeau dénonce à la tribune dans un adinira. ble langage tous les impôts qui chargent le travail, leur. « Est-il un seul de vos impôts, s’écrie-t-il, dont on ait imaginé d’approfondir l’influence sur l’aisance du travailleur, aisance sans laquelle une nation ne
- peut jamais être riche ? »
- Cette réflexion aurait encore aujourd’hui tout son à-propos.
- Le 19 janvier 1791 l’Assemblée constituante sur le rapport de M. de La Rochefoucauld, décréta la suppression de tous les impôts perçus à l’entrée des villes, bourgs et villages, dans le but, disait-elle d’augmenter les débouchés des produits de l’industrie et de l’agriculture et de supprimer les entraves intérieures du commerce.
- L’octroi reparut avec la réaction, le 27 vendémiaire an YU, et pour Paris seulement. Encore était-il stipulé que ses produits seraient destinés « de préférence à l’acquit des dépenses des hospices et à des secours à domicile ». Les tarifs de cet octroi étaient si faibles que le premier exercice ne rapporta que 6 millions et demi.
- Malheureusement le premier pas était fait.
- Une loi générale, celle de Frimaire an VIII, détermina bientôt après les règles à suivre pour l’établissement de taxes indirectes et locales dans les villes formant à elles seules un canton. Les municipalités ditM. Leroy-Beaulieu, se précipitèrent alors à l’envi sur cet impôt séduisant : deux ans s’étaient à peine écoulé», que l’on comptait 293 octrois en France. Le chiffre ne devait pas cesser de grossir: en l’an XLfl (1804) lorsque la France, comptait, il est vrai, 1$ départements, il y avait 3262 octrois. »
- Durant la même période les tarifs des octrois ne cessèrent d’être l’objet de majorations successives, ainsi dans le même an XIII (1803), c’est-à-dire 6 ans après sa création, Jes recettes de celui de Paris étaient déjà triplées.
- Un réglement de 1809 établit cinq catégoriees en dehors desquelles aucun objet ne peut être taxé : Ie5 boissons, les combustibles, les comestibles, lesfoQr' rages et les matériaux. Ces cinq catégories ontper®15 d’imposer tout ce qui est de première utilité. On allJ
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- LE DEVOIR
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- Blême
- si loin dans certaines villes que l’empereur
- 'alarma des plaintes des consommateurs. L’ordon-pnce du 9 décembre 1814 exclut des droits d’octroi les grains et farines, le fruit, le beurre, le lait, les lé-mes et autres menues denrées. Un décime de guerre fut ajouté à ces droits en 1815. Malheureusement la sage restriction de 1814 ne fut pas maintenue comme en témoignent la loi du 28 avril 1816, celle du
- 11 juin
- 1842 et le décret du 17 mars 1852. A Paris les
- grains et farines furent taxés pendant longtemps : ils n0le sont plus maintenant, mais le beurre et le sel le sont encore. A Marseille où les farines n’ont pas cessé d’être soumises aux droits d’octroi elles constituent à elles seules plus du quart de la recette.
- En 1852, Napoléon pour attirer à lui des sympa" thies dont il avait le plus grand besoin diminua de moitié par un décret les droits d’entrée au profit du Trésor. C’était trop beau pour durer. Cette apparence d’intérêt en faveur des classes ouvrières ne se soutint pas ; la loi de's finances de 1854 rétablit les choses dans l’état antérieur.
- Depuis lors malheureusement les octrois n'ont cessé de se multiplier et de hausser leurs tarifs. Durant tout le second empire les villes de quelque importance se lancèrent dans .des dépenses hors de proportion avec leurs ressources. Il fallut demander à des majorations d’impôt l’argent dont on avait besoin : on trouva très-commode et très-expéditif de s’adresser à l’octroi plutôt qu’à d’autres impôts.
- On sait ce qui suivit. La guerre écrasa beaucoup de communes sous des dépenses extraordinaires. 11 fallut recourir aux emprunts et hausser les impôts afin d’assurer le service des intérêts. La néfaste influence économique de M. Thiers fit que les ressources municipales nouvelles ne furent pas demandées à d’autres sources qu’à l’octroi. Les majorations les plus excessives furent votées. C’est ainsi qu’à l'aris, par décret du 14 mars 1872, la bière vit ses droits quadruplés d’un seul coup (de 3 fr. 80 c. à 12 fr. 60 c., soit avec les décimes 15 fr.)
- Aujourd’hui encore ces majorations sont tellement entrées dans l’habitude que la Chambre en autorise ^ chaque instant de nouvelles. C’est ainsi que la ^publique par insouciance ou par esprit de routine necraint pas de favoriser dans son sein le développement des pires institutions de la royauté et de l’empire. On peut et doit déplorer profondément la chose,mais il 11 y a pas lieu de s’en étonner, la classe ouvrière nétant représentée ni dans le sein du parlement, ni dans celui des Conseils municipaux.
- ^°ut homme qui s’intéresse au sort de la classe °Uvrière sera effrayé s'il examine la statistique des
- . octrois. En effet, non-seulement le nombre n’a cessé de s’accroître mais les taux de leurs tarifs n’ont cessé de s’élever depuis un demi-siècle.
- Ainsi en 1830 les communes ayant nu octroi étaient au nombre de 1,058; elles comptaient ensemble 6 millions et demi d’habitants ; la recette brute totale était de 67 millions de francs, soit une moyenne de 10 francs et quelques centimes par tête. En 1850 ces chiffres étaient déjà augmentés de 40 0/0 puisque l’on comptait alors 1,436 octrois, portant sur une population de 7,655,203 habitants et produisant brut 95,176,572 fr., soit une moyenne de 12 fr. 50 c. par tête. Les derniers chiffres officiels que nous possédions, ceux de 1876, nous montrent une augmentation effrayante de tous les chiffres précédents; le nombre des octrois était à cette date de 1530 frappant près du tiers de la population de la France, 10,482,000 âmes et la recette des octrois s’élevait à la somme énorme de 249,510,000 fr., ce qui donne une moyenne de 23 fr. 90 par tête.
- L’octroi de Paris entre pour sa bonne part dans cette augmentation, ce qui s’explique surtout par le fait que sous l’empire la population de Paris n’était pas représentée au conseil municipal.
- Voici, comme exemple, les chiffres de celles des catégories de l’octroi de Paris qui concernent plus spécialement la classe ouvrière.
- eu 1852 en 1869 en 1876
- boissons . . . autres liquides, 16.179.358 45.214.761 61.574.576
- huiles,alcools, etc. 3.922.892 8.064.798 11.388.479
- comestibles. . . 8.719.738 16.766.701 23.333.270
- combustibles . . 4.967.209 13.694.073 10.749.010
- Ainsi de 1869 à 1876, en 7 années, l’augmentation snr les liquides autres que les boissons est de 41 0/0 ; celle sur les comestibles de £9 0/0; celle sur les boissons de 36 0/0. Quant à la diminution sur les recettes des combustibles elle provient de l’exonération des droits sur la houille consommée par les usines.
- « Si l’on veut se rendre compte, disait il y a quelques années M. Leroy Beaulieu, si l’on veut se rendre compte de la distribution de l’impôt d’octroi entre les différentes classes de la population, on doit d’abord mettre de côté les taxes portant sur des objets qui ne sont pas de consommation commune : ainsi, celle sur les matériaux, sur les fourages,sur les objets divers,même sur les combustibles et sur les comestibles autres que les liquides. Toutes les catégories qui viennent d’être dénommées, comprennent des articles dont la consommation, sans être strictement proportionnelle à la fortune,a avec elle une certaine I relation.
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- LE DEVOIR
- « Au contraire les droits de l’autre catégorie,c’est-à-dire sur les vins, sur les cidres, poirés, sur l’alcool, sur les autres liquides sont de véritables impôts de capitation, sans aucune relation avec la fortune des contribuables : or, il y a là plus de 58 millions qui, répartis par tête, donnent 29 francs. Un membre d’une famille ouvrière paie donc en moyenne à Paris 29 fr. à l’octroi pour les boissons ou liquides de consommation usuelle, plus 10 fr. 50 c. pour les autres comestibles, les combustibles, etc. C’est par conséquent 39 fr. 50 d’impôt qu’il acquitte de ce chef, soit pour 4 personnes 158 fr. par an, » soit encore pour une famille de 5 personnes le chiffre considérable de fr. 196.50.
- Cette estimation est faite par M. Leroy Beaulieu, qui n’est pas suspect de radicalisme.Nous la croyons plutôt inférieure que supérieure à la réalité. En effet depuis la date où elle a été faite, les recettes totales de l’octroi se sont élevées dans de notables proportions. En 1879, elles ont atteint 133 millions et demi, ce qui à raison de 1.990.000 habitants donne comme moyenne en chiffre rond 67 francs par tête. L’ouvrier assurément consomme moins que le riche, mais il demeure à Paris toute l’année, tandis qu’une bonne partie de la classe aisée s’absente delà capitale durant la belle saison.
- Les réflexions abondent après les constatations que nous venons de faire.
- Ainsi il est bien établi que l’octroi puise son origine dansles odieuses taxes féodales.Cette institution s’est développée depuis lors sous les régimes antidémocratiques du passé. C’est un impôt qui grève le budget du travailleur de charges considérables et qui lui ravit une bonne partie du maigre salaire qu’il gagne à la sueur de son front. Il est aussi d 3 la plus impérieuse nécessité,que cet impôt anti-démocratique soit supprimé. C’est déjà une honte qu’après 10 ans de République il fonctionne encore.
- (A suivre). Ed. Champury.
- NOUVELLES DIVERSES
- FRANCE
- Areu officiel. — Nous cueillons dans le discours d’ailleurs fort remarquable prononcé à Montauban par M. le Président du Conseil des ministres la phrase suivante :
- « Dans l’année qui vient de s’écouler, nous avons demandé aux Chambres, qui les ont votés avec un patriotique empressement, 160 millions de dégrèvements (Vifs applaudissements) ; mais nous sommes tranquilles, le
- PAYS NOUS LES RENDRA SOUS FORME D’ACCROISSEMENT de consommation. Car ce pays est admirable : avec lui rien n’est peidu. Chaque facilité qu’on lui accorde se
- traduit immédiatement par un nouvel effort et un q0 veau progrès. Nous sommes donc, quoi qu’en aient n*!j' tendu nos adversaires, qui, après avoir combattu Cp dégrèvements, se sont cependant résignés à les votp68 sentant bien que le pays les approuve, nous somme* dis-je, sans inquiétude sur le vide apparent que üc3 venons de faire dans les caisses du Trésor : l’activité n» tionale se chargera de le combler ». ua>
- Ainsi donc, de l’aveu même de M. de Freycinet, ie dégrèvements ne sont que des trompe-l’œil puisqu’ils ^ sontrendus possibles que par une plus value des imnôta
- de consommation. p 18
- *
- * *
- Suppression «les intermédiaires, _ r
- Comité des ateliers d'affranchissement, réuni le 12 août salle Orange, place de la République, 11, a résolu dé fonder une agence de placement des produits du travail de ses membres adhérents ou adhérentes.
- lia également décidé l’établissement d’un premier magasin de vente, au siège social, rue du Bouloi, *2 sous le titre de « Magasin coopératif des ouvriers affran! chis. »
- S’y adresser pour les adhésions ainsi qu’aux différents comités de quartiers qui sont établis, dès à présent chez les citoyens Lamoureux, rue des Vinaigriers, Si: — Fontrobert, passage de l’Atlas, 3 ; — Prud’homme’ rue Luc-Lambin, 22; — Rousseau, rue Myrrha, 5;_! Blanc, rue Saint-Denis, 227 ; — Eugène Sicot, rue Fon-taine-au-Roi, 19, — et chez les citoyennes Léonie Manière, rue Béranger, 7, et Augustine Deschamps, rue des Ecoles, 14.
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- 13e Féducîstion des filles. — Voici un passage du remarquable discours prononcé à Epinal par M. le ministre de l’instruction publique à la distribution des prix de la Ligue de l’enseignement :
- « Enfin, votre école libre, votre école laïque est une école de petites filles. C’est encore un pressentiment. La République actuelle s’est beaucoup instruite à l’école de nos malheurs. C’est aujourd’hui une idée acquise, et comme un instinct, public que c’est par les filles qu’il faut commencer l’éducation des générations futures. C’est là, en effet, qu’est le nœud du grand problème que nous avons à résoudre pour assurer l’avenir. Déjà, dans une des deux Chambres, un pas décisif a été accompli; un projet de loi sur l’enseignement secondaire des filles a été voté par la Chambre des députés ; ce projet, j’en ai l’assurance, sera prochainement adopté par le Sénat. Alors se trouvera fondé au-dessus de l’école primaire, un enseignement qui méritera vraiment le nom d’intermédiaire, car il ralliera dans des notions communes l’éducation des deux sexes, car il comblera la lacune, si soigneusement maintenue jusqu’à présent entre les deux éducations ; diversité funeste, on ne le sait que trop, d’où naissent tant de plaies secrètes de notre société, tant de douleurs intimes, et qui fait sortir trop souvent de la séparation des intelligences la séparation des cœurs. Il faut un remède à cette situation ; il faut que désormais filles et garçons puisent tous aux mêmes sources, à ces sources glorieuses du savoir humain qui s’écoulent à travers les siècles. C’est de cette grande réforme dans l’éducation de la jeunesse, et d’elle seulement que nous pouvons attendre une société homogène, une patrie unie et forte. »
- M. Jules Ferry aurait dû ajouter que pour que « fiHes et garçons puisent leur instruction à la même source » il faut*que les écoles mixtes soient rétablies.
- Stutistlque fies «uicides. — Dans l’,annh^e 1827, au milieu d’une population de 32 millions dhaDi-tants, on compta 1,542 suicides ; et en 1878, dans un population de 37 millions d’habitants, on a compté suicides. Ainsi, au cours de ces cinquante ar: s, PePdaTe que la population augmentai t seulement de moins 16 0/0, le nombre annuel des suicides augmentait plus de 300 0/0.
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- Le mouvement le plus rapide de cette triste progres-."i se remarque dans nos dix dernières an. ées.
- 5 pn 1870, le nombre des suicides' était de 4,1157 ; en ,a?9 il est de 5,275, en 1874, 5,617 ; en 1876, 5,804 ; en ikll 5,922 > et en 1878, M3i- °r de 1870 à 'l878» la Pt‘PU-i tion s’est accrue seulement de 36 à 37 militions.
- Oq constate, dit le rapport, une tendance de plus en , g sensible au suicide parmi les femmes qui n’ont pas ncore atteint leur majorité civile (âgées de moins de !inet et un ans) ; le chiffre des suicides, dans cette classe, j doublé en cinq ans, et par une gradation ininterrom-
- PUjl' est vraisemblable que la reconnaissance de la recherche de la paternité diminuerait ce chiffre énorme de suicides.
- L’une des causes des suicides est notée dans le rapport sous ce titre : Misère ou crainte de la misère ; 317 suicides en 1878.
- Nous remarquons, dans les rapports des cinquante dernières années, qu’en certain temps où le pain est aux moindres prix où la récolte a été bonne, le. nombre des suicides est sensiblement moindre.
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- Suppression des octroi». — Au conseil général du Cher les impôts et les octrois ont motivé un vœu ainsi concu : « Le conseil général demande que , l’administration mette à l’étude un projet de trans-« formation des diverses taxes de consommation per-« eues tant au profit de l’Etat que des communes. »
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- Thèse pytlingorlcioiine. — Le 8 juillet dernier Mm8 Algernon Kingsford a soutenu devant la Faculté de médecine de Paris, pour l’obtention du diplôme de docteur une thèse remarquable que cette femme docteur vient d’éditer chez Delahaye :
- Voici un résumé de cette importante étude, qui a pour titre : Thèse sur l'alimentation, végétale de l'homme {végétarisme).
- Considérations anatomiques et physiologiques. Considérations historiques. Peuples, tribus et habitants qui ne font pas usage de la chair.
- Considérations chimiques (progrès contemporains). L’alimentation par la chair, l'alcoolisme et autres excès.
- Souffrance du bétail — maladies causées par l’ingestion de la viande — maladies diathésiques et épidémies.
- Considérations économiques, nationales et sociales. Citation des philosophes et hommes de lettres de l’antiquité et des temps modernes qui ont recommandé ou pratiqué le végétarisme :
- Pythagore, Zénon, Empédocle, Diogène, Platon, Socrate, Sénèque, Ovide, Porphyre, les Ésséniens, les Thérapeutes, les Nazaréens, les Pères de l’Eglise, Gassendi, Bossuet, Fénélon, Linnée, Voltaire, Rousseau, etc., etc.
- ( Mm« Algernon-Kingsford conclut à l’abandon par l’homme de toute nourriture animale.
- C’est, croyons-nous, la première fois qu’une thèse semblable est soutenue à la Faculté. Nous n’avons pas à en discuter la valeur, mais nous la signalons comme document original.
- IRLANDE
- Le refus par la Chambre des Lords du
- mil de transaction en faveur des Irlandais voté par la Chambre des Communes, inspire à la France les réglions suivantes :
- * Les peuples sont souvent crédules, et on peut imputaient discuter parfois des théories gouvernementales fusses; mais on ne saurait plaider avec succès une thèse t^tre la misère, et aucun artifice ne persuade un homme
- Ç^urt de faim.
- * fi y a un degré de souffrances qui conduit nécessaire-^J®at a des actes violents, parce que, arrivé à un certain
- de malheur, on est au-dessus de toute considéra-
- tion. La répression ne peut menacer que ceux qui tiennent encore à la vie.
- « Quand une nation entière est en haillons; quand elle ne réussit pas à arracher à la terre la nourriture suffisante pour chaque jour; quand une législation inflexible n’a pitié ni des vieillards, ni des femmes, ni des enfants; quand on voit sans cesse le spectre de la faim errer dans un pays, « de sa lèvre blême effleurant toutes les bouches », l’heure des vengeances terribles est proche et le sang va couler.
- « C’est la situation de l’Irlande, etla Chambre des lords millionnaires a commis un acte grave en rejetant à la presque unanimité le bill de transaction et d’apaisement voté par les Communes.
- « On sait que ce projet de loi [Compensation for dirtur-lance) avait pour but d’accorder une indemnité aux fermiers irlandais expulsés pour défaut de payement.
- « Celapouvait atténuer les rigueurs des propriétaires du soi, des Landlords, et empêcher des faits cruels comme ceux qui se sont produits souvent. Le maître, pour forcer des paysans insolvables à s’en aller, a ordonné maintes fois, au cœur de l’hiver, dans ce climat rigoureux, d’enlever les toits des chaumières, exposant des familles entières aux insultes de la neige et du froid. .
- « Raconter ces choses, c’est déjà un ^châtiment pour leurs auteurs. Nous en appelons à tous les pères, jetant les yeux sur le berceau paisible où dort en paix le nou--veau-né. »
- Nous pourrions préciser davantage encore la situation en rappelant que les détenteurs actuels des terres d’Irlande sont les descendants directs — de fils aîné en fils aîné — de ceux qui les ont arrachées aux habitants, les armes à la main, et que les fermiers de ces terres sont les descendants des populations victimes de ces violences. La revendication des Irlandais d’aujourd’hui doit donc être considérée comme une revendication de tout ou partie des terres par les descendants des volés contre les descendants des voleurs. Les mots peuvent paraître durs, mais tous les arguments imaginables ne les empêcheront pas d’être vrais.
- SUISSE
- Le protestant)sine Nationaliste est aujourd’hui enseigné à la jeunesse genevoise. M. Gourd, chapelain de cet enseignement ayant présenté à la dernière distribution des prix un rapport qui repousse toute idée de surnaturel dans la religion, ceux des membres du Consistoire protestant de Genève qui sont orthodoxes se sont élevés dans le sein de cette assemblée contre l’enseignement de M. Gourd. Malgré cette opposition M. Gourd a été maintenu dans ses fonctions.
- La religion protestante continuera donc à être enseignée sous une forme qui rejette le surnaturel.
- ALLEMAGNE
- Persécution des Israélites. — Les journaux allemands confirment l’existence d’une pétition qui circule actuellement ' dans tout l’empire, et dans laquelle on rend le prince de Bismarck attentif aux graves dangers que courent non-seulement l’économie sociale et la propriété, mais aussi la civilisation et la religion du peuple allemand par l’influence toujours croissante du mosaïsme. Pour remédier aux dangers signalés, les pétitionnaires demandent d’urgence que la législation qui arendu possible d’empècher l’exploitation et la perversion de la nation allemande par les Juifs {sic) soit complétée et révisée.
- A cet effet, le Parlement et la Chambre des députés, en Prusse, devront être saisis de projets de loi en vertu desquels :
- 1° L’immigration des Israélites, surtout du côté de l’Est, serait entravée ;
- 2° Les branches d’industrie exploitées de préférence
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- par les Juifs, telles que les bourses, les banques et les journaux, seraient contrôlées et fortement imposées ;
- 3° Les Israélites seraient absolument exclus de toutes les fonctions publiques.
- Pauvre Allemagne!
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- 3La cathédrale <Io Cologne, la plus grande du monde, vient d’ètre achevée. La première pierre en avait été posée en 1248. Après 74 année de travaux, l'immensité de l’entreprise découragea les constructeurs. Enî322 on renonça d’en continuer les travaux qui furent repris plus tard à plusieurs reprises et finalement abandonnés en 1307. Pendant 3 siècles ils restèrent interrompus.
- Transformé par la Révolution françaiss en magasin à fourrages, mutilé par le temps autant que par les hommes, le vénérable édifice menaçait ruine et allait probablement être jeté bas, lorsque, le zèle archéologique et l’enthousiasme religieux se réveillant, des associations se formèrent et entreprirent non-seulement de restaurer, mais encore d’achever à l’aide de souscriptions l’œuvre gigantesque à peine ébauchée au moyen-âge
- Les dons affluèrent de toutes parts ; le roi de Prusse d’alors, Frédéric Guillaume IV, s’engagea a verser annuellement 50,000 thalers, et, le 4 septembre 1820, eut lieu la seconde fondation de la cathédrale, fête magnifique, dont Cologne n’a pas perdu le souvenir.
- Dés lors, il n’y eut plus d’arrêt dans les travaux que soixante années, comme on le voit, ont suffit à mènera bien.
- Aujourd’hui ce monument splendide, témoin de la persévérance des catholiques allemands élève les deux flèches de ses clochers à la vertigineuse hauteur de 160 mètres. C’est le double de la hauteur du Panthéon de Paris, 23 mètres de plus que la Grande Pyramide et 18 de plus que la flèche de Strasbourg.
- JAPON
- Etudiants» japont&iæ. — Les jeunes Japonais qui font partie de la mission officielle des étudiants japonais de Kioto, viennent derempotter plusieurs succès qui méritent d’être signalés.
- Un d’eux, Outa Hara, élève de l’école des mines de Saint-Etienne, vient d’obtenir le premier prix de sa division.
- Devant la Faculté des lettres de Lyon, Nogoutchi a subi brillamment les épreuves de fin d’études.
- Il a été vivement félicité par le jury.
- LES LAGUNES LEGALES
- On lit dans la Lanterne :
- Voici la scène, 9e chambre de police correctionnelle : un enfant de treize à quatorze ans, paralysé, atteint de bégayement. Cet enfant est prévenu de vagabondage.
- Au banc des témoins, une femme, la mère. Elle est mariée ; mais, depuis deux ans, elle ne demeure pas avec son mari.
- M. le président. — Avec qui votre fils était-il ?
- La mère. — Avec son père.
- M. le président, à l’enfant. — Pourquoi avez-vous quitté votre père ?
- L’enfant, avec des sanglots contenus et une grande difficulté de prononciation. — Paaar.... ce que.... il.... demeure... a...vec une femme... que je... ne veux pas... re...ester... avec cette femme-là.
- M. le président. — Est-ce qu’elle vous bat ?
- L’enfant.-— Non on on... monsieur..., c’est parce que. elle veut me faire faire.des... choses.... vilaines
- I M. le président. — Quelles choses ?
- ! L’eriïant. — Des es... es... saletés avec elle..., alors ?! je... n’ai pas voulu...
- M, le président, à la mère. — Est-ce que vous êi seule ? k les
- La mère. — Monsieur... Je vis avec quelqu’un - c’est à son père à le reprendre. ’ st
- M. le président. —Vous n’entendez donc pas ce ou dit votre fils : que la femme avec laquelle vit votre rua^ cherche à le corrompre ? *> 1
- La mère. — Je ne vous dis pas ; mais c’est à mon mari à le reprendre (Rumeurs dans l'auditoire.) 1
- M. le président, à l’enfant. — Travaillez-vous avp? vous un état ?
- L’enfant, pleurant. — M’sieu, je suis paralysé. (Il lève son bras avec difficulté.)
- M. le président. —C’est effroyable, voilà un malheureux enfant infirme, que la maîtresse de votre mari cher' che à corrompre, et vous hésitez à le reprendre. Enfla" c’est votre enfant. ’
- La mère. — Je ne dis pas, monsieur, mais je ne peux pas le reprendre.
- -M. le président. — On ne peut pourtant pas envoyer ce pauvre enfant dans une maison de correction, d’où il peut sortir corrompu.
- En passant, signalons cet aveu du président; — qu'un enfant court grand risque d’ètre corrompu dans une maison de correction.
- M. le président. — Le tribunal vous ordonne de reprendre votre fils.
- La mère. — Mais, monsieur, je ne demanderais pas mieux, je ne peux pas... j’ai une petite fille, que le père prenne le garçon !
- (Protestations dans l’auditoire.)
- M. le président. — Le tribunal, après en avoir délibéré attendu que le prévenu est âgé de moins de seize ans, l’acquitte et ordonne qu’il sera rendu à sa famille.
- La mère. — Envoyez-le à son père.
- (Les cris de l’auditoire redoublent.)
- L’enfant, pleurant à sanglots et d’un air menaçant, à sa mère. — Eh bien, j’irai... chez papa... mais... si celte femme y est... elle verra... elle verra...
- M. le président. — Vous irez réclamer votre fils ?
- La mère — Je ne peux pas, monsieur.
- M. le président. — Sortez d’ici, indigne mère !
- (La mère quitte l’audience, suivie par un grand nombre de personnes qui la huent.)
- Certe, observe la Lanterne, l’auditoire s’est montré fort moral dans cette circonstance ; mais iï me semble qu’il n’aurait pas dû conserver toute sa sévérité pour la mère Il y a des situations navrantes, pleines de dessous mystérieux, et cette mère est peut-être encore plus à plaindre qu’à biâmer.
- Mais voyons l’autre côté du drame : voilà cet enfant mis à la porte du prétoire. Ii est libre, libre d’aller où? Chez, son père. Comment celui-ci va-t-il le recevoir ? Il saura ce que son fils a dit à l’audience. La femme avec qui il vit ne pardonnera pas à ce jeune homme ses accusations. Le malheureux na probablement plus à craindre d’ètre corrompu, mais battu, maltraité, mal nourri ; cet être infirme et borné n’aura plus qu’une ressource ; s’enfuir de nouveau, se faire arrêter, comparaître encore une fois devant la police correctionnelle, qui, ne sachant qu’en faire et dans son propre intérêt, se décidera à l’envoyer dans une maison de correction !
- De là, il sortira à 21 ans, plus affaibli encoie | qu’aujourd’hui, dégradé, sans volonté pour résister
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- aux mauvais conseils ; ce serait de la g raine de prison, sinon de bagne.
- Ainsi, notre société n’a trouvé que ce refuge aux enfants abandonnés et maltraités, ne pouvant se suffire à eux-mêmes : la maison de correction ! c’est là tout. Il est vrai qu’on élève des prisons dont chaque cellule revient à 33,000 fr. C’est un beau luxe ; mais si on employait une partie des 2,000 à 2,500 fr. que coûte par an chaque prisonnier, dans ces établissements modèles, à en empêcher le recrutement, croit-on qu’elle ne serait pas bien employée ?
- M. Aug. Vacquerie ajoute à ces réflexions, les réflexions suivantes :
- Nous avons souvent, au sujet des enfants, invoqué la droit de l’Etat. On nous répondait par le droit du père.
- Mais ici, ce n’est pas le droit de l’Etat que nous invoquons, c’est son devoir.
- Que fait-il pour les enfants ? Il s’occupe d’eux, c’est vrai, il les loges et les nourrit — quand ils ont commis un délit ou un crime. Mais quand c’est pour avoir refusé d’en commettre qu’ils sont sur le pavé, qu’ils y restent ! Vous avez vjléou tué ? faites nous donc le plaisir d’entrer. Vous aimez mieux mourir de faim que de honte ? nous ne vous connaissons pasl
- Et il se trouve encore des gens pour dire qu’il n’y a pas de question sociale ? —Je dis, moi, qu’il n’y a que la question sociale !
- Société poui' l’Amélioration du sort des Femmes.
- LES FEMMES ET LA POLITIQUE
- Grâce à l’ardent patriotisme des femmes anglaises, à leur concours dans les dernières grandes élections qui ont ramené au pouvoir des hommes du parti libéral, les amis de la paix et de la moralité— une révolution qui a renversé la politique de ruse et de sang des Beaconsfleld et des Bismark “ une révolution qui a fait trembler, sur leurs trônes, « les Monarques », pris à l’improviste s’est accomplie en 24 heures, de l’autre côté de la Manche !
- Ni une larme, ni une goutte de sang, n’ont été versées —
- Honneur! aux femmes anglaises... à qui l’Europe devra ce magnifique succès, qui nous vaudra, espérons-le l’avènement d’une ère de paix, loutes les classes de la nation, les ouvrières à la Journée même, ont apporté leur obole, une partie de leur salaire pour concourir aux frais des élections
- qui ont mis fin à la politique exécrable de leur gouvernement.
- Jamais on n’avait vu, en Angleterre, les femmes prendre la parole, dans des meetings politiques, jusqu'alors purement composés d’hommes. — Mais C6tte fois, mues par le sentiment intime de leur haute et noble mission et en dépit de l’injustice des lois qui refusent à la femme les prérogatives de Citoyenne, elles en ont rempli les devoirs les plus austères, avec un admirable désintéressement. Partout elles ont payé de leur personne, de leur bourse, de leurs talents littéraires, de leur temps — se multipliant sur tous les points, dans les meetings, au dépouillement des votes dans leurs sections où leurs services étaient acceptés avec empressement. La jeune Miss Cobden, fille de l’éminent homme d’Etat Richard Cob-den, n’a pas craint de prendre la parole en faveur des deux principaux candidats libéraux : MM. Gladstone et Barren; elle peut revendiquer l’honneur d’avoir participé au triomphe de leurs candidatures.— Un meeting, l’un des plus importants de cette périodô électorale, composé de 6000 personnes a été organisé conduit et défrayé par les seuls ressources, les écrits, et les soins des femmes. . Les moyens de corruption généralement en usage parmi les hommes ont été énergiquement écartés. La présence des femmes à ces grands débats a rendu impossible les usages traditionnels, en introduisant la moralité dans les moyens et la courtoisie dans le ton. Elles ont fait comprendre aux électeurs l’immense intérêt qu’a la femme aussi bien que l’homme, à une bonne politique et à un sage Gouvernement. Plus que l’homme, la femme toujours plus mal rétribuée que l’homme, la femme a le plus grand intérêt à ce que les impôts nfe soient point écrasants, à ce que la nation soit en paix.
- N’est-ce pas à ce prix qu’elle peut nourrir sa famille et conserver le fils qu’elle amis au monde au péril de sa vio ?
- V. Griesstraut.
- SUR L’ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL
- Nous avons dit que l’Enseignement professionnel rentrait parfaitement dans le cadre de l’Enseignement intégral et nous trouvons à l’appui de notre appréciation les conclusions suivantes adoptées par le Congrès libre de l’Education, session de 1878 (1) ;
- (i) Rappelons que ce Congrès composé .de notabilités du monde universitaire, de députés, de sénateurs et de la partie militante du personnel enseignant traite avec soin depuis quatre années les questions les plus importantes de l’Enseignement : Voir le Recueil pédagogique : l’Ecole nouvelle.
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- « considérant que le système actuel d’enseignement « public fait de l’instruction un privilège;
- « — Que ce privilège disparaîtrait si l’on intro-« duisait dans tous les établissements d’instruction « ouverts aux deux sexes des ateliers élémen-« taires;
- « Que, d’un autre côté, l’expérience a prouvé que « l’apprentissage régulier tend à disparaître ;
- « — Qu’il en résulte que les jeunes gens et les « jeunes filles, en entrant dans l’industrie, sont as-« treints à l’exercice d’une fonction spéciale qui ne « les initie qu’à un détail infime du métier qu’ils de-« vraient apprendre de fond ;
- « — Qu'en conséquence, il serait utile de mettre, • dès l’école, les élèves en possession d’une véritable « éducation technique;
- « — Que certaines industries sont tellement insa-« lubres qu’il est indispensable que les ouvriers qui « les exercent sachent les éléments d'autres profes-« sions, afin qu’il leur soit possible d’exercer aiter-« nativement des métiers différents ;
- « — Que l’instabilité du marché industriel impose « d’ailleurs, aux travailleurs cette connaissance de « plusieurs métiers.
- « — Le Congrès émet le vœu que des ateliers élé-« mentaires soient ouverts dans toutes les écoles « des deux sexes, et que cette éducation technique « ait en vue, non l’apprentissage d’un métier spé-« cial, mais l’acquisition des procédés généraux du « travail. »
- Cette proposition nous ramène, en le modifiant, au projet de M. Martin-Nadaud, l’honorable député de la Creuse demandait la création d’Ecoles d’Appren-tissages ; nous proposerions d’éliminer le mot Apprentissage — puisque la chose s’efface de nos mœurs économiques, — et de suppléer aux Ateliers élémentaires par des cours technologiques fournissant la démonstration synthétique de chaque profession ; car, à côté de ce que nous appelons la gymnastique manuelle qui consiste dans le maniement familier de l’outillage usuel commua (tel que Lime, Rabot, Tour, etc.) il est indispensable de donner sur l’ensemble de chaque métier une série de lignes principales.
- A notre époque, les menus détails d’une profession s’exécutent le plus souvent à l’aide d’auxiliaires mécaniques : il devient donc utile d’appeler l’attention sur les principes généraux afférents aux diverses professions, en déterminer les moyens d’action et en démontrer les forces d’application.
- Les cours nous semblent la meilleure forme de vulgarisation pour ce genre d’éducation; ils sont peu coûteux comme installation ; ils se prêtent à la pro-
- pagande nomade; et leur action se classe plus facilement dans la mémoire des auditeurs que ne fatiguent point des leçons assidues.
- Nous énumérerons prochainement les cours qui nous paraissent réunir les bases fondamentales de cet enseignement technique si nécessaire aujourd’hui ; et nous pensons que l’énoncé de cette liste — princeps — prouvera suffisamment l’utilité de la chose et la facilité de sa mise en pratique.
- C. Deville,
- Ancien membre du Conseil des Prud'hommes de la Seine.
- OTE-TOI DE LA QUE JE M’Y METTE I
- Plus nous voyons que c’est changé et plus nous trouvons que c’est toujours la même chose.
- 11 y avait une fois un roi de France qui s’appelait Louis XIV, il était le produit hybride du moyen âge et de la pensée rénovatrice du XVII8 siècle ; homme-lige, il répondit pendant toutes les phases de son développement à ce que promettait l’embryon enfanté p.ar ie statu quo allié à un élément de progrès. Il fut l’homme de son siècle, et, enfermant la marche de la France dans le cercle de son infaillibilité de fils aîné de l’église, il permit aux hommes de son temps de se mouvoir dans les limites de sa compréhension, bien convaincu que hors de sa compétence il rfy avait que chaos.
- Qu’ont fait de plus ses successeurs, hommes ou groupes, libérateurs ou directeurs du peuple 1
- Ils ont suivi la même marche, ils ont hérité des mêmes errements, le point de départ étant le même et l’agrément de la route étant un bon : « ôte-toi de là que je m’y mette ! » Il est si agréable d’y être, quand on donne â sa conscience cette raison : « L’imbécilité humaine a besoin que je l’éclaire. »
- Or, pour nous, le danger de ces prétentions à une infaillibilité absolue ou relative reste ; ces hommes, que l’ignorance appelle grands, nous leurrent encore 'après leur mort, par l’éclat de leur splendeur d’emprunt. Ayant les préjugés de nos ancêtres, nous cherchons le chef autour de nous et nous admirons les tyrans d’hier en jaugeant les hommes du jour à nos préjugés.
- O lecteurs impartiaux, laissez-nous croire un instant que ie règne des infaillibilités passera et qne alors l’humanité pourra marcher d’un pas plus rapide dans la voie du progrès.
- Dictateurs ou prophètes, doctrinaires ou groupes révolutionnaires, tous croyant à la nécessité d’une i direction, ont crié aux hommes « suivez-moi » au
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- lieu de : « Marchons ! » Là est le mal enfanté par la présomption humaine, là est l’écueil du passé et le danger de l’avenir ! — O mes frères de tous les pays, comprenez enfin, que la révolution violente et la répression sont deux sœurs jumelles. Le progrès se cherche mais ne se découvre jamais dans toute sa splendeur, il nous réserve des surprises pour l’avenir et quand un homme ou un parti vous criera :
- « Eurêka », répondez “hardiment : « Tu mens ».
- Procédons si vous le voulez-bien, avec méthode.
- « Le progrès n’est possible que jaillissant du milieu ; imposons un milieu sain et bon, disent les révolutionnaires violents, et le milieu formera les j hommes : »
- Etudions - là un peu, cette question de milieu c’est elle qui est la base fondamentale. Révolutionnaires violents et nous simples évolutionnistes , nous ne différons que quant aux moyens, car vous et nous, nous voulons changer le milieu ; vous et nous, nous savons que le milieu agit sur les hommes, la différence ne gît que dans ceci :
- vous voulez subtituer aux infaillibilités passées votre infaillibilité,
- tandis que nous sommes éclectiques, pensant que le progrès ne doit pas être arrêté dans sa marche par une autorité quelconque , quelle soit dictatoriale, stathoudériste ou révolutionnaire, qu’elle soit conquise par un Bonaparte, acceptée par une chambre ou imposée par un groupe révolutionnaire.
- Nous sommes en présence d’un dilemme :
- Le milieu contribue pour beaucoup à former les individus, mais le milieu est formé par les individus.
- — Changer les individus, c’est changer le milieu, mais comment changer le milieu autrement que par la persuation ?
- Imposer un excellent milieu autoritaire factice, je vous défie de croire que ce soit possible autrement que par votre conviction dans votre propre infaillibité sous le fatal : ôte-toi de là que je m’y mette !
- Nous croyons la violence impuissante à nous mener à notre but, le progrès n’est pas comme l’idole Jaggernaut, il ne se fraie pas un chemin en passant sur des cadavres; non, le sang répandu a toujours ralenti sa marche.
- Que l’on ne conteste pas notre"aflîrmation : Ce sont les monopoles, les abus, les privilèges, les injustices de toutes sortes qui ont fait tenter les révolutions, qui ont voulu s’opposer à la marche du progrès, qui ont prétendu faire rétrograder la société et gui dans cette odieuse pensée n’ont pas craint de verser le sang. Non, le bien se proclame, gagne petit a Petit l’unanimité et remporte des victoires vierges
- de sang humain. Le bien ne doit jamais acclamer la violence comme principe ; qu’il y recourre quand on l’attaque, quand il est dans le cas de légitime défense, soit (ce n’est pas lui qui est alors responsable, ce sont ceux qui veulent l’étouffer sous leur égoïsme) mais qu’il n’y recourre dans aucun autre cas.
- Ne comptons pas sur des coups de force pour régénérer le monde, comptons sur notre persévérance pour faire une propagande incessante aux idées de justice et de solidarité ; là est le remède aux maux dont nous souffrons.
- Jacques Courtier.
- Le® chemins de fer.
- Nous croyons utile de soumettre à nos lecteurs le tableau ci-dessous, extrait de la Statistique universelle, et donnant les détails les plus précis sur l’état actuel du réseau ferré de toutes les nations du monde. La France, avec 24.603 kilomètres, entre en quatrième ligne :
- Etats-Unis de l’Amérique
- du Nord 133,426 kilomètres.
- Empire d’Allemagne 33,400 »
- Grande-Bretagne et Irlande 28,204 »
- France (avec l’Algérie) 24,603 »
- Russie d’Europe et d’Asie 21,840 »
- Autriche-Hongrie 18,461 »
- Inde Anglaise 13,221 »
- Canada 9,886 9
- Italie 8,046 »
- Espagne 6,199 U
- Suède 3,241 »
- Australie 4,304 »
- Belgique 3,740 »
- Brésil 2,733 »
- Suisse 2,590 »
- Pays-Bas 1,967 »
- Chili 1,689 V
- Egypte 1,494 »
- Roumanie 1,388 »
- Danemark 1,366 y>
- Portugal 1,280 »
- Turquie % 1,243 »
- Norwège 1,059 »
- Indes néerlandaises 804 x>
- Mexique 768 »
- Régence de Tunis 185 »
- Japon 106 »
- Grèce 12 »
- Total des chemins de fer 331,47 0 kilomètres
- T3®e—
- L'INSTRUCTION GRATUITE IMPLIQUE UNE AUTRE GRATUITÉ
- En dépit des efforts de quelques orateurs de la droite et de M. l’évêque Freppel en particulier, la Chambre des députés a, dans une de ses dernières séances, voté le projet de loi qui rend l’instruction primaire obligatoire et gratuite.
- Voici qu’on va maintenant jusqu’à proposer d’étendre la gratuité à l’instruction secondaire. M. Paul Bert et la gauche en majorité se montrent, paraît-il, favorables à cette extension.
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- LE DEVOIR
- Là-dessus le Journal des Débats (n° du 19 juillet) fait la réflexion suivante : « On demandera non sans raison si l’Etat qui doit l’instruction devra également le vivre et le coucher. »
- A la vérité ce journal ne voit là rien de plus qu’une objection contre le projet, objection qui a sa valeur, mais qui ne l’arrête pas, dit-il, ne voulant rechercher pour le moment que les conséquences pédagogiques de la gratuité de l’enseignement secondaire.
- Ces conséquences n’iraient pas à moins, suivant l’écrivain des Débats , qu’à supprimer ce qu’on nomme les humanités.
- Nous ne le suivrons pas dans son argumentation sur ce point. Nous revenons à la question d’une bien autre importance et conséquence :
- « L’Etat qui doit l’instruction doit-il également le vivre, c’est-à-dire les moyens de subsister ? »
- Cette seconde dette, tout au moins envers les enfants dénués, est, selon nous, aussi impérieuse et sacrée que la première ; elle la prime même à tous S égards. Sans les moyens d’entretien de la vie organique, il n’y a point de vie intellectuelle et morale possible : l’une est la substitution indispensable, la situation sine quâ non de l’autre. Reste à savoir si l’Etat, avec les ressources dont il dispose aujourd'hui, pourrait suffire à l’acquittement de la dette qui de ce chef incombe à la société.
- Quoiqu’il en soit, c’est déjà quelque chose que de mentionner la dette, même dubitativement, même un peu ironiquement peut-être, comme le fait le Journal des Débats ; ce qui est mieux, infiniment mieux, c’est de l’affirmer, comme l’a fait dans un livre qu’il vient de publier sous le titre de Mutualité sociale, M. Godin, le fondateur du Familistère de Guise.
- « Bientôt, dit l’auteur, on s’apercevra que si la » nourriture de l’esprit est un devoir social, la nour-» riture du corps n’en est pas un moins impérieux.
- . » Comment, en effet, pourrait-on rendre l’instruction » obligatoire pour ceux qui attendent de l’aumône » leurs moyens de subsistance ? Le droit au néces-» saire s’inscrit donc au-dessus de l’instruction gra-» tuite et obligatoire. »
- Celle-ci toutefois, nous l’acceptons d’abord avec satisfaction et gratitude, assuré que nous sommes qu’elle entraînera par voie de conséquence la condition qui logiquement aurait dû la précéder.
- C’est ainsi que dans l’ordre des réformes il y a souvent des interversions, qui ne sont pas toujours, il est vrai, inoffensives dans leurs résultats. Le suffrage universel, par exemple, — cette proclamation d’un droit légitime, indéniable, — mis brusquement en pratique par la Révolution de février 1848, et appliqué même à l’élection du chef du pouvoir exé- j
- cutif, avant que l’instruction dans notre pays se fût généralisée , le suffrage universel prématuré et sans conditions aucunes - de compétence, nous a valu incontestablement le second Empire et nos immenses désastres d’il y a dix ans.
- Afin de nous mettre pour l’avenir à l’abri des graves erreurs du suffrage universel, rien déplus urgent, en même temps qu’on répandra partout les lumières, rien de plus urgent ni qui s’impose davantage à chacun que de travailler résolument à l’amélioration du sort des classes laborieuses, en leur donnant des garanties contre la misère et le besoin. Les réformes sociales, sagement et méthodiquement gérées, peuvent seules nous préserver des dangers inhérents aux réformes politiques désormais accomplies, et à l’exercice des droits qu’elles ont conférés aux masses populaires. Il ne suffit pas que le citoyen admis à participer par son vote à la direction des affaires publiques possède un certain degré d’instruction qui le mette en état de discuter ce qu’il fait, il faut encore qu’il soit à l’abri des suggestions mauvaises de la misère ; il faut qu’après avoir fait acte de souverain au Comice, il ne soit pas, à son foyer, l’esclave de ce maître implacable, la faim Pour cela une meilleure organisation du travail, une plus juste répartition dé ses fruits sont la condition indispensable.
- Ch. Pellarin.
- PROTECTION AUX PAUVRES ORPHELINS
- Il y a dans toutes les grandes villes, mais surtout à Paris, une population d’enfants vagabonds, que .leur destinée précipite plus tard dans les maisons centrales et dans les bagnes. Ce sont les orphelins où les enfants qui, ne trouvant ni pain ni éducation au foyer paternel, sont rejetés sur le pavé.
- Que d’hommes et de femmes meurent sans laisser après eux personne qui veille sur leurs enfants 1 Que de parents retenus par un labeur qui occupe tous leurs instants sans leur donner le moyen de nourrir leur famille, sont contraints d’abandonner à la charité .publique les petits êtres qu’ils ont mis au monde! Ainsi pullulent, par nos rues et sur nos places, de jeunes garçons, dejeunes filles, livrés à eux-mêmes, attirés vers la dépravation par les mauvaises influences qui les environnent, entraînés au vol Tantôt par la misère, tantôt par les suggestions du vice.
- La justice les saisit et les enferme dans des maisons de correction, où ils se dépravent un peu plus. Quelques années après, de nouveaux méfaits les ramènent devant les tribunaux, on les parque dans une maison centrale, où ils achèvent de se gangrener. Au sortir de ees séjours redoutables il n’y a pa*
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- LE DEVOIR
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- d’autre issue que la Nouvelle-Calédonie ou la place de la Roquette.
- Est-ce là l’organisation sociale que l’Europe nous envie ? Avouons qu’il .serait difficile de concevoir un désordre plus grossier et plus affligeant.
- La responsabilité de ce désordre retombe sur la société, qui est tenue de prendre charge des enfants sans appui et de suppléer les parents morts ou impuissants.
- Cette intervention de la Société pour sauver l’enfance serait-elle seulement un acte de philanthropie ? Ce serait avant tout une initiative utilitaire. Les personnes qui ne sont touchées que par les arguments matériels ne disconviendront pas qu’en venant en aide aux enfants destitués de tout secours moral, on diminuerait pour l'avenir le nombre des malfaiteurs ; on parviendrait même, en prévenant ainsi l’extension des crimes, à atténuer les dépenses que nous imposent notre magistrature et notre régime pénitentiaire.
- Mais on éprouve quelque honte à invoquer dans cette question des motifs budgétaires. Il importe avant tout d’accomplir une œuvre humaine et vraiment sociale ; il importe de recueillir ces jeunes abandonnés, de- les instruire et de leur donner une profession.
- C’est ce qu’un conseiller municipal, M. Boué, avait proposé au conseil municipal de Paris.
- M. Boué avait invité le conseil à constituer des ressources permettant de fonder une caisse applicable à l’entretien d'oi'phelins et d’enfants que leurs parents infirmes ou pauvres ne peuvent élever.
- Les enfants seraient divisés en deux catégories selon leur âge : la première comprenant les enfants de moins de sept ans, la seconde les enfants plus âgés.
- Il semblerait qu'il suffise d’instituer pour les uns et pour les autres des internats municipaux dans lesquels ils seraient recueillis. Mais ce régime offrirait de sérieux inconvénients. Une multitude de jeunes pauvres ainsi rassemblés serait «ans contact avec le monde extérieur, sans horizon pour mouvoir et mûrir ses idées naissantes ; un semblable internat condamnerait les enfants à une existence étroite, presque toujours triste, malsaine pour l'imagination. On formerait par cette mesure une sorte d’hospice, mais ce serait un milieu peu favorable à ^éducation.
- M. Boué proposait que les enfants de moins de sept ans soient confiés, moyennant rétribution de la part de la Ville, à des familles qui les accepteraient à leur foyer. Les enfants âgés de plus de sept ans
- seraient placés également, aux frais de la Ville, dans des pensionnats situés à Paris ou dans les régions limitrophes.
- Cette conception dénote un sentiment élevé et juste des conditions de l’éducation, et elle est très digne de la sympathie du conseil. Le public ne l’accueillera pas avec moins de faveur. Beaucoup d’honnêtes ménages, privés de postérité, seront heureux de prendre de jeunes pensionnaires, qui, sans leur occasionner de dépenses, égayeront leur intérieur.
- Ces enfants, pourvus ainsi de tuteurs bienveillants, se formeront plus vite et mieux que sous la discipline banale d’un internat, qui les confondrait en une vaste foule. Ils trouveront des soins, des conseils et des exemples d’une efficacité plus grande que s’ils les recevaient de quelques surveillants de crèche ou de salle d’asile. Quant aux enfants qui seront mis dans des pensions, ils s’y mêleront à un petit monde différent du leur, mais oû ils trouveront des sujets d’observation et des occasions de sympa-hie très-profitables.
- Atous ces points de vue, la proposition de M. Boué mérite d’être prise en considération. Cette proposition est d’ailleurs recommandable en ce qu’elle opposera à la bienfaisance plus ou moins ténébreuse des cléricaux une œuvre d’assistance laïque et républicaine, œuvre de justice et de salut, entreprise sans préoccupation confessionnelle, sans arrière-pensée politique.
- [Le Siècle).
- LE MARIAGE
- Son passé» son. présent, son avenir
- par Emile ACOLLAS I
- Triste passé, avenir plein d’espérances, telle est, sur le mariage, la pensée de M. Acollas. Formulant ce que doit être l’union des sexes, notre savant professeur écrit :1e mariage est l’association de l’homme et de la femme fondée sur le sentiment moral de l’amour, et soumise à la double loi de la liberté et de l’égalité.
- Son étude se divise en deux parties distinctes.
- Dans la première, il examine le mariage au point de vue historique ; dans la seconde, c’est au point de vue juridique qu’il le considère plus spécialement.
- S’appuyant sur les travaux de MM.Lennan, Büch-ner, Lords Hames, John Lubbock, B. Tylor, Morgan, Bachofen, Staniland Wake, il dit que le mariage a commencé par être un accouplement bestial, souvent imposé au sexe.faible par le sexe fort. Or, il est clair que dans un tel état de choses, il ne saurait être
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- question d’un sentiment de préférence exclusive, ni pour l’homme ni pour la femme. L’amour n’a encore rien à faire ici'.
- Voici un fait cité par l’auteur et extrait de J. Lubbock. Les Caraïbes, par exemple, enlevaient les femmes aux peuplades voisines et le mariage consistait en violence brutale et en soumission forcée.
- En Australie, dit encore Oldfield, la femme est l’esclave de l’homme dans le Sens le plus strict du mot, et comme le nombre des hommes dépasse celui des femmes, ceux qui veulent se donner le luxe d’un tel esclave vont en expédition ; ils découvrent une femme sans protecteur, s’ils l’étourdissent d’abord d’un coup de dowak, puis la saisissent par les cheveux et la traînent dans le bois la plus voisin pour attendre qu’elle revienne à elle. Dès qu’elle recouvre ses sens, ils la forcent à les accompagner et comme après tout elle ne fait que changer un maître brutal pour un autre, elle acquiesce ordinairement.
- Voilà d’où sort l’humanité, s’écrie l’auteur.
- Il étudie ensuite le mariage dans l’Inde antique, chez les Aryas, et constate déjà de grands progrès. A travers le prisme brillant des Védas, il juge les mœurs primitives, et l’épouse lui apparaît comme la compagne du héros : c’est elle qui, avant la lutte, prépare pour son mari la boisson fortifiante et qui, lorsqu’il revient vainqueur, lui dorme par ses soins et par l’expansion de sa tendresse la récompense la plus douce, celle qu’il envie le plus.
- La vie conjugale a déjà jeté ses premières lueurs ; l’épouse semble avoir conquis sa personnalité. Mais voici une ombre au tableau* Le sage Manou dans son code sacré, lui qui veut l’épouse comblée d’égards, par une inconséquence étrange, place la femme au rang du soudra, l’homme de la dernière caste, et proclame sans ambage que jamais une femme ne doit se gouverner elle-même. *
- Passons à l’Occident ancien. Au sommet de la civilisation, nous trouvons la terre Hellénique ; voyons ce qu’y furent l’épouse et la femme. Ici, l’auteur cède la parole à G. Grote. L'épouse, dit ce dernier, au premier âge de la Grèee, est entourée de considération, et elle exerce une grande influence, bien que l’usage soit que le mari l’acliete de ses parents.
- Mais la Grèce historique fait encore tache et par qui ? par Athènes, la cité incomparable du monde ancien, par Athènes qui invente le régime de la dot et des paraphernaux, régime qui permet à l’épouse d’avoir une personnalité; mais où la citoyenne, mariée ou non-mariée,vit dans une réclusion rigoureuse et où l’épouse paraît être privée de toute culture intellectuelle.
- Maintenant nous voici à Rome et cette Rome ju-
- ridique et guerrière, voici comment M. Àcollas la juge.
- Rome, dont les grossiers fondateurs reprirent les traditions qui remontaient au moins au second âge d’avant l’histoire et qui débutèrent en enlevant les femmes dont iis avaient besoin chez les peuplades voisines, Rome fit dépendre le lien conjugal de la possibilité de la cohabitation ; loi barbare : le mariage était contracté du jour où la femme était à la disposition du mari et cessait le jour où cessait la possibilité de cohabiter.
- Nous ne parlerons pas de la cérémonie religieuse qui n’était qu’une invocation à Priape. — Non, les Romains, auteur des douze tables, concitoyens de Caton, n’ont point eu l’idée d’un progrès qui ne s’accomplira pour nos neveux qu’avtc le développement des énergies morales.
- Mais que fait le Cliristianisme ?
- Empruntant au mystique Orient le culte de la Vierge mère il donne en vain à la femme une place éminente dans son empyrée. S’il lui réserve l’égalité dans le ciel, il fonde sur un décret divin la perpétuité de son infériorité et de sa servitude sur la terre.
- « La femme est la servante du mari,elle lui doit son corps,» enseigne la doctrine chrétienne et catholique. Voici les fruits de cette doctrine, l’enseignement des légistes,"de Beaumanoir, de Pothier; ils disent : Que la volonté propre de la femme est pernicieuse, que le mari est le souverain maître de la femme, qu’il a même le droit de châtiment corporel.
- Dans ces noires ténèbres issues de l’alliance de la loi et de la foi chrétienne, où donc est la lueur projetée par l’idéal ?
- Nous la voyons poindre, comme une aurore, dans ce code gracieux et léger qu'expliqueront Iss cours d’amour et dont la chevalerie fera son bréviaire.
- Institutions excentriques, galantes et frivoles, soit, mais qui eurent ce résultat de restituer à la femme l’influence délicate et moralisatrice dont l’avait privée le brutal et monacal moyen âge. Elles introduisaient dans le mariage les convenances du cœur et furent une étape dans la voie de l’égaltié sociale entre l’homme et la femme.
- Nous voici au dix-huitième siècle, l’horizon s’élargit, nous voyons apparaître Jean-Jacques, que dit-il ? Que chacun des époux doit toujours être le maître de sa personne. C’est aussi le thème que propagent Voltaire, Diderot et tant d'autres.
- Montesquieu reproche au christianisme d’avoir supprimé le divorce et d’avoir mis la gêne dans une libre action où le cœur devait avoir tant de part, Condorcet sentant la mort s'approcher, aperçoit le flot montant de l’égalité à travers les détours de
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- l’histoire, et trace avec une admirable hauteur de vue l’esquisse du sérieux et séduisant avenir que l’égalité prépare à l’espèce humaine* dans l’amour et dans le mariage.
- Alors parut le plus furieux réacteur de tous lés siècles, un capitaine, vraie nature de bandit corse, qui mit sous sa main une nation et rêva, l’insensé, d’assujettir tous les peuples.
- Des opinions de Bonaparte sur le mariage, il n’y a rien à dire, sinon que son code, en ce qui concerne les femmes, trahit les idées de la Révolution et recula plus loin que le droit du moyen âge*
- Malgré ce recul légal, malgré ces ténèbres imposés, l’idée vit ailleurs et ne fait que grandir. C’est elle qui inspire les institutions, les mœurs de ce foyer démocratique, les Etats-Unis d’Amérique; c’est elle qui rallie eh Europe l’élite intelligente des femmes et des hommes ; elle qui groupe autour de son drapeau des Stuart Mili, des Bûchner; c’est elle qui établit cette conviction que les lois civiles et politiques en subordonnant un sexe à l’autre, forment le principal obstacle au progrès de l’humanité; c’est enfin au sentiment que l’âge de la liberté et de l’égalité est venu pour les deux sexes, que nous devons, nous déclare M. Acolias, de lui voir reprendre la plume avec laquelle, en d’autres temps, il combattit pour la même oaUse.
- Passant du point de vue historique au point de vue philosophique, l’auteur examine successivement ces trois propositions :
- 1° Le mariage est l’association de l’homme et de la femme ;
- 2b II a pour fondement le sentiment moral de l’amour;
- 3° Il est soumis à la double loi de la liberté et de l’égalité.
- Définissant la première proposition il dit : le mot association est bien celui qui convient au mariage, puisque c'est essentiellement l’état où deux personnes unissent leur activité pour atteindre à un même objet. Vivre en commun, tel est le but considérable proposé au mariage; mais avant de rechercher ce qu’est lu vie mise en commun, l’auteur bous prévient qu’il se heurte à une dissidence radicale, celle de l’opinion transmise ô nous par le peuple le plus grossier de ^antiquité.
- Cette tradition qüe les théologiens ont recueillie et aoaplifîée, que les légistes, les catéchismes, les lois, mœurs ont servilement adoptée, a donné pour but au mariage ;
- En première ligne, la procréation des enfants;
- En seconde, la satisfaction régulière des appétits 8eüsuelg.
- Examinant la première proposition, M. Acolias se demande si la procréation des enfants doit être considérée comme un principe fondamental du mariage. Si oui, il faut que théologiens et légistes déclarent le mariage interdit à tous ceux pour lesquels il est certain à priori que la procréation des enfants est impossible ; il faut aussi qu’ils admettent que le divorce doit être accordé à toutes les personnes mariées qui ne peuvent procréer ensemble.
- Telle serait la logique.
- Sur le point qui nous occupe, la vérité est qu’on ne peut rien conclure, pour ou contre le mariage, de la procréation ou de la non-procréation des enfanté. Ce fait de physiologie pure ne saurait empêcher le mariage où la vie commune existe d’un consentement réciproque et désiré ; ü ne saurait faire que le mariage fut où la vie Commune n’existe pas.
- Passons au second but que les légistes et théologiens assignent au mariage •: la satisfaction régulière des appétits sensuels. Voilà Uhe définition qüi n’est pas vague et, de plus, elle est tellement compréhensive qu’elle peut s'appliquer à tous les animaux ayant un sexe. Et qu’on ne se récrie pas ; car où est sur ce point la différence entre les hommes et les autres animaux ? Serait-ce que les époux es font une habitation? Mais dès qu’il ne s’agit plus que de satisfaire des besoins physiologiques, il n’y a dans l’habitation commune qu’un raffinement portant une sorte de dépravation. Je sais bien, dit M. Acolias, qu’on a essayé de masquer le fond des choses ; que certain concile a rangé le mariage au nombre des sacrements; que la plupart des théologiens présentent l’union conjugale comme un symbole de l’union mystique de Jésus-Christ avec son Eglise. Mais demandez aux pères de l’Eglise, aux apôtres eux-mêmes, comment ils considèrent le mariage. « C’est un remède à la fragilité humaine, » dit St-Ainbroise, et il ajoute : « les personnes mariées ont toujours de quoi rougir. » C’est, dit sans ménagements l’apôtre St-Jean, « une véritable souillure. » Et les légistes sont-ils plus délicats ? Non, car tout en recommandant aux époux, une certaine estime l’un pour l’autre, ils finissent par ce gros proverbe ;
- « Boire, manger, coucher ensemble
- « Est mariage ce me semble. »
- Àhl quittons ces honteux enseignements, s’écrie l’auteur indigné, et élevons-nous à la vérité. ~ Mais qu'est-ce que la vérité? La vérité c’êst la loi qui oblige tout être à se mouvoir, à avancer; la loi de tout être conscient et responsable ; la loi qui nous donne un critérium pour distinguer, à notre point de vue humain et relatif, les natures supérieures d’avec les inférieures ; et tandis que les natures inférieures
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- vivent en quelque sorte d’une vie végétative, ne soupçonnant même pas qu’il existe une destination morale, les supérieures, au contraire, sont constamment préoccupées de la pensée de s’affranchir, de s’élever et pour cela ne redoutent aucune des luttes que leur imposent les préjugés, les ignorances, les lâchetés d’âmes de leurs contemporains.
- La vérité dans le mariage, c’est la vie dans laquelle un homme et une femme unissent toute la volonté dont ils sont doués, afin de se développer l’un par l’autre en s’appuyant l’un sur l’autre. Affirmant que le mariage a pour seul fondement le sentiment moral de l’amour, l’auteur expose qu’il entend exclusivement par amour, l’accord des cœurs, des esprits, des volontés, la convenance intime et par conséquent la plus complète possible de deux individus de sexes differents. Il repousse l’amour bestial, simple satisfaction des sens, et l’amour fantaisiste, forme parée du premier, les considérant tous deux comme une dégradation morale à laquelle les natures frivoles se laissent entraîner.
- Sans doute, dit-il, les sens sont dans l’amour ; ils y sont à titre de manifestation extérieure d’un sentiment monal et intime ; ils donnent à ce sentiment son expression complète, le rendent plus profond, plus vivace, et réalisent la synthèse de la vie commune entre époux. Mais tandis que par un effort exceptionnel de volonté le sentiment moral de l’amour peut se passer des sens, ces derniers ne peuvent se passer du sentiment, sans tomber au rang d’auxiliaire d’un besoin de dernier ordre, d’un plaisir abject.
- Examinant ensuite l’objection que l’amour est fatal, sans doute, dit-il, il est fatal comme toutes les lois de la nature, mais qu’est-ce que cela signifie ? Voici deux êtres, homme et femme entre lesquels existent les convenances morales qui sont le fond de l’amour.
- Reconnaîtront-ils ces convenances ?
- Si oui, il est fatal, il est nécessaire que ces deux êtres s’aiment. Mais sauront-ils tout à la fois les reconnaître et avoir l’énergie de les faire aboutir à l’unioa conjugale, leur fin naturelle ? C’est par là, dit l’auteur, que la liberté et la responsabilité pénètrent dans l’amour. C’est par là que le mariage est soumis à la double loi de liberté et d’égalité.
- L’amour, sous ces deux conditions, est une des plus grandes choses de la nature, s'il n’est la plus grande de toutes ; compris comme il doit l’être, il figure au premier rang des droits et des devoirs de l’homme.
- Il est pour chaque individu le droit à la vie com-
- plète, un devoir envers celui qu’on aime et dont on est aimé.
- Proclamer bien haut ces vérités, c’est éclairer, vivifier, moraliser les relations de l’homme et de la femme.
- Enfin traitant les deux conditions à réaliser dans le mariage, la liberté et l’égalité, M. Acoilas se prononce pour le divorce. Sa conclusion est que tout ce qui tend à restreindre, dans une mesure'quelconque, l’activité de l’un des époux à l’égard de l’autre est contraire à la loi du mariage, puisque cela diminue le libre consentement.
- D’une part, chacun des époux doit être absolument maître de lui-même, quant à sa personne ;
- D’autre part, chacun des époux doit être absolument maître de lui même; quant à ses biens.
- Repoussant le droit débitum conjugale des théologiens et des légistes, ainsi que les conclusions d’obéissance, de soumission, d’obligation de la femme envers le mari, toutes choses qu’enseigne l’ange de l’école juridique française, le très-orthodoxe Potier, l’auteur demande à la nature, à la raison, un enseignement plus lumineux.
- Ce que la nature et la raison nous disent c’est qu'en face dx toute nature humainé, toute personne s'appartient elle-même ; c’est qvûil n’y a pas d'erreur plus abominable, de jugement plus monstrueux, que de. condamner l’un des époux à subir malgré lui Vembrassement de Vautre.
- De cette définition ressort, comme corollaire indéniable le dissolubiiité du mariage. Car si le mariage est une association fondée sur le sentiment moral de Tamour, il ne peut avoir pour idéal un état où l’on contraindrait l’un des époux à paraître sentir autrement qu’il ne sent, penser autrement qu’il ne pense, vouloir autrement qu’il ne veut ; en un mot à paraître ne pas aimer qui il aime et aimer qui il n’aime pas.
- (A suivre.) A. Fabre.
- Crémation
- En matière de sentiment, dit M. A. S. Morin les mots *nt un certain empire. Par suite de notre commerce intellectuel avec les Grecs et les Romains, on se sert poétiquement du mot cendres pour désigner les restes mortels, bien qu’on sache que cette expression est inexacte. Mais il semble quelle a quelque chose de solennel et de religieux. Quand on a ramené en France le corps de Napoléon Ier, aucun de ses admirateurs n’aurait consenti à désigner ce qui revenait de Sainte-Hélène, autre-ment qu’en disant les cendres de Napoléon. Les cendres^ de nos pères ont toujours bien figuré dans le style oratoire. Eh bien, quand la figure sera une réalité, i imagination en éprouvera une certaine satisfaction.
- Le Directeur-Gérant : GODIN.
- Saint-Quentin — lmp. de la Société anonyme du Qlaneur
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- 3e ANNÉE, TOME 4 — N° 104 "Le numéro hebdomadaire 20 c. DIMANCHE 5 SEPTEMBRE 1880
- Le Devoir
- REVUE DES RÉFORMES SOCIALES
- BUREAU
- ^ GUISE (Aisne)
- •OtTfNt-
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant Fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE
- par Fenvoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France
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- ON S’ABONNE A PARIS 5,r.Neuve-des-petits-Ghamps
- Passage des Déux-Pavillons
- S’adresser à M. LEYMARIE administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- Etudes sociales sur le gouvernement. — Faits politiques et sociaux de la semaine. — Les impôts de consommation : Voctroi. — Nouvelles diverses. — La propriété et le droit à la vie. — Le mariage, son passé, son présent, son avenir. — Enseignement professionnel. — Variétés.
- ÉTUDES SOCIALES
- SUR LE GOUVERNEMENT VII
- Les gouvernementB sont le .reflet «le la conscience publique.
- Ce serait une grande erreur de croire qu’il pût y avoir une forme absolue de gouvernement s’adaptant à tous les peuples et à tous les degrés de civilisation. C’en serait une plus grave encore de penser que la forme des gouvernements dût rester stationnaire et que les peuples dussent s’incliner devant celle qu’on leur impose.
- Par ce motif seul que l’idéal de la perfection se trouve dans l’âme humaine, il faut que les ^stitutions politiques se modèlent sur les aspirions et les besoins des individus.
- La société, comme le citoyen doit donc se réformer et se perfectionner en cherchant la voie du bien.
- Un homme qui se gouvernerait de façon à ne point donner à son organisme les satisfactions nécessaires, nuirait à sa santé et ferait une chose contraire aux lois naturelles de son existence.
- Il en est de même du gouvernement de la ' Société. Ce gouvernement fait une chose contraire à sa mission, s’il n’agit point en vue de donner satisfaction aux besoins de la société toute entière.
- Et c’est ici le cas de remarquer que la société ne se compose pas d’un nombre quelconque de privilégiés, mais qu’elle comprend toute la masse du peuple. Ce sont donc toutes ces forces vives du corps social que le gouvernement doit protéger.
- De même que chez l’individu, la souffrance en attaquant le plus petit des organes inquiète le corps tout entier, ou met en péril la santé générale si plusieurs organes sont atteints ; de même dans le corps social le malaise existe dès que les intérêts d’une classe quelconque de citoyens sont négligés, et gagne de proche en proche la société toute entière.
- L’imperfection étant la loi d’origine de toute chose, les sociétés humaines ne peuvent échapper à cette loi. Les difficultés matérielles, intellectuelles, morales et sociales en sont la conséquence. Il n’est pas possible de voir sortir du sein des sociétés primitives un gouvernement supérieur aux éléments que ces sociétés renferment. Les défauts attachés à l’ignorance sont chez le maître comme chez le serviteur,
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- LE DEVOIR
- chez le gouvernant comme chez le gouverné ; aussi voit-on les gouvernements progresser dans la mesure même clu développement des citoyens.
- L’imperfection primitive donne naissance, comme nous l’avons vu, au régime de la force et de la violence, régime’qui s’impose jusqu’à ce que, par le lent travail de l’expérience des siècles, sociétés et individus aient passé par les diverses phases de la notion du droit et du devoir, et qu’ils se soient élevés à la véritable Connaissance de la justice et de l’équité sociales.
- L’organisation de la justice et de l’équité sociales est aujourd’hui le travail d’élaboration auquel se livre les civilisations les plus avancées. Mais combien de peuples sont encore livrés aux étreintes de gouvernements imparfaits professant le mépris des droits et de la liberté humaine ; que de gouvernements, oubliant la justice pour tous, accordent encore à l’égoïsme d’un petit nombre des avantages exagérés et refusent, au travail, à l’activité, à l’intelligence les libertés nécessaires.
- L’idée sociale moderne n’est pas autre chose que la lumière de la justice apparaissant au monde ; c’est le travail de l’esprit humain s’initiant à l’amour universel et élaborant peu à peu la constitution de gouvernement conçus en vue de l’intérêt général de la vie humaine.
- Ce travail tend à la fusion de toutes les classes de la société dans un réel amour de la justice, du devoir et du droit.
- VIII
- Traits distinctifs des gouvernements dix passé
- Avant d’examiner les formes principales des gouvernements sous les dénominations politiques adoptées, il est utile de rechercher les causes déterminantes de la constitution des pouvoirs et les caractères distinctifs que ces causes entraînent.
- Ces caractères nous serviront à reconnaître partout à quel régime primitif remontent les éléments hétérogènes qui subsistent encore dans la constitution des gouvernements modernes.
- Il faut d’abord faire une distinction entre le
- gouvernement naturel acciamé par les populo tions, et la domination artificieuse qui s’impose >aux peuples.
- Les gouvernements naturels sont l’émanation sociale des mœurs, des idées, des besoins, et même des passions des peuples qui les acclament. Leur forme s’adapte à l’état d’avancement et de civilisation dans lequel les peuples se trouvent. Ce sont les gouvernements légitimes par excellence, car ils se modifient et progressent comme les populations elles-mêmes, et ils administrent le pays suivant les vues et les intérêts du corps social.
- Mais cët état de juste équilibre entre les vues des gouvernements et celles des populations est une exception 'au milieu de sociétés où gouvernants et gouvernés n’ont encore que des notions vagues de la morale individuelle et ne savent rien de la morale sociale.
- Tant que l’égoïsme obscurcit le sentiment du juste, du devoir et du droit chez les individus, comment la chose publique n’aurait-elle point à souffrir de cette influence dans les régions du pouvoir.
- On conçoit combien il est difficile dans de telles conditions que des hommes désintéressés arrivent au gouvernement pour donner l’exemple du devoir accompli, en faisant respecter le véritable droit et pratiquer la véritable justice.
- L’esprit d’égoïsme organise le plus souvent, au contraire, au profit de quelques-uns, la domination de gouvernements artificiels, lesquels s’imposent aux peuples par la ruse ou la violence et appuient leur pouvoir sur l’appareil de la force. Ces gouvernements sont alors un assemblage de convoitises individuelles qui font du pouvoir un instrument de fortune personnelle sans égard pour le droit de tous.
- Cette distinction faite entre le gouvernement naturel accepté dans l’intérêt commun et la domination artificielle imposée pour l’avantage cl’un petit nombre, nous pouvons examiner quels sont les caractères dominants des gouvernements du passé.
- Les principaux sont :
- a L’usage du glaive et la force armée,
- b l’intolérance des cultes,
- c l’organisation des privilèges.
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- g l'accaparement individuel de la richesse et la condition servile du travail..
- Ce'sont les traits les plus saillants qui, dans les sociétés et les civilisations imparfaites, font obstacle au progrès.
- Obligés de céder devant la marche de l’esprit humain, ces caractères gouvernementaux ont perdu de leur âpreté primitive, mais sans cesser pourtant de servir à dominer les peuples plutôt qu’à les diriger sagement.
- a Usage du glaive et la force armée.
- C’est dans l’enfance des sociétés que la force acquiert ses premiers titres à l’autorité.
- La force physique et l’agilité sont alors les principaux auxiliaires de la volonté de l’homme pour se procurer les choses nécessaires à la vie. Ce sont les principaux agents de la sécurité individuelle, et souvent de la sécurité commune. Aussi la force est-elle d’abord regardée avec vénération.
- Les premiers âges la divinisèrent dans Hercule.
- On conçoit comment le commandement échoit en partage au plus vigoureux, au plus fort, au plus hardi, au plus agile, mais il est tout aussi facile d’entrevoir les conséquences naturelles du pouvoir reposant sur de telles bases, surtout chez des hommes abandonnés aux instincts de l’égoïsme et de la première ignorance.
- Tout ce qui constitue l’attirail de la force : la massue, la hache, le glaive, les armures sont les attributs de la puissance. Le commandement est à celui qui sait le mieux se servir de ces instruments de violence; l’intelligence et la raison sont des auxiliaires auxquels la soumission est imposée.
- La force brutale régnant en souveraine, elle accentue le caractère des mœurs et des habitu-
- as primitives : les bravades, la violence, la la guerre en sont les conséquences. Le Meurtre devient affaire d’habitude, il est sur-tout ^apanage du pouvoir et de l’autorité.
- La vie humaine est que l’homme a le plus Profané sous tous les régimes où le glaive entre Atonie moyen de gouvernement.
- ^Le$t ainsi que, par ignorance de sa destinée* °mmo tourne contre lui-même, dès ses pre-pas dans la vie terrestre, la faculté qui est le plu8 nécessaire. Nous verrons qu’après
- être tombé dans l’abus de la force, il ne tarde pas à tomber dans l’abus et l’égarement de toutes ses autres facultés, conséquence inévitable de son imperfection morale primitive.
- ÇA suivre) GODIN.
- FAITS POLITIQUES & SOCIAUX DE LA SEMAINE
- FRANCE
- Leis vœnx énoncés par les Conseils généraux affectent généralement un caractère exclusivement politique. Cependant la question sociale a eu sa part au sein de quelques assemblées, notamment dans la séancp du 21 août tenue par le Conseil général de la Seine-Inférieure. La proposition d’un de ses membres, M. Manchon, tendait à faire émettre le vœu « que la loi reconnaisse l’existence légale des chambres syndicales ouvrières et leur accorde, pour leur fonctionn ment, toute liberté de réunion et d’association, sans aucune restriction ».
- La commission proposait de restreindre cette proposition en émettant le vœu « que les ouvriers d’une profession déterminée aient le droit de se réunir librement, d’organiser des chambres syndicales spéciales pour la discussion de toutes questions relatives exclusivement à leurs intérêts personnels ».
- M. le général Robert proposait, de son côté, de formuler ainsi le vœu :
- « Que le droit d’association affirmé par la Constitution de 1848 soit enfin réglementé, sous les garanties de publicité et de moralité nécessaires, par une loi laissant à tous les citoyens la liberté de s’associer sous des conditions égales pour tous ; et que notamment les citoyens de chaque profession paissent s’organiser en syndicats pour l’examen et la discussion de leurs intérêts professionnels ».
- . La rédaction proposée par M. le général Robert a été rejetée et les conclusions du rapport adoptées.
- M. Guerrand a demandé que les mots « et les patrons » fussent ajoutés dans le texte du vœu, de façon que celui-ci s’appliquât aux chambres patronales comme aux chambres syndicales ouvrières.
- L’addition proposée a été mise aux voix et adoptée, ce qui est plus important qu’on ne supposerait au premier abord. En effet, cette addition, votée sans conteste, indique un véritable esprit de conciliation.
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- L’uuion syndicale des ouvriers porte-fertillistes - maroquiniers en tous genres a adressé à ses adhérents l’appel suivant :
- « Dans une réunion corporative tenue le 14 août dernier et par une décision unanime des membres présents il a été reconnu que l’urgeuce est de plus en plus démontrée de pourvoir à nos intérêts de salariés en solidarisant nos mutuels efforts pour la revendication -de nos droits de travailleurs, tout en nous inspirant de l’idée de justice et de saine raison.
- -« Dans ce but a été décidée la fusion des deux sociétés, Chambre Syndicale et Union ouvrière., formant une nouvelle société ayant un but essentiellement corporatif en recherchant, par des moyens pratiques, les éléments indispensables à notre amélioration future. »
- Il a été répondu à cet appel par une réunion tenue le 28. août.
- Une commission a été nommée.
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- LE DEVOIR
- Peine <ie -mort. — Les chambres délibéreront dès la réouverture de la session sur le projet de loi qui réglemente les exécutions capitales.
- Aux termes de ce projet, dit uu journal dans lequel nous recueillons le renseignement en question, les exécutions cesseront d’être publiques tout en l’étant toujours.
- C’est-à-dire que les exécutions n’auront plus lieu dans l’intérieur de la prison, mais devant un public trié et composé d’un nombre fixe de personnes.
- On saie que la peine de mort est maintenue comme exemple.
- Cela a permis à un journaliste satirique d’écrire:
- « J’imagine alors que le public trié dont il s’agit sera partout composé de futurs assassins puisque c’est justement pour frapper leur esprit qu'on tuera quelqu’un devant eux. »
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- Le Comité d’organisation cte la elia.ïïil>r©
- syndicale do Perpigaan aux ouvriers
- menuisiers de cette ville.
- Citoyens,
- Afin de procéder à l’organisation d’une chambre syndicale, un certain nombre de vos collègues se sont réunis, samedi dernier, et se sont constitués en comité d’initiative.
- Le but des initiateurs est :
- 1° de régler d’une manière plus équitable les rapports entre patrons et ouvriers, et d’établir entre nous la cordialité, lajustice et la solidarité :
- 2° de prêter nos concours à ceux des patrons qui voudraient s’unir à nous pour combattre les exploiteurs qui paralysent les intérêts de notre corporation ;
- 3° d’unir tous nos efforts-à ceux des chambres syndicales ouvrières des autres villes de ^France, afin de revendiquer, par les moyens légaux, les réformes urgentes et utiles à l’émancipation morale, intellectuelle et matérielle des travailleurs;
- 4° de protester énergiquement contre les théories malsaines et extravagantes émises par les fougueux anarchistes des congrès prétendus ouvriers de Paris et de Marseille^ dont les résultats pourraient devenir dangereux, si la classe ouvrière se laissait entraîner dans ces pièges, préparés dans l’ombre par les ennemis du progrès et de la civilisation.
- Telles sont, citoyens, les bases fondamentales de notre organisation, et sur lesquelles vous serez invités à statuer.
- Les organisateurs auraient été charmés de voir notre tâche remplie par des citoyens à qui incombait ce devoir ; mais, après avoir attendu en vain, pendant bientôt deux années, nous avons voulu combler cette lacune.
- Nous comptons d’avance que vous daignerez répondre à notre appel, et que vous voudrez bien tous participer à la fondation de cette oeuvre de progrès et de régénération sociale.
- Notre union fera notre force.
- {Indépendant des Pyrànèes-Grientales.)
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- A~ propos «l’iîiî crime — La Lanterne présente les réflexions suivantes au sujet du procès Abadie, Knobloch et Kirail :
- Que quelques individus cle ce genre à Paris circulent, cela n’a rien d’alarmant : ils disparaîtront le jour où la police sera assez bien organisée pour que tout individu, ayant la tentation de deveuir criminel, ait la certitude d’être découvert.
- On arrivera rapidement ainsi à supprimer le recrutement de ces gens dévoyés. La plupart sont victimes de fatalités multiples •. organisation cérébrale défectueuse, mauvais milieu, déplorable éducation, entrainement de tous genres. Ce ne sont que des modifications profondes dans les mœurs, les habitudes, l’instruction qui par-
- viendront à supprimer complètement de telles espèce-Croit-on que la Société, qui ne sait leur offrir quel’ bagne ou la guillotine, ira p is sa part de responsabifiu dans de pareilles destinées ? Tous, nous rivons une nee tite parcelle de la culpabilité de ces gens, car avons tous la conscience de n'avoir pas fait tout ce que nous aurions dû faire pour transformer les conditions sociales des misérables ; quand de pareils procès écH tent, nous devons nous montrer humbles et modestes car nous sommes tous, devant l’avenir, sur le banc des accusés.
- Réforme en .Â.lgr£r,ie. — Aux termes d'une circulaire de M. le gouverneur civil de l’Algérie, tout le territoire militaire compris dans le Tell est annexé au territoire civil. Les tribus arabes de cette région vont cesser d’être administrés militairement. Désormais, fi Ue restera plus en dehors* du régime civil que le Sahara et les steppes qui séparent le Sahara du Tell.
- Ceci est de bonne administration, car le territoire dont il s’agit, est des plus fertiles. Bien dirigées,les po-pulations qui l’habitent ne peuvent que gagner à ce changement. Conduite avec prudence, mise en pratique après une enquête sérieuse, approfondie, l'opération de l’extension du régime civil ne peut qu’être favorable au développement de la colonisation. Ajoutons que cette réforme est un progrès de la cause de lajustice. Il n’est pas de la dignité de la république française que les malheureux arabes conquis soient soumis plus longtemps à la dictature militaire.
- Actuellement, le territoire civil comprend une superficie de b,349,640 hectares et une population de 1,417,879 habitants.
- L’agrandissement dont nous nous occupons embrasse 926,329 habitants et 3,834,609 hectares.
- Dorénavant donc le territoire civil s’étendra sur 11,184,255 hectares et 2,344,203 habitants.
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- Situation diplosnatique. —* Le fait saillant de la semaine est la déclaration que lord Granville a faite le 31 août à la Chambre des lords, au sujet des affaires d’Orient.
- La démonstration navale dont il a été si souvent question est résolue.
- . Les puissances, ne pouvant se contenter des réponses évasives et dilatoires de la Porte, ni de ses lenteurs calculées dans la question du Monténégro, ont donné à un certain nombre de vaisseaux de guerre l’ordre de se rendre à Raguse, pour se tenir ainsi" dans Le voisinage du territoire de Dulcigno.
- Ce n’est pas encore l’action, mais c’est une manifestation décisive qui en approche de bien près et qui ne laisse aucun aoute sur la forme volonté des gouvernements européens d’assurer, par tous les moyens eu leur pouvoir, la complète exécution du traité de Berlin.
- Tous les amis du progrès doivent souhaiter que les populations qui subissent le joug exécrable des Turcs soient affranchies de ce joug. ^ ,
- Quelque insuffisant que soit par rapport à cettegraiiue œuvre le traité de Berlin, il est cependant un achecmj * ment vers cette libération des pays conquis par i Turcs.
- * ¥
- Lesi Chambres syndicales du Havre. ~
- Ou se souvient de la lettre que nous avons reproau par laquelle M. Drouet, délégué des chambres sj u . cales ouvrières du Havre au congrès national de ra -« annonça que, en présence des théories émises au c grès, il jugeait de son devoir de se retirer. t
- Les chambres syndicales ouvrières du Havre se réunies mardi dernier pour entendre M. Drouet re< ?
- compte de son mandat. Toutes les chambres prnr* pa ouvrières havralses étaient représentées à la réunio salle des séances était comble. ^ l’nrzani'
- M. Drouet a donné lecture de son rapport sur i o ë
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- ation du congrès régional de Paris et sur les incidents nui l’ont amené à protester contre la situation qui lui Atait laite et à se retfier au congrès. e Une vive discussion, à laquelle ont pris part plusieurs membres. s’est engagée sur la question de savoir si rassemblée approuvait ou désapprouvait le citoyen Drouet d'avoir quitté le congrès avant la lin de ses travaux.
- 11 a été déposé deux ordres du jour ainsi conçus:
- Ordre du jour du citoyen Leroy :
- Les chambres syndicales ouvrières de la ville du Ha-vre tout en soutenant énergiquement le programme présenté au congrès régional du Centre, par le citoyen prouet, blâment la retraite de leur délégué avant d’avoir accompli le mandat qui lui était confié.
- Ordre du jour du citoyen Lyonnais appuyé par le citoyen Nonorgue:
- L’assemblée,
- Après avoir entendu la lecture du compte rendu présenté par le citoyen Drouet, sur les travaux du congrès régional de Paris, auquel il a assisté, en qualité de délégué des chambres syndicales ouvrières du Havre ;
- Considérant que le citoyen Drouet, justement ému des théories émises par des délégués pour la plupart anonymes — théories qui ne tendaient rien moins qu’à supprimer le suffrage universel et à préconiser l’emploi du fusil pour arriver à constituer un quatrième Etat reposant sur la collectivité du sol, sous-sol, etc., —a protesté énergiquement contre cet appel à des violences dont les conséquences seraient fatales à la République ;
- Considérant que le délégué du Havre, en agissant ainsi, a été l’interprète des sentiments unanimes des ouvriers du Havre, qui mettent tout leur espoir dans le suffrage universel, base de la République.
- Décide :
- Les ouvriers du Havre approuvent la conduite du citoyen Drouet au congrès régional de Paris, et lui adressent leurs plus vives félicitations.
- Après la lecture des ordres du jour, on a procédé au vote au scrutin secret. Aune très forte majorité, la conduite du citoyen Drouet a été approuvée et l’ordre du jour du citoyen Lyonnais a été adopté. Le résultat du vote a été accueilli par des salves prolongées d’applaudissements.
- L’assemblée a décidé qu’un extrait du procès-verbal de la séance serait livré immédiatement à la presse, afin de porter ce vote des chambres syndicales ouvrières du Havre à la connaissance du public.
- EXTÉRIEUR
- ALLEMAGNE
- La politique économique de l’empire
- provoque de plus en plus de nombreux mécontentements en Allemagne.
- Le pays est lourdement frappé par les impôts indirects : c’est ainsi que le seul impôt sur le sel a produit 37 millions de marcks. tandis que quatre impôts sur le luxe n’ont guère produit que 800,000 marcks.
- IRLANDE
- La Hituatîon. — Les journaux anglais sont pleins de détails sur l’agitation agraire en Irlande. Les attentats feutre les personnes se multiplient, et, bien qu'une U'Urreetion sérieuse.ne soit pas à craindre, pour le moment du moins, dés mesures de précaution sont- de-euues indispensables.
- Le Globe, de Londres, nous apprend que, dans les environs de Glaremorris (ouest de l’Irlande), on a dû construire une cabane en fer pour y placer des consta-[ b les chargés de protéger un propriétaire, ï Une atlaque désespérée a été dirigée contre un fermier | résidant à Bannarokle, parce qu'il avait pris à ferme des terres rendues à leur propriétaire, etc., etc.
- ! Des menaces de mort sont adressées à un grand nombre do personnes et la police ne parvient pas toujours à avoir raison d’une exaspération qui s’accroît tous les jours.
- C’est surtout contre la Chambre des lords que l’opinion est montée.
- Dans une réunion de la Ligue, qui a eu lieu cette semaine, on a demandé hautement la suppression de la Chambre haute.
- Avec les embarras qu’il se trouve avoir sur les bras à l’étranger, le gouvernement anglais traverse en ce moment une crise difficile et bien périlleuse.
- * *
- Un nouveau parti. — On sait que l’opinion publique est partagée en Allemagne en un très grand nombre de partis.
- Depuis quelques mois l’unité du parti national-libéral se détruisait peu à peu. Les uns trouvaient que ce parti devait appuyer plus ouvertement le ministère, les autres qu’il devait exiger davantage en fait de mesures libérales.
- Une scission devait se produire. Elle s’est produite.
- Ces jours derniers à Dantzig. M. Rickert a exposé le "* programme de l’ancienne gauche du parti national-libé-ral, laquelle volera désormais de ses propres ailes presque côte à côte avec les progressistes. Le nouveau parti libéral déclare de la manière la plus catégorique qu’il soutiendra contre le gouvernement les droits de la représentation nationale, qu’il s’efforcera d’établir en Allemagne le gouvernement parlementaire, enfin qu’il fera opposition aux doctrines réactionnaires de M. de Bismarck et demandera le retour au libre-échange.
- Bonne chance au nouveau parti.
- * +
- BELGIQUE
- Les travaux du cougrès internatioual de l’euseignement à Bruxelles, ont été ouverts solennellement, sous la présidence d’honneur de M. Van Humbeck, ministre de l’instruction publique.
- Le discours de M. Couvreur a été l’exposé souvent heureux d’un programme vraiment libéral d’éducation populaire. Nous détachons le passage suivant du discours de M. Couvreur :
- « Les églises se plaignent parfois que la science envahisse leur domaine. Elles veulent garder le monopole de l’enseignement de la morale. Je ne voudrais froisser aucune conviction opposée à la mienne, mais je ne puis me défendre d'exprimer cette conviction que, là où des conflits de genre éclatent, ils naissent du sentiment, inconscient parfois, qu’ont les masses de l’insuffisance de l’enseignement religieux. Les peuples sentent que l’école, eu grandissant la sphère de leur capacité intellectuelle, élève aussi leurs âmes, purifie leur atmosphère morale et, mieux que la chaire où le confessionnal, mieux que la loi répressive, mieux que les juges, les gendarmes et les prisons, tourne contre l’immoralité la conscience de l’homme et le jugement tout-puissant de ses semblables.
- On voit à quelle hauteur se placent les initiateurs du congrès. M. le ministre de l’instruction publique qui a parlé ensuite a confessé les mêmes principes. Il a souhaité la bienvenue aux délégués étrangers, et il a dit à ce sujet : « Autrefois, chaque peuple s’im.'ginait que sa grandeur ne pouvait s’établir que par l'amoindrissement des autres. Aujourd’hui les peuples's’éclairent entre eux sur les meilleures modes de réaliser des progrès matériels, intellectuels et moraux. Ce n’est pas encore la fraternité universelle et la suppression des
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- luttes Internationales ; mais c’est au moins la chute des défiances et des hostillités systématiques et héréditaires. »
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- * *
- TJn congrès international de libres penseurs a été tenu à Bruxelles les 29, 30 et 31 août.
- A l’heure où nous écrivons nous manquons de détails sur ses travaux.
- LES IMPOTS DE CONSOMMATION
- L’octroi.
- n.
- Ce que nous avons dit de l’octroi dans notre dernier numéro est plus que suffisant pour faire condamner cette funeste institution. Nous avons vu que son origine se trouve dans les anciennes taxes féodales et que son développement a été surtout l’œuvre des périodes de réaction. Nous avons démontré que les charges qu’il impose aux contribuables sont sans aucune relation avec son degré de fortune. Nous avons établi que sa base est absolument inconciliable avecjes principes démocratiques et que son influence sur le sort de la classe ouvrière est désastreuse au plus haut point. Enfin nous avons fourni comme preuve à l’appui de notre affirmation des calculs qui pourraient se passer de tout commentaire et de tout complément.
- La cause est jugée et la condamnation rendue sans appel. Toutefois comme l’opinion publique n’est jamais trop éclairée sur les idées nouvelles, comme la vérité n’est jamais trop armée contre l’erreur, nous manquerions à notre devoir si nous négligions de prendre quelques armes de plus dans l’arsenal de documents que nous avons sous la main. '
- L’octroi, avons-nous dit, comme en général tous les impôts de consommation, empêche le contribuable de consommer autant que le lui permettrait un régime d’impôt basé sur la justice,
- En voulez-vous une preuve ?
- Prenez les tableaux de la consommation du vin et de la viande durant l’année 1876. Ces tableaux ont paru dans le N° VI de la Statistique générale de la France publié en 1879. Ce document est officiel.
- " Voici ce que nous trouvons en l’étudiant.
- Commençons par le vin.
- .Dès l’abord nous éliminons du tableau les localités du Nord, où la bière, et l’alcool sont les boissons habituelles, ainsi que celles du Nord-Ouest, où le cidre est d’un usage général. Nous éliminons également celles des villes du Midi qui font un grand
- commerce de vin, car l’abondante consommation du vin dans ces villes est attribuable plutôt à son extrême bon marché qu’à la modicité des droits d’octroi.
- -Une fois cette élimination faite il nous reste à comparer entre elles des villes qui sont à peu près dans les mêmes conditions, ayant les mêmes facilités de se procurer du vin.
- Eh bien les chiffres que donne cette comparaison sont on ne peut plus significatifs.’
- Que l’on en juge par les exemples suivants :
- A Angoulême où l’octroi est de 1 fr. 80 par hectol la consommation par tête est de 284 lit.
- à Chaumont où Phectol. paie 2.00 on boit 280
- — Rodez » >9 0.80 » 276
- — Tulle » a 1.20 fi 276
- — Tarbes Ü 1 n 1.20 » 274
- — Alby a a 0.72 » 250
- — Mont-de-Marsan Y> 0.90 » 246
- — Agen » 0.70 » 243
- — Bar-le-Duc » » 1.60 fi 239
- — Blois a a 1.60 » 235
- Par contre
- Au Puy, où l’octroi est de 8 fr. 95 par hectolitre la consommation par tête n’est que de 168 litres.
- Enfin à Paris où il y a proportionnellement beaucoup plus de riches que dans toute autre ville française la consommation par tête n’est que de 219 litres. Il est vrai que l’octroi, au moment où cette statistique a été faite percevait déjà 10 fr. par hectolitre de vin. Aujourd’hui il perçoit 12 fr.
- A Paris, comme l’observe M. Ménier, la consommation du vin est loin de répondre à l’importance et au bien-être de la population. Dans 25 départements la consommation moyenne en vins dans les communes à octroi est plus forte qu’à Paris.
- La consommation de la bière dans les pays où ce liquide tient lieu de vin présente des chiffres tout aussi significatifs.
- Ainsi tandis qu’à Arras où l’hectolitre de bière ne paie que 2 fr. la consommation par tête est de 303 litres, elle n’est que de 107 litres à Tourcoing où la , taxe d’octroi est de 2.70.
- Nul doute que si les droits sur le cidre différaient sensiblement dans les villes où cette boisson est d’un usage général, le même fait put être constaté. Les taxes sont très minimes sur cette boisson et elles ne diffèrent entre elles que de quelques centimes.
- La modicité des octrois permat dans certaines villes une consommation générale assez forte.
- O’est ainsi qu’à Mézières la consommation en vins, | bière et cidre est plus du double de ce qu’elle est à
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- paris* En effet la consommation annuelle par tête eSt à Mézières, grâce à un octroi extrêmement mo-de 257 litres de vin, de II litres de cidre, de 1. 5 6 d’alcool et de 245 lit, de bière. Ensemble 518,6; à paris où la richesse est pourtant plus grande, le total des mêmes consommations ne donne que 239.30. H est vrai qu’à Paris l’octroi sur les boissons est quatorze fois plus élevé qu’à Mézières.
- passons maintenant à la viande :
- A.Melun où elle paieSfr. 55 parkil, la consommation moyenne par tête est de 106 liilogs
- à Versailles » 4.25 97
- _ St-Lô » 3.00 93
- _ St-Brieuc » 4.00 91
- — Belfort » 5.55 85
- Par contre
- A Digne où elle paie 10 fr. par kilogla consommation par tête n’est que de 43 kilogs
- à' Toulon » 15.00 44
- — Chambéry 1030. 48
- — Châteauroux 8.18 48
- On sait qu’à Paris, malgré la richesse de la population, la consommation ne dépasse pas 76 kilogs, ce qui, à n’en pas douter provient du fait que la viande paie à l’octroi 10 fr. 55 les 100 kilogs.
- Le fait que la modicité des droits fait augmenter la consommation et que la cherté de ces droits la fait diminuer ne saurait être contesté. Ce qui s’est passé à Paris relativement au tarifée la bière en est une preuve indéniable. Par le décret du 14 mars 1872 les droits sur la bière ont été élevés de 3 fr. 80 cent, à 12 fr, 50, soit avec les décimes, 15 fr. La consommation de la bière, qui de 1867 à 1869 dépassait un chiffre de 290,000 hectolitres, n’était plus en 1877 que de 216,000 hectolitres, en 1879 elle est tombée
- à 210,000.
- Il est” bien certain que lorsque la consommation d’un objet de première néce>-sité diminue, c’est que la classe la plus pauvre renonce à le consommer. Il importe peu au riche que le litre de vin coûte quelques centimes de plus ou de moins ; cette différence n’est rien pour lui : elle peut être beaucoup pour le pauvre.
- On peut donc affirmer, sans être suspect d’exagérer que chaque abaissement de consommation d‘un objet de première utilité correspond à une privation de la classe ouvrière.
- L*octroi, qui frappe surtout les objets dé première ntilité est donc bel et bien un impôt qui condamne les ouvriers à d’injustes privations. Cette raison à ede seule devrait déterminer nos gouvernants à le faire supprimer.
- L’octroi a encore cet inconvénient, qu’au lieu de frapper les familles en proportion de leurs ressources, il les frappe en proportion du nombre de leurs membres. Les ménages les plus chargés de famille, c’est-à-dire ceux qui ont déjà le plus de peine à vivre sont précisément ceux qui ont le plus à payer à l’oc-* troi. C’est le renversement de ce qui devrait être.
- [ C’est de plus unjétat de choses qui est surtout préjudi-I ciable à la classe ouvrière. En effet, c'est en général ! les familles les plus pauvres qui ont le plus grand î nombre d’enfants. Il est très rare de rencontrer dans [ la bourgeoisie des familles nombreuses, tandis que j celles qui comptent 4 ou 5 enfants ne sont pas rares dans la classe ouvrière. Eh bien, je vous le demande, n’est-il pas profondément injuste que l’impôt municipal soit établi de telle manière qu’il frappe chacun des membres de cette pauvre famille, pour laquelle le père est peut être tout seul à gagner. Il y a à Paris 58,000 familles qui paient des loyers supérieurs à 1,000 fr. Ne serait-il pas juste que les famille qui peuvent se payer le luxe d’un logement si dispendieux soient imposées dans une autre proportion que les 412,000 familles qui paient des loyers de 300 fr.
- . et au-dessous ?
- M. Reygeal,conseiller municipal de Paris, s’écriait à ce sujet dans la séance du 5 juin;
- « Chaque habitant de Paris paie annuellement à l’octroi 75 fr. Un ouvrier qui gagne 5 fr. par jour, ce qui équivaut à environ 1,500 fr. par an, et c’est une haute moyenne, en payant 75 fr. de taxe d’octroi, est frappé dans son salaire d’un impôt de 5 0/0, et ces 5 0/0 atteignent chacun des membres de sa famille, alors que fort souvent il est seul à gagner. Donc en supposant à l’ouvrier une moyenne de 2 enfants, il paye 20 0/0 sur son revenu, lequel revenu est très aléatoire, puisque la maladie ou le chômage peuvent, du jour au lendemain, le supprimer.
- « Imposez donc de 20 OiO les revenus d’un propriétaire, d'un rentier ou les bénéfices d’un commerçant, Personne n’oserait faire une semblable proposition : on dirait que c’est un attentat à la classe qui possède ; cependant l’ouvrier qui gagne 1,500 fr. et qui a une famille composée de 4 membres, est incontestablement frappé de cet impôt énorme ; tandis qu’un bourgeois, jouissant d’un revenu de 20,000 fr. qui a une famille composée aussi de 4 personnes, paye 3 0$ sur son revenu; et voyez combien est injuste et absurde la base de cet impôt; sa quotité diminue en raison directe de l’élévation des revenus des contribuables, de telle sorte que, quand on arrive aux grandes fortunes, il n’est presque pas appréciable : le rentier qui a 1,200,000 fr. de rente ne paie plus que li2 OiO sur son revenu », soit proportiellement
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- LE DEVOIR
- 40 fois moins que l’ouvrier qui ne gagne que 1,500 francs.
- C’est le complet renversement de ce qui devrait être.L’impôt, a dit Adam Smith [Richesse des nations, TII, p.487) et après lui tous les économistes, doit être à l’égard des contribuables comme les frais de régie d’un domaine sont à l’égard des co-propriétaires de ce domaine : la contribution doit être pro-dortionnelle à l’intérêt respectif qu’ils ont dans ce domaine.
- L’octroi fait tout le contraire. Il dit aux petits consommateurs : « Vous vivez dans des quartiers qui coûtent peu de chose d’entretien ; vous vous entassez dans des rues que l’on balaie à peine, que l’on éclaire mal, que l'on pave à la diable, ou que l’on ne pave pas du tout ; vous ne profitez ni des théâtres subventionnés, ni des parcs publics où roulent les équipages, ni des fleurs et des jets d’eau qui décorent les places des quartiers riches ; de plus vous êtes be-soigneux, vous gagnez peu de chose et vous avec toutes les peines du monde à joindre les deux bouts ; eh bien ! c’est sur vous que je vais frapper, et puisque vous buvez peu de vin, je vais vous forcer d’en boire moins encore, et puisque vous ne mangez presque pas de viande, je vais vous forcer à vous en priver souvent. »
- (A suivre). E. Champury.
- NOUVELLES DIVERSES
- FRANCE
- Morte d.e tfiaim. — Il ne manque pas de personnes qui, en toute bonne foi, croient que l’on exagère lorsque l’on expose les maux auxquels une meilleure organisation doit mettre fin.
- Voici un fait divers dont nous recommandons la lecture à ces personnes là.
- Nous l’avons pris dans la Liberté du 24 août.
- IJn gardien delà paix, de service rue Martel, aperçut hier, vers six heures du soir une femme jeune qui, étendue dans l’enfoncement d’une porte cochère, ne donnait aucun signe de vie. Il s’approcha d’elle, la releva, et aidé par un passant, la transporta au poste des Petites-Ecuries. Là, des soins lui furent prodigués ; elle ouvrit les yeux, mais les referma presque aussitôt, après avoir eu le temps de dire : « Je m’appelle Marie....» je n’ai pas mangé depuis cinq jours » ; puis elle retomba inerte.
- On essaya de lui faire prendre quelques aliments, mais ce fut en vain : la pauvre fille ne put rien garder. Conduite à l’hôpital Lariboisière, elle expira pendant le trajet.
- La malheureuse n’avait que dix-huit ans.
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- Victime du clevoir. — M. José Angulo, originaire de Costa Rica interne à l’hôpital de la rue de Sèvres, est mort, victime de son dévouement, d’une angine diphthérique contractée en soignant des enfants atteints du croup. - J
- Mariage d’un prêtre. — Samedi 28 août i onze heures. M. Hyacinthe Loyson a donné la bénédir* tion nuptiale dans l’église catholique libre de la rue Ro chechouart, à M. l’abbé L'ainé, un de ses vicaires auî épouse une jeune veuve du Mans. 4Ul
- M. l’abbé Lainé était naguère vicaire dans une des na roisses de ce diocèse. y "
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- Un opéra coopératif. — Bordeaux, dit M Francisque Sarcey, est une de nos plus importantes villes de commerce, un port de mer considérable. La population est célèbre par son goût d’élégance et'son amour du plaisir. Elle s’accroît du grand nombre des étrangers que le mouvement du commerce y amène chaque jour. Ajoutez que Bordeaux possède l’une des plus belles salles de spectacle qui soient, au monde et qu’elle est justement fière de cet édifice, le chef-d’œuvre d’un architecte de génie. Ne semble-t-il pas que s’il y eut jamais capitale de province où dût prospérer le théâtre, c’est bien cette glorieuse métropole de l’antique Aquitaine.
- Eh bien ! Bordeaux ne trouve plus depuis quelques aunées des directeurs qui veuillent assumer la redoutable charge d’exploiter le théâtre.
- Il a donc fallu trouver un autre système.
- Les artistes se sont réunis en Société avec un gérant faisant fonctions de directeur.
- Chacun des artistes, composant cette Société, est payé sur la recette au prorata de ses appointements. Le gérant est considéré comme un artiste, et il doit toucher autant que l’artiste le mieux payé.
- La Société des artistes réunis n’a point à payer la salle, qui lui est donnée pour rien, ni l’éclairage, qui lui est concédé àun prix minimum, ni l’orchestre, ni les chœurs, que la ville rétribue elle-même, moyennant une subvention de cent mille francs.
- * ¥ *
- Suppression «lu, serment, — La cour d’assises de l’Isère, siégeant à Grenoble, avait à juger une jeune ouvrière, accusée d’infanticide. M. le conseiller Marcelin, président des assises, recevait, avant l’ouverture des débats, le serment que la loi impose à MM. les jurés.
- La formule de ce serment dont M. le président donne lecture, comme ainsi : «Vous jurez et promettez devant Dieu et devant les hommes, d’examiner avec l’attention la plus scrupuleuse, etc. »
- Quant vînt le tour d’un juré, de M. Durand Savoyat, propriétaire à Cornillon, celui-ci refusa de prêter serment devant Dieu, déclarant qu’il ne pouvait prêter serment que devant sa conscience. Comme le texte du serment est formel. Il ne peut-être fait d’une autre manière. M. le Président insista beaucoup pour que le juré revint sur sa détermination, mais il ne put rien obtenir, et la cour fut obligée de passer outre aux débats.
- Nous avons vu des exemples de témoins qui n’ont pas voulu se soumettre au sermeut. Ils étaient condamnés à l’amende, et on n’en recevait pas moins leurs déclarations. Dans le cas actuel, la cour était iort embarrassée. Le juré étant tombé an sort, il n’était pas possible de le séparer des autres jurés. Le condamner à l’amende, c’était le frapper d’une sorte d’indignité qui eut été en contradiction avec la mission qu’il accomplissait. ha cour ne pouvait renvoyer â une autre session ; il eut fallut un motif plus sérieux et plus grave, comme l’absence d’un principal témoin. Elle a donc été forcée de continuer un procès criminel qu’elle savait d’avance être entaché de nullité.
- Le défenseur de l’accusée, M® Sisteron, n’a pas manqué de se faire donner acte du défaut de prestation de serment selon la formule.
- Sa cliente, reconnue coupable d’homicide par imprudence, a été condamnée à deux années d’emprisonnement.
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- La cour de cassation cassera ce jugement, et de la sorte, la question de la suppression du serment sera débattue dans la presse.
- LA PROPRIÉTÉ ET LE DROIT A LA VIE
- Nous nous étions plu à espérer que les Congrès collectivistes auraient, à défaut d’autres, l’avantage de faire discuter des questions qui, sans eux, seraient restées longtemps dans l’ombre.
- Notre espérance n'a pas été tout à fait déçue. Le plus grand des journaux français, le Temps, soutient avec les collectivistes une discussion sur les origines et les fonctions de la propriété. Est-il besoin d’ajouter qu'il se base dans ce travail sur l’économie politique la plus orthodoxe.
- Le Devoir n’a pas à prendre parti pour l’une ou l’autre école, puisque toutes deux lui paraissent également loin de la vérité. Il s’abstiendrait même de se mêler au débat, si quelques-uns des arguments présentés de part et d’autre n’étaient pas de nature à faire illusion.
- On connaît les affirmations du collectivisme. Chaque adepte les pousse plus ou moins loin, mais en moyenne elles peuvent être ramenées à ceci :
- « Tout être humain, pour cela seul qu’il fait partie de l’humanité, apporte en naissant un droit égal et inaliénable :
- 1° A toutes les forces ou ressources que la nature fournit à l’homme à titre gratuit ;
- A tous les résultats des travaux antérieurs de l’humanité.
- « En conséquence le sol et toutes les ressources naturelles, de même que toutes les richesses amassées par les générations passées, doivent cesser d’être propriétés individuelles et faire retour à la collectivité. Tant que les main-mises sur le sol et sur le matériel de travail existeront, les travailleurs seront forcés d’en payer le loyer, et par conséquent, ne jouiront pas du fruit intégral de leur travail. »
- Aux affirmations collectivistes, qui ne contiennent qu’une part de vérité, le Temps réplique :
- Ou le voit, cette doctrine collectiviste qu’on nous dépeint comme une nouveauté n’est que l’exagération de cette pensée de Rousseau : « Le premier qui, ayant enclos un terrain, s’avisa de dire : Ceci est à Moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, etait un imposteur ; vous êtes perdus si vous oubliez que les fruits sont à tous et que la terre n’est à personne. »
- “ Toutes les richesses naturelles, force productive du sol, gisements de minerais, mines de houilles, etc,> dont la collectivité aurait été dépouillée, n’a-
- vaient à l’origine et n’ont encore par elles-mêmes aucune valeur, pas plus que n’en ont, en dépit des services qu’ils nous rendent, l’air que nous respirons, la force motrice de'la chute d’eau et du vent, l’électricité qui commence à obéir à nos ordres, le fleuve et la mer qui portent nos navires, la lumière et la chaleur du soleil qui font mûrir nos fruits et dorent nos moissons.
- « Toute valeur vient d’un travail de l’homme.
- « Le premier qui sut enclore un champ et l’entourer d’un fossé, pour se l’approprier et l’exploiter en paix, celui-là fut un bienfaiteur de l’humanité : il créa, pour cet acte de travail encore bien rudimentaire, la première valeur foncière que les hommes aient connue. Avant cette main-mise, ce champ n’avait point de valeur : il n’était à personne et personne ne l’avait travaillé. Loin de dépouiller la collectivité, celui-là l’enrichit donc qui, le premier, se sentit le courage de faire des forces gratuites du soi une utilisation permanente et régulière. »
- Le Temps cite à l’appui, des exemples empruntés à la colonisation actuelle de l’Amérique. Les terres très fertiles, mais incultes de la province canadienne de Manitoba sont concédées gratuitement au colon à la seule condition qu’il y réside.
- « Qui ne voit, reprend le Temps, que la collectivité s’enrichit à mesure que ces terrains passent de ses mains à celles des individus. Parce transfert, ou, plus exactement, par les travaux qu’il implique, la valeur naît, un capital est créé, la communauté voit sa situation améliorée.
- « Que r.os collectivistes fassent le voyage du Canada: ils constateront par leurs yeux la loi économique de la non-valeur absolue de cette matière première, le sol. Ils pourront tout à loisir prêcher aux gouvernements la reprise des terres : la révolution est là-bas toute faite. La collectivité y est dans toute sa splendeur. Seulement, les gouvernements locaux, désireux de rendre productives d’immenses étendues de terrain, ont hâte de les céder à qui les voudra prendre. Ce sont les accapareurs qui font défaut. La terre ne manque pas à l’homme; c’est lui qui manque à la terre... »
- Le Temps continue :
- « Quand le colon vendra ses terres, que lui paiera-t-on ?
- « Ce n’est pas la force productive du fonds: gratuite elle était, gratuite elle demeure.
- « Ce sera uniquement la valeur qu’aura donnée à ce sol, qui n'en avait aucune, le travail de son propriétaire.
- « Or, la justice ne veut-elle pas que tout travailleur se voie indemnisé des fruits.de son travail? »
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- LÉ DEVOIR
- Il y a du vrai et du faux dans ce raisonnement, plus de faux que de vrai.
- Peut-on dire qu’un sol auquel on reconnaît une valeur productive n’a par lui-même aucune valeur. C'est un pur sophisme. Car enfin, pourquoi les colons vont-ils au Canada, pays fort éloigné, plutôt que d’aller dans le Sahara ou dans le désert de Lybie, qui sont beaucoup plus près de nous? C’est apparemment que le terrain du Canada vaut mieux. Donc il a une valeur. Donc le travail du colon n’aura pas créé la valeur de ce sol, il l’aura seulement utilisée et accrue. C'est là une distinction de la plus grande importance et que le Temps néglige de faire.
- Après celà, il est juste de reconnaître que celui qui utilise des terres restées jusque-là sans utilisation rend service à l’humanité; que le fait qu’il ajoutepar son travail une valeur à un sol qui n’en avait presque pas, lui donne droit à la totalité de la plus-value ainsi produite ; enfin qu’il est légitime propriétaire de cette plus-value. Prétendre qu’il n’a pas plus de droits à l’occupation de cette terre qu’il a trempée de ses sueurs qu’un autre qui ne l’a même pas touchée, c’est méconnaître les lois de l’équité la plus élémentaire. Quant à rêver de le déposséder de cette terre, c’est tout simplement nourrir un dessin criminel.
- Voilà l’un des côtés de la question, celui que le collectivisme méconnaît et que le Temps exagère.
- Mais la question n’a pas que ce côté-là. Elle en a un autre, méconnu celui-là par l’économie politique.
- Tous les hommes ont un droit égal à exploiter le terrain laissé sans utilisation. Or, dans notre société, où les uns ont presque tout et les autres presque rien, ohacun n’est pas également à même de pouvoir exercer ce droit. Le capital matériel, intellectuel et moral de l’humanité a été distribué de telle sorte qu’il y a des privilégiés et des déshérités. Ces déshérités sont dans l’impossibité matérielle d’exercer leur droit d’occuper la terre inoccupée. Les ressources Leur manquent pour le faire.
- Mais, remarquez bien ceci, c’est important.
- Le fait qu'ils ne peuvent pas exercer leur droit ne les prive pas de ce droit. Un droit n’existe qu’à la condition d’avoir sa base dans quelque chose d’immuable, dans quelque chose d’antérieur et de supérieur aux circonstances.
- Par conséquent un droit se conserve intact même quand l’exercice en est impossible. C’est ce qui arrive pour ceux qui, ayant droit à l’occupation du sol inutilisé, ne sont pas à même d’en profiter. Leur droit se maintient intact. Ceux qui occupent la terre jouissent donG à l’égard de ceux qui ne l’occu-
- pent pas, d’un véritable monopole auquel ils n’ont pas de droit naturel puisque le droit naturel est égal pour tout le monde. Il est donc équitable que ceux qui bénéficent de ce monopole garantissent à ceux qui en sont frustrés une compensation équivalant à la valeur du droit dont on les a privés.
- Les ressources de la nature sont données au genre humain tout entier et non à quelques privilégiés. Chacun a un droit égal à sa quote-part de ce fonds commun. Tant que ces ressources ne sont pas accaparées par quelques-uns, les autres sont dans la possibilté, en appliquant leur travail à ces ressources, de vivre à l’aise, eux et les leurs. Du jour où ces ressources sont accaparées par quelques-uns, les autres sont privés de cette possibilité. Une compensation doit donc être établie,en faveur de ceux-ci.
- Il est juste que ceux qui fécondent le sol par leur travail jouissent de l’occupation de ce sol, mais il est non moins juste que ceux qui n’ont pas été mis à même de le féconder jouissent d’une compensation. Ces derniers ont comme les autres le droit de vivre, et ce droit doit leur être garanti.
- Ed. Champury.
- Lesi Aveugles.
- Il y a en France 31,631 aveugles, dont 6,000 environ ont apporté leur maladie en naissant. L’Etat ne secourt guère qu’un aveugle sur douze ; les autres sont réduits à leurs propres ressources, et on en compte vinq-einq mille qui ne vivent que de mendicité. Il y a parmi ces derniers les heureux qui gagnent de 20 à 50 francs par jour ; par exemple on montre, sous le portail de l’église Saint-Leu, sur le boulevard Sébastopol, un aveugle à lunettes bleues qui est propriétaire d’une belle maison, rue du Caire, ce qui ne l’empêche pas de tendre sa sébile aux passants. Mais ces exceptions sont rares et ne font que confirmer la régie qui veut que les aveugles soient pauvres et dignes de pitié.
- L’asile des Quinze-Yingts abrite trois cents pensionnaires âgés de plus de quarante ans et pensionne 1,750 aveugles externes. Outre cet asile, l’Etat possède à Paris l’institution des jeunes aveugles, qui prend les enfants infirmes à 10 ans et les rend à la société à l’âge de 18 ans, après leur avoir appris un métier, La plupart deviennent brossiers, vanniers ou cordiers ; le petit nombre mieux doué apprend le métier d’accordeur de pianos ou de fabricant d’instruments de musique. Il y a, dans le reste de la France, six maisons : à Toulouse, à Marseille, à Nancy, à St Médard-les-Soissons, à Arras et à Ronchin-Lille, qui reçoivent 400 aveugles.
- Mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit. La clinique qui est en voie de construction est destinée à traiter gratuitement tous les indigents français qui ont une affection de la vue.
- Les ressources allouées par le budget suffiront à la dépense de 9,000 journées de malades et à celle de 75,000 traitements ou pansements. L’idée de cette création n’est pas nouvelle ; elle remonte à Louis XVI, qui avait accordé en 1779 au cardinal de Rohan, grand aumônier de France, l’autorisation de 'fonder un hôpital pour le traitement dos aveugles. La troisième République s’occupe enfin de réaliser les intentions charitables de l’ancienne monarchie, emportées dans la tourmente de la Révolution.
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- LE MARIAGE (1)
- gou passé, son présent, son. avenir
- par Emile AGOLLAS (2)
- II
- L’amour comme le mariage a pour idéal la perpétuité. A mesure que l’espèce se perfectionnera et se gouvernera selon la raison, chaque être humain en se mariant pourra et saura mieux reconnaître si l’union qu’il va former repose sur ces convenances essentielles qui sont seules susceptibles d’assurer le maintien de l’union conjugale. Oui, l'indissolubilité . du mariage est promise à nos neveux, comme récompense de leurs progrès dans les voies de la nature, pour sa part, l’auteur ajoute qu’il croit qu’ünjour viendra où il sera indifférent, en pure pratique, qu’il existe ou non une règle légale d’indissolubilité.
- Mais aujourd’hui, en l’état de nos moeurs, la loi d’indisssolubilité du mariage n’est pour l’homme qu’un mensonge, parce que l’époux sait toujours mettre de côté cette loi s’il en éprouve de la gêne ; et pour la femme qu’une intolérable oppression, parce qu’elle condamne l’épouse à subir des caresses odieuses, ou tout au moins à refouler les aspirations de son esprit et de son cœur.
- Il faut en conclure que le divorce est pour chacun des époux légitime à double titre :
- D’abord, afin de mettre un terme à une situation I sans sincérité et sans dignité ;
- Ensuite, afin de permettre à chacun d’eux d’obéir à son gré à cette loi de l’amour, qui, élevée à son niveau véritable,.est le plus puissant instrumentée progrès de la personne humaine.
- Mais nous rencontrons cette première objection : le mariage est un contrat dont la teneur s’impose aux deux contractant ; d’où la conséquence que si le divorce eet ligitime, il ne l’est que du consentement mutuel des deux époux.
- Acceptons pour un instant cette grosse erreur que le mariage est un contrat.
- Un contrat a besoin pour exister d’une sanction possible, d’avoir si besoin est, la force à son service [manu militari) pour saisir l’objet. Or,‘dans le mariage où serait l’objet ? dans la personne de chacun des époux. La société emploierait donc ses agents à contraindre les deux époux à s'aimer l’un l’autre.
- Poser la question c’est la résoudre.
- Un autre préjugé qui conteste la loi d’égalité s’appuie :
- 1° Sur les fables et maximes théologiques ;
- U) Voir le Devoir du 22 août 1880.
- En vente chez A. MARESCQainé, éditeur 20, rue Soufflot, Paris
- 2° Sur l’enseignement des légistes qui reproduisent fables et maximes ;
- 3° Sur le préjugé général de l’infériorité de la femme par rapport à l’homme.
- Les deux premiers points , opinions et enseignements des théologiens et des légistes,ayant été examinés, nous n’y reviendrons pas. Quant au troisième préjugé il n’est pas de date récente. Il procède de ce fait qu’au début des sociétés le droit n’a nulle place. Aujourd’hui encore la force prime le droit, voilà d’où dérive i’idée de l’infériorité de la femme par rapport l’homme.
- Les physiologistes eux-mêmes se rangent pour la plus part du côté du préjugé, et, chose curieuse, c’est leur méthode qui les égare. Ils affirment que jusqu’ici le développement cérébral est resté inférieur chez la femme ; et ils en concluent à la suprématie de l’homme, sans prendre garde que leur raisonnement pêche par la base, puisque les conditions d’existence et d’éducations féminines changeant, ils sont forcés d’admettre que le développement célébrai peut prendre d’autres proportions. Ceux qui admettent comme principe que les fonctions font les organes ne peuvent conclure autrement.
- D’ailleurs le préjugé de l’infériorité des femmes est combattu par l’expérience faite .aux Etats-Unis. L’américain, appliquant la méthode rationnelle d’observation de la nature, n’a pas jugé la question a priori ; il a créé des écoles mixtes composées de filles et de garçons qui, sur les mêmes bancs , suivent les mêmes cours, ont les mêmes professeurs. Et il est résulté de cette grande expérience que les filles ne se montrent pas inférieures aux garçons, et que dans les hautes sciences elles ont même en majorité surpassé leurs émules. Tels sont les faits observés dans l’important collège d’Oberlin.
- Pourquoi donc théologiens, politiques , législateurs, vous réfuser à reconnaître l’égalité de la femme ?
- Pourquoi ne pas introduire cette égalité dans le mariage ?
- Ne savez-vous pas qu’on peut dire avec juste raison: tel mariage telle famille, telle famille telle société S
- Que voulez-vous qu’enseignent aux enfants l’autorité prépondérante du père et la subordination, l’humiliation de la mère, si ce n’est ceci : que les garçons sont élevés pour dominer et les filles pour se résigner.— Mais prenez garde, le maître peut être méchant, l’esclave peut se lasser de gémir et de plier,|il peut réagir par ruse : la contrainte engendre la fausseté. Regardez autour de vous les fruits de l’ordre extérieur que vous avez voulu fonder par le
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- despotisme,vous ne trouvez que dissensions, corruption et chaos.
- Plus loin, M. Emile Acollas cherche à démontrer que la société n’a aucun droit propre en matière de mariage, car elle n’a pas d’intérêt distinct de celui des- individus.
- Le droit technique, en effet, n’a rien à faire dans une association qui a pour base un sentiment moral et qui poursuit un but moral. Si le concours de deux volontés est indispensable pour former l’union conjugale ; à l’inverse, la volonté d’un seul doit suffire pour la dissoudre.
- Comment sauvegarder le principe de liberté, si l’on admet que la société a le droit de contraindre l’un des époux à une union que sa vo'onté repousse ? Dans cet ordre de faits, le droit de la société n’est que celui de garantir le droit individuel ; or, pour chacun des époux le droit individuel, c’est de rester maître de sa propre personne. Pour que le droit de la société fût autre en ces matières, il faudrait que la société eût une existence propre, indépendante de celle des individus dont la collectivité la compose.
- ‘Reconnaissez donc qu’il n’y a dans la société que des libertés et des droits individuels et que la société n’a à défendre que le droit et la liberté de l’individu.
- Reliez les hommes en leur démontrant que'leurs intérêts sont solidaires. Reliez-les par la morale*par la fraternité, soit. C’est là un idéal rationnel ; mais renoncez à attribuer à la société un droit qui ne reposerait que sur la tête d’une chimérique entité.
- D’ailleurs en matière de mariage commentée droit pourrait-il recevoir sa sanction ?«Au moyen de l’action en justice et finalement manu militari ? Il n’y a à rappeler ici que ce qui a été déjà dit et qui se résume en cb paragraphe :
- « Qu'il s'agisse de la formation ou de la dissolution du mariage, la matière est en entier en dehors de l'ordre juridique ; elle est contenue tout entière dans l'ordre moral et la société n'a aucun rôle à y jouer. » Les époux conserveront donc le droit de divorcer, selon l’indication de leur conscience et de leur cœur.
- Quant au droit de l’enfant., entendu au point de vue technique, il ne doit pas être entamé ; il se présente sous deux aspects :
- 1° La garde de la personne de l’enfant ;
- 2° Les frais de son éducation.
- Dans le premier cas, la société prenant en mains l’intérêt des mineurs, en décide par l’organe des tribunaux. C’est ainsi que cela se passe dans les séparations de corps.
- Dans le second cas (frais d’éducation) ces frais res-
- teront à la charge du père et de la mère, comme si ces derniers n’étaient pas divorcés.
- Sans doute par le divorce l’enfant, au point de vue moral, perdra un foyer commun, mai* en est-il autrement dans la séparation de corps. D’ailleurs quant la concorde, âme de ce foyer, est anéantie, est-il avantageux que ce foyer subsiste ?
- C’est donc un mal qui s’impose.
- Examinons maintenant le mariage selon la loi du code Napoléon ? Ce code attribue au mariage le caractère d’un contrat où la société intervient comme possédant un droit propre. Il décrète, en outre, la subalternisation de la femme au mari.
- Où sont les sources de ce double enseignement! Nous les trouvons dans le christianisme et dans la monarchie du moyen-âge. St Jean qualifiant le mariage l’appelle une souillure. Comment faire pour le réhabiliter ? Vient ensuite le Concile de Trente qui en fait un sacrement, expédient lumineux ; car, fidèle ou profane, qui peut dire ce qu’est un sacrement? Mais voyez le résultat : le mariage n’est plus un acte privé ; Dieu y intervient par le prêtre ; le roi guette à la porte. En effet l’ancien droit monarchique adopte la juridiction de l’église, y mêle l’idée du contrat, et greffe sur l’ensemble l’invention du droit social. Voilà donc l’église et l’Etat alliés pour mettre la nature humaine en tutelle.
- La Révolution française opère une réforme considérable : elle sépare l’ordre humaine de l’ordre divin, et sécularise le mariage, comme elle avait sécularisé l’état civil. (Constitution du 3 septembre 1791). Le 20 septembre 1792, la lui fit un pas; elle proclame la dissolubilité du lien matrimonial.
- Puis vint le projet de la convention qui eût renouvelé la législation du mariage et de la famille, s'il avait été promulgué.
- Appuyé sur ce double principe que le mariage appartient à la liberté et qu’il est entre l’homme et la femme une association sur pied d’égalité ; ce projet disposait ainsi :
- (Art. 1, titre III, liv. 1). Les époux règlent librement les conditions de leur union.
- (Art. ï,titre III, liv. 1). Les époux ont ou exercent un droit égal pour l’administration de leurs biens.
- (Art. 2, titre VI liv. 1). Le divorce a lieu par le consentement mutuel des époux, ou par la volonté d’un seul.
- (Art. 5, titre III, liv. 1). La loi défend de stipuler tout restriction au divorce.
- Voilà en substance le projet du code de la Convention traitant du mariage.
- Mais le code Napoléon, en cette partie comme en tant d’autres, restaura les dogmes de la théologi0 et
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- ]a suprématie du droit monarchique. Il donna à l’u nion conjugale le caractère l’autorité d’un contrat et décréta, avec la Bible, l’incapacité de la femme.
- Il admit, il est vrai, la dissolubilité du mariage, mais sans la rattacher à aucun principe et en la restreignant, au contraire, d’une façon arbitraire.
- Bientôt, par la loi du 8 mai 1816, la réaction monarchique fit supprimer ce qui restait de liberté, ne laissant debout que l’absurde séparation de corps, qui détruit ia communauté d’existence et maintient le mariage.
- Maintenant, dit l’auteur, si vous désirez une théorie du mariage selon le code actuel, d’après lequel on vous démontre que notre législation est un chef-d’œuvre de logique^et de morale et où l’on vous montre blanc ce qui est noir et noir ce qui est blanc, adressez-vous à'nos légistes, vous serez satisfait, car ce sont d’habiles gens.
- Examiné au point de vue des mœurs, le mariage vaut-il mieux qu’au point de vue de la loi ?
- Nous trouvons tout d'abord deux genres :
- 1® Les mariages des personnes chrétiennes,
- 2® Ceux des personnes indifférentes au point de vue religieux.
- Les premiers mariages, ce:<x où les époux croient fermement au symbole de l’union mystique sont rares et, fort heureusement, le deviennent de plus en plus; car, quel sentiment la femme, la mère, peut-elle avoir d’elle-même quant elle se considère comme la servante, la chose de l’homme ; quant elle croit devoir étouffer en elle toute aspiration de liberté, tout sentiment d’égalité, pour descendre au niveau de la situation que lui impose sa foi.
- Que cette femme opprimée prie , qu’elle s’agenouille, qu’elle en appelle à Dieu, à la vue future, à tous les dogmes qu’on lui a suggérés de sa plus tendre enfance, elle n’en est pas moins humiliée et flétrie.
- Quant aux secondes unions, celles de personnes qui ne conssidèrent pas le mariage comme un sacrement, celles de l’immense foule, que sont-elles en réalité ? Dans les classes dites bourgeoises, un jeune homme arrive tard au mariage; il commence par user dans une débauche plus ou moins longue toutes les forces vives de son être, tout l’enthousiasme de son cœur ; puis, caduc à trente ans, il ne se marie flue pour faire une fin. -
- Passons à la jeune fille. Elle est là, âgée de vingt uns peut-être; elle attend en silence. Que sait-elle dos choses de la vie ? Rien ! ou à peu près rien. Est-elle élevée pour être une individualité qui s’appartienne, qui pense et agisse par elle-même ? Non ! Elle est élevée en vue de plaire à l’homme, en vue î
- de trouver un épouseur, de faire une fin, elle aussi. Et elle n’a point commencé la vie.
- Il est fatal que cette jeune fille épouse le vieillard. Un cœur plein de jeunesse, de tendresse, de doux rêves, se trouvera ainsi lié à un débris, à une ombre d’homme. Puis quand le mari aura satisfait sa#cupi-dité en prenant la dot, sa lubricité en prenant la femme, et qu’il se sera montré tel qu’il est en réalité, quant il aura lassé toutes les illusions, provoqué tous les dégoûts, qu’adviendra-t-il du mariage?
- Le voilà le mariage actuel, tel qu’il est dans les classes qui se qualifient elles-mêmes d’éclairées ; mais comme ce sont elles qui donnent le ton général à la société, on ne trouverait pas mieux en définitive en regardant au-dessous.
- Comment donc ne voyons-nous pas que les causes les plus actives, les moins secrètes de notre dissolution, sont dans les idées, les lois, les mœurs, qui gouvernent le mariage et la famille.
- L’homme et la femme contribuent à former l’enfant, et l’on veut que l’enfant qui rencontre pour guider ses premiers pas un maître et une subalterne, devienne un être aimant le droit des autres comme le sien propre ! quelle inconséquence !
- Oui, tous tant que nous sommes, nous portons en nous un esclave du côté de nos mères, un monarque du côté de nos pères ; et nous continuerons à porter les deux tant que nos mères ne seront pas affranchies.
- Mais pour affranchir la femme, pour la faire s’asseoir au foyer,à titre d’égale de l’homme, il faut que, comme l’homme, elle gouverne sa personne et ses affaires.
- Il faut qu’elle travaille pour conquérir son indépendance matérielle, pour subvenir à ses propres besoins ; car aussi longtemps qu’elle ne sera pas apte à se suffire à elle-même, elle restera sous la domina' tion de l’homme. C’est pure illusion de penser qu’elh recouvrera son droit par voie de restitution de h part de son dominateur.
- D’ailleurs la meilleure manière pour la femme d* prouver qu’elle est l'égale de l’homme, c’est d’entrei en lutte avec lui dans les différentes fonctions socia les, c’est de fournir, par les faits, une démonstratior de ses droits et de ses capacités.
- La femme arrivera ainsi à créer, en faveur de sej capacités, cette opinion générale dont le concour; lui est nécessaire pour assurer le triomphe de soi droit..#
- Il apparaîtra alors qu’il n’y a pas de question! particulières du droit de la femme, qu’il n’y a qu’uni question générale du droit de tout être humain.
- Le mariage deviendra alors, mais alors seulement une association de liberté et d’égalité, associatioi
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- fondée sur le sentiment le plus profond, le plus durable et le sentiment moral de l’amour.
- Nous n’avions rien à ajouter ni à retrancher au livre de M. Acoilas.
- Nous ne pouvons que recommander vivement à tous nos amis de vouloir bien le lire, persuadés que tout ce que nous en pourrions dire serait très inférieur à l’émotion profonde que leur procurera cette brillante étude sortie de la plume d’un savant, mais écrite, ce qui vaut mieux, par un homme de coeur.
- A. Fabre.
- •.... - ( ¥-1 -
- [Prospérité des •villes Æsiaéricalsies.
- Le recensement de la population dans les principales, villes des Etats-Unis, en 1880, donn'e les résultats suivants : New-York 1,209, 561, Philadelphie 842,000, Brooklyn 554,000, Chicago 477,500, Saint-Louis 375,000 Boston 352,000, Baltimore 330,000, Cincinnati 255,000, San Francisco 227,350, Nouvelle Orléans 207,328, Washington 160,000, Cleveland 157,000, Buffalo 149,000, Newark 136,000, Müwaukee 4 30,000, Détroit 119,000, Louisville 112,000, Providence 104,000.
- Plusieurs de ces villes ont vu leur population s’accroître depuis 1870 dans des proportions considérables : Müwaukee, 92 p. 100; Cleveland, 71 p. 100 ; San Francisco, 51 p. 100 ; Chicago, 60 p. 100; New-York, Philadelphie, 24 p. 100. La‘Nouvelle Orléans ne s’est accrue que de 8 p. 100.
- Beaucoup de petites villes se sont augmentées dans des proportions beaucoup plus fortes encore ; par exemple, Minneapolis, grand centre du commerce de bois, 244 p. 100; Atlanta, centre des chemins de fer dans la Géorgie 106 p. 100 ; Waterbury, la-ville de l’horlogerie dans le Connecticut, 102 p. 100; Saint-Paul, près de Minneapolis, 100 p. 100, et Denver, dans le Colorado, 614 p. 100.
- NOUVELLES DU FAMILISTÈRE
- L’insertion légale de l’extrait des Statuts du Familistère a été fait dans le « Courrier de VAisne », le vendredi 27 courant, dans les termes suivants :
- Insertion «3Tn.clici»iï*e
- D’un acte sous seings privés, en date du treize août mil huit cent quatre-vingt, enregistré à Guise, le seize du même mois, folio 20, recto case 8, par M. le Receveur qui a perçu les droits, il appert que :
- Jean-Baptiste-André GODIN, manufacturier demeurant à Guise, a fondé avec :
- 1° MM. DEQUENNE, François ; PERNIN, Antoine; BARBARY, Antoine; PIPONNIER, Antoine-Etienne; FABRE, Marie-Auguste, employés, et Madame- MO-RET, Marie-Adèle, directrice des services de l’enfance et secrétaire du fondateur ;
- Demeurant tous au Familistère de Guise, et chacun cessionnaire conformément à l’article 141 des statuts sociaux, d’une part d’intérêt de cinq cents francs.
- IEn qualité d’associés et avec les droits statutaires attachés à cette qualité.
- 2®-MM. BGÜRDANOHON, Félix-Octave; MlSMA-QUE, Jules-Ferdinand ; DIRSON, Emile-Léonard • GODIN, Adolphe-César et Madame ROÜSSELLE, Marthe-Laure, née CRONIER;
- Tous employés, demeurant au Familistère de Guise.
- En qualité de Sociétaires et avec les droits statutaires attachés à cette qualité.
- 3° MM. ANDRÉ, Eugène-François ; MARÉCHAL, Florent-Théodore et QUENT, Aimé-Eugène, tous employés, demeurant les deux premiers à Guise et le troisième à Saint-Germain.
- En qualité de participants et avec les droits statutaires attachés à cette qualité.
- 4° Et enfin, tous ceux qui seront ultérieurement admis et adhéreront aux statuts établis en l’acte du treize août mil huit cent quatre vingt, en l’une ou l’autre des dites qualités.
- Une Société en commandite simple sous la dénomination de Société du Familistère de Guise, association coopérative du capital et du travail.
- La raison sociale de cette Société est : Godin et Fie.
- Son siège est au Familistère de Guise.
- Elle a pour objet l’exploitation locative de l’immeuble constituant le Familistère de Guise, l’exploitation commerciale de ses magasins et débits et l’exploitation industrielle des usines et fonderies appartenant au fondateur et situés à Guise et à Laken-lès-Bruxelies (Belgique).
- La durée la Société sera de quatre-vingt-dix-neuf années, à partir de sa constitution définitive fixée à la date de son acte constitutif précité, treize août mil hait cent quatre-vingt. Elle finira le quatorze août mil neuf cent soixante-dix-neuf, à moins qu’elle ne soit prorogée dans la forme et les conditions pré-vuesfà l’article 138 de ses statuts consignés dans son dit acte constitutif.
- Le fond social, outre le travail fourni par les membres de l’association, se compose exclusivement des .apports statutaires du fondateur énumérés en l’article 38, des dits statuts et consistant dans :
- 1° Le Familistère de Guise, ses dépendances, son matériel.
- 2° L’usine de Guise, appartenant au fondateur, ses dépendances, son matériel, ses modèles et la jouissance exclusive, pendant toute la durée des brevets et des additions qui s’y rattachent, dont le dit fondateur est propriétaire, ainsi que. le port de Long-champs, avec ses charges et obligations.
- 8° L’usine de Laken, appartenant au même, ses
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- dépendances, son matériel, ses modèles et la jouissance exclusive, pendanttoute leur durée des brevets da dit fondateur en Belgique, ainsi [que des perfectionnements qui s’y rattachent.
- Les terrains et les constructions constituant le Familistère et les deux usines sont écrits et désignés dans un recensement, en date du trente juin mil huit cent quatre-vingt, et un plan de même date, annexés aux statuts.
- Les matériels et modèles, sont apportés tels qu’ils sont constatés dans les inventaires de Guise, clos le trente juin mil huit cent soixante-dix-neuf, et de Laken, clos le même jour, consignés dans les livres des dites usines et dans les albums de l'année et vérifiés par l’inventaire de mil huit cent quatre-vingt.
- 40 Les marchandises, matières premières et produits ouvrés existant au jour de la constitution définitive de l’association et repris par elle pour leur valeur constatée aux titres des trois établissements.
- Les marchés traités et commandes relatifs aux opérations de l’association, tels qu’ils se trouvent en la possession du fondateur, à la même date.
- 6° La somme de 355,604 fr. 39, en espèces et valeurs.
- L’ensemble de cet apport est évalué à la somme de 4,600,000 francs, dans laquelle les immeubles e accessoires sous les numéros 1, 2 et 3, sont .compris pour 2,288,333 fr. 44
- Les marchandises, ) matières premières et produits ouvrés, désignés sous le numéro 4, pour ......... 1,956,012 17
- Ce qui avec les espèces et valeurs désignés sous le numéro 6 s’élèvent à......................... 355,604 39
- Forme la somme totale ci-des- ---------------------
- sus de.......................... 4,600,000 fr. »»
- Les valeurs désignées sous le numéro 5, ne font l’objet d’aucune évaluation et passent à la Société sous la seule condition de prendre à la décharge du fondateur, la responsabilité de l’exécution des Marchés, traites et commandes qui en font l’objet.
- La Société est gérée et administrée par M. GODIN, son fondateur, qui a seul la signature sociale avec faculté de la déléguer par procuration et sous sa responsabilité et qui a le pouvoir de désigner son successeur soit de son vivant, soit par voie testamentaire. Faute de cette désignation, le successeur est n°Dimé par l’Assemblée générale des associés, contée à cet elïet.
- L’administrateur-gérant, représente seul la Société vis-à-vis des tiers et il est seul indéfiniment responsable envers eux, les autres membres de i’assooiation à quel titre que ce soit, n’étant engagés et responsables que jusqu’à concurrence des parts d’intérêt qu’ils pourront acquérir et posséder dans le fonds social.
- Le dépôt d’un double de l’acte constitutif précité, a été fait, savoir :
- Au Greffe de la justice de paix du canton de Guise, suivant acte en date du 23 août courant.
- Au Greffe du Tribunal de commerce de l’arrondissement de Yervins, suivant acte en date du même jour.
- Ledit acte constitutif est accompagné, ainsi que les doubles déposées, des annexes suivantes :
- Réglement des assurances mutuelles de la société ;
- Réglement de l’habffation, des ateliers et des bureaux ;
- Etat des brevets, additions et perfectionnements compris dans les rapports du fondateur ;
- Recensement des immeubles compris dans les mê-, mes apports ;
- Et plan des mêmes immeubles.
- Pour extrait certifié, à Guise, le 24 août 1880.
- L’Administrateur-Gérant,
- GODIN.
- ---^—
- H-e.s — Un statisticien vient de faire
- un curieux calcul sur la quantité d’épiugles fabriquées chaque jour. Les manufactures de Birmingham tiennent ie premier rang dans cette industrie et produisent quotidiennement environ 37 millions d’épingles ; celles de Londres, de Strandes et de Dublin en produisent 17 millions, soit une production journalière de 50 millions d’épingles pour l’Angleterre seule.
- En France, les diverses fabriques de Laigle, de Rugle, de Paris, en produisent une vingtaine de millions, et celles de Hollande, d’Allemagne et d’ailleurs, 10 millions environ.
- De sorte que l’on peut estimer très-approximative-ment à 80 millions le nombre des épingles' fabriquées chaque jour, ce qui donne 26 milliards 200 millions d’épingles fabriquées par an en Europe. Cette quantité représente une valeur de 11 millions et demi de francs.
- Aux Etats-Unis, 00 en fabrique, en un an, 18,740,800,000, soit soit 468 par habitant. Il y a cinquante ans, un homme fabriquait 14 épingles par minute ; aujourd’hui, grâce aux merveilleux progrès apportés à l’outillage, un ouvrier en livre 14,000" par minute.
- Malgré cette énorme production, et quoique les épingles s’usent à peine et se brisent bien rarement, on entend à chaque instant cette phrase : Vous n’auriez pas une épingle à me prêter ? de telle sorte que comme probablement les épingles sont fort rares, les épingles ne doivent disparaitre de la circulation que par leur perte, et on est forcé d’admettre qu’il se perd 80 millions d’épingles par jour.
- Les épingles ont été longtemps un des curieux exemples des résultats donnés par la division du travail ; chaque épingle passait par les mains de 14 ou-
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- vriers, et chaque ouvrier contribuait chaque jour à la fabrication de 100 millions d’épingles. Aujourd’hui, les machines ont remplacé dans une grande proportion le travail à la main des ouvriers. Si, en face des chiffres énormes que donne la statitisque de la production des épingles, on cherche le prix de revient d’une seule de celle-ci, on trouve un nombre non moins curieux ; d’après le prix moyen de vente en fabrique, le prix de revient d’une seule épingle varie de deux à trois millièmes de centime.
- SIR L’ESSEIGMfiOT PROFESSIONNEL
- Nous avons dit précédemment ce que nous pensions des écoles d’apprentissage installées officiellement ; nous persistons à croire que ces écoles ne peuvent donner de bons résultats que si elles s’organisent au sein même des industries qu'elles ont pour but de développer, et sous la direction de praticiens exerçant leur profession.
- Mais nous estimons que la vulgarisation des Cours Professionnels remplacerait avantageusement la création d’Ecoles d’Apprentis.
- On ne saurait trop le répéter : à notre époque de transformation économique, lorsque l’apport du progrès matériel s’augmente chaque jour, il devient rigoureusement nécessaire d’augmenter également l’apport de savoir du conducteur.
- Les Cours Professionnels nous paraissent répondre, comme point de départ, à cette nécessité moderne.
- Pour en faciliter l’organisation il serait rationnel, au début, de faire dans chaque région industrielle de la France des cours ayant un rapport direct avec les professions les plus usitées dans le pays ; et dans les chefs-lieux des grands centres seulement on établirait un ensemble de Leçons pratiques répondant à diverses industries.
- Nous donnons ici une première série de la nomenclature des Cours, laquelle se diviserait pour être classée suivant les besoins ou les tendances économiques des différentes régions.
- L’Enseignement Professionnel doit comprendre tout d’abord :
- Les procédés généraux de métiers pour la préparation des matières premières en produits ouvrés.
- Les manipulations chimiques pour la teinture et l’impression.
- La répartition des forces, et leur valeur, pour la mécanique.
- Le moulage et la coulée pour les fontes.
- L'application de l’outillage perfectionné pour les instruments de précision: Optique, Gféodosie, etc.
- La connaissance des genres et des styles pour les métiers s’inspirant de l’art décoratif.
- La composition pour les accessoires du costume
- La coupe et les garnitures pour le vêtement.
- La science pratique des chiffres , si nécessaire dans l’organisation financière de notre époque.
- L’analyse des terres, et l’énoncé de leur valeur productive.
- L’abrégé du droit usuel.
- Les notions sur les substances médiales composant la pharmacopée ménagère.
- Leçons d’économie rurale.
- Les aperçus du système international qui régit nos relations commerciales à l’extérieur.
- Ces cours devraient être ouverts aux ouvriers industriels, aux femmes, ces parias du savoir ! et aux travailleurs agricoles dont l’émigration parfois irréfléchie amène une pertubation si grande dans les intérêts généraux.
- Actuellement, il paraît difficile de faire profiter de ces cours la plupart des ouvriers et ouvrières de nos usines, tenus qu’ils sont a la tâche quotidienne de 11 à 13 heures par jour ;
- Or, c’est ici qu’apparaît l’urgence et le bien fondé de la proposition législative de M. Martin Nadaud, fixant la journée normale à dix heures de travail effectif.
- Il y aura là un sacrifice à faire de la part des détenteurs du capital public mais il n’est pas exces-cif, et nous sommes persuadés que non-sulement le sentiment national y répondra, mais encore que l’intérêt bien compris de notre avenir économique y trouvera son compte.
- . Il nous reste à examiner les moyens de recruter le personnel enseignant.
- Recevez, etc.
- G. Deville.
- Ancien membre des prud’hommes de la Seine.
- Fortune de la France
- L’administration des finances vient de publier les états complets des recettes du premier semestre de l’exercice en cours et de les rapprocher des évaluations budgétaires.
- Le relevé officiel indique, comme résultats d’ensemble, une plus value totale de 79 millions. L’impôt de 3 0/0 sur le revenu des valeurs mobilières a dépassé, pour le premier semestre, de près de 3 millions les évaluations pour lesquelles il figurait au budget de prévision. On compte que cet impôt produira, pour l'exercice entier, une somme de 30 millions. Il s’applique donc à un revenu de 1,350 millions, lequel doit être fourni par un capital d’environ 27 milliards.
- Voilà, approximativement, la somme à laquellle on peut évaluer les placements effectués sur les valeurs soumises à l’impôt. On doit y ajouter au moins -5 milliards de titres variés de notre dette nationale, lesquels sont exempts d’impôts et les emprunts étrangers, qui, aussi, en sont indemnes. Le tout ferait une soixantaine de milliards de francs comme capital ae notre richesse mobilière.
- Le Directeur-Gérant : GODIN.
- Saint-Quentin — lmp. de .^Société anonyme du Glaneur
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- r ANNÉE, TOME 4 — N» 105
- Le numéro hebdomadaire 20 c.
- DIMANCHE,12 SEPTEMBRE 1880
- Le Devoir
- REVUE DES RÉFORMES SOCIALES
- bureau
- _v GUISE (Aisne)
- Toutes les communications doivent être adressées â M. GODIN Directeur-Gérant Fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE
- par l'envoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France
- Un an. . . . 10 îr. »» Six mois ... 6 »»
- Trois mois . . 3 mm
- Union postale
- Un an ... . 11 îr. mm Autres pays Un an. . . . 13 îr. 60
- ON S’ABONNE
- A PARIS 5,r.Neuve-des-petits-Champs
- Passage des Deux-Pavillons
- S’adresser à M. LEYMARIE administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- pêie de l'Enfance au Familistère : Discours de M. Godin. — Comte rendu de la Fête. — Faits politiques et sociaux de la semaine. — Les drames de la misère. — Les impôts de consommation : l'octroi. — Nouvelles diverses. — Congrès de Gênes. — Variétés.
- FÊTE DE L’ENFANCE AC FAMILISTÈRE
- LS DIMANCHE 5 SEPTEMBRE.
- DISCOURS DE M. GODIN
- Chers élèves,
- Une année de plus est achevée pour vous dans la voie cle l’étude, dans la voie de l’initiation aux connaissances que l’homme doit posséder pour se rendre utile, d’une façon intelligente, dans la carrière qu’il est appelé à remplir.
- Tel est le but que nous concevons à l’instruction. Elle doit préparer l’enfant à la vie pra-%ie, lui faciliter d’abord ses débuts dans la fonction qu’il est appelé à exercer; lui permettre ensuite de saisir les détails de cette fonc-10n> en y appliquant avec fruit les notions accises à l’école.
- Principe élémentaire de Tinstruction pu-
- blique a été malheureusement trop méconnu jusqu’ici.
- Pour peu qu’on examine ce sujet, on est étonné de voir combien jusqu’à ce jour les jeunes gens ont été obligés de consacrer de temps à l’étude de choses dont ils ne feront aucun usage, tandis que, les connaissances dont ils ont le plus besoin à la sortie des collèges et des écoles ne leur sont pas enseignées.
- Sous ce rapport l’instruction primaire est dans une voie de progrès rapide, l’administration de l’enseignement s’efforce de briser avec la routine ; elle appelle les instituteurs à donner un enseignement utilitaire et pratique.
- Mais que de temps il faut pour établir la théorie rationnelle de l’instruction, pour dresser le programme vraiment utile de l’enseignement, et pour former les maîtres capables de bien appliquer ce programme.
- Les errements de l’enseignement publie ont été tels jusqu’ici, que dans les écoles la lecture, cette base fondamentale de l’instruction, a été négligée au point qu’avant de savoir bien lire les élèves sont exercés à des études et à des problèmes dont ils n’auront jamais à se servir. On charge leur mémoire de faits presque toujours contraires aux principes de notre société moderne ; on atrophie ainsi leur jugement et on les maintient dans l’ignorance de ce qu’il leur importerait le plus de connaître, savoir le progrès des peuples vers la liberté et l’émancipation sociale.
- Il est indispensable que l’instruction pu-
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- blique quitte ces errements pour se mettre à la hauteur des besoins de notre époque et que ces restes du passé disparaissent. t
- Pour cela il faut surtout que la lecture soit enseignée avec soin, avec méthode et sur de bons livres. Mais il ne suffît pas que l’élève sache lire, il faut, en outre, l’amener à bien comprendre chaque mot, à réfléchir sur la valeur de chaque phrase et à saisir parfaitement le sens du discours.
- Donner à l’enfant l’art de la lecture, c’est lui donner la clef de la science. Combien de grands hommes se sont élevés d’eux-mêmes après ce seul acquis.
- On peut affirmer que tout ce que l’écolier apprend, il l’oubliera, s’il ne sait pas bien lire. S’il sait très-bien lire, au contraire, non-seulement il conservera les connaissances utiles qui lui ont été enseignées, mais encore il en acquerra d’autres, parce que la lecture aura de l’attrait pour lui. La science ainsi lui sera facilement accessible.
- Pères et mères, si vous voulez savoir quel est le degré d’instruction utile donné à vos enfants dans les écoles, mesurez-le à la perfection de leur lecture, car s’ils ne savent pas bien lire, les autres connaissances leur serviront peu. ,
- Soignons l’apprentissage de la lecture chez nos élèves, puisque c’est en lisant qu’ils peuvent s’élever à la connaissance des faits de la vie extérieure.
- S’ils possèdent bien la lecture, leur pensée acquerra plus de précision et ils sauront mieux l’exprimer ensuite par l’écriture.
- Que l’enseignement du calcul leur soit donné de.façon à les bien exercer aux opérations usuelles.
- Qu’on ne s’attache point à leur faire résoudre des problèmes dont jamais plus tard ils n’auront à se préoccuper. Qu’on les exerce au contraire à appliquer aux affaires les plus ordinaires le savoir acquis, et à discerner tous les services qu’on en peut tirer dans les faits de la vie journalière.
- On préparera ainsi de bons ouvriers, des contre-maîtres intelligents, des ingénieurs, enfin des directeurs du travail. Rien de ce que l’élève aura appris à l’école ne sera perdu pour
- lui et son entrée dans la vie productive
- sep*
- facile. '
- Telle est la pensée qui nous a guidés da^ ’éducation et l’instruction des enfants au pa
- 1
- milistère ; c’est celle dont nous devons
- COQtj.
- nuer à nous inspirer si nous voulons que nos élèves soient de dignes continuateurs ^ œuvres de leurs pères, et qu’ils puissent moD trer dans le Familistère le spectacle d’une po. pulation de travailleurs vivant au sein de 1’^, sance, de la concorde, de la paix et du bonheur domestique.
- Néanmoins il faut bien reconnaître que ^ but est trop large pour que l’enseignement pédagogique seul suffise à l’atteindre.
- A côté des connaissances nécessaires am fonctions journalières, il faut à l’homme la connaissance de sa destinée sociale, il lui faut la connaissance'de ses droits et de ses devoirs de citoyen, il lui faut plus encore parmi nous, il lui faut acquérir le sentiment de la fraternité sociale.
- Disons-le avec regret, les écoles du Familistère souffrent sous ce rapport très-vivement des lacunes qui existent dans nos écoles publiques. Les bons livres d’enseignement font défaut, surtout sur ce point, et les habitudes contractées sous les influences mauvaises d’un passé non encore éteint sont aujourd’hui l’obstacle à vaincre.
- L’école a besoin d’être débarrassée de toute influence cléricale pour entrer réellement dans la voie du progrès social, pour arriver à l’inauguration de l’instruction vraiment républicaine, pour préparer à la nation de dignes citoyens qui considèrent le travail comme une des premières et des plus saintes fonctions de la Société, et qui, repoussant toute idée de castes ou de classes, aient le sentiment vrai de la dignité humaine et de la fraternité entre les hommes.
- C’est là, chers élèves, le rôle qui vous *D* combe tout particulièrement. Nulle part dans le monde n’a été offerte à une génération uD* mission aussi belle que celle que vous êtes appelés à remplir.
- L’Association est faite parmi nous et devez en être les continuateurs. Vous pelés à succéder à vos pères, dans la tâche e
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- rieuse cle la pratique de la justice dans la répartition des produits du travail.
- C’est pour cela qu’il est indispensable que vous vous éleviez par l’instruction et l’étude à la hauteur du rôle que vous avez à remplir.
- 1/Association étant constituée, vous devez en devenir les travailleurs,- les surveillants, les contre-maîtres, les comptables, les ingénieurs, les directeurs et les administrateurs.
- Comment pourriez-vous atteindre ce but si par vos efforts vous n’acquériez l’instruction suffisante, et si par la culture des bonnes intentions vous n’éleviez votre cœur à la hauteur des qualités morales nécessaires à la direction fraternelle de l’Association.
- Et vous, pères et mères, qui m’écoutez, vous qui déjà profitez depuis longtemps des prémisses de cette Association, travaillez à en augmenter les bienfaits.
- Aujourd’hui, la Société du Familistère est constituée, les institutions fondées ici pour donner à chacun la sécurité du lendemain, pour assurer aux malades des allocations journalières, aux invalides une, retraite, aux veuves, aux orphelins les moyens de vivre, à tous les enfants l’éducation et l’instruction, toutes ces institutions sont remises en vos mains en même temps que vous êtes appelés à la propriété sociétaire de l’industrie et des instruments de travail qui vous donnent vos moyens d’existence.
- Beaucoup, je le sais, malgré les faits accomplis se refusent encore à-croire à la réalité de l’Association que j’ai fondée parmi vous. Disposés à voir en toute action un intérêt personnel, ils se refusent à voir les choses comme elles sont et cherchent en vain quel intérêt le fondateur a pu trouver dans l’Association qu’il a faite.
- Appeler ses ouvriers au partage des bénéfices lorsqu’en qualité de patron on a la faculté de tout conserver pour soi, voilà ce que, suivant eux, personne ne fera jamais. Donc ils ne veulent pas croire à l’Association. Les dividendes distribués dans le passé et les statuts sociaux mêmes ne leur suffisent pas ; il leur faut une plus longue expérience de la pratique des faits. Pour ceux-là il n’y a qu’à attendre ; le jour n’est Pas éloigné où nous les verrons empressés à demander leur inscription sur les listes de la
- Société, lorsqu’ils auront vu leurs camarades recevoir régulièrement leurs titres de dividendes annuels et toucher les intérêts qui leur seront dus.
- Quant à ceux qui, ralliés de cœur à l’idée, n’osent par timidité apporter leur acte d’adhésion à l’Association, qu’ils se raffermissent, qu’ils aient foi et confiance; notre Société admet tous ceux qui avec bonne intention travaillent pour elle, et elle n’exige d’eux aucun sacrifice.
- Certaines personnes, dit-on, prétendent qu’on ne peut entrer dans l’Association qu’en versant une somme d’argent.
- Ces personnes n’ont pas lu les statuts de notre Société, ou leur esprit ne peut s’élever à la compréhension des vues d’avenir que ces statuts renferment, pour la réalisation du bien-être au profit des travailleurs et pour l’émancipation prochaine du salariat.
- Que tous les doutes disparaissent donc et que devant les faits accomplis, les plus timides se sentent animés de la virile résolution de mener à bien l’œuvre entreprise ici.
- Sachez, par vos efforts vigilants, être dès maintenant les soutiens de la prospérité commune.
- Donnez au monde la preuve que le travailleur est le plus puissant auxiliaire de son propre bienq et que pour le réaliser il n’a besoin que de la liberté et de la possibilité d’agir.
- A vous, directeurs, administrateurs et membres des conseils, incombe maintenant une noble tâche; vous êtes les premiers qui ayez accepté devant la société la responsabilité morale de coopérer à la réussite de l’Association du Capital et du Travail.
- Vos efforts dans la voie du travail industriel comme dans celle de l’organisation des mesures les plus propres à réaliser, entre nous, la mutualité et la fraternité dans tous les rapports, auront un retentissement considérable.
- L’histoire enregistrera nos succès ou nos insuccès; elle en recherchera les causes et fera à chacun de nous la part qu’il aura méritée.
- Car l’Association du Familistère sera, dans l’histoire du travail, un fait trop considérable pour ne point être examiné un jour dans tous ses détails.
- La conciliation des intérêts entre patrons et
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- ouvriers est aujourd’hui le plus pressant problème qui s’impose à nos sociétés.
- Efforçons-nous de prouver que ce problème n’est pas insoluble,
- Que la justice et l’équité peuvent s’établir dans la répartition des fruits de la production,
- Que le travailleur à tous les degrés, simple ouvrier comme chef de service, peut recevoir la juste part des bénéfices qu’il concourt à produire.
- Mais une autre démonstration sort déjà avec évidence de nos efforts, c’est que le travail associé possède assez de puissance pour faire la part des faibles et pour garantir complètement contre la misère la famille de l’ouvrier malheureux.
- Cette démonstration, je le répète, ressort déjà des faits accomplis, mais c’est par la perpétuation de l’oeuvre que les convictions se propageront à travers le monde, et que notre Association et les principes qu’elle met en évidence pourront servir à la solution des problèmes sociaux qui inquiètent aujourd’hui la société.
- Pour qu’il en soit ainsi, il faut que nos enfants soient nos continuateurs; c’est pourquoi j’ai appelé toute votre attention sur ce qu’il | nous appartient de faire pour l’éducation de l’enfance au Familistère de Guise et sur Futilité qu’il y a à développer chez nos élèves l’amour du travail et surtout l’amour de l’Association.
- Pénétrez-vous bien qu’à partir de maintenant ce ne sont pas seulement de leurs intérêts individuels que ces enfants devront prendre soin, mais qu’il leur incombe de prouver que c’est par la puissance de l’Association que se fera l’émancipation des classes ouvrières.
- Ecoutez de tous les points de l’horizon les revendications des travailleurs ; voyez de toutes parts les grèves et les conflits de l’industrie; mesurez les privations et les incertitudes de l’ouvrier, et reconnaissez que nous accomplissons ensemble une oeuvre sainte par excellence, en démontrant au monde que par l’Association de nos volontés, par l’Association de nos intérêts, par l’Association du Capital et du Travail enfin, nous avons fait disparaître parmi nous cette lèpre hideuse de la misère qui décime l’humanité.
- Un tel résultat est bien digne de stimuler
- votre courage et votre ardeur. A l’oeuvre donc frères, c’est par le travail et par l’amour du bien que s’accomplira le salut du monde. -----------------------
- COMPTE RENDU DE LA FÊTE
- Le premier dimanche de septembre est un grand jour pour les douze cents habitants du Familistère C’est ce jour-là que se célèbre chaque année au Palais Social la Fête ded’Enfance; c’est ce jour-là que les élèves des écoles de l’association reçoivent les récompenses que leur ont values leur bonne con-duite, leur progrès dans l’étude et leur assiduité.
- Aussi ce beau jour fait-il longtemps à l’avance le sujet de toutes les conversations. Les mamans et les grandes sœurs, de leur aiguille agile, terminent des costumes nouveaux ou de fraîches toilettes ; les petits garçons à la mine éveillée causent des récompenses qu’ils espèrent et des jeux auxquels ils prendront part; les fillettes aux chevelures soyeuses constellées de papillotes se racontent l’une à l’autre comment est la robe neuve qu’on leur prépare et de quelle couleur en seront les rubans. Les papas et les grands frères, aux heures de loisir que leur laisse le travail, discutent de quelle manière il faudra s’y prendre pour que la cour centralô soit décorée plus agréablement encore que l’année précédente. En uu mot tout le monde s’intéresse à la fête et s’occupe d’elle pour le moins autant que s’il s'agissait d’un fait personnel.
- Matinée du dimanche
- Il pleut à verse, ce qui n’empêche pas que dès le grand matin la population se livre aux préparatifs de la fête. En effet, grâce à son mode de construction, le Familistère se prête à merveille à la célébration des fêtes, même en cas de mauvais temps. Les espaces publics couverts sont assez grands pour cela.
- Aussi durant toute la matinée du dimanche voit-on les échelles se dresser dans la cour centrale et entend-on les coups de marteau retentir, sans que personne prenne davantage souci de la pluie qui s’abat avec grand fracas sur le vitrage.
- L’animation est grande dans la cour. Toute une armée de joyeux volontaires s’occupe à la décorer.
- Des trophées de drapeaux aux couleurs nationales, des guirlandes de verdure ou de papier de couleur, des écussons aux inscriptions variées, des faisceaux de branches d’arbres au feuillage nourri, sont appliqués ou tendus tout le long des galeries qui, sur trois étages de hauteur, courent sur les quatre côtes
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- je cette vaste nef. A l'extrémité orientale de la cour Qn vaste trophée haut de trois étages symbolise l’instruction et la protection de l'enfance
- Après-midi du dimanche
- La distribution des prix est annoncée pour trois heures. Aussi dès deux heures un quart le gentil bâtiment consacré à la crèche et à la salle d’asile — lieu fixé aux enfants pour leur rendez-vous — est-il envahi par tout leur joyeux essaim.
- Tandis qu’au dehors la.pluie tombe comme au plus beau jour du déluge et que le tonnerre remplit l’étendue de sa voix magistrale, le spectacle intérieur de ce petit édifice est on ne peut plus charmant, jamais ruche d’abeilles n’a montré tant d’animation. Tous les visages sont colorés par le plaisir, tous les regards étincellent de contentement. Ceux des enfants qui, la veille, ont reçu les décorations méritées par leur discipline ou leurs travaux arrivent les premiers. Ah ! c’est qu’ils vont recevoir, pour le défilé du cortège, la bannière aux vives couleurs qui porte, inscrite en belles lettres d’or, la mention de la spécialité dans laquelle ils ont obtenu le premier rang. Ce n’est pas sans peine que l’instituteur-chef et les sous-maîtresses font classer dans l’ordre de mérite toutes ces fillettes que la cérémonie qui se prépare a rendues impatientes et tous ces petits garçons qu’elle a rendus babillards.
- Tandis que les enfants se forment ainsi en cortège dans le bâtiment de la basse enfance, la musique du Familistère se réunit dans les salles du casino, la compagnie des sapeurs pompiers et le corps des archers forment leurs rangs devant la façade principale et reçoivent leurs drapeaux ; les autres membres du cortège s’assemblent dans la vaste cour vitrée de l’aile gauche.
- A deux heures et demie les divers groupes débouchent chacun de leur côté dans la belle cour du bâtiment central et se forment en cortège. Les pompiers et les archers prennent place au fond de la cour, derrière les enfants rangés en demi cercle. En moins d’un quart d’heure chacun est à la place tiui lui est fixée et le cortège s’ébranle, tandis que la musique du Familistère emplit de ses accords 1 Immense vaisseau de la grande cour.
- par une heureuse coïncidence, l’orage prend fin, ttûe éclaircie se fait dans le ciel et le soleil se met à briller.
- A ce moment le cortège sort par la porte centrale e| traverse la grande place qui s’étend des bâtiments dhabitation jusqu’au théâtre, aux écoles et aux ^peiidances. Un nombreux public de curieux, venu SUrtout de la ville, encombre la place, tandis qu’aux
- 266 fenêtres que le Palais Social développe de ce côté se montrent de nombreux habitants, heureux de jouir du coup d’œil que présente le cortège.
- Comme de coutume, ce sont les sapeurs qui fraient le chemin dans la foule. Immédiatement après eux marchent les tambours et les clairons, tous, bien entendu, dans l’uniforme de leurs fonctions. La compagnie des sapeurs pompiers du Familitère vient ensuite, dans un ordre parfait, avec son uniforme. sévère, son drapeau et ses casques reluisant au soleil. Après elle, à la place d’honneur, s’avance, ou plutôt sautille quoique en bon ordre, la joyeuse armée des héros de la fête, élèves des écoles et enfants de l’asile, deux par deux, ou plutôt sur deux files, à gauche les fillettes et à droite les garçons. Les élèves les plus méritants portent les bannières, dont nous avons parlé ; d’autres ont sur la poitrine ou autour du cou, sous forme de médailles ou de rubans de couleurs, les insignes de lear distinction.
- La deuxième partie du cortège vient ensuite dans l’ordre suivants :
- En tête l’Harmonie du Familistère,son coquet uniforme et avec sa riche bannière de velours grenat couronnée d’un trophée de médailles.
- Puis M. Godin entouré des deux conseils de l’association, des présidents et secrétaires des assurances mutuelles de prévoyance, de pharmacie et de retraites.
- Puis les employés de l’usine et du Familistère et la délégation des anciens ouvriers.
- La compagnie d’archers du Familistère, avec son drapeau, clôt la marche.
- Au moment où le cortège arrive à la porte du théâtre les pompiers font la haie et la musique joue | un morceau de son répertoire.
- En un instant le théâtre est rempli. Le public emplit les trois rangs de galeries. Les bancs du parterre sont occupés par les enfants, les petits garçons à droite, les petites fille, à gauche, les plus petits do chaque sexe aux premiers bancs bien entendu. M. Godin et les conseils prennent place sur la scène .et la musique s’installe derrière leurs fauteuils.
- Des touffes de fuchsias, de reines-Marguerite, de dahlias' et d’amaranthe s’élèvent en gradins du parterre à la scène ou fleurissent dans des urnes de fonte, coulées, comme leurs piédestaux, dans l’usine de l’association ; au bas de l’escalier d’accès de la scène sont disposés une fort belle sphère et un cosmographe à bougie. Enfin tout le tour de la galerie des premières sont appendus les dessins exécutés par les élèves. Une exposition des travaux de couture est égalemeut installée dans le foyer du théâtre.
- Trois dames qui font partie des comités ont leur
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- place réservée sur la scène au même titre que les { commissaires du sexe barbu.
- C’est plaisir de voir tous les élèves des écoles de l’association groupés ainsi, les uns dans leurs plus beaux habits des dimanches, les autres dans leurs plus fraiches toilettes. Tous ces enfants sont d’une propreté irréprochable, tous sont très convenablement vêtus et même avec un peu de recherche. Et cependant tous, à 4 ou 5 exceptions près, sont fils ou filles d’ouvriers de gros états.
- Cette constatation nous épargne tout commentaire.
- L'Harmonie du Familistère ouvre la cérémonie — si toutefois le mot cérémonie peut être appliqué à une aussi charmante fête enfantine — par un fort beau morceau de Ziegler, VE&pérance. Un chœur mixte pour enfants, avec solo de soprano, les Abeilles, paroles d’Henri Murger, musique de Léon De-libes, lui succède et permet à l’auditoire d’applaudir de fraîches voix et de remarquer combien les enfants des écoles dé l’association se tirent avec aisance d’un morceau hérissé de changements de mesures.
- Le chœur terminé, un jeune élève, Eugène Grivil-ler, prend place devant le cosmographe placé au pied de l'estrade et donne de là, avec une assurance parfaite et une science de bon aloi, une leçon de cosmographie à ses collègues de classe ; de temps à autre, pour s’assurer qu’on l’écoute, il questionne quelques élèves qui répondent de leur place. Pour les parties difficiles, des élèves sont appelés tour à tour devant le cosmographe, où Télève devenu démonstrateur pose les questions voulues ou donne les explications nécessaires.
- Après cette leçon, qui, nous pouvons le dire sans exagération a émerveillé l’auditoire, une charmante petite fille, au minois éveillé, Palmyre Poulain, vient raconter à l’auditoire, avec une assurance parfaite et une accentuation irréprochable, l’origine des 'paresseux: et des imprévoyants. Deux poésies sont dites ensuite, la dernière, les Lunettes de ma grand mère, est interprétée par MUe Héloïse Point, jeune fille âgée de 9 ans seulement, qui met à la fois tant d’art et tant de naturel dans sa diction, que la salle tout entière, surprise et charmée, éclate en applaudissements. C’est un honneur pour les écoles du Familistère que de compter des élèves qui peuvent ainsi tenir un nombreux auditoire suspendu à leurs lèvres.
- M. Godin prononce ensuite le remarquable discours que nous avons reproduit plus haut et dans lequel on pourra remarquer entre autres choses que M. Godin rompt très carrément avec toutes les
- routines qui régnent encore en matière d’enseignement.
- Ce discours est chaleureusement applaudi.
- Un chœur d’enfants, 'musique de Rivetti, dont les paroles ont été appropriées à la circonstance vient ensuite, puis la distribution des prix.
- Les deux premiers élèves nommés sont le jeune Griviller — le même que nous avons vu tout à l’heure démontrer la cosmographie — et le jeune Aristide Tétier. Ces deux élèves ont obtenu le prix d’honneur pour la division supérieure. Signalons comme une innovation heureuse le fait que dans chaque division les élèves ont été appelés eux mêmes à nommer ceux d’entre eux qui méritaient les prix d’honneur. Les scrutins ont donné des résultats satisfaisants. Les élus du suffrage se sont trouvés précisément les élèves que l’instituteur aurait choisis si la désignation lui avait été laissée.
- On sait que dans l’association du Familistère toute élévation à un emploi doit — à partir d’aujourd’hui — puiser sa légitimité dans le concours. M. Godin a donc pensé, fort sagement selon nous, que le meilleur moyen d’empêcher ces élections après concours de faire fausse route, c’était de développer dès l’enfance parmi les associés le sentiment de la juste appréciation des mérites.L’introduction dans l’école de l’élection pour les prix d’honneur a visé à ce résultat et nous sommes heureux de constater que ce premier essai a parfaitement réussi.
- Après cette proclamation des prix d’honneurs de la division supérieure il est procédé à la distribution des prix, qui revêt cette année la même forme que les années précédentes.
- A l’appel de chaque nom, l’élève récompensé se présente et reçoit des mains de la directrice des services de l’enfance un prix et une couronne. Cette couronne, l’élève prie une des personnes admises aux fauteuils de la scène de la lui poser sur la tête. Quant aux prix, ce sont des beaux livres reliés et illustrés choisis avec le plus grand soin parmi les éditions de la maison Hachette. Les récompenses destinées à l’enseignement professionnel consistent, pour les jeunes garçons, en étuis de mathématiques, compas, balustres, etc, pour les jeunes filles, en objets de couture et de tricotage.Enfin pour les tout petits enfants, les prix consistent en jouets.
- Les élèves les plus méritants ont été, apres Eugène Griviller et Aristide Tétier déjà nommés, Zéphyr Proix et Alphonse Sarrasin dans la division supérieure, et, dans la deuxième division, avec Héloïse Point et Palmyre Poulain déjà nommées, Camille Delzard.
- Que l’insertion de leurs noms dans notre journal
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- soit une récompense pour le passé et un encou-^gement pour l’avenir.
- fort beau morceau de musique, avec une partie pr cornet tout à fait remarquable, la Touran-^lie, Par Bleger, clôt la cérémonie et le retour s’ef-^ctue dans le même ordre qu’à l’aller. On se réunit ' , ia cour de l’aile gauche, et après un chœur d’en-^tS) la Chanson de Roland, paroles de Sedaine,
- ’ sique de Grétry, et l'exécution de la Marseillaise, •n sc séparé.
- La foule se répand alors dans la place où des in-.aStriels ont installé des divertissements variés. A tait heures du soir la musique s’installe à une es-•Mtie dressée dans la grande cour, le bal s’organise se prolonge jusqu’à minuit. C’est un spectacle ^armant que celui de cette vaste salle de bal, longue ie45 mètres et large de 20, dans laquelle des censés de couples dansent à l’aise tandis que des •entaines, ou plutôt des milliers de spectateurs, tenus en bonne partie de la ville et des villages voi-<ins, forment comme une bordure vivante à chacune .iss trois galeries qui entourent cet immense vaisseau.
- Journée du Lundi.
- La journée du lundi n’est pas la moins aimée des enfants. Et cela se comprend puisque le lundi est :onsacré aux jeux. Ajoutons que cette année-ci la seconde journée de la fête est favorisée par un temps d’une splendeur peu commune.
- Dès le matin le clairon des sapeurs-pompiers du Familistère a invité les curieux à une parade avec manœuvre de pompes, le théâtre duFamilistère étant pris comme foyer d’un incendie fictif.
- A deux heures et demi de l’après-midi, tambours et tairons sonnent le rappel. C’est que les divertissements commencent. Ceux des jeunes garçons, jeu de 3alle à cheval, casse-pot, carrousel avec calottes de Valeur, occupent la cour du pavillon central, celle de 1 aile gauche et la place devant la façade ; les jeux des fillettes, collin-maillard, jeu d’anneaux, jeu de ci-i(,aux> occupent la cour de l’aile droite et celle du Villon central.
- Conclusion.
- Les fêtes bien comprises sont à la fois des occasions 4 ^seignemont et des éléments démoralisation. Elles •ünt indispensables au travailleur qui, sans elles, ITrait constamment dans le terre à terre de ses occupations quotidiennes. Il lui faut quelques belles * Unités qui le distraisect et le reposent. Le Fa-stere est on ne peut mieux approprié à cela. Où
- er fleurs que dans une asssociation nom-
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- breuse groupée par l’habitation unitaire, les ressources voulues|pour que de simples ouvriers puissent donner des fêtes aussi bien réussies que celles qui se donnent ici ?
- Il n’y a pas à s’y tromper, le succès des fêtes du Familistère résulte de deux causes qui font que toutes ont été splendides dans le passé et que toutes seront grandioses dans l’avenir ; la première de tces causes c’est que l’habitation unitaire crée un milieu exceptionnellement favorable aux réjouissances prises en commun, la deuxième c’est que l’association habitue ses membres à chercher leur plaisir dans le plaisir de tous.
- Ed. Champury.
- FAITS POLITIQUES & SÛCIAÜX DE LA SEMAINE
- DÉPARTEMENTS JPétition. Ouvrière.
- Les délégués des chambres syndicales de Toulouse ont remisa M. Gonstans, ministre de l’intérieur, lors de son passage dans cette localité, la pétition suivante :
- Monsieur le ministre,
- Délégués par l’Union des vingt huit chambres syndicales de Toulouse, nous venons, confiants dans le citoyen qui a su gagner notre estime, vous prier, monsieur le ministre, d’appuyer auprès de vos collègues et à la Chambre des députés, pour être présenté au Sénat, le programme suivant, dont l’urgence est suffisamment démontrée : .
- 1° Droit de réunion et d’association ; abolition des lois 1 estrictives ;
- 2° Réglementation des heures de travail pour tous les travailleurs; suppression du travail de nuit pour tous les travaux qui comportent ; le travail des femmes rétribué conformément au principe du droit et de l’équité;
- 3° L’adjudication des travaux de l’Etat mise à la portée des associations ouvrières, par la création d’une banque nationale ;
- 4° Création d’une caisse nationale de retraite pour les vétérans et les invalides du travail, du commerce et de l’industrie ;
- S" Instruction laïque et obligatoire à tous les dégrès ;
- 6“ Création d’écoles professionnelles ;
- 7° Indemnité fixe allouée aux prud’hommes ouvriers. Les employés de commerce, comptables, commis, etc., demandent instamment leur inscription sur la liste électorale pour le conseil des prud’hommes ;
- 8° Suppression de tout travail préjudiciable à l’industrie dans les prisons et dans les couvents par l’application de la loi des apprentis ;
- Les délégués sousignés vous prient, monsieur le ministre, d’agréer leurs respectueuses salutations.
- Le ministre a, paraît-il, loué les délégués de la modération de leur programme, et leur a promis toute son influence pour le faire adopter par les Chambres.
- Victime» de l’Assommoir. — On affecte de croire inoffensive, et même moralisatrice, la lecture des romans infects de l’école dite naturaliste.
- Voici un simpie fait divers qui donne un exemple de ce prétendu effet moralisateur :
- A Lyon, deux jeunes gens d’une vingtaine d’années,
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- parlant de VAssommoir. parièrent qu’ils boiraient comme Coupeau, une grande quantité d’alcool.
- Ils entrèrent dans une buvette et se firent servir chacun quinze verres de rhum, qu’ils absorbèrent.
- Au dernier verre tous deux tombèrent privés de sentiment. On les transporta aussitôt au domicile de leurs parents, où tous les soins leur furent prodigués.
- L’un et l’autre smt morts.
- EXTERIEUR
- AUTRICHE-HONGRIE
- Ouvrier/» Ibâ/tcmnés. — On lit dans le Temps :
- A Tokai, en Hongrie, les autorités ont bâtonné et emprisonné de pauvres ouvriers lombards qui refusaient de travailler sur un terrain pestilentiel. L’odyssée de ces malheureux est vraiment lamentable. Ils ont été embauchés à Vittorio (Vénétie) par un employé du consulat italien de Buda-Pesth. Leur bonne foi a été surprise. Selon la coutume, on leur a promis la fortune, et ils n’ont trouvé que la fièvre, la misère e't la mort. Treize d’entre eux ont succombé ; un grand nombre sont tombés malades et les autres ont voulu se rapatrier. L’entrepreneur, c’est-à-dire l’employé du consulat italien, les a fait battre et emprisonner.
- ESPAGNE
- Manifeste «le l’opposdtioxï. — M. Gastolar vient de mettre au jour, sous forme do lettre, une consultation politique que publient et discutent en ce moment tous les journaux de la Péninsule •
- « Nous appartenons, dit M. Gastelar, à l’extrême » droite de la démocratie espagnole par nos convictions » et par nos indélébiles traditions. Appartenant à l’ex-» trême droite de la démocratie espagnole, nous voulons » un Etat fort avec ses attributs essentiels ; un gouver-» nement obéi sans réserve tant qu’il commande au nom » et en conformité des lois ; nous voulons des corps » municipaux et provinciaux se renfermant dans le » cercle de leurs attributions, qui ne puissent d’aucune » manière rompre l’unité de l’Espagne ; nous voulons » un clergé indépendant de la politique et libre entière-» ment dans l’exercice de son ministère religieux ; une » armée recrutée parmi l’universalité des citoyens, qui » naissent tous avec l’obligation de servir leur patrie; » une armée soumise à une discipline vigoureuse, sous » des chefs austères et sévères, mais justes ; des réformes » progressives, non pas imposées par la force ou les » révolutions, mais amenées par l’acceptation de la » conscience du pays et par sa volonté, afin de conjurer » ces triomphes éphémères qui brillent comme un éclair » pour faire place ensuite à l’éternelle nuit et à l’hiver » des réactions. C’est cette politique qui seulement peut » nous faire vaincre Jes sophismes des réactionnaires, et » c’est elle que nous devons avoir en vue dans les » élections prochaines. »
- ITALIE
- La prostitution. — Le congrès qu’a convoqué à Gènes la Fédération britannique et continentale pour la suppression de la prostitution légale amène dans toute l’Italie des discussions sur cet important sujet.
- La questure de Milan a cru nécessaire de modifier son rôle quant à la prostitution. Le journal socialiste hebdomadaire la Plebe qui paraît dans cette ville fait très-justement remarquer que la prostitution étant un effet et non une cause, tous les efforts qui tendront à la supprimer ou à la .diminuer seront impuissants tant que
- n’aura pas été supprimée la vraie cause du fléau, ]qm possibilité presque complète où se trouve la femme ressources de-subvenir à ses besoins par le travail. ^
- HOLLANDE
- Délivrance de la reine. — La Hollande 1, patrie de Marnix, vient de donner, elle aussi, le spec tacle de la naissance d’un enfant royal, le canon a topU les fenêtres se sont pavoisées, les journaux ont fourni d’heure en heure le bulletin de l’état de la rem© Le roi est déeonflit. L’enfant qui vient de naître est une fille.
- Ce n’est pas sans tristesse que nous pensons qu’il y » une famille royale dans ces Pays Bas, devenus aujour d’hui insignifiants, eux qui, à Tépoque où y régnait là République, ont brillé d’un si vif éclat dans le monde
- La déchéance a coïcidé pour eux avec l’avènement tù la royauté.
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- TURQUIE
- Dotir voie mèche de cheveu. — Nous etn-pruntons au journal turc Hakikat le récit d’un incident qui donne une curieuse idée des moeurs de Constantinople :
- Mercredi passé, vers le tard une jeune fille musulmane de à 14 ans, accompagnée d’une vieille négresse, descendait du tramway sur la place Bayazid et se dirigeait vers Chahzadé-Bachi.
- Les agents de la police la rencontrant veulent l’arrêter et la conduire au ministre de la police qui se trouvait non loin de là. Opposition alors de la négresse, et toutes deux déclarant qu’elles n’ont rien à démêler avec le ministre, continuent leur chemin et entrent au conak de Ghahab bey, colonel de l’état-major do la garde impériale.
- Les agents de police se ravisant alors, regrettant, paraît-il, d’avoir laissé échapper leur proie si facilement, retournent sur leurs pas et, frappant au conak, demandent que la jeune fille leur soit livrée.
- Laporte naturellement reste close, des centaines de personnes se rassemblent, 3e tumulte croît à chaque instant.
- Sur ces entrefaites, arrive le colonel Ghahab bey, qui s’informe de ce qui signifie toutes remue-ménage et,mis au courant, déclare que la jeune fille est sa parente, laquelle habitant Calicha, vient passer quelques jours, à l’occasion des fêtes, dans sa famille.
- Ces explications ne font pas éloigner la police et Ilafiz pacha ne tarde pas à arriver.
- S. Exc. déclare alors que la jeune fille portant un voile trop transparent se mettait en contradiction avec la loi islamique et qu’il fallait qu’elle lui fût livrée pour que justice soit faite.
- En cas de refus, le ministre menace de faire enfoncer la porte.
- Les explications du colonel ne parvenant pas à satisfaire S. Exc., la jeune fille, accompagnée de sa négresse, est remise à l’autorité et conduite en voiture, au Grand Zaptié. .
- Là des explications ont lieu, des reproches sont fait?a la jeune fille sur la transparence de son voile OnW reproche même de laisser passer les mèches de ses cne* veux.
- La négresse prétend alors que la police pouvait e faire l’observation dès le principe "et qu’on y aura déféré. , e
- Enfin, après bien des paroles vives de part et dam > on relâche les prévenus. # _on
- Le colonel Ghahab bey, se trouvant atteint dan» ^ honneur par la mesure de la police, a fait entendre protestations. . .
- Ces protestations ont eu pour effet la destitution Hafiz Pacha.
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- PÉROU
- Fin prochaine «1© la guerre, — On annonce que des préliminaires de paix auraient été échangés entre le Chili d’une part et le Pérou et la Bolivie de l’autre.
- Nous attendions cette nouvelle d’un jour à l’autre, l’armée chilienne étant arrivée presque devant Lima.
- Il est triste que le Pérou et la Bolivie n’aient rien voulu eûtendre plus tôt et qu’ils se soient obstinés à poursuivre une guerre désastreuse qu’ils s’étaient attirée par leurs fautes.
- Espérons que le Chili qui, depuis plusieurs années se montre animé dans sa politique intérieure d’un esprit réellement libéral, saura ne pas transformer cette campagne victorieuse en guerre de conquête.
- On dit qu’il prétend partager la Bolivie entre lui et le Pérou. Ce serait peut-être une faute. La Bolivie est un’ pays très en retard mais elle a sur le Pérou cet avantage de ne pas avoir à sa tête un gouvernement qui est la plus parfaite incarnation de la mauvaise foi.
- Quant au Pérou, s’il est totalement écrasé, il n’a que ce qu’il mérite. La population n’y vaut pas mieux que le gouvernement. L’esprit de chauvinisme et de bigoterie l’anime et l’abêtit. De plus, dans cette guerre, elle a eu recours à de misérables manœuvres qui sentent plus la trahison que la guerre ouverte.
- LES DRAMES DE LA MISÈRE
- Dans notre dernier numéro nous enregistrions (en tête des Nouvelles diverses) le fait qu’une jeune fille était morte de faim, victime de notre état d’imprévoyance sociale et d’insolidarité, martyre aussi probablement, de la sainte loi de l’honneur 1 car une jeunesse à Paris est toujours sûre d’obtenir du vice, si elle veut l’écouter, le morceau de pain qu’elle attendra vainement quelquefois de la pitié secourable.
- Depuis lors on a pu lire dans les journaux le fait » divers suivant :
- « Deux gendarmes de la brigade de Boulogne, qui étaient en tournée sur les bords de la Seine, aperçurent une jeune femme, élégamment vêtue, qui après avoir enjambé le parapet se précipita dans le fleuve.
- N’écoutant que leur courage et sans même quitter leurs vêtements, les deux braves se jetèrent à la nage et après bien des efforts parvinrent à la ramener sur la berge.
- Ils s’empressèrent de lui donner les soins que réclamait son état. Mais malheureusement, après avoir déclaré que, sortant d’un des hôpitaux de Paris, avant d’avoir pu terminer sa convalescence, elle avait voulu se donner la mort pour échapper à la misère, la jeune femme expira dans les bras de ceux qui venaient de la sauver.
- Des papiers trouvés sur elle permettent de supposer que la malheureuse était âgée de trente ans et se nommait Hélène-Eugénie R.
- Une enquête a été ouverte sur ce suicide.par M. Fa-bry, commissaire de police de Boulogne. »
- Il s’agit bien d’enquête de commissaire de police en présence de faits journaliers d’une nature si navrante 1 C’est à la société qu’incombe le devoir de prendre des mesures de prévoyance générale qui pré-
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- viennent les suites funestes de pareils dénuements.
- Que la société organise donc "la mutualité sociale pour que de pareils faits ne se renouvellent pas.
- C. P.
- I LES IMPOTS DE CONSOMMATION
- ! L’Octroi
- | III
- 1 Au nombre des inconvénients de l’octroi il en est ; un qui, à notre connaissance, n’a jamais été signalé. ï Nous allons essayer de le mettre en lumière.
- | L’octroi ne fait pas seulement renchérir les den-I rées directement, par suite de l’imposition dont il les frappe, il les fait encore renchérir d’une manière indirecte par les entraves qu’il oppose au commerce et par la situation difficile qu’il fait aux commerçants. Ainsi le fait que l’octroi exige de leur part une plus grande mise de fond suffit à lui seul pour entraîner un renchérissement des prix de vente.
- C’est en effet une loi économique que plus un commerce ou une industrie exigent de fonds plus le tant pour cent que le vendeur ajoute à son prix de revient doit être élevé. Le fabricant de bijouterie ne peut se contenter d’un bénéfice proportionnel aussi minime que celui dont se contentera le fabricant de ficelle. Pourquoi cela ? Parcequ’il faut au fabricant de bijouterie une mise de fonds plus considérable, parce-que les frais généraux et les risques de perte augmentent en raison du capital engagé, parceque celui qui a besoin pour son commerce d’un capital considérable doit parfois recourir au crédit extérieur, toujours ruineux.
- On va dire que nous exagérons, que les surcharges de l'octroi influent à peine sur les mises de fonds, etc., etc.
- On aura tort.
- Nous n’exagérons pas. Ce que nous signalons ici existe. S’il y a erreur, ce n’est pas chez nous, mais bien chez ceux qui portent un jugement avant d’être sûrs qu’ils sont bien renseignés.
- Voici des faits. La houille paie à Paris 7 fr. 20 c. d’octroi par tonne, alors que le prix d’extraction va de 9 à 12 fr. Le vinaigre paie a l’entrée des droits plus élevés que son prix de commerce hors barrières. Les alcools en tonneau (il en est qui ne valent pas en commerce plus de 152 fr. l’hectolitre) acquittent aux barrières le droit énorme de 266 fr. 05 c. par hectolitre, ce qui fait pour les qualités inférieures un droit d'une fois et un tiers leur valeur.
- N'est-il pas évident que le négociant d’alcool qui vend dans son année 1,000 hectolitres, pourra vendre cet alcool à un prix tout différent, selon que ces
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- 1,000 hectolitres n’auront été payés que 152,000 fr. (moindre prix extra muros) ou selon qu’ils auront été payés 418,050 fr. (moindre prix intra muros) le même inconvénient dont l’évidence est sans conteste quand il s’agit d’alcool, est tout aussi réel, quoique à un moindre degré, quand il s’agit de la houille, du vinaigre, du vin, etc., tous objets de consommation de première utilité.
- L’octroi entraîne donc, non pas une seule fois mais à deux reprises, le renchérissement des prix de vente de ces consommations :
- une première fois par les droits d’octroi eux-mêmes, une deuxième fois par la nécessité où se trouvent les commerçants de prendre un bénéfice plus considérable par suite du capital plus grand qu’il leur faut engager et des risques plus graves qu’il leur faut encourir.
- L’octroi est même, par une autre raison, cause d’un troisième renchérissement. Celui-ci provient des entraves apportées au commerce.
- M. Reygeal disait à ce sujet au Conseil municipal de Paris :
- « Ne vous est-il jamais arrivé de voir aux diverses barrières de Paris des files de voitures, de camions, de chariots, etc., attendant leur tour de visite ? Certaines marchandises sont très-difficiles à apprécier et demandent énormément de temps pour être mesurées.
- « Je connais un entrepreneur de transports qui m’a assuré qu’il estimait à un minimum de 100 francs par jour le temps perdu aux diverses barrières de Paris par ses hommes et par ses chevaux. Qui donc supporte ces 10O francs par jour? Mais c’est le contribuable, puisque l'entrepreneur de transport les fait supporter au propriétaire de la marchandise, lequel est obligé de majorer son prix de revient des frais généraux et de transport afférents aux marchandises qu’il vend.
- » Indépendamment de la taxe perçue, l’octroi cause donc une hausse sur tous les produits introduits; par la perte de temps aux barrières, il entrave l’alimentation de la ville, même pour les objets non soumis à l’octroi, car il faut que chaque voiture subisse la visite. Vous n’avez qu’à vous rendre à une barrière par laquelle entrent les maraîchers, et vous verrez que leurs voitures chargées de légume perdent à peu près autant de temps que si elles étaient chargées de matières imposables; nous payons7 millions pour le temps que passent aux barrières les employés de l’octroi ; à combien faut-il estimer le temps perdu par ceux qui sont soumis à la visite et qui tous conduisent un ou plusieurs chevaux ? Je ne
- crois pas l’exagérer en l’estimant à trois fois la valeur que nous payons pour faire la perception, soit 21 millions. Vous voyez que si nous additionnons les frais de perception payés par les contribuables et le temps perdu par le commerce, également payé par les contribuables, nous arrivons à une somme qui n’est pas bien inférieure à 80 millions. »
- Ainsi, de ce chef là encore, il y a un troisième renchérisssement sur les prix de vente. Et M. Reygeal, remarquez-le, ne parle pas des frais et des pertes de temps que les soins administratifs imposent à l’intérieur des établissements. Ces frais et' ces pertes de temps sont assez onéreux dans certains commerces. Bien entendu, le commerçant ne manque pas de s’en rembourser. C’est encore cela qu’il faut ajouter à ce que paie le consommateur.
- Enfin devons-nous passer sous silence ce fait incontestable que le vendeur surcharge sa marchandise sous prétexte d’octroi d’une somme plus forte que celle qu’il a déboursée en réalité.
- Le marchand y est toujours forcé, même s’il est de la meilleure foi du monde. En effet le tarif de l’octroi fixe les droits sur des centaines ou des milliers d’unités do poids ou de mesures, de sorte que, une fois ces droits réduits à l’unité, il se produit des sommes rompues qui n’ont pas leur équivalent monnayé. Aussi la viande paie à Paris 11 fr. 60 centimes et demi les 100 kilog.; cela donne par kilog. 11 centimes et 605 millièmes de centimes. Le vendeur fait son prix de revient à raison de 12 centimes et quelque minime que soit cette surcharge elle fait à la longue des francs et des francs que le consommateur paie sans raison.
- Le plus souvent les tarifs de l’octroi abondent en chiffres rompus du même genre. Ainsi à Paris la charcuterie paie 22 centimes et 77 centièmes de centimes le kilog, l’huile commune 67 centimes et 45 centièmes de centimes. Il est bien certain que dans chacun do ces cas le commerçant arrondit le chiffre en le majorant de la fraction nécessaire pour cela et quelques fois en le majorant de plus que la fraction.
- Ainsi voilà, en plus des droits d’octroi, trois causes de renchérissement imputables à l’octroi :
- celle résultant de l’importance de la mise de fonds et de l’importance des risques à courir, celle résultant des pertes de temps imposées au personnel et au matériel, tant aux barrières qu’à l’intérieur des établissements, celle résultant des sommes rompues que donne l’application des tarifs.
- Le commerçant ne peut jamais savoir avec exac-
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- titude pour quelle somme l’octroi doit figurer dans son prix de revient. Il craint toujours de s’être trompé dans ses calculs ou d’avoir oublié quelque chose En conséquence, il évalue les dépenses que lui nécessite l’octroi à une somme assez élevée, plus élevée parfois qu’il ne faudrait. Bien entendu, c’est le consommateur, toujours le consommateur qui en supporte les conséquences.
- Nous croyons être plutôt au-dessous qu’au-dessu de la réalité en disant que ces majorations approximatives peuvent équivaloir au quart des droits d’octroi. M. Reygeal n’a-t-il pas dit qu’à Paris, les pertes de temps aux barrières représentent à elles seules une somme de 21 millions. Les autres pertes pouvant bien s’élever au tiers de cette somme, on trouve un total du quart des droits d’octroi.
- D’où il suit que si l’octroi était supprimé, les consommateurs bénéficieraient, non seulement de toute sa recette brute, mais encore d’un quart en plus.
- {A suivre.) Ed. Champury.
- Les Alcooliques
- Un congrès international pour l’étude des questions relatives à l’alcoolisme a eu lieu à Paris en 1878*; il a été constaté dans cette assemblée que 50 à 60 0/0 des crimes étaient commis sous l’influence de l’intoxication alcoolique. Dans.la plupart des pays, parmi les assassins on compte 46 0/0 d’alcooliques ; parmi les homicides 63 0/0; parmi les incendiaires, 48 0/0.L’alcoolisme cause donc la moitié des crimes ; faut-il accorder une prime à ce vice, en admettant l’irresponsabilité des coupables ?
- La prétention de mesurer le degré de responsabilité et de libre arbitre des déments de toute sorte n’est pas moins dangereuse et doit aboutir à l’impunité d’une bonne moitié des criminels. L’article 64 du Gode pénal dit qu’« il n’y a ni crime ni délit lorsque le prévenu était en état de démence au temps de l’action » ; mais il s’agit ici d’un cas extrêmement rare, de celui où le prévenu est dans un état de démence évident, état qui entraîne l'inconscience absolue, et, par suite, le défaut de raisonnement et d'intention. C’est méconnaître à la fois le texte et l’esprit de la loi que d’acquitter, comme nous le voyons faire trop souvent par certains jurys, sur les témoignages ordinairement peu concordants de médecins prétendus psychologues, des criminels qui sont loin d’avoir perdu la raison. Dans la voie où les tribunaux et les jurés à leur suite se sont engagés, on peut aller fort loin; le champ de l’irresponsabilité peut s’agrandir indéfiniment ; à ia folie caractérisée et constante, on peut ajouter la folie partielle et passagère, la monomanie, l’épilepsie, l’hystérie et une foule d’autres états parfaitement compatibles avec la raison habituelle, et par conséquent avec la responsabilité. Cette tendance nous semble déplorable et très-propre à compromettre le salut social, autrement intéressant que l’état pathologique d’un criminel. C'est au Journal des Débats que nous empruntons ce document.
- NOUVELLES DIVERSES
- FRANCE
- <1© miracle. — Ces jours derniers, à propos ee la recrudescence de miracles opérés cette année par fft ^rotle Lourdes, le Temps a signalé les périls que IQnt courir aux intérêts de la religion et à ceux mêmes
- de l’Eglise des pratiques d’un autre âge et qui constituent un outrage à la raison humaine. Ces pratiques superstitieuses tendent, disait-il, à élargir l’abîme, déjà trop grand, qui sépare la société moderne de cette nouvelle Église catholique qui a pour dogmes l’immaculée conception et l’infaillibilité papale et pour corps de doctrine le Syllabus. Ces pèlerinages mi-religieux, mi-politiques ; ces miracles, qui, sous le rapport de la qualité comme delà quantité, atteignent les dernières limites de l’exagération, lui ont paru ne pouvoir avoir d’autre conséquence qu’une décadence plus rapide du catholicisme, qu’un anéantissement complet de la foi dans un grand nombre d’esprits.
- ’ Cela n’est pas l’avis de l’Univers, qui a risposté assez vertement.
- Le Temps, toujours maître de lui dans ses polémiques, a répondu par le défi suivant :
- « Ceux qui se livrent à cette industrie(celledes miracles) aiment à se tenir en dehors des conditions ordinaires d’examen et d’analyse. Il leur serait pourtant bien aisé, à eux qui ont la puissance de Dieu à leur disposition, de triompher des incrédulités les plus obstinées et d’obtenir, non plus d’un ou de deux obscurs médecins, mais de la Faculté de médecine toute entière, un certificat de miracle. Us n’auraient qu’à aller à l’hospice des Quinze-Vingt prendre un aveugle de naissance, l’amener à Lourdes, le jeter dans la piscine, et l’en faire sortir clairvoyant, et cela sous le contrôle et la surveillance d’une délégation de l’Académie de médecine. Que les cléricaux fassent cette chose si simple, et le lendemain du jour où l’épreuve aura réussi, nous partirons pour Lourdes, un chapelet à la ceinture, une corde autour des reins, un chapelet orné de coquillages sur la tête et le bâton de pèlerins à la main. Et nous ne serions pas les seuls à faire ainsi. La terre entière nous suivrait. Il n’y aurait plus nulle part ni dissidents, ni incrédules. Pourquoi les cléricaux se refusent-ils, un tel triomphe, et pourquoi, au lieu d’un bon miracle bien et dûment contrôlé, ne nous fournissent-ils constamment que des miracles qui feraient sourire de pitié, par leur naïveté d’exécution, les moindres élèves de Robert-Houdin !
- « Si nous revenons sur cette question des pèlerinages et des miracles, ce n’est point certes dans une pensée d’hostilité à la religion. Tout au contraire. Comme nous avons déjà eu l'oecasion de le dire, nous regrettons plus que nous ne désirons la chute rapide de l’Eglise catholique. Nous aurions préféré une transformation de cette grande institution à son entier anéantissement. Mais pour cela il eût été nécessaire que l’Eglise y mit quelquè bonne volonté et que ceux qui ont la prétention d’être ses défenseurs les plus énergiques ne se changeassent pas en thaumaturges, en illuminés et en fanatiques. Les superstitions de Lourdes sont fatales à la foi catholique. VUnivers nous déclare que c’est «notre abaissement intellectuel » qui nous fait porter un tel jugement sur les miracles et sur leurs résultats. Entre la feuille cléricale et nous, l’avenir, et un avenir peut-être prochain, décidera de quel côté était la compréhension la plus juste des intérêts de l’Eglise et de la religion. »
- * +
- JLa Crémation <1© M. Renau. — Dans la dernière scène du curieux et artistique mystère que M. Renau vient d’écrire sous ce titre : l'Eau de Jouvence, on lit la pensée suivante, très profonde, placée par l’auteur dans la bouche du cardinal Philippe de Cabassole :
- Le crémation est la seule sépulture digne de l'idéalité ; car le corps humain, du moment qu’il n’est plus le subs -tratum d’une personne, n’est rien qu’un amas d’atômes semblables à tous les autres, que le respect ordonne de désagréger.
- * *
- Les aeeaparements de sacres. — Sous ce titre un journal a publié la singulière information suivante :
- « En ce moment, l’opinion publique est justement émue du scandale qui se passe sur la place de Paris.
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- « Des agioteurs étrangers ont formé une coalition pour accaparer"tous les sucres blancs.
- « Ce qu’il y a de plus grave, c’est que lesdites manœuvres faussent, au profit de quelques-uns, le résultat du dégrèvement dont pouvait s’honorer le gouvernement de la République,
- « Cette manœuvre audacieuse jette, dès aujourd’hui, sur le pavé une partie des ouvriers des ^raffineries, qui diminuent leur travail et ne tarderont pas à le suspendre.
- « Un tel fait mérite l’attention du gouvernement; si l’on n’y mettait obstacle, on pourrait voir se renouveler les mêmes manœuvres sur tous les articles de consommation. »
- * *
- JLe célitmt «les prêtres, — Un des collaborateurs du Journat des Débats, qui a longtemps habité l’Orient, donne de curieux et utiles renseignements sur la situation du clergé chrétien orthodoxe.
- En Orient, dit-il, non seulement les prêtres se marient mais il est d’usage et de règle que le mariage précède le sacerdoce. C’est même un dicton qui a cours que la femme la plus aimée est la femme du prêtre. Il est probable que ce qui a donné naissance à ce préjugé,tourné depuis en proverbe, c’est qu’il est interdit au prêtre catholique de convoler en secondes noces ; la femme qu’il épouse est donc sûre que son mari restera fidèle à sa mémoire.
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- Progrès cle l’idée «l’association. — Dans un article du journal la Finance Nouvelle, notre collaborateur, M. Ch. Pellarin, après avoir relaté les progrès que fait dans la presse l’idée d’association s’écrie :
- A qui la faute cependant si ce mouvement ne marche pas plus vite, s’il ne s’étend pas, s’il ne s’accélère pas suffisamment pour prévenir le retour de catastrophes dont la menace plane toujours sur l’avenir? La faute, il faut bien le reconnaître, est tout entière aux capitalistes et aux chefs industriels. D’eux, et d’eux seuls, il dépend que les rapports entre le travail et le capital se modifient ; dès qu’ils le voudront, par l’introduction du salutaire principe de la participation. Les travailleurs salariés ne demandent pas mieux, bien entendu, que d’accepter un pareil arrangement.
- C’est affaire à eux maintenant d’appliquer la solution qui leur est signalée du redoutable problème que suscite l’antagonismeMe^ intérêts dans le champ de l’industrie. Le conseil leur en est donné, non plus par des hommes dont ils puissent suspecter les intentions, mais par leurs amis eux-mêmes, par des publicistes de leur bord et dévoués à leur cause. Si pour n’être pas entrés à temps et assez résolûment dans cette unique voie de salut* l’Association, nous devons voir se succéder de nouveau les grèves ruineuses et tout leur triste cortège, on saura du moins à qui la responsabilité incombe : elle incombe à ceux qui, pouvant fonder l’association, sceller le traité de paix avec les travailleurs, n’auront rien fait pour remplir ce grand devoir social.
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- Les vraies questions. — C’est une chose étonnante et extraordinaire, dit M. Lockroy, qu’un gouvernement et un Parlement puissent encore perdre leur temps à discuter sur la liberté de la presse, sur la liberté de réunion et même sur la liberté d’association.Ces malheureuses questions-là sont tellement rebattues, usées, résolues, qu’en vérité autant vaudrait jouer de la clarinette que de les débattre. L’expérience a prouvé et prouve plusieurs fois par jour qu’un gouvernement honnête n’a rien à redouter des libertés publiques et que « la licence » dont on a tant parlé et qu’on craignait tant, non-seulement n’est point périlleuse, mais peut devenir extrêmement utile. La licence accordée à la presse réactionnaire, loin d’ébranler la République, a contribué à son établissement.
- Ce sont les articles de VUnivers, du Français, de Vli-
- mon, delà Gazette de France, de la Civilisation, etc., ce sont les discours de M. de Broglie, de M. de Four tou, de M. Baragnon, de M. Depeyre, de M. de Lorgeril, etc qui ont donné aux masses l'horreur de la roya'uté, Phorl reur du cléricalisme, l’horreur de la dictature, l’horreur de ce qu’on appelle, probablement par antiphrase, l’ordre moral. Si ces orateurs-là n’avaient pas des convictions politiques, il faudrait les payer. Si ces journaux-là ne vivaient pas tant bien que mal, il faudrait les entretenir.
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- Un nouveau travail sur la peine <1© mort. — C’est une disposition générale en ce moment de porter toutes les controverses sur le terrain religieux.
- On peut en trouver une confirmation, au moins curieuse, dans un remarquable travail sur la peine de mort qui a pour auteur, M. Carpentier, ancien avocat général à Douai, juge au tribunal de la Seine et, ce qui est plus rare, magistrat républicain.
- Jusqu’ici, toutes les discussions qui se sont engagées, pour ou’contre le châtiment suprême se sont nourries d’arguments philosophiques et humanitaires. M. Carpentier, cédant peut être aux tendances actuelles de l’esprit public, a eu l’idée de se demander dans quelle mesure le catholicisme pourrait avoir influé sur le maintien, dans nos institutions, de la peine capitale, et à l’aide de recherches et de citations fort complètes, il est arrivé à montrer que l’Eglise a ici une part considérable de responsabilité. L’Evangile et les anciens Pères de l’Eglise, Tertullien, Origène, saint Jean Chrysostome et saint Augustin prêchaient la doctrine du pardon. Saint Thomas d’Aquin — le théologien favori de Léon XIII — est le premier qui ait inauguré une doctrine contraire aux anciens préceptes, en déclarant « qu’il peut être bon de tuer un pécheur, comme il est bon de tuer une bête, parce qu’un homme méchant est pire qu’une bêle, et nuit davantage. »
- M. Carpentier est partisan de l'abolition de la peine de mort; il est convaincu que cette grave réforme s’imposera prochainement au législateur" Il n’est pas loin de penser comme Lamennais qui écrivait déjà il y a un demi siècle dans son Livre du Peuple ; je viens d’avoir la curiosité de l’ouvrir et j’y trouve cette phrase qui rentre dans mon sujet : « La législation instituée pour la répression des vrais délits changera de caractère; un esprit de miséricorde, de douce compassion y remplacera l’esprit de vengeance,l’idée fausse et sanglante d’expiation. La peine de mort fut abrogée, il y a dix-huit siècles, sur la croix du Christ. » Espérons que les prédictions de M. Carpentier ne tarderont pas si longtemps à se réaliser.
- Définition «lu (socialisme. — Dans un article du Rappel sur la Question sociale, M. Corbon, l’ouvrier sénateur, donne la définition suivante du socialisme :
- « Le socialisme est tout simplement la recherche de la constitution sosiale la plus conforme aux principes de justice. »
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- DÉPARTEMENTS
- Un joli livre «le prix. — Dans un pensionnat congréganiste du département de l’Yonne on a donné pour prix à une jeune fille un livre qui porte ce titre :
- La façon d'aimer légitimement Par b.-p.-cury 1838.
- Voici, en autres choses presque aussi fortes, ce qu’on y trouve :
- PRIÈRE
- à Vusaye d'une jeune fille qui désire se marier
- Mon Dieu qui avez créé le genre humain pour bénir votre nom adorable et qui lui avez donné, par la source
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- féconde du sacrement de mariage, une voie légitime •pour éteindre le feu de la concupiscence et en môme temps muKiplier, je vous adresse mes vœux du plus profond de mon cœur, aûn qu’il vous plaise de ms remplir d’une vertu vivifiante qui me rende capable de remplir du fruit de l’union conjugale, et me donner un époux qui ail toutes les qualités nécessaires pour s'acquitter digntment des vœux du mariage vous promettant que je ne lui refuserai jamais ce devoir quand il voudra: procéder à la principale action du sacrement, afin que nous puissions mettre au monde de petites créatures , qui vous louent incessamment ici-bas et ensuite dans le ciel, avec les bienheureux. C’est, ô mon Dieu ! ce que je vous demande de toute mon âme, avec les dernières instances. Regardez donc en pitié votre servante très humble !
- Ne permettez pas qu’elle demeure plus longtemps sur la terre comme un arbre sec et stérile ; faites, s'il vous plaît, pleuvoir dans les champs une rosée douce et | agréable qui fasse naître de bonnes plantes pour l’éternité !
- Ainsi soit-il !
- Nous voulons bien croire que la directrice du pensionnat en question n’a pas lu les livres qu’elle fait donner comme prix. Néanmoins le don a été fait.
- Avis aux personnes qui croient préserver leurs filles de mauvaises lectures en les confiant aux bonnes •sœurs.
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- La rraie force du cléricalisme ne consiste pas, comme beaucoup le croient, dans le prestige d’une religion soi-disant révélée, il consiste surtout dans le fait que l’Eglise romaine soutient d’innombrables.institutions de bienfaisance.
- Voici, comme exemple d’après le Courrier delà Champagne^ quelles sont, pour la seule ville de Reims, les institutions patronées par le clergé. On jugera par là de lajpuissance que des institutions aussi nombreuses mettent entre ses mains.
- « Nous avons, pour l’enfant au berceau, les Sociétés de la Miséricorde, de Charité maternelle, Protectrice de l'Enfance.
- « Puis viennent, pour les malheureux orphelins, et les abandonnés, la Charité et Bethléem.
- « Plus tard, l’honnête et laborieux ouvrier peut user des Etablissements économiques, de la Société de prévoyance pour la Retraite et des nombreuses Sociétés de Secours mutuels. Durant les mauvaises saisons ou dans les circonstances difficiles, les travailleurs en peine ont à leur disposition les fourneaux économiques, si intelligemment administrés par la Société de Saint-Vincent de Paul et le clergé. Le Bureau de Bienfaisance distribue aussi largement les ressources que la ville et les particuliers mettent à sa disposition.
- « Arrivés aux dernières limites de leur existence, les travailleurs peuvent jouir du bénéfice des petites épargnes qui se sont accumulées dans la caisse de la Société de Prévoyance', un certain nombre d’entre eux — ceux qui so trouvent isolés — ont à leur diposition la Maison de Retraite. Les moins fortunés, les malheureux ont l'Asile des Petites Sœurs des Pauvres, ou bien, comme les petits, la Charité. »
- Tout homme réfléchi doit convenir, après avoir lu cette liste, que ce n’est pas par des décrets qu’on arrivera a entraver les progrès du cléricalisme. Il n’y a qu’un seul moyen de vaincre cet adversaire, c’est de faire mieux que lui.
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- Extérieur
- ITALIE
- Un© licenciée. — A Naples, une jeune fille, aille Anna-Maria Ferrara, s’est présentée aux examens de licence lycéale.
- Elle a obtenu la licence au premier tour de scrutin.
- Dialectique ecclésiastique. — Nous donnons le fait suivant comme une curiosité instructive et un exemple qui prouve que la subtile dialectique ecclésiastique est loin d’être perdue. On sait que Pie IX, dans son testament, a recommandé que l’on ne dépensât pas plus de 2,000 fr. pour le monument funèbre où doivent reposer ses cendres. Léon XIII, considérant cette somme comme trop modeste, a demandé à une commission de cardinaux s’il ne conviendrait pas de déroger indirectement aux dispositions testamentaires du défunt pontife.
- Les cardinaux ont répondu qu’on pouvait employer 2,000 francs pour les frais de sépulture et du tombeau proprement dit, mais que rien n’empêchait d’enclaver ce petit monument dans un autre plus grand, dont tous les cardinaux créés par Pie IX supporteraient les frais.
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- Le mouvement en faveur du suffrage universel continue à se développer d’un bout de l’Italie à l’autre, mais surtout dans les Piémont et la Lombardie, qui sont les provinces où le patriotisme est le plus réfléchi : à Lecco, la police a cru devoir empêcher un meeting convoqué pour proclamer le droit de vote sans distinction de fortune; à Venise, une assemblée populaire a eu lieu, dans le même but, sous la présidence de M. Bertani, le chef de la démocratie parlementaire, et avec le concours de MM. Alberto Mario, le fédéraliste endurci, et Garducci, le grand poète moderne; le suffrage universel a été proclamé. A Livourne, le passage à la gare de M. de Saffi, l’ancien triumvir romain, a été salué par les cris de : « Vive la république ! »
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- ALLEMAGNE
- Jnstice rendue. — On sait combien grande est actuellement la misère en Allemagne.
- La Post s’occupant de cet état de choses, dit que le gouvernement doit y remédier par la construction de routes et de chemins ne fer, et elle conclut ainsi :
- « Que l’exemple de la hardiesse grandiose avec laquelle M. de Freycinet a conçu et exécuté le plan des travaux publics en France "stimule l’administration prussienne à agir de son côté énergiquement, et à surmonter les entraves qu’opposent les bureaux à tout projet non conforme à la routine. »
- Plusieurs autres feuilles allemandes s’expriment dans dans le même sens.
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- La guerre contre les juifs pren i de telles proportions que ceux-ci, désespérant d’arriver à rien, après avoir épuisé tous les moyens pour la faire cesser, viennent de déléguer auprès de l’empereur le baron de Rothschild, qui a dû exposer, de leurpart, an souverain, que si les choses continuaient ainsi,ils se verraient forcés à quitter la patrie allemande, et, bien entendu, avec leurs millions.
- Ce qui est surtout grave, c’ost que, malgré les assurances de sympathie données par l’empereur, l’aumônier de la cour, le député Stæcker prêche ostensiblement la croisade contre eux. Tandis qu’un journal spécial, la Vérité, excite chaque jour les Allemands contre les enfants d’Israël, les brochures pleuvent. Il vient d’en paraître une avec l’entête suivant, tout à fait caractéristique : « Arminius est jeté bas de son monument de la forêt de Teutohourg, et en lieu et place, tenant un sac d’écus, trône un personnage armé d’un parapluie. »
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- SUISSE
- Agitation contre les vivisecteurs. — Le
- journal Y Intellig ensblatt de Berne entreprend une agitation contre les professeurs et étudiants des facultés de médecine suisse qui s’adonnent à la vivisection. Il est probable que les facultés de Berne, Zurich et Bâle seront
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- forcés d’imiter celle de Genève où la vivisection se pratique sur des animaux anesthésiés et non sur des animaux éveillés.
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- ANGLETERRE
- L’alcoolisme est en décroissance dans ce pays. C’est fort heureux car il y avait pris des proportions réellement effrayantes.
- En 1876 la consommation des boissons alcooliques s’éleva à 147,288,760 livres sterling, soit 3 milliards 612 millions de francs.
- Le mouvement en faveur de la tempérance commence à faire sentir son action sur la population prise dans son ensemble. En 1878, elle n’était plus que de 142,188,900 liv. st.; en 1879, elle ne dépasse pas 128,143 864 Jiv. st., ce qui, d’une année à l’autre, fait une diminution de 14 millions de livres (plus de 350 millions de francs), ou de 9,8 0/0. — Que la crise industrielle et commerciale ait été pour quelque chose dans ce résultat, cela ne saurait être contesté; mais ce qui indique que ce n’est pas la seule cause de cette diminution, c’est que, la même année, la consommation du thé, du café et du cacao a augmenté de 2,3 0/0. Nous sommes doue bien ici en présence d’un heureux changement dans la nature des boissons consommées habituellement par une fraction de plus en plus considérable de la population.
- * *
- ALLEMAGNE
- La lt>astoima<le. — Pendant que bon nombre de feuilles allemandes signalent l’état critique dans lequel vont se trouver les provinces où la récolte va manquer, d’autres journaux se plaignent du vagabondage et le signalent comme une plaie qu’on ne pourra combattre qtien rétablissant la bastonnade. C’est ainsi que l'un d’eux ne craint pas de s’écrier :
- Nous le demandons hautement ; une telle situation est-elle possible ? Ici même en Westphalie, les attentats contre les mœurs, sont à l’ordre du jour. Des bandes de voleurs sillonnent le pays dans tous les sens.
- Dans les fermes isolées, les paysans, les femmes notamment, sont sommés avec menaces impudentes, de donner de l’argent et des vivres.
- Il suffit de prendre un air rébarbatif pour obtenir quelque chos3 ; et, pour ceux qui exercent ce métier, la prison et la maison de correction est loin d’être aussi agréable que ce vagabondage. Quel moyen nous reste-t-il donc pour châtier ces êtres dégénérés, si ce n’est la bastonnade ?
- Si l’on songe à l’effet véritablement merveilleux que le rétablissement de cette peine a produit en Angleterre, il n’est pas permis de douter de celui qu’il produirait chez nous. C’est, du moins, le seul remède possible contre une telle situation.
- Ici l’humanité ne saurait entrer en ligne de compte. Ces gens-là méritent à peine d’être considérés comme des "hommes. D’ailleurs, on se trouve ici en présence d’un cas de légitime défense. Défions-nous d’une tolérance qui n’aurait aucune excuse et ne laissons pas le mal prendre des proportions telles qu’il soit ensuite trop tard pour le combattre efficacement.
- * ¥
- IRLANDE
- La situation empiïe dans ce malheureux pays.
- Voici ce que l’on écrit de Dublin :
- Dans les comtés purement agricoles, les paysans irlandais assassinent les landlords ou leurs agents sous prétexte qu’ils ne peuvent payer leurs fermages !
- Donegal, Sligo, Leitrim, Mayo, Galway, se distinguent tout particulièrement sous ce rapport. Dans ces comtés, où la proportion des terres incultes et en friche est à
- I faire rougir l’Angleterre, il est presque impossible p0n».
- I tous les propriétaires de faire rentrer leur argent ou ar se remettre en possession légale des fermes dont h titulaires ne peuvent ou ne veulent pas payer le prix d location. Ou, si on l’essaye, en faisant usage des moyen! que la loi met à la disposition des créanciers on ne peut le faire qu’en courant le risque d’amener le troublés! la paix publique. ae
- Si aujourd’hui tous les landlords voulaient à la f0h faire exécuter les jugements réguliers des tribunaux et réclamer à cet effet pour le même jour et à la même heure le concours, auquel ils ont légalement droit, de la police et de la force armée, il faudrait, soldats ou « policemeu » cent mille hommes. ’
- Naturellement, les landlords ne songent à rien de pareil par cette excellente raison que ce serait inutile G Ce sont, en effet, pour la plupart, des hommes dont Tunique but et souci est de toucher le prix de leurs fermages, qui constitue le plus clair des revenus dont ils vivent eux-mêmes. Et ils savent qu’il n’y a pas de loi au monde capable de faire sortir une livre sterling d’une poche vide. Où il n’y a rien, le roi perd ses droits à plus forte raison un simple propriétaire. ’
- Du reste, s’ils avaient l’idée d’invoquer l’application rigoureuse de la loi, l’exemple des rares landlords qui tentent l’avènture suffirait pour les en détourner. Eq effet voici comment les choses se passent pour les propriétaires qui veulent expulser leurs fermiers. Les huissiers se présentent seuls d’abord. Ils trouvent partout portes closes, et derrière, des gaillards qui ne veulent rien entendre et qui les reçoivent à coups de triques. Ils s’en reviennent l’oreille base et battus... mais non contents. S’ils réclament l’aide de la police, une seconde expédition s’organise; on arrive en force devant la même maison toujours close, cette fois on enfonce la porte, on est rossé plus ou moins, mais enfin on rosse aussi les récalcitrants, ce qui est toujours une petite compensation, et enfin on les met dehors d’abord, puis dedans — en pinson — pour rébellion grave, et force reste ainsi à la loi l II y a grand’chance aussi pour que, dans la semaine qui suit, une main inconnue mette le feu à la ferme, qui, même si elle reste debout, ne trouve jamais preneur, car tout le monde sait bien qu’il serait inutile d’espérer pouvoir jamais l’exploiter avec quelque sécurité. Ainsi donc, le landlord reste avec sa ferme sur les bras, ne reçoit pas plus d’argent qu’avant, a fait les lourdes dépenses de sou exécution légale, et de plus s’est attiré pour longtemps la haine féroce de tous ces aimables paysans, avec la perspective.de recevoir à la première occasion un coup de fusil qui partira de derrière quelque haie et dont les auteurs, connus de tout le pays, ne pourront jamais être atteints par la justice, faute de preuves.
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- AUTRICHE-HONGRIE
- Lu cas assez drolatique c’est celui sur lequel aura à statuer la commission électorale du Parlement hongrois.
- Un électeur prétend qu’une des plus jolies daines de Gross-Kanitza aurait « corrompu » un fonctionnaire mu* nicipal de la ville en lui promettant de l’embrasser s’il donnait sa voix au célèbre romancier-poète Jokaï Le marché, aurait été conclu, ce qui, soit dit en passant, n’a pas empêché M. Jokaï d’être blackboulé.
- Mais notre électeur grincheux invoque le paragraphe de la loi votée l’année dernière qui punit d’une amendent même de la prison quiconque aura accepté un avantage ou une faveur quelconque en échange de son vote. Le réclamant dit que le baiser d’une jolie femme est à coup sûr une « faveur », et il demande que justice soit faite.
- Le fonctionnaire incriminé ne nie pas qu'il ne mette à un très haut prix l’honneur, et l’avantage d’avoir été embrassé par Mme X..., mais il ne croit pas que la m1 range un baiser de jolie femme parmi les délits électoraux.
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- LE DEVOIR
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- AMÉRIQUE
- ïticliesjse inouïe.—Voici ce qu'un journaliste de New-York s’est ingénié à calculer à propos de la fortune colossale de William Vanderbildt, dont le père, le fameux commodore, a commencé par être simple mousse :
- M. Vanderbildt a placé une partie de son argent, 50 millions de dollars (250 millions de francs), en bous du Trésor, cela fait, rien que de ce chef, un revenu de 5,000 dollars par jour, 5 cents (25 centimes) par seconde.
- Tout en vivant largement, il pourrait, s’il touchait ses rentes en pièces de 5 cents, économiser en quatre ans de quoi aligner une rangée de pièces qui ferait le tour du globe, et en vingt ans, s’il touchait son revenu en pièces d’un cent, élever une pile de monnaie qui irait jusqu’à la lune.
- Il pourrait encore aller tous les jours dans 8,000 théâtres, manger 10,000 litres de noisettes,boire 5,000 verres de bière, et il lui resterait encore 5 cents pour se faire cirer ses bottes.
- Enfin, si nous prenons sa fortune totale, il pourrait à sa mort se faire enterrer 400 fois en première classe,rien qu’avec son revenu d’une semaine.
- Les routes «le» Inoas
- On retrouve dans la montagne de l’Azuay les restes de la fameuse route royale des Incas, qui fut détruite pendant les guerres des Espagnols avec les Indiens. Cette route.partantdeCuzco, au"Pérou,passant àCuenca se dirigeait en ligne droite sur Quito en traversant les plaines, les fleuves et les montagnes sans dévier, sur un développement de plus de 500 lieues.C’était un ouvrage comparable à ce que les hommes ont fait de plus grand : « Je fus surpris, dit M. Humboldt en parlant de cette voie, de rencontrer dans les montagnes de l’Azuay à une hauteur qui surpasse beaucoup celle du pic de Ténériffe, les restes manifiques d’une route construite par les Indiens. Elle est formée de grandes pierres taillées et peut être comparée aux plus belles routes romaines que j’aie vu en Italie, en France et en Espagne. Elle forme une ligne droite parfaite de 6,000 à 8,000 mètres de longueur.
- « J’ai retrouvé la continuation de cette route près de Cajamarca, à 120 lieues au sud de l’Azuay. »
- Une seconde route de même nature, mais passant par le littoral, reliait également Cuzco, Cuenca et Quito. Ces routes ont seules permis aux Espagnols ces rapides déplacements du Pérou dans l'Equateur, qui seraient impossibles aujourd’hui. Il faut quarante jours à cheval environ maintenant pour faire le trajet de Cuyo à Quito Il n’en faut pas moins à un voyageur pour se rendre Le Quito à Bogota, capitale de la Nouvelle - Grenade, de courrier postal, ayant des relais préparés, emploie 32 jours à ce dernier voyage.
- —»oî*:oc—
- CONGRÈS DE GÊNES
- La Fédération britannique^con-tinentale et générale dont le but est bien connu de nos lecteurs, se prépare à tenir très -prochainement son second congrès international. Il aura lieu à Gênes du 27 septembre au 4 octobre, et si nous en jugeons d’après le programme que nous avons sous les yeux, ce Congrès est appelé à un
- retentissement au moins égal à celui que la même Association a tenu à Genève en 1877. Parmi les questions portées à l’ordre du jour, nous signalerons tout particulièrement les suivantes :
- Thèses concluant à la revendication du régime du droit commun en opposition aux institutions actuelles de la Police des mœurs.
- Thèses concluant à une entente internationale ayant pour but la suppression du trafic de ravitaillement des maisons de débauche patentées.
- A elles seules, ces deux questions revêtent une importance capitale soit au point de vue de relèvement de la moralité publique, soit à celui de la sécurité des familles. Il n’est personne qui n’ait plus ou moins connaissance de ce commerce hideux nommé traite des blanches. Il s’exerce en grand dans plusieurs contrées soit par l’intermédiaire de certains bureaux de placement, soit directement par des courtiers qui parcourent les campagnes, se faufilent dans l’honorable familles et, sous les prétextes variés, emplois lucratifs, mariages même, entraînent des jeunes filles innocentes et crédules dans des repaires ignobles où elles servent de pâture à la débauche.
- La municipalité de Gênes a tenu à honneur de faire un bon accueil au Congrès de la Fédération. Entre autres gracieusetés, elle a dès à présent mis gratuitement à sa disposition la grande salle et le foyer du théâtre Carlo-Felice. De leur côté, les administrations italiennes de chemin de fer et de lignes de navigation à vapeur accordent à toutes les personnes munies d’une carte, membre dudit congrès, une réduction de 80 0/o sur les prix de parcours:
- Le secrétaire général du congrès, M. Henri Minod, à Neuchâtel, 19, Rue du Château, se met à la disposition de toutes les personnes qui désireraient obtenir de plus amples renseignements. .
- le Directeur-Gérant : GODIN.
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- VIENT DE PARAITRE
- MUTUALITÉ SOCIALE
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- ASSOCIATION DU CAPITAL ET DU TRAVAIL
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- EXTINCTION DU PAUPÉRISME
- Par la consécration du droit naturel des faibles au nécessaire et du droit des travailleurs à participer aux bénéfices de la production
- Par GrODIN
- En vente à la librairie du Devoir, broché avec la vue générale des établissements de l’Association, 5 francs ; sans la "vue, 4 francs.
- L'édition à cinq francs se vend aussi à la Librairie GUILLAUMIN et Ge, 14, rue-Richelieu et à la librairie Gmo, 1, 3, 5, 7, .galerie d’Orléans, Palais-Royal, Paris.
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- 28 » » 464 y> ............... 4 »
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- Saint-Quentin — lmp. de la Société anonyme du Glaneur
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- J, ANNÉE, TOME 4 — N* 106 numéro hUmuiain 20 C, DIMANCHE 19 SEPTEMBRE 1880
- Le Devoir
- bureau
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE
- ON
- S’ABONNE
- ^ G U ISE (Aisne)
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant Fondateur du Familistère
- par l’envoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France
- Un an. . . . lOfr.n» Six mois ... 6 »» Trois mois . . 3 »»
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- S’adresser à M. LEYMARIE administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- Etudes sociales sur le gouvernement. — Nouvelles clu Familistère. — Plaies sociales. — Faits politiques et sociaux de la semaine. — Les impôts de consommation : U octroi. — Nouvelles diverses. — Le socialisme moral. — Encore les femmes. — Autres temps, autres mœurs. — L'exposition de Dusseldorf. — Manifeste des travailleurs elbeuviens. — Ce que l'on pense de la coopération aux Antipodes. — Variétés.
- ÉTUDES SOCIALES
- SUR LE GOUVERNEMENT
- VIII. (Suite).
- Traits distinct» fis» des gouvernement si du pa»§sé.
- B. — Intolérance des cultes.
- L’homme n’est pas seulement créé pour mettre en action les forces physiques de son organisme, il est aussi créé pour mûrir l’idée et la pensée par l’intelligence et la raison. Or, l’être humain est à peine sollicité par les besoins du ^rps que ceux de l’intelligence se font sentir.
- La vue des effets le sollicite à la recherche causes, et son impuissance à créer ce qui lui est nécessaire le prédispose à voir dans les dons de la nature des bienfaits dus à l’inter-'ention d’une puissance supérieure, comme dans tous les événements malheureux il est déposé à voir une punition imposée par la ^ême puissance.
- L’idée d’un lien entre la créature et Dieu ressort donc des faits, en même temps qu’elle est une conséquence des dispositions naturelles de l’homme.
- D’un autre côté, la nature impressionnable des êtres primitifs donne un facile accès aux influences occultes, les visions, les communications avec des intelligences d’une nature immatérielle ouvrent carrière aux croyances en une autre vie. L’homme est conduit ainsi à révérer des êtres supérieurs. Le sentiment religieux prend naissance avec l’idée d’un Être suprême et surtout avec celle d’êtres intermédiaires entre l’homme et Dieu.
- Ces influences de la révélation directe faisant concevoir aux hommes une destinée future, ou au moins un monde supérieur,étaient, dès l’origine, nécessaires pour tempérer les convoitises inhérentes aux besoins impérieux des premiers âges et aux emportements d’imagination d’esprits mal équilibrés.Mais l’homme, interprétant chaque chose avec ses passions égoïstes, a fait passer la religion elle-même par les phases d’ébauche, de dégrossissement et d’épuration. Il n’était pas possible que le sentiment religieux s’implantât dans les couches impures d’une humanité imparfaite, sans s’imprégner des imperfections de cette humanité. Les cultes que les hommes ont imaginés devaient donner lieu à toutes sortes de croyances et d’erreurs abusives, enfantées par les convoitises de l’égoïsme pour être imposées à la crédulité, à l’ignorance et à la faiblesse.
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- Il faut donc, en fait de direction humaine, distinguer les cultes de la religion. Celle-ci réside dans l’observation des lois d’ordre Universel; les cultes sont d’invention humaine et comme tels ils sont le plus souvent un composé de grossières et fausses interprétations. Les cultes font de la religion un instrument d’influence politique et sociale dont l’égoïsme s’empare pour servir des ambitions malsaines et de cupides intérêts.
- La tendance naturelle de l’être humain à la vénération des causes premières est ainsi devenue, sous l’empire des convoitises individuelles de quelques-uns, un moyen de domination sur la foule confiante et crédule, laquelle ne peut distinguer la vérité religieuse des erreurs ou de l’hypocrisie introduites dans les cultes.
- Dès que le gouvernement créé par la force a imposé sa domination absolue sur le corps social, il n’a point d’autre idéal que d’assujettir le peuple par l’esprit et par la pensée. Les prêtres, de leur côté, trop faibles comme hommes pour ne point céder aux instigations de la vanité et de l’orgueil du pouvoir, à la convoitise des richesses, ne tardent pas à oublier leur rôle de simples conseillers religieux et moraux des autres hommes. Bientôt, ils se mettent au service du despotisme pour organiser la domination des consciences, et le trône et l’autel sont unis pour exploiter les peuples.
- C’est ainsi que des hommes qui se sont dits les dépositaires de la vérité religieuse, ont pu faire de leur ascendant sur les populations un moyen de domination.
- Hélas ! de quoi les hommes n’ont-ils point abusé! De quoi n’abuseront-ils pas,jusqu’à ce que élevés au degré d’épuration morale nécessaire, l’amour de l’humanité domine en eux, l’amour propre et lès vanités individuelles !
- C — Organisation des privilèges.
- Lorsque, au nom de la force, quelques-uns disposent du pouvoir pour commander au peuple ; lorsque, au nom de la religion, les prêtres cherchent dans la crédulité publique le moyen de diriger les esprits, les convoitises primitives de l’être humain trouvent un double essor dans l’organisation facile des privilèges. La force
- contraint le peuple à l’obéissance et aux piUg durs sacrifices, le culte lui enseigne et lui coi^ seille ces sacrifices et cette obéissance.
- Dans les sociétés premières, les privilè»es que la force organise sont instables comme elle ; mais du moment où le culte façonne esprits au respect des abus, les faits accompli prennent plus aisément une existence durable' et les prêtres, mettant à profit la crédulité et h confiance du peuple, se constituent à leur tour en caste privilégiée associée au pouvoir ; ce qUj a pour conséquence d’affermir l’organisation des privilèges, contrairement à tout ce que réclament les principes du droit, de la justice et par conséquent, de la véritable religion.
- D. — Accaparement individuel de la richesse et condition servile du travail.
- L’appropriation individuelle de la richesse ou des choses nécessaires à la vie est un penchant naturel chez l’homme tant que celui-ci reste enfermé dans les étroits horizons du « chacun pour soi. »
- Tant que les individus ne peuvent s’élever au sentiment d’une idée supérieure à celle de leur intérêt personnel, ils sont impuissants à édifier les institutions sociales capables de sauvegarder les droits de tous. Le peuple est alors obligé d’abandonner le gouvernement aux mains des plus habiles, et le gouvernement ne sert qu’à favoriser les intérêts de ceux qui dirigent. Dans la sphère des intérêts privés comme dans celle des intérêts publics, les pouvoirs ne protègent que les personnes dont l’appui leur est assuré; la loi se fait dans l’intérêt des classes dirigeantes, au lieu de se faire dans l’intérêt çlu peuple entier.
- Aussi, toutes les constitutions et tous les régimes que la pensée supérieure de l’amour du peuple n’a point animés n’ont-ils servi et ne peuvent-ils servir qu’aux intérêts matériels mis en mouvement par l’égoïsme ; ils font la curee abondante pour les plus forts et les mieux placés.
- L’accaparement de la richesse réduit d’abord le travail à la condition servile, puis à rinffr riorité sociale.
- La loi protège les privilèges, les monopole*' les intérêts des puissants au détriment de ceux
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- faibles ; l’esprit cîe caste et de parti domine 'tftout; la magistrature elle-même est entre
- ,eS maies.
- pans les sociétés avancées, la féodalité finance s’organise et s’impose. Alors, le régime abUs perd de son âpreté primitive. La spo-.! tion directe disparaît pour faire place aux oéculations protégées ou tolérées par les lois. Néanmoins, c’est toujours et partout sous dllpire des penchants de l’égoïsme que les lits s’accomplissent. Le gouvernement des hoses humaines est partout la résultante des (forts faits en faveur des intérêts dominants •entre les intérêts dominés.
- L’amour du chacun pour soi établit par la force des choses une entente commune entre la force armée, le culte Organisé, les privilèges établis et l’asservissement du travail. Les intéressés s’unissent, non par sympathie d’origine, rtiiscfue la force armée et le culte sont de .ources différentes, et que les privilèges sont me part enlevée à la toute-puissance, mais par .onformité des tendances, afin de tirer de l’or-.onisation sociale tous les avantages possibles leur seul profit.
- C’est ainsi que la somme d’égoïsme et de* jnvoitise qui se développe et grandit indivi* tellement chez les classes dirigeantes peut, à in moment donné, avec l’appui des ignorants, i j égarés, des fanatiques, des ambitieux, dés orrompus, permettre à des hommes chargés f souillures de s’emparer du pouvoir et de se ’-o’ en protecteurs de la société.
- Les esprits animés de l’amonr du bien public - peuvent rien contre ces maux, sinon de pré-iJ*p le jour où l’exagération des abus amènera 4e de ces réactions qui président à toutes les •’ises salutaires des sociétés, âyant ainsi indiqué les traits dominants des •Mvernements primitifs, nous pouvons examina part considérable qui leur est faite, sous ** dominations politiques Usuelles, fâ suivrej GODIN.
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- nouvelles du familistère
- /b Bennett, rédacteur du « Truth seeker » de . *^0rk, et M. Rawson délégué au congrès belge res penseurs, par la société de la libre pensée
- de New-York, ont visité le Familistère, en se rendant à Bruxelles.
- Quelques jours après, Madame Foote, une américaine, puis M. Peter Good, maître en chancellerië, habitant de New-Jersey, sont également venus voir le Familistère.
- PLAIES SOCIALES
- Les vacances parlementaires ont leur utilité. Pendant que la politique chôme, les questions sociétés s’agitent.
- Jamais l’opinion publique ne s’était tant préoccupée de la situation épouvantable faite à l’enfance abandonnée, des imperfections de notre législation relativement au mariage, etc, etc. Que depuis lé moment où les jour-* naux ont dû. remplir du récit des drames de la misère, de l’abaüdon,de la faim.de la prostitution.de l’alcoolisme de la guerre, les longues colonnes naguère consacrées aux fastidieux discours des représentants de l’immobilisme, et des humbles suivants de celui qui a dit : il n’y a pas de questions sociales.
- Nous assistons tons les jours au lugubre défilé des plaies sociales, et la lumière se fait sur l’impuissance des palliatifs, lorsqu’elle n’éclaire pas l’ahseüce complète de ces derniers, lorsqu’elle ne nous montre pas la société perpétuant par ses institutions mêmes un si déplorable état de choses. Prenons dans le tas.
- Uné enfant de trois ans et demi à été abandonnée dans l’allée de la maison 22, rue Linné. Aux questions qui lui furent posées, l’enfant ne put répondre que cés simples mots « c’est maman qni m’a amenée ici. »
- Que dites-vous d’une société dans laquelle lès mères sent obligées d’abandonner leurs enfants, pour ne pas les voir mourir de faim ?
- Nous apprenons que cette enfant vient d’être confiée à M. Poisson, entrepreneur de décors. — Que serait-elle devenue si cet honorable citoyen ne s’en était chargé ?
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- ¥ ¥
- A un autre.
- Un gamin qui n’a pas dix ans comparaît devant le tribunal comme ayant soustrait on ne sait où, une paire d’espadrilles qu’on a trouvées aux pieds de ce' petit malheureux.
- Pourquoi le tribunal correctionnel et par suite ïâ condamnation, la tâche indélébile ?
- La société seule est responsable des actes de des pauvres enfants, et c’est elle, qui, s’entourant dü formidable appareil de la justice, les frappe, en les vouant à l’ignominie.
- M. le président. — Où avez-vous pris ces espadrilles ?
- L’enfant, — M’sieu, devant une boutique.
- M. le président. — Pourquoi avez-vous pris ces espadrilles ?
- L’enfant. — Pour mettre, m’sieu ; mes soüîiers né pouvaient plus aller.
- M. le président. —Votre père ne vous donne donc pas de souliers ?
- L’enfant. — M’sieu j’ai pu ni père ni mère.
- M. le président. — Alors, chez qui demeurez-vous?
- L’enfant. — Chez ma tante ; et puis il y a mam Bâton qui m’a pris chez elle pendant longtemps ; elle est là-bas ; je la vois.
- Mme Bâton, 67 ans, est à la barre.
- M. le président. — Cet enfant a été chez vous, inâda-me ?
- Le témoin. — Oui, monsieur, nous l’avons recueilli’ après la mort de sa mère, et il ne nous donnait que de la satisfaction ; mais sa tante a voulu l’avoir, et nous avons été obligés de le lui rendre ;t;’est très malheureux pour lui, on bat comme plâtre ce pauvre- petit ; alors il se sauve, et c’est comme ça qu’un enfant devient mauvais sujet.
- M. le président.— Vous le réclamez ?
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- LE DEVOIR
- Le témoin, — Je voudrais bien pouvoir, monsieur, je vous assure, mais je suis trop âgée; mon mari à soixante-quinze ans et est infirme ; sans ça... Je vous assure que c’est un enfant très-gentil, plein de bonnes interjetions, et je suis sûre que quelqu’un qui pourrait s'en charger ne s’en repentirait pas. €
- M. le président. — Connaissez-vous quelqu’un qui voudrait se charger de lui, lui apprendre un état?
- Le témoin. — Dame, monsieur, je vais m’informer, chercher...
- M. le président. — Eh bien, madame, occupez-vous de cela ; de sou côté, le tribunal fera ce qui sera possible.
- Le tribunal renvoie la cause au 14 septembre, jour auquel il sera statué sur Je sort du jeune prévenu.
- Et si la mère Bâton, qui a un infirme de 75 ans à soigner ne trouve pas ?
- La maison de correction.... On en sort corrompu, a
- dit un président.
- Mais grâce à l’administration que l’Europe nous envie, il*n’est pas toujours nécessaire qu’un enfant appartienne à la catégorie des cent mille enfants abandonnés, pour avoir à subir toutes les odieuses conséquences de notre imprévoyance sociale.
- On en jugera par la lettre suivante qu'ont reproduite un certain nombre de journaux :
- Paris, le 28 août 1880.
- Monsieur le rédacteur,
- Je vous prie de vouloir bien publier cette lettre dans votre journal :
- Le *2t< janvier 1873, à onze heures du soir, ma femme chiffonnait au coin de la rue du Temple et de la rue Turbigo. Elle était accompagnée de sa petite fille, âgée de dix ans.
- Deux agents en bourgeois surviennent :
- — Avez-vous une médaille 1
- — Oui, répond ma femme.
- — Et la petite ?
- — Elle n’en a pas besoin : elle est avec.moi.
- — Alors je l’emmène, dit l’agent.
- Ma femme vint me chercher de suite. Je cours au poste des Arts-et-Métiers pour la réclamer. Le brigadier, qui ne parlait pas bien français, me répond ;
- Je l’ai mise en liperté.
- — Gomment ! dis-je, une enfant de dix ans, qui ne sait pas son chemin ! Vous l’avez renvoyée dans la nuit !
- A ces mots, il s’emporte et me met dehors. J'a.i cherché toute la nuit, j’ai demandé à tous les agents et dans tous les postes, et je n’ai pas retrouvé mon enfant. Le lendemain, à neuf heures, je me suis adressé au 2° bureau de la préfecture de police. J’ai donné mes noms, ceux de mes enfants, mon adresse. Je suis allé de là a la Permanence. On me dit ;
- — Attendez! il va venir une voiture si elle est dedans, on va vous la rendre.
- Plusieurs voitures sont venues. Pas d’enfant. J’ai écrit plus de vingt lettres au ministre de l’intérieur. On m’a toujours répondu que les recherches étaient restées infructueuses. Au bout de trois mois moins sept jours, je finis par la trouver à Saint-Lazare, aux mains des sœurs. Je voulus lui parler, mais la sœur l’emmena de suite. Je demandai si je pouvais lui apporter quelque douceur. On me répondit : Oui.
- Le lendemain, elle était partie. Pour toute réponse, on me dit d’écrire au ministre de l’intérieur. J’écris et je reçois une lettre pour me présentera la préfecture. Là, on m’apprend que mon enfant,est condamnée à la prison, jusqu’à l’âge de dix-huit ans, pour vagabondage !... J’ai fait tout ce qu’un père peut faire pour avoir son enfant ou pour la voir. Jamais de réponse.
- Enfin, au bout de quatre ans et demi, je rencontre une ancienne voisine,qui me dit :
- — Votre fille est à Vaugirard.
- Je vais rue de Vaugirard, 71 Je vis la supérieure qui me fit inscrire mon nom et mon adress e, en me disant :
- « On vous écrira. » Pas de réponse. Je retourne à ladite
- maison. Nul résultat, La détention finissait le 2>
- î'sillq
- J°Qüe i
- 1880. Je vais pour chercher mon enfant. Cette supérieure me répond :
- — Nous l'avons placée domestique.
- — Je ne sais pas !
- Je m’adresse au procureur de la République m • fait répondre par le commissaire de mon quartie nie ma fille est partie le 16 juillet pour Marly-]e-R0j.
- >ir l’adresse ni le nom de m ^
- que l’on n’a pu savoir tie ! 01,11 nui.
- Monsieur le rédacteur, je vous laisse apprécier affaire Ne craignez pas de mettre mon adresse jPCe^ rien à craindre. 'J n*i
- Aumeuier.
- Rue Gasnier-Guy, 5 (20e arr.)
- Voilà ce qu’on peut faire d’un enfant dans notre u gislation actuelle, dans notre civilisation ! La fille a-chiffonnier ! est-ce que ça a un père ? On peut la DrpUï dre, la jeter dehors, la reprendre, la garder rer ! t=a'
- Cela se fait avec la complicité de la police, de la ms gistrature, des religieuses ! ’ “a'
- Prendre une légère embarcation, déposer au fond de cette embarcation trois cents kilos de dynamite,de quoi faire sauter tout un quartier; placer l’amorce avec tant d’habileté que le ressort qui doit frapper cette amorce comprimé par le chargement du. bateau, ne se relève d ne détermine l’explosion, que lorsque le déchargement sera fait à demi ; tout étant ainsi disposé, recouvrir l’appareil meurtrier de pains appétissants, de volailles grasses, de légumes frais, de fruits bien mûrs, de belles viandes qui appellent la broche et la casserole ; puisie bateau ainsi chargé, l’abandonner dans la rade de façoi que l’équipage de l’un des vaisseaux en vue, le voyant à la dérive l’accoste, l’amarre, se mette gaiement à décharger la friande cargaison ; guetter avec une joie un-vage la minute où le ressort cessant d’être comprimé et frappant la dynamite, cargaison, bateau, vaisseau, équipage, s’en vont en morceaux parmi le bruit, la flamme et la fumée, faisant ainsi d’un seul coup cent cinquante morts et quarante blessés! Quel nom donnerez-vousi ce haut fait? Quelle horreur ! direz vous, quelle monstruosité ! quel rêve épouvantable d’une perfidie détestable , quelle imagination affolée !... Doucement s’il vous plait ! Ceci est un haut fait naval et militaire, et non pas un crime. On décorera l’auteur, son nom ser» mis'à l’ordre du jour, et cet acte que vous traitezds sauvage, d’horrible et de monstrueux, sera donné en exemple à la jeunesse! Ce n’est point une inventiondt romancier, c’est uu fait d’histoire contemporaine. C’est ainsi qu’il y a trois semaines, dans la rade de Callau un officier péruvien a détruit le navire chilien le LOAavec son équipage. Le commandant, le mécanicien et le médecin . seuls ont échappé. C'est la guerre ! l’horribie guerre :
- {Blais Unis d'Europe)
- Guerre déloyale, dira-t-on ^
- Nous voudrions bien savoir où commence ladétovaute-où finit l’hoüneur dans la guerre. Si de l'observatoire» les auteurs de ce lâche atteotat, attendaient l'effet» leur manœuvre, les mômes individus avaient lanÇô‘ bombe qui aurait produit le même résultat, c'était -bonne guerre, de loyale guerre. Mais le fait de bon guerre, de loyale guerre ne s’est pas fait attendre, w-lao n’existe plus. Gallao a été bombardée comme le ^ toutes les places qui résistent à l’ennemi, et^lu moyen d’instruments dont personne ne conteste parfaite légitimité, puisqu’ils sont les plus beaux ^ ments des expositions universelles de nos nation:1' ^ lisées, et que ces mêmes nations se ruinent . acquérir et en apprendre l’usage à des midioQS a mes dressés à l’art de tuer.
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- LE DEVOIR
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- {Alî$ POLITIQUES & SOCIAUX DE LA SEMAINE
- FRANCE
- rtucstiou ouvrière au Havre. — Le
- -potembre. à la salle Franklin, a eu lieu la conférence Floquet au profit de la caisse du congrès ouvrier luitpe réunir au Havre au mois de novembre.
- Environ huit cents personnes assistaient à la confé-q M- Lyonnais, conseiller municipal, présidait.
- **l'orateur avait pris pour sujet l’œuvre sociale de la Solution française. Il explique que la Révolution, ntraireinent à ce que pensent certains esprits, a été
- • tout une révolution sociale. La Révolution a établi 'vtlité par la suppression des ordres. Elle a créé la Sa'tioü une et indivisible, elle a proclamé la liberté de
- necieuce et la liberté des cultes, et, comme consé-w [ice> la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Elle avait insi trouvé le seul moyen de résoudre une question qui Lite encore si vivement les esprits.
- La Révolution a supprimé la vénalité des fonctions
- • udiciaires, qUi ûe devaient plus être conférées que par S suffrage des citoyens.
- Elle a appliqué à l’armée l’égalité qu’elle avait établie eu'.re tous. Désormais, chacun a pu aspirer aux plus hauts grades, qui, auparavant, étaient réservés à une ca-te privilégiée.
- Elle a réorganisé et unifié la législation, et, dans le Code civil, œuvre magnitique de la Révolution, apparaissent les plus grandes transformations qu’une nation puisse subir : la suppression du droit d’aînesse, l’égalité civile de la femme, Rétablissement du divorce.
- On reproche à la Révolution de ne pas s’ètre suffisamment occupée des intérêts des travailleurs ; cependant elle a morcelé en parcelles infinies la terre qu’elle a prise aux bras inutiles de la noblesse et du clergé pour la donner aux bras féconds du paysan. Elle n’a pu s’occuper des ouvriers industriels, l’industrie ne faisant que naître; mais, par l’abolition des Jurandes et des Corporations, elle a le droit de vivre et le droit au travail.
- Euflo, par la déclaration des droits de l’homme, cette véritable charte de l’humanité, dans laquelle les nations de l'Europe ont puisé tour à tour, elle a formulé le programme lies libertés aiusi que des aspirations politiques asociales que la France régénérée par la République, doit s’efforcer de réaliser.
- En terminant, M. Floquet fait appel à la patience, à la fermeté et à l’union de toutes les fractions du parti républicain.
- Un banquet a suivi la conférence.
- Une délégation avait apporté l’ancien drapeau de la garde nationale de Monville, qui figurait à la fête de la fédération de 1790. f
- Dans un second discours M. Floquet a dit que l’éman- 1 cipatlou des travailleurs doit être conquise par eux-®émes, non par des mesures philantropiques conduisant »la charité, mais par les progrès personnels des travail-,eur.'. Jamais question d’égalité sociale ne fut. posée *vec un tel caractère de généralité et de décision en France ni dans les autres pays. Tous les hommes d’Etat républicains, pensent qu’il faut introduire de grandes murines dans l'état social et les conditions du travail, wgouvernement et les chambres n’onl pas pu jusqu'à Présent réaliser ces réformes parce qu'ils sont obligés 'ePuis 1870 de faire de la politique, de lutter contre les Parbs. Maintenant, ils s’occuperont sérieusement de ces normes.
- M. Floquet loue les ouvriers et leur conseille l’union et ‘e travail.
- f- lyonnais répond. Les ouvriers havrais , dit-il, piquent la reconnaissance des chambres syndicales ^ jri®res et la reconnaissance du droit d’association, iis veulent atteindre ce but avec le coucours des 4impüjrs publics et avec l’aide de la loi. parce qu’ils eût ^ur pays, et ils arriveront au moyen d’un pro-
- gramme accepté par tous, voté par tous, et qui ainsi les liera tous.
- Nous ne voulons pas, ajoute l’orateur, former un quatrième Etat dans l’Etat; nous sommes pour un seul Etat au gouvernement duquel nous participons tous.
- *
- * * *
- Congrès ouvrier d e ÏNoï-dL. — Les délégués ouvriers se sont réunis dimanche à Lille, dans leur local de la rue de la Vieille-Comédie.
- La proposition suivante a été mise aux voix :
- « Tout délégué au Congrès ouvrier du Hâvre a pour mandat impératif de combattre les doctrines ou propositions des anarchistes collectivistes révolutionnaires, qui pourraient se produire au sein de ce Congrès. »
- Cette proposition a été adoptée par 17 voix contre 11 sur 38 votants.
- *
- * *
- La Société pour la, p**ottect,ioa de l’en-fance vsî>uï->cloji>»ée vient enfin d’être autorisée.
- Les inconcevables lenteurs dont a été entourée l’obtention de cette autorisation plaident avec la plus grande éloquence en faveur de la reconnaissance de la liberté d’association.
- *
- * *
- XJu <;as d’alcoolisme. — Un pénible incident s’est produit pendant les manœuvres que font les troupes au polygone de Vincennes.
- Un jeune sergent-major, le sieur Ferdinand M..., était placé à vingt pas devant sa compagnie, à laquelle 11 faisait exécuter divers mouvements, lorsque, tout à coup, passant la main sur les yeux, il s’écria ;
- — Je n’y vois plus, je n’y vois plus !
- On s assemble autour de lui et ou le conduit à l’bô-pitai ; là on constate que le malheureux a été frappé tout à coup d’une cécité incurable.
- Ajoutons que cet accident semble avoir été produit par l’abus prolongé des boissons alcooliques.
- ITALIE
- XJïi philmitlii op*1 -v-ol-ê. — Le professeur Zup-petta, de Naples, a été dernièrement la victime de deux pick-pokets, qui lui ont volé son portefeuille contenant toute sa fortune, 7,240 francs, fruit de travaux honorables et de longues privations.
- Le professeur Zuppetta a adressé la lettre suivante au directeur du Pungolo :
- « Très-cher Comin,
- u Je vous prie de publier, et de prier vos confrères de la presse de reproduire l’article que je vous envoie. Qui sait ? Le méchant n’est jamais entièrement méchant. — J’obtiendrai peut être des voleurs ce que le pouvoir social ne réussit pas à me faire obtenir.
- « Professeur Luigi Zuppetta. »
- A ceux qui, te 30 août, m'ont volé mon portefeuille contenant 7,240 fr.
- « Quelles que puissent être votre morale, votre foi, votre opinion en fait de droit de propriété, pour l’honneur de l’humanité, je veux vous croire différents des cannibales et encore capables d’écouter la voix de la pitié.
- « En me volant cette somme destinée à un but très saint, vous avez tout soustrait à un homme qui pourrait être richissime s’il n’eût consacré sa vie entière au bien-être des prolétaires. Cette somme est le fruit d’économies forcées, de privations de tout genre. Cherchez daus le fond de votre âme quelque sentiment d'humanité et éparg ez à un vieil ami de ceux qui souffrent, les tourments et la désolation.
- a Gardez, si vous voulez, la moitié de la somme et reudez-moi l’autre moité par un moyeu qui ne puisse vous compromettre. Cette bonne œuvre effacera bien des
- S mauvaises œuvres. Faites-la.
- I
- ? « Professeur Luigi Zuppetta. »
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- LE DEVOIR
- ALLEMAGNE
- Ovi en est 1© liberté individuelle dans
- ce |»ay». — On mande de Leipzig, le 6, à la Volkszei-tung de Berlin :
- Environ 40 socialistes, parmi lesquels figurent les dé putés Bebel, Wahlleieh et Hasenclever, s’étaient réunis samedi dernier pour célébrer l’anniversaire de la naissance d’un de leurs amis. La police a dissous leur réunion et les a tous arrêtés. Ils n’ont été relâchés qu’au bout de deux heures.
- ¥ *
- Un arrêté de la police de la ville da Weimar interdit, sous peine d’une amende de 2 marks (2 fr, 50 par jour), de jouer du piano les fenêtres ouvertes.
- ANGLETERRE
- Un© terrible explosion de feu grisou’a eu lieu dans la houillère de Seaham, près de Durham. On compte près de 200 victimes.
- * *
- OCÉANIE
- Une colonie française do plus;. — Tahiti vient de se donner à la France, sous le protectorat de laquelle se trouvait cette île depuis 1842. Le roi PomaréY, après avoir consulté ses chefs indigènes, a remis au commandant commissaire de la République l’administration de l’île, ainsi que tous ses droits et pouvoirs.
- Tahiti n'a que 12.000 habitants mais pourrait en nourrir 7 fois davantage. Cette île ne manquera pas d’acquérir une grande importance si, comme cela est éminemment désirable, l’isthme de Panama vient à être coupé par un canal maritime. En effet Tahiti se trouverait alors à mi-chemin et sur la route )a plus directe de Panama au continent australien. UEvening Standard remarque à ce sujet que l’annexion de Tahiti à la France compense l’annexion des îles Fidgi par l’Angleterre et celle des îles Samoa par l’Allemagne.
- La remarque n’est pas-tout à fait exacte, les îles Fidgi étant heaucoup plus considérables que Tahiti.
- Maintenant que les Tahitiens sont devenus Français, il ne faut pas qu’ils soient considérés comme des membres inférieurs de la famille : en- un mot, fi convient que de sujets fis deviennent citoyens.
- Le Temps dit très bien que déjà la France a attribué la qualité de citoyen aux musulmans6 du Sénégal, aux brahmanistes et aux musulmans de l’Inde française, en leur accordant tous les droits politiques dont jouissent les Français de la Métropole. La société tahitienne se rapproche beaucoup plus de la société française, car sa conversion au christiatisme a introduit chez elle un droit civil, un statut personnel et un statut réel semblables aux nôtres. Elle est donc appelée àentrer dans la grande famille française sur un pied d’égalité. Attendons-nous à la voir prochainement représentée au Parlement.
- * *
- AMÉRIQUE
- Les Socialiste» à Chicago, — La Làbor
- Rb view, organe du parti ouvrier socialiste américain. publie un article fort instructif pour tous ceux qui ignorent encore les aspirations, les tendances du socialisme américain. Voici la traduction des passages les plus intéressants:
- A la Convention du Greeribach Labor à Chicago les Socialistes ont livré leur combat pour les résolutions suivantes :
- « Nous déclarons que la terre, la lumière., l’air et l’eau sont des dons de. la nature faits à tout le genre humain.
- « Toute loi ou coutume de la société qui autorise une personne à monopoliser plus de ces dons naturels qu’elle
- n’y adroit, au détriment des droits des autres condamnons et nous cherchons à l’abolir.
- n°üsi»
- « La plus grande question de çe siècle est U qUp,.. du droit des individus à posséder la terre. H esll°a « S’il est juste que la terre soit propriété privée n’ , pas également juste que l'air et i’eau soient aussi
- priété’ privée ? Tout est don de la Nature, et le drori^' propriété serait également bon en tout. ' 11 ^
- « Supposons qu’un homme oomme Vanderbfits’arran pour acheter de la terre seulement avec son rev lequel est de 3.500 dollars par jour, En mettant le moyen de la terre à 25 dollars l’acre, fi pourrait achni1* 51J00 acres de terre par an, et, dans cent ans, le revA présent de sa fortune suffirait à acheter 5,100,0'”' veD;: de terre — plus de 7,987 milles carrés —-
- acr&i
- quels une seule personne pourrait avoir touf1' civ' trôle, le possesseur présent mourant et laissant n’ héritier. Au même taux, en cent ans 451 fortunes r-refiles pourraient acheter tous les Etats-Unis. Néamnoin' une telle chose n’est pas probable; mais elle est dan! les possibilités. Le système qui admet une telle poJ* bilité est faux, c’est une perversion monstrueuse de h vraie économie. *
- « Il répugne à toute idée de démocratie ; fi est con traire au principe d’un gouvernement pour le peuple. !
- AFRIQUE
- La m!@o en rapport du ©entre de I’a, frixjn© avec le monde civilisé vient de faire un pas, par les décrets parus à l'Officiel du 9.
- Ou sait qu’il existe dans ce vaste continent une immense région, très-fertile et très«peuplée qui est séparée de l'Algérie par le Sahara mais qu’aucun grand désert ne sépare du Sénégal. Il est question de rattacher cette région à la Méditerranée par un chemin de fer projeté i travers le Sahara, et à l’Atlantique par divers tracés de chemins de fer.
- L’un de ces tracés atteint l’Atlantique dans notre riche colonie du Sénégal. U mettrait en communication le bassin du Sénégal, qui est français, avec le bassia supérieur du Niger, habité par des populations indépendantes. Ge chemin de fer, soit que, provisoirement, il relie seulement les deux bassins, soit qu’on le prolonge immédiatement jusqu’à l’Atlantique, amènerait sur le rivage français du Sénégal les produits d’une moitiéi'i moins de l’immense bassin du Niger.
- Cette jonction est possible ; la belle exploration du lieutenant de vaisseau Mage, l’a établi.
- Le département de la Marine va former « une compagnie auxiliaire d’ouvriers d’artillerie de la marine rides colonies», dont les officiers, choisis dans le corps de l’artillerie de marine, étudieront tous les travaux a exécuter sur le Sénégal supérieur et sur le Niger.
- Excellente idée que celle qui consiste à utiliser le personnel de la marine à des travaux de civilisation.
- IBS IMPOTS OE f,0M0BMATia.\
- L'ootvol
- IV,
- Nous n’en avons pas fini avec les Inconvénient! de l’actroi. Nous avons vu que sur les marchandise* atteintes par les droits d’entrée le commerçant forcé, par des raisons diverses que nous avons d£ taillées, d’élever ses prix non-seulement de l|ir portance des débours à l’octroi mais encore en d’un quart à peu près de ces débours.
- Ce n’est pas encore tout.
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- jl y a encore, à cause de l’octroi, un autre renchérissement, qui ne s’effectue plus celui-ci sur les seules marchandises imposées, mais bien sur tout ce qUj se vend à l’intérieur des barrières.
- Réfléchissons.
- Un négociant qui est forcé de payer plus cher sa nourriture parcequ’elie est grevée d’un droit d’entrée est forcé de compenser ce supplément de débours eQ vendant plus cher sa marchandise, même si elle exempte de droit d’octroi. Chacun agissant ainsi à l’intérieur de la ville il en résulte que tout hausse.
- Le négociant surélève le prix de sa marchandise, non seulement en raison de ce que sa nourriture personnelle aura payé à l’octroi, mais encore en raison de ce qu’il est forcé de payer à ses autres fournisseurs pour la surélévation des prix de chacun d’eux. Et cela indépendamment de ce que la marchandise que ce négociant débite a pu déjà payer à l’entrée.
- Un exemple fera mieux saisir cela:
- Paul vend des montres. Il n’a rien à payer à l’octroi pour ses montres et pourtant à cause de l’octroi il les vendra plus cher-. C’est qu’il doit vendre à un prix qui lui permette de se rembourser :
- 1<> De ce que lui, Paul, aura payé à l’octroi sur la viande qu’il mange, le vin qu’il boit, le charbon dont il se chauffe ;
- 2° De toutes les sommes que ses fournisseurs, tailleur, cordonnier, chapelier, etc., lui réclament en plus parceque eux, tailleur, cordonnier, chapelier, se remboursent sur leur client des droits payés pour leur nourriture.
- Si Paul au lieu de vendre des montres — objets de luxe non soumis aux droits d’octroi — vend du charbon, — objet de première utilité et soumis aux droits — il aura encore une augmentation de plus à réclamer. En effet il lui faudra alors majorer ses prix :
- une première fois de ce que lui coûte l’entrée de sa marchandise ;
- une deuxième fois d’un quart environ de ces droits pour les raisons que nous avons développées dans notre dernier numéro ;
- une troisième fois de ce qu'il dépense de plus pour ies objets de sa consommation soumis aux droits d'octroi ;
- une quatrième fois de ce qu’il est forcé de payer à ses fournisseurs pour des objets de consommation non soumis aux droits d’octroi.
- 0n le voit, il se produit des répercussions' qui n’en dissent plus. Nous en avons énuméré un bon nom-fire et cependant nous ne serions pas étonnés d’en a7°ir encore omis.
- savant professeur de l’université de Giessen
- (Hesse-Darmstadt) M. Etienne Laspeyres a établi dans une étude publiée ilyadeux ans environ par la Statistische Monatschrift de Vienne que la suppression des octrois en Prusse a fait diminuer à l’intérieur des villes le prix des denrées autrefois imposées et même des autres. Cette diminution de prix est même très sensible dans quelques villes, à Breslau par exemple.
- Il est malheureux qu’aujourd’hui l’empire allemand, par sa protection douanière, réagisse contre les sages mesures prises il y a quelques années par le royaume de Prusse.Mais ce qui se passe aujourd’hui ne diminue en rien la .valeur des résultats obtenus avant cette déplorable réaction.
- Peut être objectera-t-on que la plupart de ces majorations se font par sommes infimes.
- Mauvais argument.
- Même en admettant —- ce qui est loin d’être vrai — que ces majorations sont représentées par des sommes infimes, il y aurait lieu quand même de les faire disparaître. Du moment que leur cause est injuste, cette cause doit être extirpée ; dès qu’une petite réforme utile et faisable, il faut le faire; c’est en dédaignant les petits progrès qu’on fait subsiter le passé.
- D’ailleurs il n’est pas exact que ces sommes soient infimes. Elles le sont pour un seul jour pour une seule tête, mais elles se répètent chaque jour sur chaque tête. C’est là ce que l’on oublie trop. Telle famille n’est chargée dans un jour que d’une somme minime, mais au bout de l’année elle se trouvera avoir dépensé des francs et des francs, c’est-à-dire le salaire de plusieurs jours de travail. C’est ainsi qu’à Paris l’octroi arrive à encaisser par sommes minimes 133 millions par an,une bagatelle comme vous voyez.
- Oh ! nous le connaissons l’argument de la ténuité de l’impôt. Il est même pour nous une vieille connaissance. Nous l’avons vu servir de grand cheval de bataille à M. Thiers dans sa funeste campagae en faveur des impôts de consommation. Depuis lors il est devenu l’argument favori des économistes qui siègent à l’Institut et de ceux qui aspirent à y siéger. Malheureusement l’un d’eux a laissé échapper le pavé de l’ours. C'est M. Leroy Beaulieu; écoutez-le: [Traité de la science des finances, T. I. p. 269). « Ces impôts » (ceux indirects) sont à peu près le seul moyen de » tirer une contribution un peu forte des très petites » fortunes et fie la population ouvrière.Certainement » on peut frapper les classes inférieures de la nation » d’un impôt direct modique, comme notre impôt » personnel en France, comme la Classenssteuer en » Allemagne, mais il nous paraît bien difficile de
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- » demander et d’obtenir par I impôt direct une quote-« part un peu forte, 10 p. 100 par exemple, des pe-» tits revenus. Faire payer, par l’impôt direct, à » une famille qui gagne 1,500 fr. par an, la somme de » 150 francs, nous semble un problème presque im-» possible. Or, dans la France actuelle, les dépenses » de l’Etat, des départements et des communes attei-» gnant 3 milliards et demi, représentent certaine-» ment, déduction faite des produits des domaines » et des recettes de la poste et du télégraphe, environ 12 ou 15 pour 100 du revenu total des Fran-
- » çais...Dans les sociétés qui ont de grandes dettes
- » publiques et entretiennent un grand état militaire, » l’impôt indirect nous semble donc inévitable pour » recueillir la quote-part de la population ouvrière » et de la petite classe moyenne dans les charges » du pays. »
- L’aveu est complet. Toutefois, tout complet qu’il est, nous allons le traduire dans un langage plus simple qui, sans dénaturer en rien l’argument, fera mieux sentir toute l’iniquité de l’institution qu’il défend.
- Voici cette traduction :
- « La France, par le fait de sa dette, de l’entretion de «on armée et de son clergé, des gros appointements qu’elle sert à pas mal de monde, etc., etc., a besoin de recettes équivalant à 12 ou 15 pour 100 du revenu des Français. Ces recettes nous pourrions les demander aux riches par des impôts sur le revenu et sur le capital comme cela se fait dans quelques pays, nous aimons mieux les demander aux pauvres.
- « Mais comment faire pour qu’ils ne crient pas? Voici par exemple une famille d'ouyriers qui n’ont pour vivre, ou plutôt pour végéter, que 1,500 fr, par an Ils ont la vie extrêmement difficile. C’est avec toutes les peines du monde qu’ils arrivent à joindre les deux bouts... quand ils y arrivent. Impossible donc de faire main basse sur 15 pour cent de ce petit salaire. Ils crieraient comme de bons diables ; on entendrait leurs plaintes; l’opinion publique leur donnerait raison et nous serions enfoncés. Ne soyons donc pas assez naïfs pour dévoiler ainsi notre jeu; dissimulons nos prétentions; prenons l’équivalent sans avoir l’air de rien demander; organisons des impôts indirects de telle façon que la pauvre famille qui ne pourrait pas d’un seul coup 5 francs à l’impôt paie par centimes par ci et par centimes par là, les 12 ou 15 pour cent de son revenu, c’est-à-dire 180 fr. dans l'année. Ces pauvres gens, payant par fractions minimes,, ne sauront pas au juste ce qu’ils paient ; ils n’y penseront même pas ; en achetant une livre de sel ils ne se diront pas que les 9/108 de sa valeur vont à l’impôt, l’opinion publique n’en saura pas davantage; si
- même quelqu’un venait éventer la mèche on ne manquerait pas de le taxer d'exagération. De cette façoü là nous contribuons à ruiner de pauvres gens, sans que ni eux ni personne autre s’en aperçoive. Est-ce assez habile? »
- Habile, oui ; mais il faut que vous ayez un senti, ment bien vif de l’iniquité de vos impôts pour qUe vous éprouviez le besoin de la dissimuler par dgs procédés si déshonnêtes, si contraires à la loyauté.
- Eu. Champüry.
- inrtioqQQQQMW*"—
- NOUVELLES DIVERSES
- FRANCE
- Les plus-values cl’impôt. — Les impôts et revenus indirects ont fourni ans le mois d’août, une recette qui dépasse de 10 millions et quart les prévisions budgétaires. Cet excédant porte à près de 105 mil-lions la plus value totale, pendant les huits premiers mois de l’année courante, des impôts et revenus indirects.
- Pauvres consommateurs !
- * *
- Premier collège de filles. — Un collège d’enseignement secondaire pour les jeunes filles sera ouvert à Montpellier dans la deuxième quinzaine du mois d’octobre prochain.
- Le collège recevra des externes et des élèves pensionnaires. Les matières de l’enseignement seront les mêmes que celles des lycées, sauf les langues mortes. Une classe primaire sera annexée à cet établissement, le premier de ce genre qui existera en France.
- *
- DÉPARTEMENTS
- XJn nouveau bassin Iiowilliei*. — Depuis un certain temps des sondages s’exécutent dans le dé-tement de la Corrèze. On espère trouver dans ce pays, peu privilégié sous d’autres rapports, un bassin houiller d’une superficie considérable, 400 kilomètres carrés au moins. Ce bassin formerait un immense arc de cercle entourant tout le sud ouest du département. Le bassin se prolongerait même dans la Dordogne, dans la direction de Sarlat. Larches paraît être au centre de ce bassin.
- * *
- IRLANDE
- Ije congrès des Trade’s Unions des Iles Britanniques va se réunir à Dublin. C’est la première fois que Dublin est désigné comme lieu de réunion d’un de ces congrès. Il va sans dire que celui-ci empruntera aux circonstances que traverse l’Irlande un intérêt tout particulier.
- *
- * *
- AUTRICHE-HONGRIE
- La Ti-vîsection. — L’agitation qui s’est pr°' duite en Suisse contre la vivisection vient d’avoir son contre-coup en Autriche. La querelle a été soulevée w un feuilleton scientifique de la Nouvelle Presse libre w Vienne; ce feuilleton est dû à la plume du recteur a l’Université de Genève. M. Cari Vegt, l’un des savant
- qui jouissent eu Allemagne de l’autorité la plus cons-
- dérable.
- Espérons que de cette agitation sortira un
- conduite plus humain à l’égard des animaux Décessai
- aux études scientifiques.
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- ALLEMAGNE
- ütesponsabilit'1 des patrons. — La Qazette d'Augsbourg publie la dépêche suivante :
- «Le projet de loi lelatif à la i-esponsabilité des patrons, en cas d’accident, est encore l’objet de pourparlers entre les divers gouvernements fédéraux. Eu égard à l’état actuel des travaux préparatoires, il n’est pas probable que le projet de loi puisse être présenté au cours de la prochaine session. »
- AUSTRALIE
- Défense contre l’tiltramontanisme. —
- Le journal australien the Witness a entrepris une vigoureuse campagne contre le progrès de l’ultramontanisme en Australie. Il demande que des mesures soient prises pour empêcher l’accaparement des terres par les évêques de la Nouvelle Galles du Sud.
- * *
- ILE MAURICE
- Progrès de l’ultramontanisme, — Les
- derniers numéros du Progressiste, qui paraît à Port-Louis nous montrent les progrès que fait Fullramonta-nisme dans cette admirable colonie anglaise. Les écoles du gouvernement tombent l’une après l’autre devant les écoles des jésuites. Une vaste association, Y Union catholiquei, qui déclare à. ses initiés vouloir combattre sans répit les écoles officielles, demande au conseil du gouvernement d’être reconnue comme fondation de bienfaisance.
- *
- « *
- CANADA
- Progrès cl© rultramontanlsme, — Tandis que le Haut Canada se peuple et se développe et que la contrée située entre le lac Huron et l’Ontario peut riva liser de prospérité, d’instruction et d’esprit libéral avec les plus belles contrées des Etats-Unis, le Bas Canada paraît marcher à reculons. La population y accepte de plus en plus l’autorité morale et presque matérielle du clergé romain.
- Voici entre autre choses déplorables ce que M. Ros-well Fisher,l’un des plus anciens et plus honorables habitants de ce pays, disait dernièrement à UDe assemblée du Royal colonial Instante :
- « Pour ce qui concerne la religion des habitants de Québec, iis se placent servilement sous l’influence du clergé de l’Eglise de Rome. Je suis fâché de dire — et je le dis avec répugnance — que depuis le concile du Vatican, ce clergé semble nourrir l’espoir de faire de Québec le siège de VUltramontanisme en Amérique...
- LE SOCIALISME MORAL
- Réplique à M. Littré
- Un cas de socialisme moral, tel est le titre d'un article que vient de publier la Philosophie positive. Cet article porte la signature de M. Littré, ce qui lui donne une certaine portée, vu que tous les travaux de cet honorable savant — même ceux qui s’éloignent le plus de ses études habituelles — ont le privilège d’attirer l’attention de toute une fraction du public, justement de celle qui se croit le plus avancée.
- Voyons donc ce que le docte académicien sénateur nous apprend sur le socialisme.
- L’article débute en ces termes :
- « Socialisme moral, qu’est-ce que cela peut bien être ? Que signifie cette nouvelle expression ? Nouvelle, dis-je; car jusqu’à présent, il n’a pas été question dans les programmes socialistes d’un catéchisme moral, et c’est moi qui prend la responsabilité du nom et de la chose. »
- Que M. Littré prenne la responsabilité du nom, il en a peut être le droit, mais qu’il ose soutenir qu’il a inventé la chose, c’est ce que nous ne saurions accepter un instant. Toute personne qui connaît les doctrines socialistes ne fût-ce que dans leurs éléments — et c’est le moins que l’on puisse demander à quelqu’un qui écrit sur le socialisme — toute personne, disons-nous, qui a ces connaissances-là sait que jamais doctrine politique ou sociale n’a eu une plus constante préoccupation de la morale que le socialisme. C’est au nom de la morale que Bûchez, Lamennais, Louis Blanc, Pierre Leroux, Georges Sand se sont élevés contre notre état social moderne : Chaque page de leurs œuvres témoigne de cette préoccupation. C’est au nom de la morale de Proudhon a réfuté nos économistes français et écrasé ceux d’Outre-Manche. C’est au nom de la morale et sur un de ses principes les plus élevés, si élevés même qu’il est actuellement impraticable, que Cabet a édifié toute son Icarie. C’est en s’appuyant sur des conceptions morales nouvelles — erronées peut-être, mais respectables — que Saint-Simon, Enfantin Fonder et Auguste Comte (dont M. Littré fut autrefois le disciple) ont proposé leurs grandioses organisations. Enfin c’est pour répondre à une conception morale et non pour une autre raison que M. Godin a réalisé la première entreprise sérieuse de socialisme expérimental.
- M. Littré est donc aussi complètement dans l’erreur qu’il est possible d’y être quand il vient s’arroger l'honneur d’avoir conçu le premier un socialisme moral.
- De même quand il ajoute plus loin : « A mon sens, la morale et les socialismes se tiennent trop séparés ; un rapprochement serait une épreuve très digne d’intérêt », il prouve tout simplement qu’il ne sait pas le premier mot des doctrines dont il parle. Il y a plus d’un demi-siècle que ce rapprochement a été fait et il se fait encore chaque jour.
- « Pour que je sois autorisé, poursuit notre auteur, à mettre en regard les deux termes que je propose isocialisme moral) il faut que je rencontre parmi les classes ouvrières quelque chose digne de réforme qui
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- y soit à peu près aussi répandu que l’est le socialisme. »
- Ceci est fort bien dit. Une doctrine nouvelle ne trouve du retentissement que si le milieu dans lequel elle se produit lui donne raison ou lui donne tout au moins les apparences de la raison. C’est une vérité trop peu connue, celle qui peut se formuler ainsi ; « Les théories réformatrices, vraies ou fausses, ne se produisent que là où il y a besoin de réforme »
- Voyons donc, avec M. Littré, quel est dans notre état social actuel la chose digne de réforme qui a pu donner lieu au socialisme.
- Eh, mon Dieu ! nous n’avons que l’embarras du choix 1
- Ce qui nous frappe le plus c’est l’énorme inégalité qui règne entre les hommes. Au banquet de la vie on n’a pas fait place à tout le monde.
- Tandis que les uns connaissent tous les avantages de l'état social les autres n’en connaissent guère que les inconvénients ;
- Tandis que les détenteurs de capital retirent de leur association avec le travail des bénéfices considérables, les travailleurs qui n’ont pour eux que leurs bras ne participent pas aux bénéfices qu’ils ont concouru à produira ;
- Tandis que le capital matériel intellectuel et moral accumulé par les travaux de tous, est devenu l’apanage de quelques-uns, les autres n’en reçoivent que des bribes sans importance ;
- Tandis que les uns ont accaparé le domaine mis gratuitement par la nature au service du genre humain tout entier, les autres ont été frustrés de la quote-part à laquelle iis avaient droit et n’ont reçu aucune compensation.
- Cette inégalité choquante est, à nos yeux, ce qui a fait surgir le socialisme, ce qui lui donne sa raison d’être, et ce qui assure son développement futur tant que les conditions de l'état social ne seront pas ramenées à l’équité.
- Le positiviste, lui, ne voit rien de tout cela. La seule chose digne de réforme qui frappe ses yeux c’est le grand développement pris par l’ivrognerie dans la classe ouvrière.
- Certainement l’ivrognerie est un fléau. Certaine* ment elle agit au sein de la classe ouvrière comme une épidémie toujours présente. Certainement elle dégrade l’individu et inflige trop souvent à la famille de l’ivrogne des privations eu des mauvais traitements tels que le cœur se serre quand on y pense. Tout cela est vrai, tout cela est même au-dessous de la vérité.
- Mais cette ivrognerie dégradante, cette épidémie, ce fléau, êtes vous bien sûr qu’il n’est pas un effet de
- la pauvreté ? Etes vous bien sûr qu’il soit facile à l’ouvrier qui pendant 11 ou 12 heures, 13 même parfois, travaille à la sueur de son front, que dis-je, à la sueur de son corps tout entier, près d’une forge ou près d’un four, dans une usine ou dans un atelier, dans une carrière ou dans une mine, êtes-vous bien sûr qu’il lui soit facile de passer à la porte du cabaret sans y entrer ? Etes-vous bien sûr qu'il soit facile au malheureux qui ne lit qu’avec difficulté ou ne lit pas du tout, qui n’a pas reçu de bonne éducation du-rant ses jeunes années, qui est sans aucune possibilité de se procurer les plaisirs intellectuels dont vous pouvez jouir, êtes vous bien sûr qu’il soit facile à çe malheureux de résister à la tentation de fraterniser un moment avec des camarades autour d’une table et d’un jeu de cartes ? Etes vous bien sûr qu’il soit facile à celui qui demeure dans un taudis bas, étroit, démeublé, sans air, sans vue, sans rien qui sourie à l’œil, dans une vieille rue noire, infecte et tortueuse, dans une masure pleine d’exhalaisons fétides et de criailleri.es d’dnfants, êtes vous bien sûr qu’il soit facile à celui qui n’a pas d’autre logis de ne pas se plaire au dehors et de ne pas préférer au séjour de son taudis les heures passées au cabaret, dans des salles plus vastes, plus propres, mieux éclairées ?
- Ah î vous en parlez bien à votre aise, Messieurs les philosophes de profession! Vous qui avez des travaux sans fatigue physique, des appartements où le luxe le dispute au confort, enfin et surtout des distractions élevées faciles et nombreuses, vous trouvez tout simple de résister à la tentation du cabaret. Je le crois bien, parbleu ! Vous auriez bonne façon vraiment de ne pas y résister !
- Mais quel rapport voyez-vous entre votre position et celle de ceux que vous insultez ? Avez-vous réfléchi à4a distance qu’il y a entre l’une et l’autre ? Et si vous y avez réfléchi vous êtes-vous demandé si votre classe avait fait pour diminuer cette distance tout ce que son influence lui imposait le devoir de faire ?
- I On pourrait aller loin dans cette voie d’interrogation I et peut être qu’au bout ceux qui parlent si haut bais-i seraient la tête.
- | Non, Messieurs les philosophes, nous ne cherche* j rons pas à vous confondre,’ nous préférons vous faire I ouvrir les yeux. Vous êtes inconscients des méprises i que vous faites. Vous vivez dans des salons ou dans | des cabinets, loin du bruit, ou du moins loin des plaintes. Vous n’avez jamais vu de près ces ouvriers dont vous parlez. Jamais vous n’avez pressé de votre main gantée une de ces mains caleuses auxquelles vous devez de pouvoir subsister. Vous parlez de classes que vous n’avez jamais approchées, jamais
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- fréquentées, jamais étudiées. Vous discutez de leur condition à la façon dont les aveugles discuteraient des couleurs et dont les sourds discuteraient des sons. Quittez cette habitude; allez voir ceux dont vous parlez; vivez près d’eux, à côté d’eux, au milieu d’eux; mêlez, ne fût-ce que quelque temps, votre vie à la leur et, après, répétez encore, si votre cœur vous le permet, ce que votre main écrit aujourd'hui si froidement.
- Eh quoi, M. Littré, c’est vous, ancien interne d’hôpital, vous, socialiste de 48, vous, sénateur de la république, qui osez clore votre article par ces lignes que ma plume répugne à copier :
- « La pauvreté, tant qu’elle reste en deçà de la misère, est parfaitement acceptable comme une des
- conditions de la vie sociale ;...... elle offre toutes
- sortes d’échelons, mais dans aucun elle ne porte l’empreinte du malheur. Mon intention n’est pas de soutenir qu’elle vaut mieux que la richesse ; c’est assez de dire qu’elle est exempte de maux qui lui sont propres, et que des compensations véritables ne lui manquent pas. »
- Voilà quelles sont les conclusions de ce socialisme moral dont M. Littré se targue d’être l’inventeur et qui devait être fatalement le fruit d’une doctrine aussi étroite, aussi exclusive, aussi glacée, aussi terre à terre, aussi contraire à toute conception supérieure que l’est le positivisme.
- Certes, le riche peut avoir ses moments de souffrance, mais, dites-moi, je vous prie, quels maux le riche peut ressentir auxquels le pauvre ne soit pas accessible ? J’avoue en toute humilité que je n’en vois aucun, tandis que j’en sais — et beaucoup, et des plus tristes encore —- dont le pauvre est la proie et dont le riche e*t à l’abri.
- Ah ! Messieurs, vous trouvez que dans aucun de ses échelons la pauvreté ne porte l’empreinte du malheur; vous trouvez qu’elle est exempte des maux propres à la richesse et qu’elle ne manque pas de compensations. Soit. Mais alors que tardez-vous à embrasser une position sociale aussi enviable ? Rien de plus facile pourtant. Qui ou quoi vous retient ? Dépouillez-vous de vos richesses et aussitôt vous serez exempts des maux qui leur sont propres. Les' compensations, c’est vous-mêmes qui nous le dites, les compensations ne vous manqueront pas.
- Eh quoi ? Vous hésitez ?
- Serait-ce donc que vous ne croyez pas une syllabe de ce que vous dites ?
- , J’en ai peur.
- Eh bien, croyez-moi, vous faites fausse route en abritant votre indifférence derrière de tels sophis-ïuqs. Ycnis faite! rire de vous. Vos subterfuges ne
- 1 trouvent personne d'assez naïf pour les accepter, , renoncez-y : votre dignité y gagnera. Vous passerez sûrement pour des égoïstes mais non pour des hypocrites, cela vaut encore mieux. Jouez donc franc jeu, ayez le courage de toute votre opinion, dites nous franchement, carrément, que vous vous reconnaissez le droit d’être insensibles, que vous tenez à la rester et que personne ne vous empêchera de l’être, mais, au nom de la bonne foi, au nom du respect de la vérité, au nom du bon sens que vous devez croire encore existant chez ceux qui vous lisent, quittez ces airs de philosophe qui vous vont si mal et renoncez à ces arguments qui nous font pitié.
- (A Suivrej. Ed, Champusy.
- OrjgiHede la fraao maçonnerie
- L’opinion la plus vraisemblable sur l’origine de la franc maçonnerie à notre avis est celle qu’a émise Nico-laï, écrivain et éditeur à Berlin, dans un livre intitulé : Essai sur les crimes imputés auv Templiers, et publié, en allemand, en 1782. Après s’être longuement étendu sur les Rose-Croix, Nicolaï rapporte, d’après les mémoires d’Ashmole,antiquaire anglais assez célèbre, mort à la fin duxvn° siècle, qu’un certain nombre de savants, se réunirent vers l’année 1646, «dans le but de bâtir, dans le sens littéral, la maison de Salomon de la Nouvelle Ailantis; mais l'établissement devait rester aussi caché que l’île de Ben-Salem ; » c’est-à-dire que ces savants, partisans des idées de Bacon, mais qui possédaient des Rose-Croix et des alchimistes, restèrent toujours attachés à la méthode ésotérique. Leurs idées étaient présentées d’une façon allégorique, et ces allégories sont, en partie, celles qu’on retrouve encore dans les Loges. La plupart des nouveaux associés appartenaient, comme ii est encore d’usage à Londres pour les gens d’une certaine condition sociale, à une des corporations de métiers de la ville, à celle des Maçons ; pour celte raison, leurs premières réunions eurent lieu dans la Maison des Maç. ms (Masons, Hall), et, à quelque temps de là, tous entrèrent dans la confrérie, en adoptèrent les marques extérieures, et, pour dissimuler peut-être le but de leur association, se firent appeler Free and accepted Masons. Le mot free a été traduit en français par franc, du mot franchise ; et le mot accepted signifiait, d’après Nieolaï, que cette Société particulière avait été incorporée à celle des Maçons, qui n’était qu’un corps de métier, comme les Poissonniers, les Merciers et d’autres.
- La société nouvelle s’était formée, était née, en quelque sorte, des idées de Bacon ; et, au même moment, dans la même année, d’autres savants absolument apposés à la méthode ésotérique, « persuadés avec Bacon que la philosophie et la physique devaient être mises à la portée de tous les hommes intelligents et de bonne volonté, » jetèrent les fondements d’une association qui ne devait être définitivement organisée que quatorze ans plus tard, en 1660, et qui est devenue la Société royale des sciences de Londres.
- La société des Maçons, née de la même cause dans le même temps, tout en conservant à ses recherches et à son enseignement la forme ésotérique, n’avait d’abord rien de secret. Mais, composée, pour la plus grande partie de partisans de Charles 1er, elle donna, trois ans plus tard, eu 1649, aussitôt la mort du roi, asile à un grand nombre de royalistes, et elle s’entoura dès lors de mystères et de symboles, parmi lesquels figurait, sous une forme énigmatique, la fin tragique du souve-raindécapité. Ces allégories changèrent plusieurs fois, dit-on, pendant les années qui précédèrent les restaurations de Charles II, et, à ce moment, la société fut à
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- peu près dissoute. Elle avait pris un caractère politique qu: devenait saus objet, et ses membres ne pouvaient, du reste, en présence du grand succès de la Société royale, conserver, pour renseignement des sciences et de la philosophie, la méthode secrète au nom de laquelle iis s’étaient d’abord assemblés. La société annexée, en quelque sorte, à la corporation des Maçons, continua cependant ses assemblées ; mais, dans ses tendances, dans son but, dans ses symboles, elle subit, sous l’influence de Chistophe Wren, l’architecte de Saint-Paul de Londres, une transformation presque complète.
- Son objet principal fut, dès cette époque, de modérer les haines religieuses, si terribles en Angleterre pendant le règne de Jacques II, et de chercher à établir, entre tous les hommes de toute nation, une sorte de concorde ou de fraternité, en affaiblissant autant que possible* les antagonismes nés de la différence des cultes, des rangs et des intérêts.
- Cette double origine, cette paternité des antiquaires anglais, encore imbus à cette époque des idées des alchimistes et des astrologues, et cette annexion à une corporation de métier, expliquent assez bien le curieux mélange d’emblèmes qui semblent empruntés à l’antiquité la plus reculée, et d’outils professionnels, qu’on retrouve dans le symbolisme et dans les signes extérieurs de la Franc maçonnerie.
- Toutefois, et malgré les nombreuses marques d’authenticité qui distinguent le récit de Nicolaï, aucun document antérieur à l’année 1717 n’existe sur l’association moderne des Francmaçons. Le24 juin 1717 se tintlapremière assemblée sur fa quelle existent des documents certains, et, six ans plus tard, en 1723, fut publié, en Angleterre, le premier livre de ses Constitutions. Deux ans après, en 1725, la Francmaçonnerie était introduite en France, et en 1738, à peine âgée de vingt ans, elle était anathématisée à Rome par le pape Clément XII.
- (Le monde maçonnique).
- ENCORE LES FEMMES
- La cause des femmes, en Angleterre, ne manque pas d’avocats et, nous pouvons ajouter sans crainte d’être démenti, de bons avocats. Chaque année qui se déroule voit augmenter le nombre des défenseurs de cette cause ; il est vrai que chaque jour, dans un sens ou dans un autre, la plus belle moitié du genre humain justifie de plus en plus, de mieux en mieux* les plaidoyers qui se font en sa faveur.
- A Londres, cette année encore, sur le terrain de l’instruction, les femmes ont prouvé, au grand dépit de certaines personnalités, qu’elles étaient loin d’être inférieures à ceux qui se croient cependant de beaucoup leurs supérieurs. Admises à suivre les cours des Arts et, des Sciences à University College London, elles peuvent concourir aux prix qui s’y distribuent sur le même pied que les hommes. Disons en passant que ces derniers sont numériquement, en grande majorité sur leurs fellow-workers féminins, et, dans la session qui vient de prendre fin, loin de diminuer, cette majorité s’est accrue d’une façon considérable (1).
- (1). Voici quel a été le résultat des derniers examens passés à l’Université de Londres :
- Etudiants : 856, admis 475. Etudiantes : 63, admises 5L
- Néanmoins dans la faculté des Arts où. 68 prix ont été distribués, les femmes en ont obtenu 16.
- Les certificats d’aptitude se divisent en trois catégories ou classes.
- Sur 103 certificats de lre classe les hommes en ont obtenu 65, les femmes 38 ;
- Sur 50 de 2B classe, les hommes ont à leur avoir 40 et les femmes 10 ;
- Enfin sur 52 de 3e classe il en a été délivré aux hommes 50 et aux femmes 2.
- Il semble, d'après ces chiffres, que les femmes aient tenu à marquer leur succès dans la catégorie la plus avancée, nous voulons dire celle qui exige le plus de connaissances de la part des candidats.
- En mathématiques, l’année précédente, le grand prix qui est de 50 L. avait été remporté une femme ; cette année il n’en a pas été de même. Mais si dans cette branche de l’instruction le beau sexe a eu le dessous, en revanche, en Economie politique et dans les langues mortes, grec et latin, il a damé le pion au sexe laid.
- Aux examens d’immatriculation à l’Université de Londres, le nombre des étudiants reçus a été petit comparativement aux années précédentes, mais c’est chez les hommes que le contingent a fait défaut; que l’insuccès s’est présenté. Chez les femmes, au-contraire, le résultat a été des plus brillants. On cite entre autres une Ecole de demoiselles, celle dite North London Collegiale Schoolet qui est dirigée par Miss Frances Mary Bup. Pas une seule des élèves n’a été refusée ou ajournée. Sur 85 candidats appartenant à je ne sais combien d’institutions et qui ont pris le grade des honneurs, sept appartiennent à l’établissement de Miss Bup.
- D’autres examens universitaires ont eu également lieu à Albert Hall. Plus de mille institutrices ou élèves institutrices se sont présentées. Ce n’est guère que dans un mois que le résultat sera rendu public. Cependant nous pouvons dire, le tenant d’une source authentique, que ces examens ont été soutenus d’une manière vraiment merveilleuse.
- Ce sont là des résultats qui dispensent de tout commentaire.
- Aussi, dans l’esprit public, la cause des femmes fait-elle du chemin. Et ce n’est pas seulement au point de vue pédagogique que le mérite des femmes est apprécié : depuis longtemps déjà les divers cabinets qui se sont succédés les emploient dans l’administration générale des Postes et des Télégraphes. Dans maints grands établissements financiers et industriels de Londres parmi lesquels une des plus importantes, sinon la plus importante compagnie de
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- la Cité, la majorité la plus capable du personnel se compose de femmes. C’est encore parmi les femmes que les Economistes et Statisticiens officiels dans les Indes, recrutent leurs aides les meilleures, soit au point de vue de l’exactitude des calcuis, soit sous le rapport de l'intelligence dans les recherches, soit enfin en ce qui est de l’abondance et de la qualité des matériaux recueillis.
- Une nouvelle preuve de la capacité reconnue des femmes vient de se manifester dans la pensée qui a été suggérée au gouvernement de les employer, dans une certaine proportion, à préparer les rapports relatifs au Cens qui est en train de se faire. Il est plus ; que probable que cette pensée sera adoptée par la \ Trésorerie.
- Eh bien, en toute sincérité, ne croit-on pas que ces femmes jugées capables de remplir tous ces postes qui leur sont confiés de préférence aux hommes, ne soient pas aussi dignes que ces mêmes hommes d’avoir leurs représentants, leurs mandataires, soit au sein des conseils des communes, soit même à la Chambre basse. Déjà elles prennent part aux élections des School Board ; pourquoi ne participeraient-elles pas aux autres élections, nominalement et personnellement ?
- Nous espérons que, sinon cette session qui a déjà bien assez de laine à sa quenouille comme cela, du moins la prochaine fera quelque chose dans cette voie. Nous sommes certains que, dans tous les cas, des efforts y seront faits qui ne seront pas complètement vains. Ce sera d’un bon exemple pour les pays où le sexe barbu croirait déroger s’il avait à traiter d’égal à égal avec le sexe imberbe.
- C. P. Maistre.
- - AUTRES TEMPS AUTRES 9KEURS
- Mme de Nesles avait un amant, M. de Soubise. Son mari le sut, et voici comment il s’en vengea : — TJn jour, il entra chez elle et, en présence de M. de Soubise, lui dit : « Madame, je vous ai passé bien des amants, mais il y en a un que je ne vous passerai pas, et si je vous surprends encore avec le perruquier de mes gens, prenez garde à vous ! » Puis, il sortit, la laissant seule avec M. de Soubise, qui furieux, la souffleta.Et le mari alla rire avec ses amis du bon tour qu’il avait joué.
- C’était le temps où les femmes du haut monde étalaient leurs amants,et les maris leurs maîtresses.On se quittait comme on se prenait.
- Les affaires de cœur n’étaient que fantaisies, caprices, goûts passagers.On se moquait fort de la fa-
- mille . Il y avait quelque chose de presque aussi comique qu’un mari trompé, c’était un mari aimé de sa femme Témoin ce seigneur de la cour de Louis XV disant à sa femme, qui l’adorait : « Ma chère amie, aidez moi à n ôtre point ridicule. »
- Ces belles manières sont parties avec le bon vieux temps. Nous sommes devenus diantrement susceptibles sur l’article fidélité ; les maris ne trouvent plus très drôle d'être trompés, ils se sont mis à tuer la femme, tuer l’amant. Us se sont lassés d’être ridicules, ils sont devenus tragiques. Les femmes a leur tour ne se laissent plus trahir si gaiement ; et voila que, filles séduites où femmes délaissées, elles se mettent à tuer à coups de revolver les infidèles et a jeter du vitriol à la figure des maîtresses de leur mari.
- Les maris se sont dit que la famille et l’honneur valaient bien qu’on les défendit; les femmes ont jugé qu’au point de vue moral, l’infidélité de l’homme est aussi coupable que celle de la femme
- De là les tragédies dont nous sommes témoins. Tandis que s’affinait la susceptibilité de l’honneur, et que se développait dans l’humanité le sentiment de la justice et de l’égalité, nos lois n’ont pas suivi une progression parallèle,et nos codes n’ont presque rien ajouté à leur vieil arsenal d’articles pour protéger des droits nouveaux, pour défendre la dignité humaine et la liberté.
- De plus, les hommes et les femmes ne sont ni des saints, ni des anges. Il y a eu, il y aura toujours des maris infidèles, des femmes adultères et des filles séduites. Mais, si ce n’est plus aujourd’hui un titre de gloire de mettre à mal une fille et de l’abandonner après, la fille séduite n’en reste pas moins sans recours contre son amant, avec son enfant sur les bras.
- Si un mari et une femme qui ont cessé d’être heureux ensemble n’ont plus, comme autrefois, la ressource de s'illustrer par des galanteries bien portées, ils n’en sont pas moins condamnés à finir leurs jours dans un tête-à-tête sans consolations.
- Ainsi, les lois ne donnant pas de sanction aux nouvelles idées morales que professe la société actuelle, il ne reste aux filles séduites, aux maris trompés, aux femmes délaissées, qu'une ressource : la vengeance.
- A cette épidémie de crimes, je ne vois pour ma part qu’un remède : inscrire dans notre code la recherche de la paternité et le divorce, c’est-à-dire consacrer ces deux principes : la responsabilité et la liberté.
- (Le Rappel). Gustave Rivet
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- L’EXPOSITION DE DÜSSELDORF
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- En 1866, revenant de passer quelques jours chez Krupp, et regardant par hasard, entre deux trains, le travail de la cavalerie et de l’infanterie prussiennes, sur le champ de manœuvres de Dusseldorf, j’ai eu le douloureux pressentiment de la force militaire prussienne ; hier, en parcourant l’étonnante exposition qui est ouverte dans cette ville depuis le 9 mai, j’ai eu la même impression et peut-être plus désagréable encore, en étant forcé d'admirer l’évidente supériorité de certains produits, le parfait ordonnancement, les excellentes dispositions, la minutieuse propreté et le goût parfait de presque toutes les installations.
- Ce n’est pourtant qu’une exposition provinciale de "Westphalie, des provinces rhénanes, et, par extension, de quelques districts environnants.
- Pourquoi Dusseldorf, plutôt que toute autre ville rhénane, a-t elle été désignée comme lieu d’élection d’une réunion aussi importante?
- C’est que, malgré sa moindre étendue et sa population relativement moins nombreuse, elle est le siège d’institutions académiques, scientifiques, industrielles et artistiques des plus renommées en Allemagne occidentale. Tous les chemins de fer de cette riche contrée viennent s’y entrecroiser, aussi bien sur la rive gauche que sur la rive droite du Rhin. C’est le dernier port allemand sur le fleuve, à quelques kilomètres du premier port hollandais Arnheim.
- *
- * *
- Un pavillon central d’environ 400 mètres de long sur plus de 100 mètres de large contient, outre les produits des XXIII groupes, entre lesquels se répartissent les objets exposés plusieurs grandes salles consacrées à l’Et-position universelle des peintres allemands.
- Ce grand pavillon est entouré de constructions particulières dispersées dans un parc de 75 arpents attenant au jardin zoologique de Dusseldorf, dont ils agrandissent l’enceinte/Le visiteur peut se reposer de ses études sérieuses dans les galeries et pavillons spéciaux en se promenant dans un beau site animé d’oiseaux et de qua-trupèdes curieux, et qui ressemble beaucoup à notre Jardin d’acclimatation.
- Les efforts d’une région de 6,390,000 habitants, agriculteurs, mineurs, métallurgistes, tisseurs et autres corps d’état, sont venus se concentrer dans cette ancienne capitale du duché de Berg, ce vieux port rhénan, dernière sentinelle avancée de la Prusse vers la Hollande.
- Je n’ai pas la prétention de décrire un à un les 66 pavillons séparés, ni les 2,800 numéros du catalogue, j’en signalerai seulement quelques points saillants.
- L’industrie métallurgique domine et dépasse de beaucoup notre classe 43 de 1878. La collection de minerais est d’une richesse extrême, si bien classée, si parfaitement disposée, que notre Ecole des mines tout entière, élève et professeurs en tête, gagnerait beaucoup, je crois, à faire ce court voyage.
- Parmi les produits tirés de ces minerais avec le secours de ces trésors infinis de charbon du bassin de la Rurh, dont les échantillons énormes ont été amenés à Dusseldorf, on est surtout frappé par les aciers et fers homogènes de M. Fried Krupp, le prototype de la force métallurgique de l’Allemagne.
- A la porte de son pavillon apparaît, terrible et menaçant, un canon de quarante centimètres d’âme dressé sur son affût et entouré de ses projectiles. Son poids est de 72,600 kilogrammes ; à ses pieds est dressé un projectile extraordinaire pesant 800 kilogrammes, devant être lancé par une charge de 50 kilogs ; à côté est l’obus dont on se sert ordinairement avec ce canon, pesant 630 kilogrammes, yide de poudre, et 777 lorsqu’il est chargé ; la vitesse de déplacement est de 502 mètres par seconder
- Ce canon de 40. centimètres peut encore à 5,000 mètres percer les meilleures cuirasses sur une épaisseur de deux fois douze pouces.
- L’énorme pièce est posée sur un affût, lequel lui-même est déjà mobiledans deux directions, sur les rails cintrés d’une plate-forme spéciale ; une combinaison de différents moyens mécaniques permet de mouvoir le canon sur l’affût, et l'affût sur la plate-forme avec assez de facilité pour pouvoir exécuter rapidement tous les temps de lamanœvre. Dix hommes suffisent pour ces mouvements.
- Le poids de l’affût et de sa machinerie est de 45,000 kilogrammes-
- D’autres canons de 0.15 centimètres de calibre, de 0,07 1/2, de petits canons de campagne pour être portés à dos de mulets, un canon-revolver de deux centimètres et demi, une collection complète d’obus et de projectiles de toutes tailles et de toutes formes, intéresseront vive-* ment ceux de nos artilleurs que n’arrêterait pas un voyage de dix heures.
- A l’intérieur du pavillon, l’objet principal exposé par l’usine d’Essen est un arbre de la machine marine destinée aux Transatlantiques de Brême, en acier fondu, pesant 14,000 kilogrammes, long de 7 mètres 81 sur 4 mètres 19 de diamètre.
- Un énorme pignon denté en acier fondu, de gigantesques plaques" de tôle du même métal, des pièces d’essai prouvant la ténacité, la malléabilité et la résistance des produits d’Essen, démontrent les progrès continus de cet établissement colossal, dont relèvent, en moyenne, plus de 15,000 ouvriers, soit dans les ateliers des usines, soit dans les mines qui les approvisionnent.
- L’industrie du fer, de la fonte et de l’acier est en* core représentée par d’autres usines non moins importantes.
- Les autres métaux, zinc, cuivre, nickel, manganèse ne sont pas moins représentés, la Vieille-Montagne (cette internationale du zinc qui sait très bien se souvenir qu’elle s’appelle Allen-Berg, lorsqu’elle réclame au besoin son.droit) à être considérée ici comme prussienne.
- Les plaques de zinc disposées en forme de tuiles et d’ardoises, le zinc cannelé, les feuilles laminées les plus minces, les repoussés les plus artistiques conservent la perfection à laquelle la Vieille Montagne (Alten-Berg) nous a, depuis si longtemps habitués.
- Le nouveau laminoir de la Société de Silésie à Kalck, près de Cologne, a fourni à d’habiles perceurs Une feuille de cinq mètres de long sur un de largeur et quatre millimètres d’épaissear. Pour exécuter ce chef-d’œuvre, il a fallu la qualité spéciale des zincs de Silésie et l’habileté des lamineurs de Kalck.
- Nous signalons à nos amis de Saint-Etienne ei de Saint-Ghamond un métier battant brocheur â rubans et des métiers à ganses rondes d’une belle exécution.
- A nos tisseurs, des étoffes de Grefeld, Elberfeld et Barmen qui leur font une si dangereuse concurrence.
- A nos raffineurs, le jeu de machines ingénieuses de MM. Bath et. Bredt, de Cologne, pour transformer les pains de sucre en petits cubes.
- A nos directeurs de Compagnies de chemins de fer, des rails àlongrines, des aiguilles d’acier et surtout les wagons solides et confortables qü’ün est si heureux dé trouver pour les longues traversées du réseau allemand.
- L’ameublement, les caoutchoucs, les cuirs, les voitures m’ont paru dignes d’être étudiés par les industriels français.
- Ce*qui, je dois le dire, m’a le plus étonné, c’est le nombre et l’importance donnée à l’exposition des articles de modes. C’est une division que je ne m'attendais guère à trouver en Allemagne aussi brillamment représentée. La grande vitrine Hessel hères, de Francfort, renferme des toilettes princières d’un bon effet ; un peu plus loin sont des costumes de jeunes garçons très bien compris.
- Nos confrères de la Gazette de Cologne ont élevé, dans le parc, un pavillon d’une grande étendu où ils donnent aü public l’intéressant spectacle de la composition et
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- du tirage d’une gazette de l’exposition composée et tirée dans son enceinte même.
- La presse rotative est construite sur un modèle tout à fait différent de nos types français.
- J'ai le regret de dire que cette- exposition de la Gazette de Cologne est de beaucoup supérieure à tout ce qui avait été fait dans cette industrie à notre Exp^siton de 1878.
- Que de choses encore sont nouvelles et intéressantes dans l’enceinte du parc, deux gigantesques pulsomètres, un chemin de fer actionné par des appareils électriques, etc.
- 1 * *
- Peut-être me trouvera-t-on bien naïvement émerveillé d’une petite exposition provinciale allemande après les splendeurs de la nôtre? J© ne demanderais pas mieux que d’être convaincu d’exagération, car au moins ceux qui me contrediraient y auraient été voir.
- Et j’aurais obtenu l’effet désiré.
- (Le Propagateur.) Turgan.
- auteur de Les grandes usines.
- Lg iAMiWTE DETTKAÎAILiElîllS ELBEliVIESS
- Le syndicat des travailleurs du rayon Elbeuvien vient d’adresser au ministre de,l’intérieur ses « réponses au questionnaire » envoyé par le gouvernement sur les conditions du travail dans les professions représentées par le syndicat.
- Nos honorables concitoyens nous font l’honneur de nous communiquer ce document, qui présente un haut intérêt. Nous en détachons les. passages qui renferment des considérations d’ordre général.
- Chacun remarquera avec quelle netteté, quelle franchise s’expriment les signataires de la pièce que l’on va lire. Les souffrances trop réelles qu’ils supportent dans l'exercice de leurs professions sont impuissantes à les faire sortir d’une modération dans les termes qui est un signe évident de force et de virilité. Interrogés par le gouvernement de la République, ces ouvriers se hâtent de répondre par des faits patents . Le défaut de place nous interdit ici de reproduire la partie purement technique de leur travail; nous le regrettons d’autant plus que le public pourrait juger, en la lisant, de la compétence parfaite que cette partie dénote chez les citoyens qui l’ont élaborée. A questions sérieuses, réponses sérieuses. Le gouvernement de la République a maintenant un devoir : tenir compte, très grand compte, de ces réponses que lui adressent divers corps de métiers. Tout ceci ne se bornera pas, nous aimons à en être certains, à un platonique échange de vues entre les ouvriers et ceux qui les consultent. Ces choses-l* ne sont pas faites pour aller grossir le nombre des document d’enquête qui dorment, dans les ministères, au fond des cartons verts. Nous comptons bien que la bonne volonté et la confiance que les ouvriers montrent ainsi envers ceux qui représentent la République ne seront pas déçues. Au gouvernement, maintenant, de prouver par des actes, qu’il est digne d’entendre le langage que-lui parlent
- les ouvriers du rayon Elbeuvien.
- Le travail qui nous est communiqué débute ainsi :
- Le gouvernement de la République française, issu du suffrage universel, s’inspirant de son origine démocratique, nous ayant fait l’honneur de nous adresser directement un questionnaire, contrairement aux précédents créés par les gouvernements royaux et impériaux, lesquels consultaient les chambres de commerce lorsque leur politique f iait de faire semblant de s’occuper des classes laborieuses, qu’ils dédaignaient.
- Nous avons répondu avec tout le zèle, tout ce que comportent des questions si graves et si délicates.
- Le gouvernement, nous en sommes convaincus, est animé* du plus sincère désir d’améliorer le sort de la classe la plus nombreuse par Tes réformes .qui lui paraîtront les plus praticables et tous les moyens dont son pouvoir pourra disposer.
- C’est pourquoi il nous convie à lui présenter nos plaintes, nos doléances, nos cahiers des charges, comme l’ont fait autrefois nos pères en 1789, pour être complètement éclairé sur notre situation matérielle, morale et intellectuelle, et apporter eu connaissance de cause les remèdes les meilleurs aux maux qui nous accablent.
- Nous avons la conviction la plus intime d’avoir interprété fidèlement les sentiments qui animent les travailleurs du rayon elbeuvien ; nous avons rempli consciencieusement la tâche si déiicate de les exprimer sans obscurcir la vérité.
- Notre profession étant une des plus insalubres, des plus périlleuses, exigeant une grande dépense de force physique, n’en est pas mieux îémunérée. Notre pénible existence nous rend plus malheureux encore que ne le sont nos frères des autres catégories de la fabrique d’Elbeuf.
- Nos revendications sont les mêmes. Nous demandons la liberté la plus absolue, jusqu’aux limites du droit commun, de fonder nos ligues, nos corporations, nos chambres syndicales, nos fédérations* afin de constituer ce qui deviendrait la puissance du travail, traitant de gré à gré avee cette autre puissance qui s’appelle le capital; sans vouloir préjudicier aux droits acquis, tout au plus rétablir l’équilibre de la justice par une entente commune entre les patrons et les ouvriers, qui débattraient leurs intérêts, discuteraient les conventions et accepteraient librement les contrats.
- Nous déelarons, ajoutent les travailleurs
- Que les ouvriers isolés, dispersés, sans liens* sans soutien, sont entièrement livrés à la merci de ceux qui possèdent le capital. Que le droit du capitaliste d’abaisser abusivement, tyranniquement, les salaires, jusqu’à compromettre l’existence du travailleur, constitue le- plus terrible et le plus monstrueux des droits ; le droit, sous une autre forme, du seigneur au moyen âge; droit de vie et de mort ! que le travail est l’unique propriété de l’ouvrier ; propriété sacrée que devraient respecter ceux surtout qui, dans les jours d’alarmes, crient en désespérés : « Respect à la propriété ! » Les misères que les ouvriers de la fabrique d’Elbeuf endurent par l’insuffisance des salaires e.t les chômages trop fréquents se trouvent encore aggravées par leurs rapports avee les patrons ; ces rapports étant loin d’être des meilleurs.
- Il est juste de faire exception en faveur d’une faible minorité d’honorables fabricants, lesquels sont des hommes bien élevés, ayant reçu une instruction supérieure.
- Yoici ce qui est remarquable : ainsi nos concitoyens du rayon d’Elbeuf ont remarqué ceci, que l’instruction largement étendue, loin do donner à ceux qui ont le bonheur de la posséder, une sotte vanité, une stupide insolence dans les rapports individuels avec leurs concitoyens, développe, au contraire, chez eux le sentiment de l’égalité, le,.respect de la dignité humaine; aussi, après une telle décla-
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- ration, avec quelle force les ouvriers elbeuviens, s’oubliant eux-mêmes, statuant non plus seulement pour leur propre avenir, mais aussi pour celui de leurs enfants, n’ont-ils pas le droit d’ajouter un peu plus loin :
- Le bon sens de l’ouvrier elbeuvien, son instinct, son intuition le portent à croire qu’il ne serait peut-être pas impossible, avec le concours de tous les hommes les plus éclairés de bonne volonté, avec les économistes les plus distingués, les savants les plus illustres, les industriels, les commerçants les plus rompus aux affaires, les ouvriers les plus intelligents, les plus instruits, de for-mer une sorte de congrès où l’on soumettrait à l'étude les questions : dégrèvement des impôts qui pèsent sur les denrées alimentaires que consomment journellement les ouvriers ; d’un minimum de salaire, basé strictement sur les besoins les plus urgents de la vie, et un maximum pour les années les plus prospères. On devrait y étudier également la fixation des heures de travail ; s’appliquer à résoudre ce problème, de sauvegarder les intérêts légitimes des patrons et des ouvriers.
- Mais avec cette proposition, que l’ouvrier ne peut hasarder que modestement, il est convaincu qu’une instruction vraiment démocratique, répandue à flot dans nos écoles, améliorerait considérablement son existence.
- Il forme des vœux pour que la République s’empare des enfants du peuple dont l’intelligence sera la plus élevée, pour les pousser aux écoles supérieures aussi loin que grandes sera leur faculté ; en former une pléiade d’hommes d'une capacité telle, dans toutes les carrières libérales, qu’ils seraient l’honneur et la gloire du pays.
- Les membres delà commission,
- DIOT, DELBART, HIPPOLYTE VIARD, SAULNIER, GRISEL.
- Approuvé par les membres de la chambre syndicale des travailleurs du rayon elbeuvien :
- CHAMPIN, HENRI CROUILLEBOIS, CRESP1N, COUSIN, RENAUDIN, P1PEREL,C0URTILLET, JAMES, LEMOINE, VOIEMENT, REVERT, FERDINAND HARDOUIN, BERTIN, JULES RABAN.
- Les auteurs du travail disent encore :
- L’ouvrier que l’on malmène, que l’on accable de mauvais procédés, de vexations, d’humiliations, après avoir réduit son salaire aux cris de la faim, en conserve un ressentiment profond ; des colères sombres grondent dans son cœur; une étincelle pourrait faire explosion.
- C’est cette situation si déplorable que les ennemis de la République exploitent avec une perfidie vraiment habile.
- Une fraction considérable de bonapartisme, prenant le masque du socialisme, prêche ouvertement dans ses journaux, dans ses réunions, dans ses conférences, la croisade contre la bourgeoisie industrielle, excitant la haine de l’ouvrier déjà si mécontent, et le poussant à la révolte ; pendant que les autres fractions de ce môme parti, avec toute la réaction, travaillent avec une activité dévorante à faire sombrer nos institutions républicaines, si laborieusement édifiées.
- C’est ainsi que les ennemis du bien public essayent d’entraîner les ouvriers, et qu’ils espèrent en faire les instruments de leurs basses œuvres, pour organiser.sur toute l’étendue du territoire, la guerre civile, la guerre des classes ; spéculant qu’à la faveur des troubles effroyables qu’ils auraient fomentés, ils pourraient ressaisir le pouvoir césarieu dont ils ont fait et feraient encore un si funeste usage.
- Pouç conjurer à tout jamais un aussi grand péril, pour épargner à notre malheureuse patrie, déjà si éprouvée, les horreurs d’une nouvelle guerre civile, il devient d’une urgence extrême que le gouvernement républicain prenne l’initiative des améliorations et des réformes dont les travailleurs éprouvent un si grand besoin.
- Le gouvernement se souviendra que l’immense majo-
- rité de travailleurs de France, ennemis de toutes les réactions, a voté constamment avec la bourgeoisie libérale, pour fonder le régime nouveau ; que, par cette haute considération, les ouvriers méritent toute la sollicitude de la République
- La commission,
- EÉLIX REVERT et DIOT.
- Les membres de la chambre syndicale,
- CHAMPIN, HENRI CROUILLEBOIS, CRESPIN, COUSIN, RENAUDIN, PIPEREF, COURTILLLT, JAMES, LEMOINE, VOIEMENT. JULES, RABAN,. FERDINAND HARDOUIN, BERTIN.
- Nous le répétons : il faut que le gouvernement de la République se montre à la hauteur de la confiance qu’on lui témoigne en donnant aux revendications si légitimes des travailleurs une satisfaction aussi prompte et aussi complète que possible.
- (Le Rappel).
- €E QUE LOS PESSH OE L4 C00PÉR4Ti0\ AUX ANTIPODES.
- {Extrait d’une lettre de M. John Branton.)
- Melbourne Victoria, 26 Avril 1880.
- Les plus consolantes nouvelles qui nous soient venues dernièrement sont celles du succès du Familistère de Guise.
- La façon dont M. Godin procède en assurant d’abord à ses travailleurs les bénéfices de sociétés mutuelles, puis en allant d'une chose à une autre, jusqu’à ce qu’il leur ait inculqué l’habitude de s’unir pour le bien du travail, est un exemple qui doit être suivi ; cependant il n’y a pas encore un imitateur de M. Godin.
- Peut-être ce dernier devrait-il étendre ses opérations aux travaux agricoles, et procurer ainsi à son personnel un changement d’occupation favorable à la santé des individus autant qu’au développement des ressources.
- Les sociétés aussi bien que les nations doivent s’efforcer de maintenir l’équilibre entre les productions manufacturières et les productions agricoles.
- La Grande-Bretagne est en défaut sous ce rapport ; elle se préoccupe trop exclusivement des opérations manufacturières.
- Les idées coopératives se répandent aux Antipodes. « The south australien advertiser » du lü juillet, parle de l’établissement d’une société coopérative de boucherie par laquelle les membres espèrent épargner 40 à 50 pour cent de leurs dépenses ordinaires.
- Les commerçants, comme cela se passe à peu près partout où ils sont maîtres du marché, surchargent les prix d'une façon exorbitante.
- Il est constaté qu’à Gawler, les commerçants locaux ont pendant longtemps porté les prix de 4 à 8 deniers par livre ; récemment des négociants meuniers se procurèrent de la viande à Adélaïde et la revendirent en détail aux habitants de Gawler à raison de 2 d. 1/2 à 3 d. 1/2 par livre. Le résultat fut que les bouchers réduisirent leurs prix à 2 et 3 d. et les trouvèrent encore rémunérateurs. Un magasin coopératif a ce merveilleux effet de porter les prix du commerce à de raisonnables limites.
- (Co-operative News, 28 Août 1880.)
- 1 Le Directeur-Gérant : GODIN.
- Saint-Quentin — lmp. de là Société anonyme du Glaneur
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- 3( ANNÉE, TOME 4 — N° 107 dOe numéro hebdomadaire 20 c, DIMANCHE 26 SEPTEMBRE 1880
- REVUE
- Le Devoir
- RÉFORMES SOCIALES
- BUREAU
- E GUISE (Aisne)
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Dire cteur- Gérant Fondateur du Familistère
- . ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE
- par renvoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France
- Un an. . . .
- Six mois . . . Trois mois . .
- lOfr. w» 6 u» 3 »»
- Union postale
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- Autres pays Un an. . . . 43 fr. 60
- ON S’ABONNE A PARIS 5,r.Neuve-des-petits-Champs
- Passage des Deux-Pavillons
- S’adresser à M. LEYMARIE administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- Etudes sociales sur le gouvernement. — Nouvelles du Familistère. — Faits politiques et sociaux. — Les impôts de consommation : Voctroi. — Nouvelles diverses. — Enseignement professionnel. — Socialisme moral. — Un brave cœur. — Impressions de lecture. — Société des conducteurs de locomotives. — Oratoires et récréatoires en Italie. — Sophismes révolutionnaires. — Variétés.
- ÉTUDES SOCIALES
- SUR LE GOUVERNEMENT
- IX. {Suite).
- Autocratie et Despotisme.
- L’autocratie est le pouvoir absolu d’un seul homme de disposer de la vie, de la liberté et des biens de toutes les personnes placées sous sa domination.
- Ce gouvernement est le propre des âges de barbarie et de servitude ; il existe surtout chez les peuples dominés par l’esprit de conquête.
- Son principe est la négation de tout droit social pour l’être humain.
- Montesquieu, dans son volume : L’esprit des lois, l’apprécie en ces termes :
- « Dans le gouvernement despotique un seul, (( sans loi et sans règle, entraîne tout par sa (( volonté et par ses caprices.
- * Le despotisme cause à la nature humaine
- « des maux effroyables, le mal même qui le lice mite est un bien.
- « Dans les Etats despotiques, où il n’y a « point de lois fondamentales,il n’y a point non « plus de dépôts de lois, un seul gouverne se-« Ion ses volontés et ses caprices. Ce qu’il faut « dans un gouvernement despotique, c’est la « crainte. Pour la vertu, elle n’y est point né-« cessaire, et l’honneur y serait dangereux.
- « Des gens capables de s’estimer beaucoup « eux-mêmes seraient en état d’y faire des révo-« lutions. Il faut donc que la crainte y abatte « tous les courages, et y éteignejusqu’au moin-« dre sentiment d’ambition.
- « Dans les Etats dèspotiques la nature du « gouvernement demande une obéissance ex-« trême : et la volonté du prince, une fois con-« nue, doit avoir aussi infailliblement son effet « qu’une boule jetée contre une autre doit avoir « le sien.
- « Il n’y a point de tempérament, de modifîca-« tion, d’accomodements, de termes, d’équiva-« lents, de pourparlers, de remontrances, rien « d’égal ou de meilleur à proposer.
- « On n’y peut pas plus représenter ses crain-« tes sur un événement futur qu’excuser ses « mauvais succès sur le caprice de la fortune.
- « Il ne sert de rien d’opposer les sentiments « naturels, le respect pour un père,la tendresse « pour ses enfants et ses femmes, les lois de « l’honneur, l’état de sa santé ; on a reçu Tordre « et cela suffît. »
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- Le tableau est exact. La liberté de l’individu n’existe pas sous le gouvernement autocra- i tique. Il n’y a ni règle, ni lois, le bon plaisirdu pouvoir est tout.
- Le régime du gouvernement autocratique reposant sur la volonté arbitraire d’un seul, est le mépris du juste et du droit. Ses mobiles sont la vanité et l’orgueil, la convoitise de tous les 1 biens de la vie, l’excès et l’abus de tous les appétits sensuels, l’ambition de la domination sur ies autres hommes, le désir de les abaisser par rapport à soi, enfin la violation de toutes les lois de la vie dans l’humanité.
- Sous cette forme de gouvernement, le peuple est considéré comme un troupeau que l’autocrate fait conduire et diriger suivant son bon plaisir.
- Au prince appartient le commandement ; au peuple échoient l’obéissance passive et l’exécution des ordres.
- La délégation de toute fonction et de tout pouvoir émane du prince ; le peuple doit en subir avec soumission les décisions quelque arbitraires qu’elles soient.
- Le prince nomme les chefs de province, de district, de tribu, de commandement, dans toute l’étendue dé ses Etats ; et il faut remar- : quer que ies gouvernements sont d’autant plus despotiques et plus injustes que le pouvoir suprême s’arroge une autorité plus absolue sur ces nominations.
- En autocratie, les pouvoirs constitués sont eux-mêmes subordonnés au prince ; un mot,un geste peut faire tomber en disgrâce le plus puissant ministre ; tel motif ignoré peut lui faire trancher la tête. Nul n’est sûr de son lendemain. Il faut donc à tout prix plaire au maître ou à ses subordonnés et, par conséquent, empêcher avant tout les rapports défavorables contre soi, de la part des personnes en crédit auprès du pouvoir.
- La loi de contrainte que les agents du gouvernement ont mission d’appliquer consiste dans le fouet, la bastonnade, la torture, la potence ou le couperet. La mort sous toutes ses formes est la sanction- de toutes les décisions de ces atroces régimes, afin’de contraindre'à l’obéissance les consciences humaines en révolte.
- La voix du peuple n’est jamais entendue; ses
- douleurs, ses souffrances sont muettes ; ia crainte du châtiment empêche les plaintes aese produire ; au besoin, la torture les étouffe.
- L’arrogance à l’égard des subordonnés est ia forme employée par tous les agents du pouvoir soit dans la police, soit dans l’administration soit même dans la judicature. On ne trouve nulle part de formes inspirées par le respect et l’amour de l’humanité.
- Tout régime despotique, quels que soient le nom et la forme sous lesquels il se dissimule, s’inspire des principes et des maximes de ce gouvernement monstrueux.
- En autocratie, le caractère des fonctions se distingue par les insignes dont les agents sont revêtus. Tous portent des armes comme emblème du pouvoir qu’ils représentent : obéissance à l’autorité quand même.
- Les excès du prince comme les. abus qu’il ordonne ont force de loi : nul que le prince lui-même n’en peut modifier la rigueur; car le gouvernement despotique perd son caractère du moment où il cesse de commander au nom de la force et du bon plaisir. Dès que l’autocrate se laisse entourer de conseils ayant pouvoir de faire respecter leurs décisions, l’autorité se divise et le pouvoir se partage pour s’étendre de siècle en siècle, par des efforts lents et laborieux, jusqu’à* la reconstitution de la souveraineté nationale, c’est-à-dire jusqu’à cc que chaque citoyen ait recouvré sa liberté et sa i part du pouvoir social,
- À ces tristes époques où le gouvernement est livré à tous les caprices du-despotisme, la guerre est en permanence.
- La Société dévoyée ne consacre presque rien au travail utile. Toutes les forces productives sont détournées de leur emploi ; les produits du labeur sont consacrés à enrichir et à entretenir les hommes de guerre. L’or et l’argent servent au harnachement des chevaux. Tout l’art des nations est appliqué à créer des armures. L’activité du peuple ne s’emploie qu’à la création d’engins de guerre et de destruction.
- Nulle pudeur, nulle morale, nulle justice ne servent de frein à cette exploitation.
- L’égoïsme des grands s’étale dans sa plem* tude.
- La morale du temps ne concevant d autre
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- ^ que celui cîe la force, le travailleur désarmé 1 j ia merci du maître. Les peuples conquis ^viennent esclaves.
- partout, les produits du travail reviennent de , jt au seigneur, et celui-ci ne se reconnaît jucun devoir envers l’ouvrier, q’il lui laisse la pitance indispensable pour .;«;ouvir sa faim, c’est en vue de continuer à ' jr cle son travail, comme cela se fait pour [âne ou le cheval.
- La classe laborieuse a pour lot la brutalité ùi maître, le dénûment et les privations de toutes sortes.
- La classe dirigeante accumule la richesse à seul profit, et jouit de tout le travail du
- peupler
- Pour tenir les masses sous cette dure et biglante domination, il faut l’attirail de la force militaire, aussi tous les hommes libres, tous les puissants portent-ils les armes.
- C’est là le trait caractéristique du régime : il se sert do l’attirail militaire pour l'asservissement et la ruine des peuples.
- Hommes du labeur, n’oubliez pas ces leçons le l’histoire. N’oubliez pas qu’autrefois les travailleurs réduits à l’esclavage étaient sans cesse épuisés par l’entretien des troupes, quand ils fêtaient pas ruinés ou détruits par le pillage, iincendie et les horreurs de la guerre.
- N’oubliez pas que le régime de la force est celui du despotisme, et que le despotisme a pour ‘onséquence l’appauvrissement du peuple au profit de l’orgueil des puissants.
- Nous retrouverons dans les gouvernements lui se succèdent les restes épars de- l’odieux régime de l’autocratie. Car la misère actuelle les classes laborieuses, l’inégalité des condi-"ons sociales, l’iniquité de l’emploi et de la ^partition des richesses ne sont pas autre chose que des vestiges des maux du passé.
- Tant que le despotisme d’un prince quelque pourra s’exercer sur un coin de l’Eu-^ la paix publique sera en danger ; et tant îa paix européenne ne sera pas assurée, les ^üples seront obligés d’entretenir des armées -rmanentes, leurs institutions seront sans ^urité et sans stabilité.
- Naples, songez-donc avant tout à mettre le I lfcsPotisme dans l’impuissance. Fondez la ligue *
- pour l’organisation de la paix et le désarmement universel. Les décisions par le sabre sont un reste des temps barbares; elles sont la honte et le malheur de notre civilisation moderne.
- ÇA suivre) GODIN.
- NOUVELLES DU FAMILISTÈRE.
- Le pavillon de l’aile droite du Palais Social ouvert aux habitants depuis quelques mois a donné lieu à l’entrée d’une population nouvelle dans le Familistère. En général, les enfants qui arrivent ainsi, surtout ceux de moins de dix ans, sont arriérés dans leurs études et ne peuvent être admis dans les classes correspondantes à leur âge.
- Le Bambinat, par exemple, où les enfants de 4 à
- 6 ans sont initiés à la lecture et à l’arithmétique, a dù recevoir dans ses groupes de lecture 9 élèves de
- 7 à 9 ans connaissant à peine leurs lettres.
- Il est à remarquer que ces retardataires arrivent des villages voisins, où les écoles sont insuffisantes ou trop éloignées pour que les enfants puissent s'y rendre avec facilité,
- « The cooperative news, » de., Manchester, dans son numéro du 18 septembre 1880, rend compte de
- la fête de l’Enfance au Palais Social, et \\ reproduit l’extrait légal des statuts de l'Association du Familistère qui a été publié dans les journaux français, conformément à la loi,
- FAITS POLITIQUES & SOCIAUX UE LA SEMAINE
- ' FRANCE
- La sitnation. — La semaine s’est, ouverte par une crise ministérielle qui s’annonçait depuis' longtemps.
- Résumons-là en quelques mots.
- Les ministres et le président de la République étaient parfaitement d’accordqaour vouloir que les lois fussent respectées, obéie ; une divergence d’opinion s’est manifestée dans le cabinet uniquement sur ce point-ci : fallait-il ou non épuiser envers les congrégations non autorisées et récalcitrantes tous les moyens de la conciliation ? Fallait il ou non attendre que le tribunal des conflits eût rendu ses décisions sur les réclamations des jésuites expulsés?
- M. le président du conseil se prononçait dans le sens affirmatif, le ministre de l’intérieur dans le sens contraire. Une scission se déclara chms le sein du cabinet. Trois ministres démissionnèrent. M. Grévy intervint et obtint un arrangement. Les trois ministres retirèrent leur démission et M. Go ns tan s fut autorisé à adresser aux congrégations « un dernier avertissement » d’ayoir à se conformer aux décrets. De nouvelles divergences se produisirent le lendemain. M. de Freycinet pensa que sa retraite offrirait le moyen le plus prompt de dénouer
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- cette crise et donna sa démission suivie de celle de tous les ministres.
- M. Jules Ferry fut chargé de reconstituer le conseil.
- 3?*-ogrès de la, coopération. — L’Usine communale, société coopérative des ouvriers serruriers, par actions de 50 fr., payables par un franc par mois, siège social, 13, rue Aumaire, Paris, vient d’adresser aux ouvriers serruriers l’appel suivant:
- Citoyens,
- Lorsqu’on parle d’association, on répond invariablement : Si la société marche bien, nous nous en mettrons.
- En conséquence, citoyens, nous vous prions de venir vous-mêmes vous rendre compte de notre début économique, et vous serez convaincus qu’il n’y a plus qu’à continuer.
- 'ALLEMAGNE
- La nouvelle attitude du parti Socialiste ïillemaud, — Le Sozialdemohrat donne sur le congrès de Wyden d’intéressants détails.
- Le rapport général a exposé tout au long l’esprit du parti, et nommément à l’égard'des attaques de Most contre ses anciens compagnons. Au sujet de l'attitude pacifique et de la voie légale, qu’on a reproché au parti de vouloir prendre, il a été expliqué qu’il en serait ainsi tant que cela dépendrait de sa volonté, et que si cela n’était pas possible la faute n’en serait pas au parti, mais bien à ses ennemis, qui s’opposent aux développements du progrès. A cet égard donc, le système révolutionnaire de Most serait un non-sens destiné seulement à compromettre le parti auprès des autorités réactionnaires.
- Plusieurs attaques ont été dirigées contre cette attitude trop molle du parti.
- Tous les orateurs ont été d’avis qu’il fallait procéder révolutionnairement. Un Suisse allemand, Gutsmann, de Bâle, a dit : « Il ne faut point s’adresser à la froide raison, mais bien enflammer le peuple. Les socialistes suisses ne veulent pas rester nationaux, ils veulent s’unir étroitement aux socialistes allemands, si ceux-ci sont franchement révolutionnaires. »
- Une discussion fort intéressante s’est engagée pour savoir si l’on voulait retrancher du fameux programme de Gotha (congrès de 1875) les voies légales, signifiant que l’agitation socialiste devait avoir lieu dans ce ((sens. Tous les orateurs se sont prononcés pour la suppression, déclarant qu’après l’adoption par le gouvernement aile--mand de l’infâme loi [six) du 21 octobre 1878, rendant toute agitation légale impossible, ce serait un non-sens de laisser figurer le mot : légal, dans le programme du parti.
- Finalement, le congrès a décidé de faire appel à la révolution, comme étant le seul moyen qui reste à la démocratie socialiste, moyen prêché depuis longtemps, au reste, par les chefs du mouvement. Le congrès s’est séparé aux cris de .: La révolution seule peut nous sauver.
- Nous voilà donc en présence d’un changement d’attitude complet de la part des socialistes allemands. Que va-t-il en résulter ? Peut-être des événements qui changeront la fin des choses au point de vue international. Dans tous les cas, c’est pour te gouvernement allemand un grave sujet d’inquiétude.
- SUISSE
- Le» socialiste». — A Bâle, le député socialiste allemand Liebknecht vient de donner des conférences dans lesquelles il a prêché l’union entre les diverses fractions du parti.
- D’autre part, le gouvernement allemand vient d’interdire l’entrée en Allemagne d’une feuille volante publiée I à Zurich, An das deutstke Volh (Au peuple allemand), j ainsi que de la Iahrbuch fur Social Wissenchaft und | Social Politih (Annuaire de la science sociale et de la | politique sociale). |
- Ce volume, publié sous le pseudonyme de Louis ! Richter, contient entre autres un article : 1'Agitation dans 1
- les campagnes, qui essaie de faire entendre aux pav-que c’est pour eux que se fera la révplution sociale^
- RUSSIE
- Résurrection de la presse aihUi^
- Un nouveau numéro du journal nihiliste la Volontt ? Peuple a paru à Saint-Petersbourg. IL porte la"fiat»? 20 août (der septembre), et, comme les derniers il a très mal imprimé. L’opinion générale est que lesfpo les, qui sont au nombre de quatre dans ce dernier méro, ne sont plus imprimées à Saint-Pétersbour» mûa’ arrivent de la province.
- OCÉANIE
- JLeN Hollandais à Sumatra. —. Les >
- nières nouvelles de l’Atchin sont des plus fâeheu'f-pour l’armée des Pays-Bas. Le 15 juillet, cette armt! attaqua les positions fortifiées de Samalangan. Elle du j se retirer après avoir subi une perte de 6 morts et r I blessés. Le 22 juillet, nouvelle attaque avec un éeh<* sembl-able, savoir 10 morts et 37 blessés. La journée di l*r août fut plus funeste encore aux troupes coloniale; L’ennemi parvint non-seulement à tenir ferme cont~ elles, mais il leur infligea une perte de 17 morts et dp 40 blessés. Gela constitue un total de 33 morts et de ltiû blessés dans une seule quinzaine.
- Le ministère hollandais actuel ne demanderait nas mieux que de voir cesser cette guerre désastreuse eniV prise dans un but de conquête par un des ministère-précédents. ‘ s
- ÉTATS-UNIS
- JL© t7©o.sr*r<è« de W; iwl ri o^to« s’est occupé dans la dernière séance de la session du canal de Panama.
- Au cours de la discussion M. Jones s'est écrié : « C'est ® un fait bien connu que la politique du gouvernement, « telle qu’elle ressort du message présidentiel du 8 mars « 1880, est d’exercer un protectorat unique et exclusif « sur les voies navigables de l’isthme. Le ministre delà « marine, pour se conformer à cette politique, a envoyé t des navires de guerre dans les parages en question ;
- « mais il désire que le Congrès lui vote les pouvoirs né-« cessaires pour qu’il puisse maintenir ces navires dans « les positions qu’ils ont prises. »
- Le Sénat a renvoyé à la prochaine session toute résolution sur le maintien de ces navires.
- Tfr
- * *
- 3L<e -vote des* femme», — On écrit de Nev-York au Siècle ces lignes quelque peu ironiques :
- «L’Etat de New'York, comme déjà d’autres Etats,» donné aux femmes le droit de participer à l’élection des directeurs et des administrateurs des écoles publiques.
- «Les partisans des droits de la femme sont dansl* joie, et la Sorosis ou l’Union des sœurs, plus communément connue sous le nom de Women's rights association. Société pour les droits des femmes, fait tout ses effurts pour que le 11 octobre prochain, tous les électeurs fé minins prenuent part au scrutin qui va s’ouvrir dans chacun des 11,000 districts scolaires de l’Etat de Ne** York.
- « On suppose généralement que les femmes, quand elles votent, suivent les indications de leur mari. » moins qu’il ne s’agisse pour elles d’une manifestation en masse faite contre l’eanemi commun, (c’est l’hoffl®® que je veux dire). Dans l’Etat de Connecticut, 1<>£ d’une élection scolaire, une femme ayant vote au moment même où son mari venait de voter a donné la note exacte des agissements _féniin -en matière d’élection. Le mari dont il s’agit a P -la chose du bon côté, et a félicité publiquement -digne moitié d’avoir eu le courage de son opinion- ' " certes un ménage qui promet d’être heureux, ou J m’y connais guère. »
- Nous ne voyons aucun mal à cela. tpr*o*
- Pourquoi une femme ne pourrait-elle pas^ vote quand son mari vote oui? Est-ce que le fait d’avoir
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- 0gt, une garantie d'infaillibilité. Nous avons en à l’intérieur des ménages, des divergeanees de bien autrement prononcées. C’est à tel point que rue=i,qUeia femme va à confesse, le mari hausse les aies à la seule idée que sa femme peut y aller.
- - efi goeialiætes. — Nous empruntons au Secolo roevamme d’une convention socialiste qui doit s’as-Ie à Chicago pour déterminer la formation d’une ^ration nationale des Trade's-E nions américaines qui attendrait les ouvriers des Etats-Unis, ceux du Gala et des autres provinces de l’Amérique anglaise.. voici ce programme :
- mminer et discuter toutes les questions qui touchent t intérêts de la classe ouvrière et aux moyens dont ‘Jr peut disposer pour lutter contre le capital ;
- Inculquer dans l'esprit des ouvriers de toutes les pro-\iops la conviction des très grands avantages qu’ils touvent à se constituer tous en sociétés ;
- Etudier les moyens les meilleurs pour éliminer les Acuités qui peuvent s’élever entre les patrons et les
- ^préparer sous une forme légale, et recommander aux livers gouvernements de l’Union les mesures les plus Tropres à faire disparaître jusqu’aux demièreS entraves Hu travail en améliorant en même temps la condition des classes laborieuses ;
- Encourager les sociétés coopératives de distribution et
- de production;
- propager enfin les théories les plus séveres de lasso-
- ciaüon. , ^ ,
- Ce programme est tres-vaste, tres-rationnel et très-pacifique. U est évident, pour quiconque prendra la peine de réfléchir dix minutes au problème de l’organi-Ijiion du travail et de l’amélioration du sort des travailleurs, que le préliminaire obligé de celte-organisation est l’union et l’association des ouvriers dans tous les pays industriels. Les maux sans nombre et sans mesure qu’enfante la concurrence anarchique qui partout ravage l’industrie et réduit à la misère des millions de travailleurs ne peuvent cesser que par le fait d’une entente non seulement générale, mais universelle. C’était la pensée excellente que l’Association internationale1 des travailleurs eut le tort de revêtir de formes et de doctrines menaçantes. (Etats-Unis d'Europe)
- US IMPOTS UE (XmOllMATION
- L’octi'oi
- Y.
- Tous les impôts de consommation pêchent par un tice commun : l’absorption d’une forte partie des retenus par les frais de perception.
- Cette infirmité est des plus sensibles quand il s’a-?it de l’octroi ; elle l’est même tellement qu’elle suffit à elle seule à faire condamner cette institution.
- En effet, s’il est légitime que le contribuable sorte desa poche une somme d’argent que l’autorité em-Ploiera à créer des avantages dont tous les contribuables profiteront, il n’est plus légitime de lui demander des sommes destinées au personnel chargé de *erançonner aux barrières.
- public ignore en général quelles sommes considérables engloutissent chaque année les frais deper-tePtion des octrois.
- Voici quelques chiffres de nature à faire réfléchir. -
- En 1876, dernière année dont nous ayons les chiffres officiels, les 1,530 octrois communaux qui fonctionnaient en France ont encaissé 249 millions 510,000 francs, sur lesquels 19 millions 571,000 fr. ont été absorbés par les frais de perception. C’est un chiffre effrayant. C’est la rente d’un capital de 400 millions de francs, gaspillé en pure perte, sans aucune espèce de compensation pour le contribuable.
- Cette absorption d’argent nécessitée par la perception, entre le plus souvent pour une très forte proportion dans la totalité des recettes.
- Ainsi, pour ne citer que les grandes villes, à Toulouse les frais s’élèvent à 13,06 pour cent de la recette, à Versailles à 14,17 pour cent, à Rouen à 14,46, à Marseille à 14,48, à Bordeaux à 16,49.
- M. Ménier a dressé un tableau de la proportion moyenne par département. Il trouve que dans le Puy-de-Dôme la proportion des frais est de 16,6 pour cent des recettes, dans l’Orne 17 pour cent, dans l’Aube 20,7 pour cent, soit plus du cinquième.
- Il serait curieux d’avoir le tableau des recettes et des frais de chacun des 1,530 octrois français. On verrait que dans les petites communes à octroi les frais engloutissent 25 et même 30 pour cent de la recette.
- Il est certain en effet que l’octroi nécessite proportionnellement moins de frais dans les grandes villes que dans les petites. Dans une grande ville les bureaux d’octroi et le personnel sont nombreux, mais en revanche, du matin au soir les recettes vont leur train. Dans les petites viiles il n’en est plus de même. Les employés sont des heures entières, quelques fois même des journées sans avoir autre chose que des sommes insignifiantes apercevoir. Et cependant leur appointement doit leur être payé tout aussi bien que s’ils avaient de la besogne, et il est nécessaire que ces employés soient constamment à leur poste.
- Si même on regarde de plus près on voit que les frais de perception ne sont pas les seules charges qu’impose aux communes l’existence de l’octroi* *
- Enfin il importe de ne pas oublier que l’octroi nécessite la construction et l’entretien d’édifices spéciaux, dont la valeur, jointe à celle des terrains occupés, représente un capital immobilisé d’une certaine importance. Dans les villes qui jouissent de nombreuses voies d’accès ce capital monte à un chiffre très élevé. La rente de ce capital représente bel et bien un sacrifice que les communes s’imposent et qu’elles n’auraient pas à s’imposer si elles demandaient leurs recettes à d’autres genres d’impôt.
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- Et il ne faut pas se figurer que l'on puisse réduire | les frais de perception de l’octroi L'expérience a démontré que 1 on perd à vouloir le tenter. Il faut que les bureaux d’octroi et le personnel y attaché soient nombreux afin que toutes les voies d’accès puissent être surveillées, sans quoi ces articles soumis aux droits d’octroi entreraient en contrebande; il faut aussi que le personnel soit convenablement rémunéré. car s’il ne l’est pas assez, il peut entrer en j connivence avec les fraudeurs.
- Il résulte de cette double nécessité que l’autorité se trou1-e, quant à l’octroi, dans un cercle vicieux.
- Si le tarif est bas, la proportion de La recette engloutie par les frais est considérable ; si le tarif est élevé la fraude devient d’autant plus lucrative, ce qui nécessite un personnel d’autant plus nombreux et d’autant mieux rétribué. Etrange anomalie ! une administration municipale manquera à la prudence si, quant, à l’octroi, elle cherche l’économie dans les moyens de perception !
- Le public se fait difficilement une idée de la facilité de la fraude dans les articles soumis aux droits d’octroi. Il est impossible d’entrer de contrebande du vin en tonneau, du bétail ou de la houille, tous objets de première nécessité, mais on entre parfaitement de contrebande des bouteilles de Champagne, du petit gibier, des liqueurs et autres objets qui devraient payer. On a remarqué à Paris que ies objets imposés d’une entrée très forte ne paient en réalité rien du tout par le fait de l’introduction en contrebande.
- Une conséquence déplorable de ce genre d’injp^
- c’est que l’on a con tamment intérêt à l’élever
- mais à le réduire. Les frais de perception restent^'
- effet les mêmes, soit qu’un même objet paie i o 611
- r 1 - Ou
- 3 fr. d’entrée. II en resuite que l’on a toujours tendance à charger les tarifs. L’expérience est 14 pour démontrer qu î c’est toujours dans ce sens qU’ les modifie et que cela se produit encore fréque^ ment.
- Si l’on feuillette la collection des dernières année' de l'Officiel on est péniblement frappé du grand nom bre de surtaxes d’octroi autorisées par ies chambre* On est encore plus peiné si l’on prend connaissance des proportions excessives dans lesquelles ces maj0 rations sont faites. Dans un très grand nombre cas elles sont le doublemement des prix antérieur Souvent même elles dépassent le double et atteignent
- le triple.
- C’est surtout les petites villes qui témoignent dV certain engouement pour ce genre de ressources i| nous semble que la Chambre des députés et le Sénat qui sont sensément recrutés dans un personnel d’-. lite, devraient considérer comme un devoir de signaler aux petites communes les inconvénients et les dangers d’un mode de perception aussi primitif. Le Parlement aura bien mérité de la patrie le jour où il mettra un frein h cet engouement pour un impôt dont nous avons établi, surabondamment établi l’in’quité et le caractère anti démocratique.
- Ed. Champijry.
- Ainsi il se consomme des truffes dans Paris et cependant l’octroi n’encaisse jamais rien sur les truffes qui d’après le tarif doivent payer 144 francs pour 100 kilogs. De même pour la liqueur d’absinthe qui doit payer 328 fr. 55 par hectolitre, plus de 3 fr. par bouteille Truffes et absinthe entrent tout simplement dissimulées sous des objets d’autre nature.
- Il est inconcevable qu’un grand nombre de petites villes n’hésitent pas à s’imposer par esprit d’imitation les mille entraves de la douane locale pour une misérable recette de quelques milliers ou parfois de quelques cents francs.
- Le Finistère compte à lui seul 185 octrois ; le Nord en compte 65, les Bouches-du-Rhône 56, le Var 50, Vaucluse 46, l’Isère 43, le Lot-et-Garonne 42. Enfin le département de la Seine si petit en superficie compte à lui tout seul 41 octrois, celui de Paris compris.
- Comment se peut-il que ces petites villes ne s’aperçoivent pas qa’elics font fausse route en demandant des recettes à l’octroi.
- NOUVELLES DIVERSES
- FRANCE
- JL a. questiou des eafa.nt&. ~ La Paix réclame la création comme en Angleterre et aux EL L'Unis d’écoles de réforme pour la moralisation des petits vagabonds et des petits mendiants.
- à Ges écoles de réforme recevraient, par ordre de la justice, des enfants de onze à quatorze ans, vagabonds, mendiants, dépourvus d’appui, fréquentant des gens mal famés, arrêtés pour de petits délits ou que l’insouciance de leurs parents laisse grandir dans une fatale ignorance.
- « Dans ces écoles, on leur donnerait une instruction élémentaire, on leur apprendrait un métier, et grâce à « système préventif, complété par faction de sociétés dfl patronage, on écarterait l’enfant de la prison, de la maison de correction, où souvent ils se corrompt au contact d'enfants plus âgés et déjà corrompus. »
- JLoïiaTble initiative privée. — Un observa*
- toire d’astronomie populaire vientd’être établi à Diemcn (Drôme), sur l’initiative de M. Jules Soubeyraut îul avait déjà contribué à la fondation de la Bibliothèque populaire de cette ville. Des conférences ou cours d astronomie populaire doivent être en outre organisés-esta souhaiter que cet exemple donné par les habitai1 •> de Dieulefit trouve beaucoup d’imitateurs.
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- jîeprésentatio» des minorités. — M. Jo -
- sepb Farcot dans une brochure, la Représentation promotionnelle des minorités, a reproduit une pétition adressée par lui, il y a quelques mois, aux deux Ghana--jjres françaises.
- La discussion qui doit avoir lieu à la rentrée des Chambre, d’un projet de loi qui rétablirait le scrutin de jjgie donne de l’à-propos à cette publication.
- Il n’est ni contesté ni contestable qu’une bonne loi électorale devrait assurer la représentation proportionne des minorités les plus faibles.
- La justice et la politique réclament également ce procès. La justice, parce que, si le droit de concourir à faire les lois et le gouvernement dérive de la simple qualité de citoyen, il est injuste que la brutalité du nombre puisse annuler, comme on le voit aujourd’hui, la volonté, l’action et jusqu’à la voix d’un parti même considérable ; la politique, parce que cette injustice enfante, par une réaction naturelle, l’irritation, la colère, la révolte, et tout de suite la tentation inévitable de corriger la loi par l’intrigue, voire même par la fraude.
- {Etats-Unis d’Europe),
- *
- * ¥
- g
- | statisticiens le savent, étant de beaucoup supérieur à celui de l’ouvrier ?
- {La Voix de Vouvrier, de Bruxelles),
- ANGLETERRE
- 3L>e@ minenris de Seaham. — A la suite d’investigations faites avec le plus grand soin, il est aujourd’hui hors de doute que les victimes de l’explosion dans les haines de Seaham, dont nous avons parlé dans notre dernier numéro, sont au nombre de 161. Elles laissent 105 veuves, 126 enfants mâles, 139 filles, 6 mères, 4 sœurs et 2 petits-enfants, qui sont sans sessources ce qui fait un total de 382 personnes ayant besoin de secours.
- A l’exception de deux, tous lès hommes tués faisaient partie de ia Société permanente de secours de Nortbum-berland-Durham.
- Des personnes bien intentionnées avaient eu l’idée d’ouvrir une souscription en faveur des victimes, La Société de secours a répondu que cela était superflu, ses ressources lui permettant de faire face à tous les besoins.
- Dites après cela que la solidarité n’atténue pas le malheur.
- L©s dramesdela misère. — Mme G.âgée de quarante ans, journalière, qui demeure rue de l’Hôtel-de-Ville, a tenté de se suicider en absorbant le contenu d’une fiole de benzine. M. Berlioz, commissaire de police, prévenu aussitôt, s’est rendu sur les lieux accompagné d’un médecin et a fait donner les premiers soins à Mme G... Elle a été ensuite transportée à l’Hô-tel-Dieu. La misère serait la cause de cet acte de désespoir. Et l’on reste navré quand on songe que cette malheureuse est mariée, mère de quatre enfants et qu’elle a été abandonnée par son mari.
- * *
- ¥ ¥
- Le» questions sociale® au théâtre. —» Le
- théâtre'de l’Odéon vient de rouvrir par fine pièce nouvelle, les Parents d'Alice. L’auteur, M. Charles Garand, a été inspiré par les plus généreuses intentions. Malheureusement il n’a pas poussé assez loin la question qu’il a abordée. Î1 s’occupe avec chaleur du sort des enfants trouvés et de la culpabilité des parents qui les abandonnent, mais il ne conclut pas. fi constate le mal, mais 11 ne trouve ni n© signale le remède.
- *
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- L© comité «les femme® a tenu deux séances publiques l’une le 19, l’autre le 20 septembre à la salle de la Renaissance.
- L'ordre du jour était :
- Pour le 19 : Amélioration du sort des femmes par l’œuvre des ateliers d’affranchissement.
- Pour le 20 : Des droits et des devoirs sociaux des emmes.
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- Insnilîsanee «le l’instrnctlon publique.
- "Il appert des chiffres fournis par M. l’inspecteur d’académie du département de l’Aisne que, au 31 décembre jo/O, la fréquentation des écoles était irrégulière dans i département de l’Aisne, qu’il restait à créer 18 écoles, jMue 4000 enfants ayant l’âge scolaire, sont encore Pfjves de toute instruction.
- tm i e^^fes de ce document établissent mieux que li,.1e autre raison la nécessité de rendre l’instruction
- BELGIQUE
- à ??U:s:.détenus de la prison cellulaire de Tournai, ont ferû*se avait été faite du restant de leur peine, ui refusé énergiquement de quitter leur cellule/ — Volant po d’grâce. f
- mieu06’ *es Pauvres diables s’y trouvaient probablement « ^ que chez eux, le budget du prisonnier, tous les f
- ALLEMAGNE
- Levagabondage. — On lit dans la Post de Berlin :
- Depuis plusieurs années, le vagabondage a pris en Allemagne une extension rapide et continue. Les autorités et les populations sont désarmées contre ce fléau démoralisateur et onéreux. Partout l’on réclame des mesures d’exception destinées spécialement à réprimer le vagabondage.
- 11 est certain que le mal a pris des proportions tellement inquiétantes que c’est pour le gouvernement un impérieux devoir d’aviser et de prendre des mesures dans l’intérêt de la sécurité et de la morale publiques. On a calculé,eu effet,qu’il n’y a pas moins de 36,600 vagabonds qui bon ou mal au, exproitent un district de 60,000 habitants. Ces chiffres donnent la mesure du inal auquel il s’agit de porter remède.
- A
- * #
- «ooialf — La Saxe n’est dertea pas
- l’Eldorado des socialistes, car depuis quelque temps l’autorité saxonne multiplie ses rigueurs et déploie un zèle que la population elle-même trouve excessif et dépassant ce que doit conseiller la prudence la plus méticuleuse.
- A Dresde et à Leipzig, des razzias ont été opérées. Dans la première de ces villes on a arrêté quelques individus pertinemment connus connus comme chefs, entre autres le marchand de tabac et député au reichs-tag Kayser, qui depuis quelques mois ne fait qu’entrer et sortir de prison. On avait trouvé chez lui et chez quelques autres le rapport deBebel « A mes électeurs ». A Leipzig, les choses ont eu un autre caractère. La ville a été inondée des brochures : Vive la Révolution ! A las les parasites ! Ges publications étaient répandues partout. Le soir de la fête de Sedan, vingt agents de police secrète et gendarmes ont fait irruption dans une assemblée où se trouvaient quarante socialistes, notamment les députés Bebel et Hasenclever. Tout le monde a été arrêté et conduit en prison, au milieu d’une foule énorme. On croyait à un vaste complot, à quelque machination épouvantable. Les quarante individus arrêtés ont été fouillés de là tête aux pieds. On n’a trouvé sur eux que quelques journaux, notamment un numéro du Sozial sRemokral, journal s’imprimant à Zurich, et force a été de relâcher les quarante personnes.
- RUSSIE
- L.a. famine. — On lit dans une correspondance adressée au Temps :
- Le correspondant du journal Novoiê Vrémia continue ses explorations à travers les régions dévastées par la famine. La description qu’il en fait est poignante. Tout
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- le long de la route, des cabanes abandonnées, des villages déserts, des champs non ensemencés ; la ruine aujourd’hui, demain la mort avec son cortège de maladies causées par la famine. On ne sait vraiment ce qui doit étonner davantage de la résignation morne du paysan russe ou de l’inertie du gouvernement. Nulle prévoyance pour atténuer le fléau, aucune action pour venir en aide aux populations pendant la période aiguë qu’elles traversent en ce moment. Des demi-mesures, tardives, insuffisantes, prises la plupart du temps en dépit du bon sens par les zemstwos affolés, n’absolvent pas nos ministres du complet détachement qu’ils apportent dans une question de vie et de mort pour des millions d’habitants.
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- SL'Ü S,'ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL
- Nous avons parlé du recrutement des instructeurs pour la démonstration professionnelle ; c’est là le point délicat de la question.
- Il faut s’attendre pendant les premiers temps d’établissement de la chose à beaucoup de tâtonnements —étant donné que dans le sujet qui nous occupe tout est à classer : la méthode et les procédés. Mais ici encore, nous rencontrerons moins de difficultés à organiser l’enseignement sous forme de cours, qu’il ne s’en trouverait pour l’établir sous forme d’atelier école ; ce qui impliquerait une permanence dans les leçons, permanence accompagnée de tous les frais ordinaires d’installation, local et traitement fixe.
- Ces frais se réduisent sensiblement quand leur affectation ne porte que sur. des cours donnés, par exemple, trois fois la semaine dans les écoles de chef-lieu de canton.
- Relativement au personnel, il faut bien se pénétrer que les cours devraient être confiés à des praticiens compétents, afin de ne pas courir le risque d’échouer dans les débuts.
- Nul doute que l’agriculture n’offre des agronomes distingués pour faire ces cours et que, dans les régions manufacturières, des ingénieurs, des contremaître s’empressent de distribuer volontiers autour d’eux les connaissances qu’ils possèdent; et toujours au prix seul de leur déplacement accidentel.
- Nous sommes convaincu que si l’on faisait appel au dévouement de l’initiative privée, on obtiendrait des résultats d’ensemble supérieurs même à ceux que l’Etat peut chercher d’une façon coûteuse et administrative.
- Il faut que les municipalités prennent la question en cause, et qu’elles applanissent en faveur des groupes industriels constitués, des individualités acquises à l’idée, le chemin des formalités ministérielles ou académiques ; de plus, aidant par des subventions légères la mise à exécution, elles en faciliteront le développement rationnel en rattachant les princi-
- paux cours aux localités industrielles, commerciales et universitaires.
- Nous attachons une grande importance au m0u. vement de l’initiative privée, surtout dans i’en. seignement professionnel ; nous croyons qu’il y a là une mine féconde à exploiter, laquelle a déjà fourni des résultats concluants sur le terrain de l’expérimentation,
- Faut-il rappeler qu’à Paris, l’école centrale pro, duit une légion d’ingénieurs aussi recherchés qUe ceux de l’Etat ; que les associations Polytechnique et Philotechnique donnent la science en abrégé à une population scolaire de 12000 têtes, répartie sur tout le département de la Seine ; et dans ces Sociétés, émules et non rivales, les professeurs de bonne volonté abondent à ce. point qu’il faut aujourd’hui pour être admis au personnel enseignant passer un concours de capacité.
- Citons à nouveau la Ligue de l’enseignement qui compte plus de douze cents adhérents et propagateurs, agissant d’une manière entièrement indépendante sur une série nombreuse de petits groupes dans les villes et les communes ; qui a enrichi ou fondé les Bibliothèques populaires dans cinquante départements par des dons de livres s’élevant à 10,000 ouvrages, et créé enfin, dans un milieu très difficile à aborder, 170 Bibliothèques régimentaires outillées de plans, cartes et notions diverses.
- La vulgarisation des cours professionnels au lieu et place des écoles d’apprentissages ne serait évidemment qu’une première étape, et nous aurons à étudier les moyens pratiques de faire entrer l’enseignement professionnel dans l’éducation intégrale.
- Recevez l’assurance de ma considération.
- C. Deville,
- Ancien membre des Prud’hommes de la Seine.
- Hôpital d’ua nouveau genre
- Un rapport du docteur Bourneville vienl d’être distribué aux membres du Conseil municipal, il propose de transformer en établissement hospitalier une des casernes d’octroi, située près de la porte Saint-Ouen. Ce local se composera du bâtiment existant, d’une annexe pour la cuisine, les bains et l'hydrothérapie, et de quatre pavillons, dans la construction desquels on inaugurera le système de l’ingénieur Tollet, qui a obtenu la ooé-dailie d’or à l’exposition universelle, et qui fonctionne à Bourges depuis 1876. #
- La caractéristique de ce système de construction est l’ossature en fer de forme ogivale, formant le moule de l’ensemble et permettant de renouveler les parois inte' rieurs au bout d’un certain nombre d’années d’usage.u estime que la caserne et les pavillons contiendront pre= de 2S0 lits. Beaucoup de Parisiens craignent que ce ^ innovation ne soit suivie d’autres du même genre eiq^ la capitale ne soit bientôt entourée d’une ceinture m-lubre d’hôpitaux ; mais cette crainte n’est pas fondée.
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- L£ SOCIALISME MORAL
- IL
- Le socialisme a la vie dure. Qu’on s’en désole ou qu’on s'en félicite, cela est. Il a résisté jusqu’ici à tous les traitements. Critiques dans la presse, poursuites devant les tribunaux, fusillades dans la rue, interprétations déloyales chez les adversaires,exagérations excessives chez ies partisans, rien n’a pu le réduire à l’impuissance. Quand on l’a cru terrassé dans un pays, il a surgi dans un autre. Quand on l’a cru mort et bien mort.il est sorti de son cercueil plus vigoureux que jamais. Quand on a cru que l’abandon d’une de ses formes équivalait à l’abandon de la revendication qu’il incarne, on s’est aperçu bien vite que la même revendication surgissait de nouveau, à peu près identique quant au fond quoique toute autre quant à la forme. Semblable à l’hydre de la Fable, ses têtes repoussent au fur et à mesure qu’on les abat.
- Cette persistance, cet état constamment vivace du socialisme ne sauraient être l’effet du hasard. Pour qu’une doctrine nouvelle exerce une action sur ies masses, il ne suffit pas de la proclamer, il faut encore qu’un vice social prédispose les esprits à la recevoir. Pour que dans une société vouée comme la nôtre à l’inertie et à l’esprit de routine des théories de réforme sociale puissent avoir du retentissement,il faut qu’elles donnent ou paraissent donner satisfaction à des besoins où. à des aspirations auxquels l’état social ne satisfait pas. Les idées nouvelles qui ne répondent pas dans une certaine mesure à une réforme désirable restent sans écho ou tout au moins sans virtualité. La République de Platon n’a pas remué les masses, ni V Utopie de Thomas Morus. Et cela se comprend, ces théories ne répondaient pa» aux besoins de leurs époques. Si les conceptions deFourier et de Saint-Simon en France, si la tentative pratique de Robert Owen en Angleterre avaient eu le même tort, nul doute qu’elles fussent, elles aussi, restées à l’état de curiosités. Il n’en fut rien. Leur éclosion coïncidait avec un malaise social encore peu développé, encore mal compris de ceux qui en souffraient, mais réel. Les doctrines nouvelles projetèrent sur ce mal les rayons de leur lumière. Elles n’obtinrent pas tout de suite le retentissement auquel elles avaient droit, mais peu à peu elles trouvèrent leur public et finirent par acquérir sur les masses une influence considérable.
- Ce socialisme initial n’avait pas le caractère presque exclusivement ouvrier que revêt aujourd’hui la i revendication sociale. C’était surtout dans le public |
- le plus éclairé qu’il recrutait ses adeptes ; on pourrait faire une longue liste des ingénieurs, des 'architectes, des artistes et des savants 'qui s’étaient ralliés à lui.
- On refusa toute concession à ce mouvement d’idées ; on ne s’occupa de lui que pour tenter de l’entraver. Ce fut une grandefaute. Les réformes étaient faciles au moment dont nous parlons. Le travail, encore peu développé, aurait pu, sans trop de difficultés, se plier à mie organisation meilleure. On préféra laisser aggraver le mal. Durant le demi-siècle qui suivit, le travail prit un développement inouï ; les engins mécaniques supplantèrent le travail à la main ; des agglomérations d’ouvriers se formèrent, et, un jour, dans ces foyers remplis d’éléments combustibles, une étincelle de socialisme tomba.
- On sait ce qui suivit. La classe ouvrière vit dans le socialisme un cheval de renfort pour son émancipation ; elle l’expropria à son profit ; elle le réduisit du rôle de synthèse générale aux proportions d’une doctrine particulière ; elle s’attacha à tirer de lui des détails d’application immédiate. Les classes dirigeantes répondirent par les fusillades de juin et de décembre et par les proscriptions qui suivirent. L’empire arriva. Napoléon III exigea des assolions ouvrières d’accepter son estampille ou de se dissoudre. Au lieu de donner essor à ces tendances légitimes, il mit tous ses soins à les comprimer ; le ressentiment produit par cette compression se fit jour peu à peu et, durant les dernières années de l’empire, on put voir le socialisme pacifique distancé de beaucoup par les révolutionnaires militants.
- Aujourd’hui avec la République et la liberté, la classe ouvrière revient aux saines idées. Toute la peine prise par quelques orateurs de congrès pour la lancer dans la voie révolutionnaire a été perdue. Le Congrès qui se prépare au Havre promet «L'être une imposante manifestation de la confiance des ouvriers dans le régime républicain.
- Jamais régime n’aura chez nous inspiré une telle confiance aux travailleurs. La situation est donc exceptionnellement favorable pour donner satisfaction à leurs légitimes demandes. ;
- Espérons que les classes dirigeantes s’y prêteront et que, grâce à leur concours on verra ce mouvement porter les fruits que Ton est en droit d’espérer de lui.
- Ah! combien elle serait digue, et combien aussi elle serait politique, la conduite qui consisterait à reconnaître que les travailleurs végètent dans une condition misérable, à voir de quelles améliorations ce triste sort est susceptible et à se mettre résolument à l’œuvre pour l’améliorer.
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- 11 y a une foule de progrès sociaux qui pourraient être'réalisés sans retard.
- Ainsi la longueur de la journée de travail est trop considérable. Elle empêche l’ouvrier de développer autant que cela est désirable le côté moral de son être. Mais l’ouvrier ne peut pas par lui-même réduire la longueur de sa journée. C’est à ceux qui sont au-dessus de lui à prendre en sa faveur les mesures nécessaires pour cela.
- Le logement de l’ouvrier est infect. Il en résulte qu’il ne saurait s’y plaire, qu’ii vit au dehors, qu’il néglige trop souvent, sa famille, qu’ihcontracte parfois des habitudes de dissipation. Il faudrait offrir aux ouvriers des habitations conçues d’après un nouveau système, de ces habitations unitaires que nous avons décrites ici-même et dont le Familistère de Guise est un spécimen. Mais l’ouvrier ne peut construire des Familistères par ses seules ressources, il faut qu’on lui en construise.
- Les distractions élevées manquent à l’ouvrier. Il n’a pas toujours les connaissances désirables ni les ressources pécuniaires voulues pour s’en procurer. Venez lui en.aide. Procurez lui en. Il est impossible que dans un pays où l’état a déboursé 52 millions pour construire un opéra où n’entrent que quelques personnes et où il débourse chaque année 800 mille francs pour y entretenir des chanteurs et des danseuses, il est impossible, disons-nous, que dans un tel pays on se refuse à faire quelque chose pour procurer des distractions élevées aux travailleurs.
- L’ouvrier gagne trop peu de chose pour pouvoir épargner et se créer un capital. Il en résulte qu’il désespère de sortir de l’état dans lequel il se trouve et que, se disant que rien ne peut être pis, il vit au jour le jour. Réagissez Jà-contre; intéressez-le dans les bénéfices qu’il concourt à produire et donnez lui cet intérêt sous une forme telie que ce soit pour iui la reconnaissance d’un droit et la constitution d’une épargne.
- Enfin l’ouvrier n’a aucune garantie contre les risques résultant du chômage, de la maladie ou de la vieillesse. Il est à la merci du mauvais sort. Créez pour y remédier des institutions de mutualité générales telles que l’ouvrier dans le malheur ne puisse plus être victime de l’abandon.
- En agissant ainsi vous aurez rempli une noble .mission ; vous aurez fait œuvre de justice, et, du même coup, vous aurez assuré la sécurité sociale et par conséquent garanti les intérêts de chacun.
- En. Champury.
- { UN BRAYE CŒUR
- i .—.
- | Un convoi de dernière classe montait l’avenue I des Gobelins, se rendant au cimetière d’Ivry. Deux I pauvres enfants, dont le plus âgé peut avoir douze I ans, suivaient le corbillard en sanglotant. ns
- Îétaient seuls !...
- M. Bertrandeau, riche propriétaire, demeurant | avenue des Villers, passait par là en voiture. Ce | spectacle navrant le frappa. Il donna l’ordre à son | cocher de suivre ce corbillard ; et, à la sortie du
- ! cimetière, il interrogea les enfants,
- D'nne voix entrecoupée par les sanglots, le plus âgé répondit :
- - Papa est mort d’une pleurésie, il y a trois semaines, à l’hôpital Saint-Antoine ; maman l’avait soigné jour et nuit avant qu’on le portât à l’hôpital ; et si elle s’était décidée à le laisser aller là, c’était parce qu’elle n’avait plus d’argent pour acheter du pain. Il y a quatre jours, elle est morte à l’Hôtel-Dieu. C’est-elle que nous venons d’enterrer.
- M. Bertrandeau, touché par ce récit, demanda leur adresse aux enfants. Ils habitaient rue des Fossés-Saint Marcel. Il s’v rendit et apprit la triste vérité. Ce brave cœur alla séance tenante chez le commissaire du quartier, auquel il déclara qu’il désirait se charger des deux malheureux orphelins.
- Les enfants furent immédiatement appelés ; leur père adoptif leur fit prendre place dans sa voiture et les emmena.
- [Petit Journal).
- Cette suite de misère, la généreuse action qui la termine, sont de nature à inspirer bien des réflexions.
- Cela nous reînet en mémoirê l’exclamation de regret de la sœur de Saint-Vincent de Paul citée et admirée par Victorien Sardou dans son rapport sur les prix de vertu décernés par l’Académie.
- « Ah ! quand tout le monde sôra heureux, que deviendra la charité ! »
- En effet le manque d’enfants abandonnés rendrait impossible le dévouement de M. Bertrandeau.
- Mais combien d’enfants, ne rencontrent pas sur leur route cette charité, que la bonne sœur regretterait de voir mourir d’inanition.
- Oui, l’appréciation de la sœur est étroite et fausse. Le monde ne sera heureux que lorsque la charité sera devenue universelle.
- On a fait dans la mesure du possible le compte des enfants abandonnés ; des esprits généreux se sont émus : Une Société de protection a été créée. C’est l’organisation du dévouement individuel.
- Quand donc les hommes comprendront-ils que lés faibles ont droit à leur part du fonds commun de la nature ? Que la société, par le travail, s’est emparée de ce fonds et en a tiré la richesse, et que par conséquent, elle doit, sur cette dernière, donner l’équivalent de cette appropriation à ceux qui ont droit au nécessaire, et à qui le nécessaire fait défaut.
- Voilà ce que nous ne cesserons pas de réclamer»
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- C’est pourquoi nous applaudissons à la générosité de M.Bertrandeau.par ce que,substituant son action personnelle à celle de l’oublieuse et imprévoyante société, elle trace à cette dernière son devoir.
- X>es manipulaiîotih chimiques à l’éeo'e professionnelle de Reims
- Une des curiosités de l’école professionnelle de Reims, c’est l’installation des laboratoires de chimie et le système de manipulations économiques imaginé par- à!. "Leblanc : avec un matériel revenant à 12 fr. 50 et capable de servir cinq ans, deux élèves exécutent 200 expériences fondamentales, ce qui met la dépense de ce chef à 1 fr. 25. Les produits consommés dans ces 200 expériences coûtent 3 fr. 75, ce qui met à 5 francs la dépense totale par élève et par an. La section de pédagogie s’est émerveillée d’une économie aussi surprenante, et il est-certain qu'il y a là uue méthode à étudier, non-seulement pour les écoles professionnelles, mais peut-être pour les écoles primaires. La science actuelle est avant tout expérimentale ; on peut l’apprendre dans les livres ; on ne l’a comprend qu’au laboratoire, si modeste qu’il soit.
- IMPRESSIONS DE LECTURE
- Sainte-Beuve. — Mme Desbordes-Valmore.
- I
- Les Lundis de Sainte-Beuve ont fait dans ces temps derniers mes dimanches ; c’est-à-dire que je les ai lus, ou plutôt relus pour la plupart, aux moments de liberté que me laissaient mes occupations professionnelles. La lecture en est attachante et non moins instructive qu’agréable. L’ouvrage me plaît, non-seulement par la va-, riété des sujets (satisfaction de la papillonne, suivant un heureux néologisme de Fourier), mais surtout par la façon dont ils sont traités. Je ne veux pas parler du talent littéraire de l’écrivain ; sur ce point il n’y a qu’une voix : il s’agit, dans ma pensée, de sa manière de biographier les personnages qu’il passe en revue. Sainte-Beuve excelle à présenter le fort et le faible, les grands et les petits cotés de chacun d’eux ; à les envisager sur toutes leurs faces, à nous faire pénétrer dams leur vie intime, à nous montrer Vhomme — ou la femme, — et non pas seulement le personnage, en même temps qu’il retrace le milieu dans lequel ont vécu les originaux de ses portraits, les relations de tout genre qu’ils y contractèrent, les influences qu’ils subirent ou qu’ils exercèrent eux-mêmes. Avec chaque individualité, il fait revivre l’époque sinon l’époque entière, du moins le coin de l’époque auquel elle appartient et se rattache. Tout cela exigeait des études approfondies, une masse énorme de renseignements et les connaissances les plus variées , puisqu'il y avait à apprécier , non - seulement des littérateurs et des savants (tâche déjà bien ardue), mais encore des hommes d’Etat et de guerre, des génies politiques et de grands capitaines, tels que Richelieu, Frédéric II, le maréchal de Saxe.
- Les jugements de l’auteur, même dans les matières auxquelles il semblait devoir être le plus étranger, me
- paraissent d’ordiuaire assez sûrs et bien fondés ; ils por-| tent en général le cachet du bon sens, do l’esprit libéral , et de l’équité. Si j’osais lui adresser un reproche, ce j serait de ne s’être pas suffisamment et plus souvent placé, pour ses appréciations des choses et des personnes, des drames et des acteurs, au point vue des doctrines sociales nouvelles, qui pourtant ne lui étaient pas complètement inconnues. Sainte-Beuve, en effet, vers le temps de la Révolution de 1830, avait frayé avec les hommes d’une de nos Ecoles socialistes, l’Ecoie saint-simonienne. A la vérité il ne tarda pas à reprendre son scepticisme, si tant est qu’il l'eût quitté un moment. « Je suis, racontait-il à ce propos, — en homme content de lui-même et quelque peu fier do s’être garé de l’entrainement, — je suis comme celui qui disait : « j’ai pu m’approcher du lard, mais je ne me suis pas pris à la ratière. »
- Bien que parfois il s’en défende un peu pour la forme1 Sainte-Beuve fut et resta toujours un sceptique. Après avoir écrit dans le National d’Armand Garrel, il put sans trop d’effort ni de vergogne se rallier au second Empire, ne gardant de ses anciennes convictions que la fidélité à la libre-pensée qu’il défendit courageusement à la tribune du Sénat. Et à le faire il eut quelque mérite; cela lui valut d’être honni par certains maréchaux, encore plus que par les cardinaux eux-mêmes de la haute, assemblée.
- Mais je ne m’occupe présentement des Lundis de Sainte-Beuve que pour en venir aux articles qu'il y a consacrés , en dernier lieu, à une femme très intéressante par le talent et par les qualités de l’âme, en même temps que par la rigueur inflexible de sa destinée — Mme Desbordes-Valmore.
- Rien de plus navrant que toute l’existence de cette femme de tant de cœur qui, au milieu de la gêne continue dans laquelle elle vécut, trouvait encore moyen do soulager d’autres détresses, par des secours effectifs, prélevés sur le peu qui lui suffisait à peine à elle-même. Poussée au théâtre dès l’âge de seize ans par de dures nécessités, et placée dès ses débuts, pour ainsi dire, tout après Mlle Mars pour les rôles d’ingénue par un critique difficile, Geoffroy ; — poète salué parles maîtres, Lamartine, Hugo, Béranger, comme une sœur en poésie, ayant de plus qu’eux tous l’exquise sensibilité féminine, on se demande comment, avec tous ces dons, unis chez elle (chose rare) aux veîtus privées de l’épouse et de la mère de famille ; on se demande, dis-je, comment Mme Desbordes-Valmore ne put jamais triompher de la mauvaise fortune.
- Il est vrai que sa modestie, que son aversion pour tout esprit d’intrigue étaient des obstacles, et que d’autre part, comme le dit son biographe, « avec sa pudeur délicate elle ne se prêtait guère aux bienfaits. »
- , Sainte-Beuve cite à ce propos le trait suivant :
- Lorsque M, de Montmorency fut nommé membre de l’Académie française (1825), il eut la noble pensée de céder son traitement à un homme de lettres dans le be-
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- soin. Mme Récamier, avisée par un tiers de la situation de Mme Valmore, songea aussitôt à la présenter au choix de M. de Montmorency. Mais celle-ci refusa, et de Bordeaux où elle se trouvait alors, elle répondit à Mme Récamier :
- « Pardonnez si mes mains ne s’ouvrent pas pour accepter un don si bien offert ; mon cœur seul peut recevoir et garder d’un tel bienfait tout ce qu’il a de précieux et de consolant, le souvenir du bienfaiteur et la reconnaissance sans le poids de l’or... »
- Ce que furent chez Mme Valmore les sentiments de famille, on la verra par les mentions suivantes :
- Envers son père, ancien peintre de blason, à qui la Révolution avait, comme on pense, ôté son gagne pain, Mme Desbordes-Valmore fut un modèle de piété filiale : il mourut chez elle et soigné par elle en 1817. A un frère qu’elle avait, qui avait servi dans l’armée sans dépasser le grade de sergent et qui vivait à Douai, leur ville natale, dans un état voisin de l’indigence, elle montra un attachement dévoué, une bonté inépuisable : chaque mois elle lui faisait passer un petit pécule, une vingtaine de francs, qu’elle avait beaucoup de peine à i éunir quelquefois, et l’envoi était toujours accompagné d’une lettre des plus affectueuses.
- Il arriva qu’une fois la lettre dut être expédiée sans le lest accoutumé.
- « 8 mars 1847... Tu vois mon ami que je t’écris seulement aujourd'hui pour te dire d'attendre et que je n’ai pas voulu retarder ma lettre jusqu’au moment où je pourrai y joindre un envoi d’argent. Je veux avant tout t’épargner l’inquiétude qu’un silence plus long te causerait, sachant bien que ton cœur s’en rapporte au mien de l’empressement que je mettrai à partager avec toi le premier rayon bienfaisant que la Vierge m’enverra. Ce dernier déménagement m’a tout pris. C’est fièrement douloureux d’interrompre ainsi les seules douceurs consolantes-de ma vie. A quel point faut-il que je sois pauvre pour te laisser si pauvre !... »
- Mme Valmore avait deux filles charmantes qu’elle eut la douleur de voir mourir de la poitrine, dans la période d’âge de. vingt à trente ans.
- Peu de temps après ce double coup, recommandant au docteur Veyne le fils d’une pauvre vieille concierge de la rue Richelieu, jeune homme intelligent, musicien, qui, dans un accès de fièvre, voulait se tuer, elle terminait ainsi sa lettre : *
- a Je crois que vos yeux seuls feront beaucoup sur cette pauvre âme qui veut partir.il faut l’empêcher pour sa mère : c'est affreux, affreux de voir mourir jeune et de rester. »
- Cette femme si supérieure était d'une modestie mûre et poussée si loin qu’elle se montre toute surprise qu’on songe à parler de ses productions dans la presse périodique.
- A M. de Latour qui, se proposant d’écrire sur les poésies de Mme Valmore un article dans la Revue de Paris, lui avait demandé quelques détails de son passé, de ses prédilections littéraires, de ce qu’il appelait l’éducation de sa pensée, la formation de son talent, elle répondait :
- « Vous ne pourriez écrire sur moi, monsieur, quelque bienveillant que vous soyez, sans me révéler comme une bien ignorante et inutile créature. Queiques chansons méritent-elles qu’on s’occupe de moi? Monsieur,je ne sais rien, je n’ai rien appris. Depuis l’âge do seize
- ans j’ai la fièvre, et ceux qui m’aimaient un peu m’ont pleurée plusieurs fois comme morte, tant je leur paraissais peu vivante ! J’ai été longtemps étonnée et plaintive de souffrir ; vivant très solitaire, quoique d’une profession frivole à Vextérieur, je croyais tous les autres heureux ; je ne pouvais me résoudre à ne pas l’être. Je sais à présent que les autres souffrent aussi ; j’en suis devenue plus triste, mais beaucoup plus résignée. »
- Mme Valmore habitait Lyon en 1834, à l’époque de l’insurrection mutueliiste et républicaine, Lyon « la ville flagellée, » comme elle l’appelait, De là elle écrivait au même M. de Latour qui, précepteur d’un des fils du roi Louis-Philippe, lui semblait pouvoir quelque chose pour l'adoucissement des malheurs dont elle était témoin :
- « Mon sort a été d’une rigueur ces derniers temps à ne pas me laisser reprendre haleine. Jugez : toutes les misères à Lyon, passant à travers la mienne ; vingt, trente mille ouvriers cherchant jour par jour un peAde pain, un peu de force, un vêtement pour ne pas tout à fait mourir. Comprenez-vous, monsieur, ce désespoir qui monte jusque sous les toits, qui heurte partout, qui demande au nom de Dieu et qui fait rougir d’oser manger, d’oser avoir chaud,’d’oser avoir deux vêtements quand ils n’en ont plus ? Je vois tout cela et j’en deviens pauvre. .. »
- Elle adressa une espèce de cantique à la reine Amélie au nom des femmes et des mères. De son âme indignée jaillirent aussi d’autres stances d’un caractère plus poignant et dont voici la première :
- Nous n’avons plus d’argent pour enterrer nos morts...
- Le prêtre est là marquant le prix des funérailles,
- Et les corps étendus, troués par les mitrailles,
- Attendent un linceul, une croix, un remords.
- (A suivre) Ch. Pellarin.
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- SOCIÉTÉ DES CONDUCTEURS DE LOCOMOTIVES AUX ÉTATS-UNIS.
- Il y a dix-sept ans, quelques conducteurs de locomotive, employés dans la compagnie du chemin de fer central de Micigan, conçurent l’idée de former une association pour le développement de leur bien-être et de leurs intérêts professionnels et pour leur éducation intellectuelle et morale. Ils se réunirent au nombre de dix, et élal'orèrent des Statuts.
- Un premier no3^au fut constitué. Il eut une extension si rapide que, durant la première aunée d’existence de l’Association, 44 subdivisions furent organisées.
- Le 17 Août 1864, une première convention eut lieu dans la ville d’Indianapolis.
- La Société prit le titre de « Fraternité des conducteurs de locomotives. »
- Actuellement, cette fraternité compte 191 subdivisions et comprend les neuf dixièmes des meilleurs conducteurs de locomotive du continent américain.
- En novembre 1866, la publication d’un journal mensuel, consacré exclusivement à la défense des intérêts de la profession, fut résolue ; le premier numéro parut en Janvier 1867. Aujourd’hui ce journal est publié à 8,000 exemplaires et lu dans les principales villes d’Europe et du Nord de l'Amérique.
- Eu décembre 1867, la fraternité organisa une assurance mutuelle par laquelle les héritiers d’un membre décédé reçoivent un dollar de chacun des membres, moins trois pour cent qui restent à la réserve delà Société.
- Un million soixante mille dollars ont été pajùis jus-
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- qu’à ce jour aux veuves et orphelins et deux cent cinquante dollars prélevés sur les gains des associés ont fait face aux nécessités de l’ordre.
- Le but de la fraternité est de donner aux compagnies de chemin de fer et au public des conducteurs de locomotive habiles et dignes de toute confiance. Dans ce but, la Fraternité requiert de ses membres toutes les qualités de caractère, d’éducation, d’expérience et d’habileté.
- « TAepeop-'e s'advocate, Boston. »
- ORATOIRES ET RÉCRÉATOIRES EN ITALIE-
- A l’heure où les cercles catholiques d’ouvriers se développent de plus en plus chez nous, il n’est pas sans intérêt de voir de quelle manière on s’efforce de lutter en Italie contre l’influence funeste d’institutions de ce genre:
- Voici ce qu’écrit à ce sujet le correspondant du Temps :
- Il s’est formé, il y a quelques mois à peine, à Milan, une société qui a pour but l’établissement de recreatorî laïques. Ces récréatoires ou cercles du dimanche et des fêtes peur les jeunes gens du peuple de dix à seize ans, sont destinés à balancer l'influence croissante des oratorî ou cercles catholiques.
- Les Oratorî sont une institution déjà ancienne à Milan et sans doute aussi en d’autres villes. Il y en a ici environ 30, la plupart destinés aux jeunes hommes et dirigés par des prêtres, les autres ouverts aux filles et aux femmes mariées et conduits par des sœurs. Ils disposent en général d’un beau local, de cours spacieuses et ombragées, de cloîtres ou portiques. Les enfants ou adultes y passent toute la journée des dimanches et jours de fête, éxcepté de dix heures du matin à deux heures de l’après-midi. On les occupe à réciter des oraisons, à chanter les offices du matin et de vêpres, à servir la messe, à porter des cierges, et, dans les intervalles, à jouer à différents jeux, paume, dominos, cartes, etc. A de certains jours se célèbre en grande pompe la fête de tel ou tel saint, surtout celle du patron spécial de l’Oratoire : alors on invite un dignitaire ecclésiastique et des notables laïques; on distribue de pieuses images, des médailles, des amulettes, des reliques, des livres ascétiques ; et la journée se termine par des feux d’artifice et des représentations théâtrales. N’y a-t-il pas là des traits qui rappellent nos « cercles catholiques d’ouvriers »?
- La société que j’ai nommée plus haut a fait une enquête attentive sur les Oratorî. Elle a constaté qu’ils reçoivent à Milan, dans la ville la plus libérale peut-être et la plus éclairée de l’Italie, 3,130 filles ou femmes et 4,‘200 enfants ou adultes, en tout 7,130 personnes soumises à l’action presque exclusive des
- congrégations ou du clergé et qui la communiquent à leur tour à leurs familles. Les communautés de sœurs qui ouvrent le dimanche leurs maisons aux Oratorî tiennent dans la semaine des écoles gratuites ou payantes, des internats pour les filles 5e condition aisée, etc. On assure qu’il y a, en outre, dej maisons d’éducation où les maîtresses sont laïques, mais qui au fait sont régies par le même esprit qui anime les écoles congréganistes ; des maisons où les idées de patrie italienne, d’indépendance nationale de liberté sont en médiocre crédit, tandis que l’on pleure sur la captivité du pape, sur la persécution de l’Eglise, sur la suppression des ordres ; où des écrits de propagande cléricale et de dévotion grossière et superstitieuse se mêlent à de bons livres de classe. .
- Comment subvient-on aux frais de tant d'institutions qui entretiennent un personnel nombreux ? Il y a d’abord la rétribution payée par les pensionnaires, qui varie selon leur condition ; le produit des travaux d’aiguille ou de tricot dans les écoles gratuites ; les offrandes volontaires qui affluent du côté d’une partie de l’aristocratie, et surtout le produit des pensions payées par des dames milanaises qui, à l’approche des fêtes, se retirent dans les maisons religieuses durant un mois, ou quelques jours, ou quelques heures seulement par jour. A l’occasion de ces retraites,on appelle un prédicateur célèbre, et les couvents rivalisent entre eux pour organiser de belles solennités.
- Le parti libéral ne se fait pas illusion sur les effets d’une telle éducation des jeunes ouvriers, des mères de familles, des jeunes filles. Il comprend qu’elle n’incline pas le peuple aux institutions nouvelles, pas plus qu’elle ne forme des Caractères et une moralité virile. Il se préoccupe également de l’influence que l’Eglise militante peut exercer par ces innombrables agents dociles et dévoués dans une lutte électorale et des conflits violents qui plus tard, peuvent en résulter. Aussi travaille-t-il à balancer l’action des cercles ecclésiastiques du dfmanche et des fêtes par deux moyens : d’abord en les soumettant à la surveillance de l’autorité civile, de manière à y faire pénétrer le grand jour de la publicité et à les mettre le plus possible en harmonie avec l’esprit et les besoins'du temps présent ; ensuite en organisant des cercles ou Récréatoires laïques gratuits.
- La chose n’est pas aisée à réaliser. Il y faut beaucoup d’argent et un personnel assez nombreux. lYouver un local convenable, spacieux, bien situé, et n’en payer la jouissance qu’un jour par semaine, c’est la première difficulté, et non pas la moins oné-
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- reuse. Il reste ensuite à faire les frais d’une installation convenable : salle de réunion et de conférences ; «appareils gymnastiques, bibliothèques, etc. On a mis la main à l’œuvre.l'été dernier ; on a ouvert le premier récréaloire, et aussitôt il y a eu quatre cents inscriptions ; il a fallu en refuser trois cents jusqu’à ce qu’on ait pu élever de nouveaux établissements. Les familles comme, on peut le croire, sont charmées de cet asile ouvert contre les tentations du cabaret, du jeu, et du libertinage. Les jeunes gens entrent à neuf heures ou à huit, selon la saison ; ils restent jusqu’au soir ; seulement ils peuvent sortir de onze à une heure pour assister, s’il leur plaît aux offices. On donne des conférences familières sur divers sujets ; morale, histoire, géographie, hygiène, économie sociale, expérience de physique, etc. En fait de jeux : la-gymnastique, les exercices militaires, le tir, des excursions à la campagne", des visites dans les manufactures, le chant choral ( qui est fort goûté) ; par le mauvais temps, les dominos, sans parler de la lecture. Des membres du comité, désignés à l’avance, assistent aux séances à tour de rôle ; des jeunes gens de la bourgeoisie viennent s’associer aux exercices militaires ou autres. Les jeunes gens (huit à seize ans) sont distribués en compagnies sous la surveillance immédiate de chefs choisis parmi les meilleurs élèves qm maintiennent l’ordre et la discipline. En cas d absence non motivée, on donne un avertissement, et, si les absences,se répètent, on prononce l’exclusion. Une fois tous les deux mois, les familles sont mises au courant de la conduite de leurs fils.
- Vous penserez avec moi qu’il y a là une tentative digne d’imitation. On approuvera le parti libéral de ne pas s’enfermer dans une politique à courte vue, et d’êtr r attentif aux résultats présents ou pro-hains d’un système d’éducation populaire et de tutelle morale si peu conforme aux principes modernes. L’autorité séculière contrôlera les statuts et la marche de toutes les fondations pieuses, sans annuler toutefois la volonté des testateurs. Mais ce qui mérite le plus d’éloges, c’est d’ouvrir, les jours de fêtes, un asile honnête et attrayant aux enfants du peuple, qui, au sortir de l’école primaire, c’est-à-dire dès l’àge de dix ou douze ans, sont livrés aux hasards de la°rue et aux pires tentations de l’oisiveté et de l’ennui. Cet asile, les Milanais l’appellent à dessein Récréatoire, selon le sens primitif de ce mot, parce que, disent-ilB, ils veulent récréer, c’est-à-dire « refaire les forces physiques des fils du peuple par des exercices gymnastiques bien réglés ; leurs fore s intellectuelles par des leçons de maîtres compétents et de citoyens respectables ; leurs forces morales, |
- 1 en leur inspirant la foi au travail, ce puissant con-! solateur et émancipateur, avec le double amour de la famille et de la patrie... » Et cette œuvre, on l’entreprend « sous les auspices du principe laïque comme du génie inspirateur de l’éducation moderne, du préparateur patient de toute victoire dans l’ordre intellectuel et moral ».
- Détails nht l’assistance publique à Pari®.
- De VExposé aux maires des vingt arrondissements publié à la date du 3 avril dernier par le directeur de l’assistance publique, il résulte que :
- Dans le lsr arrondissement, la moyenne totale des secours en nature et en argent est de 87 fr. 36 par ménage ;
- Que dans le 2e, elle est de 133 fr. 32 ;
- Dans le 3e, 86 fr. 98 ;
- Dans le 4% 63 fr. 42 ;
- Dans le 3e, 31 fr. 28 ;
- Dans le 6e. 66 fr. 04 ;
- Dans le 19e, 39 fr. 18 ;
- Dans le 20e, 60 fr. 42 ; etc.
- Les arrondissements où les pauvres sont le mieux traités est le 9°, où chaque ménage inscrit reçoit 146 fr. 33 ; celui où ils sont le moins largement assistés est le 13e, où un ménage reçoit seulement 46 fr. 89. Quant à la moyenne générale, elle est de 64 fr. 21 par ménage: chiffre comprenant les secours en nature et ceux en argent.
- Remarquez que la moyenne des secours varie avec chaque arrondissement, ce qui vient de ce que les sommes adressées aux bureaux de bienfaisance par les particuliers, sont employées dans les arrondissements des donataires. Il arrive ainsi que les quartiers où habitent des gens riches et où la population indigente est relativement peu nombreuse, sont mieux partagés que ies autres.
- Malheureusement divers règlements paralysent souvent l’initiative intelligente etdévouée des administrateurs ou délégués des « Bureaux de bienfaisance ».
- Dernier détail : D’après le recensement de 1877, le nombre des ménages assistés était de 43,662 ; celui des individus 113.317. Au 31 décembre dernier, les ménages étaient au nombre de 49,809, et les individus à celui de 134,442, ce qui fait ressortir une différence en plus de 6,301 ménages et de 21,168 individus.
- Peut-être n’est-il pas inutile, au moment où les révolutions « pour une idée, » sont prônées par quelques partisans et où le principe du coup de fusil est à l’ordre du jour dans certains groupes, d’examiner de près ce que nous appellerons les sophismes révolutionnaires.
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- Le principe de la révolution barricardière est représenté à l’heure présente par deux groupes principaux : les collectivistes-révolutionnaires et les anarchistes-révolutionnaires, examinons d’abord les arguments des premiers.
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- Leurs prétentions peuvent se traduire ici :
- Nous voulons former une minorité suffisante pour
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- renverser ce qui existe et, une fois les maîtres, nous prouverons aux masses que leur intérêt est de suivre nos conseils basés sur la science, lesquels du reste, au nom de la force seront devenus des ordres ! — Le peuple est trop ignorant pour voir clair dans ses intérêts, nous seuls comprenons ce qu’il doit faire pour être heureux, il ne tardera pas à sentir que nous avons découvert cette pierre philosophale : le retour de toute la richesse à la collectivité; il s’empressera alors de souscrire à nos décrets. — La loi en main, nous créerons un nouveau milieu qui formera les hommes de l’avenir, sages et instruits ; ils n’auront plus à obéir, puisque, grâce à notre infaillibilité, en marchant dans la voie dès longtemps tracée par nous, ils suivront les impulsions provoquées en eux par le milieu meilleur que nous leur aurons préparé. »
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- Les révolutionnaires pensent arriver tout d’un coup, les armes à la main, à la réalisation de leur programme ; ils laissent les simples radicaux réclamer la liberté de parole, de plume et d’association, pour eux ces réformes ne signifient rien et s’ils étaient au pouvoir elles les gêneraient même pour former le milieu qu’ils rêvent. Pour eux, tout progrès est un palliatif qui retarde d’autant la réyolu-tion; ils réprouvent par conséquent la méthode expérimentale ; le problème est résolu à leurs yeux: il n’y a qu’à appliquer leur doctrine. — Avant eux, les-Pères de l’Eglise et les Conciles avaient dit aussi : Hors de l’Eglise, pas de salut. — Il n’y a pas plus à discuter ici que là, ce serait perdre son temps, mais ce qu’il faut, c’est montrer aux indifférents d’aujourd’hui, qui demain, poussés par la misère et la faim peuvent aller grossir les rangs des révolutionnaires-violents, que les remèdes à leurs maux sont faits de justice et de liberté et que la violence n;a jamais su que mettre en fuite ces deux sœurs jumelles,
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- C’est bien entendu, les collectivistes-révolutionnaires en conviennent : Il faut qu’une minorité dirigeante composée des leurs, soit victorieuse, autori-' taire, omnipotente et omnisciente, elle forcera les hommes à être heureux, puis les ayant mis dans un milieu meilleur, elle les contraindra eux ou leurs enfants, à reconnaître enfin qu’ils se trompaient en n’acceptant pas tout d’abord les bienfaits qu’on voulait leur imposer. — Quand on appelle la force brutale à la rescousse, pour être logique on ne peut conclure autrement, il faut bien, pour motiver la contrainte employée, admettre que l’on ne doit pas se tromper. — Que les détenteurs de privilèges, de monopoles, que ceux qui veulent perpétuer l’injustice
- fructueuse pour eux, songent à en appeler à la force brutale pour garder ce qu’ils ont, cela se conçoit, mais ce n’est pas la torche qui éclairera la route à suivre, ni l’épée qui fraiera la voie.
- k
- * *
- Le sujet qui nous occupe est grave, très grave, chacun doit y réfléchir, car chacun y est directement intéressé.
- Le problème s’impose menaçant; chaque jour le mal augmente, le paupérisme croissant pourrait faire dire plus tard à ceux que nous voudrions retenir par de sages réformes sur la pente fatale des coups de force : Mieux vaut périr d’une balle que de faim ! — Le mot des canuts de Lyon pourrait voler de bouche en bouche si la situation des travailleurs ne s’améliorait pas. — Etudions donc la question sociale, cherchons la vérité, il ne nous suffit pas de réfuter les théories des révolutmnnaires-violents, il faut agir, et cela surtout en faisant ia lumière dans les intelligences. Jacques Courrier.
- TJm. psexi cle » t «.1ii«|rie crimiaelîe
- De 1825 à 1830, on compte 35,618 accusés passant devant la Cour d’assises ; 13 900 ont été acquittés, 21.740 condamnés à des peines diverses ; sur le nombre 15,418 étaient récidivistes ; 854 ont été condamnés à mort, 194 commués, 360 exécutés.
- De 1831 à 1833, il y a eu 37,333 accusés criminels : 15,834 acquittés, 21,499 condamnés, dont 327 à mort, 127 ont été oommués et 134 exécutés.
- De 1836 à 184Q, 39,424,• accusés : 13,9,84 acquittés, 23,440 condamnés ; 197 condamnés à mort, 50 commués, i 4 7 exécutés.
- De 1841 à 1845, 35,521 accusés; 11.568 acquittés, 23,953 condamnas ; 240 condamnés à mort, 62 commués, 178 exécutés.
- De 1846 à 1850, 37,149 accusés : 13.666 acquittés,
- 23.483 condamnés ; 245 condamnés à mort, 85 commués, 160 exécutés.
- De 185! à 1835, 32,520 accusés : 10.093 acquittés, 25,425 condamnés ; 282 condamnés à mort, 1.24 commués, 1^0 exécutés
- De 1856 à 1860, 23,815 accusés : 6,541 acquittés,
- 20 374 condamnés ; 217 condamnés à mort, 97 commués, 120 exécutés.
- De 1861 à 1865, 22,752 accusés : 5,579 acquittés, 17,173 condamnés; 108 condamnés à mort, 45 commués, 63 exécutés
- De 1866 à 1870, 21,376 accusés 4,974 : acquittés,
- 16,402 condamnés ; 83 condamnés à mort, 38 commués, 47 exécutés.
- De 1871 à 1873, 25,361 accusés : 5,384 acquittés, 19,777 condamnés; Ü5 condamnés à mort,271 commués, 74 exécutés.
- Le Directeur-Gérant : GODIN.
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- fLe numéro hebdomadaire 20 c.
- DIMANCHE 3 OCTOBRE 1880
- 3* ANNÉE, TOME 4 — N« 108
- Le Devoir
- BUREAU
- \ GUISE (Aisne)
- Toutes les communications doivent être adressées à M GODIN Dire cteur- Gérant Fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE
- par renvoi, soit an bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France
- Un an. . . . dOfr.»» Six mois ... 6 »» Trois mois . . 3 »»
- Union postale
- Un an ... . 11 fr. »» Autres pays Un an. . . . 13 fr. 60
- ON S’ABONNE
- A PARIS
- 5,r.Neuve-des-petits-Champs
- Passage des Deux-Pavillons
- S’adresser à M. LEYMARIE administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- Etudes sociales sur le gouvernement. — Le Familistère et la Ligue de la Paix. — Faits politiques et sociaux. — Congrès du Havre. — Les Traders unions et la coopération. — Nouvelles diverses. - Le droit des femmes. — Discours de M. Louis Blanc. — Ce que firent les petits souliers. — Nouveau règlement des écoles. — Impressions de lectures. — Variétés.
- ÉTUDES SOCIALES
- SUR LE GOUVERNEMENT '
- X
- Théocratie et Cléricalisme
- La violation de toutes les lois de la vie dans l’humanité exercée par le gouvernement autocratique, se retrouve au même degré dans le gouvernement théocratique.
- Celui-ci, quoique ayant un principe différent du premier agit par des moyens qui soulèvent la même réprobation. Lui aussi a laissé des traces jusque dans la société présente.
- Nous l’avons déjà indiqué dans une précédente étude, la puissance des castes sacerdotales, dans tous les temps et chez tous les peuples, a disputé aux pouvoirs nés de la force, la direction des affaires civiles et politiques, ou s est associée à ces pouvoirs.
- Or, en théocratie comme en autocratie, l’intolérance et la persécution sont des moyens de
- domination. C’est le gouvernement par l’inquisition, parle bûcher et la torture. La théocratie, c’est la cupidité temporelle se substituant dans le cœur du prêtre à l’amour des vérités spirituelles.
- Les hommes qui devraient se donner pour mission la recherche de la vérité, sont alors le plus grand obstacle au progrès intellectuel, social et moral des peuples.
- Pendant les phases de dégrossissement social que les sociétés ont à traverser, l’homme abaisse toute idée supérieure au niveau de la barbarie et de la brutalité de son caractère.
- C’est pourquoi le pouvoir, ce rôle sacré dont l’homme ne devrait user que pour travailler au bonheur des sociétés, est employé à asservir les peuples. Il en est de même de la religion, celle-ci qui, en principe, est le fondement de tout lien social, puisque sa réalité essentielle consiste à développer le sentiment de l’amour entre les hommes, à les porter à une mutuelle assistance, devient, chez des individus pervers et grossiers, un instrument de malheur, d’oppression et de misère.
- Le sacerdoce qui, dans son principe, est une mission de dévouement au bien de l’humanité, perd ce caractère dès qu’il donne naissance à un culte extérieur organisé, et surtout à des fonctions publiques et à une autorité civile.
- Alors, l’idée religieuse n’est plus qu’un mensonge; elle fausse le caractère des hommes qui en détiennent l’usage. Elle n’est plus pour les I peuples qu’une cause d’oppression et de servi-I tude. La caste cléricale en fait un instrument
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- de domination des esprits,pour arriver à dominer les individus et à s’emparer des pouvoirs sociaux.
- C’est, pour les sociétés, un mode de gouvernement désastreux et déplorable, car il s’impose par l’erreur et l’hypocrisie. Mentant à son principe, la théocratie se donne comme ayant la mission d’unir les hommes par l’amour et la charité, lorsque, en réalité, elle les divise par toutes sortes de convoitises et de haines.
- La foi aveugle est le levier tout-puissant dont ce régime se sert pour tenir les peuples sous le joug.
- Chacun doit croire ce que le peuple commande. Il le faut pour échapper aux tortures, soit en ce monde, soit en l’autre.
- Dépositaires de ce qu’on appelle la parole sainte, les prêtres ont une tendance perpétuelle à l’interpréter au profit des puissants, au détriment des faibles, faisant ainsi de la religion un instrument de direction politique au service de tous les despotismes.
- Un des plus grands exemples, encore debout, de ces déviations de l’idée religieuse, est cet odieux esprit de domination qui a, dans tous les temps, caractérisé l’Eglise catholique. Rien n’est plus opposé au véritable sentiment religieux que cette convoitise de la suprématie, car le sentiment religieux ne s’exprime que par le dévouement, le désintéressement et la volonté d’être utile à l’humanité.
- La papauté, au contraire, a toujours lancé autour d’elle l’anathème, la malédiction, l’excommunication; c’est par le fer et le feu qu’elle a constamment cherché à s’arroger l’empire du monde.
- Qu’il y ait dans la chrétienté des hommes animés d’un autre esprit, nous ne le contestons pas. C’est du caractère dominant et perpétuel de l’Eglise catholique, romaine, que nous entendons parler. Aussi cette Eglise s’écroulera-t-elle, non parce qu’elle représente une religion, mais parce qu’elle a complètement perdu de vue et perverti l’idée religieuse, et qu’elle n’est plus que l’organisation du cléricalisme.
- Ce qu’il importe d’établir, c’est que, pour que le sentiment religieux puisse exercer un rôle utile dans le gouvernement des choses humaines, il faut qu’avant tout il cesse de se pré-
- senter sous la forme de l’autorité ecclésial tique ; il faut que, semblable à l’idée philoso-phique, l’idée religieuse sous forme de pri^ cipes admis par la raison soit la conseillère sociale de l’homme de gouvernement.
- Celui dont le cœur s’élève au sentiment religieux de l’amour de l’humanité, dont l’intelligence s’exerce à travailler au progrès de la vie humaine, à professer la vérité et à pratiquer la justice à l’égard des autres hommes apportera par le fait de ce sentiment, une heureuse influence dans les choses du gouvernement,mais il n’endossera pas pour cela la soutane et ne formera pas une secte. Son amour du bien, le sentiment religieux qui régnera dans ses ao tions auront leur effet sans qu’il soit besoin de les revêtir de signes extérieurs.: le bien accompli en sera le seul témoignage.
- Dès que l’idée religieuse veut se donner le relief de l’autorité pour intervenir dans la direction des hommes et de leurs intérêts, et surtout dès qu’elle prétend participer d’une façon autoritaire à la direction des affaires publiques, elle n’est plus qu’un mensonge, qu’un masque propre à couvrir des ambitions délétères, gravement nuisibles au sage gouvernement des intérêts publics et à la bonne direction des Sociétés.
- Dès qu’un corps fait métier et profession de religion, l’intérêt de la fonction et de la caste domine bien vite tous ses actes. Du reste, le véritable sentiment religieux ne s’acquiert pas par l’enseignement ecclésiastique. Le séjour au séminaire ne fait pas l’homme religieux dans le véritable sens du mot. On peut y apprendre le métier de la confession, l’art de dire la messe, de faire le catéchisme, mais avec tout cela on peut n’avoir au fond du cœur que de la haine pour la Société et n’être pétri que de convoitises et de vices.
- L’ordination des prêtres est un acte d’autorité arbitraire semblable à celui de tous les pouvoirs qui s’imposent autrement que par leurs talents et leurs mérites.
- Les vertus qu’inspirent le véritable sentiment religieux ne s’apprennent pas comme une fonction. Elles 11e s’acquièrent que par le travail moral que l’individu accomplit sur lui-même, en dehors de tout enseignement scolastique.
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- IjG prêtre n’est donc pas un homme moral et ; ligieux parce qu’il est prêtre. La religion, la . ^orale, la philosophie, la science, toutes ces ; choses peuvent s’enseigner, mais ceux qui en j reçoivent l’enseignement ne deviennent pas ] pour eela des savants, des philosophes, des j hommes moraux et religieux. Il faut pour que noiis nous élevions aux sciences, à la philosophie, à la vraie morale, à la religion, que nous avons développé en nous les facultés qui nous permettent de pénétrer leurs secrets.
- Or avant de posséder la faculté, il faut que l’individu s’élève au désir de l’acquérir, et cela suffit bien au travail d’une existence.
- On pourrait faire asseoir un enfant des peuples arriérés de l’Océanie sur les bancs de nos collèges, mais qn ne ferait pas de cet enfant un des premiers sujets parmi nos savants et nos ingénieurs. Peut-être l’amènerait-on difficilement au simple désir de connaître, à l’amour de l’étude,
- Les hommes de notre civilisation sont, il est vrai, plus élevés en facultés morales et intellectuelles que les races primitives de l’Océanie, mais les intelligences supérieures sont encore rares parmi nous, et la plupart des êtres humains ont besoin d’acquérir les vertus nécessaires pour se bien diriger eux-mêmes, avant d’être capables de diriger les autres.
- Le prêtre ne peut donc pas, par le seul fait du caractère dont il est revêtu, posséder les qualités de directeur des consciences ; il ne peut pas davantage gouverner les hommes.
- Le prêtre a d’autant moins les qualités pro-près à la direction sociale que la carrière qu’i* embrasse lui donne, dès son entrée dans les ordres, une position fausse et anti-sociale, j Par sa qualité de prêtre, et indépendamment de toute valeur personnelle, il est investi d’une fonction qui semble faire de lui plus qu’un citoyen, en l’autorisant à se croire et à se dire 1 intermédiaire entre Dieu et l’homme et le dispensateur des biens spirituels.
- Orgueil malheureux, vanité monstrueuse qui Pincent le prêtre dans une situation fausse et lI1fcxtricable. Car de deux choses l’une : ou il a Crédulité de prendre son rôle au sérieux et ^0rs il est un ignorant, incapable de compren-^ la véritable morale de l’humanité et par
- conséquent de l’enseigner ; ou bien il reconnaît l’inanité des prétentions de son ordre, et alors il professe le mensonge en connaissance de cause.
- Ces deux rôles sont également indignes du caractère que doivent posséder ceux qui ont charge de diriger et de gouverner les autres ; car c’est par la sincérité, la vérité et la science que les peuples, que les Sociétés doivent désormais être gouvernés.
- Du jour où l’homme éclairé par la science de ses destinées - et ce jour approche - aura acquis la véritable notion religieuse, c’en sera fait des religions du passé et surtout de la religion catholique romaine.
- Nous verrons plus loin comment la pratique de la véritable religion, s’accorde avec l’exercice du gouvernement basé sur la souveraineté du peuple.
- Pour conclure par un trait dominant commun au régime théocratique comme au régime despotique, disons que, sous ces deux régimes, l’être humain n’est qu’un sujet dont le pouvoir use et abuse à son gré ; que chez tous deux le travailleur n’est qu’un exploité dont les produits vont à peu près tous grossir le trésor des puissants.
- Au lieu que le gouvernement soit fait pour administrer au mieux les intérêts de la nation, ce sont les peuples eux-mêmes, qui sont les instruments d’un pouvoir sans contrôle et sans frein.
- (A suivre) . GODIN.
- LE FAMILISTÈRE ET LA LIGUE DE LA PAIX ET DE LA LIBERTÉ
- Le journal Les Etats-Unis d'Europe, rendant compte du Congrès de la Ligue de la Paix et de la Liberté qui vient d’avoir lieu à Genève, annonce que deux résolutions ont été votées par le Congrès : L’une félicitant le gouvernement français de la liberté qu’il laisse aux ouvriers de discuter publiquement leurs intérêts ; l’autre dont la teneur suit et qui a été votée à l’unanimité :
- Attendu qu’après avoir fondé, il y a plus de vingt ans, deux usines considérables : l’une à Guise (France) ; l’autre à Laecken-lez-Bruxelles (Belgique) ; bâti auprès de l’usine de Guise, sous le nom de Fami-
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- listère, un véritable palais social offrant aux ouvriers de Tusine, qui peuvent- y prendre librement leur habitation, des logements salubres et commodes assortis de tous les avantages que peut donner l’Association,- assuré par son travail, sa rare énergie, par sa haute intelligence, par la sagesse de son administration, la prospérité de ces établissements qui représentent aujourd’hui une valeur de plus de quatre millions de francs, M. Godin vient de constituer par acte notarié, sous le titre de : Société du Familistère de Guise, Association coopérative du Capital et du Travail, une Association qui a pour but l’organisation de « la solidarité entre ses membres par le moyen de la participation du Capital et du Travail dans les bénéfices » et pour objet « l’exploitation locative du Familistère, l’exploitation commerciale des magasins qui s’y rattachent, l’exploitation indus-trielledes usines etfonderies de Guise et de Laecken. »
- Attendu que l’œuvre à laquelle M Godin a consacré sa vie et à laquelle il vient de mettre le sceau, constitue l’expérience la plus considérable, la plus sage et la plus heureuse qui ait encore été tentée pour résoudre pratiquement l’un des principaux problèmes sociaux.
- La ligue internationale de la paix et de la liberté :
- Condamne comme contraire au principe de l’autonomie de la personne humaine et aux intérêts généraux et particuliers de tous les citoyens, toute doctrine qui mettrait sa force au service d’une cause ou d’un parti pour réaliser un idéal politique ou système social donné dans un pays où le suffrage universel est loyalement pratiqué et la liberté de discussion pleinement respectée ;
- En conséquence,
- Félicite hautement M. Godin, fondateur et directeur du Familistère de Guise, du grand exemple que, depuis plus de vingt ans, il donne pratiquement de la possibilité de combiner et de concilier les intérêts du Capital et du Travail, ei assurant à tous et à toutes, par l’Association, la juste rétribution de leurs œuvres; salue en lui l’un des hommes qui se sont le plus généreusement et le plus utilement dévoués à l’extinction du prolétariat.
- Nous recevons, au moment de mettre sous presse, « La Plèbe », revue socialiste, paraissant à Milan, qui critique la résolution prise au Congrès de la ligue de la paix et de la liberté, au sujet du Familistère de Guise.
- Nous publierons dans notre prochain numéro l’article de la Plèbe et notre réponse à cet article.
- FAITS POLITIQUES & SOCIAUX DE LA SEMAINE
- FRANCE
- IAe nouveau ministère — Notre dernier m méro était sous presse quand la composition du noi veau ministère a été connue. M. Sady Carnot a remplapl M. Varroy, l’amiral Cloué a pris la place de l'amiral Jauréguiberry et le ministère des affaires étrangères échu à M. Barthélémy Saint-Hilaire.
- Il n’y a encore rien à dire au sujet des deux premiers choix, quand au troisième il est juste de reconnaître que la presse étrangère a été unanime à l’accueillir aveo satisfaction.
- Quant à la crise ministérielle elle-même, elle inspire à la presse libérale de l’étranger des réflexions dont nous devrions faire notre profit. Voici à peu près en quels termes on peut les résumer :
- « La France se trouve en ce moment dans une situation passablement anormale. Ceux qui ont la responsabilité de sa politique intérieure ou étrangère ne la gouvernent pas ; et ceux qui la gouvernent ne veulent pas en prendre là responsabilité.
- a La crise de trois jours à laquelle nous venons d’assister a révélé, une fois de plus, ce qu’il y a de faux et par conséquent, de dangereux dans ce déplacement des rôles, dans cette fiction constitutionnelle qui garde os-tensiblement des ministres mais en les privant de toute autorité ; où une influence toute puissante, qui se tient volontairement dans les coulisses, lait et défait les ministères, et eoumet à ses volontés même celle du chef de l’Etat.
- « En tout pays, une pareille situation serait fâcheuse;
- ! elle l’est surtout dans une République jeune encore, où l’on a conservé des anciens régimes l’habitude de s’occuper des hommes plus que des lois et de laisser quelques personnalités influentes donner le mot d’ordre à l'opinion publique. Ne serait-il pas temps que l’on rentrât dans l’état normal, c’est-à-dire que celui qui dirige consentit à accepter, avec les bénéfices, les charges et les responsabilités du pouvoir ?
- « Sams cela, il est à craindre que nous n’assistions tous les cinq ou six mois à des crises ministérielles comme celle dont nous venons de voir les péripéties. Il est vrai quelles n’émeuvent pas beaucoup l’opinion publique, parce qu’elle y voit, avec quelque raison non un changement de direction, mais un simple chan gement de décor. Mais c’est précisément là ce qui nous semble regrettable, puisque, si nous en croyons l’histoire, ce n’est pas un heureux symptôme pour un peuple que d’assister avec indifférence aux changements périodiques de son gouvernement. »
- Impôt Nur les Iboissosus. — Une conférence sur la réforme de l’impôt qui frappe les boissons a été faite à Bordeaux, au théâtre de Louis, par M. Pascal Du-prat, sous la présidence "de M. Raynal, et en présence de deux mille auditeurs. . .
- M. Pascal Daprat a déclaré qne cet impôt est vicieux, qu’il entrave le commerce et la circulation des vins, qu’il gêne la production vinicole. ïl ne faut ni dégrèvements partiels, ni adoucissement à l’impôt. C’est la reg elie-mêm® dont l’abolition est nécessaire. ,
- A la fin de la séance,le président a donné lecture ae résolution suivante, qui a été adopté à l’unanimité •
- « La loi de 1816 sur les boissons blesse tous Ie3 û^.u, et tous les intérêts. Il est urgent de la remplacer le P • tôt possible par une loi plus conforme aux principe^ droit commun, aux règles de la justice et aux sai notions de l’économie politique. »
- - * *
- | 3Ae réfectoire a l’école. — Bien des P pauvres, dont les parents travaillent toute la JoU
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- . de leur domicile, se trouvent dans l'impossibilité de ^endre leur repas chez eux, dans la journée. C’est à l’é-P*re qu'ils doivent manger.
- Mais quelles provisions leur donner? Voilà un dur Vjqème pour les parents.
- M/an dernier, on a installé à titre d'essai des cantines . dS les? écoles : On donne aux enfants, à deux sous la .rti0n, de la soupe, de la viande ou des légumes. Cette ^nüée la direction de l’enseignement va multiplier les * tines. Une somme de 480,OüO francs va être portée au hüdget de la ville de Paris pour l’année prochaine, et les jlimects seront distribués gratis aux enfants dont les Sjrents ne pourront pas payer.
- ™Voilà une bonne mesure, les enfants pauvres auront à l'école, cet hiver, de la bonne soupe chaude; ce qui ne uuira pas aux leçons, au contraire : ventre affamé n’a pas d’oreilles.
- ALLEMAGNE
- gocifilîstes gouvernementaux. — On écrit de Berlin :
- Nous avions déjà les socialistes Lassaliens, les Babe-liens, la fraction des socialistes chrétiens, et nous voici dotés de socialistes... gouvernementaux 1 Deux socialistes d’une nuance non indiquée, MV1. Koener et Cari Finn avaient été expulsés de Berlin par la police. Il paraît qu’ils ont demandé la permission de revenir dans la capitale, en expliquant comme quoi ils étaient des socialistes bien intentionnés et qu’ils étaient prêts à le prouver, si on voulait seulement les autoriser à créer un journal.
- On les a laissés rentrer à Berlin et ils viennent de publier une espèce d’adresse aux ouvriers dans laquelle ils se déclarent énergiquement contre le libre-échange de î’école de Manchester.
- Ils vont fonder une société qui prendra le titre de : «Association des socialistes royaux prussiens. »
- Nous approchons pas à pas de l’époque prophétisée, où il aura autant do partis en Allemagne que de sièges au Reichstag.
- L’assuranee ouvrière. —D’après la Gazette de Cologne, le prince Bismarck étudierait en personne ia question de « l’assurance ouvrière. » Il a fait appeler à Friedrichsruhe, le conseiller du commerce Bader, qui avait remis à M. Hoffmann, alors ministre, un mémoire relatif à cette question. L’entrevue a eu lieu le 18. On va faire maintenant une enquête et l’on préparera ensuite le projet de loi au ministère du commerce.
- CHYPRE
- La situation. — Quelques journaux de Londres annoncent qu’outre les ordres transmis télégraphiquement à Chypre de ne pas commencer de nouveaux travaux publics actuellement en train, le gouvernement anglais a encore ordonné à la canonnière T'Hellespont de quitter Chypre.
- On ne connaît pas encore les motifs de ces dispositions nouvelles.
- SUISSE
- Révision <1© la constitution, fédérale. —
- A la suite d’une discussion de trois jours, le Conseil national vient, à la majorité imprévue de 97 voix contre 11, de décider, — conformément aux propositions du Conseil fédéral, — que la question de la révision totale de la Constitution fédérale sera soumise à la votation du peuple suisse et à celle des cantons.
- Le Conseil des Etats a sanctionné le vote du Conseil “allouai.
- , question de révision constitutionnelle a été sou-i®vée par une pétition de 2000 citoyens demandant qüe e pouvoir fédéral eut en Suisse le monopole de i’émis-011 des billets de banque.
- ILess internationalistes. — Le congrès annuel de la Frédération jurassienne de l’association international des travailleurs aura lieu prochainement à la Chaux-de-Fonds.
- Outre les questions administratives, on remarque à l’ordre du jour les suivantes :
- Question du programme socialiste.
- Enquête ouvrière.
- Ces congrès annuels perdent de l’importance plutôt qu’ils n’en gagnent.
- TURQUIE
- IL a sitaatioo. — Les navires des six grandes puissances sont toujours dans l’Adriatique, menaçant la Turquie d’une démonstration au cas où elle persisterait à ne pas se conformer aux décisions du traité de Berlin.
- La Turquie, sceptique comme toujours à l’égard de la puissance de la diplomatie, laisse faire et se borne à demander du temps.
- C’est une situation parfaitement ridicule, et il faut convenir que les rieurs sont du côté de la Turquie.
- Du moment que les puissances voulaient, intimider la Turquie, il fallait le faire sérieusement ou bien il valait mieux ne pas s’en mêler. Les puissances peuvent tuer la Turquie si bou leur semble sans avoir un gramme de poudre à brûler, simplement par des mesures financières. Pourquoi ne pas l’avoir fait et avoir préféré cette parade de navires devant les quelques masures qui constituent Dulcigno.
- ÉTATS-UNIS
- Le» femmes et les élections à la présidence. — Le Women's party, composé comme l’on sait des femmes qui réclament en faveur de la femme l’égalité des droits politiques, a décidé d’appuyer celui des candidats à la présidence qui témoignerait des sentiments les plus équitables en faveur de leur sexe.
- Une délégation s’est rendue auprès du général Gar-field, celui des deux candidats que l’ou avait lieu de croire le plus sympathique à la cause de la femme.
- Le général,d’ordinaire aimable et galantjeur a répondu assez sèchement : « Je ne suis pas partisan de l’immixtion des femmes dans la politique », et peu s’en est fallu que, sur cette brève raison, il ne leur ait fermé la perte au nez.
- Les déléguées, sur cette réponse,se sont rendues auprès de M. Hancock le canaiuat de la convention de Cinei-natti. Celui-ci, contrairement aux prévisions, les a assurées de toute sa sympathie et leur a fait les plus belles promesses, pour le cas où il arriverait au pouvoir. Une jeune fille de treize ans s’était mêlée à la compagnie, il Ta remarquée et lui a dit de sa voix la plus gracieuse: « Tous, charmante miss, j’espère bien que vous vivrez assez longtemps pour être un jour électeur. »
- CONGRÈS DU HAVRE
- Le Congrès national ouvrier qui s’ouvrira au Havre le 14 novembre prochain s’annonce comme devant différer considérablement des derniers congrès ouvriers.
- Déjà nous avons publié quelques pièces qui dénotent de l’allure réfléchie du Congrès qui se prépare au Havre. Nous avons aujourd’hui sous les yeux deux pièces qui en sont des témoignages probants.
- Voici des extraits de ces pièces :
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- LE DEVOIR
- Adresse de® Union® de» Chambres syndicale® ouvrières du Hârre aux travailleurs,
- Citoyens,
- Voici maintenant les extraits de la
- Communication faite par les organis teurs aux associations et groun5' ouvriers français.
- Le choix qui a été fait de notre ville pour qu'il y soit tenu le 4e congrès national ouvrier, impose à l’Union syndicale du Havre le devoir de se mettre en relations directes avec vous afm de fournir, dès maintenant, les moyens d’établir un grand courant de solidarité, un lien commun entre toutes les chambres syndicales et associations ouvrières de France qui, non-seulement enverront des délégués au congrès du Havre, mais encore voudront coopérer à la fondation dans ce pays d’une puissante union de toutes les corporations syndicales.
- Oui, citoyens, c’est un devoir, mais c’est aussi une mission bien agréable que celle qui consiste à fcdre appel aux meilleurs sentiments qui puissent remuer le cœur de nos camarades, formant l’avant-garde de l’armée des travailleurs, pour les engager à s’unir fraternellement.
- Nous contribuerons ainsi, nous en avons la conviction, à réunir en un seul faisceau les forces ouvrières éparses sur la surface du territoire national, c’est-à-dire sans cohésion pour résister au choc des intérêts, sans organisation pour n-ms défendre contre les surprises et les fluctuations du marché où s'établit le prix de notre concours dans la production des richesses.
- Le moment n’est-il pas arrivé d-e marcher résolument en avant dans la voie pacifique des progrès réalisables ?
- Appuyés les uns sur les autres, la main dans la main, animés tous de la même ardeur de faire triompher les idées de justice et d’équité, n’arriverons-nous pas plus sûrement qu’en nous divisant — si nous voulons surtout nous souvenir que la Révolution française nous a émancipés, et que nous possédons enfin le suffrage universel libre et indépendant qui nous rend souverains, — n’ar-riverons-nous pas, disons-nous, à conquérir la place qui nous est due dans une démocratie républicaine qui ne doit reconnaître qu’une seule supériorité, celle du travail et de l’intelligence?
- Trop longtemps, citoyens, nous avons dépensé nos efforts en discussions stériles sur les meilleurs systèmes socialistes ; trop longtemps aussi nous nous sommes complus à rechercher dans des formules empiriques la solution des questions qui nous touchent de près.
- Laissons de côté aujourd’hui tout ce qui est susceptible de nous diviser.
- Etudions sérieusement, sans parti pris, sans arrière-pensée, les conditions du travail en France, et appliquons-nous à résoudre les difficultés qui retardent notre avancement social, en suivant, dans la conduite de nos affaires, la méthode expérimentale et scientifique qui a enfanté des merveilles dans le domaine de la science et de l’industrie, et qui nous fournira les moyens de progresser sûrement, sans apporter aucun autre trouble dans la société que le classement des intérêts suivant les règles de la justice et du droit.
- C’est pour essayer d’atteindre ce but que l’Uniou syndicale de notre ville a étudié un programme contenant les réformes dont les ouvriers du Havre demandent la réalisation, et dans lesquelles ils mettent tout leur espoir de voir s’améliorer sans retard la position des travailleurs qui forment la masse de la nation.
- Convaincue que ce programme peut servir de terrain de conciliation entre ‘tous les ouvriers de France, — quelle que soit d’ailleurs l’opinion que l’on ait sur les divers systèmes socialistes qui se partagent l’opinion, — rUnion syndicale ouvrière du Havre vous fait parvenir ledit programme en souhaitant vivement qu’il serve la cause de l’Union des travailleurs français.
- Le président de la réunion,
- A. LYONNAIS.
- Les assesseurs,
- TH1REAU et LEMAITRE.
- La commission d’organisation du congrès national 01 vrier du Havre a pris diverses résolutions en vue d’as I surer aux décisions du congrès une autorité indiscuiabl | Depuis leur institution en France, les congrès ou î vriers ont toujours vivement sollicité l’attention r,!!" 1 inique. Gela s’exprime par l’importance que l’on altach | aux manifestations des travailleurs qui, malgré leurs ef° forts et le grand rôle qu’ils jouent dans la production ! des richesses nationales, n’ont pu obtenir, jusqu’ici la ! justice qui leur est due au point de vue économimip ! et social. 4 e
- I Aujourd’hui les circonstances sont telles que, si on le veut avec fermeté, le congrès du Havre marquera ûan~ les annales ouvrières en ouvrant la voie à des réformes fécondes et profitables au pays tout entier. En effet les congrès régionaux qui viennent d’avoir lieu sur différents points du territoire et les manifestations qui s'v sont produites ou qu’ils ont provoquées ailleurs, ont plus fortement que jamais démontré à tous que les ouvriers français sont résolus à poursuivre pratiquement la réalisation de leurs espérances.
- La commission d’organisation n’a pas à se prononcer sur les moyens à employer pour parvenir, — le congrès seul en décidera, — mais il lui appartient de faire un suprême appel à toutes les associations ouvrières de France, chambres syndicales, groupes coopératifs de production et de consommation, etc., pour les engager à prendre part au congrès du Havre. a a
- La commission s’est préoccupée d’assurer la sincérité de la représentation ouvrière au congrès du Havre. Il importe, en effet, que l’origine des pouvoirs des délégués, le mode de leur élection et les garanties que l’on devra exiger pour justifier ces deux points essentiels, soient nettement déterminés.
- La commission a maintenu les questions portées parle congrès de Marseille à l’ordre du jour du quatrième congrès national ouvrier, en y ajoutant une cinquième question, sur le désir exprimé de toutes parts par un grand nombre de nos camarades.
- Elie a divisé ces cinq questions en subdivisions, de façon à ce que la discussion puisse suivre une voie méthodique.
- En conséquence, l’ordre du jour est ainsi réglé :
- Première question. — Bu salariat.
- Première subdivision. — Des chambres syndicales et de l’association : Organisation et fonctionnement des chambres syndicales"; commissions arbitrales; conseils des prud’hommes ; de la nécessité du système syndical dans les diverses formes de l’association ; des différentes formes de l’association ; sociétés coopératives de production, sociétés de consommation, sociétés de secours, sociétés de crédit, etc.
- Deuxième subdivision. — Questions sociales et économiques : Grises commerciales et industrielles, chômages et grèves ; rapport entre le producteur et le consommateur; de la sécurité du travail; moyens pratiques pour mettre à l’abri de la misère les vétérans de l’industrie ; adjudication des travaux de l’Etat aux associations ouvrières; travail dans les prisons, communautés et casernes; réglementation de la durée de la journée de travail; groupement professionnel et économique.
- Des impôts et de leur assiette et perception; suppression des octrois et taxes indirectes; des divers systèmes financiers, de la rente ; des traités internationaux et au régime des échanges.
- Deuxième question, — De la Propriété
- Le secrétaire,
- E. DROUET.
- De la propriété, de ses diverses formes, de sa traus mission ; de l’hérédité, etc.
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- Troisième question. De la femme.
- pu rôle de la femme dans la société, de ses droits ci-vilg, de ses droits politiques, de son éducation et de son instruction, de sa situation au point de vue du travail ; jie la femme dans les manufactures, dans les magasins et dans son foyer
- Quatrième question. — Del'instruction et de l'éducation.
- De l’enseignement en général ; de la morale humaine ; je l’instruction civique et économique ; laïcité, obligation et gratuité de l’instruction ; des écoles enfantines et des asiles. De l’instruction professionnelle et des écoles d'apprentissage ; des certificats d’apprentissage ; de la surveillance des contrats d’apprentissage. De l’enseignement secondaire et supérieur, etc.
- Cinquième question. — Représentation ” du prolétariat aux corps élus et questions d'intérêt général.
- Des moyens à employer pour fonder une véritable démocratie en France. Liberté de réunion. Liberté d’association qui implique la reconnaissance légale des chambres syndicales. Liberté de la presse. De la nécessité d’une presse ouvrière. Représentation aux corps élus ; rétribution des fonctions électives. Du service militaire ; de son égalité et de sa durée. Admission des groupes syndiqués à déposer dans les enquêtes officielles et législatives. Abolition du livret d’ouvrier.
- Bases d’un programme commun.
- La commission d’organisation invite toutes les associations ouvrières de France à vouloir bien ouvrir dans leur sein des souscriptions à l'effet de couvrir les frais qu’entraînera le congrès du Havre, et les prie de faire parvenir aussitôt que possible, au citoyen Vautier, trésorier général, 163, boulevard de Strasbourg, les fonds qu’elles auront rec ueillis dans ce but.
- Le rapport général de la commission d’organisation devant contenir un aperçu de la situation sociale et économique des ouvriers français, chaque association est instamment priée de vouloir bien remplir le tableau statistique qui leur est adressé et de le faire parvenir ensuite, avant le 15 octobre prochain, au rapporteur général, 163, boulevard de Strasbourg.
- Ce tableau devra indiquer, en substance, le nombre d’adhérents, le montant de la cotisation, le prix moyen de la journée (homme, femme, enfant) par chaque profession, le prix de loyer par catégories, les dépenses normales de chaque ménage, les chômages et frais de maladie, la durée des heures de travail par profession, le système de payements des salaires, etc.
- LES TRADES UNIONS ET LA COOPÉRATION
- Le 13* Congrès des Trades Unions a commencé ses opérations mardi 13 septembre dans ia salle des conforts 4 Dublin,
- O’est la première fois que les Trades Unionistes se réunissent en Irlande, Les travailleurs anglais ont voulu, par ce moyen, donner un gage de solidarité à leurs frères Irlandais.
- Cette intention se dégage de la réunion qui eut lieu ^ Londres, au mois de juillet, à l’effet de nommer les délégués au Congrès de Dublin. Les représentants de 20.000 travailleurs étaient présents. Entre autres motions qui furent faites, nous trouvons celle
- d’un plan de nationalisation du sol, question universelle, mais surtout nationale, et particulièrement Irlandaise, moins par le contingent de lumières qu’y apportent les Irlandais, que par la façon brutale dont elle est posée par les événements.
- Pour des causes diverses, l’Irlande est loin d’avoir marché du même pas que la Grande-Bretagne, dans la voie des conquêtes économiques et sociales.
- La coopération y est à peu près inconnue et les trades unions n’y comptent que fort peu d’adhérents Il y a donc lieu de féliciter les trades unionistes d’avoir choisi Dublin comme siège de leur Congrès ; car si d’une part les coopérateurs les plus distingués ont profité de cette occasion pour faire une active propagande de leur système, comme nous aurons peut-être l’occasion de le voir, d’autre part le résultat immédiat de la réunion du Congrès à Dublin, a été que sur 140 délégués présents, les Irlandais ont été représentés par 30 délégués. Or c’est ia première fois que ITrIande envoie des délégués au Congrès des trades unions.
- L’ordre du jour se composait des questions suivantes :
- La loi sur la responsabilité des patrons ; la réforme de la loi sur le jury, de façon à ce que les ouvriers fassent partie des jurés ; — l’augmentation du nombre des inspecteurs de fabriques ; —- la réforme de la loi sur les patentes ; l’abolition de la contrainte par corps ; — la coopération et ses relations avec le trades-unionisme ; — la représentation du travail dans le Parlement ; — l’apprentissage ; — les heures de travail supplémentaires (overtime) ; — la réforme des lois sur la propriété foncière (lancé-laws).
- Dans la première séance on insistasar la nécessité pour les ouvriers Irlandais de s’organiser dans le but d’envover au Parlement des représentants directs de leurs intérêts.
- Dans la séance du mercredi un grand nombre de résolutions furent prises. Le comité parlementaire notamment fut invité à prendre des mesures pour harmoniser la loi des pauvres* dans le royaume-uni et faire disparaître les différences qui existent entre la loi des pauvres dans le pays de Galles et la loi des pauvres en Angleterre. Cette loi mise en vigueur sous le règne d’fîlysabeth, consiste en un impôt payé par les classes riches pour le soutien dis classes pauvres.
- La codification des lois criminelles fut votée, ainsi que des mesures tendant à rendre plus faoiles les conditions requises pour arriver à la qualité de juré et à donner une indemnité plus considérable au juré.
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- Nous appellerons plus particulièrement l’attention de nos lecteurs sur une question dont nous les avons déjà entretenus dans le Devoir, en rendaut compte du Congrès des coopérateurs à Newcastle.
- Nous voulons parler des rapports du trades unionisme et de la coopération. Nous avons parlé à cette époque des démarches faites par les délégués des trades unions, auprès des coopérateurs pour attester les sympathies réciproques des deux partis.
- Nous avons exprimé l’espoir que les tendances à l'union, aboutiraient un jour à une action commune. Nous avons dit qu’il n'y avait pas là seulement un désideratum, mais une nécessité économique.
- Un nouveau pas vient d’être fait dans cette voie par les coopérateurs dont les aspirations se traduisent cette fois par des propositions pratiques.
- Le document suivant, soumis au bureau des Trades Unions par la députation du bureau central coopératif, en fait foi.
- Nous le publions dans son intégrité parce qu’il résume admirablement la situation respective des deux partis.
- Comme représentants de l’Union coopérative de la Grande-Bretagne, nous avons le plaisir de nous rencontrer avec vous aujourd’hui et de souhaiter que Dieu vous bénisse dans tous vos efforts pour améliorer le sort des classes ouvrières de ce pays.
- Nous croyons que le but de nos mouvements respectifs a trop d’identité pour que nous y marchions par des méthodes différentes. Aussi sommes-nous heureux de constater les progrès de notre entente depuis quelques années et l’évident désir de nos chefs, de part et d’autre, de vivre en termes d’amitiés ; de connaître de mieux en mieux les efforts réciproques ; enfin de s’assister les uns les autres par un mutuel échange des opinions les plus propres à tirer de nos associations respectives tous les avantages qu’elles comportent.
- C’est un fait bien connu que beaucoup de vos Trades-Unionistes sont au nombre de nos meilleurs et de nos plus utiles coopérateurs.
- Dautre part, quelques-uns de vos chefs proclament que les Trades-Unions ont été les grandes initiatrices de la coopération.
- Sans doute, votre association étant la plus ancienne a été la première à enseigner aux Anglais la puissance de l’Union. Elle nous a ainsi rendu le succès plus facile.
- C’est afin de recueillir tous les avantages possibles de l’Union ; c’est afin d’améliorer la position de vos membres par l’adoption de nos méthodes et de nos procédés, que nous désirons obtenir votre attention pour un moment.
- Pendant que vous vous efforciez d’améliorer le sort de vos membres, en leur assurant une augmentation de salaires, en prévenant ou en modifiant quelques-uns des abus des rapports actuels entre le travail et le capital; tandis que vous épargniez aux trades-unionnistes des grèves et des chômages pénibles et coûteux; que vous leur enseigniez les avantages d'un arbitrage pacifique entre les patrons et les ouvriers ; que vous leur portiez secours en temps de maladies ou d’accidents; qu’enfin vous
- leur appreniez à être, en général, économes en vu» de l’avenir ; — nous nous efforcions, de notre côté d’une façon non moins effective de montrer à cette même classe d’hommes comment ils peuvent amélio-rer leur position, en subvenant eux-mêmes à leur' besoins journaliers, par l’organisation de la consoim mation sur les bases les plus économiques, et en gardant ainsi, par un meilleur système de distribution, les profits qui, autrement, seraient allés eiirL chir à leurs dépens quelques intermédiaires.
- Les bienfaits que ce système a procurés à la classa ouvrière peuvent être évalués par le fait qu’il y ^ actuellement dans la Grande Bretagne environ 1J200 sociétés coopératives comprenant 5,600,000 membres un capital de 6,600,000 livres ; (la livre vaut 25 fr.) urj chiffre d’affaires annuel de plus de 21,000,000 de liv et, pour l’année 1878, la dernière dont nous ayons 1« compte-rendu officiel, un produit net de 1,877,943 liv.
- Le profit réalisé par les membres de 1861 à 1878 inclusivement, est d’environ 13,843,584 livres. Or nous pensons que la puissance d’union que vous possédez ne peut être mieux employée qu’à encouragea le développement de la coopération parmi vos membres, qu’à aider à la formation de sociétés dans les villes et endroits où les bienfaits de la coopération sont encore inconnus.
- En agissant ainsi, vous épargneriez une partie du salaire de vos membres qui, actuellement, est gaspillée sans profit pour ces derniers. Cette épargne provenant d’une distribution économique constituerait un fonds considérable, qui pourrait être employé à la réalisation de quelques-uns des plans qui tendent à faire de l’ouvrier son propre patron.
- Plans sur lesquels nous désirons attirer tout spécialement votre examen. .
- Les chiffres que nous avons cités sont relatifs à la distribution, mais nous devons ajouter qu’un grand travail reste à faire concernant plusieurs branches d'industries qui, pour peu que les coopérateurs en eussent la volonté, donneraient lieu à des établissements dans lesquels les ouvriers s’employant eux-mêmes économiseraient, à leurs profits, les gains qui vont aux mains des capitalistes ou des patrons. Ils découvriraient combien il est meilleur pour eux de travailler dans des ateliers qui seraient les leurs que de rester les instruments salariés du Capital.
- Quantité d’autres bienfaits résulteraient de l’élévation graduelle des classes laborieuses à la direction des sources de la richesse. Le sort des travailleurs et de leurs familles serait amélioré; les habitations seraient plus économiques et plus hygiéniques; les ouvriers auraient plus de loisirs pour leur culture intellectuelle; le pays tout entier, enfin, bénéficierait de ce fait que les travailleurs, qui sont sa principale, sa plus grande force, auraient acquis la position à laquelle équitablement ils ont droit.
- Une large part des fonds nécessités pour ce dessein, pourraient, je pense, être obtenus de la coopération distributive ; mais peut-être les fonds levés par vos Trades - Sociétés seraient-ils avantageusement et avec sécurité utilisés dans ce même but, sans que cela les écartât en rien de l’objet spécial en vue duquel ils ont été rassemblés.
- Nous savons que la nature de votre Union exige que le Capital ne soit pas immobilisé; il faut .que vous en puissiez toujours disposer, aussitôt que se présente un des besoins quelconques auquel vous devez répondre.
- Cependant, il nous semble possible de fixer un plan par lequel une portion au moins de vos fonds
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- pourraient être employés dans le but que nous venons d’indiquer, et cela pour la plus grande satisfaction et le plus grand avantage de tous, en cas de succès.
- La coopération productive, même quand elle est conduite sans les avantages qui résulteraient d’une entente avec vos Sociétés, n’est pas sans offrir des exemples de prospérité.
- On peut citer des cas où les travailleurs devenus leurs propres patrons se sont répartis les profits résultant de leurs efforts.
- En maintes occasions, de vastes entreprises dirigées pratiquement par des travailleurs ont tenu tète aux plus habiles concurrences ; et bien que dans ces derniers cas les profits soient revenus non au travail mais au Capital, nous ne voyons pas pour quelle raison, si les travailleurs ont la capacité de bien diriger les choses au profit des capitalistes, ils ne les dirigeraient pas tout aussi bien à l’avantage même des travailleurs.
- ’Nous demandons aux Trades Unions de considérer sérieusement si elles peuvent donner une assistance matérielle à ce grand progrès pour l’émancipation du travail.
- Notre secrétaire général a esquissé un plan de fondations de Sociétés productives en connexion avec les Trades Unions et pour leur mutuel avantage. Ce plan est annexé à la présente déclaration et nous le soumettons à votre examen le plus attentif.
- Sans doute, le plan peut comporter des modifications en rapport avec les circonstances, cependant il offre, en somme, suivant nous, tous les éléments de sécurité et d’utilité.
- Mais en dehors de ce plan de coopération productive qui s’adopte surtout aux cas où l’on peut disposer de sommes considérables , nous croyons qu’il y a nombre d’industries affiliées à vos Unions, ou représentées à votre Congrès, lesquelles nécessitent peu de capital, et qui pourraient être lancées par une simple et petite cotisation individuelle. De cette manière, la coopération productive se développerait sans faire d’appel urgent au Capital des Sociétés. Si le capital avait à intervenir, ce ne serait que pour de petites avances remboursables à courtes échéances.
- Mais le principe serait mis à l’épreuve, et si le succès couronnait l’œuvre, nul doute que l’on sait entraîné à chercher de plus grands succès encore dans de nouvelles et plus larges entreprises.
- Il deviendrait alors évident qu’il est meilleur d’intéresser à une action commune le travail et le Capital que de les tenir dans un état d’antagonisme qui durera aussi longtemps que les intérêts de ces deux éléments de la production ne seront pas identiques.
- Il est impossible, dans un discours comme celui-ci, de bien développer un plan sur un sujet aussi vaste.
- Nous espérons cependant qu’il eu aura été dit assez pour attirer votre sérieuse attention sur un projet qui en est digne à tous égards et qui, nous en sommes persuadés, vous paiera largement de toutes vos peines.
- Que la coopération bien dirigée et bien comprise soit un puissant auxiliaire de votre action, c’est ce dont nous sommes certains. Mais outre que la coopération productive vous apportera, autant que cela sera nécessaire, le secours le plus efficace, elle vous indiquera les moyens par lesquels vous pouvez mettre nn à la présente lutte entre le Capital et le Travail, en créant entre eux des rapports qui les feront se consi-
- dérer l’un l’autre comme des facteurs indispensables au développement- du bien-être du genre humain.
- Projet de fondation de Sociétés coopérativesde production en connexion avec les Trades-Unions.
- 1° Le congrès des Trades-Unions recommande aux Unions représentées d’employer une partie de leurs capitaux accumulés à des industries productives;
- 2° Les fonds sont employés à faire des avances aux Sociétés industrielles et de prévoyance,enregistrées, formées par des membres des Unions et comprenant des hommes de bon caractère et d’une habileté reconnue pour diriger l’industrie pratiquée par ladSo-ciété, soit isolément soit avec d’autres industries en connexion avec la première ;
- 3° Un nombre minimun de membres et une certaine somme de capital sont fournis dans tous les cas par les membres de ces Sociétés, avant qu’aucune avance soit faite par l’Union ;
- 4° Les avances sont remboursables à date Axée avec intérêt à 5 0/0 et hypothèques .-ont prises-sur les propriétés qui ont reçu les avances ;
- 5° Les Trades-Unions ont un contrôle sur la direction de toute Société qui-n’a pas remboursé l’avance faite pour sa formation ;
- 6° Toutes les Sociétés à qui secours a été prêté de quelque manière que ce soit, adoptent des règles qui établissent :
- 1° Les intérêts du capital à un taux convenu ;
- 2° L’accumulation du profit net pour augmenter le capital des opérations ;
- 3° L’application du bénéfice au profit des travailleurs par l’une ou l’autre des voies suivantes :
- A — Formation de fonds de prévoyance pour des objets convenus ;
- B. — Assurance de l’éducation ou de l’instruction soit générale, soit spéciale ;
- C. — Division de parts d’intérêts entre les membres ;
- D. — Primes au talent où à la capacité ;
- E. Emplois divers que les réglements déterminent.
- 7° L'acquisition du sol ou la construction de logements en connexion avec toute Société est un but auquel les fonds sont applicables,
- (A Suivre.) J. Pascaly.
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- LE DEVOIR
- NOUVELLES DIVERSES
- FRANCE
- Cfaisqpi.Ilag'e et pauvreté.- A la Société d’économie politique, M. Marchai a fait une communication sur le renchérissement de la vie.
- ( Au nombre des passages curieux de sa communication npus avons remarqué celui -ci :
- « La quantité d’étoffe nécessaire à l’habillement d’une femme du grand monde est quelque chose de prodigieux.
- « J’avais lu un jour dans un journal humoristique que pour habiller une femme du grand monde il fallait autant d’étoffe que pour couvrir la colonne Vendôme. J’ai cru à une exagération, j’ai voulu en avoir le cœur net. J’ai pris les dimensions du monument (je ne parle ici que du fût, non compris le piédestal et la corniche, car il ne faut rien exagérer) et j’ai trouvé que le calcul était parfaitement exact. »
- Personne, dans la discussion qui a suivi la communication de M. Marchai n’a contesté cette affirmation, quelque imprévue qu’elle ait été. Il est même probable que personne, dans le sein de la Société des économistes, ne se sera demandé si un tel gaspillage est louable, alors que tant de femmes — et souvent les ouvrières mêmes qui font les étoffes—n’ont pas de quoi se vêtir.
- * ¥
- L’eofanee a.t>aodonnée. — Encore un orphelin dont le père et la mère vivent.
- j-i3 petit Georges Gille a été trouvé dans la rue, sans feu ni lieu, vagabond ant.
- Il y a quelques années, il habitait Bieneau, dans l’Yonne, où il est né.
- Son pèreM. Gille, tailleur, buvait ou jouait le produit de son travail. Sa mère était le désordre même. Un jour, ils disparurent tous deux, abandonnant leur fils. Et voilà le pauvre bambin à la merci de la charité publique.
- Hier, on l’amenait devant les juges de la 11e chambre du tribunal de Paris. Un chef d’institution qui assistait à l’audience s’est senti ému de pitié, Les réponses de l’abandonné aux interrogations révèlent une assez vive intelligence. Son protecteur improvisé ne demande, pour le recueillir définitivement, que quelques renseignements sur ie passé de Georges. Une enquête commence aujourd’hui, et mercredi prochain i’enfant connaîtra son sort.
- * *
- La t»axi<irae <1© TTraaee. — On a beaucoup remarqué un article dans lequel la République française vient d’affirmer que la Banque de France est un barrage à renverser et que le jour est venu de fonder un édifice solide ayant un caractère définitif ?
- Get édifice consisterait en un vaste réseau de banques régionales agricoles qui, éparpillées sur tout le territoire, jouiraient toutes néanmoins du droit d’émettre des billets de banque contre dépôt préalable dans les caisses du Trésor de 3 0/0 amortissable,
- Ou sait quelles haute» influences président à la rédac-tion de la République française. Get article a donc une grande portée,
- ITALIE
- Dépenses militaires!, — Le lancement de Vlialia, dans les eaux de Gastellamare, a eu lieu le 29. Le roi et la reine y ont assisté. Les quatre garde-côte le Duilio, le Dandolo, Yltalia et le Lepento ont coûté la bagatelle d’une centaine de millions et il paraît que l’on est pas d’accord, dans le monde compétent, sur futilité pratique de ces énormes machines de guerre. Ah !
- ALLEMAGNE
- La mendicité à, Berlin. — En 1876, le nombre des mendiants arrêtés dans la capital de la Prusse était de 8,738 ; en 1877 il s’élevait 22,442, et depuis lors il a été en 1878 de 23,209, en 1879 de 26,048. Sur ce nombre il y a une quantité considérable de mendiants de profession.
- La police a organisé des patrouilles spéciales dites patrouilles des mendiants pour les parties de la ville où ceux-ci se trouvent en masses.
- Ces chiffres n’en disent que trop sur l’état de misère sociale de la capitale allemande.
- Tandis que la misère grandit ainsi en Allemagne une somme de 40 millions de thalers en espèces monnayées (150 millions de francs) dort inactive dans la Tour de Julius de la citadelle de Spandau, comme trésor de guerre.
- ÉTATS-UNIS
- TJ ne femme avocat. — Les journaux de Californie rapportent que Mme Gordon, la première femme-avocat qui ait jamais parlé devant un jury à San-Fran-cisco vient de défendre un homme accusé de meurtre. Mme Gondon était vêtue de noir ; elle avait pour seul ornement une rose à son corsage.
- Son entrée a causé dans l’auditoire un mouvement général d’émotion que Mme Gordou a feint de ne pas remarquer. Pendant sa plaidoirie, des applaudissements ont plusieurs fois éclaté, malgré les réprimandes sévères des juges.Enfin le jury a rendu un verdict de non-culpabilité, ce qui a donné lieu à une nouvelle explosion d'enthousiasme. On dit que Mme Gordon est jeune et jolie, en même temps qu’éloquente, et qu’elle a littéralement séduit le jury.
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- Croissance iwonïe <1© 1 ’ém 1 gration. —
- 25,300 immigrants sont arrivés à New-York pendant le moié d’août. C’est 4,000 de plus qu’il n’en est jamais débarqué à New-York pendant le même mois depuis un quart de siècle.
- L’élément allemand aux Etats-Unis
- Sous ce titre, un écrivain allemand, Gustave Korner, établi depuis 1833 dans l’Etat l’Illinois, vient de faire paraître un ouvrage appelé à compléter le volume publié par Frédéric Rapp, les Allemands dans l'Etat de New-York qui va jusqu’au commencement du siècle.
- On y trouve, clairement expliquées, les tendances de l’élément germanique et son influence sur ses proches parents, les Anglo-Saxons. Si la seconde moitié du siècle dont s’occupe surtout M. Korner n’a pas l’éclat de celle de 1830 à 1848, qui vit tant de fugitifs traverser l’Océan, par suite de causes politiques, elle a, d’autre part, bien plus d’importance, Voici au reste ce que donnent les chiffres qui sont, ici, pius éloquents que tout le reste :
- De 1820 à 1848, la nombre des individus de race germanique (Allemands, Autrichiens, Suisses allemands) ayant débarqué en Amérique, a été de 528,000. De 1848 k 1878. il s’est élevé à 2,178,000. Aujourd’hui, au reste, on connaît les raisons qui produisent cette invasion considérable des Allemands et qui arrivent à constituer une véritable co-régence de leur part. En somme, les Allemands n’ont jamais été de simples défricheurs ; vivant haut, ils sont aujourd’hui, plus que jamais, une partie vivante, intégrante, du peuple américain, et comme cette priss de possession des Etats-Unis par l’élément germanique, n’est pas une des questions les moins importantes de la politique moderne, l’ouvrage de M. Korner intéresse tous ceux qu’inquiète le problème de la concurrence vitale.
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- LE DROIT DES FEMMES
- Un de nos correspondants des Etats-Unis nous envoie la communication suivante :
- Un des faits actuels les plus importants que j’aie à vous signaler est celui-ci :
- Le nouveau code du Mississipi qui entrera en exécution le 1er novembre 1880, coupe par la racine toutes les anciennes incapacités des femmes mariées ; celles-ci jouissent maintenant, sous tous les rapports, d’une liberté qui les rend égales à leurs maris. C’est la législation la plus radicale qu’on ait encore vue sur ce sujet.
- « Section 1,167. — La loi commune, quant à l’in-« capacité des femmes mariées et aux effets de cette a incapacité sur les droits de propriété de l’épouse, a est totalement abrogée. Le mariage n’entraînera « aucune incapacité de la part de la femme, quant à « la possession, à l’acquisition, à la disposition de « propriétés d’aucune sorte, ni quant à sa capacité « de faire tout contrat et tout acte ayant rapport à « ce qui lui appartient exactement comme si elle u n’était pas mariée.
- « Toute femme actuellement mariée et toutes u celles qui se marieront dorénavant auront la même « capacité que si elles n’étaient pas mariées, pour « acquérir, tenir, diriger, contrôler, toute propriété « réelle et personnelle dont elles sont en possession « ou qu’elles ont en expectative; elles en peuvent « faire usage, jouir et disposer; faire tous contrats « s’y rapportant, s’engager elles-mêmes personnelle-« ment, poursuivre en justice et être poursuivies, « avec tous les droits et toutes les obligations qui « en découlent.
- « Section 1,168, — Le mari et la femme peuvent « se poursuivre l’un l’autre en justice.
- « Section 1,169. — Une femme mariée peut dis-« poser de sa fortune, réelle et personnelle, par der-« nière volonté et testament, de la même manière « que si elle n’était pas mariée.
- « Section 1,170. — Le douaire et la courtesy, u tels qu’on les comprenait autrefois, sont abolis. »
- D’autras sections conforment les lois générales à ces changements radicaux, Le mari et la femme hé* ritent l’un et l’autre de toute leur propriété respective, s’il n'y a pas d’enfants;
- S’il y a des enfants ou des descendants d’enfants, ils héritent l’un et l’autre de la part d’un enfant. Les époux, même dans le cas de dissentiment entre eux, ne peuvent réciproquement s’empêcher de prendre cette part d’héritage que la loi leur donne, quand il y a des enfants.
- Dans le cas où il n’y a pas d’enfants et où les époux sont en dissentiment, le dissident ne peut prendre que la moitié de la fortuite de son conjoint, et cela dans le cas où il n’a pas lui-même de bien propre s’élevant à la somme qui lui revient.
- S’il possède une fortune particulière inférieure à ce qui lui reviendrait dans la part de son conjoint, il ? n’est prélevé sur la succession de celui-ci que ce { qui est nécessaire pour parfaire ladite moitié.
- { Cette législation attirera certainement l’attention f des autres Etats.
- ;j -------$—*-—I----
- I DISCOURS DE M. LOUIS BLANC
- M. Louis Blanc a prononcé au banquet anniversaire du 21 septembre, un discours dont le texte nous est parvenu trop tard pour figurer dans notre dernier numéro.
- Voici un passage de ce discours qui répond aux attaques injustes dirigées par un journal républicain contre le prolétariat de 1848.
- « A en croire ces attaques, s’écria M. Louis Blanc, le peuple de Février aurait demandé avec fureur la spoliation, le partage des biens, et je ne sais quelle chimérique organisation de l’humanité . Rien ne montre mieux que des assertions de ce genre jusqu’à quel point certains hommes de la génération présente ignorent l’histoire d’une époque de laquelle nous ont séparés —disons-le pour leur excuse — les quelque vingt ans de ce régime napoléonien qui fut celui du silence et de la nuit.
- Qu’ils sachent donc, ceux qui ont besoin de l'apprendre, qu’ils sachent que le peuple de Février fut admirable de modération et de générosité, que pas un cri de vengence n’attrista son triomphe ; que pas une voix n’évoqua le souvenir des massacres de la rue Transnonain ; que les vaincus du lendemain eurent pour protecteurs les martyrs de la veille ; que les trésors des Tuileries arrivèrent intacts dans le garde-meuble, escortés par des hommes en hall -Ions.
- Que les hôtels des riches furent gardés par des hommes qui manquaient de pain ; qu’au plus fort d’une crise aggravée par les complots des royalistes opulents, lesquels, pour embarrasser la marche de la République, s’étaient mis à diminuer systématiquement leurs dépenses, on vit les pauvres ouvriers porter à l’Hôtel-de-Vilie une partie de leur salaire, et des femmes du peuple offrir à la France en détresse leurs bagues, leurs boucles d’oreilies, leurs cadeaux de noces — offrandes modestes, mais qui furent assez nombreuses pour nécessiter une formation d’une commission spécialement chargée de les recevoir, sous la présidence de Béranger et Lamennais.
- Voilà pour la fureur spoliatrice du prolétariat de 1848.
- Pour ce qui est de son socialisme, il fut d’un caractère très élevé sans doute, mais en môme temps très pratique . De toutes les réformes dont on demande aujourd’hui l’adoption immédiate : « éducation nationale, cours professionnels, réduction de la journée de travail à dix heures, suppression gra-
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- LE DEVOIR
- duelle des impôts qui pèsent sur la consommation populaire, plénitude du droit d'association, admission des sociétés coopératives aux adjudications nationales, sécurité et repos au déclin de la vie pour l’ouvrier dont le labeur a ruiné les forces », de toutes ces réformes, dis-je, pas une qui n’ait été, en 1848, débattue et réclamée par les délégués des coopérations ouvrières, réunis au Luxembourg.
- Ils eurent, j’en conviens, un plus vaste idéal ; ne se bornant à ce qui était possible dans le présent, ils ne détournèrent pas leurs regards de l’avenir ; ils crurent d’une foi profonde que les efforts de chaque travailleur devaient avoir pour but principal l’affranchissement de la classe des travailleurs tout entière; ils virent dans chaque association non pas seulement un moyen d’assurer ou d’augmenter le bien-être des associés, mais surtout un moyen de préparer, par la solidarité à établir entre les associations diverses, de faire abstraction de l’intérêt personnel, ils lui demandèrent de se fortifier en prenant son point d’appui dans l’intérêt commun, et précisément parce qu’ils reconnaissaient ce qu’il y a de puissance créatrice et de ressort dans l’initiative individuelle, ils pensèrent à armer cette initiative p«r l’union des force , de tout ce qui est indispensable à son action. Quel ami du peupleqpourrait ne pas être touché de la noblesse de pareilles tendances ? Quel esprit claivoyant pourrait en méconnaître la portée ?
- Oh ! je sais qu’elle n’a pas porté tous ses fruits, cette révolution de Février qui, dans les trois mois que dura le gouvernement provisoire, institua le suffrage universel, décréta l'abolition de l’esclavage aux colonies, décréta l’abolition de la peine de mort en matière politique, raya du code maritime les peines corporelles, posa le principe de la révocation des magistrats, brisa les entraves qui chargeaient le droit de réunion et la liberté de la presse, inaugura le mouvement des associations ouvrières, et donna une tribune au prolétariat. Depuis nous avons eu l’empire, et l’empire n’est pas mort tout entier. Ses plus détestables lois lui ont survécu : elles sont là.
- L’échafaud politique a été relevé. L’école n’a pas été enlevée à la superstition. En 1848, le prête affectait de bénir les arbres de liberté; ilavaitpeur;aujour-d hui le gouvernement a peur de lui. Les juges continuent d’être inamovibles. La liberté de le presse n’existe qué par tolérance.
- Le droit de réunion a été de nouveau réglementé. On peut prévoir que le droit d’association le sera. Enfin, la grande question sociale est encore à résoudre.
- Tout cela n’est, hélas ! que trop vrai ; mais ce qui l’est aussi, c’est que le chemin parcouru par la révolution de Février, n’est pas entièrement perdu ; et l’établissement de la forme républicaine, l’abolition de l’esclavage, l’institution du suffrage universel, le développement du socialisme, sont des conquêtes qui méritent une place d’honneur dans nos souvenirs, puisque nous en jouissons sans avoir à craindre qu’elles nous soient jamais arrachées.
- CE QUE FIRENT LES PETITS SOULIERS
- Un homme jeune encore, qui avait été racheté du vice de l’ivrognerie était prié de donner l’explication de sa transformation. 11 se leva, mais resta un moment tout confus. Au bout de quelques secon-
- des, tout ce qu’il put murmurer fut : « Ce sont les 'petits souliers qui en furent cause. » D’une voix aussi étranglée que s’il eut eu le cœur dans la gorge, il ne pouvait que répéter cette même phrase.
- La perplexité se lisait dans ses traits et bientôt quelques auditeurs jeunes et irréfléchis se mirent à rire. L’homme, malgré son embarras, perçut ces rires et l’esprit lui revînt. Un éclair brilla dans ses yeux, il se redressa et d’une voix vibrante d’émotion :
- Oui mes amis, dit-il, quoique vous en puissiez penser, j’ai dit vrai, ce sont les petits souliers qui en furent cause. J’étais une brute et un fou. L’ivrognerie avait fait de moi l’un et l’autre, et me laissait mourant de faim par dessus le marché.
- Je souffrais, je souffrais comme un désespéré, hélas ! je ne souffrais pas seul, car j’avais avec moi une femme et un enfant, et ma femme supportait la plus forte part de douleurs.
- Mais je ne suis pas un orateur pour vous dire ces choses comme il faudrait. Je viens donc aux petits souliers.
- Une nuit dans le salon du « Public house », je vis brusquement l’enfant du propriétaire tenant à la main ses petits souliers neufs qu’il avait ôtés pour les montrer à son. père.
- C’est une chose bien simple, rien pourtant, mes amis, ne m’as jamais porté un tel coup que ces petits souliers neufs. Ma raison se réveilla. Comment pouvais-je contribuer à vêtir les autres avec tant de luxe et laisser nu mon pauvre petit enfant. Là bas mon épouse et mon enfant étaient épuisés de froid et de faim, et nous étions à la veille de Noël !
- Je sortis du « Public house » et courut me saisir de mon enfant. Mères ! Mères ! Si les petits souliers m’avaient remué, jugez ce que furent pour moi la vue des pieds glacés de mon petit. Je les tenais froids comme glace sur mon cœur ; ils semblaient me traverser le corps. Oui, ces petits pieds me brisèrent le cœur et en firent sortir l’égoïsme.
- J’avais quelque argent de reste, j’achetai un morceau de pain et une paire de souliers. De tout le jour suivant, je ne pus manger un morceau et me rendis au travail le lundi matin. Depuis cette époque je n’ai pas perdu un seul moment au « Public house » voilà tout ce que je puis dire. «Ce sont les petits souliers qui en furent cause. »
- Où trouver un meilleur discours sur la tempérance ?
- « Phrenological journal. »
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- Lss -Tourfliiax de Paris.
- Voici la moyenne du tirage quotidien de tous les journaux de Paris pendant le mois de juillet demie*' •
- Tirage des journaux républicains
- Petit Journal.......................... 583.820
- La Petite République ( y compris les
- suppléments)........................ 196.372
- La Lanterne......................... 150.531
- L'Intransigeant..................... 71.601
- La Paix.................................. 52.949
- Le Petit National .•..................... 46.837
- La France................................ 43.752
- Le Petit Parisien........................ 39.419
- Le Rappel................................ 33.535
- La Marseillaise.......................... 28.818
- Le Nouveau Journal.................. 21.38k
- Le Temps................................. 22.764
- La Liberté............................... 17.921
- Le Mot d’Ordre................=. 16.316
- Le Siècle............................... 15.082
- Le XIX* Siècle...................' . 44.881
- Le National.............................. 44.543
- L'Evénement.............................. lk.285
- Le Réveil Social......................... 13.316
- La Justice............................... 42.847
- La Vérité................................ 12.263
- Le Voltaire.............................. 11.506
- La République Française.................. 46.434
- Le Citoyen............................... 10.351
- Le Petit Républicain...................... 9.890
- Le Télégraphe............................. 8.464
- Les Débats................................ 6.935
- Le Journal a un sou....................... 5.643
- Le Prolétaire............................. 5.606
- Le Globe.................................. 4.625
- Le Soir................................... 4.556
- Le Droit . 3.444
- La Presse................................. 2.018
- Le Courrier du Soir....................... 4.949
- Total.......1.51k. 321
- Tirage des Journaux Monarchiques
- Le Petit Moniteur...................... 466.476
- Le Figaro {y compris les suppléments) 10k.92k
- Le Soleil.......................... 45.190
- Le Petit Caporal................... 25.651
- La Petite Presse................... 22.629
- Le Gaulois.............................. 14.854
- La France Nouvelle ...... 14.554
- Le Moniteur universel................... 13.872
- L'Univers.........................• 10.367
- Le Peuple français....................... 9.463
- L'Estafette.............................. 8,846
- Le Pays................................. 6.715
- La Patrie....................... . 6.434
- Le Monde..................................6.130
- Paris Journal............................ 6.051
- La Gazette de France..................... 5.864
- En Avant................................ 4.948
- Le Français.............................. 4.718
- L'Union.................................. 4.592
- La Défense . 4.288
- La Civilisation.......................... 3.735
- L'Ordre.................................. 3.453
- La Gazette des Tribunaux .... 2.918
- Le Constitutionnel...........* 2.135
- Total.........434,767
- Publications qu'il est impossible de classer puis-3’uelles sontreniéespar les journaux de toutes opinions:
- Le GU Blas................................. 28-257
- Le Grand Journal........................... 10.236
- Ainsi donc, les journaux réactionnaires réunis ne donnent qu’un tirage total de 131,707 exempiares, tandis que la presse républicaine arrive au chiffre for-
- midable de 1,514,3S1, - soit une différence de UN MILLION quatre-vingt-deux mille six cent quatorze exemplaires.
- LE NOUVEAU RÈGLEMENT SCOLAIRE DES ÉCOLES PRIMAIRES
- M. le Ministre de l’instruction publique et des beaux-arts vient d’adresser aux préfets une circulaire dont voici les passages principaux :
- Les parties nouvelles du nouveau règlement ont j pour objet de remettre plus vivement en lumière quelques principes qui,assurément,ne sont nouveaux ni en législation ni en pédagogie,mais qui semblaient s’être presque effacés dans certains règlements postérieurs à 1870.
- Le premier de ces principes est celui de la liberté de conscience, que le règlement de 1880 rétablit dans son intégrité, aussi bien pour les maîtres que pour les élèves.
- En ce qui concerne les maîtres, le règlement-modèle de 1851 leur imposait des pratiques religieuses qui devenaient pour ain i dire partie intégrante de leurs obligations professionnelles : « Le maître doit instruire par ses exemples comme par ses leçons ; il ne se bornera pas à recommander et à faire accomplir les devoirs que la religion prescrit, il ne manquera pas de les accomplir lui-même » (art. 2). « Ij conduira les enfants aux offices les dimanches et fêtes » (art. 22) ; « il les portera au recueillement par son exemple » (art. 24, etc.).
- Sans doute plusieurs conseils avaient déjà supprimé quelques-uns de ces articles ou en avaient restreint la portée. Mais dans un grand nombre de départements, au contraire, le règlement les avait précisés et aggravés en chargeant l’instituteur de soins tout à fait étrangers à l’enseignement (1).
- Le conseil supérieur de l'instruction publique n’a pas hésité à supprimer tout cet ensemble de prescriptions. Si elles ont trait simplement à la morale, si elles visent la conduite de l’instituteur, elles sont
- (1) Eure-et-Loir. — Art. 24. Dans une classe supplémentaire, l’instituteur apprendra à répondre la messe aux élèves qui auront été choisis par M. le curé pour être enfants de chœur. Il exercera aussi ces enfants à lire t'épitre et il leur enseignera le chant d’église. (23 juillet 1852).
- Ariège. — Arl. 26. L’instituteur devra exiger que les élèves de la 4e et de la 3e division apportent un paroissien. (23 mars 1851.j
- Cantal — Art,3. Il Se concertera avec le curé sur les temps opportuns et sur les moyens à prentre pour disposer convenablement ses élèves à la réception des sacrements. (22 novembre 1875).
- Gers. - Art. 28. U a soin de conduire les élèves assez âgés à l’église pour se confesser : il prend pour cela le jour et l’heure que le curé lui assigne. (12 mai 1852),
- Vendée. Art, 24. 11 tiendra à ce que chacun de ceux qui savent lire ait un livre de prières. (18 août 1853.)
- Lozère.—Art. 16. Il donne à ses éleves des leçons de plain-chant et il les prépare à se rendre utiles dans les cérémonies religieuses.
- Pas-de-Calais. — Arl. 22. Les enfants qui savent lire doivent avoir en main un livre d’oftices, et les autres autant que possible un chapelet (16 juillet 183L)
- Hauta-Saône. — Art. 24. L’instituteur conduira lo3 enfants aux offices les dimanches et têtes et le jeudi matin à la messe. Dans les paroisses où la messe quotidienne se dit avant huit heures, les instituteurs devront, à moins d’impossibilité, conduire tous les jours les enfants à la messe. (12 décembre 1856.)
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- LE DEYOIR
- superflues : ce n’est pas le règlement des écoles qui 1 peut donner à l’instituteur les vertus de son état. Si elles prétendent signifier au contraire que l’instituteur est astreint à certaines démonstrations de piété officielle et à certains actes de dévotion réglementaire, -elles le mettent en dehors du droit commun, elles lui retirent même ce qui fait la dignité de toute manifestation religieuse, c’est-à-dire la spontanéité et la sincérité. Comme tous ses concitoyens, l’insti-titeur est libre d’observer comme il lui convient les pratiques de son culte, mais à aucun prix il ne doit être soupçonné de les accomplir par ordre, c'est-à-dire par peur ou par intérêt.
- Nul ne lui défend de conduire volontairement à l’église les élèves qui lui sont volontairement confiés par leurs familles, mais nul n’a le droit de l’y astreindre en tant qu’instituteur. Il ne doit compte à personne de ses convictions et de ses pratiques,et, quand tous les Français jouissent des bienfaits de la liberté de conscience, l’instituteur n’en saurait être exclu, seul, par sa profession même.
- Quant aux élèves, le règlement nouveau reprend sans modification ni commentaire cet article fondamental de la grande loi de 1833, que le législateur de 1850 n’a pu ni voulu abroger : « Le vœu des pères de famille sera toujours consulté et suivi en ce qui concerne la participation de leurs enfants à Fmstruction religieuse. » — Adnsi se trouve désavoué parie conseil supérieur le sophisme qui consistait à interpréter ces mots du règlement : « L’instruction primaire comprend nécessairement l’instruction morale et religieuse » dans le sens que tout enfant devrait nécessairement recevoir dans l’école l’instruction religieuse sous peine d’exclusion.
- La vérité est que, sous le régime de la loi de 1850, l’école publique est tenue d’offrir l’instruction religieuse à ses élèves, mais non pas de la leur imposer. On ne saurait attribuer à un simple règlement universitaire le pouvoir de suspendre une des applications les plus évidentes du principe constitutionnel de la liberté de conscience, en obligeant les pères de famille à laisser donner à leurs enfants une instruction religieuse contraire à leurs convictions. Le nouveau règlement met un terme à ce grave abus.
- Un autre principe que le règlement-modèle consacre avec une remarquable insistance, c’est l’indépendance de l’école, c’est son caractère en quelque sorte inviolable et inaltérable.
- Les articles 4-7, 15-17 (2) interdisent toute intra-
- (2) Art. 4. La garde de la classe est commise à l’instituteur : il ne permettra pas qu’on la fasse servir à’aucun usage étranger à sa desti- i nation, sans une autorisation spéciale du préfet ]
- Art. 5. Pendantda durée de la classe, l’instituteur ne pourra, sous !
- sion de personnes étrangères, toute action d’influences non scolaires, tout empiètement sur le temps du maître ou des élèves, toute occupation abusive des locaux destinés au seul office de l’enseignement.
- L’école n’est et ne doit être ni une chapelle, ni une tribune, ni un théâtre ; il faut que l’école soit l’école et rien de plus.
- La situation même de beaucoup de nos instituteurs exige que l’administration les défende contre la tentation de se laisser détourner de leurs fonctions essentielles. S’ils sont autorisés à y ajouter les emplois accessoires de secrétaire de mairie, de chantre, d’arpenteur, etc., c’est à la condition de ne rien retrancher par là ni au temps qu’ils doivent à la classe et à la préparation de la classe, ni surtout à l’indépendance stricte qu’ils ont à conserver vis-à-vis de tous. L’instituteur qui devient l’homme d’une coterie, l’obligé des particuliers, l’agent docile ou le trop intime confident des autorités locales, perd bien vite aux yeux de la population son vrai caractère et une partie de son autorité morale.
- Enseignement professioanel des filles à Lyou
- Une école dans le genre de l’école La Martinière, de Lyon, à été créée dans cette ville en faveur des filles.
- Cet établissement est destiné à former des sujets pour le commerce ; on leur enseigne la comptabilité, la correspondance commerciale, un peu de législation commerciale, le calcul mental et l’anglais.
- Une deuxièms section est destinée au dessin de la fabrique lyonnaise, et enfin, une troisième section apprend la robe et la lingerie; on donne aux jeunes filles des leçons u’ajustage et de coupe des vêtements de femmes et d’enfants.
- Toutes reçoivent le matin un enseignement général comprenant la grammaire, le dessin, le calcul, un peu de géographie , quelques leçons leur sont données sur la physique, la chimie et l'hygiène domestique.
- Travaux da CrotliardL
- D’après les Basler NachricMen, la ligne du Gothard occupe en ce moment dix-sept mille ouvriers, dont ciuq mille au grand tunnel. Ces derniers doivent déposer le 3 0/p de ieur salaire dans une caisse de secours organisée spécialement pour eux ; mais cette légère contribution n’a pas suffi j.usqu’iei, comme on peut le penser, à faire face à toutes les dépenses ; elle a cependant fourni pour les secours en cas d’accident ou de maladie en tout 843,000 fr.: de leur côté, les entrepreneurs du tunnel y ont ajouté francs 114,000, en sorte que, jusqu’à présent, il a été déposé près d’un million pour les ouvriers du tunnel malades ou victimes d’accidents, ou en faveur de leurs familles.
- aucun prétexte, être distrait de ses fonctions professionnelles,ai s’occuper d’un travail étranger à ses devoirs scolaires.
- Art. 6. Les enfants ne pourront, sous aucun prétexte, être détournés de leurs études pendant la durée des classes.
- Art 7, L’entrée de l’école est formellement interdite à toute personne autre que celles qui sont proposées.
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- LE DEVOIR
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- IMPRESSIONS DE LECTURE
- Sainte-Beuve. — Mme Desbordes-Valmore.
- II
- Sans épouser aucune haine. de classe ou de parti, Mme Valmore avait l’âme populaire; elle se mettait toujours du côté des souffrants et des opprimés. Elle applaudit à la Révolution de 1830 et aussi à la Révolution du 24 février. Au lendemain de celle-ci, ell 3 écrit à son frère :
- «,L’orage était trop sublime pour avoir peur; nous ne pensions plus à nous, haletants devant ce peuple qui se faisait tuer pour nous. Ce peuple m’aurait tuée en se trompant que je lui aurais dit : Je vous bénis. »
- Mais le contre-coup de la Révolution ne tarda pas à se faire sentir : arrêt de tous les travaux, déficit et pénurie partout. Peu de mois après l’élan d’enthousiasme, elle écrivait à une amie :
- s La triste réalité est que je suis sans aucun argent, que l’on m’envoie à l’beure même une contrainte pour mes impositions.,. Gomment faire? Pas une porte où je puisse aller frapper; les évènements semblent avoir écrit sur toutes : Détresse. »
- Mme Valmore avait à Rouen une sœur mariée et mère de famille. A ce ménage rien non plus n’avait réussi, quoi qu’il n’y eût point, paraît-il, de la faute du mari ni de la femme. A son beau-frère, elle écrivait (24 décembre 1849) :
- « Mon bon Richard, si votre amitié n’est pas sans inquiétude sur nous et notre silence, je suis tout à fait de môme pour tout ce qui vous concerne, et, quoique je ne sache de quel côté donner de la tète, je prends sur la nuit pour vous écrire, — la nuit de Noël, mon cher Richard, qui changerait les destinées de ce triste monde et la vôtre, si le Sauveur écoulait son pauvre grillon humblement à genoux dans la cheminée... où il y a bien peu de feu, sinon celui de mon âme très fervente, très en peine...
- « Je vous embrasse tous du fond de mon cœur. Mon cher mari en fait autant. J’ai eu la douleur de le voir fort malade. Ondine (sa fille aînée) l’a été gravement ; elle est si frêle que je passe une vie d’anxiété avec cette ehère créature, a qui il faudrait un repos absolu. Pour moi, je travaille comme un manœuvre, et je me repose pour pleurer, pour aimer et prier.
- « C’est une grande lutte que nos existences à t ous. »
- Après la perte de sa dernière fille, morte dans ses bras à Passy, le 12 février 1853, Mme Valmore répond à la lettre de condoléance d'une nièce :
- « Ma bonne Camille, je te remercie de la tendre compassion de ton amitié. Tu comprends bien ma blessure, fille est sanglante. Je n’ose pas plus que toi-même appuyer sur la terrible épreuve. En parier est au-dessus de mes forces. — Ah ! Camille, je suis bien infortunée! »
- Puis à cette croix maternelle s’ajoutent les embarras d’une vie difficile. Elle écrit à une amie (3 août 1853) :
- « Paris qui a dévoré toutes nos ressources et nos espérances devient de plus en plus inhabitable pour nous, et quelque coin de la province nous paraît déjà souhaitable pour cacher nos ruines et reposer tant de travail inutile. Mais ce parti lui-même est entouré de bien des difficultés.
- « J’ai tant de raisons desavoir que le malheur d'argent surtout change beaucoup les affections et n’est justifié devant personne !
- (26 mars 1854) «... Nous allons quitter notre cinquième
- étage; je ne sais cette fois si ce sera pour monter au sixième. On ne peut plus trouver un grenier qu’au prix de douze ou quatorze cents francs.. T La Terre où nous sommes a le vertige
- ... « Ce bon M.,de J... lui-même, qu’est-il devenu ! Ruiné dans toutes ses espérances, c’est encore une de ces existences dissoutes dans le mouvement formidable de ee qu’on appelle la civilisation, qui pour beaucoup est le chaos. »
- Ailleurs elle dira : « Mes cinq étages me paraissent les Pyrénées sans les fleurs. Loger au second,, première richesse des ambitions raisonuables, m’est-il donc interdit d’y prétendre ? »
- Mme Valmore eut dans Mme Pauline Duchambge, qui composa la musique de plusieuis de ses romances, une amie intime dont elle pouvait dire avec vérité : « Ne sommes-nous pas les deux tomes d’un même ouvrage ? » Elle lui écrivait, 27 décembre 1859 :
- « Je t’aime d’avoir souffert tout ce que ja souffre, et d’être restée si tendre. »
- Et une autre fois :
- « Jereste à coudre auprès de lui (son mari),car je maintiens tout ce que je peux d’un sort si délabré qui ne touche personne... Dieu et toi exceptés, je le sais bien va ! et cela suffit pour coudre de tout mon cœur... Mais écrire m’est impossible. Ma pensée est trop grave, trop appesantie, et je n’ai pu faire le conte demandé. J’écris vraiment avec mon cœur : il saigne trop pour de petits tableaux d’enfants. »
- Sur quoi Sainte-Beuve fait observer : « Il y avait encore d’autres raisons pour ne pas écrire. N’écrit pas dans les journaux et les revues qui veut ; il faut prendre le ton et l’esprit de la maison, en passer par la censure et le lit de Procuste du directeur. »
- Cet empêchement à l’égard du Musée des familles qui semblait s’entrouvrir pour elle, Mme Valmore l’expplique elle-même ;
- « 22 février 1851. M. Pitre-Chevalier tourne sa roue avec fureur dans ce moment, câr enfin elle fait du pain et tout pour sa famille. Et puis c’est lui qui se juge avant de s’imprimer lui-même ; pour les autres il veut connaître, apprécier, commenter, étendre ou raccourcir, il veut aussi inspirer l’esprit. C’est bien effrayant pour des oiseaux comme nous qui avons toujours chanté sans serinette.
- « Tu dis, chère âme fidèle, que la poésie me console. Elle me tourmente au contraire, comme une amère ironie; c’est l’Indien qui chante tandis qu’on le brûle. »
- Si bonne et si confiante qu’elle fût, Mme Valmore savait juger les hommes et percer à jour des semblants d’intérêt qui n’avaient rien de solide au fond. Mme Duchambge avait eu l’idée de demander un service réel à l’un de leurs visiteurs les plus gentils de façon ; Mme Valmore répondait à son amie :
- « Ton idée sur M. N... est un rêve décevant. C’est l’homme du monde à qui je voudrais le moins dire tout. Sa glace polie me gèle à la seule pensée d’un service d’argent... Pauline, il n’y a rien dant. ces cœurs-là pour nous : les riches de cette époque viennent vous raconter Jeur misère avec une candeur si profonde et des plaintes si amères, que vous êtes forcé d’en avoir bien plus pitié que de vous-même. Il m’a déroulé l’autre fois ses affreux empêchements à cause d’une maison qu’il fait bâtir. Elle devait lui coûter ceni mille francs, je crois, et le devis s’élève présentement au double, ce qui avec l’éducation de son fils, lui fait perdre la tète. Que dire à ees fortunés ? Que vous avez deux chemises et pas de draps ? Ils vous diront : Ah l que vous êtes heureux ! vous ne faites pas bâtir 1 »
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- LE DEVOIR
- Est-ce assez pris sur le vif et assez bien louché ?
- Un antre jour, après une visite de deux grandes dames :
- « Hier ces deux princesses sont venues pour m’enlever de force à dîner. Tu sais que j’ai horreur de dîner en ville. Elles m’ont trouvée dans mon lit pour toute réponse. Quelle dérision avec nos deux sorts ! J’avais un franc dans mon tiroir pour commencer mon mois avec Victoire (la domestique) furieuse... Et ces bonnes dames disent : « Mme Valmore sait si bien s’arranger 1 » — La femme de son fils a cinq cent mille livres de rente. »
- Pour contrebalancer ce qui, dans le passage précédent, pourrait avoir une teinte d’envie et dénoter quelque chose de peu bienveillant, de peu charitable, voici quelques lignes d’une autre lettre :
- « ... Tu dois savoir depuis longtemps qu’il n’y a que les malheureux qui se secourent entre eux. Va ! c’est bien vrai. Sans être plus méchants que nous, les riches’ ne peuvent absolument pas comprendre que l'on n’ait pas toujours assez pour les besoins les plus humbles de la vie. Ne parlons donc pas des riches, sinon pour être content de ne pas les sentir souffrir comme nous. »
- On voit que le malheur n’avait point aigri cette âme généreuse et bonne ; qu’il n’y avait déposé ni fait germer aucune semence de haine.
- Mme Valmore mourut à Paris, le 23 juillet 1859.
- Il faut tenir compte et savoir gré à Sainte-Beuve d’avoir, souffrant cruellement lui-même du mal qui allait mettre fin à ses jours, d’avoir, dis-je, couronné sa carrière d’écrivain par le récit très sympathique des épreuves d’une si noble existence; d'avoir rendu un hommage digne d’elle à une femme éminente non-seulement par un talent poétique,' naturel et vrai, mais encore et surtout par les plus délicates et les plus exquises qualités du cœur : femme admirable en ceci qu’au milieu de ses propres angoisses et de toutes ses peines, elle demeura toujours sensible et secourable aux peines des autres.
- 11 convient de placer ici les réflexions que cette amère destinée suggère à Sainte-Beuve :
- « On serait tenté vraiment, à voirie détail d’une telle vie, et quel mal infini eut de tout temps à se soutenir et à subsister cette famille d’élite et d’honneur, ce groupe rare d’êtres distingués et cha/mants, comptant des amitiés et, ce semble, des protections sans nombre, chéris et estimés de tous, on serait tenté de s’en prendre à notre civilisation si vantée, à notre-société même, à rougir pour elle; et surtout si l’on y joint par la pensée le cortège naturel de Mmo Valmore, cette quantité prodigieuse de femmes dans la même situation et ne sachant où poser leur existence, courageuses, intelligentes et sans pain « toutes ces chères infortunées » qui par instinct et comme par un avertissement secret accou- 1 raient à elle ! Evidemment il y a la un remède à chercher, il y a (ne fût-ce que dans l’éducation des femmes) quelque chose à faire ».
- Mais qu’est-ce, je vous le demande, ô Sainte-Beuve ! qu’est-ce que pourrait au mal accusé la seule éducation des femmes, puisque celles qui sont par là, par le développement de leurs facultés, au premier rang et bien au-dessus des autres, n’en sont que plus vouées à toutes les difficultés de la vie et aux souffrances qui en résultent ? Ce qu’il faut changer, c’est le milieu social : il faut le rendre tel que toute créature humaine y trouve sa fonction et sa place, la place que lui assi-
- gnent ses aptitudes, cultivées autant qu’elles peuvent l’être. Réforme sociale ! voilà ce que crient les douleurs des âmes d’élite, ou plutôt toutes les douleurs. Car ies moins bien partagés entre nos frères ne doivent pas non plus rester condamnés à une vie misérable. Tous les humains, disait Fourier, jouiront du bonheur pour lequel ils sont faits, ou bien nul peuple, nulle classe nul groupe d’hommes (cité ou famille) ne sera en pos-seàsion paisible d’une félicité, d’une prospérité constante. Il y a solidarité, solidarité inéluctable, entre toutes les fractions du genre humain.
- Il ne parait pas que Mme Valmore ait jamais eu connaissance des consolantes perspectives ouvertes devant nous par le novateur que je viens de nommer. Elle en est à gémir sur « les dures épreuves que le Créateur lui envoie, » à en demander le pourquoi, sans pouvait trouver de réponse satisfaisante. Quel dommage qu’une personne si bien faite et par sa sensibilité au malheur d’autrui et par les rigueurs de sa situation propre pour comprendre une doctrine sociale apportant la fin de toutes les misères, ne paraisse pas même en avoir soupçonné l’existence ! Pourtant, à celte époque calamiteuse pour Lyon qui lui causa une impression si vive, il y avait, dans la même ville, une autre femme, Mlle Aimée Beuque, sœur de charité sans guimpe, elle aussi, comme Mme Valmore, qui s’appliquait de son côté à panser les plaies de la guerre civile. Mais elle avait celle-là une foi sociale ; elle était acquise à la doctrine de l’Association; c’était une fervente phalanstérienue : à travers la buée de sang, à travers le voile somhre de deuil et de misère étendu sur l’agglomération lyonnaise, elle découvrait les fortunés rivages où la voix libératrice nous appelle.
- Charles Pellarin.
- Les service* d’incendie à Paris
- A Paris, avec une population de 2 millions d’âmes, la dépense annuelle des services d’incendie est de 1.792 436 fr. — matériel et personnel — soit de 0 fr. 89 c. par habitant ;à Hambourg, avec 300,000àmes, la même dépense est de 724,241 fr., soit de 2 fr. 12 par habitant; à Chicago, avec 500,000 habitants, Sa même dépense encore est de 2,935,742 fr., soit de 5 fr. 87 par habitant, etc. Paris est donc une des villes où le service des pompiers coûte le moins cher ; il le doit évidemment à ce que ce personnel, faisant partie de l'armée, est peu payé : car le tableau où figurent ces chiffres montre, dans une de ses colonnes, que le nombre des pompiers est à peu près identique partout, par rapport à la population.
- D’autre part, il est intéressant de remarquer que, bien que le prix de revient de la sécurité y soit moins élevé qu’ailleurs, c’est cependant à Paris qu’elle est le mieux assurée. Ainsi, le nombre des victimes pendant dix années et pour 100,000 habitants est à Paris de 2,-n chiffre qui représente les pompiers morts dans le feu des suites de leurs blessures : il est à Londres de 8, 3 ; à Berlin, de 2 ; à Bruxelles, de 3, 4 ; à Cologne, de 7, 1 , à Lyon, de 3, 5 : à Naples, de 4, 1 ; à Hambourg, de 4,7, etc.
- Paris est inférieur à plusieurs villes, au point de vue du matériel d’incendie. Son matériel ne représen qu’une somme de 500,000 francs tandis qu’à Ghic&g , par exemple, son coût est évalué à plus de 4 millieûS-
- Le Directeur-Gérant : GODIN.
- Saàût-Quentm — lmp. de-la.Société anmyme du Glaneur
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- £s numéro Itlimaddro 20 t, DIMANCHE 10 OCTOBRE 1880
- g. ANNÉE, TOME 4 — N«
- Le Devoir
- REVUE DES RÉFORMES SOCIALES
- BUREAU
- y GUISE (Aisne)
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant Fondateur du Familistère
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- SOMMAIRE
- les Trade’s unions et la coopération. — Nouvelles du Familistère. — Faits politiques et sociaux. — Les impôts de consommation. — Nouvelles diverses. — Le Congrès de la Ligue de la Paix et de la Liberté. — Conférence de M. Qodin.— Adresses ouvrières. — Statistique électorale. — Variétés.
- LES TRADE’S UNIONS ET LA COOPÉRATION
- Lorsque deux groupes d’hommes, par des moyens divers, mais efficaces, tendent à un même but, et agrandissent graduellement et incessamment la sphère de leur action, il doit arriver un moment où les deux groupes se rencontrent.
- Ce moment est venu pour les coopérateurs et les Trades-Unionistes.
- Si grandes que puissent être leurs divergences de point de vue, si pénétrées même que soient les masses du bien fondé de ces divergences, n’y eut-il <te part et d’autre aucun désir de rapprochement, le terrain sur lequel se concentrent aujourd’hui les Trades-Unions et la coopération, les oblige à une action commune, sous peine de perdre le bénéfice de tent d’années de patience, de persévérance, de luttes et de victoires. Le problème de l’accord est posé, il doit être résolu parce que cela est nécessaire pour éteindre le but unique de tant d’efforts jusque-là fr&ctueux : l’émancipation des travailleurs.
- Hâtons-nous de le dire, les pionniers des deux
- mouvements ont reconnu la nécessité économique de cet accord.
- De là les démarches réciproques et successives des trades-unionîstes, et des coopérateurs, visites de simple et froide politesse, semble-t-il aux indifférent?, mais qui témoignent, pour l’observateur attentif du mouvement, de Tardent désir d’obtenir par les -Trades-Unions et la coopération, qui représentent une population minimum de 7,500,000 habitants, la solution pratique du grand problème de la répartition équitable des bénéfices, et le problème plus urgent encore de la mutualité sociale.
- Les opinions sont divisées parmi les trades-unionistes au sujet de la coopération. Les uns blâment l’esprit mercantile des sociétés distributives, et préconisent au contraire les sociétés de production ; d’autres, reprochent à ces dernières de ne pas faire aux travailleurs une part assez considérable dans les produits de l’industrie et reconnaissent le bien considérable que leur font les sociétés de consommation. On sait qu’un grand nombre de trades-unionistes font partie des sociétés coopératives.
- Il est bon de se rendre un compte exact des courants d’opinions qui se produisent sur un fait aussi considérable que la coopération, sans y attacher néanmoins plus «l’importance qu’il ne convient.
- La plupart des reproches que l’on fait à la coopération proviennent de l’ignorance ; mais, fussent-ils dépourvus de toute exagération, nous n’avons pas à nous y arrêter. Un cas de prospérité de mauvais aloi ne prouve pas plus contre l’excellence du système, que quelques échecs dus au manque de persévérance, de direction, ou à la mauvaise foi.
- Les diverses opinions dont nous venons de parler sont émises tour à tour et combattues, nous devons le dire, avec beaucoup de netteté, de vigueur et de
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- succès, dans la discussion qui précède et celle qui suit la lecture du projet du bureau central et de son préambule par M. Swallow, dans la séance de jeudi.
- Un jugement qui a bien son poids dans le débat est celui du comité parlementaire. Le comité parlementaire, nommé par le Congrès annuel dont il est l’exécutif permanent, relie entre elles toutes les Trades-Unions. Le nombre des Unionistes est évalué à 1,250,000 par V. Delahaye, à 1,000,000 par Reybaud. Or le comité parlementaire dans son rapport au Congrès, en rendant compte du cordial accueil fait aux délégués des Trades Unions par le Congrès des coopérateurs à Newcastle (1) dit :
- « Un fervent désir fut manifesté en vue d’har-moniser les opérations du trades-.unionisme et de la coopération de façon à ce que ces deux corps pussent travailler la main dans la main au grand objet qu’ils ont mutuellement en vue : l’amélioration sociale des classes ouvrières. »
- « l^ous reconnaissons, » continue le rapport,
- « toute la valeur de la coopération comme moyen de mettre un terme aux différends qui existent entre le capital et le travail. »
- Et il exprime l’espoir que par l’avènement des ou-, vriers à la tète de l’industrie, par un sage emploi des capitaux acquis des sociétés coopératives, le problème du travail recevra sa juste solution.
- La résolution du bureau central coopératif ne pouvait qu’être adoptée. M. Swallow, remercie le Congrès. 11 déclare que les sociétés coopératives, sont les premières à reconnaître que les Traces-Unions font de la bonne besogne ; mais qu’elles n’ont essayé encore que fort timidement du moyen qui peut le mieux leur permettre d'atteindre à leur but : l’acquisition du capital.
- M. Swallow a dit le mot de la situation. Le capital est indispensable.
- C’est un fait avéré que le salaire de l’ouvrier suffisant à peine à ses besoins, passe entièrement par le canal des sociétés de consommation. Il est donc naturel que ces sociétés soient désignées comme l’outil le plus avantageux pour créer à l’ouvrier sa réserve de capital, au moyen de la prime commerciale que les magasins prennent sur les objets acquis avec le montant des salaires.
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- Lorsque les premières Trades-Unions, sociétés de résistance, se constituèrent, elles se donnèrent pour but de résister aux exigences des patrons. Grâce à des cotisations modiques, qui, capitalisées devenaient une arme redoutable, servies par une organisation supérieure, elles purent tenir tète à plusieurs
- (1) Voir notre numéro du 27 juin 4880. 1
- reprises pendant de longs mois, des années mêmes quelquefois victorieusement, à des ligues et à des contre-grèves (lock-out) de patrons.
- La grève de Prestôh 1862, dura 10 mois. Elle ce coûta pas moins de 12,300 000 francs en subvention et pertes de salaires. Patrons et ouvriers s’en souvinrent.
- Nous aurions trop à faire si nous voulions suivre les diverses phases, les péripéties des luttes soutenues par les Trades-Unions.
- Quelquefois la grève était organisée par elles, d’autrefois malgré elles ; elles offraient alors leur arbitrage aux deux parties. Elles soutenaient les ouvriers de leurs'subventions dans les grèves et chômages qui ne dépendaient pas d’eux.
- L’adoption de l'arbitrage par les Unions dans les conflits, n’est pas seulement une preuve d’esprit de conciliation, mais une reconnaissance implicite rie l’inefficacité de la revendication des droits des ouvriers par la grève.
- Soit que lesTrades-Unions aient soutenu les grèves, soit qu’elles aient préconisé l’arbitrage, leurs efforts n’ont rien changé aux rapports du capital et du travail. »
- Nous devons, il est vrai, compter à leur acquis la longue série de réformes qu’elles ont obtenues depuis leur première réunion en Congrès, et ce n’est pas un mince travail aux yeux de ceux qui connaissent les difficultés législatives qui entravent chaque réforme dans un pays conservateur, où règne le culte de la tradition.
- Mentionnons l’abolition des lois pénales contre les ouvriers; la rupture du contrat par l’employé jugée au civil et non plus au criminel ; l’abolition du grief de conspiration appliqué aux disputes de travailleurs; la suppression du payement des ouvriers en marchandises ; l’acte des manufactures et atelier» prolongé et réformé ; l’acte des marchands maritimes, l’acte de juridiction sommaire promulgué; l’obtention d’un meilleur règlement des mines et de leur inspection.Les Trades-Unions n’ont pas peu contribué à l’obtention de la loi garantissant la vie des marins, par l’interdiction de mettre à la mer des vaisseaux pourris.
- A ces mesures législatives viendront s’ajouter, es-pérons-le, les dispositions votées par les Trades-Unions dans leur dernier Congrès ; par exemple sans rappeler celles que nous avons énumérées dans notre dernier numéro, la réduction à 9 heures de la journée de travail; la nomination d’inspecteurs femmes, pour les manufactures où les femmes sont employées ; les réformes de la loi des patent66’ l’abolition de l’emprisonnement pour dettes.
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- Mais les mesures législatives, pas plus que les grèves et les chômages, nous le répétons, ne modifient que légèrement l’attitude respective du capital et du travail, et laissent ce dernier exposé à toutes fluctuations économiques, contre lesquelles les patrons eux-mêmes sont impuissants.
- Un certain nombre de Trades-Unions assurent à leurs membres des indemnités en cas de maladies, d’accidents, de pertes d’outils, d’enterrements. Quel-ques-unes mêmes ont fondé des caisses de retraites pour les vieillards.
- Mais l’insuffisance des cotisations a été une cause de nombreux échecs avant que le but pour lequel olles avaient été fondées eut été atteint. Au point qu’un courant d’opinion s’est établi pour obtenir la division des caisses de façon à ce que l’épuisement de l'une (secours a la vieillesse) n’entraînât pas la disparition de l’autre (subventions aux grèves).
- Il résulte de cela que si la Trade-Union veut étendre son action et couvrir de son réseau un plus grand nombre d'hommes, elle est obligée de s’adresser aux plus petits salaires et de réclamer la plus petite cote comme subside : alors elle perd en force ce qu’elle gagne en étendue.
- Quant, au contraire, par l’augmentation de la prime elle veut compléter son capital avec plus de force, elle écarte involontairement les petits salaires et elle perd en influence, quant au nombre, ce qu’elle gagne en solidité.
- Il y a dans la Trade-Union un cercie vicieux, une cause de faiblesse inhérente à son isolement même et ii est nécessaire d’aviser à lui trouver un point d’appui dans une autre institution ayant un-but commun avec les Trades-Unions.
- M. H. Dupasquier, dans son étude sur le malaise des classes ouvrières après avoir additionné les sommes perdues par les ouvriers dans les diverses grèves dont il donne le relevé ; sommes qui s’élèvent d’après lui, au chiffre de 32 à 33,000,000 de francs, ajoute les réflexions suivantes :
- « Sans compter les pertes d’intérêts occasionnés aux patrons par les chômages et qui p uvent être estimées à une somme égaie à celle ci-dessus.
- « Si les ouvriers avaient été bien inspirés, au lieu degaspilier ces précieuses ressources, ils les auraient appliquées à former des sociétés coopératives de production, et ils auraient ainsi fait eux-mêmes concurrence à cas patrons qu’ils accusaient d’avidité. »
- « Nous estimons qu’il vaut mieux faire des sacrifices pour supprimer le salariat que pour l’amélio-rer ”, disaient les ouvriers de Vienne dans leur circulaire aux délégués du Congrès de Marseille.
- # Nous avons parfaitement compris que tant que e travailleur ne sera que simple salarié, sa situation ^era toujours la même, que la hausse ou la baisse se asse dans les salaires. »
- D’une façon générale, on peut dire que l’importance du mouvement qui substitue partout le coiniherce cidlectif, c’eSt-à-dire par les consommateurs, au commerce individuel n’est pas comprise, sinon très superficiellement et au point de vue des avantages personnels que cette substitution procure : Amélioration du poids et de la qualité des marchandises, bonne foi dans les transactions, épargnes. C’est cette idée étroite qui a fait dire au professeur In-guam, que la coopération n’aurait plus sa raison d’être lorsqu’elle aurait accompli son œuvre d’épuration du commerce. « Ce qui revient à dire », lui a répliqué M. Swallow, « que lorsqu’on a obtenu d’une locomotive sa plus grande vitesse on doit retourner aux omnibus î »
- Hé ! bien ! les avantages dont nous venons de parler, si complets qu’ils soient en eux-mêmes, ne sont que des leviers, des outils pour acquérir le capital, qui n’est lui-même qu’un moyen. Le but, c’est la substitution du travail collectif au travail individuel.
- Il est donc faux, quelles que soient les applications actuelles du système coopératif, le point de départ de ce raisonnement qui amène les Trades-Unionistes, ces vaillants revendicateurs des droits du travail, à tenir rigueur à leurs frères de la coopération.
- Car s’il est vrai de dire que la Trade-Union représente le travail vis-à-vis des employeurs, capitalistes industriels, on peut affirmer que la coopération représente réellement la consommation vis-à-vis des intermédiaires capitalistes, commerciaux. Or tout travailleur est forcément consommateur ; il a donc un double titre à s’appuyer sur l’un et l’autre de ces deux leviers d’émancipation.
- Si l’on se place à ce point de vue tout malentehdu cessera. L'accord, un accord durable, consacré par des résultats avantageux pour tous, se fera entre le travail et le capital, par les Trades-Unions et la coopération réunies sur le terrain de la production, à laquelle les magasins coopératifs assureront fies dé-’ bouchés, à laquelle les capitaux permettront de choi-1 sir le terrain le plus convenable d’exploitation.
- | Si le rapport du bureau centrai de la coopération | que nous avons publié dans notre dernier numéro j résume ces tendances, le plan qui l’accompagne pré-î pare le terrain à leur mise en pratique. Ce plan si simple est admirablement conçu.
- Il est immédiatement praticable et il renferme le germe des institutions qui seules peuvent assurer aux travailleurs le présent et l’avenir.
- Au point de vue des principes, il r.e peut rencontrer chez les Trades-Unions que Taccueil le plus favorable, puisqu’il leur permet d’assurer aux travail-
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- leurs, par la coopération productive, tous les bénéfices résultant de leur propre travail.
- L’économie de ce projet est très-acceptable puisqu’elle ne compromet en rien les capitaux auxquels on ne fait appel qu’en dernier ressort et en leur offrant toutes les garanties.
- En outre, ce projet rend possible, entre tous les travailleurs de la Grande-Bretagne, l’organisation de la mutualité contre les chances de la misère et du malheur. En solidarisant les classes laborieuses, il leur fera comprendre que rien n’est plus précieux pour elles que la sécurité du lendemain, et que cette sécurité n’existe qu’en réservant aux faibles et aux malheureux la part de droits qui leur revient au nom des ressources inépuisables que la nature prête à la production.
- J. PASCALY,
- NOUVELLES DU FAMILISTÈRE
- De l’eau, et de l’eau dont l’excellente qualité est établie par l’analyse chimique, voilà ce que nous donne le puits artésien nouvellement foré sur la colline qui, de l’autre côté de l’Oise, domine le Familistère.
- Le niveau d’écoulement nous permet d’élever l’eau dans les combles de notre vaste édifice, et par conséquent d’alimenter les fontaines de tous les étages. Une tubure en fonte de plus de 500 mètres de longueur conduit, par des tranchées souterraines, cetie source vive, jusqu'aux abords du magnifique pont de fer que vient de faire construire le Familistère. Après avoir laissé une prise d’eau, pour alimenter la buanderie déjà pourvue d’eau chaude, la tubulure vient s’engager dans un encaissement en chêne, suspendu aux travées du pont., et matelassé de fraisil, de façon à garantir l’eau de la source des variations de la température.
- Elle traverse ainsi les 26 mètres de largeur de l’Oise, puis reprenant son cours souterrain et passant entre l’aile gauche du Familistère et les batiments annexes, elle vient se souder à un branchement qui alimente, d’un côté les écoles et le théâtre, de l’autre les trois corps de logis du palais social.
- Une section a été réservée pour permettre ultérieurement de conduire les eaux où le besoin s’en ferait sentir, pour l’arrosage des squares et des pelouses.
- Des procédés entièrement nouveaux ont été employés pour faire sourdre cette eau, remarquablement légère, dont le débit atteint 120.000 litres en 24 heures, à une altitude de 20 mètres au-dessus du niveau des terrains et des jardins du Palais social.
- | Ces procédés, imaginés par le fondateur de la j société du Familistère, constituent, dans l’art du
- Isourdage, des moyens d’élever les eaux au-dessus de leur niveau naturel, dans des proportions qui n’a-I valent pas été obtenues jusqu’à ce jour.
- Le Devoir consacrera un article à ces intéressantes expériences de l’art hydraulique.
- FAITS POLITIQUES & SOCIAUX DE LA SEMAINE
- FRANCE
- Les premiers actes du nouveau mini^.
- ne sont pas de nature à lui attirer les sympathies. La liberté-de la presse est foulée aux pieds" par lui et des journaux politiques illustrés sont poursuivis ; quant à la liberté de réunion, le ministère en fait moins de cas encore : un grand meeting demandant le retour des navires envoyés en Orient a été interdit.
- Ce ministère ne vaut donc pas même celui qu’il a remplacé.
- Fondation Rampai. — Un assez grand nombre de demandes sont parvenues à la préfecture de la Seine, relativement au legs d’un million et demi fait par M. Benjamin Rampai à la Ville de Paris, pour être employé par le Conseil municipal « en prêts à intérêts, d’une durée maximun de neuf ans, à diverses associations ouvrières ou sociétés coopératives de consommation, de crédit, de production et autres. »
- Dans une de ses dernières séances, le Conseil municipal de Paris a, comme nous l’avons annoncé, accepté le legs généreux de M. Rampai, et c’est cette nouvelle qui provoque les requêtes adressées, en ce moment, à l’administration.
- Mais le Conseil municipal n’a pas nommé la commission qui, selon la volonté du testateur, doit surveiller l’emploi des fonds, et il n’a pas davantage posé les règles qui devront présider à l’application du legs, pour l’empêcher d’être compromis ou gaspillé.
- Les établissements d’imprimerie, de serrurerie et autres qui'font appel à la donation Rampai, ne doivent donc pas s'attendre à obtenir immédiatement le concours financier qu’ils sollicitent, étant donné surtout que la partie de la tâche qui incombe encore au Conseil municipal présente de nombreuses et réelles difficultés. « J’ai beaucoup connu M. Rampai, a dit un conseiller au cours du débat sur l’acceptation du legs, et je vois qu’il nous demande aujourd’hui de tenter ce qu’il n’a jamais osé personnellement entreprendre. »
- Economiste de mérite, M. Benjamin Rampai a cherché à vulgariser en France les publications populaires de M. Schulze-Delitzsch. Lorganisateur des banques allemandes ne veut faire appel, pour améliorer l’état social, qu’à l’énergie individuelle et à l’esprit d’association; son traducteur‘n’a donc pas absolument respecté, dans ses "dispositions testamentaires, les opinions qu’il avait contribué à propager. Mais il avait vu qu’après avoir groupé toutes ses sociétés à l’aide d’une agence générale, M. Schulze-Delitzsch avait fondé à Berlin une Banque centrale destinée à accorder des crédits aux associations créées d’après le principe de l’assistance par soi-même, et en faisant a la commune de Paris le legs ci-dessus mentionné, il a voulu précisément rendre à quelques sociétés coopératives parisiennes le service que la banque centrale de Berlin rend aux associations coopératives allemandes. . ,
- Nous verrons bientôt à quel procédé de gestion i Conseil municipal aura recours pour réaliser les géQ®T reuses intentions du testateur. Il est d’autant plu^. ressé à se tirer avec honneur de cette délicate missi
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- que c’est un de ses membres, M. Engelhart, qui a donné à M. Rampai l’idée de léguer sa fortune à, la ville do paris dans les conditions indiquées.
- PAYS-BAS
- Travaux lég-islatifis*. — On écrit au Temps :
- La nouvelle session s’annonce comme exceptionnellement chargée.
- Parmi les projets de lois en cours de discussion ou simplement annoncés, il en est qui affectent un caractères exceptionnel d’urgence. Ce sont ceux qui ont pour but l’augmentation des recettes et l'amélioration de nos voies commerciales et navigables.
- L’évolution économique accomplie autour des Pays-Bas et notamment par l’Allemagne, a produit un inévitable contre-coup sur sa vie transactionnelle ; il a fallu se mettre en mesure de résister et s’élever à la hauteur des circonstances. Pour atteindre ce double but, sans recourir à l’insuffisant et trompeur palliatif de la protection, les moyens étaient indiqués d’avance : transformer un outillage vieilli, améliorer et multiplier les voies de communication. C'est ainsi qu’en peu de temps et sans qu'il soit venu à personne l’idée de solliciter une subvention du gouvernement, une notable partie de la marine marchande a été transformée en marine à vapeur, que les chemins de fer ont été réparés et achetés et qu’on travaille sérieusement à l’amélioration du système des digues et des canaux.
- Beaucoup a été fait ; mais pour rendre fécond ce qui a < té fait, beaucoup reste à faire.
- Le gouvernement a déposé en juillet tout un plan de grands travaux publics dont l'exécution ne réclamera pas moins d’une somme de 109,2(50.000 florins : achèvement du système de fortification, amélioration du canal de Rotterdam.achèvement des travaux de 1 Oude Maajes, achèvement du canal maritime du Nord, amélioration des voies ferrées, rachat effectué de la ligne de Rosendael à Anvers, leMoerdyck.
- Il faut ajouter a ces 109.260,000 fl. une somme assez considérable, près de 7 à 8 mhlions de florins, pour la mise en vigueur de la loi sur l’enseignement primaire Amsterdam réclame à cor et à cri l’établissement d’un nouveau canal qui la relie directement au Rhin, et, par lui, avec l’Allemagne. Il suffit de jeter un simple coup d’œil sur la carte, pour comprendre l’importance de la question.
- Mais l'argent, ce nerf de tous les grands travaux, manque. Le budget de la Hollande est uepuis des années à la recherche de son équilibre, sans jamais pouvoir le rencontrer.
- M. Vissering en viendra-t-il à bout?
- SUISSE
- I.oi sur les sursis concordataires. — Le
- grand Conseil de Genève discute eu ce moment une loi sur les sursis concordataires, destinée à protéger les commerçants de bonne foi qui sont eu mauvaises affaires.
- A teneur de cette loi ie commerçant empêché de satisfaire à ses engagements, mais désireux de proposer un arrangements à ses créanciers, peut, s’il obtient l’adhésion de la majorité, demande une trêve au Tribunal de commerce. Il faut qu’il dépose à l’appui de sa requête une comptabilité régulière et à jour qui permette, au Tribunal ue se rendre c ;mpte de sa situation et des causes qui l’ont produite. Si ces conditions sont réunies, le Tribunal accorde ;e sursis et désigne un commissaire pour surveiller les opérations jusqu’à la présentation et à la votation d’un corcordat.
- Les poursuites judiciaires sont dès lors arrêtées: le débiteur fait ses propositions de concordat et les créanciers sont convoqués pour le voter ou le rejeter. S’il est accepté, le débiteur est remis à la tête de ses affaires et u’a plus qu’à exécuter les engagements pris par lui, s’il veut éviter une demande de résolution du concordat et la mise en faillite.
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- ALLEMAGNE
- ILes partis. — Nous avons parlé de la scission survenue dans le parti national-libéral, et qui a constitué une nouvelle fraction parlementaire en Allemagne sous le titre de « parti libéral ». Les sécessionnistes, au nombre de 28, ont été principalement déterminés par des considérations économiques : ils n’ont pu se résoudre à faire à M. de Bismarck, après tant de concessions depuis dix ans, le sacrifice de leurs principes li-bres-échangistes. Grâce à la pénurie d’événements politiques vraiment intéressants, cette rupture fit grand bruit dans la presse allemande ; il ne semble pas pourtant que, malgré cet éclat, le nouveau parli ait réussi à ébranler la discipline des nationaux-libéraux. Aux élections d’un député pour la chambre prussienne,, à Magde-bourg, M. Lasker, un de ses chefs et incontestablement son meilleur orateur, a été battu à une assez forte majorité par M. Listemanu, membre obscur du parti national-libéral. Au même moment, M. de Bennigsen, le chef des nationaux-libéraux, obtenait d’une assemblée du parti, tenue à Hanovre, un vote d’absolue confiance, et l’on annonce comme prochaines des manifestations du même genre en Saxe, cans le grand-duché de Bade et dans la'province de Hesse. Ces divisions pourront avoir de l’influence, à l’intérieur, sur la situation respective des diverses fractions dans le landtag prussien et le reichstag.
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- Nouveau rôle» cle Bismarck. — Il vient de se passer, dans ce pays, un fait sur lequel l’attention demande à être fixée.
- M. de Bismarck s’est fait attribuer, il y a quelques jours, le ministère du commerce. Le puissant chancelier, qui a fondé l’unité germanique, rêve aujourd’hui d’attacher son nom à une grande réforme économique et sociale. M. de Bismarck veut constituer un socialisme d’Etat dont les bienfaits puissent combattre, mieux que les lois répressives, le socialisme démagogique. Les journaux qui nous révèlent ce plan considérable, en exposent le programme dans ses éléments principaux. Il s’agirait de rétablir, en l’harmonisant avec l’esprit de notre époque, le régime des corporations ouvrières, de remanier le système des impôts, de créer la retraite obligatoire et de mettre les tabacs, les chemins de fer et les assurances aux mains de l’Etat.
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- Mlensioes contre le®» soclaliistew. — La Omette de Francfort annonce que la récente réunion des chefs du parti socialiste eu Suisse ne demeurera pas sans effet. Le gouvernement prussien aurait l’intention de proposer la mise en état de siège de plusieurs villes, notamment Hambourg et Leipzig, afin de pouvoir, par l’expulsion des chefs, couper court à toute tentative d’organisation du parti socialiste. Il est probable qu’une proposition dans ce sens sera faite au conseil fédéral. On parle même de l’envoi à Hambourg de commissaires fédéraux, qui seraient chargés de prendre en mains la police de cette ville.
- Les To'irT>ilIonw
- La Société géographique de Berlin a, paraît-il, résolu de rechercher ie point de départ des tourbillons qui se produisent souvent tout à coup, détruisant en un clin d’œil tout ce qui se trouve sur leur passage, et contre lesquels il n’existe aucun moyen de protection. Elle a l’intention d’ériger dans ce but, une série de stations Scientifiques dans les régions arctiques, afin d’y faire étudier les tourbillons et de déduire ensuite des renseignements obtenus les lois fondamentales de la météorologie pratique. Dans une période de six années 1,005 navires avec un chargement de 225,500 tonnes et 2,204 marins ont péri : or, si l’on connaissait les lois fondamentales eu question, ces pertes eussent «té bien moindres.
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- LE DEVOIR
- LES IMPOTS DE CONSOMMATION
- L’octroi
- VI.
- L’octroi, comme tous les impôts indirects, est démoralisateur. Il crée des délits conventionnels que le public se refuse à prendre au sérieux. Il oblitère le sens moral au point de faire perdre en certains cas tout sentiment de distinction entre le bien et le mal.
- C’est là un vice de cet impôt, vioe plus grave qu'on ne croit*
- Telle personne qui aura à-cœur de ne pas faire tort d’un centime à une autre personne, trouvera tout simple de faire tort de quelques francs à l’autorité. Tel négociant qui paierait sans discuter un impôt direct à la ville où il fait ses affaires, s’ingéniera à s’affranchir des impôts indirects dont elle le frappe. Tel autre ira plus loin encore et, cédant à une disposition d’esprit qui lui fait considérer l’impôt indirect comme une exaction d’un pouvoir tyrannique, trouvera piquant de se montrer plus fin, plus adroit que les fonctionnaires chargés de le rançonner.
- Et, que l’on ne s’y trompe pas, le public prendra plus facilement le parti de ce fraudeur que le parti du fisc. Le public a horreur de tout impôt vexatoire, et cette horreur le prédispose à la sympathie pour ceux qui savent s’en affranchir. Il ne discute pas le moyen, il ne considère que le résultat. Il oublie que léser le fisc est un acte d’incivisme et un délit social. Il méconnaît ce fait que faire tort à la collectivité c’est faire tort à ses semblables et faire peser sur quelques-uns seulement les charges qui devraient peser sur tous.
- Aussi le voit-on être assez peu conscient de ses intérêts pour s’amuser de l’habileté dont le fraudeur fait preuve et, si l’occasion s’y prête, rire aux dépens du personnel du fisc. Ceux qui obtiennent du succès ont toujours raison aux yeux de la masse.
- Le sens moral s’oblitère, se pervertit a croire qu’un devoir aussi inéluctable que la satisfaction à j l’impôt peut être éludé sans que celui qui l’élude i soit considéré comme ayant enfreint la morale. Il 1 nous est pénible de l’avouer, mais il nous faut cepen- J dant le dire, les choses en sont à tel point, que | l’opinion publique en face de la contrebande des i impôts indirects reconnaît, ou tout au moins accepte I deux probités et deux consciences. Quoi de plus-démoralisateur ?
- Quelque habile que soit la surveillance, la contrebande existe toujours. Dans les villes qui ont une ceinture de remparts, la contrebande d’octroi ne se
- fait qu’avec une certaine difficulté, irais dans les villes ouvertes elle a parfois large carrière. Il en résulte que les commerçants qui s’y livrent sont placés pour la concurrence dans de meilleures conditions que leurs confrères plus scrupuleux ou plus timorés. Souvent ceux-ci se voient, par suite de cette concurrence, dans la nécessité d’avoir recours aux mêmes moyens. Le mal gagne de proche en proche, semblable à ces gangrènes dont on cherche en vain à arrêter les progrès.
- Cette déconsidération de certains impôts rejaillit sur la considération dont doit jouir la loi. En accordant de l’indulgence aux fraudes commises aux dépens du fisc, on s’habitue à être indulgents envers ceux qui fraudent la loi.
- Il y a là un danger. En effet, dans tout pays, mais plus particulièrement dans ceux où existe le régime républicain, la loi doit jouir d’une autorité à toute épreuve et d’un prestige indiscuté.
- Pense-t-on que ce prestige et cette autorité de la loi demeurent intacts dans les pays où le mépris des lois relatives au fisc rencontre dans le public le plus souvent de l’indulgence et quelquefois même de l’approbation ?
- Toute loi ou toute organisation qui est tenue si bas par l’opinion doit être supprimée, car sa conservation constitue un danger. La masse du public procède par jugements sommaires et est toute portée à mépriser, dans son ensemble, une législation dont certaines parties sont vexatoires.
- Autre grief moral contre l’octroi.
- Cet impôt est un stimulant à la mauvaise foi dans le commerce des villes,, particulièrement à la falsification des denrées alimentaires.
- Il est bien certain en effet que les consommations que les débitants ont le plus d’intérêt à falsifier sont celles dont le prix est d’une certaine élévation. Là où le vin est cher on le falsifie plus que là où il est bon marché. Donc l'octroi en contribuant à le rendre cher encourage à le falsifier.
- On ne se borne même pas à la falsification des boissons, on les fabrique bel et bien. Les quantités énormes de glucose qui entrent dans les grandes villes n’y entrent que pour y être consommées sous forme de vin et de bière. L’absinthe, le bitter, le vermouth et autres liqueurs qui ne peuvent être obtenues que par la distillation des plantes des Alpes ou du Jura et qui sont frappées aux barrières des grandes villes de droits considérables, toutes ces liqueurs sont fabriquées à l’intérieur de Paris, de Lyon ou de Marseille par des procédés qui n’ont que
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- LE DEVOIR
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- peu ou point de rapports avec ceux de la préparation loyale. Les ingrédients les plus étranges et parfois même les plus dangereux sont employés sans scrupule- C’est ainsique les sels de cuivre sont utilisés par les fabricants des grandes villes pour produire l’absinthe et que les feuilles séchées du laurier rose, arbuste vénéneux, entrent dans la composition du
- vermouth.
- Et que Ton ne vienne pas dire que l’octroi n’est pour rien dans cet empoisonnement du public, car nous ferons remarquer que sans lui les producteurs qui se trouvent dans les régions favorables à la préparation du produit non contrefait, pourraient le vendre dans les villes à des conditions telles que les contrefaçons n’auraient plus intérêt à se produire.
- Au lieu de cela l’octroi constitue une sorte de protection douanière au profit des contrefacteurs, protection telle que les producteurs des liqueurs authentiques en sont réduits soit à renoncer à écouler leurs marchandises à l’intérieur des grandes villes, soit à en faire pénétrer quelques petites quantités en contrebande.
- Enfin il est un des vices moraux de l’octroi qui rend cette institution tout à fait inconciliable avec les mœurs contemporaines ; nous voulons parler des procédés inquisitoriaux auxquels la perception de l’octroi donne lieu.
- Qui de nous n'a pas été, soit à une gare, soit à une barrière, en butte aux vexations des formalités de l’octroi. Les passants les plus inofïensifs, s’ils ont le malheur de porter un paquet, une valise, ou un panier, se transforment immédiatement aux yeux de ce personnel soupçonneux en habiles contrebandiers.. Le public est l’objet d’une suspicion constante et de tous les procédés vexatoires qui en peuvent résulter. Cette surveillance est d’autant plus tracassière que les employés, en cas de contravention établie, reçoivent à titre de récompense une partie de la prise ou üe l’amende.
- Ajoutez à cela que Messieurs les employés ont rarement l’habitude de se considérer comme les serviteurs du public, bien au contraire. Leur amour-pro-pr&n’est pas insensible à, l'importance que le droit à la perquisition leur donne, et plus d’un d’entre eux ûe laisse passer aucune des occasions qui leur permettent de mettre cette importance en relief.
- Cotqme tout cela sent les mœurs d’un autre âge ! Comme tout cela rappelle la dîme, la taille et autres j lmPots qu’avaient à subir nos aïeux! Gomme on sent j que tout cela provient des redevances de l’ancien j reRime rétablies par l’iiomme de Brumaire ! |
- Ces procédés s’accordent à merveille avec ceux de j régimes basés sur l’état de siège, mais ils jurent étrangement avec ceux du gouvernement de tous par tous. Ils pouvaient être en harmonie avec l’institution de ces fermiers généraux qui n’avaient d’autre souci que d’accroître leur scandaleuse fortune et de fournir au roi les moyens d’entretenir ses dilapidations, mais ils ne sont qu’un honteux anachronisme au milieu d’un état politique nouveau 'où tous les citoyens concourent à la formation de la loi et à son exercice et où chacun par conséquent a droit d’être respecté.
- Cette considération devrait suffire à elle seule à faire décider la suppression de l’octroi.
- Ed. Champury.
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- NOUVELLES DIVERSES ‘
- FRANCE
- JBoxist’sies* S& sauveteur. — L’autre jour le fiacre 898 suivait le boulevard Montmartre, quand il heurta un vieux monsieur assez violemment pour le renverser. Une roue du véhicule lui passa même sur une jambe et le malheureux eût sans doute été infailliblement écrasé si plusieurs personnes ne fussent accourues à son secours.
- L’une d’elles, M. Léon Pichery, demeurant rue de la Sablière, 30, réussit à arrêter le cheval et, se précipitant sous les pieds de l’animal, parvint à arracher la victime do cet accident au danger qui la menaçait.
- L’homme alors, remis debout, se dirigea tranquillement et d’un pas asêez ferme vers un commissionnaire, fit donner un coup de brosse à ses vêtements et à son chapeau et s’éloigna tout doucement, sans paraître le moins du monde se ressentir des suites de sa terrible chute, ni sans laisser à son sauveteur d’autre témoignage de sa gratitude que quelques mots de remerciements.
- Or, sait-on quel est cet individu ? C’est un Brésilien d’environ cinquante-cinq ans, qui, une heure aupara-vont, venait de gagner â la Bourse quinze cent mille francs.
- Et sait-on quelle est la personne qui l’a arraché à la mort ?
- C’est un brave employé, sans aucune fortune, membre de la société des Sauveteurs, décoré de la médaille mi- ' litaire et à qui le ministre de l’intérieur adressait, samedi dernier, une lettre de félicitation pour un pareil acte de courage,
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- JLe» enfant® abandonnes. — Le préfet de la Seine vient de recevoir un rapport émanant de l’Assistance publique sur la question des enfants abandonnés.
- Sur 219,000 enfants de six A quatorze ans, habitant Paris, 7,000 ne fréquentent pas l’école.
- En 1879, on a arrêté 1672 enfants ; 1,S48 ont été déférés au parquet; 124 ont été rendus à. leurs parents sans jugement; 1,033 avaient été arrêtés pour vagabondage et mendicité ; dans ce chiffre, on comptait quatre-vingts filles.
- En dehors de l’hospice de la rue Denfert Roohereau, l’administration ne possède, ainsi que nous l’avons dit, aucune crèche, aucun orphelinat, aucun établissement soit départemental, soit municipal, soit hospitalier.
- Le rapport conclut a Tenvoi chaque année de six cents enfants chez les industriels des départements qui leur
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- LE DEVOIR
- apprendraient un métier et leur feraient donner l'instruction primaire. Ces enfants seraient pris, moitié parmi les abandonnés, moitié parmi les assistés.
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- Victime de la science. — M. D..., étudiant en médecine, s’était fait, en disséquant un organe malsain, une piqûre qu'il avait crue suffisamment cautérisée après l’avoir brûlée à la pierre infernale.
- Lejeune homme s’affaissait, mercredi soir, dans la rue Saint-Honoré, en proie à des spasmes violents On le releva et on le conduisit dans une pharmacie, mais rien ne put apaiser cette terrible crise.
- Transporté à l’hôpital Beaujon, il expira au bout de quelques instants dans d’affreuses convulsions. Le visage et le corps étaient devenus presque noirs.
- Le corps, envoyé à la Morgue en l’absence de toute indication d’identité, y a été reconnu avant-hier par le docteur D..., père du malheureux jeune homme.
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- Un baptême civil. — Dimanche 5 septembre, a eu lieu à Nîmes, un baptême civil, rue du Mail, 34.
- Plus de soixante partisans de la libre pensée, y assistaient. L’enthousiasme a gagné tous les convives, lorsque le parrain de l’enfant a déclaré que la libre pensée repoussant toute forme extérieure, cette solennité devait être dépouillée de toute emblème symbolique, rappelant de près ou de loin les coutumes du passé; qu’il s’engageait à guider ce jeune enfant dans le chemin de la vertu et de l'honneur, à l’aider à vaincre les difficultés économiques et morales de notre société actuelle, enfin à lui donner les moyens de devenir un homme libre et de mœurs irréprochables en même temps qu’un bon citoyen.
- Une quête a été faite qui a produit la somme de 15 fr. 65, qui servira à créer un carnet à la Caisse d’épaigne au profit du nouveau-né.
- Des chants patriotiques ont terminé cette fête de famille de la libre pensée.
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- Nouveau journal ouvrier, — Le journal 1*Emancipation, organe1 du parti ouvrier, dont l’apparition était annoncée pour le 1er octobre prochain, paraîtra définitivement le 20 du même mois,
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- Protection de» femmes. — Une réflexion de M. Alexandre Dumas, après avoir montré où peut conduire l’accumulation de crimes que la conscience absout et que la loi condamne :
- « Et tous ces désordres, dit-il, tous ces crimes, tous ces scandales, toutes ces illégalités, parce que vous n’avez pas le courage, car ce n’est pas le temps qui vous manque, de faire des lois qui assurent à l’honneur des filles les mêmes garanties qu’à la plus grossière marchandise,qui rendent la même justice à tous les enfants de la même espèce, de la même patrie, de la même destinée, et qui autorisent celui des deux époux que l’autre déshonore, sa liberté, son utilité, sans avoir recours à l’adultère, à la stérilité, au suicide ou au meurtre. »
- SUISSE
- Situation de» association» ouvrières.
- — Il parait que la crise qui travaille depuis longtemps la Société VArbeiterbund devient aiguë.* Des dissidences marquées se sont produites dernièrement dans son sein, et, pour comble de malheur, les fonds commencent à manquer. Les uns travaillent à une fusion avec la Société du Grütli, les autres rêvent la création d’un nouveau parti démocrate-socialiste, qui ne comprendrait toutefois que les Suisses ; les troisièmes, enfin, les meneurs étrangers, voudraient établir en Suisse un centre de propagande révolutionnaire internationale, destiné surtout à rayonner sur l’Allemagne.
- U© droit, au travail à Znrieh. — jv
- manche a eu lieu au’Yieux-Stand une assemblée d’oq..' vriers, pour prendre des mesures en vue du manque d’ouvrage pendant la mauvaise saison.La réunion cornu tait environ 500 participants ; elle était présidée par Bosshard, de Zurich: M. Greulich, rédacteur de ], Tagwacht, fonctionnait comme secrétaire. L’Etat a été invité à entreprendre certains travaux extraordinaires
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- U ne application imprévu - de l’as^o, ©iation. — A Yættis, canton de Saint-Gall, raconte lè Bund, il s’est formé une association de femmes, dont les membres se sont engagés à travailler énergiquement à réprimer, pour leur propre compte d’abord, puis auss chez les autres, l’abus du bavardage, de la médisance et contre les conversations malséantes,surtout en présence des enfants. — Avec le produit des amendes, on achètera des habillements pour des enfants pauvres.
- Cafés <1© tempérance. — Deux cafés de tempérance ont été ouverts dans le canton de Berne le pr septembre, l’un à Bienne, l’autre à Tramelan. Dans cette dernière localité, l’établissement offre au public deux salles de lecture et de conversation, dans lesquelles se trouvent un choix de journaux politiques, religieux scientifiques, de bons livres, puis une salle où se débitent toutes sortes de boissons non alcooliques.
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- Eclairage électrique du tunnel du St-Gfotîiard. — On a l’intention de tirer parti des machines et moteurs hydrauliques à Goeschenen et à Airolo pour l’éclairage du tunnel a i moyen de l’électricité. Si les études faites à cet effet donnent un résultat satisfaisant, l’Europe jouira du spectacle unique, dans son genre, d’un tunnel long do 13,942 mètres,éclairé par la lumière éleetrique On avait déjà essayé d’introduire ce système durant les travaux, mais la clarté était trop intense et les ombres qu’elle jetait si prononcées que les ouvriers voyaient beaucoup moins qu’à la lueur de leurs petites lanternes de travail.
- ANGLETERRE
- Les canons de 1OO tonnes, — De nouvelles expériences avec ces engins colossaux se poursuivent depuis plusieurs jours à Woolwich. Quatre de ces pièces, achetées il y a deux ans aux fonderies d'Elswick, vont être transportées à Malte et à Gibraltar. Avant de les embarquer on les essaie devant un corps d’officiers be premier essai a eu lieu jeudi.
- Une des pièces, placée sur une fondation en maçonnerie où une machine la fait pivoter, a été chargée avec 425 livres de poudre et un boulet de 17 pouces 3/4 de diamètre, pesant 2020 livres!
- La détonation a fait trembler le sel jusqu’à une grande distance.
- Le prix de revient de chaque coup de ces engins colossaux représente un capital supérieur à celui que grand nombre de familles ouvrières seraient heureuses de posséder.
- ITALIE
- La prévoyance. — Nous trouvons dans le journal U Sole des détails sur le mouvement italien en faveur de la prévoyance.
- Les principales questions de prévoyance, en ce moment à l’ordre du jour, sont, avec les Services d’épargne( les Sociétés de secours mutuels, dont on vient de faire * Milan et à Rome par les soins de la caisse d’éparge Milan et du ministère du commerce, une précieuse table de morbosité (moyenne relevée dans les statistiques <l dix ans de cent soixante-deux sociétés, montrant i nombre des jours de maladie par an et par individu, su;-vaut l’âge, le sexe et la profession), pour servir de ha
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- scientifique et précise aux sociétés do secours mutuels, conformement à un vœu exprimé au congrès de 1878.
- Puis les caisses de retraites, question qui est en ce moment l’objet d’études approfondies en France, en Suède, en Allemagne, en Italie et en Russie.
- Et ies banques populaires, qui, grâce aux règles précises et aux sages procédés adoptés, ont si bien réussi en Allemagne par M. Schultze-Delitsch, en Belgique par H. Andrinou, et en Italie par M. Luzzatti, tandis que d’autres tentatives, organisées sous d’autres errements, ont ailleurs constamment échoué. D’où l’on voit, comme l’a mis si bien en lumière le congrès des institutions de prévoyance de 1878, que ces institutions doivent s’établir et se régler par l’étude scientifique des lois sociologiques des expériences administratives; sans quoi elles se perdent et se discréditent dans des essais d’aventure.
- Les institutions de prévoyance sont devenues aujourd’hui des instruments de précision, et c’est par là qu’elles mettent admirablement en œuvre utile les modestes et précieuses ressources des ouvriers.
- RUSSIE
- Utilisation de l’armée pour ies tra-vmix j>Tst>iics. — Nous lisons dans la Voix :
- I! y a quelques années, un essai très heureux de construire des .chemins de fer en employant les soldats comme ouvriers a eu lieu dans les environs de Saint-Pétersbourg. En moins de neuf jours le camp de Krasnoé-Sélo avait été relié à Tsarskoé-Sélo. Bientôt après la même expérience se renouvela dans ies environs de Moscou. Pendant la guerre de Turquie, on a employé des bataillons entiers pour des constructions de voies ferrées. La station d’Unghéni et toutes les voies latérales qui y aboutissent se trouvaient sous la surveillance directe du personnel militaire. L'est aussi de cette manière qu’on a construit les chemins de fer de Frateschti et de Bender-Gfalatz, destinés aux transports des blessés. On sait que le chemin de fer de Bender-Galatz, d’une étendue de trois cents verstes, a-été construit en deux mois et demie, malgré qu’il traversât les contreforts des Karpathes. Cette célérité avait étonné les étrangers qui ont examiné les plans de ces constructions à l’exposition da Paris. Les excellentes cartes topographiques de notre état-major ont beaucoup contribué à accélérer les travaux.
- Après la guerre, le personnel technique militaire avait obtenu l’autorisation d’explorer le terrain pour construire une ligne de chemin de fer reliant Imérinka à No-vo-Sélitsy, près de la frontière autrichienne. Le gouvernement a maintenant autorisé la construction de cette voie ferrée, pour laquelle tout le matériel sera fabriqué exclusivement eu Russie.
- AUSTRALIE
- Nouvelle Gî-alle dn Sud. — Le Journal officiel nous annonce l’arrivée, à Melbourne, du Finistère. Ce navire, qui portait les produits de France pour l'exposition, parti le 15 mai, a mouillé, le 1er août, dans la baie d’Hobson. L’arrimage était parfait, et rien n’a bougé dans la cargaison. On a commencé le déchargement le ; lendemain.
- Le Rhin est en route pour la France, avec les objets non vendus a l’exposition de Sydney de 1879, après avoir débarqué à Melbourne les objets qui doivent figurer à nouveau dans l’exposition de cette année. Le consul de France est le commissaire délégué à cet effet.
- L’exposition sera brillante. Ce n’est pas du reste sans efforts que les Australiens ont pu atteindre le degré de prospérité que Ton va constater.
- Les chemins de fer de la Nouvelle-Galles du Sud ont déjà 400 milles de longueur; le trajet de Sidney à Melbourne, de plus de 540 milles, se l'ait en vingt heures. Avec sa politique de libre échange, la colonie n’a rien Négligé pour obtenir des résultats dans ce sens; elle a fait plus de progrès que ses voisins.
- La Nouvelle Galles a 310,000 milles mètres carrés d’é-fendue, pendant que le territoire de Victoria n’en a que
- 80,000 et il y a assurance d’une grande prospérité. Les revenus des trois derniers mois ont dépassé de beaucoup ceux de l’année précédente, de 320,000 L, et les douanes ont rapporté 40,000 1., ce qui indique clairement la prospérité générale du pays. L’impôt par tête est de 1 1. 15 s. G d, et la dette publique est de 26 1. 10 s. par tète.
- Les exportations ont monté au chiffre de 13.860,000 L, do'unant un produit de 38 1. 4 s. 3 d, par habitant.
- Les concessionnaires de terres sont arrivés aujourd’hui à compléter le chiffre des versements de 9,000,000 livres ; l’intérêt annuel, au bout des trois années de crédit accordées, atteint 450,000 livres.
- Le revenu total consolidé arrive à 1,250,000 livres. Le cens doit donner cette année près de trois millions d'habitants à l’Australie, et les chemins de fer qui réunissent i la Nouvelle-Galles et Victoria n’en feront bientôt qu’un | seul Etat L’avantage de la confédération de ces Etats l est évident, et Ton'tend, eu Angleterre, à rendre effec-jj tive, dans l’avenir, cette union des colonies austra-| liennes, daus l’intérêt de l’industrie et du commerce.
- Nouvelle méthode d’Anglais
- On s’est occupé au Congrès de l’enseignement, à Bruxelles d’une nouvelle méthode d’anglais qui a été expérimentée à Paris avec un succès complet dans divers établissements privés, et qui va probablement devenir obligatoire dans ies écoles supérieures de la ville de Paris. Le caractère nouveau de cette méthode consiste dans la figuration des sons, d’une façon qui ne dénature pas l’orthographe. M. Walker d’abord, M Spiers ensuite ont représenté les sons à l’aide d une clef à laquelle correspondent des chiffres placés sur les voyelles.des mots; mais ils iront pu éviter d’altérer la forme orthographique. En étudiant leur système et en lui faisant subir d’heureuses modifications, l’auteur du nouvel enseigne-meut, M. Berger, est parvenu à indiquer la prononciation sur le mot même, sans en changer l'orthographe. C’est là un résultat très remarquable et, comme je l’indique plus haut, la méthode a donné des résultats inattendus, au point qu’au bout de six à huit leçons des enfants ont été capables de lire couramment, avec une bonne prononciation, des pages prises au hasard dans un livre quelconque.
- LE CONGRÈS DE LA LIGUE DE LA PAIX ET DE LA LIBERTÉ.
- La Plèbe, revue socialiste, paraissant à Milan, dans son numéro du 27 septembre, examine les deux résolutions votées par le Congrès de la Ligue de la paix et de la liberté et dont nous avons parlé dans notre dernier numéro.
- Abordant la seconde résolution, « nous ne sommes pas partisans », dit-elle, « des Familistères. Si les ouvriers voyaient là le chemin d-e leur réelle émancipation, ils réclameraient partout des Familistères, et on en compterait des centaines en Europe, à cette heure. Or, il n’y en a encore que deux, et tous dépendent d un seul capitaliste.
- « Nous avons à ce sujet interrogé des ouvriers français et ils nous ont répondu que ces Familistères sont comme des séminaires, des couvents, des collèges, quelque chose, en somme, qui enlève aux ouvriers leur aspiration naturelle vers la vie publique, parce que là, en dépit do certaines commodités et de certains avantages, .le travail est toujours séparé du capital,lequel, somme toute, inspire, anime, dirige et discipline. La chose serait tolérable quand le capitaliste est un homme comme M Godin. Mais
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- de grâce, combien de capitalistes depuis 20 ans ont imité son exemple ?
- « Quand une institution se gouverne uniquement parce qu’elle a à sa tête un homme capable de la conduire, cela veut dire que c’est une institution qui n’a pas en elle-même les éléments pour se gouverner.
- « Godin mort, les Familistères deviendront une opération industrielle comme cela se voit partout.
- « La ligue internationale de la paix et de la liberté, plutôt que de perdre son temps en félicitations à un gouvernement et à un homme, aurait mieux fait d’examiner avec plus de profondeur de vue le problème social. »
- Il ne nous appartient pas, à cette place, de restaurer les considérants et la résolution du Congrès de la Ligue de la paix et de la liberté,si prestement attaqués par la Plèbe.
- Si affirmer et prouver étaient synonimes, nous serions bien inquiets sur l'avenir le notre Familistère ; nous ne saurions même pas le reconnaître dans le présent, avec le tableau qu’en trace la Plèbe à grands traits rapides, ce qui est son droit, mais peu ressemblants, ce qu’il est de notre devoir de relever.
- « Nous avons », dit la Plèbe, « interrogé des ou vriers français, et ils nous ont répondu — la Plèbe oublie d’ajouter : « Qu’on leur avait dit » — que ces Familistères étaient comme des séminaires, des couvents, des collèges, etc. Vraiment, les renseignements de la Plèbe sont-ils bien exacts? Ils nous rappellent cette définition académique de l’écrevisse: un petit poisson rouge qui marche à reculons. Mais le petit poisson n’est pas un poisson, il n’est pas rouge, il ne marche pas à reculons.
- A cela près la définition est exacte. On ne trouve pas de frère tourier dans ces couvents ; pas de corps de garde, dans ces casernes, pas même l’inévitable, le légendaire concierge des grandes villes, si lourd aux journalistes qui édifient la question sociale, en démolissant les Familistères ; le tout d’un trait de plume,
- u Ces Familistères maintiennent la séparation entre le travail et le capital qui inspire, dirige,etc. »
- Que la Plèbe consulte les habitants du Familistère; ceux-ci lui diront, qu’ils sont certains d’avoir, en moins de 20 ans entre leurs mains ouvrières le capital, tout le capital, fonds de roulement, usine, maison, etc , et que déjà iis en possèdent une partie.
- Il est évident que les capitalistes n’ont pas encore imité l’œuvre deM. G-odin ; mais en quoi cet argument peut-il être invoqué contre le Familistère? Nous pensons que la plupart des capitalistes préféreront empocher les bénéfices de leur industrie, plutôt que de suivre le bel exemple donné par le fondateur du Palais social. Mais nous pensons aussi qu’il n’est pas étonnant que les capitalistes, mus par des vues égoïstes, ne fondent pas des Familistères, alors que la Plèbe qui croît défendre les intérêts ouvriers, déclare n'en être pas du tout partisan.
- Hélas ! non, les industriels ne se sont pas hâtés de construire des Familistères. Le Familistère de Guise est encore le seul, (car il n’y en a qu’un).
- En terminant nous engagerons la Plèbe à différer les de profundis qu’ejle entonne sur l'avenir de notre Familistère. Si, plus désireuse d’avoir des preuves que d’en fournir, elle tient à savoir sur quoi nous fondons notre affirmation, nous lui dirons que le Familistère, administré par ses conseils, constitué légalement en société, a dans son sein tous
- les éléments nécessaires pour fournir la longue car-rière de 99 ans, que lui assure son contrat statutaire, et que, pour le surplus des renseignements elle peut se reporter à la conférence faite au théâtre du Familistère, par M. Godin à ses ouvriers depuis longtemps déjà ses associés, conférence qu’une heureuse coïncidence place dans le numéro de ce jour, ce qui nous dispense d’une plus longue réponse.
- J. Pascaly.
- CONFÉRENCE DE M- GODIN
- 30 septembre 1880, 7 heures 1/2 du soir.
- Mesdames et Messieurs,
- Depuis 20 ans je vous ai souvent parlé d’Association. À peine le Familistère était-il en construction que déjà je vous réunissais pour vous expliquer ce que devait être cette fondation. „
- Ce fut sous ces auspices qu’en 1860 le Familistère fut habité. Des conférences eurent lieu depuis à différentes reprises, afin d’expliquer le but de l’œuvre et de vous faire embrasser les perspectives qu’elle comportait.
- Aujourd’hui, une association est réalisée entre vous et moi. Le Familistère et ses usines de France et de Belgique sont devenus notre propriété commune.
- Les statuts de cette Association ont été déposés, vous le savez tous, au greffe de la justice de paix, à Yervins, a Bruxelles, partout enfin où cela était nécessaire. La raison sociale de notre Société est Godin et Cie. Ce n’est donc plus, je répète, M. Godin qui possède les usines et le Familistère de Guise, c’est une personne civile nouvelle, la Société du Familistère, dont je ne suis que le Gérant.
- La Société a pour objet, comme il est dit à l’art. 5 des statuts : l’exploitation locative de l’immeuble constituant le Familistère, c’est-à-dire que dorénavant c’est pour votre compte que sont payés les loyers du Familistère. Vous en bénéficiez selon vos droits dans la Société.
- L’objet de l’Association comprend en outre : l’exploitation commerciale des magasins et débits du Familistère. (le qui veut dire que la vente se fait à votre profit dans les services d’épicerie, mercerie, boucherie, etc... etc...
- C’est là un point de vue qui vous a échappé jusqu’ici. Si vous avez assez d’intelligence, de prévoyance et de perspicacité pour être fidèles à vos propres magasins, à vos propres intérêts, vous verrez les ventes augmenter dans des proportions qui assureront sans peine à chacun de vous, annuellement, 50 francs de plus de répartition.
- Outre les objets que je viens d’énumérer, il y a enfin l'exploitation industrielle des usines de Guise et de Laeken-lez-Bruxelles (Belgique). Les bénéfices de ces établissements vous reviennent également Si la sagesse vous conseille de faire vos achats journaliers au Familistère, combien elle vous conseille aussi de travailler dans tous vos ateliers avec économie et d’éviter tout gaspillage et toute perte de temps ou de matières.
- Peut-être ne savez-vous pas que par mille petites éco-nomies aujourd’hui négligées : bouts de fer mis de côté, combustibles épargnés, outils gardés en bon état, etc... vous pourriez réaliser une épargne qui augmenterait dans une forte mesure la part de bénéfices à revenir à chacun de vous.
- Car vous ne bénéficiez pas seulement des économies que vous réalisez, mais vous avez encore les profits de l’industrie.
- L'Association sous ce rapport va vous donner, dès celte année, de si gros bénéfices, que ceux d'entre vous qui ont été choisis comme associés vont tops posséder,et au-delà, les 500 francs fixés par les statuts comme condition d’admission des associés. J’avais cru être obligé de fah’e une avance à quelques-uns pour compléter cette somme, mais il n’en sera pas ainsi.
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- Tg vous ai dit l’objet de la Société, je vais mainteuaut f ttirer votre attention sur le caractère particulier de | a tte Société, sur ce qui en fait une œuvre spéciale et i f^jte nouvelle. Jusqu’ici c’est au Capital que dans toutes |° sociétés on a fait la plus large part. Lui seul même mit admis au partage des bénéfices, et il semblait •iTioossible qu’il en fût autrement.
- Ici, au contraire, c’est aux travailleurs que la Société vrè ses principales catégories de membres. Elle com-rend des associés, des sociétaires, des participants, des •ntéressés ; mais la condition indispensable, pour être ^ocié. pour avoir les droits les plus complets, c’est rure travailleur. Voilà le trait caractéristique de l’œu-ç.e II n’est exigé de l’associé que d’être travailleur, ravoir de la conduite, de savoir lire et écrire; et sans gu'il ait déboursé un sou, il est appelé à participer aux bénéfices selon ses salaires ou appointements. ü Les différents titres dans l’Association s’acquièrent dans les formes et conditions réglées par les statuts. Ils reposent sur la différence des mérites et des services rendüs et donnent des droits différents.
- L’associé a place privilégiée sur tous les autres membres; le sociétaire vient ensuite, puis le participant. L’intéressé, enfin, celui qui n’est que possesseur d’une part d’intérêt arrive le dernier et n’a point d’autre droit pue de toucher les intérêts qui lui sont dus.
- * Le capital sans le travail ne jouit donc ici d’aucun droit d’administration. Pour que les privilèges vous soient accordés, il faut que vous soyez travailleur. 1
- Dans quelques jours les titres qui vous reviennent § vous seront remis; on les imprime en ce moment Vous I serez portés les uns comme associés, les autres comme sociétaires; mais la base de <es qualités, je le répète, c'est d’être travailleur. Si vous cessiez de participer en cette qualité aux opérations de l’Association vous ne seriez que des intéressés pour la somme dont vous pourrez être possesseur, mais vous perdriez tous autres droits.
- Les conditions générales pour être admis dans l’Association sont réglées comme suit par l’art. 10 des statuts :
- « 1° Etre d’une moralité et d’une conduite irréprochable.
- » 2° Adresser à l’Administrateur-Géraut une demande d’admission, sur une formule délivrée dans les bureaux de l’Association, laquelle demande doit, contenir tous les renseignements exigés sur le postulant;
- » 3° Prendre connaissance des statuts et des réglements qui y sont annexés et adhérer expressément aux dispositions qu’ils renferment. »
- Ici, il me paraît utile de vous dire quelques mots des listes qui ont été affichées et qui contiennent les noms des associés et des sociétaires arrêtés jusqu’à ce jour.
- Four fonder l’Association, il fallait, vous le comprenez, se mettre en accord avec la loi. Je devais donc signer l’acle statutaire avec quelques personnes, ne serait-ce qu’une seule, et l’acte une fois signé, procéder aux dépôts légaux et aux formalités' voulues. *
- Les statuts imprimés portaient place pour 18 signatai-res; j’appelai six associés, cinq sociétaires et 3 participants i signer avec moi l’acte constitutif de notre Société, afin que les trois catégories des membres fussent représentés. Les statuts furent déposés ainsi :
- Des feuilles de papier timbré ont été ajoutées aux plumes des statuts pour recevoir les nouvelles adhé-sions à mesure qu’elles se produiront. Vous pourrez tonc tous y prendre part, si vous en avez le désir.
- Quant à présent il fallait nous arrêter à un premier Kroupe dans chaque catégorie afin de procéder aux opérions que les statuts réclament. C’est ainsi que des dates d’associés et de sociétaires vous ont été communiquées par vos élections de dimanche ; mais ces dsies ne sont pas closes ; de nouvelles admissions seront 11tes dans les conditions réglées par les statuts.
- , passe maintenant aux conditions exigées des sociétés (art. 17.)
- J; '}° Etre âgé d’au moins vingt-et-un ans et libéré du !
- » 2° Travailler au service de l’Association depuis trois ans au moins;
- » 3° Habiter le Familistère.
- » 4° Etre admis par le Conseil de Gérance et l’Admi-nistrateur-Gérant. »
- « Les Sociétaires peuvent, mais sans que cette condition soit obligatoire, posséder une part du fonds social.
- « Il y a, en outre, vous le savez, les conditions générales de conduite et de moralité exigées de tous les membres indistinctement.
- Passons aux conditions des participants (art. 18).
- « 1° Etre âgé d au moins vingt et un ans et libéré du service militaire dans l’armée active ;
- « 2° Travailler au service de l’Association depuis un an au moins;
- « 3° Etre admis par le Conseil de Gérance et l’Administrateur Gérant.
- ^ « Lés participants peuvent ou non habiter le Familistère et posséder uue part du fonds social.
- Enfin voici les conditions des intéressés art. 29.
- n Sont désignées sous le nom d’intéressés les personnes qui sont membres de l’Association seulement parce qu’elles possèdent, par héritage, achat ou tout autre voie, des parts du tonds social.
- « Les Intéressés n’ont pas d’autre droit que celui fixé par l’art. 31. »
- Le droit de l’art. 31 n’est rien autre que celui de toucher des intérêts.
- Vous verrez, en outre, par l’étude approfondie des Statuts, que des mesures sont prises pour que le fonds social se transmette régulièrement et constamment aux maii^s des membres actifs, c’est-à-dire des travailleurs, ouvriers et employés. Il en résulte que dans un certain nombre d'années, le fonds social tout entier, les usines, le Familistère seront passés en vos mains et que je serai remboursé. Vous serez les propriétaires du tout et si dans cent ans, notre Société existe encore, ce seront les travailleurs de cette époque qui vous auront succédé dans vos droits.
- Sans cesse, par les mesures ordonnées aux Statuts, ce sont les travailleurs mêmes qui possèdent et se transmettent le fonds social. Les membres qui, pour un motif ou un autre, cessent d’être travailleurs et ne conservent que le titre d’intéressés, cessent, comme je vous l’ai dit, contrairement à ce qui se paérse ailleurs, d’avoir droit d’intervention ou d’administration dans la Sociétéî Ici, ce n’est plus le capital qui commande et prend la première place, c’est le travail, ce sont ies employés et les ouvriers.
- Mais pour conduire uue telle œuvre, il faut bien vous persuader de l'importance qu’il y a à confier les premiers postes à l'intelligence et au dévouement. Vos votes auront donc une influence considérable. Ne les émettez jamais à ia légère, car vous vous amasseriez de graves causes d’embarras en nommant des poseurs ou des brouillons. Bientôt, les choses'péricliteraient, tandis que vous pouvez les maintenir en prospérité constante, si vous savez toujours ou reconnaître parmi vous la véritable intelligence, ou l’appeler du dehors quand elle vous fera défaut. Ainsi vous assurerez votre bien propre et celui de vos familles.
- Constituer les éléments d’une bonne administration pour une Société comme la nôtre est un point qui m’a coûté beaucoup d’études.
- Un conseil de Gérance est institué. Il est présidé par un Administrateur-Gérant. Ce conseil remplace le patron, Il comprend d’abord trois associés élus* par tous les associés. Néanmoins en ma qualité de fondateur je puis faire choix, pour le début, de ces trois conseillers.
- A côté de ces membres dont la nomination vous appartient, ii y a les chefs de fonction qui font partie de droit du Conseil :
- Le directeur commercial, qui fait les achats de matières premières et la vente fies produits, qui dirige les relations commerciales, lance les voyageurs, adresse à la clientèle circulaires, albums, etc...
- Le directeur de la fabrication qui saisit les commandes à leur arrivée, distribue le travail, veille à satisfaire le commerce et alimente les ateliers divers.
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- Le directeur du matériel qui construit les machines, outils, qui fait au besoin des ponts comme en ce moment, qui veillîe enfin à tous les gro3 travaux de la Société.
- Le directeur des modèles nui crée les produits nouveaux en tous genres, tâchant de devancer la concurrence. et de soutenir la réputation de la maison. C’est un rôle d’une si grande importance pour l’avenir de l’usine qu’il appartiendrait à tout le personnel d’y apporter son concours. Car certains faits peuvent révéler à l’un quelque besoin public, suggérer à l’autre une idée utile ; et tout cela combiné peut^amener la création d’objets destinés au succès.
- Vient ensuite le directeur de la comptabilité qui veille à la mise en ordre de tous les comptes, à l'inscription des commandes, aux écritures d’ateliers ; qui maintient l’ordre partout et dresse les comptes de profits de chacun des membres de l’Association. Vous voyez que de choses importantes ce rôle embrasse et comme il est né cessaire d’avoir dans ce service des employés actifs et vigilants.
- Enfin, à côté de l’usine vous avez votre habitation, le Familistère, dans lequel 1200 personnes environ sont logées. Une telle demeure exige naturellement une administration spéciale qui maintienne l’ordre et la propreté dans les choses d’un usage commun, qui veille à tous les soins indispensables, aux approvisionnements des magasins, enfin, à tout ce qui peut contribuer au bien-être des habitants. Ce fonctionnaire naturellement fait aussi partie du Conseil de Gérance.
- Telle est l’administration de la Société. Vous pouvez remarquer que tous les principaux services sont représentés. Tachez maintenant en ce qui vous concerne d’envoyer au Conseil de Gérance les meilleurs éléments possibles ; vous contribuerez ainsi à donner à notre association la vitalité et la prospérité qui sont si rarement le lot des industries individuelles.
- Remarquez qu’en France comme partout ailleurs nulle maison d industrie ne se soutient plus de 50 ans. Un chef intelligent la rend prospère. Il meurt. Arrivent les héritiers incapables de suivre l’œuvre du prédécesseur ou non disposés à le faire. Le trouble et bientôt la ruine succèdent à la prospérité. La maison disparaît.
- Dans l’Association, au contraire, des intéressés ayant à cœur le succès de l’entreprise sont toujours au poste. Ici, par exemple, la Société aura sans cesse dans ses principaux services les hommes les plus compétents ; et ceux-ci auront tout intérêt à former à côté d’eux de bons seconds. Mon successeur, s’il n’est désigné par moi de mon vivant, sera élu par les associés eux-mêmes; N’y a-t-il point là des garanties d’avenir cent fois plus fortes que celles offertes par une industrie individuelle ? Quelle sécurité pour nous dans l’inauguration d’une Société qui laisse les choses intactes à ma mort.
- Aujourdhui, je voudrais moi-même changer cette situation que je'ne le pourrais plus. La Société du Familistère est fondée pour 99 ans et d’une façon inébranlable. J’ai pris à ce sujet ies mesures les plus sûres, et vous pouvez vous reposer sur elles absolument.
- J’ai cru devoir entrer avec vous dans ces explications pour faire mieux comprendre combien il importe que vous prêtiez attention au vote que vous allez exprimer dimanche prochain. Vous allez constituer les comités des Assurances mutuelles concernant les allocations en cas de maladie, et les pensions de retraites.
- Songez que si dans le passé vous avez cru parfois que c’étaient surtout les éléments batailleurs qui étaient à leur place dans ces comités, où vous pouviez croire que vos intérêts différaient de ceux de l’établissement, il n’en est plus de même aujourd’hui. Il n‘y a qu’un seul intérêt ici, celui de l’Association en général ; ce qu’il vous faut, ce sout doue des hommes réfléchis, prévoyants et surtout sympathiques à la voie dans laquelle nous devons marcher désormais.
- Une réunion préparatoire de vos anciens Comités a eu lieu hier pour arrêter l’heure des élections et la constitution des bureaux. Les comités nouveaux seront constitués comme le prescrivent les statuts. L’élection de r dimanche prochain désignera neuf délégués élus au f
- Familistère parmi les associés et les sociétaires, n • jours après aura lieu à l’usine une élection anàîoj111 pour désigner neuf délégués choisis indistinctemp parmi les travailleurs de l’établissement. eai
- Les électeurs doivent avoir 21 ans révolus, et les • blés 26 ans. S1-
- Les dames du Familistère nommeront de leur côf<s
- neuf déléguées dimanche prochain. Les neuf dames » les neuf hommes élus au Familistère constituent re leur réunion le comité de direction de l’assurance ci-pensions et du nécessaire et du fonds de pharmacie 65
- Quant à la rétribution des services des assurance-elle est fixée comme suit par les art. 94 et 95 des rances mutuelles. ’'k'u‘
- Art. 94
- « Les membres présents à l’appel des noms au début de toute séance ont droit chacun à nue indemnité d présence de 25 centimes ; semblable indemnité leu est comptée par chaque demi- heure de présence aur séances. ux
- « Le Secrétaire a droit, en outre, à deux présences va-iant ensemble 50 centimes pour chaque procès-verbal qu’il rédige. d
- » Une indemnité de deux présences est également comptée à chacun des visiteurs de semaine surle vu de, sa feuille de visite.
- Art. 95.
- « En ce qui concerne l’Assurance des travailleurs chacun des membres du comité sans exception, reçoit une allocation mensuelle de 5 francs. ’ v
- « Une indemnité proportionnelle à son gain particulier et au temps employé est allouée au visiteur qui avec l’autorisation du Président, consacre son temps à faire près d’un malade l’enquête nécessaire.
- « Les rétributions indiquées par cet article et par le précédent sont portées aux frais généraux de l’Association. »
- Je crois, mes amis, vous avoir ainsi suffisamment indiqué les points importants qu’il était utile de mettre en lumière de-ant vous pour dimanche pm chain.
- Quant aux principes qui ont présidé à la composition de nos règles statutaires, vous ne pouvez réellement eu faire l’étude fructueuse que dans le volume même des statuts. Votre plus grand intérêt serait de lire et d’étudier ce volume qui ne peut, que dévelopoer en vous les sentiments les meilleurs et vous rendre propres à la pratique de l’Association.
- Peut-être cette lecture n’est elle pas aussi amu- ante que celle d’un roman ; mais en raison de l'iuiérèt profond qu’il y a pour vous a vous initier à cette œuvre, vous devriez faire sur vous-même l’effort voulu pour en lire, ne serait-ce qu’une page chaque jour. Au bout d’un certain temps, vous posséderiez le volume. Une moralité plus haute, plus rationnée, se ferait éveillée dans vos cœurs ; vous auriez la connaissance de vos devoirs, de vos droits ; vous comprendriez mieux par quels moyens les travailleurs peuvent opérer leur régénération en prenant en mains les rênes de la Société.
- Car ce sont les travailleurs qui doivent un jour posséder l’empire du monde. Par le labeur de chaque jour, ce sont.eux qui nourrissent et entretiennent la Société et, quelle que soit la position que l’avenir leur réserve, ils ne cesseront d’accomplir cette œuvre glorieuse.
- Le travailleur sans cesser d’ôtre l’homme utile quil est aujourd’hui, doit être mis eu mesure d’accomplir tâche avec plus de facilité et de bien-être.
- Vous êtes ies premiers à qui un intrument tout-puis saut de régénération est confié; vous êtes appelés Par cela à donner un grand exemple au monde ; à indiquer a vos frères par quels moyens leur sort peut être améliore-Elevez-vous donc à la hauteur de celte mission. Ce ne.^ pas seulement votre intérêt personnel qui vous le coni' mande, c est l’intérêt de vos enfants, de vos famihe:. c’est l’intérêt de vos camarades, l'intérêt des travailleur-' i du monde entier.
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- tE DEVOIR
- adresses ouvrières
- I.
- Oelle des oarriers <1© Clermont
- Kous avons plusieurs fois eu l'occasion de signaler — et nous avons fait cette constatation non sans plaisir — que la majorité des travailleurs, laissant à l’écart les doctrines anarchistes, avaient pris le meilleur chemin pour arriver à la solution du problème social.
- Une nouvelle preuve nous en est fournie aujourd’hui. A propos du congrès ouvrier qui va s’ouvrir bientôt au Havre, les délégués des ouvriers de Clermont-Ferrand viennent d’envoyer, dans toute la France, une circulaire dont voici les principaux passages :
- En nous convoquant au congrès ouvrier de Marseille, v est-il dit, les organisateurs "avaient élaboré et publié un programme qui contenait un grand nombre de questions dignes d’appeler l’attention des ouvriers sérieux.
- A l’encontre de beaucoup de centres républicains, cependant progressistes, nous avons cru devoir envoyer des délégués au congrès.
- Nous aurions voulu y voir un nombre considérable d’hommes bien intentionnés et déterminés h lutter pour les choses pratiques, afin qu’il sortit cette fois de ce troisième congrès ouvrier, des solutions ardemment désirées par toute la partie honnête et réfléchie de la population.
- L’appel trop tardif que nous avons adressé, de notre côté, aux ouvriers de France n’a pu aboutir au résultat que nous souhaitions. Le congrès de Marseille, comme ses devanci rs, a vu d’excellentes idées dénaturées et anéanties en quelque sorte par les absurdités qui s’y sont débitées.
- Là où il fallait embrasser tout de suite les questions les plus réalisables, telles que les chambres syndicales, les écoles, renseignement professionnel, etc., etc , des hommes qui semblaient être envoyés par des partis ennemis ont donné le pas aux questions sociales les plus controversées et émis des idées que nos délégués ont qualifiées, à juste titre, d’insurrectionnelles.
- * Encore une tois. rien de sérieux, de pratique, de réalisable, n’a pu se dégager de ces discussions.
- Devons-nous en rester là ?
- Voulons-nous, oui ou non, une République progressive ?
- La circulaire invite ensuite les travailleurs à se grouper afin de s’occuper ensemble des affaires du pays, et propose de mettre à l’ordre du jour ]es questions suivantes :
- l°Le secret absolu du vote afin d’affranchir le faible de la pression exercée par le fort ;
- 2° Le mandat de courte durée, pour que les députés soient sans cesse l’expression de la volonté des électeurs ;
- 3° L’extension de l’éducation et de l’instruction, en prenant l’Amérique pour exemple, et en ayant soin que l’instruction à tous les degrés soit laïque, et qu’elle soit gratuite et obligatoire pour le premier degré, avec un grand développement de renseignement du travail jûanuel pour l’apprentissage et l’introduction, dans toutes les écoles de garçons, de l’instruction et des exercices du soldat ;
- Le service militaire obligatoire pour tous, sans exception, attendu que c’est, pour la jeunesse, la dernière 8rande école ;
- La décentralisation administrative ;
- o° La liberté de réunion, que nous ne pouvons man-de réaliser si la pepulation est assez sage pour la **dre possible ;
- Ne s'occuper d’une loi sur les associations qu’en se mettant complètement en garde contre les dangers des corporations religieuses;
- T L’impôt unique, appliqué d’abord avec de grands ménagements, mais s’en occuper immédiatement ;
- 8° Pour la magistrature, accorder une part au suffrage universel, tant pour les nominations que pour les révocations ;
- 9° Organisation des caisses de retraite pour la vieillesse ;
- 10® Etablissement, partout où cela se peut, de conseils de prud’hommes et de chambres syndicales ; reconnaissance légale de ces dernières ;
- Gomme mesure de sécurité publique et pour aider à l’éducation du peuple, réaliser les trois articles suivants :
- 11° Le vagabondage et la mendicité empêchés ;
- 12° Exportation sur les îles des récidivistes incorrigibles ;
- 13* Délivrer complètement le pays des congrégations enseignantes ou autres.
- II
- Celle «les* sellier'® <1© Paris
- L’exemple de Clermont a été suivi. La chambre syndicale des ouvriers selliers de Paris adresse à ses adhérents un égal appel à la sages.se et à la modération. Elle les invite à protester contre les menées des anarchistes révolutionnaires et à prêter leur appui à l’étude de toutes les questions tendant à l’amélioration du sort des prolétaires.
- Ainsi engagées, les délibérations du congrès ouvrier du Havre ne peuvent qu’aboutir. La question sociale, qu’on le veuille ou non, domine toutes les autres; il est impossible de l’écarter ni d’en dissimuler l’importance. Nous la voyons entrer dans une phase nouvelle et nous nous en félicitons, car de sa solution rationnelle et pacifique dépendent non-seulement le bien-être des populations laborieuses, mais la garantie de l’ordre public.
- III
- Celle «le la Société die» TrÆtvaillenirs amis «le la, paix
- Citoyens,
- Depuis sa fondation, notre Société n’a cessé de signaler à nos concitoyens les immenses inconvénients, les énormes charges, les dangers très réels de l'ancienne politique fondée sur la guerre.
- Nous avons, en toute occasion, recommandé la 'politique nouvelle, la politique de la science, du travail et de la paix.
- Par une active correspondance entretenue avec les autres Sociétés ouvrières de la paix de l’Europe, par des réunions publiques, par des publications de tous genres, nous nous sommes efforcés de faire comprendre l’avan -tage qu’il y aurait, pour tous les peuples, à substituer l’arbitrage à la guerre, à se lier entre eux par des contrats d’arbitrage et à commencer enfin un désarmement proportionnel et simultané.
- Cette propagande a été bien accueillie par les travailleurs de tous les pays; les vieux partis monarchiques, les classes privilégiées, les ambitieux l’ont seuls combattue.
- A tous les Congrès ouvriers, nous avons exposé quelques-uns des points de notre doctrine pacifique, et nous avons été assez heureux pour la voir reçue avec faveur dans ces assemblées populaires.
- L’année dernière, notre secrétaire, le citoyen Dautbier, délégué des selliers, a saisi le Congrès de Marseille d’une
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- LE DEVOIR
- proposition émanant de notre Comité et tendant à l’a- \ doptiou du principe de l’arbitrage.
- Malheureusement, en dépit des applaudissements qui l’ont accueillie à la lecture, cette résolution n’a pas été votée à la tin du Congrès.
- Un point aussi essentiel n’aurait pas été omis dans les résolutions du Congrès de Marseille, si les délégués pré seuls à cette réunion avaient reçu de leurs syndicats le mandat précis :
- H. De protester contre les charges personnelles et pécuniaires que l’existence d’un ministère de la guerre impose aux contribuables et qui pèse surtout sur la classe ouvrière, laquelle fait cinq années de service et paye la plus grande partie du budget à titre de consommateurs ;
- 2o De recommander l’établissement d’un tribunal permanent d’arbitres ;
- 3° Et d’ « inviter les électeurs de tous les pays à ne » voter que pour des candidats favorables au désarme-» ment. »
- Au moment où toutes les Chambres syndicales ouvrières organisent leur délégation au Congrès qui va s’ouvrir au Havre en novembre prochain, nous nous faisons un devoir, citoyens, d’appeler votre attention la plus sérieuse sur ce point, et de vous prier de donner mandat à vos délégués de soutenir la solution suivante :
- « Le Congrès ouvrier socialiste du Havre:'
- « Considérant que la guerre est contraire à la raison et à la justice, excepté quand elle a pour objet la défense légitime ;
- « Considérant que la préparation de la guerre enlève au peuple ses plus vigoureux enfants, qu’elle déshabitue du travail et impose des charges pécuniaires écrasantes à la nation, c’est-à-dire aux populations travailleuses qui en forment l’immense majorité ;
- « Considérant que la guerre fait répandre un sang précieux, inflige des souffrances horribles, gaspille et détruit les richesses, fruits du travail, plonge des milliers de familles dans la misère ;
- « Considérant que les peuples n’ont aucun intérêt à se faire la guerre, puisque, par l’échange, la richesse d’un pays produit la richesse de l’autre ;
- « Considérant que la guerre n’engendre que la guerre et la suppression des libertés publiques ;
- « Considérant que la crainte de la guerre et la préparation des moyens de la soutenir détournent l’attention du public et celles des membres du Parlement de la question sociale ;
- « Le Congrès ouvrier socialiste du Havre déclare don -ner son adhésion solennelle à l’établissement d’un tribunal permanent d’arbitres, chargé de juger les différents internationaux;
- « Le Congrès ouvrier français invite, en outre, les ouvriers de tous les pays à formuler une semblable décla ration dans leurs Congrès nationaux, afin qu’on ne puisse dire d’aucun peuple qu’il veut la guerre et qu’il est un obstacle à l’établissement de la paix définitive.
- « Il invite, enfin, les électeurs de tous les pays à ne « donner désormais leurs suffrages qu’aux candidats « qui s’engageront formellement voter le désarmement « et la substitution de l’arbitrage à 1a, guerre. »
- Pour le prolétariat tout entier, c’est un grand et impérieux devoir, citoyens, d’appuyer la politique de la paix et de combattre cette politique de revanche par la guerre, qui placerait le pays dans cette terrible alternative : vaincu, de se voir diminué de nouveau après d’immense pertes d’hommes et d’argent, — vainqueur, de voir toutes ses libertés foulées aux pieds d’un chef triomphant.
- La politique de la paix, maintenue, grâee aux efforts intelligents des ouvriers, a donné à notre pays dix années d’un calme qui lui a permis de se relever.
- C’est aux ouvriers, unis toujours dans ce grand intérêt, à achever cette œuvre salutaire en combattant avec une indomptable résolution toute politique belliqueuse et en ne donnant à l’élection prochaine leur voie souverain qu’aux candidats acquis à cette politique de paix, qui peut seule assurer le succès de leurs revendications sociales. Les membres du Comité.
- IV
- Opinion de Ipl Presse sur ces AdreSse
- Voici les réflexions que l’un des meilleurs oroau républicains, le journal le Havre, fait à cette, op sion : ' ' CCa~
- En 1870, à la veille de la déclaration de' guerre moment où la police de Flétri payait des bandes n0?u chanter le Rhin allemand et crier : A Berlin, des grour> d’ouvriers socialistes se réunirent place de la Gorderi au Centre des Sociétés ouvrières, et parcourureut V rues en criant : Vive la paix, il fallait alors un certain courage pour remonter ce courant de chauvinisme g0u vernemental et policier. Non pas que la population vit venir la guerre 'avec enthousiasme, mais elle crovait qu’il était trop tard pour l’éviter. * 1
- Les signataires du manifeste sont placés dans une situation plus iavorable. Pour prêcher la paix, fis fi’0nt besoin que d’énergie et de courage intellectuels. L’exemple n’eu est pas moins à signaler.
- Cette fus encore, ce sont les ouvriers qui prennent l’initiative de la protestation contre la politique d’aventures. C’est qu’en effet, il s’agit pour eux d’un intérêt de premier ordre.
- La guerre de 1870 a enrayé le mouvement ouvrier qui d’un bout à l’autre de l’Europe, allait chaque jour en grandissant. Sans cette guerre iatale, plus d’un problème de l’ordre économique serait déjà résolu, qui est à peine posé.
- Voici ce qu'ont compris, en s’adressant au Congrès du Hâvre, les signataires de ce manifeste magnifique. Ils ne veulent plus être interrompus dans leur effort veis l’émancipation sociale. A la politique d’intrigue, ils opposent la politique du travail.
- Le Grand Journal s’exprime en ces termes au sujet des mêmes manifestations :
- Si les hommes qui s’occupent sérieusement de la solution de la question sociale jugent utile et nécessaire de placer de temps en temps, sous les yeux du peuple les excentricités de ceux qui se disent ses amis pour mieux le tromper, s’ils cheichent à le mettre en garde contre les doctrines malsaines et les promesses irréalisables, à -plus forte raison combien doivent-ils considérer comme un devoir de donner la plus grande publicité possible aux actes, aux paroles, aux écrits émanant de véritables ouvriers.
- Qui ne sait, en effet, que le mal pouvant résulter de l'influence de quelques meneurs est bien peu à craindre à l’heure actuelle ? Les ouvriers ont eu trop à souffrir de leur crédulité et ils ont compris que l’ère des folies devait être fermée pour toujours. Aussi, depuis bientôt huit ans, ils ont donné trop de preuves de bon sens et de patriotisme pour laisser la moindre illusion à ceux qui voudraient les entraîner.
- Il n’en est pas de même de la somme de bien qui peut résulter du bon exemple. Combien, en effet, de travailleurs ne demanderaient pas mieux de joindre leurs efforts à ceux qui veulent demander à la légalité les moyens d’améliorer leur situation, et qui n'osent prendre l’initiative ? Fit puis, pourquoi ne pas le dire, ils reculent quelquefois devant les injures dont les collectivistes sont si peu avares à l’égard de ceux qui veulent conserver leur liberté et refusent de s’enrôler sous leur drapeau révolutionnaire.
- Les sens des abeilles
- Le naturaliste genevois Huber, a tenté, sur les organes des sens des abeilles, quelques expériences qui lui ont fait penser que la cavité de la bouche était le siège de l’odôrat et les antennes celui du toucher. Le docteur Auzoux place également le siège de l’ouïe dans le= .antennes,qui seraient en même temps et coneuremnaent avec les trachées et les ailes, les orgaues du laugage des abeilles.
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- Dès que deux abeilles se rencontrent, on les voit de suite se toucher par les antennes, qui paraissent très sensibles ; et lorsqu’on leur coupe ces parties elles ne peuvent plus se diriger.-
- ^ Lorsque l’on fait l’anatomie de l’abeille, on trouve que les antennes sont le prolongement du cerveau ou plutôt que ce sont des ganglions formés par la moelle épinière, lesquels ganglions constituent autant de cerveaux ou de paities de cerveau qui se rattachent. On ne doit donc pas être étonné du rôle important que jouent ces antennes. On ne doit pas non plus s’étonner de voir l’insecte vivre quelque temps encore après avoir été privé de la tête qui ne contenait qu’une partie du cerveau.
- L’odorat est très délicat chez les abeilies, puisqu’on les voit, en sortant de leur ruche, attirées par les émanations des fleurs, voler en ligne droite .l’espace de deux ou trois kilomètres, pour y chercher les plantes qui leur promettent une abondante récolte.
- L’organe de la vision étant très développé, les abeilles voient le jour à une très grande distance, mais la nuit elles ne voient que de très près. Selon des entomologistes, les trois petits yeux, désignés sous le nom d'ocelles ou de.stemnates, donnent une vision très nette, mais à courte distance ; ce sont des yeux myopes, qui ne servent aux abeilles que pour les travaux dans la ruche ; tandis que les yeux à facettes ou réseaux seraient presbytes et verraient à une'grande distance. Cette facette serait une sorte de télescope, braqué sur un point de l’espace, qui verrait très distinctement.
- En effet, les abeilles découvrent de très loin les fleurs qui contiennent du miel. Mais l’odorat ne les guiderait-il pas autant que la vue ? Nous serions portés à le croire; car dès qu’une abeille sort de sa ruche pour une excursion, elle a soin de frotter ses yeux et ses antennes au moyen de ses pattes antérieures.
- STATISTIQUE ÉLECTORALE
- Une correspondance adressée récemment au Bund, de Berne, qui a pour objet la dynamique électorale [Wahlliraft) en Europe, et qui constate les progrès réalisés depuis 1848 par le principe des droits populaires et du suffrage universel, contient à ce sujet des notices statistiques qui ne sont pas sans intérêt.
- Au point de vue du développement pratique donné au droit de vote de la population européenne, le tableau suivant constate d’abord de singulières variations dans l’étendue de l’application du principe dans les divers Etats :
- En France, il y a 9,691,261 électeurs, soit 26, 3 0/0 des habitants ;
- En Suisse, 642,552 électeurs, soit 24, 2 0/0;
- En Allemagne, 8,523,446 électeurs, soit 20, 2 0/0 ;
- En Angleterre, 2,719,590 électeurs, soit 11, 5 0/0;
- En Autriche, 1,242,946 électeurs, soit 5, 9 0/0 ; -
- En Portugal, 216,688 électeurs, soit 5, 4 0/0;
- En Italie, 605,007 électeurs, soit 2, 2 0/0 ;
- En Belgique, 63,278 électeurs, soit 1, 8 0/0.
- La République française compte donc une proportion plus grande d’électeurs que le plus ancien pays du suffrage universel, la Suisse; ce fait peut paraître singulier, mais il s’explique en partie par la proportion, moins grande en France qu’en Suisse, des en-
- fants relativement aux adultes, et aussi peut-être par une proportion, relativement plus considérable en Suisse, des étrangers, lesquels n’ont pas droit de vote.
- Le droit de vote est également très développé en Allemagne si l’on considère le développement actuel des institutions politiques dans l’ensemble de ce pays monarchique : la différence avec l’Angleterre est si grande qu’elle atteint presque le double en faveur de l’Allemagne; d’autre part, le corps électoral est beaucoup plus considérable aussi dans le Portugal, pays de monarchie pure, qu’en Italie et surtout en Belgique, où l’on ne s’attendrait pas à le trouver aussi restreint. '
- Un autre facteur n’est pas moins digne d’attention : c’est le degré dans lequel le droit de vote est appliqué en fait par la population électorale dans chacun des pays que nous venons de mentionner.
- Le correspondant du Bund lui donne à ce sujet les indications suivantes qui ne sont pas toutes, il est vrai, prises à une même date, mais qui sont néanmoins assez récentes pour fournir les éléments d’une appréciation approximative.
- Ont pris part aux élections :
- Pays Date Votants Pour cent
- France 1876 7.366.682 76
- Allemagne 1874 5.291.593 62
- Autriche 1873 153.155 66
- Portugal 1867 — 66
- Italie 1876 368.750 59
- Belgique (Sénat) 1874 36.082 69
- (Députés) 1876 45.184 71
- L’Autriche ne fournissant dans ce tableau que le chiffre de la participation des Wahlmœnner, c’est-à-dire d’une élection au second degré, ne donne pas un point de comparaison exact.
- Quant à la Suisse, la moyenne des votants dans les votations fédérales a été jusqu’ici de 62 0/0 seulement ; il est vrai que la participation aux élections du Conseil national est généralement plus considérable et qu’en telle occasion elle a atteint le 800/0.
- La -tire-lire joujou
- Pour encourager les enfants à l’économie, M. Bowen* de Philadelphie, vient de construire une tire-lire d’un nouveau genre. Elle est en métal et a la forme d’un gentil petit chien ; quand on lui met dans la gueule une pièce de monnaie, il l’avale en-clignant des yeux et en agitant sa queue en signe de reconnaissance, en même temps qu’il émet un joyeux aboiement.
- Le Directeur-Gérant : GrODIN.
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- ie numéro hthdomadaire 20 c. DIMANCHE 17 OCTOBRE 1880
- 3, ANNÉE, TOME 4 — N» 110
- Le Devoir
- REVUE DES REFORMES SOCIALES
- BUREAU
- GUISE (Aisne)
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant Fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE
- par renvoi, soit au bureau de Guise, soit a celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France
- Un an. . . . Six mois . . . Trois mois . .
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- A PARIS
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- Passage, des Deux-Pavillons
- S’adresser à M. LEYMARIE administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- Etudes sociales sur le gouvernement. — Nouvelles du Familistère. — Faits politiques et sociaux de la semaine. — Diplomatie et arbitrage. — Nouvelles diverses. — Nouveau désaveu des doctrines collectivistes. — TJneperte de 545 millions pour ÜEtat. — Les femmes qui votent. — Enseignement professionnel. — Influence du tabac sur le cerveau. — Variétés.
- ÉTUDES SOCIALES SUR LE GOUVERNEMENT
- XI
- Monarchie
- Pendant les siècles où la force brutale s’arroge le gouvernement des sociétés, les nations sont d’autant plus disposées à subir un chef suprême que la grande masse du peuple éprouve te besoin d’être dirigée et conduite.
- Violents dans ‘leurs désirs et dans leurs actions, les hommes n’en reconnaissent pas moins très-vivement leur impuissance à diriger les choses sociales; l’ignorance générale où chacun se trouve de tout ce qui dépasse la limite 'les besoins individuels oblige tout le monde à ^epter pour maître celui que les circonstances '^posent.
- Le besoin naturel pour les peuples d’avoir Une direction les place à l’origine sous le joug ^es individus les plus forts et les plus audacieux, ^is dès que les pouvoirs sont constitués, que Attirail de la force est concentré, celui qui
- détient l’autorité en fait sa chose et bientôt ses fils lui succèdent au pouvoir comme dans un bien de famille. Ainsi se constitue la monarchie dans la forme héréditaire.
- Les choses prennent cette voie parce que les peuples primitifs sont impuissants à distinguer parmi eux les hommes les plus capables de gouverner et à les élever au pouvoir. La direction sociale est donc abandonnée aux hasards de l’hérédité et souvent aux ambitions qui s’en emparent.
- On conçoit ce que valent les gouvernements qui ont une telle origine.
- Les fruits sont conformes à la nature de. l’arbre.
- « Le gouvernement monarchique » dit Montesquieu dans son volume l'Esprit des lois,
- « est celui où un seul gouverne, mais par des lois fixes et établies................... .
- « La noblesse entre, en quelque façon, dans l’essence de la monarchie, dont la maxime fondamentale est : « Point de monarque, point de noblesse ; point de noblesse, point de monarque. »
- « Abolissez dans une monarchie les prérogatives des seigneurs, du clergé, de la noblesse et des villes, vous aurez bientôt un Etat populaire, ou bien un Etat despotique.................
- « Il ne faut pas beaucoup de probité pour qu’un gouvernement monarchique ou un gouvernement despotique se maintiennent ou se soutiennent. La force des lois dans l’un, le bras du prince toujours levé dans l’autre, règlent et contiennent tout........................
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- « Dans ies monarchies, la politique fait faire les grandes choses avec le moins de vertu qu’elle peut.
- « L’Etat subsiste indépendàhiftierit de l’à-mour pour la patrie, du désir de la vraie gloire, du rerioncement à soi-même, 'dü sacHflcé de sé's plus chers intérêts, et de toutes fces vertus héroïques que nous trouvons dans les anciens, et dont nous avons seulement entendu parler.
- « L’ambition dans l’oisiveté, la bassesse dans l’orgueil, le désir de s’enrichir sans travail, l’aversibn pour la vérité, la flatterie, la trahison, la perfidie; l’abandon de tous ses engagements, le mépris dés devoirs dü citoyen, la crainte dé la vertü du prince', l’espérance de séë faiblesses^ et; plus que tout celà, le ridicule perpétuel jeté sur la vertu, ferment, je crois, le caractère du plus grand nombre dès courtisans, marqué dans tous lés lieux et dans tous lés temps, »
- Voilà pour le côté moral dominant dans les régions du pouvoir.
- Mais voyons quelles sont les conséquences de tels régimes pour l’Homme de labeur, pour lé peuple, dont les efforts quotidiens nourrissent et entretiennent les sociétés, à travers toutes leurs vicissitudes.
- Avant la Révolution française, la France a été pendant 14 siècles environ sous le régime de la monarchie héréditaire soutenue par un puissant bleégé. Peut-être Ceux délit les familles ont autrefois joüï des faveurs de ce régime peuvent-ils en désirer la restauration.
- Mais les descendants du peuple, les descendants de ceux qui én Ont souffert le long et douloureux martyr, comment regretteraient-ils de n’être plus comme leurs pères taillables et corvéables à Üierci, de n’être plus assujettis aüx réquisitions qui leur étaient faitës sous les nome de régale, dîme, maltôte, tailles à discrétion, à vofonté et à miséricorde, corvées à toutes mandées, cens*, censiveè, rentes foncières, rentes au seigneur, àides:chevefs, àidès de noblesse, aideè:coÜtumïèreS ou droits dé 'complaisance, ‘droits dé güet et de gàr de,* redevances, banalités, gabelle, droits de prise, de gîte, de poürvoirie et dé repue qui étaient le pillage organisé, droits de lods et dé VeiiteS, taillon,
- surcens, surprise, quint, requint, rière-lods péages, etc, etc, etc.
- Lé labourSèiir, l’oÜvrier, l’artisan, le commer. êànt; tout cfe mBndê qui était l’immense majorité de la nation, et qu’on appelait les paysans ou Tes vilains, n’avait alors aubün droit Ü’iriteb-vention dans les affairés publiques, âucün droit de vote, ni de suffrage, car le principe de la royauté n’admet pas la contradiction.
- Tout individu qui se permettait de faire des observations à ses seigneurs et maîtres était considéré comme un récalcitrant, Un réfrâcg taire, un rebelle.
- S’il osait faire dé là critique, il était arrêté par les hommes charmes du seigneur, déshabillé, attaché par les bras et la tête, puis frappé 'de verges, jusqu’à ce que la peau déchirée laissât couler le sang.
- C’était là le premier traitement que le régime royal infligeait àux hommes du peuple, de caractère indépendant, à ceux qui voulaient se mêler d’apprécier les affaires publiques.
- Mais si le seigneur du lieu trouvait assez de gravité à l’affaire, il avait le droit absolu de faire pendre le paysan et de laisser le cadavre exposé à la vue dés passants, jusqu’à décomposition.
- Car tout seigneur, châtelain, baron, vicomte, duc, avait le droit, selon sa qualité, d’ériger deux, trois, quatre ou six fourches patibulaires à là porte de son château et, celles-ci élevées, il fallait bien s’en servir pour faire preuve de domination.
- Nombre de communes en France ont des terrains élevés qui portent les noms les plus caractéristiques, comme souvenir de ces terribles époques. Les lieux-dits de Justice, qu’on retrouve partout, recèlent, à (juelques mètres sous terre, les squelettes des manants d’autrefois qui ont passé par là vindicte du seigneur.
- L’action des pouvoirs étant dans les mains de castes privilégiées, la richesse des nations se concentrait au prolit d’un petit nombre ; los classes dirigeantes organisaient les fonctions de la société de la façon la plus profitable pour elles seules.
- Non-seulement elles possédaient ia terre et les ateliers où les cerfs travaillaient pour elles, mais le labeur même des hommes libres, obli-
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- rés de vivre de leur travail, servait encore par 'impôt et l’usure à accroître les jouissances et eS richesses de leurs 'dominateurs.
- Tandis que la noblesse et le clergé ne payaient uCun impôt, le peuple, lui, dépouillé de propriété, devait répondre seul à toutes les charges obliques.
- En conséquence le travail, au lieu de servir iu progrès des conditions sociales de la masse, -était employé qu’à fortifier les moyens de domination de ceuï qui niaient au peuple tout jroit et toute liberté.
- Tâillables et corvéables à merci, les paysans levaient donner sans mot dire le lait de leurs ,-aches, les œufs de leürs poules, le miel de ours abeilles, le grain de leurs récoltes, et leur jétail à toute réquisition des traitants.
- Des paysans mouraient de faim après avoir ;té ainsi dépouillés.
- Outre ces traitements barbares, le peuple ivait encore à subir les horreurs de guerres jermanentes. Car les seigneurs et les princes considérant la guerre comme la seule occupa-;ion digne d’eux, imposaient sans cesse aux classes laborieuses le logement des troupes et le pillage des soldats.
- La Révolution française a fait disparaître une grande partie de ces iniquités, mais le travailleur, autrefois taillable et corvéable à merci* n’a pas recouvré tous ses droits. Les toges sociales pèsent encore plus lourdement sur lui que sur tout autre citoyen, parce qne les 'Classes dirigeantes ne se sont pas élevées au sentiment de charité sociale qui leur permettra de reconnaître que c’est surtout à ceux qui possèdent la richesse de supporter ta charges publiques, et non à celui qui n’a rien.
- Telles ont été les douleurs subies par nos l^res, pendant de longs siècles, avant 89.
- Mais, nous dira-t-on, la royauté de 1815 à *830 a été une royauté tempérée par les lois ? •I cela, il faut répondre que le régime de la re$tauration était resté sous l’influence des li-kdés conquises par la Révolution française, que cette royauté a été de nouveau bannie la France parce que, fidèle à ses principes 0riginels, elle voulut restaurer les vieilles traçons nobilières et cléricales.
- La royauté de Juillet à son tour n’a-t-elle pas été chassé parce qu’elle s’opposait au développement de la liberté et du suffrage.
- C’est le propre des royautés et des empires d’être hostiles à toute liberté et d’employer les moyens de répression violente et cruelle contre ceux qui travaillent au progrès.
- Les amis des privilèges prétendent que, monarchie ou empire, les régimes héréditaires ont ce bon côté de ne point laisser d’interrègne.
- Mais l’histoire est là pour montrer combien de maux sont résultés pour la France des redoutables compétitions auxquelles donnaient lieü soit la minorité des rois; soit les successions au trône et les partages d’héritage. Les royaumes étant héréditaires, les familles royales se les partageaient à la mort du prince; et l’unité nationale conquise au prix du sang des peuples était sans cesse à reconstituer.
- Outre cela, que de fois l’héritier du trône se trouvait être un individu pervers, un ennemi du peuple qu’il fallait conserver au prix des tourments et de la ruine de la nation.
- L’histoire n’a-t-elle pas eu ses rois dits fainéants, simples, cruels, au cœur de lion, etc..,
- \ et parmi les empereurs que de despotes,que de tyrans se sont baignés dans le sang clés peuples, et ont élevé leür puissance sur la misère de tous !
- Une minorité nobilière participait seule aux avantages sociaux; car la noblesse dérive naturellement des pouvoirs absolus. La royauté élève ses courtisans aux dignités et aux avantages publics, créant ainsi une classe d’hommes subordonnés au prince et qui, à son image, exercent le pouvoir despotique.
- Au milieu de ces ténèbres morales; lèis chefs d’Etats ne songéÜt nullement que leur mission consiste surtout à facilite!* le développement de la prospérité et du bonheur des peuples par l’étude, par la science et par le travail.
- L’égarement politique est tel dans les sociétés que le véritable mérite est partout et toujours en butte à la persécution; si ce n’est à la mort.
- Alors le fanatisme et l’aveuglement du des-1 potismesont à leur comble. L’àpparàtcleS cours ( et le cérémonial des grands ne sont qu’un
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- masque jeté sur les plus odieuses turpitudes.
- Jamais, par exemple, on ne fit plus d’usage du serment que dans ces temps de fanatisme et d’erreur; mais le serment prêté aujourd’hui sur les Evangiles ou les reliques, chacun s’évertuait à le trahir demain ; l’habitude du parjure devient la conséquence de la fausseté des caractères.
- La politique et la religion ne sont plus entre les mains des grands que des instruments de domination et d’oppression, consommant la servitude et le malheur des peuples, jusqu’au jour où la conscience publique, soulevée par l’excès de la misère, oblige les détenteurs du pouvoir à faire enfin plus large place aux droits méconnus de l’être humain.
- Car le progrès étant la loi éternelle de l’humanité, il arrive un moment où un rayon de lumière se glisse dans l’esprit des masses à travers les obscurités de leurs souffrances. Peu à peu elles reconnaissent les abus dont elles sont victimes, et elles cherchent à se débarrasser du gouvernement despotique qu’elles ont subi. Leurs efforts tendent alors à intervenir dans les décisions du pouvoir et à en tempérer ; les effets.
- ÇA suivre) GODIN.
- NOUVELLES DU FAMILISTÈRE
- Le 3 octobre la population du Familistère était convoquée pour nommer au suffrage universel les délégués qui forment les comités des assurances de mutuelle protection. Nous avons dit : au suffrage universel. L’expression est exacte et doit être prise dans saplus ample acception. Car au Familistère les femmes votent et sont éligibles
- Leurs déléguées administrent elles-mêmes leur caisse d’assurance contre la maladie, et s’adjoignent, en outre, aux 9 élus masculins pour former le comité de l'assurance des pensions et du nécessaire à la subsistance.
- Le vote a eu lieu dans la grande cour du pavillon central du Familistère.
- Une affiche placardée 5 jours à l’avance appelait la population à l’exercice de ce droit et de ce devoir. A 9 heures du matin une sonnerie de clairon (rien de militaire.... que l’heure) annonçait aux habitants l’ouverture du scrutin.
- Le bureau de section des dames était naturelle ment tenu par des dames, celui des hommes par de-hommes.
- Le vote a été fermé à 10 heures.
- Sur 301 hommes inscrits 199 ont voté ; sur 25i femmes inscrites 114 ont déposé leur bulletin.
- Ces chiffres témoignent hautement de l’empressement des électeurs à remplir leur devoir, 3 hommes et 5 femmes ont obtenu la majorité absolue.
- Le jeudi suivant une élection de ballotage a com-piété les comités. L’empressement des électeurs a été plus remarquable encore. On a compté jusqu’à 252 hommes.
- L’usine, de son côté, a procédé samedi 9, par ateliers, à l’élection des 9 délégués qui, adjoints aux 9 du Familistère, constituent le comité de l’assurance des travailleurs contre la maladie.
- Cet empressement se comprend, puisqu’aujourd’hui les caisses possèdent des fonds considérables et que la gestion de ces fonds est entièrement entre les mains des comités issus du suffrage.
- Voici, comme renseignement, les chiffres des encaisses, chiffres affichés avant le vote comme cela se fait pour chaque élection.
- Usine
- Caisse mutuelle de' prévoyance, solde créditeur
- au 31 août 1880 F. 6.356.50
- Caisse de retraites au même jour 72.290.34
- Assurance des pensions et du nécessre 28.079.05
- Ensemble F. 106.725.89
- Familistère
- Caisse de prévoyance des hommes F. 11.880.18
- » » » » dames 8.182.95
- » » pharmacie 12.665.85
- Ensemble F. 32.728.98
- Soit pour l’ensemble des assurances
- mutuelles de l’association 139.454.87
- Ces chiffres des encaisses et cette fréquentation du vote témoignent à la fois de la prospérité de l’institution et de l’intérêt que lui portent ceux qui en bénéficient.
- Nos lecteurs le savent, le Familistère et son usine ne datent pas d’aujourd’hui ; toutes ces caisses ont déjà de nombreuses années d’existence. Le fait qu’a-près une si longue expérimentation elles sont arrivées à un résultat si satisfaisant, prouve que leur organisation a été bien comprise et qu’elles méritent l’attention de toutes les personnes qui s’intéressent à la solution pratique de la question sociale.
- Dimanche 10 octobre un grand concours musical réunissait dans la jolie ville de Reims une centaine
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- sociétés. Le corps de musique du Familistère qui flait à honneur de soutenir sa réputation n’a pas manqué de .prendre part à ce concours Malgré la fatigue inséparable d’un voyage de huit heures, endu plus difficile encore par l'insuffisance des chemins de fer dans notre contrée, l'Harmonie du Familistère a remporté, quelques minutes après son rrivée à Reims, le premier prix de lecture à vue. ^après-midi, au concours de la première division? elle a obtenu le seul prix d’exécution pour deux raor-cfaux d’une haute difficulté, dont l’un, la Bénédiction lies Poignards des Huguenots appartient au plus grand répertoire. Au concours des so i, venu plus tard, l’exécution a été telle qu’elle a enthousiasmé l’auditoire et qu’elle a même fait sortir de leur réserve habituelle MM. les membres du jury. Cette exécution supérieure a emporté la médaille d’or.
- Ainsi XHarmonie du Familistère s’est trouvée à ce concours celle-de toutes les musiques quia obtenu les plus belles récompenses. Aussi à son retour à &uise a-t-elle été l’objet de la part de la population du Familistère, de la compagnie des sapeurs-pompiers, de l’association et du corps d’archers, accourus à sa rencontre, de la plus chaleureuse et de la plus méritée des réceptions.
- Le prix de lecture à première vue témoigne de la bonne qualité de l’enseignement musical donné’ au Familistère, celui d’exécution atteste les progrès faits par le corps de musique tout entier et son assiduité aux répétitions, enfin le prix de soli prouve le haut développement musical qu’ont atteint les personnes à qui sont confiées les parties les plus importantes.
- Ce triple succès est un honneur pour l’association, honneur qui doit être d’autant plus remarqué que la musique du Familistère se recrute dans une population relativement très restreinte. De plus elle est composée d’ouvriers et d’employés qui ne peuvent donner à la musique que peu de temps et qui n’ont pas à leur portée les ressources qu'offrirait une grande ville.
- Il est à noter que si de tels résultats peuvent être obtenus, c’est, dans une certaine mesure, grâce à 'habitation unitaire. C’est elle qui, parla fréquence des relations qu’elle permet, par la proximité des '°caux qu’elle offre, par l’esprit de corps, ou plutôt de famille, qu’elle entretient entre les habitants, procure à la population laborieuse des facilités ^optionnelles pour employer ses loisirs à la cul-Qre d’un art élevé !
- FAITS POLITIQUES & SOCIAUX DE LA SEMAINE
- FRANCE
- Elections» complémentaires. — Des élections ont eu lieu dimanche dans trois départements. M. Pradal, candidat républicain, a été élu dans l’Ardèche ; il n’avait pas de concurrent. Dans l’Ariège, M. Anglade, député républicain, a été élu sénateur, comme nous l’avons annoncé dimanche, sans avoir de concurrent.
- Deux tours de scrutin ont été nécessaires dans les Côtes-du-Nord, pour remplir les deux sièges sénatoriaux vacants. MM. de Carné et Duval, candidats monarchistes, ont été élus ; mais les candidats républicains ont chacun obtenu dimanche une cinquantaine de voix de plus qu’aux élections de 1876.
- * *
- L’enseignement secondaires desjennes filles.
- I. Le Collège Sévigné
- Nous avons sous les yeux le programme du Collège Sévigné, qui doit s’ouvrir le 3 novembre prochain, 10, ruedeGondé. Parmi les noms des membres du comité d’études, nous remarquons ceux de MM. Paul Bert, Berthelot, Bréal, Kœchlin-Schwartz, Levasseur, Frédéric Passy, Félix Rocquain, Trélat, etc.
- Le collège Sévigné, dû à l’initiative privée, a pour but d’offrir aux jeunes filles une instruction équivalente à celle que reçoivent les jeunes gens des lycées, en satisfaisant aux conditions que réclament la nature d’esprit des femmes et le rôle auquel elles sont appelées dans la famille et dans la société.
- Le collège présente une série de huit classes et reçoit des élèves depuis l’âge de sept ans jusqu’à dix-huit. Parmi les matières inscrites au programme, nous notons, en sus des diverses connaissances littéraires et scientiques, qui sont très largement représentées : l’allemand, l’anglais, le dessin, le chant, les travaux â l’aiguille et la gymnastique. L’école ne reçoit que des externes, en quoi nous approuvons fort les organisateurs. Elle est sous la direction d’une personne dont le nom seul garantit le succès : Mlle Marchef-Girard, la fondatrice de l’école normale libre de Neuily, qu’elle consent à confier pour quelques années à d’autres mains, jusqu’à ce que la marche du collège soit assurée.
- Il y a, comme dans les lycées, deux classes par jour : de neuf à onze, et de deux heures et demie à quatre heures et demie. Des mesures sont prises pour que les élèves dont les familles habitent un quartier trop éloigné puissent rester entre les deux classes. Les prix sont à peu près ceux de l’école alsacienne. Quoique le but ne soit pas de préparer aux examens de l’Hôtel de Ville, les jeunes filles trouveront à l’école les éléments de cette préparation.
- Un certain nombre d’élèves, nous dit-on, sont déjà inscrites : nous suivrons avec une vive sympathie cette création qui vient si à propos.
- De même que l’école Monge et l’école alsacienne ont précédé la réforme de l'instruction secondaire, le collège Sévigné précède et prépare la loi qui fondera dans tout le pays un enseignement depuis longtemps réclamé.
- La question de l’éducation et de l’instruction des femmes a été trop souvent traitée dans ce journal pour qu’il soit nécessaire d’y revenir: nos lecteurs savent comme nous tout ce qui se rattache d’espérances à cette grande œuvre,
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- Collège fi© filles» à Montpellier. — La ville de Montpellier va ouvrir, en octobre, un collège d’enseignement secondaire pour les jeunes filles. °
- Ce collège recevra des externes et des demi-pensionnaires, et, sauf les langues mortes, les matières de l’enseignement seront les mêmes que celles des lycées. Le
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- LE DEVOIR
- cours des études comprendra trois années, et les pro , grammes comprennent :
- lre année. — Réuitation, grammaire, éléments de rhétorique, histoire et géographie, histoire naturelle, arithmétique, algèbre, dessin, chant, exercice de style, morale, langue vivante et couture,
- 2° année. — Histoire contemporaine, depuis la Révolution française jusqu’à la Restauration, géographie de l’Afrique, de l’Amérique et de l’Océanie, droit usuel, comptabilité, physique, géométrie plane, chant, exercices de style, morale, langue vivante, couture et broderie.
- 3e année. —Histoire de la littérature française du 18e et du 19e siècle, analyses littéraires, histoire et géogra-puie, géométrie, cosmographie, dessin, discours français, laugue vivante.
- N’oublions pas que la gymnastique complétera, par le développement du corps, le développement de l’intelligence.
- ALLEMAGNE
- «études de Bismarck. — Une loi sur la
- responsabilité des chefs d’industrie pour les accidents survenus aux ouvriers dans le travail, un plan d’assurances par l’Etat au profit des classes laborieuses, le rétablissement, sous une forme appropriée à l’esprit moderne, des anciennes corporations de métiers, abolies définitivement en Prusse depuis une quinzaine d’années, une réforme douanière dans le sens de la prohibition la plus absolue, tels seraient les projets dont M. de Bismarck poursuivrait la réalisation législative, d’accord avec uu mouvement d’opinion très prononcé qui s’est dessiné, depuis quelques années dans la classe des artisans de Berlin et des provinces.
- M, de Bismarck espère, eu outre, arriver en constituant de grands monopoles d’Etal, a faire cesser le mouvement d’émigration qui dépeuple l'Allemagne et à neutraliser les entreprises du socialisme démagogique qui gagne tous les jours du terrain chez nos voisins.
- Déjà’cette pensée a dû présider aux actes par lesquels le réseau des chemins de fer allemands devient peu à peu la propriété de l’Etat. La constitution des grands monopoles d’Etat, outre qu’elle permettrait au gouvernement de posséder, dans les agents de tous grades au service de ces monopoles*, des serviteurs dévoués, contribuerait, dans la pensée du chancelier, à résoudre le problème de la misère, les serviteurs de l’Etat jouissant d’une pensée civile, dés que l’âge des infirmités les rend impropres au travail,
- PAYS-BAS
- ILes Et «.fs généraux des Pays-Bas vont être appelés à se prononcer sur un projet de loi contre l’ivrognerie dont voici les dispositions les plus importantes. Dorénavant l’on ne pourrait plus établir, dans les petites localités, qu’un débit de boissons pour 250 habitants, dans les villes de 10-20,000 âmes, qu’un débit pour 300 habitants, — dans les villes de 20-50,000 âmes, qu’un débit pour 400 habitants, et ainsi de suite. Il serait, de plus, interdit de vendre des boissons alcooliques à tout individu âgé de moins de seize ans. Tout débitant qui servirait un spiritueux quelconque à un individu eu état d’ivresse serait puni de 8 jours de prison. Tout individu saisi sur la voie publique en état d’ivresse serait passible de vingt-quatre heures de prison.
- ITALIE
- L’arrivée à Gêues de Garibaldi y met
- tout sans dessus dessous. La municipalité avait accordé la grande salle du théâtre. Le gouvernement, apprenant que le bateau Forte était allé chercher Garibaldi à Ga-prera, a retiré l'autorisation. Il s’est figuré que Garibaldi allait apparaître au milieu de la réunion comme un spectre. Les Italiens font beaucoup de politique en toutes choses; ils mêlent la politique à tout. La question de la police des mœurs, qui gêne et impatiente tant d’hommes f
- politiques en France, est là considérée comme une redoutable contre le gouvernement. arQ3e
- On a amené des troupes de tous les environs. Le vernement italien sait que la royauté est peu"de eh°U~ à côté de la popularité de Garibaldi. lia peur cha e fois qu’il fait uu geste ou un pas. Sou plus grand serait de le voir disparaître. ‘ aesh
- Ge qui l’inquiète, C’est la situation particulière Canzio, ancien général garibaldien et gendre de Garibaia® Voici l’histoire : l-
- Les sociétés ouvrières d’Italie ont des bannièr toutes ces bannières sont rouges. En 1878, le gouver^’ ment les laissait promener dans les rues sans objectio0' Après l’attentat de Passanente, il crut devoir prend1’ des mesures restrictives t il interdit leur exhibiti publique. Le 10 mars est l’anniversaire de la mort hU Mazzini. Chaque année on honore sa mémoire par un grande manifestation autour de son tombeau. En nt*6 les sociétés ouvrières se réunirent avec leurs banuière’’ déclarant qu’elles avaient le droit d’avoir un emblème et de le montrer. La police intervint et essaya de saisir les drapeaux. Les ouvriers s’étaienl massés autour - dJ coups s’échangeaient; le sang allait couler. ’ s
- Alors parut Canzio. Il demanda le calme, invita h police à se retirer, se rendant garant de l’ordre public La police, intimidée, ne se sentant pas en force, redoutant l’émeute, se retira, ’
- Dans son rapport, elle constata que Canzio l'avait empêché de prendre les drapeaux.
- Il fut poursuivi pour rébellion. La procédure traîna une année ; il finit par être condamné à trois mois de prison. Arrêté il y a environ quinze jours, il est en ce moment en prison. L’inquiétude du gouvernement se comprend.
- Il a pris, paraît-il, des mesures très énergiques pour mettre la prison où se trouve Canzio à l’abri d'un coup de main qui, à l’occasion du voyage de Garibaldi, pourrait être tenté dans cette ville.
- Deux régiments ont été appelés d’Alexandrie et de Plaisance,
- Gênes est, on le sait, la ville républicaine par excellence de l’Italie.
- SUISSE
- TT il congrès socialiste aura lieu à Zurich l’anuée prochaine. D’après uu appel que nous avons sous les yeux, adressé aux socialistes des deux mondes, ce congrès aurait lieu le deuxième dimanche de septembre 1881 et les six jours suivants.
- L’ordre du jour est ainsi fixé :
- a) Situation du parti socialiste dans les différents Etats : Statistique des groupes ouvriers ; idées philosophiques, politiques et sociales qui y prédominent ; inductions qu’on peut tirer de cette statistique et de ces idées régnantes pour l'avenir du mouvement socialiste, spécialement dans l’hypothèse d'une révolution générale.
- b) Condition politique et économique du prolétariat dans chaque pays ; persécutions gouvernementales et autres auxquels les défenseurs de celui-ci sont en butte; devoirs et ligne de conduite que cette condition et ces persécutions imposent aux socialistes.
- c) Une fédération des forces socialistes est-elle possible et sur quelle base doit-elle se faire?— Règlement.
- d) Elaboration d’un programme communde principes, d’agitation et de propagande; toutes questions de détai réservées
- e) Y a-t-il lieu de recconnaltre ou de créer un organ® officiel central où toutes les théories socialistes seroc discutées?
- f) Y a-t-il lieu de créer dans chaque pays un bur «
- de renseignements et de secours en faveur des ou> --sans travail, des socialistes victimes de la persecu « bourgeoise, etc. ? mute1
- g) Rédaction d’un manifeste à répandre, dans i . les langues, parmi les travailleurs, manifeste mon clairement au peuple sa situation, lui disant c h
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- aient ses maîtres, ce que veulent les socialistes, et par Ÿuels moyens il pourra échapper à l’esolavage moderne, ^ L’appel est signé par M. E. Anseele, pour le conseil général du parti" socialiste.
- IRLANDE
- Le Times a reçu de Dublin la nouvelle que le gouvernement a donné" l’ordre, dans plusieurs villes de l’ouest je l’Irlande, de mettre les casernes en état de loger le nlus grand nombre possible de soldats. On ne s’étonnerait pas, dans l’état d’agitation actüel de l’Irlande, que le gouvernement songeât à renforcer les garnisons de i-Quest. La Land lea<4ue se remue beaucoup. Gomme toujours, dans les mouvements populaires, ce sont les nlus exaltés qui prennent le dessus. Maintenant, M. parnell, allant de Pavant, de jour en jour, en est arrivé au point extrême : à la prédication de la loi agraire.
- Déjà, dans un discours mentionné par nous, l’agitateur irlandais avait fait luire aux yeux des fermiers l’espoir de la substitution du. fermier au propriétaire dans la posses>ion pleine et entière du sol qu’il cultive. IL Parnell déclarait possible l’acquisition de la terre par le fermier, sans achat, sans expropriation et comme conséquence, de plein droit, du payement par lui de son fermage pendant un temps déterminé. Trente-cinq ans de fermage payé suffiraient, disait-il ; ce délai expiré, l’ancien propriétaire disparaîtrait, et le fermier serait substitué à ses droits.Mais M. Parnell s’est aperçu, paraît-il, que cette confiscation à long terme ne serait point, pour les fermiers, un appât suffisant. Il a donc modifié sa théorie et sa tactique ; c’est la confiscation immédiate, c’est la loi agraire appliquée sur l’heure qu’il prêche maintenant.
- Il commence par déclarer que la propriété,telle qu’elle existe actuellement eu Irlande, est illégitime, à raison de son origine. « Le droit de propriété a été acquis, dit-il, par la force, la fraude et la conquête. Il vous est donc impossible, en présence de l’histoire, de reconnaître le droit des propriétaires. » Il y a donc actuellement un propriétaire de fait : c’est le landlord ; un propriétaire de droit : c’est le fermier, et il s’agit de faire disparaître le propriétaire illégitime,pour lui substituer le propriétaire légitime, celui qui cultive la terre.
- Cela posé, M. Parnell divise en deux classes les propriétaires actuels i les bons et les mauvais.Les mauvais, il compte les dépQuillçr immédiatement, sans leur accorder aucune compensation. La Lang teague organise contre eux « la grève des fermages. » Le mauvais propriétaire, ne touchant plus un shelling de revenus et ne pouvant plus expulser le fermier pour non-payement de fermage, se trouvera exproprié de fait ; tandis que le fermier, installé à tout jamais dans sa ferme, et n’ayant plus de fermage à payer, jouira de tous les effets utiles du droit de propriété’, et sera transformé de fait en propriétaire. Quant au « bon » landlord, son éviction de sa terre sera ajournée. On lui laissera la jouissance du revenu jusqu’à une date déterminée.
- C’est, on le voit, la loi agraire que prêche M. Parnell, sous la forme de l’éviction du propriétaire ; éviction immédiate ou ajournée, suivant le cas, ainsi que de la substitution, sans achat ou expropriation, du fermier au propriétaire. Et il ne faut pas oublier que ce plan se trouverait véritablement exécuté, si la Land league parvenait, comme elle le veut à empêcher d’une part tous les fermiers de payer leurs fermages,de l’autre tous les propriétaires d’expulser leurs fermiers qui ne paient point. Dans la pratique, la lutte entre l’Etat, défenseur ée la propriété, et les ultras de la land League, portera donc sur deux points : l’Etat yeut maintenir et la ligue veut empêcher l’exercice du droit d’expulser le fermier pon payant ; l’Etat veut protéger, la Land league veut intimider le fermier qui se substitue au fermier expulsé. Dans la crise actuelle, le gouvernement a presque toujours laissé le champ libre à la Land league. Peut-être songe-t-ii maintenant à engager }q lutte.
- J DIPLOMATIE ET ARBITRAGE
- La phase nouvelle de la question d’Orient mérite quelques réflexions. Elle démontre très nettement l’impuissance de la diplomatie à fonder une paix durable. A peine deux années ont-elles passé sur le traité de Berlin et tout est à recommencer. Déjà le lendemain de la ratification de ce traité l’une des puissances signataires s’emparait à la pointe de la baïonnette de la Bosnie et de l’Herzégovine. Aujourd’hui, malgré deux années employées à échanger des notes diplomatiques, à réunir des conférences de plénipotentiaires, à les faire suivre de sommations, d’u-Itimatums, de sollicitations et de menaces, le traité de Berlin n'a pas encore été appliqué : les réformes promises en Arménie sont restées lettre morte, les territoires qui devaient être cédés à la Grèce et au Monténégro ne l’ont pas été; il est même vraisemblable qu’ils ne le seront pas saps effusion fie sang.
- Et cependant là diplomatie a appuyé ses pourparlers de deux faits considérables qui n’ont pas de précédents :
- l'accord des six puissances pour une démonstration militaire collective non suivie d’hostilités,
- le protocole passé entre ces six puissances par lequel chacune d’elle s’engage à ne tirer aucun profit pour elle-même des conséquences de la démonstration.
- Jamais la diplomatie n’avait eu si beau rôle et jl faut rendre cette justice à M. Gladstone qu’il a obtenu d’elle tout ce qu’elle pouvait donner.
- Malheureusement ces efforts n’ont pas abouti ; ils ne pouvaient pas aboutir j il y a échec, çomplet.
- Aussi les opinions sont-elles très partagées. Deu* grands courants les séparent. Les uns demandent une contrainte par force, les autres réclament le laisser faire ; les uns et les autres ont tort. Tous reconnaissent qu’il n’y a plus rien à attendre de la fii^ plomatie, et tous en ceci ont raison.
- « La diplomatie échoue, disent les premiers, il fallait s’y attendre. Pourquoi n’a-t-on pas employé la force ? Que l’on bombarde quelques villes turques et la Porte entendra raison. »
- Nous ne pouvons penser ainsi. La guerre est impuissante à rien résoudre. De plus, quand elle n'est pas défensive, elle est criminelle. Il ne peut y avoir de nécessité qui rende légitime ce qui est inhumain. Tuer, dévaster, incendier, n’est pas le meilleur moyen de faire progresser la civilisation en Orient. Avant d’engloutir des sommes énormes dans les dépenses d’une guerre, avant d’arrêter le travail
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- dans toute l’Europe, avant de sacrifier des milliers d’existences, assurez-vous que toutes les ressources du maintien de la paix sont épuisées.
- Ah 1 vous parlez bien inconsidérément de mettre le feu aux poudres : êtes sûrs que l’explosion serait localisée? Une telle illusion témoignerait de beaucoup de candeur. Non, il n’y a pas à s’y tromper. Au premier coup de canon qui se tirerait dans l’empire ottoman toutes les nationalités soumises au joug turc se soulèveraient à la fois, et, à la faveur de cette conflagration, toutes les rancunes des races et toutes les ambitions des conquérants se feraient jour. Les populations actuelles de la Turquie d’Europe cesseraient d’être turques, soit, mais pour devenir russes et autrichiennes. Ce serait le renouvellement du partage de la Pologne, mais avec les complications qui résulteraient de ce fait que l’Allemagne à coup sûr et peut-être l’Italie, quelques pays voudraient des compensations. et de cet autre fait que l’Angleterre ne consentirait à laisser posséder les détroits ni par la Russie ni par l’Autriche.
- Voilà où nous conduirait la politique de casse-cou des hommes assez imprudents pour demander la guerre.
- C’est un peu ce qui pousse d’autres personnes à préconiser le laisser faire.
- « De quoi vous mêlez-vous, .disent-ils. Qu’est-ce que cela vous fait qu’il y ait en Orient des peuples opprimés ? Occupez-vous de vos affaires et laissez les Turcs débrouiller les leurs. »
- Ce raisonnement ne vaut pas mieux que le précédent. Ainsi les peuples devraient ne pas avoir d’autre idéal que l’égoïsme le plus étroit ! L’existence du colimaçon doit devenir le symbole de la politique de l’avenir I Chacun pour soi et tant pis pour les autres! Si la force prime le droit, inclinez-vous devant le fait accompli !
- Comme c’est joli, tout cela.
- Mais, Messieurs, prenez-garde, l’abandon des faibles à la merci des forts est un acte à la fois impolitique et criminel. Vous pouvez être les faibles à votre tour et vous voir abandonnés. Vous l’avez déjà vu, et à ce moment-là vous ne tarissiez pas de reproches envers ceux qui vous abandonnaient.
- Les nations existent aux mêmes conditions de sociabilité que les individus. De même que tous les habitants d’une localité ont intérêt à ce qu’aucun d’entre eux ne puisse être victime d’un bandit, de même tous les peuples de l’Europe ont intérêt à ce qu’aucun d’entre eux, plus faible qu’un autre, ne puisse être victime d’exactions ou de conquêtes. C’est pour avoir méconnu il y a trois siècles ce grand principe de la solidarité des peuples que l’Europe
- souffre depuis de longues années de la Question d’o rient et aura longtemps encore à en souffrir. Tout i~ sang qui a déjà été répandu pour cette question tout celui qui pourra encore l’être, aurait été épar gné si nos aïeux s’étaient opposés à l’invasion d Turcs. 8
- Ce n’est donc pas non plus dans le principe de laisser faire que se trouve la vérité.
- « Mais alors, va-t-on dire,*à quoi demanderez Vous la solution des conflits ? Vous ne voulez pas de la guerre, vous ne voulez pas davantage du laisser fajre et vous déclarez vous-même que la diplomatie est impuissante. Expliquez vous. »
- C’est bien simple. La solution doit être demandée à la justice.
- Le Devoir, dans des articles auxquels nous renvoyons nos lecteurs (I), a déjà établi la nécessité et la possibilité d’un tribunal d’arbitrage international.
- Que l’on ne vienne pas dire que nous sommes ici dans le domaine des utopies, nous sommes au contraire dans celui des réalités. La première expérience du fonctionnement d’un tribunal de cette nature a été faite il y a 8 ans et elle a été couronnée du plus éclatant succès. En quelques mois le tribunal assemblé à Genève régla le différend dit de l’Alabama élevé entre l’Angleterre et les Etats-Unis, conjura une guerre qui n’eut pas manqué d’être terrible et donna ainsi aux deux mondes l’nn des plus grands exemples qui puissent être donnés.
- Eh bien, nous le disons en toute confiance, si un tribunal de même nature, mais permanent, avait existé, les difficultés que traverse l’Europe en ce moment n’existeraient pas ; il y a longtemps qu’elles auraient été réglées.
- De plus les nations civilisées n’auraient pas à attendre seulement en cas de guerre les bons offices d’un tribunal arbitral permanent, elles pourraient aussi, grâce à son existence, procéder à un désarmement proportionnel et simultané.
- Aujourd’hui la paix armée coûte plus que ne coûtaient les guerres d’autrefois. Les peuples s’appauvrissent à sacrifier au militarisme l’élite de leurs hommes valides et les 3 ou 4 dixièmes de leur budget. La politique de l’armement à outrance est l’origine la plus féconde du paupérisme : là où le militarisme est le plus en honneur, en Russie, en Allemagne, en Italie, là aussi la misère est le plus en croissance. Dans le seul pays qui n’ait pas d'armée, en Suisse, il n’y a pas de prolétariat ; et cependant ce pays est au point de vue économique l’un des plus deshérites.
- (1) Numéros du 17 et du 24 novembre 1878.
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- Combien à plus forte raison seraient heureux les pays plus favorisés de la nature s’ils savaient s’entendre pour désarmer d’un commun accord et remettre la solution de leurs différends au verdict d’un tribunal arbitral des nations.
- Les peuples aspirent à pouvoir réduire et même à finir par éteindre l’exorbitante dépense de leurs armées permanentes. S’ils acceptent — ou plutôt s’ils supportent l’état de paix armée — ce n’est pas de bon vouloir, ce n’est que faute de mieux et crainte de pis. Du moment où ils auront compris la poss b;-lité d’une haute cour internationale ils se refuseront à engouffrer dans des dépenses militaires le plus clair de leurs revenus.
- Le jour n’est plus bien loin, il est proche peut-être où la rivalité qui divise les nations de l’Europe et qui les force à se ruiner à denvi en s’opposant les unes aux autres des armées toujours croissantes, fera place à une nette compréhension de leur intérêt commun. Plus on va en avant, plus cette communauté d’intérêts entre pays tend à s’élarg r. Les rapports de peuple à peuple se développent avec une rapidité sans précédent. Le génie de l’homme a vaincu les obstacles de la nature; les distances sont supprimées; les frontières n’ont plus de raison d’être. Fleuves, mers, montagnes inaccessibles, ont cessé d’être des barrières. Les fleuves, constamment remontés et descendus par des bateaux à vapeur, réunissent les peuples bien plus qu’ils ne les séparent ; les montagnes qui portent leur tête vers les nues voient les hommes les perforer à la b; se et lancer dans de longs tunnels voyageurs et marchandises ; enfin les mers sillonnées en tous sens par des navires innombrables réunissent les pays les plus éloignés et portent de l’un à l’autre des produits les plus divers. Dans un monde ainsi transformé les rivalités militaires sont un anachronisme.
- Notre époque est une époque de travail. Ce n’est plus celle de la conquête les uns par les autres, c’est l’époque de la conquête du globe entier par la civilisation. Tel négociant de nos ports a plus de navires à son service que n’en avaient Charles Quint ou Louis XIV au faîte de leur splendeur. Le temps est passé de la guerre et de la conquête, il n’en faut plus. Nous sommes au seuil d’une ère nouvelle, de ’ère du travail et de la paix, de celle où les pays es plus puissants ne seront pas les mieux armés, ûais les plus travailleurs.
- Repoussons tout ce qui peut entraver cette marche les choses vers une ère nouvelle, n’épargnons rien le ce qui peut l’accélérer.
- Ed. Champury.
- NOUVELLES DIVERSES
- I.a rentrée des classes chez les «Té-snite§. — C’est le 8 octobre qu'a eu lieu la rentrée des classes dans les établissements jésuitiques qui, pour avoir changé d’enseigne, n'en continueront pas moins à être dirigés par les mêmes hommes et les mêmes principes.
- U Union dit à ce sujet :
- « D’après les renseignements qui nous parviennent de divers côtés, la rentrée dans les établissements que le gouvernement voulait fermer n’est pas moins brillante en province qu’à Paris. Partout les élèves affluent et apportent ainsi un nouvel et éclatant témoignage en faveur de 1’enseiguement religieux.»
- De son côté, le Télégraphe dit ceci :
- « On constate une diminution sensible dans le nombre des élèves qui, à la suite des vacances, rentrent dans les maisons naguère tenues officiellement par les jésuites.
- Ainsi à Saint-Etienne, le chiffre des élèves abaissé de cent, à Lyon de cinquante, etc.»
- Nous serions curieux de savoir qui dit vrai de l'Union ou du Télégraphe.
- * ¥
- IL» question des femmes. «*» Mlle Hubertine Auolert adresse aux journaux la lettre suivante, qui dénonce une injustice criante et, de plus, une hypocrisie de la loi :
- Paris, 30 septembre.
- Monsieur le rédacteur,
- Permettez-moi d’appeler votre bienveillance sur cette fantaisie de la loi qui fait du témoignage un privilège du sexe masculin.
- Aujourd’hui, j’avais à faire légaliser ma signature au bas de la requête en dégrèvement d’impôts que j’adresse au conseil d’état. Je me présente à la mairie, munie de toutes pièces pouvant certifier mon identité. — Il vous faut deux témoins, me dit l’employé de la mairie, deux hommes.
- Grand embarras pour moi, car je connais nombre de femmes dans le quartier où est la mairie,mais pas un seul homme 1
- Que faire ? Je m’adresse au commissionnaire du coin. — Depuis deux ans, la loi nous défend de témoigner, me dit le commissionnaire.
- ( J’arrête deux passants, m’offrant, bien entendu, à. payer leurs services. Ils me demandent s’il s’agissait de témoigner pour une naissance. Sur ma réponse négative, ils continuent leur chemin, disant qu’ils ne se souciaient pas de se créer des affaires.
- Je m’adresse inutilement à beaucoup d’autres passants ; quelques-uns me plaisantent ou m’injurient.
- Enfin, après une heure de recherches, je découvre un charbonnier et un peintre qui, moyennant salaire, ont bien voulu venir témoigner de mon idèndité. Ces braves ouvriers, je ne les avais jamais vus.
- J’ai donc perdu du temps, subi des affronts, dépensé de l’argent, cela pour satisfaire cette hypocrisie de la loi qui préfère le témoignage mensonger d’inconnus, de passants qui ne vous ont jamais vus— pourvu que ce soient des hommes — au témoignage véridique de femmes qui vous connaissent.
- Ne trouvez-vous pas, monsieur le rédacteur, que ce soit lâche de la part des hommes de s’être assurés contre les tentatives de rébellion des femmes en les enlaçant de toutes ces difficultés morale et matérielles ?
- Que les femmes aient une bonne fois un élan de dignité, et que les hommes de cœur qui perdent leur temps à se disputer pour un parti ou les nuances d’un parti montrent qu’ils travaillent véritablement pour les principes et font — au lieu d’un triomphe ou d’une suprématie de boutique — leur but de la justice, c’est à-dire de l’égalité de tous, femmes et hommes.
- Recevez, monsieur le rédacteur, mes salutations empressées.
- Hubertine Auclert.
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- OfFentmeli. — L’une des personnalités les plus caractéristiques que le dernier empire ait mis en vue, M. Offenbach, est morl la semaine dernière. Doué d’un talent incontestable dont il faisait le plus regrettable emploi ce musicien contribua à affermir l’Empire en offrant aux Français de la capitale et des grandes villes des opérettes dévergondées destinées à les amuser et à leur faire prendre leur joug en patience. M. de Morny comprit le parti que le régime impérial pouvait tirer de M. Offenbach et, sous le pseudonyme de M. de Saint-Rémy, le fameux ministre collabora aux livrets du oom-positeur en vogue : toute la presse bonapartiste « fit l’article » pour l’opérette.
- On sait a quel degré l’idiotisme finit par arrêter ce genre de pièce. Les Brigands resteront comme un témoignage accablant de ce que la France ployée au joug n’a pas "rougi d'applaudir, de ce que son gouvernement qui interdisait les œuvres sérieuses n’a pas rougi d’encourager.
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- Travaux «le l’Escani. — On aligne sur ce grand fleuve, à Anvers, dit M. Simonin, un mur de quai qui aura trois kilomètres et demi de développement et le long duquel le fleuve aura une profondeur de huit mètres d’eau à basse mer. La largeur de l’Escaut sera là de trois cent cinquante mètres. Les quais auront cent mètres de large, seront munis d’abris pour les marchandises, parcourus par une voie ferrée et l’on estime que vingt-cinq à trente navires, de trois mille à trois mille cinq cents tonneaux de jauge, pourront s’aligner ensemble le long de ce mur, bord à quai. Aucun bassin en Europe n’offrira autant d'avantages.
- *
- * v
- Découverte d’une nouvelle espèce «le
- vigne. — Le ministère do l’instruction publique vient de recevoir d'Algérie une nouvelle du plus haut intérêt. Il ne s’agit de rien moins, en effet, que de la découverte qu’aurait faite un botaniste de vignes sauvages à fruits délicieux et à racines vivaces. La beauté et l’abondance des fruits, la facilité de culture, qui se fait par la plantation annuelle de tiges font espérer, d’après ce qu’annonce le correspondant du ministère, que oes espèces nouvelles seront susceptibles d’être acclimatées en France.
- On saura d’ailleurs bientôt à quoi s’en tenir à cet égard, car une grande quantité do tiges et de graines vont être envoyées en France pour être distribuées à tous les établissements agricoles.
- On comprend qu’une telle découverte aurait pour effet de changer complètement les conditions de la eulture de la vigne en France et d’en augmenter la production dans des proportions inconnues jusqu’à ce jour, puisque la nouvelle espèce de vigne produit des fruits l’anuée même de sa plantation.
- Au moment où nos vignes sont menacées d’une destruction complète* sur tous les points de la France, la nouvelle découverte dont nous parlons viendrait bien à propos comme seul remède à opposer au phylloxéra.
- NOUVEAU DÉSAVEU DES DOCTIUTES COLLECTIVISTES
- Le 4 octobre a eu lieu, a l’Elysée-Ménilmontant, Je banquet de la Société typographique parisienne, À la fin du banquet, M. Boutmy, président de la Société des correcteurs des imprimeries fie Paris, a porté un toast à la fédération des groupes typographiques et au succès de l'Imprimerie Nouvelle, Après avoir rappelé que les fondateurs de cette imprimerie
- avaient amassé, sou par sou, un capital de 36.000 fr M. Boutmy a poursuivi son discours en ces termes*
- Voilà la route ; il ne s’agit plus que de la suivre Que 1 Imprimerie Nouvelle rayonne ; que des ateliers similaire se fondent, et le problème social sera, pour nous, en voie de solution. Les autres corporations ne tarderont pas sans doute à nous imiter, et le travailleur possédant enfin le capital et l’outil, pourra alors — et seulement alors —jouir du fruit intégral de son labeur.
- Certes, ce résultat n’est pas prêt encore d’être atteint. Deux ou trois générations peut-être devront y consacrer leurs persévérants efforts, Mais que sont deux ou trois générations dans le développement successif de l’humanité ? Pas même une seconde dans le temps, pas même un point dans l’espace,
- Toutefois, ce qui a été fait et ce qui a réussi nous permet d’entrevoir et de prédire l’avenir ; nous ne marchons plus dans les ténèbres ; une lueur, qui s’agrandit tous les jours, éclaire nos pas.
- Je sais bien qu’une école nouvelle — celle des collectivistes révolutionnaires — est plus pressée; je sais que cette école demande à d’autres moyens que les nôtres l’affranchissement du prolétariat.
- Dans ses discours, au congrès de Marseille d’abord, au Havre plus récemment, elle a proposé de s’emparer du capital, du sol et du sous sol, et de remettre le tout entre les mains des seuls travailleurs,
- Je ne veux pas discuter ces théories, qui heureusement ne sont que des théories Je me contenterai de faire remarquer que, dès le lendemain de cette prise violente de possession et de cette distribution plus ou moins régulière et juste, les difficultés en face desquelles nous sommés aujourd’hui ne manqueraient pas de renaître Parmi les travailleurs, les uns réussiraient, les autres feraient faillite ; le capital, le sol et le sous-sol ne tarderaient pas à retourner entre les mains de quelques-uns, et le beau rêve d’égalité que l’on aurait fait se serait évanoui, ne laissant derrière lui que des catastrophes et des ruines.
- Non, ce n’est pas là du socialisme vrai, du socialisme pratique.
- D’accord en cela avec l’immense majorité des travailleurs, nous attendons l’amélioration de notre situation de la liberté, mais do la liberté tout entière, limitée bien entendu par la liberté d’autrui, du jeu naturel et fécond des institutions républicaines.
- Nous ne comptons pas, pour faire admettre nos légitimes revendications, sur la violence et la force ; nous ne croyons pas qu’il soit nécessaires de faire table rase de tout ce qui existe pour construire un édifice spacieux et commode — mais tout à fait problématique — qui abriterait notre avenir ; en un mot, nous ne pouvons nous mettre dans l’espiit que le désordre et l’anéantissement, une sorte de nihilisme occidental, -— soit le remède à tous noa maux ; enfin, que du chaos volontaire où l’on voudrait nous plonger puisse surgir un monde régénéré et meilleur que le nôtre.
- N’oublions pas que tout progrès demande du temps» et que le temps ne respecte pas ce que l’on fait sans lui. Pour tout dire d’un mot, citoyens, nous ne sommes pas collectivistes révolutionnaires; nous sommes des socialistes pratiques ; la marche prudente ffen est que plus sûre. Nous nous contentons d’être des citoyens comme les autreé, sans prétendre a constituer un quatrième ordre dans i’fîtat.
- La République, la liberté et le suffrage universel
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- nous suffisent. Avec leur aide nous réaliserons la formule trinitaire à laquelle je vous propose de boire avec moi : Union, Fédération, Association.
- Vive la République 1
- Ces fermes et courageuses paroles ont été accueillies par d’unanimes applaudissements.
- UNE PERTE DE 545 MILLIONS POUR L’ÉTAT
- Il y a quelque trente ans, Alphonse Karr ne craignit pas un jour d’émettre ce stupéfiant paradoxe : La propriété littéraire est une propriété,
- U ne faut pas moins que ce précédent pour nous encourager à dire, à notre tour : Un chemin.de fer est un chemin. Par conséquent, comme les chemins sont à tous et non à quelques-uns, les chemins de fer non plus ne peuvent être l’objet d’un accaparement particulier,
- Les chemins de fer sont du domaine public et les Compagnies en sont les fermiers.., Mais quels singuliers fermiers ! gratifiés d’un bail de quatre-vingt-dix-neuf années, ne payant d’autre fermage que les impôts spéciaux que l’Etat percevrait bien sans eux, laissant toute la responsabilité de l'exploitation au bailleur, recevant annuellement, au lieu de payer, des subventions et des avances qui ressemblent à des donations à titre gratuit, et, malgré tout, oubliant la situation au point de se croire des droits réguliers de propriétaire et de législateur !
- N’avons-nous pas vu, en effet, les grandes Compagnies se rendre maîtresses du marché français, refaire des douanes intérieures, abolir de leur autorité, sur tel ou tel point des frontières, le libre échange ou la protection, supprimer par des tarifs arbitraires dits de pénétration les avantages naturels de la plus courte distance, causer la ruine de toutes les Compagnies secondaires et locales, et devenir l’obstacle le plus direct au développement de notre réseau ?
- Voilà les fermiers actuels de la portion la plus considérable du domaine public !
- Dès que le ministre compétent rentrera dans son droit, il verra qu’il a en mains de quoi remettre au pas tous ses fermiers récalcitrants, Les baux sont résiliables sur l’heure, et résiliables de telle façon qu’on pourrait, en s'en tenant à la lettre des contrats, infliger aux Compagnies de grosses pertes,
- Mais nous ne gommes point si cruels ; nous ne voulons point, quant à nous, la mort du pêcheur ; nous croyons qu’il ne faut ruiner personne.
- Nous aurions voulu la sauvegarde complète des obligations et le remboursement des actions à leur prix courant. Mais, nous l’avouons, devant le flot mentant des cours côtés sur les actions des Compas-gaies, qui vont toujours se carrant de plus en plus
- dans leur privilège établi, nous sommes tentés de reculer devant les conséquences de ce mode de rachat.
- Savez-vous à combien se montait le capital primitif cumulé des six grandes Compagnies, en calculant les actions au pair ?
- A 1,477 millions 1/4.
- C’était là leur valeur d’origine, valeur en partie nominale, il faut le dire, car bon nombre d’actions tombèrent -ensuite au-dessous du pair, avant que l’Etat vînt les remettre à flot.
- 11 y a quelques mois, lorsque l’honorable M. Wilson, aujourd’hui sous-secrétaire d’Etat aux finances, fit à la commission parlementaire des chemins de fer son fameux rapport concluant au rachat, savez-vous quelle était à cette époque, le 21 décembre 1879, la valeur acquise par l’ensemble de ces mêmes actions des six grandes Compagnies ? — Les 1,477 millions 1/4 étalent devenus près de 3 milliards 228millions.
- Ainsi les fermiers de l’Etat, qui ne payent rien à l’Etat pour la jouissance de ce domaine public, qui reçoivent de lui, au contraire, d’incessantes subventions et garanties annuelles, ont réalisé une énorme plus-value de 1,750 millions 2/3, ainsi répartie :
- Est . 119,720,000
- Lyon-Méditerranée . i 08,317,500
- Midi....................... 94,375,000
- Nord..................... 572,250,000
- Orléans.................. 378,000,000
- Ouest....................... 78,000,000
- Total. . . . 1,750,662,500
- Mais le flot monte toujours, et bien que la garantie d’intérêt payée par l’Etat ne diminue pas, la valeur de l’action ne cesse de s’accroître, comme si chaque avance du Trésor était une nouvelle gratification au bénéfice des Compagnies.
- Un an ne s’est pas encore écoulé depuis le rapport de M. Wilson et la valeur actuelle des actions des Compagnies; au 4 septembre courant, n’est pas moindre de 3 milliards 773 millions 737 mille francs.
- Depuis huit mois, il y a une plus-value nouvelle de 545 millions 825 mille francs, Autant de plus à payer peut-être quand il faudra racheter le domaine public si imprudemment engagé par les gouvernements antérieurs.
- Si nous étions -en présence d’actionnaires ordinaires, nous nous réjouirions avec eux de l’accrois* sement de leur fortune; malheureusement leur bénéfice a pour contre-partie une perte plus ou moins prochaine à supporter par le pays. H y a donc un véritable cri d’alarme 4 jeter au gouvernement,
- {Le Globe:,)
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- Fécondité des Abeiltes
- L’abeille mère, quoique fécondée dès le septième jour de sa naissance, ne commence sa ponte que le onzième jour, quelquefois le dixième ; mais, fécondée seulement le dixième jour et au delà, elle pond dans les vingt-quatre heures et continue sa ponte une grande partie de l’aunée dans les climats tempérés, et toute l’année dans les climats doux où les fleurs se succèdent, à moins qu'elle ne soit dérangée par une cause extraordinaire, telle, par exemple, qu’une maladie ou un désordre dans la ruche. Elle ne donne qu’une sorte d’œufs, auxquels elle donne le sexe et qu’elle dépose dans des cellules spéciales.
- La jeune femelle, fécondée normalement pond, pendant la première campagne, des œufs d’ouvrières en plus ou moins grand nombre, pendant environ 10 mois ; mais peu d’œufs de mâles ; souvent même pa? du tout. Les campagnes suivantes, elle pond beaucoup d’œufs d’ouvrières, au début du printemps, dans les localités où les principales fleurs mellifères s’épanouissent en cette saison.
- Vers le milieu, elle donne une certaine quantité d’œufs de mâles et, par intervalles, quelques œufs de futures mères, quelquefois aussi des œufs de mâles vers la fin de l’été, lorsque des fleurs abondantes permettent un butin nouveau.
- La mère pond quelquefois toute l’année, mais bien davantage au retour de la belle saison, lorsque s’épanouissent les fleurs qui produisent beaucoup de pollen, C’est à ce momënt qu’a lieu la ponte qui doit regarnir la colonie affaiblie par l’hiver et former des colonies nouvelles qu’on appelle essaims. A cette époque donc, l’abeille mère pond du matin au soir sans interruption.
- C’est cette ponte continue, qui se termine par celle d’œufs de mâles, qu’on apppelle grande 'ponte.
- La grande ponte peut avoir lieu deux fois. Cela arrive, par exemple, lorsqu’après avoir épuisé les fleurs d'une localité on transporte les abeilles dans une localité qui a des fleurs plus tardives.'
- Le nombre des œufs de l’abeille mère est plus ou moins grand, selon difîérentes circonstances ; il est communément de quarante à cent mille par an; il peut s’élever de deux cent à cinq cent mille, et quelquefois davantage pour la durée de son existence. L’abeille mère pond plus dans les pays doux et parsemés de fleurs mellifères que dans, les pays froids et arides; en ruche spacieuse garnie de provisions et de population qu’en ruche qui ne réunit pas ces conditions ; dans une ruche à parois épaisses qui concentre mieux ]a chaleur que dans une ruche défectueuse sous ce rapport ; quand elle est jeune que quand elle est âgée. Elle pond également plus, toutes choses égales d’ailleurs, dans une jeune cire que dans une vieille.
- LES FEMMES QUI VOTENT
- Les esprits chagrins qui contestent les progrès des idées nouvelles peuvent se convaincre par ce qui se passe aujourd’hui au sujet des droits de la femme qu’ils n'ont pas toujours raison.
- Il y a deux ou trois ans, moins peut-être, aucun écrivain en vogue n’aurait osé, en France du moins, consacrer un volume à la question du droit de la femme. Il eut craint de compromettre sa popularité et, de fait, il l’eut bel et bien compromise en tentant l’aventure. Le public ne pardonne pas à ceux qui le devancent de trop loin.
- Aujourd’hui il paraît que l’opinion publique ou tout au moins l’opinion du public lettré s’est bien modifiée,
- car nous voyons l’un de nos écrivains les plus jaloux de la popularité, celui de tous peut être qui s’efforce le plus d’attirer par des œuvres littéraires l’attention sur des thèses morales, M. Alexandre Dumas, se faire dans une certaine mesure l’avocat du droit des femmes.
- Le nouveau livre de l’honorable académicien ne manquera pas de soulever des contestations. Nous-mêmes nous aurions de grandes, de bien grandes réserves à faire sur certaines des opinions qui y sont émises, mais nous n’entreprendrons pas ce travail. Nous préférons agir à l’égard de ce livre à la façon des laveurs de sables aurifères : ne nous préoccuper que des parcelles d’or qu’il contient, les recueillir et laisser le reste aller où bon lui semble.
- M. Dumas distingue fort justement la qualité intrinsèque d’une cause et les vices de forme que l’on peut lui faire revêtir:
- « Dieu sait, s’écrie-t-il, s’il y a des- gens qui se tordent de rire à cette seule proposition que les femmes pourraient bien, un jour, revendiquer les mêmes droits politiques que les hommes et prétendre à exercer le vote tout comme eux. Jusqu’à présent, cette proposition n’avait été énoncée et soutenue que dans des journaux rédigés par des femmes, et le seul retentissement qu’elle avait en était dans le rire presque universel dont elle avait été accueillie; ceux qui ne riaient pas, les personnages sérieux, haussaient les épaules ; quelques-uns, dont je suis, se demandaient tout bas si les réclamantes n’avaient pas raison.
- « A vrai dire, la réclamation était faite le plus souvent dans les termes tellement exaltés, proclamant si haut la supériorité intellectuelle, morale, civile de la femme sur l'homme, qu’en'effet elle disposait au rire.
- « Mais, de ce qu’un droit est maladroitement revendiqué, il ne s’ensuit pas qu’il ne soit pas un droit. Tous les jours, un créancier sans instruction, dans ’ une lettre dont l’orthographe aussi fait pouffer de rire, réclame ce qui lui est dû pour son travail, et, si comique que soit la forme de la réclamation, il n’en faut pas moins y faire droit et payer la créance.
- « Quant aux femmes qui votent, elles réclament tout simplement un droit qu’un Etat d’Amérique vient d’ailleurs de leur accorder. »
- Contrairement à ce que bon nombre d’hommes de lettres ont cru spirituel de faire, M. Alexandre Dumas n’hésite pas à ne point se moquer de Mlle Hubertine Auclert. Il voit en elle une femme qui réclame ses droits.
- « Le bourgeois, dit-il, dont riait Molière, a beaucoup ri en voyait cela, comme il fait toujours quand il voit quelque chose de nouveau; mais lorsque ce n’est pas Molière qui rit des choses, les choses ne courent aucun danger. S’il vivait de nos jours, il n’en rirait pas. »
- M. Dumas ne craint pas de demander le droit de vote pour les femmes qui ont le devoir de payer 1 l’impôt :
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- « — Alors, c’est sérieux; vous demandez que les j femmes votent ? j
- » Tout bonnement.
- » Mais vous voulez donc leur faire perdre toutes leurs grâces, tous leurs charmes. La femme...
- « Nous voilà dans les platitudes 1 Soyez tranquille, elles voteront avec grâce. On rira encore beaucoup dans le commencement, puisque, chez nous, il faut toujours commencer par rire. Eh bien, on rira. Les femmes se feront faire des chapeaux à l’urne, des corsages au suffrage universel et des jupes au scrutin secret. Après ? Ce sera d’abord un étonnement, puis une mode, puis une habitude, puis une expérience, puis un devoir, puis un bien. En tout cas, c’est déjà un droit. Quelques belles dames dans les villes, quelques grandes propriétaires dans les provinces, quelques grosses fermières dans les campagnes donneront l’exemple et les autres suivront. Elle 5 auront des réunions, des assemblées, des clubs comme nous ; elles diront des bêtises comme nous, elles en feront comme nous, elles les payeront comme nous, et elles apprendront peu à peu à les réparer , comme nous. Un peu plus mêlées à la politique de l’Etat, elles feront moins de propagande à celle de l’Eglise, ce ne sera pas un mal. »
- Ailleurs, M. Dumas parlant de la science dont il regarde la pratique comme une forme future de la religion s’écrie avec un enthousiasme dont il y a à rabattre mais qui contient du vrai :
- « Ces sectaires de la science, on ne les comptera pas seulement parmi les hommes, mais aussi parmi les femmes, les curieuses par excellence, dérobeuses de pemmes comme Eve, ouvreuses de boîtes comme Pandore, et toujours prêtes pour le nouveau, pour l’imprévu, pour tout ce qui les fait sortir de la pure fonction sexuelle, de l’état terrien. Une fois entraînées par certains exemples, une fois leur cadre conventionnel brisé, les femmes vont donc se jeter dans la science comme elles se jettent dans tout ce qui les passionne, la tête en avant, à corps perdu, c’est le vrai mot. Prenant leur revanche de l’immobilité séculaire à laquelle on les a condamnées, elles vont courir, par n’importe quels chemins, à côté de l’homme, devant lui s’il le faut, à la conquête d un nouveau monde. En matière de sensation, la femme est l’extrême, l’excès de l’homme. Quand on sait avec quel mépris de toute raison et de toute souffrance, la femme va à l'hallucination et au martyre, dès qu’elle est vraiment dans la foi; avec quel oubli de toute dignité et de toute pudeur elle va à la soumission et à la débauche dès qu’elle est vraiment dans l’amour, on peut prévoir l’audace de la frénésie avec lesquelles elle téntera la découverte et affrontera le fait lorsqu’elle sera vraiment dans,la science. Elle se soumettra comme l’homme aux plus rudes travaux, aux expériences les plus douloureuses, aux épreuves les plus étranges pour trouver le mot de l’énigme. Elle se laissera arracher les seins comme sainte Agathe, si cela peut révéler le mystère de la lactation; elle passera son enfant à sa voisine, comme sainte Félicité pour aller se livrer aux bêtes, non pour prouver que Jésus a dit la vérité, mais Pour savoir si Darwin a raison. »
- nnoOOOQrvyi
- Statistique de l’instruction en Europe
- La question de l’instruction étant plus qus jamais à l’ordre du jour, nous croyons utile de mettre sous les yeux de nos lecteurs une curieuse statistique, que nous trouvons dans la Revue scientifique populaire de Turin.
- Bien que nous ne puissions nous prononcer sur la complète exactitude des données qu’on va lire, nous inclinons à croire qu’elles s’éloignent peu de la vérité ; nous ferons du reste remarquer que la Revue de Turin jouit d’uue certaine autorité dans ces matières.
- Yoici la statistique dont nous voulons parler :
- habitants. écoles. élèves.
- Allemagne 42 millions 600.000 6.000.000
- France 37 71 is00 4.700.UÛ0
- Ge-Bretagne 34 580.000 3.000.000
- Autriche 37 30.( 00 3.000.000
- Espagne 15 20 000 1 .607.000
- Italie 27 47.000 1.500.000
- Russie 74 32.000 1.000.000
- —
- SUR L’ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL
- Nous allons résumer çette première série de notes sur l’enseignement professionnel, nous réservant d’étendre plus loin l’étude de la question lorsque le Congrès de l’Education, qui doit tenir sa 4e session prochainement, aura élucidé de nouveaux éléments relatifs à la mise en pratique de l’instruction intégrale.
- Pour l’instant, nous croyons possible la solution du problème en divisant 1 application en deux termes principaux :
- — D’une part :
- Il demeure acquis que, dès l’école primaire les instruments de l’outillage usuel commun doivent faire partie des procédés et méthodes d’enseignement ;
- Les garçons doivent être accoutumés, de bonne heure, au maniement de la lime, du rabot, de la scie, du marteau et du tour ; dans les écoles rurales il faut adjoindre des notions de culture élémentaire.
- Les filles doivent être familiarisées aux travaux de culture, linge et drap ; coupe, assemblage et garnitures.
- Ces différents exercices peuvent alterner avec les leçons de grammaire, verbe, calcul, etc ; car il y a là une source de connaissances indispensables à notre époque puisque dans l’état moderne les ouvriers des deux sexes sont exposés à des mutations fréquentes de déplacement et d’occupation.
- C'est dans cette voie que les pouvoirs publics peuvent apporter le concours des ressources budgétaires ;
- Et sans chercher à leur donner le caractère d’Ecoles d’apprentissage, on doit pourvoir les écoles primaires du matériel nécessaire à la démonstration rudimentaire du travail manuel.
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- — D’autre part :
- La plus grande latitude doit être laissée aux communes et aux villes pour la vulgarisation des cours professionnels ; qu’ils soient organisés ou seulement patronnés, encouragés, par les Municipalités, l’essentiel est d’en faire éclore entrés grand nombre ;
- Et l’on verra se répandre alors en un double courant, la science professionnelle : Dans l’école, la gymnastique manuelle allant de pair avec la gymnastique intellectuelle ; et dans les cours, prêts à recevoir les adultes, la conception définie de chaque proféssion soit agricole, soit industrielle, soit commerciale, marchant de pair avec le développement des farces et de l’intelligence des élèves
- Durant cette période préparatoire il se formera un critérium dans l’opinion publique sur la question ; et les penseurs dévoilés au principë dé l’éducation intégrale auront trouvé la forme d’une synthèse générique embrassant les principales professions.
- En raison des progrès actuels, la mise en œuvre des différentes branches de l’activité humaine est renfermée dans un cercle relativement restreint de combinaisons scientifiques qui permettront, dans un temps donné, de formuler une sorte de grammaire professionnelle.
- L’industrialisme a créé cette situation pénible : d’un côté, excès de production ; de l’autre, chômages inattendus et prolongés. On peut, dans une certaine mesure, parer àceséventualités dangereuses en vulgarisant une technologie des métiers dont la connaissance faciliterait à chacun, non-seulement le choix d’un état mais encore les moyens de le quitter pour un autre.
- Ceci rendrait l’homme complètement indépendant dans l’exercice variable des professions où il trouve à s’employer, et ouvrirait l’accès des carrières les plus diverses aux aptitudes les plus différentes.
- Nous pensons que ce Manuel technologique devra comporter deux principes fondamentaux :
- —- Commes types d’étude, ou de comparaison, la nature en ses variétés multiples.
- — Comme base de raisonnement la démonstration scientifique.
- Enfin, nous croyons que ce double courant de :
- L’instruction manuelle élémentaire, donnée dans toutes les écoles de premier degré ;
- Et la fondation illimitée de Cours professionnels sur tous les points importants du territoire ;
- Assurerait une extension féconde à l’initiative individuelle et collective sous le rapport de nos débouchés commerciaux et de notre colonisation ; et l’on réaliserait ainsi, sans beaucoup de charges nouvelles pour l’Etat, le principe des peuples
- libres qui placent à la base de leurs institutions : l’égalité dans l’instruction — ce qui est la meilleure garantie du droit de chacun dans l’exercice des devoirs communs.
- Recevez, etc.
- Ch. Deville,
- Ancien membre des Prud’hommes de la Seine.
- Découvei’te intéressante
- D’après une communication adressée à la Gironde par M. G-assies, directeur du musée préhistorique de Bordeaux, on vient de découvrir dans une grotte de la Cha-losse, près de Brassempouy, des objets fort intéressants exécutés par des hommes contemporains du renne. Le sol rocheux de la grotte non fouillée encore, contient des restes de ruminants, d’herbivores et de félins, parmi lesquels dominent le cheval, le bœuf, la chèvre, la hyène, le lion des cavernes, le renard, l'éléphant. Dans la couche supérieure, c’est le cheval qui domine et très peu le renne. C’est là que la petite tribu s’est exercée à dessiner et graver des têtes d’animaux, cheval, poisson, etc.
- Ou a pu envoyer à Lisbonne, au congrès anthropologique, le moulage d’une tête de cheval avec ses poils, sa crinière, ses yeux et ses sourcils, jusqu’à son museau garai d un caveeon. Cette pièce admirable est gravée sur un opercule de poisson et dénote une grande habileté de main. Un fragment d’amulette percée représente le dos d’un phoque dont la peau est fortement striée pour simuler le poil. D’autres pièces représentent des harpons, des flèches, des aiguilles doubles et simples, des navettes, des couteaux et des dessins de cheval, dont un, malheureusement cassé, représente un animal hennissant, la gueule ouverte ; le dessin a un très-beau relief. Deux autres, moins bien burinés, ont été trouvés en présence de M. Gassios sur un fragment d’os de cheval. Cette grotte, lorsqu’elle aura été scientifiquement fouillée, devra amener de fort belles découvertes.
- INFLUENCE OU T ABIC SD R IÆ POXfiïMfflEMIM CÉHËBRAL
- DOCUMENTS STATISTIQUES (I)
- Par le Dr COUSTAN
- Nos investigations ont porté sur trois groupes d’établissements d’instruction : des écoles primaires, secondaires et supérieures ou spéciales. Que le tabac soit défendu, et ne puisse être consommé que clandestinement ou les jours de sortie, Ou qu’il soit toléré dans de certaines limites, et par conséquent plus largement employé, les chiffres montrent qu’il exerce une influence constante sur lé niveau des études; et cette influence est d’autant plus accentuée dans les divers établissements que la consommation est plus considérable.
- Nous avons examiné 11 classes, seconde, rhétorique et philosophie, dans les lycées de Douai, Saint-Quentin et Chambéry. C’est un total de 155 élèves,
- (1) Nous ne donnons ici qu’un résumé ! uccirit des principaux résultats consignés dans le mémoire du Dr Coustan,
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- Lfi DEVOIR..................... ...............671
- Les non fumeurs, . . . 21/2 rangs.
- Les petits fumeurs ... 27 »
- répartis dans des classes à peu près égales.
- Les élèves occupent le rang moyen de :
- Ceux qui ne fument pas ...... 4,08
- Ceux qui fument peu.......................6,53
- Ceux qui fument beaucoup. 9,35
- Voilà une gradation bien marquée et toute en faveur des élèyes qui fument le moins.
- En suivant le même élève dans les classes qu’il franchit successivement, on peut voir, si son goût s’accentue pour le tabac, son rang baisser parmi ses camarades.
- Le nommé B..^, classe de seconde 1876-77, est noté comme ne fumant qu’aux sorties, et occupe le n° 4 de sa classe. Le même B.. ..passe en rhétorique
- 1877- 78. Il est noté alors comme fumant les jours de sortie et en cachette dans le lycée ; il a le n° 10.
- Le nommé F...’, classe de seconde 1876-77, est noté comme ne fumant qu’aux sorties ; il occupe le n°7 de sa classe. Le même F... passe en rhétorique
- 1878- 79, et est noté comme fumant de plus en plus. Il occupe alors le n° 14 de sa classe. Le même F... passe en philosophie 1879-80, et est noté comme fumant beaucoup. Il occupe alors le n° 16 de sa classe.
- Le nommé C.classe de seconde 1876-77, est noté comme fumant aux sorties et en cachette dans le lycée. Il occupe le n° 13. Le même G... est noté en philosophie 1876-79, comme continuant à fumer aux sorties et eh cachette. Il 'occupe alors le n° 21.
- Un de ces jeunes collégiens que nous intérrogions, nous exprimait fort justement à la fois l’eflet et l’attraction du tabac'dans cés circonstancês ; il disait que la cigarette le faisait réver. Autrement ditxla cigarette grié'e ces jeunes têtes, leur donne des vertiges, des absences, et les détourne de tout exercice d’applicatiôri dé mémoire ou de compréhension. -
- Nous avons eu des renseignements sur une partie de la classe de mathématiques spéciales du collège ! Rollin, et quoique ces jeûnes gens ne fument que les jours de sortie, et que le tableau comparatif ne eon- i tienne qu’une partie des élèves, nous voyons se dessiner le même mouvement que ci-dessus : les non fumeurs perdent 1,2 rang, tandis que les fumeurs en Perdent 2,8.
- A l’école polytechnique,, nous avons fait des recherches sur les 123 premiers élèves de la promotion de 1878. Là, l’usage du tabac est très-répandu ; aussi tes résultats, quoique ne portant pas sur la totalité des élèves, sont très-significatifs ; d'une année à 1 autre ont perdu :
- Les grands fumeurs . . 38 »
- Nous avons fait les mêmes opérations de pointage sur un certain nombre d’autres écoles, ou nous les avons fait faire par des personnes sures, et voici les résultats sommaires qui ressortent des tableaux statistiques, présentés dans noire mémoire.
- A l’école des maîtres mineurs de Douai, sur 8 élèves qui ne fument pas, 5 ont gagné des places, 1 a gardé son rang, 2 seulement en ont perdu. Sur 13 élèves qui fument, 3 seulement ont gagné des places, 3 ont conservé leur rang, 7 en ont perdu.
- Parmi les engagés conditionnels d’un an, appartenant au 14e bataillon de chasseurs à pied, nous relevons le classement suivant pendant l’aimée d’étude 1878 1879 :
- Non fumeurs . . . 15,42 rang moyen
- Petits fumeurs . . 20,04 »
- Grands fumeurs. . 23,4 »
- Ces élèves sont au nombre de 40. Les dix premiers fument ensemble 0 fr. 90 c. de tabac par jour.
- De dix à vingt, iis fument ensemble 1 fr. 10 c. de tabac par jour.
- De vingt à trente. . . . 1 tr. 20 c.
- De trente à quarante. . . 1 fr. 90 c.
- A l’école dès vétérinaires stagiaires militaires de Sâumur, promotion 1879-is&'Ô, lés non fumeurs ont 'comme ràffg moyen le chiffre 4, !6 ; les fumeurs, le chihlre 16,7.
- Les élèves ingénieurs des ponts et chaussées nous ‘donnent les résultats suivants pour la promotion de 1877 :
- Le rang moyen des non fumenrs 'est : i
- A l’entrée, 11, â la sortie, 9.
- Celui des petits fumeurs :
- A l’entrée, 11, à la sortie, 15,6.
- Celui des grands fumeurs :
- A l’entrée, 14,3, à la sortie, 15,6.
- Au témoignage de l’un des élèves, dâns cette école on ne fume pas beaucoup ; et en effet les résultats donnés pat* les chiffres, quoique restant caractéristiques, sont peu tranchés.
- Dans deux autres écoles où Foii fumé encore moins, nous voyons les différences de rangs én rapport avec là consommation 'dû tabac S’éffacer plus encore.
- C’est d’abord â l’école norniale primaire dé îVduaî, les élèves, tous jeunes gens très-sérieux, àspilaht au diplômé d’instituteur, ne fument pas dans l’ihtë-rietir de l’établissement. Ils n’ont pas de sortie pendant l’année. Ceux; qui fument ne sont donc ëxp'dséS à l’influence du tabac que pendant les vacances:
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- Aussi nous constatons simplement que les non fumeurs gagnent deux rangs en moyenne, tandis que les fumeurs n’en gagnent qu’un.
- Il en est de même à l’école normale supérieure, promotion de 1878. Ces jeunes gens sont ceux qui deviennent l’élite de la littérature ou de la science. Chez eux le goût du travail est une passion, l’intelligence est vaste, développée, supérieure ; l’usage du tabac est la moindre de leurs occupations. Aussi les différences de classement en rapport avec l’habitude du tabac, sont à peine sensibles.
- Les non fumeurs ont pour rang moyen à l’entrée à
- l’école.................................8,2
- Leur rang moyen un an après est. . . . 9,2
- Le rang moyen des fumeurs à l’entrée à l’école est................................9,25
- Le rang moyen un an après est .... 10,2
- De part et d’autre on a perdu un rang. Nous remarquons cependant que le rang moyen d’entrée à l'école, est, pour les non fumeurs, plus élevé d’un numéro.
- Il y a donc là une épreuve négative qui a aussi sa valeur. Mais où. nous trouvons des résultats frappants, c’est à l’école navale de Brest.
- Cette école, établie sur un vaisseau en rade de Brest, est destinée à former des officiers pour la marine militaire. Chaque année, elle reçoit une promotion de 40 à 45 élèves, nommés au concours, concours aussi difficile que celui de l’Ecole polytechnique. Les jeunes gens qui s’y font admettre sont âgés de 14 à 17 ana.
- Ils sont complètement internés à distance de la terre, et ne sortent qu'une fois par mois ; mais il leur est permis de fumer une heure par jour ; une demi heure le matin, une demi-heure le soir. En général, ces jeunes gens, à peine sortis des bancs du collège, veulent faire acte d’homme mûr, de marin endurci, et se mettent à fumer. Ils grimpent souvent dans les hunes pour fumer une pipe comme les vieux gabiers des romans, sans savoir s’ils seront assez solides après l’avoir fumée, pour pouvoir en descendre. Nous en avons même connu qui chiquaient à quinze ans 1
- Etant données ces habitudes, et l’âge des fumeurs, on peut deviner déjà que le tabac exercera une influence marquée sur leur développement intellectuel.
- En effet, voici ce que nous apprend le tableau de la promotion en 1878 :
- Quatre jeunes gens seulement ne fument pas. Iis sont entrés à l’école avec les n°s 4, 12, 31 et 40. Après une année d’étude, ils ont respectivement les nos 1,
- 2, 31 et 8. A eux quatre ils ont gagné 45 rangs, ce qui est un résultat merveilleux.
- Quant à ceux qui fument beaucoup, si nous en considérons la moitié, celle qui est comprise dans les 20 premiers, nous les voyons entrer à l'école avec les n08 7, 9, 10, 11, 14, 16, 17, 20. Après une année d’étude, ils ont les n°s 17, 32, 9, 40, 23, 37, 24, 44. A eux huit, ils ont perdu 123 rangs.
- Si nous prenons toute la promotion en bloc, nous voyons que le rang moyen d’entrée à l’école est :
- Pour les élèves ne fumant pas........... 20,7
- » fumant peu...... 23,3
- » fumant beaucoup..... 22,8
- Et le rang moyen, après un année d’études, est :
- Pour les élèves ne fumant pas.......... 10,5
- » fumant peu..... 22,1.
- » fumant beaucoup...... 32,2
- C’est-à-dire que les élèves non fumeurs ont gagné 10,2 rangs ; les fumeurs médiocres ont gagné 1,1 rang ; et les grands fumeurs ont perdu 9,4 rangs.
- L’action dépressive du tabac sur le développement de l’intelligence est donc incontestable. Cette influence entrave toutes les facultés intellectuelles, et surtout la mémoire. Elle est d’autant plus profonde que les individus sont plus jeunes, et que la latitude qui leur est laissée pour fumer est plus grande.
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- Socialistes gourernemeutaux. — On écrit de Berlin :
- Nous avions déjà les socialistes Lassaliens, les Babe-liens, la fraction des socialistes chrétiens, et nous voici dotés de socialistes... gouvernementaux !
- Deux socialistes d’une nuance non indiquée, MM. Kœrner et Cari Finn, avaient é té expulsés de Berlin-par ia police. Il paraît qu’ils ont demandé la permission de de revenir dans la capitale, en expliquant comme quoi ils étaient des socialistes bien intentionnés et qu’ils étaient prêts à le prouver, si on voulait seulement les autoriser à créer un journal.
- On les a laissés rentrer à Berlin et ils viennent de publier une espèce d’adresse aux ouvriers dans laquelle ils se déclarent énergiquement contre le libre-échange de l’école de Manchester.
- Ils vont fonder une société qui prendra le titre de : « Association des socialistes royaux prussiens. »
- Nous approchons pas à pas de l’époque prophétisée, où il aura tant de partis en Allemagne que de sièges au Reichstag. „ .
- Le Directeur-Gérant : GODIN.
- Saint-Quentin — lmp. de la Société anonyme du Glaneur
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- j, ANNÉE, TOME 4 — N« 111
- £e numéro hebdomadaire 20 c, DIMANCHE 24 OCTOBRE 1880
- Le Devoir
- J
- BUREAU
- ^ GUISE (Aisne)
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE
- par renvoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- Franc©
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- Passage des Deux-Pavillons
- S’adresser à M. LEYMARIE administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- Etudes sociales sur le gouvernement. — Nouvelles du Familistère. — Faits politiques et sociaux. — Du logement des ouvriers. — Nouvelles diverses.
- — La libre pensée en Angleterre. — Enquête de logement. — Le transformisme et Vassociation.
- — Variétés.
- ÉTUDES SOCIALES SUR LE GOUVERNEMENT
- Régimes constitutionnels et parlementaires
- XII
- Un jour arrive où tous les despotismes sont embarrassés et effrayés de leurs propres abus et des excès de leurs agents.
- L’excitation permanente du sentiment public opprimé,
- L’amour de la liberté chez le peuple,
- La pauvreté que les charges publiques font peser sur le travailleur,
- .La pénurie des ressources du trésor et les désordres du gouvernement en face des besoins sociaux,
- Enfin les événements que cës circonstances ^traînent font sentir aux pouvoirs la nécessité de se donner des règles propres, d’octroyer au Peuple des chartes ou promesses consacrant Cei*tains droits.
- Ees concessions commandées par les événe-^uts ne relèvent encore que du bon plaisir du
- prince, mais elles n’en ont pas moins pour conséquence de faire comprendre au peuple qu’il a de son côté la puissance et le droit, sauf à lui à en apprendre l’usage.
- L’esprit de résistance contre les abus s’accroît, le flot des revendications monte, le pouvoir royal se sent de plus en plus mal à l’aise en face des exactions de la noblesse dont il est solidaire.
- Mille circonstances poussent la royauté qui se sent en danger à consentir en faveur du peuple une meilleure organisation de la chose publique, et à offrir des garanties d’une administration mieux comprise. C’est ainsi que s’inaugure le régime de la royauté constitutionnelle.
- Mais telle est l’ignorance des sociétés sur les lois de leurs propres destinées que pendant longtemps les peuples, par leurs victoires sur le despotisme, n’obtiennent que des libertés passagères et qui n’apportent au sort des masses qu’une amélioration bien au-dessous de l’effort déployé pour y atteindre.
- Poussé à bout de patience par ses oppresseurs, le peuple, dans un élan suprême, peut renverser les Bastilles, détruire les abus, proclamer la déchéance de la monarchie et l’instauration de la République, mais il ne possède ni le plan, ni la formule de l’ordre nouveau. Il n’a pas non plus les hommes doués de la moralité politique, du savoir et du dévouement social nécessaires pour inaugurer, en sa faveur, l’exercice des droits proclamés.
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- Il arrive donc que le peuple après avoir renversé ses oppresseurs et lorsqu’il attend avec confiance le réglement de ses droits, ne rencontre comme mandataires que des hommes qui, s’ils ont entrevu par la pensée les principes du bien social, ne peuvent les mettre en pratique, car ils n’ont pas assez d’amour et de respect de la vie humaine.
- La hame de l’oppression a mis dans leur cœur des bornes à l’amour de l’humanité ; d’un autre côté l’éducation et la tradition leur ont inoculé l’ambition du pouvoir individuel. Cette ambition les aveugle et les rend incapables de s’élever à la conception des institutions politiques et sociales propres à inaugurer le droit et la justice en faveur de tous.
- La démocratie pendant ces phases d’effervescence sociale reste longtemps impuissante à réaliser l’ordre nouveau. L’égoïsme, un instant refoulé par les élans de l’enthousiasme, jette la discorde chez ceux-là mêmes qui ont le plus de tendance à se dévouer aux intérêts du peuple. Les forces absolutistes, un instant paralysées, réunissent les épaves des régimes du passé pour résister à l’esprit nouveau qui envahit les sociétés. Ces revenants d’un passé qu’on croyait éteint s’ingénient à forger des entraves nouvelles à la liberté des citoyens, et à reconstituer le régime du despotisme au profit des ambitions dominatrices.
- Cependant les aspirations du peuple s’élèvent vers la liberté; il comprend mieux les abus dont il est victime; la lumière se fait sur les misères qu’il endure, et la résistance ne s’arrête plus.
- A travers ces luttes entre l’oppression et la liberté, s’élabore la formule du droit nouveau. La liberté a ses éclipses; les pouvoirs publics sont sujets à plus d’un naufrage et la royauté surgit encore par intervalles au milieu des incertitudes du droit du peuple. Mais la pensée nouvelle a suffisamment marché pour que la royauté reconnaisse qu’elle ne peut revivre sans compter avec l’opinion publique en faisant place à de nouveaux droits. Aussi les conseils auxquels le prince n’accordait autrefois que voix consultative sont-ils appelés, par la force des circonstances politiques, à acquérir voix délibérative.
- Bientôt même, la royauté éprouve le besoin
- de s’entourer d’une puissance populaire, elle sent qu’elle ne peut survivre sans l’appui de la nation. Aussi fait-elle appel au suffrage, en n’accordant toutefois le droit de vote qu’aux citoyens censitaires, à ceux qui possèdent la richesse.
- Dès lors l’aristocratie nobilière et l’aristocratie bourgeoise, partagent le pouvoir avec la royauté. Des chambres, des ministres font la besogne de l’Etat. La nation gagne en puissance et en liberté ce que la royauté perd en despotisme, et la richesse publique s’accroît en proportion de la liberté rendue à l’activité des citoyens.
- La machine de l’Etat reçoit son impulsion d’un moteur différent, mais il ne s’en suit pas que l’effet social des pouvoirs publics soit beaucoup changé pour le peuple. C’est toujours le règne des préoccupations individualistes. Le gouvernement de la chose publique n’est plus la proie des nobles et des courtisans cherchant par l’organe du prince à posséder la plus belle part de la richesse nationale. Les élus de la nation sont favorables à l’extension de quelques libertés parce que leur position en dépend, néanmoins, nommés par la bourgeoisie,ils sont moins préoccupés de servir les intérêts des classes laborieuses que d’augmenter leurs propres richesses. Les intérêts aristocratiques se sont déplacés, leur mode d’action s’est modifié, mais l’égoïsme siège toujours avec les hommes du pouvoir.
- C’est que la moralité et les habitudes politiques et sociales ne se changent pas en un jour. Pour faire une société nouvelle il faut des hommes nouveaux et même des générations d’hommes.
- Si la noblesse, par son éducation hautaine, méprisait l’homme de labeur et refusait de fra-. terniser avec lui, la bourgeoisie, parvenue à la richesse d’abord par des habitudes d’économie, puis par le cumul, et enfin par l’accaparement individuel, n’est pas plus propre à comprendre les devoirs de solidarité qu’impose une société d’hommes libres. Possédée de la convoitise de la richesse, elle ne peut s’en départir et n’y as* signe aucune limite.
- Dans les Etats où la liberté politique conr mence à apparaître, lorsque des corps consti-
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- £S> choisis parmi certaines classes de la société,
- artagent avec le chef de l’Etat la direction des paires publiques, le besoin d’établir un cer-jjif! équilibre qu’on appelle la pondération des pouvoirs se fait jour.
- pans ce but, la royauté établit une forme de jouvernement qui retient du passé tout ce qu’il possible d’en retenir.
- Une assemblée élue,comme nous l’avons dit, par des citoyens censitaires, délibère sur les ]0is, crée et vote les impôts ; c’est le pouvoir populaire représentant la nation.
- Un sénat, ou seconde chambre, nommée par le chef de l’Etat est le frein dont l’autorité royale se sert pour modérer le pouvoir national. Cette assemblée approuve ou amende les lois faites par la première.
- Le chef de l’Etat promulgue et applique les lois faites par les deux chambres : c’est le pouvoir exécutif.
- Mais là force des choses fait que l’esprit du passé imprime à ce gouvernement son carac- I tère aristocratique et féodal. Le choix des dé- f putés de la nation parmi les notables constitue j la greffe de l’aristocratie du capital sur l’aristocratie nobilière. Du reste, le pouvoir s’empresse de donner des titres à ces représentants de la nation, de les décorer, de les travestir enfin, le plus possible, avec les oripeaux de l’ancien régime.
- C’est ainsi qu’est né le régime parlementaire, régime bâtard qui n’est ni le despotisme, ni la royauté absolue, régime impuissant à inaugurer le véritable droit, mais fertile en intrigues et en favoritisme, incapable de faciliter la pratique du juste et du vrai, mais invoquant sans cesse la légalité et tous les artifices du sophisme pour dissimuler les transactions de conscience les plus honteuses.
- Ce régime déplace l’axe des abus, mais il ne ks supprime pas. Il a néanmoins le mérite d’a-grandir le cercle des libertés publiques et par cda même de permettre aux citoyens de déve-lopper plus facilement la richesse et la prospéré sociales. Mais tout se fait pour que ce clé-Veloppement tourne au profit de l’aristocratie financière constituée par le régime parlementaire.
- La bourgeoisie que le mouvement porte au
- pouvoir ne s’aperçoit même pas qu’en faisant la loi pour elle, elle laisse dans l’oubli la grande masse des citoyens.
- C’est donc par des modifications toujours empreintes de l’esprit du passé que les pouvoirs se transforment.Le despotisme abandonne lentement ses errements ; le peuple lui-même tient, du reste, par habitude à la cause de ses souffrances et de ses misères.
- La domination despotique passe ainsi par des phases bien diverses ; car lorsqu’on la croît morte on la voit renaître par le fait même de ceux qui se glorifient de l’avoir anéantie.
- Il en est ainsi parce que les institutions ne font pas les hommes, et qu’elles ne valent que par leur application.
- Il faut donc que le niveau de la morale politique et sociale s’élève pour que les conquêtes de la liberté portent leurs fruits. Autrement,les gouvernants se substituent les uns aux autres pour faire revivre, à leur profit, les abus du passé dans la limite de ce que les temps comportent.
- En attendant que l’esprit public se soit élevé à la compréhension de ce qui est à faire pour sauvegarder les droits de tous, la lutte contre le régime de l’oppression ne cesse d’avoir lieu, et durera jusqu’à ce que les traces de ce régime aient disparu, jusqu’à ce que le peuple ait anéanti les entraves qui s’opposent au libre exercice de tous ses droits.
- ÇA suivre) GODIN.
- NOUVELLES DU FAMILISTÈRE
- Les nombreuses personnes qui, cet été, visitaient le Familistère, après en avoir parcouru les différents locaux, demandaient à voir les usines.
- On les conduisait alors au bord de l’Oise : « Voyez ces constructions là-bas au bout de cette grande avenue, ce sont les usines ; mais pour y aller il nous faut faire le tour à une centaine de mètres et traverser l’Oise sur la passerelle du gazomètre. » C’est que le pont en bois qui mettait le Familistère en communication directe avec l’usine, venait d’être démoli et, sur ce passage interrompu, une nombreuse équipe d’ouvriers battaient en cadence de longs pilotis, puis construisaient un solide massif de briques qui devait être la pile centrale du pont que
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- LE DETOÏK
- vient de faire construire l’Association du Familistère de Guise.
- La brique, le béton et le fer tels sont les matériaux employés à la construction du pont aussi solide qu’élégant qui relie actuellement le Familistère à l’usine ; de légers trottoirs bordent les deux côtés de la voie et une double balustrade en fer complète cette construction qui , quoique construite pour les besoins de l’Association, n’en est pas moins utile aux habitants de la ville de Guise.
- Ce pont, édifié sans aucune intervention administrative, sans subsides communaux ni départementaux, et par les seuls efforts du Familistère et de ses usines, est une preuve de plus de ce que peut l’Association, si les hommes voulaient la comprendre.
- FAITS POLITIQUES & SOCIAUX DE LA SEMAINE
- Procès de presse. — Le Citoyen,, le Triboulet viennent d’être poursuivis et condamnés. La Commune est poursuivie à son tour.
- Nous ne sommes pas suspects d’être sympathique aux idées défendues par ces journaux ; mais cela ne nous empêche pas de déplorer qu’on les poursuive.
- On poursuit également', mais pour un tout autre motif le Petit Républicain.
- Nous comprenons les mesures prises contre le Relit Républicain. Ce journal a fait distribuer gratuitement sur la voie publique, à des milliers d’exemplaires, uu placard contenant les quatre premiers numéros d’un feuilleton qui atteint les dernières limites de l’obscénité.
- Ce placard licencieux, qui rappelle le livre tris tement célèbre de l’ignoble marquis de Sade, a été distribué indistinctement aux hommes, aux enfants, aux femmes, aux jeunes filles.
- Le délit d’outrage aux mœurs était patent. Il fallait donc s’attendra à une poursuite devenue inévitable. Elle a été ordonnée. Rien à objecter à cela ; car cette poursuite n’a rien à démêler avec la liberté de la presse, qui doit s’entendre de la liberté de la discussion, de la li berté des opinions, de la liberté de la critique des actes et des hommes du gouvernement, si vive que soit cette critique, et non de la liberté d’étaler, en pleine rue, des tableaux immondes.
- Les poursuites qui ont atteint le Citoyen et le Tribouiet, et qui atteignent aujourd’hui la Commune sont d’un autre genre. Elles visent non plus un délit de droit commun, mais un délit d’opinioo. Elles présentent un caractère absolument et exclusivement politique et c’est pourquoi elles sont en contradiction avec ce principe fondamental du régime républicain, qu’aucune entrave ne doit être apportée à l’impression des opinions en matière politique, économique, sociale, religieuse ; en un mot, en toute matière d’intérêt général.
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- ¥ *
- Incendiaire eond; un si é niort. — La Chambre criminelle delà cour de cassation a rejeté, dans son audience de ce jour, le pourvoi de Monlousamy, condamné à mort, le 19 août dernier, par arrêt de la cour d’assises de Fort-de-France, pour incendies volontaires.
- Ainsi non-seulement la peine de mort est appliquée chez nous aux assassins, mais elle continue à l’être aux incendiaires.
- C’est ce qu’oublient les partisans du maintien de la peine de mort lorsqu’ils pensent que cette peine est une j application de la loi du talion. Ils devraient être logi- ï
- ques jusqu’au bout et demander que les incendiaires < lieu de monter à la guillotine, fussent brûlés vifs.""’ ^
- Les droitw de 1» femme. — La thèse ri M. Dumas fils sur le rôle de la femme dans la société mn derne s’impose de plus en plus à l’attention de ses ari versaires. Q‘
- C’est ainsi que M. Edouard Millaud, sénateur du RhônP après avoir, dans une conférence qu’il vient de faire ' Villefranche devant la fine fleur de l’opportunisme locaf combattu le vole des femmes par des raisons purement sentimentales, a prononcé, aux applaudissements de u réunion, ces paroles, remarquables dans la bouche d’un législateur contemporain : n
- « On perd de vue que la femme est une mineure sous la loi civile qui nous régit. Mère, épouse, elle n’a gue l’illusion de ses droits. Même séparée de biens, elle eq encore la sujette de son mari, pour sa personne et pour ses biens.
- « Commençons par réformer le droit civil, encore barbare à l’égard de la femme. »
- Commencez vous-même, monsieur le sénateur et prouvez par des actes encore plus què par des paroles que vous êtes réellement à la hauteur des idées nouvelles.
- . *
- % *
- Congrès du Havre. — La Chambre syndicale des ouvriers selliers de Paris a convoqué toute la corporation en assemblée générale, le dimanche 3 octobre dernier, afin de nommer un délégué au Congrès du Havre, le bureau était régulièrement constitué"; les candidats, après avoir pris connaissance des programmes et réclamations formulées ci-après, ont déclaré les accepter et s’engager sur l’honneur a les soutenir au sein du congrès :
- 1° L’instruction civile et gratuite pour tous les enfants jusqu’à quatorze ans dans les écoles primaires, et jusqu’à dix-huit ans dans les écoles secondaires, après examen;
- 2° L’abrogation de toutes les lois et décrets qui portent entrave à la liberté de réunion et d’association;
- 3° L’établissement d’une caisse nationale de retraite pour les travailleurs âgés et les invalides du travail,sous les auspices de l’Etat ;
- 4° L'établissement d’un tribunal central élu par les Parlements européens pour juger les différends entrelos nations afin d’éviter les guerres, ainsi que le désarmement progressif et simultané, et, par suite, la suppression du budget de la guerre ;
- 5° L’abolition des octrois;
- 6° L’autonomie communale ;
- 7a L’impôt sur le capital foncier et mobilier ;
- 8° L’intégrité du suffrage universel ;
- 9° La suppression du budget des cultes ;
- 10° Le scrutin de liste;
- 11° L’émancipation civile de la femme ;
- 12“ Le divorce ;
- 13° L’abolition des titres de noblesse ;
- 14° Toutes les fonctions publiques électives et rétribuées.
- Et, pour tous les cas non prévus, le délégué devra s’entendre avec les délégués des chambres syndicales ayant adhéré à FUnion syndicale II combattra par son vote et par la parole toute proposition demandant des reformes à la force et ne votera que pour celles quiauron pour base le suffrage universel librement exprimé.
- Le délégué devra s’abstenir de prendre aucun e ment en dehors du congrès et de ses collègues de l’unio syndicale. :
- Sous toutes ces conditions, mandat est donné au c toyen Dauthier, qui a obtenu la majorité des sullrag de se rendre au congrès ouvrier du Hâvre au nom u ouvriers selliers de Paris.
- Le président, baudier ; le secrétaire, haJOT,^»
- assesseurs, maunoir, fleurant ; le secrétair la chambre syndicale, pierson.
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- NORWÈGE
- jlafche «le ce pays vers la Républi-
- Âe- — Nous avons déjà entretenu une fois nos lecteurs (voir notre numéro du 18 juillet dernier) du mouvement très grave qui se.manifeste en Norwège. l\ y a lieu d’y revenir.
- Les radicaux se sont décidément constitués en un parti Kjeu organisé ayant pour chef avoué M. Bjornson, un homme du plus grand talent.
- Les radicaux noiwégiens sont mécontents du régime cou? lequel ils vivent : ils ne veulent pas qu’un étranger (c’est ainsi qu’ils désignant le roi de Suède et de V'orvvège) se mêle de leurs affaires.
- ‘ jl Bjornson propose à la Norwège de s’adresser aux puissances de l’Europe, à l’effet d’obtenir la garantie de neutralité qu’elles accordent à la Belgique et à la Suisse, Lue fois la neutralité obtenue, on procéderait à un désarmement complet.
- pour bien se rendre compte de la situation, il faut se appeler que la charte norwégienne stipule qu’aucun changement dans la constitution ne peut avoir lieu sans la sanction du roi, auquel est réservé un veto absolu. La Chambre norwégienne ayant, à une grande majorité, volé l’admission des conseils d’Etat'aux délibérations du storting, admission non prévue par la Constitution, le roi a usé du droit que lui confère la charte et par son veto arrêté l’exécution de ce vote. Les radicaux maintiennent que les décisions du storting font loi, sans qu’elles aient besoin de la sanction du roi. Ils arborent ainsi franchement l’étendard de la révolte.
- Au début, leurs agitations en faveur d'une république ne se manifestèrent'que timidement, et les Suédois ne prenaient pas au sérieux ces velléités de révolte, mais aujourd’hui que le mouvement s’accentue de plus en plus et menace les intérêts des deux royaumes, ils discutent sérieusement et ouvertement la question de savoir si le moment n’est pas venu de prononcer la dissolution de l’union et de laisser leurs voisins seuls maîtres chez eux.
- La situation est, comme on le voit, très tendue dans la péninsule Scandinave et doit infailliblement aboutir aune catastrophe ; la question s’esi tellement envenimée. dans ces derniers temps, grâce aux articles irritants delà presse,qu’on peut dire, sans crainte de se tromper, qu’elle a pris le caractère d’un duel à mort entre la monarchie et la république.
- SUISSE
- Le programme «iss Volksverefn bernois pour la révision de la constitution cantonale bernoise mentionne plusieurs réformes qui touchent aux questions sociales.
- Ainsi l’impôt progressif serait introduit dans une mesure modérée, il serait applicable au capital et au revenu, en laissant indemnes les premiers mille francs nécessaires à l’existence ; déduction de cent francs du revenu pour chaque enfant ; faculté d’introduire un impôt sur es biens meubles. A l’égard des impôts communaux, la progression ne serait pas obligatoire.
- L’appui de l’Etat serait assuré aux associations de Production.
- Protection serait donnée à l’ouvrier contre tout travail dapgereux pour sa vie ou sa santé.
- La Caisse hypothécaire serait tenue d’ouvrir des créais pour les besoins du petit commerce.
- Les écoles d’agriculture seraient développées.
- Les présidents de tribuuaux seraient nommés par le “raud Conseil sur une présentation des arrondissements Rectoraux intéressés.
- Le peuple aurait comme à Zurich le droit d’initiative tout projet réunissant 6,000 signatures.
- IRLANDE
- va croissant. De nombreux meetings baissant des foules immenses continuent à être tenus ns diverses parties du pays. Des discours violents
- sont prononcés Le gouvernement anglais a fini par s'alarmer. Il a augmenté ses garnisons dans l’ouest de l’Irlande. Il va les augmenter encore.On lui prête même le projet de poursuivre les personnalités influentes de la Lancl League comme il poursuivit O’Connel en 1842.
- Tout cela sera impuissant à entraver une revendication qui n’est plus politique, comme celle d’autrefois, mais sociale.
- Il est à remarquer que les détenteurs du sol n’épargnent rien de ce qui peut les rendre odieux.
- En veut on un échantillon? Nous le prenons dans le Times de samedi. Le jour même du meeting des propriétaires à Dublin, une réunion publique avait lieu daus un village appelé Ballynagrane, pour protester contre l’expulsion d’un fermier nommé Kennedy. La maison occupée par le tenancier évincé avait été brûlée sur l’crdre de l’agent du propriétaire, pour empêcher Kennedy d’en reprendre violemment possession. C’était Jà, il faut l’avouer, un procédé brutal et qui devait exaspérer la fureur d’une population fort agitée. Un membre du Parlement, M. G’Gonnor en a profité pour conseiller aux habitants de la contrée de résister à la persécution dont le peuple irlandais est victime, de compter sur le dévouement de leurs défenseurs,mais de compter surtout sur leur propre énergie et de s’aider eux-mêmes, s Que ceux, a-t-il dit, que ceux qui seront « expulsés restent dans le voisinage, prêts à saisir la « première occasion qui s’offrira à eux pour rentrer en « postmssion, et, soyez-en certains,avant qu’il soit long-« temps les propriétaires s’estimeront trop heureux de « vous laisser reprendre possession. »
- PAYS-BAS
- Mouvementé» favear du sufF* âge universel. — A la 2e chambre législative, le député Van Houten a proposé une révision de la Constitution pour arriver à une extension du droit électoral daus le sens du suffrage universel. Comme on s’y attendait la majorité a repoussé celte motion.
- RUSSIE
- Les niliilistes. — Le second numéro de Partage Noir (Tchorniy Peredel), organe des socialistes fédéralistes russes, portant cetie devise : terre et liberté ! vient de paraître. En attendant que l’imprimerie clandestine de ce journal soit organisée en Russie,le journal a dû paraître à l’étranger.
- Son programme est celui des socialistes de tous les pays, avec cette distinction cependant que l’afteation du Tchorniy Peredel sera dirigée surtout sur la question agraire.
- DU LOGEMENT DES OUVRIERS
- I
- Sou état actuel
- L’Académie de médecine s’est occupée tout récemment des logements insalubres de la capitale.
- Un membre du comité d’exécution de la loi de protection de la première enfance, M. le Docteur Mar-jolin, a raconté les tristes spectacles que l’exercice de son mandat lui a fait avoir sous les \7eux. Il a été frappé, dit-il, du nombre des logements insalubres qui subsistent encore dans la capitale. Plus de 200 de ces réduits ne prennent jour que sur des paliers, des corridors ou des cours étroites, humides et obscures. Plus de 3000 n’ont pas de cheminées. Plus
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- de 4000 n’ont pas d’autre prise d’air que des châssis à tabatière, toujours placés au haut des pièces et ne permettant pas l’écoulement .de l’acide carbonique. L’encombrement dans ces réduits est incroyable : des familles de 5, 7, 10 personnes sont entassées dans un espace de quelques mètres carrés alors que pour chaque personne il faudrait au moins 14 mètres cubes d’air; le même lit reçoit jusqu’à 4 ou 6 enfants, jusqu’à 3 ou 4 grandes personnes. Impossible dans des locaux semblables de songer à la propreté; les punaises et souvent la vermine de corps y pullulent ; les odeurs les plus nauséabondes infectent les maisons du haut en bas. Les cabinets d’aisance mal tenus, mal ventilés, le plus souvent même pas ventilés du tout, sans obturateurs et servant à trop de monde, empoisonnent l’air de miasmes aussi répugnants que malsains. Pour comble de défaveur ces habitations sont situées dans des rues mal tracées, mal aérées, parfois sombres, souvent humides, toujours négligées. Aussi la classe ouvrière qui est réduite à vivre dans ces locaux est-elle la proie de beaucoup de maladies ; l’enfance a tout particulièrement à souffrir.
- Si la scrofule osseuse, dit M. Marjolin, arrive si rarement dans les familles riches à ce degré de gravité qui nécessite si souvent dans nos hôpitaux de grandes opérations, c’est que l’enfant du riche n’a pas grandi dans les locaux misérables où végète la classe ouvrière.
- Ces réduits deviennent des foyers redoutables de contagion quand la variole, le croup, la phtisie, la scrofule, l’ophthalmie purulente s’y déclarent.
- Ainsi l'habitation qui pourrait et devrait avoir sur l’ouvrier qui en profite une heureuse influence physique et morale, n’a le plus souvent, vu son état vicieux, qu’une influence néfaste. Elle entraîne la dégradation physique, pousse au vice au lieu de lui faire obstacle et concourt dans une bonne mesure à augmenter la population des prisons et des hôpitaux.
- M. Marjolin concluait en rappelant à l’Etat son devoir de veiller à la salubrité publique et en lui demandant une intervention assez vigoureuse pour faire cesser ce déplorable état de choses.
- M. Marjolin s’est plaint aussi de l’insuffisance de notre législation, moins sévère, dit-il, que celles d’autres pays.
- La docte assemblée à laquelle cette communication était faite en a accueilli les conclusions par d’unanimes applaudissements. Elle a même nommé u e commission spécialement chargée de s’occuper de la question, ^
- | Ces sentiments font honneur à ceux qui les exprj, j ment, mais ils prouvent que ces messieurs, malg^
- I leurs excellentes intentions, ne voient la question que sous un seul aspect.
- Nous allons essayer de l'embrasser dans toute soQ ampleur.
- Et d’abord il importe de savoir que les affirma, tions de M. le Dr Marjolin n’ont rien d’exagéré. Elles sont plutôt au-dessous de la réalité qu’au dessus Les personnes qui, à Paris, se promènent dans les quartiers du luxe ou qui vaquent à leurs occupations dans les quartiers des affaires, ne voient qu’une des parties de la ville, la plus belle mais la moins peuplée. Derrière cette ville du luxe, du plaisir et delà richesse, il y en a une autre, immense celle-là, la ville des travailleurs, do la pauvreté et de la misère.
- Paris a des avenues, des places, des boulevards plein de vie et de gaité, des parterres de fleurs où se jouent l’air et le soleil, des promenades ombreuses décorées de fontaines jaillissantes et de statues, en-fin des palais, des colonnades, des dômes, des clochers, mille choses charmantes qui plaisent à l’œil et que le Parisien montre avec une juste fierté aux visiteurs de sa ville ; mais derrière ces beaux décors, derrière ces tableaux agréables et réconfortants qu’y a-t-il ?
- Il y a d’immenses quartiers sombres et humides, aux rues étroites et tortueuses, aux maisons noires et vermoulues, sans air, sans soleil, sans gaité. C’est là que se logent ou plutôt que s’entassent les déshérités de ce monde, ceux dont la truelle édifie les palais, ceux dont la scie et le rabot façonnent des calèches, ceux qui sont la chair et le sang de la France, ceux qui participent à créer une richesse à laquelle on leur refuse tout accès.
- Le public des autres quartiers n’a jamais l’occasion de se rendre dans ceux-ci. On les connaît de. nom, mais on ne les visite pas. C’est ce qui fait que l’on peut très bien, sans cécité volontaire, vivre à Paris et ne pas voir les innombrables misères que la capitale dissimule sous ses brillants dehors.
- Ainsi étonnerons nous bien des personnes en leur disant — ce qui pourtant est exact— que sur 17 habitants de Paris il y a un assisté des bureaux de bienfaisance... sans compter les assistés des confessions religieuses, ceux de la franc-maçonnerie et les paa* vres qui acceptent leur misère sans recourir à aucune assistance.
- La misère est beaucoup plus répandue et beaucoup plus intente qu’on ne le soupçonne dans les classes aisées. La statistique du logement en donne la preuve. Il appert de documents officiels datés dejan-
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- Yjer 1878 qu’il y a à Paris 9935 logements qui ont deux lijts dans la même pièce, 4563 qui en ont trois, 1118 qui en ont quatre et 127 qui en ont cinq.
- Il résulte du rapport général sur les travaux de la commission des logements insalubres publié par
- le docteur Perrin, qu’en 1876, sur les 72,000 maisons environ qui existaient à Paris, le 23e de ces maisons pouvait être considéré comme plus ou moins insalubre.
- Ges chiffres en disent long, quoiqu’ils ne relatent que la misère connue de l’autorité.
- D’autres documents officiels sont non moins significatifs .
- La proportion de taille des conscrits parisiens suit par arrondissement les mêmes variations que la contribution personnelle en raison des locations.
- N’est-ce pas probant ?
- Voici qui l’est plus encore.
- Tandis que dans les quartiers riches on constate 1 décès sur 49 habitants, on en constate chez les seconds 1 sur 25. C’est le double. De même, la durée moyenne de la vie est pour les riches de 42 ans, tandis qu’elle n’est pour les pauvres que de 24. Enfin parmi les riches l’âge de 70 ans est deux fois plus fréquent et celui de 80 ans trois fois plus que parmi les pauvres.
- Ces différences sont effrayantes. Elles le sont d’autant plus que la vie active du pauvre étant, par sa nature, plus salutaire que la vie oisive du riche, les résultats devraient être contraires.
- Il serait absurde de soutenir que ces différences de longévité proviennent seulement de différences dans l’habitation, mais il serait non moins absurde de soutenir que celles-ci ne contribuent pas pour une bonne part à celles-là. _
- Nous prévoyons ce que l’on va nous objecter.
- Ces mauvais logements de la classe ouvrière tendent de plus en plus à disparaître. De grandes aîné liorations ont été réalisées pour faire pénétrer dans les quartiers qui en étaient privés l’air et le soleil, ces deux éléments d’une bonne hygiène. A Paris, à Bruxelles, à Lyon, ailleurs encore, la pioche des démolisseurs a ouvert des artères nouvelles là où n’existaient que des impasses et des masures. Cette transformation n’a pas dit son dernier mot et il est vraisemblable qu’avant peu d’années les quartiers repoussants des vieilles villes auront disparu totalement.
- Nous l’espérons aussi. Toutefois nous croyons que l’on se fait illusion en attendant de ces transformations de meilleurs logements pour les ouvriers.
- Les percements de rues sont beaux, sont utiles,
- parfois même ils sont grandioses. Ils ont supprimé l’encombrement des petites rues, rapproché les distances, fourni au commence des magasins avantageux et pratiques, offert à la classe bourgeoise, plus nombreuse aujourd’hui qu’autrefois, un nombre suffisant de locaux gais et aérés. Tout cela est bien et prouve que ces percements ont donné satisfaction à un besoin de notre temps.
- Mais en facilitant le commerce et la bourgeoisie a-t-on tenu assez compte des intérêts de la classe ouvrière ? S’est-on préoccupé du sort de ceux que l’on délogeait ? Leur a-t-on assuré au moins l’équivalent de ce dont on les privait ?
- Pas le moins du monde. En ce cas comme en beaucoup d’autres, les petites bourses ont été sacrifiées aux grosses. Ne vantez pas trop vos embélissements, car cette médaille a son revers. Les voies nouvellement percées l’ont surtout été là où on savait pouvoir revendre le terrain pour des constructions d’un certain luxe. On a visé au coup d’œil avant tout. Les maisons pauvres restées derrière les constructions neuves, loin de gagner à ce changement en confort et en salubrité, y ont trop souvent perdu. Elles ont moins d’air et plus d’ombre par le fait que les maisons reconstruites sont plus hautes que celles qu’elles remplacent. Les ouvriers qui habitent ces vieilles maisons sont donc plus mal logés qu’autrefois. Et cependant les prix des locations se sont élevés. En effet, les terrains avoisinant les artères ouvertes ont augmenté de valeur et le prix des locations, bien entendu, s’est élevé dans la même mesure. Ce n’est pas tout. Les ouvriers, loin d’avoir eu dans l’intérieur des villes un plus grand nombre de locaux à leur disposition en ont eu sensiblement moins. Le rapport de l’offre et de la demande de ces locaux s’est déplacé en faveur de la demande, d’où une deuxième augmentation.
- Il en résulte que l’ouvrier qui ne se résigne pas ! à payer plus cher, ou dont les ressources ne le lui > permettent pas,.en est réduit à aller loger au loin, \ dans des quartiers mal tenus où se trouvent les usines, les abattoirs, les hôpitaux, les cimetières, en un : mot tout ce que la ville repousse de son centre ; comme trop dangereux.
- j Peut-on dire que ce bannissement soit profitable à la situation économique et au développement intellectuel de l’ouvrier ? Nous pensons le contraire.
- Encore si les locaux mis à sa disposition dans les faubourgs étaient préférables à ceux dont il se voit privé, il y aurait compensation. Mais il n’en est rien. Les architectes ou entrepreneurs qui construisent dans les faubourgs n’ont aucun souci du bien être de
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- leurs locataires. Ils sont sûrs d’en trouver par le fait des démolitions à l’intérieur. Ils n’ont donc aucune concession à leur faire Tirer le plus grand rendement possible d’un bâtiment qui aura coûté aussi peu que possible, à leurs yeux tout est là. En conséquence on construit à la diable : on fait les pièces trop petites, les étages trop bas, les toitures trop légères. On s’empare de tout ce qui peut être utilisé à peu de frais. Aucun emplacement n'est dédaigné : les terrains qui ont le moins de valeur sont justement ceux qui, une fois construits, donneront le placement le plus lucratif. Aucun genre de matériaux n’est rebuté : les décombres des maisons démolies sont utilisés dans la construction des nouvelles. Ainsi l’on refait au dehors ce que l’on défait au dedans. C’est le même vice avec l’éloignement en plus. Les faubourgs qui se construisent aujourd’hui deviendront en peu d’anhées des foyers d’infection et devront être démolis à leur tour. On remplace un mal par un autre, voilà tout.
- Et comment pourrait-il en être autrement puisque l'habitation au lieu d être conçue pour le plus grand bien de celui qui en use n’est conçue que pour le plus grand rapport de celui qui la possède ?
- Aucune vue d’ensemble, aucune conception nouvelle, aucun sentiment du rôle spécial de l’habitation ne préside à ces travaux. L’arnour du lucre y est l’unique préoccupation. C’est le chacun pour soi dans toute son intégrité.
- En conséquence l'œuvre est vicieuse. Pour qu’il y ait progrès, il faut que les idées plus larges remplacent des idées trop étroites, que la préoccupation de l’intérêt général prime dans une plus grande mesure la préoccupation de l’intérêt particulier ; or ce n’est pas ici le cas.
- Nous étudierons dans un prochain article quelle forme l’habitation des classes laborieuses doit revêtir dans la transformation des villes pour donner satisfaction aux besoins de notre temps.
- Ed. Champury.
- NOUVELLES DIVERSES
- Protection ou libre-éehange. — Le bruit court que, pour amener le Sénat à voter le tarif des douanes adopté par la Chambre, le gouvernement se montrerait disposé à proposer un compromis qui donnerait satisfaction aux prétentions du parti protectionniste, en majorité dans la commission sénatoriale. Nous ne pouvons croire à l’exactitude de cette nouvelle. Le tarif voté par la Chambre est certainement le minimum de ce qu’avait le droit d’obtenir l’industrie vraiment nationale. opprimée et paralysée par les impôts onéreux dont profitent seuls, au détriment de tous, quelques hauts seigneurs de la féodalité industrielle. Aller au-delà serait trahir tous les intérêts économiques de notre pays,
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- au double point de vue de la consommation intérieur
- et des échanges avec l’étranger.
- M. Tii’ard, qui, dans les longues et vives discussions des tarifs, a fait preuve d’un esprit si libérai et si éclairé et d’un sentiment si juste de la situation, ne peut pas se prêter à des transactions qui détruiraient une des œuvres les plus importantes de son administration, jj faut absolument qu’il persévère. Si la commission du Sénat s’obstine dans les errements de la protection, qUe le ministre du commerce ne s’en alarme pas outre mesure. La commission de la Chambre était bien autrement protectionniste et cependant on a eu raison de sa résistance. Il en sera de môme au Sénat. La discussion publique fera justice de tous les sophismes par lesquels les protectionnistes tentent encore d’égarer l’opiüi0û et de défendre leurs privilèges exorbitants. Le pays est acquis à la cause de la liberté du commerce. Si la majorité sénatoriale résiste au vœu général, mieux vaut encore ajourner ce grand débat que de céder. Les prochaines élections attesteront sur ce point les sentiments du pays, et il faudra bien que la Chambre haute se résigne à y donner satisfaction.
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- CougrôK postal. — Cette semaine s’est tenu sans bruit à Paris un Congrès qui fera pour la paix et pour la prospérité du monde civilisé, autant de bion sinon plus que le Congrès de Berlin n’a déjà fait de mal’. Nous parlons du Congrès international des postes, qui. sous la présidence de M. Cochery, ministre des postes ei des télégraphes, recherche les moyens d’établir un prix unique et aussi modéré que possible pour le transport des pelits colis dans tous les pays sans exception, qui font déjà partie de PUnion postale universelle. Tous les pays d’Europe, l’Inde et l’Egypte, se sont fait représenter. Le projet étudié, a été préparé par M. Borel, président du Bureau international. Ainsi que l’a très-bien dit M. Cochery, l’économie qui résultera de ce nouveau progrès dépasse tout calcul et toute prévision.
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- Fourneau gx-atuit. — La loge les Admirateurs de l’Univers s’occupe de la création à Paris, pour l’hiver prochain, d’un fourneau placé sous le patronage de la Maçonnerie, et qui permettrait de distribuer gratuitement des vivres aux malheureux.
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- Opinion die M. Guyot sur la question cléricale. — Dans la deuxième édition de son Etude sur les doctrines sociales du christianisme, M. Yves Guyot écrit ceci :
- t
- Pour la majorité des Français, la liberté est le droit d’arrêter les autres. Cette notion est Le résultat des doctrines catholiques qui se sont iuûltrées dans nos veine-. En ce moment, elles se retournent contre leurs principaux représentants.
- Iis ont persécuté, et ils ont affirmé leur volonté de persécuter. Les prêtres, leurs journalistes, leurs hommes d’Etat sont entrés en lutte ouverte avec la France : ils ont voué la démocratie, la Révolution à l’exécration. Ils ne doivent donc pas s’étonner s’ils ont provoqué une haine réciproque,
- Le gouvernement, timide, n’a pas osé poser nettement la question religieuse. Il l’a maladroitement engagée par l’article 7, puis, par les décrets du 29 mars. Il a essayé de détourner toute l’attention sur les jésuites.
- Le gouvernement a fait une manifestation tout à fait propre à amuser les badauds. On viole les domiciles. On enfonce les portes. On se donne toutes sortes d’apparences odieuses, et on habitue Tes gens à considérer, comme choses excellentes, ces expéditions de police. Ou évoque ces causes ensuite devant le tribunal des conflits, dont l’impartialité est garantie par la présidence du garde des sceaux. On remet en honneur les juridictions admim3* tratives contre lesquelles protestaient autrefois les répU" blicains quand elles étaient dans la main de l'empire. £ après ?
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- M. Yves Guyot conclut : En 1880, l’idéal, c'est d'on, re venir au régime de 1800, — c’est-à-dire à l’absence de concordat.
- Nouveau journal politique. — Un journal quotidien républicain radical, U Emancipation du centre, va paraître à Bourges. La rédaction en chef est coufîée à l’un des plus vaillants lutteurs de la presse radicale, M. Eugène Garcin, ancien rédacteur de l’Union républicaine de Bourges, révoqué de ses fonctions a ce journal a cause de ses opinions avancées.
- Nous avons à plusieurs reprises reproduit des articles remarquables de M. Garcin à l’époque où il était à l'Union. C’est donc de tout cœur que nous souhaitons bonne réussite au nouveau journal qu’il fonde.
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- Noaveau journal politique. — Nous avons reçu le premier numéro de la Science Libre, journal d’initiative et de vulgarisation scientifique, qui paraîtra chaque quinzaine sous la direction de M. le Dr Dujardin.
- Le nom des collaborateurs de cette publication, parmi lesquelles nous remarquons M. le professeur Raoux et M. Camille Flammarion, donne lieu de croire que cet organe ne craindra pas de traiter des questious négligées par la science orthodoxe.
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- Coopération «le consommatioa entre ouvriers terrassiers. —- La Tribune de Genève, nous apprend que. les ouvriers des travaux du nouveau cimetière de cette ville ont décidé de s’organiser coopérativeinent pour avoir une bonne nourriture à bon marché. Ils ont envoyé à cet effet un délégué auprès du conseil administratif pour obtenir de lui qu’un espace leur soit désigné afin de pouvoir établir leur cantine.
- Cette demande aété bien accueillie, comme elle devait l’être,
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- XJn goaverstcmeut «éeoeaomiw © c’est ce lui de la Suisse.
- Nous avons sous les yeux le budget pour 1881 de ce petit pays.
- Le Conseil national (tre chambre) y figure pour une dépense de 174.800
- Le Conseil des Etats (2* chambre) pour F, 8.800
- Le Conseil fédéral (pouvoir exécutif) pour F. 83.000
- Soit ensemble F. 268.000
- La France ayant 12 fois et demi la population de la Suisse les mêmes frais, si nos mœurs étaient aussi républicaines que celle de nos voisins, ne devraient se mouler pour le Président, les ministres et les deux chambres qu’à 33 millions et demi. Nous sommes loin d'ôtre aussi économes.
- XTne atrocité. — Autant les Etats-Unis du Nord sont avancés, autant ceux du centre et du sud conservent des mœurs barbares.
- Les derniers journaux nous apportent des détails horribles sur l’exécution sommaire qui vient d’être faite j dans le Tennessee de trois meurtriers saisis dans la pri- I son par une foule indignée d’hommes masqués résolus { à se faire justice à eux-mêmes'de la mort d’un honnête 1 résident de l’endroit, probablement français d’origine et j nommé Laprade. Le premier des assassins s’est défendu | pendant une heure dans sa prison avec un montant de chaise qu’il avait préparé à loisir, prévoyant ce qui l’attendait, et il a fini par succomber baigné dans son sang. Les deux autres ont été emmenés a une certaine distance des habitations et pendus à deux arbres. La police a constaté ces faits, mais elle ne poursuivra certainement pas les coupables, car, bien que la loi de Lynch constitue une grave atteinte à l’ordre social, elle est dans ces contrées ratifiée par l’opinion.
- rJCer*’»i« perdu ©ji Xtalie. — D’après les dernières publications officielles il existe encore en Italie 2,425,700 hectares de terres incultes, dont 1 227,000 dans les provinces napolitaines,
- 122.000 dans les provinces lombardes,
- 250,000 dans i’iie de Sardaigne,
- 251,000 dans les provinces piémontaises,
- 251,000 dans l’Emilie et les Marches,
- 135,000 dans les provinces vénitiennes,
- 86,700 dans les provinces toscanes,
- 68,G0Û dans File de Sicile,
- 35,000 dans le Latium.
- A ces 2,125,700 hectares de terres incultes il faut ajouter 1,031,000 d’hectares de terrains marécageux, dont 600,00) dans les provinces napolitaines,
- 11,000 dans les provinces lombardes, lu,000 dans 1 île de Sardaigne, -
- 12,000 dans les provinces piémontaises,
- 128.000 dans les Marches,
- 120,000 dans les provinces vénitiennes,
- 120,0u0 dans les provinces toscanes,
- 30.000 dans le Latium e* la campagne romaine.
- Le régime fiscal qui grève les céréales est une des principales causes de ce triste état de choses.
- LA LIBRE PENSÉE EN ANGLETERRE
- La liberté religieuse est-elle aussi parfaite en Angleterre que la liberté civile ou politique ? Le progrès accompli par la première est-il égal à celui réalisé par la seconde ? Ces deux libertés, en un mot, marchent-elles de pair ?
- « Non ! » a répondu au Congrès de Bruxelles, Mme Annie Besant, l’active et intelligente déléguée de la Société nationale et seculariste anglaise; mais en compensation tout ce qui, dans le pays où Thomas Paine a vu le jour, appartient à la libre-pensée, appartient en même temps à l’idée républicaine.
- Les libres penseurs anglais qui, depuis notre grande Révolution française, ont toujours combattu à l’avant-garde de l’armée du progrès en matière civile comme en matière religieuse, estiment que les trônes des rois et les palais des seigneurs de l’Eglise sont bâtis side by side et que ceux qui prétendent avoir le droit de dominer les corps ne sont pas loin de s’arroger celui d’exercer le même empire sur les esprits... et réciproquement.* Faire face aux uns et laisser faire les autres, serait donc une inconséquence des plus graves, car ce ne serait que changer de joug et l’on ne saurait dire lequel est le plus lourd des deux. Il importe donc que l’on tienne fort des deux côtés sans relâche et sans trêve. Ceci ne suffirait même pas : il faut encore attaquer vivement, vigoureusement et avec tous les moyens avouables dont on peut disposer.
- La lutte acharnée qui a eu lieu à la fin du dernier siècle, entre le peuple et les classes privilégiées et qui n’est pas encore terminée en Angleterre, s'est faite et se continue sur ce terrain.
- La Libre pensée réclamait la liberté de la presse
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- et le droit de réunion. Le gouvernement lui répondit par la confiscation des ouvrages qu’elle publiait et l’emprisonnement des écrivains, voire même des libraires ou éditeurs de ces ouvrages. Parmi ceux-ci Richard Corlile mort depuis quelques années expia par neuf ans d’emprisonnement le crime impardonnable aux veux du despotisme, d’avoir été un actif propagateur des idées de liberté et de progrès.
- La pensée est le fossoyeur de la tyrannie. Le gouvernement voulut comprimer la pensée et, dans ce but, assujettit au timbre tous les journaux qui se vendaient au-dessous de six pence (60 centimes), c’est-à-dire ceux dont le prix était abordable aux petites bourses. Les libres penseurs déjouant la manœuvre du gouvernement vendirent des journaux non timbrés. Cinq cents personnes, tant hommes que femmes, furent jetées en prison unbeaujourde Noël; mais la lutte n’en continua pas moins jusqu’à ce que, fatigué de ces persécutions qui ne faisaient que lui susciter de nouveaux ennemis, le gouvernement fit enfin disparaître l’impôt.
- Cependant le dernier mot n'était pas dit. Tout journal, pour paraître devait être muni d'une autorisation spéciale et tout rédacteur en chef ou propriétaire de journal était tenu de verser un cautionnement de 500 1. (12,500 fr.). Un publiciste, aujourd’hui membre du Parlement s’était mis en tête de publier une feuille dont il est resté l’âme : The National Reformer, organe de l’opinion républicaine et de la Libre pensée. Il refusa de verser le cautionnement exigé,donnant pour raison que le National Reformer pouvait être confisqué chaque semaine et qu’il n’était pas assez riche pour s’exposer à perdre un pareil enjeu. Son premier numéro parut avec ces mots en tête : « imprimé en dépit du gouvernement de Sa Majesté. » C’était hardi. Comme bien on.le pense, il y eut poursuites. Le journaliste plaida lui-même sa cause et la gagna. Poursuites nouvelles dont le résultat fut pour le publiciste une nouvelle victoire, plus éclatante que la première. Furieux de sa défaite, mais enfin vaincu et ne pouvant mieux faire, le gouvernement se décida à abroger la loi liberticide. C’est à cette occasion que John Stuart Mill écrivit à M. Bradlaugh (qui n’est autre en effet que le publiciste en question): « Vous avez brisé la dernière chaîne de la liberté de la Presse. »
- Poursuivant son œuvre de revendication sur le terrain religieux, seul au début de sa vie publique, après avoir soutenu un procès qui lui coûta près de 1,000 1., mais qui détermina le vote d’une loi dispensant les athées du serment juridico-religieux, M. Bradlaugh comprit que, livré à ses propres forces, il
- finirait par succomber à la tâche. C’est alors qu’il fonda la Société nationale séculariste.
- Outre les persécutions de toutes sortes dont cette nouvelle venue ne tarda pas à être l’objet, le recrutement en était fort difficile. Le riche ne voulait pas y entrer : ce n’était pas comme il faut. Le pauvre n’osait pas en faire partie : il craignait de perdre son emploi. Néanmoins on ne se rebuta point De petits groupes se formèrent peu à peu dans maints et maints endroits, et le nombre des membres s’accroît de jour en jour. U y a cinq ans, on ne comptait que 300 sociétaires. A l’heure qu’il est, le chiffre des militants s’élève à six mille et chacun d’eux réunit autour de lui cent adhérents. Ainsi, à Birmingham où la Société n’a enregistré que 90 membres, chaque conférence réunit au moins 4,000 personnes. Dans toutes les villes d’Angleterre elle est assez forte pour prendre part à chaque mouvement du radicalisme, et dans quelques-unes elle est assez puissante pour enlever une élection parlementaire.
- La Société nationale séculariste anglaise est une fédération composée de soixante branches dont chacune est régie par ses lois particulières. Un Congrès a eu lieu tous les ans et c’est par lui que se fait l’élection d’une commission exécutive dont le siège est à Londres. Chaque branche a en outre un membre correspondant qui, de droit, fait partie de cette commission.
- Grâce à ce mécanisme, on peut organiser des meetings dans le plus bref délai. On s’en fera une idée en apprenant que lorsque M. Bradlaugh fut mis en prison à cause de sa protestation dans la Chambre des Communes, le Conseil exécutif ayant écrit à ses membres correspondants, dans les vingt quatre heures 140 meetings réclamèrent la mise en liberté du député de Northampton.
- Il y a quelque temps, la Société a présenté une pétition couverte de 140,000 signatures demandant l’abrogation de la loi de dotation de la famille royale. Dernièrement encore, à la fin de la session, une autre pétition revêtue de 60,000 noms des plus honorables fut déposées sur le bureau de la Chambre basse, réclamant l’égalité devant la loi, le droit à l’enterrement civil et la suppression de la Chambre des Lords.
- Tous les dimanches chacune des branches de la Société tient des meetings où se discutent les questions relatives à l’éducation du peuple. Les conférenciers de l’Association visitent tour à tour les différentes villes du Royaume, faisant des lectures et propageant les idées du Radicalisme et de la Libre pensée. Des Ecoles pour les sciences ont été aussi fondées par la Société et plus d’une fois les élèves de
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- ces écoles ont obtenu les prix que donne le gouvernement. Enfin un Comité spécial a pour fonction de venir en aide aux libres-penseurs dans le besoin.
- Tel est en substance le compte rendu des travaux de la libre pensée en Angleterre fait ainsi que nous l’avons dit en commençant, par l’active et intelligente déléguée de la Société nationale séculariste au Congrès de Bruxelles.
- Il est vrai, a dit Mma Besant en terminant, que nous avons à souffrir de l’iniquité des lois chrétiennes. Quelquefois nous voyons se fermer devant nous des salles que nous avions louées pour nos conférences, et cette illégalité s’abrite sous la protection de l’autorité. On ne peut nous léguer de l’argent, tester en notre faveur, mais on peut nous poursuivre comme blasphémateurs. Nous sommes encore forcés de subir l'enterrement religieux. Qu’importe ! Chaque jour qui s’écoule nous rapproche de la victoire et déjà point à l’horizon l’aurore de la liberté et de l’égalité. L’avenir appartient à nous et non à nos ennemis 1 A eux le passé, les patenôtres, leurs cieux et leurs fétiches! À nous l’avenir, le travail, la terre et l’homme!
- Qui sont-ils ces gens qui se qualifient de catholiques et restent esclaves d’une Eglise ? Qui dit catholique dit universaliste. Sont-ils universalistes ces prêtres qui anathématisent et condamnent aux Enfers la majorité de la race humaine ? C’est dans nos rangs que sont les vrais catholiques ; car ainsi que l’a dit un grand homme, tout ce qui appartient à l’humanité nous est cher.
- Nous aussi, nous avons notre foi!... Nous aussi nous croyons à l’immortalité... non point à une misérable immortalité de personne, mais à l’immortalité de la pensée, à l’immortalité de la science, à l’immortalité du devoir !
- C’est pour tout le monde que nous sommes à l’œuvre, parce que nous sommes les enfants du genre humain. Rt, en venant ici nous réunir à vous, c’est afin que, frères et sœurs, la main dans la main, nous puissions concerter nos efforts pour faire triompher la cause glorieuse de la liberté et de l’humanité.
- C.-P. Maistre.
- • Un Saint de l’Eglise romaine
- EN OPPOSITION AVEC LE DOGME DE L’iNFAILLIBITÉ DE SON ÉGLISE
- Dans sa « Vie de saint Louis» Joinville nous a conservé quelques traits d’indépendance religieuse du saint roi, qui méritent d’être notés. En voici un exemple.
- L’évêque d’Auxerre dit un jour au roi, au nom de plusieurs prélats : « Sire, ces seigneurs qui sont ici, arche-» vêques et évêques, m’ont dit que je vous dise que la chrétienté périt entre vos mains. » Le roi se signa et » dit : «Or, dites-moi comment cela se fait? » —Sire,
- » dit l’évêque, c’est parce qu’on fait aujourd’hui si peu » de cas des excommunications que les gens se laissent » mourir excommuniés sans se faire absoudre, et ne » veulent pas faire satisfaction à l’Eglise. Ces seigneurs » vous requièrent donc, Sire, pour l’amour de Dieu et » parce que vous le devez faire, que vous commandiez » à vos prévôts et à vos baillis que tous ceux qui reste-ü> ront excommuniés pendant un an et un jour, on les » contraigne, par la saisie de leurs biens, à ce qu’ils se » fassent absoudre. »
- « A cela, le roi répondit qu’il le leur commanderait volontiers pour tous les excommuniés dont on lui donnerait la certitude qu’ils eussent|tort. L’évêque dit que les prélats ne le feraient à aucun prix, et qu’ils contesteraient .au roi la juridiction de leurs causes. Et le roi dit « qu’il ne le ferait pas autrement ; car ce serait contre » Dim et contre raicon s'il contraignait les gens à se faire » absoudre quand le clergé leur ferait tort. » — « Sur » cela, dit le roi, je vous donne l’exemple du comte de » Bretagne qui a plaidé sept ans avec les prélats deBre-» tagne, tout excommunié, et il a tant fait que le Pape » les a condamnés tous. Donc, si j’eusse contraint le » comte de Bretagne, la première année, de se faire » assoudre, j’eusse péché contre Dieu et contre lui. » Alors les prélats se résignèrent et jamais depuis je n’ai ouï dire qu’une demande fût faite sur les choses ci-dessus dites, b fEd. de Wailly, chap. XIII, p. 43.)
- Yoilà, n’est-t-il pas vrai, des allures bien libres et une émancipation spirituelle que Nos seigneurs les évêques ne seraient guère ravis de retrouver chez leurs ouailles. Et pourtant"les neuf papes qui durent procéder aux enquêtes d’usage sur la foi,la vie et les vertus de Louis IX, ne paraissent pas s’en être scandalisés. Vingt-sept ans déjà après sa mort, le pieux roi, par un décret du pape Boniface VIII, daté du 11 août 1297, fut officiellement rangé parmi les saints du calendrier, et jusqu’à ce jour les fidèles sont invités à invoquer son nom dans leurs prières.
- EN QUÊTE DE LOGEMENT
- La période du terme est toujours un moment critique pour les ménages peu aisés : plus critique et plus anxieuse surtout quand il faut trouver un logement et qu’on a des enfants en certain nombre. L’enfant est la bête noire des propriétaires et de MM. leurs concierges. Ils voudraient n’avoir pour locataires que des couples stériles ; c’est là leur idéal.
- Que deviendrait à ce compte la population ? Que deviendraient même dans l’avenir les loyers qu’ils exhaussent sans cesse et sans mesure, alors qu’il ne se trouverait plus personne pour y mettre l’enchère ?
- En attendant, la difficulté de se loger pour les familles nombreuses et pauvres s’accroît dans une proportion alarmante ou plutôt elle équivaut presque à une impossibilité.
- Voici deux faits qui en témoignent :
- Le 1er octobre, sur l’avenue de Châtillon, je fus abordé par une femme en deuil, au visage amaigri, des larmes dans les yeux. Je reconnus en elle une de mes anciennes clientes du bureau de bienfaisance dontj’avais,ily a quelques années, soigné les enfants f et le mari, ouvrier maréchal-ferrant. Celui-ci, quoi-
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- que d’une stature et d’une constitution d’apparence athlétique, avait dès lors éprouvé des hémoptysies d’un très-fàcheux présage. Aussi ne fus-je pas étonné quand cette femme m’annonça qu’elle avait perdu son mari, il y a un mois, après une longue maladie. Ils étaient allés demeurer au Grand Montrouge, extra mu?'os, afin d’avoir la vie à meilleur marché hors des limites de l’octroi parisien.
- Mais ce qui causait en ce moment le désespoir de la pauvre veuve, c’est qu’ayant reçu congé de son propriétaire, elle ne savait où aller .gîter avec ses quatre enfants.
- « Partout, me dit-elle, où je me suis présentée, c’est-à-dire dans plus de trente maisons, on m’a demandé si j’avais des enfants, et sur ma réponse que j’en avais quatre, on m’a refusé partout la location.
- « De plus, on exige un terme ou tout au moins un demi-terme d’avance, et il me reste à peine de quoi procurer du pain à mes enfants pour quelques jours. »
- Que faire en face d’une telle infortune ?...
- Et dire qu’il y a ainsi, à chaque renouvellement de terme, dans Paris et dans sa banlieue, des milliers de situations plus ou moins semblables à celle de la malheureuse veuve qui me tenait ce langage !
- (En faisant cette réflexion, heureux me disais-je, les habitants du Familistère ! ils ignorent ce genre de tribulation, car fidèle à son titre, le Familistère, admet les familles nombreuses aussi volontiers que les autres.)
- Voici maintenant mon second fait. Je l’emprunte au Petit Moniteur universel du 2 octobre. Je cite textuellement le premier-Paris de ce journal, signé Robinson :
- Un habitant de Vaughard, père de cinq enfants, me fait l’ht nneur de m’écrire que, depuis le 14 août, il est à la recherche d’un logement, sans pouvoir parvenir à en trouver un.
- On le met à la porte de chez lui, parce qu’il a trop d’enlants. et dans les soixante-cinq logements où il s’est préseuté et dont chacun aurait fait plus ou moins son affaire, ou lui a répondu qu’on ne voulait pas de lui pour cause d’excès de progéniture.
- Le cas de mon honorable correspondant ne laisse pas que d’ètre embarrassant ; mais comment le résoudre ?
- il n'est que trop vrai que les propriétaires u’aiment pas les entants... des autres ; mioches,, chiens et chats, ils confondent tout dans la même répiobation, en y ajoutant, cela va sans dire, les pianos et autres instruments de barba:ie. Mais comment pourrait-ou les forcer à changer de sentiment, à ouvrir leurs oreilles à l'harmonie et leur cœur à l’amour des petits enfants?
- Mon correspondant a trouvé un moyen ; malheureusement ce moyen est comme le cheval de Roland ; il a tous les mérites possibles, hormis celui d’être réalisable.
- t;e serait d’établir un impôt somptuaire sur les immeubles où les enfants brilleraient par leur absence.
- La ville serait évidemment la première à bénéficier
- de ce nouveau genre de contribution ; mais c’est l’économie politique qui ne serait pas contente !...
- Car de là à frapper, par exemple, les célibataires d’une taxe non moins injuste que préveutive, il n’y aurait, tout étant dans tout, que fort peu de pas.
- Eh bien, après ?... quand on frapperait d’une taxe spéciale les célibataires riches, à partir de l’âge de 25 ans, par exemple, qu’y aurait-il à cela de si anormal et de si injuste? Tout citoyen doit concourir au maintien de la puissance nationale, dont un des premiers éléments est la population. Celui qui, sous ce rapport, s’affranchit de la dette commune, peut très-équitablemet être assujetti à la payer sous une autre forme, c’est-à-dire par un subside proportionné à sa fortune. Nos impôts de consommation 'pèsent sur le père de famille en raison du nombre de ses enfants : quand il paie de ce chef, pour 4, 5 et plus, suivant le nombre de bouches qu’il nourrit. Le célibataire, lui, ne paie que I, c’est-à-dire la part d’impôts afférente à sa consommation propre et personnelle.
- Pour le surplus, l’écrivain du journal ne répond que par des fariboles à la plainte très-fondée de son correspondant. II lui dit, par exemple ;
- Les maisons ne manquent pas à Paris, et il y en a pour tous les goûts comme pour toutes les fortunes.
- C’est donc à la concurrence à intervenir ici, à mettre d’accord des prétentions exagérées et injustes et le desideratum de mon honorable correspondant.
- Combien d’entre nous aspirent à se créer, moyennant le plus juste prix, un intérieur où de se retourner, d’avoir ses aises, on eût du moins la liberté !
- Honnête et légitime ambition, mais qui ne se réalisera que le jour où les piopriétaires, par suite des heureux effets de la concurrence, n’auront plus le choix entre les locataires; où ils seront bien forcés de donner à but à quiconque le demandera, que ce soit avec ou sans enfants.
- Voilà ce que j’avais à dire à mon correspondant de Vaugirard, et ce n’est peut-être pas hélas ! ce qu’il aurait voulu.
- Il me demandait le moyen de coucher ailleurs qu’à la belle étoile ; je lui ai fait un cours d’éccnomie politique, sans même y ajouter la manière de s’en servir.
- Mais qu’il soit tranquille ; les bonnes idées font leur chemin ; la concurrence qui sait donner une âme au commerce, finira certainement par donner du cœur à M. Vautour.
- Robinson.
- A plus d’un passage de cet article, on voit que Robinson lui-même a conscience de la futilité des raisons dérisoires qu’il oppose aux très-sérieux griefs de celui qu’il nomme son « honorable correspondant. »
- Si l’habitant de Vaugirard se contentait des sornettes qu’on iui débite, il serait vraiment de bonne composition.
- Le mot de la fin surtout est impayable. A ce père de famille qui ne sait où trouver un abri pour lui— ; même et les siens, venir déclarer « qu’il soit tranquille ! que la concurrence qui sait donner une
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- âme au commerce, finira certainement par donner du cœur à M. Vautour, »ceci est un comble, le comble de l’ironie.
- Elle est jolie et particulièrement honnête, l’âme que la concurrence donne au commerce! C’est le génie de l’agiotage, des falsifications de denrées et des fourberies de toute sorte. Le beau modèle à proposer à M. Vautour qui n’est déjà que trop enclin de lui-même à entrer dans la voie des spéculations antihygiéniques et inhumaines,. afin de grossir ses_ revenus aux dépens de la santé des locataires !
- Quand les organes du parti conservateur (conservateur des abus sociaux) se font ainsi une arme des sophismes économiques contre les plus légitimes doléances de ceux qui souffrent de l’état de choses actuel, faut-il s’étonner que le socialisme, même Je socialisme révolutionnaire, fasse des progrès incessants dans fautes les classes du peuple ?
- Ch. Pjsllarin.
- LE PHOTOPHONE
- Nouvelle découverte <1© Gr. Oeil. — Une
- intéressante découverte vient d’être faite par Graham Bell, l’inventeur du téléphone.
- Voici quelques détails sur cette découverte :
- D’après le compte-rendu qui a été communiqué au récent meeting de l’Association américaine pour l'avancement des sciences, Bell a réussi à télégraphier ou plutôt à « téléphoner » le long d’un rayon de lumière. Ce rayon de lumière a transmis la voix humaine comme l’aurait fait un fil métallique ordinaire ; par son intermédiaire, les sons produit à une extrémité du rayon étaient reproduits exactement à l’autre extrémité.
- Cette Invention peut ne pas trouver une application pratique immédiate ; mais on ne saurait mettre en question l’intérêt scientifique qui s’y rattache. De même qu’avec le téléphone, des moyens simples et des propriétés bien connues servent à produire des résultats étonnants.
- On connaît les curieuses propriétés du sélénium, qui a été souvent le sujet d’expériences. La propriété qui lui est spéciale est d’opposer plus ou moins de résistance au passage de l’électricité, suivant qu’il est ou qu’il n’est pas soumis à l’influence de la lumière.
- Il est donc aisé de concevoir que si un morceau de sélénium était introduit dans un circuit électrique dans lequel se trouverait aussi un téléphone, des alternatives de lumière et d’obeurité pourraient être amenées à changer la force du courant, et que de telles variations pourraient faire entendre un son dans le téléphone.
- Ceci paraîtra plus clair si l’on se reporte au microphone, car le sélénium agirait en réalité comme un microphone sensible à la lumière. Dans'le microphone, des vibrations mécaniques font changer la conductibilité des matières avec lesquelles l’instrument est construit. Dans le cas du sélénium, les vibrations lumineuses affectent la conductibilité du métal. Dans l’un et l’autre cas, ces variations du courant affecteraient toute la longueur du courant et se manifeste!aient par un son dans le téléphone.
- Cette idée, émise il y a deux ans par Bell, n’avait pu être réalisée jusqu’à présent. Ce savant a imaginé, pour la rendre pratique, l’appareil suivant :
- Un miroir plan, de matière flexible telle que du mica argenté ou du verre de microscope, est employé pour réfléchir la lumière artificielle concentrée sur lui au moyen de lentilles. La voix de celui qui parle est diri-
- gée contre le dos de ce miroir, qui est mis eD vibration de la même manière que le diaphragme d’un téléphone, et communique ces vibrations au rayon de lumière. La lumière réfléchie par le miroir est. après avoir passé à travers une seconde lentille, reçue à la station éloignée par un réflecteur parabolique, au foyer duquel est placée une cellule de sélénium (petite plaque munie de fils conducteurs), reliée à une batterie locale et à un téléphone.
- Avec des instruments ainsi disposés, Bell a fait un certain nombre d’espéiiences à des distances trop grandes pour que les sens puissent être entendus directement à travers l’espace.
- La plus grande distance mentionnée est deux cents mètres. Bell croit que des résultats semblables pourraient être obtenus à n’importe quelle distance à laquelle un rayou lumineux serait envoyé d’un observatoire à un autre. Si l’espoir de l’inventeur se réalise, son appareil trouvera certainement d’importantes applications.
- LE TRANSFORMISME ET L’ASSOCIATION
- M. Edmond Perrier, professeur au Muséum d’histoire naturelle, a fait au Congrès de l’Association française pour l’avancement des sciences, à Reims, une conférence très-remarquable sur le Transformisme. De cette conférence qu’a publiée la Revue scientifique, il y a lieu de prendre note sous deux rapports principalement.
- Entre les faits invoqués par le savant conférencier à l’appui de la doctrine de l’évolution successive des manifestations de la vie sur notre globe, il en a cité quelques-uns qui montrent en application dans la nature, dans le mode de formation des êtres, ce principe d’association et de solidarité qu’on a tant de peine à introduire dans l’économie des sociétés humaines. D’autre part, M. Perrier s’est fortement prononcé contre l’opinion qui tendait à faire de la doctrine du transformisme un argument contre l’existence de Dieu et de lq loi morale.
- Le professeur a commencé par exposer rapidement la successiou de flores et de faunes différentes aux diverses périodes géologiques. On sait que les terrains qui forment 1 écorce solidifiée de notre planète sont disposés par couches, plus ou moins irrégulièrement superposées, que les géologues ont divisées en terrains d'origine ignée, le granit, le gneiss, par exemple, qui n’offrent aucun débris d’êtres ayant vécu ; puis en terrains d’origine aqueuse ou de sédiment. Ces derniers renferment des restes fossilisés de végétaux et d’animaux qui vont se modifiant par degré dans le sens de la complexité et du perfectionnement organique. *
- C’est dans le sein des eaux que la vie apparut primitivement. A la période première ou silurienne, de grands cVustacés, des trilobites peuplent les mers qu’habitent aussi quelques poissons fortement cuirassés. Avec la période secondaire les reptiles deviennent prédominants. C’est l’âge des gigantesques
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- batraciens, des grands crocodiles Déjà cependant de rares mammifères de l’ordre des marsupiaux se montrent sur la terre.Avec la période tertiaire, apparaissent les mammifères en grand nombre, les pa-lotlierium, des éléphants étranges, le mastodonte. Mais c’est à l’époque quaternaire seulement qu’on trouve, avec la plupart des animaux encore existants aujourd’hui, des vestiges certaines de l’homme et de son industrie primitive, les silex taillés.
- « Ainsi, dit M. Perrier, durant cette série de périodes la faune et la flore ont changé du tout au tout. Quand on vient à rechercher comment se sont produites ces transformations, on reconnaît qu’elles n’ont pas eu lieu brusquement en bloc, à la suite d’un cataclysme général, mais qu'elles se sont établies lentement, les espèces disparaissant une à une, étant remplacées une à une. D’où celte conclusion que ce phénomène doit être le résultat d’une cause constamment agissante. »
- Le savant naturaliste a cité plusieurs exemples des transformations graduellement accomplies. Au mont Doi, M. Sirodot trouve toutes les formes de passage entre le mammouth et le mastodonte de l’époque tertiaire. Les pahoetherium de cuvier passent par des gradations qu’on suit aux rhinocéros d’un i part et aux tapirs de l’autre. Les hipparions, prédécesseurs immédiats de nos chevaux,en diffèrent encore par leurs pieds à trois doigts dont un seul touche la terre. A la période secondaire, les ptérodactyles ont des ailes monstrueuses comme celles des chauves-souris.Un autre saurien a des mâchoires terminées par un bec, L’archœptéryx a une longue queue de lézard, mais couverte de plumes. On peut dire que les oiseaux sont des lézards transformés.
- « Si les animaux supérieurs, poursuit M. Perrier,n’ont pas été créés isolément, ils ne peuvent provenir que d’une transformation, que d’un perfectionnement des animaux plus simples. Or quand on mesure la distance qui sépare le point d’arrivée du point de départ,il paraît bien invraisemblable que le hasard provoquant des variations accidentelles, aidé de la sélection naturelle, ait seul présidé à l’évolution des organismes : on est donc amené à rechercher s’il n’existait pas chez les organismes inférieurs quelque propriété générale qui permettrait de rendre compte du chemin parcouru. Eh bien, cette propriété existe dans quelques groupes inférieurs du règne animal.
- « On trouve dans nos eaux un petit animal, ayant la forme d’un sac cylindrique, fixé aux herbes par l’une de ses extrémités et offrant à l’autre extrémité une ouverture unique, entourée de longs bras. C’est l’hydre d’eau douce qui est devenue le type d’une classe nombreuse d’animaux marins, les polypes hydraires.
- « Que l’on conserve quelque temps une de ces hydres en charte privée en la nourrissant abondamment d'infusoires ou de petits crustacés et en la maintenant à une douce température, on verra bientôt une petite bosselure se former sur son corps ; en quelques jours cette bosselure sera devenue une hydre nouvelle. Puis une seconde bosselure apparaîtra ; il s’en formera même sur le corps du jeune individu et chacune sera bientôt un polype indépendant. Tant que ces hydres de diverses générations demeurent unies, leurs cavités digestives communiquent ; chacune mange pour toutes ; c est un communisme absolu. En général, chaque hydre, après avoir vécu quelque temps avec sa mère, s’en sépare et va tenter la fortune pour son propre compte. Mais que
- la nourriture soit abondante, la température élevée, les membres de la même famille jouiront sans se séparer de ce bien-être.
- « Ce qui n’arrive qu’accidentellement chez l’hydre d’eau douce devient un phénomène normal chez les hydraires marins ; ils vivent ainsi en famille et les zoologistes désignent ces familles sous le nom de Colonies. U semblerait que la lutte pour la vie ait été rendue plus facile par l’association d’individus ayant mêmes intérêts; que dans le règne animal, comme dans nos sociétés humaines, la solidarité engendre la force. Mais la vie sociale constitue pour les individus une condition d’existence toute nouvelle. On sait que les animaux parasites présentent une dégénérescence du type auquel ils appartiennent, en même temps qu’une modification profonde de quelques-unes de leurs fonctions. Dans une colonie quelques individus peuvent ainsi vivre aux frais communs et revêtir par suite une forme particulière ; mais ils ne peuvent subsister cependant qu’à la condition d’accomplir quelque fonction utile, car en raison de la lutte pour la vie et de la sélection qui en résulte, toute colonie dans laquelle des individus dépensent sans rien produire est fatalement destinée à disparaître devant les.colonies où une plus équitable répartition des charges sociales s’est produite. Il suit de là que, dans une colonie, tous les individus n’ont pas nécessairement la même forme ni les mêmes fonctions, c’est-à-dire qu’il se fait entre les individus associés une division du travail physiologique, en même temps que chaque individu revêt une forme appropriée à sa fonction, prend comme on dit, la figure de son emploi. Les colonies d’hydracti-nies sont à cet égard très remarquables. On n’y distingue pas moins de sept formes différentes d’individus. Il résulte de cette division du travail une solidarité de plus en plus étroite ; les individus associés ne peuvent pas se séparer ; on peut considérer la colonie comme une sorte d’organisme dont les différents individus, accomplissant chacun une fonction particulière, seraient les organes. »
- Ce genre d’existence collective dans lequel M. Perrier a relevé des particularités qui ne sont pas sans analogie avec notre état social où le parasitisme tend aussi à jeter la ruine et la dissolution ; ce genre d’existence collective, disons-nous, révèle pré* cisément le mode de formation de la plupart des types d’animaux, sans exception de ceux de l’ordre le plus élevé.
- Il est admis de tous les naturalistes que dans les invertébrés, ce qu’on appelle un individu n’est autre chose qu’une réunion, une colonie de petits individus désignés par le nom de zoonites. Chacun des anneaux dont se compose le corps d’un ver est un organisme à part. Coupez un ver de terre par le milieu, vous en ferez deux qui vivront séparément.
- Le vertébré lui-mèine est une association de zoo-nites dont l’union est plus intime, chez lequel la spécialisation des parties, la centralisation et la solidarité sont poussées bien plus loin que chez les animaux inférieurs. Les vertèbres sont comme les derniers restes de l’annulation primitive.
- Voici maintenant la conclusion de la conférence dont j’ai essayé de donner une idée sommaire :
- « J’espère vous l’avoir démontré, dit en terminant M. Perrier : des lois simples ont présidé à révolution organique, des lois aussi certaines et aussi précises que celles de la physique et de la chimie.
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- « Pourquoi ne pas le déclarer franchement ?L’homme n’a pas échappé à la loi commune. Par tous les faits de son organisation l’homme appartient au type vertébré, et nous avons pu faire pressentir la-longue élaboration qui avait été nécessaire pour constituer, à l’aide de formes vivantes inférieures, ce type organique dont nous représentons le terme supérieur d’évolution. L’homme ne saurait avoir d’autre origine; mais loin de rougir de cet humble début, il peut être fier de la rapide et brillante ascension ue sa race, car son élévation au rang suprême dans la création est le prix de victoires incessamment remportées sur tout ce qui vivait autour de lui sur la terre.
- « Et cependant on a craint qu’une doctrine qui représentait l’homme triomphant par ses propres forces dans cette lutte pour la vie, ne fût une atteinte à Dieu, une atteinte à la morale.
- « Mais pour employer une parole sacrée, les cieux ont-ils cessé de raconter la gloire de Dieu le jour où Newton démontra que les forces qui font mouvoir les astres dans l’espace sont les mêmes que celles qui produisent ce phénomène si modeste, la chute d'un fruit ?
- « Pourquoi contesterions-nous à l’auteur de toutes choses le droit d’avoir chargé une longue série de formes vivantes d’élaborer ce sublime ouvrage de sa puissance, l’âme humaine?
- « Quant à la morale, certes on pourrait redouter une doctrine qui ne proposerait d’autre but à l’homme que la victoire pour la vie, c’est-à-dire le succès personnel. Mais telle n’est pas la doctrine transformiste. Le succès, elle nous le montre obtenu par l’association, en d’autres termes par la solidarité, par l’assistance réciproque, par le travail, par la justice, par le respect de soi-même et des autres. Non, messieurs, une telle doctrine n’est pas corruptive. Discutée aujourd’hui, elle peut devenir la vérité démontrée de demain, et dès maintenant, l’homme doit s’habituer à regarder en face les devoirs que pourrait lui imposer une connaissance précise de ses origines. »
- Le transformisme ainsi compris est un enseignement sain et salutaire, tant au point de vue social qu’au point de vue de la morale individuelle. Il fournit même des raisons analogiques qui ne sont pas sans valeur à l’appui de l’évolution désirable de nos sociétés dans le sens-de ia justice, de la solidarité et du progrès.
- Ch. Pellurin.
- Le Port d’Anvers
- Nous avons déjà dit quelques mots des travaux énormes qui s’exécutent sur l’Escaut.
- En 1850, le tonnage à l’entrée était de 200,000 tonnes ; aujourd’hui il atteint trois millions de tonnes. En 1843, il y avait 1500 mètres de quai sur l’Escaut et les bassins ; en 1873, les quais sur l'Escaut avaient un développement de 2100 mètres, ceux sur les bassius une étendue de 6500 mètres, et les bassins anciens et nouveaux occupaient une superficie de 38 hectares.
- Des gares ayant une superficie de 31 hectares avec 65 kilomètres de voies relient les quais aux chemins de fer et toutes les manœuvres se font avec des grues, roulantes ou fixes, à vapeur ou hydraulique. Et cependant cet immense port est insuffisant aujourd’hui avec une importation de trois millions de tonnes de marchandises, et il a fallu, en 1877, commencer de nouveaux travaux qui aceroîtront les quais de 3500 mètres, approfondiront l’Escaut, de manière à permettre aux plus grand navires de décharger à quai, et livreront à l’industrie privée un ôspace immense de terrain utilisable pour docks, magasins, etc.
- Ces travaux considérables comportent l’emploi de 12 millions de kilogrammes de fer et tôle pour les caissons de fondation, pontons, ponts tournants, etc.; 375,000 mètres cubes de maçonnerie, de briques et de béton, 25,000 mètres cubes’de pierre de taille et plus de 2 1/2 millions de mètres cubes de remblai, ils ont été adjugés à forfait, pour le prix de 38 millions de francs.
- Tout est combiné pour que les marchandises passent par ce port. — Les pertes de temps et les frais résultant des chargements et déchargements sont supprimés. Au moyen d’une puissante machine hydraulique toutes les manœuvres en quai et en gare se font avec des engins qu’un enfant peut mettre en mouvement. Ainsi les trains de chemins de fer sont chargés, déchargés et formés au moyen de grues et treuils mus par la machine hydraulique, et dans cette immense installation, le nombre des ouvriers est relativement très faible. Il n’y a pas de gare au monde installée comme celle d’Anvers, et si l’on réfléchit que, les transports de marchandises coûtent sur les chemins dè fer belges, 2 à 3 centimes par tonne et par kilomètres, au lieu de 9 à 11 centimes comme en France, on en conclura que le magnifique port d’Anvers est destiné à prendre la première'place en Europe.
- O*©——
- Mas. relie vers l’UnxtÔ
- L’Europe s’organise. Les rudiments de ce grand corps se montrent et se rattachent les uns aux autres. Voici ia liste, sept grandes questions d’administration internationale sont déjà réglées par des Conventions résolues par des Bureaux qui fonctionnent régulièrement.
- 1864. Conven tion de Genève pour l’amélioration du sort des militaires blessés dans les armées en campagne. Elle comprend : toute l’Europe et les possessions que des Etats européens ont dans les autres parties du monde ; eu Asie, la Perse, en Amérique, ^s républiques du Salvador, de Bolivie, du Chili, de l'Argentine et du Pérou.
- 1865. Convention télégraphique conclue à Paris le 17 mai 1865 ; visite a Vienne, en <868, à Rome, en 1872, à Saint-Pétersbourg en 1875. Elle embrasse l’Europe entière, moins la grande Bretagne, hors de l’Europe, la plupart des colonies et la Perse.
- 1865. Convention monétaire du 28 décembre 1865 : Belgique, France, Grèce, Italie et Suisse.
- 1868. Commission surveillant en temps de guerre l’interdiction de projectiles explosibles liant entre eux tous les pays d’Europe moins l’Espagne, plus le Brésil et la Perse.
- 1874. Union postale universelle, traité du 9 décembre 1874, renouvelé et amélioré le 1« juin 1878. Bureau à Berne.
- 1875. Convention du mètre, 20 mai 1875. Ralliant toute l’Europe, moins la Grèce, la Grande-Bretagne et la Hollande, et hors d’Europe la République Argentine, le Pérou, le Brésil elles Etats-Unis d’Amérique.
- 1878. Convention phyloxérique embrassant : l’Allema-* gne, la France, l’Autriche-Hongrie, le Luxembourg, le Portugal, la Suisse et là Serbie.
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- N* 112
- Le Devoir
- BUREAU
- A GUISE (Aisne^
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant Fondateur du Familistère
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- par renvoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
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- SOMMAIRE
- Etudes sociales sur le gouvernement. — Nouvelles du Familistère. — Faits politiques et sociaux. — Congrès socialiste ouvrier. — Nouveau désaveu du collectivisme. — Nouvelles diverses. -- Ecoles mixtes et laïques aux Etats-Unis. — Statistique des ouvriers de Paris. — LiIrlande. — L'assistance des enfants. — Syndicat de la presse républicaine. — Bulletin bibliographique. — Variétés.
- ÉTUDES SOCIALES SUR LE GOUVERNEMENT
- La République
- XIII
- Au sein des luttes politiques et du progrès des esprits, le droit de suffrage se fait sa place. Il devient ^nécessaire comme une soupape de sûreté ouverte à l’opinion publique. Les tendances absolutistes elles-mêmes sont entraînées à en maintenir l’usage.
- Malgré ces concessions à la puissance populaire , on sent combien le despotisme et les représentants du passé sont mal à l’aise dans cette marée montante de la démocratie; aussi la forme monarchique est-elle obligée de céder la place à la forme républicaine.
- Le gouvernement de plusieurs succède au gouvernement d’un seul. La portion d’influence retenue au profit du peuple dans la direction des affaires publiques s’aflermit et s’agrandit.
- Le despotisme vaincu, la royauté abolie, la république inaugurée, c’est le soulagement après de longs siècles d’oppression. Mais s’en
- suit-il que les aspirations de l’-esprit démocratique vers la justice et la liberté aient leur satisfaction ? Non ! Les efforts accomplis ne feront disparaître que lentement les imperfections de la morale politique à laquelle les gouvernants continuent d’obéir.
- Le trouble est dans beaucoup d’esprits, car l’habitude du mal est contractée depuis des siècles ; les hommes qui tirent avantage de cette situation sociale travaillent à la perpétuer; et ceux qui arrivent au pouvoir, ayant reçu l’éducation de l’époque, en conservent les influences secrètes. Les préjugés autoritaires et surtout l’égoïsme demeurent au fond de la plupart des esprits.
- Proclamer la République, c’est supprimer l’individualisme dans la forme du pouvoir, mais cela ne fait pas que les gouvernants cessent de donner la première place à leur ambition et à leurs intérêts personnels ; cela ne fait pas qu’ils s’occupent avant tout de la restauration du droit, du devoir et de la justice dans la société, en mettant un frein à l’accaparement de la richesse aux mains de quelques-uns, en donnant aux masses laborieuses la place qui leur est due.
- Les modifications dans la forme du gouvernement sont un bien quand elles ont pour objet de rompre avec des traditions liberticides, avec l’esprit de castes et de classes privilégiées, hostiles à l’émancipation du peuple, mais elles demeurent insuffisantes si, la forme politique étant changée, les gouvernants qui se succèdent
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- maintiennent les lois que le despotisme avait enfantées contre la liberté. Car ces lois servent alors aux gouvernants nouveaux, comme elles avaient servi à leurs devanciers, pour résister à la liberté et perpétuer le plus possible l’ancien état de choses. C’est pour eux une incitation permanente au maintien d’un régime hostile aux droits du peuple.
- Si la Révolution française, par exemple, exerça une grande influence sur la France, cela fut dû à la réforme qu’elle opéra dans les lois. Et si les mouvements politiques qui se sont opérés depuis cette époque n’ont eu que des résultats insignifiants, cela tient à ce que les pouvoirs qui se sont succédé ont été imbus de l’esprit de conservation aristocratique, et à ce que les classes laborieuses sont restées à leurs yeux la partie exploitable et subordonnée de la nation.
- Il ne faut donc pas se faire illusion : le changement de forme du gouvernement ne peut à lui seul modifier l’état social. C’est le niveau moral des gouvernants qui donne la mesure du bien réalisable par les pouvoirs constitués. La volonté de ceux qui gouvernent passe dans leurs actes et dans les lois du pays. Le peuple n’a donc rien à attendre de ceux qui dirigent les affaires publiques, tant que la morale véritablement sociale ne remplace pas dans leurs cœurs les ambitions et les convoitises individuelles.
- L’état social et politique de la Société présente offre deux divisions bien tranchées : les hommes du passé, les hommes de l’avenir. Toutes les nuances dont la pensée politique et sociale est susceptible peuvent se ranger dans ces deux catégories.
- La dernière se compose des hommes qui, faisant abstraction de la naissance et de la fortune, ne veulent croire qu’au mérite réel, et placent la science et le travail, et surtout l’amour du bien public, au-dessus des titres, dé la naissance et de la richesse.
- La première comprend ceux qui, imbus de l'esprit aristocratique et de privilège, veulent que le gouvernement des choses humaines subisse le moins de changement possible, que j l’autorité politique appartienne exclusivement I aux personnes que la naissance et la fortune |
- I attachent, par esprit de caste, aux formes du î passé.
- Ceux-là considèrent comme le plus grand des dangers l’avènement des hommes de travail ou de la démocratie dans les affaires publiques, parce qu’ils rendent cet avènement solidaire de réformes qu’ils ne peuvent envisager avec impartialité.
- Nous sommes satisfaits des institutions existantes, s’écrient-ils. La propriété est garantie, les banques font des bénéfices, les grandes compagnies offrent de gros dividendes et sont, en toute occurrence, protégées par l’Etat; les décorations sont en faveur, les fonctions publiques sont honorées, la sécurité des positions est pleine et entière ; que les progressistes nous laissent donc la paix ! Est-ce que nous avons à nous inquiéter des gens qui ne savent point faire leurs propres affaires. Nous sommes bien, nos positions nous conviennent, nous voulons qu’on nous laisse tranquilles î
- Et si le conservateur développe sa pensée, il ajoute : Nous ne voulons pas entendre parler sans cesse de souveraineté et de droit populaires. Donnez aujourd’hui une réforme au peuple, demain il en demandera deux; c’est à quoi la République nous conduit. Plus de tranquillité pour les classes qui possèdent. La République, c’est l’émiettement de la FFance. En définitive la France est-ce autre chose que ceux qui possèdent ? N’est-ce pas chez nous seulement que se trouvent le savoir et la capacité ? Que pourrait-on attendre des masses ouvrières dépourvues d’instruction et désireuses de bien être ? Leur avènement aux affaires politiques serait le renversement du monde !
- Tels sont les raisonnements égoïstes et faux que l’esprit conservateur, à toutes les époques de l’histoire, a opposés au progrès social et aux aspirations du peuple.
- C’est ce même intérêt de castes ou de classes qui a produit les plus terribles commotions politiques, les plus grandes perturbations sociales. C’est lui qui a divisé les hommes et avive entre eux les haines ; c’est en son nom qu’on a cherché de prétendues justifications de l’inégale répartition des avantages sociaux au profit d’un petit nombre, et qu’on a voulu légitimer
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- ^oppression sous laquelle a vécu la grande majorité des citoyens.
- Au nom de cet intérêt de caste, l’antiquité consacrait l’esclavage,
- Le moyen âge consacrait le servage,
- La noblesse, en 1789, se dressait contre le tiers état,
- Naguère, sous l’influence du même sentiment, les sudistes des Etats-Unis exploitaient encore à leur seul profit le travail des nègres,lesquels étaient tenus en esclavage au mépris des droits sacrés de l’existence humaine.
- Enfin aujourd’hui les classes dirigeantes, les aristocraties nobiliaires, financières ou industrielles sont possédées de ce même esprit d’exclusivisme à l’égard de l’ouvrier.
- Autrefois, le travail de l’esclave entretenait les jouissances de l’homme libre, et l’esclave aspirait à la liberté de sa personne et de ses actions ;
- Plus tard, le travail du serf servait au luxe des nobles, des prêtres et de la cour et le serf aspirait à l’indépendance et à la liberté du travail ;
- De nos jours, le travailleur est indépendant et libre de sa personne, mais il est esclave du salaire. Le fouet et les étrivières ne sont plus autorisés contre lui : mais la faim le talonne et la plus belle part des profits qu’il crée lui échappe.
- Le travail féconde le capital, mais le capital retient pour lui les avantages créés par le travail.
- Cependant les travailleurs sont de nos jours, la grande majorité des citoyens dans les nations européennes ; ils sont la majorité de la nation française et la majorité souveraine.
- Malgré cela la classe favorisée de la fortune est assez aveuglée sur ses devoirs et sur ses propres intérêts, pour ne pas comprendre qu'elle doit se préoccuper d’organiser des rapports plus fraternels entre elle et les travail-fours ; qu’il est de son devoir et de son intérêt d’établir* des règles équitables dans la répartition des richesses produites.
- L’accaparement et le cumul sont pour les dusses dirigeantes l’objet d’une préoccupation constante. L’équité dans la répartition de la bchesse leur apparaît comme une utopie. Réa-tiser des .bénéfices par n’importe quels expé-
- dients et occuper une position en vue, tel est l’idéal des classes dirigeantes.
- Imbues de l’esprit du passé, ces classes oublient que les travailleurs, constituent, nous le répétons, la grande majorité de la nation ; qu’ils s’éclairent chaque jour davantage sur les vérités économiques de la production de la richesse, et que le flot des revendications ira montant, si la justice et l’équité sociales ne lui ouvrent l’issue nécessaire.
- (A suivre•) GODIN.^
- NOUVELLES DU FAMILISTÈRE
- Un journal de Melbourne (Australie), The Audra-lasian dans son numéro du 21 août 1880 consacre un long article à la description du Familistère.
- L’auteur de cet article, M. Tasma, est venu visiter le Familistère au printemps de cette année.
- Après avoir signalé que, dans toutes les nations, la position précaire faite aux classes laborieuses donne lieu à de graves difficultés sociales, l’auteur décrit ce qu’est l'œuvre du Familistère et comment par l’Association elle opère la conciliation des intérêts entre le Capital et le Travail.
- FAITS POLITIQUES & SOCIAUX DE LA SEMAINE
- FRANCE
- JL.» situation générale <1© l’Europe. —
- Le Tmes publie un remarquable article sur la situation actuelle de l’Europe. Elle n’a pas de parallèle dans l’histoire, dit-il. Le continent est couvert d’armées ; les esprits sont passionnés par l’animosité ; pendant plus d’un quart de siècle, les guerres ont roulé leurs vagues sur le monde civilisé, chaque inondation laissant derrière elle un amas confus de controverses.
- Néanmoins, ces éléments de trouble semblent avoir concouru en même temps à la paix.
- jl y a pour le moment comme une espèce d’accalmie dans la politique européenne.
- Cela ne ressemble pas au règne du bon vouloir céleste que l’on croyait avidr commencé il y a quelque trente ans et dont on saluait l’avènement au palais de verre de Knightsbridge. C’était alors une foi réelle, sérieuse, comme enfantine dans le maintien de la paix.
- Les nations se détcfiirnaieut de la guerre, ou comme les prêcheurs de la paix le croyaient non pas par pure lassitude, mais avec une profonde répugnance morale. ,
- Néanmoins, les grandes puissances ont été pendant quelques mois engagées dans une dispute politique qui les a conduites directement k une longe suite de guerres.
- On n’entretient pas maintenant des projets si idéaux de pacification.
- Il serait difficile d’assurer que les puissances désirent ardemment la paix, lorsque la plus grande‘énergie est dépensée en préparatifs de guerre; mais il est manifeste qu en dépit de ces préparatifs, ou peut-être uu peu à cause d’eux, il règne une grande répugnance dans la
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- plupart des {capitales de l’Europe à adopter certaines mesures qui pourraient tendre à une collision.
- . Le Times ajoute : «Nous avons toute raison de nous réjouir de cette circonstance, malgré que nous ne puissions ne pas sentir que les contraintes imposées aux puissances, employées en mauvaise part peuvent aussi paralyser l’extension des forces disciplinées de la civilisation.
- « Quoi qu’il en soit, l’état présent de l’Europe est un état dans lequel les énergies matérielles et morales s’entrechoquant sont si également équilibrées que nous ne savons de quel côté découvrir le prochain mouvement d’impulsion. »
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- Belles et honnes paroles. — Voici les paroles excellentes par lesquelles le président de la République française a terminé sa réponse aux membres du bureau du Congrès postal universel :
- La transformation des peuples modernes, devenus industriels et commerçants, de belliqueux et conquérants qu’ils ont été si longtemps, a plus fait peut-être pour la paix et la liberté du monde, en rapprochant les nations, en les mêlant, en enchevêtrant, en solidarisant leurs intérêts, en dissipant les préventions injustes et les aveugles hostilités, que n’ont pu faire, par leurs efforts et leurs travaux, la philosophie et la politique. Les peuples vivaient auparavant par la guerre et le butin, ils vivent aujourd'hui par la production et l’échange ; ils se dévoraient tour à tour, ils s’enrichissent mutuellement. C’est le grand fait de la civilisation moderne. Les améliorations successives qui ont été apportées au service international des postes et auxquelles M. Gochery a si activement et si intelligemment contribué, sont autant de pas faits vers le but auquel nous tendons. Celle que vous préparez sera encore un nouveau progrès. J’y applaudis de tout mon cœur, comme à tout ce qui peut faire avancer les nations dans la voie de la paix, de la liberté et de la prospérité.
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- Accroissement du nombre des élèves.—
- Au 15 octobre on comptait dans les lycées et collèges de l’Académie de Paris 810 élèves de plus que l’an dernier à la même époque.
- C’est de bon augure, d’autant plus qu’il y a toujours des élèves qui entrent en retard.
- TTne grève vient d’éclater au milieu des ouvriers de Denain.
- Jusqu’ici le nombre des grévistes n’a pas dépassé 1900, ce qui déjà est considérable.
- Voici le texle d’une affiche qui a été placardée à De-nain :
- Aux frères et amis de la compagnie des mines d’Amin,
- "Nous avons l’honneur de porter à la connaissance de tsus nos camarades que la demande ci-après a été adressée à qui de droit pour être , remise entre les mains de MM. les administrateurs de la compagnie d’Anzin.
- Nous demandons :
- 1° Soixante centimes par heure de travail avec un minimum de huit heures et un maximum de 9 heures par journée de travail. Cette somme nous est indispensable pour élever honnêtement nos enfants ;
- 2° Que le traitements du médecin et les frais de médicaments soient accordés gratuitement aux ouvriers ainsi qu’aux veuves et orphelins de chez nous ;
- 3° Que la compagnie nous accorde une pension de cinq centimes par jour et par année de travail à compter de l’âge de quinze ans. La retraite ne pourra excéder 2 fr. par jour.
- 4* Nous demandons que la compagnie ne puisse supprimer la pension qu’au cas où il serait prouvé judiciairement que l’ouvrier aurait compromise ses intérêts; I
- } 5° Nous demandons enfin que la compagnie ne déiivr
- | aucun livret se rattachant à la grève et que tous ceut remis pendant la. période de la grève soient considiw nuis. " es
- Daus ces conditions, nous nous engageons, au n0Dl de nos frères et amis des mines d’Anzin à reprendre j cours de nos travaux. ' e
- {Suivent les signatures.)
- Les ouvriers demandent qu’on leur assure un mini mum de 3 fr. 50 par jour. Les membres de la régie ont eu samedi une réuuion à Saint-Waast. La régie consi dère comme impossible de substituer le travail à h journée au travail à J a tâche, et par suite de garantir un minimum de salaire. n
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- Autres gvèvess, — On signale aussi une grève des charpentiers-constructeurs et calfats do Bordeaux et une de 300 tisseurs à Rouen, qui out refusé de tra! vailler à cause d’une réduction opérée sur leurs salaires
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- XVî ii s; nfll h m ii <*e de» hôpitaux de Paris a fait l’objet d’un court débat au Conseil municipal.
- Par suite de l’indolence du ministère la caserne d’octroi de la Porte Saint-Ouen que le Conseil municipal a décidé de convertir en hôpital n’a pu être rendue à la municipalité par l’Etat. Il en résulte que le bâtiment d’hôpital du quai Montebello ne peut être démoli pour le moment, ce qui est regrettable ce bâtiment étant du plus vilaiu aspect et bouchant l’air et le jour au quartier Saint-Severin qui aurait le plus grand besoin d’air et de lumière.
- Au cours du débat M. le docteur Bourneville a fait savoir que les hôpitaux sont tellement insuffisants daus ce moment que l’on a dû recourir à des installations provisoires.
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- La rentrée de» Chambres approche. Espérons que ces interminables vacances auront permis à nos députés et sénateurs de puiser des forces et de faire dans la session qui va s’ouvrir assez de travail pour que leur passage aux affaires laisse quelque chose derrière eux. Jusqu’ici notre parlement s’est surtout distingué par son talent supérieur à perdre le temps.
- Cette insuffisance a inspiré à M. P. G. brevet, le3 fort justes réflexions que voici :
- « Vous souvient il du charmant apologue où Quinet représente un fondeur qui couie du plomb dans un moule dont il a hérité, mais qu’il n’a pas eu le soin d’examiner ? Le bonhomme a l’idée fixe qu’il va en sortir une statue de déesse, et c’est un cheval qu’il trouve. Désappointé, il coule de l’argent.Cette fois il va avoir sa déesse. Pas le moins du monde ; c’est encore un cheval qu’il 'aperçoit ; mais ce cheval est d’argent. Furieux, il procèdent une troisième coulée, et verse de l’or en fusion. Pour le coup, il va voir apparaître sa déesse. Point ! c est encore un cheval, mais un cheval d’or qu’il obtient. «Transportez cet apologue dans le domaine de la politique, et vous aurez l’histoire fidèle de ce qui se passe actuellement au beau pays de France. Nos hommes d’Etat — des malins s’il en fût — coulent toutes sortes de choses dans le moule qu’ils ont trouvé le 4 septembre, et ils ne se sont pas encore aperçus qu’il ne peut sortir de ce moule que l’Image de la Monarchie ; par la Lu bonne raison qu’il a été fait pour représenter un roi <•* un empereur, et nullement une République^ Il ,auraf donc fallu avant tout changer le moule ; mais c’est a quo l’on n’a guère songé. Au lieu d'asseoir le nouvel ora de , choses sur des principes vraiment démocraUqu d’où auraient tout naturellement découlé des iQ^ui * tions libérales, on a préféré recourir au système bât des palliatifs, des rafistolages, des atermoiements.*
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- Liberté <1© réunion. — Décidément n0î1^. possédons pas encore la liberté de réunion ; elle es jours à la merci du ministère.
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- Dimanche dernier une réunion qui devait avoir lieu u Cirque Fernando au sujet de la triste affaire de M. de Cissey a été interdite par le ministère.
- Celte réunion devait être présidée par M. Laisant, dé-0uté républicain de l’extrême gauche ^ y peu près au même moment où cette interdiction se produisait, MM. les royalistes manifestaient le drapeau blanc en mains dans les rues d’Arles et M. de Gharette, à la Roche sur Yon, prêchait un nouvelle chouannerie.
- Nous sommes très heureux que la liberté soit laissée aux royali tes et qu’on leur permette aiusi de se rendre ridicule, mais nous aimerions bien qu’on laissât aussi la liberté aux républicains.
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- ^.ppel clés relieurs. — La société de la Solidarité de la reliure a publié un appel dont voici un passage.
- Citoyennes et citoyens,
- La chambre syndicale, par ses statuts, ne pouvait rendre des services bien efficaces à la corporation. Nous avous transformé cette société en société de solidarité et d’assurance contre le chômage ; elle assure à ses membres une indemnité de deux francs par jour eu cas de chômage.
- Obtenir ce résultat par l’assurance mutuelle, c’est déjà uu progrès qui permet aux travailleurs d’exiger des patrons un salaire plus rémunérateur.
- Nous poursuivons un autre but, dont la réussite est assurée si vous répondez tous à notre appel.
- En présence de la concurrence acharnée que les patrons se font entre eux, concurrence qui les oblige à réduire le plus possibie le prix de la main-d’œuvre pour réaliser quelques bénéfices, il arrive qu’un grand nombre de nos camarades ont un salaire insuffisant pour vivre. D’un autre côté, les denrées alimentaires augmentant de valeur constamment, pendant que les salaires restent stationnaires, notre situation économique est devenue intolérable. Il est donc nécessaire de nous grouper, de nous org miser pour la défense de nos salaires, de rechercher quels sont les moyens qu’il faut employer pour obtenir un salaire plus équitable qui nous permettra de suffire à tous nos besoins.
- La science nous démontre qu’avec l’introduction des machines dans l’industrie, il devient nécessaire de donner aux producteurs une plus grande part dans la consommation ; cette part nous y avons droit et nous devons la réclamer.
- SUISSE
- Le socialisme et la. révision de la constitution fédérale. — Voici ce qu’écrit à ce sujet dans le Libre Bkétien'M. Gengel, ancien président du Conseil des Etats (sénat suisse) :
- Il y a des gens mécontents de la constitution actuelle ; ce sont ceux qui n’ont absolument rien obtenu en 1874 ou auxquels ou a fort peu songé, quoiqu’ils eussent de très vastes désirs ; ce sont les démocrates sociaux.
- Ceux-ci n’étaient, pour ainsi dire, pas représentés dans l’Assemblée fédérale, et leurs idées y ont peu paru, si Ion en excepte les motions philanthropiques de M. Joos.
- La démocratie sociale, cependant, noui’rie des idées et (les prédications allemandes, avait fini par se constituer eu un parti indépendant sous l’égide de la démocratie politique zuricoise; elle s’appuyait naturellement d’abord sur V Arbeiterbund allemaud; elle s’introduisit de là dans la Société du Grutli, et planta dans le soi suisse les jalons de l’Internationale.
- La démocratie zuricoise, qui croyait la patronner, ^tait en réalité poussée par cette démocratie sociale, et le moment vint où celle-ci se crut assez forte pour dénoncer l’alliance avec les démocrates , si ceux-ci ?e voulaient pas marcher à son pas. Faible par le nom-Dre, mais forte par l’audacs, elle absorba de fait dans le Clnton de Zurich la démocratie politique. C’est ce parti loi n’est pas coûtent de la Constitution de 1871, c’est lui <101 veut être mis en possession du levier de l’initiative c°ustitutionnelle, afin d’exécuter, par étapes succès
- sives, à titre d’exemple pour le reste de l’Europe, la transformation socialiste de la Suisse.
- Il s’est emparé comme premier objectif de l’idée du monopole de l’Etat pour les billets de banque. Au début, on ne s'attendait pas à ce que le projet lancé par M. Joos pût être le point de départ d’une agitation sérieuse. Mais l’adhésion du journal socialiste, la Zur-cherposi. a trompé ces prévisions ; c’était le concours assuré du parti socialiste démocratique, et les 50,000 signatures nécessaires pour que la question de la révision de la Constitution de 1874 fût soumise au peuple, furent trouvées.
- On peut douter que chacun de ces 50.000 signataires se soit rendu compte exactement du but auquel on tendait, mais les chefs, eux, savent fort bien ce qu’ils veulent; nous l’avous dit, il ne s’agit de rien moins pour eux que de la transformation socialiste de notre pays. On commencera par uue tentative pour organiser le crédit de par l’Etat, ce qui, avec l’organisation du travail, est uu des thèmes principaux de la, démocratie sociale; à quoi arrivera-t on si l'on y réussit ? C’est l’inconnu : mais ce qui est certain, c’est que nous nous trouvons en ce moment en présence d’un mouvement socialiste assez sérieux.
- ITALIE
- Réconeiliatïou de Garibaldi etdu pouvoir. — On lit dans la Liberia italiana, de Gênes, journal dirigé par M. Canzio, gendre de Garibaldi :
- « Le géuéral Garibaldi, cédant aux vives instances de se*s électeurs et de ses amis, a retiré sa démission do député. Sou fils Ménotti en a fait autant. »
- ALLEMAGNE
- Les ssoeittJîwt«cM. — On vient de pratiquer chez les socialistes de Hambourg des perquisilions domiciliaires en masse qui ont donné lieu à l’arrestation d'un ouvrier et à des saisies de papiers. Il faudra voir si les découvertes qu’a faites la police seront assez importantes pour décider le gouvernement de proposer la mise en état de siège de la ville libre et d’Altona qui y touche. Le bruit a couru que la Prusse négociait avec le Sénat hambourgeois à ce sujet, et l’acte qui tient d’être posé par les agents de la sécurité publique n’est pas précisément de nature à servir de démenti à cette rumeur.
- On avait dit encore que des négociation semblables avaient été engagés avec la ville de Leipzig, où séjournent MM. Bebel, Liebknecht, Hasenclever, Fritzschc et d’autres'chefs du socialisme allemaud : mais la nouvelle semble n’êlre pas fondée. Les socialistes n’ont, du reste, pas grand peur d etre bannis de Hambourg et de Leipzig, comme ils le sont déjà de Berlin.Ils iraient tout simplement planter leurs tentes à Dresde ou dans quelque autre ville allemande, où on leur laisserait prendre domicile. Si l’on veut leur rendre le séjour de l’empire impossible, il n’y a qu’un moyen : c’est de décréter l’état de siège général.
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- Procès monstre,—A Leipzig, un procès monstre va commencer. Trente-une personnes sont accusées d’avoir pris part à une réunion politique organisée soi-disant pour un baptême et qui n’était, au” dire de la police, qu’une « réunion secrète, » de démocrates.
- IRLANDE
- Situation. — Il s’est passé, en Irlande, la semaine dernière, un fait qui à lui seul en dit long sur la situation de ce pays.
- Les « landlords » ou grands propriétaires irlandais qui ont fondé une association protectrice, ont été reçus on corps par le vice roi d’Irlande, auquel ils ont exposé
- I leurs griefs, demandé conseil et qu’ils ont prévenu des mesures prises par eux pour défendre ce que le gouvernement leur semblait ne pas protéger.
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- LE DEVOIR
- La députation représentant les deux mille 'chiffre rODd) grands propriétaires d’Irlande, s’est vue contrainte et forcée de réclamer le huis-clos pour son audience avec le vice roi d'Irlande' et de demander que les « reporters » ne pussent y assister
- Cette exclusion des représentants de la presse de l’audience que le vice-roi d’Irlande a accordée à la députation des Landoioners a stupéfié tout le monde, toutefois on a si bien compris les raisons qui la commandaient que personne ne l’a blâmée.
- Ce sont ces raisons elles-mêmes qui constituent à la Ms la plus éloquente preuve de la gravité de la situation dans l’île.
- « Il est inutile, a dit le porte-parole des Landowners, par la publication de nos noms, de nous signaler gratui-ment et de nous désigner à ces coups de fusils qui partent de derrière un mur et du milieu des ombres de la nuit. »
- Voilà où Von en arrive quand, à l’encontre de toute justice, on se prétend propriétaires de terrains arrachés par la violence à leurs légitimes propriétaires.
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- Précautionæ sigrnificatives. — La police irlandaise a requis des dépôts du commissariat à Dublin un supplément de 27,000 charges de cartouches.
- ITALIE
- Réforme clejs ordres religieux. —- Le pape, eu égard aux conditions des temps, considérant aussi que certains ordres religieux ne répondent plus au but de leur fondation, a fait entendre à tous les généraux d’ordre qu’ils devaient étudier atten'ivement certaines réformes graves et absolument nécessaires pour que l’instruction monacale ne reste pas infructueuse et puisse répondre aux besoins réellement sentis de la société.
- O a mettra ainsi les ordres religieux à l’abri d’attaques le plus souvent justifiées. {Italie),
- AUTRICHE-HONGRIE
- Le biulgot général des deux pays pour 1881 a été présenté aux Délégations.
- Uoe somme de 8.710.978 florins '10.888.723 fr.) est demandée en augmentation sur le chiffre des dépenses militaires voté en 1880, chiffre qui était déjà supérieur à celui des années précédentes.
- RUSSIE
- Encoreun procès monstre, — La cour martiale de Saint-Pétersbourg va prochainement s’occuper d’un procès où. près de leux cents personnes sont impliquées, À la tête des accusés se trouve Goldenberg, l’assassin du prince Grapolkine.
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- I.a famine s’étend peu à peu en Russie ; elle crée au gouvernement une resnonsabilité à laquelle il ne peut échapper, et des devoirs qui réclament impérieusement une action prompte et énergique en faveur des populations expirantes.
- La situation agricole est affreuse ; elle peut avoir des conséquences plus redoutables que les tentatives isolées de quelques nihilistes.
- L’appauvrissement du sol, la disparition progressive i du bétail, la dégénérescence de la race chez les paysans due aux mauvaises conditions alimentaires, sont autant d’avertissements qu’on serait cou >able de négliger.
- Les budgets de la guerre, de la marine dévorent le plus clair de la subsistance du peuple. Le salut serait dans le désarmement. L’Amérique a eu la sagesse de le réaliser, mais il ne rencontre pas de partisans dans les cercles restés influents. Une économie au ministère de la guerre de 50 millions sur 200 millions qu’il dépense annuellement et la famine serait conjurée et le pays sauvé d’une crise funeste pour son influence au dehors et son crédit au dedans. j
- AMÉRIQUE
- L<n femm s qui voient. — La législature hp l’Orégon a voté un amendement à la Constitution faveur du suffrage des femmes, Q
- C0MGRËS SOCIALISTE OUVRIER DE FRANCE
- 4S Session. — Le Hâvre X@^Q
- Ordre des séances
- Première Jonruée
- Dimanche 14 novembre. — A deux heures après-midi :
- Séance préparatoire ; Vérification des pouvoirs des délégués ; Organisation intérieure du Congrès • Travaux divers.
- A 8 heures du soir. — Séance d’ouverture ; Rapports des Commissions marseillaise et havraise ; Rapport sur les statistiques, sur ie mouvement social et syndical de la France et la situation économique des travailleurs ; Formation des Çpmmissions ; Tra, vaux divers,
- et 3° Jourjiôes
- Lundi 15 et Mardi 16 novembre, à 8 heures du soir, 1” question — Du Salariat : Deux séances.
- 4e Journée
- Mercredi 17, à 8 heures du soir, 29 question. — De la Propriété : Une séance,
- Jeudi 18, à 8 heures du soir, 3“ question, — De la Femme : Une séancs.
- Vendredi 19, à 8 heures du soir, 2® question, — De l’Instruction intégrale et professionnelle pour les enfants des deux sexes : Une séance.
- Samedi 20, à 8 heures du soir, 3e question — De la représentation du Prolétariat aux corps élus : Une séance.
- Dimanche 2i , à 1 heure après midi, première séance des résolutions, — Résolutions sur les lre, 2* et 3e questions.
- Lundi 22, à 8 heures du soir, deuxième séance des résolutions, — Résolutions sur les 4e et 5* questions : Adoption d’un programme commun : Election d’an comité exécutif : Clôture du Congrès.
- Dispositions oompfémentairee
- 1« Le Dimanche, 14, à 2 heures après midi, séance préparatoire à laquelle assisteront seulement le3 délégués et les Membres de la Commission d'Organisation.
- 2° Toutes les autres séances seront accessibles au public sur la présentation de lettres d’invitation
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- délivrées par la commission de permanence : Chaque jour il sera délivré aux secrétaires des chambres syndicales, des lettres d’invitation pour les sociétaires et leurs familles,
- 30 Le vendredi 19, à 8 heures du matin, visite par les délégués , des écoles d’apprentissage, sous la conduite des membres de la commission de surveillance élus par les chambres syndicales.
- NOUVEAU DÉSAVEU DU COLLECTIVISME
- La chambre syndicale des ouvriers en bâtiments de la ville de Reims vient d’adopter à l’unanimité, par 93 votants, le programme suivant que doit soutenir le délégué que la chambre syndicale enverra au Havre :
- Programme économique et social.
- I
- Article 1er. Réduction légale de la journée à dix heures pour les adultes. Interdiction du travail des enfants des deux sexes, dans les chantiers ou ateliers, au-des'sous de quatorze ansà partir de cet âge ces enfants ne seront occupés que comme apprentis, et dans n'importe quelle circonstance ils ne devront être employés que huit heures par jour.
- Art. 2. Minimum et révision légale des salaires, déterminés chaque année d’après et suivant le prix du cours des denrées et loyers.
- Art. 3 Rétribution égale des travailleurs des deux sexes, déterminée pour le même travail.
- Art. 4. L’instruction primaire laïque et professionnelle obligatoire pour tous les enfants des deux sexes n’ayant pas atteint l’âge de quatorze ans; si à cet âge les facultés intellectuelles de l’enfant le permettent, son instruction supérieure lui sera continuée aux frais de la nation.
- Art. 5, Mise à la charge de la société de tous les établissements dits Asiles des vieillards et de tous les invalides du travail sans limite d’âge.
- Art. 6. Responsabilité des patrons en matière d’accidents et de dangers que présente l’industrie, et intervention de l’assistance judiciaire dans toutes les discussions et accidents qui se présenteront#
- Art. 7. Intervention d«s ouvriers pour tous règlements spéciaux dans chaque atelier, suppression des amendes et retenues envers l’ouvrier sous n’importe quelle forme qu’elles se présentent.
- Art. 8. Abolition de tous les impôts indirects et transformation des impôts directs en impôt proportionnel et progressif suivant les revenus.
- . Art. 9. Suppression de l’impôt sur l’héritage en ligne directe ou collatérale ne dépassant pas 10,000 francs, mais à partir de ce chiffre l’impôt devra être progressif.
- Art. 10. Suppression du travail d'industrie manuel fit rétribué dans toutes communautés ou congrégations des deux sexes reconnues ou non.
- Art. 11. L’adjudication des travaux de l’Etat mise a la portée des associations. Subventions aux sociétés ouvrières de l’industrie pour qu’elles puissent entreprendre la production.
- .Art 12. Création d’unecaisse nationale de retraite C1vile pour les invalides du travail.
- Art. 13. Suppression de toute immixtion des em-
- ployés dans l’administration des caisses de secours mutuels, de prévoyance, etc., restituée à la gestion exclusive des ouvriers.
- Art. 14. Liberté de la presse pleine et entière, liberté de réunion et d’association.
- Art. 15. Suppression du livret individuel des ouvriers, attendu que chaque citoyen étant électeur de par la loi n’a nullement besoin'"de cette marque de distinction.
- Accepté et voté par le conseil syndical et la commission exécutive.
- Après l’adoption do ce programme, la chambre syndicale a entendu le discours suivant prononcé par l’un de ses membres, M. Mulette, et a décidé qu’il serait joint au programme et livré à la publicité :
- ^ Citoyens,
- Dans le progamme économique et social qui vient de'vous être lu par le secrétaire et qui sera le programme, au congrès du Havre, de notre chambre syndicale du bâtiment, vous avez dû. remarquer que nous attendons tout de la légalité, rien de la force ni des violences, ni des coups de fusil, comme le prêche et le propage un certain groupe de collectivistes révolutionnaires appartenant à d’autres chambres syndicales de Reims.
- De ces procèdes sommaires de transformations sociales et économiques, nous avons déjà dit ce que nous pensons; il est certain que l’emploi de la force, dès qu’on la redonnait légitime, simplifie singulièrement ia question ; entre toutes les idées, entre tous les principes, entre tous les systèmes de socialisme on n’aurait pas l’embarras du choix : la meilleure des solutions, ce serait ceile du plus fort,
- Le procédé n’, st pas absolument neuf, et de tout temps il a été mis en pratique, toujours avec les mêmes résultats ; les plus forts l’ont trouvé parfait, ies plus faibles l’ont proclamé détestable, et le malheur veut que ce soit nous, prolétaires, qui en avons toujours été les victimes, tandis que les tyrans, les despotes et les oppresseurs s’en sont trouvés à merveille. C’est là précisément le défaut du système, qui, s’il est à la portée de toutes les intelligences* n’est pas à la portée de toutes les poignes. ’
- Avant de l’employer, il faut être sûr, bien s'ûr, qu’on est le plus fort ; alors mais alors seulement, il a quelques chances de réussite pour un temps, et il a l’avantage de supprimer toutes discussions ; il est inutile en effet, avec ce procédé, de recourir anx raisonnements, à la logique, ou même à l’éloquence : la poigne suffit, le fusil est le plus éloquent, le canon le plus puissant des orateurs.
- hlotez, citoyens, que ce raisonnement au point de vue de la logique est irréprochable.
- Si i’empioi de ia force est légitime pour les collectivistes révolutionnaires, nous aurons, nous, le droit de recourir à ia violence, pour nous defendre.
- Qui est-ce qui décidera si les collectivistes ont le droit de recourir à la violence, tandis que nous, nous ne l’aurons pas? Est-ce que chacun ne nous ne dirait pas: C’est moi seul qui ai raison, donc c’est moi seul qui ai le droit d’employer la force ? de sorte que tous voudront l’employer.
- Ce qu’on nous propose là, c’est la légitimation de tous les despotismes et de toutes les oppressions ; voilà pourquoi, citoyens, nous répudions ies théories des collectivistes révolutionnaires, et pourquoi nous
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- vous présentons, pour le congrès du Havre, un programme exempt de toutes idées de violence,
- Parmi nos revendications, il en est, et beaucoup, de justes et de légitimes, qui pourront certainement aboutir par les moyens persévérants et pacifiques.
- Nous sommes convaincu que, si nous savions formuler nos griefs, nos besoins et nos vœux, nous pourrions obtenir sur beaucoup de points des réformes et des^améliorations importantes.
- Nous prions donc tous les citoyens ici présents de se souvenir que, lorsqu’on invoque le droit, c’est à la raison seule qu’il appartient de donner au droit la force, et que les violences et les coups de fusil ne prouvent rien.
- Si la société moderne vaut un peu mieux que la barbarie, c’est précisément pour avoir substitué, non point partout, mais au moins dans les principes sociaux, la force du droit au droit de la force.
- Préoccupons-nous donc, citoyens, de formuler pratiquement nos revendications, légitimes ; nous sommes persuadés que nous obtiendrons plus et mieux qu’en faisant appel aux moyens de violence : c’est pourquoi nous avons l'honneur de présenter à votre approbation le programme qui vient de vous être lu, avec la confiance qu’il sera accepté par tout citoyen soucieux de ses intérêts.
- Il n’est pas sans intérêt de rapprocher ce document que nous relevons dans le rapport présenté à la commission d’organisation du congrès socialiste du Havre par le président et les membres de la réunion tenue le 20 octobre, du passage suivant qui est une incontestable répudiation de toute attitude hostile à l’égard du gouvernement de la République :
- « Si nous voulons être des hommes capables de » nous conduire nous-mêmes, sachons profiter » de la situation dans laquelle la France se trouve » actuellement, non pour créer des embarras au » gouvernement de la République, mais pour le con-n solider au contraire, en faisant concourir à sa » défense ces masses déshéritées qui obtiendront la » justice et la réparation qui leur est due. Le pays » jouit d’une liberté inconnue jusqu’alors, le calme » est profond partout, les parties hostiles à laRépu-» blique sont réduits à l’impuissance ; la démocratie » française, désormais libre de toutes les entraves,
- » peut donc préparer son lit et réaliser les espéran-» ces que la, Révolution a fait concevoir à ceux » qu’elle a affranchis. »
- NOUVELLES DIVERSES
- Mort de faim. — A Paris, il y a quelques jours, un homme âgé de 31 ans se présentait à l’Hôpital Beau -jon où son état de faiblesse extrême le fit admettre d’urgence; il est mort, et les médecins ont constaté qu’il était mort épuisé par la faim. Ce malheureux n’avait pas laissé soupçonner autour de lui que depuis dix huit jours il ne vivait que de croûtes de pain ramassées dans les rues. Son extérieur était décent. — Dira-t-on qu’il n’y a pas de question sociale?
- * *
- Collège de jeunes filles. — Nous avons annoncé qu’un collège municipal de jeunes filles allait s’ouvrir à Montpelifer. Nous considérions ce collège comme le premier; il n’arrivera probablement que le se- I
- j cond, car. tandis que son ouverture se trouvait retardée I de quelques jours, la ville de Castel Sarrazin (Tarn-et-Garonne) en ouvrait un.
- Le collège municipal de filles de Castel Sarrazin possède un personnel enseignant d’élite. Entre des leçons journalières données par les maîtresses, les professeurs du collège des garçons viennent y faire des cours plu_ sieurs fois par semaine. L’ouverture des cours s’est faite le 11 courant avec un nombre très respectable d’élèves.
- Mœurs bonapartistes. — Nous empruntons au Temps, journal suspect de radicalisme, les détails suivants sur la dernière réunion bonapartiste.
- Au Cirque-Fernando, on s’est déchiré de la belle façon. Il faut accorder aux anarchistes révolutionnaires que, si leur langage est d’une violence excessive, l’ordre n’est jamais aussi troublé qu’il l’a. été dans la réunion organisée contre le prince Jérôme. Les traditions du parti bonapartiste ne se sont point perdues. M Marius Martin et un ouvrier cordonnier de la rué Lepic en savent quelque chose. Le premier, conseiller municipal du quartier des Champs-Elysées, est roué de coups pour avoir protesté contre les gifïles et les coups de poing donnés au second.
- Deux ou trois orateurs ont essayé de tomber le prince Napoléon, cela au milieu des interruptions, des cris, des sifflets, des huées, des vociférations.
- — A bas Pion-Plon ! crient les uns.
- — Yive le prince ! répondent les autres. •
- — Ousqu’est Victor? demande un titi du parti.
- — Faut l’moucher, réplique son camarade.
- On entend la voix d’un orateur, M. Chilot :
- — Dans son testament, dit-il, le prince impérial désigne comme somsuccesseur le prince Victor.
- — Plus haut !
- — A la porte ! à la porte !
- — Il faut qu’on sache, continue M. •Chilot, si le prince Napoléon aspire à être empereur ou s’il ambitionne le litre de président de la République, de cette République à laquelle nous voulons bien reconnaître droit de cité, puisqu’elle existe, mais que nous n’accepterious jamais si...
- Le tumulte a pris ici de proportions démesurées. Les bras se lèvent ; les sifflets, les cris descendent de l’am-phithéâtre; des groupes se forment sur lesquels pieu-vent des coups de canne ; on s’invective, on s’assomme; en haut, des bonapartistes, réduits a l’inaction, imitent les «ris des animaux ; les jérômistes, disséminés sur les bancs du cirque, sont enlevés et expulsés ; M. Marius Martin, qui proteste contre les giffles appliquées à un ouvrier cordonnier, est pris au collet ; il reçoit un coup de canne qui lui raye la face ; son chapeau est défoncé et déchiré par les gourdins ; la foule grimpe sur l’estrade, interpelle le président qui reste impassible.
- — Assassins ! crient les uns.
- — Misérables I vocifèrent les autres.
- G’esl au milieu de ce tohu-bohu qu’est lue une proposition de nommer douze délégués chargés de se rendre auprès du prince Napoléon pour le mettre en demeure d’abdiquer en faveur de son fils Victor.
- Elle a été votée à runanimiié par les survivants de cette escarmouche impérialiste.
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- 1Le radicalismo angolais. — Le Statist émet cette opinion « que l’enthousiasme et l’énergie du parti « radical dans le temps présent résultent d’incidents « qui activent la préparation d’une révolution poh-« tique. »
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- La grande Cflartrensie, — L'Etal abandonne depuis soixante-quatre ans aux chartreux des immeubles domaniaux d’une superficie de 407 hectares valant plus de deux millions, à la condition d’y établir une « maison de retraite, » et l’on sait que ces religieux s«
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- livrent à une industrie qualifiée ainsi par l’administration: « fabricant de liqueurs pour le commerce. »
- Ajoutons que ces industriels qui occupent des immeubles d’une valeur de 2,633,000 fr. et d’une valeur locative de 103,000 fr., payent une patente de 2,500 fr. en principal.
- Le tableau des propriétés de l’Etat mentionne le domaine de la Grande-Chartreuse comme loué aux solitaires,
- Veut-on savoir quel est le prix du bail ?
- Cinq cents francs ! Et, aux termes de l’article 3 du décret du 6 juin 18S7, l’Etat fournit en outre gratuitement aux bons pères les bois nécessaires à la réparation des bâtiments et 432 stères de bois de chauffage par an !
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- Pécurîté ïrlandai no . — Un journal de Birmingham annonce qu’uu propriétaire irlandais, fixé dans les environs de News-Ross,a commandé une cotte de mailles. _ En faisant le propriétaire en question a déclaré qu’il avait vainement demandé dans d.’autres villes un moyen de protection similaire.
- Un armurier de Birminghan a reçu des commandes analogues de plusieurs propriétaires. Mais la matière dont on fait les cottes de mailles n’est nullement invul nérable. Une expérience a démontré qu’à une distance de 10 mètres, une balle traversait l’armure et même une pièce de bois d’un pouce d’épaisseur.
- Le poids des cottes de mailles commandées est de 12 à 14 kilos, et leur prix~d.e 30 à 40 livres sterling (750 à 800 fr.)
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- Appauvrissement de la Russie. — On
- écrit de St-Pétersbourg :
- Notre pays est à deux doigts de la famine et d’une banqueroute commerciale.
- Les articles d’exportation de la Russie sont devenus des articles d’importation, et la contrée qui était autrefois le grenier du monde est maintenant obligée d’importer du grain pour nourrir ses populations dénuées de tout. Il y a un mois que l’Amérique faisait son premier envoi de maïs à Riga.elj’apprends qu’il vient d’être fait aux Etats Unis une nouveile commande se montant à 20,000 mesures. De grands achats de blés ont déjà été faits à Liverpool et amenés à Gronstadt, et nous-avons même consommé du blé du Chili Un tel étal de choses tend à abaisser de jour en jour la valeur du rouble, et nous nous attendons à le voir bientôt beaucoup plus bas qu’il n’a été daus la plus mauvaise période de la guerre russo-turque. Si l’on en juge par les récits quotidiens des journaux, les paysans de plusieurs des provinces du centre, ainsi que ceux de Saratoff et de Sa-mara, sont réduits a uu état de demi disette.
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- Un acte (lo maniflcence. — M. Charles R. West, de Cincinatti, vient d’offrir à la municipalité de cette ville la somme de 150,000 dollars (750,000 fr.) pour la constiuction d’un musée de peinture et de sculpture, à la condition qu’un capital de même importance, réuni par souscription ou autrement, y soit adjoint dans le même but.
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- Un octroi lucratif, c’est celui de Thann, en Alsace. La recette de cette année va être ridiculement faible et suffira à peine à payer les frais de perception. Ainsi, par suite des mauvaises vendanges, l’octroi sur les récoltes qui donne en général 7000 fr. a donné à peine 50 fr.
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- Un lord radical. — Les membres du club Eleusis, société démocratique de Londres, ont eu dimanche une singulière surprise.
- Un avocat écossais faisait une lecture sur « la loi et 1 équité » lecture dans laquelle il était fait des allusions au système de propriété quasi féodal qui règne encore
- en Irlande et qui amène dans ce pays l’agitaiion actuelle.
- La lecture terminée un gentleman complètement inconnu de l’auditoire présenta d’un ton quelque peu sévère des observations au lecteur. Il fit remarquer qu’il n’y avait pas autant de différence qu’on voulait bien le dire entre les lois qui régissent l’Irlande et celles qui régissent la Grande-Bretagne. Au cours de ses remarques il déclara qu’il était lui môme propriétaire anglais en Irlande, lancUord et se nomma. C’était lord Monteagle, petit fils de l’ancien chancelier de l’échiquier Spring-Rice.
- M. T. P. O'Connor, député de Gallway. qui arrivait justement d’Irlande, monta à la tribune et fit le tableau de l’état de misère épouvantable dans lequel il avait trouvé les paysans irlandais.
- Lord Monteagle, appelé ensuite à la tribune, fit à l’assistance stupéfaite le plus étonnant des discours. Il alla plus loin que le lecteur et que M. O’Connor et se déclara partisan d’une réforme radicale, mais étendue au Royaume-ÜDi tout entier et non pas bornée à l’Irlande. Il affirma que ce serait uu bonheur pour lui de voir abolir la Chambre des Lords et qu’il aimerait que cette abolition pût avoir lieu dès le lendemain. Ce fut au milieu de tonnerres d’applaudissements, que lord Mou-teagle décrivit la position désagréable et quelque peu ridicule de la Chambre des Lords, une chambre qui n’a pas d’autre pouvoir que le veto sur les mesures votées par la Chambre des communes et à qui on a soin de rappeler constamment qu’il est dangereux pour le pays d’exercer ce droit. Ce n’est, dit-il, ni un honneur ni une dignité d’appartenir à une Chambre ainsi constituée, et, pour son compte personnel, lui, Monteagle, préférerait de beaucoup à ce rôle tout de privilège celui d’être simple représentant du peuple à la Chambre des communes.
- On compendra aisément quelles acclamations ont accueilli le discours de ce lord radical.
- Progrès des latig-u.es
- D’après M. Michel Mulhalls, le progrès des langues parlées par les différents peuples est le suivant :
- L’auglais, qui, au commencement du siècle, n’était parlé que par 22 millions de Bouches, l’est aujourd’hui par 90 millions ;
- Le russe par 63 millions au lieu de 30 millions ;
- L’allem?nd par 66 au lieu de 38 ;
- L’espagnol par 44 au Heu de 32 ;
- L’italien par 30 au lieu de 18 ;
- Le portugais par 13 au lieu de 8 ;
- C’est pour l’anglais une augmentation de 310 p. 100 ; pour le russe de 110 ; pour l’allemand de 70 ; pour l’espagnol de 36 p. 100, etc.
- Quant à la France, d’après l’auteur, l’augmentation serait de 34 à 46 millions, soit 36 p. 100.
- ÉCOLES MIXTES ET LXIQUES AIX ETATS-UMS <•)
- Le collège Oberlin — Ohio — a le premier posé et pratiqué4 le principe de l’instruction et éducation en famille. Jeunes gens et jeunes filles y sont élevés ensemble comme sous le toit paternel.
- J’ai vu, dans les salles d’Oberlin, des centaines de jeunes hommes et de jeunes femmes suivre le même cours, passer les mêmes examens. — Les étudiants entrent par une porte, les jeunes filles par l’autre ; chaque sexe occupe une place distincte en face du professeur; chacun habite un corps de logi& spécial.
- (1) Extrait de Les Américains che% eux. 1 vol. in-12 de 432 p.
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- A part les heures d’étude, jeunes gens et jeunes filles ne se rencontrent qu’aux repas ; trois ou quatre cents élèves des deux sexes viennent s’y asseoir.
- — Votre organisation doit vous donner du fil à retordre 1 dis-je au directeur.
- — Vous croyez ? fit-il ; Hé bien, Monsieur, il y a moins de flirtation (1) ici, avec notre système, qu’entre un nombre égal de jeunes filles, tenus sous le régime de la séparation.
- — Mais ils se font la cour !
- — C’est clair, qu’ils se la font ! Où est le mal ? Les uns et les autres apprennent à se connaître. Si les relations nouées à l’Université deviennent de l’amour pour tout de bon, si elles aboutissent au mariage — comme cela arrive souvent — faut-il en gémir ? L’union n’en sera que plus intime, plus vraie, plus heureuse, pour s’être formée dans la saine atmosphère de la vie studieuse, sous l’action d’une longue expérience des caractères, des sentiments, de la foi, des habitudes, au lieu de s'improviser dans une salle de bal !
- — Nos étudiants, poursuivit le directeur, doivent plus d’un progrès à cette co-éducation. La présence et les succès du sexe faible, sont un énergique stimulant pour le sexe fort. Les paresseux invétérés, eux-mêmes attaquent résolument la besogne, afin de ne pas se laisser distancer par leurs compagnes. Les mœurs s’adoucissent, la politesse est dans l’air qu’on respire...
- — Et, interrompis-je, Oberlin est la seule académie, où je n’aie aperçu ni crachoirs, ni fumeurs.
- L’exemple de l’académie Oberlin, suivi déjà par les universités de Iowa et du Michigan, le sera bientôt d’une manière générale. A l’heure où j’écris, les écoles primaires et supérieures réunissent presque partout les deux sexes.
- L’Amérique, avec son libéralisme pratique, avec son respect des droits de l’individu, a très sagement résolu le problème de l’instruction religieuse, confiée ou retirée aux écoles et aux collèges nationaux.
- Partant de ce principe : qu’on ne peut user des deniers publics affectés à l’instruction publique, en faveur de tel ou tel enseignement religieux; que si la moitié des citoyens est catholique, l’autre moitié protestante, il y aurait autant d’injustice à prendre l’argent catholique pour bâtir les écoles réformées, qu’à consacrer l’argent protestant à l’érection d’écoles catholiques ; mais que, les sciences élémentaires rentrant dans le domaine commun, rien n’est plus juste que d’appliquer à leur acquisition une part du capital commun; l’Amérique a séparé l’enseigne-
- ment intellectuel de l’enseignement religieux, remettant le premier aux établissements nationaux, et réservant le second à la famille. — En faisant cela, les Etats-Unis ont établi la vérité.
- Si la religion n’est point enseignée dans les écoles publiques, cela ne signjfie point que l’Amérique fasse bon marché de la religion. Cela signifie tout simplement que l’Etat reconnaît à chaque père, à chaque mère, le droit — et le devoir — d’élever dans sa foi les enfants'que Dieu lui a donnés.
- Lorsque les chefs de famille s’accordent sur les points fondamentaux du christianisme — ce qui arrive en plus d’une localité — l’école o-uvre son enseignement journalier par la lecture de quelques versets sans commentaire, suivie des dix Commandements et de l'oraison dominicale. Les parents, toutefois, restent libres — en Informant auparavant le directeur — de retenir chez eux leurs enfants, jusqu’au moment où cette lecture est terminée.
- Maints collèges possèdent une salle particulière, où les ministres de toute dénomination peuvent, les leçons achevées, rassembler les élèves qui appartiennent à la même communion qu’eux, afin de leur donner un enseignement religieux spécial. Mais les parents américains négligent en général cette facilité, comptant mieux, pour l’instruction spirituelle de leurs enfants, sur l’école du dimanche, sur la prédication dans l’église, sur la vivante action de la famille.
- Ces mots ; éducation séculière, s’appliquent à toute éducation qui ne repose pas sur une base religieuse. Les employer dans un sens injurieux, eu faire le synonyme de ceux-ci : éducation athée, c’est commettre une grave erreur.
- Personne ne parle d’arithmétique séculière, de gymnastique séculière. Nul ne qualifie de mesures séculières — athées, veux-je dire — les règlements vicinaux ou municipaux, qui pourvoient à l'entretien des routes et à la propreté des rues, sans exiger des cantonniers ou des balayeurs un acte de foi J
- Séparation 'de l’Eglise et de l’Etat, séparation de l’enseignement intellectuel et de l’enseignement religieux; ces deux séparations, signes évidents du respect pour l’âme, pour l’Eglise et pour l’individu, ne feront baisser la fol, soyez-en certain, ni dans l’âme du peuple américain, ni dans le cœur de ses enfants,
- D. Macràe.
- (1) Coquetterie, petites relations amoureuses.
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- STATISTIQUE DES 01V Kl EUS DE PAUIS J
- La préfecture de police vient de publier un « rapport d’ensemble sur l’application de la loi relative au travail des enfants et des filles mineures employés dans l’industrie. »
- Ce document contient quelques chiffres curieux. Ainsi il nous apprend qu’il y a dans le département de la Seine 10,121 ateliers — dont 13,510 pour Paris — tombant sous le coup de la loi ; 15,677 ont été inspectés durant l’année couraot du 15 avril 1879 au 15 avril 1880, et les inspectrices semblent avoir déployé plus de zèle que les hommes, puisqu’à Paris, par exemple, elles ont fait 8130 visites pendant que les hommes n’en taisaient que 4651.
- Les 12,781 visites faites ici chez 7038 industriels appartenant â 74 groupes, ont permis de reconnaître que ces ateliers employaient un personnel de 85,566 ouvriers comprenant 34,181 homrames, 20,639 fem« mes et 17,412 enfants —- garçons et filles — dont 1281 au-dessous de douze ans.
- Le nombre des enfants au-dessus de douze ans est de 16,131 sur lequel le nombre de eertificats d’instruction est de 4798, soit dans la proportion de 29,74 pour cent.
- Pour l’ensemble du département, le nombre des enfants au-dessus de douze est de 21,016, sur lequel le nombre des certificats .d’instruction est de 6015, soit de 28,62 pour cent.
- Les visites dans tout le département ont fait recon naître que les 120,387 ouvriers travaillant dans les manufactures, usines, chantiers, etc. inspectés, touchaient un salaire total journalier sans parler des contre-maîtres et contre-maîtresses, s’élevant à 441,923 fr. soit une moyenne de 3 fr 66 par tête.
- Le document auquel sont empruntés ces chiffres ajoute que la loi nouvelle commence à être admise sans trop de mauvaise grâce.
- De fait, il n’a été déféré à la justice que 89 procès-verbaux ; dans la plupart des cas, les avertissements ont suffi pour mettre les récalcitrants à la raison.
- Les établissements congréganistes — et il y en a 92, employant 6000 enfants — ont opposé au début une résistance particulièrement vive aux représentants de l’autorité ; depuis le mois d’octobre dernier, ils sont inspectés régulièrement et dans les mêmes conditions que les autres ateliers.
- Vandalisme eu Italie. — Il est écœurant de voir en Italie engloutir dans un militarisme excessif les ressources du pays alors qu’il ne prend aueum spin .de ses merveilles artistiques, dont quelques unes sont uniques au monde.
- Nous avons signalé à un moment où il était temps encore d’aviser le fait que l’incomparable Madonua del Sacco, d’Audrea del Sarto, était menacée'de périr» sous des infiltrations d’eau. E;le est aujourd’hui complètement perdue et aucune restauration n’est possible. Nous avons dit aussi dans quel état se trouvent le Baptistère de Ravenne et D. Marc de Venise. Voici qu aujourd’hui on nous informe d’un nouveau cas de vandalisme.
- Le chef-d’œuvre de Ghirlandajo, la fresque de la Cène, se trouve à Florence dans l’ancien c >uvent attenant à, l’église de tous les saints, place Manin. Ce couvent sert aujourd'hui de caserne d’infanterie et le réfectoire dans lequel se trouve la Cène voit ses murs se salpétrer chaque jour davantage. IL serait encore possible aujourd’hui de sauver U fresque, il sera trop tard daus quelques se -maines. Nous connaissons trop l’incurie du gouvernement royal pour espérer que ce chef-d’œuvre sera sauvé.
- Si décidément l’Italie est tellement ruinée par son militarisme qu'elle n’ait plus le sou pour entretenir ses couves d’art, elle ferait mieux de les mettre en vente. Les grands musées des autres pays se les disputeraient à prix d’or; l'Italie y gagnerait assez de millions pour construire quelques uns de ces navires cuirassés qu’elle affectionne tant et l’humanité y gagnait de voir conserver les chefs-d’œuvre qui lui font le plus d’honneur.
- L’IRLANDE
- « Quand la situation sociale d'un pays renferma quelque vice capital, il est presque impossible d’y porter remède, à moins d’un changement complet, parce que toutes les mesures prises pour diminuer l’effet du mal ne font que les aggraver. »
- S’il est un pays auquel cette réflexion puisse s’appliquer, c’est évidemment l’Irlande. M. Gladstone lui-même le reconnaissait lorsqu’en 1870,présentant le « Land Bill » au Parlement il s’écriait « C’est comme si quelque mauvais génie "avait empoisonné les fruits de nos plus généreux efforts ; nous voulons faire du bien et nous faisons du mal. En 1793, le Parlement, par un acte réparateur, accorde aux catholiques le droit électoral. Il en résulte que les propriétaires, pour multiplier les électeurs, créent en grand nombre ces petites exploitations, ces free-holds de 40 shillings qui donnaient le droit de vote. Ils préparent ainsi cette excessive subdivision de la terre qui aboutit à la famine. Pour mettre un terme au mal, VAct de 1829 modifie Je cens électoral : il s’ensuit que les propriétaires n’y ayant plus d’intérêt, cessent d’accorder des baux à leurs locataires. En 1849, la loi décide que tous les biens trop hypothéqués (encumbered estâtes), seront vendus obligatoirement afin que la propriété puisse arriver aux mains de ceux qui peuvent le mieux la faire valoir. Excellente mesure, semble-t-il. Partout dans le Royaume-Uni et sur le continent on y applaudit. Hélas, les acheteurs de ces biens, ne considérant que le revenu à en tirer, chassent les petits cultivateurs, augmentent leurs fermages ou s’emparent des bâti-
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- ments qu’ils avaient construits sans contrat régulier. On facilite l’émigration ; c'est encore un bienfait ; car la population trop dense ne trouve plus de quoi se nourrir ; mais si l’émigrant qui désire chercher fortune dans l’autre hémisphère, bénit la main qui lui en fournil le moyen, l’Irlandais attaché au sol par .un indomptable instinct, considère l’émigration comme un bannissement et, arrivé en Amérique, apporte dans les complots du Fénianisme la furieuse haine qu’il a conçue contre ceux qui l’ont condamné à l’exil. Enfin on a fait à l’Irlande le don le plus précieux que l’on puisse accorder à un peuple. D’une main libérale on lai a distribué une excellente instruction, et malheureusement cette instruction ne lui a servi qu’à mesurer l’étendue de ses misères, à aigrir ses maux, à lui donner une voix pour accuser ceux qu'elle appelle ses tyrans. »
- Oui, tout cela a été impuissant. La misère existe, la haine subsiste, parce que toutesles mesures prises et qui, appliquées à un autre peuple et dans d’autres conditions seraient sans doute efficaces, ne peuvent l’être en Irlande. Le vice capital est là, nous l’avons fait connaître, et tant qu’il sera là, tout ce qui sera fait pourra procurer un soulagement temporaire, mais le mal résistera.
- Depuis 1846, les midlemen ont disparu et les lan-dagents leur ont succédé. Parmi ceux-ci, il en est de bons, c’est-à-dire connaissant la culture, sachant s’intéresser à la condition du fermier et doués enfin d’un esprit de justice qui n’est pas un des moindres mérites d’un homme dans cette position. Représentants des Landlords ils peuvent faire beaucoup dans les moments de crise comme ceux que subit l’Irlande à des époques qui sont pour ainsi dire périodiques. Mais ce beaucoup n’a qu’un effet provisoire, momentané; les conditions meilleures qu’ils peuvent faire aux fermiers, telles que concessions de délais pour le paiement des fermages, intercession auprès des Lanlords pour la réduction de la rente, tout cela n’est qu’un palliatif. Cela adoucit le mal, mais ça ne l’extirpe pas.
- L’enquête que le gouverne ent s’est décidé trop tardivement à faire faire, adonné des résultats qui auraient dû. ouvrir les yeuxaax moins clairvoyants, si de même que, il n’est pire sourd-que celui qui ne veut pas entendre, il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. Les reporters des principaux journaux anglais qui accompagnaient alors les inspecteurs chargés de l’enquête, nous ont présenté les tableaux les plus tristes de la situation des malheureux Irlandais du sud et de l’ouest principalement. En voici un échantillon qui fut donné par un des organes les
- plus accrédités du conservatisme et qui porte la date du 5 courant.
- « Il y a dans cette partie de l’ouest des hommes taillés en hercule; mais la misère les enserre : ils sont maigres, décharnés, brisés. Il faudra longtemps avant qu’ils puissent recouvrer la somme de force qui leur est nécessaire pour cultiver leurs fermes. Quant aux femmes, pâles, amaigries, ia faim les a tuées. C’est navant ! Quand nous entrâmes, Inspecteur Robinson et moi dans une des cabanes habitées par ces malheureux, nous trouvâmes groupés autour de leur mère six enfants grelottants. La mère avait pour tout vêtement quelque chose qui avait peut être été une robe, mais qui n’était plus qu’un haillon. Les enfants étaient à demi-nus. Le plus jeune qui sortait à peine du berceau, était enveloppé dans un vieux morceau de mouchoir rouge; l'aînée, une jeune fille de 16 ans se voilait du mieux qu’elle pouvait avec un lambeau d’étoffe nouée autour de son corps. Le vent, un vent froid qui soufflait de l’Atlantique, entrait dans la cabane par les ouvertures qui servaient à donner du jour-. Toutes les autres chaumières à de rares exceptions près, étaient à l'unisson.
- « Un fonctionnaire chargé de distribuer les secours et un médecin chargé de donner des soins et des remèdes aux malades sont spécialement attachés à ces districts ; mais le croira-t-on le premier a été longtemps sans avoir la moindre chose dont il pût disposer, et lesecond en est encore à attendre des drogues. Le fonctionnaire (relievxng officer) reçoit une indemnité de 10 1. par an pour des frais de déplacement et il est obligé de parcourir de longues distances. Quand au dispensing doctor (le medecin-pharma-cien il a son logement et son chauffage. Ce logement se compose de trois pièces au rez-de-chaussée. Il occupe une des chambres, la première. La 2tt renferme la tourbe qui constitue son chauffage et dans la 3e qui sert de dispensary (pharmacie) se trouvent des flacons et des bouteilles vides.
- « Pendant que nous étions là une vieille femme vint à mourir. Elle n’avait pas mangé depuis deux jours. Le médecin dans son rapport, constata qu’elle avait succombé à une mort naturelle qui, cependant, avait été accélérée par le dénuement. »
- Tous les petits fermiers ne sont pas dans une position aussi affreuse; mais la majeure partie, dans les districts les mieux cultivés et tenants des domaines les plus fertiles, sont loin d’ètre à l’abri du besoin. Leurs cotages sont construits de blocs bruts de pierre calcaire. L’intérieur est badigeonné à l’eau de chaux et ils sont couverts de chaumes ou d’ardoises. Il n'y a généralement qu’une chambre pavée avec de la pierre semblable à celle dont les murs sont faits.
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- Une vaste cheminée dans laquelle on brûle de la tourbe, quand on en a ; deux petites fenêtres pour y laisser pénétrer le jour et une porte toujours ouverte. Une table de bois grossière, une chaise, un ou deux bancs, un seul lit et quelques ustensiles de cuisine forment l’ameublement. Tout le reste de la chambre est encombré avec ce qu’on a pu récolter en pommes de terre. Des poules, une chèvre ou un cochon, partagent avec les père et mère et en moyenne 3 ou 4 enfants bras et jambes nus, ce logis moins que confortable.
- Quant à l'autre catégorie de fermiers, il résulte des meilleures informations que, parmi ceux qui, selon l'importance de leurs fermes, occupent des maisons d’habitation convenables dont certaines sont relativement belles, il en est à peine quelques-uns de capables de supporter la crise actuelle, en dépit des apparences que leur amour propre ou leur orgueil comme on voudra l’appeler, cherche à sauver. Disons aussi qu'il en est d’autres qui se plaignent beaucoup, mais qui ne sont pas aussi à plaindre qu’ils le prétendent. En somme la misère la plus grande, avec son cortège de maladies, de haines et de crimes, règne une fois de plus dans cette malheureuse contrée et, en dépit des secours de la charité privée, malgré les efforts tardifs et plus ou moins sincères du gouvernement à venir en aide au pays de l’aveu même de la duchesse de Marlborough, femme du vice-roi d’Irlande, six mois des mêmes efforts élevés à la de puissance, auront tout au plus raison du fléau. Puis cette crise surmontée, à quand une nouvelle ? Car, répétons le, tant que le vice capital existera dans la situation sociale de ce pays qui semble devoir être appelé à de meilleures destinées, toutes les mesures prises pour diminuer l’effet du mal ne feront que les aggraver.
- * C. P. Maistre.
- Progression, de la consommation
- du tat>ac Chiffres empruntés aux statistiques officielles du mi-
- nistère des finances. Nombre de kil.
- Années de tabac vendus Recettes
- 1815 9.753.000 53.872.000
- 1820 12.645.000 64.171.000
- 1830 il.169.000 67.290.000
- 1810 16.018.000 95.188.000
- 18S0 19.218.0u0 122.113.000
- 1860 29.580.000 195.325.000
- 1870 31.349.000 244 258.000
- 1875 30.371.000 313.546.000
- La statistique officielle publiée ne va pas plus loin
- que l’année 1875. Les chiffres qui précèdent montrent que, dans une période de 60 ans, la consommation a plus que triplé et que les recettes sont devenues six fois plus élevées.
- L’ASSISTANCE DES ENFANTS
- M. Charles Quentin, directeur de l’Assistance publique, prend en main la cause des enfants abandonnés. Dans un très-intéressant rapport adressé à M Hé-rold, préfet de la Seine, il passe en revue les différentes fondations en faveur des petits déshérités et de l'enfance « moralement abandonnée »; il en constate l’insuffisance :
- Malgré tous les sacrifices annuels du département de la Seine, dit M. Ch. Quentin, sacrifices qui montent à 4,200,000 fr. et ceux de l'Assistance à8U0,000 fr. environ, l’assistance des enfants est-elle sulTisamaieut assurée à Paris? Nous répondons sans hésiter : Non !
- Sans doute, il ne faudrait pas, par des secours trop développés, par des admissions trop faciles, affaiblir les liens de famille, et il est profondément moralisateur que. conformé.aeut à l'article 207 du code civil, les parents supportent les charges de l’éducation et de l’entretien de leurs entants. ‘
- Les privations que s’impose une mère pour élever son enfant, les soins continuels qu’elle lui prodigue sont, l’aliment le plus actif de l’amour maternel. Si, au contraire, la société se charge de l’éducation de l’enfant,, les parents s’en désintéressent et souvent l’oublient. Nous sommes témoins de ce fait tous les jours.
- Pourtant, les conditions sociales résultant de la vie des grandes villes créent aux enfants des situations inconnues dans les campagnes et auxquelles il est du devoir étroit de la société de venir eu aide.
- Qui donc, parmi les maires et les conseillers municipaux, parmi tous ceux qui vivent journellement au milieu de la population ouvrière, n’a pas été douloureusement peiné au spectacle d’enfants que leurs parents, retenus par le labeur quotidien dans les usines ouïes ateliers, sont obligés de laisser livrés à eux-mêmes, privés de toute éducation morale, et souvent sans ressources, sans vêtements, sans nourriture? L’Administration ne peut rien pour remédier à cet état de choses. Il faut s’adresser aux orphelinats privés. Encore ceux-ci ne sont-ils guère ouverts qu’aux filles, parce que les travaux d’aiguille auxquels elles sont assujetties, suffisent à payer une notable partie de leurs dépenses. Quant aux orphelinats de garçons, il n’en existe qu’un petit nombre, et, comme le prix en est assez élevé, ils sont plutôt des pensions que des établissements de- charité...
- * *
- M. Quentin, arrivant à la catégorie la plus intéressante des enfants à recueillir, celle des petits vagabonds, écrit :
- N’est-ce pas une chose lamentable, dit-il, peu digne vraiment d une société aussi savamment organisée que la nôtre, que la situation faite à de pauvres enfants,coupables seulement d’avoir des parents insouciants de leurs devoirs et qui, volontairement ou non, laissent livrés à tous les hasards et à tous les dangers d’.une vie de vagabondage sur les voies publiques ceux que la loi, non moins que le droit naturel, leur fait un devoir de. surveiller.
- Dans l’état actuel de notre législation, que peuvent faire les agents de police, lorsqu’ils rencontrent, errant par les rues, couchant sous les arches des ponts, dans les carrières, à la belle étoile, ces jeunes vagabonds que les Anglais désignent du nom pittoresque de petits Arabes ?
- La mission de ces agents consiste à assurer le bon ordre et la sécurité de la voie publique • ils doivent donc arrêter ces enfants, dans leur intérêt même et afin de les empêcher de commettre les petits méfaits, conséquences forcées de leur état de vagabondage. Ils les conduisent alors au dépôt de la préfecture de police. Là, un com-
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- missaire interrogateur les questionne sur le domicile de leurs parents, puis, pendant l’enquête, d’ailleurs très rapide, nécessaire pour retrouver ces derniers, l’enfaut reste au dépôt où, il y a peu de temps encore, il était livré à la promiscuité fâcheuse d’enfants totalement pervertis, dont la fréquentation était pour lui une cause de dépravation.
- Et une fois les parents retrouvés, que fera-t-on ? Que
- fera la justice ? Nos lecteurs le savent.
- *
- * *
- Continuant son étude, M. Quentin nous affirme que 7,000 enfants, dans Paris seulement, ne fréquentent pas les écoles primaires et s’atrophient intellectuellement dans l’inentie farouche de la brute.
- Quelle aimable perspective pour la société !
- A l’appui de cette affirmation, le directeur de l’Assistance produit une statistique dressée par la préfecture de police ; c’est le tableau des enfants de moins de seize ans arrêtés, à Paris, pour vagabondage et mendicité ; en 1878 et 1879, le chiffre s'en élève à 2,056 pour la première année précitée, et à 1,672 pour la seconde.
- * *
- Nous ne pouvons suivre M. Ch. Quentin dans tous les détails de son émouvante étude. Arrivons aux lignes où il soumet un nouvel et ingénieux moyen de soustraire à l’abandon et au vagabondage qui en est la conséquence les petits déshérités :
- Au mois de février 1880, il a été adressé à nos agents de surveillance domiciliés dans les pays de fabriqué une circulaire par laquelle il leur était demandé de nous faire connaître les grands Industriels avec lesquels nous pourrions être mis en relations, les conditions auxquelles ils consentiraient à prendre ces enfants, et enfin quels seraient les moyens de procurer aux enfants ainsi placés les bienfaits de l’instruction primaire.
- Les réponses des agents me donnent l’assurance que, sur certains points de la France, les placements ne nous manqueront pas
- A propos du principal obstacle qui pourrait entraver l’essor de cette idée philanthropique, c’est-à-dire des droits que la loi confère aux parents et dont ceux-ci pourraient vouloir user à l’occasion, M. Charles Quentin s’exprime ainsi t
- En l’absence d’une loi déférant au directeur de l’Assistance publique la tutelle des enfants moralement abandonnés, nous devrons chercher, avec l’intervention du parquet où de la préfecture de police, au moment où nous nous chargerons de l’enfant, a obtenir des parents un acte formel de renonciation ainsi que cela est pratiqué à l’Asile de la jeunesse à New-York.
- C’est ainsi d’ailleurs que procèdent les orphelinats privés quand ils recueillent un enfant. •
- En présence de l’unanimité de tous les directeurs d’établissements, soit privés, soit reconnus d’utilité publique, à réclamer la nécessité d’une déchéance de la tutelle des pères indignes, )! n’est pas téméraire d’espérer qu’une loi sur cette matière ne tardera pas à être présentée à nos Assemblées législatives.
- Peut être serait plus simple de donner à l’Assistance publique, chaque fois qu’elle recueillerait un enfant délaissé, le droit d’intenter un procès, en simple justice de paix, aux parents, comme ayant manqué à leurs devoirs de paternité. Elle obtiendrait alors un jugement contradictoire qui lui remettrait l'enfant jusqu’à sa majorité en déclarant le père et la mère déchus, pendant un certain temps, du droit de le reprendre.
- Tout cela, bien entendu, n’est à nos yeux que ffu tran-
- sitoire. L’état social demande sur ce point spécial de grandes réformes, mais l’opinion n’est peut être pas mûre à cet égard et tandis qu’elle mûrit le mal s’aggrave. Faisons donc quelque chose en attendant ; si peu que ce soit, ce sera toujours mieux que rien.
- Statistique «lest Etats-Unis
- On lit dans le Herald :
- Nous aurons probablement à attendre encore quelques semaines la promulgation officielle de la population du pays par le bureau du cens, telle qu’elle a été déterminée par le recensement de 1880. Mais le sujet est si intéressant que nous donnons un tableau, partie officiel et partie approximatif, qui ne s’écartera pas sensiblement des chiffres officiels. Ce tableau, comprend tous les Etats et tous les territoires, excepté Alaska, le Nouveau Mexique, Washington et Wyoming. Voici le résultat par à peu près ;
- ÉTATS
- 1870 1880
- Alabama ..... 990.992 1.150.000
- Arkansas 481.471 760.000
- Californie 560, ‘24 7 860,0Ü0
- Colorado » 39.864 195.171
- Connecticut.... 537.434 622.166
- Delaware. .... 126.015 145.009
- Floride 187.748 300,000
- Géorgie ..... 1.18M09 1.450.000
- Illinois 2.536.891 3,100.000
- Indiana 1.680.637 2.056.500
- Iowa î.194.U20 1.500.000
- Kansas ..... 364,399 1.UC9.000
- Kentucky .... 1,321.011 1.734.331
- Louisiane .... 726.915 940.000
- Maine 626.915 642.000
- Maryland. .... 780 894 935.000
- Massachusetts . 1.457.351 1.783.812
- Michigan 1.184.059 1.600.000
- Minnesota .... 438,706 780.072
- Missouri 1 721 265 2.3ÔH.OOO
- Mississippi .... 827.922 1.044 000
- Nebraska, ... « 122.015 452.542
- Nevada . . . . . 42.591 63.000
- New-Hampshire . . 318.300 347.311
- New-Jersey. . . . 906.096 1.100.000
- New-York .... 4.382.759 5.080.000
- Caroline du Nord . . 1.071.361 1.(00.000
- Ohio 2.665.260 3.200.0UO
- Oregon 99.923 175.535
- Ponsylvanie. 3.521.951 4.226.099
- Rhode Island . * 217.353 276.710
- Caroline du Sud. . . 705.606 653.410
- Tennessee .... 1.238.520 1.570.000
- Texas 808.579 1.600.000
- Virginie 1.225M63 1.600.000
- Vermont..... 330.551 334.455
- Virginie occidentale . 442.014 708.000
- Wisconsin .... * * 1.054.670 1.31)0.000
- Total. 38.162.329 49.302.144
- TERRITOIRE
- Arizona 21.807 41.500
- Dakota 14.181 135.500
- District de Colombie . . 13].700 174.050
- Idaho ...... 14.990 30.000
- Montana ..... , 20.595 38.998
- Utah 86.786 144.000
- Total. 290.068 503.998
- La population réunie des Etats et territoires compris dans le tableau qui précède s’élève à 49,865,142.
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- SYNDICAT DE LA PRESSE RÉPUBLICAINE DU NORD ET DE L’EST
- Une réunion à laquelle soixante-trois journaux étaient représentés, a eu lieu dimanche, à Amiens, dans les salons de l’hôtel Saisset-Dubois.
- Au nombre des sujets à l’ordre du jour figurait le dégrèvement de l’impôt exagéré qui pèse sur le papier et constitue pour le journalisme une charge des plus lourdes.
- La réunion a décidé que tous nos confrères républicains fourniraient aux députés de chaque département des renseignements détaillés sur la question feraient valoir les arguments si nombreux qui plaident en faveur de notre cause :
- Lë Buréaü î
- Francis François, du Progrès de la Somme, président ;
- Marc Ducros, du Libéral de VAisne, secrétaire ;
- A. Grégoire, du Progrès du Nord;
- Hourdequin, du Journal de Montdidier ;
- Alex. Lalot, de la Gazette des Paysans.
- Emploi des mains à temps perdu.
- Les femmes pauvres et riches savent coudre, tricoter, broder. — Les premières, pour gagner leur pain, les autres, pour qccuper les heures que le désœuvrement accaparerait.
- Pourquoi dans l’éducation des jeunes gens n’y a-t-il rien d’analogue ?
- Nous avons ouï dire qu’en Amérique on ne sait pas laisser les mains inactives.
- Dans les salons les plus brillants, il y a une table chargée dtune foule de petits travaux de fantaisie à l’intention des femmes : elle contient aussi des couteaux, des canifs, des ciseaux, des carions, des morceaux de bois, avec lesquels les hommes jouent, et quelquefois fabriquent de jolis riens, capables d’orner une étagère ou d’amuser des bébés.
- Pourquoi en France n’essayerait-on pas d’importer de telles habitudes 1
- C’est aux femmes que ces questions s’adressent. — Qui sait si le jour où elles auront trouvé le secret d’occuper les doigts des hommes, elles n’auront pas trouvé celui de les garder auprès d’elles et fermé pour toujours la porte de ce temple appelé « le Fumoir ».
- (,Journal do la, Société contre l'abus du, tabac).
- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
- Manuel populaire des sociétés de secours mutuels f par Emile Bedinghaus. — A Gand, chez J. Vuylsteke, éditeur. 1 vol. in-12 de 430 p.
- Tout ce qui rapproche les hommes, tout ce qui tend à leur faire sentir les avantages de la mutualité et la Puissance de l’assoeiation, est digne de sympathie. Gomme telles, les sociétés de secours mutuel méritent
- d’être encouragées. Elles sont un acheminement vers un état de solidarité plus complet et plus elles se développeront,plus l’ère de la solidarité sera proche.
- Voilà ce que s’est dit M. Emile Bedinghaus, un penseur belge des plus distingués, secrétaire de la Mutualité du cammerce et de l'industrie de Gandi et auteur d’un opuscule contre la Peine de Mort dont nous avons rendu compte ici-même.
- Le Manuel de M. Bedinghaus est plein de pensées jjet de faits. Il peut se décomposer en trois parties :
- La partie spéculative destinée à montrer l’œuvre du principe d’association dans la société humaine et même dans la nature,
- La partie historique qui étudie l’enfantement, ’le développement graduel de la mutualité et Ses diverses phases jusqu’à notre, époque moderne.
- La partie pratique montre la mutualité à l’œuvre dans le monde contemporain, ses progrès, ses résultats, son avenir, ,
- M. Bedinghaus s’est appliqué â éviter la sécheresse et cette préoccupation, jointe à un excellent style où la propriété de l’expression rend la pensée limpide et où la phrase courte délimite avec précision l’idée, rend son livre d’une lecture facile et même agréable.
- Si la place nous le permettait, nous citerions comme exemple de la manière de M. Bedinghaus, tout le beau chapitre sur le principe d’association dans lequel Pau-teur établit que la mutualité est la grande loi de l’espèce humaine et que le degré de civilisation est proportionnel à l’importance des services mutuels que se rendent les particuliers.
- Les pages consacrées au socialisme sont aussi des plus éloquentes. Malheureusement elles se trompent d’adresse. M. Bedinghaus ne connaît que par ouï dire les doctrines qu’il attaque. Il en résulte que ses critiques n’ont aucune espèce de valeur autre qu’uue valeur littéraire très réelle. Que M. Bedinghaus lise Gabet et il verra à quel point l’idée qu’il se fait du communisme est fausse ; qu’il étudié Fourier et il constatera à sôn grand étonnement, qu’il est dans une assez forte mesure le disciple de ce penseur ; enfin qu’il relise Lamennais et il ne manquera pas de s’apercevoir que les pages « au lecteur » qui ouvrent le Manuel sont une réminiscence de cet écrivain. Quant à l’échec d’association que signale M. Bedinghaus c’est un fait qui ne prouve rien ; le succès du Familistère de Guise, celui de l’établissement Leclair, â Paris et de nombreuses sociétés en Angleterre et en Allemagne ne permet plus le pessimisme en matière d’association. Cette cause là est gagnée et ceux-là seuls contestent sa victoire qui ne Sont pas au courant des faits.
- Que M. Bedinghaus dans les éditions futures que ne manquera pas d’avoir son volume tienne compte de ces observations ; qu’au lieu de dresser son réquisitoire contre le socialisme tout entier, il sache distinguer entre le socialisme des penseurs et celui des révolution-| naires ignares qui inscrivent sur leurs bannières le
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- LÉ DEVOIR
- titre de doctrines dont ils ne comprennent pas un seul mot, et alors le Manuel des sociétés de secours mutuels, qui, en somme, est un excellent ouvrage, deviendra égal dans toutes ses parties.
- Nous avons rencontré dans ce volume bon nombre de considérations qui nous paraissent nouvelles. C’est le cas par exemple de celles sur le développement des campagnes et sur l’influence que des institutions de prévoyance pourraient avoir sur lui. Selon M. Bedin-gbaus la dépopulation des campagnes, ce [fléau de la production agricole, a pour cause le fait que l’ouvrier agricole n’a dans la campagne, en présence des souffrances dont la menace est toujours suspendue sur sa tète, ni hôpitaux,j ni hospices, ni bureaux de bienfaisance. En se dirigeant vers les villes il est sûr, dans l’éventualité de la paaladie ou du dénûment absolu de pouvoir recourir à des institutions qui n’existent pas en campagne. La propagation des sociétés de secours mutuels dans la campagne remédierait dans une certaine mesure à la lacune signalée. Les «associations de secours mutuels rivales pourraient revêtir une forme particulière. La cotisation pourrait être payée en travail, les secours pourraient consister dans la culture de la terre du malade.
- M. Bedinghaus préconise aussi la mutualité entre associations mutuelles. Il voudrait que le passage d’un sociétaire d’une société à une autre fût rendu facile, afin que les ouvriers qui changent fréquemment de rési-sence ne fussent pas privés des bienfaits de la mutualité. Il propose même une mutualité au second degré permettant aux sociétés fortes de venir au besoin, sous
- forme de prêt ou autrement, au secours des sociétés faibles momentanément gênées.
- D’autres idées neuves sont développées dans ce volume, mais la place nous manque pour les signaler toutes. Que nos lecteurs achètent ce Manuel, ils ne regretteront pas leur argent.
- E. G.
- Enfants! livrés à eux-mèmes
- Sur 219.000 enfants de 6 à 14 ans existant à Paris, 7,000 ne fréquentent pas l’école.
- C'est parmi ces derniers que se recrutent les « vagabonds » arrêtés et envoyés au dépôt de la préfecture de police.
- C’est par milliers, donc, qu’il faut compter les enfants et les adolescents vivant, pour ainsi dire, livrés à eux mêmes.
- Sur ceux-là. c’est à la préfecture de police qu’il faut demander des renseignements. Or voici ce que dit ia préfecture de police :
- En 1878, on a arrêté 2,056 enfants.
- Sur ce nombre, 1829 ont été déférés au parquet.
- 227 ont été rendus à leur famille, sans avoir passé en jugement.
- 1232 avaient été arrêtés pour mendicité ou vagabondage, et, dans ce dernier chiffre, il faut compter 110 filles.
- T^siccatig à 1 ft7Q
- En 1879, on a arrêté 1,672 enfants, 1,S48 ont été déférés au parquet ; 124 ont été rendus à leurs parents sans jugement ; 1,933 avaient été arrêtés pour vagabondage et "mendicité : dans ce chiffre on comptait 80 filles.
- Le Directeur-Gérant : GODIN. '
- VIENT DE PARAITRE
- MUTUALITÉ SOCIALE
- ET
- ASSOCIATION DU CAPITAL ET DIJ TRAVAIL
- ou
- EXTINCTION DU PAUPÉRISME
- Par la consécration du droit naturel des faibles au nécessaire et du droit des travailleurs à participer aux bénéfices de la production
- Far GODIN
- En vente à la librairie du Devoir, broché avec la vue générale des établissements de l’Association, 5 francs ; sans la vue, 4 francs.
- L'édition à cinq francs se vend aussi à la Librairie GUILLAUMIN et G% 14, rue Richelieu et à la librairie Ghio, 1, 3, 5, 7, galerie d’Orléans, Palais-Royal, Paris. ______.
- Saint-Quentin — lmp. de la Société anonyme du Glaneur
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- 3- ANNÉE, TOME 4 — N» 113
- £e numéro hebdomadaire 20 c. DIMANCHE ^ NOVEMBRE 1880
- Le Devoir
- INFORMES
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- Etudes sociales sur le gouvernement. — Faits politiques et sociaux. — L'impôt sur le papier. — Nouvelles diverses. — Banques populaires. — Enseignement professionnel. -r- L'Irlande. — Les droits de la femme aux knlipodes. — L'école La Martinière. — Deux misères. — Nouvelles. — Variétés.
- ÉTUDES SOCIALES SUR LE GOUVERNEMENT
- La République
- (Suite).
- XIII
- Comme conclusion à la première partie de ces études, il nous reste à signaler les principaux vestiges des gouvernements du passé qui, de nos jours encore, entravent la marche du progrès.
- Les armées permanentes viennent en première ligne ; elles sont là pour nous rappeler les âges de barbarie ; elles nous présentent comme imminents les fléaux dévastateurs de la guerre, car nos hommes d’Etat sont bien plus Préoccupés d’organiser la lutte entre les peuples que d’organiser la paix. Nul d’entre eux n’a encore pris l’initiative de provoquer le désarmement universel et le concert des nations, P°ur établir les institutions nécessaires à la Paix générale entre les peuples.
- On ne sait pas, on ne voit pas ou l’on oublie que la paix entre les nations est la première chose à garantir pour assurer le bonheur des sociétés.
- La paix est la première des questions sociales. Voilà ce qu’il faut que les hommes d’Etat reconnaissent.
- Cela leur serait facile s’ils étaient animés de la pensée supérieure du bonheur de tous, au lieu de subordonner leurs considérations et leurs décisions à des intérêts matériels ou à des ambitions, souvent bien étrangères si ce n’est opposées à la pensée du bonheur commun.
- La paix est la première des questions sociales, parce que tant que la guerre menacera de ruine les produits de l’activité humaine, il n’y aura de stabilité dans les institutions d’aucun peuple, le progrès ne sera qu’éphémère.
- Hommes d’Etat, soyez donc socialistes en ce sens que vous devez vous pénétrer avant tout de cette pensée suprême : le bonheur des peuples.
- Assez de sang humain répandu. Respectez la vie humaine, placez-la au premier rang de toutes vos considérations. La paix, la paix ! Organisez la paix ! Avec elle, vous donnerez aux nations la sécurité, la prospérité, la richesse, l’abondance.
- Avec la paix, vous élèverez le peuple au savoir, à l’intelligence, à la capacité. Vous lui assurerez le pain du corps en même temps que, par l’instruction, vous lui donnerez le pain de l’esprit.
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- LR DEVOIR
- Ne soyons pas surpris de voir aujourd’hui les classes ouvrières répudier la guerre, cette monstruosité anti-sociale. Si elles ont des tendances cosmopolites, c’est qu’elles comprennent que les destinées des peuples doivent se confondre. Elles sentent combien il est insensé, combien il est coupable, combien il est criminel de la part de l’homme d’aller tuer ses semblables sur le champ de bataille, ou de se faire tuer soi-même pour de misérables ambitions.
- Les classes laborieuses reconnaissent que les forces humaines pourraient s’unir pour enfanter les merveilles de la régénération sociale,au lieu de s’employer à la destruction des biens acquis.
- Mais peut-il en être ainsi, tant que les pouvoirs publics, à tous les degrés, se donnent des armes pour insignes, tant qu’ils portent l’épée comme emblème de leur distinction. N’est-ce pas indiquer qu’ils ont d’autres préoccupations que celles du bonheur commun et que, loin de se soucier des aspirations populaires afin de se mettre à l’unisson avec elles, ils entendent imposer au peuple leur volonté.
- Dans de telles conditions l’armée est nécessaire non-seulement pour se défendre contre les attaques du dehors, mais aussi pour se garder au dedans contre les revendications que peut faire le peuple au nom de ses droits méconnus.
- Et ce n’est pas seulement l’armée qui est nécessaire aux pouvoirs tant que ceux-ci ne se sont pas élevés à la compréhension et à l’amour des droits du peuple, c’est aussi une police organisée, dépendante d’une autorité centrale et ayant pour objet de maintenir dans le silence les libertés comprimées.
- Ces vestiges des régimes autocratique, despotique et monarchique, sont l’apanage des gouvernements républicains, lors même que ceux-ci avancent vers la reconnaissance du droit, l’observation du devoir et la mise en pratique de la justice sociale; et longtemps ces instruments sont des obstacles au progrès et à la liberté.
- Durant cette époque de transition tandis que l’esprit public cherche de son côté la base de la morale sociale et politique, le gouvernement et les pouvoirs oscillent, suivant le
- I tempérament des hommes d’Etat,tantôt à droite tantôt à gauche, incertains de ce qui est à faire, mais voulant toujours imposer à la nation leur manière de voir, plus ou moins imbue de l’esprit du passé.
- Au milieu de ces fluctuations politiques, une lutte sourde existe entre les hommes des anciens régimes et les représentants de l’esprit nouveau. Ces derniers, en toute occasion, sont victimes des rancunes et des préjugés politiques des premiers, car les premiers restent en possession des fonctions publiques, eux seuls, à peu près, ayant fait l’apprentissage de ces fonctions.
- Il est donc concevable que dans cet état de choses les hommes d’Etat gouvernent par des expédients et prennent pour règle l’opportunisme. Tout est livré au hasard des circonstances, si ce n’est à l’arbitraire. Tant qu’il n’y a ni principes, ni doctrine dans le gouvernement des Sociétés, il ne s’y trouve que des compétitions d’intérêt et des convoitises individuelles. Aussi les gouvernants se font-ils les gardiens des lois créées par le despotisme; lois faites contre le peuple et ayant pour but de mettre les pouvoirs à l’abri des revendications sociales.
- L’omnipotence des fonctionnaires se fait sentir partout. Les ministres s’entourent de Conseils plus ou moins réguliers qui décident par avance des questions que les Chambres doivent examiner. Celles-ci sont presque sous la tutelle des fonctionnaires. Les ministres nomment et révoquent les préfets.
- Les préfets multiplient les commissions de leur choix, pour étendre leur influence au détriment du Conseil général élu par le département.
- Comités cantonaux des chemins vicinaux;
- Comités cantonaux des Sociétés de secours mutuels ;
- Comités cantonaux d’assistance publique ;
- Comités de médecine gratuite;
- Comité des bibliothèques communales ;
- Comités d’expropriation ;
- Commissions des hospices ;
- Commissions des bureaux de bienfaisance;
- Commissions d’enquête d’utilité publique ;
- Délégués cantonaux de l’instruction publique,
- Comités des concours cantonaux ;
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- TOT
- Commissions d’examens de ces concours;
- Enfin telles autres délégations ou commissions qu’il plaît au préfet de nommer.
- Toutes ces commissions plus ou moins nominales n’agissent que conformément aux arrêtés du préfet; elles n’ont d’autre initiative que celle que le préfet leur donne ; et leurs décisions n2ont de valeur que celle qu’il plaît à celui-ci de lui accorder. D’où il résulte que ces commissions opèrent utilement quand elles disent ce que le préfet désire, mais qu’elles fonctionnent le plus souvent sans objet quand elles sont d’un avis contraire à celui du préfet.
- Avec un tel système la direction départementale est aux mains des étrangers qu’il plaît au gouvernement d’envoyer dans les départements.
- Au moyen de ces commissions, de ces comités illusoires, sans utilité réelle, les préfets établissent une Association, une ligue d’intrigues et de personnes qui tiennent la place des institutions nécessaires. Combien il serait plus profitable à l’intérêt commun que toutes les attributions de ces comités soient concentrées dans un Conseil cantonal, lequel recevrait son mandat du suffrage universel portant au pouvoir la capacité f et le mérite établis. Abandonnées, au contraire, au pouvoir exécutif, ces nominations sont funestes surtout dans les moments de crises politiques. Alors la mission des préfets consiste moins à veiller aux affaires du département qu’à s’efforcer de diriger l’opinion, selon les vues du pouvoir qui les a mis en place. Ils révoquent et changent les comités départementaux et imposent, par toutes sortes de moyens, aux communes et aux citoyens les obligations les plus arbitraires.
- Le nom de République et la forme républicaine appliqués au gouvernement ne suffisent donc pas pour donner au peuple un gouvernement démocratique, tant que les hommes d’Etat ne s’élèvent pas à la hauteur de la doctrine sociale ayant pour objet le bonheur du peuple.
- Jusqu’à ce qu’il en soit ainsi, on voit se mul-fiplier les procédés d’administration autoritaire avec tous les perfectionnements qui peuvent les renclre supportables.
- Les lois, non abrogées du despotisme, res- j tées aux mains du pouvoir sont un danger per- \
- I manent pour les droits des citoyens.
- La volonté du gouvernement s’étend sur toutes choses ;
- La nomination à toutes les fonctions publiques appartient au pouvoir, au préjudice du droit de suffrage des populations;
- Les lois sont appliquées avec partialité ;
- La magistrature est désorientée, subordonnée au pouvoir ; elle flotte incertaine entre les partis qui se succèdent, n’ayant d’autre point d’appui que celui de ses préventions politiques et sociales;
- Les grands intérêts sociaux restent stationnaires, l’activité des agents du gouvernement se perd en intrigues à la poursuite de satisfactions individuelles qui compromettent la chose publique.
- La presse elle-même, au milieu des [compétitions et du désarroi politique des esprits, n’est plus un guide pour l’opinion. Perdant le caractère sérieux de l’étude et de l’enseignement, elle laisse de côté les questions sociales qui intéressent toutes les nations civilisées, et s'égare au service des intérêts privés et des intrigues de parti.
- L’Association des citoyens et la liberté de réunion sont entravées par les lois et par l’autorité ;
- Les hommes qui ont une opinion et des principes sont souvent inquiétés dans leur liberté et leurs intérêts sont desservis ;
- L’initiative individuelle toujours suspectée manque d’essor; elle n’est libre que dans l’industrie et le commerce ;
- Si la puissance productive des hommes de travail ne contre-balançait l’insuffisance de l’action de l’Etat, la Société aurait beaucoup à souffrir de cet état de choses.
- Mais la loi du progrès s’accomplit à travers toutes ces vicissitudes. Le jour arrive où l’esprit nouveau est assez fort pour exercer son aètion, et déterminer l’établissement des institutions sociales les plus propres à réaliser le bonheur commun.
- (A suivre) GODIN.
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- « The ariürator » de Londres, organe ouvrier de l’Association de la paix, dans son numéro d’Octobre 1880, signale les deux résolutions votées au congrès de la Ligue de la paix et de la liberté tenu à Genève, résolutions que le Devoir a publiées dans son N° 108, page 617.
- Le même journal appelle l’attenlion. de ses lecteurs sur le nouveau volume de M. Godin « Mutualité sociale ». Cet ouvrage, dit-il, sera lu utilement par tous ceux qui veulent la solution pacifique du problème social, la répartition équitable des produits du Capital et du Travail.
- FAITS POLITIQUES & SOCIAUX DE LA SEMAINE
- FRANCE
- Les actes du ministère continuent à être de plus en plus contraires à ce que doivent souhaiter les amis de la liberté. Il a été décidé que des poursuites seraient exercées contre le général de Gharette et le journal le Gaulois, à l’occasion du banquet légitimiste qui a été tenu lundi dernier à La Roche-sur-Yon, en Vendée. M. de Charette a prononcé dans ce banquet un discours que le Gaulois a reproduit le premier et qui constituerait le délit d’excitation à la guerre civile.
- La poursuite aura lieu devant la cour d’assises.
- Le conseil a également résolu des poursuites contre les journaux qui, soit à Paris, soit dans les départements, ont outragé le conseil académique de Toulouse, à l’occasion de la décision qu’il a rendue contre M. Villars, directeur laïque des jésuites de Toulouse.
- En poursuivant aujourd’hui M. de Charette, en Vendée, comme on a poursuivi hier M. Félix Pyat à Paris, le ministère n’arrive qu’à désigner des candidats aux prochaines élections.
- La sottise autoritaire est donc incurable.
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- A-u.ton.omie municipale <ïe Paris. — Tous les journaux de Paris s’occupent depuis quelques jours du projet de réorganisation municipale actuellement soumis aux délibérations de l’assemblée communale parisienne, et la plupart d’entre eux le condamnent dans son ensemble et dans ses détails. Ce projet a pour objet la constitution d’une mairie centrale, composée d’un maire et de huit adjoints élus, la suppression du droit qu’a aujourd’hui l’Etat de dissoudre le Conseil municipal et d’annuler ses délibérations; la fixation de l’assiette des impôts communaux par le vote souverain de l’assemblée communale, etc.
- La nécessité de ces revendications ne peut être contestée que par des personnes insuffisamment initiées aux conséquences fâcheuses du peu de liberté municipale dont la capitale jouit.
- Il importe de signaler les efforts du gouvernement pour empêcher le vote des réformes proposées.
- Il a interdit au préfet de la Seine de se mêler à la discussion, et après avoir provoqué une réunion des maires et adjoints des vingt arrondissements de Paris dans le but de faire dresser par ces fonctionnaires, dont la nomination dépend de l’Etat, un programme qu’on aurait opposé à celui émané de l’initiative des conseillers municipaux, il a invité cette assemblée à s’abstenir de tout débat et à se séparer en demandant, purement et simplement, la question préalable.
- Evidemment, le gouvernement a craint que l’intervention des maires et adjoints de Paris, même limitée à un minimum de desiderata, ne fournît un point d’appui à la discussion qui est en train de se dérouler devant le Conseil municipal.
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- Protection, do l’enfance. — Le Nouveau journal républicain annonce qu’une Société de protection de l'enfance ouvrière vient de s’organiser à Troyes'
- Voici, du reste, quelques-uns des articles des statuts de la société troyenne :
- Article 1er. — La société a pour but de veiller au développement moral et intellectuel de l’enfance ouvrière" de la protéger ; de l’aider de ses conseils et de son in.’ fluence ; de l’assister dans ses besoins ; de concilier ses intérêts avec ceux de l’industrie qui l’occupe ; d’iudem. niser, s’il y a lieu, les familles du préjudice que peut leur causer, au point de vue du salaire, le temps qae leurs enfants passent à l’école, conformément à la loi dn 19 mai 1874.
- Art. 3. — Elle suivra les enfants dans les différents ateliers où ils travailleront et dans les écoles où l’instruction leur sera donnée.
- Art. 4. — Elle récompensera, soit par des gratifications pécuniaires remises de la main à la main, soit par des livrets de caisse d’épargne, soit par des dons en nature, les plus méritants, ceux qui auront montré le piUs d’assiduité, le plus d’ardeur au travail intellectuel et s’y seront signalés par des progrès constatés, ou se seront distingués par leur conduite à l’atelier et au dehors.
- Art. 8. — Elle leur procurera des livres dont la lecture servira, soit à étendre leurs connaissances techniques, soit à faire pénétrer dans leurs âmes le goût du beau et du bien, et, par là même, à leur inspirer le sentiment des devoirs qu’ils out à remplir envers eux-mêmes et envers leurs semblables.
- A cet effet, une bibliothèque spéciale sera établie dans chacune des écoles de fabrique instituées par les soins de la municipalité.
- Art. 6. — Des personnes désignées, des inspecteurs pour les garçons, des dames inspectrices pour les filles, seront spécialement chargées de visiter les enfants dans les écoles, pour s’assurer de leur bonne conduite, de leur assiduité et de leurs progrès.
- ALLEMAGNE
- IL*es sociadstes. — La situation politique est d’ailleurs loin de s’améliorer en Allemagne. On parlait depuis quelque temps de la nécessité d’appliquer le petit état de siège à la ville de Hambourg.
- Dans sa séance plénière du 29 octobre, le conseil fédéral allemand a adopté à l’unanimité la proposition émanée de la Prusse d’interdire, en vertu de la loi contre les socialistes, le séjour de Hambourg, d’Altona, de Vandsbeck, de Pinneberg, de Lauenbourg et des environs les plus rapprochés de ces villes, à toute personne pouvant compromettre la sécurité publique. Cette résolution, qui va immédiatement entrer en vigueur, aura force de loi pendant un an.
- Oiscouï-s <ln trône. — La session du Landtag prussien s’est ouverte le 28 octobre. Le discours de la couronne, lu à cette occasion, contient les remerciments du roi de Prusse au sujet des témoignages de dévouement donnés à ce souverain lors des" fêtes de Cologne. Il est dit aussi dans ce discours que la situation financière tend à s’améliorer; le projet de budget pour 1881 accuse un excédant qui permettra d’affecter à des dimi* nutions d’impôts les 14 millions de marks provenant de la part qui revient à la Prusse sur le produit des impôt5 de l’empire.
- Le rachat des chemins de fer par l’Etat aura un résultat avantageux pour le Trésor comme pour les particuliers.
- SUISSE
- Acceptation d’une loi socialiste. •—
- le canton des Grisons la loi socialiste sur le contrôle a denrées a été acceptée par 10,167 voix contre 998.
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- Mouvement économique à Gfenève.
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- Le renouvellement du grand Conseil de Genève va avoir lieu.
- Le terrain de la lutte, d’après les indications du Genevois n’en serait plus le même cette fois que les années précédentes :
- v a La question religieuse, nous dit-il, définitivement résolue dans le sens national par la journée du 4 juillet, cède le pas à la question économique. »
- Dans le domaine politique, le programme radical ne contient que deux articles :
- le L’élection des juges par le peuple, principe qui a déjà été à plusieurs reprises, notamment à la Constituante de 1862, soutenu par des hommes qui n’apparte-paient pas au parti radical. Elle a le mérite d’assurer au juge une certaine indépendance vis-à-vis des pouvoirs politiques.
- 2° L’élection des Conseils de prud’hommes par les intéressés, c’est-à-dire par les ouvriers et les patrons réunis.
- Un autre point du programme radical est d’ordre à la fois économique et politique. Il s’agit d'une question inconnue en France : la défalcation des dettes hypothécaires dans le paiement de l’impôt.
- Il est vraisemblable que la législation genevoise introduira celte défalcation dans la pratique comme l’a fait la législation vaudoise.
- ÉTATS-UNIS
- ILe vote «les femmes — Nous avions annoncé que le 12 octobre les femmes de l’Etat de New-York voleraient pour l’élection des directeurs des écoles publiques.
- A. la date indiquée, l’élection a eu lieu dans tous les districts de l’Etat, et les femmes y ont pris part avec empressement.
- Elles ont voté dans des salles séparées de celles où votaient les hommes. Les condidats choisis par elles sont ceux généralement qui ont été élus.
- A Saratoga, trois femmes ont été nommées !
- L’Etat d’Ôrégon a fait mieux encore que celui de New-York. Imitant l’exemple donné déjà par le Wisconsin, la législature de l'Orégon vient de décider que les femmes mariées pourraient être à la fois électeurs et éligibles pour toutes les fonctions publiques.
- ITALIE
- Un nonveau journal socialiste vient de paraître à Sienne, sous ce titre IL rncovo Paese. Le so cialisme paraît donc gagner du terrain en Italie même dans les villes de 3e ordre.
- * *
- Socialisme et HuiVragc universel. — Le
- socialisme en faveur du suffrage universel paraît prendre une importance de plus eu plus considérable.
- Il n’y a pas à s’y méprendre, la royauté court les plus ufs dangers au cas où le suffrage universel ne serait pas accordé.
- La question ouvrière pourrait, par la popularisation du droit de vote, èYe acheminée vers une solution pacifique et raisonnable. Le régime actuel rend impossible l’affirmation des intérêts des travailleurs sur le terrain constitutionnel. L’Italie ne se prête point à la propagation des théories subversives, parce que les grands centres industriels font absolument défaut ; néanmoins le socialisme révolutionnaire a planté ses racines dans plusieurs régions de la péninsule et surtout dans les Borgnes ; mais, somme toute, le mouvement ouvrier n’a Pasenlialie, l'acuité inquiétante dont il est empreint dans plus d’un autre pays.
- Une scission vient d’éclater entre plusieurs groupes de ce parti, à propos de l’organisation des congrès régio -naux de travailleurs chargés de préparer un grand contes national. La scission s’est produite entre deux élé-kien distincts ; l’élément ouvrier dont le centre Bologne, et qui accepte le patronage de l’aristo-
- ralle et de la haute bourgeoisie, et l’élément qui vou-
- drait agir en dehors de toute influence hétérogène et discuter les intérêts des travailleurs indépendamment de l’intrusion de ceux qui se parent du nom d’ouvrier surtout comme levier électoral, en prévision d’une nouvelle loi étendant le droit de vote. Ce dernier élément a pour centre d’opération Rome, où le congrès régional s’ouvrira le 27 courant.
- Le congrès régional du Midi a été inauguré à Naples. D’autres congrès auront lieu successivement à Venise, à Ghieti, à Bari, à Côme, à Parme, et dans d’autres villes importantes.
- Le centre ouvrier de Florence a décidé de s’abstenir, pour rester neutre dans les dissentiments qui viennent d’éclater entre les groupes, obéissant à l’une des deux tendances que je viens d’indiquer. Les associations des travailleurs de Turin ont aussi refusé de prendre part à ce mouvement en fondant leur refus sur des motifs plus explicites, Elles ont finalement déclaré, dans leur résolution, que les ouvriers étaient las de servir d’instrument aux avocats et aux ambitieux politiques.
- IRLANDE
- L’agitatio»! agraire. — L’agitation agraire en Irlande ne fait que s’accroître et embellir.
- Dimanche a été tenu à Galway un grand meeting auquel assistaient 40,000 personnes.
- Dans un discours, M. Parnell, l’un des chefs du mouvement, a blâmé l’envoi de renfort de troupes et de police à Galway, Il a qualifié d’hypocrite le ministre d’Irlande, M. Forster :
- Le gouvernement, a-t-il dit, est seul responsable des assassinats commis. La seule cause du meurtre de lord Mountmorres est la mauvaise administration anglaise en Irlande. Mais le gouvernement sait que, si le système sur lequel est basée actuellement la propriété était aboli, l’Angleterre ne pourrait plus maintenir sa domination en Irlande. Voilà le véritable motif des poursuites que le gouvernement entend diriger contre les chefs de l’agitation agraire.
- Que le peuple irlandais, dit M. Parnell en terminant, se montre résolu à mettre un terme à la mauvaise administration anglaise en fortifiant l’organisation de la Ligue agraire.
- M. O’Gonnor Power, représentant du comité de Mayo, qui a pris ensuite la parole, a déclaré que les tenanciers irlandais ont plus à souffrir que les esclaves de la Caroline du Sud.
- D’autres meetings ont eu lieu sur différents points de l’Irlande.
- Le gouvernement anglais a résolu de prendre des mesures énergiques pour enrayer ce mouvement. Des poursuites judiciaires vont être instituées contre les chefs de la ligue. On craint que l’annonce seule de cette mesure ne soit l’occasion de nouveaux troubles. On écrit de Dublin, 29 octobre :
- Il n’y a plus de doute que c’est sous la prévention de conspiration que l’on poursuivra les agitateurs irlandais. Les individus contre lesquels on va instruire sont au nombre de treize.
- Parmi ceux-ci se trouvent, naturellement, les personnages occupant une charge quelconque dans la land-league, plus différents membres du Parlement et quelques hommes connus pour avoir été placés à la tête de députations ou envoyés de Dublin en province, pour prononcer des discours dans les meetings ruraux. Les principaux journaux libéraux protestants de la province d’Ulster blâment vivement la mesure décidée par le gouvernement.
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- Sécurité. — M. Dillon, président du comité exécutif de la Ligue agraire, a déclaré que cette ligue avait été jusqu’à présent un moyen de prévenir la violation des lois, mais que si ses thefs étaient poursuivis le gouvernement aurait la responsabilité des violences qui pourront être commises à la suite de cette mesure.
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- RUSSIE
- Situation. — Le général Mélikof a informé les autorités de Saint-Pétersbourg qu’il a abrogé les mesures concernant la surveillance des rues de la capitale et les prescriptions sévères imposées aux portiers des maisons particuiières par le général Gourko,
- En revanche, on augmenterait le nombre des agents de police ; mais le cré'dit supplémentaire de 98,000 roubles, demandé dans ce but, n’est rien en comparaison de la charge qui pesait sur la ville d’entretenir de jour et de nuit un gardim devant chaque maison.
- *
- * *
- 3L, ’ 11 i»tî i « s 11 i o w <lu Casax*. — L’empereur de Russie, dont la santé est, dit-on, sérieusement atteinte, ne serait pas éloigné do l’idée d’abdiquer. Il a fait venir dernièrement à* Livadia, sa résidence habituelle, le eza-rewlteh et le comte Loris Melikoff, pour leur faire part de ses intentions.
- Il voudrait laisser la couronne à son fils aîné, mais à une condition : c’est que la princesse Dolgorucka, l’une de ses maîtresses, serait considérée et traitée par la famille impérale comme la défunte impératrice et ses enfants comme les frères du futur czar.
- La princesse s’oppose à ce dessein d’abdication ; elle désirerait continuer à régner et à gouverner ; aussi s’obstine-t-elle à prétendre que le czar doit conserver le pouvoir jusqu’à son dernier soupir.
- Connaissant parfaitement le caractère du czarewileh, dit la Presse de Vienne, à laquelle ces détails sont empruntés, elle craindrait que celui-ci ne supportât pas sa domination, et que,-après le décès de l’empereur, il ne se vengeât d’elle par l’exil.
- Les divers syndicats de la presse française ont résolu d’entreprendre une campagne aux fins d’obtenir la suppression de l’impôt injustifiable qui frappe le papier.
- Déjà il y a quatre ans la commission du budget de 1877 réclamait cette mesure. Le rapporteur porta même à la tribune la déclaration suivante :
- « La commission du budget a reconnu que l’impôt sur le papier est un de ceux qui devront disparaître les premiers, dès que les ressources budgétaires le permettront. »
- L’an dernier, la commission du budget de 1880 a formulé le même vœu et l’honorable M. Wilson, dans un rapport général sur les recettes de cet exercice, l’a soutenu avec vigueur.
- L’impôt sur le papier a donc reçu moralement sa condamnation officielle, et cela depuis bientôt cinq années. Malheureusement chez nous les sources de revenu ont beau tomber sur le coup d’une condamnation morale ; elles ont beau être reconnues nuisibles et injustifiables, elles n’en ont pas moins la vie dure. Aux yeux de nos gouvernants ce qui rapporte à l’état. Quant à l’intérêt économique ou intellectuel des habitants c’est le moindre souci du pouvoir. La portée morale d’un impôt passe presque toujours inaperçue, quelque importante qu’elle soit ; quant à sa portée économique elle est presque toujours
- mal comprise ; on oublie que ce qui entre dans les coffres de l’Etat sort de la bourse des contribuables et qu’une même somme qui ne constitue pour l’Etat qu’une recette d’importance secondaire peut consti, tuer pour ceux qui la paient une charge tout à fait écrasante.
- Ainsi de l’impôt sur le papier. "On ne s'est pas assez dit qu’au point de vue économique il met une industrie entière dans un état d’infériorité regrettable, et-qu’au point de vue intellectuel il est un obstacle matériel de plus à la diffusion des lumières et au débat des opinions.
- L’impôt sur le papier, ne n’oublions pas, a été établi à la légère. Son institution date de 1871. Il est au nombre de ces taxes votées à la hâte, sans étude préalable sérieuse, sans débat contradictoire suffisant, dans le seul but d’en finir au plus tôt avec le cauchemar de la situation. La plupart des impôts votés à cette époque l’ont été ainsi. Tous n’ont été que des expédients, rien de plus. Aussi tous doivent disparaître et le plus tôt sera le mieux. Le dégrèvement de l’impôt sur le papier n’est pas moins nécessaire que ceux votés jusqu’ici.
- L’intérêt intellectuel qui s’attache à son dégrève-ment est si capital que les autres aspects de la question paraissent auprès de lui de peu d’importance à nos yeux : il nous plairait même de lui consacrer toute la place dont nous disposons. Toutefois comme beaucoup de personnes qui se laissent mieux toucher par les arguments économiques que par ceux d’un autre ordre, nous allons examiner cet impôt sous ses divers aspects.
- Commençons par le point de vue économique.
- L’improportionnalité de cette taxe a été reconnue par deux commissions de budget. Il leur aurait fallu réellement bien du mauvais vouloir pour ne pas la reconnaître, car elle est de toute évidence.
- En effet la loi crée 3 catégories de produits imposés au poids :
- 1° Les papiers supérieurs payant 15 fr. 60 les 100 kilogs, ce qui correspond en moyenne à 4 1/2 0/0 de leur valeur.
- 2° Les papiers de qualité intermédiaire ayant à supposer un droit de 10 f 40, ce qui constitue pour eax une charge de 7 a 15 0/0 (celle de 7 étant supportée par les plus chers, celles de 15 par ceux le meilleur marché,
- 3° Les papiers inférieurs assujettis à une taxe de 5 fr. 20 les 100 kilogs, ce qui équivaut, selon la qualité respective de ces papiers, à un impôt de 15 ^ 30 0/0 (les 30 0/0 s’appliquant aux papiers tout à fait
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- communs, à ceux dont le commerce de détail fait une ! si grande consommation). J
- Les charges sont donc inversement proportionnelle à la valeur des produits ; elles grèvent le papier commun environ 8 fois plus que le papier de grand luxe. C’est précisément le contraire de ce qui devrait être.
- L’impôt sur le papier a entraîné, comme c’est toujours le cas des impôts de cette nature, le déclin de l’industrie de la papeterie.
- Ce déclin se présente sous trois formes.
- La première est de notoriété publique, c’est le recours pour la composition du papier à des matières premières moins coûteuses que celles employées avant l’impôt : de là, infériorité de qualité.
- La deuxième nous l’empruntons au rapport de M. Wilson. Bon nombre de fabricants menacés de ruine par les charges écrasantes dont on accablait leur industrie ont eu le tort de tenter de s’y soustraire. Des amendes énormes les ont frappés et leurs usines se sont fermées.
- Enfin la troisième forme du déclin de cette industrie est attestée par la statistique de l’exportation. Depuis l’impôt, nos fabricants trop préoccupés de la recherche du bon marché ont perdu le sentiment du mieux et sont hors d’état de soutenir la concurrence au-dehors. D'année en année l’exportation diminue, En 1875 elle était de 31,727,000 francs ; elle était tombée à 23,860,000 fr. en 1878. Beaucoup d’usines sont fermées, plusieurs chefs d’établissement ont transporté à l’étranger leur fabrication.
- Tels sont les résultats purement économiques de ce déplorable impôt,
- Ses résultats moraux sont d'une portée bien plus grande encore.
- Le papier utilisé pour les journaux a renchéri d’un dixième environ de sa valeur et celui des ouvrages de librairie d'environ un cinquième. Il a fallu que les éditeurs et les administrations de journaux trouvent compensation à cette surcharge.
- Pour les éditeurs c’était facile : ils ont tout simplement haussé le prix de leurs ouvrages. C’est ainsi, par exemple, que la collection des bons romans à 1 fr, de la maison Caïman Lévy coûte aujourd’hui I fr. 20 le volume et que la maison Hachette a porté de 1 fr. à 1 fr. 25 ses éditions populaires des bons auteurs. Les petites bourses surtout souffrent de cet état de choses. Telle personne qui, sans l'im-Pôt, se serait procuré 5 ouvrages, ne peut, par suite de l’impôt, s’en procurer que 4.
- N’est-il pas évident que cet état de choses est une entrave au développement intellectuel.
- L’inconvénient est bien plus sensible encore si l’on considère les journaux.
- Ainsi que le syndicat de la presse parisienne le faisait observer il y a quelques mois au président de la commission du budget : « les journaux utilisent un papier qui, avant d’être soumis à l’impression, a déjà supporté ie droit de fabrication, et qui ensuite, comme conséquence de sa transformation en journal, est frappé d’une taxe supplémentaire de 20 fr. 80 les 100 kilogs. (En 1878 ces droits ont été perçus sur 16 millions de kilogrammes et ont produit environ 5 millions au Trésor ) Quand on considère l’élévation de ce tribut prélevé sur les journaux, il est difficile de ne pas croire que l’impôt ait été combiné dans le dessein d’amoindrir l’action de la presse. »
- Pour nous cela ne fait aucun doute. Ni la majorité de l’Assemblée nationale, ni M. Thiers et ses ministres, n’étaient hommes à souhaiter le développement de la presse. Nous soupçonnons môme quelque peu nos bons opportunistes d’être dans le même cas, ce qui expliquerait l’empressement qu’ils ont mis à dégrever d’autres produits plutôt que le papier.
- L’ancien préjugé monarchique du danger de la presse est toujours vivace. On n’a pas encore assez compris que les journaux rendent service dans tout pays et surtout dans une république. On oublie qu’ils participent à l’éducation du citoyen, qu’ils renseignent les industriels et les commerçants, qu’ils eou-courent même dans une certaine mesure aux progrès de l’instruction. Un gouvernement à la hauteur de sa mission doit tout faire bien permettre à la presse de se développer. C’est ce que l’on a compris en Angleterre, en Amérique, en Australie même, où les journaux ont des proportions qui nous étonnent.
- La presse française est en très grande infériorité sur celle de plusieurs autres pays, notamment de ceux de langue anglaise. Les rédactions sont moins soignées, les informations moins abondantes. C’est à l’impôt sur le papier que cette infériorité est imputable. En effet, le papier est la grosse dépense dans un journal. La rédaction, la composition, le tirage, les frais de poste coûtent peu en comparaison, surtout si le journal a un grand tirage et s’il est d’un grand format. Il en résulte que les journauxde petit format peuvent seuls se vendre à bon marché. Or les journaux de petit format se prêtent mal à des études sérieuses ; ils se bornent la plupart du temps à de brèves informations et c’est le public qui en souffre. Les grands journaux de leur côté se trouvent dans l’obligation, s’ils ne veulent pas se ruiner, d’être moins larges pour les rédacteurs ou pour les frais de télégram-
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- mes et de correspondances au dehors. De là l’infériorité de la presse française relativement à celles d’autres pays ; il en résulte que l’industrie, le commerce français sont moins bien informés, ce qui n’est pas sans avoir quelque influence sur leurs progrès ; il en résulte aussi que les idées lancées dans le public le sont en moins grand nombre et avec moins de développement, ce qui est fâcheux; il en résulte enfin que l'influence intellectuelle de la France au-dehors diminue d’autant, ce qui est profondément regrettable.
- Enfin il y a encore une considération d’ordre intellectuel dont il convient de tenir compte. C’est que l’impôt sur le papier augmente la difficulté qu’ont les pauvres à faire entendre leurs vœux par le moyen de la presse. Les journaux sont forcés d’avoir un capital d’environ un dixième plus élevé que celui qui suffisait avant l’impôt. Cela interdit presque la fondation de journaux à toute personne ou collectivité de personnes qui ne dispose pas de capitaux d’une certaine importance. C’est ce qui arrive pour la classe ouvrière qui n’a pas d’organe quotidien pour exposer ses souffrances et émettre ses vœux. Tandis que tous les autres groupes sociaux peuvent se faire entendre, les ouvriers, qui composent cependant une part si importante de la nation, sont condamnés à se taire.
- Peut-être est-ce un peu pour cela que l’impôt sur le papier a été maintenu par la république opportuniste.
- Voilà bien dei inconvénients à la charge de ce malheureux impôt et cependant nous n’avons pas encore fini.
- M. Wilson, dans son rapport à la Chambre des Députés sur le budget des recettes de 1880 a signalé des faits qu’il importe de rappeler.
- Lorsque l’impôt fut établi, dit M. Wilson, on s’était imaginé qu’il ne déterminerait aucune augmentation appréciable du prix de revient des livres de classe et par conséquent de leur prix de vente. En réalité ces ouvrages ont été augmentés de quotités, minimes il est vrai mais appréciables cependant pour la classe pauvre dont les enfants constituent la grande majorité de la population scolaire. M.Wilson allait même plus loin. Il constatait que la part d’impôt acquittée sur les cahiers destinés aux travaux d’école représente une somme d’environ un million. Dans certaines localités les frais de cahiers sont supportés par les communes, dans d’autres par les familles. Dans l’un comme dans l’autre cas le supplément de charge est déplorable. Que penser d’un impôt extorquant aux élèves des écoles un million de francs par an ; qu’en penser s’il extorque cette
- somme à des communes qui, pour la plupart, sont écrasées de dépenses et privées de ressources ?
- Un gouvernement qui a conscience de sa mission doit veiller à ce que rien ne puisse entraver l’action de la presse ou le développement de l’instruction. Le | progrès ne se heurte déjà que trop à des obstacles •: matériels, il ne faut pas que le régime fiscal vienne i augmenter le nombre ou l’importance de ces obstacles.
- i L’impôt sur le papier ne rapporte à l’état que 15 à | 16 millions de francs. C’est peu de chose pour lui,
- * c’est beaucoup pour la pensée La plus value des i autres impôts est plusieurs fois plus forte que le uion-j tant de celui-ci, l’heure est donc venue de le supprimer. En le faisant nos législateurs mériteront à la fois de la patrie et de l’humanité.
- En. Champury.
- NOUVELLES DIVERSES
- 3Li - (~s lieutenants «le loureterie
- Il y a longtemps que l’on n’avait pas créé en? France de sinécures nouvelles. Un an presque entier sans jeter l’argent des contribuables par la i’euétre, c’était trop. Aussi le ministère s’occupe t-il avec la plus grande activité du rétablissement des lieutenants de louveterie. Ces MM. auront droit de chasser le sanglier dans la forêt de l’Etat. La direction des battues contre les loups et les renards leur appartiendra. Enfin leur charge leur donnera droit à un uniforme de ténor d’opéra-comique: habit bleu relevé do parements de velours bleu et de galons or et argent, culotte chamois, chapeau gansé, ceinture de buffle jaune où pend un couteau de chasse en argent, bottes à l’écuyère ornée d’éperons également en argent. Le tout, bien entendu, payé par la bourse des contribuables.
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- «T*ai faim
- Tel est le seul mot que put prononcer, en revenant à elle, une malheureuse femme âgée d’environ soixante ans et infirme, qui est tombée hier sans connaissance dans la rue du Faubourg-Poissonnière.
- Transportée aussitôt chez un pharmacien, elle y reçut les soins nécessaires.
- Les personnes présentes ayant fait une petite collecte, on en remit le produit à cette pauvre vieille, qui, après avoir mangé quelque peu, a pu regagner son domicile, rue Croix-Nivert.
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- TTïi enfant abandonné
- Un jeune garçon, âgé d’environ trois ans, a été trouvé le 22 octobre place de la République. Un billet cousu dans ses vêtements fait connaître que les parents l’abandonnent forcés par la nécessité. Interrogé, cet enfant, quoique fort jeune, a pu fournir quelques renseignements.
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- Cruauté en Russie
- Depuis une vingtaine d’années on se sert du chemin de fer Nicolas pour transporter d’une capitale à l’autre les condamnés a la déportation; on les faisait voyager par petite vitesse dans des wagons construits exprès pour servir de prisons roulantes. Les menottes aux mains et les fers aux pieds, ces malheureux ne pouvaient se
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- mouvoir le jour, ni étendre la nuit leurs membres endoloris. Les soldats chargés de la garde des prisonniers subissaient la même contrainte. Le général Loris Mélikof vient de mettre un terme à ces cruautés.
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- 31. do Bismarck et les Francs-Maçons
- M. de Bismarck trouve sans doute qu’il n’a pas encore assez de besogne Voici qu’il laisse entrevoir qu'il va entreprendre une campagne de plus.
- « La BauhüLle, l'organe maçonnique allemand, vient de publier un article intitulé : «Le chancelier impérial « et les Francs-Maçons, » qui équivaut à une déclaration de guerre formelle aux Francs-Maçons parM.de Bismarck. A l’une de ses soirées, au commencement de mai, le prince aurait dit : « 11 est plus facile de négocier « avec les jésuites, qui sont des gens raisonnables «qu’avec les Francs-Maçons, qui l’emportent sur les « plus habiles.» Les Francs-Maçons voient évidemment dans les paroles du prince d*e Bismarck le premier symptôme d’une campagne contre les Loges, car leur organe, la Bauhütle, s’exprime en ces termes :
- « Nous sommes assez familiarisés avec la tactique du « chancelier de l’empire pour apprécier la valeur de ses « paroles lorsqu’il dit que les Francs-Maçons sont plus «dangereux que les jésuites. Lorsqu’il est résolu à « s’engager dans une nouvelle lutte, il l’annonce toujours dune manière semblable. C’est ainsi que la « France fut avertie à la veille de la guerre franeo-prus-« sienne ; c'est de cette façon que le chancelier impérial « a menacé le centre, puis qu’il a prévenu les libéraux «avant de les abandonner. C’est à présent au tour des « Francs-Maçons. C’est Napoléon III, le grand diplomate,
- « qui lui a enseigné cette politique. Et, ajoute le
- « même journal, le chancelier est menacé du sort qui «a atteint Bonaparte. »
- Le» contributions municlpale« ft Londres. — A Londres, chaque paroisse s’impose suivant ses besoins particuliers, et il résulte souvent que les habitants d’un côté de rue payent 10, 15, 20 ou même 25 0/0 de plus que ceux du côté opposé. Imaginez à Paris un pareil état de choses, et dites combien de temps cela pourrait durer.
- Cette différence porte surtout sur la taxe des pauvres ; et cela se comprend du reste. Les paroisses riches, aristocratiques, celles du West-End, où il n’y a que peu ou pas de logements pour les ouvriers et les pauvres, n’ont de ce chef que des charges nulles ou à peu près, tandis que la paroisse voisine, qui n’est souvent qu’une agglomération de logements d’ouvriers a à entretenir quatre ou cinq mille pauvres aux frais de ses habitants qui, eux-mêmes, sont loin d’être riches.
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- Pitié pour les oiseaux. — La Société ornithologique de Bâle, d’accord avec la Société protectrice des animaux, organise daus les arbres des promenades publiques de la ville des appareils pour la nourriture des oiseaux pendant l’hiver.
- Elle a. de plus, prié le département des Domaines de donner pour instruction aux préposés et gardes des jardins de la ville, des allées d’arbres et des cimetières de ne tailler les arbres à haies qu’à la fin de l’hiver,de sorle que les oiseaux trouvent sur les sorbiers, le lierre, la vigne du Canada, etc., une pâture abondante.
- Une circulaire, à cet effet, est adressée par la Société à tous ses membres, ainsi qu’aux amis des oiseaux. Elle conseille en outre de semer, au printemps, quelques tournesols, dont la graine est si appréciée des jolies ménages.
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- Services publies <1© téléphones
- M. Frey, directeur des télégraphes suisses a adressé à Inelques journaux de ce pays une note dont nous coupons les passages suivants :
- Comme complément'aux télégraphes ordinaires, on a introduit pour les relations dans l’intérieur de plusieurs grandes villes de l’Amérique et de l’Europe le téléphone et le microphone.
- Cette installation permet aux habitants d’une même ville, à condition qu’ils payent un certain prix d’abonnement, de correspondre entre eux par l’intermédiaire d’une station centrale. Ils ont ainsi la facilité de se faire à chaque instant des communications quelconques, pourvu que le fil respectif ne soit pas déjà occupé par d’autres abonnés.
- Aussi en Suisse les avantages de cette institution ont suggéré l'idée d’introduire ce moyen commode et rapide de communication et le Conseil fédéral a déjà accordé à une société privée la concession pour la ville de Zurich. Mais il en est résulté diverses complications et difficultés, de sorte que l’administration fédérale des télégraphes se propose — aussi dans l’intérêt du public — de s’occuper elle-même de cette entreprise dans les autres villes où le besoin s’en fait sentir.
- Du 1er au 15 novembre prochain, une station téléphonique sera installée aux bureaux télégraphiques de Genève, afin que les personnes qui s’y intéressent aient l’occasion de l’examiner et d'en faire des essais.
- LES BANQUES POPULAIRES
- Le dernier compte rendu des Banques populaires allemandes vient d’être publié par l’honorable M. Schultze-Delitscli. Dans ce compte rendu on trouve également les renseignements les plus intéressants sur les sociétés coopératives de production et de consommation en Allemagne.
- Aujourd’hui, nous ne nous occuperons que des banques populaires.
- On ne connaît pas exactement le nombre des banques populaires qui fonctionnent en Allemagne. Elles se fondent, se multiplient, se propagent tous les jours sous les formes et les noms les plus différents. D'après l’ouvrage publié il y a deux ans par M. Minofrio, elles devaient, s’élever à deux mille environ.
- La statistique annuelle de M. Schultze-Delitsch ne s’applique qu’aux banques populaires qui lui envoient leurs comptes annuels. En 1879, 899 banques avaient eu le soin de les lui adresser
- Ces 899 banques populaires comptaient 459,033 membres. Iis avaient versé 100,996,948 marcs soit 125, 456, 246 francs à titre de capital, et les banques possédaient, en outre, des réserves s’élevant à 15, 117,802 marcs soit 18,594,896 francs. L’ensemble des opérations avait atteint, en 1879, la somme de 1,398 millions de marcs soit 1 milliard, 719 millions et 540 mille francs. Comme ces banques font, avant tout, fonctions de caisses d’épargne, il est intéressant de connaître les sommes qu’elles avaient reçues de ce chef. Ces sommes s’élevaient à 126,500,000 marcs, soit 155,595,000 francs.
- Ces chiffres suffisent pour montrer à quel haut degré est parvenu le développement des banques populaires en Allemagne, d’autant plus qu’ils sont loin
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- d'être complets, beaucoup de banques populaires se refusant à communiquer le compte de leurs opérations.
- Le succès des banques populaires allemandes tient à des causes particulières : d’abord aux habitudes d’économie des ouvriers et des petits patrons, puis aux traditions essentiellement germaniques des corporations (guildes). Nulle race ne se montre aussi favorable que la race germanique à l’esprit d’association, en même temps qu'à l’esprit local.
- L’industrie de la banque n’est certes pas d’origine allemande ; néanmoins, elle a pris en Allemagne, et chez tous les peuples d’origine germanique, une importance supérieure à celle que lui ont accordée d’autres peuples, notamment les peuples d’origine néo-latine.
- Les banques populaires ont pris cependant une certaine extension en Italie, qui en compte environ 160, avec un capital versé de 60 millions ; mais il en existe fort peu en Espagne et en France, Il n’en existe même qu’un nombre très restreint en Angleterre et aux Etats-Unis. Là le développement des banques ordinaires est si considérable qu’il ne restait réellement pas de place pour les banques populaires.
- Toutefois il est a prédire que ces banques pourront se constituer peu à peu en France, au fur et à mesure que les ouvriers acquerront plus d’instruction et disposeront d’économies plus importantes. Déjà quelques essais favorables ont eu lieu dans plusieurs villes industrielles, telles que Besançon, Angers, Toulouse ; ces exemples nous paraissent appelés à porter leurs fruits.
- Il serait question de la fondation à Paris d’une grande banque popufaire, appelée à faciliter aux pe» tits patrons et aux ouvriers en chambre les moyens de crédit.
- A ces renseignements que nous empruntons à La Liberté nous pouvons ajouter ceux-ci que nous tenons de bonne source.
- M. Francesco Vigano le promoteur en Italie de ces utiles établissements, lequel en fonde en moyenne un par an, s’est aussi occupé de la fondation en France de Banques populaires. Déjà en 1870, dans uns conférence présidée par le regretté M. Edmond Adam il proposa de fonder à Paris 20 banques populaires, une par arrondissement. Une commission fut élue et un rapport a été publié.
- A la suite de la mort de M. Benjamin Rampai, qui a légué, comme nous l’avons dit, sa fortune à la ville de Paris pour qu’elle l’emploie à encourager les associations ouvrières, M. Vigano, en outre de plusieurs conférences, s’est présenté à M. Hérold, préfet
- de la Seine, à plusieurs membres du Conseil municipal et à M. Gambetta, pour leur parler de la création de banques populaires qui sont l’intermédiaire naturel entre la ville de Paris, légataire de M. Rampai, et les associations ouvrières.
- Voici en quelques mots l’économie de ce projet.
- M. Vigano proposait de partager le capital de M. Rampai (environ 1,500,000 fr.) entre lés divers arrondissements de la capitale à raison de leur population, puis d'ouvrir dans chaque arrondissement une souscription de 1000 actions de 50 fr. chacune.
- On aurait ainsi 50000 fr. provenant de la souscription, plus environ 75000 du fonds Rampai. C’est plus que suffisant.La Banque populaire de Milan qui auj our-d’hui a un mouvement de caisse annuel d’à peu près un milliard et demi a commencé ses opérations avec quelques milliers de francs seulement.
- Il va sans dire que si le Conseil municipal commandite les banques populaires il aura droit d’avoir des délégués dans les conseils administratifs d|s banques d’arrondissement, délégués chargés de surveiller les opérations générales et en particulier l’emploi des fonds Rampai; les intérêts perçus sur les avances faites au moyen de ce fonds aux sociétés coopératives et aux ouvriers devront être assignés au même fonds,
- Si même on ne voulait pas assigner d’une manière absolue un fonds aux 20 banques populaires d’arrondissement la caisse municipale pourrait ouvrir un compte courant à la banque de chaque arrondissement pour la part proportionnelle à elle attribuée, sous garantie du Conseil administratif de chaque banque.
- De cette manière serait facilitée la fondation des banques populaires à Paris, ce qui serait à la foi» un grand avantage pour la capitale et un bon exemple pour le reste du pays.
- M. Vigano fait remarquer aussi que cette combinaison facilitera le premier recrutement des membres des conseils administratifs, car, quand on saura que la municipalité de Paris a la main dans ces établissements de crédit populaire, il se trouvera bien vite des personnes de bonme volonté qui accepteront de faire partie du personnel administratif de chaque banque.
- Cette combinaison a été prise en considération par lôs personnes à qui M. Vigano l’avait soumise. M. Hérold a fait écrire à celui-ci qu’une fois le legs Rampai accepté le projet serait mis à l’étude et que M. Vigano serait appelé pour donner des renseignements. L’avocat de M. Rampai, M. Engelhardt, de même que l’exécuteur testamentaire ont fait les mêmes promesses. M. Gambetta a déclaré qu’il
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- voyait là une belle et bonne idée et il s’est engagé à en parler aux amis qu il compte dans le conseil municipal.
- L’ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL
- M. le sénateur Corbon a prononcé un important discours à la quatrième conférence au profit du congrès socialiste du Havre. H a traité de la mise en valeur intellectuelle, morale, physique et professionnelle des jeunes générations. Selon lui, le défaut de l’enseignement actuel, c’est que l’esprit de l’Eglise y ait laissé son empreinte; mais un autre péril, aussi, c’est le dédain qu’on y inspire pour les facultés manuelles :
- Faire oeuvre des mains, fi donc! c’est le signe particulier de la déchéance de l’homme, de son indignité, de son infériorité. C’est là où se reconnaît surtout le préjugé que je dénonce 1 Et pourtant, tous les enfants des écoles primaires seront des travailleurs manuels, et presque tous ceux des écoles secondaires et supérieures auront à faire oeuvre de leurs mains dans les professions dites libérales ; les architectes, las ingénieurs, les chirurgiens surtout qui ont tant besoin de dextérité manuelle. Mais est-il une condition dans la vie où l’on soit sérieusement dispensé de faire usage des mains? Dédaigner d’exercer !a capacité manuelle en vue des besoins généraux de la vie, c’est créer une infirmité, une infériorité. C’est absurde. Pourtant on ne songe pas à combler cette lacune, et quand je propose d’introduire les exercices manuels dans l’enseignement secondaire et dans le supérieur, je me heurte aux préjugés que je combats ici.
- L’enseignement professionnel, de création récente, est désormais d’une absolue nécessité. Les progrès de la mécanique exigent que l’action de l’ouvrier soit plus intelligente. Où formera-t-on ces travailleurs intelligents, où développera-t-on l’esprit inventif, si ce riest à l’école professionnelle ?
- Ce n’est certainement pas dans Tusine, où les enfants entrent sans rien savoir, et où ils ne peuvent l’instruire. C’est à nos nouvelles écoles, dis-je. Là, les élèves complètent l’enseignement du premier degré ; iis sont initiés aux procédés généraux de l’industrie ; ils apprennent à se rendre compte des forces mécaniques ; ils travaillent à la construction et à la conduite des machines. Et c’est une des conditions essentielles de cet enseignement de leur inculquer profondément la pensée qu’aucune invention n’a jamais dit son dernier mot, et qu’en conséquence on doit s’ingénier toujours à trouver mieux.
- Quant aux industries où les forces mécaniques »’ont rien de bon à faire, c’est parce que rien ne peut suppléer le bon goût et l’habileté manuelle de l’ouvrier. Eh bien, nous ne devons pas nous le dissimuler, celles-là demandent plus encore que les autres de bons praticiens. C’est un fait connu et signalé depuis longtemps déjà que la main-d’œuvre baisse de valeur à peu près partout II faut donc absolument la relever. Mais il ne faut pas compter qu’elle puisse se relever autrement qu’en formant des pépinières de
- | jeunes ouvriers, qui seront suffisamment instruits et I exercés pour porter ensuite dans les ateliers leur goût, leur habileté, leur savoir.
- M. Corbon a eu une éloquente et touchante péroraison. La société moderne, a-t-il dit, n’a plus d’autre religion que celle du travail, et les illustres travailleurs sont ses saints, à elle. Parmi ces travailleurs illustrés par la reconnaissance publique, il y a de simples ouvriers, James Watt, Arkwright, Jacquard et tant d’autres. La liste en sera longue, quand l’enseignement professionnel, largement organisé, aura mis en valeur nos jeunes générations ouvrières. La France devra ce résultat à la République.
- Domaines américains
- On écrit de New-York au Siècle :
- Partout la réGOlte des céréales a été bonne et l’on estime qu’elle dépassera 450 millions de boisseaux de blé, C’est surtout l’Ouest qui fournit ce froment, non plus dans des fermes de faible étendue comme naguère, mais dans des fermes monstres, où toute trace de régime patriarcal, toute façon de coutumes idylliques a complètement disparu. Virgile et Théocrite, s’ils revenaient en ce monda, ne placeraient certes pas leurs paysans aux Etats-Unis. Ii est vrai que Tityre ou le berger Arlstée n’ont rien à faire ici, et qu’au lieu de jouer du chalumeau sous un arbre, c’est la charrue, la faucheuse ou la moissonneuse à vapeur qu’on songe à conduire- Il n’y a plus de fermes, il n’y a plus que des usines agricoles ; il n'y a plus de fermiers, mais de grands régisseurs ; il n’y a plus de paysans à demeure, mais des ouvriers d’aventure, payés comme dans une usine à tant par saison ou tant par mois, enrégimentés, contrôlés, marchant avec discipline comme des soldais, parqués au réfectoire ou au dortoir aux heures dites. Tout cela met le blé à bon marohé, mais enlève à la vie des champs ce charme qui la rendait tolérable et même recherchée de quelques-uns.
- M. William Dalrymple, dans le Dakota, est toujours le prince des capitalistes agriculteurs.
- Sa ferme ou plutôt son domaine rural contient 15,000 hectares de terres labourables.
- Il est situé a 25 railles de Fargo, la première station du chemin de fer du Nord-Pacifique,sur la rivière Rouge du Nord.
- Cette année, Dalrymple a planté 10,000 hectares ou froment et 5,000 hectares en avoine. Il a employé pour faucher son blé 125 moissonneuses mécaniques,manœu-vrées chacune par 3 chevaux, après quoi le blé a été livré aux batteuses.
- Les ouvriers ont été engagés pour 40 jours aux prix d’uu à deux dollars par jour, non compris la nourriture, qui se compose de trois repas quotidiens avec viande, légumes, pain, thé et lait à discrétion à chaque repas.
- Le rendement de la ferme de Dalrymple a été de 15 hectolitres de froment par hectare, ce qui est au-dessus de la moyenne pour les Etats-Unis.
- Environ 900 voitures ont transporté la récolte de la ferme à Fargo. De là le chemin de 1er l’a amenée à Du-luth, sur le lac Supérieur. De Duluth, par les lacs, les canaux et le fleuve de l’Hudson, elle gagnera New-York, ou bien, en suivant le fleuve Saint-Laurent, Monréal et Québec. De Québec et de New-York, elle ira, s’il le faut, jusqu’en Europe.
- Ces renseignements fournis par le Siècle peuvent être complétés par ceux-ci empruntés à la Chronique financière de New-York.
- La récolte en blé de M. Dalrymple a dépassé 290,000 boisseaux. Ses moissonneuses ont fonctionné sur le pied de 800 hectares par jour. L’exploitation est divisée en
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- 42 sections d’euviron 200 hectares chacune ; toutes sont dirigées par un gérant et pourvues de leurs granges, de leurs étables et de leur outillage particuliers. Elle emploie 450 laboureurs et 300 chevaux. Le service des fonds nécessite 2 caissiers.
- Il y a bien un capitaliste agriculteur plus puissant encore que M. Dalrymple, mais il n’obtient pas d’aussi brillants résultats. C’est M. le docteur Glenn, le plus grand producteur de blé du monde entier. Son domaine situé dans le comte de Golusa, Californie, embrasse 24,000 hectares,dont 22,500 ont été cultivés cette année en blé et ont produit 327,000 hectolitres, valant 3.825,000 fr.
- L’IRLANDE
- IL
- Après ce que nous avons dit de l’Etat social intolérable dans lequel végète la plus grande partie de la population irlandaise, est-il étonnant que les idées de revendication aient fait d’immenses progrès dans ce pays ?
- Il est intéressant de voir sous quelle forme ces revendications se sont produites et se continuent.
- Voici, comme exemple, ce que, il y a quelques mois, à la veille des élections, M. Michel Davitt, ancien condamné politique (Fénian) disait dans un discours public, sorte de manifeste des doctrines qu’on nomme dans les régions officielles le Parnellism, du nom de l’honorable M. Parnell, un de leurs plus infatigables propagateurs.
- « Le programme de la Ligue est très-simple. Il se formule ainsi : Abolition du système féodal appelé Landlordism et restitution du sol de l’Irlande au peuple irlandais auquel il appartient.
- « Tout en réclamant pour elle, la Ligue entend prêter aide et sympathie à toutes les populations qui, comme notre population, souffrent du Landlordism. La question agraire est une question d’humanité et nous sommes résolus à la poser partout où se trouvera une âme vivante qu'elle puisse intéresser. Je suis fier, moi, l’ennemi de votre gouvernement, de me trouver en harmonie avec les travailleurs de l’Angleterre.......
- « Un autre désir de la Ligue est celui-ci : amener lé peuple Irlandais à cette croyance que son sol n’a pas été destiné à être la propriété de deux ou trois mille paresseux. Nous voulons qu’il comprenne que, de même que l’air et la lumière, la terre n’a pas été créée pour être grevée de la Rente. Nous voulons qu’il sache que le seul moyen de lutter contre le monopole, d’anéantir le privilège et de vaincre le gouvernement est l’association.
- « Nous voulons que cette Association d’hommes de cœur agisse en plein jour, à la face du ciel, sans relâche, jusqu’à ce que le monopole de la terre pris à la gorge soit forcé de rendre à la nation souveraine
- l’héritage qui lui a été volé.
- « Nous sommes aux yeux de l’Angleterre et de l’Ecosse officielles une peuplade de sauvages.... Eh bien ces sauvages veulent entrer dans le monde civilisé ; ils entendent y prendre place. Mais pour cela il faut que disparaisse l’obstacle principal qui s’y oppose. Il faut que dans ce pays essentiellement agricole le Landlordism qui est la négation du progrès fasse place à la division de la propriété.
- « C’est au Landlordism que nous devons tous les maux dont nous souffrons, et c’est à l’excès de ces souffrances que sont dus tous les crimes qui se commettent dans notre malheureuse mais bien chère patrie.
- « Ce 19e siècle dont on vante tant la civilisation, que nous a-t-il donné à nous, Irlandais? la famine 1 La famine à trois reprises différentes.... Et pour remède au fléau, de quel présent nous a gratifié le gouvernement de Sa Majesté? Ce remède je l’ai, là, entre mes mains. Il s’appelle « Loi d’assistance de la misère en Irlande. » En présence de ce fait que notre récolte en pommes de terre est cette année, moindre en valeur, de 5.000.000 L. cette loi nous accorde comme indemnité 500.000 L. (a) C’est magnifique vraiment de la part d’un gouvernement qui prélève chaque année 7 à 8 millions de livres sterling d’impôts,et qui permet au Landlordism de nous voler annuellement 15.010.000 L. ! C’est avec ce don impérial que nous devons refouler la misère et arrêter la marée montante de la famine. On est plus généreux que cela lorsqu’il s’agit de faire massacrer les populations de l’Afghanistan et de saccager le pays des Zoulous. Je me tais sur lespilleries de l’Irlande, mais je suis heureux de constater ici, ce soir, que cette assemblée est exempte du vieux préjugé héréditaire dont sont infectés vos législateurs. .. et je serais plus heureux et plus fier encore, je regarderai comme un privilège de pouvoir dire à mon retour en Irlande que j’ai rencontré ici des hommes qui luttent pour notre cause et qui sont disposés à nous seconder de tous leurs efforts.
- « Anglais, Ecossais et Irlandais, travailleurs de la terre et autres, unissons-nous, marchons de concert et guerre ouverte, guerre sans trêve au Landiordisme dans les trois pays du Royaume-Uni !... »
- C. P. Maistre.
- Les mauvaises odeurs de Paris
- Depuis quelque temps, on se préoccupe beaucoup des odeurs désagréables qui se dégagent des égouts de certains quartiers de Paris, et les autorités en recherchent la cause afin de la supprimer.
- (A) Le chiffre a été porté à 750.000 L.
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- Mais il existe une antre mauvaise odeur à laquelle on ne fait pas assez attention, parce qu’on y est habitué, c’est l'odeur du tabac.
- Dans les environs de la manufacture des tabacs du Gros-Caillou, on sent cette odeur, sous le vent, à 2 ou 300 mètres et même jusqu’au Ministère de la guerre. Au p, int de vue de l’hygiène, cette manufacture devrait être classée parmi les établissements insalubres. Les fumeurs sont aussi une source d’odeurs fort désagréables pour les trois quarts de la population, qui ne fument pas. La consommation du tabac dans le département de la Seine est de 3.800,000 kil. par an, en chiffre rond, soit près de 9,590 kil. par jour. La nicotine, l’ammoniaque, l’oxide de carboue, etc., contenus dans cette énorme quantité, eu égard à l’espace très-restreint, suffisent pour altérer la pureté de l’air, porter atteinte à la santé publique, et rendre la guérison des maladies graves et des opérations chirurgicales beaucoup plus difficile qu’à la campagne.
- LES DROITS DE LA FEMME AUX ANTIPODES
- Le principe de l’égalité des droits de la femme et de l’homme est aujourd’hui débattu dans la presse de l’île Maurice. M. E, Vannmerbeck dans son journal en langue française le Progressiste, paraissant à Port Louis, le soutient avec un vrai talent, tandis que le journal la Sentinelle de la même contrée l’attaque au nom du matérialisme scientifique.
- Voici quelques pensées cueillies dans les articles de M. Vanmeerbeck :
- « Tout d’abord les coutumes de la société actuelle ne permettent à la femme d’acquérir qu’une demi-éducation, tandis que son congénère mâle juge que pour lui l’instruction n’a pas de limites. C’est là ce qui la rend si accessihle aux impressions fausses et si disposée à capituler devant les assauts auxquels elle est exposée de toutes parts, soit du côté des prêtres qui exploitent contre elle les superstitions dites religieuses, soit du côté des hommes qui font miroiter à ses yeux les vanités mondaines......
- « Si l’on s’autorise jusqu’à nos jours à assigner des aptitudes inférieures à la femme, c’est sur le conseil des traditions humaines. Ses destinées sont au contraire les mêmes que celles de l’homme. Pour les réaliser, elle a besoin de livrer bataille aux traditions qui l’asservissent. La bataille qui lui donnera l’égalité ne paraît pas devoir être gagnée au moyen d’une action impétueuse de sa part ou de la part de ses partisans mâles, mais au moyen d’un travail persévérant.....
- « L’inégalité existant entre l’homme et la femme est un mal auquel notre esprit encore imparfait veut s’accoutumer ; elle n’est pourtant pas moins condamnable en principe que l’inégalité entre les hommes ; mais cette double inégalité tend de plus en plus à disparaître et elle disparaîtra en vertu même des lois de la nature se combinant avec la loi morale de l’humanité.
- « L’un de nos devoirs les plus considérables consiste à fonder l’unité des droits entre l’homme et la femme, comme il consiste aussi expressément à fonder la même unité entre les castes humaines. Nul au sein de l’humanité n’est incapable, nul n’est là pour exercer ou pour subir l’oppression ; mais tous sont égaux et perfectibles. »
- L’ÉCOLE LA MARTINIÊR8 A LY0S
- Nous emprutons à un rapport de M. Bouvet les détails suivants sur l’école La Martinière, école professionnelle de Lyon.
- Avec les ressources relativement faibles mises à leur disposition, les fondateurs de l’école La Martinière s’étaient proposé deux buts :
- 1° Donner une instruction sérieuse et pratique à des enfants sortant des écoles primaires de ville ;
- 2® Donner cette instruction au plus grand nombre possible.
- Pendant de longues années les ressources de La Martinière ne s’élevaient qu'à 39,600 francs par an ; c’est avec ce modique revenu qu’on instruisait environ 400 enfants.
- Le problème avait été résolu par le premier directeur de l’école, M. Tabareau, qui est le créateur des méthodes auxquelles La Martinière doit son incontestable supériorité. M. Tabareau fut secondé dans cette création par les deux frères Dupasquier, dont l’un fut professeur de chimie et l’autre de dessin.
- M. Tabareau avait été capitaine du génie militaire. Sous les armes le soldat ne parle pas, il reste constamment attentif au commandement. M. Tabareau eut l’idée d’appliquer cette situation à l’enseignement des enfants. Vu le peu de ressources, les classes furent très nombreuses afin d’avoir moins de professeurs à rémunérer. Les classes, qui sont habituellement de 30 à 35 élèves, furent portées à 85 et même 90 élèves qui pour la plupart étaient d’une faiblesse désespérante.
- Il s’agissait d’abord d’éveiller leur attention, de maintenir cette attention pendant toute la durée de la leçon et d’obtenir une discipline sévère. On obtint ce double résultat par le moyen suivant :
- Chaque élève est muni d’une planchette en bois léger, peinte en noir, c’est sur cet instrument qu’il fait tous ses calculs avec de la craie, pour les effacer ensuite et en recommencer d’autres. La planchette est terminée par une poignée, ce qui permet d’en faire la manœuvre. Les dimensions de la planchette sont à peu près les mêmes que celles d’une feuille d’un grand journal.
- Le professeur monte à l’estrade et fait sa leçon ;
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- comme tous les élèves savent qu’ils vont être interrogés dans un instant, ils écoutent le professeur avec une attention soutenue, et c’est précisément cette attention toujours renouvelée,toujours tendue, qui fait que l’on obtient des résultats surprenants de jeunes enfants qui autrement eussent été dissipés et indisciplinés.
- La démonstration terminée, le professeur commande « prenez Planchette ». Ce mouvement doit se faire sans bruit ; dès que les planchettes sont devant l’élève, le professeur donne un problème à résoudre. Ce problème, bien entendu, est le corollaire de la leçon qui vient d’être exposée. Les élèves doivent opérer très rapidement et donner le îésultat en gros caractères sur leur planchette. Le professeur frappe deux coups : tous les calculs doivent cesser et l’élève doit prendre aussitôt la poignée de sa planchette ; au troisième coup les planchettes s’élèvent, se tournent vers le professeur et retombent ensemble sur la table, C’est un véritable exercice militaire.
- Il suffit à un professeur exercé d’une inspection très courte pour voir si sa leçon a été comprise et quels sont les élèves qui ont bien ou mal répondu. Quelquefois il recommence sa démonstration et donne un nouveau problème ; il est très rare qu’il soit obligé de recommencer une troisième fois. Les élèves ont compris. Et pour mieux assurer dans leur mémoire la leçon qu’ils viennent de s’assimiler, le professeur leur donne un devoir qu’ils feront chez eux et rendront écrit le lendemain matin, On enseigne ainsi l’arithmétique, la géométrie, l’algèbre et même la chimie. Quant à la géométrie descriptive,on se sert de boîtes de cire et d’aiguilles à tricoter.
- Le cours de dessin se fait en plaçant les élèves autour d’un modèle ; au début, ce modèle représente un cube en fil de fer, ils doivent le représenter sous la forme qui se présente à chacun d’eux et du coup ils le mettent en perspective. On obtient ainsi des résultats extrêmement curieux, et les visiteurs restent toujours émerveillés devant des enfants qui n’ont pas un an de dessin et qui dessinent cependant avec une sûreté de main et une justesse de coup d’œil incomparables
- Nous savons que cette méthode d’enseigner le dessin doit être propagée dans toutes les écoles primaires de France.
- En ce qui concerne la chimie, outre que les élèves sont interrogés sur les formules au moyen de la planchette, les élèves de 38 année doivent faire des manipulations cinq fois par semaine pendant une heure et demie chaque jour. Il résulte de ces dispositions que les élèves de La Martinière ont une grande
- réputation de savoir en chimie, et qu’ils sont très facilement placés dans les établissements de teinture pour la soie, si nombreux à Lyon.
- Quand il s’agit de calculs compliqués, on se sert d’une ardoise de la taille d’un cahier ordinaire ; lorsque les calculs sont terminés, les ardoises sont ramassées par les brigadiers de table,et en moins de deux minutes toutes ces ardoises sont placées sous les yeux du professeur dans l’ordre même, que les élèves occupent dans la classe. — En un instant, on voit les réponses correctes et celles qui ne le sont pas.
- Il faut ajouter que les élèves numéros pairs ne font pas le même problème que ceux qui portent les numéros impairs ; l’une des données a été changée. On fait ainsi, afin que les élèves ne se copient pas les uns les autres.
- Représentation des colonies anglaises
- Le groupe d’iles insignifiantes de Bahamas, avec un revenu de l. 40,000, possède une Assemblée représentative de 28 membres.
- Les Bermudes, avec un revenu de 1.'30.000 possèdent une Chambre de 36 membres élus par un collège de pas plus de 854 électeurs.
- Antigue a un revenu de moins de 1. 35.000. et possède un Conseil législatif de 24 membres.... dont 12 sont élus par la population.
- L’île Dominique a un revenu de moins de 1. 20,000 ; le peuple nomme 7 sur 14 membres inofïiciels de la Législature.
- Malte a un revenu d’environ 1. 172,000 ; l’élément inolficiel du Conseil législatif — 8 membres — est élu.
- A Natal, les membres inofficiels, au nombre de 11, sont élus pour 4 ans ; le revenu de cette colonie est de moins de 1. 300,000.
- Newfoudland (Terre Neuve) dont le revenu est de 1. 182.000, possède une Assemblée élective de 31 membres.
- Le revenu des Barbades est au-dessous de 1. 125,000 et la population de cette colonie a le privilège de nommer une Chambre de 24 membres.
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- DEUX IISÈIIES
- NOUVELLE
- I
- ’ Un jour faux et blafard entrait par une petite lucarne dans un cabinet sous les toits au sixième d’une grande maison rue de la Clé. Dans ce cabinet il y avait simplement un lit, une table, une chaise et une vieille malle. Sur le lit, pelotonné dans une. mauvaise couverture, dormait, d'ün sommeil entrecoupé, un jeune homme très-pâle, à la figure douce et sympathique, aux cheveux noirs, tombant sur son cou très-blanc, en boucles légères comme les cheveux d’une femme.
- Il faisait très-froid depuis plus de huit jours et la vitre de la lucarne était couverte de givre formant mule dessins bizarres. L’eau était gelée aussi dans un vieux pot à, eau de faïence ébréché posé sur la table. On grelottait dans ce pauvre réduit et Camille dormait pourtant. Mais en dormant il avait froid ; il frissonnait pendant ses rêves inquiets ; il souffrait dans son somme11» il s’entourait machinalement de son mince couvre-pieas,
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- et de temps en temps ses dents se heurtaient les unes contre les autres. Deux ou trois fois il avait failli s’éveiller; il avait ouvert les yeux à demi, mais il était bien las sans doute, ou bien triste, car il semblait les refermer pour ne plus penser et pour ne plus voir.
- Cependant neuf heures du matin allaient sonner et c'est bien tard neuf heures pour l’ouvrier que d’après son logis et ses vêtements étalés sur la chaise il sem-~' blait être. Mais il faisait jour si peu encore !
- Une demi-heure se passa ainsi, puis un peu de soleil commençant à écarter de son sourire les gros nuages noirs un’ rayon fendit la couche de glace de la lucarne et vint tomber en plein sur le visage du jeune homme. Le froid ne l’avait pas réveillé ou bien il s’était empressé de se rendormir, mais le rayon vivifiant lui donna une secousse de surprise, presque de bien-être.
- Sa première pensée, fut une réminiscence de gaîté et d’espoir. Rien n’était perdu puisqu’il y avait encore du soleil au monde !
- Il passa ses habits et il sentit des tiraillements d’estomac atroces. Machinalement il ouvrit une cachette dans le mur, comme pour y prendre le pain et le morceau de viande qu’il avait eu coutume d’y mettre jusqu’à l’avant-veille, car depuis deux jours le plus petit morceau de pain n’était,pas entré chez lui !
- La cachette était vide, vide la planche au-dessus de la table.
- Il avait faim pourtant, son estomac criait qu’il avait droit d’être satisfait, que la vie est ouverte à tous, que tout le monde avait mangé à cette heure ce matin là.
- Lejeune homme retourna ses poches, inutilement, il le savait bien, fouilla sa malle, n’en retira que quelques papiers qu’il y rejeta avec colère et tomba assis la tête dans ses mains, en s’écriant d’un air égaré : « Que j’ai faim, mon Dieu! » Puis il se releva, il avait soif aussi, et d’ailleurs la soif apaisée trompe la faim, mais l’eau était gelée : pas même d’eau !
- Il ouvrit la lucarne et le soleil entra joyeux cette fois et clair comme un beau soleil de janvier.
- Mais il trouva qu’il avait l’air de le railler et, marchant à grands pas dans l’étroit espace où il se débattait comme un prisonnier dans la pauvre cage que la société lui avait faite, il se mit à parler tout haut.
- — « Mais c’est affreux, cela, je ne puis pas mourir de faim pourtant ! mais je ne suis pas coupable, moi, pour qu’on me condamne à cette mort horrible, pour qu’on ne me donne pas d’ouvrage. Je suis venu à Paris pour mieux travailler et pour mieux penser, pour remuer les idées avec la besogne. J’ai le droit de manger, je veux manger ! » Mais il ne pouvait pas voler pourtant et il n’avait pas d’ouvrage.
- L’eau qu’il avait placée sur la fenêtre ouverte s’était fondue à demi sous la tiédeur des rayons; le jeune homme en but quelques gouttes.
- Une sorte de force et de courage lui revint. Il se sourit à lui-même avec ironie dans son miroir brisé :
- — Je suis venu pour lutter, dit-il, et à peine deux journées de jeûne ont eu raison de moi ! Allons, je ne suis pas un homme !
- Il but encore, puis il passa sa redingote râpée, il posa sur ses cheveux qu’il rejeta en arrière son chapeau à grands bords. Il sortit, et en fermant sa porte à double tour il lui sembla qu’il laissait derrière lui le désespoir, la misère et la faim, et il se demanda presque en riant quelle fantaisie lui prenait de les enfermer. Il n’y avait que cela dans la pauvre chambre et ce serait un fier service qu’on lui rendrait de venir les lui enlever.
- Il vit aux étages inférieurs les bonnes qui rentraient du marché avec leurs paniers blancs, bien bourrés de viande, de poisson ou de volaille ; il vit même de belles pommes appétissantes et il passa vite, car il lui prit une envie folle de demander par grâce un de ces fruits qui l’aurait fait si heureux.
- Il trouva sur le seuil de la rue la concierge que frappa sans doute son air étrange et qui lui rappela d’un ton de propriétaire exigeante que le terme était échu :
- •— M’est avis, ajouta-t-elle, que vous feriez bien d’y Penser.
- Y penser, ah! son estomac pensait à bien autre chose, et sa tète roulait mille projets.
- Il trouverait de l’ouvrage, certainement, quelque chose à faire. U y avait non loin de là un imprimeur éditeur dont on lui avait dit merveille, C’était sur le boulevard Saint-Germain.
- Il traversa la rue Monge à grands pas sans rien voir, sans sentir presque le froid qui violaçait ses mains et faisait claquer ses dents. Il était très timide.
- A Paris depuis deux mois à peine, il avait fait déjà bien des démarches; dans les premières sur lesquelles il comptait à son arrivée, il n’avait pas été heureux, il se présentait mal et comme il avait l’air malheureux, naïf et bon, on ne prenait pas la peine de l’écouter.
- Mais cette fois c’était bien fini cette terreur des hommes ! toutes les petites ressources étaient dépensées; il fallait vivre, car le monde allait bien mal et un pauvre ouvrier qui avait tant souffert pourrait dire ce qu’il y a de terrible dans l’injustice des hommes et apprendre aux autres ce qu’il y a d’inique dans la tyrannie du capital.
- Il savait bien où elle se trouvait la grande imprimerie: elle miroitait devant ses yeux. Sou cœur trembla pourtant en la voyant et lorsqu’il entra sou regard se baissa malgré lui et ce fut d’une voix très-basse qu’il demanda Monsieur X?
- — Il est sorti, lui fut-il répondu.
- On est toujours sorti pour les importuns ou pour les malheureux.
- Il eut un moment de soulagement; il n’aurait pas à lui parler, à lui, et la pensée de ne pas le voir lui rendant le courage, il repril d’un tou plus assuré :
- — Mais peut-être, Monsieur, pourriez-vous me donner le renseignement que je demande. Je sais qu’on emploie ici beaucoup d’ouvriers typographes et je cherche de l’ouvrage.
- — Notre personnel est complet, répondit celui auquel il s’était adressé. Bonjour, Mousieur.
- Camille était congédié, il arpenta bien vite les vastes magasins en franchit le seuil et soupira d’aise en se sentant dans la rue.
- Il n’avait plus faim.
- Mais sou inquiétude et son mal le reprirent, à peine eût-il fait quelques pas.
- Où aller? Eh bien chez tous, chez chaque imprimeur qui se rencontrerait sur sa route, dans toutes les rédactions de journaux.
- Il ne pouvait manquer de trouver quelque part un peu de travail; il eu demandait si peu pour le moment, de quoi acheter un de ces pains dorés qui s’étalaient derrière les vitres transparentes des belles boulangeries propres et chauffées.
- Qu’ils étaient heureux, ces boulangers 1
- Mais dans quel tourbillon dansait donc tout ce monde, dont les uns ne connaissaient rien que la misère et l’angoisse et ne pouvaient pas même travailler et se fatiguer tout le jour afin de manger, et dont les autres mangeaient, dormaient, jouissaient sans 30uci ?
- Et ces marchandes qui traînaient sous le froid leur petite charrette? Elles étaient heureuses aussi !
- S’il avait eu seulement uue petite charrette, lui, chargée comme cela ! et une sorte de délire le reprenait en songeant qu’il dévorerait bien tout cru le poisson qu’elles contenaient.
- Et les pharmaciens et les épiciers et tous ces gens qu’il voyait comme dans un rêve causer et rire dans leurs boutiques pourquoi étaient-ils heureux ? Qu’est-ce qu’ils avaient fait pour être heureux? Du haut en bas de toutes les maisons on avait mangé ce matin là, mais lui, on avait oublié de lui donner de l’ouvrage.
- Il travaillerait de si bon cœur pourtant! et il voyait les petites lettres d’imprimerie lui passer devant les yeux et il les assemblait, mais elles écrivaient toujours le même mot : du pain, du pain. Ces lettres là se déplaçaient, gambadaient, sautaient des cases et venaient s’étaler toutes seules : du pain... puis le rouleau glissait sous le papier blanc et de toutes les couleurs il voyait écrit : du pain !
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- L’hallucination le fatiguait terriblement ; il s’aperçut qu’il était devant un libraire.
- Là. il se renseigna, od lui donna une adresse aux Ba-tignolles ; mais c’était loin les Batignolles !
- Je ne sais quel désir étrange, invincible lui prit de ne plus fouler ce pavé dont il lui semblait que toutes les pierres se déplaçaient et s’amassaient en barricades qui l’empôcheraient*bientôt de passer, quel désir de fuir ces murailles formées par les maisons qui l’étouffaient, l'oppressaient et lui causaient de plus en plus une suffocation imaginaire insupportable.
- Il suivit le chemin du Luxembourg et en y pénétrant, il se prit à pleurer sur les pauvres arbres dépouillés, sur leur tristesse, sur leurs belles feuilles vertes disparues, sur leur ombre tombée en lambeaux jaunâtres sur la terre nue.
- Il n’y avait plus d’arbres charmants là-bas, au village, non plus sans doute, on n’y riait plus comme autrefois, on n’y dansait plus le dimanche autour du vieux châtai-gner touffu; oh non! puisque le Luxembourg était si triste ! puisqu’il faisait sombre, puisqu’il avait faim, lai, si froid et si peur l
- Celte sensation de la peur, toute nouvelle pour lui, lui causa une secousse inaccoutumée. Il rouvrit les yeux qu’il avait fermés sans s’en apercevoir, et il se vit assis ou plutôt à demi étendu sur un banc dans la grande allée, tout tourbillonnait ; il éprouvait une sensation étrange. Alors un mirage passa devant son imagination. Il revit le hameau, sa chaumière, le grand bois, puis sa petite sœur, puis un loup dont il l’avait délivrée au loin un soir, lorsqu’il n'était encore qu’un adolescent, et alors un visage plus aimé passa devant ses yeux, un doux et charmant visage qui avait hanté ses plus beaux rêves, bientôt ce visage parut se décomposer, puis prendre une expression de reproche farouche et de colère, puis grimacer et offrir à son regard l’aspect d’une tète de mort hideuse.
- L’hallucination le fatiguait terriblement, il se leva pour échapper à cette vision insupportable et s’aperçut que ce qui l’avait tant effrayé était l’ombre décharnée d’une branche sur la terre humide. Le soleil avait fabriqué pour son imagination un cadre fantastique et terrible à son souvenir.
- Quand il eût fait une cinquantaine de pas, il aperçut une nuée de moineaux s’abattant aux pieds d’un homme bien mis qui les appelait et leur jetait du pain en souriant. Il regarda les oiseaux d’un air égaré, ils emportaient ce pain que lui aussi aurait ramassé avec tant de plaisir 1 les petits morceaux épars sur le sol le tentaient, l'attiraient. S’il eût été seul, il eût lutté de promptitude avec ces petites bêtes qui avaient, elles, peut-être autre chose à manger, mais il n’osa pas.
- Il murmura seulement d’une voix sourde : «Gaspiller tout ce pain, quand il y en a tant qui meurent de besoin, c’est ignoble !» et il jeta un regard farouche au pourvoyeur des petits oiseaux ; il s’arrêta devant lui d’un air inconsciemment menaçant.
- Celui-ci le prit pour un fou ou pour un malfaiteur ; il se dirigea du côté opposé, suivi par la nuée de pierrots et Camille eut un ricanement.
- Tout près de lui il aperçut un petit morceau de pain : d’un mouvement rapide comme l’éclair il se baissa pour le prendre, le mangea, ne sentit rien qu’un peu plus de faim encore et s’enfuit comme s’il eût commis un larcin.
- Pauvre Camille ! la première porte à laquelle il heurta, par une inspiration subite, en sortant du Luxembourg fut celle des cuisines d’un grand restaurant. Il demanda à laver la vaisselle ; il avait entendu dire qu’on prenait souvent des aides dans ces sortes d’établissements à cette heure de la journée.
- Un des cuisiniers le regarda en riant :
- — Que veux-tu que nous fassions d’un monsieur comme toi, dit-il, tu salirais ta redingote et ton pantalon noirs. Passe ton chemin, mon garçon.
- Il sortit.
- Quand on a faim, pensa-t-il, il faut donc aussi être en haillons pour qu’on vous croie.
- Il marcha ; les oreilles lui tintaient ; il s’arrêtait de temps en temps pour boire aux fontaines Wallace Bientôt il arriva aux halles.
- Il avisa quelques forts et demanda à l’un d’eux s’il ne pouvait pas les aider en quelque chose.
- — Tu plaisantes, pâlot, lui fut-il répondu, qu’est-ce qu’on ferait de toi. M’est avis qu’il aurait besoin plutôt qu’on l’aide à se porter lui-même ; pas vrai, les autres ? Voyez donc ce petiot qui veut faire le fort de la halle i c’est farce !
- Camille se mit à rire aussi. L’idée était étrange eu effet Ses jambes se dérobaient sous lui..., et il se proposait pour soulever des fardeaux !
- — C'est farce, répéta-t-il comme dans un rêve, c’est très farce !
- Il enfila la rue Montmartre, puis arrivé au faubourg, il entra à la rédaction du .... et demanda le secrétaire. Il fut introduit dans un vestibule d’attente et prié de s’asseoir.
- Il vit passer une foule de gens, des porteurs de journaux, des rédacteurs qui arrivaient en riant et en causant; il vit reconduire l'un et l’autre visiteur.
- On parlait de tout, de la politique du jour, des cancans de boudoir, des livres nouveaux, du bel avenir de celui-ci, du discours remarqué de celui-là et Camille entendait presque sans comprendre. Il tremblait à chaque nouveau visage, se demandait si c’était là le secrétaire et il avait peur au moment de parler que ce ne fut lui enfin !
- Au bout de trois quarts d’heure, à peu près, on vint lui dire qu’il pouvait entrer, et on l’introduisit dans une chambre très-vaste où semblaient travailler plusieurs hommes, dont les uns feuilletaient des journaux, les autres écrivaient en intercalant dans leur texte de nombreux coups de ciseaux.
- Camille avait, pour unmoment, retrouvé toute sa présence d’esprit : un seul indice de délire lui restait encore ; il lui semblait que depuis les fenêtres jusqu’à la porte, la salle s’inclinait obliquement et risquait d’être précipitée dans un invisible abîme.
- Un des journalistes leva les jeux; c’était le secrétaire sans doute, l’un de ceux d’ailleurs que le jeune homme avait vus passer plusieurs fois devant lui, reconduisant des visiteurs.
- — Que désirez-vous, Monsieur, demanda-t-il d’un ton froid.
- — Monsieur, je suis ouvrier typographe, assez habile même; je n’ai pas d’emploi pour le moment et je ne puis plus attendre. Ne pourrait-on pas m’employer dans les presses ?
- — Ce n’est pas à moi qu’il faut vous adresser, mais je crois devoir vous prévenir que votre démarche serait inutile ; on ne prend ici que les ouvriers recommandés.
- 11 se leva pour le congédier et Camille, qui retournait son chapeau entre ses mains, ouvrit la bouche pour insister, il n’osa pas et comme sa situation en se prolongeant, devenait insoutenable et ridicule, il sortit en trébuchant et eut peine à trouver la porte.
- En la refermant il entendit une voix qui disait :
- — Il est ivre cet homme.
- — Ivre de faim, dit-il tout haut avec rage, et il franchit à grand pas le vestibule et l’escalier.
- Il se rendit alors tout droit aux Batignolles, à la maison qu’on lui avait indiquée. . ..
- Il n’y avait personne. L’imprimeur en question étau déménagé.
- (A suivre.) Potonié Pierre.
- Le Directeur~Gérant : GODIN.
- Saint-Quentin — lmp. de la Société anonyme du Glaneur
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- DIMANCHE 14 NOVEMBRE 1880
- 3e ANNÉE, TOME 4 — N° 114 Le numéro hebdomadaire 20 c.
- Le Devoir
- S
- BUREAU
- A GUISE (Aisne)
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODÏN Dire cteur- Gérant Fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE
- par renvoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France
- Un an ... . Six mois . . . Trois mois . .
- 10 fr. »» 6 w»
- 3 »»
- Union postale
- Un an .... 11 fr. »» Antres pays Un an. . . . 13 fr. 60
- ON S’ABONNE
- A PARIS
- 5,r.Neuve-des-petits-Champs Passage des Deux-Pavillons
- S’adresser à M. LEYMÂRIE administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- Une grève au Familistère. — Nouvelles du Familistère. — Faits 'politiques et sociaux. — La vente à crédit et la poursuite pour dettes. —• Nouvelles diverses. — Nouveau programme socialiste. — Crédit au travail. —- L’égale de Vhomme. — Deux misères, Nouvelle. — Variétés.
- UNE GRÈVE AU FAMILISTÈRE
- La gent cléricale et bonapartiste vient de se mettre à l’œuvre contre l’Association du Familistère. Une série de dépêches calculées a été envoyée aux journaux, leur donnant la fausse nouvelle qu’une grève avait éclaté dans les ateliers de l’Association. Ces dépêches ont pris pour motif une réunion d’un assez grand nombre d’ouvriers de l’usine; réunion qui a eu lieu le samedi 30 octobre dans le but de recevoir des éclaircissements sur l’interprétation du règlement de la Société. Les explications ont été échangées sans que le travail ait cessé dans l’usine.
- Le lendemain était un dimanche, puis venait la Toussaint; c’était donc deux jours fériés Pendant lesquels, comme d’habitude, les ateliers 0nt été fermés. Que les correspondants des Journaux aient qualifié de grève cette cessation de travail, cela prouve la valeur de leur bonne loi et de leurs intentions. Le mardi matin,
- | 2 novembre, tous les ouvriers étaient à leurs / travaux, avec leur exactitude habituelle; mais ! « Le Conservateur de l’Aisne »,. journal cle-
- II rical, à qui il était si facile de savoir au juste l’état des choses, n’en publiait pas moins la nouvelle de la grève en ces termes :
- « Guise — Grève. — On nous apprend et « nous répétons sous toutes réserves f que « samedi une grève a éclaté à l’usine Godin : « 700 ouvriers environ auraient refusé de re-« prendre leur travail pour ne pas consacrer « un nouveau règlement, aux termes duquel le c< premier tiers devient ainendable.
- « Nous croyions que l’organisation familisté-« rienne de l’usine Godin la mettait à l’abri de « ces éventualités.
- « M. Godin trouvera en cela un sérieux élé-« ment de réflexions. »
- Les journaux de toutes nuances répétèrent la nouvelle, beaucoup l’empruntant au journal cc Le Temps » qui l’avait .publiée dans son numéro du 4 courant. Aussitôt réception de ce dernier journal, un membre de l’Association adressa au rédacteur du « Temps » la lettre suivante :
- « Monsieur le Rédacteur,
- « Nous trouvons dans « Le Temps » du 4 no-« vembre une note annonçant que la plus « grande partie des ouvriers de la fonderie « Godin, à Guise, sont en grève.
- « Dans l’intérêt dé la vérité, nous croyons « devoir vous dire que vous avez été mal
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- « informé. Il n’y a pas eu de grève du tout dans « ce que vous appelez la fonderie de M. Godin « et qui, en réalité, appartient à l’AssoGiation « du Familistère de Guise.
- « Une société qui doit comprendre plus d’un « millier de participants ne s’installe pas sans « donner lieu dans les débuts, et surtout avec « les ouvriers qui ne se sont pas encore com-« plètement rendu compte des avantages qui en « résulte pour eux, à un échange d’explica-« tions. C’est ce qui a eu lieu samedi dernier et « qu’on a qualifié de grève".
- « Je vous serai reconnaissant, Monsieur le « Rédacteur, de bien vouloir insérer dans votre « journal la présente rectification.
- « Agréez, je vous prie, l’assurance de ma « considération distinguée.
- « Un membre de l’Association,
- « Signé : Fabre. »
- Mais ce qu’il y a de triste à noter, c’est qu’un journal comme « La Marseillaise », emboîtant le pas derrière les cléricaux et les bonapartistes dénigre à son tour l’Association du Familistère, en reproduisant la nouvelle de la prétendue grève en ces termes « Grève à Guise ÇAisne)
- « Presque tous les ouvriers fondeurs du « Familistère de M. Godin, à Guise, au nombre « de 800 environ, viennent de se mettre en « grève à la suite d’un règlement intérieur « vexatoire, établi par le directeur de l’usine.
- « Cette grève est une nouvelle preuve du peu de « valeur de tous ces palliatifs qu’on nous donne « comme des solutions pratiques de la question «^sociale.
- « Il n’y a qu’une seule manière de résoudre « la question sociale, c’est l’abolition du salariat « qui ne peut être obtenue qu’en mettant à la « disposition des travailleurs, la matière prête mière, l’outil, le crédit et l’échange. Hors de « là pas de salut.
- « P. Vésinier. »
- « Le Prolétaire » faisant la même chose de son côté, s’exprime ainsi :
- « Les Grèves
- Familistère de Guise
- « Il n’est pas de ruse qui ait été employée « par la bourgeoisie pour tromper la masse
- « ouvrière; le Familistère de Guise est l’une de « ces conceptions bourgeoises sur lesquelles « comptaient le plus les Girardin et les « Napoléon III. Or, le socialisme pratique, essai « Godin, vient de se donner à lui-même le « démenti le plus formel; une grève vient de « se déclarer dans cette famille incomparable « de travailleurs socialistes jouissant paisible-« ment des fruits de leurs travaux.
- « La plus grande partie des forgerons de ce « courant capitaliste et industriel, soit huit « cents ouvriers, ont refusé d’accepter un règle-« ment que le directeur, M. Godin, a voulu leur « imposer, en vertu probablement des principes « socialistes dont ce Monsieur fait parade.
- « Ils ont quitté les ateliers.
- « Nous ne sommes pas fâchés de cet événe-« ment; il vient prouver combien nous avons « raison d’enseigner qu’en dehors de l’égalité « de puissance et de moyens, il n’y a pas de « liberté possible. »
- Votre joie est trop hâtive, Messieurs du Prolétaire, car en attendant que vous ayez mis tout sens dessus dessous par la révolation sociale, les. Associés du Familistère ont en moyenne chacun 600 francs d’épargne en parts d’intérêts pour la seule année de 1879, et les simples participants chacun environ 300 francs.
- Des statuts et règlements qui conduisent à ces résultats ne s’imposent pas. Ils sont franchement et loyalement accueillis, ou l’on ne serait pas digne de faire partie de l’Association fraternelle du Familistère.
- Et comme, outre çes droits de participation, les ouvriers gagnent de 4 à 6 francs par jour, vous comprendrez que s’il pouvait y avoir parmi nous quelques esprits malades s’inspirant de votre manière de voir, ils seraient impuissants à faire que la masse des membres de notre Association compromît, par la grève, la source de son bien être et de sa prospérité, pour courir après la ruine et le malheur.
- Mais l’Association du travail et du capital inaugurée dans la Société du Familistère et devenue récemment définitive par le dépôt régulier des statuts, est un fait trop considérable pour ne pas avoir ses adversaires. Toute grande idée a eu ses détracteurs ; il est dans la
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- nature dçs choses, que l’Association du Familistère ait les siens.
- Nous considérons comme un symptôme digne d'attention qu’à propos d’une simple réunion d ouvriers de l’Association, réunion inoffensive qui avait eu lieu dans la propriété même de l’établissement, samedi 30 octobre,on ait immédiatement constaté l’empressement de la police à venir aux renseignements. Dès le lendemain, dimanche, le commandant de la gendarmerie arrivait en hâte de Yervins, chef-lieu d’arrondissement ainsi qu’un certain nombre d’agents de police, a-t-on dit,habillés en bourgeois, tandis que les ouvriers de l’Association profitant du repos du dimanche, tranquilles au sein de leurs familles,ne supposaient pas qu’on s’occupât d’eux au dehors.
- L’administration de la police n’a sans doute été guidée dans cette affaire que par des intentions bienveillantes pour tous les intérêts, et par le désir de maintenir l’ordre s’il en eût été besoin ; mais il est fort à craindre que des passions hostiles à l’Association ne se soient empressées de faire à l’administration des rapports capables de l’égarer, comme cela a eu lieu à l’égard de la presse.
- Nous pensons que la plupart de nos confrères du journalisme ont reproduit sans aucune intention désobligeante pour notre société, la note erronée annonçant la grève; aussi espérons-nous que bon nombre d’entre eux voudront rendre hommage à la vérité en rétablissant les faits dans leur exactitude.
- La presse républicaine ne peut pas vouloir que lar première expérience sérieuse d’Association entre chef d’industrie et ouvriers soit livrée sans examen, à des insinuations calculées, de la part des ennemis de la République, dans le but de nuire à sa considération.
- Nous prions nos confrères de nous envoyer les numéros de leur journal qui s’occuperont de notre Société.
- *
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- Etrange phénomène que le sort des entreprises vraiment nouvelles I Le Familistère, dès son origine, a été ouvertement et secrètement l’objet des calomnies les plus infâmes.
- Qu’est-ce donc que le Familistère?
- C’est un édifice dans leauel les bénéfices de
- l’industrie ont été employés de façon à faire de cette demeure un palais pour les familles ouvrières attachées à l’Association, le fondateur considérant que le logement agréable, salubre, commode est une des premières satisfactions nécessaires au bien-être des classes ouvrières,
- Mais les adversaires du progrès reprochèrent. immédiatement au Familistère d’introduire dans son organisation des réformes, dont l’opinion commence aujourd’hui seulement à se préoccuper.
- Depuis vingt ans, en effet, le Familistère a institué l’éducation et l’instruction gratuite, laïque et obligatoire : nourricerie, jardins d’enfants et classes d’école à différents degrés.
- Depuis vingt ans, le Familistère lutte pour l’enseignement mixte contre les .menées cléricales et jésuitiques qui sont parvenues à introduire en France la séparation des. filles et des garçons dans les écoles primaires ; menées auxquelles la plupart des républicains se sont laissé prendre, favorisant ainsi, à leur insu, l’enseignement congréganiste, au détriment de l’égalité d’instruction des sexes et des habitudes de respect que ceux-ci se doivent l’un à l’autre.
- Depuis vingt ans, le Familistère a des caisses de retraite pour la vieillesse et de subvention pour les familles ; il a ses assurances mutuelles en cas de maladie.
- Depuis vingt ans, la femme a droit de vote au Familistère ; elle y a ses conseils et ses comités.
- Ces choses se sont accomplies d’abord au milieu des difficultés imposées par la police de l’empire, sous l’influence dissolvante du confessionnal, au milieu de procès auxquels les calomnies cléricales les plus infâmes et souvent tenues secrètes ont servi de base.
- Et aujourd’hui que toutes les institutions mises en pratique au Familistère ont vaincu les résistances et les calomnies cléricales, aujourd’hui que ces mêmes institutions sont demandées par l’opinion publique, des journaux républicains, se donnant comme défenseurs des intérêts des classes ouvrières, se rangent, sans connaître ni les principes, ni les statuts de notre Société, du côté des cléricaux pour entonner le De profundis de l’Association du Familistère ! mais lip.nrfliispmpn} po Ha
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- aura le même effet que les excommunications actuelles des Jésuites.
- Nous ferons remarquer aux ultra-socialistes que tandis qu’ils n’ont pour tout bagage que des paroles vides de programmes, de méthodes et de plans pratiques, et les grands mots de | révolution sociale et du renversement de tout j ce qui existe, la Société du Familistère,elle,fait j des actes et offre ses statuts à la méditation du ( monde civilisé.
- GODIN.
- NOUVELLES DU FAMILISTÈRE
- Un journal de New-York « The Daily Graphie », dans son numéro du 8 octobre 1880, donne le récit de la dernière fête de l’Enfance, tel que le Devoir l’a publié en septembre dernier. Cet article est dù à madame Marie Howland, l'illustre auteur de « La Fille de son père. »
- A l’occasion de cette traduction, madame Howland nous a fait, en outre, le plaisir d’adresser la lettre suivante à notre population enfantine :
- « Hammônton, New-Jersey Etats-Unis d’Amérique,
- « 12 octobre 1880.
- « Chers élèves du Familistère,
- « Séparée de vous par 1200 lieues de distance et « par l’Atlantique orageux, j’ai lu dans le a Devoir »,
- « avec un plaisir impossible à exprimer, les charte mants détails de la dernière fête de l’Enfance célé-« brée au Familistère. Pour la première fois, j’ai pris « connaissance de quelques-uns des noms de la gé-» nération qui s’élève dans votre grande Association :
- « Eugène Griviller,
- « Aristide Tétier,
- « Zéphir Proix,
- « Alphonse Sarrazin,
- » Héloïse Point,
- « Palmyre Poulain,
- « Camille Delzard.
- « Sept noms gentils et qui me semblent bien dignes u de figurer sur le rôle d’honneur de l’avenir.
- « Ces noms sont déjà publiés dans le « Graphie »,
- « journal quotidien, illustré. On vous fera voir le « numéro contenant vos noms, si vous le demandez,
- « car je vais l’envoyer au Familistère aujourd’hui « même. Le Graphie a des abonnés dans tous, les « pays du globe, partout où il y a des gens riches « parlant en anglais ; car c’est un journal de luxe,
- « le prix d’abonnement étant de soixante francs par « an.
- « Ainsi vous voyez que le monde a déjà les yeux fixés sur vous.
- u Peut-être dans quelques années, lira-t-on parmi les administrateurs du Familistère, ou parmi ses collaborateurs distingués, un ou plusieurs de p.es sept noms, et l’on cherchera s’ils sont ceux des enfants qui en md huit cent quatre-vingt on gagné les prix d’honneur dans les Ecoles du Fami-listère.
- « J’espère voir de nouveau l’an prochain ces mêmes noms et bien d’autres encore sur la liste d’honneur de vos écoles. Travaillez bien, chers j « enfants, pour cette distinction. Ne perdez jamais l « un instant de ces heures précieuses qui sont con-| « sacrées à l’étude. Soyez reconnaissants de tout ce | « qu’on fait pour vous entretenir, vous instruire, « vous amuser, pour contribuer enfin à votre parfait « développement. Soyez modestes, respectueux pour « vos supérieurs d'âge et position, polis et gracieux « pour tout le monde. N’oubliez jamais que la for-« tune vous a distingués au-dessus des princes et des « princesses du monde, en vous faisant héritiers du « Familistère, la première Association du Capital et « du Travail vraiment digne de ce nom.
- « N’ayez pas peur d’exagérer l’importance de ce « grand ouvrage. Le malheur est que trop de gens « ne peuvent s’élever à la compréhension ni de sa « grandeur présente, ni de ses promesses pour l'a-« venir
- « Enfin, permettez-moi d’ajouter que vous ne de-« vez jamais perdre de vue le fait que dès à présent « le sort du Familistère n’est pas commejadis uni-« quement dans les mains du Fondateur, Monsieur « Godin, nom que vous devez toujours prononcer « avec le plus grand respect. Bien que M. Godin « doive être de première importance dans l’Associa-« tion aussi longtemps qu’il vivra, désormais c’est » l’Association entière qui doit assumer la responsa-a bilité de conserver les institutions du Familistère.
- « Or, comme vous êtes destinés à être un jour « membres et directeurs de cette Association, vous « n’êtes pas des enfants ordinaires, vous, avez dans a le'monde une importance toute spéciale. Aussi les « enfants du Familistère sont ils l’objet de J’atten-« tion de tousoeux qui croient à la sainteté du tra-« vail et aux principes de l’Association.
- a Cultivez-donc avec ardeur l’amour de l’Associa-a tion et l’amour dù travail ; car, selon les paroles « de votre bienfaiteur, a c’est par le travail et par a l’amour du bien que s’accomplira le salut du « monde. »
- Signé : a Marie Howland. »
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- Cette lettre a été lue aux élèves du Familistère réonispour la circonstance. Ils ont naturellement été très-heureux de cette marque d’intérêt et de sympathie si propre à les stimuler à bien faire. Un certain nombre d’entre eux se sont promis d’exprimer à Mme Howland leur reconnaissance.
- Un autre journal de New-York « The Evening post » du 12 octobre 1880, contient un premier article intitulé :
- Une expérience socialiste Maison unitaire à Guise,
- Récit d'une femme.
- C’est la première partie du compte-rendu de Mme Augusta Cooper Bristol,, la célèbre conférencière américaine dont nous avons annoncé le séjour au Familistère, en septembre dernier.
- Mme Bristol débute par signaler qu'étant restée au Familistère cinq semaines, elle a eu le temps de se rendre compte exactement des faits qu’elle va présenter aux lecteurs.
- puis elle entre dans l’exposé des principales dispositions statutaires qui règlent l’admission dans l’une quelconque des catégories de membres de l’Association.
- Frappée des mesures prises pour faire arriver le mérite et la capacité aux premiers rangs par la voie du concours et de l’élection, Mme Bristol entre dans le détail de tout ce qui est prescrit à ce propos dans les Statuts et Règlements; et elle signale que ces mesures, si on les généralisait, ne seraient pas salutaires seulement aux Associations industrielles, mais qu’elles auraient le grand mérite de remédier aux difficultés qu’éprouve le suffrage universel ci confier toujours les mandats aux candidats véritablement dignes de les bien remplir
- « La valeur du principe républicain n’est point « douteuse, « dit-elle, » mais ce principe n’a encore « été appliqué que d’une manière imparfaite.
- « Si le concours, tel qu’il est pratiqué au Familts-« tère était introduit dans les différents services « sociaux, il en résulterait que le suffrage universel « n’aurait devant lui que des candidats ayant prouvé « leurs véritables aptitudes à la fonction qu’ils am-“ bitionnent. Les choix du peuple ne pourraient donc « jamais errer d’une façon aussi grave que l’histoire « le témoigne, et les maux qui accompagnent la « forme républicaine seraient évités. »
- L’auteur décrit ensuite les institutions de pré-voyance mutuelle organisées dans l’Association, afin de mettre à l’abri du besoin, les faibles, les malades, les invalides.
- Elle signale ce qui est fait pour l’Enfance, les différentes classes qui lui sont ouvertes.
- Elle dit que la liberté de conscience est de régie dans la Société du Familistère, et termine en promettant de nouvelles informations dans un prochain article. ^
- FAITS POLITIQUES & SOCIAUX DE LA SEMAINE
- FRANCE
- IL-a. rentrée «31e la Chambre a eu lieu cette semaine.
- Le ministère a demandé que les lois sur renseignement aient ia priorité. La Chambre par 247 voix contre 118 a, donné la priorité à la loi sur la magistrature. En présence d’un vote aussi significatif le cabinet n’avait qu’une chose à faire : donner sa démission.
- C’est ce qu’il a fait.
- Il est certain qu’en présence des ordonnances rendues à Angers et à Poitiers au mépris des principes de notre droit public, il est essentiel de réformer immédiatement la magistrature. On n’a que trop tardé à le faire.
- Peut-être attendait-on pour cela quelque scandale plus vif que ceux dont on avait déjà été témoins. En ce cas, la magistrature a servi à souhait la cause de la république en foulant elle même la loi à ses pieds.
- * *
- Appel des lfiyotiers. — Nous coupons dans un appel qui vient de paraître les lignes suivantes :
- « La corporation des layetiers-emballeurs étant une des plus nombreuses de Paris, peut, si elle veut, donner à sa chambre syndicale une force puissante, entièrement dévouée à la defense des intérêts ouvriers; mais pour cela, camarades, il faut : union, conviction et persévérance, plus de négligence, pas d’hésitation : adhért^ et 'propagez cette idée auprès des indifférents, si nombreux parmi nous; faites comprendre à ceux-là de quel poids serait cette union ouvrière qui nous permettrait de défendre nos intérêts et donner droit à nos revendications. Unissons-nous donc! apportons chacun notre appui moral et matériel à cette grande cause du travail. Notre conseil a été assez heureux do pouvoir vous prouver que. par l’union et en employant des moyens légaux, nous devons bientôt atteindre notre but.
- « Par le groupement syndical,nous préparons un avenir meilleur aux travailleurs et à nos enfants, qui ne doivent plus être des esclaves ni des machines, mais des hommes voulant vivre en travaillant, et se préparer une vieillesse assez indépendante pour ne pas être réduits, après une vie de labeur à demander un lit à l’hôpital.
- « Eh bienl citoyens, pour préparer cet avenir, ayons de l’énergie, du cœur: ne restons pas indifférents, soyons soucieux de nos intérêts, groupons-nous autour de la chambre syndicale, et votre conseil, ayant avec lui cet appui moral et matériel qu’il vous demande, saura et pourra défendre vos intérêts, s’ils étaient menacés.
- « Ainsi plus d’abstention,que chaque atelier nomme un collecteur qui portera vos cotisations mensuelles aux bureaux de recettes. »
- * *
- L’cxéc«tion des Décrets de dispersion des congrégations non autorisée est effectuée pour 261 établissements d’hommes. Le ministère a cru devoir he pas les appliquer aux établissements de femmes.
- Des résistances plus ridicules que sérieuses ont eu lieu en certains endroits. Toutefois à Tourcoing les partisans des Maristes n’ont pas craint de faire une émeute qui a entraîné des charges de gendarmerie. On compte dans cette affaire plus de 60 blessés.
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- ESPAGNE
- Agitation agraire. — Dans la province de Valence, les fermiers refusent de payer les rentes aux gros propriétaires. Ils se sont juré un appui mutuel. Malheur au fermier qui trahirait la cause ! Les proclamations menacent les propriétaires d’une extermination générale, s’ils se montrent par trop exigeants. Ces menaces nuisent à une cause juste en elle même.
- SUISSE
- Lavotation populaire sur la révision cle ia constitution a donné les chiffres suivants :
- 119,397 oui.
- 248,997 non.
- Ce mouvement, nous l’avons dit, avait pris une tournure tout à fait socialiste. Toutes les associations ouvrières ont voté oui.
- Les socialistes l’ont emporté à Glaris, St-Gall, Schaf-fouse et les Grisons, Dans la Suisse de langue française les socialistes n'ont obtenu que 3,800 suffrages contre 74,000.
- L’explication de ce fait est bien simple. Le bien être est beaucoup plus général dans la "Suisse de langue française que dans le reste du pays.
- Voici les réflexions que ce vote inspire à la Lanibole de Winterthour :
- « Les vainqueurs triomphent. Mais le problème contre lequel ils sont partis en campagne se dresse, avant comme après, gigantesque et sans solution. Ils restent aussi debout, les 120,OuO citoyens suisses qui voulaient rendre à l’Etat ce qui appartient à l’Etat; malgré le vote de dimanche, ils ne renonceront pas à ce qu’ils considèrent comme juste et comme leur devoir, et le moment viendra où les gouvernants et les politiques qui se reposent encore au soleil devront compter avec eux. »
- ITALIE
- Garantie aux petits propriétaires. —
- Le gouvernement parait s’être ému de la situation difficile des petits propriétaires italiens et des inconvénients de la concentration toujours plus grande de la propriété dans un petit nombre de mains.
- L’Italie a 26 millions d’habitants environ. Sur ces 26 millions, *e nombre de ceux qui possèdent quelque chose, c’est-à-dire des propriétaires, petits et grands, ne dépasse pas 3 millions 428 mille individus.
- C’est la déjà une bien faible proportion. Elle sera encore plus faible si l’on décompose ce chiffre.
- En effet, sur ces 3 millions 428 mille propriétaires, il y en a plus de 2 millions qui possèdent moins de 25u fr. de rente, somme évidemment inférieure aux besoins de la vie.
- Ceux qui possèdent plus de 250 francs de rente se ré duisentdonc au chiffre de 1 million 428 mille, dont un million possèdent moins de 300 francs de rente, et par conséquent,bien que parmi les favoûsés, sont encore loin d’atteindre au bien-être.
- Ceux qui possèdent réellement de quoi vivre, ceux qui disposent de quelques capitaux et qui ont assez de loisir pour se livrer à. des entreprises de quelque importance et demandant quelque suite se réduisent au chiffre insignifiant de 428,000 sur 26 millions.
- C’est ce qui explique le chiffre énorme des petits pro priétaires qui ont été expropriés par le fi-c è la suite de non-payemeut des impôts, lequel chiffre s’élève, pour 1879 et pour tout le royaume, à plus de 25.000.
- C’est à des études ayant pour but de porter remède à un pareil état de choses que se livre actuellement M. Magliani, ministre des finances, qui se propose de présenter au Parlement un projet de loi tendant à garantir l’existence de la propriété. Mais il ne se fait sans doute pas illusion sur la difficulté du but à atteindre.
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- Le» école» ultramontaines, — Il paraît que le parti libéral s’émeut des résultats obtenus par l’active propagande organisée sous la direction du pape pour le développement des écoles catholiques de Rome, au détriment des écoles municipales.
- Depuis son avènement au pontificat, Léon XIII a fait ouvrir dans Rome 25 écoles très-bien tenues et pourvues touLes de professeurs diplômés, conformément à la lui. Il y a des écoles normales destinées a faire des maîtres et maîtresses élémentaires, des écoles techniques, professionnelles, collégiales, gymnasiales, lesquelles sont mises sur le. même" pied que celles du gouvernement. Mais il y a plus spécialement des écoles primaires. Pour prévoir aux frais d’entretien de toutes ces écoles, le pape alloue annuellement une somme de 300,000 francs.
- Sur tous les points du royaume des écoles catholiques sont ouvertes par les soins de l’épiscopat auquel des circulaires secrètes ont été envoyées du Vatican pour l’inviter à recommander aux curés de faire nommer conseillers municipaux des gens de leur parti, avec mandat de remplacer les instituteurs primaires laïques par des maîtres cléricaux.
- Du haut de la chaire, les prédicuteurs recommandent aux familles de ne pas envoyer leurs enfants aux écoles gouvernementales, dont renseignement est taxé pour eux d’irréligieux.
- ALLEMAGNE
- Le» commissions du Conseil fédéral viennent d’être reconstituées, — On remarque beaucoup que les deux Mecklembourg, qui possèdent des centres commerciaux importants, et l’Oldenbourg avec la longue étendue de ses côtes, deux Etats favorables au libre-échange et dont les représentants siégeaient depuis longtemps dans la commission des douanes et des impôts, s’en trouvent exclus cette année et ont cédé la place à deux Etats sans commerce maritime : la Saxe royale et la Saxe-Altenbourg.
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- Le» finances de l’empire et 1» protection. — L’administration financière de l’empire vient de publier l’état des recettes du trésor impérial pendant la demi-année impériale qui a commencé au Rr avril. Ces recettes sont inférieures de près de trois millions de marcks (3.750,000 francs) à celles de la période correspondante de 1879. La diminution la plus forte porte sur les droits de douanes; elle monte à près de cinq millions de marks, ce qui n’est pas encourageant pour la politique douanière du prince de Bismarck. Mais la plus-value de certains impôts ramène la perte au chiffre déjà indiqué de trois millions de marks environ. On voit que si le trésor impérial vient au secours du trésor prussien, en lui versant les quatorze millions de marks, dont l’annonce a causé, jeudi dernier, un si vif enthousiasme au Landtag, ce n’est pas que lui-même soit tourmenté par l’embarras des richesses ; c’est un pauvre qui soulage plus pauvre que lui.
- ANGLETERRE
- L« question agraire. — Le cabinet britannique prépare des projets de réforme agraire en Irlande.
- « es amis de M. Gladstone trouvent qu’il se montre trop radical et le témoignent hautement. M. George Bowyer, libéral influeut, a écrit à M. Gladstone une lettre pour l’avertir que sa politique irlandaise menace d’avoir son contre coup en Angleterre, les fermiers de ce pays commençant à adapter à leur situation uu système semblable à celui que M. Parnell préconise pour l lriande, système qui aboutit à l’expropriation des propriétaires par les ' fermiers.
- IRLANDE
- L’agfitatiora. — M. Parnell etM. Dillon, malgré les poursuites qui leur sont intentées, ne se laissent pas intimider.
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- Dimanche à Tipperary devant 10.000 personnes, ils out fait voter une résolution demandant l’établissement d’un système, de propriété qui assure aux tenanciers du solia possession permanente de leur demeure et des fruits de leur travail.
- RUSSIE
- Défense carieuse, — Défense a été faite aux journaux russes de publier, pendant un mois, des annonces privées.
- Ces condamnations ont atteint quinze feuilles de St-pétersbourg et de Moscou ; une de ces dernières a été condamnée cinq fois,
- La cause de la défense de publier des annonces privées est curieuse.
- Ce n’est pas, comme on pourrait le croire, la question de moralité, mais bien la question politique. En effet, les socialistes étrangers, les nihilistes russes eux mêmes correspondaient au moyen d’annonces commerciales ou autres. L’offre d’un remède quelconque, par exemple, signifiait une réunion de nihilistes. On dévoilait aussi par ce moyen les secrets administratifs de la troisième section.'
- La découverte, chez un nihiliste, d’un dictionnaire explicatif, a révélé les faits précités.
- X,es femmes docteurs. — Dans le Moniteur I de ta Légion d honneur, publié sous le patronage de M. le crrand chancelier, on lit ceci :
- 8 Des insignes académiques spéciaux viennent d’être créés en Russie, par décision impériale, en faveur des femmes qui ont suivi les cours de médecine institués pour leur sexe; ils constitueront la preuve que celles qui en sont décorées ont le droit de pratiquer la médecine. Ils sont formés de deux rameaux de chêne reliés, par un ruban qui entoure le pied d’une coupe flanquée de deux serpents qui sortent du feuillage. Les bouts supérieurs des rameaux sont recourbés, afin qu’ils s’appuient sur les deux côtés de l’écusson national, au-dessous duquel se trouvent les lettres initiales des deux mots russes qui signifient femme-médecin. La coupe, les serpents et les lettres initiales sont en or ; le.resle de la plaque fest en argent. Ces insignes doivent se porter sur le côté droit de la poitrine.
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- Nouveau procès. — Le journal Rouskia Viedo-iomosti, a publié une correspondance de Charkof au sujet d’un procès politique qui se juge en ce moment dans cette ville devant la cour martiale. n.es détails révélés par le correspondant ont excité un intérêt sympathique en faveur du principal accusé, jeune homme de vingt ans, fils du docteur Citzianko, professeur à l’université de Charkof. La liste des témoins cités par la défeûse est tiès considérable. Les autorités de la prison où ie jeune Citzianko a été détenu ont été appelées devant le tribunal, à la requête même du procureur impérial, tant les faits racontés par l’accusé ont paru monstrueux.
- Une émotion indescriptible s’empara, de l’auditoire quand Citzianko, pour expliquer la contradiction de ses réponses durant l’instruction et devant la cour, a retracé eu termes éloquents la prostration morale et physique où l’avaient plongé la privation presque complète de nourriture et le froid glacial du cachot. Le malheureux père assistait a la séance. Sa douleur était déchirante.
- Ces forces lui manquèrent, il tomba évanoui avant que so.a fils n’eût achevé de parier, La séance fut levée au milieu d’une vive agitation. Le lendemain, la même scène se renouvela quand le tribunal somma l’accusé de préciser les faits en présence de l'inspecteur et des surfilants de la prison. Il le fit avec un acceût de sincérité lui arracha des larmes aux assistants. Le père ne supporta pas mieux cette épreuve que la première fois.
- On dit le jeune homme remarquablement doué, possé-("ü(- le don de la parole et uue voix d’une douceur ^armante. Sou visage émacié et pâle n’a plus rien de
- La cour martiale vient de prononcer son arrêt dans cette lamentable affaire. Citzianko et Legko ont été condamnés à la perte des droits civils et à deux ans et huit mois de travaux forcés en Sibérie. Cinq autres accusés ont été condamnés à des peines moindres ; huit ont été acquittés, après avoir subi huit mois de prison préventive et toutes les angoisses de l'instruction criminelle.
- Et la Russie ose revendiquer le titre de pays civilisé !
- PAYS-BAS
- La peine de mort est supprimée en Hollande. Il est même vraisemblable qu’elle ne sera jamais rétablie, car la seconde chambre, discutant le nouveau code pénal, vient de repousser par 41 voix contre 20 le rétablissement de cette peine.
- AUTRICHE-HONGRIE
- Propagande socialiste. — Malgré la vigilance sévère de la police, la propagande socialiste continue dans la capitale autrichienne.
- Dernièrement la police a saisi toute une expédition d’écrits défendus arrivés à Vienne. Ces imprimés étaient renfermés dans des cannes en bambou.
- ÉTATS-UNIS
- Les femmes qui votent. — Le correspondant New-Yorkais du Siècle s’était montré jusqu’ici adversaire du droit des femmes.
- Il paraît qu’il revient de cette prévention, car voici ce qu’il écrit.
- Les femmes de l’Etat de New-York viennent de voter pour l’élection des directeurs des écoles publiées. C’est un droit qui leur a été récemment conféré, et elles viennent de l’exercer avec beaucoup de calme, et non sans un certain empressement. Ici, et dans tous les districts électoraux de l’Etat, elles se sont portées aux urnes de compagnie avec les hommes, mais elles ont voté dans des salles à part. Presque tous les canditats qu’elles ont portés sur leurs lit-tes ont passé. A Saratoga, trois femmes ont été élues, et c’était justice ; car, dans ia majeure partie des écoles, ce sont des femmes qui professent ; en outre, nous pratiquons ici. vous le savez, ce qu’on appelle le système de la co-éducation, c’est-à-dire que jeunes filles et jeunes garçons s’assoient dans les écoles sur les mêmes bancs. Il est donc juste que les femmes soient non-seulement appelées à voter pour l’élection des directeurs et des administrateurs des écoles, mais encore qu’elles soient elles-mêmes, le cas échéant, sur la liste des candidats à ces places. Gela, du reste, n'est repoussé ici par personne.
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- L’éducation mixte. — On écrit de New-York au Siècle ;
- Notre système de co-éducation fait chaque jour des progrès. Il est trouvé excellent et applicable à tous les cas. Ce n’est pas seulement dans les écoles publiques, c’est encore dans les collèges et les universités où se donne l’éducation supérieure, qu’on veut définitivement l’adopter. L’Université de Cornell et celle de Michigan ont déjà ouvert la marche en admettant à la fois des étudiants et des étudiantes pour touâ les cours. Le fameux collège d'Harvard, qui est pour nous ce que Cambridge et Oxford sont pour les Anglais, a établi à sou tour ce qu’il a nommé une annexe, destinée aux étudiants en jupons. Voici maintenant que notre collège Columbia va emboîter aussi le pas, et que lê vieux docteur Bernard, un conservateur s’il en fût, et directeur de ce collège, a demandé, dans son dernier rapport annuel aux trustées ou administrateurs du Columbia-Colledge d’admettre les femmes à suivre aussi les cours.
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- L’élection présidentielle. — L’élection des électeurs présidentiels qui a eu lieu le 2 novembre assure une majorité considérable au général Gfarfîeld, can-
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- diiîat du parti républicain. On peut, le considérer comme élu de fait, bien que les électeurs présidentiels ne procèdent à l’élection au deuxième degré que le premier mercredi de décembre.
- Rappelons que M. Garfield a été charretier dans sa jeunesse. En France on aurait reproché au candidat son ancienne position; aux Etats-Unis on lui en a fait honneur.
- LÀ VENTE A CRÉDIT ET LA POURSUITE POUR DETTES
- Il y a certains fléaux dont la classe ouvrière a beaucoup à souffrir et que cependant on n entend jamais dénoncer. C’est le cas par exemple de la vente à crédit et de sa compagne habituelle et presque obligée la poursuite pour dettes.
- Nous étonnerons sans doute beaucoup de personnes en qualifiant la vente à crédit de fléau, et cependant jamais épithète n’a été plus justement appliquée. Qui dira le nombre des ouvriers honnêtes, laborieux mais imprévoyants, qu'elle a conduits à la ruine, au. découragement et à tout ce qui s’en suit. Parlez à de pauvres gens, demandez leur comment ils en sont venus au point où vous les voyez et comment il se fait qu’ils ne peuvent s'élever de la position où ils se trouvent, souvent, très-souvent ils vous diront que c’est une saisie arrêt, ou même plusieurs saisies successives qui en sont cause. D’autres vous déclareront qu’il leur est impossible d’écjiapper à ieur état de misère par le fait qu’ils sont voies par leurs fournisseurs. Et si vous leur demandez sur quoi ils se basent pour parler ainsi, ils vous expliqueront qu’ils étaient ©ri compte avec leurs fournisseurs, puis qu’une maladie, un chômage ou une grève sont survenus pendant lesquels ils ont laissé grossir leur compte, puis que, une fois le travail repris, l'insuffisance de leur gain ne leur a pas permis de se libérer, enfin qu’ils en sont venus à ce point qu’ils doivent subir de la part de leurs fournisseurs faux poids, fausse mesure ou prix majorés sous peine d’encourir des poursuites pour dettes.
- Ceci n’a rien d’exagéré. Les fournisseurs de la classe ouvrière ne sont pas toujours des gens délicats ; si même ils le sont à l’origine, il leur faut une dose peu commune d’honnêteté pour le rester en présence de la situation qui leur est faite. En, effet, ces fournisseurs sont en général de petits commerçants ne disposant que d’un capital très-limité. Forcés par la nécessité de la concurrence à faire crédit, ils voient bientôt leur capital être insuffisant. Il leur faut recourir aux services d’un banquier, lequel banquier leur enlève sous forme d’intérêt ou de.commission le plus clair du fruit de leur travail. L’existence du petit commerçant devient alors très
- érfffci e. C’est un enfer. Il faut qu’il renouvelle sa marchandise et souvent qu’il paie ia marchandise en renouvellement avant qu’il soit payé de celle qu’il a vendue à crédit ; il faut qu’il alimente son compte chez le banquier par de fréquents versements, sans quoi le banquier trouvera que sa commission s’applique à un total de roulement trop faible et fera mine de retirer un appui trop peu lucratif; enfin selon la profession du commerçant, par exemple s’il est boulanger, tailleur ou cordonnier, il faudra qu’il trouve encore de l’argent pour le salaire de ses ouvriers qui refuseront de travailler pour lui s’il les fait attendre.
- Le pauvre commerçant sous cette triple exigeance de sa situation, est dévoré de soucis. Il se voit forcé de recourir aux expédieuts. De plus il lui faut se couvrir des risques de pertes que lui fait courir sa clientèle. Il a des débiteurs insolvables, d’autres qui meurent sans rien laisser. Il est donc exposé à des ^ertes continuelles qui, s'il ne les contrebalance pas, le mettront au-dessous de ses affa res. Il faudra donc qu’il se rattrape sur ceux qui paient, des pertes que lui font essuyer ceux qui ne paient pas.
- Ne sentez-vous pas combien fortement il faut que le sentiment de la loyauté soit chevillé dans son âme pour qu’il résiste à la tentation d’échapper à ce cauchemar par des moyens déshonnêtes. Ne comprenez vous pas combien est tentatrice la facilité où il se trouve de tricher son débiteur, de lui livrer dos produits falsifiés, de lui compter un poids pour un autre, de lui faire fausse mesure, de le tromper sur Sa qualité, de lui vendre au-dessus du prix, etc., etc. Et le malheureux débiteur devra tout supporter, car s'il parle de quitter son fournisseur, celui-ci le menace de poursuites.
- Avouez que le sort de l’ouvrier abandonné à un tel état de choses est profondément navrant.
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- Voici l’un des vices de la vente à crédit. Il est im-
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- portant, mais il n’est pas le seul. Elle en a un autre, plus grave peut être, celui d’inciter l’ouvrier à l’imprévoyance, de lui offrir un appât.
- L’ouvrier est, par ia force des choses, peu exercé î la prévoyance. L’absorbtion de tout sou temps par le travail, la nécessité où ii se trouve d’employer immédiatement son salaire à des dépenses urgentes, la difficulté qu il rencontre si*souvent à nouer les deux bouts, même s’il est laborieux et économe, enfin le sentiment plus ou moins fondé dans lequel il vit que sa situation ne peut s’améliorer d'elle-même le poussent à vivre au jour le jour sans trop songer à l’avenir. Lui qui aurait plus besoin que tout autre de compter et de réfléchir , il ne peut ni réfléchir n
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- compter. Aussi qu’arrive-t-il ? Si quelque occasion se présente d’éciiapper à la gêne du moment fût-ce en engageant l’avenir — vite il la saisit aux cheveux. Que son boulanger, que son épicier, que tout autre fournisseur lui permettent de ne pas payer comptant, il ne manque pas d’en profiter ; il voit très-bien la facilité du moment et ne songe même pas aux embarras de l’avenir.
- D’ailleurs s’il songeait à l’avenir agirait il d’autre façon ? Est-ce que l’avenir à ses yeux peut-èlre pire que le présent ?
- Ainsi donc le crédit du fournisseur remplit à l’égard de l’ouvrier le même rôle que le lard d’une ratière à l’égard d’un rat : c’est une offre bien tentante, un appât auquel on ne sait pas résister ; on croit que l’on pourra y mordre impunément; on y mord en effet, mais du même coup on y perd sa liberté !
- Oh ! ils sont nombreux les captifs du crédit, les malheureux qui traînent après eux une dette comme le forçat traine son boulet.
- Heureux encore ceux qui ne voient pas cette situation empirer par le fait de poursuites. Le crédit amène souvent la saisie arrêt en vertu de laquelle, le malheureux ouvrier qui travaille à la sueur de son front durant tout une quinzaine voit son salaire saisi entre les mains du patron.
- Notez qu’en cas de saisie-arrêt l’ouvrier est très souvent congédié par le ^chef d’industrie et qu’il se trouve à la fois privé de son salaire et privé de son travail. Notez aussi que les huiss;ers se montrent très habiles à accumuler les frais, Combien de fois l'ouvrier n’est il pas victime da l’élévation du tarif des frais que l’huissier est autorisé à percevoir. Sous menace d’une saisie-arrêt qui aurait pour conséquence son congédiement par son patron, l’ouvrier s’impose des privations afin de donner des à-compte à l’huissier chargé de poursuivre. L’huissier les reçoit et l’ouvrier croit avoir éteint sa dette d’autant. Pas du tout. L’huissier retient ses trais avant de rien verser au créancier, et souvent ces frais absorbent le montant des à-compte. La dette reste et l’ouvrier est de nouveau menacé. Il se décourage alors et se refuse à se priver pour faire des paiements qui ne diminuent pas sa dette. D’autrefois il se considère comme volé, s’indigne et déclare résolument qu’il ne paiera plus rien, qu’il a payé, et que tout ce qu'on lui réclame est indûment réclamé.
- C’est aiors que l’on sévit contre lui d’une manière plus grave encore et que l’on a recours aux dernières sévérités de la procédure de la loi.
- Toute cette législation de la poursuite pour dettes est inhumaine. On dirait qu’elle a été combinée dans le seul but de faire des pauvres, et réellement si on
- ! avait eu en vue un tel but. on n’aurait pas mieux pu : faire pour ! atteindre,
- On aurait tort de croire que cette législation protège le créancier. Il n’en est rien. En effet le plus souvent les poursuites pour dettes, surtout lorsqu’il s’agit de dettes peu importantes, ne profitent pas au créancier. Les seuls qui y trouvent avantage ce sont MM. les huissiers et autres agents de droit La fable de 1 huître et des p'aideurs si significative déjà se* trouve ici bien au-dessous de la réalité. Non-seulement le poursuivant ne reçoit que les écailles de l’huître, mais parfois, même assez souvent, il est encore forcé d’y aîier de sa poche.
- Que faut-il penser d’une législation qui, sans protéger efficacement le créancier, aboutit au malheur permanent, à la ruine du débiteur ? Que penser de pratiques judiciaires qui permettent aux frais de dépasser bien vite et plusieurs fois l’importance de la somme réclamée ? Enfin, que penser de procédés qui placent le malheureux poursuivi dans une position telle qu’il parvient à peine à se libérer des frais et que son ancienne dette reste intacte malgré les paiements qu il peut faire ?
- [A suivre )
- NOUVELLES DIVERSES
- TT™ bonapartiste socialiste. — M. Faustin
- Hélie fiis est uu jurisconsulte distingué qui étalé, franchement sa prédilection par les tendances bonapartistes. Aussi est-on fort étonné de trouver daus son dernier ouvrage, les Constitutions de la France, des opinions d’un socialisme très positif,
- in, Hélie déclare de la manière la pius catégorique qu’un état n’e.'t bien ordonné que si chaque citoyen y possède, à tdre incommutable (c’est l’expression textuelle) la maison capable de l’abriter et le champs capable de le nourrir.
- Ce principe dé la propriété individuelle obligatoire et inaliénable, de la propriété par droit de nature, n’est pas tait pour nous sourire ; ce serait le morcellement à l’infini. Si nous le signalons c’est surtout pour montrer que le socialisme est tellement dans l’air que des hommes appartenant aux anciens partis s’en laissent imprégner sans en avoir conscience.
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- Comme sous l’Empire. — Les collections publiques commencent a être distraites de leur destination légitime pour figurer dans les appartements de M. le président de la République.
- Dans une lettre adiessee à M. Louis Legrand, député du Nord, qui demandait quelques tableaux pour le Musée de Valenciennes, M. Turquet, sous-secrétaire d'Etat aux Beaux-Arts, écrit : a J’ai le regret de ne pouvoir vous obteuir une des œuvres qui sont enlevées au Luxembourg ; toutes ces toiles sout destinées à la décoration des appartements de réception de M. le président delà République. »
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- Le Mont-de-Piété cio Berne, au dire d’une coir ;spondance du Journal de Genève, percevrait des droits usuraires qui peuvent s’élever jusqu'à 63 0/0.
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- Dans presque tous les pays civilisés, on a fixé l’intérêt des maisons de prêts sur gage aussi bas que possible.
- A Paris, c’est le 9 ; à Genève et à Bâle, c’est le 12 ; à Londres, c’est le 15 ; à New-York, où l’Etat réglemente le moins possible, c’est le 20 0/0, mais il y a lieu de remarquer que l'intérêt aux Etats-Unis est beaucoup plus élevé qu’en Europe.
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- Jnsqn’on pont aller la sottise. — Sous ce titre : le Pilori, on lit en tête de l'Union nationale, journal clérical de Montpellier, la noie suivante, que nous reproduisons à titre de curiosité :
- « Rousselier, procureur-général;
- « Arnal, procureur de la République, chevalier de Saint-Grégoire-le-Grand, neveu et héritier de Mgr Affre, martvrisé par les révolutionnaires;
- « Fresne, préfet;
- « Monicauît, commissaire central ;
- « Klœbert, commissaire de police ;
- « Robert, id.
- « Outhier, ’ id.
- « Laissac, maire de Montpellier.
- « Ont le 16 octobre dernier, à Montpellier, ordonné, exécuté ou laissé exécuter, ayant mission de l’empêcher, un crime visé et puni par les articles 184 et 291 du Gode pénal.
- « Ces mêmes hommes, par suite de ce crime, sont frappés de l'excommunication majeure, dont ils ne peuvent être relevés que par le pape.
- « Eu conséquence, ils sont séparés de l’Eglise, et tout catholique qui a le respect du droit et de la conscience doit cesser de saluer ces hommes dans la rue et rompre tout rapport avec eux. »
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- Domiîistes et anti-donatistes. — La ville Suisse de Neuchâtel déjà si profondément divisée a beaucoup d’égards vient de s’enrichir d’une nouvelle division.
- Voici en effet ce que nous lisons dans la Gazette de Lausanne :
- Une séance de magnétisme humain était donnée par M. Donato et Mlle Lucile.
- Au moment où, les expériences terminées, la toile venait de tomber, M. L. G. Lambelet, avocat, député au Conseil national, président du Grand Conseil, qui, déjà au cours de la soirée, avait exprimé à demi-voix des sentiments peu flatteurs pour M. Donato et son sujet, prit la parole et chercha à retenir le public qui se relirait : « Chers concitoyens et coocitoyenues... (hilarité) Je proteste contre ïinfecte comédie qu'on vient de jouer devant.vous... »
- A ces premiers mots, tumulte effroyable ; on siffle l’orateur, on le hue, les cris : A laporiel se font entendre, et M. Lambelet cherche vainement à dominer le bruit par les éclats et les roulements de sa puissante voix. M. le préfet de Neuchâtel tente inutilement de calmer l’orateur ; quelques bribes de son discours arrivent à mes oreilles : « Ce charlatan et celte femelle... » Mais la toile se relève, et M. Donato apparait : un dialogue animé s’engage entre le magnétiseur et l’avocat, qui se traitent réciproquement de charlatan. On crie ; « Vive Donato 1 » — d’autres, rares cependant, ripostent par quelques : « Vive Lancelot 1 »
- Mais voici un pompier qui entre en scène dignement ; «Mesdames et Messieurs, évacuez !.., » Vous jugez des rires, — Tout à coup, nuit complète. On a fermé le comp, leur du gaz ; la salie est plongée dans les ténèbres. M. Lambelet sort au milieu d’une foule surexcitée ; il monté sur une borne devant l'Hôtel-de-Ville, et ieprend sa harangue ; il menace M. Donato des colères du Conseil d’Etat ; tout le monde éclate de rire, et le tapage continue pendant dix bonnes minutes.
- Enfin, M. Lambelet s’éloigne entouré d’une quarantaine d adhéreuts que son éloquence a fini par rallier et qui entonnent la Marseillaise, hymne d’un à propos incontestable.
- On s’est rendu dans une brasserie où l’on a arrosé la situation et bu à la confusion du magnétisme humain.
- :k A
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- Tisse eurîeuse statistique, — Le bulletin démographique de la ville belge de Louvain établit pour "l’aunée 1879 un total, de 207 naissances d’enfants naturels. Le troisième trimestre est celui où le nombre des naissances illégitimes est le moins considérable. Or ce trimestre correspond, pour la procréation aux mois des vacances et des examens universitaires (juillet, août, septembre), c’est-à-dire à l’ép que de l’année où MM les étudiants n’ont pas l’occasion de conter fleurette aux jeunes louvauistes !
- Rizarre ! bizarre 1 bizarre !
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- TTnt-eurs j ndiciüires. — Aux Etats-Unis il n’est pas rare de voir des enfants poussés par leurs parents à se poser en victimes d’attentats à la pudeur.
- On fait par ce moyen condamner des personnes innocentes dont on veut se.débarrasser ou se venger.
- M. Alf. Fournier entretenant de ce genre de simulation l’Académie de médecine de Paris, disait l’autre jour :
- « Il y a aussi des cas ou, sans calcul criminel, mais par l’effet de l’innocence ou de la précoce perversité des petites filles, des accusations fausses et toujours redoutables ont été produites contre des innocents.
- « Un médecin américain affirme qu’à sa connaissance ces erreurs se sont produites plus de trente fois, et que des innocents ont été pendus pour des crimes qu’ils n’avaient point commis, bien plus, pour des crimes imaginaires, »
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- Nourritïire à Thon marché. — Le fourneau de la rue d’Aujou Saint-Honoré dont M. et Mme Isaac Pereire ont fait tous'les frfis d’installation et d’entretien, a prouvé qu’on peut.donner à de pauvres l gens une nourriture saine, substantielle et abondante moyennant la modique dépense de 25 centimes par repas. Deux mille indigents ont trouvé, pendant près de deux mois, à cette cuisine hospitalière, leur alimentation quotidienne dans les conditions les plus satisfaisantes.
- Eclairé par cette expérience, M. Isaac Pereire avait résolu d’en généraliser l’application en organisant un vaste système d’économats, dont la pratique des chemins de fer lui fournissait d’ailleurs des modèles remarquables,et en fondant une institution qui aurait eu pour but d’assurer non-seulement aux pauvres, mais aussi aux ouvriers, les bienfaits de la vie a bon marché.
- Il s’agissait de créer, sur tous les points de la capitale. des centres d’approvisionnements de toute nature, où le peuple du travail trouverait de quoi se vêtir, se nourrir et même se meubler à un piix extrêmement modique, de façon à pouvoir désormais économiser sur sou salaire et échapper aux privations qu’il subit aujour-d hui. Il s’agissait d’étabiir des fourneaux et des réfectoires analogues à celui de la rue d’Anjou Saint-Honoré, qui distribueraient gratuitement la nourriture aux indigents constatés, et î offrirait, moyennant 27 ou 30 centimes par repas, aux ouvriers désireux de vivre a bon marché. Une société centrale devait reunir et avancer toutes les sommes nécessaires dans ce double but.
- M. Pereire s était mis en rapport, pour l’exécuter,avec les présidents de Sociétés de secours mutuels et les chefs de l’Assistance publique ; certainement l’œuvre serait aujourd’hui en plein fonctionnement si la mort n’avait pas atteint M. Pereire,
- La direction de l’Assistance publique ne pourrait elle pas reprendre l’œuvre entreprise par M. Pereire ?
- Il faudrait se hâter ; le temps presse. Novembre est commencé ; décembre et janvier s’avancent avec leur cortège de fléaux pour les travailleurs et les pauvres.
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- nouveau mmumm socialiste
- ALLIANCE SOCIALISTE RÉPUBLICAINE
- Déclaratioa
- En présence de l’état de division qui réduit actuellement à l'impuissance le parti socialiste tout entier, et fait-la joie et le jeu de ses adversaires, les soussignés ont résolu d’appeler à eux tous les hommes de bonne volonté, — à quelque école qu'ils appartiennent, — qui jugeraient comme eux que, sans chercher une entente complète sur des questions de doctrine pure, il est utile, nécessaire, urgent, de s’unir sur le terraiu de l’action politique et des réformes pratiques immédiatement
- réalisables.
- Ils prennent donc l’initiative de former un groupe, ouvert à tous les socialistes, sans distinction d’écoles, groupe ouvert à tous ceux qui — sans attaches officielles, — acceptent comme minimum l’exposé des principes suivants :
- Considérant que le but à atteindre est le triomphe de la justice sociale par la liberié ;
- Considérant que ce but ne peut être atteint notamment que par la transformation com ilète du salariat — expression moderne de l'antique sujétion de tous les travailleurs aux détenteuis exclusifs du capital ei par la "participation de plus en plus directe de tous à l’action gouvernementale, au moyen du développement de l’autonomie départementale et communale, et du groupement corporatif ;
- Considérant que tout homme, en naissant, apporte avec soi le droit de vivre et le devoir de travailler ;
- Comprenant d’ailleurs que la Révolution sociale peut s’accomplir seulement par une succession d’évolutions graduelles et d’étapes progressives ;
- Que, si elle a la justice pour but et la liberté pour moyen, elle doit avoir la science pour base et la raison pour guide ;
- Les socialistes républicains dont les noms suivent sont tombés d’accord sur un programme qui, sans contenir toutes leurs aspirations individuelles, leur parait être le minimum actuel des réformes immédiatement réalisables, i nmédiatement exigibles tant sur le terrain politique que sur le terrain économique.
- C'est un programme d’action du socialisme à travers la politi jue.
- Le renouvellement des conseils municipaux est proche ; proches sont aussi les élections à la Chambre des députés : — c’est par l’action qu’un parti s'affirme et prouve sa vitalité.
- Ce programme se renferme donc dans les limites du possiole,' de ce qui pourrait être appliqué, dès d’année prochaine, avec une Chambre nouvelle. Une fois réalisé, il ferait place à un programme plus accentué, plus complet,. marquant une nouvelle étape vers 1 idéal poursuivi par le parti socb liste.
- Il est temps de sortir de l’anarchie et de l’impuissance où. nous nous débattons tous, qui décourage ou exalte, et de la période purement critique. Suivant le mot de Danton : « On ne détruit que ce que l’on remplace »
- Il s’agit de 1881, non de l’an 2000 !
- Il n'est question, pour aucun des adhérents à ce programme, d'abdiquer aucune de ses conceptions particulières des transformations ultérieures de la société.
- Ce programme les convie simplement à se grouper par une action immédiate, afin de démontrer que le parti socialiste, uui par l'identité du nut et des principes généraux, veut et peut aussi s’unir pour jeter les bases d'un graDd parti politique, et prendre sa part d influence et de direction dans le mouvement de l’évolution nationale.
- Programme politique.
- 1° Liberté absolue de réunion et d’association,*
- 2» Liberté (de la presse (suppression du cautionnement) ;
- 3° Séparation des Eglises et de l'Etat. (Suppression du budget des cultes. — Retour du clergé au droit commun. — Retour à la nation des biens' dits de mainmorte) ;
- 4° Magistrature élective. — Révision égalitaire des codes. — Justice gratuite;
- 5° Durée provisoire du service militaire actif réduite à trois années. — Substitution progressive des milices nationales aux armées permanentes;
- 6° Egalité de l’enfant devant l'instruction. — Reconnaissance de son droit à l’iustrucliou intégrale scientifique, agricole, industrielle (laïque et gratuite) ;
- 7° Révision de l’impôt daus sou mode de perception, ses sources et sou emploi. — Suppression des octrois;
- 8° Décentralisation gouvernementale;
- 93 Décentralisation d partementale par l’extension des attributions des conseils généraux. Extension des franchises municipales;
- 10° Suppression du Sénat;
- 11° Suppression de la présidence de la République ;
- 12° Révision de la Constitution dans le sens le plus démocratique. sanctionnée parle peuple;
- 13° Division du pouvoir gouvernemental ; à la Chambre des députés, les intérêts nationaux ; aux couseils généraux, les intérêts régionaux ; aux conseils municipaux, les intérêts communaux ;
- 14° Souveraineté absolue au suffrage universel dans le choix de ses mandataires. — Rétribution de toutes les fonctions électives;
- 13° Droit exclusif pour la nation de décider sur Ja question de guerre ou de paix ;
- 16° Le pacte social sous la sauvegarde des corps élus.
- Programme économique.
- lo Reconnaissance de la personnalité civile aux chambres syndicales ;
- 2U Réduction légale de la durée maximum de la journée de travail ;
- 3° Admission des groupes syndiqués à déposer dans les enquêtes officielles et législatives;
- 4° Suppression du livret d’ouvrier;
- 5° Suppression de l’intervention des patrons dans l'administration des caisses ouvrières;
- (jo Révision de la loi sur les prud’hommes;
- 7° Révision des contrats ayant aliéné la propriété publique : mines, canaux, chemins de fer, etc.;
- 8° Admission des groupes ouvriers aux adjudications des travaux publics;
- 9° Réorganisation de la Banque de France. — Crédit au travail ;
- 10° Création d’écoles d’apprentissage;
- îl° Interdiction du travail des enlants au-dessous de quatorze ans, dans les ateliers, usines et manufactures ;
- 12° Création de caisses de retraite pour les vieillards et invalides du travail.
- Prière d’adresser les adhésions au citoyen F. Jourde, secrétaire de l’AiJiauce socialiste-républicaine, 6, rue
- Monge, .
- A. Avnal, Arthur Arnould, J.-L. Biane, Y. Brébaul, A. Caliet, J. Jubannard, Fr. Jourde, Léon Laudrin, Louis Lu-cipia, Charles Louguet, E Massen, Marchand, A‘. Moreau, Mouléléou, S. Picbou, J. Maillard, Poncerot, Clément Privé, Tabert, A. Theisz.
- Paris, 26 octobre 1880.
- Une rectificatioh historique
- Une erreur générale répondue est celle qui attribue aux insurgés républicains de juin 1848 la mort de M. Affre, archevêque de Paris.
- Il est bon que l’on sache que cette attribution est une calomnie.
- En voici la preuve :
- Pendant le récent séjour à Londres de la délégation du conseil municipal de Paris, un Français a remis au pré-
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- sident de rassemblée communale parisienne un document établissant que la version de la mort de l’archevêque admise jusqu’ici est erronée. C'est une lettre de ce prélat, dictée par lui à son vicaire-général M. Jacque-met, depuis évêque de Nantes, et constatant que la baile qu’avait reçue L’archevêque n’était point partie du camp des insurgés.
- Celte curieuse relique, dont la presse certainement ne tardera pas à s’occuper, a été donnée aux délégués municipaux envoyés à Londres, pour être placée dans les archives de la ville.
- Le donateur est M. Delpech, cousin-germain du docteur du même nom, membre de l’Académie de médecine, mort subitement il y a six semaines.
- LE CRÉDIT AU TRAVAIL
- Dans deux importantes séances, tenues les 20 et 23 octobre, les bureaux de l’Union des chambres syndicales parisiennes ont examiné les moyens pratiques d’arriver à l’institution du crédit au travail.
- L’adhésion des classes ouvrières à la création d’une Banque populaire du travail et de l’épargne, telle était la question à l’ordre du jour.
- Les divers orateurs qui ont été successivement entendus ont mis en relief, avec une grande vigueur et une réelle éloquence,les avantages,disons mieux: la nécessité de cette adhésion.
- Le secrétaire de l’Union, M. Scholastique, a exposé, avec une concision et une clarté remarquables, les avantages que les travailleurs retireraient de la fondation d’une Banque populaire.Les socialistes pratiques, a dit l’orateur, qui veulent sans trouble et sans violence obtenir une répartition plus équitable de la richesse générale, ne pourront obtenir ce résultat que par l’association. Les véritables ouvriers qui, par des moyens légaux, veulent sortir de l’ornière, ne doivent pas se désintéresser de cette question.... Il est de l’intérêt des travailleurs d’accepter sans une défiance préventive, le concours dévoué des républicains sincères dont les lumières et l’expérience leur sont indispensables.
- Un membre de la chambre syndicale des peintres en bâtiment, M Veyssier, a indiqué le mécanisme de la Banque populaire projetée. Elle serait constituée au capital de cinquante millions de francs, représentés par cent mille actions de cinq cents francs chacune. Un tiers des actions serait réservé aux associations ouvrières, aux porteurs de livrets de Caisses d’épargne, etc. Elle compterait ainsi parmi ses adhérents un grand nombre de ceux qui, tout en contribuant actuellement à l’incessante extension du capital, se voient à peu près complètement privés de tout crédit . Aux termes de ses Statuts, la société projetée aurait pour objet, indépendamment des af-
- faires habituelles aux institutions de crédit, les opé-rations suivantes :
- « Faire des avances sur valeurs facilement réalisables, autorisées spécialement par le conseil d’administration, notamment aux sociétés et groupes dits Associations de crédit, de production et de consommation, et constitués sur les bases de la garantie mutuelle ou de là responsabilité solidaire ;
- « Escompter les valeurs créées ou endossées par eux avec garantie suffisante ;
- « Faire avec ces sociétés et groupes toutes conventions propres à faciliter leur organisation et leur développement, et à augmenter la valeur des garanties par eux offertes ;
- « Favoriser la création de ces sociétés et groupes en leur faisant, s’il y a lieu et contre garanties jugées suffisantes, les premières avances nécessaires à leur constitution, et en recevant des cotisations destinées à la formation d’un fonds commun »
- Elle se propose, en outre, de « faire, à ses aciion-tionnaires ou à ses dépositaires, des avances, escomptes, crédits, cautionnements, dans les conditions, à eux spéciales, les plus avantageuses possibles.
- De sorte que, par sa seule participation à la Banque populaire, tout travailleur sera assuré d’un appui financier et d’un concours moral qui lui font aujourd’hui défaut.
- Dans une Banque populaire de ce genre, d’une part, les actions doivent être accessibles aux plus pet tes épargnes, et d’autre part, l’influence des plus humbles associés doit pouvoir se faire sentir jusque dans la direction des opérations sociales. Sur ces deux points, l’association projetée paraît devoir donner satisfaction. En effet, les actions, quoique de 500 fr., ne seront libérées que de 125 fr., et, pour prévenir tout risque d’un appel ultérieur, une combinaison fort ingénieuse a été imaginée, inspirée de la loi anglaise de 1879 sur les Sociétés. Cette loi, voulant faciliter la limitation de ia responsabilité dans les Sociétés anonymes, a admis que celles-ci pourraient désormais déclarer,par une décision spéciale, que telle portion de leur capital social, non encore appelée, ne pourra plus l’ètre, sauf dans le cas et en vue d’une liquidation. Il s’agissait d’adapter cette clause à nos usages et à notre législation. On y est parvenu en inscrivant dans les statuts de la Banque populaire qu’il ne devra pas être fait d’appel de fonds au delà de 125 fr. « sans qu’une assemblée spéciale ait statué sur ia continuation ou la liquidation de la Société. » A l’égard des tiers, bien entendu, la responsabilité des actionnaires demeure entière ; mais il dépendra d’une prudente et
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- LE DEVOIR
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- sage gestion de faire qu’elle ne soit jamais effective, et il a été décidé, à cet effet, que les travailleurs, souscripteurs d’actious, seraient représentés dans l’administration de la Société.
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- Richesse immobilière dos» congrégations françaises.
- NOMS VALEUR
- des
- DES CONGREGATIONS immeubles
- Jésuites..................................... 42.000 000
- Capucins...................................... 3.000.000
- Capucins (fr. mineurs)........................ 1.300.000
- Chartreux.............................. 6 uno.OnO
- Dominicains............................ 6 400.000
- Eudistes............................... 2 000.000
- Hospitaliers de Saint Jean-de-Dicu . . 4.600.000
- Frères de Saint-Joseph........................ 2.700.000
- Mariâtes............................... 6.400.000
- Oblats de Marie............................... 2.6o0.000
- Auxiliatrices <ju Purgatoire .... 1.400 000
- Carmélite ..."............................... 15.600.000
- Sœurs des Sacrés-Cœurs de Jésus et de
- Marie . . . . ............... 5.300 000
- Sœurs de l’Espérance................... 4.200 000
- Marie auxiliatrice..................... 1.900.000
- 104.300.000
- Voilà pour les congrégations non autorisées. Celles qui ont reçu l’autorisation légale nous donnent les chiffres suivants : «
- Frères de la doctrine chrétienne . . . 10.600.000
- Frères des écoles chrétiennes .... 31.000.000
- Congrégation du Saint Esprit et du
- Saint Cœur de Marie................ 3.400.000
- Petits frères de Marie................. 6 200.OOo
- Mission de Saint-Lazare................ 5 600.000
- Missions étrangères.................... 4.300 O00
- Société de Marie ...................... 6.600 000
- Dames de l’Assomption.................. 4.600 000
- Sœurs de charité de Saint-Vincent-de-
- Paui................................... 26.600.000
- Sœurs de la charité et instruction chrétienne . . . .................. 7 200 000
- Sœurs de la charité de Bourges . . . 3.450 000
- Sœurs de Saiut Charles'................ 11.000 000
- Darnes du Sacré-Cœur...................... 21.500.000
- Compagnes de Jésus..................... 3 600.000
- Sœurs de la Croix........................... 5.600.000
- Sœurs de Saint Joseph de Bourges . . 5.300.000
- — . — de Clermont . , 3.000 000
- — — de Oluny . . . 5.70U.000
- — — de Lyon . . . 6 200.000
- Sœurs de Saint Maur.................... 5.700.« 00
- N.-Dame de charité du Bon-Pasteur . . 6.500.000
- Petites sœurs des pauvres.............. 16 200 0 )0
- Présentation de Marie....................... 3.600.00)
- Présentation de la Vierge................... 3.20O.000
- Sœurs de ia Sagesse........... 7 800.000
- Sœurs du Bon-Sauveur.......... 3.300.000
- Sœurs de Saint-Thomas......... 4.500.00u
- Sœurs de la Sainte-Union . . ... . 3.300.000
- Ursulines de Jésus............ 3.400.000
- 229.950.000
- L’ÉGALE DE L’HOMME •
- Décidément la question des droits de la femme est entrée chez nous dans la période de la discussion.
- Après M. Alexandre Dumas voici M. de Girardin lui s’en occupe, après l’académicien le député..
- î La deuxième lettre que M. de Girardin a consacrée à ce sujet contient des parties de la plus grande importance :
- Voici par exemple un passage qui fait réfléchir :
- « Le jour où un décret abolissant le cens électoral a décerné le droit de vote à tous les Français âgés de vingt et un ans, sans distinction entre ceux qui avaient appris à lire et ceux qui ne le savaient pas, entre riche et indigents, sans autre exclusion que les repris de justice frappés d’incapacité politique, ce jour-là les femmes ont été assurées qu’elles ne seraient pas longtemps privées d’un droit qui n’exceptait même pas les hommes à gages.
- D tns le suffrage universel masculin, proclamé le 5 mars 184», a été inconsciemment, mais implicitement, inclus le suffrage universel féminin.
- On peut accumuler contre le suffrage universel féminin toutes les objections imaginables, on ne réussira qu’à en retarder l’avènement.
- Cet avènement, on ne l’empêchera pas.
- Il est Inévitable ».
- Le passage suivant n'est pas moins remarquable :
- « L’équité, c’est que les femmes égales aux hommes en nombre, en intelligence, et désormais en instruction, leur soient égales en droits; c'est qu’ayant le droit d élire, elles aient le droit d’être élues et le pouvoir de mettre, à la place de l’erreur, la vérité dans la loi.
- Qu’il n’y ait encore qu’un petit nombre de-femmes qui se soient prononcées en faveur de cette* juste revendication et qui la prennent au sérieux, ce n’est pas là une objection qui doive nous rendre justice
- Combien, à sa naissance, le christianisme a-t-il compté d’apôtres, et dans quels rangs de la société de cette époque les a-t-il recrutés ?
- Est-ce qu’ils étaient en majorité les noirs qui, aux Etats Unis, souhaitaient, imploraient, revendiquaient la liberté, en échange de laquelle ils auraient à porter la responsabilité de leur existence et de celle de leur famille ? Est-ce qu’ils étaient en majorité les serfs qui, en Russie, considéraient leur affranchisse-*ment comme un bienfait ?
- Cependant qui, ayant le sentiment de la dignité humaine, niera que 13 christianisme fut un progrès, que l’abolition de l’esclavage aux Etats-Unis et du servage en Russie en fut un autre?
- Qui, ayant une conscience, aurait la tentation de prendre la parole pour demander que les dieux du paganisme soient réintégrés dans leurs temples, que les noirs soient replacés dans leurs conditions d’où les a tirés i’immense guerre de la Sécession,-et que les serfs redeviennent une marchandise qui se vende et qui s’achète ?
- O progrès, si faible et si légitime que tu sois, que de doutes d’incrédulité, d’objections, de résistances, d’hostilités, tu soulèves, et que de railleries et de quolibets tu mets en verve lorsqu’il s’agit de t’ériger en loi, mais, après que tu es accompli, combien tu parais simple, naturel, logique ! »
- -----——-—
- La crémation
- L’origine de la crémation en Italie est un fait du hasard.
- Eu 1869, un prince indien, le Muharaja de Kelapore étant venu à mourir à Florence, les gens de sa suite obtinrent que son corps fût brûlé sur un bûcher de bois
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- LÉ DEVOIR
- exotique, ce qui permet de ramener ses cendres dans son pays.
- Ce fait accidentel inspira à un Suisse naturalisé italienne chevalier Keiler, l’idée de propager la crémation; il mauifesta le désir d être brûlé après sa mort, et lit construire à ses frais, sous la direction du professeur Polli, un temple crématoire qu’il donna à la ville de Milan.
- Le chevalier Keiler mourut en -1874, et les lenteurs administratives, dont la France n’a pas le monopole, apportèrent un retard de deux ans à l’exécution de la dernière volonté du philanthrope Keiler ; son corps, conservé, embaumé, fut brûlé en I8"i>.
- Actuellement une centaine de crémations ont eu lieu tant à Lodi qu’à Milan, sous l'impulsion de la Société de crémation de Milan.
- ¥• ¥
- Après avoir assisté à des.expériences, après avoir pris connaissance de l’arrêté préfectoral qui pose des règles pour lacrémattnn dans la province de Milan, et qui ont pour elle la sanction d’une pratique déjà vieille de quatre ans, après avoir fait une enquête sur place, le congrès international d’hygiène, réuni le 12 septembre 1880, a voté l’odre du jour suivant :
- Le troisième congrès international d’hygiène, confirmant solennellement les délibérations-du Congrès médical international qui eut lieu à Florence en 18o9, exprime le voeu :
- 1° Que les gouvernements prennent aussitôt que possible des mesures spéciales réglant la pratique de la crémation facultative des cadavres humains ;
- 2° Que les gouvernements ayant accepté la convention sanitaire de Genève, ajoutent un codicille à cette convention par lequel il serait spécifié que, en cas de guerre, les armées soient fournies d’appareils crématoires ambulants, afin de pouvoir incinérer les corps sur les champs de bataille mêmes ;
- 3e Le congrès émet le vœu qu’une commission composée de dix membres, choisis dans les différentes nations, élabore un projet de règlement qui devra être soumis à chaque gouvernement et faciliter auprès de celui-ci l’exécution des vœux exprimés.
- DEUX MISÈRES
- NOUVELLE
- II
- Quatre heures de Vaprès-midi sonnaient alors ; il commençait à faire brun. Camille souffrait horriblement. Par moment il lui prenait des gaîtés étranges? tout brillait devant lui, puis d’intolérables douleurs lui étreignaient les tempes.
- Il ne sentait plus i estomac le dévorer d’un feu intense, mais sa faiblesse augmentait de minute en minute, il riait aux passants comme un insensé et les passants ne prenaient pas garde à lui.
- Il voulut se blottir tout près d’un marchand de marrons, il avait froid jusqu’au fond des os ; mais on le repoussa durement. Il se remit à marcher sans savoir où il allait : il ue pensait presque plus, il ne se rendail plus -compte que d’une seule chose, qu’il ne voulait pas s’arrêter, parce que s’il s’arrêtait il ne pourrait pas se relever et il n’entendait pas mourir ainsi au coin d'uué borne. Il se tuerait quand la nuit serait bien noire, il se précipiterait dans la Seine et lorsqu'on retrouverait son corps le lendemain, il aurait cessé de souffrir.
- Cessé de souffrir ! cette pensée faisait battre son cœur à le briser !
- Etait-il possible que dans quelques heures il ne sente plus rien, ni le cerveau lui sauter dans la tête, ni l’estomac comme une toute petite bête le ronger et se rac-cornir toujours un peu plus vers le cœur et le pousser et en prendre une part et lui arracher le sang et la vie,
- Quelques heures encore, et il oublierait sa souffrance il oublierait tout en ce monde ; mais ceux qu'il avait quittés il y a deux mois; il les oublierait donc aussi • e.t le jeune et joli visage reparaissait et il le voyait couvert de larmes, abattu, pâli.
- Camille a fini tristement !
- On a appris cela tout-à-coup, par le journal peut-être !
- Quelle douleur pour la fiancée !
- Qui eût dit cela au dernier printemps quand ils échangeaient dans le petit sentier de brûlantes promesses et des baisers si ten ires. L’aubépine embaumait le sr>ieji riait aux amours, la marguerite qu’ils effeuillaient disait toujours : passionnément, et la feuille de houx s’arrêtait sans cesse au mot mère sous le doigt blanc de Louise qui souriait en baissant les yeux. Tout cela a fini tristement.
- Demi-songeur, deœi-éveillé, Camille marchait toujours ; il avait franchi de grandes et de petites rues, des ponts et des places ; il leva la tête tout-à-coup ; il lut prit fantaisie de savoir où il était : il regarda autour de lui, c’était la rué Mazarine.
- Il poussa un gran i éclat de rire ; lui qui était aux Ba-lignolles, il n’y avait qu’un moment? Il avait'donc tant marché ! C’était farce comme aux halles ! et il osait dire qu’il était faible!
- La nuit était noire, mais la rue brillait à la lueur des gaz. Au premier détour le jeune homme fut heurté par quelqu’un : il faillit perdre l équilibre ; le choc avait été pourtant bien léger ! 11 se retourna.
- Une femme 1 attendait en le regardant. C’était une de ces femmes pour lesquelles la société n’a plus de nom, de ces sacrifiées de l’ordre social que des gens,dits honnêtes, les bons conservateurs de la meilleure des républiques ou des monarchies (peu importe l’étiquette), livrent sur la place comme une marchandise dépréciée d avance.
- — Veux-tu venir avec moi, mon mignon, lui dit-elle de cette voix rauque caractéristique", qui est comme l’enseigne de la déchéance de ces pauvres filles.
- — Tu t'adresses bien, je te le conseille, répondit-il en ricanant ; il y trois jours que je n’ai pas mangé.
- Elle fit un saut en arrière, et il la vit pâlir sous son rouge.
- — Trois jours, dit-elle? c’est vrai cela? pauvre garçon !
- — Si c’est vrai, répondit-il avec un rire étrange, vrai comme ie ne vivrai plus ce soir.
- — Monsieur, dit-elle, d’un ton bien différent et presque à voix basse, voulez me faire une grâce, acceptez de diner avec moi.
- Le cœur de Camille tressaillit,
- Manger, il pourrait manger! Il y aurait là, devant lui, du pain, il ne mourrait pas : la vie se rouvrirait toute grande avec ses joies, avec ses souvenirs qui devenaient des espérances ! il y aurait place pour lui peut-être encore au banquet d une société nouvelle... plus tard.
- La pauvre fille qui était là devant lui, lui sembla transfigurée : jamais fille d’Eve ne lui avait causé une émotion plus douce'et plus poignante en même temps!
- Il la regarda un instant sans parler, tremblant de fièvre, riant et pleurant, puis il lui prit la main et en la serrant de toute son âme, il dit ce simple mot : Merci, mais de telle façon que la prostituée qui, depuis bien longtemps n’avait pleuré que d’ennui ou de rage, sentit
- une vraie larme d attendrissement monter à ses veux :
- elle comprit instinctivement que cette larme la régénérait et instinctivement aussi elle leva le front avec une joie reconnaissante.
- Mais sa nature ou plutôt l’habitude de sa vie de hasard reprenant le dessus, elle dit d’un air de joyeuse insouciance. .
- — Allons entre. Holà ! ho! continua-t-elie en pénétrant dans unegargotte enfumée à deux pas de là, servez-nous et vite, vite, entendez-vous !
- Camille vacillait sur ses jambes : un nuage lui P3-^ sait devant les yeux,il ne voyait pas où se diriger : toi était confus devant lui. Si près du port, il ct’u^ ffu> allait mourir;
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- Elle s’aperçut qu’il avançait presque à tâtons : elle le prit par la main, toute pâle elle aussi, et lui douna vite un tabouret devant la première table venue.
- Il y tomba plutôt qu’il ne s’y assit, mais elle avait placé devant lui en attendant le repas un gros morceau de pain. I) l’avait vu et il le saisit à deux mains et le regard dilaté, la joue empourprée,il mordit à belles dents élargissant en même temps dans un sourire épanoui ses lèvres pâles.
- Vis-à-vis de lui la prostituée, les coudes sur la table, ne disait plus rien : elle le contemplait dans l’extase de la pauvre vendue qui vient d’acheter enfin une vie humaine. Cet homme qui mangeait là, devant elle, c’était à elle, bien à elle et elle n’étail pas à lui; c’était grâce à elle qu’on ne retrouverait pas au coin d’une borne le pauvre être mort de faim.
- — G eût été bien dommage, prononça-t-elle tout haut.
- Mais ce fut tout bas queVacheva sa pensée.
- Ce n’était plus un jeune homme rendu plus beau encore de son émotion et de son bonheur qui était là, vis-à-vis d’elle, c’était l’élan de son propre cœur à elle depuis si longtemps meurtri, perdu, et sur lequel on avait piétiné tant et tant qu’il croyait ne plus pouvoir battre ni tressaillir. La faim d’un malheureux avait réveillé l’écho endormi et la pauvre fille toute surprise écoulait ravie les battements de ce mort ressuscité.
- Camille mangeait et c’était elle encore la plus heureuse.
- — Allons, vous autres, dit-elle bientôt, est-ce que vous vous fichez de nous ; on ne sert donc pas ici
- — On y va, répondit un sale petit marmiton. Voulez-vous du potage?
- — Allons donc,est-il bête ! Du potage! est-ce que c'est manger? nous voulons de la viande.
- — Beefsteak aux pommes, veau aux tomates, abattis d’oie, débita l’autre du ton dont on récite la plus ennuyeuse des leçons.
- — Bœuf aux* carottes, dit-elle en éclatant de rire et pour le contrarier. Ça va-t-il mon mignon?
- Camille répondit oui sans hésiter. Tout ce qui se mange n’est il pas bon, pensait-il étonné pour la première fois qu’on pût se permettre d’a voir des préférences.
- Il engouffra cinq portions, deux litres de vin,uoe livre et demie de pain, tout cela sans parler, se sentant tout autre, recouvrant la vie, reprenant possession de l’existence, se croyant maître de la terre.
- De temps en temps elle hasardait un timide — Prenez garde de vous faire mal. — Mais les yeux du jeune hi.mme devenaient si clairs et si vivants, ses mouvements recouvraient tellement leur aplomb accoutumé et le sang paraissait si bien avoir repris son cours ordinaire dans toute sa personne transformée qu'elle ne pensait certes pas quil pût y avoir d’imprudence.
- Bientôt sa langue à lui se délia ; il raconta tout : sa vie d’enfant, sa jeunesse, ses aspirations, le grand désir qu’il avait eu de venir â Paris pour travailler à la révolution et comment il avait pu enfin mettre ce désir à exécution, mais comme il l’avait regretté II lui parla de sa fiancée et elle trouva que c’était gentil et délicat de sa part.
- Elle se fit raconter de quelle couleur étaient ses cheveux si elle avait uu beau et doux regard, si elle était grande et si elle l’aimait bien. Puis elle soupira, car un ressouvenir du grand pré fleuri près du moulin où tout enfant elle avait servi comme petite domestique vint l’étreindre, lorsqu’il parla de son pays à lui, des grauds bois et des belles meules de foin où, tout bas, caché aux yeux de tous, l’on se parlait d’amour.
- Elle essuya en riant à demi ses yeux qui pleuraient.
- — J’ai mes nerfs aujourd’hui, dit-elle, tout comme les
- belles petites cocotes qui ont chevaux et voiture. As-tu jamais vu ! v
- Puis, comme il voulait la faire parler d’elle aussi, il lui demanda de quel pays elle était.
- — De Saint-Lazare, répond t-elle.
- Après cette plaisanterie sinistre, ils se turent tous deux.
- Puis, tout doucement, elle lui glissa sous la table une
- | pièce de dix francs en or, afin que ce fût lui qui payât;
- I C’était plus couvenable.
- Il passa au comptoir, en revenant il voulut rendre la monnaie.
- — Gardez cel argent, dit-elle; ce sera pour déjeuner demain. Je regagnerai ça plus vite que vous, ajouta-t-elle avec un gros sourire bien triste.
- Mais lui :
- — Non, dit-il; me voilà fort maintenant; je trouverai de l’ouvrage.
- Elle n’insista pas, cet argent-là lui faisait venir au cœur le dégoût, à elle aussi, en ce moment-là.
- Ils se levèrent et lorsqu'ils furent dans la rue, avant de se séparer, elle eut une idée singulière qui fit monter le rouge jusqu’à son cou et à ses oreilles.
- — Voulez-vous, monsieur, dit elle, osant à peine le regarder, afin que je n’oublie pas, voulez-vous me laisser vous donner un baiser sur le front. Je suis bien malheureuse parfois ; et j'ai besoin de me souvenir.
- Il approcha son visage et ce fut avec respect qu’il sentit une seconde, appuyées sur sou front moite, les lèvres de la prostituée, qui s’enfuit avec un sanglot et rentra dans la triste maison dont le gros numéro brillait lugubremeut sur le fond gris sombre.
- Potonié Pierre.
- Les aègres chez eax
- M. Mondière, lui, a étudié « les nègres chez eux », il fait entendre que ces races calomniées gaguent beaucoup à cette étude et nous décrit, eu particulier, ceux de la Côte-d’Or, au milieu desquels il a vécu plusieurs anuées. Nous relevons de celte étude le fait d’une tendance des peuplades africaines à émigrer vers la côte, t ndance qui se rend très générale, paraît-il, et qui s’expliquerait autant par la rareté des vivres dans les villages à mesure que la densité de la population s’y accroît, que par la nécessité de se procurer du sel. Ces migrations sont l’occasion de guerres continuelles, que l’auteur a vu se renouveler sous les yeux et qui font perpétuellement varier les races sur un même point donné.
- Nous avions toujours été frappés de la stérilité des négresses ; celles que nous avons introduites dans nos colonies, à la dernière tentative d immigration, n’y ont plus eu d’enfants ; et, dans le pays même, peu de femmes deviennent mères. M. Mondières a confirmé le fait pour Assinie Eu deux ans, 8 femmes seulement sur 62 ont eu des enfants ce qui donne dans ce village une moyenne de 1 naissance pour 33 p., 06 en deux ans, ce qui est peu. Les ménages monogames lui ont paru sensiblement plus fécon 's. Tandis que les monogames avaient trois ou quatre eufants de b*ur unique épouse, les maris polygames n’en avaient que deux en moyenne par femme. Il donne de cette indifférence une raison qu’on ne saurait reproduire ici mais la vérité nous paraît être que peu de femmes sont fécondes dans ces harems sauvages.
- Au point de vue intellectuel, l’auteur signale la facilité qu’ont les nègres . po ir appren;re les langues. Il cite comme preuve les résultats qu’il a obtenus lui-même sur une dizaine d’enfants de chefs, de neuf à treize ans, qu'il a fait instruire : neuf lisaient convenablement au bout de quinze mois, le dixième lisait d’une façon très remarquable ; six écrivaient le français assez correctement et sept savaient faire des mulliplirations de trois chiffres. Deux seulement avaient compris la division.
- Le revers de la médaille, c’est la caducité précoce de ces intelligences. «Toute cette aptitude, toutes ces promesses. .. disparurent vers la dix-septième année. » Le fait est général en Afrique Nous avons connu un missionnaire devenu fou de chagrin que lui avaient causé à la fois la perversité, l’ingratitude et la. déchéance intellectuelle des jeu es gens qu’il avait élevés à grand peine. « Il ne reste guère des choses apprises que ce qui peut servir à tromper le voisin. » Et le fait est vrai, aussi bieu des enfants élevés dans le pays, que de ceux dont l’éducation a été faite ailleurs.
- Le Directeur-üérant : GrODIN.
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- SOMMAIRE
- La transition sociale au XIXe siècle. — La coopération et Vhabitation unitaire. — Faits politiques et sociaux. — Congrès du Havre. — Nouvelles diverses. La vente à crédit. — Feuilleton : Comment
- Harry Luval devint un coopérateur. — Variété.
- LA TRANSITION SOCIALE AU XIXe SIÈCLE XIV
- Si d’une part l’habitude et d’autre part l’influence des hommes du passé agissent sur le gouvernement des sociétés d’une façon contraire aux tendances impulsives de l’époque, une force différente venant des profondeurs de la vie nationale agit en sens inverse; cette force est celle de la démocratie.
- Les gouvernements eux-mêmes étant chez les nations les plus avancées une émanation de cette force ne peuvent se soustraire à sa puissance. Alors les éléments du passé sont mal à l’aise et des conflits s’élèvent contre eux et le nouvel esprit social.
- C’est ainsi que la vieille autorité de l’Eglise romaine rassemble toutes ses forces pour essayer d’enrayer les progrès de l’esprit démocratique, de l’indépendance de la conscience et de la liberté de la pensée.
- Vains efforts ! L’Eglise romaine s’affaiblira davantage dans cette lutte ; elle devra céder le terrain au flot montant de l’esprit nouveau et se retirer pour régner là seulement où l’ignorance Peut encore lui faire place.
- L’esprit de l’Eglise et l’esprit de la démocratie sont inconciliables. La défaite de l’Eglise est donc inévitable. La lutte du XVIIIe siècle contre toutes les puissances vieillies de la Société européenne doit aboutir à l’isolement complet de l’Eglise dans l’Etat.
- Le champ libre à toutes les idées religieuses ; chacune d’elles entretenue absolument par ses fidèles ; les monuments consacrés au culte ouverts aux réunions des adeptes de toute pensée comme cela se fait aux Etats-Unis : telles sont les conquêtes à faire sur les vieux préjugés pour arriver à l’enseignement de la religion et de la morale n’ayant d’autre objet que d’inaugurer la justice et la fraternité entre les hommes, par le culte de la vie et du travail utile.
- La liberté, l’indépendance de la pensée est le seul terrain sur lequel puisse s’opérer cette régénération des coeurs et des esprits. C’est] cette liberté et cette indépendance qui réaliseront le gouvernement vraiment démocratique.
- Le siècle qui travaille à la suppression des vieilles erreurs travaille en même temps à la suppression de ce qui reste des vieux abus. Ainsi s’agite la question sociale dont l’objet est d’arriver à la réalisation de toutes les réformes.
- La question sociale n’est pas nouvelle. Elle a été au fond des aspirations de tous les peuples ; mais, dans les circonstances politiques où nous vivons, elle acquiert une importance et une précision nouvelles; elle tend à se substituer aux questions politiques qui jusque-là avaient
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- la première place clans les préoccupations des j hommes d’Etat, et elle s’impose à leur esprit comme base de gouvernement.
- Les questions politiques doivent même disparaître transformées toutes en questions sociales dans le gouvernement de l’avenir, c’est-à-diré que ces gouvernements au lieu de subordonner et de sacrifier la vie humaine aux intérêts et aux passions dominatrices, comme cela a été fait jusqu’ici, subordonneront les intérêts sociaux au bien général de l’existense du peuple.
- Il importe donc de bien définir la question sociale et les différents problèmes qu’elle comporte, si nous voulons savoir quelle marche les hommes d’Etat doivent suivre pour entrer dans la voie rationnelle du gouvernement auquel tendent les peuples dans leurs aspirations confuses.
- Prise dans sa généralité, la question sociale en face des gouvernements du XVIIIe siècle est celle-ci :
- Anéantir le paupérisme et la misère par le juste emploi de la richesse produite ; et réaliser dans l’industrie, dans l’agriculture et le commerce l’équitable répartition des profits qui résultent du travail et de l’action productive de chacun.
- Mais le problème social ainsi posé est une synthèse des besoins des classes ouvrières et des choses à réaliser pour donner satisfaction à ces besoins. Il est donc évident que la question sociale prise dans sa généralité se divise en questions sociales de différents ordres, dont la solution est nécessaire à l’avènement des classes ouvrières aux bienfaits de l’existence.
- Pour qu’il en soit ainsi, et pour donner une base sérieuse aux réformes qui peuvent conduire à la solution pacifique des questions sociales, il faut que les gouvernements sachent abandonner les vieux errements de la politique et entrer dans les voies suivantes :
- 1° Organiser la paix entre les nations civilisées, de manière à garantir les peuples des dévastations et des malheurs de la guerre, et à leur assurer la sécurité et la prospérité dans le travail.
- Alors toutes les dépenses infructueuses et destructives de la guerre pourront être era- j ployées en institutions utiles à la nation. Les 1
- impôts que la guerre exige serviront au bien du peuple et non à sa ruine et à sa mort.
- 2° Favoriser le développement de l’instruction publique par la liberté et par l’attention soutenue de l’Etat.
- Créer à cet effet des' écoles nationales, spéciales, assez nombreuses pour donner aux apti-tudes distinguées un enseignement propre à leur développement.
- 3° Créer la mutualité sociale dans la commune, dans le canton, dans le département et dans l’Etat, de façon à placer toute créature humaine sous la protection de la société, et à faire que nul ne puisse plus être livré aux tortures de la misère par un coupable abandon social.
- 4° Dégrever la consommation, le travail et la production des impôts qui pèsent encore sur eux ; reporter ces impôts sur le capital et le revenu réalisés ; faire enfin que l’impôt soit payé par la richesse et non par la pauvreté.
- 5° Faciliter l’Association du travail et du capital, de façon à ce que le travailleur soit considéré comme un agent nécessaire à toute entreprise et le travail comme un apport indispensable à la création des bénéfices. Changer ainsi le caractère du salaire en faisant à l’ouvrier dans la répartition des profits la part équitable à laquelle il a droit.
- 6° Encourager l’emploi de la richesse à des fondations capables d’améliorer et de relever la condition des travailleurs, telles que modification rationnelle de toutes les constructions au service de l’homme : habitations, ateliers industriels, magasins d’approvisionnements, édifices publics, etc., transformation des quartiers insalubres des villes et rétablissement des villages sur des plans conformes à la science de l’économie sociale. Ce qui suppose la fondation de quartiers et de villages bâtis à neuf sur des plans variés et bien conçus, dans lesquels la science de l’économie, de l’hygiène et du confortable domestique réunirait les avantages que l’habitation humaine peut renfermer aujourd’hui, au profit du bien-être des masses et de l’accroissement de la richesse publique.
- Ne poussons pas plus loin ce programme de gouvernement. Tout court qu’il soit il exige des explications pour être compris. Heureux eü
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- core si en donnant des éclaircissements, j’évite d’être taxé d’utopiste. Mais il s’agit du gouvernement de l’avenir; l’utopie d’aujourd’hui peut être la réalité de demain. Examinons donc, dans un chapitre spécial à chacune d’elles, les propositions que je viens de faire.
- (A suivre). GODIN.
- U CO-OPÉîtATIO^î ET L’HABITATION UAITÂIRE
- Parmi les documents les plus utiles à consulter pour qui veut étudier sérieusement les progrès de la coopération en Angleterre, se trouvent les «comptes-rendus des congrès annuels» publiés par les soins du bureau central de l’Union coopérative, bureau dont le siège est, 17 balloon Street, à Manchester.
- Le dernier volume de cette publication éminemment utile, celui qui contient tout le détail des opérations du congrès de Newcastle dont le Devoir a rendu compte à ses lecteurs ; ce volume, disons-nous, débute par une préface de la grande impur-portance.
- Elle est due à M. E. V. Neale, secrétaire générai du bureau central de PUnion coopérative et champion bien connu de la cause de la coopération en Angleterre.
- Depuis de longues années M. Neale est à la tête du mouvement qui tend à opérer la pacification sociale, non seulement par l’organisation de sociétés coopératives, mais aussi par la rélisation do l’Association du capital et du travail dans tous les faits commerciaux, industriels et d’économie domestique.
- L’hGmme qui apris une part si profonde aux efforts réalisés en Angleterre pour l’affranchissement des classes laborieuses, est en mesure de porter les jugements les plus utiles à noter dans l'étude- des questions sociales ; c'est pour faire connaître à nos lecteurs la pensée de M Neale que nous extrayons de la préface en question les passages suivant :
- « De nos jours on a prétendu que le commerce avait pour but d’unir les nations dans un échange mutuel de bénéfices communs ; de rompre toutes les barrières élevées par l’égoïsme à courtes vues. On a conçu l’espoir que le sentiment de cette réciprocité d’avantages éveillerait au moins le sérieux désir de cette paix universelle prédite par les anciens prophètes, et dont les progrès de l’industrie et les inventions modernes semblent préparer la voie.
- “ Mais le commerce tel qu’il est organisé contient des causes de conflit au sein même de chaque nation.
- « Le commerce libre menace de démontrer bientôt qu’il est surtout la liberté croissante pour le capitaliste de s’enrichir aux dépens du travailleur , la liberté croissante pour le spéculateur de s’enrichir aux dépens du public. L’ère promise de la paix universelle menace d'être, par les.calculs de l’intérêt personnel, lere de la guerre dépouillée de cet héroïsme individuel qui accompagnait les combats d’autrefois,
- Il appartient à la coopération d’écarter ce terrible danger en frappant à sa racine l’égoïsme qui menace de gâter tous les bénéfices du commerce libre. Il appartient à la coopération de rendre la paix réelle en effaçant l’antagonisme qui existe entre travailleurs et patrons, par rapport aux bénéfices de la production, et entre acheteurs et vendeurs, par rapport aux bénéfices de la vente. Il lui appartient enfin, si elle est dirigée vers son véritable but, de détruire l’antagonisme entre le riche et le pauvre, en mettant à la portée de la masse du peuple, dans les faits de la vie journalière, les avantages qui, jusqu’ici., dans ce monde de compétition, n’ont été le partage que d’un petit nombre.
- « Est-il une chose qui plus que la coopération ainsi comprise mérite d’être cordialement soutenue par quiconque se proclame partisan du message évangélique : « Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté ? »
- « En est-il une qui puisse davantage conduire les hommes à s’élever au-dessus des distinctions théologiques, à juger de toutes les croyances par leurs fruits sur la conduite humaine, et ainsi à laisser l’union des volontés adoucir graduellement l’antagonisme des intelligences ?
- « La coopération est aussi large que les règles de la conduite morale, règles que tant de gens aujourd’hui ne croient posséder fermement qu’après s’être séparés de toute pensée religieuse.
- « Elle a pour but de réaliser dans les affaires ordinaires de la vie les principes, communs à toute forme de chrétienté, et qui constituent l’essence de cette morale dans laquelle ceux qui s’éloignent de toute forme religieuse, sans rejeter l’idée du bien social, placent la vitalité qu'ils dénient à la religion.
- « La coopération a des rapports avec la production et l’échange, deux questions qui affectent directement les intérêts humains. Or, actuellement dans le domaine de l’intérêt, l’égoïsme est « comme un homme armé » en possession de la maison, Et cependant il est indispensable à la santé de notre être moral que cet élément soit rejeté.
- « L’homme ne peut se mouvoir parfaitement dans
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- une atmosphère entachée de cette influence nuisible, qui conduit chacun de nous à s’approprier sans scrupule les avantages gagnés aux dépens d’autrui.
- « Mais fort comme il est, l’égoïsme ne peut être vaincu que si un sentiment plus fort encore vient et lui arrache l’arme à laquelle il se confie.
- « Or ce sentiment plus fort c’est celui de la préoccupation des autres hommes, l’amour du bien eu lui-même et pour lui-même, et non simplement pour les avantages personnels que l’individu en peut tirer. Selon nous, la coopération est précisément le moyen d’améliorer d’une façon permanente la position de la masse du peuple.
- « Distribution et production, chacun de ces deux grands traits du mouvement coopératif à un aspect égoïste et un aspect non égoïste. Pour unir les deux, il faut organiser les choses de façon à donner à l’intérêt général la prééminence sur l'intérêt individuel, à faire que la légitime satisfaction de ce dernier dérive des faits les plus propres à servir l’intérêt commun lui-même.
- « Nous sommes accoutumés à regarder la coopération distributive comme ayant surtout pour but de réserver aux membres d’une Société certains avantages interceptés jusqu’ici par d’autres hommes.
- « C’est là un point de vue trop étroit, mais dans ces limites mêmes, la coopération nous donne motif de nous réjouir de ses succès. Elle revêt l’apparence d’un distributeur commun de bénéfices.
- Cependant son rôle ne peut se borner là.
- « L’évêque de Durham, Dr Lighfoot, dans son discours d’ouverture du congrès de Newcastle, envisageant la coopération sous le rapport de la production, y voit un moyen d’assurer au travailleur le plein bénéfice de ses efforts.
- « La production coopérative » dit-il « est le véri-« table but du mouvement. Par elle, le travailleur « devient capitaliste ; il a le commandement de son « propre travail et acquiert ainsi l’indépendance « sociale.
- « Si la coopération productive réussit, elle dis-« tribuera graduellement le capital parmi la masse, « et cela sans en affaiblir la puissance,car la combi-« naison du nombre remplaçant le monopole de « quelques-uns peut assurer au capital cette aggré-« gation qui est nécessaire au plein exercice de sa « force. En attendant, la coopération productive « adoucit et stimule le travail, en donnant à l’ou-« vrier le fruit direct de son honnête et énergique « labeur. En outre, le principe d’Association tend « à redresser l’égoïsme qui ne vise qu'à l’effort per-« sonnel. »
- « Il est clair que nous sommes ici bien éioignés du
- point de vue où se placent certains coopérateurs qui fondent des Sociétés de production uniquement au bénéfice des consommateurs, et qui ne donnent au travail, en dehors de son salaire, que le droit de devenir membre de la Société et d’acheter ainsi au meilleur compe possible les produits qu il a contribués à créer.
- « Dans un pareil système, la coopération n’apparaît plus que comme une énorme machine distributive, et revêt aux yeux de certaines classes l’apparence d’un malin démon dont il est urgent de délivrer la Société.
- « Un des premiers bienfaits de la coopération c’est de rendre l’épargne possible, en réduisantle prix des choses nécessaires à la vie, puis de préserver le travailleur de la dette, et enfin de rendre l’épargne profitable en offrant à l’ouvrier des placements sûrs. Mais ce qu’elle doit faire par-dessus tout, c’est de glorifier l’économie et la sobriété en employant l’épargne à la fécondation même du travail. Ainsi est atteint le vrai but de la coopération.
- « Le principe de l’association », a dit l’évêque de Durham au congrès de Newcastle, « tend à corriger l’égoïsme,à introduire l’aide mutuelle àjcôté de 1 effort personnel. »
- « Probablement le Dr Lighfoot visait les effets de l’égoïsme chez les hommes attachés à des entreprises particulières. Mais ses paroles admetteut une application plus large, et s’étendront forcément, si la coopération productive atteint un développement qui lui donne place à côté de la coopération distributive, en Angleterre,ou des banques de crédit en Allemagne.
- « Le principe de l’Association requiert d’être appliqué de façon à unir le producteur et le consommateur pour leur commun intérêt. Chacun d’eux aura la satisfaction de reconnaître qu’il tire un bénéfice direct de son association avec l’autre, dès que l’on aura vaincu la méfiance du consommateur toujours disposé à se croire exploité, méfiance qui entraîne à cette perpétuelle chasse au bon marehé, laquelle réagit contre l’acheteur lui-même, en poussant à la détérioration des produit?, situation qui engendre à scn tour des plaintes incessantes.
- « Ce serait sortir des limites d’une préface que d’entrer dans la discussion des moyens d’éviter l’antagonisme entre le producteur et le consommateur, néanmoins il peut être utile de signaler ici que l’expérience de la maison unitaire réalisée à Guise par M. G-odin, prouve qu’une grande partie des difficultés qui affectent les relations entre le consommateur et le producteur pourraient être évitées par l’adoption de ce système.
- « Quoique la Familistère attienne à la ville de
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- Guise et que nulle règle n’empêche les habitants du palais d’aller faire leurs achats dans la cité, les ventes dans les magasins du Familistère sont, dit IÆ. Godin, sensiblement égales à la somme des salaires et appointements payés aux habitants, Ce résultat indique donc que la difficulté éprouvée par les Sociétés coopératives à faire que les membres achètent à leurs propres magasins , tient, non pas tant au mécontentement de ceux-ci, quant à la qualité des marchandises fournies, qu’à ce fait qu’il est plus commodepour eux d’aller aux boutiques voisines qu’aux magasins coopératifs assez éloignés forcément de la plupart des demeures. Quand la proximité s’ajoute aux autres avantages offerts par ces derniers magasins, le succès est complet.
- « Il est donc évident que si les maisons associées remplaçaient les habitations isolées, les magasins coopératifs égaux en nombre aux palais sociaux seraient assurés d’une marche prospère. Les achats en gros seraient faits parles administrateurs en mesure de comprendre exactement les besoins des membres de chacune des Sociétés.
- « Le mode actuel de production donnerait place à un système dans lequel, au moins en ce qui concerne la consommation domestique, la production serait en relation étroite avec les centres de distribution ; et comme ceux-ci seraient en même temps des centres d'activité productive, des échanges aux meilleurs conditions s’établiraient naturellement entre eux.
- La maison unitaire apparaît donc comme le lien naturel entre ces rivaux du monde coopératif: le producteur et le consommateur. Combien d’autres avantages en résulteraient au profit de toute population assez sage ou assez fortunée pour créer de telles institutions.
- « Cette question a été portée devant le Congrès par suite de la notice contenue dans le rapport du bureau central ; et j’espère avant peu mettre tout le public britannique en état de mieux juger l’œuvre de M. Godin par la traduction des Statuts de l’Association du capital et du travail réalisée au Familistère de Guise Le volume contenant ces Statuts vient d’être publié par le fondateur sous le titre « Mutualité sociale ». Ce livre débute par une introduction où sont expliqués les principes qui ont donné naissance à l’œuvre.
- « Les opinions exprimées au Congrès ayant attesté un peu de confusion dans les idées en ce qui touche aux habitations unitaires, même chez des personnes que leurs habitudes ordinaires d'esprit m’eussent fait croire plus au courant de la question, je crois devoir ajouter ici quelques mots.
- “ On a parlé des maisons unitaires comme si elles
- entraînaient la nécessité de rapports tellement étroits entre les habitants que la liberté y ht défaut, et l’on s’efforçait de faire entendre que si de telles institutions pouvaient convenir à des Français, elles ne seraient point tolérées par l’indépendance innée des Anglais.
- « Et pourtant des institutions essentiellement similaires ont été non-seulement tolérées, mais regardées avec orgueil et affection, par des générations d’Anglais qui y avaient dépensé une part de leur existence. Les collèges d’Oxford et de Cambridge sont des habitations unitaires, et quiconque a résidé dans ces institutions sait de quelle complète liberté individuelle il a joui, assujetti seulement aux règles requises pour maintenir l’ordre parmi une Société de jeunes hommes ; règles qui naturellement cessent d’être nécessaires dans une habitation destinée à des familles.
- « Bien loin que de telles institutions obligent à des rapports étroits .les personnes antipathiques les unes aux autres, on voit, malgré les réfectoires communs des individus se connaître si peu que les amitiés se nouent plutôt entre collégiens d’institutions diverses qu’entre élèves d’un même lycée. Le temps communément dépensé dans ces institutions est court, et la part que chaque collégien apporte à leur succès est petite ; néanmoins il est reconnu que cela suffit pour créer un esprit de corps, qui rend les écoliers tiers des victoires de leur collège et jaloux de sa prééminence.
- « Nous pouvons donc attendre les mêmes effets moraux de l'influence durable des collèges de l’industrie ou maisons unitaires, si les choses étaient organisées d’après les vues de M. Godin.
- « Outre que ces foyers pourraient être doués de bibliothèques et autres avantages publics, comme cela se fait dans nos collèges, qne de conséquences heureuses naîtraient des habitations unitaires, principalement en ce qui touche au développement de la richesse, et à la transmission directe des efforts d’une génération au bénéfice de la suivante, chose qui n’a guère lieu jusqu'ici qu’au profit des classes riches.
- « Une preuve satisfaisaate de l’empire que les grandes idées en connexion avec la réforme de l’habitation commencent à prendre chez les hommes attachées aux idées de coopération,se trouve dans le discours lu au congrès par M. Thirlaway, sur les principes des maisons coopératives.
- « L’idée des palais sociaux apparaît là comme l’étoile polaire vers laquelle doivent converger les entreprises de constructions coopératives, quoique actuellement M. Thirlaway n’aille pas plus loin dans
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- cette voie que les constructions Peabody et autres réalisées par des sociétés ou des compagnies en vue d’améliorer les résidences du pauvre.
- « M. Thirlaway voudrait que l’on bâtit des maisons qui restâssent la propriété delà Société, et qui fussent prises en location avec nul autre droit de propriété de la part de l’habitant que celui qu’il tient de sa qualité de membre de la Société.
- Mais l’idée mère des habitations unitaires telle que M. Godin l’a réalisée est d’un caractère bien plus complexe. C’est une idée évoluant par dhgrés et passant par ces phases :
- 1° Maisons séparées.
- 2 Propriété actionnaire de ces maisons.
- 3° Construction des demeures sur un plan qui facilite les libres rapports entre les habitants, et qui en même temps protège la liberté individuelle.
- 4° Dispositions proportionnées aux ressources des habitants et assurant à tous les convenances et avantage que les classes riches se procurent individuellement dans leurs demeures.
- 5° Magasins divers, c’est-à-dire, provisions faites avantageusement au bénéfice d’une population ras’’-semblée dans un palais social, chose inutile en toute autre condition.
- 6° Institutions de prévoyance à la charge commune pour les besoins généraux de la vie humaine soins de l’enfance, éducation, aide en cas d’accident ou de maladie ;
- 7° Création d’un système d’administration auquel sont invités à prendre part tous les habitants du palais, de façon à ce qu’ils se reconnaissent membres d’un même corps et à ce qu’ils aient un intérêt commun pour tout ce qui concerne leur demeure,
- « La plus importante fonction de la maison unitaire est de développer les liens intimes dont elle est une expression naturelle. Sa valeur sociale se réduit presque à zéro si on ne la conçoit que comme un de ces gigantesques hôtels qu’on rencontre en Angleterre et ans les autres parties du monde, bien que les avantages économiques d’une telle disposition architecturale n’en restent pas au moins au profit des habitants.
- » Envisagée telle que M. Godin l’a conçue et réalisée, la maison unitaire nons offre une base solide pour travailler à la solution des problèmes compliqués de la réforme sociale, et pour réconcilier d’une façon permanente les intérêts du travail et du capital dont les conflits créent les embarras sociaux actuels.
- « C’est parce que je considère ainsi la question des
- habitations unitaires que j’insiste tant pour la soumettre à l’attention des coopérateurs... »
- « E, V. Neale. «
- Manchester, 28 juin 1880.
- FAITS POLITIQUES & SOCIAUX DE LA SEMAINE
- FRANCE
- ÏLe msaliîtàtesi «lu ininÏNtére — Au moment où nous mettions sous press a notre dernier N®, le ministère qui venait d’ètro battu par un vote de la chambre avait remis sa démission entre les mains de M. le Président de la République.
- Celui-ci n’a pas accepté ces démissions.
- Le ministère et la majorité se sont réconciliés.
- Par 297 voix contre 131, l’ordre du jour suivant a été adopté :
- « La Chambre, approuvant les actes du gouvernement et confiante dans ses déclarations, passe à l’ordre du jour. »
- M. Jules Ferry s’est expliqué. Il a nettement déclaré que, faisant reposer la question de confiance dans l’adoption pleine et entière du programme qu’il avait soumis à la Chambre, le ministère avait cru voir, dans le refus des députés d’accorder la priorité à la réforme de renseignement, une marque de défiance à son adresse. Le président du Conseil a protesté contre les bruits de dissensions qui existeraient au sein du ministère, attestant que tous les ministres étaient unis dans la même et ferme résolution de poursuivre les réformes inscrites dans la déclaration.
- Ÿ ¥
- Scandale à la Chambre «fies Députés. —
- A peu près en même temps des faits considérables se sont passés à la Chambre.
- M. Baudry-d’Asson ayant trouvé spirituel de qualifier les ministres de « crocheteurs dont il faudrait vérifier les comptes chaque semaine » a été frappé de censure entraînant l’exclusion temporaire. Au mépris du règlement M. Baudry d’Asson s’est refusé à quitter la salle, le président a dû lever la séance. Le lendemain M. Baudry a réoccupé son fauteuil et s’est refusé à le quitter. La séance a dû être levée, et pendant la levée de la séance on a du recourir à l’emploi de la force pour obtenir l’observation du règlement.
- Cet incident n’offrirait qu’un intérêt secondaire si M. Baudry avait été isolé dans sa rébellion, mais il n’en a pas été ainsi. Une cinquantaine de députés bonapartistes et royalistes ont fait avec lai le coup de poing. M, Fr<?p-pel, qui touche du gouvernement de la République des appointements considérables en sa qualité d’évêque, n’a pas craint de se mettre en rébeillon contre le gouvernement aux gages de qui il est, et il a appuyé M. Baudry.
- Le colonel Riu chargé de l’expulsion de M. Baudry a été très-vivement frappé dans l’euceinte législativej de môme que les soldats désarmés qui l’assistaient.
- Des faits aussi profondément regrettables ne sont pas de nature à rendre au parti des anciens émigrés et à celui de l’homme de Décembre les sympathies de la nation.
- Il est même vraisemblable que ces scandales produisent dans l’opinion publique une impression diamétralement opposée à celle que se proposaient les fauteurs de désordres.
- * *
- Travaux «les Cliambre;»s. — Samedi s’est ouvert à la Chambre le débat sur la réforme judiciaire. Résumons ici sommairement les dispositions principales du projet de loi, tel qu’il a été élaboré par la commission.
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- Ce projet comprend onze articles. Les articles 8 et 9 en caractérisent nettement l’esprit ; ils constituent uiêuie tout le projet, les autres étant, accessoires. L’arti-cle 8 charge le gouvernement de procéder, dans le délai d’un an, à partir de la promulgation de la loi, à l’orga-uisation du personnel des cours et tribunaux. L’article guivant règle les droits à la retraite ou les conditions d’indemnités en faveur des magistrats qui, par suite de cette réorganisation, auraient été mis en non-activité.
- Les autres articles reconstituent sur de nouvelles ba-geS les cours d’appel et les tribunaux de première instance.
- « Le gouvernement, dit le rapport, tient de ce projet le droit"d’éliminer les titulaires actuels qu'il ne croirait pas devoir conserver, et le droit de pourvoir librement à leur remplacement. »
- L’accord entre le gouvernement et la commission est fait sur les dispositions essentielles de cette réforme ; les divergences portent sur des questions de détail, et c’est à la'Chambre qu’il appartiendra de les trancher.
- Le Parlement n’est donc pas en présence d’une réorganisation, mais d’une épuration de la magistrature, Nous n’avons pas le mot ; mais nous aurons la chose, s’il plaît au Sénat.
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- 3Le congrès ouvrier (Ira Havre est ouvert.
- Un désaccord s’est produit, dès la première séance, sur la question de la vérification des pouvoirs.
- La commission havraise ayant maintenu ses conditions d’admission, c’est-à-dire la nécessité de présenter des pouvoirs réguliers émanant des sociétés professionnelles, les délégués de l’union fédérative et les groupes collectivistes révolutionnai! es n’ont pas accepté ces conditions, et ils vont tenir un congrès à part.
- Il nous paraît indispensable au bon fonctionnement d’un congrès ouvrier, dans lequel des questions spéciales aux travailleurs doivent être examinées, que ce congrès offre des garanties de formation et d’organisation assez sérieuses pour qu’il ne dégénère pas en assemblée purement politique. Or quelle meilleure garantie peut-on rencontrer, si ce n’est celle de n’en point permettre l’entrée à ceux qui ne peuvent prouver qu’ils sont des hommes de travaiL ?
- Loin de nous la pensée de méconnaître l’intime connexité des questions économiques et. des questions politiques ; mais le programme du congrès du Havre, tel du nçoins qu’il a été conçu et indiqué, ne comporte ni des questions abstraites qui sont du domaine du publiciste, ni les procédés de conduite où la politique trouve sa compétence; il vise des points bien déterminés sur lesquels il est intéressant d’entendre ceux qu’ils intéressent directement.
- Ce n’est pas, comme l’écrit l’organe des collectivistes-révolutionnaires, « ile Parti ouvrier » — parti dans lequel peuvent entrer des personnes de toutes conditions et même des ouvriers — qui était convoqué par les promoteurs du congrès du Havre, mais bien des délégués véritablement ouvriers, ayant reçu maudat, dans les conditions préalablement indiquées dans l'appel lancé par la commission d’initiative. Cette commission a donc, selon nous, agi sagement en ne consentant pas à laisser prendre au quatrième congrès socialiste national ouvrier un caractère qui n’est pas le sien.
- « Le parti ouvrier, » ouvert à tous et qui affecte un caractère surtout politique, à parfaitement le droit de tenir, à côté du congrès, des réunions publiques et de formuler des programmes ; il a tort de se plaindre de u’avoir pas été reçu là où des pouvoirs réguliers ne lui donnaient pas entrée.
- SUISSE
- Les élections genevoises au Grand Conseil out été une éclatante victoire du parti radical.
- Nous nous en félicitons d’autant plus que depuis quelques mois, le parti radical genevois a fait une évolution qu’il aurait dû faire depuis longtemps. Il a transporté la lutte du terrain politique au terrain économique.
- Des mesures importantes en faveur des ouvriers ont été promises par le parti radical qui, une fois revenu au pouvoir, ne pourra manquer d’en étudier la réalisation.
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- TJn (3 société coopérative prospère, c’est la Fidélité de Genève. Le comité de la société coopérative de consommation la Fidélité fait connaître aux personnes qui s’approvisionnent dans ses magasins, la décision prise par l’Assemblée générale des' actionnaires du S octobre de répartir le fonds de réserve de la société s’élevant à 9000 fr., entre tous les sociétaires, et cela pour la seconde fois depuis la création de la Société, en 1867, sous forme de nouvelles actions de 10 francs.
- Ge beau résultat doit augmenter la confiance dans la Société et démontrer les avantages sérieux qu’elle offre en dehors de ceux que ses membres retirent comme acheteurs.
- La Fidélité possède aujourd’hui trois magasins, fréquentés par une nombreuse clientèle, et un entrepôt de marchandises et sa marche progressive et prospère doit rassurer tous sos amis sur son avenir.
- ALLEMAGNE
- Les socialistes. — Les socialistes qui, au nombre de soixante, viennent d’être expulsés du territoire de Hambourg, d’Alloua et d’Ottensen, ont pris la résolution de passer l’Océan. Mais comme le premier vapeur ne parlait qu’après quelques jours, ils se sont tenus, en attendant, à Hambourg. Ils laissent presque tous des familles dans le besoin.
- Parmi eux se trouvait un député saxon, M. Auer. Un autre membre du Reichstag, M. Hartmann, qui avait été élu récemment à Hambourg, a été également chassé de la ville dout il est le représentant. Les rédacteurs et les imprimeurs do la Gerichts Zeitung ont été invités à s’éloigner de Hambourg s’ils voulaient éviter une expulsion manu militari.
- . Au dire de ia Gazette de Francfort, cette application impitoyable de ia loi sur le socialisme aurait provoqué un revirement imprévu en faveur des victimes du petit état de siège.
- ||Déjà les socialistes de Leipzig ont commencé une collecte pour ces malheureux qui vont être privés de leur gagre-pain. Quand la. première expulsion a eu lieu à Berlin, un député socialiste, M. Nitzsche, a recueilli de l’argent pour leurs femmes et enfants jusqu’au sein du Parlement. La police a voulu défendre cette quête suspecte, mais lors de la discussion sur la prolongation de la loi contre le socialisme, le Reichstag a fait une déclaration de nature à empêcher les agents de la force publique d’intervenir en de semblables circonstances.
- On s attend à Hambourg à une seconde expulsion, aussi nombreuse que la précédente.
- La police de Darmstadt a fait dernièrement plusieurs visites domiciliaires et elle a mis la main sqr une quantité d’écrits socialistes.
- La chasse aux publications socialistes se fait partout en Allemagne depuis quelque temps et elle est rarement infructueuse. Il paraît que les journaux et les brochures sur lesquels on vient de mettre la main sont écrits sur un ton de très-grande violence. C’est malheureux, car on fait ainsi à la cause des faibles plus de mal que de bien.
- * *
- Agitations réactionnaires. — D’après la Gazette de Magdebourg, l’agitation contre la loi sur l’état civil va en augmentant. Les protestants orthodoxes en Saxe ont pris celte affaire à cœur, et demandent à leur gouvernement de faire auprès du Conseil fédéral des démarches afin que le mariage civil, d’obligatoire, soit changé en mariage facultatif. A Berlin aussi circule une pétition au Parlement dans laquelle on demande : 1° que le mariage religieux, dès qu’il remplit toutes les conditions prescrites par la loi, ait la même valeur légale que l’état civil, et 2° que les naissances et les décès puissent légalement être constatés par les ecclésiastiques.
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- Démoralisation croissante. — « Chaque | gamin devient un héros du couteau. »
- C’est en ces termes gracieux que la ministérielle Gazette de VAllemagne du Nord, paraissant à Berlin, caractérisait, il y a peu de jours, la croissante démoralisation de la nation allemande et réclamait, dans le but de réagir contre cette démoralisation, force coups de bâton et l’exécution des « quelques condamnations à mort en petit nombre. »
- Il y a dix ans, les gamins qui, d’après les assertions de la Gazette de VAllemagne du Nord, sont devenus aujourd’hui du gibier de potence et des héros du couteau, allaient encore à l’école, où on leur inculquait la haine des Français au moyen du chant et de la parole, et ce sentiment était même exprimé dans un livre de classe des plus répandus. (Choix de poésies allemandes pour l'école et le foyer domestique, par H. Wendt, directeur du gymnase de Karlsruhe), où le massacre des Français était prôné dans des vers plus pompeux qu’élégants.*
- A présent, les « gamins » auxquels ces belles choses ont été enseignées à l’école ont grandi et sont devenus, selon l’expression de la Gazette de VAllemagne du Nord, des héros du couteau, seulement, à défaut d’occasions de massacrer des Français, tache aussi agréable que patriotique, ils en sont réduits à transpercer de leur couteau des corps allemands dont, en définitive, il sort tout autant de sang que des corps français. Le mépris de la vie humaine ne leur a-t-il pas été enseigné dès l’école ?
- * *
- Résistance «le Brême. — La ville libre de Brême vient d’infliger un échec aux projets économiques de M. de Bismarck. On sait que le chancelier considère les ports francs comme des corps étrangers qui obstruent les débouchés du commerce allemand. Aussi est-il décidé à priver les cités hanséatiques de leurs privilèges et à les englober dans la ligne des douanes impériales.
- Mise en demeure de renoncer aux immunités qui leur avaient été accordées par la Constitution de l’empire, l’Assemblée des bourgeois de Brème s’est prononcée pour le maintien du statu quo, à la majorité de 76 voix contre 45. Le parti autonomiste ne s’est pas contenté de cette première victoire, il a voulu couper court aux nouvelles tentatives que pourraient faire les amis du pouvoir central, et il a fait voter, par 39 voix contre 30, une résolution aux termes de laquelle est d’avance déclarée inopportune toute proposition qui serait de nature à porter atteinte aux privilèges de la ville et à la franchise du port. *
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- Brême est, au point de vue des affaires, une place maritime de premier ordre et la. manifestation que le Bürger-cannent de la vieille cité hanséatique vient de faire en faveur du libre-échange mérite d’être signalée. Il n’est rien de plus contraire", du reste, aux principes économiques, aujourd’hui en honneur à Berlin, que les doctrines financières mises en pratique par les administrateurs de la ville de Brême. Les contributions indirectes ne tient-nent qu’une place resteinte dans les ressources municipales. Un tiers du revenu provient des propriétés domaniales, un peu plus du second tiers est fourni par des impôle directs et c’est seulement l’appoint nécessaire pour mettre le budget en équilibre qui est demandé à des taxes de consommation.
- BELGIQUE
- La traite des blaaelies. Le parquet de Bruxelles s’est enfin décidé à agir et les premières arrestations en ce qui concerne des individus inculpés de détournement de filles mineures ont été opérées.
- HOLLANDE
- ILe® Socialistes — La Société socialiste AJge-meen kies-en slemrecht continue sa propagande. Le dimanche 23 octobre, la section de Groningen donnait un meeting sur le suffrage universel, dans lequel MM. Blau-ne et Urban développèrent le principe et le but de la
- ligue. Le dimanche suivant, 30 octobre, c’était la section d’Amsterdam qui organisait une réunion dans laquelle Mr J. A. Fortuin prit la parole sur le droit et la législation.
- ESPAGNE
- Mlo'ftde Oreuse.- On annoncela mort à Loredo province de Santander,de Orense, le vétéran de la démocratie espagnole, âgé de 77 ans. Il était retiré de la vie politique depuis 1873.
- PORTUGAL
- Le© Socialistes. —Le 4e Congrès du parti socialiste portugais qui s’est tenu à Porto du 23 au 25 octobre, a adhéré au projet de Congrès international et a décidé que les délégués se rendraient à Zurich l’an prochain.
- RUSSIE
- Procès monstre. — Le grand procès politique qui vient d’être jugé et que présidait le général major Leicht est un des plus intéressants dans la guerre que fait le gouvernement russe au nihilisme.
- D’après l’ayte d’accusation, on reprochait aux inculpés les crimes suivants :
- 1° L’assassinat du prince Krapotkine à Kharkov.
- 2° Attentat sur la personne du tzar, le 2 ami 1880.
- 3° Le congrès révolutionnaire nihiliste à Lipetzk.
- 4° Tentative pour faire sauter le train impérial à Alexandrovsk.
- 5° Explosion du 19 novembre 1879 sur la ligne Moscou-Koursk.
- 6° Explosion du 5 avril 1879 au palais d’Hiver.
- 7° De nombreux meurtres commis sur des fonctionnaires.
- 8° L’imprimerie clandestine, etc.
- Les accusés avaient été pour la plupart arrêtés sur la dénonciation de Goldenberg, l’auteur présumé de l’assassinat du prince Krapotkme, qui s’est suicidé pour échapper aux souffrances de la torture auxquelles on l’avait déjà soumis une première fois, et au cours desquelles il avait fait des aveux.
- On comprend de quelle valeur peut être une dénonciation obtenue par la torture.
- Il y avait 280 prévenus et 400 témoins. Les premiers étaient détenus dans la forteresse Pierre et Paul. Parmi -eux une foule de gens dont on n’a pas encore pu constater l’état civil véritable, des étudiants qui ont comploté, des médecins qui auraient fourni du poison, des dames dont deux, les demoiselles Fiegner et Semenow, anraient été chargées de faire trépasser les affiliés qui trahissaient.
- L’enquête avait réuni un dossier monstre, mais elle n’a pas tout éclairci, car il s’est présenté un véritable cas à la russe: Goldenberg, l’assassin présumé du prince Krapotkine, s’étant étranglé da.ns sa prison, on a eu recours à un second Goldenberg.
- Ticho iof, l’un des inculpés, a dit qu’il savait d’avance que quelques-uns d’entre eux seraient condamnés à mort, et qu’il ne leur restait que quelques jours à vivre.
- «En présence de la mort qui les attend, s’est-il écrié, je vous jure que la lutte ne sera pas terminée avec notre | mort Après nous, d’autres défenseurs de la liberté se | lèveront dans le pays et continueront le combat. »
- \ Mme Ivanova s’est levée et d’une voix émue, elle a tout avoué dans le but de ne pas être séparée des autres accusés, faisant allusion en cela à Kriatovsky avec lequel elle a vécu maritalement suivant le rite nihiliste, c'est-à-dire au moyen du mariage devant amis.
- Au moment où le présidant déclarait les débats terminés et ordonnait l’exclusion des accusés, Kriatovsky s’est levé de nouveau, et, s’adressant au président avec infiniment de politesse, lui a dit : « Nous savons que quelques-uns d’entre nous seront condamnés à mort. Faites-nous la grâce de nous laisser ensemble jusqu’au prononcé du jugement ! »
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- Le tribunal a condamné Kriatovsky ; Chiriaïeff, Okladsky et Pressniakoff, Tikhonoff, à être pendus, et les a en outre privés des droits attachés à leur rang (!!!)
- Les autres accusés ont été également privés de leurs droits et condamnés aux travaux forcés à perpétuité où à des peines dont aucune n’est inférieure à quinze ans de travaux forcés.
- Le tribunal a résolu de soumettre le jugement à l’adjoint, du chef de la circonscription militaire de St Pé-tersbourg, en le priant de réduire à huit ans et quatre ans la peine de quinze ans de travaux forcés prononcée contre Luckermann et la femme Ivanovna, et de commuer également la peine de quinze ans de travaux forcés infligée aux femmes Egner et Griasnovaet aux prévenus Bouîitch et Drigo, en envoyant ces quatres individus en Sibérie comme colons.
- CONGRÈS DU HAVRE
- Le congrès du Havre a commencé ses travaux dimanche 14 novembre.
- Dans la première séance, lecture a été faite de la lettre suivante de notre ami M. Neale, le vaillant propagateur et organisateur de la coopération en Angleterre
- Adresse aux délégués des Ouvriers français
- RÉUNIS DANS LE CONGRÈS DU HAVRE
- Messieurs,
- Le conseil exécutif de i’Union coopérative du Royaume-Uni de la Grande-Bretagne et de l’Irlande a suivi, avec un intérêt très grand, le récit des mesures qu'a prises P ûiiou syndicale du Havre, en vue du Congrès qui doit se tenir dans cette ville.
- Il approuve hautement la détermination prise par les ouvriers français de préparer leur émancipation sociale par des moyens pacifiques.
- En se servant du pouvoir électoral et de la bénévole faculté qu’ils ont de se réunir pour leur bien commun, ils peuvent obtenir le droit d’association aussi pleinement que le possèdent les citoyens britanniques.
- Sachant, par sa propre expérience, combien sont vastes les résultats d’une œuvre mutuelle qui est celle de la masse du peuple, persuadé que l’accord de la science et du travail a ouvert des voies nouvelles au bien-être de l’humanité, le conseil exécutif de l’Union coopérative exprime sa sympathie entière aux ouvriers du Havre qui mettront dans le programme des travailleurs français le progrès révolutionnaire.
- Il voit dans ce mouvement la suite légitime de l’œuvre noble qu’a commencée la toujours mémorable assemblée générale de 1789, qui a voulu introniser la fraternité dans le temple élevé par la liberté et l'égalité.
- Oui, la France, dans cette œuvre commune de toutes les nations, occupe une des premières places, tou-les voulant concourir à atteindre le même résultat :
- c’est le vœu et l’espoir très sincères des coopérateurs de l’Union britannique, qui vous envoient, dans cette lettre, leurs salutations fraternelles.
- Par l’ordre du conseil exécutif,
- E. Vansittard Neale , Secrétaire général.
- NOUVELLES DIVERSES
- Moralisation du -vote par 1©» Femmes
- Nous empruntons à M. Simonin, l’un des hommes de France qui connaissent le mieux les Etats-Unis, les détails suivants sur le vote des femmes en Amérique:
- Dans le territoire de Wyoming qui «a poussé» au pied des montagnes Rocheuses avec le chemin de fer du Pacifique, l'électorat féminin fleurit dans tout son éclat depuis 1878, et a donné jusqu’à présent les meilleurs résultats.
- D abord l'effet a eu lieu timidement. La majeure partie des femmes se sont abstenues, mais peu à peu les électeurs en jupous se sont enhardis, sont venus d’eux-mèmes.
- On avait jeté un tapis dans la salle de vote qui leur était uniquement destiuée, mis des fleurs à côté des urnes, où veillaient deux scrutateurs à barbe et trois du sexe faible.
- Les politiciens rassemblés autour de la porte avaient soin de ne prononcer aucun juron, aucune parole grossière, et ceux qui mâchaient du tabac (tout le monde en mâche dans le Far~West) prenaient garde de ne pas souiller le trottoir où les électrices devaient passer.
- De jeunes mères étaient venues avec leurs enfants, leurs bébés, chaudement couchés dans une petite voiture, et entraient dans la salle d’une façon toute naturelle, comme si elles avaient voté toute*leur vie Aucun homme ivre, pas de cohue ni de poussée.
- « Ou est moins respectueux pour ncus au théâthe ou à l’église, » disait une des votantes, qui était accourue dans une voiture qu’elle conduisait elle-même et qui avait remis les rênes, en allant voter, à l’un des curieux campés à la porte.
- Bref, dans ce lointain territoire, qui n’est pas précisément un pays des plus exemplaires, le vole a été moralisé par les femmes. Elles ont voté résolument contre tout candidat adonné à la boisson ou à des habitudes immorales et ont bien vite entraîné leur mari à en faire de même.
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- Citation édifiante. —Extrait d’un journal bonapartiste :
- « Le colonel Riu est souffrant depuis jeudi. Ce guer-« rier d’antichambre n’aime pas les émotions. Ou assure « qu’il a reçu quelques bons horions sur sa tête, qui « était déjà bien félée. *
- Outrager et frapper un colonel dans l’exercice de son devoir, et puis rire des « bons horions » qu’on lui a appliqués et se vanter de lui avoir « bien fêlé la tête », — façon bonapartiste de respecter l’armée.
- Les insti tutions d© Mulhouse. — NouS extrayons du vingt-septième rapport de la Société dÇs cités ouvrières de"Mulhouse les détails intéressants su*" vants :
- « Il y a eu depuis le commencement de l’œuvre 976 maisons vendues, dont 648 sont complètement soldées. La Société a encaissé jusqu’ici la somme de 3,737,109 fr. Cette somme considérable, dit le rapport, ne pouvait pas recevoir un meilleur emploi de la part des acquéreurs, et sans les achats de maison, elle aurait été certainement en grande partie mal dépensée.
- Dans les bains et lavoirs, il a été donné 4808 bains et
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- 19,630 lavages, et malgré la modicité du prix, il y a eu un petit excédant de recettes.
- Il en est de même des logements garnis, où l’on ne paie que 25 centimes par jour pour une petite chambre meublée.
- La boulangerie fait toujours une vente considérable, en moyenne 7000 miches par mois, de 5 à 10 centimes les S livres au-dessous du prix des boulangers, ce qui constitue une économie de 500 francs par mois. Cett® réduction est plus facile grâce à la vente au comptant. .•
- Ce mode devrait pouvoir s’imposer pour tous les art1" clés de grande consommation. La population ouvrièr trouverait alors tout meilleur marché.
- Le restaurant fait une recette moyenne de 80 fr. par jour. On peut y faire un repas, potage, légume et viande, pour 40 à 50 centimes, sans le vin. La consommation du vin a beaucoup diminué ; autrefois on vendait de grandes quantités de vins rouges de l’Hérault, à 30 centimes le litre ; il a fallu plus que doubler ces prix ; aussi l’ouvrier donne malheureusement la préférence à l’eau-de-vie.
- Le rapport termine par la proposition d’étendre l’action delà Société aux ouvriers des communes voisines qui viennent travailler dans les fabriques de Mulhouse, en leur permettant de devenir propriétaires des maisons qu’on leur construirait dans leurs villages, aux mêmes conditions que celles vendues dans les cités ; le terrain devrait être donné par l'ouvrier. La maison serait à rez de-chaussée pour une famille ; le prix n’en dépasserait pas 3500 francs.
- La Société s’est décidée à faire un premier essai pour la construction d’une dizaine de maisons, sur la demande des ouvriers de la campagne.
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- Procédé russe pour convertir les î**fi dèles. —Ces jours derniers, les journaux russes signa laient une curieuse affaire, qui se plaide devant le Sénat de Saint-Pétersbourg et qui jette une vive lumière sur la manière dont se pratiquaient en Pologne et on Lithuanie les conversions en masse des populations catholiques à l’Eglise orthodoxe russe.
- C’était en 1866, Un paysan du gouvernement de Grodno, nommé Malinovski, fut compris à sou insu sur une liste de personnes qui désiraient passer à l’Eglise dominante. Il ne l’apprit que par l’interdiction que le prêtre catholique fit peser sur lui, eu lui défendant l’entrée de son ég ise.
- Elevé dans la religion romaine, marié à une catholique, Malinovski ne ressentait aucunement le besoin de troquer ses anciennes convictions religieuses contre de nouvelles. Il protesta. On lui dit qu’il avait signé une demande de conversion et qu’il devait se considérer comme orthodoxe. Il eut la curiosité d’examiner sa signature. Il trouva à la place celle de Dachkevich, obscur employé dont les fonctijns semblaient consister prinei paiement à apposer sa signature au bas des pétitions de ee genre. Un prêtre russe était l im tigaleur de ces conversions forcées. Là où la ruse no réussissait pas, il employait la violence. La police lui prêtait main forte.
- C’était monstrueux. Sept cents paysans du district de Volkovitsk embrassèrent de la sorle la religion grecque, Malinovski, d abord seul, suivi pius tard par vingt autres paysans, intenta un procès eu revendication de sa liberté de conscience. Il lui fallut une bonne dose de persévérance, d’énergie d’entêtement pour ne pas se laisser décourager par les lenteurs et les difficultés de la procédure. Pendant quatorze ans, Malinovski est resté entre deux Eglises, refusant d’entrer dans celle qui lui ouvrait ses portes, et s’obstinant à vouloir pénétrer dans celle dont les portes lui étaient fermées.
- On attend donc avec un vif intérêt la décision du Sénat.
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- U® tremblemsmt cle terre d’une intensité inaccoutumée en Europe a épouvanté une forto partie de i'empire d’Autriche
- A Agram plus de 500 maisons sont devenues inhabi-
- tables et deux grandes églises ont été mises dans un tel état qu’elles devront être démolies.
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- TTti îaoelt qui va coûter clier. — Pour l’instant on l’évalue à 400 fr. seulement, — ce qui est déjà joli au prix où est la bière, — mais si l’affaire se poursuit, ce malheureux bock va atteindre une valeur inestimable et faire la fortune de toute une génération d’avoués et d’avocats. Voici l’histoire ; elle est drôle et vaut la peine d’être racontée, dit la Sarthe :
- Il s’agit d’un bock fourni par le Café du Théâtre, au Mans, et avalé entre deux actes par le contrôleur.
- ' Or, vous savez, ou plutôt vous ne savez pas, qu'il y a dans le théâtre même un buffet qui est loué fort cher et dont le concessionnaire, en revanche, a seul le droit de débiter les liquides dans l’intérieur de l’établissement, depuis le portique jusqu’au foyer des artistes inclusivement.
- Le buf^fetier avait vu le garçon du café du théâtre in-troduiréTe bock au contrôle et le contrôleur s’en introduire le contenu dans l’estomac.
- D'où procès-verbal, assignation devant le juge de paix et demande de 400 francs de dommages-intérêts. Or ici se greffe un premier incident. Le propriétaire du Café du Théâtre assigne le directeur du théâtre en responsabilité, celui-ci l’ayant autorisé à porter le bock au contrôleur.
- M. Morin, le directeur, à sou tour, va assigner la ville.
- Il est, en effet, possesseur d'un cahier des charges où il n’est pas plus question du buffet du théâtre que du rideau-annonces. Or, ii déclare qu’il ne saurait être, en aucune façon, responsable de l’exécution d’un traité que la ville a passé dans un établissement dont il est en effet l’unique locataire, mais sans son assentiment, et sans même que les conventions intervenues lui aient été signifiées.
- Voilà un bock dont on parlera longtemps au Mans.
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- Invoquez la coutume. — Quelle chose singulière que la tradilion, et combien rarement la coutume est respectable. Les journaux anglais donnent le récit des coutumes du royaume de Dahomey.
- Le préfet de Wydah étant mort, le roi de Dahomey se propose de célébrer les funérailles de ce haut fonctionnaire selon la coutume, c’est-à-dire de massacrer cinq ou six cents indigènes.
- Là bas, pas d’enterrement convenable sans cet assaisonnement de têtes coupées.
- La crémation à Rome, — La Socità per la cremazione dei cadaveri a déjà choisi l’emplacement de l’appareil dont elle se propose de doter Rome. Mais elle n’a pas encore obtenu l’autorisation voulue du conseil municipal. Un certain nombre de membres cléricaux qui viennent d'y entrer, et même de libéraux, sont hostiles a l’incinération, comme à un retour au paganisme.
- LA-VENTE A CRÉDIT ET LA POURSUITE POUR DETTES DEVANT LES INTÉRÊTS DES OUVRIERS
- Nous avons établi dans notre dernier numéro que la vente à crédit est une cause d’exploitation de l’ouvrier, un piège auquel il laisse !a meilleure partie de son gain, enfin une cause de poursuites qui font trop souvent le malheur de son existence toute entière.
- La rigueur de nos lois sur la poursuite pour dettes est excessive. Elles ne tiennent aucun compte des droits de l’honneur en général et des intérêts du travailleur pauvre en particulier.
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- Si notre législation, plus juste, s’était préoccupée d’observer et de faire observer le droit à la vie que chacun a reçu de la nature ; si elle s’était efforcée de garantir à l’homme, à la femme, à l’enfant, le minimum indispensable aux besoins de leur existence, elle aurait interdit, et de la manière la plus formelle, qu’on touchât, comme cela se fait aujourd’hui, au modique salaire de l’ouvrier, à cette pauvre petite ressource qui lui permet à peine de subvenir à ses besoins et à ceux de sa femme et de ses enfants.
- Malheureusement, il n’en est pas ainsi. Nos codes ont oublié, ou plutôt ont toujours méconnu que l’existence est un droit primordial en présence duquel tous les autres intérêts n’ont qu'une importance secondaire. Nos lois arment impitoyablement le créancier contre le débiteur, le fort contre le faible, celui qui a quelque chose contre celui qui n’a rien.
- Combien de fois n’avons-nous pas vu, pour de faibles sommes, de malheureux ouvriers devenir la proie de cette législation sans entrailles ! Ces pauvres travailleurs s’étaient laissé tenter par l’appât du crédit. Iis étaient en compte avec leur boulanger, leur épicier, leur brasseur pour les fournitures indispensables au ménage. Chaque quinzaine ils versaient quelque à-compte en reprenant de la marchandise. Malheureusement l’ouvrier ne note pas ses dépenses. C’est la femme qui fait les achats, et la femme, quand par hasard elle sait écrire, ne sait pas tenir un compte. De son côté, le fournisseur de l’ouvrier, qui est en général un tout petit commerçant, n’a pas toujours ses écritures en ordre. De là entre le commerçant et le consommateur, et même s’ils sont tous deux de bonne foi, surgissent un jour ou l’autr e des contestations.
- L’ouvrier croit avoir payé telle somme, le fournisseur soutient n’avoir pas reçu autant. Les têtes se montent, on s'échauffe, et comme de part et d’autre on n’est pas accoutumé à modérer ses expressions, on en vient aux gros mots.
- De là aux poursuites par le créancier il n’y a qu’un pas. Alors commence la série des actes de procédure qui pour toujours empoisonneront l’existence de l’ouvrier et celle de sa famille et qui créeront pour elle et pour lui une dette dont il leur sera impossible de se libérer.
- Supposons que la somme due, ou plutôt que la somme réclamée — car elle n’est pas toujours due — soit de 20 francs et voyons ce que cette petite somme va entraîner de frais.
- Nous allons suivre les diverses phases de la filière en évitant de rien pousser au noir. Il n’y a pas besoin de rien exagérer pour faire toucher au doigt les dé-
- fauts d’une législation aussi vicieuse. La simple réalité y suffit surabondamment.
- Le plus souvent voici comment les choses se passent.
- Le créancier fait d’abord citer son débiteur devant le juge do paix. Cette manière'de procéder n’est pas imposée par le code, mais elle est de beaucoup la plus répandue (1). Une fois sur trois, au dire de la statistique, le juge de paix réussit à mettre les plaideurs d’accord, mais deux fois sur trois il n’y réussit pas (2).
- Nous allons donc, puisque c’est le cas le plus fréquent, examiner comment les choses se passent une fois que la conciliation a échoué. Pour bien compren-dre les diverses phases de la poursuite il faut avoir présentes à l’esprit les diverses prescriptions du Code de procédure civile.
- Ouvrons ce Code au Titre Y1I :
- Art. 557. « Tout créancier peut, en vertu de titres authentiques ou privés, saisir-arrèter entre les mains d’un tiers les sommes et effets appartenant à son débiteur, ou s’opposer à leur remise. »
- Vous comprenez bien, n’est-ce-pas, la forme de cette saisie-ci? Un pauvre ouvrier travaille à la sueur de son front pendant une quinzaine. Le jour de la paie il voit son salaire saisi entre les mains de son patron par un créancier et si la créance et les premiers frais de saisie sont aussi élevés que son salaire, ou n plus forte raison s’ils sont plus élevés, il ne touche pas un seul centime.
- C’est le cas le plus fréquent ear la quinzaine d’un ouvrier monte bien rarement à un gros chiffre.
- Le malheureux poursuivi se trouve donc sans ressources, et le voilà, lui, sa femme, ses enfants, toute une famille innocente des torts de son chef condamnés à vivre à crédit pendant longtemps car la saisie n’arrête pas seulement le paiement d’une quinzaine mais également celui des quinzaines suivantes.
- Il se peut que le patron lui remette quelque argent durant cette période, mais si le patron agit ainsi avant la signification du jugement de validité de la saisie, il le fait à ses risques et périls. Aussi tous ne consentent-ils pas à agir ainsi.
- Vous voyez d’ici à quels expédients se trouve déjà réduite cette malheureuse famille.
- Or notez que tous les frais sont à la charge du poursuivi. Savez-vous à combien ils s’élèvent déjà ?.
- (1) Le créancier peut, à la rigueur, s’exempter de ces préliminaires de conciliation. Le paragraphe 7 de l’art. 49 du Code de procédure civile l’en dispense, mais cette manière de procéder est heureusement très rare.
- (2) De 1837 à 1873 le nombre des citations a été, en moyenne, de 61,866 par an, et le nombre des affaires conciliées en moyenne de 22,790 soit environ 37 «/„.
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- Vous ne le soupçonnez probablement pas. Les yoici, au minimum.
- La citation en justice de paix a coûté 4 75.
- Plus s’il y a lieu, les frais de déplacement qui se calculent d’après le tarif suivant: de 5 kilomètres à 1 myriamètre 4 francs, pour chaque 1/2 myriamètre ou fraction de 1/2 myriamètre en plus 2 francs, j sans toutefois que ces frais puissent dépasser 20 fr.
- Le jugement du juge de paix avec expédition coûte au moins 7 francs, et la signification de ce jugement
- 7 autres fi'ancs, plus, s’il y a lieu, les frais de transport au même tarif que ci-dessus.
- Cela fait déjà 18 fr. 75 de frais que l’on ne peut | éviter d’après le texte de la loi puisqu’il faut un titre I pour demander la saisie et que sans jugement on n’a ! pas, dans le cas qui nous occupe, de titre à présenter.
- Remarquez que ces 18 fr. 75 de frais à eux seuls doublent presque le montant de la somme réclamée à l’ouvrier, somme que nous avons supposée être 20 fr. mais qui pourrait tout aussi bien être 12 ou 15.
- A ces 18 fr. 75 de frais viennent s’ajouter 8 francs pour le coût de la sa'sie-arrêt.
- La saisie-arrêt peut nécessiter le déplacement de l’huissier, lequel déplacement sera compté au tarif.
- Voilà donc notre exploit de saisie-arrêt lancé.Mais il ne suffît pas qu’il le soit. Si l’on s’arrétait-là, rien ne serait fait, ou du moins aucun résultat ne serait obtenu. Ce n’est qu’une première formalité, une manière de se mettre en appétit.
- Cette saisie-arrêt est remise au patron et bien que le pauvre diable qui attend son salaire et qui ne le touche pas n’ignore pas le moins du monde l’existence de la saisie, onjuge excellent de le confirmer dans la conviction à l’existence de cette saisie en noircissant pour cela un peu de papier timbré.
- L’article 563 du code l’exige en ces termes :
- « Dans la huitaine de la saisie-arrêt, le saisissant, est tenu de dénoncer la saisie au débiteur saisi et de l’assigner de validité. » Cette formalité ne peut être négligée car, dit l’art 565, « faute de demande en validité, la saisie ou opposition sera nulle. »
- Vous comprenez bien que cette dénonciation de saisie au débiteur avec assignation en validité ne se fait pas gratuitement. Elle coûte 8 francs, auxquels
- 8 francs s’ajoutent, s’il y a lieu, les frais de transport d’après le même tarif que ci-dessus.
- Cette fois, allez-vous dire, voilà la poursuite bien avancée. Vous croyez? Détrompez-vous.
- On a fait au débiteur saisi une demande en validité. Il est nécessaire que l’on fasse savoir au tiers saisi, c’est-à-dire au patron, que cette démarche a été remplie. Cela permet de consommer un peu de
- papier timbré et l’on ne passe pas outre sur pareille aubaine.
- D’ailleurs l’article 564 ne permettrait pas de négliger cette démarche. Il est formel : « Dans un pa. reil délai, dit-il, délai à compter du jour de la demande eu validité, cette demande sera dénoncée, à la requête du saississant, au tiers saisi, qui ne sera tenu de faire aucune déclaration avant que cette dénonciation lui ait été faite. »
- Cette contre dénonciation au tiers-saisi coûte 8 francs. S’il y a déplacement la même augmentation de frais que ci-dessus.
- Ce n’est pas tout.
- Il faut encore — passez-moi une appréciation qui peut paraître irrévérencieuse, mais qui seule exprime clairement ce dont il s’agit — il faut encore importuner le tiers-saisi. Ce n’est certainement pas cette intention-ià qui a inspiré le législateur; mais c’est incontestablement ce résultat là qu’il a atteint On arrive par une procédure aussi insensée à rendre la saisie-arrêt on ne peut plus désagréable au patron ; il en résulte que le plus souvent les patrons, pour échapper aux tracas et aux pertes de temps que nécessite la saisie-arrêt congédient les malheureux poursuivis.
- On dirait en effet que l’on a pris à cœur d’être désagréables aux tiers-saisis. C’est ainsi qu’au moment des poursuites oû nous sommes arrivés le tiers-saisi est assigné en déclaration affirmative.
- Cecte formalité, comme vous le soupçonnez certainement, n’est pas sans entraîner quelques frais C’est encore une somme de dix francs à ajouter à notre liste. Et notez que l’huissier peut encore demander des frais de transport comme ci-dessus s’il faut qu’il se déplace pour assigner.
- Vous voyez que les frais vont vite, très vite même. En voilà déjà pour 52 fr. 75 c. en supposant que l’huissier n’ait pas eu à se ‘déplacer.
- Voici donc le tiers-saisi assigné. Il fait ou fait faire par une personne à qui il aura donné procuration, la déclaration demandée, laquelle déclaration indique les causes et le montant de sa dette à l’égard du débiteur poursuivi, les paiements à compte qui ont pu être faits, l’acte ou les causes de libération au cas où lui-même ne serait plus débiteur du poursuivi, et, dans tous les cas, les saisies-arrêts ou oppositions formées entre ses mains. Les pièces à l’appui sont annexées à la déclaration et le tout est déposé au greffe. Si le tiers-saisi est sur les lieux, il doit réitérer son affirmation au greffe; dans le cas où il n’est pas sur les lieux il fait son affirmation devant le juge de paix de son domicile sans qu’il soit besoin, ) dans ce cas, de réitérer l’affirmation au greffe. Tou-
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- tefois, que la déclaration affirmative soit faite devant le juge de paix ou au greffe, il est fait :
- 1° Une expédition de cette affirmation ;
- 2° Une acte de dépôt des pièces justificatives le tout moyennant 18 francs, savoir 10 francs pour la déclaration affirmative au greffe et expédition et 8 francs pour l’acte de dépôt.
- Avouez que cette idée de faire deux actes est ingé nieuse. La déclaration affirmative est donc faite et le dépôt des pièces à l’appui effectué.
- Vous pensez que cela va aller comme cela. Ah!
- mais non. Il faut encore que cette déclaration et ce dépôt de pièces soit signifié.
- Le code a eu la précaution de dire que cette signification doit être faite par un acte contenant en outre constitution d’avoué de la part du tiers-saisi. Sans cette précaution du code il est vraisemblable que l’on eût trouvé moyen de faire deux actes, un pour la signification et un pour la constitution d’avoué. Cela aurait permis doubles frais. Malheureusement, ô douleur 1 le code si prodigue de frais pour tout le reste de cette procédure devient économe sur ce cas particulier. Il ne permet qu’un seul acte. Encore si on avait la ressource des frais de déplacement, on se rattraperait là-dessus le cas échéant, mais il n’y a pas moyen : l’acte se fait chez l’avoué. Il faut donc se contenter de ne réclamer que 8 francs.
- Il est vrai que ces sommes 8 ou 10 francs réitérées donnant par leur addition un total de 78 fr. 75 c., ce qui n’est pas tout à fait à dédaigner, d’autant plus que les grosses dépenses ne sont pas encore faites.
- La saisie arrêt ne peut avoir tout son effet qu’a-près un jugement déclarant valable la saisie-arrêt. Or un jugement coûte cher. Nous sommes extrêmement modeste en n’en estimant les frais qu’à 150 francs. Ce chiffre est plutôt au-dessous de la moyenne qu’au-dessus.
- Cela nous amène donc à un total de frais de 228 fr. 75 c., ce qui est déjà un bien gros chiffre. Et pourtant ce n’est pas fini. Ce jugement de validité, il faut qu’il soit signifié au débiteur saisi. Il faut également qu’on signifie au tiers-saisi d’avoir à l'exécuter. De là 12 francs de frais, plus, s’il y a lieu, les frais de transport au tarif.
- Enfin à teneur de l’article 164 du Code de procédure civile un certificat du greffier doit constater qu’il n’y a pas d'opposition. C’est encore 1 franc à ajouter à la liste.
- Ainsi nous sommes arrivés à 241 fr. 75 c., de frais, sans que nous ayons cherché les complications qu’il est fréquent de voir intervenir, d’autant plus que MM. les agents de droit ne sont pas précisément désintéressés à les faire naître.
- Nous n’avons pas tenu compte non plus d’un cas qui se produit très fréquemment, la survenance de nouvelles saisies-arrêt. En ce cas le tiers-saisi, à teneur de l’article 575, doit dénoncer ces nouvelles saisies arrêts à l’avoué du premier saisissant. Cet acte coûte 8 francs. Comme il se fait chez l’avoué il ne permet pas de frais de déplacement.
- Vous voyez, chers lecteurs, que sans forcer les choses, et en suivant la simple marche qu’elles suivent de coutume nous arrivons à la somme considérable de249 fr. 75 c., de frais, soit en chiffres ronds 250 francs. •
- Or assurément ce chiffre est plutôt un minimum qu’une moyenne.
- Remarquez aussi — et c’est important — que dans ce chiffre de 250 francs ne sont comptés aucun frais de transport. Or si le tiers-saisi n’est pas dans la ville de l’huissier — ce qui n’est pas rare lorsqu’il s’agit d une usine — sept des formalités — nous avons vu lesquelles - entraînent un déplacement. Cette seule rubrique peut chaque fois s’élever jusqu à 20 francs, soit pour les sept 140 francs. Total 390 francs de frais pour une créance originale qui peut n’être que de 10 ou de 15 francs.
- Et notez encore que, vu la complication de nos lois de procédure nous avons pu oubliercertaines choses. C’est le spectacle de nombreuses poursuites de cette nature qui nous a révélé à quels abus criants prête le Code de procédure civile. Tous ceux que nous dénonçons existent, mais sans doute il en est qui nous ont échappé.
- Quoi qu’il enso't, ce que nous avons dit doit suffire à l’édification du législateur. 250 à 390 francs de frais à l’occasion d’une dette qui peut n’être qu'une bagatelle, cela en dit long. Le malheureux ouvrier qui a à subir une pareille charge de frais ne peut manquer d’y succomber. S’il reste au service du même patron, c’est durant des moi.-, entiers qu’il est privé d’une part de son salaire, s’il change de patron et que le poursuivant soit tenace et le traque de maison en maison, ce qui arrive parfois, les mêmes frais se renouvelleront autant de fois que le patron changera, sauf les frais en justice de paix qui n’ont pas besoin d’être refaits à nouveau.
- Si donc le débiteur change trois fois de maisons et que le créancier s’obstine, les frais s’élèveront de 720 à 1.140 francs, le tout pour une dette initiale insignifiante.
- Des lois qui permettent de telles choses sont jugées.
- Enfin s’il arrive qu’il y ait plusieurs créanciers, que ces créanciers ne s’entendent pas entre eux ou avec leur débiteur pour la distribution des fonds il en
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- résulte un embrouillement effroyable dont le plus clair résultat est une somme de plusieurs centaines de francs de frais en plus. La tentation est bien grande pour MM. les huissiers de profiter, et, à l’occasion défaire naître de si belles aubaines. Tous n’y résistent pas.
- Pour plus de clarté, récapitulons ces frais en un tableau.
- Détail approximatif des frais d'une saisie-arrêt pour une somme réclamée de 20 francs ou même moins.
- Citation en justice de paix Jugement » » »
- Signification de ce jugement Saisie-arrêt
- Dénonciation de la saisie au débiteur Contre dénonciation au tiers-saisi Assignation en déclaration affirmative au tiers-saisi
- Déclaration affirmative au greffe et expédition
- Acte de dépôt des pièces justificatives Signification de cette déclaration et du dépôt des pièces et constitution d’avoué
- Jugement déclarant valable la saisie-arrêt
- Signification de ce jugement Certificat d’absence d’opposition
- F. 4 75 7 » »
- 7 »»
- 8 » » 8 »» 8 »»
- 10 »»
- 10 »» 8 »»
- 8 »»
- 150 »» 12 ».» 1 »»
- Minimum F. 241 75
- Plus les frais de déplacement, plus, s’il y a lieu, les autres frais désignés dans le courant de l’article.
- \ [A suivre).
- COMMENT HARRY LÜVALE DEVINT UN COOPÉRATEUR
- Par Georges HINES ( Traduit de VAnglais )
- I
- « C’est un sournois blagueur, voilà mon opinion », disait un soir Hany Luvale planté devant le comptoir d’une taverne dans une ville d’Angleterre. Le mot semble un peu raide à l’adresse d’un compagnon de travail, et l’on est tenté de croire que celui qui parlait ainsi était un grossier personnage et peu charitable dans ses propos, ou que l’individu si sévèrement qualifié avait sans doute forfait à l’honneur. La première supposition n’était pas plus vraie que
- la seconde. Harry Luvale n’était nullement un méchant homme ; il n’avait jamais eu l’intention d’être injuste envers les autres. Malheureusement il n’était pas dans sa nature de réfléchir avant de parler, ni de raisonner la moindre question. Le premier mot qui lui passait par la tête était le premier dit. Une fois le mot lâché, tout le monde pouvait lui donner tort, Harry Luvale ne revenait jamais sur son opinion.
- En outre, comme David Pryce dans la légende d’Ingoldsby,
- Il avait un charmant défaut.
- Il aimait tout ce qui est beau.
- Surtout la Mère.
- Cette partialité, sans augmenter son affection pour ceux qui avaient les mêmes goûts que lui, le poussait à mal juger ceux qui n’étaient pas enclins à la même faiblesse.
- Presque aussi régulièrement que les jours succèdent aux jours, vous auriez pu voir Harry, aussitôt que la cloche de l’atelier ayait sonné pour le déjeuner, entrer dans la taverne dont nous venons de parler, pour y prendre une demi-pinte de bière.
- Le même fait se répétait avec la même exactitude à midi et le soir. Une seule chose pouvait rompre cette régularité : C’était le nombre de marques faites sur l’ardoise suspendue derrière la porte.
- Harry avait-il naturellement, comme il le disait, l’âme très-altérée, ou craignait-il de voir le taver-nier mourir pauvre s’il ne le soutenait dans son commerce. Je ne saurais le dire.
- Le raisonnement de notre homme était celui-ci ; « Une demi-pinte me donne l’appétit, me tient lieu d’un repas, me rince le gosier ; me met en bonne humeur, me réchauffe dans les matinées froides, me rafraîchit dans les jours de chaleur ; enfin je ne peux m’en passer. ».
- Je dois dire que chez lui la pratique était absolument conforme à la théorie. Si par hasard, armé d’une forte résolution il eût passé sans entrer, ayant de l’argent en poche, devant la boutique du marchand de bière, il est probable que, revenant sur ses .pas, il se serait payé une demi-pinte en récompense de sa fermeté.
- Nous ne chercherons pas s’il avait le droit de se conduire ainsi : il gagnait suffisamment pour cela ; d’ailleurs il n’était pas le seul... Mais, soit dit en passant, s’il eût pris moins régulièrement sa « médecine » suivant l’expression des habitués de la taverne, il ne s’en serait trouvé que mieux sous tous les rapports.
- Quoi qu’il en soit, le jour où nous le rencontrons,
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- Harry, tout en prenant ce qu’il appelait sa « régulière », discutait avec quelques-uns de ses amis, les faits et gestes d’un camarade de travail, faits et gestes qui constituaient, prétendait-il, une offense envers les « compagnons amateurs de ia bière. »
- Après s’être débarrassé des paroles qui commencent notre récit, Harry parut quelque peu soulagé. Le malheureux respirait enfin après une série de phrases injurieuses. Une pause de deux ou trois minutes suivit cette diatribe proférée au milieu du cercle formé par les camarades, qui tous, à l’pxcep-tion d’un seul, avaient de temps en temps glissé un mot d’approbation. Harry Luvale avait la parole presque tout le temps.
- Cependant f auditeur qui avait gardé le silence, intervint pour poser une question.
- « Pour quel motif considérez -tous Ben Bawnvvyse comme un sournois blagueur ? » dit Ned Notdaft, tranquillement, et sans la moindre apparence de mauvaise humeur.
- « Pour quel motif, pour quel motif ? pour beaucoup de motifs 1 » réplique vivement Harry, tout étonné qu’un homme put douter un seul instant de la vérité de son assertion.
- Harry était un de ces prolixes vantards, vrais rustres, comme on en trouve dans les ateliers peuplés, et qui ont la manie de surmener, de dominer impérieusement les plus timides,- — au demeurant le plus généreux compagnon en certains cas.
- « C’est bien possible », répliqua Ned Notdaft en cachant soigneusement l’indignation qu’il ressentait « Mais je n’éprouve pas d’antipathie pour Ben, je l’ai toujours considéré comme un homme droit. Vous pouvez penser le contraire : ça ne change rien au fond. Assurément chacun est libre d’exprimer son opinion. Quant à moi, j’ai toujours trouvé Ben prêt à rendre service à ses camarades quand il le pouvait, tout en ne parlant pas beaucoup ».
- « Parfaitement » dit Harry « il ne dit jamais grand chose, mais, il agit en dessous. C’est à peine s'il parle à un camarade dans la rue. Je n’aime pas un homme qui ne vient pas prendre sa demi-pinte comme les autres *
- « Hé bien 1 Quant à cela, je crois que chacun doit avoir le droit de faire comme il lui plaît » répondit Ned,
- « Certainement, cela paraît assez juste » dirent quelques-uns des assistants, qui évidemment penchaient du côté du champion de Ben.
- « Oui » dit Harry d’un air maussade, « oui, tout cela est fort bien : un homme ale droit de faire ce qui lui plaît ; mais Ben devrait agir comme un compagnon et fréquenter ses camarades voilà ce que je
- dis. Celui qui n’agit pas do la sorto; est } un sournois »
- « Est-ce seulement pour cela que vous traitez Ben de sournois ? » dit Ned d’un ton plus décidé, mais aussi froid qu’auparavant.
- Non, ce n’est pas tout » répond Harry qui commençait à se fâcher. « Regardez-le maintenant ; il est toujours fourré dans les papiers de la coopération. Il les colle à la figure des gens, que ça leur fasse plaisir ou non. Il demande aux personnes qu’il rencontre si eiles veulent faire partie de la Coopération.... et je ne sais pas tout. Je me. rappelle qu’il y a deux on trois ans, il n’avait pas un seul penny dans la poche.
- Depuis qu’il appartient à cette Société coopérative, il s’est arrangé de manière à épargner trois ou quatre pennys (en faisant lé sournois) et Monsieur se garde bien de fréquenter les camarades. »
- « Allez, allez toujours, Harry, dites-nous ce que vous savez les sournoises habitudes de Ben.... Avez-vous déjà fini ? » dit Necl avec le calme le plus engageant, tout en portant son verre à sa bouche, ce qui semblait dire : « Voyez-vous, cela to’est égal de boire un verre de bière, mais j’aime à être juste. »
- a Non, je n’ai pas fini, » réplique Harry, qui devenait très rouge.
- « Je ne crois pas à votre coopération, ni à ceux qui y croient. Ben Bawnwyse vient justement d’être élu au comité coopératif. Je voudrais bien savoir s’il n’y avait pas assez d’hommes aussi bons ou meilleurs que lui. Pourquoi Ben est-il élu plutôt que ceux-là ? Pouvez-vous me le dire. Ned? Maintenant écoutez...»
- « Arrêtez, arrêtez, » dit Ned.
- — Non, je ne me tairai pas. Vous avez eu votre tour, répondez seulement...
- « Je répondrai si, ».... commença Ned. Mais l'autre lui coupant la parole :
- «Oui, je sais. Vous ne pouvez que répéter la même chose. Le fait est que Ben n’a obtenu tout cela qu’en faisant le sournois. Vous pouvez dire tout ce qu’il vous plaira. »
- Alors commença un déluge de paroles intempestives, comme Harry seul en avait le secret. Un avocat de Philadelphie aurait perdu son latin à essayer de trouver dans ce fouillis sans queue ni'tête la matière d’un argument.
- Mais Harry ne savait causer ni discuter autrement, chez lui la quantité remplaçait la qualité. On tolérait ses propos dans les salles des tavernes. Dans cette occasion cependant il avait trouvé à qui parler dans la personne de Ned Notdaft.
- Harry se leva avec empressement « Bonsoir à
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- vous tous » dit-il, et il marcha vers la porte laissant ses compagnons tirer ce qu’ils pouvaient de sa phrasélogie compliquée. Mais Ned Notdaft sans précipitation apparente s’était avancé vers la porte et maintenant barrait le passsage. Il se tenait devant Harry et le regardait en face d’un œil calme et déterminé mais avec un air de bonne humeur. Harry sentait instinctivement qu’il devait rester pour entendre la réplique de Ned.
- « Attention Harry, mon vieux compagnon, vous n’avez pas été juste et vous le savez.
- — Oui.....non.... je....
- « Ecoutez. Je veux vous parler » dit Ned. « Tout ce que vous avez dit ne prouve que préventions de votre part : ou vous ne savez pas ce que c’est qu’un sournois, ou vos préventions vous égarent. Autrement.....— Eh ! bien ! je vais vous le dire franche-
- ment— vous n’êtes qu’un lâche goujat.» Harry fit un mouvement de recul; mais il se calmait un peu et n’était pas loin de croire qu’il avait agi comme un insensé.
- « Mais » continue Ned, «je vous connais très-bien Harry, et je pense que si seulement vous réfléchissiez un peu plus, et que vous parliez un peu moins, vous ne diriez pas les énormités que vous lâchez quelquefois ; car je ne crois pas que vous ayez réellement l’intention de porter préjudice à un compagnon. Je connais Ben Bawnwyse aussi, et certainement il n’a jamais mérité qu’on le qualifiât de sournois. Ben a toujours été un compagnon tranquille, qui suit droit son chemin, et ne se laisse pas conduire où il ne lui convient pas d’aller. Je vous dirai mieux que ça : si vous avez un grain de bon sens, allez vers Ben Bawnwysse. Je me rappelle qu’il fut un des premiers à faire partie de la coopération quand elle commença il y a environ sept ans,et je lui ai entendu dire l’autre jour qu’il possède maintenant 51 livres. Moi, je voulais attendre et voir comment cela marcherait, j’attendis, j’attendis.... trois ou quatre années s’écoulèrent. Si je n’avais pas attendu je pourrais tout aussi bien avoir le double d’épargne maintenant ; car il faut que je vous dise, Harry, que je suis un des membres de cette coopération dont vous parlez. C’eut été une bien belle et bonne affaire pour vous, si vous en aviez été un aussi; particulièrement quand vous avez fait cette longue maladie l’année dernière. Ecoutez, à propos de cela, je puis vous dire une chose que peut-être vous ne connaissiez pas auparavant. Ben Bawnwyse fut le premier homme qui nous donna l’idée de nous cotiser pour vous aider , un peu à ce moment là « parce que, » dit-il, « douze schillings par semaine sans le secours de la cotisa-
- tion n’iront pas loin avec une femme et quatre enfants. »
- « Et croyez-vous, Harry.qu’il ne savait pas que vous preniez votre demi-pinte régulièrement tous les jours, et que vous fronciez le nez aux coopérateurs, lorsqu’il quêtait sournoisement à la ronde dans son chapeau pour vous et pour vos enfants.
- Vous avez sans doute remarqué les larges cicatrices qu’il a aux mains. Savez-vous comme elles y sont venues ? Je vais vous le dire.
- Il y a environ sept ou huit ans, en passant devant une nîaison Ben entendit un enfant jeter des cris perçants de douleur et d’angoisses à faire pitié. D’un bond il entre dans la maison (comme un sournois, direz-vous peut-être). Que voit-il ? Une pauvre petite fille, toute seule, enveloppée dans les flammes qui consumaient ses habits, et pas une goutte d’eau. Il n’avait d’ailleurs pas le temps d’aller en chercher. Ben prit l’enfant dans ses bras et éteignit littéralement le feu avec ses mains nues. Elles furent tellement brûlées qu’il resta quatre semaines sans travailler; mais il avait sauvé la vie de la pauvre petite fille ?
- Maintenant que fait-il ? Il va de côté et d’autre sournoisement (comme il vous plaît de dire) persuadant à ces mauvais garnements de se joindre à la coopération, et je puis vous montrer une douzaine de compagnons qui n’auraient pas quatre sous à leur disposition si Ben ne les avaient pas déterminés à devenir membres de la Société coopérative. Voilà la sorte de sournois qu’est Ben Bawnwyse. Maintenant Harry, mon garçon, vous pouvez avaler cela et voir si ça vous agrée. Bonsoir. »
- Ned Notdaft sortit, Harry Luvale en fit autant, quelques instants après.
- Aussitôt, les commentaires de leurs compagnons d’aller leur train avec plus d’impétuosité que d'élégance.
- « Avez-vous la mine qu’il faisait faisait, » disait l’un; «jamais je n’ai vu un homme aussi hébété. »
- « Il n’a eu que ce qu’il méritait, » disait l’autre.
- (^4 suivre.)
- Ce que 1© lux© de» rois coût© aux peuple»
- Les fêtes du sacre de Napoléon Ier et de Joséphine ont coûté 1,735,646 francs.
- Celles de son mariage avec Marie Louise 2,670,932 fr.
- Le baptême du Duc de Berry 668,0U0 fr.
- Le sacre de Charles X, 1,164,097 fr.
- Le mariage du duc d’Orléans 600,000 fr.
- Enfin le mariage de Napoléon III avec Mlle Montijo 808,000 fr.
- Gela fait pour ces 6 solennités seulement l’énorme somme de 7 646,675 francs.
- Le Directeur-Gérant : GrODIN.
- ttaiot-Quentia—lmp. de la Société anoayme du Gia^.ar
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- DIMANCHE 28 NOVEMBRE 1880
- 3e ANNÉE, TOME 4 — N° 116 * numéro hldomadaire 20 c.
- Le Devoir
- DES RÉFORMES
- BUREAU
- A GUISE (Aisne)
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant Fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE
- par renvoi, soit an bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France
- Un an . . Six mois . Trois mois
- 10 fr. »» 6 »» 3 »»
- Union postale
- Un an . . . . 11 fr. »» Autres pays Un an. . . . 13 fr. 60
- SOMMAIRE
- La paix et l'abolition de la guerre. — Nouvelles du Familistère. — Faits politiques et sociaux. — Le 4e Congrès ouvrier. — Adresse des ouvviers autrichiens. — Nouvelles diverses. — Feuilleton : Comment Harry Luval devint un coopérateur.
- ÉTUDES SOCIALES
- SUR LE GOUVERNEMENT
- LA PAIX ET L’ABOLITION DE LA GUERRE
- XV
- Qu’on ne soit pas surpris si je place au premier rang des réformes_ sociales l’organisation de la paix entre les nations. C’est que la paix est le point de départ de l’amélioration du sort des peuples. Sans elle, toute réforme sociale sera impuissante à revêtir un caractère vraiment durable, et même à s’asseoir sur des bases solides.
- Car la guerre en expectative, en préparation ou en exécution, sera toujours l’abîme où s’engloutiront les épargnes du travail et les moyens d’existence des classes ouvrières. Toujours les besoins causés par la guerre enrayeront la marche du progrès, en faisant ajourner les réformes sociales nécessaires. Après avoir condamné l’élite des hommes les plus vigoureux à
- ON S’ABONNE
- A PARIS
- 5,r.Neuve-des-petits-Champs Passage des Deux-Pavillons
- S’adresser à M. LEYMARIE administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
- l’action improductive et même à l’action destructive ; après avoir conduit au massacre ou à la mutilation un grand nombre d’entre eux,toujours la guerre, pour comble de malheur,réduit les travailleurs au strict nécessaire, si ce n’est à la misère et aux plus dures privations.
- Une guerre chez les nations civilisées coûte à notre époque plus de milliards qu’il n’en faudrait pour réaliser la mutualité sociale au profit dés peuples, pour assurer à toujours et partout l’existence humaine contre le besoin et l’abandon.
- Les énormes dépenses causées par la guerre, si elles étaient utilisées en vue du bien-être du peuple, permettraient de reconstruire sur des plans nouveaux les chaumières, les masures et les maisons insalubres qu’habitent les classes pauvres à la ville comme à la campagne, de façon à en faire des séjours agréables et heureux.
- Ne conçoit-on pas combien les populations seraient alors plus prospères et plus fortunées.
- ’ Les causes contraire^ produisent des effets différents; or, .puisque la guerre a pour effet de perpétuer nos malheurs sociaux, la paix nous laisserait la liberté et le loisir de travailler à la perfection sociale. La fraternité et la concorde remplaceraient l’esprit de haine, de meurtre et de dévastation.
- La guerre de 1870 est encore trop près de nous pour que les idées de paix européenne trouvent dans la pensée publique la place que la raison leur assigne.
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- LE DEVOIR
- Les inquiétudes militaires ont été trop vivement surexcitées, pour que l’Europe n’en soit pas de nouveau ébranlée jusque dans ses fondements. Les nations ne peuvent indéfiniment forger des armes, exercer des soldats, construire des forts, uniquement pour gaspiller les ressources publiques. La conséquence fatale de ces armements est de condamner l’Europe à la guerre.
- L’intérêt du peuple réclame pourtant tout le contraire. Les fusils, les canons, les forts, les redoutes, les bastions sont autant de pris sur le pain quotidien du travailleur, et ne laissent à celui-ci d’autre perspective que d’être victime des dévastations et du carnage de ces luttes effroyables. Une telle situation ne peut durer; elle ne peut être l’état permanent des nations civilisées.
- Il est difficile de comprendre comment notre civilisation renferme encore assez d’ignorance et de traditions perverses pour que la guerre soit restée jusqu’à nos jours à l’état d’institution dans les gouvernements. L’influence délétère des royautés européennes a seule pu perpétuer ces traditions funestes.
- L’esprit de domination chez les rois, les rivalités des cours, l’ambition des courtisans, l’orgueil du commandement et de l’apparat militaire, le désir de faire parler de soi, l’aversion qu’éprouvent encore certains hommes pour le travail et les œuvres utiles,telles sont les causes de guerre que les royautés européennes entretiennent su sein de l’ignorance des peuples.Tels sont les restes de l’esprit du passé qui constituent de nos jours l’obstacle principal à la paix en Europe.
- L’Europe sera contrainte de se déb'arrasssr d’une telle situation, soit par un effort suprême des peuples en révoltq contre les despotismes qui les accablent, soit par les événements mêmes que les armées permanentes entraîneront.
- L’abolition du gouvernement personnel,c’est-à-dire l’inauguration de la République dans toutes les nations européennes, tel est le fait fatal et nécessaire qui permettra aux peuples de suivre leurs destinées naturelles.
- Les causes d’antagonisme qui subsistent entre les Etats étant supprimées, la paix s’organisera ensuite facilement.
- La fédération des peuples deviendra une conséquence naturelle de ce nouvel état de choses : car les nations n’étant plus gouvernées au nom des intérêts dynastiques et aristocratiques, mais au nom des intérêts mêmes des peuples, ces derniers n’auront pas d’intérêt plus réel que celui de cimenter la paix entre eux, afin de marcher librement à la conquête de tous les progrès, à la conquête de la prospérité et de l’aisance par le travail.
- Mais de ce que nous voyons dans les temps présents d’énormes obstacles à la réalisation de la paix, s’ensuit-il qu’il ne faille pas préparer l’avenir en essayant d’éclairer les puissances du jour sur les devoirs qui leur incombent ?
- Est-ce à dire qu’il ne faille pas tenter la fédération des peuples et l’organisation de la paix avant que l’Europe soit convertie à la République ? Cette pensée est loin d’être la nôtre et nous considérons comme regrettable que jusqu’ici le gouvernement de la République française ne se soit pas fait l’organe de la proposition de désarmement dans toutes les nations civilisées, et n’ait pas chargé son corps diplomatique d’être le représentant de cette proposition, auprès de tous les gouvernements étrangers. La persévérance dans une idée juste en amène le succès tôt ou tard ; l’organisation de la paix européenne est un fait que la marche du progrès des idées sociales fera naître, mais que des hommes d’Etat intelligents et amoureux du bien public peuvent grandement hâter.
- Quel rôle et quel devoir incombent à ce sujet aux gouvernants dans la situation actuelle de l’Europe ? Représenter aux puissances intéressées l’appauvrissement que l’état de paix armée et les travaux de la guerre font peser sur les classes laborieuses de tous les pays; signaler combien d’institutions favorables au bien-être des populations pourraient être créées, avec toute la richesse engloutie dans ces préparatifs de défense ou d’attaque ; démontrer l’horreur des atteintes à la liberté, à la tranquillité, à la fortune, à la vie, auxquelles ces préparatifs de guerre doivent donner lieu à l’égard des .personnes. Les bêtes féroces ne méditent pas aussi froidement, ni avec autant de perversité le massacre et le meurtre de leur propre espèce*
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- LE DEVOIR
- T55
- Faire appel à la raison et proposer le désarmement général. Que chaque nation ne conserve de soldats que ce qui est indispensable à sa sécurité intérieure. Demander l’institution d’un congrès permanent des Etats européens chargé je l’arbitrage des conflits internationaux. Arrêter les règles nouvelles du droit international en les fondant sur les principes suivants :
- Que les nations doivent désormais se rendre de mutuels services, au lieu d’entretenir les causes de rivalités qui les ont divisées jusqu’ici.
- Que chacune d’elles doit faciliter aux autres l’accès aux avantages naturels nécessaires à leur développement et à leur prospérité respectifs.
- Que les nations n’ont pas à intervenir dans le gouvernement intérieur les unes des autres, ni dans les questions politiques et sociales qui s’agitent parmi chaque peuple en particulier.
- Que le droit international n’a à s’occuper que des intérêts internationaux.
- Que nonobstant ce droit et cette protection, aucune nation ne doit prétendre s’emparer des possessions des autres nations, ni leur enlever ces mêmes avantages.
- Que dans l’arbitrage de toute affaire internationale, le congrès prendra pour règle de justice dans ses décisions de venir en aide aux peuples dont les intérêts sont compromis ou en souffrance.
- Qu’en toute circonstance les démêlés inté-, rieurs des peuples et les arrangements à intervenir seront laissés à leur libre action.
- Le désarmement serait fait et surveillé par toutes les puissances intéressées, de façon à donner toute sécurité pour la paix en Europe.
- Les dépôts d’armes seraient arrêtés par le congrès. La police du désarmement serait faite par un corps d’agents dans lequel chaque puissance aurait ses représentants en nombre égal.
- Aucune puissance ne pourrait sous aucun Prétexte réarmer. '
- Dans les circonstances où le congrès reconstruit l’emploi de la force nécessaire à la défense du droit, c’est-à-dire au progrès des Pépies, cette défense se ferait par le concours de toutes les puissances fédérées.
- Ln dira que ces propositions auraient le tort de n’être pas acceptées par les puissances euro-
- péennes. Evidemment l’accord serait difficile au début sur tous ces points. Mais la question n’est pas là; il s’agit de savoir si le langage de la raison et le sentiment de la justice ne doivent pas dans les questions d’Etat prendre la place des subterfuges diplomatiques et des vues ambitieuses qui, si souvent, mettent la paix en péril.
- Nul homme au sens droit ne prendra parti pour la négative ; chacun sera d’accord que la paix perpétuelle entre les nations serait un des plus grands bienfaits auxquels l’humanité aspire.
- La difficulté ne réside donc que dans la résistance qu’apporteront à son établissement les pouvoirs ennemis de la tranquillité des peuples, ceux qui mettent le repos des nations et la vie des citoyens au-dessous de leurs vues et de leurs ambitions personnelles.
- Mais la question une fois bien posée à la face de l’Europe et de tout le monde civilisé, elle exercerait par elle-même une singulière influence sur l’esprit des nations. Nul doute que les gouvernements et les pouvoirs existants ne se sentent dans un temps très-rapproché intéressés à la prendre en sérieuse considération. Agir autrement serait se déclarer. eux-mêmes les adversaires du bonheur des peuples placés sous leur domination. Alors les peuples à leur tour se feraient les adversaires de ces pouvoirs.
- La Fédération des nations européennes se préparerait donc sous l’influence des propositions diplomatiques dont nous venons de parler, et la constitution des Etats-Unis d’Europe pourrait dans un avenir prochain inaugurer la paix définitive sur le continent.
- Alors les barrières entre les nations seraient inutiles ; la circulation et les échanges seraient libres dans toute l’Europe, comme ils le sont dans les Etats-Unis d’Amérique.
- Les frontières nè seraient plus entre les nations que des limites, administratives analogues à celles de nos départements.
- Il faut bien se rendre compte que l’unification des peuples se fait avec le progrès de la civilisation et surtout avec la connaissance que l’homme acquiert de ses droits et de ses devoirs sociaux.
- Aujourd’hui, les Flamands, les Picards, les
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- Normands, les Bretons, les Provençaux, les Lorrains sont avant tout des Français, des hommes et des citoyens. Les habitants de ces contrées ont abandonné leurs vieilles rivalités pour se fusionner en un seul peuple.
- L’unité qui s’est faite au nom des nations tend à se propager rapidement entre les nations elles-mêmes. Les préjugés de race et d’origine ont disparu.
- Nous ne sommes plus au temps des haines de peuple à peuple, au temps où les passions de la guerre étaient dans presque tous les esprits. Les entraînements à la lutte se sont effacés pour faire place k l’amour du travail et de la vie productive. Les peuples ne songent plus à s’enrichir par le vol et le pillage ; la passion du carnage et de la dévastation est à l’état d’exception aujourd’hui parmi les hommes. Les véritables conquêtes après lesquelles aspirent les civilisations sont les conquêtes industrielles, à réaliser par le travail sur les éléments de la nature.
- Le moment est donc arrivé pour les gouvernements des nations européennes de répondre aux vœux des peuples, en établissant le concert nécessaire pour opérer le désarmement général et aviser aux moyens d’assurer la paix entre les nations civilisées.
- Ce serait une gloire de plus pour la France si le gouvernement de la République prenait une telle initiative.
- (A suivre) GODIN
- NOUVELLES DU FAMILISTÈRE
- On lit dans « Les Etats-Unis d’Europe » du 20 courant, l’article qui suit :
- LA. GEÈVE DU FAMILISTÈRE.
- La vérité, c’est qu’il n’y a jamais eu de grève dans les usines de l’association du Familistère. Ni à .Bruxelles, ni à Guise les travaux n’ont point été interrompus une seule minute. La vérité, c’est que le samedi 30 octobre dernier, trois cents ouvriers se sont réunis comme ils en ont le droit et la facilité chez eux, dans l’intérieur du Familistère, pour demander, recevoir et au besoin discuter des explications qu’ils jugeaient nécessaires, sur l’objet, le mode et les résultats d’un réglement nouveau appliqué par le directeur de la société, conformément aux statuts. La vérité c’est que la police venue, envoyée proba-
- blement dès le lendemain, dimanche, sans avoir été ni requise, ni appelée, ni invitée par M. Godin, a vu les choses le passer comme elles se passent tous les dimanches ; on se reposait, on ne travaillait point on se promenait, on jouait au billard, on lisait; ies femmes endimanchées, surveillaient les enfants qUj jouaient dans les cours ou sur les pelouses; même repos le lundi, jour de la Toussaint, mardi matin le travail reprenait partout.
- La cléricaux et les réactionnaires en étaient donc pour leurs frais. Cela n'a point empêché leur s journaux d’annoncer que « 700 ouvriers de l'usine Godin refusaient de reprendre leur travail « et d’ajouter » qU0 l’on avait cru que l’organisation familistérienne de l’usine Godin la mett ait à l’abri de ces éventualités. »
- En attaquant de leur arme ordinaire, la calomnie, un établissement socialiste dont le fondateur, après vingt ans d’essai, a fait une Société légale dans laquelle tous ies travailleurs de l’usine sont membres et intéressés, Ls cléricaux et les réactionnaires font leur métier, mais les journaux républicains et même collectivistes ne font point le leur en se hâtant d’accueillir et de propager sans aucun examen, les fausses nouvelles inventées par leurs ennemis.
- Nous savons très-bien que le principe des collectivistes étant l’abolition, non de toute propriété individuelle, mais de la propriété privée des instruments de travail, une société fondée, comme l’est celle du Familistère, sur l’association du travail et du capital, doit logiquement leur paraître engagée dans une voie fausse. C’est leur droit de le dire et de le prouver s’il peuvent ; mais au point de vue même du Collectivisme, l’œuvre de M. Godin doit rendre les plus grands services. En effet, il est certain qu’elle concentre dans les mêmes mains et sur les mêmes têtes de puissants « moyens de production » or, toute grande usine n’est-elle pas, suivant les collectivistes, un pas inconscient mais très-réel vers le régime collectiviste ? Ne faut-il point qu’entre la société « capitaliste et individualiste » actuelle, et la société future il y ait des transitions, des acheminements, des termes de passage ? La société du Familistère est tout au moins une de ces transitions nécessaires, qourquoi donc tant de hâte à faire cause commune avec ses calomniateurs ?
- D’ailleurs, si l’on monte plus haut, si l’on regarde les choses avec plus de philosophie, avec plus générosité, avec plus de raison, n’est-ce point une admirable expérience que celle à laquelle M - Godm a consacré sa fortune et sa vie ? Avoir gagné quatre millions et les mettre dans une expérience socialiste, qui donc a faitcela?N’est-cepoint, quelqu en soit le résultat, un service éclatant rendu à la cau&e
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- «ociale ? Qu’on la suive, cette expérience, avec une Mention impartiale dans son ensemble et dans ses détails, dans sa théorie et dans sa pratique; qu’on ]a surveille minutieusement, que l’on constate le sucrés, s’il y a succès, qu’on relève les défauts, les causes d’insuccès, s’il y a insuccès, c’est le droit, c’eSt le devoir de tout républicain socialiste. Mais de cette étude consciencieuse, de cette constatation impartiale de ce qui est, à la reproduction hâtive et} il faut le dire, joyeusement faite d’une nouvelle fausse, il.y a un abîme que les journaux collectivistes ont très-grand tort de franchir. Pour toute réponse, Godin a rétabli la vérité et montré en cinq lignes ijue le Familistère a déjà réalisé pratiquement des progrès dont on commence à peine à se préoccuper.
- Education et instruction laïque, gratuite, obligatoire ;
- Nourrieerie, jardins d’enfants ;
- Ecoles mixtes pour les deux sexes ;
- Caisses de retraite pour les vieillards, caisses de subvention pour les familles ;
- Droit de vote pratiqué par les femmes.
- Considérée comme solution complète du problème social, tenue pour une expérience loyalement faite sur une grande échelle, l’œuvre de M. Godin mérite d’ètre honorée et soigneusement étudiée par tous les républicains-socialistes, quelle que soit l'école à laquelle ils appartiennent. Ch. L.
- « Le püblicateur de Besançon », dans son numéro du 18 courant, signale également à ses lecteurs qu’il n'y a pas eu de grève au Familistère. Il raconte comment ces faux bruits ont été répandus, puis termine par ces paroles :
- « Les livres de M. Godin sont de nature à convaincre les lecteurs sérieux et intelligents qui repoussent les solutions sociales à coups de fusils ainsi que ceux qui veulent mettre tout sens dessus dessous. Ce genre de socialisme est pure folie, quelque chose d’insensé et d’impraticable.
- « La vraie question sociale ne peut se résoudre que par l’accord des intérêts, par l’association agricole et industrielle, progressivement et pacifiquement, en un mot par la science; c’est la méthode employée par M. Godin; nous l’en félicitons. »
- « La critique philosophique » (1) dans son N° 42, 18 novembre 1880, contient un article de M. Charles Pellarin, l’un des plus dévoués apôtres des réformes
- sociales.
- M. Charles Pellarin nous a fait l’honneur de visiter le Familistère en juillet dernier. C’est sa visite qu’il
- U) Revue hebdomadaire pubüée sous la direction de M. Renou-ler- - un an : 17 fr. 54, rue de Seine, Paris.
- raconte dans cet article. Le début est caractéristique :
- « Partisan depuis une cinquantaine d’années, apôtre même de l’association dans la faible mesure de mes forces, j’étais curieux cela se comprend, d'en yoir le premier specimen.
- « Quand on s’est fait d’une chose une grande idée, il est rare qu’on n’éprouve pas en la voyant, en la touchant, quelque déception. Il n"en a point été ainsi pour moi à l’égard du Famiistère... »
- Il continue ainsi avec une clarté et une vivacité d’expressions qui donnent un grand charme à son récit. L’étude est complète et nous en félicitons vivement M. JPeilarin.
- Nous avons reçu de New-York la deuxième partie du compte-rendu de la visite de Mme Bristol au Familistère.
- Nos lecteurs ont vu le résumé de la première partie de ce iravail dans notre numéro du 14 courant page 725
- La seconde partie qui a paru dans « The Evening post » du 23 octobre est intitulée :
- Maison unitaire a Guise Vie intérieure et domestique
- Ayant posé dans son précédent article les principes et les règles de l’Assuciation, Mme Bristol entre cette fois dans l’exposé de la vie au Familistère. Elle raconte ses impressions, ses remarques sur le caractère et les faits et gestes de la population adulte et enfantine. Son récit est plein de via et de charme.
- Elle dépeint l’aspect extérieur et intérieur du palais, les dispositions des cours, magasins, logements, etc , le mouvement des opérations domestiques et administratives de chaque jour ; le calme parfait de la nuit dans ces vastes cours éclairées au gaz, et dont le silence n’est rompu, de loin en loin que par le pas du veilleur de nuit. Car l’homme préposé à la surveillance des ateliers de l’usine étend ses soins jusqu'au palais social et donne ainsi à chacun l’assurance qu’il peut dormir en paix au Familistère.
- Mme Bristol consacre tout un chapitre aux enfants et aux écoles. On remarque surtout dos considérations sur les sentiments de confraternité que la maison unitaire développe entre les élèves. Elle raconte à ce sujet divers épisodes dont elle a été témoin.
- Enfin ayant vécu cinq semaines au Familistère même, et ayant vu de près les personnes le plus spécialement attachées à l’œuvre, Mme Bristol donne des détails tout intimes sur M. Godin et son entourage. L’article se termine par l’indication de ce qui se fait au Familistère les jours de fête, Mme Bristol ayant assisté à la dernière fête de l’Enfance.
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- En résumé, l’étude est parfaite. C’est un honneur pour l’Amérique de posséder des femmes assez dér vouées aux idées de progrès social, pour traverser l’Atlantique, afin de se rendre compte par elles-mêmes de ce que les pays d’Europe peuvent offrir à leur examen. M. M.
- FAITS POLITIQUES & SOCIAUX DE LA SEMAINE
- FRANCE
- Chambre des députés. — La discussion de la loi sur la magistrature a tenu toute la semaine. Elle a donné lieu à un tournoi d’éloquence qui serait digne d’un corps académique et dont nous admirerions la valeur littéraire si le beau langage pouvait à nos yeux tenir la place des bonnes lois.
- La discussion s’est poursuivie avec les singularités et les contradictions dans lesquelles on avait pressenti que le débat s’embarrasserait. Presque tous les orateurs républicains, y compris le garde des sceaux lui-même, sont d’avis que 1 inamovibilité du juge est un principe défectueux, et M. Cazot n’a pas hésité a déclarer « qu’il faudrait retremper la magistrature aux sources vives do l’élection, en reprenant la tradition de 1789 et de 1790. #
- Nonobstant, c’est ce principe qui domine la réforme en voie de préparation. Au nom de « préjugés, d habitudes invétérées, * selon les paroles ministérielles, on le maintiendra, après l’avoir suspendu juste le temps nécessaire à l’épuration des tribunaux et des cours.
- Est-il besoin de dire que cette réforme bâtarde ne satisfera personne? « Dès qu’une nation n’a plus foi dans ses institutions judiciaires, a dit M. Odilon Barrot, jl faut de toute nécessité les réformer, mais les réformer assez profondément pour que la confiance se rétablisse. »
- Or, il est évident que les modifications-élaborées sent toutes superficielles, et que si notre organisation judiciaire présente des vices, ceux-ci subsisteront, avec la différence toutefois qu’ils tourneront au profit du pouvoir au lieu de se manifester à son détriment.
- Nous avons, il y a deux ans, consacré toute une série d’articles à la réforme de la magistrature. Nos lecteurs peuvent voir combien nos idées sur cette haute question différent de celles du projet qui a été soumis à la Üham-hre et dont les députés ont encore amoindri la portée.
- Jusqu’ici malheureusement, nos hommes d’Etat se sont bornés à retirer des mains de leurs adversaires les armes dont ces derniers se servaient contre eux, et à les utiliser pour leur compte personnel. Il ne semble pas que la République, pour se rendre précieuse et uurable, doive se contenter de ce résultat ; elle doit inaugurer petit à petit un ordre de choses nouveau, et prouver ainsi qu’elle vaut mieux que les autres gouvernements.
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- * *
- Sénat, — Au Sénat, — La discussion provoquée au Sénat par l'interpellation Buffet au sujet de la dissolution des congrégations non autorisées a eu, dès lundi, sa complète portée ; et elle a fourni à M. le président du Conseil l’occasion de faire aux membres de la droite une réponse, qui, dès maintenant, peut nous permettre dè dire que devant le pays, « la cause est entendue. »
- M. Jules Ferry a présenté les faits sous leur véritable jour en établissant : 1° la situation faite à l’Etat et au clergé légal lui-même, par l’invasion chaque jour plus absorbante des congrégations non autorisées ; 2° la tactique systématique employée par les congréganistes rebelles pour faire prendre à leur résistance le caractère d’une véritable insurrection, tentative et prélude d’une guerre civile.
- En somme, ce qu’on veut nous présenter comme le comble de l’arbitraire, comme une persécution issue du
- bon plaisir de quelques hommes ennemis de toute fi. berté religieuse, ce u’est que la défeuse même de l’EtJ légal sur lequel repose l'organisation de la société refi. gieuse en France; ce n’est que la défense du Cq^ cordât.
- Le Sénat, après avoir entendu les discours de MM. Cbesnelông, Laboulaye et Jules Simon, étranoe. ment associés dans une manœuvre évidente contre^ gouvernement de la République, a voté l’ordre du joUr pur et simple. Ainsi l’interpellation de M. Buffet p’a abouti qu’à démontrer une fois de plus l’impuissance des partis monarchiques et cléricaux même au sein du Sénat.
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- Le serntin <1© liste. — La proposition Bardou* tendant au rétablissement du scrutin de liste était sou-mise hier à l’examen de la 22e commission d’initiative de la Chambre On sait que cette formalité est la premjè'e dans la filière de la procédure parlementaire, Celte commission décide s’il y a lieu de proposer ou non à |a Chambre la prise en considération.
- La commission a décidé, par 8 voix contre 5, de proposer à la Chambre le refus delà prise en considération. Celte décision a été prise après une discussion qui u’à pas duré moins de deux heures.
- Ce vote est une grosse maladresse, car il ne manquera pas de faire dire aux électeurs que les députés mettent la certitude de leur fauteuil au-dessus des intérêts <iu pays.
- Le scrutin uninominal est une invention des réactionnaires; nous en avons établi des dangers dans un article spécial.
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- Oésillusionsi des» clérloanx. — Voici en quels termes le fougueux rédacteur du Figaro, M. Saint-Genest, s’adresse à ses amis d’hier :
- « Classes dirigeantes, vous êtes sans énergie et sans foi. Quand je vous considère, je me dis : Ce monde-là est condamné, cela va finir ! Vous ne voyez donc pas la décomposition qui vous gagne ? Vous n’êtes plus dignes de vivre. Conservateurs, vous allez être mangés, et ceux qui vous mangeront rempliront une mission divine? »
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- Budget de 1881. — M. Rouvier a lu à la commission du budget et a déposé ensuite sur le bureau de la Chambre son rapport général sur le budget de 1881,
- Quoiqu’il s’occupe des recettes, ce rapport général n’a pas à traiter cette question de détail, car elle" n’est plus entière. Les dégrèvements des vins et des sucres, déjà votés par la Chambre avant les vacances, laissaient peu à faire dans cet ordre d’idées mais ce n’était pas uuo raison pour négliger ce peu. Le rapport général renferme un intéressant tableau de la situation financière eu général et de celle dos exercices antérieurs.
- Tel qu’il est proposé, le budget de 1881 se solde par un excédant de 450,000 francs.
- * *
- Congrès de 1p. Libre-Pensée. — La fédération des groupes de la Libre-pensée a décidé qu’un congrès national de la Libre-pensée s’ouvrirait à Paris, le dimanche 5 décembre prochain, pour la nomination des membres français du conseil général de la fédération universelle et pour la préparation d'un congrès universel eu 1881.
- Tous les groupes de Paris et des départements sont invités à se faire représentera ce congrès.
- Adresser les adhésions et les demandes de renseignements, avant le 25 novembre, au citoyen Bergerol, avenue de Châtillon, 36, à Paris.
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- Caisse nationale de retrait© des ouvriers. — La commission relative à la fondation d’une caisse nationale de retraite pour les vieux ouvriers de ! l’industrie et de l’agriculture a examiné les projets et les
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- documents provenant de l’initiative individuelle, qui lui ont été adressés pendant les vacances parlementai-res.
- M. Martin Nadaud lui a ensuite donné lecture delà première partie de son rapport. Ce travail traite la question historique depuis les temps les plus reculés et chez tous les peuples ; il s’arrête à 1830.
- La seconde partie comprendra les faits compris dans la période contemporaine.
- ITALIE
- Le Parlement vient de se rouvrir.
- Trois projets de loi importants seront avant tous autres soumis à la discussion des Chambres. Ce sont : le projet pour l’extinction du cours forcé ; celui qui fixe le montant et les conditions du concours de l’Etat aux travaux d’édilüé nécessaires pour faire de Rome une capitale digne de l’Italie; celui qui restreint, quand il s’agit de petits contribuables, en retard pour le paiement de l'impôt foncier, le pouvoir du fisc de saisir et de faire mettre à l’encan leur lopin de terre ou leur masure. Le gouvernement a l’intention de faire discuter ces projets d’ici aux vacances de Noël, en même temps que les budgets de première prévision de 1881.
- PAYS-BAS
- Situation clés travailleurs. — M. Domela-Nieuwenhuis, de la Haye, vient de formuler un questionnaire concernant les différents points relatifs à la situation des travailleurs en Hollande. Ce questionnaire, reproduit par le journal Recht voor Allen, a été envoyé aux sociétés ouvrières, aux journaux et à une foule de particuliers ; il a pour but d’arriver à l’établissement d’une statistique des conditions du travail et des travailleurs. Ce projet a rencontré beaucoup de sympathie parmi les organisations ouvrières et notamment au sein de la Fédération générale ouvrière néerlandaise. C’est là une œuvre utile, et nous espérons que nos confrères hollandais la conduiront à bonne fin.
- ALLEMAGNE
- Les socialistes. — A Tubigne, le compagnon Maurice Schulze a été condamné à deux mois de prison pour propagation d’écrits défendus, et conduit en prison les menottes aux mains.
- A Berlin, le compagnon Gramits, expulsé de Berlin, mais qui n’avait pu résister à la tentation de venir embrasser sa femme et ses enfants, vient d’être condamné à deux mois de prison pour rupture de ban. Dans la même ville, des perquisitions ont été faites dans plusieurs maisons et aussi dans les casernes, dans le but de découvrir des publications socialistes mises à l’index par le gouvernement.
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- Politique économique. — Le 20 courant a été publiée l’ordonnance royale créant en Prusse un conseil chargé d’étudier les questions économiques. Ce conseil se composera de 75 membres nommés pour cinq ans ; 15 d’entre eux seront choisis par le roi sur 90 candidats présentés, après élection, par les chambres de commerce, les corporations de commerçants et les associations agricoles. Les 30 autres membres, dont lb au moins debout appartenir à la classe des ouvriers, seront librement choisis par les ministres du commerce, des travaux publics et de l’agriculture, et leur nomination devra ensuite être soumise à l’approbation du roi.
- Le même jour, devant une réunion de commerçants allemands, le ministre de 1 intérieur, M. de Bœtticher, a déclaré que le conseil économique était organisé de fa-î°u à ce que cette institution-pût être étendue, dès qu’on m jugerait convenable, à tous les autres Etats confédé-«s. Le ministre a ajouté que les gouvernements allemands n’avaient repoussé que d’une manière provisoire a Proposition de la Prusse tendant à créer un conseil
- économique de l’empire ; l’unique motif de leur refus provisoire, d’après le ministre, est qu’on n’aurait pas le temps d’instituer ce conseil d’ici à la réunion du Parlement allemand.
- * *
- Les ju.ifs en Allemagne. — Une campagne a été entreprise en Allemagne par M. Stocker contre l’influence envahissante des juifs. La Gazette nationale nous apporte le texte de la pétition qui est adressée dans ce sens au prince-chancelier. Les pétitionnaires demandent à M. de Bismarck les quatre points suivants :
- 1° Restreindre, si l’on ne peut l’empêcher totalement, l’immigration des juifs étrangers. 2° Exclure les juifs de tous les emplois supérieurs et restreindre leur invasion dans les postes judiciaires. 3° Ne nommer dans les écoles que des instituteurs chrétiens et n’admettre les juifs qu’à titre exceptionnel. 4° Ordonner un recensement général de la population juive.
- Cette pétition anti-judaïque circule dans mille directions; on s’attend, chez M. Stocker, à un demi-million de signatures au bas mot. Les référendaires chrétiens d’un tribunal berlinois ont adressé une requête au ministre de la justice pour protester centre l’obligation qu’on leur impose de travailler dans le même local que leurs confrères juifs. Le ministre ne leur a pas donné de réponse, mais on a pris des mesures pour opérer la séparation désirée. Les référendaires juifs ont été placés dans un autre bureau !
- Au théâtre trois juifs se’présentent dans une grande loge. Aussitôt on ferme la porte pour les empêcher d’entrer 1 M. Stocker peut être content de son mouvement qui fait d’étonnants progrès.
- Un meeting libre-échangiste a eu lieu dans la salle de l’Opéra de Madrid. Il a été fort brillant. 2,000 auditeurs ont applaudi les éloquents discours de MM. Moret, Echegaray et autres hommes d’Etat démocrates et républicains, en faveur de l’abaissement des droits protecteurs pour faciliter un traité de commerce avec l’Angleterre. M. Moret a rappelé que le ministère Gladstone a fait savoir au gouvernement espagnol qu’il est disposé à réduire les droits anglais sur les vins espagnols si le cabinet Canovas veut faire des concessions réciproques pour les marchandises anglaises importées en Espagne.
- RUSSIE
- Les IViliili&tes. — On lit dans la Lanterne , journal dont les prédictions à l’égard de la Russie se sont si souvent réalisées, les lignes suivantes :
- Les nihilistes ont décidé de déployer au plus tôt une énergie et une activité plus grandes encore que les années précédentes.
- Ils tenteront — dans un avenir très prochain — un effort suprême. Le terrain est prêt, tout ce qui a été fait sera dépassé.
- Le tzar a perdu la considération et la vénération dont il jouissait parmi les classes élevées, à l’époque [de sa première femme.
- Son second mariage et les affaires du 1S/29 octobre, ont soulevé un grand mécontentement dans la haute société. Les classes pauvres considèrent comme un sacrilège d’avoir si tôt oublié sa première femme,
- Les nihilistes exploitent ces sentiments avec la plus grande habileté. 11 n’y a pas quatre jours qu’une brochure écrite dans cet ordre d’idées, a paru. Elle est tirée à plusieurs milliers d’exemplaires, afin d'ouvrir les yeux à tous.
- De hauts fonctionnaires, ceux mêmes que leur situation appelle journellement auprès du tzar, sont fort mécontents; un grand nombre est en relation secrète avec les nihilistes.
- R n’y aurait rien d’étonnant que d'ici à quelque temps il se produise quelque attentat de ce côté-là.
- Les petits propriétaires, ruinés par la mauvaise saison, mécontents des affaires d’Orient, sont capables de tout.
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- La colère gagne le bas peuple ; on se plaint de voir les deniers de l’Etat servir au luxe de la nouvelle impératrice au lieu d’être employés à payer la dette nationale. Le mauvais temps la cherté des vivres ajoutent encore à cet état de surexcitation.
- Les nihilistes les plus exaltés ne reculeront devant rien, et veulent poursuivre sans trêve ni relâche leur œuvre, même après la mort du tzar.
- Ils vont peut-être un peu vite, mais ils entrevoient la possibilité d’une République russe.
- Le parti nihiliste a reçu dernièrement des secours et de l’argent de Londres. \
- L’Angleterre est en ce moment le seul pays où les ; nihilistes soient à l’abri de tout, et trouvent protection ; et sympathie. j
- On nous affirme qu’en Irlande, malgré les événements, j ils trouvent un appui effectif. ' j
- Les nihilistes exploitent tous les mécontentements ; \ aussi, s’attend-on à voir sous peu la dynamite jouer un j grand rôle. On l’emploiera même contre l’entourage du tzar. On ne se laissera arrêter par aucune considération ; tant pis pour les innocents qui en supporteront les conséquences.
- Les gens raisonnables et modérés sont en bonne intelligence avec les nihilistes, qui travaillent pour eux.
- "Beaucoup de nihilistes venus de l’étranger parcourent le pays, mais on néglige les campagnes et les villages pour s’occuper plus spécialement des villes et des grands centres industriels surtout.
- C’est dans l’ouest que la propagande est la plus active.
- Les mesures de précaution que l’on prend contre les nihilistes sont incroyables; on a fait le mois dernier surtout des choses inouïes qui dépassent tout ce qu’on peut imaginer. Des gens inoffensifs sont arrêtés sur de simples soupçons ; mais rien n’y fait ; les choses sont trop tendues et nous aurons certainement quelque attentat d’ici à c>nq ou siw semaines.
- Dans la nuit du 4-16, on a fait plusieurs arrestations importantes ; toutes dans la haute société.
- Il s’agissait d’un hardi coup de main pour obtenir l’abdication du tzar ; mais, comme il y a beaucoup de personnages importants qu’il faut ménager , on tient cette histoire secrète, et, comme on n’a pas osé les faire mettre en prison, de peur d’ébruiter la chose et surexciter encore la population, on les garde à vue dans leurs appartements.
- LE QU4THIÈMR CONGRÈS OUVRIER
- Le 14 novembre s’est ouvert au Havre, dans la grande salle du Cercle Franklin, le quatrième Congrès ouvrier français. Les incidents qui se sont produits à ce Congrès, de même que les travaux qui y ont été présentés, promettent d’avoir une réelle influence sur le mouvement ouvrier dans notre pays. C’est pourquoi nous tenons à attirer sur eux la sérieuse attention de nos lecteurs.
- Dans le sein du Congrès de Marseille, tenu en octobre de l’année dernière, plusieurs délégués de sociétés ouvrières régulièrement constituées s’étaient plaints de l’admission de personnes qui ne représentaient que des groupes ouvriers insignifiants ou qui même s’étaient déléguées elles-mêmes. L’inconvénient de cet état de choses ayant été rendu très-sensible par les scènes de tumulte qui se produisirent à plusieurs reprises dans le Congrès, il fut voté dans la dernière séance, malgré une certaine opposition,
- et par une majorité de 61 voix, qu’aux Congrès suivants les pouvoirs des délégués seraient vérifiés et qu'on n’admettrait qu6 les représentants des Chambres syndicales ouvrières et ceux des cercles d’études sociales (1).
- La commission d’organisation du Congrès du Havre eut à cœur de se conformer à cette sage décision. Elle prit les précautions nécessaires pour que l’on ne passât pas outre. En conséquence, avant l’ouverture du Congrès les mandats des délégués furent vérifiés avec soin et les cartes d’entrée furent remises à ceux-là seulement qui étaient en mesure de justifier d'un mandat régulier.
- Cette précaution déplut à ceux des ouvriers qui ne pouvaient répondre à la condition exigée. Ce fut le point de départ d’une opposition qui ne tarda pas à se manifester d’une manière violente.
- Il nous semble cependant que la mesure n’avait rien que de très-légitime. Toute assemblée qui’ veut donner du poids à ses décisions doit pouvoir justifier ses origines. Or cela n’est possible que par une sérieuse vérification des pouvoirs des membres. De plus une bonne vérification des pouvoirs a cet avantage de permettre à une assemblée d’empêcher dans son sein l’intrusion d’éléments étrangers, et c’est surtout dans une assemblée ouvrière que cela est nécessaire.
- La vérification des pouvoirs une fois terminée, le Congrès fut ouvert. La constitution du bureau porta le citoyen Lyonnais à la présidence. La conduite de la commission d’organisation fut ensuite soumise au vote et approuvée ; toutefois des protestations s’étant élevées au sujet des cartes refusées, une vive discussion s’éleva, ensuite de laquelle, à une majorité considérable, le Congrès vota que les cercles d’études sociales composés de moins de vingt membres seraient exclus du droit de se faire représenter.
- Cette condition d’un minimum de vingt membres équivaut à l’exclusion de tous les délégués de ces cercles, puisque la loi ne permet les associations de vingt personnes que si elles sont autorisées, et que l’on a soin de nfc pas autoriser les associations socialistes.
- La proclamation de ce vote amena du tumulte et la séance dut être levée.
- Les membres exclus, ainsi que plusieurs délégués de syndicats ouvriers qui épousèrent la cause des exclus, décidèrent de constituer un Congrès à part, ce qui fut fait. Ainsi fut accomplie la scission entre les délégués ouvriers professant des opinions évo-
- (1) Voir aux pages 820 et 821 du volume Séances du Congrès ouvrier socialiste de France, 3® session. Marseille, imprimerie J. Doucet,
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- lutionistes et les membres du parti ouvrier professant des opinions révolutionnaires. Est-ce un bien ? Est-ce un mal ? C’est là ce que l’avenir nous apprendra. Quoiqu'il en soit il faut reconnaître que l’exclusion des révolutionnaires a été faite par un procédé trop dissimulé. Les évolutionistes eussent eu plas beau rôle en proclamant franchement leur intention plutôt qu’en ayant recours à une voie détournée. Ils n’auraient rien perdu à le faire, car en général la clarté d’une situation profite à celui oui la tire au clair.
- Après la scission leCongrès des délégués munis de mandats en règle comptait 71 personnes, just fiant du droit de représenter 118 chambres syndicales ou autres associations ouvrières. Le congrès des exclus est beaucoup moins nombreux.
- Il est facile, par le fait de ces deux congrès parallèles, de se rendre compte des deux courants d’idées qui se partagent l’opinion des travailleurs.
- D’une part des ouvriers qui ne veulent demander qu’à la discussion, à l’étude et aux procédés légaux l’amélioration de leur sort ;
- De l’autre des ouvriers et des hommes politiques qui font appel à l’avènement d’un état social nouveau basé sur le collectivisme.
- Les délégués des chambres syndicales ont peut-être exclu ceux des cercles d’étude parla raison que ces derniers font trop peu de cas de l’étude des moyens pratiques d’améliorer le sort des travailleurs.
- Ainsi il est certain que le Congrès des collectivistes a consacré tout son temps ou peu s’en faut à des critiques de l’état social actuel, critiques souvent justes dans le fond mais excessives dans la forme, tandis que le congrès des délégués des chambres syndicales a pris une allure pratique très-prononcée, comme on va le voir.
- Le soir du 14 les travaux du Congrès purent être repris.
- Le citoyen Lyonnais donna d’abord lecture de l’adresse du comité exécutif central des associations coopératives d’Angleterre, adresse dont nous avons publié le texte dans notre dernier numéro, puis il donna lecture du rapport de la commission havraise.
- Ce rapport est une œuvre de valeur. Après avoir rappelé que ce 4e Congrès ouvrier s’ouvre dans des circonstances politiques de beaucoup plus favorables que celles en présence desquelles s’ouvraient les précédents congrès, le rapport déclare que les ouvriers donnent aujourd’hui une confiance complète à la République ; elle a su les laisser vaquer à leurs
- affaires, elle n’a pas mis en doute le patriotisme des ouvriers, de cette grande masse de la nation qui ne demande qu’à vivre au grand jour, sous la protection des lois égalitaires qu’elle réclame et qu’elle aura à cœur d’observer scrupuleusement, au grand profit du bonheur commun et de la paix publique. A l’heure où les hommes des anciens partis se mettent en rébellion contre le gouvernement que le pays s’est donné, il appartient à la classe ouvrière, qui a tant souffert des lois du passé, de proclamer hautement la souverainté de la.loi et le devoir pour tous de s’y soumettre.
- Le rapport constate en outre que des manifestations ouvrières multiples ont pu se produire depuis un an sur de nombreux points du territoire sans que leur liberté ait été entravée et sans que l’ordre ait étc troublé. C’est un encouragement de plus pour que nos législateurs entrent sans hésitation dans la voie des grandes réformes libérales. C’est aussi un enseignement aux ouvriers : ils sentent mieux que jamais quelle force sera acquise à leur cause s’ils savent jouir avec dignité de la liberté qui leur est laissée.
- Le rapport rend ensuite compte des travaux de la commission, de ses relations avec les divers groupes ouvriers et des efforts faits par elle pour obtenir que les ouvriers ne cèdent pas à certaines sollicitations qui les poussent à se scinder.
- Le rapport passe ensuite aux remarquables considérations générales que voici :
- La Révolution nous a émancipés, elle nous a affranchis des tutelles du passé, elle nous a créés citoyens; qu’elle en reçoive notre reconnaissance éternelle.
- Mais la Révolution n'avait pas, sur les conditions du travail, des idées suffisantes. En décrétant la liberté du travail, elle nous a délivrés des maîtrises et des jurandes, mais en faisant la loi de 1791, elle nous a aussi mis dans l’impossibilité de nous associer, ce qui devait nous livrer sans défense contre les entreprises des capitalistes, qui ont profité, dans une proportion inouïe, des bénéfices réalisés par la création de l’outillage industriel du monde.
- Les détenteurs de la fortune publique, qui, en même temps, ont été les détenteurs du pouvoir politique depuis quatre-vingt-dix ans, ont gouverné à leur profit, c’est-à-dire qu’ils se sont bien gardés de nous rendre la liberté d’association, quand ils savaient pertinemment que le sentiment de la liberté individuelle était assez fortement entré dans les esprits de tous pour que l’on ne puisse craindre un retour aux corporations fermées.
- En poussant aux conséquences les plus rigoureuses l’organisation industrielle pour satisfaire aux besoins nouveaux qu’avait engendrés cette même organisation, en réduisant, autant que possible, les frais de la production, condition essentielle pour affronter la lutte sur le marché, les capitalistes n’ont rien négligé pour conserver leur situation politique, afin de retenir dans leurs mains le maximum des profits sociaux.
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- C’est alors qu’ont surgi les écoles socialistes, et que les ouvriers se sont emparés des idées de Saint-Simon, Fourier, Cabet et Proudhon.
- Mais, sans porter un jugement sur ce que l’avenir réserve aux conceptions de ces chefs d’écoles, n’y a-t—il pas aujourd’hui un parti à prendre, pour les ouvriers, sans toucher aux spéculations du socialisme idéal, en entrant carrément et résolument dans la voie du socialisme pratique, c’est-à-dire en procédant par les moyens que la nature emploie à toute l’échelle des êtres, pour les amener à leur développement, par l’évolution successive et ininterrompue des conditions d’existance,
- Et, d’ailleurs, au point de vue de la science socio-logique, l’humanité n’a-t-elle pas procédé de cette façon ?
- Est-ce que la nature procède par bonds et par caprice ?
- Notre société actuelle n’est-elle pas le produit de toutes les évolutions successives des races ?
- Aux origines des sociétés, on trouve l’esclavage, qui se transforme plus tard en servage, pour aboutir au salariat.
- Sommes-nous arrivés à la forme définitive des sociétés modernes ? Ce serait à désespérer de l’humanité.
- Qui ne voit, dans ce mouvement qui s'accentue jusque dans les couches profondes du peuple, que le salariat va bientôt disparaître pour faire place à la coopération, qui laissera l’individu libre et indépendant ?
- Et pour y parvenir, qui ne sent, au plus profond de son être, que tout emploi de la force destructive ne pourrait que retarder l’avènement des coopérateurs et plongerait inutilement le pays dans des aventures sanglantes, 'dont nous serions les premières victimes...?
- Est-il possible de transformer la société en un tour de main et d’établir des lois telles que tous auraient l’égalité absolue et le bonheur assuré?
- Viennent ici des considérations sociologiques dans lesquelles se sent l’influence d’Herbert Spencer, puis le rapport reprend :
- Un vaste champ d’investigations sociales a été parcouru durant ces dernières années.
- Aux systèmes des' initiateurs dont nous avons parlé ont été greffés d’autres systèmes, basés sur des moyens d’action pour les faire entrer dans la pratique.
- Nous ne retiendrons, parmi ces derniers, que le système socialiste qui réclame la collectivité du sol, sous-sol, instruments de production, etc., en ne reculant pas devant l’emploi de la force pour faire le bonheur du genre humain.
- Sans entreprendre une discussion de fond sur ce système, qui rappelle les Yielles sociétés disparues, nous ferons remarquer à ses partisans sincères et convaincus que tout système social basé sur la collectivité de la propriété et d-s moyens de production exige, pour porter tous ses fruits, l’immobilité des groupes et la permanence des fonctions. Or, avec la vapeur et le télégraphe, des déplacements profonds, radicaux, d’intérêts, ont lieu à chaque instant, sous le coup de nécessités économiques. Un simple changement dans la mode peut forcer une industrie à se transformer.
- Par conséquent, pour marcher avec le principe collectiviste sans qu’il y ait de chocs, il faudrait
- sinon supprimer les inventions modernes, tout au moins limiter les besoins à satisfaire et supprimer les goûts susceptibles de jeter la perturbation dans les intérêts.
- Une société fondée de cette façon, réglementée par décret, aurait fatalement besoin du gendarme pour sanction. Tyrannie pour principe; consomption et misère pour résultat.
- Ce sont ces considérations, bien souvent développées dans nos réunions syndicales, qui nous ont amenés à considérer l’association économique et professionnelle comme le moyen le plus sûr et le plus efficace de résoudre les difficultés du travail.
- Vous connaissez notre programme, vous savez que nous voulons l’institution légale de nos associations ouvrières, institution qui nous permettra de procéder avec autorité, dignité et responsabilité, à l’organisation d’un véritable marché du travail, où les conditions de notre concours dans la production des richesses seront débattues avec précision.
- Et ensuite, citoyens, nos chambres syndicales seront le point de départ de l’évolution progressive du salariat en coopération. Elles créeront des Sociétés de consommation qui supprimeront les intermédiaires inutiles, elles arriveront ensuite à la fondation de Sociétés de production.
- Les moments sont graves, tous ceux qui désirent voir les ouvriers donner la preuve qu’ils sont capables de se conduire eux-mêmes, ont les yeux tournés vers nous ; ne trompons pas leurs espérances !
- Avant toute chose, répudions l’emploi de la force et déclarons hautement que le suffrage universel, en nous créant souverains, nous a rendus maîtres de nos destinées.
- Nous avons la capacité politique, nous aurons bientôt, grâce aux réformes que nous demandons dans l’instruction publique, la capacité intellectuelle, qui fera sortir de nos rangs la capacité administrative, sans laquelle rien n’aboutit.
- Tout ce qui contribuera à assurer ces résultats devra donc être recherché, tous les concours sincères devront être acceptés sans hésitation. Nous sommes des citoyens égaux devant la loi, nous devons tous nous préparer à unir nos efforts pour fonder en ce pays ia plus fière et la plus indépendante démocratie du monde.
- Affirmons donc à nouveau notre volonté de nous souder plus étroitement encore au corps social, et non de nous en séparer ; affirmons aussi à la face de notre pays, dont la prospérité est le plus cher de nos vœux, que les ouvriers qui veulent fonder l’Union syndicale française, libre, ouverte, ne poursuivent qu’un but, celui d’arriver à la juste répartition des charges et des bénéfices sociaux, suivant la somme de capacité et d’énergie dépensée par chaque individu, en respectant la propriété des citoyens.
- Q jte de vos yotes réfléchis sorte l’Union syndicale des travailleurs, reposant sur un programme de réformes immédiatement réalisables, et vous aurez prouvé à la France et au monde que les ouvriers français sont dignes de ia liberté et à la hauteur de la tache qui leur incombe.
- Et vous aurez fait plus, vous aurez affermi la République, seul gouvernement capable de réaliser le programme tracé par nos pères de ia Révolution.
- (A suivre).
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- CONGRÈS OUVRIER
- Adresse des ouvriers autrichiens
- Les chefs des syndicats ouvriers de Vienne ont envoyé au congres ouvrier français tenu au Hàvre l’adresse suivante dont on ne saurait trop remarquer l’élévation.
- Il est bon de voir de simples ouvriers faire de si belle et si bonne philosophie de l’histoire.
- Manifeste aux ouvriers de France
- Les chefs des syndicats d'ouvriers envoient au congrès d’ouvriers français l’adresse suivante :
- « Chers camarades ! Dans quelques jours , vos délégués se réuniron pour délibérer sur les intérêts des classes travailleuses. Permettez nous d’exprimer à oette occasion les sympathies fraternelles avec lesquelles les travailleurs d’Autriche ont toujours considéré ce pays dont les victoires et les défaites ont eu si souvent une importance décisive pour les destins de l’humanité. Dans l’époque actuelle aussi, où la société moderne est en train de rejeter le féodalisme hors de ses dernières positions, et où la connaissance des besoins économiques des nations prépare de grands changements territoriaux, les Etats civilisés du continent, et en particulier la France, peuvent beaucoup contribuer à adoucir et à abréger les douleurs d’enfantement des transformations à venir.
- » Il est vrai que, par rapport à la marche des événements , les classes productives ne sont pas encore ce qu’elles devraient être : les facteurs dirigeants, toutefois on constate un accroissement perpétuel de leur influence, et vous autres en France vous êtes, plus que nous, à même de faire de cette influence un usage étendu. Vous possédez non-seulement le droit de suffrage universel, mais aussi les’ garanties nécessaires pour le libre exercice de ce suffrage. Or par cela même vous avez atteint la possibilité de transformer en citoyens pensant par eux-mêmes les masses indifférentes qui, dans les temps troublés, n’obéissent qu’aux suggestions de passions aveugles, et, grâce à l’activité de l’association, de les rendre capables de se gouverner elles-mêmes.
- 3) De cette manière vous créerez une base solide à la souveraineté populaire proclamée en principe, et vous écarterez les circonstances qui ont jadis permis à des individus d’abuser de la puissance à eux confiée. Car là où un peuple sait garantir spontanément ses droits et ses libertés, là, même l’influence des personnalités les plus puissantes ne pourra jamais inspirer d’appréhensions justifiées.
- « Dans le siècle de la statistique, les phrases creuses et les mots ronflants perdent de plus en plus leur importance; nous nous rendons simplement coupables d’une illusion volontaire, quand nous parlons des usurpateurs du pouvoir et que nous faisons les individus responsables des grands crimes d’Etat, sans songer aux principaux complices — le conflit des classes et 1 indécision des masses.
- » L’histoire universelle ne s’avance pas par bonds ; de3 réformes profondes ne peuvent se développer qu’organiquement, et ce n’est que dans des cas très-rares que de nouvelles institutions répondent sur le champ à toutes les attentes,
- » Ce serait donc de l’aveuglement que de condamner le suffrage universel parce qu’il n’accorde nas dans l’espace de quelques années ce qui ne peut être atteint que par le travail continu des générations.
- « La révolution bourgeoise vous a apporté l’unité nationale : le suffrage universel conduit peu à peu à l’indépendance économique de l’état ouvrier.
- » La centralisation, cette suite nécessaire du développement grandiose de notre vie commerciale, se fait, sous maint rapport, sentir pesamment et éloigne beaucoup de citoyens de l’idée de l'Etat centralisé; mais elle déploie aussi tous ses bienfaits, si la puissance centrale émané d’un peuple libre, conscient de ses droits et de ses devoirs.
- « Travailleurs français l
- « Les points du programme que de nombreux syndicats d’ouvriers de Paris et du Havre, les ouvriers en bâtiment de Reims, etc., ont mis en avant à l’occasion du congrès qui se prépare, nous montre quelle harmonie intime règne entre les ouvriers pensants de tous les pays, et combien vite progresse et s’épure le mouvement ouvrier.
- « Il est vrai que l’esprit de secte qui a imposé son empreinte au premier stade du mouvement social moderne n’est pas encore complètement vaincu ; nous rencontrons fréquemment des idées erronées relativement aux voies et buts de nos tendances, et nous ne pouvons empêcher que la réaction identifie ces erreurs avec la cause représentée par nous : elle enregistre avec un empressement étonnant chaque manifestation de nature a défigurer la tendance de nos aspirations.
- « Toutefois cette réaction, en dépit de ses efforts, n’atteindra pas son but, surtout en France, où l’impuissance des vieux partis se démontre par le choix de leurs moyens d agitation désespérés. L’appel réactionnaire à la haine des classes manquera son but d’autant plus sûrement que le pouvoir gouvernemental ne tardera pas à entrer dans la voie de la réforme sociale et à satisfaire à vos demandes : durée normale du travail ; protection suffisante pour les femmes et les enfants ; droits de corporation pour les associations ouvrières ; règlementation nationale de l’institution des caisses pour malades et invalides ; instruction scolaire gratuite ; favorisation des sociétés de production, etc.
- « En cela seul, la France peut trouver cette force, qui, dans l’intérêt du développement progressif de l’Europe, parait à un si haut degré désirable. Les résultats féconds de l’exemple donné par vous se produiront aujourd’hui aussi sûrement que jadis, alors que vos ancêtres ont mis nos hommes d’Etat à même de briser la résistance des classes privilégiées contre la réforme tant gouvernementale qu’économique, nécessaire à cette époque.’
- « Les représentants les plus éminents de la science et même* des ministres grandis dans l’atmosphère d’un étroit esprit de classe, ont ôté forcés de rendre témoignage de la légitimité de nos aspirations. Maintenant, c’est à nous, par l’affermissement et l’extension de nos organisations, et en particulier par la concentration de l’agitation sur les buts les plus rapprochés, d’accélérer le moment où les résultats théoriques obtenus prendront une importance pratique.
- « Travailleurs de France,
- « Nos meilleurs souhaits accompagnent les travaux de votrî Congrès. Puissiez-vous les terminer en bonne union l
- « Salut fraternel.
- « Vienne, 7 novembre 1880.
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- » P. Kolh, peintre sur porcelaine ; W. Grossi, constructeur de machines ; Charles Hoger, typographe ; F. Leissner, sculpteur ; J. Voit, sculpteur; A. Wolfrum, tourneur; Norbert Hoflim.nü, ouvrier en ambre jaune ; A.Goiz, peintre; W. Leisner, fabricant d’instruments de musique ; L.-J’ Konig, ouvrier de manufacture ; J. Nîgg, gantier ; W. Rasp, gantier , F. Holsinger, doreur; A. Wehl, tailleur ; M. Kauba, cordonnier ; Joli Kovacs, tailleur de pierre; Seb. Frolilich, teneur de livres ; Ludwig Unger, orfèvre; F. M. Baader, ouvrier en cuir; J. Kleern, menuisier ; Josef Honig, tourneur en fer ; Anton Hauser, imprimeur sur métal; Joh Jellasehilz, forgeron.»
- NOUVELLES DIVERSES
- Kn plein Paen plein. XIX" Siècle.
- — Ou lit dans le Petit Journal du 22.
- Soixante-seize ménages, comprenant plus de deux cents personnes, les habitants de toute une cité ouvrière, ont couché eu plein air, sans abri, sans feu, sans lumière, pendant les nuits de jeudi à vendredi et de vendredi à samedi.
- Il y avait des enfants, des vieillards, des malades, des infirmes, et même des paralytiques...
- Pour comprendre l’horreur de ces faits, il faut se souvenir de la pluie glaciale et de l’ouragan qui ont fait rage pendant les deux dernières nuits.
- Et d’où venaient ces malheureux bohémiens de la civilisation ?...
- Le pâté de maisons compris entre les rues Péchuen, Legraud et Monjol, est surnommé la Cité-Parisienne; il touche au boulevard de la Villette, près le n° 66.
- Par location principale, tout cet espace était géré par une société.
- Des difficultés existaient depuis longtemps entre les propriétaires et la société ;*il y a même procès depuis le mois d’avril ; bref, les sous-locations étaient faites depuis longtemps à la semaine et les locataires croyaient tous à la"prolongation de cet état provisoire jusqu’en janvier, ne pouvant supposer qu’ou les renverrait avant la fin d’un terme.
- Il s’agit, croyons-nous, de démolir la cité ouvrière.
- 11 y a trois jours, les locataires, tous d’honnêtes ouvriers, furent mis en demeure définitivement d’évacuer leurs modestes logements.
- Les paillasses, les chaises, les tables, seuls meubles de ces pauvres geus, ont servi à établir tant bien que mal des abris, avec quelques palissades que les agents compatissants ont laissé arracher ; on essaya d’allumer quelques poêles, mais la pluie les éteignait.
- Et il n'y avait pas de gaz !
- Les propriétaires avaient fait fermer les conduites qui alimentent les réverbères de la cité, dont une partie est déjà en démolition.
- Quel fait monstrueux que ces 76 familles restées 48 heures sans abri.
- Avec une administration scientifiquement.— la science et la pratique sont deux, parait-il, — organisée comme la nôtre, c est terrifiant.
- Les malheureux pères de famille ne pouvaient chercher un local pendant la journée sous peine de laisser sans pain les femmes et les entants.
- De plus les meubles mouillés, fripés, , brisés ne présentaient plus de garantie suffisante...
- Quaranie-huiL heures de supplice !
- Et ce supplice durerait encore, si la préfecture de police, agissant d’autoiité, n’avait fait transporler dans les hôpitaux plusieurs de ces malheureux grelottant la fièvre.
- Pendant l'après-midi du 21 les agents ont casé d’office plupart des locataires.
- Néanmoins, malgré leurs diligences, le samedi, à sept heures du soir, il y avait encore une soixantaine de personnes campées dans la,boue que le froid subit durcissait.
- Le lendemain le Petit Journal ajoutait les détails suivants :
- Samedi soir, è l’entrée de la rue Legrand, aux premiers pas de notre visite, nous apercevons, sous un abri formé de planches et de quelques maigres paillasses, deux femmes grelottant de froid : l'une aveugle a une trentaine d’années, l'autre 74 ans ; ces femmes étaient là depuis le jeudi soir, soit plus de quarante huit heures. Au même moment arrivait le mari de J’aveugle, le fils de la vieille.
- C’est un brave, un honnête ouvrier : il pleurait en nous racontant que les 25 francs qui lui avaient été alloués dans la journée par les soins de la préfecture de police étaient insuffisants pour payer un demi terme d’avance.
- Notre représentant a été heureux de combler la différence et il lui semblait impossible de trouver une misère plus navrante.
- Illusion, car en vingt pas, il rencontrait dix familles aussi dénuées, aussi intéressantes.
- D’abord c’est une femme assise sur le sol nu, à côté d’un maigre tison qui éclaire sa face décharnée par la faim : elle tient uu enfant sur les bras, pendaut que deux autres de quatre et six ans essayent de chauffer leurs mains bleuies. « Vous n’avez donc pas de paii-lijisse. de meubles ?»
- — «Non, monsieur, répond-elle d’un air ‘ farouche ; j ai vendu ma paillasse dix sous, et je brûle ma dernière chaise pour que mes enfants ne meurent pas de froid. »
- Avant de continuer ce lugubre récit, disons que beaucoup de ces femmes, comme cela se voit trop souvent dans la classe déshéritée, ont été abandonnées par leurs mari3 ou les pères de leurs enfants.
- Plus haut, voici une femme entourée de sept enfants. Rien à manger, rien pour se. chauffer, quelques meubles brisés et des tessons servant de vaisselle II est trop tard pour que nous lui cherchions un domicile ; Ja faire aller dans la salie du marchand de vins, où cinquante personnes sont déjà empilées, nous semble dangereux pour la vie de l’-enfaut de quinze jours qu elle essaye d’allaiter alors qu’elle n’a pas mangé elle-même.
- * *
- FeimncK t>aeliclière@. — Depuis l’ouverture de la session de novembre pour les examens du baccalauréat, trois jeunes filles ont déjà subi avec succès les épreuves,
- Parmi ces trois jeunes filles, deux sont étudiantes en médecine.
- Il y a maintenant en France 8 bachelières ès-sciences. 18 bachelières ès-lettres, 2 licenciées ès-sciences et 5 doctoresses en médecine.
- ^ * *
- Société pour la crémation. — La Société pour la propagatiou de la erématiou est définitivement constituée.
- Elle a pour président M. Kœchlin-Schwartz, maire du 8° arrondissement de Paris ; pour secrétaire général M. Georges Salomon, ingénieur civil des mines, et parmi les membres du comité nous remarquons les noms de MM. Dr Corail,député: Béral,ingénieur-chef des mines, conseiller cl’iitat ; docteur Rournevide et Cadet, membres du conseil municipaL de Paris ; Durand-Ciaye, ingénieur des Ponts-et-Chaussées ; Emile Muller, ancien président de la Société des ingénieurs civils ; docteurs Napiâs, Fieuzal. Vallin, etc., etc.
- La Société a pour but essentiel d’obtenir la liberté de la crémation en France.
- Pour être membre titulaire de la Société, il suffit de verser une cotisation dont le minimum est fixé a 10 fr. pour ia première année, et à 5 fr. pour les années suivantes. Les membres donateurs sont ceux qui font, à leur entrée, un don de 100 fr. au moins.
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- Le but de celle société et les noms des hommes qui ia patronnent, ou qui y ont déjà adhéré, permettent d’assurer sa réussite.
- Les adhésious et toutes demandes de renseignements doivent être adressées à M. Georges Salomon, au siège de ia Société, il rue de Penthièvre, à Paris.
- TTu des drames <Io la misère. — Le nommé Parmentier, ex-commissaire central de la Commune, condamné à mort par les conseils de guerre de Versailles, avait réussi à déjouer toutes les recherches de la police. Depuis 1871, il habitait une chambre au sixième étage dans une maison de la rue Popincourt. et il r’en était pas sorti. Sa feumm, ouvrière dans une fabrique de métaux, était seule connue des locataires de la maison, et personne ne se doutait de la séquestration volontaire de Parmentier.
- Depuis le 7, le concierge n’avait pas aperçu Mme Parmentier ; il la croyait en voyage. Cependant des voisins lui ayant dit avoir entendu quelque bruit dans la chambre qu’elle habitait, avertit le commissaire de police. Le magistrat vint, accompagné d’un serrurier et d un médecin, et ia porte fut ouverte.
- Il s’échappa aussitôt de la chambre une odeur épouvantable On entra. Sur le lit se trouvaient le corps de Mme Parmentier et celui d'un homme inconnu. Les papiers trouvés sur cet homme firent aussitôt connaître son identité ; c’était l’ancien commissaire de la Commune.
- Les cadavres étaient en pleine décomposition et la mort devait remonter à dix jours. Ces pauvres gens, sexagénaires tous deux, s’étaient asphyxiés par le charbon. Leur détermination funeste ne saurait être attribuée qu’à une profonde misère.
- -¥ ¥
- JL.e Canal «le Panama.— La grande question du percement de l’isthme de Panama est de plus en plus à l’ordre du jour ; ou se rappelle avec quelle persévérance et avec quel talent M. de Lesseps, entreprit, il y a quelque temps uue campagne pour le triomphe de ses idées. Sou voyage à travers l’Amérique ne fut qu'une longue ovation/Au Mexique et dans un grand nombre de villes des Etats Unis, M. de Lesseps exposa ses plans, réfuta d’une manière irréfutable lçs objections de ses adversaires; peu à peu,la confiance que quelques spéculateurs américains s’étaient attachés à faire disparaître revint, et aujourd’hui les grands financiers des Etats Uuis sont les premiers à demander l’accomplissement de ce grand travail qui doit réunir les deux Océans.
- Par un Mémorandum signé le*20 juillet dernier, avec les Etats-Unis, un comité formé des quatre plus importantes maisons de banque de New-York, comité présidé par un des membres du gouvernement américain, a été formé pour garantir, près de celui-ci, la neutralité du canal de Panama.
- La constitution de ce comité montre suffisamment le revirement des esprits.
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- COMMENT H A R R Y LUYALE DEVINT UN COOPÉRATEUR (1)
- Par Georges HINES ( Traduit de l:Anglais )
- II
- Quand Ned Notdaft quitta la taverne, il se dirigea vers sa demeure, car il était considérablement en retard ce soir-là. Ned aimait son chez lui, sa femme et ses enfants. C’était toujours avec un vif plaôsir (1) Noir notre numéro du 21 novembre.
- qu’il les retrouvait. Il n’aimait pas à rester dehors quand il pouvait faire autrement. Bien que nous l’ayons trouvé prenant-un verre avec quelques-uns de ses compagnons et ayant une discussion au comptoir, il ne faudrait pas croire néanmoins que ce fut chez lui, une habitude. Il était, ce qu’on appelle un buveur modéré, et nous pouvons ajouter très-modéré. Ce n’était que par hasard qu’il entrait dans une taverne et encore fallait-il qu’il eût soif pour prendre un verre de bière. Il y venait parfois avec deux ou trois amis, plutôt par esprit de camaraderie que pour tout autre chose : expérience bien dangereuse pour tout le monde excepté pour ceux qui ont l’esprit bien trempé. C’était peine perdue que d'essayer de pousser Ned à prendre un verre de plus. « C’est tout ce que je demande, » disait-il, « c’e^t tout ce que je prendrai. » Il n’y avait pas moyen de se méprendre sur le ton ou sur les termes. Ou ne pouvait pas y voir une intention de se faire inviter une seconde fois. Par conséquent aussitôt sa petite causerie terminée et son verre de bière absorbé, Ned se mettait vite en route vers sa demeure.
- Mais ce soir-là la courageuse défense qu’il avait prise de Ben Bawnwyse l’avait retenu plus longtemps qu’il n’en avait l’intention : il savait que sa femme l’attendait avec impatience et s'inquiétait de son absence. Il marchait donc du même pas accéléré qu’il avait pris en partant ; et il avait déjà fait un bon bout de chemin dans la rue,' n'ayant d’autre préoccupation que d’arriver promptement à la maison, quand un pas plus rapide que le sien derrière lui finit par attirer son attention. Harry le suivait.
- « Hola ! Harry. Qu’est-ce qu’il y a vieux camarade », dit Ned, d’aussi bonne humeur que jamais.
- - Excusez-moi, Ned. Je voudrais vous poser une question. Quant à moi, je crois que j’ai été dans l’erreur à propos de Ben. Mais n’en commettez-vous pas verus-même une grande, quand vous dites qu’il a 51 livres (1,275 fr.) d'épargne dans la co opération ?
- a Non » répondit Ned « je suis plus que certain que Ben l’a dit lui-même, et Ben n’est pas un homme à dire ce qui n’est pas. Seulement si vous voulez en savoir davantage au sujet de la coopération parlez-en à Ben lui-même. Bonsoir maintenant, je vous laisse, parce que ma petite famille m’attend pour me souhaiter une bonne nuit. »
- Là-dessus Ned et Harry se séparèrent.
- Ce dernier s’en allait tout doucement chez lui, en réfléchissant plus qu’il ne l’avait jamais fait auparavant. BLn qu’il n’eût pas le caractère sensible au point de ressentir vivement et avec intensité une
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- correction morale, néanmoins la manière dont-Ned Notdaft la lui avait infligée avait eu son effet.
- L’incident, du chapeau raconté par Ned, était chose nouvelle pour Harry et ne pouvait pas manquer de l’impressionner vivement, car il lui rappelait l’époque bien dure, pour lui et sa petite famille, qui l’avait laissé avec un fardeau dont il n’était pas encore entièrement débarrassé. Ce qu’il y avait de bon dans sa nature en fut touché ; nous avons dit qu’il n’était pas mauvais au fond, et cette fois-ci le fond avait été atteint : Harry sentait qu’il avait été injuste.
- Quant à la Société coopérative c’était une autre affaire. Il ne pouvait guère en effet comprendre qu’il lui dût la moindre reconnaissance : il n’était pas d’ailleurs absolument convaincu de son droit, de sa justice et de ses avantages.
- Il est vrai que le récit relatif aux 51 livres épargnées par Ben l’avait piqué au vif. Ces 51 livres lui trottaient par la tête, pendant qu’il retournait au logis, mais il ne pouvait se résigner à croire que ce chiffre fut exact. « Cela n’est pas possible », se disait-il, « ce doit être 51 schillings (1), il faut qu’il y ait erreur. »
- Néanmoins il ne pouvait oublier les circonstances de la soirée et chacune des remarques de Ned venait à son tour passer dans sa cervelle.
- La ronde figure de l’horloge suspendue au mur ne lui avait jamais fait auparavant l’impression qu’elle lui faisait ce soir-là. Il n’avait pas besoin de regarder l’heure et cependant ses yeux ne pouvaient pas se détacher du cadran. Il lui semblait que les traits de Bawnwyse y étaient imprimés. Ce n’était ni les aiguilles, ni les chiffres, ni l’horloge elle-même qui attiraient l’attention de Harry : il croyait voir les yeux de Ben Bawnwyse rayonner sur lui avec bienveillance comme si , lui Harry n’avait jamais dit une mauvaise parole contre leur propriétaire.
- Harry sô rappelait peut-être cette souscription si opportune ouverte par son compagnon d’atelier, Ben, souscription qui était arrivée juste à temps pour empêcher cette horloge de suivre plusieurs autres meubles et articles de ménage au Mont-de-Piété. Il revoyait sa petite, mais courageuse femme retirer, en essuyant ses larmes, l’horloge du vieux tablier dans lequel elle l’avait déjà placée, prête à l'emporter, parce qu’il fallait se procurer de la nourriture pour la famille.... et puis l’étonnement des enfants qui se demandaient ce que leur mère allait faire de l’horloge, à ce moment.
- La demeure de Luvale n’était pas trop confortable;
- (1) La livre vaut 25 fr., le schilling 1 fr. 25.
- elle était bien tenue,mais elle manquait de la plupart des choses qui rendent un chez soi agréable. Les meubles en général en étaient très-modestes.
- Tout cela frappa Maître Harry plus vivement que jamais. Lorsqu’il s’assit près de sa femme pour parler un peu de « voies et moyens » il dut se demander s’il ne serait possible de tirer un meilleur parti des derniers, en améliorant les premières.
- « E<t-ce là tout ce que vous me donnez ce soir Harry, » lui dit sa femme presque avec timidité, comme il lui donnait son salaire diminué de la part qu'il considérait comme la sienne.
- « Oui c’est là tout » dit-il mélancoliquement.
- En tout autre temps, il n’aurait peut être pas répondu aussi tranquillement.
- « C’est un schilling de moins que la semaine dernière et le petit Jean a bien besoin d’une paire de culottes » dit Mme Luvale. »
- « Je n y puis rien voilà tout », dit Harry qui paraissait ennuyé. Pui.s se levant et fourrant ses deux mains dans les poches de son pantalon, il fit deux ou trois tours en arpentant la chambre.
- « Je ne puis faire l’argent, le puis-je ? » s’écria-t-il avec fureur, après une minute ou deux de silence. Mra® Luvale connaissait très-bien son mari, elle le savait brutal en paroles, et prudemment elle attendit un peu avant de continuer.'
- « Non, je le sais bien, dit-elle » mais j’ai attendu et chaque semaine je croyais que la semaine suivante je pourrais me procurer cela. Maintenant je ne sais que faire, voilà la vérité Harry. Il y a les petits de Tomkins qui paraissent toujours bien portants et confortablement mis, quand nos enfants sont quelquefois à moitié meurtris faute de vêtements suffisants. Ce n’est pourtant pas parce que nous vivons d’une façon trop extravagante. Le cœur me manque Harry et je n’y puis rien. »
- Alors la pauvre petite femme se cacha la figure dans son tablier et s’assit en pleurant pour se soulager.
- Pas uu mot de reproche à son mari, et cependant elle savait bien que les vingtaines de demi pintes payées ce soir-là n’étaient pas de peu d’importance.
- Harry Luvale se mit au lit avec le cœur gros et sa femme en proie à un mal de tête. Les enfants étaient couchés depuis quelque temps, et une fois de plus pour une petite portion de leur existence, avaient oublié qu’ils étaient mal vêtus, mal chaussés et mal nourris.
- Tout ce que Ned Notdaft avait dit à propos de Ben était la vérité. Ben était un homme sans ostentation et excessivement attentif à ne pas
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- importuner les autres avec ses opinions. Soigneux et réfléchi depuis son enfance ; il n’agissait jamais sans avoir mûrement calculé la portée de ce qu’il allait faire. Aussi le résultat était-il le plus souvent conforme à son désir. L’opinion qu’il exprimait était presque toujours trouvée juste. Son avis était fréquemment recherché et son influence parmi ses compagnons s’accroissait graduellement sans qu’il s’en préoccupât. Il y avait bien un certain nombre d’hommes tels qu’Harry Luvale qui, grâce à la haute opinion qu’ils avaient de leur supériorité, n’auraient voulu pour rien au monde avoir l’air de demander un avis à Ben, et qui par jalousie l’aimaient d’autant moins que son influence s’étendait davantage.
- Cependant chose singulière, individuellement et lorsqu’ils n’étaient pas observés par ceux de leur coterie, certains de ces hommes écoutaient parfois avec attention ce que Ben disait, bien qu’ils affec-tâssent de le ridiculiser par derrière.
- Comme Ned l’avait dit, Ben avait été un coopérateur dès le commencement. Quand une proposition fut été faite pour établir une société à Sharpboro il prit connaissance de son but, se procura quelques exemplaires du « Cooperative News «emprunta à un ami l’Histoire de la Coopération à Pochdale, lut quantité d’autres traités et brochures sur le même sujet, puis il se voua corps et âme à la coopération. Avec ses manières tranquilles, il résolut de faire un peu de propagande coopérative. Sa puissance naturelle de persuasion, et la confiance qu’on avait généralement dans la solidité de son jugement et la clarté de son discernement ne permettaient pas de douter de son succès comme un propagandiste.
- Il ne parlait jamais beaucoup dans les réunions, mais il était de première force au dehors. S'il avait été un peu plus démonstratif, critiqueur, il aurait probablement été élu membre du comité depuis longtemps. Mais il n’était pas un homme « à monter sur les toits pour se faire voir » ni à « battre la grosse caisse » ni à solliciter un emploi.
- Evidemment c’était un trop utile élément pour rester toujours en dehors. Règle générale, ce sont peut-être les ouvriers qui savent le plus promptement trouver les meilleurs sujets parmi eux. Ils se trompent quelquefois et prennent la van-terie et la vanité pour la capacité. Quand on demanda à Ben de se présenter pour le comité, il accepta simplement et sans la moindre démonstration de politesse. Une fois à ce poste son habileté put prendre tout l’essor dont elle était susceptible et la Société en profita.
- Quelques soirées après la discussion qui avait eu lieu dans la taverne, Ben s’en allait tranquillement chez lui, quand il fut tout à coup accosté par Harry Luvale.
- « Le temps paraît très noir, Ben qu’en pensez-vous ? aurons-nous de la pluie ? » dit Harry.
- « Je n’en serais pas surpris » répondit Ben, « les apparences sont pour la pluie ; et je crois quelle ferait du bien. »
- Un court silence suivit cette ouverture que maître Harry avait, comme on le voit savamment préparée. Notre homme se demandait maintenant comment il allait s’y prendre pour glisser uae seconde et plus importante remarque.
- Ben comprenait très-bien que ce n’était pas du temps que son interlocuteur voulait parler et il attendait le véritable motif de la conversation; en même temps il se demandait avec étonnement quel pouvait bien être ce motif, attendu qu’il n’avait jamais connu Harry aussi familier auparavant.
- « Comment va la coopérative maintenant, Ben ? » dit Harry après une courte pause, en affectant de mettre une certaine note de raillerie dans la question. Ben ne s’y méprit pas, car il était subitement arrivé à cette conclusion qu’il y avait derrière cette question quelque chose de plus que ce que son auteur paraissait vouloir faire connaître tout d’abord.
- « Admirablement » répliqua Ben « je suis heureux de le dire. »
- — Recevez-vous beaucoup de nouveaux membres ?
- — Qh! oui ! toutes les semaines il y en a qui y entrent.
- — Comment les marchands trouvent-ils cela ?
- « Je ne leur ai pas demandé » dit Ben en riant, mais les ménagères paraissent en être satisfaites.
- — C’est tout de même un peu dur pour les marchands; ne croyez-vous pas ?
- — Eh ! bien 1 c’est un peu dur aussi pour un garçon quand son maître le renvoie parce qu’il ne veut pas le garder plus longtemps : il faut bien s’en accommoder. »
- Cette réponse était comme un point d’arrêt dans cette direction. Mais Ben avait parlé de telle sorte qu’Harry était plutôt encouragé, qu’il n’était disposé à s’arrêter, quand même il aurait eu une autre route à suivre.
- « Quel dividende payez-vous maintenant ? » demanda Harry ?
- “ Deux schillings par livre aux membres acheteurs, et un aux acheteurs qui ne sont pas membres » répliqua Ben#
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- « Eh bien ! cela ne paraît trop mal, si tout est bénéfice, continua Harry nonchalamment et comme s’il n’avait, en parlant, d autre but que de passer le temps.
- Après une courte pause, il jugea le moment devenu de se débarrasser (te ce qu’il voulait réellement dire. Il semblait en avoir pris son parti lorsque Ben avec ses yeux vifs crut le surprendre lançant, autour de lui, un rap'de regard, comme s’il redoutait tout de même un peu que quelques-uns de ses fanfarons ca marades le vît en pareille compagnie.
- « Nous sommes bien ici, Ben... A propos j’ai réfléchi au sujet de votre coopération et je ne crois pas que je ferais mal d’en essayer. Ma femme m’y engage et je ne vois pas pourquoi je n’en ferais pas partie aussi bien que les autres. Je suppose que j’aurais bientôt découvert s’il y a quelque chose à gagner ou non. Les uns disent oui, d’autres disent non.
- — Vous pouvez avoir confiance, Harry, vous ne vous tromperez pas beaucoup en essayant n’est-ce pas ? Croyez-moi lorsque je dis que vous ne pourriez faire mieux.
- — « Dites-moi, Ben est ce vrai, j’ai entendu dire que vous avez 51 livres dans la Société ? parce qu’il me semble qu’il y a une erreur là et je ne puis comprendre comment cela peut se faire. »
- « Oui cela est assez vrai » répliqua Ben, quoique je n’aie aucune intention de m’en vanter parce que je ne sais comment j’aurais pu me les procurer en dehors de la Société.
- — Seriez-vous disposé à me donner quelques détails sur ce sujet ?
- — Avec plpisir, Harry, voici comment j’ai fait.
- En nous joignant à la Société coopérative nous résolûmes, ma femme et moi, qu’à moins de maladie, de mort, de manque de travail ou de tout autre calamité, nous épargnerions un schilling par semaine ainsi que notre dividende, et que, à chaque exercice, nous ajouterions le tout à notre contrat d’acquisition, plus les intérêts de chaque action nominale de 1 livre. C’est chose étonnante comme cela montait vite. Je ne me rappelle pas exactement maintenant, mais trois on quatre portions de mes 51 livres proviennent des dividendes et des intérêts. Pius la somme devenait grande plus vite elle augmentait. Pour vous en donner une idée à la fin de cet exercice j’aurai douze schillings et neuf penny (1) à ajouter pour les intérêts seulement, ce qui fait à une fraction près un schilling par semaine. Alors il y aura les treize schillings que je mets toujours de côté et je compte faire environ une livre comme dividende. Par conséquent tout t.nsemble, j’épargnerai deux li-
- (1) Le penny vaut 10 centimes. . .
- i vres, cinq schillings et neuf pennys ce trimestre-ci
- !sans difficulté. Le prochain exercice aura six pennys ^ de plus d’intérêt, parce que j’aurai'deux actions de plus, et les intérêts sont à cinq pour cent, ce qui fait trois pennys sur chaque livre par trimestre. Vous connaissez Jack Limpenleg dans l’atelier des fournitures, n’est-ce pas ?
- — Oui, je le connais, il boîte de la jambe gauche, dit Harry.
- — C’est cela même. Eh ! bien ! je l’ai persuadé de faire la même chose il y ajuste trois ans, et il me disait l’autre jour qu’il avait 21 livres et trois schillings dans la Société maintenant. Pensez-vous que vous auriez grand tort, Harry, d’essayer de (aire comme nous ?
- Ceci fut expliqué facilement et sans prétention de manière à éviter de blesser autant que possible la vanité et l’amour-propre de Harry Luvale. Celui-ci ne pouvait cependant s’empêcher de penser qu’il aurait pu être mieux à son aise qu’il n’était.
- Les avantages de la coopération, il les avait entendu vanter maintes et maintes fois ; mais tout cela tombait sur lui comme des gouttes d’eau sur du fer rouge.
- Ces récits le mettaient parfois en ébullition, puis s’envolaient comme une vapeur dans l’air sans laisser trace dans l’esprit de Harry.
- Les cris de « hé ! Harry ! Harry ! » répétés deux ou trois fois vinrent aux oreilles des deul ouvriers.
- Ben continuait comme s’il ne voulait rien entendre. Harry aurait voulu en faire autant mais les cris étaient inexorables, inflexibles.
- « C’est Bob Bereblest qui s’en va à la taverne. Il faut que j’y aille, je serai de retour dans un rien de temps » dit Harry.
- « Très-bien, si vous n’êtes pas longtemps je vous attendrai » dit Ben.
- Harry s’en alla et Ben attendit.
- (.A suivre).
- Uae femme Archéologue
- , Il y a à Rome une Archèologa devant laquelle beaucoup de savants s’inclinent comme devant un de leurs plus éminents confrères, c’est Mme> la comtesse Lovatelli, fille du duc Cætani
- il y a 3 ans, quand il fut question de mutiler l’Agger de Servins Fullius afin de complaire à MM. les actionnaires de la société des chemins de fer romains, M“* Lovatelli demanda et obtint du roi que cette mutilation n’eût pas lieu. Aujourd’hui, malgré les efforts de la vaillante Archèologa secondée par M. de Sanctis, minis-> tre de 1 instruction publique, la même question s’est posée et l’intérêt scientifique de tous a été sacrifié à l’intérêt financier de quelques uns.
- C’est amsi que peu à peu l’Italie sacrifie les souvenirs qui donnent tant de prestige à son nom.
- Le Directeur-Gérant : GODIN.
- Saint-Quentin--lmp. de la Société anonyme du Ola;) ^or
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- 3. ANNÉE, TOME 4 — N» 117
- "Le numéro htbdomadaire 20 c.
- DIMANCHE 5 DÉCEMBRE 1880
- Le Devoir
- BUREAU *
- AIGUISE (Aisne]
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant Fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE
- par renvoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France
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- 5,r.Neuve-des-petits-Champs Passage des Deux-Pavillons
- S’adresser à M. LEYMARIE administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- U assurance du nécessaire. — Errata. —- Faits politiques et sociaux. — Congrès ouvrier du Havre. — Nouvelles diverses. — L’Irlande. — La Guerre et la Monarchie. — La femme et les injustices sociales. — Comment .Hart y Luvale devint un coopérateur. — Variétés.
- L’ASSURANCE DU NÉCESSAIRE
- ou
- L’extinction dix paupérisme et de la misère
- XVI
- Tant que les chefs des nations peuvent, au gré de leurs caprices, de leurs erreurs et de leurs ambitions politiques, livrer les masses populaires aux massacres de la- guerre, tant que l’existence des citoyens peut être offerte en hécatombe à la défense de choses sans rapport le plus souvent avec la bonne marche du monde, on conçoit que les droits de la viej humaine soient à peu près méconnus et que l’existence du peuple, ainsi méprisée et sacrifiée, apparaisse dénuée de toute valeur.
- Il en est autrement lejour où l'homme recon* naît qu’il a pour mission supérieure de travailler au progrès de la vie terrestre, que c’est là le but de tous ses efforts. Alors, tout être
- humain est considéré comme partie active dans l’œuvre continue de la création ; et il devient évident que les hommes ont le devoir de s’aider, de se soutenir, de se protéger les uns les autres, au lieu de se détruire mutuellement comme ils l’ont fait jusqu’ici.
- Le jour où l’homme entrevoit ces vérités salutaires, il considère les artisans de la guerre comme des agents révoltés contre les lois mêmes de la vie, semant la mort et la destruction au lieu de concourir à des œuvres utiles. Dès que la conscience et la raison ont ainsi condamné la guerre, l’homme se préoccupe des réformes sociales à réaliser par une meilleure organisation des forces et des ressources publiques.
- Une des premières, une des plus urgentes parmi ces réformes, c’est l’extinction du paupérisme.
- Dès que la société élèvera au pouvoir des hommes dont le cœur et le caractère seront à la hauteur des problèmes que notre époque donne à résoudre, l’extinction de la misère sera un des premiers sujets de préoccupation de nos gouvernants.
- Le paupérisme, en effet, est la question sociale la plus sérieusement digne de l’attention de l’homme d’Etat et du législateur. Assurer l’existence matérielle des citoyens est le point de départ de tous les autres bienfaits sociaux.
- La société prend des mesures pour garantir la tranquillité publique, pour protéger les indi~
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- vidus contre les ouvrages ou la violence. Elle veille, quoique d’une façon insuffisante, aux soins des malades isolés dans la société et dénués de ressources. Elle cherche à préserver les citoyens de l’ignorance, par l’instruction publique. Pourquoi ne se ferait-elle pas plus protectrice encore de la vie humaine, en assurant chacun contre la faim et le dénûment ?
- Pourquoi ne donnerait-elle pas aux institutions existantes les proportions voulues pour satisfaire complètement aux besoins auxquels jusqu’ici on ne répond qu’en partie. Pourquoi ne donnerait-elle pas à ces institutions les compléments propres à caractériser l’organisation de la fraternité entre les citoyens.
- Les projets qui s’évanouissent en paroles ne suffisent plus. Les palliatifs de la charité publique sont impuissants aujourd’hui à répondre au sentiment des masses; car celles-ci sont pénétrées qu’elles ont dans la vie des droits actuellement méconnus, et qui entraînent au profit de tout être humain, l’organisation de garanties sociales.
- Organiser la mutualité sur des bases nationales au profit des citoyens de tout âge et des deux sexes ; faire de la loi un instrument de prévoyance sociale qui puise dans le superflu de la richesse de quoi anéantir la misère : voilà un des premiers pas à accomplir dans la voie des réformes sociales.
- Lorsque la misère et le malheur s’offrent à nos yeux, nous sommes pris de pitié et prêts à les secourir. Pourquoi ne serions-nous pas aussi bien disposés à empêcher l’apparition de ces misères et de ces souffrances.
- Effacer la misère par l’organisation de la mutualité sociale, ce n’est pas seulement un devoir qui s’impose au nom de l’aide et de l’assistance que nous devons à nos semblables, c’est un acte d’équité et de restitution. Car la part des biens nécessaires à l’exercice du droit à l’existence par les personnes pauvres, est entre les mains de ceux qui possèdent la richesse.
- Toute créature humaine^ apporte en naissant le droit à la vie, c’est là le premier et le principal de nos droits. L’obscurité profonde qui existe sur le juste et le vrai dans nos sociétés imparfaites* explique seule qu’an n’ait pas en-
- core rendu l’équivalent de ce droit naturel usurpé, en organisant l’exercice du droit de tout citoyen à ia protection sociale.
- C’est ce droit qu'il appartient à nos hommes d’Etat, à nos gouvernants, à nos législateurs,de consacrer d’une façon effective, en dotant la mutualité sociale des ressources qui lui sont nécessaires, et en favorisant la création des institutions communales indispensables au fonctionnement de la mutualité.
- L’initiative prise par le pouvoir, dans cet ordre de faits, exciterait l’esprit public à de nouveaux efforts dans la voie des réformes sociales.
- Il en est ainsi de toute question.
- Par exemple, la loi de 1836 sur les chemins vicinaux a entraîné les communes à couvrir la France de voies carrossables.il n’est point douteux que des lois qui mettraient sous la protection de l’Etat l’organisation de la mutualité dans l’atelier ou la commune, auraient bientôt pour conséquence de faire disparaître de notre pays les douleurs de la pauvreté et de* la misère.
- Mais toutes les questions s’enchaînent. Pour se procurer les ressources indispensables à la solution d’un tel problème, il faut supprimer les dépenses infructueuses. Voilà pourquoi les dépenses et les désastres de la guerre sont à éviter tout d’abord, si l’on veut réellement travailler à l’amélioration du sort des peuples.
- La mutualité organisée dans l’atelier, la commune, le département et l’Etat, et garantissant chacun des citoyens contre la misère et le dénûment, ce serait l’œuvre de la politique convertie à un excellent socialisme.
- Ce serait pour notre société le seul moyen d’échapper aux graves catastrophes qui la menacent.
- Faire que tous les citoyens privés de ressources et impuissants à pourvoir à leurs besoins soient garantis contre le malheur par l’assurance sociale, est, nous le répétons, le premier pas à accomplir dans la voie des ré. formes nécessaires aux classes laborieuses.
- - Mais assurer au travailleur l’intégralité du fruit de son travail n’est pas moins indispensable.
- L’Association ne doit plus se faire au seul
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- profit des capitaux et à l’exclusion du travail. Au contraire, travail et capital doivent être Unis dans une étroite solidàrité, et participer aux bénéfices proportionnellement à la valeur de leurs services respectifs.
- Je ne m’étendrai pas davantage sur ce sujet, payant traité d’une façon toute spéciale dans yrion volume « Mutualité sociale ». Je prie donc le lecteur de bien vouloir s’y reporter en cas de besoin.
- CA suivre) GODÎN
- ERRATA
- Nb du novembre, Ire page 2é colonne, 3e ligne, au lieu de XVIIIà siècle il faut lire Z/Xe siècle.
- Môme correction page 738, îre colonne, 19° ligné.
- Enfin, même n°, page 748, îre colonne, dans l’adresse de M. Vansittard Neale, à la 21e ligne de cette lettre il faut life le progrès èrolutionniste et non le progrès révolutionnaire.
- FAITS POLITIQUES & SOCIAUX DE LA SEMAINE
- FRANCE
- C5iîimt>re de« lOéputés. — Plusieurs séances ont été Consacrées à la discussion du projet de loi établissant la gratuité absolue de renseignement primaire dans les écoles publiques. M. J. Ferry a défendu ce projet avec talent II a été adopté par 356 voix contre 120. Espérons que cette loi si profondément désirable réussira à passer telle quelle au Sénat. Elle est de beaucoup inférieure à la loi Barodet sur la laïcité, la gratuité et l’obligation de l’instruction, mais telle qu’elle est, la loi Ferry constitue un immense progrès sur l’état de choses actuel.
- *
- * -*
- Le Scrutin de list^. M. Labuze a déposé à la tribune le rapport fait au nom de la commission d’initiative sur la proposition dé loi de M. Bardoux relative au scrutin de liste. Cette commission qui avait, comme nous l’avons dit, conclu à la non-prise en considération de la proposition s’est déjugée en présence du mécontentement public produit par sa décision. Eu conséquence elle a rédigé un nouveau rapport qui conclut à la prise en consideratiou.
- G’est bien heureux. Il était en effet étrange de voir une commission déclarer que nous vivous sous la meilleure des lois électorales possibles alors que les 182,3ü0 habitants du 11e arrondissement de Paris n’ont droit qu’à un seul député, tout comme les 14,700 habitants de la circonscription de Barcelonnetto. îles premiers sont cependant 12 fois et demi plus nombreux que les seconds;
- Les réunions de TUnion républicaine et de l’extrême-gauche ont décidé de renvoyer au mois de janvier la discussion sur le rapport de M. Labuze.
- » 4
- Sénat — Ls général Farre, ministre de la guerre» a cié élu sénateur inamovible par 138 voix contré 128 donnée par les réactionnaires à l’amiral Dupré. Il ressort do ce scrutin qu'un déplacement de quelques voix, ou {absence de quelques membres, suffit au Sén&t pour déplacer la majorité.
- Le Sénat a validé la loi élaborée par la Chambre dans le but d'assurer le secret des élections. Ou sait que le moyen voté consiste à renfermer les bulletins dans des enveloppes spéciales fournies par l’Etat.
- Le Sénat a continué la discussion du budget. îl a porté le budget des cultes à 53.471.866 fr.
- » *
- * •¥•
- L’affaire de Oiiss^ey. — Noiis àv'ôiiS hésité jusqu’ici à parler des accusations excessivement gravés portées contre le général de Cissey, ancien tniuistïe, de la guerre, accusations qui, si leur exactitude était établie, entraîneraient la condamnation à mort de ce général par un conseil de guerre, Nous pensions que la vérité se ferait jour au moyen d’une enquête officielle ou d’un procès. M. de Cissey, après bien .des hésitations, s’est décidé à poursuivre ses accusateurs. MM. Làtâàüt et Rochefort. L’avocat de M. de Cissey n’âyant pas accepté que les témoins de ses adversaires fussent entendus ët la loi de 1819 n’exigeant pas la comparütiofi dès témoins, les affirmations de MM. Rochefort et Lalsdnt në Sorit ni prouvées ni réfutées et gardent toute leur gravité.
- On a beaucoup remarqué dans le public ces parblës de M Laisant.
- « La campagne que nous avions entreprise n’a plus ëti à la fin les mêmes alliés qu'à l’originé. Oü dit tfti’il ÿ aurait trop de gens compromis dans les actes dé M. le général de Cissey et que des influences puissantes odt agi. Je ne veux pas admettre cette raison. Je crois plutôt que la première indignation passée, lés consciences se sont endormies. Nous avons, nous, continué là lutté : lutte contre les hostilités systématiques, lutté de ceux qui veulent la République avec des institutions républicaines. A ces institutions deux cho'sës sont indispensables : l’honnêteté dans l’administration, l’égalité de tous devant la loi. Sans cette égalité, on justifierait CèS paroles du plus grand dé nos fabulistes :
- Selon (}üe vousserei puissant oü mi^rable,
- Les jugements de Gour vous rendroui blanc ou noir.
- « C’est l’intérêt public, l’intérêt du pays qui m’a guidé. Redoutons l’effoudrement de la conscience publique,car il serait le précurseur dë l’etfondrenieut de la patrié ëlle-mème;
- « Quel que soit le jugement que vous rendiez, messieurs, il est deux choses que vous ne pourrez pas faite. La première, c’est que M. de Cissey sorte d’ici autrement que déshonoré ; la 'seconde, c’e.-t que l’opinion n’exige pas impérieusement la lumière ,la lumière qu’on ne lui a pas donnée complète, mais qu’on lui donnera, j’eü réponds. »
- MM. Laisant et Rochefort ont été condamnés chacun à 4,006 francs de dommages-intérêts envers M. de Cissey.
- *
- ¥ *
- Résolutions du congrès ouvrier du Havre. — Le congrès du cercle Franklin a adopté ies conclusions suivantes :
- 1. Abrogation de toutes les lois restrictives contre le droit d’association ; liberté absolue de toute association ouverte et publique laissant aux intéressés la faculté d’adopter, suivant leurs intérêts, telle forme qu’il leur conviendra ;
- 2. Reconnaissance des chambres syndicales comme personnes civiles et leur admission dans les adjudications des travaux publics ; révision de la loi sur les prud’hommes et leurs jugements rendus exécutoires dans les trois jours ;
- 3. Suppression des bureaux de placement, leur remplacement par des bureaux de chambres syndicales ; admission des chambres syndicales à déposer aux enquêtes législatives officielles ;
- 4. Fixation defla journée de travail à dix heures au maximum; suppression du travail de nuit à l’exception des usines a feu continu ;
- 5. Suppression des livrets;
- 6. Surveillance acFve dans les ateliers, usines, manufactures, par des inspecteurs pris parmi les ouvriers dans les chambres syndicales;
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- 7. Irréductibilité des salaires sous forme d’amendes ou de retenues ; approbation des règlements de l’atelier par les chambres syndicales de prud'hommes ;
- 8. Suppression de l’ingérence des patrons dans l’administration des caisses ouvrières ; retirer aux patrons le droit d’imposer aux ouvriers des retenues en faveur des caisses de secours mutuel ;
- 9. Suppression du travail dans les prisons, son remplacement par la création des pénitenciers agricoles ;
- 10. Suppression des impôts de consommation et d’impôts directs d’octrois ;
- IL Création d’un impôt unique sur le capital fixe; établissement d’un nouveau cadastre.
- Au point de vue de la situation des femmes, le congrès a adopté ensuite des résolutions concernant les femmes;
- Le congrès demande pour les femmes les mômes droits civils que-pour les hommes, les droits, politiques étant reconnus comme droits, mais limités pendant une période consacrée à l’éducation politique des femmes, éducation que la législation démocratique devra développer.
- Les femmes auront voix consultative et délibérative dans le conseil communal pour tout ce qui concerne les questions d’éducation et d'instruction.
- Le congrès demande la suppression du travail industriel dans les ouvroirs, les couvents et les prisons.
- Le congrès veut la suppression immédiate de la police des moeurs comme étant une institution barbare et immorale.
- Il recomande aux femmes de constituer promptement des syndicats comme ceux des hommes ; il demande que l’instruction et l’éducation soient les mômes que pour les hommes, c’est-à-dire laïques, gratuites et obligatoires.
- Sur la question de la propriété, le congrès conclut au maintien de la propriété individuelle.
- Nous avons le droit de faire remarquer que plusieurs de ces résolutions ont été soutenues par le Devoir.
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- Résolution du congrès collectiviste.
- — Le congrès déclare nécessaire l’approbation au plus vite, par tous les moyens possibles, du sol et du sous-sol et des instruments de travril ; cette période étant c onsidérée comme une phase transitoire vers le communisme.
- Le cougrès déclare, après un rapport de la citoyenne Paule Mink, demander l’abolition complète du salariat, et il demande que l’outillage appartienne à tous. Cette question devra être la première à l’ordre du jour au prochain «congrès ouvrier de l’organisation sociale au lendemain de la révolution.»
- Le congràs déclare « qu’il attend la révolution sociale pour consacrer l’égalité des deux sexes », il déclare obtenir cette égalité par les moyens pacifiques, si c’est possible, « sinon il l’aura par les moyens violents ».
- Comme quatrième résolution concernaut l’instruction, le congrès, après le rejet de divers amendements, a adopté le rapport de la citoyenue Paule Mink demandant l’instruction civile intégrale identique pour tous et doutes : « L’instruction devra être donnée par la collectivité jusqu’au développement normal des facultés. La première éducation sera donnée par la mère de famille dans la famille et dans la société transformées».
- ¥ ¥
- Les associationn syndicale». — La Déclaration ministérielle lue à la rentrée des Chambres annonçait un projet de loi sur la liberté des associations syndicales.
- Ce projet a été distribué le 25 novembre aux députés. En voici l’analyse :
- « L’exposé des motifs rappelle que deux lois de 1791 ont établi la liberté du travail. La première, qui est des 2 et 14 mars 1791, a « détruit » totalement les corpora • tions, jurandes et maîtrises de tous genres. La seconde, postérieure de quelques mois seulement, — elle est du
- I 24 juin 1791. — a fait défense expresse de reconstituer j toute espèce d’associations pouvant ressusciter les corporations, jurandes et maîtrises.
- « Cette prohibition faite alors dans un but de liberté subsiste encore aujourd’hui : mais alors que les faits dont elle avait pour but de prévenir le retour ont disparu pour toujours, de nouveaux faits se sont produits qu’elle n’avait pas prévus et auxquels elle oppose aujourd’hui un obstacle légal, et eile empêche ainsi la réalisation d’un progrès très désirable : nous voulons parler de l’organisation des associations syndicales professionnelles. C’est pour faire disparaître cette entrave, ainsi que celles qui résultent des articles 291 et 292 du code pénal, que le projet de loi est présenté parle gouvernement.
- « Aux termes de ce projet pourront désormais se former librement des associations constituées dans le but exclusif àe la défense des intérêts communs à une même profession ou industrie.
- « Le projet ne distingue pas entre ouvriers et patrons, qui sont appelés à bénéficier également de cette liberté.’
- « Les statuts, la liste des membres et celle des représentants de l’association, à un titre quelconque, devront être déposés, à la mairie de la commune où siège l’association.
- « Tous les ans, les changements dans la composition des membres et des représentants devront être déclarés à la mairie.
- « Le défaut de déclaration est puni d’une amende de 16 à 200 fraucs.
- « La fausse déclaration est punie d’une amende plus élevée.
- « Enfin, un dernier article déclare abrogée toutes les dispositions des lois existantes contraires à la présente loi.
- TURQUIE
- IDuLleigjno a été livré aux Monténégrins après un simulacre de combat entre les troupes turques et les partisans Albanais. Ce premier acte d’une ridicule comédie étant terminé, nous allons passer à un deuxième acte plus grave, celui de la cession à la Grèce des territoires de l’Epire et de la Thessalie à elle reconnus par le traité de Berlin. L’importance de cette session étant beaucoup plus considérable, il est à pr sumer que la Turquie sera plus lente encore à s’y résigner.
- Les Grecs ont actuellement 55,000 hommes sur pied, les Turcs en ont 4,800 autour de Domokos, frontière de Thessalie.
- SUISSE
- Les soeialisteN à, Genève. — Au nombre des promesses du parti qui a triomphé aux élections du Grand Conseil se trouve celle-ci que nous reproduisons textuellement :
- 10° La création d’une assurance pour le canton, sous la direction et. la surveillance de l’Etat, ayant pour but de mettre tous les citoyens à l’abri de la misère produite soit par le manque de travail ou la maladie, pour les ouvriers et employés de la ville et de la campagne, soit par la perte de leur avoir, pour les citoyens de toutes les positions.
- * *
- Nouvelle organisation socialiste. — On
- lit sous ce titre dans le National Suisse de la Çhaux de fonds.
- Un congrès socialiste a eu lieu récemment à Olten. Il a fait peu parler de lui, et la presse, jusqu’à ce jour, l’a presque ignoré. Il convient cependant de faire connaître ce qu’on y a décidé, et cela d’autant plus qu’il s’agissait d’une réorganisation de la fédération suisse Q0S travailleurs.
- On n’ignore pas que cette fédération, travaillée Par des divisions intestines, se trouvait depuis longtemps en décomposition par suite de différences de tendance» entre l’élément suisse et l’élément étranger. L’heure de , la dissolution était donc venue. Cette dissolution a ete
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- prononcée à Oiten par les délégués de la fédération, au nombre d’une quarantaine.
- Mais on a immédiatement après avisé à la reconstitution de l’association sur de nouvelles bases. Ce travail régénérateur a absorbé la plus grande partie de l’activité du congrès. . 4 , .
- Ainsi l’ancienne fédération disparaît pour faire place à une sorte d’association générale de corps de métiers (Allgemeiuer Gewerkschaflsverband).
- La future société doit se composer des ouvriers suisses qui faisaient partie de la défunte fédération, plus de tous ceux également suisses qui adhèrent au mouvement social et économique tel que l’entendent les chefs socia-listes.
- Le congrès a choisi Genève comme Vorort de la nouvelle association. Les statuts seront soumis, d’ici au 15 décembre, au vote des sections, qui doivent s’organiser rapidement, ce qui leur sera sans doute très-facile, car il faut admettre qu’au moins la plupart des sections de la fédération qui vient de finir son existence entreront corps et bagages dans le Allgemeiner Gewerkschafts-verbaud. .
- Les délégués, en gens avisés, ont naturellement étudié les moyens de parer aux dissentions qui avaient tué l’ancienne société, afin d’assurer à la nouvelle association une longue existence. Et ils ont pensé que sur le terrain politique les Suisses et non Suisses devaient séparer leur cause. C’est pourquoi les non Suisses vont se constituer en fédération spéciale qui s’appellera parti démocratique-social.il est à prévoir que ce dernier sera composé presque exclusivement d’Allemands. Lasection directrice résidera à Zurich. , , .
- Enfin, la Tagwacht disparait, et elle sera remplacée a dater du janvier par une nouvelle publication hebdomadaire, la Voix des travailleurs (Arbeiterstimme).
- ---- ii —ftuOOecPB—---
- LE QUATRIÈME CONGRÈS OUVRIER
- il
- Les travaux présentés au Congrès du Havre ont été nombreux. Ils l’ont même été à tel point que la place restreinte dont nous disposons et le mode de périodicité de notre revue nous obligent, à notre grand regret, à ne pas les analyser tous.Nous en donnerons la partie la plus essentielle ou la plus typique mais en procédant par ordre de matières et non en suivant l’ordre des débats. Cette méthode nous permettra de rapprocher des idées disséminées dans un grand nombre de rapports et de leur donner, par le tait même de ce rapprochement, un corps plus résistant et une forme plus complète.
- Aucune méthode ne saurait etre plus que celle-là profitable à la cause soutenue et nous sommes convaincus que si les ouvriers futurs s’y ralliaient, ils n’auraient qu’à y gagner. Les questions à débattre ont beau être solidaires, elles ne peuvent être débattues toutes ensemble. La discussion doit etre localisée tour à tour sur chacune d’elles. Pour avoir chance d’atteindre un lièvre il n’en faut pas chasser huit ou dix à la fois. De même pour l’étude des réformes sociales : il est permis de toutes les aborder, mais chacune a son heure. A en embrasser trop à la fois on en n’étreint bien aucune. Jamais l’émiettement
- de bonnes idées dans un grand nombre de rapports traitant chacun de plusieurs choses, n’aura autant de force, autant de virtualité, que la concentration de ces mêmes idées dans un seul et même tout. Ainsi dans la plupart des rapports présentés au Congrès du Havre, les délégués ont traité dans un même rapport jusqu’à 4 et même jusqu’à 5 questions différentes. Il en résulte que l’attention de l’auditeur ou du lecteur n’a pas le temps de se fixer. A peine commence-t-il à réfléchir sur un sujet qu’on lui en présente un autre. De là sorte on effleure beaucoup de choses mais on n’approfondit rien.
- C’est pour ne pas tomber dans le même défaut que nous allons prendre l’une après l’autre chacune des questions qui ont été soulevées.
- La première question à l’ordre du jour avait pour titre
- Le Salariat
- A notre grande surprise, cette question a été seulement effleurée par les orateurs du Congrès. C’est du moins ce qu’il faut conclure de la lecture du Bulletin officiel, car ce bulletin ne donnant pas l’in-ex-tenso des discours prononcés ou des rapports présentés, il ne nous est pas possible de savoir si dans les opinions non reproduites il ne s’en trouve pas qui soient relatives à la question du salariat prise en lui-même II est vrai que le rapport général de la commission, publié dans notre dernier numéro, en parle avec une véritable élévation de pensée.
- C’est égal, nous aurions aimé voir les orateurs ouvriers témoigner plus vivement du sentiment que le salariat n’est pas un fait économique immodifiable et que, bien au contraire, sa transformation est une des nécessités de notre époque.
- Le salariat n’est que la représentation de la valeur du concours que l’ouvrier apporte dans la création du produit. Mais le produit ne se vend pas à son prix de revient, il se vend avec un bénéfice, et il est de toute justice qu’au salaire vienne s’ajouter une part du bénéfice réalisé. Ce bénéfice n’a été rendu possible que par le concours du capital et du travail, il doit donc être réparti entre ces deux facteurs associés proportionnellement à l’importance du concours de chacun d’eux.
- Ceci les délégués nous paraissent l’avoir méconnu.
- Six à sept questions particulières se sont greffées sur celle du salariat.
- Celle à laquelle le Congrès a donné le plus d’importance c’est celle
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- De l’organisation des syndicats ouvriers.
- L’opinion a été unanime sur la valeur de ces institutions ; elle n’a varié que sur la grandeur du rôle à leur faire remplir
- Ainsi, par exemple, le citoyen Scholastique a toute confiance dans leur avenir, malheureusement, ob • serve-t-il, la ligne de conduite des syndicats n'a pas été jusqu'ici assez nettement indiquée ni les services qu’on en pourrait attendre assez nettement définis. Ce vague leur est nuisible. Au début on est tout zèle, mais une fois aux prises avec les difficultés, les déceptions viennent, puis le découragement.
- Sachons, dit l’honorable délégué, assigner à cette forme d’association sa véritable mission, qui consiste à défendre nos intérêts corporatifs, tout en respectant les transactions commerciales et en tenant compte de la production de tous les pays, principalement de ceux dont le régime industriel se rapproche du nôtre.
- Pour que nos réclamations soient entendues, les syndicats devront tenir compte des difficutés que crée au producteur français dans certaines industries la concurrence étrangère.
- Ce sera toujours dans la chambre syndicale que s’élaboreront les projets de réformes pouvant améliorer le sort des ouvriers ; là que devront se discuter leurs intérêts et les meilleurs moyens d’assurer leurs revendications ; c’est là que les ouvriers devront se former, par la discussion, aux mœurs administratives et apprendre à gouverner eux-mêmes leurs propres affaires.
- Que le syndicat soit une base de droit et de justice pour l'entente à établir entre les ouvriers et les patrons, qu il soit en même temps un centre d*études et d’instruction où nous pourrons peser, discuter et apprécier les bienfaits que nous pouvons attendre de la coopération et du crédit mutuel par l’organisation des banques populaires.
- Le citoyen Moret est très précis sur ce que doivent être les syndicats.
- Que les chambres syndicales, dit-il, sources vives de l’activité des travailleurs, pépinière d'un ordre nouveau basé sur la justice, possèdent une existence légale ; qu’elles soient reconnues comme personnes civiles pouvant traiter avec des tiers comme le font les Sociétés financières; que l’Etat, auquel nous ne demandons rien que le droit commun, ne nous prenne plus le plus clair de nos revenus, pour nous refuser ensuite le droit d’accomplir les grands travaux publics; et que surtout et avant tout, cesse cet abus monstrueux qui soulève la conscience publique : je yeux parier du monopole dont jouissent certaines Compagnies.
- Le citoyen Emile Antoine préconise la création et le groupement des chambres syndicales. Il espère les voir s’étendre à toute la France et même se relier à celles d’autres pays.
- « O’est, dit il, un mod^ de groupement qui respecte l’indépendance tout en assurant le concours et qui de plus se propose de partir de ce qui est pour l’améliorer. Dans une association de ce'genre, la fraternité domine, car l’union est ouverte à la totalité
- des prolétaires; elle travaille pour tous, surtout pour les faibles ; enfin, elle comporte une application immédiate et sans avoir besoin d’attendre l’adoption d’un système déterminé : pour commencer il suffit du bon vouloir de quelques-uns. » ’
- Le citoyen Rousset veut que les syndicats soieut appelés à s’occuper de tous les détails de la question purement économique, à diriger les élections aux conseils de prud’hommes, à fournir à ces conseils, en cas d’expertises, les arbitres ouvriers ; iis tendraient à la formation de commissions mixtes de patrons et d ouvriers, qui certainement trancheraient bien souvent des différends qui s’élèvent à l’occasion de l’application des tarifs du prix de mainrd’œuvre.
- Toutefois cet orateur ne se fait pas illusion sur la conséquence de l’organisation des syndicats :
- Par eux, dit-il, nous pouvons conjurer en partie les conséquences du salariat, mais nous ne saurions en détruire le principe, et si jamais cette institution devait disparaître, ce ne serait que par l’extension, poussée à sa dernière limite, des Sociétés coopératives créées entre les travailleurs, car elles seules peuvent permettre à l’ouvrier de toucher l’intégralité du produit de son travail, et d'arriver, par ce fait, à la position d’associé et non de salarié.
- Le citoyen Vautier pense que les chambres syndicales devront créer et favoriser le développement des écoles professionnelles dont elles auront fait elles-mêmes les statuts et règlements.
- Elles devront également, dit-il, abolir le marchandage, veiller à ce que tous les membres adhérents ne dépassent point la durée des journées de travail, durée qu’elles fixeront elles-mêmes d’un commun accord avec les patrons. Pour assurer cette exécution, un des tableaux affiché au siège social, portant les noms et adresses des membres de la corporation sans travail, leur permettra d’avoir constamment à la disposition du patron des équipes toujours prêtes à exécuter les travaux supplémentaires de nuit.
- D’autres orateurs parlent à peu près dans le même
- sens que les précédents; tous reconnaissent l’utilité
- 1 et la nécessité des chambres syndicales.
- | * î En général iis les considèrent ccmme un moyen
- I d’études pratiques et théoriques des possibilités de
- l faire jouir le travailleur de la valeur intégrale de
- l son travail.
- I Plusieurs délégués insistent sur la nécessité d’une fédération des syndicats.
- Il faut, dit le citoyen Horel, que nous soyons fédérés d’un bout de la France à l’autre; il faut que tous nous établissions et que nous suivions un programme politique et économique pratique et immédiatement réalisable.
- Le débat sur ces opinions diverses a conduit le Congrès à voter sur ce point spécial les sages résolutions que voici :
- 1° Abrogation de toutes les lois restrictives contre pie droit d’association; liberté absolue de toute asso-? dation ouverte et publique laissant aux intéresses
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- la faculté d’adopter, suivant leurs intérêts, telle forme qui leur conviendra;
- 2° Reconnaissance des chambres syndicales comme personnes civiles et leur admission dans les adjudications des travaux publics.
- L’épargne populaire
- a aussi préoccupé le Congrès. Elle y a été plutôt mentionnée que traitée, sauf par le citoyen Scholastique qui lui a consacré une forte place dans son rapport.
- L’organisation des caisses d’épargne, a dit cet honorable délégué, ne permet pas à l’ouvrier de porter ses économies aux heures qui lui seraient commodes. Les bureaux n’ouvrent qu’à certains jours et à certaines heures et ne sont pas d’ailleurs assez nombreux.
- Un ouvrier hésitera souvent à faire le chemin et à perdrç, pour le placement d’une petite somme, un temps dont l’emploi en travail lui rapporterait davantage.
- De plus pour les retraits d’argent il faut faire, à huit jours d’intervalle, deux démarches consécutives : la demande de retrait et le retrait lui même; il en résulte deux dérangements qui constituent pour l’ouvrier deux pertes de temps et d’argent.
- Telle qu’elle est organisée la Caisse d’épargne répond donc mal aux besoins du travailleur.
- Si nous le voulons en organisant des banques populaires dans tous les quartiers laborieux des villes, nous solidariserons l’épargne et nous la rendrons à jamais féconde en devenant nous-mêmes les propres administrateurs de nos écunomies.
- L orateur se montre sympathique aux banques populaires et expose le fonctionnement possible d’une banque de cette nature :
- La somme considérable des petites épargnes qui arriveront à cette caisse centrale permettra aux dépositaires de devenir alternativement prêteurs et emprunteurs, de sorte que ceux qui prêteront, sous forme de dépôt, se prépareront ainsi les moyens d’emprunter plus tard même au delà de ce qu’ils auront prêté et qu’en réalité la Caisse centrale ou Banque populaire ne sera qu’un intermédiaire administratif pour les travailleurs désireux de trouver, dans ce modé de crédit mutuel, un moyen efficace et certain d’augmenter l’ensemble de leurs ressources en réunissant leurs épargnes individuelles.
- Un certain nombre de chèques, placés entre les mains de chaque ouvrier dépositaire de ces banques, devra permettre à chacun de retirer, à toute heure et sans avertissement préalable, tout ou partie quelconque des sommes qu'il aura déposées.
- C’est la soiidarisation des petites économies particulières ; c’est l’épargne en commun, coûtant peu à chacun et profitant largement à tous ; c’est le crédit honnête et fécond puissamment organisé au profit du travailleur.
- Aucune résolution n'a été votée sur ce sujet, malgré sa grande importance.
- Le» Société» de secours mutuels
- ont trouvé aussi de la sympathie dans le Congrès. Il ne pouvait en être autrement car ces sociétés, malgré la loi ridicule qui les régit,ne sont pas sans rendre quelques services matériels aux ouvriers. Déplus elles .
- les habituent à la prévoyance et leur font toucher au doigt les avantages de la mutualité et de l’association des efforts. N’eussent-elies que ce titre-là en leur faveur, ce serait déjà assez pour souhaiter leur développement.
- C’est ce que fait le citoyen Rousset.
- Ces Sociétés, dit-il, trop négligées encore, quoique répandues déjà en certain nombre, subissent de la part du gouvernement une réglementation qui n’est pas toujours en rapport avec les idées de progrès et de liberté que nous professons.
- Espérons que bientôt une loi fera disparaître cette anomalie.
- Il faut que les Sociétés de secours mutuels puissent s’administrer librement, sauf des conditions de garanties, et modifier leurs statuts au gré de leurs désirs, ce qu’elles ne peuvent faire actuellement.
- Le citoyen Copoix donne des détails sur la situation des sociétés de secours mutuels proprement dites et des associations ouvrières aboutissant au même résultat :
- Ces sociétés dit-il, étaient, en 1877, au nombre de 6,078 : soit 4,352 approuvées et 1,726 autorisées.
- Selon l’orateur, les Sociétés posséderaient aujourd’hui en France près de 100 millions de francs.Ce qui met un grand nombre de familles ouvrières sans inquiétude en cas d’infirmité.
- Ces résultats, dit-il, seraient plus brillants, en resserrant les liens d’association et en recevant de nouvelles cotisations. Malheureusement le gouvernement intervient et nous fixe une ration congrue. Il ne veut pas que la caisse d’une Société approuvée réunisse plus de trois mille francs, et mille francs si la Société est de moins de cent membres 11! quelle ironie!!
- Il faut réformer cela, car cette mesure de suspicion arrête tout progrès.
- L’orateur propose une grande ligue de toutes les Sociétés de France, dont les membres bénéficieraient au prorata de leur apport.
- Les frais d’administration, aujourd’hui considérables, seraient moindres, car le service serait simplifié.
- Il n’y a pas eu de résolution à voter sur ce sujet spécial, la liberté des sociétés de secours mutuels étant implicitement contenue dans la reconnaissance complète de la liberté d’association demandée par le Congrès. [A suivre).
- NOUVELLES DIVERSES
- Le libre examen & l’Académie. — A la
- séance de réception de M. Labiche à l’Académie française le directeur actuel de l'Académie, M. John Le-moinne, a rappelé dans le discours de bienvenue une opinion de M. deSacy. Cette citation, étant douné l’au-di'oire devant lequel elle a été faite, ne manquait pas d’ironie.
- « La religion de M. de Sacy, s’est écrié M. John Le-
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- moinne, était aussi solidement établie, aussi fondée sur la raison et la vertu. Il avait gardé et il garda jusqu’à la mort la foi du vieux chrétien, et il contemplait avec tristesse et avec mépris les idolâtries modernes. Je veux citer ce qu’il disait en parlant de ces grands orateurs dans le commerce assidu desquels il avait y>assé sa vie ; Leur foi, disait-il, ne m’abat pas le cœur, car cette foi n’a rien de servile ni de lâche. C’est une règle, ce n’est pas l’arbitraire. La soumission qu’elle exige n’est pas une soumission sans garantie et sans droit. Eux-mêmes ils ont l’esprit libre et hardi. Ils distinguent nettement la religion des superstitions et des fables que l’ignorance et la crédulité y ont ajoutées. Bien loin de repousser la critique et de la craindre, ils l’appellent à leur secours pour chasser de l’histoire ce cortège ridicule de légendes controuvées, de merveilles sans preuves, d’inventions politiques qui semblent se tenir à la porte du sanctuaire comme de sinistres fantômes pour en interdire l’entrée à quiconque ne veut pas, en soumettant son esprit, hébéter sa raison et sacrifier le sens commun à la foi. Sacrifice abominable et impie ! car sur quoi la foi s’appuiera-t-elle quand elle'aura renversé le sens commun ? Où allumera-t-elle son flambeau quand elle aura éteint cette lumière que tout homme apporte en naissant et qui n’est sans doute qu’un rayon de la vérité éternelle V... »
- *
- * *
- Les chemins de fer du Sénégal, — Le
- ministère vient de faire distribuer à la Chambre un projet de loi portant ouverture au ministère de la marine et des colonies, sur l'exercice 1881, d’un crédit de 8 millions et demi pour les dépenses que nécessitera l’établis sement d’une voie ferrée, au Sénégal, reliant Bafoulabé à Médine. Il y a là pour notre colonie de l’Ouest de l’Afrique une question vitale. Le rapporteur de la commission du budget ne disait-il pas, avec juste raison, lors de l’examen des questions relative à la mise en communication, par voies ferrées, de l’Algérie et du Sénégal avec l’intérieur du Soudan :
- « L’Afrique attire de plus en plus l’attention des peuples civilisés. La France, plus rapprochée du continent par ses possessions de l’Algérie, du Sénégal, du Gabon, et par les nombreux comptoirs français établis sur la côte occidentale , la France ne peut se dispenser de prendre sa part dans le mouvement qui entraîne l'Europe vers les régions africaines, dont on commence à entrevoir les richesses. Le souci de la grandeur et des intérêts de notre patrie ne nous commande-t-il pas de nous placer à la tête de ce mouvement? »
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- Les enterrements civils de curés deviendraient ils à la mode en Belgique ? Il y a peu de temps on en signalait deux. Le 22 novembre à Merbesles Château un 3me enterrement de ce genre a eu lieu, celui du curé Arnould. 3,000 personnes y assistaiant, parmi lesquelles le bourgmestre ceint de son écharpe.
- *
- Y Y
- L’immigration aux Etats-XTnis atteint cette année des proportions extraordinaires. Elle s’est élevée pour les dix premiers mois à 285.227 personnes, tandis que pour la période correspondante de 1879 le chiffre des immigrants a été seulement de 112,272.
- C’est une augmentation, pour 1880, da 173,055. Et si maintenant on consulte, non pas les tableaux de ces dix mois de 1880, mais ceux du dernier exercice financier qui, selon l’habitude aux Etats-Unis, court du 30 juin 1879 au 30 juin 1880, on voit qu’il est arrivé dans cette période 455,495 immigrants.
- Y Y
- Suicide d’une étudiant". — Rue Denfert-Rochereau, au n° 83, dans un modeste appartement du quatrième étage, — habitait Mlle Alexandrins Ley.âgée de vingt-six ans, originaire de Russie, qui vivait du produit des leçons qu’elle donnait,car cette jeune personne était très instruite. — En effet, elle possédait le grade de licenciée ès—sciences,et subissait,il y a quelques jours,
- un examen eu Sorbonne. — Cet examen,d’ordre supérieur elle pensait le vaincre sans difficulté ; cependant, quel-. ques jours écoulés sans résultat favorable ou autre lut mirent la mort dans L’âme ; elle appréhenda un échec et résolut, de mettre fiu à ses jours. ’
- C’est le 23 à huit heures du soir que l’on s’aperçut du suicide que cette malheureuse avait consommé, et circonstances étrange, c’est la concierge qui lui montait la lettre d’admission résultant de l’examen que l’infortunée avait subi, qui a appris que Mlle Ley avait attenté à ses jours.
- L’IRLANDE
- Pour qui connaît les griefs de l’Irlande il n’y a pas lieu de s’étonner de la surexcitation qui règne dans ce malheureux pays ; mais on a droit d’être surpris qu’au lieu de chercher à calmer les esprits en donnant, du moins dans une certaine mesure, satisfaction aux revendications du peuple irlandais, ceux même qui doivent être le plus intéressés à ce calme semblent prendre plaisir, au contraire, à jeter, comme on le dit, de l’huile sur le feu.Avant les élections, en effet, c’était le premier ministre, lord Beaconsfield lançant, sous la forme d’une lettre au duc de Malborough, son manifeste où l’injure se mêlait à la provocation. Depuis les élections, c’est la Chambre des Lords rejetant le disturbance bill, et à l’heure qu’il est c’est le gouvernement libéral lui-même dirigeant des poursuites contre quatorze personnes dont les noms suivent et qui, aujourd’hui désignées comme des agitateurs, demain peut-être seront traitées comme des factieux.
- Voici la liste des 14 inculpés sur lesquels ne pèsent pas moins de 19 charges :
- Charles Stewart Parnell, Membre du Parlement.
- John Dillon, M. P.
- Joseph Gilles Biggar, M. P.
- Timothey Daniel Sullivan, M. P. et publiciste.
- Thomas Sexton, M. P.
- PatrickEgan, très, de la Landleague (ligue agraire)
- Thomas Brennan, secr. d°
- Malachez O’Suilivan, s.-sec. d°
- Michaël Boyton, ag. salarié d°
- Patrick Joseph Gordon, de Claremorris, cordonnier.
- Matthew Harris, de Galway, entrepreneur.
- John W. Nally, de Mayo.
- J. P. Sheridan, de Tubercurry, publicain.
- John W. Welsh, deBalla, boutiquier.
- Quant aux 19 chefs d’accusation, en voici la substance :
- Le premier est, de la part des sus-nommés, de méchamment et illégalement conspirer contre les intérêts d’un certain nombre de sujets de S. M. B., propriétaires de fermes, en sollicitant et excitant
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- les tenanciers de ces fermes à lacérer ou violer leurs contrats par le non paiement des fermages qu’ils doivent ou pourraient devoir, et que les propriétaires sont ou seraient en droit de réclamer.
- La deuxième est de procurer aux dits fermiers les moyens de s’unir et de s’entendre pour ne pas payer leurs fermages.
- La troisième est d’agir sur les esprits par des moyens illégaux ou des combinaisons de même nature, soit en menaçant de mettre en quarantaine commercialement et socialement comme on ferait de pestiférés, soit en mettant hors la loi après les avoir signalés au mépris et à la haine du public tous les fermiers qui voudraient payer les rentes qu'ils doivent ou pourraient devoir aux termes de leurs baux.
- Le quatrième est d’employer eux-mêmes directement ces moyens d’intimidation à l’égard des tenanciers pour les forcer à agir dans le sens et dans le but ci-dessus indiqué.
- Les 5e, 6% 7e et 8e sont, visant l’obligation de la part des fermiers de payer les rentes dues pour l’excédant d’évaluation des fermes dont l’estimation a été faite conformément à la loi qui régit la matière, d’user des moyens cités dans les numéros 2, 3, 4, pour empêcher les fermiers de remplir cette obligation.
- Le neuvième est dajeter la déconsidération sur la justice, de la vouer à la haine et au mépris des justiciables en mettant obstacle à l’exécution des arrêts et décisions des cours et tribunaux, soit en faisant qu’on ne paie pas les sommes adjugées aux récla mants par les dits tribunaux, soit en empêchant que l’on aehète les objets saisis et vendus par autorité de justice pour le paiement de ces sommes.
- Le dixième est d’exciter les tenanciers évincés pour cause de non paiement à ne pas obéir aux sommations qui leur sont faites et à rester en possession des fermes qu’ils ont à bail.
- Les 11e, 12e, 13®, 14e, 15’, 16e, 17e et 18e sont de,par les mêmes menaces qu’il a été dit et que l’on rappelle sous chacun de ces chiffres, empêcher les fermiers qui y seraient disposés, de prendre à loyer des fermes dont des tenanciers auraient été évincés.
- Enfin le dix-neuvième est d’exciter à la haine les uns contre les autres les différentes classes de sujets de S. M. B. et notamment les Landlords et les fermiers, à la grande terreur des premiers ; de donner un exemple pernicieux à toute personne se trouvant semblablement en contravention avec la loi et par cela même de pousser au mépris du respect dû à sa majesté et à la dignité de la couronne.
- Le procès qui va se dérouler sur ce terrain promet d’être fertile en incidents, en révélation de toutes
- | sortes dont on pourra tirer plus d’un utile enseigne-; ment ; mais nous doutons fort qu’il soit plus efficace à réprimer, que ne l’ont été à appaiser les demi-mesures adoptées par les divers gouvernements qui se sont succédés dans la Grande-Bretagne.
- Déjà de la part de la couronne, comme du côté de la Land league, on a choisi ses avocats et ses soli-citors. La Land league est, dit-on, dans l’intention de faire comparaître et d’interroger M. Gladstone à propos de ses discours de Midlothian, M. Bright au sujet des paroles qu’il a prononcées à Manchester,et M. Forster relativement à ses écrits et ses observations dans la Chambre des communes ; seront également entendus un certain nombre de Landlords et de tenanciers. Plusieurs des accusés présenteront eux-mêmes leur défense. On sait que, comme prologue de ce drame, MM. E. M. Healy, secrétaire de M. Par-nell et Walsh, membre de la Ligue, ont été arrêtés, interrogés, puis mis en liberté sous caution jusqu au jour de leur procès qui fera cause à part.
- En attendant les meetings se succèdent rapidement et, dans ces meetings les protestations les plus énergiques se font jour, le 6 novembre courant, la Ligue publiait le manifeste suivant, réponse aux poursuites dirigées contre ceux qu’elle regarde comme ses chefs, réponse dont les termes font connaître mieux que tous les commentaires possibles le caractère de la lutte engagée.
- Ck suivre). C. P. Maistre.
- Là GUERRE ET LA MONARCHIE
- Depuis 1814, quantité de sociétés philanthropiques se sont constituées en Amérique, en Angleterre, puis sur notre continent pour prêcher la paix ; toutes se sont placées à ce point de vue restreint de n’envisager la guerre qu’en elle-même, de se borner à en signaler à la réprobation générale les actes révoltants. Quoique les premières de ces sociétés aient été d’essence républicaine, puisqu’elles ont vu le jour sur le sol américain, entachées de mysticisme, ménageant leur bon Dieu, elles se gardèrent bien d’attaquer le principe monarchique. C’est, encore dans cette voie quL sont aujourd’hui tous les amis de la paix. Sans changer de milieu, sans extirper la source' du mal, ils croient pouvoir arriver à leur but. C’est là pour nous une illusion complètement chimérique : les mêmes causes amèneront toujours les mêmes1 effets et nous avons tenu avant de développer les détails statistiques et les arguments qui suivent, à déclarer que nous considérions la guerre, non seulement comme la résultante du principe monarchique, mais comme l’indispensable auxiliaire, capable de le perpétuer.
- Pour nous, il n’y a qu’un moyen d’extirper ce fléau : la guerre entre les peuples, c’est d’arriver à la disparition complète des monarchies et à la justice sociale.
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- Nous avons dit et nous répéterons sans cesse que la paix ne peut découler que de la justice, principe incompatible avec l’autoritarisme, quelle qu’en soit la forme.
- Malebranche disait : « La guerre est la mort des peuples ». Tant que la guerre sera possible, tant que l’autorité reposera sur la force brutale, s’imposant au lieu et place de la justice, acceptée par tous, la royauté, le cléricalisme, la bourgoisie, pourront conserver leurs privilèges^ étayer leurs monopoles sur les cadavres de leurs victimes, réduifes au silence, en cas de révoltes, par le canon et les mitrailleuses ; pressurées, spoliées, rendant gorge en cas de soumission,
- Le canon, quel argument! Aussi combien l’emploient ceux qui ne veulent pas comprendre la solidarité : c’est la dernière raison des rois, c’est celle des anciens partis ; le canon et l’ignorance, voilà les deux colonnes qui soutiennent encore le temple qui s’effondre, des vieilles sociétés imbues d’égoïsme et de froide cruauté.
- Grâce à l’indifférence des masses, grâce à l’ignorance savamment voilée d’un semblant d’instruction sophistiquée, les forts d’aujourd’hui le savent bien, après une saignée, les choses reprennent leur cours habituel comme devant : pour un temps du moins, guerre et répression, assurent un répit, après le massacre, aux exploiteurs des masses. —- Aussi quel bel outillage de répression que les armées permanentes, quelle ingénieuse idée que d’employer la force menaçante contre elle-même, que de reprimer ceux qui demandent justice au moyen d’un certain nombre d’entr’eux lancés contre les autres au nom de l’ordre et du patriotisme ; pour cela, il a suffi hélas, jusqu’ici, de bourrer les cervelles de sophismes et de faire changer les corps de costumes.
- Tels sont les exploits de la guerre! Qu'on le comprenne donc enfin, il n’y a qu’un peuple : \JHumanité. — Nous n’admettons pas les divisions de guerres étrangères et de guerres civiles, nous ne voyons que des exploiteurs, qui voulant conserver leurs monstrueux privilèges tuent les brebis qui refusent de se laisser tondre.
- G’est du terrorisme élevé à sa plus haute puissance. — Analysons un peu cette politique des classes dominantes et si la terreur de la révolution française a retranché une 20* de mille existences, voyons, sans parler de la terreur blanche, de la réaction dont les chiffres sont bien plus formidables, ce qu’a coûté la terreur organisée et périodique dont nous parlons ; gut-rre et répression filles de la peur, cette lâche et indigne conseiliière des hommes.
- A la fin du siècle dernier, un homme osa tirer parti des circonstances, satisfaire son ambition coûte que coûte et grâce au canon, il put rétablir les abus d’avant 89 et arrêter le souffle émancipateur du xvni® siècle, qui sans lui se répandit sur l’Europe. — Il enraya le progrès qui s’oppo sait à ses appétits ....
- Voici, autant qu’il est possible de les rétablir, les chiffres que coûtèrent à l’humanité, ces rêves de gloire militaire, pendant une période de 23 ans.
- Germain Sarrut, dans un travail historique sur les guerres de 1791 à A814, établit que la France — la France seule — fit une consommation d'hommes s’élevant au chiffre effrayant de 4.556 OUI), sur lesquels la conscription napoléonienne figure pour 2.476 000.
- Voici du reste, le tableau qui sert de base à ces chiffres monstrueux :
- Levée du 24 juin 1791 .............. 150.000
- — de septembre 1792.............. 100.000
- — de février 1793 ............... 300.U0O
- — du 16 avril 1793. ..... 30.000
- Réquisition du 16 août 1793 . . . 1.050.000
- Conscription du 3 vendémiaire an VIL 190.000
- — 28 germinal an VII . 150.000
- — 24 messidor an VII . 110.000
- — 28 floréal an X . . 120.000
- — 5 floréal an XI . 120.000
- — 5 floréal an XII . . , 60.000
- — 8 nivôse an XIII. , 60.000
- — 27 nivôse an XIII. . 60.000
- 2 vendémiaire an XIII. 80.000
- —- 15 décembre 1806. 80.000
- — 7 avril 1807 .... 80.000
- — 21 janvier 1808 . 80.000
- — 10 septembre 1808 . 80.000
- 12 — 80-000
- — Ier janvier 1809 . . , 80.000
- — 25 avril 1809 .... 40.000
- — 5 octobre 1809 . 36.000
- — 13 déc 1809 <2 décrets) . 160.000
- — 1 septembre 1813 . 120.000
- — 11 janvier 1813 , 350.000
- ' — 3 avril 1813 . . 180.000
- —, 24 août 1813 .... 30-000
- — 9 octobre 1813 . 280.000
- — 15 novembre 1813 (sur toutes les classes antérieurs à 1814.) 300.000
- Total. . . 4.556.0001i.
- Ce travail est incomplet, car Germain Sarrut ne tient pas compte des 27 8,000 hommes qui étaient sous les drapeaux en 1791, à moins qu’il n’en fasse compensation avec ceux qui survécurent à ces vingt-trois années de glorieux massacres : mais, alors encore, il conviendra de joindre à cette sanglante hécatombe, les 30.000 hommes qui furent victimes du côté des Blancs, dans la Vendée, le Languedoc, la Lozère, l’armée de Condé, etc., etc., de nos luttes civiles. Ce n’est donc pas exagérer que de porter le chiffre des Français morts par la guerre à 5 millions, soit 217.400 hommes par an, soit environ 600 hommes par jour. Nous ne parlons que des Français, et, on le sait, pendant dix ans, Napoléon ménagea ses soldats, en opposant les Italiens, les Belges, les Hollandais, tous les contingents des confédérations, aux Russes, aux Prussiens, aux Autrichiens et aux Anglais, à tous ces adversaires dont les pertes ne nous sont pas connues.
- Il n’y a donc aucune exagération à affirmer que pendant cette longue et sanglante période de vingt-trois ans, la guerre dévora en Europe environ 2.000 hommes par jour.
- Ce sont ces boucheries, ces orgies de sang, que l’on nomme la gloire !....
- A ce tableau des pertes d'hommes de la France, le même auteur oppose les sacrifices en argent faits par l’Angleterre. Ils ne seraient pas moindres de 20.316 460.053 fr. à l'extraordinaire, plus enviroa cinq milliards à l’ordinaire.
- Voici ce bilan :
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- Années Francs Fr. c.
- 1793. . 113.625.000 en 3 °/° 72 45
- 1794. . 227.950.000 — 66 09
- 1795. , 570.650.000 62 50
- 1796. . 454.500.00C) — 63 16
- — , . i86.375.000 — 64 93
- 1797. . 454.500.000 — 53 20
- — . . 407.330 000 — 47 25
- 1798. . 429.250.000 — 48 08
- — . 75 750.000 —. 53 58
- 1790. . 391.375.0)0 — 57 15
- 1800. . 517.625.000 — 64 93
- 1801. . 767.000.000 — 56 98
- 1802. -• 633.250.000 — 75 63
- 1803. . 303-000.000 — 58 32
- 1804. • 366 425.000 54 94
- 1805. . 505.000.000 — 58 25
- —— . . 101.300.080 — 58 55
- 1806. . 555.500.000 ,— 60 24
- 1807. . 38.175.000 — 62 24
- — . . 358.550.000 — 63 42
- 1808. . 265.125.000 — 65 50
- 1809. . 368.650,000 — 65 50
- 1810. • 338.555.000 — 71 09
- 1811. . 303.000.000 — 64 18
- 1812. . 505.000.000 — 56 82
- 1813, . 681.750.000 — 55 85
- . . 606.000.000 — 56 50
- 1814. . 600.000.000 . — 63 83
- 1815. . 999.000.000' — 53 38
- qui aux taux auxquels les emprunts avaient été faits, portait la dette souscrite à leur occasion à vingt milliards trois cents seize millions quatre cents soixante mille cinquante trois francs.
- u Cet immense holocauste, ajoute l’écrivain, n’avait « eu pour l’Angleterre, d’autre résultat que de dé-« sorganiser ses ateliers, de tirer des ports, des fa-« briques, des fermes, deux millions d’ouvriers vi-« goureux, pour les convertir en soldats et en ma-« telots, dont le plus grand nombre était morts de « maladie, dans cette guerre de vingMrois ans ; « que d’enlever aux travaux organisés pour la paix, « une masse considérable de capitaux et de travail-« leurs pour les employer dans les chantiers des « arsenaux, dans les manufactures d’armes et d’é-« quipements, de munitions et de moyens de.trans-« port, et qu’à anéantir, sans aucun retour de ri-« chasse,lasproduits de ces chantiers ou de ces mauu-« factures ».
- Il nous reste, pour montrer la question sous son triple aspect, à chercher quelles furent les Conséquences de ces mêmes guerres sur les fortunes privées et publiques.
- Transportons-nous un instant en Autriche, où nous prendrons le modèle du genre :
- Lorsque la patente impériale du 1" juin 1816 décrétait la création de la Banque nationale autrichienne, dit Horn, (1) il s’agissait avant tout de mettre quelque ordre dans l’inextricable chaos de la circulation fiduciaire, légué par les guerres du premier empire à l’ère de paix qui commençait.
- Durant ces guerres, presque toujours malheureuses pour l’Autriche, le gouvernement de Vienne avait poussé jusqu’aux dernières limites l’abus du papier monnaie ; une liquidation des plus désastreuses dût suivre lapais de 1810. Ba circulaire en papier-monnaie s’élevait alors à 1,06U,798,753 florins;
- (1 ) Annuaire international de crédit public 1860, pages 18 et 49.
- (2) la patente impériale du 20 février 1811 ordonnait le retrait, c’est-à dire l’échange des bankozettei (tel était le nom de ce papier) pour le cmquième de leur valeur nominale, ce qui fit perdre aux détenteurs des bankozettei les quatre cinquièmes de leur fortune.
- L’autre cinquième ne leur fut pas rendu en argent, mais en un nouveau papier (Untœsungs-Scheine, bons d’échange), qui était loin de valoir l’argent. Le gouvernement prit l’engagement solennel de n’en émettre que la quantité nécessaire pour l’échange des bankozettei au taux de 1 à 5, soit la somme de 295 610 millions.
- Les guerres de 181345 mirent à néant cet engagement : au 31 décembre 1815, la circulation des bons s’élevait à 610 millions, et leurs cours était 351 contre 100 florins argent.
- Le malheureux qui, en 1811, avait possédé 1,000 florins en bankozettei, qu’il avait dù échanger contre 200 florins de papier nouveau, les voyait alors réduits à 57 florins effectifs environ: il sauvait ainsi 6 pour cent à peine de la banqueroute que l’Etat faisait à ses créanciers involontaires, aux porteurs de son papier monnaie !
- Un homme, Napoléon 1er, a suffit pour cette b3-sogue. Conservateurs, je ne vous fait pas compliment de°vos hommes providentiels ; à l’heure actuelle, les Conservateurs allemands comptent sur Guillaume pour sauvegarder leurs intérêts, je leur souhaite bonne chance 1 — Et dire que ce sont ces hommes qu’effraie le socialisme.., comme Gribouille, ils sautent à l’eau dans la crainte d’ètre mouillés,
- Jacques Courrier.
- H.e T oung-wen-Kouan
- Il n’est pas sans intérêt de s’occuper de temps à autre des progrès énormes et presque incroyables que fait depuis 7 à 8 aus, la Chine, ce pays le plus peuplé de tous et l’un de ceux qui, à un moment donné, a tenu la tète de la civilisation.
- La Chine a compris qu’elle devait se perfectionner dans les langues occidentales et elle a institué dans ce but a très grands frais un collège des langues, dit Toung-mn-Kouan.
- A côté des quatre langues anglaises, française, russe et allemande, on enseigne au Toung -wen-Kouan les mathématiques, la physique, la chimie, la médecine, la physiologie, l’astronomie, la législation comparée, etc. Une imprimerie a été jointe au collège pour imprimer des traductions en chinois d’ouvrages étrangers faites paries professeurs et leurs élèves. Eu 1876, on a construit un laboratoire de chimie et des bâtiments pour organiser un musée d histoire naturelle. Le nombre des ére7es est actuellement de lü‘2, et il sera peut-être curieux de voir comment ils se partagent entre les diverses matières d’enseignement : 3s étudient l'anglais ; 25 le français; 15 le russe; 10 l’allemand; 33 les mathématiques; 6 l’astronomie ; 7-la physique; 9 la législation comparée et les lois internationales; 12 la chimie ; 8 la physiologie,
- A l’exception d’un Chinois qui enseigne les mathématiques, tous les professeurs sont Européens; on compte parmi eux deux Français, MM. Bihequin, ancien ôiève de i Ecole centrale, et Vapereau. Le directeur effec-til est un Anglais, M. Robert liai t, inspecteur général des douanes chinoises, et le president un Américain qui a beaucoup contribué au développement du collège, M. le
- (2) Ces chiffres doivent être encore calculés en monnaie de convention, le nouveau système monétaire n’etant entré n vigueur que le ler janvier 1850 ; ils représentent donc 2 milliards 758.076.757 fr. 80 centimes.
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- docteur Martin. Tous les professeurs sont assistés de répétiteurs indigènes, anciens élèves de l'école. Le règlement admet le dimanche comme jour de congé pour les professeurs étrangers.
- La durée des études littéraires et scientifiques est de huit années : les trois premières sont consacrées à l’acquisition des langues étrangères, les cinq autres à l’étude des sciences par le moyen de ces langues. La plupart des cours sont professés en Anglais ; mais les élèves sont entretenus dans la connaissance des autres langues au moyen d’exercices de traduction, jusqu’à leur sortie du collège.
- Tous les trois ans a lieu un grand examen à la suite duquel les‘élèves distingués entrent dans l’administration de l'empire et prennent rang dans le premier de$ neuf degrés de la hiérarchie officielle.
- Ces détails sont empruntés au Calendar of the Toung-wen college pour 1879 publié eu anglais et en chinois à Pékin.
- LA FEMME & LES INJUSTICES SOCIALES
- Décidément la question marche ; elle fait son chemin dans le public, et voilà déjà qu’elle a commencé à se produire jusque dans l’enceinte de la justice.
- M. Fochier, avocat général près la, cour de Lyon, avait été chargé de prononcer dans ce ressort le discours de rentrée traditionnel. Il a pris pour sujet de sa harangue la séduction de la jeune fille et la recherche de la paternité.
- M. Fochier n’y va pas par quatre chemins, écou-tez-le :
- Comment ne pas être frappé de la difiérence profonde qui distingue, dans tous les cas, la faute de la femme de celle de son amant? Pour lui, presque toujours plus’ libre, plus fort, moins jeune souvent et plus expérimenté, riche ou mieux armé pour le combat de la vie, pour lui nuis risques à courir. Sur la femme seule, par sa santé compromise, par sa réputation perdue, par les charges de la maternité, physiquement, socialement, légalement, pèsera tout le fardeau, toute la responsabilité de la faute commune.
- Et l’enfant ! Quel est son crime? En quoi a-t-il pu mériter les rigueurs de la loi qui lui refuse un père, un nom, même des aliments, si le complice de sa mère n’a pas été un jour assez imprudent pour écrire qu’il le nouriirait?
- Et plus loin :
- Trop mères pour attenter à la vie de leurs enfants, combien de malheureuses cherchent une vengeance l Les « crimes de l’amour » se multiplient; la marche de la contagion s’accélère et l’épidémie sévit effroyablement... Longtemps avant l’explosion dont nous sommes les témoins alarmés, l’homme, de savoir et de cœur dont la plume éloquente a écrit l'Histoire morale des femmes s'écriait : « Il y a là un symptôme terrible. Les crimes ne représentent pas toujours uniquement des passions mauvaises, ils sont souvent le témoignage sanglant d’une légitime révolte et comme le cri d’un besoin. »
- On est heureux d’entendre ce langage dans la bouche d’un magistrat. Ce sont là des vérités courantes dans le monde ; mais elles n’avaient pas encore pénétré dans l’enceinte de la justice.
- M. Fochier, après nous avoir ouvert ces perspectives, et faisant allusion au livre de Dumas : les Femmes gui tuent et les femmes gui votent, a terminé en ajoutant :
- De toutes parts des voix ardentes s’élèvent pour réclamer une révision de ces lois qui ne protègent pas assez l’enfant et la femme ; la passion s’exaspère et s’enflamme ; après la défense des « femmes qui tuent, » peut-être entendrons-nous leur panégyrique.
- Du moins ne refusons pas d’écouter les « femmes gui votent. » Dans leurs assemblées s’agitent quelquefois des questions qu'il serait imprudent d’ignorer, et celle de la séduction, de la paternité impunément répudiée, sont dans tous les programmes.
- On le voit, l’infériorité sociale de la femme se pose devant la société moderne parmi les graves problèmes qui demandent une solution urgente.
- Les drames poignants qui se sont déroulés naguère devant nos cours d’assises, ont fini par émouvoir les plus indifférents, et l’on a senti que pour mettre fin aux coups de revolver èt aux vengeances par le vitriol, il fallait une transformation dans les conditions d’existence sociale de la femme, trop souvent sacrifiée.
- L’idée marche : eTe aboutira.
- La -voix des fourmis
- Il y a quelques mois M. John Lubbock découvrait que les fourmis vont en chasse et que, pour leurs exploits cynégétiques elles emmenaient avec elle des insectes plus petits faisant l’office de nos chiens de chasse.
- Aujourd’hui M. Peel nous fait une révélation non moins inattendue.
- Ce naturaliste a constaté que deux variétés de fourmis émettent des sons musicaux qui peuvent être perçus par une oreille humaine à vingt ou trente pieds de distance. Ces bruits sont produits par le frottement des pièces écailleuses dont l’abdomen est garni. Le son émis par une seule fourmi placée sur une feuille sèche est assez intense pour être facilement perçu, et nul doute que ce ne soit là un moyen pour ces insectes de communiquer entre eux.
- Le même observateur avait déjà reconnu la même faculté à la mygale stridulante, et M. Mason a pu décrire l’appareil sonore de l’animal; il est probable que pareille découverte ne se fera pas attendre pour les fourmts.
- COMMENT HARRY LUVALE DEVINT UN COOPÉRATEUR U)
- Par G-eorges HINES ( Traduit de VAnglais )
- III
- « Vous n’êtes qu’un vieux buveur de thé, et un fameux encore, maître Harry ; il me semble que vous aviez dit que vous viendriez prendre une demi-pinte avec nous ? » Telles furent les paroles qui accueillirent Luvale à la porte de la taverne.
- | (1) Voir les numéros des 25 et 28 novembre.
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- « Je vous donne ma parole que je l’avais oublié, mais faites attention il faut que je sorte ce soir, j’ai.... » dit Harry en s’excusant.
- .— Entrez, camarade, entrez. Nous ne resterons pas deux minutes ; le temps denous mouiller un œil.
- — Non, pas ce soir, vieux, j’ai quelqu’un qui m’attend. il faut que je m’en aille.
- « Peste soit de vous ! Il n’y a pas de il faut qui | tienne. Je suis sùr qu’il y a du Ben Bawnwyse là- ; dessous » dit l’autre en ricanant. Harry jeta un coup d'œil autour de lui. !
- Ben l'attendait patiemment et paraissait résolu à ne pas abandonner le terrain.
- — « Attention, Harry, pas de bêtises, je veux être béni si je vous ai jamais vu refuser une demi-pinte.
- — Tout cela est inutile, j’ai promis à Ben que je serai de retour d’un bond. J’ai une petite affaire avec lui.
- — J’aime biencela.Et avec moi n’aviez-vous pas pris d’engagement ? Est-ce que je ne dois pas passer le premier ? Allons, venez, nous aurions eu le temps de nous mouiller les deux yeux, depuis que nous sommes ici debout. »
- Harry hésite. La tentation est forte.
- Quelques-uns de nos lecteurs comprendront très-bien ce qui se passait en lui, certains autres, non, faute d'expérience.
- Pourquoi Harry ne s’en allait-il pas en disant :
- « J’ai rompu avec ces habitudes. »
- Cela semble bien facile à dire n’est-ce pas ? Néanmoins, il n’y a guère que ceux qui n’ont pas un faible pour la demi-pinte qui puissent le faire.
- » Entrerai-je seulement une minute ?» se demandait Harry. « Je puis voir Ben une autre fois. » Pendant quelques instants, il y eut lutte en lui. Mais la bière l’emporta.
- Ben était demeuré profondément peiné du départ de Harry Luvaie. Il se disait que Harry avait dû éprouver un véritable désir de changer de conduite et soutenir une lutte intime pour triompher de sa prévention contre la coopération, et venir causer avec lui, Ben, comme il avait fait. Tandis qu'il expliquait à Harry les avantages de la coopération, Bawnwyse avait conçu l’espérance de trouver en lui un nouveau coopérateur.
- « J’eusse pu espérer gagner qui que ce soit ensuite, si j’avais réussi avec lui, » pensait-il. Et au moment où tous les éléments de succès semblaient réunis, dégringolade complète.
- Ben n’avait pas quitté des yeux Harry jusqu’à ce que celui-ci eût disparu par la porte de la taverne Il attendit deux ou trois minutes, sans grand espoir
- de le voir reparaître. Il se résignait difficilement à quitter la partie. Mais force lui fut de s’en retourner tristement chez lui.
- « Battu par la bière. » Eh ! bien non, pas exactement, après tout ; ce n’était qu’un triomphe passager.
- Ben avait une singulière opiniâtreté. Les choses difficiles à obtenir et que beaucoup eussent abandonné étaient justement celles qu’il poursuivait le plus volontiers.
- Il suffisait de lui dire une fois ou deux « vous ne pouvez pas » pour lui mettre en tête un inébranlable « Je veux ». C’était en se promettant une victoire Anale qu’il se consolait de ses défaites temporaires. Ben se trouvait déjà tout réconforté de sa résolution lorsqu’il arriva chez lui. En dépit des débits de bière Harry deviendrait un coopérateur, s’il lui était possible de le devenir.
- Deux heures plus tard, Harry Luvaie sortait du débit de boissons, la figure rouge et les yeux troublés. Il se dirigeait vers sa maison en compagnie d’un des habitués de la taverne, Ils avaient joliment mouillé leurs yeux d’après l’expression favorite de Bob Bereblest, ces compagnons si bien faits l’un pour l’autre.
- Suivons Harry, il est seul maintenant.
- Jadis la façon dont il se conduisait était le moindre de ses soucis : boire et s’égayer, comme il disait, sans regarder aux conséquences, était pour lui affaire d’habitude; mais depuis quelque temps ce n’était plus tout-à-fait la même chose.
- Il avait été obligé de porter des habits trop étroits et de se serrer le ventre, il avait vu ses mioches frissonner dans les rues, s’en ailler à l’école sans dîner, et sa femme mettre en gage ses habits du dimanche pour payer le loyer. C’était durant le temps de cette longue maladie à laquelle Ned Notdaft avait fait allusion dans la dischssion de la taverne. Pour la première fois Harry avait compris qu’il y a « des jours de pluie » durant lesquels ont doit être pourvu de ce qu’il faut. Que de projets avaient dû. traverser son esprit à cette époque, lorsqu’il s’était, par hasard, vu possesseur d’une ou deux livres ; mais que d’excuses aussi pour expliquer la non-réalisation de ces projets: quand son estomac était satisfait son esprit l’était aussi.
- Nous l’avons dit,la souscription mise en mouvement par Ben Bawnwyse lui était pour ainsi dire tombée du ciel. Harry avait été content et profondément reconnaissant et sa femme plus encore que lui. Le remède apaisa la douleur, mais ne guérit point le mal.
- Quand Luval fut guéri, il reprit son travail......
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- et sa régulière demi-pinte. Les combinaisons de sa femme pour l’empêcher d’entrer âu cabaret n’obtin-rent pas le moindre succès. Le pife dé tout, c’est qu’Harry avait un cercle de compagnons qu’il influençait plus ou moins par Sa fàcoiidë inépuisable et superficielle : il n’avait pas assez de talent ni de Connaissance pour faire beaucoup d’inipression sur lèür raison, mais il savait flattér leurs préjugés et cela lui donnait un ascendant qui Satisfaisait son amour-propre et son désir de dominer.
- Ce fut daiis ces circonstances qu’il reçut de Ned Nbtdàft la fameuse correction que l’tm sait.
- Quatre-vingt dix-heüf personnes sur Cént eussent infligé cette leçon à Harry de façon à blesser sa vanité et â se faire de lui un ennemi acharné. La manière au contraire dont Ned s’ÿ prit, impressionna vivement Harry, en réveiliattt chez lui les réflexions salutaires que les douleurs cuisantes de la pauvreté avaient déjà fait naître un jour.
- En outre les mêmes difficultés, les ffiêmés tfanSês menaçaient de revenir ; et pourtant* cette fois* il travaillait et sa famille était en aussi bonne santé que possible. Néanmoins, ii voyait Sa femme succomber sous des efforts induis et de nouveau Sès eflfaftts souffrir. A cette question « que puis-je faire? * répondra-t-ii comme tant d’autres eii essayant de iioyer dans la boisson la pensée de son infortune et de ses souffrances, en sè laissant aller au désespoir et à l’apathie ?
- Non, îî ÿ avait ünè autre voie de Sâlut, Ned Notdaft et Ben Bawnwyse la lui avaient marquée, la coopé^ ration. Ah ! cette coopération dé combien de mépris et de dérisions ne l’àvâit-il pas poursuivie, avant de la considérer comme le moyen de mettre un terme â sa misère. Il était allé trouver Ben Bawnwyse ; et voilà qu’il s'était de nouveau conduit comme un insensé, ainsi qu’il ne cessait de le répéter chemin faisant.
- Il avait bu copieusement; les nombreuses marques ajoutées sur l’ardoise, derrière la porte, en témoi* gnaient suffisamment : il se rendait parfaitement compte de tout ceia, son esprit était assez libre encore. Ce fut dans ces dispositions qù’xl regagna sa demeure.
- « Oh, Harry, Harry, vous êtes encore allé â la taverne; vous m’aviez promis que voiiS essayeriez de vous en éloigner « dit Mme Luvaîe d Un ton plein de chagrin et de reproche. Ün simple coup d œil sur la figure de son mari lui avait appris d’où ii sortait.
- « Oui, je le sais :» dit Harry tout court.« Je n’ai pu tenir ma parole aujourd’hui si j’eusse brisé une autre engagement, ce n’eut pas été uû mal. »
- « Jë Croyais qùë voué rentreriez de meilleure hë-ure ce soir. J’ai tenu le thé Sût la tablé en VOüs attendant, » dit sa femme, èh S'occupant de ranger son humble petite tabie.
- — Ne fàitës pas de thé pour moi, Kitty, je Üë puis rien prèndfë Ce soir.
- — Allons, mon ami, veileZ pfeiidfë utië tàssë dé thé, cëîà vous fèra du bien, vous VoüS sëhtirez mieux après.
- u Noh, » dit Harry âVec âmértùmé én rëptfë&ht sa tête dans ses deux mains. « * répétait,
- k laissez-moi tranquille Kitty, jè fl’ai bësoiii de fién, rien ne peut me faire du blén ce soir. *
- Mme Luvàlë jette uü regard d’aiiiiétê Siif sén rüàri, il ÿ avait dànS le ton et dans leé manières dè Harry quelque chose d’inaccoutumé. Kitty ne sàvâlt qüé s’imaginer.
- <t Qii’y â-t-il qui và mal cé stlir, Harry ? » dé* manda-t-elle avec douceur.
- — Eh bien ! Vüiôi cë que c’ëst : Je mé suis Conduit ôomftië un higaüd ét jë recommencerai toujours, j’efi âi bien peür; *
- Alors Harry sè mit à racontée comment il avait quitté Ben Bawnwyse, après lui avoir promis de rë^ venir ; comment il avait lâchement cédé aüx sollicitations dë Bob Béfëblest pour-« mbüîllër ses ûëux ÿeùiû. »
- « Je voudrais que vous ne fussiez pas ehtré lâ * dit Kitty LuVale, u c’efet bien fâcliëuA; Néanmoins je reverrai Ben et je lui demanderai dè VoüS pfo* poser comme membre de la coopération; Je suis persuadé qu’il ne tiendra aucun compte de ce que vous avez fait ce soir. Allons, approchez*vOus de la table et fie soyez pas si abattu; Venez prendre votre thé, il est excellent. *
- Toutes oes prévenances furent vaines, Harry était harcelé par ses propres pensées.
- Chose bizarre, il aurait voulu parfois n'avoir rien dit du tout à Ben Bawnwyse, concernant la coopéra-* tion ; fi’âvait-il point fait là une sottise! Ne passerait-il pas pour ufi imbécile, si des camarades venaient à le savoir. Sa faiblesse lui paraissait trop grande pour qu’il put la surmonter. Puis venait la pensée de ses dettes, et de l’impossibilité de les acquitter* Ces divers sentiments embrouillaient la cervelle de Luvale. Aussi notre héros ne tardaH-il pas à faire la seule chose qui lui fut possible efi pareille circonstance : il s’en fut coucher et s’en* dormit.
- Quelques jours s’étaiênt écoulés, Ben et Harry étaient également désireux de reprendre la conver* satiofl si sottement interrompue par le dernier ; mais
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- ü y avait entre eux cette^ singularité que Ben cherchait les occasions d’une rencontre et que Harry semblait tout à la fois désirer et craindre de se trouver avec Ben. *
- Cependant ils finirent par se rencontrer coude à coudé en passant ensemble un soir à ia porté dë l*a= telier*
- « Bonsoir, Harry, comment allez-vous, dit Bon.
- « La santé n'est pas mauvaise* Ben. Je voixs remercie « répondit Harry ?
- Vous ne pouvez pas en dire autant d’autre chose, n’est-cé pas Harry.
- Vous ne vous trompez guère.
- « Avez-vous un peu réfléchi à propos de la conversation que nous avons eue l’autre jour ensemble * dit Ben.
- — Oui, j’y ai pensé beaucoup* croyez-moi, ma femme également : je vous avoue que je ne vois pâs grande possibilité pour un garçon comme moi d’en essayer. Il y â toujours à lâ maison quelque dépense à faire, et je ne vois pas comment nous pourrons jamaisé pargner un schilling par semaine.
- — « Ne faites pas attention si je Vous coupe la parole, Harry, vous pouvez essayer de faire cette épargne. »
- Harry secoua la tête. Ben continua,
- « Je n'ai pas l’intention de mettre le nez dans vos affaires, mais puisque nous sommes sur ce terrain, vouiez-vous me dire combien vous dépensez dans la taverne chaque semaine t »
- Harry réfléchit une minute en passant sa main sur son front, comme pour encourager sa cervelle au calcul.
- Certes il n’avait pâs mal réfléchi depuis quelque temps mais jamais à cela. Il dépensait tant que l’argent durait ; son habitude étant de laisser monter son compte de façon à ne jamais connaître le total de sa dette. Il savait que son argent s’en allait d’un côté, et qu'on en avait besoin ailleurs, mais dans son opinion la bière était aussi nécessaire à l’ouvrier que la nourriture. Cependant, il était à peu près décidé à éviter maintenant la taverne.
- Quand il eut additionné tous les sous qu’il dépensait dans une semaine, « En moyenne, .dit-il, vous pourriez évaluer la Repense à une demi-couronne par semaine- Cela paraît beaucoup, mais' voyez-vous quand un homme travaille fort, il a besoin d’un verre de bière de temps en temps.
- — C’est une affaire d'opinion, je crois - Nombre d’hommes travaillent sans boire de bière. Je ne veux pas dire que vous devez boire du thé, rien que du thé ! la question est de savoir si vous ne pourriez
- pas franchement mettre un schilling ou plus de côté si vous voulez, par semaine.
- — « Une idée analogue m’a passé par la tête, il n’y a pas longtemps, mais voyez-vous, Ben, les besoins sont si grands à la maison, nous avons vingt chances pour une de dépenser ce schilling, en supposant que je le mette de côté.
- — « Peut-être bien ; mais en agissant comme vous faites c’est une privation permanente que vous infligez à votre femme et vos enfants et ce n’est pour vous qu’une gratification passagère ; puis lorsque vient le chômage vous n’avez rien en réserve *
- — Je ne suis pas tout à fait de votre avis. Je serais à moitié mort s’il me fallait travailler sans un verre de bière ; et ma misère, par conséquent, serait plus grande encore que si je continue à boire ma demi-pinte régulièrement.
- — « Avez-vous essayé ? »
- — Non, je n’ai pas essayé.
- — Eh bien ! je crois que vous reconnaîtriez qu’un schilling de moins de bière par semaine ne.vous mettrait pas dans l’impuissance de travailler.
- — Peut-être, mais je sens que j’en ai besoin et je ne vois pas pourquoi vous appelez cela une gratification .
- — Soit, vous n’attachez peut-être pas à ce mot la même signification que moi, mais vous savez que c’.est une question de nourriture, d’habillement et de bien-être pour votre famille et que celle-ci ne peut en être privée sans souffrir. Prenez sur vous la ferme résolution de ne plus tant boire. Quoique vous disiez que vous ne pourrez le faire sans altérer votre santé, vous feriez bien d'essayer ?
- — Cela peut-être très-facile pour vous Ben* mais je doute qu’il en soit de même pour moi.
- — Encore une fois, vous pouvez essayer, la chose en vaut la peine. Jetez un coup d’œil sur lês bénéfices réalisés par vos camarades depuis qu’ils font partie de la coopération. Essayez seulement pendaht un trimestre ; vous pourriez probablement faire as-* sez d’épargne pour liquider votre dette et vous mettre en avance, vous verrez que cela deviendra de plus en plus facile.
- ~ Je veux bien faire partie de la société ; je crois qu’il y a quelque chose dé bon là-dedans * mais quant à épargner un schilling par semaine, hum ! J’ai bien peur que Ce üé soit impossible'.
- — Pourquoi cela Harry ? Vous ne savez pas ce que vous pouvez faire, vous n’avez pas encore essayé. Tenez commencez cette semaine.
- Tout ce que les autres gens peuvent faire,
- Pourquoi avec do la peine, ne le feriez-vous pas.
- Rappelez-vous toujours cette parole :
- Essayez ! Essayez f Essayez encore une fois.
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- Oui, j’ai appris cela à l’école ; du moins j’ai appris à le réciter, voyez-vous il y a des hommes qui ont beau essayer, ils ne réussissent jamais, tandis que d’autres réussissent sans même essayer.
- — Vous disiez tout à l’heure que l’idée de cet essai vous avait déjà passé par la tête; attachez-vous donc à le réaliser.
- — Oui, c’est la vérité, mais je ne vois pas comment je pourrai faire.
- — Ne soyez donc pas ainsi, Harry ; essayez seulement et tenez bon, c’est tout ce que . je vous demande.
- Assurément vous pouvez faire aussi bien que Jack Thompson, Sam Munday,et tant d’autres qui gagnent moins que vous. Ne vous laissez pas dépasser par eux, croyez-moi.
- Il s’arrêta : » C’est entendu Ben, je vais essayer » dit soudainement Harry.
- Il y avait sur sa figure une expression de résolution que Ben n’avait jamais vue jusque-là.
- — « Très-bien, vieux camarade,» lui dit-il, » je vous proposerai comme membre à la coopération, vous pourrez venir dimanche soir vous entendre avec notre secrétaire et prendre des actions.
- Après s’être souhaité réciproquement le bonsoir ils s’en allèrent chacun chez eux. Harry tout heureux déjà de sa détermination , et Ben avec la satisfaction de penser qu’à la fin, il avait gagné
- T .h capital© des Hittites
- Nous avons déjà parlé des Hittites (1), de cet ancien et puissant peuple d’Orient dont l’existence n’avait pas même été soupçonnée des écrivains de l’antiquité et dont la révélation à la science contemporaine par les orientalistes anglais date à peine de quelques années.
- Karshemish, avions nous dit, était leur capitale. Mais où était Karshemish ? Il y a peu de temps on l’ignorait encore, aujourd’hui on le sait : c’est à six heures de marche au dessous de Beredjik; sur la rive occidentale de l’Euphrate, près d’un village fellah nommé Jerablis.
- C’est M. Skene, consul anglais, à Aiep, qui le premier eut, en 1875, l’idée que les monticules avoisinant ce village pouvaient être les ruines d’une ville. Il les signala à M. Georges Smith qui les étudia, reconnut leur origine et envoya sur cette découverte une notice au Brilish Muséum. L’inspection de l’emplacement, des sculptures et des ruines, le conduisit à déclarer que les monticules de Jerablis sont l’ancienne Karshemish.
- On a commencé l’opération des fouilles en creusant des puits de sondage dans les plus grandes monticules.
- Près de i’extrémité nord du monticule du palais on a trouvé un débris très-intéressant de l’art des Hittites, qui a été évidemment précipité du haut de ce monticule. C’est un monolyte d’une construction particulière.
- Il consiste en une colonne de basalte noir présentant une surface plane qui porte un bas relief (un prêtre). Sur le revers, une inscription en caractères hiéroglyphiques de forme singulière. La tête et la partie supé-
- (1) Devoir du 18 juillet 1880, p. 464.
- rieure de la statue ont malheureusement été brisées, mais il reste cinq lignes de l’inscription et le bas-relief est entier à partir des épaules. Le monolithe est extrêmement intéressant eu ce qu’il nous fournit non-seule-rirent la plus longue inscription hittite qui ait été conservée, mais un objet d’art très-curieux.
- Au sud-ouest dumonticuledu palaisonamis au jour un grand nombre de statues et uns vaste chambre dont les murs sont décorés de bas reliefs. La chambre a la forme d’un corridor, comme ceux du palais de Ninive; sa longueur est de 60 pieds et sa largeur de 18.
- Le long du mur de l’ouest de ce corridor, resté .seul in, situ, était rangée une série de sculptures hittites en bas relief, qui représentent le culte et l’adoration de la Vénus syrienne par une prêtresse de son temple La déesse est nue, et vue dé face. L’intérêt archéologique de cètte œuvre est considérable, parce qu’elle nous donne une représentation primitive de la déesse asiatique dont le culte s’est étendu de Babylone à l’Asie Mineure et à la Grèce.
- La babylonienne Anat ou Nana, l’assyrienne Istar, la phénicienne Astarté, la cypriote Venus et l’éphésienne Artémis, sont toutes des développements de cette mère des déesses asiatiques. La figure, nue et ailée, est d’un style tout â fait babylonien. Les pieds joints Tun à l’autre et les courbes délicates du corps rappellent les figurines votives en terre cuite d’Anat, trouvées dans les temples de la Chaldée. Les mains supportent la gorge, évidemment pour indiquer le caractère distinctif de la déesse, nourrice de toute la nature.
- L’Eau & Rome
- A Rome, chaque habitant a aujourd’hui pour son service, 1,060 litres d’eau par jour, et la Rome ancienne était encore plus favorisée, puisqu’elle disposait de 1,800 litres par jour et par habitant, c’est-à-dire dix fois plus d’eau que chacun n’en possède à Paris.
- Sait-on ce qu’elle avait dépensé pour acquérir cette abondance d’eau, qui était le premier luxe des grands seigneurs et qui était suffisante pour les besoins du pauvre?
- Neuf aqueducs avaient été construits, et ils n’avaient pas coûté moins de 47,580,000 éeus, soit en monnaie actuelle 237,900,000 francs.
- Delamare, qui donne ces chiffres, constate dans son traité de police (tome I, page 547), que les marchés pour usage d’eau produisaient annuellement, à i’édiiité romaine, 6,250,000 écus, soit 93,750,000 fr. Voilà certes un beau revenu qui .couvrait convenabîemunt les frais de première dépense.
- Curieuse plante hygrométrique
- Devant la société de botanique de Londres, M. le professeur Bently a fait d’intéressantes remarques sur un spécimen obtenu de semence en Angleterre, de la curieuse plante hygrométrique originaire d’Egypte et de Syrie, VAnastaUca hierochuntina. Cette plante, par la singularité de sa végétation, a donné lieu à de nombreuses superstitions. Quand elle est parvenue à tout son développement, elle se forme en boule comme une balle, puis, sous les rayons d’un soleil brûlant, elle est roulée au gré des vents sur un sol desséché, jusqu’à ce que les premières pluies la revivifient et lui fassent reprendre ses conditions primitives d’existence et d’expansion.
- Le Directeur-Gérant : GODIN.
- Saiat-Quentia — lmp. de la Société anoayme du Gieuuur
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- 3e ANNÉE, TOME 4 — N° 118 numéro hebdomadaire 20 c.
- DIMANCHE 12 DÉCEMBRE 1880
- evoir
- BUREAU
- A GUISE (Aisne)-
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant Fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE
- par L’envoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France
- Un an. . . . 10 fr.»» Six mois ... 6 »» Trois mois . . 3 »»
- Union postale
- Un an .... 11 îr. »» Autres pays Un an. . . , 13 fr. 60
- ON S’ABONNE
- A PARIS
- 5,r.Neuve-des-petits-Champs Passage des Deux-Pavillons
- S’adresser à M. LEYMARIE administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- La Chambre et les demandes des ouvriers. — Association du Familistère. —- Faits politiques et sociaux. Les principes et Vopportunisme. — Le 1V° Congrès ouvrier. — Nouvelles diverses, —Le crédit populaire. — Femmes patriotes. Si Von ne fumait pas. — Suez et Panama. — Variétés.
- LA CHAMBRE ET LES DEMANDES DES OUVRIERS
- Au mois de juillet dernier, au moment où fut close la précédente session de la Chambre, 53 des questions inscrites à l’ordre du jour n’avaient pu être discutées. Depuis la rentrée plusieurs rapports ont été déposés et plusieurs propositions nouvelles introduites soit par des députés, soit par le gouvernement. A ce stock déjà écrasant viendront s’ajouter les rapports des commissions qui n’ont pas encore rapporté et les questions urgentes qui ne manquent jamais de surgir pendant la durée d’une session. C’est un encombrement comme il ne s’en est peut être pas vu jusqu’ici.
- U faudrait être bien riche d’illusions pour espérer mener toutes ces questions à bonne fin. Le travail qu’elles nécessitent est hors de toute Proportion avec le temps dont on dispose Puisque cette session est la dernière de la présente législature. Le navire est trop chargé; il u arrivera au port que si l’on se résigne à jeter
- à la mer une partie de sa cargaison. Ce sacrifice s’impose, et comme il ne peut être fait au hasard sans danger, il importe de s’y préparer en temps utile, avant le tohu-bohu et l’absence de discernement de la dernière heure.
- Dès aujourd’hui on pourrait arrêter un ordre des débats tel que, la clôture venue, les lois sacrifiées fussent celles qui intéressent le moins de monde. Il suffirait pour cela de classer les questions par ordre d’universalité : en premier, les plus générales, ensuite celles qui le sont moins, celles d’un caractère très spécial étant gardées pour la queue. De la sorte, au moment de la clôture, le sacrifice serait réduit à son minimum d’importance. Quant à l’exacte estimation du degré d’universalité des lois c’est une simple affaire de bonne foi. Sur la plupart l’hésitation n’est pas possible.
- Là priorité revient de droit aux lois qui touchent à la vitalité même de la nation, telles que la loi électorale, la loi sur la liberté de la presse, celle sur la liberté d’association et celle rétablissant le divorce. Immédiatement après ces quatre lois qui concernent toutes les classes de la société doivent venir celles qui, sans intéresser toutes les classes, intéressent du moins les plus nombreuses. C’est le cas des lois relatives à la situation de la classe ouvrière.
- Cette considération tirée du grand nombre des intéressés n’est pas la seule qui milite pour une action de nos législateurs en faveur
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- des ouvriers. Il y en a une autre, tirée, celle-là, delà sécurité générale.
- En effet, en dehors de la grande majorité des travailleurs, qui est toute dévouée à la république, se trouve une minorité très remuante d’ouvriers imbus d’idées révolutionnaires. Cette minorité, dont il est difficile au juste d’estimer l’importance, déclare bien haut qu’elle n’attend rien des procédés légaux et que c’est un leurre que de compter sur des moyens pacifiques pour améliorer le sort des prolétaires.
- Il dépend des députés et des sénateurs de ne pas prêter à cette affirmation les apparences de la vérité. Persister à ne donner qu’une attention insuffisante aux demandes des travailleurs ce serait le plus sûr moyen de fortifier le groupe révolutionnaire et d-e lui offrir un terrain tout préparé pour ses semailles.
- La période électorale approche, cette période pendant laquelle on peut tout dire à la tribune. Si d’ici là aucune mesure légale n’a été prise en faveur des ouvriers, les révolutionnaires auront tous les atouts dans leur jeu. Si au contraire quelque bonne loi en ce sens a été rendue, l’éloquence des révolutionnaires courra grand risque de rester sans écho.
- Nous ne demandons pas l’impossible. Nous savons bien qu’il n’est plus temps de mettre à l’étude les grandes lois de mutualité sociale pour lesquelles rien encore n’a été fait. Ce devoir incombera à la Chambre prochaine. Mais tout en reconnaissant que la Chambre actuelle ne peut se charger davantage, nous pensons qu’il serait à la fois d’une bonne politique pour elle et d’un grand intérêt pour le pays de faire aboutir ceux des projets de loi relatifs à la question ouvrière qu’elle a sur le chantier. La reconnaissance légale des syndicats et la création d’une caisse de retraite des invalides du travail sont dans ce cas.
- En menant à bonne fin ces deux lois et en leur donnant, non la forme que revêtent actuellement leurs projets, mais une forme résolument favorable à l’ouvrier, la Chambre aura à son actif un petit bagage de satisfactions données aux demandes des travailleurs. En vérité ce serait un bagage bien léger, mais si léger qu’il soit, il sera toujours de quelque poids.
- | Voilà longtemps déjà que nous réclamons ces lois. Nous avons fait valoir en leur faveur bien des considérations de justice et d’équité Malheureusement nos demandes se sont butées à des considérations d’un autre genre. Nos gouvernants ont jugé jusqu’ici qu’il n’était pas opportun de toucher à la question ouvrière.
- Ce prétexte n’a plus sa raison d’être au lendemain du Congrès du Havre. En effet, le spectacle donné par cette assemblée et les résolutions votées par elle sont de nature à désarmer les suspicions les plus invétérées. Fait remarquable, de toutes les régions industrielles de la France les ouvriers avaient délégué à ce Congrès, véritable parlement du travail, des représentants chargés d’exposer leurs plaintes et leurs demandes ; dans leur pensée, il s’agissait de présenter à l’opinion, sur la question du travail industriel, le pendant des Cahiers de 1789. Eh bien! quoique les représentants des déshérités de notre état social aient eu là une occasion exceptionnellement favorable pour dégonfler leur coeur, aucune récrimination ne s’est élevée parmi eux contre le régime républicain. Et cependant ce régime qui doit son avènement à la classe ouvrière, ne lui a jusqu’ici tenu aucun compte ni des souffrances qu’elle a endurées pour lui, ni du sang qu’elle lui a offert à tant de reprises. Répétons-le, car ce fait est d’une portée capitale, durant toute la durée de ce Congrès aucune récrimination ne s’est élevée. Tout au contraire, les ouvriers ont fait taire le souvenir des réclamations dédaignées et des déceptions mortifiantes, et ils ont été unanimes à témoigner au régime répu* blicain le confiance la plus sincère, la plus chaleureuse, disons le mot, la plus filiale.
- Nous connaissons trop le tact politique et le patriotisme de nos gouvernants pour,ne pas être convaincu qu’en présence d’une si grande preuve de confiance ils auront à cœur de prouver que cette confiance n'a pas été mal placée.
- Ed. Champury.
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- ASSOCIATION DD FAMILISTÈRE
- Exercice 1879-1880
- Attribution des 2 0/0 des bénéfices mis à la disposition du Conseil de Gérance, en vertu des articles 128 ’i 6 des Statuts et des articles 78 et 79 du règlement, pour être ajoutés à la part de bénéfices des employés et ouvriers qui se sont distingués par des services exceptionnels .
- DÉCISION DU CONSEIL DE GÉRANCE
- Du 6 Décembre 1880
- Mérites et qualités récompensés par l’association
- 1, Bous services — Bous offices -— Aide et Assistance à chacun dans sa fonction — Conduite fraternelle et amicale avec tous.
- 2 Perfectionnements et améliorations dans les produits, dans les procédés, dans le travail et les fonctions.
- 3. Initiative et activité utile à l’Association, travail intelligent.
- 4. Bonne conduite, travail régulier, ouvrage soigné et bien fait.
- Liste des récompenses
- MM. Hennequin Gordieü-Joséph, mouleur. . 400 fr.
- Maréchal Florent, mouleur . . , . . 500
- Mismaquo Jules, employé à la fonderie . 200
- Lefèvre Emile, contre-maître à l’émaillage 150
- Jumeau Victor, ajusteur...................100
- Quent Aimé, ajusteur......................200
- Roger Victor, employé à l’ajustage. . . 100
- Duval, contre-maître (boutons) . . . . 200
- Défontaine-Quest Albert, employé à l’emballage ........... 75
- Gras Prosper, surveillant à la terre réfractaire ...................................200
- Evens. menuisier.................‘ . 200
- Fourrier Joseph, menuisier . . . . . 100
- Edmond Louis, contre-maître outillage . 300
- Lambert Edmond, mécanicien .... 100
- Louël Alfred, modeleur ...... 300
- Quent modeleur.......................... 100
- Bourdanchon, employé à la bascule. . . 100
- Buire, employé au chemin de fer. . . 100
- Gaucher Ernest, employé a la comptabilité 200
- Défontaine Gervais Gustave, employé à la comptabilité ......... 200
- Mme Roger, nourricerie....................... 100
- MM. Roussel, chef à l'Epicerie.................200
- Hennequin, Amédé, mouleur .... 125
- Gaudériaux Elie père, mouleur. . . . 100
- Lavabre Jean Baptiste, mouleur . . . 125
- Baquet Florus, mouleur....................100
- jLavabre Armand, mouleur . , . . « 100
- Blancanot Adonis, mouleur . . . « . 75
- Coupé Louis, aîné, mouleur , . . . « 100
- Champenois, mouleur....................... 75
- Gaudériaux Elie, fils, mouleur . . . . 75
- Méresse Pierre, mouleur................... 75
- Sarrazin Alphonse, mouleur................ 75
- Lecail, père, mouleur ....... 50
- Cellet Jules, mouleur............« . 50
- Méresse Constantin,mouleur. . . . •. 50
- Faniel Arsène, mouleur . . . . . < 50
- Mathieu, père, mouleur ...... 50
- Mme Mismaque, râpeuse.......................... 40
- Garbe-Govin, râpeuse ....... 40
- MM. Froment Henry, ajusteur. ..... 75
- Laporte Léon,ajusteur..................... 75
- Petithomme Eugène, ajusteur .... 50
- Aillot Jules, ajusteur.................... 50
- 50
- 50
- 100
- lGû
- 130
- 100
- 75
- 75
- 100
- 75
- 75
- 60
- 60
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- Î5U
- 150
- 80
- 80
- 100
- 50
- 60
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- 40
- 40
- 400
- 3>U
- 200
- 100
- 100
- 100
- FAITS POLITIQUES k SOCIAUX DE LA SEMAINE
- FRANCE -
- 1 Travaux des diamaltxres. — Le Sénat a perdu I son temps celte semaine-ci. du moins jusqu’au moment où nous traçons ces lignes.
- La Chambre a consacré plusieurs séances à la discussion générale du budget des dépenses. Cette discussion a revêtu un caractère assez platonique. I! en est presque toujours ainsi et il est difficile qu’il eu soit autrement puisque cette discussion ne vient qu’après le Vote du budget principal, celui des dépenses.
- La magnifique situation de nos finances, véritable sanction que les faits douuent au principe républicain, a été établie une fois de plus. Toutefois it faudrait ne i pas se laisser éblouir. Il ne faut pas que cette prospé-1 rité financière aboutisse à la prodigalité dans les dépen-! ses publiques. Les millions pleuvent, c’est parfait ; mais il ne faut pas que l’Etat oublie qu’ils sortent de la poche des contribuables.
- r Ainsi l’on se base sur cette situation excellente de nos flnaucespour ajourner indéfiniment la conversion delà rente 5 0/ 0. Il est étrange que l’importance de cette grande mesure d’une correction irréprochable échappe à nos députés. Tandis que l’Angleterre et les Etats-Unis ne laissent passer aucune occasion de réaliser des conversions légitimes et arrivent ainsi à améliorer leurs budgets, la France persiste à payer des intérêts excessifs à ses préteurs, taudis qu'elle pourrait ubtenir de l’argent à bien meilleur compte. C’est la masse de la population qui nâtit de cette erreur économique. Le jour où la conversion sera réalisée d’immenses dégrèvements seront possibles, et plusieurs des impôts de consommation lés plus vexatoires seront réduits dans d’énormes proportions. Les détenteurs de rentes ne seront peut être pas très enthousiastes de cette mesure — dont cependant la moralité est parfaite — mais la grande masse des consorm mateurs baltera des mains. Impassible de mieux servir la république. t
- | Après la clôture de la discussion générale la Chambre | a abordé la discussion du budget des recettes.
- i MM. Legrand Duchemin, ajusteur. .... Rousseau Narcisse, ajusteur.
- Loucbet Prosper, émailleur............
- Nicolas Jules, émailleur . . . '.
- Jason Aimé, mécanicien................
- Viéville Auguste, mécanicien . . . . Lefèvre Alexaudre, mécanicien . . .
- Foubert Alphonse, mécanicien .
- Desson, contre-maître...................
- Léguiiler Louis, mécanicien...........
- Flamant Adolphe, mécanicien . .
- Magnier Constant, mécanicien . . . . Painvin Anselme, mécanicien . .
- Alavoine Ernest, mécanicien...........
- Lienard Edouard, comptable............
- Moyat-Louis comptable.................
- Lambert Gustave id....................
- Tasserit Alexandre id.................
- Lefèvre Irène id......................
- Masset Emile (service du charbon). . .
- Lhote Henri (atelier de boutons).
- Lefèvre Se vérin (atelier de modèles). .
- Chanoine père »
- Mm3 Hesdin (atelier de décorations). . .
- k Legrand »~ » ....
- MM. Gauchet sous-direetràLœken les-BruXelles Bourgeois, agent comptable »
- Delbèz, surveillant »
- Ketels, chef ajusteur »
- Lievens, chef monteur »
- Bergmans, chef émailleur »
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- LE DEVOIR
- Sur l’article premier un amendement de M. Marion établissait l’impôt sur le revenu. Cet amendement porte qu’il sera établi pour l’anuée 1881. à titre extraordinaire, un impôt de 0 fr. 50 cent, pour 100 fr. sur les revenus de toute nature, dont le montant annuel, totalisé, atteindra au moins 1,000 fr., suivant les déclarations des contribuables. Cette taxe s’élèvera à 25 centimes 0/0 par 1,000 de revenu, jusqu’à, ce qu’elle atteigne 3 0/0, maximum qui ne sera pas dépassé.
- M. Lenglé, député bonapartiste, ayant déposé à la proposition deM. Marion un amendement ainsi conçu : « De gouvernement est invité à.déposer une proposition d’impôt sur le revenu. » M. Marion, d’accord avec les signataires de son amendement, a retiré celui-ci pour le transformer en proposition de loi en faveur de laquelle il sollicitera la déclaration d’urgence.
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- Le discours de Gambetta sur la tombe d’Albert Joly contient un aveu accablant pour son auteur :
- « C’est cet enseignement, a dit le président de la Chambre, qu'il faut demander à sa tombe, non pas au profit de telles ou telles personnalités qui ne doivent pas compter en de telles luttes, mais pour atteindre le but sacré, suprême, pour'lequel Albert Joly a vécu et pour lequel il est mort: la fondation définitive en France d’un inébranlable gouvernement républicain. »
- Plus loin M. Gambetta parle des « heures difficiles » que nous traversons.
- Ainsi M. Gambetta vous reconnaissez que la République n’est pas fondée, vous le déclarez publiquement. Mais alors quel usage avez-vous donc fait du pouvoir, vous et les vôtres, si aujourd’hui, après 3 ans que vous êtes aux affaires nous en sommes encore là? La République était sortie triomphante des élections de 1877. Tous les anciens partis étaient découragés et vaincus. Mais vous n’avez rien su ou rien voulu faire et aujour-d hui. par votre conduite timorée, par vos hésitations sans fin, par votre oubli de l’importance des principes, vous nous avez replongés dans les « heures difficiles. »
- L© suffrage des femmes et la Chambre. — Au moment où. nous mettions sous presse notre dernier numéro, le droit de suffrage des femmes faisait sa réapparition à la tribune du Parlement. Nous disons réapparition et non apparition, car en effet Pierre Leroux avait déjà en 1849 porté ce grand principe à la tribune.
- Voici dans quelles circonstances il a reparu.
- On discutait la loi modifiant le mode d’élection des tribunaux de commerce.
- On sait qu’il s’agit d’étendre à tous les commerçants ayant cinq années de patente, et cinq années d’exercice de leur profession, le droit jusqu’à présent accordé aux seuls notables d’élire les juges commerciaux.
- M. de Gasté, député de Brest, a présenté un amende» ment en ces termes :
- « L$s femmes exerçant le commerce seront inscrites sur les listes électorales aux mêmes conditions que les hommes et jouiront de tous les droits que la présente loi accorde aux électeurs. »
- C’est donc non seulement la femme négociant devenue électeur, mais aussi éligible. Rien n’est plus juste. Du moment que les femmes ont droit de s’établir et devoir de payer patente tout comme les mortels du sexe masculin, il est de toute justice qu’elles jouissent du même droit.
- Les Etats-Unis d'Europe appréciant l’amendement Gasté disent :
- « Quoi de plus simple ? les commerçantes font comme les commerçants des billets à ordre, des lettres de change, des polices d’assurance, des contrats à la grosse, etc., etc. Comme les commerçants elles sont mises en faillite; pourquoi n’auraient-ellês point, comme ils l’ont, le droit de nommer leurs juges? »
- Nous pensons que la personnalité de M. de Gasté a été
- | la principale cause de cet échec. La Chambre considère moins la valeur intrinsèque d’une proposition que la qualité de celui qui la présente. Le même amendement présenté par M. de Girardin, l’auteur de l'Egale de iHomme, eut eu au moins les honneurs delà discussion tandis que la Chambre n’a répondu que par des rires à* M. de Gasté. Le président même a jugé opportun de plaisanter l’auteur de l’amendement.
- lia caisse de retraite des» ouvriers. __
- MM. Gustave fiubbard, secrétaire général de la questure ; de la Chamnre, et Ballue, député, ont présenté deux nouveaux projets relatifs a la retraite des vieux ouvriers de l’industrie et de l’agriculture, projets qui ont été développés devant la commission compétente.
- M. Hubbard propose comme remède à la situation actuelle une réforme de la législation sur les sociétés de secours mutuels leur donnant une base plus solide et
- Iplus conforme aux données scientifiques établies par l’économie politique. Dans son projet, il s’est attaché à démontrer que le décret de 1852 a nui au développement I des sociétés, et que, pour assurer une retraite dans la vieillesse à la grande masse des travailleurs, il suffirait de donner un nouvel essor à la création de caisses de retraite alimentées par ces sociétés de secours mutuels et non par l’Etat.
- Pour développer l’activité des sociétés, M. Hubbard demande qu’on crée au ministère de l’intérieur un bureau spécial s’occupant exclusivement de- ces questions, et que les sociétés dont les statuts sont enregistrés aient le droit de prendre des immeubles à bail, de posséder des objets mobiliers, d’accepter des dons et legs, de déposer des fonds à la Caisse des dépôts et consignations pour en percevoir les intérêts sur chèques émis par leur président ou leur gérant.
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- Le droit d’association. — La commission sénatoriale relative à la proposition sur le droit d’association s’est réunie sous la présidence de M. Dufaure.
- Le nouvel article 7 a été mis en discussion ; on sait qu’il règle la capacité de l’association existant en vertu d’une simple déclaration.
- M. Jules Simon s’est montré disposé à reconnaître, ainsi que l’a demandé M. Paris, le droit pour les associations d’acquérir l’immeuble qu’elles habiteront. Il pense que les associations devront se conformer, dans ce sens, aux lois générales.
- MM. Brunet et Paris ont insisté sur ce dernier point. Ils ont soutenu la nécessité d’une distinction entre les valeurs mobilières et les valeurs immobilières, soit dans l’acte constitutif, soit dans les apports ultérieurs.
- M. Bertauld a énergiquement soutenu la nécessité d’une limitation, même pour les valeurs mobilières.
- Après une discussion qui a duré plus de deux heures, la commission s’est ajournée sans avoir pris de décision-
- IRLANDE
- Les meeting-s agraires se multiplient de plus en plus et on y tient des discours très violents.
- A Limerich on a voté une résolution condamnant la conduite de quelques attorneys qui ont accepté de diriger des procès contre des tenanciers du comté et décla- i rant qu’à l’avenir aucune affaire ne sera traitée avec eux.
- M. Moreau, l’un des orateur^, a pruuvé par des statistiques que, dans les deux ou trois dernières années, 3,672 personnes avaient été évincées de leurs fermes dans le seul comté de Limerick et 117,504 dans les 32 comtés de l’Irlande.
- Le comté de Limerick est un de ceux où le mouve* ment a pris lo plus de développement.
- Il y existe même une ligue de femmes, organisée, à Groom, par Mile O’Flaûerty.
- A Listowel North Kerry, les populations des environ? étaient conduites par le clergé catholique de diverse» paroisses.
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- En somme, les poursuites contre les principaux chefs de l’agitation, loin de calmer les esprits, n’ont fait que donner à cette agitation un nouvel essor.
- ANGLETERRE
- Entente des coopérateurs & des unionistes . — Le 30e rapport annuel des Congrès des Trade's-TJnions vient de paraître. Cette publication sort des presses de l’imprimerie coopérative de Manchester, — nouvelle preuve de l’entente qui s’établit de plus en plus entre le mouvement coopératif et l’unionisme.
- ALLEMAGNE
- Biesafaitsi de la protection. — Les Danois et les Suédois verraient avec le plus grand plaisir l’entrée de Hambourg dans le système de douanes établi dans le reste de l’Allemagne parM. de Bismarck.
- L'AftonUadet, l’un des journaux de Stockholm les plus estimés, dans un excellent article où il envisage la question sous toutes ses faces, appelle l’attention des commerçants de Hambourg sur les avantages que leur offrent les ports de la Suède méridionale situés sur le Sund, tels que Malmoe, Landscrona et Helsingborg et termine ainsi ses considérations :
- « Nous sommes convaincus, dit-il, qu’on pourra acquérir dans ces villes les terrains nécessaires à l’édification de grands magasins a bien meilleur compte qu’à Copenhague et se procurer dans le voisinage des emplacements nécessaires aux établissements industriels qui ne pourront plus continuer d’exister à Hambourg.
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- La pauvreté en Prusse. — Si l’on compare entre eux les budgets des trois derniers exercices en Prusse, on trouve que le nombre des personnes exemptées de l’impôt des classes comme n’ayant qu’un revenu au-dessous de 420 marks, soit 516 fr., s’est élevé à 6,009,762 en 1878 1879 ;
- à 6,242,833 en 1879-1880 ;
- à 6,552,772 en 1880- l88t ;
- Si l’on y ajoute les militaires affranchis de l’impôt et les personnes dont le revenu varie de 420 à 661 marks et auxquelles il a fallu faire remise de la taxe, le chiffre de personnes comptées monte pour les mêmes exercices à 6,664,590, soit 25,88 0/0 du total de la population; 6,954,385, soit 26,68 0/0, et 3,329,651, soit 27,80 0/0.
- Il en résulte un accroissement de 0,80 et de 1.12 0/0, tandis que l’augmentation de la population, d’après les rôles des contributions, donne les chiffres suivants : 25.747,661 en 1878-1879; 26,061,545 en 1879-1880, et 26,368,096 en 1880-1881, ce qui constitue une augmentation de 1,22 et de 1,72 0/0.
- Il s’ensuit que les deux tiers environ de l’accroissement de la population se composent de personnes ne payant pas de contributions.
- AUTRICHE-HONGRIE
- Monvement polonais. — On a célébré, en Ga-licie comme en Posnanie, le 50e anniversaire de l’insurrection polonaise de Varsovie. La fête a gardé d’ailleurs un caractère absolument privé, a Léopol, dans la grande salle de l’hôtel de ville, a eu lieu un banquet en l’honneur des combattants polonais de 1830 ; on a distribué des médailles commémoratives aux vétérans polonais, qui portaient leur costume national.
- A l’occasion du même anniversaire, on a chanté, à Pesth, à l’église des Franciscains, un requiem, auquel assistaient en costume national les membres de l’Association polonaise et plusieurs invalides des honveds.
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- La réduction du cens* électoral en Autriche vient d’entrer dans une phase décisive.
- Le comte Taaffe fait confirmer par l’organe des journaux officieux l’intention qu’on lui a attribuée d’élargir le cercle des collèges électoraux.
- Aujourd’hui la quotité de contributions directes à payer pour figurer sur la liste des électeurs dont relève la Chambre de Gisleithanie est de Î0 florins ; il s’agit de l’abaisser à 5 florins. Cette nouvelle disposition ne sera applicable qu’aux circonscriptions urbaines.
- Il est généralement admis que les gouvernements n’accordent d’ordinaire que les libertés qu’ils ne peuvent plus refuser ou qu’ils ont un intérêt tout particulier à octroyer. A ce point de vue, on se demande aujourd’hui en Autriche lequel de ces deux mobiles a dicté la résolution du comte Taaffe touchant la réforme électorale.
- L'opinion dominante est qu’il obéit à la nécessité et que, s’il affecte de prendre l’initiative de la mesure dont il s’agit, c’est en vertu de cette tactique habile qui consiste à se faire un marche-pied de l’obstacle qu’on a rencontré.
- En effet, ces intentions libérales manifestées si hautement au lendemain de la grande réunion démocratique du Colosseum, où l’on a demandé formellement l’émancipation du suffrage populaire, recevraient difficilement une autre explication.
- SUISSE
- î^’élection du pï’ésicleiat'. pour l’année 1882 vient d’avoir lieu. C’est sur M Anderwert que les suffrages des chambres se sont portés. M. Anderwert est cet orateur qui au lendemain de la Commune de Paris consacra un discours a rappeler que les gouvernements qui ne prêtent pas l’oreille aux plaintes des faibles sont responsables des guerres civiles.
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- LES PRINCIPES & L’OPPORTUNISME
- M. de Mac-Mahon, qui avait parfois des lueurs de bon sens, disait un jour (c’était peu de temps avant de se démettre) : — « Les républicains ont cet avantage sur leurs adversaires, que, malgré leurs divisions, ils veulent tous au fond les mêmes choses. » Il avait raison. Seulement le vieux maréchal ne se rendait pas compte du pourquoi. Il ignorait que la République démocratique — ia seule possible de nos jours - repose sur des principes dont tout républicain, par cela même qu’il est républicain, est amené à vouloir l’application à la vie dii corps politique. Ces principes sont ceux de 1789. Ils ont été formulés dans les Déclarations des droits et dans les Constitutions de 1791, de 1793 et de l’an III. C’est d’abord, à la base de l’édifice : la souveraineté nationale s’exer. çant par le suffrage universel et émanant, non plus d’un droit divin imaginaire, mais de la raison consciente de chacun, ou, comme on dit aujourd’hui, de l’autonomie de la personne humaine ; puis, un ensemble de principes, on ne peut plus simples, représentant un idéal de perfection sociale à réaliser, -qu’il s’agit de faire entrer de plus en plus dans les lois, dans les mœurs, dans les institutions. Ces principes, résumés d’abord par la triple formule ; Liberté, Égalité, Fraternité, ont dû se compléter par l’adjonction de quelques autres termes : Ordre, Justice, Progrès, Solidarité, non moins nécessaires que les précédents à la vie du corps social. C’est ce ! fond d’idées devenu acte de foi de tous les républi-
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- cains qui leur fait un terrain commun où ils se rencontrent pour tenir tète à l'ennemi intime : le réactionnaire monarchique et clérical ; — lequel, lui, se laisse dominer par les dogmes irrationnels et stériles du passé.
- Quant aux divisions, qui ne sont que trop nombreuses et trop ardentes au sein do la Démocratie républicaine et qui ne manquent jamais de se produire aussitôt que ses hommes d’Etat sont ai rivés aux affaires, elles tiennent à nos égoïsmes, à nos haines, à nos ignorances, et surtout à ceci que la science des principe? n’est pas faite, rda été enseignée à personne, de sorte que, alors même que l’on est d’accord sur les principes, on cesse de s’entendre toutes les fois qu’il y a lieu d’en faire l’application. Un mot a même été créé pour qualifier ceux qui passent pour ne pas s’inquiéter des principes lorsqu’ils sont arrivés aux affaires. On les appelle les Opportunistes. Mais l’Opportunisme n’est pas un parti, à moins qu’il ne soit celui de tous les hommes politiques, à dater du jour où ils se trouvent associés à l’œuvre gouvernementale. Eo effet, on voit le plus radical devenir opportuniste lorsqu’il y a lieu pour lui de pratiquer au Pouvoir les théories qu’il a soutenues dans-l’Opposition. Et cela est inévitable. En passant du domaine des idées à celui des réalités, les questions acquièrent une complexité que l’on ne soupçonnait pas. Le sentiment des responsabilités vous étreint et vous possède. On s’est entendu avec ses amis sur un Programme de réformes fort désirables. Mais ces réformes sont-elles mûres ? Le pays est-il préparé à les recevoir et en état de les supporter ? Faudra-t-il les imposer, au besoin, et sera-t-ori en mesure de le faire ? Malheur au législateur, à l’homme d’Etat qui n’a pas attendu d’avoir pour lui le courant de l'opinion publique et n’a pas su s’en assurer le concours ! Eùt-il cent fois raison, il risque de faire échouer misérablement le progrès le plus légitime, si l’heure n’est pas favorable et si la forcé d’impulsion dont il dispose n’est pas supérieure à la force de résistance qu'il doit rencontrer ! Il s’agit, en un mot, pour le politique avisé, de ne rien entreprendre sans avoir préparé les conditions du milieu et les avoir mises, au préalable, en harmonie avec les actes, les mesures, les réformes à accomplir. C’est là tout l opportunisme,
- Or il y a des gens qui prétendent que tout dans le monde étant relatif, il n’y a jamais eu et il n’y aura jamais, dans le monde, que doV Opportunisme, etqtie la Politique, en particulier, n'a jamais été et ne sera jamais que l’art de choisir les circonstances et de les faire naître pour en tirer le meilleur parti possible. I
- Nous protestons contre cette manière de voir, et i
- { nous affirmons, au contraire, que l’opportunisme ne représente, à lui seul, que l’arf, l’industrie, l'habileté en politique, mais que pour élever la politique à la hauteur de la science et voir en elle une branche importante delà sociologie, il faut l’asseoir sur les certitudes que donnent seuls les lois morales et les principes éternels.
- C’est qu’il est des vérités universelles et qu’au-dessus du monde changeant des phénomènes et des rapports, il y a les lois fixes qui régissent ces rapports et président à ces phénomènes. Les sociétés ont leurs lois comme la nature a les siennes, et ces ^ois, immanentes dans la conscience humaine, sont éternelles comme la Raison absolue d’où elles émanent. Si ces lois nécessaires existent et c’est ce que nous appelons les principes sociaux, il faut les classer, les dénommer et montrer comment elles doivent se combiner dans le dynamisme social pour en améliorer les conditions. C’est là vraiment, que réside la partie scientifique de la politique ou plutôt, c’est là la science sociale elle-même. Le reste n’est que l’habileté ou le savoir-faire dans la pratique du gouvernement, l’empirisme politique, en un mot \'opportunisme.
- L'opportunisme cependant, toujours nécessaire chez l’homme d’Etat, ne perd aucune de ses raisons d’être en s’associant aux principes sociaux et s’appliquant à les réaliser progressivement dans les lois, dans les mœurs, dans les institutions Je dis progressivement parce que si nous concevons les principes dans leur perfection absolue, nous ne pouvons les faire pénétrer dans la pratique quotidienne ot dans l’organisation sociale que d’une façon toute relative aux circonstances de temps et de lieu.
- Bref l’opportunisme et ies principes sont également nécessaires pour faire de lârbonne politique.
- Sans l’opportunisme politique, qui est l’art de choisir et de préparer les conditions du milieu en faisant concourir les forces dé la collectivité vers le but à atteindre-, il û’y à pas de gouvernement et de sociétés possibles. Aussi peut-on dire que l’opportunisme, bien que le mot soit nouveau, est vieux comme le monde. Il a même constitué, à de rares exceptions près, toute la politique des siècles passés. A lui tout seul et affranchi des principes, c’est l’empirisme sans règle, l’habileté sans conscience, l’aft sans moralité, c’est aussi la vie des nations livrée à tous les jeux de la force, de la ruse et du hasard.
- Avec la connaissance des principes sociaux et le respect des lois de la conscience, il doit en être tout autrement. Comme ces lois et ces principes nous fournissent à la fois les formules de nos droits et de nos devoirs, nos critères de certitude et l’idéal que
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- nous nous faisons de Ja perfection à atteindre, on voit à leur lumière la science sociale se fonder et la politique entrer dans sa phase positive. Dès lors le savoir-faire opportuniste s’ennoblit en s’associant à la morale et !e rôle de l'homme d’Etat habile n’est autre que celui dô l’homme de bien appliquant de hautes facultés aux affaires du pays, puisqu’il n’aura d’autre objectif que d’y faire régner de plus en plus Xordre et la liberté, la fraternité et la justice, Véga-lité, le travail, la solidarité, qui sont les éléments constitutifs de la civilisation et comme l’étoffe dont la vie sociale est faite.
- Ch. Faüvety.
- LE QUATRIÈME CONGRÈS OUVRIER (D .
- iii
- La coopération
- Les délégués ouvriers ont en général témoigné une vive sympathie pour la coopération. Seul le groupe des positivistes a déclaré voir la coopération do mauvais œil.
- La plupart des orateurs entendus ont insisté sur la nécessité de la liberté des associations coopératives.
- Le citoyen Lachard s’est exprimé à ce sujet en ces termes :
- « L’association dans la production est le meilleur moyen d’arriver à l’émancipation du prolétariat. Malheureusement elle rencontre chez nous des obstacles dans les lois restrictives des libertés d’association et de réunion, lois qu’il est de toute nécessité d’abolir au plus tôt ».
- Le citoyen Scholastique sô déclare sympathique à la coopération, à condition toutefois qu’elle revête des formes qui ne permettent pas à un ouvrier de devenir le patron de son camarade.
- Voyez, dit-il, ce qu’a produit en Allemagne le mouvement coopératif. Il y existe aujourd’hui plas de 3,000 associations ouvrières, comprenant plus de 900 banques du peuple. Le chiffre des avances faites par < es banques aux diverses associations s’élève à plus de deux milliards depuis 1861.
- Il y a un siècle, l’Ecosse était un des pays les plus pauvres de l’Europe. Aujourd’hui, c’est un pays prospère, grâce aux associations ouvrières et aux banques populaires qui s’y sont organisées, le bien-être s’y est répandu d’une façon générale très-sen-' sible, et les travailleurs disposent d’un crédit qui alimente largement le fonds commun et leur permet de posséder ainsi le fruit intégral de leur travail.
- Le citoyen Mbret président du Conseil d’administration de XImprimerie Nouvelle déclare qu’à sou avis tous les-travaux nécessitant le concours de plu-
- (1) Voir nos nutnêfos des 28 novembre et 5 décembre.
- ! sieurs hommes tousjes travaux qui peuvent se métrer, se cuber, se compter au cent ott au mille, s’évaluer d’une façon appréciable—peuvent et doivent être accomplis par des ouvriers associés.
- Beaucoup de gens, dit-il, vont sourire et criér à l’utopie. Créer le capital ouvrier ! Il passera beaucoup d’eau sous les ponts avant qu’un pareil phénomène se produise. Et pourtant cela n’est pas impossible. Cela demandera beaucoup de temps, mais cela arrivera si nous le vouions. Il faut apporter à cette œuvre beaucoup d’abnégation, de dévouement, avoir la certitude de ne travailler que pour les générations futures. N’est-ce pas, après tout, une noble mission que celle qui consiste à fonder l’avenir sans trop sacrifier le présent ?.... Vers 1864 il vint à l’idée de quelques-uns d’entre nous de fonder une association de production dans lat ypographie. Nous nous attaquions là à une industrie dont l’outillage coûte fort cher ; mais nous n’avions pas le choix, puisque nous lui appartenions.
- Nous avons commencé à souscrire des actions de cent francs, moyennant un versement de dix sous par semaine. Cela paraît dérisoire I En 1869 nous avions formé un capital de 33,000 francs ! C’était peu. Mais la persévérance de nos camarades soutenait notre courage.
- Nous abordons les affaires en avril 1870, créant de toutes pièces notre atelier de la rue des Jeûneurs.Le tout se montait à la somme de 108,500 francs. Nous avions inspiré à nos fournisseurs trois fois plus de confiance que nous ne possédions de capitaux. Ils n’ont pas eu à s’en repentir.
- Nous avons traversé la crise du siège et celle de la
- I commune sans sombrer. Notre capital fut porté successivement de 50,000 francs à 80,000, puis à 100,000. Nous avons émis depuis pour 50,000 francs d’obligations (chose absolument nouvelle), dont l’amortissement s’opère régulièrement par voie de tirage au sort. C’est donc avec ce capital que nous' avons pu accomplir, jusqu’à ce jour, pour trois millions de travaux, payer en main-d’œuvre à nos associés une somme.de 1 million 400.000 francs et servir à nos actionnaires sous forme de loyer de -l’argent engagé pa r eux, un intérêt à 5 0(0, dont le montant s’élève à ce jour à la somme de 40,000 francs.
- Que l’on vienne donc nier maintenant la possibilité de créer des associations ouvrières avec des capitaux ouvriers ! Voilà un exemple qui montre victorieusement la puissance du groupement des petits capitaux. Nous ne versons pas plus de 1 franc par semaine pour arriver à libérer une ou plusieurs actions de cent francs. Que serait-ce donc si nous amenions tous nos frères en travail à verser indéfiniment cette sommes
- Les deux plus grands écueils pour les associations prennent leur source dans deux idées fausses : la première* qui consiste à se croire absolument libre d’agir à sa guise et à se croire chez soi dâiîs l’atelier social, tandis qu’en réalité on est dans l'atelier de tous ; — la seconde, qui est inhérente à la nature humaine, consiste à jouir des bénéfices aussitôt que le succès arrive, à fermer la porte aux nouveaux arrivants, à former une catégorie de patrons de plus.
- Ce besoin de jouir immédiatement dés fruits de son travail constitue une grosse erreur économique. L’essor s’arrête, le cercle se rétrécit, tout finit en une sorte de tontine, où la longévité triomphe et ré-
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- cueille seule le fruit dos efforts accumulés .....
- VImprimerie Nouvelle, avec un capital engagé de 100.000 fr., possède un outillage et un matériel représentant une valeur de 300,000 fr., amortie de 143,000 fr., et un encaisse disponible de plus de 100,000 fr.
- Et comme le but final de l’Association ouvrière est moins de s’enrichir que d’assurer le présent et de préparer l'avenir, nous croirons avoir fait une oeuvre complète, quand nous aurons prélevé sur nos bénéfices annuels une part destinée.à créer une pension de retraite à nos vieillards et à nos infirmes !
- Le citoyen Rousset de son côté répète, ce qu’il avait déjà dit au Congrès de Marseille.
- « La création de Sociétés coopératives sera un puissant levier pour nous aider à sortir du cercle vicieux dans lequel, depuis. si longtemps, la lutte entre le travail et le capital se trouve circonscrite, et qui se traduit par des grèves, qui, lorsqu’elles réuss issent, semblent apporter pour quelque temps un peu de bien-être aux travailleurs qui les ont entreprises, mais qui ne changent en rien les termes de la question qui nous occupe.
- St nous nous mettons courageusement à l’œuvre, malgré des essais infructueux, mais stimulés parles résultats déjà acquis, nous pouvons être assurés que nos efforts seront récompensés,et que le jour viendra où il n’y aura plus ni capitalistes ni ouvriers, ni patrons ni salariés, mais des associés à une même entreprise, dont le bénéfice sera réparti entre tous les coopérateurs.
- En fondant des Sociétés coopératives de consommation nons trouverons là encore un moyen de supprimer certains intermédiaires qui, sans rien ajouter à la valeur des choses, prélèvent sur te consommateur un bénéfice quelquefois énorme.
- Le citoyen Veyssier défend le système de la coopération et le principe fécond de la mutualité, qui cependant ne va pas sans des difficultés très grandes. Il ajoute :
- En présence des difficultés matérielles qui obstruent le chemin, devons-nous, nous laissant gagner par le découragement, abandonner toute idée d’améliorer notre situation par une répartition plus équitable des bénéfices au moyen de la coopération. Non, citoyens, nous ne devons pas nous laisser abattre; nous devons au contraire réagir, et, par tous les moyens dont nous pourrons disposer, en nous appuyant sur la légalité, librement exprimée par le suffrage universel, obtenir les armes nécessaires pour égaliser les forcées dans la lutte du travail contre le capital.
- Le citoyen Dubœuf voit dans la coopération dans un état jouissant de toute liberté d’association le moyen d’améliorer le sort des prolétaires.
- Le citoyen Pascal, délégué du congrès régional du Nord, pense que les associations ouvrières de-vraient-être étendues aux petites localités.
- Efforçons-nous, dit-il, de développer de plus en plus le mouvement socialiste, et des grandes villes et des centres manufacturiers, étendons le système des associations jusqu'aux plus petites cités. Que par une propagande active, par des conférences, on porte parmi tous les travailleurs la connaissance de leurs droits, et des avantages qu’ils peuvent retirer
- de l’association et en leur démontrant que quand ils le voudront, ils peuvent s’affranchir de la tutelle patronale et être les seuls bénéficiaires du produit de leurs peines et de leurs travaux.
- La commission chargée de présenter un rapport sur la question du Salariat, étudie dans son rapport les associations coopératives.
- En principe, le capital des associations ouvrières doit être fait p ir les ouvriers eux-mêmes ; pour être dans la vérité absolue, les travailleurs doivent réaliser l’identité du producteur et du capitaliste ; il doivent en un mot être leurs propres capitalistes. Po .r mettre à la portée de tous ia formation du capital ouvrier, il faut en opérer la perception sous forme de cotisations.
- Les chambres syndicales sont des agents tout trouvés de perception du capital à former.
- Des associations se forment et pourront se former à l’aide de capitaux étrangers, mais si elles ne stipulent pas le remboursement par voie d’amortissement de ce capital,elles n’auront absolument, rien changé à la réalité qui nous étreint. L’émancipation du travailleur ne peut s obtenir qu’au prixd’énormes sacrifices. Elle sera une œuvre de temps et ne patience. Il faut se bien pénétrer de cette idée que la réalisation de nos aspirations ne profitera peut-être qu à nos arrières-neveux. Mais aussi, citoyens, quelle noble mission nous acceptons-là ! Travailler au triomphe d’une révolution économique et pacifique sans trop sacrifier le présent, n’est-ce donc point fait pour tenter des esprits sérieux, et n’y a-t-il pas quelque gloire à fonder 1 avenir moyennant un peu d’abnégation dans le présent.
- La base des associations coopératives ouvrières doit être essentiellement démocratique. On ne comprendrait pas, en effet, des sociétés ouvrières consacrant une hiérarchie sociale contre laquelle tout proteste ; consacrer cette hiérarchie serait contraire au génie du peuple français. Non, citoyen, nous, les fils de cette immortelle Révolution française, qui a émancipé les peuples, qui a édifié cet impérissable monument d’égalité qu’on appelle les Droits de l’homme nous ne pouvons, nous ne voulons pas rétrograder ; nous voulons, au contraire, grâce à l’instruction répandue à profusion sur des bases qui seront développées dans un rapport ultérieur, perfectionner l’instrument émancipateur pour arriver à un ensemble harmonique capable de défier tous les coups de force, si tant est que quelques cerveaux obtus méditent encore la possibilité d’une pareille reculade.
- Progrès du budget des ouïtes»
- Les progrès qu’a fait le chiffre du méritent d’être relevés. Ils parlent d’ En r820 ce budget se montait à En 1826 à
- En 1832 à
- En 1838 à
- En 1847 à
- En 1849 à
- En 1853 à
- Eu 1860 è
- En-1871 , malgré la perte de l’Alsace- Lorraine à
- En 1878 à
- En .1881 à
- budget des cultes eux-mêmes :
- 24,711,777 francs
- 30,685,728
- 33,866,554
- 35,722,950
- 39,109,694
- 41,188,875
- 44,439,283
- 50,008,643
- 55,415,481
- 53,666,265
- 53,471,866
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- NOUVELLES DIVERSES
- La g^niliotiae perfectionnée. — On vient de déposer au ministère de la justice le plan d’une nouvelle guillotine.
- Gomment, diable, a-t-on pu aller penser à cela?
- Au fait; tandis que d’année en année le bel art de mitrailler ses semblables marchait de progrès en progrès au point d’atteindre la perfection à laquelle nous le voyons aujourd'hui, l’art non moins beau de décapiter officiellement pour enseigner le respect de la vie humaine restait dans une pénible stagnation. Messieurs les bourreaux n’avaient à leur service que des instruments inventés il y a près d’un siècle. Un tel état de choses no pouvait 'durer. Qu’aurait-on pensé de l’intelligence humaine? Heureusement qu’un homme ingénieux a eu l’idée d’appliquer ses facultés inventives'au perfectionnement de la guillotine et que. grâce à lui, le progrès ^e fait aussi de ce côté là. Messieurs les bourreaux sont en jubilation.
- * *
- Une femme compositeur de musique.
- — On sait que le Conseil municipal de Paris a institué un prix de 10,000 fr. plus les frais de représentation, pour la meilleure symphonie avec choeurs. Cette année c’est M. Alphonse Duvernoy qui a été couronné. Au nombre des partitions très-remarquées du jury sertrou-vait celle dite les Argonautes de Mlle Holmès.’Mlle Hol-mès a eu pour elle les voix de 9 des jurés contre 11 voix données à M. Duvernoy.
- Il y a longtemps que chez nous aucune femme n’avait produit de composition musicale de longue haleine. En effet les opéras de Mlle Bertin, fille du fondateur du journal des Débats,ont bientôt un demi-siècle.Son Fau»to, opéra en 4 actes, fut donné aux Italiens en 1831. le Loup Garou, en 1 acte, à l’Opéra-Gomique en 1827, et VEsme-ralda, donnée au Grand-Opéra en 1836. On sait que Victor Hugo consentit à écrire le livret de ce dernier opéra.
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- XJne perle. — L’organe clérical de notre contrée, le Journal de l'Aisne publie l’annonce suivante :
- « On demande des ÜHÎILIG-IETJXI pour occu-»per les TERRES abandonnées par les cultivateurs » laïques.
- » S’adresser au bureau du journal. »
- Avouez, dit à ce sujet le Courrier de l'Aisne,que voilà un propriétaire qui n’est point sot. Il sait que les moines sont, en général de superbes gaillards parfaitement aptes à tenir vigoureusement le manche de la charrue et il espère tirer parti des loisirs que les décrets du ‘29 Mars ont créés aux Bons Pères en les transformant en capucins laboureurs.
- C’est un charmant trait de Comédie et nous ne croyons pas que jamais critique plus cruelle ait été faite de la fainéantise monacale.
- * *
- Marmite «ociale. — L’Aide Fraternelle laïque, société du travail des femmes en formation, voyant tous les jours au bureau gratuit, rue Rambuteau, 62. beaucoup de personnes sans travail et sans emploi et dans la plus grande misère, restant plusieurs jours sans manger, se privant de tous pour leurs enfants, a écrit à MM. les conseillers municipaux de Paris, pour faciliter, en fournissant seulement le local, la fondation immédiate d’une Marmite sociale, afffi de distribuer une soupe bonne et abondante tous les matins de sept à neuf heures.
- Des bons remboursables à la Société seront donnés en payement pour les sociétaires, et ceux ou celles qui ne foût pas partie de l’association payeront cinq centimes en monnaie, car nous ne voulons pas du secours qui humilie, mais du travail qui honore.
- Les personnes qui voudront contribuer à la fondation de la Marmite sociale peuvent venir s’inscrire, rue Rambuteau, 62, au premier, de huit heures du matin à dix heures du soir.
- On y décidera aussi le tirage-de la tombola, qui a été retardée lors de la dernière réunion.
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- Jossepti XI. — L’Autriche prépare, en ce moment, toute une série de fêtes pour célébrer le centenaire de l’empereur Joseph II de libérale mémoire.
- Le cardinal Kutschker flanqué du iougueux évêque Rudigier, — le Freppel autrichien, — a interdit à toute l’église catholique de s’associer à la célébration des fêtes.
- Le doux prélat a de la rancune ; il ne peut oublier ni que Joseph II a le premier proclamé l’égalité des protestants et des juifs devant la loi autrichienne, et un souvenir encore plus cuisant, ni que par décret du 7 novembre 1871, il ordonna l’expulsion des congrégations religieuses. Les considérants de ce décret d’expulsion étaient, il faut en convenir, peu flatteurs pour les bons pères — et même pour les bonnes mères —: en voici la teneur.
- « Les religieux, hommes ou femmes, sont des gens » inutiles, qui. sous prétexte de tenir des écoles et de » soigner les malades, ne songent qu’à faire bombauce et » à arracher aux pauvres gens, le plus d’argent pos-» sible. »
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- JLifi Orématioa aux Antipodes. —• A une
- séance de la Commission générale, de Santé de l’île de la Réunion le 21 octobre, le Président, M. le Dr Love), a déposé une proposition ayant pour objet de légaliser dans l'ile le système d’incinération pour les morts. L’iu-cinération ne serait pas obligatoire, selon la proposition, mais serait employée sur la demande ou sauf l’autorisation des parents du mort.
- M. Lovel a fait à ce sujet une enquête en ce qui concerne le cimetière du Bois Marchand, et il a appris que dans la période d’un mois 123 hindous ont été enterrés là dont les familles, pour 72 de ces morts, étaient fort disposées en faveur de la crémation et auraient même consenti à payer deux roupies de frais par chaque corps; quant aux 51 morts restants, M. Lovel a dit que c’étaient des pauvres de la catégorie de ceux qui ne sont accompagnés par aucun intéressé à leur dernière demeure et que la crémation, en pareil cas, ne pourra jamais rencontrer d’opposition. Enfin, M. Lovel s’est placé à un point de vue sanitaire en faisant sa proposition ; il juge qu’à cet égard la crémation est préférable à l’enterrement des cadavres.
- M. Lovel ne dit pas mais laisse entendre que la crémation donnerait satisfaction à la liberté de conscience, en permettant aux hindous de la colonie de disposer de leurs morts selon leurs croyances religieuses.
- (LeProgressiste, delà Réunion.)
- * *
- Toneîiaxitè libéralité. — M. I. Kraft, rentier, renommé à Berlin pour sa bienfaisance, y est mort récemment. Par son testament, il a légué la moitié de sa fortune (500 mille marks), pour la création d’un fonds destiné a fournir des secours aux pauvres couturières ayant dépassé l’âge de 36 ans, sans distinction de confession.
- ♦ *
- Représentât ion proportionnelle des minorités». — Jrâce à l’initiative de M. Ernest Na-ville la question de la représentation proportionnelle des minorités vient défaire son apparition à l’Académie des sciences morales et politiques, c’est à-dire dans le milieu le plus convenable pour qu’elle soit examinée sérieusement.
- On sait quelle importance a acquis en Angleterre, grâce aux travaux de Smart Mill, cette importante question. Malheureusement en France, où cependant Toute
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- une classe de la population — la classe ouvrière — n’est pas représentée au Parlement, ce progrès a été jusqu’ici méconnu.
- Il faut reconnaître aussi que cette idée nouvelle s’était jusqu’ici offerte sous la forme rudimentaire et peu pratique du quotient électoral; ses débuts ont été difficiles ; elle a eu à lutter à la fois contre la raillerie et contre des objections dont quelques-unes étaient sérieuses. Ses partisans ont méprisé l’une et tenu compte des autres ; ils se sont continuellement corrigés eux mêmes ; aussi l’idée a-t-elle progressé entre leurs mains et la voyons-nous aujourd’hui se présenter sous une forme beaucoup plus pratique et tout a fait digne de l'attention de ceux qui s’intéressent à la science.
- Dans son mémoire M. Ernest Na ville montre comment le principe de la majorité, une fois seul admis pour la désignation des représentants de la nation, peut conduire à des situations absurdes ou dangereuses. C’est un fait prouvé par l’expérience qu’une assemblée élue par la moitié plus une petite fraction du corps électoral, est susceptible déformer une majorité en opposition avec les opinions et les volontés de la majorité des électeurs. Il n’y a qu’un remède à ce mal, c’est de substituer dans l’élection au principe de la majorité le principe de la proportionnalité.
- De son côté M. Cantagrel a présenté à la Chambre le 25 novembre une proposition de loi tendant à ce que la Chambre soit la représentation exactement proportionnelle des opinions dü corps électoral.
- Le projet de M. Cantagrel est basé sur une sorte de quotient électoral.
- *
- * *
- L’in fsitrn et ion actne’le des Femmes en France. — Dans ce qu’on appelle les classes laborieuses l’ignorance des femmes est effrayante.
- La dernière statistique officielle, dressée pour 1875, montre que la proportion des jeunes épouses, complètement illettrées, est énorme.
- Presque partout, leur nombre est double du nombre des maris illettrés.
- Voici quelques chiffres indiquant le nombre des hommes et des femmes qui n’ont pu signer que d’une croix leur contrat de mariage :
- Départements HOMME3 Femmes
- *—H — _
- Basses-Alpes» 114 293
- Hautes-Alpes............ 37 133
- Alpes-Maritimes. ........ 374 715
- Ardèche.... . » 647 11421
- Ardennes... ».. » ......... 71 127
- Bouches-du-Rhône • 568 1.085
- Dans la Gôte-d’Or, département essentiellement républicain, on ne trouve que 54 époux illettrés et 108 femmes illettrées.
- Dans les pieuses Côtes-du-Nord, sur 4991 mariages conclus en 1875, on voit 2871 hommes sachant signer, 2220 totalement illettrés, 2378 femmes sachant signer et 2613 totalement illettrées.
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- V * ’
- tJn coînmbarium. — Un monument unique en son genre va être élevé à Milan. C’est un édifice cinéraire où l’on conservera les restes des personnes dont la dépouille aura été soumise à la crémation. Il sera construit dans le style étrusque, à côté du temple crématoire qui se trouve dans le cimetière de Miian. La municipalité ayant fait choix d’un architecte des plans ont été dressés pour réfection dê ce cinéraire qui aura i“,68 de hauteur et bm,50 de largeur, et qui renfermera 126 petites niches où seront déposés les ürneS funéraires
- Ii y aura aussi.soüs l’édifice, des catacombes qui pourront recevoir d’autres urnes de différentes dimensions.
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- Privilèges. — La statistique suivante est bonhe à faire connaitre. Elle a été donnée par le délégué Keufer au congrès du Havre.
- Il y a 92 établissements industriels religieux dans le département ae la Seine. 89 pour les jeuues filles et pour les garçons. Les jeunes filles occupées sont au nombre de 5,60Û et les garçons 331.
- La lingerie, la fabrication des fleurs, le confection, la broderie, la ganterie, la fabrication des tiges piquées, les sacs pour l’armée, le blanchiment sont les principales industries exploitées par les femmes.
- Ces innombrables maisons religieuses établies dans le département de la Sein** et en province, jouissent toutes de privilèges, sont dispensées de patentes. Ainsi, la Ville de Paris, fournit gratuitement, à une de ces congrégations, une maison, rue du Bac, d’une valeur locative de 300,000 fr. par an (1).
- Le conseil municipal, l’année dernière a invité M. le préfet à congédier ces dames. Elles y sont toujours.
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- Cafés <1© tempérance en Allemagne. —
- On écrit de Berlin :
- Chez nous comme ailleurs, les gens sérieux sont attristés de la multiplication démesurée des débits de boissons, alcooliques, favorisée par un article de la Constitution fédérale, que l’on accuse de souligner un peu trop exclusivement l’étroit point de vue commercial. Heureusement, on ne se contente pas de pousser des plaintes stériles. En effet, des hommes de bonne volonté ont entrepris d’ouvrir au beau milieu de Berlin dans l’abbaye des forgerons, une salle où on ne débite que dü thé, du café, du lait, du bouillon, de l’eau de soude; cet établissement, grâce à la bonne qualité et au bon marché de ses articles de consommation, s’est fait rapidement une grande clientèle.
- Les auteurs de cet essai ne visent, pas au gain, mais on peut espérer qu’ils feront leurs frais et qu’ils ne tarde -rcnt pas à doter d’autres quartiers de la ville d’établissements dü même genre. On applaudit de même à l’heureuse idée de quelques particuliers qui ont ouvert au public des « salons aux vaches, » où le matin et le soir un grand nombre d’adultes et d’enfants vont boire du lait tout frais, ou plutôt tout chaud.
- ESPAGNE
- Lelibéralisme et la démocratie espagnols penchent de plus en plus Vers l’idée de faire demander par leurs chefs les plus éloquents, Martos., Sagasta et Castelar, dans la prochaine session des Cortès, la liberté chassociatiôn pour tous, Sans exception. Dès l’ouverture de la législature, le cabinet Canovas sera interpellé par M. Martos sur la dissolution des Comités radicaux et progressistes et sur l’inexécution dü Concordat et des lois qui Ont supprimé en Espagne les ordres religieux non compris dans l’article 29 dudit Concordat de 1851. L’éloquente voix de M. Castelar s’élèvera aussi en faveur de la liberté d’association et de la liberté de conscience qui, déjà réduite à sa plus simple expression par la Constitution, se voit en outre menacée fort Sérieusement par près de 15 articles du Code pénal qui va être soumis à l'approbatiou des Chambres espagnoles.
- Origine clés jardins d’acolimatatioü
- L'honneur de la première idée des jardins botaniques et zoologiques appartient aux indigènes de l’Amérique.
- En effet, le premier jardin des plantes qui ait existé en Europe est celui de Padoue, fondé en 1733 par Bras-savola. Vinrent ensuite ceux de Pise (154*7), de Bologne (1567) et de Leyde (1577).
- Or on trouve dans uns lettre de Cortez à Charles Quint la description suivante de la ménagerie de Montézuma :
- « Dans une très belle maison, il y avait une grande cour, pavée comme nos églises, dans laquelle il y avait quantité de cases de 9 pieds de profondeur et de 6 pieds
- (1) Rapport de la commission départementale su« périeure de la Seine, chargée de l’instruction.
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- d’élévation, destinées chacune à renfermer des oiseaux de proie de chaque espèce, qu’on nourrissait avec des poules, et qui étaient logés de'manière qu’ils pouvaient à volonté aller au soleil et à l’air, ou se mettre à l’abri do la pluie* Cette espèce de ménagerie était encore composée de salles basses remplies de cages en bois destinées k renfermer des lions d’Amérique {puma), des des tigres, des léopards, des chats, des fouines de toute espèce, qu’on faisait vivre également de poules à discrétion. »
- Si l’on remarque quels sont les animaux que désigne Cortèz qu’une sorte de classification zoologique avait dû présider à leur distribution.
- LK CIlfiPiT POPULAIRE
- Dans nos nos du 7 et 14 novembre nous avons entretenu nos lecteurs des divers projets de Banques populaires qui ont surgi à Paris de différents côtés. Nous avons tout particulièrement signalé les efforts de M. Francesco Vigano et ceux de l’Union des Chambres syndicales parisiennes.
- Nous sommes heureux de pouvoir compléter ces renseignements en faisant connaître à nos lecteurs l’opinion de M. F. Vigano sur le projet de caisse centrale élaboré par l’Union des chambres syndicales. La voici telle qu’elle nous est communiquée par M.»Vigano lui-même :
- « Permettez que je vous ouvre mon cœur relativement à cette institution, qui tout en réalisant un progrès dans les banques ordinaires, me parait ne pas avoir tout à fait le droit de s’appeler popvJaire.
- 1° L’action de 500 francs payable à la souscription par un versement de 125 francs;
- 2° Le droit de voter reconnu à ceux là seuls qui possèdent vingt actions, et dans un cas spécial seulement à ceux qui en ont dix;
- 3° La puissance immense du Conseil administratif qui nomme le conseil d’escompte sans contrôle des censeurs;
- 4° L’immense quantité des opérations que la Banque peut faire, supérieure à celle de tous lès Crédits mobiliers actuels ;
- 5° La seule possibilité de la part de l’ouvrier et des petits artisans de faire des dépôts et de leur prêter sur leurs dépôts mêmes ;
- 6° La conséquente impossibilité à ceux-ci d’être représentés aux assemblées et bien plus encore de paraître dans les différents conseils ;
- Enfin d’autres considérations encore suggérées par les différents articles des statuts, me disent que le titre de Banque populaire, selon la signification que l’on donne à ce titre en Allemagne où il y en a des milliers, en Italie, en Belgique, etc., ne convient pas à cette grande banque.
- Elle est tout-â-fait, si je puis ainsi m’exprimer,un
- mouvement de haut en bas et par conséquent tout le centraire de ce mouvement de bas en haut qui augmente à chaque instant et qui sera le maître de l’avenir.
- On me dira que cette banque escomptera le papier des sociétés de secours mutuels, des syndicats ou vriers,des associations coopératives. C est, très bien. En raison de ces opérations cette banque mériterait d’être appelée « Banque d’escompte des associations populaires. »
- A mon sens, il aurait été mieux, comme je l’ai dit plusieurs fois, de commencer par instituer de vraies banques populaires autonomes où toutes les associations coopératives et tous les associés, ne fussent ils même porteurs que d’une seule action, auraient pu puiser à mesure des garanties, et cela, immédiatement, sans passer par 2 ou 3 degrés. Ces banques populaires, lors de leurs besoins d’argent, auraient pu demander des secours ou faire des emprunts à votre grande banque. Ce procédé a été celui de l’Allemagne et, d’une certaine manière, celui de l’Angleterre.
- Ainsi à Paris on va commencer par où l’on aurait dû finir,
- La grande banque que l’on propose répondra-t-elle aux exigences démocratiques? Elle fera, certainement des opérations utiles aux associés, mais je doute qu’elle ait spécialement le concours des classes dites populaires.
- Malgré cela je me félicite de ce projet de banque, car je tiens à reconnaître qu’il réalise tout de même un progrès.
- Francesco VIGANO.
- La formule de l’Kxcommunication,
- Voici le texte dé la formule d’excommunication, telle qu’elle est actuellement enregistrée à la chancellerie du Vatican :
- De l’autorité du Dieu Tout-Puissant, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, et des saints canons, et de la Sainte et Immaculée Vierge Marie, mère de Dieu, et de toutes les vertus célestes, anges, archanges, trônes, dominations, puissances, chérubins et séraphins et de tous les saints patriarches, prophètes et évangélistes, et des saints innocents qui, dans la vue de l’Agneau divin, sont seuls dignes de chanter un cantique nouveau, et aussi l’autorité des saints martyrs et des saints confesseurs, et des saintes et de tous les saints ensemble, avec les autres élus de Dieu.
- Nous excommunions et anathématisons ce malfaiteur qui se fait appeler (ici le nom de la personne excommuniée), et nous le consignons hors du seuil de la Sainte-Eglise de Dietl.
- Que Dieu le Père, qui a créé l’homme, le maudisse ! Que le Fils de Dieu, qui a souffert pour l’homme, le maudisse ! Que le Saint-Esprit, qui nous régénéra parle Baptême, le maudisse ! Que la sainte Croix, sur laquelle
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- le Christ monta pour notre salut et triompha de ses ennemis, le maudisse !
- Que la sainte et éternelle vierge Marie, mère de Dieu, le maudisse ! Que saint Michel, l’avocat des saintes âmes, le maudisse ! Que tous les anges et archanges, principautés et puissances, et toutes les milices célestes le maudissent !
- Que la glorieuse phalange des patriarches et des prophètes le maudisse! Que saint Jean précurseur, qui a baptisé le Christ, k que saint Pierre, saint Paul et saint André, que tous* les apôtres ensemble, ainsi que les autres disciples du Christ et que les quatre évangélistes dont les prédications ont converti l’univers, le maudissent ! Que la sainte et merveilleuse cohorte des martyrs et confesseurs, qui. par leurs bonnes oeuvres,ont trouvé grâce devant Dieu, le maudissent !
- Que les choeurs sacrés des vierges qui, pour la gloire de Jésus-Christ, ont méprisé les vanités de ce monde, le maudissent !
- Que tous les saints qui du commencement de ce monde à la fin des siècles seront aimés de Dieu,le maudissent !
- Que le ciel et la terre et toutes les choses saintes qu’ils renferment le maudissent!
- Qu’il soit maudit partout où il sera, dans sa maison, à la campagne, sur le grand chemin, dans les sentiers, dans ies bois, dans l’eau, et même s’il entre à l’église !
- Qu’il soit maudit pendant sa vie et à l’heure de sa mort!
- Qu’il soit maudit dans chacune de ses actions : quand il mangera ou boira, quand il aura faim ou soif ou qu’il jeûnera, quand il dormira, sommeillera ou veillera; quand il marchera ou s’arrêtera, s’assiéra ou se couchera ; quand il sera au travail ou au repos ; quand il satisfera ses besoins naturels (!) ; quand il s’abandonnera à la volupté (sic), et même quand il perdra son sang a la suite d’une blessure !
- Qu’il soit maudit dans toutes les facultés de son corps !
- Qu’il soit maudit dans tout ce qui constitue son être, intérieurement et extérieurement.
- Qu’il soit maudit dans ses cheveux et dans son cerveau !
- Qu’il soit maudit dans son crâne, dans ses tempes^ dans son front, dans ses oreilles, dans ses sourcils, dans ses yeux, dans ses joues, dans ses mâchoires, dans son nez, dans ses grosses et petites dents, dans ses -lèvres, dans sa gorge, dans ses épaules, dans sa chair, dans ses bras, dans ses mains, dans ses doigts, dans sa poitrine, dans son cœur, dans son estomac, dans ses entrailles, dans ses reins, dans ses aînés, dans ses cuisses, dans ses parties génitales, dans ses hanches, ses genoux, ses jambes, ses pieds, ses ongles !
- Qu’il soit mauait dans toutes les jointures et articulations de ses membres ! Que, du sommet de sa tête à la plante de ses pieds la maladie ronge son corps !
- Que le Christ, fils du Dieu vivant,le maudisse de toute sa puissance et de toute sa majesté !
- Et puisse le ciel, et toutes les puissances qui y agissent, s’élever contre lui pour le damner, à moins qu’il ne se repente et ne nous accorde toutes les satisfactions voulues.
- Amen, ainsi soit-il ; ainsi soit-il, amen.
- Que tout cela est charitable !
- FEMMES PATRIOTES
- Mme de Montrésor a fait à Châteauroux une conférence sur les devoirs de la femme dans la société, de laquelle nous détachons et passage :
- La femme est capable de tous les dévouements ; c’est du reste sa vertu. Voyez en 70, cette Alsa-
- | cienne, une Strasbourgeoise, Mme Quinet, qui après [ avoir tout perdu, famille, fortune, position, s’étàit faite présidente des ambulancières à Strasbourg (depuis receveuse d’un bureau du chemin de fer de Vincennes à Paris, et décorée de la médaille), et cette artiste dont on ne peut trop louer le dévouement dé-sinterressé à son pays, Mlle Lyx, lieutenant des francs-tireurs dans les Vosges, en 70 (depuis receveuse des postes à la Marche, Vosges) et qui refuse une épée d’honneur qu’on lui offre en 72. Qui ne connaît pas ses actes de courage, son énergie pendant les jours d’abaissement de la France, justifié de honte et de larmes.
- Et en novembre 1870, cette autre Alsacienne, la fille d’un instituteur, près Strasbourg, qui, après avoir vu tomber son père, sa mère et son frère sous les balles prussiennes, entre un jour dans un hôtel où se trouvaient attablés ceux qui avaient tué sa famille ; elle marche droit à l'officier qui avait commandé le feu, puis, froidement, sans trembler, s’approche de lui, et, de dessous les haillons qui la couvrent à peine, tire un poignard, le dégaine et frappe cet officier. Séance tenante, un conseil de guerre est formé et condamne à mort cette jeune fille, ce Sublime courage. Le soir de ce môme jour, six grenadiers prussiens fusillaient cette femme qui tombait en criant : Vive la France !
- Voilà de grands cœurs.
- Ce n’est, du reste, que dans les grands cœurs que l’on fait vibrer la fibre patriotique. Les femmes capables de telles actions n’ont-elles pas droit à notre respect, à notre admiration ? Toutes les époques néfastes ont leurs héroïnes. Le quinzième siècle en compte deux : Jeanne d’Arc, brûlée vive à Rouen, le 30 mai 1431, dont le souvenir radieux brille d’un si vif éclat dans les annales de la vieille France chevaleresque; la seconde à Beauvais,en 1472, Jeanne Hachette, dont le souvenir glorieux resplendit, malgré les ténèbres dont l’ignorance et l’ingratitude l’ont longtemps entouré.
- Réhabilitai ion dos Indiens du Guatemala
- •
- M. Félix Beîly, courageux voyageur et savant distingué. après avoir consacré dix ans de sa vie à étudier l’Amérique centrale, au point de vue des relations commerciales et des mœurs des habitants, a consigné en deux gros volumes in- 8°, toutes les observations "qu’il a faites sur cette riche contrée du Nouveau-Monde.
- Or, voici ce qu’a observé M. Belly : « Les Indiens de Guatemala ne fument pas. Ayant échappé ainsi aux ravages du plus grand des fléaux modernes, ils se sont conservés intacts dans toute la précision de leurs facultés primitives. »
- « Eu hommes sérieux, ils préfèrent le travail, ont beaucoup d'ordre et de discipline intérieur ; ; dans
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- leurs villages, rayonnent l'amour de la famille, la bonté sans réserve et l’hospitalité sans bornes. C’est dans le Guatemala que sont concentrés les débris des grandes nations qui possédaient, il y a quatre siècles, une civilisation supérieure à celle de l’Europe. Tous les voyageurs reconnaissent à ces Indiens calomniés les plus rares aptitudes. Ils sèment le blé, tissent la laine et le coton, fabriquent la faïence et des ouvrages d’art pleins de goût, punissent le vol et la fraude et possèdent à un haut degré le sens musical. La plupart de leurs visites à la ville principale n’ont pour but que de se procurer des ivres, des dessins, des instruments de travail ou de musique, et souvent des violons. •
- (Tome 1er p. 164.)
- SI L’ON NE FUMAIT PAS
- Transportons-nous, par la pensée, à l’époque où l'on ne fumera plus. Eh bien 1 alors, la richesse et le bien-être des populations devront-être notablement améliorés ; car si on additionne les préjudices causés par les incendies à la charge des fumeurs, par les maladies dues au tabac, par le temps perdu pour fumer, par l’armée des contrebandiers de terre et de mer occupée à introduire frauduleusement du tabac en France, par l’armée de douaniers à pied et à cheval chargée de réprimer la contrebande, etc. nous trouvons que le tabac cause annuellement un préjudice de plus de 300 millions... D’autre part, n’est-il pas déplorable de consacrer près de vingt mille hectares de nos meilleures terres pour produire, à grands frais, du poison et de la fumée empoisonnée, et cela, alors que la quantité d’aliments est insuffisante pour nourrir convenablement les hommes et les animaux 1..
- Voici une objection peu sérieuse donnée pourtant très-sérieusement : Que deviendraient les 50,000 personnes occupées à la culture, à la fabrication, à la vente du tabac ?
- Je réponds : Pour cultiver du blé, des pommes de terre, des betteraves et autres plantes utiles ; en fabriquer, en vendre les produits, il faut aussi beaucoup d’employés. Toute la différence c’est que, dans le premier cas, les travaux se dissipent en fumée, et que dans le second, on obtient des aliments et autres matières contribuant au bien-être général.
- Mais la question argent, fiscale, peut-elle être mise en parallèle avec l’hygiène et la morale 1 Quel est le malade; l’infirme comblé de richesses, qui ne préférerait de beaucoup la santé de l’esprit et du corps à toutes ces richesses ?...
- Donc, en combattant l'abus du tabac, nous combattons l’un des principaux obstacles à la prospérité du pays et au bien-être de la grande famille humaine*. Dr Decroix.
- Distribaüon des animaux à la. surface da GSTolbe.
- On se figure assez volontiers la distribution des animaux comme étant subordonnée au degré de rapprochement ou d’éloignement où les diverses contrées de l’équateur se trouvent.
- C’est une erreur.
- M. Emile Blanchard a constaté que se sont les degrés de longitude et non ceux de latitude qui établissent et limitent les différences des zones. Ainsi nous voyons, dit il, que de 3 en 3, ou de 4 en 4 degrés de longitude, en allant de l’est à l’Ouest et vice-versa, il y a un fréquent changement de régions zoologiques ou botaniques, tandis que, du nord au sud, dans le sens de la latitude, il n’y a en général que les grandes divisions, dépendant de l’étendue des tropiques et des grands I cercles parallèles.
- SUEZ ET PANAMA
- U y a moins de cinquante ans, lorsque de toutes parts on se lançait dans la construction des chemins de fer, que de vues pessimistes n'ont pas été présentées ! Que de fâcheuses prédictions sur le succès n’ont pas été faites ! Les timides, ceux qui craignent de se noyer dans un verre d’eau; les détracteurs, ceux qui ne voient de bien que ce qu’ils font eux-mêmes,n’annonçaient que ruines et catastrophes aux* entrepreneurs Cependant les ruines et les catastrophes ne sont pas venues. Le trafic a quadruplé, quintuplé ; une masse de richesses enfouies ont été mises en activité et le mouvement du jour engendrant constamment le mouvement du lendemain, nous avons vu la consommation stimulée par la production grandir avec celle-ci dans des proportions inattendues.
- Lorsque M. de Lesseps entreprit le percement de l’isthme de Suez, que d’adversaires ce projet ne rencontra-t-il pas 1 que de pronostics plus sombres les uns que les autres ne fit-on sur la réussite de l’entreprise 1 Et cependant le canal a été creusé^ les sombres pronostics se sont évanouis devant les résultats les plus évidents, et l’Angleterre elle-même qui avait moins que foi dans l’œuvre mais qui est toujours habile à profiter des avantages qu’elle rencontre,l'Angleterre est devenue à quelques actions près la propriétaire principale des valeurs du Canal de Suez.
- Cette double expérience : (la construction des chemins de fer et le percement de l’istnme de Suez,) facilitera la tâche de M. de Lesseps dans sa nouvelle entreprise. Chaque jour lui apporte les adhésions des hommes impartiaux les plus capables et les plus actifs et, tout récemment encore, M. Nouette-Delorme dont la haute compétence financière est Incontestable, a payé au projet de M. de Lesseps, le
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- LE DEVOIR
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- tribut d’un hommage bien sincère et, du reste, bien mérité. Le Canal de Panama sera fait et là aussi le succès est certain.
- Le Canal de Suez a eu pour but d’éviter à la navigation le tour de l’Afrique, le détour du cap de Bonne Espérance.
- Le Canal de Panama lui évitera le tour de l’Amérique Méridionale et le détour du Cap Horn. En prenant une moyenne de distance, l’éloignement qui existe de San-Francisco à Liverpool, Nantes, le Havre et Anvers, est actuellement de 5.000 lieues ; le Canal de Panama réduira cet éloignement à 1.500 lieues. Il faut aujourd’hui quatre mois pour faire le voyage, avec le Canal de Panama un seul mois suffira.
- Le Canal de Suez débouche sur une mer inaccessible aux voiliers.
- Le Canal de Panama sera accessible aux voiliers tout aussi bien qu’aux vapeurs.
- Le Canal de Suez n’avait pas son matériel de circulation tout prêt lorsqu’il a été ouvert à la navigation .
- Le Canal de Panama l’aura sous la main dès le premier jour.
- Le canal de Suez a été commencé, poursuivi et achevé, alors que l’argent était très cher. La rente française était capitalisée à 5 0/0 ; Les meilleures valeurs à 6 0/0 ; les valeurs étrangères à 7 et 8 0/0. Le taux de l’Escompte à la Banque de France était de 4 à 10 0/0.
- Le canal de Panama se trouve dans de meilleures circonstances. Le capital abonde. Cent milliards ont été jetés en 40 ans dans les chemins de fer. La vapeur est appliquée partout : l’outillage de toutes les industries est perfectionné. Les flottes sont refaites et chaque jour les capitaux déjà surabondants pour les entreprises s’accroissent des produits de la restauration industrielle dont le monde entier nous donne le spectacle. Ainsi les rentes en Europe, dans les grands Etats, sont capitalisées entre 3 et 3 1/2 0/0. Les bonnes valeurs produisent 4 0/0. Le taux de 5 0/0 est à la dernière limite de la cherté de l’argent. L'Escompte est en proportion.
- Si donc la première œuvre a réussi dans les conditions que nous venons de dire, à plus forte raison peut on affirmer que la seconde aura plein succès.
- Le canal de Suez, long de 164 kilomètres a coûté 450 millions, c’est-à-dire 2.743.000 fr. le kilomètre.
- Le canal de Panama,selon l'évaluation du congrès international de 1879, devrait coûter 1 milliard 70 millions de francs, soit 14.659.000 f. par kilomètre, Ce chiffre, selon l’estimation de MM. Couvreux et Hersent, les constructëurs du canal de Suez,serait réduit
- non compris les frais de constitution, l’achat de la concession, les intérêts et les frais d’administration à 600 millions, 700 millions au plus, c’est-à-dire à environ 10 millions par kilomètre.
- Pût on ajouter 50 millions ou 100 millions pour l’imprévu, il n’y aurait pas lieu de s’effrayer de la rotondité de ce chiffre.
- En effet, le trafic normal officiel du canal a été estimé devoir être de six millions de tonnes dans les premières années ; mettons cinq millions au lieu de six.
- Admettons un capital action de fr. Et un capital obligations de. . .
- Nous avons........................
- 300.000.000 »» 500.Û-0.000 »»
- 8u0.0Uo.UUu »»
- Les cinq millions de tonnes à 15 francs l’une rapporteront..................
- Les charges seront pour l’intérêt et l’amortissement des huit cent millions à raison de 5 fr. 75 0/0. , 46.000.000 »»
- o 0/0 au gouv1. colombien sur les recettes brutes. . 3.750.000 »»/
- Garantie au chemin de fer. 4.000.000 »»| Réserve statutaire .... 2 000.000 »»
- Frais d’exploitation. . . . 6.000.000 »»
- 75.000.000 »»
- 61.750.000 »»
- Différence......... 13.250.ÛÛ0 »»
- Cette somme de 13.230.000 fr. représentant l’excédant des recettes sur les dépenses, serait à distribuer comme
- suit :
- 10 0/0 Aux fondateurs................... 1.325.000 »»
- b O/0 Aux bénéficiaires................ . 662.500 »»
- 5 0/0 A l’administration ............... 662.500 »»
- 80 0/0 Aux actionnaires................. 10.600.0-0 »»
- Total égal fr. . . . 13.250.000 »»
- Cette distribution qui n’a rien d’exagéré porte la part de chaque action à 17 francs et, avec l’intérêt relaté d’autre part, à 42 francs.
- A coup sûr, cette entreprise n’est pas h l’abri de chances qui peuvent modifier les résultats, ou plutôt les probabilités approximatives qui ont été faites de ces résultats. Mais on peut dire néanmoins que le terrain sur lequel on a établi ces probabilités est beaucoup plus solide que celui sur lequel on se lançait il y a 50 ans en construisant, ainsi que nous l’avons dit en commençant, les voies ferrées que nous possédons aujourd’hui. Puis nous avons, répétons-le aussi, le précédent du canal de Suez et son succès. Enfin cette entreprise étant confiée aux soins d’entrepreneurs qui ont si loyalement mené à bien, non-seulement l’achèvement du canal de Suez, mais encore la régularisation du Danube et le creusement du Port d’Anvers, on peut bien supposer que l’affaire de Panama est en bonnes mains et que croire au succès n’est pas se montrer trop optimistes.
- Un dernier mot.
- Panama est une affaire d’intérêt général aux destinées de laquelle sont conviées toutes les nations. A ce point de vue comme au point de vue politique, ce n’est donc pas une entreprise exclusivement française ; mais au
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- point de vue moral, le nom de M. de Lesseps lui donne l’empreinte française.
- Au point de vue du bénéfice, nous voudrions bien voir la France laisser un peu de côté son esprit chevaleresque en se taillant une part suffisante dans les produits. Sans doute la gloire pour la gloire est une belle chose... en théorie ; mais en pratique cela coûte fort cher parfois, et nous réclamons pour notre pays, avec le droit de se mettre au service des grandes idées, des généreuses conceptions, des vastes entreprises, celui non moins équitable d’en retirer de légitimes profits. Le Canal de Suez est certainement une jolie source de revenus et contribue pour une portion assez notable à notre prestige lointain : mais nous croyons qu’il eut pu nous être plus profitable encore sans diminuer notre prestige, si nous ne nous étions pas laissé couper l’herbe sous le pied par l’Angleterre dans l’achat des actions du Vice Roi d’Egypte. Que la leçon ne soit pas perdue et, dans tous les cas. faisons de notre mieux pour que l’on ne nous applique point le : Sic vos non vobis melUficalis apes !
- C. P. MAISTRE.
- Instabilité des Ministères Monarchiques.
- Les journaux monarchiques ont souvent épilogué sur l’instabilité des ministères de la République. Voici un peu de statistique qui les apaisera peut-être :
- De 1830 à 1840, durant les onze premières années de Juillet, on fit et défit dix-neuf ministères, dont la durée moyenne fut de 215 jours.
- Le premier ministère Laffite dura Séjours, le second, 75 jours. Le ministère Brogiie-d’Argout vécut 16 jours. Enfin, il y eut un ministère Bassano qui fonctionna juste huit jours ..
- Voici, du reste, la désignation de quelques-uns de ces cabinets éphémères :
- 11 août 1830, Provisoire, 82 jours.
- 2 novembre 1830, Laffite, 53 jours.
- 27 décembre 1830, Laffite, 76 jours.
- 11 octobre 1832, Soult Guizot, 75 jours.
- 25 décembre 1832, Soult-Broglie, 459 jours.
- 4 avril 1834, Soult-Thiers, 105 jours.
- 18 juillet, Gérard, 124 jours.
- 10 novembre 1834,Bassano, 18 jours.
- 28 novembre 1834, Mortier, 123 jours.
- 1836, Broglie-Agoult, 42 jours, etc., etc.
- Qu’en pensent les orléanistes ?
- Plusieurs ministères de la présidence et du dernier empire n’ont pas été plus longs.
- Le ministère du 31 octobre 1850 tomba le 9 janvier suivant. Le cabinet Faucher Buffet vécut du 10 avril au 14 octobre 1851. Plus près de nous M. Pinard fut au pouvoir du 14 novembre 1867 au 17 décembre 1868. M. Emilè Ollivier du 2 janvier au 10 août 1870 et M Pa-likao du 10 août au 4 septembre 1870, seulement 25 jours.
- Prodiges de la Science
- Le photophone fait en ce moment le tour de nos sociétés savantes. Présenté d’abord à l’Académie des sciences et à la Société d'encouragement pour les sciences par M. Bréguet, il l’a été à la Société des ingénieurs civils par M. Armengaud jeune. La description de cette merveilleuse invention a déjà été faite à nos lecteurs ; il est inutile d’y revenir, M. Armangaud a signalé quelques-unes des applications qu’on en pourra faire des maintenant. Rien n’est plus extraordinaire.
- On sait que le photophone transforme en vibrations lumineuses les vibrations sonores et réciproquement. Il en résulte que toutes les vibrations de la lumière peuvent se noter par des sons, exactement comme un morceau de musique.
- Ainsi Graham Bell fit ses premières expériences sur un rayon solaire ; des nuages venant à s’interposer modifiaient la lumière et ces modifications se traduisaient par des sons de son instrumen t.
- Un jour qu’il causait avec M. Janssens, l’éminent directeur de l’observatoire de Meudon, l’idée vint à Graham Bell d’utiliser le photophone pour les observations du soleil.
- On sait qu’il se produit sur la surface du soleil des taches dont le nombre et l'intensité varient. Ges taches modifiant nécessairememeut la lumière solaire auront pour effet de produire dans le photophone des sons qu’on n’aura qu’à noter.
- Des poètes, des astrologues et même le grand Képler ont parlé du chant des planètes : grâce à Bell, on aura le chant du soleil.
- Peut être aura-t-on aussi plus tard le chant des planètes.
- D’après M. Armengaud, dont l’opinion mérite d’être méditée, l’invention du photophone a mis le monde savant à la piste d’une autre invention plus surprenante encore.
- L’image des objets nous arrive aux yeux par les rayons lumineux, de sorte que si l’on parvenait à transporter ces rayons à distance, nous pourrions voir les objets les plus éloignés. M. Armengaud assure que le problème est déjà résolu théoriquement : il ne reste plus qu’à trouver l'instrument par lequel on le résoudra dans la pratique. Et les savants sont si sûrs dele trouver, cet instrument, qu’ils lui ont déjà donné un nom tèlestros-cope.
- De Paris on verra par le télestroscope une personne placée à New York ou sur n’importe quel point de la terre.
- Ainsi, par le temps qui court, la science peut dire qu’elle rivalise de hardiesse avec les plus riches imaginations de poète. Celui qui eut parié do télestroscope il y a 30 ans eut été enfermé comme fou.
- Le Directeur-Gérant : GODIN.
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- VIENT DE PARAITRE
- MUTUALITÉ SOCIALE
- ET
- ASSOCIATION DU CAPITAL ET DU TRAVAIL
- ou
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- Par la consécration du droit naturel des faibles au nécessaire et du droit des travailleurs à participer aux bénéfices de la production
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- Saint-Quentin — lmp. de la Société anonyme du Glaneur
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- DIMANCHE 19 DÉCEMBRE 1880
- 3e ANMÉE, TOME 4 — N° 119 ie numéro hebdomadaire 20 c.
- Le Devoir
- BUREAU
- A-GUISE (Aisne)
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GOBIN Directeur- Gérant Fondateur du Familistère
- RÉFORMES SOC
- -ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE
- par renvoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France
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- S’adresser à M. LEYMARIE administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- L’instruction publique base de la direction dans la société. — Association du Familistère. — Faits politiques et sociaux. — Quatrième Congrès ouvrier.— Nouvelles diverses. — Catéchisme d'un révérend. — Banque populaire genevoise. — La paix et' Vintérêt des ouvriers. — Le droit des femmes aux Etats-Unis.— L'Irlande. — Bibliographie. — Variétés.
- L’INSTRUCTION PUBLIQUE, BASE DE DIRECTION DANS LA SOCIÉTÉ
- XVII
- Le but de ce chapitre est d’établir que l’instruction publique doit servir de base à la bonne organisation des fonctions et des directions dans la société, et particulièrement à la composition et à la constitution du gouvernement du pays.
- Mais avant d’aborder ces questions supérieures, examinons l’instruction publique comme simple fait de mutualité sociale, et voyons sur quel principe de droit naturel repose ce fait de ^Mutualité.
- Nous avons vu comment, au nom du droit naturel à l’existence, les hommes se doivent Mne mutuelle protection pour leur propre conservation; comment il est du devoir social d'assurer la satisfaction des besoins du corps à
- ceux qui ne peuvent par eux-mêmes se procurer le nécessaire.
- Mais la mutualité sociale comprend d’autres devoirs que ceux imposés par les besoins matériels. A côté des exigences du corps, il y a les exigences de l’esprit. Si d’abord l’homme doit être nourri, vêtu et en plénitude de santé pour remplir utilement son rôle dans la société, il lui est tout aussi nécessaire d’être instruit, éclairé, et bien développé pour que son rôle dans la vie soit rempli intelligemment et avec profit pour tous, car c’est surtout lorsqu’elle est guidée par l’intelligence que l’activité de l’homme devient profitable.
- Quiconque manque des notions nécessaires à la bonne compréhension de son travail et au rôle qu’il a^ à remplir, n’est qu’un incapable compromettant ce qui est soumis à son action.
- Le devoir et l’intérêt social nous imposent donc de développer en chaque individu les facultés natives par une instruction appropriée à ces facultés.
- Faire des citoyens utiles aux autres autant qu’à eux-mêmes, tel est le but supérieur que doit se proposer l’Etat dans la distribution de l’instruction publique.
- - Cela suppose une organisation de l’enseignement fort différente de celle qui a existé jusqu’ici. Cela comporte, en outre, une connaissance plus vraie des besoins de l’esprit humain, de la diversité des intelligences et des aptitudes et, par conséquent, de la variété de l’enseignement à distribuer.
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- ïiE DEVOIR
- Constatons ici que les erreurs professées jusqu’à ce jour par la plupart de ceux qui se sont occupés du développement de l’esprit humain, sont un obstacle à l’organisation d’une bonne instruction publique.
- Sous l’empire d’idées préconçues concernant l’égalité des facultés individuelles, idées que les faits et l’a nature démentent, on a prétendu que l’abandon des intelligences dès le jeune âge était la cause principale des différents degrés de développement intellectuel; que par l'instruction on pourrait élever tous les hommes aux mêmes connaissances. Partant de là, on a créé des lycées, des collèges conçus partout presque d’après les mêmes plans, différant peu dans leurs programmes, enseignant à peu près tous des langues et des sciences dont quatre-vingt-dix-neuf élèves sur cent ne font nul usage après leur sortie des classes.
- Il est nécessaire qu’on reconnaisse ce qu’il y a d’erronné dans ces procédés d’enseignement, dans cette organisation de l’instruction publique, laquelle est aussi contraire aux vœux de la nature qu’au proprès et à L’intérêt social.
- Ce qu’il faut, c’est donner à l’élève le genre d’instruction qui convient à ses aptitudes et à sa vocation; c’est cultiver ses facultés naturelles, de manière à l’élever au degré de capacité auquel il peut atteindre.
- En agissant ainsi, on fera dé tous les individus des citoyens utiles à la société dans la mesure de leurs forces, au lieu de les condamner à s’atrophier dans l’étude de connaissances pour lesquelles ils n’ont ni goût ni aptitudes, et dont ils ne savent tirer aucun parti.
- L’instruction ne fait pas l'homme. Elle lui vient seulement en aîde dans le libre usage qu’il fait de sa volonté pour avancer dans la voie du progrès, c’est-à-dire dans la voie du bien.
- Pour que l’instruction soit efficace, il ne faut donc pas qu’elle impose à l’individu un fardeau que celui-ci est incapable de porter. Il faut qu’elle soit pour lui une adjonction de forces qui l’aideht à faire le meilleur usage possible de ee dont il dispose.
- La vie générale se compose d’une variété infinie de fonctions. La société humaine ne peut échapper à cette loi universelle. Aussi les
- hommes naissent-ils tout différents les uns des autres au physique comme au moral. Chaque individu apporte en naissant l’acquis moral et intelligent qu’il s’est fait, sa propre valeur est la résultante de ses actions, ses facultés sont les conséquences de son travail. Les hommes naissent avec des aptitudes, des facultés, des goûts et des vocations en rapport avec les fonctions à remplir, avec le-travail correspondant aux besoins de la vie.
- Si l’on veut tirer de l’homme le parti le plus profitable à lui-même et aux autres, il faut donc le voir tel qu’il est au sortir des mains de la nature, et chercher à l’utiliser avec ses forces et ses facultés natives.'
- Cultiver tous les terrains de la même façon sans leur faire rapporter les produits à la fructification desquels chacun d’eux est le plus propre, est le moyen de ne rien obtenir de bon. Il en est de même de la culture de l’esprit humain par l’instruction.
- Il .faut que l’instruction publique soit accordée à tous sans exception, de manière à utiliser les aptitudes et les facultés de chaque enfant, à mettre en évidence la puissance intellectuelle et morale de chaque élève.
- C’est tout un changement de système qui brise avec l’enseignement universitaire. Au lieu de cet enseignement uniforme ou se perdent les neuf dixièmes des facultés de la jeunesse, il faut ouvrir des écoles spéciales aussi variées que les aptitudes, les facultés et les fonctions des individus dans la société.
- Il faut que ces écoles spéciales distribuent un enseignement en rapport avec tous les besoins de la société moderne.On permettra ainsi à chacun des citoyens de se livrer aux travaux auxquels la nature l’appelle, en raison même des aptitudes dont il est doué.
- Au point de vue du développement des capacités et de leur bonne utilisation à la direction et au gouvernement des affaires en général, l’organisation de l’instruction publique n’est plus une simple question de pédagogie,ç’estun problème qui touche intimement au perfectionnement des directions dans la société.
- L’expérience autant que la raison nous indiquent que c’est à l’intelligence, à la capacité, au savoir et au mérite moral que doit être con-
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- LE DEVOIR
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- fiée la direction des affaires humaines, si l’on veut que celles-ci soient bien conduites.
- Il n’en pourra être ainsi tant que le discernement de la valeur individuelle ne se fondera que sur des faits accidentels.
- Le vrai mérite 11e peut s’établir que par la constatation continue et régulièrement faite de la valeur de l’individu.
- Or, ce discernement des facultés, des aptitudes, des vocations et des mérites ne peut se faire si l’élève n’est suivi avec attention dès son enfance.
- La mise en lumière des valeurs individuelles exige :
- 1° Une bonne organisation des écoles publiques à tous les degrés de l’enseignement ;
- T L’instruction mise en accord avec les fonctions et les carrières civiles, industrielles et commerciales, de façon à permettre le dévelop peinent de toutes les aptitudes spéciales ;
- 3° Le classement-des élèves par le concours et l’élection, depuis décote primaire jusqu’aux degrés les plus élevés de l’enseignement ;
- 4° Le concours et l’examen faits devant un jury compétent;
- 5° L’élection par les élèves mêmes sanctionnant ou écartant les décisions du jury..
- Tel est le principe de direction scolaire qui permettra dans l’avenir l’essor et le développement des facultés et des vocations individuelles, et, en même temps, le discernement de la valeur et du mérite de chacun, sauf à respecter la liberté' de tout homme de chercher, à sa guise, d’autres moyens de s’ouyrir une carrière.
- Par l’instruction publique ainsi constituée, les mérites individuels seront mis en évidence dès le jeune âge, et la société saura où trouver les capacités dont elle a besoin.
- D’un autre côté, le suffrage universel, habitué à s’exercer dès l’école, aura en face de lui des candidats connus pour ce qu’ils valent réellement, et à qui le mensonge et l’hypocrisie seraient à la fois inutiles et impossibles.
- Alors les capacités et les mérites nécessaires au bon fonctionnement de la chose publique et de tous les intérêts seront facilement recrutés, et la constitution des pouvoirs dans l’Etat
- sera loin d’offrir les mêmes embarras qu’au-jourd’hui.
- J’examinerai, dans un autre chapitre, l’application de ce système.
- ÇA suivre) GODIN
- ERBATA
- ASSOCIATION DU FAMILISTÈRE
- Mme G ovin, concierge, est adjointe, en raison de ses bons services pour une somme de 50 fr. à la liste des personnes récompensées.
- FAITS POLITIQUES & SOCIAUX DE LA SEMAINE
- FRANCE
- Travaux des Chaiabres. — La Chambre a continué-* Ja discussion du budget de 1881 et a adopté les derniers articles de l'amendement de M. Bris-son, tendant à appliquer le droit commun aux congrégations en matière d’impôt. Parmi ces articles figurent des dispositions très importantes qui donneront a l’Etat le moyen d'exercer une surveillance efficace sur les Ordres religieux.
- L’article 7, le plus significatif, oblige les congrégations à déposer, dans les trois mois de la" promulgation de la loi, leurs actes de constitution ou, à défaut," une déclaration circonstanciée sur leur forme, leur objet, le nom-nre et la qualité de leurs membres. Elles seront tenues en outre de faire, chaque année, une déclaration supplémentaire indiquant les modifications survenues dans la composition de la corporation. Les articles 8 et 9 du projet assurent l'exécution de ces disposition-, le premier, en autorisant les agents de l’enregistremeuf et des contributions directes à se servir de tous les genres de preuves admis par les lois pour constater Pexisteu.ee de fait des congrégations que le fisc veut atteindre; le second en stipulant que les actions et poursuites, s’il y a lieu, pourront être dirigés non-seulement contre le supérieur, mais encore contre chacun des membres de la communauté. .
- Cette discussion très • épineuse du régime fiscal des congrégations une fois terminée, la Chambre a continué la discussion du budget des recettes.
- Elle a aussi voté un crédit de 300,000 fr pour une exposition internationale de 1 électricité et un congrès des électriciens. Voilà de l'argent bien employé.
- Le ministre de l'instruction publique a déposé un projet de loi qui exige des directeurs, professeurs et surveillants des établissements libres d’enseignement secondaire, le grade de bachelier, et pour les établissements primaires le bre~et de capacité. Le directeur serait en outre tenu de se soumettre à uu examen spécial devant un jury d’Etat pour constater sa compétence au poiut de vue professionnel et pédagogique. Enfin, en cas d’enseignement contraire à la morale et aux rois, l’école libre pourrait être fermée par décision du conseil acadé* mique.
- ¥ ¥
- ^yîidîeais ouvorler». — La commission r lative aux syndicats professionnels, réunie sous la présidence de M, Floquet, a entendu. M. Limousin, di-
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- LE DEVOIR
- recteur de la « Revue du mouvement social• »M. Limousin a récla-né pour les associations de personnes de même profession ou unions de métiers le droit d’ester en justice, qu’il distingue de la personnalité civile absolue, laquelle pourrait amener le rétablissement de la propriété de mainmorte. Les syndicats pourraient d’ailleurs posséder sans danger cette persouuaiiié en se conformant aux prescriptions des lois sur les sociétés commerciales et civiles M. Limousin a réclamé eu outre l'introduction dans le nouveau projet de loi. de l’article 4 de la proposition faite par M. Lockroy en 1870. Cet article reconnaissait, dans le but d’établir la paix dans l’industrie, la valeur de contrat civil aux conventions intervenues entre un syndicat de patrons et un syndicat d’ouvriers pour établir les conditions d’emploi des membres d’une association par e ux de l’autre.
- 14. Limousin a, en outre, traité la question des atteintes qui pourraient être portées à la liberté individuelle du travail et critiqué les art. 414,415 et 416 du code pénal,qui peuvent rendre nulle la lui que l’on va faire et qui, en- outre, ne peuvent empêcher, par exemple, l'interdiction des machines par une association d’ouvriers et beaucoup d’autres abus.
- M. Madier de Montjau a remis à la commission une lettre émanant des syndicats de Valence, demandant que la réunion de plusieurs syndicats en un seul fut autorisée sur la demande des membres du syndicat du commerce et de l’industrie. Trois membres de ce syndicat seront entendus lundi par la commission.
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- La Loi snr les écoles manuelles d’apprentissage, votée sur toute la ligne, est promulguée à l’officiel du 22.
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- IL m commission ouvrière. — Le congrès ouvrier du Piavre, dans sa dernière séance, avait £ décidé qu’une commission exécutive serait enargée de donner suite aux résolutions votées et cfe préparer le cinquième congrès ouvrier qui doit se tenir à Paris, vers septembre 1881.
- Il avait été décidé, en outre, que cette commission serait composée de quatorze membres, dont sept seraient pris dans la délégation des départements, et sept seraient nommés par la délégation parisienne. Les sept représentants des sjmdicats de province ont été nommés séance tenante par le congrès. Les sept membres des syndicats ouvriers de Paris viennent d'être élus/iaas une réunion de la délégation parisienne, tenue au siège des typographes, 15, rue de Savoie.
- Ou été nommés : la citoyenne Keva ; les citoyens A. Desmoulins, Moret, Hubert, Guionie. Levasseur, Copoix.
- Cette commission a nommé le citoyen Desmoulins secrétaire général et le citoyen Guionie secrétaire. Elle a décidé a l’unanimité qu’elle n aurait point de président. Elle a ensuite donné notification aux sept membres de province de 1 élection et a demandé par lettre à la commission d’organisation du Havre la remise de tous les documents, objets et fonds appartenant au congrès. Enfin, elle a chargé une délégation de défendre, auprès de la commission de la Chambre des députés qui est saisie du projet de loi relatif aux syndicats professionnels, les idées du congrès touchant ie droit d’association.
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- Le» sociétés ouvrière» et ïes travaux pnlt>lios. — Le ministre des travaux publics doit déposer samedi sur le bureau de la Chambre un important projet de loi ayant pour but d’admettre les sociétés ouvrières à concourir à l’adjudication des grands travaux publics jusqu’à concurrence de 50,000 francs, sans qu’elles soient obligées de déposer un cautionnement exagéré, comme cela est exigé parla situation actuelle.
- Ce projet de loi, dout l’initiative appartient à M. Var-roy, prédécesseur du ministre actuel, a été examiné et approuvé par ie conseil d’Etat.
- 11 est inspiré par le même ordre d’idées qui a déter- «
- miné la représentation par le ministre du commerce du projet de loi sur la liberté des chambres syndicales, actuellement soumis à la Chambre.
- d’mæ^oeia/tiou. — La commission du Sénat qui s’occupe du droit d’association, a discuté depuis plusieurs séances la grave question de la person-' nalité civile des associations, la plus grave de toutes celles que soulève le projet de loi. Elle u’a pu prendre encore aucune résolution. M. Dufaure vient de lui soumettre pour le réglement de cette question une nouvelle rédaction qui distingue entre la personnalité générale et la personnalité restreinte.
- Yoici le texte de cette rédaction :
- L’association ainsi déclarée est constituée ; ses membres pourront se réunir et vivre eu commun.
- L’association pourra faire, par ses représentants, tous les actes de pure admistration que comporte son existence et le but pour lequel elle a été fondée, tel qu'il est indiqué par ses statuts.
- Elle ne pourra s’attribuer à titre d’apport que des valeuts mobilières et les immeubles strictement néces saires pour l’objet qu’elle se propose.
- L’association constituée par une simple déclaration ne peut acquérir de propriété immobilière, ni sous son nom, ni indirectement et par personne interposée.
- Elle est également incapable de recevoir des libéralités de quelque nature et à quelque titre que ce soit.
- Les personnes qui entreront dans la société après sa formation pourront faire un apport égal à la part moyenne de chacun des premiers associés dans l’apport primitif.
- C’est sur cette nouvelle rédaction que va porter la discussion dans les prochaines séances de la commission.
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- ILe discours (le Mi. Gambetta à l’Association polytechnique témoigne d’un grand déclin dans le talent oratoire de cet ancien tribun. C’est souvent ce qui arrive aux orateurs quand la position qu’ils occupent les empêche de pratiquer. On l’a vu par Ledru Rollin. Les orateurs condamnés à une vie passive en viennent à croire que les effets de mots peuvent tenir la place des idées.
- Le président de la Chambre n’a pas craint de dire que la meilleure des politiques est de n’en pas faire. Il a attribué le progrès intellectuel du XIXe siècle à Auguste Comte. Il a même été jusqu’à dire que ia démocratie française est la seule démocratie. Ces erreurs doublées de flagornerie ont été couvertes d’applaudissements. Pour nous, nous persisterons à croire que la meilleure des politiques consiste à eu faire, que l’œuvre du XIXe siècle est la conséquence de l’œuvre du XVIII, qu’Auguste Comte a eonsacré la deuxième partie de sa vie à réfuter les travaux de la première enfin que la démocratie était pratiquée en Suisse et aux Etats-Unis avant que M. Gambetta fut de ce monde.
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- Droit des femmes ii l’épargue. — La commission relative à la création d’une caisse d’épargne postale a entendu M. de Malarce en faveur de l’admission des femmes mariées et des mineurs aux caisses d’épargne sous réserve de l’opposition du représentant légal ou du mari.
- SUISSE
- Représentation proportionnelle des minorités.— M. le conseiller d’Etat bernois, Bitzius, en développant devant l’Association libérale le programme radical bernois, en vue de la révision éventuelle de la Constitution, y a fait figurer cette clause : faculté d’établir dans les élections le système de la représentation proportionnelle.
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- Les ouvriers et les travaux publics. —
- Le gouvernement zurichois a adjugé à trois groupes d’ouvriers des lois pour des travaux d’endiguement, taudis que les autres lots ont été accordés à des entrepreneurs qui, aux termes du cahier des charges, sont tenus d'employer“les ouvriers du pays de préférence aux étrangers.
- Comme l’ensemble des corrections à exécuter est assez considérable, cela procurera du travail à nombre de personnes qui auraient pu rester sans occupation, certains travaux étant toujours plus ou moins suspendus en hiver.
- Les ouvriers formés en société ont adopté un excellent règlement où tout semble prévu. L’expulsion de la société peut avoir lieu pour conduite irrégulière, pour violation de l’ordre général, pour refus de se soumettre à un jugement arbitral et pour délits ou insulte grossière envers des sociétaires. On y trouve un comité directeur, des contrôleurs, des chefs de section, etc.,et M. Greulich a même recommandé que, pour prévenir les tentations, la solde générale ns dût être touchée que par trois délégués.
- Les Société coopératives sont peut-être le seul moyen de résoudre plus ou moins bien les questions sociales, au moins dans un grand nombre de cas ; mais elles ne peuvent réussir que si les sociétaires se soumettent rigoureusement à la loi du travail et sont pénétrés d’un véritable esprit de solidarité. Le règlement des ouvriers zurickois prouve que les Sociétés coopératives doivent aussi être dirigées, et cela de la même manière que les entreprises particulières, qu’il faut savoir obéir et que chacun ne peut pas commander.
- ALLEMAGNE
- Les socialiste». — Sous le titre de « Chroniques des persécutions, * le Sozial-demokrat nous apprend que des perquisitions ont été faites au domicile de plusieurs socialistes à Nuremberg, notamment chéz le député Auer, qui se trouvait dans cette ville.
- Dans d’autres villes, à Berlin, à Karlsruhe et ailleurs, de nouvelles perquisitions ont été faites dans les casernes; il est avéré que bon nombre de soldats appartiennent au parti socialiste et que des écrits socialistes sont lus dans les chambrées.
- ÉTATS-UNIS
- Le Me«««agre que le président sortant, M. Hayes, vient d’adresser , au Congrès des Etats-Unis, est bien la critique la plus humiliante qui se puisse faire des procédés en honneur dans la vieille Europe. Pendant que celle-ci grève chaque jour plus lourdement ses budgets, pendant qu’elle se hérisse de baïonnettes, qu’elte fait converger toutes ses forces, toute son intelligence vers un seul but : le perfectionnement des moyens et des engins destructifs, l’Amérique du Nord, elle, amortit ses dettes — dont il ne restera bientôt plus que le souvenir — répare les désastres de la guerre de sécession et allège notablement les charges imposées depuis 1860 aux contribuables, en un mot, poursuit avec un évident succès le développement de la prospérité commerciale et industrielle du pays.
- Le Message de M. Hayes constate que si, depuis 1872, les recettes avaient été constamment supérieures aux dépenses, jamais les excédents ne s’étaient élevés aussi haut qu’en 1879 et 1880. Le dernier exercice clos se solde par un surplus de 66 millions de dollars, et les prévisions de l’année courante permettent d’espérer un nouveau surplus de 90 mi,lion s. Les revenus de l’Etat, qui étaient de 330 millions en 1879, dépasseront 330 millions au 1er janvier prochain. En revanche, les dépenses, qui s’étaient élevées a 267 millions l'année dernière, ont été réduites, cette année, à 260 millions. M. Hayes propose d'affecter les excédents disponibles au rachat des bons 3 et 6 0/0, de manière à réduire en même temps le capital de la dette et amortir ceux des titres dont les intérêts sont le plus généreux pour le Trésor.
- Ah ! qu’on est peu fier d’être Européen 1
- ITALIE
- fbe Divorce. — M. Villa, ministre de la justice et des cultes, avait pris l’engagement de présenter un projet de loi pour l’introduction du divorce.
- Ce n’est pas un projet aussi large que celui de feu Salvatore Morelli : M. Villa pense que ce qu’il y a de plus pratique, pour le moment, c’est de faire accepter à l’Italie, le principe du divorce.
- Son projet n’admet la dissolution du mariage que dans les deux cas que voici :
- Quand un des époux aura été condamné à une des peines infamantes spécifiées dans le code pénal ;
- Quand les époux auront vécu séparés pendant huit ans, s’ils ont des enfants,ou quatre ans s’ils n’en ont pas, sans que les tentatives de réconciliation aient abouti. M. Morelli demandait le divorce même dans le cas d’incompatibilité de caractère ou de mauvais traitements, pour ne rien dire du flagrant délit d’adultère, de la folie réputée incurable et d autres éventualités.
- On ne sait pas encore à quelle époque le garde des sceaux présentera ce projet. Il est probable que la Chambre le votera sans trop de difficultés; il est plus probable encore que le Sénat ou le rejettera ou le modifiera de fond en comble.
- RUSSIE
- Misère «les ouvriers. — Dans le rayon de Moscou, l’importante industrie cotonnière, qui emploi*5 quelques centaines de milliers d’ouvriers et d’immense capitaux se trouve dans une stagnation qui ne présage rien de bon.
- Les produits manufacturés ne se vendent pas ou se vendent à perte.
- Les fabriques ont réduit leurs heures de travail et les ouvriers ne gagnent plus de quoi se nourrir eux et leurs familles.
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- TURQUIE
- Cession «le la Crète. — Il s’est fait du bruit autour d’un projet de cession de la Crète à l’Allemagne. Ce bruit a produit quelque émotion en Angleterre, et YEvening Standard dit que, s’il tenait-à se confirmer, cette cession ne serait pas accueillie favorablement par les Anglais. La Pall Mail Gazette doute de l’authenticité de cette nouvelle. La Crète est trop grande et trop peuplée pour être véritablement utile ‘ à l’Allemagne ; mais il est possible que M. de Bismack se fasse céder par la Turquie « une petite île avec un bon port » aux mêmes conditions que Chypre a été acquise par l’Angleterre, et, dans ce cas, que pourrait dire ou faire le cabinet de Londres ? Enfin, d’après la Presse, de Vienne, et le TagMatl, de Berlin, c’est à la Grèce qu’il serait question de faire céder l’île de Crète, comme compensation de i’Epire et de la Thessalie. M. de Bismarck favoriserait cette combinaison, déjà mise en avant après la conférence de Berlin et qui avait été bien accueillie partout, excepté à Londres.
- Dans les circonstances actuelles, ce serait peut être la solution la plus pratique; maisiL est peu probable qu’elle serait acceptée à Athènes.
- Pouvoir photographique «les éclairs.
- M. B. Crove, de Liverpool, a fait de nombreuses tentatives pour obtenir la photographie d’un paysage à l’aide de la lumière donnée par un éclair.
- Une plaque gélatinée est restée exposée 30 minutes pendant un orage.120 éclairs brillants et 60 petits éclairs ont rempli cette demi-heure. Bien que la durée de chacun ne pût pas être évaluée à plus de un millionnème > de seconde, et que la durée de l'impression ne fut pas
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- par conséquent, de plus d'un cinq millième de seconde, l’image ôtait obtenue.
- Cela prouve que la lumière des éclairs est douée d'un pouvoir altimique très-développé.
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- LE QUATRIEME CONGRÈS OUVRIER (i)
- IV
- Les conseils de Prud’hommes
- ont aussi occupé le Congrès.
- Le citoyen Chabot a émis cette opinion que Von devrait demander la suppression totale de cette juridiction et le transport de ses attributions aux Chambres syndicales.
- Quelques délégués ont déclaré être sympathiques eu principe à cette manière de voir; toutefois ils considèrent cette réforme plutôt comme un idéal vers lequel il faut tendre que comme une réforme dont il faille dès à présent demander la réalisation. En général les orateurs du Congrès ont considéré comme la conduite la plus sage, celle qui consiste, non pas à désirer une perfection souvent difficile à atteindre, mais à tirer le meilleur parti possible de ce qui existe.
- Les délégués ont été presque unanimes à reconnaître les avantages d’une juridiction de Prud’hom-mes bien comprise. Les critiques présentées sur la législation actuelle de ees conseils sont nombreuses et dignes du plus sérieux examen. ‘
- Le citoyen Adrien Simon dans une étude de la juridiction des Prud'hommes et des réformes qu’elle appelle, trouve que l’Etat s’ingère trop directement dans ces conseils.
- L’Etat doit, dit-il, laisser aux intéressés eux-mêmes la nomination des présidents et vice présidents, de même que celle du secrétaire.
- Il n’y a aucune raison pour établir des conditions spéciales d’éligibilité, et, pour cela même, il est indispensable, nécessaire de rentrer dans le droit commun, c’est-à-dire, qu’il suffit d’être majeur, d’avoir une profession pour être électeur et éligible.
- La charge de Prud’homme doit être rétribuée, comme il doit en êfcre de même de toutes les fonctions publiques.
- La gratuité entraîne à sa suite de grands inconvénients ; ainsi depuis plusieurs années, les Prud’hommes ouvriers n’assistent plus pour ainsi dire aux audiences.
- L’idéal à poursuivre dans l’institution dns Prud’hommes, découle des quelques renseignements que je viens de présenter ; il consiste purement et simplement dans l’organisation des tribunaux cor ora-tifs. c’est-à-dire d’un tribunal ue Prud’hommes spécial à chaque corporation.
- Ge tribunal corporatif, composé mi-partie ouvriers
- (1) Voir nos numéros des 28 novembre et 5 et 12 décembre.
- et mi partie patrons, statuerait sur les entraves qui peuvent exister dans leur industrie.
- Il est incontestable qu’il aurait toute la compétence qu’il est possible d’avoir pour un tribunal.il connaîtrait toutes les habitudes et le véritable droit du métier, il serait mieux à même que n’importe qui de peser et d’apprécier le pour et le contre, et, en affaire de police, de prononcer en toute justice.
- Mais la réforme nécessaire est par-dessus tout sur les frais de cette juridiction. La loi du 17 août 1850 autorise le visa pour le timbre et enregistrement en débet, c’est-à-dire à crédit, de toutes les pièces de procédure devant les Prud’hommes. C’est à mon avis une excellente disposition; grâce à elle l’ouvrier n’est pas obligé pour obtenir justice, de faire une avance de fonds tellement lourde, qu’en bien des cas, il renoncerait à la revendication de ses droits : c’est seulement quand Je jugement a eu lieu, que tous les frais de timbre et d’enregistreme.it doivent être payés ; ils sont alors à la charge de la partie qui a perdu
- Mais, dans la procédure, il en est autrement, il n’y a pas seulement les frais de timbre et d’enregistrement, il y a encore ce qu’on appelle les émoluemonts de l’officier ministériel, c’est-à-dire de l’huissier.
- Ces frais sè montent, dit l'orateur, à environ 43 fr. 60 pour chaque affaire, ce qui est exhorbitant.
- Le citoyen Rousset demande que la législation des conseils de prud’hommes, vicieuse sous plus d’un rapport, soit entièrement révisée et unifiée, afin qu’il soit plus facile à chacun de connaître les dispositions de cette législation.
- Conformément, dit l’orateur, aux vœux du Congrès régional de Bordeaux, les réponses devront porter sur les points suivants :
- 1° Que les ouvriers puissent être électeurs de prud’hommes aux mêmes conditions que .pour l’électorat politique, et que l’on puisse être éligible à 25 ans. Les conditions actuelles empêchant un trop grand nombre de travailleurs de jouir d’un droit qui devrait leur appartenir ;
- 2° Qu’aucune classe de travailleurs ne soit exclue des listes électorales ; toutes les professions ayant les mêmes droits à élire et à être représentées au sein de ces conseils :
- 3° Qu’un plus grand nombre de conseils soient institués, et que dans les granits villes le nombre des conseillers soit augmenté par suite de la formation de nouvelles catégories. Actuellement des corporations très importantes, et n ayant aucun lien de corrélation, sont, assimilées et votent dans la même catégorie, ce qui fait que certaines professions né sont nullement représentées ;
- 4e Que dans leurs attributions, les prud hommes aient la surveillance des ateliers et usines, relativement à l’exécution des lois et des décrets réglementant le travaiL des enfants et des femmes et les conditions hygiéniques : lois et décrets qui restent Je plus souvent à l’etat de lettre-morte ;
- 5° Que les ? onseillers prud’hommes soient suffisamment rétribués pour que leur présence, soit au conseil, soit dans les expertises, ne constitue pas pour eux une perte qui fait que beaucoup d’ouvriers sont obligés de refuser des fonctions qu’ils seraient très aptes à remplir;
- | 6® Que l’ouvrier puisse faire citer son patron,sans
- f avoir aucuns frais à supporter.
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- La commission chargée de présenter un rapport sur la question du salariat indique en ces termes la réforme à faire dans la législation qui régit les conseils de Prud’hommes :
- Il faut multiplier le nombre des catégories de façon que les métiers aient à peu près tous des représentants dans leur sein. Il faut préconiser l’institution de commissions arbitrales mixtes, composées de patrons et d’ouvriers, comme il en existe dans plusieurs corps de métiers, afin qu’on puisse renvoyer devant ces commissions les questions dont la solution présente des difficultés au point de vue technique. En matière d’accidents dans les ateliers et manufactures, les enquêtes devront être faites par les prud’hommes, de concert avec des délégués des syndicats; la responsabilité des patrons sera placée sous la garantie de l’Etat.
- Les règlements d’ateliers devront toujours être consentis entre patrons et ouvriers, approuvés par les Chambres syndicales et les Prud’hommes. Aucune amende ou retenue né pourra être faite sur le salaire des ouvriers. Les jugements des conseils, pour être rendus exécutoires, ne devront nécessiter, de la part des appelants, aucune mise de fond-;. Pour être électeur prud'homme ou éligible, il suffira d’être électeur politique et aux mêmes conditions d’âge et de domicile.
- Les résolutions suivantes ont été votées sur ce sujet :
- Le Congrès demande ;
- .....3° La révision de la loi sur les Prud’hommes ;
- les jugements seront rendus exécutoires dans les 3 jours.
- .....10» L’approbation des réglements d’atelier
- par les Chambres syndicales et les Conseils de Pru-d hommes.
- lies caisses de retraite
- n’ont pas tenu dans les préoccupations du Congrès autant de place que nous aurions cru. Et cependant de bonnes institutions de ce genre sont d’une importance capitale pour les ouvriers. C’est ce qu’ont fort bien compris quelques-uns des délégués. Toutefois un délégué positiviste dont les travaux sont en général fort étudiés, le citoyen Finance, s’est déclaré l’adversaire des caisses de retraites organisées avec le concours de l’Etat. Il les considère comme un encouragement donné à l’imprévoyance.
- Le Devoir ayant consacré un très-grand nombre d’articles à l’étude d’institutions de ce genre et ayant établi l’immense supériorité de leurs avantages sur leurs inconvénients, nous n’y reviendrons pas. L'honorable délégué fait aussi remarquer que les subventions dé l’Etat à des institutions de ce genre ne peuvent être faites qu’avec l’argent des contribuables et que, les impôts étant supportés en majorité par la classe ouvrière, c’est en réalité de la poche des ouvriers que sortira une part de l’argent destiné à soutenir leur vieillesse. C’est incontestable. Mais où est
- le mal ? Il en est de même pour l'enseignement public, pour l’entretien des routes, etc., ^tc., et cependant nous ne sachons pas que ceux qui bénéficient de ces avantages se plaignent d’être contribuables du budget qui leur en assure la jouissance.
- Du reste le citoyen Finance a été à peu près seul de son avis.
- Le citoyen Yeyssier montre très bien qu’il vient un moment où il ne reste plus aux ouvriers infirmes ou vieillis que l’appui dérisoire de parents besoigneux eux-mêmes, le suicide ou l’extinction dans la dernière des misères.
- C’est pour remédier et atténuer, dit-il, dans la mesure du possible, à cette situation injuste faite aux travailleurs par le capital, que quelques législateurs, après avoir étudié cette question, ont proposé de généraliser le bénéfice des caisses de retraite en 1 étendant à tous les travailleurs sans distinction, lorsqu’ils ont atteint une certaine limite d’âge.
- Plusieurs projets ont été déjà soumis à l’étude des ouvriers, tous s’appuient sur la participation de l’Etat et c’est justice, car qui plus que l’Etat a pour mission de prendre en main la cause du travailleur, qui lui-même fait sa richesse eu contribuant chaque jour, par son travail, à accroître la fortune générale.
- Dans le projet Nadaud, on propose de faire une retenue de 5 0/0 sur le salaire de l’ouvrier.
- Comme ils connaissent peu le sort et le caractère de l’ouvrier, ceux qui préconisent ce système de retenue !
- Tout d’abord il est impraticable et constitue en lui-même un déni de justice qu’il ne sera pas difficile de démontrer. Il n’est pas praticable, parce que la journée de l’ouvrier étant déjà insuffisante pour subvenir aux besoins de sa famille, il est impossible aussi minime qu’elle soit, d’en distraire la plus petite parcelle sans aggraver encore sa situation.
- Il est injuste, car l’honnête travailleur qui aurait, pendant une partie de son existence, collaboré, et cela par de dures privations, à la constitution de la caisse de retraite, pourrait se voir enlever par la mort le bénéfice de son épargne, tandis que l’ouvrier paresseux et malhonnête, les déclassés de toutes sortes, viendraient consommer ce qu’ils n’auraient pas produit.
- Je repousse donc, et en cela je crois être l’interprète de la majorité des travailleurs, le système des retenues sur le salaire.
- C’est donc à l’impôt seul que l’on doit faire appel pour constituer le capital qui garantira la propriété à tous les citoyens sans distinction, afin de mettre à l’abri de la misère les vétérans du travail dans leurs vieux jours. Cet impôt devra être perçu sur ie'ca-pital, et ne sera qu’une parcelle de la plus-value de l’excédent de la production du travail relativement à la consommation.
- De cette façon, le riche comme le pauvre apportant leur quote-part â l’œuvre commune, seront appelés indistinctement à bénéficier de la caisse de retraite. Je dis e riche comme le pauvre,car le pauvre peut devenir riche, de même que le riche, après avoir joui de la fortune une partie de son existence, peut tomber dans la misère au déclin de ses jours, et, dans ce cas, s’il n’avait pas par l’impôt collaboré à
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- la réserve, il profiterait de ses avantages alors qu’il n’aurait rien produit.
- Le citoyen Horel, délégué des tailleurs et scieurs de pierre du Havre, s’oppose aussi aux caisses nationales de retraites conçues d’après la forme proposée par M Martin Nadaud.
- Pourquoi, dit-il, cette retenue de 5 0/0 sur le salaire; est-de logique, est-ce possible même? Non 1
- Quand nous voyons tous les jours des ouvriers qui ne travaillent que quatre mois effectifs dans le courant d’une année, qui sur le Port gagnent à peine de quoi vivre, c'est-à-dire manger un morceau de pain; quand des hommes à peine vêtus et pieds nus font un métier aussi dur que celui du Port, n’est-on pas en droit de se demander comment on s’y prendrait pour retenir sur leur salaire alors qu’ils ont à peine de quoi manger ?
- La résolution suivante a été votée sur cet important sujet :
- 15. Le Congrès conclut à la création d'une caisse de retraites pour la vieillesse, par les soins de la commission exécutive. Un questionnaire sera envoyé à toutes les chambres syndicales qui auront à donner leurs avis sur cette importante question.
- [A suivre).
- "Voltaire socialiste.
- « Il est un peu fâcheux, j’en conviens avec vous, que l’or fasse tout et le mérite presque rien ; que les vrais travailleurs, derrière la scène, aient à peine une subsistance honnête, tandis que les personnages en titre fleurissent sur le théâtre.
- « On a'peine à voir, je l’avoue encore, ceux qui labourent dans la disette, ceux qui ne produisent rien dans Le luxe ; de grands propriétaires qui s approprient jusqu'à l’oiseau qui vole et au poisson qui nage : des vassaux tremblant qui n’oseut délivrer leurs moissons du sanglier qui les dévore ; des fanatiques qui voudraient brûler tous ceux qui ne prient pas Dieu comme eux ; des vio -leuces dans le pouvoir qui enfantent d’autres violences dans le peuple, le droit du plus fort faisant la loi, non-seulement de peuple à peuple, mais encore de citoyen à citoyen. »
- Lettre à M. de Bastide,
- 1788.
- NOUVELLES DIVERSES
- Errour j vdiciaire. — Poursuivi comme assassin, un homme fut, il y a dix-huit mois, condamné à mort en Autriche.
- On vient de constater son innocence !
- Heureusement la peine avait été commuée, et l’on a pu le tirer du bagne, mais s’il eût été exécuté !
- Quel argument contre la peine de mort !
- [Etats-Unis d'Europe).
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- Prospérité due au désarmement. —Dernièrement a Buda-Pesth, M. de Haymerlé, ministre des affaires étrangères d’Autriche-Hongrie, avait à répondre aux représentants dû commerce autrichien, qui demandent la régularisation du Danube et l’achèvement du ré-
- seau des voies ferrées. M.de Haymerlé a terminé son discours en ces termes : « Prenons exemple sur la Suisse ce petit pays, qui, malgré les désavantages de sa situation, a su créer dans les contrées accessibles de l’Asie orientale un commerce énorme, y a fondé des comptoirs d’une importance sans rivale. La Suisse n’a point de fleuves naviguables ; elle est étroitement enserrée par des territoires douaniers étrangers ; c’est un pays coupé de montagnes et naturellement peu fortuné; elle n’a pas' de corps consulaire. Et cependant, en Chine, comme dans toute l’Asie orientale, les Suisses disputent victorieusement la prééminence aux grands établissements de l’Allemagne et de l’Angleterre". »
- L'Industriel suisse observe à ce sujet :
- La Suisse jouit d’un privilège qui compense largement les désavantages de sa petitesse, de son climat et de sa situation géographique. Dan< nos eautous les exigences du service militaire n’enlèvent pas chaque année des millers de bras à l’agriculture, à l’industrie et au commerce. Quoique notre budget militaire soit encore assez élevé, trop élevé peut-être, il ne peut cependant être comparé à celui de l’Autriche Hongrie, qui consacre des sommes énormes à l’entretien d’une armée permanente formidable et à l’achat d’engins de destruction de toute espèce.
- Cette circonstance, on le comprend, e>t de nature à établir une différence marquée en tre la position-économique des deux pays.
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- Concours Pereire. — Nous avons parlé dans notre numéro du25 janvier des concours ouverts par M. Isaac Pereire, touchant certaines questions sociales.
- Les manuscrits devaient être présentés avant le 3i décembre.
- Mme yeuve Pereire fait savoir que ce délai est prorogé jusqu’au 28 février 1881.
- Les mémoires doivent être adressés, au plus tard, le 28 février 1881. à Mma Isaac Pereire, faubourg Saint-Honoré, 35
- La date du jugement du concours sera indiquée ultérieurement.
- Ou lit à ce sujet dans la Liberté :
- A la suite des communications précédentes qui ont été faites par le bureau du jury d’exameu, nous croyoûs devoir ajouter que des mémoires nombreux, ayant pour objet les meilleurs moyens d’arriver à l’extinction du paupérisme, avaient été déjà envoyés pour le concours ; mais que la question du développement de l’instruction publique à tous les degrés, celle de l’organisation du crédit dans l’intérêt du"travail et des travailleurs, celle de la réforme des impôts et de la répartition plus équitable des charges sociales, n’avaient été traitées encore que par un nombre restreint de candidats.
- L’intérêt qui s’attache à l’extinction du paupérisme ne doit pas faire perdre de vue l'importance sociale des autres sujets mis au concours et qui, se liant étroitement au problème de la diminution de la misère, méritent au même degré l’attention des penseurs et des économistes.
- Le jury acccueillera avec satisfaction et sympathie les mémoires étudiés qui auront pour objet la solution de ces questions, les plus graves et les plus hautes que notre époque puisse se poser.
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- TT no femme compositeur de musique.
- — Dans notre dernier n° nous avons parlé de la partition des Argonautes de Mlle Holmès et nous avons rappelé à ce sujet que la France avait déjà connu en la personne de Mlle Berlin une femme compositeur. Nous aurions dû ajouter que Mlle Holmès n’en est pas à ses débuts.
- Déjà au premier concours institué il y a 2 ans par la Ville de Paris.Mlle Holmès fut classée deuxième pour sa partition de Lutèce-
- M. Victorin Joucières, compositeur distingué et c tique redouté, écrivait dernièrement au sujet de Lul'e
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- La musique de Mile Augusta Holmès, a une vigueur, une virililé, un enthousiasme qui méritent mieux que ces éloges hanals qu’on accorde d’ordinaire aux femmes compositeurs. Nous venons de lire une grande symphonie dramatique : Lutëce, dont elle a composé le poème et la musique, et nous avouons sans peine la vive impression que nous a causée cette œuvre pleine d’élan, de force, de grandeur, dans laquelle il y a parfois des hardiesses choquantes,* mais où régnent un souffle, une ardeur, une passion qui entraînent. »
- On peut trouver dans le n° du 8 novembre de la Liberté l’appréciation détaillée que M. Joncières fait de cette œuvre.
- *
- * ¥
- Explosion dans nne mine — Vendredi de la semaine dernière entre 1 et 2 heures du matin, un nouveau sinistre est venu effrayer la vallée de Rhouddu, dans le pays de Galles.
- La localité qui a été le théâtre de ce nouveau coup de grisou est un village, v’énigraig, à égaie distance de Swansea, de Cardiff et de Newport.
- Les galeries étaient à environ 400 mètres du sol. Au moment de l’explosion une centaine de mineurs étaient occupas, la plupart dans les galeries supérieures situées à environ 150 yards du fond du puits.
- Comme toujours la population a été sur pied immédiatement ; tous les charbonnages voisins ont envoyé leur contingent de travailleurs au secours d^s malheureuses victimes.
- Le charbonnage n’est ouvert que depuis douze mois. Il est situé à un kilomètre seulement du charbonnage de Dinas, qui le 13 janvier 1868, a été témoin de cette horrible catastrophe où il a fallu détourner un canal pour éteindre l’incendie allumé au fond de la mine, après l’explosion du grisou.
- Il n’a même pas été possible d’arracher à la terre tous les cadavres enfouis il y a tantôt trois ans, il en reste encore cinquante-sept qu’on n’a point encore retrouvés.
- Cette fois on compte qu’il y a quatre-vingt dix-sept victimes.
- Un ji'ii 11opliol;»e. — Le célèbre historien allemand Théodore Mommssen publie une brochure intitulée : « Un, mot sur Les juifs », en faveur des juifs allemands violemment attaqués par divers partis.
- M. Mommssen a raison de défendre les juifs, mais il a tort de donner pour raison de son « philhébraïsme » la nécessité qu’il y a à ses yeux pour l’Allemagne de demeurer unie « en face de l’ennemi héréditaire », c’est-à-dire de la France. — « C’est dans la pensée de cet ennemi, qui est toujours là, que tous les Allemands, quels qu’ils soient, Sémites ou Germains, doivent rester unis, l’arme au nras, montant leur garde de cinquante ans, comme le veut le maréchal de Moltke. »
- Nous verrons ce qu’aura fait de l’Allemagne, au bout de cinquante ans, son budget de la guerre.
- Mortalité des pauvres et de» riches
- D’après le docteur Bertillon, dont l’autorité en statistique ne saurait être un instant contestée, voici quelle est en France la proportion de la mortalité des riches et des pauvres sur 1.000 êtres nés à la même date.
- Il meurt selon les classes .
- Classe riche Classe pauvre
- Avant 5 ans 57 345
- — 10 62 434
- — 20 124 592
- — 30 204 514
- — 40 305 604
- — 50 443 717
- — 60 602 828
- — 70 765 935
- Une autre statistique du même docteur établit que la misère tue annuellement en France quatre-vingt-dix mille individus.
- I CATÉCHISME D'UN RÉVÉREND
- I
- Les questions sociales sont décidément à l’ordre du jour en Angleterre et, parmi ces questions, la réforme des lois sur la propriété territoriale et la __ recherche du mode le plus juste d’asseoir cette propriété ne sont pas celles qui préoccupent le moins les esprits.
- On sait ce que demandent les fermiers d’Angleterre et d’Ecosse. Chaque jour ils s'affirment de plus en plus comme corps et dans chaque nouvelle réunion où se discutent leurs intérêts ils font pressentir l’action qu’ils entendent exercer et qu’ils exerceront, cela est certain, sur la marche des affaires. Déjà leur participation aux dernières élections leur a valu d’inscrire à leur profit la loi sur le gibier.
- On connaît également les réclamations de l’Irlande. Il y a sept cents ans que sa voix revendicatrice se fait entendre, sept cents ans qu’elle demande justice à ses oppresseurs et réparation à ses spoliateurs.
- Aux demandes des premiers, aux réclamations de la dernière, on sait quelle a été la réponse delà Chambre des Lords et comment la Chambre des Communes, en s’ajournant, a retardé de faire, elle aussi, sa réponse concluante.
- * On a assisté et l’on continue d’assister durant ces vacances parlementaires aux meetings des radicaux, libéraux et conservateurs de toute nuance. L’on peut, d’après le ton de ces meetings, juger du sérieux de la lutte qui s’engagera lorsque se réunira de nouveau le Parlement.
- En attendant, les programmes réformistes vont leur train et l’Eglise, ou plutôt les églises, les sectes qui abondent dans ce pays, ne sont pas les dernières à mettre les leurs en avant.
- En voici un, dù à la plume d’un Révérend et qui, procédant par demandes et réponses, justifie parfaitement le titre qu’il porte : Catéchisme. Nous le livrons sans commentaire aux lecteurs du Devoir.
- * *
- I
- D. Quelle est l'origine de la propriété, tant particulière ou privée, que publique ou commune ?
- R. Le travail de l’homme et le don de la divinité.
- Tout ce que l’homme acquiert par son travail ou ce qu’il reçoit de ceux qui l’ont acquis de la même façon est sa propriété particulière ; mais tout ce que le Créateur dispense également aux habitants d’un pays, constitue la propriété publique.
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- Sio
- ii
- D. Quelle est l'auteur dô la terre et pour qui a-t-elle été faite ?
- R. Dieu est le créateur de la terre et il l’a créée pour appartenir également à tous ses enfants dans ce monde. Ainsi le sol Anglais est, de par le don de Dieu, la propriété commune à tout le peuple Anglais.
- III
- D. Que dire dès lors du Landlordisme privé ?
- R. 'Qu’il est une iniquité fondamentale.
- IV
- D, Quoique ce soit tout d'abord uîi vol de la part du plus fort de s'être emparé du soi d’un pays et de le détenir comme s’il était sa propre propriété, le fait que ce sol a, depuis des siècles, passé de main en main par voie de vente et d’achat, péiit-il donner à la propriété territoriale privée un caractère dé justice ? '
- R. Impossible ! L’injustice pour dater de loin n’en reste pas moins l’injustice... Et plus elle se prolonge, plus criante elle devient,
- V
- D. Si tout être humain a un droit égal au sol, chèque ayant droit ne devrait-il pas être tenu de cultiver lui-même la part qui lui est afférente ?
- R. Ge serait impossible, Qu’aujourd’hüi le sol en Angleterre se divise également entre tous ses habitants, demain cette division n’existerait déjà plus, Outre cela, tous les bras* toutes les aptitudes, ne peuvent être exclusivement consacrés à l’agriculture ; Le commerce, l’industrie (etc., etc.) doivent entrer aussi en ligne de compte quand il s’agit du bien être général*
- VI
- D. Quelles sont les conséquences dü mode actuel d'oëêüpdtiari «lu sol 1
- R. Il résulte de ce triode qü’afte grande partie des habitants sont privés de leur droit dé naissance et que îëS travailleurs de la terre plient sous le fardeau d’un labeur au profit d’une classe de paresseux.
- VII
- D. Ne pourrait-on remédier à cette injustice par la création la plüs lafgé d’une catégorie de pâÿsans-propriétaires ?
- R. Non ! Lë paÿsaii n’a pà§ plus de droit exclusif au sol que le Lord ou le pair.
- VIII
- D. L’échange libre appliqué à la propriété territoriale ne saurait-il être le remède cherché?
- R. Pas davantage. Le sol étant la propriété de la
- population tout entière ne peut à juste titre devenir une durée commerciale. De plus, le pays ne gagnerait rien à ce transfert de la propriété du sol, d’une mairi à une autre main, d’une classe à une autre classe.
- ÏX
- D. Comment alors faire jastîcé ?
- R. En faisant que le sol cesse d’être propriété privée pour devenir, par le fait, propriété publique.
- X
- D. N’y aurait-il pas lieu d’indemniser les possesseurs actuels ?
- R. Oui, autant que possible et le mieux possible. Peut-être aura-t-on à supporter plus d’une injustice comme çà été le cas avec 1 s masses qui ont été longtemps frustrées de leur droit au sol ; mais enfin Ht
- XI
- D. Lorsque le sol aura cessé d’être propriété particulière pour devenir propriété nationale, que devrait-on en faire ?
- R. La Nation, par ses agents, devrait le louer aux personnes qui offriraient le plus de garanties II faudrait que les preneurs fussent libres d’en conserver la jouissance pendant toute leur vie, à la condition d’en payer régulièrement le loyer et de soumettre leurs fermes à une culture avantageuse et bien entendue.
- XII
- D. Que peut-on attendre de ces dispositions ?
- R. Des résultats féconds, des bienfaits inexprimables et tels qu'on doit les attendre d’une oeuvre de justice et de réparation.
- Cb*P. Maistre*
- ----—.
- BÀMLE POPULAIRE GENEVOISE
- A l’heure où la création de banques populaires se discute à Paris, il n’est pas sans intérêt de connaître les résultats que donnent ces banques dans d’autres pays.
- j La Banque populaire genevoise, par exemple, est f en pleine prospérité.
- Fondée en 1868 elle comptait à fin septembre 968 sociétaires (elle n’en comptait que 844 il y a 2 ans) possédant 2,618 actions de 50 francs chacune. Lé fonds social s’élève à 130,950 fr. Les bénéfices, après prélèvement des frais généraux et de la somme statutaire mise à la réserve, permettent de distribuer le 4 0/0 aux actionnaires.
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- Les Actions sont réparties comme suit :
- 102 associés possèdent 1 action
- 597 a yy 2 yy
- 91 yy yy 3 yy
- 86 » » 4 yy
- 34 yy yy 5 yy
- 26 » yy 6 yy
- 11 yy yy de 7 à 9 yy
- 11 yy yy 10 yy
- 8 yy yy de 11 à 20 yy
- 1 yy yy 27 »
- 1 yy yy 50 yy
- Pendant cet exercice, le conseil a diminué d’une manière sensible le taux de l’escompte sur les effets présentés, et, comme corrélatif, celui des dépôts confiés â la Banque. Ces résolutions, qui ne datent que de quelques mois, ont déjà produit de bons résultats.
- Le public continue à prouver sa confiance dans la Banque en s’en servant comme caisse d’épargne ; de Ge fait, 232,500 fr. lui ont été confiés le 3 0/0 est accordé aux dépôts disponibles, le 3 1/2 0/0 aux dépôts à un an et le 4 0/0 à ceux de deux ans.
- Les dépôts se répartissent comme suit :
- Fr. 167,144,10 de dépôts disponibles à vue, provenant de 280 déposants, dont 143 nouveaux.
- 6,524.95 de dépôts à un an provenant de 72 déposants, dont 17 nouveaux.
- 58,840.55 de dépôts à deux ans, provenant de 45 déposants dont 24 nouveaux.
- Le mouvement général de la caisse pendant l’année a été de près de six millions de francs. Il avait été de 5 millions 1/4 l’année dernière. C’est donc', cette année comme la précédente, un mouvement de caisse 46 fois plus fort que le capital.
- 6460 effets représentant Fr. 1,391,535.95 sont entrés en portefeuille dans l’année.
- La circulation d’effets était au 30 septembre 1880 de Fr. 319,984. 60.
- Le mouvement général du portefeuille a été pour l’année de Fr. 2,774,460.25
- Soit une somme plus de 21 fois plus forte que le capital.
- Ont voit par là quel service cet établissement rend aux personnes qui ne jouissaient pas de crédit en banque.
- Voici ce qu’en dit le Journal de Genève, organe peu suspect de radicalisme :
- Presque tous les sociétaires apportent à leur Banque les effets de commerce qu’ils ont à escompter, parce qu’ils savent qu’ils y trouvent bon accueil et
- des facilités de remboursement qu’aucune autre banque de notre ville n’accorde à ses clients.
- La Banque populaire est principalement la banque du petit commerce et de l’industrie qui né se lancé pas dans les grandes entreprises ; elle offre à tous ses membres, proportionnellement aux garanties qu’ils peuvent donner, une grande part de Ses bienfaits ; on peut l’appeler la Banque du peuple honnête et travailleur, et plus cette classe morale, vive et active de notre population viendra à elle, plus aussi cette institution rendra tous les bienfaits qu’elle recèle dans son sein. S’adresser à la Banque populaire, C’est pour un grand nombre de gens, se délivrer de la main pernicieuse des maisons qui pratiquent l’usure et qui sont beaucoup trop nombreuses au milieu de nous.
- Disons à l'ouvrier moral, honnête et laborieux que la Banque populaire lui offre ses services, qu’il pourra venir y chercher les petites sommes dont il a besoin* cela l’encouragera, le fortifiera, et Fespérance de jours meilleurs luira à son horizon. Travailler au développement d’une telle association, c’est accomplir une œuvre humanitaire et patriotique,
- Emploi imprévu de l’éleetro aimant.
- Lé docteur Hirschberg, éminent oculiste de Berlin, a employé avec succès un électro-aimant pour enlever de l’œil d’un ouvrier un éclat d’acier qui avait produit une telle inflammation que l’œil paraissait devoir être extirpé.
- M. Hirschberg commença. par s’assurer à l’aide du miroir explorateur de la place qu’occupait l’éclat d’acier. Il introduisit ensuite un scalpel de 1er doux qu’il mit en contact avec un électro-aimant. Le fragment d’acier s’attacha au scalpel et fut extirpé à ïa grande admiration des assistants. L’idée est neuve et fait le plus grand honneur au docteur Hirschberg.
- LA PAIX ET LES OUVRIERS
- Nous avons sous les yeux l’adresse suivante :
- La Société des Travailleurs amis de la paix, après avoir obtenu, depuis plus de deux années, du public un certain nombre de manifestations toutes favorables à la politique de la paix et du désarmement, vient de remporter au Havre un avantage signalé.
- En effet, par l’entremise de son secrétaire, Dau-thier, délégué de la Chambre syndicale de la sellerie, cette société a soumis au congrès ouvrier socialiste tenu récemment dans cette ville la motion suivante : « Nous travailleurs, nous sommes les premières victimes des guerres, des invasions et des révolutions brutales ; nous n’en voulons plus, nous venons ici établir, d’une façon définitive, la paix publique par
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- l’organisation du travail et dans les Intérêts du travailleur et de la nation ; nous voulons également que cette organisation soit solidement basée au profit de tous ; nous voulons, de plus, la paix au dehors : c’est pourquoi nous demandons le désarmement proportionnel et simultané et l'arbitrage international. *»
- Cette motion a été votée à l’unanimité par le congrès qui avait applaudi, la veille, à la déclaration suivante, adressée par notre société à toutes les chambres syndicales ouvrières de France et lue à la tribune du congrès par le citoyen Dauthier :
- « Le congrès ouvrier socialiste du Havre déclare donner son adhésion solennelle à l’établissement d’un tribunal permanent d’arbitres chargé déjuger les différends internationaux.
- » Le congrès ouvrier français invite, en outre, les ouvriers de tous les pays à formuler une semblable déclaration dans leurs congrès nationaux, afin qu’on ne puisse dire d’aucun peuple qu’il veut la guerre et qu’il est un obstacle à l’établissement de la paix définitive.
- » Il invite, enfin, les électeurs de tous les pays à ne donner désormais leurs sufîrages qu’aux candidats qui s’engageront formellement à voter le désarmement et la substitution de l’arbitrage à la guerre.
- » Pour le prolétariat tout entier, c’est un grand et impérieux devoir, citoyens, d’appuyer la politique de la paix et de combattre cette politique de revanche par la guerre, qui placerait le pays dans cette terrible alternative : — vaincu, de se voir diminué de nouveau après d’immenses pertes d’hommes et d’argent ; — vainqueur, de voir toutes ses libertés fou* lées aux pieds d’un chef triomphant.
- » La politique de la paix, maintenue grâce aux efforts intelligents des ouvriers, a donné à notre pays dix années d'un calme qui lui a permis de se relever.
- » C’est aux ouvriers, unis toujours dans ce grand intérêt, à achever cette œuvre salutaire en combattant avec une indomptable résolution toute politique belliqueuse, et en ne donnant à l’élection prochaine leur vote souverain qu’aux candidats acquis à cette politique de paix qui peut seule assurer le succès de leurs revendications sociales. »
- Forte de cet appui qu’elle a reçu au quatrième congrès ouvrier socialiste, la société des Travailleurs amis de la paix entend donner suite à cette résolution.
- Dans ce but, elle se prépare à organiser des conférences et des réunions nouvelles. Mais, en vue de ce redoublement d’action, elle se voit forcée de faire appel à de nouveaux concours. C’est pourquoi elle a ouvert un bureau permanent où les amis de la paix
- peuvent recevoir toutes les informations désirables et apporter adhésions et souscriptions ; ce bureau se trouve au siège de la Société, 15, faubourg Montmartre.
- Pour la Société des Travailleurs amis de la paix,
- Le secrétaire, Trénée Dauthier,
- Paris, 4 décembre 1880.
- Les chemins de fer en Italie
- Il existe actuellement, en Italie, 8.934 kilomètres de chemins de fer exploités ou eu construction. En outre, les nouvelles lignes à construire votées par la Chambre des députés et qui le seront par le Sénat, dans la prochaine session, comportent une étendue de 6,020 kilomètres. Ce sera par conséquent un total de 14,954 kilomètres.
- La construction des 6 020 kilomètres de voies nouvelles et leur matériel roulant exigeront 1,309 millions de francs delà part de l’Etat. De leur côté, les provinces et communes se sont engagées à fournir pour 170 millious de francs de subventions.
- Ces lignes devront être achevées dans le délai de vingt ans, c’est-à-dire que la moyenne des .étendues nouvelles à livrer à la circulation sera de 300 kilomètres par an.
- Afin de trouver en dehors du budget les ressources nécessaires, le gouvernement créera des obligations remboursables en 75 ans. Les émissions successives en seront confiées à une banque spéciale appelée la Caisse des chemins de fer.
- Les lignes à construire seront divisées en quatre catégories :
- La première, comprenant 1.152 kilomètres, sera entièrement construite aux frais de l’Etat.
- La seconde, d’une étendue de 1,276 kilomètres, sera mise à la charge de l’Etat, jusqu’à concurrence seulement des neuf dixièmes de la dépense. L’autre dixième sera fait par les provinces.
- La troisième catégorie, comprenant 2,070 kilomètres, ne sera entreprise qu’autant que les provinces auront pris l’engagement préalable de contribuer à la dépense dans la proportion de 20 p. c.
- Quant à la quatrième catégorie, qui comprendra 1,530 kilomètres, la proportion de la subvention à fournir par les provinces et les communes variera de 40 à 30 et 10 p. c. de la dépense kilométrique.
- ------- **»*ijn b —
- LE DROIT DES FEMMES AUX ETATS-UNIS
- On lit dans un journal du Wyoming, le Leader, paraissant à Oheyenne, les lignes suivantes :
- Dix ans d’expérience ont prouvé l’excellence de l’extension aux femmes du droit de suffrage. La population de l’Etat en est devenue meilleure et plus soumise à la loi; chacun y a trouvé une incitation à s’élever ; les femmes, les mère', les filles se sont identifiées de vues etdintérêts avec leurs pères, leurs maris et leurs frères. Le corps politique y a gagné la vie et la santé.
- Les plus brillantes espérances des apôtres du suffrage de la femme se sont donc réalisées ; et ceci doit hâter le jour où l’influence civilisatrice et moralisante de la femme portera ses bienfaits à travers tous les Etats de l’Union.
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- Le gouverneur du territoire de Wyoming, le professeur John W. Hoyt, homme de grand savoir,dit de son côté :
- L’enquête scrupuleuse et les nombreuses observations que j’ai faites dans toutes sections du territoire, pour me rendre compte des effets pratiques du suffrage exercé par les femmes, me portent à déclarer que les faits sont partout en faveur de ce système.
- En lui-même, le droit de suffrage dos femmes est indéniable,et il est certain que l’avenir lui appartient dans toute société.
- Ce qui précède est confirmé par un journal non suspect. The New York Observer, s’exprimant ainsi sur la foi de correspondants :
- Les femmes de Wyoming, et particulièrement celles de la classe élevée, tiennent en honneur le droit de suffrage et l’exercent comme font les hommes. «
- Les élections s'accomplissent avec autant de tranquillité et de décorum que tout autre acte public, et je suis pleinement convaincu que, si les hommes et les femmes peuvent, sans préjudice aucun, se trouver réunis au foyer, à l’école, à l’église et dans toute relation de la vie, du berceau à la tombe, il en est de même au scrutin ; ià aussi les femmes, sans inconvénient pour la morale, s’associent momentanément à leurs pères, à leurs maris, à leurs fiancés et à leurs frères.
- Non seulement toute dame ici admet la valeur du système, mais la société y trouve les plus précieux avantages. Les seuls éléments sociaux qui soient opposés au droit de suffrage des femmes sont les gens vicieux et corrompus.
- Par suite de l’influence des femmes dans les élections, les divers partis politiques ont reconnu la nécessité de porter comme candidats les hommes les plus recommandables sous tous les rapports. Agir autrement c’est courir à un échec certain.
- Le« Roches chantantes
- La découverte du photophone a éveillé d’une manière toute particulière l’attention des savants sur les bruits que produisent certaines roches. C’est ainsi qu’on donne aujourd’hui une nouvelle explication des craquements sonores que rendait à chaque lever du soleil la statue colossale d’Aménophis III à Thèbes, statue connue sous le nom de colosse de Mennon. Bien que cette statue soit devenue muette depuis son brisement par un tremblement de terre la réalité de l’étrange phénomène qu’elle pré:>entait ne saurait être mise en doute : de nombreux témoignages l’attestent et une inscription gravée établit que i’empereur Adrien et l’impératrice Sabine se détournèrent d’un voyage pour être témoins de ce fait intéressant et qu’ils furent servis à souhait.
- Les membres de la commission d’Egypte ont raconté avoir souvent entendu, au lever du soleil, des craquements sonores paraissant partir des pierres énormes qui recouvrent les appartements de granit des palais de Karnak.
- Arago voyageant dans l’Arabie Pétrée en 1825 fit, non loin de For, l’ascension d’une montagne de grès nommée El Nakous, célèbre dans la contrée pour les sons qu’elle émet. Aiogo entendit à plusieurs reprises le bruit en question. « Il me parut, écrit-il, avoir la plus grande analogie avec celui d’une toupie creuse, il naissait et se perdait comme les résonnances de la harpe éolienne. »
- Le docteur Roulin se trouvant en mars 1824 au village
- de Gariben, sur l’Orénoque. A sa grande surprise il entendit un mamelon sur lequel il courait rendre « un son prolongé, tout à fait analogue à celui qu’on produit en frappant avec les doigts un piano dont le couvercle est levé. Je ne doute point que ces bruits ne soient de même nature que ceux qu’on a entendus diverses fois au lever du soleil sur la pierre de Carilhana, car ce rocher, voisin de Gastillo est placé dans des circonstances toutes semblables » Humboldt dit n’avoir pu entendre lui même les sons mystérieux du rocher de Carilhana mais que les témoignages de personnes de foi sont si nombreux qu’il n’y a pas lieu de mettre en doute l’existence du phénomène.
- L’IRLANDE
- Adresse de la Ligue
- au peuple Irlandais à l’intérieur et à l’étranger ainsi qu’à tous les défenseurs des libertés publiques.
- « Au moment d’une crise terrible pour notre pays nous nous adressons à vous en toute confiance. Obéissant aux aspirations d’une classe privilégiée, d’une classe égoïste et cruelle qui, depuis des siècles, pèse comme une malédiction sur notre sol et notre population, le gouvernement anglais, en Irlande, a jeté au vent les traditions et les principes de ce libéralisme auquel il fait profession de foi d’être dévoué. Mettant en mouvement les pouvoirs de l’Etat, il se sert des revenus publics dont il dispose pour traîner à la boue, comme un criminel, l’homme, le chef de la race Irlandaise et avec lui, d’autres des plus actifs et des plus distingués de cette phalange qui travaille à la régénération sociale de l’Irlande.
- « Ces hommes qu’anime l’amour du bien public et dont le cœur se soulève d’indignation à la vue des souffrances de leurs concitoyens, ont encouru l’inimitié mortelle des auteurs de ces souffrances. En but à l’hostilité ouverte du gouvernement anglais parce que, champions du progrès, ils se sont jetés corps et âme dans la lutte, ils n’en continuent pas moins de consacrer tout leur talent, toute leur énergie au service d’un peuple victime d’un système qui est une honte pour ce siècle de lumières, un outrage patent pour la justice et une moquerie des .principes du Christianisme.
- « Quoique notre mouvement soit dirigé -contre un code si draconien qu’il paralyse l’industrie de notre pays, quoique nous ayons été attaqués avec la mé chanceté la plus envenimée et poursuivis avec la mauvaise foi la plus insigne, nous pouvons déclarer solennellement, à la face du monde civilisé, que le but auquel nous tendons est en conformité parfaite de la justice due à tous les hommes et que les moyens dont nous recommandons l’emploi pour y arriver, sont raisonnables, pacifiques et de la légalité la plus
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- .stricte ; qu’iis n’offensent en aucune façon les droits naturels et ne portent aucune atteinte aux lois de la morale et à celles de l’humanité.
- u II n'y a que peu de mois, avant que le peuple Irlandais se fut groupé sous la bannière de la Land league, les cultivateurs du sol de l’Irlande, leurs familles et leurs subordonnés étaient à la merci de quelques milliers de Landlords armés par les lois anglaises de pouvoirs despotiques et dont les coeurs endurcis par de funestes traditions restaient fermés à toutes les suggestions de la Justice. Ils extorquaient les rentes qu’il leur plaisait d’esclaves sans défense courbés sous leur volonté; ils condamnaient des familles entières selon leurs caprices, à la misère, à l’exil ou à la mort ; ils arrachaient à l’industrie une part si large de ses bénéfices que le travailleur devenait le serf du besoin ; iis emportaient de l’Irlande des millions d’argent- Irlandais, et cela Ghaque année, toujours avec la même dureté, sans trêve ni relâche. Les plus belles parties de notre pays dépeuplées, les hommes transformés en bêtes de somme, la masse de nos paysans réduits à l’indigence, nos cités, nos villes,, nos villages ruinés, la nation tout entière affaiblie jusqu’à la débilité et nos populations décimées par la famine sous l'influence d’une seule mauvaise récolte, tels sont les souvenirs hideux que nous laisse chaque jour qui s’écoule de l’exercice d’un pouvoir exécré.
- « En soulevant l’opinion publique, en organisant une action commune, nous sommes déjà parvenus en Irlande à réduire ie prix des fermages à un-niveau qui permet aux tenanciers de vivre. Nous ne nous arrêterons, nous ne prendrons de repos qu’après avoir accompli ia lâche que nous avons acceptée, c’est-à-dire après avoir fait disparaître à tout jamais, avec le Landiordisme, une législation qui torture nos populations. Cette grande réforme ne s’accomplira ni par la violence, .ni par les menaces, pas plus que par la violation d’aucune loi ou l’infraci'on à aucun devoir, mais par la constance de nos efforts dans la voie que nous nous sommes tracée et par notre soin à signaler à l’opinion publique les actes de quiconque portera atteinte volontairement aux intérêts du peuple.
- « Peu importe les argumentations des hommes de loi, les arrêts des juges ou les actes du gouvernement et du parlement, il n'y a loi ni pouvoir qui puisse forcer une nation à forfaire à ses propres intérêts, aussi, en dépit de tout obstacle, la victoire appartient-elle en fin de compte à toute nation qui reste fidèle à ses véritables intérêts.
- « C’est parce qu’ils agissent dans ce sens, c’est parce qu’ils veulent renverser ie despotisme,^sauver
- un peuple, substituer l’ordre public à la violence privée, donner à l’industrie la récompense qui lui est due et à chacun ce qui lui revient, que notre illustre président M. Parnell et quelques uns de ses actifs | collaborateurs sont poursuivis par les agents du | gouvernement anglais. Ce gouvernement, dans des j temps antérieurs, a jeté notre population aux pieds | des Landlords en détruisant nos manufactures par { une série d’actes législatifs, les plus honteux que \ puisse révéler l’histoire du monde. Et maintenant . que le peuple s’efforce d’approprier à ses besoins la ï seule industrie qui lui -soit laissée, la seule que la j loi anglaise ne lui ait pas enlevée, le gouvernement | de la Grande-Bretagne poursuit les mêmes erre-] ments des mauvais jours et le libéralisme ne rougit point de sortir du fourreau cette arme rouillée qu’on nomme ia loi sur les conspirations et de s’en servir en faveur des Landlords irlandais. Il y a quelques années, c‘e même gouvernement fit voter une loi permettant aux ouvriers anglais de s’unir contre leurs patrons, mais à présent que les travailleurs de la terre en Irlande se coalisent contre leurs maîtres, leurs cruejs oppresseurs’, il reprend la loi sur les conspirations, jugée inapplicable aux cas anglais, et l’applique aux hommes publics irlandais, aux actes et aux paroles desquels ils font remonter une responsabilité sans limites.
- « Nous vous faisons donc appel, à vous, . chers concitoyens, amis des libertés publiques, pour créer iin fonds national dont le premier objet sera de procurer aux hommes qui sont à 1 avant-garde du mouvement, les moyens de constituer une défense habile et strictement légale. Tout ce qu’il est donné à l'argent de faire sera fait. Pour triompher des chefs du mouvement, le gouvernement anglais qui peut puiser à volonté dans les caisses du trésor public, s’est déjà assuré, dans les poursuites, qu’ii dirige, les services du conseil le plus puissant de notre époque. Nous sommes parfaitement certains, d’une autre part, que vous ferez de votre côté, tout votre possible pour rendre la lutte égale et contrebalancer les avantages immenses que la poursuite possède actuellement, en pourvoyant la défense de fonds suffisants dans une large proportion.
- « Comptant sur votre aide et votre sympathie pour traverser une terrible crise, nous nous disons vos obéissants serviteurs. »
- « The Irish national Land League . *
- * *
- Cet appel a été entendu et déjà des sommes importantes ont été souscrites. Le Landiordisme ne reste pas non plus les bras croisés, et des contre-mani-
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- LH DEVOIR
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- festations se font sur plusieurs points du pays. Malgré les efforts des agitateurs pour enlever à la lutte tout caractère religieux et la circonscrire sur le terrain purement économique, les Landlords ou leurs partisans essaient aussi de réveiller les vieilles querelles de sacristie. Il est vrai que l’attitude prise par certains membres de l’Eglise catholique romaine semble justifier les susceptibilités du protestantisme. Néanmoins il est peu probable que l’on fasse prendre le change à la population ouvrière des campagnes, et la pointe poussée par M. Parnell dans l’Ulster prouve que, même dans ce pays, i’un des plus favorisés de l’Irlande, on comprend quels sont les intérêts qui sont véritablement en jeu. Donc, sans vouloir présenter comme insignifiants les mouvements des Orangistes, dont l’expédition Boycott est un des plus accentués, nous croyons qu’il ne faut pas leur attribuer une trop grande importance. On a vu du reste dans plusieurs meetings en faveur de la Ligue, la couleur jaune se mêler à la couleur verte et fraterniser avec elle.
- (A suivre). P. Maistre."
- JLes» grandes bibîiotîièquos
- Nous trouvons dans le Lïbrary journal (de New York), journal qui est l’organe des deux associations de bibliothécaires des Etat-Unis et de la Grande-Bretagne, une statistique assez curieuse. Le journal américain l’emprunte, dit-il, à un recueil statistique de Vienne (Autriche), mais sans en donner le titre. D’après ce recueil, l'Autriche posséderait actuellement 577. bibliothèques, contenant S,475,798 volumes, sans compter les cartes et les manuscrits. Ce qui ferait un chiffre de 26,8 volumes par groupe de 100 habitants. L Autriche serait ainsi le pays de l’Europe le plus riche en bibliothèques.
- En effet, d’après une statistique comparée, dressée par le même journal, l'Italie a, paraît-il, 493 bibliothèques, et 4.349,281 volumes, plus 330,570 manuscrits, ou 16,2 volumes par 100 habitants. La Prusse, avec 398 bibliothèques, possède 2,640,450 volumes.et'58,000 manuscrits, ou 11 volumes par 100 habitants. La Grande-Bretagne n’a que 200 bibliothèques, avec 2,871,493 volumes et 26,000 manuscrits.
- La France, toujours d’après la même source, aurait 500 bibliothèques renfermant4,598,000 volumes et 135.000 manuscrits, soit 12,5 volumes par chaque centaine d’individus. En revanche, la Russie n’a que l,3^volume par 100 habitants : le nombre de ses bibliothèques est de 145, celui'de ses volumes de 952,000, avec 24,000 manuscrits.
- La Bavière est tê pays qui se rapproche le plus de l’Autriche, quant au nombre de volumes calculé par tête : on y compte 169 bibliothèques avec 1,368,500 volumes et 24,000 manuscrits.
- Si, maintenant on considère les bibliothèques isolément, la plus considérable est la bibliothèque nationale, à Paris : 2,078,000 volumes, c’est-à-dire, admettant les chiffres ci-dessus, près de la moitié du contenu total des 500 bibliothèques du pays. Le Bntish-Museum, de Londres, vient en seconde ligne : 1 million de volumes ; la bibliothèque royale de Munich : 800,000 ; celle de Berlin : 700,000; Dresde : 500,000 ; Vienne : 420,000.
- Il y a des universités qui-possèdent des bibliothèques considérables : l’université d’Oxford (Angleterre), par exemple, renferme 300,000 volumes ; celle d’Heidelberg, (Allemagne), idem. Ce sont des chiffres supérieurs à s
- celui de la bibliothèque royale de Bruxelles par exemple, qui compte 90,000 volumes.
- La bibliothèque du Vatican, à Rome, est comparativement peu riche en livres imprimés, en ayant 30,000 ; mais elle possède 25,000 manuscrits.
- JB I ES LIOGB A- JPXHJE
- Une femme d’un grand cœur et d’un charmant esprit, Mme Tinayre, ancienne institutrice, a songé à combler une lacune en publiant la Bibliothèque des petits (1). Elle racontera successivement aux bébés, dans un langage qu’elle leur emprunte d’une manière charmante, l’enfance des Hugo, des Lamartine,- des Musset, des Quinet, des Michelet, des Régnault, des Raspail, etc
- Je ne puis faire mieux que de citer l’auteur : C’est Victor Hugo, enfant, qui demande : — Pourquoi y a-t-il eu la guerre ici ? — La maman, qui n’aimait pas Napoléon, répondit : C’est parce que Bonaparte, qui s’est fait empereur a voulu avoir des rois dans sa famille. Il a pris le royaume de Nap es et l’a donné à son frère Joseph. — G est bien drôle, fit remarquer Victor, un royaume ce n’est donc pas comme autre chose, on peut le prendre sans aller en prison? Et les Napolitains ont donc Voulu qu’on le prenne, dis ?
- Mme Tinayre qui a passé sa vie au milieu des enfants a gardé dans ie'cœur toutes ces saillies' charmantes dont son style donne les pius délicieux échantillons; aussi demandez aux. petits s ils la comprennent 1
- Jacques Courrier.
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- * Population <Io Iku liu
- On sait que le î°r de ce muis a eu lieu le recensement quinquennal de la population, dans l'empire allemand. Le bureau de la statistique municipale de Berlin a communiqué aux journaux du pays les résultats du recensement en ce qui concerne cette ville. Ces résultats, que nous avons mentiornés hier, nq sont pas encore définitifs ; mais on doit sans doute les considérer comme ne s’écartant que faiblement de la vérité. Or, d’après lés premiers renseignements, le chiffre de la population de Berlin serait de 1 ,15 8,630 habitants, y compris la garnison, mais non compris plusieurs autres éléments. Le corps diplomatique est également tenu en dehors du total.
- L'augmentation, pendant la période quinquennale, se monte donc à 154,390, c'est-à-dire à 16 p. 100. Berlin a sa banlieue actuelle depuis 1860 ; à cette époque, dit la Gazette d Augsbourg le nombre des habitants était de 528,100. Depuis lors il a donc presque doublé.
- (1) Petit cadeau du jour de l’An, 40 c. le volume, avec portrait, 50c. envoyé franco par la poste. 2 volumes parus: Victor Huijo, Lamartine et de Musset, chez Kéva et C°, 7, rue Berthollet, à Pans.
- Le Directeur-Gérant : GODIN.
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- L'édition à cinq francs se vend aussi à la Librairie GUILLAUMIN et O, 14, rue Richelieu et à la librairie Ghio, 1, 3, 5, 7, galerie d’Orléans, Palais-Royal, Paris.
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- 3« ANNÉE, TOME 4 — N» 420
- "Le numéro hebdomadaire 20 c.
- DIMANCHE 26 DÉCEMBRE 1880
- REVUE
- Le Devoir
- ES REFORMES SOCIALES
- BUREAU
- A GUISE (Aisne
- Toutes les communications doivent être adressées ,à M. GODIN Dire cteur- Gérant F ondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE
- par renvoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France
- Un an. . . . Sis mois . . . Trois mois . .
- 10 fr.»» 6 w» 3 »»
- Union postale
- Un an . . . . 11 fr. »» Autres pays Un‘an. . . . 13îr.60
- ON S’ABONNE
- A PARIS
- 5,r.Neuve-des-petits-Champs Passage des Deux-Pavillons
- S’adresser à M. LEYMARIE administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- AVIS A NOS LECTEURS
- Un certain nombre de nos abonnés nous ont témoigné le désir de voir publier dans « Le Devoir » les mesures et les faits auxquels a donné lieu l'inauguration de l’Association du Familistère.
- Pour déférer à cette demande, à partir du 2 janvier prochain, les procès-verbaux des séances des Assemblées générales et ceux des séances du Conseil de Gérance concernant [la constitution des conseils et toutes les mesures d'ordre prises pour conférer régulièrement aux travailleurs, les titres d'associés, de sociétaires, ou de participants, seront publiés dans le journal.
- Les personnes qui s’intéressent a ces faits pourront ainsi en suivre le développement.
- PRIME AUX ABONNES
- Nous offrons en prime a tous les abonnés du « Devoir » le remarquable roman socialiste américain « LA FILLE DE SON PÈRE » qui a été publié en feuilleton dans notre journal.
- Ce beau volume qui contient 650 pages, sera envoyé franco contre un mandat-poste d’un franc cinquante centimes.
- C’est un excellent ouvrage de propagande sociale.
- La librairie et les lectures des ouvriers. — Faits politiques et sociaux. — Quatrième Congrès ouvrier.— Bonne nouvelle. — Variété.— Tables de Vannée.
- LA LIBRAIRIE ET LES LECTURES DES OUVRIERS
- La librairie est aujourd’hui l’une des branches du travail qui fait le plus d’honneur à la France. Ses produits ont conquis depuis peu lapremière place sur le marché littéraire des nations. Grâce au relèvement général du goût, aux ressources nouvelles mises par la science au service de cette industrie et surtout à un sentiment plus net et plus répandu des avantages de l’instruction, la librairie parisienne donne le spectacle d’une seconde renaissance. Les grands éditeurs, non contents d’avoir élevés leur industrie à la hauteur d’un art, aspirent plus haut encore et se considèrent comme des auxiliaires du ministre de l’instruction publique et des beaux-arts. Ils choisissent avec soin les ouvrages qu’ils désirent voir répandre et ne reculent devant aucun sacrifice pour donner à ces ouvrages là les dehors les plus attrayants. Rien ne leur semble trop beau pour obtenir un tel résultat. Préférence accordée aux papiers de luxe, bon goût dans le choix des formats, soins typographiques scrupuleux, éclat et richesse des reliures, illustrations demandées au talent des meilleurs artistes et aux merveilles de la gravure et de la lithochromie, tout concourt à donner à ces produits une perfection jusqu’ici inconnue.
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- Et cette sollicitude des éditeurs n s’arrête pas à la beauté matérielle de la forme, elle s’étend à la valeur intellectuelle du fond. La plupart des publications soignées appartiennent à la littérature d’éducation ou se rattachent à l’enseignement par l’aspect.
- La science, échappée des arcanes où les pédants se plaisaient à la confiner, a jeté aux urties ses vêtements rébarbatifs d’autrefois et se montre sous les dehors les plus attrayants. De son côté l’art a quitté les hauteurs olympiennes où. les esthéticiens avaient trouvé bon de le jucher et s’est mis à la portée de toutes les intelligences. Enfin la morale elle-même, dégagée des niaiseries et des superstitions dont on avait coutume de l’envelopper, et puisant dans l’histoire une sève et line vigueur nouvelles, est venue renforcer de son action salutaire, celle du' devoir troublé de l'imagination. Dès écrivains distingués,des savants en renom, des artistes dont la réputation est faite depuis longtemps ont compris qu’fis ne dérogeaient pas en faisant une part dans leurs travaux à l’éducation publique. Est-il besoin dé rappeler des noms: Jean Macé, L. Biàrd, P.-J. StahL Jules Ver-nes, Viollet-le-Duc et tant d’autres aussi familiers ?
- Sans contredit nous sommes témoins d’un progrès dont la portée future sera sérieuse. Jamais, comme le disait dernièrement M. Sabatier, jamais génération n’a eu au même degré que la nôtre, la préoccupation et le souci de celle qui doit lui succéder. Une telle diffusion de lumière ne saurait manquer d’être profitable, à la cause du vrai, du beau et du bien.
- Et cependant quelque admirateur que nous soyons de ce progrès, nous sentons aussi tout ce qui lui manque : la librairie s’est éprise de ce que son rôle social a de plus brillant, elle a méconnu ce qu’il y a de plus utile, fournir de beaüx et bons livres à la bourgeoisie, c’est très-bien ; mais en fournir dé moins beaux et tout aussi bons à la classe ouvrière, ce serait encore mieux. La bourgeoisie ne Constitue qu’une faible partie de notre société; l’immense masse de la nation est formée par ceux qui Vivent péniblement du produit de leur travail. Or poür ceux-là la librairie a très peu fait, beaucoup trop peu.
- Le luxe apporté à la publication des bons ouvrages les rend inabordables aux petites bourses. Les volumes instrùctifs et intéressants à bon marché font à peu près défaut. Les maisons Hachette, HetzeLet Lemerre font de louables efforts pour remédier à la laôunè que nous signalons et il y aurait grande injustice à ne pas les en féliciter. Mais combien cela est peu de chose en présence de ce qui reste à faire 1 Quelle chûte si l’on passe de cette belle et
- bonne littérature de luxe à celle accessible} aux. petites bourses. Il y a tout un ahîme entre les deux 1
- Et cependant il serait si facile de faire des éditions populaires, sans luxe et à bon marché, de la plupart de ces excellents ouvrages.
- Il résulte de cette pénurie de publications où l’agrément et l’instruction se donnent ia main, qu’il n’est offert d’autr e aliment aux besoins de lecture de la classe ouvrière que les feuilletons à un sou et les romans publiés en livraisons hebdomadaires, triste aliment que celui-là, car les auteurs de ces ouvrages sont sans scrupules. On les étonnerait beaucoup si on venait leur dire que les romanciers n’ont de raison d’être en ce monde que s’ils travaillent à l’ennoblissement moral du genre humain. Ont-ils jamais vu aussi loin que cela. Ils visent seulement à une chose: gagner de l’argent. Pour atteindre ce but, tous les moyens leur sont bons.
- Vous n’avez peut-être jamais eu la curiosité ou le triste courage de parcourir ces feuilletons. En ce cas, voici quelques renseignements sur le savoir faire de leurs auteurs. L’émotion forte est leur idéal; le déchaînement des appétits et des instincts leur semble le méilleür moyen de produire cette émotion. Ils excellent surtout à combiner les incidents de manière à surexciter l’intérêt et à suspendre le récit justement sur le point où l’intérêt est le plus vif : cela engage le lecteur à acheter le numéro suivant. Les combinaisons les plus hétéroclites sont employées pour entretenir l’intensité de l’intérêt : perversités morales à donner la chair de poule, crimes inavouables, basses envies, rancunes enfiel-lées, machinations ténébreuses, tout cela est mis en oeuvre dans des scènês qui se passehtà la Morgue, à la Cour d’Assises ou dans des lupanars. Le tout est épicé de détails à effets, pendus qui tirent la langue, orgies babyloniennes, aimables adolescents qui étranglent leur mère, blasés qui se vautrent dans des passions contre nature, amants jaloux qui coupent leurs maîtresses par morceaux et leur déchirent le cœur avec les dents.
- Voilà ce que ffon trôuVê dans Côs productions* Comme fond : l’obscénité, la brutalité, la férocité; comme forme : les fanfaronnades du vite et le mot intentionnellement cru.
- Les auteurs de ces belles choses h’hésitônt pâ$ à les annoncer comme telles. D’est ainsi qù^on a pu Üre il y a quelques jours à la 4Ô page des journaux à un sou une annonce conçue en ces termes ; « Cette œuvre dévoilé des débauches horribles et des crimes que l’imagination répugne à concevoir. » C’est l’idéal du genre.
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- Ce genre de littérature est l’un des tristes héritages de l'empire. La commission impériale de colportage refusait son estampille à tou-t ce qui faisait réfléchir le lecteur et l’accordait libéralement à tout le reste. On comprend que le flot des petits écrivains se soit lancé sur cette pente. La concurrence s’étant établie entre eux chacun a voulu faire plus fort que son voisin C’est ainsi que la plaie a grandi et qu’elle est arrivée aujourd'hui à complète putridité.
- Nous pourrions rappeler ici combien est grand le danger des mauvais livres, comment les bonnes leetures fortifient les bons instincts et comment les autres ne peuvent produire qu’un effet pernicieux. C’est là ce que personne ne conteste.
- Faisons remarquer seulement que lorsqu’il s’agit des lectures de la classe ouvrière, l’action pernicieuse est plus grande encore.
- Aussi faut-il vraiment que le fond naturel de la classe ouvrière soit bien riche en qualités et que l'action moralisatrice du travail soit bien grande pour que, malgré toutes les insanités qu’on lui fait lire, elle ne fournisse pas un plus grand nombre de mauvais sujets et de criminels.
- Quels résultats n’obtiendrait-on pas d’elle si on donnait un aliment aux instincts généreux qui bouil^ lent dans le cœur de tant d’ouvriers. Les personnes qui vivent loin du peuple ignorent combien il compte dans son sein de tempéraments d’apôtres, d’àmes pleines de générosité et d’illusion. Souvent les orateurs de club qui font tant de tapage, ne sont que des âmes généreuses fourvoyées par des lectures fausses. Si de bons livres avaient été mis de bonne heure à la portée de ces mêmes hommes, ils auraient mis au service du vrai cette activité infatigable, cette fièvre de prosélytisme qu’ils mettent au service de l’erreur. Ah! les auteurs et les éditeurs ont bien leur part de responsabilité dans ces errements !
- Il serait temps que l’on fît un grand effort contre les mauvais romans, non pas au moyen de la censure, institution impuissante à répondre à ce que l’on attend d'elle, mais par la concurrence des bons ouvrages à bon marché. Il y a un intérêt capital à le tenter. La diffusion illimitée des lumières est une nécessité dans une société comme la nôtre. L’homme du peuple n’est pas seulement travailleur, il est encore père de famille et citoyen. A des hommes qui réunissent ces trois qualités, il faut faciliter l’accès des bonnes lectures. Il importe de leur offrir des écrits qui les éclairent dans leurs travaux ou qui les mettent à même de mieux guider leurs enfants et de remplir avec discernement leur ; rôle d'électeur En France surtout, où les masses populaires sont appelées à concourir au gouvernement,
- on serait d’une imprévoyance coupable en ne mettant pas â la portée de ces masses tous les moyens possibles d’instruction et de moralisation.
- La France va s’imposer des sacrifices considérables pour répandre l’instruction dans les classes déshéritées : C’est une œuvre excellente. Mais, que l’on ne s’y trompe pas, elle ne portera tous ses fruits que si elle a comme corollaire une rénovation complète de toutes les lectures à bon marché. Qui est-ce qui a jamais acquis une instruction profitable autrement que par ses lectures particulières ? L’école donne le moyen d’apprendre par soi-même et rien de plus ; la véritable instruction s’acquiert plus tard en dehors d’elle. Or, je vous le demande, â quoi aura servi d’avoir appris à lire à tout le monde si la grande masse de la nation ne pourra exercer cette faculté que sur les livres ignobles qu’on lui offre aujourd’hui.
- Ed. Champury.
- FAITS POLITIQUES & SOCIAUX DE LA SEMAINE
- FRANCE
- Chambre des Députés, — La Chambre a continué la discussion du projet de loi tendant à rendre l'enseignement primaire obligatoire.
- Au cours de la discussion M. Lockroy a fait remarquer que tous les projets soumis à cette occasion à la Chambre, celui du ministère, celui de la commission et les amendements qui se sont produits p ’oposenl de décider que l’instruction sera désormais laïque dans les écoles communales. M. Lockroy pense — avec raison à notre avis — que la laïcité du programme n’est qu’un leurre, si ceux qui sont chargés de l’appliquer .ne.sont pas laïques eux-mêmes. Après avoir rappel^ l’effroyable immoralité que les affaires en cours d’assises révèlent sur le compte des instituteurs congréganistes condamnés au célibat forcé à perpétuité, M. Lockroy demande la suppression du décret de 1810 qui accorde la déclaration d utilité publique aux iustituteurs congréganistes et le remplacement de ces instituteurs qui sont au nombre de 9,000. H
- Il va sans dire que la demande de M. Lockroy a été sans effet.
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- * *
- Q «estï on de» chemins do f er.—La discussion d’un projet d’une importance secondaire a entraîné à la tribune de la part de la Commission des Chemins de fer et de celle du Ministre des Travaux publics des déclara*-tions de la plus grande importance.
- Il s’agissait de fixer l’opinion publique sur Tétai présent, au point de vue parlementaire et gouvernemental, de la question du régime des chemins <|e fer. L’opinion publique avait en effet besoin d’être éclairée, vu que cette question a passé par des phases multiples et souvent contradictoires.
- Le ministre après avoir rappelé que les droits de Tfîtat à l’égard des compagnies n’ont pas été exercés pendant longtemps fait remarquer que le gouvernement actuel a obtenu diverses améliorations dans les tarifs et dans la classification des marchandises. Aujourd’hui les chambres de commerce sont consultées et leurs observations sont étudiées par un comité consultatif. Ce comité va être saisi de questions très graves. Il aura à examiner
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- les tarifs généraux et la réforme générale des tarifs spéciaux.
- Le ministre fait ensuite connaître les vues et les intentions du gouvernement en ce qui concerne l’exploitation du troisième réseau :
- Parmi les lignes, dit-il, qui vont être ouvertes, il en est qui rentrent dans la sphère d’action de ^administration organisée par la loi de 1878. Il y a là une direction qui est la meilleure des écoles pour former un bon personnel. Elle a déjà obtenu de bons résultats et elle pourra facilement embrasser ce premier groupe de lignes.
- Pour les autres lignes, le ministre des travaux publics cherche un mode d’exploitation uniforme. Pour l'obtenir, il s’attachera à ne porter aucune atteinte à la situation respective des Compagnies et de l’Etat, en vue du rachat d’une ligne. Il ne modifiera en rien le compte de la garantie d’intérêts qui a atteint une limite qii’il ne doit pas dépasser.
- Le ministre prépare des traités révocables à toute époque. L’exploitation aura la forme de règles intéressées. Nous ferons bénéficier le commerce de la plus courte distance, et l’Etat conservera son droit absolu de modification des tarifs sur ces lignes.
- Voilà les principes généraux.
- L’application pourra en être variable. Le choix des régisseurs dépendra des facilités offertes à l’Etat.
- * *-
- L’enquête Cissey s’est continuée devant la commission par l’audition des témoins, puis celte audition a été suspendue pour permettre te résumé de la-première partie des travaux. La commission, une fois ce résumé fait, entreprendra l'examen des affaires dites des marchés militaires, pour laquelle la vérification d’un très grand nombre de dossieis sera nécessaire.
- Il est donc probable que nous serons encure longtemps avant de connaître la vérité sur cette affaire.
- * *
- La lettre de M. de Gi rardin à ses élec-t« nres, dans laquelle l’éminent journaliste annonce son désir de se retirer de la vie politique contient des passages qui méritent d’être relevés :
- « Notre centralisme, dit-il, c’est alternativement le despotisme suscitant la révolution et la révolution ramenant le despotisme.
- Notre centralisme, c’est li toute-puissance de l’arbitraire et l’impuissance de la liberté.
- Notre centralisme, c’est le mécontentement universel amassé par l’administration stagnante.
- Le mécontentement universel, c’est l’explication de certains choix extrêmes faits par le suffrage universel.
- Par quel autre moyen que par ces choix de colère, d’impatience, de désespoir peut-il exprimer qu il n’est pas satisfait et qu’il est las d’attendre vainement l’accomplissent de toutes les belles promesses qui lui ont été faites en temps de candidatures?
- L’heure du gouvernement direct qui a sonné en Suisse n’ayant pas encore sonné en France, où elle sonnera certainement, la nation souveraine n’y vote pas sur des questions, elle y vote sur des noms.
- Son vocabulaire politique ne se compose que de noms de candidats. »
- M. Emile de Girardin déclare qu’il n’a pas formulé ses idées de réformes en projets de loi parce que la Chambre les eût qualifiés d irréalisables :
- « Dans une Assemblée qui ne veut descendre au fond d’aucune question, qui aime mieux disperser les congrégations religieuses que de voter la séparation entre les Eglises et l’Etat ; qui aime mieux maintenir l’iujus-fiable régime de la séparation de corps et de biens entre époux que de rétablir le divorce ; qui flotte constamment entre ces deux pôles opposés : le pôle de « l’autorité » et le pôle de « la liberté », je n’avais pas deiôle. »
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- La protection au Sénat. — La commission sénatoriale des tarifs de douanes vient de jeter un véritable défi à la Chambre et à l’opinion publique en nom-
- mant pour son rapporteur général M. Pouyer-Quertier, c’e t à dire le chef avoué de la féodalité industrielle qui’ pèse encore en France, sur le travail, le commerce et la consommation générale, le plus implacable ennemi de la liberté économique.
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- La note comique. — Les révolutionnaires ne sauraient rester longtemps sans faire rire.
- La citoyenne Louise Michel propose cemme manifestation suprême l'élection de morts \ elle écrit que c’est le meilleur moyen de combattre les vivants. L'inscription sur les bulletins de vote des noms de F'erré, de haoul Rigault et autres, est la plus haute expression du sens politique.
- Cette incursion imprévue de l’archéologie dans le domaine électoral ne manque pas d'originalité. Elle nous réserve peut être d’étranges surprises. En effet il n’y a pas de raison pour s’arrêter aux hommes de 1871. On pourrait remonter jusqu’à ceux de 93. Des bulletins au nom dlrCullot d Herbois. do Fouquier-Tainville ou de Théroigne de Méiicourt. feraient un effet encore plus beau aujour du dépouillement.
- Polémique personnelle. — Rien ne saurait établir d’une manière plus évidente combien nos mœurs politiques actuelles sont loin d’être des mœurs républicaines, que la polémique personnelle qui roule depuis un certain nombre de jours sur les noms de MM. Gambetta et Rochefort.
- Nous nous garderons bien de résumer dans nos colonnes ce tournoi d’un genre inconnu jusqu’ici partout ailleurs qu’à Venise. Si même nous en parlons, c’est uniquement pour rappeler aux esprits réfléchis combien de chemin nous avons encore à faire pour commencer à être des républicains. Regardez ce qui se passe en Suisse. Jamais les actes privés des hommes politiques n’occupent la presse, jamais, au grand jamais. C’est que dans les républiques sérieuses les hommes ne sont rien et les principes sont tout. Voici comment un journal Suisse très modéré, le Journal de Genève apprécie ces faits :
- «Au fond, dit-il, cette guerre là n’eshpas sérieuse parce qu’un homme n’est pas tenu à rester toute sa vie sous le coup des impressions, des hostilités, des intimités qu’on peut rencontrer à un moment donné sous sa plume; mais, aux yeux de l'Europe, le spectacle de déchirements pareils ne peut manquer de produire un déplorable effet.
- * Malheureusement le parti gambettise est arrivé à un tel degré d’intolérance que toute contradiction le met hors ae lui, au poin t de l’empêcher de mesurer la portée de ses coups. »
- ROME
- EueycliqLue papale. — Les journauxreligieux ont publié samedi soir le texte latin d’une lettre encyclique du pape, en date du 3 décembre dernier, qui fait appel aux prières et aux aumônes des fidèles en faveur de trois œuvres d’origine française : la Propagation de la foi, fondée à Lyon, il y a soixante ans environ; la Sainte-Enfance, qui s’est fait connaître par le Sou des petits Chinois, et 1 Œuvre des écoles d’Orient.
- Cette encyclique fait un grand él. ge de la Propagation de la foi ; mais elle constate et cherche à expliquer un arrêt de développement et même un danger de décadence pour l’œuvre des missions.
- Voici en quels termes s’exprime le pape :
- De lourds et nombreux besoins pressent et accablent les missions apostoliques, car chaque jour diminue le nombre des ouvriers sacrés. Ceux qu’eulève la mort, qu’accable la vieillesse ou qu’abat la fatigue ne trouvent pas de successeurs en pareil nombre et d’un égal mérite. Nous voyons en effet, les congrégations religieuses, d’où sortaient beaucoup de missionnaires, dissoutes par des luis hostiles ;* les clercs arrachés aux autels et contraints de subir le service militaire; 10S
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- biens du clergé régulier et séculier presque partout jj affichés, mis à l'encan. D’autre part,l’accès de nouveaux rivages qui semblaient inarbodables a été ouvert,la connaissance des pays et des peuples lointains est devenue plus grande ; en sorte que les expéditions des soldats du Christ sont devenues, chaque jour, nécessaires en plus grand nombre, et de nouveaux établissements ont été créés; et c’est pourquoi nous avons besoin de plus d’hommes capables de se vouer à l’œuvre des missions et de nous apporter leur concours que les circonstances rendent urgent.
- AUTRICHE-HONGRIE
- Monvemen* ouvrier. — Le journal socialiste de Buda-Pesth. der Wegweiser, nous apporte le compte-rendu d’une grande assemblée populaire convoquée par le parti ouvrier hongrois. Ont ôté adoptées, après discussion, une mention contre lesnouveaux impôts de consommation et une autre en faveur du suffrage universel.
- IRLANDE
- I_.a «itnatiou. —Un grand fait judiciaire vient de se produire en Irlande. M. Timothy Ilealy, secrétaire particulier de M. Parnell, et M. Michaël Walsh ont comparu devant la cour d’assises de Cork, sous l’inculpation d’avoir usé de menaces envers un fermier pour le forcer d’abandonner une ferme qu’il avait accepté d’exploiter après l’expulsion d’un autre fermier. Ainsi que nous l’avions présumé, le jury les a acquittés.
- Cet acquittement va produire une grande émotion et a une signification redoutable pour l’Angleterre. Il indique que le procès intenté à M. Parnell et à ses amis va être un triomphe pour eux et un échec pour le gouvernement anglais.
- Des ordres ont été transmis avant-hier à Dublin pour suspendre les congés dans l’armée d’Irlande. De plus, un corps de 1,000 Ecossais va partir aujourd’hui pour Dublin.
- La terreur qu’inspire la Ligue agraire va croissant; et les cercles conservateurs ne se font pas faute de s’en inspirer pour attaquer à outrance le cabinet, qu'ils accusent de faiblesse. Ils se préparent à créer de nouvelles difficultés au cabinet, en repoussant à la Chambre des pairs le bill de réforme agraire que va proposer M. Gladstone.
- Ce n’est pourtant pas le moyen d’apaiser l’Irlande.
- M. Gladstone veut au moins desserrer un peu la corde qu’elle a au cou et qui l’étraugle aux trois quarts. Lord Beacousfield, lui, veut serrer davantage et l’étrangler tout à fait.
- « La situation devient de plus en plus sombre . dit de son côté le Times. Gomment finira ce mélange de délire et de panique ?... Aucun fermage n’est payé à moins que le propriétaire ne capitule. Si celui-ci refuse, il est mis en interdit. Nul ne peut commencer avec un fermier resté honnête; nul, servir un propriétaire qui résiste. Des menaces et de mauvais traitements écartent ceux qui voudraient entrer en relation avec eux. Nous j ne savons pas s’il y a déjà pour le médecin interdiction î de les soigner en cas de maladie, mais, à part cela, toute espèce de tyrannie est appliquée... La sanction de la loi semble abrogée. Les exécuteurs des sentences judiciaires sont réduits à l’inaction. Les agents du gouvernement regardent l’illégalité se développer sans entraves. Cela ne peut continuer. »
- ALLEMAGNE
- Emprunt nom'esm. — La Gazette de l'Allemagne du Nord annonce que le conseil fédéral a été saisi d’un projet de loi tendant à autoriser un emprunt de 54 millions de marc, destiné à être affecté au service des Portes, du télégraphe, de la marine et de l'armée aUe-wcmoe.
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- * *
- Défaites du gouvernement, — Les conservateurs étaient sûrs de gagner les eompagnards par
- le protectionnisme ; ils étaient certains qu’ils pouvaient compter sur eux. après leur avoir accordé un droit sur les blés étrangers. C’était chez ces messieurs une chose convenue et arrangée que l’application du nouveau tarif et les réformes économiques du prince Bismark allaient achever le libéralisme libre échangiste, qui déjà avait essuyé de si rudes défaites, et amener aux élections prochaines une forte majorité de partisans des projets du chancelier.
- Mais que ce passe-t-il ? Une élection a lieu à Lubeck : le conservateur est battu et remplacé par un libéral. Peu après, élection à Cassel ; même phénomène : le candidat de la droite cède la place à un progressiste. Autre élection à P.euCingen de nouveau la droite perd un siège. Quatrième élection dans le duché d’Altembourg, qui né compte que des agriculteurs et qui forme une des plus vastes circonscriptions de l’empire : le conservateur est battu à plate couture, il n’obtient que 4,000 voix alors qu’en 1878 il en avait eu 13,500, et son adversaire, un libre échangiste de l’extrême gauche, l’emporte haut la main avec plus de 12,000 suffrages ! Ainsi quatre élections consécutives, qui donne tort aux principes économiques du chancelier. Je ne sais pas même s’ii n’y en a pas eu une cinquième qui a produit un résultat identique.
- Ainsi ni le libéralisme, ni le libre-échange ne sont morts en Allemagne.
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- * *
- TLe socialismo, — On a arrêté en Bavière un socialiste belge, homme de lettres, M. D., avec un ami de M Félix Pyat. Il faisait une tournée de propagande en Allemagne et en Autriche. Le socialiste M.‘Bebelse trouve à Londres, où il donne des conférences. Les chefs du parti voyagent beaucoup depuis quelque temps.
- ¥ ¥
- IL’sirbitraire. — On va intenter un procès à la maison de librairie qui éditait, depuis trente ans, la Légende du Palais du poète Henri Heine. Des perquisitions domiciliaires ont été faites encore à Bockenheim. Hanovre, Linden, Hanau, Berden, Dortmund, Mayence, Pforzbeim, Francfort, Darmstadt. A Pforzheim ont été arrêtés les compagnons Lebmann, Dittus et Apits ; à Berlin, le typographe Kolberg et l’étudiant Nonne.
- RUSSIE
- Découragement du tzar. — On parle de nouveau d’une demi abdication du tzar, en faveur du tsaréwitch, pour le commencement de 1881.
- QUATRIÈME CONGRÈS OUVRIER
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- De la. propriété
- La deuxième des grandes divisions des travaux du Congrès avait pour titre de la Propriété
- Plusieurs des rapports présentés sur ce sujet essentiellement théorique ont porlé sur les moyens de permettre aux ouvriers l’accès de la propriété; en conséquence d'après la méthode que nous suivons ils trouvent place à chacun de ces points spéciaux.
- Quant à la question fondamentale elle a échappé aux orateurs. Aucun d’eux n’a examiné le principe sur lequel est basé le droit de propriété ; aucun n’a fait la distinction, si capitale pourtant, des richesses
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- LE DEVOIR
- produites par le travail humain et de celles constituant l’apport gratuit de la nature; enfla pas un seul mot n’a été dit ni de l’association agricole, ni de la mobilisation de la propriété terrienne, deux grandes questions cependant.
- D’aussi graves lacunes montrent que la question de la propriété n’est pas du tout familière aux ouvriers: C’est malheureux, car sa connaissance jetterait de nouvelles lumière sur toutes leurs revendications.
- En général les délégués du Hàvre ont accepté la forme actuelle de la propriété, comme une forme définitive, susceptible seulement d’améliorations de détail.
- Il y a bien eu cependant quelques divergeances.
- Ainsi le citoyen Finance parlant au nom des ouvriers positivistes a dit :
- Pour nous, il ne peut y avoir de droits acquis à la propriété absolu0 d’un cap tal. Que par les moyens admis par la législation de son époque, et grâce à elle, un individu soit parvenu à concentrer entre ses mains une portion de richesse, il nr’a acquis qu’un droit, le droit de faire son devoir ; devoir d’administrer pour le bien général et sous le contrôle rigoureux de l’opinion publique, le capital dont il n’est et ne peut être que le détenteur momentané.
- La difficulté de trouver le produit intégral du ira* vail, rend difficile, pour mieux dire impossible, de rechercher la part à la propriété. Cette partie du discours du citoyen Finance est admirablement irai-' tée au point de vue démonstratif.
- L’essentiel a-t-il ajouté n’est pas tant de savoir qui possédera, que de fixer comment on possédera. Nous disons aux propriétaires : nous ne voulons rien vous prendre ; nous voulons seulement vous faire comprendre que votre position vous impose des devoirs spéciaux ; et si, sur ce point vous avez la tête trop dure, nous ne toucherons pas à un seul de vos cheveux, mais nous ferons Je vide autour de vous. Nous refuserons de travailler pour vous, le boulanger vous refusera du pain, votre or vous deviendra inutile, et nous vous mettrons au ban de la Société.
- Le citoyen Dauthier après avoir protesté avec énergie contre tout esprits de spoliation, dit qu’une partie des paiements pour location devrait remplir le rôle d’ac-mpte sur l’achat de l’immeuble, de manière à permette au locataire do devenir à la longue propriétaire. C’est une théorie de Proudhon adoucie dont on peut trouver la réfutation dans le numéro du Devoir du 4 janvier dernier.
- Le citoyen Lyonnais expose que la question de la propriété est l’une des plus importantes de celles que le Congrès ait, à traiter, non pas parce qu’il faut défendre la propriété, mais parce que l’agitation, plus factice qu’on ne le croit, faite autour de cette question, est de nature à nuire au repos public.
- Il ne discute pas la propriété,en tant que principe ; il se borne à faire remarquer, après Bastiat, et bien d’autres avant lui, que la propriété est inhérente à la nature de l’homme.
- C'est par le progrès de la liberté, dit-il, et l’affranchissement de l’homme que la propriété s’identifie de plus en plus avec l’individu. La propriété individuelle est la plus haute forme atteinte par la civilisation.
- Quand arriva la Révolution, les hommes de cette époque n’eurent pas de difficulté pour Axer dans nos lois le droit de propriété.
- La déclaration des droits, qui sert de préambule à la constitution de 1793, s’exprime ainsi :
- Art. 16. « Le droit de propriété est celui qui-
- « appartient à tout citoyen de jouir et de disposer à u son gré de ses revenus, du fruit de son travail et de « son industrie »
- Art. 17. — «.Nul ne peut être privé de la moindre « portion de sa propriété sans son consentement, si « ce n’est lorsque la nécessité publique, légalement « constatée, l’exige évidemment ut sous la condition « d’une juste et préalable indemnité. »
- Si l’éco:e qui se dit révolutionnaire voulait bien se souvenir des événements de la Révolution, elle ne parlerait pas de collectivité en yjoignaaf le nom de cette époque.
- On peut arriver à la possession du sol, sous-sol, des outils, par d’autres moyens,
- L’orateur cite l’exemple des ouvriers anglais, qui ont conquis de grands ateliers de métallurgiste fila* ture, etc.
- Le citoyen Trotté pense que le jour où les ouvriers sauront assez bien s’entendre* pour ne plus voir le bénéfice de leur travail accaparé par le patron ils au* ront un facile accès à la propriété,
- La commission chargée du rapport sur la question de la propriété s’exprime en ces termes :
- L’enchaînement des faits historiques démontre que la propriété, en s’individualisant, a suiyt la marche de l’esprit humain at le développement dp la liberté,
- L’évolution progressive de la propriété quifabenii a été collective dans les anciennes civilisations,pont passer à la propriété avec droits suzerains dans le moyen âge et enfin aboutir à la propriété individuelle démontre aussi que la propriété, qui est un principe d’ordre supérieur dans les sociétésT,doit arriver à être répartie suivant la somme d’énergie et de capaedé dépensée par chaque individu, c’est-à-dire à être accessible à tous et à toutes.
- Le progrès historique du genre humai», squs te rapport de la propriété, indique, selons nous,la die à suivre pour affranchir définitivement les prolétaires.
- Le bat qu’ils doivent poursuivre,c'est la rédemption de la terre et des instruments de travail.
- L’association leur en fournira le moyen ; car, elle seule, permet aux ouvriers associés l’épargne à peu près impossible à chaque individu en particulier.
- La Commission chargée de rapporter sur la question du salariat s?exprime en ces termes a» sujet 4e la propriété :
- Pour que la classe ouvrière puisse accomplir i e‘ volotion qui doit la mettre en possession de son ins‘ truinent de travail ; pour qu’elle puisse jouir efj î paix et sans conteste du fruit et de son labeur? 1
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- faut que les grands services de transports par eau et par chemina de fer fassent retour à l’Etat sous le bénéfice d’une liquidation à régler par annuités ; il faut que tous les monopoles, et en particulier le plus criant de tous, celui qui donn3- à des particuliers le droit d’exploiter les richesses minières de notre pays, disparaisse à jamais.
- Il faut que les capitalistes, qui sont détenteurs de tous ces monopoles, cèdent le pas aux travailleurs organisés, afin que ces derniers, sous ia conduite d’ingénieurs à leur solde, les accomplissent à prix coûtant,, sauf une légère plus-value destinée à les rémunérer de leur responsabilité et à entretenir l’outillage national.
- Toutes ces réformes peuvent et doivent s’accomplir, sous la surveillance de l’Etat, gardien de la sûreté publique II est temps enfin de rentrer dans la vérité économique, faussée* depuis longtemps par une complicité tacite des gouvernements qui ont précédé celui sous lequel nuus vivons, et cela dans un but de conservation facile à comprendre.
- Après avoir affirmé énergiquement le principe de la propriété individuelle tel que l’a définie la déclaration des droits de l’homme (art. 16 et 17 reproduits plus haut),
- le Çopgrès a adopté à l’unanimité les résolutions suivantes :
- 1° Le Congrès émet le vœu que des Sociétés, destinées à favoriser l’accessibilité de 1a propriété des maisons par la transformation du loyer en annuité, aux travailleurs des villes et des campagnes sé développent en France.
- 2° Considérant que la propriété individuelle est le résultat des lois faites et consacrées par les généra^ tions qui nous ont précédés,
- Que ces lois défectueuses ont toujours favorisé le capital au détriment du travail,
- Nous demandons des modifications immédiates sur la loi qui régit les droits de mutations et de succession.
- Que pour arriver à une plus ju§te répartition de la richesse générale, on abolisse toutes les lois resr trictives sur le droit d’association et de réunion et sur la liberté complète dé s’associer et de se réunir.
- 3° Suppression du budget des cultes, et retour à l’Etat des biens de main-morte, que possèdent les congrégations.
- (A suivre).
- Le viadao <?e Garabit
- Le chemip de fer en construction de Marvéjols à Sl-Flour présentera l’un des travaux fi’art les plus remarquables du monde entier. La ligne atteint la vallée de Garabit perpendiculairement à la direction fie lu vallée et doit passer à niveau du plateau 4e Ia droite 4 celui de la riye gapcbe, Ce n’est pas œuvre facile. En effet la vafièe de Garabit, qpi limite nettement au sud le massif volcanique du Cantal ef qui y est surtout connue par ses sites remarquables et par les promontoires de basalte qui la dominé.'est uqe sorte de crevasse cplqssale au fond de laquelle poulq la Eruyëre, Il p’y a qu’un moyen de la frapcbir : pn jetant sqr l’abîme un viaduc formidable. M. Eiffel, jeune [pgéuieur civil du plus grand mérite en a dressé lés plaps ; le viaduc métallique aura 448 mètres de longueur, le niyeap des rails sera à 122 mètres 50 au-dessus dp Ja Fyuyem» et cppi- 1 portera une arche centrale de 16*5 mètres de largeur ayec
- une hauteur de flèche moyenne de 65 mètres. On pourrait poser au fond de la vallée les tours Notre-Dame, mettre sur ses tours la colonne Vendôme, et le haut de la colonne seyait encore à quelque distance du plancher sur lequel sont posés les rails.
- Figurez-vous une formidable arche jetée à une pareille hauteur ; c’est une des merveilles du génie civil.
- Citons quelques points de comparaison qui feront ressortir la beauté du travail de M. Eiffel : le viaduc de Fri-hourg a 78,7s mètres de hauteur en Suisse ; le pont du Douro, près de Porto en Portugal en a 62 ; il a ceci de merveilleux qu’il présente une arche centrale colossale ; fe viaduc de la Sioule en a 51.60. Le pont du Douro dépassait les hauteurs de 60 à 63 méfies qu’on croyait ne jamais pouvoir dépasser sans danger pour les parties métalliques des piles de viaduc.
- M. Eiffel n’a conservé pour les parties métalliques que la hauteur de 61.16, parce que les extrémités de son grand arc métallique sont fondées sur des piles qui sont à une assez grande hauteur au-dessus des fonds de la vallée. Il est donc resté dans les limites imposées par la tradition ; mais il n’a pas hésité à affirmer dans la Société des ingénieurs civils qu’il croyait, aveo les combinaisons qu’il avait adoptées, pouvoir monter des piles métalliques ayant 100 mètres de hauteur, avec toutes les garanties possibles de stabilité.
- Le port du viaduc de Garabit sera extrêmement léger pour sa grandeur, car la partie centrale de 165 mètres se trouve tranchie aveG uü poids de fer qui représente seu* lement 10.600 kilogrammes par mètres courant. L’ensemble du métal pour tout le viaduc ne dépasse pas 3.200 tonnes.
- 1 11 11 Tl 7 1
- BONNE NOUVELLE !
- lies femmes viennent d’être-reconnues Electeurs et Eligibles dans la commission de la Caisse des Ecoles du 12e arrondissement à Paris et sans désemparer, elles ont immédiatement exercé ee droit nouveau en émettant un vote, qui, paraît-il, aura une certaine portée.
- Honneur aux femmes et aux hommes qui çom* posent cette commission J Formée de 15 membres environ, dont 4 femmes seulement, l’unanimité sauf une voix a consacré cette innovation. Nous tairons le nom de cet homme courageux, partisan attardé du privilège et de l'aristocratie de sexe afin de lui faciliter }e retour vers des idées plus justes et plus conformes aux besoins de l’époque et aux grands intérêts de la Société dont la jeunesse et la Caisse des Ecoles sont le foyer vivant et si quelque part la femme esf à place? ce doit être là. . .
- C’est une brèche qui vient d’être faite dans i’antiir que Citadelle dont les murs sont autrement forts et résistants que ceux de la Pastille qui n’étaient faits, après tout, que de pierres, de mortier, de ciment.... Tandis que la Citadelle où la moitié de l’espèce hif-maine, que l’on tient pour la plus faible, est enfermée par une triple muraille faite de l’abus de la force du préjugé et de l’égoïsme.
- M’s® Y. Griesstraut.
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- DU IVe VOLUME
- A.
- Abeilles. Leur fécondité prodigieuse, 668.
- Abus. Celui du tabac, 218, 797'.
- du travail, 25, 108, 173.
- Académie française. Election à ce corps, 328. Accaparements de sucre, 588.
- Accès à ia propriété et à la fortune, 401.
- Accidents. Ceux d’appareils a vapeur, 236. Acclimatation. Celle des autruches en Algérie, 301. Action législative, 71.
- Adoration. Celle du Saint-Sacrement par un mulet, 400» Adresses ouvrières, 653, 763.
- Affaire Marie Bière, 253.
- Cissey, 771, 820.
- Agissements ultramontains en Australie, 279.
- en France, 227 243. à file Maurice et à Madagascar, 153. Agitation. Celle des ouvriers en Russie, 219
- cléricaux en France, 227, 243. Agitation agraire en Espagne, 726.
- Agriculture. Importance de son rôle, 376.
- ses intérêts et la protection douanière,24. celle de la Suisse, 57.
- Aigle, celui de Napoléon à Boulogne, 496.
- Alcool. Son usage et L’intérêt des ouvriers, 271.
- Son abus, 590,'697.
- Alcoomètre. Celui de Perrier, 271.
- Algérie. Questions y relatives, 183,198.
- Acelimation des autruches dans ce pays,301. Alliances diplomatiques, 6.
- Almanach. Celui du spiritisme, 144.
- Ambassade. Celle de Londres. 228.
- Ame. Celle de la planta, 462, 526.
- Aménités. Celles des cléricaux, 251.
- Amnistie, 116.
- Amusements. Ceux de Don Carlos, 346.
- Anecdote sur Ch Dickens, 222.
- Ce que tirent les petits souliers, 636. Anémie. Sa guérison, 352.
- Ange gardien. Compte rendu de cette pièce en vers, 271. Anomalie étrange, 89.
- Antagonisme social en Belgique, 76.
- Anti-co-operative society de Manchester, 10.
- Anvers, travaux du port, 666, 687.
- Apparition du diable en personne, 523. Appauvrissement de la Russie, 697.
- Appels aux travailleurs. 538, 693, 725.
- Application imprévue de l’association, 648.
- Appréciation juste, 91.
- Apprentis. Leur rétribution dérisoire en Allemagne,346. A propos d’un crime, 564.
- Arbitrage international, 410.
- Arbitraire en Turquie, 584.
- Arbres. Leur rôle envers la foudre, 331.
- Armée. L’armée territoriale, 228.
- allemande, voir militarisme.
- Asile agricole mixte de Gernay, 395.
- Assistance publique. Quelques chiffres y relatifs, 448, 622,701.
- Association. Celle du Familistère.Y. au mot Familistère. Celle du capital et du travail, 172. Syndicats ouvriers, 772.
- Ce qui la distingue de la congrégation,296. Faits ou événements y relatifs, 311, 326, 340, 357, 374, 390.
- Association. Celle des femmes en couche, à Mulhouse 494. ’
- Celle des laitiers américains, 154.
- Celle des coupeurs et des tailleurs de Paris, 394.
- Attitude des associations ouvrières en présence du capital, 195.
- Accès des travaux publics aux associations ouvrières, 804, 805.
- Celle intitulée : la Fraternité populaire,360. Coopération entre patrons, 288.
- Projet de loi Dufaure, 410, 804.
- Celle des cochers, 410 L'association et la fraternité, 385. Assurance ouvrière, 6i9.
- du nécessaire, 769.
- Atrocités. Celles commises au Maroc, 92.
- en Nouvelle-Calédonie,sur les déportés, 394. en Amérique, 681.
- Attentat. Celui de Saint-Pétersbourg, 118.
- Audiphune, 48.
- Aumôuerie militaire, 54.
- Autocratie et despotisme, 609.
- Autonomie municipale, 708.
- Autres temps, autres mœurs, 605.
- Autruches. Leur acclimatation en Algérie, 301.
- Aveu officiel, 550.
- Aveugles, 570.
- B
- Bail à mi-fruit, sa législation, 378.
- Bal original, 108.
- Banqueroute au Saint-Père, 267.
- Banque de France, 634
- Banques populaires, 335, 713, 732, 810.
- Banquets. Celui des chauffeurs mécaniciens, 25.
- des disciples de Fourier, 264.
- Baptême civil, 648.
- Baromètre naturel, 492.
- Bassin houiller nouveau, 600.
- Bastonnade donnée à des ouvriers, 584
- Projet de la rétablir en Allemagne, 590. Bataille de missionnaires. 411.
- Bible annotée, 160.
- Bibliothèques. Celle du Familistère, 96, 128, 191, 416, * 496, 528.
- Celles de la municipalité de Paris, 138. Les plus grandes du monde, 815.
- Bien et mal social, 289.
- Bien être. Qu’il est proportionnel à la liberté, 284. Bienfaits cléricaux, 535.
- Bismarck, sa démission 228.
- sa femme et les médecins de Molière, 108. sa situation vis-a-vis de l’Allemagne, 380. son opinion sur la franc-maçonnerie, 713. Bock qui va coûter cher, 746.
- Bonne nouvelle, 823.
- Bon marché. Introduction de l'association du capital et du travail dans cette maison, 174.
- Boulangerie coopérative, 138.
- Boursier et sauveteur, 647.
- Brave cœur, 619.
- Brème, sa résistance aux empiètements Prussiens, 744. Brigandage en Bosnie, 211.
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- LE DEVOTE
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- Budget de 1881. 85, 149. 243.
- Budget des euiles, sa progression. 793.
- Bulletin bibliographique. Le Musée artistique et littéraire, 32.
- Cours d’éducation musi -cale, 63.
- Loi de rUnanimité, 95. Bulletin de la Ligue de la Paix, 144.
- Revue du mouvement'so -cial, 144.
- Histoire du socialisme, 144. La bible des familles, 160. L’Ordre social, revue, 191. Les voyageurs, poëmes, 224. L’Ange Gardien, pièce en vers, 271.
- La peine de mort, 352. Manuel des Sociétés de secours mutuel, 703.
- Précis de l’histoire universelle, 95.
- La Philosophie positive, revue, 191.
- Les soirées littéraires, 191.
- La Critique philosophique, <91.
- Ontologie pratique, 480.
- La terre et ses habitants, 480. La Chimie pour tous, 496. Cours rationnel de dessin,544. Bibliothèque des petits, 825. Bulletin de la ligue de la paix et de la liberté, 144.
- O
- Cable sous-marin, 76.
- Cafés de tempérance, 648, 794.
- Cas drolatique, 590.
- Caisses. Celles des postes en Angleterre, 47.
- de retraites, 49, 65. 137, 171,185, 250, 296, 409, 458, 758. 788, 807. de secours pour les ouvriers en Allemagne, 155.
- d’épargne dans les écoles, 266, 296. postale, 475.
- de prévoyance en Angleterre. 280, 302. de subvention aux jésuites, 442. des mineurs de Seaham, 615.
- Calao, animal curieux, 29.
- Calculateur remarquable, 187, 235.
- Campagne contre les Israélites en Allemagne, 108.
- Canal. Celui de Panama, 15, 29, 86.109 167, 765, 797. Celui de l’Océan à la Méditerranée, 23G, 250.
- Canal privé et canal de l’Etat, 136.
- Candidatures ouvrières. Eu France, 89. 187.
- En Hollande, 90.
- Capacité civile de la femme, 463.
- Capital. Nécessité de l’associer au travail, 343.
- Son rôle à l’égard des associations ouvrières, 195. Casernes. Leur utilisation pour des concours agricoles,2G3. Catéchisme d’un révérend. 809.
- Cathédrale de Cologne. Son achèvement, 552.
- Célibat obligatoire, ses suites. 266, 588.
- Cercles. Cercle socialiste nouveau, 57.
- Celui du Progrès, à Nîmes, 138. de Givors, 250.
- Cercles catholiques, société de Jésus ouvrier,448. Chalaye, parricide, 523.
- Chambies législatives françaises. 36, 117, 133,148, 181, 198,259, 742, 758, 771, 787, 803.
- Chambre. Son devoir envers les ouvriers, 785.
- Chambres syndicales. 25, 74, 89, 171, 564.
- Chartreux, privilèges de ceux de l’Isère, 696.
- Chemins de fer. Statistique, 555, 812.
- Leur rachat eu France, 45, 207, 667, 819. Ceux de l’Etat eu Europe, 265. de la Belgique. 283. de P Autriche, 44.
- du Sénégal, 776. I
- Chemin de fer. Celui pour transporter les navires à Panama, 303.
- Celui mû par l’électricité à Berlin, 268, 368, 539.
- Chemins vicinaux, 54.
- Chimie, son enseignement à Reims, 619.
- Chômage, son remède, 283.
- Choses de l’autre monde, ouvrage de M. Nus, 350. Cimetières. Leur sécularisation, 457.
- Citation maladroite, 138.
- Cités ouvrières à Paris, 313.
- Cléricalisme, 589, 625.
- Cléricaux. Leur conduite eu face de la question sociale, 13, 87.
- Leurs agissements à l’île Maurice, 153.
- à Madagascar, 153.
- Cocasserie, 121.
- Collectivisme. Celui deM. Borde, 221.
- Collège de filles, 600, 661, 697.
- Colonie coopérative, 44.
- Colonie française nouvelle, 598.
- Combat au fond delà mer, 92.
- Comité. Celui de la propagande socialiste, 107. Commerce. Celui de la France avec l’Italie, 119. Communes de France, 272.
- Compagnons charpentiers, 202.
- Comptoir des producteurs et des consommateurs, 332. Concordat, 248.
- Concours. Avantages do ce mode d’élections, 25.
- Ceux de la Société contre l'abus du tabac, 151. Concours Pereire, 61, 137, 808.
- Concours de peinture, 314.
- Conférence Talandier-Guesde. 443. de M. Godin, 650.
- Congrégations. Différence eutre elles et les associations, 296.
- Décret qui les concernent, 210.
- Congrès. Celui des Trades’s-Union à Dublin, 600, 631.
- Les cougrès collectivistes et les demandes des ouvriers, 503.
- Ceux des ouvriers français, 441.
- Celui des ouvriers à Peslh, 346.
- à Sau-Francisco, 427. à Turin, 27. à Paris, 491 499, 516. au Havre, 151, 629, 676, 695, 742, 745, 760, 763,771, 773,791,804,806,821. à Bordeaux, 202. à Lille, 277. 597. à Milan, 278.
- de la Ligue de la Paix, 649.
- Trade’s-Union, 44. de la liberté commerciale, 266.
- libre pensée, 278, 758. des coopérateurs du Massachuseits, 353.
- anglais à Newscastle, 357, 374, 390, 406, 439, 453, 470, 48T*. des socialistesdu centre de la France,410. Contre la prostitution, 525. 584, 591. International de l’enseignement, 565.
- de libres penseurs, 565. des postes, 680.
- Socialiste à Zurich. 662.
- Conseils. Conseil supérieur de l’Instruction en France, 69, 85, 133, 228, 410.
- Ceux de Prudhommes, 85, 806.
- Conseils généraux, leur réforme, 229.
- leur session, 243.
- Conséquences morales de l'émigration, 363. Consommation du tabac, sa progression, 701.
- Contrastes, 91, 395.
- Contributions municipales à Londres, 713.
- Conversion religieuse, 137.
- » in extremis, 203.
- Conversions financières, 76, 90.
- Coopération. Discussion an Congrès du Havre, 792.
- Ses rapports avec l’habitation unitaire, 739.
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-
-
-
- 826
- LE DEVOIR
- Coopération. Ses rapports avec la Fraternité. 308, 323.
- Ce qu’on pense d’elle aux antipodes, 608. Documents et évènements y relatifs, 310, 326, 340, 367, 374. 390, 612, 631.
- Ses rapports avec les Trade’s Unions, 641, Marmite sociale. 793.
- Congrès de Newcastle, 357, 374, 390, 406, 423,439,453,471.
- de consommation des terrassiers à Genève, 680.
- Coopérateurs anglais. Conseils de M. ,Godin à leur
- adresse, 513, 529.
- Leur entente avec les unionistes, 789.
- Co-operative Wholesale society de Manchester, 420, 158. Coquilles amusantes, 137.
- Correspondance. 38. J
- Couroi ne impériale, 267.
- Cours d’Education musicale, 63. d’adultes, 250.
- Courses de chevaux. Ce qu’elles coûtent, 235.
- Crédit au travail, 732. 795.
- Couvent romain acquis par des protestants, 279. Crémation des morts. 221, 329, 476,560, 587, 733,746, 764, 793.
- Crêmieux. Sa mort, 102.
- Criminalité, 43,108, 623.
- Criminel de onze ans, 279.
- Crise ministérielle, 628.
- Critique philosophique. Deux mots à cette revue, 410,192. Cruauté. Celle du fisc, 151.
- Celle des fonctionnaires de la Nouvelle-Calédonie, 394.
- Celle des fonctionnaires Russes, 346, 713. Cuisine. Son enseignement, 93, 362.
- D
- Debaize. Mort de cet explorateur, 92.
- Découverte archéologique, 41.
- Défections, 84.
- Dégrèvements. Réflexions à leur sujet, 52t.
- Demandes des ouvriers, 505, 785.
- Démonstration républicaine dans le Palatinat, 507. Démoralisation croissante en Allemagne, 744.
- Denier de S. Pierre, 152.
- Dépenses militaires. Ep Chine, 11.
- En Danemarck, 544.
- En France. 107, 544.
- En Sui se, 544.
- En Allemagne, 108, 544.
- En Autriche, 544.
- Eu Angleterre, 544, 648.
- En Belgique, 544.
- Eu Italie, 108, 139, 844, 634.
- En Saxe, 544.
- Dépeuplement, 121.
- Déportés politiques en Calédonie. Leurs souffrances,394. Dernier-né de Ginx, voyez Feuilleton.
- Désarmement, 91, 214,808.
- Désaveu des doctrines collectivistes, 666, 695.
- Desbordes Valmore, 619, 639. '
- Dessert gratuit des pâuvres, 116.
- Détenus refusant leur grâce, 614.
- Dette publique française, 74.
- Deux misères, nouvelle, 718, 734.
- Développement des villes saxonnes, 335.
- Dialectique ecclésiastique, 589.
- Dîme du clergé, 171.
- Diminution des droits d’octroi, 806.
- Diplomatie. Son remplacement par l’arbitrage, 663. Disciples de Fourier. Leur banquet, 264.
- Discours. Celui'de M. Godin à la fête du travail, 291.
- de l’Enfance, 577. le 30 septembre, 651.
- J.-B. Dumas, à l’Académie,.60.
- • Jules Fërry, à Epina!, 243. Guyot, à Villefranche-sur-Saône, 251.
- Discours. Celui de M. Franck, aux amis de la Paix, 237.
- Girault, à la Chambre des Députés 330.
- VansittartNeale,àManchester,347 L’évêque de Durham, à Newcastle, 375.
- Louis Blanc, 635.
- Mulette, à Reims, 695.
- Gambetta, 788, 804.
- Discrédit de l’Economie politique, 218.
- Discussion contradictoire, 192.
- Dissolution des congrégations non autorisées, 725. Division au sein du socialisme, 5-2.
- Divorce. Faits y relatifs, 55, 70, 129, 215. 230. 378, 457.
- Sa modification eu Austro-Hongrie, 26.
- Son rétablissement en Italie, 187.
- Ses résultats en Suisse, 122, 267.
- eq Alsace-Lorraine, 362.
- Forme qu’il revêt chez les Tchérémisses, 188. Examen de ses avantages, 372, 38s. 403, 419.
- de la loi proposée, 436, 451.
- La loi à faire, 467, 483.
- Nouveau fait en sa faveur, 495.
- Domaines américains, 715.
- Domestication des éléphants, 252.
- Don Carlos, 122.
- Ses amusements, 346.
- Drames de la misère, 585, 615.
- Droit. Celui des prolétaires, 41.
- au travail à Zurich, 648. de réunion, 69. 74, 85. des femmes, voir au mot Femmes, 823. d’association. 410, 788, 804,
- Droit international, 506, 537.
- Droit naturel et mutualité sociale, 305, 569.
- de participation du travail dans les bénéfices, 369, Duel. Sa recrudescence, 58, 394.
- Sa répression, 90.
- Sa réprobation par la classe ouvrière., 475.
- M
- Eau. Sa distribution à Rome, 788.
- Ecoles. Leur statistique, 9, 669.
- Supériorité de i éducation mixte sur l’éducation séparée, 339, 355.
- Introduction de réfi-etoires à l’école, 9. Enseignement de la cuisine, 93, 362.
- The Ward Sehooi, à New-York, 105.
- Ecole secondaire des jeunes filles à Genève. 173, 189, 201, 230. 255, 286, 304.
- Ecoles à New-York, 201.
- mixies en Amérique, 697, d’apprentissage en Italie, 217. manuellos en Suisse, 278. d’apprentissage à créer en France, 296. Introduction de l'école mixte à S. Gall, 362. Ecole modèle de filles à Londres, 410.
- Celles de réforme, 614.
- Nouveau règlement des écoles primaires, 637. Ecole La Martinière, à Lyon, 716.
- Education. Supériorité de ^éducation mixte, 839, 353, 395, 727.
- Celle des jeunes filles, 38, 830. de l’avenir, 247. d’aujourd’hui, 329. de l’avenir, 413.
- Egarements collectivistes, 7.
- Eglises catholiques vendues aux enchères, 139. Eldorado bonapartiste, 75.
- Elections. Celles au Sénat, 101,182.
- à la Chambre, 148, 182, 943. 879, 681. d?Angleterre, 188, 198,21 1,245. 1
- d’un curé à Fribourg, 2 >8, 252. du président des Etats-Unis, 72?. à Genève. 743.
- Electricité. Son emploi comme torture en Russie, 347.
- pour l’éclairage au Gotlhard, 648, en oculistique, 811.
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-
-
-
- LE DEVOIR
- 827
- Eleetrophene, 240.
- Elément Allemand aux Etats-Unis, sa croissance, 634. Eléphants. Leur domestication, 232.
- Embarras de richesses, 278.'
- Emigration. Celles des Allemands, 266, 536, 634.
- Ses conséquences morales, 363.
- Son importance croissante, 476, 506, 634,776 Emploi cruel de l’électricité, 346.
- des mains à temps'perdu, 703.
- Employés. Solidarité de leurs intérêts et de ceux des
- ouvriers, 212.
- Encyclique papale, 820.
- Enfance. Avantage que présente pour elle l’habitation unitaire, 245. 261.
- Sa moralité, 13.
- Enfance ahondonnée, 425, 595, 634, 647, 703,
- 708,712.
- Enfants. Instruction des Enfants de troupe, 261.
- Envoi à la montagne d’enfants débiles, 297. Deux enfants martyrs, 425.
- Enseignement. Secondaire des jeunes filles, 661.
- Sa réforme, 56.
- Celui de la'physique à Berlin, 317. Enseignement professionnel, 334, 396, 459,480, 553,576,616.669,715. Pratique de la cuisine, 93, 362!
- Nouvel esprit de sa direction, 522. Professionnel des filles à Lyon, 638. Enterrement civil d’un curé, 776.
- Entrée'de Pie IX au ciel, 77.
- Epargne populaire. La question devant le congrès du
- Hâvre, 775.
- Epingles. 575.
- Erreurs judiciaires, 730, 808.
- Esprit nouveau de TUniversité, 522.
- Essai de navigation aérienne, 251.
- Estevés, socialiste portugais, 10 Etat de la société moderne, 225.
- Etat major, loi y relative,-198.
- Etats Unis d’Amérique, diminution de leur dette, 476.
- Voir aussi aux mots : socialisme, femmes, émigration. Etude des langues en Chine, 779.
- Etudes sociales sur le gouvernement, 465, 481, 497. 545, 561, 593, 609, 625, 657, 673, 705 737, 753, 768, 80t.
- Evangile de la Vie et du Travail, 524.
- Excommunication. Sa formule, 793,
- Exécution de l'opportunisme, 263.
- Exemple de fraternité, 42, de volonté, 280.
- Exhortation utile, 42.
- Expériences d’artillerie, 43,
- » sur la vue, 495.
- Explorations. Celle du Pôle Nord, 111.
- r Sud, 361.
- Expositions, 76, 598.
- Explosions. Celle de Melbourne, 37.
- » » Dusseldorf, 606.
- Extinction du paupérisme, 93,186, 769.
- JP
- Fabrication des allumettes en Suisse, 10.
- Faculté de médecine de Lyon, 9.
- Faillites. Réforme de la loi qui les régit, 187.
- Fait incroyable, 89.
- curieux, 173 .
- Faits politiques et sociaux de la semaine, 563, 584, 597, 611, 628, 645, 661, 675, 691, 708,721, 724. 742,758, 771, 787, 803,819.
- Familistère. Nouvelles de ce qui s’y passe, 524, 533, 574, 595, 611,644,660.675,691,758 Son appréciation par le New-Yoïk-Herald, 533
- Qu il répond à des besoins nouveaux, 433. Ses avantages pour les enfants, 245, 261. Son appréciation par la Ligue de la Paix, 627.
- Ses avantages pendant l’hiver, 17
- Familistère. Attribution de 2 0/0 aux employés et Ouvriers qui se sont distingués, 787.
- Sa bibliothèque, 96, 128, 191, 416.
- Ses Fêles, 290, 4.j5, 577.
- Fonctionnement de la mutualité, 337. Familles sans abri, 764.
- Famine en Turquie, 44.
- en Russie, 139, 615, 694. en Asie-Mineure, 268. en Arménie. 279 329.
- Fécondité des abeilles, 668.
- Fédéralisme en Allemagne, 76.
- Fédérations. Celle des libres-penseurs, 122.
- » » ouvriers, 171.
- » » sociélés d’artisans en Allemagne,
- 76.
- Femmes. Leur éducation et leur instruction, 22, 39, 506.
- Leur droit politique, 107,121,122, 123. 187.218, 223, 249, 279, 283, 301, 328, 347, 363, 394,457, 488, 535, 615, 629, 635, 665, 676, 727, 788, 812. 823.
- Leur émancipation civile, 312.
- I Statistiques qui les honorent, 108, 604.
- ! Nouveau journal pour défendre leurs droits,
- ) 297.
- I Leur rôle dans les élections anglaises, 553.
- Les femmes officiers d’académie, 42.
- licenciée à Naples, 588. employées de banque, 44. bachelières, 764. docteurs en médecine, 252, 727.
- » » enGhine,4!1.
- académiciennes, 76, 298, docteurs ès-lettres, 506. institutrices, 76. patriotes, 790. herboristes, 89, météorologistes, 329, chirurgiens, 123. dentistes, 91.
- Mouvement en leur faveur en Italie, 409. Question de leurs droits aux Antipodes. 716.
- IUne femme deux fois docteur, 218.
- archéologue, 768. explorateur, 336.
- compositeur de musique, 793, 809. évadée d’un harem, £97, héroïque, 537.
- Leur admission à déposer aux caisses d'épargne, 804.
- Leur subordination en Irlande, 410.
- Leur priorité dans les actes de vertu, 523, Leur rôle politique au Japon, 298.
- » » aux Etats-Unis, 709.
- Société autrichienne pour leur développement, 298.
- » pour l’amélioration du sort des femmes, 122. 236,
- Opinion d’Alexandre Dumas fils sur leur droit, 618, 668.
- Les femmes étudiant à l’Université de Londres, 90,
- à celle de Montpellier,
- 121.
- dans celles d’Italie, 91, 152.
- L’égale de l’homme, ouvrage de Girardin, 733* L’association sorosis et ses progrès, 346. Votation en faveur de leur suffrage au Congrès de San Fraucisco, 427.
- Une femme héros, Zi56-Leur emploi par la diplomatie russe, 476. Leur rôle dans la criminalité en France, 479. Leur situation à l’égard du fisc, 506.
- Leur travail en Angleterre, 537.
- Leur infériorité devant le code, 780.
- Fer, prospérité de son ipdustrie, 1Û0.
- Fêtes. Celle du Travail au Familistère, 290.
- * » de l’Enfance aq Familistère, 577.
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- LE DEVOIR
- Fête nationale française, 346 \
- » » au Familistère 455.
- » du Printemps à Zurich, 278.
- Celle des gymnastes allemands, 48«.
- Feuilleton: Le dernier né de Ginx, 219, 238, 254, 269, 285, 299, 318,332, 348, 364, 381, 398, 411, 430, 444, 460, 477, 492, 508, 526, 542, 765.
- Comment Harry Luvale devint un coopérateur, 75'i, 765, 780.
- Foi, son délaissement en Allemagne, 58.
- Fondation Rampai, 644.
- Fortune de la France, 576.
- Fortunes colossales, 395.
- Foudre, ses effets sur les arbres, 331, 411.
- Fouilles d’Olympie 411.
- Fourier. Son tombeau, 9.
- Banquet de ses disciples, 264.
- Fourmis à bord des navires, 2n8.
- Leur voix, 780.
- Fourneau gratuit, 680.
- Franc-Maçonnerie. Ses origines, 603.
- Fraternité* Bel exemple de cette vertu, 268.
- Son rôle dans la coopération, 308, 323. Fredaines de l’Empereur de la Chine, 109.
- Gr
- Gambetta à l’Académie, 235.
- Qaribaldi, actes de ce patriote, 662, 693.
- Oaspill tge et pauvreté, 634.
- Glacier de Saumur, 75.
- Gladstone. 76.
- Gouvernement économique, 681.
- Granier deCassagnac, 85.
- Gratuité de l'instruction, qu’elle implique une autre gratuité, 555.
- Grèves. Leur remède, 348.
- Leur statistique, 162.
- Celles d’Amiens, 426.
- » de Troyes, 426.
- » du Oreuzot, 426.
- » de Nice, 426.
- » » Lyon. 426, 442T
- » » Denain, 692. *
- » » Bolbec, 278.
- » » Lille, 426.
- » » Firminy. 24.
- » » Nîmes, 426.
- » » Grenoble, 250.
- » » Marseille, 426. 442.
- » » Reims, 278, 297, 313, 345.
- » » Toulouse, 426.
- > » Roubaix, 278, 313 328, 345, 361.
- » » Bordeaux, 426, 442.
- » des Teinturiers de la Seine, 203.
- Grève de prêtres, 57. »
- Grève prétendue au Familistère, 721.
- Grisou. Son utilisation dans une saline, 237.
- Grütli. Société ouvrière suisse, f23.
- Guatémaliens. Leur réhabilitation, 796.
- Guerres. Celle du Chili contre la Bolivie et le Pérou, 7,21, 477.
- Un des maux qu’elle entraîne, 23.
- Ce qu’elle coûte, 24, 140, 154, 777.
- Guérison de l’anémie, 352.
- Guillotine, sou perfectionnement, 793.
- H
- Habitation unitaire. Ses avantages, 17. 33, 49, 245, 347.
- Son appréciation par le Congrès de Newcastle, 485.
- Hélie fils, écrivain bonapariiste socialiste, 729.
- Hermès, sa statue par Praxitèle, 288.
- Hérésie anthropologique, 152.
- Histoire. Celle du socialisme, 144.
- Celle des religions, 172.
- Comment les cléricaux l’écrivent, 314.
- Hittites, peuple retrouvé, 464, 788.
- Honneur mal compris, 297.
- Hôpital d’un nouveau genre, 616. Hôpitaux, leur insuffisance, 692.
- Houille. Prospérité de sou industrie, 100.
- I
- Impôt. Sa réforme, 128.
- Celui sur les oisifs, 329, 428.
- > » » boissons, 151, 628.
- » » le papier, 710.
- Plus-values qu’ils donnent, 266.
- Celui sur les exemptés, 187.
- Ceux d’Allemagne, 237.
- Celui sur les célibataires à Zurich, 476.
- Ceux de consommation, 519. Voir aussi Octroi. Impressions de lectures, 619, 639.
- Imprimerie coopérative, 138.
- Incendiaires condamnés à mort, 676.
- Incidents. Celui d’Alexandrëtte, 102.
- » de Madagascar, 200.
- » relatif à M. Jauréguiberry, 101.
- * relatif à M. Hartmann, 133, 151, 167.
- » Orlofif, 227.
- Incompatibilité de fonctions, 487.
- Inconséquence curieuse, 426.
- Indemnité. A un socialiste allemand, 346.
- Pour des organes mutilés, 236. Indépendance de l’instituteur, 268.
- Industrie lainière, sa prospérité, 328.
- Influence du tabac sur le fonctionnement cérébral, 670. Initiative privée en matière d’instruction, 614. Inscription curieuse, 90.
- Instabilité des ministères monarch’ques, 799. Instituteurs. Leur indépendance, 265.
- Leurs honoraires en Suisse, 329. Institution. Celle de Ry, 156.
- Celle de Cernay. 395.
- Celle de Mulhouse, 745.
- Institutrices en Amérique, 31.
- Instruction, qu’elle est la base de la direction dans la société. 891.
- Son insuffisance, actuelle, 615 Questions générales y relatives, 74, 106, 395, 396, 397, 429, 457.
- Statistique, 9, 544.
- Instruction manuelle, 217, 278, 296.
- » des femmes, 506, 794.
- Internes morts à leur poste, 42, 57,107, 151.
- Invalides du travail, 523.
- Inventeurs ouvriers, 42.
- Invocation au Sacré-Cœur pour réparer des pertes de bourse, 297.
- Irlande, 14, 27. 46. 79, 86, 94, 112 124,139 143, 138, 173, 191, 208, 551, 590, 663, 693, 699, 709, 716, 726. 776, 788,813,821.
- Israélites, leur situation en Allemagne, 108, 551, 589. Ivrognerie, loi contre elle en Hollande, 662.
- J
- Japonais, étudiants, 552.
- Jardins d'enfants pour les ouvriers. 488.
- d'acclimatation. — Leur origine, 794. Jésuites, Leurs agissements à la frontière, 252. Leurs généraux. 237.
- Un de leurs tours, 155, 521.
- Réflexion à leur sujet, 236.
- Jésus à musique, 266.
- Jeûne, Son observance,.218.
- Joseph II d’Autriche, son centenaire, 793. Journaux de Paris, 637.
- Juifs. Leur situation en Allemagne, 108, 551, 589. Justice rendue, 589.
- K
- Kneipf, sa mort, 151.
- La Cécilia, 76.
- JL,
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-
-
-
- LE DEVOIR
- 829
- Lacunes légales, 853.
- Laïcité des écoles, 104.
- Lanternes magiques, Leur emploi dans l’enseignement,
- 124.
- Lecture des ouvriers, 817.
- Législation internationale sur les manufactures, 394. Legs Bin Rampai, 121, 522.
- Lettre de M. de Girardin à ses électeurs, 820.
- Lettre du prince Jérôme, 227.
- Libéralisme espagnol, 794.
- Liberté. Voir aussi au mot Droit.
- Celle de réunion, 692.
- Celle d'enseignement, 179.
- Qu elle favorise le bien-être, S84.
- Où elle en est en Allemagne, 598.
- Libre pensée en Angleterre, 681.
- Libre échange. Prospérité qui lui .est dûe, 172.
- Congrès y relatif, 266.
- Libre examen, son apologie à l’Académie, 775.
- Ligue de la paix et de la liberté. 627, 650.
- * espagnole contre l’ignorance, 441.
- » du bien public, 496.
- » de l’enseignement, 441 Locomotive routière, 247.
- Logement des ouvriers, 677.
- * difficile des familles a enfants, 683.
- Loi morale, 95.
- Loto italien, 205,218.
- Louveterie, 712.
- Lumière électrique, 43, 109, 123, 142.
- Luxe. Ce que celui des rois coûte aux peuples, 752.
- Magistrature. Sa réforme, 133.
- Magnétisme, 123.
- Maintien du ministère Ferry, 742.
- Maison du sultan, 61.
- Malthusiens en Angleterre, 89.
- Manifeste des travailleurs elbeuviens, 607.
- Marche de la Norwege vers la République, 462, 677.
- » Des peuples vers l’unité, 687.
- Mariage. Singuliers cas, 399, 5:j.6, 568.
- Mariage civil en Hongrie, 278.
- Son passé, son préseul, son avenir, 557, 571. Marine. Ctlle de la Chine, 11.
- Martyrs de la science et du devoir, 92, 536. 569, 648. Martyre de deux enfants, 425.
- Mendiants allemands, 266. 634.
- Mesures administratives contre le tabac, 58.
- Méprise comique, 523.
- Message de M. Hayes, 805.
- Méthode d’anglais perfectionnée, 649.
- Métallothérapie, 124 Météorites, 126.
- Méthode expérimentale. De son emploi en science sociale, 113.
- Militarisme. En Chine, 11, 45.
- Au Japon, 267.
- En Allemagne, 103, 108, 149, 183, 211, 260, 476, 821.
- En Russie, 379.
- En Autriche, 694.
- Statistique, 544.
- Ministère. Sa modification, 5.
- Ses déclarations, ses actes, 20, 53.
- Mir. Ce quest cette institution russe, 507.
- Miracles interdits, 361.
- Ceux de Boisd’Haine, 475.
- Défi d’en produire, 587.
- Miroirs magiques japonais, 240.
- Mise en chapelle des condamnés espagnols, 267.
- Misère. Y pallier n’est pas la guérir, 1.
- Eu Belgique, 57, 189.
- En Allemagne, 10, 43, 789.
- A Berne, 42.
- En Russie, 805.
- A Londres, 43. -
- En Italie, 43, 90.
- Modification du Devoir, 274.
- Mœurs populaires à Genève, 457.
- » Bonapartistes, 696.
- Monaco. Situation actuelle, 75.
- Monnaie. Ce qu’elle était chez les anciens, 23.
- Mont Blanc. Son percement, 14.
- Mont-de-Piété de Berne, 729.
- Morale de l’humanité, 241.
- Moralisation du vote par les femmes, 745, 812.
- Moralité publique. Voir Police des Mœurs.
- Mormons 489.
- Mortalité des enfants, ,13.
- des pauvres et des riches, 809.
- Morts de faim, 568. 696.
- Mouvememeut religieux, 152.
- Diplomatique, 261.
- Coopératif, 171, 265, 275, 298.
- Social, public. Y relatives, 41, 821.
- En Amérique, 11 Eu Hollande, 58.
- Ouvrier, forme nouvelle qu’il revêt, 162.
- En faveur de la réduction des heures de travail, 410. Judiciaire, 36, 101.
- Préfectoral, 36.
- Administratif, 69, 148.
- En faveur du suffrage universel, en Belgique, 9, 42, 57.
- En Hollande, 172, 219, 677.
- En Danemarck, 219.
- En Italie. 487, 589.
- Economique a Genève, 708.
- Musée artistique et littéraire, 32.
- Musées régionaux, 127.
- Mutualité sociale, 161, 195, 209, 225, 241, 257, 273, 289 305, 321, 337, 353, 369, 385, 401,417, 433,449.
- IV
- Naïveté amusante, 109.
- Navigation aérienne, 251.
- Nécrologie, 75, 85, 102,133.
- Nègres. Qu’ils sont moins bornés qu’on le prétend, 735. Népotisme en Algérie, 204.
- Notes d’un liseur. Voir Pensées à méditer.
- Nourriture à bon marché, 730.
- Nouveau journal socialiste, 535.
- Nouvelle Galle du Sud, 649.
- Nouvelles diverses, 9, 24. 41, 56, 74, 89, 107, 120,137, 151, 175, 186, 202, 234, 249, 261, 277, 296, 312, 328. 345, 360, 378, 410, 428, 441, 456, 475, 487, 506, 547, 563, 587, 600, 634, 665 680, 696, 712, 728, 744, 775. Nouvelles du Familistère. Voir Familistère.
- O
- Octroi. Diminution de ses droits, 506.
- Sa suppression, 3)3, 393, 441,547, 565, 585, 598, 613, 646, 697.
- Odeur des manufactures de tabac, 716.
- Oisifs. Patente qui les atteindrait, 329, 428.
- OfFenbaeh, 666.
- Olympie- Fouilles qui s’y exécutent, 411.
- Opéra coopératif de Bordeaux, 568.
- Opportunisme. Son exécution, 263.
- Son rôle en politique, 789.
- Opposition à la République, 6.
- Ordre social, revue, 192.
- Organisation de la Mutualité, 321.
- Origine de la Franc-Maçonnerie, 603.
- Orphelinats laïques, 142, 172, 313.
- Cléricaux, 205.
- Ole toi de là que je m’y mette, 554.
- Ouvriers, employés et artisans. Solidarité de leurs intérêts, 212.
- Leur association au capital, 363.
- Statistique de ceux de Paris, 699.
- Ouvriers. Voir aussi aux mots : Mouvement, Association, Fédération.
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-
-
-
- 830
- LE DEVOIE,
- P
- Paix. Ses avantages, 753, 811.
- Mouvement en sa faveur, 236.
- Panama. Voir canal.
- Patente de l’oisif, 329, 428.
- Patrons. Leur responsibilité en cas d’accidents, 393. Paupérisme. Son extinction, 93, 186, 769.
- Peine de mort, 74, 139, 352, 363, 487, 564, 589.
- Peinture militaire. Sa-transformation, 103.
- Pèlerinage curieux, 347.
- Pensées à méditer, 7, 21, 38,55, 71, 87, 103, 118, 133, 150, 167, 183, 200, 212, 229, 245, 261, 301, 32'), 384, 403, 432.
- Pensionnaires du Sacré-Cœ> r, 522.
- Percements. Celui du Mont Blanc, 14, 511.
- de l’Istbme de Panama, voir canal, de l’Arlberg, 91.
- Pérou, son écrasement et sa mauvaise foi, 476.
- Perte de 545 millions par l’Etat, 667.
- Persécution des Israélites en Allemagne, 551, 589.
- Petit Jésus à musique, 268.
- Pétition ouvrière en Suisse, 218.
- à Touk uœ, 583.
- Pétrole. Son existence en Russie, 408.
- Peuple retrouvé, 464.
- Phénomène curieux, 140.
- Philanthrope volé, 597.
- Philosophie positive, revue,. 192.
- Photo phone, 685.
- Phylloxéra, 75.
- Pierres orientatles dans les lacs suisses, 88.
- Piscines à eau chaude, 190.
- Pitié pour les oiseaux, 713.
- Plaies sociales, 595.
- Plante hygrométrique, 788.
- Plus-value d’impôt, 600.
- Poésie ultramontaine, 234.
- Point d’honneur singulier, 297.
- Po'ice des mœurs, 77, 235, 251.
- Politique économique allemande, 565.
- Pont sur 1a. mer, 156, 254.
- Population de Berlin 815.
- Portland. Mort du duc de ce nom, 26.
- Poursuite pour dettes, 728, 747.
- Pouvoir photographipue des éelairs, 805.
- Pratique catholique en Bretagne, 334.
- Précis d'histoire naturelle, 95.
- Précurseurs. 325.
- Prédication hérétique, 217.
- Protestante dans des églises catholiques, 235. Prévoyance en Italie, 648.
- Principes. Leur rôle en politique, 789.
- Prisonniers. Leur traitement, 427, 456.
- Privilèges dont jouissent les religieuses, 794.
- Prix Péreire, 61, 137, 808.
- Paul Bert, 236.
- Procédés honteux en Allemagne, 536.
- Russes pour convertir les infidèles, 746.
- Procès. Celui de D. Weimar, 346.
- de Goldenberg, 694, 744. des socialistes de Florence, 27. de Bourges, 296. de Leipsig, 693.
- Procès singuliers, 154, 267. de presse, 676.
- Prodiges de la science, 7, 99.
- Professeurs socialistes, 76.
- Programme révolutionnaire, 121. socialiste, 731.
- Progrès. Celui des villes. 39,
- Celui de l'Hindoustan, 44.
- Celui du Japon,. 45.
- Celui des idées sociales, 409, 588.
- républicaines en Angleterre, 507. Des langues, 697.
- Projections. Leur emploi dans l’enseignement, 124. Propriétaires. Ceux de l’Italie, 726.
- Propriété, 569,321 »
- î Prospérité des Filatures, 137.
- ? des villes américaines, 574.
- Prostitution. Congrès de Gènes, 525, 584, 531.
- Prblection des prêtres contre les évêques, 26.
- Protection des jeunes filles, 167.
- » des orphelins 556.
- » douanière. Quelle est nuisible, 97, 121, 506,
- 680, 789.
- » aux Etats-Unis, 109.
- « ses conséquences en Allemagne, 476,726.
- Protestantisme ralionnaliste en Suisse, 551. Protestantisme à Rome, 476.
- Protestations ouvrières, 5 *1, 521.
- Propagande coopérative, 153.
- 1 » jésuitique au moyen du fouet, 538.
- I Pyramides. Découvertes y relatives, 283.
- I «t
- I Querelle d’Allemands, 237.
- I Question sociales, 1, 4, 81. 87, 315, 597.
- I au théâtre, 615*
- I agraire en Serbie, 279.
- ouvrière, 489. religieuse, 79.
- 3EIL
- Radicalisme en Angleterre, 696, 697.
- Rampai, son legs. 121.
- Rancune vivace, 360.
- Recherche de la paternité, 539.
- Récoltes des messes, 314.
- Rectification historique, 731.
- Récompenses à Ch. Sauvestre, 506.
- Récréatoires en Italie, 621.
- Réduction des heures de travail, 410.
- Réfectoires à l’école, 9, 628.
- Réflexions sur le procès Marie Bière, 253.
- Réformes. Celles des ordres religieux, 694.
- Celles de l’Enseignement, 56.
- Celles en Algérie, 564.
- Réglement des écoles primaires, 637.
- Reliques de San Donato, 237.
- Remèdes contre le croup, 205.
- Rentrée des classes, 665, 692.
- Répliaue de Milton, 448.
- Reporters au ciel, 535.
- Représentation proportionnelle des minorités, 44, 172,
- 203. 267, 488 615, 793, 804. Celle des colonies anglaises, 718. République de 48. Opinion de L. Blanc à son sujet, 635. Responsabilité des patrons, 393, 601.
- Retour d’un pendu à la vie, 298.
- Rétribution dérisoire des apprentis, 346.
- Réveil. Celui du goût littéraire, 218.
- Celui de la question sociale, 79.
- Celui desridées nouvelles en Portugal, 189. Révélation navrante, 457.
- Révision de la constitution suisse, 629.
- Révolte dans Us lycées, 138.
- Révolution dans la République argentine, 523.
- Revue du mouvement social, 144.
- Revue socialiste, 144.
- Richesse inouïe, 59t.
- Richesse immobilière des congrégations françaises, 733. Roches chantantes, 813.
- Roitelet sauvant une armée, 507,
- Rôle social du théâtre, 119.
- Romans naturalistes, 163.
- Routes des Incas du Pérou, 590.
- æ
- Saint en opposition avec le dogme de l’infaillibilité,683. Sainte Beuve, 619,- 639.
- Saisie arrêt, 728, 747.
- Saisie d’une église catholique. 139.
- Salariat. Son étude par le Congrès du Hâvre, 373. Salutations, 157.
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-
-
-
- P LH DEVOIR
- 831
- Sand. Statue à cet auteur, 74.
- Sang chaud. Son empl >i contre l’anémie, 352.
- Sauterelles. Leurs dégâts en Russie, 488.
- Scandales en Turquie, 109.
- Scrutin d’arrondissement, 147.
- Schneider, 75.
- School penny bâhk, 153.
- Scrutin de liste. 758, 771.
- Sécurité en Irlande, 697.
- Seigneur devenu professeur, 43,
- Sélection militaire, 234.
- Semaine politique, b, 20, 36, 53, 69, 84, 101, 116.133, 148, 166, 181, 199. 210, 227, 243, 259. Séparation de corps. Statistique, 475.
- Voir aussi Divorce.
- Séparation de l’Eglise et de l'Etat à Genève, 346, 362,379, 395,427, 456.
- Serment. Sa suppression, 568.
- Services d’incendie à Paris, 640.
- Sig. Union agricole d'Afrique, 75,153.
- Signe des temps en Espagne, 122.
- Simple réflexion, 11.
- Situation politique générale, 564, 691.
- en Afghanistan, 6, 21 * 38,70, 87, 149, 167, 200,
- 211.
- en Allemagne, 21. 7), 86, 102, 117, 133,149,167, .183,228, 244, 259, 316, 3^0,536, 565, 612,629, @45. 708, 726, 744, 759, 789, 821. en Angleterre, 20. 37, 102, 117, 134, 167, 183,
- •» 99R 259 726 789
- en Autriche-Hongrie^ 21, 55, 86, 118, 183, 211, 259, 727, 789-.
- en Belgique, 188, 195^ 536. au Brésil, 71. en Bulgarie, 87, 199. en Chine, 211, 244. à Chypre, 629. à Cuba, 134. en Egypte 37.
- en Espagne, 6, 37, 55, 70, 259, 584, 726. aux Etals-Unis, 6, 38, 55, 71, 149, 211,245,6*3, 727, 805.
- en France, 611, 708, 725. en Grèce, 102,134, 183. en Hollande, 5S4, 645, 727, 759. en Irlande 565. 677, 709, 726, 788 812. en Italie, 37, 70, 86, 102, 117, 134, 199,244, 709, 726,759.
- au Monténégro, 229. au Pérou, 584. en Portugal, 536. eu Roumanie, 6, 118, 199. en Russie, 6,21, 37, 55, 86, 102, 118, 133, 149, 167, 211,229, 244, 536, 612, 677, 710,727,759 en Suède, 245.
- en Suisse, 167, 629, 645> 708, 772, 789. en Turquie, 20, 102, 118. 211, 629, 772, 805. Situation des femmes en Irlande, 410.
- Socialisme. Sa définition, 589.
- Son importance en 1848, opinion dè Louis Blanc, 635.
- Son rôle moral, 601, 617.
- Les évolutionnistes et les révolutionnaires, 443, 474.
- Son état en Autriche, 488.
- en Allemagne, 122, 183, 218, '237, 278, 317, 342, 394, 428, 612, 615, 629, 645, 662, 672, 693, 708, 743, 759, 805. 821. aux Etats-Unis. 598. en Hollande 744. en Italie, 709. en Portugal, 10, 744. en Russie, 677, 759. en Suisse, 612, 629, 348, 362, 677, 708, 772.
- Société hüïbame. Qu’elle va s’améliorant, 545 *
- Sociétés. S. des ouvriers boulangers. 541.
- S. poür l’amélioration du sort des femmes 122
- 236. ’ ’
- S. pour le développement intellect, des femmes, 298.
- S. mutuelle de travail et d’assistance, 251.
- S. pour la protection de l’enfance abandonnée, 597.
- S. pour le développement de l’instruction primaire, 121.
- S. la Fraternelle, de Béziers, 121.
- S. de Jésus Ouvrier, 448.
- S. des conducteurs de locomotives aux Etats-Unis, 620.
- S. coopérative là Fidélité à Genève, 743. !
- Sociétés coopératives, 89, 111, 121, 139 152 157, 171, 172,314,804. ’
- Gelles de secours mutuels, 775.
- Soirées littéraires, journal, 192.
- Solidarité imprévue, 12.
- Sophismes révolutionnaires, 623.
- Sorciers en Savoie, 315.
- Sources Sulfureuses au Golthard,252.
- de pétrole en Russie, 408.
- Sourd devenu bachelier, 523.
- Sous-Secrétaires d’Etat, 5,
- Spiritisme, 12, 350.
- Statistique. Celle des associât, coopêr.anglaisês, 327.
- du divorce en Alsace, 362. de la Russie, 270.
- des Banques populaires allemandes,335 de la santé dans l’armée, 139. des grèves, 172. des divorces en Suisse, 266. des associations autrichiennes, 298. des élections dans divers pays, 655-. des ouvriers de Paris, 699. des Etats-Unis, 702.
- Chiffres curieux, 730.
- Statués. Celle de George Sand, 75.
- Celle delà Victoire, 94.
- Celle de Ledrü Rollin, 133.
- Stupidité, 77.
- Subordination des femmes en Irlande, 410.
- Suez. Son canal comparé à celui de Panama, 797. Suffrage universel. Mouvement en sa faveur en Hollande, 172, 219.
- En Belgique, 9, 42, 57.
- En Danemarck, 219.
- Des femmes. 107, 121, 122, 123, 187^ 218,223, 249,279, 283, 301, 328, 347, 363, 394, 427.
- Suicides. Leur statistique, 550.
- Suisse. Siluatiou daus ce pays, 167.
- Pétitions ouvrières, 218.
- Ses écoles de travail manuel, 278.
- Ses écoles mixtes, 362.
- Question des fortifications, 166, 183.
- Statistique du divorce, 266.
- Suites de la guerre, 252.
- Sumatra. Echec des Hollandais, 612.
- Suppressions désirables. Celle de l’octroi, 312, 393, 441,
- • 547, 551, 565. 585, 598, 613. Celle du volontariat, 379.
- de la misère, 1, 93, 186. des intermédiaires, 550.
- Syndicats. Divers, 25, 74, $9, 171.
- "Leur puissance à Tégard du chômai
- re, m .95.
- Leur attitude à l’égard du capital,
- Leur union, 427.
- Leur reconnaissance légale, 772, 803.
- Celui des banques populaires allemandes, 335 des chauffeurs à Lille, 278. des portefeuillistes, 563. des ouvriers de Perpignan, 564. des Travailleurs de la Seine, 56.
- 'des fiiateurs de Lille, 410.
- lithographes deRouen et d’Elbeuf,89
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-
-
- 832
- LE DEVOIR
- Syndicat. Celui des travailleurs de Grenoble, 171.
- graveurs de Paris, 171. mécaniciens de la Seine, 186. de la presse républicaine, 703.
- Système métrique. Son adoption par la Serbie, 139.
- T
- Tabac. Mesures administratives contre lui, 58.
- Préjudices qu’il cause, 797.
- Son usage et l’intérêt des ouvriers, 271, 368. Progression de la consommation, 700.
- Son influence sur le cerveau, 670.
- Talandier. Sa proposition pour l'extinction du paupérisme. 93, 186.
- Son opinion sur la coéducation des sexes, 395. Tarif des Douanes, 84, 97, lu2 116, 166, 188, 199.
- Voir aussi aux mots, Protection et Libre Echange. Celui des tisseurs lyonnais, 426. Tcbérémisses. Forme du divorce chez ce peuple, 188. Télégraphes souterrains, 203.
- Téléphones. Leur emploi, 152.
- Organisation en services publics, 713. Terrain pm-du en Italie, 681.
- Terres-cuites babyloniennes, 32*
- Théâtre, son rôle social, 119.
- Théâtre coopératif, 141.
- Théocratie et cléricanilme, 625.
- Théorie de Maltnus ses adeptes en Angleterre, 89.
- Thèse pythagoricienne, 551.
- Théosophes américains, 170.
- ThoroldRogers, opinion de ce professeur sur la coopération, 165.
- Timbres-poste internationaux, 137.
- Tire-lire joujou, 655.
- Tisseurs lyonnais Leur nouveau tarif, 426.
- Toast de Mme Griess Traut au banquet fouriériste, 296. Tonkin. Question de son occupation, 70.
- Toung — wen — Kouan, école chinoise des langues, 779. Tourbillons, 645.
- Trade’s Unions. Leur situation en face de la coopération, 641.
- Leur congrès à Dublin, 631.
- Ce 4u’elies sont, 407.
- Congrès de celles d’Australie, 44.
- Importance qu’aurait l’union des Trade’s Unionistes et des coopérateurs, 408, 422. Traite des blanches, 77, 235, 251, 744.
- Traite des nègres, 140.
- Traitement des prisonniers aux Etats-Unis, 427. Transformisme et association, 685.
- Transition sociale au XIXe siècle, 738.
- Transports. Circulaire Léon Say, 70.
- Travail. Son rôle, 355.
- Son relèvement, 92.
- Le vrai moyen de ie favoriser, 135,150. Nécessité de l’associer au capital, 343.
- Son enseignement dans les écoles, 217, 278,296. Son code 3 62.
- Travailleurs. Avantages dont ils jouissent au Familistère, 17, 337.
- Union syndicale de ceux de la Seine, 56. Chambres syndicales, 25, 74, 89, 171.
- Leur accès a la fortuoe et à la propriété,401. Caisse de retraite en leur faveur, 49,65,137, 171, 185, 250, 296, 409.
- Travaux. Ceux du Gotlhard, 638.
- Ceux de l’Escaut, 666, 687.
- Tribunaux de commerce. Leur mode d’élection, 85. Tremblement de terre à Agram, 746.
- Troubles à Smyrne, 199.
- en Russie, 218.
- Trouvaille intéressante, 670.
- Tunnels. Celui du Gottnard, 90, 187.
- Sous l’Hudson. 363.
- Turquie. Situation de ce pays. 20,102, 118, 211. Scandales dans ce pays, 109.
- Famine en ce pays, 44, 268, 279, 329.
- Suites de la guerre, 253.
- Typographes. Opposition de ceux du Hâvre au prochain Congrès socialiste, 151.
- Association de ceux de Toulouse, 171.
- XJ
- Ultramontanisme. Poésie qu’il inspire, 234.
- Agitation qu’il entretient en France, 227, 243.
- Sa conduite en face de la question sociale, 13, 87.
- Ses agissements en Australie, 279, 601.
- au Canada, 601. à l’Ue Maurice, 153, 601.
- à Madagascar, 153.
- Unité d’intérêts des ouvriers, employés et artisans, 212. Unions. Celle des ouvriers portefeuillistes, 563.
- Celle des Chambres sydicales ouvrières,
- 427.
- Avantages qu’offrirait celle des Trades Unionists et des coopérateurs, 408,
- 422.
- Union syndicale des travailleurs de la Seine, 56.
- » des ouvriers mécaniciens, 186.
- » agricole du Sig, 75. 153.
- » collective du bâtiment, 107.
- » douanière, 235.
- » assortie, 108.
- » de résistance (Trade’s Unions), 407.
- >' Congrès de Trade’s Unions d’Australie, 45.
- à Dublin, 632
- Universités italiennes. Femmes étudiants, 91, 152.
- Usage excessif du tabac chez les ouvriers, 271, 368. Utilisation de casernes pour des concours agricoles, 203. de l’armée pour des travaux publics, 648. des autruches, 301. des éléphants, 252.
- V
- Vagabondage en Allemagne, 615.
- Vandalisme, 108, 523, 699.
- Vente aux enchères d’une église catholique, 139.
- » à crédit. Ses dangers pour les ouvriers, 729, 747. Vereschagine. Œuvres de ce peintre, 103.
- Verre trempé. Ses nouvelles applicatious, 144.
- Victime du devoir. 361, 442.
- » de leur dévouement, 42, 57, 107, 151.
- Vie. Ses lois dans l’humaoité, 273.
- Vie humaine, ses voies, 257.
- Vie de l’ouvrier, 31.
- » de l’employé et de l’artisan, 212.
- Vierge de Bon Secours, 74.
- Vigne d’une nouvelle espèce, 666.
- Villes saxonnes. Leur développement, 335.
- Vin. Qualité de celui de la messe, 394.
- Vivisecteurs, agitation contre eux, 591, 600.
- Vœux énoncés par les Conseils généraux, 563.
- Voies de la vie humaine, 257.
- Vol d’une madone, 42.
- Volontariat. Sa suppression, 379.
- Voltaire socialiste, 808.
- Votation à Genève sur la séparation de l’Eglise et de l'Etat, 395.
- Sur la constitutution suisse. 726. Voyageurs, poèmes, 224.
- Vulnéraire contre les plaies, 186.
- W
- Ward School, Ecole à New-York, 105.
- Weimar. Son procès, 346.
- Le Directeur-Gérant : GODIN.
- Saint-Quentin — Jmp. de la Société anonyme du (Han .ur
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