Le Devoir
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- 4o ANNÉE, TOME 5 — N° 421
- "Le numéro hebdomadaire 20 c.
- DIMANCHE 2 JANVIER 1881
- Devoir ÉFORiES S'
- BUREAU
- A GUISE (Aisne]
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN D ire cteur- Gérant Fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE
- par Fenvoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France
- Un an. . . . 10 fr. »» Six mois ... 6 »» Trois mois . . 3 »»
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- ON S’ABONNE A PARIS
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- S’adresser à M. LEYMARIE administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
- AVIS A NOS LECTEURS
- Un certain nombre de nos abonnés nous ont témoigné le désir de voir publier dans « Le Devoir » les mesures et les faits auxquels a donné lieu l’inauguration de l’Association du Familistère.
- Pour déférer à cette demande, nous commençons déjà dans le présent numéro la publication des procès-verbaux des Assemblées générales et de ceux des séances du Conseil de Gérance concernant la constitution des conseils et toutes les mesures d’ordre prises pour conférer régulièrement aux travailleurs, les titres d’associés, de sociétaires, ou de participants.
- Afin de faciliter la compréhension de ces procès verbaux à ceux de nos lecteurs qui s’intéressent au développement de l’Association du Familistère nous sommes forcés de remonter jusqu'à l’assemblée générale extraordinaire du 12 Septembre dernier.
- PRIME AUX ABONNÉS
- Nous offrons en prime à tous les abonnés du « Devoir » le remarquable roman socialiste américain « LA FILLE DE SON PÈRE » qui a été publié en feuilleton dans notre journal.
- Ce beau volume qui contient 650 pages, sera envoyé franco contre un mandat-poste d’un franc cinquante centimes.
- C’est un excellent ouvrage de propagande sociale.
- SOMMAIRE
- La France en 1880. — Nouvelles du Familistère. — Faits politiques et sociaux. — Quatrième congrès ouvrier. — Nouvelles diverses. — Appel de la Société des Travailleurs amis de la paix. — Nécrologie : La George Sand anglaise. — VIrlande. — Loi sur renseignement secondaire des filles. — Victor Hugo et les droits de la femme. — Variétés.
- LA FRANCE EN 1880
- L’année qui vient de se terminer est l’une de celles qui compteront dans l’histoire de France. Elle ne présente aucun de ces faits considérables qui font date mais elle a vu entrer en scène plusieurs éléments nouveaux chez nous, entre autres la puissance gouvernementale de l’opinion publique. Pour la première fois peut être dans notre histoire les progrès réalisés sont partis du peuple et non de ses gouvernants.
- Remarquez bien ceci. Dans le passé, et même jusqu’à la fin de 1879, ce sont les ministères qui ont con- -duit les débats, proposé les réformes, influencé et pétri selon leur fantaisie les demandes des représentants du pays. En 1880 c’est le peuple qui a tout fait. Les ministres n’ont eu le plus souvent qu’un rôle effacé, qu’un rôle purement administratif, et quand il leur est arrivé d’exercer une action eflicace ils n’ont pu y parvenir qu’ea se faisant les porte-voix de l’opinion. Ils ont été beaucoup plus loin qu’ils n’auraient osé aller si l’opinion publique ne leur avait pas tenu l’épée aux reins. Quant à nos représentants, nous n’apprendrons rien à personne en rappelant qu’il a fallu leur arracher les féformes. L’amnistie a été arrachée après des mois entiers de luttes entre
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- l’opinion publique d’une part et la Chambre et le ministère de l’autre. Il en a été de même pour la dissolution des congrégations. Cela est si vrai que l’on a vu pour la première fois cheznous un cabinet, celui de M. de Freycinet, forcé de se retirer en pleine vacance du Parlement et sans qu’aucun conflit eût surgi entre les pouvoirs. Rien n’est plus significatif que ce fait : l’opinion, l’opinion seule forçant un ministère à rendre des lois hardies ou à se retirer.
- Ëh bien, chose incroyable et pourtant vraie, l’importance de ce fait capital a passé presque inaperçue. La presse républicaine n’en a pas dit un seul mot et la presse réactionnaire ne l’a signalé que pour l’attribuer à la faiblesse du pouvoir dans le régime républicain.
- Il est certain que les hommes habitués aux pratiques des anciens gouvernements doivent s’alarmer en voyant l’autorité constituée céder à la pression de l’opinion. Cela déroute toutes leurs idées. Mais nous, républicains, nous n’ayons que des raisons, de nous en féliciter, car c’est une preuve que le pays s’habitue aux mœurs républicaines. Il comprend de plus en plus qu’il ne doit pas être mené et que c’est lui seul qui mène. Il ne compte plus sur le bon plaisir du roi, pouvoir personnel individuel, ou sur la bonne disposition de ses représentants, pouvoir personnel collectif, et s’habitue à compter avant tout sur lui-même ; ii a raison car ie roi, c’est lui.
- Eh ! n’êtes vous pas frappé à chaque interruption des sessions parlementaires du changement d’allure des députés. La veille d’une vacance ils sont timorés, indécis, sans fermeté ; le j our de la rentrée ils sont décidés à agir, à bien employer leur temps, à se mettre résolument à la besogne. Ah ! c’est qu’ils viennent de se trouver face à face avec l’opinion du pays; c’est qu’ils viennent de se souvenir — ou plutôt c’est qu’on vient de leur rappeler — qu’ils ne sont pas des gouvernants mais des mandataires. Attendez quelques jours, s’efiacer en eux l’impression de la volonté de leurs électeurs, et vous les verrez de nouveau perdus dans les intrigues de coulior, dans les rivalités de l’amour-propre, et par conséquent incapables de rien faire de décisif.
- C’est donc bien au progrès de l’opinion publique et au sentiment plus net que le pays a de sa souveraineté, et non à l’initiative de la représentation nationale, qu’est attribuable ce qui s’est fait de meilleur dans l’année 1880, l’amnistie, ies lois sur l'enseignement, la victoire du libre échange sur les prétentions protectionnistes, la dissolution des ordres religieux en rébellion contre la loi.
- Cette influence de'Topinion va même si loin que nos législateurs nous offrent ce spectacle étrange,
- unique peut être dans son genre, que le temps qu’ils passent en vacances est tout aussi profitable au pays que celui qu’ils passent en session. C’est absurde, c’est le renversement de ce qui devrait être, mais cela est.
- Cette anomalie ne cessera que le jour où le Parlement comprendra que dans une République démocratique ii n’y a pas des gouvernants, mais des mandataires du peuple souverain.
- Un deuxième titre de l’année 1880 à l’attention de l’histoire, c’est d’avoir abouti à la déconsidération totale de tous les partis hostiles à la République. L’opposition réactionnaire, par l’exagération de son propre principe, s’est à peu près suicidée. Jamais opposition n’a mieux servi les intérêts de ceux qu’elle voulait combattre. C-ràee à son incroyable maladresse, la République est aujourd’hui plus solide que jamais.
- Cette opposition réactionnaire s’est présentée sous deux aspects, opposition des régimes politiques déchus contre le régime politique choisi par la nqtion, opposition des partisans de la religion romaine contre la diffusion des lumières et la liberté des consciences.
- L’opposition politique a été la moins forte, ce qui s’explique par le fait que sur ce terrain-là les ennemis de la république se décomposent en légitimistes, orléanistes, bonapartistes fidèies et bonapartistes dissidents, tous plus ou moins découragés.
- Remarquons toutefois que ceux qui ont le plus perdu de leur considération durant l’année dernière ce sont les légitimistes. Jusqu’ici les fidèles du solitaire de Frohsdorf conservaient un certain décorum ce qui leur valait le respect de beaucoup de personnes. On les considérait un peu comme des bonzes imbus d’idées d'un autre âge et préoccupés avant tout d’adorer leur dieu, mais au demeurant, sincères et inoffensifs. Aujourd’hui cette illusion n’est plus permise. Ces personnages, par leurs procédés brutaux,ont dépassé toutes les bornes ; ils ont été plus loin même que les bonapartistes ; ils n’ont pas craint de jeter de grossières injures à la face des ministres et de faire le coup ,(Je poing dans la salle où s’élaborent les lois. Les légitimistes sortent de leur campagne de 1880 absolument déshonorés ; aussi la réprobation publique s’estœlle élevée contre eux avec une unanimité sans précédent.
- L’opposition a été plus forte encore sur le terrain Clérical. Là une question de mince importance à .l’origine a pris, grâce au fanatisme des ennemis de -la république, les dimensions d’une lutte entre les idées du passé et celles du présent, entre des insti"
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- tutions qui ont fait leur temps et d’autres répondant mieux à nos aspirations. Et cependant, cette lutte a pris naissance à l’occasion d'une simple question de détail. Il s’agissait seulementà l’origine d’interdire l’enseignement supérieur aux Pères Jésuites, personnages peu nombreux, peu puissants et dont la présence en France n’était tolérée qu’au mépris des lois.
- L’Eglise romaine n’a pas compris qu’elle avait tout à gagner à détacher sa cause de celle si impopulaire des Jésuites. En approuvant ^application de la loi à cet Ordre, ou tout au moins en s’abstenant de protpstçr poutre Cétte application} de 1g loi, elje eut trouvé quelque regain dg faveur. C’était une sorte d’échenillage qui, par ie sacrifice des branches atteintes, aurait profité aux branches conservées.
- Heureusement pour le progrès, l’Eglise romaine a identifié sa cause à celle des jésuites. Elle a fait re-tomber sur elle toute l’impopularité qui retombait surtout sur eux. De plus elle a employé dans cette campagne ceux des pr océdés qui pouvaient être le plus antipathiques au p'euple français. Ses prélats les plus en renom et ses orateurs politiques le plus en vue se sont posés en factieux; iis ont tout fait pour jeter le pays dans les malheurs d’une guerre civile ; ils ont tournée en risée le principe d’aut.orité ; ils ont vilipendé les actes du gouvernement, prêché rinsubordirmiio^ à la loi, insulté et frqppg ses agpffts, rpaudjt çjt excoipmupié ses préfets, diffamé jusque dans leur yi,e privée ses piinistrps. Et tandis que ces personnages appelaient le ministère un gouvernement de crocheteurs, ils ne trouvaient pas au-dessous de leur dignité de toucher les gros honoraires que ce même gouvernement a la faiblesse de leur servir
- Ce spectacle ne pouvait manquer d’inspirer un profond dégoût au peuple français et l’on peut dire sans optimisme que le cléricalisme par ces excès s’est porté à lui-mê^e un coup fatal.
- Il est très-heureux que ,s$ conduite ait été ftugsi maladroite. Grâce à elle la république échappe au danger de ces alliances compromettantes et de ce
- l’Université a été rendue à elle-même et l’instruction supérieure affranchie. Le nouveau conseil de l’instruction publique a porté des coups redoutables 4 l’antique routine universitaire. Les programmes de l’enseignement ont été transformés dans un sens résolument progressif. Les langues mortes se sont vu retirer l’omnipotence qu’on leur avait attribuée au moyen âge. Une grande place a été faîte aux connaissances nécessaires à une société transformée comme l’est la nôtre. D’autres réformes seront réalisées suivant la même tendance; c’est la démocratisation de l’enseignement secondaire et supérieur. D’un autre côté l’enseignement secondaire des jeunes filles a été reconnu une nécessité sociajp et organisé , et une loi dote l’enseignement professionnel de nombreuses écoles nouvelles. Cette double réhabilitation de la femme et de l’ouvrier ne peut manquer d’avoir une sérieuse influence. Enfin l’instruction primaire, protégée ç;ontrq toute ingérance extérieure, est rendue gratuite, laïque çt obligatoire.
- Ce sont là de grandes mesuras que nous réclamions depuis longtemps et auxquelles la date de 18.80 pestera attachée. Elles ne peuvent porter encore leurs fruits, puisque nous ne sommes qu’aux semailles, mais la moisson viendra.
- • Ces lois rencontreront sans doute fies Résistances, qu’importe j mais l’impulsion e,s,t donnée. D’piileiirs on peut compter que l’opinion pu^liqpy, copscientê aujourd’hui de sa force, ne manquerait pas <)p s’élever contre tonte violation des principes fondamentaux. de ces grandes lois.
- Nous ne ferions pas un travail sérieux si nous
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- omettions dans ces remarques sur l’année 1880 la
- modification qui s’est ouvrier.
- produite dans le niouvetnen-t
- Jusqu’igi ce mouvement payait .un caractère un peu factice. Il partait moins de la pias^e fies .travailleurs que de quelques personnalités remuantes, Rêvant l’organisation et l'avènement gu pouvoir du Quatrième Etat. »
- patriotisme .à l’eau bénite qui s’infiltrèrent dans la république de 48 et finirent par porter M. de Fai-loux au ministère et le prince Bonaparte aux Tuileries.
- Cette tendance si e,lie s’ptait prolongée a.uRaif pu pour plus clair résultat de détaçhèr de la pause ouvrière les sympathies de bien dys personnes qqj, n’étant pas ouvrières elles mèmpSj.se seraient vues repousser et tenir à l’écart.
- L’année 1880 — et c’est là un de .ses principaux titres à la sympathie des hommes éclairés — a plus fait pour l’instruction publique qu’aucune de ses devancières. Des lois d’une importance capitale ont été élaborées et, si toutes ne sont pas encore arrivées à bonne fin, toutes probablement y arriveront. Déjà
- Une revendication, quelque juste qu’elle poiTt, a tout à perdre et rien à gagner quanfi ceux qui s’e,n font le porte-voix parlent de s’isoler. C’est çe que les ouvriers ont compris heureusement assez tôt. Ils ont senti que cette prétention à constituer un. quatrième état soulèverait tout le monde contre et
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- ils ont tendu durant toute l’année, à éliminer de leurs demandes les éléments révolutionnaires. Aujourd’hui convaincus que ce qui unit est favorable au progrès et que ce qui divise lui est contraire, ils se sont résolument ralliés au parti républicain avancé et attendent de la légalité et de la liberté seules l’amélioration de leur sort.
- Enfin n’oublions pas à l’actif de 1880 les manifestations en faveur de la paix qui se sont produites pendant sa durée, particulièrement lorsqu’il fut question d’occuper le Tonkin et lors du refus par la Turquie d’abandonner Dulcigno.
- L’affaire du Tonkin est déjà oubliée. Et cependant c’est au mois de février dernier que l’amiral Duperré reçut du ministère l’ordre d’occuper cette région lointaine. L’opinion publique s’émut et la presse, à la seule exception des journaux officieux, s’éleva contre cette guerre de conquête. Le ministre comprit; des ordres contraires furent donnés à l'amiral, et le belliqueux rapport sur la question, quoique distribué aux députés et inséré à VOfficiel, n’eut même pas l’honneur d’être discuté î
- L’affaire de Dulcigno a eu même commencement et même fin. Quelques navires de guerre français prirent part à une démonstration navale des grandes puissances contre la Turquie. L’opinion publique se prononça vivement contre tout espèce d’action d’un j caractère agressif; des instructions en conséquence i furent données et aboutirent au retrait de la flotte. !
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- A l’heure où nous écrivons le rôle diplomatique de | la France en Orient reprend une réelle importance, I mais c’est un rôle pacifique et conciliateur. Le peuple j français tout en témoignant de sa sympathie pour l’émancipation des populations grecques soumises au joug écrasant de la Turquie, se montre très résolu à repousser toute solution par la force. C’est même pour répondre à ce sentiment public que la France a eu l’honneur de proposer aux puissances ainsi qu’aux pays intéressés un arbitrage international.
- Ainsi la France, maîtresse d’elle même, témoigne d’une résolution parfaitement arrêtée de vivre en paix. Elle comprend que le temps de la violence est passé et que l'avenir appartient à la science et au travail. Elle sent que le prestige d’un pays ne se mesure plus à ses exploits militaires et au deuil et à la dévastation qu’il répand, mais bien à la place qu’il tient dans la production et dans l’échange et à l’importance qu’il donne au développement des intelligences.
- .Voilà où en est la France au seuil de 1 année 1881. Qu’on se reporte à ce qu’elle était il y a 10 et il ans lj
- et que l’on fasse la comparaison. Ce rapprochement autorise les plus grandes espérances. Un peuple qui, si peu de temps après le plus effroyable des désastres, a pu retrouver assez de ressources, assez de sagesse et assez de fermeté pour devenir tel que nous le voyons, ce peuple est appelé à devenir de plus en plus grand et respecté et à occuper un rang des plus en vue dans le concert des nations.
- Ed. Champury.
- NOUVELLES DU FAMILISTÈRE
- ORGANISATION DE L’ASSOCIATION
- Assemblée générale extraordinaire
- Séance du Dimanche i2 septembre 1880, à 3 heures-de t après-midi
- Présidence de M. Godin, fondateur.
- Ordre du Jour : Proclamation de l’Association. Admission d’associés.
- Présents :
- M. Godin J eau-Baptiste-André, fondateur.
- Les six membres qui ont signé l’acte de constitution de la Société en qualité d’associés, soit Messieurs : Barbary Antoine, directeur des modèles,
- Dequenne François, directeur de la fonderie,
- Fabre Marie-Auguste, chef des services du Familistère, Pernin Autoine, directeur du matériel,
- Mm0 Marie Moret, secrétaire du fondateur.
- Et vingt-six candidats remplissant toutes les conditions statutaires pour être appelés à la qualité d’associés et ayant, par le dépôt de leur engagement.fait acte d’adhésion aux statuts.
- Soit en tout 33 personnes dont la présence, conformément à l’article 65 des statuts, est constatée par une liste de présence annexée au présent procès-verbal.
- Après avoir fait l’appel nominal, M. Godin usant des droits que lui réserve l’article 12 du pacte social, en qualité de fondateur, proclame associés les vingt-six candidats dont la liste suit :
- Mesdames
- Allard Marie, employée à la Nouveauté
- Dessein Marie, »
- Lienard Georgette, » Nicolas Joseph, »
- Roger Pruvost, »
- à la Buvette, à l’Alimentation, à la Nourricerie, à la »
- Messieurs,
- Champenois Aimé, mouleur,
- Dequenne père, contre-maître menuisier, Défontaine Gustave, comptable,
- Doyen Alphonse, écrivain, Englebert-Behets, sculpteur,
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- Hennequin Joseph, mouleur,
- Jamart Marcellin, »
- Lavabre Armand, »
- Lefèvre Alexandre, mécanicien,
- Lefèvre Irène, comptable,
- Liénard Edouard, »
- Mathieu Eugène, mouleur,
- Mairesse Pierre, »
- Moyat Louis, caissier,
- Nicolas Joseph, surveillant à l’ajustage,
- Pascaly Jules, secrétaire,
- Proix Pascal, surveillant k la fonderie,
- Roppé César, modeleur,
- Roger Victor, contre-maître à l’ajustage, Rousselie-Cronier, épicier,
- Rousseau Joseph, modeleur.
- M. Godin dit que la présente réunion constitue la première assemblée générale extraordinaire.
- Il ajoute que la Société du Familistère qui fonctionne en fait depuis 1876 est, depuis le 13 août 1880, constituée définitivement par la signature des statuts et par le dépôt du double de l’acte constitutif fait, savoir :
- Au greffe de la Justice de paix du Canton de Guise, suivant acte en date du 23 août 1880 ;
- Au greffe du Tribunal de commerce de l’Arrondissement de Vervins, suivant acte en date du même jour ;
- Ledit acte constitutif est accompagné, ainsi que les doubles déposés, des annexes suivantes :
- Réglement des assurances mutuelles de la Société ; Réglement de l’habitation, des ateliers et des bureaux; Etat des brevets, additions et perfectionnements compris dans les apports du fondateur ;
- Recensement des immeubles compris dans les mêmes apports ;
- Et plan des mêmes immeubles.
- Le journal « Le Courrier de l'Aisne » dans son N° du 27 août a, en outre, publié l’extrait des statuts, conformément à la loi.
- Enfin, la publicité légale et le dépôt des statuts ont été faits à Bruxelles (Belgique), la Société possédant une usine dans ce pays.
- M. Godin expose que les Conseils du Familistère et de l’Usine qui fonctionnent en , fait depuis quatre ans, demeurent composés des membres suivants, savoir;
- Conseil du Familistère,
- M. Godin, Président; MM. Barbary, Dequenne, Fabre, Pernin et Piponnier.
- Conseil de l’Industrie,
- M. Godin, Président; MM. André, Barbary, Dequenne, Fabre, Pernin et Piponnier.
- M. Pascaly. désigné par l’Administrateur-Gérant, en conformité des articles 87 des Statuts et 26 du Règlement, remplit la fonction de secrétaire pour ces Conseils.
- Les Conseils du Familistère et de l'Industrie formant par leur réunion le Conseil de Gérance, les Conseils de l’Association sont constitués et continuent leurs fonctions, comme cela est dit à l’article 140 des statuts. Mais
- en vertu des articles 12 et 140 du pacte social, le fondateur a la faculté d’adjoindre aux membres actuels des Conseils trois membres associés pour tenir la place des conseillers élus prescrits par l’art. 82.
- L’original des statuts et ses différentes pièces annexes ainsi que tous les actes et titres intéressant l’association sont, dès maintenant, déposés aux archives sociales.
- Pour procéder au plus vite au réglement des droits de participation dont les travailleurs sont crédités aux livres depuis 1876, et libérer ainsi M. Godin, fondateur de la Société, des obligations qu'il a contractées envers son personuel, il est urgent, expose M. le Président, de fixer les listes des divers membres de l’Association.
- Cela est indispensable également pour procéder au plus vite à l’élection du Conseil de surveillance et des Comités des Assurances, lesquels doivent être composés de membres élus, pour un certain nombre, parmi les Associés et Sociétaires.
- Il est arrêté en séance que le premier groupe des associés sera appelé à compléter la liste des membres de cette catégorie, en votant, à bulletin secret, par oui ou non, sur le rejet des autres personnes proposées au titre d’Associés; et il demeure entendu que, dorénavant, toute personne qui voudra faire partie des associés devra présenter sa demande comme il est réglé par les Statuts.
- M. Godin donne ensuite lecture des articles des Statuts concernant :
- La constitution , le fonctionnement de l’Assemblée générale , ses prérogatives, les conditions requises pour être admis dans les diverses catégories de l’Association, les droits et les devoirs des Associés, des sociétaires et des participants,
- Insistant sur les qualités que doit posséder l’Associé en raison de la responsabilité qui lui incombe, M. Godin, engage les membres présents à s’inspirer dans l’exercice qu’ils vont faire de leur droit de vole, de la nécessité de donner à l’Association des éléments sérieux et dévoués à son succès, les associés composant les assemblées générales et ayant droit de vote dans les résolutions importantes et les grands intérêts de l’Association.
- Il rappelle les droits que s’est réservés le fondateur par l’art. 12 des Statuts, et en vertu desquels le membre à qui il confère le titre d’associé est dispensé des conditions suivantes :
- « Résider depuis cinq ans dans le Familistère.
- « Participer au moins depuis le même temps auxtra-« vaux et opérations qui font l’objet de l’Association.
- « Etre admis par l’Assemblée générale des Associés « (St. art. 14, paragraphes 2, 3, 6,) ; » et il ajoute que pour les membres associés qui n’avaient point l’an dernier b00 francs de parts d'intérêts inscrits à leur compte, la répartition de l’année présente complétera ce chiffre minimum fixé par les Statuts.
- Les Associés présents et ceux qui seront désignés par eux et nommés par M. Godin devront adhérer aux Statuts et règlements par un engagement écrit et signé de leur main.
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- M. Godin lit ensuite les articles indiquant l’objet des diverses assurances et la composition des Comités ; il gignaie les modifications qui ont été introduites aux anciens règlements. '
- Les résolutions suivantes sont proposées et adoptées ;
- Mercredi le septembre 4880, à 7 heures 4/2 du soir, vote Sur la liste proposée par-M. Godiu au choix des Associés présents. Cette liste leur sera distribuée mardi malin;- ' - -
- Dimanche 2Q septembre de 9 à 14 heures du matin, signature des Statuts par ies Associés. ' - -
- Conformément à i’article 11 du pacte social, les associés approuvent et signent le présent procès-verbal aux doux registres de réception. '
- La séance est levée.
- Le Président, Godin.
- Les membres du Conseil de Gérance,
- Barbary, Dequenne, Fabre, Pernin, Piponnier.
- Le Secrétaire, Pascaly.
- Las mêmes associés se réunissent en Assemblée générale extraordinaire le mercredi 15 septembre à l’heure convenue. Conformément à la résolution prise dans la séance du 12 courant, il est procédé dès l’ouverture de la séance, au yote à bulletin secret, par oui ou.non, sur l’admission au titre d’associés des treize candidats dont la liste suit et qui ont donné par écrit leur adhésion â l’Association.
- Chacun des candidats obtient la majorité des suffrages $t est, en conséquence, proclamé associé. *
- Ce sont :
- MM. Ailart Eugène ; Beaurain Edmond; Cartigny Jules; Faniçl Arsène ; Froment Henri ; Godériaux ELie fils ; Jumeau Victor ; Laporte Louis ; Lhote Henri ; Léguiller Biondelie ; Mércsse Constantin ; Proix Emile ; Sarrazin Alphonse.
- Les membres nouvellement élus seront invités à signer les Statuts dimanche prochain de 9 à 11 heures du matin. En outre, conformément à l’art. 11 du pacte social, ils seront invités à approuver et à signer le présent procès-verbal aux deux registres de réception.
- M. le Président déclare qu’il va êtie procédé à l’établissement de la liste des sociétaires, afin d’élire aussitôt que possible les comités des assurances mutuelles de l'Association. ' » ' •
- La séance est levée.
- FAITS POLITIQUES k SOCIAUX DE LA SEMAINE
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- La loi sar l’ohligatioR tic* Poîîseigsi»;-
- mersfc a été votée par la Chàmbre au moment oô notre dernier numéro était sous pressé. - »< •
- Çç,t,te loi stipule L’exclusion dp l’enseignement religieux tîu programme des matières obligatoires dans lés écoles publiques, mais accorde le dimanche et un jour
- de vacance en plus par semaine pour permettre aux parents de faire donner à leurs enfants l'instruction religieuse à leur gré.
- Le troisième paragraphe de l’article 2, autorise d’une manière générale le conseil départemental.de L’instruction publique à accorder aux ministres des cultes, sur la requête des conseils municipaux,la faculté de donner l’enseignement religieux dans les locaux SGrolaires-,- durant les jours de congé.
- Cette concession nous paraît grosse de dangers d’autant plus que la Chambre a rejeté une autre disposition qui ne permettait aux conseils départementaux deçon-eéder les locaux scolaires que dans le cas oîi ces derniers seraient éloignés de deux kilomètres de l’édifice religieux. . . s. .
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- îbe budget recettes a été accepté par le
- Sénat après quelques modificationsadoucissunVia portée de l'amendement Brisson qui, soumettait les. congrégations religieuses en matière d'impôt à la simple pratique du droit commun. ' ' • y
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- lionne loi. — M. Àudiffred, député et conseiller général de la Loire, vient de saisir la Chambre des députés d’un excellent projet de loi qui mérite toute la sollicitude dü Parlement et du gouvernement. Ce projet qui touche A l'organisation,-des collèges communaux propose de porter' la subvention que l’Etat leur accordé de 1,900,000 fr. â 4,150,000 fr. '
- Cette subvention serait consacrée à améliorer'aq point de vue matériel et pédagogique, ^organisation, de,..nas collèges municipaux et les mettrait plus même de soutenir la concurrence contre les établissements de l’enseignement’ secondaireHibre. -
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- Xi9as*l)itrag-© Elwiroj^eu.. — La France a pris l’iniüaüye d’un projet d’arbitrage européen.pottr régler-la question .des frontières grecques. Ce n’^st pas une proposition formelle, dans le sens diplomatique du mot; c’est plutôt «me suggestion vernie du cabinet de PariS'et soumise à la fois aux puissances médiatrice^e.f aux deux Etats intéressés. Le gouvernement français a fait aux uns ët aux autres des ouvertures officieuse^ pour savoir comment une telle idée serait accueillie ; il ne pourrait en faire officiellement que si la Grèce et la Turquie acceptaient le principe même de ^arbitrage avec toutes les conséquences _qai en résultent, ' *
- Espérons que l'idée de cet arbitrage triomphera,
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- La loi enu* la n-nagfisftrsitovo. — La commission sénatoriale .do la magistrature a adopté, à , la presque unanimité, le contre-projet de M. Juleé Simon.
- Il ne constitue pas à proprement' parler,' une véritable réforme, et diffère de l'organisation actuelle en ce que. l.es magistrats serment nommés, . sur "d’eux listes, présentée, Tune par la cour d*appel du ressort, l’autre par un collège électoral composé'du conseil de l’ordre des avocats, des anciens bâtonniers, de la chambre de discipline des avoués, de la chambre des notaires ei des professeurs titulaires de la.faculté de droit.
- La deuxième modification consiste â différer au jury ' les affaires politiques et les délits de presse.
- \ Enfin l’inamovibilité serait attribuée aux magistrats i de l’Algérie, et les tribunaux jugeant par année moins de lo0‘affaires seraient supprimés,
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- TJtte électlort sénatoriale dans TAube a : prouvé que l'extrême gauche gagne du terrain dans ce département. Sur 513 yotants^le,, candidat de Êex-, trême gauche, a obtenu 176 voix. Son adversaire,' M.
- ! Gayot, de la gauche républicaine a été élu.
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- < îLNèleotion d’au dépui <* a eu lieu à Pontarlier, I dâôs une eontrêe pàssablément imbue des* erreurs-ro-
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- maines. Le député élu est M. Dionys Ordinaire, un écri- | vain anti-clérical du plus grand talent, rédacteur en f chef de la Petite République. - -
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- JLïi progression clés revenus du Trésor atteint des proportions inespérées. Le tableau du rendement des impôts et revenus indirects de la première quinzaine présente, sur les prévisions budgétaires, une plus'value de 12,405,000 francs, soit une moyenne de 827,000 francs par jour. Cette plus-value s’élève, .pour onze mois et demi de l’année courante, à 157 millions un quart. On peut dès lors prévoir que l’ensemble des encaissements, pour les douze mois de l’exercice de 1880, seront supérieures de 170 millions aux évaluations budgétaires.
- Sans comparer ces résultats à ceux des pays où- le déficit est a l'état normal, la situation du trésor anglais lui-même n’est pas comparable à la nôtre! En effet, il résulte d’une statistique publiée par les journaux de Londres, que les recettes du royaume sont, pour les onze premiers mois de l’exercice de 1880. inférieures déjà de
- 38 millions et quart aux prévisions du budget.
- Dans des conditions financières aussi brillantes, il nous semble que M. Magnin pourrait sans danger proposer aux Chambres des nouveaux dégrèvements.
- ALLEMAGNE
- 3Le lbnlb«re*. — Le Conseil fédéral allemand a été saisi du projet de budget pour l’année financière de 1881-82. Le chiffre des dépenses ordinaires dépasse de
- 39 milliofiS'de marks (le mark vaut 1 fr. 25) celui de
- 1880- 81, et les dépenses extraordinaires dépasseront de 10 millions celles qui ont été votées pour l’exercice actuel. Ainsi, l’empire allemand devra trouve? 4Ô millions de marks de plus que l’année dernière pour équilibrer ses dépenses, qui s’élèveront à 588 millions de marks.
- Le déficit de 49 millions vient s’ajouter à celui qui existait déjà dans le budget de 1880-81. Dans ce dernier budget, l’excédant des dépenses sur les recettes était de 35 millions de marks, auquel on dut pourvoir par un emprunt Sur le montant de cet emprunt, 6 millions .étaient destinés à couvrir un déficit de l’année antérieure, mai» il restait encore pour payer le surplus des dépenses. 29 millions que l’empire devra évidemment trouver d’une manière ou d’une autre afin de faire face aux mômes dépenses en 1881-82. En y joignant quelques recettes qui seront également supprimées l’année prochaine (en particulier une recette extraordinaire de 2 millions résultant encore des intérêts de la contribution de guerre française), on arrive à un chiffre de plus de 32 millions de marks que les recettes normales de
- 1881- 82 laisseront à découvert, sans compter les 49 millions de dépenses nouvelles dont nous avons parlé plus haut. Gela fait un total de 82 millions de marks (plus de 100 millions de francs), auquel il faut pourvoir pou>-équilibrer le budget.
- Afin d’arriver à ce résultat, l’empire demandera d'abord 54 millions de marks à un emprunt destiné à couvrir les nouvelles dépenses pour l’armée, la marine et l’administration des postes. Il espère de plus tirer des revenus des chemins de fer de l’empire un excédant de deux ou (rois millions de marks.
- Mais, malgré tout, il reste encore à trouver 25 millions de marks : la chancellerie impériale les demande à une augmentation des contributions matriculaires, qui seront portées de 81 millions àl06,614,431 marks. Sur cette somme, pour ne citer que quelques chiffres. 21 millions seront fournis par la Bavière, 4,700,000 par le Wurtemberg, à peu près autant par le pays de Bade. 3,100,000 marks par l’Alsace-Lorraine. Quant à la Prusse, qui payait 38 millions cette année, elle devra donner en 1881-82 54 millions : 16 millions de marks d’augmentation d’impôts. Or, son propre budget est en déficit de 30 millions et demi de marks, qu’elle, devra demander à un emprunt particulier. Il est vrai qu’en échange l’em-
- pire lui accorde, sur ses recettes de cette année, 13 millions de marks dont la majeure partie sera destinée, soit à soulager le budget des communes et des provinces, soit à supprimer complètement et définitivement la dernière catégorie do l’impôt des classes dont le produit est de 7 millions. Mais c’est là une maigre compensation ; en tout cas, le rêve si caressé de la suppression progressive des contributions matriculaires est encore loin, comme on voit, de pouvoir se réaliser.
- Ce qui ressort le plus clairement de la sitation financière actuelle de l’Allemagne, c’est que l’empire et la Prusse sont également impuissants à suffire à leurs besoins par leurs recettes normales. Malgré d’énormes accroissements d’impôts, malgré les contributions matriculaires toujours plus fortes, malgré des. contributions indirectes qui ont subi une augmentation déplus dé 100 millions de francs en quatre ans, l’empire, aussi bien que la Prusse, est forcé de recourir à des emprunts pour combler le déficit de son budget ; il a dû demander au crédit 72 millions de marks en 1879-80 ; 35 millions en 1880-81 ; il demandera 54 millions pour l’année prochaine. .
- CUBA
- ILes antosïomistsa. Une lettre adressée de Madrid à l’Indépendance belge annonce la découverte d’un nouveau complot des autonomistes cubains. Il s’agirait d'une tentative d’insurrection ourdie par les principaux chefs du mouvement de 1878 qui avaient fait leur soumission au convenir) Zanjon. Cette tentativé aurait
- échoué, et 347 personnes compromises auraient été arrêtées en une nuit.
- . Le général Blanco n’a pas voulu appliquer dans toute leur rigueur les mesures que l’état de siège qui existe encore dans toute l’île de Cuba lui aurait permis de prendre à l’égard de ses prisonniers. Il a télégraphié au gouvernement de Madrid pour obtenir l’autorisation de se montrer rigoureux seulement contre les chefs de la conspiration.
- Les autres personnes ont été embarquées sur des bâtiments de guerre et seront déportées à Fèrnandq-Pe, sur la côte d’Afrique., On croit que.près de.6.00. habitants seront ainsi exilés dans l’île de Cuba. Les chefs iiu sôulè-vement seraient passés par les armes.
- La correspondance en question ,se termine par une nouvelle qui surprend, venant après l’annonce de l’échec du soulèvement c c’est que toute l’attention des autorités se porterait actuellement vers les côtes du département Oriental, où l’on craindrait une descente.
- QUATRIÈME CONGRÈS OUVRIER
- VI (I)
- De la, femme
- La question de la femme a tenu aussi une grande place dans les discussions du Congrès du Havre. Cela devait être; Malheureusement l’esprit de méthode, indispensable à toute discussion approfondie a trop fait défaut, de sorte que les mêmes choses <jnt été répétées dix fois tandis que rien n’h été dit sur dèë points importants de la même question.
- Il y avait quatfe aspeôts de lâ quéstion à discuter séparément : ,
- 1° La situation de la femme dans là famille ;
- 2° Sa situation dans ^industrie ;
- 3° &a situation dans Tétât au point de vue civil ;
- (I) Voir nos numéros des 28 novembre, 5,12 et 26 décembre 1880.
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- 4° Sa situation dans i’état au point de vue politique.
- La discussion au lieu d’être localisée successivement sur chacune de ces questions a porté sur les quatre à la fois, ce qui a nui à son résultat. Chaque fois que l’on ne suit pas rigoureusement une méthode, l’importance donnée aux questions de détail fait perdre de vue à certains moments les grandes lignes générales.
- Procédons dans l’examen de ces discussions dans l’ordre que nous leur aurions voulu voir suivre ; en conséquence commençons par la situation
- situation de la femme dans la famille
- La plupart des orateurs considèrent l’organisation actuelle de la famille comme forme définitive. Aucun n’a développé cette idée que la famille pouvait être transformée d’une manière notable vers un idéal où es préoccupations d’intérêt céderait le pas à l’affec-tion. C’est cependant ce qui se produirait si le divorce par consentement mutuel était rétabli dans les formes où il exista sous la Révolution.
- N’ayant pas ici à développer ce que les orateurs n’ont pas dit, mais au contraire ce qu’ils ont dit, nous n’entreprendrons pas de voir quel rôle serait fait à l’ouvrière dans le cas d’une transformation de la famille.
- Les délégués sont unanimes ou peu s’en faut à penser que la femme mariée ne devrait jamais avoir d’autre labeur que les soins à donner à sa famille et que des travaux auxquels elle puisse se livrer tout en veillant avec sollicitude sur ses enfants, et en leur prodiguant les soins qui doivent leur être donnés, tant au point de vue physique qu’au point de vue intellectuel.
- Le citoyen Keufer déclare même que :
- L’homme, par son activité, par sa vigueur, par son énergie, est fait pour la lutte, pour le travail pénible, et c’est à lui que revient le devoir de nourrir la femme; c’est à lui de pourvoir aux besoins matériels de la famille, afin de permettre à celle-ci de se développer à l’abri du besoin et des rigueurs du travail extérieur.
- Malheureusement les honorables délégués qui pensent ainsi oublient de dire par quel moyen subsisteront les pauvres femmes qui ont pour mari des manœuvres ou des ouvriers inhabiles dont le gain à lui seul nepermettrait pas de nouer les deux bouts. Us ne nous disent pas, non plus ce que deviendraient les malheureuses que leurs maris laissent dans le besoin tandis qu’ils dépensent une partie de leur quinzaine au cabaret. Enfin ils ne nous disent pas si les femmes de la classe ouvrière ont toutes : assez de connaissance de l’économie domestique pour !
- ne jamais se laisser aller au désœuvrement en l’absence du mari.
- Nous aurions grand peur qu’en condamnant la femme au ménage forcé à perpétuité on ne fasse donner au commérage du temps qui pourrait être mieux employé.
- Il nous semble que le travail des femmes sérieusement organisé et il pourrait être organisé ainsi par des chambres syndicales d’ouvrières — aurait beaucoup plus d’avantages que d’inconvénients.
- Bien entendu, il faudrait comme corollaire à cette organisation un sj^stème de crèches, de salles d’asile et d’écoles pourvues de réfectoires, système compris dans un esprit tout différent que celui qui préside aujourd’hui à ces institutions.
- Ces considérations nous mènent par une transition toute naturelle au deuxième aspect de la question de la femme, sa situation dans l’industrie.
- Ici les délégués ne sont plus aussi bien d’accord entre eux.
- Le seul point sur lequel tous soient d’accord c’est le sentiment de la disproportion qui existe d’une part entre les forces de la femme et les fatigues qu’entraîne le travail, d’autre part entre la longueur de la journée imposée à l’ouvrière et la maigreur de son gain.
- La protection des jeunes filles a aussi inspiré de bonnes paroles.
- Dès qu’une jeune fille prolétaire, a dit le citoyen Keufer, arrive à douze ou treize ans, si ce n’est avant, on songe à la mettre en apprentissage dans un atelier,ou à la faire travailler dans une usine. Cet apprentissage terminé, la lutte a peut être déjà commencé, lutte cruelle où les fatigues, la faim, la misère trop souvent, ont ébranlé la vertu de la jeune fille. Son salaire insuffisant, l’oblige à vivre de privations continuelles, à s’épuiser par un labeur incessant, ou bien, issue fatale, elle se voit contrainte d’accepter les séduisantes promesses d’hypocrites protecteurs, qui profitent momentanément de sajeunesse, de sa bonne foi, et l’abandonnent lâchement le jour où elle ne leur plaît plus, ou qu'înd elle sera mère ! C’est cette voie douloureuse qu’ont suivie presque toutes les malheureuses femmes perdues par la prostitution.
- Noublions pas de citer toutes les maladies dont souffre la femme par la présence trop prolongée dans des ateliers mal aérés, l’usage de matières malsaines, les attitudes pénibles, et on aura alors une idée de la vie de l’ouvrière, victime obscure et résignée de l’industrialisme moderne, source unique d’une promiscuité scandaleuse et corruptrice.
- Divers orateurs se sont plaints de la concurrence que font aux ouvriers le travail des couvents et celui des prisons.
- Il est certain que dans les couvents et les prisons la vie eij commun permet de travailler à vil prix ; il n’y a à ce mal qu’un seul remède, la suppression pure et simple des couvents et la transformation des
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- prisons en pénitenciers agricoles ; ce sont des progrès que nous avons nous mêmes demandés.
- La femme dans l’industrie
- Les orateurs ne sont pas d’accord sur le rôle de la femme dans l’industrie. Plusieurs s’élèvent vivement contre la concurrence qu’elle fait à l’homme.
- Ces récriminations ne sont pas une nouveauté pour nous.
- Nous nous rappelons qu’au Congrès international des typographes tenu en 1880 à Bruxelles un délégué des typographes de Paris s’efforça de combattre le travail des femmes dans l’imprimerie.
- Il est certain que le travail des femmes crée une concurrence à celui des hommes, mais si chaque corporation voulait les exclure, comme c’est la tendance de quelques typographes, qu’arriverait-il ? Tout simplement ceci : C’est que les personnes du sexe féminin qui n’ont pas de mari ou celles qui en ont un qui ne les soutient pas, en seraient réduites à la misère. Cette tendance de certains ouvriers hommes à exclure les femmes de la typographie et d’autres professions du même genre est d’autant plus injustifiée que les travaux qu’on laisse aux ouvrières dans ces professions, sont des travaux n’exigeant pas de fatigue.
- Or plusieurs orateurs se déclarent avec raison partisans d’une classification du travail telle que les travaux rudes incombent à l’homme et les travaux moins rudes à la femme. C’est aussi l’opinion du citoyen Keufer qui, dans le même rapport dans lequel H s’élève contre l’entrée des femmes dans l’imprimerie écrit, sans s’apercevoir de la contradiction :
- Il faut donc admettre et désirer qu’il soit fait aux femmes une large place dans les spécialités où elles peuvent plus facilement consacrer leurs aptitudes, comme dans le commerce, l’administration et surfont l’enseignement. Il y a là une ressource considérable, où les femmes veuves, les jeunes filles sans famille, peuvent trouver une situation qui leur permette de vivre facilement et de sauvegarder leur dignité et leur liberté. Une'telle répartition du travail pour les aptitudes propres à chaque sexe serait plus juste et moins perturbatrice.
- Plusieurs orateurs se plaignent de l’avilissement des prix de main-d’œuvre dans les professions où la femme peut faire concurrence à l’homme.
- C’est une plainte déjà ancienne qui fournit unjour à M. de G-irarain l’occasion de soutenir la thèse suivante : « La femme qui travaille dans l’atelier, la fabrique ou la manufacture, loin d’ajouter aux ressources du ménage, les tarit, car elle fait baisser le salaire de l’homme. » C’est une exagération, car le gain d’une femme dans une journée est toujours plus élevé que la réduction du salaire de l’homme. Ton-
- | tefois il est admissible que l’invasion d’une profession par des femmes travaillant à vil prix forcerait les ouvriers à se contenter du même salaire; cela rendrait la vie plus difficile encore à tous ceux dont la femme ne travaillerait pas, ce qui est le cas dans les ménages chargés d’enfants.
- Cette considération a donc sa vaieur et les ouvriers ont raison de s’en préoccuper. Toutefois iis feraient fausse route en cherchant le remède dans une en-trave apportée à la liberté du travail. C’est dans l'organisation de syndicats que se trouve la seule force efficace pour lutter contre l’avilissement du prix de la main-d’œuvre. Cet avilissement n’est possible que parce que le travail est mal organisé où plutôt n’est pas organisé du tout. Usera enrayé puis supprimé quand le travail aura été organisé de telle sorte qu’a travail égal réponde un salaire égal. Bien entendu, cette organisation ne peut point être le fait des législateurs incompétents en semblable question mais bien celui de syndicats ouvriers libres.
- C’est dans cette direction que devraient se porter les tendances des ouvriers en ce qui concerne le travail de la femme et non en caressant plus ou moins l’idée anti-libérale, anti-progressive, anti-égalitaire de l’exclusion.
- Le Congrès de Lyon, auquel un certain nombre de femmes avaient pris part, avait pris au sujet du travail de la femme une attitude diamétralement opposée à celle prise par plusieurs délégués au Congrès du Havre. Il nous est pénible d’avoir à constater que sur ce point spécial il n’y a pas eu progrès dans les esprits mais reculade. A Lyon, sur le rapport de la citoyenne André, le Congrès considérant que la femme ne peut être libre et digyie qu'en étant capable de ne relever que d’elle-même concluait à la ci éation de Chambres syndicales de femmes. (1)
- Plusieurs délégués ont émis cette idée que à travail égal la femme a droit à un salaire égal à celui de l’homme.
- j II est certain qu’il serait de toute justice qu’il en \ fût ainsi et que c’est dans ce sens qu’il faut tendre. | Malheureusement les considérations sont sans poids | contre les faits brutaux ; or dans l’état actuel du | travail, c’est un fait brutal que le taux du salaire j s’élève ou s’abaisse en raison du rapport de l’offre j à la demande. Si pour un même travail beaucoup I de femmes s’offrent, elles seront occupées à un salaire moindre que si elles ne s’offrent qu’en petit nombre. Aucune intervention législative ne peut modifier cela; le seul moyen d’empêcher les femmes de produire l’avilissement des salaires de certaines
- (1) Voir Séances du Congrès ouvrier, session, p. 590.
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- professions, c’est de leur ouvrir toutes grandes les , portes de toutes industries.
- C’est ce qu'a fort bien compris le citoyen Vallet :
- Une autre cause, dit-il, et non la moins importante de la misère dans laquelle l’ouvrière se débat, c’est l’envahissement des travaux de la femme par l’homme.
- C’est avec peine que nous voyons les femmes mal guidées chercher à s’emparer des métiers qui appartiennent par leur nature exclusivement à l’homme, | mais ce n’est pas non plus sans regret et sans amer- i tume que nous voyons de grands et forts gaillards I mesurer une aune de rubans ou servir dix centimes I d’épingles. Nous avons toujours pensé que ces hommes rendraient plus de services ailleurs que dan» un magasin.
- Le même orateur se rend très-bien compte de l’impuissance d’une action législative sur le taux du salaire et il attend tout du libre groupement des ouvriers.
- C’est ainsi que, parlant des efforts à faire, il s’écrie :
- « Nous devons ramener l’homme vers ses travaux I naturels et selon ses aptitudes ; I
- « De même pour la femme ; !
- « Donner nos conseils et notre appui aux ouvrières ! pour se constituer en chambres syndicales. » 1
- Cette question du travail des femmes a été laissée par le Congrès en un état assez confus. La foi en la liberté manque trop. On ne comprend pas assez qu’elle guérit elle-même les blessures qu’elle fait et que si la liberté du travail entraîne la concurrence à outrance des ouvriers et des ouvrières, la liberté d’ass'ôciation permet d’empêcher les abus.
- X>x*oitj« oï'V'ilsi do la feï*a.ï*te
- Il y avait beaucoup â dire sur l’égalité civile de la feûime A. flotrê grand êtônherrient Têtude de ce progrès capital n’a terni’que pèü dé |)lace dans les travaux dà Congrès.' De pliis le Bulletin de ce Congres n’a pas publié in-extenso les discours ou les rapports consacrés a ce sujet. Aussi en sommes-nous réduits,à notre grand regret, à mentionner seulement le' discours de la citojrenne Kéva, réclamant cette égalité civile que npus avons nous-mêmes réclamée, et le discours du citoyen Veyssier qui insiste sur l’équité de ce progrès,afin que les honnêtes femmes ne soient pas laissées à la merci de maris débauchés et paresseux. ,,
- La Commission chargée de rapporter sur la question de la femme s’exprime en ces termes en parlant du rôle effacé que remplit aujourd’hui la femme ;
- Et à qui s’en prendre, Si jusqu’ici elle ri a pas éoiri-pris l’importance de la mission qui lui incombe, n’est-ce pas à l’homme, qui.rie voit en elle qu’un,être inférieur, bon tout au plus à lui tenir compagnie dan» ses moments d’ennui, mais à ne le gêner en rien dans quoi que ce soit.
- L’homme dans son égoïsme, ne s’est jamais ou très peu occupé de l’iustruction de la femme, sachant bien que, du jour où elle raisonnerait et réfléchirait, c’en serait fait de sa suprématie, et que son empire croulerait comme un château de cartes.
- C'est contre cet état de choses que nous protestons.
- Comme résolution, nous vous proposons de donner à la femme les mêmes droits, au civil, qu’à l’homme, ne plus la considérer comme un être inférieur et lui reconnaître le droit d’être elle-même et de disposer de sa personne et de ses biens comme elle l’entend.
- Droits politiques de la femme
- Si le droit politique civil des femmes n’a pas trouvé d’adversaires déclarés dans le Congrès, il n’en a pas été de même de leur droit politique.
- Il s’est trouvé des délégués pour mettre en avant cette objection assez puérile : «*Si nous reconnaissons à nos femmes les droits politiques nous nous exposerons à trouver souvent le foyer vide et le souper froid et nous'devrons repriser nos chaussettes nous-mêmes, » Est-ce la peine de répondre ? Ne se souvient-on déjà plus du temps où l’on refusait à la classe ouvrière le droit de vote, parce que si les ouvriers votaient ils négligeraient souvent leur travail, les boulangers ne feraient plus de pain, les bouchers n’abatteraient plus de bétail, etc., etc. On sait quel démenti le suffrage universel a donné à ces craintès.
- La Commission chargée de rapporter sur la question de la femme a pris par rapport aux droits politiques l’attitude suivante :
- Elle ne repousse ces droits que quant à présent et vu la situation inférieure et superstitieuse dans laquelle ôn a eu le tort d’entretenir la femme jusqu’ici.
- Au point de vue politique, dit le rapporteur, nous ne croyons pas que l’heure soit arrivée d’accorder à la femme le droit de vote, car elle n’est malheureusement pas assez instruite et surtout pas assez indépendante pour pouvoir se prononcer aujourd’hui sur quelque question que ce soit en toute liberté et en toute conscience.
- Nous repoussons le droit politique à accorder à la femme par la seule raison que nous y voyons un grand danger.
- En effet si l’homme a pu, en majorité, mais à grand peine, s’affranchir de toute tutelle cléricale ou gouvernementale, la femme est bien loin d’être arrivée a ce point et il pourrait se faire qu’avec des gens habiles, le nombre des voix masculines disparut sous la quantité des voix féminimes.,. et que. le droit do faire les lois tombât entre dés mains qui ne s’en serviraient qu’à leur profit.
- ‘Nous reconnaissons que la femme peut avec l’instruction obligatoire essentiellement laïque prétendre, et à justë raison, au droit dé Vote, i’àvemr noùs réservant probablement des surprises et des joies’ que nous ne pouvons prédire. Mais en ce moment où l’instruction est sinon nulle, du moins, très, faussée, nous ne pouvons lui accorder le droit de vote poîiti-
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- que : ce serait une armée contre la majorité du corps électoral et coatre l’avenir de la démocratie.
- Après ces paroles la commission a présenté au vote les résolutions suivantes dans lesquelles nous regrettons dé ne pas voir plus d’esprit de liberté et de méthode. Ces résolutions ont été votées.
- La femme doit être l’âme de l’intérieur, rester chez elle et n’en sortir que lorsque la nécessité absolue l'y force, c'est "à dire lorsque veuve ou fllle, elle se trouve livrée à ses seuls ressources.
- Nous devons empêcher l’homme d’accepter les travaux. et les emplois qui appartiennent à la femme, et réciproquement empêcher la femme d’enlever à l’homme le travail qui lui incombe naturellement.
- Supprimer le travail industriel dans les ouvroirs, les couvents et les prisons', en attendant la suppression complète des couvents et ouvroirs cléricaux, ce
- n' doit être fait le plus promptement possible.
- e congrès demande pour la femme les mêmes droits civils quë pour l’homme, mais quant à ses droits politiques, nous les reconnaissons-an point de vue du droit mais nous les limitons à une période éducative, convaincus qu’une législation démocratique facilitera son développement intellectuel. Nous demandons aussi pour la femme le droit intégra! au salaire sous cette formule : à travail égal, salaire égal.
- La femme ne doit jamais travailler, sous aucun prétexte, plus de huit heures, et avec une coupure d’au moins une heure..
- La femme aura voix consultative et délibérative au conseil communal pour tout ce qui côneerne les questions d’instruction et d’éducation*
- La police des mœurs étant une institution barbare et .immorale au premier chef, nous en demandons la suppression immédiate.
- Nous demandons aux femmes de se former un syndicat le pins promptement et le plus grandement possible, et, pour cela, nous devons leur prodiguer nos encouragements et nos Conseils, leur assurer notre appui, et leur procurer -les ressources dont elles pourraient ayoir besoin par souscription ou de toute autre manière.
- L’instruction et l’éducation de la femme doivent être absolument les mêmes que pour lhomme : laïques, gratuites et obligatoires.
- Elle doit pouvoir prendre part, à tous les concours et examens nécessaires à l'obtention dé brevets de capacité. ‘
- .. (4 suivre).
- NOUVELLES DIVERSES
- ïu«trttetioa supérieure «les femme» « —
- Le 18 novembre dernier, en Sorbonne, Mme Inès Gâches, étudiante en médecine, a subi avec succès les épreuves du baccalaureat ès sciences.
- Une jeune fille qui n’a pas encore 18 ans, Mlle Glaire Dapilly, de Fougères, vient de subir avec succès devant la Faculté de Rennes la 2e partie du baccalauréat és-lettres'.
- Mlle Belly, fille du percepteur de Villegouge (Gironde)' a subi avec succès les épreuves du baccalauréat ès-scfènces devant la Faculté de Bordeaux.
- Gps diverses nominations dont la nouvelle nous vient par7a Droit des femmes s’ajoutent à celles que nous avons relevées ici.
- j Xjîa crémation s.six .Xesjxoo. — Avant la période de transformation totale dans laquelle est entré le Japon les corps des défunts étant assis, dans un de ces immensôs vases de grés qui servaient également de sépulture à ces Indiens de l'Amérique, du* Sud, avec lesquels les Japonais présentent, au point dp vpe du type physique, des points frappants de ressemblance.
- Aujourd’hui ou peut porter les cadavres à l’établissement qui existe à Osaka, et qui est destiné à l'incinération. Les Japonais, en effet, qui marchent depuis quel-ii q.ups années seulement dans les voies nouvelles, nous ! ont déjà, devancés en adoptant le système,de la eréma-i | tion,. qui, chez nous, compte encore tant d’adversaires.
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- | osa E»pag*axe. — Uu nouveau
- j joüraal-SQcialist.e, paraît à .Barcelone, sous ce titre : El l Obrero (l’Ouvrier), reyista.social. Ce journal nous paraît S être la continuation de la vaillante Revisiâ social, tou-| jours sur la brèche depuis tant d’années. .Gomme la Re-vista social, notre confrère El Obrero revêt des allures scientifiques du meilleur aloi.
- Sou îer uuùîéro., du 18 décembre, contient d’excellents articles parmi, lesquels nous .remarquons un travail intitulé Impressionnes et qui traite de l’importance sociale de la science et de plusieurs points de pbilosapbie. de l’hisi.oire et de politique so.ciaie,une étude sur l’hygiène de l’ouvrier, des. correspondances de divers pays, deux études de scieucés naturelles traitant fune de l’eau, l’autre du sol, de la terre et de la lune.
- Salut fraternel et succcès à Y Obrero !
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- ¥• *
- Vissât ml île francs de frais de procès.
- — On sait'que depuis 18T1 des difficultés se sont élevées entre l’Etat et M. Wittersheim, imprimeur du Journal officiel.
- Le rapport déposé le 13 décembre à la Chambre des députés au sujet de l’acquisition par le ministère dé l’intérieur du matériel nécessaire à l’impression de ce journal, fait une révélation curieuse.
- Les frais de procès payés par l’Etat pour ses différends avec M. Wittersheim .s,'élevaient au leP janvier 1880 à 19.925 fr. 98.,
- X>roit do» femmes, — Les Etats-Unis d'Europe lont la sage remarque suivante :
- Désormais, si l’on tient à ee que les femmes croient que la. République veut avant tout, le règnq.de la justice, ii faut leur faire une place* si petite qu’elle soit, dans la Vie politique. Le droit des femmes a donner leur avis dans la chose publique est aussi légitime et aussi imprescriptible que celui des hommes. Que l’on commence par peu si l’on veut, mais qiie l’on commence. Tout, même la justice, doit venir progressivement ; mais si l’on veut sincèrement qu’elle vienne, il ne faut pas Fem-pècher de naître.
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- Situation critique de l’empire aile** mnud. — L’Allemagne veut être la première puissance militaire de l’Europe sans en avoir les moyens. Dans cette lutte fatale de tous les Etats européens elle succombera plus vite même que l’Autriche, indolente, habituée de longue main aux embarras chroniques et ayant même une certaine, pratique de la banqueroute Voici pourquoi. Chaque jour les feuilles du gouvernement nous parlent de l'épouvantable démoralisation de la nation. En dépit de répression violente qui refoule la démocratie socialiste, nous voyons se manifester toute sorte d’épidémies morales attestées par des poursuites judiciaires. La haine entre les classes s'accroît nén-seu-iement dé confession religieuse à confession religieuse et de race à race, mais de profession à profession ; entre les agriculteurs et les commercants, entre la richesse immobilière et la richesse mobilière qui, au dire de MosleVcst de sa nature sémitique et internationale. En ; un mot, on peut 'affirmer que l’état social est gravement
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- malade, et ce symptôme est habituellement précurseur des grandes catastrophes.La cause du mal est que toutes les forces vitales du peuple sont absorbées à créer une puissance militaire telle que TAllemagne ne vit jamais la pareille. Kt nous tenons à le répéter, nos représentants sont aussi responsables de cette situation que le gouvernement et que le prince de Bismarck.
- Frankfurter Beo‘achter.
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- * *
- Oongrrès météorologique. — Il s’est tenu,il y a peu de temps, à Berne une conférence internationale dont l’objet était d’obtenir des divers peuples un effort commun pour entreprendre l’étude des questions météorologiques et magnétiques dans les régions polaires.
- L’Autriche, la Russie, la Suède, la Nowége, le Danemark et l’Allemagne ont déjà formellement déclaré qu’ils étaient disposés à envoyer simultanément des missions scientifiques, de 1882 à 1883, aux points que désigneront les savants, pour* faire des observations. La dépense totale paraît devoir être, de un million et demi.
- La Russie entrerait dans les frais pour 150,Ü00 francs, la Suède pour 80,000 francs,la Norwége pour 40,000 francs le Danemark pour 50,000 francs,l’Autriche pour 20,00.0 fr. la Hollande pour 10,000 francs, et l’Allemagne pour 445,000 francs.
- Nous sommes surpris que la France, l’Angleterre, l'Italie et les Ettas-Unis d’Amérique ne se soient pas encore empressés d’envoyer leur adhésion.
- ------ ' H-wKWiQQOOOOg~'11 -
- APPEL DE LA SOCIÉTÉ
- des Travailleurs Amis die la Paix
- On nous prie de reproduire l’appel suivant, ce que nous faisons volontiers :
- Citoyens,
- Dans les élections municipales, aussi bien que dans les élections législatives, nous nous engageons vivement à introduire, dans le mandat impératif donné aux candidats, les points suivants :
- 1° Durée provisoire du service militaire actif, réduite à trois années, substitution progressive des milices nationales aux armées permanentes.
- 2° Ouverture de négociations avec les puissances, en vue de l’établissement d’un tribunal d’arbitrage international et d’un désarmement progressif et simultané
- Ces articles n’ont pas besoin de commentaires : Soustraire nos enfants à un service long et pénible; remplacer l’armée permanente, c’est-à-dire distincte de la nation, par la nation armée; soulager notre budget d’une dépense de deux millions par jour ; restituer ainsi un travail colossal, et rendre du même coup, notre jeunesse virile à la famille et à Y atelier. »
- Tels sont les bienfaits qu’apporte la politique de la paix. Il dépend désormais que cette politique soit celle de la Fronce Républicaine.
- Pour le Comité :
- Le Trésorier : Le Président de la séance
- Wynants, Relieur. Maunoir, Sellier.
- Le Secrétaire :
- «
- Dauthier, Sellier.
- PARIS
- Siège de la Société des Travailleurs Amis de la Paix, • 15,.Faubourg Montmartre.
- NECROLOGIE
- La George d anglaise
- George Eliot, la célèbre romancière philosophe, si justement surnommée la George Sand anglaise, vient de mourir.
- Il est trop tôt encore pour tenter de raconter la biographie de cette femme de grand talent dont la perte a été uq coup sensible pour tous ceux qui se rattachent par quelque lien au monde de lettres, de l’art ou du mouvement philosophique.
- George Eliot, bien qu’âgée de plus de soixante ans, avait contracté récemment avec M. Bross, un de ses admirateurs, un mariage qui fit grand bruit en Angleterre. Son mari était, en effet, de vingt ans plus jeune qu’elle.
- . George Eliot a longtemps porté dans la vie privée le nom de M. Lewes le philosophe éminent dont elle avait été la compagne dévouée pendant de longues années. Toutefois, George Eliot n’avait pas été mariée légalement avec M. Lewes, parce que la première femme de ce dernier, atteinte d’aliénation mentale, vivait encore.
- Le dernier ouvrage de George Eliot, dont lajpu-blication avait été retardée à cause de la mort de M. Lewes, était intitulé Teophrastus Such ; c’était une série de caractères à la Théophraste, où l’on admirait beaucoup de finesse et de pénétration psychologique, mais qui paraissaient trahir un certain abaissement
- dans les facultés créatrices et inventives de l’auteur.
- 1
- Son dernier roman, Daniel Dcronda, mettait en relief les beaux côtés de la race israélite, dont elle voulait opposer le génie théiste au pharisaïsme anglican.
- Fille d un pauvre pasteur de campagpe, mais adoptée de bonne heure par un riche collègue de son père, George Eliot, de son vrai nom Marian Evans, avait reçu une éducation hors ligne, que M. Herbert Spencer, l’illustre philosophe, s’était plu lui-même à continuer et à compléter. Elle étudia sous sa tutelle la métaphysique et la logique, et, toute jeune encore, essaya ses forces littéraires par une traduction de la Vie de Jésus, de Strauss (1846). Elle collabora ensuite à la Westminster Review, un des plus anciens organes de la philosophie indépendante.Elle fit alors la connaissance de John Stuart Mill, dont elle adopta les vues sur beaucoup de questions de philosophie et d’économie politique.
- Ses principaux romans sont : Adam Bede (1859), The Mill of the Floss (1860), Silas Marner (1861), Romold \1863), qui fut acheté par les éditeurs presque aussi cher que VJEndymionde lord Beaconsfield;
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- LE DEVOIR
- 13
- Félix Holt, the radical (1866), Middlemarch, élude de la vie de province (1872), Daniel Deronda (1875), George Eliot était aussi poète ; elle avait publié, entre autres ouvrages en vers, la Bohémienne espagnole (18ô8),Agatha (1869),la Légende de Jubal (1874).
- Le souvenir de George Eliot restera comme un des arguments les plus vifs contre la prétention qu’ont certains hommes de contester à la femme l’universalité d’aptitudes qu’ils ont la modestie de se reconnaître à eux-mêmes.
- Extension du domaine publie
- Nous avons parié à plus d’une reprise de l’extension croissante du domaine public. Chaque année, chaque mois, chaque semaine môme les propriétés des communes et celles des états augmentent de superficie et de valeur.
- Mais il n’y a pas que les propriétés immobilières qui passent peu à peu aux mains delà société, il y a également des propriétés mobilières, et au premier rang de celles-là, il convient de citer des collections.
- L’extension du domaine public en fait d’oeuvres d’art est extrêmement remarquable. Dans tous les pays civilisés les communes et l etat s’imposent pour leurs bibliothèques et leurs musées des sacrifices considérables. Le gouvernement brittanique dans une seule année n’a pas alloué moins de 273,436 livres sterling, soit près de 7 millions de francs, pour achats d’oeuvres d’art. Si l'on tient compte des autres sacrifices de l’Etat pour les bibliothèques et les collections scientifiques, de ceux des municipalités, ainsi que des dons ou des legs faits par des particuliers ou des associations on arrive à des chiffres colossaux.
- L’IRLANDE (1)
- La ligue, dans son appel, on l’a vu, ne s’adresse pas seulement aux Irlandais, mais encore « à tous les défenseurs des libertés publiques ». C’est à ce dernier titre que le parti radical avancé répond à cet appel dans les termes suivants :
- Après avoir blâmé, comme il le mérite, le rejet du « Compensation for disturbame bill » de la part de la Chambre des Lords et rappelé les fâcheuses prévisions que ce sujet avait fait naître chez les membres mêmes du cabinet, prévisions qui ne se réalisent que trop, un des organes de la démocratie anglaise poursuit : Ceux qui se prononcent pour la répression crient à tue-tête que la vie et la propriété ne sont pas sauves en Irlande. Qu’ils nous permettent de leur dire qu’il y a plus de sécurité pour l’une et pour l’autre en Irlande qu’en Angleterre.
- En effet, dans les quelques mois qui viennent de s’écouler, trois ou quatre meurtres out été commis, il est vrai, en Irlande ; mais dans le même espace de temps, en Angleterre, c’est trois fois ce nombre qui a été enregistré dans les annales judiciaires et ceci, sans compter les assassinats ou tentatives d’assassinats sur des femmes par leurs maris. Si donc on juge nécessaire d’envoyer des renforts de police en Irlande, on se demande ce que l’on doit faire à cet égard en Angleterre.
- « Oh », répondra-t-on ou pour mieux dire, ré-
- (1) Voir notre numéro du 19 décembre dernier.
- | pond on : « la nature des meurtres commis dans le premier de ces deux pays est bien différente » et l’on prononce à demi-voix le mot agraire.
- Mais qu’y a-t-il donc de magique dans ce mot agraire pour qu’un crime commis avec cette épithète soit pire que tout autre perpétré sans ladite épithète? Est-ce que celui-ci ne met pas ân à la vie aussi bien que celui-là ? Et, dès lors, est-ce que, à tout prendre, la vie n’est pas aussi en sûreté en Irlande qu’en Angleterre ?
- Mieux encore, les uns ne pourraient-ils pas sembler plus excusables que les autres ? Quelles sont les causes des meurtres commis en Irlande ? Chacun les connaît : Un Landlord, par son érection brutale, condamne à mourir de faim la femme, ou le père, ou l’enfant d’un tenancier. Celui-ci use de représailles en tuant le landlord.
- Le landlord taxe et surtaxe le tenancier. Ce malheureux cultivateur assiste au douloureux spectacle de l’agonie de sa famille jusqu’à ce que, son cerveau s’égarant, il décroche son fusil, s’embusque et tue celui qu’il regarde comme l’auteur de tous les maux, comme le meurtrier de ceux qu’il aime.
- Pense-t-on mettre fin à cet état de choses en faisant prendre à la police ses quartiers d’hiver chez le peuple Irlandais ? Est-ce par l’emploi des mesures vexatoires que l’on croit parvenir à calmer les esprits 1 Suppose-t-on que ia répression puisse faire taire les revendications ?
- Augmenter le nombre de ia police, c’est ajouter au nombre de bouches à nourrir, c’est accroître ia misère.
- Employer des mesures vexatoires, c’est surexciter les haines.
- Faire de la répression, c’est sacrer le revendicateur en lui décernant la couronne du martyr.
- Il n’est qu’un moyen d arrêter ces crimes, de les prévenir , c’est de faire intervenir la loi comme arbitre, entre le tenancier et le Landlord, l’opprimé et l’oppresseur, et de rendra justice à qui de droit.
- On ne saurait blâmer le gouvernement de ce que dans une session écourtée il n’a pu édicter une loi satisfaisante sur la propriété ; on ne saurait le rendre responsable de ce que la Chambre des Lords a repoussé l’incompiète mais utile mesure qu’il proposait. Les expressions de M. Parneil à l’adresse de M. Forster sont de celles dont un gentleman ne doit pas se servir vis-à-vis d’un autre gentleman. Néanmoins, quoiqu’elles soient, elles n’auraient aucune portée si ce n’était que M. Parneil est vrai dans ses dénonciations de la tyrannie des Landlords. Que le mal signalé par lui dans ses discours disparaisse et sa parole n’aura plus la moindre influence.
- Le procès que l’on intente aux -agitateurs est une grande faute. Cette faute sera bien plus grande encore si, au lieu d’être dirigée en vertu de lois existantes, les poursuites actuelles étaient exercées à la faveur des lois exceptionnelles et décrétées tout exprès. Néanmoins, nous le répétons, ce procès est, en principe, un tort, et en pratique une maladresse des plus fâcheuses. Le seul bon résultat qu’il soit permis d’en attendre, c’est l’abrogation de l’esprit comme de la lettre des textes en vertu desquels on agit.
- Il est donc de notre devoir à nous, radicaux, de protester contre cet état de chose. Quelque déplorable que soit l’attitude de M. Parneil et de ses collègues, leur mise en accusation est plus déplorable encore et nous ne comprenons pas que l’on poursuive les manifestants de la ligue et qu'on laisse en
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- hE DBYOIE
- repos les contre manifestants du Landlordisme. M. Parneli n’a jamais excité au meurtre, s’il n’a pas su faire taire quelques idiots dans les meetings de la couleur verte. M. Dillon a toujours protesté contre tout acte de violence et cependant tous deux sont l’objet de sévices de la part du gouvernement tandis que l’Orangiste M. Rune qui, lui, poussait à l’assassinat, n’est pas molesté le moins du monde. Les Orangistes organisent des corps d’armée, non seulement avec impunité, mais encore avec la protection - ouverte du corps de police et de la troupe... On trouve cela très bien. Que leurs adversaires s’unissent, se coalisent sous la direction de quelques Ghefs, on criera haro sur ces chefs et on les déférera aux tribunaux.
- Injustice criante !
- Ce droit de s’unir, de se concerter, de s’entendre, qui est personnifié dans la ligue, c’est là surtout ce que nous entendons défendre. Le respect de ce droit chez tout te monde, voilà la considération qui, à nos yeux, prime toutes les autres.
- Pourquoi donc un fermier ne pourrait-ii pas mettre en quarantaine un autre fermier qui prendrait à bail un domaine duquel un tenancier aurait été évince ? Pourquoi donc serait-il interdit à quiconque de donner un semblable conseil à qui que ce soit ?
- Tout homme n’est-il pas libre d’exercer une près sion purement morale sur un autre homme pour qu’il mette à l’index une personne dont les rctes sont préjudiciables à une classe de la société ? Cette pression ne doit pas s'étendre jusqu’à la menace, de même que l’on ne doit pas se refuser à l’exécution de ses engagements ni contraindre autrui à ne pas remplir ceux par lui contractés: mais dans ces limites, liberté absolue !
- Défendre les agitateurs de la Land League peut paraître à certaine fraction du radicalisme anglais un acte à rebrousse-poil,parce que ces agitateurs ont injurié le parti radical. Ce ne sont point les hommes que nous défendons, c’est ia cause de la liberté beaucoup plus élevée que les hommes avec lesquels elle s’identifie pour le moment.C’est très-vrai que la majorité du parti irlandais a failli à son devoir dans la dernière session à propos du droit d’élection et d’éligibilité, mais cette défection ne saurait servir d’excuse à une défection semblable de la part des défenseurs des libertés publiques. Se trouva-til même parmi les membres du parti irlandais quelques personnages odieux et dignes du mépris des honnêtes
- gens, ce fait devrait s’oublier en tant que cet oubli pùt-ètre favorable à la cause de la liberté.
- C’est parce qu’ils sont les chefs et les soutiens d’ane puissante organisation politique que M. Par- : nelle.t ses amis sont poursuiyis... il n’y a pas à ,cli- \ gner de l'œil à cet égard. Eh bien, pour l’amour de j la liberté, il est du devoir des radicaux de venir en j aide à M.Parneli et à ses amis. S’ils ont besoin d’ar-
- gent, nous devons ouvrir des souscriptions eh leur . faveur et nous inscrire les premiers sur les listes.
- C’est la pierre de touche de la fidélité vraie à la cause ,d.e la liberté, que de soutenir cette cause quand elle se trouve dans les circonstances les plus ! défavorables. Soyons donc fidèles à notre vieille devise : « Liberté de la parole pour tous », et revendiquons pour l’Irlande ce droit d’agitation pacifique que nous' réclamons pour nous mêmes en Angleterre. .
- '
- * *
- Ce langage n’est pas celui de tout le parti radical, ainsi du reste que l’indique un des paragraphes pré-
- cédents ; mais si le blâme est déversé sur les agissements de la Ligue par une fractiqq du libéralisine,il est une autre fraction qui se prononce plus résolument encore en faveur de ITrlaiide. « Supposons », dit-elle, « que tous les torts soient du côté de M. Parpell et d§ ses co-associés pt quq tqqj; soit a$ mieux, au contraire, du côte du gouvernement, encore ce fait malheureux subsistera-t-il qu’un ministère anglais est en train d’imposer à l’Irlapde un système agraire, une législation visée par la fqrcq, sous la protection des armes 4e la Grande-Bretagne et maintenue par ces memes armes... un systèmo qui n’a jamais été et ne sera jamais accepté par le peuple irlandais, un système qui a constamment valu à l’Angleterre des luttes, des malheurs, des misères de toutes sortes et qui, au point de vue économique, est une des œuvres les’ plus insensées que le monde ait jamais vues.
- « Le temps est yenu où le paysan doit devenir pror priétaire et le gouvernement n’aura fait son devoir que lorsqu’il lui aura mis entre les mains les moyens de le devenir.
- « La fixité de ia tenure semble être un de ces moyens. Que la fixité de la tenure soit donc insorïtp à la base de la législation nouvelle en Irlande. Gpl acte de justice accompli sera je prélude d’autres actes de meme nature deyant lesquels toutes les difficultés existantes aujourd’hui stévanouiront peu à peu.
- « Le home ruleest un problème qui demande aussi à être résolu ; mais ce problème est commun à l’Angleterre, à rjEcosse,au pays de Galles aussi bien qu’à l’Irlande et il diffère de |a question agraire en "ce point capital que sa solution peut s.e différer. L'Irlandais, en effet, n’attend pas apres ;cette solutjpn pour dîner. Quant à la question religieuse, on la résoudra de ce côté ci de la mer d’Irlande comme de ce côté là absolument de la même façon et d’une façon bien simple : en faisant que le gouvernement ne s’en mêle pas le moins du monde et laisse à chacun sa liberté. Mais la question urgente, ia question véritablement Irlandaise, c’est bien fa questiqp agraire, la question sociale. A celle-ci il faut, n,on point .des expédients pour eh avoir raison, mais des mesures radicales... Que le gouvernement et 'le peuple anglais y réfléchissent et ils verront que le seul moyeu de la traiter à la satisfaction des intéressés, e’est-à'diré comme elle doit l’être, c’est de u’admettre a^cuA compromis, aucun retard... Et que ce soit fait unie
- fois pour toutes ! »
- : *
- * f
- Ainsi, on le voit, de ces trois grands problèmes dont la solution s'impose à toute société dans ce monde, savoir : la question politique, la question religieuse et la question sociale, c’est, .dans'l’esprit de la démocratie anglaise la plus avancée, la dernière qui prime toutes les autres. A bon énténdeur salut !
- C. F. Maistre.
- LOI SUR L’ENSEIGNEMENT SECONDAIRE DES FILLES
- La lof sur l’enseignement secondaire des fille.s, volée il y a quelques jours par les deux Chambres, est promulguée au Journal officiel.
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- LE DEVOIE
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- Nous croyons devoir en reproduire le texte :
- Article premier. — Il sera fondé par l’Etat, avec le concours des départements et des communes, des établissements destinés à l’enseignement secondaire des jeunes filles.
- Art. 2. — Ces établissements seront des externats.
- Des internats pourront y être annexés sur la demande des conseils municipaux et après entente entre e»ux et l’Etat^ Ils seront soumis au même régime que les collèges communaux.
- Art. 3. — Il sera fondé par l’Etat, les départements et les communes, au profit des internes et des demi-pensionnaires, tant élèves qu’élèves-maîtresses, des bourses dont le nombre sera déterminé dans le traité constitutif qui interviendra entre le ministre, le département et la commune où sera créé l’établissement.
- Art. 4. L’enseignement comprend ;
- 1° L’enseignement moral ; 2° la langue française, la lecture à haute voix et au moins une langue vivante ; 3’ les littératures anciennes et modernes ; 4° la géographie et la cosmographie ; 5° l’histoire nationale et un aperçu de l’histoire générale ; 6° l’arithmétique, les éléments de la géométrie, de la chimie, de la physique et de l’histoire naturelle ; 7° l’hygiène ; 8° l’économie domestique ; 9° les travaux à l’aiguille ; 10° des notions de droit usuel; 11° le dessin; 12° la musique; 13° la gymnastique.
- Art. 5. — L’enseignement religieux sera donné, sur la demande des parents, par les ministres des différents cultes, dans l’intérieur des établissements, en dehors des heures des classes.
- Les ministres des différents cuites seront agréés par le ministre de l’instruction publique.
- Ils ne résideront pas dans l’établissement.
- Art. 6. — Il pourra être ànnexé aux établissements d’enseignement secondaire un cours de pédagogie.
- Art. 7. — Aucune élève ne pourra être admise dans les établissements d’enseignement secondaire sans avoir subi un examen constatant qu’elle est en état d’en suivre les cours.
- Art. 8. — Il sera, à. la suite d’un examen, délivré un diplôme aux jeunes filles qui auront suivi les cours des établissements d’enseignement secondaire.
- Art. 9. — Chaque établissement est placé sous l’autorité d’une directrice.
- L’enseignement est donné par des professeurs hommes ou femmes munis de diplômes réguliers.
- VICTOR HUGO El LES DROITS DR IÀ F El MR
- Victor Hugo écrivait en 1872 à M. Léon Richer :
- « Quoi ! il y a un être, un être sacré qui nous a formés de sa chair, vivifiés de son sang, nourris de son lait, remplis de son cœur, illuminés de son âme, et cet être souffre. Ah ! dévouons-nous, servons-19, secourons-le, protégeons-le 1 »
- En 1875 le grand poète écrivait encore :
- « Je ne me lasserai pas de le redire,le problèmeest posé, il faut le résoudre ; qui. porte part du fardeau doit avoir sa part du droit ; une moitié de f espèce humaine est hors de l'égalité, il faut l'y faire rentrer., Ce sera là une des grandes gloires de notre siècle, donner pour contrepoids au droit de l’homme le droit de la femme. »
- JL*it laine minérale
- Une invention aussi curieuse qu’imprévue, c’est celle de la laine minérale, l’un des plus curieux produits de la tendance actuelle à utiliser les matières de rebut.
- C’est dans les ateliers Krupp, de Essen, que cette laine a été fabriquée pour la première fois. D'immenses résidus de métaux se perdaient, complètement inutiles ; on les emportait à quelque distance après chaque opération, et à la longue, ifs formaient de Véritables montagnes, quand on eut l’idée d’essayer de les utiliser. Par l’action de l’air chaud et de jets de vapeur, sous une pression de 3 ou 4 atmosphères, on réussit à les transformer en une substance qui tient à la fols de la laine et de la ouate, grisâtre, et qui petit être purifiée jusqu’à devenir blanche comme la laine ; incombustible. Cela va sans dire ; très mauvais conducteur de la chaleur, et relativement bon marché (17 à 18 fr. Ips cent kilos} ; un mètre cube pèse à peu près 150 kilos.
- Grâce à ses diverses qualités, cette laine se recom" mande déjà pour certains usages domestiques, pour les cuisines norvégiennes, les couches des jardins, les garnitures de tuyaux et de robinets en temps de gel, etc. On peut l’employer également d’une manière utile dans l’industrie du bâtiment : pour les étages mansardés, elle servira de doublure entre la couverture extérieure et le lambrissage intérieur, et les garantira contre les chaleurs en été, centre le froid en niver; placée comme garniture entre un plafond et son plancher, elle sera plus légère que les remblais habituels, elle interceptera les bruits des étages inférieurs, sera complètement inaccessible aux souris, et sera inattaquable en cas d’incendie.
- Pour donner une idée de l’importance de cette nouvelle industrie, il suffit de dire que la seule usine Krupp en fabrique chaque jour la charge d’un double wagoif, soit dix mille kilos.
- Le Directeur-Gérant : GODIN.
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- 4. ANNÉE, TOME 5 — N» 122
- •Le numéro hebdomadaire 20 c.
- DIMANCHE 9 JANVIER 1881
- Le Devoir
- DES RÉFORMES SOCIALES
- BUREAU
- A GUISE (Aisne)
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant 4
- Fondateur du Familistère
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- S’adresser LEYMARIE administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- L'habitation humaine et la constitution de la véritable commune. ~ Le jour de Van au Familistère. — iaits politiques et sociaux. — Quatrième congrès ouvrier. — Nouvelles diverses. — Les femmes et la criminalité. — Les fermiers anglais et irlandais. — Musées scolaires en Belgique. — Une association coopérative de patrons. — Statistique. — Bulletin bibliographique. — Variétés.
- L’HABITATION HUMAINE ET LA CONSTITUTION DE LA VÉRITABLE COMME NE
- XVIII
- X *. .
- J’ai présenté l’amélioration de l’habitation comme un des points fondamentaux de la question sociale, il convient d’établir les motifs de cette proposition.
- Les préoccupations sociales qui agitent le monde ont surtout pour objet la recherche du bien-être au profit des masses.
- Les sociétés tendent àè une plus grande expansion de la vie, à la répartition la plus large, la plus juste, la plus égale possible des bienfaits que l’activité humaine répand sur le monde par l’industrie, le travail et la science.
- La réalisation de ce bien-être ne peut résulter ni de vœux stériles, ni de spéculations abstraites; elle n’entrera dans les faits que par l’expérience et la pratique de procédés nouveaux dans l'organisation de nos rapports économiques.
- Pour ne pas se perdre en recherches vaines à la poursuite de ce but, il faut se pénétrer des réels besoins de l’être humain, définir les éléments de son bien-être et de son développement, puis chercher les conditions de véritable économie sociale dans lesquelles ces éléments de bien-être et de progrès peuvent être réunis et réalisés, pour servir au bonheur de tous, c’est-à-dire à l’amélioration réelle de la condition humainé en général.
- La vie intellectuelle et morale de l’homme est solidaire de la vie matérielle. La vie est incomplète et imparfaite si l’homme ne possède d’abord tout ce qui est nécessaire aux besoins du corps. Ce n’est qu’à cette condition qu’il peut exister dans la plénitude de ses facultés et de son être.
- Les questions sociales ne sont donc pas du domaine des rêves, elles sont au contraire du domaine des réalités les plus pressantes ! Leur but est de pourvoir aux besoins les plus intimes de la famille, à l’essor utile de toute activité.
- On peut d’après cela comprendre pourquoi j’ai placé l’organisation de la paix entre les nations comme la première condition nécessaire à la réalisation du bien-être dans l’humanité. C’est que non-seulement la*paix est le point de départ de la réalisation du règne de la justice parmi les hommes, mais qu’elle est aussi la base de la bonne utilisation du travail humain et de son application au bien-être général dans la société.
- Dès que l’homme abandonnera complètement
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- IiB DEVOIE
- 38
- ce qui lui reste de ses instincts primitifs de lutte et de guerre à l’égard de ses semblables, dès qu’il réprouvera cette source de malheurs, toutes ses forces se tourneront vers la recherche des conditions du bien-être et du bonheur pour lui et ses semblables.
- Mais s’il est des conditions absolues pour la généralisation du bien dans le monde comme, par exemple, la réalisation de la paix entre les nations, il n’en est pas moins vrai que nos sociétés modernes peuvent déjà se livrer à des expériences d’amélioration dans des proportions suffisantes à éclairer et à élucider les questions.
- Partant d’un tel point de vue, il n’est pas douteux que l’habitation, que le logement joue un des plus grands rôles dans le sort de l’exis tence humaine; il n’est pas douteux que l’habitation est une des -causes principales du bien-être, qu’elle est, à vrai dire l’atelier économique et social de la vie.
- Dans les contrées où l’habitation n’existé qu’à ’état de hutte, la civilisation est absente; Vhomme vit dans la sauvagerie ; il est ignorant de tous les progrès déjà réalisés ailleurs par son espèce; il vit presque de l’existence animale.
- Dans les grandes villes, au contraire, où l’habitation a pris les proportions du palais et s’est enrichie de luxe et de confort, la civilisation florit, la science et les arts progressent et se perfectionnent.
- Mais au sein de ces villes elles-mêmes si nous jettons les yeux sur les habitations misérables qui y existent encore, nous voyons que c’est dans ces vestiges du passé que notre société s’étiole. Et si nous nous reportons dans les campagnes, nous reconnaîtrons que c’est également dans les plus misérables demeures que domine le plus l’ignorance.
- L’état intellectuel des peuples est donc en raison des progrès de l’habitation, parce que celle-ci n’est elle-même que l’expression des besoins et de l’état d’avancement intellectuel et moral de l’homme.
- C’est pourquoi le développement industriel de la civilisation présente réclame une réforme architecturale de l’habitation aussi bien dans les villes que dans les campagnes. Aussi la pensée des hommes d’Etat devra-t-elle bientôt j se diriger de ce côté.
- La véritable constitution économique des forces humaines, le groupement industriel, l’association du Capital et du travail et l’équitable répartition de-la richesse feront une loi de la réforme de l’habitation, afin de mettre celle-ci au niveau des besoins et des intérêts de l’étape sociale à laquelle les civilisations arrivent.
- Lorsqu’on recherche les conditions les plus propres au bonheur de l’homme et par quel moyen il serait possible de réaliser ces conditions au profit du plus grand nombre, on est frappé de ce fait que les bienfaits de la civilisation n’ont guère pénétré là où il ne s’agit que des satisfactions des classes laborieuses. Le pauvre peut bien jouir des larges trottoirs de la rue et se promener dans les allées des squares de nos grandes villes, mais ce n’est pas à son intention que ces choses ont été faites; elles étaient nécessaires aux satisfactions de la richesse avant de l’être à celle de la pauvreté. Pour ce qui est de la gêne et des souffrances de la vie intime de l’ouvrier, gêne et souffrances causées en grande partie par les mauvaises conditions du logement, elles sont restées les mêmes. La richesse publique n’a pas étendu ses bienfaits de ce côté.
- Ceux qui n’ont pas porté leurs réflexions sur ce sujet vont dire : mais comment la fortune publique pourrait-elle rendre le logement de l’ouvrier plus salubre, plus commode, plus confortable, plus agréable, le transformer enfin en un séjour de bien-être et de repos, cela échappe à son action. C’est une erreur. Cette transformation n’est pas plus en dehors de l’action de la richesse publique que ne l’est l’embellissement des villes par la création de promenades et de squares. Ces derniers n’ont-ils pas pour objet d’améliorer l’état sanitaire, de créer des satisfactions pour la vue et donner aux populations les agréments de la vie en plein air.
- L’action de la richesse publique s’attachant à l’étude de la réforme architecturale de l’habitation dans les villes et les villages, en vue de résoudre le problème du bien-être au profit des classes laborieuses, ne serait qu’une extension du principe en vertu duquel sont faites les améliorations publiques qui ont pour objet l’état sanitaire des villes. La différence serait que le
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- problème embrasserait cette fois la santé et le bien-être général des populations.
- Il n’est pas difficile de concevoir aujourd’hui que par un effort prochain de l’action publique l’habitation ouvrière puisse être comprise dans des palais édifiés avec plus d’ordre et de science que ne le sont les constructions des plus belles rues de nos capitales.
- Jé ne veux pas dire que ces constructions soient tout d’abord effacées par la somptuosité des palais de travailleurs. Loin de là ; tout doit être consacré d’abord au nécessaire et à l’utile, contrairement à ce qui se pratique aujourd’hui.
- L’hygiène, la propreté, la salubrité sont les premières conditions à réaliser avant de songer à celles d’un luxe apparent. Les satisfactions de l’intérieur, la paix et la tranquillité sont à garantir en premier-lieu et à tous les membres du corps social.
- La réalisation de ce programme se conçoit aisément si l’on se dégage un peu des préjugés de la routine, pour concevoir l’édification du logement humain sur les bases économiques d’un plan d’ensemble, dans lequel tout serait aménagé en vue du plus parfait fonctionnement des services publics, des services et des usages domestiques.
- Déjà, on n’abandonne plus les alignements des rues et des places publiques au caprice de chacun. La société veille aux dimensions et au bon aménagement des voies de circulation. Plus tard, elle n’abandonnera pas davantage au caprice des intérêts individuels la distribution des logements destinés â être loués aux populations.
- La construction de ces demeures se fera en Société comme se fait aujourd’hui celle des chemins de fer. Il n’y aura plus de propriétaires mais des actionnaires dont les capitaux serviront à ériger les palais destinés à loger les travailleurs.
- L’habitation nouvelle sera ainsi édifiée d’après les plans les plus rationnels que l’expérience et la science découvriront, dans l’art d’approprier toutes choses au progrès et au bonheur de l’homme.
- En même temps que se régénérera l’habitation, les moyens de développement physique
- intellectuel et social des individus prendront un nouvel essor.
- L’éducation et l’instruction de l’enfance, les nourriceries, les jardins d’enfants, les écoles primaires et professionnelles auront, près du. palais d’habitation, leur édifice particulier où le jeune âge sera initié aux premières connaissances utiles et aux premières vertus sociales.
- L’atelier sera étudié et construit en vue de faciliter le plus possible l’exercice du trayail ; de le rendre fructueux pour le travailleur et pour la société. L’atelier mettra à la disposition de tous les ouvriers la force motrice et les machines et procédés propres à débarrasser l’homme du fardeau le plus lourd de la production.
- D’une part, l’édifice destiné à l’éducation et à l’instruction de l’enfance, d’autre part, râtelier de production ; tels sont les accompagnements indispensables des palais d’habitation constituant les communes rationnelles de Tavenir.
- Le logement sera ainsi à proximité des ateliers où l’activité s’exerce, et l’ouvrier n’aura plus à épuiser ses forces dans des déplacements inutiles. Le logement sera également à proximité des salles d’éducation, des écoles, enfin de tout ce qui constitue les éléments de la vie physique, intellectuelle et morale.
- Il nous reste à examiner sur quels plans peuvent se réaliser ces édifices dont dépendent la bonne organisation de la vie sociale, le bien-être et la prospérité générale.
- C’est ce que j’exposerai dans un prochain article avec plans à l’appui.
- ÇA suivre). G-ODÏN.
- LE JOUR DE L’AN AU FAMILISTÈRE
- Le jour de l’An, cette fête par excellence de la famille, est ton jouira dignement célébré au Familistère. Pourrait-il en être autrement ? Es-t-ee dans l'habitation qui concentre tous les éléments de sociabilité que pourrait passer inaperçu le jour de l’expression de l’amitié ou de S la reconnaissance. Quand toutes sortes d’institutions j concourent à rendre agréable le séjour de l’habitation
- Ii unitaire, à créer entre les habitants des liens de sympathie et de solidarité, le jour de T An, cette vieille fête éternellement jeune, ne peut pas manquer d’avoir au Familistère un cachet tout particulier, qu’il .serait im-\ possible de trouver ailleurs.
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- Dans cette fête, comme dans la fête spéciale de l’enfance, et la fête du travail, les enfants sont toujours au premier rang, comme ils tiennent la première place dans les préoccupations du fondateur du Familistère. La part considérable qui est faite aux institutions de l’enfance dans l’Association du Familistère a toujours excité l’attention des amis du progrès.
- Les diverses descriptions qui ont été faites du palais social ont eu assez de puissance pour décider même des Anglais et des Américains à franchir la Manche et l’Allan-tiqüe afin de s’assurer par leurs propres yeux de la réalité des faits. Chez aucun de ces sympathiques voyageurs, l’enthousiasme n’a fait place au désenchantement. Il n’est aucun visiteur qui n’ait été frappé de ce charmant spectacle du défilé des filles et des garçons, se rendant de la grande cour vitrée du pavillon central où ils se réunissent sous l’œil des parents, aux écoles du Familistère, en chantant et bannières en tête.
- Ce spectacle, les habitants du Familistère l’ont tous les jours sous les yeux, et sans doute, il ne leur fait pas éprouver au même degré l’impression charmante qu’il procure à l’étranger. Mais supposez un instant la population du Familistère retournée aux champs d’où elle est venue en majeure partie; replacez-là dans les condi- j tions défectueuses d’instruction où notre France se trouve encore malgré ses efforts, quelles réflexions ne manquera pas de faire naître cette alternative ou : laisser les enfants dans l’ignorance dans un pays où manquaient encore 17,000 écoles au bas mot en 1879, ou l’envoyer tous les jours à l’école lointaine par la pluie, la neige et le froid.
- Ces avantages et bien d’autres encore rendent précieuse l’habitation unitaire et cher le nom de son fondateur à la population du Familistère. Et ce n’est pas seulement aux écoles, à leur installation, leurs dispositions, leurs progrès et leur développement que s’est appliqué M. Godin. Il suffit pour s’en convaincre de lire les remarquables articles publiés sous ce titre « les Ecoles publiques, » dans la première année du Devoir. Et nous connaissons pour notre part telle école normale qui a été construite sur les plans et indications de M. Godin, et telle Société du sou des écoles laïques d’une grande ville qui lui a emprunté les dispositions savantes du mobilier des écoles du Familistère.
- Et puisque à travers toutes les digressions qu’autorise le compte-rendu d’une fête qui éveille tant de souvenirs et provoque tant d’espérances, nous revenons à nos chères écoles, transportons-nous y un instant dans l'après-midi du 31 décembre.
- Les enfants réunis dans la grande salle sont rangés sur les gradins. La distribution hebdomadaire, des croix et des bannières, aux élèves les plus méritants, est sur le point de se faire ; mais cette fois avec une solennité plus grande. La présence de M. Godin et de MM. les membres du Conseil de Gérance de l’Association, doit contribuer à graver dans l’esprit des enfants le souvenir de cette petite fête, et surtout la pensée que leur con- ,
- iduite, leur application, leurs progrès sont l’objet de l’attention constante de ceux entre les mains desquels l’Association place ses intérêts.
- Quelques exercices de gymnastique d’ensemble sut place accompagnés de chants et suivis de chœurs parfaitement exécutés, ouvrent cette cérémonie qui est terminée par la distribution des récompenses habituelles auxquelles viennent s’ajouter un certain nombre de li. vres de prix.
- Excellente coutume qui a pour objet de tenir toujours en éveil l’émulation, ce ressort si puissant de l’enfant, C’est là un des côtés remarquables des institutions de ^enfance au Familistère. C’est que, s’écartant en cela des pratiques généralement usitées dans l’enseignement oi les distributions de récompenses n’ont lieu qu’une fois l’an, le Familistère saisit toutes les occasions de stimuler l’ardeur de ses élèves.
- Le lendemain de bon matin, tambours et clairons souhaitent la bonne année aux habitants du Familistère, Les galeries de l’aile gauche se garnissent de dames et de jeunes filles aux fraîches toilettes. Dans la cour envahie par la foule des employés et ouvriers sont rangés les enfants de l’école en demi-cercle, avec leurs nombreuses bannières et leurs décorations. Archers, pompiers, musiciens, sont groupés en ordre.
- Ce n’est pas à une démonstration banale et de commande que vient se livrer la population du Familistère, La fête du Jour de l’An, cette année, est surtout la fête de la reconnaissance. L’année qui vient de finir a vu « constitution définitive de l’Association.
- Sans parler des longs travaux préparatoires qui ont précédé la signature du pacte social, aucun jour depuis le 13 août n’avait été perdu pour l’organisation de la société, et le 31 décembre, une distribution de certificats d’inscription d’épargnes, clôturait cette année qui marque une ère nouvelle dans l’histoire soeiaie. C’était donc un devoir cher à son cœur que venait remplir la population du Familistère.
- Elle venait, comme l’a fort bien dit un des ouvriers de l’établissement, exprimer au Fondateur de l’Associatior « les sentiments d'attachement qu’elle éprouve pour soï œuvre et le dévouement qu’ellè mettra désormais à et assurer le bon fonctionnement. » Les applaudissements de l’assistance ont appuyé cette déclaration. De son côté, la population enfantine remercia et termes touchants M. Godin d’avoir fait de grande; cours vitrées où elle peut narguer la pluie, et de belle; et vastes pelouses où elle peut prendre ses ébats.
- M. Godin répond aux souhaits des enfants, 4 prenant acte de la déclaration faite au nom des travailleurs, il engage ces derniers, désormais ses associés à le seconder dans l’œuvre qu’il a entreprise pour leu-' bien et dont les résultats déjà si considérables, le de viendront bien davantage avec leur concours.
- Puis s’adressant de nouveau aux enfants , il leu-' signale quel doit être le but de leurs efforts : progresse: en savoir, en moralité, en amour des uns des autres, a&
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- d’ètre un jour les soutiens de l’association, de la faire croitre, de la développer pour leur bonheur commun, et de contribuer ainsi d’une façon certaine à la réalisation du bien-être et du progrès pour tous.
- Après ces allocutions, les enfants chantèrent un délicieux chœur, puis la musique fit entendre un des beaux morceaux de son répertoire ; M. Godin se fit l’interprète du sentiment public en félicitant les musiciens.
- Bien qu’une cérémonie analogue ait lieu tous les ans, jamais la population ne s’était sentie autant pénétrée du sentiment de solidarité et de fraternité qui, plus que jamais, doit relier les habitants du Familistère.
- J. Pascaly.
- ERRATUM
- Dans notre numéro du 2 courant, page 4, à l’article intitulé : Nouvelles du Familistère, on a oublié de porter M. Piponnier Antoine, directeur de la comptabilité, au rang des six premiers associés qui ont signé l’acte de constitution de la Société du Familistère.
- FAITS POLITIQUES & SOCIAUX DE LA SEMAINE
- FRANCE
- Opinion de la presse anglaise sur la France. — Le Times, dans une revue de 1880, fait des vœux pour la consolidation de la République modérée, et il compte principalement sur M. Gambetta pour maintenir la politique française dans la voie de la modération et de la paix, lorsque les circonstances l’amèneront à prendre le pouvoir.
- Le Daily News s’élève contre la tendance de plusieurs journaux français à représenter M. Gambetta comme caressant des idées de dictature. Le Daily News déclare ces accusations dénuées de fondement. D’ailleurs, ajoute-t-il, la France qui vit en paix et qui plus que jamais est prospère n’éprouve aucun besoin de dictature et ceux qui parlent d’un danger semblable n’y croient pas très profondément.
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- Enquête sur les associations ouvrières. — Le ministre du commerce venait d’inviter les préfets à lui adresser dans le courant du mois présent un rapport sur l’état général des diverses associations syndicales, parmi lesquelles figurent les banques populaires et Sociétés de crédit mutuel.
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- L’arbitra g-© international proposé par la France pour le règlement de la question des frontières de la Grèce paraît rencontrer à Athènes une sérieuse résistance. L’exaltation des Grecs est extrême et leurs instincts belliqueux se sont réveillés. Ils continuent la mobilisation de leurs armées et viennent de voler l’émission d’un emprunt de guerre de 120 millions, lequel sera la ruine définitive de leurs finances déjà fort malades.
- IRLANDE
- Le procès intenté à la Land League a
- commencé le 28 décembre.
- ftous reviendrons sur cet important procès.
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- Mesure** ministérielles. — Parmi les mesures que le cabinet Gladstone proposera au Parlement dans le but de mettre fin à l’agitation en Irlande, le Times énumère, la suspension de Yhabeas corpus et la suspension du jury en matière politique.
- La suspension de Yhabeas corpus donnerait au gouvernement le pouvoir d’arrêter et de garder en prison les principaux auteurs des outrages commis, ou les personnes qui ont cherché à intimider la population par le terrorisme*, car des preuves suffisantes ne peuvent pas être toujours relevées contre les meneurs, qui échappent ainsi à toute répression. Quant à la suspension du jury, elle est de toute nécessité en Irlande, où la masse de la population manifeste une visible sympathie pour les membres et les agents de la Land League. Il est certain que si ces mesures sont votées par le Parlement, M. Gladstone aura dans les mains les moyens d’entre-. prendre une répression énergique en Irlande, et d’étouffer dans le pays l’agitation agraire et anarchique.
- ESPAGNE
- Le dïscourw du Tréu© est une charade des plus difficiles à comprendre. Alphonse XII après avoir affirmé que le service de la dette publique et les armements maritimes grèveront les finances espagnoles de sommes plus lourdes que jamais déclare que le déficit sera diminué et que les impôts subiront un dégrèvement. Le roi aurait pu dire où il compte prendre les centaines de millions, ou plutôt le milliard nécessaire à une telle transformation des finances espagnoles.
- Notons que le même discours signale comme un fait unique dans l’histoire contemporaine une période de six années consécutives sans guerre civile en Espagne.
- Ces aveux officiels sont de nature à faire faire de sérieuses réflexions. Voilà où a pu en venir un peuple q îi était le plus puissant de la terre avant qu’il ait eu la faiblesse de se laisser envahir par le cléricalisme.
- SUISSE
- Les Nocialistes, — Un vote a eu lieu dans les sections de la fédération suisse des travailleurs, 400 voix de majorité se sont prononcées en faveur du projet, bien connu, de transformer la fédération en corporation ouvrière sur la base des principes socialistes.
- Le rédacteur du nouvel organe, la Voix du travailleur, sera M. Herter.
- ALLEMAGNE
- L’enseignement religieux dans les éeo les. —• On lit dans les Etats-Unis d'Europe :
- Au moment même où la question de la séparation, de l’école et de l’Eglise était si vivement débattue et si heureusement tranchée en France, le Landtag prussien la discutait aussi à l’occasion des écoles simultanées, c’est-à-dire dans lesquelles des enfants appartenant à tous les cultes reçoivent ensemble l’instruction laïque et l’instruction religieuse. Mais les rôles étaient intervertis. En Prusse, ce sont les catholiques qui réclament, au nom de la liberté de conscience, la séparation absolue des deux enseignements, religieux et laïque, d’accord d’ailleurs avec les israélites et avec les protestants. Ils font valoir précisément les arguments que les libres-penseurs opposent au clergé français ; ils demandent à Berlin le contraire de ce qu’ils réclament à Paris, ils font valoir la liberté de conscience et l’immoralité de donner à des catholiques, ou devant eux du moins, un enseignement contraire à leur foi, mais la solution poursuivie cependant n’est point la même. En Prusse, catholiques, israélites et protestants réclament des écoles pour les enfants de chaque communion. La France seule et la Belgique établissent partout des écoles purement laïques en laissant à chacun la liberté de recevoir de leurs prêtres l’enseignement religieux. Seules aussi la Belgique et la France instituent un enseignement moral séparé de tout enseignement religieux.
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- AFRIQI JE-AUSTRALE
- La colonie du Gap- est décidément une cause permanente de difficultés pour l’Angleterre. Après l’insurrection du Zoubouland, voici que la révolte des Boers prend des proportions de plus en plus inquiétantes.
- Les Boers, anciens colons hollandais, supportent mal la domination britannique.
- L’hostilité de race est aggravée par des velléités d’indépendance longtemps contenues. Elles ont éclaté il y a quelques semaines avec une force que les troupes royales ont essayé de réprimer, mais vainement.
- L’iusurrection s’est étendue avec une effrayante rapidité, et, dans les premières rencontres, les rebelles sont restés maîtres du terrain. Dans l’une de ces rencontres, le 94e régiment d’iufanterie a perdu plus de deux cents hommes morts ou blessés. Des renforts ont été expédiés par la métropole et des ordres formels envoyés au gouverneur du Gap pour qu’il réprime coûte que coûte la révolte.
- La tâche sera rude, si Fou tient compte des sacrifices que la guerre du Zoulouland a coûtés â l’Angleterre, de l’audace et du courage des Boers, adversaires autrement redoutables que les sauvages de Cettiwayo.
- QUATRIÈME CONGRÈS OUVRIER
- VII
- Li’InfStraotiou et Féâncfltion
- Le congrès du Havre a témoigné d’une grande sollicitude pour Vinstruction et l'éducation des enfants delà classe ouvrière. Il a examiné ce problème sous ses deux aspects.
- 1° l’éducation et l’instruction en général 2° renseignement professionnel
- Sur 1© premier point tous les délégués ont été unanimes à réclamer l’instruction laïque, gratuite et obligatoire.
- Les débats et les votes de la Chambre des députés ayant depuis lors donné satisfaction à ces vœux, du moins en ce qui concerne l’instruction primaire, nous n’avons pas à y revenir. Nous relèverons seulement celles des idées émises à cette occasion qui sortent du lieu eommun.
- C’est le cas par exemple des vœux émis par la citoyenne Kéva. Son discours n’a malheureusement pas été publié in-extenso. Cette orateur s’occupe d’une manière plus particulière de l’instruction des jeunes filles de là classe laborieuse.
- Elle réclame que les travaux intellectuels de l’homme soient également accessibles à la femme. Pour cela, il faut créer des écoles mixtes où garçons et filles recevront la même forte et solide éducation.
- Ce rapprochement des deux sexes, dit l'orateur a-t-il des inconvénients ? L’exemple des États-Unis, où les écoles de ce genre n’ont produit que d’excellents résultats, est là pour rassurer les timides que cette innovation pourrait effrayer.
- L’éducation commune pour tous fera disparaître les inégalités du sexe?
- Nous ne saurions approuver trop vivement ces recommandations. Il a été de mode pendant un certain temps chez nous d’établir des écoles distinctes de garçons et de filles. L’école mixte sous l’Empire et le Septennat a perdu du terrain au lieu d’en gagner. Beaucoup de personnes considéraient cette séparation comme un progrès. Dans les articles que nous avons consacrés aux écoles mixtes nous avons établi que cette séparation est une reculade, et nous voyons avec plaisir qu’il se produit aujourd'hui un revirement de l’opinion en faveur de l’école mixte.
- La plupart des délégués témoignent de la grande confiance qu’ils mettent dans l’instruction comme moyen de s’éclairer eux-mêmes sur leur position, de se concerter et de faire entendre leurs plaintes sous une forme qui attire les sympathies au lieu de les aliéner.
- Le citoyen Fagot a tout particulièrement insisté sur l’importance de l’instruction comme moyeu d’é-mancipation de la classe ouvrière.
- L’instruction, dit-il, est un capital tout aussi bleu que la richesse acquise, et le fait que la classe ouvrière est privée de ce capital intellectuel ne contribue pas peu à la tenir dans une situatiou dépendante
- Avec l’instruction, les travailleurs comprendront bientôt la force de l’association et pourront par une fédération de groupes, arriver à s’afiranchir du patronat*
- L’orateur cite l’horreur que Frédéric II de Prusse et Catherine de Russie avaient pour l’instruction du peuple. Ces souverains affirmaient que si les peuples savaient lire, il n’y aurait plus de rois, C’est à méditer.
- Plusieurs délégués demandent que ^instruction soit gratuite à tous les degrés afin que les enfants d’ouvriers aient les mêmes facultés que ceux de la bourgeoisie pour embrasser toutes les vocations.
- Le citoyen Benoist craint qu’on ne soit pas assez large en fait d’instruction à donner à l’ouvrier*
- Il ne doit pas suffire, dit-il, de répéter le cliché connu : instruction obligatoire, gratuite et laïque, il faut savoir quelle instruction on veut nous donner. Nous craignons que, lorsqu’on aura rois l’instruction primaire, élémentaire, à la portée de l’ouvrier, on ne croie avoir fait pour lui tout ce qu’il est impossible de faire ; on aurait tort.
- On pourra dire que je suis exigeant ; mais je demande que non-seulement l’instruction primaire, mais l’instruction secondaire et supérieure soient mises à la portée de tous les travailleurs des deux sexes.
- La question de l’enseignement professionnel a donné lieu elle aussi à des vœux qui méritent une sérieuse attention.
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- Il est certain que dans notre système d’éducation actuelle aucune transition n'existe entre l’école où aucune place n’est réservée au travail et l’atelier où aucune place n'est faite à l’instruction. L’enfant passe de l’un à l’autre sans aucune préparation. Il en résulte tout simplement qu’il n’apprend presque rien à l’école de ce qui lui servira à l’atelier et qu’il oublie à l’atelier une bonne partie de ce qu’il a appris à l’école.
- Fourier, dont les excellents travaux sur cette question spéciale sont trop peu connus, paraît être ignoré, complètement ignoré des orateurs ouvriers. C’est grand dommage car la citation des opinions de Fourier sur ce point capital aurait cent fois mieux éclairé la question que tout ce qui a été dit au Havre.
- Quelques bonnes idées cependant on été émises et nous sommes heureux de pouvoir les reproduire.
- La commission de l’Instruction émet le vœu suivant : .
- Les asiles et les écoles enfantines doivent être con-sidérées comme la base de l’éducation intégrale, tous les exercices qui y sont faits doivent avoir pour but de rendre l’enfant heureux, tout en déposant dans son esprit le germe des connaissances encyclopédiques qui y seront développées plus tard et successivement dans les écoles élémentaires, moyennes et supérieures.
- Le citoyen Chantot s’élève contre l’habitude de beaucoup d’ouvriers, ou plutôt la nécessité où ils se trouvent de mettre de trop bonne heure leurs enfants dans des ateliers.
- Aujourd’hui, dit-il, on retire trop tôt les enfants des écoles pour les placer dans des ateliers où ils ne sont employés qu’à faire les commissions, servir de manœuvres et de portefaix, rouler les charrettes à bras. Cet enfant, bien qu’il ait l’amour du travail au début, finit par se dégoûter et passe d’un métier dans un autre et même dans plusieurs, pour arriver à faire un rouleur de quais ou un ramasseur aux bourbiers ; il a tout perdu, instruction, santé, probité, honneur. Voilà à quoi il faut remédier, et puisque l’Etat à promis son concours pour les écoles professionnel^ les d’apprentissage, il faut le mettre en demeure dé s’exécuter.
- La Chambre des députés et le Sénat ont depuis lors donné satisfaction partielle à ce vœu. L’installation d’écoles nouvelles pour les travaux manuels n’est plus qu’une-afïaire de temps.
- En somme on peut dire que toutes les opinions générales du congrès ont été résumées dans le rapport de la commission de l’instruction :
- « Il est grandement utile d’introduire dans chaque école primaire, dit ce rapport, des ateliers élémentaires destinés à exercer tous les élèves au traitement du bois, du fer, etc. !
- Ces écoles ne mériteront point le nom de profes- I sionnelles, par ce que tout en enseignant aux élèves 5
- les éléments des diverses professions, elles n’auront point pour objet de les préparer à l’exercice d’aucun métier spécial.
- Il en sera tout autrement des écoles d’apprentissages, qui recevront l’élève ainsi préparé et qui devront le mettre en état, au bout de 3 ,à 4 années d’exercer, une profession. Les apprentis, entrés à 13 ans à l’école, pourront être rétribués dès l’âge de 15 ans.
- Ces écoles seront sous la surveillance des chambres syndicales, qui auront le soin de les pourvoir de professeurs experts.
- Ces écoles devront être multipliées de manière que toutes les villes et toutes les régions de la France en puissent bénéficier dans le plus bref délai possible. L’enseignement classique y sera continué à des heures déterminées.
- Les élèves seront soumis à des examens qui permettront de constater leurs progrès. Les résultats de ces concours pourront être consignés sur les certificats d’apprentissage délivrés par les examinateurs experts.
- A tous les degrés, l’éducation sera donnée dans des écoles mixtes; les écoles enfantines et les écoles élémentaires devraient être surtout dirigées par des institutrices.
- Les écoles moyennes et les écoles supérieures doivent être le développement de l’éducation élémentaire ; elles seront gratuites à tous les degrés.
- Toutes les fournitures de classe seront délivrées gratuitement à tous les élèves des deux sexes. De plus, ils auront droit à prendre part à un repas qui leur sera servi à midi.
- Les jeunes détenus devront participer aux bienfaits de l’éducation ainsi entendue. C’est, en effet,de cette éducation qu’on doit attendre leur réforme morale.
- L’abolition du budget des cultes permettra d’accroître le budget de l’éducation nationale. Ce budget pourra s’augmenter encore d’une partie de l’énorme budget de la guerre, dès qu’on aura substitué au régime ruineux de l’armée permanente, l’organisation plus rationnelle et plus, réellement puissante de la milice nationale.
- Ces budgets réunis seront loin encore d’égaler le demi-milliard que la grande République américaine consacre annuellement à la culture de ses enfants, culture qu’elle regarde à bon droit comme la source première de sa prospérité.
- Aussi les Américains ne craignent pas de rétribuer largement leurs instituteurs .et leurs institutrices. Aux Etats-Unis ie principal d'une école est considéré comme un magistrat et l’école elle-même est un palais tout aussi imposant que la maison de justice.
- Dans l’opinion de ce Congrès, il est du devoir de tous et de toutes d’associer leurs efforts à ceux des corporations, des communes et de l’état pour fonder en France l’éducation intégrale, et placer ainsi, par degrés, notre République à la hauteur de la République des Etats-Unis.
- Les résolutions votées sont la mise sous forme de' vœux brefs des demandes de la Commission, telles que nous venons de les reproduire. Toutefois il est ajouté un vœu demandant : « Pleine et entière liberté d'enseignement sans condition de diplôme » et . un autre demandant « Interdiction des fonctions de l’enseignement à tout individu voué au célibat. »
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- Ces deux articles sont dictés par des mobiles quelque peu différents, puisque l’un est opposé à l’intervention de l’Etat pour exiger des garanties scientifiques et que l’autre exige des garanties morales pour la vérification desquelles l’intervention de l’Etat serait nécessaire ; tels quels, ces articles témoignent de l’indécision dans laquelle a été laissé le débat.
- Désaveu du collectivisme
- Nous avons épuisé l’analyse des débats des questions économiques.
- Le Congrès s’est encore occupé d'uue question de la plus grande importance, mais d’un caractère plutôt politique, la question de la représentation ouvrière au parlement.
- L’examen des discussions auxquelles elle a donné lieu fera l’objet de notre prochain article. Toutefois l’esprit de ce débat ne serait pas exactement compris si nous ne faisions précéder de la citation d’un certain nombre de manifestations, de pensée émises au fur et à mesure des discussions du Congrès.
- A maintes reprises les débats ont donné lieu dans le sein du Congrès à de nombreuses et éloquentes protestations contre le parti révolutionnaire.
- La place nous manque pour reproduire toutes ces protestations.
- Le citoyen Pascal s’est exprimé en ces termes :
- Ce n’est pas en émettant des idées et des propositions dont la réalisation est impossible, non-seulement pour le moment mais avant bien longtemps, que nous avancerons le succès de notre cause, au contraire; si ces propositions ne nous font pas rétrograder, elles nous font rester sur place, car elles sont impraticables et nous sont préjudiciables.
- Lé citoyen Lyonnais a été d’une grande énergie.
- Les collectivistes, a-t-il dit, qui font beaucoup'de bruit autour d’eux, ne sont qu’un état-major sans armée. C’est à ce Congrès qu’il appartient de démontrer que la France ouvrière ne s’est pas laissé séduire par les promesses que lui ont faites les collectivistes révolutionnaires, de former une société composée seulement de millionnaires.
- L’orateur répète que pour juger les hommes, il faut se rendre compte du but qu’ils poursuivent et de la possibilité de l’atteindre.
- Or, dit-il, il y a 25 millions de propriétaires en France qui se révolteraient contre les collectivistes et leurs doctrines en se jetant dans la réaction, c’est-à-dire dans l’Empire, s’ils pouvaient craindre la mise en pratique des théories de ces soi-disant réformateurs de la société.
- Alors, comment expliquer l’ardente campagne menée à l’heure actuelle contre la propriété. L’orateur déclare qu’il croit à la bonne foi de bon nombre d’adhérents aux idées collectivistes, mais qu’il lui est difficile d’avoir la môme idée sur ceux qui les dirigent.
- C’est, dit-il, à ce Congrès, composé des véritables représentants du travail, qu il appartient de faire cesser toutes les incertitudes et toutes les équivoques.
- On parle d’association dans les discussions collectivistes, mais c’est pour ne pas froisser le sentiment général des ouvriers, car l’idéal des collectivistes est le cercle d'études sociales, organisé en comité d’action politique. La chambre syndicale leur fait peur, et ils ont raison, car la véritable association ouvrière est faite pour agrandir le bonheur commun et non pour atteindre la propriété d’autrui.
- Le vrai caractère de la propagande collectiviste révolutionnaire, c’est la désunion.
- Partout le collectivisme essaye de tuer la chambre syndicale. Ici, au Havre, la douzaine de collectivistes qu’on y compte n’a essayé qu’une chose, c’est de désorganiser nos chambres syndicales. Aujourd’hui, fiers de ce qui se passe à côté, ils se vantent de renverser bientôt les quinzes chambres syndicales ha-vraises. Voilà l’œuvre de ces bons citoyens.
- L’orateur termine en engageant le Congrès à se montrer décidé à couper court à ces tentatives dites révolutionnaires, qui ne peuvent que nous empêcher de nous faire rendre justice en jetant toute la France dans la défiance contre nous, et surtout parce qu’elles sont de nature à porter un coup mortel à la République au profit d’un scélérat comme celui qui a fait le 2 décembre 1851,
- Le citoyen Scholastique écrit :
- Loin de nous les doctrines extravagantes et impraticables des rêveurs empiriques dont l’idéal ne saurait être atteint, même au prix des cataclysmes, des bouleversements et des convulsions qu’ils osent souhaiter.
- Le citoyen Emile Antoine dit de son côté :
- Nous repoussons la violence, parce qu’il n’y a de transformation durable et de modifications légitimes que celles qui obtiennent l’assentiment général. Quelques articles déplus ou de moins dans le code, sur la famillle et la propriété, ne suffisent pas pour changer une société. On modifie d’abord les opinions et les mœurs ; puis la législation, qui repose sur l’appréciation positive de la réalité, se modifie avec elle. Croire qu’un mot, écrit ou parlé,suffit pour bou -leverser les institutions dès qu’on est au pouvoir, c'est avoir conservé les croyances surnaturelles : d’un mot Dieu fit le monde ! les révolutionnaires ne croient plus en Dieu, mais ils en prennent la place...
- Loin d’avoir la science pour base, comme le prétendent ses partisans la doctrine collectiviste est en contradiction avec elle. Non seulement ils méconnaissent la nécessité de la personnalité, mais ils calquent la réorganisation industrielle sur des institutions politiques nécessairement provisoires, comme je l’ai dit.
- Le citoyen Dubœuf repousse les moyens violents des collectivistes révolutionnaires qui ne tiendraient dit-il, à rien moins qu’à faire de l’honnête prolétaire un voleur et un assassin.
- Le citoyen Dauthier est convaincu que le collectivisme nuit à la cause des ouvriers.
- Malheureusement,dit-il, l’indifférence d’une grande partie de la classe ouvrière à une cause justifiée :
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- c’est l’exposé trop souvent répété des doctrines dont la solution n’est ni possible, ni pratique. Ces doctrines entraînent cependant quelquefois des ouvriers qui y croient, sans s’inquiéter de la possibilité de ce bonheur imaginaire.
- Une telle propagande a pour effet d être plus utile aux bourgeois et à nos exploiteurs qu’à nous, il y a là pour eux un prétexte pour refuser de s’entendre sur un ensemble de réformes utiles.
- Nous ne serons écoutés, et nous n’aurons d’influence que par le nombre de nos réclamations justes convenablement formulées dans des pétitions dont l’inconvenance et la violence sont exclus.
- ÇA suivre).
- Les arbitrages Inter nationaux.
- De tous les moyens essayés pour régler pacifiquement les différends internationaux,le seul qui ait produit des résultats satisfaisants et dont l’usage tende à se géné raliser, c’est l’arbitrage exercé par des puissances neutres ou amies.
- La liste est longue des conflits d’intérêts pour l’abai-sement desquels l’intervention d’arbitres autorisés a réussi à conjurer l’emploi de la force.
- Arbitrage du roi de Prusse entre la France et l’Angleterre. 1834-1845 ; affaire de Portendiek. — Arbitrage de la reine d’Angleterre entre la France et le Mexique ; 1844. — Arbitrage du roi des Pays-Bas entre la France et l’Espagne, 1823-1852; affaire des navires de Veloz-Mariana, la Victoria et la Vigie. — Arbitrage du roi des Belges entre l’Angleterre et le Brésil, 1862-1863 ; différend des officiers du navire anglais la Forte avec les autorités brésiliennes. — Arbitrage du roi des Belges entre le Chili et les Etats-Unis ; 1858-1863. — Arbitrage du Sénat de Hambourg entre l’Angleterre et le Pérou ; 1864.
- Enfin, le plus célèbre exemple d’arbitrage a été donné par l’Angleterre et les Etats-Unis dans l’affaire des navires corsaires fournis par l’Angleterre aux Etats confédérés du Sud. La sentence arbitrale, rendue ie 14 septembre 1872 par le tribunal réuni à Genève en vertu du traité de Washington du 8 mai 1871 entre les Etats-Unis et la Grande-Bretagne fut respectée par les deux parties.
- .. .. ....
- NOUVELLES DIVERSES
- TTne femme docteur en Finlande. —
- L’université de Helsingfors, dont le sérieux des examens est connu, a reçu docteur en médecine Mlle Rosina Heykel.
- C’est dit le Droit des femmes, la première femme de Finlande qui ait obtenu ce diplôme.
- En présence de ce succès, la ville entière a souscrit une bourse pour faciliter à une autre jeune fille les moyens d’atteindre au doctorat.
- * 4
- L’Incinération des morts à 1*11© Maurice. — La Commission Générale de santé de cette colonie anglaise s’est prononcée en faveur de l’incinération des morts et contre leur inhumation.
- Le vote de la Commission, si le Gouvernement y est favorable, aura pour effet la présentation d’un projet de loi au Conseil Législatif.
- Il ne serait pas flatteur pour l’Europe de voir cette grande mesure de salubrité adoptée par le gouvernement d’une île lointaine, alors que nos vieux gouvernements persistent à la repousser.
- ♦ *
- Les budgets eu Allemagne. — Les temps ou l’on administrait à bon compte en Allemagne sont passés.
- En 1872, le budget de l’empire s'élevait à 357 millions de marks. Aujourd’hui on publie le budget pour 1881-1882, et quel est le chiffre qu'il a atteint ? 588 millions, soit 231 millions de marks de plus qu’après la guerre. Eh bien ! dira-t-on, 231 millions d’augmentation au bout d’une dizaine d’années, est-ce là chose si effrayante pour une population de 40 à 45 millions d’âmes? Un moment ! Nous ne sommes pas au bout du compte. Après le budget commun que paient tous les Allemands réunis, nous avons à examiner les budgets des pays particuliers.
- En 1874, le gouvernement prussien n’avait besoin que de 519 millions de marks, il lui en faut maintenant 800 millions. Voilà encore une augmentation de 281 millions de marks que les Prussiens sont seuls à payer.
- Le budget de la Bavière n’a pas fait des progrès moins considérables. En 1869, il était de 142 millions ; pour l’exercice courant, il s’élève à 221 millions. Commencez-vous à comprendre pourquoi, à Berlin et à Munich, on est de mauvaise humeur quand le gouvernement réclame encore et toujours de nouveaux impôts? . .
- La Saxe se contentait, en 1871, de 38 millions. Elle a besoin à présent de 64 millions : c’est presque le double !
- Le budget du Wurtemberg a dépassé les 53 millions et, il y a douze ans, il n’était que de 32 millions.
- Le grand-duché de Bade en est à 37 1/2 millions, tandis qu’en 1871, il s’arrangeait avec 25 millions.
- Et ainsi de suite : de l’augmentation partout, le statu quo nulle part.
- Si à toutes ces dépenses indiquées, nous ajoutons celles de l’Alsace Lorraine: 15 millions; celles de Hambourg : 31 1/2 millions; celles de l’Oldenbourg et de tous les autres petits Etats de l’empire, nous arrivons à un chiffre total de près de 2 milliards de marks ! Et ce n’est pas tout. Nous avons encore les budgets communaux qui sont loin d’ètre restés en arrière.
- Somme toute, les Allemands paient directement ou indirectement, au bas mot, un milliard de marks déplus à l’administration qu’en 1871, et la progression va toujours son train. Or, on prétend que depuis cette époque ou du moins depuis 187.3, nous traversons une crise industrielle et commerciale terrible ; les protectionnistes affirment même que le pays s'appauvrit. Est-il étonnant, en présence d’un semblable état de choses, que le peuple se plaigne, qu’il soit mécontent et qu’il tombe « dans le pessimisme ? »
- *
- ♦ *
- Mesure administrative contre l’abus du tabac. — A Zullichau (Prusse) une ordonnance locale interdit aux jeunes gens, au-dessous de 16 ans, de se montrer sur la voie publique, dans les cafés, les trains de plaisir, etc., fumant des pipes ou des cigares.
- ¥ ¥
- Le budget de l’instruction publique du canton d© Genève atteint pour l’année 1881 le chiffre de un million deux cent mille et quelques francs, soit une augmentation sur l’année 1 précédente de 57,000.
- Ces dépenses sont indépendantes de celles des communes.
- La population du canton de Genève étant de 101,637 ce budget de l’instruction constitue une charge de 1 i fr. 78 cent, par tête, indépendamment des charges fédérales, peu nombreuses, et des charges municipales, qui comprennent, dans ce canton, non seulement les écoles enfantines, mais encore la fourniture et l’entretien des locaux de l’enseignement à tous les degrés.
- C’est, toute proportion gardée, le plus fort budget d’instruction publique existant en Europe. Un bon nombre des Etats de l’Union américaine assument des charges encore plus élevées.
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- Ce qu’était l’Irlande au temps de ©•wift. — Dans son Sottisier, Voltaire a noté une boutade bien humoristique de Swift. Elle m’est remise en mémoire par la situation actuelle de l’Irlande, où les fermiers, exaspérés par la misère, envoient a leurs propriétaires du plomb dans la tête en guise de paiement. Du temps de Swift, la situation des Irlandais n’était pas fort heureuse, car voici à peu près ce qu’il écrivait :
- Les Anglais vont le soir faire des malpropretés à la porte des Irlandais pour faire croire que ceux-ci ont de quoi manger et qu’on peut augmenter les impôts.
- Ceci n’est qu’une traduction par à peu près, car, comme le latin, Swift, dans ses mots, a bravé l’honnêteté.
- LES FEMMES ET LA CRIMINALITÉ
- Le Courrier d'Etat a publié dernièrement la statistique des prisons. De l’examen de ce document, voici ce que nous avons conclu :
- Les femmes criminelles sont environ 4 fois moins nombreuses que les hommes, ce qui est à leur honneur.
- L’effectif des établissements affectés aux femmes dans les maisons centrales et les pénitentiers agricoles était au 31 décembre 1877 de 3,505
- Sur Ges 3,505, 2,054 (58, 60 p. c., avaient été jugées par les cours d’assises, 1,437 (40 p. c.) parles tribunaux correctionnels ; 14, soit 0,40 p, c. par les tribunaux militaires ou maritimes.
- La classification suivant la nature des crimes et délits, donne les résultats ci-après :
- 1M catégorie. — Assassinat, empoisonnement, incendie, fausse monnaie, recel, vol qualifié. . .
- 1,016, soit 28.99 p. C.
- 2e catégorie.Complicité d’attentat à la pudeur, d’avortement, d’infanticide, de suppression d’enfants, abus dé cohfianee, etc ... . 1,248 — 35.61 p. c.
- 3e catégorie. — Mendicité, rupture de ban, vagabondage, *
- etc......................... 114 — 3,25 p. c.
- 4e catégorie. — Abandon ou exposition d’enfants, avor-
- tement, infanticide, coups et blessures, meurtre connexe à
- un crime ou un délit, etc. . 1,068* — 28.19 p. c.
- 5* catégorie. —Arrestation illégale, homicide par imprudence, etc.................... 59 — 1.58 p. c.
- En comparant ces résultats à ceux que donne la statistique des prisonniers hommes, nous voyons que les femmes commettent moins de crimes de la 2e et de la 3e catégories, crimes qui proviennent plus de
- vices ou de dégradation morale que d’explosions brusques de passion. Les crimes d’empoisonnement et d’incendie sont plus fréquents chez les femmes, ce qui peut s’expliquer par des vengeances qui ne trouvent pas à se produire autrement. Sans doute aussi le fait que la femme est devant la loi deshéritée des droits les plus légitimes, pousse-t il beaucoup de malheureuses à se faire justice à elle-même L’année 1880 a été riche en affaires de ce genre.
- Quant aux crimes de la 4e catégorie ils proviennent sûrement en bonne partie de la législation qui interdit la recherche de la paternité, et de celle qui fait un si triste sort à l’enfant né hors mariage.
- Les récidivistes sont moins nombreuses que chez
- les hommes ; leur chiffre s’élève à 48.502 pour cent, c’est-à-dire 3Î p. c de moins que pour les hommes, ce qui tend aussi à prouver que les crimes commis par des femmes viennent plutôt de l’explosion subite des passions que de la perversité de l’âme.
- Sous le rapport de l’instruction, voici les chiffres données par la Statistique des établissements péni-
- tentiaires, côté des femmes :
- Illettrées......................... 1,620 soit 46.22
- Sachant lire........................ 623 — 17.78
- — lire et écrire. . . . 812 — 23.17
- — lire, écrire et calculer. 344 — 9.81
- Possédant l’instruction primaire 85 — 2.42
- — une instruction plus
- élevée .... 21 — 0.60
- Conclusion : 3 p. c. seulement de ces criminelles possèdent l’instruction primaire ou une instruction plus élevée ; 10 p. c. savent lire, écrire et compter, 87 p. c. sont dénuées de ces biens élémentaires. Et tous les ans la statistique enregistre les mêmes lamentables résultats qui ne diffèrent pas sensiblement chez les hommes, puisque les illettrés dépassent 70 p. o. parmi les prisonniers tandis qu’ils sont très loin d’atteindre le même chiffre dans l’ensembie de la population ; nous trouvons donc toujours les mêmes facteurs puissants dans la criminalité : Vigno* rance et la misère.
- Nous devons toutefois faire remarquer que cette statistique des prisonniers par rapport à leur instruction n’est pas suffisante. » Il faudrait, pour qu’elle donnât tout l’enseignement désirable, qu’elle fut complétée p-ir une statistique de la population féminine de toute la France qui indiquerait le degré d’instruction de toutes les femmes. Malheureusement cette statistique n’existe pas.
- Il serait désirable aussi que le ministère de l’intérieur ne se bornât pas à publier les listes professionnelles des condamnés, mais qu’en parallèle avec
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- cette liste, il mit la statistique des professions de toute la France. Le ministère a tous les éléments voulus pour cela.
- Les école» à tricoter
- C’est sous ce modeste titre que les premières salles d’asile furent fondées en 1771, au Ban de la Roche, dans les Vosges, par Oberlin.
- La femme de ce digne pasteur exerçait elle-même la direction et la surveillance des enfants ainsi recueillis. Le matin la leçon se faisait dans la classe, l’après-midi, si le temps le permettait, dans les champs.
- Cette première école ne tarda pas a progresser et Mme Oberlin dut s’adjoindre des maîtresses, des conductrices comme elle disait.
- Durant les promenades de l’après-midi on enseignait aux enfants le nom des plantes communes et les vertus de quelques unes d’elles ; on ies faisait observer, réfléchir, raisonner à propos des phénomènes les plus simples de la nature ; on ouvrait leur intelligence aux premières notions des grandes lois de la vie universelle et leur cœur à l’amour au prochain.
- Il y a un siècle déjà que cet enseignement se donnait dans un coin perdu de la France. On commence seu lement depuis quelques années a introduire dans les salles d’asile ïa méthode d’Oberlin.
- FERMIERS ANGLAIS ET IRLANDAIS.
- En présence de la misère qui règne en Irlande parmi les travailleurs de la terre* tenanciers et autres, il faut avoir un certain aplomb que je taxerais volontiers de cynisme,pour publier des lignes comme celles qui suivent :
- « La situation des Londlords se comprend parfaitement. Le produit des fermes a haussé en valeur dans une telle proportion depuis que fat établie pour la première fois une moyenne du prix des baux, la condition des fermiers est devenue si prospère, que l’élévation du fermage s’imposait comme une démonstration mathématique. »
- Or il est bon de savoir qu’en Angleterre, dans plusieurs comités agricoles on a réduit au lieu d’élever le prix des baux.
- Ainsi dans le Y'orkshire eetie réduction a été de 10 à 200/0.
- Dans le Leicestershire la plupart des meilleures fermes se louent à un prix tel qu'on ne l’a jamais vu aussi bas depuis un siècle.
- Dans la partie Ouest du Shropshire, plusieurs fermiers ont obtenu une réductiou de 10 à 20 0/0 sur leur menace de quitter leurs fermes. Pour d’autres cultivant des terrains non drainés la réduction a été de 60 0/0; et dans d’autres cas les fermes ont été abandonnées sans qu’il soit possible actuellement de trouver des bras pour leur culture.
- Dans les districts les plus éloignés Warwickshire
- les fermes ont été ou laissées, ou conservées avec une réduction-allant de 20 à 50 0/0.
- Dans le Worcestershire les domaines les mieux dirigés ont été affermis à un prix réduit de 25 à 30 0/0 sur les années précédentes.
- Les nouveaux baux des terres hautes de l’Oxford-shire présentent une réduction de prix de 25 à 30 0/0.
- Dans Essex, à la Saint-Michel, une ferme bien connue qui était amodiée avant 315 Liv. par an, ne l’était plus qu’à 100 L. Et ce cas est tellement peu isolé qu’il n'est pas un seul « landagent « dans le pays qui ne puisse citer plusieurs exemples du même fait en ce qui le concerne.
- Eh bien, malgré ces réductions, le nombre des faillites de tenanciers a plus que triplé en deux ans (A) et, en dépit de ces faillites qui annoncent un malaise profond, la situation agricole est encore à tous égards meilleure en Angleterre qu’en Irlande.
- On ne s’est jamais donné la peine de justifier par •’une raison quelconque le déni qu’on fait à l’Irlande fdes lois économiques régissant la terre en Angleterre et qui ont valu aux tenanciers de cette contrée les réductions dont nous avons parlé. Il peut se faire qu’à de certaines périodes, dans le passé, les produits agricoles aient été moins chers qu’à, présent, mais c’est que* à ces époques, le bon marché était dû à l’abondance des récoltes. Dernièrement la baisse du prix des denrées était;le résultat de la concurrence faite par l'Amérique et ce dans un moment où non-seulement il y avait pénurie dans les produits, mais encore où ces produits étaient atteints de maladie. Il est évident que les conditions économiques du culti-tivateur subissaient une baisse considérable dans le prix des denrées qui constituent toute sa richesse* lorsque cette baisse se produit dans une année d’abondance* sont affectées d’une façon bien différente de celle qui se présente lorsqu’au lieu de 40 à 50 « bushels » par are on n’en récolte que 15 ou 20, et qu’au lieu de prolifiques et sains troupeaux on n’a qu’un bétail maladif et à peu près stérile. Enfin les effets de la concurrence faite par l’Amérique doivent être aussi bien plus préjudiciables à l’Irlande, obligée d’aller chercher ses consommateurs au loin, qu’à l’Angleterre qui les trouve dans son sein.
- D’une autre part, considération à envisager, les produits agricoles irlandais tiennent, comme valeur commerciale, le milieu entre les produits anglais et ceux étrangers. Le beurre et les œufs qui viennent
- (A) Il y a deux ans on ne comptait que 4 à SOO faillites de fermiers; plusieurs meetings qui viennent d’avoir lieu de 1’ « Alliance des fermiers » ont révélé que ce nombre s’est élevé cette année à 1,500 environ.
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- d’frlande ne se vendent pas comme beurre et œufs frais sur les marchés anglais. Le bétail irlandais n’est pas élevé dans le pays et les droits de transit sur les avoines d’Irlande sont beaucoup plus élevés que ceux sur les grains étrangers. La situation générale de l’Irlande, pays agricole, est donc très différente de celle de ses deux sœurs, l’Angleterre et l'Ecosse. Néanmoins il est clair, c’est un fait avéré pour tout esprit impartial auquel l’Irlande est tant soit peu familière, que si les landlordsde ce malheureux pays avaient fait spontanément,en présence des désastres de 1878 et 1879, les mêmes réductions que les landlords anglais à leurs fermiers, l’on n’aurait entendu parler ni de M. Parnell et de ses co-agitateurs, ni de la ligue agraire et des difficultés politiques qu’elle fait naître. En envenimant encore la question par ses piovocations haineuses, le gouvernement de lord Beaconsfield aété.ou bien maladroit, ou bien méchant, pour ne pas dire plus.
- C. P. Maistre.
- Bn^eigsienieut dans les prisons
- il est convenu que dans les maisons de détention l’on fait suivre aux détenus des deux sexes certains cours dans le but de les moraliser. Ce qui prouve que ce but est loin d’être atteint, ce sont les chiffres des récidivistes.
- Quoi qu’il en soit, voici la proportion des individus des deux sexes ayant profité de l’enseignement qui leur a été donné durant l’année 1877.
- Hommes.
- Élèves illettrés............................. 73.75 p. c.
- — sachant lire.............................76.50
- — — lire et écrire...................61.63
- — — lire, écrire et calculer . . 46.16
- Des cours spéciaux de dessin ont été en outre suivis dans certaines maisons centrales.
- Femmes.
- La proportion des détenues signalées comme ayant
- fait des progrès est la suivante :
- Illettrées . . ................• • 77.04 p. c.
- Sachant lire...................................44.10
- — lire et écrire.........................47.12
- — lire, écrire et calculer .... 84.59
- Nous nous occuperons, dans un prochain article, du travail des détenus de deux sexes.
- {Courrier d'État).
- ---==^----------
- LES MUSÉES SCOLAIRES DE BELGIQUE
- Le ministre belge de l’instruction publique avait eu l’année dernière la bonne idée d ouvrir entre tous les instituteurs et institutrices, sous-instituteurs et sous-institutrices communaux, un concours pour la composition de petites collections ou de tableaux destinés â l’enseignement intuitif dans les écoles primaires.
- Ce concours a donné d’excellents résultats.
- Voici d’après les collections et les tableaux qui ont pris part au concours quels seront les musées scolaires belges une fois leur établissement partout.
- MINÉRAUX.
- 1. Une collection comprenant :
- a) Les principales espèces de terres de la zone agricole dans laquelle se trouve l’école, ainsi que des roches génératrices de ces terres.
- b) Les principales substances minérales de la localité et des environs ;
- c) Les fossiles les plus communs dans les terrains de la localité et des environs ;
- 2. Une collection d’une cinquantaine d’espèces mi-
- nérales à étudier à l’école primaire : minérais métalliques et métaux, minéraux combustibles et minéraux lithoïdes.
- VÉGÉTAUX.
- 3. Pour chacun des trois degrés de l’enseignement
- primaire, un herbier, complété par un ou deux tableaux d’échantillons en nature (objets non susceptibles d’appartenir à l’herbier), dans le but d’exposer la série graduée de plantes et d’organes de plantes fl faire observer et analyser par les élèves.
- ' Degré inférieur. Noms et caractères exté-
- rieurs distinctifs des arbres et plantes du jardin. — Organes essentiels : racine, tige, feuille, fleur, fruit, graine.
- Degré moyen. Analyse plus complète des organes essentiels. —• Etude d’une douzaine de plantes choisies comme types de familles importantes.
- Principales plantes utiles ou nuisibles de chaque type.
- ^ Degré supérieur. Même matériel pour un plus grand nombre de types ; vingt environ.
- 4. Un ou deux grands tableaux d’échantillons na-
- turels destinés à faciliter l’étude systématique des racines, des tiges souterraines, des tiges, des feuilles, des bourgeons, des inflorescences, etc.
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- Les bibliothèques à Brême
- 5. Herbier contenant un choix, de :
- a) Plantes alimentaires de la contrée ;
- b) Plantes industrielles ;
- c) Plantes vénéneuses.
- animaux.
- 6. Collection d’échantillons en nature provenant
- des animaux mammifères, dans le but de compléter les notions acquises par l’observation de planches ou de modèles (cuir, poils, sabots, dents, etc.). *
- 7. Collection propre à faciliter :
- a) L’étude des parties constituantes d’un insecte et celle de quelques métamorphoses remarquables ;
- b) La connaissance des ordres les plus importants ;
- c) La connaissance d’un choix d’insectes utiles et d'insectes nuisibles.
- 8. Collection, soit de produits de la mer du Nord
- recueillis à côte belge (coquilles, plantes marines, etc ), soit de coquilles de mollusques terrestres et fluviatiles de certaines régions du pays.
- TECHNOLOGIE.
- 9. Collection des principaux bois industriels du
- pays. — Chaque échantillon doit montrer l'écorce, des coupes en divers sens, le bois brut, le bois poli.
- 10. Colection des matériaux de construction du
- pays.
- 11. Collection présentant les diverses phases de la
- préparation du lin et les principaux produits de l’industrie linière.
- 12. Collection analogue pour l’industrie de la laine,
- 13. Collection pour l’industrie du coton.
- 14. Collection de matières premières et de produits
- de la céramique.
- 15. Collection relative à la fabrication du verre.
- 16. id. id. id, du papier.
- 17. Collection relative à la métallurgie (le fer).
- 18. id. id. id. (le plomb).
- 19. id. id. id. (le zinc).
- ARBORICULTURE.
- 20. Un ou deux tableaux d’échantillons naturels
- pour l’enseignement des principales espèces de greffes et de la taille du poirier.
- A Brême, d’après un rapport de 1876, il s’était créé, entre 1872 et 75 seulement, 86 bibliothèques publiques, dont 4 grandes dans la ville même, 10 moyennes dans les faubourgs ou villages des environs et 72 destinées aux écoles de village, ainsi qu’aux sociétés ouvrières et militaires. Une somme de plus de 5,000 marcs (environ 6,000) a été employée durant l’année 1875 à ces diverses œuvres. De plus des cours publics et gratuits ont été organisés dans trois quartiers différents.
- On comprendra l’importance de cet exemple, si l’on se rappelle que Brême était déjà très bien doté sous le rapport de l’instruction, et si l’on lient compte que le territoire de cette petite république ne compte que 146,000 habitants.
- IM ASS0CÜTI0S C00PÉIUTIVB DS PATIîOiVS
- Dans notre numéro du 2 mai, page 288,nous avons entretenu nos lecteurs de la société anonyme dite Usine de dégrossissage d’or, société coopérative de patrons,fondée dans le but de se procurer leur précieuse matière première à meilleur compte en éliminant tous les intermédiaires qui grevaient l’industrie de l’or non travaillé.
- Il va sans dire que ce sont les consommateurs qui bénéficient de cette innovation.
- Depuis l’époque où nous parlions d’elle, X Union genevoise a réalisé de nombreux progrès en s’assimilant des parties accessoires d’un grand profit pour elle. C’est ainsi qu’elle fabrique aujourd'hui son gaz avec la dépense minime de 10 centimes le mètre cube. Elle a introduit à Genève raffinage par un moyen nouveau emprunté à l’électricité ; on sait que cette branche d’industrie, nécessitant des frais considérables, est fort difficile à pratiquer.
- L'Usine genevoise, non-seulement elle a contribué à maintenir à Genève l’industrie des objets d or, boites de montres, chaînes, etc., mais encore elle a rendu tributaires de cette place tous les fabricants d’horlogerie, d’autres cantons suisses,lesquels se servent aujourd’hui directement ou indirectement de ses produits,
- Cette association qui est entrée dernièrement dans sa sixième année d’expérience vient d’augmenter notablement son capital. Elle quitte l’usine qu’elle s’était fait construire sur la rive droite du Rhône au-dessous de Genève, usine devenue insuffisante, et s’est rendue propriétaire d’une usine trois fois plus vaste située sur la rive gauche.
- Cette forme d’association coopérative entre patrons ne répond pas à nos vues puisqu’elle n’inté-
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- resse pas les ouvriers aux bénéfices produits par le concours de leur travail, mais «lie mérite cependant d’être signalée car elle montre combien des hommes d'une même profession ont intérêt à associer leurs efforts plutôt qu’à persister dans l’état d’isolement et de rivalité,
- Les Eponges.
- Parmi les associations animales les plus curieuses, il faut compter les Eponges, définitivement classées dans nos jours dans le règne animal et représentées au fond des mers par plus de trois cents espèces de toutes formes. E éponge usuelle examinée à la loupe se montre constituée par les fibres fines, flexibles, entrelacées, formant un grand nombre d’orifices, les uns très petits [pores) et répandus en grand nombre sur toute la fa@e de l’éponge; les autres, beaucoup plus grands (oscules) et généralement situés à la partie supérieure. Des conduits intérieurs font communiquer ces divers orifices, et le tissu est feutré de corps durs appelés spiculés de formes très diverses. L’eau circule incessamment à travers l’éponge vivante et s’échappe en torrents des oscules ; le tissu de l’animal y puise sa nourriture au passage. Aux mois d’avril ou de mai, des granules s’en échappent, munis à l’une de leurs extrémités de cils vibratiles. Ce sont les jeunes éponges qui nagent quelques temps autour de l’éponge mère, jusqu’à ce qu’elles aient trouvé un lieu propice pour s’y fixer. Dès qu’elles y sont parvenues, on voit se creuser à l’intérieur de leur corps une espèce de sac cylindrique, ouvert par le haut, et qui plus tard se ramifie quelquefois en un certain nombre de sacs secondaires. Au dehors, le sac se compose de cellules globuleuses, qui peu à peu se creusent elles-mêmes en pores où pénètre l’eau d’alimentation. Au dedans, les cellules sont cylindriques et munies de cils, entre lesquels se tamise l’eau introduite.
- Les Polypes sont voisins des Eponges,animaux remarquables dans leur simplicité : ils n’ont ni cœur, ni poumon, ni foie, ni intestins ; quelques filaments très grêlés et très simples remplissent les fonctions de pieds, de bras, et de tous les organes des sens... Et cependant, tout imparfaitement pourvus qu’ils sont, ces animaux guettent une proie, le reconnaissent, le saisissent, la dévorent; ils ne se trompent jamais sur sa nature et sur sa taille et manquent rarement leur coup. Ils se battent entre eux, se repoussent ou se recherchent. Ils savent se sauver et se mettre à l’abri quand un danger les menace. Ils élèvent leurs petits à leur manière. Les évolutionnistes supposent que ce sont là des effets d’une éducation héréditaire; les autres disent que ce sont là les résultats de l’instinct ; une explication vaut l’autre.
- STATISTIQUE
- Les rapports qui ont été publiés par la Commission de l’Instruction publique constatent que, pendant l’année scolaire finissant au 31 août 1879, il avait été affecté en Angleterre et dans le pays de Galles, à l’Instruction publique, tant en concession de bâtiments qu’en espèces sonnantes, une somme de 2,323,998 1. 4 s. 5 d. c’est-à-dire en monnaie de France 58,099,956 f. 15 c.
- 1. s. d.
- Sur cette somme de. . 2.323.998. 5. 4.
- Les Ecoles du jour ont reçu. . . . . 1.999.929. 5. 3.
- Les Ecoles du soir. 22.540.13. 1,
- Les School Boards. 4.124. 4. 8.
- Les Training-Colle-
- ges................... 105.441. 0.11.
- Les Pensi'ons des maîtres se sont élevées à .... . 4736.14. 3.
- L'organisation des districts a absorbé. > 300.13.10.
- L’administration a exigé................. 179.403.13. 5.
- Enfin les bourses ont été de. . . . 7521.19.11.
- Total égal. . 2.323.998. 5. 4.
- La distribution de partie de ces derniers a été-faite comme suit :
- 1.
- d.
- 1° Aux Ecoles se rattachant à l’Eglise
- anglicane.............................
- 2° Aux Ecoles dites Anglaises, à celles n’appartenant à aucune communion et
- autres............................. .
- 3° Aux [Ecoles dites « Wesleyan
- Schools ».............................
- 4° Aux Ecoles Catholiques Romaines.
- 5° Au Board Schools". .....
- " Le nombre de maîtres employés dans les diverses écoles et ayant leurs certificats, brevets ou diplômes
- était de................................. 30.128
- Les sous-maîtres au nombre de . . 6.615
- Les sous-maîtresses ...... 2.124
- Enfin les pupils teachers ou moniteurs 30.473
- 1.178.281.17 9.
- 208.391.10 ».
- 106.086. 1.10. 112.276. 3. 8. 538.067.14. 2.
- Total de ce personnel. . . 69.340
- g Le nombre des écoles inspectées par les inspecteurs
- de S. M. était de................... 17.166 pouvant
- recevoir un total de 4,124,224 élèves.
- Les Registres constataient l’inscription de 3.710.883 écoliers sur lesquels étaient présents au moment de l’inspection . „.................. 3.122.672
- Manquants....................... 588.211
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- m PBYUÏR
- La moyenne des élèves suivant les classes ou cours était de 2^394,995.
- Comparé à l’année précédente le montant net des sommes affectées à l’instruction a été supérieur de 151,568 1. 18 s. 10 d. sur lesquels ont été alloués
- Aux maîtres................... 2.117 13 7
- Aux élèves boursiers . . . 4.868 7 »
- Pour frais d’administration . . 6.939 3 2
- Et le surplus aux diverses catégories d’écoles, soit . . . 137.643 15 1
- 1. s. d.
- Total égal. . . . 151.568 18 1Ô
- ou en argent de France, 3,789,223 fr. 50 c.
- Le rapport sur l’exercice 1880 n’est pas encore officiel, mais nous savons qu'il établira une augmentation nouvelle, tant dans le chiffre des fonds consacrés à l’instruction que-dans le nombre d’élèves suivant régulièrement les cours.
- Le programme des études n’a pas subi de grandes modifications, néanmoins ses exigences n’ont pas diminué.
- Le nombre des écoles présentera, selon toutes probabilités, une diminution ; car une assez grande quantité de petites institutions privées ont disparu qui ont été absorbées par les grands établissements publics.
- Les femmes., cette année encore, justifieront une fois de plus par leur succès dans les études, les plaidoyers qui se font en leur faveur en France et par nos académiciens eux-mêmes.
- G.-P. Maistre.
- Les habitations ourrières a Londres.
- On sait que le eélèbre philantrophe* américain Pea-body a laissé il ya quelques années une somme de 12 millions et demi pour procurer aux ouvriers de la ville de Londres des demeures plus saines, plus confortables et à meilleur marché.
- Jusqu’ici il a. été, construit sur ce fonds dans différents quartiers de Londres,' onze grands édifices, répondant aux conditions stipulées par Peabody ; chacun de ces édifices loge en moyenne un millier' de personnes. On n’admet dans ces habitations que les ouvriers dont le salaire ne dépasse point un certain taux par semaine. Des bains, dont la jouissance est gratuite pour les locataires existent dans chacun des édifices. Les escaliers sont extérieurs et visibles de la rue, ce qui rend les maisons Peabody très reconnaissables.
- Si importants que soient déjà ces résultats, il faut noter qu’il n’a été touché qu’aux Intérêts du capital légué. Le capital est intact. En dépit du bas prix des loyers, ces édifices laissent sur les frais d’entretien un excédent notable, qui s’ajoute aux rentes du capital, et permet, lorsque la somme est assez forte,d’entreprendre de nouveaux bâtiments.
- 31
- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
- Essai philosophique sur la paix: perpétuelle, par Kant, traduction nouvelle avec préface de Ch. Lemonnier. Paris, l vol in-8. G. Fischbacher, éditeur. Prix : 1 fr.
- Voici un écrit ancien dont la réédition vient si bien à son heure qu’on pourrait le croire une œuvre de circonstance. Paraissant au lendemain des discussions du budget de chaque pays et au moment où la diplomatie a recours à un arbitrage international ï1 Essai sur la paix perpétuelle touche si bien aux questions du moment que plusieurs passages ont l’air d’une critique dirigée contre le congrès et le traité de Berlin.
- M. Lemonnier dans la substantielle préface qu’il a mise en tète de cet opuscule, si substantiel lui même, nous fait connaître la dofinée de ce livre.
- « Par une fantaisie toute allemande, dit-il, Kant « prit pour cadre la forme ironique d’un protocole diplo-« matique, imitant par la disposition des matières, par « la multiplicité des divisions : articles provisoires, « articles définitifs, supplément, appendice, et jusque « dans la raillerie d’un article secret, les façons embar-« rassées, les allures cauteleuses qui semblent la mé-« thode obligée des instruments diplomatiques. »
- La première section du livre est consacrée aux articles préliminaires.
- Voici ces 6 articles dans la forme que leur donne Kant comme têtes des chapitres qu’il leur consacre :
- « Art. 1. -—Nul traité de paix ne peut mériter ce nom s’il contient des réservés secrètes qui permettent de recommencer la guerre.
- «Art. 2. —Nul Etat, grand ou petit, ne pourra être acquis par un autre Etat ni par héritage, ni par échange, ni par achat, ni par donation.
- Art: 3. —Les armées permanentes doivent entièrement disparaître avec le temps.
- « Art. 4. — On ns doit point contracter de dettes nationales pour soutenir an dehors les intérêts de l’Etat.
- « Art. 5. —Aucun Etat ne doit s’ingérer de force dans laConstitutionjUi dans le Gouvernement d’un autre Etat.
- « Art. 6, — On ne doit pas se permettre, dans une guerre, des hostilités qui seraient de nature 4 rendre impossible la confiance réciproque qnand il sera question de la paix. Tels seraient l’usage que l’on ferait d’as-sassiDS ou d’empoisonneurs, la violation d'une Capitulation, l’encouragement secret à la rébellion, etc.,etc. »
- Mais Kant comprend que cela ne suffirait pas. » Il faut encore, dit-ii, que l’état de paix soit établi, car, pour que l’on soit à l’abri de toute hostilité, il ne suffit pas qu’il ne se commette point de tels actes, il faut de
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- plus qu’un voisin garantisse^ l’autre sa sécurité person-nelle ; ce qui ne saurait avoir lieu que dans un état légal. *
- En conséquence Kant formule les trois articles définitifs suivants qu’il développe dans les chapitres spéciaux de la deuxième section de son livre :
- « Art. 1. — La Gonslitution civile de chaque Etat doit être républicaine.
- « Art. 2. — Le droit international doit être fondé sur une fédération d’états libres.
- « Art. 3. — Le droit cosmopolitique doit se borner aux conditions d’une hospitalité universelle, » et par le mot hospitalité, Kant entend le droit qu’a chaque étranger de ne pas être traité en ennemi dans le pays ou il arrive.
- Dans l’esprit de Kant, il s’agit non de philanthropie mais de droit. Il n'admet pas qu’une race ait le droit comme le fait la race blanche de ne compter pour rien les habitants des pays qu’elle va coloniser.Voici la conclusion de celte 2me section : Les relations des peuples sont devenues si étroites qu’une violation de droits commise en un lieu est ressentie partout ; l’idée d’un droit cosmopolite ne peut plus passer pour une exagération fantaisiste du doit 5 elle apparaît comme le couronnement nécessaire de ce code non encore écrit, qui embrassant le droit civil elle droit des gens, doit s élever jusqu’au droit public des hommes en général et par là jusqu’à la paix perpétuelle dont on peut se flatter de se rapprocher sans cesse, mais seulement sous les conditions qui viennent d’être indiquées.
- Viennent ensuite des suppléments et appendices ajoutés plus tard par Kant et dont l’un, qui a pour titre de l'opposition qui se trouverait entre lamorale et la politique au sujet de la paix perpétuelle ne peut être résumé. Nous renvoyons nos lecteurs à l’original.
- Ajoutons que l’opuscule que nous présentons à nos lecteurs ne contient pas seulement le remarquable Essai de Kant. M. Lemonniera eu la bonne idée d’y joindre une étude qui condense en quelques pages d’une limpidité parfaite toute la philosophie politique de Kant, si difficile à saisir dans l’original pour les personnes qui ne sont pas au fait de sa terminologie. M. Lemonnier a su être parfaitement clair tout en se tenant très près des formules Kantiennes et leur rester fidèle malgré la nécessité de les.traduire par des équivalents. Ce résumé de la philosophie politique de Kant mérite à lui seul l’acquisition de l’opuscule.
- E. G.
- La plus ancieime collection connue
- Nous avons parlé il y a quelques mois, du jardin zoo-» logique de l’empereur du Mexique Montézuma. Nulle part dans l’antiquité il n’est fait mention de collections de ce genre. Toutefois on sait que l’empereur Auguste, possédait dans l’édifice relativement modeste qui lui servait de palais, des collections d’objets en silex de l’époque de la pierre polie. Gela est d’autant plus surprenant que rien ne prouve que les romains aient en quelque soupçon de l’existence de l’homme aux époques préhistoriques.
- PRIME AUX ABONNES
- Nous offrons en prime à tous les abonnés du « Devoir » le remarquable roman socialiste américain « LA FILLE DE SON PÈRE » qui a été publié en feuilleton dans notre journal.
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- C'est un excellent ouvrage de propagande sociale.
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- REVUE HEBDOMADAIRE
- Scientifique, illustrée, spéciale, seul journal tenant les lecteurs au courant ae tous les détails de i’Exposition universelle d’électricité, organe indépendante des exposants
- rédacteur er chef : W. de FONVIELLE E, de GLISSON : directeur
- Un numéro, 40 centimes. — L'année, 18 francs. Union postale 30 francs.
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- Le Directeur-Gérant : GODIN.
- Saint-Quentin—lmp. de la Société anonyme du Glaa .ur
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- £« numéro hebdomadaire 20 c. DIMANCHE 16 JANVIER 1881
- 4. ANNÉE, TOME 5 — N° 123
- Le Devoir
- BUREAU
- A GUISE (Aisne'
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant Fondateur du Familistère
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- par renvoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
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- L’HABITATION NOUVELLE OU LE PALAIS
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- SOMMAIRE
- L'habitation nouvelle ou le palais communal. Nouvelles du Familistère.
- Faits politiques et sociaux.
- Quatrième Congrès ouvrier.
- Nouvelles diverses.
- Arbitrage entre patrons et ouvriers.
- La question allemande.
- L’Atelier dans l'école.
- Elections municipales à Guise.
- Variétés.
- XVIII (Suite).
- On a beaucoup parlé dans ce siècle de l’amé-lioration du logement des classes ouvrières. La question ainsi posée est la condamnation même du problème, puisqu’on tendrait à établir des quartiers pauvres et des quartiers riches, c’est-à-dire des catégories de citoyens, lorsque notre état d’avancement social réclame, au contraire, la fusion des classes.
- Mais les esprits qui se refusent à considérer comme un devoir» pour les classes riches de s’occuper de la régénération des classes laborieuses, s’arrêtent volontiers aux idées de la routine concernant des améliorations de détail sans portée et sans effet réel sur la condition des masses.
- C’est par ce motif que la plupart des gens du monde, lorsqu’il s’agit de l’amélioration du logement des classes ouvrières, sont immédiatement accessibles à l’idée de la petite maison. C’est le mot, la petite maison pour l’ouvrier ; et pourtant ce qu’on recherche pour soi-même c’est la grande maison, la rue splendide et le palais.
- La petite maison n’est pas une nouveauté. La hutte, la case, la cabane, la chaumière, sont
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- de petites maisons à pans de bois, en palissades, sous lesquelles s’abritent le dur labeur, la gêne et les privations.
- Quoique vous fassiez, les quartiers composés de petites maisons seront toujours des quartiers pauvres, aux rues- et à l’apparence sordides.
- Jusqu’ici peu d’esprits sérieux ont abordé l’idée de l’habitation humaine. On ne s’est guère encore représenté que le logement joue le premier rôle dans le bien-être de la famille; que, par ses dispositions bien ou mal comprises, il exerce une influence considérable sur l’économie domestique, sur les charmes et facilités de la vie, sur les rapports et les relations entre les personnes, enfin sur la sociabilité.
- Fourier est le premier qui ait envisagé l’habitation humaine en vrai réformateur, qui ait approfondi la théorie de l’économie domestique, de manière, à mettre en lumière les avantages de l’habitation unitaire, les ressources dont elle multiplie l’usage en les mettant à la portée de tout le monde. Si Fourier a eu le tort de pousser trop loin les conséquences de sa théorie, il n’en a pas moins l’honneur d’avoir vu plus profondément que qui que ce soit avant lui, tous les avantages qui résulteraient d’un arrangement mieux étudié de l’habitation, au point de vue de l’économie domestique et du bien-être des populations.
- A Fourier revient la conception d’un nouvel arrangement communal des demeures, conception qui marque l’étape d’un progrès imminent dans la construction des villes et des .pillages.
- L’expérience nous démontre qu’il y a beaucoup à gagner à mettre en pratique les idées généralisatrices des satisfactions dont chacun a besoin. Nous n’avons rien perdu, par exemple, en créant des chemins de fer à côté de nos routes ; le public s’est bien trouvé du convoi remplaçant les anciens relais de poste. L’exploitation unitaire des chemins de fer a été un progrès considérable sur toutes ces entreprises multipliées des postes et des messageries.
- Ce sont les anciens systèmes incohérents, imparfaits, qu’il faut remplacer en toutes choses par des conceptions mieux comprises; c’est ce qu’il faudrait faire pour l’habitation, en substituant ^ l’action individuelle dans la construction des maisons, l’action collective; en
- faisant de ia construction des rues et des quar~ tiers neufs l’objet d’entreprises en sociétés par actions, comme cela se pratique pour les chemins de fer.
- Jusqu’ici l’administration publique se borne à tracer les rues, les alignements,puis elle concède, elle abandonne les terrains qui bordent les voies de circulation au hasard des volontés et aux vues divergentes de chacun. Aucun principe économique, aucune vue sociale ne préside à l’établissement, ni des maisons ni des magasins, ni des ateliers. La vie active et productive est complètement oubliée. Rien n’est réservé pour l’instruction de l’enfance. Les maisons, les \
- i
- rues et les villes s’élèvent comme si toute la vie \ de l’homme devait se passer en chambre. S Aussi le logement, l’atelier, le magasin, tout • se confond-il dans beaucoup de cas au plus î grand préjudice de l’habitation et de la produc- : tion. -* j
- L’instruction publique est obligée de se dis- ' séminer au milieu des quartiers populeux des ! villes, sans que l’administration ait rien réservé 1 pour lui servir d’établissement propre. •
- On est étrangement surpris quand on y ré- -fléchit de voir dans quel délaissement toutes j les choses les plus utiles, les plus nécessaires, i celles mômes indispensables à la vie des peu- k pies, ont été laissées jusqu’ici.
- L’Etat de notre civilisation proteste contre ; un ordre de choses aussi peu en rapport avec • les progrès de la science et de l’architecture. Le moment approche où le législateur et l’administration publique devront intervenir pour j favoriser les réformes dans l’édification et la location des logements.
- Ce n’est pas seulement la demeure du pauvre qu’il faut améliorer, c’est le système tout entier des habitations; c’est la commune véritable qu’il est nécessaire d’établir aussi bien à la ville qu’à la campagne.
- Cette réforme commencera le jour où l’esprit public s’ouvrira aux véritables notions de l’économie sociale. Alors on encouragera la forma- j tion de sociétés, d’associations pour la cons- ! truction d’habitations et d’ateliers conçus d’après les plans d’ensemble les plus en accord avecl’in* térêt commun. L’Etat y participera dans la mesure réclamée par l’intérêt public; il interviendra !
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- dans la dépense d’édification des écoles et des choses d’intérêt général, ainsi que dans les frais de celles qui participent du domaine public.
- Examinons à quels plans, à quel système de construction donnera lieu un tel mouvement de l’opinion et des intérêts.
- Dès que les capitaux s’entendront pour l’édification du groupe communal, les terrains à bâtir ne seront plus divisés en parcelles; on concevra un vaste plan d’ensemble dans lequel entreront les prévisions générales de l’économie domestique, de l’éducation et de l’instruction de l’enfance, de la production, du commerce et de l’administration publique et communale.
- Qu’on ne s’exagère pas la nouveauté de cette idée; elle respecte tout ce que renferme la pratique actuelle de l’industrie et du commerce, tout ce que nos habitudes domestiques exigent. Ce n’est pas un plan de renversement de ce qui est; ce n’est qu’un moyen de tirer le meilleur usage des ressources sociales au profit de tout le monde.
- Il ne faut pas avoir la prétention de changer en un jour la société. Ce. n’est qu’en tenant compte de ses habitudes, de ses besoins et même de ses défauts qu’on peut travailler à l’améliorer. La société progresse, mais par étapes successives; et l’idée nouvelle s’accepte d’autant plus vite qu’elle entre plus profondément dans les besoins du temps.
- Le palais d’habitation, les écoles et les ateliers que je propose sont à la fois une réforme architecturale à introduire dans la construction des quartiers neufs de nos villes, et un utile emploi de la richesse à expérimenter dans la fondation des nouveaux centres industriels et agricoles.
- Pour avoir un aperçu exact de ce système, jetons un coup d’œil sur le plan d’ensemble ci-dessous.
- A Rues suposées à 20 mètres de largeur.
- B Corps de logement en forme de parallélogramme.
- C Balcons ou galeries faisant le tour de la cour.
- D Ecoles, Salle de conférence, Bibliothèque et Salies destinées à la basse enfance.
- E Carrés réservés aux^ ateliers d’indutrie et au travail.
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- D’après ce plan, chaque palais d’habitation constituant un parallélogramme, avec ses salles d’éducation et d’instruction au centre de la cour intérieure, peut loger au moins mille personnes.
- Ces palais ont quatre étages de hauteur.
- Les rues qui les entourent ont 20 mètres de I largeur ; les angles en sont largement découpés pour faciliter la circulation et pour donner 1 accès dans la cour du palais, par les entrées ménagées dans les angles de l’édifice.
- Les façades extérieures ont 110 mètres de largeur sur 90 mètres de profondeur. La cour intérieure a 89 mètres sur 69, ce qui donne aux corps de bâtiments 10 m. 50 c. d’épaisseur.
- L’édifice contenant les salles réservées à l’éducation de l’Enfance étant au centre de la cour, l’enfant est ainsi dès le berceau, élevé et instruit au sein de sa famille; il n’est plus, comme cela a lieu aujourd’hui dans nos grandes villes abandonné, loin des parents, à des soins mercenaires et souvent inintelligents. Tout est organisé au palais communal, par le Conseil des familles, pour le plus grand bien des enfants.
- Une société qui sait se gouverner convenablement, qui travaille à bien s’organiser, ne se contente pas de réformer l’habitation, de l’ériger en palais, de façon à assurer lë bien-être de l’homme depuis le berceau jusqu’à la vieillesse; elle considère aussi comme un devoir de mettre l’atelier de production au même niveau de perfectionnement. Les édifices consacrés au travail sont, à leur tour, conçus d’après des plans grandioses et disposés de façon à rendre le travail plus facile et plus agréable.
- Les ateliers forment dès lors des édifices à part non loin de l’habitation ; ils occupent un carré spécial près de chaque palais communal dont ils sont une dépendance.
- Je ne puis ici poser que des idées générales sur une telle organisation et non en déterminer les règles ; celles-ci doivent varier suivant la nature de l’industrie des populations. Il appartiendra aux associations qui se constitueront pour de semblables entreprises de bien prévoir les besoins, afin de se mettre en mesure d’y satisfaire.
- Je ferai seulement remarquer qu’aujourd’hui j
- les professions,mêmes les plus simples,empruntent à la mécanique et aux forces motrices les moyens d’abréger et d’alléger le travail. Chaque groupe communal devra donc posséder, au centre de ses ateliers une puissante cheminée s’élevant au-dessus des palais d’habitation, afin de porter dans l’atmosphère les fumées des générateurs et des foyers de l’industrie.
- Les machines motrices groupées autour de cette cheminée distribueront leurs forces dans tous les ateliers de travail; ces forces seront réparties suivant les besoins de chaque ouvrier. Il en sera de la force motrice comme il en est aujourd’hui du gaz, lequel est livré dans les villes à la consommation particulière et publique; chacun payant suivant ce qu’il consomme.
- Mais, sous un tel régime, les intérêts du Capital et du Travail s'unifieront le plus souvent par l’Association, et leur action commune se confondra dans l’œuvre du bien général.
- ÇA suivre). GODIN.
- NOUVELLES DU FAMILISTÈRE
- Organisation de l'association (Suite 1) CONSEIL DE GÉRANCE
- Séance du 21 Octobre 1880, à 10 heures du matin. Présidence de M. Godin, fondateur.
- Ordre du jour s
- 1° Clôture des écritures au 30 juin 1880 ;
- 2° Amortissements ;
- 3° Acquisition d’une machine ;
- 4° Augmentation de traitements.
- « Présents : MM. Barbary, Dequenne, Fabre, Pernin et Piponnier, membres du Conseil ayant qualité d’associés,
- « Et M. André, membre du Conseil, ayant qualité de participant.
- « Tous ces membres sont appelés au Conseil en vertu de l’article 82 des Statuts.
- « M. Godin, fondateur de l’Association, n’ayant point jugé à propos jusqu’ici d’user des droits que lui confère l’article 12 des Statuts pour « appeler au premier Con-« seil de Gérance trois associés qui tiennent la place des « conseillers élus prescrits par l’article 82, » les conseillers, chefs de service, ci-dessus désignés, joints à l’Ad-ministrateur-Gérant sont les seuls membres du Conseil de Gérance.
- « M. le Président fait observer que, comme cela est constaté à l’article 140 des Statuts et au procès-verbal de l’Assemblée générale des Associés tenue le 12 septembre 1880, le Conseil de Gérance composé des membres réunis
- (1) Voir le Devoir, N° 121,2 janvier 1881.
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- LE DEVOIR
- 3T
- rïes Conseils du Familistère et de l’Industrie, fonctionne eu fait depuis plusieurs années. Mais aujourd’hui l’Association étant constituée, le Conseil de Gérance, afin Rentrer dans l’observation régulière des prescriptions des Statuts, prend le titre que lui assigne le pacte social et, se tient selon les formes prescrites aux Chapitres II et III du Titre sixième desdits Statuts.,., »
- 4 4
- On aborde ensuite les questions à l’ordre du jour.
- Le surlendemain 23 octobre 1880,
- L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DES ASSOCIÉS réunie sous la présidence de M. Godin, nomme, au scrutin secret et à la majorité absolue, trois Associés formant le Conseil de surveillance.
- Les élus sont : MM. Défontaine Gustave, Pascaly Jules, Hennequin Gordien.
- 4 4
- Le 30 novembre,
- RÉUNION DU CONSEIL DE GÉRANCE sous la présidence de M. Godin
- pour l'examen des questions qui incombent au Conseil, telles que : Augmentation de traitements. — Admission au Familistère, etc.
- Chacun des conseillers de Gérance. MM. André, directeur commercial, Dequenne, directeur de la fabrication, Pernin, directeur du matériel, Barbary, directeur des modèles, Piponnier, directeur de la comptabilité, Fabre, chef des services du Familistère, dépose son rapport mensuel sur la marche des choses dans son service, les opérations accomplies pendant le mois et celles en voie d’accoin plissement.
- Le 6 décembre, nouvelle réunion du
- CONSEIL DE GÉRANCE pour arrêter la liste des personnes les plus méritantes et leur attribuer une part des 2 °/0 de bénéfices que les Statuts mettent à la disposition du Conseil, dans le but de récompenser les services exceptionnels.
- « Le Devoir, dans son N° 118, 12 décembre 1880, a publié la liste des 76 personnes admises à cette récompense.
- Le soir du même jour,
- réunion du Conseil de Gérance sous la présidence de M. Godin, pour corroborer l’admission d’un groupe de sociétaires déjà agréés par le Fondateur.
- « Présents tous les membres du Conseil et 29 candidats sociétaires.
- « Après l’appel nominal, M. le Président déclare la séance ouverte.
- « Il expose que, conformément à l’article 99 des Statuts, il va être procédé à l’admission par le Conseil de Gérance des candidats présents au titre de sociétaires.
- « Il donne à ce sujet lecture des articles 10, 11, 17,20, 25 à 28 des Statuts qui règlent les conditions d’admission, les droits et devoirs des sociétaires et afin de préciser, dit-il, ce que l’adhésion aux Statuts comporte, il lit la formule d’engagement contenue dans le volume des Statuts.
- « M le Président signale ensuite que les candidats proposés au Conseil remplissent toutes les conditions voulues, leur situation ayant déjà été examinée par des membres du Conseil. Ces candidats ont tous, sauf un qui est illettré, adhéré expressément aux Statuts par le dépôt de leur engagement écrit.
- « Le Conseil admet, à l’unanimité, à la qualité de sociétaires les personnes en question.
- « Les nouveaux membres lettrés, indépendamment de 1 adhésion écrite qu’ils ont déjà donnée, adhèrent et signent aux Statuts.
- « Afin que la liste qui va suivre contienne les noms oe tous les sociétaires admis à ce jour, M. le Président rappelle au Conseil de Gérance que cinq premiers sociétaires sont à inscrire tout d’abord. Ce sont ceux qui, agréés par le Fondateur en vertu de l’article 12 des Statuts, ont signé le pacte social déposé conformément à la mi. Ces membres sont :
- MM. Bourdanchon Félix, écrivain.
- Mismaque Jules fils, contre-maître àla fonderie. Dirson Edmond, » à la râperie.
- Godin Adolphe, surveillant des cours et écuries. Et Mme Rousselle-Cronier, employée aux étoffes.
- Liste des Sociétaires admis à la ‘présente séance
- MM. Lefèvre Emile, contre-maître à l’émaillerie.
- Cochet Aimé, surveillant.
- Dassonville Charles, surveillant.
- Louis Edmond père, contre-maître.
- Marchand Boussus, surveillant.
- Laporte Emile, »
- Letem Constant, »
- Allizard Jules, comptable.
- Gras-Lemaire, surveillant.
- Poquet Ernest, »
- Poulain Firmin. écrivain.
- Lecail Théodore, mouleur.
- Masse Emile (aux Combustibles).
- Grandin Jules Oscar, surveillant.
- Mme Dirson Alphonsiue (au Bambinat).
- MM. Briquet Charles-Joseph, comptable.
- Hamel Eugène, surveillant.
- Lefèvre Dominique, écrivain.
- Legrand Achille, ajusteur.
- Froment César, »
- M®6 Legrand-Duchemin, bronzeuse.
- MM. Point-Mahu, écrivain.
- Tasserit Alexandre, écrivain.
- Seret Henri, »
- Bourbier Jules, menuisier.
- Blaucanot Adonis, mouleur.
- Louis Alphonse, »
- PetLhomme Eugène, forgeron.
- Deroo Eugène, écrivain.
- « Les sociétaires dont la liste précède approuvent et signent le présent procès-verbal aux deux registres de réception, sauf Letem Constant qui déclare ne savoir écrire. En conséquence, il adhère verbalement devant l’Assemblée aux Statuts et règlements de l'Association.
- « M. le Président invite le Conseil de Gérance à se réunir le lendemain, à 8 heures du soir, pour compléter le groupe des sociétaires, »
- La même opération se renouvelle le lendemain à la même heure, et 26 nouveaux candidats sont proclamés sociétaires. Ce sont :
- MM. Baquet Florus, mouleur.
- Louis Albert, mécanicien.
- Défontaine Albert, employé à l’emballage. Grosch Guillaume, mouleur.
- Mme Défoutaiue-Quest (Ecoles).
- MM. Wallon Louis, employé aux garnitures. Maillart Augustin, mouleur. Painviü-Legrand, forgeron.
- Legrand Jules, écrivain.
- Hédiu Adolphe, a l’atelier de décoration. Gaucher Ernest, comptable.
- Tardier Maxime, surveillant.
- Buire Erasme, écrivain.
- Défontaine Alfred Beaucamp, magasinier. Mismaque Jules père, cireur.
- Dessein Henri, mouleur.
- Lamy Jules, ajusteur.
- Hennequin Amédée, mouleur., Baeheliu-Hilaire, »
- Ncuvelon Jean-Baptiste, mouleur.
- Bridoux Edouard, »
- Lemaire Louis-père, à la cuivrerie, Cartigny Léon, mouleur.
- Hanquet Alfred, »
- Bléron Charles, »>
- Berlemont Victor, pileur de verre.
- La séance est levée.
- Le Président, GODIN.
- [A suivre).
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- FAITS POLITIQUES & SOCIAUX DE LA SEMAINE
- FRANCE
- Les élections des conseils municipaux sont le grand événement de la semaine.
- Ce» élections avaient un caractère essentiellement politique, ce qui a bien son mauvais côté puisqu'il s’agit de conseils chargés d’intérêts tout particuliers, mais ce qui est inévitable tant que la triste constitution qui nous régit et qui fait élire au 2m' degré une partie du Sénat n'âura pas été révisée.
- A l’heure où nous écrivons, il est difficile vu les communes dont les résultats ne sont pas connus et vu aussi le grand nombre de baliotages de récapituler les résultats’ des élections municipales de tous les points du territoire. Quoique ces résultats ne soient encore que partiels, ils attestent la force et l’étendue du mouvement de l’opinion dans tout le pays et manifestent la ferme volonté du suffrage universel de maintenir la République dans les voies du progrès sage et mesuré où elle se trouve.
- A Paris les électeurs ont renvoyé à peu près les conseil lers que formaient le Conseil sortant. Les cléricaux ont gagné 3 sièges et qui est un résultat hors de proportion avec la peine qu’ils ont prise et les sacrifices qu’ils ont fait.
- Pas un seul candidat collectiviste révolutionnaire, pas un seul anarchiste, pas un seul amnistié n’a été élu dans toute l’étendue de Paris. Un seul est en ballotage avec un nombre de voix sérieux. C’est M. Trinquet.
- Cette déroute complète des révolutionnaires est à nos yeux l’enseignement principal qui ressort des élections municipales de Paris. Les républicains avancés, les républicains radicaux surtout, ont la sympathie des populations, mais les révolutionnaires ne constituent qu’un groupe si peu important, si infime qu'il ne réunit pas même les voix nécessaires pour faire passer un de ses candidats.
- Quelques départements réputés comme réactionnaires témoignent d’un grand progrès de l’opinion républicaine.
- En Corse l’arrondissement de Corte, représenté à la Chambre par M. Gavir.i, bonapartiste détermiué, 9b communes sur 108 se sont converties à l’opinion jépubli-caine.
- Dans les grandes villes, sauf à Bordeaux, le vote a été favorable aux candidats résolùment républicains mais non révolutionnaires. C’est le cas de dire avec un de nos confrères de province : Allons ! la reprise des travaux parlementaires, qui a lieu au lendemain de ces élections, s accomplira sous d'heureux auspices. Que nos députés et nos sénateurs se mettent donc résolument au travail et qu’ils réalisent enfin les réformes réclamées par un grand pays dont la sagesse ne peut plus désor mais faire doute pour personne.
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- L’enseignement enngréganiste. — Le
- gouvernement a été informé, que, non-seulement à Paris, mais aussi en province, des jésuites et des rê-demptoristes étaient rentrés dans les établissements d’où ils avaient été expulsés, et y avaient soit reconstitué des chapelles, soit repris la direction d'e pensionnats.
- Les ordres les plus sévères vont ê re donnés pour la recherche des délinquants, qui vont être à nouveau expulsés.
- Le ministère entend, en effet, que la loi ne puisse être violée par personne.
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- IL© service ot>lijgratoire. — M. le ministre vie la guerre, reprenaut la proposition de l’honorable M. La-buze, prépare un projet de loi relatif aux dispensés de : toute nature du service obligatoire. !
- Le principe général adopté par le ministre semble être celui de l’équivalence des services. Ainsi, de même que les élèves de l’Ecole polytechnique et de l’Ecole forestière sont considérés comme présents à l’armée peudaut qu’ils sont à l’école, on dispenserait au même titre les élèves des autres écoles de l'Etat, telles que l’Ecole normale, l’Ecole des Chartes l’Ecole des laugues orientales, ei même les jeunes gens ayant obtenu les grands prix de l’Institut.
- Toutes ces catégories seraient, en raison du service que l’Etat peut e i attendre, dispensées du service actif, m; is seulement en temps de paix.
- Dans le cas de guerre, le service militaire devient, pour tous, obligatoire et persmuel. et, pour que ces dispensés conditionnels ne soient pas trop iuhabiies au métier des armes, à l’heure même où ils auraient à l’exercer, un donnera, dans toutes les écoles de l’Etat, un commencement d’instruction militaire.
- Le ministre propose également d’appliquer ce principe au clergé des divers cultes salariés. Les uns et les autres seraient placés dans la deuxième portion du contingent, ce qui ne les astreint au maximum qu'a une année de service. Eu temps de guerre, les ecclésiastiques ne seraient employés que dans l’ambulance ou l’aumônerie.
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- Les produits <1© l’octroi de Paris qui
- avaient alleiut en 1879 le chiffre de 133,983,088 fr. 94, se sont élevés en 1880 à 142,388,.*.57 fr. 82 ; suit une plus vaille de 6,423,263 ir. 93 sur l'année précédeute.
- Les droits d’entrée perçus pour le compt5 du Trésor n’ont pas suivi la même progression.
- Ges droits d'entrée ont produit eu 1879 la somme de 79.437 412 fr. 79, taudis qu’eu i >80 ils uout alleiut que 79,258,444 fr. 94 ; soit une moins value de 198,967 fr. 85.
- Eu résumé, Tadminislratiou de l'octroi de Paris a encaissé. tant pour le compte de la Ville que pour le compte du Trésor, la somme de deux cent vingt et un millions six cent quarante six mille huit cent deux francs quatre-vingt six centimes, soit environ cent onze francs par tète d’habitant.
- Pauvres contribuables I
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- Les pltiw-vjiVne dPimpôt. — Le ministre des finances a entretenu le conseil de la situation financière qui se présente dans des conditions de prospérité sans précédent. Il a fait connaîtie que l’exercice 1880 donnait une plus-value de 174 raillions sur les prévisions budgétaires, et un acoroissment de recettes de plus de 107 millions par rapport à l’exercice 1879.
- Et cela malgré la réduction des dioits sur les sucres.
- Eu lait, comme la réduction des droits sur les sucres a été de 15 millions de francs, la plus-value réelle de l’année 1880 ressort a 189 millions de francs. En aucun temps, dans aucun pays, de pareils chiffres n’ont été constatés.
- Augmentations des dépenses, crédits supplémentaires et extraordinaires, tous les obstasles qui s’oppuseul ordinairement à la bonne marche des finances publiques disparaissent devant de teis résultats. Le n’est plus d’équilibre budgétaire, qu il s’agit.; les discussions ne portent plus que sur le choix des impôts a supprimer ou à réduire. Le gouvernement et la chambre ont le devoir de restituer aux contribuables tout ce qui est versé au Trésor en surplus des besoius du budget Nous comptons bien que dans les prochains exercices on fera disparaître les droits sur le papier et la bougie et qu’ou réduira dans une forte mesure les impôts sur les transports en grande vitesse. Ces réformes auront une incontestable utilité ; elles vont etre réalisables ; il est urgent d’en hâter l’application.
- EXTÉRIEUR
- La question turco-grecque et l’arbi-trage tnt.©x*issttioiml. — La Porte a consenti à examiner la proposition d'arbitrage et, grâce aux pressantes sollicitations des ambassadeurs, tout espoir
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- d’enteiite n’est pas perdu. L’adhésion toutefois ne sera pas obtenue sans peine. Ceux qui connaissent les habitudes de la diplomatie ottomane s'attendent à des tergiversations multiples, sinon à un premier refus formel. Elle essaiera d’éluder la questiou, de l'éterniser par des contre-propositions, coutumière qu’elle eht de ces habiles manœuvres. C’est à l’Europe qu’il appartiendra dè les déjouer par une action serrée tant à Constantinople qu'à Athènes.
- Dans cette dernière capitale, on paraît revenu à une plus saine appréciation des vrais intérêts de l'hellénisme. De même que Saïd-Pacha, M.Goumoundouros ne repousse plus en principe le projet d’arbitrage, il en subordonne seulement 1 acceptation à certaines conditions restrictives. Il voudrait savoir par exemple, sur quelle base s’opérerait l’arbitrage et quelles seraient les garanties pour l’exécution immédiate de la décision du tribunal.
- Formulées en même temps par la Turquie et la Grèce, ces conditions restrictives n’offriraient pas de gravité, si des deux côtés, on était animé d’un sincère désir de conciliation. Elles seraient inacceptables autrement.
- Nous serions heureux de voir l’idée de l’arbitrage triompher cette fois, non seulement parce que ce triomphe empêcherait toute effusion de sang, mais encore parce que ce triomphe serait celui d’un principe nouveau. Il est temps d’en finir avec cette moisson d’hommes mise en coupe réglée, avec cette manie de s’entre-détruire au l’eu de se faire des concessions réciproques.
- L'idée de l’arbitrage appliqué aux différends des nations n’est qu’une extension de celle qui a fait substituer les sentences pacifiques des tribunaux aux décisions sanglantes du jugement de Dieu au moyen âge. Le point difficile n’est pas de réunir les juges, alors même qu ils représentent des puissances armées : l'exercice du parlementarisme a façonné le milieu où ils doivent se mouvoir; mais la grosse difficulté est de donner une sanction à leurs verdicts quelque solennels qu'ils puissent être. Il est malaisé de décider à un sacrifice les Etats auxquels on propose une amputation et, souvent, au moment de l’exécution, le désaccord se met au milieu des juges et Yultima ratio s’impose avec tout son cortège antique.
- C’est ce qui est à craindre aujourd’hui, mais ce n’en est pas moins un effort digne d’éloge et qu’on ne saurait trop encourager.
- Le principe est posé, il ne périra pas.
- Tôt ou tard ce tribunal suprême s intronisera dans les esprits, la logique supérieure sur laquelle il se base fera des prosélytes et les hommes cesseront de s’entre tuer sans se connaître et souvent même sans en comprendre le motif,
- Il faut que ce sentiment ait déjà pris racine, car autrement rien ne serait moins sensé que la conduite des puissances au milieu des difficultés qui les eatou* rrnt. La confér nce détruisait en partie 1 œuvre du traité de Berlin et voilà que l’arbitrage met en question l'œuvre de la conférence.
- La paix est jugée un si grand bien qu’on ne s'arrête plus aux inconséquences.
- C’est significatif.
- ANGLETERRE
- Lo disioours du trône. Le discours par lequel la reine d’Augleterre a ouvert le Parlement est presque entièrement rempli par un exposé dos intentions du gouvernement au sujet de la question irlandaise. Ur premier paragraphe toutefois, est consacré à l’affaire des frontières grecques ; un autre à ce grave soulèvement dans l’Afrique australe, dont nous avons parlé.
- La reine se borne à annoncer les mesures prises pour le rétablissement de l'autorité de la métropole. Relativement à l’Afghanistan, l’évacuation de Gandahar est bien dans les intentions du gouvernement, mais il faut, pour que cette mesure soit ordonnée, attendre la pacification cotnplèie du pays.
- Cômrne les feuilles ministérielles l’avaient annoncé,la politique du cabinet à l’égard de l’Irlande, politique
- dont le discours royal trace les grandes lignes, se présente sous une double face. Pour assurer le maintien de l’ordre, la protection des personnes et des propriétés, les pouvoirs légaux ordinaires sont insuffisants et le gouvernement s’est résolu à en demander d’autres au Parlement. Le cabinet libéral s’efforcera sans doute de réduire à un minimum ces exigences qui sont en opposition avec ses principes, ses tendances, et auxquelles il n’a accouru que contraint et forcé. La suspension de Yha-beas corpus ne sera pas non plus générale en Irlande, car certaines parties de l’ile sont fort tranquilles
- Beaucoup plus que sur les moyens de répression, le ministère compte, et avec raison, sur des mesures réparatrices, relatives surtout au régime de la propriété. Le texte du discours ne nous initie pas au détail de ces projets et nous remarquons seulement que la reine exprime le vœu de voir disparaître tous les obstacles qui s’opposent, dans Tîle-sœur, à la formation de la petite propriété.
- À notre avis — mais ce n’est malheureusement pas es que pense la reine — le plus grand de ces obstacles, c’est la Chambre des lords, gardienne opiniâtre d’une législation surannée.
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- * *
- « La sesmon dix parlement Britannique, — De brillants tournois oratoires ont suivi le discours delà reine. A la Chambre des lords lord Bea-consfield a raillé avec <ie» sarcasmes plus qu’avec des raisons la politique pacifique du cabinet libéral, tandis qu’à la Chambre des communes M. Gladstone a prononcé au même moment un remarquable discours qui réduit à néant celui de l’astucieux Beaconsfield. Les députés home rulers ont entrepris de faire de la question irlandaise l’objet principal des discussions du parlement.
- Un député radical anglais, M. Labouchère, a proposé la suppression de la Chambre des Lords.
- Ce serait en effet ce qu’il y aurait de mieux â faire, la Chambre des Lords étant cause, par le refus du bill de transaction, de l'aggravation de l’agitation irlandaise.
- IRLANDE
- attitude ministérielle, _— On écrit de Londres aux Etats-Unis d'Europe :
- Je ne crois pi int qu’on ait jamais vu dans l’histoire un effort plus grand pour se contenir, pour ne pas recourir à la force, pour ne pas introduire une loi qui restreigne la liberté de parler* d’écrire et de se réunir que celui dont le gouvernement de M. Gladstone donne l’exemple. L’aristocratie la plus puissante qui soit *u monde crie tous les jours que la vie des propriétaires est menacée, que les fermiers qui voudraient payer leur fermage ne peuvent le faire sans risquer de voir leurs oreilles coupées, leurs bestiaux tués, sans s’exposer eux-mêmes aux périls d’être assassinés* Tous les matins, et cela depuis des années, les journaux irlandais prêchent la rébellion, envenimant et falsifiant tous les incidents. Chaque jour* dans des meetings oü se rassemblent des milliers d’hommes et de femmes, on applaudit la révolte et le meurtre, on réclame TexpulsioU de tout propriétaire grand ou petit, pairs d’Angleterre ou pauvres veuves I èt cependant le gouvernement n’a pas encore dépassé d'un pouce la limite de la loi, d’une loi de liberté telle que le monde n’a pas encore vu la pareille. Sagesse admirable, courage, impartialité, sang froid demeurent inaltérables au milieu de cette terrible crise. Gladstone et Eorsler sont vraiment des hommes d'Etat du type le plus noble, mais leur tâche est la plus difficile que l’ofl puisse imaginer.
- BELGIQUE
- Jfcloïrvcment anti-clérical. — On lit dans la Flandre libérale :
- Si le salaire qui se paie aux prêtres est le prix que la société donne pour la morale qu’ils enseignent, il faut reconnaître que la société reçoit contre bons écus, très-
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- exactement comptés, fort mauvaise marchandise. L’enquête scolaire eu est la plus éclatante des preuves. Les curés qui défilent devant la commission d’enquête sont, pour toute personne non prévenue, des professeurs de morale détestables, mentant dans leurs prédications, mentant dans leurs dépositions, troublant et divisant les familles, armant la femme contre le mari, les enfants contre le père, et le faisant sans soupçon qu’ils agissent mal, sans ombre d’un remords, sans* rien qui donne la plus faible espérance d’une conversion. Ils sont de bonne foi, dira-t-on, et nous répondrons que cela précisément achève leur condamnation : qu’ils se soient fait une conscience telle, que 1 extrême bonne foi s’allie avec les énormités qu’ils commettent.
- ASIE CENTRALE
- Le» Ru»se» au Tarkestan. — De récentes dépêches relatives à la marche conquérante des Russes dans l’Asie centrale, signalaient leur présence dans le voisinage de Merv, la capitale des. Turcomans, et la première étape après Khiva sur la route de l’Inde D’autres nouvelles, venues de Téhéran par la voie de Londres, tout en confirmant le fait, parlent de pertes sérieuses qu’auraient subies les troupes russes dans un combat avec les Turcomans, alliés à d’autres tribus.
- QUATRIÈME CONGRÈS OUVRIER (1)
- vu
- La représentation ouvrière au Pari ement.
- Comme il était facile de le prévoir cette impor tante question a beaucoup préoccupé les délégués au Congrès du Havre.
- Tous les délégués qui ont pris la parole, sauf un, ont reconnu les avantages qui résulteraient pour la classe ouvrière d’une représentation de quelque importance dans le sein du Parlement.
- Voici en quels termes le citoyen Vassal a abordé la question.
- Qui veut la fin veut les moyens.
- Nous sommes convaincus que le prolétariat français est enfin éclairé sur le.s erreurs sociales, vers lesquelles les hommes politiques le poussent depuis déjà trop de temps. Eh bien, il faut que cette éternelle comédie que nous avons nommée des mots : « Ote-toi de là que je m’y mette » finisse.
- C’est-à-dire, que nous voulons choisir dans notre sein des ouvriers, travailleurs, laborieux, et bons pères de famille, pour les revêtir du mandat 'de député, afin qu’ils puissent aller soutenir à la tribune nationale l’intérêt des ouvriers.
- Nous connaissons ce proverbe qui dit :
- « Les peuples ont le gouvernement qu’ils méritent » et nous, travailleurs, nous disons :
- Méritons le gouvernement de tous par tous et nous l’aurons.
- Nous sommes le nombre; si nous sommes unis la victoire est à nous, et nous pourrons envoyer des hommes nobles et dévoués, des hommes de cœur, in-
- (l) Voir nos numéros des 28 novembre, 5, 19 et 26 décembre, 2 et 9 janvier.
- telligents, honnêtes et laborieux, qui rendront les plus grands services à la patrie.
- Soyez sûrs que ceux que vous aurez choisis parmi vous seront bien accueillis par toutes les nuances de l’assemblée nationale, lorsqu’ils diront :
- « Nous, travailleurs, nous sommes les premières victimes des guerres, des invasions et des révolutions brutales ; nous n’en voulons plus ; nous venons ici établir d’une façon définitive la paix publique, par 1 organisation du travail et dans les intérêts du .travailleur et de la nation, nous voulons également que cette organisation soit solidement basée au profit de tous. »
- Le citoyen Bausan, de l’Union syndicale de Paris, dit que c’est parce que les ouvriers ne sont pas représentés au Parlement qu’il s’y confectionne tant de lois qui leur sont défavorables et préjudiciables; c’est dans leurs rangs qu’il faut choisir des candidats qui, connaissant mieux leurs besoins, défendraient mieux leurs intérêts.
- Il y a quelques ouvriers qui ont pénétré dans le. Parlement, dit le citoyen Dauthier. Mais ils sont si peu nombreux qu’ils ne peuvent rien. Aussi faut-il augmenter ce nombre.
- Après avoir cité un rapport du citoyen César de Paepe, rédigé en ce sens, en 1867, au Congrès de Lausanne, le citoyen Dauthier ajoute :
- Eh bien 1 citoyens, ce n’est pas un quatrième Etat que nous demandons, mais nos efforts doivent tendre, er, c’est là notre espoir, à l'organisation d’un parti ouvrier, c’est-à-dire à la fédération de toutes Chambres syndicales, associations, etc.
- Les représentants ouvriers seront choisis dans leurs Sociétés, afin de défendre en connaissance de cause leurs intérêts ; ils auront pour première mission de faire diminuer les impôts qui pèsent le plus sur les travailleurs, supprimer les budgets des cultes et de la guerre, deux budgets entretenant deux administrations nuisibles à l’humanité, et tuant moralement et matériellement les peuples. J’espère que les délégués représentant ici les chambres syndicales s’inspireront du programme q Jils ont reçu, renfermant un certain nombre de questions à poser et à imposer aux prochaines élections à tout candidat sollicitant vos suffrages; permettez-moi de vous le répéter, afin d essayer de bien faire pénétrer cela dans vos esprits : les horreurs de la guerre ne sont possibles qu’avec la volonté des législateurs, puisqu’ils votent les sommes énormes indispensables à ces sacrifices humains.
- De sou côté le citoyen Damez s’exprime ainsi :
- Les représentants des classes ouvrières, une fois au Parlement participeront, et c’est justice, au vote des impôts dont elles paient la plus lourde part Les ouvriers sont aussi aptes que les bourgeois à traiter les affaires politiques. S’ils ne l’étaient pas, d’ailleurs, les bourgeois n’auraient qu'à s’en prendre à eux mêmes de n’avoir pas consacré à l’instraction de la nation les millions follement dépensés pour le budget de la guerre.
- On a dit, ajoute l’orateur, qu’à la fréquentation des députés, les ouvriers élus perdraient leur autorité et leur indépendance. La crainte est vaine, et le moyen de supprimer ce danger est simple : que tous les départements envoient des députés ouvriers
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- au Parlement : cela suffira pour constituer un groupe assez sérieux pour que le député prolétaire ne se , trouve ni isolé ni perdu dans ce milieu bourgeois. 1
- Le citoyen Loiseau est très énergique dans son rapport :
- Dans .ses résolutions, le Congrès ouvrier de Marseille, dit-il, avait décidé la formation du parti ouvrier.
- On eût pu croire qu’à la suite de ce vote le mouvement se serait organisé et que les ouvriers, laissant de côté les discussions oiseuses, auraient énergiquement poursuivi la solution de ce vœu.
- Il n’en a pas été ainsi, au contraire
- Lors des dernières élections départementales, pas un seul ouvrier n’a été porté sur les listes.
- Depuis 1864 les candidats nous bernent avec leurs promesses fallacieuses, leurs programmes pompeux, et quand le tour est joué il ne nous reste pour nous en rappeler qu'une affiche contre un mur.
- Que sont devenues ces promesses des droits de réunion et d’association, de liberté de la presse, etc., etc?
- Hélas ! elles sont allées où elles vont toutes quand l'affiche est arrachée : à la hotte du chiffonnier.
- Que nous ont donc donné, à nous travailleurs, ces bourgeois égoïstes et privilégiés ? Absolument rien !
- Nous ne devons compter absolument que sur nous-mêmes, si nous voulons obtenir notre émancipation politique et économique, en nous préparant à de nouvelles élections.
- Le citoyen Loiseau propose ensuite la méthode d’action suivante, qui avai1 déjà été proposée aux Congrès de Paris et de Lyon par le citoyen Prost et à celui de Marseille par le citoyen Verdier.
- Quand, dans une circonscription électorale il sera absolument démontré l’impossibilité de poser une candidature ouvrière, le parti ouvrier ne devra accorder ses voix qu’aux citoyens défenseurs de nos idées acceptant un mandat parfaitement défini.
- Voici quel serait ce mandat :
- 1° Rétablissement du scrutin de liste par arrondissement afin que les travailleurs puissent être représentés ;
- 2° Lorsque les comités électoraux arrêteront la liste des candidats, les corporations ouvrières et chambres syndicales, en raison de l’importance de leurs membres désigneront le nombre de sièges auxquels elles ont droit et choisiront elles-mêmes leurs candidats;
- 3° Les représentants du prolétariat devront être ouvriers, c’est-à-dire travailleurs manuels n’occupant pas d’ouvriers ;
- 4° Ils devront remettre un exemplaire de leur démission en blanc et sans date comme garantie de leur loyauté dans les fonctions qu’ils acceptent ;
- 5° Ils seront les hommes d’affaires et les porte-voix de leurs électeurs; en conséquence ils ne pourront pas émettre de vote sans avoir préalablement consulté — s’il n’y a pas d’impossibilité matérielle — le Comité consultatif que leurs mandants leur auront adjoint ;
- 6° Tous les représentants du prolétariat devront former dans les chambres un groupe à part qui s’ins- I
- pirera toujours des plus purs principes démocratiques républicains.
- ... La praticabilité de ce moyen est de toute évidence par le fait même de l’application du suffrage universel à toutes les élections
- Quant à son efficacité, elle n’a pas été assez grande jusqu’ici pour modifier le sort des travailleurs, mais elle sera décisive du jour où les ouvriers useront d’une mauière plus intelligente du suffrage universel, du jour où l’action électorale sera dirigée par des Comités d’ouvriers dégagés de toute tutelle bourgeoise, du jour enfin où nous demanderons à nos candidats non pas une promesse vague de défendre nos intérêts mais une capacité préalablement justifiée par leurs écrits et leurs actes, de pouvoir créer législativement un manuel état de choses propre à améliorer la situation du prolétariat.
- Le rapport de la lre commission touche en passant en termes très justes, à la question de la représentation ouvrière au parlement.
- Il est temps, dit son rapport, que le peuple prenne l’iniative de ses propres affaires. L’ensemble de la nation ne peut qu’y gagner. La responsabilité engendre la dignité, et c’est rehausser l’être humain que de lui fournir l’occasion de prendre une part directe au gouvernement de ses propres affaires.
- Le citoyen Levé est également, très bien inspiré quand il s’écrie :
- La représentation ouvrière doit être sérieuse et sincere, mais elle ne doit pas créer un Etat dans l’Etat ; elle doit exister an même temps que celle de toutes les situations spéciales ; mais il n’en est pas moins vrai que c’est à ceux qui,ouvriers eux-mêmes, connaissent les améliorations dont ils ont besoin qu’il appartient de s’occuper sérieusement de cette question.
- Le citoyen Bonne tient beaucoup à eu que l’on n’exagère pas les choses.
- S’il est bon, dit-il, que la classe ouvrière se fasse directement représenter aux Chambres,il ne s’ensuit pas qu’il faille pousser la défiance envers la bourgeoisie jusqu’au point de refuser tout concours sincère. Sans doute la bourgeoisie a des intérêts opposés aux nôtres, mais il ne faut pas oublier que nous sommes redevables à des bourgeois des premières idees socialistes. En un mot, si un homme se présente qui accepte franchement et loyalement votre programme, il ne faut pas le repousser parce que ce n'est pas un ouvrier.
- La recommandation faite à la classe ouvrière de ne pas donner un caractère d’hostilité à ses candidats afin de ne pas s’isoler du reste du parti républicain est développée par plusieurs orateurs.
- On sent que le Congrès du Hâvre a tenu à ne pas laisser confondre ses aspirations avec celles du Congrès de Marseille: A Marseille les candidatures ouvrières étaient annoncées comme u ,e preuve de défiance envers les députés républicains, au Hâvre elles ont été présentées seulement comme une satisfaction donnée aux aspirations d’une partie de l’opinion républicaine.
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- Plusieurs délégués ont parlé dans ce sens entre autres le citoyen Guionie.
- La question de la représentation ouvrière au Parlement, dit-il, est agitée depuis quelque temps, et nous ne sommes surpris que d’une chose,c’est qu'elle ne l’ait pas été plus tôt.
- Plus on examine cette question, moins on comprend qu’elle ait pu naître. En effet, ne sommes-nous pas le nombre, par co séquent la majorité? Dans tous les centres, il nous suffît de vouloir, de nous entendre, pour être représentés.
- Est-il possible que nous demandions une loi qui fixe un nombre de députés ouvriers au Parlement? Non, car ce serait créer des catégories de députés,ce qui ne pourrait amener aucun résultat pratique et utile à notre cause.
- Car nous ne pensons pas que l’on puisse prendre au sérieux ceux qui veulent la formation d’une nouvelle caste sous le titre de quatrième Etat.
- C’est aussi ce que dit le citoyen Damez, dans une autre partie de son discours déjà cité :
- Nous ne trouvons pas nécessaire, dit il, et nous croyons dangereuse la formation d’un quatrième Etat, et nous pensons, comme je vous l’ai expliqué tout à l’heure, que si les chambres syndicales adoptent le mode que nous leur soumettons,cela vaudrait mieux. Ce serait en effet un principe affirme, celui de l’existence d’un parti ouvrier; cela aurait un résultat énorme, étant donné le côté pratique et matériel, réalisable immédiatement.
- Ce serait le* ouvriers eux-mêmes qui choisiraient leur représentants tandis que le quatrième Etat ne pourrait qu’engendrer la division et la guerre civile, et favoriserait le retour à 1 anarchie.
- Le citoyen Keufer émet quelques recommandations assez originales :
- Si nous ne désapprouvons pas, dit-il, la représen-tation du prolétariat au parlement, nous croyons qu’il perdrait à y laisser pénétrer ses membres les plus actifs, les plus intelligents. Eh effet, ce serait une véritable perte pour le prolétariat; quand on pense que tous les Services que les ouvriers actifs peuvent rendre par la parole, par tous les moyens possibles de propagande, clubs, réunions publiques, que toute Céite activité serait absorbée par les travaux stériles des commissions sous-commissions de la Chambre ! N’avons^nôus pas des preuves de cette triste influence du milieu parlementaire sur les prolétaires arrivés à la députation ?
- Après avoir rappelé les déceptions éprouvées, le citoyen Keufer en vient à cette conclusion ;
- Nous terminons donc en disant que, vu l’importance de la fonction d'appréciation dont devra surtout user le prolétaire; vu que la représentation du prolétariat aux corps élus aurait puur funestes conséquences ne retirer de ia lutte les meilleures natures, et enlèverait ainsi au prolétariat ses chefs les plus intelligents ; vu qu’il y aurait une grave erreur dé croire que la question sociale se résoudra politi^ quement et d’attribuer à cette question une importance fondamentale, le prolétariat doit surtout s’appliquer à constituer une opinion publique parlaoueîle il pourra exercer une réelle puissance dé jugement sur les p uvoirs politiques, et nous ne verrons plus alors la députation être l’objet des ambitions de ceux qui pourraient mieux servir les prolétaires en
- combattant au milieu d’eux et en dirigeant leur action.
- Nous ne nous opposons pas rigoureusement à l’avènement de quelques ouvri rs au Parlement, mais nous déclarons que ce n’est pas par là qu’on accomplira les desiderata de la classe ouvrière, mais bien par une appréciation énergique de tous les actes du pouvoir politique ou du pouvoir industriel, fonction que. l’opinion publique a trop négligée, et qu’il faut qu’elle reprenne le plus tôt possible, pour donner à nos Chambres 1 impulsion qui leur a toujours manqué.
- Cette représentation des ouvriers dans les pou* voirs électifs ne doit pas se comprendre seulement dans le sens d’une représentation à la Chambre et au Sénat, mais aussi à tous les conseils municipaux, généraux et autres.
- Quoique cela n’ait pas été dît dans les débats, c’êst ce qu’il faut conclure de ia résolution suivante votée par le Congrès.
- 25® Sur la question de la représentation ouvrière, le vœu de la réunion est que toutes les charges électives soient rétribuées.
- Le ciloyen Vassal avait dit à ce sujet :
- Il faut que toutes les fonctions électives soient rétribuées, car combien d’hommes, dignes de nous représenter, restent dans l’ombre, et n’osent paraître au grand jour, et cela parce qu'ils se. disent : Qui nourrira pendant ce temps ma femme et mes enfants.
- Nous remarquons que le Congrès n’a pas songé à obtenir que l’indemnité des députés courre à partir de l’ouverture de la session, et non, comme c’est le cas avec la loi actuelle, à partir du jour de la validation. On a vu la vérification des pouvoirs durer des mois ; comment aurait vécu pendant ce temps là l’ouvrier élu mais non encore validé ?
- ÇA suivrej.
- Quatre ville» suisse»
- Le recensement de la population suisse témoigne d’une grande prospérité des villes industrielles de ce petit pays. Berne, malgré le rang de capitale que lui vaut sa situation, n’arrive qu’en quatrième ordre comme nombre d’habitants.
- La ville la plus peuplée est Genève qui, avec ses faubourgs, compte 77,713 habitants, ce qui atteste une augmentation de 13 0/0 depuis dix ans,
- Zurich occupe le deuxième rang. Il compte avec sa banlieue 66 901 habitants. Zurich est donc plus de deux lois plus prospère que Genève, puisque s<* population a augmenté de 30 0/0 depuis 1870.
- La"troisième ville suisse est Bâle, dont la population, faubourgs compris, s’élève actuellement â 69,701 bafai* tauts. Ce chiffre témoigne d'une prospérité trois lois plus grande que celle de Genève puisqu’elle est de 38 û/û. Peu de ville en Europe jouissant d’une aussi grande prospérité.
- Quaul à ia capitale de la Suisse, Berne, sa population ne dépasse pas 44,098 habitants. Ce chiffre qui maintient Berne au 4rae rang prouve cependant que cette vifle a augmenté de population durant ces dix dernières an-
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- nées de 23 0/0 ce qui est encore une fort belle proportion.
- A supposer que le développement de ces quatre villes se continue à l’avenir dans la môme proportion que durant ces dix dernières années, Bâle ne tardera pas à être la plus grande ville de là Suisse et Zurich la deuxième ; Genève sera réiéguée au 3"10 rang.
- Ce résultat pourrait mémo arriver plus vite qu’or; ne pense par le fait que l’ouverture imminente de la ligne du Goitbard et celle, moins prochaine mais peu éf liguée cependant de la ligne de L’Arlberg, décuplera la valeur commerciale de Bâle et Zurich.
- De toute la Suisse la ville la plus prospère est Win-ierthour, centre industriel qui n’a pris quoique importance que depuis une douzaine d’années. Aujourd’hui Winlerthour compte 13,672 habitants; il u en comptait en 1870 que 9,404, ce qui Umuigue d’un accroissement de 45 0/0, proportlou énorme. Cette prospérité de Win-terthour s’accroîtra encore une fois les lignes du Gut-thard et de i’Ariberg livrées à la circulation.
- NOUVELLES DIVERSES
- Une femme lauréat à rUniverwité de Genève, — Mlle Clara Delay a remporté une récompense de mille francs au concours ouvert par i’Université de Genève pour une comparaison historique et critique de la morale philosophique et dé la morale religieuse â nartir de Descartes.
- Mlle Clara Delay s’était déjà fait connaître il y a quelques années pour une poésie d’une très-grande élévation : Après une lecture de Dante.
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- Ue millésime do 1 SS 1. — Un curieux a fait le millésime de l’année 1881 les observations suivante* :
- L’année 1881 présente les mêmes particularités que l’an 1863 ; c’e»t ce qu'on appelle une année du neuf Les deux premiers chiffres, 1-|- 8=9 ; les deux derniers, 8-j—1=9 ; en additionnant les quatre chiffres, on trouve I s, soit deux fuis neuf ; 18—{—81 =99 ; 8i —18=63, ce qui représente sept fois neuf, et, de plus, 6+3=9. En outre, de quelque façon qu’on use te chiffre 1881 — de la gauche a ia droite, de la droite à la gauche ou même à l'envers— on voit toujours 1881. Ce dernier cas ne se présentera que dans 6237 années, c'est-a-dire en 8118.
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- IL a statistique des journaux, dit le Rappel, rUavail jamais atteint un ctiiffre plus élevé. Ôn compte à Paris 70 journaux politiques quotidiens, dont 25 a un sou. Le chiffre total des feuilles de toute sorte ou recueils périodiques est de 463 pour le departement de la Seine.
- Pour la France entière le nombre s’élève en chiffres ronds, à 1 + i0.
- • La Suisse est le pays le plus favorisé, ou y compte un journal pour 1, /Ou habitants. En France, il y a un journal pour 20,o00 h ibilauts.
- C est a Bruxelles que se trouvent les journaux à meilleur marché : il y en a qui ne coûtent que 2 centimes;
- Un livre d’école ni émane!. — Yoici quelques passages d’un Livre d'école allemand .rédigé par M. Ernest Lausoh, maître dans la principale école communale do de Witienberg. M. Cln-G. Bonard, qui nous fait conn.btre ce livre dans la Nouvelle Revue, (livraison de décembre 188o), nous apprend qu’en 1877 il avait eu déjà neuf éditions.
- L'épée allemande
- L’épée allemande ! l’épée allemande ! Elle est digne des héros allemands. Elle est faite de fer allemaud. La force allemande en a trempé la lame ; le courage allemaud eu a affilé le tranchant, voilà pourquoi ede fait merveille, l’épee allemande... droit comme la droiture allemande porte ses coups. Voila pourquoi elle punit lourdement les outrages des Welsch, vte........» . .
- Voici maintena t le sens douué à la fête.dans la* quelle ou célébré l'anniversaire de la bataille de Sédan :
- Chers enfants, le nom de cette solennité signifie pour nous : Abaissement de ia France, élévation de i’Aile-mague.
- Un peu plus loin M. Lausch s’adresse aux Français :
- Tu ne peux, Français, comprendre notre patois allemand? Eh bien ! Voici la bouche du canon qui va te le mugir ! voici la halle qui va le le siffler I U faudra bien que tu attrapes la chanson I Debout, soldats; hattez-lui
- la mesure, dragons et hussards...... Sus, uhlans, au
- grand trot! Su» avec vos lances ! A vous de maintenir l'ordre dans la danse!
- M Ch. Lemonnier fait à ce sujet les réflexions suivantes :
- Ce n’est point de l’indignation ni de la colère que nous ressentons en transcrivant ces abominables paroles, mais de la LLsfesse et de la pilie. Tristesse de voir un maître, un éducateur profaner la sainteté de son ministère en soufflant, dans l’esprit et dans le cœur des enfants, la haine au lieu de ia concorde. Pitié profonde, pour 1 a-veuglemeut de ceux qui, après tant de dures expériences. demandent encore à la guerre et aux plus mauvaises passions qui puissent agiter ia nature humaine, la prospérité, le bonheur que peuvent seuls apporter aux hommes ie respect mutuel, ia fraternité, l'alliance et ie travail pacifique
- Que les Français qui liront ces paroles n'aillent pas, au moins, so figurer que M. Lausch, pas plus que M.
- Mommsen, soient les vrais représentants du peuple allemaud ! Il ne manque pas en Allemagne, et nous dirons hardiment dans toutes les parties de i’Aliemague, d'hommes et de femmes qui renient, déplorent et cou-damueut ces extravagances furieuses. G’est le châtiment mérité de la France que les excès auxquels s'est livré l empire franc us amènent aujourd'hui encore ces folles violences sous la plume d’un instituteur allemand, et son devoir est de supporter ces excès avec patience et longanimité. Un jour viendra, nous l apons dit souvent, nous ie répéterons sans cesse, où ie peuple allemand et le peuple français, réconciliés daus un même sentiment Ue justice, feront de leur alliance la hase même de l’alliance européenne. Ce juur-la, l’Alsace et ia Lorraine seront ùbres.
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- Ue t légraphe en Chine. — Le gouvernement chinois vient de décider de relier, par un fil télégraphique, a capitale de l’empire a ia ville de Süaughaï, daus le voisinage de laquelle aboutit le câble sous-ma-rin, qui met cette place en relations avec 1 Europe et le Japon.
- A ia suite d’un mémoire au Trône, présenté par le vice-roi Ly Hung-Tchang, qui résidé a Tieu-Tsin, un déciet impérial, rendu au mois de septembre dernier, a enjoint aux vice-rois du Tchô-ly, du Ghaug Toug et des deux Kiaugs de se concerter a l’effet d'établir une ligue télégraphique traversant leurs provinces et reliant Pékin à Shanghaï.
- Chemins «le fer* en In<lo-Clii*se
- Encore une conquête de la civilisation sur la barbarie.
- Les Anglais viennent de construire un chemin de fer
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- destiné à relier leur colonie Raogoun (delta de l’ïra-ouaddi) à l’empire Birman. La ligne est ouverte sur 250 kilomètres de longueur Elle quitte l’Iraouaddi à Ran-goun, laisse le fleuve à l’O, se dirige d’abord sur Pégou puis vient rejoindre le fleuve à Prome. Il sera prolongé jusqu’à la frontière de Birman, à 65 kilomètres de là.
- Le télégraphe ne s’arrête pas comme le chemin de fer à Prome. Il pénètre en pleine Birmanie jusqu’à Manda-lay, résidence actuelle de l’empereur, à 300 kilomètres plus au nord. Malheureusement au delà de la frontière anglaise ce télégraphe ne fonctionne que d’une manière irrégulière.
- L’ARBITRAGE ENTRE PATRONS & OUVRIERS
- Le dernier numéro du Journal des Economistes contient un article de M. Julien Weiler, sur l'arbitrage entre patrons et ouvriers.
- L’auteur commence par rappeler le danger que fait courir à la grande industrie la séparation de plus en plus complète qui s’y produit entre les patrons ou leurs représentants et>les ouvriers ; il n’y a plus guère communication des uns aux autres que par l’intermédiaire d’agents, non seulement irresponsables, mais souvent même intéressés au maintien des abus.
- L’auteur raconte ensuite les tentatives faites par lui, en sa qualité d’ingénieur des charbonnages de Mariemont (Belgique) pour établir un système préventif tendant au maintien de la bonne entente entre patrons et ouvriers. Des réunions périodiques furent organisées, dans lesquelles ouvriers et employés devaient examiner en commun tous les incidents qui se produiraient dans le service. Chaque profession — il n’y en avait pas moins de 9 — avait son comité, composé de 6 ouvriers et 6 employés ou contre-maîtres, les mêmes employés faisant partie de plusieurs comités. Chaque groupe envoyait ensuite son délégué à un comité central qui traitait les questions les plus générales.
- Les débuts ne furent pas encourageants : ils coïncidaient avec des diminutions de salaire. Le service du matériel, comprenant environ 200 hommes fut le premier où le nouveau système fut appliqué. M. Weiler pendant la lre année, ne recueillit que des marques de défiance de la part des ouvriers et des marques d’incrédulité de la part des employés, à peu d’exceptions près. Les ouvriers surtout paraissaient se refuser obstinément à l’essai du système. Ils ont déclaré depuis qu’ils n’avaient vu à l’origine dans cette innovation qu’une ruse de guerre.
- Cette défiance était aussi partiellement attribuable au fait que les réunions n’étaient pas assez intimes ; l’ouvrier ne s’y sentait pas à l’aise.
- Toutefois cette défiance s’effaça peu à peu par suite
- de combinaisons qui ne laissaient plus de prétexte à la timidité, et durant la deuxième année les moins défiants se décidèrent à se déboutonner, et M. Weiler ne fut pas peu surpris d’apprendre l’existence d’une foule de griefs, plus ou moins importants, qui lui étaient totalement inconnus ; les agents subalternes n’avaient pas pris la peine de transmettre les réclamations des ouvriers, et ces réclamations s’éternisaient parcequ’il n’était pas au pouvoir de ces agents d’y remédier par eux-mêmes. La plupart de ces griefs ont pu être supprimés sans aucun dommage pour l’exploitation.
- La troisième année se signala par la marche paisible des travaux et l’absence de réclamations de la part des ouvriers, l’année précédente ayant lavé le linge sale accumulé depuis longtemps. Au nombre des résultats sérieux atteints M. Weiler cite les suivants :
- 1° La suppression du système des amendes, dont plus uno seule n’a été infligée depuis février 1877, alors que, de l’avis unanime des employés, jamais les réglements n’ont été mieux respectés. Ces réglements, il est bon de le dire, ont été au préalable révisés par le Comité Central.
- 2° L’organisation complète du travail à la tâche, même dans des conditions qui paraissaient la rendre impossible.
- 3° La diminution considérable des prix de revient, coïncidant avec l'augmentation notable des salaires. Ceux-ci ont bien progressé de 20 0/0, et le prix de revient de la main d’œuvre a diminué plus encore.
- Le 1er janvier 1880 le même système a été étendu à un nouveau groupe d’ouvriers, les machinistes et chauffeurs, 250 hommes environ.
- M. Weiler s’attendait à trouver dans ce groupe les mêmes résistances que dans le groupe au sein duquel l’innovation fut introduite la première fois. Il n’en fut pas ainsi. L’exemple de ce qui s’était passé à côté d’eux pendant trois ans avait montré aux ouvriers de ce nouveau groupe ce qu’ils pouvaient; retirer de l’institution.
- Aujourd’hui ouvriers comme employés paraissent cordialemement ralliés au système qui les trouvait défiants ou incrédules il y a si peu de temps.
- Cette expérience faite à Mariemont nous a rappelé celle faite à l'usine de Guise alors que l’Association du Familistère existait déjà en fait bien qu’elle ne fût pas encore dotée des Statuts dont elle jouit actuellement. A Guise aussi la défiance entoura les débuts de l’association et cependant les travailleurs étaient, appelés non seulement à faire entendre leur voix, mais encore à participer dans une forte mesure
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- aux bénéfices de l’industrie, ce qui n’est pas le cas à Mariemont.
- Cette résistance s’explique pourtant de cette manière : les ouvriers sont peu habitués au désintéressement à leur égard : l’acte accompli par M. G-odin était trop large, trop complet. Les ouvriers se refusaient à croire qu’un patron pût abandonner en faveur des travailleurs, dans le bénéfice réalisé, une part proportionnelle à l’importance de leur concours. Aujourd’hui ces défiances ont disparu, et les plus soupçonneux reconnaissent volontiers qu’ils se trompaient. Que le principe d’association s’établisse entre patrons et ouvriers et toutes ces défiances dis' paraîtront pour faire place à l’harmonie et à l’accord des intérêts dans le champ de l’industrie et du travail. E. C.
- LÀ QUESTION ALLEMANDE
- Les ligueurs antisémites .
- I
- Il y a deuxcentsans.unhommequi enFrancedisait: « L’Etat c’est moi ! » chassait les huguenots de notre pays et après avoir ruiné son royaume par la guerre et par ses prodigalités, l’appauvrissait encore par la plus barbare des injustices.
- A cette époque, Berlin, (Kœln am Wasser) n’était guère qu’une bourgade composée des rues étroites de la vieille cité. — Une partie des émigrés protestants français, apportant la fortune de leur industrie à cette ville que Frédéric II devait faire surgir au milieu de sables arides, sur le mince filet d’eau de la Sprée, fut reçue à bras ouverts. De l’autre côté de la rivière, derrière l’île où est le château, ces Français se créèrent une patrie nouvelle, bâtirent le Berlin d’aujoud hui aux rues droites et larges formant entre elles un vaste damier. Hélas ! aujourd’hui, ces Français-là sont plus Allemands que leur empereur actuel. Louis XIV qu’as-tu fait !
- Il y a longtemps de cela ? n’est-ce pas ? — Eh bien, non, c’était hier, et la veille ressemble ,au lendemain ; c’est à ne pas croire, mais à la fin du xix8 siècle on se supposerait encore au xviie; voyez plutôt : voici comment s’est terminée l’année dans ce même Berlin dont nous parlons plus haut.
- Les ligueurs antisémites du groupe christo-libéral teuton ont tenu le 30 décembre à la grande Boch-brauerei du Kreuzberg, une nouvelle réunion populaire qui s’est passée sans tumulte. Dès sept heures, trois mille personnes environ occupaient la salle dont les portes ont alors été fermées. Une foule con-
- sidérable n’a cessé d’affluer jusqu’à neuf heures dans les rues adjacentes, mais elle s’est contentée de circuler à une distance respectueuse du local, protégé par une escouade de cunstables.
- Des vivats en l’honneur de l’empereur, des chants patriotiques, des discours dans lesquels sont exaltés ; l’excellence de la race allemande et la perversité de la race juive, tel est le bilan de la soirée.
- On parle avec horreur de la proposition du professeur Mommsen de mélanger les deux races par le mariage, on demanda la loi d’exception contre les juifs : il faut les exclure des corps législatifs, eux, | et leurs amis qui ne valent pas mieux qu’eux, j On boit force bocks, on crie, on vocifère contre les | coreligionnaires des Virchow, des Meyerbeer, des Mendelsohn, des Magnus et consorts, on signe la pétition antisémitique au chancelier de l’empire, on s’exhorte mutuellement à une propagande active et ainsi on continue à boire à Gambrinus jusqu’à minuit.
- Pauvres et tristes moutons de Panurge, vous bêlez tous les cris qu’on vous suggère : Aujourd’hui vos hurrah sont pour l’empereur et contre les juifs, que seront-ils demain ?
- Savez vous ce que vous faites en voulant chasser le peuple sémite, et en suivant l’impulsion cachée, donnée sans doute par l’impératrice Augusta ? — Non seulement vous êtes iniques,mais vous êtes insensés; vous voulez achever de ruiner votre pays. — Déjà l’émigration a été 79,958 personnes pour les 9 premiers mois de 1880, voulez-vous voir ce chiffre s’élever encore ? — Du reste croyez-vous détrôner le baron Bleichrœder ?
- Il n’est pas inutile pour éclairer la question de savoir quelles attaches lient le gouvernement prussien à la haute finance juive ; ce sont des mains israélites qui, dans les grandes occasions, tiennent les cordons de la Bourse en Prusse...
- Tandis que nous nous efforçons d’aller de l’avant, l’Allemagne se laisse entraîner dans une voie rétrograde. — Son gouvernement sentant bien que le peuple est emporté par le progrès vers le régime républicain, s agrippe autant qu’il le peut aux errements du passé ; s’il pense se sauver en agissant ainsi, nous creyons pouvoir prédire qu’il précipite les événements.
- Jacques Courrier.
- La pomme de terre civili«atrice et la farine weutimentalo.
- Rien ne pousse à l’absurde comme le parti pris. Nous en trouverions de nombreux exemples chez nos philo-g sophes et savants contemporains, tant chez ceux qui
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- ra*taeheat tout au miracle que chez ceux qui ramènent tout à la matière.
- Ces derniers ont parfois des naïvetés charmantes.
- Il y a une quinzaine d’années un penseur éminent sous beaucoup de rapports, le philosophe allemand Feuerbach, soutenait uue thèse si bizarre qu’en la poussant jusqu'à ses conséquences ultimes on arrivait à cette conclusion inattendue que « la pomme de terre est un des principaux facteurs du progrès intellectuel. »
- La production et la pensée, disait Feuerbach, n’est que l’action d’une combustion de phosphore dans le cerveau ; plus l’organisme est riche en phosphore, plus le cerveau est riche en censée. L’homme doit donc s'efforcer de s’assimiler le plus de phosphore possible.
- Très-bien ; mais l’homme ne peut s’assimiler un élément solide comme le phosphore qu’au moyen d'aliments qui eu contiennent. Or,l’un des aliments qui contient proportionnellement le plus de phosphore étant la pomme de terre, il en résulte que plus un homme mangera de pommes de terre, plus il pensera.
- Si donc, lecteur, vous tenez a devenir un grand homme sûrement, sans peine et à peu de frais, avalez le plus possible de ces tubercules civilisateurs.
- Vous riez !
- Eh bien, voici une affirmation moins ancienne, mais tout aussi forte.
- Le numéro de novembre 1878, de The Nineteenth Cen-tury contient au sujet de la génération spontanée un long article de M. Tyndall, article dans lequel on peut cueillir (p. 812) cette intéressante citation que le célèbre physicien anglais emprunte à un auteur allemand
- M. Ueberweg. . i , . .
- « Prenez un couple de souris et un tonneau de tanne. Grâce à une nourriture abondante, ces animaux croissent et multiplient ; et dans la même proportion la sensation et le sentiment augmentent, La quantité de ces deux propriétés possédée par le premier couple n’est pas seulement distribuée parmi leurs descendants ; car, en ce cas, les derniers devraient sentir plus faiblement que les premiers. La sensation et le sentiment doivent être rapportés à la farine, où ils existent, faibles et pâles,j’en conviens, et non concentrés comme dans le cerveau. »
- Quel dommage que Feuerbach et M.Ueberweg n’aient pas vécu du temps de Mulière I
- “ îü1 P.
- L’ATELIER DANS L’ÉCOLE
- La loi nouvelle sur l’enseignement primaire contient plusieurs innovations extrêmement intéressantes, entre autres celle de l’introduction du travail manuel dans l’école. La loi dispose que tout établissement scolaire du premier degré aura un atelier où les élèves s’exerceront au maniement des outils de divers métiers. C’est sur cette nouveauté relative que je désire appeler l’attention du lecteur. C’est une révolut’ou qui commence à s’opérer dans l’enseignement. J’espère qu’elle s’étendra un jour ou l’autre, à l’enseignement secondaire. Il vaudrait mieux que ce fût tôt que tard.
- Il ne s’agit pas d’enseignement professionnel proprement dit,mais simplement de culture des facultés physiques, particulièrement de la dextérité manuelle considérée comme complément absolument necessaire d’une éducation intégrale.
- Dans le grand dictionnaire Littré, au mot « éducation », nous lisons la définition suivante : « Action
- d’élever, de former la jeunesse à un ensemble des habiletés intellectuelles et manuelles, etc. » Dans un autre dictionnaire : « Action de développer les facultés physiques, intellectuelles et morales de la jeunesse. »
- Sans parler de J.-J. Rousseau, qui a tant recommandé aux éducateurs la culture des aptitudes manuelles, on pourrait citer une longue liste de bons esprits qui ont considéré comme incomplète, boiteuse, toute éducation qui ne mène pas de front le développement des puissances intellectuelles, des énergies morales et des capacités manuelles.
- D’ailleurs, quand on en appelle du préjugé qui a fait si longtemps et si déplorablement écarter l’enseignement manuel ; quand on en appelle de ce préjugé au bon sens des personnes, il n’en est pas, — pour mon compte, je n’en ai pas trouvé, — qui ne reconnaisse l’utilité, l’indispensabilité même d’une éducation menant de front la culture de toutes les facultés.
- Dans l’antiquité grecque et romaine,l’éducation de la jeunesse patricienne comprenait les. exercices physiques. On attachait un grand prix au développement de la souplesse, de l’agilité corporelles. Au Moyen-Age, les fils des chevaliers étaient préparés dès le jeune âge aux durs exercices des armes; enfin, il est connu qu’au siècle dernier, malgré la corruption des classes privilégiées, il était encore du mode de faire apprendre une sorte de métier aux jeunes gens. Le travail du tour à bois était l’occupation favorite de ce temps-là; on s’exercait aussi à travailler les métaux et c’est ainsi que Louis XVI était devenu habile serrurier.
- Cependant dans notre siècle si positif, si porté à encourager le travail, il a fallu arriver jusqu’à ce jour pour que la loi décidât que toutes les aptitudes physiques feront désormais partie du programme de l’enseignement primaire, de celui-là seulement. Comme si la jeunesse des collèges et des lycées avait un organisme physique qui pùt sa passer d’être mis en valeur.
- Mais nous devons considérer que la loi dont il s’agit est un premier pas, et que la force des choses obligera bientôt à étendre aux collèges et' lycées le bénéfice de l’éducation manuelle comme complément de la gymnastique.
- J’espère aussi que la force des choses amènera les directeurs de l’enseignement à faire plus large la part de temps à consacrer aux exercices manuels et à restreindre celle du temps consacré aux études de classe.
- On finira par comprendre que le travail d’atelier ne laisse pas sommeiller l’intelligence; qu’il la soîli-
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- cite, au contraire; qu’il sollicite surtout l’ingéniosité de l'individu, et que, par conséquent, les exercices manuels sont en même temps des exercices intellectuels.
- On finira aussi par comprendre que l’instruction proprement dite n’a pas tant pour objet de bourrer les intelligences de connaissances plus ou moins mal digérées que de développer, de fortifi er l’instrument intellectuel ; de lui inculquer le besoin de savoir, en même temps que de le fendre capable de se donner satisfaction,
- Cette dernière observation, je la fais parce que c’est la tendance du moment de surcharger les programmes d’études La loi sur l’enseignement primaire atteste elle-même cette tendance. On surmène ainsi les jeunes intelligences, et celles qui se prêtent le mieux à ce traitement excessif—et elles sont souvent les plus intéressantes — sont exténuées. Mises imprudemment en une sorte.de serre-chaude, elles sont» dans beaucoup de cas, menacées d’avortement.
- Quant à l’innovation qui fait le sujet de cet article, je rappelle que le préfet de la Seine et le directeur de l'enseignement primaire du département avaient pris les devants ; qu’une commission, fonctionnant depuis dix mois, a résolu la question non-seulement en principe, mais aussi en pratique, si bien qu’il y a déjà un certain nombre d’écoles municipales pourvues d’un outillage de menuiserie et de tours, et où les enfants s’exercent avec l’entrain le plus admirable, et donnent volontairement deux ou trois heures par jour à l’école, en plus des heures réglementaires de classe.
- Aussi, lorsque la loi sera votée par le Sénat et promulguée par le gouvernement, les communes n’auront-elles qu'à s’inspirer de lheureuse expérience faîte à Paris.
- Ainsi soit-il !
- (Le Ràppétj a* cqrbqn,
- TRÉSORERIE GÉNÉRALE DE L’AISNE
- AVIS
- A dater du 1” Janvier 1881, le taux de l’intérêt des dépôts ou placements en compte courant sera élevé de 1 0/0 à 2 0/0.
- Les fonds reçus produiront intérêt pourvu qu’ils soient restés en dépôt pendant 15 jours au moins, au lieu de un mois.
- LES ÉLECTIONS MUNICIPALES A GUISE
- On lit dans le Courrier de VAisne du 12 janvier ;
- La réaction, nous écrit-on, vient de jouer son va-tout à Guise. Ne voulant pas avouer que c était contre les républicains qu’elle ouvrait la lutte, elle a fait la campagne électorale sur la question du chemin de fer.
- La veille de l’élection, samedi 8 janvier, le Libéral de l'Aisne publiait un article qui, à notre grand étonnement, n’était accompagné d’aucune réserve. L’objet évident de cet article était de combattre les candidatures républicaines à Guise, au profit de la liste réactionnaire, nous extrayons de cet article les lignes suivantes :
- «Guise —Elections municipales. — Il existe en ce « moment, dans la ville de Guise, une question très-« importante qui surexcite l’opinion et dont la solution « est, croyoas-nous, subordonnée aux résultats des « élections municipales.
- « Cette question est celle du tracé du chemin de fer « du Gâteau à Laon, entre Lesquielles-Saint Germain et
- Flavigny-le-Grand... »
- Suit l’énumération des prétendus avantages du projet à travers Guise. L’article conclut ainsi :
- « L’intérêt général de la ville est donc,à tous les points « de vue,dans le maintien de la gare à son emplacement « actuel et dans l’acceptation du tracé proposé par MM. « les ingénieurs.
- « Ceux-ci, du reste, ont reconnu que le tracé par les « Coutures entraînerait, pour son exécution, un surplus « de dépense de plus d’un million.
- « En présence de ces considérations résumées suc» « cinctement, le rôle des électeurs désireux de sauve-« garder leurs intérêts dans l’avenir, doit être de nom-« mer au Conseil municipal, qui aura à prendre prochai-« nement une décision à ce sujet, une majorité qui,tout « en étant républicaine, ne se laissera pas entraîner par « les intérêts d'un seul, a.u détriment des intérêts bien « entendus de la localité. »
- Par ces moyens, on espérait faire les élections à l’exclusion de M. Gociin et des autres républicains. Néanmoins, malgré cet article répandu à profusion et gratuitement dans tous les cafés de la ville, malgré 1 activité déployée et les bulletins distribués sous toutes sortes de formes, plus ou moins honnêtes parles adversaires de la République, la liste électorale de la démocratie républicaine de Guise a eu vingt et un de ses candidats nommés hier, au premier tour de scrutin et à une forte majorité. Un seul candidat de la liste réactionnaire a eu trois voix de majorité. IL y a doDC ballottage pour un conseiller dimanche prochain.
- Si l’opinion émise par « le Libéral », concernant le chemin de fer, est vraie, la question est bien transhée contre la traversée de la ville, Mais à côté de la question du chemin de fer, si passionnément évoquée, les électeurs de Guise ont eu en vue un but supérieur, celui d’affermir nos institutions républicaines, en écartant de l’administration des hommes qui n’y apportent qu’une pensée : l’opposition quand même, à 1 égard des républicains et a l’égard de la République.
- On nous écrit d’autre part :
- Les élections municipales ont donné lieu dans notre paisible petite ville à une lutte aussi vive qu’imprévue.
- Deux listes étaient en présence à l’origine et la bataille paraissait devoir se livrer entre elles. L’une, la liste démocratique républicaine était composée dans un esprit de conciliation ; ses candidats étaient choisis de manière à représenter les intérêts de tous les quartiers; toutes les nuances de l’opinion républicaine y avaient leur part et même quelques places avaient été ménagées à des hommes de valeur qui, sans être républicains,n’avaient du moins jamais cherché à nuire à la République; de plus, toutes les positions sociales avaient leur représentant dans cette liste, qui comptait depuis le plus grand industriel de Guise jusqu’à un simple ouvrier, conseiller aux prud’hommes. Celte liste était donc dans toute l’étendue du mot une liste de conciliation.
- Toute autre était la liste réactionnaire. Dans celle-ci
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- ôtaient réunies toutes les personnes notoirement hostiles au régime politique que la France s’est donnée. Cette liste'ne comprenait guère que des candidats domiciliés dans le quartier riche.
- En outre, elle excluait tous les républicains à 3 exceptions près. M. Delorme.maire de Guise,l’un des hommes qui ont le plus mérité de l’estime de ses concit03'ens et que les Prussiens en 1870 emmenèrent en otage, M. Godin, qui est le vétéran incontesté de la démocratie de la contrée, d’autres hommes encore dont les services ne peuvent être oubliés sans ingratitude, ôtaient exclus de cette liste, liste exclusive au plus haut point.
- Voyant cela, les trois républicains dont les noms avaient été portés sans leur consentement sur la liste réactionnaire, protestèrent par affiche publique.
- L'impression fut profonde dans la population et il fut visible que la liste de conciliation allait passer compacte et que pas un seul des candidats de la liste d’exclusion ne serait nommé.
- C’est alors qu’une manœuvre imprévue et que nous devons taxer, pour rester dans les termes parlementaires. de peu correcte se produisit.
- Une nouvelle liste fut lancée, laquelle prenait tous les noms de la liste démocratique à l’exception de cinq auxquels elle substituait des candidats de la liste réactionnaire. Les exclus étaient les deux représentants de la classe ouvrière,jugés sans doute de trop basse extraction — les ouvriers sont bons pour payer l’octroi mais non pour juger de l’emploi de ses recettes. — M. Godin. le conseiller général de Guise, bien connu de tout notre département, et deux ingénieurs de son usine — les ingénieurs, paraît-il, n’ayant pas les capacités voulues pour remplir les écrasantes fonctions de conseiller mu nicipal d’une ville comme Guise.
- Cette liste, qui avait pour but de flatter certaines rancunes déjà anciennes et de les exploiter pour couper en deux le parti républicain,fut répandue avec une profusion inusitée.
- Mais ces lanceurs avaient compté sans le bon sens de la population ; ils en furent pour leurs frais, assez considérables du reste. Les Guisards, plus fins que I on ne croit, ont senti tout ce que cette exclusion avait d’immérité, d’injustifiable, et aussi tous les dangers qu’il pourrait y avoir pour l’avenir à partager le parti républicaiu alors que les divers partis réactionnaires donnent le spectacle de la plus touchante union.
- Une éclatante majorité a été acquise à la liste démocratique, 21 de ces candidats sur 23 ont passé, et il y a un ballottage.
- Les deux représentants de la classe ouvrière ont été les seuls à ne pas obtenir la majorité. Leur candidature s’est heurtée à ce vieux préjugé déclassés qui n’a plus sa raison d'être sous le régime républicain. Il n’y avait cependant rien que de très légitime, rien que de très équitable à réserver au Conseil municipal à des ouvriers 2 places sur 23, c’est à-dire moins du onzième, alors que les ouvriers composent à Guise plus des deux tiers de la population.
- U© dessèchement du 1 ac Fuciuo
- Le dessèchement du lac Fucino, dans les Abruzzes, est l'un des beaux travaux de notre époque ; il a été exécuté par MM. de Montrichar, Bernard et Brice, ingénieurs français, pour le compte du prince Torlonia de Rome. . ,
- Le lac Fucino est situé dans une plaine de o2 000 hectares de superficie, à une altitude de 668 m. Ses eaux ont couvert jusqu’à 23,000 hectares, dans les temps connus. On croit qu’aux époques préhistoriques l'entière surface de la plaine était couverte par les eaux.
- Le Fucino est un lac fermé, c’est à-dire qu’aucune rivière ne lui sert d’exutoire. De plus, le sol qui forme la cuvette est de nature argileuse jusqu’à une extrême profondeur. On a percé jusqu’à 18 m. sans constater de changement de nature.
- De la, des variations considérables dans le niveau des eaux du lac, lors des périodes de crue ou de sécheresse; c’est au point qu’elles couvraient 23,000 hectares ou 10,000, suivant les époques.
- Les riverains souffraient cruellement de cet état de choses. Jules César fut le premier qui se préoccupa des moyens d’y remédier en desséchant le lac. Il songeait alors à utiliser toutes ses terres au profit de la démocratie romaine qui demandait surtout du pain. Le poignard de Brutus l’en empêcha.
- Claude reprit le projet et en chargea Narcisse, son favori.
- Un excellent plap fut présenté et accepté. Il tendait à déverser les eaux du lac dans le Liri. au moyen d'un tunuel de 6 kiiom. ayant 10 m. d’ouverture.
- Narcisse fil exécuter l’ouverture par des entrepreneurs qui abusèrent du mandat qui leur était confié. Les 100 premiers mètres seuls furenl faits conformément au devis, puis la rigole se rétrécit, au point de ne pas dépasser 4 m. de section au lieu de 10 Néanmoins, le percement eut lieu et Claude lut invité à une première inauguration. Elle échoua parce que le niveau était de 5 m. trop élevé. Narcisse promit de réparer cette erreur et obtint grâce.
- La seconde inauguration fut des plus solennelles. On en fit une fêle maritime splendide. Mais les murs de soutènement des eaux croulèrent. Ce fut une épouvante indescriptible. Claude et la cour faillirent être engloutis. Narcisse fut définitivement disgracié.
- Trajan et Adrien restaurèrent en paitie l’ancien projet ; mais, au total, cette œuvre qui avait coûté 300 millions et employé 30,000 hommes, n’atteignit jamais son but.
- Jusqu’en 1816, où Afan de Rivoue, ingénieur napolitain, reprit la question ; on ne trouve que d’obscurs indices sur cette œuvre.
- Cet ingénieur fut chargé de la restauration parles rois de Naples, mais ne fit rien de sérieux, parce qu’il ne projetait que des demi-mesures.
- Les rois de Naples firent de 1825 à 1860 d’énergiques appels à l’industrie privée. Une compagnie se forma en 1851 ; elle n’aboutit pas. Ce fut alors"que le prince Torlonia, qui avait souscrit la moitié des actions, acheta le tout él fit venir MM. de Montrichar, Bernard et Brice, à qui il confia i’exécuiion de l’affaire, sur un plan tendant à construire un nouveau tunnel-de 20 mètres de section, au lieu de 10 qu’avait l’ancien.
- Ces magnifiques travaux qui ont coûté 45 millions et 11 ans de laborieux efforts. Les ingénieurs ont eu à surmonter des difficutés dë toute nature. Ces hommes travaillaient parfois à 100 m. sous terre et étaient constamment menacés d’être emportés par les eaux d’infiltration accumulées derrière d’anciens murs romains de barrage.
- MM. de Montrichar et Bernard étant morts au cours des travaux, M. Brice termina seul cette œuvre de premier ordre.
- Le résultat final, pour le prince Torlonia, a été la possession de 15,000 hectares d’excellentes terres, où il a fait construire 4,000 maisons de colons. L’ensemble lui revient en moyenne à 3,0J0 fr. l’hectare.
- Le plus beau résultat a été pour ces localités, dont les conditions morales et matérielles se sont grandement améliorées. De nomade qu’elle était et accessible au brigandage, la population est devenue sédentaire et très-attachée à la vie de famille.
- Le Directeur-Gérant : GODIN.
- Saint-Quentin — lmp. de la Société anonyme du Glaujor
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- ‘Le numéro letdomadaire 20 c. DIMANCHE 23 JANVIER 1881
- 4. ANNÉE, TOME 5 — N» 124
- Le Devoir
- BUREAU
- A GUISE (Aisne
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant Fondateur du Familistère
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- par renvoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France
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- S’adresser à M. LEYMARIE administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
- ERRATA
- Dans l’article que nous avons consacré au dessèchement du Lac Fucino, les noms des éminents ingénieurs qui ont accompli cet admirable travail ont été dénaturés à l’impression.
- Au lieu de MM. de Montrichar, Bernard et Brice, il faut lire MM. de Montricher, Bermont et Bris se.
- TRÉSORERIE GÉNÉRALE DE L’AISNE
- AVIS
- A dater du 1er Janvier 1881, le taux de l’intérêt des dépôts ou placements en compte courant sera élevé de 1 O/ô à 2 0/0.
- Les fonds reçus produiront intérêt pourvu qu’ils soient restés en dépôt pendant 15 jours au moins, au lieu de un mois.
- Les dépôts et les retraits peuvent être effectués à la Recette des finances de Vervins.
- SOMMAIRE
- L'habitation nouvelle et le palais communal. — La
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- nouvelle loi sur la presse. — Nouvelles du Familistère. — Faits politiques et sociaux. — Les syndicats professionnels. — Quatrième Congrès ouvrier. — Nouvelles diverses. — Le nouveau statut des écoles primaires. — Variétés.
- L’HABITATION NOUVELLE OU LE PALAIS COMMUNAL.
- XVIII (Suite).
- L’habitation unitaire, conçue d’après des plans analogues à ceux que j’ai précédemment esquissés, est en parfaite concordance avec les besoins de notre Société moderne. Elle satisfait pleinement à tous nos besoins actuels. Elle n’oblige personne à changer d’habitudes ni de manière de vivre. Elle ne modifie les conditions du logement que pour les améliorer et les rendre plus commodes et plus agréables à tout le monde adonné à la vie active et laborieuse.
- L’habitation unitaire ne se distingue, du reste, des constructions anciennes que par des dispositions générales plus étudiées, mieux comprises, donnant à la liberté et à l’initiative individuelles un nouvel essor, tout en se prêtant mieux au concert des intérêts, à la mutualité et à l’Association entre les hommes.
- Le palais d’habitation renferme, comme les maisons les mieux bâties de nos villes, des logements pour les diverses conditiops et les divers degrés d’aisance et de fortune.
- Ce qui caractérise l’habitation unitaire, c’est surtout que les moyens de communication entre les logements sont infiniment plus faciles et plus largement ouverts, et que ces logements sont plus indépendants les uns des autres que dans l’habitation telle qu’elle a été comprise jusqu’ici.
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- Quatre grandes entrées, une à chaque angle, donnent accès dans la cour, sur la rue intérieure qui borde les habitations du rez-de-chaussée, les boutiques, les magasins et les lieux de réunion.
- Quatre grands escaliers de deux mètres de largeur et dont les degrés larges et faciles n’ont pas plus de 15 centimètres de hauteur, s’élèvent de ces mêmes angles en pentes douces aux balcons de chaque étage. Chacun de ces balcons forme autour de l’édifice une galerie continue d’un mppre cinquante centimètres de largeur. Ces escaliers et ces galeries sont de véritables voies publiques, c’est-à-dire des voies communes à toute la population.
- L’habitation unitaire supprime ainsi cette multiplicité d’escaliers que l'habitation divisionnaire rend indispensables.
- En conséquence de leurs dispositions, ces escaliers et galeries de l’habitation unitaire sont indépendantes des appartements. Elles ont, en outre, l’avantage d’offrir aux habitants une circulation couverte dans toute l’étendue de l’édifice. Car, en temps de pluie, chaque galerie forme, abri pour l’étage inférieur, et le dernier étage étant couronné par une marquise générale autour de l’édifice, la circulation se fait ainsi à couvert partout dans le palais.
- La facilité et l’économie de temps que ces voies de communication présentent sont "faciles à apprécier, si on les compare aux inconvé-sniente qu’on éprouve actuellement dans nos villes avec le système de construction en usage.
- Par exemple, dans des maisons voisines, si deux personnes logées au quatrième étage ont besoin d’aller l’une chez l’autre, elles sont obligées de descendre les quatre étages de leur prppre demeure et démonter les quatre étages de la maison voisine, puis de recommencer -cette descente et cette ascension pour revenir -chez elles.
- Le palais permettrait, au contraire, d’aller aux cent logements d’un même étage sans descendre ni monter.
- Autres avantages. Non seulement l’habitation unitaire supprime cette multiplicité d’escaliers étroits et fatigants, en évite les dépenses de construction, en économise la place au profit des logements, mais encore elle acquiert; par
- ses dispositions mêmes un élément de sécurité qui lait défaut à la plupart de nos construc-tions actuelles. Tout le monde connaît les récits des scènes navrantes qui ont lieu dans les cas d’incendie de maisons à plusieurs étages, lors-que les escaliers étant envahis par la. flamme, les locataires sont dans l’impossibilité de sortir de chez eux et souvent condamnés à y attendre une mort terrible.
- Dans les palais d’habitation conçus d’après le plan que j’ai indiqué, jamais rien de seiïi< blabie n’est possible. Toujours l’habitant a la possibilité de sortir de chez lui par la galerie qui passe devant îa porte de chacun des logements et qui permet l’accès, en différents sens, aux divers escaliers du palais que jamais l’incendie ne peut atteindre.
- L’habitation unitaire, édifiée d’après ces principes, à d’ailleurs l’avantage inappréciable de posséder à tous les étages des fontaines distribuant l’eau sur différents points. Elle a, en outre, dans ses combles des réservoirs importants qui suffisent à tous les besoins. Avec ces ressources et avec les facilités d’accès que donnent les galeries pour porter des secours sur tous les points où il y aurait commencement d’in-f cendie, il n’est pas possible que le feu premier jamais des proportions sérieuses. Les palais) d’habitation de l’avènîr offriront donc ia sécu-jj rité la plus complète pour tout le monde. J
- L’édifice communal, réservé à l’éducation et à l’instruction des enfants du palais, contient des salles appropriées aux besoins de tous les ' âges, depuis la naissance jusqu’au jour où, l’élève passe aux écoles supérieures ou anj travail professionnel. Cet édifice peut, en outre! contenir les Conseils communaux, la bibiioi I thèque et les archives communales. jj
- En raison de sa destination particulière, ® l’égal intérêt que toutes les familles ont à soi usage, cet édifice est placé au centre de la cou| du palais, afin d’être d’un accès facile à tontes; les familles.
- Autour de ces salles communes, la cour es! plantée d’arbres ; elle offre ainsi des ombrages sous lesquels pendant lps récréations les élèves prennent leurs ébats^ eqns avoir rien i craindre de la circulation des voitures et der risques de la rue. Les bancs placés sous ce
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- m pgypnt
- ombrages offrent aux habitants un moyeu (Je repos, et permettent aux mères surtout de venir par les beaux jours prendre leurs enfants à la nourricerie? pour s’asseoir avec eux en plein air.
- il n’entre pas daps mon sujet de traiter ici jps qngstipn^ d’éducation et" d’instruction publique. Jp laisse au lecteur le sojn dq déduire lui-même les pyantage^ que dps salles placées ainsi qu milfeii* dqs pqiqiq de farfejlps présenteraient pour éleypr et instruire les enfants près des parents.
- Mais il importait à l’objet de ces chapitres de démontrer que les conditions dans lesquelles l’habitation humaine se trouve établie, exercent pme influence considérable sur le sort du peuple; que, par conséquent/les pouvoirs publics ne "doivent pas rester plus longtemps indifférent^ à pqtte importante question, lorsqu’il ts’qgjt4e quartiers neqfs à bâtir ; (qu’il Iqur appartient, au contraire, de favoriser l’expérience des utiles refermes à introduire .(fanes le mode de construction et par suite dans le modp de location des demeures.
- La raison publique comprendra un jour que les dispositions mieux étudiées de l’habitation et des ateliers de production sont un complément nécessaire à la complète alliance des progrès que réalise la Société actuelle, avec
- ‘yff F < ‘ s».'! . O •
- gçajX apxqqpls pspirp en vue de l’améliorn-tion du sort du plus grand nombre.
- P^r lp réfqrrne de l’habitation, l’instruction publiquje .^euyeru J.a ÿggp naturelle du complet fiSSer de j’e^eig:neu?eut,et du prqgrès physique intellectuel et moral des populations- En rqèfpp temps, par la réforme de l’atelier et la concpii-tration des puissances motrices, l’organisation du travail et de la production s’établira. Les ouvriers avec leurs directeurs se grouperont, s’uniront, s’associeront dans toutes les branches du travail, autour des moteurs communaux,, pour atteindre à la plus grande somme possible de résultats, au profit des coopéra-teu,r§, de xqêrpequ’au profit de la Société.
- Jtfen n’est plqs propre que l’habitation uni-(tafrp pour déwioutrer à quelles ressources, et à quels bienfaits fes hommes pourront atteindre, le
- SI
- ils se seront élevés au-dessus des vpes étroites de l’intérêt personnel, pour embrasser ips intérêts sociaux dans leur ensemble et les coordonner de façon à ce que le mécanisme social mette utilement en jeu toutes les forces et fasse à chacun la place qui est due.
- Le palais d’habitation dont ^e viens de donner une idée générale correspond pleinement aux possibilités de lq société moderne,. Çjn voit tpus le;s jours des Sociétés $e constituer pour des entreprises nouvelles bieq fnoins utijpg et bien moins digues d’attention que nç le serajpnt celles qui se donneraient pour objet de pepfec-tionner l’habitation, en l’établissant, comme jp l’ai indiqué, sur des plans mis en accord avec les besoins des services publics et propres à faciliter les rapports entre la consommation et la production.
- Ceux qui ont conçu et créé les grandes entreprises de chemins de fer, lesquelles ont pu pour résultat dp mettre les voyages rapides à la portée du pauvre comme du riche, ceux-lq ont fait une oeuvre utile. Geux qqiaujourd’hju saleraient unir les capitaux pour fonder {’hqhilatiQp unitaire, en la mettant en parfaite poqçprdance avec les besoins domestiques, les services publics et les besoins généraux du travail et de la production, feraient oeuvre plus remarquable encore. Godin.
- C A suivre.)
- ‘ ï. • ».?
- LA NOUVELLE LOI SUR LA PRESSE
- Le projet de loi sur la presse, à l’étude depuis deux ans, va être discuté $$ prppiier jour par la Chambre des députés, pe projpt est .loin., sans doute, d’être parfait, îqaip fef ,qq’il est, c’est une œuvre remarquable qt qqi constitue un progrès réel sur le passé. La Comruissipn qui l’q préparé, composée de 22 membres, était pré^i^ par 1VI. de Girarp din, dont on connaît les opinions ujtra-libérales sur la question. La Commission n’a pas suivi son président dans la voie de rab.gojil, mais elle s’est inspirée de son .libéralisme atpUp a pu se rendre ce témoignage que « la loi qu’elle apporte est, pour la presse, une loi d’affranchissement et de liberté. »
- jour où ils auront acquis la notion du bon
- Llle aurait pu ajouter : « et apssi d’égahte, » puisque, en supprimant tout cautionnement et toute
- gouvernement de l’intérêt général; le jour^qù j autorisation préalable, qlle permet à toute personpe
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- jouissant de ses droits civils de publier un journal politique, de sorte que le mot de Lamennais : « Silence au pauvre ! » ne pourra plus être , comme en 1848 , jeté à la tête du gouvernement républicain.
- Mais, ce dont il faut surtout féliciter la Commission, c’est d’avoir osé inscrire en tête de la nouvelle loi que toutes les lois antérieures sur la presse sont abrogées. Ces quelques lignes ont la valeur d’une révolution en jurisprudence. Il vaut la peine de les citer textuellement : « Sont abrogés, sauf les exceptions contenues en l’article 2, les lois, décrets, ordonnances, arrêtés, règlements, déclarations, articles ou dispositions généralement quelconques relatifs à l’imprimerie, à la librairie, à la presse périodique ou non périodique, au colportage, à l’affichage, à la vente sur la voie publique et aux crimes et délits commis par la parole, la presse ou tout autre moyen de publication. Ces matières ne seront plus soumises qu’aux prescriptions de la présente loi et des articles mentionnés en l’article 2.» (Suit l’article 2, qui, malheureusement, maintient, à titre d’exception, pas mal de dispositions restrictives, imposées par l’ancienne législation).
- L’article, dont on vient de reproduire les termes, emplace cette phrase# traditionnelle, sorte de cliché législatif mis à la suite de toute nouvelle loi :
- « Sont abrogées les dispositions antérieures, contraires à la présente loi. »
- Or cette vieille formule, chère aux procureurs et chicaneurs, en maintenant dans notre législation une foule de vieilles lois , fournissait des armes à tous les gouvernements qui ne se faisaient pas faute de fouiller dans l’arsenal de tous les régimes pour restreindre les libertés publiques. Elle permettait d’ailleurs à la jurisprudence des parquets et tribunaux les interprétations les plus arbitraires et laissait la porte ouverte à toutes les controverses.
- La Commission, en faisant table rase de toutes les lois, décrets, ordonnances, édits, etc., sur la presse, la librairie et l’imprimerie, dont quelques-uns remontent jusqu’à l’ancien régime, a donné un exemple qu’on ne saurait trop recommander à un Parlement animé d’intentions vraiment réformatrices. Combien il serait à désirer que l’on s’habituât à procéder désormais -ainsi et que la même mesure fût appliquée à tous les chapitres de nos codes. En abrogeant toutes les lois antérieures sur la matière toutes les fois qu’une loi nouvelle serait promulguée, on arriverait à réduire de 80 pour 100 le nombre de nos lois et il ne faudrait pas beaucoup d’années pour en simplifier si bien le labyrinthe inextricable — inextricable, au moins pour ceux qui ne font pas de la chicane et de la procédure une étude de tous les
- instants — qu’il serait bientôt possible de voir l’-adage de droit qui veut « que tout Français soit censé connaître la loi », devenir autre chose qu’une fiction juridique et une amère plaisanterie.
- Après cette excellente mesure, il y a lieu de constater que la nouvelle loi fait disparaître de notre législation une douzaine de délits qui étaient autant de chausse-trapes où les écrivains et les journaux risquaient à chaque instants de se faire prendre. Il est bon d’en donner l’énumération :
- 1° Provocation à la désobéissance aux lois ;
- 2° Outrage à la morale publique'et religieuse ;
- 3° Outrage aux religions reconnues par l’Etat ;
- 4° Infidélité et mauvaise foi dans le compte-rendu des séances des chambres ;
- 5° Infidélité et mauvaise foi dans le compte-rendu des cours et tribunaux ;
- 6° Attaques contre la constitution, le principe de la souveraineté du peuple et du suffrage universel ;
- 7° Attaques contre la liberté des cultes, le principe de la propriété et les droits de la famille ;
- 8° Excitation à la haine et au mépris du gouvernement ;
- 9° Excitation au mépris et à la haine des citoyens les uns contre les autres ;
- 10° Attaques contre le respect dû aux lois et à l’inviolabilité des droits qu’elles ont consacrés. Apo- f logie des faits qualifiés crimes ou délits par la loi pénale ;
- 11° Interdiction des comptes-rendus des procès pour délits de presse ; ;
- 12° Le délit de fausses nouvelles, tel que l’avait fait l’art. 15 du décret du 17 février 1852, est égale- ^ ment supprimé.
- Bref, à part la provocation aux crimes et délits et ; l’outrage aux bonnes mœurs qu’on ne saurait trop ' réprimer, à part aussi les outrages envers la Répu- [ blique, qui n’a pas besoin d’être ainsi défendue, à f part la personne du Président, le Sénat et la Cham- j bre des députés que les auteurs du projet ont cru — à tort selon nous — devoir protéger d’une façon j) particulière, tout délit de presse disparait en ce qui j: concerne les choses et les idées. Ii n’y a plus de dé- ' lits que contre les personnes et, par conséquent, | le domaine de la pensée se trouve affranchi de \ toute restriction arbitraire et de toute pénalité. C’est i là vraiment un grand, un immense progrès. Et si ; ce n’est pas encore la liberté complète, c’est du [ moins la dernière étape du chemin qui y conduit. \ Après cette justice rendue aux intentions de la | commission et au projet sorti de ses mains, nous ; serons fort à l’aise pour faire de ce projet une criti- [ que sincère en vue d’obtenir du législateur quelques j;
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- améliorations qui nous paraissent avoir une grande importance au point de vue de la morale publique et des intérêts sociaux.
- Ce sera le sujet d’un second article.
- Ch. Fauvety.
- NOUVELLES DU FAMILISTÈRE
- Organisation de l’association (Suite (1)
- « socié, sociétaire ou participant, sont constatés dans les « procès-verbaux des séances de réception sur uu livre « affecté à cet usage.
- « Le procès-verbal de réception est lu séance tenante ; « il est approuvé et signé du membre admis, ou, si ce « dernier ne sait pas écrire, mention est faite de son « empêchement.
- « Les procès-verbaux de réception sont transcrits et « signés sur trois registres déposés :
- « L’un entre les mains du Fondateur,
- « Le second dans les archives sociales,
- « Le troisième en lieu convenable pour être consulté « par les membres de l’Association quand ils le désirent.
- CONSEIL DE GÉRANCE
- Séances des 8, 9, 13, 18, 16, 23 et 30 décembre 1880
- Dans toutes ces séances le Conseil a procédé à l’admission de 469 travailleurs au titre de participants.
- Le dispositif du procès-verbal d’une des séances peut servir à toutes les autres.
- Nous relèverons donc simplement, pour exemple, celui de la séance^du 15 décembre.
- Ordre du jour s
- Suite des admissions au titre de participants.
- Présidence de M. Godin, fondateur.
- Présents : MM. André, Barbary, Dequenne, Fabre, Per-
- niu et Piponnier, membres du Conseil,
- Et les candidats réunissant les conditions d’admission au titre de participants et déjà agréés par le Fondateur.
- Après l’appel nominal, M. le président déclare la séance ouverte.
- Il expose que, conformément à l’article 99 des Statuts il va être procédé à l’admission par le Conseil de Gérance des candidats présents au titre de participants.
- II donne à ce sujet lecture des articles suivants des Statuts qui règlent les conditions d’admission, les droits et les devoirs des participants et, afin de préciser ce que l’adhésion aux Statuts comporte, il lit également la formule d’engagement transcrite, au présent procès-verbal, à la suite des dits articles :
- Article 10
- « Les conditions générales pour être admis dans l’As-« sociation à l’un quelconque des titres d’associé, de « sociétaire ou de participant sont :
- « 1° D’être d’une moralité et d’une conduite irrépro-« chables;
- « 2° D’adresser à l’Administrateur-Gérant une de-« mande d’admission, sur uDe formule délivrée dans les « bureaux de l’Association, laquelle demande doit cbn-« tenir tous les renseignements exigés sur le postulant ;
- « 3° De prendre connaissance des présents Statuts et « des règlements qui y sont annexés et d’adhérer ex-« pressèrent aux dispositions qu’ils renferment.
- Article 11
- ® L’adhésion aux Statuts et règlements particuliers, et
- * Rengagement d’en observer religieusement les dispo-
- * sitions, donnés par tout membre de l’Association, as-
- (1) Voir le Devoir, N° 121,123.
- Article 18
- « Les participants sont les membres de l’Association qui, outre les conditions générales énumérées arti-« cle 10, remplissent les conditions particulières sui-« vantes :
- a 1° Être âgé d’au moins vingt et un an et libéré du » service militaire dans l’armée active ;
- « 2° Travailler au service de l’Association depuis un « an au moins ;
- « 3° Être admis par le Conseil de Gérance et l’Admi-« nistrateur-gérant ;
- « Les participants peuvent ou non habiter le Familis-« tère et posséder une part du fonds social ;
- « Les conditions precrites n08 2 et 3 ne sont pas obli-« gatoires pour le membre appelé à la qualité de parti-« cipant en vertu des droits réservés au Fondateur par « l’article 12.
- Article 20
- « L’admission ou le rejet des postulants au titre de « sociétaire ou de participant est mentionné au procès-« verbal de la séance du Conseil de Gérance, avec indica-« tion du titre conféré ou refusé.
- « Les sociétaires et les participants sont inscrits, selon « l’ordre de leur admission, sur un registre spécial, en « deux listes distinctes.
- « 11 leur est délivré par l’Administrateur-Gérant un « diplôme constatant la qualité de sociétaire ou de par-« ticipaut, la date de l’admission et le rang d’inscrip tion « sur la lista spéciale à laquelle ils appartiennent.
- « Ce diplôme relate les conditions à remplir pour ob-« tenir et conserver le titre auquel il est délivré, les « droits que confère ce titre et les devoirs qu’il impose.
- Article 25
- « L'associé et le sociétaire conservent la liberté de re-« noncer à l’habitation dans les locaux du Familistère ; « mais en quittant le Familistère ils perdent la qualité a d’associé ou de sociétaire pour devenir simples partici-« pants (art. 18).
- « L’associé ou le sociétaire qui cesse à la fois d’habiter « le Familistère et de prendre part aux travaux « de l’Association, de même que le participant qui cesse « de coopérer aux travaux ne conservent que les droits « attachés a la possession des parts d’intérêt qui leur « appartiennent. (Art. 29 à 33).
- « L’associé, le sociétaire et le participant obligés de « s’absenter pour satisfaire aux lois du service mili-« taire dans la réserve ou dans ' l’armée territoriale, re-« prennent, en rentrant dans l’Association, leurs quali-« tés et rangs d’inscription, si cette rentrée s’effectue 1 « dans les deux mois qui suivent leur libération.
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- Article 26
- « L’associé, le sociétaire où Je participant peut perdre « sa qualité et les droits qui s’y rattachent pour l’uüe^ « dès causes ci-après :
- « 1° Ivrognerie ;
- « 2° Malpropreté de la famille et du logis gênante pour « le Familistère ;
- « 3° Actes d’improbité ;
- « 4° Inassiduité au travail ;
- « 5° Indiscipliné, désordre oü àétes de violence ;
- « 6° Infraction à l’obligatibn de donner l’instf uctioü aüx « enfants dont il a la responsabilité quelconque, (Règle-« ment, 3me partie, art, 99.).
- ÀbTiCLÉ 27
- « L’exclusion d’un assô'cié Üe peut être prononcée que « sur la proposition du Conseil de gérance prise à la üià « jorité des deux tiers dèS Membres du Conseil.
- « Elle ne devient définitive qu’après décision conformé æ de l'Assemblée générale, statuent à la majorité d’au « mo'ns les deux tiers dés membres présents.
- k L’exclusion d’un sociétaire ou d’un participant est « prononcée par le Conseil de gérance à la majorité des « voix.
- « Les exclusions sont notifiées par l’Administrateur-« Gérànt aux membres ex'dlus.
- Article 28
- « Le membre exclu, associé, èdciétâire ou participant, « passe daüs là catégorie dés simplès titulaires de parts « d’intérêt. Ses droits acquis au titra qu’il a perdu sont « arrêtés au jour de son exclusion, pour déterminer les « bases du dividende à fui revébir lors de la répartition * des bénéfices de l’année courante. »
- a Engagement
- « des membres de PAtSüoelaiiôn.
- « idoi.... (employé oü ouvrier) dàüS les établissements « delà Société du Familistère de Guise, Association dti « capital et du travail, sous la raison sociale Gbdin « et Cie.
- « Après avoir fait une lecture complète et atténtivëdeà « Statuts et dès réglements qüi y sont annexés,
- « Je reconnais que le but dë bëttë association est dë rôa-« iiser ié plus dé biën dé possible aü profit de beux qui « coficburent à l’œuvre commune et que, Conçue dans uü « esprit de solidarité et de justice, elle a pour objet de « réaliser la paix parmi les Pommés ;
- « Qué chaque membre de eelte Association doit agir « suivant les principes d’équité qui ont présidé à sa
- * fondation, et s’abstenir de toute action de nature à y k porter le troublé et la discorde.
- « Je reconnais enfin que, admis dans cette Association « èt appelé à y jouir des avantages pécuniaires et mort ràux qu’elle confère â ses membres, ii est juste que par « réciprocité, je travaille de tout mon pouvoir à sa pros-« pôritô.
- « Par ces ràisons, je prends aujourd’hui, en toute liberté
- • l’engagement d’honneur
- « De faire au profit de, l’Association un travail cousît cièncieüx et régulier* de veiller attentivement à ses « intérêts et de consacrer mes facultés à la recherche « des méyëhs propres à lui éviter des pertes et à lui faire k réaliser des économies ;
- « De me rendre utile à toutes les personnes attachées
- « à l’Association et de m’efforcer d’entretenir avec elles « des rapports bienveillants et obligeants.
- « De faire tous mes efforts pour faciliter la bofiné ëdü-« cation et l’instruction complète dë l’èüfâfibë $
- « De contribuer à rendre le séjour de l’habitation Sort ciétaire agréable à tous.
- « Enfin dé më soümettre aux Statuts, aux Règlements « et à toutes les décisions régulièrement prises par l’As-« sociation et, au cas où j e jugerais ne pas pouvoir m’y « conformer, de me retirer sans provoquer ni conflit ni « procès.
- « En foi de quoi j’oppose ici ma signature,
- « le. . . . . s f. i . . « . . . 5 . . .
- M.le Président signale ensuite que les candidats proposés au Conseil remplissent les conditions voulues, leur situation ayant déjà été examinée par des membres du Conseil et il donne lecture de la liste dps, candidats.
- Après l’admission par le Conseil, M. le pfesidëfit avant d’inviter les nouveaux adhérents à apposer leur approbation et leur signature au présent procès-vetbâl, insiste comme dans les précédentes sëabcës, sur îâ Solennité et les conséquences de l’engagement qüe chaqüë Mërfibre est appelé à prendre devant le Conseil dé gérâhbe et l’Assemblée ; engagement pài* lequel chacüfi àébeptê, en toute liberté et de bonnè foi, iéS âlatüts et règlements de l’Association et déclare vouloir s’y soumettre en toute circonstance.
- Un tél engagement comporte que toute prétention élevée en dehors du pacte social et contraire à ce pacte et qui ne serait pas soumise d’une façon régulière à l’examen et aux décisions des conseils, conformément aux règles gtatutairës, Sera, considérée comme une infraction aux Statuts et règlements et entrâiuéra. l'exclusion de ceux qui s’en rendront coupables, selon les prescriptions des articles 26, il et 28 des statuts.
- Ces observations faites, M. le président invite les nouveaux adhérents qui savent écrirë k approuvé? et â'signer le présent procès-verbal aux deux regisirës de réception. Ceux qui ne savent pas écrire adhèrent verbalement, chacun à son tour, devant le Conseil dej gérance et l’Assemblée, aux Statuts et Règlements de i’Associatiom
- Le présent procès-verbal est lu et adoptés *
- La séance est levée.
- Les ihèfabfes du Üènsaii: tï Prê&MèHï,
- Àis’DRÉ ; Bàrûary ; Dequexnë 'j
- Fabre ; Pernin ; PiPdNisdER. GODIN:
- Olük-.iJjtli, JL.
- FAITS POLITIQUES & SOCIAUX DE LA SEMAI®
- FRANCE
- Xj - _ - A. ij ^ ^
- , Le^élee^io»^ municipales eqmplémen-taires ont donné un, résultat de même nature que cëiüi dès élections générales.
- Cette Fois encoré, et un peu pâitbüt, b’est la Répqbli-que qui à triomphé, et même là République aVaUfeéë ; mais il faut se féliciter que be soit en même témps a République légale* résolue au dehors comme au, dedans* à ne rien brusquer, â se garder des aventures, mais à marcher de l’avant.
- A Paris le Conseil municipal se trouve composé des mêmes hommes Ou d’hommes de la üüance de ceux.
- Les radicaux du conseil actuel sont ceux .qui, dans le précédent, ont/voté contre le budget des culte£, pour la revendication des franchises communales, contre la préfecture de police telle qu’elle est encore constituée!
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- On a fait le total des voix obtenues à Paris par les candidats aux deux élections. Lés 57 collectivistes n’ont réuni en tout que 14,174 voix;. les candidats anciens métil' rès de là Ootühmnô 6,963, les 53 càb'didàts réactionnaires 40,897. en tout, 62,034. Si bu retranche ce chiffre des 259,943 électeurs qui ont pris part àu vote sur 391,402 inscrits, il rôstë 19t,70’6 Parisiens qui dût voté pour la Répdbiifjüô radicaié 'ridais légale.
- * *
- Appréetntionn de ta pressé. — Les dernières élections municipales Ont inspiré au Journal des j)èiaïs les réflexions suivantes :
- « La politique, en effet, né sè Compose pas uniquement d’idées absolues et de principes spéculatifs ; elle doit s’appliquer aux faits, ’âilx mœurs, aux circohstancqs, et ce û’eèt pas dans une vieille société qu’on petit bâtir sttlr table râsë. Or, ce qui nous paraît ressortir des dernières élections, c’ést la volonté bien clairement exprimée de la très graüdë ihajorité des Français d’établir un gouvernement régulier et fonctionnant pacifiquement.
- « Orà disait dernièrement fine le Régime actùël cherchait encore son tassement Eh bien t ïe tassement se fait lentement, progressiféinent. sysiém -tiquement, confine pour les édifice' qui é’otfi destinés à dürié’ri. Ï1 a commencé surtout depuis lé jour oü la royauté a abdiqué et S’est déclarée impossible, ht dü tous ceux qui voulaient l’ordre social et le véritable ordrè moral 6ht dû se ralliée à la République.
- « Ce que signifient les élections municipales, présage des élections générales, c'est que la République est désormais la loi. que 3’immense majorité du pays la tient pour l’incarnation de L'ordre-, et que les républicains éonl véritablement tes conservateurs. Ceux qui prennent le nom de conservateurs ne sont plus que les révolutionnaires. »
- Dans un autie article le même journal écrit :
- « Au point où n'dtis ën somthëé, il ne S'agit plus de ; dire: La Répub iquè sera éonservatrice, pu elle ne sera pas. » Qu’elle soit bti iié âoit pàë 'cdîisërVatHéè, elle.sérié. Le fiàys ié Veut : toutes lés dois qu'il a été interrogé, il a répondit oui, et il vient de le hépêter plus haut quë ja mais. »
- Â sob tour, la République, française ajoute :
- ..Dette observation du JourédC des ' Débats est grkvë, biais profondément juste.
- Elle est grafë, ën ce qu'elle abolit pour ainsi dire le mot célèbre de M. Thiers : La République sera conserva-trité, ou elle ne sera pas; dbntse servaifiil certains conservateurs attardés et résistàhtfe, pour faire en bore édifie â la République et fiotiri jèteri ëu> elle ta suspicion et la défaveur. Hais l'observation est juste, au point de vue de la réalité des faits. Il est p'arfàitëméüt exact que la France veut la République, sans avoir égard à telle ou telle dénomination dont il peut plaire à certaines per-sdünes deTâffubléh La République 'Aura, comme .lë dit en termes excellents le Journil des Débats, parce que la France l’a fondée et qu’elle la soutient connue son gouvernement défiuitif et nécessaire.
- fia formule fameuse de M ThierS a été tbise en avant à une époque où il s’agissait d’aedihiater laRépubiiqUe parmi nous.
- ... Ce mot a.eu son utilité po itique ; il ne l’a plus au-, JOurd'luil. Maintenant cë serait plÜè qu’ün embarras si l’on prétendait s’y teiiir.
- de 188S. - On s’occupe déjà, dans les régions gouvernementales, d’établir le budget pour 1 année I8H2, qdè là' Gbdtnbrè â Sa riëritrëë, troü^ëra sur sonburéàu, de façon à poüvoir l'examiner ët le disputer tout a loisjr èt ëfi temps utilë.
- Nous àvbns parlé des résultats magnifiques de l’exercice dè 1880.
- Les résÜltâts de cet exercieé s,erùant de base à l’éta blissemënt du budget dé 1882. le miniStrië des financés peut tàillèri éri plein iirâp : àùséi prdjldsé-t-il k là fois
- des dégrèvements d’impôts et des augmentations dë dépenses (30 à 3b millions environ.)
- Parmi ces dernières figurent6 millions pour l’instruction publique, qui portent surtout sur renseignement secondaire, trop négligé jusqn’iri : les classes trop nombreuses seront dédoublées*, de nouveaux lycées construits, de nouveaux cours établis.
- Le département de l’instruction publique, par eqUe augmentation verra donc son budget porté au chiffre déjà respectable de 70 millions.
- Pour apprécier la valeur de ce qui a élé fait en France, ces derniers temps, pour l’instruction publique à fous les degrés, il faut se rappeler que le dernier budget de l’empire ne lui consacrait, tant à l’extraordinaire qu’à l'ordinaire, qu’une somme d’environ 37 millions. Cette partie du budget a done â peu près doublé en dix ans.
- Une augmentation ne près de 6 millions au budget des postes permettra d’élever le traitement des facteurs, d'augmenter le nombre des bureaux de poste et de réaliser d'autres améliorations; . . ,
- Le ministère de* finances élèvera aussi le traitement de ses employés inférieurs* qui était resté hors de proportion avec les conditions nouvelles de la vie moderne.
- *.
- * *
- nflueiice de lîi ïfi *•&***?*? en ÏCidx*ïfijpMA; —
- On lit dans la Corr espondance pouUque 'de VuniCe :
- Uhe lettre que nous ëuv'die de Berlin une personne qui t eut ses informations dë bonne source* 'constate qu’a Berlin aussi on envisage cimme toujours plus fondées les espérances d’mi règlement pacifique.de la question gréco-turque. La situation précaire du ministère Glad-tone n’y au* ait pas peu contribué. Que ^e maintien de la paix . soit assuré par du ai fil trage ou d’une autre façon, ii u’importerait;. Une grande, part de mérité reviendrait en ceci à l’attitude dé ta France., .
- Le grand intérêt de la situaiiou iplomatique actuelle consisté dans le fait que la France met pour ainsi dire à Lepreuve, l’influence que peuvent exercer ses vœux.en Europe., tandis que l’Europe elle-même, de sou,côté ne demande pas mieux que de mettre a Lepreuve l’habileté et ia prudence de la Fiauee. L’on accorde vylon’lers et de. toutes parts à celles-ci la conduite de là politique européenne. . , , ...
- Revoir là France k ja tète de 3 Europe, cç serait iiôn-^ seulement une satisfaction pour , les Français, jn is' encore une occasion de donner à la France une preuve de consi aération et de confiance. La France u’inlervien-dra point eu favéur de la Grèce, si celle-ci persiste.a rester sur le terrain des propositions d’une conférence.
- *
- ¥ *
- dix Üitlitdtfï-fe.* — Le
- projét uë toi piépàré pstr le général Fane pfitir les di$-pëüsés dü sërvicé üiilitairë ën ce qui Concerné lës iüèii-tütéür's, les ècclésïâsliqdës, lfis membrep de rënsëignë-mënt public ën géilèrâi èt ied jeunes gèiis âë déstinkiit aüi carrières libérales,- a été appridfiVé pài* lë cëüsëii dès ministres sous réservé dé plusieurs mbdificationfi.
- Ainsi, iëé jeuhes gfiiis se destinknt ait sëWlc’è 'des buiiës qui, comblé on te sait, - dévriqnt ètrië désorimàis incorporés dans.ia seconde portion dû contingent, c’ëèt-à-dire Servir düriàiit Une ânnéë au pltis, sërpbt astreints à taire cette au née (le. service coipme iilfii;niiël,s.dàiiê lès hôpitàüx hfilitairëë; b’eët ùhe bbbsdqüênéë de iâ uis|)o-sitii»n du projet qui porte .qu’en temps de.guerri’é ées ieunës ëeciësiâstiqueè seridiit diÜpldÿéê 'd’àbs ie& afiabu-larices.
- LÜ priojét k été dë ülèmé inddifié éh -dë dtii cdübprine léù iibvicës des àfespciatüiilë riéligieuëe'é votféBs à l’enëëi-giièmerit : cës jëfilifes gëhs èt,alënt, d’àprèè lë prcijét primitif, incorporés dans la secondé fiéritioii dtl cdntin-géüt ën leur seule duâltt'é de novice. Lë ëo'risëïl à débidé gu ils devraiënt, polir être classés dalié cëttë BatègoHé, pdsséderi le brevet dè càpacitë et fifendrë rebgàyjëtneiit de scrivir dans une école publique Où dans unë école libre, désignée péri le tninistre, pëndant dix âns.
- Le projet, modifié dans ce sens par le ministéê Üë la
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- guerre, sera déposé Tun de ces jours sur le bureau de la | Chambre. *
- * |
- * *
- Un nouveau confrère. — M. Alfred Naquet vient de fonder un nouveau journal l'indépendant. Voici la position sociale que prend ce journal en face du socialisme.
- Si, par socialisme, on entend une tendance générale et généreuse au relèvement des .classes inférieures, si l’on veut exprimer par ce mot que l’on s’efforcera de donner une place de plus en plus élevée, déplus en plus noble au travail et de réaliser dans l’ordre industriel, comme la Révolution de 1789 l’a fait dans l’ordre agricole, l’accession graduelle et pacifique de tous à la propriété sans qu’aucun droit acquis puisse être sacrifié ni lésé, nous sommes résolument socialistes.
- Si, au contraire, par socialisme on entend exprimer Je désir de bouleverser tout ce qui existe, sans déterminer ce que l’on mettrait à la place ; si l’on aspire à je ne sais quel chaos d'où l’on espère que les éléments sociaux, mis en oeuvre sans directions et sans principes moteurs, feraient sortir un nouvel ordre de choses que l’on est impuissant à prévoir ; si môme on poursuit le rêve d’un collectivisme égalitaire qui supprimerait toute émulation et partant toute initiative individuelle, et qui, sous prétexte de mieux répartir les produits, en arriverait à supprimer la production, et généraliserait ainsi la misère qu’on se propose de supprimer, nous sommes les adversaires non moins résolus du socialisme.
- EXTÉRIEUR
- Echec de deux propositions d’arbitrage. — Le progrès se fait lentement. Les idées nouvelles ont de la peine à percer. Les pratiques qui nous restent des temps de.barbarie sont plus puissantes que les conceptions d’une civilisation plus avancée.
- Nous venons d’en avoir coup sur coup deux exemples dans la même semaine. Des propositions d’arbitrage international ont échoué dans deux régions bien distantes l’une de l’autre : dans l’Orient de l’Europe et dans le midi de l’Amérique.
- Le Sultan a répondu par un refus à la suggestion d’un arbitrage de puissances neutres sur la question des nouvelles frontières grecques. Il demande à y substituer une conférence diplomatique qui se tiendrait à Constantinople,
- Ainsi le pays qui représente au plus haut point en Europe l’ignorance, la barbarie et la superstition — sans parler de la corruption administrative — va encore une fois faire courir à l’Europe le risque d’une guerre. Ah ! les générations modernes paient bien cher l’oubli de solidarité internationale commis il y a 5 siècles par les peuples de l’Occident. Que de sang aurait été épargné si l’Europe avait ôté unanime à défendre son territoire contre les barbares de l’Asie. Et nous sommes loin de voir la fin de cette question, car tant qu’une partie de l’Europe restera sous le joug turc, la question d’Orient se réveillera de temps à autre.
- L’arbitrage international proposé eut ajourné toute nouvelle complication. Cet arbitrage étant repoussé on peut s’attendre à tout.
- Un échec du môme principe est à signaler dans l’Amérique méridionale.
- On sait que les Chiliens sont arrivés aux portes de
- Lima.
- Les conditions de paix formulées par le Chili et qui impliquaient, avec une contribution en argent de 20 millions de piastres, une importante cession de territoire, ont été, il y a peu de jours, formellement repoussées par la Bolivie et le Pérou, malgré l’intervention bienveillante des Etats-Unis.
- Une contre-position consistant à s’en rapporter à l’arbitrage des Etat-Unis a été repoussée par le Chili. L’impossibilité de s’entendre devenant évidente, le représentant des Etats-Unis, M. Osborne, a déclaré la conférence terminée, en exprimant ses regrets de l’insuccès de la médiation.
- IRLANDE
- Lettre die M. Parncll. — M. Charles Parnell a adressé la lettre suivante aux principaux membres du parti du home mie :
- L’amendement que le parti proposera à l’adresse eu réponse au discours du trône me paraît offrir une bonne occasion pour provoquer une discussion sur l’agitation agraire et sur la situation générale en Irlande. Ce mouvement, comme vous le savez a été l’objet d’un grand nombre d’inferprétation injustes et la question agraire ne saurait être convenablement examinée avant que ses interprétations n’aient été réfutées. Je vous serai donc obligé de vouloir bien vous tenir prêt à parler sur cet I amendement. I
- L.es points sur lesquels nous pourrions porter notre attention sont le nombre de crimes annoncés n’ayant eu d’existence que dans l’imagination de ceux qui les ont inventés, et la façon injuste dont on a interprété les vues et les discours des chefs du mouvement. J’ai pris mes mesures pour obtenir des renseignements à ce sujet ainsi que sur les loyers exagérés exigés dans plusieurs contrées, la position malheureuse des cultivateurs et les autres circonstances qui ont provoqué le mouvement et en ont augmenté la force, et je mettrai ces renseignements à votre disposition avant le commencement de la session. Je vous serai très obligé si, de votre côté, vous pouvez obtenir quelques renseignements supplémentaires d’autres sources d’information.
- a
- * *
- Les pouvoirs exceptionnels que le cabi- i net anglais réclame du Parlement, en vue de réprimer l’agitation irlandaise sont les suivants : La suspension de Yhabeas corpus.
- La suspension du jury en matière criminelle.
- La première disposition a pour but de permettre au gouvernement d’arrêter administrativement et sans recourir à l'autorité judiciaire, les chefs de la Ligue et en général les individus reconnus dangereux, mais contre lesquels ou ne peut recueillir des preuves suffisantes pour les poursuivre selon les formes légales.
- Quant à là suspension du jury,c’est une mesure grave qui s’ahrite sous cette excuse que la situation du pays r ne permet pas de trouver un nombre suffisant de jurés \ et surtout de les trouver dans un état d’esprit nécessaire ï à une justice impartiale. |
- Est-on sûr que les tribunaux qui leur seront substi- [ tués seront davantage impartiaux. £
- Ces deux mesures seront complétées par l’interdic- .. tion aux particuliers de porter des armes.
- Ainsi le gouvernement wich qui s’était jusqu’ici montré l’ennemi déclaré des mesures d’exception, va affron- . ter les railleries de ses adversaires, les colères de ses . anciens alliés et porter la main sur quelques-unes des * libertés les plus chères a.i peuple anglais. t
- Pour peu que le gouvernement persévère dans la même voie, l’Angleterre, dans ses procédés à l’égard de l’Irlande, cette île-sœur, comme la nomment les politi- \ ciens hypocrites des Westminster, n’aura plus grand ; chose à envier à la conduite de la Russie envers la i. Pologne.
- Il est pénible de voir un homme de la valeur de M. \ Gladstone compromettre ainsi comme à plaisir la haute : considération qu’il s’était si justement acquise. j
- * ¥
- Le» conditions*» de la sécurité publique ' en Irlande vont s’aggravant chaque jour. Il a fallu, dans ,r une localité, toute une armée pour permettre à un huissier de signifier à lin tenancier soh éviction de sa ferme; encore a-t-on dû s’y reprendre à deux fois. Ailleurs un | courrier a été arrêté et pillé ; c’est à se croire revenu ; aux jours où Jacques II était obligé d’attendre que la » route fût sûre pour se rendre de Kinsale à Dublin. «
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- BELGIQUE
- Dirision des socialistes amenée parle» réTolntionnaires. — Un journal sérieux qui, défend depuis trois ans, avec un talent très réel, la cause des travailleurs belges, la Voix de l’Ouvrier, est depuis quelque temps l’objet des vives attaques des révolutionnaires de la Révolution sociale de Paris. •
- Voici quel est le résultat de ces attaques :
- « Le Borinage qui, il y a un an, dit la Voix de l'Ouvrier, comptait vingt mille ouvriers organisés far nous, commence à se diviser. Un de ces jours, en reconnaissance de cette belle œuvre, les directeurs de charbonnages enverront de beaux bouquets à ces fameux révolutionnaires.'. . en paroles. »
- ALLEMAGNE
- Un fait inattendu.
- Malgré tous les efforts de la ligue antisémitique, c’est un juif, M. Strusmann qui a été réélu président du conseil municipal de Berlin, par 97 voix sur 120 votants.
- TRIPOLI
- Scandéle». — La régence de Tripoli de Barbarie est, comme toutes les autres provinces soumises à la dominatian ottomane, en proie à uue vive agitation. Ce qui surtout y a donné naissance, c’est la façon arbitraire et barbare dont les commissaires turcs réclameut et perçoivent les contributions.
- Un contribuable doit-il, par exemple, une livre turque (22 fr.) ? Les percepteurs, pouf se mettre à l’abri de toute non-valeur et pouvoir distribuer à leurs protecteurs les pots de viu auxquels tout fonctionnaire ottoman est assujetti, demandaient ordinairement le double et souvent le triple de cette somme. Ces exactions ne sont pas nouvelles sans doute, mais jamais elles n’avaient été aussi rigoureusement appliquées.
- Aussi, quelques individus ont essayé de s'y soustraire, mais mal leur en a pris ; les commissaires ont fait arrêter les plus riches des récalcitrants, et, après les avoir enroulés dans des filets, les ont ainsi exposés aux ardeurs du soleil et aux fraîcheurs des nuits, sans leur donner une bouchée de pain ni une seule goutte d’eau.
- Gomme bien on pense, ces malheureux n’ont pas résisté longtemps a cette torture ; mais ia mort ne les a pas libérés, au contraire. N’ayant plus à compter avec eux, les harpies du fisc ont mis la griffe sur leurs propriétés et ies ont déclarées confisquées, sans même laisser de quoi vivre aux femmes et aux enfants des morts, qui se trouvent ainsi réduits à la plus affreuse misère. .
- A la nouvelle de pareilles abominations, un certain nombre d’habitants de la Régence se sont réfugiés dans l’intérieur et forment un petit corps de révoltés qui s’accroît de jour en jour. Ce corps a mis à sa tête Aboul Gé-til, un Berbère issu d'une des meilleures familles du pays, lequel a fait le serment d’Annibal et pourrait bien donner de la tablature à la Porte, si, comme on le dit, son intention est de s’emparer de Tripoli et de proclamer l’indépendance de la Régence.
- Une dépêche d’Alger au Petit Marseillais confirme ces nouvelles dont la gravité ne saurait être niée, en raison de la fermentation qui règne sur les côtes méditerranéennes.
- « A la suite des cruautés commises contre les Arabes de Tripoli par les commissaires chargés de percevoir les impôts, les provinces d’Imschillata et de Sleten se sont révoltées et menacent de venir attaquer la ville de Tripoli. Le gouverneur de la province vient d’envoyer un corps de troupes contre les insurgés. »
- ÉTATS-UNIS
- A.H Oongfrès. — A la première séance du Congrès, immédiatement après la lecture du message pré -sidentiel et pendant que la Sénat se donnait vacance pour la journée, la Chambre des représentants s’est dis-
- tribué de la besogne pour une bonne partie de la session ; en effet, il n’a pas été déposé moins de trente-un bills.
- Un représentant démocrate a proposé de réduire le traitement du président, actuellement de 50,000 dollars, à ce qu’il était jusqu’à la dernière présidence du général Grant, c’est-à-dire à 25,000
- Bien que cette proposition parte d’un représentant de l’opposition elle ne peut manquer de réunir beaucoup de partisans.
- Eu effet, aux Etats-Unis, où l’on a des mœurs républicaines et aucune tradition monarchique, on a toujours vu avec mauvais œil l’élévation du traitement du président. On trouve que 25,000 dollars, c’est-à-dire un peu plus de 125,000 sont une somme très raisonnable et que la dépasser c’est donner au président une véritable liste civile.
- Que nous sommes loin en France de ces idées profondément démocratiques.
- Deux de nos ministres touchent à eux seuls autant que touchait Lincoln et cependant la France est moins peuplée que les Etats-Unis et l’argent y a plus de valeur.
- ANGLETERRE
- Une» grève de mineurs. — Le 17, 400 houilleurs grévistes de Wigam et du voisinage se sont rendus au puits de Downall-Grenn, où les ouvriers travaillaient toujours, d’après un arrangement conclu entre eux et les propriétaires de la mine.
- Les grévistes ont sommé le directeur de la mine de faire remonter les mineurs ; celui-ci a refusé.
- Les grévistes ont alors forcé eux-mêmes les travailleurs a quitter la mine et les ont maltraités.
- Vingt agents de police sont accourus au secours des ouvriers du puits.
- Une lutte violente s’en est suivie.
- Les grévistes étant bien supérieurs en nombre, la police a dû battre en retrait *, laissant quelques hommes blessés grièvement.
- Depuis lors, la grève des mineurs du Lancashire s’est aggravée.
- Sur 60,000 ouvriers travaillant dans les mines de houille, on compte actuellement 50,000 grévistes-
- La question irlandaise. — La première escarmouche au sujet de l’Irlande dans le Parlement anglais s’est terminée par le rejet par 435 voix contre 57, de l’amendement à l’adresse proposé par M. Parnell.
- ' LES SYNDICATS PROFESSIONNELS
- Le Ministère a soumis à la Chambre des députés un projet de loi relatif à la création des syndicats professionnels. Ce projet a été renvoyé à une commission qui a élu M. Floquet pour son président, et qui, dès le jour de son entrée en fonctions, s’est montrée résolue à pousser activement ses travaux afin d’obtenir à bref délai un résultat.
- Les commissaires paraissent presque tous favorables au projet ministériel dont ils demandent même l’extension.
- La commission entend les dépositions des personnes qu’elle croit le mieux qualifiées pour l'éclairer. L’heure nous parait donc opportune pour nous occuper de cette question.
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- LE DEVOIR
- On entend par Syndicats professionnels ou Cham \ bre$ syndicales'àe* groupements de personnes atta- | chées aux intérêts d’une même industrie, soit d'ou- I vrieës entre eux soit de patrons entre eux,soir, d’ou- I vriers et de patrons. !
- La loi proposée par le ministère permet Oes trois genres de combinaison, et c’est en quoi elle est supérieure â celle proposée en 1876 par M. Lookrdy, laquelle ne prévoyait pas les syndicats mixtes de patrons et d’ouvriers.
- Aujourd’hui, malgré la loi qui interdit toute association de l’un de ces genres, il existe des chambres syndicales de patrons et des chambres syndicales d’buvfrierë.
- Les chambres de patrons se proposent :
- « l°De prêter leur concours aux tribunaux en qualité d’arbitres.
- « 2° Déjuger, à titré d’âmiâblés compositeurs tous les différends qui leur sont soumis directement par lespârtiesi
- fa 8° D’étudier et d’examirieë toutes îfes questions qui intéressent les groupés que ces chambrés représentent, et qui leur sont proposées par uh ou plusieurs dés membres desdits groupes, ou renvoyées soit par le syndicat général, soit par le directeur », (1).
- « Chaque chambre syndicale a sous sa juridiction les branches de commerce et d'industrie gui concourent à sa constitution » (2)
- Les chambres d’oùvrieH ont pour objet
- * La défense des intérêts industriels communs à tous leurs membres.
- « Elles peuvent en Outré s’occuper de la çréatibn des caisses de secours mutuels pour le cas de chômage ou de maladie, dé caissé,- de retfa tés, de rétablissement d’atëlier de refuge, de magasins pour la vente et la réparation d’outiis, dp l’organisation de sociétés cooperatives » (3^ enfin remplir pour leurs ïüëmbrëg i’ofhce de bureaux dé placement.
- Quant au syndicat professionnel mixte nous n’en coiràâîêsbns (jn’ün sèüi exemple dans notre pays, et encore ne sommes nous pas certain qu’il existe encore à ce jour, c’est le Conseil mixte de la pape tene de P'àPis:
- . La mission de ce conseil, dit s,an acte de constitution, est « de concilier tout différend qui pourrait S’éléVèi', â raison du travail, entée un patron ét lin ouvrier, et serait Vdioritairenient pdrt'e devant lui, fuyant tout recours à la juridiction des prud’hommes. En cas de conflit entre le groupe entier des ouvriers è’t fcèltti tleS patrons, \è éoüs'éii mixte devi*a tenter tous lès efforts pour rétablir ta bUnhë entérite et prévenir les grèves.., La chambre syndicale du papier s’occupe depiacér les ouvriers en chômage. » (4)
- Ces êÿndiëkts pPbfèÜsiOiihëfé n’ëiistënt que pdr
- (1) Statuts <fe l'Union nationale du commerce et de l'industrie dans l’àsSerhblée géhérdlë dli 1$ fê^Hér lél»Ô.
- (2) Art. 13 des mêmes sttitiit*.
- . (6) Article 3 du projet (je toi présent à la (l'iainbre des députés pUr M üd. Lockroy, le 4 Juillet 1876: '
- (4i Voir le document publié par M A. Üésmoülni daûà Iè ËüÜëtitl , du mouvement social du 1*' août 1874. v I
- tolérance du gouvernement. Deux textes de loi les condamnent de la maniéré lapins formelle»
- Oëst d’abord l’art. 291 du code pénal qui interdit toute association composée de plus de 20 personnes, c’est ensuite la loi du i.4-17juin 1791, laquelle dit :
- Art. 1er. — L’anéantissêmëht de toutes espèces de corporations de même état et profession étant l'une des bases fondamentales de la constitution française, il est défendu de les rétablir de fait, sous quelque prétexte et quelque forme que ce soit;
- Art. 2. —* Les citoyens d’un même état, ou profession, les entrepreneurs, ceux qui ont boutique ouverte, les ouvriers et compagnons d’un art quelconque ne pourront, lorsqu iis së trouveront ensemble, se nommer ni president, ni secrétaires, m syndics, tenir des registres, prendre des arrêts ou délibérations, former des reglements sur leurs prétendus intérêts communs.
- « Il est interdit aux corps municipaux ou administratifs de recevoir aucune adresse ou pétition sous ia dénomination d’un état ou profession. Et si, contre les principes de la liberté de ia Constitution des citoyens attachés aux mêmes professions, arts et métiers, établissent entré eux un accord pour le prix dé leurs travaux, leurs déclarations sont déclarées inconstitutionnelles, attentatoires à la liberté et à la déclaration des droits de i’homme. »
- Oh rie saurait être plus explicite.
- Eh bien, maigre cela, les Chambres syndicales fonctionnent. Il semble que l’Etat ait honte des armes dont U peut disposer contre elles : il hésité à s’en servir; c’est qu’il sent ifës-bîërt tout Ce que c'éé lois ont de suranné, de contraire à nos mœurs contemporaines, d'inconciliable avec i’ëxtéüsion que le travail a prise de nos jours.
- Malgré i’intefdictibh qui lui eri ëst faite il a ppis en considération à maintes reprises les démarches des syndicats dé patrëiis ; lés ihihistrës du êdmmeécô ou des finances ont éu plusieurs fois des relations avéb ces syndicats ; ils oht été écohtés lors de l’én-quête ’du tarif des douanes ; l’Etat s’est concerté avec ëüx lorsqu’il s’ëst agi d’organiser Une Section française à i’expbsiikm de Melbourne. Par ces divers rapports, l’État a implicitement reconnu l’existencë dés syndicats de patrons.
- Il n’eü a pas été tout à fait dé mêiüe à l’égard dés chambres syndicales ouvrières; L’Etat; jusqu’ici, sans aller jüsqu’â les interdire, s’ëst refuSë â prendre en considération iëürs démarchés. Les pétitions qu'elles. présentent sont reçues comme ëmahdnt de leurs signataires en qualité dè citoyens, mais non commë ayant un caractère collectif Quant à la déposition déè syndicats ouvriers aùi enquetès ufSçiëÜed il n’en a jamais été question.
- C’est une. inégalité qüe riëii ne légitime. Et malheureusement ce n’est pas la seule inégalité en cette matière.
- L’Etat s’est de plus eohstatnmént Opposé à de que
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- les syndicats ouvriers se fédérassent ensemble. L'année dernière encore des ouvriers ont été poursuivis et condamnés pour avoir tenté une fédération de ce genre. Et cependant les fédérations des chambres patronales fonctionnent au grand jour sans être inquiétées. Il y a, rien qu'à Paris, deux puissantes fédérations de patrons : l’une dite Union de la Sainte Chapelle comprend les syndicats de 11 professions relatives au bâtiment, l’autre dite Union nationale du commerce et de l industrie comprend 70 chambres de professions variées. Une vingtaine seulement de syndicats de patrons restent en dehors de ces fédérations.
- Et cependant les ouvriers auraient plus besoin de syndicats professionnels que les patrons En effet les patrons d’une même profession sont en petit nombre; ils se connaissent ou tout au moins ont les adresses les uns des autres ; il leur est toujours facile de se concerter. En est-il de même pour les ouvriers ? Pas du tout. Leur grand nombre, leur dispersion, leurs fréquents changements d’atelier, les empêchent de se connaître et de pouvoir se concerter. S’ils n’ont, pour grouper ou soutenir leurs intérêts, des liens librement acceptés, des responsabilités librement partagées* ilà se trouvent désarmés et à la merci du capital, de ce tout puissant capital en faveur de qui àotit fâitéé tôütës les Idis.
- Il est donc nécessaire qùe ces inégalités dans l’ap-pliftàtioh dé la loi prennent fin.
- tci üotiS devons faire tmë réserve :
- fei la loi propcfsée Së bornait siihplehiëht à tlohnë? qualité légale à des syndicats de patrons et à des syndicats d’ouvriers, ëotbme c’était le cas du projet Lockroy, on courrait le risque de donner une armé nouvelle àttx tendances d’hostilité qui divisent trop souvent les patrons et les ouvriers. En acccordant une large liberté on évite ce péril. La division actuelle des syndicats en deux camps opposés tient surtout au caractère illégal, irrégulier, de ces associations. Toutes les bonnes intentions dont le libre développement est entravé, dévient. Dans un régime de liberté les choses finissent par s’arranger pour le plus grand bien de tous. Ce qui pourrait être tramé, s’il en reste dans l’ombre, ne peut plus l’être si tout se passe au grand jour. Du jour où la loi aura reconnu aux ouvriers les mêmes droits qu’aux patrons, un pas immense sera fait dans la voie de la conciliation dré ces deux classes.
- Donnez la liberté complète et Vous verrez s’organiser des syndicats mixtes dans le genre de celui de là papeterie,
- Les syndicats professionels sont un premier pas dans la voie de l’organisation du travail par les travailleurs, patrons ou ouvriers. Ces syndicats sont appelés à avoir une portée sérieuse sur les conditions futures du travail, et selon la manière dont les choses seront engagées, ces conséquences peuvent être fécondes ou regrettables. Ils peuvent être comme un pont jeté sur l’abîme qui se creuse chaque jour davantage entre le patron et l’ouvrier. Ils peuvent même être comme une transition entre l’état actuel du travail dénué de toute organisation et un état meilleur où le travail serait organisé de manière à concilier tous les intérêts.
- La vraie mission des syndicats professionnels devra être de tendre à établir l’entente et l’accord entre les ouvriers et les chefs d’industrie et à régulariser la production dans toutes les branches de l’activité humaine de manière à éviter les encombrements et par suite les chômages,, ,t
- Ce travail d’organisation, l’Etat est incompétent pour le faire. S’il le tentait, il le ferait mal. Le seul rôle qu’il ait à remplir à cet égard c’est de donner aux intéressés la liberté qu’ils n’ont pas.
- La loi de 1791 était excellente, ’précieuse à l’heure où elle vit le jour. Il importait d’empêcher la résur-surrection des maîtrises et des jurandes, de ces institutions tyranniques qui donnèrent iieu à de si innombrables et si révoltants abus. Il était impér rieusement nécessaire de mettre à l’abri des réactions dissimulées, de la prévention qui entoure toujours les choses nouvelles et surtout de la malveillance de ceux qui s’étaient vu arracher leurs privilèges, cette grande conquête, toute récente alors, la liberté du travail.
- Tant que les circonstances qui ont présidé à la formation de cette loi ont. duré, son action a été salutaires, Du jour où ces circonstances n’existèrent plus la loi n’eut plus lieu d’exister, Les circonstances actuelles sont tellement à l’antipode dé celles de 1791 que la loi d’alors, si on l’appliquait strictement aujourd’hui ne pourrait produire que des malheurs. Il en est des lois de circonstance comme de ces médicaments qui sont précieux pour le malade) que le convalescent peut encore supporter, mais qui compromettraient la santé de l’homme bien portant si on avait la sottise de les lui administrer.
- Nous savons bien ce que l’on peut nous dire: « Les chambres syndicales existent de fait ; le régime de tolérance qui les a régies jusqu’ici peut encore les régir; il n’y a pas lieu d’y rien changer ».
- Erreur: Il importe aux associés que leurs syndicats
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- sortent du régime discrétionnaire pour entrer dans le régime légal. Il leur importe surtout qu’ils aient une personnalité juridique. O’estlacondition sinequanon de leur succès. A défaut de cette forme légale, la propriété commune est réputée appartenir à chaque associé pour partie et chacun d’eux est en droit d’en demander*partage quand bon lui semblera. Qu’un caissier infidèle vole la chambre syndicale, il ne peut être poursuivi : la justice n’admet pas qu’un crime peut être commis au préjudice d’une personne ou d’une personnalité qui n’existe pas.
- N’est-il pas évident qu’en de telles conditions, les chambres syndicales ne peuvent prospérer ?
- C’est parceque les syndicats ont conscience des inconvénients de leur situation illégale qu’ils demandent si ardemment et depuis si longtemps leur reconnaissance légale.
- A maintes reprises on les a accusés de rêver le rétablissement, des corporations fermées, du monopole à leur profit. Rien n’est plus faux que cette accusation. Ce qu’ils demandent, c’est le droit légal de constituer des associations ouvertes, où chacun pourra toujours entrer, dont chacun pourra-toujours sortir et à l’écart desquelles chacun sera toujours libre de rester.
- C’est à l’égard des ouvriers surtout qu’existe cette injuste prévention. Elle repose sur la confusion que l’on fait toujours entre les déclarations de certains orateurs et les aspirations de la classe ouvrière.
- Il faut avoir une bien piètre idée du bon sens de cette classe ou être bien peu au courant de ses sentiments de justice et de liberté pour croire qu’elle en est encore à rêver un régime de monopole. Elle sait parfaitement qu’elle serait la bête de somme d’un tel régime.
- Loin de demander le rétablissement d’entraves à la liberté du travail, les syndicats professionnels s’opposeront à toute tentative dans ce sens. Leur intérêt bien entendu le leur commande.
- Et d’ailleurs voulussent-ils ce rétablissement — et nous sommes certains qu’ils ne le voudront jamais — le voulussent-ils qu’ils ne pourraient l’obtenir.
- D’abord il y a le droit commun, l’article 416 du Code pénal, qui punit toute atteinte au libre exercice du travail. Ensuite il y a cette puissance bien autrement effective que les prescriptions du Code : l’état des mœurs.
- Non, la société contemporaine ne peut s’adapter à .un régime de corporations fermées. Les aspirations des peuples, et plus particulièrement celles de la classe ouvrière, ont pour objectif suprême la liberté. Aucune classe ne nourrit dans son sein, à un degré aussi élevé que la classe ouvrière, l’aversion et
- l’horreur pour les iniquités du passé. Et c’est quand de tels hommes réclament au nom de la liberté le droit de s’associer entre eux qu'on leur constesterait ce droit ou ne leur accorderait qu’en partie, sous prétexte qu’il ferait obstacle à la liberté ! Mais de qui ne faudrait-il pas se défier, si ceux qui de tout temps ont été les défenseursde la liberté, si ceux qui ont lutté, souffert, versé leur sang pour elle doivent être soupçonnés d’être ses ennemis ?
- Ces préventions ne sont pas fondées, on a toujours tort de se méfier du fonctionnement de ce qui est juste : l’injustice seule est à craindre. Il n’est aucune liberté qui, à l’heure de son apparition, n’ait été taxée de brandon de discorde. Que n’a-ton pas évoqué autrefois contre les libertés dont nous jouissons aujourd’hui, libertés auxquelles nous ne voudrions plus renoncer. Eh bien ! il en sera de même pour la liberté d’association professionnelle 1 On commenco par annoncer quelle entraînera malheurs sur malheurs, on ne tardera pas à reconnaître qu’elle est un réel bienfait.
- Ed. Champurt.
- Les réfractaires en Alsace-Lorraine
- En 1878, sur 40,833 jeunes gens faisant partie de la classe (nés en 1858 ils n’avaient que douze ans lors de la cession de l’Alsace-Lorraine). 4,822 seulement ont comparu devant l’autorité militaire, 9,580 ne se sont pas présentés, 3,981 ont été condamnés par contumace pour avoir émigré sans permis, 1,758 se trouvaient sous le coup de poursuites judiciaires pour le même motif, et enfin 4,241 autres avaient si bien disparu que la police en a perdu toute trace. Pour 1879, il eu est de même : sur 40,874 appelés, le nombre des recrues dont le séjour est resté inconnu s’élevait à 10,101 ; 3,869 jeunes gens avaient émigré sans autorisation et 4,628 hommes seulement ont pu être incorporés. Et même parmi ces derniers, combien n’en est-il pas qui ne renoncent à fuir que pour ne pas ruiner leurs familles par les amendes qui sont la peine de l’insoumission ?
- {Revue, des Deux-Mondes).
- QUATRIÈME CONGRÈS OUVRIER (1)
- VIII
- Création d’une presse ouvrière.
- Les délégués se sont fort bien rendu compte qu’un groupe parlementaire ne peut avoir quelque influence que s’il dispose d’un organe de publicité dévoué à ses idées.
- Pour arriver à un résultat pratique, dit le citoyen Levé, il est indispensable de créer un organe ouvrier, qui rendrait un réel service, non seulement au point de vue politique, mais aussi et surtout au poinj de vue de l’étude des questions sociales.
- (1) Voir nos numéros des 38 novembre, 5, 19 et 36 décembre, 2, 9 et 16 janvier.
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- Il solidariserait les idées émises sur ces questions par différents groupes, et ces idées, é lairées au grand jour de la discussion, feraient leur chemin et deviendraient plus vivement pratiques et applicables.
- Le citoyen Loyseau propose de décider la création d'un organe ouvrier, corollaire indispensable de la représentation ouvrière au Parlement.
- Le but de ce journal, dit-il, est de servir de trait d’union entre toutes les associations françaises ; il sera la tribune libre de tous les travailleurs.
- Les délégués aux Congrès ouvriers s’engageront a être ses correspondants directs et,comme tels, seront chargés d’adresser régulièrement'toutes les communications pouvant intéresser le prolétariat, ainsi que le fonctionnement des associations dans leurs régions respectives.
- Le journal sera fondé par actions de 50 fr. chacune, souscrites dans les conditions suivantes :
- Les associations ouvrières, chambres syndicales, sociétés de production, de consommation, de secours mutuels, etc:, au-dessous de 50 membres souscriront pour une action; celles composées de 50 à 100 membres 2 actions ; celles de 100 à 200 membres 4 actions, et ainsi de suite.
- Aucune action individuelle ne sera délivrée à qui que ce soit, si ce n’est au nom d’une association ouvrière.
- Le journal ouvrier soutiendra les candidatures ouvrières dans toutes les circonscriptions où elles viendront à être posées ; il publiera les manifestes adressés aux électeurs et s’abstiendra rigoureusement de toute polémique avec les autres journaux.
- Ce journal sera hebdomadaire et il sera délivré des abonnements à tous les citoyens qui en feront la demande.
- Il insérera toutes les communications émanant directement des associations adhérentes à ia fédération ouvrière, ainsi que les communications individuelles des membres de ces mêmes associations.
- Le programme que devra suivre le journal ouvrier sera celui adopté, en commun par le Congrès, et son directeur politique sera le Comité exécutif du Congrès ouvrier.
- Voici l’avis du citoyen Vassal.
- Le parti ouvrier,quelque nombreux qu’il soit, dit-il, ne pourra se constituer sur des bases sérieuses,ni agir dans le sens d’une transformation sociale, conforme à nos aspirations, sans le secours d’un organe ou- i vrier absolument dévoué aux principes que nous re- j présentons. j
- > Nous soumettons donc à votre sanction les déci- j sions suivantes : j
- 1° Le Congrès décide qu’un organe ouvrier faisant j suite au bulletin officiel du Congrès est définitive- j ment créé ; !
- 2° Le but du journal ouvrier sera d’unir entre elles j toutes les associations ouvrières, telles que Cham- j bres syndicales, Société de coopérations, Société de j secours mutuels, et sera enfin le véritable porte-parole de tous les vrais travailleurs Français.
- 3° Les rédacteurs correspondants seront chargés d’adresser audit journal les communications intéressant toutes les corporations comprises dans la région qu’ils représentent ;
- 4° Le journal des travailleurs sera fondé par actions de 100 francs chacune, souscrites par les Asso-
- ciations syndicales, Sociétés de Secours mutuels, Sociétés coopératives, etc., etc.
- 5° Le journal s’inspirera du programme politique, économique et social qui sera le résultat des conclusions pris au Congrès du Havre;
- t>° Les citoyens ouvriers fondateurs du bulletin officiel seront chargés de la transformation dudit bulletin.
- Nous espérons que les conclusions adoptées à ce Congrès auront pour effet de transformer le Bulletin officiel du Congrès en organe officiel du prolétariat, feuille indépendante, ne relevant que de lui seul. Comptons sur le concours dévoué et intelligent des membres du Congrès, pour que notre organe devienne sous peu une puissance de propagande, vulgarisant des idées saines et pratiques,et nous aurons fait un pas immense dans le progrès de la question sociale.
- Malgré les applaudissements qui avaient salué ce rapport, aucune résolution n’a été votée sur la question qu’il traite.
- Autres ’ question su.
- Nous avons épuisé l’examen des grandes questions soumises au Congrès, mais nous n’avons pas,par cela, rendu compte de toutes les idées qui y ont été soulevées.
- Au courant des débats une foule de vœux ont été émis, dont quelques-uns touchent aux plus grandes questions. Il est de la plus absolue impossibilité de reproduire dans un journal comme le nôtre tout ce qui a été dit sur ces questions, lesquelles d’aiileurs ne figuraient pas à l’ordre du jour. Toutefois nous croyons nécessaire, pour donner une juste idée des travaux entrepris par le Congrès du Havre, de dresser une liste des questions soulevées au passage. Yoici cette liste :
- Fixation par la loi d’une durée maximum de 10 heures pour la journée de travail.
- Révision de la loi sur la responsabilité des patrons en cas d’accident. <
- Interdiction de l’intervention des patrons dans la gestion des caisses de secours.
- Interdiction aux patrons de rendre les caisses de secours obligatoires pour les ouvriers.
- Interdiction des amendes ou retenues sur le salaire des ouvriers.
- Révision de la loi sur la responsabilité des patrons en cas d’accident.
- Rréduction à deux ans de la durée du mandat de député.
- Révision du code de justice militaire par des jurisconsultes.
- Réforme, dans un sens plus libéral, de la loi sur le Jury.
- Suppression de l’inamovibilité de la magistrature, et élection, après concours des magistrats par le suffrage universel.
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- Interdiction da cumul des fonctions électives et pu-bjiques salariées pur l’Etat.
- Suppression des droits de douanes et établissement du lityre-échange.
- Impôt extraordinaire équivalant uqx revenus sur les propriétés dont la valeur dépasse la somme de 500,000 fr., au profit de la caisse de retraite pour la vieillesse ou à tout autre pbjet utile aux besoins des ciasses indigentes.
- Obligation du rapport de la propriété.
- Suppression du livret d’ouvripr et $pn remplacement par le certificat d’apprentissage, pour les jeunes gens jusqu’à 21 ans, et à cet âge par la carte d’électeur.
- Obligation pour tous du service militaire. Réduction de la durée à trois années.
- Suppression du volontariat d’un an. Affranchissement des zones de la servitude militaire. Abolition de la peine de surveillance.
- Abolition de la police des mœurs.
- Remplacement du scrutin d’arrondissement par le scrutin de liste.
- Suppression du Sénat.
- Inventaire de la richesse mobilière .et immobilière de la population de la France.
- Suppression des droits d’octroi et taxes indirectes, et leur remplacement par un impôt unique et progressif sur les revenus des propriétés,des rentes,etc Dégrèvement des patentes et répartition impartiale des charges publiques selon les revenus.
- Refonte du cadastre.
- Cette simple énumération des questions touchées en passant, montre à quel point sont élevées et généreuses les aspirations de la classe ouvrière, mais elle montre aussi combien peu les délégués ont compris Davantage qu’il y aurait pour la cause défendue à circonscrire le débat aux questions intéressant d’une manière immédiate la situation des travailleurs.
- IMous sommes loin de contester -la connexité étroite qui lie à la question ouvrière bon nombre des questions ains-i affleurées. Toutefois nous pensons que plusieurs de ces questions auraient été mieux à leur place dans des assemblées spéciales que dans un Congrès ouvrier. Il y a des maux plus cuisants, plus douloureux, que d’autres et c’est à leur étude qu’il faut d’abord songer. Quand un homme souffre à la fois d’une jambe cassée et d’une écorchure au visage, c’est à la jambe cassée qu’il faut d’abord songer, l’écorchure viendra plus tard. Les Congrès ouvriers ne se rendent pas toujours assez compte de cette différence-dUmportanpe.
- Certes il est bon, il est excellent de remuer les idées, rpais il est nécessaire aussi de tenir pqmpte du temps dont on dispose. Or, les Congrès qqvriers étant forcément très courts, nous sommes convaincus que la portée de leurs résultats répondrait mieux à l’énergie de leurs efforts si ces efforts, au lieu de s’émietter sur des questions multiples, se concentraient sur les points qui touchent directement à l’amélioration du sort des travailleurs.
- La lumière électriquedan» leu Moines
- On vient défaire dans les mines d’antbr^ctq dp Pen-sylvanie, une application dp la lumière électrique qui, si elle réussit, comme il esj, permis de l’espérer, rendra les plus grands services à l'industrie minière ët‘ mettra les ouvriers mineurs à l’abri dés atteintes du grisou!
- La lumière électrique présente des qualités particulièrement préciem-es; elle n’eXige pas d’oxygène pour la combustion, et par suite ne vicie pas l’air; si l’on renferme la lampe dans un globe de yerre, on n’a aucune explosion à redouter du grisou. En outre, on peut éclairer les grandes chambres dans les mines, examiner les parois jusque dans les moindres détails, et prévenir ainsi les accidents qui se produisent trop fréquemment lo'rsj-que les plaquettes se détachent subitement du tpît. r' f'
- Le modèle des lampes adoptées est celui'de Brush, qui est actuellement un des plus répandus en Amériqüè,’ ôt qui est employé pour l’éclairage de certaines rues de Boston et de New-York. La machine dinamo-électrique est installée à la surface, auprès de la machine motrice, qui permet d’alimenter à la fois six lampes dans le même circuit.
- Chacune de ces lampes peut se déplacer facilement sans interrompre le courant et être portée en avant, au fur et à mesure des travaux. Le fil partant de la machine descend dans le puits et parcourt les galeries pour Atteindre les différents points à éclairer ; puis il; revient jusqu'au puits et remonte à la machine. D’après les renseignements que nous trouvons dans l'Engineering and mining Journal, M. Brush serait arrivé à construire un type de machine faisant 750 tours par minqle, capable d’a iment'er à la fois dix-huit lampes dans un mêpiè circuit en consommant seulement une force de 16 chevaux'. Ce résultat serait de beaucoup supérieur à ceux quipnt été obtenus jusqu’à présent.
- NOUVELLES DIVERSES
- XJ*t privilège uctaintemi. — $ous espérions qu’au nombre des réformes que le'.ministre de l’Instruction publique introduit dans l’instruction supérieure figurerait la suppression des droits d’examen. Ces droits constituent un privilège en faveur des classes riches, puisque, par suite de leur existence, ils nécessitent'dès dépenses qui s’élèvent à plusieurs centaines de ,francs. Nous voyons avec surprise et surtout avec regret que ce privilège est maintenu.
- Eu effet, un décret en dateffu 8 janvier 4èpk}.e que les droits d’examen, 4e cer.tificat'd’aptitude et de diplôrqe à percevoir au profit du Trésor, pour la lic,ençe ,en droit, telle qu’elle est organisée par le décret du 28 décembre 1880, restent fixés à la somme de 740 francs, conformément à l’article 22 du décret du 22 août 1854. Ils sont répartis de la manière suivante :
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- £13
- 1er Examen du baccalauréat :
- Epreuves. — Drus à 60 fr......................120 fr.
- Certificats d’aptitude. — Deux â 30 fr. , , 60
- Total. . . 180
- 2* Examen du baccalauréat :
- Epreuves. — Deux à 60 fr Certificats d’aptitude. — Deux à 30 fr. . Diplôme, 100 fr . 120 fr. 60 . 100
- Total. . . 280
- Examen de licence : *
- Epreuves. — Deux à 60 fr. . Certificats d’aptitude. — Deux Diplôme, 100 fr à 30 fr! ! 120 fr. 60 . 100
- Total. . . 280
- ¥ ¥ *
- Pauvre* onvrters, — Une des plus grandes usines de l'Allemagne et même du continent, celle de M. Hoffmann, à Saîzufflen, vient d’être dévorée parle feu. Cet établissement colossal, qui fabriquait l’amidon de riz, était assuré p< ur 4 millions. Les dégâts sont évalués e 2 millions ; 80,000 quintaux de riz ont été anéantis. Tout était assuré.
- Mille ouvriers et ouvrières sont sur ie pavé.
- Pauvres gens, sans gain en plein hiver I
- *
- * ¥
- La police des moenris à 'Bruxelles. — Le
- Conseil communal de Bruxelles a nommé une commis sion d’enquête sur la police des mœurs.
- Le procureur général a appelé à, min'ma des condam nations prononcées en première iustauce contrôles tra-ficants et traficanles de jeunes filles. Cependant plusieurs, tant hommes que femmes, avaient été condamnés à trente mois, deux ans, et dix huit mois de prison
- ¥ ¥
- Application cle l’électriclt^ aux clic-
- mis>M <1© fe**. — A New York et à Berlin, on étudie activement la question le l’application de l’électricité à la propulsion sur voie ferrée. Sur la ligne de Gamden à Amboy (New .Jersey), on a réservé 13 kilométrés de cheraiu de fer aux expérimentations avec des machines électriques fixes, disposées aux deux extrémités de la voie.
- Si les résultats de ces essais sont satisfaisants, le système de traction électrique sera adopté pour les chemins de fer aériens de New-York, qui provoquent les plaintes incessantes des riverains par ie bruit et la fumée des lo comolives.
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- Un exi>lorateur perdu, — On a tout lieu de craindre que le steamer Oscar Dickson, qui était parti avec M. Sibiriakof pour explorer les côtes de la Sibérie, ne se soit perdu dans la mer polaire.
- M. Sibiriakof est un négociant russe immensément riche, qui consacrait depuis quelques années sa fortune à des explorations au dedans et au dehors de la Russie.
- Le socla isme alternai»!. — Uu journal so- ( cialiste allemand dresse la statistique suivante :
- En 1871, les socialistes n’obtenaient que 1,135 voix à ; Berlin ; l’Allemagne ne leur donnait rien
- En 1874, Berlin donnait 46,649 voix et l’Allemagne 379,512.
- En 1877, nous obtenions 33 62£ voix dans la capitale de la Prus? ?- et 365,000 dans tout l’empire.
- En 1878, Berlin réunissait 56,712 voix et l’Allemagne 578,125.
- Le budget du minintère de lu guerre fï-aaçaiw. — Nous extrayons de l’état du budget général les détails concernant les dépenses du ministère de la guerre, dont lé total s’élève à 570.280.Q83 fr.;
- Le traitement du ministre et du personnel de Tadmi; nistration centrale comprend 2,463,700 fr. ;
- Les états-majors sont compris pQur 23,901,000 fr,;
- La gendarmerie, 40,179,000 fr.;
- La solde. 191,259,000 fr.;
- Les viyres, 99,264-000 fr.;
- Le chauffage et l’éclairage, 4,075,000 fr.;
- Les fourrages, 71,653,000 h\;
- Les hôpitaux militaires, 12.253,000 fr.;
- L’habillement et le campement, 39,500,000 fr.
- Le recrutement, la réserve et l’armée territoriale, 860,500 fr.;
- La justice militaire, 980,000 fr.;
- La remonte. 15,0)0,000 fr.;
- Le matériel d’artillerie et des équipages, 17,000,000 fr.;
- Les poudres et salpêtres, 5,300 Ooo fr.;
- Le matériel du génie, <5,000,000 fr.;
- Les écoles militaires (matériel), 3,800,000 fr.;
- Les Invalides, 816,000 fr.;
- Les dépenses secrètes, 300,000 fr. etc.
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- Concours. — La Gazette du commerce, de Zurich, vient d’ouvrir un concours sur plusieurs questiops économiques :
- Il s’agit, eu premier lieu, de la manière dont pn pourrait établir clans les villes, grandes et petites, des maisons de réunion pour la population dans une moyenne aisance ou peu aisée, afin de lui procurer, à des prix mo» dérés, de meilleures distractions que les auberges ne peuvent en offrir.
- Eu second lieu, il s’agit des conséquences qu’auFaii pour lé tiafie quotidien en général pour le commerce en gros, pour le créancier et le débiteur, en ce qui concerne les dettes à longue échéance, l’adoption de l’étalon d'or, étant donné que le franc de 29,034 mgr d’or fiu deviendrait l’unité monétaire et que l'obligation d’accepter dg Tangent serait restreinte à la somme dé cent francs.
- La troisième question est relative à l’établissement de bureaux de renseignements, comme organes de TbJfce de la demande.
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- <1© f*e** du ’Tu.**lçe*!j>dao>,• Le gou-
- yerneinent russe nu recule pas devant lès projets à longue échéance. Il a commencé depuis peu la ponstructiôg ii un cnemin de fer qui, partaut de la bâie de ‘M'kajlpw sut la mer Caspienne, se dirigera sur Mery et 4p H sur Hé rat, en passant par une série de poste fortifiés.
- Naturellement, ce sont ips soldats qui doivent ip| frayer la route aux pionniers : aussi la Russie entretient-elle dans cette région upe aimée de 15,000 hpmme^ dont le quartier général est au camp retranché fie JtlàÜQ^ Kara, à une trentaine de kilomètres de ‘Mikâïlow,' sur l’ancien Ut desséché de l’Amou-Daria. C’est la tête de cette jeune Ligne, sur laquelle on fait reposer de si ambitieuses espérances-
- Merv, à laquelle cette ligne aboutira, est la capitale actuelle des Turcomans indépendants. C’est la dernière ville de quelque importance dans la direction de l'Afghanistan, de cet Afghanistan que les Anglais ,SQnt résolus a abandonner.
- Le jour où les Russes occuperont Merv et jouiront d’un chemin de fer pour s’y rendre, la provigee persane de Kborassan, presque séparée du reste de la Perse par un désert, sera grandement menacée.
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- Meeting «de femmes en Hollande. — Un
- fait nouveau dans les mœurs hollandaises vient delsé produire.
- Sur l’initiative du Comité de Rotterdam de la Fédération britannique et continentale, il s’est tenu dans cette
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- ville une conférence à laquelle les femmes seules étaient invitées.
- Elles ont répondu à l'appel au nombre de plus de 600.
- Les principaux orateurs ont été Mlle Kruyf, directrice du Refuge de femmes tombées, fondé par M. Heldring à Steenbeék, et Mlle Lungstrass, directrice et fondatrice de l’Asile de la Maternité à Bonn.
- Le sujet traité a été la suppression de la prostitution.
- A là sortie de la conférence de Rotterdam, 50 ou 60 dames ont offert leurs services au Comité pour l'assister dans sa bonne œuvre.
- L’Universïté John Hopkins
- Un négociant qui avait débuté comme simple garçon de magasin, John Hopkins, a légué en mourant à la ville de Baltimore environ 30 millions de francs pour fonder dans cette ville un hôpital modèle et une Université.
- La seconde de ces fondations est dans son genre une création importante. C’est une université dans le sens vrai du mot.
- Aux Etats-Unis, on trouve beaucoup à’unwersüies et de colleges ; mais que peuvent faire nombre de ces établissements qui se sont fondés avec un capital, relativement médiocre, 23,000 a 100,000 dollars (123,000 à 300,000 fr.)
- Cette Université, du moins, sera dotée de toutes les ressources nécessaires. Il n'y a encore qu’une faculté de fondée, mais on ne s'est pas pressé pour les autres, et avec raison. On a voulu d’abord recueillir tous les renseignements nécessaires. Baltimore, d’ailleurs, possède déjà une école de droit et une école de médecine, qui suffisent jusqu’à nouvel ordre, jusqu’à ce que les Facultés correspondantes puissent être installées.
- On a donc commencé par la faculté qu’en Allemagne on appelle philosophique, et qui comprend les lettres et les sciences. Les cours établis jusqu’à présent sont ceux des sciences naturelles et de philologie classique.
- L’université est dans la troisième année de son existence ; elle compte déjà 120 étudiants;. Les professeurs y sont astreints à un très-petit nombre de leçons , mais, en revanche, leur activité scientifique doit être incessante. Quand les expériences et les recherches d’un professeur ou même d’un élève distingué l’exigent, des sommes importantes sont mises à leur disposition.
- En outre, 20 fellowhisp ont été créées : ce sont des bourses de 500 dollars (2,300 fr.) pour de jeunes étudiants capables, ayant fini leurs études académiques, mais qu’on encourage ainsi à poursuivre leurs études.
- Les résultats déjà fournis par l’université de John Hopkins sont très favorables et il est à croire qu’un jour le diplôme qu’on y donne à la fin des cours, sera très-recherché, ce qu’on ne pouvait pas dire jusqu’ici de tous les diplômes d’établissement d’enseignement supérieur aux Etats-Unis.
- LE NOUVEAU STATUT DES ÉCOLES PRIMAIRES
- Le Journal officiel publie un nouveau statut des écoles primaires, arrêté par M. Jules Ferry après délibération du Conseil supérieur de l’instruction publique.
- Pour être admis dans une école, les enfants doivent avoir plus de six ans et moins de quatorze. Dans les communes qui n’ont pas de salles d’asiles l’âge d’admission sera abaissé à cinq ans.
- Le vœu des pères de famille sera toujours consul- f
- té et suivi en ce qui concerne la participation de leurs enfants à l’instruction religieuse. Dans toute école mixte, quant au culte, les enfants reçoivent séparément l’instruction religieuse donnée en dehors des heures de classe par le ministre de leur culte.
- Pendant la durée de la classe, l’instituteur ne pourra sous un aucun prétexte, être distrait de ses fonctions professionnelles.
- Les enfants ne seront envoyés à l’église pour les catéchismes ou pour les exercices religieux qu’en dehors des heures de classe. L’instituteur n’est pas tenu de les y surveiller ni de les y conduire.
- Cependant dans la semaine qui précède la première communion, l’instituteur autorisera les élèves à quitter l’école aux heures de classe où leurs devoirs religieux les appellent à l’église.
- L’entrée de l’école est formellement interdite à toutes personnes autre que celles qui sont proposées par la loi à la surveillance de l’enseignement.
- Les élèves gratuits et les élèves payants seront réunis dans les mêmes locaux et participeront aux mêmes leçons.
- Un tableau portant le prix de tous les objets que l’instituteur sera autorisé à fournir aux élèves sera affiché dans l’école, après avoir été visé par l’inspecteur primaire.
- Le français sera seul en usage dans l’école. On sait que les congréganistes s’efforcaient jusqu’ici de maintenir l’usage des patois.
- Il est absolument interdit d’infliger aucun châtiment corporel.
- La classe devra être tenue constamment dans un état de propreté et de salubrité ; elle sera balayée et arrosée tous les jours ; l’air y sera fréquemment renouvelé,même en hiver.
- Toute représentation théâtrale est interdite dans les écoles publiques. Toute pétition, quête, souscription et loterie sont également interdites. Aucun livre ne peut être introduit dans l’école sans l’autorisation de l’inspecteur d’académie.
- D’autres dispositions sont relatives aux vacances, aux congés, à la durée des classes-, etc.
- Nous sommes persuadés que ce réglement sera favorablement accueilli par nos instituteurs et institutrices laïques dont il consacre l’indépendance et par les pères de famille dont il respecte la liberté en ce qui concerne l’instruction religieuse.
- Le Directeur-Gérant : G-ODIN.
- Saiat-Quentin—lmp. do la Société anonyme du Glaü.ur
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- 4» ANNÉE, TOME 5 — N» 125
- Le numéro hebdomadaire 20 c. DIMANCHE 30 JANVIER 1881
- Le Devoir
- BUREAU
- A GUISE (Aisne
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Dire cteur- Gérant Fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE
- par renvoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France
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- 5,r.Neuve-des-petits-Ghamps Passage des Deux-Pavillons
- S’adresser à M. LEYMARIE administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- Association du capital et du travail. — Nouvelles du Familistère. — Faits politiques et sociaux. — Discours du président de la Chambre. — Des syndicats professionnels. — Nouvelles diverses. De l'initiative privée en matière d'instruction aux Etats-Unis. — La question allemande. — Bulletin bibliographique. — Variétés.
- L’ASSOCIATION DU CAPITAL ET DU TRAVAIL
- XIX
- Le xixe siècle se distingue entre tous ceux qui l'ont précédé par le courant des idées sociales auxquelles il a donné naissance. Saint-Simon, Fourier, Cabet, en France, Owen en Angleterre, ont surtout marqué leur place dans ce mouvement.
- L’école Saint-Simonienne, et l’école phalans-térienne ont excellé particulièrement dans la critique des maux de la société actuelle et dans l’exposé théorique de ses besoins présents et futurs.
- Néanmoins, les idées d’association pas plus que les idées communistes n’ont donné lieu, sur le continent européen, à des expériences sérieuses. Aux Etats-Unis, ces idées ont trouvé un champ plus large d’opérations et un accueil plus sympathique ; mais, là aussi, elles n’ont produit que des résultats incomplets.
- Les débuts de toute idée nouvelle sont difficiles et, lorsqu’il s’agit d’organiser une réforme sociale, les difficultés sont d’autant plus grandes que ce n’est plus seulement la matière passive qu’il faut faire fonctionner, mais que ce sont des hommes, c’est-à-dire la vie intelligente, qu’il faut mettre en mouvement et en action.
- Le novateur en face de la matière peut, à loisir, modifier ses conceptions et réparer ses erreurs. Les puissances matérielles passives ne lui opposent pas de résistance.
- Mais le novateur social se trouve en face d’hommes dont la puissance active est à conquérir, afin d’éviter les obstacles que par amour de leurs habitudes ils sont prédisposés à opposer à toute réforme.
- C’est cette résistance aveugle, c’est l’ignorance encore trop grande des conditions dans lesquelles le bien social peut se réaliser, qui ont été jusqu’ici le plus grand obstacle aux améliorations sociales et la cause des plus grandes difficultés que toute expérience rencontre dans sa marche.
- Aujourd’hui encore, lorsque les maux causés par l’individualisme sont si généralement ressentis dans toutes les nations civilisées, lorsque la situation des masses ouvrières fait partout pressentir le besoin- d’un remède aux souffrances causées par l’industrialisme moderne, on reste hésitant sur ce qui est à faire pour améliorer la condition du peuple et presque généralement indifférent à l’étude de la sociologie.
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- Ceux-là mêmes qui sont les plus irrités du mal sont souvent les plus égarés dans la recherche des moyens propres à le guérir. Inhabiles à fermer les plaies du malade et à faire cesser ses souffrances, ils proposent des amputations extrêmes, capables de donner la mort aü patient. La véritable science médicale n’agit pas ainsi. Au contraire, elle commence par soulager le malade* et elle le conduit ensuite à la complète guérison. La thérapeutique sociale ne doit pas opérer autrement.
- Donc, pour améliorer le sort des masses laborieuses, il faut d’abord se bien pénétrer de ce que sont leurs souffrances. Il faut ensuite chercher la cause de ces douleurs et, par de sages mesures, mettre en action des causes contraires qui fassent que le mal disparaisse pour jamais.
- Or, le mal évident de la Société actuelle c’est la répartition abusive de la richesse créée par le travail. Il est évident pour qui a étudié la question, que si la justice et l’équité servaient de base à cette répartition, la puissance de production à laquelle l’industrie moderne est arrivée serait suffisante pour donner à chacun sa part au banquet de la vie.
- Mais quel peut-être le principe de cette répartition équitable, dans l’état actuel du travail et de la production ? Sous quelle formule inspirée par la justice peut-on introduire cette répartition dans les faits et dans la pratique ?
- La formule saint Simonienne: «A chacun suivant ses œuvres » était un premier pas vers la solution du problème ; mais elle n’en laissait pas moins à déterminer avec justice la valeur de l’œuvre de chacun. Le problème est donc resté sans solution.
- Fourier a dit ensuite : « Associez toutes les forces productives at partagez entre le capital, le travail et le talent les profits généraux de la production. » Mais il a laissé à l’état d’arbitrage ou de convention sans cesse mobile, la part à faire aux éléments producteurs. De sorte que, tout en proposant l’Association comme solution des difficultés sociales, Fourier ne donne pas de formule rationnelle de participation du travail aux bénéfices de la production. Ce sont les associés eux-mêmes qui doivent régler entre eux les attributions des bénéfices. Opération
- délicate et pleine de dangers pour la tranquillité et la bonne harmonie dans une Association. Aussi subordonne-t-il ce mode de répartition à une organisation sériaire des travailleurs, organisation dont l’industrie moderne ne peut faire usage.
- Quant à moi, restant dans le domaine des faits et sur le terrain de la pratique, j’ai cherché les règles de la répartition dans l’ordre naturel des forces productives elles-mêmes.
- Reconnaissant d’abord qu’avant toute richesse créée par l’activité humaine, il y a les forces* de la nature qui offrent gratuitement à tous les hommes les ressources indispensables à leur existence, j’ai compris que la raison autant que la justice prescrivent à toute société qui s’empare des biens naturels de donner en échange, à tous ses membres, les moyens de vivre. Tant que les sociétés manquent à ce devoir, elles faillissent à la justice et sont empreintes d’abus résultant de la violation du droit.
- De là, l’obligation de réparer le mal en assurant à tous les membres du corps social des moyens d’existence, par l’organisation de la mutualité dans la commune, dans le département et dans l’Etat. De là, aussi, l’obligation pour ceux qui possèdent la richesse de contribuer à la fondation de ces garanties.
- Mais à côté de cette association mutuelle pour les garanties de l’existence, association fondée sur le partage des biens que la nature donne pour tous en général, il y a l’activité humaine qui crée la richesse.
- C’est pour la répartition de cette richesse due au travail de chacun qu’il faut appliquer cette idée St-Simonienne: « Attribution suivant la capacité, rétribution selon les œuvres. »
- Pourquoi l’école St-Simonienne n’a-t-elle pas fait cette application ? C’est qu’il fallait pour rendre l’idée pratique associer tous les éléments producteurs : capital, capacités et travail, et que cette idée n’était pas entrée dans le programme de l’Ecole.
- L’École phalanstérienne qui, elle, au contraire, avait puisé dans Fourier l’idée de l’Association du capital, du travail et du talent, n’a point davantage mis l’idée en pratique, parce qu’elle a subordonné l’Association à la
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- forme toute idéale de l’organisation du travail J conçue par le maître. L’école phalanstérienne ne put donc produire aucun fait pratique de répartition, et l’école St-Simonienne ne put faire ; l’application de sa formule.
- ""St-Sinion avait pourtant raison en répétant « que les hommes doivent s’aider les uns les autres;
- > « Que les réformes doivent améliorer le sort
- du plus grand nombre ;
- « Que la répartition doit donner à chacun suivant ses œuvres et sa capacité. »
- Et de son côté Fourier n’avait pas moins raison d’affirmer « que toute créature humaine doit être assurée du minimum de subsistance ;
- « Que c’est par l’Association entre les hommes, par l’union des forces dont les individus disposent, que s’accompliront les plus grands progrès. »
- 1 Mais telle est la marche de l'esprit humain ' que les idées les plus fécondes vont souvent par de longs détours, pour aboutir à la simplicité définitive de leur formule pratique.
- , Aussi, quoique entourée dès ses débuts de grandes difficultés apparentes, l’Association du travail et du capital, ou de la richesse et du labeur, en d’aütres termes, l’Association des hommes et de leurs ressources, peut-elle se réduire à ces simples principes :
- 1° Au nom du droit naturel de chacun à la le, la Société doit d’abord consacrer ses premières ressources à assurer l’existence de tous ses membres. Elle satisfera de cette façon au Yœu de la nature qui distribue ses biens en vue de chacun de nous. Ainsi régnera la fraternité entre les hommes.
- 2° Chaque individu doit ensuite participer au surplus de la richesse créée, dans la proportion ‘fie la valeur des services qu’il apporte ou qu’il rend â l’Association. Or, les services et les concours de tous genres sont représentés par les émoluments, appointements et salaires attri- ' bués aux personnes, par le loyer des choses et Pur les intérêts fixés pour l’usage des capitaux, e La rémunération consentie à l’égard de cha-seun de ces éléments producteurs étant le résultat fi une estimation réciproque, ou des cours exis-ï tants, il en résulte que chacun de ces éléments
- est estimé pour ce qu’il vaut, c’est-à-dire pour les services qu’il rend, pour le concours qu’il apporte à la production.
- Dès lors, pour que la répartition de la richesse produite soit faite suivant la justice, il faut que cette répartition donne à chacun, dans les bénéfices, une part proportionnelle â la rémunération qui lui a été attribuée d’abord.
- Ainsi se réalise l’application de cette formule de la justice distributive : « A chacun suivant ses œuvres, sa capacité, son travail, son concours et ses services dans la Société. »
- Mais, pour que la justice s’introduise ainsi dans la répartition des biens de ce monde, il faut que l’Association s’établisse régulièrement entre les hommes ; que, sous la protection des lois, la part due à la vie humaine soit réservée dans chaque entreprise; et que les droits du travail dans les bénéfices soient reconnus §t établis.
- De cette façon, sous la garantie de l’Etat, chacun aura l’assurance du nécessaire ; chacun sera placé sous la sauve-garde et la protection mutuelle que les Associations établiront en faveur de leurs membres, dans toutes fes branches de l’industrie.
- Ensuite, chacun obtiendra dans la richesse produite une part proportionnelle à la valeur des services et du travail qu’il apportera à l’Association dont il fera partie. Les statuts spéciaux à chaque Association et les règles de justice et d’équité distributive que la loi édictera en faveur du travail et des travailleurs, assureront cette participation.
- (A suivre). GODIN.
- Les singes de Gibraltar,
- Le badoui» est le seul représentant des quadrumanes sur notre continent. Encore ne le trouve-t-on que sur le rocher de Gibialtar. C’est un grand singe qui atteint parfois la hauteur de cinq pieds. Ün grand mâle fut pris dernièrement dans la forteresse ; il fallut trois de ces robustes et agiles artilleurs anglais pour s’en emparer, et encore ils n’y parvinrent qu’en l’enveloppant dans leurs manteaux d’ordonnance. C’était le chef de la tribu.
- On le relachaplus tard, car les commandants de Garir-braltar ont ordre formel de protéger ces singes et de faire consigner, dans un but scientifique, tous les traits curieux concernant cette colonie.
- Ces singes habitent toujours la faGe du rocher à l’abri du vent. Leur instinct est tel qu’ils devinent un changement de temps 24 heures à i’avance. Aussi quand les officiers anglais voient les singes émigrer d’un côté de la montagne à l'autre, ils disent :
- a Nous allons avoir un changement de temps ». 6Cela ne manque jamais.
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- NOUVELLES DU FAMILISTÈRE
- Organisation de l’association (Suite (1)
- Assemblée général© ordinaire
- Séance du 26 décembre à 3 h. après-midi. Présidence de M. Godin, fondateur.
- Ordre du Jour s
- Bilan de l’exercice 1879-1880;
- Rapport de l’Administrateur-Gérant ;
- Rapport dn Conseil de surveillance.
- Présents: M. Godin, fondateur, et 44 associés, comme en témoigne la liste de présence annexée au présent procès-verbal. M. Jumeau Victor, malade, manque seul.
- Le bureau est composé du Président et de Messieurs • les Conseillers de gérance ayant qualité d’associés, savoir : MM. Barbary, Dequenne, Fabre, Pernin et Pipon-nier.
- Après l’appel nominal, M. le Président déclare la séance ouverte.
- Il rappelle que tous les membres associés ont été d’abord prévenus dans une réunion spéciale, et convoqués ensuite par lettre à domicile.
- Le procès-verbal de l’Assemblée générale extraordinaire du 23 octobre est lu et adopté.
- M. le Président donne ensuite lecture à l’Assemblée du rapport suivant :
- SOCIÉTÉ DU FAMILISTÈRE DE GUISE
- ASSOCIATION COOPERATIVE DU CAPITAL ET DU TRAVAIL Exercice 1879-1880 Rapport de VAdministrateur-Gérant
- Amis et chers coopêrateurs,
- « Le rapport que je viens présenler à cette Assemblée « générale a pour objet de compléter l’installation de « notre Société et l’application des formalités statutaires,
- « sous la protection desquelles doit vivre notre Asso-« ciation.
- a Depuis l’année 1876, l’Association existait de fait « entre nous.
- « Mes déclarations répétées vous l’affirmaient. Pen-« dant les années 1877, 1878 et 1879, un registre-réper-« toire recevait régulièrement l’inscription de vos droits « de participation. Les titres que je vous délivrais vous « garantissaient la valeur de ces droits ; mais les règles « écrites et les formalités légales étaient nécessaires à « cette Association pour assurer sa durée.
- « Maintenant toutes ces formalités étant remplies, les « titres provisoires que je vous ai délivrés sont échan-« gôs contre des certificats d’inscription d’épargne dé-« tachés des registres à souche de l'Association. Ces « certificats représentent le montant des sommes pour « lesquelles chacun de vous est inscrit aux livres de la « Société, et constituent ainsi ma libération définitive * envers vous.
- (1) Voir le Devoir, N*«, 121, 123, 124.
- « Toutes ces opérations ont été soumises à la vérifia a tion de votre Conseil de surveillance dont vous entej « drez le rapport. L’échange de vos titres vous est e> « outre, une garantie de l’exécution de ces opé^ € tions.
- « Nous sommes à la fin des mesures constitutives <], « l’Association; le moment est arrivé où je puis voui « faire le résumé de nos travaux par le dépôt de mot « rapport annuel .sur la situation morale, industriel^ « financière de l’Association.
- « D’après nos Statuts, l’Assemblée générale ordinal a dans laquelle cette communication doit se faire a lieQ « une fois par an, au plus tard le premier dimanche « d’octobre. Cette date est assez éloignée de celle de h » clôture des écritures fixée au 30 juin, pour qu’on aip « le temps d’établir les résultats des inventaires, J « fixer les bénéfices de l’année et de déterminer la paK « exacte qui revient à chacun des intéressés dans le; « opérations sociales.
- « Cette année nous n’avons pu nous réunir à la datel « statutaire. La constitution légale de l’Association a eu J « lieu, vous le savez, le 13 août dernier.
- « Des formalités et des obligations de tous genres nouj « ont conduits jusqu’aux 12 et 15 septembre, époque oùf « nous avons élu le groupe des Associés. f
- « Dans les premiers jours du mois suivant, exerçant! « les droits statutaires qui me sont réservés, en qualile)* « de fondateur, je vous appelai, vous et un groupe dt « sociétaires, à procéder à la réélection des Comités de:
- « Assurances mutuelles, selon les formes voulues pa:
- « les Statuts.
- « Le 21 du même mois, le Conseil de Gérance qui, jui « que-là, exerçait ses fonctions de fait seulement, s’est « constitué selon les prescriptions statutaires.
- « Le surlendemain, 23 octobre, vous avez élu vota « Conseil de surveillance.
- « Les opérations de la Société se sont poursuivies sar « relâche. Le Conseil de gérance, réuni à plusieurs re-# prises dans le présent mois, a corroboré l’admissioi. « des sociétaires et procédé à l’admission des partici-j « pants. f
- « Concurremment avec ces opérations, il fallait, connus « je vous l’ai indiqué au commencement de ce rapport] « opérer toutes les mesures comptables,porter aux livre:' « de la Société le montant des droits de participation a annuelle pour lesquels j’étais obligé envers von:
- « dresser les certificats d’épargne qui devaient me libf\ «rer. Tout cela nous a obligé à reporter à ce jour 1* « convocation de l’Assemblée générale dans laquelle le-« associés reçoivent communication du bilan de fc; « d’année, et sont tenus au courant des faits moraui^ « industriels et financiers qui concernent T association'
- « Ceci expliqué, je passe à l’examen de la situation* « morale. !
- « Que faudrait-il pour que je pusse dire que la situfc « tion morale de l’Association est ce qu’elle doit-êtrf « que nous sommes complètement entrés dans la vo"
- « véritable qui peut nous conduire à ce but, de notf,
- « œuvre ; l’esprit de fraternité dans les pensées, d#
- « les paroles et dans les actions,de manière à faire detoi^ « les membres de l’association un corps uni dans Tan#
- « du bien.
- a II faudrait, mes amis, que chacun de yous conip'
- « que la Société du Familistère n’est pas seulementuC^
- « société industrielle, mais qu’elle est aussi, qu’elle *
- « surtout une fondation sociale, inspirée par la fraliC « nité. i
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- LE DEVOIR
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- n’eus&e rien fait de ce que j’ai accompli en vue de * ’sociation si je n’avais songé qu’à mon intérêt per-,ia& 1 Ma sollicitude ne se fût pas étendue sur vos
- * S°térèts à tous, je n’eusse pas pensé à faire à chacun
- * *D vQUS la part équitable qui lui revient dans les béné-‘ A ~ue le travail contribue à créer, si je n’eusse mis
- rmour de mes semblables au-dessus de mon intérêt 1 a re et si je ne vous eusse pas considérés comme
- * des collaborateurs envers lesquels j’avais des devoirs îà remplir-
- Or cette pensée qui, à travers tant d’obstacles, m’a ‘ £Uit à la réalisation de l’association est la seule
- * aussi qui puisse maintenir l’œuvre dans la voie où je « l'ai placée.
- , Notre association cesserait bien vite d’être pour le travailleur un moyen d’émancipation et de progrès, si chacun se laissait aller à ne chercher que son avan-« ta^e propre, à ne point se soucier des autres, à les < considérer plutôt comme des alliés qu’on subit que , comme des associés dont le bien-être et le progrès
- ; « nous sont chers.
- | « C’est pour que vous n’oubliiez jamais la pensée . «dominante de mon œuvre, celle qui peut lui donner la t force et la durée, que j’ai inscrit en tète des statuts la « déclaration des principes que chacun de vous a dû I * lire.
- « Dans quelle mesure m’avez-vous compris ? L’incré-« dulité, le doute, vous ont longtemps tenus en sus-« pens. Vous étiez témoins des faits sans bien les voir ‘ « ni les comprendre. Maintenant l’association fait ou-« vrir les y îux aux plus incrédules et les oblige déjà, « par ses résultats, à reconnaître que vos intérêts sont k « solidaires, que vous travaillez mutuellement, par le « fait de l’association, à votre bien-être commun, et que « le fruit de V03 travaux vous appartient.
- « L’association en vous appelant au partage des béné-' « fices créés par vos travaux et, d’autre part, vos assu- « rances mutuelles pour les besoins accidentels de la | « vie créent entre vous des liens, des rapports qui vous ! « conduisent à penser les uns aux autres, à vous con-« naître, à vous venir en aide, à vous apprécier.
- « L’habitation unitaire favorise ces causes de fraternité. La bonne conduite de chacun des habitants du « Familistère est précieuse à tous. La bonne tenue du
- • ménage et des enfants de la part de la mère, le bon ‘«travail du père à l’atelier, sont autant de choses qui in-
- * téressent l’association en général.
- « Nos intérêts s’unissent préparant le jour où nous « nous regarderons, en réalité, les uns les autres, du «petit au grand, comme les membres d’une grande « famille : la Société du Familistère.
- « Parmi les institutions qui contribuent le plus au • développement de ces sentiments fraternels, il faut « citer :
- * Les assurances mutuelles.
- « Etles services de l’éducation et de l’instruction de
- * l’enfance.
- * Les assurances mutuelles fonctionnent régulière-•ment. Vos comités de femmes et d’hommes, librement
- * "Lis, veillent à ne laisser apparaître dans vos rangs ni
- * e dénûment, ni l’abandon. Les malades touchent des «allocations qui équivalent presque à leurs salaires ou
- * appointements. Ils reçoivent,en outre, les médicameiîts
- * dont ils ont besoin.
- « L invalide, l’infirme, membres de l’Association, ont
- * jci leurs garanties d’existence. La veuve, l’orphelin, 6 Père surchargé de plus de famille qu’il n’en peut
- « nourrir, sont aidés et soutenus par notre Association. « La misère n’existe pas parmi nous.
- « Avec toutes les ressources dont la population du o Familistère dispose, il est manifeste que si toutes les « familles, sans exception, avaient le sentiment de l’or-« dre, ae l’économie et du bon gouvernement d’un mé-« nage, le Palais de l’Association déjà remarquable par « sa bonne tenue, offrirait l’exemple d’une population « vivant dans l’aisance, le bien-être et la prospérité.
- « A côté de3 assurances mutuelles qui garantissent à « chacun la satisfaction de ses besoins matériels, vien-« nent les services de l’Enfance. Ces services sont orga-« nisés ici de façon à offrir aux familles et presque sous « l’œil des parents, des salles où dès le berceau l’enfant « reçoit gratuitement les soins les plus propres à son « parfait développement.
- « Les classes sont ouvertes à l’élève au moins jusqu’à « quatorze ans. Cette limite d’âge déterminée aujour-« d’hui par les Statuts m’impose ici quelques réflexions.
- « Jusqu’à la conclusion de l’Association nous n’avions « point demandé qu’on nous laissât les enfants au-delà « de l’âge fixé par la loi, c’est-à-dire douze ans. Quand « les parents avaient bien voulu laisser plus longtemps « les élèves dans les écoles, nous en avions été heu-« reux.
- « Pourquoi les statuts ont-ils modifié cet état de choses, < en imposant à tous les habitants du Familistère de « ne mettre l’enfant au travail professionnel qu’à partir « de l’âge de quatorze ans ? Le voici.
- « Les fondations humaines ne se soutiennent que par a l’intelligence. Pour que l’Association du Familistère « soit grande et digne d'être remarquée dans l’avenir, il « faut que nos enfants s’élèvent et s’ennoblissent par le « cœur et par l’intelligence ; il faut qu’ils*aient assez de « connaissances, assez de capacité, pour prendre rang « dans toutes les fonctions et faire que l’Association de-« vienne leur œuvre à eux.
- « Cela n’est possible qu’à la condition de bien cultiver « les qualités de l’élève dès le jeune âge, de le pourvoir « des connaissances indispensables au bon exercice et « au bon développement de ses facultés. L’enfant qui « sort à douze ans des écoles n’a pas encore assez gravé « dans l’esprit les éléments du savoir nécessaire ; il est « encore trop irréfléchi, trop facilement distrait d’une « idée par une autre, pour garder longtemps son petit « savoir. A peine est-il depuis six mois à l’apprentissage « qu’il a oublié presque tout son bagage scolaire. En a l’obligeant à rester jusqu’à 14 ans à l’école, l’Associa-« tion a voulu lui donner le temps de mieux graver dans « sa mémoire les leçons de l’Ecole, de prendre goût à « l’étude, d’en reconnaître la nécessité, afin que l’élève « sorti des classes fût désireux lui-même de ne pas ou-« blier ce qu’il sait, et d’ajouter de nouvelles connais-« sances à celles qu’il possède.
- « Les Statuts, article 124, fixent comme suit le budget « scolaire au Familistère :
- « Les frais d’éducation et d’instruction ne peuvent être « inférieurs :
- « 1° A la somme de quinze mille francs pour la re-« munération des personnes attachées au soin et à l’en-» seignement de l’Enfance.
- « 2° A la somme de dix mille francs pour tous les dé-« boursés divers nécessités comme frais généraux de « l’éducation et de l’instruction. »
- Et l’article ajoute :
- « Ces chiffres peuvent être augmentés par Vadminis-
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- « tration de l’Association quand elle en reconnaîtra Je « besoin. »
- « Cette dernière phrase indique toute l’importance que « l’Association doit attacher à la question d’éducation et « d’instruction de ses enfants.
- « Actuellement les frais annuels des services de l’En-« fance s’élèvent pour les six classes : Nourricerie, Pouce ponnat, Bambinat, 3e classe, 2e classe et lre classe d’é-« cole, à la somme totale de francs. ♦ 19.071 fr. 80 c.
- « Les 23,000 francs afleetés par les Statuts à ces divers « services ne sont donc pas complètement employés. Us « restent, selon l’indication de l’article 124, « au crédit « du compte spécial d’instrustion où ils sont tenus en « réserve pour les besoins ultérieurs. »
- * Un de mes plus grands désirs est que le sentiment « de l’éducation, que i’amour de l’instruction s’éveil-« lent assez dans l’Association pour donner à nos écoles « dé nouveaux éléments d’enseignements ; que le souci « de préparer pour l’avenir des associés intelligents, ha-« biles, dévoués à l’œuvre, s’empare assez de vous tous « pour que les Ecoles soient ici l’objet d'une sollicitude « toute Spéciale, et que les parents par leur influence « morale sur leurs enfants soient les premiers à venir en « aide aux-maîtres et maîtresses.
- « Car il ne faut pas vous dissimuler, mes amis, qu’il y « a quelque chose à faire en ce sens,
- * Il faut que, dès le bas-âge, vos enfants soient habite tués, et par vous surtout, à se considérer comme l’hon-« neur futur de l’Association*
- « Dès ses premières années, l’enfant doit savoir par a vous qu’il a des devoirs envers chacun, qu’il ne doit « troubler ni gêner personne, et qu’il ne prendra rang « dans l’Association que s’il se conduit de façon à méat riter l’estime de tous,
- « U faut que la préoccupation de respecter la tranquil-ot îité et le bien-être général dans la maison commune « devienne constante chez nos enfants et nos jeunes « gens. Nous préparerons ainsi des hommes et des fem-« mes disposés à penser aux autres, à concevoir la mise
- • en pratique de la fraternité. Ce sera le point de dé-
- • part le plus fructueux pour la bonne marche et la so-€ îidité de l’Association dans l’avenir.
- « Pour compléter cette esquisse à grands traits des « intérêts moraux de l’Association, je dois dire un mot « des ressources exceptionnellement favorables queren-« ferme le Familistère pour le développement de la so-« ciabilitê et de la confraternité entre ses habitants.
- « Dans cet ordre de choses, la Société du Familistère « possède des éléments qui plus tard, je l’espère, rece-« vrontles plus heureux emplois. Les salles de réunion,
- « le théâtre, servent déjà utilement aux Conseils dé « l'Association et aux divers corps des musiciens, pom-«piers et archers. Les bals, les fêtes de l’Enfance et du «Travailsont des germes d’entente, de cordialité, de vie « commune,qui concourent à former entre vous ces liens « que le sentiment vrai de la fraternité consolide chaquejour «davantage. Mais, ce qui pourrait le plus hâter l'arrivée « dujour où vous comprendrez tous combien vos intérêts « et le bonheur de vos familles sont liés à l’Association,
- « ce serait l’organisation parmi vous de réunions n’ayant « plus pour but presque unique de fournir des divertis-« sements, mais de réunions tendant à vous instruire « les uns les autres, à vous éclairer mutuellement sur « vos devoirs réciproques et à resserrer entre vous les « liens de la sociabilité.
- « Je ne puis donc que vous encourager dans cette
- • yoie, Tqus les faits qui concernent l’Association doi-
- « vent être soigneusement étudiés par vous, dans « causes et dans leurs résultats. Il y va de votre bie" « propre, du bien de vos enfants, du bien de la Société « en général, car les actes des membres de l’Association « du Familistère seront commentés partout où se p0se « aujourd’hui la question sociale, c’est-à-dire dans ie « monde entier.
- ( A suivre.)
- FAITS POLITIQUES & SOCIAUX UE LA SEMAI®
- PEANCE |
- Réouverture des Chambres. — La Chain, bre et le Sénat ont repris leurs travaux.
- Les mêmes bureaux ont été renommés, sauf, à ja Chambre des Députés, M. Durfort de Civrac, légitimiste qui a été remplacé comme vice-président par M. Floquet' On comprend qu’après la conduite insensée et honteuse ! des légitimistes, aucun homme de ce parti, fut-il môme! aussi respectable que M. Durfort de Civrac, ne doit pLs être appelé à présider la Chambre.
- Le discours de M. Léon Say ne sort guère de l’enceinte du Sénat, et touche spécialement à la discipline inté-1 rieure de cette Assemblée. Celui de M. Gambetta est un ‘ discours politique.
- Ce discours constate l'œuvre accomplie par cette légig. lature et indique ce qui reste à faire jusqu’à l’expiration de son mandat; il insiste avec fermeté sur la politique pacifique, qui est la politique du gouvernement, de h Chambre et de la démocratie française ; enfin, il montre, dans les élections républicaines* des conseils municipaux, un indice certain du succès de la République dans ; les futures élections législatives et sénatoriales. [
- Il y a surtout dans ce discours un passage qui nous* touche et qui produira une grande impression, noa-seu-t lement chez nous, mais dans toute l’Europe. C’est celui f où le président de la Chambre a affirmé, aux applaudis-' sements réitérés de tous les groupes parlementaires, la1 politique de la paix. M. Gambetta a saisi cette occasion de faire justice de tous les bruits malveillants dont ils été l’objet. On a dit à diverses reprises qu’il nourrissait! on ne sait quels projets mystérieux de nature à engager notre pays au dehors dans de redoutables aventures, Les déclarations de M. Gambetta ont une netteté et une énergie qui ne laissent place à l'ombre d’un doute.
- Nous en reproduisons, à part, dans le présent nüméfo les déclarations essentielles de ce discours* ..
- La Chambre a entrepris la discussion du projet de lui sur la presse,
- * *
- Le découragement an eamp bOnapar>
- -tiste. — M. Dugué de la Fauconnerie, député bona* partiste de Mortàgne, vient d’adresser à ses électeur* une lettre dans laquelle il déclare se démettre de soc mandat.
- Nous extrayons de ce manifeste les passages suivants:
- Vous savez ce qu’ont été les dernières élections et! comment aujourd’hui une majorité énorme appartient] aux républicains dans les assemblées départementales.
- Voilà ce que nous avons vu. Eh bien ! je déclare, aî^l la franchise d’un homme qui n’a rien à attendre personnellement de la République, qu’il serait souverainement absurde de fermer les yeux et de s’obstiner à méconnaître la portée de pareils faits.
- Je sais bien ce que l’on dit. On dit : Attendez, àujotir-^ d’hui que le parti républicain est maître du terrain, naturel va prendre le dessus et vous allez voir éclata les divisions, éclore les utopies, etc.
- Le député dp Mortagne démontre alors que les (FF; sions attendues ne se sont pas produites et ne se pro*
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- fuiront pas. Il rappelle son ancienne politique personnelle, ses inutiles tentatives de conciliation, et il continue
- ar cette déclaration très catégorique, w X vous, mes mandants, je dois de consulter en toute chose vos intérêts et rien que vos intérêts. Eh bien ! vos intérêts seraient que la République disparût, si elle était mal conduite, et c’est ce qui arriverait incontestablement ; mais vos intérêts sont aussi d’éviter une révolution sfii est possible de l’éviter.
- Enfin, je me dois à moi-même d’être logtque, et je ne le serais pas, si je me refusais à respecter, sous prétexté qu’elles me sont contraires, les décisions du suffrage universel, dont j’ai toute ma vie invoqué la puissance et proclamé la souveraineté. -
- Voilà ce que je pense, messieurs, et tenez pour certain que l’avenir, quels que soient les évènements, me donnera raison.
- EXTÉRIEUR
- Va question d’Orient s’embrouille. — La
- Grèce prend, à propos du vote du budget, des résolutions belliqueuses, et il faut reconnaître qu’elle ne peut guère eu prendre d’autres, puisque c’est la seule façon pour elle de sortir de là terrible situation financière”où l’ont mise des armements hors de proportion avec ses ressources. Il lui faut boire le mauvais vin qu’elle a tiré.
- La Grèce a, dit-on, 45,000 soldats sous les armes, et comme elle ue peut les garder longtemps sans se ruiner de fond en comble, c’est là un symptôme assez inquiétant.
- Le déficit des finances grecques dépasse 62 millions de drachmes. Cela suffirait pour écraser un crédit plus solide que celui de la Grèces La guerre à tout prix est devenue le mot d’ordre non-seulement du jeune roi, mais de ses plus Vieux hommes d’Etat et de la nation tout entière, qui croit que la guerre ouvre devant elle une voie de salut. C’est à la ruine financière qu’elle marche, et peut être aussi à la défaite et à ia dévastation de ses ports.
- A quoi peut servir l’armée grecque contre la flotte turque, contre cette même flotte qui eut l’audace de faire il y a trois ans l’expédition de Soukoum-Kalé ? Ce sera une triste leçon pour ce pays jusqu’ici fort sympathique.
- De son côté, la Turquie qui semble se placer de plus en plus sous le protectorat de l’Allemagne, fait des préparatifs formidables, dont elle fera supporter les frais à ses bouveaux créanciers, comme ses anciens préteurs ont payé ceux de la dernière guerre L'armée des frontières a été placée sous le commandement en chef de Derviscb pacha, l’heureux pacificateur de Dulcigno. 60,000 hommes ont été envoyés en renfort en Thessalie, ayant à leur tête l’un des meilleurs généraux turcs, le ghazi Mouktar pacha, tour à tour heureux et malheureux pendant la guerre d’Arménie. Si l’on tient compte que la Thessalie est une ligne stratégique naturelle formidable, on comprendra quelle est l’illusion des Grecs.
- Deux cuirassés turcs croisent dans la mer Egée; Hobart pacha, récemment promu au grade d’amiral, a été désigné comme chef d’état-major de la flotte. Enfin, et ceci est peut-être le symptôme le plus grave, le cabinet a été remanié dans un sens belliqueux, parla retraite du ministre de la marine, Rassim pacha, et par la nomination d’Osman pacha , le vainqueur de Plevna, au ministère de la guerre.
- On parle déjà, comme d’une éventualité prochaine, de l’expulsion des 300,000 Grecs qui habitent dans l’Empire et qui représentent la partie la plus riche, la plus instruite et la plus industrieuse de la population.
- Tout cela est loin d’être rassurant.
- AUTRICHE-HONGRIE
- 3L»es députés démocrates.— Dr Kronawetter, jù von Schœnérer et trois autres, viennent de faire à la législature une proposition en faveur du suffrage universel. Cette proposition n’a guère de chance d’être admise, mais elle donnera certainement lieu à d’intéres-santa débats.
- L’Usure, — Une discussion fort intéressante se poursuit au Reichsrath autrichien sur un projet de loi relatif à l’annulation,dans des cas déterminés,des procédures dirigées contre les débiteurs insolvables. C’est la question si délicate de l’usure et de l’intervention contre elle du législateur qui se débat. Ainsi que le fait remarquer la Presse de Vienne, l’usure était florissante en Autriche avant 1868. alors que la loi fixait à 6 0/0 le maximum de l'intérêt, et frappait l’usurier de peines sévères ; elle s’est développée lorsque le maximum a été élevé, et il est possible qu’elle fasse de nouveaux progrès par suite de l’adoption du projet de loi actuel, qui est dirigé contre elle. D'après un des orateurs on prête souvent à un intérêt de 2 à 5 0/0 par mois.
- Trois orateurs entendus sont favorables au projet de loi. Le premier, un ultramontain, la votera, quoi qu’elle lui paraisse insuffisante. Le salut du pays n’est possible d’après lui, que si « le législateur délivre la population chrétienne des usuriers, et s’associe, dans ce but, à l’agitation antisémitique de l’Allemagne ». Un eonser* vateur a déclaré qu’on avait trompé le peuple en faisant sonner haut, en 1868, le mot de liberté, pour abroger la législation contre l’usure. Enfin, un progressite a déclaré que « si l'on ne prend pas des mesures énergiques pour protéger la population agricole, il n’y aura bientôt plus de paysans propriétaires,mais simplement des fermiers comme en Irlande. Il serait opportun,a t-il ajouté aux applaudissements de rassemblée, que le gouvernement établit une statistique de la misère. »
- Il semble donc que, dans tous les partis, le projet de loi trouve des défenseurs. Peut-être l’extension qu’a prise l’usure en Autriche rend-elle nécessaire, au point de vue politique, l’intervention du législateur. Mais il est à craindre que cette intervention ne soit inutile, sinon nuisible. L’usure est un effet de la misère; elle l’augmente, il est vrai, mais elle-même en est née. Tant que la population restera dans la gêne, elle aura besoin des usuriers, elle en trouvera, et les obstacles légaux qu’on cherchera à élever contre l’usure ne serviront qu’à accroître son tarif. L’usurier augmentera le taux de l’intérêt dans 1a, proportion du risque couru par lui. Le seul moyen d’empêcher le développement de l’usure* c’est d’améliorer le sort de ceux qui ont besoin d’y recourir.
- RUSSIE
- Situation, — Le gouvernement russe s’occupe activement à rétablir l’équilibre de son budget fortement compromis par les dépenses de la dernière guerre et à liquider la dette énorme qu’il a contractée envers la Banque de Russie. Par suite de combinaisons financières que le télégraphe nous a fait connaître, la dette de l’Etat envers la Banque se trouvera réduite à 400 millions de roubles qui seront éteints par un amortissement régulier. La nette de la Russie s’élevait, à là fin de 187*9, à plus de deux milliards de roubles.
- On comprend qu’en présencè d’une situation aussi chargée, la Russie ait jugé nécessaire d’augmenter le revenu de ses douanes par une élévation des tarifs.
- En outre, les récoltes ont été exceptionnellement mauvaises l’an passé, en sorte que plusieurs régions de l’empire sont, en ce moment, exposées à la famine.
- Gela n’empêche pas les dépenses militaires d’absorber le tiers du budget, ce qui prouve que la Russie n’a point renoncé à s’intéresser aux affaires du monde.
- ALLEMAGNE
- Le socialisme. — A la suite de la découverte de brochures socialistes répandues dans la caserne de Worms, tous les paquets et objets quelconques envoyés aux soldats sont minutieusement visités avant d’être remis aux destinataires.
- — A Munich, la direction de la police a défendu de faire des collectes pour venir en aide aux socialistes expulsés de Hambourg,
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- Encore des sirmeme»» ts. — D’après la Gazette nationale du 20 janvier, l’introductlou du canon-revolver dans la marine allimande est chose décidée. Dans la mesure des crédits alloués au budget, chaque navire devra être pourvu de cette arme, de manière que tous les points — à partir de 200 mètres et au delà,puissent toujours être balayés par deux bouches à feu.
- AMÉRIQUE DU SUD
- Écrasement du Pérou. — La prise de Lima par les Chiliens, que nous signalions comme très probable, il y a peu de jours, est aujourd’hui un fait accompli. La capitale du Pérou s’9st rendue le 17 janvier.
- La veille, l’armée chilienne, qui s’était déjà emparée de Chorillos, avait rencontré a Miraflores la dernière armée du Pérou et l’avait mise en pleine déroute. A la suite de ce désastre, le président Pierola s’est enfui, et la ville a été occupée, nous ignorons dans quelles conditions.
- Espérons que les vainqueurs, satisfaits de tenir sous leur pied leur ennemi, qui est en même temps leur plus proche parent, ne se montreront pas ni implacables ni insatiables ; espérons aussi que cet événement aura du moins pour effet de mettre fin à cette guerre d’extermination et de dévastation, et que la paix se fera sur des bases qui ne soient ni trop onéreuses ni trop humiliantes pour le vaincu. Le gouvernement péruvien est on ne peut plus méprisable, mais il serait triste que la popu lation péruvienne tout entière expiât les fautes d’un gouvernement qui, n’a les sympathies que d’une majorité.
- * •¥
- JLtranquillité à Bnenos-Ayres. — La
- république Argentine est une confédération composée de quatorze Etats, ayant pour capitale fédérale Buenos-Ayres, qui était en même temps la capitale de l’Etat du même nom. L’Etat et la ville de Buenos-Ayrea exerçaient dans la Confédération une influence souvent prépondérante, qui s’explique par la richesse et le grand commerce du port de Buenos-Ayres et par la population de l’Etat du même nom, qui forme plus du quart de la population totale de cette immense république fédérative.
- Mais, en juin dernier, une révolution a éclaté, à Buenos-Ayres, à l’élection du président de la république La guerre civile a éclaté et Buenos-Ayres a été vaincu par les autres Etats argentins.
- A la suite de -cette victoire, il a été décidé que la ville de Buenos-Ayres serait détachée de l’Etat auquel elle donnait son nom, et qu’elle formerait un territoire fédéral, dans lequel siégerait le gouvernement de la république, comme aux Etats-Unis, Washington. Cette décision vient de devenir un fait.
- Ainsi Buenos-Ayres est « fédéralisé. » Des fêtes magnifiques viennent d’être données pour célébrer la nouvelle situation de cette grande ville.
- PAYS-BAS
- Mouvement en faveur du snlFrage universel. — On signale constamment de nouvelles adhésions d’associations ouvrières au mouvement pour le suffrage universel. Cette fois ce sont l’association des charpentiers d’Amsterdam et la section ouvrière de Nieuw-Lekkerland qui viennent d’envoyer à la Chambre une adresse pour soutenir la pétition envoyée par l’Association générale ouvrière néerlandaise.
- JLe pétrole au Caucase
- Le Nouvelliste de Bakou annonce que la pénurie de pétrole qui s’était manifestée aux sources de cette contrée, vient de cesser subitement par i’apparition d’une source nouvelle.
- .Cette source est tellement abondante que tous les ré-
- servoirs des exploitations voisines sont remplis jusqu’au bord et qu’on craint même de voir bientôt déborder les étangs à pétrole du voisinage.
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- DISCOURS DE I. G4MBRTTA
- Voici les points principaux du discours prononcé par M. le Président de la Chambre des députés à l’ouverture de la session :
- Pour aboutir complètement, comme je le disais l’an dernier, il nous reste encore beaucoup à faire ; mais vous avez déjà beaucoup fait: vous avez dès le lendemain de la mémorable lutte de mai à octobre 1877, inauguré l’exécution des volontés de la France.
- Vous avez mis fin aux entreprises du pouvoir personnel et des anciens partis. Vous avez restauré dans sa sincérité le gouvernement du pays par le pays, vous avez rendu Paris au Parlement et le Parlement à Paris ; vous avez, par un grand acte de clémence et de prévoyance politique, jeté un voile sur les restes de nos discordes civiles, et sans faire courir aucun péril à l’ordre républicain, vous avez répondu aux sentiments d’humanité et de générosité toujours si puissants dans Fâme française.
- Votre effort de prédilection s’est porté surtout sur les lois d’éducation nationales après avoir rétabli dans leur intégrité les droits et les lois de l’Etat trop longtemps méconnus, vous avez assuré l'instruction de tous les jeunes Français.
- En constituant pour la première fois dans la loi le respect absolu de la liberté de conscience, vous avez fortement réorganisé l’enseignement supérieur et secondaire, doté richement les trois branches de l’éducation publique et préparé par là une magnifique moisson d’hommes pour l’avenir.
- Les travaux publics ont reçu de vous une impulsion décisive et sans précédent.
- Les populations qui avaient contribué de leurs deniers à la création des anciennes lignes de chemins de fer vont enfin, par une juste réciprocité, posséder de nouveaux moyens de transport et d’échange.
- Les beaux ports que la France doit à la nature et au passé vont, grâce à votre généreux concours, prendre l'extension, la puissance qui leur permettra, de Dunkerque à Marseille, d’entrer efficacement en lutte avec les plus grands entrepôts de l’Europe.
- Les routes, les canaux, largement dotés, restaurés, agrandis ou créés, compléteront cet admirable ensemble de voies de communication terrestres et maritimes. A côté de l’outillage industriel et économique,vous avez eu un soin jaloux de réformer et refondre l’outillage militaire et naval de la France ; vous vous êtes montrés surtout préoccupés du personnel chargé, sur terre et sur mer, de la garde et de l’emploi de cet immense matériel. La situation d’activité et de retraite de tous les officiers et soldats a été améliorée ; celle des sous officiers a élé et est encore l’objet de votre constante sollicitude; le service d’état-major a ôté réorganisé.
- Il vous reste, par le vote de projets dont vous êtes saisis, à remanier la loi de recrutement, à organiser l’administration militaire, à fixer les règles de l’avancement, et il est permis de croire que vous ne vous séparerez pas sans avoir mis la dernière main au grand œuvre de la défense nationale.
- Vous avez pu accomplir un pareil progiamme grâce à l’admirable puissance de travail et d’épar . ne du pays, qui, depuis cinq ans, vous a rendu et au-delà, en plus-values, les larges dégrèvements d’impôts dont vous avez allégé chaque'exercice. Vous avez établi l’équilibre des budgets, doté plus largement tous les services publics et mis hors de pair le crédit de la France.
- Des lois spéciales du plus grand intérêt pour les diverses branches de l’économie sociale, la refonte inté-
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- grale de nos tarifs généraux de douanes, la réforme postale et télégraphique, la fusion de ces deux services et une longue série de lois d’affaires resteront comme la preuve de votre activité et de votre compétence.
- Enfin, en attendant de mettre par des lois les libertés publiques hors de toute atteinte, vous en avez favorisé la pratique pour tous : vous avez déjà assuré le droit de réunion; la presse va sortir affranchie de vos plus prochaines délibérations, et aussi la reconnaissance légale des associations professionnelles.
- Cette carrière si remplie, vous l’avez parcourue au milieu de la paix la plus profonde au dedans et a i dehors; c'est surtout en ce qui touche le maintient de la paix au dedans qu'on peut dire que mire union avec le gouvernement et le pays a été inaltérable. En dépit d'assertions sans fondement, le monde entier sait que la politique extérieure de la France ne peut cacher ni dessins secrets, ni aventures.
- C’est la une garantie qui tient à la forme même de l’Etat républicain, où tout dépend de la souveraineté n tionale et d’une démocratie au sein de laquelle la paix extérieure, digne et forte, est à la fois le moyen et le but du progrès démocratique.
- A. l’intérieur, cette politique qui est la vôtre, ces réformes. ces résultats, ces espérances vous permettront de vous présenter avec confiance au jugement du pays, quel que soit le procédé de consultation que vous adopterez pour interroger le suffrage universel.
- Depuis que vous siégez sur ces bancs, à plusieurs reprises et sous des modes divers, la nature a eu l'occasion de se prononcer sur vos actes; elle a toujours vigoureusement sanctionné votre politique, et ce n’est pas au lendemain des magnifiques élections que viennent d’accomplir les communes de France qu’on peut contester votre étroite communion d’idées et de principes avec le suffrage universel.
- Je ne veux tirer qu’un enseignement de ces manifestations référées du pays en faveur de la République; c’est qu’il faut persévérer dans la voie où nous sommes entrés, c’est que pour répondre aux intérêts comme aux volontés delà France, il nous faut entourer la République que nous avons fondée, d’institutions de plus en plus libérales et démocratiques, pour réunir tous les patriotes, tous les Français.
- DES SYNDICATS PROFESSIONNELS
- il
- Voici le texte du projet de loi présenté par le Ministère :
- Art. 1er. — Des syndicats professionnels composés de plus de vingt personnes exerçant la même profession ou le même métier pourront se constituer, sans l’autorisation préalable du gouvernement, aux conditions prescrites par les articles suivants.
- Art. 2. — Les syndicats professionnels ont exclusivement pour objet l’étude et la défense des intérêts professionnels, économiques, industriels et commerciaux communs à tous les membres.
- Art. — Quinze jours avant le fonctionnement d’un syndicat professionnel, ses fondateurs devront déposer les statuts du syndicat et les noms et adresses de tous les membres qui les composent avec indication spéciale de ceux qui, sous un titre quelconque, seront chargés de l’administration ou de la direction.
- Ce dépôt aura lieu pour le département de la Seine à la préfecture de police, et pour les autres départements à la mairie de la localité ou le syndicat est établi.
- Ce dépôt devra être renouvelé le Ier janvier de | chaque année, et à chaque changement des administrateurs ou des statuts.
- Art. 4. — Les syndicats professionnels ne pourront être formés qu’entre français jouissant de leurs droits civils.
- Art. 5. — Le défaut de déclaration sera puni d’une amende de 16 à 200 francs. En cas de fausse déclaration, l’amende pourra être portée à 500 francs.
- En cas d’infraction aux statuts ou aux prescriptions des articles 2 et 4, les tribunaux pourront prononcer la dissolution des syndicats professionnels .
- Art. 6. — Les dispositions antérieures qui sont contraires à la présente loi sont abrogées.
- Ce projet de loi est dicté par deux sentiments contradictoires, le désir d’accorder une liberté impérieusement réclamée par les mœurs et le désir de réduire cette liberté à sa plus simple expression.
- Voyons d’abord ce qui dans la loi répond au premier de ces sentiments.
- Les chambres syndicales sont autorisées et le projet de loi qui les autorise ne fait aucune distinction entre patrons et ouvriers ; il soumet les uns comme les autres aux mêmes prescriptions. Nous ne saurions trop louer cette égalité de traitement; il est si rare que nous la rencontrions dans nos lois.
- Afin de rester fidèle à cet esprit,le projet se garde bien de créer des chambres de patrons et des chambres d’ouvriers et d’accentuer par cette création le divorce de ces deux classes ; il laisse toute liberté aux travailleurs de s’associersoit entre patrons,soit entre ouvriers, soit patrons et ouvriers ensemble. Cette latitude est excellente ; elle permet la création si désirable de syndicats mixtes au sein desquels patrons et ouvriers pourront discuter entre eux.
- Enfin le projet de loi a un troisième titre à nos sympathies; c’est de ne pas exiger la même résidence pour les membres d’un même syndicat. Grâce à cette liberté les travailleurs des villes trop petites pour constituer une chambre professionnelle locale pourront se rallier aux syndicats d’autres localités. Les travailleurs des campagnes pourront ainsi confier leurs intérêts à des syndicats. Il pourra même arriver que les chambres syndicales d’une même profession se ramifient sur toute l’étendue du terri-. toire.
- Toutes ces disposition sont excellentes et nous sommes heureux de pouvoir les porter à l’actif du projet de loi,
- Que nous voudrions n'avoir pas à charger davantage son passif! Malheureusement du premier au dernier article du projet de loi nous avons à faire réserves, et leur importance est aussi grande que leur nombre.
- L’article 1er stipule que les membres des syndicat
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- professionnels devront exercer la même profession on le même métier.
- En théorie rien de plus simple, en pratique, rien de plus délicat. Toutes les professions ne sont pas délimitées avec précision. Peu nombreuses, bien peu nombreuses,sont celles dont on peut dire: «Cette profession commence ici, elle s’arrête là. » Qui déterminera si telle spécialité doit se rattacher à telle profession plutôt qu’à telle autre. La grande industrie rend cette détermination absolument illusoire. Pour avoir pu rédiger l’article l*r du projet de loi il a fallu n’avoir aucune idée du nombre de travaux de natures diverses que groupe une grande usine. VoiGi, comme exemple, ce qu’il en est à l’usine de Guise, laquelle cependant se consacre à une spécialité. Les travailleurs s’y partagent en fondeurs de fer, fondeurs de cuivre, mouleurs, forgerons, modeleurs, ajusteurs, ferblantiers, décorateurs, tôliers, bronzeurs, tour* neurs de fer, mécaniciens, emballeurs, magasiniers, chauffeurs, Gharrons, meilleurs, menuisiers, couvreurs, briquetiers, cireurs, émailleurs, charpentiers, pileurs de verre, maçons, râpeurs, sans compter les services moins nombreux depuis les ingénieurs, chimistes, dessinateurs,employés aux écriture^, sculpteurs, caissiers, etc*, jusqu’au service du sable, à celui .des écuries, aux charretiers, aux terrassiers, et aux manœuvres. Et nous en omettons sans doute, Ne sentez vous pas que tous ces hommes travaillant dans une même usine sont attachés aux intérêts de l’usine qui les fait vivre bien plus qu’aux intérêts de la spécialité qui est la leur ? St vous leur interdiriez de se concerter entre eux sous prétexte qu’ils n’exercent pas le même métier.
- La même difficulté qui se présente pour l’usine de Guise se représente pour des milliers et des milliers d’entreprises.
- Et les employés quelle sera leur situation ? Seront-ils considérés comme appartenant à la profession qui les occupe ou bien comme constituant un groupe à part ? L’une comme l’autre décision mène à l’absurde î on ne saurait classer comme gantier on parfumeur l’employé qui vend des gants ou des savons ? et si vous faites une classe à part des employés, celui dont nous parlons s’y trouvera côte à côte avec des employés de banque ou d’usines métallurgiques, Leurs intérêts sont ils les mêmes ?
- Or remarquez que ces petits détails, sans importance actuellement, en acquerraient une grande si la loi proposée venait à être votée telle quelle : Son article 0 no punit-il pas sévèrement toute inobserva tion de la loi ?
- L’article 2 n’est pas moins critiquable, Il borne
- l’action des syndicats exclusivement à l’étude et à
- la défense des intérêts professionnels. Là encore la même difficulté renaît. Où commencent et où finissent ces intérêts ? Qui,mieux que les intéressés peut en être juges ? Et si vous les en rendez juges à quoi sert votre article 2 ? Chaque fois que l’on sort de la liberté on tombe dans l’arbitraire ou l’impraticable*
- Nous voyons de mauvais œil ce texte élastique. Il sera si facile d'en restreindre ou d’en étendre à volonté le sens 1 Que les rênes du char de l’état viennent à retomber dans des mains réactionnaires, et l’on verra, à teneur de cet article, interdire les caisses de secours ou de retraites, les bibliothèques, les cours et autres institutions non-professionnelles que Ips syndicats pourront avoir créés.
- Et ne dites pas que nous exagérons, ne dites pas que l’esprit de la loi est contraire à cette éventualité car, si vous disiez cela,nous vous renverrions à l’exposé des motifs qui précède le projet de loi. Là vous lirez ceci :
- « Les membres de ces syndicats sortent du régime discrétionnaire pour entrer dans le régime légal, mais c’est à condition de se renfermer strictement dans les limites que leurs statuts auront tracées ; toute excursion dans un domaine étranger aux intérêts spèciaux qui sont la raison d’être des syndicats les exposerait à la dissolution. »
- Que patrons et ouvriers se tiennent pour avertis. Sous peine de dissolution, chaque corps de métier devra ne considérer les questions qui lui seront soumises qu’à son point de vue exclusif. Interdiction formelle de s’occuper des intérêts de la France et de ceux du progrès en général. Chacun n’aura plus qu’à demander des privilèges pour soi à l’exclusion des autres, Arrière aux considérations d’intérêt général, place, place à l’égoïsme corporatif, et à lui seul !
- Ah si jamais le but que poursuit cet article de loi devait être atteint, si jamais les syndicats étaient condamnés à se cantonner chacun dans son coin I comme des escargots dans leur coquille, à vivi*e à | côté les uns des autres,mais chacun pour soi,comme 1 des huîtres sur un même rocher, la liberté du tra-! vail, la prospérité du pays et là cause de la civilisé* 1 tion auraient plus perdu que gagné à la consti-j tution légale des syndicats 1
- I L’article 3 est plus arbitraire encore; En prescrivant aux associations formées à Paris l’obligation de déposer à la préfecture de police, non seulement leurs statuts, mais aussi la listé et les adresses de leurs membres, et en exigeant que ce dépôt soit renouvelé chaque année, il institue à l’égard des syndicats, une mise en surveillance d’une nature particulière.
- Il faut que le ministère soit bien peu au courant
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- de l'opinion publique pour faire une telle proposition. Est-ce que, par hasard, le ministère en serait encore à ignorer quelle impopularité — pour em ployer un mot parlementaire — accable la police en France. Ce sentiment public est peut être mal fondé — nous n’avons pas à examiner cette question mais il existe. Or, les lois que l’on fait sans tenir compte de l’état de l’opinion sont des lois mal faites En outre, oublie-t-on que depuis longtemps la fonc tien du préfet de police est considérée comme peu conciliable avec le régime républicain. Il a en mains une trop grande concentration d’attributions. C’est le contraire de ce qu’il faut dans une république. Eh bien i Le projet de loi confère à ce même fonctionnaire, une attribution de plus.
- Nous comprenons qu’il faille une formalité pour faire conférer à un syndicat la personnalité civile, mais un simple dépôt des statuts au greffe du tribunal de commerce suffirait. Les syndicats n’éprouveraient aucune répulsion à accomplir une démarche de ce genre ; il n’en serait certainement pas ainsi au cas où ils devraient' remettre chaque année la liste et les adresses de leur membre au même fonc tionnaire (pïi surveille les anciens galériens et donne des ordres aux mouchards.
- Le même article 4 stipule que les Français pour faire partie de syndicats professionnels devront jouir de leurs droits civils. Nous n’arrivons pas à saisir, le rapport qui on suppose exister entre la jouissance des droits civils et la capacité professionnelle. Nous pensons que l’on a eu pour but d’exclure las faillis, Mais la loi sur les faillites est aujourd’hui l’objet de l’animadversion de toutes les personnes qui connaissent les affaires ! Tel faillis sont souvent plus honnêtes que tels commerçants ou industriels qui ne faillissent pas.
- Quant aux hommes qui sont privés de leurs droits civils par suite de condamnations infamantes, en les poursuivant jusque dans leur activité professionnelle, on met un obstacle de plus à leur relèvement.
- Les étrangers sont également exclus des syndicats. Pourquoi ? L’exposé des motifs n’en souffle mot.
- Certes l’Etat a des devoirs à l’égard de l’immixtion des étrangers dans les affaires intérieures du pays.
- Il est responsable de la sécurité et Comme tel il doit prendre des précautions pour que cette sécurité ne puisse être troublée par aucun mot d?ordre venu du dehors, Qu’il interdise la ramification en France d’association ayant leur centre d’action à l’étranger, nous le comprenons, mais qu’il interdise à des ouvriers étrangers domiciliés en France l’accès des Chambres syndicales, cela ne noua paraît pas juste. Cette restriction est d’autant moins compréhensible
- que la police est armée plus que suffisamment contre les étrangers qui chercheraient à troubler la sécurité publique.
- Les intérêts professionnels n’ont rien à démêler avec la politique.
- Un pays a tout à gagner à voir les étrangers employer leur force ou leur intelligence sur son territoire plutôt que chez eux. Lyon, Besançon et d’autres villes françaises ont vu créer par des étrangers les industries qui les rendent aujourd’hui si prospères. Ah ) comme il serait à souhaiter que nous pussions attirer en France tous les grands industriels de l’Europe î Soyons logiques avec nous-mêmes ! Il y moins de trois ans la France appelait dans sa capitale les chefs d’œuvre de tous les pays ; on se disait que ie travail national ne pouvait que bénéficier de la comparaison, et voilà qu’aujourd’hui on semble avoir peur des étrangers. Ne pouvant plus opposer la prohibition à leurs produits on s’en console par l’exclusion de leurs personnes.
- Préjugé que tout cela. Influence malheureuse de l’esprit de nationalité dans un domaine non-politique. Il n’y a d’étrangers dans la question du travail que ceux qui ne travaillent pas.
- Nous arrivons à l’article 5, le plus anti-libéral de
- tous. Il punit de dissolution les syndicats professionnels qui auront commis quelque infraction à leurs statuts. Cette stipulation est assez vague pour perg mettre à des tribunaux imbus de préventions de dissoudre quand et comme il leur plaira les syndicats professionnels. En outre, nous nous demandons qui sera juge de oes infractions aux statuts. Est-ce que l’Etat prétendrait par hasard à aller s’immiscer dafls les affaires des syndicats ? Non, assurément. Alors que veut dire cet article 5 ? Il ne veut rien dire du
- tout, seulement il a, été mis là par habitude, par manie. On est tellement accoutumé âü ministère à mettre des restrictions à toutes les libertés, que l’on se serait cru perdu si l’on n’en âVait pas mis à celle-là. Il était si simple de supprimer complètement l’ancienne législation et de ne demander aux syndicats qu’ufie simple formalité pour qu’ils pussent jouir de ia personnalité civile. On a mieux aimé rester dans l’ancienne routitie, prohiber ceci, interdire Cela, au risque de voir la loi rester impuissante, car il n‘y a pas de loi dont les mailles soient si rapprochées les unes des autres que les malins ne trouvent moyen de passer an travers ; on a beau réglementer à outrance, on se trouve toujours avoir oublié quelque chose.
- Ed, Cua.m?ury.
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- NOUVELLES DIVERSES
- La canse de» femmes àlaSorbonne.-
- Grande affluence le 24 janvier à la Sorbonne, dont le grand amphithéâtre était absolument bondé ; les dames étaient en majorité ; elles venaient entendre M. Legouvé, président honoraire de l’Union française de la jeunesse, faHe, au bénéfice de celte société d enseignement, une conférence sur la femme et sa condition dans la société,
- La première partie de la conférence est consacrée à l’historique des opinions humaines sur la nature et le rôle de la femme. La Bible, les conciles, Bossuet, Rousseau, le premier consul, la Restauration ont pensé de même sur cette grave question. La femme, dans l’opinion du passé, est un être inférieur à l’homme. Au contraire, dans le présent, on commence à la regarder comme l’égale de l’homme, mais aussi comme un être très différent de lui ; et telle est, selon M. Legouvé, la vérité.
- Il examine ensuite les lois qui régissentla femme dans la société contemporaine. Il parle des efforts tentés pour améliorer son sort et complimente M. Camille Sée sur son intelligente initiative. Il insiste sur le rôle de la femme : jeune fille, épouse et mère, sur la situation anormale qui lui est faite en France dans chacune de ces trois conditions.
- Il conclut enfin à la nécessité d’une réforme profonde dans les mœurs et dans les institutions. Les lois civiles doivent être refondues. Quant à l’admission aux fonctions politiques, M. Legouvé ne croit pas que cette idée soit encore mûre. Ce qui est urgent, c’est que le moitié du genre humain né soit pas écartée plus longtemps des services consacrés aux soins des pauvres et des malades, de l’organisation des hôpitaux et des bureaux de bienfaisance, dés fonctions d’enseignement, etc.
- « L’apostolat du monde moderne, s’écrie-t-il en terminant, ne manquera ni de saint Pierre ni de saint Paul; mais n’oublions pas d’y faffe une place aux femmes, les seules héritières de saint Jean ! »
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- Stanley retrouvé — On était sans nouvelles depuis quelque temps de Stanley, l’intrépide voyageur qui retrouva jadis Livingstone.
- M. Savorgnan de Brazza, chargé par le gouvernement français de continuer, sur Je haut Ogowai, les explorations commencées par le marquis deCompiègne, a rencontré M. Stanley qui, après avoir découvert les sources du Congo, étudie en ce moment les moyens d’utiliser pour le commerce européen cette grande artère fluviale.
- La rencontre a eu lieu le 7 novembre, et après avoir descendu une rivière jusqu’ici inconnue, l’Alima, que M. de Brazza, a rejoint Stanley, sur le Congo, dont ce cours d’eau est un des affluents.
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- Jésus-Chr? s»t devant Bismarck.— Le
- Spectator, après avoir montré comment M. de Bismarck a fait saisir et détruire toute une édition « la Légende du château» de Henri Heine, à cause d’up poëme publié il y a quarante ans dans lequel les rois de Prusse sont assez maltraités, ajoute : Cette persécution reste incomplète, la police prussienne devait saisir aussi tous les exemplaires du nouveau Testament pour en retirer le Sermon sur la montagne k cause de ces paroles : « Bienheureux les doux car ils seront les héritiers du monde. » Sentence manifestetement contraire à l’extension, sinon même à l’existence de l’empire allemand. Certes, si ce sont les « doux » qui doivent héritier, l'héritage des Hohenzollern sera bien petit.
- Les affaires et la Répxrt>li<i«e. — Sous
- aucun autre régime, on n’avait vu nos fonds publics et
- nos grandes valeurs nationales atteindre le niveau auquel on est parvenu à les fixer. Depuis un certain temps déjà le 3 0/0 français oscile entre 80 et 86 francs, et l’on prévoit qu’il ne tardera pas à se fixer sur les cours de 90 francs.
- Les obligations des chemins de fer se traitent aux environs de 400 francs. Leur prix moyen, sous l’Empire, était inférieur à 300 francs. Les dépôts dans les caisses d’épargne dépassent le chiffre de un milliard. Ils n’atteignaient pas 500 millions il y a quinze ans. L’argent n’a jamais trouvé autant de sécurité; il n’a jamais été mieux disposé à seconder le travail.
- A quelle autre époque avons-nous eu des excédents budgétaires aussi considérables que ceux d’aujourd’hui ? A quelle autre époque nos budgets ont-ils fonctionné avec la même régularité. Le contribuable paye des taxes très lourdes; mais il les paie sans murmurer, parce qu’il sait où vont les fonds dont le Trésor public a la disposition. Il sait que l’on dépense beaucoup pour l’instruction publique, pour les travaux publics, pour la réorganisation des forces du pays ; il approuve ces dépenses. Il n’ignore pas, d’ailleurs, que la funeste guerre de 1870 a coûté plus de dix milliards à la France, et que le surcroît de charges qu’elle supporte depuis 1871 est en grande partie le legs d’un passé malheureux.
- Dans ces dernières années, de notables dégrèvements ont pu être pratiqués, et comme les plus-values de l’impôt ont été de 170 millions en 1880, il y a lieu d’espérer que les Chambres pourront continuer à décréter chaque année des réductions de taxes.
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- Mort de froid et die misère. — Un ouvrier rattacheur de la ville de Bolbec, nommé Kiburse, a trouvé, dit le Nouvelliste de Rouen,la mort dans la neige, sous un arbre, non loin du hameau de la Queue-du-Gril, à trois cents pas d’une habitation.
- Cet infortuné était sans travail depuis le 24 décembre dernier ; il était parti de Bolbec ayant dans sa poche 40 centimes,que lui avait donnés sa pauvre vieille mère, âgée de soixante-quatre ans. Cet argent a été retrouvé dans les vêtements du malheureux garçon.
- Il est à présumer que Kiburse se sera égaré en arrivant à la Queue-du-Gril, où le chemin disparaissait sous la neige, et qu'une fois engagé dans la campagne, il se sera placé sous le pommier pour se mettre à l’abri de la tempête de neige. Là, ses membres se sont engourdis par le froid, et la congestion est venue.
- Tout autour de lui il y avait des amas de neige de plus de 80 centimèties de hauteur.
- La malheureuse mère a été informée, avec tous les ménagements possibles, de ce douloureux accident.
- La libre pensée en Angleterre. — La
- British Secular Dnion, une des fédérations de libres-penseurs anglais,parait ne pas vouloir perdre de temps. Dès à présent, celte société a désigné comme ses délégués officiels au Congrès international des Libres-Penseurs, MM. Holysake, un des initiateurs du sécularisme en Angleterre et l’auteur bien connu d’une remarquable Histoire de la Coopération, et Charles Watts, rédacteur de la Secular Review. Notons que ces assises internationales de la Libre-Pensée ne doivent se tenir qu’au mois de septembre de cette année, à Paris.
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- Le» j«if» à, Berlin. — Suivant le Landeszei-tung et d’après le dernier recensement, la population juive de Berlin monterait présentement à 60,000 âmes sur 1,120,000 habitants.
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- I Ecole» d’adultes à- Bruxelles pour l’aunée scolaire 1880-1881 les élèves admis à fréquenter gratuitement les écoles d’adultes de la ville de Bruxelles sont au nombre de 1278 — dont 464 filles et 814 garçons.
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- Réfectoire ï\ l’école à Bruxelles en j
- 1880, la ville de Bruxelles a dépensé pour l’alimentation des enfants dans les écoles communales une somme de 9.089 fr.
- La société fondée pour organiser ce service a recueilli en souscription une somme égale.
- * *
- La police des mœurs à Bruxelles. —
- Nous avons déjà parlé des actes épouvantables que le parquet s’est décidé à poursuivre après avoir voulu tout d’abord poursuivre celui qui les avait dénoncés. Le conseil communal de Belgique, à son tour, s’est décidé à nommer une commission d’euquête.Voici les faits qui ont été allégués devant elle, principalement par M Henri Boland, rédacteur en chef du National, de Bruxelles, et tels qu’ils résultent d’une déposition de Mme Butler devant un délégué du a home secretary. »
- A Bruxelles, dans une maison de tolérance, située rue Saint-Jean-Népomucène, il y avait, l’année dernière, une enfant de douze ans séquestrée, livrée de force à des clients l
- Rue du Persil, se trouvait une jeune fille âgée de treize ans.
- Au mois d’octobre dernier, rue du Pilote, dans une maison de tolérance, il y avait des petites filles de 12 et 13 ans.
- Une madame Constance avait l’habitude de fournir des enfants de 12 à 14 ans.
- Une madame Hortense tenait dans la rue Gambero, une splendide maison, où elle tenait à la disposition de ses clients des enfants de 10,11 et 12 ans.
- Il y a £es maisons où se trouvent des femmes ordinaires pour les gens qu’oü ne connaît pas ; elles ne sont qu’un prétexte. Cachées et dissimulées, se trouvent des enfants pour les clients opulents et connus.
- Rue Pachéoo, il y salons capitonnés, sans aucune, ouverture, où on peut violer à l’aise sans que les cris des victimes puissent être entendus au dehors.
- La traite est internationale : une jeune fille flamande, toute jeune, a été vendue, à la fin de lévrier dernier, à une maison de Rouen, puis à une maison de Limoges.
- Mme Van offrit un jour à M. X. de Saint-PierreTies-Ca-lais, une enfant de treize ans.
- Cette Mme Van, surnommée Malvina, est morte en octobre 1879, et, dans sa reconnaissance, elle a légué deux maisons de prostitution ^e la valeur de 100,000 fr., à M. Lemoine, commissaire de police en second, auprès de M. Schrceder, chef de la police des mœurs. On ne pouvait pas mieux affirmer qu’il l’avait aidée à gagner sa fortune.
- Il y a des détails sur lesquels nous ne pouvons insister :
- Et notez que le régime-de la police des mœurs de Bruxelles était cité jusqu’ici dans tous les congrès médicaux comme un modèle à proposer à l’univers.
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- Wallace socialiste. — Bon nombre des savants les plus distingués de ce temps embrassent peu à peu la cause du socialisme. Une nouvelle adhésion, fort importante, est"sans contredit celle de l'illustre naturaliste Wallace, l’émule de Darwin. Ce savant anglais, dans un article du Conlemporary Magazine, publie un 1 article essentiellement socialiste. Dans la question de la propriété foncière notamment, M. Wallace se montre partisan déclaré de la nationalisation du sol.
- : ' ÉTATS-UNIS
- La France constate les progrès merveilleux que ne cessent d’accomplir les Etats-Unis dans toutes les branches de l’activité industrielle et commerciale. Nous croyons devoir citer les chiffres relatifs à la multiplication des voies ferrées qui ont une si large part dans la prospérité de la grande République :
- Alors que l’Europe tout entière n’a pas plus de 160 kilomètres de chemin de fer, les Etats-Unis en avaient
- 140,000 en 1879. En 1880, on a construit, d’après la Rail-road Gazette de New-York, 7,000 mille ou 11 mille 200 kilomètres de chemins de fer, 2 mille de plus qu’en 1879.
- De plus en plus, la voie ferrée gagne les solitudes de l’Ouest. Elle a déjà escaladé au centre les pics ardus des Montagnes-Rocheuses par le grand chemin de fer du Pacifique ; elle va les franchir au sud par le Texas, elle va les franchir au nord par le Dakota.
- Toutes ces grandes artères transcontinentales seront achevées dans quelques années. Ce sont elles qui amènent à peu de frais le bétail et les céréales à tous les ports de l’Atlantique. De là ces produits gagnent l’Europe, où ils assurent le bon marché de la vie et nous préservent des disettes.
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- Misé**© en ttuissie. — Le Ruski Fedomosti de de Moscou annonce que l’assemblée provinciale de Saratof a informé le ministre de l’intérieur que dans cette province 730,000 paysans souffrent de la faim, et qu'il faudrait 5 millions de roubles (vingt millions de francs) pour soutenir leur existence jusqu’au printemps. Le Fedomosti de Karckoff assure que dans la province de Samara, plus d’un million de paysans sont absqlument dénués de ressources.
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- ILe droit de la femme. — Un nouveau journal consacré à la défense des droits de la femme vient de paraître. Dans un fort bel article intitulé la Citoyenne, l’un des meilleurs romanciers de ce temps, Mme André Léo, recherche les origines de la question « du droit de la femme ».
- La question du droit de la femme date de la grande Révolution, ou, ce qui revient au môme, de la philosophie du dix-huitième siècle. Elle ne pouvait naître que du droit individuel. Les femmes l’ont senti, à cette époque , elles se jetèrent et dans la philosophie et dans la Révolution avec ardeur,et la Révolution ne périt que lorsque,rebutées,désaffection nées, elles l’abandonnèrent. Leur cause alors n’était comprise et soutenue que par un petit nombre de penseurs, Condorcet en tête; mais c’était l’élite de la Révolution, tandis que les violents et les ambitieux, c’est-à-dire les faux révolutionnaires : Hébert et Chaumette, Robespierre et les jacobins, renvoyaient dédaigneusement la femme à sa quenouille, à son foyer ou à sa parure. — Elles y allèrent et se mirent à préparer le Directoire.
- Cette division persistera dès lors : tout ce qui suit et conserve l’esprit de la Révolution, accepte ou proclame le droit de la femme ; tout ce qui,sous le vêtement de la forme et de la lettre révolutionnaires, cache l’esprit du passé,ses intrigues ou ses instincts, poursuit cette cause de sa haine et de ses attaques. Bonaparte la proscrit et l’insulte dans Mme de Staël, et le droit de .la femme sera alors noyé, comme tous les autres, dans la guerre et le militarisme.
- On trouve partout la femme dans les armées. Malgré l’opinion, malgré la loi, malgré la nature (c’est-à-dire malgré l’instinct de conservation, qui existe aussi bien chez l’homme, mais que l’opinion pour lui l’oblige à surmonter malgré tout) ; emportées qu’elles sont par l’enthousiasme révolutionnaire, par cette loi naturelle, inévitable, qui les remplit des mêmes sentiments, des mêmes passions que la société dont elles font partie ét dont les intérêts leur sont communs.
- Les Israélites eu Russie,
- Il n’y a pas moins de 721,340 juifs dans les seuls gouvernements russes de Kief, Wolhynie et Padolie ; a Ber-ditchef il n’y a pas moins de 50,000 israélites, à Eief on en compte 13,000 le onzième de la population totale ; 36 pour 100 des négociants. A Varsovie la proportion des juifs est 13.35 0/0 sur la population entière. Sur la totalité des étudiants russes, 4.72 0/0 sont des juifs.
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- DE L'INITIATIVE PRIVÉE EN MATIÈRE D’INSTRUCTION AUX ÉTATS-UNIS
- La République française fait de louables efforts pouf élever dans le pays le niveau de l’instruction publique. Jamais chez nous pareille sollicitude ne s’était vtie. Aussi ne manque-t-il pas de personnes qui se figurent de la meilleure foi du monde que la France, une fois l’obligation de l’instruction entrée en pratique, aura fait pour le développement des lumières, tout ou à peu près tout ce qui est en son pouvoir.
- C’est une grande illusion. *
- L’Allemagne qui est cependant beaucoup moins riche que la France s’impose pour l’instruction des sacrifices beaucoup plus considérables que ceux qui nous incomberont à môme une fois que l’enseignement obligatoire et gratuit sera organisé chez nous. L’Angleterre, tout en dépensant proportionnellement moins que la France pour l’enseignement primaire dépense beaucoup plus pour l’enseignement secondaire et supérieur. Enfin la grande république américaine inscrit à son budget de l’instruction publique une somme presque décuple de celle que la France inscrit dans le sien,
- Et cependant dans tous ces pays les sacrifices officiels ne représentent qu'une partie des sacrifices totaux du pays. En Allemagne et en Angleterre les universités ont des fortunes à elles, quelquefois colossales, provenant de dons et legs faits par des particuliers» Aux Etats-Unis l’enseignement à tous les degrés bénéficie de nombreuses et riches fondations dues à l’initiative privée.
- L’exemple de ce qui se passe en cette matière aux Etats-Unis ne saurait être trop vivement imitié chez nous. Un grand nombre de riches eitoyens américains ont eu â cœur de donner à leur patrie, soit de leur vivant, soit par voie testamentaire, dans le but de 'favoriser la diffusion des lumières, de véritables fortunes, dont quelques-unes atteignent des sommes énormes.
- On pourrait croire que cet immense élan de l’initiative privée doit avoir rendu l’Etat plus parcimo-mieux ; il semble que l’autorité aurait pu se reposer sur les générosités particulières. Pas le moins du monde, c’est le contraire qui s’est produit. Plus les particuliers donnaient d’argent pour l’instruction publique, plus le gouvernement en mettait de son côté. C’est ainsi que, d’augmentation en augmentation, les Etats-Unis en sont venus à inscrire à leur budget, pour l’instruction publique seule, la somme énorme de 403.394.600 francs, sur laquelle somme le
- traitement des professeurs entre pour 258.903,150 fr.
- Voilà des chiffres qui nous paraissent énormes et qui le sont en réalité. Eh bien, quelque énormes qu’ils soient, il convient d’y ajouter tout ce que dépense l’enseignement privé, très développé là-bas comme l’on sait, plus la rente de toutes les fonda* tions.
- Et savez-vous de quelle importance ellés sont ces fondations ?
- La liste complète serait trop longue pour pouvoir trouver sa place, mais voici, comme échantillon, la liste des 32 dons les plus considérables faits par des particuliers en faveur de l’instruction.
- 1866-69 George Peabody. * . 3.700.000 dollars
- 1873 John Hopkins (Maryland) 3.500,000 *
- 1865-78 AsaPacker (Pensylvâüie) 3.500.000 *
- 1831 Stephen Girard id* 2.000.000 »
- 1870 W. NV. Corcoran (Wa-
- sington).................. 1*610.000 »
- 1872 Isaac Rich (Massachussets)................... , 1.500.000 u
- 1873-76 Cornélius Vanderbildt
- (New-York). . . . 1.300.000 *
- 1874 Samuel Williston (Massachussetts. . . . 1,000.009
- 1873-76 James Lick (Californie). 850.000
- 1859 Peter Cooper (N.-York, 800.000
- 1870- 80 James Lenox id. 800.000
- 1861-68 MatthewVassar id. 800.000
- 1848 J, J. efW. B. Astor id. 780.000
- 1866 Ezra Cornell * id. 735.000
- 1854 Eiiphalet Aott id. 600.000
- 1871- 76 ChaunceyRose (Indiana) 600.000
- 1829 James S. Smithson* * 540.000
- 1879 Walter Hastings (Massachussets), . . » 500.000
- 1878 D. P. Stone id. 500,000
- 1878 Silvanus Thayer id. 480.000
- 1871- 73 A. Pardec (Pensylvanie). 450.000
- 1873-76 James Brown (N.-York) 400.000
- 1876 Williard Carpenter id. 400,000
- 1872 Sophie Smith (Massachussets) . . . * 400.000
- 1842 Benjamin Bussey id. 850.000
- 1850-80 Joseph E. Sheffield id. 350.000
- 1872- 75 J. C. Green (N.-York). 330.000
- 1876 Leonard Case (Ohio). . 300.000
- 1872 H. W. Sage (New-York). 300,000
- 1864-66 Augustus R . Street
- (Connecticut) . , . 300.000
- 1875 Tappan Wentworth
- (Massachussets » . 300.000
- 1836 Joün Lowell id. 250.000
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- Ensemble. . . 30-225.000 dollars
- Soit, en francs, 151.125.000! Et nous ne parlons pas des dons ou legs inférieurs à 1 million 250.000 francs.
- Ces chiffres en disent long. Ils sont an titre d’honneur pour les classes riches américaines.
- Mais quelles réflexions ne nous font-ils pas faire,à nous Français, quand nous les comparons â ce qui se passe chez nous 1
- Nos classes riches sont tout autres ; elles voient
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- l’instruction de mauvais œil ; le désintéressement n’est pas une de leurs vertus ; l’amour du bien public ne les passionne que très rarement ; elles ne se reconnaissent aucune mission de progrès ; la direction du pays les attire, mais elles entendent n’avoir rien à y perdre, au contraire,
- A tout prendre» c’est peut-être un bien que nos classes riches ne comblent pas de munificences l’instruction publique. De cette manière là, elles n’attachent pas à leur cause la sympathie du personnel enseignant et en général de tous les amis de la diffusion des lumières. Il leur devient impossible de faire main-basse sur les conseils d’instruction publique, et autres institutions de même nature.
- Par contre il nous plairait de voir le parti républicain, qui compte dans ses rangs nombre d’hommes fortunés, appuyer par voie d'initiative privée, les' louables efforts que fait le ministère pour répandre à flots l’instruction à tous les degrés. L’argent qui est consacré à l’éducation publique est une semence dont les générations futures auront la moisson. La qualité et la richesse de la moisson seront ce qu’auront voulu la faire la qualité et la richesse de la semence.
- Les chemins de fer stratégiques en Alsace,
- I
- Le chemin de fer de Strasbourg à Lauterbourg, construit en rase campagne, à travers une région pauvre et médiocrement peuplée, peut être cité comme type de ces nouvelles lignes stratégiques. Bien que fort éloigné de la nouvelle frontière française, tout y est bien machiné pour en faire, au besoiu, un véritable ouvrage de défeûse. La voie, tout en remblais, présente par cela môme un rempart continu de SO kilomètres, pouvant servir d’abri aux tirailleurs; le moindre ponceau est pourvu de son fourneau de mine ; chaque maisonnette de garde-voie a ses meurtrières, ses redans, ses bretè-ehes et ses barbacanes ; chaque bâtiment de station, se succédant de 5 en b kilomètres, est dominé par une tour de vigie dont le cadran d’horloge masque une ambra-sure de canon ; les quais et les voies de garage sont partout aménagés avec une ampleur et un luxe dont on n’a nulle idée en France, même dans les gares de grandes villes, et tout autour du groupe de constructions qui forme les stations, régnent de vastes enclos convertis en potagers et en jardins. Ce culte de la verdure et des fleurs inspire tout d’abord au voyageur de douces réflexions sur les mœurs allemandes, mais quand aux stations suivantes potagers et jardins se répètent tout semblables, il se doute que ces laitues et ces capucines sont des plantes administratives servant à déguiser de véritables places d’armes.
- n
- L’exécution de ces travaux très intéressants au point de vue de l’art, mais que l’excès même de leur développement a rendus plus nuisibles qu’utiles à la vraie prospérité du pays, n’a même pas laissé en Alsace-Lorraine co limon fécondant que l’argent répandu à pleines mains dépose sous forme d’épargnes dans le pécule des classes vivant de salaires. C’est tout le con-
- traire qui s’est produit. La hâte qüe l’administration a mise à pousser activement et à mener de front les constructions de forteresses et de chemins de fer stratégiques auxquelles plus d’tiü demi-milliard a été consacré, a attiré dans le pays des hordes d’ouvriers étrangers et nomades, que l’exagératiou des salaires a poussé à la dissipation et à l’ivrognefie et qui, maintenant que les travaux sont ralentis, forment le noyau d’une plèbe vagabonde et misérable qui désolent les villes et inquiète les campagnes.
- {Revue des Deux-Mondes)*
- LA QUESTION ALLEMANDE
- il
- Ün fait nous attriste profondément. D’après un discours prononcé dernièrement dans une réunion tenue par les étudiants antisémiqtîes allemands, 1,400 étudiants â Berlin et 1,000 à Leipzig auraient signé la grande pétition antisémitique adressée au chancelier.
- Cet appel national (!) aurait même trouvé de l’écho dans d’autres universités du Nord. Disons à la louange des universités du Sud que le mouvement réactionnaire et antihumain contre les juifs, n’a pas rencontré de fanatiques israëlophobes parmi leur jeunesse studieuse.
- Les universités de Berlin et de Leipzig sont les plus nombreuses d’Allemagne (avec celle d’Heidelberg qui est restée pure en cette occurence). 2,400 pour ces deux universités n’est donc pas un chiffre formidable. Mais ce n’en est pas moins un bien désolant symptôme, que de voir une partie de la jeunesse des écoles, habituellement en tous les pays généreuse et progressiste, s’attarder dans les limbes d’une réaction surannée et encroûtée de privilèges et de préjugés d’un parti rappelant les temps d'ignorance et d’ignominie du moyen âge.
- Examinons un peu le rôle joué par les Israélites allemands dans les derniers événements du règne de Guillaume, et nous pourrons alors tirer des conclu-^ sions de la politique actuelle de Bismark.
- Après Sedan, les Allemands, les Prussiens surtout, retournèrent chez eux bercés de douces illusions ; les 5 milliards, cette masse d’or dont on montra plus tard le fac-similé sur le boulevard, brillait d’avance de tout son éclat à leurs yeux éblouis*
- Grande fut leur déception. Après s’être livrés à une spéculation effrénée, après avoir lancé leurs épargnes dans des entreprises insensées, commencé à bâtir des rues entières dont les maisons restèrent inachevées — les Allemands — sauf ceux qui avaient léché les os, sauf les généraux gratifiés, se virent plus écrasés d’impôts qu’avant la guerre, iis murmurèrent et murmurent encore ; or comme d’un côté
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- LE DEVOIR
- le débâcle financière (der Krach) causée par la spé- : citation rentrée avait fait bien des victimes, de l’autre beaucoup de juifs s'étaient enrichis de la dépouille des joueurs de bourse, l’Allemand appauvri est plus porté que jamais à crier haro sur le baudet !... Quant à la politique bismarckienne elle ne peut qu’encourager par des Kiss, Kiss 1 et songe que le grand complot, la perpétuation de l’autoritarisme en Europe, ne peut qu’j gagner.
- Reportons-nous un instant à 1875, nous écrivions à cette époque au Rappel dont nous étions le correspondant à Berlin :
- *« Il y 15 jours à peu près que la Gazette de: la Croix a commencé une série d’articles d’une violence extrême contre le chancelier et deux ministres et lancé des accusations qui forceraient n’importe quel fonctionnaire, attaqué de cette façon, à poursuivre le journal devant les tribunaux. »
- Au dire de l’organe, interprète habituel de la pen-sée de l’impératrice Augusta et des d’Arnimiens ultra-conservateurs [Gazette de la Croix de juillet; 1875), non-seulement les ministres Delbrück et Cam* phausen auraient été sous la dépendance de la maison de banque Bleichroeder, mais le chancelier de l’empire, le prince de Bismark lui-même est étroitement lié à ce puissant banquier israélite par des fils ; secrets et indissolubles (1).
- Dès 1850, quand M. de Bismark représentait la Prusse auprès de la Confédération germanique, et plus tard, quand il fut ambassadeur à Saint-Pétersbourg et à Paris, il était en relations intimes avec M. Bleichroeder, car, M. de Bismark, — à cette époque, sans fortune et mal payé par son gouvernement, — avait de très grands besoins d’argent. Par suite de ces relations d’ancienne date, continuées jusqu’aujourd’hui, M. de Bleichroeder avait pris, disait-on, en 1875, un ascendant complet sur le chancelier qui, sur la demande formelle du banquier, — on le prétendait du moins alors, — avait appelé MM. Delbrück et Camphausen au pouvoir. En outre, M. de Bleichroeder et ses co-intéressés (les Rothschild) ont reçu à cette époque pendant quelque temps les cinq milliards de la France en dépôt afin de les utiliser à leur profit au détriment de l’Etat et du
- v (1) M. Gerson de Bleichroeder, fait baron sur la recommandation de Bismark est le plus riche banquier de Berlin, il est commandité par les Rothschild de franc-fort, de Paris et de Londres. — Lorsque le chancelier était l’étudiant que l’on sait, aux hautes bottes, flanqué des deux gros molosses et la bourse plate,il puisa souvent dans la poche d’un ami ; de lâ, dit-on, date le lien dont nous parlons ici,
- public (1). En somme, se répétait-on tout bas en 1875, les trois haut3 dignitaires de cette époque, étaient tout simplement les créatures de M. de Blei-chrœder, le richissime israélite et n’avaient qu’à danser d’après sa flûte.
- On poursuivit le député Sonnemann (rédacteur en chef de la Frankfurter Zeiiung) lors de l’apparition de sa brochure : « Que sont devenus les 5 milliards*. »
- Il y aurait bien des choses à dire, bien des révélations à faire, mais il faudrait pour cela entrer dans des personnalités et c’est ce que le Devoir ne peut faire.
- La question est complexe, on ne peut l’approfondir en un ou deux articles ; peut être ces quelques lignes ont elles pu jeter un peu de lumière sur la trame du gouvernement allemand qui, craignant la libre pensée et la révolution, s’abrite derrière le fanatisme luthérien, comme hier les Bourbons et les Bonaparte s’étayaient sur l’obscurantisme catholique pour maintenir leur domination.
- Jacques Courrier.
- (1) On sait qu’une partie des cinq milliards a été depuis déposée en or dans les caveaux de la forteresse de Spandau près Berlin en cas d’éventualité de guerre.
- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
- LA PHILOSOPHIE POSITIVE, Revue politique, littéraire et scienfique, dirigée par MM. E. Littré et Wyrouboff, vient de publier le quatrième numéro (Janvier-Février 1881) de sa treizième année.
- Ce numéro contient :
- La Sociale et sa méthode par G. Wyrouboff. — Tableau d'une histoire sociale de T Eglise (suite), par Victor Arnould. — De l'autorité dans la société dé-m ocra tique et laïque (suite, et fin, par X... — Le Canada : Sa situation, ses populations, ses ressources, ses perspectives, (suite et fin, par F. de Font-pertuis. — L induction statistique et les fondements physiologiques de notre civilisation industrielle, par H. Denis. Uicarie en Amérique (suite et fin), par A. Holinsky. — Croyance sur l’âme et la mort, par Truong Vinli Ky. — L'exposition des oeuvres de Thomas Couture, par C. S — Origine et sanction de la morale, par de Pompéry. — Variétés : Un dis-cours ae M. Gambetta, par G. Wyrouboff. — Bibliographie : G. W. : La Morale dei positivisti di Rober-to Ardigo. — Ad. F. de Fontpertuis : Histoire des littératures méridionales et Histoire des littératures septentrionales, par Demogeot. — Histoire élémentaire de la littérature française, pa.r Jean Fleury. — Histoire de Littérature russe contemporaine, par Courrière.
- Le Directeur-Gérant : GODIN.
- Saint-Quentin — lmp. de la Société anonyme du Glaneur
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- £e numéro hebdomadaire 20 c. DIMANCHE 6 FÉVRIER 1881
- 4, ANNEE, TOME 5 — N* 126
- Le Devoir
- REVUE DES RÉFORMES SOCIALES
- BUREAU
- A GUISE (Aisne)
- Tontes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant Fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE
- par renvoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- Franc©
- Un an. . . . 40 fr. »» Six mois ... 6 »»
- Trois mois . . 3 »»
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- Un an. . . . 11 fr. »» Autres pays Un an. . . . 13fr.60
- ON S’ABONNE
- A PARIS
- 5,r.Neuve-des-petits-Champs Passage des Deux-Pavillons
- S’adresser à M. LEYMARIE administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- La contribution et l'impôt. — Nouvelles du Familistère. — Souscription en faveur des incendiés. — Faits politiques et sociaux. - L'instruction civique. Omission réparée, f— Correspondance. *— Nouvelles diverses. — Le magnétisme et le somnambulisme reconnus par les tribunaux français. — Banques populaires en Allemagne. — Variétés.
- LA CONTRIBUTION ET L’IMPOT
- XX
- Recherchons d’abord quel est le principe de la contribution et de l’impôt, afin de voir ensuite quelle fin leur est assignée.
- Quel que soit son degré d’ignorance ou d’avancement, l’homme éprouve le besoin de vivre rapproché des individus de son espèce, d’établir avec eux des rapports. C’est là un des plus puissants besoins de son existence.
- Il en est ainsi parce que l’homme est créé pour travailler au progrès de la vie sur la terre. Bien qu’individuellement il ait son rôle à remplir dans l’oeuvre du progrès terrestre, il n’est puissant et fort dans cette voie que par l’action concertée et commune avec ses semblables.
- Le besoin de cette action commune unit les hommes en société. Alors une ligne de conduite s impose, des règles s’établissent, de façon que
- chacun des membres est appelé à contribuer à l’entretien de la société pour jouir des avantages que celle-ci lui procure.
- L’intérêt collectif est donc le principe de la contribution qui, elle, est, par essence, un apport individuel fait à la cause commune pour assurer la protection de tous.
- Mais l’imperfection morale d’une humanité encore ignorante de ses destinées fait que les sociétés perdent vite le sentiment du principe qui les fait naître. Les idées que la sagesse inspire aux hommes sont bientôt viciées par l’égoïsme. Alors la contribution n’est plus volontaire ou consentie. Des intérêts individuels se plaçant au-dessus de l’intérêt collectif, imposent par la force ce qui était dû au consentement de chacun. La contribution se transforme en impôt et la société devient la proie des pouvoirs cupides et violents.
- Alors ceux qui disposent du pouvoir fixent despotiquement les contributions de chacun des citoyens et se les approprient pour en faire l’usage qui leur plaît : l’intérêt public disparaît.
- Sous le régime de ces mœurs politiques injustes, les avantages que le peuple devrait trouver dans la protection sociale, protection que l’impôt, en principe, a pour objet de constituer, se trouvent détournés de leur destination, et le malheur du plus grand nombre en est la conséquence. Cet accaparement des profits sociaux opéré par la classe dirigeante, éveille dans l’esprit des travailleurs un sentiment universel de revendication qui sera une
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- LE DEVOIR
- menace pour les nations , tant que la justice ne sera pas introduite clans la répartition de la richesse.
- Il faut reconnaître que toute société :a pour cause première et légitime l’intérêt commun, la protection et les avantages qu’elle offre à ses membres.
- Dès qu’elle cesse de leur offrir ces avantages et cette protection, dès qu’elle devient pour eux une pause d’oppression, elle perd tout droit à leur rpspect. Aussi l’histoire nous montre-t-elle toujours les peuples malheureux préoccupés de reconquérir leurs droits.
- Aux époques où le mépris des droits humains a été le plus grançl, l’impôt s’appliquait à l’homme tput entier. Celui-ci payait non-seulement de son travail et de toute son activité, mais-aussi de sa personne.
- Les mœurs barbares des sociétés antiques plaçant la guerre et la violence âu premier rang des actions, il en résultait que le plus fort s’attribuait î'e droit de contraindre le plus faible a l’esclavage. L’homme de travail était la propriété, la chose de ses oppresseurs, il était Converti en bête de somme.
- Plus tard, les classes dirigeantes se relâchant de leurs rigueurs, ne jugèrent plus nécessaire de conduire et de diriger les esclaves par bandes au travail. La population laborieuse était suffisamment assouplie et la puissance des maîtres suffisamment affermie, pour qu’on pût laisser à l’esclave le soin de s’établir et de cultiver la terre. Le seigneur se réservait de prélever tout ce qui lui plairait sur les récoltes et les produits. C’était le régime de l’impôt illimité.
- Le servage ainsi constitué mettait le travailleur un peu plus à l’abri des mauvais traitements corporels, mais ne le garantissait pas davantage contre la rapacité du seigneur, contre les vexations et les exactions des gens d’armes.
- L’impôt au sein des sociétés violentes et barbares des temps antiques,et presque jusqu’à nos jours, a revêtu les formes les plus iniques et les plus monstrueuses que l’imagination ait a pu inventer.
- Taillables et corvéables à merci, les populations subissaient l’impôt sous toutes les formes qu’il plaisait aux puissants de déterminer. Souvent la torture jusqu’à la mort était le moyen
- \ S
- d’arracher aux récalcitrants ce qu’ils avaient pu cacher le reste étant de droit au seigneur.
- L’esclavage et le servage avaient fait disparaître tout sentiment de justice chez les oppresseurs.
- Aujourd’hui, les opprimés ont brisé leurs chaînes, le peuple a reconquis ses droits, à la liberté, tout homme est citoyen, et la raison publique commence à comprendre que le premier besoin de toute société est d’q,ssurer la subsistance de chacun de ses membres, que les moyens de subsister ne s’acquièrent que par l’activité productive, et qu’il n’y a d’activité productive légitime que celle du travail.
- Or, le travail étant le moyen par excellence de pourvoir la Société de tout ce dont elle a besoin, il est aussi la plus belle contribution que la Société reçoive, puisque sans le travail celle-ci ne pourrait ni vivre ni subsister.
- Le travailleur remplit donc le premier des devoirs sociaux, le devoir utile, nécessaire, indispensable.
- Il est juste, en conséquence, que la Société laisse à l’ouvrier, dans la richesse produite, une participation proportionnée à ses services.
- En a-t-il été ainsi dans le passé ? Non. En est-il ainsi actuellement ? Pas encore.
- La société qui reçoit du travailleur l’élément indispensable à sa subsistance, à sa conserva-‘tion, à sa durée, ne porte pas encore sur l’ouvrier le regard de justice auquel il a droit.
- Le travail, action régénératrice de l’homme, action salutaire des Sociétés,est encore entaché du dédain qu’ont fait peser sur lui les antiques abus de l’esclavage et du seryage. L’ouvrier, malheureux, humilié, par la méchanceté et l’injustice des hommes n’a pu encore recouvrer tous ses droits.
- L’homme est redevenu libre à l’égard de son semblable, mais le travail n’est pas émancipe, il est resté le subordonné du capital.
- C’est le travail qui apporte le nécessaire à la Société et c’est lui encore qui paye la plus forte part de l’impôt.
- Pendant que le travailleur produit le superflu, qu’il occupe le temps à améliorer sa position, à se libérer le plus possible des charges publiques, les taxes s’établissent sur tout ce que le peuple achète, sur tout ce que le peupl6
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- consomme- Sur les trois milliards dont se com-osent les budgets des dépenses publiques, deux milliards sont imposés au travail et à la
- consommation.
- Chaque année les réserves créées par le travail s’accumulent aux mains d’un petit nombre de privilégiés, sans droit de participation pour le travailleur ; et plus des deux tiers de l’impôt sont encore prélevés sur le nécessaire des populations, au lieu d’être pris sur une partie de ces réserves.
- Nos descendants seront étonnés de voir que les dépenses publiques aient été chez nous pour la plus grande partie prélevées sur le travail et les faibles ressources des classes pauvres, au lieu de l’avoir été sur l’excédant de lu produp-tion constituant là richesse disponible. Ils jugeront les afius dp notre temps comme uous jugeons les injqvptés des époques de l’esclavage et du servage.
- Le moment arrive où nous devons nous préoccuper de réformer ce qui nous reste de ces traditions du passé. Il nous faut donc étudier comment on peut effacer très-promptement les dernières traces féodales de notre régime fiscal.
- (A suivre). GODIN.
- nouvelles du familistère
- Organisation de L^ssoeiATÏüN (Suîté (1)
- -A-spemblée générale ordinaire
- 'tâte de la lecture du rapport t de VAdministrateur Gérant.
- la situation morale de l’Association, M. ' Président continue en ces termes :
- * oecidit, mes amis, passons à l’exposé des résultats jje exercice 1879-80, aün de vous faire voir quel ave-lrse prépare pour notre association, si par la volonté Révérante, la production et le travail intelligem-Qt conduits, nous savons nous tenir à la hauteur t press.0urcés que nous avons devant nous.
- <ïu I\ra*son <te l’hiver rigoureux de 1879-80 autant me h *a v*^ance des soins des chefs de direction, du ? .s de vos conseils de gérance, de l’industrie et rtr an|hîstère, les affaires de la société ont pris dé's ^Positions qui ont dépassé toutes celles atteintes Jusqu’à ce jour.
- h) Voir le Devoir, N<* 121,123, 124,125.
- « Les appareils de chauffage vendus s’élevaient au 30
- « juin dernier au nombre de........... 96.211
- « Les objets d’ameublement et ustensiles « divers vendus s’élevaient au nombre «de ....... . ... 195.313
- « L’importance des affaires prix brut « du tarif se montait à . , . . , . 4.826.6,66 25
- « Sur ce chiffre nous avons fait aux com-
- « merçants une remise de............. 1.300.873 73
- « Le produit net des ventes a donc été « de.......................... 3.525.792 52
- « Ces chiffres sont assez éloquents. Je n’ai pas besoin « de les commenter.
- « Les prévisions d’association ont été depuis plusieurs « années un sujet d’amélioration des services de tous les « établissements que la société dirige aujourd’hui socié-« tairenient.
- « Grâce à la bonne organisation de ces services, orga-« nisation qui ira se complétant et s'améliorant encore « avec le précieux concours des chefs de direction, la « prospérité apparaît certaine pour la société.
- « M. Pernin se livre avec zèle à l’édiücation des bâti-« ments nécessaires, des appareils et des machines ; « toutes ces choses placent les établissements de la so-« ciété sur un pied de production unique en son genre.
- « Dans la création des modèles, la collaboration de M. « Barbary m’est très-précieuse et le sera, je l’espère, « pour l’association.
- « M. Dequenne dirige avec un soin, une vigilance « et une intelligence remarquables, la fabrication géné-« raie.
- « M. Piponnier, chef de comptabilité se tire avec hon-« neur de l’organisation des écritures de l’association. « Tout avance d’une façon régulière vers une prompte « solution.
- « Quoique depuis longtemps j’eusse préparé les comp-« tabilitôs des établissements de l’association en vue « d’une organisation sociétaire, il restait malgré cela à « opérer le transition comptable et à joindre à la compta* « bilité les compléments nécessaires à la garantie des « nouveaux et nombreux intérêts que la société me,t « en jeu.
- « Tout cela, je l’espère, sera accompli prochainement « avec la plus parfaite régularité.
- « Au point de vue comptable et commercial,signalons « ici que le contentieux aurait peut-être besoin d’avoir « un fonctionnaire spécial.
- » M André s’occupe avec assiduité de toute la partie « commerciale de l’industrie, achats des matières prête mières, approvisionnements de toutes sortes, et de la « vente des produits. Cette direction est très chargée de « détails accablants. Elle exige des divisions bien étu-« diées qui permettent au directeur commercial d’être « bien secondé.
- « Car, indépendamment des approvisionnements géné-« raux, la correspondance est si considérable que son « dépouillement absorbe plusieurs personnes , et les « soins à y apporter exigent tonte l’attention du direc-« teur commercial
- « Il faut, en outre, diriger les voyageurs ; veiller à l’é-« tablissemeni des tarifs, des albums et des circulaires. « Il y a certainement à créer de nouvelles divisions dans « le service commercial et, par conséquent, de nouvelles I « fonctions ; tout le zèle de M; André ne peut suffire à j. « une tâche aussi lourde.
- « Nous avons déjà tenté de faire une division des tarifs « et albums, mais nous n’avons pas encore réussi à
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- LE DEVOIR
- « trouver l’employé propre à Ja fonction ; c’est là une « question importante que l’administration de la Société « ne perd point de vue. Aussi, en attirant sur ce point « l’attention de l’Assemblée générale et des Conseils, « votre Administrateur-Gérant vous promet-il de cher-« cher de son côté, et de concert avec le directeur com-« mercial, les moyens de compléter ces services.
- « M. Fabre, qui est venu se joindre à l’Association et, « MM. Défontaine et Rousselle, ces deux derniers ayant « été appelés au Conseil du Familistère en qualité de « membres adjoints, impriment à eux trois une direction « satisfaisante aux services intérieurs de l’habitation « sociétaire.
- « Tout dans l’Association est donc sur le pied d’une « activité productive bien ordonnée, à l’exception des € fonctions censées vacantes dont je viens de parler et « dont les services restent en souffrance faute de titu-« laires.
- « J’ajoute qu’il serait heureux que nous pussions « aussi rencontrer un bon contre-maître pour la moulerie » et la sablerie des fonderies.
- « A propos de ces besoins, je dois ici placer une décla-« ration et un engagement pour l’avenir.
- « En établissant les Statuts je me suis rangé parmi « vous comme travailleur et, en raison des services que «je me sens capable de rendre encore à l’Association, « j’ai fixé en faveur de la fonction de Gérant une rému-« nération assez large. Mais je n’ai agi ainsi que dans la « pensée de me réserver les moyens d’appeler au milieu « de nous de réelles capacités qui puissent se joindre « aux vôtres, sans diminuer la position d’aucun de vous.
- « Je désire remplacer, dans la mesure du possible, « mon action par des capacités et des bons vouloirs ana-« logues à ceux que je mets au service de PAssociation « et, par ce fait môme, à mesure que ces concours vien-« dront me décharger de la responsabilité qui me reste c dans la bonne marche de l’entreprise, je déclare dès « maintenant abandonner à leur profit sur le tant pour € cent des bénéfices affectés à l’administrateur-Gérant « la part des avantages pécuniaires qui sera attribuée à « ces nouvelles capacités, afin de leur assurer dans les « bénéfices de la Société une participation correspon-« dante à l’importance de leurs services et de leur rang, « et cela de façon, je le répète, à ne rien amoindrir dans « les parts statutaires actuelles des chefs de fonctions, « ni du personnel en général.
- « Get engagement vous témoigne combien je considère « que la prospérité de l’Association dépend des capacités « qu’elle saura s’adjoindre, si tous ses fonctionnaires « s’élèvent au-dessus des étroits sentiments d’amour-« propre qui poussent les individus à restreindre à leur « seul profit les avantages des positions acquises, au * lieu de chercher à s’associer de nouvelles personnes « de talent apportant à l’Association un concours propre « à contribuer à sa prospérité.
- « Cette déclaration a pour objet de vous faire voir « comment il faut envisager l’avenir, et comment il faut « en préparer le succès. Car il ne faut pas perdre de vue « que toutes les entreprises humaines ont à leur base « des ressources spéciales, soit dans l’exploitation de « produits naturels, soit dans l’exploitation de créations « de l’intelligence.
- « Or, quant à notre Association, elle n’a à exploiter ni «mines de charbon, ni mines d’or ou d’argent; c’est « uniquement dans les productions dues à l’intelligence « et au travail que se trouvent les ressources de notre » avenir. Nous n’aurons donc parmi nous jamais trop
- .
- « d’esprits créateurs dès que ceux-ci voudront se « au service de l’Association.
- «Pour le présent, je puis vous assurer que les rei « sources industrielles de la société s’accroissent tou » les jours, et j’ai la satisfaction de vous annoncer qu « de notables créations nouvelles sont en voie de réaü « sation, créations qui pour la plupart feront l’objet j « brevets profitables à la société.
- « Tout fonctionne donc avec ordre et mesure, 5j \ « comme nous allons le voir, d’une façon fructueuse ( ; « satisfaisante.
- ! « Le bilan sommaire de l’Association du Famiii^,
- ! « de Guise, Godin et Cie, au 30 juin 1880, se compoà ' « comme suit :
- de l'association du Familistère de Guise — GQDIN au 30 Juin 1880.
- ET 0'
- — ACTIF —
- •A ® ( Immeubles....................... . 959.445.71 (
- Marchandises . . , . . . 73.575.77 ]
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- Constructions nouvelles . . .
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- — PASSIF —
- Fami- listère f Comptes créditeurs J Assurances contre la maladie J Dames . . . - ( Pharmacie 250.775.54 19.146.38 11.587.70
- f Comptes créditeurs 4.630.774.33
- © ' ©.a £ 0 t Assurances mutuelles contre J la maladie
- «a ' P © T3 j \ Hommes . . . 6.407.101 f Des pensions et du ] [ nécessaire . . ! 02.439.84] ( Education et instruction . . . 108.846.94 5.928.20
- 281.5
- Usine de Laeken. — Comptes créditeurs .
- — Plus-values de l’exercice.
- — Capital apport....
- .745.549-
- 51.1074
- 802.7181
- ,600.000'
- L’Association salaires :
- a payé pendant l’exercice 1879
- dans le Familistère dans l’usine de Guise dans l'usine de Laeken Total des salaires
- Concours supplément™3 des associés Concours supplément, des Sociétaires Les intérêts du Capital-Apport, (quatre millions six cent mille francs,)
- sont de fr...........................
- La valeur des concours producteurs est donc représentée par la somme
- de...................................
- 64.516
- 1.339.845
- 123.968
- 1.528.330
- 85.323
- 52.666
- 230.000 01
- 1.896.320
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-
-
-
- LE DEVOIR
- 85
- lus values générales des opérations de l’Asso-dation se résument ainsi : pour le Familistère, (services com-
- merciaux et loyers)
- Pour l’usine de Guise pour l'usine de Laeken
- Total fr.
- 59.252 52 609.178 04 134.288 08
- 802.718 64
- fette dernière somme reçoit, conformément aux Statuts, l’application
- suivante .
- A la Réserve
- Aux Appointements et Salaires A la Gérance Au Conseil de Gérance Au Conseil de Surveillance A repartir dans l’année aux services exceptionnels
- Intérêts au capital, certificats d’ap-nort et d’épargne, à 5 0/0 sur 4.600.000
- [ #................. 230.000 fr.
- Dividendes à. ces mêmes parts. ..-••• 34-730 fr.
- Total fr.
- au
- de
- Les intérêts et dividendes revenant capital sont donc pour cette année 5 fr. 75 cent. 1/2 0/0.
- Les économies ajoutées aux salaires sont de 15 fr. 10 0/0, 22.55 0/0, et 30.20 0/0 de l’importance des gains, suivant la catégorie des membres de l’Association.
- En outre, les assurances mutuelles de ta Société ont distribué francs . .
- à titre d’assistance aux membres de l’Association.
- En clôture d’exercice, 30 Juin 1880, les Institutions de prévoyance étaient dans la situation suivante :
- 143.179 66 251.629 32 68.726 24 51.544 68 11.454 37
- 11.454 37
- 264.730 00 802.718 64
- 48.086 96
- Situation des diverses assurances de la Société du Familistère de Guise, au 30 Juin 1880.
- ASSURANCE DES PENSIONS ET DU NÉCESSAIRE
- Crédit au l" Juillet 1879 ; 90.220 70 )
- Encaissements de l’année ' {
- au 30 Juin 1880. 28.350 75) 118.571 45
- Dépenses de l’année 16.131 61
- Crédit ou en Caisse au 30 Juin 1880 102.439 84
- assurance contre la maladie, section des dames
- Solde en Caisse au 1er Juil- )
- let 1879 ; 7.085 40
- Encaissements de l’année 4.173 50 ) 11.258 90
- Dépenses de l’année 3.341 35
- En Caisse au 30 Juin 1880 7.917 55
- section des hommes
- Solde en Caisse au 1er Juil- )
- let 1879 f 12.396 08 f
- encaissements de l’année 30.531 65) 42.927 73
- Dépenses de l’année 25.291 80
- En Caisse au 30 Juin 1880 17.035 93
- FONDS DE PHARMACIE
- Solde en Caisse au 1er Juil-
- let 1879 ; 7.220 45} Recettes de l’année 7.689 45) 14.909 90
- Dépenses de l’année 3.322 20
- En Caisse au 30 Juin 1880 11.587 70
- RÉSUMÉ
- Assurance des pensions et du nécessaire 102.439 84
- Assurance contre la maladie — Dames 7.917 55
- id. id. —Hommes 17.635 93
- Fonds de' Pharmacie 11.587 70
- Crédit général des Assur. au 30 Juin 1880 139.581 02
- Services de V Enfance
- Education et Instruction
- Dépenses annuelles de la Nourricerie 7.001 95
- id. du Pouponnât 1.257 44
- id. du Bambinat 1.418 23
- id. .des Ecoles 8.230 63
- Cours de musique 1.163 55
- Total fr. 19.071 80
- Au crédit de l’Instruction 5.928 20
- Total fr. 25.000 00
- « L’Association étant régularisée entre le Travail et le « Capital, comme je viens de l’exposer, il me reste à dire « à l’Assemblée qu’à partir de ce jour je renonce à rester « dépositaire des fonds qui m’ont été confiés, lesquels « s’élèvent aujourd’hui à la somme totale de francs « 262.706.50 centimes.
- « J’invite, en conséquence, les personnes qui m’ont « remis ces dépôts à bien vouloir en faire le retrait, ou « à les convertir en titres de la Société. Je suis prêt à « leur céder des parts d’intérêt en certificats d’apports, « dès qu’elles m’en feront la demande, ou à leur rem-« bourser ce que je leur dois.
- « La parole est maintenant au Rapporteur du Conseil « de surveillance, pour la lecture du rapport de ce c Conseil. »
- (A suivre).
- SOUSCRIPTION POUR LES INCENDIÉS
- Un incendie a détruit dans la nuit du 18 juillet une maison du Faubourg de Saint-Quentin à Guise, dans laquelle demeuraient trois familles qui ont perdu dans ce sinistre une partie de leur mobilier et presque tout leur linge et effets. Une souscription a été organisée spontanément par les ouvriers et employés de l’Usine de la Société du Familistère de Guise pour venir en aide aux malheureux incendiés.
- Voici quelle est la composition des trois famille à secourir :
- 1° Famille Bray Grimât, composée de 10 membres : le père, la mère et huit enfants (le père est fossoyeur).
- 2° Famille Rohat Arsène, composée de 9 membres : le père, la mère et sept enfants (le père est cantonnier).
- 3° Famille Vérélésone Marcellin, composée de 2 personnes : le mari et la femme.
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- LE'DEVOIR
- La souscription a produit Ja somme de 272 fr. 60. Cette somme a été répartie comme suit :
- A la famille Jhay ..... Fr. 113,30 A la famille Rohat. .... 113.30
- A la famille Yérélésone ... 46.®»
- -Oui, la pressa renverse les gouvernements, quand, u. gouvernements sont en faute ; elle est inoffensive dan* ses attaques, quand les gouvernements sont irréproch? blés. Voilà le grand secret que, parmi les illustres p0]j tiques du gouvernement et des Chambres, personnà encore n’a découvert. » * e
- Total. . . Fr. 272.60
- La Chambre a continué a discuter la loi sur la liberté de la presse. Un grave échec a été éprouvé par la commission. M. FSoquet ayant proposé un amendement qui.tendait à la suppression dans le projet de loi de toute pénalité spéciale et à l’application pure et simple à la presse de la seule pénalité de droit commun, le renvoi de cet amendement à la commission a réuni 255 voix contre 209. Tout le projet de la commission a donc.élé bouleversé, ce qui est on ne peut plus heureux) car ce projet inscrivait, côte à côleavecde bonnes choses, des délits et des pénalités plus dignes du gouvernement.du Tzar que de celui de la République,témoin l’article 27 qui permettait de condamner à % ans de prison et à 5,000 francs d'amende, le délit assèz vague de provocation,lors même que cette provocation ne serait pas suivie d'effets.
- Au cours des débats M. Madier de Montjau a eu une inspiration qui appartient à la plus haute éloquence.
- « Quand donc, s’est-il écrié de sa voix puissante, quand donc verrai-je ce pays, ce cher pays que j’aime tant, auquel j’ai donné tout ce qu’il m’était possible de lui donner, cette Fiance que nous aimons tous avec une égale passion, quand la verrai-je compter sur sa raison, sur sa sagacité, sur son sens moral, pour corriger elle-même peu à peu ses défauts ? Quand donc n’entendrai-je plus réclamer les lois de l’Empire et jusqu’à celles des Césars romains pour protéger le plus haut magistrat de la République et les représentants mômes de la nation. »
- Plusieurs autres orateurs se sont brillamment distingués et nous regrettons que le manque de place ne nous permette pas dé les citer. Il va sans dire que, par contre, beaucoup de députés sè sont montrés .adversaires de la liberté.
- Un journal a fait au sujet de ce débat les très justes réflexions que voici :
- «, Ce qu’il y a d’étrange, c’est la variété des vertus et des vices, des qualités et des défauts qu’on attribue à la presse. Il semble, en vérité, qu’on en parle comme d’un pays inconnu que personne n’a visité, comme d’un animai antédiluvien dont personne n’a jamais eu le véritable signalement. « La presse est impuissante », dit l’un. « La presse est le quatrième pouvoir », réplique l’autre. «— Elle est inoffensive.— C’est la mort des gouvernements. — La répression est toujours inefficace. — La loi suffit à rassurer la société. — On livre la presse à l’arbitraire. — La justice est désarmée devant les journaux, etc., etc. » C’est un fouillis de contradictions,une vraie tour de Babel.
- Le plus beau de l’affaire, c’est que tout le monde est de bonne foi dans ces affirmations contradictoires, et tout le monde, à son point de vue, a parfaitemént raison.
- Oui. rien n’est plus vrai : la presse est impuissante,et cependant elle a une puissance infinie. Oui, la presse est-inoffensive, et pourtant elle renverse les gouvernements; oui, la presse est persécutée et livrée à l’arbitraire du juge, et cependant la justice est désarmée devant la presse.
- Ces affirmations sont toutes vraies ; mais elles ne sont pas vraies toutes en même temps. Gela dépend... c’est selon.
- On n’oublie dans tout cela, qu’une chose toute simple, une vérité banale .naïve, une vérité de sods commun.
- ' Oui, la presse est impuissante, quand elle a tort, elle est toute puissante, quand elle a raison. Ce n’est pas plus malin que cela.
- *
- ¥ ¥
- Jüë divorce. — La commission relative au projet de loi sur le divorce s’est réunie pour examiner plusieu* amendements qui lui étaient soumis.
- L’amendement de M. Guillot (de l’Isère), tendait à que l’adultère du mari fût une cause de divorce au même titre que celui de la femme. Il demandait, en outre, qUe l’aliénation mentale de l’un dés époux fût considérée comme une cause de divorce.
- La commission n’a pas voulu se rallier à cette partie de l’amendement, pas plus d’ailleurs qu’à la première
- M. de Gasté avait également présenté un amendement disant que l’époux contre lequel le divorce aurait été prononcé pour cause d’adultère ne pût ephtrâcter un mariage nouveau.
- La commission a refusé de suivre M. de Gasté danj cette- voie de rigueur injustifiable, et a rejeté son amendement.
- M. Léon Renault et M. . Louis Legrand ont déclaré qu’ils ne prendraient pas la parole lors de la discussion générale. On assure que M. Henri Brissou ne parlera pas non plus. Il est donc probable que le .débat s’eu-vrira, dès le début, sur la discussion des articles.
- En somme, la commission n’a adopté aucun des amendements qui lui étaient soumis.
- *
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- Loi d’association, sur la liberté. — M,
- Keller et six de ses collègues de la droite légitimiste viennent de déposer un contre-projet au projet de loi sur la liberté des associations syndicales. Ce projet tend à introduire devant la Chambre la question de la ' liberté d’association générale.
- Jusque-là cette initiative n’a rien d’étonnant ; mais il faut remarquer que M. Keller et ses amis ne se sont pas mis en grands frais d’imagination pour rédiger lepr projet, ils ont copié purement et simplement le projet que M. Dufaure vient de rédiger pour le compte de la commission sénatoriale du droit d’association.
- Toutefois, l’esprit clérical s’est trahi, même dans ce plagiat. M. Dufaure, tout dévoué qu’il est aux cléricaux, a jugé à propos d’introduire dans son projet, pàrfm les obligations imposées aux associations de tous genres, y compris les congrégations, le dépôt des statuts entre les mains de l’autorité.
- M. Keller a supprimé cette obligation dans son projet
- Il y a plus, l’article 6 du projet Dufaure établit la condition des associations au point de vue de la personnalité civile : le projet .Keller le modifie uniquement sur ce point et porte la disposition suivante :
- « Toute association ainsi déclarée est licite... et les actes juridiques où elle sera intéressée ne pourront être faits que sous le nom et la responsabilité d’un des sociétaires. »
- Avec ce système les congrégations pourront faire ce qu’elles voudront ; il leur sera toujours facile de trouve! un de leurs membres qui leur servira de prête-nom responsable. ,
- La Chambre va ainsi se trouver amenée à discuter w projet Dufaure en même temps que le Sénat lui-même
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- Coinplémetït du résean <le« routes. —
- ministre des travaux publics et le ministre des finances ont' déposé, il y a quelque temps, à la Chambre un projet de loi qui tend à ouvrir un crédit de cent vingt mil* .ions pour réparer ou compléter notre réseau de route» nationales. Ce projet forme le dernier de la série deceu» que comprend le système de grands travaux publié élaboré par M. de Freycinet.
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- £ifi DEVOIR
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- r a commission de la Chambre chargée de l'examiner I
- , L montrée unanime à l’approuver. |
- S T a somme de eenl vingt millions doit, d’après le pro- | • t!du gouvernement, être imputée sur le budget des j «sources extraordinaires, c’est-à-dire sur le budget I Hmeiûépar le H 0/0 amortissable. La commission aura J à décider si cette classification doit être conservée, ou ] ’il n’y a Pas lieu, comme certains membres l’ont demande, de comprendre une partie de ces travaux dans le budget ordinaire.
- ¥ ¥
- retraites civiles. Une importante réunion provoquée par le groupe d’initiative qui poursuit denuis deux ans la solution du problème des retraites viles, a été tenue à l’Ecole centrale.
- L’assemblée, composée de délégués des sociétés de nrévoyance, élit au bureau : M. Lelièvre, officier d’Aôa-démie, l’un des promoteurs du congrès régional des mutualités, tenu à Reims en août dernier ; MM. Dufour, résident de la Société municipale de Pantin; Billiotte, du Syndicat des marbriers de Paris, et Blanchard, de la «ociété des comptables de la Seine.
- ° Après un rapport sur le Congrès ouvrier du Havre, nré&enté par M. Copoix, délégué’ de la Société de retrai-tes des ouvriers en instruments en bois, lequel rapport conclut à l’extension des mutualités, et à la suppression totale de l’Assistance publique, plusieurs délégués produisent des explications sur le fonctionnement et les réformes à introduire dans les diverses sociétés mutuelles. . .
- Les principaux points de la' discussion portent sur la fusion des mutualités en une sorte de syndicat national de la prévoyance, et sur la nécessité d’unifier lés trois classes de sociétés qui se divisent aujourdffiui en : approuvées — reconnues — autorisées.
- M. Lelièvre rappelle le Congrès des mutualités de Reims, où quarante-deux sociétés ont participé. Les délégués avaient préparé leur travail de telle sorte, qu’une seule journée de délibérations a suffi pour l'exposé des différentes questions et le résumé des propositions. M. Lelièvre pense que des congrès de ce genre, organisés par région d’abord pour se fondre ensuite dans un congrès général à Paris, auraient une grande influence sur le mouvement dés institutions de prévoyance.
- L’assemblée, consultée, prend en considération l’idée d’un congrès des mutualités, et nomme un comité composé de treize délégués choisis parmi les membres présents.
- * * •
- Les recrues de la Républiq«e. — Ce n’est pas seulement le parti bonapartiste qui est pris de découragement, c’est aussi le parti monarchiste.
- Il y a quelques jours M. Dugué de la Fauconnerie sê détachait avec éclat du parti bonapartiste et passait avec armes et bagages dans le parti républicain, Aujourd’hui c’est M. Weiss, celui des écrivains du camp monarchiste dont la plume est sans contredit la plus habile, qui se rallie ouvertement au régime que le pays s’est donné.
- Ainsi la République fait chaque jour des recrues importantes, et chaque jour des éléments d’une véritable valeur se d.étachent des anciens partis.
- Sàns doute, ce double phénomène doit être attribué en grande partie à l’influence souveraine qu’exerce le fait accompli surles esprits les plus réfractaires, et surtout à des ambitions qui ne se résignent ni à l’oisiveté Ri à l’obscurité ; mais, quels que soient les mobiles, le fait n’en est ras moins caractéristique. Il atteste la consolidation de la République et la désagrégation des partis qui lui sont hostiles.
- ANGLETERRE
- , La grève du Lanoashire. —Nous avons aujourd’hui des détails circonstanciés sur les causes de la grève du Lancashire. Ces détails sont tout à l’honneur des ouvriers.
- Lorsqu'on discutait dans la Chambre des Communes le bill sur la responsabilité des patrons à propos des accidents survenus à leurs ouvriers, nous avons signalé que tous les bénéfices de cette mesure, éminemment libérale et démocratique, autant que juste et nécessaire, se trouveraient annulés par la dernière clause du bill lui-méme.
- Eu effet, cette clause destructive portait que : « Patrons et ouvriers pourraient, par une convention «pédale, s’exempter des effets des clauses précédentes, » c’est-à-dire : « to contract themseîvës out. » Et cè n’est pas par accident que cette clause a été insérée : sans elle le bill n’aurait pas été voté. Ce n’est pas non plus par suite du respect exagéré que les législateurs anglais ont la prétention de marquer eh faveur de la liberté dés contrats, puisque dans le bill qui permet aux fermiers de tuer sur leurs champs les lièvres ét les lapins qüi y vivent et y pullulent à leur détriment et à leurs frais, il a été spécifié qu’aucune convéntiOh imposée oh acceptée dans les baux de fermage ne pourrait ànimler les concessions du bill lui-même.
- Mais les intérêts des patrons manufacturiers et miniers étaient profondément atteints par le bill dé responsabilité; il est arrivé que leurs intérêts ont prévalu
- contre le droit, la justice et le bon sens.
- Aujourd’hui les. propriétaires des minés de houille, compagnies ou particuliers, ne sont pas du tout d’humeur à endosser les responsabilités pécuniaires qùë leur impose le « Employées liabilities bill, » et ils veulent torcer leurs ouvriers au « Contract out » c’est-à-dire è renoncer par écrit à ces bénéfices, l'alternative étant d'être congédiés.
- Or, dans le cas actuel, la liberté des ouvriers, céttë fameuse liberté des contrats qui tient tant à Cœur aux grands magnats anglais, se réduit pratiquement à la liberté de faire ce que veulent iëS patrons ou... de mourir de faim.
- Telle est la cause qui a mis dans le Lancashire 50 à 6Û mille ouvriers mineurs en grè ve ; ils ne veulent pas signer la convention « to contract out » que les propriétaires des mines de bouille- veulent leur imposer au mépris de l’esprit de la loi,
- IRLANDE
- Le procès des chefs de la Ligne agirai re
- irlandaise s’est terminé après avoir duré environ deux mois. Aucun ju .-èment n’a été rendu.
- On sait que d’après la législation anglaise, il n’y à vej dict que s’il y a unanimité du jury. Le président du jury ayant déclaré à la Cour quê les jurés ne parviendraient jamais à se mettre d’accord, le juge Fitzgerald a dissous le jury.
- Le gouvernement a fait les affaires des agitateurs en recourant contre eux à une répression légale qui n’avait aucune chance d’aboutir ; il leur a simplement fourni l’occasion, de triompher à ses dépens.
- *
- * *
- L» discussion du t>iü sur l’Irlande à là
- Chambre des communes dure depuis plus de quiuzë jours. Le fond des discours ne varie pas. Les Irlandais affirment que le but réel du bill est de prètêr u.h âppüi ! aux propriétaires pour exiger de leurs malheureux 10-! cataires le recouvrement de loyers exorbitants.
- TURQUIE
- La question cl’Oriewt. — La situation s’aggrave de plus en plus en Orient. La Turquie, sans faire grand bruit, accumule toujours des soldats en Thessalie et en Epire.
- La Grèce persiste dans ses armements, avec une ardeur et une confiance qui seraient bien téméraires, si les hommes d’Etat grecs n’avaient pas devant eux quel-i ques motifs secrets d’espérer.
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- LE DEVOIR
- Des mesures de guerre ont déjà été prises, puisque l’on vient de décréter la levée immédiate de nouveaux bataillons et que trois grands dépôts mililaires ont été formés dans le voisinage de la frontière menacée.
- Le premier ban de la réserve de la garde impériale a été appelé.
- La Turquie éprouve cependant quelques difficultés. Les petits emprunts qu’elle contracte sur place, ne le sont qu’à des conditions ruineuses. Les banquiers exigent des garanties.
- On annonce, d’autre part, que la Grèce se serait enfin décidée à s’acquitter envers la Bavière de sa vieille dette, contractée envers les héritiers du roi Othon. On sait que M. de Bismarck avait, tout récemment, appuyé les réclamations de la Bavière auprès du gouvernement grec. C’est peut-être ce qui explique comment, dans un moment où la Grèce cherche à se procurer de l’argent qu’elle a beaucoup de peine à trouver, elle n’a pas cru pouvoir se dispenser de dénouer les cordons de sa bourse pour en tirer la somme, bien ronde pour elle, de 2 millions 600,000 francs.
- Du reste, si l’on en croit le Times, la Grèce serait à la veille de voir se lever pour elle un auxiliaire imprévu. Ce journal affirme, en effet, nous ne savons sur.quel fondement, que la Ligue albanaise serait disposée à s’entendre avec la Grèce pour une action commune contre la Turquie, si Ton n’acceptait pas à Constantinople son ultimatum; et cet ultimatum n’est pas une bagatelle, puisqu’il s’agit d’accorder à tout le territoire albanais son autonomie administrative, en d’autres termes son indépendance à peu près complète de l’Empire turc.
- La Turquie s’attend même, paraît il, à voir les Bulgares s’élever contre elle, si la guerre avec la Grèce éclate.
- AFRIQUE
- Echec «le» Anglais. — Dans l’Afrique australe, la seule place, avec la citadelle de Pretoria, dont les Anglais fussent encore en possession, Lydenburg, situé à l’Est du Transvaal, est tombée au pouvoir des insurgés ; on annonce, et la nouvelle a son importance, qu’une tribu de Zoulous se serait jointe aux insurgés.
- Si le fait venait à se généraliser et si nègres et colons oubliant leurs anciens griefs, faisaient cause commune contre les Anglais, la situation deviendrait extrêmement grave.
- La politique conquérante de Lord Beaconsfied commence à coûter cher aux Anglais.
- TUNIS
- Le protectorat français. — Il nous vient, du côté de l’Allemagne, d’étranges rumeurs au sujet de cette question de Tunis. La Gazette de Cologne déclare, en toutes lettres, que l’Allemagne ne s’opposera pas à ce que la France étende sur la Régence « son protectorat qui ne sera que le prélude de l’annexion. »
- La Gazette nationale, dont on connaît les attaches officieuses, confirme cette déclaration et l’explique en disant que cette compensation est bien due à la France, en échange de l’occupation de l’Egypte par les Anglais, devenue inévitable.
- Il ne faudrait pourtant pas trop se presser de prendre au sérieux cette nouvelle à sensation; il y a longtemps, en effet, que la presse allemande pousse l’Angleterre à s’emparer de l'Egypte ; mais cette opération hasardeuse est contraire aux principes politiques du cabinet anglais actuel.
- ASIE
- "Victoire des Russes dans l’Asie centrale. — Nous avons parlé de la campagne entreprise S par les Russes contre les Tureomans indépendants.
- Cette campagne dans laquelle les Russes avaient d’a-
- bord échoué, vient de tourner subitement en faveur de leurs armes.
- Les Tékès, ou Tureomans d’Arkatch, c’est-à-dire la partie la plus fertile de la contrée possèdent aux pieds des contreforts du Kourendab, non loin de la frontière N.-E. de la Perse 43 forts ou fortins échelonnés à 20 ou 25 kilomètres l’un de l’autre. En a^ant de cette ligne se trouve Geok Tepe, petite place forte dans laquelle les Tékès avaient réunis toutes leurs forces. Les Russes ont assiégé cette ville d’après les règles de la stratégie habituelle, ouvrant des parallèles devant la place. Une fois arrivés très près d'elle ils l’ont bombardée avec 110 pièces de canon. Le 24 janvier après un combat de 9 heures très acharné les Russ.es ont emporté la situation.
- La dépêche du général Skobeleff annonçant cette victoire n’exprime pas des sentiments bien humains.
- « Nous avons poursuivi l’ennemi, dit-il, en le massacrant pendant 15 heures. Ses pertes sont énormes. »
- Le succès des armées russes va déplacer dans cette contrée l’infïuence diplomatique européenne. Jusqu’ici c’est l’influence anglaise qui triomphait dans l’Asie centrale, aujourd’hui, après l’insuccès de l’Angleterre en Afghanistan et la prise de Geok Tepe par les Russes, c’est Fiuflueuce de ces derniers qui prédominera.
- Les Russes épuisés par cette campagne ne peuvent pousser plus loin leur conquête. Ils ont appris à leurs dépends, comme les Anglais en Afghanistan, que les peuples de l’Asie centrale savent aujourd’hui se défendre et qu’il en coûte cher aux Européens d’essayer de les conquérir.
- Nous verrions avec plaisir la civilisation s’étendre aux Afghans et aux Tureomans mais nous ne pensons pas que la mitraille soit le meilleur moyen d’arriver à ce progrès.
- L'INSTRUCTION CIVIQUE-
- Un vote récent de la Chambre des députés a inscrit renseignement civique en tête du programme de l’instruction primaire.
- Cette innovation modeste en apparence, mais considérable par sa portée, mérite quelques réflexions.
- On entend par instruction vicique la connaissance nette et raisonnée des droits et des devoirs du citoyen. Comme matière d’enseignement, c’est un thème tout nouveau, chez nous. Jusqu’ici l’instruction civique n’a jamais été enseignée dans nos écoles, sauf durant quelques années de la Révolution. Si aujourd’hui les citoyens, ou du moins la grande masse d'entre eux, ont une certaine teinture d’instruction civique, iis ne la doivent pas à la sollicitude du gouvernement, mais à leurs lectures personnelles, à l’action incessante de la presse politique, aux réflexions qu’ont fait naître en eux les récents revers de la France, et surtout à cette sorte d’enseignement mutuel qui résulte forcément de la vié en société. C’est une connaissance de routine, irraisonnée, acquise au hasard et sans méthode, par conséquent empreinte de vague, d’indécision et sujette à Terreur, ainsi qu’aux influences du dehors.
- On s’explique parfaitement que les rois et les empereurs n’aient rien fait pour donner au peuple une
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- instruction civique sérieuse. Ils jugeaint habile de l’entretenir de ses devoir envers eux, mais se gardaient bien de lui souffler mot de ses droits. L’obéissance à leur bon plaisir, la docilité envers l’administration et surtout la crainte des gendarmes étaient les sentiments qu’ils cultivaient avec le plus de soin dans l’esprit de la population. Il s’agissait de former des sujets et non pas des citoyens.
- On s’explique très bien aussi que le gouvernement de M. Thiers et celui de M. de Mac Malion, lesquels n’étaient en réalité qu’une forme mitigée du gouvernement personnel, aient laissé subsister dans l’esprit de la population, ce vague, cette incertitude en matière civique, qui servait si parfaitement leur autorité.
- Mais ce que l’on ne se servait expliqué, ce qui n’aurait pas pu l’être, c’eut été que la république sérieuse, la république aux mains des républicains, eût rendu à ses ennemis le service de perpétuer un état de choses qui leur profitait si bien.
- La Chambre a parfaitement compris les exigean-ces de la situation ; elle a voulu que la république jetât une abondante lumière là, où ses prédécesseurs avaient mis tous leurs soins à entretenir l’obscurité. Du moment que les citoyens sont appelés à déposer leur bulletin de vote dans l’urne électorale,et,par cela même, à faire acte de souveraineté, il importe qu’ils le fassent en toute connaissance de cause. Pour cela il faut qu’ils soient renseignés d’une manière aussi exacte, aussi précise, aussi complète que possible.
- Serait-il bon, serait-il seulement sans danger, que des citoyens qui tiennent entre leurs mains les destinées de leur pays ne fussent familiers, ni avec sa constitution, ni avec les principaux mécanismes de son gouvernement, ni avec les devoirs qu’il leur impose, ni avec les droits qu’il leur reconnaît? Evidemment non. Tant valent les citoyens, tant vaut le régime démocratique. C’est pourquoi l’instruction civique est la conséquence nécessaire, obligée, du fonctionnement du suffrage universel.
- Certes, les citoyens ont une certaine idée des devoirs qu’ils ont à remplir envers la Patrie. Il n’en est aucun, même dans la campagne la plus reculée, qui ne sache qu’il est astreint au service militaire et tenu de payer l’impôt. Mais demandez-lui s’il se résigne sans serrement de cœur à remplir ces devoirs, demandez-lui s’il a l’idée des services que l'Etat lui rend en compensation et des garanties qu’il lui donne en retour, et vous vous apercevrez bien vite qu’il n’a qu’une notion très confuse de la légitimité et de la nécessité de l’Etat.
- L’absence de netteté dans l’opinion est encore bien plus grande s’il s’agit des droits du citoyen. Le
- Français a en général une légitime fierté d’être électeur ; il se refuserait à l’abandon d’une parcelle quelconque de ce droit et considérerait comme une offense le retrait ou la limitation partielle qui pourrait en être faite. Et cependant, par une regrettable inconséquence, il lui importe souvent très peu d’en pratiquer ou d’en négliger l’exercice.
- Le nombre toujours considérable des abstentions dans les votations publiques montre combien peu l’importance du vote est comprise. On se félicite quand le nombre des abstentions ne dépasse pas le tiers du nombre des électeurs inscrits. Un sur trois, c’est [ ouptant une bien forte proportion.
- Le désintéressement de l’exercice du droit de citoyen est un danger. Il conduit bien vite à l’indifférence en matière politique et cette indifférence est un fléau dans le régime républicain. La République cesse d’être le gouvernement de tous par tous quand un tiers des électeurs craint de se déranger pour aller voter.
- Les affaires publiques en tout pays marchent d’autant mieux que les citoyens s’intéressent davantage à leur marche. Les mandataires qui sentent que l’œil de leurs électeurs est ouvert sur les actes, remplissent plus scrupuleusement leur mandat. Un pays a donc tout à gagner à ce que la totalité des citoyens prenne part à la chose publique.
- Mais pour avoir une action sérieuse sur une chose, il faut évidemment avoir de cette chose une idée nette, exacte, précise ; en connaître la nature, les qualités, les défauts ; voir ce qui, dans cette chose demande des modifications, ce qu’il serait utile de sacrifier et ce qu’il est nécessaire de maintenir.
- Cette connaissance exacte quant à la chose publique, rien ne pourra mieux la donner qu'un enseignement ad hoc comme l’enseignement civique.
- Si la France avait le bonheur de jouir de la liberté depuis de longues années, cet enseignement serait peut être superflu : L’Etat pourrait se reposer sur les lumières du public du soin de former les nouveaux électeurs ; mais il n’en est pas tout à fait ainsi. Quelque progrès qu’ait fait le corps électoral depuis une douzaine d’années,ses progrès ne sont pas encore assez complets pour qu’il soit sage de se reposer sur lui.
- La République est instituée par la Constitution et acclamée par le pays. L’immense majorité de la nation se montre très résolument attachée à ce régime, mais cela ne suffit pas. II faut encore avoir des républicains conscients de leur rôle. Les institutions sont peu de choses sans les hommes pour les faire valoir. Elles sont un peu comme ces fiches de jeu qui peuvent avoir toutes les valeurs qu’il plait aux
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- joueurs de leur assigner. Nous avons eu la république sans les républicains et nous savons ce qu’elle nous a donné. Nous voulons aujourd’hui avoir non-seulement la république mais aussi un corps électoral à la fois très républicain et très éclairé sur les vrais intérêts du pays.
- Malheureusement la nation n’â pas encore été mise à même de contracter les habitudes des pays républicains. Les lois des régimes déchus nous oppriment toujours. Nous n’avons ni la liberté de noua réunir, ni le droit d’exprimer librement toute opinion, ni la faculté de nous associer si bon nous semble. Nous continuons à attendre tout du Parlement comme si la République s’incarnait en lui, et le Parlement, pour notre malheur, n’a pas dans la liberté une confiance suffisante. Il ne l'autorise qu’à dosé hômceopâthi'quë et chaque fois qu’il émet une loi nouvelle il la charge de réserves, de restrictions et de tout cë qui est de nature à mettre des bâtons dans les roues de la, liberté.
- C’est que nos,députés et nos sénatebrs appartiennent, eux aussi, à une époque qui n’a eu d’autre éducation civique que celle que nous a donnéelYx-pïatioh de nos fautes. Leur pensée a grandi au milieu dès influences délétères des régîmes du passé. Malgré tout leur bon vouloir ils portent l’empreinte de la date à laquelle ils se sont formés. Nés dans un régime d’oppression ils n’ont jamais eu le fonctionnement de la liberté sous lès yeux et ils gardent plus d’unë prévention à son egard.
- La génération qui grandit aujourd’hui, plus heureuse que nous, n’aura pas senti peser sur son intelligence le joug de plomb de là monarchie. Elle pourra continuer notre œuvre et la parachever. Nous avons renversé lé jîoiivoif personnel, elle organisera la liberté/
- Armbns-la donc d’une bonne instruction civique, dette jeune génération, afin qu’au jour de sa majorité elle soit apte à juger par elle même, afin qu’eïlè crée un milieu politique plus élevé que le nôtre, afin qu’elle affranchisse le pays, et pour toujours, de là tutëlle administrative, inconciliable avec ia liberté, afin surtout qu’elle puisse dire avec autant de fierté que jadis Louis XIV, friais avec plus de raison, plus d’autorité et plus de drou : « L’Etat c’est moi. »
- > Ed. CHAMPURY.
- OMISSION RÉPARÉE
- Le passage de l’afticle la Citoyenne cité dans les nouvelles diverses de notre dernier n° est extrait du journal la Tribune des femmes{ 1) dont le lef n° vient
- (!) 22 rue Richelieu.
- de paraître. —Ce journal publiera incessamment des Lettres bur la question de la femme en Italie du même écrivain..
- CORRESPONDANCE
- Nous avons reçu d’un de nos abonnés la lettre suivante, pleine d’excellentes réflexions.
- Nous sommes heureux de lui donner la publicité de nos colonnes.
- Paris, le 31 janvier 1881.
- Monsieur Godin, Fondateur du Familistère,
- Lecteur assidu du « Devoir, » j’ai lu avec le plus vif intérêt et la plus grande satisfaction les détails de la constitution de l’Association du Familistère.
- J’ai été surtout frappé de la place relativement considérable que les femmes occupent dans votre Association : elles votent et sont éligibles dans les conseils de gérance et de surveillance, elle votent et sont éligibles dans les comités de leurs assurances propres. Efies sont associés, sociétaires, participants, au même titre et avec les mêmes droits que les hommes.
- Donc, égalité complète devant les Statuts de l’Association ; elles ont au Familistère ce que la société finira bien par leur accorder. Quand ?
- Croyez-Ie, Monsieur, les faits de cet ordre et leur : développement seront suivis avec la plus sérieuse attention par ceux quÿ pensent que le problème de la femme est un des éléments principaux de la question sociale.
- Ces faits m’inspirent quelques réflexions qüeje crois devoir vous communiquer ; vous en ferez Dusage que vous jugerez convenable.
- L’importance du mouvement féminin est telle qu’elle commence à émouvoir ceux qui trouvent que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possible, et ceux qui sans avoir encore les mêmes motifs de satisfaction, se sont crus jusqu’ici des droits exclusifs sur lé domaine économique.
- I)e sorte qu’on ne manque pas de prétextés pour trouver inopportune une question qui est simplement importune. Néanmoins, quoique avec mille restrictions qui ont été fort bien relevées par M. Cliampurÿ dans le compte rendu du. Congrès du Hâvre, le monde socialiste masculin cherche à la situation faite aux femmes par la Société actuelle, des solutions auxquelles l’envahissement successif I de certaines fonctions jusqu’ici occupées par les I hommes, fournira des éléments irrécusables.
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- Les premières prétentions féminimes commencèrent par exciter le rire. Comment eût-il pu en être autrement, puisqu’on se trouvait en face de réclamations qui ne s'étaient jamais produites ? D’ailleurs là saiüe morale condamnait de pareilles prétentions. Est-ce que les soins du ménage, les travaux de la maternité, l’éducation des enfants, ne suffisent pas à la femme ? Faut-il encore qu’elle aille courir clubs et réunions publiques, perdre son temps à là lecture des journaux et aux discussions de la politique ?
- Les arguments s’entassaient sans peine. On n’avait que l’embarras du choix. Les raisons ci-dessus et mille autres encore se répétaientàl’lnfini,tout bas entre amis, tout haut dans la presse et les réunions. Ce que je dis là n’est pas tout à fait de l’histoire ancienne; car il me semble encore entendre cette parole d’un honorable candidat au Conseil municipal de Paris, rédacteur d’un joiirnal très avancé, répondant à une question sur le sujet qui m’occupe :
- « Voudriez-vous quand vous demandez votre dîner que votre femme vous répondît : Il faut que j’aille remplir mes devoirs de citoyenne ? »
- Mais il n’y avait à cela qu’un petit inconvénient, c’est que les faits s’infiltrant lentement modifiaient, au moins pour quelques-uns, les arguments sans réplique qtte noüs avons donnés plus haut.
- Çà et là se produisaient contre la théorie de l’Infériorité de la femme des protestations isolées d'abord, mais qui finissaient par prendre corps. L’un venait vous dire : Voyez donc Elisabeth Blakwell aux Etats-Unis, quelle ténacité chez une femme 1 Elle se présente devant 10 universités, mais en vain. La IIe seulement rompant avec la routine lui ouvre ses portes, lui permet de passer de brillants examens et d’obtenir enfin, la première entre toutes, le diplôme dë Médecin.^
- Un atitrë attirait votre attention sur ce qui se passait en Angleterre. Là aussi on avait commencé par rire de ces réclamations en jupon.
- Mais ait moment même où la nation se trouvait agitée par la propagande en faveur de l’extension du suffrage, les femmes obtenaient le droit de vote au Conseil municipal, quand elles payaient elles-mêmes la taxé, et, par conséquent, le droit de diriger l’emploi d’aile partie des impôts qu’elles étaient tenues de payer.
- Quelque temps après on leur concédait le droit électoral dans les bureaux d’éducation qui ont une si grande importance en Angleterre; et elles y acquerraient bientôt une place tellement considérable que plusieurs femmes électrices mises en concurrence avec les professeurs lès plus connus, battaient ces :
- derniers et étaient élues dans les bureaux d’éducation de la capitale du Royaume.
- Et le mouvement ne s'arrêta pas là ;
- Il y a dix ans, quelques voix isolées réclamaient pour les femmes le droit de vote politique. "Un des plus grands penseurs duxix0 siècle, Stuart Mill,perdait son siège pour avoir mis son talent au service d’une cause si généralement condamnée. Mais le bill reproduit chaque année faisait boule de neige et ralliait, il y a un an, un tiers des membres de ia Chambre des communes. Parmi les partisans de la réforme, on cite les plus grands politiques de l’Angleterre.
- Que répondent les conservateurs anglais quand on leur dit qu’il est injuste de refuser le droit de vote politique aux femmes dans un pays où la Constitution permet à une femme de régner? Ils répondent que la mesure n’est pas opportune. Nous connaissons en France la valeur de ce mot. Une telle fin de non recevoir est la reconnaissance du principe.
- Les congrès ouvriers qui se tiennent depuis quelque temps dans notre pays ont agité cette importante question des droits delà femme. Mais jusqu’ici les vœux exprimés par les ouvriers, si j’en excepte la note plus accentuée du Congrès de Lyon, se tiennent dans les limites d’un sentiment strict d’égalité, quand ils dépassent la portée d’un simple mouvement de commisération. Ces résolutions timides prouvent que si l’amour de la justice inspire les travailleurs, la nécessité de l’avènement des femmes dans l’immense champ de l’activité humaine et l’influence heureuse qu’elles y apporteront, ne sont pas encore bien comprises.
- Il n’y a rien d’étonnant à ce que les revendications des femmes rencontrent plus de sympathie chez les prolétaires que partout ailleurs, malgré l’empire du préjugé et des traditions monarchiques, malgré la crainte d’avoir à partager un gâteau déjà bien mince. Leur situatioa vis-à-vis de la Société est à peu près la même.
- Je dis vis-à-vis de la S ociété et non des partis. Car les données plus ou moins libérales et égalitaires des partis même les plus avancés, sont bouleversées complètement par mette redoutable perspective, la moitié du genre humain réclamant sa place au soleil, sa part d’action dans le domaine économique,sa part d’influence, de direction dans toutes les questions politiques et sociales.
- Vous avez, Monsieur, commencé votre petit livre de propagande, Les socialistes et les droits du travail, par cette phrase :
- « L’idée démocratique n’est plus pour une minorité seùlement la liberté et l’égalité des droits poli-
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- tiques, c’est pour le peuple entier la liberté et l’égalité des droits sociaux. »
- En effet, toute la question sociale est là. C’est ce point important : pour le peuple entier, la liberté et Végdlité des droits sociaux, point que vous avez si bien compris, qui déroute en quelque sorte la plupart de nos démocrates et leur fait envisager avec anxiété les problèmes que soulèvent, et les réformes que réclament les partisans sincères de l’égalité entendue dans sa plus large acception. Pourtant dans les limites circonscrites de nos lois, ces réformes ont été réalisées au Familistère, ces problèmes sont résolus, leur solution est confirmée par l’expérience et je ne sache pas que la moindre perturbation soit résultée de cette marche en avant faite par votre initiative, vers la terre d’égalité, vaste champ de l’avenir.
- C’est pourquoi je vois toujours avec plaisir « Le Devoir », organe de votre association, enregistrer les faits qui intéressent cette cause, pourquoi je salue toujours avec joie l’apparition des publications fondées pour la revendication du droit des femmes, quel que soit le terrain de lutte qu’elles choisissent. Car si violentes parfois que paraissent leurs réclamations, à ceux qui ne perdent cependant pas une occasion de mettre la force au service de leurs intérêts, je suis certain que le résultat le plus considérable de l’avènement des femmes sur la scène du monde sera la pacification générale, sans laquelle aucune organisation sociale n’est stable.
- Une feuille nouvelle vient de paraître : « La Tribune des femmes. » On y lit cette phrase :
- « La question de la femme renaît quand le socialisme cherche ses formules. » C’est rigoureusement vrai. Ces deux éléments ne peuvent être disjoints.
- Plus loin, Mile Eugénie Pierre s’écrie : « Dans l’émancipation économique est notre salut. »
- Le congrès international du droit des femmes, tenu à Paris en 1878, avait voté une résolution analogue.
- M. Léon Richer, l’infatigable directeur du « Droit des femmes » ce vaillant organe qui, sur la brèche depuis 13 ans déjà, a rendu d’immenses services à cette cause, avait sur ce point formulé sa pensée en ces termes :
- « Il n’y a de dignité pour la femme que dans l’indépendance. Celle qui vit par l’homme devient la chose de l’homme,elle est soumise,elle est assujettie, elle est serve. Incapable de se suffire à elle-même elle est tenue par la faim. »
- Si tel est le but à atteindre, il n’en est pas moins vrai que le mouvement féminin est un, et que les
- divers courants d’émancipation civile politique et sociale doivent se prêter un mutuel appui.
- Il y a non-seulement avantage, mais nécessité à ce que le mouvement se poursuive d’une façon parallèle, puisqu’un progrès obtenu dans l'une ou l’autre de ces voies sert d’échelon pour obtenir un progrès dans l’autre.
- L’émancipation économique n’est-elle pas liée à l’émancipation civile sous le régime d’un code qui permet au mari d’interdire tout travail à sa femme ?
- En Angleterre, nous voyons les femmes partir de la conquête des droit municipaux et politiques, pour assurer plus tard leur émancipation économique.
- En France, en Allemagne, nous voyons les pionniers féminins tendre par un autre chemin au même but que leurs sœurs d'Angleterre.
- C’est au prix des plus grands efforts que les bachelières ès-sciences, ès-lettres, les femmes-médecins conquièrent les positions économiques.
- « Actuellement la situation de la femme peut|se résumer ainsi :
- Dans le mariage, elle est serve ;
- Devant l’instruction nationale, elle est sacrifiée ;
- Devant le Travail, elle est infériorisée ;
- Civilement, elle est mineure ;
- Politiquement, elle n’existe pas. » (Tribune des femmes).
- Il faut que toutes ces barrières disparaissent, il faut que la femme arrive à l’égalité complète avec l’homme.
- Les faits nombreux que le « Devoir » enregistre chaque semaine, témoignent de l’insistance que les femmes mettent à s’affranchir individuellement des conditions économiques inférieures dans lesquelles elles se trouvent.
- Ces faits fournissent des arguments irréfutables contre les préjugés régnants au sujet des femmes et le plus sûr des points d’appui aux tentatives d’émancipation collective. Certainement, l’homme est actuellement, sur tous les points ci-dessus, d’une étape en avance sur la femme et l’effort de cette dernière doit tendre à supprimer cet écart.
- Mais ce résultat atteint, les efforts réunis des deux sexes devront organiser le milieu où pourraient le mieux se produire les fruits de toutes ces réformes.
- Ce milieu, l’Association intégrale peut seule le réaliser.
- Le Familistère, cette œuvre d’avant-garde, qui réunit déjà tant d’éléments d’Association, ne pourrait-il pas être un champ d’expérience pour les faits ’ qui se rattachent à la cause féminine et puisque les
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- progrès accomplis dans cette voie, trouvent un accueil sympathique dans l’organe de l’association, il m’est bien permis d’espérer que les Nouvelles du Familistère apporteront leur contingent de munitions à ceux et à celles qui combattent le bon combat.
- Veuillez agréer, etc.
- A. D.
- Il faut cependant en finir avec cet envahissement incessant, cet accaparement constant de la fortune publique par ceux qui font cependant profession de foi d’humilité et d’abandon des biens et dos jouissances terrestres.
- -NOUVELLES DIVERSES
- Le Clergé avant lh Révolution
- Le dénombrement de l’ordre du clergé fait en 1762 par l’abbé Expilly, donne les chiffres suivants :
- Nombre.
- 129 Archevêques et Evêques,
- 16 Maisons chefs d’ordre,
- 625 Abbayes d’hommes,
- 115 Abbayes d’hommes en règle, 253 Abbayes de filles,
- 64 Prieurés de filles,
- 24 Chapitres de Chanoinesses,
- 129 Chapitres d’églises cathédrales, 526 Collégiales,
- Bénéficiers du bas-chœur, Enfants de chœur Prieurs et chapelains,
- Curés,
- Vicaires,
- Religieux de Malte,
- Religieuse de Malte,
- Religieux rentés,
- Religieux mendiants, Religieux réformés,
- Capucins,
- Minimes,
- Ermites,
- Religieuses diverses, Ecclésiastiques sans emplois,
- 129
- 1,120
- 6,625
- 1,200
- 10,120
- 2.500 600
- 1 11,835
- J 13,000 5,000 27,000 40,000 50,000 229 28 23,655 13,500
- 9.500 21,000
- 2.500 500
- 80,000
- 100,000
- Total 420,019
- On attribue au clergé un revenu de 224,800,000 livres, savoir :
- 18 Archevêques, Livres. 4,400,000
- 117 Evêques, 8.900,000
- 660 Chapitres d’hommes, 25 Chapitres de Chanoiuesses, 45.000,000
- 3.500,000
- 820 Abbayes d’hommes, 70,000,000
- 255 Abbayes de femmes, 20,000,000 36,000,000
- 36,243 Curés,
- Divers couvents, 18,000*000
- Prieurés, 9,000,000
- Ordre de Malte, 10,000,000
- Total 224,800.000
- A répartir de cette manière c
- Bois, 8,000,000
- Maisons, 30,000,000
- Terres, 86,800 000
- Dîmes, 75,000,000
- Rentes, 25,000,000
- Eu égard à la valeur différente de l’argent, ces deux cent vingt-quatre millions huit cent mille livres représentent cinq cent millions de francs.
- Si l’on compare ces chiffres à ceux qui ont servi de base aux premiers projets de loi Brisson, il est facile de reconnaître que rien n’est changé et que c’est aujourd'hui comme il y a bientôt cent ans.
- La suppression de la peine de mort.
- — M. Marion vient de lire à la 6e commission d’initiative parlementaire son rapport sur la proposition de M. Louis Blanc relative à l’abolition do la peine de mort ; ce rapport, qui conclut à la prise en considération, a été approuvé et sera déposé sur le bureau de la Chambre.
- *
- * *
- 8.000 catholique» de moins. — Le jour des Rois, toute la population du bourg de Bertolla, près de Turin, qui s’élève à environ 2,000 personnes, a passé au protestantisme.
- L’archevêque de Turin avait suspendu le curé de la paroisse a divinis et ordonné la fermeture de l’église.
- Tous les membres de la paroisse, indignés de cette mesure, qui était absolument injuste à leurs yeux, ont signé une lettre à la paroisse de Turin, lui demandant l’envoi d’un ministre protestant.
- C’est ce qui a eu lieu.
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- * *
- Nouvelle» mines d’or*. — C’est dans la Nouvelle Zélande que cette découverte vient d’être faite. Cette brillante colonie anglaise possédait déjà le district d’Aroba des mines d’or qui donnent d’excellents résultats. Celles qui viennent d’être découvertes sont dans l’ile Stewart située au sud de la Nouvelle Zélande, à. peu de distançe des côtes.
- On trouve dans le Progressiste de S. Louis (Ile Maurice), l’information suivante :
- Agissements cléricaux dans l*île de la. Réunion. — Le Conseil Général de la colonie vient d'être saisi d'une très singulière proposition à propos de l’enseignement primaire du pays, très singulière, répé-tons-le, en ce qu’elle ne renferme rien moins qu’une censure de la politique actuelle de la France touchant l’instruction publique. En 1879, sans doute avant que se dessinât la politique française sur l’instruction publique, le supérieur des frères de la doctrine chrétienne, M. Jean-Pierre Gazaneuve, proposa au gouvernement de la Réunion de passer avec lui un traité pour dix années, avec faculté de renouvellement pour dix autres années, traité d’après lequel M Gazaneuve fournirait aux écoles delà colonie des frères instituteurs moyennant un traitement pour chacun, variant de 1,500 à 3,300 francs, selon l’importance des fonctions, sans compter les frais d’aller et retour des frères, etc. Ce projet de traité fut repoussé alors par la plupart des municipalités locales, l’opinion publique s’étant montrée plus favorable à l’enseignement laïque qu’à l’enseignement congréganiste : dès 1871, en effet, le Conseil Général lui-même avait affiché cette préférence en retranchant du budget colonial différentes allocations qui êtaientlaites aux frères, entre autres celle du noviciat.
- Or le projet de traité en question vient de reparaître devant le Conseil Général. Nos lecteurs français auront grandement lieu de s’en étonner,non-seulement à cause des vœux exprimés déjà par les municipalités, à cet égard, mais encore et surtout à cause de l’esprit qui parait animer en cette affaire le Pouvoir exécutif de la colonie.
- J1 n’y a pas de doute que la proposition de M. Caza-neuye comporte un anachronisme des temps. En février 1879 (C’est la date du projet do traité) il était sans
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- doute autorisé par les événements à la faire, tandis qu’à ce moment-ci de 1880 les événements ne J’y autorisent pas.
- Quoi qu’il en soit, on peut prévoir que l’offre de M. Cazaneùve sera rejetée par le Conseil Général, à moins que celui-ci ne se montre résolu à réagir contre les actes et les tendances de la République en faveur de la laïcité de l’instruction publique, aussi bien que contre les vœux exprimés déjà par la plupart des municipalités de ia colonie.
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- ¥ ¥
- Innovation dan» Parmée allemande. -
- Là Semaine militaire de Berlin publié sous ce titre : L'esprit d'offensive et son éducation dans l’armée, un article qui fait en ce moment une grande sensation.
- Suivant l’auteur de cet article, le soldat allemand,avec toutes ses perfections actuelles, ne serait encore qu’un soldat laboureur et citoyen très propre à la défense du pays, mais insuffisant pour les guerres terribles acharnées et probablement entremêlées de revers, que. VAllemagne doit maintenant se préparer à soutenir soit du côté de l’Est, soit du côté de l'Ouest.
- Il convient aujourd’hui de cultiver et développer dans le soldai allemand ce que les phrénologues appellent la concativité, l'instant appétit de la lutte et de l'attaque.
- L’aveu est complet.
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- Quand, an von s notas* le divorce. — La nuit du 27 au 28 vers minuit et demi, des passants s’arrêtaient autour d’une femmq. étendue près d’un arbre, sur un trottoir de l’avenue dee Champs-Elysées. Elle avait la tète ensanglantée, les vêtements déchirés et respirait faiblement. Le bruit d’un assassinat courut de ^ bouche en bouche ; des gardiens de la paix transportèrent la blessée dans l’hôtel Washington, pendant qu’un autre allait prévenir M. Tomasi, commissaire de police.
- A l’hôtel, la femme fut reconnue pour être l’épouse d’un sieur Pelletier, marchand .de. vin du quartier, homme d’un caractère violent, qui fut aussitôt soupçonné d’être l’auteur de cette tentative.
- Après avoir acquis la certitude qu’il était rentré à son domicile situé au n° 99 de l'avenue, l’officier de paix en > fit garder lés abords. Pendant ce temps, le docteur Rouland examinait Mme Pelletier qui, meurtrie à coups de poing et à coup de pied^ n’avait aucune blessure qui pût mettre sa vie en danger. M. Thomasi ayant acquis la certitude qu'il n’y avait dans ce fait qu’une correction excessive, due à une jalousie motivée, a-donné l’ordre aux agents de cesser leur surveillance.
- Le Théâtre en Russie. — A Saint-Péters-bou g on vient d’interdire la représentation du « Roi s’amuse » de Victor Hiu o.
- Cette interdiction est assez naturelle dans un pajq? où se joue uq; drame politique qui pourrait avoir pour titre : « le Czar ne s’amuse pas ».
- Lés impôts en Turquie.
- Le Dr Lortet, doyen de la faculté de médecine de Lyon, publie dans le Tour du Monde un voyage en Syrie plein de faits intéressants,
- Voici ce qu’il dit en passant du système des impôts en Turquie d’Asie.
- «Les impôts paraissent assez équitablement distribués, du moins en théorie.’Mais, en Turquie, il y a loin de l’édit à l’exécution, et c’est à la pratique qu’il faut juger ce peuple, resté absolument sauvage, qqoi qu'on veuille, bien en dire, et vêriteble fléau pour tous ceux I qui sont soumis à son joug abominable. La plupart du j temps, surtout dans les étroits éloignés de la côte, lors- | qu’il est sûr de ne pouvoir être observé par un Euro- '
- péen, le dîmeur qui doit rapidement faire fortune et rendre à courte échéance l’énorme somme qu’il a payée au. Pacha pour entrer en jouissance de sa charge, percevra, au lieu de la dîme, 18, 20, 40, 50 pour 100. Puis, en plus, il forcera le paysan à payer les fruits qu’il a pu cultiver, les raisins de sa vigne et les pieds de tabac qu’il rencontre sur sa terre. Le fellah, qui généralement n’a pas d’argent monnayé, est obligé de se libérer de ce nouvel impôt avec une partie de sa récolte,qui se trouve ainsi souvent réduit à presque rien., On ne lui iaisse juste de quoi ne pas mourir de faim, et bien soüvènt, comme en 5 879, lorsque le rendement est médiocre, on ne donne pas même aux malheureux agriculteurs la quantité de blé nécessaire à leur subsistance. Le paysan est alors obligé d’emprunter à un taux exorbitant 200 ou, 300 0/0, afin d’acheter de la semence. 11 ne peut rendre cet argent si la nouvelle récolte est mauvaise ; si elle est bonne, il est volé plus indignement encore par le dîmeur, et les usuriers et les créanciers consomment sa ruine au bout de 2 ou 3 ans. Les campagnards sont obligés alors, pour se nourrir, ainsi que nous Pavons vu en 1880, de manger des racines, des herbes sauvages, et ils périssent de faim par milliers, surtout les femmes et les‘enfants, dans ce beau pays, l’un des plus fertilès du monde.
- LE MAGNÉTISME & LE SOMNAMBULISME
- - reconnus par les tribunaux français.
- La chambre des appels correctionnels a eu à statuer mercredi sur une affaire fort curieuse par les circonstances qui s’y rattachent.
- Il s’agit d’un sieur Pierre Didier, âgé de 24 ans, condamné à trois mois dé prison, pour outrage public à la pudeur dans des circonstances difficiles à comprendre et à expliquer. Ce que nous voulons faire connaître,c’est i’étaf pathologique de Didier. C’est un véritable somnambule qui comparaît devant la cour saisiê de son appel: • • -
- Après son arrestation, comme il se disait malade, on le côndüisit à l’hôpital Saint-Antoine, et là, pendant une durée dé six mois, lés médecins de service constatèrent des phénomènes étranges ; ainsi, ia nuit, Didier se levait et, ayant tout l’air d’un homme éveillé, se dirigeait vers une table et prenant un siège se mettait à écrire. Le lendemain, quand les internes de service lui montraient son écriture, il demeurait étonné devant elle, ne se souvenant pas en être l’auteur.
- M. le docteur Motet dépose devant la cour ces faits. Chargé de l’examen mental du prévenu, il l’a étudié à Mazas, où il a été transféré à la sortie de l’hôpital. Il dit avoir lui-même provoqué dans sa cellule, et cela par la seule force de sa volonté, des accès de somnambulisme, au cours desquels le prévenu, répondant à fa pensée secrète du docteur, faisait tout ce que çeiui-ci voulait.
- ün entend les agents qui l’ont arrêté ; ils déposent de l’air ahuri de Didier lorsqu’il fut conduit au poste. Arrivé là, il fallut répéter tout ce que l’on .‘avait constaté dans l’urinoir où son arrestation avait été opérée ; Didier ne se souvenait plus de rien.
- Les personnes employées avec lui dans le magasin de M. Poirrier, boulevard Magenta, viennent déclarer â la cour que Didier était toujours malade et si faible que ses camarades devaient l’aider dans son travail. Il avait de fréquents saignements de nez et des faiblesses subites â la suite desquelles il tombait dans de longues torpeurs fil en sortait, dit M. Morin, un des témoins avec l’air d’un idiot. ’
- M0 Feitlinger présente une défense émue en faveur de Didier, ce « grand malade », ainsi que l’appelle Si. le Dr Motet.
- M. l’avocat général Bertrand soutient l’accusation.
- La cour renvoie son arrêt à la fin de l'audience. M. le président Manaü prie M. le docteur Motet de ûe pas s’é-
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- foigner, la cour ayant besoin do renseignements complémentaires.
- Pendant la suspension de l’audience, la cour désireuse de voir par elle-même les curieux effets du somnambulisme, invite M. le Dr xMolet à se rendre en la chambre du conseil. On assiste alors à une scène saisis t santé. On amène l’accusé entre deux gardes.
- Le docteur Motet se rend dans la salle réservée aux prévenus avec Didier qu’il endort par la seule influence _ du regard,puis la porte est fermée et deux gardes reçoi-" vent Ordre à’empêcher Didier de sortir.
- M. le docteur Motet se retire et se place dans le vestibule situé à l’entrée de la chambre du conseil. Alors, en présence delà cour, il prononce le nom de Didier à voix basse, de façon que celui-ci ne pusse distinguer le son de la voix qui l’appelle.
- Immédiatement Didier, sortant de la salle des accusés arrive en poussant violemment les portes et en bousculant les gardes qui veulent le retenir jusqu’au docteur Motet, qu’iL se met à fixer avec des yeux hagards.
- La cour p’.sse ensuite dans la chambre du conseil, et là, sur l’ordre du docteur, Didier à ce moment retire et ’ remet tous ses vêtements.
- M: le docteur Motet réveille alors son malade en lui soufflant au visage.
- Didier tombe à terre comme une masse. On lui donne quelques soins et le docteur de lui dire :
- — Pourquoi vous êtes-vous déshabillé devant ces messieurs. Ce n’est pas bien.
- — Moi? répond Didier tou* confus et tout, surpris, et ayant l’air de vouloir chercher protection auprès du docteur, comme ferait un enfant.
- Cependant, M. le docteur Mesuet, sur l’invitation de son confrère se décide à son tour à faire une expérience, peur prouver que i’influenee de M. Mollet n’est pas ex clüsive.
- Il endort Didier et lui commande de récrire de mémoire une lettre qu’il lui a adressée de sa prison, trois mois auparavant.
- Didier répond :
- — Non, non, je ne veux pas.
- Le docteui :
- •—Pourquoi?
- Didier :
- — Parce que je suis en prison,.
- Le docteur insiste, et Didier, s’asseyant devant la. table, se met à retracer,mot pour mot, la lettre en question.
- Pendant qu’il écrit, M. le docteur Motet saisit, dans, sa troussa, une longue aiguille, et la lui enfonce dans le cou, sans que Didier paraisse s’en apercevoir.
- Pas une goutte de sang ne sort, et, cette fois, les cris de plusieurs conseillers : « A- sez ! assez ! » mettent fin aux expériences.
- En présence de ces faits, la cour a rendu un arrêt par lequel’, attendu que s’il -paraît établi que Didier ait commis les faits qui lui sont rep.îochôs, il n’est pas suffisamment établi qu’il en ait la responsabilité morale, — considérant, en effet, qu’il résulte de l’examen du docteur Motet, remontant à une date ancienne, que le prévenu se retrouve souvent en état de somnambulisme ; que dans cet état il ne saurait être déclaré responsable de ses actes ; — attendu que cet examen se fortifie dMine nouvelle expérience faite en chambre du conseil ; — que, dans ces circonstances, il ne saurait être déclaré responsable, elle infirme le jugement frappé d'appel et renvoie Didier des fins de la plainte.
- Les progrès du Texas
- En 1855 la population de cette partie des Etats-Unis de l’Amérique du Nord était de 50,000 âmes, en 1870 elle avait atteint le chiffre de 820.000 âmes. En 1880 le nombre d’habit-înts y est de pins de 2,000,o00. En 1870 on cultivait l,2u0,000 hectares. En 1880 la culture se fa^tsur 2,000,000 d’hectares»
- En 1870, on y produisait 149,000 hectolitres de blé, .7 millions d’hectolitres de maïs et 275,000 hectolitres d’avoine.
- En 1880, cette production avait atteint les chiffres de 1,800,000 hectolitres de blé, 25 millions d’hectolitres de maïs et 4 millions d’hectolitres d’avoine.
- L’élevage du bétail prend aussi des proportions considérables àu Texas, et l’on constate que l’exportation des bestiaux en Amérique et en Europe qui eu 1874'ôtaitde 163,000 têtes environ, a été en 1880 de 600,000.
- Il eu est de même pour la culture du coton ; ainsi Ton constate, d’après un rapport du département de l’agriculture daté de Washington, 1er décembre dernier, que de 1879 à 1880 la culture du cotou a diminué dans les proportions suivantes: 12 0/0 dans l’ADbama, 17 0/0 dans le Mississipi, 15 0/0 dans la Louisiane, 7 0/0 dans l’Arkansàs et 15 0/0 dans le Tennessee ; mais cette culture a augmenté d’une année à l’autre dans les proportions ci-dessous : 14 0/0 dans la Caroline du nord, 9 0/0 dans la Caroline du sud, 5 0/0 dans la Géorgie, 7 0/0 dans la Floride et 30 0/0 dans le Texas, qui a produit cette année la quantité énorme de onze cent mille balies de coton, soit une halle de coton par tète d’homme.
- Les faits que nous venons de relater sont, de ceux qui doivent tranquilliser notre agriculture. La population augmente dans des proportions considérahlesdaüs toutes les parties de l’Amérique. La production suit le même mouvement et tend à s’équilibrer dans les contrées exploitées depuis un certain nombre d’années ; cette production est et sera surtout profitable dans les terres vierges du Farwest, telles que celles du Texas. Aussi signalerons-nous encore le remarquable travail que vient de rédiger M. Barrai sur 1 agriculture au Texas. Le savant agronome nous décrit ce qu’on pourra produire sur ces terres. Là un bœuf ou une vache coûte 7 centimes de nourriture par jour, un mouton seulement 2 centimes.
- Eu France, un bœuf dépense 1 fr, 03 e., une vache 99 centimes et un mouton 12 centimes par jour. Le rendement du blé par heptare est de 30 hectolitres, son prix de Revient n’est que 5 fr. 45 par hectolitre pour être vendu 12 fr. 50 en moyenne; et dans la même annéedh obtient sur le même champ une récolte de blé et une récolte do maïs ; ce qui donne un bénéfice de plus de 400 fr. par hectare. M. Barrai, qui a déjà rendu tant de services à son pays, mérite une fois de plus les remerciements de ses compatriotes pour avoir attiré l’attention sur la culture des terres les plus fèrtiles! !dü’ continent américain.
- LES BANQUES POPULAIRES EN ALLEMAGNE
- A plusieurs reprises nous avons entretenu nos lecteurs des associations ouvrières allemandes et particulièrement des banques populaires qui se développent en Allemagne d’une manière si remarquable.
- Notre numéro du 23 Mai dernier rendait compte du rapport de l’initiateur de ces banques populaires, M. Schulze Delitzcb, sur leur développement durant l’année 1878. Nous plions examiner aujourd’hui le rapport relatif à l’anpée 1879, le dernier paru.
- Ce rapport témoigne d’un progrès considérable tant au point de vue de l’extention des sociétés ouvrières en Allemagne qu’à celui de leur prospérité intérieure.
- Au 31 décembre 1879 on ne comptait pas moins de 3203 sociétés ouvrières en Allemagne.
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- En voici le tableau comparatif pour les années 1878 et 1879
- 1878 1879 Augmenta tion
- Banques populaires . . Sociétés de différents 1841 1866 25
- métiers Sociétés coopératives de 635 649 14
- consommation .... Sociétés coopératives de 621 622 1
- construction . . . . • 40 66 17
- Total . 3146 3203 57
- Comme il est certain que plusieurs sociétés ont échappé à la statistique, on ne sort pas des probabilités en affirmant que le nombre des sociétés ouvrières doit approcher de 3,300
- Le nombre des Banques populaires fédérées entre elles qui n’était en 1878 que de 1100 sur un total de 1841 banques était au 31 décembre 1879 de 1125 sur un total de 1866.
- Les rapports de ces 1125 sociétés fédérées, établissent que :
- 1° Le nombre de leurs membres dépassait un million.
- 2° Le chiffre des affaires faites par ces banques fédérées— sans compter les autres — dépassait deux milliards et trois cents millions.
- 2° Les capitaux appartenant aux associations, y compris les fonds de réserve, s’élevaient à environ deux cent vingt-cinq millions.
- 4* Les emprunts faits et consacrés au développement des affaires atteignaient un demi milliard.
- Eh bien, malgré ces admirables résultats, dit M. Schulze Delitzsch, on continue d’attaquer en Allemagne ces utiles sociétés. On demande surtout une révision de la loi sur les sociétés, laquelle révision modifierait ou supprimerait cette responsabilité illimitée qui est la base efficace des Banques populaires.
- Heureusement, en dépit de toutes ces attaques, ces banques, sont restées jusqu’ici inébranlables.
- Leur position s’est même fortifiée depuis qu’elles sont fédérées et qu’elles ont constitué une Union générale des Sociétés allemandes qui a des ramifications dans toutes les régions de l’empire.
- Cette fédération a pour centre un bureau dont le Anwalt (secrétaire syndic) est M. Schulze Delitzsch lui-même.
- Chaque année les sociétés fédérées tiennent un Congrès général, constitué par des délégués élus par les associations.
- Entre ce Congrès général et le bureau de VAnwalt
- 1 d’une part et d’autre part les associations, se trouvent des groupes provinciaux, au nombre de 32. Ces groupes intermédiaires sont formés par l'union des associations fédérées d’une même contrée. Ces groupes provinciaux, par des conférences locales, préparent le Congrès général. Les directeurs de ces 32 groupes constituent un Comité supérieur qui vient en aide à Y Anwalt, spécialement en matière de finances.
- Grâce à ce mécanisme et sans aucun sacrifice d’autonomie, sans aucune intervention du dehors dans leurs affaires intérieures, les sociétés fédérées ont formé un centre pour les échanges de renseignements, pour la communication des expériences, pour la contractation de rapports entre elles, pour l’active et effective poursuite des intérêts communs, laquelle action ne peut être que profitable aux sociétés fédérées.
- (à suivre)
- La lumière fantastique.
- Une très curieuse expérience a été faite, l’autre jour, chez M. Würtz, l’éminent chimiste de l’Institut, en présence de M. H. de Parville et de plusieurs membres de l’Académie des sciences.
- Il s’agissait d’examiner une nouvelle lampe alimentée par une essence minérale aux propriétés bien étranges.
- La lampe en métal brûle au milieu du laboratoire. L’inventeur, M. Kordig, la prend, la jette au plafond ; le liquide se répand et les flammes couvrent l’habit et le chapeau de l’inventeur ; il en tombe sur son paletot et sur celui des voisins.
- M. Kordig, très calme, fait signe aux assistants de se rassurer.- En effet, ces flammes brillent, mais ne brûlent pas.
- M. Itordig plonge son mouchoir dans le liquide ; on dirait d’un punch gigantesque ; le mouchoir reste intact.
- M. Kordig humecte son chapeau, il trempe son doigt dans l’essence, l’approche d’une bougie. Le doigt s’entoure de flamme ; le doigt sert d’allumette et communique le feu au chapeau. Gravement l’expérimentateur le place sur sa tète et se promène tranquillement au milieu de l’assistance avec cette auréole flamboyante par dessus ses épaules.
- MM. Würtz, Dumas et Friedel plongent à leur tour leur doigt dans l’essence et le feu brille sans qu’on les entende pousser le plus petit cri de douleur. On jette un demi-litre d’essence sur un monceau de ouate ; l’incendie est sur le point de se déclarer : la ouate flambe, puis la flamme diminue et disparaît : la ouate est restée blanche.
- Quel est donc ce liquide extraordinaire qui flambe et ne brûle pas ?
- (l’est ! a partie la plus légère des huiles minérales russes à laquelle l'inventeur ajoute quelque éther, quelque liquide dont il se réserve le secret.
- L’essence est excessivement volatile ; elle bout à 32 degrés.
- C’est cette facile volatilisation qui permet de la répandre en flammes, sans qu’elle brûle les objets qu’elle couvre.
- En se volatilisant, dit M. de Parville, elle enlève assez de calorique pour empêcher le feu de se communiquer.
- Le Directeur-Gérant : GODIN,
- Saut-Quentin—bnp. de la Société anonyme du Glaneur.
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- (, 0NÊE, TOME 5 — N* 127
- £e numéro htliomadaire 20 e. DIMANCHE 10 FÉVRIER 1881
- Le Devoir
- bureau
- A GUISE (Aisne)
- Toutes les communications i doivent être adressées \ à M. GODIN Directeur-Gérant Fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE
- par renvoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France
- Un an...........10 fr.»»
- Six mois ... 6 »»
- Trois mois . . 3 »»
- Union poslale
- Un an. . . . 11 fr. »» Autres pays Un an. . . . 13 fr. 60
- ON S’ABONNE
- A PARIS 5,r.Neuve-des-petits-Champs Passage des Deux-Pavillons
- S’adresser à M. LE7MARIE administrateur de la Librairie 4 es sciences psychologiques.
- SQMMAIRE
- la contribution et l'impôt.—Nouvelles du Familistère. — Faits politiques et sociaux. — La Nouvelle Jjii sur la Presse. — Un dimanche d'hiver au Familistère.— Nouvelles diverses. — I La politique des classes. — Variété.
- LA CONTRIBUTION ET L’IMPOT
- (Suite).
- XX
- Au point de vue d’une bonne organisation des ressources publiques, la réforme de l’assiette de l’impôt est évidemment chose indispensable.
- Rien n’est plus extraordinairement compliqué, rien n’est plus contraire à l’économie des Moyens que la multiplicité des impôts et les toodes de perception qu’ils exigent.
- Bans la Société moderne, toutes les choses l’industrie et de la production s’organisent de façon à simplifier les procédés, à éviter les implications inutiles et surtout à économiser Ie temps et à rendre l’activité productive.
- R en est tout autrement dans l’organisation dus ressources publiques. Notre système de Réalité est une vieille machine renouvelée du régime féodal.
- Le principe machiavélique de ce système consiste à diviser et à multiplier l’impôt sur toutes choses, de manière à atteindre chaque personne dans ses ressources quelles qu’elles soient, d’une façon indirecte, insaisissable au premier abord et, par conséquent, ne soulevant. pas de réclamation. Telle est la théorie de financiers arriérés et indifférents au sort des travailleurs.
- Ces procédés pouvaient convenir à une aris-tocratie qui voulait soutirer jusqu’au nécessaire du peuple.
- Mais ils sont trop contraires à la justice,trop contraires aux intérêts de notre Société actuelle et, surtout, en opposition trop formelle avec les idées de la démocratie, pour ne pas subir une réforme prochaine.
- Le gouvernement, sous l’influence du suffrage universel, ne pourra laisser indéfiniment à la charge des classes laborieuses les impôts qui grèvent la consommation.il ne devra pas maintenir davantage les impôts qui sont une entrave' à la production-, au libre développement de l’activité sociale.
- La recrudescence d’application de ces sortes d’impôts depuis quelques années en France,est une des plus grandes fautes de la politique.
- Les influences déplorables du passé ont seules pu faire que l’Assemblée nationale après la guerre de 1870, lorsque le peuple venait de payer si largement l’impôt du sang pour la défense de la patrie, n’ait pas appelé la richesse à se dévouer à son tour à la libération du terri-
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- toire, par l’acquittement de la dette nationale.
- Au contraire, elle a voté l’emprunt dans des conditions telles que les malheurs mêmes de la France devinrent une cause considérable d’enrichissement pour la finance, et que le peuple eût' à subir une double cause d’accablement d’impôts? *
- Car il fallut non-seulement payer le capital de la rançon, mais, en outre, verser annuellement les intérêts d’un emprunt fait aux conditions les plus onéreuses; puisque le trésor public donna pour 80 francs environ des titres de cent francs, payant ainsi à la richesse une rançon de 1 milliard 250 millions, en sus de celle due à l’étranger.
- Les mêmes influences conduisirent cette Assemblée à la triste théorie de voter le plus possible d’impôts indirects, qui atteignent tout le monde sans que personne s’en aperçoive et qui frappent surtout les classes pauvres. Ainsi furent imposés le sel, le sucre, la chicorée, le café, le vin, la bière, le cidre, l’eau-de-vie, le vinaigre, l’huile à manger, l’huile à brûler, le tabac, etc... Ainsi fut créé le monopole scandaleux des allumettes ; ainsi fut autorisée dans toutes’les villes, l’aggravation des octrois sur la viande et autres, comestibles.
- L’économie sociale réclame la réforme de ce régime,non-seulement au nom de l’amélioration du''sort des classes laborieuses, mais aussi
- darîs l’intérêt de l’accroissement de la richesse
- /. * : :
- publique.
- Ces motifs sont assez puissants pour que nos hoûimes d’Etat sentent qu’il y a nécessité de s’occuper bientôt de transformer l’assiette de l’impôt.
- ~ i".
- Par de sages mesures, cette transformation peut se faire insensiblement, sans causer aucune perturbation, ni dans les finances de l’Etat, ni dans les affaires du pays. Il suffit d’établir-un très-faible impôt combiné sur le capital et le revenu, d’en bien assurer, d’en bien organiser la perception.
- Une fois cette expérience Lite, la possibilité de Lunité de l’impôt sur la richesse seradémon-tréc. Les résultats de l’épreuve permettront de voinà chaque législature les augmentations an- j nueilps qu’il convient d’assigner aux nouveaux !
- impôts, et les dégrèvements qu’il est bon de porter sur les anciens.
- Cette manière de procéder n’apporterait ^ cune perturbation dans les finances de l’Etat' elle passerait insensiblement dans les habituel^ des contribuables, effaçant chaque année les impôts les plus accablants pour les classes ou vrières, et nous conduisant sans secousse et sans difficultés à une des plus importantes ré-formes sociales qu’il y ait à réaliser dans l’état actuel de notre société française.
- Malheureusement, la routine, cette mauvaise conseillère, est toujours de la partie pour conce. voir mille dangers dans les réformes les plus simples et les plus nécessaires. Que d’objections n’a-t-on pas à faire à cette idée si juste de prélever l’impôt sur la richesse mise en réserve, et non pas sur ce qui est destiné à l’entretien des citoyens. Il en est ainsi parce que chacun oubliant que la société a le devoir d’assurer l’existence de tous, croit qu’il est conforme à la justice d’accumuler indéfiniment Ma richesse à son seul profit, sans égard pour les autres.
- Ce sentiment égoïste et les vues étroites qui en découlent font admettre à la plupart des gouvernants que la division de l’impôt est une idée bonne en elle-même. Les classes, dirigeantes ne voient pas le fond d’iniquité et d’injustice sociale que les impôts indirects renferment. Elles ne voient pas davantage que d’embarras la multiplicité des impôts crée à l’activité utile; que de pertes de temps, que de précautions, que de soins,. que d’études mêmes sont nécessaires pour éviter de tomber dans des contraventions involontaires ! » ,
- i
- Pourquoi créer tant d’entraves au travail, puisque c’est lui qui soutient la société ? Pourquoi entourer les affaires de tant de formalités et de mesures inutiles, de questions de timbre et d’enregistrement qui font perdre un temps considérable et causent une foule de difficultés?
- Pourquoi ne pas laisser aux citoyens la liberté de leurs opérations en établissant l’unité de l’impôt ?
- Pourquoi surtout ne pas faire disparaître l’iniquité des impôts indirects qui frappent la sub1 sistance des classes ouvrières et qui font payer en moyenne, inostensiblement, une somme
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- LE DEVOIR
- Je 200 francs d’impôts aux familles mêmes qui ont à peine le nécessaire ?
- Je sais que des économistes répondront que les impôts payés par les classes pauvres retom-bent sur la production générale, puisque cela conduit à une augmentation des salaires. Raison de plus pour éviter ces complications fiscales.
- Payons par un impôt unique ce que nous sommes obligés de verser de mille façons diverses. Tâchons de faire en sorte que les opérations et les comptes de la société se simplifient et cessent d’être pour les citoyens une cause de gêne permanente dans tous leurs rapports.
- Lorsque l’unification de l’impôt sera établie sur la richesse acquise, la prospérité nationale prendra un nouvel essor. La production débarrassée d’une foule de liens et de formalités qui l’entravent, fonctionnera plus à l’aise; et la consommation, allégée des charges qui pèsent sur elle, ouvrira de larges débouchés à la création de la richesse. La liberté ne sera plus seulement à l’état de principe, elle entrera dans les faits pratiques de la vie. Le citoyen n’aura plus à compter avec des choses étrangères au but qu’il poursuit. Toute l’activité humaine produira son effet pour le plus grand bien de la société.
- Ce résultat serait bien digne des méditations de nos hommes d’Etat. Mais les compétitions politiques tiennent la place des études sérieuses, et il faudra encore un certain temps avant que les classes dirigeantes abandonnent ce terrain, pour élever leurs pensées vers les réformes qui doivent définitivement ouvrir la voie de la concorde et de la sécurité sociales.
- (d suivre). GODIN.
- Les Circassleu» vagabonds
- Les malheureux Circassiens, transportés en Asie-Mineure depuis la conquête du Caucase par les Russes, dit le Dr Lorlet, errent en vagabonds dans l'immense empire turc. Ils ne sont établis nulle part, malgré les territoires futiles que leur a concédé le gouvernement ottoman; de sédentaires qu’ils ôtaient eif Circassie, iis sont devenus entièrement nomades depuis leur exil. Ils Jjese livrent à aucun travail régulier, pas même à l’élève du bétail ; ils ne vivent que de vol et de rapine et causent de grands ennuis aux gouverneurs de certaines provinces. De plus, leur férocité les fait exécrer des populations inoffensives et des représailles terribles sont la conséquence des déprédations qu’ils commettent dans les campagnes.
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- NOUVELLES DU FAMILISTÈRE
- Organisation de l'association (Suite (I) Assemblée générale ordinaire Suite de la séance du 26 décembre 1880
- Après le discoulS de M. Godin, discours que des applaudissements ont interrompu à plusieurs reprises, M. Pascaly, rapporteur du Conseil de surveillance, se lève et lit, à l’invitation de M. le Président, le rapport suivant :
- « Mesdames et Messieurs,
- « Le Rapport si complet de M. l’Administrateur-« Gérant, que vous venez d’entendre, rend bien simple « le rôle de votre Conseil de surveillance.
- « Dans l’Assemblée générale extraordinaire du 23 oc-« tobre dernier, vous nous avez fait l’honneur à MM, « Défontaine Gustave, Hennequin Joseph et à moi, de « nous confier le mandat que l’art. 109 des statuts dé-« termine en ces termes : Veiller à l’exécution des sla-« tuts.
- « Premier Conseil de surveillance élu, nous sommes « appelés, avant l’expiration de l’exercice, à vous faire « un compte-rendu, qui, bien que ne portant que sur « un temps restreint, n’en mentionne pas moins les faits « les plus considérables, et, nous pouvons le dire à la « gloire du fondateur de notre Association, des faits qui « feront époque dans l’histoire de l’humanité.
- « Au moment de notre élection, l’Association du Fa-« milistère de Guise était en pleine phase d’organisa-« tion.
- « Nous avions donc à nous rendre compte des opéra-« lions qui s’accomplissaient, et de leur parfaite régu-« larilé.
- « Un des points principaux sur lesquels le rapport de « l’Administrateur-Gérant a déjà appelé votre attention « était la régularisation des droits de participants ins-« crits au compte d’un grand nombre de travailleurs, s depuis 1876.
- « Le Livre répertoire qui contient l’étal annuel de vos « droits depuis 1876, a été l’objet de l’examen le plus « attentif de la part de votre Conseil de surveillance.
- « Ce livre est, en effet, le point de dopait de l’Asso-« ciation que le pacte du 13 août no fait que consacrer, * en lui donnant une sanction légale. Il était nécessaire • « de s'assurer de la parfaite conformité des titres délivrés « avec le compte du titulaire et de la transcription fidèle 1 « de ces mêmes comptes sur les livres de l’Associatiou.
- « Le livre répertoire a été déposé aux archives de ia « Société, ainsi qu’un certain nombre d’autres livres et « documents que le rapport mentionnera.
- « Gela fait, les certificats revêtus du sceau de l’Asso-« ciation, de la signature de M. l’Adminislrateur-Gérant o et de celle du membre du Conseil de surveillance dé-« légué à cet effet par ses collègues, vous soûl remis « comme représentation de voire part de propriété eu « épargnes, conformément à l’art. 50 des statuts.
- a Le registre à souche dont ils ont été détachés, est « déposé aux archives de la Société.
- « Toutes les opérations constitutives de l’Association
- | (1) Voir le Devoir, N°«, 123 à 126.
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- LE DEVOIR
- « se sont accomplies avec la régularité la plus parfaite. « Aujourd’hui 800 personnes ont leur situation établie « et régularisée dans la Société et les admissions se « poursuivent. Il reste encore à nommer le Comité de « Conciliation dont la mission est prévue et définie par « l’art. 117 des statuts et les art. 68, 69 et 70 du règle-« ment, et dont la nomination est subordonnée à la « composition des diverses catégories de membres « maintenant établies. Donc, à l’exception du Comité <te « Conciliation, tous les conseils et comités, tous les « rouages de l’Association fonctionnent^ et fonctionnent « activement.
- « Dès sa nomination, le Conseil de surveillance se « réunissait pour constater la remise des titres de pro-« priété et autres documents représentatifs des apports « faits à la Société par M. Godin, fondateur, conformé-« ment à l’art. 38 et sous les conditions énumérées à « l’art. 41 des statuts.
- « Les archives sociales contiennent donc aujourd’hui : « Le livre à souche des certificats d’apports.
- « Le livre-répertoire de vos droits de participation « depuis 1876
- « Le livre à souche des certificats d’inscription d’épar-« gnes.
- * Les anciens titres de participation échangés contre « les certificats d’inscription d’épargne.
- « Un exemplaire du livre des statuts signé des asso * « ciés et des sociétaires. A ces statuts sont annexés,
- « conformément aux art. 38 et 41 du pacte social :
- « 1° Le recensement des immeubles, bâtiments et « terrés faisant partie des apports statutaires du fonda-« teur;
- « 2° Le plan des mêmes immeubles ;
- « 3° L’inventaire des titres de propriété remis à la Soft ciété du Familistère par M. Godin ;
- «.Et 4° L’état des brevets, additions et perfectionne-« ments dont M. Godin apporte la jouissance à la So-« ciété. * •*-
- «-Les archives sociales contiennent en outre : '
- « La constatation de dépôt des statuts au greffe de la « justice de paix du canton de Guise.
- « La constatation de dépôt des statuts au greffe du « tribunal de commerce de Vervins.
- «-Un deuxième exemplaire des statuts renfermant les » mêmes annexes et légalisés en Belgique.
- « Un E° du Courrier de l'Aisne, en date du 27 août,
- « renfermant la publication de l’acte constitutif de la « Société.
- « La partie du Recueil spècial des actes et documents « relatifs aux Sociétés, annexe au Moniteur Belge ren-« fermant la publication du même acte en Belgique.
- « Les titres de propriété des immeubles dont le re-« censément figure au livre des statuts sont également déposés aux archives sociales qui contiennent aussi :
- « Le'livre des procès-verbaux de l'Assemblée Générale « des Associés.
- « Le livre des procès-verbaux des séances du Conseil « de Gérance.
- « Les registres contenant les procès-verbaux d’ad-« mission des associés, des sociétaires et des partici-« pauts. (St. art. 11).
- « Le livre des procès-verbaux du Conseil de i’Indus-« trie.
- « Le livre des procès-verbaux du Conseil du Familis-« tère. .
- « Les registres d’inscription des Associés des socié-« tairesetdes participants. (St. art. 16 et 20).
- « Lés rapports des employés. (St. art. 116).
- « Les rapports de missions et voyages. (R. art. 51) « dont copie reste aux bureaux de l’usine.
- « Et toutes les communications, rapports et docu-« ments du ressort de l’Assemblée Générale et du Con-« seil de Gérance.
- « Les archives et livres se rattachant à l’industrie « restent aux usines; les archives et livres se rattachant « aux services du Familistère restent à l’Economat.
- « Votre Conseil de surveillance n’étant pas en fonc-« lion à l’époque du dernier inventaire s’est, depuis, as-« suré de la régularité des opérations consignées aux « livres de la Société.
- « Sur ce point comme sur les faits industriels et mo-« raux de l’Association, le rapport do M. l’Administra-« teur-Gérant nous dispense d’entrer dans des détails « qui ne pourraient être qu’une répétition. Ce qui do-« mine partout dans les actes concernant l’inauguration * de la Société du Familistère, c’est une vigilance, une « perspicacité, une exactitude qui indiquent le profond « intérêt que le fondateur porte à son œuvre, et la solli-« citude avec laquelle il cherche à faciliter, à assurer « son fonctionnement. ‘
- « A ce point de vue, le Conseil de surveillance ap-« pelle votre attention sur les dispositions statutaires « concernant les frais d’éducation et d’instruction, sur « l’organisation complète de la gratuité dans ces deux « branches. Certainement la population du Familistère « saura profiter des avantages que l’association seule « permet de mettre à la disposition des institutïans'de « l’enfance, avantages qui, appliqués à toute la France, « ne se chiffreraient pas par une dépense moindre de « 800 millions de francs. La population du Familistère « se rendant compte de tous les avantages que l’habita-« tion unitaire présente, aura à cœur de pousser ses en-« fants dans la voie ouverte par le Fondateur du Palais « social et contribuera ainsi au développement moral et ’« intellectuel d’une œuvre qui ne saurait- se paséer de « son concours.
- « Dans le compte-rendu des opérations de mise en vi-« gueur de l’association, votre Conseil de surveillance « devait mentionner les Assurances mutuelles. Mais il ne « peut que signaler les avantages plus considérables, la « solidité plus grande donnés par l’Association à cette « institution qui fonctionne depuis plus de 30 années « dans rétablissement.
- « Ainsi donc tous les actes constitutifs de l’Associa-« tion sont terminés ; les diverses catégories de mem-« hres sont formées. Les résultats accumulés de tant « d’années de labeurs, de veilles, de préoccupations, le « fruit des combinaisons de ce cerveau si puissamment « actif et infatigable,^arrivent enfin à travers tant d’obs-« tacles entre vos mai is. !-
- « Des certificats d’épargnes vous ont été délivrés. Ces « certificats qui constituent pour vous des parts de pro-« priété dans'les établissements du Familistère, des « usines de Guise et de Læken, sont en même temps un « témoignage éclatant de l’esprit de justice du fonda-« teur du Familistère, un exemple établissant dans le « monde une nouvelle manière de rendre possible au « travailleur l’économie et de l’appeler à la propriété ;
- « un remède certain à l’antagonisme qui a existé jus-« qu’à ce jour entre le capital et le travail ; en un mot,
- « uu moyen efficace de faire régner la paix et la frater-« nité parmi les hommes et de concourir ainsi à leur « plus grand développement moral.
- « Ceux qui ont lu les œuvres de M. Godin et qui con-
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- LE DEVOTE
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- « naissent l’histoire de sa vie, sont frappés de la volonté « et de l’esprit de suite qu’il a mis au service de son « oeuvre. Il y a dans la réalisation successive des divers g points du programme qu’il s’est imposé, dès ses pre-« mières années, un enchaînement et une logique qui « accusent la parfaite conscience du but aujourd’hui at-c teint et la ferme volonté d’y atteindre. Ceux qui ont « été ses compagnons de travail depuis longtemps déjà « peuvent témoigner de cette volonté.
- « Ceux qui ont étudié la marche de nos Sociétés, et « qui se sout pénétrés des réclamations de notre temps, «ceux-là peuvent certifier que cette volonté été mise « au service de l’œuvre la plus considérable qui ait été « faite dans le domaine social ; de l’œuvre qui répond le « mieux à ces deux nécessités de notre époque : la fra-« ternité, l’aide mutuelle dans les rapports entre les «hommes, la justice dans la répartition des fruits du « travail.
- Pour ces motifs, le Conseil de surveillance a l’honneur < de vous proposer d’approuver le rapport de M. l’Admi-« nistrateur-Gérant et de voter l’expression de toute « votre reconnaissance au fondateur de l’associatien du « Familistère, pour l’œuvre réformatrice et fraternelle à « laquelle sa vie a été consacrée et dont il vous appelle « les premiers à bénéficier. »
- L’Assemblée applaudit chaleureusement les conclusions du rapport.
- M. le Président déclare à l’Assemblée que la discussion est ouverte et demande si quelqu’un a des observations à présenter sur les communications qu’on vient d’entendre : '
- M. Doyen demande la parole :
- Il propose que l’Assemblée vote des remerciements au Conseil de surveillance pour avoir si bien exprimé les sentiments que ch icun des associés aurait eu à cœur de manifester.
- L’Assemblée acclame l’orateur et décide que sa proposition sera inscrite au procès-verbal.
- M. le Président met ensuite aux voix les conclusions du rapport de l'Administrateur-gérant. Ces conclusions sont adoptées à l’unanimité.
- Rien n’étant plus à l’ordre du jour, le secrétaire lit les notes qu’il a prises pour lui servir à rédiger le procès-verbal, afin de permettre les rectifications s’il y a lieu. Les notes sont adoptées.
- La séance est levée.
- Les membres du Conseil de Gérance, Le Président,
- Barbary ; Dequenne ; B’abre ;
- Pernin ; Piponnier. GODIN.
- FAITS POLITIQUES & SOCIAUX DE LA SEMAINE *
- .Arvvm i
- FRANCE !
- I
- Chambre des Députés. Le jour même i ou a paru notre dernier numéro une interpellation j sur la politique extérieure a permis au ministre des affaires étrangères de tenir à la tribune un langage résolument pacifique. La Chambre a donné un vote approbatif aux déclarations du ministre, et ce vote a été donné a l'unanimité.
- C’est une imposante manifestation.
- Ca Grèce fera bien de méditer les paroles de M. Bar-thélemy-Saint-Hilaire.
- « Les Grecs, a-t-il dit, sont des amis auxquels je vou-
- drais pouvoir donner raison et auxquels, au nom de la vérité, de l’intérêt de la France, de l’Europe et de la paix générale, je suis obligé de donner tort.
- « La France et l’Europe entière ont déclaré à plusieurs reprises qu’elles n’entendaient pas, dans la question grecque, employer la coercition matérielle. Quant à moi, exprimant non-seulement mes sentiments personnels, mais parlant au nom du gouvernement, je dis que la France ne s’engagera pas dans une aventure.
- « Si j’ai l’horreur de la paix à tout prix, je ne comprendrais pas la guerre sans motifs. Malgré toute la sympathie que nous pouvons avoir paur la Grèce, elle me permettra de lui dire que j’aimeencoremieux la France.
- « Je me permets de donner encore un conseil à la Grèce, du haut de cette tribune,, dont l’écho retentit dans le monde entier. Ce que la Grèce aurait de mieux à faire, c’est de suivre nos conseils. Si l’on regarde ce qu’elle gagnerait à condescendre aux vœux unanimes de l’Europe, il est clair que son intérêt est de s'en rapporter à la bienveillance des puissances, qui pèsent sur les décisions de la Turquie.
- « La Turquie elle-même, bien que le droit de la guerre n’ait pas prononcé, consent déjà des concessions qu’on peut obtenir plus larges. El sans guerre, sans une goutte de sang versé, sans dépenser un drachme, la Grèce peut acquérir un territoire immense comparé à son territoire actuel.
- « La Grèce aurait donc tout intérêt à écouter les conseils bienveillants et amicaux qui descendent de cette tribune. C'est pour la première fois que je puis les formuler d’une façon aussi nette et aussi précise ; j’espère qu’ils seront entendus. »
- *
- ¥ ¥
- La loi ©ni* la Presse a été menée à fin par la Chambre des Députés. Par 405 voix contre une il a été décidé qu’on passerait à une deuxième délibération.
- Cette loi se compose de 67 articles. E le traite, non-seulement des délits commis par la voie de la presse et de la parole, mais elle réglemente aussi l’imprimerie, la, librairie et le colportage. L’autorisation préalable, la censure et le cautionnement sont supprimés. Désormais tous les citoyens pourront être imprimeurs, libraires et journalistes.
- Le projet de loi, adopté par la Chambre, supprime, en outre :
- La provocation à la désobéissance aux lois ;
- L’outrage à la morale publique et religieuse ;
- L’outrage aux religions reconnues par l’Etat ;
- L’attaque contre la liberté des cultes, le principe de la propriété et les droits de la famille;
- L’attaque à la Constitution, au principe de la souveraineté du peuple et du suffrage universel ;
- L’excitation à la haine et au mépris du gouvernement ; _
- Le trouble à la paix publique, en excitant le mépris ou la haine des citoyens les uns contre les autres ; • ^
- L’attaque contre le respect dû aux lois et l’inviolabilité des droits qu’elles ont consacrés ;
- L’apologie des faits qualifiés crimes ou délits par la loi ;
- Le délit d’infidélité et mauvaise foi dans le compte rendu des séances des Chambres et des audiences des cours et tribunaux ;
- L’interdiction de rendre compte des procès pour délits de presse ;
- Les dispositions qui restreignent la liberté descomptes rendus des séances des Conseils municipaux et des Conseils généraux ;
- La provocation à commettre un crime ou un délit, quand elle n’a pas été suivi d’effet ;
- Le délit d’enlèvement ou dégradation des signes pu* blics de l’autorité, opéré en haine ou au mépris de cette autorité ;
- Le délit de port public de tous les signes extérieurs de ralliement non autorisés par la loi;
- L’exposition dans des lieux ou réunions publiés, la distribution ou la mise en vente de tous signes ou sym-
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- LE DEVOIR
- boles propres à propager i’espritde rébellion ou à troubler la paix publique ;
- La défense de publier dans un écrit périodique tout fait relatif à la vie privée, lorsque la publication ne constitue ni diffamation ni injure.
- Les délits retenus par la loi nouvelle sont les suivants :
- Provocation à commettre un crime ou un délit, à la triple condition qu’elle sera suivie d’effet, qu’elle sera directe et spéciale ;
- Provocation aux militaires des armées de terre ou de mer, ayant pour but de les détourner de leur devoir ou de l’obéissance à leu s chefs ;
- Gris séditieux ;
- Fausses nouvelles, si elles ont troublé la paix publique ; outrages aux bonnes mœurs ;
- Diffamatidn et injures publiques à l’égard, soit des particuliers, soit de divers corps constitués ;
- Outrage envers les souverains étrangers et les ambassadeurs.
- Le jugement de ces délits, sauf certains cas exceptionnels, est déféré à la Cour d’assises.
- +
- ¥ *
- La loi sur le Divorce était inscrite en deuxième rang après la loi sur la presse, mais elle'a passé première, le ministre de la guerre ayant demandé et obtenu l’ajournement de la proposition Labuze sur le service militaire des ecclésiastiques et des membres de l’enseignement.
- Le divorce a été attaqué par M. Louis Legrand, député républicain, auteur d’un livre sur le sujet. Il a été défendu par M. Léon Renault et M. Naquet. La droite s’est abstenue de faire opposition à la tribune, sans doute pour ne pas permettre aux arguments que les cléricaux peuvent caresser de recevoir leur réfutation publique.
- La Chambre par 254 voix contre 213 a décidé de passer à la discussion des articles. Dans la minorité se trouvent 80 députés de la gauche. Les bonapartistes se sont prononcés contre le divorce Ils ont ainsi émis un vote de blâme contre le mari divorcé de Joséphine, fondateur de la dynastie qui jouit de leurs préférences. On ne saurait être plus maladroits.
- Après ce vote ,e triomphe de la cause du divorce paraissait assuré.
- Mais le progrès ne va pas si vite que cela chez nous. Le conseil des ministres s’est ému. Il a décidé de combattre le rétablissement du divorce. Le ministre de la justice a donc pris la parole dans ce sens. Il n’a émis que des considérations d’opportunité, mais on sait que ces considérations là sont celles qui ont le plus de pouvoir auprès d’une Chambre comme la nôtre.
- Udg discussion vive et chaude s’en est suivie, dans laquelle on a pu voir à. quel point les meilleurs esprits gardent une empreinte des préjugés catholiques dans lesquels vit une forte partie de la nation. C’est ainsi que M. Brisson, habituellement si résolu, si avancé, a combattu cette grande mesure moralisatrice, le rétablissement du divorce. Le résultat a été que la Chambre à trois jours de distance s’est déjugée et que le mardi elle a repoussé par 247 voix contre 216 ce même divorce qu elle avait accepté le samedi par 254 voix contre 213.
- La Chambre en se déjugeant ainsi à trois jours de dis-tauce compromet de plus en plus aux yeux du public la considération dont elle a si grand besoin et qui est déjà si fortement compromises. Il répugne au public de voir l’autorité législative tourner à tous les vents.
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- ¥ ¥
- Le @éaa.t mérite un bon point, chose rare.
- M. Baragnon avait fait une proposition tendant à enlever au garde des sceaux la présidence du tribunal des conflits?
- Cette proposition était le premier pas d’une tactique agressive contre le ministre de la justice, à qui l’on ne pardonne pas ses opinions anti-cléricales.
- La proposition de M. Baragnon n’a pas même été prise en considération par le Sénat.
- La Commission sénatorial© des asso. dations. — La commission, élue le 10 juillet dernier, pour examiner la proposition de M. Dufaire sur les associations, a repris ses travaux, qui sont d’ailleurs à peu près terminés. 11 ne reste plus à la commission, pour achever son œuvre que de déterminer :
- 1° Les droits des associés dans l’association ;
- 2° Dans quelles conditions la dissolution de la Société pourra être prononcée.
- La commission a pris deux décisions nouvelles importantes. Elle a décidé :
- 1° Que la loi nouvelle s’étendrait dans ses applications aux associations religieuses ;
- 2° Qu’elle était indépendante de la loi de 1872 sur l’association internationale des travailleurs, à laquelle il n’était porté aucune atteinte.
- LUXEMBOURG
- XJn grand progrès dans ce petit pays
- — Quand l’Europe voudra-t-elle suivre l’exemple du duché de Luxembourg?
- Une loi vient de supprimer l’armée du duché. Les trois bataillons de chasseurs et la batterie d’artillerie qui tenaient garnison dans la forteresse, du reste démantelée, vont être licenciés.
- Seule la gendarmerie subsistera pour « défendre la propriété. »
- TURQUIE
- La situation. — La tournure que prennent les affaires de l’Albanie est tellement grave, et le refus qu’opposent les réservistes à obéir à l’appel qui leur a été fait tellement persistant, que le pays se trouve dans un complet bouleversement.
- ANGLETERRE ET IRLANDE
- Scandaless à la Chambre des Communes. — On sait que le fondateur de la Ligue agraire, M. Davitt, est un ancien forçat politique. Comme il n'était en liberté que sous la surveillance de la police, il a été arrêté le 4, à Dublin, comme ayant violé les conditions de son élargissement. Cette arrestation a produit une vive émotion et a provoqué à la Chambre des communes une scène d’une violence extraordinaire.
- 36 représentants irlandais se sont fait expulser de la salle des séances (pour la durée de cette séance là seulement.)
- Après leur expulsion de la Chambre, M. Parnell et ses partisans ont eu une conférence qui a duré trois heures, pendant laquelle a été rédigé un manifeste au peuple d’Irlande pour lui conseiller d’éviter tout acte contraire à la Constitution et l’exhorter à la patience.
- Remarquons que les députés irlandais exclus ont eu plus de tenue que M. Baudry d’Asson à notre Chambre des députés.
- Aucune scène violente n’eut lieu. Le sergent d’armes, le respectable capitaine Gosset, touchait seulement le bras des députés exclus.
- La scène qui s’est passée est inoubliable. Ou a remarqué surtout le silence lugubre du vote pour la suspension en masse.
- Davitt est arrivé le lendemain à la prison dê Bowstreet. On ignore encore la cause réelle de son arrestation. Le bruit court qu’il aurait orgauisé une société secrète ; d’autres disent qu’il est arrêté pour la violence du discours qu’il a prononcé dimanche:
- La presse de Londres a approuvé l’action du Parlement ; mais beaucoup de membres déplorent secrètement que M. Gladstone n’ait pas su conjurer ces orages.
- Quant à l’effet produit en Irlande par l’expulsion il est énorme.
- Il est incontestablè que les députés irlandais avaient abusé de la liberté de la tribune et que le mode d’opposition parlementaire qu’ils avaient adopté était mala-
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- LE DEVOIR
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- if Mais ce n’est pas la première fois que cette tactique i suivie par les Irlandais et jusqu’ici l’Angleterre fêtait montrée très fi ère de la liberté qu’elle laissait à la
- 111 Nous1 voyons maintenant quel cas il faut faire de cette meuse tolérance anglaise. Quand les représentants d’un uole auquel on a "arraché par la violence les terres ^ie ce peuple possédait légitimement vienne demander i>etix qui possèdent les terres ainsi arrachées quelque •ige compensation, on les .expulse de la Chambre et on Ipsinjurie dans les journaux.
- On aura beau faire, la cause du peuple irlandais quoique maladroitement défendue par ses avocats, continuera d’avoir les sympathies de toutes les âmes droites, r es terres qui ont été arrachées aux Irlandais par la force doivent leur être restituées. L’ancienneté d’un crime ne l’empêche pas d’être un crime.
- %je Tbill Forcer sur la répression de l’agitation eu Irlande continue à se discuter.
- Voici l’art. 1er de ce bill : ' *
- « Toute personne qui sera déclarée, par ordre {warrant) dulord lieutenant, raisonnablement suspecte d’avoir été, avant ou après la promulgation de la présente loi, coupable, comme agent principal ou accessoire, de haute trahison, de trahison-félonie ou de manœuvres de trahison, commises n’importe où, ou d’un crime quelconque légalement punissable dans un district déterminé, etqui serait un acte de violence où d intimidation, ou qui exciterait à de tels actes, et tendant à entraver l’action de la H ou à troubler l’ordre, pourra être arrêtée dans une partie quelconque dé l’Irlande, et être détenue légalement pendant un temps déterminé par ordre du lord-lieutenant, sans bénéfice de caution ou d’engagement à se présenter en justice ; et elle ne pourra être relâchée ou jugée par aucun tribunal, sans autorisation du lord-lieutenant. Tout ordre de ce genre servira comme preuve ïoncluante de tous faits y mentionnés, ainsi que du droit de lancer ou. d’exécuter le dit ordre, ainsi que de la légalité de l’arrestation et de la détention de la personne mentionnée dans cet ordre.»
- C'est la une loi des suspects, autorisant l’arrestation préventive et la détention sans limite légale et sans jugement ultérieur, et par simple décision de l’autorité administrative, des personnes soupçonnées de crimes ou délits qu’elle énumèiof Cette loi resterait eh vigueur jusqu’au 30 .septembre 1882. Il est possible que la loi proposée soit nécessaire. Mais ra présentation est une nouvelle preuve de ce fait que les Anglais, qui condamnât si éloquemment les dérogations au droit commun, lorsqu’on se les permet en dehors du Royaume-Uni, y ont recours sans aucun scrupule, lorsqu’is croient à leur nécessité.
- Il est triste de constater que des hommes à qui jus-lu’ici les amis du progrès avaient donné de bonne foi joutes nos sympathies, comme M. Gladstone et M. “right, se rangent dans le.camp ennemi de la justice.
- , Nous n’avons pas été seuls à le déplorer et plus d’un, ^.Chambre ou ailleurs ne craint pas de le leur rappeler.
- Ce discours’ de M. "Bright n’à été qu’un effort de l’ora-fup- Pqtu’ essayer de concilier ses déclarations précédentes avec le consentement(tardif qu’il a donné, en sa iualUé de ministre, àdâ proposition du bill Fors ter.
- « oi le bill de coercition était isolé, a-t-il dit, et ne-.g/j Pas être no foire ment suivi du laudbill qui sera le i niede à côté du m il; je ne siégerais pas en ce moment lu banc des ministres. » "
- iupI^1^’ aPr®s av°ir nié qu’il y eût une ressemblance aeJc°nque entre la « land league » et la « antlcornlaw gue » d’autrefois, M. Bright a prononcé textuellement a Phrase suivante :
- nain H’*°* ^pression peut être tyrannique dans les listr C*'Ua tyraib mais dans celles d’hommes (les mi-eur actuels, M. Bright compris !j qui ont consacré ru>nJle a préparer l’avènement de la liberté, ce ne sera Des ^lesure de protection ! »
- 8 cris de non 1 non ! des applaudissements ironiques
- et même une exclamation de « farceur » ont accueilli l’énonciation de cette singulière théorie d'après laquelle une loi doit être jugée non d’après sa valeur intrinsèque, mais seulement d’après la valeur morale et politique de ceux auquels il appartiendra de l’appliquer.
- ESPAGNE
- Formation d’une noureîl© junto cléricale. — Les affaires espagnoles lassent de plus en plus l’attention du public français. Nous aurions tort cependant de nous en désintéresser, car ou peut voir par ee qui se passe dans ce pays autrefois si puissant et si prospère, à quels abîmes conduit le cléricalisme.
- Une mauvaise nouvelle nous arrive aujourd’hui de Madrid. *
- Le gouvernement espagnol a donné son autorisation aux règlements rédigés par le cardinal archevêque de Tolède pour la formation d’une union catholique dans tous les diocèses, villes et paroisses, avec des juntes, bureaux, délégués et membres placés sous l’autorité des évêques : ces derniers nommeront les juntes parmi les notabilités laïques.
- Les règlements préparés par l’archevêque annoncent que l’Association a un but à la fois religieux et social. Le domaine de l’Union catholique embrassera à la fois des œuvres religieuses de charité, d’améliorations sociales, d’éducation, d’enseignement, de littérature, ,de sciences et d’art chrétien."L’Union fera de la propagande ; elle entrera en relations avec les œuvres et cercles catholiques en Espagne et hors d’Espagne. Elle viendra en aide aux besoins du culte et des ordres religieux; elle se propose aussi de faire de la propagande.en faveur de l’Œuvre de la propagation de la foi eLdu denier de Saint-Pierre, dans les cercles ouvriers ei catholiques
- PAYS-BAS
- La peine do mort. — M. le ministre de la justice du gouvernement néerlandais vient do présenter à, la Première Chambre des Etats-Généraux la statistique des crimes commis avant et depuis l’abolition de la peine de mort;
- Il résulte de cette statistique que, dans la période s’étendant de 1 SCO à 1869, le ü'.mbre des crimes s’était élevé à 82 ; tandis que dans les dix années qui ont suivi la suppression de l’échafaud, de 1871 à 1880, ce nom or,e est descendu à 57, soit une diminution de plus de 5ÿ pour cent. • '
- Ces chiffres valent bien des démonstrations et répondent péremptoirement à ceux qui voient dans le maintien de ia peine de mort une garantie de sécurité.
- ITALIE * d
- X>e divorce. — Le garde des sceaux a présenté à la Chambre des députés italienne un projet de loi sur le divorce.
- I C’est un petit projet inoffensif, destiné à mettre des | bâtons dans les roues de la commission du divorce.- : i Ce projet ne vise que deux cas extrêmement reër treints : ceux où l’un des conjoints aura été condamné aux travaux forcés à perpétuité ou à la peine de mort commuée en travaux forcés.
- Ainsi d’après le ministère italien les maris qui auraient tenté d étrangler leur femme ou les femmes qui auraient essayé d’empoisonner leur mari sont considérés comme des personnages trop respectables pour que leurs conjoints soient mis à même de pouvoir rompre tout liens avec eux.
- JL’afeolitiom dln ocwjns fôroé se discute à la ! Chambre.
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- LE DEVOIR
- ALLEMAGNE
- ï>n (lontédio politique. — Il y a quelques années M. de Bismarck n’avait pas craint du haut de la tribune du Reichstag de faire remarquer qu’un de ses adversaires, le chef du parti clérical d’alors avait les mains sales. Aujourd’hui M. de Bismarck change de tactique vis-à-vis de ses adversaires, sans être plus arlementaire pour ceia. À la Chambre des députés de russe l’irascible chancelier qui, jusqu’ici s’était retiré chaque fois que M. Lasker montait à la tribune, est resté cette fois dans la salle pendant le discours de sonadver-aire et a jugé spirituel de lui envoyer des baisers.
- Le Conseil économique. — M. de Bismarck est venu ouvrir en personne la première session du nouveau Conseil économique. Voici ce qu’en disent les Etats-Unis â'Europe : Composé de manufacturiers, d’a-
- riculleurs, de commerçants et d'un très petit nombre
- 'artisans chargés d'étudier et de critiquer lçs projets de loi économiques et financiers qui doivent être soumis à la chambre, ce conseil, dont la première Idée se trouve dans le projet de parlement européen que Saint-Simon présenta au Congrès de Vienne en 181 o, serait une excellente institution si les membres en étaient librement élus par leurs pairs, et non point triés et désignés pour donner crédit et passe-port aux projets du maître. M. fle Bismarck a déclaré que ce Conseil qui n’est encore institué qu’en Prusse, est destiné à devenir fédérale Pour première besogne le Grand-Chancelier lui a donné à étudier un projet d’assurances ouvrières et une loi qui rétablit les corporations. M. de Bismarck, on le sait, se fit il y a quelques années disciple de F. Lasalle. Nous nous méfions du socialisme césarien.
- *
- ¥ ¥
- DéifientIon «1© lu/g-sxerre. — M. Bluntschli, l'éminent professeur de TUniversité de Heidelberg, vient d’adresser au maréchal de Moitke un exemplaire du Manuel des lois delà guerre, manuel élaboré, par l'Institut de droit internaiional dans le but d’amener entre les divers puissances une entente qui diminuât dans certaine mesure les horreurs de la guerre.
- Le vieux maréchal a répondu au vieux professeur par une lettre publique dans laquelle nous cueillons les fleurs philosophiques suivantes :
- « La paix perpétuelle est un rêve et ce n'est même pas un beau rêve. La. guerre est un élément de d’ordre DU MONDE ÉTABLI PAR DIEU. LES PLUS NOBLES VERTUS de l'homme s’y développent. Sans la guerre le monde croupirai', et se perdrait dans le matérialisme. »
- On comprend quelles sont les conclusions logiques de ce raisonnement : la guerre développant lavertu.il faut faire le plus de guerre possible afin de développer le plus possible la vertu il faut même bien se garder de vivre eu paix une année.
- Pauvre, pauvre Allemagne !
- ORIENT
- Les relations de la Russie avec la Porte se ressentent du singulier désarroi qui paraît régner dans l’empire des czars.
- Il y a quinze jours, le sultan recevait d’Alexandre II deux paires de magnifiques chevaux avec lesquels il se promenait tout heureux en calèche découverte dans le parc de Yildiz.
- Il y a huit jours, l’ambacsadeur de Russie a remis à Assym pacha une ne te réclamant :
- 1° Le paiement de l’indemnité stipulée à San Stefano errfaveur du commerce russe.
- 2° L’exécution de Vely Mehemet « quel que soit son état mental. »
- Comme ces deux demandes n’ont aucune chance d’être accueillies, on est forcé d’en conclure que la Russie ne cherche qu’à accumuler une provision de griefs t
- contre les Turcs en vue de quelque dessein ultérieur Rien n’est plus facile en vérité. 1
- ÂFRIQUE-AUSTRALE
- X^’inswr'ï’cctiOEi des Boërs continue tou,
- jours.
- A la Chambre des communes d’Angleterre un dépM libéral a demandé quelle attitude le gouvernement en,’
- tendait tenir envers les Boërs.
- M. Childers a déclaré que les Boërs seraient cons% rés comme belligérants et traités selon les lois de ' guerre, jusques et y compris l’échange des prisonniers’ Le ministre a rendu pleine justice en môme temps; l’humanité et à la courtoisie dont les rebelles ont fai' preuve jusqu’ici envers les prisonniers et les blessé;! anglais.
- Voilà les déclarations qui font honneur aux deuil parties, car si la modération est une vertu qui se rencontre rarement à la guerre, surtout dans une guerrel civile, il est plus, rare encore d’entendre un minislrl rendre justice, du haut d’une tribune publique, à unf ennemi, surtout lorsque «et ennemi est un sujet ré voilé. 1
- Ces sentiments d’estime réciproque rendront peut êtrel plus facile la conclusion d’un arrangement désirabitj pour tous. I
- LA NOUVELLE LOI SUR LA PRESSE
- Second article (1)
- Convaincu que c’est l’intelligence qui mène ls monde et que ce sont les idées fausses, les notion! erronées, les croyances irrationnelles qui se battent sur le dos des pauvres mortels et les font se haïr entr’eux, se déchirer, s’exterminer, je repoussî absolument la théorie de l’innocuité et de l’impuissance de la Presse. Je lis depuis un demi-siècle tout) ce qu’écrit à ce sujet M. de Oirardin et je reste per-| suadé, aujourd’hui comme au premier jour, que lsf Presse est une force sociale qui peut, comme toutes, les forces, faire du bien ou du mal, selon qu’elle est| bien ou mal dirigée. Le mal que peut faire tm«l Presse vénale, ignorante, haineuse et corrompue est| immense. Elle sème, au jour le jour, dans les esprits des germes de haine et de discorde qui porteront téi ou tard leurs fruits empoisonnés et susciteront des cataclysmes. Mais l’idée seule doit combattre ridée, et la lutte des idées, au sein d’une société vraim^1 libre, est toujours féconde. Le Progrès est à ce prix-Il n’appartient d’ailleurs à aucune autorité, soit politique, soit religieuse, de refouler la pensée, d6"' limiter le champ et de dire à l’esprit d’un hom®{ quel qu’il soit : « Tu viendras jusque-là, tu n’iras Pas plus loin. » Donc liberté de presse et de parole cod' plète, absolue dans le domaine des idées.
- Mais il n’y a pas que des idées dans lé monde. R5 sociétés humaines sont faites d’êtres et de rappo^
- (t) Voir lo n* du 23 janvier.
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- humains qui n’appartiennent pas à l’idéal. Là nous avons affaire, non plus à des abstractions, mais à des rivalités, à des individualités sensibles et conscientes, en un mot à des personnes, qui sont elle's-mêmes des libertés et des libertés vivantes. Ces personnes, ces libertés ne méritent pas moins d’être sauvegardées que cette personne morale qu’on appelle un journal. La loi doit les protéger et lès défendre. Contré qui ? Contre toutes les usurpations, et, justement, contre les abus de cette publiciitré, dont le journal dispose et qui peut tout aussi bien servir à tuer un homme dans sa réputation et même dans sa vie (comme il est arrivé pour le Président de la République helvétique) ^he porter au pinacle la sottise ambitieuse ou l’outrecuidante médiocrité.
- On ne remarqué pas assez que le journal, avec sa publicité parfois considérable, dispose d'une force collective immense, redoutable, que cette force, quoiqu’on fasse et malgré la suppression du caution* nement, sera toujours le privilège d’un petit nombre, comme jadis l’çpée aux mains du genti-lhomme, et que si les désarmés n’étaient pas protégés par le glaive de la loi, ils risqueraient trop souvent d’être traités comme l’étaient jadis les vilains par leurs seigneurs et maîtres. Ce n’est plus les corps qui seraient mal menés ? Sans doute ! Mais ce serait la personne humaine dans ce qu’elle a de plus précieux au monde : sa dignité, son honneur, sa conscience, son être moral tout entier.
- Laisser l’impunité à la presse en ce qui concerne le mal fait aux personnes, c’est-à-dire permettre à des feuilles quotidiennes de répandre aux quatre coins du pays et du monde toutes les attaques, tous les outrages, toutes les diffamations, toutes les calomnies serait inaugurer le retour à la barbarie et même à l’état de nature, Où chacun se fait justice lui-même et venge ses injures dans le sang de son ennemi. Déjà la pratique du duel n’est que trop répandue dans le monde du journalisme et de la politique. Quelle pauvre société faites-vous qui ne sait pas soumettre tous les rapports sociaux à sa loi de ustice !
- Proclamez donc tout à la fois la liberté et la responsabilité de la presse. Reconnaissez au journal tous les droits de la personne humaine, mais qu’il en ait aussi tous les devoirs ! Comme tout être majeur, qu’il soit responsable de ses actes et obligé de réparer le préjudice qu'il aura causé. Mettez cependant la vérité au-dessus de tout en permettant, dans tous les cas, au diffamateur de faire la preuve et ne condamnant que lé mensonge et la calomnie. Souffrez que la lumière se fasse sur toutes choses. Qu’elle pénètre jasqu’à travers « le mur de la vie privée. »
- Ayez des maisons de verre : peut-être arriverez-vous ainsi à purifier les mœurs et mettrez-vous des bornes à la prostitution 1
- Cessez aussi de méconnaître dans votre codification de la presse le principe de l’égalité des citoyens devant la loi. Que ce qui n’est qu.'injure envers les
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- petits ne s’appelle pas outrage, quand il s agit des grands. Punissez cependant l’injure et l’outrago/Appliquez-vous à rendre sa dignité à la presse en la protégeant contre ses propres excès. Mais qùe *îa peine soit la même quand l’injure est la même. Ce qui est respectable dans l’homme, ce n’est pas le titre, ce n’est pas la fonction, c’est la personne humaine. Qualifiez donc et punissez de même l’injure ou l’outrage qu’ils s’adressent au Président de la République ou au plus humble de ses concitoyens. Chacun d’eux n’est il pas une autonomie, une liberté souveraine et un membre de l’humanité f
- Et d’une autre part, qu'il ne soit pas plus permis au journalisme de salir de ses diffamations l’hômm’e public que l’homme privé. Sous un régime démocratique, où tout citoyen peut être appelé à remplir de* fonctions publiques comme aussi à y renoncer après les avoir remplies, la distinction qu'on à voulu étà-blir entre le fonctionnaire et le simple particulier est sans valeur. Celle du fonctionnaire en dehors de ses fonctions ou dans l’exercice de ses fonctions n’èst pas moins puérile. On ne divise pas la conscience humaine. Un homme est honnête ou il ne l’est pas. Assez de fictions comme cela ! Oui, mais aussi, assez et trop d’injures ! En vain prétend-on que les poignées de boue jetées à la face dè~s hommes qui ont la charge des affaires du pays ne les atteignent pas î C'est une erreur. La boue salit à la fois celui qui là jette et celui qui la reçoit : il en reste toujours quelque chose.
- Les plus grands y perdent de leur prestige, les plus purs de leur pureté et le sentiment de la dignité humaine, en s’éteignant dans les âmes, les préparé à toutes les chûtes et à tous les abaissements.
- Les principes que nous venons de poser se trouveront réalisés dans une large mesure par la nouvellé
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- loi sur la Presse. La Chambre améliorant dans lé sens libéral l’œuvre de la Commission a fait dispâ-raîtje la plupart des restrictions que celle-ci aVaii maintenues. En supprimant l’article du projet qui punissait l’outrage a la République, au Sénat et à la Chambre des Députés, elle a rompu réellement avec la vieille tradition monarchique qui mettait l’autorité des grands corps de l’Etat au-dessus du grand principe de l’Egalité devant la loi. C’est là un grâhci, un véritable progrès.
- Nous devons rendre cette justice à la Chambre que
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- si la Loi qui organise la Presse laisse à désirer ce n’est pas au point de vue de la liberté du journaliste et des propriétaires d’un journal. Ceux-là, armés de pied en cap, et disposant d’une force qui leur permet de tout oser et de tout entreprendre pour le bien comme pour le mal, jouiront d’une liberté à peu près sans limite. Nous voudrions qu’ici, comme dans tous les autres rapports humains, la liberté de chacun se trouvât limitée par la liberté d’autrui, et que la loi* en fixant cette limite, donnât à chaque citoyen le pouvoir de la faire respecter.
- Sur ce point l’ancienne législation était insuffisante et la nouvelle, en augmentant la puissance de la Presse, ne prend pas assez de précautions contre ses envahissements. Il faut sans donte que la liberté existe pour les journalistes, mais il faut aussi garantir celle des personnes qui ne le sont pas : C’est ici le droit de 36 millions de français que nous défendons contre les abus de pouvoir de quelques milliers de privilégiés.
- La Chambre a tenu compte dans une certaine mesure de cette nécessité.
- La loi nouvelle, quoique bonne en général et réalisant sur le régime antérieur un progrès que l’on ne saurait contester, n’est pourtant pas telle que nous puissions l’approuver sans réserve. Nous y reviendrons.
- Espérons que la deuxième délibération à la Chambre et peut-être aussi la discussion au Sénat feront disparaître les parties vicieuses de la nouvelle loi.
- Ch. Fauvety.
- Nous n’avons pas au sujet de la liberté de lapresse les mêmes appréhensions que notre ami Fauvety. Nous pensons que lorsque la presse est libre elle ne tarde pas à corriger elle-même ses propres abus. Quatre pays ont aujourd’hui la liberté complète de la presse, l’Angleterre, les Etats-Unis, la Suisse et ja Belgique. Dans trois de ces pays il n’y a même aucune loi sur la matière, on s’en rapporte au droit commun. En Belgique il y a une loi sur la presse, mais elle est si libérale que c’est à peu près comme s’il n’y en avait pas. Eh bien si l’on juge l’arbre à ses fruits, s’il l’on compare cette presse libre avec la nôtre,surtout avec ce qu’était notre presse à l’époque de l’empire, c’est-à dire à l’époque où les précautions prises à son égard étaient le.plus sévèrement observées, on se convainc bien vite que la presse libre est moins dangereusequelapresse réglementée.
- Il est incontestable que la presse française est loin d’être à la hauteur de sa mission et qu’elle ne se considère pas assez comme une sorte d’apostolat. Elle conserve trop les mauvaises habitudes quelle
- a contractées sous le régime autoritaire, mais est-ce une raison pour maintenir en partie ce régime ? Si l’on avait attendu pour affranchir les esclaves qu’ils eussent les mêmes habitudes que les hommes libres on aufait attendu bien longtemps.
- Il en serait de même pour la presse. C’est pourquoi nous aurions préféré qu’on ne fit pas de loi sur ce sujet, mais que l’on en revint purement et simplement au droit commun, en comblant les quelques lacunes que notre code, déjà ancien, pouvait présenter.
- UN DIMANCHE D’HIVER AU FAMILISTÈRE
- Vers le milieu du mois dernierj’eus une surprise. Mon ami Alfred qui ne m’avait pas vu depuis longtemps m’annonçait sa visite Des affaires de famille l'appelant dans le voisinage de Guise, il profiterait de l’occasion pour venir passer avec moi l’après midi du dimanche suivant.
- Le dimanche venu, j’allai à la gare recevoir mon ami. Le temps était affreux. Une pluie fine, froide, serrée, tombait silencieusement à vous transpercer jusqu’aux os. De temps à autre une bourrasque de vent vous jetait l’eau à plein visage. Les chemins qui, la veille encore, étaient couverts de neige, s’étaient transformés sous l’action de la pluie enflaques de boue et de neige fondante. Bref.il faisait un temps à ne pas mettre un chien à la rue.
- Alfred arriva par le train indiqué ; il amenait avec lui sa jeune fille, la petite Henriette, charmante espiègle de douze ans et demi.
- A peine eûmes nous échangé les salutations de circonstance que mon ami s’écria :
- — Quel guignon d’avoir un temps si déplorable ! Je me promettais de visiter avec toi le Familistère que je ne connais que de réputation, et voilà que ce sera impossible. Cet affreux temps nous force à renvoyer cette visite à une autre fois.
- — Pas le moins du monde, lui dis-je.
- — Comment,pas le moins du monde ? Tu ne penses pas, j’espère,me faire promener, moi et ma chère petite, dans cette marmelade de neige fondue?
- — Cela non. Ce ne serait pas précisément un plaisir.
- — Et dans quel état serions nous, bon Dieu ! Nous reviendrions-mouillés comme des lapins tombés à la rivière. Quand l'eau tombe de biais comme à présent les parapluies ne servent à rien.
- — Tout cela c’est vrai. Aussi, sois tranquille, mon cher Alfred, je te ferai passer toute ton après midi à l’abri et à pied sec. ,
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- — Soit, j’aime mieux ça. Nous verrons le Familistère une autre fois. #
- — Du tout, nous le visiterons cette après midi.
- — A l’abri et à pied sec ?
- — Comme tu le dis.
- — Allons donc.
- Tu verras. Je dois cependant d 3 prévenir que nous ne pourrons pas tout visiter aujourd’hui ; c'est dimanche et les écoles sont fermées.
- — Je pense bien, dit Henriette.
- — Ainsi, Mademoiselle l’écolière,vous aimez aussi les jours de vacances ?
- — Oh oui, Monsieur.
- — Et les jeux aussi, n’est-ce pas ?
- — Bien sûr.
- — En ce cas vous pourrez vous en donner aujourd’hui à cœur joie.
- — Par ce temps là, dit Alfred d’un air incrédule.
- — Oui, mon cher, par ce temps là.
- Tout en causant ainsi nous arrivâmes, car la distance est courte de la gare au Familistère.
- Je fis entrer mes hôtes par la porte centrale.
- — Oh papa! comme c’est grand, dit l'enfant une fois qu’elle fut dans la cour. Et que de monde !
- — En effet dit son père.
- — Eh bien, lui demandai-je, es-tu à pied sec et à l’abri?
- — Oui,oui. Je comprends maintenant. Tu as raison.
- Il porta ses regards sur le sol bétoné et uni avec
- soin, les éleva successivement aux trois étapes de balcons qui courent tout autour de cette immense nef, puis au vitrage qui protège le tout.
- — En effet, reprit-il, on ne craint ici, ni la pluie ni la boue.
- — Ni le vent, ajoutais-je.
- — C’est vrai.
- Je lui expliquai alors que les longs balcons qui régnent à chaque étage sur tout le pourtour intérieur des bâtiments et sur lesquels s’ouvrent les balcons, constituent une innovation d’une grande portée hygiénique puisqu’elle supprime les corridors tout en maintenant les communications à couvert. Je fis remarquer également à Alfred qu’à chacun des angles de la cour,des escaliers donnent accès à tous ies étages et mettent les bal cons .en communication entre eux. Je lui expliquai ensuite le mode d’aération de cette cour vitrée, mode qui permet de ne pas laisser pénétrer le grand froid et cependant de renouveler l’air.
- — C’est parfaitement compris, dit-il.
- Je le conduisis voir les deux autres cours, un peu moins spacieuses que celle du centre, mais très vastes cependant Enfin je lui fis remarquer que chaque
- étage était pourvu de gaz et d’eau en abondance, que tous les services d’utilité commune étaient placés aux endroits les plus accessibles,quedes magasins d'objets de première utilité se trouvaient à portée et en quelque sorte sous la main de la population, enfin que les voisins pouvaient se visiter entre eux et les ménagères faire leur approvisionnement tête nue et en pantoufles si bon leur semble.
- Justement comme je disais cela, une bourrasque de pluie s'abattit avec grand fracas sur le vitrage.
- — Crois-tu, dis-je à mon ami, que ceux qui sont à la rue sont aussi au sec que nous.
- Il ne répondit à ma question que par un sourire, puis il ajouta :
- — Ainsi grâce à ce mode de construction cette cour a tous les avantages d’une place publique sans en avoir les inconvénients. Pas d’intempéries, pas de voitures à redouter pour les enfants.
- — Et comme ce doit être commode pour jouer, reprit Henriette.
- — Oh, pour cela, mon enfant, on ne saurait désirer mieux. Tenez, montons à cette galerie, nous serons là aux premières loges pour jouir du coup d’œil des jeux.
- Nous montâmes.
- A peine Alfred se fut—il appuyé à la balustrade qu’il s’écria :
- — Mais c’est charmant.
- Le coup d’œil était charmant en effet. Au-dessous de nous toute une joyeuse armée d’enfants prenait ses ébats.
- — Ils sont bien une centaine, n’est-ce pas ?
- — Peut-être même davantage, répondis-je. Les enfants du Familistère sont au nombre de trois cents environ. Or pas un d’entre eux, je te l’assure, ne laisserait passer un dimanche sans se divertir dans l’une des cours.
- — Je crois bien, interrompit la fillette.
- — Ils préfèrent en général cette cour-ci, qui est la plus grande et la plus centrale. Il doit y avoir ici plus du tiers des enfants. En estimant à une centaine le nombre de ceux qui jouent devant nous, nous sommes plutôt au-dessous du chiffre vrai qu’au- dessus.
- — O’est pourtant un chiffre déjà beau,cent enfants.
- — Vois donc, papa, comme ils s’amusent, interrompit de nouveau Henriette.
- —- Cela te fait envie?
- — Pense donc!
- — Est-ce aussi animé qu’aujourd’hui chaque dimanche, me demanda Alfred.
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- — Chaque dimanche d’hiver, oui. L’été les mêmes jeux ont lieu dans le Parc du Familistère.
- La fillette continuait à s’étonner et à se réjouir. D’une main éveillée elle donnait au bras de son père de petits coups amicaux ou tirait ma redingote comme pour nous forcer à faire attention à ce qu’elle voulait hous dire ; de l’autre main elle nous désignait tour à tour les groupes d’enfants joyeux.
- Regarde donc, papa ; regardez done, Monsieur î
- Elle n’avait jamais été à pareille fête. Aussi avait elle fort à faire, la chère petite, pour nous désigner tout‘ce qui la frappait.
- Que de choses ! que de jeux ! quelle activité ! quel mouvement !
- Ici de jeunes garçons s’adonnent par petits groupes aux jeux multiples qui leur sont propres : les toupies courent, alertes, sur le béton uni et les balles élastiques décrivent dans l’air de joyeuses paraboles. Là, de rieuses jeunes filles, raquette en main, se renvoient de l’une à l’autre les volants aux plumes blanches ou teintes de vives couleurs. Ailleurs de mignonnes fillettes luttent entre elles à qui sera la plus légère à la corde ou la plus adroite au jeu de grâces. Plus loin de jeunes garçons espiègles se donnent le mot et emprisonnent soudain dans le
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- cercle qu’ils forment tout un groupe d’enfants qui ne
- s’attendaient à rien de semblable et qui rient aux'
- „ • ? „ éclats de la surprise. La-bas, tout là-bas à l’autre
- bout de la cour des fillettes de six ans, eh rond, la main dans la main, tournent, joyeuses et infatigables, tandis qu’ici tout près les toutes petites, les plus heureuses de toutes peut-être, profitent de la présence des grandes pour jouer à cache-cache derrière elles. Partout la joie, le mouvement, la liberté. Toué ces petits corps remuent, s’agitent, tournent, dansent, sautent à perdre haleine ; toutes les joues sont colorées par l’exercice ; toutes les bouches sourient de contentement ; tous les regards pétillent de plaisir.
- — Que ce petit monde est heureux, s’écria mon ami.
- — Oui, et remarque aussi comme il est propre, confortablement vêtu et bien chaussé. Est-ce toujours le cas dans la classe ouvrière? Tu sais bien que non. Certes les parents ne sont pas assez riches pour donner des vêtements de luxe à leurs enfants, mais tu n’en vois aucun qui aii des vêtements déchirés ou de la chaussure percée. Les robes sont de laine,mais elles sont chaudes, les tabliers sont tout simples, mais ils sont propres; toutes ces blondes chevelures sont soigneusement peignées. Or à quelques minutes d’ici tu pourrais voir des enfants d’ouvriers, mais
- I d’ouvriers n’appartenant pas à l’association, grelottant dans des haillons, pied# nus et se grattant la tête Et que font-ils à cette h.ure, ces pauvres en-fants, pendant que les nôtres jouent avec une si complète insouciance ? Ils sont renfermés dans des masures, sans air, sans lumière, sans agrément et presque toutes empestées d’odeurs fétides. Aucune place pour jouer, à ces pauvres petits là. L’été ils jouent dans le ruisseau, mais dans cette saison, avec la neige fondue et sous la pluie battante, comment pourraient-ils se réunir et s’adonner à quelques jeux.
- — Pauvres petits !
- — L’hiver est ennemi des enfants. Tu le sais comme moi, mon cher ami, il faut à ces petits êtres la liberté, l’exercice, le libre développement du corps au grand air, la gaieté et les joies dé la camaraderie. Tout cela l’hiver l’entrave ou le "supprime c unplètement. Ceux-ci n’ont pas à"perdre une seule minute de la gaité si nécessaire àr leur âge. En aurait-on pu dire autant de nous autrefois? Rap-
- ï
- pelle-toi tes premières années. Ah ! que nous aurions été heureux, nous deux, tout enfants, si nous avions eu comme ceux-ci, comme cette immense famille de frères et sœurs, toute facilité deuprendre
- nos ébats en plein hiver, un grand nWbre ensemble,
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- et parfaitement à l’abri ! Voilà pourtant ce que permet le groupement des familles et le principe de l’habitation unitaire. Est-ce un progrès, oui ou non?
- J’étais lancé, je parlais avec animation* et j’aurais parlé longtemps encore si une balle de caoutchouc n’était venue tomber justement sur ma main. Je regardai. C'était la petite fillette de mon ami qui nous l’avait lancée. Profitant d’un moment où nous étions
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- absorbés par notre discussion,la charmante espiègle avait gagné sans bruit l’escalier et était descendue se joindre aux joueurs et aux joueuses.^ Le spectacle de tant d’heureux avait été une tentation trop forte pour elle, elle n’avait pu y résister et c’était afin d’attirer notre attention sur sa joie qu’elle nous avait lancé la balle de caoutchouc.
- Je me tournais vers mon ami. Il souriait.
- — Voilà qui en prouve plus que toutes les démonstrations, lui dis-je.
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- — En effet, me "répondit-il. Je suis venu ici imbu
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- de certaines préventions ; je m’en retournerai converti. . .
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- Il était en effet parfaitement converti quand il s’en retourna, le brave ami, et sa fillette, à coup sûr, l’était plus encore que lui. Ce ne fut qu’avec la plus grande peine que nous arrivâmes à faire abandonner à Henriette une joyeuse ronde dont elle faisait partie. > Ce fut le cœur gros,bien gros,qu'elle se sépara1 de ses
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- nouvelles amies ; elle nous suppliait de la laisser
- encore jouer.
- Mais le temps s’était écoulé rapide ; le soir était venu et mon ami devait repartir par le dernier train, impossible de céder aux prières de la petite. Nous allâmes diner, puis nous sortîmes.
- _ Tiens, j’avais oublié qu’il pleurait, me dit mon
- ami en arrivant à la porte.
- ^ Moi aussi, ajouta l’enfant.
- Je le crois bien, leur dis-je. Comment aurions nous pu penser à la pluie. Est-ce que les enfants du
- Familistère y pensaient, eux?
- Alfred ne répondait pas. Tout à coup il me dit :
- — Sais-tu quelle réflexion je fais en moi-même ?
- — On peut en faire tant.
- — La voici. Je me dis que le fait que j’avais oublié la pluie suffit à lui seul à établir les avantages du mode de construction du Familistère.
- Bravo! répliquais-je, puis m’adressant, alors à la .fillette :
- — Et vous, mon enfant, lui dis-je, qu’ameriez-vousle mieux, demeurer avec votre papa dans un édifice comme celui-là ou bien continuer à habiter votre maison f
- — Oh, monsieur, j’aimerai bien mieux demeurer ici, c’est bien plus 'gentil.
- Ainsi la cause était gagnée auprès de l’enfant comme auprès du père. .
- Je les reconduisis jusqu’à la gare ; tout le long du chemin mon ami ne cessa de me témoigner à quel point il était enchanté de son après-midi, de cette même après-midi qu’il avait craint de voir attristée par le mauvais temps. C’est'en me promettant de faire de la propagande en faveur de l’habitation unitaire qu’il me serra la main. Quant à sa petite, elle aurait préféré, et de beaucoup, revenir avec moi afin de jouer encore dans la grande cour, plutôt que de s’enfermer dans un triste wagon de chemin de fer. Elle ne voulait0 pas' partir' et pour qu’elle ne pleurât pas, il fallut lui promettre qu’on la ramènerait une autre fois au Familistère.
- h Jli' Ed. Champury.
- NOUVELLES DIVERSES
- Lo travail clan» le» maumfaotnres. —
- ministre de l’agriculture et du commerce, afin de se tendre compte des résultats de la législation relative au t avad des adultes, a invité les préf ts à faire dans tou-tesies communes une enquête sur les points suivants :
- ^Quelle a été en 1880, pour chaque industrie,la durée “myfenne dé la journée, de l’ouvrier dans les usines et ^factures de la commune ? A-t-elle, à certaines épo-u ss, dépassé douze heures?
- 2» Y a-.t-il dans la localité des usages qui fixent, pour certaines’ industries, la journée de travail à un nombre-d’heures supérieur à douze (article 3 de la loi du 9 septembre 1848)? Dans l’affirmative, mentionner ces industries et faire connaître, en ce qui concerne chacune d’elles, la durée de la journée déterminée par l’usage. L’application de ces usages locaux soulève-t-elle quelquefois des difficultés?
- 3° Des plaintes ont-elles été formées par leurs ouvriers contre les chefs de manufactures ou d'usines pour violation de la loi de 1848 ? Quelle a été.la'suite donnée à ces plaintes ? Des condamnations ont-elles été' prononcées contre les patrons ?
- 4° Existe-t-il dans la localité des industries auxquelles sont applicables les décrets du 17 mai 1851 et 31 janvier ,1860 ? Dans quelles limites les chefs d’établissements 'ont-ils usé de l’exception inscrite dans ces décrets? La. déclaration prescrite a-t-elle été effectuée (art. 3, n°3,et art. 4 du décret du 17 mai .1851) ?
- 5° Les ouvriers réclament-ils la réduction, par vôie législative, de la durée actuelle de la journée de travail ?
- * ¥
- Cruautés congréganistes. — Un étrange procès avait été intenté au journal la Victoire par les frères ignorantins de Bordeaux. Il s’agissait de: faits effroyables, d’enfants assommés à coups de bûches et suppliciés de toutes les manières. Non-seulement les bons frères niaient les cruautés qu’on leur reprochait, mais encore ils se prétendaient calomniés, et ils réclamaient une forte somme au journal. rf
- Le jugement vient d’être rendu, et les bons frères en sont pour leurs plaintes. La Victoire a été acquittée. Tout ce qu’elle avait raconté a paru véritable d’après une quantité de témoignages probants. Les bons frères ont été convaincus d’dvoir tapé, bousculé et assommé les enfants confiés à leurs soins, *»et, de plus, ils ont dû. payer les dépens. ** 'o ; ’ ! > f i
- *
- * *
- L’enweigMement se<;ou<Iaire libre. — On
- se souvient que le ministre de lTinslruction publique a présenté récemment à la Chambre un iiüportant'prdjet de loi tendant à renforcer la loi de 1850, ëh éxigeant des garanties nouvelles des directeurs"' et professeurs^des établissements d^enseignement secondaire fibres.
- Ce projet**exige des directeurs..et professeurs , des gracies universitaires et, en outre, spécillemefft des directeurs, un certificat d’aptitude, obtenu 'devant dès commissions particulières, présidées par les recteurs et composées de membres de l’Université et de renseignement libre. .
- "Les bureaux de la Chambre viennent de nommer la
- commission chargée d’examiner ce projet. *' -rv- -
- Cette commission sbst constituée en choisissant pour président M Paul Bert et pour secrétaire M. Dreyfus. ' Une intéressante discussion s’est engagée-* sur le fond du projet. Celui-ci est accepté en principe par les dix membres républicains de la commission.
- * *
- Caisse de» école». — Une loi du 1er juin 1878 a fondé la Caisse des Ecoles, destinée à aider à la réparation et à la création de notre outillage scolaire national : maisons d’école, collèges, lycées, y compris leur ( mobilier. Le Parlement la * dota d’un fonds de 120 mil-lions, divisé en deux parties égalas.60 millions devaient être distribué à titre de prêts faits par l’Etat aux communes désireuses de se donner des étabtissPmsnts d'itis-truction, ou d’améliorer les leurs ; lès 'GÔ attires millions formaient un fonds de subvention ou cadeaux, dont l'Elat disposait en faveur des communes trop pauvres pour se charger de dettes nouvelles et qui cependant manquaient d’écoles, ou des communes médiocremént riches, qui ne pouvaient faire, même aVëc l’aide d’un prêt d’Etat, les frais nécessaires.
- Ces 120 millions devaient être distribués en une pé-
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- LE DEVOIR
- riode de 5 années, allant du l,r janvier 1878 au l*r juin 1883,
- Or, nous sommes arrivés juste au milieu de la période ainsi fixée, et déjà les 120 millions touchent à leur fin. Voici les chiffres :
- Pour les écoles primaires, les subventions payées par l’Etat, du 1pr juin 1878 au 1er janvier 1881, atteignent au chiffre 19,425,635 fr.
- Mais aux subventions déjà payées, il faut ajouter les subventions promises. Ces promesses s’élèvent au 1er janvier à 28,982,729 fr. Soit en secours versés ou promis, une somme totale de 48 millions 354,364 fr.
- Des 60 millions destinés à cet usage, il ne reste donc à attribuer que 11 millions 645,636 francs.
- Passons maintenant au fonds des prêts aux communes ; les prêts déjà consentis atteignent 51,876,000 fr.
- Reste disponible 8,124,000 fr.
- Ainsi sur 120 millions à dépenser en soixante mois, 100 millions et plus ont été employés ou engagés dès le trentième mois ; il en reste moins de 20 pour les trente mois à courir.
- La Caisse sera vide ou du moins aura tous ses fonds engagés, dans trois mois d’ici au plus.
- Les chiffres de l’enseignement secondaire sont moins considérables. Il y a d’abord les lycées ; 43 d’entre eux sur 90 ont reçu des subventions qui s’élèvent à 3.766,314 francs. D’autre-part, 16 collèges ont reçu 315,050 francs, Soit, en total, pour l’enseignement secondaire 4,081,364 francs.
- C’est une somme qui a son importance, mais qui est encore de beaucoup au-dessous des besoins des lycées, Les collèges sont encore moins favorisés. Ils n’ont reçu que. 315.050 fr. et ils sont environ 300. C’est douze ou quinze fois trop peu.
- En somme on voit que les dépenses pour la partie matérielle de l’enseignement public sont entrées en France dans une voie excellente. On a eu raison de commencer par là, car pour répandre l’instruction, il faut avant tout avoir des locaux ad hoc.
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- TJ ne femme candidat à nn conseil municipal français, voilà qui est nouveau. C’est dans la commune de Mauves, faubourg de Nantes, qu’une femme s’est présentée, à deux reprises aux élections municipales, d’abord au premier tour, puis au scrutin de ballotage.
- Cette personne qui est établie à Mauves appartient au parti clérical. Elle n’a pas été élue.
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- L'impôt sur le papier. — Pendant l’exercice 1880, l’impôt sur le papier a produit 16,439,000 fr. Le rendement de l’année 1879 avait été de 15,265,000 fr. La différence en plus, pour l’année 1880, est donc de 1,174,000 fr.
- N’oublions pas que le papier qui sert à l’impression des journaux est frappé d’une surtaxe.
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- Les abus en Russie. — Dans les provinces d’Oufia et d’Orengboug, on vient de faire une enquête officielle sur les abus portant sur les terres qui font partie des domaines de l’Etat et sur celles qui appartien tiennent aux Baschkirs A Ouffa, des territoires entiers furent partagés entre quelques gros fonctionnaires avec la connivence de l’administration, et à Orenbourg les Baschkirs ont dû céder à un personnage non officiel près de 100,000 hectares de terre.
- Les enquêtes faites dans différentes provinces par de hauts personnages investis de la confiance de l’empereur mettent au jour une foule d’iniquités, d’abus scandaleux, de malversations. On en jugera par les quelques exemples que nous allons citer :
- A Saratof, le sénateur Ghamchine n’a entendu parler que de la famine, et a appris à cette occasion une histoire qui avait couru toute la province. La municipalité
- de Yolsk avait emprunté 100 mille roubles à un marchand nommé Plighine, père du maire, po r acheter de la farine et la revendre à bon marché aux habitants nécessiteux. Deux négociants en grains offrirent leurs services pour aller chercher la farine sur le Kama, où l’on pouvait l’avoir dans de bonnes conditions. En revenant, ils apprennent que les farines ont monté, et, au lieu de porter leur marchandise à Volsk, ils vont la vendre plus loin et se hâtent de retourner vers 'la Kama. Là aussi, la farine a haussé ; mais l’avoine y ôtait si bou marché qu’ils ne peuvent 'résister à la tentation et eu rapportent un chargement à Yolsk. « Nous prenez-vous pour des chevaux ? » leur dirent les malheureux affamés. Malgré l’indignation que ce tripotage avait excitée, l’affaire en resta là. La ville s’était endettée, les deux intermédiaires s’étaient enrichis, et les habitants n’avaient pas été secourus.
- La sollicitude de M. Ghamchine fut éveillée par le sort de deux mille Gircassiens qu’on avait internés dans la province de Saratof, et qu’on y laissait périr de faim et de froid.
- Le jour où les deux mille exilés débarquaient sur le Yolga, arrivait un employé du ministère des domaines. Il s’étendit avec des entrepreneurs et l’on se mit à construire des demeures pour les colons. Chaque maison revenait à l’Etat à huit cents roubles. On ne dit pas ce que chaque maison rapporta aux entrepreneurs , mais les planches qui formaient les murs étaient si mal jointes que le vent et la gelée en eurent bientôt raison, et les Gircassiens se virent de nouveau sans abri. Ils avaient obtenu par personne un tiers d’hectares d'une terre ingrate, et comme ils n’en purent tirer de quoi se nourrir, on leur envoya des Cosaques pour les garder à vue, de peur qu'ils ne voulussent pas mourir tranquillement.
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- Etat intérieur de la Turquie. — Tandis que les arnements continuent de plus belle, la misère des populations va croissant. L’argent fait défaut par. tout. Les affaires sont arrêtées. La sécurité publique est môme grandement compromise. A Constantinople les crimes se multiplient avec une rapidité effrayante, assurés qu’ils sont d’une impunité complète. L’attention du gouvernement est ailleurs. Aussi l’audace des malfaiteurs est elle sans bornes ; ainsi la caisse générale des poste a été vidée en plein jour et il ne se passe de nuit sans que plusieurs maisons soient dévalisées de fond en comble.
- Un pays qui en est là est bien malade.
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- De nouvelles mines d’argent viennent d’ètre découvertes dans une colonie anglaise qui jusqu’ici avait fait peu parler d’elle, la Colombie britan-tanniquer dans l’Amérique du Nord sur l'Océan paci» fique, au Nord de la Californie et de l’Orégon.
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- Canalda Rhin à, l’Elt>e. — Quelques provinces de l'Allemagne commencent à sentir que le pays s’est trop tenu à l’écart des grands travaux publics.
- Des conférences se tiennent de temps à autre depuis quelques mois sous les auspices du gouverneur de West* phalie dans le but de préparer un projet de canal réunissant l’Elbe, le Weser et le Rhin.
- Jusqu’ici le réseau des canaux allemands longs seulement de 2,000 kilomètres est bien inférieur à ceiui de l’Angleterre et de la France. Le Rhin est uni au Danube par le canal qui passe à Nuremberg ; d’autre par l’Elbe est mise en rapport avec l’Oder par le canal de Plane et la Sprée; et l’Oder communique avec la Vistule par deux canaux, celui de Bromberg et celui d’Obra près Posen. Le nouveau canal projeté de l’Elbe au Rhin réunirait entre eux ces deux systèmes de navigation. Le terrain s’y prête à merveille,l’eau abonde et la vaste plaine de l’Allemagne du Nord présente les plus grandes facilités de creusement.
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- LE DEVOIR
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- Jj’émigration allemande va toujours en augmentant. Le chiffre des émigrants s’est élevé en 1880 à 106,191. C’est énorme. On comprend combien une pareille émigration doit être nuisible à l’Allemagne, puisque, en général, les émigrants se recrutent parmi les travailleurs dans la force de l’âge.
- On sait que ce prodigieux mouvement d’expatriation, qui, vraisemblablement, croîtra encore cette année, n’empêche, pas la population de l’empire allemand d’augmenter chaque année de 600,000 âmes au moins.
- Il résulte de ce double fait du départ annuel de 100,000 émigrants et d’un total des naissances supérieur de 700,000 au total des décès, un appauvrissement progressif du pays.
- Par contre l’énorme chiffre des naissances assure a l’Allemagne une influence de plus en plus prépondérante dans toutes les contrées où. la race germanique est mêlée aux autres. Une nation qui chaque 10 ou 11 ans s’augmente d’une population aussi nombreuse que celle de la Belgique toute entière, ne peut manquer de tendre sans cesse à l’extension.
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- Une sentence qui étonne c’est celle par laquelle le tribunal de Liège acondanfné à 5 ans de prison le nommé Lardinois, machiniste du chemin de fer de l’Etat, accusé d’avoir occasionné la catastrophe de Liers-Herstal et prévenu d’homicide par imprudence.
- Il a été établi au cours des débats que ce malheureux machiniste était resté à son poste depuis trois heures et demie du matin jusqu’à Jiuit heures du soir. C’est à ce moment que, cédant à là fatigue causée par un travail surhumain, harassé et n’en pouvant plus, il a laissé se produire l'accident.
- Nous reproduisons le fait et la condamnation sans commentaire.
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- Grève maladroite. — Les ouvriers typographes du Précurseur d'Anvers, journal sympathique aux revendications ouvrières, ont suspendu leur travail. Us réclament une augmentation importante de salaire. Cette grève se produit juste à l’heure de la lutte électorale, au moment où les libéraux ont besoin de la presse pour se défendre et se recommander auprès de leurs électeurs. ^
- I iS«OOQQpOOir-i»
- LA POLITIQUE DES CLASSES
- Le mouvement’d’idées que les élections munici-cipales de Paris ont produit* a inspiré à un journal du radicalisme le.plus avancé, le Mot (l’Ordre, les réflexions que l’on va lire.
- Nous reproduisons les plus saillantes de ces réflexions autant pour elles-mêmes que comme renseignement sur la conduite future du parti radical avancé. Cette modification de conduite équivaut à ce que les américains appellent un changement de plateforme. ________
- Aujourd'hui que la période électorale est close, que les résultats en sont définitivement acquis, que 1 heure des récriminations et des discussions passionnées est passée, il convient d’examiner froidement, sans haine ni enthousiasme, la situation et de rechercher si le parti radical n’a pas avant toute chose à se garder d’un péril menaçant, non seulement pour ses intérêts, mais même pour son existence.
- La Révolution française en établissant en droit, sinon en fait, l’égalité de tous les citoyens, en abolissant les privilèges de castes, en démocratisant la propriété, en détruisant les antiques corporations^, métiers, a inauguré dans le monde une ère nouvelle. Le suffrage universel,cette grande œuvre qui restera l’éternelle gloire des républicains de 1848, a fait Passer dans le domaine pratique ce qui n’était jus-
- qu’alors qu’une aspiration théorique, la faculté pour chaque citoyen de décider par son vote à qui devait être remis le gouvernement de iâ nation et la direction des affaires publiques.
- L’établissement de la République, désormais fondée sur l'unanime assentiment de tous les bons citoyens, a définitivement terminé la première phase de révolution sociale, en remettant à tous les Français le pouvoir de réaliser pacifiquement et progressivement toutes les réformes réclamées par l’opinion.
- Assurément il existe des différences considérables entre les individus ; et le travailleur qui ne possède point des outils, qui se voit forcé de subir les conditions d’un capitaliste, petit ou grand,est en droit de rechercher les moyens de s’affranchir de cet état d’infériorité. Mais les difficultés qu’il a à surmonter pour y parvenir deviendront exclusivement d’ordre économique et ne pourront par conséquent être résolues que par le libre groupement des initiatives individuelles, du jour où, par une conséquence logique, inéluctable de l’adoption de la forme’ républicaine, les libertés de réunion et d’association seront garanties à tous ies citoyens..
- Or, la proclamation légale de ces libertés, la réalisation pratique de cet axiome démocratique que la nation doit être uniquement gouvernée par la nation, but unique auquel le .parti radical doit pour le moment consacrer tous ses efforts, ne sont point affaires de castes ou de classes. Tous les Français, à quelque condition qu’ils appartiennent, ont un égal intérêt à en finir avec les traditions du passé, à détruire à tout jamais le gouvernement personnel, et à rapprocher autant que possible de chaque citoyen la direction des affaires publiques.
- A côté des considérations de droit pur, il en est d’autres qui résultent des faits existants et qu’il n’appartient à personne de négliger. Par une conséquence fatale dès anciennes constitutions sociales c’est encore le plus petit nombre qui est en possession du bagage scientifique de l’instruction politique, des connaissances indispensables pour mener à bonne fin l’oeuvre de régénération .et d’égalisation inaugurée en 1789. Il n’en manque pas qui ont donné assez de preuves de désintéressement et de patriotisme, pour n être point suspect à la masse dont ils > n’ont d'autre ambition que de devenir les éducateurs.
- Il ne suffit pas d’avoir le sentiment d’une souffrance imméritée, d’être capable à un jour donné de mourir glorieusement pour un drapeau.L’expérience de 1871 l’a démontré douloureusement. Il faut avant tout être capable de s’abstraire des chimériques espérances,connaître ce qui est possible et les moyens scientifiques d’y arriver. La science sociale comme toutes les autres est œuvre de patientes recherches, d’expériences multipliées, d’effcrts chaque jour renouvelés. Elle veut à son service des esprits méthodiques patients et non enclins à se laisser entraîner à des illusions quelque généreuses qu’elles puissent être.
- C’est en méconnaissant ces principes, en se cantonnant dans un jaloux et mesquin esprit de caste, en voulant substituer à l’aristocratie d’en haut nous ne savons quelle oligarchie d’en bas, qu’on en arrive à livrer le gouvernement de la nation aux opportunistes,c’est-à-dire aux empiriques,au risque de compromettre pour longtemps l’œuvre de la Révolution.
- Emile Richard.
- Le Directeur-Gérant : GODIN.
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- ANNÉE, TOME 5 — N° 128 ï,e numéro hebdomadaire 20 $. DIMANCHE 20 FÉVRIER 1881
- Le Devoir
- REVUE DES
- SOCIALES
- BUREAU
- A GUISE (Aisne
- Toutes les communications doivent être adressées à M GODIN Directeur-Gérant Fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE
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- S’adresser à M. LEYMÂRIE administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- Le divorce. — Nouvelles du Familistère. — Faits politiques et sociaux. — Lettre de Russie. — Nouvelles diverses. — La misère. — Les sociétés ouvrières. —Venseignement du dessin utile aux Etats Unis. — Oublié sur le champ de bataille. — Variétés.
- LE DIVORCE
- Le rejet du divorce par la Chambre des Députés a été une surprise pour tout le monde. Qui donc aurait pu supposer que nos représentants se déjugeraient à trois jours d’intervalle ? Que quelques heures de débats suffiraient pour faire rejeter une si grave question ? Que la même proposition qui, le samedi, était digne d’examen n’en serait plus digne le mardi ? Enfin que les mêmes hommes qui ont entrepris sans hésiter la campagne contre les congrégations religieuses se montreraient moins hardis vis-à-vis du droit canon que les sénateurs du premier empire ? Personne assurément. Aussi l’imprévu de cette volte-face et la manière dont le vote a été brusqué ne nous ont-ils pas permis la semaine dernière l’appréciation étendue qu’ils sollicitaient naturellement. Revenons-y.
- D’ailleurs la question du divorce reste ouverte. Or Ce n’est pas une question ordinaire, celle-là.
- Elle a trait à l’un des éléments constitutifs de la société moderne ; elle se heurte à des interprétations abusives, à des préventions trop répandues, à des
- préjugés à la fois multiples et invétérés ; enfin elle paraît aussi peu familière à ceux qui se déclarent ses •ennemis que peu approfondie par nombre de ceux qui se constituent ses défenseurs : autant de raisons pour que la presse ne laisse pas la conspiration du silence s’établir de nouveau autour de cette question. Ajournée sur le terrain de la discussion parlementaire et de l’étude législative, elle doit reparaître dans le domaine de la lutte intellectuelle et de l’agitation de l’opinion.
- Les débats de la Chambre ont montré quelle indécision règne encore à l’égard du divorce dans les régions gouvernementales ; c’est à l’activité de l’opinion publique qu’il appartient de dissiper cette indécision. Qu’aujourd’hui comme par le passé, et plus même que par le passé, le divorce devienne, pour les esprits réfléchis, un sujet à leurs brochures^ un thème à leurs conférences, un canevas à leurs pièces de théâtre.
- La conduite de la Chambre a laissé le fond philosophique de la question parfaitement intact. La discussion l’a à peine effleuré.
- En effet, et remarquez bien ceci, invoquer, comme on l’a fait, des considérations politiques pour faire rejeter une demande de réforme civile, ce n’est pas établir le mal fondé de cette réforme, c’est seulement ajourner la demande qui en est faite. Question d’opportunité, et non pas question de valeur. Quand on. on est convaincu qu’une réforme demandée serait malheureuse, on l’attaque directement, on l'analyse, on en montre les côtés faibles, les inconvénients, les .dangers, et on la repousse sans invoquer de considérations étrangères.
- En a-t-il été ainsi jour laquestion du divorce ? Pas le moins du monde. La discussion a roulé sur des généralités ou sur quelques détails sans importance.
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- LÉ DEVOIR
- Aucune étude approfondie du principe, aucune comparaison sérieuse avec ce qui existe ailleurs. On eut dit que le divorce était une chose absolument nouvelle, un essai à faire chez nous en premier lieu.
- Presque tous les orateurs, même parmi les partisans du divorce, ont perdu de vue que le but réel du mariage est, non pas la création d’un lien perpétuel entre un homme et une femme, mais la création d’un foyer d’estime et d’affection, où les enfants soient à l’abri de tout mauvais exemple et par conséquent du triste spectacle de querelles entre leurs parents. Ainsi la conception catholique du mariage hante toujours l’esprit de nos députés, tandis que sa conception philosophique, la seule sur laquelle la législation doit être assise, leur est à peu près inconnue. Chose étrange ! Tandis que l’un de ceux qui ont le mieux défendu le divorce est de M. de Marcère, qu’on est assez porté à accuser de tendances très catholiques, les deux orateurs qui ont combattu le projet avec le plus d’énergie ont été MM. Cazot et Brisson, dont l’esprit anti-clérical en toute autre matière s’est affiché avec tant d’éclat.
- Ah ! il faut que l’influence des idées romaines soit bien vivace pour qu’on la retrouve là même où on la soupçonnerait le moins. On dirait que ces préjugés sont dans l’air, qu’on les respire sans s’en douter, et qu’on peut à peine s’en affranchir, même si l’on en a la ferme volonté. C’est ce qui expliquerait comment, lorsque les hommes les plus dévoués à la cause du progrès découvrent des coins de leur âme jusqu’alors cachés, on s’aperçoit que toute empreinte de ces erreurs là n’y est pas effacée.
- Il n’est pas sans utilité de reproduire quelques passages de ces deux orateurs. Rien ne révèle mieux quels progrès l’opinion a encore à faire chez nous au sujet du divorce.
- Commençons par M. le Ministre de la justice.
- » Je reconnais, dit-il, qu’il n’y a pas de question « plus digne d’être méditée par le législateur et par « les hommes d’Etat... Lorsque j’envisage les effets « ultérieurs du divorce et ceux de la séparation de « corps, je me hâte de reconnaître que le divorce « présente sur la séparation de corps certains avan-« tages incontestables : plus de célibat forcé avec «• ses déplorables conséquences, moins de naissances « adultérines, un plus grand nombre d’enfants ayant « un état, possibilité pour les époux divorcés de « contracter des unions légitimes et de fonder de « nouvelles familles. Voilà ce qui est absolument in- j « contestable. » !
- Il était naturel, logique, nécessaire même après une pareille déclaration que le ministre de la justice se prononçât avec la dernière énergie en faveur d’une mesure aussi profondément moralisatrice. En sa qualité de plus haut fonctionnaire de la justice il
- devait épouser la cause du divorce, l’appuyer de toutes les forces de son être, et ne reculer devant rien, n’épargner aucun effort, pour avoir l’honneur d’en doter son pays, et de l’en doter au plus tôt. Telle était la conséquence obligée de ses déclarations.
- Eh bien, au lieu de cela le ministre s’est prononcé contre le divorce parce que dit-il, « en ce moment, le divorce n’est pas dans la pensée populaire ». On dirait vraiment que la question a été soumise à un plébiscite et que la majorité des habitants a répondu non. Nous pensons, nous, que si la partie de la population qui recourt à la séparation légale ou amiable était consultée elle serait bien capable de répondre oui.
- D’ailleurs le fait que le divorce est ou n'est pas dans la pensée populaire ne prouve rien pour ou contre lui. Prenez garde, Messieurs ! c’est une politique immorale que celle qui consiste à n’estimer la valeur des choses que par leur degré de popularité. Les préoccupations des législateurs doivent viser plus haut. Ce qu’ils ont mandat d’examiner, c’est la qualité intrinsèque des réformes. La représentation nationale n’a de raison d’être que parce que ceux qui la constituent sont sensés voir plus haut que l’opinion populaire et être dégagés de ses préventions.
- Le ministre de la justice en agissant comme il l’a fait a péniblement surpris les amis du progrès. L’honorable M. Brisson, n’a pas été mieux inspiré.
- A un certain moment, en réponse à une statistique présentée par M. Léon Renault, laquelle établit qu’il y a en France un nombre de séparations de corps plus considérable que le total réuni - des divorces et des séparations de corps dans les pays ou le divorce existe, M. Brisson s’est écrié :
- « Si elle est vraie, cette statistique, que prouve-t-« elle ? Que le lien du mariage est en voie de se re-« lâcher en France. Et vous voulez choisir ce mo-« ment pour lai porter une nouvelle atteinte. »
- Lui porter una nouvelle atteinte, non; mais attaquer le mal dans sa racine, en .moralisant le mariage.
- L’honorable orateur oublie que c’est justement lorsqu'on voit la petite vérole aller en croissant dans un pays, qu’il convient de vacciner ceux qui n’ont pas encore été atteints.
- Il a même été plus loin. A un autre moment il s’est écrié :
- « Ce n’est pas seulement à la notion de la perpétuité du mariage que vous portez atteinte par le divorce, c’est aussi à la notion de la continuité sociale, à la notion de la continuité des œuvres que doivent se transmettre les générations les unes aux autres, que vous nuisez le jour où vous permettez d’interrompre ie mariage, de chasser la perpétuité, l’idée du toujours, de notre principale institution. »
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- LE DEVOIR
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- Que veut dire cela ? D’abord nous no voyons pas le danger qu’il peut y avoir à nuire à une notion quand l’excellence de cette notion est repoussée par les trois quarts des peuples civilisés. Ensuite n0Us pensons qu’aucun progrès n’est possible sans nuire à la continuité sociale. Faut-il que la société s’immobilise dans la contemplation d’elle-même ? Sommes-nous tellement parfaits qu'aucun progrès ne nous reste à réaliser ? Mais si nos pères avaient professé cette doctrine archi-conservatrice, où en serions-nous ? Enfin il y a les trois quarts de l'Europe — sans parler de l’Amérique — qui n’ont pas craint de rompre avec la notion da continuité sociale par rapport à la famille et nous ne voyons pas que ces pays se portent plus mal.
- Ce n’est pas tout.
- Ce qui a emporté le vote, c’est cette considération ou, pour parier plus exactement cet effet oratoire de M. Brisson :
- « Eh quoi ! s’est-il écrié, vous vous proposez de u fonder la République, cette forme de gouverne-« ment nouvelle, qui a besoin, pour ainsi dire, afin « d’être définitivement assise, de l’assentiment quo-•< tidien de la population tout entière, et vous voulez « encore vous livrer à une expérimentation sur « l'unique molécule sociale qui nous reste, sur la « famille ? »
- Nous ayions cru jusqu’ici que la République était fondée et qu’on ne rencontrait plus chez ses hommes d’état le sentiment incurable de sa prétendue fragilité. Nous avions cru aussi que ces grandes choses, la propriété respectée, la sécurité parfaite, l’indépendance et la considération nationales plus assurées que jamais, étaient des « molécules sociales » qui ne faisaient pas par trop mauvaise figure. Le vice-président de la Chambre nous affirme qu’elles n’existent plus. Que le public en soit juge!
- On comprend quelle superbe réplique ces énormités auraient pu inspirer aux partisans du divorce. Malheureusement la commission, sans foi dans son œuyre, n’a rien trouvé à répondre.
- Il faut avouer que la commission s’était engagée j dans une impasse. j
- Le projet de loi qui arrivait à la Chambre, n’était j Pas celui assez hardi et assez logique de M. Naquet, ! mais la transformation, ou plutôt la déformation de j ce Projet. L’œuvre de la commission constituait une j t°Qgue enfilade d’articles disparates, témoignant à la j fois d’aspirations justes et d’appréhensions mes-•ffûnes. Jamais proposition n’offrit plus de prise à la critique et moins de ressources pour la défense.
- A force d’avoir voulu réduire le divorce à son mini* muiù d’importance on avait fini par le défigurer. La
- commission avait mis à tant de reprises de l’eau dans son vin qu’elle n’avait plus à offrir qu’un breuvage insipide.
- Nous avons étudié et condamné dans nos nos des 11 et 18 juillet le projet de la commission, nous n’y reviendrons pas.
- Pour comble de malheur ce projet si mauvais en lui-même, a été mal présenté. La commission a cru bien faire en en dissimulant l’importance. Elle s’est dit : « Nous allons faire la pillule si petite, nous allons lui donner des dehors si appétissants et nous saurons si bien faire croire au malade que c’est une dragée, qu’il l’avalera sans difficulté. « La commission s’est trompée. On a trouvé que sa dragée sentait la pharmacie et on la lui a laissée pour compte. Il eut mieux valu la présenter comme un remède, peut-être répugnant à prendre, mais nécessaire.
- Quand on demande une grande réforme moralisatrice il faut bien se garder de paraître en avoir honte ; il faut déployer son drapeau en pleine lumière et non pas le mettre dans sa poche, comme cela a été le cas cette fois-ci. Etait-il décent, était il digne d’une commission législative de tenter de réintroduire le divorce dans le code au moyen d’un travestissement ? Le divorce ne doit pas rentrer dans le code par une porte de derrière,dans l’ombre, le front bas,l’air piteux et en se faisant petit, à la façon d’un mendiant qui demande assistance, non ! il doit au contraire se présenter au grand jour, entrer par la grande porte, le front haut,conscient de la valeur de son rôle, comme un chirurgien qui va porter le scalpel sur le membre atteint de la gangrène afin de sauver le reste du corps.
- La Commission avec ses airs timorés a fait complètement fausse route. Elle n’a pas compris que la franchise est une force et que la décision entraîne les tièdes. Savoir bien ce que l’on veut est une force immense. Montrer loyalement où l’on va et pourquoi on veut y aller est la meilleure des stratégies.
- Si la commission eut agi ainsi elle eut peut être gagné la cause du divorce. Et si même elle l’eut perdue à la Chambre, elle l’eut par contre gagnée dans le pays, et c’est toujours le pays qui a le dernier mot.
- En. Champury.
- Emigration des Canadiens aux Etats-XJuis
- Dans le courant du mois de décembre dernier 3,054 émigrants ont quitter le Canada pour venir se fixer aux Etats-Unis.
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- LE DEVOIR
- NOUVELLES DU FAMILISTÈRE
- Organisation de l'association (Suite (1)
- Gomme nos lecteurs l’ont pu lire dans le compte-rendu de l’Assemblée générale du 26 décembre dernier, l’Association du Familistère, pourvue de tous ses rouages, de tous ses conseils et comités, fonctionne régulièrement.
- Le mardi de chaque semaine, le Conseil de l’Industrie se réunit pour l’examen des questions dont il a la spécialité et, tous les vendredis, le Conseil du Familistère en fait autant, pour ce qui concerne les services de l’habitation sociétaire.
- Le dernier mardi de chaque mois, le Conseil de Gérance se réunit pour l’examen des questions de son ressort.
- Les chefs de services déposent leurs rapports mensuels. Toutes les questions intéressant la Société sont discutées; les résolutions sont prises après examen. Chacun des conseillers s’habitue ainsi à embrasser dans leur ensemble les nécessités de l’administration d’une grande Société à la fois économique et industrielle.
- Le 30 décembre dernier, 66 nouveaux candidats ont été admis au titre de participants par le Conseil de Gérance, selon les formalités ordinaires.
- Le 25 janvier, le même Conseil a procédé à une nouvelle admission de 26 participants, employés ou ouvriers de l’usine de Laeken, lesquels avaient rempli toutes les formalités statutaires.
- Dans cette même séance, MM. les Conseillers ont déposé chacun le rapport annuel sur les principaux faits se rattachant à leurs fonctions, les conséquences et les prévisions à en tirer et les améliorations utiles à introduire dans les services.
- Ce sont là des questions toutes spéciales dans l’examen desquelles nous ne*pouvons entrer. Il nous suffit d’avoir indiqué au lecteur la marche suivie aujourd’hui, pour la direction sociétaire des choses au Familistère de Guise et dans les usines de la Société.
- Le Devoir continuera de signaler les faits importants auxquels l’Association donnera lieu.
- FAITS POLITIQUES & SOCIAUX DE LA SEMAINE
- FRANCE
- Travaux des* Chambres. — Abolition
- de la peine tîo mort. — Au moment où notre dernier N° était sous presse, la Chambre a pris en considération la proposition de M. Louis Blanc demandant l’abolition de la peine de mort. M. Louis Blanc a prononcé à cette occasion un admirable discours. Espérons que la loi instituant ce grand progrès sera votée aux deux chambres. Il est temps que le bourreau disparaisse.
- *
- Y Y
- Le service militaire «les séminaristes.—
- La proposition de M.Labuze,que le ministère et la Chambre prenaient le soin extrême d’ajourner chaque fois qu’elle reparaissait à. l’ordre du jour, vient de succomber devant la commission saisie des modifications à apporter dans la loi du recrutement militaire. La commission
- (1) Voir le Devoir, Nos 123 à 127.
- avait commencé par prononcer la disjonction ; elle avait en d’autres termes, décidé d’étudier séparément toutes les dispositions relatives à la situation d3S séminaristes au point de vue du service militaire, et de rédiger, sans retard, un rapport spécial. Cette question avait fourni matière à plusieurs propositions. En premier lieu, celle de M. Labuze, qui soumettait les élèves ecclésiastiques au droit commun pur et simple; puis celle de M. Paul i Bert qui, attribuant à cette mesure un caractère plus gé-néral, proposait d’imposer aux instituteurs et aux séminaristes, dispensés en vertu de la loi de 1872, le service militaire pendant une année seulement; enfin, le projet du général Farre, assimilant les élèves ecclésiastiques aux hommes de la deuxième portion du contingent et les appelant, pendant leur année de présence sous les drapeaux, dans les aumôneries, les ambulances et les hôpitaux.
- La commission a examiné, hier, ces diverses propositions; elle a écarté celle de M. Labuze et adopté un projet intermédiaire entre celui du ministre et celui de M. Paul Bert.Les jeunes gens qui se destinent au culte feron partie de la deuxième portion du contingent, renvoyée1 dans la disponibilité de l’armée active après une année de service au plus; mais ils suivront la loi commune et ne jouiront d’aucun des privilèges que leur accordait le général Farre.
- Dans 1a, phase où elle entre, il est probable qu’à bref délai la question reviendra devant la Chambre ; il sera, cette fols, assez malaisé de l’éluder au moyen des mêmes manœuvres parlementaires qui l’ont fait ajourner par trois fois. .
- Y Y
- La Liberté die la press©. — Notre Chambre des députés marche de faute en faute. Ses défiances à l’égard de la liberté vont chaque jour en s’accentuant. La deuxième délibération sur la loi de la presse en a été la i navrante démonstration.
- Nous espérions qu’à ce second débat le délit de fausse . nouvelle allait disparaître, quand la fausse nouvelle n’est | pas dirigée contre les personnes, et qu’elle est seulement un délit d’opinion. Loin de là. Non seulement ce 1 délit d’opinion a été maintenu, mais un nouveau délit l d’opinion a été inlroduit, le délit d’outrage au président j de la République.
- Qu’est-ce que l’outrage? Ou commence-t-il? ou finit- ! il? Tout simplement là où le bon plaisir des juges le fait commencer ou finir. Quelqu’un pourra-t-il jamais déterminer le point exact ou la critique passionnée dégénère en outrage. On peut même interpréter tout à fait abusivement le mot outrage.
- M. Gambetta n’a-t-il pas été poursuivi pour outrage -au Président de la République pour le seul fait d’avoir 1 annoncé prématurément la soumission du maréchal de Mac Mahon aux volontés du pays ?
- Qu’un des futurs présidents de la République, car, ne l’oublions pas, la loi est faite pour longtemps, prenne des allures de premier consul et qu’un journaliste s’élève contre ces velléités de dictature, aussitôt il pourra être jeté en prison pour avoir rendu au pays le service de lui dire la vérité.
- Le Temps observe au sujet du vote déplorable de la Chambre que poursuivre l’outrage au chef de l’Etat c’est donner à cet outrage un retentissement énorme. Au lieu de ne faire que peu de bruit dans un coin, l’outrage, grâce à la poursuite, retentit dans le monde entier.
- Nous irons même plus loin que le Temps et nous ne â craignons pas de prophétiser qu’à l’approche des renouvellements des Chambres il se trouvera des folliculaires obscurs qui outrageront le Président de la République dans le seul but d èlre poursuivis, ce qui les mettera en relief et leur permettra d’être candidats des mécontents.
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- Opinion «les journaux. — Depuis que la loi sur la presse a été votée en première délibération, les journaux républicains de province et quelques-uns de ceux de Paris ne tarissent pas d’enthousiasme pour une
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- LÉ DEVOIR
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- Chambre qui a osé nous doter d’uue certaine liberté de la presse.
- Il nous semble que ce débordement de lyrisme n’est pas tout à fait à sa place.
- F Si la discussion n’a pas abouti à l’étranglement de la presse, ce n’est pas à la majorité républicaine qu’il faut en être reconnaissant ; ce sont les droites qui, en votant contre les dispositions liberticides du projet, ont déplacé la majorité.
- v Bon nombre de républicains de la Chambre ont tellement peur de la liberté qu’ils laissent s’arroger par des monarchistes le droit de se montrer ses défenseurs. Impossible de mieux jouer le jeu des ennemis du pays.
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- * *
- Jh© Sénat «&• le® liberté® municipale®.— Le Sénat a voté, après déclaration d’urgence, la proposition de loi, adoptée par la Chambre des députés et ayant pour objet la restitution à la ville de Lyon de ses droits municipaux et le rétablissement de la mairie centrale.
- On n’a pas oublié avec quelle ardeur les partis de droite ont toujours combattu le rétablissement de la mairie centrale de Lyon. A les croire, ce projet était gros de menaces. Lyon, d’après eux, est une ville révolutionnaire où le drapeau rouge a pu être hissé sur les tours de l’édifice municipal : lui rendre ses libertés locales, c î serait encourager la Commune, ouvrir la porte à des séditions futures. Il est clair que des griefs aussi démesurément grossis n’avaient pu faire impression sur la Chambre, qui s’était prononcée, sans hésitation, pour le rétablissement de la mairie centrale. Mais les adversaires de la loi espéraient être plus heureux au Sénat : la prétendue timidité de la Chambre haute était leur dernier recours. Iis n’ont rien négligé peur mettre en éveil ses défiances. Le discours de M. Poriquet a été foit pathétique ; il a ressuscité les prédictions sinistres que l’on connaît ; il a joué du spectre rouge avec la dextérité d’un virtuose consommé. Non content de dénoncer Lyon comme un foyer révolutionnaire toujours enigni-tion, le-sénateur de l’Orne a fait allusion à Paris. « Prenez garde, a-t-il dit en substance, qu’une autre grande ville ne réclame, elle aussi, le retour au droit commun ; la question se présenterait alors avec un précédent qui pourrait devenir gênant et embarrassant. »
- Mais certainement Paris réclamera lui aussi le droit commun et il faudra bien qu’on le lui reconnaisse.
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- Le Sénat libéral, c’est une surprise. Et pourtant il en est ainsi. Non seulement il s’est montré aussi libéral que la Chambre relativement aux droits municipaux de Lyon, mais encore il a été plus libéral qu’ellp au sujet de la liberté de réunion. Il a amendé dans un sens libéral la loi votée par la Chambre sur le droit de réunion. La loi votée par la Chambre exigeait, dans les réunions publiques, la présence du commissaire de police revêtu dé ses insignes et lui permettait de rendre après 3 avertissements, le bureau responsable des délits commis par les orateurs. Le Sénat a rayé de la loi ces dispositions restrictives.
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- A.iatx*e® 'travaux: da Sénat. — Le Sénat a ensuite adopté en seconde lecture les articles de la proposition de M. Jules Favre, relative à la constitution et à l’administration des tutelles. L’atticle 2 seul est ajourné, un amendement ayant été pris en considération.
- La discussion sur le tarif général des douanes était mise à l’ordre du jour de lundi.
- On s’attendait à une grande bataille entre protectionnistes et libre-échangiste ; on ne s’est pas trompé.
- On sait qu’il s’agira dans cette discussion de la fixation du tarif appliqué aux produits des nations avec lesquelles nous n’avons ou nous n’aurons ni traités ni conventions de commerce.
- La commission sénatoriale dont M. Pouyer-Quertier
- est rapporteur général, a modifié, on le sait, dans un sens nettement protectionniste, la quotité des droits telle que l’avait fixée la Chambre de l’année dernière. Donc la lutte va recommencer une fois encore entre les partisans et les adversaires du libre-échange.
- Il faut espérer qu’au Sénat, comme à la Chambre, la victoire restera aux premiers, qui ont pour eux l’expérience du passé et les résultats delà politique économique inaugurée en 1860.
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- Syadicats professionnel®. — Nous avons déjà annoncé que M. Allain-Targé avait été nommé rapporteur de la loi sur la liberté des syndicats professionnels. Depuis sa nomination, M. Allain-Targé s’est occupé de codifier les résolutions prises par la commission, et hier la commission a commencé à délibérer sur le texte qui lui était soumis.
- Elle a adopté les quatre premiers articles du projet de loi.
- Ces articles définissent les associations professionnelles ; ils autorisent les syndicats et les associations de syndicats formés des mêmes professions ou de professions similaires déjà constitués régulièrement, ainsi que les associations de patrons.
- Ils déterminent l’objet de ces associations, notamment en ce qui concerne les œuvres coopératives, les autorisant à ester en justice, à recevoir et employer les cotisations, à acquérir et posséder un seul immeuble servant aux réunions et aussi à des cours professionnels et à l’installation d’une bibliothèque.
- Ce droit n’est point accordé aux associations de syndicats.
- Enfin les syndicats professionnels pourront également recevoir des dons et legs, suivant les règles appliquées aux sociétés d’utilité publique dûment reconnues.
- La commission a encore un certain nombre d’articles à voter ; mais ceux qu elle a adoptés aujourd’hui sont les plus importants et constituent l’essence même de la loi.
- ANGLETERRE ET IRLANDE
- Situation général©. — L’Angleterre traverse en ce moment une crise sociale dont nous ne sommes pas prêts de voir la fin.
- En Irlande, la situation des propriétaires est toujours aussi grave, aussi dangereuse. Depuis l’arrestation de Michaël Davitt, le chef de la Ligue agraire, il y a dans toute la population une grande effervescence.
- Michaël Davitt a été incarcéré dans la prison de Portland, dont les sentinelles et les gardiens ont été doublés en même temps que la garnison de l’ile a reçu la consigne la plus sévère à l’égard des étrangers.
- Dans toutes les localités où existent des casernes ou des dépôts d’armes importants, à Windsor, Woolwich, Berwick, Douvres, Londres, etc., les précautions les plus rigoureuses ont été prises.
- Quant au Parlement, où l’attitude des députés irlandais peut provoquer des incidents, voici les mesures adoptées ces jours passés :
- Le public est encore admis dans Westminster Hall, mais on ne tolère aucun traînard dans les cours, et, dans les rues voisines, tous les groupes sont dispersés et reçoivent l’ordre de circuler. Un renfort de police est stationné dans Westminster Hall et dans la salle centrale des pas-perdus. Des détectives ont également été placés près de la porte de la salle particulière des ministres, et une foule d’autres mesures de sûreté ont été prises à l’intérieur et à l’eitérieur des Chambres du Parlement.
- D'un autre côté, en Angleterre, à Londres même les fenians, qui ont fait absolument cause commune avec la Ligue agraire, organisent des meetings.
- Une démonstration contre le bill de coercition en Irlande et contre la conduite du gouvernement à l’égard
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- LE DEVOIR
- des députés irlandais a eu lieu hier, dans l’après-midi, à Trafalgar Square.
- De nombreux clubs radicaux de Londres ont pris part à cette démonstrative, qui avait attiré quelques milliers de spectateurs. On a adopté plusieurs résolutions condamnant la politique du gouvernement en Irlande.
- Une députation, nommée dans la réunion tenue à Trafalgar Square, s’est rendue à Downing Street pour présenter une pétition à M. Gladstone ; mais la police, en force considérable, l’a empêchée d’avancer et a dispersé la foule.
- Le Standard croit que les sections américaines de la Ligue agraire ont été invitées à adresser leurs cotisations à Paris où se feront pour un temps les opérations financières de la Ligue.
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- Agitation irlandaise. —La Chambre des communes continue à discuter les mesures destinées à amener la cessation des troubles en Irlande. L’amendement présenté par M. Lewis Fughlendant à rendre.nécessaire le témoignage de deux personnes au moins pour justifier l’arrestation d’un individu suspect, a été rejeté par 139 voix contre 60.
- Un incident s’est produit au cours de la séance. M. O’Connor, député irlandais, ayant déclaré que les privilèges des députés étaient violés par un article du « Worïd, » accusant les home-rulers de recevoir un salaire pour leur présence à la Chambre, M. Gladstone a exprimé sa sympathie pour les représentants de l’Irlande. La motion a été retirée.
- Plusieurs journaux anglais s’attachent à démontrer que les chefs de la Ligue agraire sont découragés par l’attitude du gouvernement, mais ils redoutent l’action des « fenians » en Angleterre. On signale, en effet, l’arrivée dans quelques grands centres de personnages plus ou moins compromis comme membres du parti de l’action.
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- Un meeting de femmes a été tenu à Claremorris, en Irlande. Mlle Anna Parnell, sœur du député, a proposé une motion invitant les femmes irlandaises à répondre à l’arrestation de M. Dawitt, en organisant dans toute l’Irlande des comités de femmes" affiliés à la Ligue agraire.
- Hion grèves. — La grève des mineurs continue toujours dans le Lancashire. Vendredi les grévistes ont fait signifier aux ouvriers des districts où le travail continuait, qu’ils eussent à s’abstenir de travailler jusquà ce que les patrons eussent consenti à rendre la paie hebdomadaire et à augmenter le salaire de 12 1/2 0/0. Samedi matin le nombre des mineurs qui sont descendus dans les puits a été encore plus faible que précédemment.
- Les grévistes doivent être environ 35,000.
- RUSSIE
- Mouvement ouvrier. — Voici la proclamation qui a été affichée en masse à Pétersbourg et dans les provinces par les Ouvriers, membres du parti de la volonté du Peuple :
- « Ouvriers î
- » Point n’est besoin de parler longuement de notre situation : nous travaillons du matin au soir à la sueur de notre front ; nous mangeons du pain sec et nous buvons de l’eau. Notre salaire ne suffit pas à nous entretenir, et tous les jours notre existence devient plus précaire, plus effrayante.
- » Presque partout dans nos grandes usines, dans-nos grandes manufactures, les ouvriers sont renvoyés ; en haillons et mourant de faim, ils vont de porte en porte offrir leur travail pour un m'orceau de pain.
- » Les objets de consommations deviennent plus chers de jour en jour. Que pouvons-nous attendre de l’avenir ? En qui mettre notre espoir ?,.,
- » Ouvriers !
- » Il est temps de penser à tout cela ! Il est temps de demander compte à nos oppresseurs de leurs gaspillages. U est temps,grand temps que le peuple russe prenne en ses propres mains la direction de ses affaires.
- » (Test notre conviction, conviction d’ouvriers socialistes ; c’était aussi la conviction de vos compagnons ouvriers Peter Alexeyef, Filas Yegoroff, Malinovsky Zaroubo'ieff et de beaucoup d’autres, assassinés par lè gouvernement dans les prisons et dans les bagnes. C’était encore la conviction des martyrs Logovenko, des deux frères Ivitchev. de Corsky, Biltcbansky, Fedoroff, et des autres exécutés par les ordres du czar.
- ( Voix de VOuvrier,)
- SUISSE
- IL’élection des juges par le peuple à. Genève. — A Genève où la magistrature est élue par le pouvoir législatif, il e st question de la faire élire directement par le peuple. Un projet de loi en ce sens a été présenté au grand conseil genevois par M. G. Favon.
- Cette mesure démocratique a déjà échoué à Genève en 1862, mais fine serait pas impossible qu’elle réussit aujourd’hui. Les autres cantons Suisses s’en trouvent à merveille.
- Un jurisconsulte distingué, membre de l’Institut, M. Georges Picot, dans un artiele récemment publié par la Revîfe des Peux Mondes, où il étudiait les institutions judiciair es de l’Amérique et de la Suisse, se prononçait contre l’élection des juges par le peuple comme tendant à faire des gardiens de la loi des hommes politiques ; or rien, n’est plus tristement dangereux qu’un juge de parti ; mais il ajoutait qu’en Suisse ce système n’avait pas produit les mêmes inconvénients qu’aux Etats-Unis parce que, chez ce peuple habitué de longue date à la république, on avait eu la sagesse de maintenir aux fonctions judiciaires une durée suffisante pour assurer aux magistrats une certaine indépendance vis-à-vis de leurs électeurs.
- L’élection des juges par les justiciables donne au pouvoir judiciaire une grande indépendance vis-à-vis du pouvoir exécutif. Il est impossible d’adresser à une magistrature élue certaines leçons ; il est également impossible de lui imposer, sous prétexte d’interprétation, une façon déterminée d’appliquer les lois. L’indépendance du pouvoir judiciaire devient ainsi incomplète ; elle est la plus ferme garantie des libertés privées.
- L’élection des juges par le peuple a l’avantage de rentrer dans le principe fondamental des républiques, en vertu duquel la nomination de tous les magistrats appartient au souverain, c’est-à-dire au peuple.
- ITALIE
- Suffrage universel et suffrage des femmes. — Un grand comice s’est tenu à Rome pour réclamer le suffrage universel. Huit cents sociétés ouvrières ou républicaines avaient envoyé des délégués. Affirmer le pouvoir constituant qui est la base même de la souveraineté du peuple, affirmer, établir, pratiquer le suffrage universel qui est l’instrument et l’arme nécessaire de cette souveraineté, tel était le programme du Comice ; ce programme a été suivi, mais comme il portait ombrage au gouvernement les déclarations publiques qui devaient être faites au capitole ont été interdites.
- Mme Mazzini a demandé que le droit de suffrage soit étendu aux femmes. Cette proposition a été votée.
- ALLEMAGNE
- Disconrs du -trône. — Le 15 février a eu lieu à Berlin l’ouverture du Parlement allemand.
- Le discours du trône constate les relations pacifiques de l’Allemagne avec tous les Etats étrangers. Ces rela-
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- LE DEVOIR
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- lions sont pariiculièrement bienveillantes avec les grands empires voisins. .
- Toutes les puissances sont d’accord pour maintenir la paix. L’empereur est persuadé que l’entente des puissances empêchera toute perturbation en Europe, ou du moins la restreindra de façon à ce qu’elle n’atteigne ni l’Allemagne ni les pays voisins.
- Les femmes étudiants en Russie
- A l’Ecole de médecine de Saint-Pétersbourg, 790^ femmes ont pris des inscriptions. Les trois quarts d'entre elles sont au-dessous de l’âge de 22 ans, neuf pour cent seulement sont mariées et les veuves forment un pour cent.
- Les cours comprennent cinq années.
- (Bouse and Home).
- LETTRES DE RUSSIE
- I
- Saint-Pétersbourg, le 5 février.
- Vous savez déjà qu’au lieu de donner la constitution si désirée, le Tzar a envoyé cinq sénateurs en différents gouvernements de l’empire, pour^réviser la machine gouvernementale.Ce n’est pas une invention nouvelle et pour vous donner une idée de ce que le peuple peut espérer de cette révision, je vais vous raconter comment s’est faite celle de 75 dans le gouvernement Vorenej.
- Cinq communes de ce gouvernement se trouvent dans une forêt presque vierge, que depuis des temps immémoriaux les paysans exploitaient. Ils y faisaient différents outils de ménage, différents objets d’industrie, et toutes ces choses utiles dans la vie de paysans. C’était même leur seule occupation, mais voilà qu’arrivent des seigneurs qui à la suite de démarches faites par eux près du gouverneur et des employés, déclarent que la forêt est leur propriété. Les paysans commencèrent des procès que les seigneurs gagnèrent, alors le tzar envoya sur les lieux le sénateur Klouchine. Les paysans répondirent que si on les chassait de la forêt ils n’avaient plus qu’à mourir ; le sénateur envoya dans les villages un bataillon d’infanterie et lui donna les mêmes droits que si le gouvernement était en état de siège. En même temps il rassembla tous les avo-cats du chef-lieu de gouvernement et leur déclara que si quelqu’un d’eux osait écrire une pétition pour les paj^sans il serait expédié dans les 24 heures en Sibérie. Dans la forêt les soldats commençaient à fustiger les paysans sans pitié donnant à chacun jusqu’à 200 coups. Si quelqu’un osait seulement ouvrir la bouche pour protester, on le jetait à terre immédiatement
- et on le fustigeait. Un garçon fut fouetté jusqu’à la mort. Un ancien soldat, après avoir été battu, fit observer qu’on avait fait cela contre tout droit, car il était décoré de la croix de Saint-Georges, qui se donne seulement comme prix d’une bravoure exceptionnelle ; alors pour toute justification on le saisitde rechef et on le fustigea encore. Il déclara qu’il irait à Tiflis chez le prince Michaïl qui l’avait décoré et qu’il se plaindrait à lui personnellement. Le chef du bataillon proposa de lui acheter son silence vingt-cinq roubles. L’ancien soldat indigné refusa. Pourtant il ne put arriver à Tiflis,car il mourut quelques jours après. Beaucoup de paysans furent exilés en Sibérie, d’autres furent obligés de demander pardon à genoux et de jurer qu’ils ne feraient plus de procès aux seigneurs et qu’ils chercheraient leur vie ailleurs que dans la forêt.
- C'est ainsi qu’on crée le prolétariat. S’ils pouvaient encore trouver du travail dans les fabriques, ces malheureux ! Mais grâce à la misère du peuple, à la cherté du pain et des autres denrées, le travail des fabriques diminue. Ainsi les fabricents de toile, Morozuf, très-connus en Russie, ont déclaré qu’ils gardent les ouvriers seulemeut par pitié, car les demandes de toile sont devenues très-rares, mais cela n’a pas empêché les Morozof de diminuer les salaires de moitié.
- La semaine dernière un article paru dans le journal Strana (le Pays) a fait grand bruit chez nous. Dans cet article on demandait au tzar de mettre tout de suite en liberté le chef célèbre des socialistes russes. Nicolas Gavrilovitch Tchernichevski, envoyé depuis 1866 aux travaux forcés. Quelques années auparavant un article semblable eût été impossible. Quoique beaucoup de journaux de Saint-Pétersbourg puissent paraître sans passer préalablement par la censure, le gouvernement pour sa sauvegarde, a des inspecteurs qui ont le droit de visiter les typographies, de lire la composition, et, si bon leur semble, de la confisquer et de la dénoncer au ministre qui, sur le champ, expédie d’ordinaire l’auteur en Sibérie. Grâce à la terreur que les nihilistes ont inspirée au gouvernement, beaucoup de ces abus commencent à disparaître, aussi l’auteur de l’article sur Tchernichevski ne fut pas exiié comme habituellement, et le gouvernement se contenta de donner au journal un avertissement ; quant au malheureux Tchernichevski, savant économiste et socialiste qui pourrait encore être utile à l’humanité, il reste toujours-dans les froides mines de la Sibérie Orientale.
- OSSIPOFF,
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- LE DEVOIR
- NOUVELLES DIVERSES
- Encore la séductioa. — Une jeune institutrice des Alpes-Maritimes s’était éprise, il y a 3 ans de cela, d’un officier de santé, aujourd'hui maire d’un village voisin. Elle eut de lui un enfant. Aux premières nouvelles de .la grossesse le docteur s’était enfui. Elle lui écrivit, il répondit évasivement. Les coushes faites la pauvre mère s’adressa de nouveau à son séducteur. Elle n’avait jamais accepté d’argent au temps tùil lui en avait offert, mais quand la misère fut venue, la malheureuse surmonta ses répugnances. L’enfant manquait de tout et la mère sollicita un secours de 10 francs. Elle ne reçut pas de réponse.
- Après 3 ans d’éloignement le docteur revint dans le but de se marier avec une autre personne. La mère désespérée saisit cette occasion de vengeance et blessa le docteur de 4 coups de revolver.
- Le jury a acquitté la pauvre abandonnée.
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- ¥ ¥
- Use g£x*âxMle ligne. — Des négociations sont pendantes entre un syndicat de banquiers anglais et le gouvernement hongrois, pour la construction d’une grande ligne de chemin de fer entre Pesth et Semlin, ville hongroise en face de Belgrade, la nouvelle capitale de la Serbie. D’est une ligne "de la longueur de celle de Dijon à la mer.
- *
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- Victime de son dévouement. — Un des
- internes les plus distingués de Paris, M. Henri d'Ohir, un des collaborateurs les plus assidus du docteur Bour-neville, vient de-mourir. Il était chargé, à l'hôpital Saint-Antoine, d’un service de malades atteints de fa fièvre typhoïde, il en a été frappé et a succombé.
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- La peine <le mort. — Voici l’exposé des motifs de la proposition de M. Louis Blanc :
- Considérant que le droit d’infliger une peine irréparable suppose uu juge infaillible ;
- Que donner la mort est, de la part de la société, un mauvais moyen d’enseigner le respect de la vie et, par conséquent, d’arrêter le bras de l’assassin ;
- Que le spectacle du sang versé par le bourreau endurcit les cœurs pervers et met obstacle â cet adoucissement des mœurs qui doit être le résultat d’une civilisation supérieure et qui en est le signe ;
- Que la peine de mort a été condamnée par les plus grands philosophes et les plus grands criminalistes ;
- Que les pays où elle a été abolie n’ont eu qu’à se féliciter de son abolition ;
- Q' e la peine de mort, en un mot, produit de3 effets contraires, de tout point, à ceux que ses partisans en attendaient ;
- Nous avons l’honneur, messieurs, de vous soumettre la proposition de loi suivante :
- PROPOSITION DE LOI
- Article unique.
- La peine de mort est abolie.
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- Le divorce, •— Le grave Journal des Dèiats autrefois adversaire et aujourd’hui partisan du divorce, constatait il y a quelques jours que la prise en considération du rétablissement du divorce constituait un véri table acte de courage.
- « Acte de courage, disait-il.Ce mot n’est pas trop fort, quoi qu’il y paraisse. Les notions les plus élémentaires du droit et de la morale se sont si bien brouillées dans notre esprit depuis trois quarts de siècle, les préjugés y ont si bien pris racine, que c’est vraiment du courage qu’il faut, en l’an de grâce 1881, pour avancer timidement qu’après tout il ne serait peut-être pas mauvais de
- restaurer le mariage civil tel que l’avaient fondé en 1803 une réunion de juristes éminents, de politiques expéri-mentés peu suspects de tendances révolutionnaires.
- Ce n’est qu’avec toutes sortes de réticences et de précautions oratoires que l'on peut aborder un tel sujet devant un public qui se pique d’être sceptique, devant une Chambre qui se déclare volontiers prête à aborder de front et à résoudre les plus graves problèmes sociaux ; et il a1 fallu toute la science juridique et tout le talent du rapporteur de la commission, M. Léon Renault, pour prouver à cet auditoire que, loin de vouloir saper par la base la religion, la famille et la propriété, les auteurs du projet n’ont d’autre but que de raffermir Tiustitution du mariage et d’augmenter sa dignité, sa force et le respect qui lui est dû. »
- Malheureusement, l’acte de courage n’a pas été poussé par tout le monde jusqu’au bout.
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- E’Orphelinat national. — M. Caze est l’auteur d’une proposition très intéressante et amenée à mettre fin à bien des misères. Sa proposition aurait pour but d’instituer au dessus de tous les services qui s’occupent du sort des enfants trouvés, une administration à laquelle sera dévolu le soin de réaliser d’une façon plus effective pour les enfants abandonnés l’adoption dont ils sont l’objet au nom de l’Etat,et tous les enfants que l’on ne pourrait pas placer avantageusement en France seraient envoyés dans des colonies où seraient eréées des succursales.
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- Gros appointements. — Les relations diplomatiques avec le Mexique sont reprises, c’est parfait.
- Malheureusement le ministre des affaires êtratigères demande pour ce seul service un crédit supplémentaire hors de toute proportion avec l’importance du Mexique, 173,000 francs.
- La légation de Mexico serait composée d’un ministre plénipotentiaire payé 80,000 fr., d’un lfr secrétaire payé 12,000, d’un 2e secrétaire payé 6,000 et d’un chancelier payé 10,000 fr. Les consuls de Vera-Cruz et de Tampico auraient chacun 28,000 fr. et leurs chanceliers chacun 6,000.
- Des consuls à 28,000 fr. c’est déjà beaucoup, mais un un ministre payé 80,000 fr. c’est excessif. C’est le traitement du ministre français au Brésil et de celui aux Etats-Unis. Mais quelle ‘différence entre l’importance de ces immenses états et celle du Mexique.
- L’argent des contribuables devrait être mieux ménagé. *
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- Société de prévoyance des employés <1*3 l’Etat, — Nous apprenons et nous sommes heureux d’annoncer une bonne nouvelle qui marque un grand progrès dans le mouvement des groupements sociaux.
- Les employés de l’Etat vont être reliés par une grande société de prévoyance.
- Nous reviendrons sur cette importante initiative; disons seulement aujourd’hui qu’un arrêté ministériel en date du 3 janvier a autorisé à se constituer et à fonctionner régulièrement l’Association de prévoyance des employés civils de l’Etat.
- Cette association a pour but d’allouer des secours et des pensions aux veuves et aux orphelins mineurs des sociétaires et de constituer un fonds de retraites pour les sociétaires comptant au moins vingt ans de participation.
- Cette durée de participation est réduite à dix aimées pour les fondateurs, c’est-à-dire pour les employés qui auront adhéré avant le 31 mars 1881..
- La cotisation mensuelle est fixée à cinq francs pour la première année et à trois francs pour les années suivantes.
- Adresser les adhésions à M. Bertrand, attaché au bureau des pensions au ministère de la guerre,
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- Lo divorce. — Un argument à ajouter à ceux qu’ont développpés déjà les partisans du divorce.
- La statistique constate que, sur mille suicides, le nombre de ceux qui ont eu pour cause des chagrins domestiques, s’élève :
- Hommes Femmes
- En Suède à............... 16 24
- En Saxe.................. 26 29
- Tandis qu’en Prusse, en Italie et en France, où le divorce n’existe pas, le nombre des suicidés se répartit
- ainsi :
- Hommes Femmes
- Prusse..................... 48 61
- Italie....................... 75 76
- France...................... 138 164
- Ajoutons qu’en Italie, la question du divorce est aussi à l’ordre du jour.
- Le garde des sceaux a présenté à la Chambre italienne un projet de loi à ce sujet.
- Aux termes de ce projet, le divorce est admis dans dans tous les cas où il y a lieu de prononcer la séparation de corps, et, lorsque cette séparation a duré trois ans, s’il n’y a pas d’enfants, et cinq ans s’il y a des enfants.
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- Le Musée pédagogique du ministère de l’instruction publique. — Voici un nouveau musée, de création récente, et qui est à peu près inconnu du public : c’est le Musée pédagogique qui vient d’être installé, par les soins et sous la direction du ministère de l'instruction publique, dans le local même de l’ancien collège Rollin, rue Lhomond, ancienne rue des Postes.
- Le Musée pédagogique se compose, ainsi que l’indique son nom, de tous les objets en usage dans nos établissements d’instruction publique tels que cartes, plans, dessins, modèles de toutes sortes, matériel et ustensiles, etc. Ici, ce sont des tables ou des pupitres de différents modèles garnissant les classes des maisons d’école de France et de plusieurs pays étrangers. Là, c’est un cabinet de physique avec son matériel perfectionné et ses nombreux ustensiles pour les expériences.
- Au premier étage, une vaste salle est affectée aux cartes, aux plans, aux dessins et aux livres.
- Tous ces objets sont exposés un peu pèle mêle et sans grand ordre encore, faut-il le dire; mais cela tient aux difficultés que présente le local pour une installation pratique et vrainnnt utile, au point de vue des sujets d’études que pourra bientôt fournir ce Musée.
- On voit que ce n’est là qu’un essai qu’a voulu faire lo ministère, en attendant qu’il soit pourvu à une installation définitive.
- Il n’est point exact, d’ailleurs, comme cela a été dit, que le Musée pédagogique soit actuellement installé dans un bâtiment neuf, construit sur l’emplacement de l’ancien collège Rollin. C’est, comme nous le disons plus haut, dans une aile de ce dernier bâtiment que le projet du ministre de l’instruction publique a reçu un commencement d’exécution.
- Le Musée pédagogique ne vaut pas moins la peine d’être visité, tel qu’on peut le voir aujourd hui.
- Il est ouvert les mardi, vendredi et samedi de chaque semaine aux personnes munies de cartes délivrées par le miuistère'de l’instruction publique.
- Le dimanche et le jeudi, l’entrée est libre, de dix heures du matin à quatre heures du soir.
- Utes rêveurs cl© loterie. — Il y a des publicistes qui regrettent la suppression des jeux publics et de la loterie, et qui ne craignent pas d’en demander îe rétablissement. Nous repoussons de toutes nos forces ces propositions.
- M. Radoureau, dans la. Revue Scientifique, n° du 27 janvier, demande que l’Etat institue une loterie comme ressource budgétaire, et il indique un correctif aux graves inconvénients de l’ancienne loterie. Pour éviter « de tenter les prolétaires », il suffirait, selon lui, de
- faire déposer par chaquejoueur, une somme égale à cent fois la mise. Ce serait la loterie aristocratique.
- Ainsi il se trouve encore en France des écrivains pour demander le rétablissement de la loterie et des revues pour publier leur demande.
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- XTn fait divers "berlinois. — Un homme tombe dans la Sprée, près du pont de Gharloltenbourg, au Thiergarten.
- Une fou^ immense s’arrête pour assister en amateur aux dernières convulsions du malheureux qui se noie. Personne ne paraît songer à lui porter secours, quand passe en grand uniforme le colonel Methuen, attaché militaire de l’ambassade anglais. Celui-ci s’enquiert de ce qui advient, s’élance du haut du pont et ramène la victime à terre.
- Les berlinois ont paru trouver cela tout naturel.
- 3L<© gpriscm, 3,167 victimes I — La Commission instituée par arrêté royal du 28 juin 1879 pour la rédaction d’un programme des études à faire sur les explosions du gaz-grisou vient de terminer ses travaux.
- Il résulte, entre autres, des procès-verbaux des séances de cette Commission que le gaz grisou a occasionné, de 1821 à 1879, 134 accidents qui ont fait 3,167 victimes,dont 1,790 morts. Le Hainaut est la province qui a fourni le plus grand contingent de victimes : le nombre des ouvriers tués ou blessés dans ce centre houiller seul s’élève à 2,2151
- 98,714 travaillent actuellement dans les mines.
- Le chiffre des victimes est le chiffre officiel. Mais quel est le chiffre réel? Personne ne le dira, hélas !
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- Progrès cl©#s» cliemlnsg de fez*. — En cinquante ans, de 1829 à 1879, il a été construit dans le monde entier 350,000 kilomètres de chemins de fer pour l’exploitation desquels il a fallu construire 105,000 locomotives, 210,000 voitures à voyageurs et 245,000 wagons à marchandises qui ont coûté cent milliards de francs. Voici maintenant l’économie de temps et de force réalisée par cette dépense. Les onze routes principales qui partaient de Paris étaient parcourues en poste en 1,478 heures; aujourd’hui les 5,391 kilomètres qui les remplacent sont parcourus avec une vitesse moyenne de 43 kilomètres à l’heure en 124 heures. L’économie de force est mesurée par les chiffres suivants. Pour 1,25 c. on obtient le transport d’un kilogramme, à 1 kilomètre 900 par hommes, à 8 kilomètres 500 par cheval, et à 254 kilomètres 500 par locomotive.
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- Un marché américain.. — Durant 1880 le marché de Chicago a reçu: 57 millions, 754,000 h. de grains Le nombre des porcs embarqués a été de 5 millions 600,000, soit 800,000 de plus qu’en 1879, Que sont nos marchés européens en comparaison de ces énormes agglomérations ?
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- ü*s tableau de la vie réelle. — Mon petit Jean, lève-toi, crie la mère; il est 4 heures 1/2 ; on t’attend à la fabrique! gare l’amende ! Mais Jean est rentré tard ; la fatigue l’accable encore ; il lutte quelques minutes contre la nature qui réclame ses droits. Enfin, il est debout, frotte ses propres yeux tout ensommeillés, s’habille à la hâte et part en dévorant le morceau de pain qu’on lui a mis dans la main. Il arrive à l’ate ier et se met au travail. L’engourdissement de son intelligence le livre sans défense à tons les dangers de la machine ; bientôt deux hommes emportent le malheureux enfant dont la main vient d’être prise dans un engrenage. Jean saDglote. « Souffres-tu beaucoup? » demande le chirurgien. Et Jean répond simplement, en sanglotant plus
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- fort: « Non, monsieur, mais ma mère sera si triste, elle qui a besoin de ma semaine ! »
- Pauvre petit î pauvre mère ! !
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- Le «ln.el dans la Caroline. — La législature de la Caroline du Sud n’imite pas l’exemple des autres Parlements et fait beaucoup de besogne en peu de temps. Ainsi, pendant une session de 26 jours avant la Noël, elle a voté deux cents projets de loi. Il |aut vraiment aller aux antipodes pour trouver un pareil exemple d’activité législative 1
- Entre autres réformes utiles qu’elle a décrétées, figure une réglementation des duels. Tout individu convaincu d’avoir envoyé un cartel à un autre, ou d'avoir accepté une provocation, sera privé de son droit de vote, déclaré incapable de remplir aucun emploi publie et emprisonné pour un terme maximum de deux, ans Toute personne tuant un adversaire-en duel sera poursuivie au criminel pour meurtre. Qu’en disent MM. les friands de la lame ?
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- Mort die Gorini. —L’un des savants qui faisaient le plus d’honneur à l’Italie et l’un des hommes qui ont le plus fait pour l’attention publique et gouvernementale sur la crémation, cette grande mesure hygiénique, Gorini est mort.
- Ses funérailles, purement civiles et aux frais de l’Etat, ont eu lieu vendredi, à Lodi. Un prêtre, ami du mort, a suivi, quoique prêtre, le convoi funèbre. Pendant que le corps brûlait dans le crematoio construit sous la direction de Gorini, plusieurs discours de circonstance ont été prononcés En 2 h. 45 m. l’incinération a été complète. L’urne renfermant les cendres sera conservée dans un local où la municipalité de Lodi a l’intention de réunir, sous le titre de Museo Gorini, le matériel scientifique ayant appartenu au vieux savant, ou, pour parler plus exactement, les objets que l’Etat n’aura pas achetés, car le ministre de l’instruction publique, M. Baceelli, a déclaré à la Chambre que l’Etat demandera aux héritiers de lui vendre une partie de ce matériel, d’abord à cause de s^ valeur propre, ensuite pour les mettre à l’abri du besoin. Et, séance tenante, l’assemblée a organisé une souscription, à laquelle ont pris part les ministres, pour ériger un monument à Gorini. Mais dire que, sans la subvention de 1,500 francs qu’il a reçue du ministère de l’instruction publique, ce grand savant mourait presque de faim!
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- Uu Dac oculiste. — Le duc Charles-Théodore de Bavière (le frère de l’impératrice d’Autriche), qui a fait des études à Zurich, sous la direction du professeur Horner, vient d’être nommé membre honoraire de la faculté de médecine de Vienne.
- Le duc est un oculiste distingué et — fait unique parmi les princes du sang royal —- il exerce son art.
- Ses patients ont l’avantage d’être traités gratuitement.
- Dernièrement il a fondé à Tegernsee un hôpital pour les maladies des yeux,et on lui attribue l’intention d’en créer prochainement un second.
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- Des assurances et les incendies. — Le
- nombre des incendies à Paris s’est élevé, en 1880, au chiffre total de 2,688, se divisant ainsi : 1,671 feux de cheminée et 1,017 plus importants dans des chambres, ateliers, caves, etc.
- Nous voyons avec regret que sur le chiffre total, 2,013 ont eu pour cause l’imprudence ou la négligence ; par contre, il est bon de constater que 8 seulement peuvent être attribués à la malveillance.
- Le montant approximatif des pertes éprouvées est de 8,858,792 fr.
- Enfin, derniers chiffres intéressants à relever, sur les 1,017 feux de chambres, caves, ateliers,etc., c’est-à-dire les plus importants, 826 sinistres ôtaient couverts par des assurances.
- Ce dernier fait prouve combien les idées de prévoyance ont fait de progrès à Paris.
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- Du cli A. te sa n eu cliemia «le fer. — On raconte qu’un amateur d’art vient d’avoir une idée extraordinaire qui pourrait bien être la curiosité du moment.
- Il a acquis un château dans le Quercy, un superbe château Renaissance,s’il vous plaît, le château de Montai, et il l’a fait transporter, par tranches, morceaux de cour par morceaux de cour, portail par portail, à Paris, où l’ayant reconstruit,il se propose de le vendre en gros où en détail.
- A qui? A l’Etat, si l’Etat en veut, au premier venu si ce premier venu a des fonds disponibles. Le transport d’un château par le chemin de fer est un de ces mille traits imprévus de notre civilisation à la vapeur.
- Qui saitsiun jour les merveilleuses pagodes de Labore ou de Cachemire ne seront pas démolies puis transportées en Europe et reconstruite, avec aussi peu de difficulté que s’il s’agissait d’un simple obélisque.
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- Droit «les* femmes. — Nous avons sous les yeux disent les Etats Unis d'Europe, le programme et les statuts d’une Ligue créée par quelques dames de Milan pour faire valoir les droits des femmes : Lega promotrice degli interessi femminili.
- « Considérant que les intérêts des femmes sont indissolublement liés aux intérêts des nations et de l’humanité, et que le sacrifice systématique de ces droits dans les relations privées et publiques produit la dureté des institutions, la barbarie des lois, la corruption des mœurs, l’abus de la force ;
- Considérant finalement, qu’aucune voie légale n’est ouverte aux femmes pour affirmer leurs griefs et pour réclamer les réformes qui les intéressent puisqu’on nie le droit de voter;
- La Ligue déclare : que tout homme et toute femme vaut une personne,ni plus ni moins,d’où la conséquence que tous sont égaux devant le vote, devant le travail, devant le salaire, devant la responsabilité, égaux enfin devant la loi morale laquelle est en harmonie avec les lois de la nature et de la science. La société se propose de travailler à l’amélioration de la condition sociale des femmes par l’étude des questions qui les concernent et par la diffusion et l’application des solutions données à ces questions.
- La cotisation est de un sou par semaine.
- Inutile d’ajouter que nos applaudissements et nos vœux sont acquis aux femmes généreuses qui fondent la nouvelle association.
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- Gr rancis travaux publics en Russie.
- —• Plusieurs grands travaux publics viennent d’être achevés en Russie.
- Un dixième environ de l’immense marais de Pipret, le plus grand de l’Europe, a été desséché à la suite de travaux qui ont duré 2 ans. On a mis à sec à l’heure qu’il est 926 500 hectares et on compte que l’année prochaine ce chiffre sera porté à 1 million d’hectares. On a égale--ment entrepris de mettre a sec les marais du gouvernement de Kazan qui ont une superficie de 1,100,000 hectares.
- Yoilà de vraies conquêtes qui ne coûtent pas une goutte de sang et qui seront un élément de prospérité pour l’avenir.
- D’autres grands travaux sont entrepris celui pour l’approfondissement des bouches de Dniepr touche à sa fin. Désormais les navires à vapeur entreront commodément daus cet immense fleuve.
- Enfin un magnifique travail d’un autre genre vient d’être achevé, c’est le pont d’Ohjarofski, sur le Yolga. Ce magnifique ouvrage, construit pour le chemin de fer d’Orembourg a 1,430 mètres de long. Il repose sur 12 énormes piles. Il a coûté 4,500,000 roubles.
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- LA MISÈRE
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- Emile Souvestre, dans ses légendes du Foyer breton, fait rencontrer le bonhomme Misère, avec le Juif Errant.
- — « Je suis le bonhomme Misère, » dit le premier. « Partout où je passe, j’entends pleurer; je suis la cause de tous les malheurs et le, père de tous les crimes. Depuis que je suis né, le genre humain crie mon nom ; je lui ai fait souffrir tous les maux, je l’ai exercé à tous les tourments.
- — « Tu es le mauvais esprit de la terre, » répondit le second, « que ne vas-tu pas du moins chez les riches, vieil insensé ? Pourquoi préférer les pauvres toits sous lesquels on ne mange pas toujours du pain?
- — « Tais-toi, juif ; bientôt j’en ai l’espérance, on me verra faire un tour chez les riches ; si je peux entrer une fois dans leur maison, on ne m’en chassera pas facilement.
- — « Ton habit est trop usé, vieux méchant, pour que tu sois jamais reçu chez les nobles ; dès qu’on te verra sur le seuil, on te chassera ; tu es fait pour les pauvres gens.
- — « Je sais faire des pauvres gens avec les nobles, ô juif I et j’entre chez les puissants par fraude ; il y a toujours deux servantes que. je connais et qui 'm’ouvrent la porte : la prodigalité et la fainéantise.
- — « Adieu démon ; ton esprit me tourne le sang. Passe, passe, méchand vieillard ; nous n’avons rien à démêler ensemble ! Moi, j’ai un tourmenteur plus fort que toi ; moi, je suis sous la main de Dieu ! »
- Cette rencontre de l’Ahasverus des légendes et de ce vieillard chargé de tourmenter les hommes depuis que le monde est monde ; la plainte lamentable du premier, la menace du second, tout ceci ayant lieu sous un ciel étoilé, parmi les douces senteurs des fleurs des champs, au milieu de moissons luxuriantes ; tout ceci, ainsi que le dit l’auteur breton, ne semble-t-il pas,en effet, comme un cri de détresse poussé par le genre humain,comme une protestation lugubre de l’homme déshérité.
- Ce cri, est-il donc vrai que le monde soit condamné à l’entendre toujours ? Le partage égâl de la misère, la répartition équitable du bien-être entre tous les hommes n’aura-t il donc jamais lieu ?
- Cette protestation lugubre.... doit-elle donc être éternelle ?
- Existe-t-il donc réellement un maudit et ce maudit est-il condamné à marcher toujours sans arriver jamais ?
- A qui répondrait : Oui ! nous crierions, nous : Blasphème 1
- Blasphème!!! Et cependant, si nous jetons un regard autour de nous, dans cette partie du monde, le spectacle qui nous est offert est-il bien rassurant ?
- On comptait, il y a un an, dans le Royaume-Uni, un million trente-six mille' pauvres recevant des
- secours pour un chiffre de près de dix millions de
- livres sterling.
- Dans ce total de 1,036,000 pauvres, l’Angleterre et le Pays de Galles entraient en ligne de compte pour 772,000 dont :
- Adultes du sexe masculin................ 186.000
- Femmes.................................. 330.000
- Enfants................................. 256.000
- Ces assistés se répartissaient dans 647 « unions », ou maisons de refuge, il y a'de cela dix mois. Depuis cette époque le nombre des malheureux s’est encore accru et il ne tend pas à diminuer, à Londres principalement.
- Ce n’est cependant pas que la charité privée fasse défaut ; elle s’exerce, au contraire, d’une façon très-fastueuse, trop fastueuse peut-être. Moins de coups de grosse caisse en faveur de ceux qui la pratiquent et plus, de soin dans la distribution des secours, seraient plus profitables à ceux que l’on assiste.
- Ce ne sont plus les workhouses, les hôpitaux et hospices de toute nature qui manquent. Les comités directeurs, les commissions et sous-commissions, les officiers délégués, sont également en nombre suffisant; mais des notions économiques mieux entendues, une administration mieux comprise et un personnel plus consciencieux, voilà ce que laissent souvent à désirer ces établissements plus ou moins philanthropiques. La quantité y est, mais l’on ne saurait en dire autant de la qualité.
- La création de palliatifs sous la forme de « Savings Banks, Friendly et Building Societies, » se multiplie chaque jour et, disons-le tout de suite, les souscripteurs ne laissent pas sans réponse l’appel qui leur est fait par ces diverses créations. Ces trois institutions réunies, en effet, comptent ensemble, à l'heure qu’il est, neuf millions de souscripteurs inscrits pour cent quarante millions de livres sterling, plus de 3 milliards et demi de francs, comme suit :
- Souscripteurs Souscriptions
- Les Savings Banks 3,020,000 L. 77,000,000
- Friendly Societies 5,300,000 13,000,000
- Building Societies 680,000 50,000,000
- Totaux 9,000,000 L. 140,000,000
- Mais, sans vouloir nier le bien que font déjà et
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- peuvent faire encore ces institutions, ce ne sont, nous l’avons dit, que des palliatifs.
- Les Indes et les colonies sont de vastes déversoirs pour la Grande-Bretagne, et les Etats-Unis d'Amérique offrent à l’Irlande une hospitalité qu’elle ne marchande pas ; mais encore cela ne suffit-il pas au dégorgement du paupérisme.
- L’établissement des sociétés coopératives est un allégement dont le résultat se fait sentir dans une certaine classe, celle qui souscrit aux Savings Banks, aux Friendly et Building Societies, mais qui a encore peu d’effet sur les couches inférieures que la moindre crise agricole, industrielle ou commerciale, affecte * de la manière la plus désastreuse. On sent que, ici comme ailleurs, c’est à sa racine qu’il faut couper le mal pour en avoir raison.
- Si de cette puissance qui s’intitule laReine des Mers, nous passons à celle que Tissot a appelée Le pays des Millards, le tableau que nous présente cette dernière, n’est pas non plus très gai ; mais il a net aspect particulier, qu’il emprunte beaucoup de ses couleurs aux oscillations politiques de son grand metteur en scène. Ainsi, le nombre des émigrants était
- en 1872, rien que pour l’Allemagne, de 125,650 En 1873, il descendait à 103,638
- En 1874, plus bas encore 45,112
- En 1875, il diminue encore : 30,778
- En 1876, » » 28,368
- En 1877 » » 21,964 '
- En 1878 il remonte à 24,217
- En 1879 il est de 33,327
- En 1880 le chiffre est environ de 46,000 (1)
- Et l’année que nous commençons, selon toutes probabilités, grâce aux persécutions dont les socialistes continuent d’être l’objet, grâce aussi à la campagne entreprise contre les juifs, atteindra, ce n’est pas trop dire, un total de 50 à 60 mille.
- Nous ne saurions préciser, comme nous le faisons pour le Royaume-Uni, le nombre des pauvres assistés dans le grand Empire d’Allemagne ; mais, jugeant par approximation et prenant pour base de notre appréciation le chiffre des émigrants allemands, en tenant compte, bien entendu, dans le rapprochement que nous faisons de l’Angleterre et de la Prusse, de la population des deux Etats et des ressources qu’ils présentent, nous ne croyons pas exagérer en portant à 1,500 mille le total des malheureux recevant des secours dans le pays auquel nous avons dû céder deux provinces et payer une indemnité de cinq mil-
- (1) Le correspondant du Temps à Berlin portait il y a 3 semaines le chiffre de l’émigration allemande durant l’année 1880 à 106.191 personnes. Red.
- liards. Il est vrai que l’emploi de cette somme, comme on peut s'en assurer par le détail suivant, n’a pas dû être très efficace au soulagement de la misère.
- Depuis le paiement de cette rançon jusqu’à la fin de 1879 il a été prélevé pour le fonds de l’établisse-
- ment impérial des Invalides : Pour la transformation et 560,676,976 : marcs.
- l’armement des forteresses : Pour les chemins de fer 216,000,000 *
- stratégiques : Armement des forteresses 171,617,603 »
- de l’Alsace et de la Lorraine : Déposé au trésor de la 129,907,614 n
- guerre : 120,000,000 n
- Service spéciaux : Pour les Allemands expulsés 10,000,000 »
- de France pendant la guerre : Construction du Palais du 6,000,000 n
- Parlement : 24,000,000 n
- Et le surplus a été employé à la marine militaire et à la distribution de médailles aux militaires en souvenir de 1870.
- En Allemagne, comme en Angleterre, comme en France, la charité privée s’exerce concurremment avec l’assistance publique. Mais jusqu’à présent l’une et l’autre ont attaqué la misère dans ses effets plutôt que dans ses causes. Nous ne voulons pas dire que l’on ait négligé complètement les moyens de prévention; mais ces expédients dont l’action est partielle ou locale, sont insuffisants ; ils n’arrêtent pas le développement de l’indigence qui réclame des curatifs. Puis quelque bienfaisante, quelque ingénieuse que se soit montrée et que se montre encore la charité privée, elle a été parfois,et on la voit aujourd’hui encore partout où elle se pratique, souvent pleine d’ostentation, inhumaine, partiale, sordide et quelquefois aussi prodigue et aveugle. Plus d’un faux philanthrope s’en est servi comme d’un instrument, pour faire sa fortune ou se mettre en évidence.Entre les mains du clergé elle a été la plupart du temps un moyen d’influence, un prétexte à captation, un fléau par conséquent.
- (A suivre). C. P. Maistre.
- gP30QQQQQt»cBB-.' '
- La langue française en Amérique
- On signale une renaissance de la langue française au Canada et dans nos anciennes colonies voisines, î’Acadic entre autres, aujourd’hui connue sous le nom de Nouvelle Ecosse.
- Plusieurs députés parlent maintenant en français dans les assemblées officielles de la Nouvelle Ecosse et du Canada. Dans la première de ces colonies un journal français, Y Avenir > vient d’être fondé à Yarmoutb.
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- LES SOCIÉTÉS OUVRIÈRES
- M. Chabert a donné, il y a quelques jours, sur l’invitation d’une société ouvrière, une conférence au Cirque de Saint-Quentin. Cette conférence a eu un grand retentissement dans cette ville.
- L’orateur a parlé d’abord des corporations de l’ancien Régime et il a établi qu'avant d’avoir revêtu le caractère abusif qu’elles avaient au XVIIIe siècle, ces corporations avaient rendu au travail français de signalés services. C’est à elles que revient Thon- ( neur des merveilles d’art industriel de l’époque de la Renaissance, merveilles qui font l’admiration de notre époque.
- M. Chabert, parle ensuite de la nécessité qu’il y a à reconnaître aux syndicats une existence légale, puis il examine la législation qui régit les genres de sociétés ouvrières et les tentatives d’association faites par des ouvriers durant ces dernières années.
- En terminant, l’orateur s'est exprimé ainsi :
- Les sociétés de consommation ont acquis une grande importance. Le chiffre de leurs opérations s’élève pour Paris à 500,000 fr. par mois. Il en est une à Puteaux qui compte 1,200 adhérents. Là, les marchands ne peuvent plus exagérer leurs prix de vente : iis ont du bénéfice, c’est logique, mais ce bénéfice, grâce à le concurrence des sociétés de consommation, reste dans de justes limites. C’est avec la consommation que nous avons pu faire comprendre aux femmes l’utilité de l'association. Du jour où la ménagère a vu qu’elle pouvait, par ce moyen, faire des économies, la cause était gagnée. Ces sociétés sont, de plus, de très bonnes écoles sociales ; le travailleur, retenu toute la journée, apprend ce que c’est que l’administration, la comptabilité, l’échange, l’entrée, la sortie, etc., etc.
- A Saint-Quentin, quelques hommes d’initiative ont pensé qu’il serait bon de créer une Société de production où tous les associés auraient des droits égaux. C’est très bien l mais, pour faire cette organisation efficace, il faut de la discipline. Tout le monde ne peut pas commander, cela tombe sous le sens. Les intérêts communs sont confiés à un gérant, à des délégués qui ont la confiance de tous... C’est le premier organisme de la société de production. Et ici, je veux combatttre une erreur daùs laquelle, au début, les travailleurs qui sont peu familiarisés avec ce système, tombent souvent ; ils croient que l’ont peut s’attribuer tout d’abord la somme des dividendes, le résultat brut du travail collectif. Non !
- Qu’on ne s’y trompe pas : les commencements demandent, exigent des sacrifices énormes. Il faut, avant tout, mettre de côté, le capital de réserve, car il peut y avoir, à un moment donné, des risques à courir, des entreprises importantes à soumissionner. Or, il faut, autant que possible, éviter l’emprunt qui se traduit par un intérêt, souvent lourd à solder. D’autre part, il se peutfairequepour untravail important, les sociétaires se trouvent dans l’obligation de s’adjoindre des bras, des bras qu’il faut payer. Aux propriétaires de ces bras, il faut aussi donner leur part de bénéfices ; le principe l’exige. Donc, pas d’illusions : les débuts sont toujours durs et les sa-
- laires ne sont pas plus élevés. Ce n’est qu’à force de persévérance que l’on arrive au but. L’association des tailleurs de la rue Turbigo qui fait aujourd’hui 200,000 francs d’affaires par mois a dû, dans les premiers temps de sa création, réduire les salaires d’un tiers. Mais à l’heure actuelle, elle peut servir à des sociétaires de vingt ans, une pension de 800 fr. par an.
- Mais il est nécessaire pour bien faire de supprimer les concurrences effrénées de ces congrégations religieuses qui fournissent le travail à des prix dérisoires, enlèvent à la mère de famille le pain de ses enfants.
- Nous demandons qu’il soit interdit d’ouvrir des boutiques dans lesquelles on peut faire une concurrence abominablement déloyale au commerce et au travail laïques, sans payer patente,..
- Mais il ne faut pas que les Sociétés de production constituent une autre forme d’exploitation par le capital et qu’au lieu de combattre, de démolir le salariat, elles s’en servent et s'enrichissent, comme en Angleterre, aux dépens de la masse non associée. Il ne faut pas que les coopérateurs oublient le principe de solidarité qui unit tous les travailleurs et forment de nouveaux patronats.
- Les Sociétés de production, en dehors de leur but matériel, en ont un beaucoup plus haut, celui du relèvement du travail. On travaille mieux, on approche davantage de la perfection. C est là que réside le génie industriel de notre cher pays.
- Nous arriverons au but. Courage et persévérance ! Une jeune génération se lève qui sera éclairée, puissante, et continuera, dans de meilleures conditions que nous, l’œuvre de régénération du pays qui est celle de la régénération des peuples par le travail, par la liberté, par la conciliation des intérêts. Alors se lèvera l’aurore splendide de la République universelle.
- Les femmes étudiants en Angleterre
- Au Collège de l’Université à Londres, 170 femmes fréquentent les classes.
- Girton College à Cambridge est un grand succès et les filles des membres jiu clergé forment une grande partie de ses élèves.
- (House and Borné).
- L’ENSEIGNEMENT Dü DESSIN UTILE DANS LES MASSACHUSSETTS
- L’état de Massachussets, le plus hardi de tous les Etats-Unis, en fait d’enseignement, a depuis dix ans déjà rendu obligatoire dans toutes les écoles primaires l’enseignement du dessin. Il a de plus décrété la création dans toute ville de plus de 10,000 âmes d’écoles d’art industriel.
- Cette disposition une fois prise, il a résolu d’introduire dans ces écoles les méthodes de dessin les plus perfectionnées. Pour cela il a appelé à Boston le rénovateur des méthodes de dessin,Walter Smith,professeur au South Kensington Muséum de Londres, et lui a laissé carte blanche.
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- LE DEVOIR
- Nos lecteurs savent qui est M. W. Smith ; dans notre n° du 22 août dernier nous les avons entretenus de la rénovation des méthodes de dessin entreprise par lui.
- Nous pouvons aujourd’hui compléter ce que nous avons dit, par quelques citations d’un des ouvrages de cet éminent professeur (1) ; elles donnent une idée assez claire de sa théorie et de sa méthode.
- « Nous ne devons nous occuper d’enseigner, dit M. Walter Smith, que ce qui peut être appris par tous, et être directement ou indirectement utile à tous.
- « Nous laissons à l’enseignement avancé ou spécial le soin d’enseigner ce que peuvent désirer savoir quelques personnes exceptionnellement douées par la nature ou par la fortune, et dont le public n'a pas à s’occuper.
- C’est le dessin industriel et non le dessin pittoresque ou pictural qu’il convient d’enseigner dans les écoles publiques.
- « Les exercices, toujours progressifs, doivent être reliés entre eux depuis la classe la plus basse jusqu’à la plus haute. A partir de celle-ci, l’enseignement devient personnel et les exercices doivent être variés en raison des capacités diverses des divers individus.
- « Le seul moyen pratique de faire entrer le dessin dans les écoles publiques est d’en confier l’enseignement aux professeurs ordinaires.
- Les éléments de la forme étant-un composé d’arithmétique et d’écriture, tout professeur doit très rapidement se trouver en état d'enseigner le dessin, sans même qu’il soit besoin d'un goût exceptionnel ou d’une extrême habileté de mains.
- Citons encore cette série d’apophthegmes.
- I. — Un enfant peut-il apprendre à lire, écrire et compter, il peut, tout aussi'bien, apprendre à dessiner.
- II. — Le dessin constitue un des éléments de l’éducation générale.
- L’école publique doit donc l’enseigner.
- III. —Tout professeur ordinaire peut l’enseigner ; il n’y a pas besoin de spécialistes.
- IV. — La fonction vraie du dessin dans l’é Jucation générale est de développer la perfection et d’exercer l’imagination.
- Conséquemment il fortifie l’amour de la méthode, tout en suscitant l’originalité.
- V. — Le dessin n’est pas chose de luxe.
- C’est un outil qui facilite l’étude d’autres sujets, tels que la géographie,l’histoire,la mécanique, etc. »
- {1) Rapport annuel sur le dessin industriel dans l’Etat de Massachussetts pour l’année 1879, par Walter Smith.
- Voici qu’elle est en résumé la remarquable théorie de M. Walter Smith.
- Reste à examiner de quelle manière elle a été introduite dans la pratique.
- Ce sera l’objet d’un article de notre prochain numéro.
- (A suivre).
- OUBLIÉ SUR LE CHAMP DE BATAILLE
- SOUVENIRS D’UN BLESSÉ RUSSE
- (Traduit du russe, par Michel Achkinasi).
- ....Je me souviens que nous avions couru dans la
- forêt ; les balles sifflaient, les branche sarrachées aux arbres tombaient à terre. Nous nous acheminions au milieu de buissons d’aubépine. Les coups de feu devinrent plus nombreux.
- Sidorof, un jeune soldat de la première compagnie, s’affaissa tout à coup sur le sol et me regarda avec des yeux pleins de frayeur ; le sang coulait de sa bouche. Oui, je m’en souviens bien.
- Je me rappelle encore qu’à la lisière, dans les buissons touffus, je l’aperçus... Oui. c’était lui.
- C’était un turc grand et gros. Je courus vers lui, quoique je fusse faible et maigre... Tout à coup j’entends une détonation ; quelque chose passe rapidement devant moi : les oreilles me tintèrent
- — « Il a fait feu sur moi » pensai-je. Dans ce moment même, mon ennemi poussa un cri horrible et se rapprocha d’un buisson touffu. Il pouvait bien tourner autour ; mais la peur lui faisait perdre l’esprit et il grimpa sur les branches piquantes. D’un coup, je lui cassai son fusil et de l’autre je lui enfonçai dans le corps ma baïonnette. J’entendis un cri indistinct qui tenait en même temps du rugissement et du gémissement. Puis je me rais à eourir.
- Les nôtres criaient * hurrah !... Plusieurs tiraient et tombaient. Je me rappelle avoir lâché moi même quelques coups de fusil ; lorsque je sortais de la forêt pour déboucher dans la plaine, soudain les cris hurrah ! devinrent plus forts, et nous nous avançâmes tous. Non pas tous, car moi je ne pouvais plus avancer.
- J’en fus étonné, mon étonnement fut encore plus grand lorsque je n’entendis plus rien : ni cris, ni coups de feu. Je ne voyais que quelque chose de bleu, le ciel peut-être. Un peu après je ne le vis même plus.
- C’était la première fois que je me trouvais dans une telle situation. Me voilà couché sur le ventre, contre la terre dont je ne vois qu’un tout petit espace : quelques brins d’herbe, une fourmi se traînant dans un de ces brins, la tête en bas — Voilà tout mon monde. Et ce petit monde je ne le vois que d’un œil, car l’autre est couvert par quelque chose de dur ; ce doit être une branche, contre laquelle porte ma tête. Je me sens fort mal à mon aise ; je veux me remuer un peu, mais il m’est impossible d’y parvenir. Ainsi se passent quelques instants. J’entends le bruit de la sauterelle, le bourdonnement de l’abeille... Puis plus rien... Enfin, je fais un effort, je retire mon bras droit de dessous mon corps, et, m’appuyant de mes deux mains sur la terre, je veux me remettre sur les genoux. Une douleur aigüe et rapide comme l’éclair me parcourt des genoux à la poitrine et à la tête, et je retombe à terre. De nouveau je ne vois rien...
- Je me réveillais. Comment puis-je voir les astres qui brillent splendidement au beau ciel de Bulgarie? Ne suis-je pas couché dans ma tente? Pourquoi en suis-je sorti? Je me remue et ressens une douleur aigüe aux jambes...
- Oui, j’ai été atteint dans la mêlée. Ma blessure est-
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- LE DEVOIR
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- elle dangereuse ? Je tâte mes jambes à l’endroit où je sentais le mal ; elles étaient couvertes de sang coagulé. Quand je les touchai, la douleur devint plus vive, c’était comme un mal de dent avec une angoisse continuelle.
- Les oreilles bourdonnaient. Ma tête s’alourdit. Je commence à comprendre indistinctement que j’ai été blessé aux deux jambes.
- Mais pourquoi ne m’ont-ils pas ramassé ?
- Je me lève et m’assieds non sans beaucoup de peine. Combien de fois je désespérai d’y parvenir; enfin, répandant des larmes que m’arrachait la douleur, je réussis à me mettre sur mon séant. Au-dessus de moi je vois une partie du ciel dans lequel brillent un grand astre et quelques autres plus petits. Autour de moi j’aperçois quelque chose de noir...
- C’étaient les buissons. Je comprends pourquoi mes compagnons ne m’ont pas trouvé. Je sens mes cheveux se dresser sur ma tète.
- Je ne vois plus devant moi que des tâches livides... Le grand astre pâlit, les petits disparaissent. La lune se lève. Ah ! comme on doit être bien maintenant à la maison.
- J’entends des sons étranges. Il semble que quelqu’un gémit... Oui, ce sont des plaintes. N’est-ce pas un malheureux comme moi avec des jambes fracassées ou une balle dans le ventre, qu’on aurait oublié comme moi ? Non, j’entends les gémissements tout près de moi, mais je ne vois personne... Dieu! mais c’est moi-même qui gémis. Quels murmures plaintifs ! Est-ce que les douleurs seraient si fortes1? Oui, je souffre beaucoup, quoique je ne comprenne pas ce mal, parce que ma tète est lourde comme du plomb. Il vaut mieux se coucher et dormir, dormir, dormir... Me réveillerai je encore une fois?
- Enfin, cela m’est égal...
- ....Me voilà étendu sur la terre, les yeux fermés,
- quoique je sois réveillé depuis longtemps. Je neveux pas les ouvrir, parce que à travers mes paupières fermées, je sens la lumière du soleil, si j’ouvre les yeux, le jour me fera mal. Enfin, c’est mieux de ne pas bouger. ..
- Hier (c’était hier, je crois), j’ai été blessé. Voilà un jour passé, encore quelques autres s’écouleront, et je mourrai. Qu’importe ! non, il ne faut pas bouger. Il faut rester sans le moindre mouvement. Ah ! comme je voudrais empêcher mon cerveau d’agir... mais comment l c’est impossible : des milliers de pensées me tourmentent. Gela ne va pas durer longtemps, et finira bientôt... On insérera seulement deux ou trois lignes dans les journaux : € Nos pertes sont insignifiantes : tant de blessés, tué un volontaire, Ivanof... Non, non, on ne me nommera même pas ; on écrira tout simplement : mort un soldat, comme on dirait un chien... ^
- La chaleur devient brûlante. J’ouvre les yeux, et je revois les mêmes buissons, le mémo ciel, mais maintenant il fait jour.
- Je ne suis pas seul. J’ai un voisin... voilà... O ciel, c’est le Turc L.. Un cadavre ! Qu’il est gros ! Oui, c’est lui, je le reconnais, c’est le même...
- Près de moi est un homme que j’ai tué. Pourquoi l’ai-je tué ? Le voilà tout couvert de sang. Pourquoi la maudite destinée l’a-t-elle fait venir ici ?"Qui était cet homme ? Peut-être a-t-il aussi comme moi une vieille mère. Pauvre mère ! Je me la représente assise à la porte de sa cabane regardant toujours vers le nord, d’où elle espère voir venir son fils chéri, sa consolation, son soutien.
- « Non, je n’ai pas voulu le tuer... Partant pour la guerre, je ne voulais de mal.à personne... La pensée que je serais obligé de tuer des hommes était loin de moi. Je ne songeais qu’à la Taçon dont je devais mourir moi-même, à la manière dont je devais présenter ma poitrine aux balles. Je suis parti, et j’ai fait mon devoir.
- Mais qu’est-il arrivé ? Oh ! que j’étais bête ! Et ce pauvre Fellah (il portait l’uniforme égyptien), il est peut-être encore moins coupable ? Avant qu’ils aient été entassés comme des harengs sur un navire et amenés à Constantinople, il n’avait jamais entendu parler ni de la Russie, ni de la Bulgarie. On lui a dit d’aller combattre,
- et il est allé. S’il avait refusé, c’était pour lui quelques centaines de coups de bâton ; ou bien quelque pacha lui aurait logé une balle dans la poitrine. Puis il fait à pied le long et pénible chemin de Stamboul Routsehouk. Nous l’avons attaqué, il s’est défendu. Voyant que son Peabody ou son Martini ne nous faisait pas peur, il perdit couiage. Il voulait déjà battre en retraite, lorsqu’un petit soldat, qu'il eût pu tuer d’un coup de son poing noir, s’approche et lui enfonce sa baïonnette dans le cœur. La faute en est-elle à lui ?
- Pourtant j’étais tourmenté par la soif, où pourrais-je trouver une goutte d’eau? Heureusement je réfléchis que le Turc que j’ai tué doit en avoir un petit baril. Ma résolution est prise. Me voilà tachant de m’approcher de lui... Je rampe... Mes pieds s’accrochent à la terre, et chaque mouvement me cause des douleurs insupportables. Je pleure, je pousse des cris, mais je continue à me traîner. Enfin, j’atteins mon but... Voilà le baril. Oh, il est plus qu’à moitié plein! J’aurai assez d’eau jusqu’à la mort. O, ma victime, tu me sauveras. Je commençai à déboucher le baril, en m’appuyant sur un coude; mais tout à coup, perdant l’équilibre, je tombe le visage sur la poitrine de mon sauveur. Le cadavre commençait à se décomposer et à sentir mauvais.
- Le soleil se leva. Son grand disque que je voyais à travers les rameaux, me paraissait rouge comme du sang. Il fera aujourd’hui une journée bien chaude. Oh, mon voisin, que deviendras-tu ! Tu es déjà dans un horrible état. Oui, il était affreux. Ses cheveux commençaient à tomber. Son teint naturellement noir est devenu jaune et pâle. La peau de sa face s’est tendue et s’est crevée derrière les oreilles. Les vers y fourmillent. Les pieds étaient serrés dans des guêtres, et entre le$ agrafes des guêtres la peau s’est couverte de cloches. Il est enflé comme une montagne. Que fera de lui le soleil d’aujourd’hui ?
- Impossible de rester aussi près. Il faut absolument que je me retire un peu. Mais le pourrais-je ? Je peux encore lever le bras, ouvrir le baril, boire un peu d’eau, mais remuer mon corps lourd et inerte !...
- Cependant, je ne peux pas rester auprès de ce cadavre. Je me retirerai doucement tout doucement, en reculant un demi-pas par heure.
- Cette opération dura toute la matinée. Les douleurs s’accrurent; n’importe. Je ne ne me souviens plus, je ne sais plus ce qu’est un homme sain. Je suis déjà habitué à mon mal. J’ai enfin réussi à m’éloigner de quelques mètres. Mais je ne respirai pas longtemps un air frais, s’il peut y avoir un air frais à quelque pas d’un cadavre pourri. Le vent a changé de direction et m’apporte une telle puanteur que je fus pris d’un besoin de vomir. Mon estomac vide se contracte convulsivement, et avec des douleurs infernales ; mes entrailles se tordent. Pourtant l’air empesté ne cessait de me remplir le nez, la bouche, la gorge. Je cédai dans le désespoir, et... je me mis à pleurer.
- Je me sentis défaillir. Tout à coup.... mais, n’est-ce pas un jeu de mon imagination? Non, je ne crois pas. Oui, on parle... Oui, j’entends le pas des chevaux. J’ai déjà voulu appeler ; puis je me suis retenu. Ce sont peut-être des Turcs ! Que faire alors ?...
- Mais voilà qu’ils traversent le ruisseau et je reconnais des Cosaques. Habits bleus, bande rouge au pantalon, grandes piques. Il y en a environ cinquante. En avant, montant un beau cheval, je vois l’officier avec sa barbe noire.A peine les Cosaques ont-ils traversé le ruisseau, que l’officier se tourne sur sa selle et commande: En avant, au trot.
- — Arrêtez, arrêtez, de grâce ! Au secours, au secours ! criais-je ; le piétinement des vigoureux chevaux,le bruit des sabres et des voix couvre mon râlement. Ils ne m’ont pas entendu.
- O malédiction !
- Je tombe anéanti le visage contre terre et je commence à sangloter. En même temps je renverse le baril et l’eau, ma vie, mon salut, la seule chose qui put retarder ma mort... Mais je ne m’en aperçois que lorsqu’il ne reste plus qu’un demi verre d’eau ; “tout a été bu par la terre avide et sèche;
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- LE DEVOIR
- Pourrais-je raconter ^engourdissement qui s’empara de moi après ce malheur horrible?
- Je restai immobile, les yeux demi-fermés. Lèvent changeait toujours. Il m’apportait tantôt de l’air frais et pur, tantôt de l’air empesté. Mon voisin est devenu un spectre. L’horreur m’a saisi, lorsque j'ai voulu le regarder. Il n’avait plus de visage. Les chairs se sont détachées des os, et ces os me souriaient.Cet horrible sourire qui ne cessait jamais me faisait grand peur,quoique auparavant j’eusse disséqué plusieurs tètes. Ce squelette en uniforme avec des boutons de métal me donnait le frisson.
- Voilà la guerre ! pensais-je... Voilà son image !
- Le soleil ne cessait pas de darder ses rayons de feu. J’ai déjà le visage et les mains brûlés. L’eau qui m’est restée, je l’ai bue tout entière. J’avais si soif que ne voulant boire qu’une goutte, j’ai tout englouti d’un coup... Ah î pourquoi n’ai-je pas appelé les cosaques, lorsqu’ils ont été tout près de moi? Si même c’eut été des Turcs, je serais mieux que d’être là. Ils m’auraient tourmenté une, deux heures... et maintenant Dieu sait combien d’heures il me reste à souffrir avant que la mort vienne.
- O, ma mère, ma chère mère i tu t’arracheras tes cheveux blancs,tu frapperas ta tête contre les murs,tu maudiras le jour où tu m’as mis au monde, tu maudiras tous ceux qui ont inventé la guerre pour torturer l’humanité.
- Et toi, ma bien aimée Marie. Vous ne saurez même pas ce que j’ai souffert. Adieu, ma mère, adieu ma fiancée, mon amour... Ah 1 que de douleurs, qu’elle souffrance.. . La mort s’approche. Je m’évanouis.
- Lorsque je me suis réveillé, je me trouvais dans un hôpital, Les soldats qui sont allés ensevelir les morts m’ont découvert et apporté ici. Autour de moi, je vois les médecins, les sœurs de charité, et je reconnais un célèbre professeur de Pétersbourg qui s’occupe de mes jambes.
- — Vous êtes bien heureux, jeune homme, me disait-il. Vous ne mourrez pas. Nous n’avons fait que vous amputer une jambe. Ce n’est pas grand chose. Et bien, comment êtes-vous, pouvez-vous parler?
- — Oui, je le peux.
- Et je leur racontai ce que vous venez de lire.
- ---—B=ssasssO©e3!S5S3!!=='~--
- Souvenir S
- Nous sommes en 1850, deux bateaux à vapeur viennent de quitter Cologne, ils remontent le Rhin vers Mayence. Gracieusement, la compagnie des bateaux du Rhin a offert le passage aux étrangers qui se rendent à Francfort au congrès de la paix et ces deux bateaux sont chargés d’Anglais, d’Américains, de Belges, d'Italiens et de Français (nous n’étions que sept), qui vont dans la vieille cité* anséatique protester contre l’horrible coutume de la guerre, cet héritage des époques barbares de l’humanité.'Sur les ponts de ces vapeurs, ce ne sont que utopistes-idéalistes, de vulgaires amis de la paix qui regardent là-bas le soleil se coucher sur le Rhin. Voici Gobden causant avec Coquerel fils, plus loin Cormenin questionnant un quaker ; on parle toutes les largues sur ces bateaux cosmopolites et pourtant jamais des hommes de nationalités si diverses ne se sont mieux entendus. Mais, halte! Peu après ce dernier congrès des amis de la paix, un homme, un Bonaparte, devait dire à Bordeauxs : L’empire c’est la paix, clore la discussion polyglotte en se chargeant de la question comme l’on sait et.... arrêter un instant le progrès ! — Mais notre intention n’étant pas de faire l’historique de ce congrès de la paix,nous nous contenterons d’esquisser nos impressions d’alors : La nuit arrive, la lune se lève et là-bas apparaissent les sept sœurs (dieSiebengebirge); voici le Draehenfels, le rocher du dragon, la plus haute de ces montagnes, dont le pied se baigne dans le Rhin ; elle est nue et sauvage, ses rocs semblent déchirer une J obscurité grise pour aspirer un rayon de lune qui éclaire f là-bas de l’autre côté de l’eau le Gottesberg moins élevé I
- et couvert de ruines de son vieux château, débris qui sortent d’un bouquet de verdure.
- Les rayons argpntés glissent sur ces vestiges d’une autre époque ; ils'éclairent en passant le sombre aspect du manoir des burgraves qui couronne la plus haute des sept sœurs ; ils ne s'arrêtent même pas sur la tour ronde moins délabrée du mont de Dieu (Gottesberg), ils viennent amoureusement caresser les vaguelettes du Rhin, faisant mentir la légende qui nous dépeint l’onde du Rhin toute parsemée d’or (Rheingold) : à cette heure, c’est de l’argent en paillettes que paraît charrier le fleuve. Mais ces doux rayons semblent s’arrêter comme pour fixer le calme et l’amour, en éclairant au bord du Rhiu de leur lueur incertaine, ces hameaux estampés par le clair obscur de la nuit. — Que s’est-il doue passé ? — Pourquoi ces ruines là haut, pourquoi ces demeures calmes sur les deux bords de la rivière sereine, quoique profonde et terrible dans le grondement de ses flots réguliers? — Des siècles se sont écoulés depuis le temps où ces créneaux cachaient l’arbalète, la fronde, l’huile bouillante, aujourd’hui le pont-levis ne se lève plus au premier signal; sans crainte, dédaignant le repaire, l’homme a pu descendre dans la vallée, vivre à l’abri d’un semblant de civilisation, appeler compatriotes les hommes nés sur la même rive du Rhiu : c’est un progrès, mais hélas bien minime ; combien de préjugés, combien de sentiments barbares et stupides le patriote actuel de sang gaulois ou germanique devra-t-il arracher de son cœur et de son esprit avant de devenir un homme digne de ce nom !
- S’il a quitté la prison fortifiée où se tenait son maître, alors que tremblant sous sou égide, il était et sa chose et son soutien, il est encore bien petit enfermé dans son propre esprit de caste et de parti : ici un préjugé, là un homme, un roi, le maintient encore dans les limbes erronées du passé! — Mais qu’importe, courage! le monde marche ! et, la lune ce soir-là éclairait déjà un progrès ; vienne le soleil à se lever et ces hommes qui aujourd’hui voient encore des nations diverses, des peuples distincts, des sectes antagonistes, ne verront plus à la grande lumière de la vérité que des frères !
- Développement physique «les femmes.
- Les jeunes filles de l’Hindoustan sont d’une pureté et d’une beauté de formes remarquables et constatées par tous ceux qui ont voyagé dans ces contrées. Gela provient en partie de ce que, dès leur jeune âge, elles sont habituées à porter les fardeaux sur la tète. La pesanteur tombant ainsi sur l’axe même du corps force la porteuse à se tenir très droite sous peine de faire choir son fardeau. Il n’eu est plus de même quand on porte à la main, sur Je dos, ou sur l’avant-bras replié. Le corps s’incline du côlé du fardeau à porter ou, quelque fois s’incline en sens inverse par l’effort de la porteuse qui lutte contre la pesanteur. Ces contorsions se répètent, le corps se déforme. En portant le fardeau sur la tête, les membres se font équilibre. Le Dr Henri Spry, médecin de la Compagnie des Indes, après avoir constaté que le port des fardeaux sur la tête a pour résultat d’assouplir les membres et de développer la poitrine, dit que cet exercice devrait être introduit dans les écoles et les familles et qu’il remplacerait avec profit les haltères, les cordes à sauter, etc. •
- Il est à remarque que la coutume de porter des fardeaux sur la tête existe dans le sud de l’Espagne et de ritalie, et donne les mêmes résultats que dans l’Hin-doustan. Les Andalouses, les Napolitaines et les Trans-tévérines, qui toutes portent leurs fardeaux sur la tète, comptent parmi les plus belles femmes de l’Europe,
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- Le Directeur-Gérant : GODIN.
- Saiot-Quentiu — lmp. de là Société anonyme du Glaneur
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- 'Le numéro hebdomadaire 20 c. DIMANCHE 27 FÉVRIER 1881
- Le Devoir
- REVUE DES RÉFORMES SOCIALES
- BUREAU
- A GUISE (Aisne)
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- STATUE
- A
- COMMENT S’ACCOMPLIT LE PROGRÈS SOCIAL
- CAMILLE DESMOULINS
- Le conseil municipal de Guise vient de décider, à l’unanimité, l’ouverture d'une souscription pour l’érection à Guise d’une statue à Camille Desmoulins.
- Le conseil a inscrit immédiatement la ville, à cette souscription, pour une somme de mille francs.
- Les membres du conseil municipal, tout entier, se sont ensuite constitués en commission d’initiative.
- Nous espérons que la presse de Paris et des départements voudra bien prêter sa publicité à cette souscription, afin de permettre à la ville natale du premier acteur de la Révolution française, d’ériger à l’immortel Camille Desmoulins, une statue digne de sa mémoire, de son amour de la République et de la Liberté.
- Les souscriptions doivent être versées chez M. Labbé, conseiller municipal, banquier à Guise.
- Le Devoir publiera la liste des souscriptions.
- SOMMAIRE
- 1. Statue à Camille Desmoulins, — 2. Comment s’ac- complit le progrès social. — 3. Faits politiques et sociaux.— 4. La question irlandaise.—5. Nouvelles diverses. — 6. La peine de mort. — 7. Pétition à MM. les Sénateurs. — 8. Les banques populaires en Allemagne. — 9. Les quartiers ouvriers en Angleterre. — 10. La Misère, II. — 11. L’assurance ou-vrire en Allemagne. —• 12. Variétés.
- XXI
- Les peuples civilisés placent au XIXe siècle les gouvernements en présence de besoins et de devoirs sociaux mieux compris que cela n’avait été fait jusqu’ici.
- La notion du droit des masses à la satisfaction des besoins de l’existence est profondément entrée dans l’esprit humain; le socialisme en a déduit la notion des devoirs qui incombent aux sociétés comme aux personnes pour respecter le droit de vivre.
- En ce siècle, les idées d’organisation sociale ont élargi le sentiment pratique de la justice dans l’humanité. A la notion morale qui nous recommande d’aider nos semblables, la pensée moderne ajoute celle des institutions capables de mettre l’homme à l’abri des privations et de faire des peuples civilisés des citoyens libres, heureux et frères.
- A l’économie politique, cette science de l’égoïsme qui a jusqu’ici oublié la pauvreté pour ne s’occuper que de la richesse, a succédé la science de l’économie sociale.
- L’économie soçiale embrasse toutes les questions que comporte le gouvernement des choses humaines. Dans ses conceptions, les intérêts des peuples font un avec les grands intérêts de l’Etat, contrairement à ce qui se passait jusqu’ici, puisque, sous le nom de questions politiques,
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- LE DEVOIE
- on séparait les intérêts des gouvernants de ceux des gouvernés. '
- Envisagées au contraire au point de vue de l’économie sociale, les questions politiques doivent être subordonnées aux véritables intérêts des peuples ; elles doivent concorder avec les institutions les plus propres à assurer le bonheur des masses.
- L’économie sociale écarte donc ces gouvernements qui se donnent pour objet la jouissance des avantages du pouvoir, au lieu do chercher à résoudre les questions dans le sens du bonheur des peuples.
- Pourquoi des réformes aussi simples que celles esquissées dans les chapitres qui précèdent sont-elles encore si difficiles à inaugurer dans nos sociétés modernes?
- La cause des résistances qu’éprouve l’adoption des réformes sociales les plus simples et les plus nécessaires, est la même que celle qui a empêché leur conception dans le passé.
- Les sociétés actuelles sont une confusion de forces divergentes d’un passé social détruit pour toujours, forces qui se confondent avec celles de l’esprit nouveau de la démocratie à laquelle l’avenir appartient.
- Le monde du travail et de la production succède au monde de l’accaparement et de la spoliation. Ne soyons pas surpris des embarras que celui-ci nous oppose, car ce vieux monde n’est pas seulement personnifié en quelques hommes partisans des anciens régimes. Il est plus ou moins en chacun de nous. Il est dans nos mœurs, dans nos préjugés, et dans notre ignorance du vrai bien. Il est, enfin, dans la tradition des erreurs d’un passé dont nous ne pouvons nous dégager que par des efforts continus.
- Malgré cela, jamais les peuples n’ont été plus éclairés sur les abus dont ils ont encore à souffrir. Jamais les sociétés n’ont ressenti plus réellement le besoin de faire entrer la justice et l’équité dans la loi et dans les faits ; mais les hommes du passé sont à remplacer comme les habitudes elles-mêmes. Il faut que des hommes pénétrés de l’amour du bien social arrivent au gouvernement et à l’administration des intérêts sociaux, et que le sentiment de Ta justice pour tous les citoyens soit leur premier mobile.
- Lorsqu’on voit, en présence des réformes nécessaires à l’amélioration de la condition des masses, l’ignorance des classes dirigeantes sur ce qui est à faire; lorsqu’on voit l’opposition faite à tout progrès par l’égoïsme de ces classes, on se demande comment les réformes pourront s’accomplir et, surtout, comment se constituera le gouvernement qui les réalisera.
- L’ignorance est incapable de constituer ou de réformer quelque chose par elle-même. L’égoïsme ne constitue qu’à son profit. La sagesse, la raison et l’intelligence sont seules capables de réaliser les choses vraiment utiles, mais ces vertus réunies sont à l’état d’exception dans le monde.
- Eh bien, quoiqu’il en soit, ce sont ces vertus exceptionnelles qui ont fait et qui feront se réaliser tous les progrès. Le petit nombre est peu de chose par lui-même ; il est beaucoup par la puissance de la vérité.
- C’est l’affirmation, c’est la revendication, par quelques esprits d’élite, de la souveraineté du peuple et des droits sociaux et politiques en faveur de tous les citoyens, qui a guidé la résistance à l’oppression et qui a fait naître la République en France.
- Cette même notion éclaire le monde,et bientôt les nations européennes secouant le joug de leurs royautés nuisibles se feront républicaines à leur tour. Alors pourra naître la fédération continentale des Etats républicains. Ce sera la sainte ligue des peuples contre les restes du despotisme.
- Telle est l’issue que les événements préparent en Europe aux réformes sociales. Telle est la conséquence inévitable des forces intelligentes qui développent le sentiment du droit et de la Justice distributive dans l’esprit des peuples.
- On commence à comprendre que ce bouillonnement de revendications confuses qui se produit, au nom des masses laborieuses> dans les nations civilisées, est la continuation du mouvement de 89, cherchant cette fois les moyens de l’émancipation des travailleurs et les bases de l’ordre nouveau qui doit consacrer cette émancipation.
- Ce grand problème est certainement l’œuvre considérable que le xixe siècle a pour mission
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- LE DEVOIR
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- de résoudre. Mais la solution n’est pas, comme des esprits superficiels le pensent, dans la formule de quelques décrets tyranniques,étouffant l’ordre existant par l’arbitraire, sans offrir d’autre perspective que l’anarchie comme moyen de constituer un ordre nouveau.
- Les hommes qui ont mûrement médité sur les questions sociales de notre temps et surtout ceux qui ont voulu leur donner la consécration de l’expérience, savent que ces questions ne se résoudront que par le progrès, chez les peuples, du sentiment de leurs droits et de leurs devoirs, et surtout par la connaissance et la mise en lumière des réformes à introduire dans l’économie sociale, pour élever l’ordre nouveau sur les bases de la justice distributive.
- Le progrès se réalise par les vérités et les découvertes que les penseurs et les novateurs apportent à la Société.
- Bien petit est leur nombre et pourtant c’est à eux qu’est dû l’avancement du monde.
- ’ C’est la minorité imperceptible des intelligences animées de l’amour du bien qui ouvre la voie aux Sociétés.
- Les intelligences supérieures sont seules capables des hautes directions.
- Mais pour donner au gouvernement des affaires extérieures et intérieures des nations les solutions les plus conformes à l’économie sociale, il faut que la Société produise les hommes doués du dévouement nécessaire et, en outre, des facultés et des connaissances propres à bien envisager la connexité de toutes les questions politiques et sociales.
- La manière dont se recrutent aujourd’hui les hommes de gouvernement ne satisfait pas à ces conditions. Elle ne fait arriver que par hasard de tels hommes au pouvoir. Car rien n’est préparé ni organisé pour distinguer les capacités directrices, au sein de la multitude.
- Le bon gouvernement des peuples se réalisera lorsque la Société instituera les moyens de distinguer les hommes et de connaître les vrais mérites de chacun.
- L’organisation rationnelle de l’instruction Publique conduira à ce progrès. Le concours et l’élection institués en permanence dans les ecoles, depuis les exercices de la basse enfance jusqu’aux études les plus élevées, permettront
- de connaître les qualités morales et intellectuelles de chacun. Les capacités et les talents se classeront naturellement. Tous les mérites seront alors connus, et les hommes dignes des directions à tous les degrés seront mis en évidence. Je reviendrai sur ce principe constituant du gouvernement de l’avenir.
- En attendant que par une savante organisation de la culture morale et intellectuelle de l’homme, les hautes vertus morales et les hautes capacités intellectuelles soient mises en évidence, il incombe aux penseurs et aux novateurs d’élaborer les réformes nécessaires, d’en étudier les moyens pratiques et d’en déterminer les modes d’application.
- A cette condition la régénération sociale sera préparée, sera possible et pourra assurer aux peuples un sort meilleur.
- Il est également nécessaire que les hommes dévoués à l’affranchissement des peuples agissent en vue de les guider vers ces premières réformes nécessaires : l’extirpation du despotisme du sein des nations, l’abolition du principe monarchique, et l’inauguration du gouver* nement républicain.
- Ils doivent faire, en outre, que l’égalité politique entre les citoyens soit proclamée partout en Europe, et que le suffrage universel soit dévolu à tous les peuples civilisés.
- Quand les nations auront su conquérir ces droits sur l’autorité arbitraire des pouvoirs aristocratiques encore existants, le concert des nations s’établira par affinité de tendance; l’heure de la fédération et de la paix entre les peuples aura sonné ; et le jour luira pour la bonne organisation du gouvernement par les peuples affranchis et libres.
- [A suivre). GODIN.
- FAITS POLITIQUES & SOCIAUX DE LA SEMAINE
- FRANCE
- Chambre dea Députée, — Le fait capital de la semaine a été l’interpellation sur les armements grecs et les déclarations que cette interpellation a entraînées.
- Résumons en deux mots la cause et la marche de cet incident.
- Le recueil de documents diplomatiques publié par le gouvernement anglais et connu sous le nom de Livre
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- LE DEVOIR
- Bleu contient deux dépêches officielles adressées par M. Edwin Corbett au comte Granville.
- La première en date du 7 août parle d’une promesse du gouvernement français de fournir 30,000 fusils au gouvernement grec. La deuxième en date du 19 août constate le désappointement produit en Grèce par le non-accomplissement de la susdite promesse.
- Il est évident que ces documents n’ont plus qu’un intérêt rétrospectif. Si les faits qui y sont exposés sont exacts, il est hors de doute que le gouvernement français n’a pas persisté dans la voie où on l’avait engagé. Les dépêches en fournissent elles-mêmes par leur texte la preuve manifeste.
- M. Devès a interpellé le ministère pour savoir ce qu’il y avait de vrai dans les dépêches de M. Edwin Corbett.
- M. le président du Conseil a établi :
- 1° Que le gouvernement français n’avait pas offert des fusils à la Grèce mais que la* Grèce lui en avait demandé ;
- 2° Que, en raison des interprétations auxquelles une livraison semblable pourrait donner lieu, le président de la République et le conseil des ministres ne pouvaient consentir à l’approvisionnement demandé,même moyennant remboursement;
- 3° Que, tout récemment, des particuliers se sont rendus acquéreurs de fusils de rebut que la direction de l’artillerie avait mis en vente, mais que, lorsque le ministère a appris que ces fusils étaient destinés à la Grèce, il a mis opposition à leur sortie de France, afin d’éviter tout ce qui aurait pu avoir l’air d’un encouragement du ministère français à l’attitude belliqueuse des grecs.
- MaFgré ces explications, il reste bien encore certains points qui sont loin d’être clairs, mais puisqu’il s’agit de faits dont la plupart remontent à un ministère précédent, nous pensons que l’on perdrait son temps à trop insister sur leur importance.
- Il n’est pas établi que le ministère Freycinet n’ait éprouvé aucune velléité belliqueuse, mais ce qui est établi c’est que, sous la salutaire influence de l’opinion publique, le ministère actuel est décidé à ne rien laisser permettre qui soit de nature à ressembler à une intervention quelconque dans la politique extérieure.
- M. Pascal Duprat a considéré que la réponse n’était pas suffisante pour rassurer l’opinion publique qui croit à, tort ou à raison — à tort selon lui — que le président de la Chambre exerçait une puissance irrégulière, en dehors de celle des ministres et qui détourne forcément une part de celle-ci.
- M. Gambetta a répliqué par un discours plein de feu et d’une force oratoire qui rappelle ses meilleurs jours. M. Gambetta a affirmé de la manière la plus péremptoire ue jamais, à aucun moment, il n’est intervenu pour onner des ordres ou même des conseils, en un mot pour peser d’une manière quelconque sur les opinions du cabinet. Il se déclare pour la deuxième fois, partisan de la paix et affirme que si des opinions contraires lui ont été prêtées, ceux qui les lui ont prêtées n’ont agi ainsi que par manœuvre électorale.
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- L’albolition «lu sscruilas. secret. — M. Len-glé a présenté à la Chambre le projet de loi abolissant le scrutin secret. Les considérants de ce projet rappellent:
- « 1° Que dans un pays où le principe de la souveraineté du peuple — pour n’être pas régulièrement appliqué — n’en est pas moins généralement admis, il ne peut y avoir rien de caché entre le peuple et ses représentants ;
- « 2° Que, si les députés élus par le peuple ont le droit de voter comme ils l’entendent, le peuple qui les nomme a le droit de savoir comment ils votent;
- « 3° Que la probité la plus élémentaire interdit au mandataire de dissimuler à son mandant la façon dont il exécute son mandat. »
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- TTme excellente décision. — Une excellente décision qui a été prise par la Chambre mais dont l’opi-
- nion publique s’est trop peu émue, c’est la construction d’un chemin de fer dans le Sénégal.
- En attendant la construction, encore un peu chimérique, d’un chemin de fer transsaharien, reliant la Méditerranée au Soudan, une entreprise plus modeste,mais d’une exécution plus facile, va mettre en rapport la côte du Sénégal avec la principale artère fluviale de cette région, le Dioliba ou Niger.
- C’est une amorce de la grande voie transversale qui, espérons-le, aboutira un jour au lac Tchad, en passant par Tombouctou. Le subside voté à cette entreprise par les Chambres françaises est un fait qui passera sans doute inaperçu; cela n’empêche pas qu’il ne soit peut-être destiné à jouer dans l’histoire du monde un rôle bien plus important que telles résolutions retentissantes ui ont fait couler des flots d’encre, rouler des torrents 'éloquence et dont nul ne se souvient aujourd’hui.
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- «» ïba, «iis. tesrif «les
- douanes continue.
- Le rapporteur général, M. Pouyer-Quertier, fait preuve d’une nouvelle tactique.
- Pour obtenir des droits protecteurs sur les produits manufacturés, le grand filateur vise à acheter l’appui des agriculteurs, en leur promettant des droits protecteurs pour les produits agricoles. Les souffrances causées par trois mauvaises récoltes semblaient présager un succès à l’ardente propagande qu’a faite M. Pouyer-Quertier dans une grande partie de la France. Cependant, à la Chambre des députés, le protectionnisme de la commission a échoué. Le statu çuo a été à peu près maintenu quant aux produits agricoles, et la déception subie par les agriculteurs les a détournés de voter des droits protecteurs pour l’industrie. La situation est la même au Sénat.
- Les orateurs protectionnistes développent trois thèses distinctes. Pour les premiers la surcharge qui résulte pour notre industrie de l’énormité de nos impôts doit être compensée par une surtaxe énorme des produits étrangers; autrement dit : tout est cher chez nous et les étrangers nous font de la concurrence. Empêchons cette concurrence et nos producteurs vendront les prix qu’ils voudront. Oui, mais qui paiera les prix payés par les producteurs? Nous autres consommateurs. Grand merci. Il serait plus simple d’obtenir la compensation cherchée en reportant sur la richesse acquise les impôts qui frappent notre commerce et notre industrie.
- Le 2e groupe protectionniste parle de l’agriculture, de l’invasion des blés américains, etc., etc. L’agriculture se plaint de la cherté de la main d’œuvre et elle ne comprend pas que faire hausser le prix du blé par la prohibition des blés américains, c’est faire hausser du même coup le prix de la main d’œuvre.
- Enfin le 3e groupe se lamente sur la balance du commerce. Impossible à ces braves sénateurs de comprendre que si la France demande des marchandises à l’étranger, c’est qu’elle a intérêt à les en faire venir. Cet avantage ne peut constituer une perte pour le pays ; il y aura compensation d’un autre côté.
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- ILe Conseil municipal «1© 3?ai*is a porté à sa présidence M. Sigismond-Lacroix, écrivain socialiste qui s’est toujours posé en défenseur ardent des libertés municipales.
- Cette élection, ainsi que le discours du président en prenant possession du fauteuil, est de bon augure.
- Il est en effet de toute nécessité qu’une ville instruite, aussi intelligente, aussi riche que Paris jouisse de droits au moins égaux à ceux de la plus misérable et de la plus ignorante des communes de France.
- La seule raison qui a fait tenir jusqu’ici Paris en tutelle est la crainte de voir la capitale être, trop ardente dans ses progrès. Il nous paraît, à nous, que le char du progrès ne roule pas sur un terrain tellement rapide qu’il y ait lieu d’user du sabot. Au contraire, c’est du fouet qu’il faudrait user.
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- LE DEVOIR
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- ALLEMAGNE
- lia question, social© ©t l’Empereur. —
- Le discours du trône prononcé à l’ouverture du parlement allemand contient le passage suivant :
- « A l’ouverture du Reichstag, en février 1879, S. M. l’empereur a exprimé la confiance, eu égard à la loi du 21 octobre 1878, que le reichstag continuerait à donner son appui en me de la guérison des maux sociaux par voie législative. Cette guérison ne sera par cherchée exclusivement dans les moyens de répression des excès socialistes, mais aussi dans l’amélioration réelle du bien être des travailleurs.
- « Dans cet ordre d’idées,la première question à examiner est le soin de ceux d’entre les travailleurs qui sont frappés d’une incapacité de travail. C’est dans l’intérêt de cette classe de travailleurs que S. M. l’Empereur a fait soumettre au Conseil fédéral un projet de loi sur les assurances, contre les accidents, lequel répond au désir des travailleurs et des entrepreneurs.
- « S. M. espère que ce projet sera approuvé en principe par les gouvernements alliés, et qu’il sera bien accueilli par le Reichtag comme le complément des lois contre les tendances socialistes. Les institutions qui devaient délivrer les travailleurs du danger qu’ils courent de tomber dans la misère par suite d’incapacité de travail, d’accidents ou de vieillesse, ont été reconnus insuffisantes, et cette insuffisance a notablement contribué à pousser les travailleurs à chercher dans les menées socialistes un secours à leur situation.
- « Le conseil fédéral est également saisi d’un projet de loi qui, dans un ordre d’idées assez rapproché du premier, doit régler la situation des corporations et donner les moyens d’augmenter, en les concentrant dans des associations, les forces des ouvriers de même genre et d’élever par là leur capacité aussi bien que leur moralité, »
- ANGLETERRE ET IRLANDE
- La **<éaotioii s’accentue de plus en plus en Angleterre. Les plus chères libertés du peuple anglais sont foulées aux pieds par un ministère aux abois. C’est ainsi que le secret des lettres est violé et qu’un ministre anglais a osé reconnaître en pleine Chambre des Communes que ce fait scandaleux était vrai. Chose plus navrante encore : personne n’a protesté. _ _ •
- Pauvre gouvernement anglais ! Le voici réduit à sin ger les procédés de Napoléon III ! Quelle chute pour un pays qui depuis deux siècles était au premier rang des peuples libres,
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- Lemanifestede M. Parnell. —Voici le passage principal du manifeste que M. Parnell adresse aux populations irlandaises :
- Le gouvernement de l’Angleterre ayant pris pour règle la coercition et l’intimidation de nos populations et de leurs représentants au Parlement, et ayant tenté,en réalité, de faire sortir les uns et les autres des limites de la Constitution en faisant usage de moyens illégaux dans le Parlement et dans le pays, deux voies nous restent ouvertes.
- La première c’est que les députés irlandais se retirent en corps de la Chambre des communes et annoncent à leurs électeurs que l’arme constitutionnelle de la représentation parlementaire a été arrachée de leurs mains, et qu’il ne reste que la soumission complète ou l’appel à la force pour nous opposer à la violence dont on a déjà commencé à user contre nous.
- La seconde, c’est l’autre terme de l’alternative, semble être que nous travaillions avec une énergie absolue à creuser nos lignes et à élargir le champ de notre agitation, faisant appel à ces grandes masses de populations de l’Angleterre et de l’Ecosse, qui sont beaucoup moins représentées dans la Chambre des communes que les populations irlandaises elles-mêmes.
- J’ai rejeté le premier de ces deux moyens, mais le se-
- cond nous présente beaucoup d’éléments d’espoir pour le succès définitif.
- Ainsi que j’ai dit, le Parlement est actuellement gouverné par les propriétaires, les industriels et les marchands de la Grande Bretagne.
- Au moment des élections,les meneurs des deux partis politiques mettent en mouvement certains ressorts, et la masse des électeurs est poussée vers les urnes pour enregistrer les décrets de tel ou tel comité, dont le but n’est point d’assurer le bonheur du peuple, mais de gagner des places et d’arriver au pouvoir. L’opinion publique en Angleterre, au sujet de l’Irlande, est ainsi pervertie systématiquement et de parti pris. Cependant,une agitation énergique en Angleterre et en Ecosse changerait la situation.
- L’établissement du « household suffrage » dans les comtés, qui aura certainement lieu avant les élections générales prochaines, sonnera le glas du système agraire anglais, pendant que l’apparition d’un candidat ouvrier ou paysan dans chaque collège électoral de l’Angleterre ne tardera pas à mettre à la raison le radicalisme de la Chambre des communes.
- L’union entre la démocratie anglaise et le parti national irlandais,sur la base dn rétablissement du droit pour l’Irlande de confectionner elle-même ses lois, le renversement du système qui régit actuellement la propriété dans les deux pays, et l'affranchissement du travail des impôts écrasants,nécessités par le maintien d’une armée et d’une flotte permanentes, exerceront une force irrésistible, mettront fin à une lutte séculaire et cimenteront une amitié étemelle basée sur l’identité des intérêts et la confiance réciproque entre les deux nations,
- ITALIE
- Le® droit» d© la femme. — On lit dans le Figaro, journal peu suspect de radicalisme ;
- Dans une réunion républicaine, une femme, Mlle Mozzoni, de Milan, a parlé de rémancipation de la femme et de la nécessité d’accorder le droit de vote à la plus belle moitié du genre humain. Belle de sa personne, pleine d’énergie et parlant avec une très grande facilité, Mlle Mozzoni a su se faire écouter et se faire applaudir. Résumant à grands traits l’histoire des tentatives faites par son sexe pour reconquérir ses droits, elle a parlé de la part prise par les femmes dans les mouvements politiques qui ont précédé la Révolution française du siècle dernier.
- Elïe a conclu ainsi :
- « Je demande aux mazziniens si, dans les volumes de leur maître immortel, il y a une seule parole qui fasse allusion à une inégalité morale entre l’homme et la femme.
- — Non, non, s’écrient les mazziniens, en applaudissant avec frénésie.
- a Je demande aux socialistes si l’émancipation de la femme n’est pas la base des réformes sociales auxquelles ils aspirent.
- — Oui, oui ! s’écrient les socialistes.
- « Je demande aux athées, dans quelle nouvelle Bible ils ont trouvé que la femme doive être inférieure à l’homme dans ses droits et ses devoirs.
- « Je demande à la démocratie parlementaire si elle est convaincue que les votes par lesquels elle a pu pénétrer dans la Chambre, ont été donnés par des intelligences supérieures à celles des femmes.
- « Je dis enfin à toute la démocratie qu’en excluant les femmes des réformes sociales,elle tomberait presque dans le ridicule et donnerait preuve d’impuissance morale. »
- Ces paroles hardies ont soulevé un tonnerre d’applaudissements et Mlle Mozzoni remporte une brillante victoire en faisant voter par Rassemblée un ordre du jour dans lequel s’est affirmé et proclamé, pour l’homme comme pour la femme, le droit à l’intégrité du vote. »
- y BELGIQUE
- Mejiurofii anti-el4rieale®. *- A la Chambre
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- LÈ DEVOIE
- des représentants belges et malgré les déclarations du ministre de la justice, l’extrême gauche a fait adopter des amendements diminuant des deux tiers le nombre des vicaires et réduisant le traitement d’archevêque à 15,000 fr. et celui d’évêque à 10,000 fr.
- TUNIS
- TJn «ri>livrainternational. — La France et l’Angleterre vont donner le bon exemple d’un nouvel arbitrage. Un M. Lévy, de Malte, dispute à une Société française, l’Eüfida, une vaste propriété située près de Tunis et vendu© à la Société par Kérédine-pacha. Chaque partie se réclamant de son gouvernement, les deux cabine* s sont d’accord de soumettre la question k des arbitres. Les parties auraient bien pu faire cela d’elles-mêmes.
- ÉTATS-UNIS
- JLifi peine de mort. — Peu de jours avant le moment où notre Chambre des députés a pris en considération la demande de M. Louis Blanc pour l’abolition de la peine de mort, le Gouverneur de l’Etat de Massachusetts engageait les citoyens de cette république à effacer cette peine de leur code en s’appuyant sur l’expérience qui en démontre l’inefficacité,
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- Mouvement en faveur «le Pïrlaade. —
- Trois législatures américaines, celle de la Virginie orientale, celle de l'Etat de New-York et celle du Colorado viennent de se prononcer en faveur de l’Irlande. Des souscriptions se sont organisées à New-York, à Baltimore, à Gbigago, à Cincinnati et à S, Louis.
- A Boston, en plein pays puritain, une adresse de sympathie aux Irlandais a été votée par une très nombreuse assemblée populaire,
- AMÉRIQl IE-MÉRIDIONALE
- La guerre entre le Cliili et 1© Pérou. — La prise de Lima et de Gallao ne paraît pas devoir mettre fin, comme on l’espérait,.à la guerre entre le Péiou et le Chili.
- Les dernières nouvelles annoncent que les deux ar mées ennemies sont à peu de distance l’une de l’autre et qu’une bataille décisive est imminente.
- ' ASIE CENTRALE
- Situation. — Les perspectives qui s’offrent aux Russes dans l’Asie centrale sont peu rassurantes, s’il est vrai que les tribus de Merv refusent de se soumettre et qu’e les se préparent au contraire à une énergique résistance. Or le dénombrement des pertes subies par les deux armées dans l’affaire de Geok-Tepe prouve assez qu’il faut compter avec ces belliqueux indigènes. Ce qu’il y a de plus grave dans cette nouvelle, Vest le bruit que le général Skobeleff aurait l’intention de passer sur le territoire persan, probablement pour tourner le défilé de Tiljend, situé sur la route directe entre Merv et Geok Tepe, où l’on se disposait à lui barrer le passage. Gomme il est peu probable que eetle violation de frontière se fasse sans l’assentiment de la Perse, il faudrait y voir, si ce bruit se confirme, la preuve d’une alliance entre la Russie et le gouvernement du chah, probablement en vue d’une politique commune dans cette partie de l’Orient. Ce serait un grave échec pour l’influence de l’Angleterre, dont la diplomatie avait toujours réussi jusqu’ici à empêcher la conclusion de cette alliance si contraire à ses intérêts,
- LA QUESTION IRLANDAISE
- La Chambra des Lords en repoussant l’année dernière la loi relative à l’Irlande (Disturbance MU), élaborée par M. Gladstone et adoptée par la Chambre des Communes, a commis à la fois une faute politique et un acte de cruauté. Les conséquences de ce vote éclatent aujourd’hui à tous les yeux et leur effrayante gravité s’accentue de jour en jour.
- Le Bill rejeté était cependant bien anodin. Il ne demandait aux Lords aucun sacrifice mais seulement un acte d’humanité : le renoncement pour 18 mois au droit que leur accorde la loi d’expulser les fermiers en retard. Ce n’était rien pour les Lords qui tous possèdent des fortunes colossales, c'était beaucoup pour les fermiers qui, en tout temps, sont misérables et qui, à ce moment, l’étaient plus encore par le fait de deux mauvaises récoltes successives.
- Le ministère en donnant aux pauvres fermiers la certitude d’avoir pendant quelques mois un domicile et un morceau de terre, voulait avant tout calmer leur anxiété et les mettre à l’abri de cet effroyable fléau qui de temps à autre s’abat sur l'Irlande, la famine. Il espérait aussi produire une accalmie à la faveur de laquelle le Parlement aurait pu étudier, avec l’attention nécessaire, les réformes du régime foncier proposées par M. Bright.
- La Chambre des Lords, sortant de sa torpeur traditionnelle,s’émut de l’attitude du ministère. MC les Lords tiennent à leurs privilèges, et malheur à qui parle d’y toucher. Ils résolurent donc 'de créer des embarras au ministère et le rejet du bill qui suspendait le droit d’expulsion fut le premier acte de cette politique néfaste.
- On sait ce qui en résulta. Beaucoup de pauvres fermiers irlandais qui se trouvaient dans l’impossibilité matérielle de payer leur arriéré reçurent l’ordre de déguerpir. Plusieurs s’y résignèrent sans résistance, d’autres crurent pouvoir rester quelques jours de plus dans leurs pauvres cabanes et en furent arrachés par les huissiers et les constables.
- On put voir alors ce navrant spectacle de puissants seigneurs qui n’ont d’autre occupation en ce monde que celle de jouir de leurs rentes/condamner à la faim ou à l’exil les pauvres familles qui depuis des années, des siècles même, travaillent et peinent pour leur fournir ces revenus. O honte ! des barons, des comtes, des marquis célèbres par les sentiments pieux dont ils font étalage et par les libéralités prin-eières dont iis gratifient chaque année les sociétés bibliques, n’eurent pas une seconde d’hésitation à ordonner des actes de la plus navrante inhumanité.
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- LE DEVOIR
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- Non contents do détenir des terres arrachées à leurs \ propriétaires légitimes par la persécution ou par le carnage, ils voulurent que le dernier sou qui pouvait se trouver dans la poche du cultivateur en fat arraché pour être ajouté aux sommes énormes qui dorment dans leur coffre-fort.
- C’en était trop. Les Irlandais sentirent que les dernières limites de l’odieux étaient dépassées et que s’ils résistaient ils auraient pour eux les sympathies de tous ceux qui ont quelque respect pour la justice et quelque compassion pour le malheur.
- Forts du sentiment de leur droit, les fermiers se constituèrent en ligue Ils décidèrent d’abord de s'opposer aux expulsions, mais bientôt, exaspérés parles procédés inhumains et brutaux des lords et de leurs acolytes les gendarmes, ils résolurent de faire une grève générale de paiement. Cette décision fut suivie. Aujourd'hui non-seulement la Land League protège dans la mesure deses forces les fermiers qui ne peuvent payer, mais à ceux qui pourraient payer elle interdit de le faire. Ainsi non seulement les Irlandais sont d’accord entre eux pour continuer à occuper leurs fermes, mais ils sont d’accord aussi pour ne pas donner un penny aux propriétaires. C’est une situation qui, à notre connaissance, n’a eu son précédent dans aucun temps ni chez aucun peuple.
- Dans tout autre pays que l'Irlande une telle situation serait déjà des plus graves. En Irlande elle l’est bien davantage encore, car elle s’envenime de revendications deux fois séculaires.
- Le propriétaire en Irlande n’appartient pas au pays. Il vient du dehors, le plus souvent il vit au dehors. Il est resté étranger au peuple conquis, il n’a jamais^voulu se mêler à lui, l’accabler de s'es vexations et de son dédain. Aussi l’Anglais est depuis deux siècles l’objet de l’exécration de l’Irlandais. De là une première raison de résistance, basée sur une hostilité héréditaire.
- Ce n’est pas tout. Le propriétaire en Irlande n’a pas acheté sa propriété. Il ne la possède qu’en vertu du pouvoir de la force ; il l’a héritée de ceux qui l’ont arrachée les armes à la main aux légitimes propriétaires. Delà une deuxième raison pour résister, basée celle-ci, sur des considérations de justice.
- Enfin — et c’est là ce qui envenime le plus la question — celui qui est fermier aujourd’hui en Irlande, celui qui souffre de la dépendance, celui qui a toutes les charges, toute la peine, tous les soucis, sait qu’jl est le descendant direct de l’ancien propriétaire dépouillé, et sait aussi que celui qui a l'indépendance, qui a le commandement, qui n’a aucune charge, aucune peine et qui accapare tous les revenus est le descendant direct du conquérant dé-
- pouilleur. De là une disposition parfaitement légitime ^ de l’Irlandais à se considérer non pas comme rebelle, mais comme justicier.il se dit qu’un crime ne peut être absous par ce qu’il s’est perpétué depuis deux siècles. En conséquence, il se refuse à demander une faveur, mais il exige une restitution.
- H n’y a pas à s’y méprendre, ce qui est surtout et avant tout l’objet de l’activité de la Ligue irlandaise, c’est la restitution du sol à ses détenteurs primitifs. Ce n’est plus la suprématie politique de l’Angleterre, mise en cause dans les mouvements irlandais d’autrefois, qui est mise en cause dans celui d’aujourd’hui, c’est le droit de propriété des lords qui est contesté. La revendication porte même plus haut. Elle va jusqu’à dire que la terre ne doit pas être un monopole et que si elle doit être attribuée à quelqu’un c’est à celui-là seul qui l’arrose de ses sueurs.
- La situation de l’Irlande quant au régime foncier n’est pas sans analogie avec celle de la France il y a un siècle. Le vice est la même, toutefois il est beaucoup plus développé là-bas qu’il ne l’était chez nous. La question s’envenime en outre de tous les griefs que nous venons de résumer.
- On comprend qu’une agitation aussi légitime ne peut mar quer d’avoir, même au dehors de l’Irlande, un énorme retentissement. M. Parnell, le chef de l’agitation, n’épargne rien pour que ce retentissement augmente encore. Le manifeste qu’il vient de lancer n’a pas d’autre but.
- Déjà en Ecosse, en Angleterre, des journaux et des revues ne craignent pas de réclamer un meilleur régime de la propriété. D’éminents penseurs contestent aux lords leurs privilèges politiques et sociaux et il se trouve même de puissants seigneurs, comme lord Monteagle, pour se rallier hautement à cet ordre d’idées.
- Tout cela est significatif. Quand une puissance dirigeante a une origine irrégulière et qu’elle voit contester ou même nier résolument la légitimité de cette origine, elle est bien malade. Du jour où en France la noblesse a vu contester la légitimité de ses privilèges, elle a perdu le prestige et la considération qui faisaient surtout sa force; du jour où les philosophes eurent nié le droit divin des rois de France, le trône perdit de sa solidité ; du jour où le 2 Décembre fut discuté par l’opinion, le dernier Empire fut condamné à disparaître, C’est que les idées font leur œuvre. Elles ont beau cheminer sourdement, elles atteignent leur but. Elles sont longues à se mettre en marche, mais une fois lancées elles sont difficiles à arrêter. On le verra bien pour l’Irlande. L’aristocratie anglaise apprendra à ses dépends
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- LE DEVOIR
- qu’une violation de la justice peut rester impunie pendant des années, voir même pendant des siècles, mais qu’elle ne saurait le rester éternellement. L’heure du règlement de compte ne sonnera peut-être pas encore demain, mais elle sonnera sûrement un jour ou l'autre.
- D’ailleurs au train dont vont les choses, elle sonnera peut être plus vite qu’on ne pense. Les propriétaires font tout ce qui dépend d’eux, pour se rendre aussi odieux que possible. Dans la rage où les a jetés la formation de la Land League ils cherchent à se venger en commettant des exactions abominables sur les fermiers qui ont le malheur d’être trop à l’é cart pour que la Ligue puisse les protéger efficacement. On voit exécuter à l’égard de ces malheureux des actes inconnus partout ailleurs. Le cœur se fend quand on songe que cet hiver, aux jours les plus durs de cet hiver, il s’est trouvé des lords, de richissimes lords, assez dépourvus d’entrailles pour faire effondrer les toits de misérables cabanes où végétaient de pauvres locataires ruinés ! Et ces malheureuses familles ont été jetées à la rue, hommes, femmes, vieillards, enfants à la mamelle, tous n’ayant sur le corps, comme c’est toujours le cas en Irlande, que des haillons dont nos pauvres ne voudraient pas! Et ces infortunés, sans travail, sans nourriture, sans espérance d’en acquérir, sans un lieu pour pouvoir se réfugier, erraient par les chemins sous les pluies torrentielles et les vents furieux de l’hiver irlandais jusqu’à l’heure où l’autorité leur rendait le service de les arrêter comme vagabonds 1
- Ah ! quand de telles abominations peuvent être commises froidement et au grand jour, quand les principes les plus élémentaires de la justice et de la bienveillance sont foulés aux pieds sans scrupule, quand il n’y a plus de compassion ni pour l’enfance innocente, ni pour la vieillesse infirme, ni pour la destinée de ceux qui ont tout perdu, ah ! quand un pays en est là, quand une classe privilégiée est seule auteur de ces maux et quand les opprimés sont cent fois plus nombreux que leurs oppresseurs, les événements les plus imprévus deviennent vraisemblables, on est fondé à tout craindre pour les uns, et pour les autres à tout espérer. En. Champury.
- Le® îles Fidji
- Ces îles nouvellement annexées à l’Angleterre commencent à devenir prospères. Le sucre y vient à merveille.
- Le petit bourg de Levuka s’étant laissé devancer en population par Suva, cette dernière localité est devenue capitale.
- Quand le président gouverneur, sir Gordon, occupa l’archipel des Fidji, les chefs indigènes parurent très-affectés,aujourd’hui la meilleure entente existe entre les Anglais et les indigènes*
- NOUVELLES DIVERSES
- Encore nue mervelle scientifique. —
- L’excellente revue scientifique anglaise Nature annonce une découverte des plus extraordinaires.
- Un savant anglais vient do réussir à photographier, à l’aide de l’électricité, un objet qui se trouvait dans une .autre chambre que le papier recevant l’image. La transmission de la figure avait eu lieu par l’mtermédiaire d’une pile de Bunsen et de fils télégraphiques. Les merveilles du téléphone du phonographe et du photophone sont donc dépassées.
- Où s’arrêtera la science ?
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- Une femme reçue médecin est Belgi-qiae. — Mademoiselle von Diest vient d’ètre reçue médecin par la faculté de Bruxelles. C’est la première fois en Belgique que ce titre est conféré à une femme.
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- Mort «Pnsi explorateur. — L’Afrique vient de faire une nouvelle victime dans la personne d’un voyageur français, M. Lêgeret, qui avait entrepris d’explorer les régions presque inconnues comprises, à l’orient de ce continent, entre le cap Gardafui et le bassin du Nil. Ce vaillant explorateur a été assassiné avec sa suite, en traversant le territoire des Gallas, au sud de l’Abyssinie.
- ».
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- Un. congrès socialiste universel est convoqué pour le 2 septembre et jours suivants à Zurich.
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- Monument à Carnot. — La petite ville de Nolay, en Bourgogne, patrie de Carnot, va élever une statue au grand ministre républicain qui « organisa la victoire ».
- Une souscription ouverte pour l’érection du monument a produit 25,000 fr., auxquels l’Etat vient d’en ajouter 15,000,
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- Un© femme compositeur. — Nous avons déjà signalé les succès d’une femme comme compositeur de musique, Mme Hoimès ; aujourd’hui nous pouvons signaler ceux d’une femme compositeur, Mme de Grandval.
- Mme de Grandval est auteur d’une œuvre couronnée au concours Rossini. la Fille de Jaïre, sorte d’oratorio sur des paroles de M. Paul Collin.
- Cette œuvre a été exécutée jeudi 10 au Conservatoire de Paris; les frais de la représentation ôtaient faits par l’Institut, conformément aux prescriptions du legs de Rossini accepté par l’Institut.
- La Fille de Jaïre a obtenu un succès d’estime de la part des habitués du Conservatoire, connaisseurs délicats et difficiles.
- L’œuvre de Mme de Grandval n’a pas eu dans la presse le retentissement qu’elle n’aurait pas manqué d’avoir si la représentation eut été donnée un autre jour. Malheureusement le même soir où la Fille de JcCire était interprétée au Conservatoire, l’Opéra-Comique donnait la première d’un opéra posthume d’Ofïenbach. MM. les critiques des grands journaux—qui à Paris, en matière d’art, mènent l’opinion par le bout du nez — ont jugé qu’ils remplissaient mieux leur mission en allant entendre l’œuvre d’un musicien follichon déguisé en compositeur sérieux qu’en allant entendre l’œuvre grave et religieux d’une femme compositeur couronnée par le Conservatoire.
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- Le Divorce et la Nouvelle Eevue, — Dans sa chronique politique de la quinzaine, la Nouvelle Revue critique vivement le rejet par la Chambre de la proposition de rétablissement du divorce et conclut ainsi :
- « M. Naquet a eu raison lorsque, sans s’émouvoir autrement du vote qui faisait naufrager sa loi favorite à l’entrée du port, il en a philosophiquement appelé de la Chambre de 1881 à la Chambre de 1882.
- Celle ci lui donnera sa revanche de celle-là, et, pour être différé, le divorce n’est pas perdu. La faute que l’on vient de commettre n’en est que plus palpable et plus grande, — faute politique et faute de conduite.
- Ministres aussi bien que députés, les uns en poussant à la négociation, les autres en s’y laissant entraîner, ont donné raison aux adversaires qui leur reprochent d’avoir sans cesse les mots d’innovation et de réforme à la bouche, mais de n’en posséder ni le tempérament, ni le sentiment, ni la volonté.
- En se mettant en travers d’une chose pour laquelle le pays était mûr, qu’il appelait, qu’il attendait, on a perdu de sa force vis-à-vis des impatients et des extrêmes, car ils seront en droit de prétendre que la résistance,, chez les hommes arrivés, est la même pour une demande raisonnable que pour les impossibilités ou les extravagances. Puis que deviennent encore une fois les déclarations du passé, les promesses faites au progrès, les reproches lancés contre les régimes que l’on combattait? On s’est laissé arrêter par les arguments surannés que l’on accusait jadis les autres d’écouter d’une oreille complaisamment endormie. Qu’est-ce que les adversaires du divorce ont trouvé à invoquer ? A. l’instar de leurs devanciers, ils ont parlé de moralité, de famille, de bases sociales. Gomme si rien de tout cela n’existait en Angleterre, en Belgique,, en Suisse, dans les Etats-Unis, où la loi admet le divorce ! Us ont aussi révoqué le mirage des désordres qui déchaînerait infailliblement la loi nouvelle.
- Durant combien d’années n’en avons-nous pas entendu dire autant pour la liberté de la presse, pour les associations d’ouvriers, pour les réunions publiques ? Aujourd'hui tout cela existe en pratique, sinon en droit, et loin qu’il en naisse des perturbations, c’est l’apaisement qui se fait, c’est l’indifférence qui s’établit par l’usage quotidien. Il en eût été de même du divorce, et nous pourrons nous en convaincre le jour où il sera établi. Mais il n’en restera pas moins que les réformateurs ont manqué à la réforme. »
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- Les journaux ennemis die la ï£éptiï>li»
- que en sont réduits à parler sans savoir ce qu’ils disent.
- C’est ainsi que nous trouvons dans un article honte et fragilité les contradictions suivantes :
- a Nous mettons au défi les publicistes républicains de découvrir n’importe où,n’importe quand, quelque chose d’analogue ou d’approchant à la situation honteuse dont nous sommes les témoins humiliés. »
- Et quinze lignes plus bas :
- « Depuis la prise d’armes de la commune, c’est-à-dire depuis bientôt dix ans, pas une émeute, pas un tumulte public, pas une tentative d’assassinat politique, pas un coup de fusil, pas un pavé dérangé de sa place, pas une société secrète découverte et saisie. »
- Eh bien, alors ?
- Ihe& lectures de la femme. — L’un des journaux infects du demi-monde et de la bigoterie,le Tridoulêt publie les lignes suivantes qui contiennent un aveu plein d’ingénuité.
- « Le Tribonlet est essentiellement l’aristocratie et vous le trouverez aussi bien dans le boudoir coquet d’une jolie parisienne, posé en favori sur la petite table de bambou doré, que dans la grande salle majestueuse du manoir féodal, au fond d’une province entre les mains de l’aïeule.
- « Miroir fidèle d’une société d'âiiU, il doit en refléter
- les habitudes aussi bien que les sentiments. Et si, emporté par l’ardeur des batailles, il avait un peu négligé jusqu’ici ce côté mondain qui lui est obligatoire, il fait à ses lectrices amende honorable, bien sûr d’être pardonné.
- « Car, il faut le reconnaître, un journal,désormais,doit compter avec la femme. Quoiqu’elle n’ait aucune prétention au droit de voler, de combattre et de régner,elle veut être au courant débouté chose. Or la politique n'aurait pour elle qu'un médiocre intérêt ; on a donc inventé à son intention la chronique mondaine, une galanterie. » Autrement dit : puisque la femme doit ne rien comprendra aux intérêts de son pays, imbéciliisous-ia et démoralisons-ia.
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- Triste zèle des garde-chasse italieias.
- — On lit dans VEpoca de Gênes :
- Il n’y a pas longtemps que la presse toscane était unanime à blâmer et à dénoncer à l'indignation publique un de ces crimes qui ne se rencontrent que dans ies paj^s les plus barbares. Il s’agissait alors des mauvais traitements infligés à une pauvre femme enceinte qui en était réduite à ramasser quelques petites branches dans le domaine royal de Saint-Rossore, pour avoir de quoi vivre. Ou cria, on protesta contre les cruels et inhumains procédés de l’administration des domaines royaux, mais on ne put obtenir que les coupables fussent punis, ni que permission fut donnée aux pauvres de ramasser des débris de bois à Saint-Rossore, Tombolo ou Goltano, misérable gain qui peut servir à alimenter et à réchauffer la famille par ces rudes journées d’hiver.
- Aujourd’hui la population de Pise et de Livourne est indignée, par un fait plus grave encore, parce qu’il ne s’agit pas de coups ou de mauvais traitements, mais de la mort d’un homme.
- . Dans la nuit de vendredi passé, trois pauvres diables, pauvres par la misère, pénétrèrent dans la propriété de la maison royale, pour ramasser un peu de bois, dont la vente leur aurait permis d’apaiser leur faim, à l’époque où ces bois appartenaient à l’archevêché, 11 était permis au pauvre de ramasser du bois, aujourd’hui que ces bois sont propriétés royales cela est interdit.
- Donc nos trois malheureux, munis de leur butin ehampêtre, ils avaient déjà atteint les limites du domaine, près d’un endroit appelé Yaccareccia, lorsque, aperçus par les garde-chasses royaux, ils furent l’objet d’une vive fusillade.
- Les balles pleuvaient dru sur les infortunés. Se jetant à genoux, ils demandaient la vie sauve, imploraient miséricorde.... mais les gardes royaux tiraient toujours.
- Tout à coup on entendit deux cris stridents... c’étaient deüx des voleurs qui roulaient baignés dans leur sang.
- Le troisième profitant d’un moment d’arrêt de la fusillade se sauva à toutes jambes, avec quelle vitesse vous pouvez penser.
- Un des deux blessés succombait peu à peu à l’endroit même où il était tombé, sans que ses meurtriers lui eussent seulement fourni un verre d’eau. Son cadavre fût trouvé le lendemain par un passant.
- La population de la contrée demande prompte et éclatante justice.
- La vie d’un homme vaut bien ces misérables morceaux de bois que foulent d’un pied dédaigneux les garde-chasses eux-mêmes. L’administration serait-elle ruinée par l’enlèvement de ces morceaux de bois ? N’ôtaient-ils pas plus utiles les domaines que vous administriez autrefois lorsque les pauvres avaient la permission d’y ramasser du bois ?
- Ges domaines n’appartenaient-ils pas à l’archevècliê qui par ancienne tradition, et en vertu d’une réelle concession permettait aux pauvres des communes voisines la cueillette du bois.
- Le convoi de la pauvre victime a été suivi d’une foule considérable.
- La porte de Mars et la porte Neuve étaient occupées militairement par des bersagliers et des carabiniers à cheval j jpour empêcher le convoi funèbre d’entrer dans
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- la ville, et éviter ainsi la manifestation que l’on voulait faire sous les fenêtres du palais de l’administration des domaines royaux.
- Tous désirent que justice soit faite mais l’opinion publique craint que les choses ne se passent comme d’habitude., car elle deute que cette magistrature sache se tenir indépendante de l’influence de la cour.
- LA PEINE DE MORT
- L’abondance des matières ne nous a pas permis de reproduire dans notre dernier numéro l’éloquent discours prononcé à la Chambre par M. Louis Blanc sur la question de la peine de mort. Voici ce discours :
- Messieurs, permettez-moi d’appuyer les conclusions du rapport de mon honorable collègue, M. Marion. Je serai très bref.
- Je réserve pour le débat qui suivra la prise en considération, si, comme je l'espère, vous l’adoptez, ce que j’ai à exposer sur le fond môme de la question, c’est-à-dire :
- Sur le pouvoir monstrueux livré à des juges faillibles de prononcer une peine irréparable ;
- Sur la tragique histoire des innocents juridiquement assassinés ;
- Sur les injustices inévitables résultant de l’application d’une peine qui, n’étant pas divisible de sa nature, frappe également des hommes inégalement coupables;
- Sur la réformation des criminels, rendue impossible par la peine de mort ;
- Sur Terreur qui consiste à lui attribuer une puissance -préventive ;
- Sur son inefficacité partout où elle a été appliquée, et sur les heureux effets de sa suppression partout où elle a été abolie ;
- Sur l’inconséquence des théoriciens de l’intimidation par la peine, lor que, admettant le bourreau, ils repoussent le tortionnaire ;
- Sur l’obstacle mis à l’adoucissement général des moeurs et sur les instincts de cruauté, développés dans les natures perverses par le spectacle du meurtre punissant le meurtre et par les fêtes du sang versé ;
- Enfin sur les considérations d’humanité, de justice et même de sécurité publique, qui commandent le renversement de l’échafaud ;
- Je me bornerai aujourd’hui à quelques mots concernant l’importance de la question soumise à votre examen.
- En parlant de ma proposition, la première fois qu’elle fut présentée, le rapporteur, M. René Brice, disait :
- « La proposition de M. Louis Blanc a soulevé devant vous la plus haute question qui puisse être portée devant une assemblée délibérante. Il n’en est pas qui ait plus longtemps passionné les esprits ; qui ait été plus vivement et plus fréquemment débattue dans les livres, dans les journaux, dans les parlements. «
- Mais ce que M. Brice oublia de dire, c’est que la peine de mort a contre elle un mouvement d’opinion qui s’accentue chaque jour davantage et tend à devenir irrésistible. Il n’est pas, en effet, de condition sociale, pas d’école philosophique, pas de parti politique où elle ne compte des adversaires convaincus.
- Le plus ardent, sinon le plus écouté de tous, sons le règne do Louis-Philippe,, ce fut Louis-Philippe lui-même.
- Flétrie, do nos jours, par Victor Hugo avec une force incomparable et dans un admirable ^langage; éloquemment maudite par Lamartine; attaquée àf diverses reprises, du haut de la tribune française, par MM. Jules Favre, Jules Simon, Victor Sehœlcher, la peine de mort a été traduite devant la raison humaine par les plus célèbres juristes et criminalistes de re siècle : par'Charles Lucas, Faustin Hélie, Ortolan, Bérenger en France ; par Jérémie Bentham en Angleterre; par Garmignani et
- Mancini en Italie ; par Herbst en Autriche ; par Mitter-mayer en Allemagne; par Ilauss Ducpétiaux et Thoais-sen en Belgique ;~par de Sellon en Suisse: par Modder-man, ministre de 1a. justice, en Hollande ; parie savant professeur de droit criminel à l’université d’Upsal, Oii-vecrona.
- Elle a eu contre elle, en Amérique, non-seulement de grands poètes, tels que Longfellow, mais de grands hommes d’Etat, tels que Livingston, Quincy, Adams, Charles Sumner ; de grands orateurs, tels que Windeli Philips ; de grands philosophes, tels que Benjamin Franklin.
- Au nombre de ses adversaires, je dois citer M. Salme-ron, qui, en Espagne, aima mieux quitter le pouvoir
- que d’y rester en sanctionnant une condamnation à mort : mémorable exemple de la puissance des convictions chez un homme de cœur!
- Que dire encore? Il n’est pas juqu’à des princes qui n’aient pris la plume contre l’échafaud : témoin le livre Des peines et des prisons, publié en 1840 par le prince Oscar de Suède.
- La peine de mort a été abolie,' ou formellement, ou virtuellement ;
- En Europe, par la Toscane, par la Hollande, par la Roumanie, par le Portugal, par la Belgique, par la Saxe, par les Etats de Nassau, de Weimar, d’Oldenbourg, de,-Bade, de Wurtemberg, et, sauf pour les crimes politiques, par la Russie ;
- Aux Etats-Unis, par la Louisiane, le Wisconsin, le Michigan, Rhode-ïsland, l’Iowa, le Maine, l'Illinois;
- Dans l’Amérique du Sud, par le Venézuela et l’Equateur.
- Son abolition prochaine est prévue :
- En Suède, où elle fut votée, il y a quelques années, par 103 voix contre 83, dans la seconde Chambre, et ne fut rejetée dans la première qu’à la majorité d’une voix.
- En Italie, où, au mois de novembre 1877, sa suppression dans le nouveau code pénal fut sanctionnée par un vole solennel de la Chambre des députés italienne, et où elle n’existerait plus depuis 1865 si le vote émis alors contre eile par l’Assemblée populaire n’avait rencontré dans le Sénat une opposition dont la patrie de Beccaria avait droit de s’indigner et s’indigna.
- En Angleterre enfin, où de généreux esprits continuent sans relâche et dans le Parlement et au dehors, l’œuvre commencée dès 1846 par ce célèbre comité d’Exeter-Hall dont faisaient partie tant de personnages éminents : le docteur Lushington, Daniel O'Gonnell, " John Brighl, Charles Dickens, et le plus pratique des génies modernes, Richard Cobden.
- Pour ce qui est de la Suisse, qivon ne se hâte pas de lui reprocher d’avoir relevé l’échafaud en effaçant de la constitution fédérale de 1874 l’article 65, qui le supprimait. Ce serait se tromper singulièrement sur le sens de la votation populaire du 18 mai 1879. Cette votation fut en grande partie l’ouvrage des partisans de la souveraineté des cantons, appuyés par les ultramontains. Or, en se prononçant contre l’arlicie 65, les premiers n’entendaient nullement rappeler le bourreau en Suisse : ils ne pensaient qu’à revendiquer en faveur des eau tons la faculté de faire des lois en matière pénale, indépendamment de la Confédération. On ne peut donc pas dire que la Suisse ait relevé l'échafaud. Et la preuve, c’est que depuis le retour du droit pénal à l’ancienne souveraineté des. cantons, la peine de mort n’a ôté rétablie que par trois d’entre eux : Appenzel Rhodes intérieures, Uri et Schvvylz, qui sont parmi les moins avancés en civilisation e’t les moins importants.
- Et l’Allemagne, messieurs, est-elle restée étrangère au mouvement qui finira par faire de l’échafaud une chose du passé ? Non messieurs. Car, le 1er mars 1870, le Parlement de la Confédération du nord de l’Allemagne votait, à la majorité de 118 contre 80, et malgré l’opposition violente de M. de Bismarck,l’abolition de la peine,, de mort. Il est vrai qu’à la troisième lecture du code' pénal, l’Assemblée eut la faiblesse de se déjuger. Le puissant chancelier la faisait reculer devant lui."Mais il ne lui fut pas donné, après tout, d’obtenir plus de cinq
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- voix de majorité, tant il est difficile d’arrêter la marche d’une idée vraie quand son heure est venue i
- Oh ! que Victor Hugo avait raison lorsque, rappelant que même à Otahiti on était arrivé à se passer de l’échafaud, il s’écriait : « La peine de mort s’en va devant le sentiment humain. Il semble que les ténèbres elles-mêmes n’en veulent plus i »
- Et cependant, messieurs, dans notre France, ce pays de la lumière, le principe de l'inviolabilité de la vie humaine n’a pas encore prévalu : d’où cela vient-il ? En 1856, l'illustre ministre italien Cavour disait àM. Charles Lucas : « Ce n’est pas la France qui donnera jamais la première, parmi les grands Etats de l’Europe, l’exemple de l’abolition de la peine de mort, parce qu’en France il est plus difficile peut-être de faire une réforme qu’une révolution. »
- Serait-ce vrai, messieurs? Ce qui est certain, on tout cas, c’est que si l’abolition de la peine de mort n’a pas été encore proclamée dans notre pays, ce n’est pas faute d’y avoir été souvent et puissamment demandée.
- Est-ce que ce n’est pas à la France que revient l’immortel honneur d’avoir en 1791 introduit, pour la première fois en Europe, dans les débats législatifs l’examen de celte grande question ?
- Est-ce qu’elle ne fut pas alors uniquement résolue dans le sens de la destruction de l’échafaud, par les deux comités de constitution et de législation réunis?
- Est-ce que l’abolition de la peine de mort, proposée à la Convention, d’abord par Condorcet, plus tard par Fonfrède ; puis par Lanjuinais, ne fut pas votée le 14 brumaire an IV, en ces termes : « A dater du jour de la publication de la paix générale, la peine de mort sera abolie dans toute la République ? »
- Est-ce que, le 10 octobre >630, la Chambre ne vota pas une adresse au roi pour appeler sa prompte initiative sur une réforme consistant à introduire dans notre législation le principe qui consacre le respect dû à la vie de l’homme ?
- La peine de mort enfin n’a-t-elle pas été abolie en 1818 en matière politique.et pouvons-nous oublier qu’en 1870, la proposition d’abolition, prise en considération à la majorité de 111 voix contre 27 seulement, aurait été sans doute adoptée sans la Révolution qui survint et empêcha d’y donner suite ?
- Mais quoi ! parmi nos hommes d’Etat, il en est un, le président actuel de la République, de qui l’on pourrait presque dire qu’il a aboli la peine de mort en fait, lorsque, usant de la plus belle des prérogatives, il a soustrait à l’échafaud des criminels en faveur desquels il était impossible d’invoquer sérieusement aucune circonstance atténuante.
- Seulement, ce n’est pas de cette façon que la peine de mort doit disparaître. Il ne faut pas que la vie d’un homme dépende de ce qu’il peut y avoir par hasard de philosophie dans les idées d’un autre homme ou de sensibilité dans son cœur. Si le bourreau est nécessaire, laissez-lui tous ses clients ; s’il ne l’est pas, supprimez-le.
- Et comment la société hésiterait-elle à abolir la peine de mort, quand elle est réduite à avouer qu’elleen a honte?
- En 1866, dans un débat dont l’Angleterre fut le théâtre, le lord-chancelier déclara qu’on ferait bien d’étrangler en cachette. L’évêque d’Oxford proposait qu’on annonçât les futures pendaisons intra muros en sonnant une cloche ou en hissant sur la prison un drapeau noir. Aujourd’hui, vous le savez, on ne dépêche plus le patient qu’à huis-clos en Angleterre ; et c’est ce procédé que recommandent en France certains partisans de la peine capitale.
- Il est sûr qne, de la sorte, on couperait court aux" scènes immondes qui sont l’accompagnement obligé des exécutions publiques, et qu’on éviterait le danger de voir des scélérats se faire de la guillotine un piédestal ; mais que devient, dans ce cas, le fameux argument tiré de l'exemple ? Qne devient le prétendu apostolat de l’échafaud ? Car enfin, il faut un auditoire aux prédicateurs, même quand le prédicateur est le bourreau !
- Lorsque la peine de mort était appliquée en Portugal, la plume dont le juge s’était servi pour signer la condamnation était brisée par l’alguazil et jetée par la
- fenêtre du tribunal afin que personne ne pût s’en servir de nouveau. Je comprends cette manière de témoigner l’horreur qu’on éprouve pour la peine capitale, tout en y ayant recours ; mais ce que je ne comprends pas,c’est que la société, ayant à punir des malfaiteurs, descende à imiter leur manière de frapper, qui est de frapper dans l’ombre.
- Ah ! messieurs, c’est là un triste moyen d’éluder une question qu’il faut résoudre. Je l’ai dit : le mouvement (l’opinion qui se prononce contre la peine de mort tend à devenir irrésistible. Eh bien, puisque la France n’a pas la gloire de l'inaugurer, qu’elle ne soit pas du moins la dernière à s’y associer. Rappelons-nous ces fortes et profondes paroles d’iin de ses plus nobles enfants, Victor Hugo : * Pour nous, la guillotine s’appelle Lesur-ques, la roue s’appelle Calas, le bûcher s’appelle Jeanne Darc, le billot s’appelle Thomas Morus, la ciguë s’appelle Socrate, le gibet se nomme Jésus-Christ. »
- Et ne tardons pas plus longtemps ! Car il n’est conforme ni à l'humanité, ni à la justice, ni à l'intérêt de la sécurité publique bien comprise, que la société imprime d’avance à ses erreurs possibles, le sceau de l’irrévoea-bilité ; qu’elle répande le sang pour qu’on désapprenne à le répandre ; qu’elle empêche la réforme des criminels en leur arrachant la vie, et qu’elle s’expose, plus implacable que Macbeth, lorsqu il tua le sommeil, à tuer le repentir.
- TTn héros incla«trïel
- Les héros du dix-neuvième siècle seront décidément les industriels. La biographie de Giilott, l’inventeur des plumes métalliques, vient d’être racontée d’une manière charmante à une séance récente de l’Institut des ouvriers de Birmingham et s’est bien vite popularisée.
- Joseph Giilott est né à Shefïield, d’où il était parti encore tout jeune, chassé par la misère, pour chercher fortune à Birmingham.
- Il fit la route à pied et, avant d’entrer dans la ville, il s’assit sur un escabeau à la porte d’un cabaret pour se rafraîchir. Il paya de son dernier penny une pauvre demi-pinte de bière, seule nourriture qu’il eut prise de la journée. Cet escabeau a figuré pendant bien des années au milieu des salons dorés de Joseph Gillolt, le millionnaire, qui aimait à s’y asseoir eu racontant cette première épreuve de sa vie. Il obtint bientôt du travail chez un fabricant de boucles et en peu de temps commença à travailler à sou propre compte. Il se fit « maître de mansarde », ce qui, à Birmingham, veut dire qu’il acheta ses matériaux et fabriqua de ses mains l’objet qu’il allait revendre aux fabricants en gros. Bien souvent ces « mansardes » ont été le point de départ de grands ateliers qui sont devenus, à leur tour, des fabriques ou des usines considérables.
- Tel fut le sort de Joseph Gilioti, qui commença dans un galetas, où il façonnait lui-même ses boucles'd’acier mais cela avec tant"de goût et tant d’adresse, qu’en peu de temps les « boucles de Giilott » se vendirent plus cher que toutes celles faites par d’autres ouvriers. Ce fut alors que le hasard, ce grand ami du génie, ou plutôt celte attraction en quelque sorte providentielle qui met tant d’hommes dans le vrai chemin, le guida vers un Eldorado dont il n’avait pu rêver l’existence. Il était en ce moment fiancé à une jeune fille qui travaillait avec ses deux frères à fabriquer ce qui était alors une grande nouveauté dans le commerce : les becs de plume en fer. Ces jeunes gens travaillaient complètement à l’aventure, s’occupant à tailler, frapper-, découper et rogner avec une grande peine pour former un article à peu près présentable. Mais Joseph Giilott devina tout de suite que l’emporte-pièce pourrait être employé à frapper des quantités innombrables de plumes en moins de temps qu’il n’en fallait pour en façonner quelques douzaines à la main. Il s’était exercé, dès l’origine, à fabriquer lui-même ses outils, et il put appliquer son expérience à obtenir un résultat satisfaisant dans cette
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- LE DEVOIR
- nouvelle branche d’industrie. Seul dans sa mansarde, il travailla en secret à se confectionner les outils qu’il lui fallait pour compléter son idée, et au bout d’une quinzaine de jours, il parvint à fabriquer un emporte-pièce au moyen duquel il produisit autant que vingt ouvriers avec l’ancienne méthode.
- Aussitôt son travail connu dans le métier, les commandes dépassèrent les moyens de production à tel point, que le secours d’un associé lui devint nécessaire. Ce fut donc sa fiancée qu’il jugea apte à garder son secret. Il se maria et le résultat de cette union fut un travail assidu de plusieurs années, qui se termina par l’établissement d’une usine immense et la réalisation d’une fortune colossale. Assis sur son escabeau de bois, Gillott aimait beaucoup à raconter à son entourage que le jour môme de ses noces il dut travailler pour compléter certaine livraison urgente avant de partir pour l’église.
- PÉTITION A MESSIEURS LES SÉNATEURS
- Messieurs les Sénateurs,
- La Société pour l'amélioration du sort des Femmes prend la respectueuse liberté d’appeler votre bienveillante attention sur une question que vous allez être appelés à trancher et dont le rejet parla Chambre des Députés porte le plus grave préjudice à une classe nombreuse de femmes intelligentes et laborieuses.
- Nous voulons parler du rejet de l’amendement de M. de Gasté, relatif à la participation des femmes commerçantes à l’élection des juges consulaires ou de commerce. En effet les femmes dans le commerce supportent les mêmes charges et obligations qui incombent aux hommes. Leur signature, valable en affaires, est protestée comme la leur, le cas échéant. Elles sont poursuivies, déclarées en faillite, etc. Elles ont par conséquent le même intérêt qu’eux à faire de bons choix. La presse, même la plus modérée, a été unanime à reconnaître la légitimité de ce droit, dont la formule très-simple pourrait être celle-ci :
- « Les femmes exerçant le commerce, seront assi-« milées aux hommes, et, dans les mêmes conditions, « jouiront des mêmes droits en tout ce qui concerne « les intérêts commerciaux. »
- Permettez-nous d’espérer, Messieurs les Sénateurs, que vous voudrez bien appuyer d’un vote favorable l’amendement qui vous sera soumis, et que vous tiendrez à cœur de réparer ainsi un oubli, nous dirions presque un déni de justice, envers une classe tout entière, dont les intérêts ne sont représentés dans aucune de nos deux Chambres.
- Veuillez agréer, Messieurs les Sénateurs, l’expression de nos sentiments les plus distingués,
- La Présidente : Maria Deraismes; les Vice-Présidentes : Louise David, V. Griess-traut; la Secrétaire : Z. Hippeau; la Trésorière : Ve Guérin*
- LES BANQUES POPULAIRES EN ALLEMAGNE (1)
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- La deuxième partie du rapport de M. Schulze-Delitzsch est consacrée tout particulièrement aux Banques populaires.
- On sait quel intérêt incessant cet économiste distingué accorde à ces banques qu’il a l’honneur d’avoir inventées.
- Rappelions sur quelle base M. Schulze a constitué ses premières banques populaires. Il avait remarqué que ce qui manque le plus à l’ouvrier pour pouvoir améliorer son sort, c’est le crédit. L’ouvrier, même si son salaire est élevé ne peut puiser aux sources du crédit; sa position est soumise à toutes les chances de la vie, la maladie, le chômage, la mort. M. Schulze se dit alors : <* Si l’on groupait ces hommes qui ont une valeur, mais une valeur fragile, on donnerait à l’ensemble ainsi constitué la permanence et la solidité qui manquent dans l’état d’isolement. Que ces ouvriers s’unissent par un lien solidaire , chacun répondant pour tous et tous pour chacun, et le crédit, qui leur fait individuellement défaut leur sera collectivement acquis. Puis, au moyen de l’épargne et de la capitalisation des bénéfices, l’action du crédit sera facilitée et accrue. Grâce à cette combinaison la valeur de l’individu sera élevée en puissance.
- Les membres qui sont admis à faire partie de ces banques acquittent d’abord des droits d’entrée, payent des cotisations annuelles et consentent à des retenues périodiques sur leurs parts dans les bénéfices. La garantie solidaire pour les emprunts contractés par la société est imposée à tout adhérent. Quand il s’agit d’avances demandées par un des membres et dépassant certaines limites, la garantie d’un autre membre de la société est demandée.
- Les banques populaires allemandes en consentant à leurs membres des avances, permettent à ceux-ci de se procurer des approvisionnements en demi-gros et par conséquent à meilleur compte et même de se procurer les ressources et les avantages nécessaires à l’exercice et au développement de leur industrie privée. Grâce à elles l’ouvrier peut se constituer une petite épargne ou une vie plus facile ; il peut même passer de l’état d’ouvrier à l’état d’artisan et de l’état d’artisan à celui de patron.
- Ces banques sont donc dignes de la sympathie de toutes les personnes qui s’occupent de l’amélioration du sort des ouvriers. Il est intéressant de voir quelle est leur marche.
- Malheureusement la partie du rapport de M.
- (I) Voir notre n4 du 6 février, page 9S.
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- Schulze-Delitzsch qui s’occupe plus particulièrement de ces banques n’offre pas tous les renseignements que l’on aurait pu désirer, et cela par le fait que le nombre des sociétés qui ont envoyé en 1879 leur rapport au secrétaire syndic, a été inférieur à celui de 1880.
- 889 banques populaires seulement avaient envoyé leurs rapports. Ces 889 banques comprennent 459,033 membres associés.
- Le mouvement d’affaires de ces banques pour 1879 s’élève à un total de 1,760,632,200 francs. Ce chiffre mis en présence de celui fourni par les rapports des mêmes banques pour les années précédentes prouve un accroissement d’affaires.
- Si l’on examine les ressources qui ont permis un tel mouvement d’affaires,on voit que le fonds capital de ces banques n’en constitue qu’une faible part. Le total des fonds de ces banques se montait au 31 décembre 1879 à 141,303,600 francs, ce qui témoigne d’un accroissement qui n’est pas sans importance. L’ensemble des capitaux provenant de dépôts, de prêts, de services d’épargne, etc., monte à un chiffre beaucoup plus considérable que le chiffre des capitaux sociaux. Il s’élevait à la fin de 1879 à437,428,400 francs. Les banques avaient même à ce moment là plus d’argent en dépôts à vue ou à court délai qu’elles ne pouvaient en employer pour leurs affaires.
- La statistique par profession des membres des banques populaires est malheureusement incomplète.
- Le rapportée M. Schultze Delitzsch n’étudie à ce point de vue spécial que 747 sociétés comprenant ensemble 366,699 personnes. La classe la plus nombreuse est celle des artisans indépendants. Elle comprend 85,031 sociétaires, soit 31 0/0. Les banques populaires n’eussent elles pour résultat que d’élever la condition des petits commerçants et des ouvriers aisés, et de soustraire seulement cette partie des classes industrielles à l’action absorbante des grands capitaux, il faudrait encore applaudir, dans ce cas, à leur bienfaisante influence, mais leur action ne s'arrête pas là. D'autres groupes sociaux bénéficient de leurs bienfaits *
- Il est vrai que par suite de raisons toutes spéciales les banques populaires n’ont pu jusqu’ici— et cela est regrettable — rendre des services aussi importants à la classe des agriculteurs que ceux qu’elle rend à la classe des artisans mais par contre elles en rendent aux ouvriers proprement dits. Ainsi le nombre des ouvriers qui ont bénéficié des avantages des Banques populaires, leur nombre était à la fin de 1879 de 38,799 personnes, soit 10,05 0/0. Ce chiffre est loin d’être aussi élevé qu’on pourrait le désirer, toutefois il suffit à réfuter l’imputation faite par certains écri-
- vains aux Banques populaires d’être seulement utiles aux classes moyennes.
- Les Banques populaires ne sont pas fermées à l’ouvrier pauvre; elles lui sont, au contraire, ouvertes moyennant un faible droit d’entrée, à la condition toutefois qu’il réunisse des garanties de moralité et de capacités suffisantes pour qu’on puisse compter sur son exactitude à remplir ses engagements. C’est la valeur de l’homme et non celle des fonds dont il dispose qui détermine sou administration ou son rejet. On dira que 38,799 ouvriers seulement bénéficient des bienfaits des banques populaires allemandes et que c’est peu pour un pays aussi peuplé que l’Allemagne. C’est vrai, mais si peu que ce soit c’est toujours plus que rien. Ce chiffre ira certainement en s’élevant.
- Il ne faut pas perdre de vue non plus que ce chiffre de 38,799 ne représente pas la totalité des ouvriers qui bénéficient des banques populaires, mais seulement le nombre d’ouvriers qui se trouvent faire partie des 747 sociétés qui ont établi une statistique de leurs membres par professions.
- Or, ne l'oublions pas, les banques populaires allemandes ne sont pas seulement au nombre de 747, mais bien au nombre de 1866.
- A en juger par leur succès croissant, il est bien certain que les banques populaires n’ont pas dit leur dernier mot. On est en droit de fonder sur elles les plus grandes espérances, surtout une fois que le peuple allemand aura obtenu la liberté à laquelle il aspire et à laquelle il a droit.
- (A suivre).
- Le sanscrit langue vivante
- On se figure généralement le sanscrit comme une langue absolument morte quand on ne va pas jusqu’à le considérer comme une langue de convention qui n’aurait jamais été parlée.
- C’est une erreur. Voici ce que dit à ce sujet M. Monier Williams dans l'Athenœmn :
- « Le sanscrit est employé dans l’Inde comme instrument de conversation et moyen de correspondance. C’est une sorte de « langue franque » pour les hommes instruits dans un pays où se heurtent tant de langues n’ayant aucune affinité entre elles, ou en ayant trop peu pour qu’on se comprenne, même quelquefois entre voisins.
- a M. Cust a montré qu’on parle jusqu’à 200 langues et dialectes dans l’empire Anglo-Indien. Quelle impossibilité d’entente s’il n’y avait pas un lien commun entre les hommes instruits des diverses contrées de ce grand pays ! Que faire sans le sanscrit et l’hindoustani ?
- « On dit le sanscrit mort. Mais, vraiment, peut-on traiter de morte une langue qui vibfe toujours dans la pensée, dans la parole, dans les lettres d’un grand nombre de personnes intelligentes et qui, de l’Hindou Kouch à Ceylan, exerce encore une puissante influence sur la littérature, la science et la religion ?
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- LES QUARTIERS OUVRIERS M ANGLETERRE,
- Il existe en Angleterre mie loi rendue en 1875 sur les artisans divelling, laquelle impose aux municipalités des grandes villes l’obligation de détruire les quartiers malsains et de les faire remplacer, dans tous les cas et à tous prix par les logements ouvriers offrant une certaine salubrité.
- ’ Cette loi est très juste dans son intention et très féconde dans ses résultats. Les grandes villes anglaises, grâce à cette loi, ont soin de ne pas gaspiller leurs finances dans des travaux de pure ostentation et de ne pas laisser en mauvais état les quartiers pauvres, comme cela se pratique en général dans les grandes villes françaises.
- Malheureusement, les intentions du législateur anglais ne sont pas partout et toujours suivies comme il faudrait. En Angleterre, comme en tout pays, il se trouve des hommes assez peu délicats pour utiliser dans un mauvais but, les lois dictées par les meilleures intentions.
- Les possesseurs de quartiers plus ou moins suspects ont à plus d’une reprise vu dans cette loi l’occasion d’une aubaine. Durant ces cinq dernières années, 32 quartiers malsains ont été signalés à la municipalité de Londres. Au nombre de ces désignations, dont quelques unes n’étaient inspirées que par les intérêts des voisins, 17 n’ont pas été prises en considération. Pour les 15 autres, des projets ont été soumis au ministre de l’intérieur. Six de ces projets ont eu un commencement d’exécution ; les quartiers ont été expropriés et démolis. Ces terrains ont été revendus aux administrateurs du fonds institué par Peabody, mai avec une perte de 3 pence par pied carré, ce qui contitue, pour 50.476.880 pieds carrés, un sacrifice de 643.461 livres sterling.
- Huit autres projets sont assez avancés pour qu’on puisse se rendre compte de l’importance des sacrifices qu’ils nécessiteront. On peut prévoir que le produit de la revente de ces terrains sera inférieur de 350.000 livressterlingàla somme des expropriations.
- L’autorité paraît ne pas hésiter à entreprendre d’autres travaux qui, avec ceux-ci, monteront à un total de 2 millions de livres, 50 millions de francs.
- Voilà des sacrifices qui font honneur à ceux qui se les imposent.
- Et dire qu'il se trouve à Londres des économistes assez égoïstes pour blâmer cet assainissement des quartiers pauvres et pour demander que l’autorité, au lieu de revendre ses terrains à la fondation Peabody qui y construit des bâtiments ouvriers, y construisit des maisons de rapport, comme on a fait à Paris.
- Iha. terre aisx XCtat@-TTz»is
- L’année dernière la Compagnie Burlington a vendu 514,000 acres de terre, celle de l’Union Pacifie 402,000 acres, celle du Nord Pacifie 304,000.
- Les prix de ventes ont varié de 3 à 14 dollars.
- En 1850 il ne comptait que 5361 acr'es de terre cultivés mécaniquement; il yen a aujourd’hui 40630.
- On compte aujourd’hui aux Etats-Unis 230,223 métiers à tisser. Les filatures réunissent 10,921,147 bobines; le nombre des ouvriers de ces industries est de 181,628, la majorité fixée dans les Massachusetts.
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- LA MISÈRE
- il
- %
- « Dans une démocratie qui s’organise, tout doit tendre à élever chaque citoyen au-dessus du premier besoin, par le travail s’il est valide, par l’éducation s’il est enfant, par le secours s’il est invalide ou dans la vieillesse.
- « N’oublions jamais que le citoyen d’une République ne peut faire un pas sans marcher sur son territoire, sur sa propriété. »
- C’est le 11 mai 1794, ou, comme on disait alors, le 22 floréal an II que, en sa qualité de rapporteur du Comité de salut public, sur la question de la mendicité, Barrère laissait tomber ces paroles du haut de la tribune de la Convention nationale. Et poursuivant la même idée : « la terre est la première créancière de la République; elle nourrit la liberté. » Puis un peu plus loin encore : « l’industrie et l’agriculture surtout doivent avoir leurs invalides comme la guerre. Le trésor public doit s’ouvrir en même temps pour le défenseur et le nourricier delà patrie. » Enfin, après avoir critiqué avec vivacité, mais aveejus-tice le régime des hospices et des hôpitaux, après avoir, dans une dernière apostrophe, taxé de stérilité et de barbarie cette pitié qui oppresse les malheureux qu’elle immole, il concluait ainsi : « plus d’aumônes ! plus d'hôpitaux! »
- Plus d’aumône ! plus d’hôpitaux !
- C’est aussi ce que nous disons.
- Nous ne prétendons point par là qu’on doive supprimer immédiatement les hôpitaux et les maisons d’asile, fermer sa bourse à l’indigence, s’interdire et interdire aux autres la charité ; mais reconnaissant, mais faisant mieux encore : proclamant comme le faisait la Convention, le droit de tous au patrimoine commun, la terre, nous voudrions que notre société démocratique reconnut elle-même ce droit et, après l’avoir admis en principe, en fit peu à peu l’application pratique.
- L’on ne saurait trop le répéter, le secours accordé à l’invalide, l’instrument de travail mis à la dispo-
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- sition du valide, les moyens fournis à l’être qui entre dans ce monde de subvenir à son existence, tout cela n’est que l’acquittement d’une dette sacrée, l’accomplissement d’un devoir que prescrit la sociabilité, Mais nous désirerions que l’acquittement de cette dette, que l’accomplissement de ce devoir eussent lieu dans les conditions que comporte la dignité de l'homme et ne portàssent en rien atteinte à ses rapports avec ses semblables, parents, amis ou étrangers. Mettre fin à un régime qui transforme la misère ici, en une institution qui, à la dévotion de philanthropes commissionnés, patentés et plus ou moins décorés, fait dans des ateliers dits de Charité une concurrence désastreuse au travail libre, et là en un instrument de guerre dont une partie factieuse du clergé se sert pour battre en brèche la République. .. Mettre fin à un pareil régime, dirons-nous, telle est la première œuvre à laquelle aviser !
- L’assistance et l’aumône, nous le savons, sont deux choses bien distinctes.
- L’assistance doit être une indemnité... une indemnité accordée au malheur involontaire et dans la proportion de l’étendue de ce malheur. Que si une partie des revenus publics doive être consacrée à la distribution de secours aux malheureux, sous quelque forme que ce soit, ces secours servent à soulager les misères réelles, le malheur involontaire, comme nous venons de le dire, et non plus à soudoyer, comme cela se voit fréquemment, la paresse, l’espionnage et l’hypocrisie. (Par malheur involontaire, nous entendons celui que l’individu a été dans l'Impossibilité de prévenir ou d?éviter, soit que ses forces aient été insuffisantes, soit que les ressources lui aient manqué.)
- L’assistance, à notre avis, doit être l’œuvre du législateur. Elle fait partie de, où plutôt elle complète le système de la justice distributive. Il ne saurait donc y avoir rien d’arbitraire en elle.
- Il est bien certain cependant qu’une législation en pareille matière, quelque parfaite qu’elle soit, ne saurait prévoir tous les cas d’infortune involontaire; celui qui serait chargé d’appliquer la loi devrait donc avoir égard aux circonstances et, pour se guider dans cette application, tout en tenant compte de la responsabilité individuelle, ne pas perdre de vue le graad principe de la solidarité humaine.
- L’aumône est un acte privé qui ne saurait, pour celui qui donne, tomber sous le coup de la loi. Mais c’est précisément parce que la loi n’a rien à faire avec cet acte, œuvre de la charité, que la plus grande circonspection doit présider à son accomplissement. Nous avons signalé plus haut les inconvénients y attachés, les abus qui en sont la conséquence. Hélas,
- nou's le craignons, ces inconvénients et ce3 abus continueront d’exister longtemps encore malgré toutes les précautions que l’on poara prendre.. Longtemps encore, par exemple, de faux indigents extorqueront la part qui devrait revenir à l’indigence réelle. Néanmoins si nous édictons contre la mendicité, ne proscrivons pas l’aumône : elle va parfois trouver le pauvre honteux, celui qui a réellement besoin et qui cache sa misère comme un vice. Mais souvenons nous aussi que, dans notre société démocratique, selon l’expression d’un célèbre publiciste, « le but de l’économie soc'ale est de faire sortir comme une fleur de sa tige, la Charité de la Justice. »
- Donc, que la France républicaine ouvre la marche ! Qu'elle donne l’exemple au monde en introduisant dans son sein la loi de Justice ! Que la distinction des classes s’efface chaque jour ! Que de notre système économique, en un mot, résulte la disparition du paupérisme et du divisisme, ces deux maladies chroniques dont celle-ci fomente celle-là, et la protestation de l’Aliasverus des légendes n’aura plus de raison d’être, et nul n’aura plus à redouter la menace du vieux tourmenteur des hommes.
- C. P. Maistre.
- 3L*©gï fortifications ou fer
- On termine en ce moment dans les ateliers du Creuset une tourelle en fer destinée à un des forts de nos frontières de l Est.
- Ces nouveaux engins de défense ont une grande analogie avec les tourelles des vaisseaux cuirassés : ils n’en diffèrent que par leur coupole en fer forgé et par une cuve en maçonnerie entourée de terre dans laquelle elles sont couchées et qui leur offre une puissante protection. Les tourelles des navires sont entièrement formées de plaques de blindages.
- La coupole aplatie de la tourelle est donc la seconde partie de l’appareil qui émerge du sol environnant, la section parabolique est disposée de telle manière qu’il est impossible à un projectile de la frapper normalement, et, par suite, de lui causer un dommage sérieux.
- La tourelle est munie de deux sabords placés l’un près de l’autre et destinés à livrer passage aux bouches de deux canons de 150 portant à une distance de 12 kilomètres.
- C’est là son armement. Elle est mobile autour de son axe, ce qui permet aux sabords de se présenter dans toutes les directions.
- A cet effet, elle est munie de galets métalliques analogues à ceux des barrières roulantes des passages à niveau des chemins de fer.
- Ces galets tournent sur un chemin de roulement circulaire établi au fond de la cuve maçonnée, comme dans les plaques tournantes peur locomotives. Le mouvement de rotation s'obtient au moyen hydraulique.
- Telles sont les tourelles que l’on construit au Greusot. Elles sont la reproduction exacte de celles que les Allemands ont déjà installée en Alsace et sur les côtes de la Baltique.
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- L’ASSURANCE OUVRIÈRE EN ALLEMAGNE
- Nous attirons l’attention de nos lecteurs sur les renseignements suivants, sur l’assurance des ouvriers en Allemagne :
- Le projet de Ici concernant l’assurance des ouvriers employés dans les fabriques, dans les mines, etc., etc., vient d’être, par ordre de l’empereur, présenté au Conseil fédéral par M. de Bismarck, chancelier de l’empire.
- D’après ce projet, il sera créé et administré par l’empire une caisse auprès de laquelle devront s’assurer, contre les suites des accidents pouvant les atteindre en raison de leurs travaux, tous les ouvriers et employés à l’exploitation dans les mines, les salines et les chantiers de construction dont le salaire ou le traitement ne dépassera pas 2,000 marks (2,500 fr.)
- Tous les établissements dans lesquels l’exploitation s’effectuera au moyen de la vapeur, du gaz, de l’eau et de l’air chaud rentreront dans la catégorie de ceux dont les ouvriers devront être assurés; toutefois, ceux de la marine et des chemins de fer seront exceptés, ainsi que ceux qui n’emploient que transitoirement une des forces indiquées.
- Les tantièmes et les fournitures en nature seront considérés comme faisant partie du salaire ou du traitement qui seront, pour une année, estimés à trois cents fois la paye de chaque jour. Le tarif et les conditions de l’assurance seront fixés, à défaut de la loi, par le conseil fédéral ; le tout sera révisé tous les cinq ans.
- L’assurance a pour objet le dommage causé par la mort ou par une incapacité de travail de plus d’un mois. En cas de blessure, il est payé à l’assuré :
- 1° Le coût de traitement à partir de la cinquième semaine ;
- 2° Une rente motivée par l’incapacité du travail et s’élevant, en cas d’incapacité absolue et, pendant la durée de cette incapacité, à 66 (2/3) 0/0 du salaire ou du traitement ; en cas d’incapacité partielle et pendant sa durée, 23 0/0 au minimum, et 30 0/0 au maximum du salaire.
- En cas de mort, il sera alloué pour frais d’enterrement un dixième pour cent du salaire. Au cas où la mort surviendrait un mois au plus après l’accident, les frais de traitement et un secours s’élevant à 66 0/0 du salaire; enfin, une rente aux membres survivants de la famille ;
- Il sera contracté par chacun des établissements indiqués une assurance collective pour tous les ouvriers qui y seront employés, et cela moyennant une prime fixe en rapport avec le salaire des personnes employées.
- Les primes seront divisées en classes d’après le danger couru.
- Pour les -personnes dont le salaire annuel est de 700 marcks et au-dessous, la prime sera payée pour deux tiers par la personne pour laquelle se fait l’exploitation et pour un tiers par la commission des pauvres du district; pour les personnes dont le salaire dépasse 700 marks, la prime sera payée pour moitié par le chef de l’exploitation et pour moitié par l’assuré.
- Le chef d’exploitation est autorisé à retenir sur les salaires les sommes payées par lui pour l’assuré.
- Les autres dispositions sont de moindre importance.
- Misère et émigration des Irlandais.
- De 1851 à 1871, le nombre des émigrants qui par misère ont quitté l’Irlande a été de plus de 2 millions (2,084,494) et ce nombre s’étendait, au 31 décembre 1878, à 2 millions et demi (2.494.605).
- D’après le dernier recensement, ôn comptait, en Irlande, 230,611 pauvres dans les workhouses (hospices temporaires), et 47,019 dans les hôpitaux.
- Par la mort prématurée et par les émigrations, la population de l’Irlande qui en 1845 était de 8,295,061, a décru constamment et avec une rapidité sans exemple ; en 1851 : — 6.514,473 habitants ; en 1861 - 5,788,415 habitants ; en 1871 — 5,386,708.
- C’est le dernier recensement officiel, qui se fait tous les dix ans.
- Par les relevés statistiques des naissances et des décès et des émigrations, on estime qu’aujourd’hui l’Irlande compte à peine 5 millions d’habitants.
- Les école® dans PE tôt de New-Y or le
- Les américains ne songent pas seulement au dieu Dollar. Ils développent de toutes leurs forces leur industrie et leur commerce, mais surtout, avant tout ils développent l’instruction populaire.
- Ainsi, dans l’Etat seul de New-York, le nombre des écoles de l'Elat est de 11,900. La valeur moyenne de chaque école, avec son jardin est évaluée à 3,000 dollars, soit 15,000 fr. Il y a plus de 30,000 professeurs pour toutes ces écoles, ce qui donne une moyenne de trois maîtres par école.
- La population scolaire dépasse 1,100,000 écoliers; et comme le dénombrement de l’Etat constate qu’il y a, dans l’Etat, 1,600,000 personnes, de cinq à vingt-et-un ans, on voit qu’il y a peu d’illettrés.
- Les écoles publiques de l’Etat comptent dans leurs bibliothèques plus de 735,000 volumes.
- ï>© vrai® eongervateiirs
- Yoici ce que raconte un écrivain sérieux, le capitaine anglais Palmer, en parlant des indigènes des îles Fidji.
- a Ce peuple, dit-il, est très-conservateur. Un chef suivait un jour un sentier de montagne ; une longue file d’hommes de sa peuplade l’escortait. Il lui arriva par hasard de faire un faux pas et de tomber ; tous les hommes de sa suite en firent immédiatement autant, à l’exception d’un, toutefois ; aussitôt tous les autres se jetèrent sur celui-ci pour savoir s’il croyait valoir mieux que le chef. »
- Yoici qui nous fait rire.
- Ne rions pas trop haut. Que de fois, même dans les nations les plus civilisées, les hommes d’un parti se ci oient tenus de faire les mômes faux pas que leur chef l
- Le Directeur-Gérant : GODIN.
- Saint-Quentin—lmp. de la Société anonyme du Glaneur
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- 4e ANNÉE, TOME 5 — N° 130
- iLe numéro hebdomadaire 20 c.
- DIMANCHE 6 MARS 1881
- Le Devoir
- REVUE DES RÉFORMES SOCIALES
- BUREAU À GUISE (Aisne)
- Toutes les comimurlcations doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant Fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE
- par l'envoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France
- Un an. . . . 10 fr. »» Six mois ... 6 »»
- Trois mois . . 3 »»
- Union postale
- Un an. . . . 11 fr.»»
- Antres pays Un an. . . . 13 fr. 60
- ON S’ABONNE
- A PARIS
- 5,r.Neuve-des-petits-Champs Passage des Deux-Pavillons
- S’adresser à M. LEYMARIE administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- La question irlandaise. — Nouvelles du Familistère. — Bibliothèque du Familistère. — Faits politiques et sociaux. — Lettres de Russie. — Nouvelles diverses. — Les sociétés coopératives• en Allemagne• — L’instituteur d’autrefois — Les enfants abandonnés. — Les travailleurs amis de la paix. — L'enseignement civique sous la Révolution. — Le journal Le Travail. — Bon exemple à suivre. — Variétés.
- LA QUESTION IRLANDAISE
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- On est assez enclin chez nous à se représenter l’Irlande comme un pays déshérité de la nature.C’est uue erreur. L’Irlande est un beau pays. Ce n’est point à tort qu’on l’a surnommée la verte Erin et que les poètes ont été jusqu’à l’appeler « l’Emeraude des mers. » L’année dernière encore un voyageur anglais en Irlande faisait de ce pays un tableau des plus flatteurs. Dans une lettre adressée au Times il témoignait son admiration pour la région centrale de File, si séduisante, dit-il, « avec ses lacs, son grand fleuve, ses belles rivières, ses forêts verdoyantes,ses terres à blé et ses pâturages plus plantureux que ceux de l’Angleterre elle-même. » (1)
- La richesse naturelle de l’Irlande n’est pas seulement évidente à l’œil, elle est établie avec non moins de force par les documents statistiques.
- M. Fournier de Flaix vient de publier quelques-uns des chiffres des revenus que les landlords tirent de leurs terres d’Irlande. (2) Ces chiffres suffisent à établir la richesse du pays.
- (1) Times, N° du 13 janvier 1880.
- (2) Journal des Economistes, N° de février 1881.
- Les terrespossédées en Irlande par un seul homme, le marquis de Devonshire, rapportent à leur proprié* taire plus de 2 millions de francs par an ; celles de sir Richard Wallace 1,800,000 francs, celles du comte de Fitz William 1,200,000 francs, celles du duc de Leinster, 1,200,000, celles du duc d’Albercorn, 900,000, etc., etc.
- L’énumération de tous ces revenus colossaux serait trop longue. Il suffira à nos lecteurs de savoir que les principaux Landlords possèdent à eux seuls plus de 6 millions d’hectares, soit près des deux tiers des terres cultivables de l’Irlande. La moyenne pour chacun d’eux est d’un domaine de 12,000 hectares et d’un revenu de 625,000 francs.
- Si l’on songe que le pays qui permet à ses propriétaires de toucher d’aussi opulents revenus fonciers n’est pas d’une superficie considérable; si l’on se rappelle en outre que la gestion des domaines est confiée parles propriétaires absents à des agents peu scrupuleux qui ne manquent jamais de faire fortune en quelques années, on doit reconnaître que l’Irlande doit être un pays de bien grandes ressources pour qu’après plus de deux siècles du même régime elle puisse encore fournir d’aussi énormes revenus.
- Dans un pays où la terre enrichit de la sorte ses possesseurs, il semble que les cultivateurs doivent être très heureux, que non-seulement ils doivent ignorer complètement la gêne et les privations, mais encore qu’ils doivent jouir d’une aisance réelle. L’équité la plus élémentaire demande qu’il en soit ainsi. Ceux qui produisent la richesse doivent avoir au moins une part de la richesse produite.
- Voyons ce qui en est pour l’Irlande.
- Il y a quelques semaines M. de Molinari faisait } dans le Journal des Débats l’aveu suivant ; « L’Ir-
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- LE DEVOIR
- lande est atteinte d’une des pires variétés du paupérisme, le paupérisme agraire. Sur environ 580,000 tenanciers qui exploitent son sol, on en compte 230,000, représentant un million d’individus — le cinquième de sa population — qui ont à peine les moyens de vivre dans les meilleures années, et dont le misérable bilan se solderait par un déficit si l’on essayait de l’établir, Vienne une mauvaise année, ce million de pauvres est à deux doigts de la famine ; les ressources de la Poor Taæ et les allocations extraordinaires des bureaux des travaux publics ne suffisent pas à les nourrir; comme le disait M. Davitt, l’apôtre de la Land League, au meeting de Chicago, l’Irlande est obligée alors de tendre sa sébille aux âmes charitables du monde entier. »
- Ce tableau est loin d’être flatteur et cependant il est flatté. Nous pourrions lui en opposer bien d’autres qui peignent les choses sous un aspect beaucoup "plus sombre.
- Ainsi par exemple M. D. Inglis dans son Voyage en Irlande, écrit il y a déjà quelques années, c’est-à-dire avant l’aggravation de situation produite par les mauvaises récoltes, disait ceci :
- « Les fermages dans le comté de Wichlow, sont presque partout supérieurs à ce que la terre peut rendre; les petits fermiers ont autant de peine que les journaliers à gagner assez de subsistance pour ne pas mourir de faim. Parmi les protestants comme parmi les catholiques la cherté du loyer des terres était un sujet de plaintes universel, et les uns comme les autres vivaient dans l’état le plus misérable. Quand on leur demandait pourquoi donc ils s’étaient engagés eux-mêmes à payer un fermage qu’ils savaient trop élevé, ils répondaient également : « Comment aurions-nous pu vivre autrement ? Que pourrions-nous faire? » En Irlande, en effet, la compétition pour les terres n’est autre chose que la folle enchère de gens réduits à l’extrémité !
- « La première cabine où j’entrai était construite en gâchis ; elle ne contenait qu’une seule pièce : on n’y était à l’abri ni du vent ni de la pluie; le sol était j fort humide. J’y trouvai une femme avec ses quatre ! enfants. Leurs meubles consistaient en deux petits j bois de lit sans garniture, un escabeau, un petit banc j et un pot. Les enfants étaient en guenilles, et leur j mère s’affligeait pour cette raison de ne pouvoir les j envoyer à l’école. Le père était un journalier engagé à 6 pence (65 centimes) par jour; mais il payait en travail quatre-vingts de ces journées pour le loyer actuel de la cabine, en sorte qu’il ne lui restait que 4 pence 1/2 (45 cent.) par jour, pour se maintenir avec sa femmç et ses quatre enfants, ea vivant de
- pommes de terre qui lui coûtaient 4 pences la mesure de 14 livres.
- « Il n’y a pas possibilité de vivre pour les fermiers en payant des rentes aussi élevées ; plusieurs d’entre eux convinrent avec moi qu’ils ne pourraient jamais payer leurs arrérages, et qu’ils n’avaient accepté de pareilles conditions que parce que la faim les pressait.
- « Cette terre avait été pendant 4 générations dans la famille de ce fermier. Son arrière-gramd père payait de fermage 6 shellings par acre ; son grand père, 10 ; son père, 20 ; et lui, 40 ! »
- En vérité si ce récit n’était pas corroboré de nombreux témoignages de personnes dignes de foi on pourrait le croire entaché d’exagération. Et pourtant mis en présence des affirmations de M. George Campbell, ancien gouverneur du Bengale, il paraît être encore au-dessous de la vérité.
- » Quiconque a voulu voir les choses par lui-même comme je viens de le faire, dit M. Campbell, est obligé de reconnaître qu’il y a encore des parties considérables de l’Irlande, à l’ouest, au nord-ouest -et au sud-ouest, qui sont habitées par une grande population qui est aussi sauvage, quant à sa condition matérielle, qu’aucun sauvage sur le globe. Leur famille est habituellement sous le même toit que les vaches, les porcs, les ânes ; les huttes sont telles qu’ils vivent plutôt dans les parcs à cochons que les porcs dans leurs huttes. Ils sont couverts de haillons et de guenilles et ne subsistent qu’en tourmentant sans cesse avec la bêche le même lambeau de terre. Dans les grands districts, la charrue, la plus ancienne et la plus répandue des machines, est inconnue ; ils en sont encore à battre le blé avec des bâtons. Je ne vois en Europe rien à comparer à ces populations; je ne connais pas l’intérieur de l’Afrique, mais j'affirme n’avoir pas vu en Asie la condition humaine tomber aussi bas. »
- Après ces sévères paroles d’un des plus hauts dignitaires du gouvernement sous lequel ces choses-là se passent, il n’y a plus rien à faire pour compléter le tableau, sinon à rappeler quelques faits qui appartiennent à l’histoire et qui, à ce titre, ne sauraient être contestés.
- Depuis que l’Irlande a cessé de s’appartenir elle a été désolée à de nombreuses reprises par des famines épouvantables, si épouvantables même qu’il semble impossible que de tels fléaux aient pu s’abattre sur un pays européen. Celle de 1740 et 41 tua à elle seule plus de 400,000 personnes. Celle de 1847, fut plus douloureuse encore. Dans l'espace de quelques mois plus d’un demi million d’êtres humains périrent faute d’aliments. « Pendant cette famine, dit le doc-
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- teur Sullivan, dans New Ireland, les malheureux cherchaient à tromper leur faim en mangeant des hêtes immondes, des viandes décomposées, de l’herbe jnêine. Des uns se laissaient mourir dans leurs cabanes î les autres, vaguant au hasard, tombaient au bord des chemins pour ne plus se relever ; jusque dans les villes, on voyait des faméliques s’affaisser soudain ; mais les passants, habitués à cette vue, ne songeaient plus à relever les mourants : on attendait que la police vint débarrasser la voie ; en maints endroits, on ne se donnait plus la peine d’enterrer les morts, on se contentait de démolir les cabanes au-dessus des malheureux : les ruines de la masure servaient de tertre funéraire. »
- Et ce qui s’est produit alors peut se reproduire à nouveau car rien n’a été fait pour en empêcher le retour.
- Voilà ce que l’égoïsme des propriétaires et leur mépris de toute justice a pu faire d'un pays fertile et d’une population laborieuse. La nature avait doué ce pays de ressources suffisantes pour qu’une population sensiblement plus nombreuse que celle qui y végète aujourd’hui put y vivre d’une existence large et aisée. Mais la rapacité de quelques soldats conquérants et celle de leurs héritiers a faussé les dispositions de la nature. Les plus forts se sont emparé les armes à la main de la propriété des plus faibles et se la sont adjugées. Et non contents d’avoir dépouillé les malheureux Irlandais de toute espèce de propriété, ils leur ont encore interdit tout moyen d’améliorer leur sort ; ils les exploitent avec aussi peu de pitié que s’il s’agissait de simples bêtes de somme, même avec moins de pitié, car le propriétaire de bêtes de somme veille à ce qu’elles ne meurent pas de faim, tandis que les landlords anglais ont prouvé à plus d’une reprise qu’il leur est souverainement indifférent que leurs fermiers d'Irlande soient tués par l’épuisement ou l’inanition.
- N’est-il pas immoral, — disons le mot, — n’est-il pas odieux, de voir l’opulence et la paresse des propriétaires puiser ses ressources dans l'extorsion légale et continue de tous les gains des travailleurs. Oui, tandis que tel landîord roule en calèche dans les allées de Hyde-Park ou festoie dans les salons éblouissants de Pal Mail ou de Trafalgar Square, ses malheureux fermiers, sans ressources, sans jouissance, sans espérance de voir leurs efforts améliorer leur situation, s’épuisent et se tuent à cultiver une terre dont la récolte ne rapporte pas toujours îo Prix de la location ; heureux encore, les fermiers,
- si le propriétaire ne les expulse pas de leur ferme comme la loi lui en reconnaît le droit I Et la nation qui permet que des abus si monstrueux soient commis chez elle, à la faveur de ses lois et par les membres d’une des Chambres qui la gouvernent, est la même qui fait parade de principes religieux d’une grande rigidité, la même qui a pris une si grande part à l’abolition de l’esclavage, la même qui à l’heure actuelle parle d’émanciper les populations grecques soumises au joug ottoman. Ah ! de grâce, avant de demander à autrui d’enlever la paille qui est dans son oeil, arrachez donc la poutre qui est dans le votre ; avant de vous poser en docteur de morale, cessez d’avoir une conduite en contradiction si évidente avec vos principes ; avant de vous faire les prodigues propagateurs de la Bible, cessez de fouler aux pieds ses enseignements ; enfin avant de demander aux autres de vous croire, cessez de vous démentir vous mêmes. Tous avez accompli dans le passé de grandes choses et l’avenir vous réserve d’en accomplir encore de grandes. Commencez, et au plus tôt, par le plus pressé, par le plus criant ; ne souffrez plus que la population laborieuse d’une contrée qui vous appartient soit la plus malheureuse, la plus ignorante, la plus sauvage même de l’Europe, et ne tolérez pas davantage, car vous l’avez déjà toléré trop longtemps, que les travailleurs qui la constituent soit privés du fruit légitime de leur travail et même du plus primordial, du plus inéluctable de tous les droits : le droit à l’existence.
- Ed. Champury*]
- NOUVELLES DU FAMILISTÈRE
- Relevé mensuel de là situation des Assurances mutuelles, au 31 Janvier 1881.
- Assurance des pensions et du nécessaire
- Solde créditeur au 31 Décembre 1880 2 0/0 sur les salaires de Janvier 152.753.96 2.471.40
- Total Débit Allocations payées en Janvier 155.225,36 1.162.83
- Solde créditeur au 31 Janvier 154,062.53
- Fonds de Pharmacie Solde créditeur au 31 Décembre 1880 Cotisations de Janvier 12,768,87 349.50
- Total 13418,37
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- LÉ DEVOIR
- Débit
- Fournitures de Janvier et diverses 308.40
- Solde créditeur au 31 Janvier 12.809.97
- Assurance contre la Maladie
- SECTION DES HOMMES
- Solde créditeur au 31 Décembre 1880 14.669.18
- Recettes de Janvier 2.666.05
- Total 17:335.23
- Débit
- Allocations aux malades, service médical et diverses 5.446.85
- Solde créditeur au 31 Janvier 11.888.38
- Assurance contre la Maladie
- SECTION DES DAMES
- Solde créditeur au 31 Décembre 1880 7.634.50
- Recettes de Janvier 208.75
- Total 7.843.25
- Débit
- Allocations aux malades et diverses 344.75
- Solde créditeur au 31 Janvier 1881 7.498.50
- BIBLIOTHÈQUE DU FAMILISTÈRE
- Depuis notre dernier bulletin, la bibliothèque du Familistère a reçu en don :
- de M. Narcisse Barret, Nouméa, aller et retour, 1 volume dont M. Barret est l’auteur.
- Que M. Narcisse Barret reçoive ici nos remerciements publics.
- FAITS POLITIQUES & SOCIAUX DE LA SEMAINE
- FRANCE
- tons; de 20 cent, à 50 cent, le droit sur les boucs chèvres et chevreaux. ’
- _ Ces résolutions n’ont pas seulement une gravité excep. tionnelle au point de vue de nos populations urbaines et rurales, pour qui la viande était déjà à des prix si excessifs; elles montrent que, dans le Sénat, il existe une majorité résolument protectionniste,formée de la plupart des membres de la droite et d’une partie de la gauche républicaine. La coalition qui avait échoué à la Chambre se trouve reconstituée, et l’on peut s’attendre à voir le rehaussement des tarifs sur les produits industriels devenir le prix et la récompense de ces premiers re-lèvements sur les matières agricoles. L’honorable M. Pouyer-Quertier peut être fier de sa victoire. S’il n’a pas réussi, par ses discours et sa tournée dans nos départements, à effrayer nos campagnes, il peut s’en consoler aujourd'hui. Son but est atteint et le régime économique inauguré en 1860 est sérieusement battu en brèche.
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- La fôte de Victor Hugo. — La fêle organisée en l’honneur de l’entrée de Victor Hugo dans sa 809 année a été Tune des plus imposantes manifestations que la France ait vues. Près de cinq cent mille personnes y ont pris part et, parmi elles, toutes les notabilités intellectuelles de Paris. C’est un véritable triomphe, tel que notre pays n’en avait pas vu depuis le couronnement de Voltaire le 20 Mars 1778.
- Heureux les hommes supérieurs qui ont le rare avantage de vivre assez longtemps pour voir leur œuvra comprise par leurs contemporains !
- Aujourd’hui Victor Hugo est universellement admiré, sauf bien entendu dans le camp bonapartiste et clérical. Et cependant, il y a 12 ans à peine, à l’heure où il publiait Y Homme qui rit, Victor Hugo se voyait l'objet des critiques les plus idiotes et de railleries les plus acerbes. Il est vrai que depuis lors Victor Hugo a totalement rompu avec la théorie de l’art pour l’art, et que, dans toutes ses nouvelles œuvres, Y Ann 4e terrible, Quatre-Vingt-Treize, Y Histoire d'un crime, la Légende des siècles, le Tape, Pitié suprême, Religions et Religion, Y Ane, il est revenu à la littérature de combat et qu’il s’est fait l’éloquent apôtre des idées nouvelles.
- C’est là, à n’en pas douter, ce qui fait l’immense popularité dont Victor Hugo jouit aujourd’hui. C’est là aussi ce qui donne à la belle fête célébrée en son honneur le caractère d’une immense manifestation sociale. En acclamant Victor Hugo on n’a pas voulu seulement acclamer un grand poète et un grand prosateur, mais aussi, mais surtout, celui qui a mis son magnifique talent au service de tant de belles et bonnes causes. Liberté politique, amour de la patrie, abolition de la peine de mort, adoucissement du code pénal, oubli et pardon des guerres civiles, suppression de la traite des blanches, protection de l’enfance, émancipation de la femme, aspirations vers la paix perpétuelle et la confédération des peuples, sentiment religieux profond et enthousiaste mais dégagé de tout le bagage dont l’avaient chargé les théologiens, voilà quelles sont les idées que la nation a acclamées le 27 février dans la personne de leur plus éloquent défenseur.
- Chambre clés députés. — La Chambre a continué à s’occuper des questions d’affaires et à discuter le projet de loi réglant les rapports des Compagnies avec leurs agents commissionnés.
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- L’impôt sur la via» de ru Sénat. — Le
- Sénat vient de prendre une série de décisions d’une indéniable gravité, dit le Temps. Malgré les efforts du gouvernement qui a défendu avec une louable énergie les votes émis par la Chambre,le Sénat a relevé de 6 fr. à 30 fr. le droit d’entrée sur les bœufs étrangers ; de 4 fr. à 20 fr. le droit sur les vaches ; de 6 fr. à 30 fr. le droit sur les taureaux ; de2 fr. à 10 fr. le droit sur les bovillons, tauril-lons et génisses ; de 50 cent, à 2 fr. le droit sur les veaux ; de 1 fr. 80 à 3 fr. le droit sur les béliers, brebis et mou-
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- Allocation d© MX JLoniæ Blanc. — Voici le texte de l’allocution prononcée par M. Louis Blanc lors de la fête de Victor Hugo :
- « Il a été donné à peu de grands hommes d’entrer vivants dans leur immortalité. Voltaire a eu ce bonheur dans le dix-huitième siècle, Victor Hugo dans le dix-neuvième, et tous deux ont mérité d’en jouir : l’un pour avoir déshonoré à jamais l’intolérance religieuse ; l’autre pour avoir, avec un éclat incomparable, servi l’humanité.
- » Les membres du comité d’organisation me semblent avoir fort bien compris ce que doit être le caractère de cette fête, lorsqu’ils ont appelé à y concourir, à y figurer des hommes appartenant à des opinions diverses. Que la pratique de la .vie publique donne naissance à des divisions profondes, il ne faut ni s’en étonner
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- 0i s’en plaindre. La justice et la vérité ont plus à Y gagner Qu’à y perdre. Mais c’est la puissance du génie employé au bien, de réunir dans un même sentiment d'admiration reconnaissante les hommes qui, sous d’autres rapports, auraient le plus de peine à s’accorder, et rien n’est plus propre à mettre en relief cette puissance que des solennités semblables à celle d’aujourd’hui. b » L’idée d’union est, en effet, inséparable de cette grande fête.
- & » C’est cette idée qu’exprimaient dans la Grèce antique ies fêtes de Minerve, de Gérés, de Bacchus, et ces ieux célèbres dont les Grecs firent iè signal de la trêve olympique, et qui étaient considérés comme un lien presque aussi fort que la race et le langage.
- 4 » C’est cette idée d’union qui rendit si touchante la plus mémorable des fêtes de la Révolution française : la Fédération. Assez de jours dans l’année sont donnés à ce qui sépare les hommes : il est bon qu’on donne quelques heures à ce qui les rapproche. Et quelle plus belle occasion pour cela que la fête de celui qui est, en même temps qu’un poète sans égal, le plus éloquent apôtre de la fraternité humaine ! Car, ainsi que je l’écrivais hier, si grand que soit le génie de Victor Hugo, il y a quelque chose de plus grand encore que son génie : c’est l’emploi qu’il en a faiCet l’unité de sa vie est dans l’ascension continuelle de son esprit vers la lumière.
- tue un jury correctionnel siégeant au moins une fois par mois au chef-lieu d’arrondissement. A ce jury appartient la connaissance de tous les délits, â l’exception des infractions aux lois sur la douane, les contributions, les forêts, la chasse, les octrois, les postes, les mines, le roulage.
- L’article 2 stipule que le tribunal des assises correctionnelles se compose de trois juges, dont l’un comme président, du représentant du ministère public et de six jurés.
- A l’article 4, nous relevons que la liste du jury comprendra trois jurés par cent électeurs et sera dressé® comme pour le criminel.
- L’article 12 ordonne au président de lire aux jurés les articles de loi applicables au prévenu.
- Enfin, l’article 16 supprime l’appel devant la cour et y substitué le pourvoi en cassation.
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- IL© scrutin die liste. — Les bureaux de la Ghana bre n’ont pas été favorables au scrutin de liste. Huit commissaires sur onze sont contraires à cette réforme de la loi électorale. Le scrutin d’arrondissement l’emporte par 219 voix contre 184. Le nombre des députés qui ont pris part au vote est de 403. On en compte 123 qui étaient absents ou se sont abstenus pour diverses causes.
- ventes d’armes. — Le conseil des ministres s’est occupé des modifications à introduire dans le décret de 1872 qui concerne la vente directe des armes de guerre par les arsenaux de l’Etat.
- Il a été décidé que ce décret serait modifié en ce sens que désormais aucune vente n’aura lieu sans l’intervention directe et préalable dn ministre de la guerre, de manière à éviter le retour d’incidents comme celui qui a motivé les récentes interpellations des Chambres.
- La prospérité de nos finances ne se dément pas.
- Témoin le produit des impôts et revenus indirects, pour la première quinzaine du mois courant, qui, comparé aux évaluations budgétaires, a donné les résultats suivants :
- Timbre Douanes Contributions indirectes . Postes Télégraphes ...... 82.000 6.633.000 4.385.000 775.000 23.000
- Ensemble . . . Moins-value : Enregistrement . 11.898.000 141.000
- Plus-value totale . 11.757.000
- Et comment pourrait-il en être autrement ? La France ne jouit-elle pas de la tranquillité au dedans, et la paix ne règne-t-eile pas au-dehors? Tout ne fait-il pas espérer que rien ne viendra troubler une situation si favorable à l’accroissement continu du bien public et au développement des affaires.
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- Assises correctionnelles. — Signalons une proposition de M. Versigny déjà ancienne, mais arrivée aujourd’hui à l’état de rapport. Il s’agit de l’institution d’assises correctionnelles. Le but de la loi, c’est de protéger à la fois les intérêts de l’accusé et ceux de la société, en harmonisant les dispositions de notre code d’instruction criminelle avec les nouvelles institutions. Ee rapporteur fait d’ailleurs remarquer que la Chambre est déjà entrée dans cette voie en modifiant l’article 336 du code d’instruction criminelle. M. Yersigny rappelle Que déjà, en 1789, il a été question des assises correctionnelles.
- L’article 1er du projet admis par la commission insti-
- ALLEMAGNE
- M. de Bismarck et le Reichstag. —
- L’autre jour le prince de Bismarck a pris incidemment la parole au Reichstag pour justifier contre le député progressiste Richter sa façon d’exercer les fonctions de chancelier de l’empire. Le°Parlement discutait le budget. M. Richter voyait la cause du malaise qui travaille l’Allemagne dans ce fait que tout se règle en Prusse et dans l’empire sur la manière de voir du chancelier, et dans la confusion que provoquent au sein du Parlement et des partis les oscillations du régime personnel.
- Directement visé par ces récriminations, le chancelier a prononcé un discours qui résume toute la politique, tous les moyens de combat et de gouvernement qu'il a mis en œuvre durant sa longue et brillante carrière. Il a déclaré qu’à soixante-six ans, après vingt ans de fonctions publiques, il n'est guère possible de rien modifier en lui ; qu’il faut se servir de lui tel qu’il est ou le mettre de côté.
- Ce discours est une théorie franchement exposée du gouvernement personnel, tel qu’il résulte, d’une part, de la Constitution et des mœurs politiques de l’Allemagne ; de l’autre, du caractère personnel et de la situation exceptionnelle du chancelier de l’empire. Le prince d® Bismarck, avec son esprit dominateur, ses traditions et l’autorité qui s’attache à son nom, suit et veut suivre exclusivement ses propres idées et les imposer aux autres. Il condamne et repousse avec dédain le rôle d’un chancelier qui s’inspirerait de la pensée du Parlement ou s’inquiéterait de son opposition, au lieu de tracer lui-même sa ligne et de la suivre quand même. Ce rôle qu’il dédaigne est pourtant celui d’un premier ministre dans un Etat libre et sous un régime parlementaire. Mais le gouvernement parlementaire n’existe pas en Allemagne ; le prince de Bismarck ne serait pas apte à y jouer un rôle si ce régime existait, et, comme il le dit lui-même, il faut accepter le chancelier tel qu’il est, ou le renvoyer.
- La Constitution de l’empire favorise d’ailleurs l’exercice du pouvoir personnel que s’est arrogé le chancelier. L’opposition aux volontés du prince de Bismarck ne peut naître qu’au sein du ministère ou dans les deux branches du pouvoir législatif: le Reichstag et le Conseil fédéral. Mais c’est le chancelier qui choisit s«s ministres, et l’on sait avec quelle désinvolture il s’en débarrasse, lorsqu’ils ont cessé de lui plaire. L’opposition du Reichstag ne peut être que négative. Un vote du Parlement peut rejeter une loi, mais ne pourrait renverser ni le cabinet ni un quelconque de ses membres. Les lois
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- votées par le Reichstag sont soumises au veto du chancelier, qui peut, à sa discrétion, no pas les proposer à la sanction de la couronne. Reste le Conseil fédéral ; mais le prince de Bismarck a expliqué qu’il avait le droit d’arrêter au passage tout projet de loi accepté par ce conseil, en ne le soumettant pas au Reichstag,
- Ainsi, le prince Bismarck possède le pouvoir discrétionnaire, dans le domaine législatif, d’opposer son veto à tout projet de loi voté par le Conseil fédéral ou par le Reichstag ; dans le domaine du pouvoir exécutif, de choisir, de conserver ou de renvoyer, ses ministres. La seule limite à l’exercice de ce pouvoir discrétionnaire se trouve dans la volonté de l’empereur. Avec l’appui de l’empereur, le chancelier de l'empire est donc le maître. S’il n’a pas le pouvoir absolu de tout faire, il a le pouvoir de tout empêcher.
- fc
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- Berlisi a eu sa f*ête9 mais cette fête ne ressemble en rien à celle qui a honoré Paris. Les Berlinois n’avaient pas à acclamer les idées de l’avenir, mais celles du passé. Il s’agissait du mariage du petit-fils de l’empereur et à cette occasion on a pu voir circuler par les rues de Berlin une immense cavalcade rappelant par ses costumes l’époque féodale et l’ancien empire d’Allemagne. Afin de mettre le comble à cette glorification d’une époque néfaste, MM. les ministres ont exécuté une danse aux flambeaux. Cette chorégraphie ministérielle est de tradition à Berlin pour chaque mariage dans la famille régnante.
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- 3L.© mouvement an tisémi tique continue â s’accentuer avec une violence qui ne présage rien de
- bon.
- A Stettin, la ville allemande où les Juifs sont proportionnellement le plus nombreux, l'agitation a prix un caractère dangereux, surtout depuis le moment où la synagogue a été incendiée par la malveillance.
- En raison de l’excitation des esprits ies autorités ont cru devoir demander l’envoi d’un commissaire extraordinaire.
- Le feu, d’après la Gazette de Stettin, a éclaté en plein midi et aux quatre coins du bâtiment. On a remarqué en outre qu’une fenêtre de la façade avait été enlevée.
- La communauté israélite de Stettin, l’une des plus considérables de la Poméranie, a offert une récompense de mille mareks à celui qui découvrirait l’auteur du crime. Voilà un événement qui ne contribuera pas à ramener ia paix dans les esprits surexcités par cette malheureuse question.
- ANGLETERRE ET IRLANDE
- XPsulrewse ci© 3MC. Farneïl "Victor Hugo contient les passage suivants que nous tenons à signaler.
- La question irlandaise n’est pas une question de sectes. Dans son état actuel, c’est purement une question sociale.
- C’est la cause de cinq millions d’ouvriers luttant pour le droit de vivre par leur travail, sur leur sol natal ; luttant pour la justice contre une classe peu nombreuse et privilégiée, classe étrangère par ses aspirations, et soutenue dans son injustice et sa tyrannie par la force armée d’une nation également étrangère.
- Quels ont été les résultats do la domination de cette classe ?
- L’histoire des famines se succédant d’une manière effrayante et dévorant génération sur génération, est là pour le dire.
- Nul langage humain ne saurait dépeindre les misères et les souffrances dont nous avons tous — même les plus jeunes d’entre nous — été les infortunés témoins.
- Des millions d’Irlandais ont été expulsés de leurs ehau* mières et abandonnés au plus affreux désespoir.
- Des centaines de mille ont péri misérablement par la fajm... et cela, dans un pays abondamment pourvu de toute espèce de subsistances.
- La moitié de notre population est constamment menacée de la famine, tandis que dix mille landlords, — dont beaucoup n’ont jamais vu l’Irlande, mènent folle, ment une vie de luxe et de désordre, grâce à une loi barbare qui leur permet de confisquer au peuple le produit de son travail.
- C’est contre le système qui a produit ces horreurs que nous luttons.
- C’est pour en finir une fois pour toutes avec celte affreuse situation que nous en appelons à la conscience de tous les honnêtes gens — sans distinction de croyance, de parti ou de nationalité — c’est pour cela que nous leur demandons de nous aider à représenter à l’Angleterre tout l’odieux de sa conduite envers nous: à l'engager enfin à rendre justice à notre peuple.
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- IL.© t>ill sur Plrlattcle. — La Chambre des Communes a adopté en seconde lecture, par 367 voix Contre 47, le bill relatif à la protection des personnes et des propriétés en Irlande.
- Ce n’a pas été sans peine, et il a fallu que M. Gladstone fit usage du règlement supplémentaire relatif à la déclaration d’urgence pour déjouer le nouveau système d’obstruction par voie d’amendement, maladroitement mis eu œuvre par les députés irlandais. Une foule de cës propositions qui ne différaient d’amendements déjà écartés que par des nuances insaisissables, sont restées sur le carreau.
- Voici en quels termes le journal anglais the ArUtrator apprécie ce Bill,
- « Ce bill est dans un sens un chef-d'œuvre. Il viole tous les principes et investit le vice-roi d’Irlande de la dictature la plus discrétionnaire. M. Gladstone cherche à le justifier en affirmant qu’il est dirigé contre les mai* faiteurs et non contre les tenanciers mais les termes du bill sont tels que chaque personne qui aura été considérée comme suspecte par le vice-roi ou ses agents pourra être traitée comme un malfaiteur.»
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- JL,© droit «le® femmes, Une importante décision a été prise par les membres de l’Université de Cambridge.
- Les femmes seront désormais admises aux examens : plusieurs concours avaient déjà été organisés officieusement pour permettre d’établir dés comparaisons entre les travaux des candidats des deux sexes.
- Mais désormais les examens du tripos (classement académique), seront ouvert de droit aux femmes.
- Plusieurs ministres et membres du Parlement sont allés exprès à Cambridge par un train spécial pour voter en faveur du droit des femmes.
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- 3Le@ ouvriers élèvent la voix. — D’un bout de l’Angleterre à l’autre, ils protestent hautement contre le régime auquel le gouvernement voudrait soumettre le peuple irlandais. Manchester, Birmingham, Bradford, Glascow, Northampton, Newcastle, enfin, toutes les grandes villes industrielles organisent des meetings.
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- Congrès <1© la Faix. — Une assemblée tenue le mois dernier à Manchester par les partisans de l’institution d’nn arbitrage international permanent avait résolu qu’un Congrès dans ce sens aurait lieu cette année.
- Suite a été donnée à cette idée.
- Le Congrès en question sera tenu cet automne à Bruxelles.
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- X*es fonds de la Xûgue. — Dans un meeting récent un des chefs de l’agitation irlandaise a donné quelques détails sur les fionds dont disaoso te Ligpô. Ces fonds n’atteignent pas uu million de francs ; la
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- majeure partie a été placée en Amérique, et le rente eu France,
- ITALIE
- yviboliticm. dn cours forcé. — La Chambre italienne a voté par 266 voix contre 67 la loi relative à l’abolition du cours forcé. Cette loi réduit immédiatement la circulation à cours forcé, qui est aujourd’hui de 910 millions, à 340 millions. Pour retirer le monopole du oours forcé aux six banques qui en sont actuellement investies, le gouvernement fera un emprunt de 644 millions, dont au moins 400 doivent être versées en or dans les caisses de l’Etat. Sur la totalité de l’emprunt, le gouvernement devra prélever une somme de 44 millions, qui est due à la Banque nationale et qui doit être remboursée au moment même de l'extinction du cours forcé. Il ne restera donc qu’une somme nette de 600 millions qui sera employée à retirer de la. circulation une somme équivalente de billets à cours forcé; les autres 340 millions deviendront des billets d'Etat, et les six banques formant le consortium devront aussi, avec le temps, mettre fin à leur circulation légale.
- Cette décision témoigne de la prospérité de l’Italie, de lâ solidité croissante de son crédit et de la confiance dans l’avenir qu’inspire la renaissance du travail en Italie. Espérons que ce sympathique pays persévérera dans les efforts qu’il fait pour conquérir par le travail la place importante à laquelle il a droit d’aspirer.
- Espérons aussi que les velléités belliqueuses de certains groupes ardents, velléités qui permettent au ministère d’écraser le pays par des dépenses militaires, ne viendront pas jeter la perturbation dans les affaires italiennes.
- Nous l’avons dit à plusieurs reprises et nous tenons à le répéter, les libéraux italiens au lieu d’aspirer à enlever à l’Autriche îes quelques morceaux du territoire italien qui lui restent encore feraient mieux de travailler à extirper la misère qui est encore si effrayante dans certaines villes italiennes, à Naples surtout.
- RUSSIE
- li© déficit du budget est de plus de 80 millions de roubles, environ 200 millions de francs,
- Cela n’a pas empêché le ministre de la guerre de demander pour son ministère 12 millions de roubles de plus,
- ÉTATS-UNIS
- Suffrage des» femmes. — Un sénateur américain, M. Mac Donald, a récemment proposé au Sénat de nommer une commission spéciale chargée d’étudier la question du suffrage politique des femmes. Vingt-trois voix ont accueilli la proposition, vingt-six l’ont repoussée. La majorité contraire n’a done été que de trois voix, et encore la principale objection a-t-elle été tirée de ce que les pouvoirs du Congrès actuel sont près d’expirer.
- (États-Unis d'Europe).
- ORIENT
- 3Le@ négociations dipîona£itî<i'a.es se continuent à Constantinople avec cette admirable lenteur et cette solennelle apathie qui est de tradition séculaire.
- Il avait été convenu que Grecs et Turcs renonceraient jusqu’à l’issue des négociations à tout acte d’hostilité. On ya voir ce qu’il eu est.
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- Mesureg militaires. — Le gouvernement grec a adressé aux puissances des explications tout à fait pacifiques sur ses apprêts militaires ; mais en même temps il a fait adopter par la Chambre grecque une.loi qui permet l’enrôlement d’officiers étrangers dans l’armée hellénique dît iis entreront avec leur grade. C’est là une
- perspective séduisante offerte aux caractères aventureux, car les officiers sachant leur métier sont rares dans cette armée recrutée à la hâte, et ceux qui se présenteront n’en seront que plus appréciés. Mais voilà une mesure encore qu’il faudra, de peur qu’on ne s’y trompe, se hâter d'expliquer pacifiquement.
- D’autre part, des bruits alarmants représentent la Turquie comme résolue à ne faire aucune concession à la Grèce; celle-ci en tout cas, par la bouche de son premier ministre, persiste à s’en tenir à la Conférence de Berlin et à ce tracé magique qui lui donnait à la fois la Thessalie et l’Epire, ia patrie d’Achille et celle de Pyrrhus.
- LETTRES DE RUSSIE
- Saint-Pétersbourg 20 et 8 Février 1881.
- Si ma seconde lettre est aussi triste que ma première, la faute n’en est pas à moi ; mais réellement il n’y a pas, dans toute l’Europe de situation aussi douloureuse que celle de mon pays.
- La famine est en pleine vigueur en Russie ; les cheveux se dressent, le journal tombe des mains, lorsqu’on lit la description officielle de cette détresse. Dans le village Ouvsmorle du gouvernement Samara deux femmes viennent de se pendre, les voisins sont parvenus à en sauver une ; lorsque la suicidée revient à elle, elle commença à se plaindre à ses sauveurs. « Pourquoi m’avez-vous sauvée,pourquoi m’avez-vous sauvée, cria-t-elle ! Puis-je aimer la vie3Iorsquo mes cinq enfants me demandent à manger et que jè n’al rien à leur donner. »
- Dans le village Ivanovka une veuve s’est pendue également pour la même cause. Dans le village Sifo-rove, du gouvernement d’Oufim, on a trouvé cent vingt-quatre familles sans pain et sans aucun moyen de subsistance, et personne ne vient en aide à ces malheureux. Au contraire les employés du Zemstvo (administration communale) ont mis en plusieurs occasions dans leur poche l’argent qui leur a été donné pour distribuer aux paysans. Souvent le pain qu’on prépare pour ceux-ci est gâté.
- Un correspondant d’un de nos journaux a découvert 100 mille kilogrammes de pain pourri, dont il a même envoyé un échantillon à la rédaction de son journal. En outre pour distribuer ce pain cette,admi-nistration communale fait beaucoup de difficultés. Ainsi elle exige que les paysans fassent de grands voyages pour aller au district de l’administration centrale et sa rendent ensuite au village où i’on dis* tribue le pain. Go sont là de grands frais que le paysan n’est pas en état de supporter. Il est donc mis dans Fimpossibilité, même de recevoir ces maigres secours. Mais quelle est donc la cause de cette famine qui visite presque tous les ans la Russie?
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- LS DEVOIR
- Est-ce la disette de blés ou l'insuffisance des terrains appartenant aux paysans ? Ces deux causes jouent véritablement un grand rôle, mais la disette elle-même est le résultat d’une mauvaise organisation sociale.
- Grâce au lourd impôt que le paysan doit payer au tsar et à l’administration communale, il est toujours contraint de vendre son travail au seigneur, et, au lieu de labourer son propre terrain, il laboure celui du seigneur. Cela explique comment, pendant que dans les différents gouvernements une foule de paysans meurent de faim, les ports d’Odessa, de St-Pétersbourg, de Taganrog, de Riga, Mikolasff, etc., chargent de blés russes des navires qu’ils envoient à Londres.
- La perception des impôts en Russie se fait avec une rigueur inimaginable. Le percepteur a le droit de faire donner au paysan qui ne paie pas sa redevance, autant de coups de verges qu’il lui plaît ou de lui vendre tout son bien, jusqu’à sa dernière vache.
- Pour échapper à ces traitements atroces et pouvoir payer leur impôt les paysans s’en vont dans les usines, ou travaillent comme ouvriers sur les terres des seigneurs. C’est ainsi que souvent leurs propres terrains restent incultes.
- Si le paysan voulait trouver quelque crédit, sa situation serait pire encore, car il lui faudrait engager aux usuriers sa moisson à venir et sa subsistance future : pourtant le tzar a su organiser un bon crédit foncier, à l’usage des terres des seigneurs. Ainsi, au grand scandale de toute la Russie, le prince Baria-tinski vient d’engager ses tèrres, valant moins de 170 mille roubles, et il a reçu un crédit de plus de deux millions de roubles, à une banque du gouvernement. Certes Bariatinski ne rachètera plus ses terrains, et ce seront les paysans qui paieront le déficit de l’opération.
- Bien que la situation du prolétariat en Europe soit très-mauvaise il n’y en a pas moins certaines lois qui le protègent contre les désirs insatiables des capitalistes. A cet égard, en Russie, il n’y a pas moins de législation ; et s’il en existe quelque peu, elle est toute contre l’ouvrier en faveur du capitaliste. Depuis la loi de Pierre Ier, loi qui s’est bornée à régler les matériaux qui doivent être employés dans les fabriques, aucun autre tzar n’a jugé à propos de s’interposer entre le capitaliste et le prolétaire. Ainsi les femmes et les enfants sont exploités plus que partout ailleurs dans les fabriques russes. Dans les fabriques du gouvernement de Vladimir les enfants travaillent en deux fois douze heures par,, jour, de six heures du matin à midi, et de six heures du soir à minuit. Les locaux des fabriques sont sales
- et anti-hygiéniques, et le gouvernement ne songe meme pas qu’il a le droit de surveillance.
- Grâce à cette négligence, chaque chef de fabrique prescrit à ses ouvriers les lois qui lui plaisent, leur inflige arbitrairement des amendes : ainsi à la fabrique Popofifles ouvriers viennent d’être mis à l’amende parce qu’ils ont refusé de prendre des billets à une loterie qu’un des contre-maîtres avait organisée.
- Quant à la constitution, qu’on désire tant, et qu’on ne voit jamais venir, on n'a pas perdu complètement toute espérance. Le parti libéral devient plus fort de jour en jour, et, par la presse, prouve sa sagacité et sa clairvoyance. Encore hier le professeur Gra-dovski a publié dans le journal Molva (les Echos) un article, où il prend la défense des socialistes russes. Le professeur déclare que si l’on eût bien consulté la loi, aucun de ceux qui ont été pendus ou envoyés en Sibérie pendant les dernières années, ne pourrait même se trouver sur le banc des accusés.
- « Les tendances ayant pour but l’amélioration de « la vie sociale et politique, écrit le professeur, ne « font que prouver que l’organisation actuelle est « mauvaise. Défendre l’étude des sciences sociales et « la propagande de ces sciences, o serait nous con-« damner à l’immobilité chinoise. Les assassinats « et les explosions auxquels ont recouru les socia-« listes n’ont rien de commun avec l’étude des scien-« ces sociales, et ne sont que le résultat d’une per-« sécation à outrance, que le gouvernement russe a « exercée pendant vingt ans contre toute libre « pensée. »
- On voit par cet article que, pour la presse russe, les temps ont bien changé. En province pourtant la censure existe toujours et les gouverneurs continuent à avoir le droit de prohiber tout journal qui leur déplaît.
- Nous avons parlé la dernière fois d’une demande d’amnistie pour Tchernichevski ; enhardi par ce début plusieurs journaux commencent à réclamer l’amnistie plénière pour tous les condamnés politiques des dernières années.
- Ossipoff.
- Beau trait
- On conserve à la bibliothèque de Périgueux une lettre de Lakanal à un nommé L... qui Pavait accusé lâchement.
- Voici cette lettre :
- Au citoyen L..père.
- « J’avais reçu la mission expresse de te faire arrêter, parce que tu avais signé une pétition calomnieuse contre
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- LE DEVOIR
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- moi. Mais lorsque Lakanal est juge dans sa cause, ses ennemis sont assurés de leur triomphe ; il ne sait venger que les injures de la patrie. Je t’obligerai lorsque je le pourrai. G’est ainsi que les représentants du peuple repoussent les outrages. Tu as cinq enfants devant l’ennemi : c’est une belle offrande faite à la liberté. Je te décharge de la taxe révolutionnaire. »
- Lakanal.
- NOUVELLES DIVERSES
- Encore la sédnotion. — Le 27 février à Avignon, dans une salle d’attente de la gare, une jeune ouvrière, Marie Michon, âgée de dix-huit ans, a jeté un flacon de vitriol à un nommé Cazot, fils, cordonnier.
- Voyant que sa tentative avait échoué, Marie Michon s’est jetée sur lui. Elle a été arrêtée par le gendarme de service. Marie Michon déclare avoir été séduite par Cazot Elle a accouché il y a un mois.
- Cazot devait se marier prochainement avec une autre.
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- Mort «le Dostoewsky. — Un des meilleurs écrivains russes vient de mourir.
- Dostoewsky était né à Moscou eu 1821, année si féconde en illustrations de tout genre dans l’Europe entière. Son père était un médecin fort estimé qui donna une excellente éducation à ses enfants. Le jeune Dostoewsky sortit un des premiers sur la liste des ingénieurs de l’école de l’Etat 4 Saint-Pétersbourg.
- Pressé par une vocation irrésistible vers la carrière littéraire, il donna sa démission et publia, à vingt-quatre ans, son roman les Pauvres gens. Ses débuts furent salués par Bielinsky, qui tenait alors le sceptre de la critique, comme les gages d’un talent exquis et sûr. « Un écrivain nous est né, » avait-il dit après avoir achevé fiévreusement la lecture du manuscrit qu’un ami de l’auteur lui apporta. Hélas ! cette éclair fut suivi d’une longue nuit. Le joug implacable de l’injustice le retrancha pendant dix ans'du nombre des vivants.
- Compromis dans une affaire de société secrète où il avait vu surtout le côté humanitaire, Dostoewsky fut condamné à mort.
- Ce n’est qu'après avoir assisté au supplice de trois de ses compagnons, et lorsque, à son tour, attaché au gibet, il s’attendait à subir le même sort, qu’il apprit que sa peine était commuée en celle des travaux forcés en Sibérie.
- Il fut gracié au bout de dix ans, et revint à Saint-Pétersbourg reprendre sa place, parmi les travailleurs de la pensée, de moraliste, de maître de la jeunesse.
- Ihe® Etats-TUai^ d’Europe. — Paris a vu flotter dimanche une bannière qui n’avait encore paru nulle part : La bannière des Etats-Unis d’Europe, arborée par la Ligue internationale de la Paix et de la Liberté qui siège à Genève et dont les membres présents à Paris, réunis à la Société française des Travailleurs amis de la Paix avaient pris place" dans le grand cortège qui a défilé devant la maison de Victor Hugo. Le colonel Mil-kovsky, membre du Comité central a remis en passant un large pli dans lequel était enfermée l’adresse suivante :
- Ligue iuteraatioaale de la Faix
- «I© la Liberté.
- Ce février 1331
- Cher et vénéré Président,
- Le 17 juillet 1831, vous avez du haut de la tribune de l’Assemblée législative française lancé au milieu des colères et des sarcasmes de la*Droite, ce mot prophétique :
- Les Etats-Unis d'Europe,
- Seize ans plus tard, à Genève, nous avons recueilli cette parole pour en faire notre programme, pour l’inscrire sur notre drapeau, et ce drapeau, nous le tenons encore haut, droit et ferme sur le chemin de la Paix, de la Liberté, de la Justice.
- Aujourd’hui nous vous apportons nos félicitations, nos sentiments, nos respects fraternels.
- Au nom delà Ligue internationale de la Paix et de la Liberté.
- Le Président,
- Ch. lemonnier
- Laisant, député de la Loire-Inférieure ; Couturier, député de l’Isère ; Bratiano, ancien député roumain ; Ch. M. Laurent, membres du Comité central.
- Berminger; Burnichon ; Guébin; Ch. Fauvety;A. Desmoulins ; Ch. Limousin; René Dauthier, etc..,
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- La fédération ouvrière «1© Marseille.
- — La fédération des chambres syndicales ouvrières de Marseille est désormais un fait accompli.
- Dans la dernière réunion convoquée par les ex-délégués au Congrès du Iiavro, vingt-six d’entre elles étaient représentées. On a validé les pouvoirs des délégués chargés de communiquer à l’assemblée les procès-verbaux des vingt-deux chambres syndicales. Puis on a nommé une commission de sept membres pour rédiger les statuts qui seront discutés dans la réunion des délégués qui doit avoir lieu prochainement pour la nomination du bureau définitif.
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- Encore la îüédnctioïï. — Nous empruntons les détails suivants à la Lanterne :
- Lundi soir, on jouait Belle-Lurette au Théâtre-Français de Nice. Le premier acte venait de finir, quand tout à coup un grand tumulte se produisit.
- Une jeune femme venait de jeter à la figure d’un officier de dragons le contenu d’un flacon de vitriol, atteignant en même temps deux femmes qui se trouvaient avec l’officier.
- Immédiatement arrêtée et conduite au poste, elle a déclaré se nommer Clotilde Juge, âgée de vingt-six ans. Elle vivait depuis deux ans avec M. de Villiers, qui, dit-elle, l’avait abandonnée à Paris, il y a quelques mois, pour venir lui-même à Nice.
- Elle vendit alors tous ses meubles et vint le rejoindre à Nice où elle est accouchée, il y a un mois, d’une fille.
- Clotilde Juge a raconté qu’à partir de ce moment, elle avait complètement perdu la tète dans l’excès de son malheur, et qu’aujourd’hui ayant appris, par son docteur, que sa fille en nourrice était malade, elle était rentrée chez elle et y avait pris une bouteille de vitriol, achetée par elle le jour où elle s’était vue complètement abandonnée
- Il est probable qu’elle ne passera pas devant les tribunaux avant deux ou trois mois environ.
- Les deux personnes qui se Pouvaient avec M. de Villiers sont deux filles du demi-monde, nommées Laure M... et la comtesse R.,., surnommée la Négresse. Toutes deux étaient beaucoup plus connues sous les pseudonymes caractéristiques de lioma et Satin. Leur état n’inspire aucune inquiétude.
- M. de Villiers lui-même, quoique ayant été atteint à la figure, pourra guérir, et la blessure n’aura pas de suites graves.
- D’après les bruits publics, depuis l’arrivée à Nice de Clotilde Juge, M. de Villiers, en raison de la situation précaire de son ancienne maîtresse, lui faisait remettre le 1er de chaque mois une somme de 100 francs.
- Après avoir payé celte somme pendant trois mois, M. de Villiers écrivit à Mlle Juge qu’elle ne devait plus, à l’avenir, compter sur cette pension mensuelle.
- Ceci se passait le 1er février. La jeune femme était ac • couchée il y a quinze jours.
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- LÉ DEVOIR
- Les femmes rus^e^. — Des cours supérieurs à l’usage des femmes ont été institués à Saint Péters-bourg par une association qui dispose de ressources importantes. Ils se divisent en deux sections ; section des sciences : chimie, physique, botanique, zoologie, géologie, mathématiques; section des belles-lettres: histoire ancienne, histoire russe, philosophie, littérature universelle, littérature russe, économie politique. Ges cours durent trois ans : ils ont été suivis, pendant Tannée 1879-1880,par 789 étudiantes; le chiflre des élèves est actuellement de 840, dont 799 demoiselles, 38 femmes mariées et 8 veuves. La moyenne des frais d'instruction est de 212 francs par personne et par an ; chaque élève paye annuellement 200 francs pour assister aux cours. L’excédent des dépenses sur les recettes est couvert par l’association.
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- Centeimire «le Xjegjsissg’. — Des solennités littéraires et artistiques ont eu lieu dans toute l’Allemagne en l’honneur du centenaire de Lessing,
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- C>entei»aiï*e de Oaï«i<Sron, — L’Espagne va célébrer prochainement le bicentenaire de son plus grand poète dramatique, Caldéron,
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- ïhe sérieux «le Mi. Thiers financier. — On sait que la France doit à M. Thiers la plupart des impôts injustes qui écrasent le commerce et l’industrie, tandis que les oisifs ne paient rien où à peu près. Mais ce que tout le monde sait combien peuM. Thiers était au fait du système fiscal des autres pays, système sur lequel cependant il affectait d'être connaisseur.
- Voici un document qui fera toucher au doigt la prétention de M. Thiers en fait de connaissances fiscales.
- Dans la correspondance de Panizzi, le regretté conservateur en chef du British Muséum, correspondance qui vient d’être éditée à Londres se trouve une lettre de Lord Clarendon du 12 octobre 1845.
- Lord Clarendon parlant à Panizzi d’un voyage de M. Thiers dit ceci : « Il traverse l’Europe comme un éclair, « et il se trompe bien, s’il croit apprendre quoi que ce « soit sur notre pays en venant en Angleterre seulement « pour une année et au moment le plus mort de l’année. « Cela, d’ailleurs, est de coutume. Vous vous souvenez « de son fameux billet à Ellice, lorsque celui-ci était le « secrétaire de la Eresaury : Mon cher Ellice, je teuxcon-« naître à fond le système financier de l'Angleterre,.. « Quand pourrez vous me donner cinq minutes. »
- La phrase soulignée est en français dans la lettre de Lord Clarendon.
- Amélioration du sort de® facteurs ru-ra«x, —; Il n’est personne qui ne porte intérêt à la situation des facteurs ruraux et n’enregistre avec plaisir les améliorations apportées à leur situation.
- Il y a quelques jours, M. Cochery, ministre des postes et des télégraphes, s’expliquait à leur sujet dans le 7* bureau de la Chambre, à l’occasion de la nomination de la commission du budget et annonçait qu’un crédit de 500.000 fr. était demandé au buderet de 1882, pour porter leur traitement de 6 centimes 3/4 à 7 centimes par kilomètre et par jour.
- Déjà, sur son initiative, les Chambres avait voté un premier crédit de pareille somme pour porter de 6 centimes 1/2 à 6 centimes 3/4 le traitement kilométrique en 1880; ajoutons que dès 1877, le taux de la rémunération avait été porté de 6 centimes à 6 centimes 1/2.
- Enmême temps les facteurs ruraux étaient appelés à bénéficier de nouvelles hautes payes dont le chiffre annuel s’élève à 450,000 fr.
- Le crédit affecté à leur rémunération prévu pour 1882
- est de................................. 16.080.475 ff.
- Il était en 1876 de. . ............. 11.608.300
- Soit une augmentation de.......... 4.472.175 fr.
- ou 38,52 0/0.
- Ajoutons qu’autrefois ils devaient, en cas de maladie, se faire remplacer à leurs frais; aujourd’hui,cette charge incombe au Trésor; enfin, le ministre, devançant un pé-titionnement qui s’est organisé seulement quand on a connu ses bienveillantes intentions à cet égard, s’est préoccupé d’assurer aux facteurs des départements obligés jusqu’ici de se pourvoir à leurs frais de l’uniforme réglementaire, les avantages de l’habillement par l’administration.
- Malheureusement, la réalisation, d’un seul coup, de cette amélioration entraînerait une dépense de 3 mil* lions. Le ministre a donc été obligé de l’échelonner et de la répartir sur trois ou quatre ans, Par une circulaire, il a invité, il y a quelques semaines, les chefs de service départementaux à lui faire connaître dans quel ordre la fourniture du vêtement devait être faite de manière à être le plus utile aux facteurs ; nous croyons savoir que, dès que tous les renseignements seront parvenus, un crédit spécial sera demandé aux Chambres pour assurer la fourniture, par l’Etat, d’une partie de l’équipement des facteurs.
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- TTm notivean lycée «le fille®. — Le Conseil municipal d’Avignon, aujourd’hui républicain, vient d’émettre un vœu en faveur de la création d’un lycée de filles.
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- Misère en Buitsié, — De l’aveu même des journaux russes il y a en ce moment dans la province de Sardtof 750,000 personnes plongées dans une misère presque absolue et manquant de nourriture.
- 12 millions de roubles ont été demandés pour soutenir ces malheureux jusqu’aux beaux jours,
- La situation n’est pas meilleure dans lo gouverne* ment de Samara,
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- Ce qne coûte ù. l’Angleterre la polit!» que belliqueuse «le lord Beacousfield, —
- Il appert de documents officiels que la guerre de l’Afghanistan a coûté 17,488,000 livres sterling, plus de 437 millions de francs, et tou t cela pour arriver au résultat insignifiant que l’on sait. La guerre contre les Zoulous qui n’a pas eu grand résultat non plus a coûté 5 millions de livres, soit plus de 125 millions de francs. Enfin celle du Transvaal qui, en fin de compte pourrait bien se tourner contre les Anglais a déjà coûté 3 millions de livres, soit plus de 75 millions.
- Yoilà 637 millions de francs dépensés pour bien peu de chose, sans compter les sacrifices d’autre nature.
- « fl. Q k'TiT"* " --
- Les moteurs hydrauliques dan® PJEÜst.
- L’usage des moteurs hydrauliques tend de plus en plus à se répandre en France, surtout dans les départements de l’Est. Les perfectionnements que M. Calon et autres inventeurs ont apporté aux turbines,ainsi que les facilités que les cables tôlo-dynamiques donnent à la transmission des forces ont permis d’utiliser avantageusement des moteurs hydrauliques dont la force était perdue jusqu'ici.
- Des études viennent d’être faites dans le département des Vosges dans le but de transformer en réservoirs les anciens lacs qui couronnent les vallées de la Haute Moselle, de la Moselotte,de la Valogne, etc., dans le but de régulariser le cours de ces rivières qui. vont s’appauvrissant tous les jours et de fournir à l'industrie vos-gienne des ressources hydrauliques qui lui seront d’autant plus précieuses que la houille est très chère dans cette région.
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- LES SOCIÉTÉS COOPÉRATIVES EN ALLEMAGNE
- Le rapport de M. Schulze Delitzscli dont nous avons analysé la partie relative aux Banques populaires allemandes, ne s’occupe pas seulement de ce genre d’associations coopératives, mais aussi de tous les autres genres d’associations ouvrières. Et ce ne sont pas les moins importantes, car si les banques populaires sont au nombre de 1,866 les autres sociétés, quoique moins nombreuses,atteignent cependant le chiffre de 1,337.
- Voyons quelle est la marche de ces nombreuses sociétés.
- Sociétés coopératives de coopération.
- Il y a en Allemagne 6.22 sociétés de consommation. Sur ces 622 sociétés, 191 seulement, comprenant 130,777 membres ont envoyé leurs feuilles de balance à M. Schulze Delitzsch. Les ventes de 191 sociétés se sont élevées durant 1879 à 36,354,900 francs, soit environ 214,000 francs de plus que les 202 sociétés qui avaient envoyé leurs rapports l’année précédente n'avaient vendu. Le capital de ces 191 sociétés se montait à 4,137,900 francs et leurs fonds de réserve à 1,202,900 francs. Il était dà par les sociétés pour marchandises à la fin de 1879 environ 25,000 francs de moins qu’à la fin de 1878. Le principe de la vente au comptant est en général strictement maintenu. Il n’y avait à la fin de 1879 que 46 sociétés qui eussent fait quelques ventes à crédit, et ces ventes ne s’élevaient en tout qu’à près de 125,000 francs, tandis qu’à la fin de l’année précédente elles s’élevaient à 207,500 francs. Les sociétés coopératives de consommation ont pris aussi des précautions plus complètes pour se protéger contre les demandes subites de leurs prêteurs de fonds et contre les notifications subites de retrait de membres en masse. Enfin une des observations qu’on est le plus heureux de faire, c’est que, ail nombre de ces sociétés coopératives de consommation, il s’en trouve qui, au lieu de distribuer à leurs sociétaires ou à leurs acheteurs non sociétaires la totalité des bénéfices réalisés, ont l’excellente idée de consacrer une partie de ces bénéfices pour couvrir des frais d’école ou de cours d’adultes. 42 940 francs ont reçu cette destination là en 1879. Cette somme est quadruple à peu près de celle qui l’année précédente avait reçu la même destination. Cela prouve d’une manière éloquente que les membres des associations coopératives arrivent à comprendre que ces institutions sont appelées à rendre d'autres services que des services purement financiers. Les coopérateurs allemands commencent à sentir quels |
- rapports il y a entre le but et les aspirations de leurs sociétés et le bien être moral et intellectuel des classes ouvrières.
- La statistique par profession des membres des 161 sociétés coopératives de consommation offre très peu de différence avec la même statistique pour l’année précédente. La plus forte partie des coopérateurs appartient à ia classe ouvrière proprement dite et à la classe des employés de commerce ou d’industrie, en un mot aux travailleurs dépendants. Viennent ensuite ies artisans qui entrent dans le total des coopérateurs pour 17, 4 0/0, puis les médecins, professeurs et officiers pour 14, 9 0/0.
- Sociétés «lo produef iou
- Le rapport n’est pas aussi complet pour les sociétés coopératives de production.
- Sur 152 sociétés de ce genre que compte l’Allemagne, 18 sociétés industrielles et 4 sociétés agricoles seulement ont adressé à M. Schulze Delitzsch des rapports détaillés. 51 autres associations coopératives de production avantageusement connues n’ont envoyé que leur bilan. 79 sociétés n’ont fourni aucun document.
- En conséquence il est impossible de porter un jugement un peu complet sur l’ensemble des associations coopératives de ce genre.
- Tout ce que l’on peut dire c’est que, parmi celles qui ont envoyé leur bilan, le plus grand nombre témoignent d’une marche satisfaisante.
- Malheureusement il est notoire que plusieurs de ces associations vendent à crédit sans garantie suffisantes. C’est là une imprudence dont elles feraient bien de se corriger.
- Sociétés coopératives diverses
- L’Ailemagne ne possède pas seulement en fait de sociétés coopératives des sociétés de consommation et des sociétés de production, elle possède aussi des sociétés reposant sur d’autres combinaisons; ces dernières sociétés ne sont pas sans importance puisque leur nombre s’élève encore à 563.
- Les allemands ont un très grand nombre de sociétés coopératives agricoles, ou du moins touchant à des spécialités qui ont rapport à l’agriculture. C’est le cas par exemple des laiteries et des fromageries qui presque toutes sont coopératives. M. Schultze Delitzsch ne les comprend pas dans son rapport, sans doute parce qu’il est impossible de se procurer à leur égard des renseignements statistiques exacts et complets. Il y a également quelques sociétés agricoles d’un genre tout spécial et qui, à notre connais-
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- LE DEVOIR
- sance, n’ont pas leurs pareilles dans les autres pays. | Ce sont les sociétés coopératives qui ont pour but ; d’acquérir, au moyen des ressources communes, des ! machines agricoles et des animaux reproducteurs et j de les louer aux membres de la coopération. Malheu- j reusement ces associations là n’ont fourni aucun j rapport. !
- On compte en Allemagne 55 sociétés coopératives : dites de magasins. Ces sociétés ont pour objet de recevoir des consignations et d’instituer des dépôts commun de produits des personnes ou des sociétés de production qui les constituent. Une seule de ces associations a adressé son bilan à M. Schulze Delitzsch ; il est impossible de rien conclure sur la marche générale des sociétés de ce genre.
- Nous arrivons maintenant aux sociétés coopératives de commerce, lesquelles ne doivent être confondues ni avec les sociétés de production proprement dites, ni avec les sociétés de consommation.
- Les sociétés coopératives de commerce ont pour spécialité de faire des achats et vente de commerce, gros et demi gros, pour le bénéfice commun et aux risques communs de leurs membres.
- Ces sociétés ont ôté naturellement celles qui ont souffert le plus de l’inexpérience d’une pratique peu ancienne. Trop souvent elles se sont laissé entraîner à des spéculations qui ont tourné d’une manière défavorable. Malgré cela elles résistent bravement.
- Environ 130 sociétés coopératives font le commerce de produits industriels et 72 celui des produits agricoles. 9 seulement des premières et 3 seulement des secondes ont communiqué leur bilan. On ne peut donc rien dire de général sur leur marche, mais on ne peut s’empêcher de remarquer quels résultats satisfaisants elles pourraient donner si elles devenaient, entre les sociétés de production d’une contrée et les sociétés de consommation d'une autre, les seuls intermédiaires.
- Il nous reste à parler des sociétés de construction. Celles-ci ont pour but de construire des chaumières ou des maisonnettes que les coopérateurs louent dans les meilleures conditions possibles ou acquièrent par à-comptes successifs. Naturellement ces sociétés ne peuvent avoir une grande activité ; une fois leurs capitaux employés à construire des maisons il se passe pour chacune d’elies un certain temps avant que le rendement des loyers ou le produit des ventes permette d’entreprendre de nouveaux travaux. Ainsi dans l’année 1879 quatre d’entre elles ont cessé de travailler. Par contre si ces sociétés ne peuvent être très actives, elles offrent une grande sécurité de placement. Quelques-unes d’entre elles construisent pour des personnes étrangères à
- l’association ; en ce cas ces sociétés ne sont plus des sociétés coopératives d’un genre spécial, ce sont des espèces de sociétés civiles et rien de plus. Les sociétés de construction qui construisent pour le public ne méritent d’être classés parmi les sociétés coopératives qu’au cas où les ouvriers constructeurs retirent tout le bénéfice de l’entreprise.
- Ne remarquez vous pas à combien de combinaisons différentes l’esprit réfléchi des Allemands a su appliquer l’idée de coopération? Le nombre des membres de ces associations de genres divers s’élève aujourd’hui à plus d’un million, c’est à dire qu’en Allemagne sur un ensemble de 40 personnes, hommes, femmes et enfants — et les enfants sont nombreux en Allemagne — il y a un coopérateur. Il est certain que les habitudes casanières de l’Allemand qui ne déménage qu'à contre cœur, que ses mœurs en général un peu patriarcales, enfin que le grand développement de l’instruction publique dans ce pays sont des éléments du succès de l’idée decoopération; mais nous croyons qu’il y a un autre facteur qu’il importe de ne pas négliger, c’est que si l’Allemagne a le malheur de ne pas jouir comme nous de la liberté politique, elle a par contre le bonheur de jouir d’une liberté dont nous ne jouissons pas, la liberté d’association.
- Six sièeleis sans g;aen*e
- Il y a neuf cents ans l'Islande fut colonisée par des Norwégiens. Ces émigrants étaient les hommes les plus intelligents et les plus indépendants de leur pays qui, plutôt que de se soumettre à la tyrannie de Harold, aimèrent mieux quitter la terre natale. Aussitôt établis en Islanoe, ils y créèrent une république si bien pondérée qu’elle dura sans aucun trouble pendant plusieurs siècles. A la fin, quelques ambitieux, membres de l’Assemblée nationale, essayèrent d’empiéter sur ce que leurs concitoyens considéraient comme étant le droit du peuple. Il s’en suivit un vif débat et une lutte sérieuse. Un esprit d’hostilité s’éleva, les deux partis s’armèrent et vers le milieu du 13me siècle, trois cents ans après l'introduction du christianisme, l’Islande dut enregistrer des faits de violence et d’effusion de sang humain. Ce spectacle épouvanta les habitants paisibles, et décida l’Assemblée à investir le roi de Norwège du pouvoir de décider légalement, à titre d’arbitre, sur tout différend analogue qui pourrait s’élever à l’avenir. Certaines conventions furent faites entre le roi de Norwège et le peuple d’Islande, il y fut stipulé expressément que, en aucun cas, ni aucun prétexte, le roi n’essaierait d’introduire eu Islande aucune force armée. Cette clause n’a jamais été violée par les rois de Norwège ni de Danemarck, en sorte que depuis six cents ans aucune troupe militaire n’a été levée, ni introduite en Islande.
- Boston Advocate of Peace.
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- LE DEVOIR
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- L’INSTITUTEUR D’AUTREFOIS
- Nous avons résumé dans un de nos derniers numéros le nouveau statut des écoles primaires, et nos lecteurs ont pu voir que, grâce à la République, les instituteurs sont aujourd’hui affranchis des obligations qui leur étaient imposées à l’égard de l’Eglise romaine.
- Il n’est pas sans intérêt ni sans à-propos devoir quelles étaient il y a deux siècles ces mêmes obligations. Ou jugera par là du chemin accompli.
- Voici, pour en donner une idée, un extrait de l'Histoire détaillée du village de Saint-Chéron, par M. L.-R. Vian, ancien notaire.
- Par acte authentique du 16 mars 1695, dit M. Vian, les habitants de Saint-Chéron, ayant à leur tête M. de Lamoignon, avocat général, ont procédé à la réception de Pierre Hervé, maître d’école à Sermaise, en la même qualité pour la paroisse de Saint-Chéron, et ont pris un arrêté d’après lequel il sera tenu : « de chanter aux offices divins ; de tenir la lampe allumée; de blanchir les linges de l’église; de sonner Y Angélus, au pardon, les jours ouvrables; de récurer la vaisselle (sic), les chandeliers et lampes d’église; de monter l’horloge, de la faire aller quand elle sera mise en état; de montrer et enseigner aux garçons de la paroisse à lire et à écrire, les prières, le catéchisme et l’arithmétique et autres sciences qu’il pourrait avoir, et tant qu’il plairait à M. de Lamoignon ; moyennant 100 livres de pension, plus 5 sols par mois pour les enfants qui apprennent l’A b c, 10 sols pour les autres, 15 sols pour ceux qui apprendront l’arithmétique. »
- Voilà où l’on en était il y a deux siècles pour les localités qui avaient le bonheur d’avoir une école.
- En 1791, les instituteurs furent affranchis de toutes servitudes à l’égard du clergé, mais sous la Restauration ils furent petit à petit astreints à bon nombre des anciennes exigences.
- C’était tout particulièrement le cas dans les départements de l’Oise et du Pas-de-Calais.
- Voici comme preuve une curieuse délibération prise en 1826 par le conseil municipal d’une petite commune de l’Oise.
- Nous respectons le style et l’orthographe de ce document.
- « Le dimanche 12 du mois de novembre 1826, après lagrand’messe, le conseil, assemblé au lieu ordinaire de ses séances, et on a délibéré que le nouveau maître d’école qu’on aura sera obligé d’obéir à M. le curé pour tout ce qu’il lui commandera dans l'église ou
- dans la sacristie, qu’?7 balayera l’église ions les samedis, qu’il frottera les marches de l’autel si M. le curé lui commande, qu’il sonnera VAngélus les 6 mois d’hiver, depuis le 1er octobre, à 6 heures précises du matin, de 11 heures 1/2 à midi, et au soir à 6 heures ; et l’été, depuis le 1er avril, à 5 heures du matin, jusqu’à la fin de septembre, de midi à 11 heures 1/2, et au soir de 8 heures, et dans les deux mois de moisson, juillet et août, à 4 heures du matin, de midi à 11 heures 1/2, et au soir, à 9 heures, sonner ou faire sonner tous les jours la messe de M. le curé, comme de la servir ou de la faire servir. »
- Les documents de ce genre sont à coup sùr très-nombreux. La publication de quelques-uns d’entre eux serait pleine de surprises curieuses. Il ne serait peut-être pas mauvais que les instituteurs sussent à quelles humiliations ils étaient soumis à l’époque de la prospérité de l’Eglise romaine et du bon plaisir du roi.
- C’est la république qui les a successivement affranchis de ces humiliations. En 1791 d’abord, puis en 1848, puis enfin en 1881.
- ëütïxatioM. <1© P Italie
- En Italie, dit M. Pietro Ellero, professeur d’économie politique à l’Université de Bologne, les contribuables possédant une rente supérieure à L. 2,500 ne sont qu’au nombre de 17,597 ; les vrais bourgeois, ceux qui tiennent le haut du pavé, ne sont que 52,791 ; l’élément bourgeois proprement dit, calui qui commande, représente dans la population totale de l’Italie (26,831,000 habitants) un quart de million, savoir 250,110 hommes, femmes et enfants compris ; sur cette même population, le nombre des électeurs était, au 5 novembre 1876, de 605,944, le nombre des votants à peine de 356,437, tandis que, selon la loi romaine et le suffrage universel, ils seraient de 7,381,020 environ. Le service de la dette publique en Italie absorbe à lui seul 567,439,881 livres : les peuples d'Europe paient à ce titre. 3,895,000,000 par an et les hommes sous les armes, en temps de paix, sont au nombre de 5,837,000.
- LES ENFANTS ABANDONNÉS
- Voici la dernière circulaire adressée par M. Charles Quentin, directeur de l’Assistance publique, aux maires de Paris :
- Monsieur le Maire,
- Le conseil général, dans Sa dernière session, a donné son approbation à un projet qui lui avait été présenté par M. le sénateur, préfet de la Seine, et qui avait pour but de créer à côté du service départemental des enfants assistés, dont les règlements sévères ne peuvent être modifiés, un service nouveau destiné à en combler les lacunes et à recueillir les enfants de douze à seize ans, moralement délaissés par leurs parents.
- Les détails de ce projet et l’indication des catégories
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- LE DEVOIR
- d’enfants auxquels il s’applique sont exposés dans un rapport que j’avais adiessé à M. le sénateur préfet et dont je joins ici un exemplaire.
- En dehors des catégories d’enfants qui nous seront envoyés par M. le procureur général prèb la cour de Paris, M. le procureur de la République et M. le préfet de police, et dont je n’ai pas à m’occuper ici, l’administration, ainsi qu’il est indiqué dans ce rappo t, se propose d’étendre les bienfaits de son patronagés aux enfants de douze à seize ans qui lui seraient signalés par les maires de Paris et que leurs parents, par négligence ou pâr toute autre cause, seraient dans l’impossibilité de surveiller et de placer en apprentissage.
- Livrés à eux-mêmes, aux mauvaises fréquentations, ces enfants perdent leur jeunesse dans l’oisiveté et le vagabondage, et quelques-uns d’entre eux deviennent peu à peu les plus tristes sujets. <
- Il est dès lors désirable que, prenant la place des parents qui désertent leurs devoirs ou qui, par pauvreté où -maladie, ne peuvent les remplir, la société pourvoie à l’éducation de ces enfants et, les arrêtant sur la mauvaise pente où ils se trouvent, leur offre le moyen de devenir de bons ouvriers et d’utiles citoyens.
- Mais un tel résultat ne peut être atteint que du consentement des parents.
- Aussi, monsieur le maire, est-ce à la haute et légitime autorité dont vous jouissez auprès de vos administrés que je fais appel pour faire comprendre aux parents insouciants, négligents ou coupables, que, dans l'intérêt de l’avenir de leurs enfants, ils feront bien de solliciter l’intervention de l’Assistance, qui les placera en apprentissage, après les avoir admis dans son service des moralement abandonnés.
- Nous étudierons alors, de concert avec vous, monsieur le maire, si, en raison de leurs antécédents, ces enfants sont encore susceptibles d'amélioration.
- Dans le cas de l’affirmative, ils seront admis dans une section spéciale de l’hospice des enfants assistés, et, après quelques jours d’observation, envoyés, s’il y a lieu, dans les établissements industriels de province.
- Voici la conclusion de cette circulaire :
- i° Les enfants proposés pour l’admission parmi les moralement abandonnés doivent être âgés de douze à seize ans, non infirmes.
- Toutefois, la loi du 10 mai 1874 sur le travail dans les manufactures permettant de placer dans un nombre restreint d’industries des enfants de dix ans, quelques enfants de cet âge pourront être recueillis par l’administration.
- 2° Toute admission devra être autorisée par les parents ou tuteurs, qui signeront, à cet effet, la formule consignée sur le bulletin de renseignements ci-joint.
- Je n’ai pas besoin, monsieur le maire, d’appeler votre attention sur l’importance du service nouveau qui va être organisé pour répondre aux vœux des conseils élus.
- En conséquence, lorsque vous jugerez utile de demander une admission dans le service des moralement abandonnés, il vous suffira de m’en prévenir par écrit.
- Je ferai immédiatement procéder à une enquête, et, si les parents acceptent les conditions développées plus haut, l’enfant sera accueilli et placé par nos soins.
- Cette circulaire a déjà produit de bons effets.
- Voici comme preuve un passage d’un discours prononcé il y a peu de jours par le président du Conseil général de la Seine :
- « C’est au conseil général de la Seine, secondé par les efforts de l’administration de l’Assistance qu’est due l’organisation du service nouveau des enfants moralement abandonnés. Déjà plus de cent jeunes garçons ou filles ont été recueillis pt pourvus d’excellents* placements. D'ici à quelques années, quand ce service sera complété, il comprendra une population de 5 a 6,000 enfants.
- Ainsi, le conseil général de la Seine aura l’honneur d’avoir abordé, le premier en France, le problème social par ua de ses côtés les plus émouvants et les plus fé-
- conds, en venant en aide àdes catégories’d’enfants abandonnés de fait et voués aux conséquences fatales d’une vie d’ignorance, de désœuvrement et de misère.»
- LES TRAVAILLEURS AMIS DE LA PAIX (1)
- Dimanche dernier, 13 février 1881, la société des Travailleurs amis de la Paix a tenu, rue de Bretagne, 49, son assemblée semestrielle. La réunion était nombreuse ; on y remarquait presque autant de dames que d’hommes.
- Au bureau, siégeaient, le citoyen Charles Lemonnier, président; les citoyens de Gasté, député; Milkouski, délégué de la Ligue ; A. Desmoulins, professeur, et Ch. M. Limousin, publiciste, assesseurs
- Le citoyen Irénéé Dauthier, secrétaire, lit le procès-verbal de la dernière assemblée générale, qui se termine par la traduction d’une lettre adressée le 19 juin 1880, à la société par le citoyen Cremer, secrétaire général de la Worhmen's Peace Association et d’une adresse italienne du 17 juin 1880 envoyée par le comité central des Associations ouvrières d’Italie. Lecture est également donnée d’une lettre du citoyen De Bouteiller, conseiller municipal, qui, après avoir excusé son absence, s’exprime ainsi : « Vous avez raison de vouloir que les principes dont votre société a arboré le drapeau figurent parrnis ceux que les républicains radicaux essaieront de faire triompher aux prochaines élections législatives. Il n’en est pas. je crois, de plus indispensable^ la consolidation et à la sécurité de la République, à son développement. 8
- Après le compte rendu financier présenté par le citoyen Wynants, trésorier, et le résumé des travaux de l’année, lu par le citoyen Dauthier, secrétaire, commencent les discours.
- Le citoyen Nottelle lit la résolution soumise à l’assemblée par le comité, et il prouve, par une série de raisonnements, solidement enchaînés, que la guerre est incompatible avec la République. Ce discours est accueilli par de chaleureux applaudissements.
- Le citoyen Limousin excuse l’absence du citoyen An-tide Martin, conseiller municipal, et expose avec une grande netteté les avantages immenses que trouveraient les nations à substituer, à la pratique barbare de la guerre, la conclusion de traités d’arbitrage ; il rappelle que plusieurs parlements se sont déjà prononcés pour l’arbitrage et exprime le regret qu’aucune proposition de cette nature n’ait été faite à notre Chambre des députés. (Applaudissements répétés.)
- Le citoyen de Gastô, tout en approuvant la thèse qui vient d’être développée, rappelle qu’il a présenté lui-même, à propos d’une discusion sur les traités de commerce, un amendement favorable à l’arbitrage, amendement qui a été écarté de l’ordre du jour par M. Gambetta. Cette communication est accueillie par de vifs applaudissements.
- Le citoyen Desmoulins présente quelques considérations historiques sur le désarmement ; il rappelle le temps — le bon vieux temps — où les particuliers marchaient cuirassés et armés, où les maisons étaient autant de forteresses, où les moindres hameaux ôtaiem, entourés de remparts, et où la France ôtait divisée en provinces armées les unes contre les autres et séparées par des douanes intérieures.
- Le progrès des esprits et l’adoucissement des mœurs ont désarmé tour à tour les particuliers, les familles, les communes et les provinces, et fait disparaître les douanes intérieures ; et le 14 juillet 1790, la France moderne s’est affirmée à la fête de la Fédération. Ce qui s’est fait alors pour la France, l’Europe sera quelque jour obligée de le faire elle-même en fédération ses différents Etats dans une vaste union ; le moyen de l’acheminer vers cette union, c’est l’adoption d’un système de desarmement progressif et simultané.
- (1) Siège Social, 15, faubourg Montmartre, Paris,
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- LE DEVOIR
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- Le citoyen Lemonnier lit ensuite la résolution suivante :
- « La réunion déclare que la question de l’établissement et du maintien de paix par un tribunal d’arbitres internationnaux, et celle du désarmement proportionnel et simultané des nations, doivent figurer sur le programme du parti républicain radical aux prochaines élections législatives.*
- Cette motion est votée à l’unanimité aux acclamations de toute l’assemblée. En terminant, le président engage les assistants à faire les plus grands efforts pour activer la propagande de la paix ; il lève la séance,.aux cris de : Vive la République universelle î
- {la Justice) E. Massen.
- TJne rivière intermittente.
- A 15 kilomètres de la ville de Guatemala, dans la république américaine qui porte ce nom, près d’un bourg nommé Néjapa, sur les dernières pentes du volcan de San Salvador, se trouve une source connue dans le pays sous le nom de Rio-Huido (rivière fugitive). Pendant 7 années consécutives cette source produit assez d’eau pour former une véritable rivière. Dès que les 7 années sont achevées les eaux disparaissent, la source cesse de couler, et le lit de la rivière,tout à fait à sec ne présente plus que du sable et de la poussière. Ce tarissement dure sept années, puis recommence une période d’écoulement d’égale durée.
- En ce moment la source coule. La période d’activité a recommencé en janvier 1880.
- L’ENSEIGNEMENT CIVIQUE SQÜS LA RÉVOLUTION
- En parlant il y a quelques semaines de l’enseignement civique qui va être institué dans nos écoles, nous avons dit que la première République avait déjà fait un essai dans ce sens.
- C’est là un de ces traits qui caractérisent notre grande Révolution. A l’heure où le gouvernement avait des préoccupations politiques énormes et où la République était en guerre avec les rois étrangers et les proscrits français coalisés contre elle, les grands patriotes trouvaient encore le temps de s’occuper de 1 éducation de l’enfance et de s’efforcer à former pour l’avenir des citoyens éclairés et aimant leur pays.
- Le citoyen La Chabeaussière présenta au Conseil des Cinq Cents un Catéchisme français de philosophie, de morale et de politique républicaine. Sur le rapport de Lakanal et du représentant Barbé-Mar-bois, le Conseil adopta ce Catéchisme comme livre d’enseignement des écoles. C'est un volume en vers, où, à chaque question posée, répond un quatrain.
- Ce volume étant devenu très rare, nos lecteurs nous seront peut-être reconnaissants de leur en faire connaître l’esprit*
- Voici quelques extraits :
- Qui êtes-vous ?
- Homme libre, Français; républicain par choix;
- Né pour aimé mon frère et servir ma patrie,
- Vivre de mon travail ou de mon industrie,
- Abhorrer l’esclavage et me soumettre aux lois.
- Qui vous a crées ?
- Celui dont le pouvoir a tout fait en tout lieu,
- Le ciel, les éléments, les animaux, les hommes,
- Les astres, la lumière et le globe où nous sommes :
- J’y crois en l’admirant et je l’appelle Dieu.
- Qu'est'ce que Vâmel
- Je n’en sais rien; je sais que je sens, que je pense, Que je veux, que j’agis, que je me ressouviens ;
- Qu’il est un être en moi qui hors de moi s’élance;
- Mais j’ignore où je vais et ne sais d’où je viens.
- Quelles sont les vertus principales ?
- Soyons justes, prudents, tempérants, courageux;
- De ces quatre vertus naîtront toutes les nôtres;
- De la société l’uue affermit les nœuds,
- Le bonheur personnel est le prix des trois autres.
- Qu'est-ce que la tempérance?
- Savoir régler ses goûts, modérer ses besoins,
- Qui fuit l’excès, jouit et mieux et davantage ;
- Le plus sage est celui qui désire le moins ;
- L’abus môme du bien en corromprait l’usage.
- Pourquoi'VEtre suprême mit-il en nous les passions auprès de la raison ?
- D’un char à deux coursiers l’âme est comme le guide ; L’un est paisible et doux, l’autre vif et fougueux; L’un attend l’aiguillon, l’autre appelle la bride ;
- L’un a besoin de l’autre et le char de tous deux.
- Plusieurs de ces pensées ont vieilli, mais nous croyons qu’en somme ce Catéchisme français, vieux d’un siècle bientôt, peut soutenir sans crainte la comparaison avec le catéchisme romain.
- »ii «wWWWWw—
- Découverte ci’uiie montagne d’aimant.
- Dans une montagce du Nord de la Suède on a découvert une énorme veine de fer oxyduié magnétique (e’est à dire d’aimant) d’une richesse extraordinaire.
- Le propriétaire de cette montagne compte couvrir le monde entier d’aimants naturels d’une grande puissance.
- Un électricien de Berlin, le docteur Darffe, bien connu pour ses travaux scientifiques, a acheté un aimant naturel pris à cette montagne et pesant 34 kilogrammes, j
- LE JOURNAL « LE TRAVAIL »
- La Commission du journal Le Travail nous prie d’insérer les lignes suivantes ;
- « Malgré les sacrifices du Club International d’Eludes sociales de Londres qui épuise les fonds de réserve de sa caisse pour faire vivre son Bulletin mensuel « Le Travail », il a été impossible de continuer plus longtemps cette publication.
- « Si l'état de ses finances permet au club de reprendre le cours momentanément interrompu de son journal, les abonnés le recevront comme par le passé.
- « Nous prions les collaborateurs qui nous ont prêté concours de recevoir nos sincères remerciements »
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- Ooixt il© la guerre cTOrieiit.
- Le Journal officiel emprunte au ministère des affaires étrangères quelques renseignements sur les sommes que la dernière guerre d’Orient a coûtées à la Russie.
- Le gouvernement a dû recourir à :
- 1° Un emprunt extérieur de 13 millions de livres sterling.
- 2" Trois emprunts intérieurs 5 0/0, dits Emprunts d’Orient, savoir :
- En 1870 un emprunt de 200 millions de roubles.
- En 1878 un emprunt de 300 millions de roubles.
- En 1879 un emprunt de 300 millions de roubles.
- 3° Une émission de bons du trésor pour 100 millions
- de roubles. „„ , „
- G’est donc plus de 2 milliards 600 millions de francs comme chiffres apparents. Mais ces chiffres ont été presque doublés par les résultats des émissions de papier-monnaie.
- BON EXEMPLE A SUIVRE
- M. Plessier, député de l’arrondissement de Coulom-miers, fournit au « Journal des Débats * d’intéressants détails sur un usage qui tend à s’établir dans nos contrées du Nord, et que nous voudrions voir se répandre dans toute la France.
- Sur les murs des villages, on placarde en affiches les chiffres les plus intéressants de la situation financière de la commune. Ainsi, à Beautheil, un pays de 506 habitants, où chaque centime additionnel ne rapporte que 100 fr., le maire fait imprimer et afficher périodiquement l’état des emprunts de la commune avec l’explication de leur origine.
- Beautheil devait, en 1878, 46,684 fr., dette énorme, dont un tiers provenait des charges de l’occupation prussienne. Ghaque année, les habitants peuvent voir de quelle somme cette dette a décru, et ce qu’est devenu l’argent que le percepteur leur a demandé.
- A Saint, village voisin, même usage. Dans chaque maison, les compte-rendus du maire sont placardés les uns à côté des autres, en sorte que toute la famille les lit et les commente à son aise.
- Grâce à ces communications, chacun sait où passent les centimes ordinaires et extraordinaires, les impôts de prestation, de ports d’armes, les taxes de toute sorte que le pauvre monde paie tant à contre-cœur. Chacun sait également ce que coûtent l’école, le secrétaire de la mairie, les chemins vicinaux, le garde champêtre.
- Cet usage nous paraît excellent, nous le répétons, et cela pour plusieurs raison.
- D’abord il est bon que les élus du suffrage universel, à tous les degrés, s’habituent à être contrôlés. Le conseil municipal n’est pas une chambre noire : c’est une maison de verre. Tous, riches ou pauvres, ont le droit de savoir à chaque instant ce qui s’y passe.
- Ensuite, il ne faut pas que les électeurs s’imaginent que leur tâche soit terminée quand ils ont jeté dans la boîte leur bulletin de suffrage. Il faut, au contraire, qu’ils soient bien convaincus que les affaires publiques sont leurs propres affaires : car la maison commune s’appelle ainsi parce qu’elle est la maison de tous.
- Ce sont leurs deniers qu’on administre, et, s’ils n’en surveillent pas la gestion, si leurs intérêts sont négligés, si ouïes endette ou si on les ruine par des entreprises téméraires, à qui devront-ils s’en prendre sinon à leur insouciance ?
- Ayant le droit de surveillance, n’avaient-ils pas celui d’avertissement ? Et, quand leurs mandataires auront commis des fautes irréparables, il sera bien temps, n’est-ce pas, de les chasser du conseil et de les remplacer par d’autres !
- Il est trop tard, comme dit le proverbe, de fermer les portes de l’écurie quand les chevaux sont dehors.
- Enfin, d’après la loi d'éligibilité, tous les citoyens sans exceptions, les ouvriers comme les bourgeois, peuvent être appelés à leur tour, par le suffrage universel, à participer au maniement de la chose publique. Il est donc bon qu’ils soient mis de bonne heure au courant des affaires.
- On n’entre pas dans un conseil pour y tout apprendre : un conseil n’est pas une école primaire. Mieux vaut y entrer après avoir appris ; c'est autant de temps gagne.
- Pour toutes ces raisons, nous approuvons fort l’exemple donné par les conseils du Nord, et nous ne saurions trop engager tous nos maires républicains à le suivre.
- Guérison des ivrognes.
- Curieux moyen de sevrer l’ivrogne, pratiqué en Suède et en Norvège, et que nous lisons dans l'Union médicale :
- L’ivrogne endurci est puni de l’emprisonnement.
- Pendant son séjour dans la prison, il n’a pour tonte nourriture que du pain trempé dans la boisson, vin ou eau-de-vie, avec laquelle il s’enivre habituellement. Le premier jour,le prisonnier accepte avec plaisir ce repas ; mais, dès le second jour, ii commence à éprouver de la répugnance, et il est rare que, après huit ou dix jours de ce traitement, l’ivrogne ne demande grâce; il se laisserait plutôt mourir d’inanition que de goûter à sa pitance.
- A de rares exceptions près, il n’y a pas de récidive, et l’ivrogne est si radicalement guéri, que l’odeur du vin ou de l’alcool lui cause une répulsion invincible.
- Une femme officiel de police.
- A Union dans l’Etat d’Yowa il y a 3 officiers de police du nombre desquels est une femme.
- A St-Joseph, dans la Californie, chaque année une femme se rend aux élections et demande à exercer un droit que ses sœurs du Wyoming exercent de par la loi. Chaque fois on le repousse et chaque fois aussi elle proteste publiquement.
- Chaque Samedi 16 pages grand in~8®, 2 colonnes
- REVUE HEBDOMADAIRE
- Scientifique, illustrée, spéciale, seul journal tenant les lecteurs au courant de tous les détails de l’Exposition universelle d’électricité, organe indépendant des exposants
- Rédacteur en chee : W. de FONVIELLE
- E. de CLÏSSON : directeur
- Un numéro, 40 centimes. — L'année, IB francs. Union postale 20 francs.
- PARIS, 16, rue Un Croissant, PARIS
- Envoi de numéros spécimens gratis sur demande
- Le Directeur-Gérant : GODIN.
- Saint-Quentin—lmp. de la Société anonyme du Glaneur
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- 4* ANNÉE, TOME 5 — N° 131
- AA numéro hebdomadaire 20 c.
- DIMANCHE 13 MARS 1831
- Le Devoir
- REVUE DES REFORMES SOCIALES
- BUREAU
- A GUISE (Aisne)
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant F ondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE
- par renvoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- Franc©
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- 10 fr. »«
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- ON S’ABONNE
- A PARIS 6,r.Neuve-des-petits-Champs Passage des Deux-Pavillons
- S’adresser à M. LEYMARIE administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- Nouvelles du Familistère, conférence de M. Boland : la politique et la démocratie. — la question irlandaise. —- laits politiques et sociaux. — La question de la femme. —r Nouvelles diverses. —• Enfants abondonnés en Russie. — La femme en Allemagne. — Les Ascii antes. — Le traité des Manches. — Variétés.
- NOUVELLES DU FAMILISTÈRE
- Oottfes’eMce de IMF. îïeaarl HBoIe&ixcî LA POLITIQUE ET LA DÉMOCRATIE
- Dimanche dernier une conférence publique et gratuite a été donnée au théâtre du Familistère par M. Henri Boland, rédacteur en chef du National de Bruxelles.
- La salle réunissait un auditoire nombreux, plus de 600 personnes, appartenant pour la plupart à l’Association du Familistère.
- Le sujet choisi par l’orateur était la"politique et la démocratie, sujet vaste et qui, précisément par l’absence de bornes précises, met au service du conférencier un domaine fort étendu.
- M. Boland a fait preuve d’un talent les plus remarquables, tant comme orateur que comme penseur. Il joint à une voix ferme et forte, la fougue, la chaleur communicative du jeune homme et un art très habile à faire valoir les parties les plus importantes de son discours.
- Dès le commencement de sa conférence l’orateur a- conquis les sympathies du public en répondant
- par une profession de foi éloquente à des accusations qui circulaient à son sujet. M. Boland affirme ses opinions avec une netteté de termes qui ne laisse aucune prise à l’indécision. Il croit fermement en Dieu mais il ne pratique aucun culte ; en politique toutes ses aspirations sont pour la république démocratique ; il déplore de voir son pays, la Belgique, alternativement aux mains de deux partis qui ne valent pas mieux l’un que l’autre,qui font à peu près la même besogne, dont les dénominations sont opposées, mais dont les actes sont similaires. L’un passe à l’autre la rhubarbe pour recevoir de lui le séné. Tous deux s’entendent à merveille quand il s’agit de s’opposer aux aspirations du prolétariat. Pour les hommes qui sont attachés à la cause du peuple, pour ceux qui se rangent du côté des faibles contre les forts, pour ceux qui prennent parti pour les opprimés et veulent porter des coups aux oppresseurs, il n’y a place ni dans l’un ni dans l’autre de ces partis.
- M. Boland affirme bien haut que devant la raison de tout homme réfléchi la femme est l’égale do l’homme, que la loi doit être la même pour les individus de l’un et de l’autre sexe ; enfin qu’il n’y a pas de prétexte qui puisse légitimer des dérogations quelconques à ce principe.
- Cette égalité de la femme est logique c’est la généralisation du principe de la démocratie.
- Des applaudissements chaleureux prouvent au conférencier que l’auditoire est sensible à cette profession de foi nette, énergique et précise.
- L’orateur aborde alors le sujet de sa conférence. Il fait l’historique de la démocratie. Il montre combien on se tromperait en assimilant les républiques anciennes aux démocraties telles que nous le comprenons. Il trace un lugubre tableau du Moyen Age avec ses serfs et la tyrannie des prêtres et des sei-
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- gneurs. On croyait alors à une religion qui disait au peuple de tout subir, de tout supporter, puisque les misères de ce monde étaient un titre aux félicités célestes. Grâcè à cette théorie d’un paradis compensateur, l’Eglise extorquait au peuple le meilleur de son gain. Aujourd’hui ce n’est pas que l’envie d’agir ainsi manque à l’Eglise, mais le bon sens public ne le lui permet plus. Elle s’en console en exploitant les piscines miraculeuses. C’est la dîme perçue sous une autre forme.
- Ah ! quand l’on songe à tout ce que le pauvre peuple a dû souffrir pendant le Moyen Age et pendant les siècles qui ont suivi, on est saisi d’une admiration profonde pour la révolution de 1789 et et l’on est forcé, non pas d’absoudre, mais de comprendre les abominables excès de 1793.
- L’orateur a été profondément touché, en arrivant à Guise, d’apprendre que cette petite ville avait l’honneur d’avoir donné le jour à l'un des hommes les plus nobles, les plus sympathiques, les plus dignes d’admiration de cette grande période révolutionnaire, à Camille Desmoulins.
- Guise a résolu d’élever une statue à ce grand patriote qui fut un des hommes qui ont le mieux aimé l’humanité. Guise, par cet acte public de reconnaissance, s’honore , tout en honorant le plus illustres de ses enfants. La France d’aujourd’hui, la France rendue à elle-même, se grandit en élevant des statues à ces hommes de courage et de génie dont la mémoire avait été jusqu’ici indignement bafouée, à ces hommes à qui nous sommes redevables de toutes les libertés dont nous jouissons aujourd’hui.
- Hélas ! l'œuvre des grands patriotes révolutionnaires fut étouffée par le chauvinisme Napoléonien. La mémoire de Napoléon Ier est inscrite dans toute l’Europe et même en Afrique en caractères ineffaçables, mais ces caractères soart de sang. S’il y a eu Austerlitz, il y a eu aussi l’invasion des alliés. A l’entrée des Français à Moscou a répondu celle des Cosaques à Paris. Et quels résultats à toutes ces guerres ? la ruine du pays, la perte des libertés de 1789, la Restauration de la royauté et de l’autel.
- Ah ! l’on se méprend étrangement lorsque l’on parle de gloire militaire. La guerre n’aboutit jamais qu’à la perpétuation de rancunes éternelles. Elle est un instrument à la main des despotes, un moyen de domination. Elle inspire et entretient des tendances militaristes qui sont à la fois un danger pour la liberté publique et une cause de charges énormes pour la population.
- Jamais annexion n’a profité à l’annexeur, loin de là. Un jour ou l’autre le pays qui a été arraché à ses
- sympathies secoue le joug de son oppresseur. Ne le voyons-nous pas en ce moment même dans le Trans-waal où les Boers, républicains il y a quelques années encore, expulsent de leur territoire les soldats de la reine Victoria ?
- Le besoin actuel des peuples civilisés est un besoin de paix, de sécurité intérieure et extérieure, de prospérité par le travail. Les idées de revanche sont des idées mal comprises : la guerre n’est pas nécessaire pour reprendre ce qui est perdu ; il y a des solutions pacifiques. Détacher les territoires n’est pas détacher les peuples. On ne supprime pas les sympathies.
- Nous marchons à la paix universelle, nous marchons à la confédération des peuples, à la création des Etats Unis d’Europe. Ah I ce sera une gloire bien grande pour la France, ce sera même la plus grande de toutes ses gloires que d’avoir été l’initiatrice de cette transformation du monde.
- Ceux qui nous accusent d’être des hommes d'utopie sont eux-mêmes des hommes de courte vue. Le fonctionnement de l’arbitrage international n’est pas une utopie. Il a fonctionné a diverses reprises et toujours réussi. Nous vivons vu il y a quelques années conjurer par voie d’arbitrage la guerre qui allait éclater entre l’Angleterre et les Etats-Unis à propos des déprédations de l’Alabama. L’arbitrage est une des solutions de l’avenir. L’heure de son triomphe viendra, mais peut être ne viendra-t-elle que lorsque les abominations qui se commettent au nom de la gloire militaire auront été portées à leur comble. Combien il serait plus sage de ne pas atten-dre jusque là!
- On ne s’est pas jusqu’ici rendu un compte assez exact des maux et des sacrifices qu’entraîne la guerre ; on ne s’est pas assez dit ce que serait le monde à l’heure qu’il est si depuis des siècles que l’on s’entretue, que l’on dévaste des pays, que l’on engouffre en frais de guerre des capitaux énormes, toutes les richesses, toutes les forces ainsi tournées au mal avaient été tournées au bien. Ah ! s’il en avait été ainsi, l’humanité serait richissime aujourd’hui, elle serait si riche que non seulement la mi-misère y serait inconnue mais que chacun aurait des rentes.
- Et pourquoi un peuple ne donnerait fl pas l’exemple du désarmement. Croit-on que sa sécurité serait compromise parce qu’il serait inoffensif ? « Combien, s’écrie M. Boland, combien il serait consolant, combien il serait beau et grand de voir une nation riche et puissante, la France par exemple, mettre bas les armes, consacrer toutes ses forces, toute son activité, tout son savoir, à développer ses ressources
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- intérieures sans chercher le moins du monde à porter ombrage à l’étranger. Et ce pays ne serait-il pas protégé par la notoriété de ses intentions pacifiques ?
- Le grand, le magnifique exemple qu’elle donnerait ainsi n’exercerait-il pas sur les autres peuples une influence si profonde qu’aucun d’eux ne consentirait plus à faire la guerre ? Quel est le peuple civilisé qui accepterait d’être l’agresseur contre une nation pacifique sans armée, d’une nation qui ne compterait pour être protégée que sur le dévouement de ses citoyens se portant d’eux-mêmes à la frontière et qui là, sans armes, sans cuirasse, montrant à découvert leurs poitrines de fils, d’époux, de pères de famille, ne permettraient plus aux envahisseurs d’agir en soldats mais seulement en assassins. Il n’y a pas de peuples, non il n’y en a pas, qui accepterait un tel rôle en présence d’un tel spectacle.
- Ne nous berçons pas d’illusions. Nous sommes loin encore du désarmement absolu, mais nous sommes moins loin de l’heure où l’on substituera l’arbitrage international à la guerre.
- On peut affirmer que l’heure de la subsistitution de l’arbitrage international à la guerre sera bien près de venir quand les peuples seront maîtres d’eux-mêmes. Qui veut la guerre de nos jours ? Sont-ce les peuples ? Aucunement. Ce sont MM. les diplomates. Ces personnages trouvent bon; eux qui se savent d’avance à l’abri de tout danger, ils trouvent bon d’envoyer leurs compatriotes à la guerre comme on envoie du bétail à l’abattoir.
- L’orateur, saisissant l’occasion qui le met en présence des habitants du Familistère de Guise, de cette institution de socialisme pratique fondée par M. Godin, de cette œuvre à laquelle il porte un si vif intérêt, trace en termes touchants les impressions qu’il a reçues en visitant quelques-uns de ses services, ceux qui sont destinés à l’enfance : la crèche, la salle d’asile, les écoles.
- « Eh quoi ! s’écrie M. Boland, toutes ces fragiles créatures qui sont l’objet de la constante sollicitude de leur père et mère, tous ces chers petits chérubins frais et roses que je voyais dormir dans leurs blancs berceaux ou jouer aux jeux de leur âge, tous ces petits êtres qui font le bonheur, la gaieté et l’espoir des familles ne seraient-ils destinés à grandir que pour être fauchés par la mitraille le jour où ils auront atteint la fleur de l’âge ! »
- On devine de quelle puissance a été sur un auditoire composé de pères-de famille l’évocation de ce tableau saisissant.
- L’orateur rend une éclatante justice à M. Godin,
- | le vétéran de la démocratie de la contrée ; il le re-I mercie au nom de la cause de l’humanité de ses efforts, de ses sacrifices pour le développement et le triomphe des idées de paix, de concorde entre peuples et entre classes.
- M. Boland tient à rendre un hommage public à cette belle idée du Familistère, qui est comme un traité d’alliance perpétuelle entre le capital et le travail, et à l’initiateur de cette idée, M. Godin, si large dans ses vues, si simple dans sa vie, qu’en se trouvant auprès de lui on songe à cette belle parole de Lacordaire : « Je ne sache rien qui touche plus qu’un grand cœur dans une petite maison, »
- L’orateur regrette que l’exemple donné par M. Godin n’ait pas trouvé jusqu’ici d’imitateur. Mais qui peut dire ce que réserve l’avenir. Espérons, oui, espérons, qu’un jour viendra où il n’y aura plus de prolétaires, plus de capitalistes, mais seulement des associés.
- M. Boland s’élève ensuite à de magnifiques considérations sur l’avenir de la démocratie, sur la participation du prolétariat à la gestion des affaires publiques, sur la sympathie que les peuples ont les uns pour les autres en dépit de la compétition de leurs gouvernements, sur la prédominence de plus en plus accentuée et le triomphe définitif du droit sur la force, enfin sur les espérances de paix, de concorde, de bien-être général que l’on peut concevoir pour l'avenir, pour ce xxe siècle qui récoltera les fruits des travaux du nôtre.
- M. Boland termine par une éloquente péroraison : « Un souverain, s’écrie-t-il, a dit dans un moment d’orgueil qu’il n’y a plus de Pyrénées, eh bien nous disons, nous, et avec une fierté bien légitime, que l’heure viendra, et que peut-être elle est moins éloignée qu’on ne pense, où il n’y aura plus de frontières et plus de classes sociales, où tout les peuples se presseront fraternellement la main, où toutes les classes de la société seront associées entre elles par l’harmonie des intérêts. »
- Cette conclusion de l’orateur a été un véritable triomphe; de toutes parts, les applaudissements partaient à ébranler la salle. M. Godin s’est alors avancé et a exprimé en termes émus les sentiments que la conférence avait fait naître dans son cœur et dans
- I celui de tous les auditeurs. L’assistance a prouvé par ses acclamations que M. Godin était, en parlant comme il l’a fait, l’interprète fidèle des sentiments de tous.
- Puis saisissant avec un à propos qui n’a échappé à personne, les dispositions d’esprit qu’avait fait J naître la conférence, M. Godin a fait remarquer à l’auditoire combien la chaleureuse parole d’un ora-
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- teur fait de bien à la cause qu’il défend et combien de douces et saines jouissances du genre de celle de ce soir seront mises à la portée des ouvriers, dès le jour, qu’on peut espérer prochain, où aura été promulguée la liberté de réunion.
- LA QUESTION IRLANDAISE
- III
- Nous avons vu à quel point est misérable la situation matérielle des Irlandais ; leur état intellectuel et moral n’est pas moins douloureux.
- Comment pourrait-il ne pas en être ainsi ? L’ignorance et la démoralisation ne sont-elles pas la conséquence obligée du dénuement et de la misère absolue ? Là où l’espérance n'a plus sa place, l’homme ne demande plus l’amélioration de son sort au travail, à la prévoyance, à la bonne conduite. Là où le principe fondamental de la justice, le droit à l’existence, est impunément violé, est foulé aux pieds de par la loi, les victimes de cet état de choses perdent petit à petit le sens de ce qui est juste et de ce qui est bon. Et vraiment pour qu’un peuple qui subit depuis deux siècles des injustices aussi révoltantes ; que celles que subit l’Irlande ne soit pas tombé à ne plus être qu’un ramassis de malfaiteurs et de criminels, il faut que le fond naturel de ce peuple ait été bien bon !
- Oh ! l’on crie beaucoup contre la superstition et l’ivrognerie des Irlandais. La presse anglaise se distingue tout particulièrement par le caractère acerbe de ses accusations. On dirait à l’entendre que l’Angleterre est un pays modèle où le gin ne rencontre pas un seul amateur et où le moindre porte-faix est lettré comme un académicien.
- Disons le bien haut, ces récriminations de la presse anglaise à l’égard des Irlandais ne sont que de mauvais prétextes pour chercher à justifier un état de choses injustifiable. Les vainqueurs ont parfois besoin de justifier aux yeux des autres et même à leurs propres yeux l’implacable dureté dont ils font preuve à l’égard des vaincus. C’est assez l’habitude de ceux qui font une victime de s’efforcer d’établir que la victime ne mérite aucun intérêt. Quant on demandait aux planteurs américains d’avoir quelque humanité envers les nègres, les planteurs faisaient valoir que les nègres étaient des êtres incapables et inférieurs, moins près des hommes que des animaux. Les Anglais ne s’expriment guère autrement quand ils s’occupent des Irlandais.
- Voyons à quel point ils sont fondés à parler ainsi. I
- Il est malheureusement vrai qu’en Irlande l’instruction est très peu développée dans les villes et n’existe pour ainsi dire pas dans les campagnes.
- 11 y a des contrées où le paysan ne comprend pas un mot d’anglais et baragouine un méchant patois qui change selon les contrées, d’où il résulte que non-seulement l’Anglais ne le comprend pas mais que même les Irlandais entre eux ne se comprennent pas toujours.
- M. Tuke, voyageur anglais envoyé récemment en Irlande par une société charitable de Londres, parle en termes émus de ces malheureux qui vivent dans leur pays comme des étrangers, sans rapports possibles avec leurs voisins. Il nous les dépeint se cachant à l’approche d’un inconnu, puis, peu à peu, at tirés par la rareté d'une visite, sortant de leur cabine pour voir ce qui en est, regardant avec curiosité mais ne demandant rien, sachant bien, les malheureux, qu’on ne les comprendrait pas.
- Est-ce en Europe, dans un pays aussi riche, aussi puissant que le Royaume-Uni que cela devrait se rencontrer?
- La superstition est générale et excessive en Irlande, à la grande satisfaction du clergé catholique qui y trouve son compte. Noblesse et clergé s’entendent comme larrons en foire et se donnent le mot pour entretenir avec le plus grand soin cette ignorance et cette superstition.
- Le mobile auquel ils obéissent n’est pas difficile à découvrir.
- Aujourd’hui le paysan Irlandais n’a qu’une idée vague de ce qui se passe. Il n’y a guère qu’une année — et encore a-t-il fallu pour cela les efforts énergiques et soutenus de la Land League «r qu'il commence à avoir un sentiment un peu net de ses droits. Jusqu’à ces dernières années il attribuait sa misère à d’autres causes qu’à la spoliation.
- Ainsi c’est encore une croyance générale parmi les paysans irlandais que celle à l’existence de « l'herbe delà faim ».Us racontent que si l’on a le malheur de marcher sur cette herbe on risque de tomber d’épuisement. Pauvres gens, ils attribuent à l’influence d’une plante mystérieuse ce qui n’est que la conséquence des privations que leur impose la rapacité des landlords î
- Ne comprenez-vous pas, par ce seul exemple, que les dominateurs de l’Irlande ont tout intérêt à laisser la population croupir dans l'ignorance ? Ils se disent que le jour où les Irlandais auraient en leur pouvoir l’arme de l’instruction, leur autorité, à eux dominateurs, serait dans une situatuation bien précaire.
- Dans la plupart des pays de la civilisation, dans l'esprit du peuple la société est en gestion d'un ordr ©
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- de choses nouveau, plus équitable et plus conforme à la dignité humaine. Le jour où les Irlandais instruits se rendraient compte qu’ils sont un des peuples les plus malheureux de la terre, ils demanderaient à hauts cris la transformation radicale du régime que subit leur pays. C’est ce que les Landlors craignent par dessus tout et c’est pourquoi ils veillent à ce que la population irlandaise soit maintenue dans cet état d’ignorance qu’ensuite ils reprochent si amèrement à ceux qui en sont les innocentes victimes.
- Il est triste de penser qu’une population de plusieurs millions d’habitants n’est conviée à aucune jouissance intellectuelle et que son esprit, plus encore que son physique,manque de l’aliment auquel il a droit.
- Mais à qui reprocher cela ? Aux dépouillés ou aux dépouilleurs ? A qui donc de ceux qui n’ont pas toujours de quoi substituer malgré leur travail soutenu ou de ceux qui vivent dans le superflu et l’oisiveté, incombe-t-il de construire les„écoles et d’entretenir des instituteurs ?
- Les accusations d’ivrognerie, de cupidité, de dissimulation, d’imprévoyance ne sont pas mieux fondées. '
- Ivrognes, oui, les Irlandais le sont très souvent-Et comment ne le deviendraient-ils pas, ces malheureux, qui n’ont pas toujours assez de nourriture pour se soutenir et qui doivent recourir à l’appoint des excitants pour faire rendre à leurs terres la rente qu’il faut payer au Landlord ? Ah ! il est facile quand on vit dans l’aisance, quand on a peu ou point de souci, quand on peut jouir de délassements intellectuels, il est facile de résister aux tentations du cabaret ; mais le malheureux dont la vie est un continuel cauchemar, qui n’a aucun espoir de voir sa situation s’améliorer, qui se dit que quel que soit le sort que l’avenir lui réserve, ce sort ne pourra jamais être pis que le présent,n’est-il pas excusable de jeter le manche après la cognée et de chercher dans les plaisirs grossiers de la boisson un dérivatif aux idées sombres qui l’assaillent, un étourdissement qui lui fasse oublier quelques heures toute la misère de sa situation.
- Que dire des accusations de cupidité et de dissimulation ? Ces vices ne s’expliquent-ils pas par le seul fait de la misère et de la servitude ? C’est le propre de ceux qui n’ont jamais d’argent entre les mains d’accepter toutes les besognes qui leur en peuvent procurer, comme c’est le propre de ceux qui se sentent impuissants à secouer un joug qui pèse sur eux de s’efforcer d’opposer la ruse à la violence.
- Quant au reproche d’imprévoyance,il est tellement
- | injuste qu’on se demande comment il se trouve quel* | qu’un pour le formuler. La prévoyance n’est possible ! qu’à ceux qui peuvent vivre, qu’à ceux qui ont un minimum de bien-être leur permettant de prélever sur le présent quelque chose pour l’avenir.
- La prévoyance est une qualité des êtres majeurs, de ceux qui sont en pouvoir d’agir par eux-mêmes, de penser par eux-mêmes. On ne demande pas la prévoyance à un enfant. Est-on mieux fondé à la demander à un peuple que ses conquérants ont tenu constamment dans un état de minorité, qu’ils ont toujours empêché de s’élever à un état de vie indépendante ?
- Ah ! s’il faut reprocher à quelqu’un l’imprévoyance des Irlandais, ce n’est pas aux Irlandais euxr-mêmes, mais à leurs conquérants.
- Enfin il y a en Irlande un genre particulier de démoralisation dont les conséquences frappent les yeux des plus aveugles mais dont la cause vraie échappe à beaucoup de gens. C’est la démoralisation qui provient de l’aumône. L’aumône n’est pas un palliatif au mal, comme beaucoup le croient, mais un élément d’aggravation du mal. Elle déprave celui qui qui la reçoit. Au lieu de lui donner le sentiment de son importance, de sa valeur, de son droit à vivre, elle lui inculque le sentiment de son infériorité, elle l’habitue parfois à demander.
- Il ne manque pas de personnes animées des meilleures intentions pour recueillir en Angleterre des sommes d’argent assez considérables qui sont distribuées en Irlande. Ces personnes ne soupçonnent pas qu’elles rendent aux Irlandais le pire des services. Elles les habituent à attendre de l’assistance la diminution de leur misère; elles laissent croire à la population anglaise que la question irlandaise peut se résoudre autrement que par des mesures radicales dans le régime foncier.
- Qu’on se le dise bien, toute mesure qui n’aura pas la justice pour base ne rendra pas ce que l’on compte lui faire rendre ; il faut relever la population par des lois basées sur ce principe sacré et inéluctable, le droit de vivre, le droit à l’existence. Des lois semblables inspireraient aux fermiers redevenus propriétaires le sentiment de leur valeur; elle les relèverait à leurs propres yeux ; elle les convierait à ne pas redescendre; elle leur rappellerait qu’ils ont des droits à faire respecter.
- L’Angleterre a de grands devoirs à remplir à l'égard de l’Irlande. A la grandeur des torts doit répondre la grandeur de la réparation. Restituer à leurs légitimes propriétaires les terres arrachées par la violence ne suffirait pas, il faut encore réparer le
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- mal économique, intellectuel et moral produit par cette spoliation. Cela, les Landlords proverbialement égoïstes ne le feront jamais, mais nous ne faisons pas à la noble nation anglaise l’injure de la confondre avec les Landlords.
- L’Angleterre pourrait bien prendre sur elle ce que les lords ne prendront jamais sur eux.
- Le jour où ces grandes mesures réparatrices auront été prises, on n’aura peut être pas supprimé tous les vices, étouffé tous les instincts criminels, relevé toutes les déchéances ; mais on aura à coup sûr diminué de beaucoup leur nombre et adouci de beaucoup leur gravité. L’Angleterre n’aura plus alors à rougir de l’Irlande devant le mondé civilisé et elle pourra appliquer de bonne foi à celle-ci l'épithète d’« île-soeur » qu’elle se plaît à lui donner, comme si dans l’état actuel des choses cette épithète, appliquée à une nation martyre, n’était pas une sanglante ironie.
- Ed. Champury.
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- FAITS POLITIQUES & SOCIAUX DE LA SEMAINE
- »
- FRANCE
- Travauxdes Cïmiriï>r“e&. — Le Sénat continue à consacrer son temps à la discussion du tarif des douanes.
- A la Chambre M. Clémenceau a développé son interpellation sur les ventes de poudres de guerre opérées par le gouvernement. Voici les faits de la cause :
- En France, le gouvernement est fabricant et marchand de poudres, à l’intérieur et à l’étranger. En octobre dernier, la maison Roth, de Vienne, avec laquelle le gouvernement avait été souvent en rapport, a fait marché pour 100,000 kilogrammes de poudre de guerre, sur lesquels 34,000 ont déjà été exportés. Cette vente est légale, le marché est régulier et le fait est normal. C’est sur ce fait que M. Clémenceau a attaqué le gouvernement. Cette poudre, a-t-il dit, est destinée par la maison viennoise à la fabrication des eartouehes à l’usage de la Grèce. Vous fournissez donc de la poudre à la Grèce, vous qui lui prêchez la paix, et qui avez empêché récemment les acheteteurs de vos fusils de rebut de les vendre au gouvernement hellénique.
- Le ministre a fort habilement répondu que les ventes de poudre sont régulières et légales et que le gouvernement n’est pas coupable de vendre de la poudre, même àu commerce libre de l’étranger. Il n’y aurait qu’un cas où le gouvernement aurait tort ; ce serait au cas où il vendrait à des pays ou à des personnes interposées.
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- La Chambre a discuté et adopté la proposition de M. Rameau, sur l’abrogation du décret du 23 prairial an XII.
- Le décret du 23 prairial a disposé que, dans les villes où plusieurs culles sont pratiqués, des cimetières différents ou des poxùions différentes du même cimetière seront affectés adx divers cultes.
- La proposition de M. Rameau tend à amener la communauté du séjour pour les morts.
- Cette proposition u’avait rien d’hostile au culte catholique. Elle a seulement pour but de prévenir le retour d’intolérables abus.
- D’ailleurs, les cimetières ne sont pas catholiques ; ils sont communaux.
- Pour la fosse commune, il n’a jamais été établi de distinction.
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- H/enapyiniifc en 3 0/0 amortissables est officiello-ment annoncé. Il devra produire un milliard de francs. Il aura lieu par voie de souscription publique, ouverte le jeudi 17 mars, au matin et close le soir même.
- Le prix d’émission est de 83 fr. 2b pour 3 francs de rente. Le minimum de rente 3 0/0 amortissable est fixé à 15 fr., le prix de cette coupure minima est donc de 416 fr. 2b.
- Le cours du 3 0/0 perpétuel, coupon détaché, étant aujourd’hui d’environ 85 fr., l’Etat fait un sacrifice parfaitement inutile en fixant le prix d’émission du nouvel emprunt à 1 fr. 73 plus bas. Cette incompréhensible maladresse aura deux résultats :
- Celui de ne rendre le nouvel emprunt accessible qu’aux gros souscripteurs
- Celui de fournir à ces gros souscripteurs le bénéfice des primes que fera ce titre nouveau.
- Il nous semble que le ministre des finances devrait donner le pas aux intérêts de la nation sur ceux des banquiers.
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- K.évI@ioM. de la Constitution.— M. Barodet a pris l’initiative d’une demande de révision de la Constitution. Il a fait signer sa proposition par ses collègues de l’extrême gauche avant de la déposer.
- La proposition vise entre autres réformes la modifi cation. du mode de recrutement et des attributions du Sénat.
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- Création, d’une école norina’e dejennes filles. — M. Camille Sée a déposé hier un projet de loi relatif a la création d’une école normale d’institutrices. Ce projet est la conséquence de la loi sur l’enseignement des jeunes filles.
- D’après ce projet, il serait créé une école normale à Compïègne, et on utiliserait pour cela le château. Le programme serait l’objet d’un réglement d’administration publique, délibéré par le conseil supérieur de l’instruction publique.
- L’urgenee a été déclarée.
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- Peine <ie mort. — Le ministre de la justice a expédié des instructions particulières à tous les procureurs généraux, pour leur recommander d’éviter, excepté dans les cas d’une extrême gravité, de demander l’application de la peine de mort dans les jugements rendus par les cours d’assises. C’est un acheminement vers l’abolition de la peine de mort.
- lAimpôt foncier*. — M. Léon Say a fait à la réunion du centre gauche une exposition de ses idées sur la question dej'impôt foncier.
- Il a rappelé que l’Assemblée nationale s’en était préoccupée dès 4871, qu’on cherchait à faire une péréquation en augmentant le contingent des départements trop peu imposés.
- Il a rappelé la loi du 22 mars 4874 et celles du 3 août et du 5 août 4875. Il a examiné les transformations de l’impôt foncier en impôt de quotité, c’est-à-dire en un impôt sur les revenus. Cette forme lui paraît impraticable administrativement et politiquement.
- M. Léon Say considère que la péréquation par le renouvellement du cadastre est une impossibilité* les Cadastres ne pouvant être qu’un instrument de péréqua-' tion loGalex
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- LÉ DEVOIR
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- Pour M. Léon Say, l’impôt foncier est un impôt sur la fabrication des produits agricoles.
- IL a abordé les objections économiques administratives et fiscales, et il a conclu à un dégrèvement de 30 0/0 du principal de l’impôt foncier sur les propriétés rurales.
- Ce sont les petits propriétaires qui en profiteront, les cinq millions de propriétaires de moins de trois hectares dont parle M Léonce de Lavergne.
- Au point de vue fiscal, M. Léon Say demande qu’on étudie do nouvelles méthodes d’évaluation; la foi tune publique progresse trop rapidement pour qu’on puisse l’évaluer quinze mois à l’avance.
- M. Léon Say a conclu qu’il faut agir : 1° parce que les impôts indirects sont en progression ; 2° parce que la situation de l’agriculturo exige qu’on fasse un effort matériel et moral; 3° parce que la République doit s’occuper dos campagnes et des paysans autant que des villes et des travailleurs.
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- OatlioliqpcEest li'fc>éï*a'ux. — L’ouverture de l’Eglise catholique gallicane de la rue d’Arras a eu lieu le 7.
- Beaucoup de curieux ; les femmes étaient en majorité.
- Après la cérémonie des vêpres et quelques cantiques, M. Loyson est monlê en chaire, et, dans un discours où la politique n’a pas été oubliée, il a rappelé les points principaux de la réforme entreprise par l’Eglise gallicane depuis deux années :
- 1° Le rejet de -l’infaillibilité personnelle du pape;
- 2° L’élection des évêques par le clergé et le peuple;
- 3° La célébration des offices liturgiques et la lecture de la Bible dans la langue nationale;
- 4° La liberté du mariage pour les prêtres;
- 5° La liberté de la confession; enfin, la gratuité absolue des choses saintes et des cérémonies des cultes, telles que baptême, enterrements, mariages, etc.; la nouvelle église ne vivant que des dons volontaires et des souscriptions de ses adhérents.
- ¥ ¥
- Retour du Panthéon à, sa destination.
- — La Chambre a pris en considération la proposition de M. Benjamin Rampai, ayant pour objet de rendre à sa destination l’imposant édifice, que la voix publique, en dépit do la dénomination officielle, appelle toujours le Panthéon.
- On sait que cet édifice distrait de sa destination primitive de 1809 à 1830 et une seconde fois au lendemain du 2 Décembre n’est séparé que par la largeur d’une rue d’une église belle et vaste, St-Etienne du Mont, qui est plus que suffisante pour satisfaire aux besoins religieux des fidèles du quartier. Il n’y a donc aucun prétexte qui puisse faire hésiter devant la restitution du Panthéon aux grands hommes de la France. L’opinion publique s’est toujours refusée à voir dans le Panthéon l’église Sainte-Geneviève; il voit toujours en lui le sépulcre violé de Voltaire et de Rousseau. Le fronton du Panthéon, cette merveille de sculpture, retrace toujours la glorification des sciences, des lettres, du patriotisme, et l’inscription proclame toujours que ce monument a été élevé aux grands hommes par la patrie reconnaissante.
- Celte inscription que l’on n’a pas osé effacer n’est pas une enseigne menteuse ; elle est le rappel de la confiscation de cet édifice par le clergé au lendemain du Te Denm eu l’honneur du massacreur du boulevard Montmartre. Elle est restée comme une protestation du génie et du patriotisme français contre la superstition et l’influence romaines. Il est nécessaire Cfue le Panthéon redevienne ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être.
- ’ « La pensée de porter notre vue au-dela du présent, disait tristement il y a douzaine d’années Edg.ir Quinet, la pensée do prendre notre levier ylans le tombeau, de donner un aliment quelconque aux belles*actions par l’appât d’une noble mort, de chercher une raison de
- vivre au-delà de la vie, dans l’émulation des grandes choses et l’ambition du sépulcre, ces idées et toutes celles de ce genre sont extirpées de l’àme humaine, au moment où je parle. Il est même difficile de les rendre de manière tà les faire sentir, tant elles nous sont devenues étrangères et hostiles! Oui, ces idées là sont mortes ; 'mais êtes-vous bien sûrs que'Ues ne renaîtront jamais. »
- ALLEMAGNE
- Poarsuïtes contre un socialiste. — Des
- poursuites viennent d’être commencées contre le député socialiste Bebel. Ces poursuites ont lieu eu vertu de l’article 16 de la loi de répression du socialisme. M. Bebel est accusé d’avoir organisé des collectes au profit des socialistes pauvres expulsés de Berlin.
- •¥ *
- Iboiisis sociales. — Le conseil fédéral a adopté hier le projet de loi relatif à l’assurance obligatoire pour les ouvriers de l’empire, le projet relatif aux corporations et le projet relatif à l’impôt militaire
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- HPaix avec Rome. — Les journaux allemands nous apprennent que des négociations ont été reprises entre le Vatican et le gouvernement prussien.
- Si nous en croyons la Gazette nationale, le saint-siège se serait décidé à faire les premières démarches en vue d’un rapprochement. Des deux côtés on est las d’une lutte qui a nui à l’Eglise allemande sans triompher de sa résistance, et qui a tenu en échec le tout puissant chancelier, en fortifiant l’opposition parlementaire.
- *
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- et militarisme. — La misère prend des proportions inquiétantes non-seulement dans les provinces orientales de la Prusse, mais dans les districts industriels de la province rhénane. Dans le cercle de Kemplen, des milliers de métiers chôment. A Viersen, sur 22,000 habitants, 4,000 demandent des secours.
- En môme temps que la misère, se développe l’émigration. Dans le courant de l’année 1880, 106,000 allemands ont quitté leur patrie. L’année précédente, le chiffre des émigrants n’était monté qu’à 33,000. Or, c’est en 1880 qu’ont été appliquées pour la première fois les lois protectionnistes de M. de Bismarck. Une augmentation de 70,000 émigrants : tel paraît donc avoir été l’effet produit par ces lofs, qui ont fait élever considérablement le prix du pain, du bois, de la viande, etc.
- La Germania dit que la misère, par suite du manque | de travail, prend des proportions croissantes dans les | districts industriels de la province rhénane. La crise 1 frappe surtout l’industrie de la soie et de la rubanerie. 1 Dans les différentes localités du district de Kempten, | des milliers de métiers chôment. A Viersen, ville qui 1 compte 22,000 habitants, on évalue à 2,000 le nombre | des métiers qui ne travaillent pas. Le chiffre des néces-| sileux à secourir dans cette ville s’élève à près de 4,000 personnes. Le journal allemand ajoute que, si la crise dure., il sera impossible, avec la meilleure volonté du monde, de soulager tant de misère.
- D’ailleurs, ces misères, le gouvernement allemand a-t-il quelque envie de les soulager. Il est permis d’en douter, car ses vues se tournent d’un autre côté.
- Ecoutons le Militar Wochenblatt, journal officieux de Berlin :
- « Il est certain que nous devons nous préparer à^ une guerre plus sérieuse que jamais, à une guerre do vie ou de mort, à une guerre où nous devrons avec la plus grande énergie déployer toutes les forces dont nous pourrons disposer. »
- La guerre, ajoute le Secolo, est-elle donc pour les hommes qui gouvernent sur les rives de la Sprée une f panacée universelle? Pauvres peuples !
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- LE DEVOIR
- AUTRICHE-HONGRIE
- Un. recul.— La fréquentation de l’école primaire pendant 8 années consécutives est obligatoire dans l’empire austo-hongrois.
- La chambre des députés a adopté une proposition de M. Lienbacher tendait à diminuer de 2 ans l’obligation de fréquenter l’école.
- Ce recul a été mal vu du public éclairé ! Les étudiants ont manifesté devant le domicile de M. Lienbacher; la police est intervenue et a arrêté les promoteurs de la protestation.
- L’Association d’étudiants viennois connue" sous le nom de Academische Lesehalle vient d’être dissoute par la préfecture de police. Le décret de dissolution dit que l’associationn avait pris part à l’agitation contre le député Lienbacher ; il reproche en outre à l’association d’avoir entonné, à l’occasion du centenaire de Leasing et malgré la défense faite par la police, le chant commençant par ces mots : « J’entends de nouveau des paroles allemandes. »
- BELGIQUE
- U» congrès Socialiste aura lieu à Anvers le jour de Pâques.
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- La police des mœurs. — Le procès intenté à M. Boiand à l’occasion des révélations faites par lui sur les actes monstrueux du service des moeurs à Bruxelles est le coup de grâce pour la police des mœurs dans cette ville.
- M. Boiand n’a pas été admis à faire la preuve, comme il le demandait des faits dénoncés par lui. Malgré cela, ou plutôt,à cause de ce refus de faire la preuve l’opinion publique est unanime a croire que non seulement les faits dénoncés sont tous vrais, mais même qu’aucun d’eux n’a été exagéré,quelque abominables qu’ils soient.
- HOLLANDE
- 3Le suffrage universel. — La société ouvrière Harmonie, d’Appingadam,vient d’envoyer à la 2mo Chambre des Etats-Généraux une adresse pour soutenir la pétition envoyée par le comité du suffrage universel.
- DANEMARCK
- U© socialiÉSwie, — Le 12 février a paru à Copenhague le numéro spécimen d’un nouveau journal socialiste radical, intitulé Hérolden, et rédigé par le
- citoyen Brix.
- ANGLETERRE
- U© vot© «les femmes.- Dans l’île de Man, où vont avoir lieu prochainement des élections générales les femmes prendront part, pour la première fois, à là nomination de la législature insulaire. Le droit du suffrage a été accordé à toutes les femmes possédant une ropriété rapportant une livresterling par an. On s’attend ce que, par là, la liste électorale s’augmente d’environ 800 noms. Il paraît que jusqu’ici on ne songe pas à proposer d’accorder aux femmes l’éligibilité; mais la nouvelle assemblée aura sans doute à examiner un projet accordant aux femmes qui payent un certain loyer le droit de suffrage que possèdent déjà les femmes propriétaires. *
- IRLANDE
- Le Freman’s Journal d’Irlande attaque violemment le bill de désarmement.
- « Les Irlandais, dit-il, vont être privés pendant soixante mois du premier droit de tout citoyen libre ; .
- I celui de porter des armes. Jusqu’en 1886, aucun Irlandais ne pourra, dans son pays natal, porter aucune amie à feu. La suspension de VHabeas corpus expirera au mois de septembre 1882, mais il n'eu sera pas de môme du bill de désarmement qui l’accompagne.
- « Les oiseaux et les bêtes pourront dévaster impunément les récoltes du pauvre, sa seule ressource. L’œuvre des mandats d’arrêt ou de perquisition, et des emprisonnements, se poursuivra jusqu’à ce que la famine vienne dévaster le pays et qu’une nouvelle organisation du peuple réduit à la mendicité ait à prendre des mesures pour la véritable protection des personnes et des pro priétés.
- ORIENT
- Uct Chrète. — Le Mémorial diplomatique de Paris et le correspondant de Berlin du Bayly-Neios, remettent en circulation le bruit de la cession de Pile de Grêle, en compensation de l’Epire,combinaison qui s’est déjà produite et avec peu de succès. Car, ce que la Grèce réclame comme nécessité d’existence c’est un territoire continental et non des îles dont elle possède déjà une part p;us que suffisante ; et quant aux Crétois,il semble qu’ils se soucient médiocrement de devenir sujets du roi Georges avec toutes les charges que ce titre comporte. La haute idée qu’ils ont de leur île qui a nourri des héros, des rois et des dieux leur fait considérer avec peu de laveur l’idée de cette annexion qui leur procurerait, il est vrai, la satisfaction d’envoyer des députés siéger au parlement d’Athènes, mais qui ne les rendrait peut-être pas beaucoup plus libres qu’ils ne le sont aujourd’hui; car depuis la dernière insurrection, le sultan les craint et les ménage, en sorte qu’ils jouissent de franchises locales, plus larges peut-ôtie que celles de la Grèce continentale.
- AMÉRIQUE-MÉRIDIONALE
- ï/arbitragre. Depuis l’entrée à Lima de l’armée du Chili et depuis la publication des conditions de paix imposées par les vainqueurs, un silence complet s’était fait sur ce qui se passait dans cette partie du monde. Nous venons d’apprendre par la voie de Londres que ces conditions, assez dures, qui consistaient dans le paiement d’une forte contribution de guerre et dans un démembrement. partiel du territoire péruvien, n’ont pas encore été acceptées par le vaincu et qu’il réclame la faveur d’une médiation européenne pour régler ses affaires avec le Chili. Quelle folie de n’avoir pas commencé par là ? L’Italie, la France et l’Angleterre ont accepté ; l’Allemagne, à laquelle on s’était adressé, a refusé. Il est du devoir de tout peuple de se prêter à la médiation et mieux encore à l’arbitrage.
- ÉTATS-UNIS
- U9a<lr>©iss© du nouveau président des Etats-Unis fait une longue revue des progrès que le pays a faits pendant les cent années de sou existence. M. Carfeld y rappelle des bienfaits résultant de l’affranchissement des nègres et insiste vivement sur la nécessité de l’enseignement universel.
- A propos de la question du canal de Panama, le président dit qu’il appellera tout de suite l’attention de son gouvernement sur la question de ce nouveau canal interocéanique.
- M. Carfield déclare qu’il est absolument nécessaire que les Etats-Unis exercent la surveillance sur le nouveau Canal, et qu’aucune autre puissance européenne ne partage, soit directement, soit indirectement, cette surveillance avec le gouvernement de Washington.
- L’immense portée de cette déclaration, faite dans une occasion si solennelle, n’échappera à personne.
- Le président termine en condamnant la polygamie des Mormons et en recommandant au Congrès dè prendre des mesures restrictives.
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- LE DEVOIR
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- Il y a un passage do-cette adresse où le général Carficld passe en revue « les magnifiques progrès" que les Etats-Unis ont réalisés dans les cent aimées de leur existence ». puis il a dit : « Dans cet espace de temps, ils ONT DONNE AU MONDE LA PREUVE QUE L’AUTORITÉ SUPRÊME DU GOUVERNEMENT PEUT ÊTRE CONFIÉE AU PEUPLE LUI-MÊME. »
- LA QUESTION DES FEMMES
- I
- La question des femmes est à l’ordre du jour. Au théâtre, dans les livres, dans les journaux, à la tribune; partout, des esprits sérieux réclament et proposent des réformes importantes dans leur condition ; l’Académie même décerne cette année un prix de 5,000 francs sur ce sujet. Il me semble que le moment est venu pour dégager de ces discussions isolées l’ensemble de la question, et pour rechercher ce qu’a de légitime et d’applicable le principe sur lequel elles reposent : l’égalité.
- D’abord se pose devant nous ce premier point d’interrogation :
- Qu’est-ce que c’est qu’une femme ?
- Demande très délicate et très importante, car tout le reste en dépend et en découle. Voyons donc si le passé nous aidera dans notre définition. La Bible nous montre Eve formée d’une partie du corps d’Adam, c’est dire que la femme n’est que l’annexe de l’homme. Aussi Bossuet la définit-il : une côte complémentaire.
- Chez les peuplades sauvages la femme porte les fardeaux, les armes, et fait tous les travaux durs : c’est dire qu’elle est la servante de l’homme'.
- Au moyen âge on voit un concile poser cette question : La femme a-t-elle une âme ?
- Ouvrons les philosophes, les poètes ; les uns disent : La femme est un ange! les autres : La femme est un diable 1 Us ont peut-être raison tous deux, mais cela n’avance pas la définition.
- Au dix-huitième siècle, Montesquieu dit, dans Y Esprit clés lois : « La nature, qui a distingué les hommes par la force et par la raison, n’a mis à leur pouvoir d’autres termes que cette force et cette raison. Elle a donné aux femmes des agréments, et a voulu que leur ascendant finit avec ces agréments. »
- Voilà une parole bien grave sortant d’une telle bouche. Car, les trois quarts de la vie des femmes se passant à n’avoir pas encore ces agréments ou à ne les avoir plus, leur rôle se résume en deux mots : attendre et regretter. Rousseau, en dépit de son spiritualisme, va plus loin encore : « La femme» dit-il,
- est faite spécialement pour plaire à l’homme. Si l’homme doit lui plaire, c'est d’une nécessité moins directe ; il plaît par cela seul qu’il est fort. »
- Et ceux qui ne sont pas forts, ils ne plairont donc jamais ?
- La Révolution arrive. Deux esprits éminents, Sieyès et Condorcet, réclament pour les femmes une place plus digne d’elles dans la famille; un orateur redoutable se lève pour les combattre. Qui est-il ? Robespierre. Ce grand apôtre de l’égalité n’a oublié dans son plan d’émancipation que la moitié du genre humain.
- Nous voici sous le Consulat. Que dit le Premier Consul au Conseil d’Etat dans les discussions du Code civil ? « Il y a une chose qui n’est pas française, c’est qu’une femme puisse faire ce qu’il lui plaît. »
- Faisons un dernier pas. Que dit, sous la Restauration, le philosophe de l’ancien régime, M.Bonald? « L’homme et la femme ne sont pas égaux et ne peuvent jamais le devenir. »
- Il me semble que notre définition est faite, du moins pour le passé.
- Il y a dans le ciel des astres secondaires, des satellites qui n’ont pas d’autre destination que de tourner autour d’astres supérieurs afin de leur faire cortège ; tel est le rôle de la lune autour de la terre. Eh bien ! dans l’opinion du passé, la femme est la lune de l’homme. On voit même tel astre, comme Jupiter, qui a quatre lunes pour lui tout seul... c’est l’image de la polygamie.
- Résumons-nous. Tous les siècles qui nous précèdent ont défini la femme un être inférieur et relatif.
- Cette définition doit-elle être celle du dix-neuvième siècle ? Non,
- Toutes les lois qui ont réglé la condition féminime sont parties de cette définition pour traiter la femme en subalterne.
- Ces lois doivent-elles être,sont-elles celles du dix-neuvième siècle ? Non !
- De grands progrès ont été accomplis. Suffisent-ils ? Non !
- Il faut oser le dire tout haut, en dépit de M. de Bonaid, la femme est l’égale de l’homme ! Mais, en même temps, elle est absolument différente de l’homme ! Il ne s’agit donc pas, pour l’élever au rang qu’elle mérite, de l’assimiler à l’homme,car ce serait la dénaturer et l’abâtardir. Ce qu’il faut, c’est la développer de plus en plus, comme femme. L’égalité dans la différence : Telle est notre règle, et nous allons en rechercher la légitimité et l’application,en considérant la femme comme jeune fille, comme mère et comme femme ;
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- LE DEVOTE
- IL» j enwc fille.
- Un lit de douleur est là, lit nu et grossier pour les riches comme pour les pauvres, pour les peuples du Nord comme pour les peuples du Midi : une femme va être mère. A. ses côtés, son mari inquiet, le médecin silencieux ; tous les regards sont tournés vers celui- ci. Soudain un faible cri se fait entendre, le premier cri de la vie, l’enfant est né. Qu’est-ce? Qu’est-ce ? demande-t-on. » C’est une fille. » Chez combien de nations, pendant combien de siècles, ce mot : c’est une fille,a-t-il été une parole de désolation et même de honte. Encore aujourd’hui, interrogez tel paysan de nos campagnes, et il vous répondra ce que m’a répondu à moi un fermier breton à qui je demandais combien il avait d’enfants : « Ohl monsieur, je n’ai pas d’enfants, je n’ai que des filles «...
- Tout père vraiment sensé, quand il reçoit une fille naissante dans ses bras, doit se demander avec anxiété : « Que deviendra-t-elle? La vie est si rude et si incertaine pour une fille ! Pauvre, que de chances de misère 1 Riche, que de chances de douleurs morales î Si elle ne doit avoir que son travail pour soutien, comment lui donner un état qui la nourisse, dans une société où les femmes gagnent à peine de quoi ne pas mourir? Si elle n’a pas de dot, comment la marier, dans ce monde où la femme, ne représentant jamais qu’un passif, est forcée d’acheter son mari ? Si elle ne se marie pas, comment la préserver au milieu de tant d’occasions de chute ; et si elle tombe, comment la relever, au sein de cet ordre de choses où chaque faute lui est comptée si durement!
- La cause de l’éducation des filles est bien près d’être gagnée, Lorsqu’il y a trente-deux ans je réclamai pour les jeunes filles des classes élevées, un enseignement secondaire donné par l’Etat; quand j’osai prononcer le mot de lycée d’externes pour les jeunes filles, on m’excommunia comme socialiste , il y a peu de jours, le Sénat a voté la loi proposée par un jeune député, plein d’initiative et de talent, M. Sée, sur l’enseignement secondaire des jeunes filles.
- Mais si le progrès est réalisé dans les faits, il né l’est pas encore dans les mœurs. Beaucoup d’esprits qui se croient graves résistent à un enseignement I sérieux pour les femmes. I
- Vos filles, disent-ils, seront des savantes, soit, | mais des épouses et des mères !... non ! |
- Nous voilà en face de la grande objection, de l’oh- 1 jection invincible en apparence ! j
- Etre épouse et mère, est-ce donc seulement com- f mander un dîner, gouverner des domestiques, veiller j au bien-être matériel et à la santé de tous, que j dis-je? est-ce seulement aimer, prier* consoler? I
- Non ! C’est tout cela, mais c’est plus encore : c’est guider et élever, par conséquent c’est savoir. Sans savoir,pas de mère complètement mère ;sans savoir, pas d’épouse vraiment épouse. Il ne s’agit pas, en découvrant à l’intelligence féminine les lois de la nature, de faire de toutes nos filles des astronomes et des physiciennes. II s’agit de tremper vigoureusement leur pensée par une instruction forte, pour les préparer à entrer en partage de toutes les idées de leur mari, de toutes les études de leurs enfants.
- On énumère tous les inconvénients de l’instruction, et l’on met en oubli tous les périls mortels de l’ignorance. Pourquoi telle femme est-elle dévorée d’ennui ? Parce qu’elle ne sait rien. Pourquoi telle autre est-elle capricieuse, vaine, coquette ? Parce qu’elle ne sait rien. Pourquoi dépense-t-elle, afin d’acheter un bijou, le prix d’un mois de travail do son mari ? Pourquoi le ruine-t-elle par les dettes qu’elle lui cache ? Pourquoi, le soir, l’entraîne-t-elle, fatigué ou malade, dans des fêtes qui lui pèsent ? Parce qu’elle ne sait rieü, parce qu’on ne lui a donné aucune idée sérieuse qui pût la nourrir, parce que le monde de l’intelligence lui est fermé... A elle donc le monde de la vanité et du désordre ! Tel mari qui se moque de la science eût été sauvé par elle du déshonneur.
- Je vais plus loin. Dût le savoir ne servir en rien aux femmes comme épo'uses et comme mères, je dirais encore :
- On le leur doit.
- [A suivre). E. Legouvé.
- NOUVELLES DIVERSES
- 3L.’1ïs»t motion «ïîissts le IDomïis, •— On sait que de tout temps — et plus que jamais depuis la dernière guerre •— les habitants des départements de l’Est s'efforcent de développer l'instruction dans les jeunes générations. C’est un courant général où l’initiative privée a sa bonne part.
- Les résultats de ces efforts commencent à être sensibles.
- A Besançon, lors du dernier tirage au sort, sur 186 conscrits du canton sud, un seul était illettré.
- Quant à l’instruction primaire des filles, elle est fort développée aussi, puisque, sur 4**4 mariages célébrés à Besançon en 1880, 7 femmes seulement n’ont pu signer leur acte de mariage.
- ¥ ¥
- Ohemin cio fer transcontinental eana-dien.— Le rapport du ministre des chemins de fer et canaux du Canada a présenté au Parlement d’Ottowa un rapport sur l’état des travaux du chemin de fer qui doit réunir l’Atlantique et le Pacifique à travers le Canada.
- Du côté canadien 232 milles de ce chemin de fer étaient en construction à cette date. Du côté de la Colombie britannique une section de 127 milles complé-
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- LE DEVOIR
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- tement étudiée voyait commencer les premiers travaux. Les dépenses étaient à celte date de 4,044,572 dollars.
- La Compagnie a reçu du gouvernement une subvention de 5 millions delivres sterling et une concession de 25 millions d’acres de terres riches mais encore inoccupées.
- Le système de navigation intérieur se complète d’après un type uniforme, qui permettra aux bâtiments de 1,500 tonneaux de suivre les canaux du Lac Supérieur jusqu’à Montréal.
- Le réseau des canaux canadiens est aujourd’hui de 2,384 milles*
- 5 *
- JL©» femme® pliarixiaelesiiies ea ïïol-lande. — Dans les Pays-Bas, où l’admission des femmes aux écoles de pharmacie ne remonte qü’à 1866, le nombre des élèves pharmaciennes augmente chaque année.
- Le programme exige, outre les connaissances spéciales de la botanique eide la pharmacopée, l’étude du latin, de l’Allemand et de l’arithmétique.
- Au dire de la Gazette des femmes le nombre des candidats masculins refusés est le double de celui des candidats féminins de la même catégorie.
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- ILes toeavax: militaires. — On connaît la légende de la sentinelle oubliée par la Grande-Armée dans l’ile de Rügen. Dix ans après la Grande-Armée revient et elle entend crier : Qui vive ! C’était la sentinelle qui était restée à son poste*
- Le Voltaire raconte que pareille aventure est arrivée, vendredi dernier, au poste d'honneur chargé de la garde de l'Elysée. Heureusement la faction a été moins longue. Ce poste se composait de quarante-six hommes de la garde républicaine, y compris Je lieutenant Letièque, qui le commandait, il avait pris la garde le jeudi malin, â neuf heures et demie, et devait être relevé le lendemain vendredi, à la même heure. Le lendemain, à neuf heures et demie, personne ne se présente pour prendre la garde ; à dix heures, personne. A midi, les gardes républicains, répandus le long du trottoir, pâlis par la faim et par l’inquiétude, interrogeaient anxieusement l'horizon. Personne.
- A quatre heures, le lieutenant Letièque prévint le général Pittié de sa situation et des besoins de ses hommes qui n’avaient pas mangé depuis la veille. Le général avertit aussitôt la place, et le président de la République, informé de l’incident, fit porter aux hommes de" quoi manger. Vous devinez s’ils dînèrent de bon appétit. Enfin, à cinq heures trois quarts on entendit, dans le lointain, le clairon de la délivrance, un détachement d’infanterie de la ligne accourait relever les braves oubliés.
- A qui incombe la responsabilité d’un aussi étrange oubli ?
- Un seaudale. — Nous avons raconté l’épouvantable aventure des malheureuses dopes faites par les organisateurs de la prétendue colonie libre de la Nouvelle France.
- On a vu comment ees infortunés ont été abandonnés sur un rocher stérile, sans ressources d’aucune nature, et l’on se souvient que sur quatre-vingt quatre émigrants, dix seulement ont survécu et ont pu être rapatriés en France.
- Malgré cela, les cléricaux qui sont à la tête de cette abominable entreprise ne se découragent pas. Yoici, en effet, l’impudente réclame qu’ils font" insérer actuellement encore, dans les journaux des départements. Celle qui suit figure à la troisième page du Journal d'Amiens, portant la date des lundi-mardi 28 février et 1e1'mars 1881:
- NOUVELLE FRANCE (Océanie)
- ©OLQîùE LIBRE ©E PORT-BRETON
- La prise de possession est accomplie depuis un an.
- Les points occupés maintenant sont Lihi- Lihi, Port-Breton, Cambourne, les îles Langhlan ; l’ile de Bougainville le sera prochainement.
- La flotte de la colonie se compose d’un grand navire à voiles, de trois bateaux à vapeur, d’une chaloupe à vapeur, de bateaux de pêche, etc.
- La cour do Rome a donné au R. P.'Lannuzel des pouvoirs de juridiction ecclésiastique peur toute la Nouvelle France.
- L’Espagne protège la colonie, son avenir est donc assuré. On s’intéresse à cette œuvre civilisatrice et financière en souscrivant aux Bons de Terrain donnant droit à un hectare dans la colonie.
- Les bons de ia 3° série, encore ouverte pour peu de | temps seulement, sont à 20 fr.
- | S’adresser, pour renseignements et souscription, au i Havre : à M. Auxeousteaux, membre- du Conseil colo-| niai, il, rue de ia Cité;
- A Amiens : à M. le baron de Viefville des Essars, rue Caumartin, 33 ;
- A M. André Guillaume, libraire, place Saint-Denis, n° 5.
- Il serait grand temps, dit à cette occasion le Courrier die l'Aisne, que l’autorité judiciaire intervînt pour couper court aux spéculations religieuses, politiques et financières de gens qui répudient leur patrie. Les agents dit marquis de Rays ont fait des dupes jusque dans notre département; c’est du côté de Terguier, surtout, que leurs efforts ont porté, nous en avons la preuve écrite entre les mains. Atiend-t-on, pour agir que d’autres malheureux soient allés expirer, sur un rocher désert, victimes du fanatisme des jésuites et de leur âpreté pour le gain ?
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- Mlort d’un explorateur. — L’annonce d’un nouveau malheur nous arrive de l’Afrique centrale. Le lieutenant d’artillerie, adjoint d'état-major, De Leu, qui était parti l’été dernier pour rejoindre, par le Congo, les explorateurs beiges établis à Karéma, est mort à Taborah, do la dyssenterie, dans le courant du mois de janvier. La nouvelle officielle en est arrivée hier matin. Le lieutenant De Leu était né le 23 janvier 1852.
- Il parait que les voyageurs ont eu à traverser une région où régnait une grande sécheresse et qu’ils ont dû étancher leur soif avec de l’eau croupissante et infecte. (Indépendance belge.)
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- TTa. pliilsmtlir,ope. — Les dernières Volontés de M. Mark Firth, un bon anglais, décédé récemment, yienneut d’être mises à exécutions à Wakefield, dit le Sheffield Telegraph. Cet homme de bien, qui fut un des plus grands philanthropes de ce siècle, l’émule des Pea-body'et des Burdett Goutts, laisse une fortune d’environ un million de livres sterling. Mark Firth était fils de ses propres œuvres.
- Né à Sheffield en 1817, il travailla d’abord comme simple ouvrier chez un coutelier de cette ville, puis il s’établit lui-même et fit en quelques années une fortune considérable. Ses concitoyens l’élurent maire de Sheffield et maître coutelier de la corporation, le plus grand honneur qu’il fût possible de lui faire, car c’est le maître coutelier qui reçoit le souverain lorsque celui-ci vient visiter l’opulente cité dont la renommée pour la fabrication des outils tranchants est universelle.
- Mark Firth aimait à rappeler les luttes qu’il eut à
- I soutenir au début de sa carrière. « J’ai commencé, disait-il, par le strict nécessaire et par un rudb labeur. A force d’ordre et d'économie, je suis arrivé au succès. Ma première règle fut toujours de faire tout par moi-même et de commencer ma besogne un quart d heure avant les autres. Ce quart d’heure d’avance a été le germe de la moisson d’or que j’ai recueillie. »
- Porté deux fois comme candidat à la Chambre des communes, il refusa, voulant se consacrer tout entier à
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- LE DEVOIR
- la mission qu’il avait entreprise de surveiller les intérêts matériels de ceux qui travaillaient dans sa fabrique.
- Parmi les fondations que la ville de Shefïield doit à la libéralité de Mark Firth, on remarque une institution où deux cents jeunes gens reçoivent une éducation complète et où les habitants sont*admis à des conférences scientifiques qui ont lieu dans une vaste salle pouvant contenir plus de six cents personnes ; un asile do retraite pour les vieillards à Raumoor, lequel comprend trente-six maisons où les pauvres trouvent le logement, le chauffage, l’éclairage et où il est donné en outre 10 shillings par semaine à ceux qui sont mariés, et 7 shillings aux célibataires ; un vaste square ou jardin public, destiné aux ouvriers de Sheffield qui viennent s’y reposer le soir après les fatigues du jour; enfin le Firtk’s College, inauguré il y a quelques mois, où les études sont aussi avancées que dans les universités du royaume et dont la dotation s’élève à 20,000 liv. st.
- ENFANTS ABANDONNÉS EN RUSSIE
- I.
- Ceux même des criminalistes qui affirment toujours que dans tout crime le rôle principal appartient à la volonté mauvaise de l’homme, laissent de côté cette théorie barbare lorsqu’ils parlent des enfants criminels.
- Les moralistes les plus sévères qui n’ont point de pitié pour les criminels adultes sont très-embarrassés lorsqu’ils ont à se prononcer au sujet d’un enfant criminel.
- Qui condamneront-ils et pour quel crime ? Peut-on admettre que cette malheureuse créature soit capable de comprendre ce qui est bon et ce qui est mauvais, ce qui est juste et ce qui est injuste, ce qui est permis et ce qui est défendu? Qu’est-ce donc qui l’a amenée sur le banc des accusés ?
- Cette question demande une réponse d’autant plus que les criminels adultes ont commencé par être des enfants coupables. L’enfance criminelle est la source des monstres adultes, Filtrez la source et vous n’aurez pas d’eau croupie. Prenez soin des enfants abandonnés et vous ne serez pas obligés de punir les adultes criminels.
- En quoi donc doit consister le soin que nous avons à prendre de ces enfants ?
- Nous ne saurions donner une réponse à cette question que lorsque nous connaîtrons bien les causes de la criminalité de ces petits êtres, lorsque nous serons instruits de la façon dont se passe l’enfance de ces petits criminels inconscients, quelle a été leur éducation, quels exemples ils ont eus sous les yeux, en un mot, lorsque nous saurons toutes les conditions dans lesquelles ces larves humaines se sont transformées en reptiles malfaisants. Ces conditions ne sont pas pourtant difficiles à établir ; elles sautent aux yeux*
- Dans ce travail je me bornerai à raconter ce que j’ai vu et observé moi-même et ce que peut voir et observer, s’il le veut, tout habitant des grandes villes.
- II
- En juin 1875, à Odessa,j’allais de la Grande-Fontaine à la ville; il faisait déjà obscur, il était environ 9 heures du soir, je venais de sortir du bois qu’on nomme, je ne sais pourquoi, jardin botanique pour entrer dans les champs qui se trouvent devant la ville, lorsque je rencontrai une bande joyeuse, qui me parut très-singulière, parce qu’elle n’était composée que d’adolescent-. Les hommes étaient représentés par quatre garçons dont le plus âgé n’avait que 14 ans et le plus jeune à peine 9. Quant au beau sexe, il n’avait que deux représentantes, deux maigres fillettes de 12 à 14 ans. À la tête de cette bande l’enfant le plus jeune dansait en chantant :
- Je chanterai, je boirai...,.
- Ec si la mo:t arrive, je mourrai. ...
- C’était une véritable bande de va-nu-pieds. Les pantalons et les blouses des garçons pendaient en loques ; leur corps était à peu près découvert. Les fillettes portaient des corsages troués et des japons si courts, qu’ils tombaient à peine jusqu’à leurs genoux maquillés de boue.
- En m’apercevant la troupe bruyante n’eut point peur, seulement l’enfant qui dansait ralentit ses gambades et, après avoir pris un instant conseil de ses amis, s’approcha de moi et m’accosta en me chantant :
- « Monsieur, monsieur un denier pour un cierge. »
- — Pour quel cierge, lui "demandai-je, ne le comprenant pas bien.
- — Ce n’est qu’une chanson, donnez quelque chose et nous prierons pour vous.
- — Je n’ai pas besoin de vos prières,.. Mais dis-moi que ferais tu de cet argent si je te le donnais?
- Il éclata de rire, et s’adressant à ses amis, il dit :
- — Monsieur me demande ce que je ferais, de l’argent .
- — Mais oui, insistai-je, dis moi ce que tu en ferais, sinon je ne te donne rien.
- — Mais, cher monsieur, dites-moi ce que ije ne pourrais pas en faire... donnez vite, si vous voulez, car il faut que nous nous en allions...
- Et m’entourant, ils commencèrent tous à chanter.
- — Donnez, bon monsieur, cher monsieur, donnez; nous vous ferons des tours.
- — Quels tours ?
- — Mitia fait des cabrioles et Akoulina chante*
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- — Non, je me passerai de vos tours.... Dites-moi ce que vous faites si tard ici.
- Cette question ne plut pas à la bande.
- Immédiatement j’entendis des voix qui disaient:
- — Aîlons-nous-en, allons-nous-en ; il est de ces gens qui questionnent et ne donnent rien.
- — Quant à cela vous vous trompez, leur dis-je, et prenant dans ma bourse quelque monnaie, je la donnai aux enfants qui étaient près de moi, en ajoutant :
- — Si vous me dites où vous allez, je vous en donnerai d’autre.
- — Que pouvons nous vous dire, riposta le plus âgé des garçons : je vais avec cette fille dormir dans le bois.
- Et clignant des yeux cyniquement, il donna un coup sur la cuisse de la fillette qui était près de lui.
- — Et moi, je m’en vais avec Maria, dit l’autre garçon, d’un air de vantardise en prenant celle-ci par la taiile,
- — Oli vous êtes de mauvais garnements, m’écriai-je tout stupéfait du cjmisme de ces petits. Mettez un terme à vos débauches, ajoutai-je d’un air menaçant.
- — Pas de colère, monsieur. Sauvons-nous, camarades, assurément il va siffler et les autres diables arriveront. Courez, amis, je le vois déjà mettre le sifflet à la bouche.
- Ces derniers mots produisirent leur effet, tout la bande effarée se jeta dans les buissons, Je voulais les suivre, mais ils m’assaillirent d’une grêle de cailloux, de boue sèche, de branches coupées et je fus obligé de rebrousser chemin.
- — Attendez-moi, je vous donnerai encore de l’argent.
- Mais cette promesse augmenta leurs soupçons.
- Ils accélérèrent leur course et cinq minutes après, ils eurent tout-à-fait disparu.
- J’étais très mécontent de n’avoir pas su gagner leur confiance.
- Je rentrai chez moi avec la ferme résolution de revenir le lendemain au même lieu pour recevoir ces malheureuses victimes de notre triste société. Je ne doutai pas que le lendemain en effet ils n’allassent de nouveau coucher dans le bois mais mon espérance fut déçue. Ni ce jour ni les jours suivants ils ne reparurent. Je les attendis des soirées entières, mais ce fut en vain. Je vis passer différents personnages suspects parmi lesquels il y avait de petits enfants. Mais de ma bande joyeuse il n’y avait plus trace. Toujours regrettant mon insuccès j’attendis une nouvelle occasion, me promettant d’en profiter le mieux possible pour le bien de ces malheureux.
- Il se passe des semaines. Un jour l’orchestre de Bernardi jouait sa dernière marche; le public commençait à se disperser; la Mer Noire était si merveilleusement belle que je n’en pouvais pas détacher mes yeux. Pour la voir de plus près je descendis par le grand escalier dans le jardin où se trouve le théâtre d’été. A peine eus-je fait quelques pas que des gémissements enfantins sortant d’un des bouges fermés par les arcades de l’escalier monumental, frappèrent mes oreilles. J’entre dans un de ces repaires et sur un tas d’immondices j’aperçois un petit garçon presque évanoui.
- La puanteur était insupportable en cet endroit et mon premier mouvement fut de porter l’enfant au grand air. Le pauvre petit pouvant à peine se soutenir, répétait d’une voix plaintive :
- « Je me meurs, j’ai faim. »
- Je m’efforçai de le calmer en lui disant que j’allais lui donner à manger. Le grand air le remit un peu, mais lorsqu’il vit que je voulais remonter avec lui l’escalier pour lui acheter du pain, il refusa de me suivre, craignant que je ne le remisse entre les mains d un gorodovoï (garde de police). J’eus beaucoup de peine à lui faire comprendre que je voulais l’emmener chez moi, lui donner à manger, le mettre au lit et lui rendre le lendemain la liberté.
- Je le conduisis dans la rue des Italiens, où je lui achetai du pain et du saucisson ; mais quel fut mon étonnement, lorsque, en le regardant de plus près, je reconnus en lui le petit garçon qui dansait devant la bande joyeuse que j’avais si longtemps cherchée en vain. Craignant d’éveiller ses soupçons, je ne lui rappelai rien, mais je l’assis près de moi dans un drochki qui nous amena à la maison.
- Je ne raconterai pas ici combien il me fallut de peine pour rapproprier cette pauvre créature; ce n’était plus un être humain, mais un amas de boue, dans lequel grouillaient des myriades de parasites. Je fus obligé de brûler non-seulement ses habits qui ne valaient pas grand chose mais tout ce qui l’avait approché; sinon je n’aurais jamais échappé à une invasion de vermine.
- (A suivre) Michel Achkinasî.
- Cousommation «lu tabac
- Belgique 280 kilogs par 100 habitants Pays-Bas 200 » » » »
- Allemagne ISO » » » »
- Norwége 100 » » » D
- France 80 » » » »
- Angleterre 62 » » » »
- Italie 57 » » » »
- Suède 34 » » » »
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- DE LA FEMME EN ALLEMAGNE
- Eü Allemagne, la jeune fille appartenant à la bourgeoisie reçoit une éducation très développée. Le nombre des familles est grand où la mère est à la fois une maîtresse de maison accomplie et une femme pouvant comprendre et au besoin soutenir son mari dans ses travaux matériels ou autres.
- Mais il n’y a pas que la bourgeoisie dans un pays, et en Allemagne la bourgeoisie est encore moins nombreuse proportionnellement que chez nous. L’immense majorité de la nation est formée par les fermiers, les ouvriers de campagne et ceux des villes. Or toute cette partie-là de la population est pauvre, malheureuse, et cela par diverses raisons dont la principale est le nombre considérable des enfants dans chaque ménage.
- Si l’on tient compte de ce fait qu’une forte partie des hommes jeunes, surtout les célibataires, quittent l’Allemagne, les uns pour ne pas être soumis au service militaire, les autres pour aller cultiver en Amérique ou ailleurs une terre qui soit à eux, et si l’on tient compte également de cet autre fait que tous les jeunes gens sont tenus de passer les plus belles années de leur vie sous les drapeaux, on comprendra que le nombre des personnes du sexe féminin privées de l’appui d’un mari doit être considérable.
- Aussi la prostitution est-elle plus répandue en Allemagne que dans beaucoup d’autres pays. Elle va surtout croissant depuis que le militarisme allemand a pris les proportions énormes que l’on sait. Les deux fléaux se sont développés simultanément-
- Aujourd’hui l’opinion publique, si lente à s’émouvoir en Allemagne, commence à s’inquiéter de la situation des.femmes. Nous assistons au début d’un mouvement en leur faveur. Ce mouvement a commencé par s’attaquer à la prostitution organisée par l’Etat, puis il s’est étendu aux questions relatives à la protection des jeunes filles ; aujourd’hui, par la logique même de son principe, il tend à se prononçer contre l’infériorité civile de la femme et les injustices et abus économiques dont elie est victime.
- Il est vraisemblable que ce mouvement revêtira peu à peu ce nouveau caractère partout où l’agitation contre la prostitution organisée par l’Etat a soulevé l’opinion. Il est en effet bien certain que proscrire les maisons de tolérance comme on a proscrit les maisons de jeux, n’avancera qu’à donner du renfort à la prostitution occulte si l’on ne cherche pas à extirper la prostitution elle-même en améliorant d’une manière considérable la situation si précaire qui est faite à la femme.
- La nécessité de porter la question sur le terrain social est pour nous évidente. L’exemple donné par l’Allemagne est probant. Le Conseil fédéral de l’Empire a décrété la fermeture des maisons de tolérance, basant son décret sur les dispositions du code pénal impérial relatives à la provocation à la débauche. En apparence c’est un progrès considérable, en réalité c’est un progrès presque insignifiant. On peut poursuivre et atteindre certains organisateurs de la prostitution,on n’a pas diminué le nombre des prostituées. Elles sont toujours plus nombreuses en Allemagne qu’en aucun autre pays du monde et les filles débauchées de ce pays-là infestent encore tous les pays voisins.
- C’est que la misère des femmes est épouvantable en Allemagne et que, 9 fois sur 10, la prostitution n’est que la conséquence de la misère.
- Aussi Mra® Butler, l’apôtre de la suppression de la traite des blanches, est elle parfaitement dans le vrai quand elle écrit : ,
- « Un peuple ne peut pas se dire vraiment libre, « tant qu’il n’y a pas chez lui harmonie entre l’ordre « moral et l’ordre économique ; et l’on n’arrivera « jamais à cette harmonie, tant que les hommes et « l’Etat ne se détermineront pas à rendre justice à la « femme. »
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- LES ASHANTES
- La Guerre ! Toujours la guerre !
- Toujours le droit du plus fort voulant faire loi sur la terre, et toujours cette loi s’imposant de la part de nations dont le rôle devrait être celui de médiateur pacifique, de civilisateur !
- Ce n’est point seulement une menace, comme on le prétend dans les régions officielles du Royaume-Uni, c’est un fait. La guerre a éclaté de nouveau entre les Ashantes et les Anglais. On sait quelle est la version de la presse anglaise sur la cause de cette guerre.
- Un prince des Gamans, possesseur de vastes terrains, un de ceux mis en liberté par sir Garnot Wol-seley, mais qui néanmoins était retenu prisonnier par le roi des Ashantes, serait parvenu à s’échapper et à gagner Elmina. Le roi des Ashantes qui convoitait les biens de son prisonnier et n’était disposé à rien moins qu’à le faire mourir pour s’emparer de ses propriétés, furieux de cette évasion, aurait dépêché un premier message à l’autorité anglaise pour demander l’extradition du fugitif. A ce message, le gouverneur Greffiths aurait répondu que « si le prince était accusé de quelque crime on allait faire une enquête à ce sujet, et que l’on obtempérerait à la réclamation du Roi dans le cas où la culpabilité
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- serait reconnue. » Cette réponse n’ayant point satisfait le Roi, celui-ci fît une nouvelle tentative, mais sans plus de succès. Alors il aurait envoyé au gouverneur sa hâche d'or, ce qui signifie menace et équivaut à une déclaration de guerre. A la réception de ce message, ordre aurait ôté donné aux houssas de se réunir et de se porter au devant des Asliantes qui déjà auraient, eux, commencé à ravager le pays, arrachant les arbres et dévastant les plantations.
- Telle est la version anglaise 1 En voici une autre dont la source est française et qui est officielle.
- Le Prince dont il s’agit, prisonnier de guerre du roi des Ashantes, serait, en effet, parvenu à s’échapper de Coomassie, on ne sait comment ; mais ce que l’on sait parfaitement, c’est qu’il aurait rejoint un jeune gentleman anglais qui venait précisément de visiter la ville pour ses affaires et sous la protection duquel il se serait mis. Grâce à cette protection et à des dons en argent faits par l’Anglais à des Ashantes qui avaient reconnu le prince, celui-ci put gagner Elimina en toute sécurité. Double message du roi des Ashantes pour réclamer le fugitif et, en présence du double refus par lui éprouvé, envoi, comme dans la première version, de sa hâche d’or, bientôt suivi de l’invasion de tout le pays jusqu’à la frontière des possessions anglaises et de l’interruption des communications. Alors les autorités Britanniques, sous le prétexte d’arranger l’affaire et de mettre fin à cet état de choses, auraient convié tous les chefs Ashantes fidèles au roi, à un grand palabre et auraient fait cerner, empoigner et coffrer tous ceux d’entre eux assez niais pour s’être rendus à cette invitation. De là l’indignation du pays qui est aujourd’hui tout en armes.
- Le transmetteur de cette 2e version ajoute : « pour qui connaît les agissements des Anglais, cette version est la plus vraisemblable. »
- Quoiqu’il en soit, dès le 24 janvier, les Anglais affrétaient le vapeur « Corisco » pour porter la' nouvelle du conflit à Sierra Leone et à Madère d’où l’on a télégraphié pour demander des renforts. Le « Carrier on » autre bâtiment qui, venant d’Europe, se trouvait à Sierra Leone la surveille du jour de l’arrivée du Corisco, rencontra ce dernier en s’en retournant et fut avisé par lui de revenir à son point de départ pour y prendre des troupes. Le 2 février, le « Cameron » amenait en effet de Sierra Leone les troupes demandées (200 hommes et plusieurs officiers.)
- Depuis ce moment jusqu’à ce jour, l’Angleterre n’a pas discontinué d’envoyer des renforts des Indes à Cap Coast, et la presse anglaise, dans des entrefilets plus ou moins officiels et dans des lettres particu-
- lières on ne saurait plus officieuses, n’a pas cessé de préparer l’opinion publique, de l’indisposer contre les Ashantes et de faire entrevoir un résultat qui pourrait bien être semblable à celui delà guerre du Zululand. C’est ainsi que, dans une lettre datée du 29 janvier dernier, un correspondant affirme que depuis la dernière guerre, il y a eu jour par jour à Coomassie des importations considérables d’armeset de munitions de toutes sortes, importations faites d’Europe (on ne dit pas de quelle partie de l’Europe) par les Ashantes eux-mêmes dont l’humeur sanguinaire est trop avérée pour qu’on puisse se méprendre un seul instant sur leurs intentions. « Il « est à regretter (ajoute la correspondant), que l’on « n’ait pas pris des mesures préventives énergiques, « comme la construction d’un fort à Foomanah ou à « Adansi Hiil et le Proh, et, pour la sécurité des « routes, que l’on li ait pas fait le balaiement géné-« ral des indigènes jusqu’à l’embouchure de la ri-« vière. Que les Ashantes soient tout à fait prêts à « une autre guerre, cela ne fait aucun doute ;et ici, « (à Cap Coast Castlej, l’on est fortement disposé à « croire que l’on a permis au prince de s’échapper « afin d’avoir un prétexte pour commencer les hos-« tilités. »
- A la Chambre des Communes la cabinet a déclaré qu’il n’y avait rien de changé dans l’état des choses. Malgré cette déclaration, nous ne serions pas étonnés que le roi de Dahomey ne se fut levé à son tour. Il a sur le cœur les blocus dont il a été l’objet et dont, en vrai noir, il veut prendre sa revanche. Par exemple nous ne serions pas surpris de voir arriver de nouveau la suggestion, comme cela a déjà eu lieu, que les Français sont les instigateurs de ce soulève-ment.Aveccertainsagents comme quelques-uns de ceux entretenus par nos voisins, il faut toujours s’attendre à avoir maille à partir. Puis, ce n’est pas seulement à l’Allemagne que notre prospérité fait envie. Puis encore la nouvelle loi sur la marine marchande qui est destinée à donner un nouvel élan aux constructions maritimes et, par suite, au développement de notre commerce avec les colonies de l’Etranger, n’a pas été vue d’un bon œil par nos amis d’Outre-Man-che. On craint la concurrence et plus d’une parole moins que sympathique à la France républicaine est due à cette crainte. Il n’est pas jusqu’au projet de chemin de fer de Dakar à Saint-Louis, qui n’éveille les susceptibilités de la Reine des Mers. Puis enfin l’exemple d’Haïti pourrait être contagieux.
- Au fait, pourquoi pas ? Laissons à d’autres, ainsi qu’on l’a dit à l’Assemblée à propos du chemin de fer dont nous venons de parler, laissons à d’autres les annexions par la violence, la ruse ou tout autre
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- moyen de cette nature. Faisons, par l’application vraie des principes démocratiques, par la paix, par la liberté, par la pratique de la justice, que les peuples viennent à nous. Gela nous coûtera des efforts et de l’argent, cela nous prendra du temps assurément, mais ces efforts seront couronnés d’un succès durable; mais nous n’aurons à nous reprocher ni le sang répandu, ni les larmes versées et le lien qui nous unira à ceux que nous gagnerons ainsi, sera plus puissant et, nous le répétons, plus durable que celui noué par surprise ou rivé par la force.
- C. P. Maistre.
- LA TRAITE DES BLANCHES
- Le Journd de Gand ayant contredit M. Emile de Laveleye en sa thèse contre la réglementation de la débauche, l’éminent économiste a répondu par une lettre dont voici les principaux fragments. Nous les empruntons au National de Bruxelles._
- Je pense qu’on impose au Collège échevinal de nos grandes villes une mission odieuse et révoltante, qu’il n’acceptera plus longtemps vis-à-vis de la Belgique et vis-à-vis de l’Europe, quand le sentiment moral aura été mis en éveil à ce sujet.
- Malheureusement l’habitude de voir la débauche pratiquée sous l’égide et avec la garantie des autorités communales a jeté le trouble le plus étrange dans les notions morales en cette matière.
- Comment, me dit-on, la dîme prélevée sur le vice vous révolte ! mais vous voulez donc exempter cette industrie de l’impôt que payent toutes les autres industries, le travail et même la charité ! Ainsi vendre ou plutôt louer la chair humaine est donc une industrie comme une autre ! C’est une des branches régulières de l’activité humaine,comme vendre du café ou de la viande !
- Au Brésil, certains industriels achètent des noirs et ils les louent pour exécuter certains travaux. Wilberforce a soulevé l’opinion de l’Europe tout entière contre cet attentat odieux à la dignité hu- j maine, et au milieu de nous, d’autres industriels j louent des blanches - et pour quel office ! — et j nous devons considérer ce fait que la loi devrait j punir et la police poursuivre, comme une industrie ) régulière, autorisée, patentée par l’autorité ! Quelle j étonnante contradiction ! j
- En réalité, cependant, on n’a que trop raison.C'est 5 une industrie, en effet ; et comme le disait dimanche j dernier M. Pierre Splirigard, dans une admirable improvisation, c’est une industrie extrêmement florissante. Les fonds de celte industrie protégée et autorisée se vendent très cher.
- Des Sociétés se forment pour les exploiter. C’est un placement qui rapporte 30 ou 40 p. c. Les associés se retirent, au bout de peu de temps, pour vivre j honnêtement de leurs rentes. Déjà les annonces de ! la marchandise se distribuent ou se publient dans les journaux. Bientôt ces entreprises se constitueront en Sociétés anonymes et les actions feront prime.
- Puis un nouveau progrès s’accomplira. Les villes créeront le monopole, comme Bruxelles vient de le
- faire pour les voitures de louage. La Société privilégiée des boues humaines se constituera avec un gros capital. Elle reprendra les petites affaires isolées, améliorera tout : locaux, personnel, ameublement et consommations. La sécurité sera complète, les facilités absolues. On imitera ce qui se fait de mieux, en ce genre, dans les cinq parties du monde. Ce sera Vile d’Otaïti décrite par Bougainville et par Diderot, et i’Elen officiel l’emportera sur tous les théâtres, même subsidiés.
- Alors seulement nos administrations ..communales pourront être Itères de leur œuvre. Elles seront en droit de dire à l’Europe : je réponds de la santé publique, et dans les Cythères organisées par nos soins, nos administrés peuvent cueillir des roses sans craindre les épines.
- La plaisanterie est de mauvais goût, me dira-t-on. Je ne plaisante nullement, et n’en ai vraiment nulle envie, en un si triste sujet, je parle de ce qui existe déjà. On ne peut s’imaginer à quel point la réglementation officielle est pleine de charmantes préve-
- Inances pour les faiblesses humaines.
- A Bruxelles,on avait proposé de concentrer le vice loin du centre. Voici ce que répond le rapport approuvé .par le Conseil communal de notre capitale, dans la séance du 13 août 1877. « On dira qu’il serait s possible de choisir un emplacement écarté du centre de la ville et des habitations ; mais il faudrait pour cela aller à une grande distance et le but ne serait pas atteint \ {ceci ri est-il pas sublime ? car les personnes à qui la débauche est nécessaire n’aiment guère à faire de grandes courses. »
- O touchante sollicitude de nos administrations paternelles! Il y avait cependant un moyen bien simple de tout concilier. Le conseil pouvait voter un i abonnement au train et une paire de pantoufffes pour | ces intéressants habitués. Voilà où aboutit la théorie
- Idu « mal nécessaire. »
- Le gouvernement chinois a compris sa mission autrement que les pouvoirs chez nous. Fumer 1 l’opium détruit la santé de ceux qui se livrent à cette { funeste passion. Qu’en a conclu ce barbare, l'empereur de la Chine ? Qu’il fallait ouvrir des lieux privi-| légiés pour recevoir les fumeurs ? Non; mais qu’il I fallait proscrire la cause du mal, c’est-à-dire l’opium. Il est vrai que les Chinois sont encore très-arriérés.
- Nous demandons au public de vouloir bien réfléchir sur ceci. L’inscription et les ignominieuses formalités qui l’accompagnent violent certainement les droits individuels garantis parla Constitution. Les femmes ne sont-elles donc pas des êtres humains ? Pourquoi sont-elles exclues du droit commun ?
- Si dans un intérêt public de premier ordre il faut y porter atteinte, pourquoi ne pas soumettre les deux sexes au même régime d’exception ?
- Pour obtenir un avantage contestable et même fortement contesté aujourd’hui, sommes-nous autorisés à violer les droits les plus évidents de la dignité humaine et de la liberté individuelle et à imposer à nos administrations un rôle monstrueux et une responsabilité révoltante ?
- Emile de Laveleye.
- » \w^axsssa
- Le Directeur-Gérant : GrODIN.
- Saint-Quentin — lmp. de la Société anonyme du Glaneur
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- iLe numéro hebdomadaire 20 c.
- DIMANCHE 20 MARS 1881
- 4. ANNÉE, TOME 5 — N” 132
- Le Devoir
- REVUE DES RÉFORMES SOCIALES
- BUREAU
- A GUISE (Aisne)
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant F ondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE
- par renvoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France
- Un an. . . . 10 fr. »» Six mois ... 6 »»
- Trois mois . . 3 »»
- Union postale
- Un an. . . . 11 fr. »» Autres pays Un an . . . . '13 fr. 60
- ON S’ABONNE
- A PARIS
- 5,r.Neuve-des-petits-Champs
- Passage des Deux-Pavillons
- S’adresser à M. LEYMARIE administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- Des hommes et des qualités nécessaires au gouvernement. — Nouvelles du F amilistère. — Faits politiques et sociaux. — L'ouvrière mère de famille. — Nouvelles diverses. — Les faux socialistes . — Correspondance. — Enfants abandonnés en Russie. — Société coopérative de Roubaix. —L'union des Chambres syndicales. — Variétés.
- DES HOMMES & DES QUALITÉS NÉCESSAIRES AU GOUVERNEMENT.
- XXII
- La loi du plus fort ayant perdu son prestige, on conçoit aujourd’hui que ni la violence, ni l’oppression, ni la contrainte ne peuvent constituer la stabilité des pouvoirs. On conçoit que tous les despotismes sont condamnés, que tous les régimes autoritaires sont destinés à disparaître, pour faire place au règne de la science et de la raison, de la sagesse et de l’amour de l’humanité.
- Mais si le sentiment des nations s’élève à cet idéal, la notion générale des moyens propres à y atteindre' n’est pas encore entrée dans l’opi-Dion publique. La constitution des pouvoirs dirigeants est restée presque généralement sous l arbitraire du régime autoritaire.
- Comment remplacer ce régime ? C’est cette
- question difficile que je veux maintenant éclaircir.
- Les études et les efforts accomplis dans le but de découvrir et de réaliser la meilleure organisation du gouvernement, sont parvenus à modifier profondément la forme générale du régime autoritaire, mais sans changer beaucoup celle des pouvoirs dans la Société.
- On ne s’est guère préoccupé de rechercher la loi progressive des pouvoirs légitimes ; on a négligé ce fait que les agents de direction étant des hommes, c’est de la valeur de ces agents que doivent naître la perfection et le mérite des pouvoirs eux-mêmes.
- Tirant des faits accomplis et des exemples du passé des règles de gouvernement pour l’avenir, on s’est borné à perpétuer les traditions monarchiques et aristocratiques, laissant ainsi en suspens le véritable problème du gouvernement des sociétés. En effet, la marche des sociétés ne dépend pas seulement de la forme gouvernementale, mais surtout des volontés qui disposent des intérêts publics.
- C’est la volonté humaine qui a mission de travailler au progrès des sociétés. C’est donc dans l’homme lui-même que se trouve le levier et la puissance propres à cette direction. C’est ce levier, c’est cette puissance qu’il faut connaître et définir, qu’il faut trouver en dehors de la force brutale, cet apanage de tout le passé malheureux des peuples et des nations.
- Certains hommes politiques pensent que l’art de gouverner réside tout entier dans des com-
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- LE DEVOIR
- binaisons à observer. Ils se trompent. L’art de diriger est un don supérieur que l’homme acquiert en cultivant en lui-même l’amour et la science de l’humanité. Nul n’est vraiment digne de gouverner, de diriger et de conduire les autres hommes, que si son coeur est animé avant tout de l’amour de leur propre bien. Et cet amour même n’est point la seule condition nécessaire, il faut qu’à ce désir du bien d’autrui se joigne l’intelligence de ce qui est à faire pour réaliser ce bien.
- L’ambition du pouvoir ne suffît pas à doter l’homme des mérites propres à gouverner ; au contraire, les ambitieux n’ont le plus souvent que l’ombre des qualités propres aux fonctions qu’ils recherchent.
- Le parfait gouvernement des intérêts humains est la mission la plus élevée que l’homme puisse remplir sur la terre. Il est donc conforme à la raison que les-hommes les plus parfaits soient appelés à cette mission, puisque en leur absence le gouvernement n’est que désordre et source de malheurs pour les peuples.
- Chaque homme entre dans la vie avec des qualités morales et intellectuelles qui lui sont propres ; mais ces qualités partent des instincts individuels qui servent à la brute pour son propre gouvernement, et s’élèvent graduellement dans la série des sentiments qui marquent les diverses étapes du progrès humain.
- Les sentiments brutaux et bas constituent l’égoïsme à son premier degré. Cet égoïsme se traduit dans le gouvernement, le commandement et la direction, par la violence et l’oppression à l’égard des faibles. La cruauté et la haine en sont les fruits amers.
- A des degrés moins primitifs l’égoïsme s’élargit ; l’individu identifie davantage ses besoins à ceux de ses semblables. Il apprend à aimer et par cela même à respecter. Cet amour, ce respect, s’établissent d’abord entre l’homme et la femme, puis entre le père, la mère et l’enfant. C’est l’amour du bien commun gouvernant la famille. Grandissant encore, cet amour devient le dévouement aux voisins, à la commune, au pays tout entier.
- L’entente plus ou moins parfaite s’établit pour l’action commune dans le travail, pour la création de choses utiles à tous. Mais si l’é-
- goïsme s’atténue, il n’en subsiste pas moins encore.
- Le dévouement aux intérêts communs ne se fait jour que passagèrement. Les liens entre l’homme et la femme, ceux de la famille, les relations dans la commune, dans le pays, dans le travail, ont souvent pour seul mobile les ! avantages individuels que chacun en espère. Aussi le gouvernement des intérêts communs en souffre-t-il au point de toujours sacrifier les gouvernés aux fantaisies des gouvernants, les classes dirigées à la cupidité des classes dirigeantes.
- Quoiqu’il en soit, un regard attentif permet de voir que l’acuité de l’égoïsme s’atténue en raison des nouveaux éléments que celui-ci embrasse et aussi en raison des progrès de l’esprit et de la moralité publique. Le gouvernement des intérêts humains dans toutes les sphères de l’activité sociale s’adoucit, s’épure, se perfectionne, à mesure que la société, dans son ensemble, bannit l’ignorance de son sein et s’élève à la conception du bien, du bon, du beau, à l’amour du juste et du vrai.
- Une double cause contribue à ce phénomène j de perfectionnement des destinées humaines :
- d’une part, l’homme par son travail et son action améliore l’état terrestre et prépare le globe à recevoir une humanité plus avancée et plus parfaite; d’autre part, la nature appelle à la naissance les individus doués des aptitudes et des mérites en rapport avec le milieu préparé pour les recevoir.
- C’est sous la puissance de cette double action que le monde progresse et que l’humanité se perfectionne. Il est donc indispensable que la société réalise le progrès afin de préparer la place à une humanité toujours meilleure, plus intelligente et plus fraternelle.
- Le progrès du monde réclame donc que l’on arrive le plus promptement possible à donner la direction sociale au vrai mérite, au vrai | savoir, aux réelles capacités, et à écarter du gouvernement et de la direction des affaires les protégés ou les ambieux incapables.
- Que faut-il pour atteindre à ce résultat ?
- Jusqu’ici les hommes de gouvernement ont été imposés aux peuples par les voies suivantes :
- La première et la plus primitive est celle de
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- la force. Elle consiste pour l’individu à s’emparer du pouvoir et à imposer sa domination par la violence et la ruse. Les sociétés mauvaises, imparfaites, ne connaissent guère d’autre puissance que la tyrannie.
- La seconde voie d’accès au gouvernement des peupl'es dérive de la première. L’égoïsme conduit le tyran à étendre le cercle de ses faveurs à ceux qui l’entoure. Il fait facilement de sa famille l’objet de son orgueil, parce qu’il considère les siens comme une partie de lui-môme ; il impose ainsi aux peuples le despotisme par voie de succession et d’héritage. Telle est la monarchie héréditaire à son origine.
- Sous ces régimes l’accès aux fonctions est entièrement soumis à l’arbitraire des pouvoirs despotiques lesquels, suivant leur bon plaisir, donnent les fonctions et les emplois à des agents qui en usent au gré de la pensée et de la volonté du maître.
- Mais dès que le peuple s’éclaire sur ses droits, la constitution des pouvoirs tend à revêtir un autre caractère que celui de l’auto-
- intellectuelles ne pourront être bien établies que par des examens et des concours régulièrement suivis.
- C’est par l’organisation et la généralisation de ces examens et de ces concours que toutes les vocations se feront jour, que toutes les aptitudes et les capacités se feront connaître.
- Alors le suffrage universel sera réellement édifié sur la valeur des candidats à toute fonction, et la bonne foi de l’électeur ne pourra plus être surprise.
- Reste à voir comment les examens et concours pourront se combiner avec le suffrage universel, et comment de cette combinaison sortiront l’unification et la juste application de tous les procédés qui, d’une façon arbitraire et désordonnée, ont servi jusqu’ici à l’établissement des pouvoirs et au recrutement des fonctionnaires.
- [A suivre). GODIN-
- çratie et du bon plaisir des puissants. Le suffrage et l’élection s’imposent par la force de l’opinion publique.
- Les gouvernés revendiquent le droit d’élire leurs gouvernants; les administrés, le droit d’élire leurs administrateurs. Mais ce mode de constitution des gouvernements s’applique avec des tempéraments fort différents.
- La reconnaissance de la souveraineté du peuple s’exerçant par le suffrage a besoin d’un complément rationnel, celui de la garantie du savoir et du mérite chez le fonctionnaire à élire.
- Cette garantie jusqu’ici absente doit, dans l’avenir, permettre à la bonne foi de l’électeur de n’être pas surprise, Dans ce but, les titres à la direction dans chacune des branches de l’activité sociale s’acquéreront par des preuves spéciales établissant que le candidat possède bien le mérite et la capacité nécessaires à l’accomplissement des devoirs exigés par la fonction ; c’est-à-dire que ces preuves établiront non-seulement que le postulant a bien les qualités morales et les vertus indispensables dans le poste auquel il aspire, mais encore les connaissances et le savoir nécessaires,
- Ces preuves d’élévation morale et de capacités
- NOUVELLES DU FAMILISTÈRE
- Le Cons.eil de Gérance, dans sa séance du 3 courant, a procédé aux admissions suivantes :
- MM. Painvin-Défontaine et Dossogne Fernand, tous deux employés de bureau, admis au titre de participants en décembre dernier, ont demandé et obtenu la qualité de sociétaires.
- Le Conseil a conféré, en outre, la qualité de participants à trente candidats remplissant toutes les conditions exigées par les statuts de l’Association.
- FAITS POLITIQUES & SOCIAUX DE LA SEMAINE
- FRANCE
- Travaux die® Chambres. — Le Sénat continue à consacrer le temps dont il dispose à replâtrer les préjugés protectionnistes.
- M. Batbie a présenté une interpellation sur l’application des décrets de mars.
- A la Chambre les questions d’affaires ont attiré toute l’attention. Une séance a été perdue en signe de condoléance en raison de l’attentat de Saint-Pétersbourg.Nous approuvons cette conduite, qui est un témoignage de déférence à l’égard d’un gouvernement ami, mais il nous semble que la Chambre, qui a tant d’ouvrage sur les bras, aurait pu remplacer cette séance perdue par
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- LE DEVOIR
- une séance d’exception le lendemain. Il y a plusieurs questions en tête de l’ordre du jour dont l’étude aurait demandé de ne pas être retardée, entre autres le projet de loi de M. Versigny ayant pour objet L’institution d’assises correctionnelles.
- * *
- jwgfes dL© paix. — Le garde des sceaux vient de terminer le projet de loi sur les juges de paix, à la préparation duquel il travaillait depuis longtemps en compagnie du sous-secrétaire d’Etat à la justice.Hier matin, M. Gazot a soumis ce projet de loi au conseil des ministres ; il le déposera prochainement sur le bureau de la Chambre.
- Ce projet forme, pour ainsi dire, le complément Naturel du projet de loi sur la réforme judiciaire, déjà voté par la Chambre et actuellement soumis aux délibérations du Sénat. Il a un triple but :
- 1° Elever la compétence des juges de paix qui ne peuvent actuellement statuer que jusqu’à concurrence de 200 francs ;
- 2° Modifier le mode de recrutement de ces magistrats populaires, pour l’obligation de certaines conditions propres à assurer de meilleures garanties de savoir et d’expériences ;
- 3° Elever enfin le traitement des juges de paix.
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- ®llPP1”ôss,i0]a «1© la, torigrad© des mcen-irs.
- — M. Andrieux a pris l’arrêté suivant ;
- Par arrêté du 9 mars 1881, le député, préfet de police,
- Considérant que la fusion du service des mœurs avec celui de la sûreté, dont il fait naturellement partie, aura pour effet de faciliter les recherches des crimes et des délits en même temps que celle des infractions aux règlements sur la prostitution ;
- Considérant que cette mesure, en ne laissant plus à des agents spéciaux la surveillance des mœurs, répon.-dra autant qu’il est possible aux vœux émis par le Conseil municipal de la ViLe de Paris ;
- Vu l'arrêté du 12 messidor an VIII ;
- Vu la délibération du conseil municipal de la Ville de Paris, en date du 28 décembre 1880,
- A décidé :
- Article premier. — La brigade des mœurs est supprimée.
- Art. 2. — Les brigadiers, sous-brigadiers et inspecteurs de ladite brigade sont versés dans la brigade de sûreté «**••••«•»***
- Art. 5. — Les attributions du service des mœurs sont confiées aux chefs inspecteurs principaux, brigadiers, sous-brigadiers et inspecteurs du service de la sûreté.
- Le député, préfet de police.
- Signé : Andrieux.
- Cet arrêté contient un aveu.
- Il prouve que la brigade des mœurs, défendue avec tant de passion par les préfets de police n’était pas parfaite.
- Il prouve que M. Andrieux n’ose pas revenir la défendre devant le conseil municipal, et cet arrêté est l’aveu que l’interprétation sur l’organisation de la préfecture c*e police de l’arrêté du 12 avril 1872, donnée par le rapport de M. Yves Guyot, est enfin admise par M. le préfet de police.
- Par contre, si cet arrêté supprime la brigade spéciale, il en maintient les règlements, les arrestations arbitraires, les visites forcées.
- Toutefois, une institution qu’on n’ose plus nommer est une institution condamnée. Nous gagnons le mot aujourd’hui; demain, nous gagnerons la chose. '
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- i ILes gsyaa.ctica.-ts professionnels. — Voici le texte définitif du projet de loi sur les syndicats professionnels qui doit être déposé mardi sur le bureau de la Chambre par M. Allain-Target, rapporteur.
- IProjet ci© loi
- Article premier.—La loi des 14 et 17 juin 1791 est abrogée. Les dispositions des articles 291, 292, 293, 294, 414, 415 et 416 du code pénal, la loi du 10 avril 1834 et l’article 2 du décret du 25 mai 1852 cesseront d’être applicables aux syndicats professionnels constitués et agissant en conformité des prescriptions de la présente loi.
- Art. 2. — Les syndicats professionnels ou associations même de plus de vingt personnes, exerçant la même profession ou des métiers similaires, pourront se constituer sans l’autorisation du gouvernement.
- Des unions d’associations professionnelles et de chambres syndicales pourront se composer d’associations professionnelles régulièrement constituées.
- Art. 3. — Les associations professionnelles ont pour objet l’étude et la défense des intérêts économiques, industriels et commerciaux communs à tous leurs membres et des intérêts généraux de leurs professions-et métiers.
- Eiles pourront s’occuper notamment, dans l’intérêt de leurs professions ou métiers, de la création de caisses d’assurances contre le chômage, la maladie ou la vieillesse, de l’établissement d’ateliers de refuge, de magasins pour la vente ou la réparation d’outils ; de l’organisation de sociétés coopératives, de l’organisation et des progrès de l’enseignement professionnel et d’autres questions de même nature.
- Elles pourront servir d’offices de renseignements pour les offres et demandes de travail. Elles pourront être choisies pour exercer les fonctions d’arbitres ou d’experts.
- Art. 4. — Les associations professionnelles auront le droit d’ester en justice.
- Elles pourront posséder et employer les sommes qui seraient le produit des cotisations. Elles pourront posséder également les immeubles nécessaires à leurs réunions et à rétablissement de bibliothèques, de cours d’apprentissage et d’instruction professionnelle.
- Elles pourront recevoir des dons et legs dans les conditions qui sont imposées aux sociétés reconnues d’utilité publique.
- Le dernier paragraphe de cet article ne s’applique pas aux unions d’associations professionnelles et de chambres syndicales.
- Art. 5 — Huit jours avant la constitution d’une association professionnelle, ses fondateurs devront déposer les statuts et les noms de ceux qui, sous un titre quelconque, seront chargés de l’administration ou de la direction.
- Ce dépôt aura lieu à la mairie de la localité où le syndicat est établi, et, à Paris, à la préfecture de la Seine. Ce dépôt devra être renouvelé à chaque changement de la direction et des statuts.
- Art. 6. — L’iafraction à l’article 8 sera poursuivie contre le directeur ou l’un des administrateurs en fonction et punie d’une amende de 16 à 50 fr.
- En cas de fausse déclaration faite de mauvaise foi, l’amende pourra être portée à 500 francs.
- En cas d’infractions à l’article 2 et au paragraphe premier de l’article 3, les auteurs des infractions et ceux des administrateurs qui les auraient volontairement et sciemment tolérées, seront punis de la peine prévue contre la fausse déclaration faite de mauvaise foi.
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- L’institut, le code pénal et la peine de mort. — A la dernière séance de l’Académie des sciences morales et politiques, M. Ch. Lucas a entretenu ses collègues du nouveau code pénal qui vient d’être voté en Hollande par les deux Chambres ; ce code consacre d’une manière définitive l’abolition de la
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- peine de mort déjà décrétée en 1869 par une loi émanée de l’initiative royale.
- L’adoption de ce code pénal devait créer un précédent d’une grande valeur, puisqu’elle venait consacrer le témoignage de 1’expérienee de onze années, pendant lesquelles la sécurité publique n’avait eu aucunement à souffrir de la suppression de l’échafaud dans le royaume des Pays-Bas.
- Ainsi la pratique de ces onze années a paru suffisamment concluante aux jurisconsultes hollandais, et l’on n’a pas vu se produire dans ce pays, comme en Suisse, cette étrange panique qui, après une expérience de cinq années seulement, a fait revenir en arrière une partie de la Suisse pour mettre les personnes et les propriétés gous la protection du bourreau.
- S’il est une vérité désormais historiquement et pratiquement incontestable, c’est qu’en thèse générale la peine de mort n’est pas d’une nécessité absolue pour l’ordre social.
- M. Ch. Lucas rappelle qu’à l’époque où la Hollande était réunie à la France, elle reçut le code pénal français, qui constituait alors pour elle un réel progrès. Depuis lors le code a reçu en France, au fur et à mesure des progrès de la civilisation, des améliorations nombreuses. C’est ainsi qu’on a fait disparaître les peines de l’exposition publique, de la marque, de la mutilation, de la confiscation, et, qu’en étendant le domaine des circonstances atténuantes, on a donné au juge plus de latitude pour proportionner la peine à la gravité morale du crime. Les hollandais, dans le remaniement qu’ils viennent de faire subir au code pénal l’ont amélioré dans le même sens, mais Jeurs adoucissements vont beaucoup plus loin que les nôtres.
- Le nouveau code réduit les peines à trois : l’amende, la détention, l’emprisonnement. Les peines infamantes sont supprimées.
- Ibe® martyrs du devoir. — M. Eugène Farcy a déposé le projet de loi suivant :
- Tout citoyen français mort en concourant au sauvetage dans un incendie, tout médecin mort dans les hôpitaux en soignant une maladie épidémique, toute personne morte en esseyant de sauver la vie à un de ses semblables sera considérée comme morte au champ d’honneur, et laissera à sa veuve ou à ses enfants une pension égale à celle du soldat mort sur le champ de bataille, c’est-à-dire le double de la pension ordinaire.
- IRLANDE
- ILes ajrcesta.tioxis. — L’archevêque de Dublin vient de publier une nouvelle lettre pastorale dans laquelle il condamne la Ligue des femmes affiliée à la Ligue agraire. De nouvelles arrestations ont eu lieu en Irlande en vertu du bill de coercition.
- Tout l’état-major de la Ligue agraire se trouvera bientôt en prison, et ce n’est pas une plaisanterie, s’il est vrai que Ton ait l’intention de garder sous les verroux, sans jugement, pendant dix-huit mois, ces défenseurs du droit. Ce qu’il y a de plus triste dans cette affaire, c’est la résignation avec lequel les malheureuses populations, naguère si vivement surexcitées, se laissent décimer sans rien dire.
- Les arrestations faites jusqu’ici ont produit une assez grande émotion, mais la population ne semble pas disposée à recourir à la violence en faveur des chefs de la Ligue qu’on a emprisonnés ; à l’arrivée de chaque train de prisonniers à Dublin, la foule s’amasse, mais elle ne se livre à aucune manifestation. Dans les districts où le bill de coercition a été mis en vigueur, les arrestations ont eu lieu de très grand matin avant que la population ne fût éveillée : les patriotes arrêtés n’ont pas eu l’occasion de haranguer leurs partisans et aucune tentative u’a été faite pour les délivrer.
- .Ce n’est pas sans une profonde tristesse que nous assistons à ce navrant spectacle. N’y a-t-il pas une véri-
- table ironie du sort dans le fait que toutes ces'mesures si sévères sont contresignées par des ministres libéraux qui, presque tous, ont, dans leurs discours électoraux, énergiquement protesté contre l’état de siège maintenu en Irlande par les conservateurs?
- •Combien de personnes avaient comme nous confiance dans la sincérité de M. Gladstone,'considéré jusqu’ici comme un homme et dans celle de M. John Bright, le quaker philanthrope.
- Aujourd’hui les écailles tombent des yeux en voyant ces hommes se faire les pourvoyeurs des geôliers.
- ALLEMAGNE
- Ohsssrgyegî railitaires. — Les autorités militaires allemandes sont très préoccupées en ce moment de procurer à l’armée allemande une arme à fen supérieure au fusil introduit dans l’armée française. Elles croient avoir trouvé ce qu’elles cherchaient. Les expériences faites avec le fusil appelé Garbe, du nom de l’inventeur, paraissent avoir répondu au désir de l’état-major général allemand. Le fusil Garbe est un fusil à répétition. Il pèse neuf livres. Le mouvement de recul au moment du tir est presque nul. Le chargement se fait en quatre temps. La cartouche est lisse et n'a pas de rebord. Le calibre est le même que celui du fusil Mauser. L’adoption du fusil Mauser au système Garbe pourra se faire facilement.
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- TJkïo élection, progressiste. — Les progressistes ont fait triompher leur candidat dans une élection pour le Reichstag qui a eu lieu à Weimar.
- Ce triomphe est considéré ici comme le réveil de l’esprit libéral en Allemagne et de la résistance que commence à trouver la politique brouillonne du chancelier.
- BELGIQUE
- Bnclg-et cl© la gnerre. —Dans la délibération sur le budget de la guerre, qui a eu lieu à la Chambre des représentants, une discussion intéressante s’est élevée sur les travaux de défense. On sait qu’en 1859, la Belgique a adopté pour sa défense le système dit « de concentration ». Ce système consiste dans l'établissement à Anvers d’une place de premier ordre, dans laquelle se concentrerait l’armée belge si la neutralité de la Belgique était violée, et où elle attendrait les secours que pourraient lui porter les garants de sa neutralité. De grands travaux ont été faits à Anvers. Mais, la portée de l’artillerie étant augmentée, les nouvelles fortifications d’Anvers sont devenues insuffisantes, et il a été jugé nécessaire de reporter plus en avant de la place, ainsi que nous le faisons pour Paris, les forts détachés qui la protègent.
- ESPAGNE
- X/TIwioii catholique dont nous avons annoncé la eréation toute récente, vient de manifester du même coup son existence et ses intentions, par une offensive hardie sur le terrain politique : son président, l’archevêque de Tolède, plusieurs autres évêques et les principaux chefs de la ligue, ont adressé au roi Alphonse XII une pétition, dans laquelle ils demandent le rétablissement de l’ancien cabinet présidé par M. Canovas del Castillo. Le motif de cette levée de boucliers doit être cherché dans quelques mesures récentes favorables à la liberté de conscience. Le parti ùltramontain s’indigne naturellement de ce qu’il appelle l’avènement d’une politique athée et rationaliste dans la patrie de Philippe II.
- Naturellement aussi, le manifeste en question n’a pas été du goût du ministère, qui a pris aussitôt la résolu-
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- LÈ frÈÎVQIR
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- tion de résister énergiquement à cette nouvelle croisade. Ce pourrait être le point de départ d’un petit Cul-turhampf espagnol.
- RUSSIE
- L’iittentat contre le Tzar. — Le 13 mars le Tzar, après la parade militaire, revenait d’une visite chez la Grande Duchesse Catherine, lorsqu’une explosion de bombe brisa sa voiture. Alexandre n’était pas atteint et voulut descendre; à ce moment une seconde explosion lui brisa les jambes. Une heure après il était mort. Un cosaque de l’escorte a été tué également et cinq autres sérieusement blessés. On compte un grand nombre de personnes blessées sans gravité.
- Alexandre II était né en 1818. Le bon et le mauvais ont eu chacun leur tour dans son existence. Ii a l’hon-neür, l’immense honneur d'avoir émancipé les serfs, mais il a persécuté les protestants et les catholiques russes et réprimé les insurrections polonaises et cireas-sienne par des moyens d’une abominable férocité,
- Dans ces dernières années, et sous l’influence de Mlle Dolgoroukâ, maîtresse puis femme morganatique du Tzar, le favoritisme prit dans l'immense empire russe une extension déplorable. Les abus déjà criants furent aggravés dans des proportions dont on ne se fait pas l’idée." Toutes les fonctions importantes furent mises entre les mains d’hommes violents et peu scrupuleux. Des-monstruosités inconcevables furent commises par les agents du gouvernement, surtout par les préfets de police. Le nihilisme répondit par la conspiration et tout ce qui s’en suit. L’empereur répliqua par des mesures d’une tyrannie qui n’a pas d’égale en Europe dans notre siècle. Le procès des nihilistes a révélé dès aôtés de véritable sauvagerie ; cela dépasse tout ce que 3imagination des peuples occidentaux pouvait concevoir. Plus récemment ia pftlice russe a encore poussé plus loin sa cruauté. Non contente de tuer parla main du bourreau, par le knout réduisant les chairs en lambeaux,par l’exil dans les mines ou les contrées glacées de la Sibérie, elle a imaginé u’y joindre la torture atroce par l’électricité complétant les raffinements de l’inquisition par les ressources de la science moderne.
- On comprend que dans un pays oh des choses semblables se voient et où les tzars se sont de tout temps refusés à partager la responsabilité du gouvernement, des crimes politiques se produisent de temps à autre. La Russie,à dit Custine est « une monarchie absolue tempérée pâr l’assassinat ».
- Quant à l’appréciation morale du fait qui vient de se pfodùire, nos lecteurs peuvent la prévoir.
- La vie humaine est inviolable à nos yeux. Quelque coupable qu’un homme puisse être il n’appartient pas à tm autre homme de trancher ses jours. Nous nions le droit à un tribunal, à Un jury, en un mot à un corps régulier quelconque de disposer de la vie de qui que ce soit, même de celle du dernier des criminels. Combien à plus forte raison nions-nous à des fanatiques, môme à des patriotes dévoués, le droit de se constituer d’eux-mêmes en tribunal et de tuer ceux qu’ils condamnent.
- Voilà quelle est notre opinion au point de vue moral sur.l’attentat de St-Pétersbourg. Quant à notre opinion politique elle est tout à fait celle qui a été exprimée au lendemain du crime par La Temps dans les lignes suivantes :
- a On ne cite pas un seul exemple d’ün pas en avant venue à la suite et comme conséquence d’une tentative, réussie ou non, d’assassinat politique. Au contraire,tous les faits de cette nature ont amené une réaction. Et comment en serait-iL autrement? Gomment une notion plus élevé de la justice et du droit pourrait eiie être la conséquence d’un fait qui est la négation de l’idée de justice, qui est la substitution de la violence criminelle et aveugle à la revendication éclairée et loyale du droit. On conquiert la liberté en amenant les hommes à en comprendre les avantages en lui assurant^ par la discussion, et au besoin par iës dévouements personnels, un
- nombre chaque jour croissant de partisans ; mais l’assassinat n’a jamais convaincu personne*
- ÉTATS-UNIS
- Le droit des femmes. — M. Long, gouverneur du Massacbusets, a déclaré dans le message récemment adressé par lui aux Chambres, que le moment était venu d'accorder le suffrage aux femmes.
- AFRIQUE
- Cession des colonies portugaises à l’Angleterre. — Les Chambres portugaises ont volé,non sans une très vive discussion et même des scènes de tumulte,une loi par laquelle sont vendues à l’Angleterre les possessions immenses mais peu prospères que le Portugal possède sur les côtes orientales d’Afriqus, savoir les côtes de Mozambique et do Sofala, du IIe au 27e degré de latitude sud.
- Ces établissements lointains, qui datent de l’époque héroïque du Portugal, rapportaient peu et coûtaient ce* pendant beaucoup au royaume.
- La sagesse pratique conseillait donc de s’en débar* rasser. Mais on comprend que les mécontents se soient saisis de ce prétexte pour battre en brèche le ministère, en le représentant comme manquant à tous les devoirs du patriotisme, comme vendant à l'étranger 1© sol national.
- AMÉRIQUE-MÉRIDIONALE
- Lë pillage de Lima par les ttatleaattX.
- — A l’époque où a commencé la guerre du Chili et du Pérou nous avons été seuls dans la presse française à prévoir l’écrasement de ce dernier pays, plus peuplé cependant que le Chili. Noüs bous basions pour porter ce jugement sur le fait que le Gbili était ün pays hoa* nêle et le Pérou un pays pourri.
- C’est poür nous üne Chose acquise que lorsqu’un pays est profondément corrdtiipu, üü cataclysme est imminent.
- Nous ne nous sommes pas trompé pour le Pérou. L’effondrement a été eemplet. Toutefois nous ne ttoüs attendions pas à ce qui vient dé s’y passer : le pillage dé là capitale pà-r les natidftâüx.
- D'après une correspondance du Courtier des Etats-Unis, l’armée péruvienne s’étant débandée après la bataille de Miraflores, ùn grand nombre de soldats et môme d’officiers arrivés les uns après les autres à Lima auraient mis cette ville à sac.
- Yoici quelques détails à ce sujet :
- Dans la nuit du 16 janvier, une vivé fusillade éclata en même temps sur divers points de la ville. C’est alors que le pillage a commencé. On brisait ce qu’on ne pouvait enlever, La dévastation a commencé par les magasins chinois.
- Après les magasins chinois, les émeutiers tânt au Gallao qu’à Lima, ont dévasté tous les autres, sans distinction de nationalités. Üne trentaine de Chinois ont été poursuivis jusqu’au dehors du Cailao et tués à coups de fusils uniquement pour le plaisir de répandre le sang.
- A Lima, des centaines de Chinois ont été massacrés ; non-seulement les émeutiers étaient excités â ces horribles barbaries par les officiers supérieurs de l’armée et de la marine péruvienne, mais beaucoup de détachements dé ces bandits étaient conduit par des officiers péruviens qui participaient au pillage.
- Les gardes de police irrités par leurs perles et excités peut être par la boisson, ont exercé des représailles, et au lever du jour il y avait des tas de cadavres en bien des endroits. On estime à plus de 500 le nombre des émeutiers tués à Lima.
- Le matin du, 18, la tranquillité était rétablie, mais l’avant-gardô Chilienne, musique en tête et drapeaux l déployés, est entrée et a pris possession de la ville*
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- LE DEVOIR
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- L'OUVRIÈRE MÈRE DE FAMILLE
- I,a situation malheureuse de l’ouvrière mère de famille est trop évidente pour que personne essaie de ]a contester. Mais si l’on est unanime à reconnaître le mal, on n’est pas d’accord sur son traitement. Les idées les plus disparates sont émises, les opinions les plus fausses sont soutenues, ce qui prouve à quel point le public est mal renseigné. j Voyons ce qui se dit. j
- Il y a d’abord ceux qui affirment qu’il n’y a rien à j faire, Ils sont nombreux, ceux-là, car ils comptent dans leurs rangs tous les économistes systématiques avec leur désolant « laissez faire, laissez passez » i et tous les égoïstes qui trouvent que quand tout va bien pour eux il n'y a pas lieu de songer aux autres, j Après ce premier groupe, auquel nous ne pren- j drons pas la peine de répondre, vient un autre j groupe, celui qui demande seulement à une amélioration du sort du mari l’amélioration du sort de la femme. C’est l’opinion qui a réuni le plus grand nombre d’adhérents dans les deux derniers congrès ouvriers. La femme, y a-t on dit, doit être soustraite à toute espèce de travail autre que le soin du ménage et l’éducation des enfants.
- Outre que cette opinion ne tient pas compte du sort des filles, des veuves, des femmes séparées, elle a le tort d’oublier que beaucoup de maris ne sont que des manœuvres ou des ouvriers inhabiles. Le gain de l’homme en ce cas ne peut soutenir à lui seul la famille toute entière, C’est tout au plus si, avec le gain de la femme, il parvient à nouer les deux bouts. Et il est à craindre qu’il en soit longtemps encore ainsi, car dans les travaux où le premier venu peut s’offrir, les salaires ne peuvent jamais être élevés, Le travail de la femme est donc nécessaire au ménage de l’ouvrier. C’est une ressource de plus. Mais ce n’est pas là sa seule fonction. Il remplit aussi un rôle moralisateur.
- Les femmes qui manquent d’occupations sérieuses, qui n’ont pas de travail régulier se laissent aller plus facilement que d’autres au désœuvrement ; elles donnent au commérage un temps qui pourrait être mieux employé; plusieurs d’entre eiles sontmèrne,par leurs dépenses imprévoyantes et hors de proportion avec les ressources du ménage, une cause de ruine et de Malheur pour leur mari. Si elles étaient astreintes à* un travail régulier elles auraient moins de temps à perdre, moins de tentations à satisfaire, moins d’occasions de dépenser mal à propos un salaire déjà insuffisant.
- Cette considération a bien sa valeur. Mais il en est
- | encore une plus haute; c’est celle basée sur la I dignité morale de la femme.
- I La dépendance forcée de la femme, son assujettis-I sement perpétuel à son mari, quel que soit ce mari, I sont des idées d’un autre âge. Le ménage où l’un des j époux est subordonné à l’autre, lui doit tout et at-! tend tout de lui, n’est plus un foyer d’estime et d’a-I mour, c’est la cohabitation d’un maître et d’une es-j clave. Toute femme qui n’est pas en mesure de suf-I fire à elle-même au besoin est à la merci de son I mari, même si ce mari n’est qu’un misérable. Elle j doit tout subir, car que ferait elle sans lui ?
- I C’est ce qui doit ne pas exister. La femme a le droit I de rester digne; or elle ne peut rester digne que si elle est libre, et elle ne peut être libre que si elle est capable de ne relever que d’elle-même.
- Nous croyons donc que l’on se trompe du tout au ! tout quand on demande seulement à l’amélioration du I sort du mari celle du sort de la femme. C’est aussi ce que croient plusieurs des écrivains qui se sontoccupés de la question et qui ont cherché le remède ailleurs.
- Voyons quelles opinions ils ont émises.
- Une bonne instruction primaire des filles, ont dit les uns, permettra aux ménagères de l’avenir de mieux compter, de prévoir davantage, de pouvoir s’occuper à des travaux plus élevés et de genres plus multiples.
- Une bonne éducation professionnelle des filles, ont dit d’autres, leur permettra d’acquérir dans cer taines professions une habileté ou des connaissances qui les feront rétribuer davantage,
- L’accessibilité de tous les emplois publics à la femme, ont dit quelques-uns, leur ouvrira des vocations nouvelles ; les femmes s’offriront en nombre moindre sur les mêmes professions et cette diminution de l’offre fera hausser leurs salaires.
- La création des syndicats d’ouvrières, a-t-on dit, empêchera l’encombrement de certaines branches et l’avilissement de prix qui en résulte. Ces syndicats pourront même exiger que pour un travail égal à celui de l’homme la femme obtienne un salaire égal.
- Enfin l’un des moyens dont les femmes pourraient user pour améliorer leur sort, ce serait de prendre part à des sociétés coopératives de consommation qui, pour la même somme, leur donnerait davantage de marchandises que le commerce privé. Cet avantage équivaudrait à une augmentation de salaire.
- Voilà ce qu’ont dit jusqu’ici les personnes qui ont porté intérêt au sort de l’ouvrière.
- Tout cela est très raisonnable ; tout cela reposé sur des idées économiques exactes ; tout cela dans la pratique réaliserait un progrès, Pour ces raisons, f tout cela mérite nos sympathies et notre appui,
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- Mais ne nous berçons pas serait encore insuffisant.
- Ces réformes ne peuvent être considérées comme suffisantes que par des personnes qui vivent loin de la classe ouvrière, qui parlent d’elle sans la connaître et qui la jugent comme jugerait de la Chine quelqu’un qui ne serait jamais sorti de Paris.
- Quiconque a vu les ouvriers de près et a étudié par lui-mème leur genre de vie comprendra que les réformes ci-dessus, quelque désirables qu’elles soient, sont loin de répondre aux nécessités de la situation. Elles négligent une des données essentielles du problème. Fournir du travail à la femme ou la rendre apte à divers travaux, c’est très bien, mais à une condition : c’est quelle aura la possibilité matérielle de s’adonner à ce travail.
- Or cette possibilité est justement ce qui manque à la mère de famille si l’on n’a pas recours Ad’autres réformes.
- Remarquez ceci, c’est le nœud de la question.
- Tant qu’une femme de la classe ouvrière n’a point d’enfant, c’est-à-dire tant qu’elle est dans une position relativement facile, tant qu’elle peut à la rigueur soutenir le ménage avec le seul salaire de snn mari, les occupations peu nombreuses qu’elle a chez elle lui permettent de travailler au dehors. Mais vienne un enfant et la situation est bien changée. Du même coup le besoin d’argent augmente et le temps à donner au travail lucratif diminue. Vienne un deuxième enfant et la situatiomempire. Et ainsi de suite. A mesure des naissances les charges du ménage s’aggraveront et à mesure aussi augmentera pour la mère l’impossibilité de gagner quelque argent au dehors. Double cause de misère.
- La mère qui a plusieurs enfants en bas âge — et c'est souvent le cas des ouvrières — est forcée de rester chez elle. Elle ne peut pourtant pas accrocher ses enfants à un clou dans une armoire et fermer la porte sur eux. Il faut qu’elle les soigne, qu’elle les habille, qu’elle les débarbouille, qu’elle lave leur linge et entretienne leur vêtement, qu’elle les empêche de commettre du dégât, enfin qu’elle prenne tous ces soins dont les mères de familles bourgeoises ne manquent jamais de se décharger sur les nourrices et sur les bonnes.
- On s’apitoye sur le sort des ouvrières qui font une journée d’onze heures dans une manufacture, et l’on a bien raison ; mais songe-t-on aux pauvres mères qui ont, dans leur ménage, 16 ou 17 heures de travail par jour et qui parfois doivent encore se relever la nuit pour donner des soins à leurs enfants?
- Quelle existence que .celle de ces malheureuses! Confinées de grand matin dans leur cuisine, elles
- d’illusions : tout cela j voient les jours succéder aux jours, les semaines aux
- semaines, les mois aux mois, sans que quelque moment de répit leur permette d’écliapper| à cette vie terre à terre. C’est la captivité, c’est l’esclavage, c’est la jeunesse enterrée entre quatre murs, c’est l’existence empoisonnée par les soucis, la fatigue, les privations, oui, les privations, car la mère s’efforce de vivre de peu, elle se dévoue au point de se priver. Heureuse encore, la pauvre femme, si le mari ne prend pas en dégoût son domicile et ne va pas dissiper au cabaret le salaire qui fait si grand besoin à la maison !
- La mère supporte avec abnégation le sort qu’une société égoïste lui fait. C’est pour ses enfants, pour ses chers enfants qu’elle se sacrifie et rien de ce qui peut leur être profitable ne lui paraît trop cher. Que ne ferait-elle pas pour eux ? Que ne s’imposerait-elle pas pour qu’ils fussent aussi bien nourris, aussi bien vêtus que ceux de tant d’autres mères qui ont moins de peine et souvent moins de cœur ? Hélas, elle a la douleur de voir que ses efforts n’y arrivent pas, n’y arriveront jamais 1 Parfois, souvent même, elle a le serrement de cœur de voir ces chers petits êtres en proie aux privations.
- Pour que ses enfants fussent à l’abri du besoin, pour qu’ils ne manquassent jamais du nécessaire, il faudrait qu’elle pû.t, elle, pauvre femme, aller gagner, fût-ce même à la sueur de son front, quelques francs dans un travail au dehors. Or, comme nous venons de le voir, c’est justement ce qu’elle ne peut pas, c’est justement ce que sa situation lui rend impossible.
- Il n’y aurait qu’un seul moyen pour elle de pouvoir travailler ainsi, ce serait au cas où elle pourrait confier ses enfants à des institutions sérieuses, bien établies, bien dirigées, à des institutions telles en un mot que la mère pût avoir la certitude que ses enfants y seraient l’objet durant son absence, sinon d’une tendresse égale à la sienne, — ce qui est impossible — du moins d’une attention constante et d’une sollicitude quasi-maternelle.
- Ne dites pas que nous demandons l’impossible, que des institutions semblables n’existent pas et ne peuvent pas exister, car nous vous répondrons qu’elles sont possibleset qu’ellesexistent.Nous les avons sous les yeux au Familistère et nous vous montrerons comment elles fonctionnent et comment il serait possible de les généraliser.
- Ed. Champury.
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- NOUVELLES DIVERSES
- Opposition aux syndicats. — La Compagnie générale des Omnibus vient de se signaler par un acte de .brutalité administrative absolument révoltant.
- Six employés de cette Compagnie ayant adhéré à la chambre syndicale des employés des Omnibus, ont été aussitôt révoqués de leurs modestes fonctions, et mis à pied.
- Ainsi, les employés de cette Compagnie devront se tenir pour avertis : il leur est interdit d’adhérer à une chambre syndicale ; il leur est défendu, sous peine de perdre du jour au lendemain leur pain quotidien, de suivre l’exemple de n’importe quel ouvrier appartenant à n’importe quelle corporation. Il ne leur est pas permis, de par la volonté de la toute-puissante Compagnie, de se réunir, de se concerter pour la défense de leurs intérêts. •
- {Mot d'Ordre).
- Progrès dans l’instruction criminelle.
- — La commission du Sénat, chargée de la révision du Code d’instruction criminelle a voté la suppression du résumé du président des assises.
- Un point très important est en outre acquis : c’est le principe en vertu duquel le défenseur du prévenu pourra assister à l’instruction de l’affaire.
- I^e télégraphe en Chine. — Un contrat vient d’être passé entre le gouvernement chinois et la grande Compagnie télégraphique du Nord, de Copenhague,pour l’établissement d’une ligne terrestre de télégraphe entre Shanghaï et Tien-Tsin, le port de Pékin.
- Au mois de mai prochain les travaux des 1,600 premiers kilomètres de ce télégraphe seront entrepris.
- Dix stations intermédiaires seront établies entre les deux points terminus.
- Il a été convenu qu’une école de télégraphistes chinois serait créée, dans laquelle on étudierait toutes les questions relatives à la télégraphie.
- * *
- Les chemins de fer tunisiens. — Les travaux du chemin de fer de Tunis à Suze, concédés à la compagnie Bone-Guelma par le gouvernement tunisien ont été commencés le 9 mars par les ouvriers de l’entreprise de Goguei, sur la section comprise entre Tunis et Hammam Ellif.
- femmes. - M. de Lesseps a annoncé dans la réunion solennelle des actionnaires de la compagnie de Panama, qui s’est tenue au Cirque-d’Hi-ver, que 16,000 femmes (nous passons sur les centaines) avaient souscrit directement comme actionnaires de la
- ét£dt^pfésente^üe *)af^e ces honorables souscripteurs
- L assemblée a accueilli cette communication par des applaudissements répétés, et nous, nous y faisons ici aausion, pour montrer combien le rôle de la femme se rapproche eu toutes choses de celui de l’homme,et combien la femme peut aider aujourd’hui, par son utile et fécondé intervention, à la réussite de toutes les grandes entreprises. &
- L émancipation de la femme est commencée,la femme veut être 1 égale de l’homme en tout, et il n’est désormais sociale V°ir ^ ^ersonn(i S’arrêter cette grande évolution
- * *
- Les bibliothèque* municipales de Pa«
- 3ris$. — Les bibliothèques municipales prennent chaque jour un développement considérable. Le nombre des lecteurs suit une progression constante. Il était en 1878 de 29.389. En 1878 il a été de 67,840 et il s’est élevé en 1880 à 147,367. D’après les résultats déjà obtenus, on peut compter qu’en 1881 il atteindra le chiffre de 230,000.
- Cette année, trois nouvelles bibliothèques municipales de lecture sur place et de prêt seront ouvertes dans les sixième, quatorzième et dix-huitième arrondissements.
- Un crédit de 69,000 francs est prévu au budget communal, pour l’achat et l’entretien des livres et le traitement du personnel des bibliothécaires. Aucun crédit n’ayant été affecté jusqu’ici à l’achat et à l’entretien du mobilier des bibliothèques, le préfet de la Seine demande au conseil municipal de lui allouer à cet effet une somme de 19,000 fr.
- * *
- La, justice en Italie. — Yeut-on savoir de quelle façon s’administre parfois la justice en Italie ?
- Voici lès faits brièvement :
- Le 29 août 1876, à Orani, en Sardaigne, un avocat âgé de soixante et onze ans, don Antonio Siotto Sintor, allait entrer dans une de ses propriétés, lorsqu’il se vit tout à coup attaqué par trois individus. Malgré son âge, il opposa une vive résistance, mais il tomba sous les coups.
- La police découvrit qu’il s’était agi d’un homicide commis par des assassins soudoyés et que la lutte élec-rale avait été la cause du crime. L’avocat assassiné avait fait de la propagande pour la candidature de son gendre qu'il avait fait triompher : l’adversaire, pour se venger, arma trois sicaires.
- Ce n’a été que le 8 mars que les débats de cette affaire se sont ouverts ; il y a donc cinq ans ; ce retard dans l’administration de la justice peut paraître énorme ; en Italie, c’est l’habitude.
- Mais cela n’est rien : ce qui est mieux, c’est que, comme la jdstice courait le risque de ne pas avoir son cours régulier parce qu’on ne peut compter sur les jurés de la Sardaigne, les débats de ce procès, qui compte quatorze accusés, auront lieu à Rome. Il y a quatre cent cinquante témoins, une bagatelle.
- Enfin,voici le bouquet.Parmi les témoins il y a quatre individus qui exercent la profession de bandit dans les montagnes de la Sardaigne. Trois d’entre eux ont été condamnés à mort par contumace. Gomme leur déposition peut être intéressante, le gouvernement a passé une convention avec ces bandits. Aux termes de ce traité, ils ont la faculté de descendre librement des montagnes pour venir à Rome avec un sauf-conduit qui a une durée de quarante jours. Quand ils auront fait leur déposition, ils retourneront en Sardaigne aux frais du gouvernement, et iront tranquillement reprendre leur métier sur les montagnes. Ce dernier détail est inédit, mais il est authentique.
- *
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- Les établissements de l’ile d’Elbe. —
- Le gouvernement italien va créer dans cet île un vaste établissement métallurgique national, dans le but de procurer de l’occupation à la population et d'utiliser les ressources minéralogiques de l’île.
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- Cherainw de fer australiens. — Les travaux de prolongement de la ligne dite Narrabri Rail-way, dans la Nouvelle-Galles ont été entrepris.
- Cette entreprise est encouragée par le développement de cette colonie dans laquelle l’émigration européenne continue à se porter. La vie est bon marché dans celte colonie, grâce au libre échange et les ressources naturelles sont admirables.
- De son côté la colonie Yictoria ne reste pas en arrière. Une ligne de chemin de fer est en construction de Shepperton à Numurkah, et les travaux de prolongement de la ligne de Dayiesfordvont être entrepris;
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- LES FAUX SOCIALISTES
- F'Aucun des partis conservateurs n'aura résisté à l’envie d’essayer de reconquérir sur le terrain social les masses électorales qui les ont abandonnés sur le terrain politique. Il était dans les traditions du parti bonapartiste de le faire, et il n’y a pas manqué. La monarchie de droit divin et la monarchie constitutionnelle viennent toutes deux, de manifester dans le même sens.
- M. de Mun, dans le discours quhl a prononcé à Vannes, s’est attaché à établir que la royauté légitime peut seule faire le bonheur des diverses classes de la population, notamment des ouvriers :
- Certes ! s’esL-il écrié* je ne veux pas dire que la monarchie suffise â elle seule pour résoudre la question sociale ; mais je dis qu’elle seule peut y travailler avec fruit parce qu’elle est la base nécessaire de tout l’ordre politique; je ne dis pas qu’elle la résoudra en un jour, mais je dis qu’elle y travaillera sans relâche, honnêtement, loyalement, non pas avec des phrases, d^s promesses et des formules théoriques, mais avec des principes et des institutions, avec des encouragements aux hommes de bonne volonté, avec le concours pratique des hommes spéciaux. Je le dis, parce que la monarchie que j’attends pour mon pays porte avec elle un principe qui rassure mon âme à l’avance et,lui donne une Confiance absolue dans son programme : elle est la monarchie chrétienne !
- M. de Mun a bien éu soin de dire à ses auditeurs qu’en s’exprimant ainsi il ne pariait pas en son nom personnel, mais par ordre et au nom de celui qu’il appelle le roy. »
- Lés orléanistes jusqu’ici n’aVaient pas eu l'air de témoigner quelque intérêt pour les questions sociales, bien que le chef de leur parti soit auteur d’ün volume sur les Associations ouvrières anglaises. C’est M. Hervé, rédacteur en chef du Soleil, et membre de la minorité du Conseil municipal de Paris, qui lé premier dans le camp orléaniste a jugé bon de s’occuper de la question. Il a donné aux Batignolles une conférence sur la. réforme sociale. Tout n’est pas à dédaigner dans cette conférence.
- Quand la révolution s’est faite, a dit l’orateur, l’industrie n’existait pas; elle est fille de la vapeur et du charbon de terre. C’est après 1815 quelle a passé d’Angleterre en France et que nous avons vu ce prodigieux développement qui a fait appeler notre siècle le siècle des ouvriers. Il y a deux parts dans cette œuvre, celle du capital et celle du travail. Un antagonisme qui éclate parfois en mouvements violents existe entre eux;' la société doit faire effort
- pour les accorder. M. Hervé voit la solution sociale dans.l’épargne imposée aux travailleurs avec obligation qu’on imposât l’épargne d’une façon sérieuse, et il en est arrivé à cette conviction qu’il n’y a qu’un moyen d’assurer les ouvriers contre les misères de la vieillesse, c’est de créer la retenue obligatoire.
- M. Hervé dit qu’on va l’accuser de socialisme, mais que cette accusation ne l’effraie pas.
- Qui aurait dit que les orléanistes en viendraient un jour là,
- Les patrons, a continué M. Hervé, sont les aînés de la famille humaine, et ils doivent tendre la main aux cadets. Il y a là un intérêt social, car, après tout, ia société ne peut pas laisser les hommes mourir de faim. Elle a bien des hos^ces et une fouie d’institutions de bienfaisance; mais le système que je propose est plus honorable. Aujourd'hui on paie pour faire aller à l’hôpital les invalides du travail ; il faudrait qu’on payât pour les empêcher d’y aller.
- D’autres remèdes ont été proposés, la coopération, la participation aux bénéfices que M. Hervé dit avoir essayée depuis un an dans l’entreprise qu’il dirige ; mais à son avis ces questions sont encore fort obscures, pour le moment on doit se contenter de les étudier.
- Il termine en disant que la monarchie constitutionnelle seule peut réaliser la réforme sociale,
- M. de Mun a dit précisément la même chose de la monarchie de droit divin et MM. lés Bonapartistes ne manquent pas de répéter le même refrain en l’a-’daptant à leur cause.
- C’est toujours le même plat que l’on nous sert, mais la sauce change selon les prédilections du cuisinier.
- 11 y a dépendant un enseignement à tirer de cette attitude des anciens partis. Battus sur le terrain politique iis se réfugient sur le terrain social. C’est que sur ce terrain là ils n’ont pas à redouter là concurrence du parti républicain qui n’a jusqu’ici rien, ou à peu près rien fait pour les Ouvriers, et qui n'afflchô pas l’intention de faire grand chose pour eux. Il y a quelques semaines M. Gambetta, parlant devant les marchands de vin, réitérait son affirmation qu’il n’y a pas de question sociale. Les hommes des anciens partis savent bien qu’il y en a une et c’est pourquoi ils se proposent de l’exploiter à leur profit.
- Nous savons à quoi nous en tenir sur là sincérité de ces promesses.! Celui qui fit le Deux-Décembre avait écrit l’Extinction du Paupérisme. C’est assez l’habitude de ceux qui savent qu’ils ne gagneront jamais directement les sympathies populaires pour chercher à s’en faire par des moyens détournés. Les
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- élections législatives approchent, ces manoeuvres n’ont donc rien cle surprenant.
- Nos députés républicains devraient ouvrir les yeux. Ils devraient comprendre qu’en affichant comme ils le font une grande indifférence ou une grande incrédulité pour tout ce qui touche à l’amélioration du sort des travailleurs ils mettent des atouts dans le jeu de leurs adversaires.
- N’agit-on pas avec maladresse en laissant les hommes des anciens partis usurper une place, qui revient de droit aux républicains.
- Les Sociétés de gymnastique pour Dames.
- La statistique de la Fédération belge de gymnastique établit f existence de 47 sociétés avec un ensemble de 0.580 membres. Si l’on ajoute une vingtaine de sociétés non affiliées, on voit que le nombre des gymnastes belgés s’élève aujourd’hui à près de 7,000. Ce fait prouve suffisamment les immenses progrès que la gymnastique a faits chez nos voisins, dans ces derniers temps surtout.
- Non-seüiement les jeunes gens et les hommes fails iront retremper leurs forces dans nos nombreux gymnases ; mais les dames même semblent vouloir entrer résolument dans lé courant. Sans parler du mouvement gymnastique scolaire qui s’accentue chaque jour davantage et qui ne peut désormais plus être arrêté dans son élan, nous Constatons, avec plaisir, que la Société de gymnastique pour dames est en pleine prospérité.
- La création de cette Société de dames est une heureuse idée, tin bon exemple que nous Voudrions voir suivre partout.
- Les exercices corporels sont, en effet, plus nécessaires â la femme qu’à l’homme. Les occupations de celui-ci, ordinairement tout autres, lui permettent de déployer une activité physique dont sa santé est la première à profiter.
- Si les femmes des villes se donnaient plus de mouvement,si les effets pernicieux de la vie sédentaire se trouvaient combattus chez elles par une gymnastique sage et régulière elles seraient incontestablement mieux à même de remplir leurs devoirs si multipliés et si difficiles d’é-potise et de mère de famille. C’est pour cela que nous voudrions voir les personnes qui s’intéressent réellement à la gymnastique, s’efforcer, par tous les moyens en leur pouvoir, de faire prospérer ce genre .d’enseignement, il suffirait peut-être de vouloir une bonne fois la chose pour la réaliser.
- Dirigés par des professeurs dont le savoir soit une garantie sérieuse pour les parents et appuyés par de bons comités de patronage, ces cours de dames finiraient Certainement par triompher de l’indifférence du public et par avoir la vogue qu’ils méritent. X.
- CORRESPONDANCE
- Nous avons reçu d’un de nos abonnés la lettre Suivante que la surabondance de matière ne nous a pas permis à notre grand regret de publier aussi Vite qué nous l’aurions voulu.
- Monsieur le directeur du Devoir, à Guise,
- Votre estimimable journal est toujours rempli de nombreux articles du plus haut intérêt pour lâ
- défense des travailleurs, des enfants et des femmes.
- Ceux surtout consacrés à la défense des femmes me touchent plus profondément ; ces pauvres femmes pour lesquelles les hommes du temps passé ont été si peu courtois, ainsi, malheureusement, que la grande majorité de ceux du temps présent, qui ne croient avoir rien de mieux à faire que de suivre les traces brutales des demi sauvages nos ancêtres.
- Quelle honte pour des êtres forts ! Profiter de cette force pour s’assujettir les faibles,et surtout les faibles de l’autre sexe, au lieu de l’employer à les protéger; quel aveuglement!
- Il est vrai que par la manière dont se font les études classiques, on peut à peu près s’expliquer comment il se fait qu’après cent ans de révolution en France, les vieilles erreurs soient encore si vivaces.
- Ôn bourre la cervelle des enfants, dès le premier âge, sous prétexte de beau langage, de style, que sais-.je? On la bourre, cette malheureuse cervelle, de toutes les erreurs, dé tous les préjugés possibles.
- À force de contempler, d’admirer à froid, de ressasser les œuvres de la prétendue docte antiquité, les enfants finissent par en être saturés au point de ne pouvoir que difficilement se débarrasser des idées politiques et sociales qu’ils y ont puisées. Et voilà une des raisons qui empêchent la plupart des hommes instruits de pousser de l’avant. Ils n’ont que peu ou point étudié le présent,pas du tout l’avenir. Comment pourraient-ils Voir où les hommes de progrès, les utopistes,veulent les conduire ? Après avoir beaucoup étudié, ces hommes ne sont capables que de vouloir la reproduction des institutions du passé grec et romain, avec quelques variantes, il est vrai, mais aussi avec l’idée bien arrêtée d’empêcher le plus possible des modifications qui seraient pour eux l’inconnu.
- Eh! croyez-vous, Monsieur le directeur,que l’œuvre du Familistère, en même temps si simple et si grandiose, ne serait pas comprise par tous les gens instruits, si leur entendement n’était pas obscur! par les préjugés inculqués en eux par leurs études classiques ?
- Comment ne verraient-ils pas, ces hommes instruits, envisageant l’œuvre au point de vue architectural seulement, quelle différence existe entre une construction qui procure à ses habitants tous les avantages des relations sociales, et les habitations édifiées jusqu’à présent et en tous pays, qui ne sont que la hutte du sauvage, perfectionnée il est vrai, mais c’est toujours la hutte, c’est-à-dire l’habitation anti-sociale, individualiste, rendant les relations difficiles ? ne verraient-ils pas qu’un village, un bourg, une ville n’est autre chose qu’un composé de huttes juxtaposées à côté ou à proximité les unes des autres, et que ces huttes perfectionnées, ou maisons si l’on veut, ne sont pas disposées comme il convient pour satisfaire les besoins sociaux de leurs habitants encore moins pour aider au développement des facultés des enfants, cette pépinière de l’humanité, dont on s’était si peu préoccupé jusqu’à présent. C’est à leur égard, de ces malheureux ênfants, qu’il
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- y a aussi de sots et cruels préjugés à déraciner, et je vois avec un sérieux intérêt quel soin vous apportez à combattre en leur faveur. Puissent les efforts que vous ne cessez de faire pour déraciner les vieilles erreurs qui ont empêché jusqu’à présent les faiseurs de lois d’être justes envers les enfants,les femmes et les ouvriers, aider au prompt triomphe de la cause pour laquelle vous combattez si vaillamment.
- Il est sous-entendu, Monsieur le Directeur, que si je lis ces articles avec le plus sérieux intérêt, je n’attache pas une moindre importance à la lecture des nouvelles du Familistère. Le dernier n° du Devoir entre autres, contient une description des amusements de l’enfance un dimanche d’hiver, si délicieuse qu’on ne peut la lire sans être ému aux larmes.
- La conception du Familistère n’est pas, comme quelques-uns le croient, un simple perfectionnement des constructions du passé : c’est un tout autre mécanisme. Vous avez, Monsieur le directeur, fait en habitation quelque chose d’analogue à ce qui a été fait en imprimerie : au lieu de perfectionner l’ancien système, vous lui en avez substitué un autre de toutes pièces, et vous obtenez des résultats que l’on ne soupçonnait pas, tant ils sont différents et supérieurs à ceux obtenus jusqu’à présent. En imprimerie, tant que l’on s’est contenté de perfectionner l’ancien système de presses, on n’a obtenu que des résultats insignifiants. Un homme a eu l’idée d’y substituer le cylindre, et de suite on a obtenu les résultats fabuleux que nous voyons. Il en sera de même en organisation sociale, en éducation et travail surtout dès que l’on voudra consacrer à l’édification d’un type les ressources suffisantes pour le faire fonctionner. En se servant des moyens fournis par la nature, au lieu de les dénaturer et d’aller à leur rencontre, on obtiendra le complément de ce que vous avez si heureusement commencé par l’édification et l’organisation du Familistère. Ce qui repasse au Familistère et ce qui doit le compléter est journellement le sujet de mes entretiens,avec mon entourage, à qui je m’efforce d’en faire comprendre les avantages.
- Courage et persévérance, Monsieur le directeur, et veuillez,je vous prie, agréer mes respectueuses salutations.
- C. Vallot.
- Les femmes ont voté
- Il y a 700 ans, en 1182, fut rendue la loy ou coutume de Beaumont,qui de Beaumont en Àrgonne se répandit dans tout l’Est, dans tout le Nord et sur les pays Basques.
- Cette loi prescrivait que les veuves, les filles ayant leur ménage et les femmes mariées, en l’absence de leur maris, prissent part aux délibération et aux votes.
- Celte loi fut en vigueur dans des centaines de villes et de communes jusqu’à la Révolution.
- Dans les documents qui mentionnent la part prise par les femmes aux votes et aux délibérations, elles sont traitées sur le pied d’égalité avec l’homme, témoin cette finale :« lesquels tous et toutes firent, ordonnèrent et devisèrent entre eux. »
- LES ENFANTS ABANDONNÉS EN RUSSIE
- II
- Le lendemain, en me réveillant j’aperçus le jeune garçon devant la porte, qu’heureusement j’avais fermée à clef; il paraissait avoir l’intention de s’é-1 clmpper de la maison.
- Comment, tu veux déjà me quitter, lui dis-je en le caressant. Attends donc, nous allons prendre le thé ensemble.
- Il but son thé en grande hâte, et aussitôt qu’il l’eut achevé, il courut de nouveau vers la porte. Je le ramenai et le plaçant près de moi, je lui dis :
- — Ecoute, je ne te forcerai pas à rester avec moi, mais ne te trouves-tu pas bien ici ? Où penses-tu aller ? De nouveau dans la fange, en proie à la faim ? Dis-moi au moins, avant de me quitter, quel est ton nom. As-tu des parents ?
- En parlant ainsi je le mis sur mes genoux, je l’embrassai plusieurs fois et je cherchai à le retenir par des caresses pendant un quart d’heure.
- Des larmes brûlantes commencèrent à couler de ses yeux, *et bientôt des sanglots retentirent dans ma chambre. Je compris qu’il allait tout m’avouer, je laissai à ses larmes le temps de tarir et j’appris de lui ce qui va suivre.
- Il s’appelait Serge Timonoff et il avait neuf ans. Il n’avait pas de père. Au commencement de l’année scolaire sa mère, qui demeurait sur la place du Marché-Neuf, l’avait envoyé à l’école primaire la plus voisine.Tout l’hiver Serge s’y était rendu exactement, mais au printemps il fit dans la rue connaissance de deux jeunes garçons, Fedia et Grieha, qui arrivèrent à le corrompre et causèrent son malheur.
- Au commencement d’avril, un jour qu’il allait à l’école, Serge reçut de sa mère dix kopecks (40 centimes) dont il devait dépenser trois et rendre le reste. Malheureusement, avant d’aller en classe, il rencontra ses camarades de la rue, qui lui offrirent de jouer à pile ou face Serge, accepta la proposition et perdit ses dix kopecks. Sa mère qui n’était pas une méchante femme fut cependant si irritée de cette faute commise par son fils aîné, qu’elle résolut de lui donner une correction exemplaire, laquelle pût impressionner ses autres enfants. Toute cette journée néfaste et encore toute la semaine suivante elle le frappa, lui tira les oreilles, et l’envoya à l’école sans un kopeck. Elle se calma enfin et tout reprit son cours ordinaire, mais à partir de ce moment, Serge n’eut plus qu’un souhait, celui de regagner au jeu son argent pour le rapporter à sa mère.
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- Les camarades de Serge furent très satisfaits de cet ardent désir de l’enfant. Tous les matins ils l’attendaient près de l’école et lui gagnaient ses trois kopecks.
- Serge jeûnait et ne parlait de rien à la maison; pourtant un jour la fortune lui sourit. Cette fois d’autres enfants encore avaient pris*part au jeu et Serge gagna dix kopecks. Il les apporta à sa mère avec une joie inexprimable. Celle-ci, très contente de cette restitution, félicita son brave enfant en lui disant : « Tu peux bien gagner, mais gare à toi si tu perds, le châtiment serait pire encore que la première fois. »
- A dater de ce moment, la passion du gain devint plus forte que jamais chez le petit garçon et tous les jours il perdit régulièrement son déjeùner, avec Fedia ou Gricha.
- Au commencement de juin, un jour Serge allait partir pour l’école ; lorsque sa mère lui donna vingt kopecks pour acheter de l’amidon (elle était blanchisseuse). En route il rencontra ses âmes damnées, et aussi les jeunes garçons avec lesquels il avait gagné la première fois. Un désir ardent d’apporter de nouveau de l’argent à sa mère s’empara de lui, il oublia la commission dont elle l’avait chargé et le jeu commença.
- Serge perdit ses 20 kopecks. Le désespoir de l’enfant n’eut pas de bornes. Il pleurait, suppliant ses amis de lui rendre son argent, promettant de s’acquitter tous les jours en donnant ses trois kopecks. Mais ils ne lui répondirent que par des railleries, et lorsqu’il affirma ne pas oser rentrer chez lui, Fedia lui proposa de l’emmener avec lui dans les bois où il lui apprendrait à se procurer de l’argent. C’est ainsi que le pauvre garçon fut précipité dans l’abîme.
- Toute la journée ils errèrent dans la ville, de restaurant en cabaret, cherchant l’occasion de dérober quelque chose. Vers le soir il se trouva dans la poche de Fedia deux clés, un cadenas et un joli mouchoir, lequel il avait enlevé dans un restaurant de la poche d’un employé. Griclia faisait le guet pendant que son camarade travaillait.
- Vers huit heures du soir ils arrivèrent dans le bois, — qui, nous ne savons pour quelle raison porte le nom de jardin botanique. — Peu de temps après ils furent rejoints par un autre jeune garçon, Petia, et par deux filles, Macha et Akoulina. Tous remirent à Fedia les objets qu’ils avaient Volé pendant le jour : des poignées en cuivre, des gants, des cravates et d’autres menus articles qu’ils n’eussent pas même su nommer. Ils passèrent la nuit dans le bois. Fedia coucha avec Akoulina, Petia avec Macha et Serge eut pour compagnon Gricha. Le lendemain Fedia porta
- Itous les objets à un juif qui avait une petite échoppe sur le marché et reçut pour le tout 50 kopecks. Il en donna la moitié à Petia et aux fillettes et garda le reste pour lui.
- Serge vécut pendant trois semaines dans cette triste troupe, oubliant qu’il avait une mère. Le matin du jour où je l’avais trouvé sous l’escalier sur le boulevard, Serge en compagnie de Gricha et Fedia était entré chez un traiteur pour prendre du thé, et en même temps faire le porte-monnaie.
- Il y avait beaucoup de monde chez le débitant.Gricha commença son inspection et découvrit bientôt un joli porte-cigares qu’un des visiteurs avait oublié sur une table. Il fit part de sa trouvaille à Fedia qui au moment favorable, s’en empara et mit l’objet dans sa poche. Après cette opération, tous se dirigèrent vers la porte, mais ils y rencontrèrent un obstacle inattendu. Les garçons du traiteur qui les observaient depuis quelque temps les arrêtèrent et leur lièrent les mains derrière le dos. En même temps ils firent venir la police. Les pleurs ni les prières ne servirent de rien aux jeunes garçons, seulement pour Serge la peine fut commuée. Gricha et Fedia furent menés au poste, Serge devait subir son châtiment sur place.On lui donna vingt coups d’un fouet improvisé, fait de serviettes tordues et on le chassa.
- Personne ne pensa à demander au petit garçon qui était sa mère, ni à le ramener chez elle. Affolé de peur et de douleur, le malheureux Serge courut vers la mer cherchant un lieu où il pût s’isoler des hommes qui pour lui n’étaient que des bêtes féroces. C’est ainsi que des chiens tourmentés par les gamins prennent leur course sans regarder en arrière et se fourrent dans un trou retiré où aucune main humaine ne peut les atteindre ; de même courut Serge jusqu’à ce qu’il s e trouvât sous Pescalier où il resta sans manger tout le jour et où le hasard me le fit rencontrer.
- Je lui rappelai la scène qui s’était passée devant le jardin botanique et je lui demandai de me raconter ce qu’il avait fait ce soir-là.
- — Nous vous avons pris pour un mouchard vêtu comme tout le monde,me dit-il,et nous nous sommes sauvés f ensuite nous nous sommes mis à dormir tous ensemble pour avoir plus chaud, et nous nous sommes amusés ;
- — Comment amusés ?
- — Fedia s’est amusé, toujours avec Akoulina, elle est sa sœur.
- Je tressaillis d’efîroi, mais Serge racontait ces détails horribles avec une telle naïveté que je ne pus douter, même un moment, qu’il n’ignorât complètement la dépravation monstrueuse dans laquelle lui , et ses amis étaient tombés dans un âge si tendre.
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- — Fedia et Akoulina, ont-ils des parents demandai-je ?
- — Non, leur père et leur mère sont morts il y a peu de temps à Odessa. Fedia me l’a dit. Alors ils ont commencé à errer dans les rues ; ils ont passé l’hiver dans les caves. Gricha, lui, a un père, mais c’est un ivrogne. Nous l’avons rencontré et Gricha lui a payé à boire.
- — Et Petia et Macha, demandai-je épouvanté de ces détails.
- — Oh, le père de Petia doit être en prison Fedia le taquinait souvent pour cela. Macha a rencontré une fois sa mère, mais en l’apercevant elle s’est sauvée tout de suite en me disant :
- « Oh, elle court avec les soldats, elle ne fait que me battre, »
- III
- C’est là tout ce que j’appris de Serge, mais c’est assez. Quoique mes observations soient en petit nombre, j’en pense tirer des conclusions nettes et utiles. J’ajouterai seulement que Serge est sauvé aujourd’hui, car, grâceà quelques personnes bienveillantes il va le matin à l’école primaire et apprend le J reste du jour le métier de menuisier.
- Qu’est-ce donc qui mène ainsi l’enfant au crime? Avant tout l’absence de famille : Fedia et Akoulina étaient des orphelins. Le père de Pétia était en prison, le père de Gricha était un ivrogne et, bien que la mère de Serge fût une ouvrière laborieuse, elle n’en fit pas moins le malheur de son fils par l'éducation déplorable qu’elle lui donna. Pourtant la mère de Serge ne mérite pas d’être jugée trop sévèrement. La rue dans laquelle demeurait Serge contenait en elle-même beaucoup d’éléments de dépravation : dans cette rue se promenaient librement, sans aucune surveillance les Fedia et les Gricha, dont la perversion était aussi contagieuse que la peste. La désorganisation de la famille et la dépravation de la rue, voilà la source de la criminalité des enfants.
- Pour combattre victorieusement le mal, il faut en faire disparaître la cause, en y portant toute notre attention.
- Nous indiquerons plus tard comment on remédie en Angleterre à cette affreuse calamité et ce qu’il y a à faire en France.
- Michel Achkinasi.
- Subventions annuelle® aux Opéras.
- L’Opéras de Paris, 800,000 fr. ;
- Le Théâtre-Royal ne Berlin, 700,000 fr. ;
- Le Hof Theater à Stuttgard, 625,000 fr. ;
- Le Théâtre-Royal de Dresde, 400,000 fr, ;
- Le Théâtre-Impérial de Vienne, 300,000 fr. ;
- Le San Carlo de Naples, le plus beau du monde, 300,000 fr. ;
- L’Apolio de Rome ;200,,000 fr. ;
- Le Théâtre-Royal de Copenhague, 230,000 fr. ;
- Les Théâtres de Carlsruhe et Weimar, 250,000 fr. ;
- Le Théâtre de Munich, 195.000 fr. ;
- La Scala de Milan, le plus bel opéra d’Europe après celui de Naples seulement, 175,000 fr, ;
- Le Théâtre-Royal de Stockholm, 150,000 fr. ;
- Le Beliini de Palerme, 120,000 fr. ;
- La Monnaie de Bruxelles, 100,000 fr.
- Aucun théâtre n’est subventionné en Angleterre et en Amérique.
- ' LA SOCIÉTÉ COOPÉRATIVE DE RODBAIX
- Il existe à Roubaix une intéressante Société coopérative de consommation. Voici quels résultats elle a obtenus dans le cours de l’année 1880. L’assemblée générale de ses sociétaires vient précisément d’avoir lieu, et nous empruntons les chiffres suivants au compte rendu présenté par le conseil d’administration.
- Le montant total des achats effectués par les sociétaires a été, l’an dernier, de 212,422 francs. C’est le chiffre le plus élevé qui ait encore été atteint par la Société coopérative de Roubaix. Il est supérieur de 21,946 francs au chiffre correspondant de l’année précédente.
- Les bénéfices réalisés par la Société ont été de 39,942 francs, non compris 1,811 fr, pavés aux sociétaires pour leur dépôts et cotisations. Pendant l’année 1879, les bénéfices s’étaient élevés à 38,195 francs. Ils n’ont donc progressé en 1880 que de 1,747 francs, soit de 4.57 0/0, bien que les ventes de la Société aient monté de 190,476 à 212,422 fr., c’est-à-dire de 11,52 0/0.
- Aussi, Je prélèvement statutaire une fois opéré en faveur de la réserve, n’est-il resté disponible qu’une somme de 31,953 francs. Mais ce solde a encore représenté, on le voit, 15 0/0 du montant des achats, proportion égaie à celle de 1878, et inférieure d'une unité seulement aux bénéfices distribués en 1879,Les sociétaires ont pu, à leur choix, soit retirer leurs 15 0/0, soit en faire imputer le montant à leur crédit, et ceux qui optent pour ce versement jouissent, on le sait, d’un intérêt annuel de 5 0/0.
- La Société coopérative de Roubaix reste dans une situation des plus prospères. Sa résarve, accrue du cinquième des bénéfices réalisés en 1880,et,en outre, d’un léger solde de 90 francs, est parvenue à 32,372 francs. L’immeuble et le mobilier industriel sont intégralement amortis, et ne figurent plus que pour 0 fr. 2 c. dans le bilan. Au 31 décembre 1880, l’en-
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- caisse s’élevait à 31,038 francs, et la Société avait, S employé en rentes, un capital de 43,574 francs. |
- Voici un exemple bien encourageant, à coup sûr, et que ne sauraient trop divulguer ceux qui suivent avec sympathie les efforts que les familles ouvrières ont à faire pour équilibrer leur budget. La hausse de la main-d'œuvre n’est pas toujours possible; les grèves les plus tenaces sont le plus souvent impuissantes à l’amener : on ne l a que trop vu à Roubaix. Mais la coopération peut toujours être appliquée, et, venant réduire les dépenses de l’ouvrier, elle équivaut pour lui à un supplément de salaire. C’est un progrès dont on ne saurait trop recommander l’étude.
- Poste primitive
- Le bureau de poste le plus primitif qui existe sur la surface du globe, se trouve dans le détroit de Magellan, où il a été établi depuis quelques années. Il ne se compose que d’un simple petit tonneau enchaîné à un rocher situé en face delà Terre de Feu. Chaque navire qui passe dans le détroit envoie une embarcation pour prendre dans le tonneau les lettres qu’il peut renfermer et eu déposer d’autres. Le service se fait ainsi tout seul dans ces régions désertes, placées sous la protection des marines de toutes les nations.
- L’UNION DES CHAMBRES SYNDICALES OUVRIÈRES.
- On sait que les chambres de patrons se sont fédérées sous ce titre : l’Union centrale. Les ouvriers veulent établir une organisation du même genre. Rien de plus juste, rien de plus légitime, et il faut ajouter, rien de plus utile pour l’avenir de l’industrie de notre pays.
- Une importante réunion, dans ce but, a eu lieu sous la présidence de M. Moret, de la chambre syndicale des compositeurs typographes.
- Des circonstances particulières et imprévues nous ont empêché d’en donner un compte rendu immédiat. Nous allons simplement résumer les vues contenues dans les rapports de MM. Jacob et Simon.
- M. Jacob a soutenu la nécessité de l’union des chambres syndicales, à l’aide de deux arguments principaux. Que sont devenus, a-t-il dit, la* plupart des résolutions prises dans les congrès ouvriers ? Lettre morte. En groupant toutes les forces des chambres syndicales ouvrières, on arrivera à les mettre à exécution.
- Le second point le voici : il faut que les ouvriers prennent garde de se laisser égarer par des hommes à professions douteuses. « Nous leur refusons le droit, dit M. Jacob, de déshonorer les ouvriers en prétendant parler en leur nom. »
- • Le rapport de M. Simon précise très nettement les desiderata des syndicats. Il repousse le projet de loi présenté actuellement à la Chambre des députés. Il n’admet-pas que la liste de ses membres doive être communiquée au préfet de police. Comme exemple du danger de cette mesure, il cite le fait suivant, réellement incroyable. Il y a deux ans, à la suite d une descente de police, les livres d’une chambre syndicale ouvrière furent saisis. Des noms de jeunes filles s’y trouvaient mentionnés. Elles furent appelées au bureau des mœurs 1
- Ce qu’il faut, c’est que les Chambres syndicales aient une existence légale qui leur permette de faire des opérations régulières d’entreprises de travaux. Le citoyen Delhaye a cité, à ce propos, avec beaucoup de justesse, l’exemple des trades unions anglaises. Longtemps elles n’ont subsisté qu’en dehors des formes légales. Qu’arrivait-il ? Un caissier infidèle emportait les fonds de la Société avec la c ertitude de l’impunité. On ne pouvait établir qu’il fût coupable de vol.
- Evidemment,les ouvriers ont complètement raison dedemanderlafacultédeconstituer des Sociétés ayant une personnalité propre. Iis ospèrent arriver ainsi à réunir de grands capitaux. S’il y a là quelque illusion, en tout cas, elle est bonne, et les efforts qui seront faits pour la réaliser porteront toujours des résultats utiles. Puisque des chambres syndicales arrivent à se constituer de telle sorte qu’elies soient capables de faire une œuvre productive, elles ne tarderont pas à trouver le crédit qui leur est nécessaire ; et le grand point pour elles, c’est d’arriver à inspirer confiance aux capitaux. Le jour où les Sociétés ouvrières seront arrivées à ce résultat, elles auront gagné la partie.
- Ces rapports, ces discussions indiquent la volonté d’étudier avant d’agir ; et, de la part des hommes qui sont à la tête de ce mouvement des chambres syndicales, la foi en la liberté dans l’effort individuel, et non la foi dans la providence gouvernementale, avec l’apathie et la résignation individuelles pour conséquence.
- (La Lanterne).
- Bas
- Le Directeur-Gérant : GODIN.
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- VIENT DE PARAITRE
- MUTUALITÉ SOCIALE
- ET
- ASSOCIATION DU CAPITAL ET DU TRAVAIL
- ou
- EXTINCTION DU PAUPÉRISME
- Par la consécration du droit naturel des faibles au nécessaire et du droit des travailleurs à participer aux bénéfices de la production
- Par GOD1N
- En vente à la librairie du Devoir, broché avec la vue générale des établissements de l’Association, 5 francs; sans la vue, 4 francs.
- L'édition à cinq francs se vend aussi à la Librairie GUILLAUMIN et Ce, 14, rue Richelieu et à la librairie Ghio, 1, 3, 5, 7, galerie d’Orléans, Palais-Royal, Paris.
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- SOLUTIONS SOCIALES, 1 volume de 655 pages, avec la vue générale du Familistère, les vues intérieures, plans et gravures.
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- Ce dernier volume se vend également au prix de 3 fr. 50, chez Ghio, éditeur, 1, 3, 5, 7, Galerie d’Orléans, Palais-Royal, Paris.
- Ces ouvrages sont envoyés franco contre mandats ou timbres-poste adressés au gérant du Devoir, à Guise (Aisne).
- Saint-Quentin — lmp. de la Société anonyme du Glaneur
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- 4» ANNÉE, TOME 5 — N» 133
- ifi numéro hebdomadaire 20 c,
- DIMANCHE 27 MARS 1881
- Le Devoir
- REVUE DES RÉFORMES SOCIALES
- BUREAU
- A GUISE (Aisne)
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GOD1N Directeur-Gérant , ondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE
- par renvoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France
- Un an. . . . Six mois . . . Trois mois . .
- 10 fr. »» 6 ))» 3 )>»
- Union postale
- Un an. . . . 11 fr.»»
- Autres pays Un an. . . . 13 fr, 60
- ON S’ABONNE A PARIS 5,r.Neuve-des-petits-Champs Passage des Deux-Pavillons
- S’adresser à M. LEYMARIE administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- La première enfance et la situation de la classe ouvrière. — Discussion contradictoire. — Nouvelles du Familistère. — Faits politiques et sociaux. —
- Lettres de Russie---Anniversaire de Fourier. —
- Les syndicats professionnels. — Nouvelles diverses. — Congrès anti-clérical. — Question des femmes. — La constitution de la République. — Pétition ouvrière. — Club international d'études sociales. — Lé lie de Man. — Bulletin bibliographique. — Variétés.
- LA PREMIÈRE ENFANCE ET LA SITUATION DE LA CLASSE OUVRIÈRE.
- Supposez une graine légère livrée au caprice du vent. Où va-t-elle tomber? Peut être sur le terrain qui est le moins propice à la recevoir, peut être sur celui qui lui convient le mieux. Selon qu’elle aura rencontré l’un ou l’autre, elle prospérera ou avor* tera. Il ne suffit pas qu’elle ait une force germinative, il faut encore que cette force soit mise à même d’agir. Tous les glands ne deviennent pas des chênes, Lien que tous, placés dans des conditions favorables, paissent le devenir.
- Il en est de même pour les enfants ; le nombre de ceux qui viennent au monde est énorme, le nombre de ceux qui dépassent la première enfance est relativement restreint. La mort fauche avec une avidité effrayante dans la foule des petits enfants. Elle frappe surtout ceux du premier âge. Les hommes dont les travaux font autorité en cette matière sont
- tous d’accord pour le reconnaître et même pour le dire bien haut. Le Dr Bertillon a établi que la mortalité des nourrissons va toujours en croissant et augmente depuis 1840 de 1,8 pour cent pour chaque période décennale. Le Dr Brochard dit que sur un million d’enfants qui naissent en France il en meurt 360,000 rien que dans la première année. M. Victor Sehœlcher n’est pas plus rassurant. Des calculs sérieux, dit-il, ont établi qu’il est mort en France, seulement depuis 1820, plus de cinq millions de nourrissons. Au bout de 7 ans plus de la moitié des enfants nés le même jour a succombé. Et l’on s’étonne du faible accroissement de la population de la France î
- Nous, ce qui nous étonne, c’est l’indifférence du public et celle, autrement grave, du gouvernement en présence d’un tel état de choses. Etrange anomalie 1 Qu’un accident de chemin de fer survienne et tue ou blesse une quinzaine de personnes, aussitôt l’opinion publique s’émeut et l’autorité ouvre une enquête. Et cependant quelle proportion y a-t-il entre cet accident de chemin de fer et les effrayantes hécatombes d’enfants qui se répètent chaque année?
- Peut être est-ce justement parce que cette mortalité se répète chaque année que Ton en prend si peu de souci. L’habitude d’un mal émousse peu à peu et finit par étouffer le sentiment de son existence.
- Dans beaucoup de pays civilisés, dit le Dr Saffray, « on accepte la mortalité de l’enfance comme une plaie fatale de l’humanité, et* comme la mort des enfants ne semble représenter aucune perte matérielle, on se prépare moins à la prévenir que s’il s’agissait d’arrêter les progrès d’une épizootie. Ainsi on déploie plus de sollicitude et d’intelligence pour l’élevage des bêtes que pour l’éducation physique des enfants »,
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- Cette observation est d'une grande portée. Pour nous, du moment qu’il s’agit de la vie humaine nous aimerions à ne pas avoir à recourir à des considérations autres que celle de la nécessité de son respect. Mais le public ne se laisse pas toucher par un argu-* ment de ce genre. Il juge des choses au point de vue des intérêts matériels.
- Eh bien, à ce point de vue encore l'indifférence du public est inconcevable.L’homme n’est pas une non-valeur, il est au contraire la valeur par excellence, celle sans laquelle les autres valeurs n’existent pas. Ce n’est que par une anomalie inconcevable que dans les pays civilisés on oublie aujourd’hui la valeur matérielle de l’homme. Cette valeur est si vraie que tant qu’a régné l’esclavage on a acheté et vendu les esclaves et que parfois on les a payés jusqu’à des prix énormes. Il faut que les gouvernements aient perdu tout sens de la valeur réelle des êtres, pour qu’ils se préoccupent davantage de la mortalité du bétail que de la mortalité de l’enfance.
- Il est vrai que, toute proportion gardée, ce sont les tout jeunes enfants des familles ouvrières qui sont le plus atteints, et qu’on se préoccupe le moins possible de ce qui concerne les ouvriers.
- Il n’y a rien de surprenant à ce que cette mortalité des enfants sévisse dans la classe ouvrière plus fortement que dans les autres. En effet, à l’ignorance de l’hygiène de l’enfant, commune aux mères de toutes les classes, se joint encore dans la classe ouvrière la pauvreté. #
- On s’explique facilement, pour peu que l’on y réfléchisse, que la pauvreté des familles est une des causes de l’énorme mortalité des enfants. Les familles pauvres, surtout si elles ont de nombreux enfants, ce qui est souvent le cas, n’ont pas les ressources voulues pour pouvoir se loger convenablement. Celles des campagnes en sont réduites à s’entasser dans de misérables masures, celles des villes sont plus à plaindre encore. Il leur faut demeurer dans les quartiers les plus déshérités des villes, par conséquent les plus malsains. Là, dans des ruelles mal entretenues, presque toujours,malpropres, souvent même infectes, elles trouvent des logis pas trop chers, c’est-à-dire de misérables logis, sans air, sans soleil, empoisonnés parfois par des miasmes délétères.
- Les enfants viennent au jour dans ces dangereux locaux, où les grandes personnes souffrent déjà pour elles-mêmes. Est-il étonnant que les enfants qui naissent dans ces conditions deviennent, plus facilement que d’autres la proie de la mort ?,
- Ils le deviennent d’autant plus vite qu’ils sont en
- général mal nourris. La mère qui donne le sein doit, pour sa santé et pour celle de son enfant, avoir deux choses : une nourriture réconfortante et du repus. Or la nourriture de l’ouvrière est loin d’être aussi réconfortante qu’il faudrait. La viande est trop chère, le vin aussi. La pauvre femme n’a guère pour restaurer ses forces que du pain et de la soupe de légumes. Quant au repos, l’ouvrière mère de famille ne le connaît pas. Elle doit travailler jusqu’au jour de sa délivrance et, à peine accouchée, il lui faut se relever pour reprendre le travail. Quelle force voulez-vous qu’ait le nourrisson allaité par cette femme épuisée ?
- L’aveu officiel de cette i n puissance a été fait.
- M. Lafabrègue, directeur de l’hospice des Enfants Assistés de Paris s’est exprimé ainsi ;
- « L’administration a tout essayé pour protéger l’allaitement maternel... mais une malheureuse créature qui manque des choses les plus essentielles, qui ne gagne son pain qu’à force de travail, comment parviendrait-elle à prendre soin de son enfant, à le nourrir ! Il en est qui le tentent cependant 1
- ,.. Bientôt impuissantes à poursuivre leur saint devoir, épuisées, brisées, en guenilles, elles viennent nous apporter un mourant... qui meurt. Et tous
- CEUX QUE NOUS RECEVONS NOUS ARRIVENT DANS CET ÉTAT. » (1)
- Vous entendez.
- Encore si cette Insuffisance de nourriture était, quant au petit enfant, la seule conséquence de la pauvreté, mais non, il s’en faut de beaucoup.
- Des soins constants de propreté sont nécessaires à la santé des enfants. Mais, ces soins, où la mère qui est surchargée d’occupations trouverait-elle le temps pour les donner? Elle fait tout ce qui lui est possible pour entretenir au mieux son enfant, mais elle a beau faire, elle n’y peut suffire. D’ailleurs elle n’a le plus souvent à sa disposition qu’une quantité insaffisante de langes.
- Enfin que peut la mère pauvre quand l’enfant tombe malade ? Demander le médecin ? A quoi bon ? Le médecin ne prend pas la peine de faire des visites qui ne lui seront pas payées. Et si même le médecin vient et fait une ordonnance à quoi servira-t-elle ? Deux ou trois fioles de pharmacien mangeraient à elles seules le salaire toujours trop maigre de l’ouvrier.
- Il y a bien l’hôpital, mais l’ouvrière ne se résoud à y envoyer son enfant malade que lorsqu’elle a perdu tout espoir de le sauver par ses propres soins. En cela elle a raison car, pour l’enfant, l’hôpital est le chemin de la fosse commune. Dans les grandes villes les en-
- (1) Rapport deM. Bérenger au Sénat le 23 février 1877.
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- fants des hôpitaux deviennent pour les docteurs et les internes des sujets d’expériences, et d’expériences qui rarement tournent au profit de ces petits êtres ; dans les villes moins grandes, et par conséquent moins riches, les enfants malades sont considérés comme une charge qu’il faut rendre le moins onéreuse possible, Dans l’un comme dans l’autre cas l’enfant du pauvre est sacrifié.
- L’ignorance de la mère en fait d’hygiène de l’enfant n’est pas un facteur moins considérable de la mortalité infantile.
- Il règne parmi les femmes de la classe ouvrière des préjugés anti-hygiéniques extrêmes et presque indéracinables. Témoins celui qui consiste à donner à tèter au nourrisson jusqu’à ce qu’il rende le trop plein. On abîme ainsi ces pauvres petits êtres, on leur ruine tout le système digestif. Témoin aussi cet autre préjugé qui veut qu’on laisse une couche de crasse se former sur le cuir chevelu de l’enfant, sous prétexte de lui préserver le cerveau. Et bien d’autres que nous pourrions citer. C’est une disposition générale des mères, d’attribuer tous les dérangements de santé de leurs nourrissons à l’une des trois causes suivantes : les humeurs, les vers, la dentition. Croyant n’avoir à faire qu’aux indispositions assez anodines qui résultent de ces causes, elles laissent progresser d’autres maladies dont elles ne reconnaissent que trop tard le caractère dangereux. Que d’enfants sont morts ainsi.
- Enfin nous ne devons pas oublier de mettre à la charge de l’ignorance des mères les ravages que l’entérite fait parmi les enfants.
- Cette maladie terrible vient trop souvent d’imprudences commises par excès fi’affection. Les mères se figurent qu’une alimentation prématurée facilitera la croissance de leurs nourrissons. Dans leur impatience de voir grandir le cher petit être, elles n’attendent pas que les dents a,,ient pointé, blanches et brillantes, hors de ses gencives roses et lui offrent une nourriture qui convient à un enfant sevré. Il leur semble que l’enfant grandit d’autant. Les malheureuses, elles vouent leur enfant à la mort !
- Voilà, pour ne citer que les principaux, quels sont les fruits de l’ignorance. N’avons-nous pas raison de dire qu’ils ne le cèdent guère en danger à ceux de la pauvreté ?
- Résumons.
- Ainsi la pauvreté a pour conséquence :
- de ne fournir aux enfants que des locaux insalubres,
- de ne leur donner qu’une alimentation insuffisante,
- de ne pas permettre à la mère de les tenir avec toute la propreté désirable, de les priver des soins du docteur quand ils sont malades.
- De son côté l’ignorance de la mère a pour conséquence de maintenir des préjugés ou des coutumes préjudiciables à la santé des enfants.
- Le devoir de la société est donc tout tracé : il faut que des institutions viennent au secours de la mère, dans l’exercice de ses fonctions maternelles, mettant au service des enfants, une instruction et des ressources que la mère n’a pas.
- Il faut que les petits enfants soient tenus dans des locaux salubres, que leur alimentation remplisse les conditions voulues, que la propreté la plus complète puisse leur être maintenue, que les services du docteur interviennent à propos, enfin que tous les soins qui leur seraient donnés le soient dans un esprit éclairé et conformément aux prescriptions de l’hygiène.
- Remarque à faire: en examinant aujourd’hui la situation faite à la basse enfance dans la classe ouvrière, nous arrivons à une conclusion identique à celle à laquelle nous étions arrivés il y a huit jours en examinant la situation faite à l’ouvrière qui a des enfants : c’est qu’il faut des institutions dans Le genre de celles que le Familistère consacre à la basse enfance.
- G-râee à ces institutions on obtiendrait un double résultat :
- d’une part, la mère devenuefplus indépendante pourrait s’adonner à des travaux lucratifs et par cela même accroître le bonheur de sa famille tout entière,
- d’autre part, les enfants auraient en quelque sorte deux mères, l’une, celle de la nature, qui leur donnerait comme par le passé tout son amour, tout son dévouement; l’autre, moins tendre, mais plus riche et plus éclairée, la société, qui leur donnerait en plus des soins plus intelligents et des ressources plus grandes.
- Nous avon3 affirmé et nous démontrerons que ces institutions ne sont pas impossibles. Il est certain qu’elles nécessiteraient quelques dépenses, mais la société est arrivée aujourd’hui à un état de richesse inconnu à tout autre époque. Alors que l’on est si généreux pour engouffrer des millions — que dis-je, des millions? — des milliards dans des armements qui n’ont pour but que de répandre la dévastation et la mort, ce n’est pas être trop exigeant que demander
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- quelques sacrifices en faveur d’institutions qui sauveraient d’une mort prématurée des milliers et des centaines de milliers d’enfants.
- En. Champury.
- DISCUSSION CONTRADICTOIRE
- Nous avons reçu d'un de nos lecteurs une observation, tout amicale du reste, à laquelle nous tenons à répondre.
- Voici de quoi il s’agit :
- Dans l’article que nous avons consacré dans notre dernier numéro à l'Ouvrière mère de famille nous avons reproché aux économistes systématiques leur obstination à dire qu’il n’y a rien à faire pour améliorer le sort des ouvrières chargées d’enfants. Nous les avons même accusés de répondre aux plaintes de ces pauvres femmes par leur désolant « laisser faire, laisser passer. »
- Notre honorable correspondant pense que « dans l’ardeur de la lutte » nous nous sommes « laissés aller à une interprétation abusive de cet apophtegme fameux. »
- A l’appui de cette manière de voir notre contradicteur nous cite un passage de M. Maurice Bloch, extrait d’une étude du Journal des Economistes sur le katedersocialismus allemand. Dans ce passage l’honorable M. Bloch s’élève contre le reproche que les socialistes allemands font aux économistes d’opposer le « laisser faire, laisser passer » aux maux sociaux. Dans l’esprit de notre correspondant comme dans celui de M. Bloch cette maxime, imaginée par Turgot et vulgarisée par les libre-échangistes, ne s’applique qu’à des questions relatives aux produits et à l’échange des produits, « il ne se trouve, dit-il, personne pour l'appliquer aux malheurs et aux vices sociaux. »
- Cette opinion fait grand honneur à M. Bloch, mais ce n’est pas lui que nous visions. Nous n’avons pas incriminé tous les économistes mais bien les économistes systématiques. Notre article le dit très clairement. Or, quant aux économistes systématiques, nous maintenons absolument notre dire.
- Nous regrettons d’avoir à dissiper les illusions de notre correspondant et nous serions heureux que personne n’eut réellement dans le camp économiste déclaré qu’il n’y a rien à faire pour améliorer le sort de ceux qui souffrent. Nous pourrions citer de nombreux passages témoignant de l’erreur de notre correspondant. Nous nous bornerons à une citation
- cueillie dans le plus grand journal économiste de notre langue.
- « Lors que les enfants recueillis ou assistés ne meurent pas, dit l’Economiste français dans son numéro du 13 octobre 1877, ils n’ont qu’une existence misérable, et, au lieu de rendre des services à la société, ils sont pour elle une charge, sinon un danger. Autant vaut qu’ils s’en aillent. La population augmente toujours assez, même lorsqu'elle diminue. Laissez faire, laissez passer, laissez mourir î »
- Voilà ce que dit le texte.
- Ainsi non-seulement nous n’avions pas exagéré, mais même nous avions adouci la maxime de certains économiques systématiques. Nous avions tenu à ne pas attribuer à tout un groupe cet affreux blasphème « laissez mourir » qu’il s’est trouvé un homme pour écrire et un journal pour publier.
- Ce cri est brutal, disons le mot, il est féroce. Mais il a pour lui d’être la conclusion logique de toute une doctrine. Du moment que certains économistes se refusent à étudier les moyens de faire vivre ceux qui meurent de misère, ils ont le droit d’avoir le courage de leur opinion et de nous crier « Laissez mourir. » Qu’ils le crient donc, il n’y a pas de meilleure manière de compromettre leur doctrine aux yeux du public.
- NOUVELLES DU FAMILISTÈRE
- Un journal hebdomadaire consacré à l’exposé de la philosophie et au récit des phénomènes spiritualistes « The Medium and dayhreah » publié à Londres, 15 Southampton row Holborn, dans son n° du 11 courant, contient un article dont nous croyons devoir détacher quelques parties.
- Cet article est intitulé :
- FRATERNITÉ HUMAINE
- Il porte en sous-titre :
- Les actes pas de mots,
- Le Familistère à Guise, France.
- « S’il y a quelque chose, » dit. l’auteur, » qui dis-« tingue le mouvement spiritualiste en Angleterre et « en Amérique, c’est le déluge de mots et d’écrits contt tradictoires et vides de sens sous lequel nous « sommes submergés... Si le mouvement spiritua-« liste doit avoir quelque effet pratique sur la contt duite humaine et sur la société en général, assuré-« ment la phase des mots est épuisée, et il faut « maintenant passer à celle des actes...
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- « C’est sous l’empire de ce sentiment que nous u attirons l’attention de nos lecteurs sur l’œuvre « réalisée par un spiritualiste, M. Godin. »
- Ici, l’auteur de l’article donne sur le Familistère quelques indications que nous croyons devoir relever parce qu’elles contiennent une erreur de date.
- Le Familistère est présenté comme ayant 3 ou 4 années d’existence, tandis qu’il y en a 21 que la première aile a été construite. Le palais loge aujourd’hui environ 1,200 personnes. Les usines de Guise sont fondées depuis 35 ans et l'usine de Laeken depuis 31 ans.
- L’auteur renvoie ensuite aux divers ouvrages de M. Godin, en particulier au volume « Mutualité sociale ”, pour les détails techniques sur l’association du capital et du travail.
- Puis il dit : « Des articles de M. Godin, articles « dont la valeur particulière est d’être basée surl’ex-« périence, sont de temps en temps publiés par Le « Devoir » journal de l’Association du Familistère.
- « Nous croyons que la traduction de ces docu-« ments serait utile; elle attirerait l’attention des spi-« ritualistes anglais sur les moyens de mettre en pra-« tique cette doctrine de l’amour universel qui donne « lieu, le plus souvent, dans les cercles spiritualistes « à tant de mots ou d’écrits que les actes n’accom-« pagrient pas. »
- L’auteur donne ensuite la traduction de l’article intitulé : L'Association du capital et du travail, publié dans le Devoir du 30 janvier dernier.
- « The Medium and deybreah » contient plus loin une proposition d’échange avec « Le Devoir ».
- C’est avec un véritable plaisir que nous accédons à ce désir. Nous considérons comme un devoir pour les hommes qui s’occupent du progrès social et moral de l'humanité, d’entrer en relation les uns avec les autres et de se communiquer leurs pensées.
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- FAITS POLITIQUES & SOCIAUX DE LA SEMAINE
- L’emprunt.— L’emprunt, ouvert dans la journée du 17 mars, au capital d’un milliard en 3 0/0 amortissable, a été couvert quinze fois.
- Chaque souscription étant accompagnée d’un dépôt de valeur égale au cinquième de la somme souscrite, le dépôt, en numéraire et en titres, s’est donc élevé à trois milliards, c’est-à-dire au triple du capital demandé.
- Ainsi, la France demandant un milliard, on lui en offre quinze et provisoirement on lui en remet trois.
- Ces chiffres donnent la mesure du crédit de la France et de la confiance qu’elle inspire.
- A ce propos, le Times rappelle qu’en 1872, le gouvernement français faisait son grand emprunt en S 0/0 à 811/2. « Huit années ont suffi, ajoute-t-il, pour amener ce progrès merveilleux dans le crédit de la France. »
- Le succès de l’emprunt aurait été encore bien plus considérable, pensons-nous, si on l’avait rendu accessible à la petite épargne et si au lieu de fixer le minimum des coupures à une rente de 15 fr., ce minimum était fixé à une rente de 5 fr. Il est certain que, dans ce cas, beaucoup de personnes qui n’ont pu verser 83 fr. 25 auraient pu sans difficulté verser 27.75.
- Un gouvernement a toujours tort quand il n’intéresse pas la petite épargne à ses emprunts. En effet, il n’y a pas de personnes qui souhaitent plus profondément la paix au dedans et au dehors que celles qui ont placé leurs économies en rentes de l’Etat.
- Défaite clés protectionnistes au Sénat.
- — Le Sénat a rendu un vote décisif. Par 137 voix contre 131, il a rejeté les tarifs proposés par la commission pour les fils de coton.
- Ce vote est décisif, parce que battre les filateurs de coton, c’est battre tous les autres filateurs : lin, chanvre, laine, soie, et que, battre la filature, c’est battre le corps entier, l’élément indomptable, dans le passé comme dans le présent, du parti de la prohibition.
- Tous les intérêts prohibitionnistes reconnaissent les grands filateurs de Rouen et de Lille comme leurs chefs dirigeants; et cette direction ne date pas d’hier : ou la retrouve dès la fin du siècle dernier, dans les mémoires des agissements de la chambre de commerce de Rouen.
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- La Cliambro a procédé à la deuxième délibération du projet de loi présenté par MM. Martin-Nadaud et Villain et tendant à abaisser à dix heures la durée de la journée de travail dans les usines et les manufactures, durée que la législation actuelle fixe à douze heures.
- Les ouvriers des grandes villes attendent avec anxiété le vote de cette loi. Nous croyons qu’ils font fausse roule en demandant à l’Etat son intervention dans cette question. L’Etat est mai qualifié pour s’ingérer dans les relations de patrons et ouvriers. Le seul pouvoir qui soit qualifié pour le faire, ce sont les Chambres syndicales.
- La loi de MM. Nadaud et Yillain n’est pas pratique,ce qui fait qu’elle ne sera pas appliquée strictement Or à quoi bon faire une loi qui ne s'appliquera pas. Telle profession, a, vers la fin de Tannée un surcroît de travail, qui exige à ce moment là de longues journées, trois mois après ils ont très peu d’ouvrage. Les syndicats ouvriers seraient bien mieux placés pour traiter avec 1 ?s patrons.
- Ici, comme en tout, c’est dans la liberté et non dans la réglementation que se trouve le remède.
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- Des poursuites de presse ont été intentées à 4 journaux parisiens au sujet d’articles relatifs à l’attentat de Saint-Pétersbourg. Ces journaux sont accusés d’apologie d’un fait qualifié crime.
- Nous ne saurions blâmer avec trop d’énergie les journaux qui ont méconnu les idées du progrès au point d’oublier que la vie humaine est inviolabîe, aussi bien dans la personne d’un souverain que dans celle d’un simple laboureur, le souverain ou le laboureur fussent-ils même criminels.
- Toutefois nous croyons que le ministère aurait bien fait de ne pas intenter de procès aux journaux en question, précisément afin de ne pas donner aux apologies qui ont pu être faites de ce crime politique un retentissement que, sans ce procès, elles n’auraient pas eu.Deux des journaux poursuivis étaient inconnus hier encore. Tout le monde les connaît aujourd’hui. Quant aux journalistes assignés, à part deux, tous sont inconnus. En les poursuivant on les désigne à l’attention publique et nous croyons ne pas trop nous aventurer en disant que grâce à la petite réclame que leur fait les poursuites du ministère, on va permettre à ces nouveaux venus de se porter candidats aux prochaines élections.
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- Dans les autres pays où des manifestations du même genre que celles poursuivies à Paris ont eu lieu, les gouvernements ont eu assez de tact pour ne pas leur donner le retentissement que des poursuites eussent entrainé.
- Aux Etats-Unis, des Russes, des Polonais, des Irlandais, des Américains organisent, à la nouvelle de la mort du czar, un grand meeting où ils volent, aux acclamations de tous les assistants", nue adresse de félicitations aux nihilistes, On les laisse dire et pourtant c’est autre chose, on en conviendra, qu’un article de journal.
- En Autriche, c’est pis encore. Pendant que les Chambres françaises levaient leur séance, le Parlement austro-hongrois refusait de voter une adresse de condoléance au nouveau czar. Le président déclarait qu’il se retirerait plutôt que de mettre une telle motion aux voix. La Russie va-t-elle, pour ce fait, bien autrement significatif que quelques articles qui n’engagent que leurs auteurs, déclarer la guerre à 1 Autriche ou seulement lui faire mauvaise mine ? En aucune sorte.
- Elle aura le bon sens de faire la sourde oreille.
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- Le dlgcours de M. Gambetta à la Société l'Union du commerce contient plusieurs parties très remarquables.
- Faisant allusion aux accusations dont il est l’objet a déclaré qu’il sera toujours indifférent à ces accusations et qu’il considère comme indigne de lui-mème de les discuter.
- « Je l'ai dit pendant la guerre, je l’ai dit à Versailles, je'l’ai dit sans cesse : il ne me convient pas d’accepter ces accusations, d’y répondre, quelle que soit la bouche qui les énonce. »
- « Né du peuple, continue-t-il, lui appartenant tout entier, ne voulant que le progrès par les moyens scientifiques et rationnels, par la persuasion des majorités,je réussirai, j’ai le temps devant moi et croyez-le Surtout, une persévérance inébranlable. »
- M. Gambetta exprime sa certitude que, grâce au gouvernement delà République, on pourra enfin, et avant quelques semaines, balayer tout ce qui reste des régimes oppresseurs : l'Union du commerce et les sociétés similaires pourront entrer librement dans le domaine de la vie civile,
- « Le lendemain de la victoire, il faudra redoubler d’efforts et alors, lorsque vous aurez la pleine disposition de vous-mêmes, je suis persuadé que vous ne tarderez pas à couronner votre œuvre.
- » Il ue s’agit pas de chimères. Vous connaissez mon horreur pour tout ce qui ressemble aux utopies malsaines, irréalisables de ceux qui veulent violemment changer entièrement la société.
- » Pius de révolutions sanglantes; elles sont inutiles et dangereuses pour le progrès. Il s’agit de l’intérêt de l’Etat, et l’Etat, c’est tout le monde, c’est la patrie. »
- L’orateur continue par un hommage au travail à tous les degrés.
- « Dans notre société, dit-il, tout travail doit jouir des mêmes privilèges, des mêmes garanties. Il faut un régime libéral ne plaçant plus lo capital et le travail en duellistes, mais les associant pour augmenter la production.
- » Ce résultat ne pouvait être atteint que par la forme républicaine. J’ai toujours dit : Par la République, avec la République, on arrivera à résoudre successivement toutes ces questions à la condition qu'on fût bien résolu à ue jamais se tromper, à ne jamais tromper les autres. »
- ANGLETERRE
- 3L» tentative de Mansion Housse, —
- Chaque fois qu’un attentat réel est commis sur une personnalité politique importante on voit annoncer un peu de tous côtés des tentatives de crimes politiques, Nous sommes très peu croyants de la véracité de ces nouvelles. La police d’à peu près tous les pays monarchi-
- ques est enchantée de faire preuve de zèle. Elle construit donc elle même des machines infernales, les découvre et vient dire au souverain dont elle dépend : « Voyez comme nous sommes habiles, nous vous avons sauvé la vie, récompensez nous.. Ces comédies nous font toujours rire. Et ce qui nous fait non moins rire c’est qu’il se trouve toujours des personnes pour les prendre au sérieux.
- C’est ainsi qu’en Belgique il y a de bonnes gens qui croient sérieusement que le roi Léopold a été menacé. C’est ainsi qu’à Londres d’autres bonnes gens sont convaincues qu’on a vonla attenter à la vie du lord Maire en faisant sauter Mansion House, sa résidence. La Pall Mail Gazette a publié à ce sujet des détails très circonstanciés mais dont l’invraisemblance est évidente. C’est d’un bête phénoménal, on ne peut s’empêcher de songer en lisant ce récit a la fameuse conspiration imaginée par M. Piétri dans les derniers jours de l'empire.
- Vous verrez que cette prétendue tentative de Mansion House sera exploitée pour tyranniser un peu plus ces pauvres Irlandais qui n’ont pourtant pas besoin de cela.
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- 3La question du germent occupe de nouveau l’opinion.
- Le tribunal du Banc de la Reine, a déclaré que M. Bradlaugh ne pouvait être mis au nombre des personnes < n faveur desquelles avait été passé l’acte spécial de 1866, lequel leur prescrit d'affirmer au lieu de jurer.
- La conséquence de cette décision est qu’aujourd’hui le siège de M. Bradlaugh est légalement vacant, sans compter que tous les votes émis par ce député in parti-bus infiddium l’ont rendu passible d’amendes se montant dès à présent à près d'un million de livres sterling.
- Il no s’agit pas évidemment d’arracher cette somme fabuleuse de la bourse de M, Bradlaugh; la magistrature anglaise veut seulement se couvrir de ridicule.
- Avouons qu’elle y parvient à merveille.
- ESPAGNE
- Croisade contre le socialisme. — Il y a
- plus de quatre ans, le gouvernement espagnol, désireux de se faire prendre au sérieux par les puissances qui ne donnaient plus aucune attention à ses faits et gestes, prit l’initiative d’une action commune des puissances contre les agissements de l’Internationale en Europe, Seul, à cette époque, le gouvernement russe se montra sympathique à cette proposition. L’Angleterre, dans son clair bon sens, n’en voulait pas môme entendre parler.
- On croit aujourd’hui que la proposition de l’Espagne va être prise en sérieuse considération et qu’elle aura le résultat voulu. « S’il en est ainsi, ùxl\'Agence Russe, le gouvernement du roi Alphonse XII prouvera une fois de plus que la puissance qui domine dans la péninsule ibérique est bien digne de reprendre sa place dans le concert des grandes puissances, dont elle n’aurait jamais dû être exclue, » le noble organe aurait pu ajouter que l’Espagne est le pays le mieux qualifié pour proposer une croisade contre les socialistes vu que ce pays a plus d’expérience qu’aucun autre en matière de persécution.
- RUSSIE
- La circulaire adreggée aux représentant» die la Russie à, l’étrawger, contient sur la politique intérieure de l’empire, un passage dont on appréciera l’importance.
- « L’empereur, y est-il dit, s'occupera d'abord de la question du développement des institutions gouvernementales à l'intérieur. qui a des rapports étroits avec les conquêtes de la civilisation et avec les questions sociales et économiques, auxquelles tous les gouvernamenU consacrent actuellement un soin particulier. »
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- Malgré le vague, presque obligé, de celte déclaration, les Russes, qui aspirent à la participation de la nation aux affaires politiques du pays, y verront un encouragement donné à leurs espéraucës.
- Une dépêche de Saint-Pétersbourg adressée au Temps, mentionne un projet qui, s’il est adopté, vaudra au nouvel empereur une grande popularité dans la classe des paysans. Il s’agirait de diminuer de 40 à 70 0/0 le prix du rachat dû par les paysans'« pour les terres qui leur ont été assignées lors de l’abolition du servage. » Il est probable que cette mesure, indiquée d’une manière confuse dans la dépêche d’aujourd’hui, ne s’applique pas à la redevance due par les paysans aux propriétaires, en retour des allocations de terrains que l’ukase d’émancipation les a obligés à faire aux paysans. Elle a probablement pour objet d’exempter le paysan du remboursement d’une partie de ce que lui a prêté l’Etat. On sait que, dans le but de créer une classe de paysans propriétaires, Alexandre II, en même temps qu’il émancipait les serfs, organisait un système de prêts aux paysans, pour achat par eux de terrains à leurs anciens seigneurs. Le paysan acheteur recevait de l’Etat « une subvention de rachat », remboursable par lui en quarante-neuf ans, et hypothéquée sur la terre achetée. C’est probablement d’une partie de cette dette envers l’Etat qu’il serait question de libérer les paysans, par décision impériale et comme don de joyeux avènement. La perte annuelle pour le Trésor serait, dit-on, de neuf millions de roubles par an, jusqu’à l’expiration de la période courante de quarante-neuf ans.
- Espérons que les promesses d’Alexandre III ne resteront pas à l’état de promesses, mais qu’il entreprendra résolument les réformes dont son malheureux pays a un si grand besoin.
- U est certain qu'il rencontrera des résistances et qu’il se heurtera a bien des difficultés, mais quel grand service il rendrait à son pays !
- Si au lieu d’être un grand homme, le nouveau souverain veut se contenter d’être un autocrate comme quelques-uns de ceux qui l’ont précédé, s’il renonce à continuer l’œuvre qu’avait commencée son prédécesseur dans ses premièxes années de'règne, il aura sans doute une existence plus facile jusqu’au jour où il sera tué comme son père et presque tous ses ancêtres.
- Mais s’il porte eu lui l’esprit d’un réformateur, il devra se résigner à faire le bien sans en être récompensé, à réaliser des progrès qui ne satisferont peut-être personne mais qui porteront leur fruit dans l’avenir.
- C’est une tâche dont la grandeur tragique peut tenter une âme fortement trempée, mais qui n’est pas à la portée de tout le monde ; une fois entré dans cette voie, il faut y marcher résolûment, ne pas s’arrêter en chemin, ne pas rechercher une vie égoïste et paisible, mais s’appliquer à conquérir une place dans l’histoire.
- ALLEMAGNE
- L’inapressioa produite pair l’atte»tat «de Saiut-3?6terjsifc>oiirgr a été immense et dure encore.
- Le Times se fait écrire de Berlin que les sectaires qui ont réussi dans leur attentat à St-Pétersbourg ne sont pas seulement des nihilistes, mais qu’ils font partie d’une grande société secrète formée de socialistes et d’anarchistes qui ont pour but de menacer toutes les têtes couronnées de l’Europe.
- Il est probable que la police berlinoise va simuler quelque conspiration afin d’avoir un prétexte pour emprisonner ou exiler les socialistes qui la gênent.
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- Réaction économique. — Le prince Bismarck prépare un remaniement complet des impôts dans l'empire allemand. Son intention est de remplacer en partie les impôts directs par les contributions indirectes, octrois, etc., dont la suppression avait rendu nécessaire
- une élévation considérable des impôts directs, soit de l’Etat, soit des villes.
- C’est ainsi qu’à Berlin, les impôts communaux directs atteignent vingt-deux marks par tète, alors qu’à Paris ils ne sont que de 9,60 marks. Le seul impôt sur les loyers atteint, dans la capitale ce l’empire, le 6 2/3 0/0. de sorte que le chancelier paie, pour l’impôt de loyer de son palais, l’énorme somme de 23,000 marks.
- L’impôt sur les loyers-est d’autant plus criticable qu’il ne fait aucune concession aux locataires chargés d’enfants, et qui par le fait même de cette charge sont forcés d’avoir des loyers plus élevés que s’ils avaient peu ou point d’enfants.
- Le chancelier propose la suppression de cet impôt, dont le taux est, comme on voit, fort exagéré et demande, en faveur de l’Etat, le monopole des tabacs,avec le produit duquel l’Etat pourra prendre à sa charge toutes les dépenses faites par Berlin et d’autres grandes villes pour l’instruction publique.
- Dans cette campagne qui va s’ouvrir pour la transformation du système des impôts, le chancelier compte s’appuyer essentiellement sur le centre et la droite, ce qui implique forcément un rapprochement complet avec le parti catholique.
- AUTRICHE-HONGRIE
- JLesi paysans îiulricliienw ont eu le 20 une
- grande assemblée à Vienne, où ils se sent occupés de l’autonomie des communes, du suffrage direct, de l’assiette pt de la quotité des impôts ! Quèlle audace, quelle indiscrétion chez ces manants !
- TUNIS
- Hostilité du Bêy. — Les affaires ne prennent pas une très bonne tournure.
- Un décret a suspendu les travaux du chemin de fer de Bone à Tunis le lendemain même du jour où les travaux commençaient. Ce décret injustifiable est considéré non sans motif comme un acte d’hostilité contre l’influence française, et l’on comprend qu’à Paris,et surtout à Alger et à Constantine, cette décision ait causé un très vif mé-contement.
- ORIENT
- Les frontières turco-greeques. — Voilà déjà cinq fois que les ambassadeurs s’assemblent à Constantinople avec les délégués ottomans, et la question des frontières turco-helléniques n’a fait aucun pas vers sa solution. On en est encore au point de départ. La Porte ne tourne pas les difficultés ; elle tourne autour, ce qui explique pourquoi, après deux semaines de négociations, les ambassadeurs ne sont pas plus avancés que le premier jour. Les représentants de Sa Hautesse, sommés par l’aréopage diplomatique, avaient promis de leur faire tenir le texte des concessions extrêmes et irrévocables du divan.
- En l’cbsence de toute réponse précise la conférence a été ajournée.
- Combien il serait plus coDforDie à la justice et aussi plus sage au point de vue de la tranquillité future de faire voter les habitants des territoires discutés et de les attribuer au pays pour lequel ils auraient voté.
- Tandis que les puissances se proposent d’attribuer à qui bon leur semblera tout ou partie de l’Epire et de la Thessalie, et cela sans s’occuper des sympathies des populations, les Epirotes et Tbessaliens établis à Athènes ont adressé aux puissances une lettre dans laquelle on lit :
- Si les habitants de l’Epire et de la Thessalie pouvaient élever la voix, s’ils pouvaient manifester leurs vœux et
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- leurs aspirations, l’Europe serait bientôt convaincue que c’est blesser la justice et l’humauité, commettre une laute dont elle comprendrait bientôt la gravité que de révoquer des décrets qu’elle môme considérait, et à juste titre, comme irrévocables.
- Mais ils ne peuvent que gémir et se taire. Leur voix serait étouffée et toute manifestation serait punie par la prison et l’exil.
- A leur défaut il nous semble qu’à nous, les soussignés, Epirotes et Thessaliens, établis à Athènes, incombe le devoir et l’obligation de protester en notre nom et au nom de nos compatriotes, contre toute atteinte qui pourrait être portée, sous quelque forme que ce soit, à la délimitation des frontières helléniques, telle qu’elle a été votée et adoptée par la Conférence de Berlin, puis approuvée par les six puissances.
- Révoquer cette sentence, permettre à la Turquie de garder Prévéza. Arta, Janina, Metzovo et Larissa, serait renier l’œuvre de justice et d’humanité que l’Europe a entendu accomplir à Berlin, se rendre complice de la barbarie la plus ébontée, livrer à la vengeance de leurs oppresseurs des populations qui ont eu le tort de se fier aux promesses et aux déclarations des six grandes puissances, arbitres du monde, et ménager un foyer d’incendie, qui pour être comprimé plus longtemps n'en sera que plus terrible et plus implacable.
- AMÉRIQUE CENTRALE
- TTn arbitrage. — Il existe depuis longtemps entre les Etats-Unis de Colombie etCosta-Rica des difficultés sérieuses au sujet de la ligne de leurs frontières. Ces difficultés vont être résolues par voie d’arbitrage. Le Central american reporter du 17 janvier dernier nous donne le texte du compromis passé entre ces deux républiques. Ce compromis désigne pour arbitre le roi des Belges, à défaut le roi d’Espagne, et en cas de refus du roi d’Espagne, le président de la République Argentine. Le compromis ajoute expressément que, dans aucun cas, la question des frontières ne sera décidée entre les deux peuples autrement que par l’arbitrage, et qu’en attendant la décision le statu quo sera rigoureusement maintenu. Pourquoi la Grèce et la Turquie n’ont-elles pas imité cet exemple. {Etats-Unis d'Europe.']
- AUSTRALIE
- Le divorce dansla Nouvelle Galles dix Sud. — A l’heure même où la loi sur le divorce était repoussée par la Chambre des Députés de Paris sous ce prétexte ridicule que sa votation entraînerait l'effondrement de la République, le Parlement de Sydney votait une loi amendant la loi sur le divorce dans la Nouvelle Galles du Sud, loi qui rendra le divorce plus facile que précédemment. Le but visé par celte nouvelle loi est de mettre, quant à la demande en divorce, l’homme et la femme sur un pied parfait d’égalité.
- Nos députés qui aiment tant à parler de la France comme d’un pays qui marche en tète des autres, feraient bien, au lieu de vous maintenir sous le joug des lois de la restauration, de voir ce qui se passe ailleurs et de ne pas repousser des progrès qui non-seulement sont adoptées par les autres pays d’Europe mais qui le sont même aux antipodes.
- Révolution dans la distillerie.
- Le monde industriel s’occupe, en ce moment, d’une nouvelle et très brillante découverte qui vient d’être faite par M. Raoul Pictet, l’éminent professeur de l’Université de Genève.
- U's’agit d’un procédé qui permet d’obtenir, par la
- double action du vide et du froid, la distillation et la rectification des alcools, dans des conditions particulièrement favorables, soit au point de vue du prix de revient, soit au point de vue de la qualité des produits.
- Jusqu'ici les procédés généralement adoptés, fondés sur l’action de la chaleur, laissaient subsister dans les alcools diverses substances, les unes plus, les autres moins volatiles que ce produit, et dont la présence lui communiquait des propriétés nuisibles,
- L’emploi simultané du vide et du froid permet de débarrasser très facilement l’alcool de ces substances accessoires, éthers et huiles empyreumatiques.
- Les expériences qui viennent d'être faites à Paris, sur une grande échelle, avec des appareils industriels, ont attiré plus de 150 distillateurs venus de France, de Belgique, d’Allemagne et même d’Angleterre. Us ont tous reconnu qu’ils étaient en présence d’un système nouveau qui pouvait amener une révolution complète dans la distillerie.
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- LETTRES DE RUSSIE
- III
- La lettre suivante nous parvenait la veille de l’assassinat du Tzar. Bien que quelques mots y soient à l’adresse d’Alexandre II,nous la publions telle quelle, les quelques mots en question pouvant, croyons -nous, être appliqués au nouvel empereur.
- St-Pétersbourg, tl mars (28 février).
- La lutte pour la constitution est en pleine vigueur : ce ne sont plus les héros qui sacrifient leur vie pour obtenir les libertés dont aucun homme ne peut se passer, c’est la classe privilégiée, c’est la noblesse elle-même qui ordonne au tzar (on peut employer ce mot) d’accorder la constitution.
- Le lor mars (17 février) se sont ouvertes les séances delà noblesse de Saint-Pétersbourg; la première question, mise à l’ordre du jour a été celle des droits de l'homme en Russie.
- M. Chakeief, un seigneur russe a prononcé un brillant discours, et a démontré que la possibilité d’être envoyé en Sibérie, selon le bon plaisir de l'administration, pend comme une épée de Damoclès sur la tête de chaque Russe. Il a démontré que souvent, quoi qu’ils aient été acquittés, des accusés politiques ont été envoyés en Sibérie. Vera Sassoulitch, bien qu’elle eût été acquittée par le jury aux applaudissements de tout le public présent dans la salle d’audience, n’en eût pas moins été exilée si les étudiants, qui avaient prévu cette lâcheté de la police, ne l’avaient sauvée à temps. Les enfants ni les mineurs n’ont été ménagés par l’administration qui, bien souvent les a exilés aussi bien que les personnes plus âgées. En 1878 on a déporté, d’Odessa en Sibérie, une israëlite avec sa petite fille de deux ans, Khaïa, et sur tous les registres, le long de la route, on pouvai
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- LE DEVOIR
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- lire cette curieuse note : « Kaïa, deux ans, criminelle d’état. »
- En somme, de 1870 à 1877, on a exilé en Sibérie-Occidentale 57,249 personnes et en Sibérie-Orientale, 6,125.
- On peut encore y ajouter un grand nombre d’exilés qui sont restés inconnus.
- Ce plaidoyer de M Chakeief en faveur de la liberté fut interrompu plusieurs fois par de chaleureux applaudissements et de bruyants bravos. Après quelques paroles sympathiques du maire de St-Péters-bourg, le baron Korf, l’assemblée de la noblesse de Saint-Pétersbourg prit la résolution suivante : « Considérant que l’exil administratif est contraire à la loi; la noblesse demande au tzar que la loi qui garantit à chaque Russe la liberté ne soit plus violée. »
- Le tzar prendra-t-il cette demande en considération ? il serait difficile de l’affirmer. Quant à l’amnistie qu’on lui a demandée pour Tchernichewski, il a agi tout à l’encontre. Depuis quelques jours la situation de Tchernichewski s’est empirée; on l’a fait transporter à Viliousk, lieu plus écarté dans la Sibérie Orientale que l’endroit où il se trouvait, et, au dire des personnes qui connaissent ce pays, aucun étranger ne peut y vivre au-delà d’une année.
- Quant à la demande de la noblesse, il faut espérer que le tzar ne la repoussera pas aussi brutalement, car il doit craindre que cette noblesse ne fasse alliance avec les nihilistes pour préparer un nouvel attentat.
- On s’attendait, comme l’année passée, à de grandes réformes pour le 19 février (3 mars), jour de l’avènement au trône de l’empereur; mais on a été bien déçu. Les réformes mêmes dont on a fait tant parade l’année dernière n’ont abouti à rien, en ce qui regarde les paysans. Ainsi, on se rappelle que l’an passé, pour fêter dignement le 25e anniversaire de son avènement au trône, le tzar a fait grâce aux paysans de tous les impôts arriérés, mais l’administration s'est bien gardée de faire connaître cette faveur aux pajrsans, et dans plusieurs gouvernements ceux-ci ont été obligés de payer ces impôts, sous peine d’être fustigés ou de voir leurs biens vendus. Grâce à la mince liberté dont jouit actuellement la presse de Russie, ces abus ont pu être constatés.
- Le 19 février, il y a eu 20 ans de l’affranchissement des serfs, acte dont on loue tant le tzar. Il est donc très intéressant d’examiner maintenant les résultats de cet acte.
- On sait que le tzar et les seigneurs ont voulu se délivrer des paysans, sans leur donner aucune terre, car ils ont compris que le travail des serfs leur est toujours moins profitable, bien qu’il soit rémunéré.
- Ce n’est que grâce à l’opinion publique russe de ces temps-là (opinion qui avait alors à sa tête le savant socialiste Tchernichewski qui expie maintenant ses nobles actes en Sibérie) que l’affranchissement des serfs a été suivi du partage des terrains, pour lesquels les paysans se sont engagés à payer annuellement, pendant 49 ans, une grande redevance aux seigneurs. Ainsi tous ces cris d’affranchissement des paysans n’étaient que mensonges, et encore aujourd’hui la plus grande partie d’entre eux est dans un état de servage qui ne se terminera guère que dans vingt-neuf ans. En outre ces partages se faisaient de telle sorte que les seigneurs obligeaient les paysans à prendre les terrains les moins avantageux, de sorte qu’ils se réservaient nécessairement les meilleurs à eux-mêmes.
- Il y a des gouvernements où des milliers de paysans ont reçu en partage des terres marécageuses complètement improductives, aussi ces malheureux se sont-ils enfuis dans les villes, afin de trouver quelque travail dans les fabriques en laissant leurs terrains aux seigneurs. D’ailleurs cet acte ne les libérait pas de la redevance qui s’élevait aussi haut que si ces terrains avaient été fertiles. Il s’est produit un fait horrible, les paysans libres, mais mourant de faim commencèrent à regretter le temps où ils étaient serfs et où les seigneurs avaient quelque intérêt à ne pas les laisser mourir de faim. La misère de l’ouvrier est bien grande en Angleterre, en France et en Belgique, mais si notre paysan pouvait seulement,pendant une année vivre comme vivent les mendiants là-bas,il secroiraitle plus heureux desmortels.
- Chez vous si un ouvrier dépense moins de 525 francs par an, il se croit pauvre et chez nous il n’y a guère de famille de paysans qui puisse dépenser plus de 52 francs par an, et pourtant les produits manufacturés sont plus cher en Rassie qu’en France. La vie de notre paysan ne peut être comparée ni à celle du prolétaire d’Allemagne, ni même à la vie que menaient les paysans français avant la grande Révolution. Si même je voulais comparer la situation de notre paysan à celle qu’avaient autrefois les nègres esclaves, je me convaincrais que celle des derniers était la plus heureuse. Il est vrai qu’un nègre coûtait quelquefois cinq à six mille francs : c’était un capital, dont le planteur devait prendre soin, comme l’Anglais le fait de son bétail, et en vérité la mortalité des nègres libres était toujours plus grande que celle des nègres esclaves. Notre paysan n’a pas même les avantages du nègre, personne n’a intérêt à prendre soin de lui, mais tout le monde, du tzar jusqu’au dernier gorodovoi, sait bien tirer profit de son existence. Ossipoff.
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- LÊ DEVOIR
- ANNIVERSAIRE DE CH. FOURIER
- Le banquet da 109° anniversaire de la naissance de Ch. Fourier aura lieu le jeudi 7 avril 1881 à 6 heures, au prix de 5 fr. — Chez Cochet, successeur de Richefeu (Galerie de Valois, 167 Palais-Royal.)
- LES SY.DICATS POFESSIONNELS
- Nous extrayons du très-important rapport de M. Àl-lain-Targé sur lo projet de loi relatif aux syndicats professionnels, les lignes suivantes :
- Les travailleurs condamnés par la loi à l’isolement, soumis pour le taux de leurs salaires à la seule règle de l’offre et delà demande,cherchèrent dans tous les temps à se rapprocher, à se grouper pour arriver par une action commune à la meilleure rémunération possible de leur travail, pour s’épargner les conséquences funestes' de la concurrence et aussi pour se secourir les uns les autres contre le chômage, la maladie, les infirmités de la vieillesse.
- La loi de 1791 n’empècha point les compagnonnages de se maintenir dans un certain nombre de métiers : quelques débris subsistent encore, sans avoir conservé peut-être leur ancien caractère mystérieux et violent. Ces associations, d’ailleurs, qui offraient aux ouvriers du même métier un secours précieux dans l’abandon où ils pouvaient se trouver, qui leur assuraient du travail dans un lieu ou dans un autre, et qui s’efforcaient de ne point laisser la demande des patrons devenir plus rare que l’offre des ouvriers, en mesurant dans chaque ville le nombre de ces derniers aux besoins des premiers ; ces associations rendaient à leurs affiliés des services limités, mais qu’il serait injuste de méconnaître. Le compagnonnage, du reste, ne convenait qu’à un certain nombre de situations et de professions.
- Les sociétés de secours mutuels, dont le nombre s’est augmenté depuis quelques années, furent aussi le fruit de ces sentiments de solidarité qui doivent exister entre des hommes dévoués à la même destinée.
- Ces sociétés mutuelles n’ont point eu partout un caractère exclusivement professionnel. Leur objet était tout de bienfaisance, et il leur était difficile de refuser les subventions extérieures qui pouvaient alimenter leurs caisses. D'un autre côté, les gouvernements les ont longtemps surveillés avec un soin jaloux. Nous en parlons surtout pour.dire que la législation spéciale qui les régit doit être prochainement réformée dans un esprit libéral et démocratique.
- Dans quelques villes d'industries locales et sédentaires, comme à Lyon par exemple pour les métiers de la soie, des sociétés de résistance sont restées organisées régulièrement à peu près dans tous les temps. De même à. Paris, les typographes, les papiers peints, les cor-royeurs. C’étaient bien des syndicats ou des essais de syndicats prolessionnels pareils à ceux qui se sont mul-pliés depuis à Paris et dans les départements. Leur objet était la défense des intérêts de la pr jfession.
- S’ils se bornaient à défendre presque uniquement l’intérêt du salaire, s’ils n’ont pas réussi à accomplir quelques-unes des améliorations, quelques-uns des progrès que les fondateurs de ces dernières années espèrent de leurs associations professionnelles, c’est peut-être que ces syndicats n’avaient ni les garanties ni les droits que leur confère notre projet deloi. Ajoutons cependant due si dénuées qu’elles soient de droits civils et de réserves pécuniaires, les sociétés lyonnaises sont assez fortement constituées pour arrêter toutes les grèves. C’est à cause de ce grand service rendu à l’ordre public,
- sans doute, que les divers gouvernements les ont tolérées.
- Ed dehors de ces sociétés lyonnaises et d’un petit nombre d’associations pareilles que des circonstances exceptionnelles avaient protégées, en dehors des compagnonnages, des sociétés de secours mutuels de pure bienfaisance et d'un petit nombre de sociétés de production datant de 1848, toutes les tentatives des ouvriers pour se grouper entre frères de même profession, pour étudier et défendre leurs intérêts collectifs par un effort commun, pour améliorer leur sort en s’associant, toutes les tentatives furent vaines pendant la première moitié du dix-neuvième siècle. Ils n’avaient pas plus, d’ailleurs, le droit politique que le droit professionnel.
- Abandonnés à eux-mêmes, ou plutôt à leur isolement, privés du droit de s’appuyer les uns sur les autres et de s’éclairer les uns les autres placés hors du pays légal, en face d'un Gouvernement qui n’avait point à répondre de ses actes ni de ses lois devant eux, et qu’ils devaient connaître à peine et aimer peu, pris dans le courant d’une transformation économique et industrielle extraordinaire, et dont les hommes d’Etat eux mêmes ne se x’endaient pas toujours compte, broyés par les progrès qui ruinaient tout à coup les fortunes industrielles les mieux assises, les entreprises les plus sûres, troublés et parfois affamés par des chômages, des crises de salaires dont la cause leur échappait, les ouvriers cherchaient. à qui faire porter la responsabilité de leurs souffrances. Les uns se résignaient, il est vrai, mais d’autres s’irritaient, et parfois, sous le coup d’une déception trop cruelle, entraînés par la colère ou par l’exemple, sans trop songer au lendemain, ils se laissaient emporter dans l’explosion d’une grève aussitôt châtiée rigoureusement.
- D’autres, suivant leur nature et leur éducation, suivant le milieu qui les enveloppait, s’affiliaient aux sociétés secrètes, conspiraient à la poursuite du droit dè suffrage, dont la conqête obligerait tout pouvoir à les traiter comme des citoyens. D’autres, enfin, plus rêveurs, enivrés et attirés par une éloquence amère ou séduisante, s’abandonnaient aux doctrines variées et à la direction des utopistes scientifiques ou mystiques de ce temps-là.
- C’est à la fin de l’empire, après une possession déjà longue et un exercice raisonné du droit de suffrage, et surtout vers 1872, sous la République, que, sans renoncer à leurs profondes convictions politiques et républicaines, beaucoup d’ouvriers, instruits par Inexpérience, cherchèrent à se dégager des théories vagues et des systèmes de cabinet pour entrer dans une voie pratique et pour travailler immédiatement à l’amélioration de leur sort par la constitution d'associations professionnelles, connues sous le nom de chambres syndicales.
- Ils pensaient, et très-sagement à notre avis, que si l’union des efforts de tous les citoyens était nécessaire pour conquérir et garder le droit et ia liberté politiques, premier instrument de toute émancipation sociale, il était indispensable, en pénétrant sur le terrain des intérêts matériels, de diviser le problème pour le résoudre, et d’étudier et de défendre les besoins des travailleurs des différents métiers ou corps d’état à part et à l'aide de groupements professionnels reliés entre eux seulement pour la protection solidaire de leurs intérêts communs.
- Chaque profession, en effet, a son caractère, ses besoins et ses désirs propres, ses servitudes particulières, et, à moins de se contenter éternellement de plaintes vagues, de récriminations et de vœux qui n’aboutissent point, il est impossible de trouver UDe formule générale et surtout un moyen universel pour transformer la situation des ouvriers qui travaillent dans des conditions absolument différentes les unes des autres.
- L’association de compétences et d’intérêts, ainsi réduite en nombre, formée uniquement de travailleurs d’un même métier ou de métiers similaires, n’aura pas, sans doute, la même puissance de propagande politique que la société secrète ou l’association même publique et formée d’éléments hétérogènes au profit d’une idée ou
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- d’un parti ; mais elle aura une puissance économique supérieure, et elle arrivera bien plus vite et plu? facilement à de résultats définis avec précision, poursuivis avec esprit de suite et sans distractions par des associés sachant exactement ce qu’ils veulent et tout ce qu’ils veulent.
- Ajoutons qu’une telle association de compétences et d’intérêts a devant elle un champ d’activité fermé aux associations de personnes qui n’ont entre elles rien de commun si ce n’est leur idéal philanthropique, politique ou religieux ; elle peut entreprendre, essayer et se permettre clés choses qui ne sont point à la portée des autres ; et précisément parce qu’elle est créée pour défendre des intérêts matériels, créée par des personnes qui se sont unies, non parce qu’elles ont des opinions et des goûts semblables, mais parce qu’elles ont les mêmes intérêts matériels, l’association professionnelle pourra invoquer le bénéfice de son caractère mixte et réclame non seulement la liberté de droit commun, mais quelques-uns des avantages et quelques-unes des garanties que la loi confère, sinon aux associations civiles et commerciales formées uniquement pour le lucre, du moins aux sociétés reconnues d’utilité publique.
- Il y a aujourd’hui encore des courants d’opinion différents parmi ceux qui sont à la tête’ du mouvement syndical. Les uns espèrent trouver dans l’association syndicale le moyen de créer des sociétés coopératives de production, ou quelque organisme pareil, qui placerait les ouvriers associés dans une situation analogue à celle de leurs patrons. D’autres voudraient surtout rassembler tous les travailleurs de leur profession sous uue même discipline corporative, afin d’imposer à l’entrepreneur, dont ils tiennent moins à prendre le rôle, la responsabilité et les risques, des conditions qui leur semblent Justes.
- Mais de toutes cçs thèses parfois contradictoires et de ces aspirations multiples, se dégage une idée commune aux 150 syndicats professionnels de Paris, aux 330 sociétés syndicales des départements, c’est une idée pacifique, une idée d’ordre et d’équilibre, qui vient du suffrage universel et de la raisou,. uue répudiation des moyens violents et révolutionnaires.
- La politique est donc d’accord avec la justice et conseille aux législateurs d’accorder aux associations ouvrières les garanties et les droits civils dont elles ont besoin, pour se trouver dans uue situation aussi favorisée et aussi facile que celle des patrons, d’accorder en un mot au travail gq que le capital et l’entreprise ont su déjà conquérir.
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- NOUVELLES DIVERSES
- Statues do George ©and. et d’Edgar
- Quinet, commandé à Aimé Millet, vient d’être terminée.
- L’inauguration de cette statue aura lieu à Nohant au mois d’août prochain.
- Le même sculpteur va entreprendre la statue d’Edgar Quinet qui lui a été commandée. L’inauguration "de Cette statue aura lieu à Bourg le 14 juillet 1882.
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- La crémation, — Nous apprenons la mort de M. Al. Petit d’Ormoy, ancien élève de l’Ecole polytechnique, qui fut longtemps un des membres les plus diligents de l’école de Fourier,
- M. Petit d’Ormoy, partisan convaincu de la crémation, a voulu prêcher l’exemple et contribuer après sa mort au triomphe de l’idée qu’il avait toujours défendue et que soutient avec tant d'ardeur la société pour la propagation de la crémation dont il était membre.
- Prévoyant que l’administration française s’opposerait
- à la crémation de son cadavre, il a chargé ses exécuteurs testamentaires de transporter son corps à l’étranger.
- Le cadavre a été conduit à Milan, où il a été réduit eu cendres dans l’appareil Gorini, qui fonctionne actuellement dans le temple crématoire de cette ville.
- Beaucoup de partisans de la crémation en France ont pris des précautions semblables en se nommant réciproquement exécuteurs testamentaires.
- 11 faut espérer que le gouvernement, ou à son défaut le Parlement, n’obligera pas plus longtemps ses compatriotes à de telles mesures et que la crémation sera bientôt rendue facultative en France ; facultative, nous le répétons, pour les personnes qui n’auraieut pas lu ou qui auraient oublié nos articles publiés sur ce sujet et dans lesquels nous avons démontré qu’il y avait, avant tout dans la crémation, uue question a’hygiène publique.
- A ce propos, nous rappellerons que le nombre des membres de la société pour la propagation de ia crémation va toujours croissant et que les personnes qui désirent s’affilier à cette société doivent s’adresser au secrétaire général, M. Georges Salomon, au siège social, 11, rue de Pentbièvre, à Paris.
- Traïii par les sien*?. — Extrait d’une lettre d’un missiounaire catholique aux Indes, publiée dans VUnion savoisienne, journal clérical d’Annecyr :
- « L’au dernier j’ai béui la chapelle de Latchiporum, dédiée à Saint-Joseph. La statue du saint est jolie,dorée. Les cent cinquante chrétiens n’avaient jamais vu un saint qui ne parlât pas. Ils voulaient tout toucher, les
- yeux, la robe, le nez, etc... Ils finirent par dire que
- c’était dommage qu’il ne voulût pas leur parler, mais qu’il s’y mettrait bien peu à peu. »
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- La crémation a Zurioli. — La Société pour l’incinération des cadavres fait de nouvelles démarches pour obtenir les fonds nécessaires à la construction d’un bâtiment de crémation. Elle a adressé aux autorités,aux sociétés et aux particuliers uu appel qui paraît devoir être couronné de succès.
- A Zurich même, 5,000 fr, ont été souscrits dans les premiers jours, La Société a besoin de 60.000 fr.
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- TJn sigpoLe des temps en Allemagne. —•
- Les paysans de Jever, dans l’01denbourg,ont l'habitude d’envoyer au prince de Bismarck, à l’occasion de l’anniversaire de sa naissance,!01 œufs de vanneaux. Cette année-ci, ils ont décidé qu’ils ne lui enverraient rien et ils lui ont adressé une lettre annonçant cette décision et la motivant par un quatrain ainsi conçu :
- Nous n’envoyons plus d’œufs;
- La mère vanneau n’en pond plus.
- Pourquoi ne pond-elle plus a’œufs ?
- >— C’est qu’elle craint de payer l’impôt.
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- Mesures; 3cjgiwlative* contre les fal»û» fications. — Bruxelles va avoir son laboratoire municipal pour l’analyse des denrées alimentaires.
- Nous pensons que la création de laboratoire de ce genre est la mesure la plus pratique que l’on puisse prendre contre les falsifications. Les règlements ont beau faire,
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- Chemins <1© fer mexicains. — Le général Grant va faire un voyage à Mexico au sujet de la construction du grand chemin de fer destiné à relier directement le Mexique avec l’Union américaine, et auquel l’ex-président a pris dès l’origine uu si vif intérêt. On espère aux Etats-Unis d’importants avantages de cette
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- nouvelle voie î on parle déjà, en particulier, d’une révolution dans les prix du café ; le café du Mexique vaut, assure t-on, celui de Java et s’obtient à si bon compte que l’on peut aujourd’hui, malgré la difficulté du transport, en acheter à Chicago pour la moitié de ce que coûte ce dernier.
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- Moralité "borliaoise. — On lit dans la Tag liait, de Berlin :
- La police est parvenue de nouveau à découvrir un de ces salons où de jeunes et jolies filles, appartenant à de bonnes familles, sont livrées à des libertins de la haute société UneMm0de... veuve d’un major qui possède unler den Linden, (c’est-à-dire dans la plus magnifique avenue de Berlin) un appartement splendidement meublé, était depuis longtemps soupçonnée de ce genre de proxénétisme; enfin on est parvenu à réunir contre elle des preuves suffisantes, et nous pouvons nous attendri à un procès dont les détails ne seront pas moins piquants que celui intenté dans le temps contré la femme du lieutenant de Hoffmann.
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- Les iuspectrices d’école» à Londres.
- — On lit dans la Wechiy Dispatch :
- « Le Conseil des écoles de Londres a bien fait en décidant jeudi dernier qu’une femme serait éligible à la fonction additionnelle d’inspection qui vient d'ètre créée.
- « Les femmes ne sont pas seulement aptes à enseigner les filles et les petits enfants, mais aussi à diriger et surveiller le personnel enseignant. Personne ne peut mettre en doute qu’elles sont encore mieux qualifiées, encore plus compétentes pour le poste en quelque sorte intermédiaire d’inspection. »
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- Le» Icariens. —Nous suivons avec intérêt toute tentative de réalisation d’un des systèmes socialistes, même quand ce système ne nous paraît pas répondre aux aspirations du genre humain actuel. Les communistes de Gabet qui sont restés aux Etats-Unis nous intéressent particulièrement. Si nous n’avons pas parlé d’eux plus souvent c’est qu’ils ont été pendant long-- temps en conflit intérieur, les nouveaux venus, presque tous proscrits de la Commune, voulant mener les choses d’une certaine façon, les anciens membres tenant à continuer aux mêmes conditions que précédemment.
- Malheureusement quand on est si loin, il est difficile de se rendre un juste compte de ce qui se passe. On ne sait ni de quel colé sont les torts, ni s’il y en a des deux côtés. Nous avons lu les journaux des deux partis, la Jeune Icarie et la Revue Icarienne. Tant qu’a duré la lutte des deux partis, cetle lecture a été loin d'être édifiante. On se déchirait de part et d’autres à belles dents. Si Cabet, cet honnête homme si profondément sincère, avait assisté aux divisions de ses disciples, il aurait été tué de douleur.
- Aujourd’hui la crise est terminée; les deux groupes icariens sont divisés et vivent chacun à part.
- Nous voyons par le dernier N° de la Revue Icarienne que les communistes du plus ancien groupe ont transporté leurs habitations sur un emplacement nouveau qu’ils appellent Icara et qui, parait-il. est ne beaucoup préférable à celui qu’ils occupaient auparavant.
- Ce déplacement s est accompli, non sans peine, au milieu des froids excessifs de l’hiver de l'Iuwa. L’inauguration du nouveau réfectoire a été fêtée par un banquet suivi d’une soirée littéraire et musicale. Le programme de cette soirée où la haute poésie tient une grande place témoigne de l’élévation du goût et du développement intellectuel de la population d’Icara.
- Malheureusement la Revue Icarienne ne donne aucun détail sur la situation matérielle actuelle de la communauté.
- Le <lroit de» femmes» anx Etats-Unis,
- — Le Courrier de l'Jllinois soutient une campagne en faveur du droit des femmes.
- On sait que TUlinois est, par rang d’importance, le 3e des Etats de l’Union. Il arrive immédiatement après l’Etat de New-York et la Pensylvanie. Le triomphe du droit des femmes dans cet état ne pourrait manquer d’avoir le plus grand retentissement.
- CONGRÈS A NTI-CLÉRICAL
- Dans sa séance du 14 mars, le Comité de VUnion démocratique, de propagande anti-cléricale, pour répondre aux vives instances de ses adhérents, a résolu d’organiser un Congrès anti-clérical, qui aura lieu à Paris, du 12 au 15 mai prochain.
- Pour tous renseignements, s’adresser au secrétaire général, M. Victor Poupin, 48, rue Monsieur-le-Prince.
- Uun des vice-présidents,
- WL. GAGNEUR,
- Député du Jura.
- LA QUESTION DES FEMMES
- II
- Un fait m’a toujours frappé et blessé : tous les talents, toutes les vertus que l’on cultive chez les jeunes filles ont toujours pour objet le mariage, c’est-à-dire le mari. On ne voit et l’on n’élève dans la jeune fille que l’épouse future. A quoi lui servira tel talent ou telle qualité quand elle sera mariée ? dit-on sans cesse. Son développement personnel est un moyen, jamais un but. La femme n’existe-t-elle donc point par elle-même ? N’est-elle fille de Dieu que si elle est compagne de l’homme ? N’a-t-elle pas une âme distincte de la nôtre, immortelle comme la nôtre, tenant comme la nôtre à l’infini par la perfectibilité ? La responsabilité de ses fautes et le mérite de ses vertus ne lui apparfciennent-ils pas ? Au-dessus de ses fonctions d’épouses ou de mères, fonctions transitoires, accidentelles, que la mort brise, que l'absence suspend, qui appartiennent aux uues et n’appartiennent pas aux autres, il est pour la femme un titre éternel et inaliénable qui di-mine et précède tout, c’est celui de créature humaine. Eh bien, comme telle, elle a droit au développement le plus complet de son esprit et de son cœur. Loin donc de nous ces vaines objections tirées de nos lois d’un jour 1 C’est au nom de l’éternité que vous lui devez la lumière !
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- 305
- Achevons ce qui regarde la fille en parlant de la \ séduction..........................................I
- Si l’on nous disait qu’il existe un pays où la chasteté féminine est mise à si haut prix, que ce n’est pas pour les femmes une vertu, mais la vertu; si l’on nous disait que la perte de cette vertu flétrit non-seulement la coupable, mais sa famille, et qu’on a vu des filles tuées par leurs pères rien que pour cette faute; si l’on nous disait de plus que, dans cette contrée les femmes sont jugées si légères d’esprit et si faibles de caractère, qu’elles restent mineures pendant tout le temps de leur mariage ; si l’on nous apprenait que, chez ce peuple, tous les hommes, pauvres et riches, beaux et laids, nobles et roturiers, poussés, ceux-ci par la passion, ceux-là par l’ennui, d’autres par la vanité, se précipitent à la poursuite de cette vertu, comme des limiers sur une bête de chasse; qu’enfin, par un contraste bizarre, le même monde qui flétrit celles qui succombent, glorifie ceux qui les font succomber, et honore leurs succès du nom de conquête; -- certes, si un tel tableau nous était offert et qu’on nous demandât de préjuger le caractère de la loi dans ce pays, nous dirions : Le législateur n’aura eu qu’une pensée, défendre la femme contre l’homme et contre elle-même; il se jettera entre le corrupteur et la victime ; tout séducteur sera puni deux fois, car il fait le mal et le fait faire.
- Voilà le langage que tout honnête homme prêterait au législateur; voici ce que décide notre Code:
- La fille, dès l’âge de quinze ans, répond seule de son honneur, c’est-à-dire que la séduction masculine est impunie. Quinze ans !... Mais c’est l’âge qui a le plus besoin de défense ! l’âge où l’innocence même est une cause de chute ! N’importe, la femme à quinze ans est toujours censée séduire; son rôle d’Eve a commencé. La loi, cependant, ne reconnaît à la jeune fille le droit de disposer de son bien qu’à l’âge de vingt et un ans. Mais il y a deux majorités : la majorité du cœur et la majorité de la bourse. La femme, selon le Code, peut défendre son cœur six ans plus tôt que son argent.
- Ce n’est pas tout. Un des plus habituels et des plus sûrs moyens de séduction est la promesse de mariage. Combien de jeunes filles n’ont cédé qu’à cet espoir ! Combien d’hommes n’ont triomphé qu’avec cette arme î Eh bien que dit la loi ? Toute promesse de mariage est nulle, non-seulement comme promesse de mariage, mais comme base d’une action judiciaire. L’homme a le droit de venir dire à la justice : Voici ma signature, cela est vrai. Mais qu'importe ? une dette de cœur est nulle comme une dette de jeu !
- Ce n’est pas tout. Le déshonneur de la jeune fille peut être public et prouvé. N’importe ! quelque évidente, quelque irréfutable que soit la désignation du père, quelles que soient les circonstances qui disent à tous et tout haut : « Le voilà ! » l’homme est toujours irresponsable. Dans tous les cas, à tous les degrés, la démonstration et même la recherche de la paternité est interdite.
- Ce n’est pas tout encore : à côté des séducteurs, il y a les corrupteurs ou les corruptrices, c’est-à-dire la race infâme qui séduit au profit d’autrui et pour de l’argent.
- Eh bien de quelle peine la loi punit-elle ce commerce ? De la même peine qu’un vol ordinaire : jd’un emprisonnement de six mois à deux ans et d’une amende de50 à 100 francs? Et encore faut-il qu’il s’agisse d’un commerce habituel ! Le texte est précis : Tous ceux qui corrompront habituellement... » Il faut qu’il y ait métier 1... En vérité, c’est à peine un droit de patente.
- Mais sur quoi donc, grand Dieu! est donc fondée tant d’indulgence pour tant de vices ? Sur quoi ? sur deux préceptes de morale :
- « Tout contrat qui a pour objet une chose honteuse est nul de droit. »
- « Accorder à une fille coupable une action judiciaire contre son séducteur, c’est offrir une prime d’encouragement à la débauche. »
- Une prime à la débauche ! Mais qu’elle prime plus honteuse, plus énorme pouvez-vous lui accorder que cette impunité même laissée à l’homme ? Quoi ! vous ne voyez pas qu’en désarmant la jeune fille, vous armez le séducteur! Vous ne voyez pas qu’en ajoutant à toutes ses ressources de richesse, d’adresse, d’expérience, d’ardeur sensuelle, d’ardeur vaniteuse, la sanction de votre acquittement, vous vous faites vous-même son intermédiaire ou son complice ! Ce n’est pas la pudeur publique que vous défendez,ainsi que vous le dites,c’est la suzeraineté masculine dans ce qu’elle a de plus vil, c’est le droit du seigneur. On nous opposé toujours les fâcheuses conséquences de la loi anglaise qui permet la poursuite du séducteur. Eh! si la loi anglaise est mal faite, refaites-la! Refaites-lajusqu’à ce qu’elle soit bonne, et quand elle ne devrait jamais l’être complètement, établis-sez-la ; car au-dessus des inconvénients de telle ou telle disposition, au-dessus des obstacles qui surviennent dans la pratique s'élèvent des principes qui veulent être respectés à tout prix,et le plus sacré de ces principes, c'est la pureté de l’àme humaine !
- (A suivre).
- E. Legouvé.
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- LE DEVOIR
- LA CONSTITUTION DE LA RÉPUBLIQUE
- L’agitation révisionniste soulevée par M, Barodet entraîne, de la part de certains journaux, des déclarations qui méritent d'être remarquées.
- Voici ce que dit M. Henry Maret.dans la Vérité:
- La constitution d'une République, en ce qu’elle renferme de définitif, ne doit être que la constitution des libertés publiques. Certainement, il ne faut pas enchaîner l’avenir; mais est-ce l’enchaîner que de le proclamer libre à jamais ? Une constitution, telle que nous l’entendons, ne contraint le citoyen qu’à une chose, c’est à n’être jamais contraint. La seule liberté qu’elle enlève, c’est la liberté de ne plus être libre. Avec elle on ne peut jamais empêcher de parler, empêcher d'écrire, empêcher de se réunir, empêcher de voter; elle est très gênante pour les ambitieux, pour les usurpateurs et pour les tyrans et porte incontestablement atteinte à la liberté des empereurs.
- Quand nos ancêtres ont proclamé les Droits de l’homme, on n’a pas, que je sache, réclamé contre cet abus d’autorité. Une nouvelle Martine a-t-elle crié : « S’il me plaît de n’avoir pas de droits ! » C’est pourtant ce que croient les disciples de M. Thiers, qui ne veulent pas qu’on mette la liberté au-dessus des lois, par une constitution immuable. C’était du reste le raisonnement des bonapartistes, qui voulaient qu’on laissât le Peuple libre d’avoir un maître. C’est, pour ma part, la seule liberté que je lui refuse et que lui refuse aussi le bon sens, puisqu’il y a contradiction entre les termes; attendu que s’il est libre il n’a pas de maître et que.s’il a un maître il n’est pas libre.
- Il nous faut donc une constitution, parce qu’il faut nous constituer la liberté et ne la laisser à la merci ni d’un homme, ni d’une Assemblée, ni même d’une opinion publique égarée. Le droit d’être libre est un droit primordial, au-dessus de tous les règlements, de toutes les lois, de toutes les circonstances. De même qu’on inscrit au commencement de l’arithmétique : Deux et deux font quatre; au commencement de la géométrie : la ligne droite est le plus court chemin d’un point à un autre ; de même, il faut inscrire en têi^e de la constitution cet axiome :
- « La souveraineté du Peuple implique sa liberté. »
- L’accélération des voyâges
- Il vient d’être fait, par les soins et sous la direction du ministère des travaux publics, un travail très intéressant sur les améliorations apportées, depuis un peu plus d’un demi-siècle, dans les modes de locomotion
- successivement adoptés, et dont l’un des effets les plus avantageux a été d’aceélérer considérablement les voyages.
- Voici, sur ce sujet,quelques chiffres qu’on lira avec intérêt :
- La distance de Paris au Havre, qui est de 210 kilomètres par routes de terre, exigeait, à la fin de 1814, 37 heures ; à la fin de 1830, 24 heures, et, en 1848 par les messageries, 18 heures.
- Aujourd’hui, la durée du trajet, par le train express, dure 4 heures 18 minutes, et la longueur du chemin, par la voie ferrée, est de 228 kilomètres.
- Pour aller de Paris à Bordeaux, il y a quatre-vingt-dix ans, il ne fallait pas moins de 90 h.
- En 1830, pour faire le trajet, on mettait 72 heures.
- En 1848, par la malle-poste, 36 heures.
- Actuellement, le train express qui part de Paris à 8 heures 20 du soir, arrive â Bordeaux le lendemain matin à 7 heures 10, soit dans l’espace de 10 heures 50 minutes.
- En résumé, la vitesse moyenne à l’heure, y compris les temps d’arrêt, était de 3 kilomètres et demi environ au dix-huitième siècle, et de 9 kilomètres et demi en 1848. parles messageries.
- Aujourd’hui, par les chemins de fer, la vitesse moyenne des trains express, est, pour le moment, de 43 kilomètres. Ou marche donc quatorze fois plus vite qu’il y a quatre-vingts ans, et le dernier mot n’est pas dit en fait de vitesse, car on annonce que l’on construit à la Compagnie d’Orléans des locomotives d’un nouveau système, qui franchiront une distance de 90 kilomètres à l’heure.
- PÉTITION OUVRIÈRE
- Voici le texte de la pétition qui se signe en ce moment dans les Centres charbonniers belges et qui concerne les Caisses de Prévoyance en faveur des ouvriers mineurs :
- A Messieurs le Président et tes Membres de la Chambre
- des Représentants, à Bruxelles.
- Messieurs,
- Voici les résolutions prises au congrès des mineurs Belges, tenu à Mons le 31 octobre 1880,et sur lesquelles nous appelons votre attention :
- 1. Représentation de l’élément ouvrier sur le même pied et en nombre égal aux patrons, dans le Conseil d’administration.
- 2. Remise à chaque ouvrier d’un livret de la caisse de prévoyance, livret sur lequel devront être inscrites les retenues sur les salaires.
- 3. Prescrire que lés décisions du Conseil d’administration sur les demandes de pensions et secours soient prises publiquement.
- 4. Autoriser les.ouvriers à appeler devant les tribunaux de première instance de la décision prise par la Commission.
- 6. Etablir comme règle que tous les actes de procédure etc., seront gratuits, et qu’en cas d’appel, le ministère des avoués ne soit pas nécessaire.
- 6. Que l’ouvrier puisse, muni de son livret, demander directement une pension ou un secours, sans passer par l’intermédiaire du patron.
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- 7. Que le 'service médical soit réorganisé de façon que l’ouvrier soit libre de prendre n’importe quel médecin, et que ceux-ci soient payés par visite, au lieu d’avoir des appointements.
- 8. Que tous les ans au moinsje compte-rendu détaillé des recettes et des dépenses soit remis à chaque ouvrier.
- Pour les caisses particulières de secours leur suppression totale.
- Conformément aux réclamations formulées depuis bon nombre d’années, tant sur l’organisation que sur les dépenses effectuées depuis la création des caisses de prévoyances établies en faveur des ouvriers mineurs, etc., nous venons réclamer l’application de mesures plus équitables, plus conformes à l’esprit de justice inscrites parles législateurs dans notre Constitution.
- Le principe d’égalité n’exista pas dans cette institution. dans laquelle nous avons les mêmes droits que les exploitants charbonniers ; ces caisses se composent des retenues opérées sur nos salaires, de l’appoint qu’ils y versent,/tes subsides de l’Etat et de la Providence. Nous réclamons notre part d’administration des caisses de prévoyance, au même titre que les exploitants, et la suppression immédiate des caisses de secours annexées à chacun des établissements associés ; nous vous invitons,Messieurs, à nommer au plus tôt une Commission chargée d’étudier cette importante question et de formuler un avant-projet ayant pour but bien déterminé les trois points ci dessous :
- 1, Caisse de retraite pour les vieux ouvriers;
- 2, Caisse de pensions pour les ouvriers invalides ou infirmes avant l’âge de retraite ;
- 3, Caisse de secours pour les ouvriers accidentellement ou passagèrement malades ou blessés.
- Ces trois institutions établies sous les auspices du gouvernement amèneraient mieux que toutes les lois et règlementations communales, la suppression de la mendicité et par une sage administration, conduiraient la grande famille belge à. la solidarité,base essentielle de la société de l’avenir.
- Le gouvernement Belge, par les subsides accordés depuis la fondation des caisses de prévoyance, étant intéressé ainsi que les provinces et les communes à ce qu’elles soient maintenues, à causes des charges nouvelles qui incomberaient aux bureaux de bienfaisance si elles étaient dissoutes, nous soussignés, espérons que vous voudrez, dans l’intérêt de la nation, des provinces et des communes des bassins houillers, ainsi oue pour nous, alimenteurs de toutes les branches industrielles de notre pays, examiner notre réclamation et la proposition que nous avons l’honneur de vous soumettre afin qu'elles soient résolues d’une façon pratique.égali-taire et rationnelle.
- Recevez, Messieurs le Président et les membres de la
- Chambre des Représentants, nos sincères salutations.
- CLUB INTERNATIONAL D’ÉTUDES SOCIALES A LONDRES
- On nous écrit :
- Le Club International fondé il y a plus d’une année pour rapprocher les socialistes de tous les pays résidant à Londres, vient de fonder une bibliothèque et salle de lecture où les socialistes pourront se réunir tous les soirs. Cette bibliothèque est située LOS Whitfield Street Fitzroy Square.
- Au nom du Club nous venons prier toutes les personnes sympathiques à nos idées de nous expédier à cette dernière adresse les ouvrages dont elles pourraient disposer. Nous recevrons avec reconnaissance tout envoi de volumes, brochures, journaux et revues socialistes, collections d’anciens journaux, et dans toutes les langues car presque toutes les langues de l’Europe sont représentées parmi nous.
- Espérant que les amis des idées nouvelles voudront bien donner cette preuve de solidarité fraternelle, nous leur en exprimons dès à présent nos sincères remerciements.
- Au nom de la commission d’initiative,
- Ch. Robins.
- L’ILE DE MAN
- Nous avons en France, sur l’extrême lisière de notre territoire, deux curiosités géographiques,deux Etats indépendants, la république d’Andorre et la principauté de Monaco, dernières épaves du Moyen-Age.
- Les Anglais ont aussi leur relique des temps anciens, d’une antiquité bien plus respectable encore, le royaume de Man, Kingdom of Man, un royaume de vingt-huit lieues carrées, installé dans la mer d’Irlande, dont la constitution, venue en droite ligne des vieux bretons, se conserve intacte depuis deux mille ans et plus, juste au cœur du groupe des Iles Britanniques.
- Il y a encore ceci à dire à l’avantage de la curiosité géographiqne anglaise, c’est que, tandis que les nôtres abusent de leurindépendance pour se mettre à la queue des nations européennes, elle use de la sienne pour en prendre la tête. La république d’Andorre, aussi bien que la principauté de Monaco, se font le refuge des maisons de jeu, chassées de partout, et le royaume de Man vient de proclamer l’égalité politique de l’homme et de la femme»
- L’Islande monte encore avec orgueil la plaine du Thingwalla où se tenaient jadis les assemblées natid-les, et dans laquelle son peuple tout entier vota en
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- l’an mil, après une longue et ardente discussion, l’adoption du christianisme. Il y a six cents ans que le Thingwalla d’Islande n’est plus qu’un souvenir historique. Celui de l’île de Man est encore une réalité vivante, deux fois par an, la population do Man se donne rendez-vous autour du Tynwald,une grande butte artificielle suite de terre apportées de toutes les paroisses de Pile, avec doux estrades circulaires superposées. Au sommet, sous la bannière nationale se place le gouverneur de l’ile, représentant de l’ancien roi de Man. Les membres de son conseil siègent au-dessous de lui, sur la première estrade, et les 24 Keys, ou députés élus sur celle d’en bas. Le peuple rangé tout autour de son Parlement le plus vieux du monde, sans contredit, assiste en silence à la promulgation des lois qu’il lui a faites.
- C’est avec cet appareil, le même qu’au temps de César, qu’à été promulguée, au mois de janvier der-niea, la loi qui confère le droit de vote « à toute per-sonne majeure, non atteinte d’incapacité légale. » Qui dirait,à lire cette ligne-si simple,si inattaquable en bonne conscience, qu’elle contient toute une révolution, après laquelle l’humanité court depuis l’âge de pierre ?
- Ce premier triomphe remporté en Europe sur le préjugé masculin est dû à l’éloquence intrépide de deux membres de la Société pour le suffrage des femmes, Miss Lydia Becker et Mistress Scalchard. Elles avaient provoqué, au mois d’août dernier, des réunions dans les quatre ville de l’ile, et avaient su plaider si bien leur cause que « le bill de franchise électorale », présenté sans succès à la dernière législature, a passé cette fois à une grande majorité. Allez donc soutenir après cela qu’il n’est pas donné aux femmes de bien parler en public.
- Tous les détails qu'on vient de lire m’ont été envoyés de l’ile de Man, de Vile de Vhomme, comme on m’écrit [Man, homme), un lieu bien choisi, entre nous,pour inaugurer par ici la reconnaissance légale du droit de la femme. Qu'on me permette de les faire suivre d’une observation.
- Je n’avais demandé aucun renseignement sur les écoles de l'ile. J’étais parfaitement certain que les filles qui en sortent en savent à peu près autant que les garçons, et qu’elles y ont été élevées dans le même esprit. Croyez bien que sans cela l’éloquence des deux missionnaires de la Société pour le suffrage des femmes n’aurait jamais eu raison de la résistance des Keys dans le royaume de Man.
- C’est pour cette raison que nos Keys,à nous,seront encore longtemps, trop longtemps malheureusement j’en ai bien peur, avant de se laisser fléchir. Ce qu’il
- faut leur demander pour le moment, c’est d’avoir l’œil sur nos écoles de filles.
- Jean Macé.
- TJii journal Fort curieux
- Les docteurs S. Brassai et IL de Metz, professeurs à Kolosvar en Hongrie publient dans cette ville sous le titre : Acta comparâtionis liUerarum universarum une revue de littérature comparée qui a des rédacteurs dans le monde entier. Toutes les langues de la terre y sont représentées; toutefois un grand nombre des articles est en allemand. C’est la revue la plus essentiellement polyglotte qu’il y ait au monde.
- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
- Les Etats-Unis d’Europe commenceront leur treizième année le samedi 2 avril 1881. Organe de la Ligue internationale de la paix et de la liberté, ce journal traite au point de vue européen toutes les questions politiques et sociales. Il applique impartialement aux hommes et aux choses de tout pays la maxime de la Ligue : Le juste avant 1 utile ; la politique subordonnée à la morale. Chaque samedi il donne l’histoire sommaire de la semaine. Des correspondances de France, d’Allemagne, d’Italie, d’Alsace-Lorraine, de Belgique, de Roumanie, de Pologne | et de Russie, etc , etc., complètent le journal. Il convient à tous ceux qui, ayant peu de temps à donner aux journaux, veulent pourtant se tenir exactement informés de l’évolution politique et sociale de l’Europe.
- Directeur : Ch. Lemonnier.
- Les Etats-Unis d’Europe paraissent à Genève le samedi. L’abonnement d’un an coûte: pour la Suisse, 8 fr.; pour tout pays de l’Union postale,10 fr. 60. — A Genève: 1, quai des Bergues ; à Paris : Fischbacher, 33, rue de Seine, et dans les bureaux de poste de Suisse, de France, de Belgique, d’Italie. Se vend dans les principales gares.
- Chaque Samedi 16 pages grand ln-8®, 2 colonnes
- REVUE HEBDOMADAIRE
- Scientifique, illustrée, spéciale, seul journal tenant les lecteurs au courant de tous les détails de l’Exposition universelle d’électricité, organe indépendant des exposants ’
- rédacteur en chbk : W. de FONVIELLE E. de CLISSON : directeur
- Un numéro, 40 centimes. — L'année, 18 francs. Union postale 20 francs.
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- Le Directeur-Gérant : GODIN.
- Saiot-QueoUo—lmp. de la Société anonyme du Glaneur
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- ifi numéro hebdomadaire 20 c.
- DIMANCHE 8 AVRIL 1881
- 4- ANNÉE, TOME 5 — N» 134
- Le Devoir
- REVUE DES RÉFORMES SOCIALES
- BUREAU
- A GUISE (Aisne)
- -Anna—
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant Fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE
- par l'envoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France
- Un an. . . . 40 fr.»» Six mois ... 6 »»
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- 'Autres pays Un an. . . . 43 fr. 60
- ON S'ABONNE
- A PARIS 5,r.Neuve-des-petits-Champs Passage des Deux-Pavillons
- -TrvJLnr-
- S’adresser à M. LEYMARIE administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- De la nomination aux fonctions. — Faits politiques et sociaux. — Les institutions pour la basse enfance et Vamélioration du sort des ouvriers. — Nouvelles diverses. — Le tyrannicide. — Réhabilitation des ouvriers. — Le discours de M. Gambetta. — Les accidents industriels. — Logements à bon marché. — Pouvoir des Landlords irlandais. — Enseignement du dessin aux Massachusetts. — Curieuse statistique. — Variétés.
- DE LA NOMINATION AUX FONCTIONS
- XXIII
- On a professé beaucoup d'erreurs sur l’avantage d’être le moins possible gouverné. C’est à ce point que certains hommes ont prétendu faire de l’anarchie un système de constitution politique, système sans consistance, il est vrai, mais qui a eu les honneurs de la publicité et de la discussion.
- Ce qui est vrai, c’est que si le gouvernement s’exerce au préjudice du grand nombre, il se fôit toujours trop sentir; mais l’effet contraire sc produirait si les sociétés étaient bien gouvernées et bien dirigées.
- Les faits établissent que rien de grand, rien de remarquable ne se fonde dans le monde sans l’impulsion d’une direction tout à la fois conti-nue, persévérante et intelligente.
- Dans les travaux de l’industrie et de l’agriculture, comme dans l’administration et le gouvernement de la Société, les bonnes directions sont le premier élément de succès, la première cause de satisfaction et de prospérité.
- Dans la direction des choses humaines, il est élémentaire que là où se porte l’action de l’homme animé de l’amour du bien et doué d’intelligence, des résultats favorables ne tardent pas à se manifester.
- Au contraire, là où intervient l’homme incapable et animé de mauvaises intentions, tout marche à la dérive et compromet la situation des personnes et des choses.
- Où la direction est mauvaise, les résultats sont mauvais.
- Où la direction est absente, il n’y a rien à attendre ni à espérer.
- La conclusion à tirer de ceci, c’est que les hommes ont besoin de gouvernement et de direction ; mais que pour être bien gouvernés et bien dirigés, ils doivent l’être par le réel mérite et le réel savoir.
- Ces idées ne sont pas nouvelles, diront certains esprits, tout le monde sait cela.
- Je fais remarquer que, quoique tout le monde sache que la ligne droite est le plus court chemin pour aller d’un point à un autre, on le rappelle et l’enseigne en géométrie. Pourquoi ? Parce que l’évidence ne suffît pas pour que l’homme tire immédiatement d’une vérité toutes les conséquences utiles. Le même fait se produit en économie sociale. Si l’indispensable
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- nécessité du bon gouvernement et de la bonne direction en toute chose est évidente, il est évident aussi que jusqu’ici on a pratiqué tout le contraire de ce qui est à faire pour réaliser le problème. Partout surgissent des directions et des gouvernements mauvais, insuffisants ou incomplets; et aucune nation n’a encore fait le nécessaire pour organiser les moyens rationnels du choix des hommes publics et de la direction sociale. Nulle part on n’a su mettre en relief le mérite des hommes, donner essor aux intelligences d’élite, attirer sur les véritables capacités une attention spéciale, afin que la nation en puisse tirer profit.
- Nous avons vu que les pouvoirs ont un caractère propre à la nature de leur origine. Autocratie, monarchie, aristocratie et despotisme dérivent d’un même principe : la force ou la puissance abusant de la faiblesse.
- Sous ces régimes, la nomination aux fonctions dépend d’un pouvoir suprême. Que ce pouvoir soit central ou local, l’arbitraire est le même : les fonctions sont laissées au bon plaisir de celui qui détient l’autorité.
- Les pourvoyeurs des passions de l’autocrate sont ses premiers ministres ; et tous ses adulateurs sont appelés aux gouvernements provinciaux. C’est donc aux hommes les plus enclins à l’admiration de l’arbitraire et des abus , à l’oubli du juste et du droit, c’est enfin aux caractères dépourvus de tout dévouement à l’humanité, que se trouve confié le soin de l’empire.
- Les commandements, les emplois, les fonctions donnés par un pouvoir centralisateur sont considérés par les titulaires comme des professions et comme des moyens d’arriver à la richesse. L’intérêt public ne peut jamais être l’objectif réel de tels fonctionnaires. Plaire au pouvoir dont ils relèvent es[t nécessairement leur premier soin. La chose publique n’étant qu’un moyen de parvenir à le fortune, on la traite non suivant les soins qu’elle réclame, mais selon l’intérêt particulier des administrateurs et des gouvernants.
- La misère, la dépopulation sont le partage des contrées ainsi gouvernées. Ces régimes sont ennemis de la liberté et de la justice ; c’est le despotisme sous tous les aspects possibles, j
- Mais rien n’est immuable. La vie des sociétés se transforme, les régimes despotiques se modifient sous l’influence même de leurs propres excès. Des progrès s’opèrent dans la raison des peuples ; l’esprit de résistance s’accroît par l’effet même de la permanence de l’oppression. L’action des événements finit par apporter dans les gouvernements les plus absolus des causes d’affaiblissement qui obligent les pouvoirs à abandonner aux peuples un peu des libertés qui leur sont dues. Le droit de suffrage et d’élection renaît dans ces circonstances; il est d’abord contenu, limité, restreint à une partie des citoyens, mais il va s’étendant jusqu’au suffrage universel. Alors l’intervention du peuple dans la nomination des pouvoirs influe sur la chose publique ; mais si la puissance des abus va s’amoindrissant, les habitudes du régime autoritaire restent et les fonctions publiques n’en continuent pas moins dans le régime administratif et gouvernemental à faire obstacle aux libertés publiques et à l’émancipation des classes laborieuses.
- Tant que les gouvernements ne prennent pas le bonheur des peuples pour règle de leur conduite , tant qu’ils placent leurs désirs et leur volonté au-dessus des désirs et des volontés de la nation, ils n’ont pas assez de confiance dans le pouvoir dont ils disposent pour prendre les agents de leur administration parmi les populations où ils doivent être représentés.
- Ces pouvoirs imbus des intérêts de castes ou de classes ont besoin pour ne pas périr de placer dans les provinces, les cantons et les villes des hommes de leur choix.
- Aussi s’agit-il des administrateurs d’une province ou de ceux d’un département, de la police d’une ville ou de celle d’un canton, du jugement des différents entre particuliers, partout le gouvernement autoritaire place des hommes étrangers au pays, afin que ces délégués sans attache à la contrée même, soient plus prêts à servir uniquement le pouvoir dont ils relèvent.
- Les agents des régimes autoritaires sont faits à l’image de l’autocratie ; ils sont les serviteurs de l’autorité même dans ses usurpations les plus coupables, au lieu d’être les défenseurs de l’intérêt public et les gardiens des droits et des
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- libertés de tous les citoyens.
- L’administration, la police et la procédure relevant de l’arbitraire du pouvoir, le régime autoritaire se sert de ces fonctions pour arriver à ses lins. La loi, quand elle existe, n’est entre ses mains qu’un instrument dont il use pour son avantage propre, et qu’il néglige quand il ne peut en tirer-aucun profit.
- Ces abus, qui ont pris naissance dans l’oubli et le mépris du droit au sein des sociétés primitives, ont transmis d’âge en âge, même chez les peuples les plus policés, les traditions autoritaires qui donnent lieu à l’anéantissement de la liberté des citoyens. Sous l’influence de ces traditions, ce n’est que bien lentement que les peuples reconnaissent les dangers de centraliser les pouvoirs et de confier à ceux qui gouvernent la nomination aux fonctions.
- Dira-t-on que les gouvernements avancés, ceux où les idées démocratiques ont fait leur apparition, ne sont plus entachés des défauts propres aux régimes monarchiques et despotiques ? Erreur profonde. L’héritage des institutions et des habitudes du passé est visible encore parmi nous. La forme politique s’est sensiblement modifiée, mais l’état social s’est maintenu avec la plupart de ses convoitises et de ses erreurs.
- Il est donc du plus grand intérêt politique et social qu’on finisse par reconnaître que la société doit choisir elle-même ses gouvernants, ses administrateurs et tous ses agents ; que sans cela il n’y aura jamais de liberté sérieuse, et que les citoyens seront assujettis à l’arbitraire des pouvoirs, tant que ces pouvoirs ne seront pas une émanation dé la volonté publique.
- Il faut que le peuple soit mis en mesure de choisir et de nommer avec discernement les hommes qu’il croit dignes, par leur savoir et leur mérite, des fonctions publiques. Il faut qu’il puisse destituer et révoquer ceux qui ne méritent pas la confiance de la nation.
- C’est alors seulement que le fonctionnaire comprendra qu’au lieu de se faire l’agent des passions et des convoitises du pouvoir, il a pour mission detre utile au public, en remplissant sa fonction avec équité et droiture, en se rendant utile aux citoyens et à la Société en général.
- {A suivre). GODIN.
- FAITS POLITIQUES & SOCIAUX DE LA SEMAINE
- FRANCE
- Travaux des Chamîîres. — Le Sénat a discuté le projet voté par la Chambre et relatif aux titres de capacité exigés pour l’enseignement primaire.
- Ce projet fut déposé par le gouvernement le 20 mai 1879, la commission de la Chambre en est restée saisie pendant environ une année, et le projet n’a été adopté par la Chambre que le 27 mai 1880.
- Le 3 juin, M. Jules Ferry le déposait sur le bureau du Sénat.
- La commission de la Chambre haute avait délibéré longuement, et M. Ferrouillat avait été nommé rapporteur.
- La discussion a porté presque tout entière sur la suppression de la lettre d’obédience qui est, comme on sait, la principale des quatre équivalences du brevet de capacité.
- Le projet du gouvernement, adopté par la Chambre, supprime ces quatre équivalences que la loi de 1830 avait assimilées au brevet de capacité.
- Le Sénat a aussi procédé à la première délibération sur le projet de loi adopté parla Chambre des députés portant création d’une caisse d’épargne postale.
- Nos lecteurs se souviennent que nous avons applaudi à cette création quand elle a élé proposée à la Chambre. Faciliter, solliciter l’épargne est toujours une bonne chose, mais que ce ne soit pas — comme le rêvent quelques-uns — le moyen de supprimer la misère.
- La Chambre des députés a donné son temps — entre autre choses— à la deuxième délibération sur le projet de loi tendant à réduire à dix heures le maximum de la journée de travail, fixé à douze heures par la législation actuelle.
- Nous avons dit ce que nous pensions de ce projet de loi.
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- ILe mariage des prêtre®. — M. Saint-Martin député de Vaucluse, a déposé une intéressante proposition tendant à modifier les dispositions du Code civilsur le mariage.
- Il s’agit de rendre possible, sans contestation, par une disposition légale, le mariage des prêtres.
- Les bureaux de la Chambre viennent de nommer une commission chargée d’examiner cette proposition.
- La commission est unanime pour rendre le mariage des prêtres désormais possible, sans contestation, par une disposition légale.
- Aucune prescription législative n’a interdit le mariage des prêtres ; mais la cour de cassation, envahissant sur le domaine du législateur, a créé une jurisprudence’ en matière de mariage, qui établit une incapacité extra légale : celle qui dérive pour les prêtres de la réception du sacrement de l’ordre. L’article 26 de la loi du 18 germinal an X, porte en effet que les évêques ne pourront ordonner aucun ecclésiastique s’il ne réunit les qualités requises a parles canons reçus en France ».
- Trois arrêts de la cour de cassation, en date du 21 février 1833, du 23 février 1847 et du 26 février 1878, ont consacré cette doctrine et fait jurisprudence. C’est cette jurisprudence qu’il s’agit d’interrompre et d’effacer en introduisant dans le Code civil une clause qui n’admet expressément, limitativement d’autres prohibitions au mariage que celles portées par le Code civil lui-même ou par les lois militaires.
- Le Code civil d’ilalie renferme un article analogue ; les tribunaux de ce pays considèrent le mariage des prêtres comme valide. Il en est de même dans la catholique Belgique et en Suisse.
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- Le socialisme de M. de Cliombord. —
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- LE DEVOIR
- M. de Chambord félicite en ces termes M. de Mun j d’avoir indiqué dans son discours de Vannes, le remède aux maux (?) de la France : « Avec la monarchie tra-« ditionnelle, ce qui signifie la Monarchie chrétienne,
- « vous vous faites fort de résoudre tous les problèmes « contemporains, et vous avez raison. »
- « Il s’agit de savoir si le monde doit retourner à la « barbarie et s’il ne doit pas demander compte à la Révo-« lution de ses exécrables forfaits. Il s’agit de savoir si la « stabilité d'un principe qui domine les vicissitudes « humaines et qui leur survit, n’est pas supérieur à a toutes les combinaisons du hasard et de l’intrigue,
- « pour protéger la dignité des consciences ainsi que la « liberté des âmes, et assurer à cet ouvrier qui vous est « si cher,et auquel vous avez consacré votre vie,la sécu-a rité de son pain quotidien. »
- M. de Chambord termine en affirmant « la nécessité de rendre à la B’rance son Dieu et son Roi. » !
- Nous avons remarqué aussi dans cette lettre certain passage où M. de Chambord se demande s’il n’importe pas à la véritable harmonie sociale qu’un principe stable « domine les vicissitudes humaines », et si celte domination ne serait pas « supérieure à toutes les combinaisons du hasard et de l’intrigue » pour protéger l’ouvrier et lui assurer la sécurité de son pain quotidien.
- Ainsi « le Roy » s’enrôle aussi dans le socialisme autoritaire. Le « Fils de Saint Louis » portaut un vif intérêt au pain quotidien de l’ouvrier, cela ne manque pas de nouveauté. Toutefois, pour notre part, nous n’en sommes pas surpris.
- Nous avons déjà signalé à nombreuses reprises, cette tactique des anciens partis à profiler de ce que le parti républicain reste indifférent au sort de la classe ouvrière, pour affirmer aux travailleurs qu’ils s’intéressent à eux.
- Hypocrisie de ce côté, mais maladresse du nôtre.
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- Le dégrèvement des cafés*. — Un impôt qui intéresse au premier chef les classes ouvrières, c’est celui qui pèse sur le café. On ne comprend pas,en effet, que le café, dont les propriétés toniques sont à l’abri de toute contestation et qui, par cela môme,est devenu un objet de consommation de première nécessité pour l’ouvrier, surtout dans les départements du Nord, on ne comprend pas, disons-nous, que le café soit considéré comme un objet de luxe et, à ce titre , frappé de droits réellement excessifs.
- Une pétition a été adressée, en janvier dernier à M. Descbanel, pour l’engager à demander le dégrèvement des cafés, M. Deschanel n’étant plus député, nous espérons qu’un autre député voudra bien prendre pour son compte la pétition à ce sujet.
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- L’enseignement professionnel. — On a
- quelquefois contesté l’utilité des écoles professionnelles comme celle de la Villette. On a dit qu’on n’y faisait pas d’ouvriers. Voici une réponse de la Chambre syndicale de la serrurerie, en date du 8 mars. Dans un rapport, elle constate les excellents résultats donnés par l’école. Elle s’engage à placer immédiatement les quinze jeunes serruriers qui en sortiront cette année. Elle a décidé à l’unanimité qu’une somme de cent francs sera remise à titre de gratification à l’apprenti signalé comme le plus capable par le directeur.
- Disons cependant un mot : le règlement exige une trop longue durée de séjour à l’école. Il en résulte que les enfants qui demeurent un peu loin ne peuvent la suivre. Il suffirait de quelques légères modifications et de la multiplication des écoles de ce genre pour obvier à ces inconvénients.
- Suppression des octrois. — Le Français donne une nouvelle qui aurait, si elle se confirmait,une portée considérable :
- « La commission du budget aurait admis en principe la suppression des octrois pour 1882.
- *. La perte subie de ce chef par les communes serait compensée par un tant pour cent accordé sur le produit de l’impôt sur l’alcool, qui serait doublé. Cette modification entraînerait la suppression de tous les employés d’octroi et d’un grand nombre d’employés des contributions indirectes. La solution projetée serait la mise à la retraite de tous les employés ayant atteint la limite d’âge : cinquante-cinq ans pour le service actif et trente ans de présence dans les bureaux, et, pour le surplus, l’oftre de. six mois de traitement, à titre d’indemnité, à ceux qui se retireraient volontairement ou qui seraient remerciés. »
- Association <1© prévoyance des cm-ployéss ©ivîlH <1© l’JEtat. — Une Association de prévoyance des employés civils de l’Etat, autorisée par arrêté du ministre de l’intérieur du 3 janvier 1881, vient de s’organiser à Paris.
- Nous croyons devoir en faire connaître les grandes lignes à nos lecteurs.
- L’Association a pour but :
- la De constituer, en faveur des sociétaires, de leurs veuves ou de leurs orphelins mineurs, une pension absolument distincte de celle de l’Etat;
- 2° De venir en aide aux veuves ou aux orphelins des sociétaires.
- Sont sociétaires fondateurs, les fonctionnaires ou agents des administrations civiles de l’Etat qui ont adhéré par lettre au président de la Société avant le 1er avril 1881.
- La cotisation est de cinq francs par mois pour la première année et de trois francs pour les années suivantes.
- Le premier tirage des statuts étant insuffisant pour satisfaire à toutes les demandes, nous reproduisons ci-après une disposition transitoire quedes employés déjà anciens ont un grand intérêt à connaître de suite, afin de pouvoir adhérer en temps opportun :
- « Art. 36. — Les sociétaires fondateurs ne sont astreints qu’à une participation de dix ans à l’Association pour avoir droit à une pension. »
- Exceptionnellement aussi, les sociétaires fondateurs qui seraient mis à la retraite avant le 1er janvier J 891 pourront, en continuant leurs versements mensuels, h rester sociétaires jusqu’à ce qu’ils aient satisfait à la disposition qui précède ».
- « Les veuves et les orphelins mineurs des sociétaires jouiront du bénéfice de ces dispositions, sous réserve des autres conditions énoncées au règlement. »
- ANGLETERRE
- ILa ligpae a^-raiy© irlasidlais© fait tous ses efforts pour intéresser à sa cause les fermiers anglais. Le sort de ceux-ci, quoique beaucoup moins malheureux que celui des Irlandais est cependant encore des plus précaires.
- Un meeting tenu à l’hôtel de Westminster, le grand quartier général des parnellistes, a adopté vendredi plusieurs résolutions :
- 1° Constituant la National Land leagtie de Grande-Bretagne ;
- 2° Déclarant que la nouvelle organisation a pour objet d’aider la Land league Irlanuaise à diminuer les loyers des fermes, etc.
- M. Justin Marc Carthy, vice-président du groupe Home ruler, a été élu président de la Land league de Grande-Bretagne.
- Si la Land League trouve de l’appui chez les fermiers de l’Angleterre et aussi chez ceux ae l’Ecosse, la question agraire prendra dans tout le Royaume Uni une importance de tout premier ordre.
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- IRLANDE |
- î’as’iiell continue ses tournées oratoires. On [ l'a reçue vendredi à Cork avec des arcs de triomphe, et elle prononça des harangues dans deux meetings dont l’un exclusivement féminin. Il y avait affluence. Un prêtre catholique eut la malheureuse idée de dire à la foule de ne pas tant se presser contre l’estrade et de laisser moins de place aux deux inspecteurs de police, qq’il montrait du doigt au fond de la salle. Aussitôt la foiiie se précipita sur eux, et sans l’intervention de plusieurs membres du clergé, leur auraient fait un mauvais parti.
- SUISSE
- tJ» congrès socialiste universel s’ouvrira à Zurich le dimanche 2 septembre 1881 et continuera les 6 jours suivants.
- L’ordre du jour est fixé comme suit :
- 1° Situation du Parti Socialiste dans les différents pays : Statistique des groupes ouvriers ; idées philosophiques, politiques et sociales qui y prédominent; inductions qu’on peut tirer de cette statistique et de ces idées régnantes pour l’avenir du mouvement socialiste, spécialement dans l’hypothèse d’une révolution générale. '
- 2e Condition politique et économique du prolétariat dans chaque pays ; persécutions gouvernementales et autres auxquels les défenseurs de celui ci sont en butte; devoirs et ligne de conduite que cette condition et ces persécutions imposent aux socialistes
- 3° Une fédération aes forces socialistes est-elle possible et sur quelle base doit-elle se faire. — Règlement.
- 4° Elaboration d’un programme commun de principes, d’agitation et de propagande, toutes questions de détail réservées.
- 5° Y a-t-il lieu de créer dans chaque pays un bureau de renseignements et de secours en faveur des ouvriers sans travail, des socialistes victimes de la persécution bourgeoise, etc. ?
- 6° Quelles sont les lois qu’il y aurait lieu de faire et cel es qu’il y aurait lieu d’abroger immédiatement, tant sur le terrain économique que sur le terrain politique, pour faire triompher le Socialisme, si par un moyen quelconque les socialistes viennent au pouvoir?
- 7° Y a-t-il lieu de connaître ou de créer un organe officiel central où toutes les théories socialistes seront discutées ?
- 8° Réduction d’un manifesté à répandre, dans toutes les langues, parmi les travailleurs, manifeste montrant clairement au peuple sa situation, lui disant ce que veulent ses maîtres et ce que veulent les socialistes, et par quels moyens il pourra échapper à l’esclavage moderne.
- Ce congrès pourra avoir une grande importance si la liberté de la tribune est garantie aux orateurs de toutes les nuances, et si les révolutionnaires ne couvrent pas de leurs interruptions, comme c’est trop souvent le cas, la parole des socialistes évolutionnistes qui attendent tout de la science et dù suffrage universel, mais rien delà, force.
- ALLEMAGNE
- Les convoitises allemandes et le droit d’asile. — Le Golos de Saint-Pétersbourg publie une lettre du professeur Wartensdont les sympathies pour M. de Bismarck sont connues. Dans cette lettre M. Wartens s’attache à taire ressortir la nécessité de supprimer le droit d’asile illimité. Il proteste, contre un état de choses qui a fait de la Suisse, de la France et de l'Angleterre le foyer d’opérations criminelles dirigées contre la vie \ des monarques, en particulier, et contre les gouverne- I ments des pays étrangers, en général. s
- D’après ce publiciste la sécurité des souverains exige un remède prompt et efficace à celte situation intolérable, et il espère que la Russie pourra compter sur la solidarité reconnue des intérêts de tous les Etats, solidarité dont le gouvernement du roi Alphonse II d’Espagne a pris l’heureuse initiative.
- La Gazelta d'Halia, dont les affiliations à l’entourage de M. de Bismarck ne font doute pour personne, demande aux souverains de considérer la situation qui leur est faite par l’existence au centre de l’Europe de la Suisse, « refuge de régicides et asile de pestiférés. »
- Le Daily Télégraphe journal prussien en langue anglaise, se fait écrire de Vienne que grâce au secours prêté par les polices de Vienne et de Berlin à la police russe, celle-ci est dès maintenant en possession de toutes les pièces qui établissent, de toute évidence, que le plan du dernier crime accompli à Saint-Pétersbourg a été préparé de longue main en Suisse et à Paris.
- Le Novoje Yremja, dont on connaît les relations intimes avec le prince Gortschakoff et M. de Bismarck, va jusqu’à engager le gouvernement russe à rompre toutes ses relations diplomatiques avec la Confédération helvétique et à chasser de l’empire russe, en Europe, comme en Asie, tous les sujets suisses qui y résident.
- Mais l’organe de Gortschakoff ne trouve pas encore ces mesures assez efficaces et il ne se gêne pas de conseiller au gouvernement allemand, d’annexer tout simplement les provinces allemandes de la Suisse, c’est-à-dire les 3/4 du pays.
- La Tagblatl de Leipzig affirmait l’autre jour que c’est le prince de Bismarck lui-même qui a pris l’initiative de cette coalition générale de l’Europe monarchique contre le parti révolutionnaire, lors de l’affaire Lartmann,mais qu’il n’a pas voulu prendre, à cette occasion, la direction de cette coalition, ce qui aurait pu faire supposer une attaque directe de sa part contre le gouvernement républicain de la France.
- Pour éviter ce soupçon, le chancelier de fer a communiqué l’idée de cette coalition au chevalier Ulloa, à cette époque ministre des affaires étrangères en Espagne, avec prière de lancer cette idée dans' le monde ; ce que le ministre espagnol, avec le consentement du roi Alphonse, s’est empressé de faire.
- La conclusion à tirer de tout ceci, c’est que M. de Bismarck convoitait depuis longtemps et convoite toujours la Suisse et qu’il ne perd aucune occasion de faire naître des difficultés entre l’Allemagne militaire et ce petit pays inoffensif.
- * *
- Les socialistes. — Le chef de la police de Berlin a fait expulser de cette ville, dans la seule journée du 26 mars, 18 socialistes. A Leipzig la persécution a redoublé de vigueur depuis l’attentat de St-Pétersbourg. A Dresde la police a décidé d’ouvrir toutes les lettres adressées aux 26'principaux socialistes de cette ville. Des écrits socialistes ayant été répandus parmi les hommes d’un régiment d’infanterie en garnison à Mœckern, des perquisitions ont été opérées dans la caserne du régiment.
- ALSACE-LORRAINE
- Mesures contre les compagnies fraa-
- çaises. — Les assurances sur la vie, contre l’incendie et contre la grêle sont, en Alsace-Lorraine, entièrement — ou peu s’èn faut — entre les mains de compagnies françaises.Depuis l’annexion violente des deux provinces la population affecte même — à titre de protestation pacifique — de n’accorder, confiance qu’à ces compagnies-là.
- Ce genre de manifestation n’est pas du goût des conquérants.
- Le sous-secrétaire d’Etat, M. de Pommer-Esche a signifié aux compagnies françaises d’avoir à cesser leurs opérations après îe lsr mai prochain.
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- LÉ DEVOIR
- L’ordonnance entre dans des considérations économiques et commerciales sur l’inconvénient de donner son argent à des compagnies étrangères, considérations qui ne sont guère à leur place dans un décret gouvernemental, et surtout dans un décret proscrivant les seules compagnies françaises.
- On se demande ce que devient la stipulation du traité de Francfort portant que, au point de vue des intérêts commerciaux, la France et l’Allemagne se traiteront réciproquement sur le pied de la nation la plus favorisée par l’une ou l’autre.
- Evidemment l'affaire donnera lieu à une note diplomatique.Qu’est-ce que tout cela signifie? M. de Pommer-Esche n’a pas agi sans instruction. On cherche quel est le mobile et le but de ce coup.
- Les journaux allemands se sont plaints plus d’une fois des directeurs et des agents des compagnies françaises, prétendant que ce sont des agents de propagande politique, les commis-voyageurs de" la patrie perdue. Il est assez clair que tout ce personnel aime plus la France que l’Allemagne.
- Est-ce un motif suffisant pour mettre à pied, pour priver de leur positionet de leur gagne-pain des miliiers d’hommes, depuis un député au Reichstag, M. Kablé, jusqu’à de petits employés qui ont six semaines pour se chercher un autre emploi? Et que dire des assurés ? Si la fortune des directeurs, des agents de tout grade représente déjà quelques millions, combien de millions représentent les polices réalisées qu’il faudra résilier ?
- Les partes que va causer la mesure en question, si elle n’est pas rapportée, s’élèveront à des sommes tellement colossales ; tant de difficultés vont être soulevées ; tant de procès devront être entamés ; bref, cette mesure est quelque chose de si anormal qu’on la déclare impossible à exécuter. Mais encore une fois, pourquoi a-t-elle été promulguée?
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- SLets réfractaires». Les journaux d’Alsace-Lorraine viennent de publier les résultats officiels du recrutement en Alsace-Lorraine pendant l’année 1879.
- D’après le rapport qui vient d’être déposé par le chancelier sur le bureau du Reichstag,41,779 conscrits étaient inscrits sur les tableaux du recrutement en Alsace-Lorraine,
- Sur ce nombre :
- 4,009 n’avaient pas de domicile connu;
- 8,468 ne se sont pas présentés;
- 2,682 avaient à se présenter devant d’autres conseils ;
- 12,679 ont été ajournés n’ayant pas comparu;
- 3,465 ont été condamnés pour avoir émigré sans autorisation ;
- 1,969 se trouvent encore sous le coup de poursuites pour le même délit.
- Soit : 33,262 jeunes gens qui ont échappé à la loi militaire allemande en Alsace-Lorraine dans l’année 1879.
- Ce tableau en dit plus que tous les commentaires.
- PAYS-BAS
- TJprogrès. — La seconde Chambre des Etats Généraux a voté les premiers articles du projet de loi relatif aux rentes et valeurs mobilières.
- Il est hors de doute que cette loi apportera une modification profonde à la constitution économique du royaume des Pays Bas. Les habitants d’Amsterdam, dont la richesse est évaluée à 12 milliards de florins, ne payaient pas plus à l’Etat jusqu’à présent que les habitants de telle ou telle province, dont la richesse atteint à peine 3 milliard s de florins.
- Cette anomalie n’existera plus. D’autre part, tous les Néerlandais qui ont placé la plus grande partie de leur avoir dans les emprunts étrangers et qui n’en payaient rien à l’Etat, seront compris aussi dans ce nouvel in-
- corne tax, de même que les Anglais y ont été contraints depuis nombre d’années.
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- JL» paix ù. A-toliia. — La longue guerre soutenue par les troupes des Pays-Bas dans le pays d’At-chin, partie septentrionale de l’île de Sumatra, s’est terminée, comme on pouvait s’y attendre, par la soumission de ces peuplades féroces.
- Aujourd’hui le calme le plus parfait règue dans cet admirable pays et un gouvernement civil vient d’y remplacer le gouvernement militaire qui existait depuis 1873.
- La Kœlnische Zeitung, à qui nous empruntons cette nouvelle, dit que c’est sous le commandement du général Vandcr Heyden, homme aussi courageux et doux qu'énergique et résolu,que les troupes néerlandaises ont fait depuis 1877 leurs deux plus belles campagnes dans les Indes et qu’elles ont soumis le plus puissant sultan de l’Archipel de la Sonde, après une lutte dans laquelle le caractère calme mais tenace des Néerlandais s’est montré sous les couleurs les plus brillantes, malgré les pertes très considérables que cette guerre leur a coûtées en hommes et en argent. La perle des Néerlandais s’est élevée à 60,000 hommes.
- On sait que les colonies dos Pays-Bas sont, dans le monde entier, celles qui, toute proportion gardée, rendent les services les plus considérables à la civilisation. La pacification de la sultanerie d’Atchin livre au progrès des contrées magnifiques et considérables.
- ÉTATS-UNIS
- 3Le eesxtenaire d’Yorktowo. — La grande République américaine invite la France à célébrer le 19 octobre prochain le centième anniversaire de la bataille de Yorktown qui fonda, par la défaite de Cornwallis, l’indépendance des Etats-Unis ; la République française a cordialement accepté.
- Il serait digne du peuple français et du peuple des Etats-Unis d’Amérique,dit à cette occasion le journal les Etats-Unis d'Europe, dé consacrer cette commémoration par la signature d’un traité d’arbitrage permanent entre les deux nations. Il serait plus beau et plus grand encore d’être trois à signer : les Etats-Unis, l’Angleterre et la France, ce serait plus qu’un grand exemple, ce serait le premier pas vers le désarmement universel.
- BUENOS-AYRES
- JL a JTranc-'MÆuponnerie So les femmes. — La Franc-Maçonnerie d’Europe a presque toujours éloigné les femmes de son action. En France, au lieu d’utiliser leurs sentiments charitables et leur esprit de prosélytisme, elle les a tenues a l’écart, les laissant ainsi devenir la proie de l'Eglise romaine.
- Tout ce que la Maçonnerie française a consenti en faveur des femmes s’êst borné à les admettre aux « tenues blanches » où les dames ne trouvent très souvent que des sujets de raiileries.
- A Buenos-Ayres, la Maçonnerie est, paraît-il, plus avancée, ou plus habile que chez nous. Le Directoire de l’Ordre à Buenos-Ayres a décidé la création d’une « Société de dames » qui aura entre ses mains tout le service des secours.
- « La « Société des dames » sera dirigée par une commission composée de dix personnes, dont une présidente, une vice-présidente, une secrétaire et une adjointe, une trésorièreet une adjointe, élues en assemblée à la majorité des voix- Une autre commission sera chargée de distribuer les secours après informations sur les solliciteurs, et de recueillir des fonds pour ra Société, etc.»
- AFRIQUE-AUSTRALE
- La paix entre la Grande-Bretagne et
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- ies lioërs du Transvaal est conclue, sur les bases équitables proposées par le gouvernement britannique.
- Voici les concessions faites par les Boërs. Dégagés de la souveraineté de la reine d’Angleterre, ils acceptent sa suzeraineté, le contrôle anglais pour leurs relations avec les puissances étrangères, la présence d’un résident anglais dans leur capitale et une action du gou-vernement anglais, action ayant pour but la protection des indigènes.
- De son côté, la Grande-Bretagne revient sur l’annexion de la République du Transvaal, annexion proclamée le 12 avrii 1877 par sir Theophilus Sbepstone, et contre laquelle les Boërs ont réclamé d’abord par pétition adressée à la reine, et protesté ensuite les armes à la main. E!le renonce à la souveraineté du Transvaal, et elle laisse aux Boërs une pleine et entière liberté (self govemment).
- Voila les concessions que fait l’Angleterre, Elle répare une injustice commise par elle,et cet acte de réparation, elle ne craint pas de le faire après trois défaites, sans se croire obligée, par un faux point d’honneur, à les effacer par des succès qu’elle aurait fini par obtenir à la longue, les Boërs ne formant qu’une population de 50.000 âmes.
- La politique suivie en Afghanistan et dans l’Afrique-Australe par le cabinet Gladstone fait le plus grand honneur a ce cabinet. L’Angleterre, grâce à cette sage politique, abandonne le rôle conquérant qu’elle avait pris sous le cabinet Beaconsfield et rentre dans son rôle civilisateur.
- Puisse-t-elle agir de même pour l’Irlande.
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- LES INSTITUTIONS POUR LA BASSE ENFANCE ET L’AMÉLIORATION DU SORT DES OUVRIERS.
- M, Emile de Girardin dans sa dernière publication, VEgale <Xe VHomme, s’est élevé, avec l’énergie de style qui lui est propre, contre les institutions consacrées à la basse enfance, « Au trouble social « dont la nourrice est une des causes les plus pro-« fondes, dit-il, il faut ajouter l’aggravation par la « crèche, cette invention portée aux nues par des « gens qui ne vont au fond de rien. Que fait la « crèche ? Elle délie le lien de la mère à l’enfant et « de l’enfant à la mère ; le ménage n’est plus que le « gîte nocturne, et le gîte nocturne est plus que « jamais la contagion du cabaret. *
- Cette critique nous paraît faite bien à la légère. Elle est aux antipodes de la vérité. Ainsi c'est précisément parce que M. Godin est allé au fond des choses qu’il a créé au Familistère une nourricerie et un pouponnât qui font l’admiration de tous les visiteurs.
- Quant à la crainte exprimée par M. de Girardin de voir les liens de famille se détendre par le fait de l’influence de ces institutions, elle est démentie par les faits. Il y a dans ce moment au Familistère 52 enfants confiés durant les heures de travail aux services de nourricerie et de pouponnât. Les ménages
- qui profitent des facilités que leur offrent ces institutions ne sont ni moins unis entre mari et femme ni moins affectionnés pour leurs enfants que ceux qui n’en profitent pas.
- Cette simple constatation a plus de valeur à nos yeux que tous les raisonnements qu’on pourrait imaginer pour établir le contraire.
- Nous savons parfaitement quelles excellentes choses on peut invoquer en faveur de l’allaitement maternel. Tout a été dit sur cet important sujet,
- tout..... sauf une chose cependant, c’est que l’état
- économique actuel de la société l’interdit à l’ouvrière.
- Ah ! il est facile, il est même très facile de composer de belles périodes sur les grâces de l’enfance, sur les bonheurs et la poésie de la maternité, sur Le rôle éducatif de la mère de famille, etc,, etc. Toute cette rhétorique peut avoir sa raison d’être quand on parie de la classe bourgeoise ou de quelques ouvriers favorisés ; elle n'est plus qu'une amère ironie quand on l’applique à la grande masse de la classe ouvrière. Elevez d’abord la condition des travailleurs et vous ferez ensuite des théories sur la maternité.
- Nous nous trouvons en face de maux qu’il ne nous appartient pas de supprimer d’un trait de plume ; le mieux que nous puissions faire, c’est de leur chercher un remède immédiat. Agir autrement serait aussi ridicule que de parler des charmes de la promenade à un homme qui vient de se casser la jambe. Occupez-vous d’abord de lui appliquer un appareil et de l’étendre dans un bon lit, puis lais-sez-le guérir ; une fois guéri, vous lui parlerez de tout ce qu’il vous plaira.
- Faisons de même à l’égard de la classe ouvrière, Ne nous bornons pas à émettre le vœu d’un avenir meilleur pour elle, cherchons des remèdes à ses maux.
- Nous avons vu, dans nos deux études précédentes, quelle est, quant à l’enfant et quant à la mère, la nécessité d’institutions consacrées à la basse enfance.
- Le Familistère possède une nourricerie et un pouponnât qui sont des modèles du genre. Etudiées avec soin au préalable, puis réalisées sans reculer devant la dépense, ces institutions correspondent de point en point au but que s’était proposé leur fondateur.
- Le local dont elles dispo sent est un bâtiment spécial, construit pour cette destination et non pour un autre et réunissant par cela même des avantages intérieurs, facilité de chauffage, ménagement de la lumière, renouvellement de l’air et autres, que
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- l'on chercherait vainement ailleurs. Des balcons couverts donnant sur le parc du Familistère font le tour du bâtiment et permettent aux moins petits de jouir de l’air oxygéné de la campagne. Y a-t-il beaucoup de familles bourgeoises qui puissent offrir à leurs enfants les mêmes facilités ?
- Et ces avantages là ne sont pas les seuls.
- Les enfants confiés à la nourricerie comme ceux confiés au pouponnât y reçoivent une nourriture saine, proportionnée à leurs besoins, et dont la nature et les doses ont été préalablement fixées en conformité des lois de l’hygiène. Tous ces enfants sont tenus avec une propreté constante : le système ingénieux adopté pour les berceaux fixes et l’abondance des langes permettent des soins qu’aucune mère appartenant à la classe ouvrière ne pourrait prendre, faute des ressources et des loisirs suffisants. Au besoin les conseils ou les prescriptions du docteur interviennent en temps utile ; et tout ce qui est nécessaire au traitement se trouve sous la main.
- L’enfant est recueilli aussitôt que la mère a besoin de se séparer de lui. Tous les soins qui lui sontdon-nés le sont dans un esprit éclairé. La mère peut le visiter à toute heure si elle en éprouve le besoin et peut, quand il lui plaît, venir lui donner le sein. Une bonne garde est assurée aux enfants durant toute la journée, pour guider leurs petits pas, pour les préserver de tout accident, pour offrir aux moins petits des occupations en rapport avec leur corps qui se forme et leur intelligence qui s’éveille.
- Nous avons remarqué que les tout petits enfants paraissent se trouver plus heureux dans la compagnie de nombreux camarades de leur âge et sous la protection constante des bonnes que dans les étroits logis où la misère se voit forcée de les laisser seuls par moments. '
- En somme, aucune mère, quelque diligente soit elle, ne serait capable de subvenir par elle-même à la multitude des soins dont l’enfant est ici environné; aucune non plus, du moins dans la classe ouvrière, ne pourrait mettre au service de son enfant des ressources égales à celles qui lui sont mises ici.
- Voilà ce que chacun peut voir au Familistère et ce que nous voudrions voir imiter ailleurs.
- Ici se présente une difficulté d’un genre spécial qui prouve combien sont complexes les questions qui touchent à l’amélioration du sort des ouvriers. Tout se tient dans ces questions, tout y est solidaire. Touchez à l’un des anneaux et vous sentez le reste d * la chaîne.
- Nous ne dissimulons pas l’importance de cette difficulté. Elle enlève bien des illusions sur le dévelop-
- pement possible des institutions consacrées à la basse enfance, mais par contre elle établit une fois de plus que l’habitation unitaire est la condition sine gua non du bien-être de l’ouvrier.
- En effet la nourricerie et le pouponnât du Familistère sont dans des conditions qui ne se rencontrent pas ailleurs ; les familles appelées à profiter de ces services, les ont à leur proximité immédiate, ce qui est un avantage considérable. Le bâtiment y consacré n’est séparé de l’édifice où demeurent les familles que par quelques mètres. Or on peut circuler à couvert d’un bout des bâtiments d’habitation à l’autre. Les douze cents personnes qui habitent le Familistère ont ainsi le service de la basse enfance à deux pas de chez elles ; chaque mère peut aller déposer ou retirer son enfant, quelque temps qu’il fasse, sans avoir à mettre les pieds à la rue, sans avoir de temps à perdre, sans avoir à redouter la pluie, le vent, la neige ou le gel.
- Cette facilité est impossible dans les villes et dans les villages. Le mode d’habitation actuel y dissémine trop les logements. Dans les villages, où ces institutions rendraient de grands services, elles sont rendues impossibles par l’éparpillement des chaumières ou leur disposition en enfilades interminables. Dans les quartiers ouvriers des villes les crèches et les salles gardiennes, profitables aux familles du voisinage immédiat, ne sont plus d’aucune utilité pour les familles plus éloignées. Les distances à parcourir, les intempéries à affronter et le temps précieux perdu absorbé par ces promenades forcées, aller et retour, sont autant d’obstacles qui ont nui dans le passé et qui nuiront dans l’avenir au développement des crèches et des salies d’asile. Ces institutions ne peuvent répondre à leur but que dans des milieux groupés.
- Est-ce à dire qu’il faille renoncer à en créer de nouvelles ? Non pas. Les services qu’elles rendent, quoique hors de toute proportion avec le mal auqaei elles s’efforcent de remédier, sont toujours des services rendus. Si peu que ce soit, c’est toujours plus que rien. Mais que l’on ne se fasse pas illusion. L’ensemble des travailleurs ne sera soulagé par ces institutions que le jour où elles seront à proximité de tous, et cette proximité ne sera réalisée que par une conception architecturale nouvelle , mieux appropriée aux besoins de notre époque que celle que nous a léguées le passé. Sous ce rapport là comme sous tant d'autres, l’habitation unitaire seule met complètement à la portée des travailleurs les institutions nécessaires à leur bien-être. Rêver de pouvoir réaliser dans l’habitation actuelle ce qui est réalisable dans l’habitation unitaire, c’est rêver
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- l’impossible. Une institution quelconque, même si elle est excellente en principe, ne donnera jamais tous les résultats que l’on peut espérer d’elle si elle n’a pas, pour se développer, le milieu qui favorise le mieux son développement. La comparaison du peu de succès obtenu par les crèches à Paris et ailleurs et du résultat excellent obtenu par les services de l’enfance au Familistère de Guise en est l’éclatante démonstration.
- Mais M. Godin a été plus loin encore. En créant l’Association du Familistère, il n’a pas voulu seulement que les habitants trouvassent profit aux institutions, il a tenu aussi à ce qu’ils en devinssent peu à peu propriétaires.
- Nos lecteurs le savent, la population tout entière du Palais Social participe aux bénéfices de l’Association. Les profits résultant de cette participation se convertissent en titres sur le Familistère et tout ce qui en dépend. Les services de la basse enfance deviennent ainsi, comme tous les autres, la propriété de ceux qui en profitent. Nous ne voyons pas ce que l’on pourrait demander de plus.
- Ed. Chamfury.
- NOUVELLES DIVERSES
- Un© Société protectrice «le l’enfance
- vient d’être fondée à Madrid. Les fondateurs de la Société affirment qu’en Espagne deux enfants sur quatre meurent avant d’avoir atteint leur cinquième année. La misère, l’insalubrité des logements, le manque de soins, l’allaitement mercenaire, l’abandon, sont les causes principales de cette effrayante mortalité qui enlève à l’Espagne trois cent mille enfants chaque année. Us estiment que des soins bien entendus pourraient conserver à la vie la moitié des enfants qui meurent et préserver d’aceidents et d’infirmités un grand nombre de ceux qui survivent. L’un des moyens par lesquels la Société se propose de combattre le mal qu’elle signale est la création d'un grand nombre de Crèches.
- Sacrifices municipaux dans quelques capitales. — L’Europe a démontré que les villes suivantes payaient par tête d’habitant et pour les services indiqués les sommes suivantes :
- Paris Bruxelles Berlin Amsterdam
- Police 12,04 6,52 1,24 2,63
- Nettoyage des rues 2,66 2,97 2,80 2,30
- Pompiers 0,08 1,14 1,91 0,94
- Voies publiques 6,37 3,04 0,62 3,00
- Enseignem. primaire 12,84 6,52 7,65 7,98
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- Les fers. — Sait-on ce qu’est la punition des fers à bord d’un navire ? Sait-on que souvent la barre de fer à laquelle on attache, par les deux pieds, les hommes qui sont punis est fixée au pont par deux crampons?
- Sait-on qu’à cette torture, on ajoute souvent celle du bâillon? Quand donc rayera-t-on du cahier des punitions cet odieux supplice, dont le maintien est une honte pour notre civilisation ? De nombreux marins ont
- péri dans la catastrophe du Magenta. Qui sait combien de malheureux n’ont pu échapper à la mort parce qu’ils étaient attachés aux barres dites de justice.
- La mariue aspirerait-elle à devenir la conservatrice des tortures du moyen âge?
- {La Lanterne.)
- Un Masée commercial va être fondé à Anvers.
- M. Graux, ministre des finances de Belgique, a présenté à la Chambre des Représentants de "ce pays, un projet de loi demandant un crédit de 300,000 francs pour l’établissement de ce Musée.
- C’est à notre connaissance, le premier Musée de ce genre qui existera.
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- De la Colombie britaniqae on écrit que les travaux du chemin de fer destiné à reiier le Pacifique à l’Atlantique sur le territoire anglais, au nord de la frontière des Etats-Unis sont menés avec une grande vigueur. A Emory, les Chinois ont procédé aux travaux de la voie durant tout l’hiver et malgré un froid terrible.
- La Guyane anglaise est plus prospère que notre pauvre colonie de Cayenne. Toutefois la Royal Gazette se plaint de l’insuffisance du nombre des nègres pour les cultures. On a dû recourir à des coolies chinois dont la race, sous ce climat, perd sa vigueur et meurt.
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- Les mines du Mexique sont déjà d’une richesse fabuleuse. On vient encore d’en découvrir. A Ca-huatzio, c’est une mine de cuivre d’une grande richesse qui vient d’être découverte, et après Giudad Real une mine de mercure. Cette dernière mine est considérée comme devant être d’un très grand rendement.
- Quel malheur que le Mexique soit, comme le sont d’ailleurs tous les pays très catholiques, un pays où le travail est méprisé et où les richesses naturelles ne sont utilisées que si des étrangers viennent les exploiter.
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- Un Congrès pour la simplification <3© l’ortliograplie allemande est convoqué à Berlin pour le mois de septembre. Les personnes qui connaissent la langue allemande savent que son orthographe, où toutes les lettres se prononcent, est cent fois pour ne pas dire mille fois plus logique que l’orthographe absurde de notre langue. Malgré cela les allemands vont encore sactifier la leur, tandis que lions nous obstinons sottement à maintenir la nôtre telle quelle.
- En même temps que ce Congrès essentiellement allemand s’en tiendra un plus général qui étudiera :
- 1° la création d’un alphabet européen unique pour toutes les langues, chaque lettre devant avoir une valeur fixe, comme c’est le cas pour les notes de musique ;
- 2° la création d’un alphabet unique pour les langues orientales.
- 3° Les mesures pour arriver à établir un alphabet universel.
- Le Congrès sera présidé par Max Muller.
- L’Emigration pour le» Etats-Uni x va
- toujours croissant.
- Il résulte de la statistique publiée par le gouvernement disent les Labour News de Londres, que le nombre de personnes qui sont parties d’Angleterre le mois dernier pour se rendre en Amérique a été plus élevé qne le mois précédent. Et comme voici venir lu printemps et l’été on peut s’attendre à voir l’émigration augmenter encore.
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- Selon toutes les apparences 1881 donnera aux Etats-Unis un flot d’émigrants plus considérable encore que 1880.
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- Xjîï wtîîiissfoxs xn.ilitaix*e de î mpereny
- de üLxisgsie comprend, en généraux et officiers de toutes armes, 404 personnes dont 137 aides de camp généraux, 121 généraux de la suite impériale et. 146 aides de camp, colonels et capitaines.
- LE TYRAMICÏDE
- Montesquieu a écrit quelque part : « Il y avait un certain droit des gens,une opinion établie dans toutes les Républiques de Grèce et d’Italie, qui faisait regarder comme un liomme vertueux l’assassin de celui qui avait usurpé la souveraine puissance.
- « C’était un amour dominant pour la patrie qui, sortant des règles ordinaires des crimes et des vertus, n’écoutait que lui seul et ne voyait ni citoyen, ni ami, ni bienfaiteur, ni père : la vertu semblait s’oublier pour se surpasser elle-même; et l’action qu’on ne pouvait d’abord approuver parce qu’elle était atroce, elle la faisait admirer'somme divine.
- « En effet, le crime de César qui vivait dans un gouvernement libre, n’était-il pas hors d’état d’être puni autrement que par un assassinat ? »
- Ou nous commettons une erreur des plus grossières, ou l’auteur de l’Esprit des lois ne se borne pas à faire un simple exposé de la doctrine des anciens sur l’assassinat politique, il va plus loin et non-seulement il ne la blâme point, mais encore il semble l’approuver formellement quand l’attentat se produit dans certaines circonstances.
- Montesquieu n’est pas le seul à s’exprimer dans ce sens. Bon nombre ont fait chorus avec lui et, renchérissant encore sur ce qu’il a dit, ont cherché à ennoblir le meurtre. Sans aller chercher des exemples ailleurs que chez nous, n’avons-nous pas vu à une certaine époque les mêmes hommes qui, avec toute l’indignation et toute la rage que pouvait soulever en eux la haine qu’ils avaient vouée à la République ; n’avons nous pas vu ces mêmes hommes s’élever contre la condamnation de Louis XVI, et provoquer ouvertement à l’assassinat de Napoléon, premier consul et plus tard Empereur ?
- Ne trouve t-on pas encore dans maintes histoires la glorification du meurtre de Marat par Charlotte Corday, cet ange de l’assassinat, comme elle a été appelée par M. de Lamartine.
- Parmi les assassinats politiques, Je Régicide ou Tyrannicide, comme on voudra l’appeler, n’a-t-il pas, lui surtout, à toutes les époques, rencontré des apologistes et des seïdes ! Pour ne parler que de
- deux entre autres, Alibaud, sous Louis-Philippe Orsini, sous Napoléon III, n’ont-ils pas été admirés) j'ai presque dit : enviés ! Que de fleurs n’ont pas été jetées sur la tombe du premier! Que. d’éloges tt de tributs de reconnaissance n’ont pas été prodigués à la mémoire du second!
- Les saints Pères de la Compagnie de Jésus, ces intéressantes victimes des décrets de mars, n’ont- ils pas dirigé eux-mêmes le poignard de Jacques Clément contre la poitrine de Henri III ! Au 16« siècle, remettant en honneur l’omnipotence papale, n’avaient-ils pas tous adopté l’opinion de Molina : “ Habet (pontifex) supremam et amplissimam potes-tatem super omnes principes,.. potest deponere reges eosque regnis suis privare.,. leges que co-rum infirmare... id que non solum censuris, sed pénis externis ac vi et armis. » Plus tard, n’ont-ils pas introduit dans leur catéchisme politique cette doctrine par eux érigée en maxime : « potest tyran-, nus quocumque privato interfici. (Suarez, livre 6, chap„ iv). » Et qui arma la main de Châtel et plus tard celle de Ravaillac contre Henri IV, si ce n’est eux?
- Nous pourrions multiplier exemples et citations, mais en dépit du nombre et de la portée des uns et des autres nous ne saurions conclure à l’approbation du régicide. Nous ne dirons pas que nous le flétrissons comme le plus détestable des forfaits, ce serait exagérer; car il y en a de plus exécrables. Mais nous tenons que, comme tout homicide, il est un crime et, à ce titre, nous le réprouvons. Enfin nous ajoutons que, de notre part, cette réprobation est due à l’invasion de la morale dans la politique, invasion qui chaque jour fait des progrès et devant laquelle finiront par disparaître, non-seulement les assassinats, mais encore les insurrections politiques, les révolutions violentes.
- Et nous ne sommes pas seuls à penser que les progrès de la morale se traduisent dans les faits par des progrès dans les mœurs. Nous avons pour nous l’opinion d’un grand penseur, de Condorcet. « De même, dit-il, que les sciences mathématiques et physiques servent à perfectionner les arts employés pour nos besoins les plus simples, de même il est dans l’ordre nécessaire de la nature que les progrès des sciences morales et politiques exercent la même action sur les motifs qui dirigent nos sentiments et nos actions. »
- Si, de bonne foi ou autrement, on venait nous demander do quelle morale nous entendons parler, applicable à la politique, nous répondrions :
- Qu’à nos yeux il n’y a pas trente-six morales ;
- Que nous n’en connaissons qu’une, toujours une,
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- en fait de politique aussi bien qu’en matière civile et religieuse;
- Que sa formule, dont nous ne sommes pas l’inventeur, est simple et bien connue ;
- Et nous l’écririons comme suit :
- Ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qui vous fut fait... avèc sa réciproque ; faites à autrui ce que vous voudriez qu’il vous fît à vous-' même 1
- Peut être certains esprits susceptibles trouveraient-ils que ce précepte a une odeur de sacristie, alors nous leur offririons cette devise que l’Association internationale, proscrite quand même, avait écrite sur son drapeau : Pas de droits sans devoirs ; pas de devoirs sans droits /.., au singulier comme au pluriel.
- Et nous sommes persuadé que lorsque les couches sociales, en Russie, seront pénétrées de l'une ou de l’autre de ces maximes, il n’y aura plus de nihilisme à redouter, plus de mort d’Empereur à déplorer où à justifier.
- Cela ne fera sans doute pas les affaires de certaine presse dans certain pays; mais que voulez-vous : On ne peut pas, comme dit le vieux proverbe, contenter tout le monde et sa femme !
- C.-P. Maistre.
- RÉHABILITATION DES OUVRIERS
- Nous trouvons dans le dernier N° de The Co-ope-native News l’opinion suivante émise par un penseur américain distingué, M. J. G. Zachos, professeur à la Cooper Union de New York.
- « On croit généralement, dit-il, que la brutalité et l’ignorance, la paresse et la dissipation, les instincts criminels et les habitudes dissolues, sont confinés, pour la plus grande part dans une seule classe de la société, celle qui est privée de ressources et d’éduca- I tion. ' |
- « C’est une grande erreur. I
- « Quand un homme ou une femme ne peut pas se ! consacrer à remplir dans la société quelque fonction utile ou nécessaire, soit dans l’administration' soit i dans le travail, qu’est-il, sinon un assisté sans misère ? Quand un homme ou une femme perd de vue les scrupules de l’honneur, outrage les sentiments d’humanité, foule aux pieds les faibles et fait tort aux innocents, yolant ou trichant par des procédés professionnels ou des ruses de métier, qu’est-il, sinon un criminel aux yeux de Dieu et des gens vraiment honnêtes ? Quand un homme ou une femme,
- malgré les meilleures intentions, ne savent pas préserver leur propre santé ou celle de leurs enfants dans les conditions ordinaires de la vie, qu’ils ont une connaissance très grande des livres mais très faible des hommes, qu’ils sont très instruits en littérature et en histoire mais très peu en fait des choses de la vie, qu’ils conservent sur les lettres et le beau langage mais ne comprennent ni l’alphabet de la science pratique ni les faits les plus simples de la nature, que sont-ils, sinon des êtres vivant dans l’ignorance des choses essentielles au bonheur humain et au progrès? L’accusation d’ignorance ne doit pas s’appliquer à l’absence de connaissances de tous genres, mais à l’absence de celles qui sont les plus essentielles à notre position, aux occasions qui peuvent se présenter à nous, et à l’accomplissement de nos devoirs.
- « Hé bien ? Ce genre d’ignorance n’est-il pas des plus communs parmis ceux qui sont appelés “ les classes éclairées ” et parfois même “ les classes instruites ?”
- Ce passage, observent the Co-operative Newst contient la matière de tout un volume.
- DISCOURS DE M. GAMBETTA
- M. G-arnbetta a prononcé au banquet de l’Union nationale, syndicat de patrons, un remarquable discours dont voici les points principaux :
- Le monde du travail et du négoce qui, tous les jours, prend plus d’ascendant et d’influence dans la direction politique, de tous les besoins que vous avez exposés tout à l’heure, il n’en est pas de plus impérieux à satisfaire, il n’en serait pas de plus fécond que de rapprocher et mêler, d’une façon plus active, plus intime et plus fréquente, les hom oes d’affaires et les hommes de Parlement, ceux qui travaillent et ceux qui, à un titre quelconque, siègent dans les conseils élus de la nation.
- Messieurs, dans un gouvernement démocratique tout revient au travail étudié, au travail organisé, au travail fécondé. Et comment faire des lois et rédiger des règlements, déterminer des institutions, constituer des personnels, se lancer dans des entreprises fécondes d’utilité publique, si l’on n’a pour soi que la science du cabinet et des méditations solitaires; si l’on a par devers soi que des idées qui n’ont pas été vérifiées et contrôlées par l’expérience, et si l’on se lance pour ainsi dire vers l’inconnu ; soutenu, je le veux, par sa bonne volonté, mais sans rien avoir de ce lest, de ce plomb dans les semelles qui fait que, lorsqu’on pose le pied, on est sûr de ne pas chanceler ?
- Je ne dirais pas toute ma pensée si je ne disais pas que vous ne serez véritablement en marche vers le progrès définitif, vers la paix sociale que lorsque vous aurez amené d’autres associations, d’autres chambres syndicales jouissant de la même indépendance et de la même autonomie personnelle, à entrer
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- en communication étroite avec vous, de façon à en faire sortir la libre discussion, la libre délibération, qui est presque toujours la préface de l’entente ; car, messieurs, savez-vous pourquoi les passions se déchaînent, pourquoi l’irritation, pourquoi la colère et la haine embrasent la rue et font fermer les ateliers et les boutiques? C’est surtout parce qu’on s’est refusé, dérobé à la libre et complète discussion des intérêts en présence, et que les idées fausses o it pris le dessus ; c’est surtout parce qu’il n’y a pas eu cette enquête préalable et nécessaire dans laquelle on aurait pu causer.s’entretenir et tomber d’accord ; c’est enfin parce qu’on n’a pas fait appel à la seule chose qui rapproche et civilise les hommes : à la libre et réciproque persuasion. Mais, messieurs, il faut sè féliciter de voir les ouvriers, eux aussi,constitués à l’état de chambres syndicales autonomes, complètement libres. Il faut souhaiter, de plus, de les voir, se rapprocher et entrer en contact avec vous. Aussi je prévois qu’avant peu,grâce à la bonne volonté et aux ressources d’esprit des contractants, il sortira de cet heureux accord des institutions mixtes, des chambres composites dans lesquelles les deux intérêts se trouveront également représentés et, par conséquent, le compromis, l’arrangement, la transaction, cette maîtresse de la vie humaine, politique ou sociale.
- Et alors vous toucherez, par un des plus beaux et des plus grands côtés, à la solution du grand problème de l’arbitrage par les pairs dans les constesla-tions qui s’élèvent dans le monde du travail. C’est là, en effet, qu’il faut tendre, parce que c’est là que se trouvera la justice éclairée, impartiale et gratuite.
- Toutes ces questions qui vous intéressent, qui nous intéressent tous à un égal degré : élections consulaires, arbitrages, conseils de prud’hommes, législation libérale sur les syndicats, création de chambres mixtes pour la solation de tous les conflits entre les ouvriers et les patrons ; toutes ces questions et bien d’autres qui peuvent naître, que dis-je ? qui doivent surgir, par exemple, le remaniement de la législation sur les faillites, la révision de certains chapitres du Code de commerce, et ce rêve — dont la réalisation est cependant si nécessaire au double point de vue commercial et politique — la rédaction d’un Code de commerce international, toutes ces questions, encore une fois, vous appartiennent ; elles vous appartiennent par la pratique de tous les jours ; mais elles nous appartiennent aussi par le légitime souci que nous avons de leur faire une place dans la législation de la France.
- Eh bien, messieurs, ce développement, cet agrandissement de votre rôle, vous allez le tenir de la loi : cette année ne s'écoulera pas sans que cette loi qui vous a été refusée, obstinément refusée par tous les régimes antérieurs, vous soit donnée.
- N’y a-t-il pas une connexion nécessaire entre votre existence commerciale, le développement de vos facultés, de vos énergies professionnelles, et \a forme même du gouvernement de la nation ? Interrogeons le passé.
- Au lendemain de la Révolution, alors que le pays tout entier était encore tout frémissant du joug qu’il venait de secouer, alors qu’il avait brisé dans une seule nuit tout ce qui restait de ces corporations, de ces maîtrises, de ces jurandes, de ces prisons cellulaires où l’en enfermait à la fois la liberté du travail et le génie de l’invention, oui, après avoir affranchi l’individu, après lui avoir rendu la libre dis-
- position de ses mains et de sa pensée, les hommes de la Révolution reculèrent devant la concession de la liberté collective. Imbus qu ils étaient encore des souvenirs du passé, croyant voir dans tout essai d’association la résurrection ces corporations abhorrées, ils 3’arrétèrent et; se contentant d’affranchir l’individu, barrèrent le passage à l’association.
- Et pourquoi ? Ah ! c’est qu’on était au lendemain
- — que dis je, au lendemain ?— c’est que l’on était en pleine lutte pour l’existence, et qu’alors on ne — distinguait pas ; on n’avait, pas le temps d’analyser, de catégoriser, de classifier, de savoir quelles seraient les associations néfastes — que vous connaissez bien, car elles ne sont brisées que d’hier— et les associations utiles, le associations fécondes, les associations nationales comme sont les vôtres et celles qui leur ressemblent dans ce pays.
- Et l’on vota une lui qui fut une loi fatale, car très certainement elle entra pour beaucoup dans les divisions de classes qui succédèrent au mouvement delà Révolution. Aussi, qu’entendons-nous dire quand nous parlons d’achever la Révolution? Achever la Révolution, c’est, dans une société bien organisée, où l’ordre règne appuyé sur la liberté, où le gouvernement n'est plus contesté, donner le maximum de sa force à l’individu et, en même temps, le maximum d'énergie à l’association qui multiplie si puissamment la force de l’individu.
- La véritable sociologie cherche partout et avant tout à faire produire à l’homme son maximum de force en le plaçant dans le milieu qui lui soit le mieux adapté; et ce milieu le mieux adapté c’est celui qui, par des institutions convenablement appropriées, rend l’individu plus libre, plus éclairé, plus fort, mieux armé, mieux doté pour la lutte et pour le triomphe.
- Eh bien, ce milieu politique et social, on n’a pas pu l’obtenir dès les premiers jours de la Révolution. Inutile de dire que,aussitôt que le Consulat apparut, il forgea une chaîne de plus, il resserra le carcan dans lequel râlait déjà la liberté du travail. Puis, quand ce futle tour des restaurations d’ancien régime ou de l’équivoque sans nom d’une monarchie bâtarde il n’est point surprenant que l'on retrouve les mêmes ruses, les mêmes atermoiements, les mêmes dénis de justice. Un jour, unô heure, il y eut comme une lumière qui passa sur le peuple de Paris, et le 24 février 1848 on vit renaître, mais hélas ! pour un jour seulement, la liberté d’association, et alors, pendant un instant, avec une énergie presque spontanée, non-seulement à Paris, mais partout où l’on voyait une agglomération humaine pour la production, le travail et l’échange, l’association a surgi;
- — c’était une floraison, et, s’il y avait eu quelque sentiment de prévoyance parmi ceux qui dirigeaient les destinées de la patrie française. — JNon, je mar-rête ! — s’ils ne s’étaient pas laissé surprendre par d’habiles réactions, l’association aurait couvert la France, et, non-seulement elle eût fondé la prospérité nationale ; mais, à coup sûr, par le triomphe d’une liberté véritablement républicaine, elle eût protégé la France contre le retour des despotismes sanglants. Ali ! oui, messieurs il en eût été ainsi,car, il faut bien le croire, il n’y a de protection pour la liberté, dans une démocratie, que par l’étroite union des classes et par une égale clairvoyance de chacune
- / d’elles du côté de ce qui est le péril commun : la peur | excitée d’une part, et les envies chimériques aiiu-* mées de l’autre.
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- L’empire renaître et immédiatement, comme par l’effet de la froide et terrible nuit de Décembre,toutes ces frêles plantes d’associations sont, dès le lendemain, crispées et gelées. Et il a fallu au temps, des efforts et du dévouement — les efforts et le dévouement de chacun, car tout le monde a sa part dans cette rédemption nationale, et personne a moins d’impiété, n’en pourrait réclamer le mérite ou le pr.vilège — il a fallu, dis-je, les efforts et le dévouement de tous pour ramener la France à la libre possession d’elle-même. Elle la tient, elle l’a conquise, cette souveraineté; il lui faut maintenant la garder ; mais elle ne la gardera qu’à une condition, c’est de faire sentir à ceux qui la gouvernent, à ceux qui la dirigent, à ceux qui servent le gouvernement à quelque degré que ce soit,de les pénétrer de la nécessité de l’étude,de la solution, successive, patiente,légale, rationnelle, des problèmes qu’elle porte daas ses flancs.
- On a dit tout à l’heure qu’il y avait un moyen ; vous avez indiqué le vrai moyen, et il n’y en a pas d’autre ; c’est celui qui porte ce nom auguste et toujours acclamé : la Liberté 1
- Oui, la liberté ; la liberté pour tous et la liberté pour chacun, car, entendez-le bien, messieurs, il nous faut une liberté qui respecte le droit d’autrui... une liberté qui, en même temps qu’elle assure à chacun la dispostion de ses mains pour le travail, nous amène à en considérer les fruits comme aussi sacrés que le principe même qui les a produits.
- Le» Miroirs magiques.
- »
- Dans notre n° du 11 avril dernier nous avons parlé de ces énigmatiques produits de la fantaisie humaine dans l’extrême Orient. Aujourd’hui le mystère qui les enve- ? loppait jusqu’ici est expliqué.
- Les voyageurs qui' revenaient de l’extrême Orient affirmaient avoir vu en Chine et au Japon des miroirs bien étranges. Ces miroirs, dont la surface était d’un poli parfait, avaient au revers des reliefs métalliques représentant des fleurs, des oiseaux aux longues jambes et des arbres un peu conventionnels.
- La face polie de ce miroir ne laissait pas apercevoir le plus léger défaut, mais si les rayons solaires reçus sur ce miroir venaient ensuite à être projetés, on* voyait apparaître, considérablement agrandi, un dessin représentant fidèlement les reliefs placés au revers du dit miroir. Ils se profilaient en contours lumineux sur un fond gris ! Voilà la légende.
- Pendant des années,les esprits sceptiques disaient que cette légende était une fable ; mais ces dernières années deux miroirs magiques franchirent l’Océan dans la malle d’un Anglai- et débarquèrent à Naples chez M. le professeur Gavi. Le fait fut reconnu exact et les dessins fantastiques apparurent avec une netteté indiscutable. Restait l’explication. M. Gavi la trouva. Si l’on admet que le poli du miroir est influencé par l’épaisseur du métal à chaque point de la surface réfléchissante, lorsque le miroir sera soumis à l’action de la chaleur, les parties minces s'échaufferont plus vite, se dilateront davantage et exagéreront aiusi l’influence optique de la partie polie ; ii en résultera que le dessin prendra plus de netteté. L’expérience confirme entièrement ces prévisions, mais sous l’action de la chaleur, le poli de ces miroirs s’altère très vite, ce qui fait que l’instrument se détériore en peu de temps
- M. Bertin a substitué à l’action de la chaleur celle de la pression. Il prend un miroir japonais et l’app'ique avec un joint en caoutchouc contre une caisse circulaire dans laquelle on peut a volonté faire le vide ou intro- J duire une pression d’air au moyen d’une pompe. Le re- J lief du miroir est tourné du côté de la caisse. Sur l’autre §
- face, la face polie, on fait arriver un faisceau de lumière qui, renvoyé contre un mur, y dessine un grand rond lumineux. Sur cet espace éclairé, à peine dislingue-t on un dessin, mais à chaque coup de pompe qui augmente la pression de l’air sur la. face inférieure du miroir, on voit apparaître en brillant le dessin qui est en relief sur cette face laissée dans l’ombre. Le contour en est tellement net, tellement précis, qu'on peut le photographier, le réduire et reproduire identiquement l’original.
- Vient-on maintenant à changer l’action de ia pompe qui agit par aspiration,le même dessin apparaît de nouveau, mais il se détache sur un fond blanc. Ainsi grâce aux propriétés d’élasticité du métal, ia pression modifie la surface du miroir, de telle sorte que la lumière réfléchie est un fidèle indice des épaisseurs correspondant à chaque point de la surface.
- M. Bertin a reproduit toutes ces expériences devant un nombreux public et a ainsi, en l’illus'rant par des démonstrations sans réplique, rédigé l’acte de décès de la légende des Miroirs magiques.
- LES ACCIDENTS INDUSTRIELS
- M. Benjamin Raspail vient de déposer un rapport sommaire sur la proposition de loi de M. Martin Nadaud relative à la responsabilité des accidents dont les ouvriers sont victimes dans l’exercice de leur travail. Le rapporteur conclut à la prise en considération de la proposition de loi de M. Martin Nadaud.
- Dans son projet, dit-il, M. Martin Nadaud se place de suite à un autre point de vue : il veut augmenter la responsabilité des industriels où plutôt faire déclarer que cette responsabilité est établie ipso facto, chaque fois que le patron n’aura pas pris soin, aussitôt l'accident, de faire constater si la victime en est seule l'auteur. «... La loi que nous proposons, dit M. Nadaud dans son exposé des motifs, sera tout naturellement le complément de celles qui ont statué sur le travail des enfants et des femmes, sur la question des apprentis et sur l’inspection des manufactures. » et plus loin il ajoute : « Nous concevons qu’elle met en question une règle de droit commun qui dit : celui qui commet une faute est tenu de réparer le préjudice qui en résulte, et comme il est nécessairement défendu à l’action, c’est au demandeur, c’est à la victime à prouver la faute commise. - L’auteur de la proposition, ajoute M. Benjamin Raspail, demande donc de renverser l’obligation de la preuve; elle est aujourd’hui à la charge de l’ouvrier ; il voudrait, qu’à l’avenir, elle fut à la charge de 4’employeur, et, à défaut de preuves par ce dernier, qu’il y eût présomption légale que l’accident s’est produit, soit par sa faute ou par celles de personnes dont il est civilement responsable, soit encore par cas fortuit ou par force majeure. Ce ne serait là, en définitive, qu’une nouvelle présomption légale ajoutée à tant d’autres qui déjà se trouvent dans nos
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- codes ; et aux partisans de l’inamovibilité quand même des textes de lois, qui combattraient cette réforme, on pourrait répondre qu’elle est des plus philanthropiques, et que les lois doivent être amendées ou entièrement refondues selon les progrès de la civilisation.
- Ce que M. Benjamin Raspail aurait pu dire aussi, c’est que le patron chez lequel survient l’accident a plus de facilité d’établir la cause de l’accident, que le malheureux qui en est victime et qui, trop souvent, a bien autre chose à faire au moment où survient l'accident, qu’à chercher à en établir les causes.
- La prise en considération a été votée par la majorité de la 238 commission d’initiative. L’article unique du projet de loi est ainsi conçu : Lors qu'un homme louant son travail à un autre homme, s’est blessé ou tué à son service, l’employeur sera de plein droit responsable, à moins qu’il ne prouve que l’accident a été le résultat d’une faute commise par la victime.
- LES LOGEMENTS A BON MARCHÉ
- Cette question a été traitée dans le Devoir par une plume trop habile pour que nous tentions de le faire après elle. Nous nous contenterons donc, sous le titre ci-dessus, d’exposer le résultat obtenu par ce que l’on nomme ici, à Londres, le fonds Peabody appliqué aux logements à bon marché.
- D'après le rapport annuel qui vient d’être publié, le gain net de l’année, loyers et intérêts, a été de......................L. 25,278.11 s. 8 d.
- Le terrain vendu à Chel-sea, a produit.......... 1,503. 6 » »
- C’est-à-dire en totalité . 26,779.17 » 8
- Les sommes données ou léguées par M. Peabody
- étaient, en 1862. ................L. 150,000
- En 1866. ....... 100,000
- En 1868....................• 100,000
- En 1873.................... 150,000
- En tout L. 500,000 ou en en argent de France au change de25 fr. la somme ronde de douze millions cinq cent mille francs ; auquel ajoutant les loyers, intérêts reçus jusqu’au 31 décembre 1880, s’élevant à L. 250,697. 3 s. on a un total de L. 750,697. 3 sh. ou en monnaie française : Dix-huit millions sept cent soixante-sept mille quatre cent vingt-huit francs, soixante-quinze centimes.
- De ce montant si l’on déduit les dépenses faites jusqu’à la fin de 1880, qui sont de L. 594,197. 10 s. 4 d., on voit qu’il reste net en caisse L. 156,499. 12 s. 3 d.
- On a construit jusqu’à ce moment pour les artisans et les pauvres de Londres, 5,170 chambres, non compris les chambres de bains, les buanderies et les blanchisseries. L’ensemble de ces constructions forme 2,355 bâtiments séparés qui sont occupés par 9,899 individus. On pense qu’à la fin deî’année courante (1881) on aura pourvu au logement de 760 familles de plus, c’est-à-dire de 3,500 personnes, ce qui donnera le chiffre de 13,399 êtres humains abrités, mieux que cela, logés confortablement à un prix excessivement modéré.
- On se fera une idée de la salubrité de ces logis en apprenant que la moyenne des décès parmi les habitants des cités Peabody a été de 19-70 par mille; ce qui dans la même période de temps (une année) représente 2-49 de moins que dans tout Londres.
- La moyenne des gains de chaque chef de famille, par semaine, était (nous parlons des familles logées dans les cités Peabody) de 1 livre 3 sh. 4 d. 1/2, durant le cours de l’année dernière, ce qui représente en monnaie de France environ 31 fr. 42 c. Le loyer moyen pour chaque bâtiment était par semaine de 4 s. 4 d. 1/2 ou six francs 46 centimes, et pour «une chambre de 1 sh. 11 d.1/2 ou deux francs.45 centimes.
- On voit figurer sur la liste des locataires, entre autres, comme bénéficiant de la fondât’on, 84 femmes de journée ; cinq porteurs de charbon ; sept pompiers; 14 éclaireurs de réverbères ; 14 fabricants de moutarde; 125 agents de police et huit prédicateurs en plein vent.
- Des chiffres ci-dessus et qui sont exacts, il ressort que, une famille composée de 4 à 5 personnes, en admettant que, seul, le chef de la famille travaille, peut se loger à Londres, et se loger, nous le répétons, très confortablement pour 335 à 336 francs par an. Il lui reste alors pour ses autres dépenses de 1,297 à 1298 francs et si l’on admet que la femme travaille de son côté, en portant à 1 fr. 25 par jour, ce qui est fort modeste, le prix moyen de son labeur net, cela fait 456 fr. environ qui, ajoutés aux 1,297 fr. d’autre part, forme un total de 1,753 francs. Ce n’est point, à coup sûr, Vaurea niediocritas dans laquelle on peut trouver son bonheur, mais c’est relativement du bien-être qui est accusé, du reste, par la tenue des locataires, et l'air de santé et de contentement qui règne sur leurs visages. Malheureusement il y a là aussi un revers de médaille... Ce revers, c’est la disposition des logements dont l’espace
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- ne comporte que des familles composées de quatre à cinq personnes au plus... Et on le sait, à Londres, les familles aussi peu nombreuses sont loin de former la majorité de la population. C’est donc en quelque sorte à des privilégiés que s’ouvrent les portes de ces logis. Plus les familles sont grandes, c’est-à-dire plus elles comptent d’enfants, moins elles peuvent arriver à compter au nombre des heureux locataires, ce qui revient à dire que plus elles ont de charge et moins il leur est permis d’alléger leur fardeau.
- En un mot, en dépit de la générosité du fondateur des cités Peabody, malgré les bonnes intentions des administrateurs du fonds de création et la sagesse de leur gestion, le vieux dicton reste toujours vrai : « C'est toujours au pauvre la besace. »
- C. P. Maistre.
- POUVOIR DES LANDLORD IRLANDAIS
- « Le landlord, dit M. Fournier de Flaix, est maître chez lui ; il est seigneur sur ses terres. Nul ne peut y résider sans sa permission. La loi ne lui reconnaît pas un droit- de disposition absolu, mais elle lui reconnaît un droit de possession illimité. Cette possession lui a été accordée ou maintenue par des actes solennels, des répartitions du roi, par des settlements qui ne font qu’une seule et même chose avec la prise de possession de l’Irlande vaincue par l’Angleterre. Aussi le parlement a-t-il attribué aux Landlords, sous le règne de Georges 1er, les moyens de faire respecter eux-mêmes leur droit. Le landlord n’a qu’à signifier à toute personne habitant sur sa terre l’ordre de déguerpir (notice to quit) et dans les six mois, faute par cette personne d’y déférer,les magistrats du comté, landlords eux-mêmes, parents ou amis,n’auront qu’à signifier le writ of ejectment. En vertu de ce mandat le landlord aura le droit de requérir les huissiers, la police et même l’armée.
- « Si donc le fermier ne paye pas la rente, et il la doit quelles que soient les éventualités et les circonstances, si un autre fermier offre une rente plus élevée, s’il refuse de subir une augmentation de rente,si le landlord veut s’emparer des améliorations que son fermier a faites, s’il est mécontent de ses votes, s’il trouve que son fermier s’enrichit trop vite, s’il veut lui imposer des écoles protestantes pour ses enfants, ce qui a été le cas de l’évêque Plunkett et des demoiselles Plunkelt, le landlord n’a qu’à faire remettre par son baillif le «notice to quit ». Pas de doute sur son droit. Il en use mal à
- propos; il en use injustement ; le fermier, et seulement depuis 1870, pourra lui demander compte du dommage éprouvé, mais il devra néanmoins déguerpir parce que le « notice to quit » est intimément lié à la conquête et à l’occupation militaire de l’Irlande0 ... La rigueur, le caprice, l’intolérance, la jalousie, la cupidité du maître peuvent également obtenir satisfaction. »
- Nous ajouterons deux mots.
- Aux raisons d’expulsions par le landlord citées par M. Fournier de Flaix, il faut en ajouter une qui est réelle mais que les landlords ont bien sein de dissimuler sous d’ingénieux prétextes. C’est qu’il plaît à ces Messieurs d’avoir de belles chasses, de sorte que en bien des cas, quand la ferme ne rapporte pas beaucoup, ils expulsent le fermier et suppriment la ferme dans le seul but de créer des terrains propices à leurs plaisirs cynégétiques. En ce cas comme en beaucoup d’autres l’homme est sacrifié aux bêtes.
- ENSEIGNEMENT DU DESSIN UTILE AUX MASSACHUSETTS
- il
- Nous avons vu quels sont, sur cette matière, les principes de M. Walter Smith. Voyons quelle application en est faite.
- Depuis de longues années le système des écoles publiques des Massachusetts est calculé de manière à embrasser une série de douze années.
- Ces douze années sont divisées comme suit :
- Primary School (école primaire) 3 ans ;
- Grammar School (école de grammaire) 6 ans ;
- High School (école supérieure) 3 ans.
- M. Walter Smith, en venant à Boston, trouva ce cadre tout fait. Il lui fallut donc étudier une méthode qui, tout en respectant le cadre établi pour les études générales, s’adaptât à ses principes d’enseignement du dessin, tels que nous les avons exposés. Tous les autres exercices étant rigoureusement déterminés, et ne devant être privés que le moins possible du temps qui leur était attribué, M. Smith dut couper l’enseignement en sections distinctes comme on verra plus loin. .
- L’obstacle le plus sérieux que rencontra l’application pratique de cette méthode fut, surtout à l’origine, le défaut de professeurs. Aujourd’hui, grâce à la compréhension plus complète du système, à l’extinction de toute prévention à son égard et aussi à une modification des écoles normales, l’œuvre de M. Smith trouve de fidèles auxiliaires.
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- Ainsi la ville de Boston sur les 1,045 professeurs qu’elle entretient à elle seule dans ses 173 écoles, ne compte que 5 professeurs qui ne peuvent enseigner-le dessin dans leur classe respective.
- - Voici quel est le sectionnement adopté par M. W. Smith pour l’application de sa méthode à ce milieu déterminé d’avance.
- Il y a trois cours successifs, savoir :
- i° Un cours primaire ainsi composé :
- Cahier n° 1, traitant des lignes droites et de leurs combinaisons dans les figures simples de la géométrie plane.
- Cahier n° 2, traitant des courbes simples et de leur application dans les esquisses d’objet simples et dans le dessin d’ornement ; dessin et combinaisons de l’ellipse et de l’ovale.
- 2° Un cours secondaire ainsi composé :
- Cahier n° 3. Applications des courbes dans les diverses figures d’ornement et les objets simples ; pentagone ; hexagone ; notions sur l’esquisse. .
- Cahier n° 4. Spirale ; octogone ; application des figures géométriques aux dessins d’objets, au dessin d’ornements et à l’esquisse.
- Cahier n° 5. Signes conventionnels élémentaires; pratique du dessin géométrique et conventionnel.
- Cahier n° 6 et 7. Dessin linéaire ; figures dans l’espace; dessin du cône, du cylindre et d’autres solides tels qu’ils apparaissent; conventions admises pour leur représentation ; quelques exemples de style égyptien.
- Cahier n° 8. Applications du dessin géométrique; étude de la forme des plantes ; quelques exemples de style grec.
- Cahier n° 9. Même cours avec développements; quelques exemples de style romain.
- Cahier 10, 11, 12, môme cours, exemples de style byzantin, roman, gothique, mauresque.
- Cahiers 13 et 14. Notions de composition ; éléments de perspective ; exemples d’ornements historiques montrant la relation des différents styles entre eux.
- M. W. Smith prépare, comme continuation à ce cours, des cahiers qui n’ont pas encore paru et qui auront pour but d’initier progressivement l’élève à l’heureux choix et à la bonne adaptation des sujets d'art décoratif, de dessin industriel et de styles d’architecture.
- CURIEUSE STATISTIQUE
- D’après MM. Duboy et Jacob, l’imprimerie et la librairie ont été l’objet de 1789 à 1868 de plus de 110 000 ordonnances, lois, sénatus-consultes, circulaires, etc.
- MM. Duboy et Jacob les décomposent comme suit:
- 3,400 appartiennent à l’Assemblée constituante.
- 2,078 à l’Assemblée législative.
- 14,034 à la Convention nationale.
- 2,049 au Directoire.
- 3,846 au Gouvernement consulaire.
- 10,254 au premier empire.
- 841 à Louis XVIII du 1er avril 1814 au 9 mai 1815 (en moyenne plus de deux par jour).
- 318 aux cent jours et au gouvernement provisoire (en moyenne environ 3 par jour).
- 17,812 à Louis XVIII à partir du 25 juin 1815.
- 15,800 à Charles X.
- 28,259 à Louis Philippe.
- Enfin plus de 10,000 à la République de 1848, à la Présidence et à l’Empire.
- Ce compte ayant été dressé alors que l’Empire durait encore, il est loin d’être complet. Il convient d’y ajouter toutes les lois, décrets, circulaires, etc., rendus dans les derniers temps de l’Empire, puis par le gouvernement de la Défense nationale, puis par celui de M. Thiers, chef du pouvoir exécutif, enfin par celui de la république légale, lequel n’est pas le moins fécond surtout dans les périodes du 24 mai.
- Chacune de nos lois sur l’imprimerie et là librairie contenant en moyenne 40 articles, la législation sur la matière compte aujourd’hui environ 4,400,000 dispositions. Et cela, sans y comprendre les lois, ordonnances, édits, déclarations, etc., antérieurs à 1789 encore en vigueur et dont le recueil forme deux volumes in-8.
- 11 est à remarquer que ces 4,400,000 dispositions législatives qui toutes, cela va sans dire, avaient pour but de protéger les régimes existants n’ont empêché de tomber du pouvoir, ni Robespierre, ni le Directoire, ni Napoléon 1er, ni Charles X, ni Louis Philippe, ni l’Assemblée nationale de 48, ni Napoléon III, ni le gouvernement de la Défense natio-tionale, ni M. Thiers, ni M. de Mac Mahon. Lanouvelle loi sur la presse qui est-pendante au Sénat, qui punit l’outrage au président de la République, ne protégera pas d’avantage les présidents futurs, si ceux-ci n’ont pas pour sanctioner leur autorité, l’amour et l’estime des citoyens.
- Le Directeur-Gérant : GODIN.
- Saint-Quentin — lmp. de la Société anonyme du Glaneur
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- 4» ANNÉE, TOME 5 — N» 135
- iLt numéro hebdomadaire 20 c.
- DIMANCHE 10 AVRIL 1881
- Le Devoir
- REVEE DES REFORMES SOCIALES
- BUREAU
- A GUISE (Aisne)
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant Fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES -D’AVANCE
- par Tenvoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- Franc©
- Un an. . . . 10 fr. »» Six mois ... 6 »»
- Trois mois . . 3 »»
- Union postale
- Un an. . . . 11 fr, »» Autres pays Un an. . . . 13 fr. 60
- ON S’ABONNE
- A PALUS
- 5,r.Neuve-des-petits-Champs
- Passage des Deux-Pavillons
- S’adresser à M. LEYMARIE administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- Du choix des fonctionnaires. — Nouvelles du Familistère. — Faits politiques et sociaux. — Vhabitation unitaire et les maisonnettes isolées. — Congrès anticlérical. — Lettre de Russie. — Le socialisme devant le Reichstag allemand. — Nouvelles diverses. — La révision de la Constitution. — Le duel. — La Crémation. — Variétés.
- DU CHOIX DES FONCTIONNAIRES
- XXIV
- Sous l’empire de la notion naturelle que presque tous les hommes possèdent de la nécessité d’une direction, mais d’une direction paternelle et intelligente, les peuples, après avoir longtemps subi l’autorité usurpée par la force ou la violence ou celle acquise par voie d’héritage, s’insurgent contre ces pouvoirs comme ne présentant aucune garantie des vertus ni du savoir nécessaires au bon et sage gouvernement des nations.
- Ils commencent à comprendre aussi que la distribution des fonctions abandonnée à l’arbitraire du pouvoir est un reste de despotisme, une chose absolument contraire à ce que réclament les progrès du droit social.
- En effet, n’est-ce pas la faveur, les sollicitations et toutes sortes de considérations étrangères à l’intérêt public qui président à la nomination des fonctionnaires de tous ordres. Les
- hommes d’un réel caractère ne descendent pas à de tels moyens, par conséquent ils n’ont aucun accès aux fonctions.
- Aussi plus les gouvernements usent d’arbitraire dans leurs choix, plus ils cherchent à entourer leurs fonctionnaires de prestige et d’apparat, à les revêtir d’uniformes dorés et argentés, afin d’imposer le respect aux popula'-tions. Mais cette autorité factice et arbitraire ne peut jamais remplacer le mérite et les capacités réelles tenus à l’écart au préjudice de la chose publique.
- Cette manière de gouverner et d’administrer, propre aux régimes autoritaires, se maintient longtemps encore par tradition, même sous les gouvernements qui progressent vers la liberté et l’égalité politiques.
- La force des choses fait entretenir ces traditions pour sauver aux yeux du peuple, sous le prestige des apparences, ce qui manque à la dignité des choix faits par le pouvoir.
- Le public ne sait d’où vient le nouveau fonctionnaire; on connaît encore moins les talents et les mérites qui lui ont valu la charge qu’il occupe ; mais un monsieur si bien costumé, si bien doré, si bien galonné, doit être quelque chose. Dans tous les cas, les insignes dont il est revêtu veulent dire : respect à l’autorité quand même.
- Les conquêtes faites par nos pères sur les excès d’autorité des gouvernements, ont conduit
- 11a France à chercher dans le suffrage universel un remède à ces abus.
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- Mais le suffrage universel n’est qu’à ses débuts, son organisation rationnelle n’est pas encore faite et les conditions dans lesquelles on a limité son fonctionnement ne lui ont pas permis de relever la conscience publique, ni de redresser les excès de pouvoir des gouvernants et des fonctionnaires. L’exercice de la souveraineté du peuple, par le droit de suffrage, n’a guère été jusqu’ici qu’un leurre. Il n’a pu et ne peut donner que des résultats incomplets.
- Pour élever le scrutin et l’élection au rôle qu’ils doivent remplir, non-seulement le suffrage universel a besoin d’être organisé, mais ~il a aussi besoin d’être complété par l’institution du concours et de l’examen universels.
- Le concours et l’examen généralisés dans les écoles et appliqués à l’homme, lorsque son cœur et son intelligence s’ouvrent à la vie utile, établiraient les mérites du caractère et le savoir de chaque citoyen dans les divers ordres d’études et d’apprentissages par lesquels*il a passé. Ils mettraient en évidence la générosité des sentiments, les aptitudes et les capacités, de manière à indiquer presque par avance où trouver les hommes pour toutes les sphères de l’activité sociale.
- Au contraire, dans l’état de confusion où se font actuellement les élections, il est difficile d’apprécier le dévouement et le caractère de l’homme qui s’offre inopinément au suffrage des électeurs. On comprend même combien il est impossible déjuger l’homme de capacité, de science et de talent, si par un procédé rationnel les électeurs ne sont pas éclairés à l’avance sur ce sujet. A défaut de la vraie lumière faite sur la valeur des citoyens, la masse est souvent séduite par des apparences trompeuses, au détriment des réalités modestes du savoir et du vrai mérite. Ce n’est que sur la notoriété que l’opinion des masses peut se faire. Mais dans l’état actuel de nos sociétés, la notoriété repose le plus souvent sur un simulacre de vertu, sur l’hypocrisie et le faux-savoir. Que resterait-il de la plupart des prétendues capacités en vogue, si l’on faisait tomber tous les masques sous lesquels celles-ci se présentent au public ?
- Est-ce à dire que si faute d’une organisation spéciale, la masse est impuissante à distinguer en toute vérité les hommes de réelle
- valeur et de réel mérite, les gouvernants soient mieux en état de le faire ?
- Non, assurément, nous avons établi par quels motifs les nominations faites par les gouvernants offrent encore moins de garantie que celles faites par le peuple. Car aux hommes du pouvoir aussi, les moyens d’appréciation font défaut et il y a, en outre, contre les nominations qu’ils font, le grave inconvénient du favoritisme et des préférences personnelles, lesquels s’exercent souvent au détriment du vrai mérite.
- Mais admettons pour un instant que ceux qui ont en main les hautes directions soient tous capables de bien juger les hommes, et d’assigner avec exactitude à chacun d’eux le poste qu’il peut remplir. On est au moins obligé de reconnaître que les chefs du pouvoir ne pourraient accomplir cette laborieuse mission qu’à l’aide d’un long examen et d’une très-sérieuse enquête sur chacun des candidats; examen et enquête que les gouvernants n’ont ni le temps, ni la possibilité de faire. Car, pour bien apprécier la valeur des hommes et leur assigner des emplois proportionnés à ce dont ils sont capables, il faut sérieusement connaître leur passé au point de vue intellectuel et moral. Or, un examen sérieux du savoir et des capacités de chacun exige des renseignements précis, appuyés de faits dont la société actuelle n’offre pas encore les éléments.
- Non-seulement l’enquête serait insuffisante, mais elle serait souvent impossible ; et les examens accomplis avec précipitation donneraient lieu, la plupart du temps, à de graves méprises.
- Il faut donc reconnaître que dans l’état actuel de nos sociétés, le choix des fonctionnaires et des employés de tous ordres se fait sans règles et sans principes arrêtés. Une telle situation est surtout profitable aux intrigants qui ne craignent ni les sollicitations ni les démarches, et qui savent revêtir les apparences d’après lesquelles on est porté à juger favorablement les hommes.
- Force est donc de rester assujetti aux expédients imparfaits du mode actuel de nomination des fonctionnaires, jusqu’à ce que le suffrage universel, mis en position de s’éclairer et de bien juger, puisse écarter tous les inconvénients du favoritisme et des intrigues de partis.
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- gi le suffrage universel n’a'pii encore faire cesser les abus, il a au moins affirmé le principe cle la souveraineté du peuple avec une telle puissance que ce principe, incarné dans' la pensée des peuples, tiendra désormais en échec jgS gouvernements autoritaires, jusqu’au jour du triomphe universel de la démocratie.
- La souveraineté du peuple ne peut que vouloir s’opposer aux abus qui compromettent les droits légitimes des citoyens ; elle désire évidemment chercher à réformer ces abus par un choix mieux compris des hommes chargés de faire les lois et d’administrer le pays, mais il faut reconnaître que, par ce motif même, rieü n’a été fait jusqu’ici pour faciliter au suffrage universel le choix 'des citoyens dignes et capables de bien servir la chose publique, et qu’au contraire tout a été tenté pour entraver l’action cle la souveraineté nationale, et la corrompre à sa source. Ce n’est qu’à la vertu toute puissante de son principe que la souveraineté nationale doit d’avoir surmonté les obstacles que les hommes des vieux régimes ont placés devant elle.
- Mais le mal IuLmême sert d’enseignement pour réaliser le bien. Car en économie sociale et politique, comme en toute autre chose, le bien est i’opposé du mal. Donc, profitons des leçons de l’expérience et tenons compte des agissements du despotisme, pour donner à la démocratie un appui fondé sur des bases diamétralement opposées.
- Lorsque les régimes autoritaires sont acculés à la nécessité de subir l’intervention du suffrage dans le choix des pouvoirs publics, leur premier soin est d’entourer cette intervention d’expédients propres à circonvenir l’électeur dans ses besoins d’information.
- Sachant que l’autorité la plus absolue n’agit elle-même que d’après l’opinion qu’elle se fait des hommes et des choses, sur les rapports de ses agents; sachant que nul pouvoir ne fait de nomination ou de révocation sans des motifs qui déterminent ses résolutions mêmes les plus injustes, ces pouvoirs comprennent, aussitôt 1 entrée en fonction du suffrage universel, que celui-ci a besoin, comme tout pouvoir ayant charge de faire des choix, d’être renseigné sur
- X *
- les hommes à élire, de manière à déterminer son jugement.
- Les pouvoirs autoritaires s’ingénient alors à' organiser la candidature officielle, pour faire tourner à leur profit l’influence que les informations exercent sur le suffrage. Les candidats acquis aux vues du gouvernement sont, dès lors, entourés des témoignages les plus favorables ; l’administration met en mouvement toute la hiérarchie anti-démocratique de ses agents pour préconiser ces candidatures, et contrecarrer au besoin les candidats indépendants.
- A la place de cet état de choses, ce qu’il faut instituer c est la candidature du vrai mérite, de la capacité et du savoir, candidature basée sur les précédents de l’école, des concours, des examens et des services rendus.
- C’est là l’oeuvre qui s’impose à la démocratie, afin cl offrir au suffrage universel les candida-tures de la raison et de la science, sous les auspices de la liberté.
- Alors, le scrutin aura toute la solennité désirable et le suffrage universel sera en mesure de se montrer bon juge et bon souverain.
- [A suivre). GODIN.
- NOUVELLES DU FAMILISTÈRE
- CONSEIL DE GÉRANCE
- Extrait de la séance du 29 mars 1881 Matériel cle jardisia^e POUR LES ENFANTS DES ÉCOLES
- M. le Président expose au Conseil qu’il y a un certain nombre d’années, les enfants du Familistère avaient été habitués dès l’école à concourir à l’entretien des allées et des jardins. On avait obtenu d’excellents résultats de cette organisation.
- Malheureusement l’insuffisance des professeurs a fait tomber la chose en désuétude. Il y aurait lieu de la reconstituer aujourd’hui.
- Le chef jardinier actuel est en mesure de donner aux enfants des leçons théoriques et pratiques sur toutes les branches de jardinage. Il a déjà commencé ces leçons près des élèves de la F* classe. Aujourd’hui, il demande qu’on veuille bien abandonner aux
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- enfants une partie du'terrain du Clos-Violette, au-delà du rond-point des maronuiers. Les enfants cultiveraient eux-mêmes cette partie,
- M. le Président fait ressortir devant le Conseil que développer chez les enfants du Familistère ies connaissances et l’amour du jardinage est une chose excellente à tous les points de vue; que les familles en tireront plus tard de grands bénéfices et que, dès maintenant, c’est une mesure éminemment moralisatrice.
- En outre, elle permet d’habituer les élèves à l’exercice du droit de vote; car ceux-ci seront appelés, comme ils l'étaient autrefois, à se constituer en groupes séparés de filles et de garçons élisant chacun leurs chef et sous-chef, pour diriger les travaux et veiller au bon ordre.
- A ce propos, M. le Président rappelle que les enfants avaient prouvé qu'ils entendaient parfaitement l’exercice du suffrage. Jamais ils ne nommaient d’indignes et si, parfois, un des chefs élus se permettait quelque incartade ou ne donnait pas le premier l’exemple d’un bon travail, il ôtait délaissé sans pitié aux élections suivantes.
- Le Conseil approuve toutes ces raisons et décide, à l’unanimité, que la partie du terrain demandé sera mise à la disposition des enfants.
- M. le Président signale ensuite que pour rendre le travail possible, il faut qu’un matériel spécial soit livré aux élèves. Le matériel ancien n’existe plus. Tout est à refaire aujourd’hui.
- Après échange d’explications, le Conseil décide que M. Scholier, le jardinier, ira voir chez les marchands de la ville s’il y a des échantillons d’instruments de jardinage convenables pour les élèves. On examinera lesdits échantillons et M. le Directeur commercial verra ensuite à faire la commande dans les conditions les meilleures possibles.
- FAITS POLITIQUES & SOCIAUX DE LA SEMAINE
- FRANCE
- !Le gjrasx*! 6véïî eraexi t «le la semaine a été la déclaration faite au nom du gouvernement, par M. Jules Ferry au Sénat et par le général Farre à la Chambre, que le ministère avait décidé de châtier les tribus tunisiennes qui sont venues commettre des déprédations sur territoire français (voir plus bas à la rubrique Tunis). Le ministère s’est engagé à agir contre ces pillards, aussitôt les forces nécessaires réunies, avec toute la vigueur que comporte la situation.
- C’est donc la guerre, mais une guerre que nous* n’avons pas cherchée et que nous avons, tout fait pour éviter.
- m *
- Travaux «les Cîiambres. — La Chambre des députés a voté un projet de loi dont il est question depuis longtemps et qui a nécessité une longue enquête dans toute la France.
- Le coupA’Etat <lu 2 décembre 18ol a été un crime politique composé de nombreux attentats contre les personnes : arrestations illégales, déportations, etc., etc.
- La République, étranglée en 1851, a ressuscité en 1870 ; elle devait à ses défenseurs malheureux ou à leurs familles une réparation.
- Nous n’avons pas besoin de dire que cette œuvre de réparation ne pouvait pas être entreprise avant l’établissement définitif de la République ; il a fallu ensuite réunir et vérifier tous les dossiers.
- Cinq mille réclamants environ se sont fait connaître.
- Des rentes viagères vont leur être alloués ; sur la demande du rapporteur, M. Waldeek-Rousseau, l’urgence a été déclarée ; la proposition avait été déposée par M. Talandier.
- La Chambre a continué la discussion du projet de loi, adopté avec modifications par le Sénat, sur la liberté de réunion. Elle a adopté un amendement de M. Maigne, tendant.au rétablissement d’une disposition votée parla Chambre et supprimée par le Sénat, ayant pour objet de dispenser les réunions électorales de la présence du commissaire de police. Elle a ensuite adopté l’ensemble du projet de loi, modifié par le Sénat, relatif au tarif général des douanes.
- Le Sénat a décidé qu’il passera à une deuxième délibération sur le projet de loi adopté par la Chambre des députés, relatif aux titres de capacité exigés pour l’enseignement primaire. lia ensuite commencé iapremière délibération sur le projet de loi adopté par la Chambre des députés, établissant la gratuité absolue de l’enseignement primaire dans les écoles publiques.
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- ILa cosn-misesiosi relative à la création, «l’ixiie caisse nationale «le retraite pour les» vieux ouvriers de l’industrie et de l’agriculture a terminé son travail.
- Elle a nommé rapporteur M. Nadaud, par b voix, contre 3 données à M. Maze et 1 à M. Guyot.
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- Désaveu «les légitimistes par le Papa.
- — On Ht dans YAurora, organe officieux du Pape :
- « La délicate réserve observée par le Saint-Siège et par son illustre représentant à l’égard des partis qui divisent ia France devrait suffire pour faire cesser l’opposition que quelques membres du parti monarchique montrent depuis quelque temps contre le nonce pontifical. »
- * Loin de nous la pensée de leur suggérer l’idée de renoncer à leurs affections traditionnelles et à leurs constantes espérances, mais il n’en convient pas moins que nous leur disions ce qu’ils savent, que le parti légitimiste est actuellement en France une minorité, et une minorité qui n’a pas de chance de devenir avant longtemps une majorité. »
- Voilà qui est suffisamment clair : l’Eglise de Rome n’entend pas soutenir une minorité qu’elle prévoit devoir rester longtemps à l’état de minorité. Cette affirmation de la vitalité de la République, venant d’une plume non suspecte, est peut-être plus concluante que le témoignage de ses plus chauds partisans.
- *
- lAIxastit-at So la guerre. « A la dernière séance de l’Académie des sciences morales et politiques M. Ch. Lucas a fait hommage à l’Académie du Manuel des lois de la guerre sur terre publié par l’Institut de droit international ; en terminant le rapport verbal qui accompagnait cet hommage, il a résumé les principes fondamentaux qui doivent, selon lui, constituer la civi-
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- Hs-dion de la guerre par la formule suivante qui a frappé
- ^attention.
- Nécessité de civiliser la guerre puisqu’on ne pouvait l'abolir immédiatement.
- ‘procéder à la civilisation de la guerre.
- D’abord par le recours à la médiation et à l’arbitrage
- oUr la prévenir autant que possible.
- ^ gQsuite, quand elle n’a pu être prévenue par le droit rie légitime défense, pour la régler et pour flétrir la guerre de l’ambition et delà conquête.
- » gQfiü, par la modération de la conduite des hostilités et des conditions de la paix, à l’effet de permettre l’ceu-vre de réconciliation sans laquelle les haines nationales rallument et perpétuent la guerre.
- SUISSE
- Un pvogr;nnme. — Le . nouveau conseiller fé-déral, M- Ruchonnet, dans un discours prononcé à Lausanne, a résumé ses opinions politiques dans la formule suivante qui mérite d’être méditée aussi bien au-dehors cfu’en Suisse.
- « Au centre, ce qui lui est nécessaire pour le salut de la patrie commune, pour sa prospérité, pour son renom, pour l’accomplissement de ses destinées comme nation et pour l’exercice de ses devoirs internationaux. Aux cantons, la plus grande somme de libertés et d’autonomie qui puissent se concilier avec ie bien commun, en général tout ce que le canton peut et veut faire biem. A ja commune, le domaine des intérêts immédiats. »
- ALGÉRIE
- Massacre et empoisonnement d’nne mission. gcientifique. —- La mission Flatters, envoyée dans le Sahara, pour reconnaître la possibilité de construire un chemin de fer à travers le désert, a été massacrée.
- La mission a été surprise à 4 journées de Haïder, sud d’Assimu, par des bandes de Touaregs. Le brave colonel et tous les savants et ingénieurs qui l’accompagnaient ont été tués. 63 hommes s’étaient échappés et battaient en retraite. Ils furent rejoints parles Touaregs Hoggar qui leur affirmèrent n’avoir pas pris part au massacre. Ils ajoutèrent foi aux protestations d’amitié et acceptèrent d’eux des dattes. Ces dattes étaient empoisonnées. 29 hommes sont morts de ce poison. Les quelques hommes restant sont cernés par les Touaregs, sauf 4 qui ont pu s’échapper et qui ont apporté la nouvelle à Ouargla.
- TUNIS
- Les pillards tuni»ieng. — Des bandes de pillards de la tribu tunisienne des Kroumirs sont venus commettre des déprédations sur le territoire algérien. Les troupes leur ont été opposées; savoir 1 bataillon de zouaves et trois bataillons de la ligne. Nos troupes ont eu 15 hommes mis hors de combat, 4 tués et lî blessés.
- Sans l’état de tension de nos rapports avec le Barde, la lutte commencée ne serait qu’un incident ; mais, eu egard à la situation présente, c’est un événement.
- îsotre gouvernement s’est déclaré amené à prendre a.e® ^solutions énergiques, à pousser la répression au-ueta de nos frontières. Cette incursion des Kroumirs a Leu juste au plus fort des intrigues anti-françaises à i unis, et il serait bon de rechercher si c’est là le résultat a une coïncidence fortuite ou bien plutôt celui des ma-uinations qui se trament dans l’entourage de Moham-med-el-Sadeck.
- L y aaus___
- Pourrons mettr
- lieu d’examiner par quels moyens nous
- aui ri* ------un terme à des expéditions périodiques
- nMit; *ent üoire eeieuie et ruinent nos nationaux, ex-tont !.0ûs ?ue boy encourage par son hostilité contre litiiveclui cst français, et dont il récuse la responsabi-e sous prétexte d’impuissance.
- | Les hostilités vont être entamées, sur territoire tuni-I sien, contre ces tribus. Elles seront châtiées. C’est par-| faitement correct. Ce qui le serait moins, ce serait de
- I profiter de l’occasion pour faire main basse sur Tunis. Plusieurs journaux français, et notamment les journaux radicaux, demandent que nos troupes occupent et
- !mème que notre gouvernement annexe la Tunisie.
- De quel droit? Du droit du plus fort? Mais c’est la théorie d’un Bismarck et d’un Napoléon, non celle d’un I peuple libre.
- | Assurément l’occupation ou la conquête ne présenteraient que peu de difficultés. La Tunisie n’est pas en état de se défendre contre la France. Mais la question n’est pas là. Les troupes de la République française ne sont plus comme celles de.l’empire des instruments de conquête et de tyrannie. Annexer un peuple à cause des fautes ou de la faiblesse de son gouvernement n’est pas digne d’un pays républicain. Ce qu’il convient de faife, c’est de s’entendre avec le Bey pour prendre d’un commun accord des mesures qui rendent impossibles à l’avenir les incursions sur territoire français de pillards tuni-| siens.
- La déposition du Bey serait peut-être une excellente chose. Peut-être aussi faudrait-il construire, sur territoire tunisien, quelques postes fortifiés que nos troupes occuperaient. Tout cela n’est pas en violation dn droit des gens. Ce serait agir de manière à assurer la sécurité générale, mais il convient de s’arrêter là.
- N’imitons pas les agissements d’un Beaconsfieîd, ce serait indigne de la France.
- Nous sommes profondément peinés de voir que les idées de conquête-sont ouvertement affichées par les journaux radicaux, Rien cependant n’est plus opposé à la consolidation de la République que la politique conquérante. Rien n’est plus dangereux pour la liberté que ;e prestige du plumet. On est vite en appétit de guerre quand on a remporté de faciles succès. Prenons garde. Les victoires sont le tombèau des libertés., La bataille des Pyramides rendit possible le 18 brumaire.
- ANGLETERRE
- Ida liberté de la presse et le droit ct*a-
- avaien t toujours été aux yeux du peuple anglais deux des titres d’honneur de la vieille Albion.
- Aujourd’hui l’Angleterre foule à ses pieds ces fleurons de sa couronne de liberté. Le journaliste allemand révolutionnaire Most vient d’être emprisonné, pour dek opinions relatives au meurtre du Tzar publiées dans un journal de langue allemande que M. Most rédige à Londres, die Freiheit.
- On sait que la police berlinoise répand elle-même, comme épouvantail,la feuille de M. Most et que M. Auer, au Reichstag a désavoué toute affiliation de ce révolutionnaire avec les socialistes allemands.
- Cela n’empêche pas que la violation par le ministère anglais de la liberté de la presse et du droit d’asile ne soit très regrettable, car elle pourra servir de précédent pour poursuivre des personnes dont les idées vaudraient mieux que celles de M. Most.
- TJ» noravenra parti. — La Secular Review, de Londres, nous apprend qu’un nouveau parti politique est en voie de formation en Angleterre, sous la dénomination de « Démocratie Convention. » Ce parti vient de publier son programme, où figurent les revendications suivantes : le suffrage universel pour tous les adultes (des deux sexes),l’égalité électorale de tous les districts, le Parlement triennal, la rétribution des membres du Parlement, l’abolition de la Chambre des Lords, l’entreprise des travaux publics par les associations ouvrières, la nationalisation du sol, l’indépendance législative pour l’Irlande; etc. — Salut à la Démocratie Convention, qui, comme on le voit, ne manque pas d’un certain cachet dè véritable démocratie et de socialisme.
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- LE DEVOIR
- IRLANDE
- Les amre&tatlonsf continuent.
- Samedi une collision a eu lieu entre le peuple et la police à Gflogher. comté de Mayo. La police a fait feu ; il y a eu 3 tués et 32 blessés.
- RUSSIE
- Un progrès. — La ville de Saint-Pétersbourg va obtenir d’être représentée par un conseil élu de 228 membres, correspondant au nombre des quartiers de la ville Ce conseil siégera à côté du gouverneur et délibérera avec lui ; ses décisions n’auront pas force de loi, on ne lui demandera que de simples avis. Mais ce premier essai du régime représentatif, même fait sur une éehelle restreinte, mérite de ne pas passer inaperçu, car si l’épreuve réussit pour Saint-Pétersbourg, il est permis de supposer qu'on ne s’en tiendra pas là et qu’on l’étendra, de proche en proche, aux autres villes et peut-être aux provinces de l’empire. Cette réforme, si elle se continue et si elle est appliquée avec sincérité, justifierait ce qui avait été dit à l’avance des intentions libérales du nouvel empereur.
- •k '*
- * *
- Gnrienses révélations. — Depuis longtemps le général Loris-Mélikoff était avisé que les conspirateurs avaient de nombreux affiliés parmi les agents de la police secrète, ce qui expliquait pourquoi les nihilistes étaient toujours au courant des mesures projetées contre eux et trouvaient le moyen de faire parvenir en toute sûreté, jusque dans le cabinet du ezar, leurs journaux et leurs manifestes.
- Or, pour en finir une bonne fois avec cet état de choses, le général Loris-Mélikoft imagina un stratagème aussi simple que hardi. Le jour même de la translation du corps de l’empereur à la cathédrale des saints Pierre et Paul, il convoqua chez lui tous les agents de la police secrète. Inutile de dire que ces messieurs sa présentèrent au grand complet, et que les affiliés du nihilisme se montrèrent des plus empressés.
- Après les avoir fait longtemps attendre, le général entra dans la pièce où ils étaient réunis et il s’entretint longtemps avec eux.
- Loris-Mélikoff semblait plus préoccupé que jamais, et ses instructions furent tellement confuses que les agents furent quelques heures avant de les avoir bien saisies.
- L’audience se termina brusquement par l’arrestation de plusieurs limiers de la police, des plus éprouvés et des plus sûrs, après quoi les autres, furent congédiés sans recevoir aucune instruction définitive.
- Voici ce qui s’était passé : le ministre de l’intérieur avait organisé, à l’insu de la police officielle, un service de sûreté spécial, composé uniquement des serviteurs zélés et dévoués de Loris-Mélikoff. Pendant que les agents officiels et les émissaires nihilistes, dans le nombreuse trouvaient réunL chez le ministre, des visites domiciliaires furent exécutées chez chacun d’eux.
- Le résultat lut tout à fait étonnant, même pour le ministre. Non seulement on découvrit les preuves les plus concluantes des rapports continuels exigeant entre les révolutionnaires et la police, mais on saisit des plans de la capitale, des dessins de mines et autres documents conduisant sur la piste de nouveaux attentats préparés pour un avenir plus ou moins prochain.
- C’est ainsi qu’on a pu dénichèr la mine de la rue Sadowaïa, qui sans .doute était destinée à mettre eu danger, un jour ou l’autre, la vie d’Alexandre III.
- (Le Gaulois).
- ESPAGNE
- U© meethig anti-esclavetflste s’est réuni au théâtre de l’Alhambra à Madrid.
- La société anti-esclavagiste déclare qu’elle continuera sa propagande jusqu’à l’abolition complète de l’esclavage dans les colonies espagnoles.
- On sait en effet que l’Espagne, le pays le plus catholique de l’Europe, n’a pas aboli l’esclavage dans toutes ses colonies.
- PORTUGAL
- U© mouvement républicain s’accentue eu Portugal. A Salvaterra de Magos, un cortège a parcouru les rues ail chant de la Marseillaise et aux cris de Vive la République. L’autorité a fait appel à la force pour disperser les groupes.
- ORIENT
- Le nouveau tracé de la frontière turco-grecque qui a reçu l’approbation des ambassadeurs des puissances à Constantinople, est actuellement l’objet d’un examen approfondi de la part des cabinets. Il semble, d’après ce qu’on dit, que ce tracé n’a pas été suffisamment précisé. Les points indiqués sont séparés par de grandes distances, et il est évident que pour déterminer le parcours intermédiaire,il faudra recourir à une commission technique internationale.
- Peut être faudra-t-il aussi, pour faciliter l’apaisement des esprits dans ees régions, demander à la Turquie certaines garanties et certaines concessions administratives en Epire.
- Il y a donc encore bien des questions de détail à régler, et ceux qui s’attendraient à l’exécution de 1 arrangement projeté, e’est-à-dire à la remise des territoires cédés, dans quinze jours ou un mois, courraient grand risque de se tromper
- Mais le plus difficile et le plus important est fait, et le sacrifice consenti par la Porte permet aujourd’hui de considérer la question lurco-grecque comme résolue en principe et le maintien de la paix comme certain.
- LA GRANDE HABITATION COMBINÉE UNITAIRE ET LES MAISONNETTES ISOLÉES
- Comment une Ibcmne idée se trouve compromise par une mauvaise exécution
- La cité ouvrière, fondée rue Rochechouart, en 1849, par Louis-Napoléon Bonaparte,alors président de la République, eut de si déplorables résultats qu’elle est opposée, encore aujourd'hui, comme argument péremptoire, comme fin de non-recevoir absolue, à tout projet de construction d’habitations collectives pour l’usage de ceux qui ne peuvent mettre qu’un prix très modeste à leurs logements. Cette expérience, qui fut très mal faite et au rebours de toutes les conditions propres à en assurer le succès, n’est cependant pas aussi décisive, à notre avis,dans le sens négatif où on l’invoque, qu’elle l’a paru à l’une des sections du Congrès international d’hygiène réuni à Paris, pendant l’Exposition universelle de 1878 : elle ne suffit pas, comme on l’a prétendu, * pour trancher définitivement la situation entre
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- système de la grande habitation collective et celui des petites maisons particulières pour un seul ménage, pour deux au plus.
- Du Congrès sus-mentionné les Annales d'hygiène publique ont donné un compte rendu dans lequel se trouve le passage suivant :
- « Maisons et cités ouvrières. — M. Emile Trélat avait été chargé du rapport concernant cette question.
- « On a essayé deux types de cités ouvrières : 1° la cité caserne dont le type est la cité ouvrière de la rue Rochechouart créée par le prince Louis-Napoléon, président de la République; elle fournit à un bas prix de location un logement à quatre ou cinq cents personnes que le hasard rapproche; — et 2® la cité ouvrière suivant le modèle de la Société mulhou-sienne.
- « M. Trélat rejette naturellement le premier type pour n’admettre que le second. L’hésitation n’est pas possible pour quelqu’un-qui a vécu au milieu de la classe ouvrière, et qui a pu voir les avantages et les inconvénients de l’un et de l’autre système. Quelle différence, en effet, entre ces véritables casernes à l’aspect triste et sale, où étaient entassées parfois un nombre considérable de familles, où la propreté était pour ainsi dire impossible, où l’air était vicié par mille causes, où l'on n’entrait qu’avec une sorte de dégoût, et ces jolies maisonnettes entourées de leur jardin, dans lesquelles n’habitent qu’une ou deux familles, où règne dans certains pays (1) la propreté la plus absolue et qui peuvent devenir la propriété de l’ouvrier moyennant une retenue fixée d’avance sur son gain mensuel?
- « Ces cités, dont les grands industriels de Mulhouse ont donné l’exemple, se répandent d’ailleurs aujourd’hui de plus en plus et tendent à remplacer partout l’ancienne caserne.
- {Annales d'hygiène et de médecine légale, janvier 1879)
- Ce résumé du rapport de M. l’ingénieur E. Trélat est de nature à suggérer plus d’une observation critique.
- Et d’abord, la malpropreté, la viciation de l’air sont-elles donc, ainsi que l’admet l’auteur, des conditions essentiellement, fatalement inhérentes au grand bâtiment d’habitation ? Non certes, pas: plus que la propreté aux maisonnettes.
- Si les organisateurs de la cité ouvrière avaient pris le soin, vraiment élémentaire, d’assurer au moyen d’un service rétribué et surveillé, le' nettoyage des cours, des corridors, des cabinets d’aisance, en un mot de tout ce qui est d’un usage com-
- (t) Ces mots «dans certains pays » sont tout un aveu. Pesez-les,
- b détruisent à eux seuls tout le côté idyllique du rapport de M, Trélat,
- mun, la grande habitation collective eût été, quant à cette partie, du moins, maintenue dans des conditions de propreté et de salubrité ne la cédant en rien à ce que peuvent offrir les petites maisons rnulhou-siennes. Faire de celles-ci un tableau riant et pittoresque, en contraste avec « cette caserne triste et sale « dont on veut inspirer le dégoût, ce n’est pas traiter sérieusement la question posée entre les grandes habitations pour un certain nombre, pour quelques centaines même de familles, et le petit réduit pour une seule famille.
- De ce que la cité ouvrière de la rue Rochechouart, mal conçue, ouverte sans discernement à une cohue de locataires, pris au hasard, sans aucun lien entre eux, a abouti au déplorable état dépeint dans de si noires couleurs dans le rapport, est-il logique, est-il légitime de conclure que tout bâtiment d’habitation destiné à un plus ou moins grand nombre de familles ne pourra échapper aux mêmes désordres ? La preuve éclatante du contraire est fournie par le Familistère de Guise, qui loge aujourd’hui 1200 personnes, sans donner lieu à aucun des fâcheux effets signalés dans la cité ouvrière de 1849.C’est ce qu’atteste le témoignage de tous ceux qui ont visité ce superbe établissement et ce dont peut s’assurer quiconque voudra Taller voir, car il est libéralement ouvert à tous par son généreux fondateur. M. le rapporteur de la commission des Maisons et cités ouvrières aurait pu le voir et l’étudier. Peut être que cette vue et les renseignements précis qù’il lui eût été facile d’obtenir, l’auraient fait revenir de ses préventions contre l’habitation combinée unitaire. Il n’aurait pu manquer d’être frappé de toutes les commodités que celle-ci présente pour les relations sociales, pour la bonne et abondante distribution de l’eau, pour le chauffage, la ventilation et l’éclairage de toutes les parties de l’édifice.
- Au Familistère, une galerie couverte règne à l’intérieur du pourtour de chacun des trois étages et permet de communiquer d’une extrémité du bâtiment à l’autre sans qu’on soit exposé à aucune intempérie. Chaque ménagère peut s’approvisionner de tous les objets nécessaires à la vie, sans avoir besoin de mettre le pied dansja rue. Mêmes facilités pour les familles et les personnes qui veulent s’en-tre-visiter.Elles n’ont à se munir en aucun temps de parapluie ni de socques. Dans nos hameaux et villages, à bâtisses séparées, rien que pour se rendre d’une demeure à une autre,on court risque d’arriver, tantôt crotté, mouillé, tantôt transi de froid ou grillé par le soleil, suivant la saison.
- Le Familistère a de vastes cours intérieures sous vitrage, où les enfants peuvent se livrer à leurs
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- jeux, à l’abri de tout danger ; où se tiennent les réunions diverses qu’appellent les besoins de la vie sociale, soit pour les affaires, soit même pour les plaisirs. Cherchez donc les mêmes avantages avec le système des maisonnettes, objet de la prédilection du rapporteur ! !
- Et puis quelle différence dans les deux systèmes pour la sûreté et la sécurité des personnes ! Chaque jour nos feuilles publiques rapportent que quelque maison a été dévalisée en l’absence des habitants,ou même qu'e ceux-ci ont été assassinés par les malfaiteurs qui s’étaient introduits à l’intention de voler. C’est surtout pour les gens que l’âge ou les infirmités ont mis hors d’état de se défendre, que le sé~ our dans une habitation isolée est un péril incessant. Pour peu qu’ils aient la réputation déposséder quelque argent, des bijoux ou d’autres valeurs, ils sont une proie désignée aux bandits et par eux guettée avidement.
- Il y a d’ailleurs une impossibilité matérielle ce que le système préconisé par M. le rapporteur soit généralement adopté dans les grandes villes et dans leurs banlieues. Les maisonnettes et leurs jardinets exigeraient pour une population égale à celle que loge aisément le Familisière une surface plus que triple de celle qu’il occupe. Au prix où sont les terrains dans les villes et dans leurs environs, qu’on juge de l’énorme dépense qu’entraînerait la tentative de fournir à toute la classe ouvrière, et par chaque famille, une maison avec jardin. C’est là ce qu’on peut appeler de l’utopie et une plate utopie, car ces mesquines constructions ne sauraient offrir les conditions de logements confortables, pourvu de toute les commodités auxquelles, les travailleurs n’ont pas moins droit de prétendre que les autres classes de la société. Tel passage en forme d’idylle du rapport de M. 'frétât, ou plutôt de son panégyrique des maisonnettes, nous a remis en mémoire le mot sensé de
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- Chateaubriand : « Vantez les chaumières, mais ne les habitez pas. »
- Pour en revenir à la considération qui touche le plus les hommes de notre temps, la considération économique, on peut faire observer que si la grande habitation coûte plus de construction première, elle aura ensuite beaucoup moins de frais de réparation 1 et d’entretien,
- Pour ce qui est de l’extension du système des maisonnettes mulhousiennes qui « se répandrait de plus en plus, est-il dit dans le rapport, et tendrait à remplacer partout l’ancienne caserne », il ne semble pas que les faits confirment larapidité d’un tel mouvement. Quant à l’ancienne caserne qui aurait été, paraît-il, 1 l’habitation de la population ouvrière dont nous n j
- savons quel passé,nous en sommes à nous demander ce qu’on a voulu dire par là ; car si,dans les derniers siècles, et dans le nôtre surtout, on a bâti force casernes,ce n’a pas été pour loger les travailleurs,sinon pendant qu’ils étaient arrachés à leurs occupations utiles pour être exercés et dressés au noble mais mi-neux et désastreux métier de la guerre.
- Concluons qu’après i’avis, bien mal fondé, suivant nous, de la commission du Congrès d’hygiène de 1878 la question entre l’habitation collective et l’habitation morcelée reste entière : à l’échec de la cité ouvrière de la rueRochechouart,on a pu opposer depuis le succès avéré, authentique, l’état propère et brillant du Familistère de Cuise.
- Ch. Pellarin.
- UNION DÉMOCRATIQUE
- DE
- PROPAGANDE ACTXI-CJL.ÏbRIGAIL.IZ:
- CONGRÈS ANTI-CLËRiC&L
- Nous apprenons que c’est M. Victor Schœlcher, sénateur, qui présidera le congrès anti-clérical organisé par Y Union démocratique de propagande anti-cléricale.
- Nos lecteurs savent déjà que les statuts de cette société fondée le 1er mai 1880, ont été autorisés par un arrêté préfectoral en date du 19 août de la même année.
- La vice-présidence du congrès anti-clérical a été oûerte à mademoiselle Maria Deraismes, l’éloquente et vaillante conférencière.
- L’annonce seule de ce congrès, qui se réunira du 12 au 15 mai prochain, à Paris, suffît déjà pour faire jeter feux et flammes aux journaux de la réaction.
- Pour les renseignements, s’adresser au secrétaire général, M. Victor Poupin, 48, rue Monsieur le-Prince, Paris.
- L*js adhésions des sénateurs, députés, conseillers généraux et d’arrondissements, maires et conseillers municipaux, arrivent en nombre considérable.
- Les»..Mines d.e la, Tasmanie, découvertes il y a quelques années, commencent à donner des résultats d’une certaine importance.
- Durant l’année 18S0 l’exportation de l’or s’est élevée à 190,613 livres sterling, environ 5 millions de francs, et celte de l’étain à 341,736 livres st., environ 8,600,000.
- Pas mal pour des mines qui commencent.
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- LETTRES DE RUSSIE
- Saint-Pétersbourg, le 31/19 mars 1881.
- De mortuis aut nihil aut bene, je me serais bien conformé à cette maxime latine si le tzar était comme nous autres un simple mortel, mais un homme qui a été maitre omnipotent de 80 millions de sujets, des biens et de la vie desquels il pouvait disposer à son gré, doit être jugé, même après sa mort, strictement et impartialement. C’est ce que je m’efforcerai de faire dans cette lettre.
- Dans ma dernière correspondance, j’ai déjà exposé quelques considérations qui peuvent mettre en pleine lumière ce grand acte de l’affranchissement des serfs, dont on a fait tant parade et à propos duquel on a tellement loué le tzar. Pui que c’est un des faits les plus importants du règne, nous pouvons nous y arrêter encore, vu sa portée historique. Lorsqu’Alexandre II monta sur le trône la population non libre de la Russie comptait alors 47 millions 400 mille individus, se subdivisant en 20 millions de paysans de la couronne, 4 millions 700 mille paysans des apanages, des mines et usines, 21 millions de paysans propriétaires, 1 million 400 mille dvorovié ou gens de service. Quant aux 20 millions de paysans de la couronne, ils ne dépendaient que de l’Etat et jouissaient d’une sorte de self-govemment local. Ils s’administraient dans leur commune à l’aide d’un consul élu ; ils étaient jugés par des tribunaux élus. Pour les affranchir, il ne fallait que proclamer cette liberté par une loi, ce qui fut fait par Alexandre II, en juillet 1858.
- Tout autre était la situation des paysans, des propriétaires et des dvorovié. Ils étaient depuis 1601 vraiment attachés à la glèbe ; pourtant ils n’avaient jamais oublié leur droit antique à la propriété de la terre, ce qu’ils exprimaient par ce dicton : « Nos dos sont au seigneur, mais la terre est à nous. »
- Plusieurs fois, pendant ces trois siècles, les paysans russes se soulevèrent en jacqueries, dans le but de recouvrer leurs libertés, mais toujours l’Etat trouva le moyen de les soumettre. Pourtant cette violation de la dignité humaine ne resta pas impunie ; l’état russe en supporta les conséquences. Tandis que, partout en Europe, un progrès immense se réalisait dans toutes les branches de la vie, la Russie resta toujours un état asiatique sans science, sans industrie, sans autre liberté que celle de vénérer le tzar, et Nicolas qui croyait voir dans cet état de choses la source de sa puissance éprouva une grande déception au contact de l’Europe, pendant la guerre de Crimée, guerre après laquelle il en fallut
- i de peu que la Russie ne devînt un petit état asiatique découpé dans l’Europe. C’est alors que ce tyran, à son lit de mort, conseilla à son fils d’affranchir les paysans, car c’était la seule chose qui pût sauver la Russie.
- Ce ne fut donc pas Alexandre II qui fut l’initiateur de l’affranchisseiùent des paysans. Cette idée lui avait été léguée par son père, lequel, comme on sait, a été déclaré par tous les historiens le plus effrayant despote du xixe siècle. Alexandre II, en montant sur le trône, se trouvait en face de ce dilemne : ou affranchir les serfs, ou devenir un potentat asiatique, sans aucune valeur aux yeux de l’Europe. En un mot il n’écait pas libre de ne pas décréter l’affranchissement. On ne peut donc voir dans cet acte aucune trace de quelque action noble ou grande. Si en quelque côté de cette question, Alexandre II eût pu mettre quelque chose de lui-même, ce n’est que dans la forme dont cet affranchissement se serait accompli, mais ici encore, on ne voit rien qui lui appartienne.Se trouvant en face d’une question aussi importante, le czar Alexandre II, au lieu de consulter ceux qui connaissaient le pays, les hommes de la science qui pouvaient établir les bases d’une profonde rénovation de la Russie, demanda des conseils à sa nublesse fidèle.
- *
- Cette noblesse Adèle, à qui il fallait toujours de l’argent pour satisfaire ses plaisirs et qui vendait ou jouait ses serfs, fut bien aise de les vendre au tzar, et répondit qu’elle n’avait rien à dire contre l’affranchissement, mais qu’il lui fallait une indemnité en argent. L’opinion publique socialiste russe, bien qu’elle fut en infime minorité, criait sur tous les tons que le progrès ne se paie pas avec de l’argent, mais le bon tzar, prêtait l’oreille à la voix de sa fidèle noblesse et déclarant les paysans libres politiquement, les attachait aux mêmes seigneurs économiquement. Les paysans furent obligés d’acheter le sol même où s’élevaient leurs chaumières ; les terres que, de père en fils, ils avaient fécondées de leurs sueurs. Aussi, quoique tous les adorateurs d’Alexandre II, indigènes et étrangers, appellent ce tzar « libérateur, » les paysans considérèrent cct affranchissement acheté comme une spoliation. Une fermentation singulière se manifesta dans plusieurs provinces ; il fallut recourir à des démonstrations militaires et, plusieurs fois les troupes firent usage de leurs armes. Dans le gouvernement de Kasan dix mille hommes se levèrent à l’appel du paysan Antoine Pétrof, qui leur prêchait la vraie liberté, cm le liberté qui n’obligerait pas à devenir, pendant 49 ans, l’esclave du seigneur. Quelques centaines de paysans périrent ; les chefs furent pris et fusillés.
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- LE DEVOIR
- Des mouvements analogues surgirentdans d’autres provinces, mais le tzar, ne trouva pour tout remède aux maux sociaux que la fusillade et les répressions. Tout homme qui osait,même en littérature,soulever la question des paysans était traité de révolutionnaire et exilé en Sibérie.
- Ce qui nous prouve encore qu’Alexandre II ne fut jamais animé d’une pensée généreuse au sujet de l'affranchissement, c’est son attitude dansla question de l’affranchissement des paysans en Pologne. Dans ce pays l’affranchissement des serfs fut décrété par Napoléon Ier, lors de la création du G-rand-Duché, mais les paysans n’avaient pas de propriétés et travaillaient comme fermiers sur les terres des seigneurs. Après la mort de Nicolas, la Société d’agriculture de Pologne, dirigée par le comte André Za-moiski, trouva qu’il était dans l’intérêt national d’améliorer le sort des paysans, en leur donnant les moyens de devenir propriétaires. Ce plan humain fut très mal vu par Alexandre II, qui ne voulait pas que, dans la Pologne, les paysans fassent plus heureux que ne l’étaient ceux des autres parties de la Russie; il s’opposa à ce projet et prononça brusquement la dissolution de la Société d’agriculture en laquelle la masse avait placé ses espérances. C’est alors que commença cette révolution polonaise qui fut étouffée dans le sang des Polonais. Les soldats du tzar traitèrent cruellement les villes et les villages ; des milliers d’hommes furent fusillés ou pendus, car le fa meux général Mouravieff déclarait qu’il était iqutile de faire des prisonniers. Si Alexandre II avait eu vraiment des idées humanitaires, il aurait dû en même temps que s’accomplissait l’affranchissement penser à l’instruction du peuple.
- Au contraire, pendant tout son règnë, le budget de l’instruction primaire ne s’éleva jamais à plus de deux à trois millions de roubles, et ceci quand le budget de l’armée en comptait toujours quelques centaines de millions. Aussi la Rassie ne contient-elle que 9 0/0 de lettrés. Le tzar ne se contentait pas d’être lui-même très avare pour l’instruction primaire, il empêchait aussi les particuliers de donner de l’argent pour cette sainte cause. De même que, dans la littérature tout homme de lettres qui soulevait la question des paysans était suspect, et était considéré comme un socialiste révolutionnaire.
- Les écoles du dimanche, qui eussent pu être si utiles à la classe ouvrière, et qui, lors de l’affranchissement, furent créées dans toutes les villes par les étudiants et par les étudiantes, avaient été vite soupçonnées d’être les refuges du radicalisme. Elles furent bientôt fermées pour ne jamais se rouvrir. Dois-je encore parler des prétendues réformes en
- matière judiciaire? Dans ma dernière correspondance je vous ai longuement entretenu de ce qu’on entend en Russie par les droits de l’homme. Peut-on parler de justice dans un pays où. la police a le droit d’enterrer vivant, dans des cachots ou dans des prisons, qui bon lui semble. On peut bien créer des magistrats inamovibles largement appointés, des juges d’instruction indépendants, construire de magnifiques palais de justice; et malgré tout cela la justice n’existera pas.
- OSSIPOFF.
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- LE SOCIALISME DEVANT LE REICHSTAG ALLEMAND.
- Le Reichstag a discuté le rapport présenté par le gouvernement sur l’exécution de la loi de i épression du socialisme. »
- A cette discussion, l’Assemblée a ratt hé celle d’une pétition présentée par un certain nombre de députés socialistes et tendant à interpréter un des articles de la loi dans ce sens, que les collectes en faveur des socialistes expulsée et de leurs familles ne doivent pas être interdites.
- Le député socialiste Auer a ouvert les débats en déclarant que le gouvernement avait manqu > de « loyauté » en interdisant ces collectes, le Conseil fédéral ayant déclaré, lors de la discussion de la loi, qu’il était bien entendu quelles seraient permises.
- L’orateur cite des cas ou des socialistes ont été jetés en prison pour avoir agi conformément à ces déclarations du Conseil fédéral. Il déclare ensuite que ces rigueurs et toutes celles qui ont été employées, même par application légitime des articles de la loi, ont produit l’effet contraire à celui qu’avait poursuivi le gouvernement :
- Le socialisme est plus florissant que jamais. Il est vrai qu’il n’a aucun caractère révolutionnaire ; mais les mesures d’exception prises contre lui tendent à lui donner ce caractère. Nous n’acceptons pas qu’on nous rende responsables des extravagances débitées (dans le journal la treiheit qui se publie à Londres). Je déclare en mon nom et au nom du groupe des socialistes allemands qui est représenté ici dans cette Chambre, que nous avons repoussé cette solidarité. Le socialisme n’est pas ce qu’on pourrait croire d’après ces publications. Le parti socialiste allemand est un parti d’ouvriers : il veut défendre les intérêts des ouvriers allemands et des ouvriers de tous les pays, opprimés par la puissance qui s’appelle le capital. Nous n’appuyons pas des bêtises et des coups de folie qui partent de Londres, qui ne contribuent pas au bien-être des ouvriers, et qui ne peuvent avoir
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- LE DEVOIE
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- d’autre but conscient ou inconscient, que de travailler dans le sens du fonds des reptiles.
- Le parti socialisme cherche à délivrer le peuple de l’oppression sociale et politique ; mais il n’est pas responsable quand, à l’étranger où cette oppression est sans limites, des explosions ont lieu.
- La loi de répression du socialisme a nui. Plus on poursuit, plus on veut lapider l’ouvrier, plus son fanatisme s'accroît, s’il est permis d’employer ce mot. Le nombre de ceux qui finalement pensent que tout moyen de se délivrer de cette persécution est bon, s’accroîtd’une façon inquiétante précisément à raison même des mesures d’exception.
- L’orateur socialiste déclare que la persécution dirigée contre son parti est d’autant plus étonnante que le chancelier, « en ce moment même, tend à introduire le socialisme dans les salons » :
- M. de Bismarck a donné à son attitude ici et à ses paroles une tournure qui ne laisse rien à envier à l’agitateur socialiste le plus déterminé, Si un simple ouvrier avait défendu le droit des pauvres dans les termes dont s’est servi M. de Bismarck, M. de Tes-sendorf (procureur] l’aurait fait depuis longtemps interner à Ploetensee.
- L’agitation socialiste n’a jamais pris le même caractère de violence que l’agitation antisémite, et cette dernière agitation est encouragée par toute la presse conservatrice.
- Enfin, l’orateur déclare que la justice elle-même corrompt la population en amnistiant les voleurs quand le vol est commis au détriment des socialistes. M. Auer lit un ordre donné en ce sens par Je ministère public, et qui amnistiait une servante reconnue coupable de vol.
- Cette lecture cause une grande sensation. L’orateur, en terminant, dit que le gouvernement, s’il ne veut pas abolir la loi de répression, devrait au moins l’appliquer avec loyauté.
- M. le ministre de l’intérieur par intérim, M. de Puttkamer, a répondu à M. Auer. Son discours est curieux. Jamais aveu plus complet d’impuissance n’a été fait au nom du gouvernement. Il résulte des paroles du ministre que l’on n’a rien gagné depuis trois ans sur le. parti socialiste, qu’il est aussi fortement organisé qu’auparavant, que la fraction modérée perd des partisans qui deviennent les recrues de la fraction violente, et que celle-ci continue à prêcher la révolution et le régicide à la barbe de la police. La fraction modérée du parti socialiste n’est plus celle qui est écoutée des foules. Les masses ouvrières des grandes villes sont aujourd’hui plus que jamais sympathiques aux idées violentes.
- M, de Puttkamer ne se demande pas si les lois d’exception rendues contre les socialistes, si les amendes, les arrestations, les emprisonnements, les condamnations à l’exil, les perquisitions domiciliaires et la permanence de l’état de siège dans les
- grandes villes, ne sont pas autant de causes de cette évolution des socialistes pacifiques vers le socialisme révolutionnaire. Le gouvernement allemand se fait illusion s’il croit que l’on peut supprimer une secte politique, sociaîe ou religieuse à coups de décrets, de lois d’exception ou de mesures de police. Le moyen d’empêcher les esprits de songer à la violence ne consiste pas à employer la violence contre eux. Depuis 3 ans que le ministre de l’Allemagne fait la guerre au socialisme ils auraient pu s’en apercevoir.
- Chose étrange, le sombre tableau de la situation présenté par le ministre, de même que l’aveu d’impuissance du gouvernement paraissent ne pas avoir ouvert les yeux des hommes d’Etat allemands sur la parfaite inutilité des lois d’exception ; loin de revenir au droit commun, d’ouvrir portes et fenêtres et de laisser au vent de la discussion le soin de dissiper l’erreur, si erreur il y a, le gouvernement aurait, paraît-il, l’intention de mettre Leipzig en état de siège. Voilà une conclusion qui ne ressort pas bien logiquement des prémisses posées.
- Du reste, il n’était pas nécessaire des aveux de M. de Puttkamer, pour être convaincu que le moyen ne vaut rien ; ce n’est certes ni la compression, ni l’intimidation qui manquent à Saint-Pétersbourg; c’est là aussi que l’on creuse des mines et que l’on jette des bombes ; et, comme contre-partie, nulle part le socialisme révolutionnaire ne s’est montré moins entreprenant et moins dangereux que dans les pays où la liberté d’association et de réunion lui enlève le prestige du mystère, où le droit de tout dire, de tout exprimer, en lui permettant de propager ses doctrines, l’oblige aussi à les défendre, ce qui pour le socialisme révolutionnaire est moins facile que de conspirer.
- Laissez la liberté complète aux ouvriers d’étudier les questions qui les intéressent et ils ne demanderont que des choses raisonnables.
- N’a t-on pas vu, chez nous, ce qui s’est passé au Congrès du Hâvre. Les délégués ouvriers s’y sont montrés très opposés aux idées révolutionnaires, ce qui n’aurait pas été le cas si leurs amis avaient été, comme en Allemagne, traqués, jetés en prison, réduits à l’exil.
- Il faut comprendre bien peu de chose à la marche de l’humanité pour croire à la puissance de la force contre la diffusion d’une doctrine- Les gêoliers peuvent tenir sous les verroux un penseur, dix, vingt, mille penseurs, ils n’empêchent pas l’idée de faire son chemin au dehors. Ils lui prêtent même, par le seul fait de la persécution, un prestige, une auréole qu’elle n’aurait peut être pas sans cela.
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- LE DEVOIR
- Le Reichstag en prorogeant une fois de plus, comme il vient de le faire, les pouvoirs discrétionnaires du gouvernement n’obtiendra qu’un résultat, celui d’avoir créé au régime impérial de nouveaux adversaires.
- NOUVELLES DIVERSES
- TTno association coopérative de production des ouvriers lithographes de Paris vient d'être constituée.
- La souscription du capital nécessaire à son établissement a eu lieu dimanche dernier 3 avril.
- Les ouvriers de la corporation ont seuls été admis à souscrire le capital.
- Une comtesse docteur en médecine
- voilà, croyons-nous, une nouveauté. A coup sûr, il y a là, comme l’on dit, un signe des temps.
- Mme la comtesse Wilhelmine Hugnay, de nationalité hongroise, vient d’obtenir à l’Université de Zurich,après de brillants examens, le titre de docteur en médecine.
- * *
- Le tunnel sous la Manche. — Il y a une
- vingtaine d’années, un ingénieur français M. Thomé de Gamon, eut l’idée de percer un tunnel sous-rnarin, pour établir une communication directe entre la France et > l’Angleterre ; il donna à l'appui de son idée des plans et des études sur la nature probable des roches qui forment le fond de la Manche, on critiqua ce projet, on le déclara irréalisable et on l’oublia.
- Ce projet est à la veille de se réaliser. Nous lisons en effet dans le Times :
- « Le rapport fait p;r sir Edward Walkin sur le tunnel de la Manche au meeting des représentants des chemins de fer du S.-E. contribue certainement à faire entrer dans le domaine de la réalité un plan que la plupart des Anglais rangeaient dans le domaine de la fiction. » Sir Edward Watkin serait d’accoid avec la Compagnie des chemins de fer du Nord-Français. Les travaux d’essai sont commencés. Ce tunnel mettrait la France et l’Angleterre en communications journalières : puisqu’on pourrait partir de Londres à o heures du matin et y rentrer le soir a 11 heures après avoir passé trois à quatre heures à Paris.
- * *
- Le» admïniwtrfitioiiH militaires auraient-elles toutes été ridicules ? On serait porté à le croire quand on voit ce que commet celle des îles Sandwich.
- Dans un discours du ministre de la guerre relatif à i l’introduction du pantalon dans l’armée havaïenne, on | voit que l’administration de là-bas a introduit des ma- [ nuels peu appropriés à l’état actuel de l’armée. j
- Le ministre fait ressortir une choquante anomalie.Les commandements militaires des îles Sandwich étant empruntés aux manuels européens, il est prescrit aux soldats, en certains cas, d’avoir le petit doigt sur la couture du pantalon. Or, avec la meilleure volonté du monde, il leur est impossible, n’ayant pas de pantalon, d’exécuter cet ordre, ce qui est très fâcheux pour la discipline.
- Puissamment raisonné !
- * Y '3
- XAiï»strucîion primaire à Bruxelles j
- n’est pas aussi développée qu’on pourrait le croire. I
- Sur 20927 enfants qui devraient recevoir l’instruction primaire, il y en a 2819, soit plus de 13 pour cent, qui ne reçoivent aucune espèce d’instruction, ni dans les écoles laïques, ni dans les écoles confessionnelles.
- On attribue cette absence d’instruction à l’insuffisance des écoles, bien que la ville de Bruxelles ait déjà construit plusieurs écoles dans ces dernières années. On va en construire 4 nouvelles, ce qui est encore trop peu pour 2819 enfants illettrés.
- Y Y
- L’îilloj>îitîiîo <&> l’homéopathie vont en venir prochainement aux prises devant la secoude chambre du tribunal de première instance de Bruxelles, à l’occasion d’une action civile intentée par les parents d’une personne défunte qui aurait succombé, au dire des homéopathes, à un traitement allopathique...
- *
- * ¥
- L’immense port de Li ver pool, qui est, après Londres, le plus grand entrepôt commercial du monde entier, va recevoir de nouveaux agrandissements. Ses quais vont être prolongés, tant d’uu côté que de l’autre, sur une longueur de plusieurs milles, de telle sorte qu’après ces travaux le port de cette métropole — y compris Birken-head, qui est en face, sur l’autre rive de la Mersey, — aura un développement total de quais de 63 kilomètres d’étendue, et une surface d’eau de 227 hectares.
- * *
- Aménité»!» "bonapartistes. — Quiconque voudra faire l’histoire du second empire devra lire le Pays et le Gaulois du mois dernier et des premiers jours de celui-ci. On trouve daus la lutte de plume engagée dans ces journaux entre M. Paul Granier dit de Cassa-gnac et M. Robert Mitchell des aménités qui en disent long sur les mœurs de ce monde-là.
- M. Paul Granier dit à M. Robert Mitchell :
- « Vous dites que vous ne pouvez pas me souffleter, parce que ce n’est ni dans vos goûts, ni dans vos habitudes.
- « Là encore vous blaguez.
- « Ce n’est surtout pas dans vos forces physiques, essoufflé, époumonné, déplumé que vous êtes déjà, et présentant la résistance qu’une baudruche ordiuaire peut offrir.
- « Si vous vous étiez risqué à cette aventure, vous étiez mathématiquement certain de vous faire dégonfler.
- « Vous êtes poussif. Quand vous vous êtes battu avec Allain-Targé', il vous a piqué au bras, et votre tempérament est si peu sain, que vous avez failli vous vider tout entier par cette petite ouverture.
- M. Mitchell riposte :
- « La légende militaire qui s’est faite autour de votre nom a besoin de quelques retouches, et je reconnais avec vous que je suis mieux qu’un autre en situation de mener ce travail à bonne fin. Sans doute, il vous faudra renoncer à montrer dans le monde la trace d’un furoncle, que vous éle\ez à la dignité de blessure guerrière. .. etc., etc.
- Le directeur du Gaulois publie aussi une assignation d’un M. Teissier qui réclame au ministre de l'intérieur 250,000 ir. eu vertu d’un engagement qui avait pour cause et pour but la réalisation du ministre, laquelle était de conserver à M Granier de Gassagnae, alors menacé de la perdre, sa situation de rédacteur en chef du Pays.
- Progrès de» bibliothèques municipale» de Pari». — Les grandes et magnifiques bibliothèques que l’Etat possède à Paris ne sont pas seules a être de plus en plus fréquentées et même encombrées de lecteurs.
- Celle fondées par la Ville de Paris jouissent de la même faveur.
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- Le Conseil municipal vient de voter encore 19,000 fr. j pour achat de mobilier à ces bibliothèques.
- Le rapport présenté par M. de Hérédia rappelle que le nombre des lecteurs qui ôtait
- en 1878 de 29.389 avait plus que doublé en 1879 et qu’il avait été doublé de 57.840 pour cette aunée là. Pour 1880 il a de nouveau plus que doublé, presque triplé : en effet 147.507 lecteurs ont profité des bibliothèques municipales. D’après ce qu’annoncent les premiers mois de 1881, on peut prévoir que cette année le chiffre des lecteurs s’élèvera à 250.000 environ.
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- XL© meurtre «le Lyon. — On se souvient que lors de l’expulsion des capucins de Lyon un fanatique clérical nommé de Lubac tua d’un coup de canne à épée un jeune homme inoffensif, M. Cross, qui regardait ce qui se passait sans prendre part à aucune manifestation.
- Les cléricaux Lyonnais — et l’on ne sait que trop quelle est la puissance de ce-s messieurs — n’ont rien épargné pour que le meurtrier ne soit pas poursuivi. Ils S ont réussi en partie.
- Yoici où en est cette affaire.
- Le tribunal de police correctionnelle de Lyon avait condamné, il y a quelques semaines, à six jours d’emprisonnement et à 16 francs d’amende, le jeune de Lubac, qui, arrêté d’abord pour avoir tué Cross, n’aurait été poursuivi que pour coups et blessures et port d’armes prohibées.
- A la suite d’un appel interjeté par le sieur de Lubac, l’affaire venait aujourd’hui devant la cour. M* Genton, bâtonnier du barreau de Lyon, demandait à la cour de réformer la décision des premiers juges et d'acquitter le prévenu. ’. ! ! !
- Le ministère public a réfuté les arguments de la défense et conclu au maintien du jugement en première instance.
- Alors Me Genton a demandé communication de l’arrêt de la chambre des mises en accusation, renvoyant de Lubac en police correctionnelle et non en cour d’assises.
- Après en avoir délibéré, la Cour d’appel a déféré à la demande du défenseur.
- L’affaire reviendra donc à une prochaine audience.
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- TTïi orphelinat ©t asile poar l’enfance abandonnée vient d’être créé à Brest par la Société laïque fondée et dirigée par M. Bonjean.
- Un comité comprenant des officiers de marine, négociants et autres personnes notables s’était constitué à Brest pour obtenir dans un des asiles précédemment fondés par M. Bonjean quelques places pour des enfants de Brest. M. Bonjean a répondu par l’offre de 30 places et d’un orphelinat à ses frais, et immédiatement.
- Le journal clérical et légitimiste de Brest, l'Océan, refuse sa publicité à l’œuvre Bonjean jusqu’à ce qu’un jésuite ou un évêque préside le comité ou y figure.
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- XJ» iKiracle. — On lit dans le Siècle :
- Un tremblement de terre a eu lieu dernièrement en Sicile. Le correspondant du Monde nous avertit que cette secousse a un caractère à part. Les esprits superficiels feront bien d’y réfléchir : il ne s’agit point ici d’un phénomène ordinaire. « Au milieu des scandales qui affligent l’Italie, dit le rédacteur du Monde, la justice divine donne parfois de terribles leçons qui pourraient servir d’avertissement, si on savait les comprendre. t Le tremblement de terre qui s’est produit à Casamicciola avait été précédé, trois jours auparavant,
- « de la parodie sacrilège d’une procession catholique. » En vain le curé de l’endroit avait résisté aux indignes menaces d’une bande de masques qui voulaient péné- i trer dans l’église. Ges misérables ont attaché un manne- I
- quin sur deux grands bâtons liés en forme de « croix », et ils l’ont traîné dans la poussière. Ces détails horribles ont été révélés à VAurora « par une personne tout autre que fanatique. » Et ce qui prouve bien que le tremblement de terre a été provoqué par le mannequin porté sur deux bâtons en forme de croix, c’est qu’un vieillard qui tenait précisément un crucifix entre ses mains a été retrouvé sain et sauf au milieu des ruines. Les interprétations du correspondant du Monde nous laissent perplexes. Et d’abord, on pourrait trouver que la Providence est bien sévère : quoi! tout un village détruit, ses habitants ensevelis sous les décombres pour une farce de carnaval? Mais, de plus, on ne saisit pas le sens de cette catastrophe. Si l’on nous montrait renversées et en ruines les maisons des impies, et à côté, dans la même rue, les maisons des croyants debout et intactes, à la bonne heure ! L’ « avertissement » serait clair. Mais point : toutes les maisons sont par terre, et les croyants ensevelis pêle-mêle avec les incrédules. Ou les conclusions qu’on tire de l’événement sont fausses, ou la Providence du Monde ne sait ce qu’elle fait.
- *
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- L’ignorance «le X3t»&co»sfi.el<l. — The Ar-
- bitrator relève très-spirituellement la bévue de Lord Beaconsfield qui,dans une discussion récente sur l’abandon projeté de Gandahar, s’adressait au premier Lord de l’Amirauté pour savoir si ies Russes étaient ou non maîtres du port de Merv. Merv n’est pas un port de mer, répondit, au milieu des rires de la Chambre, le duc de North-Brook. La Chambre a repris son sérieux quand Lord Granville vint établir, chiffres eu mains,que cette poïitique;quine sait même point que Merv n’est pas un port de mer, a sacrifié dans l’Afgauistan des milliers de vies humaines, gaspillé un demi milliard de francs et laissé l’Afgauistan dans l’anarchie.
- IL’opinlon p»l>liqL»e et 1© droit des femmes. — Nous trouvons dans les Etats-Unis d'Eu-ropeldL pensée suivante qui donne le droit de réfléchir :
- Le droit delà femme est une pierre de touche, tous ceux qui le nient sont autoritaires. Voyez les proudhomiens et les positivistes.
- i ...... i' — » '
- RÉVISION DE LA. CONSTITUTION
- Nous avons parlé de la proposition déposée par M. Ba-rodet et soixante-cinq de ses collègues relative à la révision de la Constitution.
- Voici l’exposé des motifs de cette proposition :
- La Constitution de 1875, œuvre d’une Assemblée profondément divisée, nommée dans le trouble de la patrie sous l’influence de la défaite et de l’invasion, hâtivement, sans discussion, sans mandat précis, n'a été qu’une transaction entre une majorité monarchique et une minorité républicaine également impuissantes à triompher l’une de l’autre. — Aussi a-t-elle gardé l’empreinte des intentions perfides et des espérances antidémocratiques qui l’ont inspirée et que le 16 mai a vainement essayé de réaliser.
- Les vices et les dangers de cette Constitution ont été maintes fois signalés.
- Elle porte atteinte au suffrage universel et à la sincérité de la représentation nationale quand elle crée, pour la nomination des membres du Sénat, un suffrage spécial et restreint ; quand elle fait de la plus petite commune de France l’égale de Paris et de Lyon devant l’urne électorale; quand elle accorde au Sénat le droit d’élire une partie de ses membres et de leur conférer l’inamovibilité qu’il ne possède pas lui-même, quand elle lui donne le droit de dissoudre, d’accord avec le
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- LE DEVOIR
- président de la République, la Chambre des députés, issue directement de la volonté nationale par le suffrage universel.
- La Constitution manque de prudence et expose la République à de véritables dangers quand, par l’égalité absolue des attributions législatives des deux Chambres, elle ouvre la porte à des conflits sans solution possible, la dissolution de la Chambre des députés pouvant les aggraver au lieu de les résoudre; quand elle accorde au‘président de la République un règne de sept années toujours renouvelable et des attributions toutes royales; quand elle abandonne le principe tutélaire de la permanence des Assemblées et laisse le pouvoir exé* cutifsans contrôlée! sans opposition pendant le cours des vacances parlementaires ; qu’il dépend de ce pouvoir exécutif de fixer lui-même et de faire durer jusqu’à sept mois chaque année.
- Enfin,la Constitution présente de regrettables lacunes en n’interdisant pas à tous les législateurs, sans exception, le cumul des fonctions, rétribuées ou non rétribuées; en ne stipulant rien à l'égard du pouvoir judiciaire , en n'entourant d’aucune garantie les droits et les libertés des citoyens, des communes et des départe ments. qu’elle passe entièrement sous silence, et laisse ainsi exposés aux atteintes des assemblées et des pouvoirs usurpateurs.
- Telles sont, messieurs, les principales imperfections qui ont été reprochées à l’œuvre constitutionnelle de l’Assemblée de Versailles et que les républicains qui l’ont acceptée avec une si douloureuse résignation, s’étaient promis de faire disparaître dès qu’ils le pour-
- raieü
- Celles qui louchent au mode d’élection des membres du Sénat, notamment, sont si vivement ressenties parle pays tout entier, qu’il lui paraîtrait étrange que personne ne songeât à y porter remède au moment où. s’gite la question d’une réforme dé la loi électorale qui préside à la nomination des membres de la Chambre des députés.
- Sans examiner ici la question controversée, de savoir si cette loi fait ou ne fait pas partie des lois constitutionnelles, peut ou ne peut pas être révisée autrement que la Constitution elle même, personne, assurément, ne contestera qu’il serait préférable, pour la stabilité,1a garantie et la force des institutions républicaines, qu’un . pareil doute ne pût s’élever, et que le mode d’élection, la durée du mandat et le nombre des représentants fussent réglés par le pouvoir eoustituant ainsi que cela s’est toujours pratiqué en France, depuis 1791, et dans tous les pays libres.
- Personne ne contestera non plus que le mode d’élection des sénateurs, qui fait partie intégrante des lois constitutionnelles, est autrement défectueux et appelle une réforme autrement urgente que celle qui nous est proposée par l’honorable M. Bardoux.
- Et comment ne pas connaître aussi l’avantage de la simultanéité de ces réformes? En admettant que le Sénat doive être conservé, ne permettrait-elle pas de le faire relever directement du suffrage universel et d’atténuer considérablement, sinon de faire disparaître complètement, son esprit d’opposition aux lois de progrès réclamées par l’opinion publique et votées par la Chambre des députés ?
- Qui ne voit que cette différence de tempérament des deux Assemblées, dont on se plaint à si juste litre, se trouverait augmentée encore par l’adoption d’une réforme qui ne s'appliquerait qu’à la loi d’électiou des députés, si cette réforme avait pour résultat, comme l’affirment ses partisans, de donner une Chambre plus politique, plus entreprenante, plus réformatrice.
- Les raisons qui précèdent nous semblent donc justifier pleinement la nécessité et l’opportunité d’une révision de la constitution.
- L’Assemblée nationale aura incontestablement le droit et le devoir de se demander si cette Constitution, dont elle émane, a une origine bien régulière, bien légitime, et si, au lieu de procéder elle-même à sa révision, il ne conviendra pas de faire, dès cette année et sans plus tarder, un pas décisif et salutaire en appelant la nation
- à se recueillir dans le calme, la liberté et la maturité de ses délibérations, et à se donner, enfin, par la nomination d’une Assemblée constituante, des institutions vraiment républicaines et démocratiques.
- Oui, messieurs, il dépendra de l’Assemblée nationale, dont vous ferez tous partie, que la République française devienne la sœur immortelle de la grande République américaine. Quelle gloire s’offre à vous ! Quoi de plus magnifique ! Quoi de plus digne de séduire des cœurs et des esprits véritablement haut placés ?
- Ou objectera que c’est le suicide que nous demandons à l’Assemblée nationale et que nous ne tenons pas assez compte de l’intérêt personnel de ses membres.
- Nous nous refusons, quant à nous, à croire nos collègues de l'une et l’autre Chambre capables de sacrifier à leur égoïsme l’intérêt évident de la patrie. Mais qui ne voit qu’ici les deux intérêts s’accordent à merveille ? Tous les députés et soixante-quinze sénateurs ne touchent-ils pas au terme de leur mandat. Qu’auront ils donc à perdre a la constilution d'une assemblée constituante dont la plupart d’enL e eux feraient partie. Se présenteraient ils dans de moins bonnes conditions devant leurs électeurs ? N’en seraient-ils pas sûrs d’être réélus ?
- Sans doute les monarchistes à la foi robuste qui rêvent encore un miracle en faveur de leur roi ne voudront pas d’une Convention qui donnerait le coup de grâce â leurs espérances; mais les monarchistes ne sont-ils pas en minorité ?
- Sans doute, il y aura quelques défaillances dans là majorité républicaine, mais croyez vous donc que parmi les 225 sénateurs, inamovibles ou non, intéressés à rester encore aü Luxembourg, il ne se rencontrera pas, par compensation, des hommes dévoués, capables à l’exemple des Cuitiüs de se jeter, par patriotisme, dans le gouffre du suffrage universel, sachant très-bien d’ailleurs que ce gouffre, moins terrible que celui du Forum romain, ne sè refermera pas impitoyablement sur eux.
- Vous le voyez, messieurs, ce grand acte de la convocation d’une Assemblée constituante qui ferait tant d’honneur à ceux qui l’auraient accompli, n’exige pas un courage aussi héroïque qu’on veut bien le dire.
- Mais à l’Assemblée nationale seule il appartiendra de décider, dans sa sagesse et son patriotisme.
- Quant à vous, messieurs, votre droit présentement* ainsi que celui de MM. les sénateurs, qui voudront en user aussi pour le bien de la patrie, se borne à déclarer qu’il y a lieu 'de réviser les lois constitutionnelles.
- En conséquence, nous avons l’honneur de vous proposer la résolution suivante :
- « La Chambre des députés,
- » Conformément à l’article 8 de la loi du 25 février 1875, relative à l’organisation des pouvoirs publics,
- » Déclare qu’il y a lieu de réviser les lois constitutionnelles et propose, à cet effet la réunion des deux Chambres en Assemblée nationale, à Versailles, le 15 juin 1881. »
- LE DUEL
- Nous trouvons dans une nouvelle que le Temps publie en feuilleton et dont l’auteur est M. Pi J. Stahl, le passage suivant qui mérite d’étre reproduit.
- Un général cause avec quelques officiers.
- « — Un duel, dit le général, n’a jamais été un bon point dans la vie d’un homme, mon cher monsieur, et moins encore dans la vie d’un soldat, qui, devant tout son sang à la patrie, ne devrait pas se croire Ig droit d’en disposer pour ses querelles particulières.
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- « Je n’ai jamais compté, a dit Napoléon, sur un duelliste pour une action d’éclat. » Militairement, Napoléon avait cent fois raison.
- — Bravo ! dit le.docteur, à qui la voix revenait. Si le duel devait être interdit quelque part, ce serait dans l’armée, et c’est un reste de barbarie qu’il y soit non-seulement autorisé, mais encore, dans certaines circonstances, commandé.
- — L’usage fait fausse route sur ce point, reprit le général : le duel est la pire école du courage ; l’antiquité l’ignorait, l’antiquité pleine de héros. Le « fra pe, mais écoute » de Thémistocle est pour faire tort à bien des coups d’épée. Nous sommes d’accord, docteur, et j’ajoute que si le duel était en effet interdit dans J’armée, il disparaîtrait bien vite de la vie civile. Quand le soldat ne se battra plus en duel, le civil ne se croira plus obligé de jouer au soldat en se battant à son tour. Ce serait la fin de cette extravagante et souvent abominable coutume qui n’a jamais été que Vultima ratio des fous. Lorsqu’on croyait, par le duel, en appeler au jugement de Dieu même, le duel s’expliquait encore. Mais, quand la leçon des faits et le progrès de la conscience ont démontré jusqu’à l’évidence que ce prétendu appel au jugement de Dieu, dans des causes purement humaines, n’était au fond qu’un appela la force ou au hasard, c’en a été fait du duel judiciaire. L’usage du duel eût dû. disparaître du coup, et rien de sensé ne peut expliquer qu’il ait survécu.
- Maintenant qu’il est bien entendu que le duel n’a jamais été ni pu être le jugement de Dieu, le jugement de qui et de quoi est-il, je vous prie ? Que juge-t-il ? Qu3 tranche-t-il? Que prouve-t-il? A quoi satisfait-il ? Quelle solution apporte-rt-îl à l’objet du débat et du combat ? Quelle satisfaction donne-t-il à la raison, à la morale, à la justice, et, pour tout dire, à l’honneur ? C’est déjà trop que, dans l’état de nos sociétés, l’épée soit appelée à trancher les désaccords entre les nations. Mais ces appels à la force d’individus à individus, rien ne saurait les justifier, la force et ses aveugles arrêts n’ont jamais passé pour des juges. En bonne règle, il faudra bien qu’un jour la loi puisse suffire à tout et à tous. L’épée ni le sabre ne sont pour rien trancher de ce qu’elle seule a le droit de résoudre. Ii nous appartient, messieurs, de dire, et plus haut que les autres, ces choses-là.
- Morts par accident dans les mmees de la Grande-Bretagne
- En 1871 1.075 personnes.
- En 1872 1.060 »
- En 1873 1.005 »
- CRÉMATION
- La Société de crémation établie, à Milan a tenu dernièrement une assemblée générale de ses membres, dont on lit la relation dans le Secolo du 16 mars. Le docteur de Cristoforis présidait. Le docteur Pini rendit compte des travaux de la Société, des j difficultés qu’elle a eu à surmonter, et des succès I obtenus. Depuis 1876 jusqu’au 13 mars 1881, il y a i eu, tant à Milan qu’à Lodi, 126 crémations. La pro-| gression a été constante. Le système de la crémation j compte déplus en plus des partisans nombreux dans | toutes les classes de la Société et ne tardera pas à | prévaloir malgré la résistance de certains gouvernements et les préjugés dus à la réaction.
- Une crémation, d’après le procédé Gorini, dure moins de deux heures et ne coûte que 19 francs.
- La crémation n’a rien de contraire aux opinions religieuses. Quand les familles le demandent, le clergé donne son concours à l’opération ; le prêtre bénit l’urne contenant les cendres.
- Bien loin que la crémation soit un obstacle aux recherches de la justice, elle sert à la découverte des poisons.
- M. Pini est persuadé que l’avenir de la crémation est assuré. Pour la répandre dans tous les pays, on a fait des conférences, on a publié des relations, distribué des brochures et fait des expériences publiques d’après les divers procédés.
- L’orateur a énuméré les travaux de propagande qui se sont faits à Paris, où une Société vient de se constituer, à Londres, à Vienne, à Berlin, à Saint-Pétersbourg, à New-York, en Espagne, en Portugal, en Suisse, en Hollande, en Belgique. On la recommande particulièrement à l’égard des corps qui restent sur les champs-de bataille; et ce devra être l’objet de l’attention de l’association de la Croix-Rouge.
- Le ministre des affaires étrangères est en négociations pour faire adopter le procédé de Lodi dans l’Empire du Japon où la crémation est usitée sur une large échelle ; et il y a tout lieu de croire que ces démarches réussiront.
- Lors du Congrès d’hygiène qui se tiendra à Genève en 1882, on se propose de présenter les résultats obtenus par la Société ; et l’on ne doute pas de l’excellent effet qu’y produira le rapport sur ces nombreuses expériences.
- La Société se dispose également à se présenter à la prochaine exposition de Milan,
- Le rapport du docteur Pini a été vivement applaudi.
- Nous félicitons l’Italie, et la ville de Milan en particulier, d’avoir pris l’initiative d’une réforme éminemment utile et d’avoir donné l’exemple à l’Europe. Il est bien fâcheux qu’en France les propositions pour la crémation se heurtent au mauvais vouloir de l’administration centrale.
- Si l’Italie mérite des éloges, nous ne pouvons nous empêcher de lui adresser un reproche. L’entrée d’un cadavre dans ce royaume donne lieu à la perception d’un droit de 300 francs. On ne peut s’expliquer un impôt aussi déraisonnable. La douane ne doit avoir d’autre but que de protéger l’industrie nationale. Si certains droits ont un but purement fiscal, on ne devrait les établir que sur des objets de luxe. Pour qu’ils produisent une somme d’une certaine importance, il faut qu’ils frappent des marchandises dont la côn-
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- ÎM DEVOIE
- sommation est considérable. Mais imposer un cadavre, taxer la mort, c’est contraire à tous les principes d’économie politique et indigne d’un peuple civilisé.
- Dans les pays où la crémation n’a pu encore s’établir, les familles qui veulent y recourir, sont obligées d’exporter le corps à l’étranger, comme on a fait dernièrement pour M. Petit d’Ormov. L’impôt de 300 francs serait, pour beaucoup de familles, un motif d’éviter l’Italie et de s’adresser de préférence à Dresde ou à Gotha, où il n’existe aucune taxe,
- Si la Société de Milan veut populariser au dehors la crémation, elle a tout intérêt à se rendre accessible, et elle devrait faire tous ses efforts pour la suppression d’un impôt inique, dont le rendement pour le fisc est insignifiant.
- (Finance nouvelle). A. S.' Morin.
- L’expérience chez I© loup
- L’agitation d’une feuille n’excite dans un jeune loup qu’un mouvement de curiosité ; mais le loup instruit qui a vu le mouvement d’une feuille annoncer un homme, s’en effraie avec raison parce qu’il juge du rapport qu’il y a entre ces deux phénomènes. Lorsque les jugements ont été souvent répétés, et que la répétition a rendu habituelles les actions qui en sodI la suite, la promptitude avec laquelle l’action suit le jugement la fait paraître machinale ; mais, avec un peu de réflexion il est impossible de méconnaître la gradation qui y a conduit, et de ne pas la rappeler à son ori-
- gine. Il peut arriver que l’idée de ce rapport entre le mouvement d’une feuille et la présence d’un homme ou de tel autre objet, soit très vive et réalisée par différentes occasions ; alors elle s’établira dans la mémoire comme idée générale. Le loup se trouvera sujet à la chimère et à de faux mouvements qui seront le fruit de l’imagination ; et, si ces faux jugements s’étendent à un certain nombre d’objets, il deviendra le jouet d’un système illusoire qui le précipitera dans une infinité de démarches fausses, quoique conséquentes aux principes qui se seront établis dans sa mémoire II verra des pièges où il n’y en a point; 'a frayeur, déréglant son imagination, lui représentera dans un autre ordre les différentes sensations qu’il aura reçues, et elle en composera des formes trompeuses, auxquelles il attachera l'idée abstraite du péril. C’est en effet ce qu’il est aisé de remarquer dans les animaux carnassiers, partout où ils sont souvent chassés et continuellement assiégés d’embûches. Leurs démarches n’ont plus l’assurance ni la liberté de la nature. Le chasseur en suivant les pas de l’animal, ne cherche qu’à découvrir le lieu de son rembûchement ; mais le philosophe y lit l’histoire de ses pensées ; il démêle ses inquiétudes, ses frayeurs, ses espérances ; il voit les motifs qui ont rendu sa marche précautionnée, qui l’ont suspendue, qui l’ont aecélérée.
- Lettres sur les animaux. G. Leroy.
- Le Directeur-Gérant : GODIN.
- SOCIÉTÉ
- ASSOCIATION COOPÉRATIVE DU CAPITAL ET DU TRAVAIL
- PARTAGE DES BÉNÉFICES ENTRE DOUZE CÎENTS TRAVAILLEURS
- CAPITAL: 4,600,000 FRANCS
- Cette association embrasse l’indusirie et les besoins domestiques de la population, c’est-à-dire le soin des propriétés de l'Association, la location des logements, les approvisionnements et débits de toutes marchandises nécessaires à la consommation, et la production manufacturière de toutes sortes d’objets de chauffage et d’ameublement en fente de fer.
- Elle demande à s'adjoindre des membres désireux du succès de l’Association en état de lui rendre de réels services, et pai D'culièrement :
- 1° Un homme capable de bien comprendre l’administration et la direction des propriétés, des services domestiques et des services commerciaux de l’association.
- 2* Une bon contre-maître de fonderie pour la surveillance de la sablerie et du moulage des pièces de fonte et d’ornement, produites par des procédés de moulage mécanique, le contre-maître au besoin, devrait Veiller aux machines elles-mêmes ;
- 3° Un ajusteur, dessinateur et praticien pour conduire l’exécution de modèles nécessaires aux besoins du commerce et destinés au moulage mécanique ;
- 4° Un secrétaire-comptab’e d’administ 'ation.
- 5* Une personne en état de diriger les travaux de construction de bâtiments,
- Bons appointements et participation aux bénéfices, proportionnés à la capacité des personnes.
- S’adresser à h Administrateur-Gérant de la Société du Familistère à Guise (Aisne).
- Saiat-Quentin — lmp. de la Société anonyme du Glanour
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- VLe numéro hebdomadaire 20 c.
- DIMANCHE 17 AVRIL 1881
- 4e ANNÉE, TOME 5 — N° 136
- Le Devoir
- REVUE DES RÉFORMES SOCIALES
- BUREAU
- A GUISE (Aisne)
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant Fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE
- par l'envoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France
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- A PARIS 5,r.Neuve-des-petits-Champs
- Passage des Deux-Pavillons
- S’adresser à M. LEYMARIE administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- Du choix des fonctionnaires. — Etat Civil du Familistère. — Faits politiques et sociaux. — L'expédition contre les Kroumirs. — Nouvelles diverses. — Guerre à la guerre. — Choses de Vautre monde. — Concours contre l'abus du tabac. — Variétés.
- DU CHOIX DES FONCTIONNAIRES
- XIV
- (Suite)
- Le suffrage universel est une réforme socialiste qui, dans le gouvernement, substitue la souveraineté du peuple à la souveraineté royale. C’est l’autorité de la raison publique triomphant de l’autorité du despotisme.
- Mais ce mode d’exercice de la souveraineté • est, nous l’avons dit, à ses débuts. Il attend de l’expérience et de la raison l’organisation qui lui est nécessaire.
- Le suffrage universel n’est pas suffisamment organisé, rien n’a été fait jusqu’ici pour lui permettre de bien apprécier les hommes qu’il appelle au pouvoir.
- Il est incomplet, puisqu’on en refuse le droit à la moitié des personnes composant la société, c’est-à-dire aux femmes.
- Son fon ctionnement est imparfait, parce que
- les partis se sont efforcés de faire du suffrage un instrument de politique, au lieu de chercher à en compléter et perfectionner l’usage.
- Enfin, l’exercice de la souveraineté par le suffrage attend, pour exercer son action sur tous les pouvoirs publics, qu’on enlève au gouvernement les nominations des magistrats et des fonctionnaires, nominations qui ne doivent relever que du choix des populations.
- - Si l’on est jusqu’à ce jour aussi peu rassuré sur la valeur des choix que peut faire le suffrage universel, n’est-ce pas parce que chacun a le sentiment intime que les citoyens peuvent être abusés d’autant plus facilement, qu’au lieu de faire la lumière sur les candidats, on a jusqu’ici fait l’obscurité et cherché autant qu’on l’a pu à corrompre l’exercice du suffrage.
- C’est cet état de choses qu’il faut faire cesser, en entourant le suffrage universel de tous les éléments d’informations vrais et sincères, d’après lesquels il pourra sainement apprécier les hommes et les choses.
- N’y a-t-il pas de quoi s’étonner que la nomination des députés qui ont mission de faire les lois, des conseillers généraux chargés des intérêts du département, des préfets et des magistrats de tous ordres, soit entourée de moins de précautions que le choix d’un commis chez
- l’industriel ou le négociant ! Toutes ces nominations ont pourtant bien autrement d’importance.
- Or, que fait le chef d’établissement lorsqu’il s’agit d’arrêter un fonctionnaire? Ne veut-il pas
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- savoir ce qu’a été, dans le passé, le candidat qui s’offre à lui ? Quelle instruction il a reçue, quelles études il a faites ? Il se fait représenter les certificats d’étude et de conduite; il se renseigne sur les emplois occupés par le postulant, sur la manière dont celui-ci a rempli ces fonctions. Enfin le chef d’établissement, au besoin, fait subir un examen à l’homme qui lui offre ses services, afin de s’assurer que celui-ci possède bien les connaissances nécessaires à la fonction pour laquelle il s’offre.
- Je cherche à démontrer que, pour bien choisir son gouvernement, la démocratie doit avoir, à côté du suffrage universel, une base sure d’appréciation des hommes fondée sur les concours généraux organisés à tous les degrés de la hiérarchie sociale.
- Le concours et l’élection doivent se prêter un mutuel appui, s’éclairer l’un par l’autre et contribuer par leur sage combinaison à élever le niveau moral de la société et, par suite, à constituer l’Etat sur les véritables principes de la démocratie sociale.
- L’idée des concours et des examens, déjà pratiquée dans les hautes études, est entrée dans le sentiment public. Le gouvernement l’a étendue à l’instruction primaire comme moyen d’émulation; mais les concours cantonaux constitués dans ce but ne répondent pas plus que les examens dans les écoles supérieures, à la pensée du perfectionnement du suffrage universel.
- Pour atteindre ce dernier but, il faut que les concours soient permanents et établis de façon à ce que les élèves passent, à la fois, par l’examen d’un jury compétent et par la sanction du suffrage de leurs camarades ; la valeur morale et intellectuelle de chacun d’eux sera ainsi mise en relief, en même temps que sa vocation et ses aptitudes.
- Le concours et l’élection institués avec méthode dans toutes les écoles à partir du jeune âge, c’est-à-dire depuis l’école primaire jusqu’aux écoles les plus élevées de l’Etat, ouvriraient bientôt un horizon nouveau à nos mœurs et à nos habitudes sociales, et au fonctionnement régulier de la souveraineté nationale.
- On discute beaucoup aujourd’hui sur le mode d’exercice du suffrage universel. Adoptera-t-on
- le scrutin de liste par département ou le scrutin uninominal par circonscription dans l’arrondissement ? Grosse affaire, pour laquelle se passionnent les partisans de l’un et de l’autre système, sans aller au-delà et sans examiner si réellement le suffrage universel n’est pas susceptible d’une autre organisation qui puisse rendre son fonctionnement irréprochable.
- Les partisans du scrutin de liste, par exemple, peuvent reprocher au scrutin uninominal de circonscription les défauts suivants :
- Le député perd son indépendance ; il est subordonné à des intérêts privés au détriment de l’intérêt général ; il est assujetti à des sollicitations perpétuelles ; il devient solliciteur à son tour auprès des administrations publiques, le caractère du mandat de député est amoindri ; le député lui-même est abaissé au rôle de défenseur de simples intérêts locaux et individuels.
- Le vote uninominal limite à sa plus simple expression l’action du suffrage universel sur l’organisation des pouvoirs, puisque chaque électeur ne peut voter que pour un seul nom, quelle que soit son aptitude à distinguer les capacités correspondantes aux divers départements de l’administration générale du pays.
- Le scrutin de circonscription pousse au plus haut degré la rivalité électorale et les compétitions de personnes.
- Il est exclusif des classes laborieuses. Le candidat pauvre n’a guère de chance d’arriver à la députation, lorsqu’il a pour concurrent un . candidat dont l’influence, basée sur la fortune, se fait sentir dans la contrée sous toutes sortes de formes, souvent même sous celles de la corruption, car il - est plus facile de capter les suffrages d’un petit nombre d’électeurs que d’un grand nombre.
- D’un autre côté, les partisans du scrutin uninominal de circonscription reprochent au scrutin de liste de n’être lui-même qu’une circonscription plus étendue, ayant l’inconvénient d’ouvrir la porte aux ambitions démesurées et dangereuses. On dit que s’il offre à l’électeur la satisfaction de porter sur sa liste un nombre d’hommes spéciaux choisis, parmi ceux qu’il reconnaît les plus capables d’exercer au moins une influence salutaire sur l’un des grands intérêts du
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- oays} comme sont ceux de l’instruction publique, de l’agriculture et des travaux publics, de l’industrie et du commerce, des finances, de la marine, de la défense nationale et des affaires étrangères ; que si l’électeur a ainsi la satisfaction d’avoir émis un vote qui influe sur l’ensemble des affaires du pays, le scrutin de liste a le grave défaut d’ouvrir la porte à de nouveaux despotes s’imposant à la nation à l’aide de nominations obtenues dans un grand nombre de départements, sous l’influence de la notoriété politique de leur nom.
- C’est assurément là le grief le plus grave qu’on fasse au scrutin de liste ; et ce grief sera sérieux tant qu’il sera possible qu’il y ait encore, en France, des volontés pouvant faire servir la force armée pour imposer au peuple un régime liberticide, capable d’étouffer la souveraineté nationale.
- On va jusqu’à prétendre encore que le scrutin de liste est une cause de centralisation à outrance ; que la nécessité de résister aux abus de pouvoir de cette centralisation trop accentuée doit faire rejetter le scrutin de liste.
- D’autres disent, au contraire, que le scrutin de listeasservit le gouvernement aux députations départementales toutes puissantes par leurunité.
- Je ne m’arrête pas davantage à relever ces contradictions ; elles prouvent une chose, c’est que le suffrage universel et l’exercice de la souveraineté du peuple ne sont pas encore assis sur leur base rationeile, et que cette base est à découvrir.
- J’ai dit précédemment que c’est par le concours et l’élection combinés que le problème de l’organisation des pouvoirs de la démocratie se résoudra; vainement on cherchera cette solution clans de simples formes de votation, tant que le suffrage ne sera pas mieux éclairé sur ses candidats, et que ceux-ci ne lui offriront pas de garanties plus certaines.
- Mais comment arriver à l’établissement et à l’organisation des concours généraux qui doivent donner ces garanties, et constituer des moyens sûrs d’information pour le suffrage universel ? C’est ce que je vais examiner en reprenant les propositions contenues à la fin du chapitre XVII.
- (4 suivre). GQDIN.
- ÉTAT CIVIL DU FAMILISTÈRE
- NAISSANCES.
- Dimanche 3 Avril 1881. — Naissance de Chimot Georges, fils de Chimot Arthur et de Pezé Julie.
- Jeudi 7 Avril 1881. — Naissance de Leduc Cio-tilde, fille de Leduc Jules et de Caudrillier Adèle.
- DÉCÈS.
- Vendredi 8 Avril 1881. — Décès de Louis-Émile, ajusteur, 23 ans 1 mois. — Mort de Phthisie.
- FAITS POLITIQUES & SOCIAUX DE LA SEMAINE
- FRANCE
- Il^a Chambre a discuté le projet de loi tendant à modifier la loi sur le recrutement de l’armée et à as-tremdre les ecclésiastiques des différents cultes à participer a la défense de la patrie au même litre que le commun des mortels. Les consistoires de l’église protestante se sont prononcés en termes d’une grande élo-quence et d un grand patriotisme en faveur du projet de Joi. Un en est pas de même du clergé catholique dont les membres sont enchantés de jouir des droits du citoyen mais seraient désolés d’avoir à en remplir les devoirs.
- La manière dont les cléricaux ont pris cette discussion a plus contribué à la ruine irrémédiable du catholicisme en France que toutes les récriminations élevées contre lui depuis un certain temps par ses adversaires.
- L’interpellation Lenglé sur les affaires de Tunis ria pas été plus heureuse pour son auteur que celle de M Pascal Duprat sur la conduite de M. Andrieux.
- M. Lenglé, député bonapartiste, a osé comparer l’affaire de FEnfida à celle des bons Jecker, qui amena la campagne du Mexique.
- Le Siècle fait à cette occasion les réflexions suivantes :
- <( Un député bonapartiste rappelant le souvenir de Jecker h la face de M. Rouher, son ancien ami, c’est assez piquant ; un impérialiste avouant enfin devant le pays que les créances véreuses de cet associé de M. de Morny furent la déterminante de l'expédition du Mexique, c’est assez instructif. Quand on veut déshonorer la République on la compare au gouvernement de l’empire . »
- Mentionnons encore à l’actif des travaux de la Chambre la discussion du rapport sur l’enquête ouverte à propos des agissements plus ou moins réguliers du général de Cissey à l’époque où il était ministre de la guerre.
- Les proportions données h cette enquête contrastent étrangement avec la maigreur des faits relevés à la charge de l’ex-ministre parle rapport. Jamais montagne plus considérable n’a accouché de plus petite souris.
- Toutefois il ressort de toute cette affaire qu’une femme, notoirement connue pour son immoralité, a pu pendant de longs mois avoir sur les affaires du ministère de la guerre une influence qui n’est pas sans rappeler celle qu’eût autrefois sur les armées une autre femme vénale, la Pompadour.
- La Chambre s’est ajournée au jeudi 12 mai.
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- LeSénat a discuté aussi la loi sur les garanties à exiger des instituteurs.
- IL* est juste de dire, comme on l’a dit, que le maître d’école allemand a préparé et amené la grandeur de l’Allemagne, il est juste aussi de reconnaître que depuis plusieurs années le maître d’école français travaille au relèvement et à la prospérité de notre" cher pays. Nos modestes et dévoués instituteurs élèvent pour la paix, le travail et la liberté les générations confiées à leur soin.
- La grandeur et la portée future de cette mission explique suffisamment pourquoi les réactionnaires repoussent avec tant de vigueur l’obligation du brevet de capacité pour les instituteurs. On tient essentiellement dans les rangs de certain parti à ce que des frères et des sœurs qui ne savent rien, aient le droit d’abêtir les enfants que des parents indifférents ou coupables ont le tort de leur confier. Rien ne prouve mieux à quel point les cléricaux sont convaincus de l’ignorance de leur personnel enseignant que l’acharnement qu’ils déploient au Sénat pour que la capacité de ce personnel ne soit pas forcée de faire ses preuves:.
- Le Sénat en adoptant à une immense majorité la nouvelle loi sur les tarifs douaniers avec les dernières modifications y apportées par la Chambre, s’est montré beaucoup plus libre-éehangiste qu’on ne le croyait depuis quelque temps.
- Par ce vote, vraiment patriotique, il a prouvé qu’il comprend très bien les véritables intérêts du pays, en ce moment, où. toute l’Europe Continentale, à l’exception des Pays-Bas, est fatalement lancée sur la voie du « protectionnisme ».
- Le Sénat, comme la Chambre, s’est ajourné au jeudi 12 mai.
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- XPexpéditiois. dL’A-fjtrlqw©. — Il a été voté deux crédits se montant à 5 millions 695,ÛUO francs pour subvenir aux frais occasionnés par les opérations militaires sur la frontière tunisienne.
- Les ordres du gouvernement ont été vigoureusement exécutés et les troupes ont dû franchir la frontière tunisienne et entrer chez les Kroumirs.
- Tout est combiné afin d’avoir raison des agresseurs, aussi promptement que possible.
- Il n’y a pas à se faire illusion la campagne contre les Kroumirs n’est pas une bagatelle.
- La configuration montagneuse du pays, l’absence d© chemins, îe fanatisme religieux et le caractère guerrier de ces tribus, enfin le fait qu’on ne possède aucune carte géographique de cette région, sont autant de causes qui rendront cette expédition difficile. Nos officiers de l’armée d’Afrique affirment qu’on doit la comparer d’avance aux rudes campagnes d’autrefois dans la grande et la petite Kabylie. Les obstacles naturels sont les mêmes. L’ennemi est de même race et de même mœurs. Il possède au bas mot 20,000 fantassins intrépides. Ajoutons — ce qui est une aggravation aux difficultés — que ces montagnards sont munis non pas de méchants fusils comme les Kabyles d’autrefois mais d’excellentes armes européennes.
- En tenant compte de ces considérations, on comprendra à quel point il serait imprudent de nous mettre encore à dos les troupes du bey. Ceux des journaux français qui parlent de l’annexion de Tunis comme d’une chose facile ne savent pas ce qu’ils disent Ce serait tout simplement une nouvelle campagne du Mexique. Nous finirons par en sortir vainqueurs, mais à quel prix et pour quel résultat? Simple affaire de gloriole.
- L’expérience qu’ont faite les Anglais en Afghanistan est de nature à nous faire réfléchir. Vaincre des peuples barbares est facile, mais vouloir se les annexer est ruineux. Les meilleures troupes tombent un jour ou l’autre dans un guet-apens et sont massacrées et voilà tout à recommencer. Pour quelques misérables lambeaux de terrains od se trouve avoir sacrifié des millions de francs et des milliers d’existences.
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- 3L»:x <lëd»**atIon ministérielle faite à la tri. buue dans la séance de lundi dernier, 11 avril, est fort remarquable.
- Voici le passage le plus important :
- « 3be gouvernemcfit <ie la R-éptitîliqÇKie aeclxerelxe pas «le conquêtes. Il n’en a pas besoin. Mais il a reçu en dépôt de gouvernements antérieurs, celte magnifique possession algérienne que la France a glorifiée de son sang et fécondé de ses trésors.
- « 11 ira jusqu’au point où il faudra qu’il aille pour mettre en sécurité l’avenir de notre colonie africaine. »
- Il est regrettable que M. le ministre n’ait pas ajouté à cette phrase ces 4 mots qui en seraient, nous paraît-il, le complément utile : mais pas plus loin. »
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- X^’électioxi législative qui a eu lieu dans l’arrondissement de Meaux pour pourvoir au remplacement au regretté M. Ménier, ne manque pas d’intérêt puisqu’elle n’était disputées que par deux candidats républicains.
- M. Albert Dethomas, qui appartient à la même nuance que M. Ménier, a été élu.
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- ïba mobilisation, cle^ troapes destinées à l’expédition contre les Kroumirs donne lieu aux plus vives critiques. Au lieu d’emprunter les troupes dont on a besoin aux corps d’armée qui sont le plus proches des points d’embarquement, et que l’habitude du climat méridional prépare mieux que d’autres à supporter le climat d’Afrique, c’est-à-dire au 15e et 16e corps (Marseille et Montpellier) on prend des troupes un peu partout, à Rambouillet, à Vesoul et ailleurs, et on transporte à grands frais des troupes qui auront certainement à souffrir du meurtrier soleil de l’été africain.
- Lq National, la France, le Telegraph — pour ne citer que des journaux républicains — sont extrêmement sévères pour le ministre de la guerre et pour les hauts administrateurs qu’il a sous ses ordres.
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- 3La révissiosa d.© 1a- Oonstitutioxi. — M.
- Guillot, député, a fait lundi une conférence sur la nécessité de reviser la Constitution.
- M. Barodet, qui présidait, a d’abord expliqué comment la Constitution actuelle a été faite et comment elle ne saurait aujourd’hui satisfaire le pays.
- Considérant les événements politiques qui se sont succédés depuis la proclamation de la République jusqu’à ce jour,. il a raconté de quelle façon la Constitution qui nous régit a été faite par les monarchistes et démontré combien elle est à présent en désaccord avec les idées de la majorité républicaine,
- M. Barodet a déclaré qu’il veut remplir aujourd'hui le mandat qui lui a été confié en 1871, parce qu’il estime qu’un mandat tient aussi longtemps qu'il n’est pas rempli.
- Ensuite il a lu le projet de loi qu’il compte déposer sur le bureau des Chambres et dont nous avons entretenu nos lecteurs.
- M. Guillot a démontré ensuite que la Constitution n’a jamais été acceptée que provisoirement ; M. Gambetta lui-même a dit autrefois qu'elle n’avait aucune solidité.
- Elle est opposée au progrès ; elle provoque des conflits au lieu de favoriser une marche en avant.
- La grosse question : la suppression du Sénat, a été abordée ensuite par M. Guillot.
- Pour supprimer le Sénat, d’après la Constitution actuelle, il faudra donner aux sénateurs le mandat de se supprimer eux-mêmes. Il est douteux, à priori, qu’ils y consentent, cependant il y a des circonstances qu’on peut prévoir et qui sont telles que la chose deviendra possible. Enfin, il y a dans les grandes villes des sénateurs qui, dès aujourd’hui, oseront déposer la proposition sur les bureaux du Sénat.
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- Après M. G-uillot, M Barodet a pris la parole pour répondre aux adversaires du projet de réformer la Constitution.
- « Tout le monde, a-t-il dit, est d’accord pour reconnaître les défauts de notre Constitution, mais quand on parle de la réformer, chacun s’élève en disant que le moment n’est pas opportun. Je crois que le moment est, au contraire, parfaitement choisi ; nous sommes à la fin d’une législature ; il n’y aura pas d’élections à défaire et à refaire, puisque c’est au moment des élections que la révision se fera.
- « La France est plus républicaine que les députés, et surtout que les sénateurs ; il n’y a donc pas à hésiter : ]a Constitution qui nous régit n’étant pas républicaine ne saurait convenir plus longtemps.
- La question de ta préfecture <1© polio© continue à occuper le public. Le conflit qui s’est élevé entre le préfet de police et le conseil municipal de Paris a eu cet avantage de faire toucher du doigt au public le vice de l’institution impériale de la préfecture.
- Rappelons l’état des choses.
- Le budget de la police, qui s’élève à 22 millions, dont 14 à 15 fournis par la Ville, est voté entièrement par le Conseil municipal, et échappe au contrôle de la Chambre. Or, d’autre part, le préfet n’est responsable que devant son supérieur, le ministre de l’intérieur. Il en résulte donc que l’assemblée communale est en droit, logiquement, d’interpeller l’administrateur pour s’enquérir de l’emploi des fonds qu’elle lui alloue, pendant que, de son côté, le fonctionnaire peut arguer qu’il relève uniquement de son chef hiérarchique. Tant que cette situation sera maintenue, on pourra s’attendre à des éclats, la suppression de la préfecture de police serait ici le plus simple, quoique le plus absolu, des dénouements.
- Si l’état juge nécessaire d’avoir une police à lui, qu’il la paie lui môme et qu’il en fasse une branche du ministère de l’intérieur. Quant à la police municipale il faut la placer sous la direction du préfet de la Seine.
- Mais l’institution, telle qu’elle a été conçue par Bonaparte, telle qu’elle s’est perpétuée jusqu’à nous, doit disparaître, et le premier soin de M. de Kératry nommé préfet de police au 4 septembre, fut de proposer cette abolition au gouvernement de la Défense. « Créée par le consulat, écrivait-il, consolidée par le premier empire, fortifiée parle second, la préfecture de police est un des rouages les plus importants de cette centralisation excessive que l’Europe ne doit plus nous envier; son existence semble incompatible avec les institutions que la France va se donner. »
- M. le comte de Kératry n’était pas un radical; le gouvernement de la Défense, qui le félicita de son rapport puis désigna une commission chargée d’en réaliser les conclusions, n’avait rien de révolutionnaire. Sans les événements de guerre qui empêchèrent toutes les réformes intérieures, celle-ci serait aujourd’hui un fait accompli. Pourquoi n’y pas revenir ? Pourquoi ne pas mettre fin à ce pouvoir exceptionnel, — qui n’a pas de raison d’être dans une démocratie — d’un fonctionnaire plus indépendant qu’un ministre, puisqu’il n’est soumis à aucune assemblée ? Il ne s’agit pas de supprimer la police, mais de la diviser en plusieurs autorités, de façon à faire cesser une fonction aussi effrayante par les matières sur lesquelles elle s’étend que par l'entière licence avec laquelle elle s’exerce.
- Une interpellation a eu lieu lundi à la Chambre sur la préfecture de police. Fait significatif et qui montre combien nos députés ont perdu de vue la réalité de la situation, l’interpellation a porté sur la personne du préfet de police et non sur sa fonction.
- Pauvres députés, qui s’obstinent à faire prédominer ms questions de personnes sur les questions de principes 1
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- La question du «lésarsîaenaesii;. — M. de
- Buehler, membre du Reichstag allemand, a l’habitude, comme on le sait, de soulaver périodiquement la question du désarmement international.il vient encore d’échanger à ce sujet une correspondance avec M. Franck, membre de l’Institut, président de la Société française des amis de la paix. M. de Buehler croit que la France devrait prendre l’initiative et déclarer hautement qu’elle re-| nonce à l’idée de rentrer en possession de ses provinces | perdues. M. Franck lui a répondu :
- I Les progrès de la justice, confondus avec ceux de la ; raison, ne consistent pas seulement à empêcher dans l’avenir les œuvres de la violence et de la conquête, ils | consistent aussi, quand de telles œuvres ont été aeeom-j plies, à en procurer la réparation, surtout quand la conquête fait peser son joug sur des populations civilisées et dignes de respect. Gomme la justice et la raison sont toujours d’accord avec les vrais intérêts des Etats,je crois, monsieur, de toute mon âme, en dépit de vos doutes, que notre chère Lorraine et notre chère Alsace seront un jour mises en mesure de se prononcer sur leurs propres destinées.
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- IL a motioa "Wiacltliosrst. — Le Parlement allemand a voté la motion de M. Windthorst sur l’extradition des assassins politiques.
- Cette décision, qui ne va à rien moins qu’à faire régler internationalement une question de droit public, est assurément grave. Il serait puéril de se le dissimuler : malgré son abstention apparente et le soin qu’il met à laisser au Reichstag toute l’initiative en celte affaire, le véritable auteur' de la proposition est M. de Bismarck, dans tous les cas elle n’a été ni présentée ni votée sans son aveu.
- Ge patronage compromettant suffit à mettre en garde les amis de ia paix à l’égard de cette motion ; d’autant plus qu’elle est pleine de chausse-trappes, cette motion. Où la difficulté commencera, c’est lorsqu’il faudra préciser ce que l’on entend au juste par l’assassinat politique ; on essaiera peut-être d’y faire rentrer toute espèce de lutte à main armée, d’émeute ou de guerre civile : c’est alors que le droit d’asile pourrait se trouver en danger dans les pays où il existe.
- D’autre part, il faudrait que l’on se bornât à poser un principe de droit public, en laissant à chaque nation le soin de le réaliser dans sa législation particulière, sous peine de voir dénoncer les traités d’extradition déjà conclus, de n’en pouvoir plus obtenir de nouveaux et de se trouver ainsi isolés en Europe ; cela serait une sanction suffisante,
- Mais si l’on voulait aller plus loin et dicter les termes de celte législation, nous entrerions dans une ère pleine de périls pour les petites nations ; les grandes ont peu de chose à craindre : on ne les pressera pas outre mesure, à moins d’une intention bien arrêtée de leur déclarer la guerre ; et la proposition Windhorst ne serait alors qu’un prétexte.
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- JL’allicuaee tles trois* emperears. — Depuis l’assassinat du czar bien des indices d’une nouvelle triple alliance des trois empires du Nord se sont révélés.
- Rien de plus curieux que la manière avec laquelle un organe bismarkien, YAllgemeine Deutsche Zeitung, relie
- I cette question avec la question tunisienne.
- « L’alliance de 1874, dit YAllgemeine Deutsche Zeitung, signifiait pour la Russie la route libre vers Constantinople ; pour l’Autriche le rôle de spectateur malgré lui ; pour l’Europe, la perspective d’une guerre en Orient. Aujourd’hui ce n’est pas l’ambition, mais la nécessité qui force l’empire des czars à se rapprocher de ses voi-| sins ; aussi une nouvelle alliance des trois empereurs ï ne sera-t-elle au fond qu’un mouvement de retraite.
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- LE DEVOIR
- effectué par la Russie, une renonciation du colosse du Nord à ses préteniions traditionnelles.
- « Or, cette renonciation c’est la paix pour l’Europe, dans les Balkans et au Piflde, comme dans les Vosges, car il. n’y a guère de catastrophe à redouter en Orient aussi longtemps que ne s’exercera pas l’activité subversive de la Russie.
- « Quant à la France, force sera bien au parti de la revanche de prendre patience tant que l’empire d’Allemagne sera couvert par la neutralité bienveillante d’Alexandre III.
- « La question grecque elle-même va se résoudre sans effusion de sang, depuis qu’à Londres on sait que le prince de Bismarck peut de nouveau jeter dans la balance l’influence des trois grandes nations du Nord.
- a Spectacle singulier ! s'écrie l’organe du chancelier de fer, c’est précisément au moment" où les trois puis sauces se rapprochent, qu’il éclate une scission entre la France, l’Angleterre et l’Italie qui se regardent mutuellement d’un œil plein de méfiance.
- « Que la France mette la main sur Tunis et l’on verra peut-être l’Angleterre chercher une revanche"en Egypte et l’Italie un dédommagement à Tripoli. A coup'sûr il se produira des conflits qui diviseront sans doute pour longtemps les trois nations maritimes de l’Occident.
- ITALIE
- 3L.a, «lu. oaLinet Cairoli et les cir-
- constances dans lesquelles elle s’est produite sont des faits graves.
- M. Cairoli, ancien officier de Garibaldi blessé à l’assaut de Palerme. a toujours aimé la France et malgré ses fonctions de ministre d’un roi, qui à ses yeux représente l’unité de la patrie italienne, il est toujours resté l’ami des républicains italiens.
- M. Cairoli est tombé avec une grande dignité.
- Interr )gé, à la Chambre des députés sur les affaires de Tunis, son langage au sujet de la France a paru trop mesuré, trop conciliant, et il est resté en minorité, non pas sur la motion de défiance proposée par M. Damiani, mais, ce qui revient à peu près au même, sur la demande d’un ajournement du débat.
- Le Temps écrit à ce sujet :
- Nous ne savons rien de plus affligeant que ce spectacle d’une nation si prodigieusement favorisée par les événements, pour laquelle les autres peuples de l’Europe n’éprouvent que de la bienveillance, et qui méconnaît ainsi par moments les devoirs du rang qu’elle a ôté appelée à prendre en Europe ainsi que ses plus véritables intérêts. Il y a comme une malédiction sur la facilite même avec laquelle l’Italie s’est faite ; une fortune si extraordinaire semble avoir inspiré aux Italiens l’idée qu’il n’y avait qu’à continuer de tendre la main peur continuer aussi de recevoir; semblables au joueur qu’enivre une première chance inespérée, ils ont mordu au jeu et ne comprennent plus la vie d’une autre façon. Personne ne s’y trompera, en effet : les prétentions'’que l’Italie fait valoir depuis quelque temps sur la Tunisie, les rivalités hargneuses, les intrigues souterraines qu’elle nous y oppose, ne sont qu’une manifestation de ce même esprit dont YUalia irredenta nous avait déjà donne des preuves. Détournées de l’acquisition du Treii-tin et de l’Istrie depuis que l’Autriche appuyée sur l’Allemagne paraît trop difficile à entamer, les préoccupations annexionnistes de nos voisins se sont portées sur la Tunisie, et quand ils se sont aperçus que notre influence y avait précédé et y dominait celle de l’Italie, leur irrilation a été sans bornes.
- Les radicaux italiens n’out pas hésité à faire cause commune avec une droite aussi peu avisée qu’eux-mè-mes, él, grâce à c tte alliance, à renverser un ministère habile, à compromettre de grandes mesures de politique intérieure et d’utilité publique* à exposer leur pays à une aventure.
- ANGLETERRE
- Les lois sur l’Irlande, — M. Gladstone a enfin présenté le landbill pour l’Irlande depuis si longtemps annoncé.Ge bill institue un tribunal ayant le droit d’état blir, sur la demande du fermier, le fermage sur des bases équitables, d’en fixer les conditions et d’exercer sa juridiction pour protéger la liberté de vente et de fermage. Le fermier sera du reste libre de s’adresser à ce tribunal. Le fermier contre lequel une procédure judiciaire ayant pour objet son expulsion aura été commencée, mais non terminée au moment de l'adoption du bill. aura le droit de s’adresser au nouveau tribuu ü pour arrêter la procédure et bénéficier de la loi actuellement présentée.
- Les baux seront passés pour une dutée de quinze ans; le fermier ne peut pas être expulsé, sauf dans le cas où il violerait certaines conditions déterminées
- Enfin, le bill propose que le Trésor fasse des avances aux tenanciers pour leur Faciliter l’achat de leurs fermes, sous la protection spéciale du tribunal.
- Le bill a été adopté en première lecture. Sir Stafford Northcote et d’autres députés ont fait des réserves pour la discussion de la seconde lecture, qui aura lieu après les vacances de Pâques.
- C’est, on le voit, l’intervention de la puissance publique dans les contrats, et l’attribution au fermier d’un quasi-droit de propriété, ou d’une participation à la propriété du sol. Le duc d’Argyll, mécontent du projet de loi, a donné sa démission de lord-gardien du sceau privé. Il est vraisemblable que la Chambre des Lords repoussera cette loi, ce qui aggravera les difficultés dans des proportions effrayantes.
- BELGIQUE
- Pliaemacie coopérative. — La Fédération libre de Secours mutuels a tenu dimanche une séance, à laquelle étaient convoquées les principales Sociétés de Secours Mutuels non fédérées qui s’y étaient fait représenter par plusieurs délégués.
- Le but de cette réunion était de jeter les premières bases ces pharmacies coopératives ouvrières ; les abus qui se commettent journellement par MM, les pharmaciens. et le prix exhorbitant de leurs drogues, absorbent d’après la Fédération libre la plus grande partie des fonds des sociétés mutuelles.
- M. Wets a donné lecture de son rapport qui fourmille de renseignements. L’auditoire a souligné de ses applaudissements les paroles de l’orateur.
- Plusieurs orateurs ont ensuite pris la parole pour démontrer la nécessité de s’unir pour arriver au but éminemment utile et pratique que la Fédération se propose d’atteindre.
- RUSSIE
- IGe procès deas niliiliste». — Â Saint-Pétersbourg, le 10 avril, après Une délibération qui a duré trois heures, le tribunal a prononcé son jugement dans l’affaire de l’assassinat du tzar Alexandre IÎ.
- Tous les accusés ont été condamnés à la peine de mort par pendaison.
- La sentence qui frappe la femme Perowskà sera soumise à la sanction impériale, par ce motif que la condamnée appartient à la noblesse. Si cette femme avait appartenu à l’une des classes qui constituent la grande masse de la nation, elle eut été pendue sans discussion.
- ‘ ROUMANIE
- Premier» fruits de la, royauté, — La
- Roumanie vient de s’ériger en royaùme.Noblesse oblige : la Roumanie avait déjà une dette assez raisonnable, mais qui n’a pas paru suffisante au gouvernement royal.
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- LE IDE VOIR
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- Aussi se fait-il autoriser par lés Chambres à contracter un emprunt de 152 millions de francs, au titre nominal en rente 5 0/0 émise au taux de 80 francs et remboursable en 50 ans par semestre. L’emprunt se fera en partie à Berlin : les capitalistes prussiens tiendront sans doute à honneur de soutenir la fortune d’un Hohenzol-lern ; et partie à Paris, où le succès nous semble douteux.
- AMÉRIQUE-MÉRIDIONALE
- JLa g'UCMrre du. Pérou && du Cliili. — Une
- dépêche de Bueuos-Ayres du 11 mars donne les renseignement suivants : Pierola, l’ancien dictateur militaire du Pérou, qui était en ce moment à Jauja, aurait adressé au pays et au corps diplomatique, à Lima, un manifeste annonçant qu’il continuera la guerre contre le Chili. Les Boliviens songeraient aussi à poursuivre les hostilités et a s’opposer au passage des Andes par les Ghiliens. D’autre part le général en chef des Chiliens Baquedano est parti avec une partie de ses troupes pour le Chili, où il est candidat à la présidence.
- Ainsi cette guerre légitime du Chili contre le Pérou, transformée en guerre de conquête après les premiers succès, va avoiRpour les vainqueurs cette triste conséquence de leur donner de nouveau un président militaire.
- Et pourtant si le Chili est devenu prospère et puissant ces dernières années, c’est par ie fait qu’il a eu à sa tête, non plus des militaires comme autrefois, mais des présidents civils.
- Dans ce pays là comme dans tant d’autres la victoire aura été le tombeau de la liberté.
- GRÈCE
- Affollemeat militaire. — Il y a peu de jours la plupart des journaux publiaient l’information suivante qui nous paraît mériter quelques commentaires : « Tous les avis d’Athèües confirment que la Grèce est forcée de déclarer la guerre à la Turquie, pour éviter la banqueroute. »
- Voilà un singulier aveu, qui doit donner à réfléchir aux établissements de crédit qui, l’année dernière encore, patronnaient un emprunt hellénique, et aux capitalistes, qui ont eu la naïveté de les écouter.
- Ainsi la Grèce en est réduite à cette extrémité que le maintien de la paix c’est, pour elle, la banqueroute, et pour masquer sa situation financière elle n’hésiterait pas à mettre l’Europe en feu.
- Mais il vient immédiatement à l’esprit de tout homme sensé què la guerre amènera bien plus vite encore cette banqueroute tant redoutée. Dans cette alternative, il n’y a pas à hésiter. Que la Grèce dépose de suite son bilan, qu’elle ruine ses créanciers, mais qu’elle écoute et accepte les propositions de la Turquie, comme ne cessent do le lui conseiller les ambassadeurs des six grandes puissances.
- Surface de® "bassin.® liouillers <in inonde
- Evaluation de M. Neumann-Spallart.
- Chine 514.000 kilomètres carrés
- Etats-Unis 498.245 , » »
- Hindoustan 89.950 )) »
- Iles Britanniques 23.130 » »
- Allemagne 9.252 » »
- France 4.626 » »
- L'EXPÉDITION CONTRE LES KROUMIRS
- L’expédition contre les Kronmirs est le grand fait du moment. Elle est très diversement appréciée. Plusieurs journaux semblent prendre à tâche d’en dénaturer le vrai caractère : on dirait qu’on s’évertue à en grossir les proportions, comme si elles n’étaient pas déjà assez grosses comme cela.
- Nous pensons que l’on a grand tort d’agir ainsi. S’il j a un domaine où la légèreté est déplacée, c’est à coup sùr celui de la guerre. Il ne faut pas jouer avec le feu, dit le proverbe. Au lieu de s’efforcer à envenimer des choses qui ne s’envenimeront que trop d’elles mêmes, on agirait d’une manière à la fois plus patriotique et plus conforme à la morale en tendant à calmer l’irritation qu’elles ont déjà fait naître.
- La colère ne donne jamais que de mauvais conseils. Les jugements qu’elle inspire sont toujours entachés de préventions. On ©ubiie de peser le pour et le contre et de considérer la question sous ses divers côtés.
- Essayons de faire, quant à l’expédition contre les $ Kroumirs, à ses causes et à sa portée, ce que la plupart des journaux négligent de faire : élever la question à la hauteur des principes et la juger à leur seule lumière.
- On sait de quoi il s’agit.
- Depuis plusieurs mois des difficultés se sont élevées entre le gouvernement français et celui du Bey de Tunis au sujet de deux questions distinctes. L’une, relative à la possession du domaine de l’En-fida — immense proprité habitée par 18,000 personnes — l’autre relative au prolongement jusqu’à Tunis du chemin de fer algérien Bone-Guelma.
- Dans ces deux questions le Bey s'est montré hos-i tile à l’influence que la France prend de plus en plus dans son Etat ; il a peur que l’invasion des capitaux ! français ne le réduise à ne plus être qu’un fantôme de souverain.
- Cette crainte est fort naturelle ; malheureusement elle a poussé le Bey dans une voie déplorable. De peur de la France, il s’est jeté dans les bras de l’Italie et une fois qu’il s’est cru ou senti appuyé par cetté dernière puissance, il a complètement manqué de bonne foi dans ses procédés à notre égard. Il est revenu à plusieurs reprises sur sa parole et ne s’est pas considéré comme engagé par sa signature. Tout cela est grave, très grave même ; toutefois, partant d’un souverain africain, c’est peu sur-
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- LE DEVOIR
- prenant C’est la politique habituelle et séculaire de tous les pays mahométans. Il n’y avait pas là de raison suffisante pour amener une rupture entre la France et Tunis. On était même tombé à peu près d’accord il y a peu de jours pour soumettre la question de TEnfida à un arbitrage, cette question intéressant l’Angleterre autant que la France.
- Les choses en étaient là quand la question s’est subitement aggravée. Une razzia a été exécutée sur le territoire algérien par des pillards soit disant Tunisiens, les Kroumirs. Les détachements de troupes que nous avions vers la frontière ont tenté de s’opposer à cette razzia et ont dû. soutenir contre les Kroumirs un engagement qui a duré une journée et qui a mis de part et d’autre des hommes hors de combat. Plusieurs soldats français ont été tués. Les pillards se sont ensuite retirés sur le territoire de leur tribu, où le commandant français, sans instruction spéciale à ce moment là, n’a pas osé prendre sur lui de les poursuivre.
- Voilà les faits.
- Cherchons maintenant à les apprécier en toute justice.
- Pour cela, il est nécessaire avant tout d’être exactement renseigné sur les Kroumirs. Il s’agit de savoir si, en fait, ces tribus de pillards sont des Tunisiens ; il s’agit aussi de savoir si le bey de Tunis est pour quelque chose dans l’agression dont nous avons été victime. On comprend en effet de quelle importance capitale sont ces deux renseignements.
- Si les Kroumirs sont réellement des Tunisiens, ou si, même indépendants, ils ont agi à l’instigation du Bey, leur violation de territoire est une aggravation très vive des griefs que la France a déjà contre le gouvernement de Tunis. Dans le cas contraire, c’est-à-dire si les Kroumirs ont agi par eux-mêmes ou à l’instigation d’un gouvernement autre que celui du Bey, deux différends parfaitement distincts se présentent : l'un, celui de l’Enfida et du chemin de fer, qui doit se traiter de gouvernement à gouvernement entre le bey et la France, Tautre qui est une simple affaire de police, où ni le Bey ni personne n’a rien à voir.
- Eh bien, disons-le très haut, les Kroumirs ne sont pas Tunisiens. Ce sont des tribus indépendantes, qui depuis des siècles n’ont payé aucune contribution aux Beys, n’ont fourni aucune recrue à l’armée tunisienne, et n’ont même jamais permis aux soldats et aux fonctionnaires des Beys de pénétrer sur leur territoire.
- Les Beys de Tunis ont toujours revendiqué il est trai une prétendue souveraineté sur ces tribus.
- le Bey actuel vient même de la revendiquer diplomatiquement plus haut que jamais ; mais en fait cette souveraineté n’est, pour quiconque observe sans parti pris, qu’un titre de parade purement honorifique.
- Il y a des faits qui établissent ce que nous disons.
- Les Kroumirs ne sont pas à leur coup d’essai en fait de razzias sur notre territoire. Us ont toujours considéré le pillage comme étant une industrie qui peut s’exercer honorablement de voisin à voisin. Ils étaient tellement coutumiers du fait que la presse mentionnait à peine les corrections que nos spahis leur donnaient de temps à autre. Des dommages-intérêts pour leurs déprédations étaient réclamés au Bey qui déclarait n’être pour rien dans ces actes regrettables ; il avouait que s’il essayait de faire prendre au sérieux par ces tribus sa souveraineté sur elles, il ne le pourrait faire, n’ayant ni les ressources ni la puissance nécessaires pour cela. Toutefois comme il tenait à ne pas renoncer à sa souveraineté nominale, il déliait tristement les cordons de sa bourse et payait.
- La situation n’a pas changé depuis lors. Les actes des Kroumirs, si Ton est juste, ne doivent pas être considérés comme étant commis par des Tunisiens proprement dits.
- Quant à une complicité occulte du Bey elle n’est pas non plus admissible. Les Kroumirs se sont de tout temps montrés trop jaloux de leur indépendance pour croire qu’ils consentent tout d’un coup à tirer les marrons du feu pour le compte d’autrui.
- C’est pourquoi vouloir rendre le Bey responsable de cette malheureuse affaire, ce serait lui chercher une querelle d’Allemands. Si aucune complicité de sa part n’est établie, lui faire la guerre serait une révoltante injustice.
- Aveu triste à faire. Le Devoir est presque seul — qui sait? seul peut-être — à considérer au point de vue moral les éventualités d’une guerre avec Tunis. Les journaux qui demandent qu’on ne rompe pas avec le Bey, ne le demandent pas au nom de la justice, mais au nom de la prudence. Ils ne se demandent pas si nous serions équitables en lui faisant la guerre, mais bien si le Bey serait isolé au cas où nous la lui ferions. Ce n’est point par principe qu’ils se défient de cette affaire, c’est seulement crainte qu’elle ne soit un hameçon tendu à notre appétit par certaine chancellerie européenne. D’autres journaux parlent ouvertement de conquérir la Tunisie et parmi ceux-là il s’en trouve qui se sont jusqu’ici montrés les champions de la paix, qui n’ont cessé de protester
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- que la conquête de FAlsace-Lorrame par les Allemands était une violation du droit des gens, et qui même ont demandé que la peine de mort fut effacée du Code pénal. O inconséquence ! ô aveuglement! on comprend que la vie d’un homme est inviolable même s’il est criminel et l’on parle d’un coeur léger d’envoyer des centaines ou des milliers d’hommes à l’abattoir.
- Il y a plus, un écrivain dont la réputation n’est plus à faire, M. Alfred Assolant, a parlé très cavalièrement de décapiter autant de centaines de pillards qu’il y aurait de Français tués par eux ! ! !
- Il est vrai que sous ces déclamations se cache la préoccupation défaire augmenter le tirage du journal qui les débite, mais il n’est pas moins vrai qu’elles flattent les faiblesses de certaines gens et qu’à l’extérieur on les prend, ou du moins on affecte de les prendre au sérieux. Heureusement que la grande masse de la population française est ennemie de toute idée de conquête.
- La France d’aujourd’hui n’est plus celle de l’empire. Elle a jeté aux épines son chauvinisme d’autrefois. Il reste encore dans le public, et surtout dans la presse, quelques trainards des anciennes idées, mais chez les hommes de travail, ouvriers et laboureurs, c’est-à-dire dans la grande masse de la nation, toute idée de guerre non défensive est énergiquement repoussée. La France attend sa grandeur non pas de quelques lambeaux de territoire, mais de sa prospérité intérieure, de son travail, de la diffusion des lumières dans les masses et d’une politique plus morale au dedans comme au dehors.
- Le peuple français d’aujourd’hui, c’est-à-dire le peuple français libre, nie résolument que la puissance du plus fort soit un droit. Il va plus loin, il proclame que chaque peuple est maître de ses destinées et a droit de s’appartenir.
- Quel triste peuple serions nous, si à l’heure où deux de nos provinces sont soumises malgré elles au despotisme de l’étranger, nous allions donner à ce despotisme, une sanction, en nous rendant coupable d’une violation du droit des gens absolument identique.
- Que l’on châtie les pillards, qu’on les mette dans l’impossibilité de nuire, que l’on prenne les mesures nécessaires pour assurer une sécurité durable au pays rien de mieux ; mais au nom de la justice,au nom de l’humanité, au nom des principes républicains n’allons pas plus loin.
- Les Tunisiens veulent rester Tunisiens. Qu’ils le soient ! Ils ne cachent pas leur antiphathie pour la France. Que nous importe ? Ils sont bien libres de penser ce qu’ils veulent ! Depuis quand y a-t-il des sympathies obligatoires ? Leur esprit d’hostilité est
- manifeste. Qu’est-ce que cela peut nous faire tant que ces sentiments ne se traduisent pas en actes. La répression préventive n’est plus de notre temps ni de notre pays. Les Tunisiens ont peur que nous les mangions, il est naturel qu’ils ne nous aiment pas. Laissons les dire et n’allons pas nous faire détester d’eux davantage encore en les traitant en peuple conquis Que la France leur soit un phare et non un épouventail. Cherchons à avoir sur eux une salutaire influence,à développer leur agriculture, à donner un élan nouveau à leur commerce, à répandre chez eux les bienfaits et les lumières de la civilisation, et nous aurons rempli à leur égard une mission plus humaine et plus glorieuse que les faits d’armes les plus éclatants.
- Ed. Ciiampury.
- NOUVELLES DIVERSES
- Oim.eiIèï*es et crématiosï. — La réapparition dans les préoccupations du Conseil municipal de Paris de la question des cimetières commence à raviver l’émotion qu’elle avait déjà soulevée lorsqu’elle s’était posée en 1874.
- Vainement démontre-t-on aux Parisiens^ qu’il faut absolument créer une nouvelle et vaste nécropole et qu’un tel plan ne peut être réalisé dans l'enceinte de la capitale ; iis ne peuvent^s’habituer à l’idée d'aller jusqu’à Méry pour honorer leurs morts. Bien des radicaux sont, sous ce rapport, aussi intolérants, aussi exclusifs et absolus que le cardinal-archevêque. « Le peuple de Paris, disent-ils,ne peut pas faire vingt-sept kilomètres pour déposer des couronnes, le jour de la Toussaint,sur les tombes de ses morts, ou pour accompagner à leur dernière demeure des citoyens illustres comme Ledru-Rollin ou Blanqui ; c’est une atteinte à la liberté. »
- La salubrité publique est seule ici en cause ; mais il «era difficile de faire admettre ce point de vue au public.
- Un contre-projet circule, qui consiste à établir le nouveau cimetière dans la partie du bois de Vincennes contiguë à la porte Dau-mesnil ; il est certainement plus populaire que celui introduit par le préfet de la Seine, parce qu’il n’expose pas les habitants à des déplacements relativement coûteux et pénibles.
- Néanmoins la vraie solution de ce grand problème d’hygiène de la capitale no peut se trouver que dans la crémation.
- Malheureusement la grande masse de la population est trop routinière pour que la crémation ne lui fasse
- pas peur.
- Xnstpuctioa «les femmes. ~ M. P. Joigneaux écrivait il y a peu de jours :
- On dit proverbialement que les femmes font ou défont les maisons; mais on n’enseigne pas à nos filles ce qu’elles devraient savoir pour les faire toujours et ne les défaire jamais ; on ne leur apprend rien de ce qui passionne pour la vie des champs ; au contraire, dans les pensionnats des villes ou leur apprend à rougir de cette vie-là.
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- Questions pédagogiques belges. — Le
- projet d® réforme de renseignement moyen que l’on
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- discute actuellement à la Chambre belge, ramène nécessairement sur la brèche les adversaires du grec et du latin.
- Fait significatif! la plupart de ceux qui voudraient supprimer l’étude des langues anciennes,sont des hellénistes et des latinistes distingués,des professeurs de l’enseignement supérieur, comme par exemple, M. Vander Kindere, recteur, et M. Pergamini, professeur de ^université de Bruxelles.
- Il est difficile, pour ne pas dire impossible, aux ennemis des idées nouvelles de traiter leurs partisans de * vandales comme on ne manquerait pas de faire chez nous â l’égard de celui qui se prononcerait aussi vigoureusement que ces Messieurs
- Emportés par un effet de réaction contre les antihellénistes et les anti-latinistes, les membres du conseil de perfectionnement renforceront encore dans leur programme l'étude du grec et du latin, et cela au détriment des langues modernes, des sciences, et surtout, — ceci est un Vrai comble, — du français.
- C’est ainsi qu’en seconde et en rhétorique on donne douze heures au latin,six heures au grec et deux heures seulement au français.
- C’est absurde.
- La police des moenir® à Paris n’a pas été épurée par son fusionnement avec la police.
- Elle recommence ses hauts faits.
- Encore une arrestation arbitraire au passif de la préfecture de police. Il s’agit, cette fois, d’une honnête mère de famille, Mme Ejffien, belge d’origine et veuve d’un artiste dramatique, avec deux filles âgées de huit et onze ans Cette dame attendait mardi ses enfants à l’entrée du passage des Panoramas, à Paris, où elles suivent un cours et ou elle vient chaque jour les chercher.
- Trois agents de la justice de sûreté (il n’y a plus ae police des mœurs) la saisirent et, malgré ses protestations indignées, la remirent aux mains de gardiens de la paix qui l’emmenèrent au poste. Traniérée de là au dépôt de îa préfecture, elle parvint à faire prévenir sa famille, mais c’est vendredi seulement, trois jours plus tard, que, confrontée avec ses filles devant un juge d’instruction, Mme Eyben fut enfin rendue à la liberté.
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- Ibes Franes»Màçons «et; l9A rbi-
- trage isxter‘ïia.tioiüa.1. — Nous trouvons dans le dernier numéro du Monde Maçonnique le fait que voici :
- Le Conseil admiuistiatif de* la grande loge Alpina a décidé de soumettre aux Loges la question de la possibilité, pour la Maçonnerie, de provoquer la substitution des arbitrages internationaux au fléau de la guerre.
- Le comité directeur a adressé a ce sujet une circulaire où nous lisons :
- « Plusieurs d’entre vous, à notre dernière tenue de la Grande Loge ont dû se demander si la guerre et les malheurs qu’elle cause à l’humanité n’offraient pas à la Maçonnerie, un vaste champ de réflexions, et s’il ne noos incombait pas d’étudier par quels moyens on pourrait, un jour, arriver à substituer complètement les arbitrages internationaux au fléau de la guerre.
- « Lors de la conférence tenue le 22 mai dernier, dans la salle de l’Alabama à Genève, votre Grand Maître a fait ressortir le noble acte de pacification qui s’y était accompli entre les deux grandes nations, par les efforts persistants ët généreux d’un tribunal arbitral, et qui eut pour résultat de prévenir de graves complications et par suite une guerre désastreuse.
- « Cet exemple n’est-il pas Un puissant encouragement pour persévérer dans la voie si heureusement tracée ?
- « C’est sous l’empire de ces pensées que votre Conseil administratif a, dans sa dernière séance, décidé de soumettre aux délibérations des Loges suisses les deux points ci-après :
- « La Maçonnerie petil-elle faire quelque chose en tue d'amener les nationsà régler leurs différends, en substituant des arbitrages internationaux ail fléau de la guerre ? « Et, dans le cas affirmatif, que peut-elle faire f-
- « Ces questions ne manqueront pas d’être étudiées et discutées dans chacun de nos Ateliers, avec tout le soin et toute la largeur d’idées qu’elles méritent.
- « Le résultat de vos délibérations sur ce sujet devra être communiqué au Comité directeur avant la fin de janvier prochain.
- « Il va sans dire que toute étude personnelle de Frères, en dehors des rapports des Loges, sera ainsi reçue avec I reconnaissance; l’ensemble de ces communications | pourra, il faut l’espérer, former la base de démarches \ ultérieures de i’Alpina sur cette grave question qui inté-! resse à un si haut degré l’aveuir de l’humanité.
- | « Yotre Conseil d’administration ne se fait d’ailleurs
- f aucune illusion sur les obstacles qui ont déjà entravé et î entraveront longtemps encore la réalisation de nos \ vœux dans cette direction, mais ies grandes vérités j finissent toujours par avoir leur heure de triomphe, et f lorsque celle-ci sonnera pour l’abolition de la guerre, la part qu’y aura prise la maçonnerie, quelque modeste qu’elle ait pu être, restera une” de ses meilleures œuvres. »
- ïatt peste exerce ses ravages dans la Mésopotamie. Ce fléau affreux y est à peu près périodique; de ce foyer d’infection, il se répand dans ies contrées voisines et menace d’envahir l’Europe.
- L’état de malpropreté et d’incurie où vivent les Arabes suffit pour donner naissance à des miasmes pestilentiels. Etrangers à toute notion d'hygiène, ils vivent dans des huttes de boue séchée, encombrées d’ordures, et, à l’époque des travaux, dans les canaux qu’ils creusent pour irriguer leurs palmiers et leurs rizières. De plus, les débordements des fleuves charrient au loin des eaux qui, en se retirant, laissent des flaques marécageuses dont ies émanations, lors des grandes chaleurs, sont très-insalubres.
- On voit ici les graves inconvénients de l’insolidarité. La peste dont il s’agit a encore une autre cause qui est fort étrange et qu’il n’est pas facile de faire disparaître. Les Persans sont musulmans Schiites ou de la secte d’Ali, et n’ont que mépris et horreur pour la secte Sunite. Des deux côtés, on serait bien embarrassé de dire pourquoi l’on est divisé. Mais il en est de môme dans toutes les religions qui ont la prétention de rallier les hommes entre eux, et qui, le plus souvent, ne servent qu’à les diviser pour des querelles stupides ou inintelligibles.
- Or, les pieux Schiites tiennent à ce que, après leur mort, ieur corps repose dans ies lieux qu’ils regardent comme sacrés. Ce sont les villes de Iverbella (ou Mesched-Husein) et Nedjeff (ou Mesched-Ali), toutes deux situées eu Mésopotamie, c’est-à-dire dans l’empire Turc. Les gens pauvres eux-mêmes font des économies pour que leurs parents puissent leur procurer cette sépulture bénite. Les cadavres des décédés sont ainsi conservés sur tous les points de la Perse; et lorsqu’on en a rassemblé un assez grand nombre pour former un convoi, on les dirige vers la Mésopotamie, a Ces funèbres caravanes suivent, pour la plupart, la vallée de Kirmancha et entrent en Turquie par la passe de Khanegrein. A la frontière, on acquitte un droit de un medjidié par cadavre (c’est meilleur marché qu’en Italie).
- « Les convois disséminent les cadavres dans ies diverses sépultures. Nodjeff, la sépulture la plus recherchée, en reçoit de dix à quiuze mille, et le nombre total des cadavres ainsi importés de Perse n’est pas inférieur, chaque année et en moyenne, à trente mille (Correspondance du Temps, 29 mars. »
- Quel malheur que ces populations n’aient pas comme les Hindous la vaine et hygiénique pratique d’incinérer les cadavres.
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- femmegodocteitrs srns^o. — Le Oolos it que : « Le 3i mars, des femmes-médecins, au nombre e trente, sont venues déposer sur le cercueil de l’Em-ereur Alexandre II une grande croix en noir destinée à I orneffleùtation intérieure de l’église expiatoire.
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- L’explora tour Blanchi est heureusement arrivé à Naples.
- M. Blanchi a raconté-dans cette ville à quelques amis la mort de Ghiarini : il croit qu’il a été empoisonné, et que Gecchi a été sauvé par miracle. La reine qui le tenait prisonnier était d’une laideur repoussante et elle voulait l’épouser ; quand Gecchi refusa, elle lui proposa d’épouser sa fille, non moins affreuse, ce dont il ne se soucia pas davantage. Il a rencontré des tribus qui mangeaient de la viande crue, palpitante encore, et il a vu ces nègres arracher des lambeaux de viande d’un bœuf vivant. Il assure qu’il craignait quelques fois d’être avalé lui-mème par ces barbares. Ils sont tous d’ailleurs naïfs comme des enfants, mais pervers, paresseux et voleurs. Ils font tout ce qu’ils peuvent pour empêcher les Européens d’avancer et de faire des recherches scientifiques. Le climat est affreux, et M. Blanchi a dû lui payer son tribut, car il a été miné par la fièvre produite par les miasmes des marécages. Parmi les agréments de cette contrée, il faut placer, avant même les serpents, les lions, les crocodiles, etc., les affreuses mouches tzetzès. La chaleur aôlô parfois si excessive que les voyageurs avaient la peau brûlée; l’épiderme se roulait"comme une feuille de vélin et tombait en lambeaux.
- Le roi Menelik croit que tous les Européens savent tout faire, des fusils, des montres, et môme des pantalons. La reine dont Gecchi fut prisonnier, exigea qu'il réparât des armes et lui fit un pantalon. La montre était une merveille pour les nègres ; ils croyaient qu’il y avait un animal caché dedans. Dans le Schoa on se sert toujours comme monnaie d’argent des fameux thalers à l’effigie de Marie-Thérèse. Le billon est représenté par des morceaux de sel oblongs de 20 centimètres de longueur et de 6 à 7 de largeur, quinze de ces morceaux ont la valeur d’un écu, mais dès qu’.un morceau de sel se casse, il perd sa valeur, et on l’emploie pour la cuisine : or comme les morceaux sont très faibles, il faut le plus grand soin pour les préserver de la cassure et de l’humidité. M. Bianchi a rapporté des armes fort primitives et des flèches empoisonnées, mais beaucoup de ses effets sont restés en Afrique, et il les prendra au nouveau voyage qu’il compte faire dans ces localités.
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- Joli déposé. — Depuis quelque temps les députés italieus se plaignaient qu’ils étaient victimes de vols continuels ; l’argent disparaissait de leurs portefeuilles comme par enchantement. Le président, M. Farini, prévenu de ce fait, réunit le bureau de la présidence pour aviser aux mesures à prendre. On avait remarqué que ces vols avaient lieu dans un long corridor assez obscur où les députés ont l’habitude de déposer leurs pardessus. Quand ce cas se produisait, le vol suivait infailliblement.
- Il fut décidé que les questeurs de la Chambre s’adjoindraient aux députés, un de la droite et l’autre de la gauche, pour faire un service de surveillance spéciale. On avait présumé, d’abord, que ie voleur appartenait à la catégorie des huissiers ; mais, plus tard, les soupçons se portèrent sur un député, qui rôdait un peu trop souvent dans le corridor aux pardessus.
- Les soupçons n’étaient que trop fondés. Il fat surpris, l’autre jour, au moment où il retirait un billet de cent francs du portefeuille d'un de ses collègues. Pris sur le fait, il ne pouvait pas nier : il a cherché cependant à s’excuser en disant qu’il s’agissait tout simplement d’une farce qu’il voulait jouer à sou collègue.
- On avait eu l’idée d’abord de déférer le coupable à l’autorité judiciaire, mais on a pensé que ce scandale pouvait porter atteinte à la réputation de toute la Chambre et qu’il valait mieux, par conséquent, ne pas ébruiter l’affaire.
- Le coupable était possesseur d’une fortune de près de 300,000 francs, qu’il avait dissipée en peu de temps à Rome.
- On lui a défendu de s’approcher de Montecitorio : la présidence de la Ghatnbre lui donnera un peu d’argent et le priera de débarrasser le pavé de Rome dé sa pré-
- sence. Dans deux ou trois mois, quand la Chambre aura pris ses vacances, il sera invité à donner sa démission sans la motiver.
- C’est la première fois qu’un cas de ce genre arrive à la Chambre italienne, où 11 y a des députés qui sont fort pauvres. On sait, en effet, que les députés en Italie ne sont pas rétribués. {Le Figaro).
- Misère des cordonniers de Cîiicag'v>. —
- Nous lisons dans The Co-operative News :
- | La fabrication de la chaussure est Tune des plus grandes industries de Chicago. Le nombre des personnes employées par cette Industrie est d’environ 2,800, inclus ceux employés dans les 700 magasins ou maison de détail.
- Environ 1,500 personnes sont employées dans de gran-'es entreprises, où les travailleurs sont distribués dans des combles, dans des conditions de ventilation très imparfaites ou môme tout ce qu’il y a de plus mauvaises.
- Les femmes et les enfants sont employés de préférence et sur une large échelle, vu l’extrême modicité de leur salaire, ce qui crée une demande constamment croissante. Oo ne fait pas d’apprentis. L’extrême division du travail a supprimé tout ce qui exigeait une étude préalable ou de la pratique. La cordonnerie, puissamment outillée en machines, a divisé le travail d’un soulier en soixante quatre parties, et l’ouvrier cordonnier d’aujourd’hui n’a plus en réalité à savoir la 64e partie de son métier.
- I Cette extrême division de la fabrication de la chaussure n’a pas seulement supprimé l’apprentissage, elle a aussi tué toute organisation ouvrière."
- La pauvreté des cordonniers de Chicago est telle qu’il leur serait de toute impossibilité de prélever les modiques cotisations indispensables au fonctionnement des unions. Le travail d’artisan est aujourd’hui impossible. Quand uu homme reçoit un dollar par jour ou une femme moins de 90 centimes dans un pays où la vie est si chère, c’était créer le paupérisme chronique. Et c’est cependant tout ce que reçoivent ces malheureux.
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- Question de barbe. —« Les nouvelles de Pologne sont alarmantes, les populations du rite grec uni (catholiques) refusent de prêter serment au nouvel empereur. Ce n’est pas une question politique, mais une affaire purement religieuse ; elles disent. ‘ « Quand nous avions nos prêtres, nous avons prêté serment à l’empereur Alexandre II et nous l’avons tenu ; depuis ou a chassé nos pasteurs et on nous a imposé des popes barbus, que nous ne reconnaissons pas. (Les popes russes portent toute la barbe, les prêtres du rite grec uni ne la portent pas). Nous ne voulons pas qu’ils reçoivent notre serment de fidélité; nous préférerions le "prêter dans les églises catholiques et aux prêtres latins. »
- Les employés du gouvernement offraient d’élever des autels en plein air et de faire prêter le serment entre les mains de l’autorité civile, les populations refusent. Les gouverneurs des provinces insistent et ne veulent pas admettre les réclamations.
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- Que le existence agréable que celle des Pétersbourgeois. « L’activité du nouveau préfet de Saint-Pétersbourg donne du fil à retordre à la population qui loge dans les garnis. Il ne se passe pas de nuit sans qu’il y ait des perquisitions domiciliaires. Les agents de police envahissent la maison, en gardent las issues, et des caves aux greniers, tous les coins sont visités, les murs sondés, les passeports vérifiés et les locataires identifiés.
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- ILes Icarieu® paraissaient satisfaits de leur déménagement.
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- Il n’en est plus ainsi aujourd’hui.
- Voici ce que nous lisons d-ns le dernier numéro de la Revue Icartenue.
- L’hi\er continue ses rigueurs sur le Plateau d’Icara, nous sommes au 15 mars et nos maisons sont encore entourées de neige et de glace,un vent glacial, opiniâtre continue à nous déchirer la figure on se croirait au 15 janvier et nos champs no sont pas prêts à recevoir la semence que nous avons à leur confier.
- Le retard que ce temps détestable fait subir à tous nos travaux se fera cruellement sentir durant tout le cours de l’année.
- Il faut subir ce qu’on ne peut pas empêcher, mais s’il nous était donné de prévoir beaucoup d’hivers semblables à celui que nous sommes en train de supporter, Icarie ferait bien d’aller planter sa tente quelques centaines de milles plus au sud.
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- La propriété dans les îles l>ritîiîoii-ques, — L’amiial anglais Fred. Maxsé a adressé à Victor Hugo une lettre sur la question irlandaise. L’amiral prie le grand poète de ne pas prendre en considération la lettre par laquelle M. Parnell demandait à Victor Hugo d’élever la voix en faveur de l’Irlande.
- L’amiral Maxsé fait, dans sa lettre, les aveux suivants :
- 26 personnes seulement possèdent la moitié du Nor-thumberîand, l’un des plus grands comtés de l’Angleterre, qui a une étendue de480,000 hectares; 70 propriétaires possèdent la moitié de l’Ecosse, et en Irlande 761 personnes détiennent chacune de 2,000 à 50.000 hectares, soit en tout une agglomération de 4 millions d’hectares, ce qui est plus de la moitié de l’Irlande.
- L’Irlande a besoin de lois agraires qui facilitent l’accès de la propriété aux paysans, et les grandes propriétés anglaises et irlandaises devraient être achetées, si c’est nécessaire, pour arriver è ce résultat L’Irlande a aussi droit à une liberté entière d&self government dans les questions locales.
- En prenant ces mesures, on poserait les fondements d’une union amicale des deux peuples dans l’avenir.
- GUERRE A LA GUERRE !
- Aux femmes
- Quand, en temps de guerre, on ouvre un journal, on lit parfois des phrases comme celle-ci : (1) « On dit que des régiments entiers ont été détruits. »
- Ces quelques mots ne sont-ils pas horribles dans leur laconisme ? — La pensée se reporte sur chaque homme tombé : il avait un père déjà vieux dont i[ aurait pu être le soutien ; sa mère, sa sœur, sa fiancée sont au désespoir ; que de larmes font répandre ces cadavres étendus dans la plaine ! — Et, puisque ces milliers de désespoirs n’émeuvent pas la froide humanité, que de richesses elle perd en la valeur de leur travail futur.
- Voyons lectrices, c’est à vous dont le cœur est tendre que je m’adresse; songez aux affreuses souffrances de ces malheureux. — Quelques-uns respirent encore et ils agonisent dans la boue.... ils n’ont pas toujours la chance que des soldats
- (1) télégramme relatif à la bataille de Plevna.
- | ivres de poudre et de sang les achèvent et les délivrent par la mort !... Non, vous ne supporteriez pas la vue d’un seul de ces pauvres hères répandant ses entrailles sur le chemin : votre imagination peut-elle donc se faire à l’idée de ce drame mille et mille fois répété aujourd’hui et qui recommencera demain ? — Et vous admettriez que cela est un mal nécessaire ! Est-ce pareeque ce fut, qu’il faut que ce soit ?— Alors rétablissons l’esclavage tel qu’il fut, reprenons nos habitudes d’autrefois, et rallumons les bûchers des auto-da-fé, si nous voulons être logiques. — Non, ce n’est pas possible, Madame, votre cœur se révolte contre votre esprit, non. vous savez bien qu’il faudra que Vhorrible disparaisse de notre terre et qu’un jour viendra où les peuples ne voudront plus se laisser mener à la boucherie et renverseront les rois pour se tendre la main. Madame, je vous en prie, cela dépend de vous qu’il en advienne de la guerre ce qu'il en est advenu des autres horreurs du moyen âge : votre bébé est sur vos genoux, eh bien faites-en un homme libre, juste, et il ne sera ni le mercenaire d'un roi ni celui d’ambitieux de tout acabit.
- Savez, vous bien, Madame, ce qu’est la guerre aujourd’hui, ce qu’elle tend à devenir de plus en plus chaque jour ? C’est le massacre de toute l’élite de deux peuples. Nos armées n’ont plus de rapports avec celles d’autrefois, où cent mille hommes était un chiffre énorme.
- Et quelle différence dans les procédés d’extermination !
- Il n’y a pas encore longtemps, on se contentait des balles sphériques, la balle conique, la vrille qui peifore Vos,n’était pas inventée ; un homme pouvait servir encore, après avoir été blessé, et nos grands oncles qui firent les guerres du 1er empire, reçurent maintes blessures sans avoir été obligés d’être amputés. Hélas, aujourd’hui comme l'art de la guerre a été perfectionné ! — Les batailles sont rapides, le massacre se fait plus radicalement et plus brièvement. On perfectionnera encore,.. Un ingénieur allemand a découvert, il y quelques années un procédé au moyen de cartouches ou plutôt de gargoasses et d’obus à dynamite, qui, en éclatant anéantiront ce qui se trouvera dans un rayon de 1.000 mètres.
- Et peut être que demain, dans un pays ou dans un autre, un inventeur découvrira, un procédé plus meurtrier encore.
- On nous traite de fous, pareeque, nous autres,amis de la justice et de la paix, nous crions : plus de guerre ! — Mais nos antagonistes savent-ils où ils vont ? Savent-ils quelle cause effrayante de ruine est la guerre*
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- Ah ! combien le monde serait plus heureux, com- \ bien la misère serait pius rare, combien les états seraient plus prospères si nous pouvions enfin avoir la paix d’une manière durable.
- Dès le début de la dernière guerre de Russie, voici la liste des emprunts contractés dans un but de guerre ou d’armement par les gouvernements étrangers :
- La Russie 200 millions de roubles; l’Autriche-Hongrie 100 millions de florins ; l’Angleterre 2 millions de livres sterling; la Turquie 5 millions de livres turques ; le Portugal 91 millions de francs ; la Roumanie 30 millions de florins, la G-rèce 10 millions de francs ; la Tunisie 2 millions de francs ; les Etats Unis 100 millions de francs, etc.
- « Voilà, disaient à cette époque, les Etats-Unis d'Europe quinze cents millions de francs, chiffres ronds, que les gouvernements vont engloutir d’une manière improductive. Encore quelques semaines et nous toucherons au chiffres de 2 milliards ! Doublez la somme en y ajoutant les pertes que subissent le travail et la production, et vous aurez le bilan d’une première campagne. »
- Notez qu'il ne s’agit que du début de la guerre.
- Nous lisions à la même époque ce qui suit dans la Petite République française:
- « Des demandes sont, journellement adressées au ministre de la guerre, soit par des particuliers, soit par les autorités administratives, dans le but d’obtenir le concours de militaires pour les travaux urgents des récoltes. »
- C’est pour faire le noble métier des armes, que, même quand la France est en paix,nos paysans quittent les champs !
- En continuant progressivement ainsi que fait l’Europe depuis le commencement du siècle, il faudra bien qu’elle s’arrête dans la désolation et la misère qu’auront préparées ses dirigeants !
- Mesdames, il est temps que vous y songiez, le mal grandit, gare à vos enfants : Allons, un bon mouvement, serrez-les sur votre cœur, protestez, dites que vous ne voulez pas que plus tard vos bébés deviennent de la chair à canon et toutes, avec nous, faites la guerre à la guerre.
- Jacques Courrier.
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- Les divorces ea Suisse pendant l’année 1879.
- bureau fédéral de statistique vient de publier le relevé des divorces et déclarations de nullité de mariage en Suisse pour l’année 1879.
- Le nombre total des demandes a été de 1185, dont
- 115 ont été repoussées , dans 132 cas, le jugement n’a accordé que la séparation temporaire et 938 divorces ont été prononcés.
- Ce total donne une proportion de beaucoup supérieure à celle des pays qui entourent la Suisse, soit do 4.82 pour cent mariages, tandis qu’en Saxe la moyenne est de 2,58, en Belgique de 2,35 et reste dans les autres pays au dessous de 1 0/0.
- La comparaison entre les cantons est assez instructive. La moyenne pour toute la Suisse étant de 4,82 0/0, on voit que les cantons catholiques restent tous bieu au dessous avec des proportions de 2,94 0/0 (Soleure), 2,22 (Appenzell Int), à 0,60 (Schwytz) ; Uri et le Valais ne comptent pas un seul divorce. — Les Grisons (2,20), Bâle-Campagne (3,18), Bâle-Ville, Vaud (4,30), et Berne restent encore au dessous de la moyenne, qui n’est pas dépassée de beaucoup par Argovie (5,08), Sl-Gall (5,10), Genève (5,17), et Neuchâtel (5,67).
- C’est la Suisse du Nord-Est qui fournit le plus fort contingent : Appenzell (Rh.-Ext) à 8,30 0/0 ; Zurich 8,34 ; Glaris 8,36; Thurgovie 9,53; à Schaffhouse, sur cent mariages on compte 14,40 divorces.
- 563 divorces concernent des époux ayant des enfants, au nombre de 1245 ; dans 346 cas il n’y avait pas d’enfants. Dans 29 cas, le tribunal paraît avoir oublié de s’enquérir s’il y avait des enfants.
- La durée des mariages dissous est assez curieuse à étudier On n’en compte pas moins de 220 entre époux mariés depuis 11 à 20 ans et 16 entre époux mariés depuis plus de 30 ans.
- Le total des divorces a quelque peu diminué depuis 1876. De 1102, il s’est abaissé en 1877 et 1878 à 1,036, et en 1879 à 938.
- Sous le rapport des confessions, 695 divorces concernent des époux protestants tous deux, 86 des époux catholiques, 48 des ménages dans lesquels le mari était protestant et la femme catholique, 36 des unions où le mari était catholique et la femme protestante. — Dans 72 cas, la confession n’a pas été notée.
- Ainsi en Suisse la religion catholique parait retenir plus d’un ménage désuni à recourir au divorce. La comme ailleurs la conception laïque de la famille n’est pas encore comprise par les populations professant la religion romaine.
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- Oliosses d.e l’autre monde, un fort volume in-8, en vente chez E. Dentu, libraire-éditeur 15-17-19, galerie d'Orléans. Palais-Royal.
- Prix : 3 fr. 85 (port payé.)
- Par des circonstances indépendantes de la volonté de sa rédaction, le Devoir n’a encore parlé qu’indi-rectement de l’ouvrage si remarquable de M. Eugène Nus, sur les phénomènes dits des tables tournantes et des communications intelligentes sans cause visible, phénomènes que le monde savant s’obstine à nier pour ne pas se donner la peine de les expliquer.
- Descartes disait : « Je pense, donc je suis. »
- M. Nus a pratiqué les phénomènes du mouvement des meubles et des communications occultes, avant d’en exposer la réalité. Son livre rend évident que le meuble qui parle est commandé par quelque chose. Le lecteur est émerveillé et étonné par le récit des expériences remarquables dont M. Nus était l’un des acteurs, dès Tannée 1853.
- M. Nus fait voir comment du simple mouvement
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- ces phénomènes ont passé aux manifestations intei- ] ligentes sans qu'on y reconnût une cause visible, et sans que cette cause fût expliquée autrement que par ce qu’elle voulait bien dire elle-même de sa source. L’auteur présente ainsi des expériences de psychologie transcendante, assurément dignes de l’attention de tous les hommes sérieux et désireux de se tenir au courant des vérités nouvelles.
- Ces faits, le livre de M. Nus les rend curieux et intéressants à tous les points de vue, en faisant d’abord comprendre que, jusqu’ici, ils se sont produits sans le secours et complètement en dehors des lois connues de la physique. Mais le livre de M. Nus intéresse encore d’une autre façon. Il est aussi attrayant et agréable qu’étonnant. Une fois la lec-ture commencée, peu de lecteurs quittent le volume sans avoir vu la dernière page.
- Cet ouvrage est d’un tel mérite qu’il est déjà traduit en diverses langues. Aussi pour compléterle compte-rendu dont nous étions redevables envers nos lecteurs et envers l’auteur si distingué des « Grands mystères » et des « Dogmes nouveaux, » croyons nous ne pouvoir mieux faire que de donner ici l’article publié par M, James Smyth, dans le « Daily News, » grand journal anglais, sur le nouvel ouvrage de M. Nus, « Choses de Vautre monde. »
- Voici la traduction de cet article que nous empruntons au Journal d‘Études psychoJogigues ;
- « L’oeuvre d’un écrivain distingué qui envisage « d’une façon toute nouvelle la découverte des tables « tournantes, sera toujours intéressante,et peut-être « instructive.
- « Le fait seul qu’un auteur aussi éminent que « M. Eugène Nus se mette en avant, et déclare avoir « été témoin de phénomènes nouveaux et remar-« quables, probablement va repopulariser un sujet « qui, jusqu’ici, avait éloigné beaucoup de gens sé-« rieux parce que, d’un côté,il s’en dégageait comme « une saveur de sacrilège et que, de l’autre, on crai-« gnait de se trouver en face d'une spéculation mer-« cenaire.
- « M Nus, dans un style plein d’humour et de « vivacité, raconte comment, lui et le reste de 1 état-« major d’un journal libéral, occupaient en causerie « les loisirs qu’ils devaient au coup d’Etat de Dé-« cembre. La conversation tomba un jour, sur les « tables tournantes, importation nouvelle, améri-« came, que tous considéraient comme une plaisan-« terie, et comment ils s’y essayèrent par manque « d’autre chose à faire.
- « Une table ronde autour de laquelle ils étaient « assis donna presque immédiatement des signes « d'animation.
- « M. Nus donne la liste de ses compagnons; tous « portaient un nom connu dans ia littérature et « occupaient une place élevée dans la Société la plus « sceptique du monde. On était en 1853, M. Nus a avait trente-sept ans et était dans toute la force « de sa haute et vigoureuse intelligence ; il en a au- i « jourd’hui soixante-quatre et n’a cesssé depuis lors J u d’étudier les vérités qui lui ont été révélées 1 II a !
- « toujours tenu fidèlement note de ses expériences. « Les conversations qu’il a ainsi conservées, entre la « table et les hommes d’élite dont nous parlons plus « haut, sont certainement fort curieuses.
- « Sans respect pour le meuble, qui avait tout d’un « coup déployé des qualités si inattendues,ils le trai-« tèrent dans leurs investigations comme un caniche « intelligent. « Allons ! » disaient-ils à la table un « jour qu’elle ne s’était pas exprimée assez claire-« rement. « Tu veux donc nous mettre dedans ? » — « Pas du tout » répond-elle gravement, et, comme à « l’ordinaire, elle prouve qu’elle a raison. Une autre « fois elle avait ennuyé, fatigué Allyre Bureau, le « célèbre musicien : « Va-t-en au diable ! » lui crie-« t-il — « Paresseux 1 » répond le meuble.
- « Il est certain que des chercheurs, amants de la « vérité, ne peuvent pas être considérés comme des « fanatiques ; reconnaître que le spiritualisme n'a «jamais été présenté ainsi, c’est simplement être « juste.
- « M. Nus et ses amis sont toujours sérieux. Ils « sont pleins d’esprits, très-amusants mais jamais g « légers.
- « Quand la table est ennuyeuse, ils le lui disent « et la malmènent rondement ; souvent elle gronde à « son tour et, pour les rappeler à l’ordre, son langage « sait devenir sévère et imposant. L’auteur raconte « les faits comme ils sont arrivés, sans exagération « et sans rodomontade ; sa logique est inexorable.
- « Quand la table veut parler vaguement,il la ramène « de suite à la raison. Il y a dans ses déductions un « très-remarquable mélange de bonne humeur et de « bon sens.
- « Il n’affirme pas, le moins du monde, qu’il y ait « quelque chose de surnaturel dans ce qu’il a vu et « entendu.
- « Il soumet tout simplement les faits à l’opinion « publique et lui demande si l’humanité n’est pas à la « veille de découvrir dans la nature une force « jusqu’ici inconnue.
- « Il discute avec la table non pas comme avec un « esprit de l’autre monde, ou une émanation de la « divinité, mais comme avec un quelque chose, il ne « sait pas quoi, qui peut avoir tort ou raison dans « ses prémisses et dans ses conclusions.
- « Ce que M. Nus dit est simplementceci: « Voici cer-« tains faits, examinez-les loyalement ; je ne dis pas « qu’ils sont bons ou mauvais,parce que je ne le sais « pas je me borne à constater qu’ils sont vrais. C’est « la plus grande nouveauté de nos jours. » Il observe « sans passion, et pense que ces phénomènes méri-« tent un examen plus sérieux que celui qui leur a « été accordé jusqu’ici. Non-seulement sa table par-« tage son opinion, mais encore elle recommande « l’étude de la sténographie, comme un moyen plus « sûr de fixer le résultat des interrogatoires qu’elle « a subis.
- « Le phénomène des tables tournantes, remarque « M. Nus, est intéressant par le fait seul qu’il nous « est inconnu.
- « Sera-t-il utile ? ça c’est autre chose. Pour faei-« liter les futures recherches, M. Nus demande à « son familier d’acajou, s’il n’aurait pas à recom-« mander quelque système de sténographie plus par-« ticulièrement adapté à l’usage qu’on en veut faire;
- « elle répond qu’elle n’est pas là pour faire des tours « de force M Nus avait trop expérimenté son ca-« ractère capricieux et incertain pour insister da-« vantage. Il raconte à ce sujet tîue, l’ayant fait « précédemment, il avait vu son oracle de bois se
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- perdre dans un torrent de contes à dormir de ‘ bout.... allant même dans un accès d’irritation j nerveuse, jusqu’à briser un de ses pieds parce qu'il se trouvait trop pourchassé de questions.
- « Certains jours, au contra re, elle est trop communicative, répète la même phrase une douzaine de fois, en jouant sur les mots d’une façon étourdissante. C'était alors le tour des auditeurs d’être ennuyés et énervés et M. Nus se vit contraint d'user d’un langage peu respectueux envers son interlocutrice : d’autres personnes se sont mêmes « permis de la prier de se taire, et la pythonisse ef-« frayée, s’écriait : « Pas de folie. »
- « Pourtant comme règle générale, on doit dire « que les façons du monde d’acajou sont courtoises « et de bonne éducation.
- « Il paraît aussi que les tables sont des linguistes « accomplis, sachant beaucoup plus que ceux qui « les interrogent.
- « Leurs compositions musicales ont été entendues « et applaudies par des juges compétents parmi les-« queis nous placerons, en première ligne .* M. Emile « de Glirardin.
- « M. Nus, dont la parole serait certes bien suffi-« santé, croit pourtant, devoir appuyer ses affirma-« tions du témoignage d’hommes d’une véracité in-« contestée et portant des noms que tout le monde « connaît en France. Le seul problème qu’il laisse « sans le résoudre est celui-ci : Comment cela ar~
- « rive-t-il ? Il est trop sensé et trop pratique pour « supposer que les plus solennels mystères de la vie « et de l’éternité ont été expliqués d’une façon quel-« conque par un morceau de bois. Il n’a aucune foi « dans une religion révélée par un guéridon. Mais il « proteste qu’il est Bien ennuyeux d’être appelé « idiot et visionnaire par les bedeaux de la sacristie « des sciences pour avoir affirmé ce que l’on a vu et <* entendu.
- « Pour conclure, il dédie son charmant volume à « toutes les facultés, académies, corporations,
- « graves docteurs en philosophie, qui, depuis l’au-« rore de la civilisation, ont toujours nié les nou-« velles découvertes et se sont sans cesse opposés à » leur diffusion. »
- Mouveweat de la population et die l’état civil do Bruxelles
- Voici les chiffres pour la période décennale écoulée ; ils s’appliquent à Bruxelles sans ses faubourgs:
- Années Population Naissances Mariag. Div. Décès
- 1871. 167.472 5.741 1.835 15 6.283
- 1872. 167.313 6.045 1.968 25 4.198
- 1873. 168.599 5.816 1.770 29 4.906
- 1874. 169.871 5.897 1.783 27 4.613
- 1875. 171.249 5.882 1.824 29 4.931
- 1876. 172.394 5.891 1.786 28 5.026
- 1877. 173.000 5.528 1.631 32 4.534
- 1878. 173.670 5.501 1.554 34 4.304
- 1879. 175.188 5.246 1.581 ' 38 4.576
- 1880. 177.086 5.604 1.666 65 5.382
- Il résulte de ces données que c’est en 1871 qu'il y a eu le plus de décès, circonstance qui doit être attribuée aux ravages que fit, dans la population bruxelloise, le fléau de la variole qui, pendant cette année là, enleva 958 habitants. Cette terrible épidémie se déclara, c^mme on sait, pendant la guerre franco-allemande et se répandit au loin, mais' surtout dans nos contrées.
- C’est Tannée 1872 qui a donné le plus de naissances et
- de mariages, et l’année 1880 le plus grand nombre de divorces. Ces derniers ont atteint tout d’un coup plus du double de la moyenue ordinaire. En 1871, il n’y eut que 15 divorces et nous les voyons, en 1880, portés au chiffre de 65.
- L’année 1879 a fourni le chiffre le plus inférieur des naissances, l’année 1878 celui des mariages et l’année 1872 le chiffre le moins élevé des décès.
- L’accroissement de la population pendant cette période de dix années n a guère dépassé en moyenne le chiffre de 1,00) habitants annuellement, taudis que cette moyenne avait été de 2,000 et au-delà depuis un demi-siècJe. La transformation de plusieurs quartiers populeux de la capitale, qui a fait émigrer beaucoup d’habitants vers les faubourgs, est la cause principale, sinon unique, de cette diminution. Il en a été de même aussi pour le nombre des électeurs, tout en tenant compte des modifications introduites parla législation concernant la formation des listes électorales, etc.
- (.Indépendance belge).
- Programme du concours ouvert par* la {Société contre l’abus du tat>ao
- N° 1. — Prix des iustituteurs. — Etudier le degré d’influence qu’exerce sur ses enfants, le père de famille fumeur, au double point de vue de leurs études et de leur propension à contracter prématurément l’habitude du tabac. — Cent francs.
- N° 2 — Prix médical, — Quelle est l’influence du tabac sur la marche de la grossesse et sur la lactation, chez les femmes qui font usage du tabac, qui en respirent la fumée, ou qui travaillent à sa manipulation. Présenter des observations recueillies sur les personnes et, s’il est possible, des expériences chez les animaux. — Deux cents francs.
- N° 3.—Prix fondé par M. le Dr A. Bertherand. — Déterminer, par des considérations psychologiques, avec faits bien observés à l’appui, l’influence que l’habitude excessive du tabac détermine sur le moral, le caractère, et les rapports sociaux des fumeurs. — Le prix consiste en livres d’une valeur de Deux cents francs environ, et une Médaille de Vermeil. —Le fondateur s’engage en outre à publier gratuitement, dans la Gazette médicale de l’Algérie, le mémoire couronné.
- N° 4. — Prix des marins. — Déterminer, en s’appuyant sur des faits, si les marins fumeurs ou chiqueurs subissent plus de punitions, sout plus exposés aux maladies et font un moins bon service que ceux qui s’abstiennent du tabac.
- Etablir quels sont les résultats des privations endurées par les marins habitués au tabac, lorsque celui-ci vient à manquer, ou que les règlements interdisent d’en faire usage. Rechercher s’il y à plus d’inconvénients pour les marins à chiquer qu’à fumer : Deux cents francs et une Médaille de vermeil.
- N° 5. — Prix de trois cents francs, fondé par M. De-croix.— Etudier l’influence du tabac sur la criminalité : faits judiciaires, contrebande, incendies, rixes, empoisonnements accidentels on volontaires, etc. (Ne pas confondre l’influence des alcooliques avec celle du tabac). — Dans le cas où aucun mémoire ne serait jugé digne de recevoir le prix, la question serait remise au concours de 1882 ; mais, à ce concours, si le résultat était encore négatif, les Trois cents francs seraient répartis en sommes plus ou moins considérables dans la section des mérites divers.
- En outre des prix ci-dessus, des Médailles d’honneur, des Mentions honorables, des livres, seront distribués : l°Aux auteurs de mémoires manuscrits, ou d’ouvrages imprimés, traitant les questions relatives au tabac, et
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- différentes de celles fixées par le programme ci-dessus; 2° Aux personnes qui seront signalées au Conseil comme avant acquis des titres à la reconnaissance de la Société.
- Nota. — x. Les mémoires ne doivent pas être signés ostensiblement, mais porter en tête une épigraphe. Celle-ci est reproduite sur une enveloppe jointe au mémoire, et portant en outre l’indication du prix pour lequel le mémoire est envoyé. C’esl seulement dans l’intérieur de celte enveloppe cache'ée que doit se trouver le nom de l’auteur avec son adresse et sa profession.
- II. —Les manuscrits ne sont pas rendus, Les mé moires, couronnés ou non, sont la propriété de la société, qui peut les publier à son gré.
- III. —Le concours sera clos le 31 décembre 1831, époque à laquelle les mémoires doivent être parvenus au bureau de la société, rue Jacob, 38, Paris.
- ILess prissormiers sous Louis XIV
- On lit dans l'Histoire de Colbert de M. P. Clément, T. Iar, p. 457, les détails suivants :
- a Le capitaine, M. de Langeron, reçut la visite du duc d’Àumonl, qu’il voulut régaler d’une promenade en mer. Gomme le duc d’Aumont s’étonnait que les galériens pussent dormir, serrés comme ils l’étaient, le capi-raine lui répondit que rien n’était plus simple, et qu’il lui procurerait le plaisir de s’en assurer. On se rendit à Boulogne, et on fit coucher la chiourme. Les officiers, après 'leurs repas, menèrent le duc d’Aumont voir les galériens. Six hommes étaient sur chaque banc, accroupis et amoncelés les uns sur les autres, tout nus, car
- aucun n'avait eu la force de vêtir sa chemise, la plupart ensanglantés des coups de corde qu’ils avaient reçus.
- « — Vous voyez, Monsieur, dit le capitaine au duc, si jen’ai pas le secret de faire dormir ces gens-là. Je vais vous faire voir que je sais les réveiller ».
- « Sur cela il donna ordre aux comités qui sifflèrent le réveil. Les jambes et le corps des galériens étaient roi-des, et ce ne fut qu’à coups de corde qu’on les fit tous lever. »
- Tout cela ne fait pas honneur au régime du grand roi, Les réflexions que ce récit inspire sont plus sévères encore que lorsqu’on songe que les malheureux que visitait ainsi le duc d’Aumont n'étaient pas des criminels, mais de simples protestants, coupables seulement d’avoir des croyances religieuses autres que celles du roi et de sa maîtresse.
- Sacrifices partïeuliers ©a Suisse
- Un journal bernois, le Bund, publie le tableau des sommes consacrées en Suisse, durant l’année 1880, par la générosité des particuliers à des oeuvres d’utilité publique.
- Plus de 3,694,000,soitenviron2 fr.,par tête d’habitanlont reçu cette destination, sans compter les subsides volontaires aux cultes et les dons ou legs faits aux fondations religieuses,hospitalières ou autres,lesquelles fondations sont extrêmement nombreuses en Suisse.
- Pour la seule ville de Bâle les dons ou legs faits à l’autorité en 1880 pour des destinations d’utilité publique se sont élevés à 1.005.000 francs. La ville de Bâle, la 3e du pays, n’a pas tont-à-fait 66.000 habitants.
- Le Directeur-Gérant : GODIN,
- ASSOCIATION COOPÉRATIVE DU CAPITAL ET DU TRAVAIL
- PARTAGE DES BÉNÉFICES ENTRE DOUZE ClENTS TRAVAILLEURS
- CAPITAL: 4,600,000 FRANCS
- Cette association embrasse l’industrie et les besoins domestiques de la population, c’est-à-dire le soin des propriétés de l’Association, la location des logements, les approvisionnements et débits de toutes marchandises nécessaires à la consommation, et la production manufacturière de toutes sortes d’objets de chauffage et d’ameublement en fonte de fer.
- Elle demande à s’adjoindre des membres désireux du succès de l’Association en état de lui rendre de réels services, et particulièrement :
- 1° Un homme capable de bien comprendre l’administration et la direction des propriétés, des services domestiques et des services commerciaux de l’association.
- 2° Une bon contre-maître de fonderie pour la surveillance de la sablerie et du moulage des pièces de fonte et d’ornement, produites par des procédés de moulage mécanique, le contre-maître au besoin, devrait veiller aux machines elles-mêmes ;
- 3° Un ajusteur,^ dessinateur et praticien pour conduire l’exécution de modèles nécessaires aux besoins du commerce et destinés au moulage mécanique ;
- 4° Un secrétaire-comptable d’administration.
- 5* Une personne en état de diriger les travaux de construction de bâtiments.
- Bons appointements et participation aux bénéfices, proportionnés à la capacité des personnes.
- S’adresser à F Administrateur-Gérant de la Société du Familistère à Guise (Aisne).
- Saint-Quentin — lmp. de la Société anonyme du Glaneur
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- 4. ANNÉE, TOME 5 — N” 137
- fLt numéro hebdomadaire 20 c.
- DIMANCHE 24 AVRIL 1881
- Le Devoir
- BUREAU
- A GUISE (Aisne,
- r>jL-
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant Fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE
- ON
- S ABONNE
- par Fenvoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris,, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France
- Un an. . . . 10 fr.»» Six mois ... 6 »»
- Trois mois . . 3 »»
- Union postale
- Un an. . . . 11 fr. a» Autres pays Un an. . . . 13 fr. 60
- A PARIS 5 ,r .Neuve-des-petits-Champs Passage des Deux-Pavillons
- '-vsJUr—
- S’adresser à M. LEYMARIE administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- Notre prochain feuilleton. — Classification des caractères, des intelligences, des capacités et des vocations. — Faits politiques et sociaux. — Vhabita-
- l’ouvrage de M. Holyoake les passages nécessaires a constituer l’histoire rapide des principaux faits qui ont rendu célèbres les pionniers de Rochdale.
- Nous commencerons cette publication dans un prochain numéro.
- Marie Moret
- tion unitaire et les enfants en âge de visiter Vécole. — Banquet des disciples de Fourier. — Nouvelles diverses. — Nos chemins de fer. — Variétés.
- NOTRE PROCHAIN FEUILLETON
- Histoire des Equitables pionniers de Rochdale Traduit de l’Anglais de M. J. G. Holyoake.
- Le nom des équitables pionniers de Rochdale est universellement connu, mais il n’en est pds de même de leur histoire.
- Les faits si intéressants de leurs débuts, de leurs luttes, de leurs merveilleux progrès, bien qu’ils aient été publiés en France à diverses reprises, sont encore ignorés d’un grand nombre de personnes.
- Les deux brochures écrites à ce sujet par M. Jacob-Georges Holyoake, et qui ont eu tant d éditions en Angleterre, nous ont paru contenir de si vifs éléments d'attrait et d'intruction, qu en ce moment où l’étude des questions sociales se réveille en France, nous avons cru faire plaisir a nos lecteurs en extrayant de
- -— 1 .—«O» 1 '• .. ' —
- CLASSIFICATION DES CARACTÈRES, DES INTELLIGENCES, DES CAPACITÉS ET DES VOCATIONS PAR L’INSTRUCTION PUBLIQUE.
- XXV
- Je n’élève aucune prétention à formuler un plan complet d’instruction publique ; je laisse ce soin à des hommes plus compétents. Le système d’organisation que je propose ici doit être considéré comme une ébauche n’ayant d’autre objet que de fixer les idées sur la possibilité d’établir les écoles publiques sur un plan tel, qu’il servirait à faire éclore les vocations dès la jeunesse, dans toutes les directions de l’activité sociale, et à mettre ainsi en évidence les vrais mérites et les réelles capacités de chaque élève. La société serait ainsi en mesure d’appeler chacun aux directions où il serait capable de rendre les meilleurs services. Cette réserve faite, qu’il me soit permis de consigner ici quelques observations résultant de l’expérience.
- Dans le système que je suppose, l’école primaire continue, à la manière actuelle, l’ensei-
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- gnement de la lecture, de l’écriture, des quatre règles de l'arithmétique, de l’orthographe, auquel il faut ajouter les notions de morale sociale, de propreté et d’hygiène individuelle, éléments aussi indispensables à tous les besoins usuels de la vie sociale qu’à l’introduction aux études supérieures, Ce sont là les connaissances primaires que fous les élèves doivent posséder, de façon à en faire une saine application à toutes les choses usuelles à leur portée.
- La lecture surtout doit être cultivée avec la plus grande attention, car tant que l’enfant ne sait pas bien lire, il ne peut comprendre ce qu’il lit. Ce n’est que lorsque la lecture lui est bien familière que l’élève arrive à étudier fructueusement. L’homme qui sait bien lire peut par lui-mème aborder ensuite toutes les études : ces livres sont ses professeurs en toute science.
- On a généralement passé trop vite sur les premiers éléments de l’intruction, et chargé trop tôt l’esprit de l’enfant d’études secondaires qu’il est impuissant à comprendre, tant qu’il ne possède pas bien ces premiers éléments indispensables à tous les degrés du savoir humain.
- C’est à partir de l’instruction primaire que je demande à introduire dans les écoles le concours, l’examen et l’élection parmi les élèves, afin de classer avec méthode les mérites du caractère, l’intelligence et le savoir de chaque enfant.
- Dès que cela sera organisé dans les écoles de tout degré, la souveraineté nationale et l’Etat seront assis sur leur véritable base, car l’école mettant en relief les qualités du caractère, le savoir et la capacité de chacun à tous les degrés d’instruction, le suffrage universel saura où choisir ses candidats et pourra les élire en sécurité à toute fonction. L’Etat sera mis alors aux mains des hommes les plus dignes et les plus capables de bien gouverner.
- Utopie, dira-t-on. Comment établir cela au sein des écoles ? Mais tout simplement en perfectionnant ce qui se fait déjà, répondrai-je. L’élection par les élèves est peut-être la nouveauté la plus grande, quoiqu’elle ait été déjà pratiquée; mais il n’est certainement pas plus difficile de l’introduire dans la classe qu’il ne l’a été de l’introduire dans la nation. On a eu plus de motifs de résistance contre le suffrage
- universel politique qu’on en a contre le suffrage scolaire.
- Aujourd’hui, la République repose sur la souveraineté du peuple ; il faut que notre éducation politique fasse des citoyens, et qu’elle les exerce dès le jeune âge à l’usage de leurs droits et de leurs devoirs sociaux.
- L’école trouvera, du reste, dans la pratique des concours et du suffrage, un puissant élément d’émulation parmi les élèves.
- Actuellement le professeur divise ses élèves par sections et par ordre de capacité. Des notes sont tenues concernant les devoirs et la conduite de chacun ; il suffira de perfectionner ces mesures et d’y mettre de la méthode, pour atteindre le but que je propose.
- Le degré de savoir sera reconnu et les mérites du caractère seront constatés par le maître. Chaque mois, ces notes seront contrôlées par le comité d’examen, Le rang de capacité et de mérite étant établi, les élèves désigneront à leur tour, par le vote dans chaque section, les noms des premiers élèves qui se seront le plus distingués, selon eux, par l’étude et par le mérite du caractère.
- En fait de suffrage, le jeune âge est tout à la vérité ; il n’a pas encore contracté l’habitude des compromis qui, au contact des intérêts du monde, vicient le jugement des hommes.
- Quoiqu’il en soit, le vote secret des élèves dans chaque section, mis en regard du classement des commissaires, aurait pour objet d’attirer l’attention de ceux-ci sur leurs propres décisions, lorsque des différences d’appréciation se présenteraient ; et, de leur côté, les élèves seraient entraînés à se rendre compte des motifs de ces différences, et à modifier leurs votes dans les scrutins suivants, si l’examen qu’ils seraient ainsi amenés à faire des mérites de chacun des élèves les y portait.
- Dans tous les cas, il ne faudrait donner la priorité ni à l’une ni à l’autre des listes. Le tableau d’honneur devrait présenter une fois le classement du comité, une fois celui des élèves ; ou bien un classement établi d’après la résultante moyenne des deux listes, lorsque cela serait possible, sans froisser ni la décision des élèves ni celle du comité. Cette moyenne serait facilement obtenue si le classement était
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- opéré, de la part du comité et des élèves, à l’aide de chiffres entre limites convenues.
- Çes procédés pratiqués dès l’école primaire mettraient en relief les élèves capables de suivre avec fruit les études supérieures, L’Etat interviendrait alors pour rendre ces études accessibles à ceux des enfants dont les parents ne pourraient faire les frais d’entretien.
- L’école secondaire ouverte ainsi aux capacités et aux véritables aptitudes, présenterait bientôt un contingent de bons élèves que la pauvreté retient aujourd’hui dans l’ignorance, au préjudice et d’eux-mêmes et de la société.
- L’instruction publique sort actuellement de sa première ébauche, elle est en possession de méthodes suffisantes pour donner un enseignement régulier aux élèves et, grâce à l’impulsion que la République a commencé à lui donner en France, il est à espérer qu’elle sera bientôt sortie des ornières du passé.
- Mais au-dessus de la méthode, il y a le principe rationnel d’organisation, le plante système général, suivant lesquels la démocratie doit établir les écoles et l’instruction publiques. Sur ce point, presque tout est à faire. Le passé a préparé des matériaux, mais ils sont épars.
- Nos collèges communaux et nos collèges nationaux sont l’oeuvre de nos traditions ; ils sont nés du hasard des événements et de l’initiative individuelle. Aucun plan général n’a présidé à leur création ; ils sont sans liens bien ménagés. L’unité de système fait défaut dans notre régime d’instruction publique. Néanmoins, à cause de cela peut-être, en France plus que dans les autres pays, le gouvernement pourrait avec le concours des Chambres, opérer rapidement les plus profondes réformes.
- L’enseignement universitaire étant déjà entre ses mains, il lui serait très-aisé de faire étudier un système nouveau de l’instruction publique, en parfaite concordance avec les besoins de notre civilisation moderne ; système donnant place à l’enseignement gradué de toutes les sciences, et spécialisé ensuite dans de grandes institutions particulières aux diverses branches de l’activité sociale.
- La liberté de faire et d’agir pour les citoyens oomme pour l’Etat est à mes yeux la première cnose à respecter dans l’établissement des ré-
- formes sociales. Mais même en voulant la liberté la plus complète de l’enseignement,on est obligé de reconnaître que l’Etat seul est en mesure d’établir un système d’ensemble de l’instruction publique. Il faut, pour une telle œuvre, l’intervention du législateur et du gouvernement.
- Les entreprises individuelles peuvent, en cette matière, perfectionner les moyens d’ensei-gnement, créer de nouvelles méthodes,imaginer de nouveaux procédés, réaliser des édifices mieux compris etc., mais l’Etat seul peut établir l’unité de système dans les études et doter le pays tout entier des bienfaits d’une telle organisation. Seul l’Etat peut généraliser les meilleurs procédés, les meilleures méthodes d’instruction, et provoquer la fondation des grandes institutions qui, aujourd’hui, font défaut, pour répondre aux besoins considérables du travail et de l’industrie, de la production et des échanges, enfin de l’application des sciences à toutes les branches de l’activité humaine.
- L’Etat peut surtout, dans ces vues d’ensemble sur le progrès national, organiser dans l’école, à tous les degrés, le concours et l’élection, comme conséquence nécessaire de l’enseignement et de l’instruction démocratiques.
- C’est par l’action du gouvernement que Fins» truction publique doit être placée au premier rang de toutes nos institutions, car elle est une des bases fondamentales de l’Etat, et c’est en elle que réside la cause principale du progrès et de la prospérité nationale,
- ' On n’a pas assez compris jusqu’ici que l’homme est la première des valeurs sociales. Prenant les effets pour la cause, l’ignorance et la misère ont vu dans la concurrence pour les besoins de la vie un excès d’existences humaines. Les économistes, à leur tour, ont dom-né dans ce travers, en affirmant que celui qui ne peut se procurer de quoi vivre est de trop dans la société.
- Cette théorie monstrueuse qui présente l’homme comme une chose encombrante et inutile, lorsque la Société le laisse sans ressource, naît de la morale égoïste du « chacun pour soi. » Morale qui ne permet pas de comprendre que lorsqu’une personne manque du nécessaire, cela tient soit à ce que d’autres lui ont ravi la
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- part qui eût dû lui revenir, soit à ce qu’on a négligé de développer par une bonne instruction les aptitudes du citoyen ou d’utiliser ces aptitudes à produire ce qui manque à l’individu.
- N’est-il pas évident que l’homme est le première agent créateur de la richesse, l’agent producteur par excellence, parce qu’il est doué de l’intelligence et de la faculté du travail ;
- Qu’il peut, à moins d’entraves à sa liberté produire plus que pour ses besoins ;
- Que c’est ce complément de production joint aux produits naturels que le globe nous offre, qui compose la richesse générale ;
- Que le travail de production spécial à la nature a pour but d’assurer l’existence du genre humain, et qu’il est pour chaque personne le principe de son droit à la vie ;
- Que par l’intelligence et la faculté du travail l’homme est l’être le plus précieux de la création ; que, par ce fait, l’intérêt de la Société, indépendamment de ses devoirs, lui commande d’accorder à l’homme tous ses égards et toute sa protection;
- Que dès lors, c’est cette intelligence et cette faculté de travail qu’il faut bien cultiver et bien utiliser par l’instruction pour améliorer l’état général de la Société ;
- Que la terre est un champ d’activité offert à l’être humain pour y accroitre la vie et y réaliser par le travail le progrès de l’humanité ;
- Que si l’individu est privé des ressources nécessaires à la vie et à l’exercice du travail, ce rôle sacré qui lui est assigné sur les choses dé la nature, c’est à ceux qui en ont usurpé l’usage qu’il faut s’en prendre et non à ceux qui n’ont rien.
- Il importe donc de bien définir par quels moyens la bonne culture de l’esprit humain doit se faire pour développer toutes les ressources de l’intelligence, tant au profit de la chose publique qu’au profit des individus.
- La raison et l’expérience nous démontrent que l’enseignement pour être utile, doit porter sur ce dont l’élève pourra faire usage. Or, presque jusqu’à nos jours, cette préoccupation n’a été que très-secondaire. Suivant la routine d’un enseignement à l’usage d’une époque où l'on avait besoin de chercher dans les civilisa-
- tions anciennes des inspirations pour secouer le joug du despotisme , la science des écoles a consisté surtout dans l’étude du grec, du latin, des controverses théologiques, et de l’histoire des sectes religieuses ; l’instruction publique n’a guère conduit à la vie pratique; le véritable apprentissage de la vie a surtout commencé à la sortie des écoles et quatre-vingt-dix-neuf sur cent des élèves n’ont eu alors qu’à oublier ce qu’ils avaient appris, n’en pouvant faire aucune application.
- Notre Société moderne commence à comprendre que si l’étude des,langues anciennes peut former des traducteurs pour les ouvrages des anciens, cela ne forme, ni des physiciens, ni des chimistes, ni des mathématiciens, ni des administrateurs, ni des agronomes, ni des industriels, ni des ingénieurs, ni des métallurgistes, ni des mécaniciens, ni des artistes, pas même des artisans. Et pourtant ce sont là les hommes indispensables à la Société présente, tandis que ceux qui ont fait du grec et du latin jusqu’à vingt ans, ont tout à apprendre pour devenir des hommes utiles. Ils peuvent savoir comment au temps d’Homère, les héros, les princes magnanimes vêtus de peaux de bêtes s’entretuaient les uns et les autres ; comment, pour se reposer de leurs exploits , ils tuaient eux-mêmes les porcs et les faisaient cuire afin de se donner des festins. Mais tout cela ne conduit pas aux connaissances de la science et de l’industrie moderne.
- Tant qu’elle reste dans ces erréments, Tins-truotion publique est loin de servir comme elle le devrait au progrès social. Car pour réaliser ce progrès, ce n’est pas sur l’antiquité qu’il faut se modeler. Ce qu’il faut, c’est méditer davantage sur le présent, c’est résoudre les problèmes de l’avenir, c’est ouvrir à la Société une voie nouvelle par le développement des intelligences et par la parfaite utilisation de toutes les facultés.
- (4 suivre). G-ODIN.
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- FAITS POLITIQUES & SOCIAUX DE LA SEMAINE
- FRANCE
- XsSl situation. — Le Parlement est en vacances pi par conséquent toute l’attention publique est concentrée sur l’expédition contre les KroumirsT Les critiques que nous avons signalées à l’adresse des administrations supérieures de la guerre et de la marine ont continué à se produire. Des notes officieuses ont cherché à justifier les lenteurs contractées, mais les raisons mises en avant son t tellement enfantines qu’elles ne peuvent être prises au sérieux que par les personnes qui ont des raisons de tenir à les prendre au sérieux.
- 1 QU’ü y ait, dans les critiques lancées, une part à faire à l’exagération, c’est ce qui nous surprend moins que personne, mais on ne peut contester certains faits. On reproche aux journaux qui présentent quelques critiques de manquer de patriotisme, c’est le même reproche que l’on faisait en 1870 à la presse républicaine. Le véritable amour du pays exige de lui dire la vérité.
- On conçoit que l’opinion s’émeuve et qu’en dépit des conclusions de l’enquête Gissey, elle se demande si certains désordres, si certaines traditions fâcheuses ne se perpétuent pas dans les bureaux.
- N’eût-elle que ce mérite, l’expédition contre les Krou-mirs aura eu au moins le bon côté d’éveiller l’attention générale sur des sujets qui se dérobent aisément à son contrôle : de critiques exagérées naîtront des réformes urgentes. Il n’y a pas là de simples manifestations politiques. comme le prétend la presse dévouée au général Farre et à ses œuvres, il y a surtout un louable désir de prévenir les surprises de la dernière guerre.
- ¥ ¥
- Une conférence monétaire internationale s’est réunie le 19 courant à Paris. Cette conférence réunit les délégués de divers états sollicités par les gouvernements de France et des Etats-Unis. Elle a pour cause la disproportion croissante qui existe entre la production de l’or et celle de l’argent, ce qui rend ce dernier métal de moins en moins rare. Le rapport entre les deux métaux à l’état monnayé est loin d’être à l’heure qu’il est le même que leur rapport à l’état non monnayé. Le rapport des monnaies est en France de 15 1/2 grammes d'argent pour 1 gramme d’or, aux Etats Unis de 16 contre un. Dans le commerce des métaux la différence est beaucoup plus considérable. Il en résulte que les bijoutiers ont avantage à ne pas acheter d’or en lingot mais à retenir de la circulations les pièces d’or et les mettent au creuset.
- ¥ ¥
- Elections frelatées.— Des scandales si flagrants avaient accompagné à Fécamp les élections municipales de janvier, que la répression paraissait s’imposer comme un devoir. La liste réactionnaire avait triomphé. Mais les plaintes qui s’élevaient de toutes parts disaient à quels procédés peu délicats le trône et 1 autel devaient cette victoire. Un véritable comité de sophistication s’était formé.
- Le tribunal correctionnel du Havre a retenu comme coupable cinq des personnages déférés à sa justice. L’un a été condamné à vingt jours de prison; un autre à quinze jours; un cordier et deux tailleurs de pierre subiront chacun six journées d’emprisonnement.
- *
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- Le Congrès «le la Ligue de l’Enseigne-
- a été une grande et belle manifestation de l’ini-îative privée, ce moteur essentiel des démocraties, trois cents délégués des cercles de province et un
- certain nombre de représentants de sociétés dévouées à l’instruction populaire, telles que l’Association phiio-technique, l’Union française de la jeunesse, l’Union lorraine de la jeunesse, étaient présents. La réunion était présidée par M Jean Macé, assisté du président du cercle de la Ligue de Bordeaux ; du président du cercle de Rouen et de MM. Eugène Nus, Huet et Victor Poupin.
- On sait quel était l’objet de ce congrès. Jusqu’ici la Ligue de l’enseignement a vécu à l’état d’association entièrement libre, absolument autonome, sans direction centrale aucune. Elle n’en a pas moins prospéré, elle a pris un développement considérable, grâce en grande partie à l’intelligente initiative et à l’infatigable dévouement du cercle parisien qui lui a servi, à titre purement officieux, de siège social. Sortie d’un petit village d’Alsace, la Ligue a su traverser la difficile période de l’empire pour s’épanouir sous la République et couvrir la France entière de son bienfaisant réseau.
- Elle compte aujourd’hui plus de soixante mille adhérents.
- On n’a pas oublié, au premier rang des œuvres accomplies au nom de la Ligue par le cercle parisien, la création de nombreuses bibliothèques régimentaires et le pétitionnement, entrepris en 1872, pour l’instruction obligatoire, qui a obtenu plus d’un million de signatures.
- Le moment était venu de régulariser cette situation. Les décisions prises, assurent la prospérité future de cette immense association.
- TUNIS
- L’expédition contre les Kroumirs. —
- Le corps d’armée qui doit opérer contre les Kroumirs achève, à l’heure qu’il est, ses mouvements de concentration. Les renforts qui viennent de partir de Marseille et de Toulon ne sont pas destinés aux troupes de marche, mais au garnisons de l’Algérie. Avant peu, la campagne s’ouvrira et, suivant une locution militaire, sera menée rondement. Le général Forgemol compte la terminer avant la saison des grandes chaleurs, très meurtrières en Tunisie. Nous formons des vœux pour que ces espérances se réalisent : il faut agir vite. Le succès réel et pratique de l’expédition dépend de la rapidité de nos opérations.
- L’attitude du bey est l’objet de versions contradictoires ; fort abattu, suivant les uns, il serait, selon les autres, plus hautain que jamais. La vérité, selon nous, est entre ces deux versions. Mohammed-es-Saddet a autour de lui trop de gens payés pour lui plaire et le leurrer ; il est donc peu probable qu’il se rende un compte exact des conséquences de l’échec, maintenant avéré, de son appel a l’intervention des puissances.
- Mais, s’il n’est pas aussi découragé qu’on l’affirme, toutefois les préparatifs de la France doivent avoir modéré l’arrogance qu’il affectait naguère encore à l’endroit de M. Roustan.
- *
- t ¥ ¥
- Déclarations du consa 1 italien. — Le consul italien, M. Maccio, dans une eDtrevue qu’il a eue avec les correspondants de journaux, a désavoué tous les actes qu’on lui attribue. Il prétend avoir ignoré jusqu’à présent la publication du journal arabe de Gagliari, le Mostakel.
- Il a exprimé le regret que ses conseils au Bardo n’aient pas été accueillis, et déclare qu’il attend la prompte solution de la question pour prendre un congé qu’il demande depuis longtemps.
- A son avis, les événements actuels ne peuvent être une cause d’antagonisme entre la France et ritalie.
- * ¥
- De sentiment dominant de la presse européenne à l’égard de notre expédition contre les Kroumirs peut se résumer à peu près en ces termes :
- « L’entrain que la nation française apporte à cette cam-
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- LE DEVOIR
- pagne africaine fera peut-être sourire ceux qui n’ont jamais cru bién sérieusement à la sincérité de son indifférence pour la gloire militaire et surtout à la durée de cette abnégation. Espérons qu’une fois l’insulte faite à son drapeau punie et ses intérêts sauvegardés, elle reviendra d’elle-même aux dispositions pacifiques qui lui ont fait tant d’honneür ces derniers temps et qui conviennent d’ailleurs aux institutions nouvelles qu’elle a voulu se donner, »
- Les événements, croyons - nbus, prouveront que la France aime sincèrement la paix et que s’il y a eu un réveil momentané de chauvinisme dans la presse, le bon sens national en a bien vite eu raison.
- La presse allemande a un ton tout particulier. En voici un exemple :
- « Le ptinoe de Bismarck lui-même, dit la Kœlnische Zeitung, voit a^ec une certaine satisfaction que les t Français cherchent une distraction à l’étranger, sans qu’ils aient besoin de couvrir en même temps leur flanc contre l’Allemagne. »
- Nouvelle protestation (la Bey, — Le bey
- de Tunis, dans une nouvelle note remise au consul général de France, a protesté encore une fois contre l’entrée des troupes françaises en Tunisie, et décliné, une fois de plus, la responsabilité des conséquences que peuvent avoir nos opérations militaires.
- On annonce, en même temps, que le gouvernement du bey affecte une grande confiance et croit que nous renonçons à aller châtier les Kroumirs.
- Du moment qu’il est impuissant à les châtier, il faut bien que nous fassions sa besogne. À Constantinople, dans certains cercles politiques, oh considère l’autorité de la Porte compromise par l’incapacité du bey de Tunis, dont on demanderait le remplacement par Khaïr-ed-Dine.
- Il est bon de rappeler à ce propos que « l’autorité du sultan » a toujours été et est encore nulle en Tunisie, où il ne lui a jamais été permis d’envoyer une escadre ou de débarquer un soldat ; et que, de plus, Tunis n’est pas, comme Tripoli, une province de l’empire ottoman, administrée par un gouverneur nommé et révocable par le sultan, mais un Etat dont le gouvernement est héréditaire, sans nomination ou désignation par le sultan.
- ITALIE
- JLa crise uninîstérielle s’est dénouée comme elle aurait dû se dénouer.
- M. Cairoli a retiré sa démission. Le cabinet va donc se représenter devant la Chambre, peut-être sans aucune mo iification.
- On disait que tous les chefs de groupe de la gauche s’étaient engagés à appuyer le ministère de gauche qui se formerait. L’organe de M, Crispi, la Riforma, blâme cependant, paraît-il, la rentrée du cabinet Cairoli. Mais la Chambre va avoir à se prononcer par un vote, qui portera peut-être sur la motion de blâme présentée par M. Damiani, et sur laquelle la Chambre n’a pas eu encore à Voter.
- Le ministère aura, cette fois, très probablement la majorité.
- La Chambre italienne n’a pas de scrupule à se déjuger : elle est même assez coutumière du fait. Il faut avouer qu’elle le fait en général à bon escient et que si les votes hostiles sont rendus un peu à la légère, les députés italiens ne tardent pas à reconnaître leurs torts et à revenir sur leurs décisions.
- Dans la vie politique, a-t-on dit, certains hommes comme certains partis ont cela de commun avec la généralité des enfants qu’ils aiment à casser pour le plaisir de casser, sans se préoccuper des conséquences de leurs actes, sans savoir comment iis remplaceront le gouvernement ou le joujou que, dans un mouvement de mauvaise humeur, ils ont inconsidérément jeté par terre Seulement à ce contentement de la première heure suc-
- cèdent souvent les embarras dulendemain. C’est exacte ment ce qui vient de se passer en Italie,
- ANGLETERRE
- La mort <1© lord Beanonsfiold, survenue le 19 courant, prive le parti conservateur anglais de son chef reconnu; elle prive la Chambre des lords d’un de ses membres les plus rumuants et d’un de ses orateurs les plus habiles.
- Nos lecteurs savent ce que nous pensons de lord Bea-consfield : une habileté incomparable mise au service d’une conscience sans scrupule. Ce lord de fraîche date qui jusqu’en 1876 était simplement M. Disraeli était plus acharné pour les intérêts de la noblesse que les nobles eux-mêmes. Et cependant il avait débuté dans les rangs du radicalisme le plus avancé.
- En 1831 j il jugea le moment arrivé d’entrer dans la politique, pour laquelle il se sentait particulièrement destiné. Il y entra sous le patronage du radical Hume et de O’Connell, qui le présentèrent, en 1832, aux électeurs de Chipping Wycombe. Lejeune candidat échoua.
- Ce fut son chemin de Damas. Trois ans après, ayant modifié ses idées, il se présenta à Taunton comme tory et il ne craignit pas dans l’ardeur de sa conversion de s’attaquer même à son ancien patron, O’Connell. L’affaire fit grand bruit; à la suite d’une polémique un peu vive, Disraeli envoyait à O’Connell la lettre bien connue qui finit par ces mots : « Nous nous retrouverons à Phi-lippes! » et, après la lettre, un cartel à son fils, Morgan O’Connell. Pendant deux ans encore, brûlant toujours de l’envie d’entrer au Parlement. Disraeli publia les Lettres de Dunymède dans le Times. Ces lettres contiennent les attaques les plus vives contre le parti whig, grâce auquel il était sorti de l’ombre.
- Ges quelques détails renseignent surabondamment sur le caractère de l’homme. Le uiplomate ne fut pas plus sincère. Il dissimula habilement l’esprit de conquête sous de magnifiques apparences d’intentions civilisatrices. Plus d’un s’y trompa en Europe. Toutefois en Angleterre on ne s’y trompa pas, et au moment où il venait d’anüexer au pays l’Afghanistan, Chypre et une grande partie de l’Afrique australe il fut battu aux élections. Avec lui est tombée la politique conquérante.
- Pour être juste, rappelons que lord Beac. insfield a sü se faire une place à part daüs la belle galerie des premiers ministres anglais par son attitude constante à l'endroit de la France. Aucun d’eux jusqu’à lui n’avait été moins atteint dés préjugés anglais envers nous.
- Lord Beaconsfield était fils de ses oeuvres et avait le bon sens de n’en pas rougir. Depuis quelques années il était lord-recteur de l’Université de Glasgow, titre qiii lui fut conféré officiellement le 13 décembre 1873. Dans son très remarquable discours d'installation, le chef des tories avait pris pour sujet l’égalité devant la loi et soü influence sur la prospérité dès nations.
- GRÈCE
- L’adhésion du gouvèrnemeat an tracé des nouvelles frontières est un acte de sagesse auquel le cabinet d’Athènes s’est décidé à l’heure où notre dernier n° était sous presse.
- Il eut été préférable à nos yeux que la nouvelle frontière, au lieu d’être fixée par des diplomates l’eût été par le suffrage des populations, mais enfin, du moment que les puissances ne poussaient pas dans ce sens là, il était préférable que le gouvernement grec fit ce qu’il a fait plutôt que de recourir à la guerre.
- Malheureusement le maintien de l’armée grecque sur pied de guerre pendant plusieurs mois a complètement ruiné les finances du pays. li n'y â pas à s’y tromper, c’est la banqueroute à courte échéance.
- Avec moins d’esprit belliqueux la Grèce tout en obtenant le territoire qu’elle vient d’obtenir, ne ruinait pas ses finances.
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- Le territoire que la Grèce obtient sans avoir combattu n’est pas d’une grande superficie, mais il est d’une grande valeur. La Thessalie sera, et de beaucoup, la plus fertile et la plus riche province grecque. Son port, Yolo, est aujourd’hui une de ces villes qui, comme le pirée, comme Syra, prennent, sans qu’on s’en doute beaucoup au dehors, un très rapide accroissement qui rappelle celui des villes américaines. C’est que Volo est ]e centre auquel aboutissent forcément toutes les productions de la Thessalie, une des plaines les plus productives du monde, parce qu’elle a la terre, l’eau et le soleil, et qu’elle ne connaît pas les gelées.
- A l’Ouest, la Grèce entre en possession incontestée du golfe Ambracique, ce qui lui permettra de multiplier ses communications avec la mer Ionienne et les îles.
- SUISSE
- JL© socialisme lutliérieu. Le fameux prédicateur Stœcker, de Berlin vient de faire dans les trois principales villes de la Suisse allemande, une tournée de conférencier, pour exposer la question sociale et en indiquer la solution telle qu’il l’entend, « c’est-à-dire au point de vue chrétien. »
- L’orateur expose d’abord les causes de la question socia'e moderne, qui n’est pas le produit de l’imagination de cervelles oisives, mais qui a réellement de profondes racines dans les fâcheux errements économiques de notre époque.
- Ensuite il cherche à démontrer que soit dans l’Ancien soit dans le Nouveau Testament ont été déposés des idées et des principes qui, s'ils étaient bien compris et appliqués par toutes les classes de la société, rendraient possible une solution satisfaisante pour tous les intéressés.
- Il conclut que l’on devrait se rattacher étroitement à l’Eglise des croyants, qui agit dans ce sens et qui s’est toujours occupée activement des souffrances de l’humanité.
- Par # Eglise de croyants » M. Stœcker entend l’église luthérienne ; les croyants sont Guillaume, Augusta, Bismarck, de Moltke, unser Fritz, etc.
- Certes on pourrait très justement parler de socialisme chrétien, car si jamais homme fut profondément socialiste c’est bien Jésus Christ. Malheureusement rien n’est plus éloigné, disons le mot, rien n’est plus opposé à sa vraie doctrine, que les religions de pacotille de Rome, de Berlin, ou de St-Pétersbourg. Si Jésus-Christ revenait prêcher sa doctrine au milieu de l’Allemagne militaire actuelle, on lui appliquerait la loi sur le socialisme et on lui ferait faire quelques années de forteresse Et M. Stœcker, le prédicateur de la cour de Berlin, ne serait peut être pas le moins zélé à demander des poursuites,
- AUTRICHE-HONGRIE
- Agitation des paysang. — Le 18 courant a eu lieu, à Vienne, un meeting de paysans de la Basse-Autriche. L’appel convoquant cette assemblée contient les passages suivants :
- La situation économique devient toujours plus précaire, et ce sont surtout les paysans qui en souffrent. Partout nous voyons dominer l’esprit de parti et exploiter le paysan ; nulle part nos intérêts les plus chers ne sont sauvegardés ; par contre, nous voyons certaines classes de la population, privilégiées et influentes ; et le capital continue, sans entraves, son œuvre, la destruction de l’ancienne prospérité du peuple. Unissons-nous, formons un parti de paysans indépendant et compact, pour mettre fin à ces agissements, poür détourner les dangers qui nous menacent, pour veiller au maintien de la classe de la population que nous représentons, pour la création, sur la base légale, d’un ordre de choses bien réglé, enfin pour avoir soin de notre bien-être et de celui de nos enfants.
- RUSSIE
- L’exécution tles nihilistes condamnés pour avoir participé au meurtre de l’empereur Alexandre II a eu lieu le 15 au matin, à neuf heures, sur la place Limi-nof. La femme Hesse Helfmann, seule, n’a pas été pendue. Les médecins ayant déclaré qu’elle est enceinte de quatre mois, l’exécution de la sentence est ajournée en ce qui la concerne.
- Par un raffinement de cruauté on attendra qu’elle ait mis au monde le cher petit être qu’elle porte dans ses flancs, puis une fois que la malheureuse mère sera relevée de ses couches, une fois qu’elle aura commencé à naître à une vie nouvelle en présence de son petit enfant, on viendra lui arracher cet enfant du sein pour la garotter, lui passer une corde autour du cou et la pendre.
- Telle est la charité du nouveau Tzar, du petit fils de Nicolas.
- Dans l’exécution qui a eu lieu l’autre jour,la corde qui a servi à pendre l’un des nihilistes, Mikhaïloff, s’est rompue deux fois de suite. Le malheureux a donc été pendu trois fois. Que l'on juge de - ses souffrances morales et physiques.
- Les spectateurs étaient enchantés.
- Il s’ouvre bien, le nouveau règne.
- ESPAGNE
- Les républicains possîbilistes. — Dans une réunion des chefs du parti républicain possibiliste (opportuniste), M. Gastelar a lu un manifeste adressé aux électeurs démocrates espagnols, à l’occasion des élections municipales fixées par le gouvernement aux premiers jours du mois de mai.
- M. Gastelar conseille à ses amis la lutte franche, sans alliances compromettantes avec les partis trop avancés, sans sacrifices de principes, mais visant toujours le but véritable, qui est de constituer dans les municipes la base de la vie libre d’un peuple sachant se gouverner sans subir la pression des autorités ou des influences de clocher.
- Le manifeste, remarquable par son esprit pratique et conciliant, se termine par des paroles fort bienveillantes pour le cabinet Sagasta, et déclare que sous les auspices de ce cabinet, l’Espagne entre dans la période de sincérité électorale.
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- La décadexace. — Tous les pays où l’église romaine est omnipotente s’embourbent de plus en plus. Leur déchéance définitive est irrémédiable. Tous marchent vaux mêmes abîmes dans lequel vient de tomber le Pérou.
- L’Espagne, qui pendant quelques années avait repris un peu de vie sous le souffle libéral, retombe aujourd’hui dans un état plus triste encore que celui dans lequel elle vivait sous le règne d’Isabelle et de Mar-fori.
- Nous en avons aujourd’hui une preuve de plus.
- La plus belle partie de la vallée du Guadalquivir vient d’être inondée ; les victimes sont nombreuses ; les habitations sont détruites ; les récoltes sont perdues. Le désastre autour de Séville est presque égal à celui que l’inondation produisît il y a deux ans dans la plaine de Murcie, et dont l’Europe tout entière s’émut.
- Les pluies ne se sont arrêtées que le 14 avril.
- Séville a repris aussitôt sa soif de plaisir proverbiale ; le? fêtes de la semaine sainte ont revêtu leur faste accoutumé ; des sommes énormes ont été consacrées à des réjouissances publiques mêlées de pompes religieuses. Il y a eu grande foires, parades militaires, messes solennelles, courses de chevaux, courses de taureaux où plusieurs toréadors ont été blessés, grande représentation à l’Opéra, et autres spectacles brillants.
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- LÊ DEVOIR
- Et tout cela penlant que dans la contrée avoisinante les pauvres laboureurs crèvent de fsim accroupis sur les décombres de leurs masures démolies.
- ASIE CENTRALE
- Progrès des Russes. — Le général Skobelef est arrivé récemment à Khelat, situé à moitié chemin entre Geoktepe et Merv.
- La marche en acant de Skobelef contredit les affirmations de sir Charles Dilke. qui prétendait que le général avait été rappelé par l’empereur, et fait planer des doutes sur la bonne foi du gouvernement russe. Si le fait se confirme, il produira une très pénible impression en Angleterre.
- On ne s'attendait à rien de semblable.
- Dans son premier manifeste, le nouveau czar avait indiqué assez clairement l’intention de suspendre la marche de l’invasion russe dans l’Asie centrale ; mais le danger de ces expéditions lointaines, c’est qu'on n’est pas libre de les abandonner à l’heure et dans les conditions que l’on voudrait. Celui qui s’y est une fois engagé est entraîné fatalement beaucoup plus loin qu’il ne voulait aller.
- C’est ce qui est arrivé aux Anglais dans l’Inde et dans l’Afghanistan, c’est ce qui nous arrive avec les Kroumirs dans une mesure peu inquiétante, mais c’est ce qui nous arriverait infailliblement, avec une bien autre gravité, pour l’Algérie, si cette belle colonie n’était protégée du côté du sud contre un retour offensif de l’Afrique par une ceinture de déserts qui lui forment une frontière à peu près suffisante ; c’est ce qui est arrivé souvent aux Russes dans leur marche vers l’Est et vers le Sud. D’étape en étape, ils sont arrivés jusqu’à ces hauts plateaux du centre de l’Asie d’où leur race est autrefois partie, à cette époque de l’histoire qui ne révèle ses secrets qu’à la sagacité des philologues.
- Aujourd'hui, la Russie voudrait s’arrêter au milieu de sa conquête ; mais on ne lui en laissera pas le loisir. Déjà ces Turcomans qu’elle a battus non sans peine reviennent à la charge et massacrent ses postes avancés. Si on les laisse faire,ils deviendront plus entreprenants ; il faudra donc choisir entre une retraite humiliante et de nouvelles expéditions plus difficiles, plus coûteuses, plus sanglantes que les premières ? C’est la loi historique fatale qui, de tout temps, a puni et quelquefois conduit à leur perte les peuples conquérants.
- Chanson russe
- Une revue russe nous apporte une curieuse et éloquente chanson d’Hertzen sur la servitude du soldat prétorien dans l’armée du maître.
- Cette chanson a pour titre : Le beau soldat.
- A la porte du palais du czar. — J’ai vu un soldat. — Il est beau, il est grand — Il est robuste comme un chêne, — Mais il ne sait que quatre paroles : — «. Je monte la garde! » — J’ai dit au soldat : — Tu as vingt ans. — C’est la saison de l’amour. — A quelle belle jeune fille — As-tu donné ton cœur? » — « Je monte la garde ! »
- Tout à côté du palais— Dans le fleuve — Un jeune homme se noie — La fouie accourt, se presse. — « Soldat, viens-tu avec nous ? « — «Je monte la garde ! »
- Un vieillard vient à passer. — C’est le père du soldat. •— Comme il n’a pas payé l’impôt, — On le conduit pour être bâtonné. « Mon fils, défends-moi », s’écrie-t-il. — « Je monte la garde ! »
- Ce que voyant, je m’éloignai — Du beau soldat, — Cachant ma tête dans mes mains et — Gémissant et soupirant—Je me rappelai ce proverbe de Géorgie : — « Tout soldat doit avoir un cœur de pierre. »
- L’HABITATION UNITAIRE ET LES ENFANTS EN AGE DE FRÉQUENTER L’ÉCOLE
- Nous avons signalé dernièrement les immenses avantages que l’habitation unitaire présente pour l’éducation de la basse enfance. Grâce aux institutions spéciales que permet ce mode d’habitation, disions-nous, un double progrès est réalisé : les mères sont soulagées d’une bonne partie de leurs travaux intérieurs et leur tout jeunes enfants se développent dans un milieu exceptionnellement favorable.
- Si des tout jeunes enfants on passe à ceux en âge de fréquenter l'école, on voit que des avantages non moins importants sont réalisés par l’habitation unitaire.
- C’est ce que nous nous proposons d’établir aujourd’hui.
- Preaons comme champ d’observation — c’est du reste le seul qui puisse être pris en pareil sujet — le Familistère de Guise.
- Une notable partie de sa population s’est recrutée et se recrute encore dans la classe la moins aisée de la société, dans celle qui vit au jour le jour du fruit de son travail. Bon nombre des habitants du Familistère demeuraient, avant leur admission, dans les quartiers pauvres de la ville ou dans les villages avoisinants. Tant que ces familles-là habitaient séparées les unes des autres, elles vivaient comme on a Thabitude de vivre dans les villages ou les quartiers ouvriers. Plus d’une n’apportait à la bonne tenue des enfants qu’une sollicitude peu constante. Et pourquoi pas?Leurs enfants étaient confondus avec ceuxdes autres familles du quartier, c’est-à-dire avec des enfants laissés sans soins. Regardez-les, ces pauvres petits. Le plus souvent ils sont mai mis, mal peignés, mal chaussés. Combien d’entre eux n’ont pour tout vêtement qu’une chemise et un pantalon, plus ou moins sales et déchirés. Et combien d’autres n’ont qu’une misérable chaussure ou sont forcés d’aller pieds nus.
- Eh bien, ces mêmes familles, une fois domiciliées dans l’habitation unitaire, ne tardent pas à éprouver le besoin de mieux entretenir leurs enfants. Elles sentent bien vite que le changement de milieu doit entraîner un changement d’habitudes. Elles comprennent que toute négligence de leur part tomberait sous les yeux du reste de la population et leur donnerait à rougir. La comparaison entre les enfants d’une famille et ceux d’une autre s’établit d’elle-
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- même. Les nouveaux venus ne tardent pas à la faire. Quelle mère accepterait que son enfant passât pour le plus mal tenu? La transformation est bientôt complète, et les enfants du nouveau venu ne tardent pas à être sur le même pied que les autres. C’est ainsi que parmi les trois cents enfants qui constituent la jeunesse écolière du Familistère, il ne s’en trouve aucun qui soit mal mis ou mai chaussé. Il y a même une certaine coquetterie dans la chaussure des enfants, surtout des fillettes. Ils ne sont pas vêtus avec autant de luxe que les enfants de la classe bourgeoise, cela va de soi ; mais ils ont l’essentiel. C’est simple, mais suffisant. L’hiver tous ces petits êtres ont chaud, le dimanche tous ont d’agréables vêtements. Pensez-vous que cela soit peu de chose?
- L’enfant de son côté, une fois dans l’habitation unitaire, éprouve un sentiment qui n’est pas sans analogie avec celui qu’éprouvent ses parents. Il a, lui aussi, son point d’honneur. Appelé à vivre au milieu de camarades peignés et débarbouillés il n’ose plus se montrer dans l’état débraillé dans lequel il ne craignait pas de vivre précédemment. De là chez l’enfant une tendance à de meilleures manières ; peu à peu, il contracte ainsi des besoins de propreté qu’il n’aurait peut-être jamais ressentis sans la vie dans l’habitation unitaire. A la longue, ces besoins de propreté, prennent, comme toutes les habitudes, l’autorité d’une deuxième nature.
- Au Familistère le progrès dans la propreté est surtout marqué chez les jeunes filles, ce qui est très encourageant, car ces jeunes filles seront plus tard des maîtresses de maison et des mères de famille.
- Détail qui a ^>n importance : cette plus grande propreté est facilitée au Familistère par les dispositions matérielles de l’édifice : les cours, escaliers et balcons étant tenus propres, même en temps de pluie ou de neige, l’enfant a moins d’occasions de se salir; l’eau étant mise en abondance à la disposition et à la proximité de tous, les parents ont toute facilité pour le tenir propre.
- Ainsi, — résultat dont l’importance n’échappera à personne — l’habitation unitaire rend la jeunesse écolière mieux vêtue et plus propre, et cela sans qu’il en résulte une charge pour les familles,puisque celles qui composent le Familistère sont soulagées d’autre part de charges au moins équivalentes.
- Ce progrès d’ordre en quelque sorte matériel est complété par un progrès d’ordre intellectuel, que l’habitation unitaire est seule à pouvoir réaliser : la fréquentation constante de l’école.
- Deux mots d’explication vont prouver que nous n’exagérons pas.
- Avec le mode d’habitation actuel les familles ne *
- sont jamais sûres que les enfants qu’elles envoient à l’école s’y rendent réellement ou qu’ils ne perdent pas leur temps en route.
- Au Familistère, pas d’école buissonnière possible, pas de ces arrivées tardives continuelles qui dérangent toute la classe pendant la demi-heure qui suit la rentrée. C’est un grand bienfait pour l’élève. L’école buissonnière dont on a le tort de sourire parfois, est le fléau de l’enseignement. L’élève qui saute des leçons est une cause d’ennui pour l’instituteur et pour les autres élèves. Ou bien l’institeur à cause de lui est forcé de revenir sur ce qu’il a déjà dit, et c’est du temps perdu ; ou bien le maître va de l’avant quand même et l’élève ne peut plus suivre et devient un embarras. Dans l’un comme dans l’autre cas les élèves réguliers ont à souffrir de l’élève irrégulier, qui lui même n’apprend rien. Voilà pour l’étude. Quant aux autres conséquences de l’école buissonnière est-il besoin de les rappeler? Qui peut dire les liaisons qui se forment, les habitudes qui se contractent pendant que les élèves désertent l’école. Plus d’un se laisse aller à la marraude ; la plupart s habituent à mentir: n’en sont ils pas réduits à in-venter des excuses envers l’instituteur ou envers leurs parents ?
- Cette école buissonnière est impossible ici. Les élèves passent sans interruption de la surveillance de leurs parents à celle de l’instituteur et vice-versâ.
- Voici comment on procède :
- Quelques minutes avant l’heure fixée pour l’entrée en classe les élèves s’assemblent dans la cour centrale du Familistère. Là l’instituteur procède à l’appel; il place les élèves, les forme en cortège,puis part avec eux pour se rendre en classe. Aucun élève ne peut sortir des rangs ou s’esquiver.
- A la sortie on procède d’une manière analogue. Les élèves ne sont pas licenciés à la porte de l’école, ils reviennent en cortège jusque dans la cour centrale et c’est là seulement, c’est-à-dire sous les yeux des familles, que leurs rangs sont rompus.
- Au retour les élèves sont placés daus l’ordre que leur a valu leur mérite, ce qui permet aux parents de se tenir constamment au fait des progrès ou de l’absence de progrès de leurs enfants.
- Grâce à cet heureux mode d’entrée et de sortie de classe, les enfants peuvent être constamment surveillés. Peut il en être ainsi dans les villes ou dans les villagis, alors que les enfants ont parfois de grands espaces à parcourir pour se rendre du domicile de leurs parents à la salle ou à la maison d’école et que tout cet espace est parcouru par eux sans qu’ils y soient l’objet d’aucune surveillance ?
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- Voilà donc un titre de plus en faveur de l’habitation unitaire considérée au seul point de vue de l’enfance en âge de fréquenter l’école.
- Est-ce le dernier de ces avantages ? Loir* de là. Il y en â bien d’autres encore, et si nous voulions tout énumérer, les colonnes s’ajouteraient aux colonnes.
- Que ne pourrions nous pas dire, par exemple, au sujet des avantages de récréation que l’habitation unitaire offre aux élèves et des conséquences hygiéniques qui en résultent ?
- Nous en avons dit quelques mots il y a un an (1) et nous n’y reviendrons pas, car nous tenons à consacrer le peu de place qui nous reste à signaler le remède apporté par l’habitation unitaire à un mal très grave, très réel, quoique très peu connu.
- En général les ouvriers ou ouvrières commencent leur journée de travail longtemps avant l’heure où s’ouvrent les écoles. Si le père de l’enfant est veuf, ou si le père et la mère travaillent chacun au dehors, l’enfant est à la rue durant plusieurs heures. Oui, à la rue, jusqu’au moment où l’école s’ouvre. Quelquefois le père ou la mère peuvent l’abriter dans l’atelier où ils travaillent, mais ce cas est rare ; les ateliers sont le plus souvent fort éloignés du domicile; ils renferment presque toujours des engins mécaniques dont l’approche ne serait pas sans danger pour un petit garçon ou une petite fille ; le père en présence d’une éventualité d’accident, hésite à faire entrer l’enfant ; et s’il le fait entrer quand même il est distrait, inquiet et ne peut donner toute son attention à son travail ; ce petit être à ses côtés est pour lui un embarras, un objet de souci, une cause de moindre gain. Et si même l’atelier n’offre aucun danger, l’enfant ne peut y être abrité que si le contre-maître y consent, et tous n’y consentent pas.
- Enfin dans les grandes villes où les loyers sont chers, les ateliers sont étriqués ; l’ouvrier a à peine assez de place pour lui ; même avec la meilleure volonté il lui est impossible d’avoir son enfant sous ses yeux. Le père doit donc se résigner à le laisser au dehors ; heureux encore, le père, s’il trouve quelque cour où l’enfant sera à l’abri des voitures., mais non à celui des intempéries.
- Comme cet inconvénient disparaît dans l’habitation unitaire ! Ici, on a toujours quelque voisin à qui confier son enfant en toute quiétude. Et si même on n’en a aucun, le mode de construction offre aux enfants ses grandes cours vitrées semblables à d’immenses salles intérieures. Là, ils sont à l’abri de tout danger et en quelque sorte sous l’œil de tout le reste de la population. Les enfants ne peuvent rien
- (1) Voir notre n* du 25 avril 1880.
- commettre de mauvais et les parents peuvent vaquer à leurs travaux sans souci.
- Résumons les avantages que l’habitation unitaire offre aux enfants en âge de fréquenter l’école ;
- Elle pousse les parents à les mieux vêtir ;
- Elle habitue les enfants à contracter des habitudes de propreté ;
- Elle rend impossible l’école buissonnière ;
- Elle établit une surveillance permanente sur les enfants ;
- Elle offre aux écoliers des facilités exceptionnelles de récréation ;
- Enfin elle permet aux parents de pouvoir travailler au dehors sans être en souci sur le sort de leurs enfants.
- Ces divers avantages devraient suffire à eux seuls à faire préférer l’habitation unitaire à tout autre genre d'habitation. Et cependant nous n’avons examiné aujourd’hui qu’un seul côté de la question. Or de quelque côté qu’on la considère on lui trouve toujours des avantages importants. Nous en avons déjà vu quelques-uns dans des articles spéciaux.
- Il serait temps que les hommes sincèrement attachés à la cause de la classe ouvrière ouvrissent les yeux.
- L’amélioration du sort des ouvriers ne sera réellement possible que si un genre d’habitation plus conforme aux besoins modernes vient à leur être offert.
- Nous comprenons que l’on puisse ne donner qu’une attention secondaire à des théories émises sur le papier et qu’aucune expérimentation n’accompagne, mais ici ce n’est pas le cas. ^habitat ion unitaire n’est pas une conception imaginaire ; elle existe, elle fonctionne, elle est réalisée au Familistère de Guise. Là la démonstration des avantages de ce mode d’habitation se dégage des faits et chacun peut la vérifier de visu.
- Ed. Champury.
- Le Billard
- Le roi Charles IX était le meilleur joueur de son temps; i» est vrai qu’il était à peu près le seul; il n’y avait qu’un billard dans tout le royaume de France, et il faisait partie du domaine de la couronne — Henri III négligea le billard, il préféra le bilboquet,les petites chiennes et les images ; — Henri IV aimait autre chose ; — Louis XIV en revanche, était un joueür enragé, il jouait du matiü au soir. Le roi fut toujours d’une maladresse extrême, malgré les leçons de son professeur l'illustre Michel de Gbamillard, l’inventeur des procédés. — Mingo a trouvé le premier l’effet de recul. Sauret inventa l’effet à droite et à gauche. Paysan créa la série. — En 1740, il y avait 20 billards à Paris. En 1793, il y en avait 200. En 481o,ü y en avait 1800 ; aujourd’hui on ne les compte plus.
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- BANQUET DES DISCIPLES DE FOURIER
- Nous empruntons â Ja Finance nouvelle les renseignements suivants :
- Le 7 avril, les disciples de Fourier se sont réunis eïi un banquet au Palais-Royal, pour célébrer l’anniversaire de la naissance de ce grand réformateur. Le nombre des convives était beaucoup plus considérable qu'aux années précédentes ; ce qui prouve que ce groupe est loin de décroître ; il y avait plusieurs jeunes gens acquis à la doctrine phalanstérienne et pleins d’ardeur pour la propager.^
- Pour décorer la salle, on avait posté sur une estrade le buste de Fourier; et l’on avait eu l’heureuse idée de l’orner de deux bouquets de la fleur appelée couronne impériale, qui, suivant lui, symbolise le génie méconnu. Chacun se rappelait le morceau charmant où Fourier a expliqué cette aoologie.
- La présidence a été déférée à notre collaborateur M. le docteur Pellarin, dont la présidence a été saluée par des acclamations sympathiques.
- Le restaurateur a voulu montrer qu’il n’était pas indigne de donner son concours à des phalanstériens, et qu’il pouvait figurer parmi les gastrosophes : il a donné à quelques-uhs de ses mets des dénominations empruntées au vocabulaire pittoresque de Fauteur de Y Association universelle. Ii y avait des bouchées vestaliques, un filet aux séries combinées, une glace auœ arômes. On se disait en riant que cet artiste pourra jouer son rôle à la bataille des petits pâtés deBabyîone.
- Au dessert, M. Cantagrel a pris le premier la parole. L’ancien rédacteur de la Démocratie pacifique a fait, d’une voix émue, l'éloge de Fourier.
- M. Brisbane a émis le vœu qu’on se mît à l’étude pour constituer la sociologie qui doit être la science des lois de l’univers; c’ést la raison de Dieu en action dans la création. Il y a à faire un triage dans les idées de Fourier. Malgré notre profond respect pour son génie, nous devons nous émanciper d’une adoration superstitieuse, prendre chez lui ce qu’il y a de bon et éloigner ce qui est de fantaisie, par exemple la cosmogonie. La raison doit présider à ce choix.
- M. Courbebaisse porte un toast au réveil de l’école sociétaire. Il n’y a, dit-il, de vrai, dans Fourier, que ce qui est admis par tous ses disciples. Il demande qu’on établisse le programme de la science sociale. Il finit en annonçant qu’on va fonder en Algérie un orphelinat organisé d’après les idées phalansté-riennes.
- M. A. S. Morin porte un toast à l’union des socia-
- listes. Nous sommes ici, dit-il, presque tous adhérents d’une manière plus ou moins complète aux idées de Fourier. Quelques-uns d’entre nous appartiennent à d’autres écoles. Mais, malgré ces divergences, il y a un terrain sur lequel nous sommes tous d’accord. C’est celui du socialisme. Nous voulons tous mettre fin à la misère et à l’oppression qui, depuis tant de siècles, pèsent sur la classe la plus nombreuse; nous espérons tous arriver â ia réalisation d’un état social où chacun puisse développer ses facultés et obtenir, en les exerçant, la juste rémunération de son travail. Nous concertons tous nos efforts pour lutter contre nos adversaires qui sèment des obstacles sur la route du progrès.
- Ces adversaires sont de deux sortes. Il y a les satisfaits. Ce sont ceux qui, favorisés des dons de la fortune, trouvent que tout est bien ; ils ne s’inquiè-4 tent pas de la misère des déshérités. Puisqu’il est impossible de partager également les richesses, il faut bien, suivant eux, qu’il y ait quelques privilégiés et que pour entretenir leur luxe, une foule d’individus soient condamnés à un état d’infériorité; Quand on leur dit que des gens meurent de faim ou sont en proie aux privations les plus atroces, ils répondent qu’il en a toujours été ainsi, que cela sera toujours, et que c’est peine perdue que de vouloir changer le monde. C’est la catégorie des égoïstes et des indifférents.
- L’autre classe d’adversaires vient du mysticisme chrétien qui enseigne que la terre est une vallée de larmes, que l’homme doit renoncer à jouir des dons de la nature et ne doit penser qu’à son salut dans l’autre vie sans se préoccuper des besoins du corps. C’est en se mortifiant et s'imposant les plus dures austérités qu’on gagne le ciel. Cette secte prêche l’apathie, l’imprévoyance; Elle a pour type le capucin qui fait vœu de ne rien faire et de vivre du travail d’autrui.
- Il faut, prétend cette secte, qu’il y ait des pauvres pour exercer la charité des riches. Quand le socialisme veut généraliser la richesse, le bien-être, la gaieté, le mysticisme veut généraliser la misère, les souffrances, ia tristesse. Il y a donc opposition radicale entre ces deux systèmes. Aussi les cléricaux nous dénigrent, nous calomnient, nous accusent de vouloir bouleverser la société en renversant, non-seulement la religion, mais encore la propriété et la famille
- Nous devons nous défendre contre cet ennemi implacable et préserver la société de leur funeste influence.
- En conséquence, l’orateur finit en annonçant la convocation du Congrès anticlérical qui va s’ouvrir
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- à Paris le 12 mai; et il engage les convives à s’y associer.
- Cet appel est accueilli par d’unanimes acclamations.
- M. Pellarin, suivant l’usage, fait la biographie de ceux de nos amis qui ont succombé dans l’année qui vient de s’écouler. Nos pertes sont nombreuses et s’élèvent à quinze. L’orateur donne une notice sur chacun, énumère leurs titres à nos regrets. Nous nous bornons à mentionner Mme Considérant, née Clarisse Vigoureux qui fut un des premiers disciples de Fourier; c’est une femme distinguée par son intelligence et les charmes de son caractère.
- Tamisier, membre des Assemblées des 48 et 49, qui opposa au coup d’Etat du 2 décembre une coura geuse rés stance, et qui a été frappé de proscription. Sa Théorie des [onctions est un livre très remarquable.
- Petit d’Ormoy, homme de grande valeur, qui, voulant, après sa mort, être utile au monde, a légué sa fortune à l’Académie des Sciences, qui devra l’employer en fondation de prix pour le développement des sciences et leur application aux usages pratiques.
- M. Limousin prend ensuite la parole. Il pense, comme quelques-uns des précédents orateurs, qu’il y a à faire un triage dans les idées de Fourier. Contrairement à l’avis du maître, il estime qu’on ne peut passer brusquement de l’état de civilisation à l’état d’harmonie, et qu’il faut traverser la période de garantisme. C’est là que doivent tendre nos efforts. Il donne ensuite des détails sur Je projet de fondation d’orphelinat, dont il lit les statuts.
- M. Griess-Traut donne lecture d'une adresse envoyée de Besançon par le vénérable .Just Muiron, âgé de 93 ans, le premier disciple de Fourier Cette épître chaleureuse exprime les plus nobles sentiments et prouve que le solide athlète a conservé toute sa verdeur et tout son enthousiasme pour la sainte cause de l’humanité.
- On porte à Muiron un toast qui est chaleureusement accueilli.
- Enfin, M. Simon Cantagrel, fils du député, une des jeunes recrues dont s’honore l’école sociétaire, fait un intéressant historique des tentatives de réalisation du système de Fourier et retrace les causes qui en ont empêché le succès. Il est vivement applaudi.
- Cette fête de famille a été pleine de cordialité et sera le signal d’un nouvel élan sur la propagande socialiste.
- NOUVELLES DIVERSES
- Euseig^nement de l’agriculture. — Un
- cours est ouvert pour pourvoir à seize chaires départementales d’agriculture créées en exécution de la loi du 16 juin 1879 et du décret du 9 juin 1880.
- Les départements qui jouiront de cet enseignement sont les suivants : Alpes-Maritimes, Ardennes, Creuse, Dordogne, Nord, Saône-et-Loire, Var, Gard, Gironde, Haute Loire, Meurtlie-et-MoseLe, Pas-de-Calais, Puy-de-Dôme, Deux-Sèvres, Yaucluse, Rhône.
- Les concours porteront sur les matières suivantes :
- Agriculture générale, amendements du sol, génie rural, cultures spéciales, zo ùechnie, économie et législation rurales, application des autres sciences à l'agriculture, maladie des plantes, entomologie agricole technologie agricole, arboriculture, viticulture, horticulture, sylviculture, pisciculture, acclimatation des animaux et végétaux, météorologie, questions locales.
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- Progrès du sens esthétique eu France. — Le goût des arts qui, jusqu’ici était resté cantonné dans la capitale, se répand de plus en plus en province. De toutes parts des sociétés ou des musées artistiques se fondent. Le dessin arrive enfin à conquérir dans nôtre pays la place qui lui est due.
- Dernièrement M. Turquet, sous-secrétaire d’état aux beaux arts, dans un très remarquable discours plein de renseignements précieux a ouvert aux yeux des amis du dessin des perspectives pleines de promesses.
- « Augmenter le nombre des initiés, a dit avec beaucoup dé sagesse et de bonheur M. Turquet, leur fournir, en même temps que des satisfactions qu’ils n’avaient pas soupçonnées, de précieux instruments de travail, élever les"intelligences en même temps que le chiffre des salaires, tel*est le but que poursuit depuis plus de deux ans l'administration des beaux-arts, chargée d’appliquer dans son domaine spécial, les vastes plans que poursuit un ministre courageux et éclairé, avec le concours du parlement, aux applaudissements du parti républicain. »
- Ce sont là de bonnes et patriotiques paroles.
- Puis après avoir montré, l’esprit de décentralisation qui anime l’administration actuelle ; les efforts qu'elle fait pour généraliser en province l’amour de l’art, les encouragements qu’elle prodigue aux associations qui partout naissent et progressent, poursuivant l’étude de l’archéologie nationale ; M. Turquet a parlé de ses projets en voie d’exécution et des bienfaits qu’on pouvait attendre de ces utiles mesures
- Il a cité le musée des moulages et le futur musée des arts décoratifs, qui sont appelés à rendre de si grands services à la cause de l’art. Il a ensuite annoncé la prochaine création de musées circulants, dont l’organisation est à l’étude « Pourquoi, s’est écrié M. le sous-secrétaire d’Etat, une partie des tableaux acquis par nous au printemps, ne formeraient-ils pas le noyau d’une collection qui pourrait aller figurer successivement dans un certain nombre d’expositions régionales ou loca'es, où elles apporteraient comme un résumé du Salon? »
- Comment ne pas applaudir des deux mains à ces inspirations généreuses.
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- Encore une femme doctonr. — Une jeune Russe, Mlle Skvorzef, a soutenu ces jours-ci sa thèse devant la Faculté de médecine de Paris. — <* Vous faites honneur à vos maîtres, Mademoiselle, » lui a dit M. Charcot.
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- Une innovation, — Nous avons dit que les instituteurs de province devaient être appelés à Paris,
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- dans une certaine proportion, pour y suivre des cours spéciaux.
- Cette décision vient de recevoir sa première application. Depuis quelques jours, M Bertrand, ancien inspecteur d’Académie, professeur au lycée Charlemagne, a organisé ces cours, qui sont destinés à préparer les maîtres-adjoints des écoles normales primaires au certificat d’aptitude à l’enseignement.
- Ces cours, auxquels ont été appelés trente maîtres-adjoints de province, fonctionneront seulement à Litre d’essai jusqu’au 15 juillet prochain. Les matières consignées sont, pour le cours commun aux sciences et aux lettres : la morale, la méthodologie, la composition française ; pour les cours spéciaux ( ettres) : la langue française, l’histoire française et moderne, l’enseignement civique, la géographie ; (sciences) mathématiques, physique, chimie et sciences naturelles.
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- XJsie société de» amis cia. divorce vient d’être fondée â Paris Son local provisoire est situé rue du Temple, n° 199 au 1er. Des réunions y ont lieu chaque mardi à 8 heures du soir.
- Cette société qui compte déjà, nous dit-on, 200 membres, se propose de faire une propagande constante et active en faveur du divorce.
- Nous applaudissons des deux mains à sa fondation. Le but est excellent, et le moyen préconisé pour l’at teindre — la persuasion — est le meilleur. Les vraies mœurs républicaines commencent donc à entrer chez nous, que l’on a recours à la puissance de l’association pour faire progresser une idée. Tout est là, pour la question du divorce. Les idées romaines ont tellement faussé l’intelligence de la population française que l’on retrouve leur influence même la où on la*soupçonne le moins. N’a-t-on pas vu MM. Cazot et Brisson lutter contre le divorce, eux libres-penseurs et républicains — en se servant dans cette lutte des mêmes arguments que les cléricaux.
- Pour (aire triompher la cause du divorce il faut extirper les préjugés qui régnent à son égard. C’est là une œuvre difficile et pour laquelle toute l’activité d’une société n’est pas de trop.
- Un journal, le Libérateur, dont nous avons le numéro spécimen sous les yeux, servira d’organe à. cette société. M. le commandant Epailly en est le rédacteur en chef.
- Nous souhaitons la bienvenue à notre nouveau confrère ; nous faisons même plus, nous croyons lui rendre service dès son premier numéro en le mettant en garde contre le danger qu’il y aurait pour la réussite de l’œuvre si la forme des numéros futurs du journal est la même que celle du premier numéro. Celui-ci est visiblement écrit pour des convertis. Or, les journaux rédigés à l'usage des convertis ne font pas de prosélytes. Pour déraciner les préjugés il faut les étudier avec soin, voir d’où ils viennent, montrer où ils conduisent, puis les réfuter avec toute la richesse d’arguments que fournit la conviction, mais aussi avec toute la courtoisie de forme qui seule permet à un adversaire de se laisser gagner.
- Autre recommandation.
- Le Libérateur laisse trop voir qu’il est un journal de mécontents. A ce point de vue là encore il y aurait danger à continuer sur le ton du premier numéro. On comprend très bien que la société du divorce recrute plus facilement ses membres chez les personnes séparées que chez les autres. Mais du moment quTl s’agit de convaincre le public par la voie de la presse, il faut avoir à lui servir autre chose que des exemples. Les exemples ont leur valeur s’ils sont émis comme justification d’opinion ; sans cela, ils n’ont aucune valeur, car on peut dire qu’ils ne sont que des cas exceptionnels et que les lois ne sont pas faites pour les exceptions.
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- Anniversaire de Pierre Leroux. — Les
- amis de Pierre Leroux ont célébré le dixième anniversaire de sa mort, en se réunissant sur sa tombe le dimanche 17 avril.
- Les fausses reliques. — Le pape, écrit-on au Daily News, ayant appris qu’un commerce sacrilège de fausses reliques se pratiquait sous le couvert de l’autorité du cardinal-vicaire de Rome lequel est chargé de certifier l’autheniicité de semblables objets, a appelé l’attention du cardinal-vicaire sur ce scandale’; il l a invité à ouvrir une enquête et à traiter avec la plus grande sévérité les ecclésiastiques coupables de simonie.
- La congrégation des rites a été saisie de l’affaire. Le cardinal vicaire a adressé aux évêques catholiques du monde.entier une circulaire qui les avertit « qu'on n’a pas retiré un seul squelette des catacombes depuis trente ans », et les invite en conséquence à se mettre en garde contre les imposteurs.
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- ILe télégraphe optique, employé par les Anglais dans leur campagne de l’Afghanistan va être utilisé pour la première fois par notre armée.
- Quelques appareils de cette télégraphie nouvelle ont été expédiés sur la frontière de Tunisie.
- Cette télégraphie optique qui a pris, dans ces dernières années, un grand développement, a l’avantage de ne pouvoir être interrompue, ni coupée par l’ennemi, car les communications n’exigent aucun fil et se font par les rayons lumineux visibles seulement dans une direction particulière. Avec le télégraphe électrique et surtout avec le téléphone, l’ennemi peut, a la rigueur, saisir les dépêches au passage, en prendre connaissance sans que les deux correspondants s’en aperçoivent.
- La télégraphie optique supprime ces inconvénients ; elle est basée,vous le savez,sur la propriété bien connue des miroirs de renvoyer la lumière du soleil avec une tensité extrême.
- M. Lesseure a fait en Algérie des expériences d’où il résulte qu’un cercle de 8 centimètres de diamètre envoie à 80 kilomètres une lumière que l’œil peut à peine supporter. Dans Tarmée, on a adopté l’appareil du colonel Maugin et c’est de celui-là que nos télégraphistes militaires vont se servir. C’est une grande boîte dont les deux moitiés sont séparées par une cloisou percée d’un trou. Pendant la nuit une lampe munie d’un réflecteur concentre ses rayons sur un point déterminé. Un obturateur commandé par un levier permet d’arrêter la lumière et de produire des éclairs longs et courts correspondants aux traits et points de l’appareil Morse. Une lunette sert de chercheur pour trouver la station correspondante. Le jour par un beau soleil, on ramène simplement les rayons solaires dans l’axe de l’appareil et tout se passe comme avec la lampe.
- Toute notre ligne de frontières en France est pourvue de télégraphes optiques qui mettent toutes les places en communication les unes avec les autres. On peut, du reste, donner aux télégraphes optiques une portée énorme et on a constaté la possibilité de communiquer par rayons lumineux entre la France et la Corse.
- Dans la Tunisie le télégraphe optique rendra des services d’autant plus précieux qu à cause de la nature du j terrain, il ne serait pas toujours possible d’installer les | fils du télégraphe électrique dans de bonnes conditions d’isolement. A défaut de l’un on aura l’autre.
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- Désastre de Chio. -- Des nouvelles sérieuses sont aujourd’hui recueillies sur le tremblement de terre épouvantable qui a bouleversé l’Ile de Chio.
- Voici ce qu’en disent les journaux grecs :
- Des dépêches de Syra annonçaient qu’un tremblement ' de terre d’une violence extrême avait détruit complètement (a ville et les environs. On parlait de 3,000 victimes. Les maisons restées debout, lézardées par les secousses, étaient devenues inhabitables. Toute la population campait en plein air. Elle avait cherché un refuge dans les navires qui se trouvaient dans le port ou dans des endroits éloignés de la ville. Les dégâts sont immenses i des milliers de familles sont restées sans abri,
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- sans ressources, n’ayant même pu sauver leurs objets les plus précieux. Les secousses, qui n’avaient cessé de se faire sentir, continuaient à jeter la panique parmi les survivants.
- On manquait de tout, de vivres et de médicaments, de médecins et de chirurgiens pour soigner les blessés. La consternation était à son comble.
- Pour comble de malheur, le câble qui reliait Chio à la Grèce et à la Turquie se cassa, et les communications télégraphiques cessèrent.
- Dès que la nouvelle de la catastrophe fut connue à Syra, un navire de guerre français, qui se trouvait dans le port de cette ville, chauffa "immédiatement pour le lieu du sinistre. Les secours étaient immédiatement organisés par les négociants de Syrie.
- En quelques heures YHydra, de la Compagnie hellénique de navigation à vapeur, embarquait tout le pain qui se trouvait dans les boulangeries, 300 quintaux de biscuit, des tentes, quatre médec ns, des caisses de charpie et des médicaments, une nombreuse escouade de charpentiers avec des planches pour la construction de baraquements provisoires.
- Le môme jour, le conseil municipal votait un premier secours ae 10,000 fr,, et des listes de souscription étaient ouvertes à tous les coins de rue. Les secours étaient organisés en même temps à Smyrne et dans les villes les plus proches de Chio.
- Le gouvernement hellénique s’empressa, de son eôté, de venir au secours des victimes. Le yacht royal Y Am phitrite reçut l’ordre de partir pour Chio, avec une cargaison de pain et de biscuits. Une somme de 30,000 fr. votée par le conseil des ministres, était immédiatement remise au capitaine de YAmphitrite. Plusieurs médecins et chirurgiens offrirent leurs services, qui furent acceptés.
- Les secours sont arrivés à temps pour épargner aux victimes les angoisses de la faim, pour donner aux blessés des secours, sans lesquels un grand nombre aurait infailliblement péri.
- Les nouvelles arivées hier sont venues confirmer malheureusement tout ce que l’on savait déjà sur l’épouvantable catastrophe.
- Plus de 40,000 personnes étaient sans pain et sans abri. On avait déjà retiré plus de 1,300 cadavres, mais on manquait de bras pour fouiller les décombres, d’où s’exhalaient déjà les miasmes des cadavres en décomposition, qui n’avaient pu recevoir encore de sépulture.
- On parlait de 5,000 victimes et d’un nombre beaucoup plus considérable de blessés. Les secours affluaient de tous les points de la Grèce et de l’Asie-Mineure. Les équipages de YAmphürite. de YHydra, des paquebots expédiés à la hâte par les Grecs de Smyrne, du Bouvet, de la marine française, rivalisaient de zèle et de dévouement dans Inorganisation et la distribution des secours.
- A Athènes, un comité composé de MM Réniéri, Syn-gros, Scouloudis, Youro, etc., ouvrait une souscription qui produisait plus de 40,000 fr. en un seul jour. Le conseil municipal votait 8,000 fr. que le gouvernement mettait à la disposition du comité la Salaminia, sur laquelle s’embarquaient une compagnie de sapeurs et une nombreuse escouade d’ouvriers.
- On voit par ces détails que, si au premier moment, il y a eu de l’exagération dans les nouvelles parvenues en France relativement à ce désastre, il est cependant terrible.
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- Ue» crimes de la séduction, —A Lavilllate (Haute Tienne) un crime atroce vient d’être commis.
- Une nommée Rose B. a fait brûler dans un four l’enfant dont elle venait d’accoucher. La police a découvert dans les cendres des fragments d’os qui ont été reconnus être ceux d’un nouvedu4lé.
- Cette malheureuse avait été abandonnée par son amant.
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- TTai mito-dsi-fVî ara. 10® isiècie. — Le Tribunal illustré vient de recevoir le baptême du feu.
- Un fanatique du Midi ayant acheté vendredi dernier à Tarbes 200 numéros du Tribunal illustré, les a brûlés coram poputo sur une des places de la ville, sous pré» texte que le Tribunal illustré avait enregistré des con-damnalions de curés.
- S’il avait été au pouvoir de ce descendant des inquisiteurs de brûler les rédacteurs du Tribunal illustré au lieu de brûler le journal lui même, nul doute qu’il ne l’eut fait. Il se consolera sans doute en les vouant aux flammes éternelles.
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- XJtëclavation. significative. — On lit dans les Etats Un%s d'Europe :
- On ne peut lire sans être profondément ému le mot de Michaïloff, i’un des meurtriers du Tsar, qui pour toute défense a dit aux juges : « Je n’ai eu d’autre but que de mettre fin à un régime où l’on travaille dix-sept heures par jour sans avoir rien à manger que du pain noir ! »
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- Mœurs américain! es. — Non loin de Wirt County, existe une coquette villa habitée par deux charmantes jeunes filles de 18 et 20 ans. Elles avaient, bien entendu, c mme toute fille bien élevée de ce pays, chacune un amoureux... pour le bon motif et les amom reux étaient les deux frères. Un double mariage devait être célébré le même jour.
- Un soir de la semaine dernière, les deux couples étaient assis nansle salon des jeunes filles bâtissant des châteaux eu Espagne et faisant des projets d’avenir, Tout à coup l’aînée, appelons-là Anna, dit a John, son amant, de l’accompagner à une pieuse réunion qui devait avoir lieu au village voisin ; John refusa par ce motif qu’il n’était pas chrétien. Insistance de Anna, nouveau refus de John. Dépitée, furieuse, Anna demanda à James, le jeune frère, de venir avec elle ; au grand scandale de Betty, James accepta et tous deux partirent.
- Betty et John restèrent ensemble et mêlèrent leur co? 1ère et leur chagrin, puis, John constata que les cheveux de Betty étaient d’un blond délicieux, que son grand œil bleu portait à l’âme, que sa main était fine, son pied petit et cambré. Betty de son côté sentait son petit cœur tressauter sous le regard brûlant de John ; jamais James ne l’avait ainsi regardée. Bref, tous deux une heuie apîès s’avouaient leur amour et la promesse d’être Tun à l’autre était scellée par un baiser au moment même où les absents revenaient de l’église, entraient dans le salon.
- Chose étrange, la grâce avait également opéré sur les cœurs d’Anna et de James et voilà pourquoi, un chassez-eroisé amoureux s’étant opéré, John et Betty ont été unis en même temps que le prêtre bénissait le mariage d’Anna et James. La chose n’est pas plus difficile que cela... aux Etats-Unis.
- Courner des Etats-Unis,
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- Une protestation. — On lit dans La Lanterne du lo avril ;
- Un premier acte de protestation contre M, Andrieux vient d’être accompli par un groupe de dames. Elles ont compris que c’était à elles de prendre en main la cause de Mme Eyben.
- C’est là leur qu’elles défendent.
- Au nom du respect dû à la personne humaine et du droit à la liberté, les membres de la Solidarité des femmes viennent protester contre l’arrestation et les traitements qu’à subis Mme Eyben, appréhendée, comme on sait, dans la rue Saint-Marc par des agents de police. Cette dame, mère de deux charmantes petites filles, parfaitement élevées, mène l’existence la plus honorable.
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- La Solidarité des femmes, munie des meilleurs renseignements à son égard, exprime ici, au nom des femmes, l’indignation que leur inspire cette violation du droit commun, déjà plusieurs fois renouvelée, et demande que justice pleine et entière soit rendue à cette femme honorable, gravement offensée par la police, en violation de tout principe de la liberté individuelle.
- Opinion® étranges
- Il y a toutes les étrangetés dans l’intelligence des hommes.
- Il s’est trouvé un abbé Iharee pour établir des analogies entre la langue que parlent les Basques et celle dont Dieu se serait servi pour converser avec le premiei homme.
- Cette application imprévue de la linguistique fait honneur à l’imagination de l’abbé Iharee.
- Peut être pourrions-nous rapprocher de cette « constatation scientifique», cette autre, quelque peu surprenante aussi, et qui est due a M. Lebrigant.
- M. Lebrigant voulait que la langue celtique fut celle du Paradis Terrestre, et voici pourquoi : la première femme, ayant mangé là fatale pomme, eut soif et dit Atam, mot celte qui veut dire «j’ai soif». Le premier homme lui répondit : Eve, impératif du verbe boire en celte.
- NOS CHEMINS DE FER
- La Journal Officiel vient de publier un rapport sur les ouvertures de chemins de fer français durant l’année 1880
- Il a été ouvert durant cette seule année 971 kilomètres de chemins de fer d’intérêt général, ce qui, ajouté à la longueur des lignes précédemment exploitées, porte à 23,731 kilomètres la longueur exploitée au 31 décembre 1880.
- Quelques lignes d’intérêt local ont été aussi ouvertes durant l’année 1880. Elles comprennent 92 kilomètres, ce qui porte la longueur totale de ces lignes à 2,184 kilomètres,
- En outre il existe en France 239 kilomètres de chemins de fer industriels.
- Il résulte de ces divers chiffres que la longueur totale de toutes les lignes de chemins de fer exploitées en France est de 26,151 kilomètres, ce qui est déjà quelque chose, mais ne place notre pays qu'au 3e rang.
- La plus importante des lignes d’intérêt général ouverte en 1880 est celle de Nîmes au Teil, qui, avec son embranchement Remoulin-Uzès ne compte pas moins de 138 kilomètres.
- Une ligne d'une très-grande importance aussi est celle de Rodez à Millau, longue de 74 kilomètres et qui a l’avantage de réunir deux réseaux qui jusqu’ici laissaient entre eux une immense région sans chemins de fer. Cette ligne Rodez-Millau facilitera énormément les relations entre le Midi et du Centre.
- D’autres nouvelle lignes d'une certaine importance sont celles d’Ussel à Tulle, celle de Trets à Car-noules et celle de Bellegarde à Tlionon. Cette dernière met en relations sur territoire français la navigation à vapeur du lac de G-enève avec la ligne de Paris-Lyon-Méditerranée. C’est elle qui, prolongée, jusqu’à la ligne suisse du Simplon, déjà construite du lac de Genève à Brigue, doit relier les réseaux français aux réseaux italiens.
- En Afrique il n’y a pas eu do ligne nouvelle ouverte sur territoire française, mais 36 kilomètres de la ligne Bone-Guelma et prolongement ont été construits sur territoire Tunisien (de Souk-el-Arba à Ghardimaou),
- Les chemins de fer algériens sur territoire français en exploitation comprennent donc comme précédemment 1,152 kilomètres.
- La longueur des lignes concédées mais non encore exploitées était au 31 décembre 1880 de 30,747 kilomètres pour la France, savoir 27,054 kilomètres de lignes d'intérêt général et 3,693 kilomètres de lignes d’intérêt local.
- Pour l’Algérie le total des lignes concédées non encore ouvertes est de 2,113 kilomètres.
- En outre il y avait en France au 31 décembre de l’année dernière 5,388 kilomètres de lignes d’intérêt général déclarées d’utilité publique et non concédées, On sait que pour ces lignes l’Etat se charge de tout ou partie de la construction.
- Ainsi donc il y a en France, tant en lignes exploitées qu’en lignes concédées un immense réseau de 62,286 kilomètres, sans compter les lignes à l’étude.
- Nous sommes heureux de constater ce grand progrès et nous sommes heureux de pouvoir aussi nous dire que nous n’en resterons certainement pas là. L’impulsion est donnée On a compris que le développement de nos moyens de communication rapides était un élément de prospérité matérielle.
- IL© plu® vieux: chant du monde
- Il y a peu de temps, dans une soirée chinoise donnée à Paris par l’ambassadeur du céleste Empire, on a exécuté l'hymne en l'honneur des ancêtres.
- Aucun autre chant au monde, ayant un caractère authentique, ne saurait lui disputer le prix de l’antiquité.
- En effet cet hymne a été composé sous la dynastie Tcheou, 1122 ans avant Jésus Christ.
- Comme le texte chinois n’aurait aucun attrait pour nos lecteurs, voici la traduction des premiers vers.
- Lorsque je pense à vous, ô mes sages aïeux!
- Je me sens élevé jusqu’au plus haut des cieux.
- Là, dans l’immensité des sources éternelles.
- De la solide gloire et du constant bonheur,
- Je vois avec transport vos âmes immortelles,
- Pour prix de leurs vertus, pour prix de leur valeur,
- Des délices toujours nouvelles,
- Goûter l'ineffable douceur.
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- Le» chinois en Austï alie
- Le prouvera ment de T Australie-Occidentale (Colonie de la Rivière des Cygnes) commence à faire des efforts pour provoquer dans ce beau pays l'immigration de Chinois. On reconnaît bien que ces immigrants là ne sont pas les meilleurs, mais on manque dans cette colonie de domestiques, laboureurs et jardiniers.
- Les cartes de Tunisie
- Le savant géographe allemand Kiepert adresse à la Gazette nationale de Berlin, au sujet de la cartographie de la Tunisie, la communication suivante :
- La seule carte un peu détaillée que nous ayons est de 1858 et elle porte comme titre : Carte de la Régence de Tunis dressée au dépôt de la guerre d’après des observations de M. Faibe, capitaine de vaisseau danois et de M. Sainte-Marie, chef d'escadron français ; 2 feuilles, échelle 1 : 400,000.
- Ce n’est pas là une véritable carte militaire ; elle a bien des lacunes; elle ne fournit notamment aucun rensei gnement sur le pays des Akmaïr, ainsi que s’appellent avec la forme du pluriel les tribus berbères de la frontière tuniso-algérienne; au singulier ce mot fait Khou-mir ; mais en français le son guttural M étant rendu approximativement par kr, on écrit généralement Kroumir pour désigner ces peuplades.
- Quant aux mesures et reconnaissances faites le long de la val.ée du Medscherda, lors de la construction du
- chemin de fer Bone-Guelma, nous n’en possédons pas encore les résultats ; mais ils sont naturellement à la disposition des autorités militaires françaises.
- La carte qui accompagne l’ouvrage dé M. Guérin sur la Tunisie est assez inexacte. Celle que M. Tissot, actuellement ambassadeur de France à Constantinople, doit, dit-on, publier prochainement, sera certainement déjà très bonne.
- Wilmanns, le professeur de l’Université de Strasbourg, qui a, pendant plusieurs années, parcouru la régence à la recherche d'inscriptions latines, avait fait des relevés très complets et exacts qu’il m’a communiqués. Avec son concours et avec l’aide financier de l’Académie de Berlin, j’ai fait graver une carte de la régence; j’attendais, avant de la publier, la communication des résultats obtenus à la suite de la construction du chemin de fer en question. Mais comme il me parvient, surtout de Paris, des demandes pressantes, je vais faire paraître, la semaine prochaine, une réduction de ma carte à l’échelle de 1 : 800 000. Elle ne sera pas d’un aspect très élégant, mais elle contiendra ‘tous les détails essentiels.
- Maintenant, il est évident qu’une carte véritablement exacte, nous ne l’aurons qu’après l’occupation française; mesure que notre regretté Wilmanns déclarait lui-même être la seule chance de salut pour ce malheureux pays.
- Le Directeur-Gérant : GODIN.
- ASSOCIATION COOPÉRATIVE DU CAPITAL ET DU TRAVAIL
- PARTAGE DES JBÉNÉFICES ENTRE DOUZE CjENTS TRAVAILLEURS
- CAPITAL: 4,600,000 FRANCS
- Cette association embrasse l’industrie et les besoins domestiques de la population, c’est-à-dire le soin des propriétés de l’Association, la location des logements, les approvisionnements et débits de toutes marchandises nécessaires à la consommation, et la production manufacturière de toutes sortes d’objets de chauffage et d’ameublement en fonte de fer.
- Elle demande à s'adjoindre des membres désireux du succès de l’Association en état de lui rendre de réels services, et particulièrement :
- 1° Un homme capable de bien comprendre l’administration et la direction des propriétés, des services domestiques et des services commerciaux de l’association.
- 2° Une bon contre-maître de fonderie pour la surveillance de la sablerie et du moulage des pièces de fonte et d’ornement, produites par des procédés de moulage mécanique, le contre-maître au besoin, devrait veiller aux machines elles-mêmes ;
- 3° Un ajusteur, dessinateur et praticien pour conduire l’exécution de modèles nécessaires aux besoins du commerce et destinés au moulage mécanique ;
- 4° Un secrétaire-comptable d’administration.
- 5° Une personne en état de diriger les travaux de construction de bâtiments.
- Bons appointements et participation aux bénéfices, proportionnés à la capacité des personnes.
- S’adresser à 1 Administrateur-Gérant de la Société du Familistère à Guise (Aisne).
- Saiut-Queûtia — lmp. de la Société anonyme du Clameur
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- 4* ANNÉE, TOME 5 — N” 138
- iLc numéro hebdomadaire 20 c.
- DIMANCHE 1« MAI 1881
- Le Devoir
- BUREAU
- À GU. ISE (Aisne)
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant Fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE
- par l'envoi, soit an bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France
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- 5,r.Neuve-des-petits-Champs Passage des Deux-Pavillons
- S’adresser à M. LEYMARIE administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- Classification des caractères, des intelligences, des capacités et des vocations par Vinstruction publique. — Faits politiques et sociaux. — La Tunisie et les intérêts de la civilisation. — Discours de M. Jules Ferry. —_ Nouvelles diverses. — Misère en Irlande. — Variétés.
- NOTRE PROCHAIN FEUILLETON
- Histoire des Equitables pionniers de Rochdale Traduit de l’Anglais de M. J. G. Holyoake.
- Le nom des équitables pionniers de Rochdale est universellement connu, mais il n’en est pas de même de leur histoire.
- Les faits si intéressants de leurs débuts, de leurs luttes, de leurs merveilleux progrès, bien qu’ils aient été publiés en France à diverses reprises, sont encore ignorés d’un grand nombre de personnes.
- Les deux brochures écrites a ce sujet par M. Jacob-Georges Holyoake, et qui ont eu tant d’éditions en Angleterre, nous ont paru contenir de si vifs éléments d’attrait et d’intruction, qu’en ce moment où l’étude des questions sociales se réveille en France, nous avons cru faire plaisir a nos lecteurs en extrayant de
- l’ouvrage de M. Holyoake les passages nécessaires à constituer l’histoire rapide des principaux faits qui ont rendu célèbres les pionniers de Rochdale.
- Nous commencerons cette publication dans un prochain numéro.
- Marie Moret
- CLASSIFICATION DES CARACTÈRES, DES INTELLIGENCES, DES CAPACITÉS ET DES VOCATIONS PAR L’INSTRUCTION PUBLIQUE.
- XXV (Suite).
- L’instruction publique, établie d’après le plan que j’indique, procède d’après le même système à tous les degrés de l’enseignement, et distribue cet enseignement d’une façon correspondante aux facultés et aux tendances que le concours et l’élection révèlent au sujet de chaque étudiant ou étudiante.
- L’instruction primaire ou de premier degré enseigne à l’enfant tout ce qui est indispensable au citoyen, pour se livrer honorablement à toutes les fonctions manuelles de l’agriculture, de l’industrie et du commerce. Elle apprend à l’élève les connaissances vraiment nécessaires au travailleur, à l’ouvrier ; elle se donne surtout pour objet de lui faire saisir les applications usuelles de ces connaissances ; elle est, en même temps, une préparation aux études de l’enseignement secondaire pour ceux qui
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- ont les facultés propres à suivre utilement cette voie.
- Au rang des notions utiles au degré de l’instruction primaire sont :
- Le système décimal des poids et mesures, avec application expérimentale : usage des balances, bascules, poids, mesures et instruments divers ;
- Le dessin linéaire et les éléments de géométrie ;
- La géographie : productions du globe, voies de circulation et de transport, routes, chemins de fer, canaux, fleuves et mers ;
- L’histoire du travail et celle des novateurs utiles de toutes les époques ;
- L’histoire contemporaine du progrès social et politique des nations et des modifications survenues dans les institutions sociales ;
- La comptabilité appliquée aux recettes et dépenses usuelles ou domestiques ;
- Le morale sociale, la propreté, l’hygiène domestique.
- Avec ces notions et la connaissance des quatre premières facultés de l’enseignement primaire : lecture,écriture, grammaire et arithmétique, le jeune homme et la jeune fille sont capables d’aborder, chacun de son côté, sûrement et avec profit tous les arts manuels propres à leur sexe; ils possèdent les notions propres à concevoir les travaux qui leur seront confiés, soit dans l’industrie, soit dans le commerce.
- Mais, si le jeune homme ou la jeune fille ont plus de penchant pour suivre leurs études, et s’ils présentent les capacités voulues, la voie leur est ouverte pour aborder toutes les connaissances humaines.
- A la sortie de l’école primaire, les élèves de l’âge de 14 ans au plus, qui ont obtenu le certificat de capacité et de mérite dans les concours et devant le suffrage des élèves, sont de droit à la charge de l’Etat et comme tels passent aux écoles d’instruction secondaire.
- Mais l’instruction secondaire et supérieure n’est gratuite que pour les lauréats qui, à l’âge réglementaire, ont victorieusement subi les épreuves aux examens et aux élections du degré qui précède.
- Les jeunes gens qui, bien qu’ayant réussi devant la commission d’examen, n’ont point
- obtenu le suffrage des élèves, ou ceux qui, après 14 ans, obtiendraient dans les examens le certificat de capacité, auraient la faculté d’entrer aux écoles secondaires, mais cela aux frais de leurs parents. De cette façon, dans toutes les écoles les professeurs n’auraient devant eux que des étudiants et étudiantes parfaitement aptes à suivre les cours.
- Arrêtons-nous ici pour fixer une fois de plus l’attention sur l’erreur qui,généralement, fausse partout l’instruction de la jeunesse dans la famille et dans l’école. Parents, chefs d’institutions, maîtres et maîtresses procèdent en instruction, la plupart du temps, comme si les êtres humains ne différaient entre eux que par le degré d’enseignement qu’ils reçoivent. Cette idée a même eu ses propagateurs. Mais quelle que soit l’opinion qu’on se fasse aujourd’hui à ce sujet, la famille agit encore, généralement, à l’égard de l’enfant, comme s’il suffisait de lui faire suivre certains cours d’enseignement pour qu’il devînt un être distingué par son savoir.
- L’expérience de tous les jours dément pourtant singulièrement ces erreurs de la pratique.
- Mais ces illusions étaient nécessaires chez des populations qui, sans cela, fussent restées trop indifférentes à toute instruction pour leurs enfants. Bien que l’instruction fût à leurs yeux sans but défini, le fait qu’on pouvait arriver, par le savoir, à la fortune et aux honneurs stimulait les parents à faire donner à leurs enfants une instruction dont néanmoins ils étaient impuissants à juger la mesure.
- Ces illusions étaient également nécessaires aux professeurs pour leur éviter le découragement qu’ils auraient éprouvé, s’ils eussent eu le réel sentiment du peu de résultat de leurs efforts. Combien, en effet, d’élèves incapables sortent de ces études pour lesquelles la plupart n’ont ni goût, ni aptitudes !
- Les leçons porteraient de bien autres fruits si les jeunes gens étaient développés suivant leurs facultés, si tout en leur inspirant le goût des arts utiles et l’amour de l’action, on leur enseignait spécialement ce qu’ils sont en d’état d’apprendre.
- Telle est la réforme que les institutions démocratiques doivent réaliser dans le domaine de l’instruction publique. Mais il ne faut passe
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- dissimuler qu’il reste beaucoup d’obstacles à vaincre, En première ligne on rencontre les préjugés et les préventions dont le passé a flétri le travail.Trop généralement encore, malheureusement les parents s’évertuent à soustraire leurs enfants au travail productif, dès qu’ils le peuvent.
- Le moment est venu pourtant d’entrer dans la voie nouvelle de la réhabilitation du travail et de doter l’instruction publique de la forme qui doit rendre celle-ci véritablement utile à la société comme au citoyen.
- Les réformes en ce sens exigent le sacrifice de ces préjugés et de ces vieilles traditions qui ont eu leur utilité. Mais il faut savoir abandonner l’erreur et ses inconvénients, du moment où l’on entrevoit la vérité et les bienfaits qu’elle doit produire.
- Imposé d’abord en partage à l’esclave, le travail a été, par ce fait, avili aux yeux mêmes de ceux qui en recueillaient les fruits.
- Exigeant le travail du faible par la violence, les forts ont placé le point d’honneur et de noblesse à ne prendre aucune part au travail utile ; ils se sont donné pour rôle de maintenir leur domination sur les travailleurs, afin de vivre dans l’oisiveté et l’opulence aux dépens du labeur et des sueurs des opprimés. Le travail est ainsi devenu l’objet du mépris universel : du mépris des puissants, parce que ceux-ci en ont fait un instrument de torture et d’objection, et du mépris des faibles par les douleurs que l’esprit de domination et de convoitise y attachait.
- Et pourtant c’est le travail qui fait vivre les sociétés civilisées ; c’est avec et par le travail que tous les progrès s’accomplissent.
- Le travail enfin est l’art de produire tout ce qui est nécessaire aux besoins et aux jouissances de la vie.
- Par cette fonction même, le travail bien accompli sera la véritable gloire de l’homme sur la terre, le but supérieur qu’il doit poursuivre.
- Si les oisifs tiennent encore le travail en mé-Pris> ils ne sont plus que les impuissants du jour. C’est l’activité productive qui maintenant exerce la plus forte part d’influence sur le monde, et bientôt ce sera la pensée du travail
- fraternel et solidaire qui gouvernera les nations.
- C’est parce qu’il doit en être ainsi que l’instruction publique doit changer de régime, se démocratiser et renoncer à l’immobilité du système d’enseignement, pour se faire l’auxiliaire des gloires futures du travail.
- Quel plus noble but la France pourrait-elle envisager que celui de la rédemption du travail et des travailleurs, par l’instruction publique inspirant à la richesse1 l’amour du labeur utile, et élevant par l’intelligence et le savoir le travail aux bienfaits de la richesse. La fraternité des classes accomplirait ainsi sa dernière évolution, et le bonheur social en serait la conséquence pour tout le monde.
- Les nations civilisées sont partout agitées par ces secrètes pensées; partout, d’intuition elles comprennent qu’il est nécessaire de donner maintenant à l’instruction publique un nouvel essor. La République française, en particulier, veut aujourd’hui travailler pour donner au peuple le pain de Tintelligence, afin de mieux lui donner le pain du corps.
- Le remède à l’insuffisance de notre instruction publique se trouve dans la réhabilitation du travail. Dès que le travail sera, comme nous l’avons dit, considéré comme le rôle le'plus honorable que l’homme puisse remplir, il sera possible d’attribuer à chaque citoyen un rôle digne et utile, d’assurer l’emploi des capacités et des activités de tous ordres.
- Les parents de toutes conditions doivent aspirer désormais à ne faire donner à leurs enfants qu’une éducation conforme aux goûts et aux aptitudes de ceux-ci, au lieu de les dévoyer de la mission qui leur est assignée par ieurs facultés natives, en voulant les astreindre à des études et à des travaux pour lesquels ils ne sont point faits.
- Le remède est encore dans l’enseignement plus pratique des sciences d’application et dans l’établissement d’écoles spéciales, correspondantes aux grandes divisions de l’activité sociale; écoles dans lesquelles les professeurs n’auront devant eux que des élèves possédant les aptitudes particulières et le goût de l’enseignement pratique dans chacune de ces écoles,
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- ce qui rendrait partout l’instruction fructueuse et profitable.
- Mais avant d’avoir entrée à l’une des écoles spéciales supérieures qui ont pour but de perfectionner les connaissances de l’élève dans le sens de sa vocation, c’est-à-dire de la carrière à laquelle il se destine par goût, on conçoit qu’il faut mettre les tendances et les aptitudes personnelles en évidence, tant aux yeux de l’élève lui-même qu’à ceux de ses professeurs et de ses condisciples.
- C’est ce résultat qu’ont pour but d'atteindre les concours et les élections poursuivis pendant la durée de l’enseignement secondaire, selon le mode que j’ai indiqué pour l’instruction primaire. Ils ont, en outre, pour conséquence, de former l’élève à la pratique du suffrage.
- Comprise ainsi l’instruction secondaire ne s’adresse qu’à des élèves nantis du savoir élémentaire qui leur permet de se livrer utilement à l’étude des sciences. Chacun d’eux a la possibilité de diriger ses études dans la voie la plus conforme à ses tendances et à ses aptitudes.
- Ce plan avait été entrevu par les réformateurs de notre première Révolution puisque, après avoir supprimé les Universités de France, en septembre 1791, l’Assemblée constituante posait les bases de l’instruction publique en ces termes :
- « Il sera créé et organisé une instruction publique, commune à tous les citoyens, gratuite àTégard des parties d’enseignement indispensables pour tous les hommes. »
- Ce décret resta à peu près sans effet. L’idée avait pris naissance, mais la tourmente révolutionnaire fit obstacle à sa réalisation.
- Bonaparte réorganisa l’Université par le décret du 17 mars 1808. Mais il était plus préoccupé d’assurer sa domination que d’instruire les hommes. Le but principal de cette réorganisation était de mettre le gouvernement de l’instruction publique sous, la dépendance du pouvoir, aussi l’instruction publique fût-elle à peu près oubliée sous le premier empire.
- Ce fut seulement le 21 avril 1828 que l’Université de France fut chargée de créer l’enseignement primaire public.
- Ce fait explique le caractère que l’instruction publique a pris en France.
- L’Université était fort éloignée d’embrasser l’enseignement universel des sciences, puisque depuis des siècles elle enseignait surtout le grec et le latin, la théologie et les arts, auxquels plus tard elle adjoignit le droit et la médecine; elle ne pouvait donc par tradition embrasser un système d’enseignement en accord avec les besoins modernes de l’activité sociale.
- C’est dans ces derniers temps seulement, sous l’empire des besoins éprouvés par les populations, que l’enseignement secondaire a commencé à revêtir un caractère utilitaire. Néanmoins la France, malgré les efforts faits par le gouvernement de la République, est, sous ce rapport, en retard sur les autres pays.
- Bien conçu l’enseignement secondaire serait la continuation de l’enseignement primaire, celui-ci y servant d’introduction. Le plan que je propose serait par conséquent l’inverse de ce qui se fait aujourd’hui.
- Au lieu que dès les débuts, l’élève perde son temps à étudier des langues mortes, il aborderait immédiatement, dans l’enseignement de second degré, les éléments des sciences d’application. Pour le second degré comme pour le premier, les programmes seraient conçus de telle façon que les notions scientifiques seraient graduellement données à l’élève, et constitueraient pour lui un ensemble de connaissances pratiques dont il pourrait toujours faire un fructueux usage quel que soit le moment de sa sortie des écoles. Les connaissances acquises devraient toujours par leur bon enchaînement, faciliter au jeune homme et à la jeune fille, l’intelligence de la fonction qui leur écherrait.
- Pendant les études de second degré, les concours et les élections indiquent d’une façon plus précise les tendances intellectuelles de l’élève; ses facultés spéciales, ses goûts se dessinent et, au bout du temps fixé, il est apte à suivre l’un des cours particuliers établis parallèlement à l’enseignement élémentaire des sciences d’application. ^
- Ces cours servent d’enseignement technique suivant la carrière que l’élève se propose d’em-brasser, ou ils sont une préparation aux études dans les écoles nationales des spécialités supe-rieures.
- L’enseignement secondaire classique actuel
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- jevra donc être déplacé. L’étude générale du greo, du latin, de la réthorique, de la logique et de la philosophie fera l’objet d’un enseignement spécial ; et l’enseignement secondaire aura particulièrement pour but les sciences exactes et les sciences naturelles, les mathématiques, ja géométrie, la mécanique,la géologie, l’histoire naturelle, la physique, la chimie, l’économie sociale, etc.
- Au lieu de créer des bacheliers et bachelières ne sachant que faire de leurs diplômes, on créera, chez les deux sexes, des administrateurs, des directeurs et des ingénieurs si nécessaires a la bonne direction des choses sociales, agricoles, industrielles et commerciales. Ainsi s’ouvrira la nouvelle ère du progrès et de la prospérité nationale qui fera place au soleil pour tout le monde.
- Les écoles spéciales supérieures seraient créées dans diverses régions de la France, de manière à être réparties le plus utilement sur l’étendue du territoire.
- Etablies d’abord en petit nombre, elles seraient multipliées à mesure des besoins. Chaque école spécialiserait une des grandes divisions de l’activité nationale, telles que : l’agriculture générale, les mines et la métallurgie, la mécanique appliquée, l’architecture et les travaux publics, l’industrie et les manufactures, l’économie sociale, la médecine, l’administration publique, industrielle, commerciale et financière, l’enseignement normal, les langues, les lettres et les beaux arts, etc.
- Chacune de ces écoles élargirait l'enseignement et l’application des sciences déjà cultivées dans les écoles et les cours secondaires, et cela dans le sens propre à sa spécialité. Chacune d’elles constituerait, dans sa sphère, les moyens d’études propres à former les hautes spécialités dont la France s’honorerait.
- La science a fait son entrée dans toutes les carrières productives. Elle y est nécessaire au Phs haut degré. Il ne faut donc pas qu’elle y ar>rive par ricochet, mais au contraire qu’elle y soit introduite par des études, sérieuses faites dans des établissements spéciaux et accessibles a ^us les enfants du peuple dont la capacité le Permet. La société sera ainsi vite en mesure de
- bien choisir les hommes dignes de la gouverner et de diriger toutes les entreprises.
- {A suivre). GODIN.
- FAITS POLITIQUES à SOCIAUX DE LA SEMAINE
- FRANCE
- L’expédition contre les Kroumirs et le ministre de l*i guerre. — Tout n’a pas marché pour le mieux, loin de là, dans la mobilisation partielle de l'armée, dans son transport en Algérie, dans sa concentration sur la frontière.
- Malheureusement les critiques légitimes qu’il y a à faire entendre ont trouvé pour avocats les journaux du centre gauche et surtout ceux de la droite. Les. organes réactionnaires ont môme ouvert une campagne en règle contre le ministre de la guerre. Cette allure des journaux de droite a rendu très difficile la libre discussion de questions qui, en réalité, n’ont rien à voir avec la politique. La discussion s’est' même envenimée à tel point qu’il devient maintenant à peu près impossible à des républicains de faire de justes observation? sur certains faits regrettables. Quiconque ose dire ou insinuer que notre administration militaire n’est pas la perfection du genre est accusé de faire les affaires des ennemis de la République. Il n’y a de bons républicains, paraît-il, que ceux qui disent bien haut que MM. les intendants sont infaillibles et que le ministre de la guerre est le dieu Mars en personne.
- Rien n’est plus navrant que ce fétichisme des grosses épaulettes. Rien n’esl plus dangereux pour la république que ce bâillonnement de l’opinion.
- C’est à n’y pas croire. IL ne s’agit plus de savoir si telle chose est vraie, mais si elle est dite par ceux-ci ou par ceux là. Selon que l'observation ou la critique partira de la droite ou de la gauche, ce sera une vérité indiscutable ou une machiavélique machination. Le droit de juger a disparu, il ne reste plus aux répu-publicains que le droit à la flatterie, à la congratulation mutuelle.
- Ah l prenons garde i En agissant ainsi nous contractons peu à peu les moeurs de l’Espagne, du Mexique,du Pérou, celles de tous les pays où l’amour de la vérité est sacrifié à l’esprit du parti, où la soif de lumière sur tout sujet fait place à la flagornerie envers quelques individus.
- Nous ne nous laisserons pas intimider par ces allures, et nous dirons quand môme ce que nous pensons.
- Eh bien t nous avons été vivement émus de certains actes d’incurie commis par l’intendance, de l’absence de toute méthode dans l’organisation des troupes expéditionnaires, du manque de cartes et de renseignements topographiques par rapport à une région contiguë à l’Algérie et visiblement destinée depuis des mois à devenir le théâtre d’opérations militaires, enfin du favoritisme déployé dans la répartition et dans la multiplicité des commandements et des grades. Tout cela rappelle un régime et des habitudes qu’on se plaisait à croire disparus Il semble que les dures leçons d’un passé pourtant fécond en enseignements aient passé inaperçues pour les bureaux de la guerre, et que les ministres*qui se sont succédé depuis dix ans à la tête de ce département se soient plus occupés de faire des changements sur le papier que de réaliser des réformes dans les faits.
- L’intendance est toujours le même foyer d’un bonapartisme forcené et d’une incapacité prodigieuse. Aujourd’hui comme par le passé les intendants contrôlent tout le monde et ne sont contrôlés par personne. Leurs agis-
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- sements sont les mêmes qu'en 1870 et si le désordre n’est pas égal, cela tient seulement à ces deux faits qu'il y a moins de troupes mobilisées et que l’ennemi d’aujourd’hui est incapable de tirer parti de ce désordre comme le firent les Allemands-
- L’ouverture des hostilités. — Le corps expéditionnaire de Tunisie a franchi la frontière.
- Ce corps forme trois colonnes : celle de gauche, sous les ordres du général Delebecque ; celle du centre, que conduit le général de Brem; celle de droite, commandée par le général Logerot.
- La colonne du général Delebecque est composée des trois brigades Yincendon, Galland et Ritter, qui sont fortes de vingt bataillons d’infanterie, deux escadrons de cavalerie, quatre batteries d’artillerie et deux compagnies du génie. Ces brigades sont en face dès hauteurs occupées par les Khroümirs. Ce pays est raviné, boisé, fort difficile, sans voies de communications praticables. Nos soldats auront donc à supporter de rudes •fatigues.
- La colonne du Centre, commandée par le général de Brem, ne contient que Cinq bataillons. Elle se tiendra dans la vallée de la Medjerdah.
- Cette brigade aura surtout pour objet de lier les deux colonnes extrêmes.
- La colonne de droite, que dirige le général Logerot, se compose d’une brigade d’infanterie commandée par ce général et d’une brigade de cavalerie placée sous lés ordres du général (Jaunie. Les deux brigades renferment ensemble sept bataillons d’infanterie, douze escadrons de cavalerie et cinq batteries u’artillerie. La colonne s’est concentrée près de la frontière, à Sidi Joussef.
- Le mouvement des trois colonnes se fera de concert, comme on le voit. Celle de gauche tendra à établir le plus tôt possible ses relations avec le corps de débarquement de Tabarka, Le premier objectif est d’isoler les Kroumirs en les privant de toute communication avec les tribus qui seraient disposées à se joindre à eux, puis les bloquer.
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- L’impôt six a* la, 1>ière. — Après plus d’une année d’études, la commission d’enquête sur les bois sons a abouti à des conclusions. Elle a voté lundi dernier la suppression de l’impôt sur les vins, les bières et les cidres. Prochainement elle entendra le ministre des finances et le directeur général des contributions indirectes pour rechercher avec eux les voies et moyens de compenser le déficit qui résultera de ces dégrèvements.
- Il s agit, en effet, de trouver une somme annuelle de 358 millions. La taxe sur les alcools produit 195 millions Il est donc nécessaire pour rétablir l'équilibre budgétaire d’obtenir une somme de 163 millions. La commission se propose de les réaliser par un. triplement de la patente et de la licence et par une augmentation de la taxe sur les alcools, que l’on porterait de 195 à 200 fr. ainsi que par la suppression du privilège des bouilleurs de cru.
- SUISSE
- 3?rotestation. — Le manifeste suivant a été affiché sur tous les murs de Genève :
- « Citoyens,
- Ce qui ne se voit plus dans les pays civilisés vient de se produire en Russie.
- Une femme, Sophie Perowskaya, vient d’être exécutée.
- Une autre femme, Hesse Helfmann, bien qu’enceinte, est aussi condamnée à mort. Mais on la garde en prison
- jusqu’au jour où elle accouchera, et pendant cinq longs mois elle devra subir cette torture morale, celle de se sentir la corde au cou, sachant que cette corde sera serrée le jour où elle deviendra mère.
- Ce n’est pas tout. C’est trois fois qu’on a exécuté le paysan Mikhaïlof. Deux fois la corde s’est rompue, et trois lois on l’a fait hisser aii gibet, tandis que, même au moyen âge, l’homme avait la vie sauve, si la corde du bourreau venait à se rompre,
- Citoyens,
- De tels actes révoltent les sentiments de l'humanité en'ière. Dans toute la presse européenne ils ont soulevé un sentiment unanime d'indign dion
- Nous ne voulons pas, par notre silence, nous rendre complices de la torture que subit en ce moment une femme, pour laquelle ses droits de mère seront un droit à la potence. Nous ne voulons pas nous rendre complices des actes de barbarie qui se présentent.
- Nous venons exprimer notre indignation et nous ne doutons pas que dans la Suisse iEne s’élève les plus vives protestations contré ce retour à la barbarie des siècles passés. »
- Suivaient ies signatures de sociétés et de citoyens suisses.
- L’affichage avait été autorisé par le département delà police et de la justice. Quelques citoyens l’en ayant blâmé, il a publié ce communiqué :
- Le département de justice et police, auquel les représentants de diverses sociétés suisses avaient Soumis une protestation contre les exécutions des nihilistes en Russie. a refusé deux fois l’autorisation de l’afficher. Il a exigé la suppression de tout terme illégal ou injurieux. Il n’a pas cru pouvoir s’opposer légalement à l'affichage d’une proclamation qui traite la question, non plus à un point de vue nihiliste, mais bien plutôt humanitaire et générai, et qui se borne à demander la grâce d’une femme enceinte et l’abolition des supplices.
- RUSSIE
- Aggravation <lo la situation. — Le tsar a refusé nettement de donner une Constitution au peuple russe. La retraite du comte Loris Melikof serait imminente. La cour et la population sont en proie à un découragement complet.
- Dans l’Ukraine, ie nihilisme commence à se répandre parmi les populations de la campagne.
- A Zivnogrod, il y a eu lutte ouverte entre les paysans et les propriétaires. Dans la lutte, plusieurs personnes ont été blessées et deux tuées.
- ALLEMAGNE
- La persécution des juif*. — La pétition antisémilique remise au prince Bismarck a réuni dans toute l’Allemagne 255,000 signatures, 12,000 proviennent de Berlin, 7,000 du Wurtemberg*, de Baden, de Hohen-zollern, 7,000 de Bavière, 27,000 de Westphalie, 20,000 de la Prusse rhénane. Ge sont donc les populations catholiques qui ont donné le plus de signatures.
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- Le budget. — Le Bulletin des lois de l'Empiw publie la loi fixant le budget de l'Empire allemand pour l’exercice 1881-82. Ce budget se solde par 592,956,551 marks de recettes et de dépenses, dont 511,652,061 marks de dépenses permanentes et 81,304,493 marks de dépenses extraordinaires.
- La plus forte branche des recettes est constituée par les douanes et les impôts indirects, qui produisent ensemble 335,490,150 marks.
- Les contributions matrieulaires fournissent le chiffre
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- respectable de 103,288,523 marks, dont 52,501,405 marks incombant à la Prusse, 20,149,588 marks à la Bavière, 3,810,854 marks à l’Alsace-Lorraine, etc.
- Dans les dépenses permanentes,-le budget delà guerre entre pour 342 millions de marks, sans parler de 51 millions de dépenses extraordinaires.
- Enfin une loi spéciale autorise le chancelier à se procurer par la voie d’un emprunt les 52,427,221 marks, montant des dépenses extraordinaires jugées nécessaires pour le service de s postes et télégraphes, de la marine et de la guerre.
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- L’émigration allem an de . anx Etats-Unis va s’accentuant toujours. Dans la seule journée du 21 mars il est arrivé à Brême plus de 1,100 personnes qui sont embarquées à l’heure qu’il est.
- La GazAte de Cologne dit que la ReichsmiidigkeU (dégoût de l’empire) prend des proportions de plus en plus inquiétantes. Dans la seule ville de Hambourg, 24,635 Allemands se sont embarqués pour l’Amérique, du 1er janvier au 31 mars de cette année.
- Dans les premières années de l’empire, la proportion des émigrants s’embarquant dans cette ville n’était que de 9,000 par trimestre.
- ANGLETERRE
- Une nouvelle société été la paix vient de se former à Londres,
- Elle a pour secrétaire M. Lewis Appleton.
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- Traite êtes Iblanclies. —La Fédération Britannique Continentale pour l’abolition de la prostitution réglementée tiendra une conférence à Londres du 2 au 22 juin.
- La ville de Paris y sera représentée.
- Le lord maire de Londres, qui est membre de la Fédération, recevra les délégués municipaux dans la Mansion Hou&e de Londres, entouré d’un grand nombre de maires et de conseillers des villes de la Grande Bretagne.
- Le but de la réunion est de protester contre la réglementation de la débauche et contre les nombreuses imperfections du régime intitulé, par antiphrase sans doute, la Police des mœurs.
- Mme Butler annonce qu’un membre du conseil communal de Bruxelles a déjà accepté l'invitation du Comité exécutif de la Fédération, en faisant part de son adhésion aux idées et au but de la Société.
- Elle informe également du désir manifesté par le comité de voir les partisans de la « Police des mœurs » prendre part a cette réunion, car la Fédération, dit-elle, « aime beaucoup les discussions rigoureuses et publiques avec ses opposants. »
- - Son mot d’ordre : étant : « La ligne droite, et tout au grand jour. »
- IRLANDE
- ILe» arrestations. — Mattow Harris, un des prévenus dans le dernier procès de Dublin, a été arrêté là semaine dernière en vertu de la loi de coërcition, dans son domicile, à Ballinasloe.
- M. Gordon, autre accusé dans le même procès a été arrêté également à Claremorris, en vertu du même biil de coërcition, pour un discours révolutionnaire qu’il a prononcé, là semaine dernière dans un meeting à Ballin-taffy.
- Le train qui l’amenait à Dublin ayant fait halte à Claremorris, le prisonnier a passé la tête à la portière de la voiture pour dire à ses auditeurs de prendre courage et de continuer à soutenir l’œuvre de la ligue, et que dès Çu’il sera [rendu à la liberté il reprendra la lutte contre
- les propriétaires qui, la veille encore, avaient expulsé à Curraghlea, cinq familles de cultivateurs comptant trente-cinq personnes.
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- La JLaisdL ieagïse a eu, mercredi, une réunion à Dublin; M. Egar, son trésorier, a annoncé que depuis la précédente assemblée générale, l’association avait recueilli douze cent soixante-dix liv. (31,950 francs) dont 1,000 de New-York,
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- Les éviction®. —- Six familles, comptant ensemble quarante personnes, ont été expulsées il y a deux jours de diverses exploitations rurales appartenant à M. Walter Barks. Le sons-shériff du comté de Mayo, qui avait été chargé de l’exécution de l’expulsion, s’était fait escorter par 200 polieemen; une grande agitation règne dans la contrée où l’on annonce un meeting monstre pour dimanche prochain.
- ITALIE
- L’emprnnt italien dont l’ajournement a été décidé à la suite des velléités belliqueuses de l’Italie, ne semble pas devoir revenir sur l’eau avant le règlement du conflit franco tunisien.
- Le groupe de banquiers français qui devait appuyer cette opération, a sagement décidé de s’abstenir, jusqu’à nouvel ordre.
- ROUMANIE
- O© qne coûte la royauté. — La cérémonie du couronnement du roi Charles de Roumanie a été fixée au 22 mai prochain; elle aura lieu à la cathédrale et sera présidée par l’archevêque métropolitain de l’Eglise grecque.
- La couronne royale et les attributs de la royauté seront achetés aux frais de la nation, mais chaque ville de Roumanie se propose de fournir une pierre précieuse achetée par souscriptions volontaires. Les ornements pour la reine seront donnés par la ville de Bucharest ; une souscription qui a déjà atteint 250,000 fr., est ouverte à cet effet.
- La liste civile sera portée de 1,200,000 fr. 43,000,000 fr., et il sera créé un ministre de la maison royale, dont le titulaire ne siégera pas au Parlement et ne fera pas partie du cabinet.
- GRÈCE
- Le tracé cl© la nouvelle irontière est aujourd’hui officiellement connu.
- Nos lecteurs nous auront sans doute gré de le leur décrire d’une manière assez claire pour qu’ils puissent le suivre même sur une carte de petite dimension, et l’y marquer si cela leur convient.
- Commençons en partant de la côte de l’Archipel, sur le golfe de Saloniqpœ
- La nouvelle frontière se détache un peu au sud de la ville de Platamone, à moitié distance entre cette ville et l’embouchure de la rivière Salamwria (l’ancien Penée). Elle descend d’abord un peu au sud ouest, courant sur le sommet du cont-efort de l’Olympe qui domine la célèbre vallée de Tempé. Elle tourne ensuite au nord jusqu'au sommet principal de l’Olympe, sous le 20a degré de longitude est de Paris. Du point culminant de l’01ympe elle gagne le point culminant du Zygos par une ligne sinueuse qui est d’abord au nord puis ensuite au sud mais toujours fort près du 40° degré de latitude ; ce tracé n’ëst pas le même que celui de l’ancienne Thés-
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- salie, mais il s’en éloigne peu. G’est une frontière naturelle qui suit constamment, le faite de partage des eaux de laThessalie et de la Macédoine. Tout le bassin de la Salamvria est annexé à la Grèce, tandis que le bassin de la Vistritza reste intégralement turc.
- Du point culminant du Zygos, sous .le 19° de longi-» tude, la frontière s'avance au"sud-ouest dans la direction de la partie sud du lac de Janina, mais avant de l’atteindre elle rencontre la rivière d’Arta. La frontière suit alors cette rivière jusqu’au golfe d’Arta.
- Par cet agrandissement la Grèce recouvre donc plusieurs des fieux les plus célèbres de son histoire, le Pélion, l’Ossa, le Pinde, un des versants de l’Olympe, tout le bassin du Penée avec la vallée de Tempé, enfin le bassin supérieur de l’Achéloüs. La plaine de Pharsale, non moins célèbre, est aussi comprise dans le territoire annexé.
- Tout le pays annexé forme un territoire de la grandeur de la Normandie, admirable, mais peu peuplé".
- TURQUIE
- La Tbaïjqvaerorato est plus que jamais imminente. Les derniers armements que la Porte a faits en prévision d’une guerre contre la Grèce et les travaux de fortifications "qu’elle avait exécutés sur sa frontière ont mis le comble à sa ruine.
- La position est aujourd’hui irrémédiable.
- La Turquie a une dette énorme dont personne ne connaît aujourd’hui exactement l’étendue. L’année dernière, elle passa, avec un groupe de banquiers de Constantinople, un contrat par lequel elle consentait à régler les sommes considérables que ces banquiers lui avaient avancées pendant la dernière guerre. Elle leur confiait, pour leur garantir le remboursement des nouvelles avances qu’elle en obtenait au moment de la signature du contrat en question, la gestion de certains revenus indirects, tels que l’impôt sur le sel.
- Une clause de la convention consistait en ce que, après l’annuité convenue pour l’intérêt et l’amortisse-ments des avances ainsi obtenues, l’excédent serait réservé pour être affecté au service de la Dette consolidée, en souffrance depuis octobre 1875.
- Cette clause est restée lettre morte. La Turquie a continué depuis, a harceler les banquiers pour en obtenir qu’ils voulussent bien lui consentir de nouveaux crédits.
- On parle, aujourd’hui, d’une autre combinaison. Il s’agit d’un projet de régie coïntéressée des tabacs. Les produits de la régie coïntéressée seraient affectés à l’intérêt et à l’amortissement de la dette flottante, c’est-à-dire, de la dette ayant fait l’objet du contrat précité. Les créanciers de la dette flottante renonceraient à leurs droits sur le sel et autres revenus qui leur étaient précédemment affectés, lesquels revenus seraient abandonnés en totalité aux créanciers ordinaires.
- Ce projet est très beau, mais il ne dit rien qui vaille. Ceux qui affectent de le prendre au sérieux savent parfaitement à quoi s’en tenir. C’est tout simplement de la poudre aux yeux. Pour que les banquiers osent encore préconiser de nouvelles combinaisons sur les finances turques il faut qu’ils aient jeté aux orties toute espèce de scrupules. Et pour que les fonds turcs trouvent encore des amateurs, il faut que l’aveuglement du public dépasse toutes les bornes.
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- L’agitation en Albanie. — On sait que les I populations albanaises, quoique tyrannisées par les ! Turcs, ont voué aux Grecs, leurs anciens confrères de | servitude, une haine à mort. I
- Depuis que l’agrandissement de la Grèce est chose { décidée la rage des Albanais n’a plus de bornes. |
- Dervisch pacha,à la tète de 10,000 hommes de troupes | turques régulières, a eu le 21 de ce mois une rencontre | sanglante près de Yerschirovice avec les Baschibouzouks !
- albanais, qui ont été défaits. Le Pacha turc avait sous ses ordres le général Osman Pacha, Mustapha et Ibrahim Pacha.
- Ce combat a duré depuis huit heures du matin jusqu’à six heures du soir, et a été une vraie bataille en règle, dans laquelle la victoire est restée du côté des troupes régulières, grâce à l’artillerie qui faisait complètement défaut aux Baschibouzouks.
- Ces troupes irrégulières voulaient tout simplement descendre de leurs montagnes albanaises pour donner, comme elles disaient, une bonne leçon aux Grecs. C’est elles qui ont reçu la leçon.
- PÉROU
- Hui giiorro. — On écrit de Lima :
- Un autre ennemi, c’est la grande misère, et enfin,pour comble, les champs de bataille sont encore couverts de morts et on peut s’attendre à une peste, car il fait une chaleur de 35 degrés ; il paraît qu’on ne peut pas approcher ces parages à une demi lieue de distance ; les cadavres sont là depuis dixjours et personne ne s’en occupe, excepté des nuées de « gallinazos *. espèce de petits vautours qui les dévorent petit à petit. — Beaucoup de familles notables, étrangères et péruviennes, sont parties ou vont partir.
- MAROC
- LeM intrigues allem.a,ti<Ies. — Depuis plus de deux ans nous groupons les rares renseignements qui parviennent à la presse française sur la situation de l’empire marocain.
- Nous suivons, autant que cela est possible vu l’insuffisance des renseignements, les agissements de l’Allemagne et de l’Espagne dans ce pays. L’influènce allemande tend à y devenir beaucoup plus puissante que celle de l’Espagne. Ces influences sont d’autant plus à craindre que l’autorité du souverain marocain devient de plus en plus incomplète.
- Yers la fin de 1880, nous avions été étonnés des rapports hispano-allemands concernait les questions de Gibraltar, de Ste-Groix (côte marocaine) etc. Aujourd’hui nous nous demandons ce que peut signifier la présence d’un navire de guerre allemand à Lisbonne et d’un autre à Cadix, tandis qu’un troisième la Victoria, revient de la côte de Guinée pour se ravitailler dans le port même de Ste-Groix, sur la côte marocaine.
- Si cette réunion à proximité du Maroc de trois des plus grands navires de guerre allemands est toute fortuite,, certes il faut en convenir, depuis bien longtemps on n’a constaté une pareille coïncidence.
- Mais, supposons un moment, ce qui dans un pays comme le Maroc est très admissible, que grâce à la fermentation qui règne parmi tous les Musulmans des Etats barbaresques, des fanatiques tirent quelque - coups de fusil sur l’équipage de la Victoria, quelles seront lès conséquences d’un tel acte commis contre le droit des gens ? Il n’est pas difficile de le__ deviner : une occupation directe et immédiate d’une partie du Maroc par un corps d’armée allemand, qui ne mettrait certainement pas 30 jours pour arriver de Wilhelmshaven sur les côtes atlantiques de l’empire barbaresque.
- Peut-être trouverait-on, en réfléchissant un peu, qu’il y a une singulière coïncidence entre des intrigues allemandes au Maroc et la conduite de la diplomatie allemande dans la question de Tunis. Si M. de Bismarck paraît si satisfait que la France s’occupe des Kroumirs, c’est peut-être parce qu’il pense que pendant ce temps-là il pourra agir dans le Maroc sans que la France songe à s’en préoccuper.
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- LA TUNISIE & LES INTÉRÊTS DE LA CIVILISATION.
- L’attitude de la presse au sujet des affaires de Tunisie s’est sensiblement améliorée depuis quelques jours. L’émotion de la première heure a fait place à un jugement plus réfléchi, â une compréhension plus exacte des faits. Deux grands journaux continuent * à se montrer belliqueux, mais ils restent isolés ; les autres ont changé de ton, soit qu’ils aient senti que l’opinion publique ne les approuvait pas, soit qu’ils aient compris tout ce qu’il y avait d’excessif à invoquer la gloire des armes quand les pays en présence sont de forces aussi disproportionnées que c’est aujourd'hui le cas.
- Toutefois au milieu de cet apaisement général une opinion nouvelle s’est fait jour, demandant que l’autonomie de Tunis soit sacrifiée aux intérêts de la civilisation.
- Les raisons qu’invoquent les partisans de cette idée, hommes de valeur du reste, sont nombreuses. Nos nationaux, disent-ils, sont en but en Tunisie à de mauvais procédés ; le bey est impuissant à garantir leur sécurité et même celle de ses propres sujets; enfin la population tunisienne ne sait tirer aucun parti de la situation commerciale et des ressources naturelles du pays. C’est donc, déclarent-ils, une perte pour la civilisation, perte à laquelle les peuples civilisés sont en droit de mettra fin. Ou ajoute que deux pays, la France et l’Italie, sont tout naturellement désignés par leur situation pour rendre ce service à la cause du progrès. Conclusion-: qu’ils s’emparent de la Tunisie et la partagent d’un commun accord : l’intérêt de la civilisation comme celui des indigènes n'auront qu’à y gagner.
- En dépit des apparences cette thèse est vicieuse.
- Elle désigne très nettement le but à atteindre : avèfcement en Tunisie d’un état de choses tel qu’il soit profitable aux indigènes et aux étrangers, mais elle néglige l’appréciation morale du moyen. Les champions de cette thèse, tout à la préoccupation de l’heureux résultat à obtenir, ne s’aperçoivent pas qu’ils appliquent à Tunis cette dangereuse maxime que la fin justifie les moyens. Etrange contradiction ! Ils veulent civiliser une contrée et pour y parvenir'ils ont recours à ce qu’il y a de moins civilisateur au monde, la conquête !
- Non, quoi qu’on en puisse dire, les moyens employés ne doivent jamais être tels qu’ils aient besoin de trouver dans leur résultat une justification : ils doivent se justifier par eux-mêmes. Il est toujours
- i possible de parvenir à un but louable sans avoir à recourir à des moyens qui ne le sont pas'. Nous disons plus : il n’y a qu’une seule manière de parvenir à un bien réel durable, c’est de s’y acheminer par des moyens qui lui soient strictement conformes. L’injustice ne saurait conduire à la justice ; celui qui sème l’ivraie ne saurait recueillir du bon grain.
- Voilà ce qu’ont perdu de vue les défenseurs de la thèse dont nous parlions tout à l’heure. Ils parlent de supprimer une nationalité, comme si un peuple quelconque avait le droit d’agir ainsi. Prenez garde ! nier le droit d’un autre peuple à l’existence c’est nier du même coup notre propre droit. Le droit est identique pour chacun ou bien il n’existe pas.
- Ces considérations suffiraient à nos yeux pour réfuter la thèse en question. Malheureusement le public est peu sensible à la valeur des principes ; il attache plus d’importance aux faits.
- Eh bien ! dans la question qui nous occupe, les faits s’accordent avec les principes et leur donnent raison.
- L’action des peuples occidentaux a été parfois précieuse et parfois funeste aux peuples sur lesquels elle s’est exercée.
- Quand cette action a eu la conquête pour origine, elle a été funeste ; quand elle n’a eu pour origine que la supérioté des lumières et de l’activité, elle a été précieuse ; tant il est vrai que la bonté du moyen est la condition de la bonté du résultat.
- Quand les peuples occidentaux subjugent d’autres peuples, ils sont loin de leur inculquer les avantages de la civilisation ; quelques fois ils les condamnent à disparaître, comme c’est le cas en Océanie ; d’autrefois ils leur inculquent des vices et rien de plus, comme on le voit dans les deux Amériques. Il peut arriver aussi que les populations auxquelles on s’adresse aient, comme c’est le cas pour les Arabes, une très haute opinion d’eux-mêmes. En ce cas la population soumise se montre réfractaire à tout progrès dans les mœurs. Elle s’obstine à rester ce qu’elle était. Elle fait même de ce conservatisme à outrance une sorte de protestation passive et muette contre ses dominateurs.
- L’Algérie en fournit la preuve. Voici plus d’un demi-siècle que nous occupons ce pays et c’est à peine si nous avons amené quelques douzaines d'Arabes à l’état civilisé tel que nous le comprenons.
- Ne parlons donc pas de conquérir les peuples peur les civiliser.
- Il en est de même pour les territoires. Il est éminemment désirable que les richesses naturelles des pays peu ou pas civilisés soient exploitées. La colo-
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- nisation est un bienfait. Mais s’il faut acheter ce bienfait au prix de la conquête, c’est le payer plus qu’il ne vaut. C’est ainsi que l’Algérie, pour une colonisation assez restreinte malgré un demi-siècle d’efforts, nous a coûté près de deux milliards de francs, sans compter les milliers et les dizaines de milliers d’existences humaines sacrifiées. Aujourd’hui encore elle nécessite le maintien d’une armée spéciale qui coûte cher et qui prive le pays d’un nombre considérable de bras. L’insignifiance des avantages réalisés par la colonisation de l’Algérie est hors de toute proportion avec l’énormité des sacrifices qu’elle a nécessités. Et tout cela parce que cette colonisation a été la suite de la conquête.
- Combien différente est la prospérité des pays où l’action des nations européennes, au lieu de se traduire en guerre, s’est tournée vers le travail et l’adoucissement des mœurs ! Il y a des pays dans ce cas, l’Egypte et le Japon par exemple. La civilisation occidentale a respecté l’autonomie de ces peuples tout en tendant à les élever à son niveau Les résultats sont un titre d’honneur pour l’Europe, beaucoup plus glorieux que les faits d’armes les plus brillants.
- En Egypte l’agriculture s’est répandue, les chemins de fer, les phares, les digues, les télégraphes se sont construits, le plus important canal du monde a été ouvert, la navigation à vapeur remonte et redescend le Nil ouvrant ainsi au commerce de l’Europe le cœur du continent africain. Et la sécurité publique est parfaite, beaucoup plus complète que dans certains pays d’Europe, l’Italie et l’Espagne par exemple.
- Au Japon la transformation a été bien plus radicale encore. En quelques années un peuple qui avait sous beaucoup de rapports nos mœurs du'xii® siècle s’est mis tout d’un coup à vouloir nous rattraper. La torture a été supprimée, le régime féodal renversé, les idoles vendues à des musées européens, la poste, l’instruction publique, la marine commerciale, le corps consulaire organisés. Le Japon a des phares électriques sur ses côtes, des chemins de fer et des télégraphes à l’intérieur, des services publies de téléphones dans sa capitale, même des sismographes sur ses volcans, permettant de prévoiries éruptions. Il a adopté le système métrique, les chiffres arabes et les caractères latins ; il a créé et entretient à grand frais des facultés et de nombreuses écoles où sont enseignées toutes les langues et toutes les sciences de l’Europe. Il y a plus, des Japonnais ont déjà fait des découvertes de quelque importance dans les sciences qu’ils se sont si rapidement assimilées.
- Voilà ce que la civilisation par son contact pacifique a réalisé en quelques années chez le peuple le plus fermé jusqu’alors à toute innovation. Pensez vous qu’elle aurait obtenu ce résultat si elle s’était fait connaître aux Japonnais en leur trouant la poitrine par des éclats d’obus ou en leur fendant la tête à coup de sabre ?
- Une œuvre de civilisation pacifique moins prononcée mais très réelle était en train, de s’effectuer à Tunis au moment où ce petit pays est devenu le damier sur lequel des compagnies et des spéculateurs ' français et italiens sont venus.engager une partie.
- On se tromperait du tout au tout si l’on considérait la Tunisie comme un état fermé aux progrès de la civilisation. Les hordes indépendantes de l’Ouest, Kroumirs et Ouchetas, vivent dans un état voisin de ’ la barbarie,mais la régence proprement dite n’en est pas là. La domination turque l’a ruinée, mais depuis qu’elle s’appartient elle a fait de constants efforts pour se relever. Durant le ministère de Kaïr Ed Diüe, homme instruit et ami des Européens la Tunisie a fait de grands pas dans la voie du progrès. Jusqu’au jour où les spéculateurs européens sont entrés en rivalité sur son territoire, la régence marchait à la civilisation, d’un pas-lent, ilest vrai, mais continu. Près de 140 kilomètres de chemins de fer sont exploités en Tunisie, et d’autres seraient déjà construits sans la compétition des compagnies. L’agriculture s’est développée dans le pays et le commerce de Tunis a pris des proportions considérables. De jour en jour la sécurité des personnes devenait plus complète. Avant l’agitation actuelle — dont le caractère, espérons le, est tout momentané — la sécurité était plus grande dans la régence que dans certaines parties de la Corse, de la Sicile ou de l’Espagne. Dans la capitale elle était sans contredit plus complète que dans la plus grande ville d’Italie, Naples, où la camorra florit plus que jamais.
- L’intérêt de la civilisation est de ne pas stériliser ce mouvement en froissant dans le peuple tunisien le sentiment qui lui est le plus cher, l’attachement à son pays. En voulant lui imposer la civilisation nous la lui ferions exécrer. Au contraire, en paix avec le bey — bien entendu une fois les pillards de la frontière châtiés et réduits à l’impuissance, et le Bey actuel remplacé par un autre si cela est absolument nécessaire — nous pourrons entretenir avec ses sujets des relations commerciales Selon toute vraisemblance ces relations seront plus étendues encore que par le passé, car la crise actuelle aura eu cela de bon, d’attirer l’attention de l’Europe vers ce coin du monde si favorisé mais si peu connu. Le mouvement civilisateur déjà commencé s’accen-
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- tuera; des hommes actifs et entreprenants viendront d’Europe, implanter leurs industries dans ce pays neuf, tirer parti de ses ressources naturelles, le tfôconder par l’apport de capitaux du dehors et par le décuplement de l’activité. Si même, à ce moment, l’Italie et la France, au lieu de se paralyser mutuellement* de perdre du temps et d’engouffrer des forces dans' une compétition de prédominence, comprennent qu’elles ont tout intérêt l’une et l’autre à unir leurs pacifiques efforts, à les fondre en une commune action bienfaisante, elles arriveront petit à petit à entraîner les indigènes dans le mouvement civilisateur, à adoucir leurs mœurs, à les initier à ce que l’état civilisé a de bon et de beau.
- Le résultat désiré aura été obtenu, obtonu plus complet que par aucun autre procédé, et obtenu par la seule force des moyens légitimes.
- Ed, Chàmpury.
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- DISCOURS DE M. JULES FERRY
- La réunion des sociétés savantes de province a été clôturée à la Sorbonne par un superbe discours du ministre de l’instruction publique.
- En voici quelques passages :
- Au lendemain de la catastrophe de 1870, quand nous fîmes l'inventaire de nos richesses et de nos pertes, l’enseignement supérieur, on peut le dire* ne possédait pas de locaux en province.
- Il était logé misérablement* il était logé honteusement ; rien en effet n’est plus honteux pour une grande nation, rien n’est plus misérable pour une grande démocratie que de loger mal la science ; car, plus son niveau est élevé, — et c’est là la source môme de la grandeur de la science, — plus les masses populaires sont intéressées a l’élévation de ce niveau.
- Nous avons également fondé trois écoles supérieures à Alger; nous faisons en ce moment une école d’archéologie au Caire.
- Je voudrais m’adresser particulièrement, a dit M. Ferry à ces sociétés des beaux-arts, et je voudrais, puisqu’elles sont à l’aurore des grandes destinées qui les attendent, à mon sens, leur dire, encore une fois, le service que nous attendons d’elles, l’œuvre que nous voulons leur voir entreprendre, l’esprit dans lequel cette œuvre doit être énergiquement suivie.
- Il s’agit là, messieurs, d’un bien grand intérêt pour notre société démocratique ; il s’agit tout simplement de faire l’éducation artistique de l’ouvrier français et de la nation française.
- Oui, faire l’éducation artistique de l’ouvrier français, voilà une des œuvres que la société démocratique'moderne doit regarder en face, doit poursuivre et mener à fin. Pourquoi? Ah 1 messieurs, c’est qu’il y a deux manières de concevoir l’art* l’influence et l’action des beaux-arts Il y a un point de vue aristocratique ancien, si vous voulez, et il y a un point de vue vraiment moderne et démocratique.
- Considéré au point de vue de la société ancienne, au point de vue aristocratique, l’art, c’est la jouissance de quelques-uns, c’est la parure d’une élite sociale; mais pour une société comme la nôtre, pour une démocratie vivante comme la nôtre, l’art, messieurs, c’est surtout et avant tout un grand moyen d’éducation populaire.
- Faire l’éducation artistique de l’ouvrier français, ce n’est pas seulement lui rendre un service économique dont les dernières expositions ont pu faire apprécier à tout le monde l’importance et la grande urgence, mais c’est rendre en même temps au pays un grand service moral, social.
- L’art, ainsi compris comme moyen d’éducation populaire, est-ce que ce n’est pas, messieurs, le plus énergique, le plus puissant moyen de fusion des classes ? Est-ce que ce n’est pas le propre. l’houDeur et la vertu particulière des jouissances artistiques, de pouvoir se partager indéfiniment ?... Est-ce qu’à ce banquet, le nombre des convives peut être limité? Est-ce que, dans ce premier des biens de ce monde, ce n’est pas la communauté des biens qui est la loi générale.
- Eh bien ! fondez les classes de cette nation dans la même éducation artistique, faites pénétrer le sentiment du beau, le goût de ses splendeurs, la connaissance de son histoire dans vos écoles primaires, dans vos écoles professionnelles ; réveillez l’artiste chez l’artisan, et vous aurez fait pour la fusion des classes et pour la grandeur du pays, beaucoup plus que par des mesures plus pompeuses et plus retentissantes !
- Croyez-vous qu’on ait vu à une autre époque de notre histoire un mouvement plus intéressant et qu’on ait eu à contempler un plus noble spectacle que celui que donne depuis cinq, six* dix ans la masse du pays républicain, représenté par des municipalités républicaines, De ces innombrables administrations tranformées par le suffrage universel, de ces municipalités républicaines auxquelles la volonté du pays a remis l’aaministra-tiou locale, quel est le cri qui s’élève, qui domine, qui dépasse, qui étouffe tous les autres ? Des écoles l des écoles l
- La passion des écoles est devenue la passion maîtresse, en quelque sorte, de nos administrations locales. Ici, c’est un petit village qui rougit du triste et humiliant logis dans lequel les enfants de la commune apprennent à lire et à écrire. Autrefois, messieurs* le paysan n’aimait que la terre; on peut dire qu’aujourd'hui il aime l’école presque autant que la terre, puisque du capital qu’il économise à la sueur de son front pour acquérir de la terre, il détourne une partie pour construire l’école.
- Non-seulement il paye l’école, mais, chose admirable, étonnante, exceptionnelle, il la paye, cette école qu’il a voulue.
- Et, à l’autre degré de l’échelle, voilà, comme je vous le rappelais tout à l’heure, lés conseils municipaux des grandes villes, les élus des populations ouvrières, qui veulent à côté des écoles primaires, sans doute, mais ayant tout et par dessus tout des établissements d’enseignement supérieur ; voilà des départements qui se grèvent et qui se saignent pour fonder des écoles normales d’instituteurs et d’institutrices. Yoilà telle petite ville qui brille de transformer à grand prix d’argent, le collège communal en lycée, et voilà à l’horizon de tous, comme un rêve espéré, comme le gage de l’avenir, les lycées de filles, l'établissement d’un" enseignement supérieur de filles qui rallie toutes les émulations, toutes les générosités.
- C’est là, messieurs, un grand, c’est là un noble, c’est là un rassurant spectacle, et, je me permets de le dire aux hommes de savoir qui m’entendent, s’il y en a encore parmi eux qui hésitent, qui craignent, qui se défient, qu’ils ouvrent les yeux et qu’ils regardent cette grande démocratie française, si récemment émancipée ; qu’ils se demandent si l’on ne peut pas, si l’on ne doit pas avoir confiance en elle, quand on la voit ainsi, du premier jour où elle a ôté libre, au lendemain des plus grands malheurs imposés à une nation, chercher sa route dans l’obscurité, ne pas hésiter, ne pas se tromper, ne pas choisir et aller tout droit vers la lumière, vers la science.
- Est-ce qu’une société ainsi fondée peut être en péril? Est-ce que vous pouvez rêver dans l’histoire un régime plus capable d’honorer le gémis et le talent? Est-ce que vous pouvez rêver une société plus respectueuse pour
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- l’intelligente ? Est-ce que vous avez jamais rencontré une démocratie dont le rêve est le savoir, une démocratie doDt la faim est la science, et qui met au-dessus de toutes les faims, de tous les besoins, cette grande faim intellectuelle, cet admirable amour de savoir,cette sainte curiosité qui est la noblesse, le type de grandeur qui restera la marque historique de notre géuération.
- Eb bien, messieurs, je me permets de le dire aux savants ici assemblés, à ceux d’entre ceux qui hésitent encore : Rapprochez-vous de cette démocratie éprise de savoir, dévorée de cette sainte curiosité; laissez-vous porter par ce courant qui ne vous portera pas aux abîmes, qui vous portera vers le bien, vers les grandes choses, vers l’harmonie sociale, vers la solution de tous les problèmes par la paix et par la confiance, et laissez-vous aller à ces couches nouvelles. Ces terres-là sont jeunes, messieurs, et les terres jeunes sont les plus fécondes. Les démocratie qui viennent de s’affranchir, qui sont encore chaudes de la lutte, qui sortent du champ de bataille sont portées à méconnaître le passé ; elles sont trop rapprochées de la servitude pour savoir démêler ce qu’il y a dans l’histoire du passé de grand, de permanent, et la grande filiation du présent se prolongeant dans les entrailles du passé.
- ' Mais les démocraties arrivées, comme la nôtre, rassurées sur les retours offensifs de l’ancien régime, ces démocraties-là, messieurs, s’aperçoivent bien vite qu’elles ont des ancêtres; que l’histoire n’est qu’une filiation, qu’elles profitent à l’heure présente de l’héritage d une longue accumulation de labeurs provenant des générations passées, et que les révolutions, au lieu d’être conçues comme des accidents arbitraires, sont tout simplement des dénouements historiques.
- La démocratie contemporaine comprend cela, elle est toute prête à écouter vos leçons, toute prête à saluer pieusement comme vous, dans les monuments ou dans les récits du temps passé, l’image vivante du vieux peuple de France, et le génie impérissable de la patrie.
- Je le dis donc à tous, je le dis à ceux qui nous refusent encore leur confiance : essayez; venez-y! Vous êtes les aînés de cette démocratie : instruisez-là!
- Elle vous payera non-seulement en reconnaissance acquise, mais avec cette promptitude, cette admirable facilité d’assimilation qui caractérise à un si haut degré notre race. Venez à cette démocratie, la plus ouverte, la plus intelligente de toutes les démocraties.
- Oui, messieurs, il y a place pour tout le monde dans une République qui, au lendemain des crises les plus terribles, a trouvé dans la confiance nationale cette devise qui doit rester la nôtre :
- Le rachat de la patrie par le travail et par la science.
- Hirondelles
- Les hirondelles ne vont pas tarder à reparaître. M. de Cherville consacre à ces charmants oiseaux un long article où nous prenons le passage suivant :
- « N’étaient les exigences de la migration et aussi la difficulté de fournir pendant l’hiver à une alimentation spéciale, l’hirona^lle eût été certainement domestiquée pour prendre place dans nos volières. L’instinct de sociabilité qui après avoir groupé la race, l’a rapprochée de l’homme, n'a point dit son dernier mot.
- » Les exemples d’hirondelles parfaitementapprivoisées sont si multipliés que nous n’avons pas besoin de les citer ; malheureusement le dénouement est toujours lugubre : nécessité de rendre à la liberté la prisonnière à une heure trop tardive, où son isolement dans la lointaine traversée lui sera fatal ; désespoir de l’éducatrice, quelque bonne petite fillette à laquelle la séparation va coûter des larmes amères et qui se reprochera cruellement d’avoir été, par ses hésitations, la cause de la triste destinée de sa protégée.
- » Il faut bien l’avouer, ni la reconnaissance ni la sympathie que notre espèce inspire à ces oiseaux ne prêva-len t contre la loi supérieure qui commande le départ.
- Une jeune fille avait élevé trois petites hirondelles tombées d’un nid détruit par un orage ; el.es étaient charmantes, parfaitement familières, et voletaient dans l’appartement ; au commencement d’octobre, je lui conseillais de leur ouvrir la fenêtre: elles prirent leur essor au dehors,se mêlèrent a leurs compagnons et les suivirent dans les volutes de leur vol ; mais c_e jour-là, comme les suivants, elles rentrèrent plusieurs fois dans la journée dans le salon.et tous les soirs dans leur cage. Cependant,le jour du grand rassemb eurent elles ne'revinrent pas comme d’habilu e à leur gîte, et le lendemain elles avaient disparu avtc leurs Hjeûrs.
- » Dans l'état de liberté, notre préseuce n’excite chez cet oiseau qu’une médiocre appréhension.
- » Rien de plus commua que de le voir établir son nid dans uu grenier, dans une grange assez fréquemment visités. Un couple d’hirondelles avait attaché sa bâtisse à une solive d’un cellier ; un jour, en y entrant, j’aperçus uu des petits, à peine couvert de plumes, qui était tombé sur le plancher ; la mère volait autour de lui en poussant de petits cris.
- » Je ramassai ce naufragé de la terre ferme, et, grimpant sur un tonneau, je n’avais pas encore retiré la main que l’hirondelle se précipitait de son plein vol par l'étroite ouverture, s’installait sur sa nichée, et, les ailes à demi étendues, le bec entr’ouvert, haletante encore de l’angoisse qu’elle venait d’éprouver, elle fixait sur moi ses yeux noirs et brillants comme deux perles de jais, sans s’effaroucher du voisinage de mes doigts. Je ne prétendrai point que ce regard me remerciait éloquemment du service que je venais de lui rendre, mais il'me disait certainement que l’oisillon était bien sûr que je ne lui voulais aucun mal. »
- «-ir» O «TM—m
- NOUVELLES DIVERSES
- Les femmes et l’enseignement. — Nous lisons dans le compte rendu publié par le Temps, de la 2* séance du Congrès de la Ligue de i’Enseiguement les lignes suivantes :
- Un incident sympathique est venu ensuite distraire le congrès de sou ordre du jour.
- Le président a averti l’assemblée qu’uue dame de Suisse, Mme Rosen Dufaure, présente à la séance, demandait à faire une communication.
- Mme Rosen-Dufaure s’est avancée et, d’une voix claire, posée,avec une siacérité persuasive,elle a exposé ses vœux.
- « Je ne viens pas, messieurs, a-t-elle dit eu substance, réclamer ici pour l’émancipation absolue de la femme ; il en est qui se sont acquittées d’une façon quelque peu maladroite de cette tâche et qui ont ainsi compromis une cause juste. Mais la femme a des droits, et dans quel domaine pourrait-elle mieux les exercer que dans ce.ui de l’euseiguement ? Nous sommes des épouses,des mères; c’est à nous de diriger l’éducation des jeunes filles, a leur apprendre à s’occuper d’autre chose que de colifichets. Nous venons donc, messieurs, vous apporter notre part, c’est-à-dire tout notre cœur, notre esprit, notre bon vouloir ; vous ne refuserez pas ce concours. Notre ainbitiou est de montrer que l’éducation peut faire des femmes intelligentes, qui soient, en même temps, des femmes de ménage : i’un n’exclut pas l’autre, au contraire. Je demande qu’un article additionnel aux statuts du congrès autorise l’admission dans les cercles de la Ligue de femmes dévouées aux progrès de l’instruction. »
- Ce speech a été suivi de vifs applaudissements. M. Jean Macé a remercié Mme Rosen Dufaure. — « Il n’y a malheureusement guère de femmes aujourd’hui, a-t-il dit, qui s’occupent d’instruction privée ; mais il y en aura. »
- Quant à l’article additionnel, il était inutile de le mettre aux voix, la Ligue ayant toujours reconnu et pratiqué l’admission des femmes dans ses cercles.
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- Le chauviuisme enfante la cruauté.
- — Un mot atroce :
- « La presse algérienne ne paraît éprouver qu’une crainte, c'est que nos officiers ne soient trop portés à accorder facilement Y aman aux indigènes. On demande des instructions sévères afin que toutes les redditions se fassent à discrétion. »
- Un correspondant de la France.
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- li’emme compo^itenr. — Dimanche dernier, immense succès a accueilli aux concerts Pasdeloup, la grande cantate en quatre parties, les Argonautes, paroles et musique de Mme Augusta Holmès.
- Encore an chemin de fer transcontinental américain, — On s’occupe au Texas et en Californie de la construction d’un chemin de fer transcontinental dès longtemps projeté, celui dit * du 35° parallèle, » ainsi nommé parce qu’il suivrait en général la direction marquée par le 35e degré de latitude.
- Ce ne serait en réalité que le prolongement occidental jusqu’au Pacifique de la ligne Àtchinson. Topeka et Santa (Nouveau Mexique). Il y a plus de 450 milles à construire.
- L’Amérique du Nord, une fois cette ligne construite et celles qui sont en construction terminées, ne comptera pas moins de 5 lignes réunissant l’Atlantique au Pacifique :
- 1° La ligne Canadienne.
- 2° Le « Northern Pacific » ou ligne de l’Orégon.
- 3° L’ « Union Pacific » plus au sud.
- 4° Le « Central Pacific » plus au sud encore (Chicago-Omaha-San-Francisco).
- 5° La ligne du 55e parallèle.
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- L’ivrognerie en Russie. — L’ivrognerie continue à faire de grands ravages dans les campagnes. D’après les données rassemblées par la délégation du zemstwo de Moscou, la population abandonne de plus en plus les exploitations agricoles ; sur 200,000 ménages, 122,000 seuls travaillent leurs champs ; 16 3/4 0/0 des terres restent tout à fait abandonnées. L’augmentation de la population rurale n’a été depuis vingt ans que de 7 0/0 dans cette province. Deux mille cabarets établis sur les terres communales des paysans du gouvernement de Moscou, soit un cabaret pour 16ô habitants mâles, y encouragent l’ivrognerie et sont une cause de ruine, car la consommation de l’eau-de-vie engloutit 15 0/0 des recettes d’un ménage de paysans (225 roubles). Dans le gouvernement de Vilna, le délit illicite de l’eau-de-vie est estimé à 90 0/0 de toute la quantité des spiritueux consommés.
- Le commerce de l’opium. — Les Anglais en 1840 et 1842 firent 2 campagnes contre la Chine et brûlèrent quelques villes chinoises parce que le gouvernement du céleste Empire voulait interdire à ses sujets de s’énivrer de ce dangereux poison, l'opium, que les colons du Bengale leur fournissaient.
- Longtemps en Angleterre on trouva cette monstruosité très légitime.
- On revient aujourd’hui de cette erreur. Nous avons sous les yeux un appel de la Société des amis (Quakers) de la Grande Bretagne dans lequel cette Société réclame.
- 1°Que le gouvernement britannique n'ajourne pas plus longtemps l’exécution du traité de Cheefoo.
- 2° Qu’il cesse d’accorder des autorisations pour la culture de l’opium dans l’Inde.
- 3° Qu’ il coopère cordialement avec lé gouvernement Chinois dans le but d’amener la suppression du commerce régulier de cette substance nuisible et de prévenir la contrebande.
- Miss&re on Ii'iaiule. «— Voici les impressions qu’un reporter du Daily Telegrapk rapportait, il y a quelques mois, du comté de Mayo, où la famine décimait les Irlandais.
- Les huttes des paysans m’ont paru les plus horribles demeures que j’aie vues habitées par des êtres humains. La plupart des cottages devant lesquels j’ai passé n’avaient pas de croisées. Tous avaient pour plancher la terre boueuse; un grand nombre n’avaient que des murs de boue et des toits laissant passer la pluie. Dans presque tous, j’ai vu des porcs coucher pêle-mêle avec les enfants... J’ai parcouru bien des pays, j’ai vu bien des peuples regardés comme opprimés, mais je déclare : ni dans les steppes russes,ni dans les villages perdus de la Bulgarie, ni dans les plus pauvres hameaux hindous, je n’ai vu des tanières aussi hideuses que celles des fermiers du comté de Mayo. Et ces horreurs ne sont pas cachées au fond des campagnes, elles s’étalent le long des grandes routes comme pour témoigner de la déplorable adminstration du pays. Un officier qui venait de faire la guerre dans le Zoulouland me disait qu’il n’avait rien vu d’approchant chez les Gafres.
- (Etats-Unis d'Europe).
- MISÈRE EN IRLANDE ET REMÈDES
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- On sait que le gouvernement anglais préoccupé de la crise agricole des dernières années, a nommé une Commission spéciale chargée de rechercher les causes de cette crise, d’indiquer les remèdes à y apporter et d’en prévenir le retour.
- Cette commission a fait son rapport après avoir, ainsi qu’elle ledit elle-même, consacré une grande partie de son temps à recueillir, tant à Londres qu’à Dublin, tous les renseignements ayant trait principalement à la situation de l’Irlande.
- Ce qui suit est une analyse fidèle du document en question.
- Préliraïnaireis
- La commission admet et l’opinion générale est : s que la différence la plus frappante dans les rapports de Landlord à fermier, tels qu’ils existent en Irlande, en Angleterre et en Ecosse, consiste dans la proportion des améliorations et des constructions qui sont en Irlande à la charge du tenancier et non du Landlord. » La loi de 1870 (the landlord and tenant act) dont le but était de modifier les dispositions légales relatives à la propriété territoriale et au fermage en Irlande a certainement offert des avantages exceptionnels aux cultivateurs de cette contrée ; néanmoins leur situation est restée des plus précaires. Le pays, dans la nature de son sol,dans ses qualités géographiques, offre tant de variétés que tels remèdes bons pour telle ou telle partie sont sans efficacité pour telle ou telle autre.
- Situation, générale
- Après avoir simplement constaté que, à l’instar du reste du Royaume-Uni, l’Irlande a grandement souffert de la crise agricole dans les années i877-78-79, MM. les commissaires avouent cependant qu’elle a. été plus cruellement éprouvée que l’Angleterre et l’Ecosse, et ceci par le fait de l’absence complète de l’industrie manufacturière ei de maintes autres ressources que le travailleur peut trouver dans les autres parties du Royaume-Uni. Il est également hors de doute que la misère s’étant abattue avec la plus grande rigueur sur
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- les petits fermiers, un nombre considérable d’entre-eux sont insolvables et ne doivent d’être encore debout qu’à l’abondante récolte de l’année qui vient de s’écouler.
- Ceci embrasse la généralité du pays ; mais si l’on prend à part les districts de l’Ouest, on constate que, ne paieraient-ils même pas de fermage, les petits tenanciers ne pourraient vivre de leurs chétives récoltes. Aussi, après avoir planté leurs pommes de terre et coupé leur tourbe, vont-ils dans la Grande-Bretagne pour tâcher d’y gagner quelque argent. Puis ils rentrent chez eux bêcher leurs racines, empiler leur combustible et là, le plus souvent sans occupation, passent l’hiver dans leurs cabanes, véritables bicoques, les plus misérables qu’il soit possible de voir. Dans ces dernières années,la même ressource dont il vient d’être question : de gaguer quelques shillings au dehors, leur a lait complètement défaut.
- En résumé on attribue la détresse à :
- 1° L’intempérie des saisons ayant* pour conséquence le manque complet de la récolte des pommes de terre ;
- 2® La concurrence étrangère;
- 3° Un excès dans le crédit produit, en partie, par la sécurité que présentait la loi de 1870, et en partie par une série de saisons antérieures favorables;
- 4° La demande effrénée de la terre, demande due à ce que, dans le pays, il n’y a pour ainsi dire pas d’autres ressources pour la population que la culture. De là de graves abus que la commission n’a pu s’empêcher de reconnaître et qui sont les suivants :
- (a) Paiements exorbitants pour le tenait right.
- (fi) Augmentation arbitraire des prix de fermage.
- (c) Excès de population dans certains districts.
- (d) Subdivision des fermes à l’infini.
- Emigratioa et migration
- La preuve étant acquise que, dans certaines parties de l’Irlande, la détresse agricole a son origine dans l’excès de population trop nombreuse pour pouvoir être employée avec fruit à la culture du sol, ou tout au moins pour vivre de son produit ;
- Ayant constaté que ceci est dû à diverses causes parmi lesquelles se trouve en première ligne la subdivision des tenues en lots trop petits pour nourrir le tenancier et sa famille, et en partie l’abandon de terres arabes laissées à l’état de pâturages parce que cela nécessite ainsi moins le travail, la commission a proposé comme remèdes à ce mal, Y émigration et la migration.
- • Emigratiou
- Chacun sait ce que c’est que l’émigration (dit la commission), mais il est bon de faire observer que tous les témoignages apportés à l’appui de cette mesure, s’accordent à poser comme garantie de son succès en Irlande, deux conditions : la première, que la famille tout entière doit émigrer; la seconde, que les émigrants doivent être accompagnés des personnes avec lesquelles ils ont confiance, comme leur Clergé, par exemple; la troisième, qu’avant de quitter le pays il est indispensable qu’on leur ait désigné les endroits où iis auront à s’établir.
- « On a tout lieu de croire (ajoute-t-on), que la plupart de nos possessions coloniales prêteraient leur coopération aux arrangements nécessaires à l’application de cette mesure. Cette application convenablement faite et librement convertie par le peuple, ferait disparaître le trop plein de la population où ce trop plein est évident, en même temps qu’elle moraliserait et soulagerait matériellement les émigrants aussi bien que les non émi grants. »
- .Migration
- Pour obtenir un résultat satisfaisant de ce 2me remède, il importerait d’avoir à sa disposition de vastes terrains propres à la culture, et comme il a été établi par des gens compétents qu’il existe des milliers d’acres
- i qui, nonobstant les marais, pourraient offrir sous une habile directi on une rémunération largement compensatrice au Capital et au travail, il serait bon d’acheter ces terrains et d’y installer le trop plein en question. Mais il importerait que, simultanément, l’on put en vertu de pouvoirs légaux acheter aussi les droits que ces transportés de nouvelle espèce auraient sur leurs tenues actuelles.
- La migration volontaire offre des avantages que nul ne songe à contester ; il est également hors de doute que, dans ce cas, les mômes avantages se présenteraient si l’on obtenait la sanction du pouvoir législatif. Mais alors se présente ici une question des plus sérieuses ; pourrait-on, dans le cas même où l’argent nécessaire proviendrait de sources locales, demander au Parlement, au nom des paysans Irlandais, de conférer à la couronne ou à ses représentants nominaux, le droit qui deviendrait un devoir de faire les achats ci dessus.
- Travaux publics
- Le concours du Capital et du Travail au développement des ressources du pays par le drainage artériel, la construction des chemins de fer et l’entreprise d’autres travaux d’utilité publique ont été présentés avec l’encouragement aux pêcheries, comme des moyens capables, non-seulement d’apporter du soulagement à la misère actuelle, mais encore d’en prévenir le retour. Mais il est notoire que, vu le défaut de continuité et de régularité d’emploi, les ouvriers de cette classe, excepté quand il s’agit de vastes domaines ou de fermes importantes bien administrées, sont exposés eux et leurs familles à des retours périodiques de souffrances et de misères. Cette considération doit donc être examinée sérieusement par le gouvernement de Sa Majesté et par le Parlement « et nous ne pouvons ici nous empêcher d’exprimer l’opinion que les améliorations dans les constructions de bâtiments d’exploitation et d’habitation, les soins donnés à l’aménagement des fermes et le développement apporté aux études agricoles en vue d'obtenir une meilleure culture du sol, sont des mesures indispensables de garantie pour la prospérité générale et le bien-être du pays tout entier.
- Tenta, re
- La tenure de la terre qui a été définie l’intérêt que le tenancier occupant une ferme a dans cette ferme, a été, (dit toujours la commission), l’objet d’une scrupuleuse attention de sa part.
- Le sujet est difficile à traiter et d’autant plus difficile que, dans une grande partie de l’Irlande, la propriété a changé de mains en vertu de la loi dite ; Encumbered Estâtes Act. Les ventes stipulées sous l’empire de cette loi se sont faites sans que l’on ait pris en considération et que l’on ait protégé en quoi que ce fut les intérêts des tenanciers qui ont vu le simple fief de leurs fermes passer fréquemment dans les mains du spéculateur dont le seul but était, le plus souvent, de chercher à augmenter ses bénéfices en élevant arbitrairement le prix des baux de ses fermiers.
- Des difficultés ont été aussi soulevées, à propos de la taxation connue et popularisée sous le nom de son auteur « Grifïith’s Estimation », par les efforts tentés, pour faire adopter comme régulateur des loyers de ce jour une évaluation basée sur les prix courants d’il y a environ trente ans.
- Les circonstances dans lesquelles cette évaluation a été faite sont exposées dans plusieurs témoignages prouvant d’une manière concluante que le chiffre fixé dans le document ci-dessus n’était pas censé *eprésen-ter et ne représentait pas, à l’époque de la publication du document,la valeur en revenus de la propriété territoriale. Depuis, l’augmentation de prix de tous les produits agricoles par l’introduction des chemins de fer, remploi de la vapeur (etc., etc.), a été si grande que même en tenant compte de l’élévation des frais de pro-. duction, on est amené à conclure que l’estimation G-rif-
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- fith’s ne peut servir de guide certain pour évaluer exac- I tement l’état actuel des revenus.
- Une troisième source de difficultés se trouve dans les rapports de Landlord à fermier, rapports mal définis par les usages ou coutumes du tenant Bight dans l’Ulster et dan9 toutes autres parties de l’Irlande, rapports auxquels, cependant, l’acte de 1870 a donné" force de loi. Ces usages ou coutumes, dans maintes occurrences, doivent être recherchés dans des témoignages oraux ou établis d’après toutes autres preuves apportées devant une cour de justice. Or il résulte des réponses de nombreux témoins interrogés avec le plus grand soin que les coutumes varient, non-seulement dans l’étendue d’un comté, mais encore dans les limites d'un district, mais encore dans celles d’un même domaine. De là des controverses sans cesse renaissantes entre bailleurs et preneurs et qui compromettent les bons rapports d’amitié qui les uniraient si ce n’était de cela.
- Dans les dispositions faites dans l’enquête, on a beaucoup insisté sur le manque de sécurité pour un fermier qui fait des améliorations dans sa ferme, manque de sécurité dont les conséquences sont, a-t-on prétendu, de limiter non-seulement le nombre des bras employés aux travaux agricoles, mais encore la quantité des produits de consommation, au détriment du bien-être général.
- Ne perdant pas de vue, d’une part, que les améliorations du sol, que les réparations dans les constructions, que les instruments et les moyens d’exploitation d’une ferme sont généralement l’oeuvre du tenancier; sachant, d’une autre part, que le fermier à l’aünée est exposé à chaque instant à voir le prix de son bail éievé en proportion de la plus-value du sol, plus-value due à ses sueurs et à ses sacrifices pécuniaires, il est tout naturel de désirer l’intervention du pouvoir législatif pour le mettre à l’abri de cette élévation arbitraire. « Aussi, (ajoute la commission) sommes-nous portés à croire que cette mesure législative ne rencontrerait pas d’opposants chez la majorité des propriétaires qui. mieux que tous autres, sont en situation de mener cette œuvre à bonne fia. »
- Maints et maints témoins ont recommandé de la façon la plus vive, comme moyen de procurer au fermier la sécurité qui lui est nécessaire, ce qui est devenu populaire sous* la désignation des trois F, c est-à dire fair rente, fixïty of tenure, free sale (Loyers modérés, fixité de tenue, liberté de vente.) Mais nul de ces témoins entendus n’a pu appuyer ces propositions sans admettre des conséquences qui constitueraient « dans notre opinion » de graves injustices vis-à-vis des Landlords.
- « Enfin (termine la commission), nous devons ajouter que les témoignages à nous fournis ont prouvé l’existence d’un grand nombre de fermes très bien dirigées et au sujet desquelles les tenanciers n’ont aucune plainte légitime à formuler »
- Puis vient cependant l’aveu que « l’enquête faite en ce qui concerne l’Irlande n’est pas complète et ne le sera que lorsque l’on aura obtenu de Belgique et d’autres contrées les rapports des commissaires adjoints. »
- * *
- U n’est pas besoin de savoir lire entre les lignes pour voir que déjà ce rapport justifie pleinement ce qui a été publié par le Devoir sur la Question Irlandaise. Néanmoins, nous ne pensons pas que ce soit une superfiéta-tion d’accompagner l’exposé ci-dessus de quelques réflexions de la justesse desquelles, du reste, nous laisserons juge la rédaction du Devoir et les lecteurs du journal (A.).
- Puis nous ferons connaître les observations particulières émanant d’un des membres de la commission
- (A) Nos réflexions donneront également jour à l’opinion de la minorité de la commission... car celle-ci est loin d’être unanime dans ses appréciations et ses demi-conclusions.
- d’enquête, sur les trois propositions relatées plus haut (les trois Fs).
- Enfin nous ajouterons aux observations de Bonamy Price, nos propres observations qui, nous le disons d’avance, ne seront pas approbatives des réflexions de l’honorable commissaire anglais.
- Tout ceci et tout cela en attendant que l’enquête soit complète et que le commissaire ait formulé une opinion plus nette, mieux arrêtée, sur les remèdes à apporter aux maux dont souffre l’Irlande. Puisse dans tous les cas, le Land Bill qu’on attend du Parlement, ne pas s’inspirer de la pensée de Messieurs les commissaires I Puissent le gouvernement libéral, les radicaux qui l’appuient et le petit nombre de républicains qui siègent dans "Westminster ne pas oublier, le premier ses promesses, le second les conditions auxquelles ils prêtent cet appui, et les troisièmes les principes qui doivent être leur guide.
- G. P. Maistre.
- -------- .un -a1
- Influence <1© la lune sur la température
- Jusqu’ici la science repoussait absolument d’admettre que la lune eut une influence quelconque sur la température terrestre. Les proverbes des agriculteurs ou les théories de quelques amateurs de météorologie étaient considérées comme ne méritant aucune attention. La lune, disaient les savants, est témoin et non auteur des phénomènes.
- Voici aujourd’hui qu’un savant distingué, M. H. de Parville, s’élève contre l’opinion générale.
- La question pouvant avoir une grande importance pour l’agriculture nous tenons à la signaler à nos lecteurs.
- M. Cœurdevache, de l’Observatoire municipal du Parc Saint-Maur, vient de dresser une statistique donnant les variations de température diurne moyenne, pour une période de 8 années, par rapport à chacun des jours, de la période lunaire.
- D’après ce tableau, durant les trois mois du printemps, la température décroît du l=r au 4« jour de la lune, s’élève au 6e, s’abaisse ensuite jusqu’au 11», remonte jusqu’au lô*, et baisse de nouveau jusqu’au 21®. Elle reprend ensuite sa marche ascendante avec des variations peu marquées jusqu’à la fia de la période lunaire. Durant les trois mois d’automne les mêmes variations se produisent, mais en sens inverse.
- M. de Parville de son côté a fait Jes mêmes constatations pour une durée de 19 années, en se basant sur les observations du Parc des Princes. Il est certain que les sixième jour et vingt et unième jour de la lune correspondent à des points astronomiquement fixes et survenant par conséquent chaque année régulièrement.
- Voici à quel point de vue s’était placé M. de Parville pour ses observations.
- « Nous sommes partis, dit-il, de cette vue logique, mais hypothétique, que lorsque la lune est dans l’hémisphère austral, elle ramène de son côté toute l’atmosphère et fait prévaloir à nos latitudes les courants froids du nord; réciproquement, quand elle se trouve dans l’atmosphère boréal, elle fait prévaloir les vents chauds du sud ; en d’autres termes, la température moyenne froide doit survenir avec les déclinaisons australes lunaires, la température moyenne chaude doit nous arriver avec les déclinaisons boréales lunaires. Jusqu’ici, nous sommes, il est bon de le répéter, en pleine hypothèse.
- « Mais l’observation peut servir de contrôle ; or, l’observation, une longue observation donne absolument
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- raison à celte manière de -voir. Le froid vient avec le maximum des déclinaisons australes, le chaud avec le maximum des déclinaisons boréales.
- « En février, mars, avril, mai, ie maximum des déclinaisons boréales coïncide à très peu près avec le sixième jour de la lune ; le maximum des déclinaisons australes avec le vingtième jour de la lune. En d’autres termes,la chaleur vient vers le sixième jour avec le lunistice boréal ; le froid, le vingt et unième jour avec le lunistice austral. La règle est bien facile à retenir.
- « Les observations relatives au sixième jour et au vingt et unième jour de la lune se rapportent uniquement à mars, avril et mai ; c'est tout différent pour les autres mois et notamment pour les mois de septembre, octobre et novembre. La pleine lune en octobre et novembre coïncide avec des déclinaisons boréales au lieu de correspondre avec des déclinaisons australes ; elle vient avec le maximum des températures moyennes diurnes. Aussi, on peut dire : la pleine lune est froide en avril et mai ; elle est chaude au contraire en octobre et novembre. »
- Il résulte du raisonnement de M. de Parville que le préjugé populaire de la lune rousse n'est pas dénué de fondement, à la condition toutefois qu'on entende bien par luoe rousse, « la première lune qui suit l’équinoxe du printemps. »
- Faisons une remarque :
- L'hypothèse de M. de Parville — renouvelée, sauf erreur, d’une hypothèse semblable de Raspail, —vient d’être corroborée par des statistiques d’observations faites à Paris. C’est beaucoup, nous en convenons, mais ce n’est pas encore assez. Il faut que des séries d’observations faites ailleurs soient mises en parallè'e. Espérons que des amateurs se livreront un peu dans toutes
- les contrées, à des observations de même genre, faites sans aucun parti-pris, ce qui est la seule manière de servir la vérité.
- Chaque Samedi 16 pages grand in-8°, 2 colonnes
- REVUE HEBDOMADAIRE
- Scientifique, illustrée, spéciale, seul journal tenant les lecteurs au courant de tous les détails de l’Exposition universelle d’électricité, organe indépendant des exposants
- RÉDACTEUR EN chef : W. de FONVIELLE E. de CUSSON : directeur
- Un numéro, 4© centimes. — L'année, 18 francs. Union postale 2© francs.
- PARIS, 16, rue clix Croissant, PARIS
- Envoi do numéros spécimens gratis sur demande
- Le Directeur-Gérant : GODIN.
- SOCIÉTÉ DU FAMILISTÈRE
- ASSOCIATION COOPERATIVE DU CAPITAL ET DU TRAVAIL
- PARTAGE DES BÉNÉFICES ENTRE DOUZE CENTS TRAVAILLEURS
- CAPITAL: 4,600,000 FRANCS
- Cette association embrasse l’industrie et les besoins domestiques de la population, c’est-à-dire le soin des propriétés de l’Association, la location des logements, les approvisionnements et débits de toutes marchandises nécessaires à la consommation, et la production manufacturière de toutes sortes d’objets de chauffage et d’ameublement en fonte de fer.
- Elle demande à s’adjoindre des membres désireux du succès de l’Association en état de lui rendre de réels services, et particulièrement :
- 1° Un homme capable de bien comprendre l’administration et la direction des propriétés, des services domestiques et des services commerciaux de l’association.
- 2° Une bon contre-maître de fonderie pour la surveillance de la sablerie et du moulage des pièces de fonte et d’ornement, produites par des procédés de moulage mécanique, le contre-maître au besoin, devrait veiller aux machines elles-mêmes ; v
- 3° Un ajusteur, dessinateur et praticien pour conduire l’exécution de modèles nécessaires aux besoins du commerce et destinés au moulage mécanique ;
- 4°'Un secrétaire-comptable d’administration.
- 5° Une personne en état de diriger les travaux de construction de bâtiments.
- Bons appointements et participation aux bénéfices, proportionnés à la capacité des personnes.
- S’adresser à 1 Administrateur-Gérant de la Société du Familistère à Guise (Aisne).
- Saint-Quentin — lmp. de la Société anonyme du Glaneur
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- 4- ANNÉE, TOME 5 — N” 139
- "Le. numéro hebdomadaire 20 c.
- DIMANCHE 8 MAI 1881
- Le Devoir
- REVEE DES RÉFORMES SOCIALES
- BUREAU
- A GUISE (Aisne)
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN D ir e cteur- G ér ant Fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE
- par Fenvoi, soit an bureau cle Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France
- Un an. . . . 10 fr.»» Six mois ... 6 »»
- Trois mois . . 3 »»
- tJnion postale
- Un an . . . . 11 fr.»»
- Autres pays Un an. . . . 13 fr. 60
- on s’abonne A PARIS 5,r.Neuve-des-petits-Ghamps Passage des Deux-Pavillons
- S’adresser à M. LE Y MARIE administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- Fête du Travail au Familistère. — Nouvelles du Familistère. — Etat civil du Familistère. — Faits politiques et sociaux. — Les travailleurs amis de la paix. — Nouvelles diverses. — Question des femmes. — La misère en Irlande et ses remèdes. — Un révolté, nouvelle. — Variétés.
- | l’ouvrage de M. Holyoake les passages néces-
- saires a constituer l’histoire rapide des principaux faits qui ont rendu célèbres les pionniers de Rochdale.
- Nous commencerons cette publication dans un prochain numéro.
- Marie Moret
- LA FÊTE DU TRAVAIL AU FAMILISTÈRE DE GUISE
- NOTRE PROCHAIN FEUILLETON
- Histoire des Equitables pionniers de Rochdale Traduit de l’Anglais de M. J. G. Holyoake.
- Le nom des équitables pionniers de Rochdale est universellement connu, mais il n’en est pas de même de leur histoire. •
- Les faits si intéressants de leurs débuts, de leurs luttes, de leurs merveilleux progrès, bien qu’ils aient été publiés en France a diverses reprises, sont encore ignorés d’un grand nombre de personnes.
- Les deux brochures écrites a ce sujet par M. Jacob-Georges Holyoake9 et qui ont eu tant ' d éditions en Angleterre, nous ont paru conte-niv de si vifs éléments d’attrait et d’intruction, qu en ce moment où l’étude des questions sociales se réveille en France, nous avons cru faire plaisir a nos lecteurs en extrayant de
- Les fêtes populaires ont leurs panégyristes comme elles ont leurs détracteurs. Les uns voient en elles un élément de progrès, les autres une forme particulière de la dissipation. Ces deux opinions contradictoires sont toutes deux vraies, car les fêtes populaires sont profitables ou nuisibles selon qu’elles sont bien ou sont mal comprises : leur valeur dépend du but qu’elles se proposent et de la forme qu’elles revêtent.
- En veut-on une preuve ? Comparons les fêtes qui se célèbrent au Familistère avec celles qui se donnent dans des localités d’égale population ou même sept ou huit fois plus peuplées.
- Que sont le plus souvent les fêtes des petites villes ? Des jours de désoeuvrement et de dissipation, rien de plus. Elles ne visent aucun but; c’est tout au plus si elles ont un prétexte. Tantôt elles sont données en l’honneur du saint plus ou moins authentique sous le patronage de qui la petite ville est placée ; tantôt elles ne correspondent à rien et sont fixées à telle date prise au hasard sur le calendrier. Dans l’un comme dans l’autre cas ces fêtes ne célèbrent rien d’utile. Aussi la population ne s’y intéresse-t-elle que d’une manière très secondaire.
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- On comprend que des fêtes semblables ne puissent jamais offrir grand intérêt. Toutes se ressemblent par une commune banalité et un terre à terre désespérant. Quelques baraques de jeux ou de loteries installées sur une place, des tirs, des marchands de bonbons, des chevaux de bois, des orgues de barbarie, quelques drapeaux et oriflammes par ci, par là, puis, le soir, quelques lanternes vénitiennes se balançant au vent, des auberges regorgeant de monde et des rues parcourues par des individus dont la démarche a perdu tout sens de la ligne droit ; voilà tout.
- Quelle différence, quel contraste, avec les Fêtes du Familistère telles que M. G-odin les a comprises et fait comprendre !
- Ici il y a deux fêtes périodiques annuelles ayant chacune un caractère symbolique propre et très caractérisé et qui n’échappe à aucun des spectateurs. En Mai c’est le travail qui est glorifié, en septembre l’instruction. Si l’abus fait du mot religion n’avait ' pas fait tomber ce mot en défaveur auprès de beaucoup de personnes nous dirions que des fêtes en l’hohneur de l’instruction et du travail sont des solennités de la religion de l’avenir.
- Cette détermination d’un but élevé vous fait déjà sentir le caractère supérieur de nos fêtes. Leur différence avec les fêtes communes ne s’arrête pas là.
- Les Fêtes du Familistère sont l’œuvre de la population. Le Conseil de l’Association vote, il est vrai, une somme fort ronde, dirige les préparatifs afin de leur donner le caractère d’unité indispensable et nomme les commissaires qui doivent veiller à l’ordre de la fête, mais son œuvre s’arrête là, le reste est laissé à l’iniative privée. Ce sont les habitants qui exécutent à leur gré, isolés ou réunis par groupes à leur convenance, les travaux de décoration. Les trophées symboliques, parfois très étudiés et très étendus, se préparent longtemps à l’avance. Et chacun' des éléments de réussite de la fête s’organise de son côté et en liberté complète. L’instituteur s’occupe du concours utile que peuvent apporter les élèves, le jardinier est maître de disposer selon son goût, la verdure et les fleurs, le chef de musique choisi à sa convenance les morceaux qui doivent être interprétés et veille aux répétitions, les enfants vont récolter la mousse dans les bois, et des dames de bonne volonté préparent les travaux en papier de couleur.
- C’est donc bien la population qui prépare la fête et c’est à elle que revient l’honneur de la réussite.
- Voyons maintenant à quels brillants résultats ses efforts aboutissent.
- Journée du samedi
- La journée du samedi est une journée de préparatifs, rien de plus.
- Dès six heures du matin la vaste cour centrale du Familistère présente un aspect exceptionnellement animé. Des échelles sont dressées de tous côtés ; des faisceaux de drapeaux, des brassées de feuillage ou de mousse, des écussons et des emblèmes divers sont apportés et mis en place. Un3 cinquantaine d’ouvriers volontaires s’occupent aux travaux de décoration.
- Le Familistère, par son mode même de construction, se prête à merveille à toute grande réjouissance collective. Un édifice qui aurait été construit en vue d’offrir des locaux de fête vastes et commodes ne pourrait pas répondre mieux à cette destination que le Familistère.
- En effet la plus grande des trois cours vitrées de ce vaste édifice forme à elle seule une salle de 45 mètres sur 20. Sur tout le pourtour de cette salle régnent trois étages de balcons, Cette disposition présente donc les mêmes avantages qu’une immense salle de théâtre avec parterre de 900 mètres carrés et 3 rangs de galeries. Les balcons ici sont continus ce qui permet la circulation sur tout le pourtour de la salle et cela à chaque étage. Les trois balcons ont ensemble un développement dé 390 mètres. On comprend combien de centaines de spectateurs trouvent à ces balcons — sans parler du parterre — des places qui paraissent disposées tout exprès pour permettre de jouir du coup d’œil. 1
- Les jours de fête ces balcons sont décorés.
- Samedi ils l’ont été mieux que ces dernières années ; le coup d’œil de la cour décorée était réellement enchanteur.
- Décoration «le la cour
- L’immense vaisseau de la cour est traversé par des guirlandes de mousse soutenant des couronnes, des ballons chinois et des boules réflecteurs.
- | Au centre est suspendu un grand lustre composé de plus de 200 ballons et lanternes vénitiennes, j Enfla tout le tour de la cour se dressent des tro-| phées allégoriques dont chacun mérite une attention | spéciale,
- j Sur la galerie du midi sont ceux de l’emballage et du matériel, le premier remarquable par un emploi fort original de la paille, le second par sa composition soignée ; une machine à vapeur de grande dimension (en carton, bien entendu) occupe le fond du trophée tandis que des accessoires divers et même de petits forgerons mûs par un moteur hydraulique complètent cet ensemble d’un bel effet.
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- La galerie de l’est de la cour reçoit le trophée des travaux d'art industriel exécutés par les ateliers de l’Association, objets en fonte émaillée avec décoration de sculpture ou de couleur ; cheminées et calorifères ‘à gaz d’un beau dessin, ornements et objets uti]es de divers genres en fonte nickelée, etc., etc.
- Ce trophée est dominé par une peinture symbolique. Enfin an troisième étage — car les décorations cette année sont montées presque là — un grand relief du pamihst®1*0.
- Un joli entourage de menuiserie supportant les outils les plus essentiels à cette profession s’appuie au tournant du balcon.
- La galerie nord supporte aussi deux grands trophées, celui de la fonderie avec fourneau et instruments de travail des fondeurs fort bien exécutés et groupés, celui de l’ajustage ou se détachent de nombreux outils sur un fond de couleur vive. Un mannequin grandeur nature nous montre un ajusteur à l’œuvre. La devise du trophée célèbre à la fois la force et l’union.
- Enfin l’extrémité de gauche a reçu deux trophées, celui du Devoir et celui du jardinage. Le premier se présente avec un matériel de rédaction et toute la panoplie des luttes pacifiques de la presse ; les deux devises suivantes complètent cet ensemble :
- Les principes sont éternel^.
- Lés intérêts sont solidaires.
- Le trophée qui rappelle les plaisirs que les jardins du Familistère offrent à sa population est aussi fort remarquable, bien que moins étendu que les autres. Les plus jolies fleurs sont assemblées avec une patience digne de remarque et forment des initiales et des dessins agréables à l’œil. Les utiles quoique modestes outils du jardinage s’élèvent en rayonnant au-dessus des fleurs, jusqu’à la devise
- TOUT PAR LE TRAVAIL
- Ces trophées décoratifs sont réunis entre eux par les ornements des balustrades des balcons. Des groupes de drapeaux tricolores disposés en éventail alternent avec des.touffes de verdure, rameaux d’érable et de sapin, et des écussons aux couleurs nationales portant des devises qui glorifient le travail.
- Cet ensemble décoratif est non-seulement d’un grand effet, il correspond aussi à une grande pensée. Rien de banal dans les devises ou les emblèmes; tous Appellent l’activité musculaire, l’activité intellectuelle, et surtout l’union des deux. Les trophées rap* Pelant la production industrielle, les luttes de la Presse et les travaux horticoles ne valent-ils pas les Panoplies d’armes de meurtre et d’instruments de
- destruction de nos fêtes patriotiques ou les groupes de chandeliers et de vierges de plâtre des solennités religieuses.
- Retraite aux flambeaux
- A huit heures du soir deux bombes annoncent la retraite qui sert en quelque sorte de prologue à la fête.
- Huit tambours, le corps de musique au grand complet et les porteurs de quatre-vingts flammes se forment en cortège et parcourent en tout sens la ville au milieu d’une affluence énorme.
- Matinée du dimanche
- C’est le dimanche que commence réellement la fête.
- Toute la matinée est consacrée à terminer les travaux de décoration dans la cour centrale et au dehors.
- Dans le parc du Familistère on donne la dernière main à la construction d’un kiosque hexagone destiné au corps de musique et d’une scène sur laquelle aurait eu lieu, si le temps l’eût permis, le concours de chant. Cette scène improvisée est fort gentille avec ses colonnes d’ordre composite, son fronton symbolisant la comédie et la musique et son décor de rideaux da velours rouge à glands d’or.
- Yers midi les curieux abondent tant dans le parc que dans la Cour. Il est visible que l’on est venu de fort loin pour assister à la fête : tous les villages de la contrée ont fourni leur contingent.
- Après midi du dimanche
- La cérémonie est annoncée pour trois heures.
- De tous côtés dès deux heures un quart on se prépare à constituer le cortège, les musiciens dans le Casino, les archers et les pompiers sur la place, les enfants dans la salle d’asile, car ils sont aussi de la fête, ces chers enfants. Et pourquoi pas ? Ne sont-ils pas les ouvriers et employés de l’avenir? Ne Ne sont-ils pas aussi des travailleurs,ceux de l’école? Et puis quel plaisir y aurait-ii pour les familles si les enfants n’y étaient pas ? Ces petits êtres font la grâce et la gaîté des fêtes. Ils sont l’enchantement de l’œil. C’est plaisir de les voir, si propres, si bien mis, et tous joyeux comme on l’est à leur âge un jour de fête par le beau temps. Comme la joie pétille dans tous leurs yeux et s’épanouit sur toutes leurs lèvres. A voir cette jolie et heureuse armée enfantine, qui croirait qu’elle est composée presque exclusive-, ment d’enfants d’ouvriers et même d’ouvriers de gros état.
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- Le cortège une fois formé, sort et traverse la place en se dirigeant vers le théâtre du Familistère.
- Les groupes qui le composent marchent dans l'ordre suivant ; en tête les sapeurs, les tambours, les clairons, la compagnie des pompiers du Familistère, les élèves des écoles — garçons et filles — le corps de musique, M. Godin entouré de ses invités personnels, des membres des conseils de l’Association et des comités des assurances.
- Au Théâtre, M. G-odin, les conseils et les comités prennent place sur la scène, le corps de musique au fond du parterre, les écoles entre la musique et ia scène, le public sur les trois galeries.
- La presse étrangère est représentée par M. Van-sittart Neale, rédacteur en chef des Co-Operative-News, venu tout exprès de Manchester et la presse du département par M. Léo Biron, rédacteur en chef de l'indépendant de l’Aisne. La presse de Paris, qui était représentée l’année dernière par un reporter de la Lanterne n’a aujourd’hui aucun représentant.
- Un escalier de fleurs, géraniums et cinéraires met le parterre en communication avec la scène.
- Un morceau de musique fort bien exécuté, loin du pays, ouverture par Brouillon et un chœur d’enfants à la gloire du travail ouvrent la séance.
- M. Godin prononce une allocution que le défaut d’espace nous empêche de reproduire ici aujourd’hui; nous en publierons le texte dans notre prochain numéro.
- M. Godin donne ensuite lecture de la liste des ouvriers et employés qui ont mérité des récompenses pour améliorations ou inventions soumises par eux au Conseil de Gérance.
- Voici la liste de ces récompenses :
- A MM. Leclaire Alexandre, 25 fr ; Laporte Louis, 25 ; Duval, 150 ; Poquet Ernest, 25 ; Nicolas Joseph, 50; Rousseau Joseph, 25; Legrand Edmond, 25; Quent Aimé, 60; Louel Alfred 150 ; Dutailly Arthur, 50 ; Quent Léon, 75 ; Lhote Henri, 40 ; Lambert Edmond, 100; Dassonville Jean-Baptiste, 10 ; Gauchet Ernest, 50; Gras Prosper, 50,
- Ensemble 910 francs.
- Quelques récompenses sont ensuite données à un petit nombre d'élèves des écoles bien que la fête des récompenses n’ait lieu qu’en septembre. Cette petite distribution est faite aux enfants qui ont mérités par leur application soutenue et leur bonne conduite cet encouragement exceptionnel.
- Il est distribué en conséquence :
- Pour la première classe 6 prix, 4 à des jeunes filles, 2 à des garçons ;
- Savoir : Hamel Ernestine, Dequenne Marie, Çhe-
- vyer Jules, Casseleux Lucie, Méresse Edmond Walton Jeanne.
- Pour la deuxième classe 7 prix, 5 à des jeunes filles, 2 à des garçons;
- Savoir ; Delzard Camille, Louis Flore, Groscij Honorine, Bredouillard Abdolonyme, Froment Palmyre, Delzard Blanche, Macaigne Blanche.
- Pour la troisième classe 7 prix, tous à des jeunes filles;
- Savoir : Dallet Marie, Poulain Anna, Lamy Marie Défontaine Clémence, Gras Marie, Walton Hélène Delzard Marie.
- Après cette petite distribution l’Harmonie de Familistère exécute un morceau de musique, la valst des Cent Vierges par Lecoq, qui clôt la cérémonie, Le cortège se reforme et revient dans la grande cour centrale où, après un morceau de musiqu^ France, ouverture par Buot, il se dissout.
- Des jeux nombreux et de diverse nature installés sur la place du Familistère occupent le public jusqu’au soir où un bal à grand orchestre donné dans la cour centrale prolonge la fête jusqu’à minuit Les danseurs se comptent par centaines; les spectateurs ou nombre de plus d’un millier contemplent le coup d’œil vraiment gracieux de ce bal éclairé par de nombreux becs de gaz et plusieurs centaines de ballons chinois.
- Journée du Lundi
- Le Lundi est le jour des jeux et des concours. Il y en a de divers genres. L’association consacre une somme de deux mille francs aux prix de ces concours, Quelques-uns des jeux ont surtout pour but d’amuser le public, d’autres visent à développer l’adresse ou la réflexion.
- A midi l’Hai'monie du Familistère exécute sur la place quelques morceaux de son répertoire entre autres le Souvenir rémois et une polka pour premier cornet, tous deux très applaudis.
- Les jeux reprennent et durent toute l’après midi,
- A six heures une montgolfière est lancée depuis le parc. Elle s’élève rapidement à une certaine hauteur puis tout à coup est emportée au loin avec une grande vitesse par un vent très violent.
- Jusqu’ici le ciel avait été clément et les hésitations du baromètre avaient fait passer successivement de la crainte à l’espérance et vice-versâ. Une fête de nuit dans le parc était annoncée et de grands préparatifs avaient été faits dans ce but.Malheureusement un orage ayant éclaté avec force la Commission directrice de la fete se vit dans l’obligation d’ajourner la fête nocturne. Un bal fut de nouveau offert aux habitants
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- en gihse compensation. H ne fat ni moins animé, ni moins gracieux à l’œil que celui de la veille.
- Conclusion
- ÉTAT CIVIL DU FAMILISTÈRE
- NAISSANCES.
- Voilà quelle a été cette belle fête.
- Comprenez-vous maintenant quel rôle bienfaisant elle remplit ? Ne sentez-vous pas que des fêtes ^ de cette nature sont à la fois des occasions d’enseignement et des éléments de moralisation.
- Offrir à des ouvriers dont la vie est sevrée de plaisirs des spectacles qui plaisent à l’œil et réjouissent le cœur, c’est jeter un rayon de soleil dans leur vie
- sombre.
- Les arracher pour un temps à leur préoccupation constant d’élever une famille et leur permettre de se distraire et de se reposer, par l’intérêt porté aux préparatifs d’une belle fête, par le spectacle de sa célébration et par le long souvenir qu’elle laisse après elie, c’est leur permettre de compter des dates heureuses dans leur vie, c’est travailler à leur bonheur.
- Célébrer le travail, offrir en son honneur une solennité d’un grand caractère, c’est, du même coup, rehausser chez le travailleur le sentiment de sa dignité personnelle et celui, non moins précieux de la noblesse de sa fonction.
- Mettre les ouvriers à même de se donner des fêtes dont ils soient les propres ordonnateurs, c’est leur faire sentir par la solidarité de leurs plaisirs la solidarité de leurs intérêts : c’est aussi leur, démontrer mieux que tous les raisonnements ne pourraient le faire, les avantages que procurent l’association des efforts et la fraternité des sentiments.
- NOUVELLES DU FAMILISTÈRE
- Le Comité de la Fête du travail a décerné le 8 courant les primes suivantes aux personnes qui ont
- l’ornementation de la
- la Fonderie, Fr. 20 Matériel, 20
- l’Ajustage, 15
- l’Emballage, 20
- la Décoration, 20
- Jardinage, 20
- Devoir, 15
- la Menuiserie, 10
- Ensemble : Fr. 140
- concouru par des tro cour du pavillon cent
- A MM.
- Mismaque, pour le tr< Albert Louis, » N’icolas Dubois, » Léfontaine-Quest, » Léfontaine-Gillon, » Bcholler, »
- Loyen, »
- frcquenne père, »
- Mercredi 27 Avril 1881. — Ribeau Fernand-Ernest, fils de Ribeau Jules et de Gladieux Émi-lienne.
- DÉCÈS.
- Samedi 30 Avril 1881. — Maillet Maria, âgée de 10 mois. — Morte d’une fluxion de poitrine.
- FAITS POLITIQUES & SOCIAUX DE LA SEMAINE
- FRANCE
- Hi’expécütloM. contre les Khroumirs. —
- Voici où nous en sommes de l’expédition contre les Khroumirs.
- Elle comporte trois opérations concentriques.
- L’une, qui part du Nord, a débuté par l’occupation de l’île de Tabarka et des forts de Bordj-Djedid, situé en face, sur la terre ferme et de Bizerte situés beaucoup plus à L’Est.
- 2° L’autre, venant de l’ouest, a commencé également, la division Delebecque, qui en est chargée, a franchi les montagnes qui séparent les Khroumirs du territoire français, et. elle a occupé, après plusieurs combats, dans* le bassin de l’Oued-Dharraoui, la première vallée des Khroumirs à l’ouest, qui arrive à la mer près de Tabarka.
- 3° La troisième opération, ayant pour objectif Beja, est exécutée à la fois par le général Logerot, qui suit le cours de l’Oued-Mellègue et est entré au Kef en passant, et par le corps qui descend la Medjerda. (Jes deux corps doivent se réunir au confluent des deux rivières, 'et lorsqu’ils seront à Beja, ils pourront de là, si les Khroumirs n’ont pas fait leur soumission, entrer par le sud-est dans leur pays, en suivant des vallées situées à l’est de celle où opère en ce moment la division Delebecque.
- Les troupes débarquées à Bizerte ne tarderont pas à atteindre Béjà, les Kroumirs seront alors cernés dans toutes les directions.
- Ainsi, l’attaque des Khroumirs est vigoureusement poussée à l’ouest, elle a une base d’opération au nord, et elle pourra commencer au sud-est quand nos troupes seront à Beja, à 120 kilomètres de la frontière. Pour le moment, l’opération la plus sérieuse est celle que fait à l’ouest la division Delebecque, et dont le début a été heureux.
- Une fois que la colonne venant de Kef aura réjoint celle -venant de Bizerte, ce qui sera probablement un fait accompli à l’heure où paraîtront ces lignes, les forces françaises auront coupé en deux parties le territoire tunisien, de manière que la ligne de Kef-Beja-Bizerte sépare de la capitale non seulement tout le pays des Kroumirs, mais aussi tout le territoire où les troupes tunisiennes, sous Ali Bey, sont stationnées en ce moment.
- Celui-ci doit donc passer à travers les lignes françaises, s’il veut couvrir la ville même de Tunis ; dans le cas contraire, il devra se ranger soit du côté des Kroumirs, soit du côté des Français. C’est-à-dire qu’Ali-Bey ne pourra plus rester neutre dans la lutte et la suivre à certaine distance en simple spectateur,en gardant toute la liberté de ses mouvements.
- * *
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- LE DEVOIR
- Les -voeux des conseil* généraux sont trop multiples pour qu’il nous soit possible (le les reproduire. D'ailleurs les renseignements fournis par les grands journaux sont très insuffisants.
- Il y en a quelques-uns cependant qui frappent d’une manière plus directe. Tels sont ceux relatifs à la création du canal de jonction de l’Océan à la Méditerranée, émis par un grand nombre de Conseils. Tel est encore celui tendanlTà la construction d’un chemin de fer soit à ciel ouvert, soit sous-marin de Douvres à Calais.
- Le conseil général du Nord a renvoyé à l’examen de l’autorité supérieure une proposition dè M. Moreau ainsi conçue:
- Lé conseil général émet le vœu :
- « Que les orphelinats, hospices et hôpitaux, tant du département que des communes, reçoivent un personnel laïque, choisi parmi les femmes veuves nécessiteuses du département ;
- Que les bureaux de bienfaisance, organisateurs des secours à domicile, etc., s’inspirent du même esprit de tolérance et de meilleure utilisation des ressources de la charité publique. »
- Le Conseil général de l’Aisne a voté une subvention départementale à la statue qui doit être érigée à Camille Desmoulins, à Guise, sa ville natale.
- Le Conseil général du Jura a décidé la création d’un collège de filles dans le département.
- * *
- IL» prospérité financière prend des proportions qui touchent â l’invraisemblable et qui cependant sont vraies. Les recettes de l’Etat durant le mois d’avril sont d'environ un million de francs par jour plus fortes que les prévisions du budgei,
- Jamais en aucun temps et dans aucun pays pareil fait ne s’était observé.
- ¥ ¥
- XL© travail manuel dans les* écoles primaires. — Sur la demande de M. Sextius-Michel, maire du 15* arrondissement, membre de la commis-ion du travail manuel dans les écoles primaires, M le préfet de la Seine a décidé d'annexer les classes d'instruction professionnelle et ménagère à l’école communale de jeunes filles de la rue Violet, 36, à dater du 1er mai.
- Cette création est appelée à rendre les plus grands services dans un arrondissement que sa situation topographique isole un peu trop du centre de Paris.
- Les mères de famille, qui craignent pour leurs enfants les dangers de l’apprentissage dans l’atelier, trouveront là, à leur portée et presque sous leurs yeux, les moyens de leur faire apprendre un état.
- Les cours de l'école professionnelle seront répartis en cours généraux, obligatoires pour toutes les élèves, et en cours spéciaux répondant à la profession que l’élève aura choisie.
- Les cours généraux comprendront : l’enseignement de la grammaire; les notions de la comptabilité; le dessin ; l’économie domestique; la gymnastique; la coupe et l’assemblage ; la cuisine ; le blanchissage et le repassage du linge ; le nettoyage des meubles et des étoffes ; etc.
- Les cours spéciaux s’appliqueront aux professions suivantes : couturières, lingères, blanchisseuses de fin, passementières, coloristes. Par la suite, d’affires professions seront classées.
- Les élèves pourront recevoir une prime proportionnelle à l’importance du travail pouvant être utilisé.
- Pour être admises, les jeunes filles devront être âgées de douze ans au moins, et n’avoir pas dépassé quinze ans. Elles devront être pourvues du certificat d’études primaires ; tou!efois,,cetle année, des dispenses de ce certificat pourront être accordées aux jeunes filles ayant au moins treize ans, et sachant lire, écrire et compter.
- *
- ¥ ¥
- La oonvention mionétaire continue ses tra-
- vaux, sans que le public ait l’air de s’en beaucoup Dr(5 occuper. yre"
- Il est vrai que quant à la France, sa grande riche* lui permet de supporter sans inconvénient le bimétai6 lisme qui, du rede, est chez elle plutôt théorique a, pratique, puisque, sur huit milliards de numéraire en en possède cinq en or; l’Allemagne, au contraire’ S1, trois milliards 325 millions et demi de marks n’à oi 1,200 millions en or, 991 millions en billets de banouR 163 millions en papier-monnaie et 971 millions eu q{0»' naie d’argent et d’autres métaux. D'
- La réinstallation de la mairie central <1© ILyon. — On sait qu'une loi de 1873 avait enlevé à Lyon sa mairie centrale. Le préfet faisait fonctions de maire, les divers arrondissements de la ville ayant de' maires nommés par le gouvernement. 5
- La loi au 24 avril dernier, adoptée par la Chambreel par le Séuat, rend à Lyon sa mairie centrale ; il y aura un maire et onze adjoints.
- La réinstallation a eu lieu le 27 avril.
- L’honorable M. Gailleton, le nouveau maire, en ré-pondant au discours du préfet a prononcé les paroles suivantes :
- « La seconde ville de France doit prouver, par une administration libérale, accessible à toutes les idées de progrès, dévouée aux intérêts de tous, que la République définitivement fondée a passé de la période de lulle à la période d’organisation et que le moment est venu d’établir nos institutions sur la base inébranlable des principes démocratiques.»
- La question fie la préfecture de police
- est toujours sur le tapis.
- Espérons que le mouvement actuel aboutira à la suppression de cette institution d’un autre âge
- Tous les préfets de police cèdent fatalement à la tentation d’abuser, sous une forme ou sous l’autre, des pouvoirs démesurés dont ils sont investis, en sorte que c’est la fonction beaucoup plus que le fonctionnaire qu’ii faudrait réformer, pour couper court aux inconvénients d’une institution qui constitue un véritable anachronisme dans un pays où il n’y a ni czar, ni empereur à protéger, ni sociétés secrètes à surveiller, ni complots à déjouer, et où, par une vieille habitude, tonie une catégorie de la police agit, opère, procède, absolument comme si elle avait encore tous ces sujets d’occupation.
- Car c’est un fait digne de remarque qu’une bonne partie des fonds et du personnel de la préfecture policière se gaspille en rapports sur des moulins à vent, par contre bêtement, brutalement, on arrête à tort et à travers des personnes inoffensives. Ce n’est irauchement pas U peine de payer 22 millions par an à la police,pour qu’elle fasse ainsi son métier.
- Il y a quelques jours une réunion publique a été tenue à Montmartre sur cet important sujet.
- M. Roche, conseiller municipal, y a constaté que b source des difficultés actuelles vient d’une législation mauvaise, créée par un sentiment de défiance contre b population de Paris.
- On ne veut pas remettre à la municipalité la pohçc municipale,cette armée de 11,000 hommes,dans la crainj< que la municipalité parisienne s’en serve, en cas uJ crises politiques, pour imposer ses volontés aux Chanr bres. C’est là, d’après l’orateur, une crainte chimériqu*' La première mesure que prendrait probablement un municipalité investie du droit d’organiser sa police rait de retirer aux erardiens de la paix des fusils dont1’ n’ont que faire. Il s’appuie sur Thuriot, Saint-Just, 0 jacobins qui réclamaient les libertés municipales; ncl les répliques de Danton au président Isnard, alors que dernier, à propos d’une loi sur l’organisation muD1 pale, parlait de détruire Paris, ce foyer d’insurreçu.
- « Il vaut mieux, répondit le révolutionnaire, dussiez
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- nous y courir quelques dangers, marcher vers la liberté aue rebrousser vers l’esclavage. »
- ^ G’est aussi l’avis de M. Roche, qui ne voit du danger aue dans cette défiance des gens placés à la tête de ^administration de la police de Paris, et qui, au lieu de tenir un langage de concorde, d’union, au lieu de faire un peuple uni pour marcher dans la voie ouverte par la pévolution, vont, dans un intérêt persounel, calomnier, injurier la population parisienne devant la population des campagnes. II. semble à l’orateur que les forts qui entourent Paris, hérissés de canons, sont une garantie suffisante de protection pour les Chambres. Du reste, dans les autres capitales, à Madrid, ?» Lisbonne, à la Haye, à Vienne, à Berne.la police est dans les mains de la municipalité. A Bruxelles, la législation donne au bourgmestre, élu par la ville, le droit de requérir la gardé civique en cas, d’émeute A Berlin, le maire est élu en vertu des lois prussiennes de Î8B3 à 1867, tandis que Paris est administré par deux fonctionnaires sans mandat. IL faut qu’un grand courant d’opinion se crée dans la population parisienne pour appuyer les revendications de ses représentants.
- ITALIE
- Démonstration à, Rome. — Quelques centaines d’ouvriers se sont rendus au Janicule pour faire une démonstration à l’occasion de l’anniversaire du combat de Saint-Pan crace. Un orateur a prononcé un discours. Puis un ouvrier a attaché à une fenêtre du Vas-cello une couronne de lauriers ornée d’un ruban rouge. Les agents de la force publique se sont emparés deestte couronne, qui a été saisie. Quelques arrestations ont eu lieu.
- ALSACE-LORRAINE
- Toujont*» fidèles. — Le canton de Seitz a élu dimanche dernier, M Zay comme conseiller d’arrondissement. M. Zay, candidat indépendant, avait pour concurrent M. Hirsch, candidat patronné par l’administration allemande.
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- Rixe!! — L'Union annonce qu’une nouvelle rixe a éclaté dimanche soir entre militaires et civils, dans une auberge de Neudorf, aux portes de Strasbourg. L'Union ne donne pas de détails sur les causes qui ont amené la querelle. On a dû faire venir une forte patrouille de Strasbourg pour y mettre fin. Il y a eu quatre blessés du côté des civils, dont deux blessés assez grièvement.
- ALLEMAGNE
- Ijes menaces de Bismarck.—La presse allemande s’occupe unanimement de la menace du prince de Bismarck de transférer le siège du gouvernement loin de Berlin. Les jugements portés sur le chancelier a propos de cette menace sont peu favorables. La Gazelle de Cologne craint que le chancelier, en persévérant dans la voie de réaction à outrance où il est entré, n’arrive prochainement a faire oublier au peuple allemand les grandes choses que ce peuple lui doit.
- Il paraît que la menace en question n’était pas une simple boutade. La Gazette de Cologne, la Gazelle d'Augs-bourg et le Journal de la Banque et du Commerce affirment que le prince de Biemarck avait déjà fait, il y a quelques temps, la proposition en question à l’empereur et que l’empereur l’avait repoussée.
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- La période électorale en Allemagne est en pleine agitation électorale. Cette période s’accuse par une recrudescence de rigueur contre la pressé» On à
- aterdit la vente, par mesure de police ;
- 1° D’un livret intitulé : « Jahrbuch für Socialwissen-schaft und social Politik a. (Annuaire des sciences sociales et politiques).
- 2° Die Éntwickelung der social-revolutionmren Bewe-gung in Russland. (Le développement du mouvement social et révolutionnaire en Russie), von P. Àxclrod. »
- 3° Le n° 198 du Berliner Bœrsen Courrier. (Le courrier de la Bourse de Berlin).
- 4° Le n° 13 du journal La Voix du Peuple.
- A côté dé ces rigueurs policières, viennent se placer des condamnations qui rappellent les excès commis dans cette voie, au lendemain de l’attentat tenté contre l’Empereur.
- Un enfant de 11 ans est condamné à 3 marcks d’amende pour avoir joué au soldat avec une vieille épée (port illégal d’une arme).
- Un jeune homme de 23 ans est condamné à quatre ans de prison par lé tribunal de Trêves, pour injures profé* rées contre le prince de Bismarck. Cette condamnation incroyable est certifiée par une publication signée du greffier et datée du 16 mars.
- A Leipzig, une réunion convoquée par les progressistes a été dissoute d’office par la police. La discussion devait porter sur « le programme du chancelier devant les élections au Reichstag. »
- Par contre, les magistrats de Pürth ont maintenu l’ordre le plus parfait à une réunion de socialistes tenue il y a quelques jours. Le représentant Bebel a pu y prendre la parole sur la « situation politique. » Il a terminé son discours en ces termes :
- « La situation politique en Allemagne est ainsi faite,
- « que le parti démocratique et social peut espérer jouer « sous peu un rôle actif. Nous nous efforçons d’obtenir « un nouvel état de choses, comme 1789* en a créé un « pour la France. »
- Ces paroles, accueillies par des applaudissements enthousiastes, furent les dernières prononcées. Le président déclara la séance levée et sut ainsi esquiver la dissolution par mesure de police.
- L’épilogue de l’aventure, c’est que les autorités supé * rieures Bavaroises viennent d’enlever aux magistrats de Fürth leurs attributions de police et n’en investir lé commissaire d'arrondissement. Tout cela d’ün trait de plume et pour apprendre aux bourgmestres que leur premier devoir est d’empêcher qu’on examine la politique intérieure de l’empire d’Allemagne.
- La Correspondance provinciale publie sous le titre de Y Avocat du petit contribuable, un article que l’on considère comme inspiré par le prince de Bismarck en vue des élections. Les classes ouvrières et agricoles, dit cet article, n’ont pas la représentation qu’exigeraient leurs besoins. Le prince de Bismarck a fait de l’amélioration du sort du petit contribuable la dernière grande tâche de sa vie.
- La Gazette nationale doute que ces appels réitérés aux intérêts matériels trouvent beaucoup d’écho dans les mêmes classes pour qui la réforme financière du chancelier a renchéri toutes les choses nécessaires à la vie. '
- ANGLETERRE
- Le suceesseur de Beacon»field. — Les
- hommes influents du parti conservateur anglais Se sont concertés pour conférer la direction de leur parti à un nouveau chef. Sir N ortheote a pris la direction du parti tory, rendue vacante par la mort de lord Beaconsfield. Le duc de Richmond prendra la direction de l’opposition à la Chambre des lords.
- Lord Salisbury, l’alter ego du grand Pan dans les questions d’Orient, de l’Afghanistan et surtout au Congrès de Berlin, serait-il décidément'éliminé comme chef du parti conservateur? Si cela était, l’Angleterre n’y perdrait rien, c.ar l’esprit d’aventure de eertains de ses hommes politiques ne lui a jamais profité.
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- 3Li*âfF£lii?é&x?aâl&H|gli.» Ufi curieux incident a marqué la séance d’ouverture du parlement anglais.
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- LÉ DEVOIR
- Renvoyé à la Chambre par ses électeurs M. Bradlausrh s’est présenté svec dignité pour prêter le serment qu’il avait refusé, il y a un an, pour raison d’athéisme.
- Le parlement anglais prend le serment très au sérieux. Sir Stafford Northeote, s’est fait, en cette occasion, l’organe du senliment de la Chambre, en demandant que l’assermentation fût refusée au député radical; et comme le ministère, par l’organe de MM. Bright et Gladstone ; prenant la défense de l’élu de Northampton, le ministère a été battu par une majorité d’occasion.
- A dater de ce momennt, l’incident est devenu de plus en plus grave.
- M. Bradlaugh s’obstinant a rester malgré les injonctions du speaker, il a fallu employer, pour briser sa résistance, une série de mesures de plus en plus rigou-reu-es qui auraient dû. en bonne règle, être présentées par le gouvernement. Mais l’attitude de son parti avait mis M. Gladstone de mauvaise humeur, et il a commis l’imprudence de laisser, cette fois encore, ce qu’il a appelé à deux reprises différentes « la nouvelle majorité » on* ir à la voix du leader de l’opposition. M. Bradlaugh n’a pas été expubé, mais la séance a été levée, sur la demande d’un député radical, M. Cowen, afin d’empêcher l’incident de dégénérer, comme il en prenait la tournure, en une véritable crise politique.
- Le lendemain M. Bradlaugh se présenta au commencement de la séance devant la table,demandant à prêter serment conformément à la loi.
- Le speaker lui enjoignant de se retirer, il refusa d’obéir.
- Le speaker ordonna alors au sergent d’armes de le faire sortir. Le sergent d’armes touche à l’épaule M. Bradlaugh, qui cède à ce simulacre de violence, et se retire derrière la barre.
- M. Labouchère proposa alors de présenter un bill accordant aux membres de la Chambre le droit de remplacer à leur gré le serment religieux par une simple affirmation.
- Après un échange de remarques assez aigres entre M. Gladstone et sir Northeote, M. J. Bright et le premier ministre proposent d’affecter à la discussion de la proposition Labouchère une série des séances qui auraient lieu le matin et qui n’interromperaient pas la discussion du Land bill
- M. Labouchère a déclaré qu’en présence de la possibilité d’une modification de la loi, M. Bradlaugh s’abstiendra pour le moment de réclamer l’usage de son droit; et l’incident a été clos.
- Il est probable que le bill présenté par M. Labouchère sera voté ; c’est une modification profonde dans les moeurs anglaises. Le cléricalisme protestant est atteint, comme est atteint, en France, le cléricalisme catholique.
- Les journaux, tout en rendant hommage à l’énergie et au talent de M. Bradlaugh, se demandent s’il n’aurait pas mieux fait de refuser un serment auquel il n'attachait aucune importance et de persister a réclamer le droit de faire une simple affirmation de loyalisme.
- SUISSE
- Les étudiants socialistes. — Nous avons publié la protestation qui avait été affichée à Genève contre l’exécution des nihilistes. Au nombre des signataires de cette protestation se trouvait le Cercle* d'études sociales des étudiants de V Université de Genève.
- Voici quelques détails sur ce Cercle, fournis par son comité.
- « Il y a plus d’un mois qu’un groupe d’étudiants a pris l’initiative d’un cercle d’études sociales dont l’unique but est, comme son nom l’indique du reste, l’étude de la « sociologie ».
- La science universitaire exige une grande spécialisation d’études dans tous ses domaines. Un médecin, un naturaliste, un mathématicien, forts de leurs connaissances spéciales, quittent l’Université, ayant peu ou point de notions générales sur l’organisation des sociétés sur les divers facteurs dont elles se composent et sur leur
- évolution politique et économique. Convaincus que tout homme appelé à prendre une part quelconque à la vie publique, ne devrait pas ignorer les lois qui régissent les sociétés, nous avons pris la résolution de fonder notre Cercle d’études sociales, groupe d’instruction mutuelle, où chacun des membres apporte, dans la mesure de ses forces, la part de connaissances qu’il a pu acquérir dans le domaine des sciences sociologiques. »
- ROUMANIE
- ïbe régime royal. — On a mis en jugement six socialistes étrangers et trois socialistes roumains, les deux professeurs Nadejde et l’étudiaut Milléa.
- Les persécutions contre les suspects de socialisme suivent leur cours. Des étudiants ont été chassés de l’Université ; des professeurs ont été expulsés de leurs chaires, des élèves des écoles normales et de l'Institut académique ont été renvoyés comme des criminels chez leurs parents; la police lésa escortés jusqu’à la gare. Une jeune fille de l’Ecole normale ga rdée dans une cellule pendant quatorze jours et nourrie uniquement avec très-peu de pain et de l’eau à cause de ses opinions athées et en quelque sorte socialistes, finit par succomber. Donc, on traite les socialistes arrêtés, avec la dernière rigueur, on les nourrit misérablement. Le parti socialiste tient ferme et malgré tout il a fait paraître Jos socialistes (A bas les socialistes], qui n’est autre chose qu’une traduction de la célèbre brochure du socialiste allemand Bracke : Nieder mit der Socialdemo-hraten.
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- .A ffiliations nihilistes. — A ce qu’on écrit de Galatz aux journaux da Vienne, la police a confisqué dans_ cette ville tr ize caisses remplies de poudre et qui, suivant la déclaration,étaient censées contenir des olives. Ces caisses, arrivées de Constantinople par un vapeur, étaient adressées à un commissionnaire en marchandises. Ce dernier a déclaré qu’il ne connaissait'pas l’expéditeur et avait été seulement avisé de remettre le colis à un sieur Tiorenti. qui lui était inconnu. On assure que cet envoi était destiné aux nihilistes. Les treize caisses contenaient 2,136 kilogrammes de poudre. La confiscation a eu lieu, paraît-il, sur un avertissement reçu de la police russe. '
- RUSSIE
- Lutte contre 1© progrès. — Le gouvernement russe presse de plus en plus les gouvernements des autres pays de l’Europe pour organiser de concert avec lui une conférence internationale relative à des mesures à prendre contre le socialisme.
- Seuls les gouvernements d’Autriche. d’Allemagne et d’Espagne ont jusqu’ici répondu à cet appel. Pauvres aveugles, qui croient qu’ils vont pouvoir, par leurs mesures arbitraires, arrêter le développement historique de l’humanité, dont le socialisme n’est qu’une nouvelle étape, nécessaire et inéluctable 1
- ALBANIE
- La guerre d’Albanie est en pleine activité et les Turcs paraissent s’être mis sérieusement en devoir de reconquérir ces provinces d’où la Ligue albanaise les avait peu à peu expulsés, sous prétexte de défendre contre les infidèles j’intégrité de l’empire ottoman. Prisrend et Uskub sont déjà entre leurs mains et, avec les forces dont ils disposent, 25,000 hommes dit-on. ils n’auront probablement pas de peine à s’emparer de Pristina,l’une des dernières places que les Albanais tiennent encore dans cette région.
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- LE DEVOIR
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- TUNIS
- Les propositions du Bey. — Le Bey a
- répondu à l'occupation de Pile de Tabarka et à celle de la ville du Kef, toutes deux faisant partie de la Régence proprement dite et non du pays des Kroumirs (mais, dit on, indispensables aux mouvements de troupes destinés à corriger les pillards,) par une protestation en note du 27 avril, adressée à toutes les chancelleries.
- Il s’élève en son nom — et aussi au nom du Sultan ce qui a lieu de surprendre —contre l’occupation partielle de son territoire qu’il déclare « un acte contraire au droit des gens. » L’occupation de Kef n'étant que momentanée et non définitive, la qualification que lui donne le Bey n’est pas exacte. Elle ne le serait que si Kef continuait — et cela ne sera pas — à être occupé une fois les Kroumirs corrigés
- La note du Bey invoque ensuite l’intervention des puissances, et en particulier celle de l'Italie et de la Grande-Bretagne II demande que le différend soit réglé par voie de recours à un arbitrage international.
- Cette proposition est très respectable et nous sommes peinés de voir que plusieurs journaux parisiens l’aient tourné en ridicule. Le recours à un arbitrage international aura toujours nos sympathies. Dans le cas qui nous occupe nous n’avous qu’un seul regret, c’est que le Bey ait été mal conseillé à l’origine du différend et qu il ait attendu l’occupation de Kef pour invoquer un arbitrage.
- Remarquons toutefois que les personnes qui regardent Mohammed Es Saddok comme un homme fermé à toutes les idées nouvelles se trompent complètement, car il n’y a pas d’idée plus nouvelle — elle l’est même tellement que c’est un malheur — que l’idée du règlement des différends par voie d’arbitrage international.
- La note du Bey se termine par l’affirmation que les tribus des Kroumirs avaient, toutes fait 1 ur soumission et étaient rangées autour du camp d’Ali Bey. Cette affirmation montre à quel point l’entourage du Bey tient ce souverain dans l’erreur : à l’heure même où sa note parvenait à notre consul les brigades Vincendon, Galland et Ritter étaient accueillies par la fusillade — du reste très peu meurtrière — de 3 à 4000 Kroumirs.
- Un autre fait qui prouve à quel point le bey est faussement renseigné par son entourage c’est la conduite de son frère, envoyé par lui contre' les Kroumirs pour les mettre hors d’état de recommencer leurs déprédations et leurs pillages.
- Le bey s’est fait fort de les réduire.
- Son frère, Sidi-Ali-Bey s’est porté à la tête d’un corps d’armée; arrivé en pays Kruumir, il a simulé une soumission de tribus et a annoncé qu’il allait rentrer à Tunis.
- Ma.1 s quelques bandes de son armée ont passé aux Kroumirs, et lui-même, ayant pris l’engagement de retourner à Tunis sans passer par Bôjà, a manqué à sa parole.
- LES TRAVAILLEURS AMIS DE LA PAIX
- La Société des Travailleurs amis de la paix de Paris, a adressé aux ouvriers italiens la très-belle lettre que l’on va lire :
- Citoyens, Compagnons d’Italie,
- Au mois de juin dernier, à l’occasion de notre assemblée générale, vous nous avez adressé une lettre Qui nous a profondément émus et dont les paroles sont à jamais restées dans notre mémoire. Voici ces paroles :
- « Les peuples libres sont frères, et les frères ne se font point la guerre, mais ils travaillent pour progresser à l’ombre féconde de la paix. Vous en France, nous en Italie, d’autres ouvriers en Angleterre, en Allemagne, en Amérique, nous avons tous le même but : « Substituer la raison à la violence, le droit à la force brutale. »
- Et vous ajoutiez :
- « Aujourd’hui nous vous envoyons ce salut, l’an prochain nous espérons venir à Paris, nous ouvriers d’Italie, et vous porter nous-mêmes, nos salutations fraternelles. »
- Eh bien, nous préparons en ce moment une grande assemblée des ouvriers de la paix et nous serons d’autant plus heureux de vous voir parmi nous en ce moment que la diplomatie, qui depuis des siècles s’attache à tenir divisés tous les travailleurs, s’efforce à cette heure de fomenter les jalousies entre le peuple de France et le peuple italien, comme si les questions de frontières qui séparent les souverains existaient pour des peuples également opprimés sur tous les points de la terre.
- Les classes qui oppriment l’Italie et qui l’affament veulent par des-sus tout empêcher la réalisation chez vous du suffrage universel Si vous les écoutez, elles vous mettront bientôt entre les mains, au lieu de ce « fusil pacifique », le bulletin de vote, un fusil de fer pour tirer contre vos frères les travailleurs de France.
- Quant à nous, nous avons aussi nos classes dirigeantes, nous avons aussi nos ambitieux qui bâtiraient sur des montagnes de cadavres, l’édifice de leur triste pouvoir.
- Elevez donc la voix avec nous, dénonçons ensemble les menées souterraines, les intrigues machiavéliques qui tendent à nous diviser.
- Que le monde sache que le peuple français et le peuple italien sont des nations éclairées et civilisées pour lesquelles l’ère des conquêtes est à jamais fermée et qui ne veulent plus reconnaître pour régler les questions de frontières et tous les autres débats internationaux que l’arbitrage et la paix.
- Salut et solidarité.
- A. Desmoulins, président, professeur ; V. Wy-nants, trésorier, relieur; Irénée Dauthier, secrétaire, sellier ; Y. Griess-Traut, vice-présidente de la Société pour l’amélioration du sort des femmes ; Nottelle, corsetier ; Emile Bénard, distillateur ; E. Bauzerr, comptable.
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- LE DEVOIR
- NOUVELLES DIVERSES
- Un© propïiéti©. — M. Paul Soleillet, le célèbre explorateur de l’Afrique, nous communique* dit le Petit Journal, une prophétie faite en 1718 par El-Hanij-Aissa, marabout de Laghouat, et que nous publions à titre de curiosité :
- Préparez pour les chrétiens leur repas du matin et leur repas du soir ;
- Car* je le jure par le péché, ils viennent à Oued-el-Heumar ;
- La joie brille dans les yeux de leurs femmes ;
- Leurs soldats allument leurs feux sur nos rochers ;
- La verte Tunis les verra aussi de son côté ;
- Levez-vous et voyez dans un nuage de poussière briller mille étendards;
- Ce sont les chrétiens sortis d’Alger.
- ♦
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- Le tunnel sons la Mntiehe. M. LéOnSay, président du Sénat, et Mathias, ingénieur en chef de l’exploitation du chemin de fer du Nord, étaient l’autre jour à Calais, où ils ont visité les travaux d’étude au tunnel sous-marin ; ils sont ensuite repartis pour Paris, après avoir constaté que cette oeuvre importante avait reçu un commencement sérieux d’exécution.
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- Le militarisme & l’ouvrier. «-» Le grand ennemi de l’amélioration du sort de l’ouvrier, dit M. Leroy-Beaulieu, c’est la longueur du service militaire. G’est là le poids mort qui pèse sur la plus belle partie de sa vie, sur celle qui serait naturellement la plus féconde en ressources et en économies.
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- Les cendres <1© Colomb. — L’Athénée de Pavie va dresser au beau milieu de sa bibliothèque un mausolée dans lequel sera déposée l'ampoule qui contient les tendres de Christophe Colomb. On sait que selon la tradition et i’histoire Christophe Colomb fit ses études nautiques à Pavie. Sur le mausolée sera gravé le distique suivant composé par le professeur Don Vin-cenzo Mignani.
- Reliquias Me Chrisiopkorî mirare Golumbi Jgnotum uundum ctti reperissê datum
- (Admire ici les restes de Christophe Colomb qui eut la gloire de découvrir un monde.)
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- Un aveu & tttéâi*©**. — Un des journaux fran-çais qui embouche avec le plus de crânerie « la trompette guerrière », la France, laisse échapper cet aveu significatif ; « Tant pis pour la guerre si elle ne peut marcher d’accord avec la liberté; mais un peuple qui se met en guerre, quel que soit son rival et quel que soit son but, doit s’incliner devant les conséquences de sa résolution. »
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- Etrange contradîetiou. — Un journal protestant considérant la situation faite aux protestants par la dernière circulaire du sous-secrétaire d'Etat aux cultes écrit :
- « Le ministre des cultes ne se croit pas chargé de favoriser et d’étendre les cultes : au contraire. Il les enveloppe tous dans la même méfiance et la mêçie hostilité, sans faire entre eux aucune différence, aucune distinction.
- « Et, pour le dire en passant, c’est une situation assez étrange, que l’on aurait quelque peine à comprendre dans un autre ministère : se figure-t-on bien un minis-
- tre de l’instruction publique croyant avoir pour mission d’arrêter les progrès de cette instruction? un ministre du commerce ou dés travaux publics chargé de s’opposer à l’extension de ce même commerce ou de ces mêmes travaux publics? »
- Cette observation est parfaitement juste.
- C’est pourquoi il faudrait supprimer le ministère des cultes,
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- Le dessèchement du Zolderzée. — Les
- Hollandais ne doutent jamais du succès des œuvres dé longue haleine mûrement étudiées au préalable.
- Ou sait quels grands travaux ils ont exécuté durant ces dernières années, rectification de ('embouchure dé la Meuse, canal d’Amsterdam à la mer, etc., etc. Aujourd’hui ce qu'ils exécutent sans fracas et sans précipitation est bien autrement grandiose, c’est le colmatage du Zuyderzee.
- G’est eu 1863 que l’idée première de cette entreprise a été conçue. Les bases du projet définitif ont été arrêtées en 1870. La digue du barrage s’étendra de la pointe d’Enkhuizen à la côte d’Overyssél, à droite de Kampen.
- La longueur de cetle digue sera de 41 kilomètres. Elle séparera du domaine de la mer, dans la partie méridionale du golfe de Zuyderzée, une superficie de 195,000 hectares de terrains cultivables. Déduction faite des surfaces de fossés, canaux, réservoirs dé décharge, routes, etc., il restera 176,000 hectares utilisables pour l’agriculture, soit environ t0 fuis la superficie du lac de Haarîenl. La dépense est évaluée à 230 millions de francs, soit 1,440 francs par hectare.
- La configuration générale dü golfe du Zuyderzée fait penser, a priori, qu’il serait plus avantageux d'entreprendre le dessèchement entier de ce golfe au moyen d’une digue de 14 à 15 kilomètres. Cette digue partirait de la pointe d’Enkhuisen (Nord-Hollande) pour aboutir à celle de Stavoren (Frise.)
- Mais eu réalité cette solution serait illusoire, parce que la digue s’opposerait à l’écoulement de l’Yssel, dans lequel le Rhin déverse une notable partie de ses eaux. Le débit de l’Yssel varie, pendant l’hiver, de 2,000 à 4,000 mètres eubes par seconde.
- Pour épuiser le Zuyderzée, en laissant libres les bouches de l’Yssel, il suffirait d’une force motrice de 9,400 chevaux-vapeur ; il faudrait une force six fois plus grande pour déverser à certaines époques, les eaux du fleuve. G’est pour Cela qu’il est indispensable de faire couler l’Yssel dans la mer et non le long du baBsiu à dessécher.
- Une autre considération résultant de l’étude des Sondages vint appuyer le tracé arrêté en 1870 Le fond du golfe du Zuyderzée suit une pente régulière depuis sa rive méridionale jusqu’aux bas-fonds de lite d’Urk, lesquels ont une profondeur de 5 mètres environ.
- La profondeur moyenne de la partie à endiguer est de 3m50. Les quatre cinquièmes du fonds sont formés de bonnes terres arables ; un cinquième seulement est formé de terres sablonneuses.
- Au bord de la digue projetée, la profondeur du Zui-derzee est plus grande, l’étendue relative des bancs de sable est aussi plus considérable. La crête de la digue s’élèvera à b1,1 au-dessus de l’êtiage d’Amsterdam soit à 2m03 au-dessus des plus hautes marées,
- Cette digue sera formée de sable et de terre glaise ; le pied sera protégé par des claies ou fascines ; les talus seront muuis d’un fort revêtement en pierre. Les dimensions transversales adoptées seront suffisantes pour éviter dans l’avenir tout danger de rupture; la dépense par mètre courant sera de 1.10i\fr. environ.
- On entreprendra la construction de cette digus sur quatre points à la fois, savoir : à Enkhuizen, des deux côtés de l'île d’Urq et à Kampeü : de cette manière, les travaux n’exigeront qu’une durée de six à huit ans. La conquête du Zuiderzée sera la plus gigantesque des annexions maritimes qui aient été pratiquées depuis trois siècles par les Hollandais,
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- Les chemins de fer an Mexique, — Le
- Berapath's Journal du 23 Avril, donne la liste des chemins de fer construits ou en construction dans le Mexique.
- Ce réseau est déjà important ; une fois que les lignes en construction auront été terminées, l'ensemble du réseau permettra d’importantes améliorations dans le cœur de ce vaste pays.
- * ?
- Prospérité <lo Borne. — La vieille Rome est entrée le 21 Avrii dans sa 2633e année, au moins d’après la doctrine la plus accréditée Et certes, elle porte bien son âge, la vénérable matrone, elle le porte en vraie Tille éternelle ; 1870 lui a donné un regain de jeunesse ; et depuis lors elle ne fait que croître et embellir.
- En onze' années, elle vient de voir le chiffre de sa population s’élever de 225*000 à 305,000 âmes ; et l’immigration continue plus lente maintenant, mais incessante ; presque pas d’émigration.
- En onze années, elle a vu surgir comme par enchantement les nouveaux quartiers du Viminal, de i’Esquilin, duQuirina), du Castro-Pretorio, du Cœlius, des Prati di-Castello, et se compléter celui du faubourg de la Porte Flaminia. Les maisons' s’y louent avant d’être sèches.
- Qui sait si l’an 1900, Rome ne sera pas aussi peuplée que Naples, la seule ville du royaume qui compte plus d’habitants qu’elle : près d’un demi-million.
- Les savants ont fait justice des légendes du passé et conviennent, presque tous, de nos jours, que la population de l'ancienne Rome, à l’époque de sa plus grande splendeur, c’est-à-dire vers la fin de la République, n’a jamais dépassé le chiffre de 650,000 âmes, Gôüt ans après, ce chiffre était déjà tombé à 500,000. Sous Au-rélien, il n’était plus que de 400,000 1
- Grâce aux invasions des barbares et aux guerres civiles. nous le voyons ensuite décliner avec une rapidité effrayante. On prétend que, vers la fin du XII® siècle, Rome n’avait p'ius que 35 ou 40,000 habitants.
- Puis le chiffre se rélèvé, mais pas de beaucoup. Il résulte d’uu recensement opéré en 1362 que 22,000 Romains étaient aptes à porter les rmes. Il n’est donc pas vrai que le chiffre de la population tomba à 18,000, pendant le séjour des papes à Avignon.
- Il s’élevait à environ 70.000, quand mourut Léon X, à 450,009 dans la seconde moitié du XVIIe siècle et à 170,0 0, cent ans plus tard.
- Lorsque Napoléon 1er annexa Rome â l’empire français, il n’y trouva plus que 117,882 âmes. A partir de cette époque, les recensements accusent une augmentation continuelle.
- Commerce des Assyriens
- M. Oppert dans son cours au Collège de France a donné la traduction d’un passage d’une inscription royale assyrienne remontant au Xs siècle avant notre ère.
- Ce passage établit que des caravanes asiatique traversaient, eu suivant le cours des fleuves,la Russie d’Europe actuelle pour chercher* l’ambre jaune sur les bords de la Baltique.
- Les négociants du roi oriental recueillent, disent-ils, cette substance jusque « dans les mers où la Petite Ourse est au Zénith » e'ést-à-dirê où l’on ne peut plus se diriger.
- L’amùre n’existant pas dans la Mer Blanche, il est vraisemblable que ce passage s’applique à la Mer Baltique. depuis les côtes où se trouve l’ambre aujourd’hui jusqu'à celles d’où l’on voit la Petite Ourse au Zénith, c’est à-dire.jusqu’a l’extrémité septentionale du golfe de Bothnie.
- Ces Asiatiques furent donc les précurseurs des Milé siens et des voyageurs dont parle Hérodote. Ils connaissaient l’Europe septêîitriotialë à une époque où dette contrée était totalement inconnue au reste du monde.
- LA QUESTION DES FEMMES m
- L’épouse
- Quand on parle d’améliorer le sort des filles, on a pour soi, tous les pères ; mais quand on propose d’augmenter les droits des femmes, on a contre soi tous les maris.
- C’est pourtant à eux que je veux m’adresser aujourd’hui, c’est eux que je voudrais convertir à la réforme du code conjugal, car c’est à leur équité que je vais
- parler. ...........................................
- Ouvrons le code et voyons les faits. Le régime de la communauté est, vous le savez, le régime presque universel. Que dit la loi : ~
- « Le mari, sous le régime de la communauté, administre seul les biens particuliers de la femme. Il peut vendre les immeubles de la communauté sans l’autorisation de la femme. Il peut vendre et même donner à titre gratuit les meubles, les objets mobiliers. »
- Vo'ilà certes une autorité bien complète, bien absolue. Où est le conseil ? où est le contrôle ?... Si le mari est incapable ; s’il est prodigue, s’il compromet la fortune commune, la femme, son associée, a-t-elle un droit efficace de remontrance ? Peut-elle prévenir le mal, l'arrêter ? Non, ni bornes, ni contrôle au pouvoir administrateur du mari.
- La loi, il est vrai, permet à la femme de poursuivre en justice la séparation de biens, en cas de mauvaise gestion du mari. Mais est-ce qu’elle connaît cette gestion ? Est-ce que l’exclusion même que crée le mal, h’empèche pas de le sonder ? Est-ce qu’il n’arrive pas mille fois que la femme n’apprend sa ruine que le jour où elle est ruinée ?
- Ce n’est pas tout, à ce système d’omnipotence générale, s’ajoutent mille petites tyrannies, vexatoires et puériles. Une femme ne peut pas déposer la plus légère somme chez un banquier, sans l’autorisation de son mari; obtenir un livret de chèques sans l’autorisation de son mari; acheter une obligation ou une action quelconque, sans l’autorisation de son mari; disposer par donation du plus mince capital en faveur d’une amie que le malheur frappe, d’un vieillard qui n’a pas le temps d’attendre son testament, sans la permission de son mari. Il semble que les femmes aient des mains ardentes où l’or se fond comme dans un creuset. Ce n’est pas tout encore. Une femme n’a pas le droit de recevoir une donation, sans la permission de son mari. Lui défendre de donner, c’est une tyrannie ; mais lui défendre de recevoir, c’est une injure. Il y a dans cette interdiction, je ne sais quel insultant soupçon d’argent mal gagné.
- En revanche, le mari est libre de disposer de tous les meubles de la communauté, à Litre gratuit, envers toutes personnes. Je cite le texte formel. Ce ne sont pas des suppositions que j’émets, ce sont des faits authentiques que je cite. • > > s • < i > > , < « i <
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- Qu’un mari ivrogne ou débauché vende le lit où dort sa femme, le berceau où couche son enfant, la table où se mange le repas, la huche où se serre le pain, tout enfin, tout, pour aller en dépenser le prix ailleurs, que la malheureuse mère qui voit ses enfants en guenilles et affamés accourre éperdue chez l’homme de justice et lui demande avec désespoir de forcer au moins son mari à leur laisser un grabat, l’homme de loi lui répond : « Le mari peut vendre ou donner tous les biens de la communauté. » Le croirait-on, si un magistrat lui même ne l’avait écrit et imprimé ? Des femmes ont vu vendre ainsi jusqu’à trois fois le pauvre mobilier acquis par elles à la sueur de leur front. Dès que la maison était vide, le mari partait; dès que l’industrie de la femme l’avait remeublée, il revenait et vendait tout de nouveau. Moi-même j’ai entendu une pauvre ouvrière en filets, une protégée de Béranger, me raconter que son mari avait ainsi dévalisé cinq fois sa pauvre chambre pour aller meubler celle de la femme avec laquelle il vivait î..............................................
- Soyons sincères ! Est-ce qu’un système d’omnipotence qui produit de tels effets n’est pas absurde et monstrueux ? Et savez-vous sur quoi il est fondé ? sur l’antique définition qui déclarait la femme un être inférieur, sur celte maxime que j’ai entendu, moi, prononcer gravement par un homme sérieux; à savoir que la femme la plus raisonnable n'arrive jamais au bon sens d’un garçon de ouatorze ans. Il y a peut-être ici plus d’un mari qui est de cet avis-là. Or, regardez autour de vous. A qui est due la prospérité de la plupart des boutiques de commerce ? Aux femmes. Par qui se soutiennent ou prospèrent les fermes, les maisons d'éducation et un grand nombre d’industries de luxe ? par les femmes !. Qui, dans les familles, répare souvent, à force d’ordre, d’économie, de surveillance, le désordre du mari ? Les femmes ........................
- Le code du veuvage renferme une contradiction fatale. Autrefois, la veuve restait mineure comme la femme, elle tombait sous la tutelle de ses parents, ou mieux de son fils aujourd’hui. Tant que le mari est vivant, l’épouse disparaît complètement devant lui. Il meurt, et soudain, en une minute, cette femme qui ne pouvait rien, peut tout : elle, qui n’avait pas le droit de se diriger elle-même, la voilà chargée de diriger deux fortunes : celle de son enfant et la sienne ; la voilà tutrice, protectrice ! maîtresse !
- Bien de plus absurde et de plus plein de périls.
- La mère.
- Le seul mot de mère pénètre tout le monde d’un tel respect, que l’on doute d’abord qu’il puisse rester aucun droit légitime à réclamer pour leurs mères. Parler de leur émancipation, c’est calomnier, ce semble, la conscience publique. Or, que dit le Gode ?
- L’enfant, dit le Code, reste jusqu’à sa majorité ou son émancipation sous l’autorité de son père ou de sa mère. » Rien de plus juste; mais le législateur ajoute : « Le père
- exerce seul cette autorité. » Voilà une rédaction au moins étrange ! Qu’est-ce qu’une autorité qu’on n’exerce pas ?
- La loi ajoute : « L’enfant ne saurait quitter la maison paternelle sans la permission de son père. » Mais la mère ? pas un mot sur elle.
- La loi dit : « Un père à qui son fils donne des sujets de mécontentement très graves peut le faire détenir pendant un mois. Mais la mère? rien pour la mère.
- La loi dit : « Les enfants ne peuvent se marier sans le consentement de leurs parents ; puis ajoute : En cas de dissentiment, le consentement du père suffit. » Ainsi, l’avis de la mère ne vaut ni pour, ni contre ; si elle consent et que son mari refuse, son consentement ne compte pas. Si elle refuse et que son mari consente, son refus ne compte pas davantage. Elle ne peut ni marier sa fille, ni l’empêcher de se marier, ni la préserver d’un choix fatal, ni la soutenir dans un choix heureux.
- Cette annihilation du pouvoir maternel est funeste.
- (A-suivre) E. Legouvé.
- LA MISÈRE EN IRLANDE ET SES ÎREMÈDES
- Voici les réflexions de M. Bonamy Price, l’un des membres de la commission d’enquête,sur les trois F'.
- I. — Fixity of tenure.
- Cette expression, si elle signifie que : « à la condition de payer le loyer de sa ferme, quelqu’il soit, le tenancier ne pourra jamais être évincé et aura, au contraire, la facu té de transmettre son bail à tout autre personne sans que le Landlord ait rien à y voir, » suggère les observations suivantes :
- (A.) L’adoption de cette proposition aurait pour effet de chasser le Landlord de sa terre et de le dépouiller d’une portion considérable de sa propriété sans aucune compensation. Elle ferait de lui le simple possesseur d’une redevance ou, en d'autres termes, un rentier viager,un créancier hypothécaire. Une telle mesure serait la violation du respect de la propriété qui est le principe fondamental de l’ordre social, de l’économie politique et de la civilisation.
- (B) Elle paralyserait toutes lesamélioralions du sol chez ses détenteurs et l’Irlande serait frustrée de ce dont elle a besoin, c’est-à dire du capital et d'une exploitation agricole intelligente.
- (Cj Elle ferait que les propriétaires nominaux s’absenteraient de leurs propriétés qu’elles fussent ou non en Irlande, que cette absence les ferait regarder comme des exacteurs et qu’on finirait par la confiscation du loyer lui-même.
- (D) Elle perpétuerait les petites fermes et leurs misères, la mauvaise cu'ture et la subdivision des tenures qui déjà pèsent si lourdement sur les facultés productrices du sol et le bien-être du peuple.
- (E) Le Landlord resterait responsable vis-à-vis de la loi de l’éviction d’un tenancier violateur de cette loi. Aux griefs que l’on a déjà contre lui viendrait se joindre celui d’encourir la haine populaire.
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- IL — Free sale
- (A) Ici la question se pose nettement : qu’est-ce que le tenancier a, ou peut avoir à vendre ? Ses améliorations et rien de plus. Que le fruit de son travail lui soit assuré ; c’est-à-dire qu’il lui soit tenu compte jusqu’à l’extrême des améliorations par lui faites ! Que l’estimation de la valeur de ces améliorations ait lieu au meilleur marché, quoique de la façon la plus exacte possible ; que le paiement lui en soit effectué dans son intégralité, voilà tout ce qu’il a à réclamer en quittant sa ferme !
- (B) La mise en pratique du Free sale serait on ne peut plus préjudiciable au fermier entrant Je qui dépend l’augmentation de la production. La concur- , rence de la terre, dans ce malheureux pays, est telle que les prix offerts, d’une élévation vraiment insen- sée, sont plus difficiles à payer que les exactions les plus monstrueuses. De telles transactions diminuent à l’excès le capital du fermier et privent le sol et sa culture des ressources qui lui sont indispensables pour produire autant qu’il en est capable.
- ' C) Toute garantie d’une bonne exploitation agricole par un tenancier disparaitrait à partir du jour où le Free sale deviendrait loi. La mauvaise culture est un fait généralement reconnu en Irlande.
- (D) Le Landlord serait, comme avec la fixité de tenure, dépouillé d’une partie de sa propriété La somme payée pour le soi-disant intérêt du fermier sortant, le serait aux dépens du loyer qui, dans de telles circonstances, ne pourrait représenter intégralement le prix modéré de la ferme. Ce serait une confiscation que rien ne justifie,
- (E) Enfin cette liberté de vente perpétuerait les misères telles qu’elles existent actuellement. Les te-nures où l’on meurt de faim, les mauvaises exportations, les bâtiments en ruine et, d’une manière géné- j raie, le sol en souffrance et le cultivateur à la veille j de manquer de tout, tel serait le résultat de l’application de cette mesure.
- III. — Fair rents.
- (A) 11 n’est pas de mécanisme gouvernemental capable de déterminer d’une manière équitable la valeur du loyer. Cette valeur est toujours l’effet de circonstances locales ou particulières.
- (B) Le loyer d’une ferme ne peut servir de base au loyer des autres fermes Seul le tenancier qui comprend sa besogne sait ce qu’il peut et par conséquent ce qu’il doit payer.
- (C) Sous l’empire de la coutume d’Ulster, le Fair Rent se réduirait à ce que le fermier aurait le moyen de donner après avoir payé un premium exorbitant.
- Ce Fair Rent serait la spoliation du Landlord.
- (D) Donner au loyer une origine autre que la liberté du contrat, c est tarir la source de toute amélioration agricole en Irlande. C’est donner à l'agriculture comme régulateur, l’ignorance, l’indolence, l’apathie, le besoin de capital du tenancier malheureux qui trouve protection à sa paresse dans l’appropriation du loyer à son état et à ses habitudes.
- En conséquence la réforme des trois F* doit être condamnée comme fausse au double point de vue des principes sociaux et économiques. Elle serait propre seulement à perpétuer les maux particuliers dont souffre l’Irlande, à paralyser la production de l’augmentation de laquelle ce pays peut seul attendre son bien être.
- Quoi qu’il en soit on doit en même temps admettre
- que de grands abus ont été commis par certains propriétaires dans l'élévation hors de raison du loyer. Ils ont méconnu la situation précise dans laquelle ils se trouvent respectivement,eux et leurs fermiers. Les rapports de tenanciers à Landlords impliquent des devoirs mutuels et la prise en sérieuse considération des circonstances existantes. On tient rarement compte de ces circonstances, mais le remède à cet état de choses ne doit pas être demandé à une intervention officielle qui est contre nature et nuisible. C’est dans l’entente raisonnée des fermiers et des propriétaires entre eux qu’on le trouvera... C’est dan-^ la détermination amiable qu’ils feront de ce qui incombe à chacun d’eux pour la prospérité de l’agriculture, que le mal prendra fin.
- *
- * *
- Si l’on a lu attentivement le rapport dont nous avons donné une analyse, ainsi que les observations particulières qui précèdent, on adù voir que, tout en reconnaissant la gravité du mal, on essaie d’en atténuer les causes lorsqu’il s’agit des Landlords, tandis qu’on leur donne de larges proportions quand il est question des tenanciers. Ce n’est pas seulement le sentiment de l’impartialité qui fait défaut dans l’un et l’autre de ces deux documents, mais encore l’esprit de la logique la plus élémentaire.
- C’est ainsi qu’après avoir attribué à la concurrence excessive de la terre l’élévation arbitraire du loyer de la part des Landlords, élévation qui met le plus souvent le tenancier, le petit tenancier principalement, dans l’impossibilité de payer et l’expose à une éviction qui se fait rarement attendre, on se garde bien d’ajouter que la perspective de cette éviction paralyse l’énergie du tenancier et lui enlève jusqu’au désir de faire des améliorations dans les terrains qu’il cultive.
- On se plaint amèrement de la mauvaise exploitation agricole et on lui donne pour cause l’indolence, l’apathie ou l’ignorance du cultivateur; mais on se garde également bien de dire que, chez le plus grand nombre des tenanciers, ce qu’on attribue à l’indolence, l’apathie ou l’ignorance, est du simplement à la royauté des Landlords ou de leurs agents qui ne manquent pas lorsqu’ils voient ou croient voir les fermiers dans une situation pécuniaire meilleure, d’augmenter le prix de leurs fermes. De telle sorte que les cultivateurs certains ou à peu près de voir le fruit de leurs sueurs passer entre les mains des propriétaires, préfèrent ne pas travailler du tout que travailleur pour rien, comme on le dirait familièrement, travailler pour le roi de Prusse. Si la majorité de la commission se tait sur ce sujet, ce n’est point par défaut de renseignements... ils ont abondé officiellement et officieusement.
- Plus sincère, la minorité de ladite commission n’hésite pas à reconnaître et déclare, s’appuyant
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- sur des témoignages irrécusables, que la condition de dépendance dans laquelle se trouve le fermier qui a toujours en perspective l’arbitraire sous les deux formes de l’exaction et de l’éviction, a été dans le passé, continue d’être dans le présent et stra tant qu’elle se perpétuera, une source fatale d’injustices, un obstacle insurmontable à tout progrès agricole dans l’avenir. Dans son opinion, l’acte de 1870 dicté par de bonnes intentions est insuffisant et même erroné dans certaines dispositions. Cette opinion est fondée sur l’expérience qui a été faite de cette loi, sur les résultats pratiques obtenus dans son application à deux époques, l’une d’une prospérité exceptionnelle, l’autre d’une détresse sans égale. La première, en effet, n’a pas peu contribué à cette concurrence effrénée des travailleurs de la terre entre eux et, par suite, a fourni plus d’une occasion aux Landlords d’exercer leurs exactions. La seconde a vu se produire une réaction telle que tout ce qui dans le statut pouvait et aurait dû être en faveur du fermier, tournait à son détriment. Et chose à noter, ce n’est pas seulement à l’égard des petits tenanciers que ces résultats se sont présentés, mais encore chez les grands fermiers eux-mêmes, et les Landlords, loin de prendre en considération ces circonstances malheureuses et de chercher à soulager ceux qui en souffraient, ne se sont montrés que plus durs et plus impitoyables envers eux.
- On comprend, en présence de l’étendue de pouvoir des Landlords irlandais si bien retracée en quelques lignes dans le Devoir (n<> 134. Dimanche 3 avril 1881, page 223), la situation faite à ceux qui sont sous leur coupe immédiate.
- On comprend jusqu’où peut aller l'abus de ce pouvoir et l’on peut juger, par conséquent, du degré de misère matérielle et parfois d’abaissement moral auquel se trouve réduit le pauvre diable de fermier. On comprend quels sentiments doivent l’agiter en se voyant à la merci d’un homme qui peut, à un moment donné, obéissant à un caprice, ou à une rancune, le chasser de ce sol qu’il cultive et dont les fruits sont toute sa ressource.... le chasser, c’est-à-dire le condamner lui et sa famille à mourir de faim. Car il ne faut pas l’oublier, de l’aveu de la commission tout entière, majorité et minorité, il n’y a pas d’industrie en Irlande, pas de manufacture. Le commerce y est local et le trafic tout entier est entre les mains de l’Anglais. Le seul moyen d’existence pour le malheureux Pady, c'est l’agriculture. De là sa ténacité à se cramponner à la terre, ténacité qui n’est pas chez lui seulement affaire de sentiment mais aussi instinct de conservation de soi-même.
- La minorité de la commission admet avec la majo-
- rité qu’il est certains domaines où l’on ne rencontre pas cet état de choses, mais elle ajoute que, même dans de grandes propriétés sagement dirigées et judicieusement administrées, cette conscience de sa position de dépendance et l’incertitude, je veux dire le manque de sécurité qui en est la conséquenc3, font que l’agriculteur ne cherche pas à tirer du sol tout ce qu’il en obtiendrait s’il était assuré de jouir du fruit de son travail et que aigri, porté à la haine, il est tout disposé à dire avec le fabuliste en y appuyant davantage : « Notre ennemi, c’est notre maître. »
- « Il importe donc d’aviser, ajoute la dite minorité, et d’aviser promptement. Il faut reformer le mode des baux et sans nuire aux propriétaires, faire justice aux fermiers. » Faire justice, dans ce sens, ferons-nous observer, c’est prendre des mesures telles que le travailleur soit certain de son lendemain, qu’il ne soit pas plus longtemps à la merci du Landlord ou de ses agents.
- Yoici, d'une manière générale, ce que dans l’opinion de MM. John Rice, Carlingford, James Stansfeld, Mitchell Henry, Joseph Cowen et John Clay la législation nouvelle devrait être vis-à-vis de l’Irlande.
- {A suivre) G. P. Maistre.
- m RÉVOLTÉ
- I
- Le corps d’armée, commandé par le prince de Prusse, se dirigeait vers le grand duché de Bade. Il s’agissait de mettre à la raison les républicains du Sud, de les poursuivre dans leurs derniers retranchements; on sait ce que c’est que mettre à la lai-son : on prend des canons, des troupes bien disciplinées et on va devant soi, en tuant, massacrant tout ce qui fait obstacle à la volonté du maître, roi ou classe dirigeante. — Puis quand le silence de la tombe a remplacé les justes protestations, les revendications de ceux qui souffrent, ce que l’on appelle l'ordre au xix® siècle est proclamé rétabli.
- Yoici comment les choses s’étaient passées.'
- En mars 1848, Berlin avait fait une tentative d’insurrection, on avait tiré des coups de fusils dans les rues, puis après quelques jours d’effarement, un matin Frédéric-Guillaume IY, le roi tranquille qui aimait mieux boire un verre de champagne, se griser même un peu que d’entendre un coup de fusil, s’était présenté-au balcon du Palais-Royal de Berlin et avait dit quelques mots que personne n’avait pu entendre distinctement. — Il fit certes bien des promesses au peuple ; qu’en resta-t-il ?
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- C’est à partir de ce moment que les Berlinois pu- I rent fumer dans la rue sans risquer de payer 5 tha- , lers d’amende.
- Les années comptent double en pareils temps, les événements se succèdent coup sur coup, Berlin était calme déjà depuis plus d’un an, lorsque, au moment où commence ce récit, le prince de Prusse (l’empereur Guillaume actuel} se dirigea vers Bade.
- On venait d’arriver à Francfort.
- Les Francfortois étaient mornes et tristes; ils songeaient que leur ville libre, hier agitée par le Parlement allemand, était aujourd’hui envahie par les troupes prussiennes. Chacun — selon sa position — avait 2, 4, voire même 10 soldats à loger. Il y avait bien des froissements, la troupe protectrice ainsi que les chefs l’appelaient bien haut, était là comme en pays conquis.
- Tel avait une fille jeune et fraîche que le petit sous-lieutenant avait embrassée sans façon; le père les poings fermés, avait fait un geste de colère : — Qu’est-ce à dire ? — S’était écrié alors dédaigneusement, en faisant siffler sa cravache, le jeune officier serré dans son corset comme une femme (on eut dit un moucheron aux vives couleurs que le père fort et carré des épaules eût écrasé comme un vermisseau) et pourtant le père s’était tu, en poussant dans sa barbe un soupir étouffé.
- Là-bas, dans cette pauvre maison propre mais délabrée, dont les habitants semblent avoir écrit sur leurs personnes dans leur demeure ces mots : misère décente, deux hussards de la mort, qui ont, brodés en blanc sur leur shako, le crâne de squelette et les os en croix, sont attablées, un pot de bière devant eux. — L’un prend la cruche et, après en avoir regardé le contenu,jette le tout à terre en criant à tue-tête : Du vin, bonhomme, du vin !
- Sur leZeil enfin, deux jeunes hommes causent en longeant le trottoir. — Peter, dit l’un à son camarade qui porte le même uniforme que lui, — ils sont de la même compagnie, — tu auras beau dire, j’exécuterai mon projet : j’irai retrouver mon frère, mourir pour mourir, qu’au moins je sois tué à* ses côtés d’une balle au service du despotisme !
- — Malheureux, y songes-tu, le désespoir t’aveugle, après la défaite ton frère, sans doute, passera en Amérique. Qui te dit qu'il sera tué dans la bagarre, qui te dit que toi-même les balles ne t’épargneront pas ! reviens à la raison. Crois-moi, Max, voyons, calme ton cerveau exalté, tu as la fièvre ; la tranquillité reviendra en Allemagne, et, si nos espérances sont encore ajournées, nous nous résignerons et préparerons des jours meilleurs.
- — Peter, dit Max dont l’exaltation croissait, ton frère, à toi, n’a pas été tué comme le mien, en défendant la cause de Injustice, ton frère, un frère adoré dont tu partages les nobles aspirations, les vues larges et humanitaires , l’horreur de l’esclavage moral qui nous étreint, n’est pas là-bas de l’autre côté du Rhin. Franz combat au milieu de cette phalange d’hommes libres et justes, humains et grands, qui, s'ils doutent du succès, ne failliront pas à proclamer jusqu’au dernier soupir les droits de l’humanité.
- Eux seront écrasés, mais ils mourront libres, et nous, nous vivrons esclaves et.... lâches, car notre conscience nous répétera jusqu’au dernier souffle : Tu as été l’instrument du despotisme, tu as aidé à replonger dans l’obséurité tes compatriotes qui s’élancaient vers la lumière: non,Peter, jamais, jamais, poursuivit-il Rejetterais mon fusil et je fuirais avec horreur, ne pouvant tirer sur ces hommes, ne pou-' vant obéir au chef infâme qui m’ordonne de tuer, qui sait ? peut-être mon frère ? Je le sens, c’est sur celui qui crierait feu, que je déchargerais mon fusil.
- — Prends-garde, Max, on risque de t’entendre.
- La nuit vient et les deux jeunes gens rentrent chez
- le serrurier où ils logent ensemble.
- Mornes et sombres iis semblent craindre leurs réflexions, le chaos est dans leur cervelle, ils n’osent plus échanger une parole. Avant de se coucher Max a éclatéen sanglots, s’est jeté dans les bras de Peter et l’a embrassé à trois reprises avec effusion : que se passe-t-il en lui, il semble qu’il ne puisse se séparer de son ami même pour dormir.
- A vingt ans il y a encore de l’enfant chez l’homme. Quand le sommeil tient une tête d’adolescent sur l’oreiller, l’œil d’une mère retrouve dans cette fraîche figure entourée de boucles blondes ou brunes toute la sérénité qui rayonnait autour de la tête du bébé d’il y a longtemps; le repos a écarté les passions, les préoccupations du jeune homme et il ne reste en lui que l’enfant de sa mère, qu’un bébé plus grand, plus fort, plus robuste mais aux instincts naïfs et bons, à la respiration régulière et saine, à la sève puissante qui s’agrippe à la vie, comme ces jeunes lièvres d’un vert tendre, dont l’éclat est sain et réjouissant.
- Peter, harassé de fatigue s’endormit d’un profond sommeil jusqu'au lendemain matin. Cette belle et douce figure, ce vigoureux jeune homme sain d’esprit et de corps, c’était de la chair à canon. Huit jours encore peut-être et il ne serait plus qu’un amas de lambeaux de chair, d’os brisés et de sang; un obus, en une seconde pouvait résoudre ce problème. Sans trop savoir pourquoi, parce que cela plaisait au mat«
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- tre, parce que cela faisait rayonner de gloire la couronne royale de Prusse, il allait tirer sur d’autres hommes, sur des frères, s’exposer à leurs coups, sans haine, sans' parti-pris, simplement parce qu’il recevrait l’ordre d’assassiner, d’être un héros aujourd’hui, lui qui, s’il avait fait le même acte hier eut été un meurtrier î
- Et l’on prétend qu’au dix-neuvième siècle nous sommes civilisés !
- Peter avait pensé à tout cela, il se rappelait qu’en-fant il avait cassé sans le vouloir la patte d’un oiseau : Faire du mal à un petit animal, même par maladresse ! La mère avait donné le fouet à l’enfant. Eh bien, aujourd’hui, il s’agit de tuer des hommes qui ne vous ont rien fait, bien plus des hommes qui vous sont sympathiques, dont on a les aspirations ! — Gela est affreux, n’est-ce pas, et Peter avait songé à ces horreurs toute la journée.
- Mais enfin, ces hommes que l’on tue on ne les connaît pas, on tire de si loin, Gn ne les voit pas tomber et puis est-ce votre balle ou la balle du voisin qui a tué ? Aussi, pauvre Peter, ce qui t’attend est bien plus horrible que ces horribles choses.
- (4 suivre) Potonie Pierre.
- 3ha suppression dLes ténèbres
- Le Glotte de Londres publie les lignes suivantes :
- « Il serait curieux que les études et les expériences faites concernant l’éclairage de l’intérieur des habitations particulières et des établissements publics finissent par amener à l’intérieur des maisons,la suppression complète de tous les appareils d’éclairage (lampes, gaz, électricité). C’est là, cependant une chose qui est considérée comme possible par une compagnie d’éclairage électrique des Etats-Unis.
- Cette compagnie a demandé l’autorisation d’éclairer le Capitole de Washington, non pas eu plaçant des appareils d’éclairage à l’intérieur de cet édifice, mais en supprimant l'obscurité dans son voisinage. Elle propose de produire au-dessous du Capitole et sur différents points des terrains qui en dépendent, une lumière assez intense pour remplacer en quelque sorte celle du jour et pour pénétrer, comme le ferait cette dernière, dans l’intérieur de l’édifice, par des lucarnes et les fenêtres.
- La compagnie se servirait dans ce but de 450 lampes d’une énorme dimension, produisant une lumière totale égale à celle de 200,000 becs de gaz ordinaires,et comme un grand nombre de ces lampes seraient placées à 50 pieds au-dessus du toit de l’édifice, on pense qu’elles répandraient sur la ville de Washington une lumière assez forte pour qu’on pût se dispenser d’éclairer les rues.
- Les auteurs du projet disent naturellement que ce mode d'éclairage serait beaucoup moins cher que le système actuel ; mais le congrès ne paraît pas précisément séduit par cet offre. Cela est vraiment fâcheux; car l’expérience aurait été certainement très-intéressante quel que put en être le résultat pratique.
- Le Directeur-Gérant : GODIN.
- SOCIÉTÉ DU
- ASSOCIATION COOPÉRATIVE DU CAPITAL ET DU TRAVAIL
- PARTAGE DES BÉNÉFICES ENTRE DOUZE CENTS TRAVAILLEURS
- CAPITAL: 4,600,000 FRANCS
- Cette association embrasse l’industrie et les besoins domestiques de la population, c’est-à-dire le soin des propriétés de l’Association, la location des logements, les approvisionnements et débits de toutes marchandises nécessaires à la consommation, et la production manufacturière de toutes sortes d’objets de chauffage d’ameublement en fonte de fer.
- Elle demande à s’ajoindre des membres désireux du succès de l’Association en état de lui rendre de réels services, et particulièrement :
- 1° Un homme capable de bien comprendre l’administration et la direction des propriétés, des services domestiques et des services commerciaux de l’association.
- 2° Un bon contre-maître de fonderie pour la su vaillance de la sablerie et du moulage des pièces de fonte et d’ornement, produites par des procédés de moulage mécanique le contre-maître au besoin, devrai^ veiller aux machines elles-mêmes ;
- 3° Un ajusteur, dessinateur et praticien pour conduire l’exécution de modèles nécessaires aux besoins du commerce et destinés au moulage mécanique ;
- 4° Un secrétaire-comptable d’administration.
- 55 Une personne en état de diriger les travaux de construction de bâtiments.
- Bons appointements et participation aux bénéfices, proportionnés à la capacité des personnes.
- S’adresser à l’Administrateur-Gérant de la Société du Familistère à Guise (Aisne).
- Saint-Quentin—lmp. de la Société anonyme du Glaneur
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- dut numéro hebdomadaire 20 c,
- 15 MAI 1881
- 4* ANNÉE, TOME 5 — N0 140
- Le Devoir
- BUREAU
- A. GUISE. (Aisne’
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant Fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE
- par Fenvoi, soit au bureau cle Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- Franc©
- Un an. . . . 10 fr.»» Six mois ... 6 »»
- Trois mois . . 3 »»
- Union postal©
- Un an. . . . 11 fr.»»
- Autres pays Un an. . . . 13 fr. 60
- ON S'uâONNE A PARIS 5,r.Neuve-des-petits-Champs Passage des Deux-Pavillons
- S’adresser à M. LEYMARIE administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- Discours de M. Godin à la Fête du Travail. — Nouvelles du Familistère. — Etat-Civil du Familistère.
- — Fêle de nuit au Familistère. — Faits politiques et sociaux. — La Tunisie et les amis de la paix. — La politique méditerranéenne. — Nouvelles diverses.
- — La misère en Irlande. — Le Révolté (nouvelle).— Bulletin bibliographique. — Variétés.
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- DISCOURS DE M- GODIN A LA FÊTE DU TRAVAIL
- du dimanche 1er mai 1881.
- Chers coopérateurs et amis,
- Fidèles à l’habitude que nous nous sommes imposée, nous nous trouvons réunis, chaque année, le premier dimanche de mai, pour rendre un nouvel hommage au Travail.
- Le zèle que vous apportez à l’organisation de cette fête prouve l’intérêt que vous y attachez et le mérite qu’elle a à vos yeux.
- Ah ! combien vous avez raison de fêter ainsi L travail. Combien il serait heureux que la terre entière vous imitât, et que le travail associé, honoré^ aimé, apparût aux yeux de tous comme étant la voie de la justice due au travailleur, la voie du salut social et de l’émancipation des masses laborieuses.
- ' Mais il n’en est pas encore ainsi. Si le travail se relève peu à peu de 1 état d’abaissement dans lequel les siècles d’ignorance l’ont placé, il est certain que beaucoup, meme parmi les travailleurs, considèrent encore le travail comme une tâche lourde, obligatoire, dont chacun voudrait se décharger.
- Peu encore, parmi les hommes, considèrent le travail comme un devoir, comme un moyen de progrès individuel et social. Bien peu apprécient le rôle sacré que le travail remplit dans le monde. Bien peu se disent que le travail entretient et nourrit la société, et que c’est le travail qui réalise le progrès de la vie dans l’humanité.
- Chacun est trop préoccupé de ses satisfactions individuelles pour se rendre compte des bienfaits que le travail, organisé dans un esprit de justice et de mutualité, accorderait à tous les hommes.
- Ici, comme partout ailleurs, la défiance a existé parmi vous. Aujourd’hui, l’association ouvre vos esprits à l’espérance et à la confiance en un avenir meilleur. L’association fait naître chez vous l’idée que le travail doit être l’objet des gloires réelles de l’humanité.
- On conçoit les défiances trop légitimes du travailleur, car le passé ne lui montre de garanties nulle part, et le présent les lui refuse encore.
- Après avoir eu des oppresseurs et des maîtres, l’ouvrier est aujourd’hui devant des em*
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- ployenrs qui spéculent sur le produit de son ] J’appelle aujourd’hui votre attention sur ce
- travail.
- Pour vous, mes amis, ce régime d’exploitation n’existe plus. L’association^ unissant vos forces et vos volontés, vous assure le travail et, le travail assuré, elle vous en garantit le légitime bénéfice.
- Aussi vois-je avec plaisir la confiance se fortifier parmi vous. L’existence se présente belle d’avenir. Le logement, la nourriture, le vêtement, l’instruction de la famille, de solides économies, des soins et le nécessaire pendant la maladie, la tranquillité de la vieillesse garantie, une société fraternelle unie dans un sentiment d’intérêt commun, sont toutes choses nécessaires qui ne pourraient vous faire défaut maintenant que par les fautes les plus graves de votre part, car vous êtes les maîtres de votre avenir et du bonheur de vos familles.
- Mais il ne faut pas perdre de vue que l’avenir de l’Association dépend de sa bonne administration. C’est pourquoi les statuts étaient nécessaires, car ils sont faits en vue d’amener à la direction les hommes les plus justes, les plus intelligents, et les plus 1 capables ; conditions indispensables à la prospérité future de l’association.
- L’association a pour règle indispensable la pratique de la justice. Toute dérogation à cette règle est une cause de dissolution et de ruine. La faveur ou les privilèges qu’on exige pour soi excitent des rivalités et des dissentions; il faut donc que les hommes placés au premier rang soient non seulement les plus capables mais aussi les plus dévoués et les plus justes.
- Ne perdez jamais de vue, mes amis, cet enseignement. Dans toutes vos élections, représentez-vous toujours que la bonne marche et la prospérité de l’association dépendront de ceux qui seront à la tête de l’entreprise. Que toujours dans l’élection de vos comités et des conseils de la Société, la froide raison vous guide.
- N’agissez jamais par passion, ni par intrigue. Sachez distinguer les meilleurs et les plus capables d’entre vous et accordez-leur vos suL frages.
- Et s’il arrive que des capacités utiles à l’association s’offrent du dehors, tendez-leur les bras, n’hésitez pas à les accepter parmi vous.
- point. Le Conseil de gérance de l’association n’est pas encore au complet, trois membres élus par les suffrages des associés doivent y être adjoints. Le mandat d’un de ces membres doit être renouvelé chaque année. Cette élection n’a pu se faire encore parce que, d’après les statuts, ces membres doivent être élus parmi les auditeurs et que jusqu’ici les candidats au poste d’auditeur ne se sont pas présentés. Il importe donc que vous vous préoccupiez de cette question, et que ceux qui se sentent les aptitudes et les dispositions convenables s’apprêtent à concourir pour obtenir leur admission à la qualité d’auditeur, afin que le Conseil de gérance puisse être complété par l’élection.
- Je conçois que jusqu’à présent, il y ait eu de la timidité et de l’hésitation pour concourir à ce poste ; mais avec la volonté de s’instruire et de bien faire, un certain nombre parmi vous seraient capables d’apporter un utile concours à l’administration de là société. Les ouvriers ont montré en d’autres circonstances ce dont ils sont capables. Je crois devoir à ce sujet vous rappeler, à titre d’encouragement, ce que de simples ouvriers anglais ont su faire.
- Un grand industriel, Robert Owen, a, vers 1820, essayé en Angleterre d’améliorer le sort des ouvriers placés sous sa direction. En quelques années, il avait obtenu des faits très-remarquables et qui eurent alors un grand retentissement. Mais l’établissement qu’il dirigeait ne lui appartenait pas entièrement, il avait des co-associés qui ne voulurent pas lui laisser appliquer complètement les idées d’organisation qu’il avait conçues.
- Robert Owen quitta donc l’établissement de New Lanark où il s’était fait remarqué si avantageusement, pour aller en Amérique tenter une fondation nouvelle. Mais là, entouré de personnes peu capables et pour la plupart mal intentionnées, il ne fut plus aussi heureux. L’entreprise périclita.
- Robert Owen avait publié ses vues et ses doctrines dans divers écrits. Sa pensée était donnée au monde et ses livres avaient formé des disciples. Aussi vingt-cinq ans plus tard, alors que ses remarquables tentatives étaient à peu près oubliées, on vit de simples ouvriers se
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- réunirent dans la ville de Rochdale, comté de Lancastre, Angleterre, au nom des principes enseignés par Robert Owcn.
- Ces hommes, au nombre de vingt-huit, sans autre ressource que leur volonté, résolurent de réaliser l’amélioration du sort des ouvriers et décidèrent de fonder la fameuse entreprise de coopération aujourd’hui connue sous le nom de « Société des Equitables Pionniers de Rochdale. »
- Ces ouvriers étaient pauvres, si pauvres ' qu’après vingt-deux appels à une souscription à raison de quatre sous par semaine, ils n’a-vaient pas encore réuni de quoi acheter un sac de farine. Rien ne les rebuta* Par leur foi, par leur persévérance infatigable, ils parvinrent à réunir une somme de sept cents francs et à ouvrir, avec cette maigre somme, une petite petite boutique, dans une rue dont le ndm signifie en anglais la.ruelle aux crapauds*
- Mais cette pauvre boutique ouverte par de simples ouvriers tisserants avait à sa tête des hommes de foi et de courage. Aussi malgré les railleries et les quolibets du public la boutique coopérative se développa et fit des affaires. Elle est aujourd’hui une entreprise considérable dont le capital s’élève à plus de sept millions. Son exemple a entraîné la création de fondations analogues par tout l’Angleterre*
- Voilà ce que 28 pauvres ouvriers unis d’intention ont su faire, en commençant par une humble cotisation de quatre sous par semaine, pour former le fonds de l’entreprise. Ils ont su vaincre les difficultés d’organisation, les difficultés d’administration et toutes les résistances du monde extérieur.
- « Le Devoir » publiera prochainement l’intéressante histoire de ces courageux ouvriers. Je la recommande à toute votre attention.
- Notre fête est aujourd’hui honorée par la présence dé M. Edtvart Vansittard Neale, mon ami, Un des plus vaillants Champions de la coopération en Angleterre. Il a puissamment contribué au développement des entreprises coopératives et, pour une forte part, à l’abolition des entraves légales qui eussent paralysé toute société comme celle de Rochdale. Lui aussi, enfin, a consacré sa fortune et son temps à la
- cause des travailleurs. (Vifs et longs applaudissements.)
- J’eus été heureux de le voir se rencontrer ici avec M. Francesco Vigano, notre ami commun, défenseur et propagateur des idées d’Association en Italie, qui, il y a huit jours seulement, est venu visiter la société du Familistère et a séjourné parmi nous.
- Je vous ai indiqué, mes amis, ce que peut faire la volonté de quelques hommes dévoués, permettez-moi de vous montrer maintenant Ce que produisent, au contraire, rignorance et la routine.
- L’Irlande, vous le savez, offre le spectacle d’un peuple conquis et malheureux qui, depuis longtemps, dépouillé de son sol est condamné à la plus grande, misère. Aune époque où la famine régnait dans ce pays, privilégié pourtant par la nature, quoique ruiné par les hommes, une société de Londres, celle dite des amis décida l’envoi de secours aux malheureux affamés. Ün Monsieur, nommé • Forster fut délégué pour porter une partie de ces secours à Bradfort.
- A son arrivée, il trouva, sur les bords de la mer, les pécheurs réduits à la plus affreuse détresse, obligés de mâcher des plantes marines pour ne pas mourir de faim.
- M-. Forster leur demanda pourquoi ils recouraient â un pareil moyen de se nourrir, quand la mer leur offrait du poisson en abondance. Ils répondirent : « Nous ne pouvons pêcher parce que nous n’avons ni barques ni filets. »
- M* Forster fit diligence pour leur procurer barques et filets. Puis il offrit ces engins aux pécheurs en leur disant : «Voici de quoi gagner votre vie, allez, prenez du poisson, vendez-le; vous nourrirez ainsi vos familles et n’aurez plus à souffrir cle la faim. »
- Mais les malheureux ignorants, ne comprenant rien au-delà de leurs habitudes routinières, répondirent, à la grande surprise de M. Forster : « Qui nous payera nos journées ? »
- — « Mais la valeur même du poisson que vous prendrez ; » répondit leur bienfaiteur.
- — « Oh, nous ne voulons pas pécher si l’on ne nous garantit pas notre salaire, » reprirent les pauvres gens.
- « M. Forster convint donc avec eux d’un
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- salaire, afin de les décider à se mettre à la besogne.
- Enfin les pêcheurs se mirent à l’ouvrage. Là pêche fut abondante, le poisson se vendit rapidement et avantageusement; il était nécessaire à tout le monde. M. Forster, après avoir payé un* bon- salaire aux pécheurs, réalisa non-seulement de quoi payer barques et filets, mais encore une somme assez importante de bénéfice. Pensant alors que de tels résultats étaient suffisants pour ouvrir les yeux aux pêcheurs, il vînt à eux, leur exposa la situation, leur fit voir les bénéfices créés par leur travail, et leur proposa de nouveau de leur laisser les barques et les filets, leur conseillant de s’associer entre eux et de pêcher pour leur propre compte.
- Tous, ces raisonnements furent vains, les pêcheurs refusèrent ; ils ne pouvaient comprendre rien autre chose qu’un salaire convenu à l’avance.
- Tels sont les effets de l’ignorance et de la routine, dont il faut que l’homme se guérisse pour être en état de s’élever à l’aisance par le travail associé et bien organisé.
- Nous n’avons plus, mes amis, à vaincre parmi nous les difficultés de cette nature, les résistances sont écartées. Les barques et les filets que je vous ai apportés équivalent à de grandes et superbes navires. Ce sont les usines de Guise, de Laeken et le Familistère, et vous avez, dans vos administrateurs, de bons pilotes pour les conduire. Le travail est organisé, l’Association est faite, et vous jouissez du fruit de vos labeurs. S’il existe encore parmi vous des coopérateurs qui ne comprennent pas, ils voient du moins que l’association leur est profitable; et ils suivent ceux qui comprennent.
- Que les plus éclairés fassent donc tous leurs efforts pour propager la lumière dans les esprits de leurs camarades, afin que tous ensemble vous donniez au monde un bel exemple de la puissance et des bienfaits du travail associé en faveur des travailleurs.
- Vous avez entre les mains le plus bel instrument de prospérité qui se puisse concevoir. Dans vingt ans, avec la volonté et la foi des pionniers de Rochdale, vous pouvez avoir fait tout le remboursement du fonds social et être
- les véritables propriétaires du Familistère, de ses usines, et de tous les biens de l’Association.
- Le bon vouloir et les intentions favorables qui se manifestent parmi nous me font croire même que, par vos efforts, vous serez plus vite encore en possession du Capital social.
- Capital et Travail seront alors confondus et intimement unis. Songez à la perspective du bonheur que cela ouvre à toutes vos familles, et que votre courage et votre bonne volonté s’élèvent à la hauteur de ces belles espérances.
- Je veux terminer, mes amis, en signalant devant vous les récompenses que le Conseil de Gérance a accordées aux membres de l’Association qui se sont distingués par la recherche d’idées utiles. J’ai à proclamer également les noms des élèves de nos écoles qui, eux aussi, se sont distingués par leur bon travail, dans cette première période de l’année scolaire.
- Je vous invite tous pour l’année prochaine à donner à cette distribution des récompenses à la fête du Travail une solennité plus grande encore parmi nous. ( Vifs applaudissements.J
- M. Godin fait ensuite l’appel des lauréats du travail et des Ecoles, et la cérémonie suit son cours.
- NOUVELLES DU FAMILISTÈRE
- ASSEMBLÉE GENERALE EXTRAORDINAIRE
- Séance du 8 Mai 1881 — 3 heures après-midi.
- Présidence de M. Godin, fondateur
- Ordre du jour :
- 1® Proposition d’admission des quatre postulants suivants au titre d’associé:
- Seret Henri, écrivain.
- Evens Jean, menuisier.
- Leblond Augustin, ingénieur.
- Qaent Aimé, contre-maître ajusteur.
- 2° Nomination d’un conseiller de surveillance en remplacement de M. Pascaly, démissionnaire.
- Présents : M. Godin, fondateur, et 43 associés.
- Messieurs Pascaly Jules et Fabre Auguste,associés, ont donné leur démission, pour cause de départ, depuis la dernière assemblée.
- Le bureau est composé du Président et de messieurs
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- les Conseillers de gérance ayant qualité d’associés, savoir : MM. Barbary, Dequenne, Pernin, Piponnier.
- Après l’appel nominal, M. le Président déclare la séance ouverte.
- Le procès-verbal de la dernière assemblée générale est lu et adopté.
- On aborde ensuite les questions à l’ordre du jour.
- Proposition d'admission de quatre candidats au titre d'associés.
- M. le Président rappelle qu’il aurait le droit de faire seul ces admissions en sa qualité de fondateur de l’Association, mais il préfère ne point user de sa prérogative et soumettre les candidats en question au vote de l’Assemblée générale.
- Il lit ensuite les noms des membres proposés au vote de l’assemblée et spécifie leur situation actuelle dans la Société.
- 11 donne lecture des articles 10,11, 14 des statuts. Puis on passe au vote.
- M. Seret Henri est proclamé associé à la majorité de 42 voix sur 43 votants.
- M. Evens Jean, à la majorité de 41 voix ;
- M. Leblond Augustin, à la majorité de 40 voix ;
- M. Quent Aimé, à la majorité de 38 voix.
- L’assemblée passe à
- L'élection d'un conseiller de surveillance,en remplacement de M. Pa,sealy démissionnaire.
- 43 Associés prennent part au vote :
- M. Leblond à la majorité de 33 voix, est proclamé membre du Conseil de surveillance en remplacement de M. Pascaly.
- Rien n’étant plus à l'ordre du jour, M. le président invite le secrétaire à lire les notes que celui-ci a prises pour rédiger le procès-verbal de la séance, afin de permettre les rectifications s’il y a lieu.
- Les notes sont adoptées.
- La séance est levée.
- Le Président, Godin.
- ÉTAT CIVIL DO FAMILISTÈRE
- Naissance
- Mardi 10 mai 1881. — Louis Albert Ernest Georges fils de Louis Albert et de Tenière Zoé.
- ------------------
- FÊTE DE NUIT AU FAMILISTÈRE
- Nous avons dit que le programme de la Fête du Travail n’avait pu être suivi en entier et que l’arrivée du mauvais temps à la fin de la deuxième journée
- de la fête avait forcé à ajourner à un prochain dimanche le concours de chant et la fête de nuit.
- Dimanche dernier 8 mai un temps tout à fait beau a permis ce double complément de la fête du Travail.
- C’est la partie N. E. du Parc du Familistère qui a été choisie comme emplacement. Cette préférence est des mieux justifiées. Cette partie du parc comprend en effet une vaste pelouse comprise entre les bâtiments oriental et central du Familistère, le bâtiment de la basse enfance et les massifs très nourris et les grands arbres qui forment un quart de cercle le long du cours de l’Oise.
- Le parc a été illuminé d’environ 750 ballons chinois et ianternes vénitiennes appendus aux branches, des arbres ou courant en guirlandes de lumière tout autour de la pelouse. Au centre un kiosque illuminé dans lequel le corps de musique a pris place. Au fond, dressée contre les massifs, une estrade, ou plutôt une petite scène en plein air destinée aux chanteurs du concours. Les jolies peintures de cette scène, caractérisant la musique et la comédie, sont l’œuvre d’nn employé de l’Usine de l’association, M. Engelbert Behets. “ ,
- Le coup d’œil d’ensemble était on ne peut plus charmant.
- Dès huit heures un quart les travaux d’illumination étaient terminés et le concours de chant a commencé. Dix-sept personnes — dont 2 dames — tous ouvriers ou employés de l’Association sont venus interpréter tour à tour soit des romances délicates, soit des chansonnettes amusantes. Le sans façon le plus complet et la verve mêlée de bonhommie de la plupart des concurrents a enlevé à ce concours tout caractère froid et pédant et en a fait une vraie fête de famille.
- Les morceaux de chant ont été entrecoupés de chœurs d’hommes, de morceaux d’harmonie. Le directeur du chœur, M. Dubois, et le directeur de la musique, M. Poulain, font rivalisé de zèle et de talent. Le public a tout particulièrement goâté comme chœur le Salut aux chanteurs, d’Ambroise Thomas, et comme morceau d’harmonie, Loin du pays.
- Un duo pour voix d’hommes a été aussi fort goûté des auditeurs.
- Par intervalles des détonations de pétards se mêlaient aux applaudissements tandis que des flammes de Bengale vertes ou rouges éclairaient de leurs reflets magiques soit les façades du Familistère soit les arbres et les arbustes des massifs dont les feuilles se détachaient comme autant d’émeraudes ou de rubis sur un fond d’un noir de jais.
- La fête s’est prolongée fort avant dans la nuit, fa-
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- vorisée par un temps exceptionnellement serein quoique un peu froid,
- Les prix ont été décernés par un jury nommé par les chanteurs.
- Cette fête de nuit et ce concours de chant ont laissé dans l’esprit de la population le meilleur souvenir Ils ont été le digne couronnement de cette belle fête du travail de 1881, si supérieure par son entrain et sa réussite à celle déjà fort belle de l’année précédente.
- C’est la deuxième fois qu’un concours de chant est adjoint à la Fête du Travail. Cette innovation ne peut être que profitable. Tout ce qui tend à produire chez l’ouvrier des efforts intellectuels, tout ce qui tend à développer entre camarades l’émulation artistique est utile et fécond. Il est à souhaiter que la mode de ces concours se généralise au dehors et que l’exemple donné par les employés et ouvriers du Familistère soit imité dans d’autres centres ouvriers.
- Prix obtenus au concours de cbant
- lar prix. . M. Jokowski, 20 fr.
- 2e — M. Point, 16
- Se — M!l9 Marthe, 12
- 4e — M. Mathieu (âgé de 14 ans), 10
- 5e — M. Rozet, 8
- 60 _ M. Gervais, 6
- 7e — MM, Gauthier et Evens, eæ-æquo,
- chacun 4
- Prix spéciaux
- Chœur 30 fr.
- MM. Dubois et Hébert, pour duo 10
- M. Défontaine-Giiion, prix de grime 5
- Le jury a en plus voté à l’unanimité :
- 1° Des remerciements à Y Harmonie du Familis-
- tère ;
- 2° L’envoi et 1’affichage de la lettre suivante à M. le chef et à M. les membres du chœur :
- Messieurs,
- Le jury du concours de chant de la fête du travail tient à vous faire connaître le vif plaisir qu’il a éprouvé en écoutant l’excellente interprétation des deux chœurs que vous aviez choisis.
- D’autre part le jury est limité dans les ressources dont il dispose à titre de récompense. Il ne peut, en conséquence, vous accorder cette fois ci qu’une somme de 30 francs.
- Cette somme, dans le sentiment du jury est hors de proportion avec la valeur de votre travail ; nous
- espérons que vous trouverez une compensation morale à l’insuffisance de cette somme dans l’acte direct de félicitation que nous vous adressons. Le jury du concours tient aussi à vous témoigner d’une manière toute spéciale combien il a été sensible au travail que vous vous êtes imposé à cette occasion et à quel point il est sympathique à la formation d’un chœur au Familistère
- Afin que la population soit mise au fait des sentiments du jury à votre égard, une copie de la présente lettre sera affichée.
- Agréez, etc.
- [Suivent les Signatures.)
- Le chœur a répondu par une fort jolie lettre adressée au jury.
- FAITS POLITIQUES & SOCIAUX DE LA SEMAINE
- FRANCE
- T>éola.*»ation. ministérielle.—>Le ministre des affaires étrangères a déclaré devant la commission du budget que, jusqu’à présent, aucune négociation n’avait été eugagée avec le bey. Il a ajouiô que ie gouvernement avait rintentiou de demander au Dardo des garanties et un traité. La France affirmera ses réclamations d’uu déploiement de forces ; en un mot, les corps d’armée actuellement sur le territoire tunisien deviendront corps d’occupation qui pourraient, s’il le fallait, envoyer eu quelques heures un corps d’armée pour occuper Tunis, toutes les précautions étant prises.
- Bloqués dans leur massif montagneux, privés de communications et sans issue possible, les Kroumirs n’out plus qu’à se rendre à merci, et les conditions qui leur seront imposées les mettront pour longtemps,sinon pour toujours, dans l’impossibititô d’inquiéter nos possessions.
- La seconde partie de notre campagne commencera aussitôt après, selon M. Barthélemy Saint-Hilaire, les réclamations diplomatiques 4 i’adiesse de Si-Saddpk, seront stimulées et au besoin appuyées par notre action militaire. Il s’agit d’obtenir des garanties efficaces pour l’avenir et des gages sérieux contre le retour de taquineries, d’avanies, d’actes d’hostilUô qui mettent perpétuellement en périL notre influence politique et entravent notre mission civilisatrice en Tunisie. Le ministre a écarté toute idée de conquête ; mais il a nettement fait entendre que le conflit sera réglé par tm traité qui liera le bey de façon à l’empêcher de nuire aux intérêts européens.
- k
- * *
- Xi© Conseil général de la Seine sur la
- proposition de M. de Heredia et de plusieurs de ses collègues a noté une subvention de 300 fr. au congrès anti-clérical de Paris.
- On a fait observer à cette occasion que le vote de cette subvention ne permettrait plus au Conseil général de se déclarer simplement étranger aux questions religieuses. C’est un acte agressif.
- C eôt justement ce qu'a vjuIu le Conseil général. A-t-il eu tort ou raison, cela est discutable.
- Dans la même séance il a été déposée une pétition de la Société des Amis du Divorce de mandant que le Conseil général de la Seine émette un vœu en faveur du blissement du divorce.
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- jjor)ne inarche de l’expéditioH contre ie!i Itîiroumirs. — Il est juste de remarquer que ien dans la direction des troupes comme dans les services de l’intendance n a donné matière à une critique sérieuse. Nous nous étions fait l’écho il y a quinze jours t- écho très affaibli du reste — des appréhensions de "U confrères quant à cette direction et quant aux serves de l’intendance ; jusqu’ici les faits ont démenti les appréhensions. Espérons qu’il en sera ainsi jusqu'à la fin de la campagne.
- *
- * *
- travail de» enfants. M, Martin Nadaud, députédu département de la Creuse, vient d'adresser une jettreàM. le ministre de la justic-’ pour appeler son attention sur un arrêt de la cour d’Aix, ayant reçu la sanction delà cour suprême, et qui, selon lui. désarme complètement les inspecteurs chargés d’assurer l’application de la loi concernant le travail des enfants dans les manufactures,
- « 11 s’agit, dit fort justement M. Nadaud de savoir si les orphelinats ont un droit que n’ont pas les manufactures, si celte exploitation des enfants est permise aux établissements religieux, si la loi n’est pas pour les cléricaux et s’ils ne sont obligés qu’aux règlements qui émanent de leur fantaisie » \
- ALLEMAGNE
- Décapitwlf satiowi «de Uerlî», « M. Bismark a menacé la ville de Berlin d’être destituée de son rang de capitale de l’empire si elle continuait à élire des opposants à la politique du chancelier II se trouve, jusque dans la presse berlinoise, des journaux qui plaident la cause d’un changement de capitale. Mais c’est surtout à Cologne, à Breslau, à Magdebourg, à Cassel, à Francfort, à Leipzig que l’idée de M. de Bismarck est accueillie avec transport. Chacune de ces villes brigue l’honneur de recueillir la succession de Berlin ; mais il est à craindre qu’elles ne soient déçues dans leurs chères espérances En admettant, ce qui n’est pas encore démontré, que le transfert projeté s’accomplisse, ce ne sera certes point an profit des centres que nous venons de nommer. On ne parle plus guère que de Potsdam et de Brandebourg, les deux villes réputées les plus conservatrices de l’empire.
- RUSSIE
- Les niliilistess.—Voici les passages saillants d’un manifeste que le comité nihiliste a adressé à l’armée :
- Ne discutons plus. L’absolutisme est sourd. S’il n’entend pas la voix du dix-neuvième siècle — prouvons-lui que cette voix, qui est la loi — nous a convaincus. Renversons ! commandons :
- « Place ! »
- Mais pour renverser — il faut .s’unir, se grouper, se discipliner autour du drapeau de la liberté.
- Le bataillon d’honneur doit être au premier rang.
- Il ne peut pas — sans lâcheté — accepter la liberté qu’aurait conquise la masse désarmée, écrasée, encore immobile.
- Ce bataillon d’honneur — c’est notre armée. L’armée
- c’est la sauvegarde de la patrie. Et la patrié n’a qu’un ennemi : l’absolutisme.
- Braves officiers ! soldats ! La patrie en péril compte sur vous 1 — L’épée que vous portez, l’honneur que vous défendez — vous ont été confiés par la nation. Vous êtes hotre san r i que le vôtre cou'e avec le nôtre ! En avant donc — contre la honte, contre le tyran, en avant pour aos foyers!
- Le comité de la défense nationale.
- Avril 1881.
- Truice ,aPPelL à \a rébellion a été semé dans les rues de ^ueii, le 23 avril dernier, c’est-à-dire la veille de Pâques
- (style russe) Il a été trouvé jusque dans l’antichambre du gouverneur général et clans la sacrislie de la cathédrale, La police se multiplie pour découvrir l’imprimerie d’où ce manifeste a pu sortir, mais jusqu’ici toutes les perquisitions sont demeurées vaines.
- BELGIQUE
- ILes bons frères. — Le tribunal d’Audenarde, en Belgique, juge en ce moment le cas de vingt-neuf congréganistes appartenant tous à la maison mère établie à Renaix pa" les frères des bonnes œuvres. On relève contre eux avec des preuves écrasantes deux ordres de délits et de crimes. Sévices, coups, blessures graves sur la personne des enfants, attentats odieux à leur pudeur. Un des défenseurs ne pouvant nier les faits, a osé plaider que si l’on interdisait de battre les enfants, nulle éducation n’était possible ; un autre a prétendu que si donner un soufflet était un délit, il n’y avait nulle part aucun instituteur qui ne fût coupable. Quand donc les pères et les mères de famille ouvriront-ils les yeux ?
- iEtats-Unis d'Europe.)
- HOLLANDE
- Xj’ïO'Tbitï’a.gr© international. — Les journaux ont été informés par le comité de la Bourse des fo ni s publics d’Amsterdam que le roi a autorisé le ministre des affaires étrangères à offrir, d’accord avec la France, l’Angleterre et l’Italie, ses bons offices au Chili, à la Bolivie et au Pérou, pour mettre un terme à la guerre qui désole ce dernier pays.
- ITALIE
- Quesüon cl© Tunis. — Le gouvernement italien dément de la façon la plus formelle les imputations dont M. Maccio a été l'objet et déclare qu’il n’aurait jamais toléré de semblables menées contre un gouvernement ami. Comme on ne peut pas douter de la loyauté des déclarations du cabinet, on croit qu’il va faire une enquête sérieuse pour découvrir ce qui a pu donner lieu aux accusations dirigées contre M. Maccio et contre le premier interprète du consulat italien à Tunis.
- HONGRIE
- Troubles. —- Le 27 avril, des troubles ont éclaté à Elisabethgrad. Dans une auberge tenue par un Israélite, une querelle avait éclaté entre l’aubergiste et plusieurs de ses clients en étal d’ivresse. L’aubergiste avait été roué de coups, le local presque complètement détruit, et la caisse mise au pillage. Les paysans ivres avaient ensuite parcouru les rues de la ville en criant : « A mort les juifs, qui nous sucent le sang. » Et ils s’ôtaient rués en effet sur les premiers juifs qu’ils avaient rencontrés. Bientôt la ville tout entière fut en émoi. Les ivrognes renforcés par des vagabonds assaillaient les maisons des juifs à coups de pierres, arrachaient les volets, démolissaient les portes, maltraitaient les propriétaires, etc. Le- tumulte dura toute la nuit. Le lendemain, la bataille fat plus vive encore. Plusieurs juifs furent tués, d’autres blessés, d’autres prirent la fuite. Des paysans des environs arrivèrent prendre part à la lutte ; le bruit était arrivé jusqu’à eux que les juifs avaient mangé un enfant : de là leur fureur. La garnison ne bougea pas, se déclarant trop faible pour " rétablir l’ordre. Des renforts arrivèrent dans la nuit du 28 au 29, -et le 29 trois escadrons de uhlans et un bataillon d’infanterie réussirent, après avoir arrêté 400 émeutiers, à ramener le calme dans la ville.
- ANGLETERRE
- Congrès révolutionuaire. *— La commission d’initiative de Londres, par une circulaire de son
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- LE DEVOIR
- secrétaire, M. Rehcorb, convoque les socialistes révolutionnaires du monde entier à un Congrès qui doit se réunir a Londres le 14 juillet.
- Le Congrès .tura pour seule mission de trouver le moyen de grouper les forces de la révolution, de fonder l’union sur des bases larges et plus en rapport avec les besoins du moment que les autres organisations socialistes.
- Comme le Congrès n’aura pas pleins pouvoirs, les sections, cercles d’études, etc., qui seront représentés garderont toute leur indépendance.
- IRLANDE
- JL’éxat <1© siège ù. Dublin. — Le gouvernement, par une proclamation datée du 1er de ce mois, a déclaré la ville de Dublin « en état d ; trouble. » On se rappelle quel est le sens de ces mots. Le dernier bill a donné au vice-roi d’Irlande le droit de soumettre à un régime exceptionnel telles parties de file qu’il jugera convenable. C’est une sorte de déclaration d’état de siège.
- u ms les districts irlandais proclamés « en état de trouble, » l’autorité ale droit de faire arrêter toute personne suspecte, sans autre forme de procès, et de la garder plusieurs mois en prison sans jugement. Plusieurs comtés ont d^jà été soumis à ce régime draconien ; mais, jusqu’à présent, il n’avait pas été étendu à la capitale elle-même. »
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- Un manifeste nihiliste. — Les journaux ont reçu de Saint-Pétersbourg la nouvelle que le comité exécutif nihiliste a publié, à la date du 28 avril un manifeste dont voici le texte :
- « Le 15 avril, les socialistes Jeliabof, Perofskaia, Ki-balc-hih, Michailoff et Ryssakoff ont reçu la couronne des martyrs Iis ont été jugés par des sénateurs, mais Alexandre III avait dicté le jugement et l’a confirmé. Ainsi le premier acte de la volonté autocratique d’Alexandre a été l’ordre de faire mourir une femme par la pendaison Sans attendre son couronnement il a inondé le trône du sang des champions des droits nationaux. Sur les tombes à peine fermées de. nos collègues nous affirmons publiquement que nous persisterons dans nos efforts en faveur de la délivrance du peuple.
- D’après l’évènement du 13 mars, le comité exécutif a fait savoir à l’empereur que le seul moyen d’ouvrir à la Russie une ère de développement pacifique consistait dans un appel à l’autorité suprême du peuple. A en juger par l’exécution du 15 avril, le pouvoir a préféré en appeler au bourreau Trolof, le célèbre auxiliaire d’Alexandre II. Ainsi soit-il !
- Le comité se refuse à se prononcer pour le moment sur la politique d’Alexandre III, mais il déclare qu'une politique réactionnaire basée sur les traditions ou règne d'Alexandre II entraînera des conséquences plus désastreuses pour le gouvernement que la catastrophe du 13 mars qui, on doit le remarquer, a été précédée des complots de Nikolaief, d’Odessa, d’Alexandrofsky, de Moscou et de St -Pêtersbourg.
- Le manifeste termine en appelant tous ceux qui veulent s’affranchir de l’esclavage, et qui comprennent leurs devoirs envers la patrie à prendre part à la lutte pour la liberté et le bonheur de la Russie.
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- Persécution des Israélites. — Des manifestations violentes, accompagnées de voies de fait et dirigées contre les Israélites ont éclaté simultanément dans la Pologne prussienne et dans la Russie méri dionale; il ne faul cependant pas croire qu’il y ait là autre chose qu’une simple coïncidence. Les causes de la haiDe contre les Juifs ne sont pas les mêmes dans les J deux pays; en Pologne elle se rattache à l’étrange ex- i plosion de fanatisme antisémitique dont le centre est à ] Berlin ; en Russie, il est probable que les violences po- *
- pulaires sont plus ou moins motivées par l’attentat du 13 mars et par le bruit très répandu, à iort ou à droit que les Juifs seraient activement mêlés aux complots nihilistes. On sait que Jessie Helfmann est une juive, et il n’eu faut pas davantage pour que l’imagination'du moujik voie dans tout Israélite uu assassin politique Ces troubles, insignifiants en Prusse, paraissent avoir, eu en Russie assez de gravité pour motiver des mesures' exceptionnelles et l’envoi de troupes dans les gouvernements de Kiew et de Kherson.
- TUNISIE
- Le mouvement des trompes s’accentue de plus eu plus.
- Nos colonnes continuent à resserrer chaque jour davantage les tribus de pillards. Les Kroumirs sont entou. résd’ùn cercle de troupes qui se rétrécit autour d’eux comme uu nœud coulant.
- En quittant Souk-ei-Arba et la vallée de la Medjerda pour s’élever au nord vers les Kroumirs, le général Lo-gerot a placé le chemin de fer sôu.s la garde et la responsabilité des tribus déjà soumises. Ce fait donne la mesure delà sécurité déjà rétablie dans cette région. Il est vrai que le frère du bey n’est plus là pour exciter par sa présence les indigènes à la lutte.
- Ali-Bey a compris que s’il restait aux positions qu’il occupait allait se trouver pris, comme nous l’avons dit la semaine dernière, entre nos colonnes et les Kroumirs. Il a rétrogradé et il se trouve maintenant a Medgez-el-Bab, à 87 kilomètres à l’est de Souk-el-Arba, et a 68 kilomètres seulement à l’ouest de Tunis. Il y a été rejoint par Si-Selim, qui est parvenu à se tirer des mains des Kroumirs, après certaines mésaventures, et ea laissant chez eux, dit-on, son artillerie, laquelle consistait en 2 canons.
- A l’ouest nos troupes ont occupé la montagne de Sidi-Adaliah ben Djemel position inexpugnable où est situé le tombeau du marabout le plus vénéré de toute la Tunisie.
- Les Kroumirs s’y étaient massés ; mais devant l’habi-ieté avec laquelle uos mouvements ont été combinés et se voyant sur le point d’être enveloppés de toutes parts, ils se sont retirés avant l’arrivée de nos soldats, probablement dans la direction du Nord-Est.
- La position dont nous sommes maîtres est la plus forte du pays et assure le résultat décisif de la campagne. Les quelques indigènes qui ont été trouvés dans les environs se sont soumis sans résistance.
- Quoi qu’il en soit d’ailleu>’s, les Kroumirs se dérobant, le but poursuivi par la France n’est pas atteint,les garanties que nous devons obtenir ne sont pas acquises.
- LA TUNISIE & LA SOCIÉTÉ DES AMIS DE LA PAIX
- La Société française des Amis de la Paix s'est réunie pour examiner s’il y avait Heu de prendre une délibération relativement à l'expédition française en Tunisie.
- On a été d’accord pour reconnaître que ce n’était pas une guerre à proprement parler, mais un acte de police pour réprimer le brigandage, pour sévir contre des hordes sauvages qui se sont mises en dehors du droit des gens. Le devoir de la France est de garantir à ses colons algériens la sécurité de leurs personnes et de leurs biens, et de prendre des mesures rigoureuses pour empêcher le retour de pareils excès.
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- Quant au Bey de Tunis, la question est plus délicate. Puisqu’il est hors d'état ds rétablir l’ordre sur un territoire qui nominalement fait partie de ses Etats, la France est dans la nécessité de suppléer à son insuffisance et d’intervenir pour faire la police. Le Bey aurait dû. donner son concours ou du moins déclarer nettement qu’il s’associe à l’action de la France. Loin de là, il proteste contre notre intervention ; il tient une conduite équivoque, suspecte de connivence avec les Krhoumirs. Ses agents prêchent la guerre sainte contre les chrétiens, font courir le bruit que l’Angleterre et l’Italie vont prendre fait et cause pour lui et arrêter la marche des Français.
- Il est possible que la suite des événements amène une rupture avec ce prince. La France, bien que n’ayant en vue que de sévir contre les pillards qui infestaient son territoire, pourra être entraînée à faire la guerre.
- C’est là une douloureuse extrémité qu’on doit chercher à éviter. Mais il y a des cas où elle est indispensable. Celle-ci ne serait, en réalité, qu’une guerre défensive, puisqu’elle résulterait de l’obligation où nous nous sommes trouvés de garantir nos nationaux contre des faits de brigandage qui se renouvelaient continuellement.
- Les Amis de la Paix ne s’écartent pas de leurs principes en approuvant la guerre qui pourrait avoir lieu dans cette hypothèse tout en réservant le consentement des Chambres, qui est exigé par la Constitution.
- Dans le cas où la France aurait à faire la guerre au Bey et se rendrait maîtresse de tout ou partie de ses Etats, on a demandé quel usage elle devrait faire de sa victoire. Le comité de la Société a été unanime pour repousser tous projets d’annexion ou de conquête. La conquête est un odieux abus de la force. Nous l’avons condamnée quand il s’est agi de la Prusse, qui a abusé de sa victoire pour imposer à deux provinces la perte de leur nationalité. Nous commettrions une fâcheuse inconséquence en imitant cet exemple, et par notre fait, nous légitimerions ce que nous avons flétri comme un attentat contre l’humanité. On devra donc résister à la pression de ce faux patriotisme, vulgairement appelé chauvinisme, qui fait consister l’honneur national à opprimer l’étranger.
- Le plus sage serait donc d’exiger des réparations pour les méfaits qui ont eu lieu, et des garanties pour l’avenir, puis d’évacuer le pays occupé temporairement. La vigueur de la répression inspirerait aux barbares une salutaire terreur. Le prestige de notre force maintiendrait la paix. Nous en profite-
- rons ensuite pour étendre nos relations commerciales et industrielles, pour tirer du sol fertile un meilleur parti que les indigènes. Nous servirons en même temps la cause des Européens étrangers qui obtiendront ainsi une sécurité qui leur a manqué jusqu’ici.
- Quant au protectorat, il est à remarquer que ce régime est une forme de vasselage, difficile à définir, sujette à des interprétations qui donnent lieu à des conflits et à des guerres.
- Si l’on veut imiter la conduite de l’Angleterre à l’égard des princes indiens, c’est un véritable assujettissement, une annexion déguisée. De quel droit dépouiller un peuple de son autonomie, lui imposer un régime qui lui est antipathique, créer entre le peuple conquérant et le peuple conquis un antagonisme qui sera une source perpétuelle de haines, de rébellions, de massacres ?
- On a abordé ensuite en théorie la question de savoir jusqu’à quel point une nation civilisée peut soumettre par la force un peuple barbare, afin de sauvegarder les intérêts généraux de l’humanité.
- II y a une distinction à faire. Si les barbares causent du préjudice aux étrangers, on a le droit de les châtier et au besoin de les mettre dans l’impossibilité de nuire. Comme exemple mémorable, on peut citer la conquête d’Alger par la France en 1830. S’il n’y avait eu que le fait du chasse-mouches jeté par le Dey à la face de notre consul, cette insulte n’aurait justifié qu’une mesure vigoureuse pour obtenir la réparation de cette insolence. Mais il y avait autre chose de plus grave. Les Algériens étaient d'affreux pirates qui infestaient la Méditerranée, qui commettaient des dépradations continuelles ; la navigation était pleine de dangers ; tous les peuples avaient intérêt à faire cesser ce brigandage permanent; la France a donc agi légitimement et a rendu un très grand service au monde entier en suhjugant ces peuplades incorrigibles. Seulement elle aurait dù n’user de son droit qu’avec modération et restreindre sa conquête à la cote maritime ; il est douteux qu’elle fût fondée à s’emparer de Constantine et à s’étendre au delà de l’Atlas.
- Mais si un peuple barbare est inofïensif et ne fait de tort à qui que ce soit (exemple Japon, Corée, Abyssinie), il serait odieux d’intervenir chez lui, de le contraindre à adopter nos coutumes, nos institutions, nos progrès dont il ne se soucie pas, de vouloir faire son bonheur malgré lui, en l’opprimant. Chaque nation a le droit du vivre à sa guise, d’adopter les institutions qui lui conviennent, de n’emprunter aux étrangers que les idées qui s’adaptent à son tempéramment. La supériorité d’un peuple ne l’autorise pas à asservir les inférieurs. C’est par
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- la persuasion qu’on peut chercher à leur faire aimer \ le progrès ; c’est par des relations pacifiques qu'on les initiera à la civilisation.
- La Société, en résumé, a déclaré que ses principes qui condamnent la guerre et la conquête, ne réprouvent pas la guerre défensive, que l’expédition actuelle en Tunisie était conforme à la justice.
- Ces renseignements nous sont fournis par la Finance nouvelle.
- Nous n’avons qu’un mot à y ajouter.
- La Société des Amis de la Paix inscrit au nombre des éventualités celle où les rapports entre la France et le Bey deviendraient, par la faute de celui-ci, si tendus qu’une rupture complète devrait se produire. La Société dit qu’en ce cas la guerre serait légitime, Nous aurions aimé lui voir dire qu’en ce cas il y aurait lieu de recourir, non pas à la guerre mais à un arbitrage international,
- Inventaire universel de la presse
- L’inventaire universel de la presse donne un effectif de 12,oOO journaux ainsi répartis : Europe, 7,000; Amérique, 5,000 ; Asie, Afrique et Océanie, 500.
- La Suisse est au premier rang des pays à journaux. Il y a en Suisse un journal pour 7.000 habitants; la Belsi-què vient après, un journal pour 17,000 habitants. En France et en Angleterre, on trouve un journal pour 19 à 20,000 ; en Allemagne pour 30.000.
- {Etats-Unis d'Europe).
- POLITIQUE MÉDITERRANÉENNE
- Notre ami Ch. Fauvety adresse aux Etats-Unis d'Europe une lettre très remarquable sur la conquête pacifique de l’Afrique par les pays européens.
- Voici quelques passages de cette lettre.
- Tout ce qui s’est fait pour l’amélioration de la Tunisie: avances de capitaux,chemins de fer,grandes exploitations agricoles et industrielles,a été fait par la France. C'est ce que constate très-nettement un important journal italien (et très-patriote),le Popolo Romano. « Les colons italiens, dit-il dans sa correspondance tunisienne, sont venus ici dépourvus de tout pour la plupart, cherchant qui un asile, qui du pain, tous en quête de la fortune. La France,au contraire, était venue avec peu d’hommes, mais avec beaucoup de richesses. En un un mot, l’Italie y avait laissé aller ses enfants,tandis que la Fiance y avait envoyé la nation elle-même avec son génie, sa puissance. »
- Si ces dernières paroles sont vraies, la conquête du pays avait été commencée par la France bien avant qu’e le n’y eût envoyé des soldats, et cette conquête, qui est celle de la civilisation sur la barbarie, est la seule légitime. La force, si elle est obligée d’intervenir, ne doit qu’assurer les droits acquis.
- Cependant, l’intérêt de la France est de limiter ses
- établissements en Afrique de façon à ne pas dépasser la mesure de ses forces défensives . . ...
- Il serait à désirer que le gouvernement italien fût appelé le plus têt possible à venir se placer sur le territoire tunisien, à côté de la France, de façon que les deux nations pussent travailler de co cert à reconquérir ces contrées à la civilisation Si la ville de Tunis et le port de la G-oulette appartenaient à la fois à la France et à l’Italie et marquaient,par la neutralisation de leur eneeinte,la limite des possessions respectives, croit-on que les indigènes s’en trouveraient plus mal et que les Européens seraient moins bien protégés qu’ils ne peuvent l’être aujourd’hui par l’ombre de souverain qui règne au Bardo ?
- Ajoutons que le même appui sera donné aussi à l'Espagne (comme au Portugal) le jour où cette troisième sœur de notre race latine trouvera le moment venu de s’établir au Maroc pour y créer une Ibérie Africaine. Car il est de la destinée des deux péninsules de prolonger leur territoire en Afrique comme l’a fait delà la France depuis 50 ans, et de coopérer à côté de celle-ci à la civilisation de ce continent.
- Bref,l’idée générale de la politique méditerranéenne dont je voudrais voir la France prendre dores et déjà l’initiative à l’occasion des affaires tunisiennes, consiste à favoriser l’épanouissement légitime de la civilisation européenne en Afrique, eu associant à ses efforts,l’Italie et l’Espagne et en convient subsidiairement les aatr s puissances à la colonisation et à la conquête pacifique de cet immense continent.
- Je sais bien qu’on appellera cela de l’utopie; ce n’est cependant que la prévision d’un ordre de choses qui a déjà commencé à se produire et qui se déroulera nécessairement à mesure que les peuples civilisés, ayant constitué leur unité nationale, se trouveront trop à l’étroit dans leurs limjtes respectives. Alors pour arrêter l’émigration désordonnée de leurs travailleurs pour les pays lointains, les gouvernements de l’Europe songeront à organiser au profit de leurs nationaux cette colonie africaine qui est à leurs portes,et qui Redemande que les fécondations du capital et du travail pour produire toutes les richesses.....
- La politique de prévoyance et de réciprocité, dont j’ai esquissé le programme, implique naturellement l’union de la France, non-seulement avec l’Italie et l'Espagne, mais aussi avec l'Angleterre, dont les intérê'S Egyptiens font une puissance méditerranéenne. Et ce serait là le premier noyau (Nucléus) des Etats-Unis Européens, autour duquel viendrait tout naturellement s'adapter les petites puissances, en attendant que l’Allemagne et les Etats de l’Europe orientale aient achevé de se constituer dans leur unité respective et épuisé la phase guerrière de leur existence.
- Eatho«sia»me
- Depuis longtemps les journaux américains ne parlaient plus de Sarah Bernhardt. Voici pourtant qu'ils nous racontent la visite faite par l’artiste et sa suitè a la cataracte du Niagara, le 29 mars.
- Sarah Bernhardt a paru très émue et se servait tour à tour du français et de son anglais pour exprimer son admiration : ^‘Butefu’ ! Grandi Mameefcsniï » En rentrant à l'hôtel, elle saisit un petit bonhomme qui se sauvait et voulut l’embrasser. Elle a écrit la phrase suivante sur l’album de l’hotel.
- « Gomme Dieu est bon d’avoir créé d’aussi belles choses,
- » Avec enthousiasme,
- * J. Sarah Bernhardt, 1881. »
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- NOUVELLES DIVERSES
- Xj© Coïagffès iriit *1éricaî. — C’est le 12, le 13 et le 14 de ce mois, nous le rappelons à nos lecteurs, qu’aura lieu au Grand-Orient, 16, rue -Cadet, le Congrès anticlérical dont la présidence a été déférée à M. Schœl-cher, et la vice-présidence à Mme Maria Deraisme.
- Le cléricalisme, voilà l’ennemi, a dit avec raison M. Gambetta.
- Aujourd’hui, la lutte est nettement engagée entre le parti prêtre et la Révolution, entre les idées du moyen âge et la société actuelle, entre la foi basée sur l’ignb-rânce et la raison humaine éclairée par la science.
- Le grand combat commencé au seizième siècle par la Réforme, interrompu au dix-septième, repris au dix-huitième par Voltaire, Jean-Jacques et les encyclopédistes, continué enfin de nos jours par la philosophie moderne, ce grand combat de l’humanité pensante et libre contre les ténèbres du passé attend encore son dénouement.
- Il faut en finir avec l’ambition romaine et l’écraser à jam ûs. Tant que l’esprit clérical subsistera dans les sociétés, tant qu’elles auront suspendue au-dessus de leur tête cotte épée du jésuitisme, dont la poignée est à Rome et la pointe partout, la dignité humaine, la raison et la justice ne.cesseront d'être menacées.
- Il y va du salut do nos institutions, il y va de l’avenir.
- Parmi les premiers orateurs inscrits, nous remarquons les noms d-i MM. Louis Blanc. Edouard Lockroy. Flo-quet, Gîémenceau, Cantagrei, Alfred Naquet, Germain Casse, Reauquier, Jules Roche, de Heredia, Yves Guyot, Sigismond Lacroix, Esnest Hamel. A. Morin, Ch. Fau-vely, Aug. Desmoulins, etc.
- Mlle Maria Deraisme et Mme Clémence Roye prendront aussi la parole,
- La séance générale de clôture, le dimanche 13 mai aura lieu au cirque Fernando, boulevard R^che^houart, à deux heures précises MM. Louis Blanc, Floquet et Lockroy prononceront des discours.
- Les personnes qui désireraient d'autres renseignements, peuvent s’adresser à M. Victor Poupin, le dévoué fondateur et secrétaire générai de VUnion dèmocra-tique de propagande anticléricale, 48, rue Monsieur-le-Priuce.
- ¥ ¥ U’arnmée italienne. — Au 30 septembre 1880,
- le général Torre portait à 1,018,369 l’effectif de l’armée
- italienne, savoir : Armée permanente. , . 736,302
- Milice 281,667
- A quoi il faut ajouter : Officiers de la réserve . , 1,018,169 13,188
- Armée territoriale . . . 697,466
- Total des forces militaires ita
- liennes . 1,728,823
- Un© grande ligne à construire, — Le
- gouvernement a présenté à la Chambre des députés de Hongrie un projet de loi relatif à la construction du chemin de fer qui doit relier la capitale de la Hongrie à Sernlin, en Serbie,
- Justicerendue à 3?apin en Allemagne.
- — Le docteur Gerland, de Cassel, vient de publier, aux frais de l’Académie des sciences de Prusse, la correspondance de Leibnitz et de Huygens avec Denis Papm, accompagnée d’une biographie de Denis Papin et de
- documents inédits. Gette biographie rend un éclatant hommage au génie de l’inventeur de la machine à vapeur.
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- L’émigration des Irlandais. — Le gouvernement anglais a communiqué au Parlement une statistique sur l’émigration irlandaise en 1880. Le nombre des émigrants qui ont quitté les ports d’Irlande en 1880 s’est élevé à 95,387, ce qui fait une augmentation de 48,493 sur l'année précédente. Ce chiffre comprend 50,189 hommes et 45,668 femmes. Ces 95,000 émigrants, sauf 340, sont nés en Irlande ; ils forment 1.76 pourcent du chiffre total de la population irlandaise tel qu’il a ôté établi parle recensement de 1871. 82,000 sont partis pour l’étranger et les colonies, 13,000 seulement pour la Grande B"etagne ; ce dernier chiffre est très inférieur à celui des années précédentes. Le nombre total des émigrés, depuis le 1er mai 1851 jusqu’au 31 décembre 1880, s’élève à 2,637,187. La plus forte émigration annuelle a été de 190,322 en 1862 ;la plus faible, de 37,587, en 1876?
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- Condamoatioa implicite de l’internat
- par n.» recteur. — Le Moniteur du Puy-de-Dôme nous apprend que le recteur, M. Boissière, avait adressé aux inspecteurs d’Académie du ressort la circulaire suivante :
- Pendant leurs longs congés de Pâques, nos élèves ont pu. dans leurs familles, se tenir au courant des graves et intéressants événements qui se passent en Tunisie.
- Il me semblerait dur pour eux et fâcheux à beaucoup d'égards, de ies priver de toute nouvelle maintenant que les voici rentrés dans leurs lycées et leurs collèges...'
- J’invite donc MM. les proviseurs principaux et directeurs d’écoles normales, à donner « chaque jour » à nos élèves pensionnaires, lecture d’un bulletin qu’il leur sera aisé de préparer, soit avec les nouvelles officielles, soit avec les correspondances les plus sûres et les plus dignes de confiance.
- Encore une fois, nous devons à quelques-uns de nos enfants des renseignements, dont leur affection sera avide; nous devons à tous de satisfaire une curiosité si légitime, et de les associer aux viriles émotions du pays ; nous ne saurions d’ailleurs leur donner des leçons meilleures et plus fécondes.
- C’est la paraphrase moderne du Quid novi feré Africa, des anciens Romains.
- MISÈRE EN IRLANDE ET SES REMÈDES
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- « Donner l’extension la plus grande possible à la propriété du sol en créant une classe nombreuse de fer-miers-propriétaireSjS’impose comme une nécessité dont il n’y a, du reste, que des avantages à retirer. »
- Voilà ce que pose en principe la minorité de la Commission.
- A ses yeux, en l’état actuel des choses, ce n’est pas faire preuve de bonne foi que de prétendre que la liberté de contrat existe et puisse exister entre landlords et fermiers. Il faut absolument pour régler leurs différents, une intervention qui fasse autorité et l’institution d’une cour arbitrale ayant compétence pour fixer le tantième d’un loyer dans certains cas prévus par le Land ad, semble devoir remplir le but proposé. On arriverait ainsi à l’innovation de la fair rent.
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- LE DEVOIR
- Il importe également d’assurer au fermier, matériellement et moralement, la valeur de ce qu’il a créé, acheté ou reçu par héritage, en lui permettant de vendre cette valeur, soit à un successeur solvable, soit au landlord lui-même à la condition que celui-ci paie le prix demandé à ce successeur. Cette clause,dans l’esprit de la minorité est un gage d'apaisement dans le présent et une condition de progrès agricole dans l’avenir.
- Le système adopté en Angleterre, d’indemniser le fermier pour la plus-value ou les améliorations non-épuisées, ne saurait être appliqué fructueusement en Irlande. Celui de la vente libre, ou frec sale comme il est pratiqué dans l’Ulster, paraît être de beaucoup préférable. A coup sur, YUlster Custom n’est point parfait et l’on éprouve plus d’un mécompte dans son application, mais le bien être relatif qui règne dans cette province, les progrès que l’agriculture y a faits, la résidence des Landlords dans le pays tout cela témoigne en faveur de cette coutume dont les éléments avaient été adoptés par le Land act de 1870.
- Si, devenant loi de par le Parlement, cet usage était commun à toute l’Irlande, il faudrait tenir compte des observations suivantes.
- Il pourrait se faire qu’entre la fair vent et le loyer que paient maintenant certains fermiers sous le coup de la détresse de l’agriculture, il y eut une différence. Cette différence, si, en entrant le tenancier n’en avait pas tenu compte, ne. saurait être considérée comme la propriété de celui-ci. En vendant sa ferme il ne devrait donc pas faire figurer cette valeur dans le prix qu’il en exigerait. Il en serait de même de la plus-value des fonds due aux améliorations faites, soit partiellement, soit en totalité par le Landlord.
- Mais, d’une autre part, n’offrir aux fermiers comme indemnité des exactions dont il a été victime, que le droit de frec sale, serait une compensation purement illusoire, une garantie plus qu’hypothétique. Aussi le Land act de 1870, avait il stipulé que le Landlord qui évincerait un fermier serait tenu, selon ce que prononcerait la cour devant laquelle serait portée l’affaire, de payer à l’évincé une somme représentant le tort à lui faite par l’éviction. (Quelques landlords plus humains que les autres ne se sont pas fait tirer l’oreille pour accorder cette indemnité, mais ils sont rares : apparent rari nantes in georgite vasts ) La somme de tort appréciable faite à l’évincé ne devait pas être calculée sur la valeur de la ferme, sa valeur intrinsique, réelle, mais bien sur le loyer qu’en exigeait le Landlord... et l’indemnité ainsi supportée devait se payer quand bien même le loyer n’aurait pu être acquitté par le tenancier sortant. Tel était du moins l’Esprit de la loi, sinon le texte exact. Le législateur en introduisant cette clause dans le corps du statut avait pour but d’empêcher le Landlord d’élever d’une façon exorbit nte le prix de ses baux. Malheureusement les cours qui ont eu à se prononcer sur de tels cas, n’ont pas toujours été d’une impartialité remarquable et dame justice ne s’est sans doute pas aperçue
- que tel plateau de sa balance penchait plus que de raison en faveur du riche Landlord.
- Cet état de choses s’est présenté rarement dans la Province d’Ulster, et il serait à souhaiter que tout le reste de l'Irlande put jouir du même dégré de la sécurité assurée aux tenanciers dans cette contrée par les usages qui y sont établis. Peut-être, adopté comme règle générale ces usages ne seraient-ils point profitables à toutes les parties du pays comme ils le sont à l’Ulster, mais ce serait une infinie minorité et les land courts, composés de gens compétents, impartiaux, pourraient toujours, dans les limites que déterminerait la législation, rendre justice à qui de droit.
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- Ainsi, sans entrer dans plus de détails, Free Sale et fair rent, repoussés d’une manière implicite par la majorité de la Commission et d’une manière très explicite par M Bonamy Price, sont au contraire préconisés par la minorité de la dite commission.
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- Le troisième point fixity oftenure, est traité en peu de mots sous le titre de : U’tima ratio of éviction.
- Confier à une autorité publique le soin de fixer le montant du loyer de fermier à Landlord et réciproquement, est assurément chose fort délicate ; mais celle de VUltima ratio ne l’est pas moins.
- Serait-il possible de laisser aux Landlords de décider sans contrôle si l’éviction doit avoir lieu ou non, sous la seule condition de leur part de payer une indemnité à l’éviné, indemnité qui serait fixée par une land court ? La minorité ne le croit pas et, en cela, elle diffère encore de la majorité et de M. Price qui, eux, remettraient volontiers entre les mains du propriétaire, comme on le dit vulgairement, et la boule et les quilles.
- Il est certain, en effet, que le droit d’en appeler à une cour serait, tantôt par une cause et tantôt par une autre, un droit dont le fermier n’userait pas. Crainte de ceci ou de cela, par peur de M. tel ou M. tel autre, il s’abstiendrait et le pauvre diable resterait Grosjean comme devant.
- Se plaçant à ce point de vue et prenant en considération les circonstances dans lesquelles se trouve le paysan Irlandais et les sentiments qui l’agite, la minorité pense que la fixity of tenure devrait être la troisième réforme à introduire dans un nouveau Land Mll, avec le droit d’appel réservé devant la Land court.
- Il serait, dans tous les cas, bien arrêté que le Landlord ne pourrait user de l’éviction que dans les cas de non paiement de loyer, de morcellement de la ferme ou de non culture. Si, pour tout autre cause, ne s'accordant pas bien avec un fermier, il désirait en prendre un autre ou faire valoir lui-même une portion de son domaine, il devrait s’adresser k la Land court qui aurait à apprécier avant de se prononcer, si les motifs invoqués sont conformes au droit et à la raison et
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- LÉ DEVOIR
- gi les intérêts du propriétaire souffrent en effet de la mauvaise conduite du fermier.
- Strictement et impartialement appliquée cette mesure pourrait, dans l’esprit de la minorité de la commission, ouvrir une ère de propérité tout au moins relative aux fermiers Irlandais. Les évictions et les mo-tiflcations d'avoir à vider la place, deviendraient de plus en plus rares et le rapprochement pourrait se faire plus promptement et plus facilement entre bailleurs et preneurs.
- * *
- La Land court, comme on peut en juger, aurait à remplir un rôle très important, d'autant plus important qu’il serait décisif en maintes et maintes occurrences. La composition d’un tel tribunal aurait donc, à notre avis, dû être traitée d’une manière moins succincte.
- Tout en reconnaissant l’influence qu’il peut être appelé à exercer, la minorité de la commission se contente de demander si les Land courts doivent continuer d’être ce qu’elles sont actuellement ou s'il n’y a pas des modifications à apporter à leur constititution. Elle constate que des renseignements pris, des avis recueillis à cet égard, il résulte que l’opinion publique se prononce pour des modifications et, sans vouloir dénigrer le système actuel et la façon dont il a fonctionné, elle se range à l’avis général.
- Selon elle, la création d’une seule Cour ou Commission pour toute l’Irlande est préférable à ce qui existe actuellement Celte Cour ou Commission ne serait pas seulement composée d’hommes de loi. L’élément agricole devrait entrer dans sa formation. Elle tiendrait ses sessions dans chaque province ou comté, à tour ae rôle, et pourrait même se subdiviser en deux ou trois tournées, selon les besoins.
- Arbitre de différents s’élevant entre fermiers et propriétaires, appelée à ce seul titre, ses sentences pourraient être converties en une décision dont les termes seraient obligatoires pour les parties.
- Enfin, ai rès avoir critiqué plusieurs prescriptions du Land act de 1870, loi qui, du reste, va être en grande partie abrogée par le nouveau Land bill présenté par M Gladstone, elle, dit que les réformes précédentes formant son programme sont plus spécialement applicables aux fermiers ordinaires résidants, etquerelativement aux tenanciers des grandes fermes à pâturage, elle espère que les baux qui leur seront passés seront faits dans un sens plus libéral et offriront des garanties plus complètes aux premiers.
- Touchant en dernière analyse à l’émigration et à la migration comme remèdes additionnels, elle émet le vœu que l’Etat intervienne pour assister la migration volontairement consentie, dans les terres en friche ou à demi cultivées se trouvant en Irlande. Elle ne voudrait P^s préjuger des effets de cette mesure pas plus que de 1 émigration libre avec l’assistance du gouvernement, mai8 elle croit que la nomination d’un Comité chargé
- m
- d’examiner à fonds cette double que tion et, si elle était résolue affirmativement, ayant le pouvoir d’acheter le terrain pour les transportés, serait chose bonne à faire. Elle désire, pour conclure que, en môme temps que seront employés ces moyens de venir en aide aux dis-j tricts trop populeux, les petits tenanciers parviennent,
- | sous l’empire du Free Sale, à sortir de l’affreuse misère qui les enserre aujourd’hui en obtenant du Land lord d’être traité avec plus de justice et d’humanité.
- !
- 1
- | Les membres de la minorité de la commission sont : | MM., Carlingford ; James Slansfeld ; Mitchell Henry ; j Joseph Cowen ; John Clery, et John Rice.
- | Nous nous proposons plus tard lorsqu’arrivera la discussion sérieuse du nouveau Land Mil, d’eu étudier l’économie ou mieux encore de mettre eu présence les diverses opinions des membres des deux Chambres à son égard et de montrer comment ses presciptions sont reçues par le pays.
- C. P. Maistre.
- LE RÉVOLTÉ
- il
- Quand Peter se réveilla il tourna la tête vers le lit ‘de son ami et le voyant vide, soudain il se mit étonné sur son séant; une vague inquiétude l’avait envahi.
- L’uniforme de Max était sur une chaise, le jeune homme se sentit un peu calmé : mais comment son ami avait-il pu sortir sans, vêtements ? Peter s’habilla à la hâte, il descendit dans la pièce commune, de la famille, grande chambre qui servait tout à la fois de salon et de salle à manger et il voulut se renseigner.
- Tout le monde dormait encore. Il chercha dans toute la maison; pas de traces de l’ami absent!
- Peter sortit à la hâte, mais quel espoir de retrouver l’ami dans les nombreuses rues de Francfort. Qu’importe ! l’inquiétude ne calcule pas et Peter aller au hasard.
- La ville commençait à se réveiller, les rues s’animaient de plus en plus, le soleil levant allongeait les ombres des maisons, et des passants se disaient le bonjour: on s’arrêtait, on causait, et Peter sentit un frisson lui parcourir le corps, en entendant une grosse femme dire à son voisin :
- « Pauvre enfant, il peut être sûr de ce qui l’attend. lia été saisi comme il franchissait Bocken-heimerthor; il avait mis des vêtements bourgeois qui n’étaient pas à sa taille; cela a paru singulier. Un lieutenant qui passait a donné l’éveil. »
- Peter se renseigna ; on avait arrêté un déserteur !
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- et Max qu’il cherchait! il sentit une sueur froide lui perler au front.
- On ne sut lui dire à quel corps appartenait le déserteur !
- Peter se rappelait la conversation de la veille,l’accolade presque désespérée de son ami avant de se coucher.
- Déjà, pour le jeune homme, il n’y avait pas de doute : C’était Max, près de qui il avait été élevé, non un ami, mais Vami (comme disent les Allemands avec cette nuance charmante que l’article seul fait sentir) c’était Max qui était arrêté ! Son cœur le lui disait par des battements qui semblaient vouloir rompre sa poitrine.
- Que faire? Peter devenait fou, le chaos était dans sa tète : il était anéanti !
- C'était bien Max qui avait été pris au moment où il tentait de déserter devant l’ennemi. Les choses allèrent vite, il passa devant le conseil de guerre et il fut immédiatement condamné à mort, il fallait se dépêcher! Ces choses arrivent d’ailleurs tous les jours : quelques coups de feu, et l’on continue la route! S’il fallait se préoccuper d’un fait qui se renouvelle à chaque instant! Les offic ers qui jugent n’en mangent pas moins de bon appétit, n’en avaient pas avec moins de délice, après avoir regardé joyeusement la limpidité du liquide à travers un rayon de soleil, la gorgée de Johannisberg qui perle dans leur coupe d’un vert clair à bords rentrants.
- ‘ Guillaume, prince de Prusse, avait alors 52 ans. Il avait à cette époque l’air martial et affable, son regard s’adoucissait beaucoup quand il parlait aux femmes, et de. loin, avec sa grosse face épanouie, on eût pu le croire bon enfant.
- Mon Dieu, soyons impartial, cet homme n’est pas méchant. Il avait alors, dans sa plénitude toute la bonasserie insignifiante de ces gros colonels bien nourris et ventrus qui ont fait leurs premières armes dans les écoles du gouvernement. Il a toujours été bienveillant pour son entourage; ses domestiques l’aiment, mais il ne connaît qu’un mot: obéissance et qu’un régulateur pour i’humanité : la discipline.
- Ainsi élevé, jamais cire molle n’a mieux pris la forme du moule où elle fut versée. Ce n’était pas facile, mais Peter parvint jusqu’au prince — il était louveteau, son père étant franc-maçon et le - prince n’était du reste pas inabordable pour ses soldats — il demanda la grâce de son ami à Guillaume, il l’implora la main au schako comme il convient, droit et raide quoique ses jambes pussent à peine le soutenir, parlant avec peine, tant les mots l’étranglaient au pas&age* Le prince de Prusse, debout au milieu de
- ses officiers avait écouté le jeune homme en penchant un peu la tête de son côté, tout en regardant ailleurs. Cela avait duré une minute, c’était bien long : aussi voyant de quoi il s’agissait interrompit il et prononça-t-il ce seul mot : « Impossible ! » en lançant de ses yeux d’un gris bleu de fer, un regard dur comme une lame d’acier.
- Peter faillit tomber, ses jambes manquaient sous lui et deux larmes jaillirent de ses yeux.
- Le prince fronça les sourcils d’impatience. Pleurer devant lui ! !
- Votre Altesse, commença Peter, et Ce mot sortit de sa gorge comme un sanglot :
- — Von Sleyden, faites sortir l’importun, dit le prince en tournant les talons.
- Peter, seul dans la chambre, où quelques jours auparavant il se trouvait avec son ami, regardant sans le voir le lit de Max, vide à présent, prit sa tête à deux mains et serra son front brûlant, il lui semblait que sa cervelle allait éclater. Ses pensées se heurtaient,-se contrebartaient, arrivaient en foule au cerveau, toutes ensemble, confuses et claires à la fois sinistres et souriantes. Dans le même instant il voyait deux enfants, Max et lui, revenant de l’école, jouant en route, causant dé mille riens; Ils trouvaient la vie belle alors, on faisait des projets pour l’excursion du dimanche dans les environs : on irait herboriser pour enrichir l'herbier, pour avoir, soi aussi, la plante disséquée par le maître de botanique et à son tour en séparer ies pétales et les pistiis, et les coller avec de la gomme sur un petit carré de papier noir en mettant à côté de chaque partie de la fleur, proprement de son écriture la plus soignée, un chiffre de repaire et l'explication au bas. — Puis ces cris de joie à la moindre niaiserie : C’était la mère qui voulait bien que Max vînt souper ce soir-là avec Peter, ou Pffer qui soupaifc dans la famille de Max ! Et la sœur de Max, si diable et si bonne enfant, se mêlant à leurs jeux de garçons, attachant, avec des ficelles, ses jubés aux deux jambes pour pouvoir avec eux jouer à saute-mouton ! — Qu était devenu tout ce bonheur ? — Les enfants avaient grandi,s'aimant de plus en plus; un jour il avait fallu se séparer. Peter avait dû partir à Londres comme volontaire de commerce chez un ami de son père, pour y apprendre l’anglais et les affaires.
- Puis c'était son voyage â Londres qui Sé représentait à sa pensée. Comme il avait été triste souvent, le pauvre Peter, dans ce grand désert où il était seul, tout seul au milieu d’une foule remuante et innombrable ! Il était loin de cette bonne mère
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- dont les soins minutieux 1 ennuyaient, enfant, alors qu’elle craignait qu’il n’attrapàt froid en sortant sans manteau. Ohî qu’il ne se fût pas impatienté si elle eût été là. Il n’avait de Max que ses lettres qui arrivaient chaque samedi, longues, interminables. Max enviait le sort de Peter.dans la ville brumeuse et Peter celui de Max au milieu des siens. Les premiers temps tout avait été pour le mieux, tout était nouveau, mais les plaisirs sont chers à Londres et Peter, ne gagnant rien, ne pouvant aller souvent au théâtre. Les cafés brillant d’une gaie lumière, il les voyait delà rue! — Alors, seul dans sa chambre il étudiait l’anglais, son œil tombait sur ce mot : At home! et il songeait au mot Heim allemand ! Il avait la nostalgie : Heimweh, le mal de la maison, si l’on veut, ces mots n'ayant pas d’équivalent en français : la chose existe mais le mot manque. Il souffrait d’être entre des murs froids, ayant abrité n’importe qui et ne gardant pas, comme les murs du logis paternel; un peu de l’effluve magnétique des êtres aimés, ainsi qu’une chambre garde le parfum des fleurs que l’on vient d’enlever.
- Pauvre Peter alors il avait cru souffrir! qu’était-ce donc aujourd’hui ! Max serait fusillé ! Les dents de Peter claquaient, la fièvre le torturait, il avait froid et chaud tout à la fois ; il lui semblait que ses cheveux tendaient la peau de son crâne, comme si des diablotins pendus après les eussent tirés ainsi qu’on sonne l’angelus Non, c’était impossible : il semblait à Peter dans sa folie qu’avec la volonté il renversait tous les obstacles, courait à Max, et, lui prenant la main, qu’il l'entraînait avec lui loin, bien loin de toutes ces horreurs : Roi, armée, discipline, que sais-je !
- Quoi ces hommes pouvaient de sang-froid prétendre qu’il faut toutes ces épouvantables choses pour maintenir ce qu’ils appellent l’ordre du monde !
- Quoi, le bien, le vrai, le juste seraient formés du désespoir de pauvres enfants,qui n’ont fait qu’écouter la belle, la grande nature; laquelle veut qu’un frère aime son frère et ne s’arme pas contre lui, que des inconnus s’entr’aident et non pas s’entretuent par ordre, venant d’en haut!— Non! cette collectivité idiote qui accepte et qui forge ces monstruosités n’a aucun droit sur l’être isolé !... et Peter sentait la révolte germer dans son cœur, lui doux et bon il se croyait lâche de n'avoir pas tiré son sabre quand cet homme si froid, si glacial avait répondu sèchement : impossible! — Peter s’étonnait de n’avoir pas sauté sur lui, le glaive au poing! Il s’était senti anéanti, écrasé, brisé, et c’éfait tout ! — Voyons n’y a-t-il donc nui moyen de sauver Max 1 Et Peter éclatait en sanglots.
- Le jeune homme était commandé exceptionnellement pour la première heure; le petit jour arrivait. Peter avait tant, tant souffert cette nuit-là que, comme un automate, il agissait sans comprendre sa volonté, sa pensée, tout cela était engourdi comme un membre que l’on ne sent plus à force de souffrir. — Machinalement par habitude il se rendit où. ordre lui était donné d’aller.
- [A suivre) Potonié Pierre.
- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
- JEttsd.es lii*tonque!«< &> critiques snr les 3ES.elig:ioïis* «&> les lutstitudous compa« rées, par Alphonse Gilliot. P® partie les Origines. 1 vol. in-12, Paris, Germer-Baillière. Prix, 3 fr. Ou peut souscrire à l’ouvrage complet, 4 vul., chez l’auteur, juge de paix du canton est de Nancy, au prix de 10 fr., payables par quart après envoi de chaque volume,
- « S’il est aujourd’hui une étude importante au plus haut degré, dit M. Gilliot, c’est celle de l'histoire des religions et des législations comparées. Aucuue étude n’e*L plus propre à fortifier et à élargir les sentiments religieux et sociaux, l’amour de Dieu et de l’Humanité ; car elle a pour effet de dissiper les préjugés qui ont jusqu’ici séparé les peuples et les individus, et de faire éclater, dans toute sa beauté et sa grandeur, l’ordre universel qui préside aux diverses évolutions de la destinée humaine, en dépit de certaines apparences contraires. Cette étude est des plus opportunes et des plus nécessaires à notre époque de crises et de luttes politiques et religieuses, où toutes les croyances et institutions semblent destinées a sombrer : l’histoire seule, en traçant la marche sûre et ininterrompue qui suit la civilisation, peut dissiper les doutes et éclairea les intelligences. Sou étude méthodique et raisonnée intéresse donc tout le monde, à tous les degrés de l’échelle sociale, le savant comme l’homme du peuple, le magistrat comme le prêtre, le légiste comme le philosophe, le croyant comme le libre-penseur. G’est pour répondre à ce besoin urgent et impérieux que les gouvernements instituent dès chaires d’histoire des législations comparées et des religions comparées.
- « Mais il n’y a qu’un petit nombre d’hommes privilégiés qui puissent suivre des cours de haute science religieuse et sociale. Il faut encore que la science religieuse et sociale soit rendue accessible à la masse du peuple ; il faut que, par des publications courtes, mais pourtant claires, elle puisse pénétrer dans toutes les couches sociales et être comprise par toutes les intelligences. »
- • Ges lignes nous disent quel est le but que s’est proposé l’auteur en entreprenant un travail aussi difficile et d’aussi longue haleine.
- M. Gilliot croit être parvenu à son but.
- Grâce à plus de trente années d’études et de récherches persévérantes, nous dit-il, et à une méthode Ingénieuse, je suis arrivé à condenser, avec ordre, précision et clarté, dans le cadre étroit de quatre petits volumes in 12, des matières dont l’étude .exigerait la lecture de nombreux-in-folios, qu’il faudrait encore savoir débrouiller et comparer : en parcourant ces quatre petits volumes, le lecteur en saura plus sur i’histoire religieuse, sociale et politique de l’humanité, que par la lecture longue, incobéreute et laborieuse de ces in-folio. »
- Le premier volume seul vient de paraître.
- Il traite des Origines des religions et des institutions
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- considérées dans les principes et leurs premiers germe?, M. Gilliot nous conduit jusqu’à l’époque du premier concile de Nieée (l'an 323) où l’arianisme fut condamné.
- Trois autres volumes continueront celui ci. Ils paraîtront, successivement, à de courts intervalles. Chaque volume est disposé de manière à former une publication (3 é^2iché6«
- Le second volume comprendra l’étude des religions et de< institutions qui ont pour point de départ et pour centre ce qu’on appelleront.
- Le troisième sera relatif aux manifestations religieuses et sociales qui se sont produites principalement dans ce qu’on appelle YOcddoUt, par opposition à l’Orient.
- Le quatrième présentera les études touchant les évolutions religieuses et sociales qui ont pour but la Réforme et la constitution du monde moderne.
- Il n’est pas possible d’apprécier d’ores et déjà, surun seul volume, un travail d’aussi longue haleine, mais ce que nous pouvons dire en toute sincérité, c’est que le volume des Origines est une œuvre de bonne foi qui ne manquera pas d’intéresser les personnes qui n’ont pas le temps de se rendre compte des religions en recourant aux documents originaux.
- Statistique religieuse <1© l’Angleterre
- Il vient de paraître une statistique religieuse très complète de l’Angleterre. Nous en extrayons ce qui
- SUR y a en Angleterre 43,000 églises, chapelles et lieux de culte contenant de 14 à 15 millions de places. Le nombre des ministres du culte (pasteurs, prêtres, etc.) est de 36,000, dont 23,000 environ se rattachent à l’E-
- glise anglicane. Il y a en outre au moins un nombre double d’évangélistes, prédicateurs laïques, etc., dont 36,000 appartiennent aux différentes branches du méthodisme. Il y a environ 3 millions de communiants. Environ 10 millions de personnes fréquentent le culte chaque dimanche, et environ 3 millions 1/2 d'enfants et de jeunes gens les écoles du dimanche. Il est prêché chaque dimanche au moins 80,000 sermons, soit plus de 4 millions par an. Il y a en moyenne un pasteur pour 700 personnes ou 140 familles; un lieu de culte pour 300 âmes ou 100 familles ; et 1 communiant sur 8 habitants. Les frais du culte, ainsi que des différentes associations et sociétés religieuses dépassent annuellement 400 millions de irancs.
- Les Catholiques ont 4 archevêques (dont 2 sont cardinaux), 19 évêques, 2,221 prêtres et 1,500 églises. Population : 2 millions.
- Les Méthodistes wesleyens ont 34 districts, 721 circuits, 2,260 pasteurs, 13,580 prédicateurs laïques, 401 mille 141 membres de l’Eglise, 787,143 élèves dans leurs écoles du dimanche.
- Les Unitaires ont 337 pasteurs et 370 chapelles.
- Les Mormons ont 82 sociétés, les Juifs, 90 synagogues.
- Le Directeur-Gérant : GODIN.
- SOCIÉTÉ DU FAMILISTÈRE
- ASSOCIATION COOPÉRATIVE DU CAPITAL ET OU TRAVAIL
- PARTAGE DES BÉNÉFICES ENTRE DOUZE CENTS TRAVAILLEURS
- CAPITAL: 4,600,000 FRANCS
- Cette association embrasse.l’industrie et les besoins domestiques de la population, c’est-à-dire le soin des propriétés de l’Association, la location des logements, les approvisionnements et débits de toutes marchandises nécessaires à la consommation, et la production manufacturière de toutes sortes d’objets de chauffage d’ameublement en fonte de fer.
- Elle demande à s’ajoindre des membres désireux du succès de l’Association en état de lui rendre de réels services, et particulièrement :
- 1° Un homme capable de bien comprendre l’administration et la direction des propriétés, des services domestiques et des services commerciaux de l’association.
- 2° Un bon. contre-maître de fonderie pour la su ™illance de la sablerie et du moulage des pièces de fonte et d’ornement, produites par des procédés de moulage mécanique le contre-maître au besoin, devrait veiller aux machines elles-mêmes ;
- 3° Un ajusteur, dessinateur et praticien pour conduire l’exécution de modèles nécessaires aux besoins du commerce et destinés au moulage mécanique ;
- 4° Un secrétaire-comptable d’administration.
- 51 Une personne en état de diriger les travaux de construction de bâtiments.
- Bons appointements et participation aux bénéfices, proportionnés à la capacité des personnes.
- S’adresser à 1 Administrateur-Gérant de la Société du Familistère à Guise (Aisne).
- ‘ saint-Quentin—lmp. de la Société anonyme du Giau-ur
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- DIMANCHE 22 MAI 1881
- 4* ANNÉE* TOME 5 — N* 141 £e numéro hebdomadaire 20 c.
- Le Devoir
- BUREAU
- L GUISE (Aisne;
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE
- par renvoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France
- Un an ... . 40 fr.»» Six mois ... 6 »»
- Trois mois . . 3 »»
- Union postale
- Un an. . . . 11 fr.»»
- Autres pays Un an. . . . 43fr.60
- on s’abonne A PARIS
- 5,r.Neuve-des-petits-Champs Passage des Deux-Pavillons
- S’adresser à M. LEYMARIE administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
- NOTRE PROCHAIN FEUILLETON
- SOMMAIRE
- Histoire des Equitables pionniers de Rochdale Traduit de l’Anglais de M. J. G. Holyoake.
- Le nom des équitables pionniers de Rochdale est universellement connu, mais il n’en est pas de même de leur histoire.
- Les faits si intéressants de leurs débuts, de leurs luttes, de leurs merveilleux progrès, bien qu’ils aient été publiés en France à diverses reprises, sont encore ignorés d’un grand nombre de personnes.
- Les deux brochures écrites a ce sujet par M. Jacob-Georges Holyoake, et qui ont eu tant d'éditions en Angleterre, nous ont paru contenir de si vifs éléments d’attrait et d’intruction, qu’en ce moment ou. l’étude des questions sociales se réveille en France, nous avons cru faire plaisir à nos lecteurs en extrayant de l’ouvrage de M. Holyoake les passages nécessaires à constituer l’histoire rapide des principaux faits qui ont rendu célèbres les pionniers Je Rochdale.
- Nous commencerons cette publication dans notre prochain numéro.
- Marie Moret
- Tendance au groupement. — Etat civil du Familistère. — Faits politiques et sociaux. — Lettre de Russie. — Nouvelles diverses — Le révolté (fin) — Misère en Irlande. — Variétés.
- TENDANCE AU GROUPEMENT
- Une objection nous est posée, que nous pouvons résumer ainsi :
- « Tous vos articles au sujet des avantages de l’association et de la supériorité de l’habitation unitaire, nous dit-on, sont autant de coups de sabre donnés dans i’ea'u. Vous avez l’opinion générale contre vous Les hommes aunent peu le frottement de leurs semblables. Vouloir grouper leurs efforts dans un travail commun ou leurs logements dans un vaste édifice, c’est aller à contre sens de leurs désirs. La tendance générale actuelle est manifestement individualiste. Chaque individu n’aspire qu’à se dégager de tous liens, à jouir de toute aisance pour ses coudées, à rester maître de toutes ses volontés et libre dans tous ses caprices. Echapper à l'action. au contrôle, à l’influence d’autrui, voilà l’aspiration suprême de notre époque. »
- Cette objection, en dépit des apparences repose sur une confusion. Il importe de bien distinguer deux choses que notre honorable contradicteur confond.
- Oui, il y a de nos jours un impérieux besoin d’échapper à l’action d’autrui, à son contrôle, à son influence. Il s’est fait un tel abus du principe d’autorité que chacun aspire à être aussi libre que possible.
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- LE) DEVOIR
- C’est une aspiration parfaitement légitime et qui peut devenir très féconde, rien de grand ne pouvant se faire sans la liberté.
- Mais remarquez bien une chose : ce besoin très réel est un besoin de liberté. Or notre contradicteur parle, lui, d’un besoin d’isolement. C’est une confusion regrettable. Liberté et isolement ne sont pas des idées synonymes, ni même solidaires, loin de là. Au contraire, nous ne savons rien de plus dangereux pour la liberté que l’isolement, rien qui garantisse mieux la liberté qu’un groupement bien compris.
- Ne confondons pas l’association avec le collectivisme et le communisme, théories qui noient plus ou moins l’individu dans la masse et subordonnent sa volonté et son intérêt propres à l’intérêt et à la volonté de l’ensemble.
- L’association des forces et des intelligences, ainsi que le groupement des intérêts et des ressources, tels que nous les préconisons, ne présentent rien de semblable. Leur base est l’adhésion volontaire des individus. Si les adhérents s’engagent à renoncer à telle parcelle de leur initiative privée, c’est en pleine liberté qu’ils le font Donc l’association et le groupement, loin d’être des entraves à la liberté, sont des manifestations particulières de cette liberté.
- Cela explique pourquoi, au milieu d’une génération jalouse de sa liberté, comme l’est la nôtre, l’association et le groupement progressent de plus en plus, en dépit des préventions qui se dressent sur leur chemin.
- Ah l vous parliez de besoin d’isolement ! Mais jamais génération n’a plus que la nôtre éprouvé pour l’isolement de la répulsion. A aucune époque on n’a témoigné un plus vif désir de se grouper. Il y a beau temps que la race des anachorètes est perdue dans nos contrées et que l’existence de Robinson ne sourit plus qu’aux enfants. Jamais les hommes n’avaient aussi bien compris qu’aujourd’hui les avantages du groupement, jamais ils n’avaient mieux sei ti à quel point chacun trouve son compte à la mise en commun d’efforts ou de ressources jusqu’alors individuels et à quel point la société tout entière bénéficie de l’harmonisation d’intérêts jusqu’alors contradictoires.
- Notre correspondant affirme précisément le contraire, et beaucoup de personne pensent comme lui. Cela prouve tout simplement que les préventions peuvent faire perdre, à ceux qui en sont imbus, tout sens de la réalité des choses.
- ; La tendance au groupement est manifeste, c’est ce que nous allons établir.
- Depuis que les chemins de fer ont abrégé les distances et diminué le prix des communications cette tendance s’est développée avec une grande vigueur. Aujourd’hui tous les recensements nous montrent les habitants des campagnes affluant vers les villes en nombre de plus en plus grand ; les villes se développent avec une rapidité inconnue dans le passé,les grandes villes surtout qui, — toute proportion gardée — augmentent de population beaucoup plus rapidement que les petites «villes. Il n’y a pas de localité si reculée que cette tendance ne s y soit fait sentir.
- Mais Ce ne sont pas seulement les personnes qui se groupent, ce sont aussi les ressources dont elles disposent. Toutes les branches de l’activité humaine suivent le même mouvement. L’entreprise en grand y remplace l’entreprise en petit qui seule avait régné jusqu’ici. Tout s’est groupé et tend à se grouper de plus en plus.
- Cela est surtout sensible dans l’industrie. Les plus grandes usines d’autrefois ne sont plus que de petits ateliers auprès des grandes usines d’aujourd’hui. Toute la métallurgie, toute l’industrie chimique ou textile, toute la librairie et les branches qui s’y rattachent se centralisent dans de grands établissements qui écrasent de leur supériorité les petites entreprises. Cette transformation a atteint dans certains pays en Angleterre, aux Etats-Unis, eu Belgique,des proportions considérables.
- Le commerce se groupe de même, aussi bien le commerce de gros que celui de détail.
- Le commerce de gros choisit comme centre d’opérations certaines villes. Telle localité devient le grand marché d’une denrée, telle autre celui d’un produit. Les petites villes et les petits ports sont abondonnés au profit de villes plus considérables et de ports plus importants.
- Dans le commerce de détail la tendance au groupement devient très sensible depuis quelques années. C’est ainsi que d’immenses maisons de nouveauté se sont créées dans les grandes villes rendant aux maisons de détail habituelles toute concurrence bien difficile pour ne pas dire illusoire.
- L’emploi des capitaux se ressent lui aussi de cette tendance générale au groupement. De vastes associations, telles que le monde n’en a connu à aucune époque, se sont fondées et se fondent encore chaque jour. Nombre d’entre elles sont plus puissantes que des états.Les sociétés financières disposentde ressources prodigieuses, les compagnies immobilières des capitales possèdent plus de maisons qu’il n’en faut pour constituer une ville. Et que de services rend a la cause du progrès ce groupement des capitaux •'
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- C’est lui qui amène la houille et les minerais à la surface de le terre, lui qui fournit le gaz et l’eau à nos grandes villes, lui qui pose des cables télégraphiques au fond des Océans, qui coupe les isthmes qui perce les montagnes, qui sillonne de navires les mers les plus éloignées et qui jette sur des pays jusqu’alors étrangers l’un à l’autre l’immense réseau ,je ses chemins de fer.
- Enfin le progrès intellectuel.lui-même bénéficie de cette tendance au groupement. Les savants d’aujourd’hui au lieu de vivre à l’écart comme les alchimistes du moyen âge ou comme les savants du siècle passé, se groupent en sociétés, en académies, en institut,ou organisent des congrès dans lesquels chacun émet ses idées et discute celle de ses confrères.
- Et que d’autres combinaisons encor j permises par le groupement, associations ouvrières, mutualités de secours, assurances contres.les risques les plus divers, etc., etc.
- Dans nos pays l’agriculture seule ne s’est pas pliée jusqu’ici au groupement, mais aux Etats-Unis elle se présente de plus en plus sous cette forme. Les blés américains tant redoutés de nos cultivateurs, ne sont pas autre chose que le produit d’exploitations rurales immenses dont la direction est centralisée en quelques mains. Un jour où l’autre nos campagnes en viendront là.
- Voilà ce qu’établissent les faits. Croire après cela que le groupement est antipathique aux populations c’est faire preuve de cécité complète.
- La tendance que nous signalons a un caractère général. On doit s’attendre à la voir se généraliser de plus en plus puisque l’expériçnce lui donne raison. Les faits établissent d’une manière évidente que le groupement en grandes entreprises présente d’immenses avantages II permet d'acquérir les matières premières à meilleur compte, de supprimer ies doubles emplois de personnel ou d’engins, de réaliser des économies sur les frais généraux, de s’affranchir des intermédiaires inutiles, de subdiviser davantage le travail, d’employer des outillages très perfectionnés, de supporter des sacrifices momentanés pour créer des débouchés futurs, enfin — ce qui est énorme — de garantir l’unité d’action pendant des espaces plus longs qu’une vie d'homme.
- 0’est parce que l’on a reconnu à l’expérience la réalité et l’importance de ces avantages et c’est Parce que d'autre part on a reconnu les inconvénients et même les dangers de l’action isolée que la tendance au groupement s’est produite et qu’elle s’accentue de plus en plus.
- Cette compréhension du groupement est le fruit des progrès de la civilisation. Et plus la civilisation se développera, mieux ces avantages seront compris.
- Et cela s’explique. ^
- Chez les peuples très en retard les besoins à satisfaire sont réduits à leur minimum, les services que les personnes peuvent se rendre entre elles sont rares et insignifiants : elles n’ont donc que peu le désir de vivre les unes auprès des autres.
- Toute autre est la situation dans les pays avancés. D’une part la richesse créée y offre une foule de ressources et d’éléments de bien être; d’autre part le développement intellectuel y donne naissance à des besoins et à des délicatesses inconnus sans lui. De la présence de ces offres et de ces demandes résultent des services réciproques, dont l’importance, la fréquence et la facilité sont proportionnelles à l’importance des groupes où ils se produisent.
- Il est donc vrai de dire que la tendance des populations à se grouper est en raison directe de leur degré de civilisation.
- On peut compter que cette tendance s’étendra encore davantage, et s’emparera de domaines où elle n’a pas mis le pied jusqu’ici. L’évolution vers le groupement doit s étendre à la demeure : la grande habitation doit se substituer à la petite comme la grande usine s’est substituée au petit atelier. Là comme ailleurs le groupement donnera ses fruits et un jour ou l’autre on y viendra. Ne faudrait-il pas en effet une inconséquence bien grande pour que les mêmes générations qui font tant d’effort pour rendre le moins désagréables possible des déplacements de quelques heures ou dé quelques jours, ne se souciassent pas de perfectionner la demeure où l’on passe des années et parfois son existence entière?
- En demandant que l’habitation soit groupée d’après des principes nouveaux nous allons dans le sens de la tendance nouvelle. Un jour ou l’autre la grande habitation unitaire se substituera à l’habitation morcelée actuelle comme la grande usine s’est substituée au petit atelier.
- D’autre part quand nous demandons que tous les éléments qui concourent à la production de la richesse soient groupés et associés au lieu d’être en état de compétition entre eux comme c’est le cas aujourd’hui, nous marchons là encore dans le sens de la tendance nouvelle; nous y marchons en éclaireurs, c’est vrai, mais dans la direction que prend le gros de l’armée.
- N’est-il pas logique de conclure que si d'immenses services ont déjà été rendus à la société par l’asso-
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- LE DEVOIR
- ciation des capitaux entre eux alors que le travail restait esclave, des services bien plus immenses encore sont à attendre d’un état économique où l’association, au lieu de n’embrasser qu’un des éléments producteurs de la richesse, l#s comprendrait tous.
- Ed. Champury.
- ÉTAT CIVIL DU FAMILISTÈRE
- s sasa ce
- Jeudi 12 mai 1881. — Bachelin Augustine-Virginie fille, de Bachelin Hilaire et de Près Clémentine.
- FAITS POLITIQUES & SOCIAUX DE LA SEMAINE
- FRANCE
- jLess travaux dLes Cîxanalt>i*es ont repris le
- 12 courant. ,
- Ce n’est pas le travail qui leur manque, le Sénat avait 7 objets à l’ordre du jour de la première séance et la Chambre 26 objets. Cela, bien entenau sans parler des rapports qui ont été déposés depuis la rentrée ou qui vont l’être.
- Le Sénat a adopté eu première lecture la proposition de loi portant modification de divers articles du code d. instruction criminelle et en particulier la suppression du lêmmé du président de cour d’assises.
- Il a rejeté l’amendement Bérenger relatif aux garanties de capacité à fournir par les instituteurs. Ou se rappelle que dans sa dernière session, le Sénat a vote la suppression des équivalences qui permettraient aux congréganistes d’exercer, sans aucune espece de titre universitaire, les fonctions d’instituteur titulaire ou ad-îoiut, d institutrice, de directrice ou de sous-directrice des salles d’asile. Une exception était spécifiée en faveur des directrices d’écoles et de salles d’asiles comptant au moins dix anuées d’exercice en cette qualité au moment où elle serait promulguée.
- M. Bérenger présenta et fit triompher un amendement poilautqueia loi n'aurait pas d’effet retroac'if et ne s’appliquerait point aux congréganistes entrés dans les fonctions de l'enseignement avant le 1er mars 1881. Quatre voix de majorité consacrèrent ce prolongement du privilège ecclésiastique.
- La lui est revenue eu seconde lecture devant la Chambre haute. C’est sur l’amendement Bérenger, devenu article de loi, qu’a porté tout l’effort de la discussion : cette fois le Sénat l’a rejeté. Demander aux hommes chargés d’instruire la jeunesse des preuves de capacité spéciale qst une mesure de prudence et.de justice; donner aux intéressés, comme le fait la loi, deux grandes années pour se préparer à l’examen, c’est laisser à tous les instituteurs dignes d’exercer leur utile et noble métier tout le délai nécessaire pour en fournir à l’Etat les preuves officielles. La loi ue frappe, en réalité, que les incapables*
- Le Sénat a rejeté l’amendement Bérenger. Par ce vole, comme par celui de l'amélioration du code de u'océdure criminelle, le Sénat s’est rallié à l’opinion vraiment libérale.
- La Chambre a ensuite repris la discussion du projet modifiant la loi sur le recrutement militaire, après un
- court incident soulevé par M. le prince de Léon au sujet du maintien de M. le général Farre dans le cadre d’activité.
- On sait que ce projet soumet à un court stage dans les rangs de l’armée les instituteurs et les séminaristes qui, par la loi de 1872, jouissent de l’exemption absolue du service militaire. La question est depuis longtemps posée et a subi des ajournements successifs. L’initiative eu revient à M. Labuze qui, lui, demandait l’abolition de tous les privilèges et 1 établissement du droit commun. Cet houorabie représentant a reproduit sa proposition primitive sou^ forme de contre-projet. Consultée la Chambre a repoussé, par 290 voix contre 202, le contre-projet de M. Labuze.
- Le ministre de 1 instruction publique, retenu au Sénat, n’a pu formuler son avis sur l’amendement de M. Balluequi soumet les séminaristes au droit commun ei conserve un privilège pour les instituteurs. Le rapporteur a demandé a la Chambre d’apprécier s’il y avait lieu, de suspendre ou de continuer le débat.
- L’ajournement a été adopté par 335 voix contre 127
- La première délibération du projet sur les. syndicats professionnels a été commencée.
- M. Cautagrel voudrait qu’au lieu de procéder par lois réglementaires, on recourût à une mesure générale consacrant la liberté d'association.
- La Chambre a passé à la discussion des articles.
- .M. Ch. Boysset a déposé son rapport en faveur du maintien du scrutin d’arrondissement. C’est une œuvre longue et indigeste, agressive, mal écrite et mal pensée. Il était impossible de mieux servir la cause du scrutin de lffte que de l’attaquer si maladroitement.
- M. Bardoux a fait distribuer une nouvelle rédaction de sa proposition relative au scrutin de liste. Il a supprimé les dispositions qui établissaient le vote obligatoire et a ajouté une disposition transitoire portant que, pour la procuaine législature, chaque département cou-ser era, au minimum, le même nombre de représentants qu’actuellement.
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- Déclaration du ministère. — Une déclaration du ministère a été lue à la rentrée des Chambres.
- Voici ceux des passages de cette déclaration qui conservent leur valeur, même après le traité passé avec le _Bey mentionné ci-dessous.
- Messieurs,
- Depuis votre séparation, les opérations militaires que le Parlement nous a autorisés à entreprendre en Tunisie ont suivi leur cours régulier. '
- Incessamment contrariées par des intempéries exceptionnelles, elles se sont déroulées avec ordre, avec méthode et avec succès. Le cercle se resserre plus étroitement de jour en jour autour des tribus insoumises ; l’état sanitaire de l’armée, qui dépasse toutes les espérances, témoigne du bon fonctionnement de tous les services.
- Des troupes jeunes, aux prises pour la première fois avec les rigueurs et les difficultés d’un climat nouveau d’une région à peu prèsiueounue et favorable à toutes les surprises, ont fait preuve en toute occasion des plus solides qualités militaires ; et si les peuplades qu’elles ont à réduire, fidèles à une tactique séculaire, n’ont pas tenté contre elles jusqu’à ce moment d’action décisive ; si les unes se dérobent, si les autres se soumettent, c’est à la discipline et à l énergie du soldat autant qu’a la prévoyance du commandement, qu’il convient d’en faire honneur.
- Nous ne savons, messieurs, quelles épreuves nouvelles sont encore réservées à nos troupes. Le terrain difficile dans lequel elles sont engagées, la persistance extraordinaire du mauvais temps a forcément ralenti 1 exécution du plan de campagne sans cependant le modifier; mais il est permis d'espérer à cette heure, quoi qu’il arrive, un dénouement prochain des opérations militaires.
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- Une ; ulre phase vient de s’ouvrir, celle des négociations.
- gn entrant en Tunisie, nous marchions, ainsi que nous l’avons déclaré au Parlement, à la poursuite d'un double but : châtier et réduire les tribus insoumises qui depuis deux ans fatiguent notre frontière algérienne de leurs incursions et prendre pour l’avenir nos garanties.
- 6 Les sacrifices que la France s’impose en ce moment pour la sécurité de sa grande colonie africaine ne seraient pas suffisamment payés d’une soumission apparente ou précaire, ou de promesses vite oubliées. »
- Cette déclaration ministérielle a été très applaudie par ]a Chambre. Trois passages ont été particulièrement applaudis par l’unanimité de la Chambre, celui sur le courage et la discipline de l’armée, celui où il est dit que la France ne recherche pas d’annexion ni de conquête et celui où il est dit que la France est en droit d’exiger des gages durables du bey.
- L'impression générale est très favorable.
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- Traité die garantie av^c le Bey. — Voici d’après M. le président du ministère, l’esprit du traité conclu entre le général Bréart et le Bey de Tunis.
- # Au point de vue militaire, le traité nous assure le droit d’occuper les positions que l’autorité militaire fiançaise jugera nécessaires pour assurer le maintien de l’ordre, la sécurité de la frontière et du littoral.
- » Au point de vue politique, le gouvernement français garantit au bey la sûreté de sa personne, de sa dynastie et de ses Etats..
- » Au point de vue européen, le gouvernement français se porte garant de l’exécution des traités actuellement existants entre la Régence et les autres puissances européennes.
- » Pour l’avenir, le bey de Tunis s’engage à ne conclure aucune convention internationale bans s’être entendu préalablement avec le gouvernement de la République.
- » Les agents diplomatiques français prennent à l’étranger la protection des intérêts de*la Régence.
- » Le système financier du gouvernement du bey sera féglé par nous de concert avec lui, et de manière à assurer un meilleur fonctionnement des services de la Régence.
- x Une convention ultérieure doit déterminer le chiffre et le mode de recouvrement de la contribution de guerre dont seront frappées les tribus insoumises, et dont le gouvernement du bey se porte garant.
- ® Enfin le gouvernement du bey s’engage à prohiber l’introduction, par le littoral sud de la Tunisie, des armes et munitions de guerre qui constituaient un danger permanent pour noire colonie algérienne.
- » Nous espérous que ce traité, qui garantit la sécurité des intérêts français et atteint le but que se proposait l’expédition de Tunis, aura la ratification du Sénat quand ii lui sera présenté. »
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- ' Opinion de la presse. —Il est certain que beaucoup de personnes s’attendaient à autre chose qu’à ce qui arrive en Tunisie. On croyait à une résistance Plus sérieuse, à des luttes plus sanglantes. De là, et bien que le résultat désirable semble devoir être à peu Pi'ô' obtenu, une quasi-déception et une tendance chez quelques uns à chercher ailleurs une compensation aux émotions qui ont fait défaut chez les Kroumirs. Ce sentiment perce dans le langage de plusieurs journaux, cl l’ageoce Havas s’en fait l’écho dans les correspondances algériennes quelle publie.
- Pour parler uet, l’annexion de tout en partie de la lunisie, paraissait à certains esprits, le couronnement inévitable de la campagne, comme dédommagement des lauriers que les Kroumirs, en fuyant sans cesse, nous °ut empêchés de cueillir.
- Conférence monétaire. — L’abslentiou de l’Angleterre et les réserves formulées par plusieurs Etals sur l’adoption du bimétallisme font déjà prévoir que la Conférence monétaire réunie à Paris ne pourra exécuter tout son programme. Les Etats-Unis et la France devront, entre autres, renoncer au monnayage illimité de l’argent, seul moyen d’établir l’égalité monétaire entre ce métal et l’or, 1a. réalisation de cette idée n’étant possible que par l’accord unanime de toutes les puissances. Mais si le bimétallisme ne sort pas, comme on l’espérait, des délibérations de la Conférence, il en sortira probablement quelque moyen pratique de remédier à la rapide dépréciation de l’argent, tel que serait, par exemple, la détermination d’ûn rapport fixe, au moins pour un certain temps, entre la valeur des deux métaux. Cette combinaison, qui conviendrait à l’Angleterre pour ses rapports commerciaux avec l’Inde, ne déplairait pa3 à l’Allemagne qui, malgré son zèle pour le monométallisme, a manifesté des intentions conciliantes. Cela s’explique du reste par le fait que ce pays, à la suite de sa dernière révolution monétaire, possède encore dans ses coffres un nombreux stock de vieux thalers argent dont elle ne peut se défaire aujourd’hui sans de grandes pertes et dont elle tirerait un utile parti, si la valeur de l’argent venait à être relevée artificiellement par un accord international.
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- 3Le socialisme orléaniste. — Nous avons signalé les efforts que fait M. Hervé, le plus habile des journalistes du parti des Orléans, pour redonner au moyen de l’agitation de la question sociale quelque renouveau de vigueur à ce pauvre parti oublié.
- Une discussion contradictoire a eu lieu le 12 mai entre M. Hervé et M. Daynaud, orateur collectiviste.
- Le citoyen Deynaud a le-premier pris la parole. Il s’est livré à une description des maux sociaux, particulièrement des fraudes que suscite l’état économique actuel, fraudes qu’il faut bien reconnaître, dit-il, puisque tous les opportunistes créent des laboratoires de chimie pour les constater ; laboratoires qui, en réalité, ne sont que des cancers dans un corps gâté.
- Les faillites laissent un passif de 200 millions.
- L’orateur constate que les salaires baissent. Il parle de M. Leroy-Beaulieu, de M. de Molinari, août il cite quelques passages en déduisant que le capitaliste recrute le travailleur à des conditions inférieures aux nécessités de ce dernier. Un ouvrier ne peut vivre avec 1,200 fr. par an, pas plus qu’une femme avec 2S francs par mois.
- Le citoyen Deynaud, s’appuyant sur les statistiques de M. Bertillon, constate qu’il y a 700,000 personnes secourues, critique le système de coopération, impuissant selon lui à apporter aucun remède aux travailleurs. L’orateur déclare que les 26 milliards de valeur locative qui constituent la richesse de la France doivent rentrer entre les mains de la collectivité.
- M. Hervé a été écouté avec plus d’attention.
- Il déclare être venu par devoir, pour montrer que les conservateurs, traités aussi de réactionnaires, sont des hommes de libre discussion. On a prêché la guerre du travail contre le capital; M. Hervé vient préconiser au contraire l’association du capital et du travail. Cette conciliation se fait par la force des choses, il faut seulement la seconder. Cette force des choses se constate dans ce fait que les loyers de l’argent baissent, et que les salaires augmentent au fur et à mesure que le capital se multiplie. Tous les jo-urs de petits salariés deviennent de petits capitalistes. Les valeurs mobilières sont divisées en petits morceaux. Les capitalistes eux mêmes sont obligés de travailler : c’est ce mouvement qu’il faut soutenir et seconder en donnant aux travailleurs la facilité de l’épargne. M. Hervé est partisan des caisses de retraites par VElat, constituées par des versements prélevés sous forme d’impôts, puisque, jusqu’ici, elles ont végété parce qu’elles étaient laissées à l’initiative individuelle. Elles n’ont guère réalisé que 10 millions de versements par an.
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- L’orateur remarque que donner le capital à la collectivité serait simplement déplacer la tyrannie doDt on se plaint déjà à juste titre' L’Eut serait le tyran, et un tyran plus puissant que les sociétés particulières aux quelles chacun peut participer,
- Il est partisan de la propriété individuelle qui, seule, peut assurer la liberté individuelle. Aux menaces de révolution, il oppose l’espoir de réformes mûrement étudiées et pacifiquement réalisées.
- Les applaudissements de la majorité de l’auditoire accueidjent ce discours de M. Hervé, et l'assemblée a levé la séance elle-même, malgré les appels pressants du citoyen Deynaud qui yonlait répliquer.
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- IL» préfecture <le police. — A .moins de procéder aù iiato, le Parlement n’aura pas le temps de voter dans la présente législature le projet de loi dont il est saisi au sujet de la préfecture de police.
- Les députés de la Seine sont persuadés que la Chambre ne reculera pas devant cette exéculion sommaire des droits municipaux d'une capitrie qu’elle aime peu.
- Il ne faut pas oublier quand on envisage l’éventualité d’une police soustraite au contrôle communal, que cette situation e; t de nature à ramener peu à peu l’état de guerre latente, parfois même ouverte, dans lequel les agents de la force publique et les habitants de Paris ont respectivement vécu pendant toute la durée de l’Empire. A cette époque, les « sergents de ville » étaient en telle exécration que, dès le lendemain du 4 septembre, on dut, pour les dérober aux représailles, changer leur uniforme, équiper et envoyer aux avant-postes la plupart de leurs brigades, et présenter au public celles qu il fallait garder pour la sécurité des rues sous le nom pacifique de « gardiens de la paix. » Encore ne réussit-on pas à empêcher certains crimes odieux de se- produire aux dépens de ces malheureux, soit durant le siège,soit pendant la Commune.
- Depuis, il y a eu détente dans les rapports de la population avec les représentants de la préfecture de police. Chaque fois qu’une rixe survenait quelque part entre habitants et agents, le Conseil municipal intervenait, faisait une enquête, réclamait, s’il y avait lieu, le congédiement de l’employé coupable. Petit à petit, grâce à cette surveillance constante, le personnel préfectoral s’est débarrassé de l’élément violent qu’y avait laissé l’Empire: la population a commencé à voir dans les agents autant de protecteurs chargés d’assurer la tranquillité de la voie publique, et de part et d’autre de nouvelles mœurs se sont établies pour le plus grand bien de la communauté.
- Mais n’y a-t-il pas à craindre que les anciennes habitudes ne reprennent le dessus, avec la disparition du contrôle incessant qui les a transformées? Le tempérament de la police est il si radicalement changé qu’on ne puisse piévoir, de sa part, un retour aux vieilles inclinations ? On peut s’attendre à voir renaître l’hostilité d’il y a dix ans, sans que, vraisemblablement, la Chambre puisse s'employer à l’apaiser comme le faisait le Conseil municipal. Qu’on suppose un acte de brutalité commis par un gaidien de la paix; les députés de la Seine n’hésiteront-ils pas à en entretenir le Parlement, à mettie une grande Assemblée dans la confidence des coups de poing donnés ou rendus? Au pavillon de Flore, où l’on discute en famille et à huis-clos, le récit de ces scènes de pugilat peut se faire impunément; air Palais-Bourbon, en présence du public des galeries, il serait complètement déplacé. On arrivera ainsi à ce que, dans la pratique, la police ait ses coudées parfaitement franches, pendant que, de son côté, le peuple de Paris ne se sentant plus de protecteur sera tenté de se faire justice lui-même-, au lieu de courir, comme il le fait maintenant,ehez le conseiller municipal de ^on quartier pour dénoncer l’abus dont il croit avoir à se plaindre.
- Voila les conséquences qu’aurait la constitution d’un ministère de la police — au fond il s’agit de cela — actuellement soumis aux Chambres. Le gouvernement ne
- songe qu’à couper court à la guerre qui se déroule depuis six semaines entre un de ses fonctionnaires et lè Conseil municipal ; il oublie qu’il y a lieu de prévoir une autre guerre, plus redoutable, entre une instnution et une population. Paris nest pas Londres, où le po~ hceman est l’ami du passant ; mais, depuis quelques années, l’agent de police et le Parisien tendaient a nouer des rapports plus confiants, et il est bien imprudent de rompre le lien local, municipal, qui avait amené ce rapprochement. *
- Les traîtés <ie commerce. — Depuis dimanche, le nouveau tarif général est promulgué.
- C’est un fait important.
- Le commerce, l’industrie, la production agricole doivent également en tenir compte.
- Voici pourquoi :
- Le tarif est immédiatement exécutoire à l’égard des Etats avec lesquels le gouvernement français n’à pas de tarif conventionnel.
- Sont dans ce cas : les Etats-Unis, le Mexique et le Maroc, »
- Quant aux Etats avec lesquels la France a signé des traités de commerce ou auxquels elle a accordé la condition de nation la plus favorisée, comme l’Allemagne le nouveau tarif général ne sera exécutoire que dans six mois; ma>s dans six mois, ipso facto, ii remplacera tous les.traités de commerce, à moins a’une prorogation nouvelle.
- *
- * *
- Snppression de 1» corvée dans les eo. Ionie», — Un décret, relatif aux Annamites, abolit l’impôt de la corvée; c’est sans contredit l’impôt le plus onéreux qu’on puisse demander à l’ouvrier. En Coclriu-chine il empruntait un caractère de cruauté au climat, aux marais, où il faut travailler le jour et résider pen-d ni la nuit.
- Nous ne saurions trop féliciter le ministre de la marine de la sage mesure qu’il yient de soumettre a la sanction du président de la République ; elle est la conséquence, du reste, des propositions faites à divers points de vue p ir M. le gouverneur de la Coehinchiae, et dont M. le gouverneur des colonies avait préparé l’exécution.
- ITALIE
- Les accusations dirigées contre M.
- Maccio par la presse française continuent à passionner les esprits,
- M, Cairoli, ne s’est pas contenté de déclarer ces accusations invraisemblables ; ii a dit que « la forme qui leur était donnée dans les journaux franc ris atteignait le dernier degré de l’invraisemblance, » ce qui n’est pas tout à fait la même chose.
- Deux journaux ministériels de nuances diverses et qui jusqu’ici n’avaient pas été absolument d'accord sur la question de Tunis, le Diritto, organe de M. Cairoli et le Hopolo rommo, organe de M. Deprëtis, consacrent chacun des articles à réfuter ces accusations; le démenti du Diritto est le plus catégorique possible; il ne laisse rien subsister de ce qui a été mis à la charge de M. Maccio ; il va même trop loin, puisqu’il nie que cet ageut consulaire ait jamais encouragé le bey dans sa résistance: ceci est de trop. Mais ce qui est plus important à noter c’est l’accord presque unanime de la presse italienne sur la question du rappel de M. Maccio qu’elle considère comme impossible, dans les circonstances présentes parce que ce serait un véritable affront national.
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- Démission (lu mini«tôt*e. — Lè ministère Cairoli a de nouveau donné sa démission qui, cette fois, a été acceptée. M. Sella a été chargé de constituer un nouveau cabinet.
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- LE DEVOIR
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- Ainsi les velléités belliqueuses le l'Italie et son ani-iflosità contre la République française n’auront eu qu’un geUl résultat celui de faire perdre le ministère à un homme aussi éclairé que M. Gairoli pour le faire lomoer entre les mains d’un homme tel que Sella, esprit faux et tortueux.
- Là encore l’esprit belliqueux vient d’entraver l’essor ,je la liberté
- Pauvre Italie !
- ANGLETERRE
- Attitude envers la France. —En réponse à des questions posées au ministère par M Montagne Guest devant la Chamnre des Communes relativement à la question t: nisienne, M. Gladstone a répondu :
- jo Que si l’Angleterre a reconnu la suzeraineté du Sultan en Tunisie, la France a constamment refusé de la reconnaître et que jusqu’à ces derniers temps, ce refus a été s mtenu par l’Italie.
- 2» Que cette divergence de vues ne doit pas obliger 'Angleterre à prendre des mesures effectives.
- 3° Qu’il faut attendre pour toute discussion la publication des pièces diplomatiques,
- M. Gladstone dans son discours affirme l’amitié qui unit l’Augleterre à la France.
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- jLa tempérance obliiratoire. — L’exagération pousse au pire, c'est-à-dire au mal, même les plus excellentes choses. La Chambre des communes vient d’en fournir un exemple frappant par son vote sur la fermeture des cabarets pendant la journée du dimanche dans toute la prii cipauté de Galles.
- Sir W. Lawson voulait décréter la tempérance par acte du parlement en faisant fermer tous les cabarets; n’ayant pu obtenir cette mesure par trop radicale, il s’est rejeté sur une autre, connue sous le nom de Permissive-liil, et qui consiste à donner aux habitants de chaque paroisse le pouvoir de faire fermer les cabarets sur toute l’étendue de la commune, si la proposition réunit la naajoiité des voix des habitants, femmes comprises.
- C’est donc le principe de l’omnipotence de la majorité en m tière de commerce qui vient d’être voté par la Chambre des communes en faveur des habitants du pays de Galles.
- Que deviendra la liberté du travail s’il suffit de la majorité des voix des habitants d’une localité pour faire fermer un établissement?
- Remarquons aussi cette inconséquence, qui consiste à faire voter les femmes sur cette question, tandis que sur d’autres questions tout aussi importantes et même davantage on leur refuse tout droit de voter.
- MaR, Messieurs les législateurs anglais, ou bien les femmes sont des êtres intelligents ou bien elles sont dépourvues d’intelligence :
- Si elles y voient assez clair pour voter sur une question de tempérance, elles doivent y voir assez clair aussi pour choisir avec discernement des conseillers municipaux.
- IRLANDE
- XAïütat de siègpe ne produit pas les résultats ! auxquels le gouvernement anglais s’attendait, bien au contraire.
- Voici ce qu’on écrit de Londres au Journal ds Genève, journal absolument opposé à la Land League.
- « Ge n’est pas d’aujourd’hui que l’on sait qu’en politi- < que il faut d’autant plus se garder d’un acte que vos adversaires semblent vous pousser davantage à le commettre.
- « Le résultat de l’arrestation de M. Dillon est d’avoir déjà donné un nouvel élan à l’organisation de la lang-league. Il en est toujours ainsi des persécutions.
- « Si je me permets ces critiques, ce n’est certes pas
- que j’approuve le programme entier des land leaguers et encore moins plusieurs des moyens qu’ils emploient pour le mettre à exécution, mais c’est que, en ces sortes de choses, ce dont il faut se garder comme du feu, c'est de donner des coups d’épée dans l’eau et, à mon sens, cette arrestation est au suprême degré une véritable précaution inutile.
- « M. Dillon sous les verroux est autrement puissant que M. Dillon libre. Dans le premier cas il sert de drapeau. de signe de ralliement, d’excitation au zèle de ses partisans, qui se ralentissait visiblement, et, du coup, aux yeux des tenants irlandais, il passe à l’état de martyr et de fétiche; tandis que dans le second cas ce n’était, perdue au milieu d’une fouie d’autres, qu’une personnalité opposante, et une personnalité dont la violence et le peu de discernement ne pouvaient qu’aider la cause qu’il avait la naïve prétention d’attaquer.
- « Mais il y a plus encore.
- « Avec un flair politique dont on ne peut se dispenser de le féliciter, M. Dillon a parfaitement compris quelle magnifique occasion le miïdstère iui donnait de se poser en personnage important. I! a déjà envoyé sa démission, et comme ses amis ne peuvent manquer pour la délivrance immédiate du « writ » d’élection destiné à le remplacer, il va advenir que le corps électoral de Tippe-rary. qui, dans ee cas, sera censé représenter toute l'Irlande, aura la bonne fortune de formuler son opinion, en élisant à la place du prisonnier un nouveau député qui sera condamné à être encore plus violent et plus irréconciliable que son prédécesseur. »
- ÉTATS-UNIS '
- TToe nouvelle Société <1© la, paix, qui travaillera de concert avec la Universal peace Union, vient de se fonder à Washington sous le titre de National ar~ bitration League of Ihe United States of America. Elle a pour président M. Frédéric Stanton.
- AUTRICHE
- Expnlsiion (I'htî «ocialiste. — Un des chefs du parti ouvrier à Pesth, le tailjeur André Eszi, originaire de Bavière, a reçu signification d’un arrêté d’expulsion. Il a fait appel de cette mesure, en prétendant être citoyen hongrois.
- ALLEMAGNE
- ILe dégou* die l’Empir’e. — Le Reichsmü-digkeil (dégoût de l’empire) se fait sentir non-seulement dans l’Allemagne du Nord, mais encore dans l’Allemagne du Sud. Des groupes d’émigrants, comprenant à peu près 200 personnes venant du Wurtemberg et du grand- duché de Bade, passent depuis quelques jours a Strasbourg se rendant à Anvers et de là en Amérique.
- La Gazette de Cologne dit que l’émigration a pris cette année des proportions si extraordinaires qu’elle devient une question de premier ordre pour l’Ailemagne.
- ITALIE’
- IL» propagande «ocialist© est devenue très-active en Sicile. Païenne, qui n’avait, au commencement de 1880, que 12 ou 15 associations ouvrières avec un millier de membres, a aujourd'hui 63 associations comprenant 10,000 ouvriers environ.
- Il y a quelques jours, trois cents ouvriers en semoule se sont promenés dans les rues de cette ville, avec une bannière sur laquelle ils avaient écrit : du pain et du travail !
- A Bassiano une démonstration analogue a été dispersée à coups de fusils.
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- LE DEVOIR
- RUSSIE
- Késistauce du progrès. — Nous avons sous les yeux le texte du manifeste impérial, publié à la date du 29 avril (11 mai), que signalait une dépêche hier.
- Dans ce manifeste, Alexandre III dit qu’il a accepté le fardeau du pouvoir à un moment où la population de l’empire tout entier était frappée de terreur par l’attentat qui avait fait de son père « un martyr. »
- Le tzar ajoute :
- « Dans notre profonde affliction, la voix de Dieu nous ordonne de tenir fermement les rèDes du gouvernement, plein de confiance dans la Providence divine et de foi dans la force et la vérité du pouvoir autocrate que nous sommes appelé à < onsolider et à protéger, pour le salut du peuple, contre t >ute tentative hostile.
- « En nous consacrant à notre haute mission, nous invitons nos fidèles sujets à nous servir et à servir l’Etat avec une loyauté sincère pour entraver l'abominable esprit de rébellion qui couvre la Russie de honte. Fortifiée la foi et la morale, donner une saine éducation à nos enfants, confondre le mensonge et la déloyauté, faire triompher l’ordre et la justice, conformément à l’organisation accordée à la Russie par son bienfaiteur, notre père bien aimé. »
- Ces dernières lignes sont très jolies; malheureusement pour qui sait ce qui se p>sse en Russie, elles ne paraissent pas suffisantes.
- Dans ce malheureux pays les meilleures intentions d’un Tzar n’alteigueht jamais leur but.
- C’est ce qu’ont' bien compris Loris Mélikof, ministre de l’intérieur, et M. Abasa, ministre des finances, qui ont donné leur démission immédiatement après la publication du manifeste impérial.
- Ce fait est considéré comme grave, étant donné les mesures libérales que ces deux ministres proposaient, notamment en ce qui touche la condition des paysans.
- Les troubles <ie Kief ont été très graves. La populace a pillé pendant plusieurs j urs les magasins appartenant aux israélites. Le 9, la toute surexcitée a tenté d’envahir les deux collèges de garçons et de filles, mais elle a été repoussée.
- Des troubles se sont aus-û produits à la gare du chemin de fer, où l’on a attaqué les juifs, qui quittaient en masse la ville. On a arrêté près de 600 individus. Plusieurs personnes parmi lesquelles un officier, ont été blessées. Les dégâts s'élèvent à plusieurs millions de roubles.
- Le général Drenteln a télégraphié que l’ordre est enfin rétabli à Kief.
- Des désordres semblables, mais moins graves, ont eu lieu dans plusieurs autres endroits, où l’on a dû en voyer des troupes pour protéger les israélites.
- ¥ *
- Double terreur. — Une lettre qu’un journa reçoit de St-Pétersbourg donne une idée du bonheur qu’on éprouve eu Russie. Copions les passages suivants :
- a Rien ne peut donner une idée de l’état dans lequel se trouve en ce moment St-Pétersbourg. C’est la terreur de l’inconnu et du connu, de la police officielle de l’Empire et de la police secrète des nihilistes, de la pendaison et des bombes. On se débat dans l’atmosphère d’un drame où chacun est acteur inconscient et dont tous peuvent être victimes. »
- Brr.....
- « L’empereur Alexandre III est victime lui-même, ainsi que ses plus proches parents, de cette terreur que le gouvernement a cru organiser après l’assassinat d’Alexandre II. Les nihilistes vont et viennent, circulent, préparent des complots, font parvenir des lettres, étendent leur action. Ce ne sont pas les nihilistes qui j-sont terrorisés, c’est l’empereur, c’est l’impératrice, ce | sont les grands ducs, c’est quiconque de près ou de loin f
- touche au souverain. On prétend que, dans cet entou rage même, il y a des traîtres. Cela est possible. »
- Tel est le succès de cinq gibets. Pendez maintenant î
- La terreur est telle qu’on n’a même plus l’énergie rià se défendre : - e
- « Ce qui ne s’est jamais vu dans l’histoire, sauf aux derniers jours de la vieille Rome,c’est l’affaissement des volontés en face de ce danger que chaque jour on laisse grandir. » e
- Le czarisme se laisse mener bestialement à l’abattoir.
- Le journal cité conclut en ces termes textuels :
- « La situation est triste, je ne saurais trop le dire. Le gouvernement s’abandonne, et personne n’est en ce moment assuré du lendemain. Vous entendez : per-sonne. » • n -
- * *
- Grand tluc et nihiliste. — C’est un véritable roman que l’histoire de ce jeune grand duc, membre de la famille des Romanoff, qui a épousé la fille d’un prêtre et que le déclassement amené par cqtte mésalliance a jeté dans les rangs des nihilistes. Le fait serait étrange ailleurs, il n’étonne pas beaucoup en Russie où, de tout temps, les hautes classes ont été hantées de 1 esprit révolutionnaire, tandis que la masse du peuple représente la soumission la plus absolue,l’autorité et l’élément conservateur les plus arriéré.
- Déj^ sous Alexandre Ier, pour ne pas remonter plus haut, l’on affiliait et l’on conspirait jusque dans le palais des czars, où des sectes mystérieuses, ancêtres des nihilistes d’aujourd’hui, avaient leurs grandes et leurs petites entrées; la seule différence est qu’à cette époque la dynamite n’était pas encore iuvenlée et que les écoles créées par AlexandreII n’avaient pas grossi les rangs des mécontents en augmentant ceux des déclassés. On prétend malicieusement, nous ignorons sur quel fondement, que les ménages russes sont rarement réunis. Cependant, par une louable exception, la fille du prêtre a demandé à suivre son mari, le grand duc Constantin dans la pri"OD de Dunabourg, où il attendra que ses nouveaux amis lui en aient ouvert les pertes, et peut-être qu’ils aient fait sauter devant lui celles du palais impérial.
- Le grand duc Constantin est le second fils du grand-duc Constantin frère d’Alexandre II.
- Il est né le 22 août 1858; il était chef du régiment des grenadiers de Tiflis.
- *
- * *
- T5«l“*îi*-ïe. — Il paraît que, depuis quelque temps, le prince Alexandre de Bulgarie recevait, par voie de pétitions, des plaintes sur la façon de gouverner de ses ministres.
- « Aujourd’hui, dit Alexandre, notre patrie discréditée à l’extérieur se trouve désorganisée à l’intérieur ! » Rien que cela l mais que s’est-il donc passé?
- Le prince en appelle à ia grande assemblée nationale qui sera convoquée prochainement et à laquelle il soumettra ses conditions: si elles sont acceptées, il restera au pouvoir; dans le cas contraire il abdiquera , mais le choix de l’assemblée sera t-il absolument libre? Ne craiüdrait-elie d’encourir le mécoideutement des puissances, de l’une d’entre elles surtout, en laissant partir le prince qu’on lui a donné et en se montrant d’un gouvernement si difficile? Il est donc probable que les conditions du prince seront acceptées et qu’il ne partira pas. En attendant, il a formé un ministère provisoire, dont le président est le ministre actuel de la guerre, le général Ernrotb; dans ces contestations entre un souverain et son peuple,c’est assez généralement au ministre de la guerre que l’on confie la présidence du conseil.
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- LETTRES DE RUSSIE
- Saint-Pétersbourg, 2 mai.
- « Un régime où l’on travaille 17 heures par jour, sans avoir rien à manger que du pain noir doit être renversé. » Ce sont là les seules paroles qu’un des nihilistes, pendus dernièrement ait prononcées pour sa défense.
- Dans cette lettre je ne veux qu'interpréter ces paroles significatives.
- Ce qu’il y a de remarquable c’est que le juge et toute l’élite qui assistait à cette audience ne devaient pas ignorer la vérité de cette affirmation.
- Il y a à peine. 20 ans, lorsque le tzar Alexandre II se trouvait dans 1ère libérale, un de ces courtisans, le comte Baranof, (parent de ce Baranof qui a été promu récemment chef de police à St-Pétersbourg), étant désigné comme memore d’une commission du gouvernement, laquelle avait pour but d’étudier la situation des ouvriers en Russie, parlait en ces ternies des fabricants : « Les capitalistes russes sont des hypocrites, écrivait le comte dans son rapport au tzar,car ils ne se préoccupent jamais ni de la richesse nationale, ni de l’éducation des enfants du peuple. Us ne pensent qu’à leurs coffres-forts. Si l’industrie qu’ils détiennent disperse l'argent parmi le peuple, ils n'ont certes nullement le droit de se vanter qu’ils sont des bienfaiteurs de ce peuple ; ils ne sont que les exploiteurs de ses forces et de ses capacités, car iis ne se préoccupent ni de la santé ni de la moralité de leurs ouvriers. Je ne connais pas de population plus immorale que celle des fabriques. Point d’écoles, mais beaucoup de cabarets. »
- Les commissions, le comte, et le tzar se sont bornés aux paroles, et n’ont jamais songé qu’il viendrait un temps où les ouvriers demanderaient de passer des paroles aux actes.
- Dans tous les pays, les fabricants se préoccupent peu de l’état sanitaire des ouvriers qu’ils emploient. Partout . les fabriques sont construites seulement dans le bat d’exploiter l’ouvrier et l’on ne tient guère compte dans la construction des usines des conditions hygiéniques. Mais nulle part ce vicieux état de choses n’est aussi frappant qu’en Russie.
- Bien que les commissions qui, depuis 20 ans ont siégé en Russie, n’aient rien changé, elles ont du moins laissé des documents instructifs, par rapport à ces criants abus. Je prends au hasard parmi de volumineux documents le texte d’un rapport sur la filature de coton des frères Khloudof, filature qui occupe 4,000 ouvriers.
- Ces messieurs exigent absolument que la durée de
- l la journée de ti avail pour 1 enfant soit de 13 heures, car, disent-ils,si l’on abrège la journée de travail,les enfants, au lieu de se trouver dans des ateliers sains et bien éclairés, tomberont dans la paresse si pernicieuse à leur âge.
- Voyons donc comment sont aménagées ces fabriques saines et bien éclairées. D’abord il règne toujours une chaleur étouffante de 25 degrés, et une odeur insupportable de water-closets.
- Questionnés à ce sujet les directeurs de la fabrique répondirent que la chaleur est nécessaire pour ce genre de travail de leur fabrique. Quant à l’odeur des water-closets, elle provient d'une mauvaise construction des cabinets, mais ils trouvent ce système nécessaire, afin que les ouvriers ne se fassent pas des water-closets un lieu de délassement.
- Près des édifices de l’usine se trouve aussi le bâtiment où demeurent les ouvriers. Dans l’escalier l’atmosphère est froide et il y a toujours des courants d’air. Dans les chambres étroites règne au contraire une atmosphère étouffante et imprégnée des miasmes qui s échappent des corps et des habits des petits et des grands. Une chambre est toujours occupée par deux ou trois familles. A un mètre de hauteur du plancher se trouve le lit de camp, sur lequel dorment les membres de ces différentes familles, et jamais il n’y a dans un lit moins de deux personnes. Dans une chambre de 100 mètres cubes sont entassées de 30 à 40 personnes ; les salaires ne se paient pas en argent mais en marchandises et tout cela se fait par la volonté des frères Khloudof, .bien qu’ils retirent annuellement 45 0/0 de leur capital.
- En quelque coin de la Russie que nous regardions, quelque industrie que noas considérions, partout noue voyons la même chose : Négligence absolue du bien-être de l’ouvrier, absence complète des mesures hygiéniques les plus simples.
- Nous citerons encore un exemple. Nous empruntons à la commission la description des habitations des ouvriers qui travaillent dans les mines de houille Le type général de ces habitations y est une barraque creusée dans la terre et couverte d’un toit percé. Au milieu se trouve une sorte d’autel, sur lequel brûle toujours l’anthracite. Contre les murs des lits de camp, des planches nues, l’eau coule sans cesse le long des murailles. L’air est toujours en mouvement et imprégné d’une odeur de soufre brûlé. Les vapeurs qui se dégagent de l’anthracite,pendant qu’il brûle, ne s’échappent pas toutes par le trou et se répandent dans la baraque. On dit que cette odeur tue tous les insectes, aussi malgré la mal-
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- propreté et les boues de ces demeures, les pauvres ouvriers sont pourtant exempts des puces, des punaises et autres parasites importuns. En entrant dans ces baraques vous sentez une odeur de soufre vous monter à la gorge et provoquer des douleurs dans les poumons Quelques minutes après les yeux deviennent troubles ; encore quelques instants, et si vous n’êtes pas accoutumés à cette atmosphère, vous tomberez en défaillance... C’est à la situation terrible et hors nature dans laquelle se trouve l’ouvrier russe, que le pendu Mikhaïlof a fait allusion dans les paroles qu’il a prononcées devant le tribunal, Pour toute réponse le tzar n’a que le gibet et le bagne en Sibérie.
- Ossipoff.
- NOUVELLES DIVERSES
- La police des mœnrN. — Les agents des mœurs de M. Andrieux. sans doute encouragés par le silence du parquet sur l’affaire de Mme Eyben, continuent leurs exploits.
- Nous recommandons celui que raco itela Justice tout particulièrement à nos le* teurs :
- Les agents de M. Andrieux ne perdent jamais une occasion de se signaler. L’autre jour, c’était Mme Eyben Ue ces messieurs arrêtaient au moment où. elle atten-ait ses enfants qui revenaient de l’école : avant-hier, ils procédaient, avec le même entrain et sur l’ordre du commissaire de police du quartier de la Sorbonne, à l’arrestation de Mme M. Ch...
- Cette dame qui demeure rue des Cordeliers, 7, passait dans la rue, ent^e neuf et dix heures du soir, quand le commissaire de police s’adressant à deux agent préposés aux mœurs, la fit arrêter.
- — Emballez moi encore celle là, dit-il.
- Or, Mme Ch... est sourde et muette; elle chercha bien, par signes, à expliquer qui elle était, mais les agents l’entraînèrent brutalement en traitant de singeries ses explications.
- Le père de cette dame, M, Ch,.., prévenu par des voisins, se rendit alors au poste avec deux témoins de cette scène pour réclamer sa fille On lui rit au nez i et comme il affirmait avec énergie les renseignements qu’il donnait, disant, ce qui est vrai, que sa fille est une honnête femme, veuve depuis une année, qui soutenait de son travail une petite fille qu’elle a mise en pension, il fut bousculé et jeté à la porte si rudement qu’il alla tomber sur le pavé.
- On lui refusa même l’adresse du commissaire de police.
- Devant l’attitude résolue de M. Ch... qui les menaçait de poursuites devant les tribunaux, les agents finirent par mettre Mme Ch.,. en liberté, en avouant qu’ils s’étaient trompés.
- Ainsi, voilà une honnête mère de famille bousculée, arrêtée par les agents de la police des mœurs, qu’on détient pendant deux heures au poste et qu'on ne relâ che que sur la réclamation de son père qu’on bouscule et qu’on maltraite comme elle.
- Voilà la sécurité qu’offrent les rues de Paris à neuf hepres du soir 1
- Ce sont toujours les procédés des mouchards de l’empire qui ont cours. M. Ch... est bien mal avisé de se plaindre,
- Voilà une infirme, voilà un vieillârd; on arrête l’infirme, on malmène le vieillard. Porteront-ils plainte? Nous en doutons, tant est grande la confiance qu’inspire la magistrature française aux justiciables.
- prix Bo ta —Madame Botta de N<*w York a fondé un prix que l'Académie françai>e est chargée de délivrer tous les cinq ans a l’auteur du meilleur ouvrage imprimé sur la Conditions des femmes.
- La généreuse fondatrice avait d’abord proposé pour spjet"du travail XEmancipation de la femme,
- L’Académie ayant refusé d’accepler sous ce titre la donation de Mme Botta, c’est sous sa nouvelle réaction que la question doit être traitée
- M. Al xandre Dumas a donné lecture dans la séance du 10 mai de son rapport au nom de la commission du prix Botta, sur le livre de M. Léon Richer, la Femme libre, publié chez Dentu en 1877.
- * *
- L’Opéra populaire «le IPturiiS. — Un Opéra populaire vient d’être créé dans le quartier du Chateau-d’Eau.
- Les personnes qui parlent du peuple sans le connaître affectent de croire que le peuple est insensible aux productions de l’art. C’est une prévention parfaitement fausse contre laquelle nous nous sommes déjà souvent élevés.
- L’expérience du Cbateau-d’Eau nous donne raison.
- Le Trouvère a été donné là devant un public essentiellement ouvrir Les critiques d’art qui étaient au grand complet à cette première, sont unanimes à reconnaître l’empressement du peuple à acclamer la musique de Verdi, et le tact avec lequel il a acclamé aux plus beaux endroit.
- « Quand on est habitué, dit l’un d’eux, aux froides émotions du public enchâssé dans les dorures et les mosaïques du Grand Opéra, cet élan des masses vers le beau, celte vie et ce mouvement de spectateurs enthousiasmés par la révélation d'une sensation nouvelle, font vraiment plaisir à voir. »
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- L’éclairage électr que «In tunnel «le 8î-Ootliîijrd est vivement discuté par les hommes spéciaux, tarmi les systèmes proposés jusqu’à ce jour, voici, au dire de l’administration des télégraphes allemands, les plus pratiques. L’un emploie les conduits pour l’air comprimé, qui traversent le tunuel dans toute sa longueur, pour produire ta lumière êleclrique.
- . D’après ee système, l'éclairage du tunnel nécessiterait 40 foyers de lumière de l’intensité de 1.200 bougies normales chacun. L’autre système emploie la lumière électrique mobile, pour laquelle il faut une locomotive d’éclairage, spécialement construite dans ce but, qui à l’entrce et à la sortie du tUDnel reç ive autant d’air comprimé qu’il en faut pour avoir, outre la force de traction nécessaire, celle de faire fonctionner les deux éiectro-moteurs qu’elle porte La lumière électrique d’une force d’environ 12,0 i0 bougies normales.produite par ces derniers, est projetée sur chacun des rails par deux réflecteurs et les éclaire brillamment à une très grande distance.
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- Statue <Io la Bépulbtiqne à Marseille. —
- Le conseil municipal de Marseille a chargé dans sa dernière séance, une commission de trois de ses membres de présenter à bref delai un rapport sur une proposition tendant à élever, sur une des places publiques de la ville de Marseille, une statue monumentale représentant la République française et ses attributs. Une somme de 50,000 fr. doit être inscrite à cet effet au budget supplémentaire de 1881,
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- La mission scientifique envoyé© de
- Hinrutiiie* ©n Chine par terre sous la direction de MM Sultan et Stevenson,est arrivée le H mars à Ichang. C’est la première fois qu’une expédition européenne franchit les montagnes qui séparent i’empiie d’Ava de l’empire du Milieu Les voyageurs anglais ont mis quatre mois pour accomplir ce projet, depuis la ville de Bhamo
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- sur l’Iraouadi, grand entrepôt de commerce avec la Chine, d’où, ils sont partis en novembre.
- Après avoir traversé les fertiles régions qu'arrosent l’Iraouadi et le Salouen, ils ont gravi les sommets qui se ramifient aux montagnes du Thibet, au milieu d'épaisses ft.rèts peuplées d’éléphants, de rhinocéros et de tigres, et ils ont enfin atteint les frontières de la Chine sans avoir été attaqués par aucune des tribus qui occupent ces contrées. r *
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- Emploi des sourds-muets. — A la grande poste aux lettres de St-Martin-le-Grand, à Londres, annonce le Daily News, on va faire une expérience qui sera suivie avec intérêt et sympathie par le public.
- Le directeur géuéral des postes britanniques vient de décider qu’un certain nombre de sourds-muets pourront être employés dans le bureau réservé au triage des journaux.
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- TJne perle. — On lit dans le Voltaire :
- Voici comment elle est venue au monde :
- Un rédacteur de la Souveraineté du t'euple, de Toulouse ancien sous-officier et bonapartiste à tous erns déblatérait contre le ministre de la guerre et nos généraux. C’était sur la terrasse d’un café ; une personne qui était près de lui semblait l’écouter avec attention et l’approuver.
- — Vous avez raison, dit-il enfin, et je sais des choses bien autrement graves qui se sont passées ici môme, à Toulouse.
- — Quoi donc?
- — Figurez-vous que la batterie d’artillerie qui est partie, il y a trois jours, pour Tabarka a oublié les TRAJECTOIRE•> de ses canons (! !).
- - C’est indigne, crie ie joui naliste. Garder le secret n’est plus possible quand on se trouve en face de pareilles monstruosités.
- Le rédacteur de la Souveraineté court à son journal.
- La perle était née. La voici :
- SIMPLE QUESTION A M. FARRE
- Est-il vrai que la 9me batterie du 23me régiment d’artil lerie, qui vient de quitter Toulouse pour se rendre en Algérie; ait oublié les trajectoires du canon de 80 millimètres, qui sont actuellement déposées à l’Arsenal ?
- Réponse S. V. P.
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- La ligue permanent© pour la défense de» intérêts# des contribuables et des consommateurs vient d'organiser des conférences sur la Science économique. Elles sont faites par M. Yves Guyot, à la mairie du quatrième arrondissement, à huit heures et demie du soir, dans la salle des fêtes.
- En voici le progrrmme :
- 1° Levendr(d:13 mai. Méthode et définition de la Science économique;
- 2° Le vendredi 20. Les Capitaux. — La Monnaie. — Les Prix;
- 3° Le vendredi 27. Rôle de l’homme dans la production. — Le Travail ;
- 4° Le vendredi 3 juin. L'Organisation économique. — L'Impôt. — Conclusion.
- Chacune des démonstrations sera faite avec des graphiques. L’entrée est gratuite et publique. Les dames sont invitées.
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- En Société coopérative des cochers de
- la Seine adresse aux cochers l’appel suivant :
- Etant de plus en plus exploités, nous venons faire appel à votre droit de citoyen. Si vous le voulez, vous cesserez d’être exploités eu vous affranchissant par l’association que nous projetons, association vraiment co-ojaérative, organisée pour rendre tout cocher propriétaire de chacune de nos voitures dans un bref délai.Des f
- fonds vont être mis à notre disposition à ce sujet pour commencer.
- Nous faisons un appel chaleureux à tout cocher soucieux de vouloir s’affianchir et devenir seul possesseur du fruit intégral de son travail.
- Vous êtes instamment priés d'assister à la première réunion préparatoire qui aura lieu le vendredi 13 mai, à 11 heures du soir, salle Pérot, S, rue de la Chapelle. Tl y sera donné connaissance des statuts préliminaires, et nommé une commission provisoire d’élaboration définitive du contrat de l’association.
- Le secrétaire provisoire, Letellier.
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- Les révolutionnaires ennemis du pro»
- gr» ès, — Nous trouvons dans le Prolétaire, journal collectiviste, la déclaration suivante que nous reproduisons à titre de curiosité,
- Les cinq chambres syndicales d’Angoulème,
- Considérant,
- Que l’extension du machinisme est une des cau=es principales de la misère des travailleurs, qui s’intensifie de plus en plus ;
- Que son développement, au lieu d’être une œuvre de progrès et d’affrauchissement, ne sert, au contraire, qu’à asservir de plus en plus la masse prolétarienne en constituant, par les chômages qu’il entraîne une armée de réserve au profit des employeurs et qui annihile toute revendication économique des travailleurs;
- Que pour remédier à cet état de choses, ce n’est pas uue loi réglementant plus ou moins l’exercice des sociétés ouvrières, sons forme de loi sur les chambres syndicales, que veut le prolétariat.
- Déclarent :
- Repousser tout projet de loi sur les chamires syndicales, et demandent l’abrogation pure et simples des lois restrictives de la liberté et du droit de réunion,d’association et de presse, y compris ia loi sur l’internationale.
- Enfin, décident que cet ordre du jour sera adressé à M. Allain-Targé, rapporteur du projet de loi sur les chambres syndicales ; à M. Duclaud, député de la Charente et à la presse.
- Pour copie conforme :
- Le secrétaire de VUnion syndicale d'AngouUme.
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- Bibliographie galante catholique, —
- Un bibliophile ue Paris, M A. Laporte, vient de dresser une nomenclature raisonnée de plus de 4,000 ouvrages galants écrits par environ 600 auteurs appartenant à l’Eglise catholique.
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- Progrès du paupérisme à Londres. —
- Nous trouvons dans the Latour News les chiffres suivants :
- Le nombre des assistés à Londres (sans comprendre les vagabonds ou les faibles d’esprit reçus dans des asiles spéciaux) a été :
- Dans la dernière semaine d’avril 1878 de 81.914 » » 1879 » 83.088
- » » 1880 » 87.532
- » » 1881 » 90.326
- Le nombre des vagabonds recueilli le dernier jour d’avril a été de 661 hommes, 207 femmes et 41 enfants ayant moins de 16 ans : total 909,
- Abandon du pont du golfe de Fortb. —
- Nous avons entretenu nos lecteurs des travaux du plus
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- grand pont du monde, celui qui, non loin d'Edimbourg devait franchir le golfe maritime de Forth.
- Cette œuvre proriiyieuse pour laquelle des dépenses énormes ont déjà été faites va être abandonnée, du moins quant au mode de construction qui avait été adopté.
- C'est ce qui ressort des travaux d’experts chargés d’étudier la solidité de ce pont, nommés à la suite de l’effondrement du pont de Tay, survenu dans les premiers jours de J’année dernière.
- Les experts qui viennent d^ condamner la poursuite des travaux du pont de Forth suggèrent l’idée de faire passer la voie dans un tunnel sous le même golfe.
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- Lps habitations ouvrières à Milan. —
- Il s'est fondé dans la grande ville lombarde au mcis de décembre 1879 une Société pour la construction d‘habitations ouvrières.
- La tè< visla délia Beneftcenza pu'Mica vient de publier un rapport de M. Carlo Romussi sur l'activité de la société nouvelle. Une photographie du projet de ces habitations ouvrières à construire donne une idée parfaitement nette de ce qu il s’agit de construire ; ce sont des maisonnettes des dimensions de celles de Mulhouse mais groupées d’une manière différente. Tout l’innovation se borne à ce mode groupement assez bizarre.
- Un passage du rapport mentionne les travaux de M. Godin, les articles du Devoir rel ai ifs à l'habitation unitaire et la construction du Familistère. Il est visible que M Romussi ne connaît que de oui dire ce dont il parle si à la légère.
- ï-« tempérance en Irlande
- » De 1839 à 1843, dit M. Elisée Reclus, on put espérer que tous les Irlandais feraient vœu de tempérance et que Yusquebaugh au whisky (ce mot veut dire « l’eau par excellence »), deviendrait à peu près inconnu en Irlande. Aux temps de la grande ferve ir suscitée par la prédication du « Père» Mathesse, environ la moitié des-Irlandais jurèrent de s’abstenir de liqueurs fortes; un seul jour jusqu’à 13c00 personnes firent iœu de UctotaUsm ou de température absolue, et les tavernes disparurent complètement de plusieurs districts. Mais la tentation de l’ivresse est forte dans un pays de misère et les serments furent vite oubliés. C’ést à la suite de la famine surtout que le vice de Pivrognerie se répandit de nouveau ; en maints endroits les distributeurs de fonds étaient en même temps des vendeurs d’eau-de-vie : ils reprenainet d’une main ce qu’on les char geait de donner de l’autre. »
- Réflexions
- Ne désespérez jamais. De nos jours, comme au temps de Dante, vous entendez souvent des paroles de tristesse et de découragement. On vous dira que le monde est vieux, qu’il pâlit chaque jour, que l’idée divine s’éclipse ici bas. N’en croyez rien ; au milieu des variatons de la forme, quelque chose d’immuable subsiste, Ce monde où nous vivons est toujours la cité de Dieu. L’ordre civil, si chèrement acheté par nous, est divin de justice et de moralité. La puissance du sacrifice n’est pas éteinte. Ce siècle n’est pas plus qu’un autre déshérité de dévouement. Le droit éternel a ses fidèles qui le suivent jusqu’à la mort. Nous n’avons pas connu ceux qui, aux siècles antiques, donnèrent leur vie pour
- leur foi. Mais pourtant, nous aussi, nous avons vu, touché des martyrs. Leurs reliques ne sont ni à Rome, ni à Jérusalem ; elles sont au milieu de nous, dans nos rues, sur nos places ; chaque jour nous nous découvrons devant leurs tombeaux.
- Michelet
- Discours du 6 janvier 1834
- «——---—-—
- LE RÉVOLTÉ
- Nouvelle
- III
- Le soleil n’est pas encore levé, un peloton, l’arme au bras, vient de sortir de la ville, il avance par la route, pas un mot ; ces hommes marchent silencieux et mornes, l’un d’tux peut à peine avancer ; ses jambes flageolent sous lui, son camarade de droite a passé la main sous le bras du malheureux et le soutient sans qu’il y paraisse : autrement il tomberait. Ce n’est point celui qui va être fusillé qui tremble ainsi; c’est un des bourreaux du condamné ; c’est son ami, c’est Peter : Quoi lui aussi tout-à-l’heure, il tirerait? Non, ce n’est pas possible et, pourtant, on vient d’arriver, on s’aligne. Alors Peter sortant des rangs se jette sur son ami, et retrouvant toute son énergie, toute son audace, lançant loin de lui son fusil. Tuez-nous tous deux, s’écrie-t-il, je suis coupable comme lui ; avec lui j’eusse déserté si j’avais su qu’il partait! tuez-moi, puisque vous êtes le nombre, la force, la violence ! puisqu’un ordre suffit à faire de vous des bourreaux, puisque vous vous laissez griser par les mots de gloire et de patriotisme. Vous êtes le bras du despotisme, vous qui vous ravalez et faites abnégation de votre individualité pour vous laisser pousser sur la pente d’infamie, vous disant irresponsables des crimes que l’on vous fait commettre 1 Oh ! vous êtes les dignes acolytes de maîtres infâmes : le bourreau, lui non plus, ne tue pas, c’est le juge , et là, au moins, il y a un semblant de justice, la société se venge... oubliant qu’elle n’en a pas le droit. Tuez vite, allez bourreaux, je vous pardonne, car vous n’êtes que lâches, c’est par procuration que vous êtes infâmes ! Tuez aujourd’hui, demain on vous tuera ; faites-moi donc taire, faites donc feu sur Max et sur moi ; arrêtez le flux de paroles qui me montent à la gorge ; ne sentez-vous pas que je suis déjà loin de vous, que vos balles déjà ont atteint mon âme, que je vous parle d’au-delà du tombeau, libre enfin des misérables entraves qui vous attachent encore à la terre et qui font de la boue de vous tous, car vous éteignez en vous par vos
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- actes les dernières étincelles !.... Le tigre, il tue, il déchire sa victime, parce qu’il a faim ; la nature le pousse, il se repaît de sang chaud, il frissonne de joie dans ce carnage, mais vous ! vous me faites pitié, vous tremblez de peur sous le joug, vous voilà au-dessous de la brute Vous qui auriez pu avoir une intelligence, une lueur, vous préférez les ténè bres, vous vous crevez les yeux, allez et abrutissez-vous, c’est vous qui êtes à plaindre, c’est nous, Max et moi qu’on doit envier : nous sommes libres et forts et nous entrons glorieux dans la République de la mort, tandis que vous retournant vers votre maître demain vous crierez : vive le roi ! Tout le monde était resté frappé de stupeur ! L’officier s’avança enfin : Arrière, valet cria Peter, arrivé au paroxysme de l’exaltation ; si tu approches, prends garde que le stigmate de mon mépris ne te marque au front. Et l’officier avançant toujours, le jeune homme, soudainement calmé et droit, lui cracha au visage ; puis, se tournant vers Max, l’embrassant passionnément : A demain, frère, dit-il, dans dix minutes tu seras mort, mais bientôt si la vie universelle n’est pas une ironie j’irai te rejoindre.
- L’officier atieint par la suprême insulte d’abord attéré, s’était rué sur Peter; oubliant sa dignité d’officier, il abattit l’adolescent et lui mit le genou sur la poitrine : tout cela s’était passé tn un instant : ce flot de paroles, ces actes qui suivirent, tout cela avait à peine laissé au peloton d’exécution le temps de comprendre ce qui se passait : cela avait été comme un éclair traversant l’orage.
- Peter était là maintenant morne et calme derrière un bouquet d’arbres ayant près de lui deux soldats chargés de le tenir; ils semblaient craindre de le toucher, ils semblaient respecter cet homme qui sautaient pour ainsi dire à pieds joints dans laj mort, qui conservait sa liberté, qui restait pur, qui ne cessait pas d’être lui-même.
- L’officier après s’être précipité comme un lion sur l’insulteur avait eu pourtant cette pudeur; il ne voulait pas que Peter vît tomber Max sous les balles.
- Peter derrière ce bouquet d’arbres, entendit un cri : Vive la République ! puis le crépitement qui suivit l’ordre de l'officier. Rien ne vibra plus en lui : cela lui semblait la chose la plus naturelle. Max mourait et lui n’avait plus qu’à mourir, c’était une formalité qui se remplissait. Dans son âme lorsqu’il avait parlé en se jetant sur son ami tous deux tombaient déjà victimes de l’autoritarisme, broyés ensemble par l’engrenage de notre civilisation actuelle
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- cette histoire bien simple, bien vulgaire de deux jeunes gens indisciplinés, victimes de leur insubordination !
- D’Alexandre à Napoléon, de Napoléon à Guillaume Ier, nommé empereur d’Allemagne à Versailles, combien y eut-il d’enfants qui ne comprirent pas les exigences de la discipline, les nécessités de l’exemple à donner à tous ces automates en chair et en os, que composent les armées permanentes.
- C’est là , dit sentencieusement Joseph Pru-dhomme, d’accprd en ceci avec Ratapoil, c’est là la base sur laquelle est assise la société! — que deviendrons-nous, bon Dieu, si nous ne savions accepter ces maux nécessaires : l’échafaud, la foi, l’autorité ! Quel chaos, quelle anarchie ! où irait la société si la force brutale n’obligeait Monsieur tout le monde à agir de gré ou de force pour maintenir l’autorité, soit d’un roi, soit d’une classe dirigeante. Tout ne peut être pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, monarchie ou république (peu importe l’étiquette 1) que lorsque prédominent les idées des Ratapoil, des Joseph Prudhomme et des Basile passés, présents et futurs, qui admettent le mal inévitable, comme si ce mot : Maladie chronique, inventé par des médecins empiriques aux abois, était.une loi de la nature.
- L’armée du prince de Prusse n’en avait pas fini avec les exécut ons Quelques jours après, Max, Peter fut fusillé, puis vint pour clore la liste d’exécution des vaincus de Rastadt (1). Voici en quelques mots, qui nous édifieront une fois de^pius sur la valeur des promesses royales, comment les choses se passèrent.
- En mai 1849, le grand duc de Bade, Léopold, avait pris la fuite devant le mouvement républicain, et, sous la présidence de Brentano, un gouvernement provisoire avait été installé.
- Mais bientôt, grâce à l’intervention de l’armée de la Prusse, qui occupa le pays jusqu’en 1850, le grand duc fut ramené. La lutte suprême eut lieu à Rastadt dont un garnison républicaine occupait la forteresse. Sur la promesse formelle, faite au nom du prince de Prusse par MM. dAlvensieben et de Corvin, que les soldats républicains vaincus auraient la liberté de se retirer en Suisse comme réfugiés politiques, la forteresse, à bout de ressources capitula.
- La capitulation fut violée et sur l’ordre exprès du prince royal, (l’empereur actuel Guillaume I), les prisonniers furent livrés aux conseils de guerre
- Il ne nous reste que quelques mots à ajouter à
- (1) Voir 1 e Rappel du 7 septembre 1874 : — sous le titre le 2 septe "ère en Allemagne, nous publierons dans ce journal quelques détails sur ce fait historique.
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- prussiens. Vingt-sept d’entre eux furent condamnés à mort et fusillés.
- Parmi eux était Franz, le frère de Max. Il mourut de la même mort que ses deux amis,en criant comme eux : Vive la République.
- Potonié Pierre.
- LA MISÈRE DE L’IRLANDE & SES REMÈDES
- Le Land Act de 1870.
- M. Gladstone en présentant au Parlement le nouveau Lan^ Bill a renouvelé l’aveu qu’il avait déjà fait dans la revue anglaise, le XIXe Sièle, savoir que cette loi était insuffisante au but qu’elle s'était proposé. Néanmoins comme dans le projet qui viendra bientôt en discussion, le Land Act de 1870 sera mentionné plus d’une fois, il est bon, pour l’intelligence de ce qui sera dit et fait, de connaître l’économie de l’œuvre première de M. Gladstone.
- Le L and Act de 1870 se divise en cinq parties :
- lr« Partie. — La première partie, daüs les 31 sections dans lesquelles elle se subdivise, est relative aux indemnités à accorder aux tenanciers ; mais c’est dans les sept premières de ses sections que gît toute cette question.
- Dans la lre section, il est stipulé que les usages prévalant dans la province d’UIster et connus sous le nom de Ulster tenant Right Custom font loi dans cette province et régissent toutes les tenues qui en dépendent.
- La 2e section porte que dans le cas ou une terre située hors de la province d’UIster semblerait être régie par un usage correspondant, dans sa partie essentielle, avec la coutume de ladite province, cette tenue aurait le droit de se réclamer de cette coutume qui ferait loi pour elle comme pour les autres fermes situées dans la circonscription de cette province.
- Les deux sections prévoyant le cas d’extinction ou de désuétude de cette coutume par l’acquisition que le propriétaire aurait faite du bénéfice attaché, déclarent que dans ces circonstances cet usage prend fin pour toutes les fermes qui étaient soumises.
- La 39 section statue que lorsqu’un tenancier dont le bail a été consenti après la promulgation de cet act n’a pas le droit de réclamer l’indemnité en vertu des deux sections précédentes ou de l’une d’elles, ou s’il y a droit, ne le fait pas valoir, si ce tenancier est dérangé dans sa ferme par le fait du Landlord, il pourra réclamer cette indemnité dont la fixation proportionnée à la perte par lui éprouvée sera laissée
- à l’appréciation de la cour. Cette indemnité, ‘dans tous les cas, ne devra être accordée qu’aux fermes de 10 fr. à 10J fr. et au-dessus et son maximum ne pourra dépasser 250. La même saction établit que :
- 1° Le Landlord pourra de son côté déduire ce qui lui es’t dû par le tenancier ainsi que le montant des taxes.
- 2° Un tenancier qui, hors les cas prévus par la loi, morcelle sa ferme ou sous loue sans le consentement du Landlord, perd ses droits à l’indemnité ;
- 3° Un tenancier dont le bail passé depuis la promulgation de l’act n’est pas d’une durée moindre que 31 ans, n’a droit à aucun indemnité ;
- 4° Tout contrat consenti par le tenancier et dans lequel il renonce aux réclamations prévues par les sections 1 et 2, est déclaré nul aux yeux de la loi et de l’équité.
- La 4e section accorde au tenancier qui ne réclame par le bénéfice des sections 1 et 2, ou qui n’y a pas droit, une indemnité pour toutes les améliorations faites par lui ou son prédécesseur, sont quelques exceptions.
- La 5e section déclare que, en dehors de ces quelques exceptions, toutes les améliorations introduites dans une ferme sont censées être l’œuvre du tenancier.
- Cette section est modifiée par la sixième qui autorise également Landlord et tenancier à présenter aux Landed Estâtes court, une liste à inscrire des améliorations réclamées par l’un ou par l’autre.
- Le Tribunal de Comté dit Civil bill court est compétent, ainsi qu’il est dit dans la 22® section, pour décider des indemnités à accorder en vertu des stipulations de l’act Les plaideurs ont le droit de réclamer un arbitrage.
- La 7e section donne pouvoir à la cour de déterminer le chiffre d’une indemnité à donner à un fermier qui n’a pas réclamé ou obtenu la compensation prévue par les sections 1, 2 et 3, s’il est prouvé que ce fermier en entrant dans sa ferme, a donné de l’argent ou des valeurs, avec le consentement explicite ou implicite du Landlord, en considération de la prise de possession de la ferme*.
- 2e partie. — La 2e partie (sections32à 41) renferme les clauses « Bright » du nom du député de Birmingham et dont le but e>t de faciliter aux fermiers occupants l’achat des terres qu’ils ont à bail.
- 3e partie. — La 3e partie (sections 42 à 56) donne le pouvoir au Comité des travaux publics d’avancer de l’argent aux Landlords ou aux fermiers pour faire des améliorations et mettre ces derniers en état d’acheter leurs fermes.
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- 4e partie — La 4e partie (sections 57 à 64) est relative à la procédure et à la Cour. Elle réglemente les notifications d’avoir à délaisser, les évictions, et pourvoir à la désignation de représentants des intérêts du fermier, lorsque celui-ci n’a personne de nommé à cet effet.
- 5® partie — La 5® partie (sections 65 à 73) contient diverses stipulations dont les plus importantes sont celles qui mettent à la charge du bailleur immédiat les taxes du Comté sur les bienfonds imposables pour une somme au-dessous de 4 livres, et moitié de ces taxes à la charge du preneur lorsqu'elles excèdent 4 livres.
- La section 69 comprise la 5® partie, donne aux tenants at will, c’est-à-dire aux fermiers qui n’ont pas de baux à époques fixes, le même droit qu’ont les fermiers dont les baux sont renouvelables d’année à année, soit aux notifications d’avoir à délaisser, soit aux indemnités dont il a été question, à moins que l’abandon de la ferme ou la cessation du bail n’ait eu lieu bond fide et pour les besoins temporaires du Londlord ou du tenancier.
- Une loi ultérieure (an 49-40 du règne de Victoria, chap. 63), promulguée pour rendre nécessaire la fixation d’un an pour notifier d’avoir à délaisser et déterminer un fermage renouvelable chaque année, prévoit aussi le cas d’indemnité à donner au fermier dont le bail est dans les conditions ci-dessus, pour la reprise faite par le Landlord d’une partie de la ferme.
- Emigration & Immigration
- L’Emigration et l’Immigration sont deux remèdes que certains gouvernements sont assez disposés à appliquer à la misère dont l’origine supposée est un excès de population.
- L’Allemagne en use largement.
- Le Royaume-Uni ne s’en fait point faute non plus et nous avons vu que la commission d’enquête nommée par le gouvernement de Sa M. B. recommande l’application de ce spécifique aux malheureux Irlandais.
- Nous venons de nous servir du mot spécifique... l’expression est-elle exacte ? Les chiffres ayant leur éloquence, laissons-les parler : ils vont sans doute nous répondre et nous édifier.
- Emigrants. — En 1880, le nombre d’émigrants d’origine Anglaise et Irlandaise était de. 227.542
- En 1879 il n’avait été que de . . . . *164.274
- Différence................. t> <. -coa
- A part l’année 1873 ou le chiffre d’émi- “
- grants était de................... 228.345
- l'année 1880 est celle qui en a vu le plus depuis la grande famine d’Irlande.
- Immigrants. — En 1880, le nombre des
- immigrants était de.......................... 47.007
- En 1879 il n’était que de................. 37.936
- Différence....................... 9.071
- Le nombre des émigrants. , 227,542 comparé à celui des immigrants. . . . 47,007 donne
- pour ces derniers une différence en moins de................. . 180.535
- C’est prodigieux et malheureusement ce n’est point seulement là un chiffre nominal, mais une perte réelle de population; car ce chiffre de personnes quittant le pays pour des contrées hors d’Europe n’a* pas trouvé de compensation dans le nombre d’âmes revenant se fixer ici.
- Cette première observation ne pouvait manquer de se faire et il est probable que, jointe à la suivante, elle servira à échafauder plus d’un argument dans la discussion du nouveau Land Bill.
- Une deuxième observation non moins importante que celle-ci dessus, c’est que, coïncidence étrange, cette augmentation dans le chiffre des émigrants si supérieur à celui des immigrants, comprend à l’époque de la reprise des affaires dans les Iles Britanniques et dans les Etats- Uis. On peut également remarquer, dans les années précédentes, que les moments où les affaires chômaient le plus, étaient précisément ceux où diminuait le nombre d’émigrants aussi bien que d’immigrants. Il nous semble donc peu rationnel de présenter comme un remède officiant la production de faits qui s’expliquent en économie par la voie de Y offre et de la demande.
- Quoiqu’il en soit, ce reflux et ce flux dans l’émigration selon que le commerce va bien ou mal, semble être chose tout à fait régulière et, ainsi que nous venons de le faire entendre, c’est aux époques suivant immédiatement une grande dépression dans les affaires que le chiffre de l’émigration est le plus élevé. Il retombe au fur et à mesure que les crises se font sentir et dans la proportion de la gravité de ces crises.
- Dans la pensée de la commission d’enquête et peut être dans l’esprit du gouvernement, l’émigration et l’immigration appliqués comme remède, devraient agir doublement, c’est-à-dire débarrasser l’Irlande d’un contingent de population un peu trop nombreux et pas mal gênant, en même temps que faire profiter les colonies anglaises des forces productives de ce contingent. Eh bien, là encore nous ne savons trop si on atteindrait ce double but ; car si nous examinons comment en 1880 s’est réparti cet
- excédant énorme de..................... 180,535
- émigrants sur le chiffre des immigrants, nous trou*
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- m devoir
- vons que de ces furces créatrices-, ont été aux
- Etats-Unis....................... 140 052 \
- A l'Amérique anglaise du. Nord. 16,214 / igO 535
- A l’Australie.................... 18,274 l ’
- Et aux autres pays............... 5.995 )_____________
- En 1879 on ne comptait pour les Etats-Unis que 71,758, tandis que pour l’Australie, le nombre se chiffrait par 35,992. Augmentation de 6^,294 pour les premiers en 1880 et, au contraire, dans la même année, diminution pour l’Australn de 17,718.
- Si l’on remonte un peu plus haut, à 1876, 1877 et 1878, les chiffres ne sont pas moins éloquents, soit que l’on compose ces années entre elles, soit qu’on les mette en présence de 1879 et de 1880. En effet :
- 1876 1877 1878
- Les Etats Unis présentent à eux seuls 143 603 20654
- L’Amérique anglaise du Nord 2706 2033 4148
- L’Australie 26617 25501 S2272
- Les autres pays 5885 3168 584
- Enfin le tableau ci-dessous dont les chiffres ont été tirés de sources officielles, faisant connaître le nombre d’émigrants appartenant à chacune des
- parties du Royaume-Unis et qui ont quitté ce pays pour des contrées hors d’Europe, complétera les informations nécessaires à l’appréciation de la mesure recommandée par MM. les commissaires du gouvernement anglais.
- Angleterre Ecosse Irlande Total
- 1876 73,396 10,097 25,976 109 369
- 1877 63,.711 8,653 22,831 95,195
- 1878 72,323 11,087 29.492 112,902
- 1879 104,275 18,703 41,296 164,274
- 1880 111,845 22,056 93,641 227,542
- Totaux 425,550 70,596 213,236 709,382
- Rappelons en terminant sinon le texte, au moins
- le sens des paroles de M. Gladstone passant en revue ce qui a été fait pour l’Irlande et arrivante l’émigration, bonne mesure, selon cet homme d’Etat, mais qui n’aboutit, en ce qui a trait à cette sœur de l’Angleterre, qu’à faire de mécontents quittant leur patrie, des conspirateurs tout prêts à se retourner contre elle. C. P . Maistre.
- Le Directeur-Gérant : GODIN.
- SOCIÉTÉ DU FAMILISTÈRE
- ASSOCIATION COOPÉRATIVE DU CAPITAL ET DU TRAVAIL
- PARTAGE DES BÉNÉFICES ENTRE DOÜZE CENTS TRAVAILLEURS
- CAPITAL: 4,600,000 FRANCS
- Cette association embrasse l’industrie et les besoins domestiques de la population, c’est-à-dire le soin des propriétés de l’Association, la location des logements, les approvisionnements et débits de toutes marchandises nécessaires à la consommation, et la production manufacturière de toutes sortes d’objets de chauffage d'ameublement en fonte de fer.
- Elle demande à s’ajoindre des membres désireux du succès de l’Association en état de lui rendre de réels services, et particulièrement :
- 1° Un homme capable de bien comprendre l’administration et la direction des propriétés, des services domestiques et des services commerciaux de l’association.
- 2° Un bon contre-maître de fonderie pour la su nuance de la sablerie et du moulage des pièces de fonte et d’ornement, produites par des procédés de moulage mécanique le contre-maître au besoin, devrait veiller aux machines elles-mêmes ;
- 3» Un ajusteur, dessinateur et praticien pour conduire l’exécution de modèles nécessaires aux besoins du commerce et destinés au moulage mécanique ;
- 4° Un secrétaire comptable d’administration.
- 5J Une personne en état de diriger les travaux de construction de bâtiments.
- Bons appointements et participation aux bénéfices, proportionnés à la capacité, des personnes.
- S’adresser à 1 Administrateur-Gérant de la Société du Familistère à Guise (Aisne).
- » Saint-Quentin — lmp. de la Société anonyme du Glaa-iur
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- 4» ANNÉE. TOME 5 — N* 142
- £e numéro faïdomaiaire 20 e.
- DIMANCHE 29 MAI 1881
- Le Devoir
- REVUE DES RÉFORMES SOCIALES
- BUREAU
- A GUISE (Aisne)
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant Fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE
- par renvoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France
- Un an. . . . 10 fr.»» Six mois ... 6 »»
- Trois mois . . 3 »»
- Union postale
- Un an. . . . 11 îr.»»
- Autres pays Un an. . . . 13 fr. 60
- on s'abonne A PARIS 5,r.Neuve-des-petits-Champs Passage des Deux-Pavillons
- S’adresser à M. LEYMARIE administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- Conférence de M. Godin. —* Faits politiques et sociaux. — Les syndicats professionnels. — A propos du prix Botta. — Société pour Vamélioration du sort des femmes. — Nouvelles diverses. — Histoire des Equitables pionniers de Rochdale. — Manifeste des démocrates italiens
- NOUVELLES DU FAMILISTÈRE CONFÉRENCE DE M. GODIN
- AUX MEMBRES DE L’ASSOCIATION
- le 19 mai 1881, à huit heures du soir.
- M. Godin dit d’abord que le Conseil de gérance l’a engagé à rouvrir des conférences pour commenter et expliquer les statuts,devant les membres de l’Association. Ce Conseil a re-eonnuque même entre ceux qui ont le plus étudié le pacte social, il y a quelques interprétations contradictoires; or, il est urgent que sur tous les points chacun des membres soit en possession de la vérité.
- L’orateur explique que cette réunion a pour Principal objet d’arrêter le jour et l’heure qui conviendront le mieux aux membres de l’As-
- s°ciatron, pour une série de conférences nouvelles.
- Il expose combien il serait utile d’assigner au moins un jour par semaine à l’étude des statuts.
- Il demande si, contrairement à la décision indiquée par le Conseil de prendre la soirée du jeudi, il ne conviendrait pas mieux de se réunir le dimanche. Ce jour est généralement consacré aux préoccupations religieuses. « Or, » dit l’orateur, « la vraie, la bonne religion,c’est celle qui unit les hommes dans l’amour du bien les uns pour les autres. Eh bien, l’œuvre anti-cléricale que doit accomplir l’Association du Familistère, c’est d’étudier comment nous pourrons tous être le plus utiles les uns aux autres, à la société et à l’humanité. Approfondir l’étude de nos statuts et des principes de notre association, c’est célébrer ja vraie religion.
- « Ce serait en même temps pour l’ouvrier une occasion de varier ses occupations, de se délasser des travaux manuels, de s’élever à ces exercices de la pensée qui sont le lot des classes instruites.
- « La plupart des ouvriers emploient les loisirs du dimanche à faire du jardinage. Cela a son côté utile, hygiénique, intéressant pour celui qui l’exécute et pour la famille qui bénéficie des résultats de ce travail, mais au point de vue des avantages que cela vous procure, je vous engage à examiner s’il ne serait pas très-profitable à vos intérêts de consacrer un peu de ce temps à vous pénétrer de vos droits dans l’association, des avantages
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- considérables que celle-ci vous offre pour l’avenir et la prospérité de vos familles; et de voir si ces grands intérêts ne valent pas que vous sacrifiiez quelques-uns de vos instants de loisir, afin d’entrer dans la voie que je vous propose. Une heure du dimanche pourrait être excellemment consacré à ce but. De là naîtrait parmi vous ce désir de l’instruction qui serait si profitable aux associés eux-mêmes et à leurs familles.
- « Nos entretiens ont pour but l’œuvre la plus utile, la plus importante, la plus avantageuse qui existe pour les travailleurs.
- « L’association du Familistère de Guise se fait sa réputation dans le monde.
- « L’Italie, l’Angleterre, les Etats-Unis s’en occupent. Vos statuts sont déjà traduits et publiés dans ces deux derniers pays. Comment donc vous, les premiers intéressés, pourriez-vous demeurer moins instruits que les étrangers eux-mêmes sur vos propres statuts. Et pourtant il en est ainsi pour un certain nombre d’entre vous.
- « Il y a actuellement, à 3000 lieues de distance, des personnes qui comprennent mieux le Familistère qu’un certain nombre de ceux qui l’habitent. C’est un devoir pour moi, c’est un devoir pour vous d’éclairer ceux d’entre nous qui ont besoin d’être instruits sur ce point.
- « J’ai fait parmi vous, à diverses époques, des conférences qui n’ont pu vaincre entièrement votre incrédulité; aussi lorsque j’ai fondé l’association entre nous, bien peu encore voulaient y croire et le grand nombre ne comprenait rien à ce que j’accomplissais.
- « Aujourd’hui, les faits sont là, ils parlent et vous profitez de leurs bienfaits. Peut-être y a-t-il encore parmi vous quelques hésitants et quelques sceptiques, néanmoins la satisfaction et la confiance s’éveillent chez le plus grand nombre; c’est avec plaisir et bonheur que je le constate.
- « Vous comprenez que vous n’êtes plus en présence d’un maître ; l’association remplace le patron; et les plus dignes parmi vous sont et devront toujours être ceux qui veilleront sur vos intérêts.
- « Le fonds social dont la valeur est considérable, est remis entre vos mains. Jugez donc
- combien il est important pour vous de posséder la connaissance exacte de vos statuts ; et combien vos petits intérêts du moment doivent s’éclipser devant l’intérêt plus grand de l’Association et de la perpétuité de l’œuvre dans laquelle l’avenir de vos familles se trouve compris.
- « Je vous ai remis entre les mains un instrument de fortune; apprenez à vous en servir. Etudiez le pacte social et si quelques points vous arrêtent, demandez-moi les éclaircissements nécessaires ou, si vous le préférez, faites-moi passer par écrit les questions que vous désirez mieux comprendre; je les traiterai devant vous.
- « Cette manière de procéder aura l’avantage d’exciter votre intérêt sur ce que je puis dire; si, au contraire, j’abordais les Statuts sans savoir précisément quels points vous préoccupent ou sont l’objet de votre examen, nos conférences pourraient manquer leur but et ne point rallier une attention suffisante.
- « Voyez donc s’il vôus convient de consacrer régulièrement une heure du dimanche à l’étude que je vous propose. Cet examen des statuts aurait le double avantage de vous faire apprécier le trésor que je vous ai confié pour votre bien et celui de vos enfants, d’éclaircir les points incompris des statuts et au besoin de déterminer des améliorations s’il était reconnu qu’il y en eût d’utiles à faire.
- « Les étrangers qui viennent séjourner parmi nous sont frappés de la dignité des membres de l’Association, de leur bonne tenue, de ce qu’après les plaisirs honnêtes qu’ils trouvent dans leurs fêtes, ils savent régulièrement reprendre leurs travaux lorsque le moment en est arrivé. Persévérez donc dans la voie qui vous est ouverte pour donner au monde un des plus beaux exemples.
- « S’il y a, mes amis, une religion véritable, c’est celle qui consiste à travailler pour le bien les uns des autres, à contribuer au développement, au perfectionnement de chacun; c’est celle qui consiste pour les hommes à s’aimer, à s’entraider selon les principes éternels de In morale supérieure enseignée à tous les peuples! c’est celle enfin qui a pour objet le bien universel de la vie humaine.
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- « Consacrer une partie de l’après-midi du dimanche à notre instruction, à notre progrès mutuel dans l’étude de l’Association et de la mutualité, c’est faire une œuvre véritablement sainte; c’est exercer un culte qui en vaut bien un autre. Ces conférences seraient l’office reli-oieux de l’Association, office après lequel les membres pourraient se livrer aux charmes de la société et de la promenade, avec le sentiment d’avoir bien employé leur temps.
- « Pour poursuivre un semblable but, il ne > faut pas que chacun de vous s’arrête aux points de vue étroits de ceux qui ne comprennent rien aux statuts, si ce n’est ce qui les oblige à réformer un peu leurs habitudes et qui, par cela même, sont disposés à trouver mauvaises les choses qui ne flattent pas leurs penchants. Ne sachant pas lire, ils ne peuvent se rendre compte des principes ni des causes qui servent de base à notre pacte social ; il faut donc le leur apprendre avec patience et persévérance.
- « C’est aux résultats que les idées supérieures et fondamentales de vos statuts peuvent vous donner que vous devez surtout vous arrêter. Cherchez à les approfondir et à en bien comprendre la portée et la valeur. Si vous vous arrêtiez à la superficie des détails et aux simples apparences qui touchent certains d’entre vous, vous risqueriez d’en compromettre l’ensemble.
- « L’homme de la fable avait une poule qui lui pondait tous les jours un œuf d’or; mais s’impatientant de ne pas avoir tout d’un coup la richesse qu’il en attendait, il crut devoir violemment s’emparer des trésors qu’il croyait renfermés dans le sein de la poule. Il éventra donc le précieux animal, mais hélas ! il ne trouva rien dans la bête; il avait tout simplement détruit la source de la fortune qu’avec un peu cle patience, l’avenir lui eût donnée. Ne laites pas comme cet homme, rendez-vous bien compte de ce qui existe au fond des statuts de notre Association et, au lieu de compromettre l’existence de celle-ci, cherchez à la fortifier. »
- Après un échange d’observations, l’assemblée décide qu’une conférence sur l’Association et ses statuts aura lieu dimanche prochain à trois heures de l’après-midi.
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- FAITS POLITIQUES & SOCIAUX DE LA SEMAINE
- FRANCE
- Travaux «les Clia:mt>res@!. — Le grand événement de la semaine a été, sans contredit, l’éclatante victoire remportée à la Chambre des députés par les partisans du scrutin de liste.
- Jamais la majorité républicaine n’avait été si profondément divisée, et la preuve c’est qu’un grand nombre de députés de la gauche se disposaient* à prendre la parole contre le scrutin de liste et par conséquent à se joindre à la droite en faveur du scrutin d’arrondissement.
- M. Gambetta, craignant sans doute de voir le débat traîner en longueur, est descendu du fauteuil présidentiel et son discours a emporté, haut la main, le vote de l’assemblée.
- La majorité a été, il est vrai, peu considérable — 243 voix conLe 235 — mais on devait s’y attendre en présence de l’unanimité de la droite et des susceptibilités de certains groupes de ia gauche.
- Une fois le principe admis par le vote de la proposition Bardoux, les articles de l'ensemble du projet ont ont été votés à une très forte majorité. Il y a eu cependant de nombreuses abstentions.
- La Chambre a discuté la loi sur les syndicats, loi à laquelle nous nous consacrons uu article spécial.
- Elle a repoussé la mise à l’ordre du jour do la propo-sionde révision réclamée par M. Barodet.
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- X.o scrutin «le liste. — Nous croyons devoir donner le texte exact de la prcposition votée par la Chambre ; le voici :
- Art. 1er. — Les membres de la Chambre des députés sont élus au scrutin de liste.
- Art. 2. — Chaque département élit le nombre des députés qui lui est attribué par le tableau annexé à la présente loi, à raison d’un député par 70,000 habitants.
- Néanmoins, il sera tenu compte de toute fraction inférieure à 70,000.
- Art. 3. — Le département forme une seule circonscription.
- .Art. 4. — Nul n’est élu au premier tour de scrutin, s’il n’a pas réuni la majorité absolue et si te nombre’des suffrages n’est pas égal au quart des électeurs inscrits.
- Art. 5. — Il n’est rien changé au mode de représentation -de l’Algérie et des colonies ni aux autres dispositions qui ne sont pas contraires à la présente loi.
- Disposition exceptionnelle et transitoire
- Chaque département conservera au minimum, pour la prochaine législature, le même nombre de représentants.
- Cette proposition va être transmise demain au Sénat par le président de la Chambre. Elle sera votée sans débat par l’Assemblée du Luxembourg.
- Tous les sénateurs qui assistaient à la séance hier déclaraient, en effet, que, quelles que fussent leurs préférences dans la question, ils voteraient, par déférence pour la Chambre, le système que celle-ci aurait adopté.
- On peut donc considérer le scrutin de liste comme définitivement rétabli.
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- Elections législatives.— Dimanche prochain doivent avoir lieu des élections législatives dans la 9a circonscription de Paris et dans la lro de Bordeaux. _
- A Paris, il n’est pas probable que M. Hervé, candidat monarchiste, ait quelque chance de succès ; le 9* arrondissement, qui a envoyé successivement à la Chambre M. Thiers, M. Grévy et M. Emile de Girardin, ne voudra pas se déjuger.
- 1Â Bordeaux, le comité républicain vient, à la suite du vote du scrutin de liste, de prendre la résolution suivante ;
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- LE DEVOIR
- « Le comité républicain, par suite du désistement de MM. Ricard et Lebon, et en présence de la ioi votée par la Chambre, qui décide que les élections auront lieu au scrutin de liste, ce qui diminue considérablement l’importance de l'élection actuelle, est d’avis qu’il n’y a pas lieu de présenter de candidat le 29 mai courant. »
- Il est certain, en effet, que le député élu ne siégera que fort peu de temps, — peut-être ne siégera-t-il pas du tout,—puisque la fin de la session est proche et qu’on devra procéder à une nouvelle élection.
- Le Comité républicain a peut être raison de ne pas user ses forces dans une lutte sans résultats.
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- Le Conseil municipal «le Paris & la préfecture de police. — Au début de la séance du jeudi 19 mai 1881, le nouveau président, M. Engelhard, a prononcé le discours d’usage.
- M. Engelhard s’est prononcé très-nettement pour le conseil municipal, dans le conflit qui existe « entre le conseiletM. Andrieux ; »et il adéveloppô les motifs qui obligent l’Assemblée a persévérer dans son attitude.
- M. de Lanessan a répondu à certains passages de ce discours. Il estime que ce n’est pas entre le conseil municipal et M. Andrieux que le conflit existe, mais entre le conseil municipal et la préfecture de police :
- « Quand on vient nous dire, dit-il, que le conflit existe entre le conseil et M. Andrieux seul,* on rapetisse la question. Il faut, messieurs, lui donner ses véritables proportions ; le conflit existe entre le conseil et l’organisation actuelle de la police ; c’est l’institution qui esf en cause, c’est la réforme que nous demandons. »
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- ITacatldm! © ©tic pt-ix XSatta. — Mme Botta, une Américaine, a légué l’an passé à l’Académie française une somme de 10,000 fr. pour la fondation d’un prix triennal destiné à récompenser le meilleur ouvrage sur « l’Emancipation de la femme. » L’Académie n’est point d’humeur à aborder cette question sociale entre les sociales, et, tout d’abord, n’a vouiu accepter le legs qu’en en changeant légèrement la destination et en attribuant le prix au meilleur travail sur la o Condition de la femme. » Cette modification n’a pas été du goût des rares'émancipateurs que l’auguste assemblée renferme en son sein ; les disputes qu’on avait voulu éviter n’en ont pas moins bruyamment éclaté avant-hier, sur la lecture du rapport de M. Alexandre Dumas ,qui concluait à décerner le prix à un volume de M. Léon Richer, la Femme libre.
- Le rapporteur n’a trouvé, pour l’appuyer, que M, Renan et M. Legouvé.
- La discussion s’est allumée entre les trois honorables d’une part, et, de l’autre, M. Emile Ollivier et le duc de Broglie.
- Quel dommage que ces séances ne soient pas publiques !
- Après deux heures d’orage, l’Académie a décidé qu’elle laissera dormir les libéralités de Mme Botta, l’Américaine.
- Il n’y aura point de prix cette année ; on verra l’an prochain.
- IL est permis de se demander s’il est bien délicat de recevoir une somme destinée à. la fondation d’un prix et à ne pas donner le prix à un travail conçu dans l’esprit de la donatrice.
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- Réunions collectrvistes. — Les collectivistes continuent leurs réunions contradictoires. L’autre jour, ils avaient pour adversaires, à la salle Rivoli, M. André Barbes, royaliste. La réunion étant peu nombreuse, la discussion n’a pas revêtu sou caractère d’ordinaire mouvementé et pittoresque.
- Le citoyen Deynaud a exposé de nouveau sa thèse collectiviste de la salle de la-Redoute à laquelle M. André Barbes a exposé la charité bien comprise, telle que la pratique la Société des immeubles industriels de |
- Mulhouse et de diverses autres industries, françaises. Il est d’avis aussi de faciliter aux ouvriers le moyen de devenir petits propriétaires.
- Il est certain que l’œuvre de Mulhouse réalise un progrès sur ce qui existe, mais c’est toujours l’ancienne ornière.
- Il faut, pensons-nous, être plus hardis que cela ce qui ne veut pas dire qu’il faille être collectiviste. ’
- ALSACE-LORRAINE
- Toujours: «les emprunts, — Le Reichstag a été saisi d’un projet de loi concernant un emprunt de 12,486,664 marks pour les chemins de fer de l’Alsace-Lorraine. Le chancelier de l’empire se propose d’acquérir avec cette somme les chemins de fer de Sarregue-mines à Sarrebourg, de Courcelies, par Boulay, à Te-terchen, de Château-Salins et Vie à la frontière, près de Chambray (9,883,864 marks). Il veut, en outre, solder le restant dû sur le prix d’achat (1,422,800 marks; du chemin de fer de Colmar à Munster, eu vertu du traité du 12 décembre 1871, conclu entre l’empire et la ville de Munster. Il désire aussi se mettre en règle avec la Compagnie française du chemin de fer de l’Est, au sujet de quelques terrains et de quelques bâtiments acquis par l’administration des chemins'de fer de Tempire (100,000 marks). De plus, il*est question de faire établir un’second rail entre les gares de Sarreguemines et de Sar-ralbe (1,077,000 marks). L’emprunt sera réalisé au moyen de bous du Trésor.
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- Mlœua-® soldatesques. — On écrit de Colmar au Journal d'Alsace que des scandales semblables à ceux qui ont été causés récemment à Strasbourg par des soldats allemands viennent de se produire à Colmar. Des soldats eu état d’ivresse se sont livrés, dans la rue de la Ilarth, à des excès déplorables. Se querellant avec des filles, ils ont dégainé, se sont rués sur ces malheureuses créatures, les ont blessées, ont brisé portes et fenêtres. Les habitants de la maison se sont enfuis au loin pour ,échapper à la rage de ces forcenés.
- ALLEMAGNE
- IL’opinioîi. — L’effet moral causé par le succès des armes françaises en Tunisie est énorme, à en juger par la presse allemande et autrichienne.
- Les journaux jusqu’à présent hostiles à la France gardent le silence.
- On considère ici l’affaire comme terminée, malgré les démarches incessantes de la Porte auprès des cabinets de Berlin et de Vienne tendant à amener une intervention.
- Les prétentions turques sont considérées comme sans fondement. ,
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- Les échecs parlementaires «1© M. de Bismarck. — Le parlement allemand a rejeté, à la presque unanimité, le projet de loi tendant à établir une période budgétaire de deux ans et une période législative de quatre ans.
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- TTn congrès de « l’Union con seryatrice pour lu réforme social© », — s’est ouvert avec le concours de 300 personnes environ, sous la présidence du prince Ysembourg. Le but de l’Union, a dit le comte de Solms-Laubach, est d’établir un terrain où les conservateurs protestants et catholiques puissent consacrer en commun leurs efforts à retirer la patrie de la misère sociale actuelle. L’économiste Perrot a parlé sur i’orga' nisation des métiers et des ouvriers. Plusieurs patrons et plusieurs ouvriers ont pris part à la discussion. L’as-
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- semblée s’est prononcée en faveur des corporations obligatoires et d’une journée de travail normale, etc.
- méconteatemeîit s’accentue. — A Ber-lin, une réunion d’ouvriers, qui avait pour but la discussion de la loi relative à l’assurance obligatoire pour les ouvriers, a été dissoute le 20 mai par la police. Des ouvriers socialistes en étaient venus aux mains avec des partisans de l’idée du socialisme pris en mains et géré eu quelque sorte par l’Etat, idée qui est celle de M. de gismarck. Des arrestations assez nombreuses ont été opérées.
- A Gœttingue, un arrêté de la police ordonnant la fermeture des lieux publics à minuit a donné lieu à des troubles assez graves de la part des étudiants, qui ont été soutenus par les bourgeois. Dans la nuit de mardi à mercredi, les étudiants ont éclairé au feu de Bengale la rue principale de la ville et ont lancé des pièces d’artifice à la tête des agents de police, le tout accompagné de hurlements sauvages, de sifflets, etc.
- Deux compagnies de soldats ont dû intervenir et ont fait usage de leurs armes, en tirant cependant avec des cartouches à blanc. Un attroupement de 1,800 à 2,000 personnes s’est alors formé devant la maison du bourgmestre, dont toutes les vitres ont été brisées à coups de pierres.
- De nombreuses arrestations ont été opérées ; près de 200 étudiants sont en prison.
- Les étudiants n’ont cessé de faire des manifestations hostiles que lorsque la garnison eut été renforcée et que chaque soldat eût reçu 40 cartouche à balle.
- Pour qui connaît le caractère allemand, des manifestations aussi prolongées sont de la plus grande importance.
- ANGLETERRE
- La Land JUeagrae. — M. Parnell a reçu lundi une dépêche de New-York, lui annonçant que la Société des Irlandais résidant en Amérique a mis à la disposition de la Ligue agraire 20,000 livres sterling (cinq cent mille francs),
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- La question du germent. — Les poursuites contre M. Bradlaugh, devant la haute cour de justice, à Londres, ont été reprises lundi et mardi. M. Bradlaugh se défend lui-même dans les procès qui lui sont intentés et qui comportent, en cas de condamnation, des amendes s’élevant à 333,000 liv. st. ou à peu près neuf millions de francs.
- C’est un chiffre ridicule.
- Dans un meeting considérable de Nottingham, samedi dernier, après un discours de M. Bradlaugh, on a pris à l’unanimité, une résolution protestant contre l’exclusion illégale de M. Bradlaugh, membre légalement élu de Parlement: Cette exclusion a été condamnée comme détruisant les droits du corps électoral du Royaume-Uni.
- ITALIE
- L’a citation démocratiq ue. — Les démonstrations continuent dans les principales villes contre le retour de la droite au pouvoir.
- Garibaldi se prépare à venir sur le continent.
- Les chefs du parti républicain ont adressé un mani-teste aux Italiens et un autre à la démocratie française.
- Le premier engage le peuple à conquérir la souveraineté nationale, comme le meilleur moyen de se délivrer ües Mauvais gouvernements de droite et de gauche.
- Le second fait appel à la fraternité des peuples pour aire cesser l’absurde conflit qui a surgi en Afrique.
- Crise ministérielle. — M. Sella a renoncé à constituer un ministère. Le roi a fait appeler successivement MM. Cairoli et Depretis, qui lui ont donné tous deux le conseil de confier à M. Mancini la tâche de composer un nouveau cabinet. M. Mancini est un jurisconsulte distingué qui a eu en 1872 le portefeuille de l’instruction publique dans le cabinet Rattazzi, et de 1876 à 18781e portefeuille delà justice dans le cabinet Depretis.
- C’est lui qui, en 1863, a fait abolir la peine de mort par le Parlement italien ; durant son ministère en 1876, il a encore fait voter l’abolition de cette même peine, rétablie en 1874. Il a été président du congrès de la paix de Gand.
- M. Mancini n’a pas réussi à constituer un cabinet. Le roi a cherché alors auprès d’autres hommes politiques sans arriver à un meilleur résultat.
- SUISSE
- L’éleetîoïi des j âges par 1© peuple qui
- existe déjà dans un grand nombre de cantons suisses va être introduite dans le canton de Genève.
- La session du Grand Conseil genevois s’est ouverte lundi par la mise à l’ordre du jour de l'élection des juges par le peuple.
- M. Favon a présenté le rapport. La commission a été unanime pour présenter un projet de loi statuant en un article unique que tous les magistrats judiciaires seront nommés par l’ensemble des électeurs; que les membres du tribunal de commerce le seront.par tous les électeurs commerçants, et que la durée des fonctions judiciaires sera de quatre ans.
- Voici ce que pense de cette réforme, proposée par le parti radical, le *tournai de Genève, organe des conservateurs :
- « Si l’élection des juges par le peuple n’a pas été réalisée plutôt, c’est que l’on a toujours reculé au dernier moment devant quelques objections pratiques qui existent encore et qui gardent toute leur valeur. L’avantage que l’on attend de l’élection des juges par le peuple est d’éliminer certaines candidatures'de complaisance qui peuvent bien passer devant l’autorité, mais qui ne passeraient pas devant le peuple ; il y a lieu de croire par exemple qu’on ne lui imposerait pas facilement un procureur général dont les antécédents ne seraient pas irréprochables ou dont le caractère n’inspirerait pas toute confiance. Mais il est à craindre aussi que, dans un moment où-les partis seraient aux prises dans quelque vive querelle, l’éiection des juges ne dégénérât en une manifestation politique dirigée conrte le Grand Conseil ou contre le Conseil d’Etat, et que le principe de la séparation des pouvoirs ne s’en trouvât gravement compromis,
- « Entre ces avantages qui sont réels et ces dangers qui sont loin d'être imaginaires, on peut hésiter,eW’on comprend que l’idée de ce changement n’ait jamais excité un bien vif enthousiasme, même chez ceux qui l’appiou-vent pour des raisons théoriques. Malgré cela, nous inclinons plutôt à tenter celte expérience, parce que,d’une manière générale, nous sommes partisans de tout ce qui accroît la compétence du peuple, de ce qui lui donne le sentiment de sa responsabilité, enfin de tout ce qui l’oblige à se mêler directement de ses propres affaires ; il les fait généralement mieux que ses délégués, et lorsqu’il se'trompe, ce qui lui arrive comme aux simples ' particuliers, ses erreurs sont encore les plus courtes et les plus faciles à corriger. »
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- AUTRICHE-HONGRIE
- L’emprunt hongrois — La Hongrie émet pour 400 millions (en capital) de rentes extérieures 4 0/0. Le produit de cette émission est destiné à rembourser une première série de rentes 6 0/0.
- Nous ne pouvons pas laisser passer cette grosse opération sans formuler notre opinion sur le crédit de la
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- Hongrie et sans exprimer la crainte que les capitaux confiés à ce pays ne courent un jour de sérieux dangers.
- La situation financière de la Hongrie est déplorable. Chaque année le budget de ce pays présente un déficit énorme, qui se chiffre par lf>0 mif ions de francs et plus. Nous ne parlons que du budget hongrois proprement dit ; en dehors du budget spécial à la Hongrie, il y a le budget austro-hongrois, comprenant les recettes et les dépenses communes à l’Autriche et à la Hongrie. Le budget austro-hongrois se solde à son tour régulièrement en déficit, et, pour le mettre en équilibre, on a recours chaque année à des emprunts.
- La cliaseae juif** a commencé en Hongrie. Plusieurs proclamations excitant la population contre les juifs dans le Banat ont été saisies. Des millions de juifs chassés de la Russie se réfugient sur le sol autrichien. Les autorités des frontières les laissent passer. L’attitude à peu près passive du gouvernement russe est interprétée ici de deux façons. Les uns disent que cette persécution est mise en scène par les nihilistes et que le gouvernement n’ose prendre des mesures énergiques de peur d exciter le peuple, les juifs étant détestés par les paysans. Les autres voient dans l’attitude du gouvernement une manœuvre pour détourner l’attention du peuple de la situation inférieure et pour exciter le peuple contre tout ce qui n’est pas russe.
- Les journaux autrichiens sont pleins de détails croyables de l’émigration des familles juives qui passent, affolées, la frontière et*viennent demander asile, aide et protection coutre la meute de leurs persécuteurs.
- D’après des nouvelles de Gracovie en date dû 21, des bandes de Kazapes pillent de village en village la contrée située entre Kief' et Nicolajief. Les gendarmes font cause commune avec les bandits et entrent avec eux dans les auberges.
- La répression des autorités est on ne peut plus faible, quelques-uns des persécuteurs ont été, il est vrai, traduits en justice, mais ils n'ont été condamnés qu’à des peines dérisoires : avec quelques jours de prison ils auront expié des forfaits qui, dans tout autre pays, leur vaudraient des années de galères.
- TURQUIE
- Le» fonds ottomans. — Le syndical des banquiers parisiens a fait de grands efforts "pour maintenir les fonds turcs ; mais il n'a pas réussi à empêcher la baisse. Le 8 0/0 est tombé de 17 10 à 16 10. Il est venu sur le marché une grande quantilé de titres.
- Si nous avions jamais douté de l’existence d’un projet d’emprunt turc, nos doutes seraient dissipés aujourd’hui parie langage que tiennent les journaux dévoués au syndicat.
- TUNIS
- .Agitation MVttSu.liM.aiie». — A Tunis, les chefs musulmans ont de nombreuses conférences,et intriguent contre le bey. L’argument des mécontents Arabes est maintenant celui-ci : nous n’avons rien à dire sur le traité, mais puisque le bey est décidé à le.signer, il aurait dû consentir tout de suite aux demandes de la République; cette prompte soumission nous aurait évité l'arrivée des troupes françaises à Tunis. M. Roustan exerce une active surveillance sur les agitateurs. Grâce à ses soins, l’un d’eux, Larbi-Zarouck, ministre du bey et chef de la municipalité de Tunis, a été destitué. S’il recommence ses menées, dit une dépêche, il sera emprisonné.
- De son côté, le bey observe avec une certaine inquiétude les agissements de l’un de ses frères, Taleb-Bey, qu’il soupçonne, parait-il,d’être trop l’ami des Français.
- Taleb-Bey viendrait un de ces jours mettre sa fortune et sa personne sous la protection de M. Roustan, qu’il ne faudrait s’en étonner outre mesure.
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- L’expédition contre'les Kroumirs. _
- Rien d’important aujourd’hui sur la ligne de nos o*pé-rations militaires ; nos troupes continuent à explorer dans tous les sens les montagnes des Kroumirs.
- ALGÉRIE
- L’insurrection cl tvn s la province <1*0-
- rî» h prend des proportions inquiétantes.
- Voici ce qu’écrit à ce sujetle commandant du 19ecorps au ministre de la guerre :
- Un combat sérieux a eu lieu le 19 mai, à 8 h 1/2 du matin, à l’Est de Chellala, entre la colonne Innocenti et les contingents de Bou-Amema ; ces contingents étaient beaucoup plus nombreux qu’ou ne le croyait d’après tous les renseignements antérieurs. Le colonel les évalue à 5,000 hommes, parmi lesquels se trouvaient des Hamyans-Djemba, et des parti-ans des Ouled-Sidi-Sheik. Notre colonne marchait ayant le batailiou de la Légion étrangère à l’avant-garde et nos goums sur les flancs, le convoi marchait derrière, flanqué par de l’infanterie. Les fantassins ennemis se sont avancés avec une hardiesse remarquable ; nous avons commencé le feu contre eux à 1,000 mètres; ils ont continué à marcher jusqu’à 100 mètres de nos lignes; mais perdant beaucoup de monde, ils ont fait demi-tour en courant et se sont sauves en désordre ; mais pendant ce temps nos goums attaqués par les cavaliers ennemis n’ont pas pu tenir et sont venus se jeter en désordre au milieu de notre convoi, poursuivis par nos ennemis.
- L’action d’une partie de notre infanterie a été paralysée, ne pouvant tirer sur ces cavaliers amis et ennemis mêlés à notre convoi. Enfin l’ennemi a été mis en déroute et s’est retiré à Chellala.
- Le colonel Innocenti évalue à 300 hommes les pertes des Trafis. Nous avons eu malheureusement 37 tués et 46 blessés dont le sous-lieutenant Lanfryre, du 4e chasseurs d’Afrique, plus 4 disparus.
- Le colonel s’occupe à rallier ses goums, à mettre de. l’ordre dans son convoi et il se prépare à marcher sur Chellala. Nos troupes ont été admirable de sangfroids et de bravoure pendant tout cet engagement.
- LES SYNDICATS PROFESSIONNELS
- A plusieurs reprises déjà nous avons entretenu nos lecteurs de la législation projetée sur les syndicats professionnels.
- Nous avons étudié dans notre numéro du 30 janvier 1881 le projet de loi sur ce sujet élaboré par le ministère, et nous avons passé condamnation sur ce projet. Depuis lors la commission à laquelle son examen avait été renvoyé, l’a revu, retravaillé et v a introduit des modifications considérables qui le transforment complètement. Aujourd’hui nous touchons à la solution. La première délibération sur la loi nouvelle vient d’avoir lieu à la Chambre et la deuxième ne peut tarder, car la commission se dit parfaitement décidée à obtenir le vote de la loi avant la fin si prochaine de la présente législature.
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- Quelques-unes des modifications introduites par la commission dans le texte du ministère ont été votées, d’autres rejetées, malheureusement. Il en résulte que le projet de loi, tel qu’il sort de la première délibération, est très inégal, très incohérent, gspérons que les contradictions que nous allons signaler s’effaceront lors de la deuxième lecture. Il est grandement à souhaiter que la Chambre revienne au texte de la Commission.
- Même sous la forme que proposait la commission, la loi serait fort loin de répondre à ce que nous désirons ; ce serait toujours la réglementation au lieu de la liberté ; la loi qui sort de la première délibération de la Chambre est encore moins bonne que celle qu’avait élaborée la commission ; malgré ce tort la loi nouvelle constituera un réel progrès pour deux raisons :
- 1° elle supprime non pas tous les obstacles à la liberté d’association professionnelle, mais les principaux d’entre eux.
- 2° elle garantit les syndicats professionnels contre les abus possibles du bon plaisir ministériel.
- Nous aurions mieux aimé qu’au lieu de faire une loi spéciale aux syndicats professionnels on eut garanti d’une manière générale la liberté d’association. Le moindre nombre des lois est un des principes des républiques bien ordonnées. Malheureusement l’état de transition dans lequel nous vivons répand dans les esprits des appréhensions qui, dans les faits, se traduisent par la limitation de la liberté. C’est ainsi que la commission nommée il y a 2 ans dans le but d’élaborer une loi générale sur la liberté d’association n’a pu arriver à mener à bien son travail. M. Cantagrel qui fait partie de cette grande commission a déclaré qn’elle avait été arrêtée par des circonstances politiques, par la présence gênante des congrégations religieuses, etc., etc.
- La présente législature prendra fin avant les obstacles en question. C’est pourquoi on a tenu à ne pas entraver la réalisation d’un progrès partiel qui doit bénéficier à la classe ouvrière, celui qui accorde la reconnaissance légale et même la personnalité civile aux syndicats professionnels. Cette question a donc été distraite de celle sur la liberté d’association, étudiée à part et confiée aux soins d’une commission ad hoc. Cette commission a tenu, comme Ta dit à la tribune un de ses membres, M. Ch. Eloquet, la commission a tenu à se renfermer dans l’élaboration d’une loi exclusivement relative aux syndicats professionnels. Nous ne saurions en faire un reproche a cette commission qui, en effet, avait été nommée Pour cela et non pour autre chose.
- La conduite de la Chambre ne mérite pas autant de louange que celle de la commission. MM. les députés ont procédé à la première délibération de la loi avec une insouciance, une indiscipline digne d’une classe d’écoliers. Le compte-rendu du Journal officiel en donne une idée par les innombrables mem-tions « bruit » et les nombreux et sévères rappels à l’attention et au silence auxquels a dû recourir le président. Nos législateurs n’ont prêté aucune attention à l’une des lois les plus importantes qui leur ait été soumises et ils ont voté à tort et à travers.
- Revenons au travail de la commission.
- Art. 1er
- L’article 1er de son projet de loi stipule que ne seront pas applicables aux syndicats professionnels constitués en conformité de la loi :
- 1° Les articles 291, 292, 293, 294 du Code pénal ; '
- 2° La loi du 10 avril 1834 ; ,
- 3° L’article 2 du décret du 25 mars et 2 avril 1852.
- En outre il abroge, non seulement pour les syndicats professionnels mais d’une manière générale :
- 1° La loi des 14 et 17 juin 1791 ;
- 2° If article 416 du Code pénal. La commission avait même demandé la suppression des articles 414 et 415, mais la Chambre, ensuite de l’intervention de M. Ribot s’est refusée à cette suppression.
- Malgré l’affaiblissement que lui a fait subir l’amendement Ribot, cet article 1er est encore, dans les termes où il a été voté, d’une importance capitale.
- Il est facile de s’en convaincre en se reportant aux textes de ces lois. Que disent-ils ?
- L’art. 291 du Code pénal est conçu en ces termes libarticides :
- « Nulle association de plus de 20 personnes, dont le but sera de se réunir tous les jours ou à certains jours marqués, pour s’occuper de sujets religieux, littéraires ou autres, ne pourra se former qu’avec l’agrément du gouvernement et sous les conditions qu’il plaira à l’autorité publique d’imposer à la société. »
- Les articles 292, 293, 294 sont le complément pénal' de cet article.
- La loi du 10 avril 1834 étend les dispositions de l’article 291 à des groupes d’affiliés, lors même que ces groupes seraient partagés en sections comptant moins de 20 membres et qu’elles ne se réuniraient pas tous les jours ou à des jours marqués.
- La loi des 14 et 17 juin 1791 est une loi plus draconienne encore. En voici les points principaux :
- « Art. 1er. — L’anéantissement de toutes espèces de corporations de même état et profession étant l’une des bases fondamentales de la constitution française,
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- il est défendu de les rétablir de fait, sous quelque prétexte et quelque forme que ce soit.
- Art. 2. — Les citoyens de même état et profession, entrepreneurs, ceux qui ont boutique ouverte, les ouvriers et compagnons d’an art quelconque ne pourront, lorsqu’ils se trouveront ensemble, se nommer ni président, ni secrétaires, ni syndics, tenir des registres, prendre des arrêts ou délibérations,former des règlements sur leurs prétendus intérêts communs.
- Art. 3. — Il est interdit aux corps municipaux ou administratifs de recevoir aucune adresse ou pétition sous la dénomination d’un état ou profession. Et si contre les principes de la Constitution des citoyens attachés aux mêmes professions, arts et métiers,établissent entre eux un accord pour le prix de leurs travaux, leurs déclarations sont déclarées inconstitutionnelles, attentatoires à la liberté et à la déclaration des droits de l’homme. »
- Les articles 6, 7 et 8 formulent des pénalités sévères. Quant aux articles 4 et 5 ils ont été abrogés par la loi de 1866 sur les coalitions.
- Vient enfin, au nombre des prescriptions supprimées, l’article 416 du Code pénal, conçu en ces termes :
- « Art. 416. — Seront punis par un emprisonnement de 6 jours à 3 mois, et d’une amende de 16 à 300 francs, ou de l’une de ces deux peines seulement, les ouvriers, patrons et entrepreneurs d’ouvrages, qui, à l’aide d’amendes, défenses, proscriptions, interdictions prononcées par suite d’un plan concerté, auront porté atteinte au libre exercice de l’industrie et du travail. »
- La suppression de cet article par le vote de la Chambre place les atteintes à la liberté du travail par voie violente par suite d’un plan concerté sur le même pied que les autres cas du même genre se produisant sans plan concerté. C’est le retour au droit commun. Jusqu’ici le plan concerté avait été une aggravation du délit, ce qui n’était pas équitable.
- Si l’on réfléchit sur la portée de ces diverses suppressions on ne tarde pas à reconnaître que nous sommes en présence d’une loi de la plus grande portée. A vrai dire quelques unes des lois abrogées étaient tombées en désuétude et leur violation était tolérée. Il n’en est pas moins vrai qu’elles n’avaient pas été supprimées et qu’il aurait suffi d’un caprice ministériel pour leur rendre toute leur rigueur. N’avons nous pas vu les ministères du 24 et du 16 mai ressusciter des lois oubliées depuis de nombreuses années et les appliquer comme si elles n’avaient jamais été en discrédit. Ces retours imprévus de vieux textes auraient pu un jour ou l’autre atteindre les syndicats professionnels et les écraser.
- Art. II.
- L’article 2 permet aux syndicats professionnels, même de plus de 20 personnes, exerçant la même | profession ou des métiers similaires, de se cons- j
- tituer librement sans l’autorisation du gouvernement.
- Nous avouons ne comprendre ni l’utilité ni la praticabilité de la restriction contenue dans cet article
- Comment reconnaître que des métiers sont similaires ou ne le sont pas ? Qui peut dire ou commence et où finit la ressemblance entre eux ?
- C’est la défiance à l’égard de la liberté. C’est la porte ouverte à l’arbitraire.
- Autre inconvénient de cette restriction : Dans les centres peu populeux certaines professions ne sont exercées que par un très petit nombre d’ouvriers; ceux-ci sont trop peu nombreux pour constituer à eux seuls des syndicats spéciaux à leur profession et la loi ne leur permet pas de se rallier à des ouvriers de professions autres. C’est refuser aux uns le droit que l'on reconnaît aux autres.
- Appliqué à la grande industrie cet article de loi a un inconvénient plus considérable encore. Dans les grandes usines les professions en apparence les plus dissemblables concourent à la même œuvre. Nous avons déjà cité une fois comme exemple, — et nous y revenons, car lorsqu’il s’agit d’élaborer une loi sur un sujet spécial, rien n’a plus de puissance que la constatation d’un fait précisément trait au sujet visé par la loi, — qu’à l’usine de Cuise les travailleurs se partagent en fondeurs de fer, fondeurs de cuivre, mouleurs, forgerons,modeleurs,ajusteurs, tôliers, cireurs, ferblantiers, décorateurs, bronzeurs, mécaniciens, tourneurs de fer, emballeurs, magasiniers, chauffeurs, charrons, meuleurs, menuisiers, couvreurs, cordiers, briquetiers, émailleurs,selliers, pileurs de verre, charpentiers, maçons, râpeurs sans compter les services moins nombreux, depuis les ingénieurs, chimistes, dessinateurs, employés aux écritures, sculpteurs, caissiers, etc., jusqu’au service du sable, à celui des écuries, aux charretiers, aux terrassiers, et aux manœuvres. Et sans doute nous en omettons.
- N’est-il pas certain que tous ces hommes travaillant dans une même usine, participant aux intérêts d’une même œuvre, ont, malgré la diversité de leurs occupations, une part considérable d’intérêts communs. Ils sont bien plus attachés aux intérêts de l’usine qui les fait vivre qu’à ceux de la spécialité qui est la leur. Les couvreurs et les charretiers d’une grande usine ont plus d’intérêt à s’entendre entre eux qu’à s’entendre avec les couvreurs ou les charretiers ne dépendant pas de cette usine. Et cependant la loi leur interdit formellement de se concerter entre eux. Mais de quel droit et dans quel but ?
- Le même cas se présente relativement au commerce. Il y a des branches qui,bien que n’étant nulle-
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- ment similaires, ont une certaine communauté d’intérêts. Est-ce par hasard que les chambres de commerce groupent des négociants des spécialités les plus diverses ? Pas le moins du monde, Ces groupements sont la conséquence du fait que toutes les branches de commerce sont solidaires. Il en est entre elles comme entre les sciences : les progrès de l’une influent sur les autres. C’est justement parce que des branches diverses y sont représentées que les chambres de commerce rendent de si importants services. Si elles n’étaient composées que d’hommes des mêmes spécialités forcés de par la loi à sacrifier les considérations d’intérêt général à l’égoïsme corporatif, le commerce aurait plus perdu que gagné à leur constitution. Agissez de même pour les syndicats, laissez-les libres. Avec votre réglementation à outrance, avec votre classification des syndicats, par catégories vous découragez l’initiative pour aboutir à quoi? A l’impraticable et à l’arbitraire.
- Il est certain que des ouvriers qui n’appartiennent ni à la même profession ni à des professions similaires ne pourraient discuter au sein d’un même syndicat les intérêts techniques de leurs professions mais ils pourraient parfaitement y discuter certains intérêts généraux qui sont communs à tous les salariés ou du moins à tous ceux attachés à une même œuvre quelle que soit la spécialité de leur travail.
- On a fait valoir qu’on tenait les intérêts des ouvriers en ne leur permettant pas de détourner en tentatives inutiles la puissance si féconde des syndicats.
- Nous avons vu à cette occasion — et cela non sans une grande surprise mêlée d’un certain regret — les hommes les plus dévoués à la cause populaire, M. Martin Nadaud, par exemple,soutenir qu’il est du rôle de l’Etat d’empêcher les ouvriers d’éparpiller leurs forces en confondant leurs intérêts.
- Certes, il vaut toujours mieux ne chasser qu’un | lièvre à la fois, et un proverbe déjà ancien dit avec j raison que trop embrasser à la fois est la manière de ! mal étreindre, mais ce n'est pas le rôle de l’Etat-j d empêcher les chasseurs de poursuivre plusieurs j lièvres. j
- Si on laisse toute liberté aux chambres syndica- j les dans le recrutement de leurs membres, il s’en ! fondra peut-être quelques unes en dépit du bon sens, j Mais en quoi cela regarderait-il l’Etat ? Ces syndicats mal compris tomberaient d’eux-mêmes en peu de temps et le spectacle de leur chûte éclairerait les ouvriers. La liberté des syndicats comme toutes les autres aura ses tâtonnements au débuts C’est par l’expérience que la classe ouvrière arrivera à tirer
- de cette liberté !à tout le profit qu’elle est en droit d’en attendre. L’infaillibilité et l’omniscience de l’état ne sont pas des vérités tellement acquises qu’on puisse désirer le recours à leur intervention en cas d insuffisance des classes ouvrières dans la capacité de se conduire.
- Art. III.
- L’article 3 établit que « les syndicats ont pour objet l’étude et la défense des intérêts économiques, industriels et commerciaux communs à tous leurs membres et des intérêts généraux de leurs professions et métiers. »
- Cet article ajoutait que « les syndicats pourront notamment s’occuper, dans l’intérêt de leurs professions ou métiers, de la créations décaissés d’assurance contre le chômage, la maladie ou la vieillesse, de l’établissement d’ateliers de refuge, de magasins pour la vente et la réparation d’outils, de l’organisation de sociétés coopératives, de l'organisation et des progrès de l’enseignement professionnel et d’autres questions de même nature Ils pourront servir d’offices de renseignements pour les offres et les demandes de travail Ils pourront être choisis pour exercer les fonctions d’arbitres ou d’experts. »
- La rédaction de ce deuxième paragraphe a été ajournée à la 2me délibération, vu qu’il ne peut s’accorder avec la législation qui reste en vigueur et que la présente loi n’abroge pas. Ainsi, d’une part, il est en opposition avec la loi déplorable qui régit les sociétés coopératives. D’autre part si un syndicat veut constituer entre ses membres des caisses de secours mutuels il se heurte à la loi de 1850 qui soumet la constitution et l’organisation de toute société de secours mutuels à l’autorisation préalable du préfet.
- Voilà à quelles contradictions on arrive quand on veut trop réglementer.
- A PROPOS DU PRIX BOTTA
- Mme Jenny Touzin, bien connue pour ses nombreux romans, nous communique la lettre suivante qu’elle a adressée à M. Emile Ollivier à propos de.la séance du 19 Mai à l’Académie française, séance où a été discutée l’attribution du prix fondé par Mme Botta. (Voir sur ce prix ce que nous avons dit dans notre dernier numéro, p. 330.
- {Alliance des Arts, des Sciences et des Lettres
- Paris, le 20 Mai 1881.
- A Monsieur Emile Ollivier - Monsieur
- En provoquant hier par vos protestations l’ajournement du vote qui pouvait attribuer le prix Botta
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- à l’ouvrage de Mr Léon Richer, en déclarant « d’un cœur léger » que proclamer la femme libre, ce serait anéantir la famille, savez-vous ce que vous avez fait ?
- Vous avez frappé un homme qui a dévoué sa vie à la défense d’une cause juste, mais vous n’avez frappé qu’un homme, vous n’avez pas frappé la cause.
- Aujourd’hui, vous ne réussirez 'pas à étouffer le sentiment du vrai, vous ne ferez pas taire les revendications qui s’élancent de toutes parts, de la bouche d’hommes éminents et justes comme Mr A. Dumas et Légouvé, de l’âme des femmes dévenues dédaigneuses de l’insulte à force d’humiliations et d’injustices subies.
- Avec toutes celles qui pensent au bien de l’humanité,je vous affirme que tous les efforts sont inhabiles à arrêter le mouvement ascentionel des femmes vers leur liberté, parce que chacune de nous a juré, non pas de faire une révolution à main armée assuré--ment, mais de prouver qu’elle peut avoir comme l’homme du sérieux, du savoir, du talent, du génie ; qu’elle prétend vivre de son travail, être respectée par ses enfants comme femme; comme mère, comme chef de famille, comme citoyen ; se faire reconnaître enfin pour la force qui doit ajouter à la force des hommes et qui les empêchera de jeter des générations dans des aventures comme celles dont notre génération est la victime.
- Veuillez recevoir, Monsieur, avec cette invitation à cesser une lutte inique, mes salutations empressées.
- I Jenny Touzin.
- Boulevard Lannes, 49,
- SOCIÉTÉ POUR L’AMÉLIORATION DU SORT DES FEMMES.
- Délégation au Congrès anti-clérical.
- Paris, le 12 mai 1881.
- Mesdames et Messieurs !
- Il a existé de tous temps une relation tellement intime entre la religion dégénérée maintenant en cléricalisme, c’est-à-dire en esprit de caste ambitieuse, et la destinée de la femme, qu’une société, comme la nôtre, spécialement vouée aux intérêts et à l’amélioration du sort des femmes, ne saurait rester étrangère à ce grand mouvement d’émancipation de l’esprit humain qui s’appelle Congrès anticlérical !
- C’est la femme que la loi a privée des droits natu-
- rels dévolus,à tout être doué de raison, que le prêtre a courbée sous son joug, que l’Eglise a accusée de tous les péchés du genre humain. C’est elle qui fait encore aujourd’hui la force et la puissance du clergé catholique. C’est la femme livrée à un enseignement erroné que l’Etat salarie à un enseignement qui propage au sein des familles ces erreurs et ces superstitions pieuses qui valent à notre sexe tout entier des imputations d'infériorité intellectuelle, sur lesquelles on a échafaudé des principes et des systèmes à l’usage exclusif de la femme : où la justice et l’équité n’ont jamais eu rien à voir. Nos fils oublieront plus tard au contact de la science, des fortes études ou de l’atelier, ces notions erronées. Ils deviendront alors indifférents, athées ou mêmes fanatiques... Et nos filles ? Elles continueront sous des lois surannées qui leur imposent la subordination à alimenter un pouvoir dont l’intérêt est diamétralement opposé aux leurs, sa condition inexorable étant l’asservissement physique, moral et intellectuel de la femme.
- Depuis le berceau jusqu’à la tombe, le clergé dirige tous les actes de la femme, avec une autorité qui s’étend jusqu’au ciel ! jusqu’à ce ciel que le prêtre donne à la femme catholique pour sa patrie !
- Soit que l’Eglise ait été la subordonnée, soit qu’elle ait été la maîtresse dans le gouvernement des nations, toujours elle a été pour les pouvoirs une fidèle alliée dans l’œuvre d’obscurantisme et d’asservissement de la femme.
- Un docte Concile inspiré de cet esprit de charité tenta même, on le sait, de mettre en doute chez la femme l'existence de l'âme... sans s’apercevoir que l’existence des âmes masculines serait probablement aussi difficiles à prouver par celle des âmes féminines, la science étant encore dépourvue d’instruments propres à cette délicate analyse
- Puisse ce congrès, qui marquera si brillamment une des premières étapes de la marche de l’esprit vers son émancipation avoir également porté la lumière dans les intelligences sur la Solidarité étroite qui existe entre la destinée de la femme. Citoyenne ou cléricale.
- Conclusion
- La femme étant un être responsable conscient chargé de nombreux devoirs en possession d’une influence, qu’on dit considérable, je demande qu’une voie nouvelle et virile, au profit de la patrie soit ouverte à cette influence, en rendant désormais la femme Citoyenne 1
- La déléguée au Congrès,
- Y. G-riess-Traus. Vice-Présidente.
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- NOUVELLES DIVERSES
- M. Duvernier de Hanranne père, qui fut
- sous Louis Philippe le chef de l’oppositipo légitimiste à la Chambre, vient de mourir. Son Histoire du gouvernement parlementaire l’avait fait admettre à l’Académie française.
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- TTn liéros utile. — On se rappelle l'héroïque conduite du caporal des sapeurs-pompiers Thibaut dans le terrible incendie de la rue Saint-Antoine, le 8 août 1868. Il y sauva dix personnes, dans les circonstances les plus périlleuses, et qui exigèrent à la fois beaucoup de courage et beaucoup d’audace.
- Le caporal Thibaut vient de mourir à Saint-Mandé. Thibaut était chevalier de la Légion d’honneur.
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- IL© gfénéral Vincendon. — Il est question au ministère de la guerre d’élever au grade de général de division le général Viucendon pour le remercier de n'avoir pu rencontrer nulle part les Kroumirs.
- Le général Vincendon est, au dire des journaux de la Côte-d’Or, qui le connaissent bien puisqu’il a été en garnison à Dijon comme colonel du 4° de ligne, ce général est, disent-ils, l’ennemi le plus acharné de la Rép ibli-que. C est lui qui en 1874, sous l’ordre moral, ouvrit une souscription pour offrir au prince impérial une coupe d’or. Il chargea sou ordonnance et un soldat de faire souscrire et de recueillir les fonds dans le régiment. La coupe d’or fut envoyée au prince impérial et celui qui la lui remit exprima le vœu que le jeune prince fut bientôtinstallésur le trône français. Le colonel Vincendon promut en grade le sergent dévoué qui avait recueilli l’argent.
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- ILe» fabrications. — Les denrées alimentaires soumises à l’analyse chimique continuent à donner des résultats peu rassurants pour l'hygiène de la population parisienne. En voici quelques-uns obtenus au laboratoire municipal de chimie de la préfecture de police :
- Lait : sur £0 échantillons, 7 bons, 6 passables, 7 mauvais ; bière : 1 bon, 2 mauvais; chocolat : 5 bons, 6 mauvais; confitures : sur 9 échantillons, 1 bon, 8 mauvais ; poivre, 6 bons, 5 mauvais ; cidre : sur 3 échantillons,
- 3 mauvais.
- Les 123 échantillons de vins remis par le public au laboratoire ont donné : 3 bons, 36 passables, 84 mauvais.
- Il n'y a, parmi les produits français analysés, que le jambon, le malheureux jambon soupçonné de donner asile à la trichine, qui ait été déclaré indemne. Sur 4 échantillons vérifiés, 4 sont reconnus bons. La justice arrive lentement, mais elle arrive.
- L’analyse chimique des biberons pris dans les crèches, faite par M. Fauvel au laboratoire municipal, a révélé la présence d’une végétation cryptogamique qui se dé-velopqe principalement dans le tude en caoutchouc et forme des r nas dans la tétine. Ces végétations peuvent être très nuisibles à la santé des enfants; aussi les résultats des travaux de M. Fauvel sont-ils soumis à l’Académie de médecine, fiinsi que nous l’avons meutionné hier, dans le compte rendu de la séance de l’Académie.
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- Secours contre l’incendie. — Depuis le sinistre des magasins du Printemps, l'état-major des sapeurs-pompiers, le ministère de l’intérieur et le Conseil municipal reçoivent, do tous côtés, des propositions, des projets, -des inventions destinés à prévenir et à éteindre les incendies.
- Les extravagances ont naturellement une large part dans ces mémoires, par exemple quand leurs auteurs [ demandent que chaque plafond soit Iranformê en ré- f
- servoir d’eau ou que toutes les maisons communiquent entre elles de façon à permettre aux habitants d’émigrer de l’une dans l’autre. Mais il y aussi des travaux fort intéressants. Dans ce nombre figure un avertisseur composé ds deux lames de métal séparées et retenues par un morceau de cire, dont la fusion, — sous l’action de la chaleur, — permet à une des tiges de se détacher et de venir rencontrer une sonnerie électrique qui donne l'éveil. Le système a été expérimenté avec succès au Conservatoire des Arts et Métiers. De môme on mentionne un liquide qui jouit de la propriété de rendre incombustibles les corps qu’il recouvre, bois, étoffes de toute nature, sans en altérer la couleur. Les essais les plus probants ont été faits ces jours-ci, et il est à prévoir que l’emploi de cette substance va être imposé aux théâtres et aux établissements publics. Déjà les magasins du Louvre l’ont adopté pour enduire les toiles qu’on dépose le soir au-dessus de chaque rayon.
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- L’eau <le Lourdes. — L'Umtarian Herald raconte qu’un éminent médecin a fait dernièrement une curieuse expérience sur la puissance curative de l’imagination. Une dame catholiqde, très dévote, fut baignée dans l’eau de Lourdes sans trouver aucun soulagement à ses maux. Elle ignorait, il est vrai, la provenance sacrée de l’eau à laquelle elle demandait la guérison. Peu après, le docteur lui fit prendre des bains d’une eau toute profane que la Vierge n'avait point honorée de sa présence, et lui laissa croire qu’elle provenait de la source soi-disant miraculeuse de Lourdes : la guérison ne se fit plus attendre.
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- laaugnratiou des cantines scolaires.
- — C’est le 7e arrondissement qui vient de prendre l’initiative de la création des cantines scolaires, création approuvée par le Conseil municipal qui a voté, à cet effet, le crédit demandé par l’administration préfectorale. On sait que les cantines scolaires sont destinées à fournir aux enfants fréquentant les écoles communales de la ville de Paris des aliments au prix de 10 centimes la portion. En outre, ceux d’entre les élèves qui apportent de chez leurs parents de quoi faire leurs repas, ont la faculté de faire réchauffer leurs aliments à la cantine.
- Les premières cantines scolaires ont commencé à fonctionner hier dans les écoles du 7e arrondissement. L’installation se compose uniquement d’un fourneau et de quelques ustensiles de cuisine. Comme mets, on sert aux enfants du bouillon, du bœuf et quelques légumes. Du reste, par leur fonctionnement autant qne par la nature des aliments qui en composent le menu, les canti-îies scolaires ressemblent beaucoup aux fourneaux économiques dont les indigents ont su apprécier les services.
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- JL’assistauoe à Paris, — Savez-vous, d’après les rapports officiels, combien il y a, à Paris,, de personnes secourues par l’assistance publique et inscrites aux bureaux de bienfaisance ? Devinez un nombre formidable 1
- Trois-cent mille !
- Trois cent mille malheureux sur 1,800,000 habitants ! Malgré l’existence d’une administration d’assistance publique dont le budget dépasse trente-sept millions et demi, « cela démontre, dit le Rappel, qu’il y a une question, sociale. »
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- Journaliste A douze uns. — La dernière li-' vraisou du livre de M. O. Uzanne nous apporte plusieurs nouvelles littéraires.
- Il parait qu’en Amérique, à Hurricane, il se publie, à l’heure présente, un journal rédigé et dirigé par une demoiselle âgée de douze ans.
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- Rue de Grenelle, à Paris, un refuge pour les animaux abandonnés est ouvert à tous les vagabonds de plumes et de poils, les va-nu-pieds de la gent féline ou camine.
- Il paraît que beaucoup de particuliers envoient leur offrande à cette bonne œuvre, — qui a recueilli, de puis le 11 janvier, plus de cent cinquante sujets laissés sur la voie publique.
- En attendant, il n’y a pas de tour pour les pauvres petits diables que leur mère ne peut pas nourrir et dépose, dans leur maillot, sur le trottoir, ou dans le couloir d’une maison sombre.
- ILille. — On fabrique en ce moment, à l’usine Fives Lille, un canon monstre de 9m50 et dont le poids total est de 52,000 kilog. Les projectiles mesureront 34 centimètres de diamètre et pèseront 400 kilog. Ce canon, destiné à l’usage de la marine, coûtera 45,000 francs.
- C'est une charmante petite fille de dix ans, Mlle Blan che Maurice, de Saint-Mandé qui. hier, à la séance de clôture du congrès anticlérical, a été chargée de remettre à Louis Blanc la couronne qui lui a été offerte. En la lui remettant, elle a récité les vers suivants :
- J’ai dix ans... et sais qu’une Histoire De dix ans vous a fait un nom Cher au cœur, cher à la mémoire Du peuple et si juste et si bon.
- On dit que vous rêvez un monde Où. l’intérêt harmonisé Eternise la paix féconde Grâce au travail organisé ;
- Que ce beau rêve delà veille Peut-être prendra corps demain;
- Le savoir seul faisant merveille Pour le bonheur du genre humain.
- En acceptant cette couronne Que vous offre une main d’enfant,
- Croyez à l’espoir qui rayonne,
- Au verbe nouveau triomphant.
- Si Schœlcher vainquit l’esclavage, *
- Nous verrons, grâce à Louis Blanc,
- Unis, pour braver tout servage,
- Le travail, l’honneur et l’argent.
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- Pour Saint Labre, s’il vous plaît I — Le
- pape a décrété que la canonisation du bienheureux Benoht-Joseph Labre — ce mendiant malpropre qui laissait la vermine multiplier sur son corps et considérait cela comme une œuvre pie, — serait célébrée à l’intérieur du Vatican en la fête de l’immaculée conception, le 8 décembre 1881 ! Mais cette canonisation exige des frais indispensables. Aussi, pour obvier à ces lourdes dépenses, Rome s’est-elle adressée récemment à tous nos évêques français, leur demandant d’exciter la générosité de leur troupeau en faveur de cette œuvre. Nous vivons dans un siècle où l’on ne peut arriver à rien sans argent, pas même à être mis au nombre des saints.
- « Certes dit la lettre aux évêques, les prières adressées au saint-siège et le vœu très ardent des fidèles resteraient incomplets si l’on ne pouvait disposer des sommes qu’exige l’achèvement d’une si haute entreprise, et Votre Seigneurie n’ignore d’ailleurs ni l’importance de cette entreprise, ni quelle lourde charge entraînent les frais indispensables. Nous prenons donc la hardiesse de demander à Votre Seigneurie qu’elle daigne exciter la générosité de son troupeau, et que, par les arguments que suggère la gravité du sujet, elle l’amène à fournir au plus tôt un secours abondant. Sans nul doute le B. Be-
- noît-Joseph ne manquera pas de témoigner sa gratitude envers son peuple, en intercédant puissamment auprès de Dieu. »
- Peut-on trouver un meilleur placement ?
- TTne source do g-az. — Nous trouvons dans une correspondance de la Kœlnische Zeitung, le récit d’un phénomène étrange qui s’est produit il y a quelques jours à Apenrade* lors du percement d’un puits artésien près de l’établissement de fêtes publiques Bette Vue à Apenrade. A une profondeur de 147 pieds, on avait heurlé une pierre, ce qui avait nécessité le déplacement de la sonde et le percement d’une seconde ouveiture. Soudain, un violent bouillonnement accompagné d’un bourdonnement encore assondi se produisit.
- La sonde, traversant en ce moment une couche sablonneuse, pénétrait très profondément à chaque tour, lorsque tout u’un coup le sable, l’argile et les cailloux qui formaient bourre dans le cylindre creux de la sonde enfoncée en ierre, s'échappèrent avec force par la bouche du canon improvisé et furent lancés à une grande hauteur, pour retomber en parab de dans la plaine ; le bruit de cette détonation fut suivi d’un sifflement aigu s’échappant avec la même farce persistante de l’orifice du cylindre, et produit par le dégagement d’une colonne de gaz fétide qui prit facilement feu à l’aide d’une allumette.
- La flamme s’élevait à une grande hauteur, jusqu’au moment où de nouvelles éruptions intermittentes de sable. d’argile et de pierres l’éteignirent. Ensuite le gaz a brûlé très longtemps d’une flamme haute et claire, visible à une très grande distance.
- A minuit la tlamme s’éteignit encore, mais le lendemain de bonne heure elle fut rallumée et à l’heure qu’il est, elle continue de brûler, sans diminuer d’intensité, au grand ébahissement des visiteurs. La pression du gaz conserve toute sa force primitive. Ce phénomène a naturellement éveillé une grande curiosité ; aussi Apenrade est-elle en ce moment le rendez-vous d’innombrables curieux.
- I I !» 11 .Vjj.iHiî'SV1
- HISTOIRE
- DES
- ÉQUITABLES PIONNIERS DE ROCHDALE
- De George-Jacob HOLYOAKE
- Résumé (1) extrait et traduit de VAnglais [Par Marie MORET
- TAJ3IÆ DES MATIÈRES
- Chapitres.
- I. — Origine et but de la.Société.
- II. — Ouverture du magasin coopératif.
- III. — Répartition des dividendes au prorata des
- achats.
- IV. — Premiers progrès du magasin.
- V. — Règles de la Société.
- VI. — Vains efforts de l’esprit de secte.
- VII. — Les membres de l’opposition.
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- LE DEVOIR
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- VIII. — Grande panique. — La Société du moulin à farine.
- IX. — Effets moraux de la coopération.
- X. — Les fameux vingt-huit.
- XI. — Halte sur la voie. — Le droit du travail à la répartition des bénéfices.
- XII. — Quatre années dangereuses. — La disette
- du coton.
- XIII. — Venté en gros. Succursales et magasin
- central.
- XIV. — Institutions de protection mutuelle.
- XV. — Département de l’éducation.
- XVI. — Conclusion.
- CHAPITRE PREMIER Origine et T»ut de la, Société
- Vers, la fin de l’année 1843, il y avait grande prospérité dans le commerce de la flanelle, qui donnait lieu aux manufactures les plus importantes de Rochdale, comté de Lancastre (Angleterre).
- Dans cette heureuse conjoncture, les tisserands, qui étaient et sont encore une classe mal rétribuée de travailleurs, se mirent en tête d’obtenir une hausse de salaires. Il était évident que si jamais les patrons pouvaient l’accorder, c’était à ce moment-là
- Chaque manufacturier à qui fut posée l’importante demande se déclara prêt à y donner satisfaction, pourvu que les autres chefs d’industrie fissent de même.
- Mais comment obtenir le consentement des autres patrons et garantir à chacun d’eux en particulier l’acquiescement général.
- La chose simple en théorie, était difficile en pratique. Les maîtres ne sont pas toujours courtois et les ouvriers sont peu tacticiens.
- Les tisserands ne négocient pas par écrit avec leurs supérieurs; une entrevue est presque toujours l’expédient de guerre usité : entrevue que les salariés imposent et que le patron subit.
- Généralement les manufacturiers ne voient point de bon œil ces sortes de députations, car de même qu’une faillite peut jeter subitement les ouvriers dans la détresse, de même une hausse de salaires peut, à certains moments, ruiner un patron de la façon la plus expéditive.
- Cependant, afin de mettre la chose dans une voie pratique, une ou deux maisons avec une générosité que les pionniers se rappellent avec gratitude, accordèrent à leurs ouvriers une hausse de salaires; mais à la condition expresse que cette hausse serait sans
- effet, si la généralité des patrons n’y acquiesçaient pas.
- Après bien des peines et des difficultés, la hausse ne fut pas maintenue.
- Alors les pauvres tisserands de Rochdale se remémorèrent les idées de Robert Owen. Les avocats du socialisme, quelques fautes qu’ils aient pu commettre, ont du moins rendu ce service d’avoir appris aux ouvriers à raisonner sur leur condition; de leur avoir fait comprendre que les maîtres, autant que les salaries, sont esclaves de l'organisation commerciale et industrielle; et que si les ouvriers d’aujourd'hui étaient demain des patrons, ils agiraient exac* tement comme les chefs d’industrie dont ils se plaignent. Ce sont donc les circonstances ambiantes qu’il faut modifier.
- Les tisserands de Rochdale n’ayant point obtenu ce qu’ils voulaient, ce qui leur semblait juste, résolurent d’atteindre à leur but par un autre moyen.
- Par une de ces journées humides, sombres, tristes, désagréables, comme novembre en amène, alors que les jours sont courts et que le soleil semble pris de désespoir ou de dégoût et ne plus vouloir briller, quelques-uns d’eux sans emploi, presque sans pain et complètement isolés dans l’état social, se réunirent afin d’étudier ce qu’il était possible de faire pour améliorer leur condition.
- Les manufacturiers ont le capital, les commerçants ont les approvisionnements. Privés de ces deux sortes de ressources que pouvaient faire des ouvriers dénués de tout ?
- Iraient-ils réclamer le bénéfice de la loi des pauvres? C’était perdre leur indépendance.
- Emigreraient-ils? L’émigration leur apparaissait comme une condamnation à l’exil pour crime de pauvreté.
- Que pouvaient-!ls dohc faire 1
- Après bien des réflexions, ils résolurent de commencer le combat de la vie à leurs propres dépens. Se considérant comme des commerçants, des industriels et des capitalistes, à qui faisaient défaut et l’expérience, et les connaissances, et l’argent,ils s’engagèrent à se créer des moyens d’action par l’aide mutuel et à se procurer ainsi tout ce qui leur manquait.
- Une liste de souscription passa de main en main. « The Stock Exchange », (la Bourse), n’aurait pas eu grande confiance dans le résultat. Douze de ces capitalistes liliputiens s’engageaient à verser une cotisation de deux pences (quatre sous) par semaine, somme que ces Rothschilds en herbe ne savaient comment se procurer.
- Après vingt-deux appels aux actionnaires, la
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- Société ri’avait point encore assez de fonds en caisse pour acher un sac de farine ; et pourtant à l’heure actuelle, la Société fondée par ces pauvres hommes compte 10.613 membres ; elle a un capital de 7.314.250 francs ; elle a ses magasins d’approvisionnements et ses fabriques ; elle a fait dans l'année 1880 un chiffre d’affaires de 7.091.375 fr., et réalisé un bénéfice de 1.213 625 fr.'
- Mais à l’époque dont nous parlons les sociétaires se voyaient si peu nombreux ; ils reconnaissaient qu’il leur faudrait un temps si considérable pour être en mesure de réaliser leur projet, que le comité se sentait pris d#’ désespoir. D’autre part, les ressources quelques minimes quelles soient étant précieuses à qui n’a rien, certains membres proposèrent de répartir entre les souscripteurs le petit pécule amassé.
- Dans ces tristes circonstances, une discussion fut ouverte un samedi après-midi. Les membres du comité exposèrent leur anxiété,et cette question fut formellement posée :
- « Quels sont les plus efficaces moyens d’amê-« liorer la condition du peuple ? »
- Il serait trop long de rapporter l’inextricable discussion qui suivit.
- Chaque orateur, comme dans les plus illustres assemblées, avait son spécifique infaillible pour la régénération du genre humain.
- Les Teetotallers arguaient que la meilleure chose à faire était de s’abstenir absolument des boissons alcooliques, et d’appliquer au bien de la famille les épargnes ainsi réalisées.
- La proposition avait du bon, mais elle semblait impliquer ceci : toute chose est correcte dans le monde industriel, l’ouvrier n’a qu’à être sobre pour être riche, le travail est suffisamment et convenablement rétribué,et les patrons n’ont point à se préoccuper davantage des intérêts de leurs salariés.
- Tous ces points malheureusement étaient démentis par les faits, le projet des Teetotallers fut donc rejeté.
- Alors les Chartistes plaidèrent pour qu’on s’occu-* pât du mouvement politique jusqu’à_ ce qu’on eût obtenu la charte du peuple, seule voie de salut suivant eux. Le suffrage universel une fois obtenu, le peuple ferait lui-même les lois et écarterait à volonté tout ce qui lui portait préjudice.
- C’était là un projet un peu surfait. Il impliquait que tout autre effort devait être suspendu, et que la félicité publique pouvait être votée à discrétion. Mais le progrès social n’est point une invention de la Chambre des Communes et une charte du Parlement
- ne peut décréter l’abolition des maux dans les sociétés ni le bonheur du genre humain.
- L’agitation pour le suffrage universel était vue avec grande faveur par le comité ; peut-être même eût-elle été adoptée, si quelques socialistes présents n’eussent fait ressortir que le jour de la. rédemption était bien éloigné encore, s’il fallait attendre la Charte du peuple. Eux, en conséquence, proposaient que les tisserands s'unissent dans une action commune et usassent des moyens dont ils pouvaient disposer pour améliorer leur sort, sans cesser pour cela d’être à la fois et Chartistes et Teetotallers.
- Ce dernier avis prévalut.
- James Daiy, Charles Howarth, James Smithies, John Hill, and John Bent semblent avoir été les principaux avocats de la coopération dans cette discussion.
- Des réunions eurent- lieu ensuite et des plans furent arrêtés pour l’ouverture d’un magasin coopératif d’approvisionnements.
- Nos tisserands alors au nombre de 28, chiffre qui est devenu célèbre quand on parle des fondateurs de la Société de Rochdale, arrêtèrent les bases de la société. Un des premiers points fut que l’on conduirait les affaires d’après ce qu’ils dénommaient : « Le principe de Vargent comptant. »
- Peut-être dira-t-on que l’accumulation des quatre sous par semaine ne les mettait pas en état de faire beaucoup de crédit ; néanmoins ce furent surtout des considérations morales qui les portèrent à cette décision.
- C’était un point de leur éducation socialiste de regarder le crédit comme un mal social, comme un des mauvais fruits de la compétition des intérête. Ils jugeaient que l’abolition du crédit aurait pour conséquence de rendre les transactions commerciales plus simples et plus honnêtes.
- En conséquence, ils se déclarèrent unanimement en faveur de la vente contre argent comptant, et jamais ils ne se sont départis de cette ligne de conduite.
- Us empruntèrent à une institution communiste de Manchester, la « Société de secours pour la maladie et la sépulture, » les dispositions réglementaires qui pouvaient cadrer avec leur projet et y firent les modifications et adjonctions voulues.
- Loin de chercher à éviter la responsabilité les communistes — teetotallers — politiques — coopérateurs, se donnèrent de prime abord une situation légale. Leur société fut enregistrée le 24 octobre 1844, sous ce titre :
- « Société des Equitables Pionniers de Rochdale. »
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- (Acts of Parlement 10 th. Geo. IV, c. 56, and 4 th. and 5 th. William IV, c. 40).
- Quelque merveilleux qu3 soit leur succès actuel, le rêve qui les animait au début était plus extraordinaire encore. En fait, ils aspiraient à transformer le monde.
- Les vues des Pionniers sont exposées dans les propositions qui suivent. A ces vues les sociétaires acquiescèrent d’emblée, et cet acquiescement fut réitéré en 1854. (Voir,a!manach de la Société).
- « La société a pour but et pour objet de réaliser « un bénéfice pécuniaire et l’amélioration des condi-« lions domestiques et sociales de ses membres, au « moyen de l’épargne d’un capital divisé en actions « d'une livre (25 francs), afin de mettre en pratique « les plans suivants :
- « Ouvrir un magasin pour la vente des approvi-« sionnements, vêtements, etc.
- « Acheter ou édifier un nombre de maisons desti-« nées aux membres qui désirent s’aider mutuelle-« ment pour améliorer leur condition domestique « et sociale.
- « Commencer la manufacture de tels produits que « la Société jugera convenables pour l’emploi des « membres qui se trouveraient sans ouvrage, ou de « ceux qui auraient à souffrir de réductions répétées « sur leurs salaires.
- « Afin de donner aux membres plus de sécurité et « bien-être, la société achètera ou prendra à loyer « une terre qui sera cultivée par les membres sans « sans ouvrage ou ceux dont le travail serait mal « rémunéré. »
- Puis venait un projet que nulle nation n’a cherché depuis à atteindre et que nul enthousiaste n’a réalisé:
- « Aussitôt que faire se pourra, la Société procé-« dera à l’organisation des forces de la production, « de la distribution, de l’éducation et de son propre « gouvernement; ou, en d’autres termes, elle éta-« blira une colonie indigène se soutenant par elle-« même et dans laquelle les intérêts seront unis. « Société viendra en aide aux autres sociétés « coopératives pour établir descolonies semblables. »
- Suivait toute une constitution en vue de réorganiser les forces de la production et de la distribution. 11 a fallu des années de patient travail pour ne réaliser ce plan qu’à demi.
- Venait ensuite une proposition de minime importance, mais caractéristique :
- « En vue de développer la sobriété, une salle de « tempérance sera ouverte, aussitôt que possible, « dans l’une des maisons de la Société. »
- Si ces grands projets avaient quelque chance
- d’être réalisés plus vite que l’abstinence universelle ou la cnarte du peuple, il était clair qu’il fallait commencer par lever activement la souscription hebdomadaire des quatre sous.
- Dans tous les mouvements entrepris par les classes ouvrières, la difficulté est de rassembler les moyens d’action. A cette époque les membres de la Société des Equitables Pionniers s’étaient élevés de 28 à 40 ; mais ils se trouvaient répartis dans divers quartiers de la ville et surtout dans les faubourgs.
- Le collecteur des quarante souscriptions avait à parcourir au moins vingt milles; seul,un homme ayant le dévouement d’un missionnaire, pouvait entrepre-prendre une telle tâche. Pour peu que son temps ait quelque valeur, il en coûterait moins au collecteur dans ces conditions de souscrire lui-même tout l’argent à recueillir que d’en faire le recouvrement.
- Néanmoins, puisque nulle autre voie n’était ouverte et quelque fatiguante que fût la tâche, des membres l’entreprirent et, à leur honneur la menèrent à bien.
- La ville fut divisée en trois districts et trois collecteurs furent désignés pour visiter chaque dimanche les sociétaires à leur logis.
- Afin d’accélérer le mouvement, une innovation qui fit grand bruit à l’époque fut introduite. La cotisation de 4 sous par semaine fut élevée à 6. Evidemment les coopérateurs devenaient ambitieux.
- A la fin, l’épargne s’éleva à la formidable somme de 700 francs et, avec ce capital, le nouveau monde fut inauguré.
- [A suivre.)
- MANIFESTE DES DÉMOCRATES ITALIENS
- La pensée de la démocratie italienne vient d’être exposée dans un manifeste adressé à Victor Hugo. Ce document tend à élever la question des rapports entre les deux peuples latins dans la sphère humanitaire :
- En voici quelques extraits :
- « Monsieur,
- « Il y a de cela trente ans, vous associant aux pressentiments de deux grands Italiens,Gattaneo et Mazzini, vous laissiez tomber du haut de la tribune française une parole fatidique, et ceux qui croient à la loi du progrès humain ont recueilli avec joie cette parole sortant de votre bouche.
- « Cette parole prophétisait l’alliance des peuples, la fédération des Etats européens, la victoire du droit qui ne peut mourir sur lofait qui passe fatalement.
- « Interprète des plus hautes aspirations de l’âme humaine, vous avez prédit le.règne de la liberté et de la justice, du travail et de l’association, de l’humanité et de la paix, de la puissance édificatrice de la pensée et de l’harmonie de la civilisation.
- « La question qui trouble aujourd’hui les relations cordiales qui doivent exister entre la France et l’Itaiie doit affliger votre grand cœur, comme elle afflige parmi nous les amis sincères de la liberté et de la patrie.
- Le différend insensé soulevé de part et d’autre par de
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- mesquins intérêts et par des rivalités intempestives ne peut prévaloir devant une plus juste et plus large conception des vrais intérêts sur les côtes africaines.
- « L’apparition de cette question indique malheureusement, dans les sphères officielles, une tendance _ funeste aux meilleures espérances de l’avenir, qui fait la joie de ceux-là seuls qui luttent contre le progrès.-
- <t Deux politiques diamétralement opposées, se disputent l’empire du monde. Vous avez plusieurs fois, monsieur, tracé de main de maitre le caractère qui les distingue. Il y a la politique de l’égoïsme, de l’arbitraire, de la haine, c’est la politique du passé, qui brise les liens naturels unissant les nations entre elles, qui engendre l’esprit de conquête, démembre et confond les patries des peuples, fonde des colonies esclaves,impose des monopoles à la liberté du commerce et des mers croit propager la civilisation avec le fer et le feu, et qui chaque jour gaspille en armements exagérésfies trésors qu’elle arrache à la production, au travail et à l’agriculture des nations.
- « Il y a, par contre, la politique de la raison et du droit, de la justice et de la solidarité bienfaisante du travail, la politique que la nature elle-même prescrit à l’humanité, qui rapproche les nations, les affranchit des chaînes imposées par l'arbitraire, pour lés rendre libres, égales entre elles, et solidaires dans l’action laborieuse dé la vie; grâce à cette politique qui un jour s’imposera, vous l’avez vous-même dit dans une occasion solennelle, une guerre entre Londres et Paris, Saint-Pétersbourg et Berlin, paraîtra aussi absurde et impossible qu entre Boanne et Amiens, entre Boston et Philadelphie. De ces deux politiques, quelle est celle que suit le gouvernement delà République française?
- « Nous le disons avec douleur et découragement, les faits qui se déroulent devant nos yeux sont du domaine de la première et s’éloignent de la seconde. Et comme, de notre côté, nous combattons à outrance en Italie toute velléité de prépondérance exclusive dans la colonisation de l’Afrique, nous ne pouvons que déplorer que la France, la France de la République, s’engage dans cette voie, pleine de périls et de sinistres présages... .
- « Nous croyons comme vous, monsieur, qu a 1 epoque où nous vivons, l’association civile des Etats doit succéder à l’isolement sauvage, qu’à la faculté d user et d’abuser à leur guise de leurs pouvoirs absolus,la raison
- commune doit opposer un frein salutaire; et enfin qu’il est temps de faire succéder à l’anarchie internationale de notre époque un vrai droit des gens, qui guide les nations vers cette alliance que vous préconisez, qui seule pourra les conduire à l’entier développement de leurs capacités intellectuelles et économiques, reposant sur une base inébranlable, parce qu’elle répond au mé-c uisme de la nature et aux exigences de la morale et de la justice.
- « La France, l’Angleterre, l’Italie, comme précurseurs "des nations européennes sur le chemin de la liberté sont appelées les premières à mettre en pratique ce juste pacte des temps nouveaux, Yœquum fœdus. Tel est le décret de l’histoire, tel est le cri des peuples. Insensés et parricides sont les gouvernements qui veulent s’y opposer et qui, à la voie de la justice préfèrent celle de la barbarie.
- « ià ceux qui possèdent la plus grande somme de liberté incombent les plus grands devoirs. La République a donc une tâche plus lourde et en même temps plus belle : si elle n’en assume pas toute la responsabilité avec courage et loyauté, elle trahit sa mission et elle ne sera que le masque du despotisme.
- « Mais le mensonge ne dure pas et pendant que fltaiie se délivrera des fictions dont elle souffre, en • s'émancipant d’un système de gouvernement qui la compromet et l'humilie, la France, nous eji sommes convaincus, la France vraie, la France du peuple, saura faire resplendir de tout son éclat l’idéal républicain sur la conscience humaine.
- « Alors, les deux nations libres, é aies, dignes l’une de l’autre, se trouveront indissolublement unies sur la grande voie du progrès humanitaire.
- « C’est en formant ces souhaits, qui sont àussi les vôtres, monsieur, et pleins de foi dans l’avenir des peuples, que nous vous envoyons un salut fraternel.
- « Florence, 1S mai 1881.
- Agostino Bertani. — Alessandro Cas- v tellani. — Giovanni Bovio. — Adriano Lenuisi. — Aurelio Saffi. — Federico Campanella. — Alberto Mario. »
- Le Directeur-Gérant : GODIN.
- SOCIÉTÉ DU
- ASSOCIATION COOPÉRATIVE DU CAPITAL ET DU TRAVAIL
- PARTAGE DES BÉNÉFICES ENTRE DOUZE CENTS TRAVAILLEURS
- CAPITAL: 4,600,000 FRANCS
- Cette association embrasse l’industrie et les besoins domestiques de la population, c’est-à dire le soin des propriétés de l'Association, la location des logements, les approvisionnements et débits de toutes marchandises nécessaires à la consommation, et la production manufacturière de toutes sortes d’objets de chauffage d’ameublement en fonte de fer.
- Elle demande à s’ajoindre des membres désireux du succès de l’Association en état de lui rendre de réels services, et particulièrement :
- 1° Un homme capable de bien comprendre l’administration et la direction des propriétés, des services domestiques et des services commerciaux de l’association.
- 2° Un bon contre-maître de fonderie^pour la su vaillance de la sablerie et du moulage des pièces de
- fonte et d’ornement,- produites par des procédés de moulage mécanique le contre-maître au besoin, devrait veiller aux machines elles-mêmes ;
- 3° Un ajusteur, dessinateur et praticien pour conduire l’exécution de modèles nécessaires aux besoins du commerce et destinés au moulage mécanique ;
- 4° Un secrétaire-comptable d’administration*
- 5° Une personne en état de diriger les travaux de construction de bâtiments.
- Bons appointements et participation aux bénéfices, proportionnés à la capacité des personnes.
- S’adresser à l’Administrateur-Gérant de la Société du Familistère à Guise (Aisne)._____
- Saint-Quentin—lmp, de la Société anonyme du Glaneur,
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- 4* INNÉE, TOME 5 — N° 148
- dLe numéro hebdomadaire 20 c.
- DIMANCHE 5 JUIN 1881
- Le Devoir
- DES RÉFORMES SOCIALES
- BUREAU
- A GUISE (Aisne
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Dire cteur-Gérant fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE
- par l'envoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France
- Un an . . . '. Six mois . . . Trois mois . .
- 40 fr. »» 6 »» 3 M»
- Union postale
- Un an. . . . 11 fr. »» Autres pays Un an. . . . 13 fr. 60
- SOMMAIRE
- Conférence de M. Godin. — Nouvelles du Familistère. Etat civil du Familistère. — Faits politiques et ' sociaux. — Congrès régional du centre. — Documents sur Tunis. — Nouvelles diverses. — Histoire des Pionniers de Rochdale. — La misère en Irlande et ses remèdes. — Variétés.
- CONFÉRENCE DE M. GODIN
- AUX MEMBRES DE L’ASSOCIATION
- le 22 mai 1881.
- Mes amis,
- « J’ai reçu de la part de plusieurs d’entre vous des demandes d’éclaircissements sur divers points des statuts et règlements, je vais les examiner tour à tour.
- « De semblables discussions auront le mérite de faire disparaître les fausses interprétations, ^ vous faire saisir la portée et l’importance des statuts de notre Association, et, pour le Cas où certains points donneraient lieu à quel-<îUe équivoque, le Conseil de gérance consignerait dans ses procès verbaux de séances sPeciales les interprétations propres à éviter tout embarras dans l’application du pacte social.
- on s’abonne A PARIS 5,r.N euve-des-petits-Champs Passage des Deux-Pavillons
- S’adresser à M. LEYMARIE administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
- « S’il résulte de nos discussions que quelques dispositions de nos statuts et règlements soient à changer dans l’intérêt bien compris de l’avenir de notre Association, cela pourra donner lieu, après étude, à une proposition de modifications statutaires à soumettre au vote de l’Assemblée générale des associés, selon les prescriptions du pacte social.
- « La principale question qui m’est soumise pour cette conférence est formulée ainsi :
- « Parmi les objections plus ou moins absur-« des que j’ai entendu faire contre l’Àssocia-« tion, une de celles qui m’a paru la plus sé-« rieuse et la plus partagée est celle-ci : Lorsque « M. Godin mourra, son ou ses héritiers dis-« soudront la Société et mettront les associés « surtout à la porte.
- « Il est vrai que l’article 13 des statuts ré-« pond à ces objections, mais peut-être serait-il « opportun de commenter cet article et de « prouver aux timorés que leurs craintes sont « chimériques. »
- « La question de l’avenir de l’Association a déjà été touchée dans ma dernière conférence. Je vous ai dit que cet avenir est entre vos mains. Aujourd’hui je vous rappelle qu’avec la volonté on transporte les montagnes ; il suffit de vouloir et de savoir se servir de l’instrument propre à opérer ce transport. Or, cet instrument je vous l’ai donné, c’est le pacte social que nous examinons dans les statuts- mêmes. Si vous apportez la volonté et l’intelligence nécessaires à la direction et au soutien de l’Asso-
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- dation, vos craintes pour l’avenir sont chimériques. La Société est fondée sur les bases légales les plus sures et les plus solides ; la sécurité de son avenir est complète. Vous seuls pourriez en laisser compromettre l’existence par faiblesse ou ignorance.
- « Néanmoins je comprends que ces craintes s’éveillent en vous, quand vous considérez les luttes que j’ai eues à soutenir pour arriver à fonder le Familistère et son Association. Je conçois que peu familiers avec les conséquences des contrats de Société, vous n’embrassiez pas de suite toute la force qu’une Société trouve dans la loi qui la considère comme personne civile et dans ses propres statuts qui sont sa loi à elle ; je comprends donc que vous trembliez de vous trouver face à face avec clçs obstacles analogues à ceux qui se sont dressés sur ma voie.
- « Il ne faut pourtant point confondre des situations qui sont toutes différentes. Les obstacles que j’ai rencontrés sont ceux que tout novateur trouve sur sa route. La voie est ouverte maintenant, elle sera pour vous moins difficile à suivre.
- « Consultez l’histoire, et vous verrez que rien ne s’est produit dans le monde sans susciter des résistances. Plus les peuples sont ignorants, plus ces résistances revêtent un caractère barbare. C’est par le cachot, par la torture, par le martyre ou le bûcher que les hommes aux idées nouvelles étaient autrefois combattus. Il n’en est plus tout à fait ainsi de nos jours. Les résistances sont moins personnelles et moins violentes, mais le novateur n’est pas à l’abri de leurs atteintes; elles le suivent dans tous les actes de la vie.
- « Dès les débuts de ma carrière industrielle-alors que je n’étais qu’un artisan, presque un simple ouvrier, puisque je suis venu m’installer à Guise avec une vingtaine d’hommes seulement, je vis naître des dispositions peu favorables à mon égard.
- « Pourquoi ?
- « Je changeais certaines habitudes du pays en augmentant le salaire des ouvriers. Ce fut un sujet de mécontentement pour ceux qui donnaient alors en hiver la misérable somme de quinze sous par jour à leurs manœuvres.
- « Bientôt aussi je fus qualifié de socialiste.Le titre était mérité ; pourtant, je ne parlais de mes opinions à personne. Ma vie était toute entière absorbée dans le travail.
- « 1848 arriva. J’étais à Paris au moment de la Révolution de février. Cela fut su à Guise et bien vite interprété contre moi de la façon la plus grave.
- « Les hommes de la réaction me signalèrent au pouvoir. Des visites domiciliaires furent faites chez moi. On eût bien voulu me proscrire, mais mon industrie avait marché, j’oceu. pais alors 300 ouvriers ; comment jeter toutes ces familles dans la détresse. On eut peur des conséquences d’une telle décision et l’on me laissa tranquille.
- « Néanmoins je me sentais si peu sûr alors du lendemain que je fondai en Belgique l’établissement qui y existe encore, et c’est à ces circonstances qu’est due l’existence de l’usine que la Société possède maintenant à Laeken.
- « L’empire fait, je demeurai aux yeux de ce gouvernement un homme sur qui il fallait avoir l’œil. J’étais non-seulement sans appui près de lui, mais encore l’objet de délations continuelles de la part de rivalités jalouses.
- « La magistrature ne m’était pas plus favorable. Aussi perdais-je tous les# procès industriel^ que la contrefaçon m’obligeait à soutenir.
- « Et le procédé pour me battre devant les juges était bien simple.
- « Quelle que fût la bonté de ma cause, malgré les conclusions les plus formelles des experts en ma faveur, la partie adverse, sans entrer dans l’examen des faits du procès, venait dire devant les juges. « MM. les magistrats, M. Godin est un socialiste, etc.,,etc. » le procès était gagné pour elle.
- « Après les débats, les juges, sans se lever de leurs sièges et sans délibérer, décidaient ainsi :
- « Attendu que Godin n’a jamais rien inventé, la cour déclare ses brevets nuis et non avenus.»
- « C’est ainsi que mes premiers débuts en industrie furent sacrifiés. Vous avez vu ces faits se renouveler.
- « Mais malgré mes contrefacteurs et mes juges, j’ai maintenu au premier rang l’industrie que j’avais créée.
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- « Vous avez encore vu lorsque j’ai fondé le . Familistère, ma propre famille me susciter les difficultés les plus graves et accroître ainsi mes embarras. Malgré cela le Familistère s’est fait.
- « Puis la guerre vint, l’Empire tomba, et peu après le Gouvernement du 24 Mai, dit de l’ordre moral, créa au Familistère les difficultés dont vous avez tous été témoins. Des procès en police correctionnelle me furent suscités pour l’instruction que je faisais donner à vos enfants.
- « Nos écoles furent désorganisées mais vos protestations dans les journaux firent reculer l’administration devant le scandale de ces poursuites et de ces tracasseries. Néanmoins tout ce que l’administration a pu faire depuis pour me nuire elle l’a fait.
- « Que vous craigniez pour l’avenir le retour d’entraves analogues et la continuation de ces procédés, que vous redoutiez surtout des embarras de la part de mes héritiers comme cela m’est signalé tout spécialement, je le conçois, mais relisez vos statuts et voyez que de mesures sont prises pour vous garantir de toute crainte vaine sous ce rapport.
- « L’art. 13 dit :
- « Les droits particuliers réservés au Fonda-« teur ne passent en aucun cas à ses héritiers « ou ayants-dçoit.
- « L’acquisition par voie héréditaire ou autre-« ment de tout ou partie des apports du Fon-« dateur ne confère pas au nouveau possesseur « le droit de s’immiscer dans les opérations « sociales ; il devient simple intéressé com-« manditaire et n’a que le droit de tirer de ses « titres, dans les conditions prévues art. 31, « les mêmes avantages pécuniaires qu’en aurait « tirés le Fondateur. »
- « Vous voyez donc que le seul droit que puissent exercer mes héritiers, c’est de recevoir les intérêts du Capital qui leur reviendra, plus Uu dividende proportionnel sélon les dispositions statutaires. Mais cela ne fait d’eux que de simples bailleurs de fonds qui n’ont même pas le droit d’assister à vos Assemblées.
- <c Quant aux droits du Fondateur qui ne passent en aucun cas à ses héritiers ou ayants-droit, l’art. 12 est très explicite sous ce rapport.
- (< Nos statuts constituent la Société du Fami-istère en personne civile. Tout étranger que
- vous soyez généralement â ces sortes d’institutions, vous savez tous néanmoins qu’il y a en France, nombre de grandes Compagnies, celles des chemins de fer, par exemple, qui sont autant de personnes civiles que le mauvais vouloir de quelques actionnaires serait impuissant à dissoudre ; l’assemblée générale elle-même ne le pourrait que dans certaines conditions.
- « Une société régulièrement constituée selon la loi ne peut perdre ensuite son existence que dans les conditions fixées par ses propres statuts ou par la loi elle-même.
- « Or nos statuts à nous fixent des conditions dans lesquelles la dissolution peut avoir lieu avant le terme de 99 ans que nous avons assigné à la société; mais hors de ces conditions la société est inattaquable.
- « J’ai étudié la question avec le plus grand soin parce que je voulais donner au monde un exemple frappant et durable de ce qu’on peut réaliser aujourd’hui au bénéfice des travailleurs.
- « Partout les ouvriers se plaignent du régime industriel. Une réforme complète est réalisée ici. Par le contrat social son avenir vous est confié. L’oeuvre ne sera brisée que si vous la brisez vous-même. Les préventions que les tribunaux ont eues contre moi n’existeront plus contre vous, je vous expliquerai pourquoi dans une autre conférence.
- « A mesure que les jours s’écoulent la force de notre Société grandit. Vos intérêts s’y accumulent; déjà votre part y est représentée pour plusieurs centaines de mille francs ; — sous peu de temps l’établissement sera votre propriété collective pour une forte partie de sa valeur. Comment dans de pareilles conditions concevoir le moindre doute sur la solidité de la Société ?
- « Mais toutes ces mesures salutaires par lesquelles j’ai assuré votre avenir ne sont point tout encore. Vous avez vu que l’art. 12 des statuts parle de mon acte testamentaire; cet acte est fait et il ajoute à la force des statuts une force nouvelle pour garantir votre sécurité. Il est conçu dans des termes tels que nul n’y pourra déroger. ( Vifs applaudissements.)
- « La tâche la plus pressante qui vous incombe c’est de préparer et de consolider l’avenir de l’œuvre par vos soins, votre bon travail et
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- surtout en vous élevant à l’amour même de l’idée d’association.
- « Car, je vous le répète, si à ma mort^vous êtes divisés entre vous, si vous manquez de volonté et de confiance, vous vous placerez vous-mêmes dans des conditions périlleuses.
- « Elevez-vous donc à la conscience de vos droits et de vos devoirs. Car il y a ici pour vous non-seulement des droits à exercer, mais aussi des devoirs à accomplir envers vos enfants, envers ceux qui vous suivront.
- « Mon œuvre n’a pas été conçue en vue de vous seuls ; si je n’avais eu d’autre but que de créer des avantages à votre seul bénéfice, il y a longtemps que votre incrédulité et votre insouciance m’eussent lassé et découragé au point de me faire renoncer à mes projets. Mais je sentais qu’en travaillant pour vous, je travaillais pour le monde; qu’en luttant contre tous les obstacles qui se sont dressés de toutes parts sur ma voie, je luttais pour tous les travailleurs, pour l’humanité elle-même, et ce sentiment m’a soutenu, m’a fait avancer là où d’autres moins convaincus du but poursuivi se fussent arrêtés.
- « Je crois vous en avoir dit assez, mes amis, pour vous rassurer sur l’avenir de notre société. Le Familistère vivra. L’idée qui y a donné naissance est impérissable, elle vivra autant que le monde. Et quand les murs de briques qui nous abritent seront tombés en poussière, les générations se transmettront le souvenir des enseignements qui auront été incarnés ici. La parole de vérité sera de mieux en mieux comprise, car ce n’est point tout d’un coup que l’homme embrasse les choses dans leur sens véritable et complet.
- « Les œuvres humaines vont se perfectionnant sans cesse; il en sera de même des associations coopératives, mais la Société du Familistère n’en marquera pas moins dans l’histoire de l’humanité une étape dont le souvenir restera.
- « Après moi, tout marchera ici comme tout a marché sans moi pendant les cinq ans que j’ai passés à Versailles, en qualité de député. Les conditions commerciales et industrielles n’étaient point à cette époque aussi favorables qu’elles le sont maintenant, et vous étiez loin
- alors d’avoir parmi vous une organisation puissante et capable comme celle que l’Association VOus donne.
- « Tout se présente actuellement pour nous sous le jour le plus prospère. Les inventions nouvelles se multiplient au profit de notre industrie, les choses s’organisent partout de la façon la plus satisfaisante.
- « Que pourriez-vous redouter ?
- « Une guerre même viendrait que vous la traverseriez comme vous avez traversé celle de 1870, prêts à reprendre une force et une vigueur nouvelles, une fois le calme rétabli.
- « Rien, absolument rien, selon les prévisions humaines, n’autorise de craintes pour l’avenir.
- [A suivre). GODIN.
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- NOUVELLES DU FAMILISTÈRE
- Durant les journées des 28, 29, 30 et 31 Mai le Familistère, son usine et ses dépendances ontété visités par M. Catineau, officier supérieur en retraite, venu de Cliâtollerauit dans le seul but de faire cette visite.
- ÉTAT CIVIL DU FAMILISTÈRE
- Vendredi 27 Mai 1881. — Fontaine Albert, fils de Fontaine François et de Dieux Adéline. Dimanche 29 Mai 1881. — Roolf Marie-Cloramide, fille de Rooif Joseph et de Nicolas Astray. Lundi 30 Mai 1881. —•• Basse Victor-Georges, fils de Basse Désiré et de Leroux Julienne.
- DÉCÈS
- Mardi 31 Mai 1881. — Ribeaux Fernand, âgé de 1 mois. — Mort de convulsions.
- Mardi 31 Mai 1881. — Chevyer Blanche, âgée de 9 mois. Morte de convulsions.
- La Bassia Latitolia
- Nos marchands de vin ne se contentent pas de fabriquer et de mouiller le jus de la treille ; ils ont découvert dans la Bassia latifolia, produit de la végétation indienne, un fruit plus économique que le raisin, et la préfecture de police évalue à 250,000 kilogrammes la quantité de cette substance qui s’est introduite à Paris depuis quelques mois. Comme on prétend que la Bassin détermine une sorte de folie ou tout au moins des accidents cérébraux assez graves, il faut espérer que cette fleur sera traitée plus durement par M. Andrieux qu.® ne le fut l’eau pure, au banquet du Tivoli-Vaux-Hall.11 y a là pour ce fonctionnaire matière à une circulaire prohibitive.
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- LE DEVOIR
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- FAITS POLITIQUES & SOCIAUX DE LA SEMAINE
- rpî-avaiïx d©s*$ Chambres. — La Chambre des députés a adopté,après rejet d’une demande d’ajour-
- efllent, le projet de loi sur le travail des enfants et des 0es mineures employés dans l’industrie.
- Elle a aussi terminé la discussion du projet de loi codifiant la loi de 1872 sur le recrutement.
- Le dernier texte de la commission, en date du 18 mai a été rejeté par 298 voix contre 170.
- On sait qu’il accordait aux instituteurs le service d’un an et qu'il laissait les séminaristes sous le régime du droit commun.
- La Chambre a adopté l’avant-dernière rédaction de la commission, devenue le projet du gouvernement,et qui accorde aux séminaristes,aussi bien qu’aux instituteurs le privilège de servir dans l’armée pendant une année
- seulement .
- Le système qui établit l’égalité d’une année de service entre les séminaristes et les instituteurs l’a emporté, à la majorité de plus de deux cents voix. Faut-il espérer, comme le ministre en a exprimé la confiance, que l’Eglise justifiera ce témoignage de bienveillance en donnant l’exemple de l’apaisement, de la conciliation, du respect envers les institutions du pays? M. Jules Ferry a déclaré que cette politique nouvelle est la meilleure à suivre en présence de l’attitude pacifique du pape.
- Voilà un langage qui a lieu de surprendre. Jusqu’ici Léon XIII n’a pas suivi, il est vrai, les errements violents de Pie IX, mais il ne les a jamais complètement dévoués. Il est vrai qu’il lui serait difficile de le faire, vu que le principe de l’infaillibilité papale s’accorderait mal avec le désaveu des actes d’un infaillible par un autre infaillible.
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- La proposition Barodet demandant la révision de la constitution, proposition qui avait d’abord été écartée par un vote sans scrutin a été inscrite à l’ordre du jour par un vote au scrutin et à la majorité de 208 voix contre 154.
- M. Jules Ferry a fait opposition au projet.
- Des paroles que l’esprit le plus modéré ne peut s’empêcher de trouver maladroites lui ont échappé; il en a résuit > un tumulte regrettable.
- M. Ferry a insisté et a posé résolument la question de cabinet.
- Au scrutin la proposition de révision est repoussée par 254 voix contre 186.
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- Au Sénat, M. Lambert Sainte-Croix a présenté une interpellation au sujet de la laïcisation du personnel des hôpitaux de Paris. M. Constans a répondu que l’Assistance publique de Paris n’a pris que des mesures parfaitement légales.
- Malgré cela l’ordre du jour hostile de M. Lambert Sainte-Croix a été adopté par 147 voix contre 111.
- l e Sénat a élu une commission dont 8 membres sur oeuf sont adversaires du scrutin de liste.
- Deux élections» législatives» ont eu lieu dimanche. Deux républicains l’ont emporté, à Roueü, M. Duvivier et à Paris M. Anatole de La Forge. On sait que ce dernier appartient à l’opinion républicaine très décidée en principe quoique assez conciliante en pra-
- Conférence internationale. — M. Barthé-mmy Saiut—Hilaire est disposé a convoquer une conférence internationale, sur la demande du savantM.de
- Fonvielle, pour édicter un règlement universel relatif à la protection des câbles sous-marins en temps de paix et à leur neutralisation en temps de guerre.
- Lesdégrèvements d’impôtH pour 1882.
- — La commission du budget a entendu io ministre des finances et M. Wilson, sous-secrétaire d’Etat, au sujet delà situation générale des recettes et des dépenses du budget de 1882.
- Après avoir entendu les explications du ministre, la commission, en tenant compte d’une part des relèvements légitimes à faire dans le rendement des impôts, et d’autre part des réductions opérées sur les dépenses nouvelles, et enfin considérant les nécessités qui résultent de l’application des lois nouvelles, la commission a jugé possible de continuer en 1882 la polilique des dégrèvements, inaugurée il y a quatre ans. Sou choix s’est porté sur le dégrèvement de l'impôt sur le papier, qui représente une somme de 16,433,000 fr.
- Sur cette somme 12 millions sont payés par les contribuables, et le reste par les services publics.
- Il importe d’ajouter que la commission n’a fait ce dégrèvement relativement restreint que parce qu’elle a consacré conformément aux propositions du gouvernement jusqu’à concurrence de 22 millions une partie de l'excédant disponible de 1882 à couvrir la partie des frais de la gratuité de l’enseignement primaire que l’Etat prend à. son compte, de manière à décharger les communes qui devaient primitivement acquitter cette somme,.
- G est donc pour toutes les communes pauvres un dégrèvement réel, équivalant pour chacune au produit de 4 centimes additionnels au principal des quatre contributions direcles.
- La commission du budget a donc terminé la partie-essentielle de son œuvre/Le rapport général va pouvoir être prochainement déposé sur ie bureau de la Chambre et celle-ci pourra enfin aborder la discussion du budget de 1882, la seule tâche importante qui lui reste à accomplir avant l’expiration de son mandat.
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- Le discours de ML GfsurtLotLi à l’inauguration du monument élevé à Gahors à la mémoire des mobiles tués pendant la sruerre, est fort remarqué.
- IL y a bien un passage où le président de la Chambre reprend la vieille thèse aujourd’hui condamnée si vis pacem para belltim, mais dans d’autres, parties ce discours est très sympathique a la paix.
- Il faut faire, a dit l’orateur, sortir un exemple de cette pierre sculptée pour les générations qui viennent ; et, rassurez-vous., ce n’est pas un exemple ni un enseignement de politique d’agression, d’aventure ou de conquête ; non ! non !
- Si ce monument veut dire quelque chose avec une puissance irrésistible, il dit, entendez-ie bien, que ceux qui sout là ne sont tombés que parce qu’une nation, à une heure lugubre, s’était donnée tout entière aux maius d’un seul homme.
- Mais je ne veux pas récriminer ; je ne veux pas surtout introduire dans ce discours rien qui ressemblerait dans ma bouche, à l’heure actuelle, à une parole de parti; car je veux rappeler, devant ce monument, que ce jour-là tous les partis se sont trouvés unis, et, quelles que fussent leurs préférences personnelles, ont marché d’un même élan'et d’un même cœur sous les couleurs nationales.
- Mais pourquoi ne nous a-t-il pas été donné, au lendemain même de ces terribles leçons de la fortune, de voir se poursuivre, dans le champ de bataille pacifique de la discussion, du progrès, de l’éducation, delà forme politique du gouvernement, le même concours, la môme communauté d’efforts et d’énergie? Que la France, messieurs, serait grande s’il en avait été ainsi î
- Eh bien ! ce qui ne s’est pas fait au lendemain de nos désastres, se fait tous les jours, en dépit des résistances
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- LE DEVOIR
- des états-majors des partis impuissants. La France, la vraie France, celle qui travaille, qui paie, qui veut être libre, sûre et tranquille, qui veut être partout semblable à elle-même, a encore à faire un effort. Encore, passez-moi cette expression familière, encore un coup de collier du suffrage universel, et nous obtiendrons l’unité d’efforts, de sentiments, d’origine.
- Oui, r ippelons-nous, souvenons-nous, soyons indul-
- ents les uns pour les autres, parce qu’il est certain que
- es catastrophes comme celles qu’on vient de rappeler ne fondent pas sur un peuple et ne le mettent pas à deux doigts de sa perte sans qu’il n!y ait de la faute commune.
- Les uns ont péché par excès de faiblesse, les autres par excès d’arrogance et de despotisme, le plus grand nombre par une indifférence coupable. Mais, messieurs, tout se paye dans la société et dans l’bistoire.
- A l’indifférence, c’est le désastre qui répond.
- Eh bien ! aujourd’hui vous avez deux garants, car désormais l’épée de la France ne peut plus être, dans la main d’un aventurier, un instrument ni d’oppression au dedans, ni d’agression illégitime au dehors Ces deux garants, Vous les connaissez, c’est le service obligatoire pour tous, faisant passer sous le même niveau tous les Français, afin de rendre la France toujours forte L’autre garant, l’autre pilier de votre nouvelle fortune, c’est que dans ce pays-ci rien de ce qui touche à la paix ou a la guerre ne peut être désormais décidé que par la volonté du peuple.
- Eh bien ! c’est sous révocation de ces deux idées que je veux vous laisser. Il ne convient pas, dans une pareille cérémonie, de multiplier les mots et de tirer des prétextes à phrases d’une situation aussi grande dans sa simplicité et aussi douloureuse dans son origine.
- Ce qu'il faut, c’est que nous sortions d’ici bien convaincus que si l’armée est le premier souci delà France, c’est qu’elle est la France dans sa jeunesse et dans son avenir, mais la France résolue à maintenir sa dignité dans la paix, car c’est la paix qu’il lui faut.
- Ne vous laissez pas prendre à ceux qui viendront vous dire qu’une grande armée, passionnémeni éprise de son honneur, est un danger pour la paix.
- Les paix longues et durables, celles qui donnent la tranquillité et assurent un long avenir aux peuples, sout celles qui reposent sur la force même de l’organisation nationale. »
- Par conséquent, vous êtes sûrs de cette paix, quelque bruit qu’on fasse retentir à vos oreilles, puisque, messieurs, vous êtes les maîtres. Rien ne peut se faire sans la volonté de la nation. Et qui donc peut lutter contre la volonté de la France?
- Eh bien ! ce que la France veut, c’est ce que lés républicains veulent, c’est-à-dire l’ordre, la paix dans la liberté-et le progrès pour assurer, le développement du génie français.
- * *
- Le voyage de M. Gramlbetta à Oahors
- est une preuve de plus que les coutumes monarchiques n’ont pas disparu dé France et qu’elles sont aussi vives que jamais dans nos campagnes. Ce voyage, comme on l’a fort bien fait observer, est Un voyage césarien. Il rappelle, à s’y méprendre, les fameux voyages napoléoniens. alors que les populations rurales, menées par leurs maires à l’instigation des préfets et sous la sur veillance des gendarmes, accouraient sur le passage du train officiel et saluaient de leurs acclamations l’homme qui, après avoir étranglé la République et étouffé toutes les libertés, devait mener la France au Mexique d’abord. à Sedan ensuite.
- « C’est la même mise en scène ; c’est la même apothéose. Rien n’y manque, ni le concours des autorités civiles et militaires, ni l’affluence des foules, ni les harangues complimenteuses des maires, ni les coups de fusil tirés en l’air en témoignage d’allégresse, ni les illuminations des édifices publics et des maisons particulières, ni les poignées de mains intelligemment distribuées, ni les scènes d’attendrissement, ni la servilité
- générale. L’Eglise même a participé à cet agenouille, ment universel.
- Il est juste de reconnaître que rien ne prouve que ces manifestations si étrangères aux mœurs républicaine soient vues avec satisfaction par M. Gambetta. à
- Un passage de son discours de Cahors semble dire le contraire.
- ITALIE
- La. crisse ministérielle. — La solution delà crise italienne n’a pas marché toute seule. G’éiait une tâche laborieuse que former un cabinet dans les circonstances actuelles : un cabinet qui ne soit pas tout d’une pièce et d’une seule couleur, et dont cependant les membres puissent vivre*ensemble ; qui ne soit pas condamné à se dissoudre le lendemain de sa formation qui plaise a la gauche et ne déplaise pas à la droite, qui réponde au sentiment public au sujet de Tunis et qui cependant ne soit pas hostile à la France, qui ait l’air au dedans d’être belliqueux et qui n’en ait pas l’air au dehors. C’est.presque la pierre philosophale.
- Ii est arrivé ceci : c’est qu’il suffisait d’avoir refusé uu portefeuille pour qu’un homme d’Etat en disponibilité, assez mal vu la veille, devint tout à coup populaire. Plus la chasse aux ministres se prolongeait, plus l’ancienne majorité reprenait courage, plus ses rangs désunis se reformaient, et l’on voyait peu à peu, devant la crainte d’une dissolution du Parlement et d’un retour triomphal de la droite, la gauche disloquée réunir autour de son programme plus de trois cents adhérents.
- 11 est vraiment fâcheux que cette cohésion ait attendu le jour de la défaite pour se produire et que ce grand parti ait montré,pendant tout le temps où il était maître du pouvoir, une incurable indiscipline,«une dé-plorab'e facilité à subordonner l’intérêt du pays à des questions de personnes.
- Le nouveau ministère est constitué. Il diffère peu comme tendance générale de celui qui vient de tomber.
- Les nouveaux ministres ne sont qu’au nombre de 3, ce sont MM. Zanardèlli, Berti et Mancini remplaçant MM. Gairoli, Villa et Michelli.
- M, Mancini contribuera puissamment au prestige du cabinet Sa politique extérieure, au dire du Temps, se distinguera surtout une grande probité.
- M. Zanardèlli est tin membre de l’ancien ministère Depretis. II est le chef de l’extrême gauche constitutionnelle. Il a une certaine influence sur le parti démocratique.
- M. Berti siège à droite mais il est sympathique à la démocratie avancée. Il est partisan du scrutin de liste et du suffrage universel, il a voté contre l’inique impôt sur la mouture.
- La Chambre, aussitôt sa réunion, reprendra la discussion de la réforme électorale.
- SUISSE
- L’élection desjnges parle peapledans
- le canton de Genève a été votée parle Grand Conseil de celte petite République. La majorité en faveur du projet de loi a été considérable. Comme il arrrive fréquemment à Genève depuis plusieurs années les préférences politiques ne sont'entrées pour rien dans la discussion et dans le vote. Il s’est trouvé dans les deux camps, dans celui des partisans aussi bien que dans celui des adversaires du projet de loi des hommes politiques du parti radical et du parti conservateur, hier encore adversaires déterminés sur d’autres questions.
- Les décisions prises ainsi sans esprit de parti ont plus de chances d’être profitables au bien public que celles enlevées par la passion politique.
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- ALLEMAGNE
- situation. — La semaine dernière a eu lieu chez le prince de Bismarck, à Berlin, une soirée parlementaire pendant laquelle, suivant sa coutume, il s’est exprimé familièrement sur diverses questions à l’ordre du jour, entre autres sur l’incorporation de Hambourg dans le Zollverein et sur les assurances ouvrières. Pour celles-ci, l’intervention de l’Etat reste, a-t-il dit, la clause ess.ntielie.
- Si le projet échoue cette année, il reviendra l’année prochaine avec d’autres au Reichstag, voilà tout. Quant à Hambourg, il a beau se débattre, il sera incorporé; c’est une affaire réglée.
- Cette affaire de Hambourg, qui a précisément reparu au Parlement, est tellement compliquée,qu’elle provoque aisément des malentendus et qu’il n’est pas inutile d’y revenir.
- Le chancelier n’a pas retiré son offre de-compromis qui tend à laisser à Hambourg une sorte d’entrepôt libre pour son commerce transatlantique, tandis que la ville de Hambourg même entrerait dans la sphère douanière de l’empire.
- Les négociations continuent, au contraire, à ce sujet, mais le chancelier veut hâter la solution et exercer à cet effet une pression sur la ville hanséatlque. Peut-être aussi orévoit-il la résistance de la bourgeoisie de Hambourg.
- Il veut, d'autre part, ne pas ascorder toutes les conditions demandées par la ville hanséatique. C’est pourquoi il veut faire transférer, dès le i«T octobre prochain, la frontière douanière en aval de la rivière, et supprimer les bureaux de douanes impériaux actuels pour les établir sur la frontière nouvelle.
- Ces procédés, on le conçoit, ont provoqué une vive irritation à Hambourg. Le'Parlement. à son tour, veut réserver sa compétence dans cette question. C’est du moins le sens de la motion de la gauche.
- La Reichsmuedigheit (dégoût de l’empire) contribue à produire ses effets. De nouveaux groupes de près de 200 émigrants badois et wurlembergeois viennent de passer à Strasbourg pour se rendre au Havre et de là en Amérique.
- Le gérant de la Gazette de Francfort, M. Daniel Saul, a été condamné par le tribunal correctionnel de Francfort, dans son audience du 23 mai, à un mois de prison pour offense envers le prince de Bismarck. L’accusation s’est basée sur l’article de fond dans le numéro du 22 janvier dernier.
- La population de Saxe-Meiningen signe en ce moment une pétition qui tend à mettre fin aux mauvais traitements que les soldats subissent de la part de leurs supérieurs. Dans cette pétition, adressée au Reichstag, on demande entre autres que la déclaration à faire de mauvais traitements infligés par les chefs dans l’exercice de leurs fonctions soit impooée aux soldats comme un devoir.
- Le 24 mai, il a été procédé à Brunswick, en vertu de la loi sur les socialistes, à de nombreuses visites domiciliaires. qui ont amené la saisie d’un grand nombre de drapeaux et d’imprimés.
- A Berlin, la'poiice a interdit des collectes faites pour subvenir aux frais de l’élection d’un socialiste pour le prochain Reichstag.-
- Le Reichstag a adopté des augmentations de droits de douane sur le raisin et même — ce qui est plus regrettable encore — sur la farine.
- ALGÉRIE
- L’insurrection dans 1© sud. — Si les af-
- Lires de Tunis continuent à marcher à souhait, il n'en ®st pas tout à fait de môme de celles de l’Algérie du kad. R semble, eu effet, que le succès remporté par la colonne Innocenti sur les rebelles de la province de Gé~ tyville n’a pas été aussi complet qu’on l’avait dit ou ffu on ne s’est pas assez prèssô d’en tirer parti.
- Les tribus révoltées tiennent encore la campagne, et l’on est obligé d’aller les chercher dans le Sud, au prix d’assez grande difficultés. Il se pourrait bien que leur répression fût u ié œuvre de longue baleine et qu’en raison des chaleurs de l’été, il fallût ajourner le dénouement de l’affaire à l’automne prochain.
- TUNIS
- Les opérations militaires peuvent être considérées comme terminées. Les tribus font leur soumission les unes après les autres. Ii ne reste plus que quelques tentes d’insoumis.
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- Crime affreiux- —M. Séguin, correspondant du Télégraphe, est tombé en victime du fanatisme musulman. Aux portes de Béja il fut assailli et- tué à coups de couteau dans l’abdomen. Les 5 assassins arrêtés avouent avoir commis ce crime par haine des Français.
- ANGLETERRE
- ILa discnssion des articles du Land Bill a commencé samedi dernier.
- Un nombre considérable d’amendements sont déjà présentés ou vont l'être, ce qui allongera sensiblement la discussion, contrairement au désir du gouvernement qui voudrait que la loi fut promptement votée.
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- Leprocès Bfost —Le jury avait prononcé un verdict de culpabilité contre le révolutionnaire allemand, M. Most, directeur de la FreiheU. Le jury a déclaré M. Most coupable de tous les chefs ; il Ta cependant recommandé à l'indulgence du juge en considération de ce que le numéro du journal incriminé était le premier où il y eût matière à une condamnation de ce genre, et aussi parce que M. Most était un étranger qui pouvait s’être cru victime de quelque tort ou de quelque injustice.
- Au cours de sa plaidoirie, M. Sullivan, avocat de M. Most. avait soulevé la question de savoir si, en droit, la loi relative à l’excitation au meurtre, sur laquelle se fondait l’accusation, était applicable à des articles de journaux. Selon lui, la loi anglaise ne vise que les individus prenant part à une conspiration ayant un but précis et exhortant une personne à un meurtre déterminé.
- Le lord-cbief justice a réservé ce point de droit, et c’est pourquoi, après avoir demandé au jury de se prononcer sur le point de fait il a ajourné sa sentence jusqu’à plus ample examen de la question préjudicielle soulevée par M. Sullivan.
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- La situation. — En Irlande, les choses se brouillent de plus en plus. Vendredi il y a eu des rixes très sérieuses entre le peuple et les troupes à l'occasion de l'expulsion de plusieurs tenanciers à Michelstown. Trois expulsions ont eu lieu à l’aide de la police et d’un détachement de dragons.
- La foule est évaluée à 12,000 personnes. Plusieurs agents de police ont été blessés par une grêle de pierres qu’on a fait pleuvoir sur eux. La cavalerie a fait plusieurs charges pour dissiper la foule. Les autres expulsions ont dû être ajournées.
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- * *
- Droit des femmes. — On écrit au Temps le 28 mai :
- Voilà plusieurs jours que Ton remarquait dans les couloirs du Parlement un envahissement inaccoutumé de ladies. C’était la canvassing qui commençait) en vue du fameux débat annuel sur l’extension du droit électoral au sexe faible. Déjà un meeting que je vous ai signalé
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- LE DEVOIR
- avait eu lieu mardi au Westminster-Hotel. Miss Lydia Becker, assisté des principales ladies-orateurs, dont plusieurs sont toutes jeunes, et très éloquentes, avait une fois de plus exposé les vœux et les revendications des partisans du Women suffrage. Vous savez qu’on demande seulement l’extension du droit de vote aux femmes qui sont chefs de famille ou indépendantes et se trouvent par suite posséder les qualifications qui, en Angleterre, entraînent pour les hommes, les droits électoraux.
- Il n’est pas besoin de dire si la tribune grillée réservée aux dames était comble, hier après-midi! On ne distingue qu’à demi, de la salle, les occupantes de cette galerie, qu’une sorte de filet voile aux députés. Mais, si on les voyait difficilement, elles étaient du moins bien placées pour suivre les péripéties du débat que devait ouvrir le valeureux champion, M. ilugb Mason, manufacturier de la ville d’Ashton-sur-la-Tyne.
- Mais les honorables ladies ont été désappointées, car M. Hugb Mason a fait demander qu’on ajournât la discussion, étant trop malade pour venir ce soir-là soutenir son projet de loi. C’est partie remise. Il est probable que la question ne reviendra qu’après la Pentecôte.
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- Le trentième Congrès coopératif an-miel se tiendra à Leeds, dans la Mecfianics'institution les 6, 7 et 8 juin.
- La première séance sera présidée par M. le Comte de Derby, la deuxième par M. Thus Hughes de Londres, la troisième par M. J. Crabtree, de Heckmondwike.
- Secrétaire général, M. Vansittart Neale.
- Les sujets à l’ordre du jour sont :
- 4° Organisation et éducation.
- 2° Les fonds de réserve des sociétés coopératives.
- 3° Les principes fondamentaux de la Coopération.
- 4° La coopération de production.
- 5° La question de la terre dans ses rapports avec la Coopération.
- 6° La nécessité d’un manuel pour les apurements de comptes.
- 7° Réforme dans la constitution et le caractère représentatif du bureau central.
- BULGARIE
- La crise. — Le prince de'Bulgarie vient de faire connaître à quelles conditions il consentirait à rester à son poste ; ces conditions sont au nombre de trois, dont la première rend les deux autres inutiles,puisqu’il ne s’agit de rien moins que d’accorder au prince des pouvoirs extraordinaires pour le terme de sept ans. Avant que ce délai soit expiré, le prince pourra convoquer une Assemblée nationale chargée de réviser la Constitution pour confirmer les institutions créées par son motu proprio. C’est une belle et bonne dictature qu’Alexandre Ier réclame là de ses sujets qui, ces derniers temps, avaient l’air de ne pas se'trouver assez libres ; on leur apprend qu’ils l’étaient trop pour leur bonheur et qu’on va leur enseigner comment l’on rend un peuple heureux.
- TURQUIE
- Enquête sur l’assassinat d’Abd-ul-
- Azù». — Abd-ul-Hamid entend mener à fin l’enquête commencée sur la mort de son oncle Abd-ul-Azis Chacun sera bientôt initié à tous les incidents mystérieux de ce curieux procès, le gouvernement ayant décidé l’impression du réquisitoire dressé sur les rapports des juges d’instruction. On demandera raison aux personnages traduits devant la justice non-seulement de leur participation à l’attentat perpétré sur le padisehah détrôné, mats aussi des soustractions et détournements qui ont été commis au palais dans les premiers jours qui ont suivi l’avènement de Mourad Y.
- Le beau-frère de ce dernier, Nouri pacha est soun-çonné d’avoir fait disparaître pour sa part une sommé d'environ trente millions de francs, et des témoins oculaires ont raconté qu’il avait fait diriger de Dolma-Bagtsche vers son propre konak dix-huit voitures chargées de butin.
- Le résultat du procès sera de compromettre Mourad Y ses parents, son entourage, et c’est là, dit-on, le but principal que poursuit le sultan.
- AUTRICHE-HONGRIE
- Les femmes électeurs municipaux. —
- La question de l’émancipation des femmes vient de faire un grand pas en Croatie.
- On écrit d’Agram à la Correspondance, politique de Yienne que, en vertu de la nouvelle loi électorale croate les femmes vont être, pour la première fois, appelées à prendre part en qualité d’électeurs aux prochaines élections générales des conseils municipaux de cette province.
- D’après les listes électorales d’Agram, chef-lieu de la Croatie, qui ont été publiées la semaine dernière, cette ville compte 3,200 électeurs, dont 805 sont des femmes.
- CONGRÈS RÉGIONAL DU CENTRE
- I
- A l’ouverture du second congrès socialiste ouvrier quelques incidents orageux se sont produits.
- Les groupes révolutionnaires anarchistes qui cette fois s'étaient fait inscrire en assez grand nombre avaient donné comme mandat à leurs délégués de se présenter impersonnellement et sous la simple dénomination de la Société qu’ils représentent.
- Or, la rivalité et peut-être le parti pris de demi hostilité qui existé malheureusement entre les divers groupes socialistes, n’a pas laissé à la réunion l’impartialité nécessaire pour admettre avec leur façon de voir et de juger, les délégués anarchistes.
- * La majorité a réclamé bruyamment les noms des mandataires, lesquels ont refusé de les livrer, même à la commission de vérification des pouvoirs.
- Nous pensons, quant à nous, qu’on eût pu immédiatement passer outre et tenir compte d’une opinion ' respectable après tout puisqu’elle se base sur la crainte salutaire des personnalités, lesquelles ont trop souvent entraîné le peuple à sa perte.
- Il est vrai que les confrères n’avaient pas tout à fait tort peut-être en exigeant les noms et là déclaration de responsabilité personnelle de tous leurs co-délégués.
- L’incident s’est clos du reste à peu près à la satisfaction de tous et les anarchistes seront enfin de compte admis très probablement à prendre part aux discussions du Congrès, et cela sans conditions.
- I La discussion de l’ordre cfu jour n’en a pas moins,
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- dimanche soir, été retardée jusqu’à dix heures et demie.
- La question était importante. La voici :
- « Les Réformes et les Révolutions politiques ont-u elles amené des améliorations dans le sort des « travailleurs? »
- Les Mégissiers de la Seine ont les premiers lu un rapport concluant d’une façon absolue à la négative.
- Le délégué du groupe du 18e arrondissement pense que si l’on considère la féodalité et l’état social au moyen-âge, il y a évidemment amélioration dans le sort de la classe ouvrière en général. Mais il déclare que le salaire, ayant remplacé le servage, le prolétaire est, de nos jours, l’esclave du capitaliste, lequel lui crée l’existence la plus précaire et la plus misérable, en regard surtout du progrès universel des sciences et de l’industrie, progrès qui retombe en fardeau sur le travailleur au lieu de rejaillir sur lui en lumière. L’orateur reconnaît que la liberté de réunion est conquise en partie et qu’il reste du moins le plus souvent au prolétaire le droit de faire entendre ses plaintes et ses réclamations.
- Le mandataire du groupe du 12e arrondissement nie qu’aucune amélioration se soit produite. Qui oserait affirmer le progrès, dit-il, quand la guillotine se dresse encore au sein d’un peuple qui se prétend civilisé.
- Le délégué des peintres lit un rapport fort étudié. Il passe en revue toutes les phases de notre histoire.
- Chaque révolution, dit-il, a amené un mouvement, mais non une amélioration. Le prolétaire n’est plus serf, mais il est soumis au salaire, cette nouvelle forme du servage. Puis les machines, lesquelles devraient être un progrès, si parmi les hommes régnait la véritable solidarité,. les machines sont devenues un puissant outil d’exploitation. Elles ont arraché le travail des mains de l’ouvrier qu’elles font oisif les deux tiers de son temps, et le pain le la bouche de sa famille. Si les salaires ont augmenté, la subsistance, la vie de tous les jours est devenue en proportion difficile à conquérir.
- Au moyen-âge il y avait les jurandes et les maîtrises qui enserraient le travailleur, c’est vrai. Depuis 89 l’exploitation avait changé de forme. Les ouvriers manuels étaient libres de produire, mais privés des moyens de production et forcés de chercher à vivre chez le capitaliste.
- Ils s’aperçurent vite que l’amélioration n’était pas suffisante. Alors éclatèrent comme des fusées lumineuses, les théories des Babeuf, des St-Simon, des Pourier.
- Après 1830, les canuts s’écriaient en levant la
- bannière de l’insurrection : « Vivre en travaillant ou mourir en combattant ! »
- En 48, malgré les divisions d’écoles, le socialisme fait des progrès.
- C’est le règne des économistes : on crée les ateliers nationaux, on constitue les chambres de travail. La lutte sociale est ardente à cette époque. Mais elle ne produit aucune amélioration dans le sort des travailleurs; c’est que-les insurgés n’avaient pas encore le sens pratique assez développé. Ils demandaient : Droit au travail, et ce cri devait être vain, car il était absurde. Nous demandons aujourd’hui : Droit au capital.
- L’orateur a conclu en affirmant que dans la révolution économique est contenue la réelle révolution qui nous mènera à la science, à l’équité, et à la liberté, à la commune.
- L’heure étant déjà fort avancée on a dû après un oa deux rapports très-courts lus à voix presque inintelligible, lever la séance.
- (A suivre). Jacques COURRIER.
- DOCUMENTS SUR TUNIS
- Le pacte fondamental et la loi organique.
- Sidi-Mohammed (1835-59), homme d’un grand sens politique, dota la régence de Tunis d’un Pacte fondamental, promulgué en 1857, dans lequel il prit l’initiative de quelques mesures libérales, telles que : la garantie de la propriété individuelle ; l’obligation de l’impôt pour toutes les classes ; l’égalité devant la loi des musulmans et de toutes les autres races habitant la Régence; l’accès de tous aux emplois publics; une réglementation du recrutement de l’armée et de la durée du service militaire ; l'établissement d’un tribunal de commerce ; la liberté du commerce pour tous, sans aucun privilège; la faculté donnée aux étrangers d’exercer toutes les industries et d’acheter des propriétés de toute nature, à condition seulement de se soumettre aux lois et usages du pays.
- A ce remarquable document fut annexée une loi organique, formant le code politique et administratif de la Régence.
- En tête de la loi, un chapitre spécial fixe les devoirs et attributions du bey, qui est hériditaire et doit, à son avènement, prêter serment de fidélité au pacte fondamental. Les ministres dirigent les affaires de leur département d’après les ordres du bey, et sont responsanlrs vis-à-vis de lui seul.
- Les autres chapitres règlent, sur des bases analogues à celles qu’admettent la plupart des nations^ européennes, le fonctionnement des ministères, l’échelle
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- LÉ DEVOIR
- des diverses juridictions, le mécanisme du budget ( qui est soumis chaque année à l’approbation du bey), les droits et devoirs des fonctionnaires, etc., etc,
- Règne du dey actuel.
- A Sidi-Mohammed succéda, en 1859, le bey actuel, Mohammed-ès-Sadok. Le commencement de son règne fut marqué par les intrigues et les tiraillements qu’amena la mise en pratique des institutions nouvelles : eu 1884, une insurrection agita profondément le pays ; mais le bey lutta avec une grande énergie contre les meneurs du désordre et finit par triompher des tendances du parti rétrograde, qui voulait soustraire sa politique à l’influence des puissances occidentales de l’Europe. En 1865, il termina heureusement quelques difficultés qu'il eut avec le gouvernement français, à propos de désordres locaux sur la frontière algérienne. Après avoir rétabli le calme, le bey s’efforça de donner une nouvelle prospérité à l’industrie et au commerce du pays; grâce à son initiative, dès l’Exposition de 4867, Paris put voir et apprécier justement les remarquables productions de la Tunisie. En même temps, de grands travaux amélioraient la situation matérielle du pays ; un aqueduc ; comme au temps de Cartage, amenait à Tunis l’eau du Zaghouan ; des lignes télégraphiques, des chemins de fer étaient successivement installés.
- Mais ces travaux mêmes augmentèrent peu à peu les rivalités qui existaient déjà, sur le terrain politique, entre quelques unes des principales puissaces représentées à Tunis.
- L’Angleterre, au moment où le percement de l’isthme de Suez allait devenir une réalité, chercha à augmenter son action dans la Méditerranée, pour jalonner aussi fortement que possible la nouvelle route des Indes : elle s’empressa de construire le premier chemin de fer de Tunisie, celui de laGoulette, et son représentant prit, après 1862, un rôle très-actif dans les conseils du bey.
- En même temps, le traité de Zurich venait de fonder l’Italie, qui, comme tout peuple naissant, se montra douée aussitôt d’une grande force d’expansion. Après avoir parcouru, en peu d’années, dans leur péninsule même, les étapes marquées par l’annexion successive de Naples, de la Vénilie, de Rome, les Italiens cherchèrent à répandre au dehors le surplus de leur activité, et comme ils avaient déjà en Tunisie un assez grand nombre de leurs compatriotes, ils s’efforcèrent de développer leurs intérêts, parallèlement aux intérêts français. A côté du service des postes fait par la France, il se fonda à Tunis une poste italienne ; plus tard* le consul général italien patronna des demandes faites par ses nationaux pour construire des télégraphes, des chemins de fer, etc. On sait qu’en 1880, une compagnie italienne réussit à se substituer à la compagnie anglaise du chemin de fer de Tunis à la Goulette.
- (t) Au commencement de 1881, ce chemin de fer existait, en Tunisie, depuis Tunis jusqu’à Ghardimaou, soit sur uiie longueur de 491 kilomètres.
- La France, qui avait à sauvegarder des intérêts aussi anciens que légitimes, dans un pays avec lequel elle a plus de 500 kilomètres de frontière commune, obtint du bey de nouvelles concessions très importantes.
- Elle avait déjà construit en partie le chemin de fer de Tunis à Bone (1) : elle obtint la concession des lignes de Tunis à Bizerte et à Sousse, et, en outre, celle d’un port à creuser plus tard dans les environs de Tunis. Les lignes télégraphiques de la Régence appartiennent toutes exclusivement à l’administration française, ainsi que la presque totalité du service des postes.
- (Revue militaire de Vétranger. — Etat-major général du ministre de la guerre.)
- NOUVELLES DIVERSES
- Congrès régional ouvrier-socialiste dn
- Midi. Un grand nombre de chambres syndicales, cercles et groupes divers, qui désirent se faire représenter au Congrès ouvrier régional du Midi, demandent quelques jours de délais, afin que leurs délégués puissent mieux préparer leurs rapports.
- La commission d’organisation a cru devoir se rendre à ce désir, et à cet effet, a fixé la date suivante, en prévenant toutefois les intéressés que,sous aucun prétexte, il ne sera rien changé à cette dernière détermination.
- Les séances du Congrès auront lieu dans la salle- du Grand-Théâtre de Cette et sont fixées à la manière suivante :
- Le 49 juin, à trois heures du soir, séance préparatoire compte-rendu de la Commission d'organisation et vérification des pouvoirs des délégués par les délégués eux-mêmes.
- Le 20 juin, à huit heures du soir, première séance et première question :
- Que peut espérer le Prolétariat de l'organisation sociale actuelle?
- Le 21 juin, à huit heures du soir, deuxième séance et deuxième question :
- Organisation de la Révolution en présence du parti bourgeois.
- Le 22 juin, à huit heures du soir, troisième séance et troisième question :
- Exposé des idées socialistes ainsi que des moyens de propagande et d'action.
- Le 23 juin, à huit heures du soir, quatrième séance et . quatrième section :
- Résolutions et attitude des délégués de la région au prochain Congrès national.
- Prière d’envoyer le plus tôt possible les listes de souscription qui serviront à couvrir les frais que nécessite une pareille organisation.
- Les me mbres de la commission d'organisation
- Pour toutes demandes de renseignements et correspondances. diverses, s’adresser au citoyen Hébrard (Louis), secrétaire de la commission d’organisation, rue des Cercleurs prolongée, Cette.
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- Groupe de femmes socialistes. — Nous lisons dans le Prolétaire :
- Considérant que comme l’homme, la femme a droit au développement de ses facultés physiques et intellectuelles ;
- Qu’elle a le droit d’occuper dans la société toutes les fonctions auxquelles ses capacités la rendent apte ;
- Qu’afin que ses droits ne lui soient pas contestés f quand se fera la révolution sociale, elle doit s’efforcer de faire progresser son émancipation parallèlement à celle de l’homme ;
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- Que pour arriver à ce but, elle doit profiter de tous ]es moyens en son pouvoir, y compris l’étude.
- Nous avons formé un cercle d’études sociales, et nous faisons un appel pressant aux femmes soucieuses de voir se réaliser leur émancipation.
- Les citoyennes qui voudraient faire partie de ce cercle sont priées de s’adresser tous les vendredis, à partir de neuf heures du soir, 183, rue St-Denis (maison des bains St-Sauveur).
- (ML Haïrrîielemy-Ssiïï*t--ï-£fSaire insulté.
- On n’a pas perdu le souvenir de cette dame qui avait dénoncé sans rire M. Emile de Girardin comme étant « le chef des espions prussiens ». Cette clairvoyante appréciation, unique jusqu’ici dans son genre, compte aujourd’hui un pendant.
- M- Paul Deroulède, le poète officiel de M. de Mac-Mahon, le même qui proposa sous le septennat de remplacer La Marseillaise par des couplets de sa façon intitulés Vive la France, vient de s’indigner en vers% — indignatio facit vcrsum — contre l’honorable M. Barthe lemy-St-IIilaire Après l’avoir appelé « un videur d’écri-toire qui a perdu le cœur et l’esprit » il ajoute :
- Rendons à l’ouvrier de ces œuvres mauvaises Son vrai titre qu’il n*a pas pris :
- Le ministre étranger des affaires françaises,
- Président de Prusse à Paris. . *
- lL.fi, femme So les o»'Vjrier,s. — La chambre syndicale des ouvriers tapissiers n’admet pas les femmes dans son sein.
- Il nous semble cependant que des femmes sont nécessaires pour les détails dé leur profession.
- Les ouvriers tapissiers penseraient-ils que la femme, sans droits devant la loi, est sans droits devant le travail et devant l’humanité.
- {Le Prolétaire).
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- 3L.a célèbre couvre «tle la. Saiafe-IGiâ-
- fane© a récolté en Belgique une somme considérable, pendant l’année 1880.
- Le diocèse de Matines, seul, a produit au dire de la Voix de l Ouvrier de Bruxelles 107,356 fr.
- On sait que cette œuvre a pour but de racheter les petits Chinois que de barbares parents mettent impitoyablement à mort pour s’éviter la peine de les élever.
- C’est du moins ce qu’affirment les bons collecteurs de la Sainte-Enfance.
- Or, il est aujourd’hui parfaitement établi que c’est une blague monumentale et que les Chinois ne sont nullement des massacreurs de bébés.
- A quoi donc est employé la forte somme que l’Œuvre en question extrait tous les ans des porte-monnaie crédules ?
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- Une association ayant pour but Tinstruction populaire et prenant le titre, comme en France, de Ligue de l’enseignement, vient de se former dans notre colonie de Coehinchine.
- En moins de trois mois, 272 personnes ont adhéré â cette Ligue, formée à Saïgon. Ce chiffre est fort encourageant. Les étrangers, Annamites et Chinois, sont déjà en nombre, et le bureau de la Société, composé de 31 membres, compte 5 Annamites, 5 Chinois et 21 Européens.
- Des conférences sont déjà organisées à Saïgon. Des bibliothèques vont être fondées d^ns nos postes de l’intérieur. Et la société a fait appel au concours du ministre de l’instruction publique pour la formation de ces bibliothèques.
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- Les travailleurs cle Cbateauneuf (Charente). — Dernièrement, a eu lieu dans cette ville, une réunion privée dans le but d’organiser une Chambre
- syndicale des travailleurs réunis. Pour mener à bien cette entreprise, ses organisateurs avaient invité l’Union des chambres syndicales d’Angoulême à envoyer une délégation. Deux cent cinquante citoyens se pressaient dans" la salle du Café des Halles.
- Les citoyens Navarre et Paillot, typographes. Coi-gnet, mouleur en fonte, et Machet, cordonnier, prirent successivf ment la parole et démontrèrent, aux applaudissements unanimes de l’assemblée, la nécessité pour les travailleurs de fonder dans chaque canton des chambres syndicales et cercles d’études sociales.
- Soixante adhérents ont immédiatement répondu à l’appel et sont venus se faire inscrire.
- (Le Prolétaire).
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- 3L.es statues. — Le rapport fait au nom de la commission du budget générai des dépenses de 1882, section des beaux arts, mentionne les subventions faites par l’Etat pour des œuvres de sculptures destinées à honorer la mémoire d’hommes illustres ou de citoyens
- dévoués.
- Il a été accordé :
- à Bourg, pour la statue d’Edgard Quinet . . 6.000 fr.
- à Niort, pour la statue du ministre Ricard . . 3.000 à Ilam, pour la statue du général Foy . . . 2.280
- à Saint-Jeoire (Haute-Savoie) pour le monument de Sommeiller (l’ingénieur en
- chef du tunnel du Mont-Cenis)".......... 3.500
- à Cahors, pour le monument à l’honneur des
- mobiles morts pendant la guerre.......... 1.000
- pour le monument du chimiste Becquerel . 1.000
- On accordera en outre les subventions aux œuvres suivantes :
- au monument de Càrnot,à Nolay (Côte-d’Or). 15.000 fr. » » de Watteau, à Valenciennes . 60.000
- ce qui est une bien grosse somme pour la statue d’un peintre qui n’est pas l’un des plus grands dont s’honore la France.
- Enfin au comité de la statue équestre de l’Amiral Co-îignv, 33,000 fr.
- Cette dernière statue est destinée à soulever bien des clameurs, car Goiigny n’est pas seulement l’héroïque défenseur de Saint-Quentin, il est encore le plus célèbre des martyrs lâchement assassinés par les catholiques dans la nuit de la Saint-Barthélemy. La statue de Goli-gny, œuvre du sculpteur Grauck, sera érigée en face du Louvre où l’amiral fut assassiné et à deux pas de l’église Saint-Germain-l’Auxerrois qui donna le signal du massacre.
- * *
- Pétition curieuse. — Le syndicat des intérêts généraux du xx° arrondissement de Paris a osé s’adresser à là commission des pétitions pour obtenir que les propriétaires eussent plus de facilité encore qu’ils n’en ont aujourd’hui pour expulser les locataires ën retard.
- Cette énormité n’a pas été prise en considération par la commission qui a demandé de passer à l’ordre du jour.
- * *
- Le nouveau recensemeut <1© PAutrI-clxe-Iïongri*!© (sans la Bosnie et l’Herzégowine) donne une population totale de 22.130.684 habitants. Cette population n’était en 1869 que de 20.396.630.
- * * '
- 3>»vver‘g,ier <1© Ktauvaïme. Une erreur typographique s’est glissée dans celle de nos Nouvel'es poli-tiques, du dernier numéro, parlant de M. Dnvergier.
- Jamais le légitimisme ne le compta au nombre de ses partisans. Collaborateur du Globe, doctrinaire il adhéra tout de suite, avec ses amis, à la Révolution de Juillet et fit partie de la majorité gouvernementale jusqu’à la coalition de 1837 contré le cabinet Molé, à laquelle il
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- prit une part active. En 1847-48, Duvergier de Hauranne fut un des plus ardents champions de la campagne des banquets pour la réforme électorale. On sait que cette campagne, contre l’intention de la plupart de ceux qui l’avaient menée, aboutit le 24 février au renversement du trône.
- triste et basse du magasin, comme des conspirateurs dans les caves du Parlement, se demandant qui aurait la témérité d’enlever les volets et de distribuer les humbles préparations.
- HISTOIRE
- DES
- L’un préférait n’être pas chargé d’ouvrir la boutique, l’autre ne voulait pas être vu dans le magasin quand les volets seraient enlevés. Cependant on avait été trop loin pour reculer. A la fin l’un d’eux, hardi camarade, sans souci du « qu’en dira-t-on »,
- ÉQUITABLES PIONNIERS DE ROCHDALE
- courut aux volets et mit en quelques secondes Toad lane en 'rumeurs.
- De George-Jacob HOLYOAKE
- Résumé (1) extrait et traduit de VAnglais 'Par Marie MORET
- Chapitre II
- Ouverture dn magasin coopératif"
- En 1844, Toad lane (la ruelle des crapauds) à Rochdale n’était pas une rue tentante. Son nom ne lui faisait point tort. Le rez-de-chaussée d’une boutique dans Toad lane fut la place choisie pour l’ouverture des opérations.
- Les magasins du comté de Lancastre n'avaient pas alors l’importance considérable qu’ils ont acquise depuis. Le rez-de-chaussée dont nous parlons fut obtenu à raison de 250 francs par an ; le bail fut de trois ans.
- Un des membres, M. William Cooper, fut nommé caissier ; ses devoirs étaient légers à l’origine.
- Un autre sociétaire, Samuel Ashworth, fut élevé à la dignité de vendeur. Ses marchandises consistaient en d’infinitésimales quantités de beurre, de sucre, de farine de froment et de farine d’avoine.
- Par une désespérante soirée d’hiver, la plus longue de l’année, celle du 21 décembre 1844, les Equitables Pionniers inaugurèrent leurs opérations.
- Ceux qui, du sein de l’opulence actuelle, se souviennent de ce commencement, sourient de ce début extraordinaire.
- Le bruit avait couru parmi les commerçants de la ville que des compétiteurs se dressaient devant eux, et plus d’un œil curieux se tournait vers Toad lane, pour voir apparaître l’ennemi : mais comme certains batailleurs jouissant de plus de renom historique, les nouveaux ennemis semblaient honteux d’apparaître.
- Quelques-uns des coopérateurs s’étaient clandestinement assemblés pour assister à l’ouverture des affaires, et ils se tenaient là, dans l’arrière-chambre
- Le comté de Lancastre a ses gamins aussi bien que Paris. En fait, toutes les villes ont de ces êtres caractéristiques qui montrent une remarquable précocité à saisir en toutes choses un côté ridicule.
- Les doffers sont les gamins de Rochdale. (« Dof-fer », veut dire ceux qui ôtent parce que dans les filatures quand les bobines sont pleines, ce sont les doffers qui les ôtent des broches. — Les doffers ont de 10 à 15 ans. Comme la vapeur dans la machine, ils sont les accessoires indispensables des filaturés. Quand les doffers sont absents, les ouvriers ne peuvent pas travailler. Aussi le besoin d’un jour de loisir est-il trop vivement senti, les doffers en sont avertis par les ouvriers, au moyen de libres signes maçonniques. Les jeunes polissons se sauvent alors tous ensemble et, naturellement, le travail est suspendu, jusqu’à ce que les doffers soient revenus à leur devoir.
- La nuit donc où fut ouvert le magasin coopératif, les doffers vinrent en nombre dans Toad lane, se tenant aux aguets avec une ridicule impertinence, à différentes places de la ruelle, se communiquant à tue-tête leurs impressions, ou se rassemblant devant la porte même du magasin nouveau, en devisant avec une tenace insolence sur l’approvisionnement exigü du beurre et de la farine. A la fin ils s’exclamèrent tous en chœur : « Oh ! la boutique des vieux tisserands est ouverte ! »
- Depuis cette époque deux générations de doffers ont acheté le beurre et le miel à la « boutique des vieux tisserands », et aussi des mets abondants et hygiéniques, et de chaudes jaquettes qui jamais n’eussent été leur lot, sans la prévoyante témérité des tisserands coopérateurs.
- Très-vite, nos embryons de commerçants découvrirent qu’ils avaient à lutter contre de plus sérieux obstacles que la dérision des doffers.
- L’exiguité de leur capital les obligeait à faire leurs achats en petite quantité, au désavantage, tout à la fois, du prix et de la qualité de la marchandise. Outre cela, quelques-uns des coopérateurs
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- mêmes étaient en dettes envers leurs propres fournisseurs et ne ponvaient ou Posaient, en conséquence, s’approvisionner au magasin coopératif.
- Enfin, comme il arrive toujours dans ces mouvements, un certain nombre de membres n’avaient pas la sagesse de comprendre leur propre intérêt, ou ne s’arrêtaient.pas à cette considération, s’il devait leur en-coûter la plus petite peine ou le moindre sacrifice temporaire.
- Naturellement, la qualité des produits vendus au magasin coopératif était parfois inférieure à celle des produits offerts par d’autres magasins, ou bien les prix étaient un peu plus élevés. Ces considérations momentanées et insignifiantes en face du but poursuivi, écartaient néanmoins les acheteurs qui ne comprenaient qu’un bénéfice direct.
- La pauvreté est souvent une plus grande entrave aux succès des entreprises sociales que les préjugés eux-mêmes. Avec le pauvre il faut que chaque sou ait son utile emploi et rapporte tout ce qu’il peut donner. Inutile de démontrer à la plupart des nécessiteux qu’en achetant au magasin coopératif, ils ont à espérer un dividende à la fin du trimestre. Ils ne croient pas en la fin du trimestre et se méfient des promesses de bénéfices. La perte d’un sou aujourd’hui est proche, le gain de six sous dans trois mois est éloigné. Vous avez donc à faire l’éducation des gens très pauvres avant de les servir. Plus vos prétentions sont humbles, plus vos difficultés sont grandes.
- La bonne qualité, le bon poids, la mesure loyale, les rapports sincères et équitables dans le commerce sont des sources de satisfaction qu’un esprit droit préférera de beaucoup à une économie de quelques centimes réalisée au détriment des biens sus-énon-cés. Nous réclamons haut contre le vice quant il est devenu puissant, mais nous faisons peu pour l’empêcher de croître. La première condition pour qu’il n’y ait que des vendeurs' moraux, c’est qu’il n’y ait que de moraux acheteurs.
- Notre petit magasin coopératif se préoccupait davantage d’améliorer le côté moral du commerce que de faire de gros bénéfices. Sous ce rapport, la coopération a élevé très haut la moralité de ses adeptes.
- La plupart des premiers membres du magasin de Rochdale étaient sincèrement coopérateurs ; ils achetaient leurs produits au magasin qu’il faille aller loin ou près, que les prix fussent plus hauts ou plus bas qu’ailleurs, que la qualité fût bonne ou mauvaise. Ces hommes étaient convaincus et leurs femmes, non moins enthousiastes, marchaient avec eux de concert. Elles étaient fières de payer comp-
- tant leurs marchandises ; elles sentaient que le magasin était le leur et y portaient un vif intérêt.
- Or, c’est là un grand point de gagné. Car si la femme n’est ralliée de cœur à un tel mouvement, le succès ne peut être que très-limité.
- Au contraire, si la ménagère consent à se donner un peu de peine ; à acheter de temps en temps, au prix d’un léger sacrifice, quelque article qui ne lui plaît pas entièrement; à aller faire ses achats un peu plus loin qu’il ne serait convenable; à payer même quelquefois un peu plus cher qu’à la boutique ordinaire, la prospérité du magasin coopératif est assurée.
- Les membres fidèles à leurs devoirs étaient naturellement impatients de voir les autres agir comme eux. Non contents de désirer cette action, ils eussent voulu obliger tous les coopérateurs à ne commercer strictement qu’avec le magasin commun.
- James Daly,' le secrétaire, présenta une résolution tendant à ce que les membres qui faisaient leurs achats en dehors du magasin coopératif, fussent remboursés.
- Charles Howarth s’opposa à cette résolution sous l’excellent motif qu’elle portait atteinte à la liberté individuelle. Il désirait, dit-il, le progrès de la coopération et était prêt à tout faire pour aider à son développement, mais la liberté était un principe auquel il était absolument attaché et plutôt que d’abandonner la liberté, il se priverait des avantages de la coopération même.
- On verra dans le développement de cette histoire que cet amour des principes n’a jamais fait défaut, ni même diminué chez ces résolus coopérateurs.
- La motion de James Daly fut écartée.
- En Mars 1845, il fut décidé que pour le trimestre suivant la . Société prendrait, au nom de Charles Howarth, une patente pour la vente du thé et du tabac.
- Ceci comportait évidemment un nouvel appel de fonds, car, malgré l’augmentation du nombre des membres, le capital n’était pas encore assez élevé pour permettre la mise en pratique de la nouvelle résolution.
- Dans une assemblée publique, la Société fit part de ses intentions. Alors pour la seconde fois dans l’histoire de Rochdale,nous entendons parler d’individus possédant plus de quatre sous.
- Un membre promit de trouver une demi-couronne (2 fr. 80 c.) « Promit de trouver » est le terme employé à cette occasion.
- Un autre membre promit de trouver, cinq schil-
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- lings (6 fr. 25'c.) et un troisième promit de trouver une livre (25 fr.) Cette dernière annonce fut reçue avec une véritable stupéfaction, et son riche et téméraire auteur fut considéré avec la double vénération qui s'attache au millionnaire et au martyr.
- D’autres membres promirent de trouver des sommes variables en proportion de leurs moyens.Enfin, au jour dit, le magasin coopératif offrit aux maris la consolation du tabac et aux femmes celle du thé.
- CHAPITRE III
- Répartition des dividendes au prorata des aeîisits
- A la fin de 1845, le magasin des Equitables Pionniers de Rochdale comptait plus de 80 membres et possédait un capital de 4,540 fr. 30 c.
- L’établissement était désigné par ce mot le « Store », c’est-à-dire magasin d’approvisionnement, par opposition au terme « S hop » appliqué à la boutique ordinaire.
- Le capital du « Store » recevait un intérêt qui se monta à 2 i puis à 4 et enfin à 5 0/0. Une fois l’intérêt payé et la part faite aux petites dépenses de direction, on partageait les profits restants entre les acheteurs, au prorata du montant de leurs achats.
- Nous attirons tout spécialement l’attention de nos lecteurs sur ce mode de répartition des dividendes.
- C’est Rochdale qui eut ie mérite de démontrer la valeur du principe de répartir les dividendes au prorata des achats et non au prorata des actions.
- M. Alexander Campbell, de Glasgow, fit le premier la découverte de ce principe. Il l’exprima d’abord en 1822 et l’introduisit en 1829, dans les statuts de la société de Cambuslang. Ce principe figurait, en outre, dans les règles de la société des moulins de Meltham, en 1827. Cependant il n.’eût pas été mis en pratique à Rochdale sans M. Idowart. Celui-ci en refit la découverte et fut certainement le premier à en apprécier l’importance et à pousser à son adoption.
- Les doublés découvertes sont très-fréquentes en littérature, dans les arts mécaniques et dans le commerce. Les poètes et les auteurs sont souvent frappés d’idées qui déjà, à leur insu, ont été exprimées par leurs devanciers. Bell, en Ecosse, et Fulton en Amérique, inventèrent tous deux et en même temps le bâteau à vapeur. Nul doute qu’il en fut de même pour M. Howarth quand il inaugura le principe. déjà trouvé par M. Campbsll.
- L’Ecosse n’avait su tirer aucun parti de ce principe. En réalité, les Ecossais ignoraient même qu’il eût forme chez eux, quand le grand succès des Pion-
- niers de Rochdale vint lui donner la valeur d’une importante découverte.
- Le principe de partager les profits avec le consommateur, cet être sans qui nul bénéfice ne serait fait, constitue en quelque sorte un lien entre le client et le magasin : l’acheteur devient ainsi intéressé au succès de l’entreprise. En outre,ce principe rentrait dans les vues des coopérateurs, puisque ceux-ci s’étaient assignés comme but de répartir les bénéfices entre tous ceux qui contribuent à les produire, au lieu de tout donner au capital comme cela.se fait généralement.
- Charles Howarth fit ressortir ces idées qui militaient en faveur du système proposé par lui; car deux plans s’offraient alors aux coopérateurs.
- Le premier consistait en ceci :
- Payer aux actionnaires 5 0/0 d’intérêt et vendre les denrées aux membres sans autre profit, ce qui eût mis les marchandises presque au prix coûtant pour chaque acheteur et donné ainsi au consommateur , sous une autre forme, le même avantage qu’aujourd’hui à acheter au « Store ».
- L’autre plan était de vendre les denrées aux prix en cours partout, et d’épargner au bénéfice de l’acheteur les dividendes qui en résulteraient.
- Ce dernier plan permettait d’accumuler le plus possible de capitaux, considération de première importance pour des gens qui avaient en vue de reformer le monde, chose qui ne peut s’accomplir sans de grandes ressources.
- Le plan proposé par M. Charles Howarth fut donc adopté malgré qu’il s’offrit alors comme une utopie, et qu’il ne fut vraisemblablement pas aussi populaire que le premier. Car les individus aiment à acheter à bon marché et à jouir de suite et tout d’un coup cl’une diminution de prix.
- Dans une de ses conférences sur le capital et le travail, M. Holmes, de Leeds, relate une histoire instructive* et souvent répétée.
- Durant une des famines irlandaises, M. Forster (père du membre actuel de ce nom au Parlement) se rendit à Bradford, en qualité d’agent de la Société des Amis, dans le but de porter au peuple des secours spéciaux.
- Il trouva les gens réduits à une telle famine qu’ils mâchaient des herbes marines. M. Forster leur demanda s’il n’y avait plus de poissons dans la mer ?
- « Si, répliquèrent-ils, « mais nous ne pouvons nous en emparer, n’ayant ni bâteaux, ni filets, »
- M. Forster leur procura filets et bâteaux.
- Sur quoi ces gens s’écrièrent avec anxiété : « Qui nous paiera notre journée ? »
- « Le poisson lui-même », répondit M. Forster.
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- Les malheureux refusèrent alors d’aller à la pêche à des conditions aussi problématiques, et ne se mirent à l’œuvre qu’après que M. Forster leur eût garantit le paiement de leurs salaires.
- Les opérations devinrent prospères, et M. Forster reconnut bientôt que les profits avaient non-seulement payé les bâteaux et les filets, mais encore laissé en reste une jolie somme. Il offrit donc aux pécheurs de leur laisser gratuitement les instruments de pêche ; mais ceux-ci ne voulurent pas s’en charger, rien ne valant à leurs yeux la paie de léurs salaires.
- Les ignorants n’ont confiance en rien. Ils ne connaissent que l’argent comptant. L’esprit est parfois myope comme l’œil. Il lui faut alors une sorte de télescope pour augmenter la portée de sa vue.
- L’expérience a prouvé que la coopération était justement cet instrument nécessaire à des milliers d’individus,
- M. William Chambers dans son discours sur la coopération exprime cette vérité : « Sans le principe « de l’aceumulation des profits, la coopération n’est « qu’une chose très insignifiante. »
- Les 24 années d’existence de la coopération qui précédèrent l’inauguration du magasin de Rochdale,
- furent les jours insignifiants de la coopération.
- [A suivre).
- LA MISÈRE EN IRLANDE ET SES REMÈDES
- Le nouveau Land Bill
- Nous avons fait connaître l’opinion de a Commission d’enquête sur la détresse de 1 agriculture dans les îles Britanniques, principalement en ce qui concerne l’Irlande. Les observations de M. Bonamy Price, l’un des membres de la majorité de cette commission, ont été également mises sous les yeux du lecteur. A. cette opinion de la majorité de la commission ainsi qu’aux observations de M. Price, nous avons opposé l’avis de la minorité de cette même commission et ses contre-observations. Nous avons ensuite résumé en quelques lignes l’économie du Land Bill de 1870 et enfin, muni de renseignements puisés à une source officielle, nou§ avons établi en l’accompagnant de nos appréciations, la statistique de l’immigration et surtout de l’émigration dans le Royaume-Uni pour les années qui viennent de s é-couler.
- Venant après ce que le Devoir a déjà publié à diverses reprises de l’histoire de l’Irlande, des causes du mal qui l’agite et par lequel on l’agite, de la situation dans laquelle elle se trouve, soit prise isolément, soit considérée comme partie du Royaume-Uni, tout ce que nous avons dit ci dessus complète assez bien le tableau des misères endurées par ce malheureux pays, pour permettre de mieux com-
- prendre ce que vaut réellement, comme remède à ces misères, le i.ouveau Land Bill.
- En présentant ce projet de loi, M. Gladstone a annoncé que le gouvernement de S. M. B. visait la guérison de ce mal invétéré dont souffre l'Irlande et qu’il a appelé la Land hunger (la faim du sol) mal qui vient encore de se développer et qui, à son avis n’est pas dû à un appétit désordonné, à une infirmité de la nation, mais bien à la rareté réelle de la terre.
- Auteur du Bill de 1870, le premier ministre anglais n’a pas hésité à reconnaître que son œuvre n’avait pas été couronnée du succès qu’il en attendait, soit que des changements y eussent été apportés par des mains étrangères, soit que l’œuvre fut défectueuse en elle-même. Enfin, après avoir confessé que limité était le nombre des Landlors qui se distinguaient par leur conduite de la grande majorité de cette classe, il a parlé des commissions, de leur enquête, des fouillis de rapports auxquels elle avait donné lieu, et des propositions de M. Bonamy Price qui semblait oublier qu’on avait à légiférer pour l’Irlande et non pour les habitants de Jupiter ou de Saturne.
- Alors abordant le projet de loi et s’appuyant sur les résultats obtenus par l’assignment (transfert), ou autrement dit la free sale, dans Mayo, Galway et Do-negal (A), M. Gladstone a proposé l’introduction de cette mesure en faisant observer que, du reste, elle avait pris racine dans la-législation,
- L’institution d’une cour ou tribunal ayant compétence pour statuer sur l’élévation du loyer ou prix du fermage, a été la seconde chose sur laquelle il a appelé l’attention du Parlement. Cette Cour devrait-elle s’imposer à tous, ou lo recours à ses décisions serait-il purement facultatif ? Les avis pourraient se partager... M. Gladstone s’est prononcé pour le facultatif. Ce qu’il faut à l’Irlande, c’est, a-t-il dit, ce que l’Ecosse a obtenu.
- Donc, pour le plus petit des fermiers libres, accès à ce tribunal institué principalement pour déterminer juridiquement l’élévation du loyer. Sous l’empire de cette juridiction les baux seraient d’une durée de 15 ans pendant lequel espace de temps, à moins de non paiement de la rente ou de violation du contrat de la part du fermier, le Landlord ne pourrait ni évincer son tenancier, ni reprendre une partie du domaine donné à ferme. A l’expiration de cette première période de quinze années, le tenancier qui se serait placé sous la tutelle de l’Act pourrait demander le renouvellement de son bail.
- (A) Donegal est la seule partie de l’ouest de l’Irlande où l’agitation n’ait donné lieu à aucun des incidents qui se sont produits dans les autres contrées.
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- Quant aux fermiers ordinaires, (ordinary), c’est-à-dire ceux qui ne sont point placés sous le régime de l’Àct, ils acquerraient le droit de freesale à partir du jour de la promulgation de la loi. Si un tenancier de cette catégorie acceptait une augmentation de loyer, ce loyer ne pourrait être augmenté de nouveau pour un terme de 15 ans. S’il refusait de payer, il pourrait vendre son droit de tenancier [tenant Right), en réclamant du Landlord, à titre de compensation du prix-réduit auquel l’augmentation du loyer l’aurait obligé de céder s on tenant Right, une somme égale à dix fois cette augmentation. Il aurait également le droit de réclamer une indemnité pour les améliorations qu’il aurait faites et pour le préjudice à lui causé par le dérangement dans la possession de la ferme. Enfin il aurait la faculté de s’adresser à la cour par la fixation d’un loyer judiciaire.
- Relativement à YUlster Custom, les tenanciers qui vivent sous son régime pourraient continuer d’y vivre comme ils le font actuellement. Ceci ne serait pas un obstacle à ce qu’ils jouissent du bénéfice de la loi, soit dans son contrôle des augmentations de loyer, soit dans la faculté d’en appeler à la Cour comme tout autre tenancier. Tout contrat dont la rente y stipulée ne serait pas au-dessus de 200 liv., serait soumis à l’action de l’Act.
- Quant à la Constitution de la Cour, elle serait composée de la Land court actuelle et d’experts qu’elle pourrait nommer pour l’assister.
- A côté ou au-dessus de ce tribunal serait formée une cour d’appel, sorte de commission composée de trois membres dont l’un d’eux devrait être juge ou est juge d’une cour supérieure. Cette cour d’appel siégerait à Dublin, mais elle aurait le pouvoir de désigner des sous-commissions chargées par elle de tenir des sessions dans les provinces.
- Arrivant à la partie de la loi concernant les avances publiques d’argent, M. Gladstone a dit que ces avances seraient faites au tenancier pour l’aider à se rendre acquéreur de sa tenue. La commission dont il vient d’être parlé, achèterait aussi de Landlords disposés à les céder, des domaines qu’elle revendrait elle- même aux fermiers ou tenanciers. On pourrait également avancer de l’argent à des compagnies solvables engagées dans le dessèchement des marais ou la conquête des terrains sur les eaux, ce que l’on nomme en anglais : the réclamation ofland.
- L’Emigration serait aussi encouragée et assistée, mais dans de certaines limites et selon les cas, le soin le plus scrupuleux, l’attention la plus grande devant être apportée au choix de ces cas.
- Quel serait le montant de ces diverses avances ?
- Le premier ministre n’a pas voulu en fixer le chiffre. Ce sera au Parlement de le faire chaque année et
- suivant les besoins supposés ou connus.
- C.-P. Maistre.
- JLa crémation nu Japon
- 1 Dans son intrépide voyage d’exploration au Japon, Miss Bird fut appelée à visiter le crématoire de Kirigaya, j dont elle donne une fort intéressante description dans ; son ouvrage sur les mœurs et coutumes des peuples j asiatiques.
- Depuis de longues années, paraît-il, la crémation ôtait | en honneur chez les Bouddhistes, particulièrement | dans la secte de Morito. Elle fut un instant interdite, il y a environ cinq ans, par déférence pour les coutumes européennes. Cette prohibition ne put résister contre les usages du peuple, et trois ans après elle était rétablie : depuis cette époque on brûle environ 9,000 cadavres par an.
- L’édifice est construit en claies reliées entre elles par du ciment, avec une haute toiture et une grande cheminée : il rappelle assez exactement les « fours à houblon » du pays de Kent, et ressemble beaucoup plus à une ferme qu’à un bûcher funéraire. La première partie de l’édifice, la plus rapprochée de la route, représente un petit temple orné d images, de petites urnes en poterie rouge et de pincettes pour la vente des cendres des personnes décédées, à leurs parents et leurs amis : en arrière de ce premier réduit se trouvent quatres petites pièces, dont la plus' grande est garnie de colonnes de granit disposées à égaie distance les unes des autres : une seule colonnette se dresse dans les petits cabinets voisins.
- Dans la grande salle, les corps sont brûlés tous ensemble : le prix de l’incinération est de un yen (environ 4 fr. 25) ; une crémation particulière se paye S yen. Quelques fagots, du prix de 1 schelling (1 fr. 25) chacun, suffisent à réduire en cendres une créature humaine.
- Après la cérémonie funéraire à la maison, le corps est porté au crématoire et confié à la garde du surveillant de rétablissement.
- Les gens de la classe riche paient quelquesfois des prêtres pour prier auprès du mort jusqu’au moment de l’incinération, mais cette coutume est peu répandue.
- A huit heures du soir, les corps sont placés sur des tréteaux en pierre, les fagots allumés en dessous, et les feux brûlent toute la nuit : à 6 heures du malin, il ne reste plus de ce qui fut une créature humaine qu’un petit monceau de cendres qu’on place dans une urne et qu’on enterre dans un endroit désigné, voisin du crématoire : cette cérémonie se fait quelquefois avec pompe, et les prêtres accompagnent les restes du défunt jusqu’au lieu de l’inhumation.
- Trente corps furent brûlés par ce procédé pendant la nuit où Miss Bird visita l’établissement, et aucune odeur désagréable ne s’exhala ni avant, ni pendant l’opération : l'interprète attribuait cette innocuité aux hautes cheminées du crématoire, et affirmait que les habitants des villages voisins n’avaient jamais été incommodés par le voisinage de cette maison « de défunts ». La simplicité de c > procédé est fort remarquable, ajoutait la voyageuse : aussi bien que les appareils plus compliqués, il atteint le but désiré, la complète destruction du corps, mais il a encore cet immense avantage d’être, pour la modicité de son prix, à la portée de tous ceux qui ne pourraient subvenir aux dépenses des funérailles ordinaires.
- Le crématoire est élevé dans un pays charmant, où les bambous touffus alternent avec les pieds de camélias rouges, et les odeurs ou les exhalaisons des incinérations nombreuses n’en viennent pas troubler l’agrément et l’harmonie.
- (La Science Libre)
- Le Directeur-Gérant : GODIN.
- Saint-Quentin — lmp. de la Société anonyme du Glaneur
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- DIMANCHE 12 JUIN 1881
- 4e ANNÉE,, TOME 5 — N° 144 jLe numéro hebdomadaire 20 c.
- Le Devoir
- REVUE DES RÉFORMES SOCIALES
- BUREAU
- A GUISE (Aisne)
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant Fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE
- par Uenvoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
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- S’adresser à M. LEYMARIE administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- j « participante, n’a-t-elle pas le droit de conser-« ver le titre du défunt ?
- Conférence de M. Godin aux membres de l’Association. — Histoire des Equitables Pionniers de Rochdale. — Le Land-Bill d'Irlande. — Congrès Régional du
- « Il me semble qu’elle devrait être légitime « propriétaire de ce titre d’épargne qui lui assu-« rerait une rente après la mort de son mari, « tout en lui donnant satisfaction morale de « son vivant. »
- centre. — Faits politiques et sociaux. — Nouvelles diverses.
- CONFÉRENCE DE M. GODIN
- AUX MEMBRES DE L’ASSOCIATION
- le. 22 mai 1881.
- (Suite)
- « Je passe, mes amis, à une autre question que l’un de vous, M. Barbary, m’a demandé de traiter dans la présente conférence. Elle est formulée ainsi :
- « Monsieur Godin,
- « Puisque vous avez bien voulu nous per-« mettre de vous demander des explications sur (( les statuts de l’Association, je serais heureux « d’être renseigné sur l’esprit de justice qui (( vous a dicté l’art. 53 des statuts.
- « Pourquoi la veuve d'un associé, bien que (< u. étant pas elle-même associée, sociétaire ou
- « L’art. 53 étant cité dans cette lettre, voyons de suite ce qu’il dit :
- « En cas de décès d*Un possesseur de certi-« ficat d’épargne sans laisser d’enfants ou des-« cendants, si les héritiers ne font pas partie « des associés, des sociétaires ni des partici-« pants, l’Association a la faculté d’opérer le « retrait du titre, moyennant le remboursement « aux héritiers, ayants droit ou ayants cause « de 50 0/0 tant du capital nominal que de ses « accessoires, et le surplus est transféré au « crédit de l’Assurance des pensions et du né-« cessaire. »
- « Remarquons tout d’abord que les statuts ont pour première obligation de respecter la loi française; ils ne peuvent en aucune façon y contrevenir et instituer la femme héritière de son mari, en dehors des conditions réglées par le code même. Sous le régime de la communauté qui est le plus ordinaire en France, la femme possède la moitié des biens communs ; elle est donc du vivant même du mari, membre intéressée de l’Association; c’est là un droit dont elle ne peut être dépouillée. Si le mari veut lui laisser davantage, c’est à lui de l’exprimer
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- par testament, dans les conditions prescrites ! par la loi française.
- « L’hérédité décrétée par la Révolution a été un bienfait en ce sens qu’en abolissant le droit d’aînesse, elle a établi l’égalité des enfants devant le père et la mère. C’était un point de départ nécessaire à l’ère naissante de la démocratie.
- « Mais si les liens du sang semblent donner des droits légitimes à certaine part des œuvres de nos prédécesseurs, on comprend moins comment nos lois ont pu justement étendre l’héritage, à des indifférents, à des personnes qui de près ni de loin n’ont rien fait pour concourir à l’édiûcatiou de la fortune que la loi les autorise à prendre.
- « Dans une association fraternelle comme la nôtre, tous les membres s’aident les uns les autres dans l’édification de leur fortune réciproque.
- « Qu’une part soit faite, selon la loi, aux membres de la famille ou aux amis qui ont été chers au défunt, cela est parfaitement légitime et respectable.
- « Mais ce que les statuts ont visé c’est le cas, par exemple, où le mari et la femme étant morts sans héritiers directs et sans avoir testé, ce sont des parents éloignés, inconnus, sans aucun lien d’affection avec les défunts qui se présentent pour recueillir les biens que l’Association a contribué pour une si forte part à créer.
- « Il m’a paru excessivement équitable alors de réserver au profit de l’Association la moitié des biens en question ; puisque ceux qui empochent l’autre moitié n’ont absolument rien fait pour l’acquérir ; et que la loi française n’établit en leur faveur aucune réserve.
- « J’ai considéré l’Association comme plus légitime héritière, elle qui a tout fait,que des étrangers venant de n’importe où et qui pourraient même n’avoir jamais su que le Familistère existât.
- «Voilà les motifs qui m’ont guidé; mais quand à penser que la femme, l’épouse aimée serait privée d’une partie des biens de son mari, si celui-ci les lui laissait, toutes les traditions de notre Association s’opposent à une telle interprétation. La femme en hébitant de son mari !
- augmente seulement ses titres de part comme membre intéressée et exerce les droits attachés à cette qualité.
- « Du reste, est-ce que depuis vingt ans nous ne venons pas en aide à la veuve et à l’orphelin ?
- « Est-ce qu’il n’est pas de principe de nous considérer comme solidaires les uns des autres?
- « Mais, dira-t-on, il peut se faire qu’un conseil de gérance animé de sentiments différents prenne, en raison de cet article des statuts, des décisions contraires ?
- « Y aurait-il donc lieu de modifier les statuts sur ce point?
- « A vous de bien étudier la chose sous tous ses aspects.
- « Pour moi, je suis convaincu qu’il n’y a là rien qui doive créer d’embarras, surtout après l’éclaircissement que je viens de vous donner.
- « Une autre question d’interprétation des statuts a été soulevée au dernier conseil de gérance; celle-là a trait à l’article 5 des assurances mutuelles qui s’exprime en ces termes :
- « Les droits à la pension sont réglés comme suit :
- « Pour les associés, hommes et femmes, la « pension est fixée aux deux cinquièmes de « leurs appointements ou salaires annuels, à « l’exclusion de tout autre bénéfice. »
- « Malgré la simplicité et la clarté de ce texte, les derniers mots n’ont pas été compris par tout le monde.
- « Quelques personnes ont eu la singulière idée d’y voir qu’avant de régler les droits à la pension, on s’enquerrait si le candidat à la retraite n’a point par devers lui des revenus personnels égaux ou supérieurs aux 2/5® de ses appointements, afin, dans ce cas là, de ne lui rien compter du tout.
- « L’article 5 en question n’autorise rien de semblable. Il spécifie simplement que pour déterminer le taux de la pension, on prend les appointements fixes du candidat, à l’exclusion des autres parts dans les bénéfices annuels qui lui seraient comptées à quelque titre que ce fût.
- « Il y -a dans la société des chefs de fonction, par exemple, qui ont un appointement fixe de S 6,000 fr. et davantage, mais qui par leur qua-
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- j'té de conseiller de gérance, d’associé, de t’availleur; etc., peuvent toucher en fin d’année le double de leurs appointements.
- Dira-t-on qu’au jour de la retraite on doit ré.ffler leur pension aux 2/5« de ce qui leur est revenu dans l’année ? Non. L’article 5 des assurances dit positivement :
- « La pension est fixée aux 2/5e des appointements fixes. La somme des dividendes annuels n’a pas à entrer en ligne de compte.
- « Le texte est sur ce point d’une telle clarté que nul légiste ne s’y arrêterait. Je ne vois pas qu’il y ait là à modifier en quoi que ce soit les statuts. Il n’y a qu’à lire l’article et à se bien pénétrer de ce qu’il dit.
- « Le droit à une pension de retraite est donc garanti à chacun des membres de l’Association.
- « Outre ce droit, les statuts ont prévu que l’individu pensionné pourrait encore toucher un salaire pour les travaux spéciaux que la gérance jugerait bon de lui confier.
- « En effet, il peut se présenter tel cas où un chef de fonction, après de longs services rendus à l’Association, deviendra impuissant à bien remplir les vastes attributions de son emploi.
- Il pourra être d’une sage et prévoyante administration d’admettre un tel employé à la retraite, et de lui compter de ce chef, s’il a qualité d’associé, les deux cinquièmes de ses appointements.
- * Mais cet homme peut encore être parfaitement en. mesure de remplir une fonction pour ainsi dire honoraire, s’il en tombe d’accord avec i la gérance. Le pensionné pourra trouver ainsi dans l'Association, pour les services qu’il peut rendre encore, un surcroît de ressources qui joint à sa pension équivaudrait, en certains cas,
- a ses appointements précédents.
- * Ainsi nulle fonction ne serait en souffrance; les chefs remplacés à temps pourraient aider leurs successeurs de leurs conseils et de leur expérience.
- * ^al à vous rappeler, mes amis, que le crédit de 1 assurance des pensions et du nécessaire aux ^milles se monte à plus de 150,000 fr. à ce l°Ur- Et cette somme ira augmentant ; vous avez donc à vous préoccuper de faire la juste
- application de ces ressources à ceux qui y ont
- droit.
- « En ce moment nous n’avons que cinq personnes retraitées, c’est insignifiant comme dépenses comparativement aux ressources dont l’assurance dispose. Mais ce nombre s’augmentera à mesure que la population stable du Familistère vieillira dans l’Association.
- « Il y a donc lieu d’étudier dès maintenant ce qui est à faire pour donner aux retraités encore en état de se rendre utiles, des travaux qui les distraient et qui soient pour eux une cause d’augmentation de ressources.
- « Sans porter en quoi ce soit atteinte à la liberté individuelle dont le respect est de règle au Familistère, ne pourrait-on, par exemple, confier aux retraités, dans une certaine mesure, le soin de la police des bâtiments et des jardins, afin d’empêcher les enfants et les jeunes gens de commettre certaines déprédations irréfléchies, certains actes nuisibles aux intérêts communs ou gênants pour les personnes.
- « On fait bien dans les écoles les recommandations nécessaires, mais le professeur ne peut être sans cesse avec les enfants; la propriété est très-vaste, et il serait bon qu’une sorte de police fût faite par les vétérans du travail pour le respect et le soin de la propriété commune.
- « Les choses se passent déjà ici d’une façon certainement satisfaisante, quand on songe au nombre d’enfants rassemblés sous un même toit et dans un même parc. Néanmoins, il y ade temps en temps de petites peccadilles qui ne se produiraient pas avec un peu de surveillance.
- « Mais ce n’est point seulement à empêcher le mal que les retraités pourraient s’occuper ; il y aurait à voir, je le répète, dans quelle mesure, ils pourraient en outre se rendre utile d’une façon active. »
- M. Mathieu pose la question suivante :
- » M. Goclin, puisque vous nous avez invités à « vous présenter nos observations sur le pacte « social, je crois devoir vous dire que beaucoup « d’ouvriers se plaignent de l’amende pour ab-« sence du travail au premier tiers du matin.Ils » disent qu’ils sont très gênés de ne pas pou-« voir se reposer quand ils sont fatigués. Ce « serait leur rendre service que de changer « cette disposition. »
- M. Godin exprime d’abord le désir que des
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- questions de cette importance lui soient soumises avant la séance et par écrit.
- Il y répond néanmoins en ces termes :
- « La première chose à signaler c’est que nulle réunion, nulle société ne peut se former sans convenir de règles spéciales que chacun devra suivre pour atteindre le but qu’on s’est proposé.
- « Quand vous formez même des groupes de délassement et de plaisir, une société d’archers par exemple, votre premier soin est de vous tracer une ligne de conduite dont nul ne doit s’écarter.
- « Cette mesure que vous jugez indispensable au fonctionnement d’un groupe quelconque est bien plus urgente encore dans une association qui embrasse des intérêts aussi considérables que la nôtre.
- « Vous direz peut être qu’ici c’est moi seul qui ai fait les statuts ; mais croyez-vous sérieusement que je fusse arrivé à les réaliser si j’avais attendu que vous m’en eussiez donné le texte ?
- « J’y ai travaillé pendant sept ans en prenant souvent sur mes nuits, et pas une mesure n’a été prise sans des raisonnements longuement établis.
- « Peut-être dans l’avenir changerez-vous quelques-unes des dispositions de notre pacte social, mais la première chose que conseille la sagesse c’est de mettre nos statuts en pratique tels qu’ils sont. On verra ensuite si réellement il y a des modifications à y introduire.
- « La question réglementaire dont il s’agit a déjà été tellement discutée devant vous, mes amis, qu’elle ne devrait plus être entachée d’obscurité pour personne.
- « En effet, l’article a été proposé à l’acceptation spéciale de chacun des membres de l’association, comme une condition première de leur admission.
- « Non-seulement les statuts ont été mis entre vos mains, mais à chaque réception soit de sociétaires soit de participants, lecture vous a été faite des articles des Statuts, des Assurances et du Réglement qui concernent la conduite de chacun des membres à l’égard de l’Association et la police intérieure des ateliers.
- « Ces articles ont été lus, relus et commentés
- en présence de chacun des membres. Aucune admission n’a été prononcée, sans que le candi dat se soit formellement engagé à se soumettr aux règles et aux conditions que les statuts et les réglements de l’Association imposent comme devoirs à tous les membres.
- « L’entrée dans la société à des conditions aussi explicites et aussi solennelles constitue un engagement pris en parfaite connaissance de cause. Il a été dit à chacun : « Votre entrée dans l’Association est facultative, mais vous ne serez admis qu’après avoir pris l’engagement formel d’observer toutes les obligations des statuts. »
- « Cet engagement a été écrit et signé librement de la main de chacun des membres lettrés; ceux qui ne savaient pas signer sont venus prendre le même engagement de vive voix devant le Conseil de Gérance.
- « La pensée d’une rétractation serait un acte de mauvaise foi qui ne peut venir à l’esprit de ceux qui ont été reçus dans l’Association. Mais je conçois que ceux qui, par défaut de conduite, n’ont pas encore pu être admis, puissent trouver qu’une mesure prise contre l’ivrognerie soit gênante pour eux. Ah si cette proposition qu’on dit intéressante pour l’ouvrier, avait pour objet de se faire le champion de l’ivrognerie, je vous dirais de suite : cela ne réussira pas !
- « Je suis, je l’affirme, partisan au plus haut degré de la liberté de l’ouvrier et de la liberté dans le travail. J’ai toujours cherché à ce que tout fût agencé dans les usines de la société, pour que l’ouvrier fût le moins possible assujetti au contrôle de l’emploi de son temps. L’association ne réclame de lui qu’un travail bien et consciencieusement fait.
- « Mais l’ordre dans les ateliers, l’ordre dans l’association est une des conditions indispensables à votre prospérité; et je place vos intérêt' communs au-dessus des passions individuelles) surtout lorsque ces passions ont des conséquences aussi fatales que celles de l’ivrognerie.
- « Vous tous qui m’écoutez, qui êtes de bons pères de famille, des hommes rangés ne déplorez-vous pas vous-mêmes de voir quelquefois-parmi vos camarades d’atelier,des hommes qui, gagnant de bonnes journées, arrivent nean moins au jour de la paie avec la bourse vide,
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- ^portant rien à la mère pour nourrir ses j D^ivres petits enfants. i
- ^ « Je ne sais rien de plus triste que cela. Il est Iheureux de voir des hommes forts, bien rtants, habiles ouvriers, gagnant de bons sa-faires, user leur existence dans l’intempérance, da"S l’ivrognerie et laisser leur femme et leurs enfants dans le besoin quand, au contraire, ils pourraient apporter l’aisance et le bonheur dans le ménage.
- « L’association entre travailleurs ne peut autoriser une telle manière d’être. Aussi pouvons-nous dire avec satisfaction que l’inconduite a disparu parmi les membres de l’association, habitants du Familistère.
- « Mais ce progrès accompli parmi nous n’est pas encore général chez tous les coopérateurs et surtout chez les auxiliaires de l’Association. C’est à le réaliser de ce côté que nos efforts doivent tendre, et c’est en vue de cela que le réglement réclame la présence de l’ouvrier à l’atelier au tiers du matin, aussi bien le lundi que les autres jours. Si le dimanche était consacré au repos ou à des occupations honnêtes, au lieu de l’être à l’intempérance, il n’y aurait pas de motif pour avoir besoin de se reposer le lundi.
- « Il y a évidemment absence d’équilibre dans la conduite de la vie, car ce n’est pas parce qu’on a eu le dimanche tout entier pour se re-
- poser qu’on devrait encore avoir besoin de
- passer le lundi plutôt qu’un autre jour à ne rien faire.
- # Mais la question a un autre aspect qui est ^ne assez grande importance. C’est celui qui consisterait à considérer l’amende pour absence au ^ravail, comme une oppression portant at-^fote à la liberté des membres de l’association. “ Cette manière de penser peut avoir quelque emblant de vérité à l’égard de l’ouvrier tra-^illant pour le profit d’un patron, bien que, 116111(3 ^ans ce cas, il soit juste de constater que jMue les machines sont en marche pour ^lettre à l’ouvrier de travailler, si celui-ci sa place vacante, machines et outils fonc-^llerit sans produire, ce qui est pour l’atelier importante dont l’ouvrier seul est Se‘ Néanmoins quand tous les bénéfices sont
- pour l’industriel, l’ouvrier peut trouver juste que ce dernier supporte aussi la perte.
- « Peut-il en être ainsi dans une association où les intérêts sont solidaires, où les bénéfices reviennent aux travailleurs mêmes. Dans une telle association le préjudice que chacun cause àja société est un préjudice qu’il se fait à soi-même, et qu’il fait en même temps à tous les coopérateurs.
- « L’ouvrier, membre d'une association, a donc des devoirs plus précis et plus étendus que lorsqu’il n'est attaché par aucun lien de participation aux bénéfices et aux avantages de l’industrie. Dans notre association, les sept huitièmes au moins des bénéfices sont distribués aux travailleurs, il est donc juste et raisonnable que celui qui, par sa propre faute, est une cause de perte pour la société soit rappelé aux sentiments de ses devoirs envers les autres.
- « On peut dire : « Si la mesure a pour but « d’atteindre l’ivrognerie, elle a l’inconvénient « d’atteindre, en même temps l’ouvrier rangé « qui, ayant besoin de repos, manque à l’atelier. -
- « Je réponds à cela qu’il est à constater' qu’une demande de repos est toujours accueillie dans notrê Association, si elle ne se produit pas le lendemain d’un jour'de paie ou le lendemain d’un jour de fête.
- « Enfin, il y a à tenir compte de l’emploi assigné aux amendes qui nous occupent.
- « Vos assurances sont alimentées par les cotisations réglementaires que vous avez établies dans l’intérêt commun de vos familles. L’industrie intervient, en outre, pour une forte part à leur alimentation en y versant, entre autres choses, le produit de ces amendes.
- « Dans le cas qui nous occupe, c’est donc une légère contribution qui est imposée à l’ouvrier au profit de l’assurance mutuelle contre la maladie ; cette amende n’est, en réalité, qu’une économie que le travailleur met en dépôt et qu lui est rendue le jour où il tombe malade.
- « Mais toutes ces considérations semblent bien mesquines, mes amis, lorsqu'on s’élève aux sentiments autrement nobles et généreux de la fraternité humaine. Quoi ! il y aurait encore parmi vous des travailleurs qui seraient hésitants pour verser, à de rares intervalles, une somme de Ofr. T5 centimes dans vos caisses
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- mutuelles, afin de venir en aide à leurs camarades malades, ou pour se garantir eux-mêmes quand la maladie les atteint ? Non, cela n’est pas possible. Vous qui portez cette observation sur le réglement, vous vous êtes mépris sur le sentiment de vos camarades, ou autrement vous n’auriez exprimé que le sentiment des hommes chez qui l’inconduite serait plus forte que le respect de ce qui est bien, juste et raisonnable.
- « J’ai rempli mes devoirs envers tous, en mettant dans une association à votre profit des établissements et une industrie que vous m’avez aidé à élever. Ces établissements sont d’une valeur de plusieurs millions, vous en partagez maintenant les bénéfices. Cela vous crée des économies importantes chaque année. C’est bien le moins que chacun de vous sache abandonner de bonne volonté quelques francs à la caisse commune pour vous aider mutuellement.
- « Ceux qui trouvent cela gênant manque d’intelligence ou de coeur; il faut les éclairer et les appeler à de meilleurs sentiments ; ou ce sont des hommes endurcis dans l’inconduite et la dissipation. Ceux-là ne sont pas faits pour l’association, ils doivent se séparer de nous, ils en ont la liberté,
- « Savez-vous ce qui arriverait si l’on entrait dans la voie de modifier dans le sens proposé l’article en question ?
- « C’est que n’ayant plus à mettre à l’amende l’ouvrier qui se dérangerait de son travail, on le renverrait tout simplement en cas d’inconduite pour éviter les pertes qu’il causerait à l’Association.
- « Cela ne serait-il point beaucoup plus dur et plus fâcheux pour la famifie de ce travailleur et pour le travailleur lui-même. L’amende a ce mérite de le rappeler à l’ordre et de lui laisser la possibilité de se faire une place meilleure dans l’Association.
- « Les mesures d’ordre sont indispensables au bon fonctionnement de notre société. Sans elles vous verriez le relâchement s’établir dans tous les services et, après le relâchement, ce serait la diminution des bénéfices, la gêne au lieu de la prospérité.
- « Alors s’il fallait congédier des ouvriers et
- diminuer les salaires, à qui vous en prendriez vous si ce n’est à vous-mêmes, qui auriez amené cet état de choses en ne sachant poinj maintenir l’ordre parmi vous.
- « Oh ! certainement les amendes pourront être inutiles le jour où tous les travailleurs seront dévenus assez sages, assez prévoyants pour prendre toujours à l’avance les mesures néces-saires pour empêcher que rien ne souffre on périclite en leur absence. Mais, en attendant \\ faut bien avoir un réglement qui précise à chacun une ligne de conduite, et cela dans l’intérêt de tous, dans votre intérêt particulier et dans celui de vos enfants. »
- JtïISTOlRï
- DES
- ÉQUITABLES PIONNIERS DE
- Chapitre IV
- Premiers progrès du magasin
- Le nombre des membres augmenta rapidement,
- A partir du 3 mars 1845, le « Store » fut ouvert cinq fois par semaine et pour un nombre d’heures qui alla croissant.
- Le 2 février 1846, on résolut d’ouvrir le magasin le samedi après-midi, afin d’y tenir réunion des membres. Evidemment les affaires devenaient intéressantes et exigeaient plus d’attention que les tisserands n’étaient capables d’en donner dans les réunions qui avaient lieu après la journée de travail.
- Au mois d’octobre de la même année, on ouvrit un comptoir de boucherie.
- Durant les trois années 1846, 1847, 1848, les affaires furent difficiles ; il y avait apathie et de-tresse publiques. En dépit de ces circonstances, le magasin fit des progrès. Rien ne peut mieux démontrer la solidité des avantages créés par le société.
- Dès que la vie fut difficile, que le commerce ail» mal, que la subsistance fut chère, les membres affluèrent au magasin. Malgré la gêne, il devenu évident pour tous que la somme de 1 fr. 25 centmift payée en entrant dans la société coopérative et versement hebdomadaire de 30 centimes rapp°r taient de tels avantages que le plus sage était de '• faire recevoir coopérateur. Les habitudes do P1*-voyance se développaient ainsi.
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- LE DEVOIR
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- A la fin de 1847, cent dix membres étaient inscrits ; au livre de la société. Le capital s’élevait à 7.169 fr,
- 40 centimes et les ventes de chaque semaine, durant le dernier trimestre de décembre* étaient de 900
- francs.
- La coopération franchissait lentement, laborieusement, mais d’une façon sure, les difficultés qui se trouvaient sur sa route.
- L’année 1848 amena plusieurs cas de détresse, mais aussi une nouvelle accession de membres et l’augmentation du capital.
- La société ne percevait plus les contributions à domicile. Les membres se rassemblaient au moins une fois la semaine au magasin, et le caissier faisait la collecte. Ni les révolutions du dehors, ni les passions à l’intérieur, ni la détresse, n’empéchèrent le progrès de cette sage et pacifique expérience.
- La chambre basse du vieil entrepôt était maintenant trop petite pour les affaires. Le bâtiment tout entier comprenant trois étages et une mansarde fut loué par les coopérateurs, avec bail de vingt-et-un ans.
- En 1849, le second étage de ce bâtiment constitua la salle de réunion des membres dont le nombre allait toujours augmentant. Cette salle était pourvue de journaux.
- Le 20 août de la même année, on décida que Messieurs James Nuttall, Henry Green, Abraham Greenwood, George Adcroft, James Hill and Robert Taylor, composeraient un comité chargé d’ouvrir un étalage pour la vente des journaux périodiques et des livres. Les profits de ce comptoir devaient être employés à acheter des livres et des fournitures pour la société. Nous verrons au chapitre spécial de k l’éducation le développement considérable que prit ce germe d’institution.
- A la fin de 1849, le nombre des membres avait atteint le chiffre de trois cents quatre-vingt-dix. Le capital s’élevait à 29.848 fr. 85 centimes et les ventes hebdomadaires se montaient à 44 475 francs.
- Au prix de combien de peines le principe de la coopération, si moralisateur comme discipline pour l’individu et si avantageuse à l’Etat dans ses résultats, n’a-t-il point fait son chemin dans le monde !
- Les gouvernants peuvent s’éviter l’anxiété toute gratuite avec laquelle ils combattent pour la suppression des idées nouvelles. L’expérience aurait dû leur démontrer qu’en tel endroit que ce soit, à peine un homme s’efforce-t-il de mettre à jour une pensée neuve, que dix hommes se lèvent pour écraser le novateur, non pas toujours avec la conviction que le plan proposé soit mauvais, mais simplement pour que l’ordre actuel des choses ne |
- soit point troublé. La vérité elle-même serait repoussée par de tels hommes, si elle ne pouvait être admise qu’au prix de quelque trouble.
- L’idée coopérative regardée par les hommes d’Etat comme une terrible forme de combinaisons politiques ; par les riches comme un plan de spoliation ; dénoncée en plein Parlement par les économistes politiques ; ayant contre elle la presse et l’église ; cette idée, opposée à celle de compétition et de concurrence, a eu beaucoup à lutter et doit lutter encore pour pénétrer dans le commerce et l’industrie.
- La difficulté des débuts pendant les trois ou quatre premières années, tint aussi à ce qu’on n’avait point généralement confiance dans les plans que pouvait faire la classe ouvrière pour améliorer son sort. Des sociétés coopératives instituées autrefois dans Rochdale avait échoué ; et le souvenir de leurs échecs étaient présents dans tous les esprits. Les gens prudents en étaient intimidés. La plupart ignorait que ces premières sociétés coopératives s’étaient perdues par le crédit. Or, les Equitables Pionniers avaient soigneusement évité cette , cause d’insuccès.
- Mafgré cela, l’opinion prévalait non-seulement à Rochdale, mais d’un bout à l’autre du pays, que la coopération était une illusion et que les pauvres gens adonnées à la nouvelle entreprise ne pouvaient être que de dangereux émissaires de quelque conspiration révolutionnaire et, én même temps, des espèces de fanatiques qui couraient à leur propre ruine, étant trop ignorants pour comprendre leur folie et leur danger.
- Ce ne fut qu’après que le petit mais inépuisable courant de bénéfices commença à serpenter, par tout chemin, dans les cabanes et dans les chaumières ; ce ne fut qu’après que la ville eut été, à plusieurs reprises, témoin de ce fait inouï de tisseurs ayant de l’argent en poche, eux que jamais on n’avait connu sans dettes, que la classe ouvrière, commença è comprendre que cette idée condamnée, était une idée qui rapportait de l’argent. Alors aussi, la masse de ceux qui avaient prédit le plus haut la ruine de la société, prétendirent avoir toujours deviné le succès qui l’attendait, et répétèrent que les coopératêurs agissaient en gens sages et qu’il fallait les imiter.
- Chapitre V
- Règles cle |la Société
- Les premiers règlements de la Société imprimés en 1844 ont subi bien des modifications ; néanmoins
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- LE DEVOIR
- on y retrouve le germe cle toutes les règles actuel- I
- les.
- — La Société est administrée par un président, un trésorier et un secrétaire élus tous les semestres. Elle comprend, en outre, trois administrateurs et cinq directeurs, plus des auditeurs.
- — Tous ces fonctionnaires se réunissent chaque mardi à 8 heures du soir dans la salle du comité, au magasin de la Société à Toad lane, pour les transactions et opérations sociétaires.
- — Aux premiers lundis de Janvier, Avril, Juillet et Octobre ont lieu les assemblées générales des sociétaires. A ces réuions, les fonctionnaires présentent leurs rapports trimestriels, dans lesquels sont spécifiés le montant des fonds et la valeur du stock possédés par la Société.
- — Les fonctionnaires ne peuvent en aucun cas, ni sous aucun prétexte, vendre ou acheter aucun arti -cle autrement que contre argent comptant. Tout fonctionnaire qui manquerait à cette règle, serait amendable à 10 schillings (12 fr. 50 c.) et regardé comme indigne d’accomplir les devoirs de sa fonction.
- Le seul point qui ne fut pas austère et qui ne comporta pas de sacrifice personnel dans les règles de la Société naissante, fut l’institution d’un réunion générale annuelle, suivie d’un dîner à un schilling par tête, (1 fr. 25 c.), afin de célébrer l’anniversaire de l’ouverture du magasin. En 1847, le dîner fut remplacé par une collation.
- Quantité de cas amendables sont prévus par les règlements de 1844.
- — Le préjudice causé à la Société par l’absence d’un administrateur ou d’un directeur aux réunions du comité, est fixé à 6 pences (0 fr. 60 c.). Cela indique que la Société ne croyait encourir qu’une perte de trois francs si les cinq directeurs étaient absents. Néanmoins ces fonctionnaires prouvèrent que leurs services valaient plus que le bas prix qu’ils y avaient eux-mêmes attachés.
- Chaque année la Société des Pionniers publie un almanach qui donne une peinture curieuse de ses progrès et de ses vicissitudes.
- On y trouve l’exposé qui suit des règles concernant l’admission des membres, la répartition des bénéfices et les mesures d’ordre en cas de contestation.
- Admission des membres
- — Toute personne désireuse de devenir membre de la Société est proposée par deux répondants. Le ! nom, la profession, la résidence du postulant étant A
- bien établis, celui-ci, la veille du jour où l’Assemblée générale doit prononcer sur son sort, est introduit dans la salle des réunions. Là, il atteste sa volonté de prendre cinq actions de 25 francs chacune dans le fonds social, de se conformer aux règles de la Société, et il opère un dépôt qui ne peut être inférieur à 1 fr. 25 c. Il achète en outre, un exemplaire des statuts.
- — L’Agsemblée générale prononce ensuite à la majorité, l’admission ou le rejet.
- — Le droit d’entrée est rendu à tout candidat non admis.
- — La personne qui a été proposée et qui n’a point fait apparition dans une période de deux mois, abandonne son droit d’entrée. Elle ne peu être admise ensuite que sur une nouvelle proposition.
- — Tout membre ne paie pas moins de trois pences (0 fr. 30 c.) par semaine, ou 3 schillings et 3 pences (4 fr.- 05 c.) par trimestre, jusqu’à ce qu’il possède cinq actions dans le capital social.
- — Tout membre qui néglige ces paiements, pour d’autres causes que la maladie, la détresse ou le manque d’ouvrage, subit une amende de 0 fr. 30 c.
- — Les intérêts et profits qui peuvent être dus au nouveau membre restent en caisse jusqu’à ce que celui-ci possède cinq actions de 25 francs chacune dans le fonds social.
- — Des cinq actions versées par chaque membre, deux actions constituent un capital fixe et permanent.
- — Les trois autres peuvent être retirées sur l’autorisation du bureau.
- — Les remboursements de sommes supérieures à cinq actions (125 francs) ont lieu, savoir : Pour une livre, 5 schillings (31 fr. 25 c.), en s’adressant au bureau. D’une livre 5 schillings à 2 livres (31 fr. 25. •à 50 fr.), deux semaines après la demande. Des sommes plus fortes, après de plus longs délais. De 4 0 à 45 livres (1,000 à 1,125 fr.) douze mois après la demande.
- — Aucun membre ne peut posséder moins de cinq actions (125 francs) dans le capital social ni plus de deux cents actions. Mais les obligations sont illimitées.
- Répartition des bénéfices
- La répartition des profits se fait trimestriellement, après prélèvement des frais suivants :
- 1" Dépenses d’administration ;
- 2° Intérêts aux capitaux empruntés;
- 3° Réduction de valeur des marchandises en stock j
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- 4° Dividendes au capital souscrit par les membres ,
- 5° Accroissement du capital pour l’extension des affaires ,
- 6° Deux et demi pour cent de ce qui reste après que les articles ci-dessus ont reçu leur part, à employer dans un but d’éducation générale.
- Ce dernier point constitue un des traits caractéristiques du sérieux désir des coopérateurs de travailler à leur propre perfectionnement.
- Ces 2 1/2 0/0 réservés trimestriellement sur les bénéfices à répartir entre les membres, joints aux amendes pour infractions aux règles sociales, constituent le fonds spécial d’éducation, pour le développement intellectuel des membres de la Société, l’entretien et l’extension de la bibliothèque, et tous autres moyens de progrès qu’on jugerait convenables. Nous verrons ce qu’est le département de l’Education de la Société de Rochdale au chapitre xv de la présente histoire.
- Le restant des bénéfices est divisé entre les membres du Store en proportion du montant des achats respectifs de chacun pendant le trimestre. *
- Les Pionniers établirent de bonne heure « un fonds de réserve «lequel consiste dans l’accumulation des honoraires d’un schilling (1 fr. 25) que chaque membre paie en entrant. Outre cela, tout membre qui retire de la Société ses deux dernières actions subit une confiscation d’un franc vingt-cinq centimes par action. Le produit de ces amendes entre également dans le fonds de réserve. Enfin, les affaires faites par les individus qui ne font pas partie' de la société procurent des profits. Les dividendes qui afféreraient à ces achats vont de même au fonds de réserve. Ce fonds a surtout pour but de faire face aux dépréciations des marchandises en stock.
- Dans tous les rapports financiers de la Société, large part est faite à la dépréciation des marchandises; le stock est toujours estimé au-dessous de sa valeur réelle, de façon que -si la Société tombait en faillite, chaque souscripteur recevrait néanmoins 25 schillings, c’est-à-dire 31 fr. 25 pour chaque action de 25 francs.
- Mesures cPordre
- — Toutes les discussions sont réglées :
- 1° Par les directeurs ;
- 2° Par appel à l’Assemblée générale;
- 3° Par arbitrage.
- — Le conseil des directeurs peut suspendre la qualité de membre de n’importe quel individu dont L conduite est préjudiciable à la Société.Une assemblée générale peut expulser le perturbateur ; après
- quoi il est très difficile à celui ci d’être réadmis dans la Société.
- — Les plaintes et observations concernant la qualité, le prix des marchandises ou la conduite des agents de la Société, doivent être adressées, par écrit, aux directeurs qui s’accordent pour rendre une décision.
- Si la question n’est pas réglée d’une façon satisfaisante, elle est reportée à une assemblée générale qui en décide souverainement.
- Comme nous Lavons déjà indiqué,il y eut tout naturellement, dès l’origine, compétition entre les Pionniers et les commerçants ordinaires. Mais le « Store » n’en suivit pas moins sa route, patiemment, loyalement, ne se livrant à aucune de ces concurrences funestes à la fois aux vendeurs et aux acheteurs.
- A quelque prix, par exemple, que les épiciers de la ville missent telle ou telle de leurs denrées, les Pionniers ne s’en laissaient pas émouvoir.
- Leurs prudentes maximes étaient les suivantes :
- « Pour notre sauvegarde nous devons vendre avec profit, c’est la première condition de notre hon-nêté elle-même. Si nous vendions une denrée quelconque à perte, nous serions obligés de récupérer cela secrètement sur quelque autre. Quoi que fassent les autres commerçants, n’entrons pas dans une telle voie. Nous ne prétendons pas vendre au prix le plus bas*; notre seule volonté est de commercer honnêtement. » Et les faits leur donnèrent raison.
- (.4 suivre) .
- Le Vélocipède IClectri<j»e
- On cherche aussi en ce moment à réaliser de véritables voitures électricques. On emporterait sa provision d’électricité pour un course d’une ou deux heures, et quand la force serait épuisée, ou trouverait à la renouveler le long du parcours. Le problème, dit-on, est très-sérieusement étudié.
- En attendant, M. G. Trouvé vient de faire marcher électriquement un vélocipède. Il a installé de chaque côté d’un tricycle anglais un peu lourd (55 kilogr.) un des petits moteurs électriques qu’il construit. Chaque moteur est attelé à la manivelle et la fait tourner. Quant à l’électricité, elle est enfermée à l’arrière dans une pile secondaire. On en accumule assez pour faire face à une dépense d’au moins une heure. Un ami de M. Trouvé a essayé sur le bitume de la rue de Valois le nouveau vélocipède. Il a parcouru la rue à plusieurs reprises, à la vitesse d’une bonne voiture de place.
- Le poids total du véhicule, le cavalier compris, s’élevait à 160 kilogr. et la force effective produite par les deux moteurs correspondait à 7 kilogrammètres. L’expérience a duré près d’une heure et demie. Evidemment ce n’est qu’un commencement, mais un commencement qui promet. Du monment ou l’on pourra accumuler une provision d'électricité relativement grande sous un poids relativement réduit, on aura ouvert un vaste champ d’exploitation aux applications électriques»
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- LE DEVOIR
- LE LAND BILL D’IRLANDE
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- La fraction modérée du parti national, en Irlande, est toute prête à accepter le « Land Bill, » sinon comme un règlement définitif des intérêts respectifs du fermier et du Landlord, au moins comme un moyen terme par lequel arriver à ce règlement. C’est à ce point de vue que M. Shaw demandait l’autre jour à M. Parnell et à ses amis de se placer et d’accueillir le projet de loin.
- M. Gladstone dans la séance du lundi, 10 mai, a jugé à propos de donner à la Chambre des Communes quelques explications sur certains points de ce projet qui semblaient obscurs ou mal compris et que, du reste, on pouvait amender, ainsi qu’il en a fait l’observation. Le premier ministre anglais a cru devoir prévenir en même temps les deux Chambres (bien que semblant ne s’adresser qu’à une seule), qu’il était dans l’intérêt de tous que la loi fut adoptée. Il croit que la Chambre des communes se prononcera pour l’adoption, mais il n’augure pas favorablement du vote de la Chambre des Lords. Ce sera un malheur; car rejeté aujourd’hui, le « Land bill « reviendra demain avec des exigences nouvelles et telles que ceux qui l’auront repoussé seront les premiers à en faire leur mea culpa. Qui sait même ce qui adviendra de la Chambre haute : ce peut être pour elle une question de vie ou de mort ; outre que cela amènera sans doute une dislocation ministérielle. Bref, l'avis est sage et messieurs les Lords feront bien de réfléchir et de fléchir.
- Chacun le reconnaît : Le projet de loi voudrait donner satisfaction, d’un côté, au Land lord exactionnaire qui entend disposer de ce quil regarde comme sien, à son gré et à sa guise ; de l’autre à la Land league qui désire l’abolition radicale du Lând-lordisme.
- La création du paysan propriétaire semble être dans l’esprit de tout le monde, mais les moyens proposés pour y arriver ne sont pas du goût de certains économistes ou se disant tels. Parmi ces moyens, l’établissement de la Land commission, intermédiaire qui se place entre le propriétaire qui consent â vendre et le fermier qui veut acheter, est en but à plus d’une attaque. Revêtue du pouvoir d’acquérir les domaines pour les revendre en détail aux tenanciers d’abord, puis à d’autres personnes, lorsque les tenanciers sont pourvus ; ayant également la faculté de procurer aux fermiers de l’argent à titre d’avance pour fare leurs acquisitions, la Land commission Se substitue complètement aux Land Estâtes Court,
- Les avances quelle peut faire à meilleur compte et avec moins d’embarras que n’en offrent ce qu’on, nomme les clauses Bright, dans la loi de 1870, sont des 3/4 pour les tenanciers et de 1/2 pour les autres acquéreurs. Le remboursement est garanti par une annuité de 5 p. 0/0 pondant 25 ans reposant sur le sol comme gage.
- Les critiques^ de cette mesure font observer que maintes de ces transactions entraîneront double opération. Il faudra d’abord trouver de l’argent pour le prix des domaines achetés, puis ensuite se procurer les sommes nécessaires pour faire les avances aux fermiers qui rachèteront les domaines de la Commission.
- Qui a fourni cet argent? Le trésor impérial, soit en consolidés, soit en bons sur l’échiquier. En d’autres termes, le crédit du Royaüme-Uni servira à convertir les fermiers Irlandais en freeholders
- Etrange situation que crée ce précédent 1 Etrange dans le présent, dangereuse dans l’avenir.
- Ge n’est pas, fait on remarquer, pour soulager une misère exceptionnelle d’urgence et à titre provisoire ; ce n’est p-as non plus pour parer à une éventualité surgissant tout à coup, que ce rouage d’une espèce nouvelle va être introduit dans le système économique.
- C’est un mécanisme destiné à fonctionner pendant un nombre d’années indéfini ; qui permettra sans doute aux paysans irlandais de devenir propriétaires un comité de trois membres et pendant lequel sera chargé de diriger et de surveiller le fonctionnement •de ce mécanisme dont les frais seront couverts par l’argent des contribuables de la Grande Bretagne. Ceci pour le présent.
- Quant à l’avenir les dits critiques se demandent s’il sera possible au parlement de mettre fin, à un moment donné, à cette subvention et de fixer même d’une manière approximative le chiffre auquel elle s’élèvera. Il y a bien dans le projet de loi une clause portant que ce crédit sera annuel et basé sur les besoins du moment, mais à distance, le parlement pourra-t-ii être bon juge ? Et s’il tentait de restreindre cette dépense sanctionnée, requise par la Commission, quel mécontentement ne s’exposerait-il pas à soulever ?
- Ce n’est pas tout encore. Deux autres difficultés se présentent avec lesquelles lutter 1° le manque de confiance en ses propres forces, qui est le caractère national de l’Irlandais ; 2° le mépris qu’il professe en quelque sorte pour les obligations contractuelles en matière de fermage.
- Il serait donc à propos, dit-on, de développer l’indépendance loGâle, de favoriser la liberté individuelle
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- LE- DEVOIR
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- et de faire que le paysan trouve son intérêt à acquitter ponctuellement et scrupuleusement le prix d’achat de ses tenues. Or rien de semblable n’existe dans le Land Bill : les caisses de l’Empire sont mises à contribution pour un besoin local, et en laissant peser sur les contribuables des trois royaumes le fardeau de la Laud Commission, on encourage les propriétaires de fraiche date à regarder les à-comptes par eux dus sur leur prix d’achat, comme une rente payée à des landlords absents, riches et pouvant se passer de cela. Ils ne voient pas dès lors que leur manque d’exactitude à remplir leurs engagements leur retombe sur le dos avec d’autant plus de force qu’ils étaient mieux à même de le faire.
- C’est donc l’Irlande, conclu-t-on, qui devrait, de ses propres deniers, pourvoir à tout ce que dessus.
- Ce faisant, elle se sentirait plus libre, ne devant sa prospérité qu’à elle seule. Elle y gagnerait donc matériellement et moralement tout à la fois. Ses richesses personnelles offriraient assez de garantie pour trouver l’argent nécessaire à ce qu’elle nomme son affranchissement. Les chiffres suivants l’attestent.
- Le capital de ses chemins de
- fer est d’environ.......... 34.000.000 Liv. $t.
- Les dépôts en numéraire ou valeurs , dans les Iiish joint stoh banhs, sont malgré la crise, à l’heure actuelle, de 20.750.000 »
- Ceux dans les Savings Banks, s’élèvent aujourd’hui à. . . 3.750.000 »
- Le sel imposé produit......... 450.000.000 *
- C’est donc à peu près une
- somme de. ....... . 508.500.000 » qui,
- représentant sa fortune, pourrait servir de garantie aux emprunts qu’elle aurait à faire, emprunts qui du reste seraient partiels et, en quelque sorte, échelonnés. Néanmoins si ce capital n’était pas suffisant, rien n’empêcherait que les deux autres parties du Royaume-Uni ne vinssent à la rescousse.Mais il ne devrait pas y avoir desolidarité entre elles et chacune ayant son contingent à fournir, ce contingent resterait sous sa responsabilité exclusive.
- *
- * *
- Si nous étions Irlandais et que nous eussions à répondre aux objections précédentes et surtout à l’exposé des richesses de l'Irlande, nous demanderions-:
- 1° Les capitaux engagés dans les chemins de fer sont-ils réellement irlandais ? Le sont-ils du moins en majorité?
- 2° Leur produit est-il tel qu’ils puissent être, en effet, offerts comme garantie ?
- 3® Les dépôts dans les Irish joint stoh Banhs affectés à la garantie en question, devraient rester intacts dans les caisses de la Banque. C'est donc un capital condamné à l’immobilité, improductive désormais, une source de revenus tarie à l’avance sans compensation suffisante.
- 4° L’argent versédans les Savings Banks,serait de même condamné à y rester, sans cela la garantie serait illusoire. Cela ferait-il bien l’affaire des dépositaires? Suppose-t-on donc qu’ils ne sauraient avoir besoin de leurs économies à un moment donné ? Ne serait-ce pas aller à l’encontre de l’institution même des Savings Banks, du but qu’elles se proposent que d’en disposer ainsi ?
- 5° Quant au sel imposé, est-ce que le produit de cet impôt n’est pas employé à des travaux d’utilité publique? Ne sert-il pas à solder des subventions, à couvrir des dépenses de la chose publique ? Et si oui, comme nous croyons'le savoir, encore une fois quelle valeur a cette prétendue garantie ?
- C’est très beau d’aligner des chiffres, mais il serait bon de savoir ce qu’ils représentent en réalité.
- (A suivre) G.-P. Maistre,
- CONGRÈS RÉGIONAL DU CENTRE
- (Suite). — II.
- Nos prévisions ne se sont pas réalisées : le congrès socialiste qui prétend proclamer la liberté pour tous, vient de faire, à notre avis, acte d’absolutisme en excluant les délégués anarchistes,lesquels étaient régulièrement mandatés et représentaient des groupes dont l’existence n’était pas contestée.
- Il s’en est suivi une scission toujours regrettable, et les groupes exclus ont ouvert, à partir du mercredi 28 courant, un congrès révolutionnaire indépendant, en déclarant se retirer d'un congrès où il n'y a place ni pour l'autonomie des groupes, ni même pour la liberté de discussion.
- Certes nous répudions, quant à nous, les révolutions violentes, et les mesures extrêmes nous ont toujours semblé prématurées quand il devait s'en suivre mort d’hommes. Nous ne pouvons donc être avec les anarchistes lorsqu’ils veulent décréter la destruction comme moyen de progrès ; mais nous sommes de leur côté quand ils réclament l’absolue liberté de parole et la tolérance pour toutes les opinions.
- Nous applaudissons donc au dernier paragraphe de leur circulaire d’appel au Congrès indépendant.
- « Ce n’est pas môme seulement aux groupes constipe tués que font appel les délégués anarchistes c’est aussi « à toutes les initiatives, c’est à tous les citoyens qui
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- LE DEVOIR
- < sont sincèrement imbus de l’idée de révolution, d’éga-«lité et de justice sociale. »
- Le Congrès régional du centre a repris avec sérénité, après motion absolutiste l’ordre du jour indiqué, et, chose singulière, les différents bureaux qui se substituent l’un à l’autre, après avoir foulé aux pieds le principe d’imporsonnalité mis en avant par les anarchistes, prend religieusement exemple sur eux en désignant chaque délégué par la simple dénomination de son groupe.
- La parole étant donnée au délégué des chambres syndicales et groupes d'études sociales de Châtellerault, il expose en paroles vibrantes de douleur et d’indignation la situation véritablement atroce des travailleurs de sa ville. Il donne cet exemple d’une ouvrière, qui, en une semaine ayant travaillé 91 heures, a reçu une somme de 9 fr. 4A soit 10 centimes l’heure.
- Comme conclusion d’un travail très sérieux sur le budget indispensable à la vie d’un ouvrier et de sa famille, il constate par an un déficit de 395 fr. et quelques centimes sur les recettes du travailleur.
- Il demande la séparation des classes et propose de réorganiser la Société de façon à ce qu’il n’y ait plus ni exploiteurs, ni exploités, ni Dieu ni maîtres.
- Le délégué de la Chambre syndicale des maçons estime que les réformes politiques déjà accomplies ont eu cet avantage d’élever le prolétaire intellectuellement de le rendre conscient de ses droits. L’accomplissement de la révolution sociale- n’est donc selon lui qu’une affaire d’entente entre les travailleurs, dont l’émancipation dépend désormais d’eux-mêmes.
- Le délégué des Boucheurs à l’émeri pense que les révolutions politiques accomplies ont fait seulement œuvre de démoralisation.
- „ La révolution sociale, qui émancipera les travailleurs, tandis que les autres révolutions n'ont fait que resserrer leurs chaînes, doit être, essentiellement prolétarienne. Telle est sa conclusion.
- Les délégués du cercle d’études du 15e arrondissement du groupe d’études sociales du 13e arrondissement; du cercle d’études sociales du 19e arrondissement déclarent, en quelques paroles, répondre négativement à la première question posée devant le Congrès.
- Le citoyen Augustin Corsin, après avoir conclu de la môme manière,termine son discours par cette devise qu’il propose au parti prolétarien . « Qui n’est pas avec nous est contre nous. »
- Nous no saurions approuver cette maxime : « Tous pour la vérité et avec elle » telle est la formule d’union fraternelle et humaine propre à guider et à rapprocher les uns des autres les chercheurs, les penseurs, les souffrants et les déshérités d’une Société, organisée sur des bases fausses.
- Pour la seconde question : Propriété et salariat, le citoyen Delaporte, délégué des collectivistes rationnels, prend lo premier la parole. Nous reproduisons ici les
- principaux traits de son discours très savant et fort substantiel.
- Après avoir donné étymologiquement l’explication du mot propriété, laquelle naît sur le globe avec l’humanité il la sépare en propriété individuelle et en propriété collective. Puis il divise la propriété collective, suivant qu’elle appartient à des groupes (communale etc.,) ou qu’elle appartient à l’Etat collectif fsociale) ; puis en propriété foncière fournie par le sol, ou mobilière, acquise par le travail et comprenant les richesses amassées par les générations disparues.
- Les économistes ont pris grand soin, dit-il, de ne pas désigner les appartenances.
- La propriété tient de la nature des choses et l’organisation de la nature des personnes.
- Changer l’organisation de la propriété, c’est donc la détruire et c’est là ce que demandent les socialistes.
- La propriété féodale inaliénable a été détruite et remplacée par la propriété aliénable, divisible entre les enfants.
- Quel est ’e but de toute organisation que veut durer. Se maintenir en harmonie. Une organisation sociale ne peut durer que si elle est juste. C’est parce qu’elles étaient iniques que beaucoup ont été détruites.
- La science doit nous conduire «ujourdTiui à une juste organisation.
- La question de la propriété et de l’organisation sociale a été posée en 89.
- L’organisation bourgeoise, qui classe le sol comme un produit pouvant être échangé avec les capitaux qui maintient l’hérédité n’est pas une organisation juste.
- Les difficultés du prolétariat ont augmenté.
- Le paupérisme était né avec 89.
- Le sol n'est pas un capital ; le travail seul ne peut le créer.
- Le salariat mal nommé devrait être appelé prolétariat, car il provient de l’organisation vicieuse de la propriété.
- Les fruits du travail vont à ceux qui possèdent, qui peuvent se procurer des outils, transformer le sol, etc. Ainsi les riches deviennent toujours plus riches, les pauvres toujours plus pauvres.
- Excluant delà propriété du sol toute une classe, la société ne laisse au travailleur que la plus petite part.
- Une société bien organisée serait celle où le salaire serait le plus grand possible et le loyer du travailleur le plus petit possible.
- Le régime féodal excluant les bourgeois et les serfs de la propriété.
- La bourgeoisie exclut le prolétaire du sol et des capitaux du passé.
- Le délégué du groupe social (19e arrondissement) succède à la tribune au citoyen Delaporte.
- Il demande la transformation du salariat.
- Ce qui constitue dit il la propriété, c’est pour les uns l'occupation, pour les autres la conquête, pour d’autres encore le travail,
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- La propriété doit être divisée en terrienne et mobilière. La première, la nue propriété est éminemment col)e:tive par sa nature môme. '
- Les économistes ont objecté aux socialistes que la terre étant améliorée par le travail» la propriété du sol devenait légitime.
- Mais il est prouvé au contraire que l’usage d’une terre, loin de l’améliorer, l’appauvrit. Il no s’agit pour s’en convaincre que de comparer, par exemple, les vieilles terres d’Europe aux terres nouvelles d’Amérique.
- La terre est une matière première qui doit être soumise aux mêmes lois que les autres matières premières.
- Ce que nous combattons ce sont les privilèges qui créent l’inégalité.
- Nous demandons que la valeur foncière soit appréciée par le travail et que la plus-value des produits solde les dépenses.
- Nous demandons que le travailleur soit libre de transformer Je sol à son gré, d’y bâtir, etc., et qu’à offres égales le travailleur agricole ait la priorité sur les autres, quant à ce qui concerne la terre.
- Ce qu’on ne comprend pas assez c’est qu’avec une organisation harmonique, il y aurait pour tous, propriétaires actuels compris, une somme de bonheur plus grande.
- Pour les mines, lesquelles n’ont pas toute la même valeur, les groupes ouvriers se choisissent des ingénieurs et fout commanditer les travaux par la banque nationale. De môme les groupes du bâtiment. Yoilà une base d’organisation sociale. La solidarité entre tous doit exister dans les grandes entreprises industrielles, d’intérêt commun, chemins de fer, etc.
- Il ne doit plus y avoir de taxe pour les postes. Enfin il s’agit de transformer toutes les administrations et de nous pénétrer surtout des besoins du travailleur agricole. La devise des américains, celle des nihilistes russes. « Terre et liberté 1 » doit être la nôtre.
- L’orateur entre ensuite sur la grande et la petite culture, question si controversée dans des considérations que nous ne reproduirons pas ici. La propriété, conclut-il, doit s’universaliser et le crédit usuraire disparaître pour être remplacé par le crédit national.
- Le délégué des menuisiers, également partisan de la propriété collective, même internationale propose d’étudier les moyens les plus propres à réaliser l’appropriation collective et à détruire le salariat et demande que le Congrès mette à l’ordre du jour : Des moyens pratiques de transformer la propriété individuelle en propriété collective.
- Le délégué du groupe des grandes carrières signale que le Congrès de Bâle (1869), le Congrès International, les Congrès de La Haye (1872), de Gand,tous les congrès ouvriers socialistes ont reconnu nécessaire la propriété collective.
- Il faut donc, dit-il, chercher à réaliser le collectivisme. Mais qu’est-ce que le collectivisme, si ce n’est
- . du communisme. Le groupe auquel appartient l’orateur est communiste.
- Nous avons le droit, poursuit-il, de poser l’idéal eu égard à la question de la propriété, de même que nous avons posé l’idéal relativement à la question de la femme. Nous avons dit : Tant qu’il y aura une esclave auprès de nous, nous ne serons pas libres.
- Nous faisons donc une concession en ne réclamant que le collectivisme, mais nous préférons ne pas tout demander de peur de risquer à ne rien avoir.
- A nos adversaires nous dirons : La société individuelle est une iniquité. La soif de richesse fait la plupart des crimes. Cet amour de l’argent devra disparaître dans une société rationnellement organisée ou l’or ne servira plus la corruption et à la satisfaction des passions basses.
- Nous ne voulons pas qu’il y ait de direction, parc qu’il ne nous paraît pas juste de nous y soumettre. IL ne faut pas selon nous de banque nationale,pas d’état, tout cela relèverait encore de l’aristocratie. Mais nous ne sommes pourtant pas anarchistes ; nous n’avons pas la prétention de faire disparaître d’un coup de baguette toutes les vieilles institutions et nous pensons qu’à une force organisée il faut opposer une force organisée, à une force menaçante une force résistante.
- Si nous sommes tombés, c’est surtout que nous n’avions pas les forces nécessaires pour nous organiser.
- Nous rêvons une société communautaire où chacun travaillera suivant ses forces et recevra selon ses besoins.
- L’orateur propose au nom de son groupe de mettre à l’ordre du jour du prochain Congrès : Des moyens de réaliser dans le plus bref délai possible la plus grande quantité possible de propriété collective. Cette formule a été adoptée par plusieurs autres groupes encore.
- Le délégué de la Chambre syndicale du bronze recommande aux travailleurs le groupement en chambres syndicales, les caisses de résistance et l’acquisition du capital par l’épargne.
- La question sociale ne sera pas ainsi résolue, conclut-il; mais il y aura du moins un pas de fait.
- Le délégué du groupe d’études sociales de La Chapelle se déclare communiste. Tout en aspirant à une société communautaire, il demande en attendant l’appropriation collective et propose au Congrès de l’année prochaine la formule énoncée plus haut.
- Le déléguée du 12® arrondissement est partisan de la propriété collective inaliénable indivise, nationale et même si possible internationale.
- Il déclare que les possesseurs individuels sont des spoliateurs et exige que ceux qui détiennent restituent. Ils ne céderont jamais à la persuasion, ajoute-t-il, et l’on doit se servir sans scrupule pour leur faire rendre gorge de tous les moyens possibles.
- Il croit à la nécessité d’un programme socialiste progressif.
- Une révolution sociale est inévitable selon lui. Il de-
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- mande l’abolition du salariat et la répartition des produits au moyen de bons de travail.
- Le délégué de l’Union des peintres se prononce pour l’appropriation collective et l’abolition du salariat.
- Le délégué de'la Chambre syndicale de la cordonnerie est partisan de la suppression complète de la propriété, qui, pour lui, est synonyme de vol et de meurtre et qui a pour origine la barbarie. Résoudre ce problème, c’est donc, à son avis, les résoudre tous. L’orateur est partisan de la socialisation de la propriété et de l’abolition du salariat. Il parle en faveur de la représentation politique ouvrière.
- Comme idéal il aspire à la communauté des biens.
- Les délégués du Cercle des premier et deuxième arrondissements, de la corporation des ouvriers maçons et du cercle d’études sociales. Les Egaux,concluent tous troise après quelques courtes considérations à l’appropriation collective et à l’abolition du salariat.
- Le délégué de la Chambre syndicale des employés du commerce se déc are, en un discours très étudié, en même temps que fort littéraire, partisan, au nom de son groupe, de la propriété individuelle et du maintien du salariat.
- Il reconnaît que la fortune, la richesse étant sociale dans sa source doit être sociale dans sa destination,dans sa répartition.
- Il ne pense pas que l’administration doive être collective, les salariés ont simplement le droit de demander des comptes à leurs administrateurs qui sont les bourgeois, les patrons, les capitalistes. L’orateur pense que décréter par des lois la propriété collective ne serait d’aucun effet, mais qu’il faut, avant tout, réformer moralement et intellectuellement l’être humain, l’individu.
- Sans la propriété individuelle, dit-il, presque toutes les inventions scientifiques des derniers siècles n’au raient pu se faire jour.
- L’orateur affirme que la propriété individuelle maintient seule la dignité et l’indépendance de l’homme.Elle n’est ni divine ni de droit, ajoute-t-il, c’est une fonction à remplir et les salariés ont le devoir de demander des comptes.
- A la suite de ce discours, à peine interrompu par quelques murmures, la séance est levée, non pas cependant sans que la commission des résolutions sur la deuxième résolution ait été élue.
- A la même heure les anarchistes tenaient leur première réunion sous le nom de Congrès socialiste révolutionnaire indépendant.
- Jacques Courrier.
- FAITS POLITIQUES & SOCIAUX DE LA SEMAINE
- FRANCE
- A. la Chambre des députas, dont les travaux eut été interrompus par les vacances de Pentecôte, après la discussion de la proposition Barodet, on a voté la loi sur l’hypothèque maritime, qui sera bien accueil-
- lie de nos populations du littoral, parce qu’elle règle définitivement, en faveur de la propriété navale, un droit existant déjà au profit de la propriété foncière territoriale, et que cette amélioration est de nature à favoriser le relèvement si désirable de notre marine marchande.
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- Au Sénat une très vive opposition s’est manifestée dans les rangs de la droite et du centre droit contre la loi sur l’obligation de l’enseignement primaire.
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- Louis Jourdsiu «St Littré. — La pensée française a fait à quelques heures de distance deux pertes sensibles en la personne de Louis* Jourdan et de Littré.
- Louis Jourdan avait appartenu à l’école saint simon-nienne. Comme tel il écrivit beaucoup de questions sociales. A la mort de M. Havin il prit la direction du Siècle, alors le plus influent des journaux républicains français.. Louis Jourdan fut jusqu'aux atteintes de la vieillesse un libre penseur militant des plus considérés.
- Son rôle, très eu vue à uu moment donné s’effaça un peu durant ces dernières années.
- C’est tout le contraire de ce qui arriva pour Littré qui n’a joui que fort tard d’une influence sérieuse.
- Littré, ancien député de la Seine, sénateur inamovible, membre de l’Académie française, radical en philosophie, centre gauche en politique a fait partie, de même que Jourdan, mais plus longtemps que lui’ de ce-lte pléiade vigoureuse de lutteurs' par la plume qui, depuis cinquante ans, se sont tenus constamment sur là brèche pour combattre, au nom de la liberté de pensée, au nom de la République et des grandes conquêtes de 1789.
- Sa mort laissera un vide profond da'ns le monde de la philosophie, des lettres et des sciences plus que dans celui de la politique.
- M. Littré est sans contredit l’un des plus infatigables écrivains qui se soient jamais vu.
- Avec lui disparaît un savant remarquable, un penseur original quoique timoré, un citoyen plein de bonnes intentions.
- ANGLETERRE
- La traite die» blanchesderant la Chambre des lords. — La traite des blanches a occupé la Chambre des lords. Le comte de Dalhousie a demandé la nomination d’une commission, pour examiner l’état de la législation relativement aux détournements de jeunes filles et aux moyens d’amender les victimes de la prostitution. Cette proposition a été adoptée.
- Non-seulement elle n’a soulevé aucune opposition, mais son auteur a reçu de plusieurs de ses collègues, le comte de Shaftesbury et l’évêque de Pétersborough entre autres, le plus chaleureux appui ; la Haute Assemblée n’a pas non plus caché au comte de Dalhousie la vive sympathie qu’elle ressentait pour sa généreuse initiative. Quant au gouvernement, lord Granville, ministre des affaires étrangères, a parlé en son nom, et son langage a été aussi satisfaisant que possible.
- BELGIQUE
- La représentation proportionnelle, —
- Nous avons sous les yeux le programme et les statuts d’une association qui vient de se constituer à Bruxelles pour propager en Belgique le principe de la représentation de la minorité. Nous reproduisons les articles 1 et 2 des statuts qui précisent le but de l’association.
- Art. l9r. — Il est constitué en Belgique une association portant le nom d'Association réformiste pour l'adoption de la représentation proportionnelle.
- Art. 2. —Elle a pour but de poursuivre, en dehors de toute préoccupation de parti, la représentation proportionnelle des divers gruupes d’électeurs dans tous les corps électifs, d’arriver partout à la représentation
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- vraie du corps électorale d’assurer la sincérité du gouvernement représentatif par l’application de ces eeux principes, droit égal pour tous a être représentés, gouvernement de la majorité réelle,
- ^ la tête de l’association est un comité de ouze membres, parmi lesquels figurent plusieurs membres des deux Chambres appartenant aux deux partis qui divisent la Belgique. Le président est M. Jules de Smedt, ancien membre des représentants de la Chambre pour Bruxelles ; M. Delecourt, sénateur, est vice-président; le trésorier est M, Eugène Anspach, directeur de la Banque nationale, descendant de la famille genevoise de ce nom.
- ESPAGNE
- JL’alboîIticm de l’esclavage. — L’autre jour a eu lieu, au Théâtre-Royal de Madrid, une réunion de la Société pour l’abolition de l’esclavage, La Société demande l’abolition des châtiments corporels,etla liberté immédiate de tous les esclaves dans les Antilles espagnoles. Il a été donné lecture d’une lettre de Victor Hugo.
- PORTUGAL
- IC** jowrnïïl ouvrier «socialiste, 0 Operario, de Porto, a tenu, pour fêter son deuxième anniversaire, uu grand banquet, auquel étaient conviées toutes les associations ouvrières de la ville.
- IRLANDE
- U’agritaticm. — Des nouvelles de plus en plus graves nous arrivent d’Irlande. Ce malheureux pays est soulevé tout entier contre les lois arbitraires qui l’oppriment et l’oppressent depuis de si longues années. Pour arrêter le mouvement insurrectionnel, le gouvernement n’attend plus que le retour de M Forster, qui s’empressera de mettre l’Irlande en état de siège et de dissoudre la ligue agraire.
- On n’est pas sans inquiétude à Londres sur les suites de la répression. Si la guerre civile venait à se propager et donnait une seule fols gain de cause aux Irlandais, la situation des Anglais dans l’Ile Verte deviendrait très critique.
- Les arrestations en vertu du hill de coercition, les mandats d’expulsion contre les fermiers qui ne payent pas leurs redevances, se multiplient.
- A Naw-Pallas, les paysans s’étaient enfermés dans un château et faisaient mine de vouloir y résister à la force armée. Quatre cents hommes de troupes sont partis de Dublin pour Naw-Pallas avec ordre de faire feu en cas de résistance, mais ils ont trouvé le château évacué et ont réussi à faire exécuter de nombreux mandats d’expulsion, sans effusion de sang.
- Le Times annonce que tous les officiers e r permission, dont les régiments qui tiennent garnison en Irlande, ont reçu l’ordre de rejoindre immédiatemest leurs corps.
- Prévoyant le cas où la Ligue agraire serait dissoute, ms députés irlandais viennent de décider que l’associa-Homserait alors dirigée par un comité siégeant à Holy-head, lie anglaise que n’atteignent pas les lois de eoer-
- ALLEMAGNE
- fi ?» « aii-a ï*oem o!>ligatoire»!. — Le Rei-
- a discuté en seconde lecture, le projet de loi re-udif aux assurances ouvrières obligatoires. Le prince de Bismarck, alité n’ayant pu se rendre à la séance, la discussion n’a présenté qu’un intérêt secondaire.
- Le Parlement a adopté l’article 1er de la loi avec la ré-
- action proposée par la commission. Suivant cette ré-
- ; daction, les ouvriers qui devront s’assurer sont ceux | dont le travail est de nature à les exposer forcément à des accidents, et dont le revenu ne dépasse pas la somme de 2,000 marcs. Les employés des fabriques sont assimilés aux ouvriers qui n’ont k manier qu’acciden-telîement et passagèrement des machines qui les exposent à des dangers.
- Les socialistes se sont déclarés pour le principe de la loi. M Liebknechta félicité M. de Bismarck « de ne plus faire que de la politique socialiste. »
- « Le chancelier s'imagine qu’il nous tient. C’est nous au contraire qui le tenons. C’est l’agitation socialiste,qui l’a forcé k faire quelque chose pour les ouvriers. Vous n’auriez rien fait pour nous, si notre agitation croissante ne vous avait fait peur. »
- Le Beichtag a voté aussi l’article 2, qui était resté en suspens.
- Le projet du gouvernement établissait une caisse unique, et par conséquent une administration unique pour tout l’empire. Le projet de la commission avait au contraire un caractère particulariste ; il créait une caisse spéciale dans chaque Etat.
- Le projet de la commission a été adopté grâce à l’appui du centre.
- Le discours prononcé par le député Liebknecht, au cours de la discussion sur l’assurance obligatoire pour les ouvriers, fait sensation. Ce député a répudié toute solidarité avec le nihilisme ; il a accepté en principe la podtique socialiste du chancelier, a proclamé la nécessité d’augmenter la puissance gouvernementale engagée dans la voie socialiste, et a déclaré que, si le gouvernement persévérait dans cette voie, il y aurait possibilité de résoudre la question sociale sans révolution. Tout cela semble indiquer un changement dans les idées etla direction du parti socialiste.
- Une note publiée par les journaux officieux accueille avec une satisfaction visible les déclarations faites par M. Liebknecht, au cours de la discussion delà loi sur l'assurance ouvrière.
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- Un arrêté significatif. — Voici le petit arrêté pris par le président de police de Berlin :
- « En vertu du § 16 de la loi de l’empire contre les « dangers de l’agitation démocratique socialiste, du « 21 octobre 1878, toute réunion ayant pour but la re-« commandation, pour les prochaines élections, d’un « député du Reichtag appartenant au parti démocrati-« que, ainsi que les démarches pour parvenir à cette « élection, sont défendues par la présente, dans le dis-« triet de police de la ville de Berlin. »
- Tout commentaire serait superflu.
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- L’émigmtion allemande prend des proportions extraordinaires. Le nombre des personnes qui se sont embarquées à Hambourg durant le seul mois de mai, a été de 16,798. Il avait été de 8,703 eu mai 1880. Le chiffre total des Allemands qui se sont embarqués à Hambourg durant les cinq premiers mois de l’année a été de 62,660. Dans la même période, 26,936 personnes seulement s’étaient embarquées à Hambourg en 1880.
- • *
- M. *
- Un trait de mœurs. — La Gazette de Brunswick annonce qu’une saisie vient d’être opérée chez le .célèbre générai Vogel- de Falkenstein, qui a refusé jusqu’ici de payer les dommages-intérêts auxquels les tribunaux brunswickois i’avaient condamné pour arrestations arbitraires de socialistes en 1870.
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- Perquisitions «lonfiioiliaii-es» — De nouvelles et nombreuses perquisitions domiciliaires ont eu lieu à Mayence, le 1er juin, chez des personnes soupçonnées d'être des démocrates socialistes ; mais, à l’exception de quelques brochures non dangereuses, on n’a rien i trouvé chez elles.
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- Complot. '— La Gazette de Cologne annonce, mais sans donner de détails, que de nombreuses arrestations ont eu lieu à Wiesbaden par suite de la découverte d’un complot contre la vie de l’empereur Guillaume.
- On sait qu'il y a trois semaines que l’empereur a quitté Wiesbaden.
- A- *
- Annexion de Brème a/u. Zoliverein . —
- Des négociations sont engagées en ce moment avec la ville de Brème pour obtenir l’annexion de cette ville à l’uuion douanière.
- Mesures de polio». — La police a saisi chez tous les libraires do Munich un livre qui a été publié à Rome sous ce titre : Le Roi Vierge, une histoire delà cour de Munich.
- Neuf élèves du gymnase (lycée) de Bamberg viennent d’être renvoyés de cet établissement pour cause d’affiliation à une société secrète.
- *
- TJ.oe circulaire électorale. — « Les moder-« nés travailleurs au bonheur du peuple qui, par men-« songe et par l’abus de votre confiance, se sont intro-« duits frauduleusement dans le Parlement, ne vous « demandent pas : pouvez-vous exister? et comment » vivez-vous? ces messieurs se demandent seulement: « comment pouvons-nous nous enrichir davantage? « Quelle loi pourrions-nous bien voter pour nous créer « de nouveaux privilèges ? Les fameuses libertés que « nous a apportées le faux progrès sont les libertés des « animaux carnassiers, et plus l’animal carnassier est « grand et fort plus il peut donner cours à sa liberté.
- « Nous répudions un progrès par lequel les capitale listes et leur suite, et toute la clique au tant pour cent « progressiste, forcent les autres branches de l’activité « et de la production au recul... L’homme n’est pas a créé pour ce travail ; mais le travail est créé pour « l’homme. Le travail doit élever les hommes et amélio-« rer leurs moyens d’existence, au lieu de réduire le « plus grand nombre à l’esclavage et les mettre dans le « cas de renoncer à leurs droits... Concitoyens de la « classe ouvrière, vous savez maintenant de quoi il s’a-« git et pourquoi je me suis décidé à entrer ônergique-« ment dans la lutte. »
- RUSSIE
- Le» massacres —L’odieuse persécution dont l’agitation antisémitique allemande a donné le signal continue en Russie. A Berezowka, une tourbe ivre et furieuse s’est jetée sur les maisons des juifs et sur leurs magasins, brisant et détruisant tout, foulant aux pieds les objets qu’elle n’emportait pas, en entassant dans des charrettes les autres objets.
- ¥ *
- Le procès de» promote«rs des -violences* dont les juifs ont été les victimes à Kief, s’est terminé mercredi, à dix heures du soir.
- Le conseil de guerre a condamné Probortsef, le principal meneur, à trois ans et demi de travaux forcés et à la perte de tous ses droits. Trois autres prévenus ont été condamnés chacun à un an 11 demi de travaux forcés. Huit autres ont été condamnés à deux mois de prison et quatre à trois semaines d’arrêt. Sept ont été acquittés.
- MADAGASCAR
- Les anglais à. Madagasicar. — Nous trouvons dans le journal, le Crédit Maritime, la nouvelle suivante. Nous la reproduisons sous toutes réserves : Tandis que le gouvernement britannique et les jour-
- i naux anglais attaquent, à l’envi, les errements de la France en Tunisie, les agents de*Sa Majesté la reine de la Grande-Bretagne procèdent à petit bruit à l’occupation de Madagascar, cette île superbe, grande comme quatre-vingts de nos départements.
- L’équipage du navire de guerre anglais, le lîuby, a \ planté le drapeau britannique sur la rive méridionale i de l’Icoupla, vis-à-vis Mazanga.
- | Si cette nouvelle est vraie, c’est la réponse de l’An-' gleterre à notre occupation de la Tunisie.
- ! TUNIS
- L’expédition, française — La soumission de la région montagneuse bornée au nord par la in r. à l’ouest par la frontière, au sud par le bassin do la Med-jerda. à l’est par la plaine et par les villes de Béja et Mater, est maintenant presque achevée. Cette région constitue une unité géographique, et les tribus qui l’habitent, quoiqu’elles forment des confédérations distinctes et quelquefois luttant entre elles, se soutenaient mutuellement pour maintenir leur indépendance en face de l’autorité du bey et se sont mises d’accord pour combattre notre corps expéditionnaire.
- Nous n’avions affaire, au début, qu’aux Kroumirs. Les Mekna, qui sont à l’est de ces tribus, se sont mis de la partie ; puis les Mogod, qui sont plus loin à l’est, out envoyé leurs contingents au feu, et ils ont traité les naufragés du Santoni comme, en 1878, les Mekna avaient traité les naufragés de l’Auvergne. C’est alors qu’il est devenu nécessaire de faire une opération d’ensemble contre cette uichée de bandits. Actuellement, la presque totalité de ces tribus a obtenu ou demandé l’aman. Il faudra cependant se prémunir contre des insurrections partielles dans ces tribus à l’esprit mobile. Le grand moyen de pacification est l’établissement de roules, qui nous permettraient de revenir rapidement au centre de leur territoire.
- NOUVELLES DIVERSES
- Faculté «le médecine, — Femmes régulièrement inscrites :
- Paris. —Américaines .... 3
- Anglaises.........18
- Françaises........11
- Russes............10
- Total 42
- Le Directeur-Gérant : GODIN.
- Chaque Samedi 16 pages grand in-8°, 2 colonnes
- REVUE HEBDOMADAIRE
- Scientifique, illustrée, spéciale, seul journal tenant les lecteurs au courant de tous les détails de l’Exposition universelle d’électricité, organe indépendant des exposants
- rédacteur en chee : W. de FONVIELLE E. de CLISSON : DIRECTEUR
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- 4' ANNÉE, TOME 5 — N° 145
- éLe numéro hebdomadaire 20 c.
- DIMANCHE 19 JUIN 1881
- Le Devoir
- REVUE DES RÉFORMES SOCIALES
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- S’adresser à M. LEYMARIE administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
- BUREAU
- A GUISE (Aisne)
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant Fondateur du Familistère
- SOMMAIRE
- Confèrence de M. Godin. — Etat-Civil du Familistère. — Nécrologie. — Faits politiques et sociaux. — Histoire des équitables pionniers de RocJidale. — Le génie de la guerre et le génie de l'organisation sociale. — Congrès régional du centre. — La Crémation. — Variétés.
- CONFÉRENCE DE M. GODJN
- AUX MEMBRES DE L’ASSOCIATION
- le 2 juin 1881.
- . (Suite)
- « Mes amis,
- « J’ai reçu de M. Andrieux Eugène fils, com-« munieation des questions dont je vais vous « donner lecture :
- « Monsieur, me dit-il, pour seconder vos ef-« torts j’excite mes collègues à assister à vos « conférences ; mais je me trouve en face d’une « question à laquelle l’incompétence m’em-« pêche de répondre. C'est pourquoi je m’em-(( presse de la soumettre à votre appréciation.
- « Cette question émane d'anciens ouvriers C( de l’usine habitant ou non le Familistère :
- « Ces ouvriers n’ayant reçu aucune instruc-« tion ou une instruction insuffisante, se voient
- « pour cette raison condamnés à rester menace bres inférieurs dans l’association, tandis que « des nouveaux arrivés, après cinq ans de rési-« dence au Familistère et même moins, jouis-« sent du privilège de devenir associés. Ces « ouvriers demandent si une conduite exem-« plaire, un loyal service et leur rang d’ancien-« neté ne pourraient leur permettre d’obtenir « les mêmes avantages, excepté certaine réserve « pour les ouvriers du dehors.
- « Ces ouvriers se feraient un plaisir et un « devoir d’assister aux conférences , s’ils <c voyaient qu’on prît leur demande en considé-« ration ; car actuellement ils se croient mé-« connus ; l’insouciance s’empare de leur perce sonne, ils préfèrent rester chez eux que d’ap-« profondir leurs connaissances dans les condi-€ tions de l’Association.
- « Recevez, Monsieur, etc.
- « Andrieux Eugène fils.
- « Guise, 27 mai 1881. »
- <c II est évident, comme le dit la lettre, que les observations que vous venez d’entendre ressortent d’ouvriers ignorants et qui n’ont point lu les statuts, car les statuts contiennent la réponse à chacun des points soulevés. Je vais néanmoins les reprendre un à un puisque des explications me sont demandées.
- « Il est dit d’abord : Pourquoi les ouvriers « ignorants ne sont-ils point reçus asso-« dés? »
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- LE DEVOIR
- « La réponse est facile. Je vous dirai à vous-mêmes : Pourquoi ne choisissez-vous pas des ignorants lorsque vous avez à élire des députés, des conseillers généraux, même de simples conseillers municipaux? C’est que la raison vous crie que ce sont les plus capables qui doivent diriger les affaires, dans quelque sphère que ce soit.
- « Vous comprenez que celui-là qui a le plus acquis de connaissances, qui a le plus fait pour se mettre en mesure de rendre des services doit être appelé aux Affaires de préférence à l'ignorant.
- « Ce sentiment de justice qui vous guide est en accord avec ce que votre intérêt peut vous conseiller. Les préceptes : A chacun suivant ses œuvres, de chacun suivant sa capacité, sont là parfaitement applicables.
- « C’est parce que la raison, la justice, l’intérêt commun veulent que la direction d une société soit confiée aux membres les plus capables, que nos statuts font une obligation à chacun de posséder un certain, degré d’instruction, pour arriver au premier rang, c’est-à-dire à la catégorie des associés composant l’assemblée générale, assemblée qui décide souverainement dans les grands intérêts de la société.
- « Le travailleur ignorant, quelque bonne que soit sa conduite, quelque sûr que soit son jugement, est toujours placé dans une condition d’infériorité au point de vue des services qu’il peut rendre, si vous le comparez avec l’homme instruit.
- oc Nommé dans un Conseil, l’illettré ne peut par lui-même prendre connaissance d’aucun document ; il ne peut point exercer de contrôle ; il est obligé de s’en rapporter à autrui ; jugez vous-mêmes combien une telle position offre d’embarras, et combien l’individu qui se trouve dans cette situation est peu propre à concourir à la direction des choses.
- <x Vous direz que, sans envoyer les ignorants dans les Conseils, on aurait pu du moins faire place à l’ouvrier illettré mais rangé, laborieux qui a rendu de longs et bons services à l’asso-
- cialion. Et, mes amis, c’est justement pour répondre à ce légitime sentiment, que la catégorie des sociétaires a été instituée.
- cc Si donc chacun connaissait les statuts, des réflexions semblables n’auraient point lieu de se produire.
- oc Les sociétaires jouissent d’avan tages presque égaux à ceux des associés. Ils sont habitants du Familistère; ils ont droit à toutes les allocations des Assurances mutuelles; leur part dans la répartition des bénéfices est supérieure à celle des participants; ils occupent enfin un rang que j’ai cherché à proportionner, autant que possible, à ce qui pouvait être dû à la catégorie des travailleurs dont nous parlons.
- « Qu’il y ait en ce moment dans les classements établis des oublis commis ; que des individus qui ont qualité de sociétaires, de participants, que parmi ceux mêmes qu’on a laissés simples auxiliaires, il y ait des hommes qui méritent de passer d’une catégorie dans une autre, cela est parfaitement possible.
- « Remarquez que nous avons eu à classer, à l’ouverture de l’Association, plus de 800 travailleurs, des oublis peuvent donc s’être produits. Mais, vous le savez tous, mes amis, les rangs dans notre Association sont perpétuellement ouverts à chacun.
- oc Chacun, quel que soit aujourd’hui son rang, peut adresser au Conseil de Gérance une demande pour obtenir la qualité à laquelle il croit avoir droit. Sa situation sera examinée et réponse lui sera faite.
- <c Mais bien entendu que la première condition pour être admis, sera celle d’une bonne conduite. Les intempérants, les ivrognes n'ont pas de place dans nos rangs, ceux-là ne peuvent que demeurer auxiliaires. Sur ce point, je crois que nous sommes tous d’accord.
- oc Non, mes amis, vous n’êtes pas partisans d’une égalité qui n’existe pas, du reste, dans la nature humaine.
- « Si l’on vous proposait de faire masse des 25 à 30 mille francs de salaires que l’association chaque semaine à tous ses travailleurs, et
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- partager oett® somme en parts égales entre toag jes ouvriers, donnant autant à l’ouvrier maladroit qu’à l’ouvrier capable, à celui qui tra-) jji8 peu qu a celui qui travaille beaucoup,vous i pousseriez avec dédain une telle proposition, h (( P y a pourtant des égalitaires, il y a des j ^jumes qui n’ont jamais étudié les lois natu-relies de la vie humaine, et qui par ce motif pré-1 CODisent l’égalité des salaires.
- | « Supposons pour un instant que le mauvais
- ! ouvrier doive gagner autant que le bon, que | chacun doive toucher le même salaire, en ce casque ferons-nous d’une part pour le manœuvre qui balaie la rue ou l’atelier ; d’autre part, pour les ministres ou pour le Président de la République chargés des grands intérêts de l’E -tat?
- « Donnerons-nous au manœuvre les appointements du Président, ou .au Président le sa-^ laire du manœuvre ?
- « J'ai posé autrefois cette question à un ouvrier ardent partisan de l’Egalité absolue entre ji tous les hommes. Il n’a su quoi me répondre,
- ; car il était trop intelligent pour ne point recon-j naître qu’il était difficile de donner des salaires égaux à deux hommes qui accomplissent deux | tâches si inégales.
- « Evidemment, le balayeur de la rue rend j rooins de services, a bien moins de responsaïïi-| Eté, bien moins d’études, bien moins de tra-| Tâuxà accomplir que les membres du gouver-ii1 Ornent,qui ont en mains la direction des affaires | au pays et le soin des intérêts de la France elle-ij ^éme devant les autres nations.
- ne pus obtenir de lui aucune réponse. Je Cr°!s qu'aucun égalitaire n'eût pu sortir de là.
- * âouu de l’égalité, vous voulez donner à cbaque homme un même salaire; vous transitez alors l’inégalité dans les services reudus. /^révolte encore bien plus le sentiment de la Demandez au travailleur honnête, labo-x> habile dans son métier s’il trouverait stable de recevoir juste la même paie que >^Uvr^er kdnéant , et qui ne sait que gâcher Dou-
- ce Les déclamations sur l’égalité de tous les hommes, belles à faire dans les journaux et devant les gens qui se laissent prendre aux mots vides de sens, tombent d’elles-mêmes dès qu’on veut les mettre en pratique.
- « Et cela, mes amis, parce qu’elles ne reposent sur rien de fondé, sur rien de réel, et surtout parce qu’elles sont contraires à îa justice.
- « Tout homme vient en ce monde avec des droits à exercer, des devoirs à remplir; nous avons tous des obligations les uns envers les autres,mais notre égalité, comme homme devant la loi de vie, ne fait pas que nous soyons tous semblables, tous égaux en santé, en force, en taille, en intelligence.
- cc La nature nous montre sous ce rapport une telle diversité qu’il n’y a point deux êtres semblables.
- « Aussi voit-on les uns passer la vie toute entière dans l'insouciance, la dissipation, la paresse, et les autres montrer une activité incessante à se faire place dans le monde, à bien élever leur famille, à remplir au mieu» tous leurs devoirs.
- « Les uns laissent péricliter tout ce qu’ils possèdent, ne savent même point exécuter avec intelligence leur besogne de chaque jour; les autres, au contraire, font prospérer tout ce dont ils s’occupent, créent la fécondité et l’abondance dans toutes les entreprises.
- « Gomment donc faire à chacun une part uniforme, quand les efforts et les mérites sont si différents ?
- cc On ne peut donner des salaires égaux qu’à des ouvriers de même valeur.
- cc Croyez-vous, par exemple, mes amis, que si imbu des doctrines égalitaires, j’appelais de simples manœuvres à accomplir îa besogne que les chefs de direction accomplissent aujourd’hui dans l’usine de Guise, les choses en iraient aussi bien pour vous ? Croyez-vous que le travail se soutiendrait, qu’on apporterait la même intelligence, la même capacité à répondre aux besoins de l’industrie et du commerce, et à garder le premier rang en face de la concurrence ?
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- « Oh ! que vous savez bien, au contraire, qu’en agissant ainsi, on commettrait la faute la plus grave, qu’on courrait au-devant du désordre et de la ruine pour la société toute entière, pour chacun de vous qui bientôt se trouverait sans ouvrage et sans pain.
- « Aussi vous gardez-vous bien, quand vous avez des élections à faire dans vos conseils et comités, d’envoyer les derniers de vous pour vous représenter. Et je suis convaincu que les associés y regarderont de plus près encore quand il s’agira pour eux d’envoyer des représentants au Conseil de Gérance de notre association.
- « Avec quel soin devront-ils choisir les hommes sur qui reposeront en partie leur propre avenir et l’avenir de vos familles à tous.
- .« Mais ce n’est pas tout, mes amis, les associés ont des attributions plus larges encore, ce sont eux à un moment donné qui peuvent être appelés à élire l’Admirateur-Gérant. Je me suis bien réservé de désigner mon successeur, mais je puis aussi vous le laisser à élire. Dans tous les cas après cette désignation faite par moi, ce sont les Conseillers de Gérance ou les associés selon les dispositions des Statuts qui nomment l’Administrateur-Gérant.
- « Vous comprenez tous, sans que j’aie besoin d’appuyer sur ce sujet, quelle lourde responsabilité pèse sur les associés dans une telle nomination.
- « C'est parce que le rôle des associés comporte de telles charges, parce qu'il leur est si important de pouvoir se rendre compte par eux-mêmes de toutes les opérations sociales, que les Statuts ont fait aux associés l’obligation de savoir au moins lire et écrire.
- « A ce propos, mes amis, il faut que je vous signale un des traits caractéristiques do notre société, celui par lequel elle se distingue de toutes les sociétés connues, celui qui constitue une innovation des plus importantes pour le monde des travailleurs.
- « Je veux parler des dispositions statutaires qui font que chez nous, ce sont les travailleurs, et non les capitalistes, qui constituent l’Assem-
- blée générale et qui ont puissance sur la djrec tion et l’administration.
- « En effet, dans les sociétés communémerj en usage, le travailleur n’est pas représenté, ^ aucun droit. C’est l’actionnaire, le capital^ qui constitue, par le fait même de l’argent qu’ji possède dans la société, le véritable associé. Ce sont les actionnaires seuls qui délèguent le p0ll. voir de diriger et d’administrer les affaires sociales.
- « Ici, au contraire, c’est le travail qui est la base de tous les droits.
- e Quiconque ne possède que de l’argent, qoj. conque n’est point relié par une fonction, par un emploi, par le travail enfin, à l’Association, n’a aucun droit dans vos assemblées et conseils.
- « Possédât-il plus d’un million dans l’affaire qu’il ne serait qu’un intéressé selon les dispositions des Statuts, et ne pourrait en rien intervenir dans la direction des opérations sociales.
- « Quelle raison puissante, mes amis, mi devez trouver en ceci pour comprendre qu’onait imposé aux associés de savoir lire et écrire, puisque c'est à eux seuls qu’incombe toute la responsabilité de la direction des opérations qui vous font vivre tous.
- g Combien il serait plus important de nou; préoccuper du rôle dévolu aux associés, Je; connaissances qu’ils doivent acquérir, que de passer le temps à l’examen de minimes questions qui perdraient toute raison d’être, si vous vous étiez tous pénétrés de ce que contiennent les Statuts.
- « Je passe maintenant à la deuxième question posée par M. M. Àndrieux.
- « Pourquoi de nouveaux venus,
- « sans a ttendre cinq ans de résidence sontriï « reçus au 'premier rang de VAssociation
- « Je viens de vous exposer, mes amis^ond^ Pintelligence est nécessaire dans notre sociflk combien il importe à voire intérêt, à la sécufl^ de votre travail que vous ayez dans tous les $ vices de bons, d’habiles directeurs qui entret'A nent partout 1 activité et la prospérité.
- «• Or, l’association a le plus grand intérêt *
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- • ttacher par tous les moyens possibles les ^ents qui peuvent concourir d’une façon si a°écieuse à sa ^itailité. C’est pourquoi je me suis !^ervé par les Statuts le droit d’abréger le temps présidence pour ceux que je juge dignes d’en-trer dès maintenant dans l’Association. Et je adrais bien que la présentation d’hommes .Dtei[jgents et de cœur me permît davantage ^exercer ce droit,
- Nos affaires grandissent chaque jour. Les cjiefs de service sont écrasés de besogne. Quelle que soit leur activité, ils ne peuvent répondre à des besoins qui vont s’élargissant sans cesse.
- « Pans tous les services, le besoin de capacités nouvelles se fait sentir. Partout il faudrait pour ]a prospérité sociale, faire entrer de bons adjoints, afin que rien ne restât en souffrance.
- (( Je cherche de tous côtés ces capacités nouvelles que j’eus été si heureux de trouver dans vos rangs. Mais sur ce point encore, mes amis, rentrez en vous-mêmes, et voyez comment vous
- m’avez secondé dans mon œuvre.
- « Vainement les Statuts offrent place aux auditeurs, nul jusqu’à ces derniers temps ne s’était préoccupé d’acquérir les connaissances indispensables pour occuper une de ces fonctions.
- « On aime mieux vivre au jour le jour, sans se préoccuper du lendemain.
- ' « Quelques demandes pourtant commencent à apparaître. Je ne saurais trop vous engagera persévérer dans cette voie, étudiez les statuts ; examinez tout ce qui est à faire pour concourir an bon fonctionnement de la Société ; il y va de l’avenir de nos familles.
- « En vue de faire naître parmi nous ces capacités sans lesquelles notre association ne pourrait vivre, et dans la pensée de recruter Parmi les enfants du Familistère, les associés les plus méritants et.les plus capables, les Sta-luts prescrivent l’école obligatoire jusqu’à l’âge del4ans.
- « Avez-vous compris cette mesure, si simple, conçue dans votre seul intérêt ?
- * Pas généralement. Des pères de famille se
- sont élevés contre cette prescription, l’ont critiquée, ne s’y sont soumis qu’à contre-cœur?
- « Et pourtant la mesure n’a pour but que de développer l’intelligence de vos enfants, afin de trouver chez eux les fonctionnaires de talent et de mérite dont la Société a besoin.
- « En attendant que vous fassiez le nécessaire près de vos enfants, il faut bien aller chercher au dehors les capacités qui nous manquent et je le répète, il serait heureux pour notre Société que des concours intelligents et dévoués vinssent s’offrir à nous.
- <( J’arrive enfin, mes amis, au dernier paragraphe de la lettre de M. Andrieux, celui qui me signale que les ouvriers ignorants se feraient un plaisir de venir aux conférences, s’il leur était accordé les mêmes avantages qu’aux ouvriers instruits; autrement ils sont insouciants, ils préfèrent rester chez eux que de s’instruire sur l’Association.
- « La chose est si particulière, que je remercie M. Andrieux d’avoir exprimé toute la pensée de ces ouvriers.
- « Il est bien certain que si je m’engageais à donner cent francs, par exemple, à tous ceux qui assisteraient à mes conférences, on verrait les gens se livrer à un véritable assaut pour y trouver place. Je crois même que nombre de personnes aisées pourraient bien venir chercher leur part du gâteau.
- « Je comprends donc que ceux qui n’ont point encore le droit de participation dans nos bénéfices se disent : Puisque notre position est telle, que nous n’avons pas de profit à espérer, il est inutile de nous déranger pour aller écouter des conférences sur des Statuts dont nous n’avons que faire.
- « Mais croyez-vous qu'un travailleur agisse sagement quand il se dit : N’importe à quoi et comment j’occupe mon temps c’est toujours assez bon pour l'argent que je reçois; je ne ferai pas mieux, tant qu’on ne me comptera pas de plus gros appointements.
- « La direction de son côté,considérant la conduite de cet ouvrier, dit : Celui-là ne mérite rien
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- de plus que ce qu’il a, car il ne fait rien de bon.
- Et la situation se prolonge, le travailleur est même certain de voir diminuer ses salaires ou d’être congédié à un moment donné.
- ce Or, les gens qui attendent pour se montrer sobres, laborieux et intéressés à l’Association, que l’Association les ait reçus dans son sein, risquent fort de n’y jamais entrer.
- « Qu’il y ait des oubiis, que des ouvriers honnêtes et méritants aient été laissés de côté, cela, je vous l’ai dit au début de cette conférence,sera réparé dès que les faits seront établis.
- cc II suffit que les intéressés fassent leur demande au Conseil de Gérance.
- « Quant aux autres, je ne puis que leur conseiller d’améliorer d’abord leur conduite, de se montrer laborieux et rangés, s’ils veulent que nous leur fassions place parmi nous.
- « Voilà, mes amis, ce que ceux d’entre vous qui ont de l’influence sur les autres feraient bien d’enseigner pour le plus grand intérêt de la masse.
- « Si, tout ce que je puis dire ici est écouté avec bienveillance, reporté avec un sentiment véritable de fraternité, nos conférences porteront les meilleurs fruits.
- cc Mais pour cela, il faut mettre de côté tout sentiment de vanité et de-gloriole personnelle, et surtout ne point s’abandonner à cette passion de l’opposition quand même, envers et contre tout, qui se manifeste si hautement chez certaines gens.
- « Car il y a des esprits chagrins que rien ne contente, qui trouvent toujours à redire, à critiquer, qui voient sans cesse un mauvais côté aux choses et ferment les yeux sur les avantages les plus évidents.
- cc II y a de ces hommes, partout, nous ne les éviterons donc pas, mais sachez au moins les reconnaître,et répondez-leur par des sentiments de concorde et de paix, au lieu de vous laisser égarer par leurs récriminations.
- cc Si vous entrez à fond dans l’étude des Statuts, si vous comprenez tout ce qu’ils comportent d’avantageux pour vous et vos familles, m |
- jour viendra où cette Association que vous avez si peu comprise d’abord, à laquelle vous ne p0îJ viez point croire, sera l’objet de votre plus fer vent amour. Vous serez alors pour elle ce quejQ suis aujourd’hui moi-même, parce que vous au rez compris qu’elle recèle dans ses flancs l’émancipation des classes laborieuses, qu’elle est un exemple de ce qu’il est possible de faire actuel lement pour unir le capital et le travail, p0Ur résoudre la question sociale qui préoccupe toutes les nations, v
- ÉTAT CIVIL DU FAMILISTÈRE
- NAISSANCES
- Samedi 11 juin. — Hédin Jeanne-Julienne, fille de Hédin Adolphe et de Tenière Julia.
- MARIAGES
- Samedi 11 juin. — Défontaine Gustave, agent-comptable, veuf de Gervais Louise, et A illot Jeanne.
- Samedi 11 juin. — Cochet Victor, mouleur, et Hutin Léontine, râpeuse.
- DÉCÈS
- Mardi 14 juin. Elianne Loth, âgée de 9 mois.
- Mardi 14 juin. — Belzamine Fleury, âgée de 7 mois.
- Mercredi 15 juin. — Bachelin Ernest, âgé de 18 mois.
- NÉCROLOGIE
- M. Just Muiron
- Le premier et plus ancien disciple de Fourier, M. Just Muiron, est mort le 3 juin courant, à Besançon, leur ville natale à tous deux. Il était né le 5 septembre 1787, Tannée de l’Assemblée des Notables, deux ans avant les Etats-Généraux qui devinrent l’Assemblée nationale de 1789. Il a donc fourni l’ample carrière de 94 ans et 9 mois.
- Le titre essentiel de Muiron est d’avoir été, par ses rapports avec Fourier, le promoteur principal de la fondation de l’Ecole sociétaire. Sa vie a été intimement liée à celle du chef de cette école; elle se rattache par conséquent à l’origine d’un des grands mouvements d’idées du socialisme moderne. Cette circonstance justifie assez un© notice biographie8 de quelque étendu©!
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- Just Muiron rentra.de bonne heure dans l’administration, comme employé de préfecture. Il concourut, sous les ordres de M. de Rambuteau, premier préfet du Simplon, à l’organisation de ce département sous le premier Empire.
- Atteint de surdité par suite d’une fièvre maligne, à l’âge de 22 ans, il n’en continua pas moins sa carrière, l’intelligence suppléant chez lui à l’absence de l'ouïe, le sens intellectuel par excellence.
- En 1814, le hasard fit tomber entre les mains du jeune commis de préfecture un exemplaire de la Théorie des quatre mouvements, publiée sans nom d’auteur ni d’imprimeur, avec la seule mention : « A Leipzig, 1808. »
- L’ouvrage lui inspira un tel intérêt, qu'il conçut le plus vif désir d’en connaître l’auteur, chose assez difficile, car il n’était désigné que par cette indication vague : « Charles, à Lyon. »
- Muiron parvint cependant à découvrir que cet auteur mystérieux s’appelait Charles Fourier, et qu’il résidait alors à Beîley, près d’une de ses sœurs, mariée à un ancien sous-préfet de cette ville, M. Rubat.
- Il écrivit aussitôt à M. Fourier pour lui exprimer l’impression qu’il avait éprouvée à la lecture de son livre, et pour lui demander quand on pourrait obtenir le complément de sa doctrine, car ce 1er volume était donné simplement comme Prospectus et annonce de la découverte.
- Fourier répondit avec bonne grâce ; la correspondance se trouva ainsi engagée entre le premier adepte et le maître, correspondance qui dura sans interruption depuis 1816 jusqu’à la mort de Fourier, le 10 oc-bre 1837.
- Muiron fit le voyage de Belley afin d’entrer en communication directe avec celui qu’il appelait dès lors son maître. Il le trouva poursuivant l’élaboration et ia rédaction de sa doctrine, rédaction qui remplissait toute une série de cahiers soigneusement coordonnés. Le novateur isolé continuait sa tâche avec persévérance, quoiqu’il n’eût ni la certitude, ni l’espoir probable d’arriver à la publicité.
- Muiron ayant, avec le concours de quelques amis, réuni les fonds nécessaires aux frais d’impression, dé cida Fourier à venir à Besançon faire imprimer son grand ouvrage, le Traité de Vassociation domestique agricole, paru en .1822, et plus tard le Nouveau monde industriel et sociétaire, paru en 1829.
- Sans cette intervention propice de Muiron, l’œuvre de Fourier, la théorie positive de l’association était exposée à ne jamais voir le jour ; le fruit des veilles de cet homme de génie pouvait être à tout jamais perdu. Avoir contribué plus que personne à prévenir est irréparable malheur, voilà le grand mérite de
- Muiron, voilà le service insigne dont on doit toujours lui tenir compte.
- Lui même a publié en 1824, un volume intitulée Vices de nos procédés industriels, et en 1832, Les transactions sociales, ouvrages destinés à propager les idées du maître, et qui ont eu chacun deux éditions. Le premier contient un projet de Comptoir communal, institution fondamentale en quelque sorte du régime garantiste.
- Lorsque, en 1829, le parti libéral à Besançon fonda le journal YImpartial, Muiron en devint le gérant et plus tard le propriétaire. Cette gérance lui valut, sous le ministère Polignac, un mois de prison et préalablement la destitution de la place de chef de division de la préfecture. Après la Révolution de juillet 1830, sa réintégration eut naturellement lieu, et il ne quitta le service que pour prendre sa retraite à l’âge réglementaire.
- Pendant le règne de Louis-Philippe, 1 ''Impartial défendit le gouvernement constitutionnel, en même temps qu’iJ exposait les vues de réforme sociale conçues par Fourier.
- Ce fut à l’occasion de ce journal, dont la rédaction était offerte à Proudhon en 1832, que le grand écrivain, devenu bientôt après si célèbre, adressa à Muiron quelques lettres qui sont les premières du recueil de sa correspondance.
- Joignant à beaucoup de bienveillance naturelle un grand esprit de conciliation, Muiron ne se brouilla jamais avec personne. Non-seulement il avait des relations affectueuses avec tous ses coreligionnaires phalanstériens, mais il comptait encore des amis dans les partis les plus opposés. Pour moi, qui ai passé six années auprès de lui, dans sa commensa-lité, je ne saurais trop rendre hommage à ses qualités de cœur et de caractère. Il m’a donné des preuves d’attachement et de confiance dont je garderai toujours le souvenir. C’est en grande partie sur les renseignements qu’il m'a fourni et sur la communication de sa correspondance avec Fourier, mise entièrenunt à ma disposition, que j’ai pu écrire la vie de l’auteur de la théorie sociétaire.
- Muiron laisse une fille, madame veuve Becquet, une petite fille, Marie Becquet, dame Bory, mère elle-même d’une fille qu’elle allaite encore. C’est grâce aux soins si affectueux, si dévoués de ces deux dames, qu’il a pu atteindre sans maladie et sans souffrance l’âge extrême où il était parvenu. Privé complètement de l’ouïe depuis sa jeunesse,in’yj voyant presque plus depuis plusieurs années, grâce aux ingénieuses attentions et à l’admirabie patience de sa petite fille, le nonagénaire était tenu au courant de font ce qui pouvait l'intéresser, surtout dans le
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- domaine de l'économie sociale. Aussi suivait-il avec une extrême sympathie l’œuvre du Familistère, sur laquelle il fondait le plus grand espoir, et professait-il pour son fondateur une sincère admiration.
- Dr Ch. Pellarin.^
- FAITS POLITIQUES & SOCIAUX DE LA SEMAINE
- FRANCE
- TRAVAUX DES CHAMBRES
- Lu Ciii mBro cltss* députés a voté cette semaine le projet de loi relatif aux syndicats professionnels. D’après un paragraphe additionnel proposé par M. Louis Legrand, et adopté par la Chambre,malgré l’opposition de là commission, les membres de tout syndicat professionnel chargés de l’administration et de la direction de ce syndicat devront être Français.
- Cette loi confère aux ouvriers d’une même profession le droit de s’associer entre eux, de posséder, d’acquérir, en vertu de la personnalité civile, de se fédérer en vue de la protection de leurs intérêts communs, d’ester en justice, de créer des caisses de secours, en un mot, d’administrer librement toutes les ressources provenant de leurs cotisations. Au point de vue social,on peut dire que ce projet de loi voté en seconde lecture est un progrès, par la somme de liberté considérable qu’il accorde à l’ouvrier, et par le principe de l’association qu’il consacre et encourage.
- ¥ ¥
- Æn Sénat le grand événement delà semaine est le vote contre le scrutin de liste, qui, non-seulement crée un conflit entre les deux Chambres, mais va transformer encore les élections prochaines en une lutte ardente, qui se livrera précisément sur cette question. C’est la coalition de la droite avec les membres dissidents du centre gauche qui a amené ce résultat, dont il se pourrait bien que les coalisés fussent, à un moment donné, les premières victimes. Se sont-ils souvenus que peu de jours après les élections générales de la Chambre, il y aura à procéder au renouvellement partiel triennaire du Sénat, et que, par conséquent, ils auront très prochainement à comparaître devant leurs électeurs pour rendre compte de leur conduite ? Quoiqu’il en soit le juge souverain prononcera.
- *
- M. if
- Le Congrès de teaint-Etienne. — Il vient de se tenir un Congrès ouvrier à Saint-Etienne. Ces réunions, qui pourraient servir à une organisation sérieuse du parti socialiste collectiviste, se multiplient, mais malheureusement elles n’aboutissent, jusqu’à présent du moins, qu’à des résultats parfaitements nuis. Les organisateurs de ce congrès n’ont encore rien trouvé de mieux, comme solution au problème social, que l’appropriation collective du sol et de la propriété individuelle, et la mise en pratique de ce programme, par une révolution à coups de fusil. De réformes sérieuses, équitables, immédiatement réalisables, il n’est nullement question. Constituer politiquement le parti en groupant les ouvriers par villes, et en fédérant ces groupes, pour préparer ainsi une sorte de cadres pour une insurrection destinée à procéder à la liquidation sociale, sans avoir rien à organiser ensuite, tel est l’idéal de l’égalité économique rêvée par ces organisateurs. En attendant, les délégués au Congrès y sont venus avec le mandat de préparer le parti ouvrier à la lutte électorale et d’organiser les grèves. Ils doivent adopter, comme tactique, l’autonomie départementale.
- Ce ne sont point ces programmes vides, ces phrases sonores, parce qu’elles sont creuses, qui donneront au
- collectivisme la force et l’autorité qu’il cherche inutilement dans cette voie.
- ANGLETERRE
- L’agitation s’accentue de plus en plus en Irlande, où. la guerre civile paraît malheureusement imminente.' Le gouvernement, après avoir envoyé des troupes en nombre, si bien que l’on compte déjà plus de 30,000 hommes dans le rayon d’action de la Ligue, essaye de lutter, en interdisant les meetings, en mettant en vigueur la’loi de coercition dans de nouveaux comtés, en multipliant les arrestations de membres influents, en mettant en un mot en pratique tous les moyens dont se sont toujours servis les gouvernements à l’égard des agitations populaires. Mais tout cela ne décourage point la ligue, à qui, du reste, l’argent ne manque pas, car dans une des dernières réunions tenues à Dublin, le trésorier a déclaré, que dans le courant de la semaine seulement, il avait reçu 1,400 livres sterling, ou soit 33,000 francs. Dans la même semaine les expulsions avaient atteint quarante-neuf familles, comprenant deux cents personnes. Loin donc de s’apaiser, cette lutte paraît être en recrudescence, et tout fait craindre que les maux de cette contrée si maltraitée ne soient pas près de finir.
- Le grand meeting tenu à Hyde-Park à Londres même a voté à l’unanimité les résolutions suivantes :
- 1° Le gouvernement est responsable de la situation déplorable faite actuellement à l’Irlande ;
- 2U Le meeting demande que le gouvernement fasse cesser immédiatement toute éviction en Irlande et qu’il relâche les chefs du parti irlandais qui sont emprisonnés ;
- 3° Le meeting demande en outre que M. Forster, secrétaire d’Etat pour l’Irlande, se démette de fonctions dans lesquelles il a montré une complète incapacité.
- On peut dire que la lutte a même déjà commencé. Dans diverses localités, à Cork, à Ballydehob. etc., la troupe a été réduite à faire feu pour se défendre, et de part et d’autre l’on compte de nombreux blessés et des morts. Les porteurs de contraintes sont souvent assommés parla population, et la police est presque toujours impuissante. On a essayé de faire dérailler des trains de troupes. En un mot, l’agitation est à son comble, et l’on en vient à se demander comment le gouvernement pourra éviter la guerre civile.
- A Bristol, un discours prononcé par le député Brad-laugh a surexcité tellement la partie anglaise de l’auditoire que le meeting a dégénéré en une rixe générale.
- Un fait plus grave encore a eu lien à Liverpool. O n a tenté de faire sauter l’Hôtel de-Yille au moyen de la poudre à canon. Une des portes de l’édifice a été endommagée. Des arrestations d’individus armés de revolvers ont été faites.
- La population, de Londres. — Le recensement qui vient de se faire en Angleterre a constaté que la population de Londres s’élevait a 3,814,571 âmes, au 4 avril dernier ; c’est une augmentation de 560,211 âmes ou de 17 2 0/0 depuis 187^.
- Dans la précédente période décennale, l’augmentation n’avait été que de 450,211, soit de 16 1 0/0.
- Si la même marche ascendante se soutient, Londres comptera 5 millions d'habitants en 1900.
- ALLEMAGNE
- M. Hasselmann un dos chefs du parti socialiste allemand va être poursuivi devant les tribunaux en vertu des dispositions de la loi de répression du socialisme, pour crime de haute trahison et d’offenses envers l’Empereur. Ce procès viendra au commencement du mois prochain. M. Hasselmann sera jugé, et probablement condamné, cela va sans dire, par coutumace.
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- ¥ ¥
- On vient de découvrir à Frauerheim, près de Franc-for t-sur-le-Mein, un sarcophage en pierre renfermant la
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- dépouille mortelle d’un général romain revêtu de tonte son armure. D’après l’avis d’hommes compétents, cette découverte est unique en son genre.
- *
- * *
- Le Reichstag a adopté en troisième lecture le projet de loi sur les corporations. Il a rejeté l’article qui attribuait aux corporations le monopole de la formation des apprentis.
- * *
- Les drapierK & le mariage civil. — On
- constate en ce moment en Saxe une agitation fort vive contre le mariage civil. La cause de cette agitation doit être cherchée dans un rapport de la Chambre de commerce de Zittau, où il est dit que l’industrie des draps noirs souffre depuis que les mariages religieux, les baptêmes, les enterrements religieux ne sont plus obligatoires. Autrefois, tous les invités à ces cérémonies mettaient un habit noir, et aujourd’hui cette mode disparait de plus en plus dans les contrées où l’on se borne, dans un grand nombre de cas, à la cérémonie civile du mariage, où le nombre des baptêmes diminuent où les enterrements sout en majeure partie civils. Ce n’est donc pas au nom de la religion, mais de l’industrie drapière qu’on demande le retour à l’ancienne législation de l’état civil.
- ALSACE-LORRAINE
- Des mutations opérées dans le personnel des directeurs de cercles ont été très remarquées par la population d’Alsace-Lorraine. On explique généralement cette mesure par l’intention qu’aurait le gouvernement de faire peser ses fonctionnaires sur les électeurs appelés prochainement à choisir leurs mandataires pour le nouveau Reichstag. Une correspondance adressée de Strasbourg à la Gazette d'Augsbourg dit que cette explication est d’autant plus plausible,que la mesure atteint surtout les directeurs d’arrondissement qui occupent leur poste depuis longtemps :
- A plusieurs reprises, le gouverneur a dit publiquement qu’il attache une grande importance à ce que les élections parlementaires soient bonnes, et l’on sait qu’en général il se montre très susceptible pour tout ce qui touche les affaires électorales; il est donc permis de supposer que les mutations en question ont été faites en vue des élections.
- Le Journal d'Alsace, dont on conuaît la circonspection, prédit que les efforts du gouvernement échoueront piteusement.
- Une correspondance adressée de Strasbourg à la Gazette nationale de Berlin confirme les prévisions du Journal d'Alsace, et ajoute que le courant antiallemand est tellement fort en Alsace-Lorraine, que le parti autonomiste lui-rnêrne renonce à tout espoir de suecès. Toutes les chances paraissent être pour les candidats de la protestation pure et de la protestation cléricale. Le gouvernement allemand, par ses vexations, a contribué pour une large part à amener cette situation.
- AUTRICHE-HONGRIE
- Le Bulletin de VArmée publie une circulaire annonçant que l’empereur, par décision du 8 mai, a approuvé l’introduction de canons de siège, en bronze d’acier, de 12, 1S et 18 centimètres.
- Les journaux viennois annoncent que la veuve du général Uchatius, l’inventeur des canons en bronze d’acier. se voit dans la nécessité de se faire délivrer un certificat d’indigence, afin de pouvoir obtenir une pension de 600 florins. Il est question d’ouvrir une souscription publique en sa faveur.
- Une réunion ouvrière qui devait se tenir à Linz le 6 Juin a été interdite par la police, le programme de la réunion ayant été jugé dangereux. L'Association ouvrière générale de Steier, en Styrie, a été dissoute.
- Une dépêche de Constantinople au Standard assure que le baron de Calice a rompu toute relation avec la Porte, et persistera dans son attitude, jusqu'à ce que la Porte ait fait connaître sa décision relativement à la jonction des chemins de fer autrichiens et turcs.
- RUSSIE
- La situation en R issie est fort critique à tous les points de vue. Sans parler de l’agitation politique que le gouvernement du nouvel empereur ne sait rien faire pour calmer, et qu’au contraire les résistances du Tsar aggravent chaque jour, si bien qu’il a déjà reçu, comme feu Alexandre II, de menaces de mort des comités nihilistes, et que l’ou a découvert une naine près de sa résidence de Gatchina, la misère est grande dans le Midi de l’Empire et dans les provinces du Yalga.
- Certaines branches d’industrie vont mal, elles occupent moins d’ouvriers qu’auparavant. Afin de fournir de l’occupation et du pain aux ouvriers, ou conseille d’en-trepreudre de grands travaux d’utilité publique. Il y a un cbamp énorme pour en faire en Russie : améliorer les moyens de communication à l’aide de canaux, de routes, de voies ferrées, serait un bienfait incalculable.
- Le mot d’ordre en ce moment est de dire que dans les troubles du Midi les juifs n’ont été qu’un prétexte. C’est l’opinion exprimée par le souverain, c’est celle que les israéliles mettent eux-mêmes eu avant, parce qu’elle est beaucoup plus avantageuse à leurs revendications. Elle n’est peut être pas tout a fait c «rrecte.
- Le gouvernement de Kiev est celui où la propagande socialiste a été la plus fructueuse, où elle a fait le plus d’adeptes, où elle possède, la meilleure organisation.
- Mais, s’il n’existait pas un antagonisme sérieux et réel entre la population chrétienne et les juifs, ces troubles n’auraient pu se produire, cela semble incontestable. Cet antagonisme, cette antipathie, résultent de la concurrence commerciale heuieuse que les juifs, fout aux chrétiens.
- Dans cette situation, les problèmes sociaux, — amélioration du sort des ouvriers, meilleure éducation donnée aux enfants et aux jeaues gens, — préoccupent les esprits sérieux en Russie. Une société s’est formée, sur l’initiative de M. P. Massoïedoro, sous le nom de Société pour l’amélioration du travail national. Elle a le comte Ignatief à sa tête. L’objet en est tout d’abord d’étudier et définir les mesures générales à prendre pour le développement et l’amélioration du travail national, en organisant dans les villes et dans les villages des écoles industrielles, agricoles et techniques, des ateliers, des cours d’application, des musées, etc.
- L’inlention est fort louable ; elle est un pas dans la bonne direction. Mais elle ne pourra porter des fruits qu’à la longue.
- ESPAGNE
- U paraîtrait certain que l’Espagne a l’intention de suivre l’exemple de la France,et de fortifier sa position aux dépens de l’empereur du Maroc, comme la France l’a fait en Tunisie. Le gouvernement anglais se préoccupe de cette éventualité, à cause de Gibraltar.
- ILe pétrole au Yéaézuela
- L’Agent consulaire des Etats Unis à Maracaïbo annonce que des lits très-remarquables de pétrole ont été découverts entre le Rio Tara et le Rio Zulia.
- Le Dr Mac Gregor affirme qu’à l’un des trous par lesquels s’éehaDpe le pétrole, le débit est lèi, que, malgré les difficultés matérielles qu’il a rencontrées durant s< n opération, il a rempli en 42 secondes un récipient contenant 15 bouteilles. Gela donnait pour le débit de ce seul orifice — et il y en a plusieurs — 6760 gallons de pétrole par jour.
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- HISTOIRE
- DES
- ÉQUITABLES PIONNIERS DE ROCHDALE
- CHAPITRE VI
- "Vains efforts de l’esprit de secte
- En 1850, un des antiques ennemis de la paix sociale, l’esprit de secte, apparut au sein de nos coopérateurs et commença à exercer parmi eux son influence dissolvante.
- Le rapide accroissement des membres avait amené dans la société un certain nombre de partisans des idées évangélique^’, Or ces nouveaux venus n’avaient point été élevés à l’école de la tolérance pratique. L’idée de laisser à leurs collègues la liberté dont eux-mêmes jouissaient leur était complètement étrangère. Bien vite ils proposèrent de fermer la salle des réunions le dimanche, et d’interdire toute polémique ou controverse religieuse.
- Les hardis et libéraux coopérateurs au bon sens et au dévouement desquels on était redevable de la création de la société, étaient complètement opposés à de telles restrictions.
- Ils évaluaient la liberté morale plus qu’aucun profit personnel, et ne pouvaient s’empêcher de contempler avec terreur l’introduction dans leur société de cette fatale cause de discorde qui a détruit tant de bonnes institutions, et souvent déjoué les plus belles perspectives de perfectionnement mutuel.
- La question fut portée devant l’Assemblée générale du 4 février 1850. Nous citons les dates des principaux événements que nous racontons, parce qu'elles marquent les étapes historiques parcourues par les Pionniers. A rassemblée générale dont nous parlons fut prise, en vue de la prospérité de la société, la résolution suivante :
- « Chaque membre a la pleine liberté d’exprimer « en réunion de ses collègues, en temps opportun et « d’une manière convenable, ses sentiments sur « n’importe quel sujet. Tous les sujets sont légitimes « quand ils sont convenablement proposés. »
- La tautologie de cette mémorable résolution s’explique par le sentiment d’alarme dont les membres étaient animés. Ils réitéraient les mêmes mots dans leurs efforts pour assurer la liberté morale, si essentielle à la conscience et au progrès.
- Déjà en 1832, c’est-à-dire au début du mouvement coopératif en Angleterre, le troisième congrès réuni à Londres avait voté une résolution analogue :
- « Attendu que le monde coopératif est composé
- « de personnes appartenant à toutes sectes religieu-« ses et à tous partis politiques, il est unanimement « résolu que les coopérateurs quels qu’ils soient ne « s’identifient à aucun principe, soit religieux, soit « irréligieux, soit politique, pas plus que ceux de « M. Robert Owen que de tout autre individu. »
- De tout temps l’esprit de secte a été l’empoisonnement et la ruine de l’unité publique. Sans tolérance de toutes les opinions, la coopération est impossible.
- Ces orages théologiques une fois passés, la société reprit sa marche prospère.
- En avril 1851, sept ans après sen ouverture, le magasin fut ouvert pour la première fois toute la journée.
- M. William Cooper fut nommé surintendant et James Standring commis de magasin.
- Cette année là les memhres de la société étaient au nombre de 630, et le capital se montait à 69,625 francs. A partir de cette époque, l’accroissement des membres, du capital et des bénéfices s’est toujours opéré dans des conditions qui ont dépassé toute espérance. »
- CHAPITRE YII
- Les membres cl© l’opposition
- Le miracle moral accompli par les coopérateurs de Rochdale consiste en ceci ; Ils ont eu le bon sens de différer d’opinions sans se désagréger. Des dissentiments, des haines mêmes se sont élevés parmi eux, ils sont toujours restés fidèles à leur lien social.
- Dans les classes ouvrières comme dans toute autre classe se rencontrent de ces êtres étranges qui semblent nés sous une mauvaise étoile. Ils emportent partout avec eux l’hostilité, la méfiance, la dissension. Peut-être ne voudraient-ils pas qu’il en fût ainsi, mais ils ne peuvent éviter que cela soit.
- Leur accent est toujours dur. Leur^organe social est ainsi fait que nul son mélodieux n’en peut sortir. Jamais ils ne témoignent de cordialité, ni de satisfaction. Les lignes agitées de leur visage dénotent la divergence de leurs opinions ; leurs lèvres semblent constamment prêtes à émettre le blâme; et leurs sourcils froncés réclament sans cesse un mode d’action tout autre que celui dont ils sont témoins.
- Ces êtres sont des espèces de porc-épics sociaux dont les dards sont constamment dressés. Les fonctions de la vie sont interverties chez eux; toutes choses leur apparaissent sens dessus dessous. La route la plus droite leur semble courbée d’une façon désespérante.
- Ils savent que tout mot a deux sens et toujours ils
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- prennent l’acception que vous n’aviez pas dans l’esprit. Nul document ne pouvant tout contenir, ils voient invariablement ce que vous avez omis, et ignorent ce que vous affirmez.
- S’ils se joignent à une Société c’est, en apparence, pour y apporter leur concours, mais en réalité pour ne rien faire que de la critique,sans essayer patiemment d’améliorer ce dont ils se plaignent. Au lieu de voir les points forts de la société afin de s’en servir pour la défense mutuelle, ils cherchent les points faibles pour les exposera l’ennemi commun.
- Ils font de leur contact avec les autres membres une cause perpétuelle de désagrément, de sorte que leur préférence constitue une véritable affliction publique. Chacun a le sentiment qu’il trouverait plus de paix et plus de respect parmi ses o pposants dé -clarés qu’auprès que tels alliés.
- Les hommes d’un caractère aussi chagrin ne cessent de prédire la ruine des entreprises et d’agir de façon à ce que cette ruine soit inévitable. Alors ils ne manquent pas de rappeler la clairvoyance dont ils ont fait preuve, et vous font sentir que vous leur devez respect et gratitude pour l’aide qu’ils vous ont prêté.
- La coopération n’est pas autre chose pour eux que l’irritation organisée. Au lieu de guider l’aveugle, de venir en aide à l’estropié, de secourir' le faible,-d’encourager le timide, de réconforter le désespéré ; ils passent leurs jours à enfoncer des dards dans les endroits sensibles, à écraser les pieds des goutteux, à jeter l’estropié du haut des escaliers, à laisser les arriérés dans l’ombre, à dire aux gens craintifs qu’ils ont bien raison d’être effrayés et aux désespérés que tout est perdu.
- Un certain nombre de ces faux* bons-hommes se trouvent dans la plupart des sociétés ; ils sont peu nombreux mais indestructibles ; ce sont les voleurs de grands chemins du progrès ; ils alarment le voyageur, l’arrêtent et le dépouillent de ses espérances ; ce sont les traîtres de la démocratie. Seuls, des hommes sages et forts peuvent les vaincre ou les j éviter. J
- Les coopérateurs de Rochdale comprirent à mer- j veille cette sorte d’individus ; ils en trouvèrent dans ; leurs rangs, les supportèrent, travaillèrent avec eux, ; sans souci de leurs dires, les regardant comme des accidents de route, leur donnant à l’occasion un mot ! cordial et un sourire, et n’arrêtant point pour eux j leur marche en avant. j
- A l’image de Diogène qui prouvait le mouvement I en marchant, les pionniers de Rochdale répondirent aux critiques sans fin qui prédisaient la chute, en j faisant de leur œuvre m succès. î
- Quiconque se joint à une société populaire doit s’attendre à rencontrer des collègues comme ceux que nous venons de dépeindre.. Au fond, ces hommes sont utiles à leur manière ; ce sont les poids morts avec lesquels l’architecte social éprouve la force de son nouveau bâtiment. Nous avons mentionné ces individus parce que leur présence parmi les pionniers indiqué que les coopérateurs de Rochdale n’ont point été placés dans des circonstances exceptionnellement favorables. Ils ont eu à subir toutes les luttes qui assaillent les œuvres humaines.
- Citons à ce sujet deux exemples,
- Les réunions d’associés constituent en fait des sortes de « Parlement du travail, » non saus importance maintenant, puisque certaines de ces assemblées comprennent trois fois le nombre des membres de la Chambre des communes. Toutes les critiques mutuelles proverbiales en Angleterre, tous les violents murmures qu’on dit être notre trait national caractéristique, toutes les rivalités des partis démocratiques se reproduisent dans ,ces assemblées.
- Dans le Parlement de notre magasin, le chef de l’opposition se montrait parfois sans pitié pour le chef de la majorité. Un jour, l’ami Ben, un membre bien connu des coopérateurs se trouva être le chef de l’opposition. Rien ne pouvait le satisfaire sans que jamais il expliquât son mécontentement. Il semblait tenir chacun en si forte suspicion, que nulle parole ne pouvait exprimer sa pensée. Il allait partout, inspectant tout, doutant de tout. Sa désapro-bation s’exprimait par ses mouvements de tête. C’était à croire que la direction allait sombrer devant son sévère jugement.
- Plus sage que beaucoup de critiques, Ben se retenait de parler jusqu’à ce qu’il sût bien ce qu’il voulait dire. Après deux ans de cet état de choses, les nuages qui chargeaient son front se dissipèrent, et Ben retrouva tout à la fois la parole et la confiance.
- Il s’était aperçu que son épargne avait augmenté malgré sa méfiance, et il ne pouvait plus tenir rigueur aune société qui l’enrichissait.
- Un autre défenseur du mouvement démocratique fulminait avec héroïsme, Bien différent de Ben, il assoudissait presque l’assemblée par ses déclamations interminables. Il ne pouvait pas prouver, disait-il, que les choses allassent mal, mais il n’ad-metlait pas que tout fût correct.
- Invité à assister aux réunions du bureau, et même, — nous avons étudié soigneusement les chroniques de la société, — élu membre du bureau, il fut mis en demeure non-seulement de voir si les choses étaient bien faites, mais aussi de les faire lui-même.
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- On avait compté sans son indignation beaucoup trop vive pour qu’il pût accomplir son devoir.
- Ce qu’il craignait par-dessus tout, c’était d’être trompé. Durant toute la période où il fut fonctionnaire, on le vit siéger tournant le dos à ses collègues et exprimant ses opinions dans cette attitude inconvenante et désagréable. Un plus parfait opposant peut rarement être rencontré.
- A la fin, il fut obligé au contentement par la seule violence légitime, celle du succès. Quand les dividendes arrivèrent, il se retourna pour les regarder et son front se dérida en empochant ses profits. À partir de ce moment, bien que jamais il ne fut amené à dire que les choses allassent bien, il cessa du moins de se plaindre.
- [A suivre).
- LE GÉNIE DE LA GUERRE ET LE GÉNIE DE L’ORGANISATION SOCIALE
- Notre collaborateur, le docteur Ch. Pellarin a fait, à la Bibliothèque populaire de l’arrondissement de Paris qu’il habite (le XIVe) une sérié de conférences, sur les hommes célèbres dont les noms ont été donnés à des rues de cet arrondissement.
- La circonscription dont il s’agit renfermant l'Observatoire, le conférencier a rencontré d’abord toute une brillante pléïade de mathématiciens et d’astronomes: Fermât, les Cassini, Depareieux, D’Alembert, Lalande, Méchain, Delambre, Arago. Dans sa dernière séance il a abordé le chapitre des généraux (Vandamme, Friant, Mouton-Duvernet, etc.) dont les noms se lisent aussi sur les plaques indicatives de certaines voies du même arrondissement. Comme préliminaire aux esquisses biographiques qu’il avait cette fois à tracer, et comme conclusion finale, M. Pellarin a présenté des réflexions qu’il ne nous semble pas hors de propos de reproduire.
- Au sujet de nos généraux de la République et du Empire, je commence, a dit le conférencier, par une observation qui s’applique à tous presque sans exception : C’est que, soldats de la République à leur début, formés au, métier de la guerre dans les armées de la République qui combattaient pour la défense du territoire et de Ja Révolution, ils furent transformés par Bonaparte, le grand corrupteur, en séides de son pouvoir et de sa personne : au lieu de rester ces soldats patriotes qu’embrasait l’amour de la liberté et qui, aux accents de la Marseillaise, avaient vaincu lès coalitions monarchiques, ils devinrent les courtisans de l’Empire, les instruments, les complices du despotisme qui pesait sur la France et ravageait l’Europe. A leurs yeux tout l’élément civil, c’est-à-dire la masse de la nation, ne fut bientôt plus qu’un tas de pékins, qu’ils se fesaient
- un point d’honneur de tenir à distance et d’accabler de leurs mépris.
- La jeune génération libérale se vengea plus tard de ces insolences des hommes de guerre en les traitant à leur tour de culottes de peau. — Je répète dans leur crudité des expressions que j’ai pu entendre de mes oreilles; je suis assez vieux pour cela.
- Exagération, messieurs, et injustice des deux parts.
- Pas n’est besoin de faire ressortir combien il est malséant, ridicule, absurde même à une partie du tout (l’armée est une partie de la nation) de dédaigner ce tout d’où elle émane, qui est son support et la source de son renouvellement indispensable.
- D’un autre côté, ces généraux de la République et de l’Empire avaient une trempe et des qualités qui ne sont pas communes. Heureux nous aurions été, Jors de la déplorable guerre de 1870, d’avoir parmi les chefs de notre armée des hommes ayant l’élan de Vandamme et la solidité de Friant. Ceux-ci n’étaient cependant, comme on l’a dit de Friaüt, que les premiers entre les séconds. Les capitaines du premier ordre qu’a produits la Révolution^ ce sont les Hoche, les Jourdan, les Masséna, les Da-vout.
- Je ne cite pas celui que la renommée a longtemps mis tout à fait hors de pair, et qui l’était certes à beaucoup d’égards,quoi qu’on ait relevé chez lui, outre les fautes et les crimes politiques qui passent toute mesure; quoi qu’on ait relevé, dis-je, chez Napoléon des fautes militaires graves et des lacunes dans son génie stratégique. Pour combiner et exécuter un plan d’attaque, Bonaparte assurément n’a point d’égal ; il porte à l’ennemi des coups imprévus et décisifs sur des points par lui-même fixés d’avance avec une faculté de divination vraiment prodigieuse. Mais s’il faut, pour être complet, qu’un général en chef sache au besoin préparer, conduire une retraite afin de sauver son armée ou partie de son armée, jamais Napoléon ne se montra ni soucieux ni capable de remplir un pareil devoir. Persuadé, dans son orgueil,qu’il ne sera jamais réduit à battre en retraite, il ne prend contre une telle éventualité aucune des précautions les plus élémentaires. Aussi chacune de ses rares défaites est-elle un entier, un irrémédiable désastre. En Russie, à Leip-sig, à Waterloo, après avoir avec une obstination sans excuse sacrifié ses armées,il en abandonne en toute hâte les débris, et donne l’exemple, lui, l’auteur de ces catastrophes, il donne l’exemple du sauve qui peut.
- A l’occasion des biographies de généraux que j’ai à vous retracer, il n’est peut-être pas inutile, mesdames et messieurs, tant la légende napoléonienne a la vie dure et persiste encore, même après les ouvrages de Gharras, de Lanfrey, de Barni, et ceux en cours de publication du colonel Jung; il n’est peut-être pas encore superflu de qualifier, avec la sévérité que le sujet comporte, le rôle de celui qui est le héros de cette légende et qui en fut pour une grande paît l’habile artisan. Personne, on le sait, n’entendit jamais mieux que Napoléon l’art delà pose, soit en vue des contemporains, soit en vue de la postérité.
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- Eh bien, à considérer la carrière, absolument sans scrupule de Bonaparte, depuis la journée de brumaire, où il assassinait la première République, jusqu’aux extravagances d’ambition qui suscitaient, coup sur coup et sans répit, les guerres d'Allemagne, d’Fspagne et de Russie, amenant à leur suite les deux invasions de 1814 et de 1815, on peut affirmer que le génie de Napoléon fut plus funeste à la France que la démence d’un Charles VI et que tous les règnes de cotillons, depuis la dévote Maintenon, persécutrice des protestants, jusqu’aux dévergondées favorites de Louis XV, les Pompadour et les Dubarry, qui vendaient à beaux deniers comptants les secrets de l’Etat.
- Si un homme ayant eu un grapd pouvoir, le pouvoir le plus absolu, ayant exercé une immense influence dans le monde, doit être jugé sur la somme de biens et de maux qu’il causa à ses semblables, Napoléon, à ce compte, se range parmi les fléaux de l’humanité qu’on nomme Attila, Gengiskan, Tamerlan, avec cette circonstance aggravante qu’il vint à une époque de civilisation avancée, après les généreuses manifestations de la philosophie du xvui0 siècle, après que la-Révolution française eut proclamée les Droits de l’homme. Aucun des grands ambitieux qui figurent dans l’histoire ne poussa plus loin que lui le mépris de la vie humaine. Mais c’est à notre pays surtout que l’influence de Napoléon a été fatale — Politiquement, il lui fit perdre, autant qu’il le put, tous les fruits de la Révolution ; il fit rétrograder la France au-delà de 1789.
- L’illustre auteur de Y Histoire du Consulat et de l'Empire, M. Thiers, dans son jugement final sur Bonaparte, s’est exprimé ainsi qu’il suit :
- « Napoléon, despote et révolutionnaire à la fois, ne « fut point un politique; car, s’il se montra un moment « politique en réconciliant la France avec l’Eglise, avec « l’Europe, avec elle-même, .bientôt en s’emportant « contre l’Angleterre, en rompant la paix d Amiens, en « projetant la monarchie universelle après Austerlitz, « en entreprenant la guerre d’Espagne., qu’il alla essayer « de terminer à Moscou, en refusant la paix de Prague, « il fut pis qu’un mauvais politique, il présenta au « monde le triste spectacle du génie descendu à l’état « de pauvre insensé. Mais il faut le reconnaître, ce n’é-« tait pas lui seul, C’était la Révolution française qui « délirait en lui, en son vaste génie. » (1)
- Ceci, pour employer une locution à la mode, est vraiment un comble — c’était la Révolution française qui délirait dans Napoléon ! ! ! Comme si Napoléon dans toute sa conduite n’avait pas pris le contrepied des vues de la Révolution et ne s’était pas inspiré constamment des idées les plus contraires à celles que la Révolution avait proclamées. Des trois termes de la devise de celle-ci, on serait embarrassé de dire lequel Napoléon a le plus ouvertement, le plus audacieusement foulé aux pieds. — La Liberté, on sait ce qu’il en fit pendant tout son règne : les hypocrites et tardives déclarations de
- (1.) Hist.du Consulat et de l’Emyire. Liv. 44, Sainte-Hélène
- Sainte-Hélène ne peuvent plus abuser personne sur les sentiments de Napoléon à l’égard de la liberté. — VE-galitè, il la violait impudemment par l’institution d'une noblesse nouvelle, parla fondation de nouvelles lignées féodales, non moins infatuées de leurs titres que les anciennes. — La Fraternité, des torrents de sang versé dans ses guerres incessantes, témoignent assez du cas que faisait d’elle l’insatiable ambitieux.
- Napoléon lui-mème a donné de sa folie une explication qui réfute absolument celle de M. Thieis, lorsqu'il a dit un jour à Sainte-Hélène : « On ne saurait se cou-« cher dans le lit des rois sans y gagner la folie. J’y suis devenu fou. »
- Napoléon, non-seulement épuisa la France de son temps et attira sur elle deux invasions, mais il nous légua pour un long avenir la haine implacable des peuples par lui opprimés, humiliés et spoliés ; il nous légua enfin l’égorgeur de la seconde République. Il faut donc faire remonter au premier Bonaparte les hontes de Sedan et de Metz, la troisième invasion de la France et sa mutilation par la perte des deux provinces si françaises, si patriotiques, l’Alsace et la Lorraine.
- Et maintenant quel Français, ami de son pays, ne répéterait avec l’auteur des lambees :
- Sois maudit, ô Napoléon !
- (La fin 'prochainement).
- CONGRÈS RÉGIONAL DU CENTRE
- III
- A la séance du 26 mai (ordre du jour : La Société après la Révolution sociale), le délégué de la Chambre syndicale de la Cordonnerie prend la parole pour déplorer la scission qui a éclaté entre les collectivistes et les anarchistes. Il pense que le Congrès eût agi plus sagement en usant de tolérance.
- Le délégué de la Chambre syndicale des boucheurs à l’émeri, en traitant de la Société après la Révolution, rappelle tous les souvenirs de l’oppression exercée sur les travailleurs par les salariants ; il dit à quel travail absorbant et rude sont condamnés, de 15 à 18 heures par jour les salariés. Il sépare absolument, dans la Société nouvelle, le sort des opprimés de celui des oppresseurs, oubliant que la solidarité doit être la base de la Société nouvelle, et qu’il est inutile d’opérer une transformation, si dans le nombre des exclus il n’y a de changés que les noms.
- Le délégué du xixe arrondissement dit que son groupe a pu se convaincre que la production ne s’organise pas, que la collectivité doit être remplacée par la commission, c’est-à-dire par un droit à la consommation. La Révolution a pour mission de faire rentrer dans la propriété commune les moyens sociaux de production.
- II demande qu’au lendemain de cette Révolution, on cherche, au nom de la justice, à équilibrer les forces sociales ; il veut mettre les petits cultivateurs entre les
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- mains de la Révolution, Il veut aussi la dictature du peuple par la commune.
- Le délégué des Egaux du xie déclare que la Révolution doit s’accomplir simultanément dans les grandes villes de France, et l'effervescence populaire être favorisée partout. Il propose entre autres mesures celle-ci, dont quant à nous, nous désapprouvons absolument les premières surtout, que nous estimons despotiques et arbitraires. « Des listes de suspects seront affichées dans toutes les villes de France, les frontières seront fermées pour tous les sortants. Cinq francs -seront donnés à chaque citoyen, qui aura mission d’assurer l’exécution des décrets révolutionnaires.
- Les billets de banque, titres, actions et obligations n’auront plus cours. Les codes en vigueur cesseront d’ètre appliqués, les tribunaux seront suspendus. La préfecture de police sera abolie, les terres seront défrichées au nom de la collectivité, les mécaniques seront saisies ainsi que les chemins de for au nom de la collectivité. L’Etat sera athée et matérialiste et les monastères fermées.
- Enfin pour conclure : Organisation rapide de la Révolution.
- Production en commun.
- Consommation individuelle.
- Le citoyen Deynaud, délégué de PUnion des travailleurs pense que la première chose c’est de faire connaître au peuple ses droits, afin qu’au lendemain de la Révolution il puisse s’organiser scientifiquement.
- Il estime que la bourgeoisie seule, en retenant avec frénésie ses privilèges et ses monopoles, peut amener une Révolution violente et arrêter l’évolution pacifique. Il croit que la Révolution doit être internationale, et qu’à la coalition des rois on doit opposer la coalition des peuples. Il conclut en demandant de soumettre aux travailleurs un questionnaire sur les sujets qui leur sont propres, et il engage le peuple à ne pas se désintéresser de la question électorale. On développe les moyens d’étude, dit-il, par l’action et l’agitaiion.
- Le citoyen délégué du bronze dit que l’établissement de tout système est la négation du progrès. Il repousse tout dogme social comme tout dogme religieux. Il veut avant tout l’honnêteté dans l’application des principes, et il déclare que c’est un titre d’honneur pour la Commune que d’avoir laissés intacts les trésors de la Banque.
- Le délégué des tailleurs est communiste. Il reconnaît pourtant la nécessité d’un état social intermédiaire, et il souhaite que la propagande des idées fasse la Révolution, mais il ne l’espère pas, et il conclut par ce vers de la Marseillaise : Aux armes, citoyens !
- Le délégué du xviii0 arrondissement ne sait comment s’accomplira la où. les révolutions à venir. Il exhorte le congrès à être pratique, et à s’en tenir à l’ordre du jour pur et simple, sans faire d’hypothèses trop idéalistes.
- Le délégué du v* arrondissement est partisan de la propriété collective afin que les travailleurs remplacent
- les actionnaires dans la jouissance du produit du travail des prolétaires. Il veut le renversement du parasitisme, et trouve déplorable l’organisation sociale actuelle.
- Le délégué du cercle d’études du 10e arrondissement est pour la liberté de la Consommation. Il demande que la fédération des groupes ouvriers fixe le nombre des travailleurs nécessaires à chaque industrie. Il veut l’organisation de la commune par groupes électifs.
- Le délégué de la chambre syndicale de la cordonnerie déplore l’insouciance et l’ignorance des masses, il examine les questions financières, les services publics et conclut en demandant l’appropriation collective et la création d’ateliers sociaux, la production en commun et la consommation industrielle. Il présente l’étude des sciences économiques par les travailleurs.
- A la séance du vendredi, 27 mai, le groupe de Leval-lois donne lecture d’une protestation contre l'expulsion des groupes anarchistes et se retire.
- La déléguée de l’Union des femmes socialistes, la citoyenne Léonie Rouzade se plaint que la question de la femme ne soit pas inscrite dans le programme du Congrès. Elle proclame l’égalité absolue de la femme et de l’homme, et en priant l’assemblée de l’écouter, bien que ce ne soit pas son tour de parler; elle a le tort de demander cela en sa qualité de femme. Un privilège quelconque ne doit pas appartenir à un sexe qui veut l’abolition des privilèges de l’autre, aussi aurions-nous désiré que la citoyenne Rouzade, obligée de se retirer promptement, n’eût donné que ce simple motif.
- Elle a interpellé l’assemblée dans une allocution très-vive et très spirituelle, demandant si l’on avait l’intention de supprimer les droits de la femme de la société de l’avenir. Voulez-vous donc qu’on dise, s’est-elle écriée,que les ouvriers eux-mêmes ne veulent pas s’occuper de la cause des femmes. Si nous ne sommes développées. nous vous retiendrons toujours.
- Elle recommande ensuite chaleureusement le droit de l’enfant, toujours trop négligé.
- On s’est habitué, poursuit-elle, à considérer les femmes comme de petites marionnettes mues par des ficelles à l’intention de Monsieur.
- Mais, soyez-en sûrs, nous tirerons sur les ficelles jusqu’à ce qu’elles soient cassées.
- Elle a réclamé le droit politique pour la femme, ce droit politique, qui, dit-elle, est la consécration de la valeur humaine.
- Les hommes'd’ailleurs ne votent eux-mêmes que depuis 30 ans : ce n’est donc pas une longue habitude qui les empêche de se souvenir que d’autres esclaves attendent la liberté.
- Elle demande que dans tous les Congrès ouvriers socialistes les droits politiques de la femme soient réclamés au grand jour par la grande porte, et non pas furtivement, à la dérobée.
- Le Congrès adopte le projet d’une manifestation au Père-Lachaise, pour le dimanche 29 mai.
- Le délégué du cercle d’études sociales et d’action poli-
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- tique des Grandes Carrières dit qu’on ne saurait prévoir ce qui arrivera le lendemain de la révolution ; c’est pourquoi le groupe n’a pas donné de mandat défini à ses délégués. Il pense que la révolution violente deviendra indispensable, parce qu’une classe ne se suicide pas elle-même. Il importe qu’on la tue.
- Mais en attendant,afin que la révolution soit féconde, il faut faire de tous côtés de la propagande sociale ; plus le niveau intellectuel sera élevé plus consciente sera l’émancipation et plus complet l’affranchissement. Le parti ouvrier doit formuler des idées précises ; il faut qu’il sache bien ce qu’ii veut.
- Le délégué du groupe ouvrier socialiste révolutionnaire du 18® arrondissement parle en faveur des moyens révolutionnaires violents.
- Le délégué du cercle d’études sociales de Plaisance déclare que son groupe étant tout récemment organisé n’a pas eu le temps d’étudier encore les grandes questions de propriété et de salariat. Il est partisan de la production en commun ; convaincu qu’elle produirait une grande somme de bien-être. Il désirerait pour la société nouvelle une sorte d’administration collectiviste conduisant au communisme. Il dit que la propriété collective devra trouver sa première application dans l’agriculture. Cela pourrait déjà se faire avec l’autonomie communale, qui permettrait la propriété collective dans l’industrie également.
- Qu’est-ce que la propriété, dit-il .* ce que l’individu peut s’approprier. A son avis, le collectivisme ne semble déjà à la plupart qu’une aspiration au communisme. Il demande que le congrès prochain mette à l’ordre du jour : Des moyens de réforme immédiatement applicables.
- Le délégué du cercle d’études et d’action des 1er et 2a arrondissements fait une revue historique économique. Il demande le renversement de l’organisation politique, et son remplacement par l’organisation économique. Il faut dès aujourd’hui former le milieu du lendemain de la révolution sociale.
- Il admet dans la nouvelle société une police civique. La famille dans le nouvel ordre de choses doit être élargie, c’est-à-dire n’en faire qu’une seule. Les enfants des deux sexes seront élevés de la même manière. L’éducation sera mixte et intégrale.
- Les aptitudes auront leur libre développement et le vote saura trouver ses directeurs en toutes choses.
- La rétribution se fera également.
- Les charges sociales pèseront sur le travail social en raison de la valeur du travail.
- Une production socialiste commune permettra de réduire et d’abaisser les heures de travail, au fur et à Mesure des progrès du machinisme.
- Les découvertes viendront en aide à tous, et les direc* leurs, les contre-maîtres etc., seront élus par la masse.
- Pour la consommation, l’orateur demande l’établisse-^cnt de bazars communaux. Il importera de retrancher
- toutes les transactions inutiles donnant satisfaction à tous.
- Le délégué du groupe d’études du 12e arrondissement veut la production de plus en plus en commun la consommation individuelle et libre ; il veut que les travailleurs bénéficient des machines et voient leurs heures de travail réduites, afin qu’ils aient intérêt à propager les nouvelles inventions ; il veut l’égalité absolue dans les rapports sociaux.
- Le travail de l’intérieur doit être rétribué pour la femme laquelle doit être indépendante de l’homme, au point de vue pécuniaire, et libre de travailler chez elle ou au dehors. Egalité absolue des deux sexes. Quand aux rapports entre les parents et les enfants, il établit que les parents ont des devoirs et les enfants des droits. L’enfant doit être élevé par ses parents, puis au frais de la collectivité.et doit recevoir l’instruction intégrale, soit chez lui sous la surveillance de la société, soit dans les institutions sociales communes.
- Entre producteurs, liberté entière limitée par des questions de convenance. Lorsqu’on aura peu à produire, on s’arrangera et le travail sera alors une jouissance. Les paiements se feront en bons de travail culture de tous les arts: théâtres, bibliothèques, propriétés communales.
- Il n’y aura jamais assez d’artistes s’écrie l’orateur,lorsque chaque travailleur aura 7 ou 8 heures de libres par jour.
- Les services des chemins de fer, des postes seront gra« tuits.
- Le délégué de la Chambre syndicale des corporations ouvrières de Ghâtellerault demande la production en commun, la consommation libre. Il désire qu’une vaste enquête soit ouverte sur la situation des travailleurs.
- Le délégué du cercle d’Etudes sociales de Saint-Ouen établit tout un système d’administration communale et décentralisatrice.
- Il fait l’historique d’tlné commune actuelle, même administrée par un conseil municipal socialiste, et déclare que ce conseil n’y peut absolument rien réformer.
- Il expose ce qu’on devrait appliquer dès aujourd’hui dans chaque commune: Au point de vue de la justice, magistrature communale ; au point de vue militaire ; soldats préparés et exercés dès l’enfance.
- Suppression du curé, des sœurs, du garde-champêtre, des gendarmes.
- Le Congrès socialiste révolutionnaire indépendant a voté contre les tortures infligées à Jessa Helfmann une énergique protestation. Il a engagé tous les révolutionnaires à assister ou à se faire représenter au Congrès général, qui aura lieu à Londres le 14 juillet prochain.
- Au sujet de l’organisation de la Société future, au lendemain de la révolution, le délégué de l’Alliance Révolutionnaire, en déclarant comme seule doctrine logique et sincère le communisme anarchiste, a expliqué la de-
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- vise communiste : De chacun selon ses forces, à chacun selon ses besoins.
- Le délégué du cercle du Panthéon pense qu’ayant de réorganiser il faut détruire ce qui est mal organisé, et agir plus en parlant moins.
- Le délégué des 5e et 13e arrondissement déclare qu’à son avis le collectivisme ne tendait à rien moins qu’à constituer une nouvelle autoeratie.il combat le suffrage universel, qui n’a fait, dit il, que mettre obstacle à la révolution sociale.
- (4 suivre). Jacques Courrier.
- LA CRÉMATION
- Nos lecteurs savent que M. Hérold, préfet de la Seine, à réintroduit par un mémoire, la question du cimetière de Méry-sur-Oise devant le Conseil municipal de Paris.
- Le préfet démontre l’insuffisance des cimetières actuels, saturés de cadavres et qui sont, par de certaines températures, des foyers d’infection ; il faut prendre des mesures préservatrices. Dans l’examen des mesures à prendre, M. Hérold est amené à parler de la crémation. Nous croyons devoir citer ce passage du mémoire, parce qu’il indique où en est cette question :
- Ces mesures, dit le rapport, doivent avoir pour but, tout à la fois, de pourvoir aux nécessités urgentes du présent et de préparer les solutions indispensables de l’avenir.
- En ce qui concerne l’avenir, la plus extrême prudence s’impose à nous Je pense qu’il faut laisser au temps et aux mœurs le soin de statuer définitivement. En cette matière, plus qu’en toute autre, la coercition est inefficace. Alors même qu’une solution semble commandée par la logique et la raison, si l’opinion publique la repousse, elle ne pourrait prévaloir. Toutefois il est du devoir de l’administration de lutter contre les préjugés et de chercher à résoudre le problème, conformément aux données de la science et de la raison.
- La solution la plus conforme à la raisonet à l’intérêt administratif serait, je n’hésite pas à le dire, la mise en pratique de la crémation des cadavres. Si cette pratique de l’incinération devenait générale, toutes les difficultés qui compliquent la question, insalubrité des cimetières, insuffisante des surfaces, distancesàparcourir,diminueraientdansde notables proportions.
- Mais il ne faut pas se faire d’illusions. Nous sommes loin encore du temps où l’incinération sera admise soit en droit, soit et surtout en fait.
- Le gouvernement estime, non sans raison, que la crémation est interdite par la législation actuelle, et croit même que les dispositions du décret du 23 prairial an XII ne permettent pas d’autoriser des expériences d’incinération sur les débris d’hôpitaux.
- Dans une lettre du 15 janvier 1881, jointe au présent mémoire, le ministre de l’intérieur déclare que la question de la crémation « n’a paru au gouverne-» ment ni assez étudiée par la science, ni réclamée » avec assez d’insistance par l’opinion, pour qu'il » prit la responsabilité de la soulever devant le « Parlement. »
- Il faut reconnaître, d’ailleurs, messieurs, que les mœurs s’apposent, autant et bien plus que la loi,
- au succès immédiat du système de rincinération des corps.
- Nous voudrions la crémation facultative : personne ne songe à réclamer la crémation obligatoire. Or, en admettant le choix entre les deux systèmes' nous ne devons pas nous dissimuler que, longtemps encore, l’inhumation sera préférée par les familles à la crémation.
- Je puis vous citer l’exemple de ce qui se passe en Italie, où, depuis quelques années déjà, une loi a autorisé l'incinération.
- Malgré les nombreux et intéressants travaux publiés sur cette matière par des savants distingués, maigre les facilités accordées dans diverses grandes villes, à Milan notamment, pour la mise en pratique de ce mode de destruction des corps, malgré la création de sociétés spéciales et de comil és d adhésion, la crémation entre très lentement dans les mœurs, et le nombre des incinérations reste toujours fort restreint.
- A Milan, qui compte 315,000 habitants et où la moyenne annuelle des décés est de 9,592, on a compté :
- En 1876, 2 incinérations.
- En 1877, 8 id.
- En 1878, 15 id.
- En 1879, 25 id.
- En 1880, 40 id.
- dont 1 de l’extérieur, dont 2 de —
- dont 3 de —
- dont 6 de
- La crémation ne pouvant ni être instituée immédiatement, ni, quand elle aura été instituée, donner des résultats immédiats, il faut forcément recourir aux seuls moyens employés jusqu’ici pour subvenir au service des inhumations, c’est-à-dire à l’agrandissement des cimetières existants ou à la .créacion de nouveaux champs de sépulture.
- M. Hérold, ne pouvant proposer la crémation, conclut à la création du cimetière de Méry et à l’agrandissement des cimetières des Batignolles et de la Chapelle.
- Le conseil municipal a été saisi d’un contre projet demandnat la création d’un vaste cimetière du coté de Charenton.
- L’affaire en est là.
- Le® résultat® dureceusement allemand.
- L’office de statistique officielle de l’Empire allemand publie les résultats généraux définitifs du recensement du 1er Décembre 1880 en Allemagne.
- A cette, date la population totale de l’empire était de 45,194,172- habitants, contre 42,727,327 en 1875. C’est donc en 5 ans une augmentation de 2,466,845, soit plus de 493,000 âmes par an. Et cela malgré le chiffre énorme de l’émigration.
- C’est une augmentation proportionnelle moyenne de 1.12 0/0. C’est à Hambourg qu’elle est le plus considérable 3.11 0/0 , et en Alsace-Lorraine qu’elle est le moindre 0.52 0/0.
- On compte en Allemage 113 villes ayant plus de 20.000 habitants, sur lesquelles 14 comptent plus de cent milles âmes.
- Ces dernières sont :
- Berlin avec 1,122,385 habitants, Breslau, 272,390; Hambourg, 200,055 , Muniçh, 229,343 ; Dresde, 220,216; Kœnigsberg, 150,396; Leipzig, 148,760; Cologne, 144,751; Francfort, 137.600 ; Hannovre, 122,860 ; Stutt-gardt, 117,021 ; Brème, 112,158 ; Dantzig, 108, 549 ; Strasbourg, 104,501.
- Le Directeur-Gérant : GODIN.
- Saint-Quentin — lmp. cle la Société anonyme du Glaneur
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- 4” ANNÉE, TOME 5 — N” 146
- "Le numéro hebdomadaire 20 c.
- DIMANCHE 26 JUIN 1881
- Le Devoir
- SOCIALES
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- SOMMAIRE
- La loi sur les syndicats professionnels. — Bibliothèque du Familistère. — Faits politiques et sociaux. — Le génie de la guerre et le génie de Vorganisation sociale. — Congrès régional du centre. — Les Pionniers de Rochdale. — Le Land Bill. — Les travailleurs amis de la Paix. — Enfants abandonnés à Londres. — Vinstruction publique aux Etats-Unis. — Variété.
- LA LOI SUR LES SYNDICATS PROFESSIONNELS
- il
- Nous continuons l’examen du projet de loi relatif aux syndicats professionnels tel qu’il est sorti de la première délibération.
- Les trois derniers articles du projet de loi ont donné lieu à des débats beaucoup plus sérieux et beaucoup plus nourris que ceux inspirés par les trois premiers articles. La discussion des articles 5 et 6 a pris à elle seule cinq grandes séances. Disons à la louange de la Chambre que sur ces cinq séances qua" tre n’ont pas eu trop à souffrir des bruits de conversation, qui pendant la discussion des premiers articles avaient totalement couvert la voix des orateurs.
- Voici quels sont les articles votés :
- Art. 4.
- L’article 4 stipule que dt s unions entre des syndicats professionnels constitués conformément à la loi nouvelle pourront se former en vue de la protection de communs intérêts industriels et commerciaux.
- Cet article est l’un des meilleurs de la nouvelle loi. Il réalise un progrès notable. Il met fin à certaines inégalités qu’on peut remarquer aujourd’hui dans l’application des lois. Dans l’état de tolérance actuelle à l’égard des syndicats, la ministère permettait aux syndicats de patrons de se fédérer entre eux au grand jour, mais s’opposait formellement à toute fédération des syndicats ouvriers. Cette inégalité tombe ; les syndicats d'ouvriers comme ceux de patrons pourront se fédérer comme bon leur semblera, aussi longtemps du moins qu’il s’agira de leurs communs intérêts industriels et commerciaux; s’ils se fédéraient pour autre chose, ils pourraient être poursuivis en vertu de la loi contre l’Internationale, dont l’élasticité est telle qu’on peut l’appliquer dans une foule de cas, qui n’ont aucun rapport avec les pratiques de l’association qu’a visée cette loi.
- Et puisque nous venons de parler de l’Internationale, rappelons que l’article4 de la loi sur les syndicats a été considéré comme une porte ouverte à cette association. On a dit que les ouvriers, le jour où ils auront la liberté de fédérer leurs syndicats, ne manqueront pas de constituer, sous l’égide de la loi, une vaste association des travailleurs, non pas internationale, il est vrai, mais interdépartementale,ce qui serait déjà considérable.
- L’assimilation est fausse. Une association interdépartementale ne cessera pas d’être française; elle n’aura aucun caractère cosmopolite ; elle ne pourra avoir son comité directeur à l’étranger.
- D’ailleurs on serait bercé par une illusion si on supposait la prompte création d’une immense association française des travailleurs. Les ouvriers — et à nos yeux c’est un immense malheur — sont encore trop divisés entre eux, et trop peu conscients de la
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- communauté de leurs intérêts pour savoir s’entendre à ce point.
- Il est évident qu’ils donneront tous leurs soins, toute leur vigueur à la constitution de syndicats spéciaux avant de s’occuper de la fédération de ces syndicats. En agissant ainsi ils auront raison, car, comme on l’a fort bien dit, tant valent les anneaux tant vaut la chaine. Il faut cependant convenir que la loi est élastique. Où commencent et où finissent les communs intérêts industriels et commerciaux ?
- Ainsi les associations syndicales enfreindraient-elles ou n’enfreindraient-elles pas la loi en faisant de la propagande en faveur de quelque idée nouvelle qui ne serait pas strictement professionnelle quoique ayant tout à fait rapport à l’intérêt privé des ouvriers? Bien fin qui précisera la limite du permis et du non permis.
- Voilà le danger des lois spéciales. On se refuse à accorder une liberté générale mais on consent à accorder quelques bribes de libertés particulières. Seulement on hérisse le fonctionnement des libertés accordées d’une foule de restrictions, d’embuches, de chausse-trappes, etc., de telle sorte qu’une porte reste toujours ouverte à l’arbitraire.
- Art. 5 et 6.
- Ces deux articles sont intimement liés l’un à l’autre. En voici les textes :
- Art. 5. — « Les fondateurs de tout syndicat pro fessionnel qui voudra jouir des droits définis dans l’article suivant devront déposer les statuts et les noms de ceux qui, à un titre quelconque, seront chargés de l'administration ou de la direction.
- « Ce dépôt aura lieu à la mairie de la localité où le syndicat est établi, et, à Paris à la Préfecture de la Seine.
- « Ce dépôt sera renouvelé à chaque changement de la direction ou des statuts.
- Art. 6. — Les syndicats professionnels qui auront âccompli les formalités imposées par l’art. 5 de la présente loi auront le droit d’ester en justice.
- « Ils pourront acquérir et employer les sommes produites par les cotisations.
- « Toutefois, ils ne pourront posséder d’autres immeubles que ceux qui seront nécessaires à leurs réunions, à des bibliothèques ou à des cours d’instruction professionnelle.
- « Ils pourront sans autorisation constituer entre leurs membres des caisses de secours mutuels et de retraite.
- « Ils pourront créer et administrer des offices der renseignements pour les offres et les demandes de travail.
- « Ils pourront être choisis pour exercer des fonctions d’arbitres ou d’experts.»
- La Commission avait proposé d’accorder aux syndicats professionnels qui existent déjà, grâce au ré gime de tolérance en vigueur, ou à ceux qui se formeront à l’avenir, non seulement la liberté, mais
- encore la personnalité civile. Du fait même de sa constitution, le syndicat entrait, sans autre formalité, en jouissance du droit d’acheter, de vendre et d’ester en justice.
- La Chambre a jugé que la reconnaissance de la personnalité civile à des associations est un acte assez grave pour qu’il nécessite quelques formalités, à la condition, bien entendu, que ces formalités n’auraient rien d’illibéral.
- Il est juste en effet de ne pas confondre la liberté d’association et la personnalité civile, qui sont deux choses absolument distinctes et indépendantes l’une de l’autre. La liberté d’association est un droit naturel qui existe même dans les sociétés où l’état n’est pas organisé ; la personnalité civile au contraire est une fiction légale et non un droit naturel ; elle ne peut êtré créée que par la loi.
- Il n’y a aucun danger à reconnaître la liberté d’association ; il peut y en avoir à octroyer la personnalité civile « Ces êtres fictifs, a dit M. Martin Feuillée, en pariant des associations dont la personnalité est reconnue, ces êtres fictifs qui ne meurent pas, qui acquièrent toujours, qui n’aliènent jamais, par la nature même des choses, peuvent assurément devenir un grand danger pour l’Etat, pour les particuliers, pour la liberté même. » Les congrégations religieuses en sont une preuve ; elles constituent un état dans l’Etat.
- C’est dans le but d’être armé contre ces inconvénients que la Chambre n’a pas voulu que tous les syndicats professionnels eussent de droit, par le seul fait de leur existence, la personnalité civile et tous les droits qu’elle entraîne.
- Nos députés nous paraissent avoir été moins bien inspirés en limitant la mesure dans laquelle les syndicats pourront posséder des immeubles.
- Ils pourront posséder autant de valeurs mobilières que cela leur fera plaisir. On n’a donc pas compris que certaines valeurs mobilières tendent aujourd’hui à se confondre avec les valeurs immobilières. Que représentent un bon nombre des obligations et des actions qui se vendent à la bourse, sinon des parts de propriété d’immeubles ? Etrange inconséquence ! Les syndicats pourront posséder en titre fractionné des immeubles dont il leur est interdit d’avoir la propriété en titre plein.
- Nous pensons que l’on a fait fausse route en tentant de limiter dans l’article 6 les droits de la personnalité civile des syndicats.
- La situation que la loi fait aux syndicats qui n’auront pas demandé la personnalité civile est des plus libérale. Ces syndicats, quel que soit le nombre de leurs membres> et sans qu’ils aient aucune espèce de
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- démarche à faire ou de formalité à remplir, seront mis sur le même pied et jouiront des mêmes prérogatives que les associations de moins de vingt personnes quij on le sait, sont libres, ou que les associations autorisées. C’est l’affranchissement de toute formalité. Les syndicats vivent de droit, par leur propre manifestation et par leur propre action. Ils peuvent même posséder bien qu’ils n’aient pas de personnalité civile, seulement en ce cas la propriété commune est réputée appartenir à chaque associé pour partie et chacun d’eux est en droit d’en demander partage à tel moment qu’il lui plait.
- Voilà quelle est cette loi, en vertu de laquelle aucun empêchement ne peut être mis à la constitution des syndicats.
- N’avions nous pas raison de dire que, même malgré ses défauts, elle constitue un immense progrès sur l’état de choses actuel ?
- C’est aux ouvriers à l’étudier et à savoir la mettre à profit (1)
- A cette occasion M, Laroche-Joubert, que la Chambre ne prend pas toujours au sérieux, a prononcé les paroles suivantes qui méritent réflexion.
- « Je conseille vivement aux ouvriers d’user des ressources qu’ils pourront se procurer à l’aide de la loi que nous discutons pour réclamer aux patrons la participation aux profits.-.. Si les ouvriers veulent m’en croire, si jamais ils ont sérieusement les moyens, c’est à-dire des ressources suffisantes pour faire prévaloir leurs volontés, au lieu de demander à leurs patrons de leur faire faire des journées plus restreintes ou de leur allouer un supplément de salaire, quand ils se ligueront que ce soit pour dire : Nous ne reprendrons pas le travail avant qu’on nous ait admis à participer aux bénéfices du patron. En ce cas, qu’ils en soient bien persuadés, le plus grand nombre les approuvera, car il n'est rien de plus juste que de voir celui qui coopère à la production des bénéfices participer à la distribution de ces bénéfices au prorata du service qu’il rend.... Tant qu’on ne rémunérera pas les divers éléments de la produc-
- (1) A ce propos nous pensons qu’il n’est pas inutile de leur signaler un point particulier auquel ils ne songeraient véritablement pas.
- La liberté est complète pour entrer dans les syndicats. Si les statuts sont rédigés d’une manière insufflante la liberté de sortir des syndicats n’est plus complète, prenons-y garde.
- Chaque fois que les statuts stipuleront que la Société est d’une durée illimitée, ou chaque fois qu’il ne limiteront aucune durée, les membres d’un syndicat seront libres d’en sortir, les articles 1843 et suivants du Code Livil leur garantissant cette liberté. Dans le cas ou les syndicats seront fondés avec une durée limitée, leurs rnembres ne pourront se faire rayer des rôles ; ils seront le°tis de payer les cotisations, même si le syndicat r^arche dans un sens contraire à leurs désirs. Il y a plus, si ce syndicat à durée limitée a obtenu la, personalité Clvfie, ses membres pourront être poursuivis en recouvrement de cotisations.
- fi est bon, pensons-nous, de faire savoir d’avance aux ouvriers combien leur liberté peut avoir h gagner à ne Pas stipuler dans les statuts la durée du syndicat.
- tion dans une proportion raisonnable, on ne fera pas produire au travail tout ce qu’il peut donner, car on aura négligé de se servir du levier le plus puissant que je connaisse. »
- De son côté M. Martin-Nadaud s’est écrié :
- « Les ouvriers veulent aujourd’hui, par une fédération raisonnable, arriver à créer l’atelier coopératif. Je vous ai dit que ce qui donne une certaine inquiétude, non pas à tous ceux qui s’occupent du sort du peuple, mais à tous les amis de la lustice et de l’égalité, c’est que les ouvriers ne peuvent arriver désormais, ils ne peuvent lutter, ils ne peuvent travailler avec avantage, avec succès, contre les capitaux centralisés, il ne peuvent arriver, dis-je, qu’en centralisant à leur tour leurs petites épargnes.
- Nous serons à peu près unanimes dans cette Chambre à voter cette loi d’une si grande importance. Que nous en votions encore 3 ou 4 comme celle ci et vous pourrez être certains d’avoir donné à notre pays de la tranquillité et de la sécurité pour plus d’un demi-siècle. »
- Nous le croyons aussi, et nous pensons que les quelques députés qui n’ont pas caché leurs appréhensions sur les conséquences possibles de la loi nouvelle ont vu les choses en noir.
- Plusieurs ont déclaré ne pas être rassurés sur l’usage qui pourra être fait de la personnalité civile; ils craignent un retour aux corporations fermées d’autrefois. Fait étrange ! il ne s’est pas trouvé dans toute la Chambre un député peur faire remarquer que les corporations de l’ancien régime n’ont pu devenir des corps fermés que parcequ’elles existaient dans un régime où la représentation nationale n’existait pas.
- Nos députés ne sont pas les derniers que la France doive voir légiférer. Et si dans l’avenir il est fait abus de la loi nouvelle, eh bien ! les législateurs de ce moment là y remédieront.
- BIBLIOTHÈQUE DU FAMILISTÈRE
- Nous avons reçu de M. Alamartin, un de nos abonnés de Saint-Martin d’Ëstréaux (Loire), pour la bibliothèque du Familistère, deux exemplaires de sa brochure intitulée : « L'Ordre Evolutionnaire et la destinée de l'Homme ». Nous prions l’auteur d’en agréer nos sincères remerciements. Cette brochure, en termes clairs et sobres, résume la théorie des évolutionnistes à peu de chose près, tout en en tirant une conclusion plus juste, suivant nous, et plus vraie, celle de la pluralité des existences, qui complète et rend parfaite l’évolution.
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- LEDEYOIR
- FAITS POLITIQUES & SOCIAUX DE LA SEMAINE
- FRANCE
- TRAVAUX DES CHAMBRES
- T ,;a Chambre des députés a commencé la discussion du budget cette semaine. Elle a voté, avant d’entamer cette discussion, une excellente loi, depuis longtemps réclamée par l’opinion, nous voulons parler de la suppression du résumé des débats par le président de la cour d’assises dans les affaires criminelles déférées au jury. Ce résumé, qui avait dégénéré en véritable réquisitoire. était devenu un sujet de scandale,car il a fait condamner plus d’innocents, dans ces vingt dernières années, qu’il n’y a eu d’erreurs judiciaires signalées depuis un siècle. A peine entamés les débats sur le budget ont été interrompus par la discussion du projet de loi Luisant, réduisant à trois ans la durée du service militaire. Ce projet, mai étudié, mal digéré, et nuisant, paraît-il, au recrutement du cadre des sous-officiers,n’a point été voté, et ne paraissait pas pouvoir l’être. Nous ne sommes point encore prêts pour cette réforme, et les armées permanentes ont encore de beaux jours devant elles.
- 3he Sénat a voté sans discussion, et après déclaration d’urgence, le projet de loi relatif à la liberté de réunion, qui lui revenait avec de légères modifications introduites par la Chambre des députés. Il a repoussé l’urgence sur la proposition de révision de la constitution présentée par M. Tolain.
- ANGLETERRE
- En Irlande l’agitation s’accentue de plus en plus. On a affiché cette semaine dans le district de Longhrea des placards excitant ouvertement la population à l’assassinat des propriétaires fonciers. L’un de ces placards, qui a pour devise \ Il y en a encore à tuer l affirme que les autorités se sont trompées, en emprisonnant des innocents, et en laissant en liberté l’auteur des meurtres poursuivis, lequel a encore sa tâche à remplir. Il désigne les individus qui seront frappés les premiers, et il ajoute :
- « Est-ce que le gouvernement croit que de pareils misérables doivent vivre, grâce au biil de coercition? Non ; ils mourront à coups de fusil, fussent-ils défendus par toutes les troupes de S. M. Britannique; en Irlande, il ne faut pas que les voleurs de notre terre
- puissent vivre !. Place aux propriétaires irlandais, au
- peuple qui travaille les teires, qui ne sont point laites pour les lâches paresseux dilapidant le patrimoine du peuple. »
- Eu somme, la situation est extrêmement alarmante. Ce mouvement est exclusivement social, et la politique n’y entre à peu près pour rien, et c’est pour cette raison que l’agitation irlandaise est pire encore, pour ainsi dire, qu’une guerre civile. Il ne faut point se le dissimuler, aujourd’hui, comme au temps d’O’Connell, c’est pour leur existence, pour leur subsistance, que les Irlandais combattent, car leur expulsion de la ferme où ils vivent fort misérablement, mais enfin où ils vivent, c’est pour eux et leur famille la mort, la mort inévitable et cruelle, et la pire de toutes, la mort par le supplice de la faim. Or, tous les discours du monde, toutes les législations sont comme non avenus pour un homme qui a faim, et rien ne prévaut contre le proverbe : Ventre affamé n’a point d’oreilles.
- On ne saurait donc crier au gouvernement anglais : Prenez garde, c’est une lutte à outrance que celle qui va s’engager, et dans ces conditions, votre victoire ne peut être obtenue que par la destruction d’un peuple. Serait-il possible, au dix-neuvième siècle, que des hommes d’Etat acceptassent la responsabilité d’un pareil
- fait ? Nous aimons à ne pas l’admettre, et nous nous refusons d’y croire.
- ALLEMAGNE
- La loi sur les assurances ouvrière» sur
- laquelle un compromis paraissait possible au gouvernement et aux intéressés a complètement échoué, grâce au parti du centre, qui a refusé au dernier moment d’appuyer le compromis intervenu à ce sujet. Cet échec est dû aussi en partie à l'obstination des nationaux libéraux, persistant à ne vouloir voter que des caisses d’assurances privées. C’est donc une partie entièrement à recommencer.
- INes députés du centre et le prince Bismarck. — Dans une conversation citée par un correspondant du Temps, nous trouvons une appréciation du chancelier allemand, qui ne fait point honneur aux membres-du Reichstag qui forment le parti du centre. Parlant de sa santé, le prince Bismarck dit: S’il était au pouvoir du Reichstag de m’enlever par un vote ma maladie nerveuse, qui sait si une majorité se formerait en ma faveur? — Eh oui, Excellence, lépondit son interlocuteur, ce sont les hommes du centre qui ont la décision entre les mains. Les croyez vous assez malicieux pour faire échouer la proposition tendant à vous rendre la santé? — Bien certainement, reprend le chancelier de fer, ils commenceraient par me demander à combien monteraient leurs honoraires.
- Tout commentaire serait superflu.
- AUTRICHE-HONGRIE
- La question de l’émancipation des femmes vient de faire un grand pas en Croatie. On écrit d’Agram à la Correspondance politique de Vienne que, en vertu de la nouvelle loi électorale croate, les femmes vont être, pour la première fois, appelées à prendre part, en qualité d’électeurs, aux prochaines élections générales des conseils municipaux de cette province. D'après les listes électorales d’Agram, chef-lieu de la Croatie, qui ont été publiées la semaine dernière, celte ville compte 3,200 électeurs, dont 805 sont des femmes.
- ALSACE-LORRAINE
- Le gouvernement allemand poursuit la série de vexations qui ont causé cette année une si vive irritation en Alsace-Lorraine. La Gazette de Metz annonce que le cou-seil municipal de Boulay vient de donner sa démission, le gouvernement refusant d’accorder un instituteur français à cette commune, où la langue allemande est chose inconnue de l’immense majorité de la population.
- ITALIE
- Le grand événement de la semaine est le vote de la Chambre des députés qui, établissant la deuxième classe élémentaire comme titre de capacité à l’exercice du droit électoral, restitue à deux millions et demi de citoyens It diens, travailleurs honnêtes, instruits, mais pauvres, le titre d’électeurs. C’est une réparation et un grand acte de justice que la Chambre Italienne a accomplis par ce vote, et les journaux démocrates de la Péninsule ne lui marchandent point les éloges à ce sujet. Veici comment s’exprime <« Il Secolo » de Milan :
- « Par ce vote, la gauche a accompli son plus grana acte politique, et jeté les bases d’une révolution pacifique et progressive, qui épargnera au pays l'effroyable nécessité des revendications violentes et des danger» d’une réaction sérieuse.
- « Les exigences de la démocratie ne seront cer^jHeî ment pas toutes satisfaites, puisqu’elles ont pour idéa
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- le droit pur et sans condition, autre que la qualité d’I-talieQ> ma‘s si les principes abstraits sont bons pour ceux qui marchent à l’avant-garde de la civilisation, on ait qu’en pratique, il faut tenir eompte des eirconstan-ceS de l’éducation du peuple et de la force de résistance (jes ennemis du progrès aidés par les préjugés de l’ignorance et du passé.
- « Dans celte situation tout patriote, tout homme imbu d’idées libérales doit se réjouir du vote d'hier et en savoir gré à nos représentants qui ont si bien travaillé pour la démocratie. »
- SUISSE
- Depuis quelques mois, on annonçait dans la presse avancée la réunion à Zurich d’un congrès international et socialiste. La population s’émut ; des comités se formèrent afin d’obtenir par voie de pétition de l’autorité zuricoise l’interdiction du congrès ; 30,670 signatures furent recueillies.
- Dès lors, le gouvernement zuricois avait à examiner s'il avait le droit d’intervenir dans un sens prohibitif.
- Il vient de prendre une décision très motivée dans laquelle il reconnaît que la Constitution fédérale, aussi bien que la Constitution zuricoise, garantit aux citoyens suisses le droit de réunion, mais ce droit est limité aux citoyens suisses et ne saurait être invoqué par les étrangers. En tout cas, les droits inscrits dans la Constitution ne peuvent être concédés à des étrangers en passage et les autorités cantonales peuvent prendre dès lors telles mesures qui leur paraîtront efficaces pour assurer l’ordre et la tranquillité publique.
- Dans le cas présent, 30,670 citoyens zuricois et suisses ont recouru à l’autorité pour demander l’interdiction du congrès. Ils laissent entendre que si, malgré leur protestation, le congrès se réunissait, il pourrait se produire des troubles que le gouvernement a le devoir de prévenir. Celui-ci pourrait donc se trouver dans l’obligation de prendre des mesures pour protéger des étrangers usant de droits qu’ils ne possèdent pas, contre les excès des citoyens mêmes, En conséquenee, le congrès international, qui devait se réunir, le 2 septembre, à Zurich, est interdit sur toute l’étendue du canton. Le département de justice et police est chargé de prendre les mesures d’exécution.
- RUSSIE
- Le mouvement antisémitique et le progrès de l’agitation nihiliste n’ont éprouvé aucun ralentissement. La révolution paraît marcher en avant de plus en plus, et rieu ne semble capable de pouvoir l’arrêter.
- On se fait, en France, une idée complètement inexacte de ce qu’est le Juif en Russie. Dans les pays occidentaux, les Juifs sont depuis des siècles mêlés aux races iudigènes ; ils jouissent des mêmes droits que tous les autres citoyens, — fréquentent les mêmes écoles, sont aptes à tous les emplois. La fusion s’est si complètement établie qu’il n’y a aucune différence entre les Israélites et les individus des autres religions. Il est loin d’en être ainsi en Russie. D’après la législation actuellement en vigueur, les Juifs, sauf quelques exceptions, ont le droit d’habiter seulement les gouvernements suivants : Vilna, Vitebsk, Wolhynie, G-rodno, Ekatérinoslaff, Kherson, Koviro, Minsk, Mohileff, Po-dolie, Poltava, Tschernigoff et la province de Bessarabie, — encore doivent-ils rester dans un rayon distant au minimun de 50 verstes de la frontière. IL leur est permis également d’habiter le gouvernement de Kieff, à l’exclusion de la ville de Kieff. le gouvernement de Tauride, à l’exclusion de la ville de Sébastopol, etc. Toutefois, les marchands de la première guilde, c’est-à-dire ceux qui paient la première catégorie des patentes, ainsi que les Israélites qui ont terminé leurs cours d’études supérieures, peuvent habiter dans l’Empire partout où ils le désirent.
- Il en résulte que dans les localités que la loi désigne d’une manière si catégorique comme « affectées spécialement à leur résidence permanente, » les Juifs se sont
- trouvés bientôt trop à l’étroit et ont eu à lutter contre les difficultés presque insurmontables pour se procurer les moyens d'existence nécessaires à eux et' à leur famille.
- Ainsi, la race juive persécutée, parquée dans de certaines localités avec défense de s’en éloigner, privée de par la loi de la faculté de posséder des ferres, tenue à l’écart de tous emplois et fonctions publics ; cette race, disons-nous, a vu se développer tous ses mauvais instincts.
- Le Juif russe s’efforce, en général d’éviter tous les travaux pénibles ou difficiles ; pas un n’est maçon, ni charpentier, ni cnltivaleur. Tous recherchent lés travaux faciles, les occupations qui permettent de gagner aisément de l’argent sans s’inquiéter jamais deThonnè-teté des moyens à employer ; ils se font usuriers, commissionnaires, cabaretiers. soumissionnaires de travaux publics, etc. Les Juifs, en un mot, ont accaparé toutes les industries, tout le menu commerce. Il faut dire aussi que la tâche leur était^ingulièrement facilitée. Le paysan, l’ouvrier russes sont, en général, paresseux, enclins à l’ivrognerie; bohémiens, si on peut dire ainsi, car ils ne songent qu’au moment présent sans se préoccuper du lendemain.
- Cet état de choses a depuis longtemps créé une haine vivace, une inimitié profonde entre les deux races.
- Si l’on ajoute que depuis plusieurs années les récoltes ont manqué en Russie, ce qui a augmenté encore la misère du peuple, on comprendra facilement qu’il ne fallait qu’une étincelle pour faire éclater l’incendie.
- Un plan de Saint-Pétersbourg préparé en vue d’uu soulèvement, ayant été saisi au domicile de l’une des personnes récemment arrêtées, on a remarqué avec étonnement l’absence, sur ce plan, de tous les ponts de la ville, qui cependant sont très-nombreux.
- La police en a conclu que les nihilistes avaient conçu le projet de faire sauter tous les ponts au moment au soulèvement, afin d’isoler les forces militaires, et que des travaux de mines devaient être exécutés.
- De fouilles faites de nuit ont, en effet permis de découvrir déjà trois mines dans les piles de trois ponts différents.
- La plus importante est la mine creusée dans les piles du pont Lichnow.
- On y a trouvé HO livres de dynamite ; dans la mine établie sous le Pont-Rouge, 30 livres seulement.
- Partout, les fils du conduit électrique étaient coupés.
- De l’avis des experts, ces travaux ne pouvaient avoir été exécutés que par des ingénieurs de premier ordre.
- De nombreuses arrestations ont été faites dans l’armée pour découvrir les auteurs de ces préparatifs menaçants. On aurait acquis la preuve que la dynamite trouvée sortait des arsenaux de l’Etat.
- On aurait également découvert 38 livres de dynamite dans l’église d’Aiexandrie (tout près de Peterbow).L’empereur ayaut manifesté dernièrement l’intention de partir le 16 juin pour Pet 'rbow, on pense que cette mine ^vait été préparée pour faire sauter l’église dans le cas où Alexandre III y serait venu faire ses'dôvotions.
- La cour renoncera probablement à la résidence de Peterbow.
- musée «cto Carthage
- On Sait que le tombeau de Louis IX est resté en Afrique, non loin de Tuais, et qu’une chapelle a été construite à l’effet de recevoir ce tombeau, en plein sur l’emplacement de l’ancienne citadelle de Carthage.,
- Depuis 50 ans le terrain a été acheté par la France, et le drapeau français flotte sur la chapelle.
- Les missionnaires qui desservent cette chapelle ont eu l’heureuse idée de faire quelques fouilles dans les environs et de constituer sur place un musée carthaginois.
- Dans l’intervalle de 5 ans, ils sont parvenus à réunir 6347 objets, dont un millier de vases, lampes et poteries, 1800 inscriptions latines, 36 inscriptions puniques, 13 inscriptions grecques, plus 2000 monnaies et médailles.
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- LE GÉNIE DE LA GUERRE ET LE GÉNIE DE L’ORGANISATION SOCIALE
- il
- Après avoir raconté la vie de Vandamme, excellent général, mais auquel on reproche des exactions et des mœurs par trop soldatesques ; —la vie, toute d’honneur, de Friant, Je général d’infanterie modèle ; — celle de Mouton Duvernet, la dernière des victimes de la réaction royaliste, fusillé à Lyon le 27 juillet 1816, M. Pellarin a donné une mention au général d’artillerie Pernety.
- Pendant que ce dernier dirigeait le siège de Breslan en 1806, Mlle Sophie Germain, la savante géomètre, s’adressa au général Pernety, ami de sa famille, pour lui recommander le mathématicien allemand Gouss, avec lequel elle était en correspondance et dont le sort l’inquiétait au milieu des terribles chaos de la guerre. Le général fit droit à la requête, et sa réponse à Mlle Germain contenait le passage suivant :
- « Me voici faisant un siège, entendant et faisant gron-« der le ou les tonnerres, brûlant des maisons, des égli-« ses, car les cloches sont des points de mire pour les
- # bombes, enfin faisant par réflexion tout le mal que je « peux à qui ne m’en fît aucun, que je ne connais pas; « mais c’est le métier. On m'accable à mon tour de bou-« let, d’obus et de bombes, et tout va le mieux du
- * monde. »
- Paroles significatives sous la plume d’un militaire, alors que la manie des conquêtes et que la fureur des batailles troublait tant de cerveaux et passionnait presque tous les cœurs : « Faire tout le mal qu’on peut à des gens contre lesquels on n’a aucun grief. » Voilà une définition de la guerre qui donne quelque idée de son atrocité et de son absurdité.
- Quel horrible abus de la guerre pendant les quinze premières années de ce siècle sous la néfaste influence de Napoléon Ier!
- « Gomme contraste à ces boucheries, je fais remarquer que ce fut à cette époque même que prît naissance le socialisme contemporain dans les tètes de deux penseurs isolés, Fourier et Saint-Simon.
- « A ce propos, permettez-moi, messieurs, de terminer cet entretien par un retour vers ma vieille conviction de socialiste, c’est-à-dire de partisan des réformes sociales, mais les voulant, les poursuivant, non par l’emploi du revolver, du poignard et de la dynamite, mais par la production d’idées vraiment organiques, par la libre et pacifique discussion de ces idées.
- « Gomme tout à l’heure, j’en faisais la remarque, en même temps que le démon de la guerre excerçait ses fureurs et ses ravages d’un bout à l’autre de l’Europe, un pauvre commis de commerce à Lyon, un Sergent de boutique, ainsi qu'il se qualifiait lui-même, recherchait obstinément les moyens de remédier aux désordres sociaux de toute sorte, en premier lieu à la misère qui les
- engendre à peu près tous. D’une étude approfondie de la nature humaine, envisagée surtout dans ses penchants et instincts, qui sont les mobiles essentiels de l’homme ; — d’une observation attentive et merveilleusement sagace des phénomènes sociaux, principalement de ceux de l’ordre industriel, cet homme arrivait à la conception d’un idéal de société ayant pour fondement le principe de l’association, appliqué à tout le régime de l’industrie : au ménage, à l’agriculture, à la fabrique. (Le ménage dont ne s’occupent presque jamais les économistes de l’école et la plus générale, la plus répandue de nos industries, celle dont la bonne gestion aurait le plus d’influence pour le bien-être des masses populaires.
- Le plan de ce novateur, qui n’a pas été dépassé que je sache, admet les droits respectifs du Capital, du Travail et du Talent ; il assure l’accord de ces trois frères jusqu’à présent ennemis. Il satisfait au desideratum de justice distributive vers lequel nous tendons tous quand l’intérêt particulier, quand l’égoïsme ne nous aveugle pas. Il procure l’éducation intégrale de tous les enfants sans distinction de naissance ni de fortune, mais uniquement d’après leurs aptitudes et leurs vocations Le concours y reste toujours ouvert entre tous les membres de la société pour toutes les fonctions de l’ensemble de l’œuvre sociale.
- C’est l’application du suffrage universel, non plus seulement à la politique, mais à tous les ordres de travaux, sous eetle réserve de la compétence des votants dans chaque spécialité. Il est clair que,s’il s’agit de choisir des directeurs de cultures, ou bien des ingénieurs, des architectes, des chefs de groupes de maçons,l’on ira pas prendre l’avis des boulangers, des bottiers, des perruquiers, des parfumeurs, ni réciproquement.
- L’ouvrage de Fourier qui résume le mieux la théorie, le nouveau monde industriel et sociétaire, se trouve dans notre bibliothèque, ainsi que les écrits de quelques-uns de ses disciples. J’engage ceux d’entre vous, messieurs, qui s’occupent d’études sociales à ne pas négliger cette source, où ils pourront puiser des notions d’une réelle valeur.
- Lepoëte avec son coup d’œil d’aigle a bien su discerner ce qu’il y a de grandiose et de positif à la fois dans cette conception de l’ordre sociétaire, objet pour le moment d’un si injuste discrédit.
- Magellan part, Fourier s’envole,
- La foule ironique et frivole Ignore ce qu’ils ont rêvé,
- Les voit tomber dans l’étendue Et dit: C’est une âme perdue.
- Foule, c’est un monde trouvé !
- Ce monde qui n’existe encore que dans la pensée de quelques-uns, il s’édifiera un jour, il sera une brillante réalité. Oui, le monde des garanties solidaires et de la répartition proportionnelle au concours utile. Le monde du travail attrayant, de la vie confortable, luxueuse même pour tous ; le monde enfin de l’Harmonie et du bonheur adviendra sur cette terre. C’est alors qu’il fera bon vivre, lorsqu’auront disparu pour jamais et la hi~
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- deuse misère, et les prisons et les bagnes, et la guerre avec toutes ses horreurs !
- Contre les affirmations impies proclamant la pérennité de la guerre et des massacres* la raison non moins que le cœur de l’humanité proteste. Non, elle ne se déchirera pas indéfiniment les entrailles de ses propres mains ; elle a mieux à faire que d’arroser de son sang le plus généreux les champs de bataille, « ces charniersde l’histoire » comme Hugo les appelle. Arrière conquérants féroces, bourreaux des multitudes humaines, grands génies du mal, vous à qui les peuples hébétés, dégradés, ont trop longtemps décerné la gloire, et qui ne mériter que leurs malédictions !
- Qu’elle soit réservée désormais, cette gloire, aux hommes utiles, aux éclaireurs, aux bienfaiteurs de l’humanité par les pacifiques conquêtes de la science et de l’industrie, ainsi que par les chefs-d’œuvre de l’art sous toutes ses formes.
- Humanité, règne, voici ton âge
- Que nie en vain la voix des vieux échos ;
- Déjà les vents aux bords les plus sauvages
- De ta pensée ont semé quelques mots.
- Paix au travail, paix au sol qu’il féeonde !
- Que par l’amour les hommes soient unis ;
- Plus près du ciel qu’ils replacent le monde ;
- Que Dieu nous dise : Enfant, je vous bénis.
- Si ce n’est Dieu, que ce soit tout ce qu’il y a de plus élevé dans l’intelligence et du plus noble dans le cœur de l’humanité qui, au futur spectacle de la concorde et de la félicité universelle, rende ce témoignage de suprême satisfaction : Enfants, soyez dénis !
- CONGRÈS RÉGIONAL DU CENTRE
- (Suite)
- A la séance du 28 mai, le délégué des ouvriers ferblantiers réunis demande la suppression des intermédiaires entre ceux qui produisent et ceux qui consomment. Il est partisan de la propriété collective.
- Le délégué du groupe d’études sociales du 3e arrondissement est partisan du travail en commun ; le travail coopératif n’ayant jamais rien produit par suite de la concurrence cruelle que se font les travailleurs. Il préconise l’autonomie communale, demande la création de bazars ou magasins d’échange pour toutes les corporations, au moyen d’un conseil communal autonome.
- Il veut la commune propriétaire des biens meubles et immeubles, la dictature prolétarienne et l’institution d’une chambre haute de commerce.
- Le délégué de l’Union des peintres en bâtiment veut la réorganisation révolutionnaire des services publics ; il veut l’égalité de l’homme et de la femme, la négation de tout dogme, l’administration par la commune de tous les biens, avec liberté de consommation individuelle.
- Le délégué des ouvriers» du métal blanc demande l’égalité dans les rapports entre tous les êtres humains, et une société basée sur la solidarité ; il se prononce
- pour la propriété collective du sol et de l’outillage, pour la recherche de l'équilibre entre la consommation et la production.
- Le délégué de la Concorde du 18e ne considère le collectivisme que comme période de transition pour arriver au communisme.
- Il reconnaît à tout être le droit de recevoir de la société aide et assistance pour le libre développement de ses facultés.
- Dans la société de l’avenir, dit-il, tout être doit produire selon ses forces, et indépendamment de la satisfaction do tous les besoins, jouir aussi du superflu. Il demande que ie lendemain de la révolution on mette â l’ordre du jour la question de la consommation.
- Il rappelle que la citoyenne Rouzade a protesté contre l’exclusion par le congrès de la question de la femme. Il ne pense pas que cette réclamation soit juste. Tout vrai socialiste, admettant l’égalité de l’homme et de la femme, il serait préjudiciable à la cause féminine d’établir ainsi une séparation de classes qui sans aucun doute laisserait subsister des privilèges du côté de la force; qui dit l’un dit l’autre.
- Le délégué du groupe du lKe arrondissement,en attendant le communisme absolu, accepte le collectivisme et tout ce qui pourra amener des améliorations dans la classe laborieuse. Il dit que dans la société à venir la production sera communale.
- Le délégué de la Société l’Avenir se prononce contre la production individuelle, en disant qu’une plus grande force se dégage du travail collectif. Il explique l’organisation de la Société de production l’Avenir, et demande de mettre à l’ordre du jour la question de la fédération des sociétés du même genre.
- Le délégué du cercle du travail est communiste. Il aspire au jour où les produits seront assez abondants pour perdre leur valeur d’échange, et ne conserver qu’une valeur naturelle.
- A la séance du 29 mai, dimanche après-midi,le congrès vote une manifestation pacifique et sans port d’emblê-mes au Père Lachaise, sur la tombe des massacrés de la semaine sanglante.
- A trois heures la séance est levée en signe de deuil, et le bureau du Congrès, suivi des délégués, suit en bon ordre jusqu’au Père-Lachaise la rue Oberkampf et les boulevard extérieurs.
- Des discours sont prononcées par les citoyens Bestelli, Bazin, Fréjac, Gofïrin.
- Le citoyen Corsin lit la déclaration suivante, votée à l’unanimité par le cougiès ouvrier.
- Citoyens et citoyennes,
- 3 Aujourd’hui dimanche, 29 mai 1881 le congrès régional, réuni au théâtre Oberkampf, à Paris déclare lever la séance en signe de deuil de la semaine sanglante de mai 1871.
- Au gouvernement de la République bourgeoise française et au Parlement levant la séance en signe de deuil
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- LE DEVOIR
- du despote Alexpndre II de Russie, les sociétés révolutionnaires, en réponse à cet hommage rendu aux ennemis des peuples, interrompent leurs travaux d’éducation sociale, pour aller saluer la terre où reposent des milliers de prolétaires, massacrés sans pitié, pour avoir voulu conquérir le droit à la vie par le travail, et pour avoir crié à la face de la terre, Guerre aux rois ! Paix aux peuples!
- Citoyens et citoyennes,
- Le congrès salue la mémoire de ces martyrs de la cause du droit et de la justice sociale. Et au nom des principes internationaux qui l’animent, adresse également un respectueux hommage à la mémoire des socialistes révolutionnaires des deux mondes qui sont morts pour la cause du peuple.
- A nous socialistes révolutionnaires, appartient l’honneur de glorifier nos morts. Sachons pour cola nous rappeler et mettre en œuvre les sublimes paroles de Rouget de l’Isle. „
- « Nous aurons la sublime orgueil « De les venger ou de les suivre. »
- Gloire à la commune et vive la Révolution sociale.
- A la séance du dimanche soir, le délégué des employés du commerce et de l’industrie déclaré qu'il considère, quant à lui le communisme comme un retour vers l’état primitif de l’humanité.
- 11 recommande au parti prolétarien d’étudier longuement les moyens de réforme pratique avant de faire la révolution sociale. Il demande l’éducation intégrale pour les deux sexes et l’égalité intellectuelle (comme culture) de l’homme et de femme.
- Ledéiégué du groupe du 10» arrondissement critique vivement l’individualisme, et conclut en demandant la suppression de tous ceux qui ne sont pas collectivistes.
- La citoyenne Bonnevialle est d’avis que la société a déjà fait un pas immense en avant, puisqu’elle se rend compte du mal qui la ronge.
- Le déiégué de l’ébénisterie exprime la crainte qu’une révolution violente ne devienne nécessaire. Il réfute les arguments individualistes présentés par le délégué du commerce et de l’industrie, et il affirme, en citant l’exemple des grandes administrations financières, agricoles et industrielles agissant sous l’anonyme, que la société tend chaque jour davantage au collectivisme.
- Le délégué du groupe de propagande collectiviste du 20®arrondissement constate avec regret que la lecture des rapports est une lutte des socialistes les uns contre les autres, sans compter les anarchistes absents.
- Nous trouvons quant a nous son assertion un peu exagérée. Il y a des dissonnances sans doute entre les opinions diverses formulées au congrès, mais tous les rapports sont inspirés par le désir du mieux et une recherche de bonne foi de la vérité.
- Voici le texte des résolutions adoptées par la majorité
- du congrès. (Il y a eu un assez grand nombre de votes avec restrictions, des abstentions etc.)
- Sur la première question.
- Les réformes et les révolutions politiques ont-elles amené des améliorations dans le sort des travailleurs ?
- « Que si l’on peut apprécier que le sort des travailleurs soit amélioré depuis les nombreuses révolutions du dernier siècle, c’est le développement intellectuel, scientifique et industriel qui en est cause.
- « La révolution politique constitue les moyens de donner une sanction au progrès humain en permettant d’appliquer les réformes économiques et sociales, et qu’en conséquence il y a lieu pour tous les travailleurs, d’aider à tout leur développement intellectuel, eu pratiquant l’élude des connaissances économiques, soit dans les groupes supérieurs soit dans les livres, journaux, brochures, etc., etc.
- 2° De se rallier au parti ouvrier socialiste, pour propager les principes de justice et préparer une organisation solide pour l’inévitable ré volution/dont le but est d’assurer la richesse sociale au producteur. »
- Sur la deuxième question : Propriété et salariat.
- « Le deuxième congrès régional déclare :
- 1° Toutes les propriétés individuelles autres que les produits du travail personnel devront faire retour à la collectivité.
- « 2* Le salariat, conséquence naturelle de l’appropriation des instruments de travail et des matières premières par un petit nombre d’individus, disparaîtra fatalement et inévitablement par l'appropriation collective de la terre, des matières première et des inlruments de travail, et sera remplacé par la garantie donnée à chacun de la jouissance du produit intégral de son travail, les charges sociales remplies.
- « Il déclare, en outre, que ce but ne pourra être poursuivi que révolutionnairement, et invite tous les travailleurs fatigués d’ètre exploités, à se grouper afin de former une invincible armée.
- Sur la troisième question : Production...
- « La production se fera en commun.
- Sur la quatrième question : Consommation.
- « La consommation sera individuelle, en laissant à chaque membre de la société, la liberté de consommer selon ses goûts, individuellement ou collectivement.
- Sur la cinquième question : Des rapports des citoyens après la révolution.
- « Les rapports sociaux seront établis sur le pied de la plus parfaite égalité.
- Après quelques discussions sur le règlement intérieur, le Congrès régional du Centre se sépare.
- Jacques Courrier.
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- HISTOIRE
- DES
- EQUITABLES PIONNIERS DE ROCHDALE
- CHAPITRE VIII
- Graudo panique La Société tin. moulin a farine.
- Vers 1850, s’installa à Rochdale une nouvelle Société coopérative à laquelle les Equitables Pionniers offrirent un concours d’hommes et d’argent. Cette nouvelle coopérative était dénommée : Société du moulin à farine du district de Rochdale.
- Son but était de fournir aux membres et aux chalands, de la farine pure et de première qualité, à un prix égal à celui offert par le commerce du voisinage, et de répartir les bénéfices de ces opérations entre les sociétaires au prorata de leurs achats,après paiement de 5 0/0 d’intérêt annuel au capital.
- Les statuts de cette Société fufent établis sur les mêmes bases que ceux de la Société des Pionniers. Ils furent principalement l’oeuvre du sagace Charles Howarth, le même qui, six ans auparavant, avait donné les règles de la Société des Equitables. Charles Howarth était un travailleur de fabrique, mais aussi une sorte de pilote pour les Pionniers.
- Il consacrait ses nuits à l’humble travail de la codification. Il fut longtemps à trouver sa voie,mais il était sûr de réussir. C’était un de ces hommes qui se livrent à l’examen des choses jusqu’à ce qu’ils les conçoivent clairement.
- La Société des Pionniers prit, dès l'origine, 2,500 francs d’actions dans le capital de la nouvelle Société. Quelques mois après elle doubla la somme. Les 5,000 fr. mis ainsi dans l’affaire par les Pionniers étaient une grosse somme pour eux dont l’en-trepnse particulière ne datait que de six ans.
- Chaque action de cinq livres (125 francs) permettant d’avoir un représentant dans la Société du moulin à farine, les Pionniers de Rochdale placèrent leurs actions au nom d’un certain nombre d’entre eux. Cet exemple fut suivi par d’autres sociétés.
- Quand 25,000 fr. de capital social furent souscrits, la nouvelle Société commença ses opérations dans un vieil édifice pris à loyer, nommé le moulin de Holme.
- Il n’y eut jamais d’établissement plus obstiné que celui-là. La farine ne voulait pas être bonne; le boulin ne voulait pas rapporter, les profits ne voulaient pas venir.
- Concernant la farine, il y avait une difficulté
- | réelle. La vente ne donnait pas de bénéfices et le ï produit manquait souvent de qualité et cela pour deux motifs : D’abord, le chef meunier n’avait pas d’habileté industrielle ; ensuite la nouvelle Société étant à court de capital, était obligée d’acheter le grain à qui voulait bien lui faire crédit, au lieu de l’acheter là où il était de première qualité ; ce qui avait pour conséquence de lui faire souvent payer cher un article inférieur.
- Malgré ces conditions désavantageuses, lorsque la farine était bonne, il se trouvait alors que son apparence repoussait les acheteurs. Car la Société la livrait pure, sans aucun mélange, et dans ces conditions la farine n’était pas aussi blanche qu’on était accoutumé de la voir. Les clients l’appelaient « farine jaune ». S’ils ne savaient en reconnaître la qualité à la vue, ils ne la reconnaissaient pas davantage au goût. Jamais jusque-là ils n’avaient eu l’occasion de faire usage de pure farine, il fallut un temps assez long pour les former sous ce rapport.
- En 1851, nos Equitables Pionniers commencèrent à accorder des avances au moulin et à recevoir en échange des livraisons de farine. Mais celle-ci déplaisant aux acheteurs comme nous venons de le dire, la vente en cessa bientôt dans le « Store. »
- C’est là un des effets de l’égoïsme dont on retrouve la trace dans presque toutes les expériences humaines. Naturellement c’est un sacrifice à taire que de payer plus cher qne le prix courant pour un article quelconque ; mais c’est un de ces sacrifices momentanés et obligatoires auquel tout homme désireux du progrès en cas pareil doit être prêt à se soumet-I tre.
- | L’arrêt subit de la vente de la farine dans le ma-’ gasin des Equitables Pionniers amena une crise pour la Société du moulin. A la fin du troisième trimestre de 1851, cette dernière avait perdu 450 livres. (11.250 francs.)
- A cette époque, quinze magasins coopératifs commerçaient avec la dite Société.
- La perte souleva une armée de mécontents.
- Le directeur du moulin avait mal opéré. La Société le congédia et les administrateurs ayant en tête leur Président, Abraham Greenwood, durent se rendre eux-mêmes au marché, emmenant avec eux un meunier pour juger de la qualité du grain. Ils conduisirent ainsi les opérations, sans chef de travail.
- Un meeting révolutionnaire eut lieu à la chambre de réunion des Pionniers. Les prophètes de malheur avec leur éloquence habituelle proposèrent d’abandonner les opérations. Le mieux, disaient-ils. est de
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- LE DEVOIR
- cesser de soutenir le moulin; le «Store » en vendant la farine dudit moulin perd ses chalands; la Société nouvelle périclite et ne peut être rendue prospère; donc, le Store ferait mieux d’acheter la farine là où il peut l’obtenir meilleure et à plus bas prix ; enfin, ajoutaient-ils, le Store lui-même sera bientôt entraîné à la faillité, si l’on continue les mêmes errements.
- D’autres, au contraire, disaient que certains individus pouvant réaliser une fortune dans les opérations de meunerie, les coopérateurs devaient y réussir comme les autres. Puis, énumérant les différentes causes de perte déjà citées, ils ajoutaient que les difficultés venaient également du manque de soutien de la part des coopérateurs et des magasins en général.
- M. James Smithies soutint avec une remarquable énergie qu’il était du devoir, de l’honneur des Pionniers et de la coopération de ne point abandonner le moulin. « Le nom même de « Pionniers », disait-il, « devra être abandonné,si les coopérateurs ne savent pas se soutenir les uns les autres. Le moulin mis en liquidation ne donnera pas dix schillings par livres. C’est le moment ou jamais de la part des membres de prouver leur confiance en la coopération. »
- L’appel fut entendu. Quelques Pionniers apportèrent tout l’argent qu’ils avaient économisé.
- Abraham Greenwood fut au nombre des Equitables Pionniers de Rochdale qui se signalèrent en cette occasion par leur infatigable dévouement à la
- cause.
- Cependant la rumeur publique avait suscité les craintes les plus vives chez les travailleurs dont les épargnes étaient accumulées au magasin des Equi-bles Pionniers. Et ils étaient en grand nombre. Car deux ans auparavant, la caisse d’épargne de Rochdale avait fait banqueroute et, les petits capitalistes, sévèrement éprouvés dans cette débâcle financière, accordaient, depuis cette époque, toute leur confiance aux entreprises coopératives qui leur payaient du reste de plus hauts intérêts.
- Donc, au temps dont nous parlons, les actionnaires du magasin, soulevés et égarés surtout par les clameurs des ennemis de la coopération, tremblaient pour leurs économies.
- Les humbles directeurs du magasin de Toad Lane ne firent aucune proclamation, mais ordonnèrent simplement au trésorier de se tenir à la caisse, et de rembourser argent comptant tout demandeur.
- Le premier qui se présenta avait un placement de 24 livres (600 fr.) dans le magasin, le tout provenant de dividendes accumulés. Il éprouvait quelque affection pour lés Pionniers qu’il considérait comme ses
- bienfaiteurs, aussi ne demanda-t-il à retirer que seize livres ?
- Est-ce que vous êtes sur le point d’entreprendre quelque commerce ? demanda le caissier.
- Non ! répondit l’homme, mais j’ai besoin de mon argent.
- — Vous savez qu’il est de règle de noùs prévenir à l’avance ?
- — Aussi, c’est pour vous donner avis que je suis venu.
- — Ah ! Très-bien, dit le caissier. Cette manière de faire nous est utile quand nous sommes à court d’argent; mais, actuellement, nous pouvons vous dispenser de cette formalité. Je vais vous rembourser ce qui vous est dû.
- Parlant ainsi, le caissier remit à l’homme, en monnaie de cuivre, les seize livres que ce dernier empocha, tout hésitant et se demandant à part lui, s’il ne faisait pas une grande folie en déplaçant ainsi ses fonds.
- Après lui vint upe femme demandant aussi à être remboursée. Mais à peine vit-elle qu’on était prêt à lui rendre son 'argent qu’elle déclara n’en avoir pas besoin. Plus avisée que le premier réclamant, elle préféra laisser ses capitaux en des mains aussi sûres que de les retirer pour les enfouir dans quelque cachette, sans aucun espoir de profit.
- On raconte qu’à la même époque une femme qui possédait 40 livres (1,000 fr.) dans le magasin, fut avertie par un commerçant du danger que courait ses fonds : « Eh ! » dit la femme, si le magasin se ruine, ce sera avec ce qui lui appartient ; c’est lui qui m’a donné ce qui est inscrit sur ses livres à mon nom.
- Vers ce temps, la banque de Rochdale avec laquelle les Equitables Pionniers faisait des affaires, leur rendit un service dont ils se sont toujours souvenu avec gratitude.
- Certains commerçants réunis au comptoir de la banque causaient de la situation du magasin coopératif qu’on disait très-critique. Un des banquiers intervint et fit observer que le bruit devait être sans fondement, la société des Equitables Pionniers ayant dans la banque même 50,000 francs demeurés intacts depuis longtemps. Cette réponse rétablit la confiance, d’abord dans les quartiers les plus influents, puis de proche en proche dans toutes les parties de la ville et dans le pays.
- En prenant en main la direction compromise du moulin, M. A. Greenwood dut apprendre tout à la fois l’art d’acheter le grain, celui de le moudre et celui de bien diriger un moulin. Il devait remplir ces difficiles devoirs en sus de ceux d’un tout autre genre qui lui incombaient par sa propre fonction
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- dans une autre industrie. Tout cela prenait large part de son temps et de sa santé. Pendant quelques années il eût à souffrir sérieusement de cet état de choses. Enfin, il se rendit maître des opérations du moulin et ouvrit devant celui-ci la voie de la prospérité.
- Les profits de la Société du moulin étaient* nous l’avons dit, répartis entre les membres au prorata de la somme de leurs achats, après paiement des intérêts du capital à 5 0/0 l’an.
- Ce ne fut qu’en 1861 que ces mots au taux de 5 0/0 *par an furent échangés en ceux de « cinq livres pour cent} par an ». Les nombreux chalands qui ne comprenaient pas bien le terme 5 0/0 surent à merveille ce que voulait dire 5 livres 0/0. C’est toujours très-long de faire les choses simplement.
- La Société du moulin pratiquait la sage mesure de réduire annuellement le coût du moulin par des réserves faites pour répondre à la dépréciation, de sorte qu’en 1860 quand ce même moulin fut vendu au prix de 150,000 fr., il ne figurait plus aux livres que pour une somme de 96,550 fr. La Société en avait alors bâti un autre pour répondre à ses besoins.
- A cette époque, le nombre des membres était de 650, y compris les représentants des magasins coopératifs et ceux des « Sociétés de secours pour la maladie et les funérailles.» Car ces dernières sociétés trouvaient un grand bénéfice à placer leurs fonds dans les entreprises coopératives. Dans les banques elles ne pouvaient obtenir que 2 ou 3 0/0 d’intérêt pour leurs capitaux et n’exerçaient aucun contrôle sur l’emploi de leurs fonds. Or, les membres de ces sociétés étaient des esprits actifs et qui n’aimaient pas les mystères en fait d’emploi d’argent.
- Dans les sociétés coopératives on touchait 5 0/0 du capital ; on savait où se trouvaient les fonds, à quoi ils étaient employés, et l’on avait voix à la direction de la société. Les garanties étaient donc satisfaisantes.
- Naturellement, au début, il avait fallu lutter un peu pour persuader aux membres de ces diverses sociétés de prévoyance qu’il était bon et sûr de placer les fonds dans la Société du moulin à farine.
- Ce ne fut qu’après quatre ou cinq ans de fonctionnement du moulin qu’une de ces sociétés pour la maladie et les funérailles vota enfin le placement d’une certaine somme dans la Société du moulin à farine,et nomma trois délégués pour porter l’argent.
- M. Cooper raconte que lorsque ces trois délégués furent au sein du comité du moulin, ils n’osèrent lui confier les fonds, Confus et ne sachant comment expliquer leurs impressions, ils se retirèrent la tête basse.
- Revenus près des leurs, ils dirent qu’ils avaient vu des tisserands figurer au rang des membres du comité et pas un seul homme riche, de sorte qu’ils rapportaient l’argent, n’ayant pu croire que leurs fonds fussent en sûreté aux mains de ces travailleurs.
- Pourtant ces trembleurs avaient été déjà volés par de notables personnages, particulièrement quand la caisse d’épargne de la ville avait sombré jetant la ruine dans des milliers de pauvres familles,et jamais des ouvriers n’avaient commis d’escroqueries à leur égard. Etait-ce donc qu’il leur semblait tout naturel de perdre leur argent, du moment où c’était au profit d’escrocs de riche apparence ?
- La Société considéra la chose avec plus de sens et jugea que les tisserands étaient au moins aussi dignes de confiance que les banquiers. Elle délégua de nouveaux membres doués de plus de résolution et leur confia une somme plus forte. Le capital versé de cette façon à la Société du moulin y est resté depuis.
- L’almanach des coopérateurs dit au sujet de la Société du moulin ,* Bien que des plus délicates dans son enfance, cette Société est devenue une des plus fortes et des plus saines. 78 0/0 de ses opérations sont faites avec des sociétés coopératives, et le chiffre des affaires va toujours en augmentant.
- En 1880 le capital de la Société du moulin était de2.435.350 francs. Elle faisait un chiffre d’opérations de 7.545.875 francs ; et réalisait un bénéfice de 199.725 francs.
- . (A suivre),
- LE « LAND BILL -
- il
- En Angleterre, tout comme en France, il existe une certaine catégorie de gens qui croient à la violation de la liberté, chaque fois que l’on s’attaque à leurs privilèges. L’intervention de l'Etat, sous une forme ou sous une autre,leur semble chose du monda la plus légitime, lorsque cette intervention a lieu en leur faveur exclusive; mais lorsque c’est pour la sauvegarde d’intérêts autres que les leurs, fut-ce même à titre de simple arbitrage, que la loi se permet de parler, il n’est pas de réprobation assez forte à l’adresse de ceux qui osent ainsi légiférer.
- Avant 1870, ce que l’on nomme la théorie du Libre contrat était à peu de choses près, incarné dans la législation irlandaise, comme du reste dans toute la jurisprudence d’origine anglaise. On sait, relative-
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- ment à l’Irlande, quels résultats avait produits cette théorie : ce malheureux pays saigne encore de ses déchirements. L’acte de 1870 eut pu mettre fin, en partie du moins,à cette prétendue liberté, si le législateur,effaçant de la main gauche ce qu’il écrivait de la droite, n’eut en même temps qu’il accordait aux fermiers une indemnité for disturbance, inséré cet article dans ledit acte :
- « Pour toute tenue de la valeur annuelle de 50 L.
- « (au minimum) le Landlord et le fermier pourront « contracter en dehors de la loi. »
- La conséquence de cette clause se devine : les Landlords, au prix même d’une première indemnité à payer aux fermiers qu’ils renvoyaient, s’arrangèrent de façon à n’avoir pas de fermes au-dessous d’un loyer annuel de 50 L., et les petits tenanciers furent jetés sur le pavé.
- C’est évidemment pour obvier à cet état de choses que le nouveau Land Bill a demandé que la Land court pût exercer une sorte de contrôle général sur les transactions en matière de baux, ne faisant d’exception qu’en faveur des tenues dont la valeur annuelle excéderait 150 L. Dans ce cas, fermiers et Landlords, d’un accord commun et exprès, pourraient contracter sans être sonmis ni à la surveillance, ni au contrôle de la Land court. A cette exception près et en la matière sus-dite, la Land court exerce sa toute puissante juridiction, à moins cependant qu’il n’y ait stipulation que la durée du bail est de 31 ans, ou que la tenure soit donnée à titre de fief moyennant une redevance fixe.
- Jugeant par présomption et, en cela, appréciant d’après des précédents bien constatés, le législateur a voulu mettre un terme à cette concurrence effrénée, désastreuse, des fermiers entre eux dans le loyer de la terre/concurrence dont profite le Landlord pour élever et surélever le prix de la ferme... Et comme ainsi que chacun le sait, la quantité des terres arables est fort limitée en Irlande, que l’agriculture y est la seule industrie réelle, le malheureux fermier serait obligé de passer sous les fourches caudines du Landlord, si la loi n’intervenait pas d’une manière efficace.
- Cette efficacité se produirait-elle si l’intervention légale se limitait au contrat entre Landlord et fermier? Ne doit-on pas également s’occuper des conditions qui peuvent être arrêtées entre le fermier sortant et le fermier entrant? En d’autres termes, si on réglemente les rapports entre Landlord et fermier quant au prix du loyer, ne doit-on pas réglementer aussi la vente et l'achat du tenant-ri g ht ? « Oui, » répond le législateur « sans cela on n'atteindrait pas le but proposé ; » seulement ce n’est pas la Land
- court qui fixera directement la valeur du droit du tenancier dans tous les cas qui se présenteront, ainsi, qu’elle en a le pouvoir relativement au prix du loyer ce sera le Landlord, lui, qui aura la faculté d'intervenir pour empêcher que le fermier sortant ne demande et que le fermier entrant ne paie trop cher le droit d’occupation. Pour ce faire, lorsqu'un fermier désirera quitter, le Landlord aura le droit de préemption^ s’il trouve que l’enchère est trop élevée, il pourra demander à la cour de déterminer un prix, le paiement duquel l’autorisera à reprendre possession de la ferme.
- L’opinion des économistes anglais, en ce qui a trait à ce dernier point, est que cette disposition de la loi dont l’intention primitive est de protéger le Landlord, aura pour effet pratique de limiter l’étendue de la concurrence dans les transactions concernant le tenant right.
- Il est encore un autre point qui a attiré l’attention des mêmes économistes ; c’est celui qui touche aux contrats existants. En s’occupant de l’avenir, le législateur ne pouvait fermer les yeux sur le présent. Or, il est bien certain que grand nombre de baux en vigueur à l’heure actuelle,ont un caractère d’extorsion, ou si l'on veut adoucir le mot, portent l’empreinte d’une pression peu commune. Il eût été difficile à la loi en discussion de ne pas prendre en considération cet état de choses. C’eut été manque de logique de la part de ses auteurs ; aussi là encore l’intervention de la nouvelle Land court a-t-elle été jugée nécessaire.
- Le Land bill déclare en conséquence, que les contrats existants ne seront obligatoires pour les tenanciers réclamants que si la cour a jugé le mal fondé des réclamations. Dans le cas, au contraire, où elle en aura reconnu le bien fondé, elle aura le pouvoir d’annuler les dits contrats et de les remplacer par d’autres plus équitables.
- « Parfait 1 » répondent les critiques de la loi, » mais si vous avez le droit d’annuler des contrats et de les remplacer par d’autres qui feront supporter une perte d’argent à l’une des parties, cette partie lésée n’aura-t-elle donc pas droit à une indemnité? »
- Si nous avions mission de répondre à cette observation, nous étranger, parceque français, à ce qu’on nomme le Royaume-Uni,mais frère,parceque homme de ceux qui habitent le triple royaume, nous répliquerions par un non bien accentué, et si l’on nous demandait le pourquoi de ce non, nous ajouterions... mais au fait nous n’ajouterions rien, ne voulant pas même laisser supposer à ceux auxquels nous répondrions que nous les croyons de bonne foi.
- C.-P. Maistre.
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- LES TRAVAILLEURS AMIS BE LA PAIX
- Il existe à Paris une Société des Travailleurs amis de la Paix tondée sur le modèle d’une association analogue qui existe en Angleterre. Cette société a pour objet d’amener, par une agitation de l’opinion publique, le gouvernement français à prendre part à un arrangement international remettant à des hauts tribunaux la solution des différends entre les puissances. La conséquence de l’adoption de ce système serait naturellement le désarmement, et par suite une formidable économie en argent, un gain immense en travail, sans parler du reste.
- Des associations analogues existent dans divers pays, elles correspondent entre elles et se prêtent un mutuel appui pour l’accomplissement de leur œuvre humanitaire. Voici deux documents qui ont été récemment échangés :
- Les Travailleurs amis de la Paix de Paris, aux ouvriers d© Milan.
- Citoyens et compagnons d'Italie :
- Au mois de juin dernier, à l’occasion de notre assemblée générale annuelle, vous nous avez adressé une lettre qui nous a profondément émus et dont les termes ne se sont jamais depuis effacés de notre mémoire ; les voici :
- « Les peuples libres sont frères, et les frères ne se font pas la guerre, ils travaillent pour progresser à l’ombre féconde de la paix.
- « Vous en France, nous en Italie, d’autres ouvriers en Angleterre, en Allemagne, en Amérique, tous, nous travaillons dans un même but pour substituer la raison à la violence, le droit à la force brutale. »
- Et vous ajoutiez :
- « Aujourd’hui, nous vous écrivons ce salut : l’année prochaine nous espérons, nous, ouvriers d’Italie, venir à Paris même vous porter notre embrassement fraternel. »
- Nous préparons une grande réunion de travailleurs de la Paix et nous serions d’autant plus heureux de vous voir parmi nous en ce moment que la diplomatie qui, depuis des siècles, s’emploie à diviser tous les travailleurs du monde, s’efforce de semer des ferments de haine entre le peuple Français et le peuple Italien; comme si les questions de frontières, qui partagent les souverains, existaient pour les peuples également opprimés sur tous les territoires.
- Vous en Italie, comme nous en France nous avons un intérêt égal à substituer la raison à la violence, le droit à la force brutale. Or, ce sont précisément, chez nous et chez vous, les hommes de violence et de force brutale qui cherchent à nous diviser.
- Les classes qui oppriment l’Italie et qui l’affament veulent surtout empêcher chez vous l’avénement du suffrage universel. Vous le savez si bien, citoyens et compagnons d’Italie, que dès le début de votre magnifique lettre du 17 juin 1880 vous nous écriviez :
- « Merci pour le salut et pour le souhait que vous ex-
- primez en vue du succès de l’œuvre que nous accomplissons pour oblenir le droit de vote. Le bulletin électoral deviendra dans nos mains un fusil pour la conquête de la liberté. »
- Les classes qui vous oppriment et vous affament veulent vous empêcher de vous saisir de ce fusil pacifique ; si vous les écoutiez, elles vous mettraient bien vite dans les mains un fusil de fer pour tirer sur vos frères les travailleurs de France.
- Quant à nous, nous avons aussi nos classes dirigeantes, nous avons aussi nos ambitieux qui élèveraient sur des monceaux de cadavres, l’édifice de leur triste pouvoir.
- Elevez la voix avec nous ; dénonçons ensemble les menées souterraines, les manœuvres machiavéliques à l’aide desquelles on prétend nous diviser, que le monde apprenne que le peuple de France et le peuple d’Italie sont des nations éclairées et civilisées, pour lesquelles i’ère des conquêtes est à jamais fermée, et qui ne connaissent plus d’autre moyen pour résoudre les questions de frontières et les différents internationaux que l’arbitrage et la paix.
- Salut et Solidarité.
- Signé : Auguste Desmoulins,instituteur, président de la séance ; Y. Wynantz, relieur, trésorier ; Irénée Daulhier, sellier, secrétaire ; Y. Griess Trautt, vice-présidente de l'Association pour l’amélioration du sort des femmes ; Nottelle, fabricant de corsets; Emile Bénard, distillateur; E. Bauzerr, comptable, membres du comité.
- Le Consolato operaio (consulat ouvrier) ou comité fédéral des sociétés d’ouvriers de Milan, a répondu en ces termes :
- Les ouvriers de Milan
- aux Travailleurs amis die la Paix, die Paris.
- Merci à vous, frères travailleurs, pour les affectueuses paroles que vous nous avez adressées en nous annonçant la réunion que vous avez l’intention de tenir pour opposer à la politique qui divise et détruit, les principes de fraternité et de paix, qui sont les supports de la civilisation renaissante.
- Yotre lettre et la pensée générale qui vous anime sont de puissants encouragements en ce moment ; car ils démontrent que vous êtes encore en France, comme nous sommes en Italie, des hommes qui ne mettent pas la grandeur de leur patrie dans l’abaissemeni des autres pays. Les classes laborieuses protestent contre cette politique égoïste et cruelle, et aspirent à leur complète émancipation pour rendre impossible de nouveaux attentats contre l’autonomie des autres peuples.
- Pour ces raisons, le consulat ouvrier réuni le 3 mai 1881 et comprenant les délégués de toutes les sociétés confédérées :
- Après lecture donnée de la lettre de la Société des Tra* tailleurs amis de la Paix, laquelle a été accueillie par de vifs applaudissements :
- Renouvelle de la manière la plus énergique les déclarations contenues dans sa lettre du 17 juin 1880;
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- qui attestent son immuable dévouement aux principes de liberté, de fraternité et de paix ;
- Envoie un salut fraternel aux ouvriers français qui, dans les circonstances présentes, séparent leur cause de celle des classes dirigeantes, lesquelles suivent les j traces des gouvernements despotiques, Ils montrent ainsi qu’ils sont les véritables et légitimes interprètes et continuateurs de cette Révolution, qui proclama la liberté pour tous les peuples et jeta les germes de la solidarité humaine.
- Le consulat ouvrier proteste contre les hommes qui, par amour du pouvoir, avidité des richesses ou intérêt de classe, font du militarisme le principal instrument du gouvernement, et tentent de creuser un abîme entre l’Italie et la France ; sachant bien que cette désunion aurait pour résultat de retarder d’un autre demi-siècle, dans les deux pays, les réformes sociales si ardemment désirées.
- Nous déclarons enfin que les classes ouvrières italien* nés attendent anxieusement le suffrage univeisel pour mettre fin à ces vieux et misérables partis politiques, qui vivent de jalousie, d’expédients et d'intrigues, et fonder, sur la ruine de leur puissance, le règne de la liberté, de la justice, de la paix féconde et civilisatrice.
- Salut et fraternité.
- Pour le Consulat ouvrier de Milan :
- C4.ROPRESSI Giovanni, J. de Mæffe, de Luigi Eurico, Bossi Giuseppe, Gætano Provaggi, Secrétaire
- ENFANTS ABANDONNÉS A LONDRES
- C’était par une froide soirée d’hiver, que l’étudiant en médecine Bernado, errant par les petites rues du West-End à Londres, se heurta à un malheureux garçon, mourant de faim et de froid. Bernardo emmena immédiatement le garçon chez lui, lui donna à manger et à boire, et apprit, en causant avec iui, que, dans la Cité, il y a dans tous les coins, des milliers d’enfants qui meurent ainsi de faim. Se mettant en route le même soir, guidé par les indications de l’enfant recueilli, Bernardo découvrit plusieurs garçons affamés qui s’apprêtaient à passer la nuit sur la neige à la belle étoile. Tous étaient en haillons et n’avait rien à manger depuis plusieurs jours.
- À partir de ce moment, le futur médecin décida de vouer sa vie aux enfants abandonnés. Possédant une certaine fortune, il résolut de consacrer à cette cause tout son argent. En même temps par des proclamations, des speechs et des meetings, il réussit à appeler sur cet objet les sympathies de beaucoup d’autres personnages et en 1870, il fonda un petit
- asile pour 20 garçons. Cependant, il ne cessa pa,s de faire ses excursions nocturnes dans les quartiers les plus pauvres de Londres. Une fois, il trouva au marché de Billing’s Gâte sur les comptoirs, 75 garçons. Un autre jour, il découvrit 27 petit vagabonds dans une bauge où il n’y avait d’air que pour quatre personnes à peine. Il demanda à l’un de ces petits de prier Dieu.
- — Dieu, qui est-ce cela, répondit l’enfant ; non, Monsieur, je ne le connais pas, je ne l’ai jamais rencontré.
- Une autre fois, Bernardo trouva à l’entrée d’une maison de tolérance, sur l’escalier, deux enfants, un frère et une sœur :
- — Donnez à manger à Lizzie, supplia le garçon ; elle a plus faim que moi, j’ai déjà mangé aujourd’hui un morceau de pain.
- Dans les premiers temps, Bernardo ne recueillit que les garçons, mais un jour, un garçon refusa absolument d'entrer dans son asile, parce que Bernardo ne voulait pas y admettre sa sœur, qu’il craignait de laisser seule exposée aux mauvais traite» ments d’un père ivrogne.
- Bernardo fut contraint de donner ainsi un asile à la fille. Quelques jours après, il sauva encore deux filles qu’on venait de vendre à la maison de tolérance. Depuis ce moment il ne fit plus aucune différence entre les filles et les garçons abandonnés.
- Passant les nuits dans les tavernes de Londres, y cherchant des enfants malheureux, Bernardo consa» cra ses journées à découvrir le moyen de nourrir et d’instruire ces orphelins. Il fonda tout d’abord une école professionnelle, avec un atelier ; il en sortit bientôt plusieurs bons cordonniers, tailleurs et charpentiers. Les plus incorrigibles étaient les garçons qui jusqu’à leur 15m9 année avaient vécu dans l’état de vagabondage. Pour remédier à ce mal, Bernardo fonda pour ces enfants une école de marins ; se trouvant loin des lieux où s’était passée leur criminelle enfance loin de leurs dangereux camarades, les jeunes vagabonds commençaient à aimer la mer, et plusieurs d’entr’eux sont maintenant de vaillants marins.
- D’autres enfants se trouvaient incapables d’apprendre un métier ; il leur chercha différentes occupations. Ainsi, il forma de ces orphelins la brigade des petits commissionnaire, (City-messenger’s brigade) la brigade des petits fendeurs de bois, (Hood-shoping brigade), la brigade des petits décrotteurs (Shoe black brigade (1) Toutes ces brigades font maintenant de très-bonnes affaires.
- (I) Nous avons emprunté beaucoup de ces renseignements au livre intéressant de R. Robin, « De la protection des enfants insoumis ou abandonnés.»
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- Aux petites filles, on enseignait principalement le ménage et aussi la reliure. Bernardo tenait beaucoup à ce que ces orphelins menassent la vie de famille. Trouvant une pauvre et honnête femme, la plupart du temps une veuve, quelquefois sans enfants, il lui confiait deux vagabonds, et souvent ces mères adoptives remplissaient leurs devoirs envers ces enfants étrangers beaucoup mieux qu’une mère véritable envers les siens.
- Là, où Bernado était en réalité heureusement tombé, la rénovation de l’enfant était accomplie. L’enfant avait de nouveau une famille, une mère aimante, des frères et des soeurs dévoués, une école professionnelle, le mal était déraciné : il n’y avait pas de place pour le vice.
- Et tout cela a été fait par une personne privée.
- Il est vrai de dire que Bernardo était riche et jouissait d’une bonne santé. Mais manque-t-il à Paris d’hommes riches et bien portants ? Comment passent-ils leurs jours et leurs nuits ? Ont-ils jamais, pendant la nuit, visité les rues misérables de la banlieue ? A Paris aussi, les vagabonds passent les nuits sur les comptoirs des marchés ; à Paris aussi bien des enfants n'ont d’autre abri que les escaliers des maisons de tolérance.
- On a toujours compris la philantrophie à un point de vue étroit. Il y a des riches qui pensent avoir droit au titre de philanthropes, par ce qu’ils se séparent facilement des sommes qu’ils ont acquises non moins facilement. Mais sont-ce vraiment des philanthropes ? Peut-on les comparer à un Bernardo ? Il faut faire une grande diflérence entre la générosité et la philanthropie. Cette dernière exige non-seulement une nature généreuse, mais un travail incessant, des connaissances spéciales, un grand dévoù-ment pour la cause sainte à laquelle on consacre sa vie.
- C’est le philanthrope, ainsi compris, que nous voudrions voir partout. Nous avons commencé par la philantropie individuelle, parce que c’est celle que nous croyons être la plus efficace. Dans les institutions philanthropiques, l’effet est toujours paralysé, l’idée philanthropique étant représentée et servie par des employés â gages, et non par un homme dévoué à la cause (1). A vrai dire il y a des présidents et des Présidentes mais leur principale préoccupation, c’est ta satisfaction de leur vanité, le désir de briller, et non pas le succès de la cause. Il est rare que de semblables institutions philanthropiques donnent de
- les*^0tre honorable collaborateur pousse un peu sur ce point spécial Rpr 0sfs au. no’r Qu’h s’informe de ce qui se p<sse à Genève, à _ ne> “ Zurich, où les orphelins sont élevés par l’Etat 1) s’y trouve inc I5ue touJours des hommes de cœur et de dévouement pour accepter s ingrates fonctions de directeur. E. C.
- bons résultats. Heureux encore si, à la tête de ces institutions, se trouvent des hommes comme Bernardo. Mais ce sont vraiment ces hommes-là qui manquent !
- Mikhaïl Askinasi.
- L’INSTRUCTION PUBLIûUE AUX ETATS-UNIS
- Les récentes discussions des Chambres françaises sur l’instruction obligatoire ont fourni à la presse de New-York l’occasion de parler de la législation scolaire aux Etats-Unis.
- L’idée d’obliger tous les citoyens, par l’intervention du pouvoir, à acquérir au moins quelques connaissances rudimentaires a trouvé jadis beaucoup de partisans dans la République américaine ; mais pourdonner une sanction pratique à cette obligation, il fallait recourir à un certain mécanisme autoritaire; l’opinion publique s’est effrayée, elle a eu comme un mouvement de recul, et l’expérience ébauchée a complètement échoué. Il faut noter d’ailleurs, que les Etats-Unis, sauf la région du Sud,ont eu la bonne fortune de réduire â un minimun le nombre des illettrés avant que le cens électoral fût aboli, sans quoi ils auraient peut-être jugé, comme les Anglais l’ont fait récemment, qu’il fallait « obli* ger le peuple souverain à apprendre l'alphabet. »
- On sait qu’ilny a pas aux Etats-Unis de système scolaire national. Chaque Etat régit ses écoles comme il l’entend, de sorte que le pays contient en réalité trente-huit systèmes scolaires provinciaux. Non pas que ces systèmes soient essentiellement différents; au contraire, ils ont généralement été calqués les uns sur les autres ; mais ils sont distincts et sans aucune attache commune.
- Un des avantages de cette diversité,c’est d’opposer une barrière aux innovations radicales et toujours un peu aventureuses d’une administration centralisée. Les nouvelles idées, les nouvelles méthodes, sont soumises à des épreuves partielles. Il en fat toujours ainsi. A l’origine, la crétion des écoles primaires n’avait pas été un don fait par la classe riche à la classe pauvre ; elle émanait du peuple lui-même, du « town meeting » ou réunion de la commune, Le gouvernement de chaque province intervint plus tard pour systématiser et développer cette création populaire.
- Actuellement sur les 38 Etats de l'Union, 11 seulement ont dans leur code provincial des lois qui déclarent l’instruction obligatoire, un seul, le Massa-I chusetts, a entrepris de les faire appliquer. Dans cet
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- Etat, les parents sont tenus d’envoyer à l’école leurs enfants de huit à quatorze ans ; des agents recher-chetles délinquants, mais sans doute avec un grand laisser-aller, car le nombre des illettrés est proportionnellement plus grand dans les Massachusetts que dans les Etats voisins.
- La loi scolaire de l’Ohio porte que les enfants de huit ans à quatorze ans devront être envoyés à l'école primaire pendant douze semaines au moins par an ; il est stipulé, en outre, qu’un enfant ne pourra, pendant les heures de classe, travailler dans un atelier ou une usine si cette preuve n’est pas faite. Ces dispositions sont restées lettre morte. On ne pourrait les appliquer qu’en recourant à des mesures autoritaires, qui r.’ont jamais été prises.
- Dans les Etats de New-York et de New-Jersey, il existe des lois scolaires analogues à celles de l’Ohio ; mais les agents de l’instruction publique sont investis de pouvoirs tout à fait insuffisants. Une tentative faite dans la ville même de New-York pour rechercher les enfants illettrés s’est heurtée à une irrémédiable impopularité. On a pu voir alors, combien le sentiment public est hostile à une surveillance qui a nécessairement des allures inquisitoriales.
- Si nous passons maintenant à l’autre extrémité de l’immense territoire des Etats-Unis, nous voyons que la nouvelle Constitution provinciale de la Californie, les lois de l’Orégon et celles du Nevada déclarent obligatoire la présence dans les écoles des enfants de huit à quatorze ans ; cette obligation est purement nominale. Dans le Nevada, les parents délinquants sont passibles d’une amende de 250 à 500 francs ; il n’y a pas d’exemple qu’on ait jamais tenté d’appliquer cette pénalité.
- Dans la région du Nord, on peut dire que le nombre des illettrés étant restreint, la nécessité de l'instruction obligatoire n’est pas absolue. Dans le Sud, la situation est différente. L’émancipation des esclaves a transformé brusquement en citoyens investis de tous les droits politiques huit ou neuf cent mille ignorants. En outre, on compte un nombre au : moins égal de blancs pauvres, qui sont totalement illettrés. L’instruction obligatoire serait utile aux uns et aux autres. Elle existe de nom, mais de même que dans le Nord, de nom seulement.
- Les Constitutions provinciales de trois Etats du Sud, la Virginie, la Caroline septentrionale et la Caroline méridionale, prescrivent à l’autorité de faire envoyer à l’école des enfants de six à seize ans, pendant deux ans au moins. L’autorité n’a pas même tenté d'exécuter cette prescription. Au Texas, une loi votée pour rendre l’obligation effective est
- restée sans effet ; on l’a rayée récemment du code provincial.
- En résumé, pendant les dix ans qui viennent de s'écouler, le système européen de l’instruction obligatoire a perdu du terrain aux Etats-Unis. On ne repousse pas le principe, comme le montrent les exemples cités, mais on éprouve une répugnance insurmontable pour les procédés et les expédients qui rendraient cette obligation autre chose qu’un mot. Les Américains montrent, à cet égard, ce qu’on pourrait appeler le côté rude d’une vertu nationale ; ils savent se conduire eux-mêmes, et comme consé-I quence, ils ont une aversion absolue pour l’immix-| tion du pouvoir dans leurs affaires.
- Toutefois, les Etats-Unis sont placés dans des circonstances particulières. Les peuples de l’Europe,en présence d’une situation différente, de problèmes spéciaux, ne pourraient imiter sans danger, surtout en matière d’instruction, le laisser-fairo américain.
- (Courrier des Etats-Unis).
- Le Directeur-Gérant : GODIN.
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- Le numéro hebdomadaire 20 c,
- DIMANCHE 3 JUILLET 1881
- ANNÉE, TOME 5
- N° 147
- Le Devoir
- DES RÉFORMES
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- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant fondateur du Familistère
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- SOMMAIRE
- La question sociale et VEducation. — Histoire des Equitables Pionniers de Rochdale. — Faits politiques et sociaux. — Le Congrès de Leeds. — Le Land Bill d'Irlande. — La Cochinchine française. — Familistère. — Les Congrès. — Les Building societies.
- LA QUESTION SOCIALE ET L’ÉDUCATION
- Malgré les travaux entrepris, les innombrables études, les ouvrages remarquables de tant d’hommes éminents sur la matière, et malgré les efforts tentés de divers côtés pour mettre en pratique les solutions données au problème, la question sociale se pose encore et partout, en Europe, d’une façon Peut être plus dangereuse que jamais.
- L’Irlande est en feu, luttant pour sa subsistance ; la Russie, sous les cendres politiques, couve la flamme nihiliste, allumée plus encore par les besoins sociaux que par les aspirations politiques, ainsi que I le prouve le mouvement antisémitique accompagnant les complots persévérants des révolutionnaires rus-Ses. En Allemagne, la repression outrée contre les s°cialistes n’a encore produit qu’un accroissement fictivement considérable du mouvement d’émigra-^0n> qui décime périodiquement cette contrée,indice souffrance qui pourrait bien constituer un pro-n°stic d’affection morbide grave. Partout, en un
- mot, le peuple continue à se débattre sous les étreintes pénibles de la misère.
- Si en France les signes de malaise sont moins accentués que dans les différents pays que nous venons de mentionner, cela tient peut être à ce que ses institutions politiques un peu moins défectueuses laissent plus de champ à l’initiative des travailleurs, qui y jouissent d’une plus grande somme relative de liberté, et peuvent, par conséquent, mieux étudier et mettre en pratique les remèdes au mal général. Mais pour être moins aïgus et surtout manifestés d’une façon moins bruyante, les symptômes n’en existent pas moins.
- Nous avons eu à enregistrer dans notre dernier numéro le vote delà Chambre qui consacre les droits civils des syndicats ouvriers, et leur en confère de trop longtemps attendus, tels que celui de la personnalité civile dont jouissaient depuis si longtemps les associations infiniment plus nuisibles du clergé séculier. C’est un pas de plus dans la voie du progrès, sans doute ; mais combien il reste à faire encore, tant de la part du gouvernement, que de la part des travailleurs eux-mêmes ?
- Dans les pays agricoles, ce n’est point seulement le simple ouvrier qui souffre ; c’est le fermier, et même le propriétaire que tout semble favoriser pourtant. Il est des contrées, et non des moins favorisées sous le rapport de la richesse du sol, où des fermes considérables restent sans culture, faute de bras, parce que, d’une part, la malheureuse nécessité d’entretien d’armées permanentes enlève constamment aux champs la meilleure partie de leurs ouvriers, et que d’autre part, le peu de rendement des travaux agricoles éloigne et détourne ce qui reste de bras pour cette industrie indispensable,
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- pour cet élément primordial de la richesse d’une nation.
- Tout le monde constate ces faits déplorables ; tout le monde en gémit, mais personne, pas même les intéressés,ne s’occupe d’appliquer le remède au mal. Et pourtant ce remède existe, il est connu, expérimenté, et employé avec succès. La finance, l’industrie, le commerce l’ont depuis longtemps mis en pratique, et les résultats obtenus sont de nature à encourager toutes les tentatives dans ce sens.
- Lorsque les chemins de fer ont dû être créés, c’est à l’association que l’on a eu recours, et l’association des capitaux a permis d’exécuter vite et bien cette gigantesque entreprise. Le commerce a imité cet exemple fécond, et aujourd’hui nous voyons des établissements commerciaux d’une importance telle, qu’ils défient toute concurrence, et qu’ils n’ont à redouter aucune éventualité. Loin de là, un incendie vient-il les détruire? Ils se relèvent plus vivants que jamais de leurs cendres, et renaissent comme le phénix, en se formant en société.
- Que dit le chef du Printemps, récemment détruit par le feu, à la première assemblée de ses actionnaires ?
- « Associer les producteurs, les vendeurs et les acheteurs, c’est-à-dire tous les intérêts, n’est-ce pas là remplir le but auquel tend la société moderne ?
- « Ne pensez-vous pas, comme moi, que cette idée fera son chemin, et que, dans ce siècle, où tout le monde parle de coopération saris vouloir en faire, nous inaugurons la véritable forme coopérative fructueuse, pratique et économique ? »
- Et, chose remarquable, l’idée de coopération et d’association est si bien comprise dans un certain milieu, aujourd’hui qu’elle a si bien fait ses preuves, que, pour la formation de cette Société, à laquelle c’est à peine si Ton peut donner réellement le nom de coopération et encore moins d’association, des souscripteurs nombreux sont accourus de Hollande, d’Allemagne, d’Italie, d’Espagne, de Grèce, d’Autriche et même d’Australie ?
- Naguère encore le Devoir enregistrait le bel exemple donné par la veuve du créateur des magasins du Bon Marché de Paris, abandonnant à ses employés, constitués en Société, son établissement, un des plus florissants du monde 1
- L’association des capitaux est donc un fait fécond s’il en fut. Sans elle, bien des progrès, dont notre siècle est fier à juste titre, n’auraient pu être réalisés.
- Mais nous avons mieux que cela encore. Aux associations de capitaux, restreintes aux valeurs monétaires ou fiduciaires équivalentes, nous pouvons
- ajouter maintenant les associations plus fécondes encore de capitaux de toutes sortes, et sous toutes formes. Pour nous, en effet, toute valeur est un capital. Le sol est un capital; le travail un capital le talent un capital, et la réunion en Société de ces valeurs diverses est incontestablement ia plus productive de toutes.
- Que Ton réunisse en Société tous les millions du monde; si Ton n’a point de sol où les placer, de travailleurs pour les faire produire, d’intelligences pour leur trouver un emploi, que feront ils ? Rien.
- En 1850, à l’époque où la découverte des mines d’or de la Californie provoqua dans le monde entier cette fièvre contagieuse qui poussa pendant plusieurs années des myriades d’émigrants vers les rivages d’ailleurs très pittoresques de Sacramento, nous nous souvenons d’avoir vu de malheureux mineurs, qui, chargés dè l’or puisé dans les placers, étaient littéralement morts de faim avec leurs trésors, pour s’être aventurés trop avant dans les déserts voisins de la Sierra Nevada.
- Ces infortunés sont l’image d’une Société dans laquelle l’élément monétaire seul constituerait le capital social. Sans le concours du travail et du talent, il serait aussi impuissant que le mineur pliant sous le fardeau de l’or dans le désert.
- Si le capital monétaire seul est absolument impuissant à rien produire, en est-il de même du capital-travail ou du capital-talent? L’exemple des trade’s-Unions d’Angleterre, et principalement de l’Association des Equitables Pionniers de Rochdale est là pour nous répondre. Personne n’ignore, en effet, que cette dernière institution fut créée par des travailleurs exclusivement, sans le concours d’aucun capital autre que leurs minimes économies, réalisées sur un salaire à peine suffisant, et que ce n’est qu’à force d’ordre et de bonne administration, qu’ils en sont arrivés aux merveilleux résultats qui font l’admiration du monde entier ?
- Or qui peut dire où auraient pu atteindre ces braves Pionniers de Rochdale, si à l’époque de leur établissement ils avaient eu le capital monétaire pour associé ?
- Quoi qu’il en soit, il est certain et surabondamment démontré que l’association des différentes ressources que la nature, le travail accumulé se traduisant par le capital acquis, le travail actuel et le talent offrent à la Société, est le seul et véritablement efficace remède au paupérisme, cause de tant de souffrances et de tant d’agitations populaires dangereuses.
- Cela a été si souvent dit et redit, tant démontré par le raisonnement, et, ce qui vaut encore par l'expérience, que Ton se demande pourquoi il e
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- encore des contrées où le mal sévit avec tant de vigueur, sans que l’on tente rien d’efficace pour y porter remède ?
- En voyant se multiplier partout la formule de Sociétés coopératives de production, de vente et de consommation, on croirait que l’idée a été comprise et généralement adoptée, et que le mouvement est donné, la coopération étant l’acheminement naturel vers l’association. Mais au fond ce n’est là qu’une enseigne plus ou moins trompeuse. C’est comme la vertu, dont tout le monde parle avec respect, mais que bien peu de gens pratiquent.
- Si d’autre part, l’on examine sérieusement les idées exprimées dans les différents congrès ouvriers tenus depuis quelque temps, si l’on cherche les doctrines que l’on y professe, les théories qui y sont émises, l’on est péniblement surpris de voir combien peu les ouvriers même les plus intelligents des villes sont encore loin d’avoir compris la vérité, et de s’être rendu compte que la paix vaut mieux, pour les revendications justes, que toutes les victoires possibles ; que l’union et la concorde font faire plus de progrès en une année que la lutte et la discussion pendant des siècles, et que.l'union efficace de toutes les forces actives de l’humanité vient plus aisément à bout des obstacles, en apparence les plus insurmontables, que tous les efforts individuels et isolés, si ardents et si vigoureux qu’ils soient.
- Quel progrès la plupart des Congrès dont il s’agit ont ils réalisé dans cette voie ? En relisant leurs comptes-rendus, nous y trouvons à côté de quelques rares idées justes et plus ou moins pratiques, beaucoup de déclamations, de violences de langage, et même d’inepties, disons le mot, car nous sommes assez l’ami des ouvriers pour ne point craindre de leur dire la vérité.
- Faut-il après cela s’étonner si l’ouvrier des campagnes, beaucoup moins à même de s’instruire que son collègue urbain, souffre lui aussi sans rien essayer de ce qui pourrait mettre promptement un terme à ses souffrances. Aujourd’hui comme à l’époque où il rédigeait son admirable programme, ces plaintes de Fourrier sont de circonstance.
- « Que l’on compare spéculativement, disait il, les cultures d’un canton géré en une seule ferme et les Mêmes cultures morcelées soumises aux caprices de 300 familles. L’un met en prairie telle pente que la üature destine à la vigne, l’autre place le froment là où conviendrait le fourrage ; celui-ci, pour éviter l’achat de blé, défriche une pente raide que les averses déchausseront l’année suivante; celui-là, Pour éviter l’achat du vin, plante des vignes dans une plaine humide. Les 300 familles perdent leur
- temps et leurs frais à se barricader par des clôtures et à plaider sur des limites et des voleries ; toutes se refusent à des travaux d’atilité commune qui pourraient servir des voisins détestés; chacun ravage à l’envi les forêts, et oppose partout l’intérêt particulier au bien public.
- « Les précautions contre les insectes et les animaux sont illusoires, parce que la masse n’y coopère pas. Si, à force de soins, vous détruisez les rats de vos greniers, vous serez bientôt assaillis par ceux des greniers et des champs voisins.
- « Ne pourrait-on pas amener trois cents familles de cultivateurs à une réunion actionnaire?
- Quelle serait l’énormité du bénéfice dans le cas où on aurait un seul et vaste grenier bien surveillé, au lieu de trois cents greniers exposés aux rats et aux eharençons, à l’humidité et à l’incendie ! Une seule cuverie pourvue de foudres économiques, au lieu de trois cents cuveries, meublées souvent de futailles malsaines et gérées par des ignorants qui ne savent ni améliorer, ni conserver les vins dont on voit chaque année d’immenses déperditions.
- « Cent laitières qui vont perdre cent matinées à la ville seraient remplacées par un petit char suspendu portant un tonneau de lait. Cent cultivateurs qui vont avec cent charrettes ou ânons, un jour de marché, perdre cent journées seraient remplacés par trois ou quatre chariots; que deux hommes suffiraient à conduire et à servir.
- « On est ébahi quand on évalue le bénéfice colossal qui résulterait de ces grandes associations.
- « Nos usages emploient cent personnes à un travail qui en exigerait à peine une. »
- Il y a un demi-siècle que cette idée si simple, si vraie et si féconde était énoncée, et la semence ainsi jetée n'a presque pas encore germé. Ce que Fourrier dirait des cultivateurs de son temps s’applique parfaitement encore à ceux du nôtre ; l’association n’est point encore entrée dans les mœurs , si je puis m’exprimer ainsi, malgré ses inappréciables avantages. Les hommes éclairés et guidés par le véritable amour de l’humanité ont eu beau multiplier les écrits, les raisonnements, les démonstrations pour faire comprendre cette vérité aux masses ; quelques-uns ont mis la chose en pratique pour prouver, comme le philosophe, le mouvement en marchant, témoin le Familistère de Cuise ; on les a regardés faire, mais on s’est bien gardé de les suivre.
- Cela semble d’autant plus incompréhensible, que des faits nombreux et considérables ne permettent plus aujuurd’hui-de mettre en doute que le groupement du travail en grandes entreprises est le seul moyen de réaliser des bénéfices considérables, en
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- permettant de s’affranchir d’intermédiaires parasites coûteux, d’acheter dans de meilleures conditions les matières premières, de faire des économies énormes sur les frais généraux, de se créer des débouchés plus nombreux et plus sûrs, de supprimer ou tout au moins d’attenuer d’une façon presque complète les effet de la concurrence, et, en emploi ont un outillage perfectionné, de produire davantage, et de pouvoir livrer à la consommation des produits meilleurs et à plus bas prix.
- Mais ces faits ne sont constatés que dans certaines branches du commerce, dans certaines spécialités industrielles, et c’est plutôt dans le monde financier et commercial qu'ils se sont produits. Les Compagnies d’assurances, celles de Chemins de fer, de navigation, d’éclairage des villes, d’exploitation des mines, de Banques d’escompte, sont toutes basées sur l’association, et c’est grâce à elle qu’elles peuvent accomplir les grandes choses qu’elles ont faites Mais c’est toujours l’association des capitaux exclusivement, et dans cette spécialité, certes, le courant général s’est bien dessiné depuis l’époque où Fourrier écrivait son admirable doctrine.
- Mais si comme on l’a dit avec raison, le capital est intelligent, en parlant du capital-monnaie, s’il a vite compris et immédiatement mis en pratique les avantages de l’association, peut-on en dire autant du capital-travail et du capital-talent ? Hélas, non; le travailleur ne parait point encore avoir compris toute la portée de l’association, car, sauf quelques très rares exceptions, nous ne voyons presque nulle part des associations ouvrières sérieuses se former et marcher. Tandis que les sociétés financières et purement financières pullulent, les sociétés de travailleurs se comptent aisément et frappent par leur nombre restreint.
- Il y a plus encore. Non-seulement l’ouvrier ne manifeste point en général en France d’initiative pour se constituer en société de travailleurs, mais encore, lorsque, favorisé par les circonstances, il y est entrainé par d’autres initiatives plus intelligentes et plus actives, il y entre avec une certaine réserve une incrédulité manifeste, une espèce de résistance passive, nous allions presque dire,de la répugnance. Qui pourra raconter tous les efforts qu’à dû faire auprès de ses propres ouvriers le fondateur de l’admirable association du Familistère de Guise, pour leur faire accepter les avantages co’nsidérab’es résultant pour eux de cette constitution du travail de l’usine ? Ce n’est point avec empressement et avec toute la spontanéité de la gratitude que son idée a été adoptée par eux. Il a fallu de nombreuses explications, des pourparlers interminables, de patientes
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- démonstrations poar arriver à faire admettre la réalisation d’une institution toute à leur avantage. Bien mieux ; ce n’est qu’après l’avoir mise en pratique en fait pendant un certain temps,que la chose a pu être effectué d’une manière légale et complète. Cela semble incroyable, et pourtant cela est vigoureusement exact.
- A quoi cela tient-il ? D’ou vient cette anomalie que nous constatons, en voyant des gens repousser, presque comme une charge, une chose qu’ils devraient au contraire accepter avec reconnaissance ?
- Cela tient à ce qu’ils ne connaissent pas leurs véritables intérêts, et à ce qu’ils ne comprennent point toute la portée des avantages que leur offre l’association du capital et du travail. Ignorance et défaut de compréhension, voilà les deux causes du phénomène. En indiquant les causes du mal, nous en faisons du même coup entrevoir le remède. En effet, pour détruire l’ignorance il n’y a qu’une chose à faire ; instruire l’ignorant, et pour faire comprendre aux hommes ce qu’ils ne comprennent point,il faut développer leur intelligence, en étendre la portée. L’étude de cette cause du mai et de son remède fera l’objet de nos prochains articles.
- (A suivre). Ed. F.
- HISTOIRE
- DES
- ÉQUITABLES PIONNIERS DE ROCHDALE
- CHAPITRE IX
- Effets moraux de la coopération
- Le sentiment du dévoûment au bien d’autrui, c’est-à-dire de la justice et non de l’égoïsme doit dominer les rapports industriels, si l’on veut que ceux-ci soient convenablement ordonnés. Or, nos Pionniers étaient animés de cette pensée sans pour cela être des rêveurs ni des sentimentalistes. C’est ce que prouve une lettre d’un des chefs du mouvement, M. Smithies : « L’amélioration du sort de nos « membres », dit-il, «est visible dans leur toilette,
- « dans leur contenance, dans leur liberté de parole.
- « Vous vous imagineriez difficilement combien les « change leur affiliation à une société coopérative.
- « Nombre d’amis de la cause pensent que nous « comptons beaucoup trop sur les conséquences de « ce fait : rendre l'ouvrier capitaliste. Mais mon « expérience de seize années passées au milieu des
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- LÉ DEVOIR
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- « travailleurs m’a conduit à cette conclusion que pour « amener les classes laborieuses à agir avec ensem-« ble dans un but donné, il les faut relier par des « chaînes d’or, qu’ils aient forgées eux-mêmes. »
- En 1854, la Société avait commencé la publication d’un almanach, afin de tenir le public au courant clés faits de la coopération et de s’assurer le concours sympathique des amis de l’idée.
- A cette époque, le mouvement des affaires était tel dans ses différents magasins , qu’aucun autre district industriel d’Angleterre ne peut fournir de spectacle analogue à celui des « stores » de Rochdale un samedi soir. Déjà la vente ne s’y élevait pas à moins de 10,500 fr. le samedi.
- Outre les achats de denrées domestiques, il y avait le mouvement intellectuel ; plus de 200 volumes étaient mis en circulation chaque samedi par le département de la librairie.
- Mais ce qui est plus remarquable encore et plus profondément digne de l’intérêt du lecteur, c’est l’esprit nouveau de sociabilité qui animait tous les coopérateurs. Acheteurs et vendeurs s’abordaient en amis ; nulle âpreté, nulle suspicion n’apparaissaient de part ni d’aure. « Toad lane », le samedi soir, aussi gai à voir que les magasins les plus en renom de Londres, était dix fois plus moral.
- Ces foules d’humbles travailleurs qui jusque-là n’avaient point connu la bonne nourriture, qui n’avaient pu se procurer que des marchandises falsifiées, des souliers prenant l’eau et des vêtements hors d’état de soutenir l’usage, ces pauvres femmes jusque-là habillées de mauvaise toile, achetaient, maintenant, comme des millionnaires la nourriture la plus pure. Ils tissaient leurs propres étoffes, confectionnaient leurs chaussures et leurs vêtements. Ils réduisaient leurs blés en farine; achetaient le plus beau sucre, le thé le meilleur et le meilleur café. Ils abattaient eux-mêmes leur viande de boucherie, et l’on voyait le bétail de premier choix descendre les rues de Rochdale pour la consommation' des Equitables Pionniers
- Le système de la concurrence avait-il jamais donné de tels avantages à de pauvres gens ?
- Et qui supposerait que la moralité des individus n’était pas améliorée sous de telles influences ?
- Les « Teetotallers » de Rochdale reconnaissent que le store a fait plus que tous leurs efforts réunis pour rendre les hommes sobres.
- Des pères de famille qui jamais jusque-là ne s’étaient vus sans dettes, de pauvres femmes qui, durant quarante ans, n’avaient jamais eu douze sous en poches, possédaient maintenant des épargnes suffisantes à l’érection de petits cottages, et allaient
- chaque semaine à leurs propres magasins faire leurs achats argent comptant. Où règne la compétition comme base du commerce, tous les prédicateurs seront impuissants à produire des effets moraux analogues à ceux-là.
- Les documents officiels de la Société établissent qu’en 1857, le magasin de Toad lane comptait 1850 membres, possédait un capital de 378,551 fr, 45, faisait annuellement des ventes contre argent comptant pour 1,994,700 fr. et recueillait un profit annuel de 136,757 fr. 70 c.
- Il peut être intéressant de relever ici quelques anecdotes concernant les membres de la Société. Celles que nous allons citer avec le numéro d’ordre appartenant à chaque membre, ont été relevées sur les livres même de la société.
- N° 12 se joignit aux Equitables Pionniers en 1844. Durant plus de quarante ans, il avait été endetté envers ses fournisseurs. Ses dépenses s’élevaient de vingt-cinq à trente-cinq francs par semaine. Il avait dû parfois jusqu’à 750 fr. Depuis qu’il est membre de la société des Pionniers, il a payé pour ses cotisations régulières, 72 fr. 50 c.; il a touché en dividendes 438 fr. 20 c.; et possède une épargne de 125 fr. dans le fonds social. Ainsi cet homme a été mieux nourri et il a gagné plus de 500 fr. Si la société des Equitables Pionniers avait été ouverte pour lui dès sa jeunesse il posséderait aujourd’hui une somme considérable,
- N° 22 fit, dès le début, partie de la Société. Depuis 25 ans, il n’avait pu se faire quitte envers ses fournisseurs. Sa dépense hebdomadaire était d’environ 12 fr. 50 c. et sa dette s’élevait presque constamment à 50 ou 60 fr.
- Devenu membre de la coopération, il avait, en 1853, payé 62 fr. 50 c. de cotisations à la Société ; ses parts de dividendes s’étaient élevées à 171 fr. 75 ; et il possédait une épargne de 200 fr. 30 c. dans le capital social.
- Celui-là pense que le système du crédit l’entretenait dans l’imprévoyance, et empêchait sa famille d’être aussi économe qu’elle l’eût été, s’il eût fallu payer comptant. En outre, depuis que n° 22 s’est joint à la Société, il a joui d’un lieu de réunion où il trouve les informations et les délassements qu’il était obligé, autrefois, d’aller chercher dans les lieux publics et débits de boissons.
- Les mêmes faits se répétèrent pour nombre de membres.
- Un des côtés de la question que nous devons également mettre en lumière, c’est celui des sacrifices intimes qui s’imposaient aux coopérateurs pour l’accomplissement de leur œuvre,
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- Les graves difficultés qui accompagnèrent la fondation de la Société du Moulin à farine, ont donné à M- Cooper l’occasion de relever quelques uns de ces sacrifices de chaque jour que la réalisation des réformes sociales coûte au travailleur.
- Comme on l’a vu, nombre de membres de la Société des Equitables Pionniers faisaient également partie de la Société du Moulin. Ils devaient donc se rendre d’abord aux assemblées mensuelles de chacune des Sociétés, puis aux assemblées extraordinaires , enfin deux fonctionnaires assistaient aux réunions du Comité un soir par semaine et souvent davantage.
- Naturellement, c’était pour les hommes autant de pris sur les heures à consacrer à la famille. La femme devait rester seule au logis pour coucher les enfants. Elle n’avait personne à qui parler jusqu’à ce que son mari revînt de l’assemblée. Tout était silencieux, excepté le tic-tac de la pendule, la pluie battant les fenêtres, et le vent sifflant et hurlant comme s’il était entré en révolte contre les résistances à lui imposées par la nature.
- A cette femme seule, les minutes semblaient des heures. Parfois il lui venait à l’esprit que son mari la négligeait, qu’il se trouvait mieux à l’Assemblée ou ailleurs qu’à son logis.
- Dans une autre demeure, l’enfant se trouvait malade depuis plusieurs jours et le père, après avoir été au travail toute la journée , s’en aillait maintenant à la réunion. La mère ne pouvait obtenir la tranquillité du petit enfant ; elle craignait qu’il fût plus malade. A peine le père était-il de retour que la mère lui faisait part de ses craintes, et lui disait qu’il eût mieux fait de ne pas aller à la réunion, qu’en vérité s’il avait eu le moindre souci de son enfant, il n’y fût pas allé.
- Le père répondait qu’il était rentré au logis aussitôt que la réunion avait été close ; mais il ne pouvait persuader à sa femme qu’il avait bien fait de se rendre à cette réunion. Il émettait l’avis que l’enfant serait mieux dans quelques jours, et protestait que son fervent désir était de venir en aide à la mère dans la mesure du possible. '
- Ces incidents ou d’autres similaires arrivent à toutes les personnes engagées dans la voie du progrès.
- Néanmoins il n’en faut pas conclure que les fem mes aient été opposées à la coopération. Comme nous l’avons dit, elles y ont toujours été aussi intéressées que les hommes et ne cessent de se montrer autant jalouse de ses succès.
- Du reste, le store de Rochdale a rendu de précieux services pour la réalisation de l’indépendance civile
- des femmes.Celles-ci peuvent devenir membres de la Société et exercer le droit de vote Aussi beaucoup de femmes mariées se goignirent-elles à la coopération tandis que les maris n’en voulaient pas prendre la peine. D’autres s’unirent à la Société en vue de leur propre défense et pour empêcher leurs maris de dépenser à boire l’argent qu’elles économisaient sur leurs propres gains. Dans la Société, en effet, le mari ne peut retirer lés économies inscrites au nom de la femme, à moins que celle-ci ne signe un ordre à cet effet.
- Nombre de jeunes filles ont accumulé des épargnes dans la Société et se sont ainsi créé la réputation d’être d’excellentes ménagères. Les jeunes gens désireux de se faire un avenir honnête et de se procurer une bonne campagne, consultent généralement les livres de la Société pour se guider dans leur choix.
- En 1855, une conférence entre coopérateurs eut lieu à Rochdale. Abraham Greenwood, président, et James Smithies, secrétaire, publièrent la déclaration de principes votée par cette Assemblée et dont voici le texte :
- « I. — La Société humaine est un corps composé « de nombreux membres dont les intérêts véritables
- i
- « sont identiques.
- «IL — Les travailleurs inspirés de sentiments « de loyauté et de droiture doivent agir en confrères,
- « les uns à Végard des autres.
- « III. — Le principe de la justice et non celui de « Végoïsme doit gouverner les échanges. »
- , Ces troi§ préceptes montrent de la façon la plus honorable combien la moralité de la coopération est supérieure à celle de la compétition. Où vit-on jamais maison de commerce formuler semblables propositions et qui plus est les mettre en pratique ?
- Chapitre .X
- Les fameux -ving’t-h.uit
- Les vingt-huit premiers membres de la Société des Equitables Pionniers de Rochdale ont une réputation universelle, causée par la somme de travaux qu’ils ont accomplis et par la merveilleuse prospérité qui a. couronné leurs efforts. Nous eussions été heureux de donner ici la liste complète de ces valeureux champions du progrès social, malheureusement nous ne possédons que les vingt-six noms qui suivent :
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- LE DEVOIR
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- I. James Smithies. o Charles Howarth.
- 3_ William Cooper.
- 4 David Brooks.
- 5. John Collier, g, Samuel Ashworth.
- Miles Ashworth, g_ Wilham Mallalien, 9. James Tweedale.
- 10. James Daly.
- 11. John Hill.
- 12. John Bent.
- 13. John Holt.
- 14. John Kershaw-
- 15. John Scowcroft.
- 16. James Maden.
- 17. James Standring.
- 18. James Manock.
- 19. Joseph Smith.
- 20. William Taylor.
- 21. Robert Taylor.
- 22. Benjamin Reedman
- 23. James Wilkinson.
- 24. John Garside.
- 25. George Healey.
- 26. Samuel Tweedale.
- En 1865, vingt-et-un ans après la formation de la Société, seize des vingt-huit premiers membres survivaient. Treize d’entre eux se firent photographier en un groupe, pour répondre aux désirs des amis de la coopération.
- Quiconque possède la photographie lira avec intérêt les notices suivantes qui se rapportent à chacun des membres photographiés, en commençant parla gauche et par ceux assis au premier plan.
- heureux d’avoir évité à la Société un moment d’embarras.
- En face de son entrain,personne ne pouvait désespérer et sa constante bonne humeur rendait la fâcherie impossible. Il y avait dans sa confiance une telle force communicative qu’il soulevait la Société et lui faisait entrevoir la prospérité du sein même des difficultés les plus graves.
- N° 4. — Charles Howarth, ourdisseur par état, socialiste, fut un des premiers directeurs de la Société des Equitables Pionniers. II prit une large part à la confection des règles sociales. Ce fut lui qui proposa que les dividendes fussent répartis aux acheteurs au prorata de leurs achats. Il fut plusieurs fois élu secrétaire.
- N° 5. — David Brooks, imprimeur, tenait en politique pour la charte du peuple. Il fut le premier acheteur désigné par la Société. Il était honnête et enthousiaste, n’épargnait ni son temps, ni sa peine, ni ses ressources, pour aider aux progrès de la coopération. Son dévouement allait jusqu’à se priver lui-même d’une part de son nécessaire.
- N° 1. — James Standring, tisserand de profession, partisan dè Robert Owen en réforme sociale.
- N° 2. — John Bent, tailleur, socialiste.
- N° 3. — James Smithies, assortisseur de bois et teneur de livres, réformateur social, fut le premier secrétaire de la Société. A différentes reprises il fut tour à tour élu secrétaire, trésorier, directeur et président. Il s’efforça toujours de propager l’esprit de la coopération, d’entretenir chez les membres le sentiment de la justice et de la fraternité. C’était un travailleur infatigable. Dans ses dernières années il fut élu membre du Conseil de sa commune ; ce fut le seul des 28 qui atteignît les distinctions municipales.
- Dans les jours de lutte contre la fortune hésitante au début du « store » et de la Société du moulin à farine, plus d’une fois, à une heure avancée de la nuit, après la réunion des comités, il allait réveiller quelque personne connue de lui pour avoir à la fois des fonds et de la sympathie pour la cause coopérative.
- Et quand le dormeur brusquement réveillé avait mis la tête à la fenêtre afin de savoir ce dont il s’agissait. Smithies criait : « Je viens chercher ton argent, mon garçon. Nous en avons besoin. »
- « Volontiers », répondait l’autre.
- Une fois même il tendit en parlant le sac qui contenait 100 livres (2,500 fr.) offrant de le laisser tomber par la fenêtre. « Non, merci, je viendrai le Prendre au matin », répliqua Smithies de sa voix cordiale et joyeuse. Et il s’en retourna chez lui,
- N° 6. — Benjamin Reedman, tisserand, chartiste en politique, homme parlant peu, mais soutenant sérieusement la Société.
- N° 7. — John Scrowcroft, colporteur, sans opinion politique ; swedenborgien en religion. Quand la conversation s’engageait entre les membres sur la question religieuse, John Scrowcroft, absolument sincère, disait que plus la religion serait examinée et discutée, plus elle gagnerait d’adhérents.
- N° 8. — James Manock, tisserand, chartiste en politique, a servi la Société comme contrôleur et directeur.
- N° 9, — John Collier, mécanicien, socialiste, a été plusieurs fois membre du comité. II était orateur, et arrière petit-fils d’un poète connu.
- N° 10. — Samuel Ashworth, tisserand, chartiste, fut le premier désigné à la fonction de vendeur dans le magasin.
- N° H. — William Cooper, tisserand, socialiste, fut le premier caissier de la Société. Il fut un des plus zélés parmi les membres et se signala entre tous far ses efforts incessants,au moyen de la plume et de la parole, pour unir et diriger les autres dans l’œuvre coopérative.
- Il eut le rare et grand mérite de s’en tenir toujours aux principes, sans souci ni de ses préférences personnelles, ni de lui-même, ni de ses propres intérêts.
- L’auteur de cette histoire a assisté aux funérailles de Cooper et prononcé un discours sur sa tombe. Il
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- a, en outre, fait graver sur cette tombe l’inscription suivante :
- A LA MÉMOIRE DE
- WILLIAM COOPER Mort le 31 octobre 1868, à l’âge de 46 ans.
- Comme indice du courant moral qui existait à cette époque parmi les Equitables Pionniers, il est à noter que le journal « Le Coopérateur », en annonçant la mort de William Cooper, cite ces lignes :
- Il n’y a pas de mort; ce qui semble telle est une transition;.
- Cette vie mortelle et courte
- N'esc que la préparation à la vie élyséenne.
- Dont nous appelons Ventrée : la mort.
- N° 12. — James Tweedale, chargeur, socialiste, fut un des premiers directeurs de la Société.
- N° 13. —- Joseph Smith, assortisseur de laines, réformateur social ; fut un des premiers auditeurs désignés par la Société.
- Les trois autres initiateurs de la Société qui survivaient en 1865, et qui ne figurent pas sur la photographie, sont :
- Miles Ashworth, tisserand, chartiste en politique, qui lut le premier président de la Société.
- John Kershaw, magasinier de profession,sweden-borgien et à moitié chartiste.
- James Maden, tisserand, teetotaller, sans opinion politique ni religieuse.
- [A suivre).
- FAITS POLITIQUES & SOCIAUX UE LA SEMAINE
- FRANCE
- TRAVAUX DES CHAMBRES
- Xi a Cîmmbre tle® <16ptxt<6® a repris la dis- , eussion du budget inutilement interrompue au début " par celle de la proposition Laisant. Voici quels sont les éléments du budget de 1882 :
- Les recettes qui, dans le projet du gouvernement ne figuraient que pour 2,836 millions, ont été relevées par la commission à 2,865 millions. Les 19 millions ainsi regagnés proviennent : pour 4 1/2 millions, du relèvement des prévisions relatives au rendement des sucres ; pour 5 millions, du relèvement des droits sur l’importation des céréales, et pour 10 millions du relèvement des droits sur l’importation des vins.
- D'après les propositions du gouvernement, l'exercice prochain devait se solder avec un excédent de 17,840,000 francs ; les remaniements de la Commission élèvent à 39 millions environ la somme restant disponible et susceptible d’être appliquée à des dégrèvements.
- D’accord avec le gouvernement, la Commission pro-
- pose à la Chambre d'affecter 22 millions aux Chartres qu’entraînera la gratuité de l’instruction primaire et de consacrer 16,433,000 fr. à la suppression de l’impôt sur le papier.
- Au budget ordinaire est adossé un budget extraordi naire de 550 millions, destiné à s’alimenter par ]’em' prunt. Le budget sur ressources spéciales monte en recettes et en dépenses, à 419 millions. Il y a enfin un quatrième budget annexe de 56 millions. Le tout monte à 3 milliards 854 millions, ce qui n’empêche pas qu’en retraçant les ésultats obtenus depuis 1876, le rapporteur de la Commission a pu résumer ainsi 1 œuvre financière des deux dernièies Assemblées républicaines :
- 286 millions de dégrèvements ;
- 1 milliard environ amorti sur les désastres de la guerre de 1870;
- 1,500 millions consacrés à des travaux publics.
- La comparaison de ces derniers chiffres avec ceux que nous donnons de certaines dépenses improductives en Allemagne renferme un fort utile enseignement.
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- XLe Congrès ouvrier «le Cette. — Le congrès ouvrier de Cette a terminé ses séances, nous ne disons pas ses travaux, au milieu d’un tumulte tel, que le maire de la viLle a dû prouoncer la dissolution de la réunion.
- Les violences de langage d’un certain groupe ayant provoqué une énergique protestation de la part d’un de ses membres, on a qualifié sa démarche de manœuvre policière. Son auteur a essayé de relever l’outrage.
- Alors a commencé le tapage ; le public soutenait et encourageait l’orateur ; mais le groupe des « anarchistes, » jaloux de mériter leur nom, couvrait sa voix de huées ; des menaces étaient échangées, ou commençait par se montrer le poing. C’est au milieu ue ce désordre, qui menace de dégénérer en voies de fait, que le maire de Cette se préseute, ceint de son écharpe, et prononce une excellente allocution dont nous trouvons le texte dans le Petit méridional. M. le maire déplore les scènes qui viennent de se passer dans le congrès: a Voilà, dit-il, à quoi aboutissent les exagérations, et, laissez-moi dire le mot, les violences de langage auxquelles se sont livrés certains délégués du congrès. Que les travailleurs le comprennent bien et qu’ils sachent, une fois pour toutes, que les questions de personnes soulevées par eux, loin de faire triompher leur cause, jettent au contraire sur elle un discrédit et une défaveur qui leur sont préjudiciables. » Adjurant ensuite les membres du congrès et le public de se montrer dignes jusqu’au bout, M. le maire les a invités à se retirer avec calme et de montrer k tous les sentiments de vrais républicains « qui ne se laisseront jamais entraîner par la passion et la colère. » Des cris répétés de : Vive la République ! ont accueilli cette patriotique et sage allô cution, et les assistants se sont retirés dans le plus ordre. On voit, en somme, que ces débats qui menacent de dégénérer en pugilat sont le fait d’une minorité de prétendus ouvriers. La grande majorité des ouvriers dignes de ce nom et le public ne sont pas du côté des politiciens qui se qualifient orgueilleusement du titre d’« anarchistes ». Telle est la moralité qui se dégage des séances du congrès de Cette.
- ANGLETERRE
- XA^xiiî giration 5 x~J axai aise. —Voici le résumé des renseignements officiels récemment communiqués au parlement anglais. Les chiffres qui suivent sont le meilleur commentaire du bill agraire discuté en ce moment par la Chambre des communes.
- Le nombre des émigrants qui ont quitté les ports d'Irlande en 1880 s’est élevé a 95,857, ce qui fait une-augmentation de 48,493 sur l’année précédente. Ce chiffre comprend 50,189 hommes et 56,668 femmes. Ces 95,857 émigrants, sauf 340, sont nés en Irlande ; ils forment 1 76 6/0 du chiffre de la population irlandaise, tel
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- qu'il a été établi par le recensement de 1871. 81,968, soit 858 0/0, sont partis pour l’étranger et les colonies ; 13 549 seulement pour la Grande-Bretagne. Le nombre total des émigrés, depuis le 1er mai 1851 jusqu’au 3t décembre 1880, s’élève à 2,637,187 (1,405,376 hommes et 1,230,771 femmes), ce qui représente une proportion de 455 0/0 sur la population recensée en 1861. La plus forte émigration annuelle a été de 170,322 en 1852, la plus faible de 37,587 en 1876.
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- L» cowférence de Londres. ^ Voici le texte des résolutions votées par la conférence :
- La conférenee internationale annuelle delà Fédération britannique continentaie et générale pour l’abolition de la réglementation du vice par l’Etat, conférence tenue à Londres du 20 au 23 juin 1881,
- Sur la proposition du comité exécutif, et dans le but de définir et de confirmer l’application, aux objets et aux opérations de la Fédération, des résolutions adoptées par les congrès internationaux de Genève et de Gènes, respectivement, adopte les déclarations suivantes :
- Ie Cette Fédération a pour objet, l’abolition des lois d’Etat exceptionnelles et de toutes les réglementations municipales qui reconnaissent la prostitution comme l’état normal d’une classe sociale ; d’assurer que toute loi et toute réglementation qui touchera au sujet de la moralité publique soient conforme s aux principes du droit commun du pays, appliqué d’une façon impartiale aux hommes aussi bien qu’aux femmes, et sans porter la moindre atteinte à aucune des sauvegardes constitu* tionnelles qui ont été établies dans le but de protéger la liberté du citoyen contre toute violation ou restriction injuste ;
- 2° Le devoir de tout gouvernement est d’assurer l’administration vigoureuse et impartiale de chacune des dispositions de la loi qui a été établie pourla protection de la liberté individuelle, avec un soin particulier pour ceux qui sont le moins capables de se protéger eux-mêmes étant jeunes, pauvres, faibles ou ignorants, et par-dessus tout de prévenir absolument la violation de ces dispositions par les agents de la loi, soit qu’ils se couvrent de l’autorité usurpée des municipalités, soit qu’ils invoquent tout autre prétexte.
- 3° L’expérience de la Belgique et de la France, les pays dans lesquels le système de la réglementation de la prostitution par la police, en vue de prétendus objets sanitaires, a été le plus complètement et le plus soigneusement développé, a montré d’une façon concluante que ce système conduit inévitablement/*tôt ou tard, à la complicité des autorités de la police dans l’infâme trafic par lequel les plus riches des maisons tolérées, placées sous la surveillance de ia police, sont pourvues de victimes nouvelles.
- La Fédération demande en outre qu’on observe ou qu’on établisse des lois interdisant la séquestration des personnes, et que lesiois relatives à l’excitation des mineures à la débauche soit établies, soit à établir, s’appliquent aussi bien aux clients (acheteurs) qu’aux proxénètes.
- 2° Dans chacun des pays où il existe un système de réglementation de la prostitution par la police, on trouve invariablement que la police est, d’un côté, un instrument d’administration injuste et oppressive en dehors de la loi, et d'autre part qu’elle s’arroge nn pouvoir qui échappe à toute responsabilité effective, soit devant son chef administratif nominal, soit devant les cours de justice, et qu’elle tend ainsi inévitablement et progressivement à devenir un tyran public corrompu, au lieu d’être un serviteur public utile.
- En certains pays, l’un et l’autre de ces abus sont aggravés et rendus plus difficiles à empêcher dans la proportion où le contrôle local est subordouué à l’organisation d’une police nationale eu une seule force, dans la main d'un gouvernement exécutif central.
- En conséquence, en outre de la réforme de la loi elle-même, il est essentiel, dans le but de pacifier son administration exécutive :
- 1° Que la police soit décentralisée et placée sous un contrôle local ;
- 2° Que la police soit, de toutes manières, subordonnée à une autorité judiciaire indépendante, et qu’elle soit restreint© à l’accomplissement de ses fonctions exécutives ;
- 3° Qu’elle soit rendue pleinement et effectivement responsable de tous ses actes devant les cours de justice ordinaires.
- SUISSE
- La question du congrès socialiste interdit par le gouvernement de Zurich est loin d’être résolue. On sait que le gouvernement avait interdit ce congrès à la suite d’une pétition signée par 30.670 citoyens; mais le gouvernement zuricois n’a pas été unanime : deux de ses membres, opposés à Fiateraiction, ont adressé au Grand Conseil zuricois une protestation motivée dans laquelle, réfutant les considérants du gouvernement, ils se prononcent énergiquement en faveur d'une décision annulant l’arrêté.
- Le Grand Conseil a renvoyé la question à une commission ; il a jugé, en outre, le cas suffisamment important pour décider qu’il serait traité en une session extraordinaire, qui aura lieu en juillet.
- D’autre part, le comité socialiste de Zurich, au nom du parti socialiste et démocratique, a également fait appel au Grand Conseil ; il se propose même, pour le cas où il ne serait pas fait droit à sa requête, de saisir de l’affaire le tribunal fédéral.
- ALLEMAGNE
- La Gazette de VAllemagne du Nord, journal officieux, à l’occasion de l’anniversaire de la rentrée de l’empereui Guillaume à Berlin, en 1871, publie un article qui a produit une vive sensation A travers une obscurité intentionnelle, on a découvert une menace contre les juifs dans le passage final ainsi conçu : » Nous ne devons pas nous reposer sur les lauriers que l’empereur a rapportés il y a dix ans. L’ennemi extérieur est dompté, il est vrai, mais il y a encore de faux prophètes qui rongent la moelle du peuple. La renaissance intérieure de l’Allemagne exige impérieusement que le sang du peuple soit purifié de toute goutte étrangère. Dans le sens matériel, comme dans le sens idéal, il faut que l’œuvre national de l’empire allemand soit fondée. »
- La Qazette de Francfort accepte les conclusions de l’organe officieux de M. de Bismarck, mais pour en tirer ironiquement les conséquences' extrêmes qui devraient en résulter : « Eli bien, ne vous gênez pas, dit elle; tel est (e cri que les Danois, les Polonais et Je s Français incorporés à l’Allemagne vont pousser joyeusement, car ils sont tout prêts à contribuer à l’œuvre de la renaissance intérieure de l’empire allemand en renonçant à en faire partie. »
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- Les dépenses improduct ves en Aile-magne. — M. de Bismarck se prépare « la paix de la manière suivante :
- Au commencement de l’exercice 1881 à 1882, un reliquat de 65,977,218 marks existe sur les fonds destinés, en vertu de la loi du 30 mai 1873, à la construe'tion des places fortes et s’élevant à 72,4*00,000 de thalers soit 216,000,000 de marks. Sur cette somme, il ne sera dépensé, dans le courant de l’année, que 8,850,000 maiks, de manière a ce que l’aunée budgétaire de 1882 à 1883 présente encore un reliquat de 59,127,248 marks. La plus grande partie des sommes accordées celte année pour la reconstruction et l’agrandissement des forteresses allemandes, c’est-à-dire 5,960,« 00 marks sera employée pour œs places fortes dans l’Est de l’Allemagne, pour de nouvelles constructions à Spandau, Cüstrin, Poseu, Thorn, Kœnigsberg, Glogau et Neiss. Ju.-qu’ici il n’y a que
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- Kœnigsberg qui siot à peu près achevé ; sous peu le dernier fort sera terminé. L’année dernière, une somme de 7,700,000 marks a été dépensé pour l’agrandissement des mêmes forteresses. Par contre, on s’occupera dans le courant de cette année, dans les provinces de l'Est,de la construction de fortifications maritimes à Danzig, à Memel, à Pillau, à Colherg, à Swinemunde, à Stralsund et à Sonderbourg-Düppeï, pour lesquelles, y compris quelques travaux accessoires sur le Weser et sur l’Elbe, 1,110,000 marks sont portés au budget. L’artillerie nécessaire à ces places a, l’année dernière déjà absorbé un total de 4,118,000 marks.
- BULGARIE
- Il parait que la constitution votée par les représentants du pays réunis en assemblée constituante, il n’y a pas encore trois ans, au moment de la reconstitution de la Bulgarie en principauté, coi formément aux stipulations du traité de Berlin, ne satisfait point parfaitement le prince placé naguère à la tête de cette province, car il cherche à 1 faire modifier. On a même parié d’une abdication de sa part, s’il ne pouvait pas y arriver.
- S’il faut en croire le 'Women's Uevuw,le prince de Bul garie aurait en cela compté non seulement sans les prin cip&ux intéressés, les citoyens bulgares, mais aussi et surtout, parait-il, sans les femmes.
- D’après ce journal, une députation de dames bulgares lui a présenté en effet une adresse couverte de 325 signatures de femmes. Il y est dit, entre autres choses :
- « Nous élevons nos fils de façon à ce qu’à l'heure du danger ils soient tous prêts à sacrifier leur vie pour le prince et pour la constitution. Mais chaque mère considérerait comme traître le fils qui consentirait à l’abolition de la constitution. »
- Un bon point bien mérité aux darnes bülgares.
- ITALIE
- Le contre coup des désordres qui ont eu lieu à Marseille, à l’occasion de la rentrée de la brigade Vincendon venant de Tunisie, s’est naturellement1 fait sentir en Italie. Dans plusieurs villes, à Rome, à Naples, à Milan, à Tunis etc., de fâcheuses manifestations ont eu lieu. On reconnaît dans tout cela les menées antipatriotiques d’un parti,qui ne sait plus à.quelles manœuvres se vouer pour regagner une partie du terrain qu’il a perdu sans retour désormais, il faut l’espérer. Mais grâce au bon sens des autorités, et de la presse véritablement amie de son pays, ces tentatives de désordre destinées à rompre la bonne entente existant entre les deux nations n’aboutiront pas,yt rien qu’en voyant la joie mal déguisée que ces symptômes d'hostilité naissante provoquent chez les ennemis de la France et de l'Italie, ies citoyens égarés qui servent d’instruments aveugles à des meneurs malintentionnés, ouvriront les yeux à la lumière, et comprendront qu’ils travaillent juste à l’opposé de leurs intérêts véritables.
- LE CONGRÈS DE LEEDS
- (13® Congrès des Coopérateurs anglais:)
- I
- Avant d'entrer dans le vif du compte rendu des travaux du treizième congrès de la coopération anglaise, il nous a paru utile de faire connaître à nos lecteurs la Société coopérative de Leea's, dont le
- siège a été choisi cette année par les délégués des diverses sociétés pour y tenir les solennelles assises du travail On aime assez généralement à connaître les gens chez qui on se trouve, et plus on est renseigné sur leur compte, plus on se trouve à l’aise en profilant de l’hospitalité qu’ils nous offrent. A ce point de vue, quelques détails historiques sur la Société coopérative industrielle qui était cette fois l’hôte du congrès ne paraîtront pas sans intérêt, croyons-nous, à nos lecteurs.
- Cette Société a son siège dans une localité voisine de la ville de Leeds, sur le territoire de laquelle ses usines occupent un terrain d’une superficie de 7,000 yards carrés. Les bâtiments comprennent la minoterie, la fabrique de chaussures, le Peoplé’s Hall, cinq maisons habitées par les employés, les magasins d’épicerie en gros, la boulangerie, la brique t-terie, les chantiers de menuiserie et les écuries pour une vingtaine de chevaux. La minoterie, partie principale de l’exploitation dès le début, est pourvue de machines perfectionnées pour toutes les opérations, et l’ensemble des constructions, du terrain, des machines et autres accessoires est évalué à 28,000 livres, 700,000 francs environ, auxquels il convient d'ajouter la valeur des annexes que l’on construit en ce moment, et qui s’élève à environ un million de francs.
- La Société fut établie en 1847, par quelques ouvriers de l'usine de MM. Benyon et Cia d’Hoibeck, qui se réunirent au mois de février, et résolurent d’aqpeler autour d'eux le concours des travailleurs, pour discuter le plan d’une association coopérative, dans nn meeting organisé par eux, et auquel assistaient dans Parle Row 1,500 personnes. Moins de deux mois après cette réunion, plus de mille ouvriers avaient fait leur versement de cotisation, et étaient entrés dans l’association.
- Les temps étaient durs, le travail devenait de plus en plus rare, la gêne et le malaise se faisaient sentir, et grâce aux défectueuses conditions hygiéniques de la ville de Leeds, la maladie y exerçait ses ravages. Le pain était cher, et ce qui est pireeocore, on ne pouvait point l’obtenir sans sophistication, et la législation laissait les consommateurs dans l’impuissance de poursuivre les délinquants. Cela explique l’empressement que mit la population ouvrière à répondre à l’appel des fondateurs. Le but primitif de cette création était donc de remédier à cette altération si pernicieuse d’une substance alimentaire de toute première nécessité.
- Les débuts furent modestes et dès le premier pas, ils se heurtèrent à la difficulté créée par la loi défendant aux sociétés de cette nature de vendre leurs
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- produits à d’autres consommateurs que leurs propres membres. Il en résulta qu’à un moment donné, l’association n’avait pas moins de 15,000 francs de son, d’excédant dans ses magasins, et dont elle ne savait que faire. Une autre pierre d’achoppement provenait de la disposition légale qui rendait chaque membre responsable des dettes de la Société. Tout cela, joint aux préjugés du moment, au défaut de connaissances et au manque d’expérience dans l’administration de ces sortes d’entreprises, mit à une rude épreuve l’énergie des fondateurs de Tœuvre. Ils ne se découragèrent pas cependant, et, grâce à leur persévérance, voici les résultats obtenus par l’association, d’octobre 1847 à juillet 1851 :
- Tendant 37 semaines, ils vendirent leurs farines au cours du marché.
- Pendant 114 autres semaines ils vendirent à un décime au-dessous du cours.
- Les 38 semaines suvantes vente à 20 centimes au-dessous du cours.
- Les 5 semaines suivantes vente à 3Q centimes au-
- dessous du cours.
- Et les 2 semaines suivantes vente à âO centimes au-dessous du cours.
- 196 semaines.
- Or avec cette différence de prix, dans cette espace de temps, les membres de l’association ont réalisé, tout compte fait, un bénéfice réel, y compris l’économie obtenue sur les prix du marché, de francs 283.905,25.
- Ce n’est qu’en 1852, que la barrière légale qui empêchait de vendre les produits aux consommateurs étrangers à l’association fut abaissée, et dès lors la Société pût étendre le champ de ses opérations. A la fabrication du minot, elle joignit l'épicerie, et changea sa dénomination de Leeds District Flour Mill Society pour celle de Leeds Flour and Provision Society. Bientôt, elle fut amenée à joindre à l'épicerie, la branche du vêtement, la draperie, la chaussure et le combustible. Un essai de boucherie ne réussit pas; commencé en 1861, il dût être complètement abandonné en 1867.
- Le tableau comparatif suivant donne une idée exacte du progrès accompli par l’Association durant les vingt dernières années.
- Membres Vantes Bénéfices Capital
- 1860 3722 1.756.065 fr. 83.506 fr. 284.739 fr. 65
- 1870 3966 1.852.519 115.333 714.988 15
- 1880 18430 10.305.523 75 954.204 30 4.063.120 »»
- Ainsi, en vingt années, le capital social a été porté de 284,739 fr. 65 à plus de quatre millions, et le nombre des membres a sextuplé. Ces chiffres sont, à notre avis, plus éloquents que bien des discours.
- L’Association a acheté ou construit 81 maisons
- pour ses membres, sur lesquelles 30 lui ont déjà été intégralement payés, et 51 le sont par des versements hebdomadaires. En outre, elle possède 106 maisons qu'elle loue, et dont elle perçoit un prix de location.
- La société de Leeds ne fait point encore partie de la grande Institution des Coopérateurs, mais elle concourt dans une certaine mesure au mouvement coopératif général, et l’on ne peut point dire qu’elle soit isolée. Elle a des titres de la compagnie coopérative d’assurances, et ses propriétés y sont assurées pour une somme de deux millions et demi Elle possède aussi des actions de l’Association du Coopérative News et elle dispose de 828 exemplaires de ce journal chaque semaine. Enfin elle fait partie du congrès national coopératif qui se tient chez elle, et qui est le treizième congrès tenu par la coopération de la Grande-Bretagne.
- E. F. (A suivre.)
- LE « LAND BILL » ni
- Nous avons dit que la fraction modérée du parti national Irlandais était, s’il faut en croire M. Shaw, disposée à accepter le « Land bill », non point comme un curatif mais comme un moyen d’obtenir ce curatif.
- Nous avons mis également sous les yeux du lecteur du Devoir quelques-unes des objections faites à l’économie de cette loi.
- Aujourd’hui nous voudrions présenter nous-mêmes quelques observations sur plusieurs de ses dispositions fondamentales dans lesquelles on prétend trouver la réforme des trois Fs : Free sale = Fair rents — Fixity of tenure,
- 1° Free sale (Liberté de vente)
- « Le tenancier a le droit de vendre sa ferme au meilleur prix possible. »
- Si cette disposition du statut se limitait à ce peu de mots, nous passerions condamnation sur la première F. ; malheureusement il n’en est point ainsi. Le tenancier doit préalablement prévenir le Landlord de son intention de vendre, et celui-ci a la faculté, en recevant cet avis, de se rendre lui-même acquéreur de la ferme moyennant un prix convenu entre les parties ou, en cas de dissentiment, fixé par la Land court, prise comme arbitre souverain par le Landlord,
- Or, ou le prix déterminé par la Land court sera celui du marché et alors à quoi bon son intervention?
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- Ou, au contraire, l’estimation faite par ce tribunal différera du cours commercial, c’est-à-dire de la moyenne de la valeur des baux dans le pays, et alors n’y aura-t-il pas lésion d’un côté ou de l’autre ?
- Dans l’un ou l’autre cas, il est difficile de trouver la Free sale dans de telles stipulations.
- Ce n'est pas tout. En admettant même que le Landlord n’intervienne pas de cette façon, il peut encore entraver la liberté de vente du fermier en refusant d’accepter l’acquéreur pour son tenancier. Et, comme motifs de ce refus la loi précise quatre cas de la valeur desquels on peut se faire une idée, en lisant l'énoncé du dernier conçu en ces termes laconiques : « 4° ou tout autre cause raisonnable et suffisante, » ce qu’aura encore à apprécier la Land court souverains.
- En un mot, comme on le voit, liberté pleine et entière au fermier de céder son bail... à la condition que cela plaise au Landlord, en premier lieu, et à la Cour en dernier ressort. Sachant comment est composé ce tribunal, cette lutte du fermier contre le Landlord sera tout simplement la lutte du pot de terre contre le pot de fer.
- 2° Fair Rents.
- Ici, on pourrait se demander avant de s’occuper de la fixation d'une fair rent, s’il est fair qu'un Landlord puisse, à son gré, élever le prix du fermage, sous le prétexte de la plus-value de sa propriété.
- Est-ce quo cette plus-value n’est pas, ou le résultat de la dépense, sueur ou capital, faite par le fermier pour améliorer sa tenue, ou plus souvent encore l’effet de conditions extérieures, étrangères, telles que l’accroissement de la population? Dans l’un et l’autre cas est-il juste que le Landlord, dans ses exigences, puisse se réclamer d’une chose qui n’est due à aucune espèce de sacrifice de sa part ? Il est vrai que dans le dernier cas, celui de l’accroissement de la population faisant hausser le prix du sol, le fermier n’a pas plus de droit que le Landlord à réclamer. C’est à l’accroissement, c’est-à-dire aux nouveaux venus que doit, que devrait appartenir la revendication de ce droit, c’est à eux ou plutôt à la population tout entière que devrait profiter, si on l’admettait, cette plus value que nous qualifions d’automatique. Dans tout état de cause, nous ne voyons pas déraison pour l’attribuer à une classe riche,spoliatrice dans le passé, exactionnaire dans le présent.
- Néanmoins sachons un peu quelles-sont les garanties offertes au fermier par la nouvelle loi contre l’avidité du Landlord.
- Si nous avons bien compris le texte du statut, entrant dans la pensée du législateur, nous devons trouver ces garanties dans la faculté de la part du fermier, soit de rester dans les termes de l’acte de 1870, c’est-à-dire de quitter sa ferme et de recevoir pour ce fait une indemnité que fixera la Cour, soit de vendre son bail au prix de la nouvelle redevance en touchant du Landlord, additionnellement à ce prix, dix fois le montant de ce que la Cour (toujours la Cour), jugera être l’excès de l’élévation du nouveau loyer sur un loyer vraiment raisonnable.
- Or, d’après les calculs faits et en tenant compte de toutes les circonstances de temps, de lieux, de prix des denrées, la Cour se montra-t-elle même très favorable au fermier sortant, celui-ci se trouverait lésé d’environ moitié de ce qui est réellement sa propriété, le fruit de son travail et dont profiterait le Landlord, nous voulons dire l’oisif.
- Admettons cependant l’hypothèse où la Cour se montrerait plus que très favorable au fermier sortant en lui adjugeant tout ce qui lui revient strictement, quelle sera la situation du fermier entrant ? Quelques chiffres alignés vont nous l’apprendre.
- Un cultivateur tient à bail un domaine dont le prix de ferme est de 2,000 fr. par an.
- Les améliorations par lui faites donnent à ce domaine une plus-value, en capital, de 15,000 fr. dont le revenu agricole brut est à 10 p, 0/0, 1,500 fr. et net (mettant 3 p. 0/0 pour la main d’œuvre), 1,050 fr.
- Son bail a encore une durée de huit années et il ne croit pas se montrer trop exigeant en demandant, ce qui est accepté par son acquéreur, ce revenu net 1,050 x 8 = 8,400 fr. une fois payé.
- Mais le Landlord, de son côté, a fait son calcul et voyant que la tenue produit plus que les 2,000 fr. ci-dessus, il déclare (généreusement dans sa pensée) qu’il consent à accepter le nouveau tenancier pourvu que celui-ci lui paie annuellement les 2,000 fr. augmentés de 525 fr. moitié des 1,050 fr. représentant le revenu net de la plus-value.
- Eh bien, ou les termes de cet arrangement seront agréés par l’acheteur ou ils seront repoussés. S’ils sont agréés, comme déjà ledit acheteur a payé au fermier sortant, son vendeur, le goodwiU de 8,400 fr. c'est une fois 1/2 qu’il aura payé la plus-value nette de la ferme.
- S’il rejette ces conditions, au contraire, il peut, selon le vœu de la loi, vendre immédiatement la tenue et si le prix de cette vente ne répond pas à la somme par lui payée, il pourra recevoir du Landlord la différence entre ce prix et ce qu’il aura compté au fermier sortant.
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- Ea résumé, cet homme après avoir payé la plus-value de la ferme à celui qui est l’artisan de cette plus-value, peut se voir inquiété dans son marché par le fait du propriétaire élevant le prix de cette ferme, c’est-à-dire voulant, lui qui n’est pour rien dans ces améliorations, profiter du travail du fermier sortant. Le seul remède qui soit offert au fermier entrant, c’est de ne plus songer à l’ennui et aux frais qui lui ont été occasionnés par son marché et, revenant ce qu’il était auparavant, de chercher ailleurs une autre ferme.
- Là encore, malgré toute la bonne volonté que nous pouvons y mettre, nous ne découvrons pas les fair rents, le loyer équitable.
- 3° Fixity of Tenure
- Quant à ce dernier point, qui n’est pas le moins important de la Triade, comme un fermier peut, en dépit de la durée du bail fixée par la loi et de son exactitude à remplir les obligations que lui impose sa tenue, être mis poliment à la porte si la cour du comté (county court), ou la commission agraire,
- (Land commission), sur la demande du Lanîord, décide que c’est pour le bien de la ferme ou du do- i maine que celui-ci désire résilier son bail, on ne peut véritablement trouver rien dans le Land Bill qui justifie cette désignation fixity of tenure.
- Cette Trilogie : free sale, fair rents et fixity of tenure, nous semble donc passablement équivoque.
- Le Land Bill offre encore dans son texte, comme remèdes à la misère de l’Irlande, l’émigration et l’immigration, le drainage artériel et l’achat par des compagnies de terrains à mettre en culture.
- Nous avons déjà dit, dans un article précédent, ce que nous pénsions de l’émigration. Ayant sa valeur comme reconnaissance d’une théorie canonique, cette mesure, en thèse générale, ne doit être mise en pratique qu’avec la plus grande circonspection, et en ce qui touche à l’Irlande, le premier ministre anglais nous a dit aussi ce qu’il en pensait.
- L’expérience du dessèchement des marais par le drainage artériel a été faite dans plus d'un pays. Elle a prouvé que, considéré comme spéculation commerciale, cela ne donne pas tout d’abord des résultats bien satisfaisants, mais que envisagé au point de vue national, d’intérêt général, d’hygiène publique, c’est incontestablement très profitable.
- Relativement à l’immigration, aux terrains que l’on pourrait acheter pour la favoriser et aux entreprises agricoles de grandes compagnies,nous croyons
- | que ces terrains laissés à des cultivateurs à titre de I fief et moyennant redevance, constitueraient un fonds précieux dont une partie pourrait être employée à l’achat de nouvelles terres de la même manière, et dont l’autre partie serait utilisée dans l’entreprise de travaux publics tels que les drainages, la mise en culture des terrains d’alluvion, les plantations, l’ouverture de voies de communication, la création de nouveaux ports, etc., etc. Et si tout ceci, culture et entreprises, se faisait coopérativement, il serait, nous en avons la conviction, permis d’espérer de meilleurs jours pour la malheureuse Irlande. Mais hélas, nous craignons bien qu’il n’en soit rien.
- Plus d’un des lecteurs du Devoir fera, s’il n’a déjà fait, la réflexion que nous consacrons à la patrie du pauvre Gady bien du temps et bien du papier. C’est vrai ; mais c’est que, outre l’intérêt que nous inspire le malheur et la sympathie uue nous ressentons pour i’opprimé, la question agraire n’est point particulière à une seule contrée et que sa solution intéresse tous les pays.
- - Sans vouloir affirmer d’une manière absolue, ainsi que le fait l’écrivain américain Henry George, dans son ouvrage « Progress and poverty », que le sol d’une contrée n’appartient pas plus à telle ou telle individualité qu’à telle ou telle autre, à telle ou telle classe qu’à telle ou telle autre, à la génération présente qu’aux générations futures, mais bien au monde tout entier; sans demander comme lui l’abolition complète de la propriété particulière et la conversion des détenteurs du sol en feudataires de l’Etat par la fixation de la valeur des terrains au maximum de leur .valeur et le versement de toutes les . redevances dans les caisses de l’Etat, nous sommes disposés à croire que, sinon le monde civilisé tout entier, du moins certaines de ses grandes parties sont à la veille d’une lutte terrible,soit sur le terrain des idées, soit sur celui de la force brutale ; que la Grande Bretagne, entre autres, se trouve fdans une situation pleine de dangers plus près d’elle qu’elle ne le pense et plus grands que ceux enregistrés jusqu’alors par ses historiens.
- Enfin, sans regarder, comme le fait l’éloquent et original américain, la propriété privée comme un obstacle aux progrès de la civilisation, et sans en prédire,toujours comme il le fait, le prochain anéan-tissemement, nous professons de nouveau que sa constitution demande des réformes. Puis, complètement d’accord avec lui cette fois, nous certifions que le problème qui se pose en Irlande n’est pas l’effet d’une agitation purement locale, mais bien une manifestation pleine d’enseignements et attestant une fois de plus l’importance de cette question dont la
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- solation devra être une distribution plus équitable de la richesse dans ce monde.
- C. P. Maistre.
- LA COCHINCHINE FRANÇAISE
- M. Blanesubé, maire de Saïgon et président du conseil colonial de la Cochinchine a exposé il y a peu de jours devant la Société de géographie de Paris la situation actuelle de cette colonie.
- M. Blanesubé a d’abord esquissé uu rapide tableau de ce que la Gochinchine est devenue depuis vingt ans qu’elle est française. De un million, la population est montée à deux millions d’habitants par suite du retour de bon nombre d’Annamites, qui s’étaient enfuis à notre apparition, et qui sont revenus sur la réputation de la paix et de la justice que nous faisons régner dans le pays. L’agriculture s’est considérablement développée. Il y a seize ens, la colonie n’exportait qu’un million de piculs de riz ; aujourd’hui elle en exporte cinq millions (plus de 300,000 tonnes, le picul équivaut à 62 k. 500). Aux autres cultures trouvées au moment de la conquête, canne à sucre, poivre, cannelle, coco, nous avons ajouté le café, le cacao et la vanille qui donnent les plus beaux résultats.
- Nous avons établi un protectorat très effectif sur le Cambodge, pays qui contient également deux millions d’âmes. M. Blanesubé définit notre situation vis-à-vis de ce pays de la façon suivante : le gouvernement local y prend la responsabilité de toutes les mesures qui peuvent être désagréables aux indigènes, et laisse au gouvernement français le mérite de toutes celles qui peuvent leur plaire.
- Les productions du Cambodge complètent celles de la Cochinchine, le coton y pousse naturellement,et nous y avons introduit récemment les espèces longue-soie de la Géorgie et de l’Egypte. On y trouve le cinnamome et la gutta-percha, l’ivoire, de riches mines de fer presque à l’état natif, de l’or et d'immenses forêts oh abondent les bois de construction et les plantes textiles et tinctoriales. Le commerce y serait fort important si les bras n’y manquaient.
- Annamites et Cambodgiens ont appris à nous aimer. Il y a entre les premiers et les Français de grandes affinités de caractère qui leur font trouver fort douce notre domination. Le nombre des colons augmente avec lenteur, mais sensiblement. En 1870, il n’y avait que 200 électeurs à Saïgon ; aujourd’hui il y en a 820, et, depuis l’établissement du gouvernement civil, un courant d’émigration sérieux tend à s’établir. Saïgon est une belle ville que ne reconnaîtraient pas ceux qui l’ont vue il y a quelques années. C’était autrefois presque un marais. Elle a aujourd’hui 50 kilomètres de rues dont les trottoirs ont six mètres de largeur, et de magnifiques plantations de manguiers. Il y a des égouts partout et, au
- . mois de juin prochain, chaque rue aura sa fontaine. Nos troupes y trouvent une population des plus sympathiques, qui a voté des indemnités de logement pour les officiers, et des suppléments de solde pour les simples .soldats.
- La colonie esr riche ; elle paie tous ses frais, et verse même chaque année deux millions et demi à la métropole ; elle consacre deux millions à l’instruction publique et elle s’est constitué une réserve de dix millions. Elle fait tout ce qu’elle peut pour appeler l’attention de la France sur elle. L’hiver dernier, elle a envoyé 100,000 francs à Paris pour ses pauvres, et 25,000 francs à Lyon pour ses ouvriers sans ouvrage.
- Le conseil colonial a voté une somme de 130 millions par des travaux publics. La Cochinchine, qu’arrosent cinq grands fleuves navigables pour les plus forts navires, possède un admii able réseau de canaux naturels et artificiels. On veut eu approfondir deux, ce qui permettra à notre marine de guerre de parcourir la colonie d’une extrémité à l’autre sans avoir à prendre la mer. Les anciens rois annamites avaient fait construire pour les parties que les canaux ne desservent points, de routes que l’incurie indigène a laissé dépérir. On va les restaurer. Enfin un chemin de fer va mettre en relation Saïgon, capitale de la Cochinchine, avec Phuom-P, nh, capitale du Cambodge.
- Pourquoi, dit M. Blanesubé, pourquoi, nous a-t-on souvent demandé, construire un chemin de fer dans un pays si bien doté de canaux et de routes? La vérité est que la colonie aurait pu s’en passer, pour le moment du moins. Si nous l’avons voté, c’est pour une raison politique, je dirai mieux, pour une raison patriotique. Mais avant d’aller plus loin je ferai observer que, pour le construire, nous n’avons demandé aucun concours à la métropole : nous pouvons nous en passer; nous ne comptons que sur nos ressources et, après tout, nous ne les aventurons guère, car nous sommes assurés que la ligne fera immédiatement ses affaires. Eh bien, si le conseil colonial a voté ce chemin de fer qui n’était pas urgent, c’est parce que tous, nous l’avons considéré comme le premier tronçon d’une grande voie qui parcourra la vallée de Mé Kong, ira jusqu’aux provinces de la Chine, reliera Saïgon à ces riches contrées, lui amènera leurs innombrables produits et fournira au commerce maritime français une occasion de développement autrement efficace que quelques misérables primes à la navigation. *
- NOUVELLES DU FAMILISTÈRE
- Mercredi soir, dans la salle de spectacle du familistère, l’abbé Sterlin, ancien curé de Plainville , devenu vieux catholique comme l’abbé Loyson (expère Hyacinthe), a fait une conférence en faveur de la ligné catholique anti-cléricale, formée par ses
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- anciens paroissiens de Piainville, toujours attachés à leur ancien pasteur, qui l’ont appelé dans leur commune pour y fonder une Egiis8 catholique, suivant les principes réellement posés par le Christ et pratiqués par la primitive Eglise,
- L’orateur montre que religion et union des hommes est une seule et même chose, et que la véritable religion, par conséquent, repose sur l’amour de l’humanité, la véritable fraternité républicaine. C’est ce que le Christ a formellement enseigné, et non point cette infinité de dogmes tels que le purgatoire, le célibat des prêtres, la confession auriculaire, le culte des saints renouvelé du Paganisme et tant d’autres que l’Eglise a successivement créés, pour satisfaire l’ambition et la cupidité du clergé avide de pouvoir et de richesses.
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- Monsieur Jarotsky , professeur de l’Université de St~Pétersbourg, faisant une tournée en Europe pour y étudier les questions économiques et sociales est venu la semaine dernière visiter l’Association du Familistère.
- LES CONGRÈS
- ILe Congrès de la Lig;ue Française de PBaseigaemeut, convoqué à Paris par M. Jean Macé, son fondateur, à l’occasion d’un legs de 20,000 fr. fait à la Ligue, a tenu ses séances dans la grande salle du Grand Orient de France. Le but du Congrès ôtait d’établir un lieu fédéral entre toutes les sociétés libres et laïques d’enseignement, et son objet l’emploi à faire du legs en question. 338 sociétés ont répondu à l’appel de M. Jean Macé et envoyé leurs délégués au Congrès.
- Après un débat auquel ont pris part un grand nombre d’orateurs, et notamment M.M. Zopff, (ville de Strasbourg ) Ducharme, ( Société contre l’ignorance de Clermont Ferrand, )' de Heredia ( association Philotech-nique, ) Cuevrel ( Cercle Tourangeau ) le Congrès a adopté la proposition de M. Jean Macé, ainsi conçue .
- La Ligue de l’Enseignement s’organisera en fédération sous le titre de Ligue Française de l'Enseignement:
- Inutile d’ajouter que le Congrès s’est occupé de l’organisation de cette fédération, et des établissements scolaires, des bibliothèques, des librairies de Campagne des musées scolaires, et des musées cantonaux, des Congrès régionaux de la ligue, de tout ce qui intéresse de près ou de loin renseignement qui, seul, répandu largement, libéralement, nous allions dire, sans mesure, fera des générations d’hommes et de citoyens pour l’avenir.
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- On annonce pour le 26 juillet l’Ouverture d’un Congrès régional Ouvrier du Sud-Ouest à Angoulême, dont voici le programme :
- Programme et ordre des séances
- Première séance-.—Mardi, 26 juillet, à neuf heures du soir. — Lecture des rapports de la commiseion d’organisation.
- Deuxième Séance. — Mercredi, 27, à huit heures. — Première question : Du capital et du travail.
- Troisième Séance. — Jeudi, 28, à huit heures. — Deuxième question : De l’Organisation du Parti ouvrier dans la région du Sud-Ouest.
- Quatrième Séance. —Vendredi, 29, à huit heures. — Troisième question : De l’instruction et de l’Education des Prolétaires.
- Cinquième séance.—Samedi, 30, à huit heures. — Quatrième question : De la Propriété.
- Sixième Séance. — Dimanche, 3!, à huit heures. —* Résolutions à prendre sur toutes les questions contenues dans le programme. _ >
- LES « BUILDING SOCIETIES »
- Dans un de nos articles précédents ayant pour titre la Misère, nous avons cité comme institutions de prévoyance existantes en Angleterre, les « Frien-dly societies », les « Post office savings Banks » ou tout simplement les « Savings Banks » et les « Building societies. » Déjà nous avions dit ce qu’étaient les deux premières ; peut-être ne sera-t-il pas indifférent aux lecteurs du Devoir de se faire une idée de la dernière.
- Le but des « Building societies » est de se procurer, au moyen de souscriptions, un fonds avec lequel on puisse faire aux membres associés des avances garanties par hypothèques, soit sur propriété foncière libre, soit sur propriété par copy-hold, soit enfin sur tenure par bail,les dites avances étant stipulées remboursables par à comptes à des époques périodiques.
- C’est en 1809, à Greenwich (Kent), que fut fondée la première de ces Sociétés dont le nombre s’accrut d’une manière très sensible jusqu’en 1836, époque à laquelle passa une loi qui les régit jusqu’en 1874. Un nouvel acte fut alors voté qui, par un effet rétroactif, s’applique non-seulement aux Sociétés établies depuis 1874, mais encore à toutes celles de création antérieure et qui consentent à se placer sous son égide.
- Ce statut confère aux « Building societies » les
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- pouvoirs que l’on reconnaît aux diverses corpora- j tions à l’instar desquelles elles sont traitées. Il proclame que la responsabilité des membres doit être limitée, en ce qui a trait à toute action sur laquelle il n’a pas été fait d’avance, au montant déjà payé ou à l’arriéré dû par le souscripteur, et, en ce qui concerne les actions sur lesquelles des avances ont été faites, au montant de ces actions dont le paiement est garanti par hypothèque, ainsi qu’il a été dit.
- On estime que depuis 1836 jusqu’à ce jour, ces sociétés, par leur fonctionnement, ont permis à plus de cent mille personnes de devenir propriétaires de terrains ou de maisons. Elles offrent surtout des avantages à ceux de leurs membres qui achètent les habitations dont ils sont locataires, en ce que les loyers par eux payés s’appliquent au paiement des avances qui leur ont été faites et se convertissent ainsi en capital. Les garanties hypothécaires augmentant au fur et à mesure du paiement des à-comptes sur les avances faites, on comprend,avantage également immense pour la société prise en masse, que les propriétés offrent peu de dépréciation dans leur valeur. Enfin, d’un autre côté,les membres étant fixés d’avance de la manière la plus exacte sur ce qu’ils auront à payer en frais de toute nature,frais dont le tarif est scrupuleusement établi, il est bien moins à redouter qu’ils s’embarquent dans des entreprises aventureuses.
- * *
- Les « Building societies » se divisent en trois classes :
- 1° Les « Permanent. »
- 2° Les « Terminating. »
- 3° Les « Bowkett et Staar-Bowkett societies. »
- (A) Les « Permanent sociétés, » comprennent deux catégories de membres :
- Ceux qui prennent des actions payables en une seule fois ou par à-comptes périodiques en tenant compte des intérêts, et ceux qui, empruntant,garantissent par hypothèque leur emprunt dont le remboursement doit s’effectuer par paiements partiels et dans un délai donné.
- (B) Les « Terminating societies, » se composent de membres dont les souscriptions sont périodiques et se continuent durant toute l’existence de la société. C’est cette continuité dans les souscriptions qui permet à la Société de faire des avances à ses membres. Ces avances commencent à partir du moment où le chiffre des souscriptions est assez élevé pour cela. Les prêts se font sur hypothèque et l’emprunteur | est tenu alors au paiement d’une souscription don, 1
- le montant est en proportion de l’avance qui lui a été faite.
- Dans les « Terminating societies », le jour où le premier souscripteur a fait son premier versement périodique est la date à partir de laquelle chaque membre nouveau, quelque soit ultérieurement l’époque de son entrée dans la Société, doit sa souscription. Nul sociétaire ne peut calculer d’avance combien de temps durera la Société et combien de temps par conséquent, il aura à payer sa souscription, tandis que dans les « Permanent societies » la qualité de membre peut être et cesser d’être en même temps.
- (C) Les « Bowkett et Stare-Bowkett societies » différent peu des « Terminating societies. » Les souscriptions y sont hebdomadaires et lorsque rencaisse est assez élevé pour permettre de faire des avances aux sociétaires, un scrutin ou une vente a lieu, et l’élu ou l’acheteur est tenu de garantir* la somme qui lui est avancée sans intérêt, soit sur hypothèque, soit par un engagement d’en opérer le remboursement par des paiements périodiques. Ces paiements contribuent à grossir le fonds commun et facilitent à la Société de nouveaux prêts.
- Lorsque la Société prend fin, on rembourse aux souscripteurs qui ont versé le montant exigé par le réglement, ce montant diminué cependant d’une légère somme,représentant les dépenses faites pour frais généraux.
- A un point de vue général, le principe de ces Sociétés est bon, puisque c’est un principe de coopération. L’intention est également bonne puisque, dans leur fonctionnement, elles ont pour but de faire, au moyen d’un prêt annuel et modeste qui leur est fait par chaque membre, (prêt qui est remboursé au sociétaire à la cessation de l’association),elles ont pour but, dis-je, de faire à tout associé des avances assez importantes qu’à son tour il doit rembourser sans intérêt dans un temps donné.
- Ce n’est pas un curatif, c’est pour certaine classe un préventif bien anodin, mais enfin c’est quelque chose.
- C. P. Maistre.
- Le Directeur-Gérant : G-ODIN.
- Saint-Quentin — lmp. de la Société anonyme du Glaneur
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- 4» ANNÉE, TOME 5 — N” 148
- la numéro heUmadaire 20 c. DIMANCHE 10 JUILLET 1881
- Le Devoir
- BUREAU
- A GUISE (Aisne)
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN D ire cteur- Gérant Fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE
- par renvoi, soit an bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France
- Un an. . . . 10 fr.»» Six mois ... 6 »»
- Trois mois . . 3 »»
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- on s’abonne
- A PARIS 5,r.Neuve-des-petits-Ghamps Passage des Deux-Pavillons
- S’adresser à M. LEYMARIE administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- Avertissement. — Conférence de M. Godin. — Etat-civil du Familistère. — Congrès de Leeds. — Faits politiques et sociaux. —Histoire des Equitables pionniers de Rochdale. — Les Crises. — Uemmagasinement de Vélectricité ; canot électrique.
- J9SL WMS
- Le journal « LE DEVOIR » est envoyé gratuitement à titre dfessai.
- Si le journal n'est pas renvoyé après le 4e numéro} l'administration fait présenter une quittance d'abonnement.
- CONFÉRENCE DE M. GODIN
- le 23 juin 1881, 8 heures soir.
- Mes amis,
- J’ai reçu de M. Leblon, à l’occasion de la présente conférence, la demande que je vais vous lire :
- « Monsieur l’Administrateur-Gérant,
- “ Je vous prie de bien vouloir dans une de vos « conférences donner quelques détails sur la ré-“ Partition des bénéfices dans l’Association.
- « Le mode de remboursement du fonds social n’est « pas généralement compris. Tout le monde dans « l’Association ne sait pas encore ce que devient le « capital représenté par les titres d’épargne distri-« bués ; le bénéfice n’étant représenté que par du pa-« pier.
- « Un certain nombre ignore que c’est au moyen « de la substitution successive des titres d’épargne « à la place des titres d’apport, que la libération in-« tégrale de l’Association doit se faire envers le Fon-« dateur, et que tous les travailleurs entreront en « possession du Familistère et de ses usines.
- « A plus forte raison se rend-on difficilement « compte de la manière dont les titres d’épargne
- viendront eux-mêmes en remboursement, et par « quel mécanisme simple et entièrement nouveau, « vous avez assuré le fonds social à perpétuité entre « les mains des travailleurs.
- « On ne saisit pas non plus toute l’importance des « avantages que ces dispositions recèlent pour l’a-« venir des membres de l'Association. »
- En raison de cette demande, c’est donc la question de répartition des bénéfices que j'ai à aborder devant vous ce soir.
- Mais avant de passer à l’examen des titres de participation, il me paraît nécessaire de vous exposer brièvement les principes qui président à la répartition des bénéfices dans notre Société.
- Malgré le vif mécontentement qui existe partout à notre époque chez les classes ouvrières concernant la répartition des bénéfices de la production, on ignore généralement quels moyens employer pour introduire l’équité dans cet ordre de faits. On voit bien les maux du système actuel, mais on ne sait par quoi remplacer les errements en vigueur.
- La première idée qui vienne à l’ouvrier sous ce
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- rapport, c’est de demander simplement une augmentation de salaires, mais cela ne change rien à l’incertitude de sa position, à son manque de garanties d’avenir.
- Il y a autre chose à faire à notre époque. La richesse générale va se développant dans des proportions considérables. Ceux qui se souviennent de l’état des choses il y a 60 ans savent combien la situation des populations s’est améliorée ; le bien-être croît chaque jour ; mais les garanties pour les classes laborieuses ne répondent point encore à ce que la richesse accumulée permettrait de faire au profit de tous les citoyens.
- Les classes dirigeantes ne savent à quoi, ni comment employer les capitaux dont regorgent les banques, et pourtant combien de choses sont à faire dans l’intérieur des classes ouvrières et dans la voie de leur association aux bienfaits de la richesse. Pour ma part, c’est dans la pensée d’offrir un exemple en ces matières que j’ai fondé le Familistère et son Association.
- Malheureusement mon oeuvre est peu comprise. Les questions qu’elle embrasse sont profondes ; l’étude en est laborieuse et fort étendue, peu d’hommes se sentent disposés à y consacrer le temps et les efforts voulus. Quand ceux qui doivent le plus bénéficier d’une institution sont lents à se mettre à l’étude, il donc concevable que ceux qui n’en doivent rien recueillir soient moins empressés encore.
- Je ne veux cependant point donner à entendre que vous ne vous intéressez pas à l'Association qui nous unit. Cela serait inexact ; assurément un grand nombre parmi vous ont étudié les Statuts |et Règlements et ce nombre augmente chaque jour ; mais il est certain que si vous aviez compris toute la portée de l’œuvre, vous éprouveriez pour elle un plus grand entraînement et que l’auditoire, déjà si nombreux qui m’écoute, serait bien plus nombreux encore.
- En face d’une œuvre nouvelle le premier sentiment est de crier à l’impossible. On oppose toujours le doute et la négation à ce qu’on ne comprend pas. Mais ici pour vous des intérêts si grands sont en cause qu’il est de votre devoir à tous de vous éclairer les uns par les autres. C’est à cette condition que vous jouirez de tous les bienfaits que rAssociation comporte. Mes conférences ont cela pour objet ; faites de même entre vous.
- Aujourd’hui puisque nous devons examiner la question de répartition des bénéfices, commençons par nous rendre compte des principes qui président à cette répartition. Pour peu qu'on y réfléchisse, on comprend qu’une association comme celle du F ami- | listère, fondée avec un apport dans des conditions I
- telles qu’en peu d’années ces capitaux passeront entre vos mains par le fait seul de vos épargnes, doit être basée sur des principes embrassant les nécessités sociales d’une façon toute différente de ceux pratiqués jusqu’ici.
- Notre association, mes amis, tend à cette démonstration que la dignité humaine réclame à notre épo-que la suppression du paupérisme, et que l'aumône est un palliatif inintelligent qui fait de la misère la honte de nos sociétés modernes. La société doit assurer aujourd’hui l’existence du travailleur et de sa famille, en reconnaissant à tout être humain : à l’enfant, à l’adulte, au vieillard, des droits imprescriptibles, inaliénables, aux garanties de l’existence.
- La richesse sociale à notre époque, permet d’accomplir largement cette œuvre de justice.
- Si vous concevez que cette reconnaissance du droit de l’être humain est le principe qui m'a guidé dans l’établissement de nos Statuts, vous comprendrez sans peine que notre Association doit professer en premier lieu le sentiment de l’amour et du respect de la vie humaine, de l’existence de tous ses membres.
- Notre Association doit avoir pour base la pratique de la Fraternité. La génération présente voit ses mœnrs adoucies ; les cruautés et les violences des temps passés se sont effacées ; mais il faut aller ên avant, il faut faire plus. Il faut aujourd’hui organiser la solidarité et la mutualité entre les hommes, de façon à répondre à tons les besoins de l’existence humaine. Il faut ainsi consacrer les droits de chacun à la vie et mettre en pratique le devoir envers les autres.
- La génération présente est en progrès, les générations qui nous suivront ne cesseront cette marche en avant* Vous-mêmes vous développez de nouveaux germes, vous êtes vos propres patrons, le travail est honoré parmi vous,il est la seule voie d’avancement.
- Ces germes iront se développant chaque jour, étendant au loin leurs bienfaits, parce qu’ils seront un exemple à imiter.
- Depuis longtemps la vie humaine reçoit parmi nous toutes les garanties qui lui sont dues.Nos assurances mutuelles répondent à tous les cas d’accident,de maladie et d’infirmité à l’égard de l’ouvrier. Elles pré- | viennent l’abandon des enfants ; elles viennent en aide aux veuves ; elles assurent une tranquille existence à la vieillesse ; et c’est afin de donner ces garanties que les Statuts de notre association renfer ment des dispositions telles que la part à attribuer à ces besoins soit toujours prélevée avant d’opérer le partage des bénéfices.
- C’est là un devoir social que notre Association
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- remplit à l’égard de ses membres, en attendant que la France fasse la même chose pour la nation toute entière. Car il appartient à notre époque, aveG les ressources dont la Société dispose, d’inaugurer partout l’assurance mutuelle qui garantirait les citoyens et leurs familles contre la misère et les évènements malheureux de la vie.
- C’est dans ce but que l’article 127 de nos Statuts porte qu’avant de fixer les bénéfices nets à répartir, une part est faite Gomme subvention aux diverses^ assurances mutuelles.
- Le même article spécifie un prélèvement de 10 0/0 de la valeur du matériel et de 5 0/0 de la valeur des immeubles.
- Ce prélèvement n'a d’autre but que de répondre à une même pensée de sollicitude mutuelle pt générale. C’est en vge de garder toujours le palais d’habitation à l’état neuf, au plus grand avantage de la salubrité, de l’hygiène et des agréments de la population.
- Ce pré!èy.ement étant une prescription statutaire a lieu obligatoirement chaque apnée, donc il ne sera pas possible de voir la parcimoiiia, s’introduire daps les questions concernant l’entretien du logement en parfait état.
- Le même chapitre de dépenses répond aux besoins d’entretenir et d’agrandir les ateliers industriels qpi constituent vos moyens d’existence.
- Le paragraphe 3e de l’article 127 fait également une réserve avant tout partage pour les frais d’éducation et d’instruction, car l’instruction est avant tout la première richesse que vous avezà transmettre à vos enfants.
- Enfin le paragraphe 4 fixe le paiement des intérêts aux certificats d’apports et d’épargnes.
- Ce qui reste constitue le bénéfice net.
- Telles sont les dispositions comprises dans l’article 127, titre neuvième des Statuts.
- Le bénéfice net est réparti ensuite selon les prescriptions de Farticle 128..
- Mais avant de passer à l’examen de cet article, il me vient une réflexion que je crois devoir vous communiquer.
- Connaissant les motifs des défiances et des soupçons qui peuvent s’élever dans l’Association contre la régularité et l’exactitude des écritures, j’ai pensé qu’il pourrait bien se faire qu’à un moment donné quelqu’un se dît.
- Mais où sera pour les associés la certitude de n’être point trompés et d’avoir des comptes loyalement établis. Comment seront-ils certains que l’Ad-Hfinistrateur-G-érant, le fondateur, ne leur présente pas un vain similaire de répartition et ne conserve pas la plus belle part des bénéfices!
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- Allant au-devant de ces craintes, je dirai donc •:
- Remarquez que les principaux chefs de fonction et tous les employés comptables sont ou participants, ou sociétaires, ou associés; qu’ils ont le même intégrât que tous les membres de l’Association ; et que les comptes ne pourraient être établis d’une façon inexacte sans qu’ils en fussent les premiers informés. Je ne connais les résultats des opérations qu’après les employés comptables.
- Ils connaissent avant moi les résultats des inventaires et le.montant des bénéfices annuels. Il en sera de même pour ceux qui me succéderont.
- Enfin les associés ont, pour soigner leurs intérêts, un Conseil de surveillance élu par eux-mêmes. Conseil qui a pour mission spéciale de voilier à la régularité des écritures et qui, en cas d’irrégularité doit immédiatement saisir de la question la Gérance et au besoin l’Assemblée générale, selon les formalités prescrites par les Statuts. C’est donc à vous de choisir des surveillants de vos droits véritablement en état d’accomplir habilement la mission que vous leur confiez.
- Vous voyez combien il importe de vous rendre compte de la façon dont toutes choses doivent s’accomplir, afin de ne laisser s’introduire nulle part de dérogation au pacte social.Tout a été conçu pour votre plus grand bien, à vous de bien comprendre nos statuts pour les faire respecter.
- Etudiez-les donc, bien que la lecture n’en puisse être aussi plaisante que celle d’un romap.
- Je passe maintenant à la répartition des bénéfices nets.
- L’article 128 des statuts dit à ce sujet ;
- « Le bénéfice net est réparti de la manière gpi-« vante :
- « 1° Il est appliqué d’abord au fonds de réserve, « puis au rachat par la société des certificats d’ap-« porfs et d’épargne, selon les règles fixées par les « articles 131 et 132, 25 0/0. »
- Je m’arrête ici pour examiner aveç vous l’objet de ce fonds de réserve, en vue duquel est prélevé tout d’abord un quart des bénéfices à répartir,
- Ce fonds est fixé par les statuts au 10e du fonds social soit 460,000 francs,
- Il a pour objet de parer aux éventualités malheureuses. Un incendie, un sinistre quelconque, par exemple, peut frapper l’établissement; le fonds de réserve est là pour couvrir la perte, sans qu’on ajt à toucher au capital social et à diminuer par conséquent les bénéfices ordinaires -
- Si aucun malheur ne survient le fonds de réserve demeure. En un cas comme en l’autre, il appartient à
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- chacun des membres de l’Association au prorata du montant de ses titres dans l’Association.
- L’article 128 accorde ensuite au capital et au travail 50 0/0 et il ajoute :
- « Dans cette attribution, la part du travail est « représentée par le total des appointements et sa-« laires touchés pendant l’exercice, et la part du « Capital par le total des intérêts des apports et des « épargnes.
- « Les 50 0/0 sont répartis au marc le franc entre « ces deux éléments producteurs. »
- Déjà, mes amis, dans une précédente conférence j’ai discuté devant vous cette question de la part, proportionnelle faite à chacun suivant ses salaires ou appointements et les intérêts du capital.
- Je n’y reviendrai ici que pour affirmer de nouveau le principe de justice de ce système. A chacun suivant les services qu’il a rendus. L’ouvrier habile qui fait deux objets pendant qu’un autre n’en fait qu’un ne peut admettre qu’il soit équitable que les parts soient semblables.
- Donc si le salaire varie suivant les services rendus à l’œuvre commune, chacun par conséquent doit participer aux bénéfices au prorata de ses salaires ou appointements, puisque ceux-ci sont la réprésentation de la part que chacun a prise à la production. C’est ce que prescrivent nos statuts.
- En entrant dans l’Association, chacun de vous' débat le prix de ce qu’il veut gagner, selon sa capacité et ses talents. Ce prix convenu est la base de vos droits au jour de la répartition.
- Mais à côté du travail, il y a le Capital et tous deux, capital et travail, étant indispensables l’un à l’autre dans l’œuvre de la production, doivent avoir part tous les deux dans les bénéfices réalisés. C’est là un fait important sur lequel on a beaucoup accumulé d’erreurs.
- Le capital est représenté en industrie par les immeubles, les ateliers, les machines, les outils,, les matières premières, etc.
- Le capital est créé par le travail. C'est le résultat d’un travail antérieurement fait.
- Supposez des hommes sur une terre vierge et inculte, dépouillés des outils et des ressources que notre société renferme. Tout est à créer. Ils n’ont aucun instrument pour faire fructifier les graines que néanmoins le pays rapporte; ils sont réduits à gratter le sol avec des instruments de bois qu’ils se façonnent à grand’peine.
- Un moment arrive où l’un de ces hommes plus observateur et plus ingénieux que les autres trouve dans le pays du minerai de fer. Il devine quel parti on en peut tirer, mais il n’est pas praticien; il ne connaît
- pas le travail des métaux; avec une volonté et une persévérance opiniâtres il arrive cependant à le fondre, à le puddler et à créer une bêche avec laquelle la culture de la terre lui est bien plus facile.
- Cet outil est le résultat d’un travail accompli dans les conditions les plus pénibles. Son auteur n’a pas seulement à vaincre les difficultés matérielles, il a eu à supporter les appréciations défavorables de ses compagnons d’infortune qui, sans confiance dans le succès, ne lui ont pas ménagé les critiques. C’est le sort réservé aux novateurs. Cette première bêche faite avec tant de peines, n’est-elle pas une valeur qui appartient à son auteur ?
- Après que ce brave ouvrier s’est créé cet outil, trouveriez-vous équitable qu’un autre vînt prétendre que la bêche lui appartient tout aussi bien qu’à son auteur, que c’est là un Capital et que le Capital est à tous.
- Assurément vous vous révolteriez contre une telle prétention, comme le ferait l’inventeur même de la bêche, et vous voudriez défendre votre propriété au prix même de votre vie.
- Car c’est là la propriété légitime, nos œuvres sont une partie de nous-mêmes.
- Mais supposons que notre homme ait paisiblement faitrnsage de sa bêche; qu’il ait avec succès mieux cultivé la terre, que, séduits par le résultat, les autres viennent lui demander de leur prêter son outil et que mù par un sentiment d’obligeance l’auteur de la bêche accède à leur demande.
- Ne serait il pas bien naturel qu’après s’être servi de l’outil, ces travailleurs le rendissent à son auteur en y ajoutant quelques-uns des fruits de leur récolte en gage de reconnaissance. Ne trouveriez-vous pas cette action parfaitement juste et équitable ?
- Eh bien ces fruits ajoutés à l’instrument, c’est l’intérêt du capital prêté, c’est la reconnaissance du service. Telles sont justement la nature de l’intérêt bien compris et la situation du Travail et du Capital dans notre Association. Nous reconnaissons les droits de l’un et de l’autre et nous y donnons satisfaction.
- Dans l’industrie ordinaire, c’est le capital qui enlève tous les profits ; ici, il n’en prélève que la part proportionnée aux services qu’il a rendus. Et ces services sont représentés par l’intérêt qui lui a été consenti, de même que les services de travail sont représentés par les salaires et appointements convenus.
- Ceux qui s’élèvent contre le paiement de l’intérêt au capital ne comprennent pas combien les classes ouvrières sont intéressées à faire, au contraire, belle
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- part au capital, afin d’en disposer pour leur propre rédemption.
- L’ouvrier ne peut rien sans le capital, de même que le capital ne peut rien sans l’ouvrier.
- Supposez des ateliers, des machines et pas d’hommes pour les mettre en oeuvre, à quoi cela servira-t-il ?
- .Supposez d’autre part des ouvriers privés d'outils, de machines, d’ateliers, de fonds pour acheter le3 matières premières, que de peine ils auront à se créer quelque bien être.
- Ce qu’il faut à notre époque c’est l’union du Capital et du Travail, c’est la part équitable faite à chacun d’eux dans la répartition des bénéfices créés par leur action commune. C'est l’inauguration de la justice distributive entre tous les éléments qui concourent à la production.
- Cette question est résolue dans nos Statuts.
- Bien loin d’y prendre tous les bénéfices pour lui seul, le capital n’y intervient, 'vous le savez tous, que proportionnellement à la somme des intérêts qui lui sont comptés, de même que le travail intervient au prorata de ses salaires et appointements. Dans les établissements de l’association oh les salaires s'élèvent à environ 1,400,000 fr, et les intérêts du capital à environ 230,000 fr., le capital touche donc à peu près une part quand le travail en touche sept.
- L’article 128 en prescrivant les règles dont hue je parle ajoute :
- « Les dividendes du capital sont payables en es-« pèces et ceux du travail en titres d’épargnes. »
- Cette mesure a eu pour but, mes amis, d’éviter que le fonds social reste indéfiniment aux mains des possesseurs actuels, et de faire en sorte qu’il passe le plus vite possible en la possession des travail-
- leurs .
- Après avoir ainsi attribué........... 25 0/0
- à la réserve et.......................... 50 0/0
- au capital et au travail, l’article 128 répartit comme suit les 25 0/0 restants :
- « 3° A l’Administrateur-gérant......... 12 0/0
- « 4° Aux membres du Conseil de gérance 9 0/0
- « La répartition est faite entre lesmem-“ bres du Conseil de façon que le partici-« pant ait une part, le sociétaire une part « et demie, et l’associé deux parts.
- « 5° Au Conseil de surveillance........ 2 0/0
- “ Ces trois attributions sont indépen-“ dantes de ce qui peut revenir aux par-“ ties prenantes dans la part attribuée au “ travail sous le n° 2.
- « 6° A la disposition du Conseil de gé-« rance pour être répartis, dans le cou-« rant de l’année, aux employés et aux « ouvriers qui se seront distingués par « des services exceptionnels. (Réglement,
- « 3e partie. Art. 78, 79)................ 2 0/0
- « Total.... 100 »»
- Vous avez pu remarquer, mes amis, que les Statuts me réservent une part de 12 0/0 sur les bénéfices. Ce n’est point sans motifs intéressants pour l’avenir de l’Association même que je me suis réservé cette part. En vous assurant le droit de participation aux bénéfices, j’ai espéré un nouveau et prochain développement des opérations de la Société, j’ai pensé que bientôt il serait nécessaire d’augmenter le personnel administratif et dirigeant, j’ai voulu pouvoir le faire sans que la part faite actuellement à chacun des conseillers de gérance dans la répartition vînt à diminuer par l’introduction de nouveaux membres dans les Conseils.
- J’ai déjà pris des engagements verbaux à ce sujet; j'ai dit que je diminuerais le tant pour 0/0 qui m’est affecté, à mesure que j’adjoindrais à l’œuvre ces capacités supérieures dont nous avons besoin.
- Mes prévisions se réalisent. Déjà les affaires grandissent sans cesse et vos chefs de fonctions sont tellement surchargés de travaux qu’il devient indispensable de leur donner des adjoints, ou d’ouvrir même à côté d’eux des fonctions nouvelles.
- Mon désir est d’opérer ces modifications en ménageant assez les choses pour que chacun ait à y gagner.
- Après la part faite au Conseil de gérance représentant 1 0/0 de bénéfices pour chacun des conseillers, vient celle faite au Conseil de surveillance.
- Ce Conseil est composés de trois membres nommés par vous ; leur mandat expire chaque année. C’est une occasion pour vous d’attribuer une part exceptionnelle à ceux des associés qui se distinguent par leur dévouement à l’Association, leur capacité, leur vigilance et les connaissances spéciales propres à la fonction de conseiller de surveillance.
- Enfin, viennent ensuite les 2 0/0 affectés aux récompenses exceptionnelles.
- C’est une somme destinée à récompenser constamment les esprits actifs, inventeurs, dévoués à l’accroissement et à la prospérité des opérations sociales.
- Ce fonds a pour but d’activer en vous l’esprit de recherche et de perfectionnement. En agissant ainsi, l'association, en même temps qu’elle récompense un service rendu, s’assure les moyens de satisfaire le
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- commerce, d’aller au devant des besoins du consommateur et par conséquent d’entretenir l’activité du travail dans vos ateliers, c’est'à-dire d’assurer le bien-être et ia prospérité de vos familles.
- En attendant, mes amis, persuadez vous bien que l'Association du Familistère est l’institution la plus complète qui existe pour l’amélioration du sort des travailleurs, Donnez-lui donc toute votre attention étudiez-la ; servez sa cause avec dévouement.
- En agissant ainsi vous ne travaillerez pas seulement pour vous-mêmes, mais aussi pour le monde entier des travailleurs, car vous offrirez à l’industrie et à ceux qui la dirigent un exemple à imiter et, dans tous les cas, vous montrerez ia solution du problème de l’Association du travail et du capital, et préparerez ainsi les pians de la régénération sociale et de la rédemption des travailleurs.
- ÉTAT CIVIL DU FAMILISTÈRE
- NAISSANCES
- Lundi 4 Juillet. — Paul-Eugène Lebel, fils de Lebel Marcellin et de Rabelle Victoire.
- m&cibs
- Mardi 5 Juillet. — Bourbier Henri, âgé de 5 mois.
- LE CONGRÈS DE LEEDS .
- Il
- Le samedi 4 juin, le Congrès annuel de la coopération anglaise tenu à Leeds a débuté, par la réunion du comité central dans les salles de la Société industrielle de cette ville, quoique l’ouverture publique de ses séances n’ait été faite que le lundi. Le dimanche un service solennel célébré le matin à Mill Hiii Chapel, et dans l'Eglise paroissiale le soir, sous la présidence de l’Evêque de Carlisle, a servi d’inauguration religieuse aux travaux du Congrès.
- C’est dans la salie centrale de Albert Hall à Leeds que, le lundi de la Pentecôte, la première séance du Congrès a été tenue. « Jamais, dit la Cooperative News nous n’avions vu à aucun des Congrès antérieurs , une assistance aussi nombreuse et aussi attentative. Longtemps avant l’heure de l’ouverture, les représentants des diverses sociétés de coopération remplissaient la salle, et les galeries étaient bondées de spectateurs. Cette vaste enceinte surmontée d’une coupole, dont les trente fenêtres font
- à la salle gracieusement ornée une auréoie lumineuse, présente de toutes parts un coup d’œil magnifique. Sur les murs, se lisent partout des devises glorifiant la coopération, et portant les mots : « Bienvenue à nos hôtes », « Supporter et pardonner », « Apprenez à travailler et soyez sans inquiétude », « La coopération, remède à la pauvreté » Faire le bien honnêtement à tous » et bien d’autres.
- A 10 heures 35, Lord Derby accompagné du maire de Leeds, de M. Barron membre des Communes, et -MM. Hugues, Vansittart Neale, et autres, fait son entrée au milieu des applaudissements de toute l’assistance. Après la lecture de quelques messages de congratulation des autres corporations, et un discours de bienvenue assez court de M. Bell, président de l’association coopérative de Leeds, lord Derby prend la parole et commence un long et substantiel discours, dont voici le début :
- « Je vous remercie sincèrement, Messieurs, d’un accueil dont la bienveillance et la cordialité n’ont jamais été surpassées, dans aucune des réunions publiques dont ma longue expérience de ces assemblées m'ait laissé le souvenir.
- « Ce n’est assurément pas par pure flatterie, mais bien par suite d’une conviction mûrie et sincère, que je commence par vous dire que l’objet de la réunion de ce Congrès, la question de la coopération est, à mon avis, plus important, pour l’avenir de l’Angleterre, que les neuf dixièmes des questions que l’on discute dans le Parlement, et qui provoquent les réunions politiques. Dans un pays libre, la sphère du gouvernement est nécessairement et justement limitée. La loi n’entrave que peu ou point nos actes, et c’est à peine si son action est sentie par les honnêtes gens, dans la plupart des cas. Le principe d’après lequel un homme agit, l'occupation qu’il se donne, le but vers lequel il dirige sa vie, sont autant de choses dans lesquelles l’Etat, généralement parlant, ne peut avoir à s’immiscer. Nous avons appris par une longue expérience de la vie nationale, que bien des questions, desquelles autrefois, on pensait qu’il était essentiel que le pouvoir les réglementât, peuvent être laissées à régler par le peuple lui-même, sans danger aucun, et je dirai même avec avantage. Comme nous avons graduellement adopté, et comme nous adoptons de plus en plus cette doctrine, nous constatons de jour en jour davantage que, malgré quelques apparences superficielles du contraire, le danger des convulsions politiques s’amoindrit proportionnellement.
- » L’énergie qui occasionnerait ces convulsions n’est point détruite, non assurément, mais elle est portée dans une autre direction ; elle prend une autre
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- voie. L’ouvrier qui est mécontent du salaire qu’on lui donne, ne demande point que la législation élève ce salaire ; il s’unit à d’autres ouvriers comme lui, et il combat son patron dans des conditions d’égalité comparative. De son côté le patron emploie les mêmes armes; il se ligue avec ses collègues pour résister à des prétentions qui lui paraissent injustes.
- « Des associations volontaires sur une vaste échelle qui ne demandent aucun concours à l’Etat, et qui n’attendent de lui que la liberté et la non-intervention sont un des signes caractéristiques de notre époque ; et, à, mon sens, ce n’est pas un des moindres mérites de ce mouvement coopératif que de savoir se tenir toujours strictement dans les limites tracées par cette règle. Elles ne sollicitent point les capitaux publics ; elles ne demandent pas que leurs adversaires soient renversés par le bras de la loi ; elles ne veulent ni entraver la liberté individuelle, ni fouler aux pieds un contrat librement consenti. Leurs prétentions sont si justes et si équitables que leurs adversaires les plus déclarés, ceux dont les intérêts personnels souffrent le plus de leur développement n’oseraient soutenir que les défenseurs du nouveau principe de l’association et de la solidarité ne sont point évidemment dans leur droit et même dans le vrai. Ils opposent des arguments d’un autre ordre, tirés de considérations d’opportunité et de politique, mais ils ne contestent ni la vérité ni le droit,
- « C’est là un des caractères de la coopération, qui constitue une des meilleures recommandations à la faveur du public. »
- L’orateur déclare ensuite que le mouvement coopératif est tout à fait volontaire, dicté par une conviction sincère, qui le rend l'ennemi-né de toute fraude, de toute falsification, de tous les moyens blâmables employés par des marchands ou des producteurs peu consciencieux, pour tromper la consommateur ignorant sans défiance. Cette conduite est tracée aux coopérateurs, non point par une vertu spéciale transcendante, mais par leur propre intérêt même, et c’est ce qui garantit qu’elle ne se démentira j jamais, !
- Un autre avantage de la coopération, suivant lord j Derby, est tiré de la suppression de la vente à crédit, j résultat extrêmement avantageux, au point de vue j social. La dette est la plaie du pays; l’Etat lui-même j est endetté au point, que neuf années de ses revenus se trouvent déjà engagées ; les grandes villes, quoi-qu’entrées plus tard dans cette voie, s’y trouvent maintenant poussées fortement en avant; et c’est à peine si l’on trouverait un propriétaire exempt de dettes sur dix. Le commerce, l’industrie, toutes les branches de l’activité humaine en sont plus ou moins
- chargées, et c’est un des plus grands services que l’on peut rendre à l’humanité, que de supprimer cette cause de malaise pour les transactions courantes de la vie, etd’ôter aux imprudents la possibilité d’acheter quoi que ce soit, excepté le nécessaire, avant d’avoir l’argent pour le payer.
- « Point de falsification, point de crédit, voilà les deux premiers points essentiels de votre charte », dit lord Derby ; ces deux principes ne sont point exclusifs aux associations, d’après le système coopératif. Toute personne peut former avec d'autres une société dans laquelle ils seront adoptés. Ce qui me paraît être votre principe distinctif, c’est que le travailleur doit être payé conformément aux résultats de son travail, et qu’il doit être en tout ou en partie son propre patron. Un étranger placé en face de ce principe se posera immédiatement les questions suivantes : Quelle Influence ce principe exercera-t-il sur la quantité et sur la qualité de la production industrielle ? Comment agit-il sur le bonheur et le confort de ceux qui l’adoptent ? Et comment se comportera-t-il dans les relations entre le travail et le capital ? Tels sont, je crois les trois principaux points de notre enquête. .
- « Quant à la première question, ce qui frappe tout observateur impartial, c’est que plus il y a de travail à faire et mieux il est fait, avec le système coopératif, qui l’emporte à cet égard sur le système du salariat ordinaire, et cela pour une raison bien simple, Dans le premier, chaque homme travaille pour lui-même en même temps que pour les autres ; dans le second cas, il travaille pour un patron, aux intérêts duquel il ne faut pas attendre de lui qu’il s’attache bien chaudement. Ce n’est pas tout encore : dans l’industrie coopérative, l’œil du maître est partout. On dit, et je ne sais si c’est à tort pu à raison, que lorsqu’un homme est embauché, il se rendrait fort impopulaire s’il en faisait dans sa journée plus que ses compagnons, et s’il faisait preuve de plus d’habileté et d’activité qu*eux. D’autre part, si le voisin vient détériorer son ouvrage, il n’est pas un homme qui s’en plaindra, ou même qui s’y opposera. Que lui importe? Son travail lui sera payé, c’est tout ce qu’il lui faut. Avec le système coopératif, chaque ouvrier est un patron et un surveillant, en même temps qu’un travailleur, et c’est ainsi que l’œil du maître est partout. Comme le mauvais ouvrage ou l’ouvrage auquel on emploie plus de temps qu’il n’en faut se traduit par une perte pour l’Association, tous les travailleurs ont le plus grand intérêt, non-seulement à bien remplir leur tâche propre, mais encore à veiller à ce que les autres fassent de même.
- « C’est devenu un lieu commun que le travail au-
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- quel on prend un vif intérêt cesse presque d’être un travail, tandis qu’une tache, si légère qu’elle soit, qui nous est imposée par force, paraît extrêmement lourde. Sans aller jusqu’à dire que le travail est agréable par lui-même, idéal dont nous sommes bien loin encore, je prétends que l’ouvrier qui a part aux bénéfices travaillera non-seulement avec plus d^en-train et d’énergie que son voisin, mais encore avec cette satisfaction qu’éprouve le petit propriétaire à bêcher son jardin ou son champ. »
- En ce qui concerne la deuxième question, l’orateur rappelle qu’avec l’association les profits étant plus considérables et les épargnes assurées, le bonheur et le confort des travailleurs associés en augmente d’autant :
- « Voici un troisième point, continue lord Derby. Sur les milliers de plans proposés jusqu’à ce jour, et il y en a un qui a paru il y a six semaines, dans le but de mettre fin aux différends si invétérés entre le travail et le capital, la coopération est celui qui offre les résultats les plus considérables avec le moins de charges. Je ne m’appesantirai point sur une chose que nous connaissons tous en vous parlant de la perte du capital et de la perte du travail, ce qui est la même chose, que les hostilités et les tiraillements provoqués par les querelles à propos des transactions commerciales occasionnent. Leur résultat est déplorable ; mais à qui faut il en attribuer la responsabilité ? Est-ce le capital qui a tort de refuser de payer des salaires qui grèveraient ses produits, et l’obligeraient à les vendre au dessus des cours ? Certainement non ; il n’est point tenu de le faire, et s’il le faisait, son concurrent voisin l’aurait bien vite ruiné. Est-ce l’ouvrier qui n’est pas dans son droit en essayant de tirer le meilleur parti possible de son travail, et en s’entendant avec ses camarades pour cela? Assurément non; c’est son droit tout 'à la fois naturel et légal. Et pourtant, tous les deux étant dans leur droit, des millions sont gaspillés, des inimitiés sociales sont créées, qui souvent donnent lieu à des troubles et à des rixes. Quel remède appliquer? L’arbitrage ? Il n’est pas'toujours efficace, et nous pourrions même dire qu’il ne l’est jamais.
- « Avec le système de la coopération,- cette difficulté n’existe point, elle est au moins tournée. On se dit qu’il ne peut pas y avoir de lutte, parce que les S intérêts des deux parties sont identiques, l’employé 1 et le patron ne faisant pour ainsi dire qu’un. » |
- L’orateur constate ensuite que la coopération n’a I point encore pénétré parmi les travailleurs agricoles, f et il explique combien cette exploitation serait pro- f ductive pour les associations, comme annexes aux I autres exploitations déjà en vigueur. I
- Passant ensuite à la question principale qui doit être discutée au sein du Congrès : l’emploi du surplus de capitaux en caisse, lord Derby dit : .
- « De la lecture de vos rapports antérieurs, je conclus que, parmi vous, la majorité semble fort disposée à placer l’excédant de capitaux, que vous possédez heureusement en masse, dans la construction de maisons d’habitation pour vos membres. Laissez-moi vous dire, et j’y suis autorisé parce que, depuis bien des années, je prends un très vif intérêt à cette question de l’habitation ouvrière, laissez-moi vous dire que vous ne pouvez pas entreprendre une œuvre plus pratique et plus utile. Je ne parle point des maisons associées, soit pour les usages ordinaires, soit pour un usage exceptionnel, quoique je n’ignore pas que ces maisons communes sont aussi fort en faveur parmi quelques-uns d’entre vos membres. Je parle uniquement des maisons et jardins que les coopérateurs aussi bien que d’autres personnes peuvent naturellement désirer acquérir et posséder. Vous ne pouvez pas, à mon avis, faire de meilleur placement de vos fonds, de placement plus profitable à la Société, de placement enfin qui soit susceptible, avec une bonne administration d’être plus rémunérateur. »
- Lord Derby termine en passant en revue les chiffres qui démontrent les progrès accomplis dans les vingt dernières années par les sociétés vouées au mouvement coopératif, et en constatant qu’ils sont la meilleure preuve que l’on puisse fournir en sa faveur. Il déclare enfin que le progrès toujours croissant de ce mouvement fécond est un des signes du temps les plus favorables pour l’avenir, parce qu’il est destiné à écarter les dangers et les difficultés sans nombre, qui entourent l’ancienne civilisation, sous les influences énergiques des nouvelles opinions et des idées nouvelles.
- A la suite de ce discours, et après quelques discours de remerciements adressés à l’éminent orateur, entre autres par le Maire de Leeds, et par MM. Hughes Barsens, lord Honghton un vote de reconnaissance à Lord Derby clôt cette séance préliminaire suivie immédiatement d’un lunch préparé par la municipalité dans le Town Hall de Leeds.
- E. F. {A suivre.)
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- FAITS POLITIQUES & SOCIAUX DE LA SEMAINE
- FRANCE
- TRAVAUX DES CHAMBRES
- C'est la discussion du budget qui a occupé la chambre cette semaine. Elle a été interrompue par quelques interpellations, telles que linterpellation de M. Saint-Martin, député de Vaucluse au Ministre de la marine, au sujet de la conduite du Préfet Maritime de Lorient à propos des processions. Les Journaux out relevé dans cette circonstance l’inconséquence du gouvernement,qui punit un caporal protestant qui refuse de s’agenouiller devant un objet du culte catholique, et qui laisse impunie la désobéissance formelle d’un contre-amiral ultra-catholique aux ordres de son chef. La chambre a eu aussi riuterpellation de M. Jacques, député d’Oran, au sujet des troubles d’Algérie, laquelle malgré un vote de confiance obtenu par le ministère, ne lui a point été extrêmement favorable.
- Au Sénat, c’est la loi sur l’Instruction qui a fait les frais des séances. Cette discussion, grâce à la persistance de la droite de ne pas vouloir reconnaître que la morale n’a point pour base la religion, s’est traînée d’une façon désolante qui n’ajoute rien au prestige de la chambre haute, bien au contraire.
- M. Jules Simon a réussi a faire passer un amendement équivoque, qui, suivant les dispositions des gens chargés d’appliquer la loi, pourra en dénaturer "entièrement l’esprit.
- Nous trouvons dans le discours prononcé par M. Mas-quin, directeur de l’Association ouvrière nommée Y Imprimerie nouvelle, au banquet annuel de cette société la meilleure réponse que l’on puise faire et par la parole et par l’exemple aux théories sauvages de quelques ouvriers égarés, qui prêchent la violence pour la conquête du capital ou de l’outil. Nous croyons être utile à ces derniers, plus encore qu’à la cause que nous défendons, en reproduisant la conclusion de ce discours. Mais quelques mots sur celte association ouvrière sont d’abord indispensables pour mieux faire comprendre la portée de ces sages paroles.
- L'Imprimerie nouvelle est une association d’ouvriers typographes, fondée en 1369 au capital de 30.00(Ffr., péniblement amassés, sou par sou, par les ouvriers fondateurs. Leur esprit d’ordre et d’économie ne tarda pas à porter ses fruits naturels. Malgré les entraves apportées par la guerre et la Commune à l’entreprise naissante, elle prospéra et se développa. Le capital primitif fut porté d’abord à 110,000 et ensuite à 80,000 fr. Il est aujourd’hui de 200,000 fr.
- Les commandes affluent et Ylmprimerie nouvelle est une des entreprises de ce genre les plus prospères de Paris. Les associés, tous ouvriers, travaillant en commun. Par l’épargne ils ont acquis le capital et l’outil. Les deux sont aujourd’hui leur propriété, et cette propriété augmente de valeur tous les ans.
- Quelques philosophes, amis de l’humanité, ont, dans des livres admirables, critiqué* notre organisation sociale, mis en relief ses iniquités, ses inégalités révoltantes, où les uus ont tout et les autres rien, où les enfants des travailleurs sont voués fatalement à la misère dès leur naissance, tandis que d’autres son appelés à toutes les jouissances, quelquefois même sans travailler. Ces penseurs, considérant la marche de l’humanité et ses évolutions successives, ont conclu qu’un jour viendrait où ces inégalités disparaîtraient, où l’instruction répandue à flots, élevant de plus en plus le niveau Q^oral, la misère disparaîtrait et tout viendrait se fondre dans une harmonie universelle. Promesses d’autant
- plus séduisantes que notre misère est plus profonde ! Oui, mais quand se réaliseront-elles et comment ?
- Des écoles se sont formées, et leurs adeptes croient qu’on peut, du jour au lendemain, changer la face de l’humanité. Nous ne le croyons pas; nous croyons, au contraire qu’il faut attendre encore de longues années ; nous savons que le progrès marche sans cesse ; mais lentement; nous-sommes fermement convaincus que les efforts individuels ou collectifs doivent précéder la consécration législative, Nous n’avons pas voulu attendre les bras croisés, et pour bâter la venue de ce jour tant désiré, pour tromper notre attente, nous nous sommes mis à l’œuvre, sachant d’avance que nous ne jouirions pas du produit de nos efforts, mais que nous ferions quelque chose de profitable à ceux qui suivront. Et les impatients qui n'ont rien su faire que des théories ou des discours, disent que nous sommes des niais, des dupes, ou les complices de ceux qui nous exploitent.
- Vous ôtes des ingrats, car lorsque vous dites que l’ouvrier doit posséder l’usine et l’outil, si l’on vous demande s’il saura la diriger et satisfaire aux besoins du commerce et de l’industrie qui sont la fortune du pays, notre œuvre vous fournit une réponse victorieuse, et n’aurions-nous fait que cela, que vous devriez nous remercier.
- Les autres, les violents, nous traitent d’une façon plus dure, suivant leur tempérament et leur méthode de discussion. Pour ceux-là, nous sommes des satisfaits, des repus, des corrompus, pour tout dire en un mot, des Bourgeois.
- Notre crime, c’est que nous ne voulons point sacrifier la vérité à une vaine popularité, c’est que nous nous défions de ces systèmes tout d’une pièce, où l’on n’a rien oublié, rien, que la liberté ; c’est surtout parce que nous proclamons bien haut, que sous le régime du suffrage universel, de la loi votée et consentie par tous, nous répudions la violence, et l’immense majorité-des travailleurs est avec nous.
- Non, plus de sang, car c’est toujours le nôtre qu’on répand.
- Eu poussant les ouvriers qui ont faim à s’emparer des richesses que leur travail a contribué à produire, en leur disant qu’ils ont droit de prendre violemment l'outillage industriel, sans vous être rendu compte de ce qu’ils en feraient le lendemain, vos déclamations n’arrivent qu’à fournir un thème aux ennemis de la République.
- Le sentiment inné de la justice qui est au fond de l’âme des travailleurs et qui protège plus efficacement la société que le prêtre, le juge et le gendarme, ce sentiments les rend sourds à votre voix et c’est à nous qu’ils viennent.
- Cette usine, que vous voulez exproprier, nous l’avons fondée par l’épargne et le travail. Ces machines que naguère, dans son ignorance, l’ouvrier voulait briser, que vous nous conseillez de prendre, nous les avons achetées.
- Vous excitez les appétits grossiers et vous poussez a la haine des classes, nous préconisons le sacrifice et la solidarité.
- Vous prêchez le désespoir, nous prêchons l’espérance 1
- Vous parlez de supprimer les frontières et vous voulez élargir et creuser plus profondément encore le fossé qui sépare le peuple travailleur de ceux qui l’emploient. Nous voulons le combler en y jetant, tout ce qui reste des vieilles lois qui font obstacle à la liberté, tout ce qui reste des abus et des privilèges, afin que la République française, par l’union de ses enfants, puisse rereprendre dans le monde son rôle libérateur et pacifique.
- Pour cela, que faut-il ? — un levier — la Liberté ; un idéal, — la Justice !
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- DL«a. prison préventive. — Il y a quelques jours une malheureuse femme a été acquittée par le jury apiès one détention préventive de quinze mois à St-Lazare.
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- LE DEVOIR
- On nous apprend aujourd’hui qu’une jeune fille — qui vient également d’être acquittée par la cour d’assises — a fait six mois de prévention, et cela par la faute d’un copiste.
- Il s’agit d’une demoiselle Giard, accusée d’avoir soustrait du linge au préjudice de sa patronne. Le délit n’était pas du tout prouvé ; le juge d’instruction se livra à une enquête à la suite de laquelle il put^ dire à l’inculpée . A telle époque, voilà qu’elles étaient vos ressources; votre mère (qui tient un commerce de fruiterie) et vous, vous gagniez tant, comment arriviez vous a payer vos dépenses qui dépassaient ces ressources ?
- La réponse fut bien simple. La jeune fille déclara que sa grand’mère, nommée Leroux, qui habite St-Germain-sur-Ay (Meurthe), leur envoyait de l’argent par l’entremise de M. Pauvel, son notaire.
- On écrivit pour demander à M. Fauvel si réellement, aux époques indiquées par l’incuîpée,il avait envoyé de l’argent à la nommés Augustine Lamy, femme Liard. Le notaire lui répondit que la nommée Augustine Lamy, femme Liard, lui était inconnue.
- Parbleu ! la femme à laquelle il avait adressé les fonds s’appelait Augustine Leroux, et non Augustine Lamy,— femme Giard, et non femme Liard!
- Et personne ne s’était aperçu de l’erreur!
- Il a fallu que les débats s’ouvrissent devant la Cour d’assises pour qu’on y vît claire et que le malentendu fut dissipé.
- Les envois d’argent dont avait parlé l’inculpée avaient réellement été faits par le notaire ; c’est cet argent-là qui lui avait permis de vivre avec sa mère, elle n’avait pas eu besoin de voler !
- Naturellement le jury l’a acquittée.
- Mais elle n’en a pas moins subi un longue détention préventive, uniquement parce qu’un greffier, — dans une lettre datée du 9 février,a commis une double erreur de nom !
- Et cette pauvre femme n’a même pas droit à une indemnité !
- Yoyons est-ce qu’une réforme de ce côté-là ne paraît pas nécessaire ?
- ANGLETERRE
- En Irlande, l’agitation est encore loin d’avoir cessé, Ce n’est qu’avec le concours de la force armée que les magistrats peuvent faire exécuter la loi et encore n’y réussissent-ils pas toujours.
- Un certain nombre d’expulsions de fermiers ont eu lieu près de Mitchelstown, dans le comté de Cork. Le shérif chargé de les faire exécuter ôtait accompagné d’une colonne volante composée de 321 hommes d’infanteris, d’un détachement de dragons, d’un peloton de hussards de soldats du génie, d’ambulances ; le tout sous le commandement d’un colonel ; à ces troupes étaient.joints InO agents de police. La première maison visitée a été celle d’un fermier qui avait été arrêté avec son fils, en vertu du bill de coercition.
- On constata que l’on avait rompu un pont de bois qui donnait accès dans la maison et la police dut traverser la rivière à gué. Arrivée à la maison, elle rencontra de la résistance, mais on fît enfoncer et enlever tout ce qui se trouvait à l’intérieur. D’autres saisies furent opéiées dans des conditions analogues; la colonne rencontra sur son chemin des arbres renversés et une foule d’autres obstacles que les hommes du génie furent forcés d’écarter.
- Lorsque la colonne rentra à Mitchelstown par une pluie battante,.elle fui huée par la foule, que la police dispersa à coups de bâton. Plus de 30 personnes Ont, dit-on, été grièvement blessées.
- ALLEMAGNE
- M. de Bismarck paraît décidé à employer les moyens extrêmes pour mater ses adversaires les plus résolus pendant la période électorale. Une dépêche envoyée de
- I Dresde à la Nouvelle Presse libre de Vienne annonce qu’il vient d’arracher au gouvernement saxon la promesse de proclamer ces jours-ci l’état de.sièg à Leipzig. La police saxonne a d’ores et déjà interdit les collectes faites pour couvrir les frais de la propagande électorale du parti socialiste. Suivant une dépêche envoyée de Berlin au Daily News, M. Auer, député socialiste au Reichstag, aurait été arrêté hier en vertu de la loi qui iuterdit aux députés du parti de séjourner à Berlin en dehors des sessions du Parlement.
- La chasse aux socialistes et aux écrits socialistes se poursuit avec une extrême rigueur en Saxe. La police de Dresde vient d’interdire la vente du discours prononcé par M. Bebel,dans la séance du 4 avril au Reichstag, sur le projet de loi relatif à l’assurance obligatoire pour les ouvriers.
- D’après une dépêche adressée de Leipzig à la Gazette de Francfort, une centaine de socialistes auraient déjà été expulsés en vertu des pouvoirs exceptionnels que l’état de siège confère au gouvernement. Parmi les membres du parti expulsés se trouvent MM. Bebel, Liehknecht et Hasenclever.
- TURQUIE
- Le procès des accusés de l’assassinat du sultan Abd-ul-Aziz vient d’avoir son dénouement. Le fait du meurtre a été admis. La cour a déclaré Mustapha, lutteur, Hadj-Anmet-Mustapha-Djezaerli, garde champêtre ; Fa kry-Bey, chambellan, coupables d’assassinat avec préméditation ; Ali-Bery-Bey, Nedjib-Bey, officiers ; Midhat-Pacha, Nouri-Pacha, Malîmoud-Pacha-Damad, coupables de complicité, et Seydf-Bey, Izzet-Bey, fonctionnaires du palais, coupables d’aide et d'assistance dans l’accomplissement du crime.
- En conséquence, Midhat-pacha, Mahmoud-pacha, Nouri-pacha, Fakri-bey, Ali-Bery-Bey, Nedjib-bey, Mustapha Pklivan. Mustapha Djezaerli le lutteur et Hadji-Mèhmet, en tout neuf accusés ont été condamnés à mort.
- Seydf-bey, Izzet-bey ont été condamnés à dix ans de travaux forcés.
- BULGARIE
- Les élections ont été favorables aux desseins du Prince, mais on sait qu’elles ont été marquées par des troubles ^très graves. C’était à prévoir. Le prince Alexandre avait tellement bien compris que la grande majorité des Bulgares souhaitaient le .maintien de la constitution que."en prévision d’une défaite, il avait par décret délégué à des officiers le droit de contrôler les opérations électorales. Ces élections n’ont été que le prétexte à un coup d’Etat qui, malheureusement, réussira d’après toutes les prévisions.
- A Sofia même les partisans du prince ont trouvé moyen de réunir presque l’unanimité 4,699 électeurs qui ont pris part au vote. M. Zancoff n’a obtenu que 4 voix.
- Il n’y a eu de désordres qu’à Nicopoli et Rahova (sur le Danube), où quelques rixes ont eu lieu. Partout ailleurs la force armée a su empêcher toute démonstration ; mais dans ces deux villes, le désordre a été suffisant pour que les fonctionnaires publics aient jugé prudeni de passer en Roumanie pour y mettre en sûreté les caisses de l’Etat, du télégraphe, des postes et des prisons.
- L’état de siège a été immédiatement proclamé à Nicopoli et Rahova.
- AUTRICHE-HONGRIE
- La haine des Allemands a pris dans toute la Bohème un caractère tellement aigu, que le seul fait de chanter allemand dans la rue ou dans un établissement public
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- LE DEVOIR
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- provoque des excès.Les journaux tschèques,qui avaient été confisqués en raison d’articles excitant au désordre, ont reparu le lendemain ; ils engagent au calme ; les professeurs tschèques de TUniversité ont invité les élèves de leur nationalité à éviter tout ce qui pourrait compliquer la situation et aggraver 'l’hostilité entre les deux nationalités.
- RUSSIE
- La position financière de la Russie devient de jour en jour plus critique, et l’on est à la veille d’une nouvelle banqueroute, comme cela s’est déjà produit trois fois en Russie (la dernière sous le ministre du czar Nicolas Ier, Canevine). Dans la Russie d’Europe seule, les arrérages sur les paysans s’élèvent, d’après les sources officielles, à plus de 35 millions de roubles (environ 120 millions), et si le gouvernement russe ne les a pas encore définitivement' rayés de son grand-livre, cette radiation ne constitue plus qu'une simple formalité. Ajoutez encore à cela les mauvaises récoltes qui s’annoncent pour cette année en Russie, les dépenses formidables . du ministère de la guerre et l’entretien de la police secrète, et vous verrez qu’une faillite est imminente en Russie.
- M. de Bunge, le ministre des finances actuel, fait son possible pour conjurer le fléau, et il est en train de négocier avec les banquiers étrangers un nouvel emprunt extérieur pour 1 a Russie.
- En attendant, les plongeurs continuent à travailler, sous tous les ponts du Saint-Pétersbourg, à la recherche des mines, car, d’après une dénonciation compétente d’un mouchard renommé, ils sont tous minés.
- Hier, les nihilistes ont lancé une proclamation satirique à l’adre-se du czar, où ils lui disent qu’il pourra vivre tranquille et sans peur, si, par hasard, une bombe n’éclate pas entre ses jambes ; car, par sa bêtise et sa stupidité de son factotum Pobedonozeff, il sert les nihilistes mieux qu’eux-mêmes. La Russie d’aujourd’hui présente tous les symptômes de 1789 Ce que les nihilistes veulent, la misère l’accomplira. Des grands évé- : nements se passeront'plus tôt que l’on ne pense et dont se ressentira toute l’Europe.
- En attendant, le tzar devient de plus en plus défiant et taciturne ; il travaille seul et il semble comprendre que ie nihilisme s’infiltre partout et jusque dans l’intérieur du palais de Peterhof, malgré et probablement avec la masse de généraux, officiers et soldats qui forment la garde prétorienne de tout souverain russe.
- SUISSE
- L’affaire de l’interdiction prononcée par le gouvernement zuricois contre la réunion du congrès socialiste international prend toutes les proportions d’une affaire d’Etat. Toute la presse démocratique blâme cette décision ; elle réclame le respect de ia constitution, et il est à prévoir que des paroles très vives seront échangées pendant la session extraordinaire du grand conseil convoqué pour traiter cette affaire.
- Une commission est chargée de faire un rapport à ce sujets elle est composée de quatre libéraux et de trois démocrates.
- Les débats commenceront le 11 juillet. Forts de l’appui des démocrates, les socialistes ont décidé de se réunir, malgré l’interdiction du gouvernement. Les socialistes se déclarent citoyens suisses et zuricois, s’autorisent de la constitution. Dès lors, on ne voit pas trop comment lé gouvernement pourra s’y prendre pour empêcher une réunion de citoyens suisses.
- Gomme ce n’est que le 2 septembre que le congrès doit avoir lieu, il faut espérer que d’ici là les recouvrants auront épuisé toutes les instances, d’abord devant le grand Conseil, puis devant le tribunal fédéral, chargé des conflits résultant de l’interprétation des droits constitutionnels.
- IRLANDE
- On écrit de Dublin que le porteur de contraintes Mac-Auliffe a été tué d’un coup de feu dans le comté de Kerry pour avoirtémoigné contre un prêtre dans un procès relatif à la question agraire.
- Dans le comté de Westmeath, un berger, Michel Bur-ran, a été tué à coups de fourche par un nommé Patrick Daby, à la suite d’ufie querelle politique.
- ÉTATS-UNIS
- Le Président de la République des Etats-Unis d’Amérique a été victime le 2 juillet d’un attentat commis par un canadien nommé Guiteau qui a voulu se venger ainsi de n’avoir pas obtenu le poste de consul des Etats-Unis à Marseille. Le général Gorfield, président des Etats-Unis a reçu deux blessures graves produites par des coups de revolver tirés presqu’à bout portant dans la gare du chemin de fer de Potonac à Washington.
- M. Garfield a été élu président de la République le premier mardi de novembre dernier contre le général Hancock, candidat du parti démocrate. M. Arthur Ches-ter va, suivant la Constitution, succéder au généial Gar-liel comme président de la République, si, comme tout le fait croire, les Etats-Unis,perdent M. Garfield. Ce sera la troisième fois, depuis la fondation de la République de l’Amérique du Nord, que le vice-président arrivera à la présidence, La dernière fois que ce fait s’est produit ce fut aussi par suite de l’assassinat du président Lincoln que le vice-président Johnson devint président de la République.
- L’arrivée au pouvoir de M. Arthur Gbester, ancien fonctionnaire du service des douanes à New-York, pourra amener certaine modification dans ia politique présidentielle, M. Garfield avait été désignée la convention do Chicago, en juin 1880, comme candidat à la présidence par la coalition des républicains hostiles à l’idée d’une troisième présidence du général Grant. M. Arthur Ghester était au contraire partisan du général Grant,et il a été choisi comme candidat à la vice-présidence, par compromis entre les deux fractions du parti républicain.
- Le dernier bulletin constate que l’état du Président des Etats-Unis continue.à être satisfaisant.
- HISTOIRE
- DES
- ÉQUITABLES PIONNIERS DE ROCHDALE
- Chapitre XI
- Halte sur la voie
- Le droit du travail à la répartition des bénéfices.
- Nous l’avons dit au début de cette histoire, la carrière heureuse de la distribution coopérative date de la mise en pratique, par les Equitables Pionniers, du principe de l’admission clés acheteurs à l’association.
- Après que les années eurent prouvé la valeur de ce prineipe, les Pionniers songèrent à fonder sur clés bases analogues la production coopérative qui, jusque là, n’avait donné lieu qu’à des industries fonctionnant au profit de capitalistes.
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- LEDEVOIR
- Reconnaissant que les bénéfices dérivent d’une part de l’emploi du capital, d’autro part de l’habileté, du talent, de la bonne volonté et des soins dut travailleur, les Pionniers de Rochdale concevaient la fondation d’industries qui admissent en qualité d’associé l’ouvrier, l’homme de peine et lui donnassent une part dans les bénéfices.
- Le public, frappé de la justesse de ce raisonnement, espérait fortement que les hommes sagaces de Rochdale parviendraient à baser les manufactures sur le même principe d’équité qu’ils avaient si parfaitement mis en pratique dans la distribution.
- En 1854-1855, deux filatures faisant ensemble tourner 50,000 fuseaux furent établies d’après le principe de l’association du travailleur aux bénéfices. Cette fondation accrût l’intérêt et le respect qu’on portait déjà aux coopérateurs de Rochdale.On pensait qu’ils allaient introduire dans les ateliers des avantages analogues à ceux qu’ils avaient réalisés pour le bien-être domestique, et que cela aurait des conséquences importantes pour toutes les autres villes. En Europe même, le succès de l’expérience était attendu avec une vigilance passionnée.
- Jusque là,il avait paru acquis à l’opinion publique que l’ouvrier ne pouvait faire un bon patron. L’assujettissement dans lequel est tenu le travailleur, la vie parcimonieuse qui lui est imposée, devaient aux yeux de bien des gens rétrécir son jugement. On était porté à croire que, généralement, quand l’ouvrier devient patron, il dédaigne ses anciens camarades, et craint de payer de trop forts salaires, considérant que c’est autant de perdu pour lui.
- Oubliant ce qu’ils eussent voulu qu’on fit pour eux quand ils étaient ouvriers eux-mêmes, ils traitent, disait-on, leurs subordonnés comme ils ont été traités par les plus mauvais patrons.
- Tous ces motifs contribuaient à rendre les amis du progrès industriel anxieux du succès des fabriques de Rochdale montées d’après le nouveau pian d’association du travail aux bénéfices de la production.
- Cet espoir si légitime de voir enfin appliquer la justice et l’équité dans le monde de l’industrie sembla réalisé pour un temps, puisse perdit malheureusement, malgré les vigoureux efforts des coopérateurs sincères et convaincus.
- La liste de souscription pour l’installation des nouvelles fabriques avait été ouverte à toute la ville. Les actions furent prises par nombre de gens qui ne connaissaient absolument rien en coopération, par un certain nombre d’autres qui s’en souciaient peu, et enfin par beaucoup d’ennemis actifs du principe.
- — Conséquence : le droit du travailleur à participer aux bénéfices ne put être maintenu.
- Le « London Spectator » dans son N° du 16 avril 1864, contient cette assertion : « A Rochdale, le système d’admission des travailleurs à la participation des bénéfices a été abandonné après épreuve. »
- « Abandonné après épreuve » suggère la pensée que le principe a été appliqué sans succès. Or, la vérité, c’est que le principe fut mis à mort avant de pouvoir être appliqué.
- Nos vaillants amis les Pionniers n’ont été pour rien dans cet abandon de leur principe. Ils ont lutté contre, mais n’ont pu l’empêcher. Leur volonté, à eux, est inscrite dans l’almanach de la Société pour 1860 : il y est dit : « L’objet de la Société coopérait tive manufacturière de Rochdale est d’assurer à « chacun des membres, les bénéfices provenant de « l’emploi de son propre capital et de son propre « travail dans les fabriques de coton et de laine, et « ainsi d’améliorer la condition domestique et so~ « ciale de tous les membres.
- « Les bénéfices annuels provenant des opérations « de la Société, après paiement des intérêts du ca-« pital au taux de 5 livres pour cent par an, seront « répartis entre les sociétaires, à raison d’un tant « pour cent égal pour le capital souscrit et pour le « travail exécuté.
- « Chaque membre a un droit égal de vote et d’in-« fluence quel que soit le montant de ses verse-« ments. »
- En 1861, l’almanach des Pionniers répète en termes clairs et précis cette annonce à demi-équitable et pleine de promesse.
- En 1864, les coopérateurs publient dans leur almanach ce cri instrustif et désapprobateur : « Le « principal objet des fondateurs de cette Société était « la répartition équitable des bénéfices provenant des « fabriques de coton et de laine. Ils croient que tous
- « CEUX QUI ONT CONTRIBUÉ A LA CRÉATION DE LA RI-« CHESSE DOIVENT AVOIR PART A LA DISTRIBUTION.
- « A ceprincipe la Société a été infidèle au grand re-« gret de ses initiateurs. »
- C’est en 1860 que l’ennemi se leva pour la première fois. Une grande réunion eut lieu en septembre pour discuter cette question : « Oui ou non, donneraT-on une prime au travail? » Sans doute les termes mêmes de la question étaient le commencement de la lutte.
- A la réunion nombre d’orateurs prétendirent que les travailleurs recevaient le prix de leur travail, et qu’on ne leur devait pas autre chose.
- Le même argument avait servi pendant des années à combattre l’admission des acheteurs à la ré-
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- partition des bénéfices dans les magasins de vente. j On disait : l’acheteur a des produits pour son ar- j gent, que lui doit-on de plus ? Puisqu’il a fallu deux générations d’hommes pour discuter et résoudre cette question de façon â reconnaître que les acheteurs contribuent à grossir les bénéfices des magasins et que, par conséquent, ils ont droit à une part de ces bénéfices ; comment admettre qu’il ne faudra pas le même temps au moins, pour résoudre le problème bien plus complexe de l’équitable répartition des bénfîces de la production, entre tous ceux qui les créent.
- Au grand meeting de 1860, les vieux Pionniers luttèrent de toutes leurs forces pour le maintien du principe qui confère au travailleur la qualité d'associé. « C’est le devoir des Pionniers, » dit l’un d’eux,
- « de baser l’industrie sur le même principe que les « magasins de vente ; c’est leur devoir de faire que « le travail ait ce qui lui appartient.. »
- 571 votes se prononcèrent contre l’Association du travail aux bénéfices, et 270 furent pour le maintien du principe.
- Les Status de la Société exigeant une majorité des trois quarts pour une modification aux règles sociales, le principe du droit du travail fut maintenu.
- Mais, deux ans plus tard, l’ennemi ayant consolidé ses forces revint à la charge et gagna la victoire, du moins en ce qui concerne Rochdale.
- Aussitôt que ces faits furent connus, les partisans des travailleurs cessèrent d’attendre de Rochdale cette organisation modèle de l’industrie qui terminera la lutte croissante et funeste qui existe entre le capital et le travail. Donc, la coopération subit une halte sur sa voie.
- Le bruit se répandit alors que l’Association du travail dans Rochdale avait failli, et si quelqu’un en doutait on lui demandait sèchement : « Si elle n’a « pas failli, pourquoi le principe de participation du « travailleur a-t-il été abrogé ? »
- Le jour où passa la motion dont nous nous occupons, des 1,500 membres que comptait alors la Société il n’y en eût que 664 pour prendre part au vote. 502 votèrent contre le principe et 162 pour. Nous avons donc au moins cette satisfaction d’enregistrer que 502 membres seulement, sur 1,500, levèrent leurs mains contre la reconnaissance du droit des travailleurs.
- Quand les anti-coopérateurs abolirent par un coup de majorité, cette règle qui pourtant ne donnait aux ouvriers que le droit à une part bien restreinte des bénéfices, il y eut grande réjouissance dans nombre de maisons de banque et de manufactures où les
- l hommes, depuis des générations, travaillaient comme des chevaux et mouraient comme des chiens.
- Le capitaliste était content parce qu’il avait la vue •aussi courte et qu’il était aussi injuste que les actionnaires rétrogrades de Rochdale. Il ne comprenait pàs que ce déni de justice envers le travailleur était fatal à la Société toute entière ; qu’il enlevait la sécurité et perpétuait des conflits lesquels peuvent devenir d’un jour à l’autre des plus dangereux pour la paix publique et l’ordre social.
- Les principaux chefs du mouvement contre la participation des travailleurs appartenaient à la classe des régisseurs, des surveillants, des petits trafiquants, et autres gens analogues.
- L’argument favori contre le principe du droit des travailleurs à la répartition des bénéfices fut de déclarer que c’était là une « théorie socialiste. »
- Eh ! certainement c’était une « théorie socialiste, » mais tous les magasins coopératifs sont fondés sur la même « théorie », quand ils donnent des profits aux acheteurs aussi bien qu’aux capitalistes.
- La société coopérative manufacturière de Rochdale n’en garda pas moins ce titre de coopérative, bien qu’elle eût abandonné le principe qui motivait cette qualification.
- Coopération signifie reconnaissance des droits de F’ouvrier non indirectement, non*dans une mesure infinitésimale, impalpable, hypothétique et abstraite, mais directement, simplement, personnellement, absolument et d’une façon permanente, à la possession de tous les fruits de son travail.
- La coopération réalisera certainement un jour, si ce n’est à Rochdale du moins ailleurs, l’admission du travail aux bénéfices de l’industrie.
- Les trades-unionistes pourraient donner l’exemple de la mise en action de ce principe. Ils le feront dès qu’ils auront des conseillers assez sages, assez perspicaces, pour s’élever au-dessus de la question des grèves.
- La coopération a pris de nos jours aux yeux des hommes d Etat, toute l’importance d’un intérêt politique, en raison des troubles populaires qui s’élèveront avant peu, si les intérêts des classes laborieuses ne sont reliés aux opérations croissantes du Capital.
- Mais il ne faut pas s’y tromper, nombre d’établissements en Angleterre comme partout, prennent aujourd’hui le nom de coopératifs sans le mériter en aucune façon.
- La Société de Rochdale a bien gardé quelque chose de l’esprit des anciens Pionniers. Néanmoins , le vaillant enthousiasme d’autrefois n’anime plus les coopérateurs de la nouvelle génération ; autrement,
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- nous eussions vu la grande question des droits du travail prendre à Rochdale la revanche qui lui est due. (4 suivre.)
- CRISES
- Il y a des moments où les éléments font silence, où la nature semble retenir sa respiration, indécise si elle éclatera en tempêtes ou si, pleine de sourires, elle s’épanouira aux rayons du soleil.
- On trouve la trace de semblables moments dans le cours des âges. Le calme, un calme anormal s’empare de l’esprit humain qui, néanmoins, ne se sent pas à l’aise. Quelque chose lui dit que de graves événements se préparent. Mais quels seront-ils et que seront-ils ? Attentif, on prête l’oreille, une oreille inquiète... C’est une rumeur que l’on entend, une rumeur, i’avant-coureuse de quelque chose de nouveau. Un fait se produit, avec des circonstances insolites, dans un milieu avec lequel il contraste. Est-ce un avertissement et, comme on le dit, un signe des temps ? Non, un jsimple accident... du moins on le croit ; car on croit toujours ce que l’on désire.
- Cependant, voici d’autres rumeurs, sourdes encore, mais prenant un air de menace. Enfin un cri s’élève, un cri strident auquel répondent des milliers de cris. Cette fois, il n’y a plus à s’y méprendre, ces cris sont ceux du mécontentement auxquels se mêle le bruit de la foule qui se rue. L’imprécation s’ajoute à la plainte ; la haine et la vengeance sonnent ensemble leur tocsin. Le tumulte grandit. C’est la tempête, la tempête des passions déchaînées, tempête au milieu de laquelle surgissent des hommes géants dont l’histoire enregistre les noms pour les marquer tantôt du sceau de la grandeur et du génie, tantôt au coin du mépris et de la réprobation. Et souvent plus d’une génération a disparu avant qu’on ait pu porter sur eux un jugement impartial.
- Sommes-nous à l’un de ces moments ? Touche-t-on quelque part à l’une de ces crises ? Oui ! si nous ne nous faisons illusion, si nous ne sommes pas dupe de notre imagination. De Limerick à Moscou le sol frémit. Les voix revendicatrices de l’opprimé semblent se répondre, sans se confondre. Sur un point c’est le prolétariat, le déshérité ou plutôt le dépossédé ; sur l’autre point c’est la classe moyenne, la classe des lettrés, toutes deux avec leurs aspirations particulières et chacune d'elles agissant dans son milieu et selon les moyens dont elle dispose. Ah ! que les classes dirigeantes y songent 1 Car si elles
- ne se hâtent pas d’entrer dans les voies de la justice, si l’ère des réparations ne s’ouvre p.as pour les dirigés, nous osons prédire que ce siècle ne se dora pas sans qu’une profonde révolution sociale n’ait fait explosion.
- La France républicaine peut, ses institutions le lui permettent, prévenir le cataclysme chez elle. Qui peut, doit î Qu’elle ne s’endorme pas !
- Quant à l’Allemagne et la Russie, qui ne voit combien la situation est tendue dans ces deux grands Empires I Qui pourrait affirmer que le vieux monde ne soit pas miné dans l’un et l’autre des deux pays, et que, dans un temps non éloigné, il ne saute pas, couyrant de ses débris ceux qui le soutiennent, et les en écrasant. Toutes les mesures (je répression, toutes les lois de coercition ne peuvent rien contre un tel état de choses, On peut bien arracher une fois, deux fois, dix fois si on le veut, la mèche de cette mine souterraine ; il se trouvera des mains qui la rétabliront cent fois s’il le faut et, à l’heure la
- plus imprévue, la vieille société des abus et des privilèges aura vécu.
- Si l’Angleterre ne reconnaît pas qu’il en est ainsi en Irlande, c’est que, trompée par son orgueil, elle ne voit pas, ou si elle voit, toujours poussée par ce même orgueil, elle se croit trop sûre de dominer la situation. C’est à la pointe des bayonnettes qu’elle reçoit les plaintes des Irlandais, c’est par les coups de fusil-qu’elle répond à leurs réclamations, c’est par l’emprisonnement des chefs de la Land league qu’elle fait droit à leurs revendications. Peut-être aux yeux de certaines gens, est-ce une manière très libérale de gouverner, mais certainement pour maintes autres personnes, de tels procédés prennent tout bonnement le nom de despotisme ; et ce despotisme est d’autant plus odieux qu’il s’exerce à. l’abri de noms jusqu’alors synonimes de liberté, de légalité, de justice. Nous ne voudrions pas, comme certains le font, taxer d’hypocrisie les hommes qui tiennent le timon des affaires dans la Grande-Bretagne, mafs nous serions bien près de leur dire qu’ils font, sans s’en douter assurément, comme l’autruche qui cache sa tête dans le sable pour ne pas voir le danger qui la menace,
- Quand on entre dans la voie des illégalités, on ne sait plus s’arrêter. Le gouvernement «je M. Gladstone en est une nouvelle preuve. Ses actes démentent ses paroles et donnent à ces dernières une teinte de mensonge, une apparence de charlatanisme qui siérait peut-être aux tréteaux d’un marchand de spécifique, mais qui jure étrangement avec la tribune de l’homme d’Etat. La lettre du premier ministre anglais à M. Zancoff eut eu beaucoup plus de poids si
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- son auteur n’eut pas, deux fois de suite, dans cette session parlementaire, procédé en quelque sorte par coup d’Etat. Les plaidoyers du chef du cabinet eussent été beaucoup plus applaudis, eussent exercé une influence beaucoup plus grande, si après avoir décliné l’emploi de lois draconiennes contre l’Irlande agitée, il n’eut pas eu plus tard recours aux mesures odieuses qu’autorise la loi martiale pour avoir raison de cette agitation. Le domaine de la conscience eut paru infiniment plus respectable, s’il n’eut pas été violé dans la personne d’un député par deux fois l’élu de ce peuple qui se dit le plus libre du monde. La grande voie de la presse, enfin, serait bien mieux écoutée, étant plus à l’aise pour parler, si elle n’eut été étouffée, au mépris même de la loi, dans le journal allemand, devenu anglais, la Freiheit.
- Ces concessions à l’esprit de réaction sont d’un triste augure. Elles en présagent d’autres qui déjà s’annoncent dans le Land bill lui-même. Une clause existait, la T, qui posait une base à la Land court pour la fixation de la fair rent. Dans cette clause le fermier, aussi bien que le Landlord, était consulté, et le tribunal avait à tenir compte de la nature de la ferme, du pays où elle était située, et de ce qu’un fermier solvable voudrait payer selon le produit moyen de deux années l’une dans l’autre ; c’était en quelque sorte une garantie contre une décision arbitraire de la cour. Cette garantie, M. Gladstone l’a annoncé, n’existera plus. La L and court appréciera, décidera, tranchera, comme bon lui semblera. Elle a son brevet d’infaillibilité. Tout, en ce qui concerne l’une des trois F3, dépendra donc absolument de la composition de ce tribunal souverain. Or nous avons fait connaître comment et de quels éléments ce triumvirat serait formé. II serait choisi parmi les séides des Landlords. C’est prédire le sort réservé aux tenanciers.
- Illégalités d’une part ;
- Concession à la réaction d’une autre part.
- Que ce soit aveuglement ou mauvais vouloir, ce sont là de tristes choses à enregistrer au compte du gouvernement de S. M. B.
- Cette situation est pleine de périls et ces périls sont d’autant plus grands que la Chambre haute, quoi qu’en puisse dire la presse officieuse gouverne-mentaliste, semble peu disposée à accueillir les réformes touchant aux privilèges des membres qui la composent. Ce n’est point le ministère Gladstone, nous le savons, qui a créé seul cet état de choses, mais il y a coopéré, en dépit de ses promesses contraires. S’il croit diminuer le danger ou prévenir la crise en continuant de marcher dans la voie où il s'est engagé, il se trompe étrangement. Le Fénia-
- nisme et la Land League ne sont pas les adversaires qu’il doit redouter le plus. Il ne lui est pas difficile de triompher des premiers et de se faire une alliée de la seconde, il n’a pour ceci et pour cela qu’à se montrer équitable en réalisant le programme qu’il s’était tracé avant son avènement aux affaires. Son ennemi, le véritable, celui qu’il doit combattre sans trêve ni relâche, c’est la politique intronisée par Lord Beaconsfield, oeuvre fatale de cet homme d’Etat, son testament exécuté si religieusement par ses fidéi-commîssaires dans les deux chambres.
- L’Angleterre ne doit pas plus que l’Allemagne et la Russie, se faire davantage d’illusion. Les notions sur la propriété en ce qui concerne le sol, celles sur le droit du plus fort ou du premier occupant, se sont singulièrement modifiées durant le cours de ce siècle. Il en est de même de la nature des rapports qui doivent exister d’une manière générale entre le capital et le travail. Ceux qui ont mandat de légiférer don-vent en tenir compte.
- Quant aux possesseurs de la terre, quant aux détenteurs du capital, qu’ils y réfléchissent à deux fois ! La solution des grandes questions sociales qui s’agitent actuellement est ehtre leurs pains. Qu’ils fassent spontanément la part de ce que nous avons appelé dans des articles antérieurs les droits natu-rels, ce sera sagesse et tout se dénouera pacifiquement, les droits acquis seront religieusement respectés. Mais, nous le répétons, si l’on n’entre pas dans cette voie qui est celle de la Justice, si l’ère des réparations ne s’ouyre pas pour les dépossédés et les déshérités, ce dix-neuvième siècle ne se clora pas sans qu’une violente et profonde résolution sociale n’ait fait explosion.
- C. P. Maistre.
- D© Pemmagasinemeiit de Félectrloité
- Créer une nouvelle force, un moteur, à l’aide du même agent, telle a été la préoccupation des propagateurs du système Faure, en cherchant l'application de Vélectricité à la traction. Le travail était ardu ; la tentative téméraire. Mais, si le but était atteint, les avantages qui devaient en résulter seraient considérables, et l’invention se classait d’elle-même parmi les plus utiles de l’époque.
- Animés de cette idée, les inventeurs se sont mis à l’œuvre ; leurs travaux n’ont pas été infructueux, car, il y a quelques jours, les premières expériences ont été faites, et elles ont donné des résultats les plus satisfaisants, ainsi que nous allons l’expliquer.
- C’est dans la cour de l’un des dépôts de la Compagnie générale des Omnibus que ces expériences ont eu lieu. On aurait préféré opérer sur une de nos grandes voies publiques ; mais, par suite de certaines restrictions administratives, l’autorisation n’a pu être accordée. Les
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- Inventeurs se sont aîors adressés à la Compagnie générale des Omnibus,et grâce à l’obligeance de M. Berlhier, le président de la Compagnie, une des grandes voitures a été mise à leur disposition, ainsi que la cour du dépôt.
- Disons, d’abord, que, dès le début de l’opération, chacun a pu voir que la question mécanique avait été résolue d’emblée par M. Raffard, l’habile ingénieur mécanicien de la Société la Force et la Lumière.
- En effet la voiture’de la Compagnie générale des Omnibus, qui devait servir aux expériences, n'a subi aucune modification dans sa construction primitive Pas une planche n’a été changée, pas un boulon n’a été enlevé ou dérangé.
- Quant aux appareils, ils fonctionnent sans bruit, sans occasionner aucun choc et le démarrage s’est opéré, à plusieurs reprises, sans difficultés, bien que cela se passât sur une voie en mauvais état et malgré une pente d’au moins 1S millimètres par mètre.
- Ajoutons que les accumulateurs n’étaient chargés qu’a moitié et qu’au moment des expériences la machine ne fonctionnait qu’avec une force d’un cheval et demi au plus.
- Complétons nos renseignements en ajoutant que les autorisations nécessaires" viennent d'être demandées à la préfecture de police,pour arriver à faire circuler cette voiture de nuit pendant une quinzaine de jours, après les heures de service de la Compagnie, depuis la place du Trône jusqu’à Passy, par les boulevards extérieurs et l’Arc-de-Triomphe de l’Etoile.
- Ces essais permettront à l’administration de se convaincre que le service peut être fait par ce système de traction, sans aucun embarras pour la circulation publique, comme sans danger pour les personnes.
- Nous croyons savoir que la Société la Force et la Lumière a déjà fait des propositions à diverses Compagnies de Tramways* pour l’entreprise à forfait de leur traction avec une réduction qui ne paraît pas devoir être inférieure à 20 0/0 sur les prix courants actuels.
- En outre, un essai de même nature a été fait de l’application de ce moteur à un petit bateau,que montaient MM. Trouvé et Tissandier sur la Seine, et qui a donné également des résultats très satisfaisants.
- Si des expériences sur une plus grande échelle viennent confirmer les espérances que ces débuts permettent de concevoir, c’est une véritable révolution qui se prépare dans le système de traction et de force motrice de notre industrie et de notre locomotion.
- Le Canot électrique
- L’expérience du canot - électrique a été faite récemment sur la Seine en vue du pont Royal avec succès.
- Cette embarcation, à laquelle on a donné le nom de Téléphone, est longue dé 5 m 50, large de 1 m 20, et elle pèse 80 kilogrammes.
- Elle porte au centre deux batteries de piles au bichromate de potasse de six éléments chacune, dont le poids ne dépasse pas 24 kilogrammes.
- De ces piles partent deux cordelettes, qui enveloppent des fils conducteurs servant à relier les piles au moteur fixé à la partie supérieure du gouvernail, en même temps que les cordelettes qui leur servent d’enveloppe remplacent les guides, qui servent à la manœuvre de la barre dans tous les canots de plaisance. La raison qui a fait placer le moteur au-dessus du gouvernail est le désir de montrer que l’appareil électrique peut être ajouté à un canot quelconque sans l’endommager en rien, et en second lieu l’avantage de permettre de marcher à l’aviron si Ton ne veut pas aller à l’électricité.
- Le moteur est composé de deux bobines accouplées du genre Siemens, modifié dans les surfaces polaires de façon à en augmenter considérablement le travail. L’action en est transmise par la chaîne de Yaucanson et la chaîne Galle au propulseur, qui est une hélice à trois branches, monté au milieu du gouvernail dans un
- évidement pratiqué dans ce but. Le gouvernail est en tôle. Le poids du moteur avec tous les accessoires est de S kilogrammes environ.
- Dans l’expérience la plus récente, le Téléphone, portant trois personnes, a remonté facilement à six reprises la Seine sur un parcours de 200 mètres, à la vitesse de 1 mètre par seconde, le courant étant de 20 centimètres. La descente s’opère avec une vitesse une fois et demie plus grande ou soit 2 mètres 80.
- En somme c’est un succès qui serait plus complet encore, il faut bien le dire, si la source de l’électricité était moins vite épuisée, et il y a là une amélioration à chercher. La chose paraît d’autant moins difficile que le problème résolu déjà de l’emmagasinenient de l’électricité en fournit presque le moyen.
- Le Téléphone va figurer à l’exposition dans un réservoir de 18 mètres de diamètre, où il pourra naviguer aisément sans bruit et sans fumée.
- L’Association du Familistère de Guise demande les employés suivants :
- Pour sa manufacture d’objets d’ameublement et d’appareils de chauffage en fonte :
- 1° Un chef d'atelier des mouleurs et de la fonderie, bon praticien dans'le moulage ;
- 2° Un chef d’atelier des monteurs-ajusteurs, connaissant bien le travail.
- 3° Un chef d’atelier d’émaillerie connaissant la chimie céramique.
- 4° Un dessinateur pour modèles d’appareils de chauffage.
- Elle demande en outre pour l'économie domestique du Familistère :
- 5° Un chef commercial pour les approvisionnent nts et le contrôle des divers magasins de vente oi débits de l’Association.
- Le personnel de la Société s’élève à environ 350 familles dans ses logements et à 1300 ouvriers dans son usine.
- On ne sera admis à l’un où l’autr' de ces emplois qu’avec preuve de capacité et muni de bons renseignements.
- REVUE HEBDOMADAIRE
- Scientifique, illustrée, spéciale, seul journal tenant les lecteurs, au courant de tous les détails de l’Exposition universelle d’électricité, organe indépendant des exposants
- rédacteur m chef : W. de FONVIELLE E. de CLISSON : directeur
- Un numéro, 40 centimes. — L'année, 18 francs. Union postale 20 francs.
- PARIS, JG, rue du Croissant, PARIS
- Envoi de numéros spécimens gratis sur demande
- Le Directeur-Gérant : GODIN.
- Saint-Quentin — lmp. de la Société anonyme du Glaneur
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- 4- ANNÉE, TOME 5 — N° 149
- iLe numéro hebdomadaire 20 c.
- DIMANCHE 17 JUILLET 1881
- evoir
- BUREAU
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE
- A GUISE (Aisne)
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODÎN Directeur-Gérant Fondateur du Familistère
- par renvoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France
- Un an. . . . 10 fr.»» Six mois ... 6 »»
- Trois mois . . 3 »»
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- Autres pays Un an. . . . 13 fr. 60
- ON S'ABONNE A PARIS 5,r.Neuve-des-petits-Champs
- Passage des Deux-Pavillons
- S’adresser à M. LEYMARIE administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- \
- Conférence de M. Godin. — Voyage autour du Familistère. — Faits politiques et sociaux. — Les Pionniers de Rochdale. — Sur les bords de VOrge. — Etat-civil du Familistère. — Les juifs et le Tzar.
- jmk
- Le journal « LE DEVOIR » est envoyé gratuitement à titre d'essai.
- Si le journal n'est pas renvoyé après le 4e numéro, Vadministration fait présenter une quittance d'abonnement.
- CONFÉRENCE DE M. GODIN
- le 30 juin 1881.
- Mes amis,
- Dans la dernière conférence nous avons examiné les articles 127 et 128 des Statuts concernant la répartition des bénéfices.
- Mon but, comme vous avez pu le remarquer, a été de réaliser un système à la fois équitable, simple,applicable en tous temps, en tous lieux, et modifiable selon les nécessités des diverses industries.
- C’est par ce fait même qu’il peut être appliqué dans les conditions les plus diverses que le système inauguré ici a une réelle importance. Il tient compte des nécessités industrielles, des observations acquises par l’expérience, en même temps qu’il répond aux aspirations modernes et qu’il introduit la justice dans le partage des fruits du travail.
- Je passe donc à l’article 129 ainsi conçu :
- « Afin de faire la part du dévouement à l’associa-« tion et du mérite intellectuel et moral des mem-« bres sur lesquels elle peut le plus compter pour « l’avenir de l’œuvre, il est stipulé que dans la ré-« partition proportionnelle de la part afférente au « travail, art. 128, 2°, l’associé intervient à raison de « deux fois la valeur, le sociétaire à raison d’une fois « et demie la valeur et le participant à raison de « leurs salaires ou appointements respectifs.
- « La part revenant au travail des auxiliaires est « versée à l’Assurance des pensions etdu nécessaire, « sous la réserve faite- au titre xm du Règlement, « 3* partie, art. 80 à 85. »
- Je vous ai déjà expliqué dans de précédentes conférences les raisons qui ont fait établir dans l’Association des catégories de membres dont les droits sont différents.
- Ce qui me reste à élucider devant vous, c’est le mode d’attribution des bénéfices au moyen des titres d’épargnes délivrés à chacun des ayants-droit, et représentant le montant de ce que chacun possède dans le fonds social.
- Pourquoi, mes amis, en fondant l’Association ne vous compté-je point en espèces la part de bénéfices qui vous revient ?
- C’est que j’ai voulu vous appeler à la propriété industrielle suivant le principe de la formation du capital, c’est-à-dire par l’épargne. En effet, l’instru-
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- ment de travail que j’ai livré à l’Association a été le résultat de l’épargne. J’ai commencé n’ayant d’autres ressources que le travail de mes mains ; cela vous montre que j’ai laissé ici les bénéfices que je réalisais.
- Dans une industrie qui se fonde ou qui est en voie de développement, les bénéfices sont rarement disponibles. Presque toujours iis sont engagés dans des constructions nouvelles, dans un accroissement de matériel ou de marchandises.
- Il faudrait donc faire appel au capital venant du dehors, si l’on voulait distribuer les bénéfices en espèces; et les bénéfices se disséminant ainsi ne feraient pas intervenir le travailleur dans la possession des instruments de travail.
- Au contraire, en représentant par des titres les bénéfices acquis, j’ai rendu possible l’accumulation du capital industriel aux mains des ouvriers et donné un exemple plus facile à imiter pour la formation des sociétés ouvrières de production.
- D’un autre côté, j’ai par ce moyen fait en sorte que Tusine, l’atelier et l’instrument de travail deviennent toujours la propriété des travailleurs qui les font produire.
- Pour réaliser entre vous et moi une Association qui vous rendît propriétaires de tous les établissements de l’Association, il fallait donc que je vous substituasse à moi, dans une mesure de plus en plus large.
- C’est ce qui a déterminé la création des titres d’épargne qui constituent la représentation des droits de propriété de,chacun de vous sur le fonds social.
- Un certain nombre de membres ne comprennent pas bien, paraît-il, ce que devient le bénéfice réalisé annuellement, et représenté par les titres ou parts d’intérêts qui nous occupent.
- Supposons donc, mes amis, qu’une année donne 500,000 francs de bénéfices à répartir. Sauf les réserves statutaires, on crée alors, pour la somme à attribuer au travail, des titres d’épargne qui représentent la part d’intérêt qui vous est acquise. Cette part est inscrite à votre compte sur les livres de la Société. Ce compte vous rapporte intérêt à 5 0/0 et vous donne droit à un second dividende proportionné à l’intérêt de votre capital.
- Que se passe-t-il en outre ?
- Notre capital social se monte, vous le savez, à 4,600,000 francs.
- Cet apport que je vous ai fait en fondant l’Association et que je possédais seul au début, doit naturellement aller en diminuant à mesure que vous entrerez, vous, comme propriétaires dans le fonds social.
- Cela conduit donc à me rembourser une somme égale à celle qui vous échoit et à diminuer ainsi mes droits de propriété sur la chose commune.
- Dans le cas où l’on crée 500,000 francs de titres d’épargne, vous possédez donc 500,000 francs de plus sur l’Association et moi 500,000 francs de moins.
- C’est ainsi qu’avec le temps je serai complètement remboursé et que le Familistère et ses usines deviendront la propriété des membres de l’Association.
- Chacun de vous, outre le titre qu’il a en mains, a, comme je viens de vous le dire, son compte particulier sur les livrés de l’Association. Le relevé de ces comptes figure en double sur vos titres, de façon que si un événement quelconque faisait disparaître les livres de la comptabilité, ce qui est absolument improbable, vous auriez par devers vous, grâce aux titres qui vous sont délivrés, des pièces établissant vos droits.
- "Vous devez comprendre maintenant de quelle façon la propriété sociale passe aux mains des membres de l’Association ; mais la création de titres d’épargne qu’on substitue aux titres d’apports, n’est pas le seul mode par lequel l’Association entre en possession du fonds social.
- Les 25 0/0 affectés au fonds de réserve dont je vous ai entretenus à la dernière conférence, sont également consacrés, dès que la réserve a atteint le 104 du fonds social, au remboursement des titres d’apport, puis des titres d’épargne par rang d’ancienneté.
- C’est là une disposition très-importante et qui soulèvera des questions dont le Conseil de G-érance et peut-être l’Assemblée générale auront à se préoGcu-per.
- Les Statuts tracent dès maintenant la voie à suivre. Les 25 0/0 de la réserve seront employés au rachat de titres d’apport et feront qu’ainsi une certaine portion du capital deviendra propriété commune ou collective dans la Société.
- En permettant à la Société d’agir en qualité de personne civile au nom de tous ses membres pour le remboursement du capital, j’ai voulu placer celle-ci en situation de voir s’il lui sera plus avantageux de constituer la propriété collective que de la conserver sociétaire.
- D’un autre côté, si elle constitue un fonds de propriété collective, attribuera-t-elle ou non des intérêts à ce fonds ?
- Ce sont là des questions qui se poseront à notre examen et à nos décisions aussitôt la constitution
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- ^ ]a réserve. Il est donc bon de s’en préoccuper à l'avance, afin de se former un jugement.
- des considérations m’amènent à vous parler d’une autre disposition statutaire qui soulèvera également avant peu, au sein de vos conseils, cette même ques-tj0I1 d’intérêts à payer ou non au Capital.
- La répartition des bénéfices se faisant ici au prorata des salaires et appointements, il reste chaque année une somme de dividende afférente au travail des auxiliaires.
- Les auxiliaires n’ayant en partage dans la Société que les avantages de la mutualité : subventions pendant la maladie et retraite pour la vieillesse, se divisent en deux catégories :
- Les mineurs qui ne peuvent entrer dans l’Association qu’à l’époque de leur majorité ;
- Puis les individus dont le séjour accidentel parmi nous ou le défaut de conduite empêchent l’admission.
- Quand aux jeunes gens mineurs, filles ou garçons, s’ils sont d’une bonne conduite, la part de dividendes qui leur reviendrait est mise en réserve ; l'Association leur constitue ainsi une dote pour l’époque de leur majorité.
- Les autres dividendes afférents au travail des gens qui ne peuvent recevoir la qualité de membres de l’Association, entrent dans l’Assurance des retraites et du nécesaîre aux familles.
- Cette assurance reste dans le fonds de roulement de la Société. Or comme elle reçoit déjà une subvention qui s’élève à 2 0/0 de l’importance des salaires, ce qui fait en ce moment 25,090 à 30,000 francs par an, ses ressources atteindront un tel chiffre qu’il n’y aura pas lieu de leur servir d’autres intérêts que la subvention. Les statuts sont muets sur ce point.
- En abordant la question de remboursement des apports, je vous ai rappelé la disposition statutaire par laquelle le remboursement s’opère en commençant par les titres d’apports, puis en continuant par les titres d’épargnes, selon leur ordre d’ancienneté.
- Cela veut dire, mes amis, que la transmission du fonds social aux mains des membres actifs de l'Association ne cessera pas de s’opérer.
- En moment viendra où tous mes apports seront Passés en vos mains, où je serai remboursé de ce qui 111 aura appartenu dans l’Association ; alors les titres <1 épargnes selon la date de leur création viendront à leur tour en remboursement. Ainsi les membres aaciens ou leurs héritiers seront remboursés à leur f°ar, pour laisser sans cesse les associés, c’est-à-dire les travailleurs jeunes, vigoureux, actifs, en posses-slon du fonds social.
- Dans cent ans, si l’Association atteint son terme. e£>al> ce seront donc les travailleurs d’alors qui pos-
- séderont les usines et le Familistère, Vous aurez été remboursés, à moins que l’esprit d’entreprise animant la génération qui s’élève, pousse celle-ci à utiliser vos capitaux pour élargir ses opérations.
- Et pourquoi n’en serait-il pas ainsi?
- Pourquoi la confiance et l’énergie dont sont animés, par exemple, les coopérateurs de l’Angleterre ne s’empareraient-elles pas de vous et ne vous conduiraient-elles pas à donner à notre Association tous les développements qu’elle comporte.
- Combien votre situation est plus facile, plus avantageuse que celle faite d'abord aux sociétés coopératives dont je parle,
- Vous avez toutes les ressources qui manquaient aux premiers coopérateurs et que ceux-ci sont parvenus seulement aujourd’hui à rassembler au prix d’années de patience, de dévouement, d’incessants efforts.
- Vous pouvez suivre maintenant dans » Le Devoir *», mes amis, l’histoire si instructive des Pionniers de Rochdale. Comment n’être pas touché de la vaillance et de l’énergie de ces hommes qui, sans un sou au point de départ, surent créer par leur union une des plus grandes institutions commerciales qui existent aujourd’hui. Ils ont ouvert une voie fertile en résultats. Nombre de sociétés l’ont suivie et de notables améliorations ont été ainsi réalisées au profit des classes laborieuses.
- Mais ici vous avez en mains par l’Association du Familistère, un instrument bien plus complet pour l’amélioration de votre condition physique, intellectuelle et morale. Tous les bienfaits qui y sont contenus et déjà plus ou moins développés, se montreront à vous, à mesure que vous comprendrez mieux les merveilles que l’Association peut accomplir.
- En vue de cet avenir, dans lequel vous réaliserez, je l’espère, des choses qui attireront l’attention du monde entier, j’ai doté l’Association de vastes propriétés quipermettent l’érection de nouveaux ateliers pour le développement des affaires sociales.
- Si vous savez, mes amis atteindre à ce but que je vous propose,vos certificats d’épargne dont la signification vous préoccupe aujourd’hui, auront acquis alors une valeur bien supérieure à celle nominalement inscrite sur chacun d’eux.
- Ces certificats sont pour vous des titres de propriété et de rente ; ils équivalent au contrat qu’on passe devant notaire,quand on achète une propriété. Si la propriété ensuite augmente de valeur, c’est au plus grand avantage de celui qui l’a acquise.
- Il en sera de même pour vous si vous faites prospérer l’Association. La valeur qu’elle acquerra sera
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- autant de gagné pour les détenteurs de titres et pour la propriété commune.
- Donc, si la Société du Familistère s’entretient prospère, ses titres, lorsqu’elle atteindra son terme légal de cent ans, pourront valoir quatre fois la somme qu’ils porteront inscrite, car alors les possesseurs du fonds social auront à eux non-seulement le Familistère, les usines et toutes les propriétés de l’Association, mais encore les fonds des assurances et le fonds de réserve, dans les mesures prescrites par les statuts.
- Malgré toutes ces perspectives d’avenir, je sais combien de doutes subsistent encore et avec quels sentiment divers on envisage l’Association du Familistère.
- Quand j’ai bâti le Familistère lui-même, n’a-t-on pas dit que je le faisais à mon profit et pour vous exploiter ? Eh 1 que je voudrais donc que ceux qui. parlaient ainsi fussent assez convaincus de la réalité de leurs dires,pour consacrer leurs capitaux à l’érection de bâtiments destinés à remplacer les logis sordides et malsains où sont encore logés les classes laborieuses.
- Mais il est remarquable que tout en prétendant que je faisais une spéculation heureuse, ces gens se sont bien gardés de m’imiter, et ont préféré placer leur argent ailleurs que dans des Familistères et autres entreprises, en faveur des ouvriers. Leurs critiques n’en ont pas moins continué, et elles s’exercent encore.
- Et comment en serait-il autrement quand au Familistère même les appréciations les plus singulières et les moins fondées peuvent se faire jour.
- N’a-t-on point entendu, par exemple, dans les premiers temps de fonctionnement de la nourricerie, une mère colporter la nouvelle qu’au lieu de donner du lait à boire aux petits enfants on ne leur donnait pour nourriture que des carottes crues ?
- Et que d’autres histoires n’a-t-on point faites !
- Aussi est®!! bien concevable que l’Association à son tour donne lieu à toutes sortes de critiques. Elle a d’abord contre elle tout le monde des réaction-naires* tous ceux qui ferment les yeux sur les questions sociales et en redoutent l’étude, tous les chefs d’industrie qui ne veulent point appeler l’ouvrier à la participation des bénéfices.
- Evidemment à toutes ces gens-là l’Association du Familistère apparaît comme une œuvre dangereuse ; les calomnies contre elles sont donc facilement écoutées, Oo qtfen désire surtout, c’est de trouver que 1 ouvrier n ici moins d’avantages qu’il ne semble.
- Oh lë® telles;critiques sont les bienvenues près de
- tous ceux qui sont résolus à ne rien changer au sort de l’ouvrier.
- Ainsi dernièrement à Paris, dans une société où je me trouvais, une vieille dame fort distinguée m6 disait : « Monsieur,votre Familistère malgré les crû tiques qu’on en fait m’apparaît comme une grande et belle œuvre de réforme sociale, il a cependant un point qui me laisse à désirer. On affirme que vos ouvriers ne sont pas libres; qu’ils sont obligés de s’approvisionner dans les magasins du Familistère J’ai vivemement regretté cette atteinte à la liberté. »
- Mais, répondis-je, ce qu’on vous a dit là n'est point exact.
- Vraiment, oh! que j’en suis heureuse, reprit la dame.
- — La liberté est absolue au Familistère comme elle l’est pour chacun de nous dans la Société. La seule règle est de * ne point se porter préjudice les uns aux autres. Ce qui a donné lieu à la critique ; que vous venez de me répéter est ceci :
- Tous les ouvriers de l’Association sont payés à la quinzaine. Ils reçoivent en espèces le montant de leurs salaires et font leurs achats à leur gré dans les magasins de la ville ou dans ceux de l’Association. Personne n’a rien à y voir. — Personne ne s’en occupe. Mais à côté des ouvriers rangés, économes, qui savent mettre assez d’ordre dans leurs dépenses pour n’avoir point besoin d’avances sur leurs quinzaines, il y a malheureusement, chez nous comme ailleurs, des individus qui ne savent point compter, qui vivent au jour le jour, qui se laissent aller à la dissipation, qui dépensent trop souvent pour leur propre plaisir les ressources destinées à faire vivre la famille toute entière.
- Ces gens vivent au moyen d’avances continuelles et qu’il est bien difficile de refuser quand la famille est dans le besoin. Du reste la plupart d’entre eux ce seraient pas plus avancées, si on les obligeait d’attendre la fin de la quinzaine, ils gaspilleraient d’un coup tout ce qu’ils auraient touché et la famille serait dans le même dénûment.
- % On est donc conduit avec ceux-là au système des avances. Pour obliger dans une certaine mesure ces ouvriers à porter à la femme et aux enfants ce qui leur est nécessaire,on â créé dans les usines de l’Association une monnaie représentative, échangeable contre toutes denrées et marchandises de consommation usuelle dans les magasins du Familistère.
- Les avances sont faites avec cette monnaie. Telle est la base de la critique qu’on vous a faite.
- Oh ! mais les choses n’avaient point été présentées ainsi, dit la dame. La mesure est tout à fait protec-
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- trice
- de l’ouvrier au lieu de lui porter atteinte. C’est
- différent
- Une chose à remarquer, ajoutai-je, c’est que cette monnaie même qui ne devrait servir aux mains de l'ouî^er que pour recevoir dans les magasins de l’Associa-tion les denrées nécessaires à sa famille, est tée et reçue daes tous les débits de boissons et boutiques de la ville, et dans des proportions telles
- ue l’usine en manque souvent pour le paiement des dites avances. Les jetons de l’Association ont cours en ville comme la monnaie.
- Yoilà, mes amis, de ces critiques comme on en répète partout sur le Familistère. La malveillance en soulèvera certainement aussi de nombreuses sur
- 1 Association.
- Malgré la publication des statuts qui permet à chacun d’être exactement renseigné sur nos actes et le but que nous poursuivons, il faut nous attendre à voir notre pensée travestie et l’Association interprétée de mille façons.
- Il faut même nous attendre à des critiques sans précision, qui ont l’air de sous-entendre une masse d’imperfections, ce qui est infiniment commode quand on ne veut point prendre la peine d’étudier ce qu’on
- attaque.
- Déjà, par exemple, dans la « Revue des Deux-Mondes » du 15 juin, M. D’Haussonville laisse entendre qu’il y a dans l'organisation du Familistère certains détails sur lesquels des réserves sont nécessaires.
- Il serait préférable pour les lecteurs de la « Revue des Deux-Mondes » que M. D’Haussonville n’en restât pas à cette vague critique, qu’il voulût bien formuler toute sa pensée. Cela nous permettrait de lui répondre de manière à éclairer l’opinion sur le mérite ne ses observations et sur l’importance du fait social qu’il effleure.
- Si l'on a tant de peines généralement à faire admettre les idées utiles, il faut reconnaître que cela tient aux habitudes, aux traditions du passé, à une disposition qui est entrée dans notre sang, et qui font que nous sougeons avant tout à notre bien personnel at surtout à accaparer à notre profit particulier le plus de ressources possibles.
- Sous ce rapport, la plupart des gens se montrent lnsatiables, ils ne se lassent pas d’ajouter et d’ajouter sans cesse à leur avoir.
- Et à quoi utilisent-ils ces ressources immenses ?
- A des choses sans portée réelle, à des riens. La Plupart du temps, ils ne savent que faire de leurs richesses,
- Oa me parlait dernièrement d'un prince qui jouit dun revenu de 40 à 50 millions. C’est une fortune
- colossale. Vainement cet homme accumule ses achats de châteaux, de fermes, de chasses, etc, il n’arrive point à utiliser ses revenus ; il ne sait qu’en faire.
- Ses chevaux, ses chiens sont logés dans des écuries et des chenils dorés, splendidement établis et dans des conditions bien supérieures à celles du logis de quantités d’ouvriers, et l’idée ne vient pas à cet homme de donner à ses capitaux inépuisables un emploi utile à l’amélioration du sort de l’espèce humaine.
- Et pourtant, c’est le travail, ce sont les travailleurs qui créent la fortune dans nos sociétés. Que deviendraient ces fortunes princières, si les classes laborieuses n’étaient point là pour les faire fructifier et pour donner tous les jours à leurs possesseurs les satisfactions dont ils jouissent.
- Quand donc les grands détenteurs de la richesse comprendront-ils le rôle glorieux qu’ils pourraient prendre en employant leurs revenus surabondants à favoriser l’organisation du travail et l’Association des travailleurs ; à faire édifier pour ces associations des usines et des palais d’habitation dans lesquelles seraient réunies toutes les ressources du confort et du bien-être nécessaires aux ouvriers, tous les moyens de progrès intellectuel et d’amélioration morale; combien alors les classes ouvrières béniraient la richesse, au lieu de la prendre en aversion ou d’en faire un objet de convoitise.
- Pour fonder l’Association que j’ai réalisée ici, pour édifier les ressources mises à votre disposition, il a fallu conquérir le capital au milieu de difficultés sans nombre et par les efforts les plus laborieux. Combien de telles créations seraient plus faciles aux grands détenteurs de la richesse, combien il leur serait aisé d’opérer comme par enchantement la régénération sociale, s’ils élevaient leurs sentiments au plaisir de travailler au bien des autres hommes .
- Ils n’auraient alors qu’à faire appel à l’intelligence pour créer anx capitaux dont ils ne savent que faire un emploi social qui serait le signal de la paix dans l’humanité.
- VOYAGE AUTOUR DU FAMILISTÈRE
- On a dit depuis longtemps et l'on répète à satiété que tous les goûts sont dans la nature, en fait de voyage comme en toute autre chose, et que chacun prend son plaisir où il le trouve.
- Les uns s’en vont, comme Nordenskiold, au pôle Nord, sans doute parce qu’ils n’aiment pas la chaleur, et je suis certain, je parierais presque vingt centimes contre vingt louis, que c’est au mois de
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- juillet dans la Canicule, que cet explorateur éminent a décidé d’entreprendre son voyage. D’autres prennent, le dimanche, le train d’Asnières, pour y passer une journée agréable, ce qui prouve, soit dit entre nous, qu’ils ne sont point par trop difficiles en fait d’agrément. Ceux-ci s’en vont à Monaco s’installer autour des tapis verts de Monte Carlo, et y savourer les âcres émotions du double zéro et des refaits ; ceux-là, moins passionnés, se dirigent modestement, une ligne à la main, vers le pont de Bercy, dans les environs duquel ils ont rêvé un endroit délicieux, où le goujon répondra peut être à l’appel cauteleux de l’asticot dont ils ont paré leur hameçon. Pourquoi ne serai-je pas venu à G-uise, moi, si cela m’a convenu ?
- Eh quoi ! Xavier de Maistre n’a-t-il pas mis quarante-deux jours, pas un de plus pas un de moins, à faire le tour de sa chambre ? C’est juste la moitié du temps que Jules Yerne accorde à son flegmatique héros pour faire le tour du monde. Cela prouve qu’ici bas il y a des gens pressés et d’autres qui ne le sont pas. Lequel des deux a raison ? demanderez-vous, et je vous répondrai : S’ils arrivent à temps, iis ont raison tous deux.
- Quant à moi, j’ai mis, comme tout le monde, sept heures pour venir de Paris à Guise. Est ce trop? Heu, heu, distinguons : Sur une partie du parcours, la première, on marche assez vite pour ne rien voir de la route, et pour ne point s’ennuyer. Or ne pas s’ennuyer en chemin, c’est quelque chose, mais ne rien voir lorsqu’on passe par Chantilly, Compiègne, Noyon, etc., ce n’est pas complet, non plus, avouez-le.
- Sur l’autre partie du trajet, de Saint-Quentin â Guise, c'est bien différent ; ici, l’on marche assez lentement pour s’ennuyer à grande vitesse et pour en voir trop sur la route, car, entre nous, Ribemont ressemble furieusement à Origny, Origny à Long-champs et Lo.ngchamps à Macquigny, et la compensation ne m’a point paru suffisante,pour m’expliquer que nous ayons mis autant de temps à parcourir les 40 kilomètres qui séparent Guise de Saint-Quentin que les 150 que l’on compte de Saint-Quentin à Paris.
- Soyons juste cependant. Pour le parisien cosmopolite habitué de tout temps à l’exactitude mathématique, à la rigoureuse ponctualité, et à la raideur d’allures invariable des grandes compagnies de chemins de fer en France, en Angleterre, en Allemagne, voire en Italiie et en Espagne, se trouver tout d’un coup transporté sur une ligne, où non seulement on ne part pas trop rigoureusement à l’heure, mais où l’on attend complaisamment que le voyageur ait eu
- le temps d’arriver, eq qui sait ? où l’on s’arrêterait volontiers en chemin pour en prendre, au besoin-une ligne, en un mot, ou tout a l’air de se passer en famille, et à la bonne franquette, ma foi, cela ne manque pas de saveur, En somme, si l’on songe à l’éternité, en comparaison de laquelle la vie entière d’un homme n’est qu’un petit grain de sable dans la mer, en y mettant de la bonne volonté, on peut trouver ce voyage charmant.
- Vous me dites : Qu’alliez-vous faire à Guise? Etait-ce pour votre plaisir que vous vous y rendiez? Diavolo ! Voilà deux questions légèrement indiscrètes. ‘Si je n’étais pas bon enfant au suprême degré, je pourrais répondre à la première par une interrogation et vous dire : Que vous importe ? Mais je ne le ferai pas, j’aime les gens polis . .Néanmoins malgré mon ardent désir de vous satisfaire, je suis forcé de laisser votre curiosité inassouvie aujourd’hui du moins. Il y a quelques jours j’aurais pu vous dire ce que j’y venait faire ; je le pourrai peut être dans quelques jours, mais, pour le moment, il faut vous contenter de savoir que j’y venais pour affaires, si vous vouiez. Cela vous dit aussi que je n’y venais pas uniquement pour mon plaisir, car, vous savez aussi bien que moi qu’en général une affaire n’est jamais un plaisir.
- Quelques fois, cependant, il faut en convenir, les plaisirs sont des affaires et des affaires embarrassantes. Je pourrais lo prouver aisément en vous faisant voir par A plus B qu’il faut souvent prendre plus de peine pour ce que l’on appelle s’amuser que pour le travail proprement dit ; mais cela nous mènerait trop loin du Familistère,où il faudra bien que nous arrivions puisque c’est le but de mon voyage.
- Je sais bien qu’il y a des gens, surtout parmi ces bons Parisiens, flâneurs par excellence, qui, comme le lièvre de Lafontaine, aiment à s’arrêter à chaque pas, pour examiner un brin d’herbe, cueillir une fleur, suivre le vol capricieux d’un papillon ou d’une libellule, ou ramasser un caillou bizarre au bord du chemin. Cela plaît aux hommes chez qui l’imagination et le sentiment dominent, braves gens assurément, mais fort agaçants pour leurs compagnons de route pressés. Tenez : imaginez-vous un bon couple, mari et femme, sortant ensemble pour aller dîner en ville, par exemple. L’homme est flâneur et la femme ne^l’est pas ; lui s’arrête volontiers à chaque devanture attrayante de magasin pour regarder à loisir les curiosités qui y sont étalées. Comme la femme s’amuse, hein ?
- En écrivant ces lignes, je n’oublie point que vous êtes mon compagnon de route, cher lecteur. Or, comme je n’aime pas à flâner en chemin, vous avez
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- déjà pu vous en apercevoir par ce début, je ne veux point que votre amour de la flânerie m’attarde et je vous traîne, bon gré, mal gré, droit au but.
- Ne vous récriez pas... Ne me dites pas que je vous tyrannise, Je vous rends service au contraire. Un voyage n’est pas une promenade, que diable ! Et si l’on veut arriver, ce qui est incontestable puisque l’on est parti, il est clair qu’il faut marcher, et aller de l’avant toujours, toujours, sans se détourner ni interrompre sa marche. Comment ! vous n’avez pas honte d’être flâneur ? Mais flâner c’est faire de la paresse, et la paresse est un des plus vilains défauts qu’un homme puisse avoir. D’ailleurs, vous le voyez bien, je suis pressé, vous êtes pressé comme moi, nous sommes pressés, ne l'oubliez pas..
- Croyez-vous donc que je n’aurais pas encore bien des choses à vous dire sur mes compagnons de wagon par exemple, charmantes gens parmi lesquels il y avait un jeune homme et une jeune femme, qu’avec mon flair habituel j’ai pris pour deux nouveaux mariés, et qui l’étaient en effet, je l’ai vérifié depuis. Quoique le marié ait contribué fort à m’égayer pendant le trajet, je n’en dis rien, uniquement parce que je n’aime pas à m’arrêter à tout instant, comme ces flâneurs que j’abhorre. Est-ce que vous pensez que ces trains même qui apportent les voyageurs sur sur cette ligne ne me suggéreraient pas aussi quelques réflexions plus ou moins piquantes avec leur agencement étrange, si je voulais m’attarder à vous les communiquer ?
- Donc, parti de Paris le matin à neuf heures moins un quart, j’arrivais à G-uise à trois heures cinquante du soir. Ce sentier ferré, non, je ne peux pas l’appeler chemin, c’est plus fort que moi, que voulez-vous, ce sentier ferré est bizarre. Je l’ai déjà dit, mais cela m’a tant frappé que je le redis encore. Il est tout jeune ce petit, ce p’tiot chemin, (couleur locale), c’est à peine s’il a eu le temps de faire toutes ses dents ; aussi m’a-t-il semblé qu'en bien des endroits il coulait à pleins champs, sans façon, sans la moindre dent, non, je me trompe, sans la moindre barrière. C’est peut-être pour cela qu’il marche avec tant de circonspection. Songez donc, s’il allait rencontrer une vache ou un animal quelconque sur la voie, il pourrait l’écraser s’il allait trop vite, et il en est ^absolument incapble; il se détournerait plutôt pour éviter un pareil malheur.
- Quoi qu’il en soit, Guise est une coquette petite ville, qui cache modestement au fond d’un vallon pittoresque, mais aux dimensions un peu exigües, ses gentilles maisons de briques aux toits d’ardoise dans un charmant fouillis de verdure, comme les flots de dentelle des gigantesques collerettes des élégantes
- du temps de Henri III, et se mire dans les eaux émeraude de l’Oise, qui serpente en méandres nombreux à travers ses rues propres et bien entretenues.
- | Sur les hautes collines qui l’ensserrent au sud, se | dresse encore fière un pen vers l’ouest sous ses hail-1 Ions d’hidalgo, l’ancienne tour des ducs Lorrains, ! malgré l’horrible toit en forme d’éteignoir épaté | dont on l’a affublée, je ne sais pourquoi. Elle sert de ! fort aujourd’hui, et ce qui reste de l’ancien château | abrite deux compagnies de lignards, qui doivent s’a-
- i muser là comme le tigre au jardin des Plantes. On
- |
- ! les voit parfois errer, deux par deux, dans la ville, à la recherche de quelque bonne fortune, qui peut-être-ne s’offre pas trop souvent à eux, quoiqu’à dire vrai, je l’ignore superlativement, et que cela me soit aussi indifférent qu’à vous-même, mon cher lecteur.
- Si les ruines du château des ducs de Guise sont passées entièrement à l’état de souvenir, ce qui pourrait en rester est, comme la ville qui s’étale à ses pieds, noyé dans une épaisse feuillée, dont le fond sombre est égayé par le ton bistre de la tour et du bastion du fort. Tout cet ensemble a un aspect plus cossu, plus riche que les petites villes analogues du midi, avec leurs maisons blanches et leurs toits de tuiles.
- Du haut du côteau ou ce vestige se dresse, si vous jetez les yeux à vos pieds, vous apercevez l’église, ancienne chapelle du château, sans doute, qui, sauf quelques ornements accessoires assez purs de style, n’offre rien de bien remarquable, au moins au premier coup d’œil du visiteur qui l’examine en passant. Yeuve de clocher, de portique, de toute richesse architecturale qui frappe, on dirait qu’elle a conscience de son insignifiance, et elle semble se dissimuler aux regards. C’est sa voix qui m’a guidé vers elle lorsque j’ai voulu la voir, et sans elle j’aurais eu à demander ma route pour la trouver.
- Cherchez au loin en face de vous au milieu de cet amphithéâtre,dont le fond est un amas de toits perdus dans des arbres, et vers l’extrémité nord de la ville non loin des coteaux qui bornent l’horizon de ce côté vous apercevrez la perle, le joyau de Guise.., le Familistère.
- A Chantilly, vous pourrez admirer peut-être le splendide domaine d’un prince de la maison d’Orléans ; à Compïègne vous visiterez les magnificences du château jadis impérial, et le sans-pareil manoir admirablement restauré de Pierrefonds. Tout cela est beau, brillant, grandiose. Mais à Chambord, à Blois, à Amboise, à Fontainebleau et aili eurs, vous verrez, des châteaux aussi beaux, des forêts aussi pittoresques, des chasses aussi étendues, tout ce que
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- vous voudrez enfin. Mais je vous défie bien de trouver nulle part ailleurs quelque chose de comparable au Familistère de Guise.
- Parcourez la France, l’Europe, le monde, et je vous le répète, vous ne trouverez point autre part un édifice pareil. Ce n’est point que son architecture simple et sobre, sans monotonie ni absence de cachet, soit bien compliquée, ni même extrêmement riche au point de vue artistique. Non; c’est un chef-d’œuvre de simplicité, en même temps que de bonne entente de tout ce qui est pratique en fait d’économie domestique et sociale. Toutes les exigences de la vie y trouvent une satisfaction complète, et je vous le prouverais dès aujourd’hui, si votre vilain penchant à la flânerie, ne m’eût fait bavarder en route tant et tant, que les colonnes du journarne me laissent plus assez do place pour l’entreprendre dès à présent. Voyez-vous les inconvénients de ce vilain défaut maintenant ? J'espère que cette démonstration est péremptoire, et que la prochaine fois, lorsque nous continuerons ou plutôt lorsque nous commencerons notre voyage autour du Familistère, votre'humeur vagabonde, ô lecteur, ne retardera plus notre marche.
- En attendant^ il est une question qu’il faut que je pose à M. Othenin d’Haussonville. Dans un article intitulé : « La Misère à Paris » signé de lui, et paru dans le numéro de la Revue des Deux-Mondes portant la date du 15 juin, il dit (page 846) après un éloge des maisons ouvrières de Mulhouse :
- « Cette œuvre philanthropique qui a eu beaucoup de retentissement, a eu aussi beaucoup d’imitateurs. Quelques grandes sociétés, comme Anzin et le Creu-zot, quelques manufacturiers, parmi lesquels on peut citer MM. Godin et Menier (quelques réserves qu’il y ait lieu de faire au sujet de certains détails dans Torganisation du familistère de Guise ou de la cité ouvrière de Noisiel,) ont construit pour leurs ouvriers des habitations dont ils leur offrent la jouissance à des conditions très avantageuses. »
- En général, le Devoir ne relève pas d’habitude les insinuations, ni même les accusations plus nettement formulées contre l’organisation du Familistère. Mais, lorsqu’il s’agit de réserves aussi vagues, faites sur- I tout par un homme ayant toute l’autorité du prési- | dent de la société de colonisation en Algérie, des | Alsaciens-Lorrains, la chose vaut la peine, ce me semble, de faire une exception à la règle; et si l’infimité de la personne pouvait être compensée par la haute importance du but poursuivi, l’amélioration du sort des travailleurs, je prierais M. d’Haussonville de préciser les réserves qu’il a cru devoir faire sur \ 1 organisation du Familistère, afin que si elles nous i
- fournissent un enseignement pratique, nous puissions en tirer parti, et lui donner la suite qu’il comporterait.
- Je sais bien que l’institution du Familistère a provoqué bien des critiques. Elle touche à une question trop considérable dans le présent, et plus importante encore pour l’avenir, pour qu’il en soit autrement. Lorsque ces critiques sont faites de^ bonne foi et d’une façon claire et précise, elles peuvent avoir leur utilité, et le créateur de cette œuvre puissante ne peut qu’en savoir gré à leurs auteurs. Mais pour cela, il ne faut point qu’elles restent dans le vague de réserves ne portant sur rien de déterminé , parce qu’elles ont l’air de s’appliquer à l’ensemble de l’institution, et qu’elles définissent le point qu’elles visent, afin que l’on puisse apprécier leur signification et leur portée. J’ai une trop haute opinion de la valeur de l’éminent auteur de l’article en question, pour n’être pas assuré d’en obtenir le renseignement complémentaire qu’il est de toute justice qu’il nous fournisse.
- (A suivre) Ed. Fortis.
- FAITS POLITIQUES & SOCIAUX DE LA SEMAINE
- FRANCE
- Travaux des diamlbre». — A la Chambre des députés la discussion du budget a continué cette semaine sans donner lieu à aucun incident digne d'attention. Ii y a eu à propos du ministère des affaires étrangères une demande de suppression de l’ambassade de France près du Saint-Siège, comme n’ayant plus aucune raison d’être, mais cette proposition de M. Madier de Montjau n’a point été accueillie, pas plus que celle de la suppression de l’auditeur de Rcte entretenu par la France à Rome. La discussion du budget du ministère de la guerre a provoqué quelques critiques de la part du comte des Roys au sujet des mesures prisés en Algérie, et au sujet du s rvice de quarante mois, mais sans aucun résultat utile.
- Le Stésuit, a f lit de son mieux pour dénaturer la loi sur l’obligation de l’instruction primaire, et il y a réussi dans une mesure si étendue, que l’on peut presque aire que cette loi modifiée de la sorte est comme annulée, car !a Chambre ne la votera pas telle qu’elle est.
- M. Wurtz, doyen de la faculté a été élu sénateur inamovible en remplacement de M. Roger du Nord.
- ANGLETERRE
- La colonie Française a célébré la fête du 14 juillet par un banquet démocratique au Palais de Cristal. Le toast à la patrie a été portée p r le président du cercle national Français. Le programme publié à cette occasion par l’administration du Palais de Cristal éta;t très brillant et il a été fort bien rempli. Il a donné à cette journée une couleur toute Française.
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- A la Chambre des Communes, de nombreuses questions ont été adressées au gouvernement au sujet des affaires de Tunisie, sans donner lieu à des résultats dignes de remarque. Il faut n’attacher qu’une frès médiocre importance à ces interpellations au sein du Parlement anglais; c’est une habituie d’y tout passer pour ainsi dire au crible, et de tenir constamment en haleine les ministres par des questions posées de la sorte sur les sujets môme les plus délicats. D’ailleurs les auteurs je la plupart des demandes adressées au cabinet à cette occasion forment un groupe très restreint;, et surtout sans influence.
- ALLEMAGNE
- Il est provisoirement décidé que les élections pour le Reichstag auront lieu au commencement d’octobre. Ce sont les socialistes dont les préparatifs sont les plus avancés. M. Liebknecht, expulsé de Leipzig, est arrivé à Mayence, où il a posé sa candidature. La police surveillera chacune de ses démarches.
- Dans la 4° circonscription de Berlin, les socialistes porteront M. Ritinghausen, ancien député au Reichstag.
- A Mannheim, leur parti vient de remporter un éclatant succès dans les élections pour le conseil municipal. Ils ont fait passer seize des leurs.
- La police de Berlin a fait saisir la traduction allemande de Nana, par Zola.
- Le prince de Bismarck montre déjà clairement de quelle manière il se propose de mener la campagne électorale. Tous ses efforts tendront à détacher les ouvriers des partis qui actuellement sont hostiles à ses projets. Il compte, en un mot, combattre particulièrement les progressistes et les socialistes en protégeant les classes ouvrières, en instituant un véritable socialisme d’Etat. Le chancelier espère se concilier ainsi l’estime et l’appui des ouvriers dont le concours lui serait excessivement utiler
- ESPAGNE
- Opiaxiosa en Espagne sm* les troubles d’Oran. — Les événements de la province d’Oran produisent en ce moment en Espagne un mouvement (l’opinion dont les causes sont assez complexes pour mériter un examen sérieux.
- La province d’Oran, sur uue population totale de 112,647 Européens, contient 43,646 français, habitants des villes et de la côte, 16,114 gens de différentes natio-uaiilés, et enfin 53,007 Espagnols la plupart consacrés aux travaux des champs dans la région du Rig et vers Sidi-bel-Abbès. À Orau même, il y a 19,353ïlspagnols sur une population totale de 49,363 hommes. Le reste des Espagnols est éparpillé un peu partout, sauf un bon nombre attirés depuis quelques années vers Saïdaet la frontière du Sud par l’entension donnée à la culture de l’Alfa et d’autres produits semblables à ceux des provinces du midi de la péninsule.
- .Ce dernier détail explique pourquoi l’immense majoré des Espagnols qui vont s'établir en Algérie apparient aux provinces d’Alméria, d’Alicante, de Murcie, ce Caithagène. Les habitants du littoral méditerranéen préfèrent le sol algérien au rude labeur de leurs belles ^egas et de leurs sierras,où l’on a pourtant bien besoin ée bras, car certainement l’agriculture trouverait facilement bien des régions incultes à défricher dans la moi-be des provinces du royaume.
- Les Espagnols qui vont en Algérie s’y fixent en gé-f eral, et leurs compatriotes, le gouvernement, les journaux cachent pas le déplaisir que leur cause cette émigration, comme celles des Basques et des GaPegos ^as l'Amérique du Sud. Que de fols a-t-ou entendu la Eesse, les ho ..mes d’Etat, les sociétés savantes déplo-gér. ?eùe émigration, et regretter que leur pays ne pos-plus aux Amériques ou sur le sol africain un dé-
- bouché pour ce flot qui leur enlève bon an mal an quelques miliers de vigoureux travailleurs que la province d’Oran a vus l’œuvre dans des terrains maigres où d’autres Européens avaient pourtant reculé. C’est surtout depuù que l’Espagne suit d’uu œil jaloux les affaires du Maroc que la presse espagnole a fait ainsi allusion à l’émigration espagnole vers Oran et Bône.
- Toutefois les nouvelles de Saïda n’ont pas produit tout de suite uns grande impression. L’émotion ne s’est développée que grâce à la campagne entreprise par la presse madrilène. Quelques-uns de ses plus respectables organes se sont laisssés aller à des vivacités d’appréciation contre les autorités algériennes, contre la France, contre l’armée française et ses chefs en Algérie, qui ont produit une pénible impression sur les très nombreux Français qui vivent en Espagne.
- RUSSIE
- On lit dans la Tribune, de Berlin :
- A Péterhof, il n’y a plus d’antichambres, car le tzar ne reçoit ulus personne ou très peu de monde.
- Les*soldats sont logés au haut d’un long corridor et ont reçu défense d’approcher du cabinet de l'empereur. Les chambres situées sous ce cabinet ont été soigneusement fermées,et sont gardées par un cordon de sentinelles qui ont également reçu ordre de se tenir à distance.
- Six des plus habiles agents de police ont disparu soudain. On en a trouvé deux noyés dans la Néwà. Un troisième, employé depuis longtemps à Paris et Genève, a été trouvé étranglé près de Péterhof.
- Dernièrement, on a publié dans SiemerniiviestniA, une lettre on ne peut plus caractéristique, dont l’auteur est M. Paul Biivanski, procureur, chargé par le ministère de réformer les tribunaux d’Orenbourg. Biivanski a passé là quatre mois, et, en homme loyal et juste, a écrit publiquement son compte-rendu, qui lui a valu sa démission immédiate. Voilà une partie de cette lettre, qui a fait en Russie la plus grande impression..
- « J’ai vu les juges foulant aux pieds la loi, j’ai vu la cruauté de la toute puissante police, et partout une sauvage tyrannie abusant des faibles. Autour de moi, je n’ai entendu que les gémissements de la douleur. Eu visitant les prisons, je délivrai des innocents qui, malgré le verdict attestant leur innocence, ont été retenus plusieurs années enfermés et tourmentés.
- « J’ai écouté les plaintes des paysannes, battues et tenaillées avec des fers rougis, en présence du chef de la police, sans autre motif qu’elles osaient demander le jugement de leurs maris. Je me suis convaincu qu’il n’y a rien de commun entre moi et les employés dont les actions étaient soumises à mon contrôle. Un profond abîme nous séparait. Ce sont des gens dont on ne peut pas parler sans indignation et juste colère. Iis faisaient trafic de la loi, ils la considéraient comme le moyen de se procurer tous les avantages delà vie. On ne croirait pas avec quelle adresse ils savent faire taire les malheureuses victimes, personne n’entend les plaintes ni les gémissements. La prison à Heck était aussi sous mon contrôle, elle avait pour directeur un aucien chef de la police chassé d’une autre ville pour des abus de toute sorte. Sa conduite, comme directeur de la prison, surpassait la barbarie des sauvages, il tourmentait ses prisonniers d’une manière épouvantable. C’était une bête fauve lâchée sur sa proie. »
- Le journal qui avait eu le courage d’imprimer ces paroles a été suspendu.
- La terreur, la-peur mortelle du Tzar, non-seulement le rend à moitié fou, mais lui dicte des tendresses et des flatteries envers le Pape et les Polonais. Il compte sur l’influence des cultivateurs qui abhorrent les idées révolutionnaires ; mais la Pologne qui, avec raison, ne prend aucune part aux révoltes intérieures de la Russie, n a point oublié ses nobles traditions d’un pays libre,ni sou long martyre sous le joug des tyrans. Le Tzar a donc tort de compter sur la fidélité de ceux qui out été, jusqu’à ce temps, les plus opprimés.
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- Le comité socialiste répand toujours en masse des proclamations. Parmi elles, il se trouvait un journal,évidemment appartenant à une partie plus modérée. On y blâme la conspiration et les assassinats. On croit que la propagande de l’idée révolutionnaire doit être précédée par quelque instruction qui, développant les esprits, puisse faciliter l’œuvre d’une manière efficace. Tel est aussi l’avis d'une grande partie des patriotes russes. Mais, peut-être est-il à présent trop tard pour suivre les plus sages conseils. Les évènements, par eux-mêmes, apprêtent le dénouement dont on ne peut ni détourner l’imminence ni prévoir les graves conséquences. Il y a des nécessités historiques presque fatales, et la révolution n e paraît pour la Russie une de ces fatalités.
- (Etats-Unis d'Europe).
- TURQUIE
- Des lettres de Constantinople constatent que dans les hautes régions la fureur des Turcs contre la France se manifeste très ouvertement. C’est l’affaire de la Tunisie qui en est la cause immédiate, et c’est pour cette raison que l’on fait tout ce que l’on peut à la Sublime-Porte pour gêner la France et contrecarrer ses projets. Le Sultan a refusé de donner audience à notre ambassadeur qui a été obligé de partir en congé sans avoir pu prendre congé du Souverain près duquel il est accrédité. Le consul français à Damas, en tournée dans le Liban a vu son voyage°interrompu de force, et l’attaché militaire envo3ré en Syrie a été forcé de se réembarquer. Ils ont fait de la Tripolitaine un foyer de propagande religioso-anti-française et c’est à elle que sont dûs les troubles qui ont éclaté dans le midi de la régence de Tunis.
- Il est en outre question de supprimer en Turquie le service des postes étrangères, après avoir sj bien entravé celui de la poste locale, qu’en fait elle se trouve à peu près supprimée.
- ÉTATS-UNIS
- Malgré la gravité de l’une des blessures qu’il â reçues, le président de la République des Etats-Unis paraît si bien hors de danger que les médecins ont cessé de publier des bulletins bi-quotidiens de santé.
- La procédure contre l’assassin du président Garfield a été commencée. Guitean sera accusé d’homicide, si le président meurt, et d’attaque avec intention de donner la mort si le président survit.
- Dans ce dernier cas, la peine encourue est l’emprisonnement.
- Diverses propositions ont été faites à l’effet de modifier la loi, et d’édicter la peine de mort pour tout attentat contre le président,
- La compagne de PhoMime. — Sous ce titre, M. F. Lévy écrit dans le Journal la a Femme » :
- Il faut que la femme prenne enfin dans notre société la grande place qui lui est due, et pour cela il faut que son intelligence s’élève, et qu’elle se rende compte du grand mouvement qui transforme les sociétés, et qui les pousse à réaliser le triomphe de la justice, de l’égalité de droit, de la véritable solidarité humaine.
- Nous désirons que les hommes politiques comprennent que plus la femme prend une place digne et hont-rée dans la société, plus la civilisation étend ses bienfaits et monte dans les régions de la lumière.
- Que devient la civilisation chez les peuples, où la femme n’est qu’une servante, ou qu’uue esclave ?
- Elle est nulle et sans progrès. La femme méprisée et réfugiée dans un coin, comme dans une prison, n’est plus" que le jouet d’un caprice, ou le misérable instrument de jouissance grossière.
- Mais ces peuples sout punis : lois, mœurs, civilisation, progrès, tout reste dans la nuit.
- Ils ont oublié que la femme est appelée à être le
- guide et la joie de la famille; qu’elle a la mission de former l’esprit et le cœur de l’homme, et de le préparer aux rudes labeurs de la vie.
- Pour nous qui comprenons que la femme a de si grands devoirs a remplir, nous nous attachons à développer son intelligence, et à l’initier à toutes les sciences humaines, afin qu’elle soit digne de la mission supérieure que doit lui confier la civilisation de l’avenir, et quelle puisse être partout et toujours l’égale de l’homme.
- Nous poursuivons ce noble but avec toute l’ardeur, et toute la persévérence que nous inspire la conviction du rôle sacré imposé à l’épouse et à la mère.
- Mais nous savons aussi que la femme a été créée pour se dévouer, et pour aimer. ^
- Nous voulons qu’elle soit toujours prête à soulager toutes les misères, et à consoler toutes les douleurs. Nous voulons que tous ceux qui souffrent, puissent la bénir.
- * *
- XJ in surreçtion & ©fax
- La Tunisie travaillée d’abord par lTtalie, ou pour mieux dire par quelques agents Italiens ambitieux aux courtes vues,comme il .en est dans certains milieux politiques, l’a été ensuite par le gouvernement Turc, qui, impuissant à conserver intact son propre territoire démembré par la guerre, affiche la prétention plus qu’imprudente d’un droit de souveraineté injustifiable sur les deux régences de Tunis et de Tripoli. Les menées de ses agents secondées par les haines religieuses des fanatiques de cette contrée ont provoqué dans le sud-est de la Tunisie des troubles graves, dont Sfax a été le foyer. Les maisons des Européens y ont été saccagées, des consuls y ont été blessés, il y a eu même des morts, et si leur nombre a été très limité, c’est grâce à la prompte fuite des autres, qui se sont réfugiés à, bord des navires en rade. La France devenue,depuis le dernier traité signé au Bardo,la protectrice de Tunis a été contrainte de bombarder ce port et de l’occuper militairement.
- Si l’on cherche sur les cartes ordinaires le port de Sfax, on ne le trouve point, et quelques notions sur cette ville rendue tout à coup tristement célèbre par le ’pillag} et l’incendie ne seront pas sans intérêt à l’heure présente.
- Sur les bords de la Méditerranée, dans le nord du golfe de Gabès, à 225 kilomètres au sud de Tunis, s’élève une petite ville entourée de murs, et pouvant compter une population d’environ seize mille habitants. Elle se trouve sur la route de Tunis à Tripoli d’où est parti l’étincelle qui a mis le feu aux poudres, et jadis peuplée de pirates, c’est une ville de commerce, rendez-vous de nombreux marchands européens, qui viennent y acheter de l’huile, des grains, des pistaches, des dattes, de la toile, et qti forment une colonie assez nombreuse où l’élément italien domine. G’est Sfax.
- Les Vénitiens la bomhardèrent en 1785, quelques années seulement avant que le lion de Saint-Marc expirant cessât de faire entendre ses rugissements sur ces mers son ancien domaine.
- La route qui conduit de Tunis à Sfax est fort peu sûre. Elle part de la porte de Beb-el-gira à Tunis, près de laquelle se dresse la colliue où se trouvent les sanctuaires musulmans de Mammoudie, de Sidi-ben-Hussin et de Sidi-ben-Alsem, et elle passe au pied de cette colline, entre celle-ci et le lac, dans la direction de l’Hemmef-En et de Soliman. La vallée qu’elle longe est entièrement occupée par un vaste et antique cimetière musulman, qui s’étend même sur le flanc du coteau qiu regarde la ville, et où un grand nombre de tombeaux ont la forme de petites chapelles disséminées de tous côtés dans cette enceinte. Ces petits édifices servent souvent d’abris à des bandits Tunisiens, Marocains, Algériens et même Européens à moitié Arabes,qui attaquent audacieusement, sans distinction de nationalité l’imprudent voyageur qu’ils dévalisent et égorgent sans pitié. Gela rend fort dangereuse cette route qui, sans cela, serait une des plus agréables que l’on puisse rêver
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- pour un Europée. Bordée de lentisques, de dattiers et d’oliviers, elle est sillonnée par les voyageurs de toutes les races si diverses qui peuplent cette partie de l’Afrique. On y rencontre l’Arabe du désert monté sur son chameau à l’allure grave et lente, ou sur le mahari coureur qu’il prise, le Juif sordide faisant trotter son petit âne étique, l’Espagnol chevauchant sur une splendide mule, allant l’amble, l’Arabe pur du Tell au cheval rapide, le Bédouin sombre à la maigre monture, ou le riche Maure escortant sa ou ses femmes soigneusement enveloppées des pieds à la tète et caches aux regards.
- Le nom de Sfax lui vient d’une espèce de concombre que les Arabes appellent Sfaltes très abondants dans les jardins qui forment une verdoyante ceinture à la ville. Elle est divisée en deux parties bien distinctes : la ville haute est exclusivement destinée aux Musulmane, et la ville basse est habitée par les Européens, Maltais en majorité, et par les Juifs.Elle est défendue par plusieurs forts ou bastions armés de canons. Elle possède un casbah, plusieurs mosquées, des bazars, des écoles; une église catholique, une synagogue, et un couvent de moines de Saint Joseph.
- Sfax reçoit d’Europe des tissus, anglais principalement, de "la mercerie, de la quincaillerie etc, et elle exporte, outre les denrées énumérées plus haut des éponges, du poisson sec, de l’alfa et de l’essence de rose. L’eaù étant assez rare à Sfax, on y a établi de nombreuses citernes, dont deux immenses sont à peine à un kilomètre du mur d’enceiute. Ce sont.de gigantesques réservoirs disposés de façon à recevoir toute l’eau des terrains environnants.
- Le mur d’enceinte crénelé et flanqué de tours forme un pentagone régulier dont le plus grand côté est parallèle au rivage ; à son extrémité méridionale est installée une batterie extérieure armée de dix pièces,qui peuvent agir utilement contre des chaloupes qui tenteraient un débarquement, mais qui sont impuissantes contre les gros navires dont le tirant d’eau ne leur permet pas d’approcher à leur portée.
- HISTOIRE
- DES
- EQUITABLES PIONNIERS DE ROCHDALE
- Chapitre XII
- Quatre années dangereuses La disette du coton
- En 1861, à l’époque où la guerre se déclara entre le nord et le sud des Etats-Unis, il fut aisé de prévoir la terrible perturbation industrielle qu’allait amener la disette du coton. Les fabriques des comtés de York et de Lancastre seraient obligés d’arrêter. Des familles par centaines de mille se trouveraient sans ouvrage et sans pain.
- Bien des gens alors prédirent que la coopération sombrerait dans la tempête.
- Comment de pauvres travailleurs dont les gains provenaient surtout clés fabriques qui allaient chômer, pourraient-ils rester unis et soutenir leur entreprise coopérative, au milieu des graves difficultés d’une crise financière et industrielle : C’était là un problème dont on ne voyait pas la solution.
- Pour savoir ce qui se passa à cette époque (1861 à 1864) parmi les Pionniers, il est intéressant de lire les relations publiées alors par un des correspondants du « Times », relations datées de Roehdale même.
- Le 19 décembre 1869 ce correspondant écrivait : « Comment les classes ouvrières inoccupées font-« elles face à la calamité qui les accable ?
- « Cela n’est pas facile à établir exactement.
- « Où placent-elles leurs épargnes en temps ordi-« naire ? Cela varie selon les villes. Dans quelques-« unes on recherche les banques d’épargnes, dans « d’autres les Sociétés de construction où les Socié-« tés de secours. Mais depuis quelques années il y a « eu grand empressement à verser les fonds dans « les Associations coopératives. A Roehdale même « où la coopération fonctionne sur une grande « échelle, on peut dire que presque toute la classe « ouvrière est aujourd’hui enrôlée dans le mouve-« ment.
- « Il y a ici trois grands établissements dirigés d’a-« près le principe coopératif : le magasin d’approvi-« sionnements, le moulin à blé et la fabrique de « coton. Ces trois établissements représentent en-« semble un capital de 140,000 livres (3,500,000 fr.)
- « Durant le dernier trimestre, les acheteurs tou-« chaient un dividende de trois francs par 25 francs « d’achats ; ce qui fait qu’au lieu d’être perpétuelle-« ment en dettes comme autrefois envers ses four-« nisseurs, l’ouvrier empoche lui-même ici le profit « qui allait aux mains du boutiquier. Plus il vit « confortablement, plus est grande sa part de béné -« fi ces annuels.
- « Une note prise sur le'livre même du « Store » « explique les avantages du système.
- « Un membre, en septembre 1854,avait à son cré-« dit 187 fr. 50 c. Durant huit années il a acheté au « magasin coopératif les habillements et la nourri-« ture pour lui et sa famille.Pas une seule fois dans « cette intervalle, il n’a déposé de fonds pour aug-« menter son avoir. Au contraire, à différentes re-« prises il a fait des prélèvements qui sont montés « ensemble à 2,250 francs. Néanmoins à la fin du « dernier trimestre, il avait 1,250 fr. à son crédit.
- « Les dividendes qui lui revenaient sur ses achats « durant les huit dernières années, plus les intérêts » des fonds qui s’accumulaient ainsi dans le « Store »,
- « lui avaient donc produit une somme une somme « de 3,500 francs, soit plus de 400 francs par an,
- « Selon toutes probabilités, si ce chef de famille « pendant ce même laps de temps avait acheté ail-« leurs ses habillements et sa nourriture, il aurait
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- « dépensé dix pour cent de plus et se serait trouvé « à la fin de la période en dette d’au moins 125 fr.
- « Il est tout naturel que dans ces conditions le a nombre des coopérateurs et les affaires faites s’ac-« croissent rapidement, et que les classes ouvrières « cherchent partout à inaugurer des institutions « semblables.
- a Le capital s’accroît si vite dans les sociétés co-u opératives qu’en dépit de toutes les extensions que « prennent les sociétés, on est toujours en quête « d’emploi pour le capital. On a construit d’abord a un moulin à blé lequel fonctionne depuis neuf ans « et a fait en 1861 deux cent cinquante mille francs « de bénéfices. Le premier capital investi dans le a moulin était de 50,000 francs, il se monte mainte-a nant à 750,000 francs ; le « Store » des Pionniers « a souscrit pour 225,000 fr.
- a Depuis le succès de cette industrie, les coopéra-a teurs sont devenus entreprenants, et ils se sont a lancés dans une expérience qui, à première vue, « me paraît hasardeuse. Ils ont conçu l’idée d’asso-a cier le capital et le travail, d’être à eux-mêmes « leurs propres patrons et de se partager tous les « fruits de leurs efforts. »
- Jamais on n’avait fait un compte-rendu plus expressif du côté pratique et économique de la coopération,
- « Au début, » ajoutait le correspondant du Times, « le mouvement coopératif a rencontré beaucoup « d’opposition de la part de ceux qui croyaient y « voir une expérience communiste ou socialiste. « Mais les effets du système sur le caractère et la « condition des classes ouvrières, sont tellement a remarquables jque les gens les plus égoïstes no a peuvent éviter de se rendre à l’évidence. Aujour-« d’hui, les manufacturiers préfèrent les ouvriers a coopérateurs à tous les autres. Leurs habitudes a d’aide mutuel, de prudence et d’ordre les placent a considérablement au-dessus des ouvriers ordi-« naires.
- a Les économies qu’ils ont réalisées les ont cer-a tainement mis en état de supporter mieux que » tous leurs confrères la rigueur du temps. »
- Etablissons maintenant par des chiffres comment le Store de Rochdale a résisté à la crise industrielle qui dura quatre ans.
- En 1861, au moment où la panique se fit sentir, les ventes annuelles au comptant s’élevaient dans le magasin à 4,400,000 francs.
- Quatre ans après, en 1865, les ventes s’élevaient à 4,900,000 francs.
- Le capital en 1861 était de 1,050,000 francs; en 1865 il était de 1,950,000 francs.
- En 1861, les membres étaient au nombre de 3,900; quatre ans plus tard ils étaient 5,300. Ceci démontre que la Société coopérative apparaissait comme un lieu de sûreté pendant la tempête.
- En 1862, le comité de secours de la Société des Equitables Pionniers n’avait pas encore eu besoin d’intervenir largement en faveur des familles inoccupées.
- La même année les Pionniers construisirent à Blue Pits un nouveau magasin qui coûta 17,500 fr. L’année suivante, ils construisirent un abattoir, une boucherie et des étables qui coûtèrent ensemble 25,000 francs, puis un magasin neuf àPinfold lequel coûta également 25,000 fr. En 1864, ils bâtirent à Spotland Bridge un magasin qui coûta 37,500 fr., et un autre à Oldliam Road dont le coût fut de 42,500 fr.
- Ce n’est pas tout. Les Pionniers commencèrent des travaux particuliers dans Toad lane, en vue d’ériger un grand magasin central.
- Pendant les quatre années de « la famine du coton » les Pionniers gagnèrent 2,075,00 fr. Ils donnèrent 18,750 fr. pour secourir les gens en détresse et se livrèrent à d’autres œuvres charitables. Enfin, ils consacrèrent pendant la même période 46,000 fr. à l’éducation générale des membres.
- C’est en 1862 que la disette du coton se fit le plus cruellement sentir. Les deux* tiers des ouvriers de Rochdale étaient presqu’entièrement sans ouvrage. La plupart des manufactures étaient fermées; le peuple devait subsister en grande partie sur ses épargnes. Cette année-là, le nombre des membres du magasin diminua de 500. Le capital de la société subit de son côté une diminution de 112,500 francs. Néanmoins, les profits s’élevèrent encore à 425,000 francs.
- Donc non-seulement la coopération a fait face à une tempête où l’on croyait la voir périr, mais encore elle a secouru les ouvriers sans ouvrage, non enrôlés dans la coopération.
- Les sociétés manufacturières coopératives ne firent aucune baisse de salaires pendant la famine du coton ; le travail y était même plus actif que dans toute autre manufacture des environs.
- Enfin il est intéressant de signaler que l’almanach de la Société, à cette période si douloureuse à traverser, publiait les conseils suivants :
- « I. Dépensez vos gains seulement pour les choses « de stricte nécessité. Evitez tout autre frais.
- « II. Ne touchez qu’avec parcimonie à votre èpar-« gne.
- « III. Faites le meilleur usage de vos loisirs pour « votre progrès intellectuel, chose en vue de laquelle
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- « sont créées nos bibliothèques et nos salles de lecture.
- « IV. Ajoutez à Vhonneur de notre mouvement, en « sachant attendre avec patience le temps meilleur « qui se lèvera un jour. »
- Et les coopérateurs attendirent. Nul agitateur politique ne put les amener à se joindre à aucun mouvement, pour obliger le pouvoir à intervenir en faveur du sud dans la guerre d’Amérique, afin de procurer des cotons aux comtés d’York et de Lan-castre.
- Une manifestation politique d’une semaine eût suffi alors pour faire pencher la balance au détriment de l’esclave. Le puissant et généreux silence gardé, en cette occasion, par les ouvriers anglais, rendit à juste titre la nation fi ère de ses travailleurs.
- Le conseil que je viens de citer était adressé « aux coopérateurs de Rochdale et à la nation. « C’est la seule fois que les Pionniers usèrent de leur droit bien mérité de parler ainsi au monde extérieur.
- Chapitre XIII
- Vente en gros. -— Succursales et magasin central.
- ♦
- En 1853, la Société des Équitables Pionniers était divisée en six départements : Epicerie, boucherie, draperie, bonneterie, chaussures, vêtements.
- Chacun de ces départements avait sa comptabilité spéciale, et un rapport trimestriel donnait la situation de l’ensemble.
- On résolut alors de compléter ces différents services en organisant la vente en gros. Le but était de répondre aux désirs d’une certaine classe d’acheteurs ; et aussi de venir en aide aux magasins coopératifs du Lancashire et du Yorkshire, qui ne disposaient pas d’un capital suffisant pour faire leurs achats dans de bonnes conditions, et qui ne pouvaient pas davantage attacher à leur service un bon acheteur connaissant les marchés et les affaires, sachant où et comment acheter.
- Le département de la vente en gros devait garantir la pureté, la qualité, le prix modéré, le bon poids et la mesure exacte de la marchandise. Il devait agir d’après le principe invariable de l’argent comptant.
- Ce département eût à subir bien des difficultés. Il eut été abandonné peut-être dès les débuts, s’il n’eut été placé sous la (protection d’un Acte passé devant le Parlement et qu’on ne pouvait, en conséquence, modifier à la légère. Nous donnons ci-dessous quelques-uns des paragraphes de cet Acte I intitulé : « Loi des Pionniers. » I
- I. — Les affaires de la Société sont divisées en deux départements : la vente en gros, la vente en détail.
- IL — La vente en gros a pour but de fournir aux membres qui le désirent des marchandises en grande quantité.
- III. — Ce département est dirigé par un Comité de huit personnes et par les trois commissaires de la Société. Ces membres se rencontrent tous les mercredis à 7 heures 1 /2 du soir. Ils ont le contrôle de l’achat et de la vente de telles marchandises que le bureau, décide de prende en stock, dans chaque branche d’affaires. Le Comité est élu aux réunions trimestrielles d’Avril et d’Octobre. Quatre des membres se retirent alternativement.
- IV. — Le dit département paie 5 0/0 d’intérêt par an au capital.
- Sur les profits réalisés par la vente en gros, il est prélevé d’abord les frais de direction et autres, y compris l’intérêt ci-dessus fixé. Le profit restant est divisé en trois parts : une est mise en réserve pour faire face aux pertes jusqu’à ce que le fonds de réserve atteigne la valeur du stock requis ; les deux autres tiers sont divisés entre les membres au prorata de leurs achats dans le dit département de vente en gros.
- Signé : Cockcroft.
- Abraham Greenwod.
- William Cooper.
- James Smithies (secrétaire).
- Ces règles furent régulièrement enregistrées.
- M. Lloyd Jones, aujourd’hui l’un des chefs du mouvement coopératif en Angleterre, contribua beaucoup à l'organisation de la vente en gros à Rochdale.
- Une des grosses questions naturellement fut celle de réunir les capitaux nécessaires à cette nouvelle et considérable entreprise.
- Parmi les Sociétés coopératives du Lancashire et du Yorshire qui devaient profiter de l’établissement du département de vente en gros, quelques-unes étaient disposées à contribuer pour des parts proportionnelles, d’autres disaient posséder à peine assez d’argent pour conduire leurs propres opérations ; un certain nombre enfin avec une prudence très-ancienne dans le monde, demandaient à voir d’abord comment marcheraient les choses,?sauf à se joindre ensuite au dit département de vente en gros s’il devenait prospère.
- Ceci est une prévoyance louable peut-être dans certains cas, mais si chacun agissait de la même façon aucun progrès ne se réaliserait jamais.
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- LÉ DEVOIR
- Avec leur énergie habituelle Sles Equitables Pion- | niers prirent l’initiative, et comme beaucoup de gens étaient maintenant disposés à croire que tout ce qu’entreprenaient les Pionniers de Rochdale réussissait, de nouvelles recrues, à l’instar des Pionniers, engagèrent quelque argent pour organiser la vente en gros. Néanmoins la plus forte part du capital fut fournie par la Société des Equitables.
- Malgré les difficultés des débuts, le département de vente en gros compta, dès les premiers trimestres, non-seulement les intérêts au capital, mais aussi des dividendes-aux acheteurs.
- Malheureusement au bout quelque temps le démon de tous les mouvements sociaux, la jalousie, se fît jour au sein de cette nouvelle entreprise. Les magasins qui s’approvisionnaient au département de vente en gros pensèrent que la Société des Equitables Pionniers les exploitait dans une certaine mesure ; tandis que, de leur côté, un grand nombre des membres de la Société des Pionniers s’imaginèrent qu’ils accordaient aux autres magasins des privilèges, au préjudice de leur intérêt propre.
- Ces divisions intestines troublèrent profondément les opérations.
- La vente en gros instituée en 1853 dura jusqu’en 1858. Alors elle fut suspendue, puis définitivement abandonnée en 1859. Néanmoins la chose était si nécessaire qu’ellle ne cessa de donner lieu à des études. Les éléments de la solution du problème se firent jour peu à peu à Rochdale même, comme nous allons le voir, au cours du dévelopement des opérations coopératives.
- [A suivre).
- SUR LES BORDS DE L’ORGE
- NOUVELLE
- Le train vient de s’arrêter à Savigny une bande joyeuse descend des différents wagons, et comme certains arrivés au dernier moment du départ n’ont pu saluer les connaissances ; c’est alors qu’en plein soleil les amis se disent le bonjour.
- — C’est gentil à vous d’être venu aujourd’hui chez Dubochet.
- — Nous allons passer une bien belle journée avec ces excellents amis.
- — Que les enfants vont être heureux de s’ébattre dans le parc ! Ils dansaient de joie hier ; dame, pauvres petits, ce n’est pas gai de passer ses vacances rue de la Verrerie.
- Enfin tout ce monde qui vient de descendre et qui se connaît, parait-il, prend le chemin delà maison de Dubôchet.
- A l’angle du mur d’un grand parc, on sonne à une petite porte verte. Cela évite un détour qu’il faudrait faire pour se présenter à l’entrée principale,
- Une jeune fille de quatorze ans, avec un petit tablier à fins carreaux bleus et blancs,destiné à protéger la robe du dimanche, vient ouvrir. On s’embrasse.
- — Comment vont papa et Maman Dubochet '{
- — Mais très bien, ils vont être heureux de vous voir. Que vous êtes aimables d’être venus ! Vous n'avez donc pas amené Casimir ?
- — Il est allé passer les vacances chez sa tante Ursule, à Nantes.
- Oui, vous l’avez deviné, Dubochet,ex-brasseur,est un bourgeois fort à l’aise, qui s’est enrichi sous le premier empire et la restauration, en spéculant sur l’achat, la vente et la bâtisse de maisons, rue Tait-boui et ailleurs.
- Maintenant il habite avec sa femme et ses enfants, grands et petits, une délicieuse et vaste propriété que traverse, en formant au milieu du parc une lie ravi-sante, un bras de l’Orge.
- Denis Dubochet est un homme grand maigre, et Athénaïs, sa femme, une grassouillette matrone aux courtes jambes ; ils font le plus drôle d’effet qui se puisse voir quand ils se donnent le bras c’est le cas de dire : les extrêmes se touchent ; en somme, les" meilleures gens du monde ; chez eux, c’est la maison du bon Dieu ; c’est là que se retrouvent, de temps en en temps, les innombrables membres despersésdela famille.
- Les enfants,après avoir promis de ne pas détacher le bateau, courent dans les allées, jouent avec le sable ; les grandes causent en se donnant le bras, appellent, pour lui donner une bouchée de pain, la gracieuse gazelle qui bondit sur le pré.
- La petite algérienne, cadeau du cousin,1’officier de zouaves accourt comme un chien.
- Dans la salle de billard ouverte à tout vent, éclairée d’un chaud rayon de soleil que cherchent en vain à arrêter des jalousies vertes, les grands, vieux et jeunes hommes et femmes, .chacun.armé d’une queue jouent la poule, et ce sont de bruyants éélats de rire à chaque nouvelle maladresse de Ces dames, qui perdent gaîment leurs deux sous d’enjeu.
- Le facteur vient d’arriver, et, dans la pièce à côté Denis et Athénaïs lisent la lettre suivante, que leur a fait écrire la vieille nourrice,laquelle a élevé presque tous leurs enfants, les derniers en se faisant remplacer par une chèvre. a,t 4
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- « Je suis malade, bien malade. Avant de mourir, il 1 « faut que je décharge ma conscience. M. le curé « veut bien vous écrire pour moi.
- « Ne me maudissez pas, pardonnez-moi, songez « que quand vous lirez... je serai morte. Je médisais :
- « Elle sera si heureuse chez ces braves gens, et je « pourrai l’embrasser tout-de même, de temps en « temps quand jfirai !
- « Oh 1 que j’ai souffert pour garder mon secret,
- « mais toujours, au moment de lui dire : ma fille ! je « me répétais : Ne fais pas son malheur! — Non,
- « jamais je ne pourrai vous dire, et il le faut... (Ici « la nourrice indiquait le nom de l’enfant), n’est pas « votre fîllejmais la mienne. Votre enfant est morte « dans la première huitaine après son arrivée ; c’est « alors que je vous fis écrire que j’avais perdu ma u petite. Pardonnez-moi, et maintenant que vous « êtes habitués à aimer mon enfant, ne la chassez « pas de votre cœur ni de votre maison ; si la mère « a eu tort,la petite n’y peut rien ! M. le curé seul « sait le secret ; votre fille a été enterrée à la place « de la mienne, et mon pauvre homme mon complice « est mort ! »
- Un post scriptum du curé annonçait la mort de la nourrice.
- M. et Mme Dubochet se regardèrent atterrés, et, tandis que l’on riait dans la salle de billard,on pleura bien un peu dans la pièce à côté, mais l’amour des braves gens pour la petite désignée dans la lettre en fut-il diminué? Nous ne le croyons pas, ou au moins la révélation de la nourrice ne laissa pas plus de trace dans ces bons cœurs quand ils rentrèrent dans la salle de billard, qu’un éclair pendant une chaude soirée d’été.
- — Vos yeux sont rouges, maman Dubochet, dit un joueur.
- — Tu es pâle, père, dit une jeune fille.
- — On nous annonce la.mort de la mère Marianne, et ça nous a saisis.
- Vingt ans après le jour où parvint cette lettre,nous étions tous réunis dans l’immense salle à manger de Savigny ; rien qu’en comptant les enfants, petits et arrière petits enfants de la famille Dubochet,la table comptait trente personnes. Si la population de la France n’augmente pas, ça n’est pas la faute aux Dubochet.
- Au dessert, le vieux Denis Dubochet solennel, se leva et dit :
- — Mes enfants, d’accord avec votre grand’mère, j’ai à vous révéler un secret que nous ne pouvons emporter dans la tombe, car (que cela n’attriste pas
- notre bon repas de famille) nous sommes bien vieux !
- Il nous a semblé plus digne de vous dire verbalement ce que nous eussions pu mettre dans notre testament.
- Un aveu posthume nous eût paru presque une lâcheté.
- — Eh bien, une de vous, mes enfants, ajouta-t-il en se tournant vers ses filles une de vous, n’est pas notre fille.
- Et le père Denis raconta l’histoire de la lettre en passant le nom de l’enfant.
- — Dois-je dire laquelle est la fille de la nourrice ?
- — Non, non, cria toute la table, femmes hommes, enfants, filles ou gendres, fils ou brus.
- Il n’y eut pas une exception dans cette protestation simultanée des membres de l’excellente famille.
- Et voilà comment il se fait que celui qui écrit ces lignes n’est pas toujours bien sûr, quand il déjeùne chez un parent, s’il est à la table d’un cousin ou simplement d’un ami.
- Potonié Pierre.
- ÉTAT CIVIL DU FAMILISTÈRE
- Dimanche 10 Juillet. — Léontine-Ernestine Gran-çon, fille de Grauçon Virgile (fils) et de Tricoteux Julienne.
- ixÉiciÈs
- Dimanche 10 Juillet. — Delzart Arthur, âgé de 8 ans 1 mois,
- LES JUIFS & LE TZAR
- Les persécutions contre les juifs, pratiquées au midi de la Russie, ont assurément pour cause la déplorable situation économique dans laquelle cette race est plongée et maintenue par une législation spéciale : mais il n’est pas difficile de constater que le signal de cette persécution a été donné par le gouvernement, et en particulier par le tzar actuel.
- Les juifs qui habitent les gouvernements méridionaux et occidentaux en Russie, au nombre de trois millions d’individus, sont, sauf une centaine de mille, plongés dans une misère comparable seulement à celle des paysans russes. Une croûte de pain, un hareng, quelques oignons, voilà la nourriture qui tidienne du juif russe. Une cabane en ruines, voilà son habitation.
- Pourquoi donc cette haine, ces persécutions contre des hommes misérables, qui n’ont pour abri qu’une sorte de bouge et pour nourriture que du pain et de l’eau.
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- LE DEVOIR
- Ici se renouvelle ce fait commun dans tous les temps : Que le pauvre paie de sa peau les fautes du riche.
- Et vraiment les cent mille juifs riches forment, en Russie, une espèce d’hommes particuliers.
- Imaginez-vous cent mille hommes sans foi ni loi, n’ayant d’autre but que d’entasser de l’argent, leur fallût-il même pour cela perdre la qualité d’homme.
- Gomme le meilleur moyen de s’enrichir c’est d’exploiter le travailleur, les juifs capitalistes se sont jetés sur les paysans qu’ils déchirent d’une façon inconnue et impossible dans les autres pays. Le paysan russe, comme l’on sait, a trop de charges et peu de terre ; mais ce qui empire sa situation, c’est la cruauté avec laquelle le fisc perçoit les impôts.
- Le percepteur, en cas de non-payement, a le droit de vendre tout le bien des paysans, et même de leur infliger des coups de verges.
- Cette cruauté du fisc, les capitalistes juifs savent bien l’exploiter à leur profit. Dans presque tous les villages, ils ont leurs agents, des juifs toujours misérables, qui savent nouer de bonnes relations avec le représentant du gouvernement, Vispravnik, pour lequel on fixe une redevance annuelle.
- Grâce à cette transaction, YIspravnik, au premier signe du juif, est toujours prêt à se jeter sur le malheureux laboureur et à lui réclamer les impôts.
- Le pauvre paysan demande un répit jusqu’après la moisson, en faisant observer que les blés ont bien poussé et que la récolte sera bonne.
- Le juif l’a bien remarqué, et c’est même pour cela qu’il presse Yispravnih, afin que celui-ci recueille immédiatement les impôts, et que le paysan soit forcé de vendre d’avance la prochaine moisson à un prix que les capitalistes fixeront.
- A toutes les supplications du paysan, le représentant du gouvernement n’a d’autre réponse que celle-ci :
- « Est-ce que le czar peut attendre, pour percevoir tes impôts, que tu aies moissonné? Tu peux bien emprunter de l’argent au juif ou lui vendre ta moisson ! Sinon... tu sais... il y a assez de verges dans la forêt... »
- L'infortuné laboureur s’adresse à son sauveur, le juif.
- Or, ou le juif lui prête la somme demandée sur laquelle il perçoit des bénéfices énormes, ou il le contraint à lui vendre toute la moisson pour un prix dérisoire. En somme, le paysan a payé ses impôts, Yis-pravnift, a reçu un joli pot de vin, et le juif reste maître de la récolte.
- Le paysan, ainsi ruiné, reçoit du juif la proposition d’aller travailler en ville dans la fabrique.
- Les fabriques appartiennent aux capitalistes chrétiens, et, puisque le juif a le moyen de faire vendre moins cher le travail du paysan, l’orthodoxe fabricant ne ressent aucun scrupule d’en profiter.
- Chaque année il fait un contrat avec le juif qui s'engage à lui procurer le nombre d’ouvriers qui lui est nécessaire, et cela à des salaires dérisoires.
- De cette façon, le malheureux paysan donne sa journée de dix-sept heures pour 80 kopeks.
- Là où est grande la misère fleurit, l’ivrognerie.
- Que reste-t-il autre chose à ces malheureux travailleurs que d’oublier leurs souffrances dans le délire que produit l’alcool !
- Voilà, pour les juifs une nouvelle occasion d’amasser de l’argent.
- Mais, ici encore, les misérables cabaretiers, contre lesquels sont dirigées toutes ces persécutions, ne sont que les agents des riches capitalistes israélites, lesquels entretiennent vingt, trente, parfois cinquante cabarets dans différentes villes et divers villages, tandis qu’eux-mêmes vivent dans l’opulence, entourés d’honneurs dans leurs palais de Saint-Pétersbourg.
- On voit donc que la cause de l’exploitation par les juifs en Russie est engendrée par le gouvernement, qui crée aux paysans une situation tellement misérable qu’ils sont à la merci de quinconque veut les déchirer.
- Michel Achkinari.
- -...- ——————-
- L’Association, du Familistère de Guise demandé les employés suivants :
- Pour sa manufacture d’objets d'ameublement et d’appareils de chauffage en fonte :
- 1° Un chef d’atelier des mouleurs et de la fonderie, bon praticien dans le moulage ;
- 2° Un chef d’atelier des monteurs-ajusteurs, connaissant bien le travail.
- 3° Un chef d’atelier d’émaillerie connaissant la chimie céramique.
- 40 Un dessinateur pour modèles d’appareils de chauffage.
- Elle demande en outre pour l’économie domestique du Familistère :
- 5° Un chef commercial pour les approvisionnements et le contrôle des divers magasins de vente or. débits de l’Association.
- Le personnel de la Société s’élève à environ 350 familles dans ses logements et à 1300 ouvriers dans son usine.
- On ne sera admis à l’un où l’autr 3 de ces emplois qu’avec preuve de capacité et muni de bons renseignements .
- Le Directeur-Gérant : GODIN.
- Saint-Quentin —lmp. de la Société anonyme du Glaneur
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- £e numéro hebdomadaire 20 c. DIMANCHE 24 JUILLET 1881
- 4* ANNÉE, TOME 5 — N” 150
- Le Devoir
- REVUE DES RÉFORMES SOCIALES
- BUREAU
- A GUISE (Aisne)
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant Fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE
- par renvoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France Un an. . . . Six-mois . . . Trois mois . .
- lOfr.w» 6 »» 3 »»
- Union postale
- Un an. . . . ilfr. »» Autres jsays Un an. . . . 13 fr. 60
- on s'abonne
- A PARIS
- 5,r.Neuve-des-petits-Champs Passage des Deux-Pavillons
- S’adresser à M. LEYMARIE administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
- REPUBLIQUE FRANÇAISE
- VILLE DE GUISE
- (Département de l’Aisne)
- organisée par le Conseil Municipal de la Ville de Guise avec le concours du Ministère des Beaux-Arts, sous le patronage de MM. les Députés de l’Aisne, de M. le Préfet et du Conseil Général pour l’érection, sur l’une des places de cette ville, d’une statue à
- Camille DESMOULIN
- Né à Guise le 2 mars 1760
- Président, M. Henri MARTIN, sénateur ; Vice-Président, M. DELORME, maire de Guise ; Trésorier, M. LABBÉ, banquier, conseiller municipal
- Camille DESMOULIN est une des gloires de la Révolution française; il a été le premier auteur de celte Révolution en éveillant, au Palais-Royal, l’enthousiasme de la liberté dans tous les esprits et en entraînant la foule dans un élan sublime, à la prise de la Bastille.
- La ville de Guise, qui s’honore d’avoir vu naître Camille DESMOULIN, veut glorifier sa mémoire en lui élevant une Statue. Dans ce but, elle a demandé au Gouvernement l’autorisation d’ouvrir une Souscription publique.
- Un décret du Président de la République, du 18 mars 1881, a autorisé cette souscription. Le président du Conseil, ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts, par un arrêté en date du 15 avril suivant, a décidé Rue le coulage en bronze de la statue serait fait par l’administration des Beaux-Arts.
- La Ville de Guise invite en conséquence tous ceux qui veulent honorer la mémoire de Camille DESMOULIN, dans sa ville natale, à s’unir à elle dans la souscription qu’elle organise.
- Le Journal « le Devoir » publiera la liste des communes et des personnes qui auront envoyé leur souscription ^ Guise.
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- LE DEVOIR
- SOMMAIRE
- Conférence de M. Godin. — Fête nationale à Guise. — Congrès de Leeds. — Faits politiques et sociaux. — Les Pionniers de Rochdale. — Association du capital et du travail aux Etats-Unis. — Le Droit des Femmes.
- J*SL WM»
- Le journal « LE DEVOIR » est envoyé gratuitement à titre d'essai.
- Si le journal n'est pas renvoyé après le 4e numéroy l'administration fait présenter une quittance d'abonnement.
- CONFÉRENCE DE M. GODIN
- le 7 juillet 1881, à 8 heures du soir.
- Mes amis,
- J’ai reçu de M. Barbary la communication suivante :
- « Monsieur l’Administrateur-Gérant,
- « A votre dernière conférence vous nous avez « parlé de la liberté que l’Association nous laisse de « nous approvisionner soit en nos magasins, soit au « dehors.
- « Je crois être l’interprète d’un grand nombre de « membres de )'Association en vous demandant, à « ce sujet, si la répartition des bénéfices provenant « des magasins d’approvisionnements ne serait pas « plus équitable, si elle était faite au prorata des « achats au lieu d’être confondue dans la répartition « générale de l’Association.
- « Pour mon compte personnel j’avoue que si je « trouve juste que les bénéfices du travail soient « répartis en raison des services rendus, il devrait « en être de même pour les achats.
- « Il me paraît évident que mon ménage de deux « personnes doit avoir une part moins grosse dans « les bénéfices des magasins que l’ouvrier chargé de « famille qui aura consommé davantage.
- « Je crois que la répartition proportionnelle aux « achats encouragerait les mères de familles à ne « prendre au dehors que ce qu’elles ne pourraient « se procurer à l’économat.
- « Vous nous obligeriez de nous éclairer sur les « raisons qui vous ont déterminé au mode actuel de « répartition.
- « Veuillez agréer, etc... »
- Actuellement la répartition se fait entre tous les membres de l’Association sur la somme totale des bénéfices réalisés dans les opérations in lustrielles et commerciales de la Société.
- En présence de l’influence que la répartition des bénéfices exerce au sein de notre association, je conçois qu’il se pose entre vous des questions comme celles soulevées par M. Barbary.
- L'histoire des Pionniers de Rochdale publiée en ce moment par « le Devoir » vous donne du reste un frappant exemple des bons résultats de la participation des bénéfices au prorata des achats dans les magasins de vente.
- Nous avons, mes amis, à réaliser quelque chose dans cet ordre de faits. Si je n’ai point jusqu'ici abordé cette question, c’est que la tâche qui m’incombait était laborieuse, difficile, qu’elle exigeait toute la somme d’efforts que je pouvais donner, et que les concours m’ont fait défaut.
- J’avais à créer toutes les ressources nécessaires à l’installation des choses qui existent aujourd’hui, afin de préparer l’Association générale du capital et du travail qui avait, à mes yeux, une importance plus considérable que les faits de coopération partielle.
- Ne pouvant tout faire d’un coup, j'ai consacré toute mon attention au le but général qu’il fallait atteindre, laissant à l’avenir le soin de réviser et d’approprier les détails aux besoins des circonstances.
- Pour qu’il en eù.t été autrement, il eût fallu, mes amis, que j’eusse trouvé, quand j’ai fondé le Familistère, des concours qui m’ont absolument manqué.
- Il y a vingt ans, au moment d’installer les magasins de vente, j’ai fait de pressants appels à la population pour obtenir d’elle qu’elle se préoccupât de l’organisation de ses services d’approvisionnement. Je lui parlais des expériences coopératives tentées ailleurs. Je tâchais d’exciter son ardeur en lui montrant la perspective des bénéfices et des avantages que, de telles expériences pourraient lui procurer.
- Vainement je disais : Vous avez ici toutes les facilités d’entente et de réunion qui ont manqué jusqu’à ce jour aux expérimentateurs.
- Vous avez, en outre, le concours d'un capital qui
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- LE DEVOIR
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- vient de lui-même s’offrir à votre service.Concertez-vous donc pour ouvrir des magasins coopératifs dont vous recueillerez vous-mêmes les bénéfices. Mes efforts furent inutiles.
- Je n’ai point trouvé un seul écho dans la population d’alors. Personne, absolument personne n’a relevé ma proposition.
- En présence de ce fait, j’ai dû reconnaître qu’il me fallait marcher seul à mon but ; et j’ai préparé toutes choses pour fonder l’Association générale au bénéfice de la population toute entière.
- Les magasins du Familistère furent ouverts au nom de l’administration générale et comportèrent dans leurs agencements intimes les dispositions nécessaires pour les relier un jour à l’Association que j’avais en vue.
- Peut-être direz-vous que j'eusse pu dès lors répartir, de mon autorité seule, les bénéfices commerciaux au prorata des achats.
- Sans doute si j’avais eu à côté de moi des aides s’occupant de l’organisation coopérative ; mais c’est ce qui m’a manqué. Or, j’étais trop chargé de travail pour m’absorber dans de nouveaux détails et perdre de vue l’organisation de l’association qui était l’objet principal de ma fondation.
- Dès lors, les bénéfices réalisés furent employés,en grande partie, aux services de la nourricerie, des salles de l’Enfance, des écoles, des assurances mutuelles toutes choses qui concourent à votre bien-être et au progrès de vos familles.
- Les magasins coopératifs n’étaient pas réalisés au Familistère, mais les bénéfices étaient indirectement servis à la population.
- Aujourd’hui entrant dans le détail des faits de répartition, M. Barbary vient nous dire : « Mais dans les magasins de vente la part de bénéfices attribués à ceux qui achètent beaucoup devrait être supérieure à celle de ceux qui achètent peu. »
- Il a raison. Il y a quelque chose à réaliser en ce sens pour faire comprendre à quelques-uns le lien de solidarité qui les unit aux autres. Cela aurait le mérite de rappeler au sentiment de leurs devoirs envers ^Association les membres qui ne prêtent pas aux opérations sociales tout le concours que l’on pourrait attendre d’eux, bien qu’ils soient toujours disposés à en accepter les bénéfices.
- Seulement aujourd’hui comme il y a vingt ans, je dirai : la seule chose qui arrête, c’est l’absence de concours. Sera-ce encore moi qui devrai m’atteler à ia besogne pour opérer les modifications nécessaires, de transformer nos magasins et faire la division dos bénéfices qui aujourd’hui sont compris dans la ^Partition générale.
- Cette étude a été rèprise depuis trois ou quatre ans au cours de l’établissement de nos Statuts. Et certaines mesures ont été prises en vue d’une nouvelle organisation de nos magasins.
- C’est dans ce but que des carnets de crédit ou de consommation sont déjà établis, afin de remplacer la monnaie servant aux avances.
- Ces carnets, vous le savez, portent l’inscription des sommes acquises au possesseur du carnet. Les gens qui n’ont pas besoin d’avances déposent à l’Economat une certaine somme qu’on inscrit sur le carnet de crédit. Et les achats se font ensuite dans les divers magasins du Familistère jusqu’à épuisement des fonds inscrits.il serait donc facile,si l’usage de ces carnets était généralisé, de répartir les bénéfices des magasins entre chacun des acheteurs,selon le montant des achats faits par chacun d’eux dans l’année.
- Les carnets répondent à un double but :
- Ils permettent la répartition des bénéfices aux acheteurs comme je viens de vous le dire, et ils assurent en outre que les avances faites à l’ouvrier sur sa quinzaine tournent au profit de la famille.
- Mais le livret de consommation présente un côté désagréable, vous le comprenez, pour les gens qui recherchent la dissipation et qui dépensent volontiers leurs avances dans les débits de boissons. Ceux-là certainement repousseront le carnet de consommation, puisqu’on ne peut le porter à l'auberge.
- Faire de ce livret la base du système de vente dans nos magasins, serait pourtant un moyen facile d’assurer à la population la répartition des bénéfices commerciaux proportionnellement aux achats.
- C’est là une question que vous tous qui constituez le corps de l’Association pouvez résoudre. Ce sera à vous de voir dans quelle mesure il vous convient d’entrer dans cette voie.
- Mais en supposant les carnets de crédit généralisés, une autre difficulté se présente. C’est l’éparpillement de nos divers services : épicerie,nouveautés, boucherie, services alimentaires, combustible, etc., chacun de ces comptoirs a son local propre. Or, pour l’usage et le contrôle des livrets de consommation, il faut d’habiles caissières en raison des opérations arithmétiques que chaque vente comporte.
- Où trouver ces employées?
- Le service actuel de la caisse n’est pas à beaucoup près aussi difficile qu'il le serait avec les carnets de consommation et déjà nous avons peine à trouver les employées qu'il nous faut. En ce moment même une caissière nous manque Que serait-ce si le service était plus difficile encore ?
- Oe sont là toutes questions à examiner pour la
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- réalisation du projet relevé par M. Barbary. Car les difficultés quelles qu’elles soient cèdent toujours quand on apporte à l’examen des choses une volonté bienveillante et persévérante.
- Ce qu’il faudrait donc, je le répète, c’est que je ne fusse pas seul à l’étude ; c’est que vous vous passionnassiez pour tout ce qui peut concourir à l’amélioration de votre sort, comme on se passionne pour les jeux d’arc, de quilles, de boules, etc. •. C’est un peu affaire d’habitudes d’esprit, mes amis.
- Vos jours se passent au travail et il vous semble que c’est un repos pour vous, après la journée faite, de vous livrer à des jeux qui exigent encore une dépense de forces musculaires.
- Quand votre cœur se sera ouvert un peu plus encore au sentiment de la fraternité, vous trouverez une telle satisfaction à vous occuper de tout ce qui peut concourir au bien de l’Association en général, que vous y consacrerez avec empressement vos heures de loisir.
- Alors vous trouverez certainement dans la population même les volontés et les capacités qui nous manquent aujourd’hui. Car il est à remarquer, mes amis, que tous les services de l’Association sont rémunérés. Une ville comme celle de G-uise trouve ses administrateurs, son maire, ses adjoints, ses conseillers municipaux pour des fonctions qui ne rapportent rien pécuniairement à ceux qui les remplissent.
- Ici, au contraire, dans le Familistère, qui a l’importance d’une commune, pas un service n’est gratuit, le moindre est rémunéré selon ce qu’il vaut. Il n’est donc pas possible que du moment où l’esprit général de la population s’éveillera au sentiment de son véritable intérêt, chaque service ici ne trouve pas son fonctionnaire.
- Un jour viendra où votre plus vive sollicitude sera portée sur la recherche des moyens de bien-être et de progrès à réaliser au bénéfice de la population toute entière; car cela sera le plus bel honneur de ceux qui en accepter; nt le rôle ; et ce jour-là, le grand exemple qu’offre déjà l’Association du Familistère sera complet.
- Dès que vous aurez organisé la répartition des bénéfices des magasins du Familistère proportionnellement aux achats, un des premiers faits que vous constaterez sera l’obligation pour la Société d’étendre le champ de ses opérations commerciales.
- Tant que j’étais seul chargé de la direction du Familistère, et que le public ne cessait de m’accuser de faire à mon profit concurrence au commerce de la ville par l’ouverture de nos magasins, je me suis borné à l’inauguration des services les plus indis-
- pensables aux facilités de votre existence. Aujourd’hui l’Association étant faite il n’est plus possible de dire que les magasins fonctionnent pour mon compte ; c’est pour elle-même que l’Association du Familistère travaille ; c’est dans son intérêt propre qu’elle organise ses services, qu’elle administre toutes choses.
- Eh ! bien, mes amis, un des premiers comptoirs que vous voudrez adjoindre à ceux qui fonctionnent déjà sera celui de la boulangerie.
- Le pain, cet objet de première nécessité, nous a été fourni jusqu’ici par les boulangers du dehors. La qualité laisse souvent à désirer. Vous voudrez avoir du pain fait avec d’excellente farine, du pain convenablement cuit, et pourvu de toutes les qualités indispensables à cette base de l’alimentation.
- Nous gagnerons tous à la bonne organisation de ce service. Nous avons actuellement des locaux où l’on peut installer cette boulangerie.
- Il faudrait faire entrer ce service dans nos prévisions, si nous procédons à une modification dans le système de vente de nos magasins, en vue de la répartition des bénéfices, modification qui exigerait un contrôle plus rigoureux et plus d’écritures que le système actuel.
- Cela nous amène donc à l’étude générale des magasins pour point de départ.
- Ces magasins resteront-ils séparés comme ils le sont actuellement, ou seront-ils tous groupés sur un seul point afin de n'avoir qu’une seule caisse et un seul contrôle ?
- Devrait-on les installer dans le palais d’habitation même ou leur consacrer un édifice spécial ?
- Tels sont les points à résoudre qui ont fait jusqu’ici différer les questions. Si réellement le moment est venu de les examiner aidé de votre sérieux concours, je suis tout prêt à le faire et à donner satisfaction à vos désirs.
- Les opérations commerciales du Familistère sont importantes, mais je suis convaincu qu'elles dépasseraient bientôt tout ce que vous pouvez imaginer et qu’elles vous rapporteraient de larges bénéfices, si vous entriez réellement dans la voie d’apporter à ces services tout le soin, tout l’intérêt qu’ils méritent.
- (A suivre.)
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- LÀ FÊTE NATIONALE A GUISE
- Si l’entrain pour la célébration de la fête nationale a été remarquable dans toute la France depuis la capitale jusqu’au hameau, nous pouvons, nous aussi, constater avec une vive satisfaction patriotique que la ville de Guise et le Familistère ont fait les choses de façon à mériter une mention parmi les plus enthousiastes. Cela mérite d’autant plus d’être signalé que jusqu’à présent, il faut bien le reconnaître, la ville de Guise ne nous avait point gâté sous ce rapport.
- Dès la veille au soir, une retraite aux flambeaux organisée par la municipalité avec le concours de la garnison, de la fanfare de la ville et de la musique du Familistère, d’accord et marchant ensemble dans une même pensée fraternelle cette fois, a inauguré brillamment la fête. Une centaine au moins d’exécutants accompagnés de soldats portant des torches, et de travailleurs par milliers porteurs de drapeaux et de lanternes vénitiennes ont parcouru la ville toute égayée de leurs accents et dont les échos repercutaient les notes brillantes de la Marseillaise et autres marches patriotiques. Tout cela vivant, animé, inspiré par le pur amour de la patrie.
- Le lendemain, la fête a été annoncée dès l’aube par les nombreuses détonations de boîtes, de pétards, de coups de fusil, par tous les éléments de la réjouissance populaire. Les fenêtres, les toits, les maisons pavoisées de drapeaux partout et parées comme dans les plus grands jours resplendissent au soleil de juillet inondant la vallée de flots de lumière dorée et ardente.
- A. deux heures a lieu la revue, à laquelle les musiques viennent prêter leur harmonieux concours, et si l’œil est ébloui d’une part par les reflets éblouissants des rayons du soleil reflétés sur l’acier des fusils et sur le cuivre des casques des pompiers, l’oreille est charmée par les accords de la fanfare urbaine si remarquable à tant de titres.
- A cinq heures, la musique du Familistère exécute un concert fort applaudi dans lequel on remarque surtout le morceau de Gounod ; « France » qui se termine par les accords majestueux de la Marseillaise exécutée sur une mesure lente et grave. C’est d’un effet saisissant.
- Mais rien, dans cette solennité n’est comparable au spectacle qu’offrent aux regards les illuminations du soir. Citons la mairie dont la façade a toutes ses lignes nettement dessinées par un cordon de gaz,l’édifice de la place Lessur qui rivalise avec la maison de ville, et la plus grande partie des maisons particu-
- lières qui semblent s’être piquées d’une digne émulation pour donner de l’éclat et de la vie à la fête.
- Le Familistère ne pouvait point rester en arrière. Aussi les deux cent cinquante fenêtres de sa façade sont-elles toutes brillamment illuminées d’une façon uniforme par une masse de lumière fournie par plus de 1.500 bougies ; elle présentait un coup d’œil féerique dans l’ombre de la nuit dont l’immense palais était environné.
- Quelques pas plus loin, grâce à l’initiative des travailleurs de la Société, l’usine du Familistère se faisait remarquer entre tous. Au sommet de tous les ateliers des drapeaux flottent au vent et semblent autant de mains saluant dans les airs lapatrieaimée. Sur le haut du portail, un immense transparent aux couleurs nationales fait briller dans la nuit cette devise caractéristique :
- « PAIX, TRAVAIL, PROGRÈS »
- « LES OUVRIERS DE LA SOCIÉTÉ GODIN ET Cie »
- « A LA »
- « République Française »
- dans laquelle nous aimons à voir l’expression vraie des aspirations de nos travailleurs qui mettent enfin i toutes leurs espérances d’avenir dans le travail réalisant constamment le progrès à l’abri tutélaire d’une paix féconde.
- Certes, c’est là un spectacle qui réjouit profondément le cœur et qui vaut mieux que bien d'autres plus vantés et plus recherchés.
- Pour nous c’est une satisfaction sérieuse que d’avoir à constater l’éclat donné par la ville de Guise toute entière, par la garnison dont les officiers avaient aussi brillamment illuminé le fort,et par nos travailleurs qui au lieu de la devise ordinaire en ont adopté une qui la complète et l’accentue dans le sens de la vérité et de la paix.
- Ed. Fortis.
- LE CONGRÈS DE LEEDS
- ni
- Suivant la règle établie pour les Congrès des co-opérateurs en Angleterre, à la suite de la séance préliminaire du matin et du lunch d’inauguration, l’on a procédé à l’ouverture de l’exposition des produits de l’industrie coopérative.
- Dans le discours prononcé à cette occasion, le directeur de l’Association industrielle coopérative de Leeds a fait l’éloge de la loyauté qui a constamment
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- LE DEVOIR
- présidé, depuis sa création, aux opérations et aux transactions de la Société, loyauté qui, en répondant à un besoin vivement senti dans le pays, n’a pas peu contribué à produire les admirables résultats que nous avons signalés à nos lecteurs dans un précédent article. L’orateur est d’avis, avec raison, que tout cela est du meilleur augure pour l’avenir.
- M. Scott, de Newcastle,rend hommage de son côté au soin constant que la Société de Leeds a apporté à maintenir toujours à la même hauteur l’irréprochable qualité de ses produits. Ge soin leur a valu la préférence des acheteurs dans bien des circonstances, et leur a donné une juste réputation dans le pays. Il est à désirer que cet exemple soit suivi partout pour la prospérité et le progrès des associations coopératives.
- A la séance de l’après midi, les membres du Congrès ayant porté au fauteuil M. Lloyd Jones, lecture est donnée du rapport de la commission sur la question à l’ordre du jour savoir :
- « L’emploi des excédants du capital existant dans chaque Société », le rapport concluant à l’adoption des propositions suivantes :
- 1° Dans le but d’augmenter les sécurités des sociétés dont le capital peut être disponible en totalité ou en partie, il est à désirer que celles de ces Sociétés qui n’ont point la faculté de suspendre les retraits de fonds, en cas d’éventualité, modifient leur règlement de façon à posséder cette faculté ;
- 2° Que le surplus disponible du capital des sociétés, après qu’il aura été pourvu aux besoins de leurs transactions de détail, à leur quote part de versement aux actions de la compagnie d’assurances coopératives, à celle de l’association du Journal de la Coopération, de l’Association de vente en gros, et de toute autre institution centrale fédérale existante, ainsi qu’aux parts de leur association locale de Minoterie et aux prêts à faire aux associations purement coopératives de production, soit placé en maisons d’habitation à louer ou à vendre aux membres de l’association, toutes les fois que cela sera praticable, ou bien en dépôts à la banque de l’association pour la vente en gros, en titres coopératifs ou municipaux, en valeur des chemins de fer du Royaume ou enfin en fonds de l’Etat ;
- 3° Que les Sociétés ayant plus de capitaux qu’il n’en faut pour les objets mentionnés dans la deuxième proposition, créent une branche de coopération de comptes courants pour tous les dépôts dépassant une limite qui pourra êtr8 fixée de temps en temps, suivant les circonstances, et dont l’intérêt ne devra point dépasser la moyenne des intérêts réalisés par leur placement.
- 4° Que les sociétés placées dans la situation spécifiée dans la proposition précédente établissent soit séparément soit conjointement avec d’autres, des associations coopératives de placement de fonds, montées par actions transférables seulement, pour porter intérêt à un taux ne dépassant pas cinq pour cent, suivant que la balance des comptes de placement, après paiement des légers frais qu’ils occasionnent, le permettra. Tout excédant de ce taux de 5 p. 0/0 pourra être mis en réserve pour servir de fonds d’assurance des sommes placées, et l’intérêt de ce fonds de réserve être distribué à titre de dividende aux membres associés, au proratade la somme d’intérêts leur revenant.
- 5° Que le capital transférable des sociétés coopératives de placement soit appliqué : A des actions dans les associations coopératives de production ayant besoin de capitaux ; à créer, conjointement avec d’autres sociétés, des associations agricoles et manufacturières, partout où la chose sera praticable ; à entreprendre des affaires autres que celles de la distribution, sous leur seule responsabilité, et à la condition qu’elles n’en entraîneront point une trop considérable hors de proportion avec leurs ressources; enfin à tout placement honnête qui se recommanderait à l’attention des membres, y compris ceux énoncés dans la deuxième proportion.
- Dans la discussion, pour laquelle le président déclare accorder cinq minutes à chaque orateur, M. Crabtiée dit que la pléthore du capital est devenue pour certaines sociétés un inconvénient sérieux. Il l’attribue non-seulement à la prospérité des affaires de la coopération, mais aussi à ce que les commerçants qui ne pouvaient plus soutenir la concurrence ont apporté des fonds à l’association, sans en être membres actifs, et sans y acheter les produits de leur consommation. Il croit donc qu’il serait bon de faire quelque chose pour décourager les non coopérateurs de venir charger les sociétés du fardeau de leurs économies. Si en abaissant le taux de l’intérêt de 5 à 3 3/4 pour cent, par exemple, on les faisait se décider à retirer leur fonds, cela n’en serait que mieux pour les sociétés, où il est arrivé qu’à un moment donné quelques centaines de membres possèdent à eux seuls plus de la moitié du capital.
- Si la société, ajoute l’orateur, n’est point disposée à construire des maisons d’habitation, et il ne l’engage à le faire que tout autant qu’elle se sera assurée à l’avance des acquéreurs, il pense que l'on pourrait placer ces fonds à la Banque coopérative du commerce en gros, sans que celle-ci eût à payer d’autre intérêt que celui fixé par le taux courant des banques.
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- ]Vl. Brearley représentant de Oldham society, la plus riche de toute la coopération, pense qu’il vaut mieux que chaque membre piace comme il l’entendra son excédant de capital, que de compromettre en le laissant s’accumuler dans la Caisse sociale les intérêts de l’Association. Il n’est point un partisan absolu de la construction des maisons d’habitation, quoiqu’il reconnaisse cela préférable.à un placement dans des charbonnages.
- M. John Holmer est d’avis qu’il faut employer les bénéfices de la coopération de distribution en développements à donner à la coopération de production. Agir autrement ce serait s'exposer à avoir mis à mort la poule aux œufs d’or.
- M. Nuttal déclare que, malgré qu’il ne voit point que la production soit plus rémunératrice que la distribution ou vente, il ne comprend pas pourquoi l’on craindrait de partager les bénéfices entre les travailleurs. Il croit que l’on y viendra à un moment donné.
- M. Clay de GJoucester est surpris d’entendre engager les membres à retirer leurs capitaux. On ne peut rien faire sans capital et avec le capital on peut tout. Il signale le danger des gros dividendes qui rendent égoïste, et sont un exemple décourageant pour les petites sociétés. Ne pas savoir employer un excédant de capital, c’est faire preuve de peu de jugement.
- M. Lloyd Jones propose de voter la résolution suivante :
- Le Congrès est d’avis que la pratique des sociétés engageant leurs membres à retirer leur capital est nuisible au développement du véritable mouvement coopératif, et il renvoie la question au comité central pour être étudiée à fond, et après une étude approfondie être fait un rapport qui sera présenté au prochain congrès annuel, indiquant un usage profitable à faire du surplus du capital de l’Association. »
- M. Bailey de Ki^derminster appuie cette motion en insinuant qu’une partie de ce surplus de capital pourrait être utilement employé à aider quelqu’une des sociétés qui luttent encore contre les difficultés des débuts dans le district du centre.
- M. Greening propose de faire à la résolution présentée par le président l’addition suivante :
- « Une commission spéciale sera nommée pour tracer un plan définitif pour l’emploi des excédents de fonds des sociétés coopératives en ateliers de production sur le véritable principe de la coopération, et fabricant d’abord les produits pour lesquels tes magasins del’ünion ont déjà des débouchés. »
- Après une légère discussion le vote de ce paragraphe additionnel est renvoyé à la séance du lende-
- main, et la résolution de M. Lloyd Jones est adoptée.
- La discussion qui a eu lieu dans cette première séance du Congrès de Leeds fait ressortir l’inconvénient pour les associations de coopération d’admettre dans leur caisse des capitaux provenant d’autres sources que de leurs propres membres. Il y a, en effet, comme on a pu le voir par les réflexions suggérées à quelques-uns des orateurs, deux classes de bailleurs de fonds dans ces sociétés : les membres qui achètent et consomment, en même temps qu’ils coopèrent aux travaux, et les simples commanditaires, qui sont satisfaits de leur revenu de 5 pour cent, et de la faculté qu’ils ont de retirer leurs capitaux à bref délai. Il y q. évidemment là un danger sérieux et multiple. D’un côté, cette admission des non-coopérateurs à commanditer les sociétés peut donner lieu, comme aujourd’hui, à une surabondance de capitaux, dont l’emploi finit par être un embarras ; et d’autre part, si l’absence de dividende ou une diminution du taux de l’intérêt fait retirer brusquement les capitaux par les non-coopérateur-s, cela peut compromettre, sinon le crédit, tout au moins la prospérité de l’œuvre.
- Les coopérateurs anglais, il faut leur rendre cette justice, ont prévu ces cas, et c’est pour cela que dans un grand nombre d’associations de l’Union coopérative, il est de règle q ue la part de capital placée en maisons, immeubles, terres ou autres valeurs, dont la réalisation en numéraire ^est lente et difficile jusqu’à un certain point, ne doit dépasser jamais le chiffre du capital des membres actifs et de leur famille, le restant devant toujours rester disponible et réalisable promptement, ce qui diminue sensiblement le péril, on doit en convenir. Mais pour être atténué, le mal n’en existe pas moins dans un grand nombre d’autres sociétés, et même dans celles qui ont pris cette précaution ; c’est pour cette raison que l’union coopérative a proposé au Congrès d’exprimer le désir de voir toutes les associations posséder la faculté de suspendre les retraits de fonds des non-coopérateurs, en cas de besoin.
- Nous croyons que non seulement le Congrès aurait bien fait de voter cette proposition,mais encore qu’il aurait dû engager tous les coopérateurs à modifier leurs règlements,de façonà nepius admettre de la part des nons-coopérateurs des fonds, qui le plus souvent constitueront une charge fort lourde et sans compensation pour la Société.
- Quant à l’emploi des excédants de capitaux en construction de maisons d’habitation pour les travailleurs membres de l’Association, ce n’est assurément point le « Devoir » qui voudrait en critiquer la pensée. Certes à nos yeux la question de l’habita-
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- tion ouvrière so lie d’une façon trop directe et trop intime à celle de l’Association du Travail et du Capital, pour que nous n’encouragions pas de toutes nos forces tous les efforts que l’on tentera dans cette voie. Mais l’on connait aussi notre opinion à cet égard. La création du Familistère de G-uise est un fait, expression matérielle de l’idée qui, à notre avis,doit toujours présidera toute tentative dans ce sens.
- Or si l’on compare les résultats donnés par le fonctionnement du Familistère, depuis sa fondation jusqu’à présent, avec ceux des maisons ou des cités ouvrières construites dans le même but, on voit d’une part, avec l’habitation commune, le progrès, le bien être, l’aisance se répandre de plus en plus dans chaque famille de travailleurs, tandis que d’autre part, presque rien n’est changé à sa condition. La gène intérieure est presqu’aussi complète,et l’attrait de son intérieur n’est pas suffisant pour empêcher l’ouvrier de chercher la distraction au dehors.
- Etre logé chez soi est bien; mais y trouver tous les agréments d’un logis aisé est mieux ; et ce n’est point dans ce cas que l’on peut dire que le mieux est l’ennemi du bien; or, avec une maison isolée, si peu qu’elle le soit, impossible d’y réunir toutes les facilités toutes les commodités de la vie, cet ensemble de choses utiles auquel les anglais ont donné le nom de confort, qui est inappréciable et peut seul rendre l’intérieur d’une famille attrayant. Or c’est là l’incontestable avantage du palais social de Guise sur les maisons et même sur les cités ouvrières. C’est pour cette raison, basée sur une expérience concluante, que nous serions tout disposés à conseiller aux coopérateurs anglais d’adopter partout ou ceia est possible cotte méthode. [A suivre).
- E. F.
- FAITS POLITIQUES & SOCIAUX DE LA SEMAINE
- FRANCE
- Le grand événement de la semaine est à proprement parler l’occupation militaire de Sfax par l’armée française. Cette occupation inspirera certainement aux tribus malveillantes du Sud de la Tuuisie une salutaire prudence, en leur démontrant leur impuissance absolue contre nous.
- Quoique moins important, au point de vue national, un autre fait a produit aussi une vive émotion ; c’est la démission si longtemps attendue de M. Andrieux, le préfet de police si auipathique aux parisiens, et son remplacement par M. Camescasse. Un des premiers actes de l’administration du nouveau préfet a été l’expulsion de France du bizarre prétendant don, Carlos, dont un procès récent a dévoilé les allures bien conformes a ce que sa conduite pendant la guerre civile provoquée en
- Espagne par ses insoutenables prétentions faisait entrevoir d’avance. La République se devait à elle-même de ne pas tolérer sur son territoire de ces sinistres aventuriers prêts à renouveler en plein xixe siècle toutes les atrocités des bandes pillardes du moyen-âge. On ne peut donc que savoir gré à M. Camescasse d’avoir débarrassé la France de ce personnage.
- Le nouveau préfet de police était directeur de l’Administration départementale et communale au ministère de l’intérieur; il est conseiller d'Etat en service extraordinaire. Avant de remplir ces fonctions, il avait été successivement préfet de Loir-et-Cher, de la Haute-Savoie et du Pas-de-Calais. Pendant le 16 Mai, il fut l’un des secrétaires du Comité électoral républicain. Partout où il a passé, il a laissé la réputation d’un excellent administrateur et d’un républicain convaincu. Le gouvernement ne peut donc faire un meilleur choix; car tout le monde se plaît à reconnaître que M. Camescasse sait allier à beaucoup de ferme*é, le tact, cette qualité si précieuse qui faisait absolument défaut à son prédécesseur.
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- Le Sénat, par 124 voix sur 140 suffrages exprimés, a élu M; Berthelot, sénateur inamovible, en remplacement de M. Dufaure. La droite qui n’avait point cru devoir présenter de candidat, s’est abstenue.
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- ILe« affaire® «le Taaissie «fc la presse étrangère. — Il existe à n’en pas douter, une sourde irritation en Angleterre contre la France à propos des affaires de Tunisie et des appréhensions causées par les projets ultérieurs du gouvernement français en Afrique. Ces colères et ces inquiétudes donnent lieu a des appréciations parfois bien étranges, mais que nous ne devons pas ignorer.
- Le Times conseille au gouvernement français de se borner à occuper les côtes de la Tunisie en y développant les relations commerciales, et à laisser au bey le gouvernement de la région centrale. En se donnant pour tâche de réduire les tribus de l’intérieur, la France s’exposerait à de grandes dépenses et par suite du voisinage de la Frontière turque, à des complications européennes. L’Angleterre a été mainies fois invitée à s’emparer de l’Egypte. Elle a refusé jusqu’ici, et l’exemple de ce qui arrive à la France ne peut que la confirmer dans sou refus, à moins cependant que ses intérêts les plus chers ne viennent à être compromis.
- La Pall Mail Gazette constate que l’opinion publique en Angleterre se préoccupe des progrès de la France en Afrique. Loin de s’employer à calmée cette inquiétude, la feuille ministérielle s’évertue à présenter la France comme séduite par la perspective d’un empire africain, que M. de Bismarck fait miroiter à ses yeux, en lui offrant d’adjoindre à l’Algérie et à Tunis, Tripoli et le Maroc, et peut-être même l’Egypte. Que M. Barthélemy-Saint-Hilaire y prenne garde ! qu’ü se rappelle le sort de M. Benedetti ! Si, malgré tout, cette alliance agressive de la France et de l’Allemagne venait à se réaliser, ce n’est pas dans la Méditerranée, mais sur les côtes de la mer du Nord que serait le péril pour l’Europe.
- Le Daily News, après avoir déclaré que les opérations militaires dans le Sud de la Tunisie « sont de nature à produire un trouble général dans le monde entier », plaide néanmoins les circonstances atténuantes en faveur du gouvernement français qui n’a fait, après tout, que suivre l’exemple que lui avait donné l’Angleterre sous le ministère de lord Beaconsfieid.
- En Italie, les journaux de l’opposition se flattent que la politique de conquête de la France en Afrique, sans ajouter à sa force réelle, pourra lui créer de graves complications en Europe. Cependant VOpimone avoue, à son grand regret, que ces complications ne lui paraissent pas probables. La France a carte blanche en Tunisie et même, si elle le veut, dans la Tripolitaine, grâce à M. de Bismarck qui pousse les Français en Afrique pour les détourner de l’Alsace et de la’Lorraine.
- A Vienne, par contre, on ne partage nullement ces
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- sentiments de jalousie hostile, et le principal organe officieux, le Fremdenblatt, ne voit rien qui puisse menacer la paix de l’Europe dans les représailles légitimes que la France va exercer en Afrique.
- ANGLETERRE
- La Chambre des communes a adopté les articles du land MU, 19 jusqu’à 26 inclusivement.
- Elle a donc décidé que le gouvernement pourra aider les tenanciers irlandais à devenir propriétaires de leurs fermes en leur faisant des avances de fonds jusqu’à concurrence de trois quarts du prix d’achat. L’article 22 stipule que les fermiers devront rembourser ces avances dans une période de 35 ans. M. Gharies Russell avait présenté un amendement portant cette période à 52 ans, mais celte proposition a été rejetée par 152 voix contre 70.
- L’article 26 duhill agraire a été longuement discuté et a été l’objet d’une vive oppositon de la part du groupe Parnell. Dans le cours de la discusion, M. Gladstone a déclaré que l’obstruction des Irlandais est une chose honteuse qui déconsidère le Parlement.
- Il a ajouté qu’il était temps de mettre fin à cet état de choses en prenant une décision qui ne permettrait plus à une minorité factieuse de s’arroger un droit qu’elle ne possède que parce qu’on veut bien la tolérer.
- BULGARIE
- Le Times publie un compte-rendu malheureusement peu détaillé de la séance de la grande assemblée bulgare. C’est dans un bâtiment provisoire en bois, construit sur le modèle de la salie des séances du Corps législatif français, que les députés ont adopté les propositions du prince.
- La ville était coquettement parée. Les députés sont arrivés à dix heures ; quelques députés des villes étaient en habit de soirée et gantés de blanc, la grande majorité des membres portaient le costume des campagnes, quelques-uns le turban et le fez.
- Le prince a été accueilli par des acclamations enthousiastes Il portait un. costume militaire vert-foncé et de nombreuses décorations. Dans un discours fort bref, il a exprimé l’espoir que les réformes qu’il demandait seraient votées et des cris répétés en bulgare et en turc lui ont répondu « Vive son Excellence le prince Alexandre III. »
- On savait que les propositions du prince seraient acceptées à l’unanimité, par suite de l’absence des membres de l’opposition. Aussi, des déclarations favorables avaient été rédigées d’avance et signées par tous les députés : il ne restait au prince Alexandre qu’à prononcer un petit discours de remercîments et à exprimer l’espoir que l'expérience faite et l’accord entre le pouvoir et le peuple donneraient une vigoureuse impulsion à la prospérité nationale.
- La proclamation adressée par le prince au peuple promet le respect des droits des citoyens et annonce que la Chambre sera convoquée chaque année pour voter le budget en recettes et dépenses; la représentation nationale sera aussi appelée à se prononcer sur la question du rachat des chemins de fer, mais il est probable qu’elle ne sera pas consultée sur d’autres questions.
- La proclamation insiste sur la nécessité d’étouffer les germes de mécontentement qui se sout manifestés et qui ont été créés par l’administration précédente. Il s’agit, dit elle, de nous rendre dignes de l’amour que l’empereur de Russie et son peuple ont toujours témoigné à leurs frères ; nous devons nous montrer dignes des sacrifices qu’ils se sont imposés, dignes aussi des sympathies de l’Europe civilisée.
- ALLEMAGNE
- Le prince de Bismarck continue avec une grande vigueur sa campagne électorale. Jusqu’ici, il avait ex-
- cité les paysans contre les classes- bourgeoises, déclaré dans la Correspond mce provinciale que si les progressistes l'emportaient, c’en seiait fait de la religion, et reproduit dans la Gazette de VAllemagne du Nord le discours de son fils Guillaume excitant la population de Berlin contre les juifs. Après les excitations viennent mainte nant les promesses. La Gazette d'Augsbourg annonce que, dans la dernière séance du Conseil municipal de Ratze-bourg, on a lu une lettre du chancelier exprimant la satisfaction qu’il éprouve de pouvoir annoncer que Rat-zebourg va être gratifié d’une garnison. On a lu également une lettre du fils aîné du chancelier, ainsi conçue : « Mon père vous fait dire qu’il n’a obtenu que très difficilement que le 9e bataillon de chasseurs soit transféré à Ratzebourg le 1er avril 1882. »
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- La police de Dresde a interdit la vente d’une brochure contenant un appel électoral en faveur du socialiste Bebel.
- Le capitaine Boettcher vient de faire, à Berlin, une intéressante conférence sur le service de la poste de campagne de Fermée allemande pendant la guerre de 1870. Le service a été fait par 5,900 hommes, avec 1,933 chevaux et 466 voitures. On a expédié 89,659,000 lettres et cartes postales, 2 millions 354,310 journaux, 36.705 envois d’argent pour le service et s'élevant à 43.023,760 thalers, 2,379,020 envois particuliers d’argent, d’une valeur de 16,842,260 thalers, 126,916 paquets de service et 1,853,686 paquets particuliers.
- Il ne s’est perdu que 5.000 thalers.
- En ce moment, le service de la poste est organisé en vue d’une nouvelle campagne. Les employés sont déjà désignés. Ils pourront, en cas de mobilisation, entrer immédiatement en fonctions et former un premier effectif de 2,070 hommes.
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- JLie socialisme en Allemagne. — 11,082 émigrants se sont embarqués à Hambourg pendant le mois de juin.
- A Dresde, deux ouvriers et un journaliste ont été condamnés pour avoir répandu des écrits socialistes ; à Kœnigsberg, des écrits socialistes ont été également répandus en grand nombre.
- Les étudiants deTnbingue ont envoyé une adresse aux étudiants allemands de Prague pour les encourager dans leur lutte contre les étudiants tchèques.
- Dans une réunion ouvrière qui a eu lieu à Berlin, un orateur a fait une profession de foi socialiste, à la suite de laquelle la réunion a été dissoute.
- OCÉANIE -
- Un journal publié en anglais dans l’archipel océanien des îles Fidji, annexé il y a quelques années à l’empire britannique, le Fidji Times, donne dans son numéro du 30 avril la relation d’uti-massacre qui rappelle ceux des temps bibliques. Il est vrai que c’est aussi la Bible qui paraît en avoir été l’occasion ou le prétexte.
- Il y a déjà quelques années, une succursale de la « Société des missionnaires de Londres » avait été établie dans l’île deTapitaoua par les soins de la mission d’Honolulu La direction en fut confiée à un indigène des îles Sandwich, nommé Kabou, lequel réussit à convertir tous les habitants. Lorsqu’ils eurent embrassé le christianisme, il leur persuada de lui remettre toutes leurs armes et, pendant quelque temps, tout se passa pacifiquement.
- Mais récemment les habitants de la pariie méridionale de File, mécontents des réquisitions continuelles auxquelles les soumettrait leur apôtre, priient le parti d'a-postasier. Kabou prêcha alors une croisade contre eux, et armant ses disciples, se mit en personne à leur (ôte, en criant: « Tue! tue! » Le carnage qui s’ensuivit fut horrible.
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- Plus de mille personnes, hommes femmes et enfants furent impitoyablement massacrés. Les excès les plus atroces furent commis sur les victimes par le parti victorieux. Après la boucherie, les blessés furent entassés les uns sur les autres, et le toit d’une vieille maison ayant été placé au-dessus du tas, Kabouy mit le feu de sa propre main.
- Le Fidji-Times ajoute que l’auteur de ces abominations a été arrêté et transporté sur le navire hawaïen SiormMrd à Honolulu où il aura à répondre de ce crime.
- ÉTATS-UNIS
- Jùa «secte d9Oaeï<ïa. — En France, nous avons des communistes qui ne parlent que de plier par la force le monde tout entier à leur système. En Amérique, les communistes sont plus modestes; ils opèrent par l’exemple, et tandis que leurs confrères du vieux monde se contentent de pérorer dans les réunions populaires, eux mettent immédiatement leurs théories en pratique dans quelque coin du vaste pays qui leur donne asile. C’est de cette façon que s’est formée l’association d’O-neïda, dont l’assassin du président des Etats-Unis a fait partie. ,
- Oneïda a été fondée en 1846 par un jeune séminariste nommé Noyés. On y admet la Bible et on y reconnaît la divinité du Christ; mais, au demeurant,la religion qu’on y professe s’éloigne fort des principes chrétien s. Jusqu’à Vannée dernière, la granue curiosité d’Oneïda était l’état de complète liberté où les hommes et les femmes y vivaient entre eux. La communauté formait un vaste ménage à deux ou trois cents, où chaque homme avait droit à la pluralité des femmes comme en Turquie, et chaque femme à la pluralité des hommes comme chez certaines peuplades. C’était ure sorte de société matrimoniale en participation. On n’y pouvait avoir des enfants qu’avec la permission du comité directeur. Après avoir consulté les ressources de l’association pour savoir si elle pouvait se permettre le luxe d’augmenter la famille, le comité choisissait sur une liste de postulants les époux auxquels on confiait la mission de la conservation de l’espèce.
- Ces pratiques monstrueuses ont excité une telle réprobation parmi les voisins d’Oneïda que, menacée de poursuites judiciaires, l'association a dû renoncer l’année dernière à la communauté des femmes.
- Oneïda ne pratique donc plus aujourd’hui que la communauté des biens. La réception des familles possédant de petites économies et la bonne direction donnée aux entreprises ont fait la communauté riche de près d’un demi-million, et l’ont mise à la tête de petites usines où elle emploie près de deux cents ouvriers ou ouvrières.
- D’après les dépêches d’Amérique, on suppose que Guitteau, l’assassin de M. Garfield, est fou. Le régime d’Oneïda ne semble pas fait, en effet, pour laisser les cerveaux bien sains.
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- L’isthme de Oorintlie. — Les résultats des { études et des relevés de l’ingénieur hongrois Gorster \ pour le percement de l’isthme de Corinthe seront communiqués au congrès géographique de Venise. l^es plans pour l'exécution du canal doivent être présentés, dans les neuf mois qui suivent la date de la concession (30 mai 1831), au ministère de l’intérieur à Athènes.
- Le terrain nécessaire est cédé gratuitement par l’Etat. La profondeur du canal est fixée par la loi à 6 1/2 mètres au moins, sa largeur à 42.
- Le privilège de la Société concessionnaire durera 99 ans, à l’expiration desquels l’Etat grec reprendra le canal en versant une indemnité de cinq millions de francs.
- Voici au sujet de cette entreprise quelques renseignements. Le général Turr a fait dans une des dernières séances de la Société de Géographie la communication suivante :
- Il est de mon devoir, comme membre de la Société de
- géographie, de lui communiquer que j’ai obtenu la concession pour le percement de l’isthme de Corinthe. Les ingénieurs sont sur les lieux, et je ne manquerai de la tenir au courant de la marche progressive de leurs études. Cette entreprise est loin d’avoir l’importance de l’isthme de Suez et de Panama, mais néanmoins elle répond à de très grands intérêts.
- En 1879, l’importation et l’exportation à Constantinople ont dépassé S millions de tonnes par steamers et 2 millions et demi par voiliers. Dans les ports de Syra, du Pirée, du Yolo, Salonique et Smyrne, trois millions et demi de tonnes. Sur cette quantité, plus de deux millions de tonnes sont pour l’Adriatique et trois millions sont partagés entre la Méditerranée et le Levant.
- La plus grande partie de ce tonnage passera par l’isthme de Corinthe, car les steamers allant de la Méditerranée à Constantinople auront une abréviation de 12 heures environ dans leur voyage et ceux de l’Adriatique plus de 20 heures et éviteront, en outre, le dangereux passage du cap de Matapan.
- Les lettres suivantes ont été échangées entre le général Turr et M. de Lesseps :
- Mon cher Monsieur de Lesseps,
- Suez est fait, vous êtes en train de faire le Panama. Il est impossible de laisser l’isthme de Corinthe comme obstacle à la navigation. Comme pour le Panama, je viens de demander et d’obtenir la concession du canal de Corinthe.
- Mes ingénieurs sont sur le terrain pour faire les études. Comme je pourrai bientôt formuler le projet définitif, je viens vous prier d’autoriser M. Douzats à me servir de conseil technique. Vous avez eu toujours la bonté de m’aider dans mes travaux, ainsi j’espère que vous m’accorderez votre puissante aide pour abattre aussi cette barrière.
- Agréez, les sincères salutations de votre tout dévoué
- E. Türr.
- Monsieur de Lesseps a répondu :
- Mon cher général et ami,
- C’est avec plaisir que je vous aiderai à réaliser votre nouveau projet,consistant à couper l’isthme de Corinthe par un canal maritime, qui serait un bienfait pour la navigation, si active entre l’Adriatique, la Méditerranée, l’Archipel et la mer Noire.
- J’ai eu l’occasion en 1853 d’examiner sur le terrain, les divers passages proposés pour le canal. J’autorise volontiers M. Dauzats à vous aider de son expérience spéciale pour celte étude.
- Tout à vous,
- Ferdinand de Lesseps.
- Paris, 2 juin 1881.
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- Gasconnades
- M. X... est hâbleur comme un reporter de journal en détresse de nouvelles. Il venait de raconter une anecdote d’une stupéfiante fantaisie. — Plus fort quo çà reprit un de ses auditeurs trop souvent rasé par X.... Imaginez-vous que dans mon dernier voyage à New-York, pendant la traversée du bateau à voiles où nous étions, un calme plat nous permit de nous livrer à ; l’exercice de la pêche. En lançant ma ligne de fond, je I laissai tomber une magnifique bague enrichie d’un ! diamant de prix. C’était une bague de famille à laquelle ! j’attachais des souvenirs bien chers. Six mois après, en
- I- revenant de New-York, sur le même bateau, au même endroit, le même calme nous permet de-nous livrer de nouveau au plaisir de la pèche. Du premier coup, en retirant ma ligne, je happai une splendide dorade qui, le soir, fut servie sur la table du c pitaine. Je découpe la dorade, et devinez ce que je trouve I — La bague ! s’écrie M. X... avec conviction. — Pas du tout des arêtes I
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- HISTOIRE
- DES
- EQUITABLES PIONNIERS DE ROCHDALE
- Chapitre XIII
- Vente en gros. -— Succursales et magasin central.
- (Suite)
- Dès 18561e magasin de « Toad lane » était devenu insuffisant pour répondre aux besoins du grand nombre de membres que comptait alors la Société. Quelques-uns des coopérateurs avaient agité la question d’instituer, sur différents points de la ville, des succursales plus voisines de leurs résidences, que le « Store » primitif.
- Des discussions s’étaient élevées quant à la partie de Rochdale dans laquelle serait fondée la première succursale. Un mémoire couvert d’un grand nombre de signatures avait été produit par les membres du quartier de Castleton, à la réunion trimestrielle de juin 1856. La proposition avait passé d’emblée, les demandeurs eux-mêmes étant présents en grand nombre ponr la soutenir et la faire aboutir par leurs votes.
- Ainsi furent ouvertes successivement presque toutes les succursales. C’est là un trait notable du caractère démocratique de l’institution.
- En 1859, à l’époque où l’on abandonna la vente en gros, la Société des Equitables Pionniers comptait six succursales dans la ville ; et le mouvement était tel qu’il était évident que le nombre de ces branches allait augmenter chaque année.
- Ces succursales reliées entre elles par une administration unique, constituaient autant de dépendances de l’établissement principal, connu sous le nom de magasin central.
- Le système des succursales a rendu de grands services aux coopérateurs.; il n’est pas douteux qu’il ait été une des principales causes des progrès sûrs et rapides de la Société.
- Les transactions entre les branches et le magasin central était des plus simplement organisées. Le chef du magasin de chacune des branches dressait la liste des choses manquantes d’après une formule convenue, et envoyait cette liste au bureau central. Le directeur, aussitôt réception de ces demandes, donnait des ordres aux Compagnies de canal ou de chemin de fer, pour faire venir immédiatement les produits requis par la branche désignée sur la feuille de commande.
- L’organisation des rapports administratifs entre le magasin central et ses dépendances servit de base aux raisonnements de M. Greenvood, un des remarquables membres de la Société de Rochdale, pour attirer de nouveau, en 1863, l’attention des coopérateurs sur l’utilité et la possibilité d’établir, au profit de tous les magasins coopératifs du nord de l'Angleterre, une vaste société de vente en gros.
- M. Greenwood était celui-là même qui était intervenu d’une façon si heureuse pour rendre la prospérité à la Société du moulin à farine. Il avait étudié avec soin les efforts accomplis précédemment pour réaliser la vente en gros et s’était rendu compte des causes d’insuccès.
- Une première tentative du même genre avait été faite à Londres en 1850. Là aussi on avait échoué.
- M. Greenwood l’expliquait en disant qu’il n’y avait j)as alors en Angleterre assez de magasins coopératifs pour faire vivre l’institution. Son opinion était qu’il n’y en avait même pas encore assez en 1855 pour soutenir le département de vente en gros de Rochdale; et que cette cause ajoutée aux divisions provoquées par l’esprit de jalousie avait rendu la chute inévitable. En 1850 comme en 1855 la question de vente en gros avait été, selon lui, un pas trop avancé dans l’ordre du mouvement coopératif.
- Il n’en était plus de même en 1863. On comptait alors 500 « stores » ou magasins coopératifs dans le Royaume-Uni. S’appuyant d’une part sur ces faits et de l’autre sur l’exemple précis offert par l’organisation des rapports commerciaux entre le magasin centralde Rochdale et ses succursales,M. Greenwood détermina la fondation de la Société connue aujourd’hui d’une façon universelle sous ce titre :
- « Société coopérative du nord de VAngleterre pour la vente en gros » ou « la grande A ssociation de Manchester pour la vente en gros. »
- Il peut être bon d’indiquer ici en quelques mots l’importance colossale atteinte pan la Société en question.
- Elle constitue actuellement une association commerciale de plus de 461,000 membres : elle compte plus de 600 magasins de vente au détail, lesquels ont souscrit 33,663 actions de 125 fr. chacune , soit 4,207,875 fr. Sur cette somme 3,651,525 fr. sont libérés .
- Outre son capital action, la grande Société coopérative de vente en gros a 8,957,850 fr. de dépôts; ce qui porte le capital employé aux affaires à 12,609,375 francs.
- Elle possède en franc-fief des terres et bâtiments à Manchester, Londres, Newcastle, Liverpool, Lei-cester, Durham, Crupsall et en Irlande. Toutes ces
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- propriétés avec leur matériel ont coûté 4,253,675 fr. Quoi qu’elles aient actuellement une valeur beaucoup plus considérable, elles ont été amorties dans les comptes de la Société et ne figurent plus que pour la somme de 1,036,975 fr.
- Le fonds de réserve se monte à 1,031,500 fr.
- La Société de vente en gros possède un navire à vapeur « Le Pionnier », qui emporte vers la France, par la voie de Rouen,les produits anglais et rapporte en Angleterre les produits français. Un service hebdomadaire analogue est fait^en outre,par le steamer « Cambrian « entre Goole (Angleterre) et Calais (France).
- La Société fabrique les produits qu’elle vend, ou bien elle les achète directement au producteur ou à l’importateur. La plupart des produits sont transmis aux magasins de détail avec l’unique charge du prix coûtant. Les ventes se montent à plus de 75,000,000 de francs.
- La Société a une banque dont les opérations se chiffrent annuellement à plus de 300,000,000 de fr.
- Elle effectue ses propres assurances concernant les stocks extérieurs et les risques de mers. Elle assure des garanties à ses propres employés.
- La Société paie au capital action un intérêt fixe de 5 livres pour cent par an, pour toute rémunération ; le profit restant, après déduction des frais d’administration et réserve pour la dépréciation des marchandises et les éventualités du commerce, est réparti entre les magasins de vente au détail, proportionnellement aux achats faits par chacun d'eux.
- Moitié seulement des dividendes est allouée aux magasins acheteurs qui ne font pas partie de la fédération.
- Les livres de la dite Société de vente en gros de Manchester contiennent la motion suivante :
- « M. Abraham Greenwood de Roehdale, doit être « regardé comme le principal créateur de la Société « coopérative de vente en gros, dont U a toujours « été le Président. Le plan qu’il a proposé, légère-« ment modifié, forme la base de l'admirable orga-« nisation actuelle. »
- Durant la période de formation de cette Société,il apparaît que des délégués étaient régulièrement envoyés de Roehdale pour assister aux réunions préparatoires, et qu’ils y prenaient un considérable intérêt.
- Néanmoins, il se trouvait encore à Roehdale un certain nombre de coopérateurs opposés à l’idée; c’étaient pour la plupart des membres nouveaux. Bien que leur influence n’ait pas été assez forte pour empêcher la société de prendre des actions dans
- l’entreprise, ils contrecarrèrent pourtant dans une certaine mesure le développement des affaires ; et cela fut d’autant plus remarqué qu’on attendait beaucoup d’aide de la part de Roehdale.
- L’influence exercée par les Pionniers était telle à cette époque, que la Société de vente en gros comptait trouver chez elle les fonctionnaires dont elle aurait besoin.
- M. Samuel Ashworth, le directeur du magasin central de Roehdale, fut sollicité de prendre la direction des affaires de la Société de Manchester. Il déclara ne vouloir quitter Roehdale que si le comité de la Société de Manchester s’engageait à lui rendre sa position dans le cas où la Société de vente en gros ne réussirait pas. Cette garantie ne lui étant pas donnée, il différa- son départ, mais l’exécuta quelques mois après. Ceci se passait en 1864.
- La Société des Equitables Pionniers de Roehdale, tout en fournissant des hommes et des capitaux aux œuvres coopératives qui se fondaient à côté d’elle, n’en continuait pas moins à voir ses opérations se développer chaque jour.
- En 1867, son magasin central était devenu complètement insuffisant. On résolut d’élever un nouvel édifice conçu d’après les plans les mieux étudiés.
- Ce bâtiment est situé à la jonction de la porte Ste-Marie et Toad Lane ; il présente sur les deux rues un grand développement et domine tous les autres bâtiments de la ville.
- Les caves servent de magasins de réserve pour les denrées pesantes. Viennent au-dessus les diverses salles de vente et les bureaux. Aux étages se trouvent les chambres de réunion des comités, les salles d’attente, la bibliothèque et la salle aux journaux. Cette dernière est très-confortablement meublée.
- Une immense salle de réunion tienttoute l’étendue de l’étage supérieur de l’édifice. Cette salle est disposée pour offrir des sièges à 1400 personnes. Elle en a souvent contenu 2000 et plus. Des fenêtres, la vue embrasse toute la ville.
- Il a été question d’établir, au sommet de ce grandiose édifice, un observatoire et d’y placer de puissants télescopes.
- L’ouverture de ce nouveau magasin qui eut lieu en septembre 1867, donna lieu à une véritable fête.
- Après le banquet qui fut servi au magasin même, les assistants se rendirent à la salle du théâtre royal de Roehdale. Là, des discours furent prononcés. L’assemblée était présidée par le maire, M. Robinson.
- M. John Bright, membre du Parlement, empêché
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- d’assister à la fête, envoya une lettre cordiale. Le comte Russell, lord Stanley, MM. Goldwin Smith, T. B. Potter, membres du Parlement, M. Jacob Bright et autres adressèrent à la société leurs félicitations.
- MM. Thomas Hughes et Walter Morisson, tous deux membres du Parlement; M. Edward Vansit-tart Neale, M. Greening, le révérend Molesworth, le révérend Freeston et l’auteur de ce récit, étaient parmi les orateurs.
- Vingt-trois ans auparavant, les coopérateurs avaient commencé leur humble et douteuse carrière à Rochdale, et ce jour là, 28 septembre 1867, leur ascendant public était reconnu. Ils constituaient le plus grand corps de commerçants.
- Le révérend M. Molesworth dit qu’à ces yeux cette fête était d’une importance européenne ; qu’à travers le continent la coopération s’était rapidement répandue, depuis que l’opinion publique avait accepté les principes des Equitables Pionniers. Il ajouta que tous les vrais croyants en coopération tournaient leurs regards vers Rochdale, comme vers la cité sainte du système.
- M. John Brierley^secrétaire, lut un rapport étudié qui terminait ainsi : « En 1855, une manufacture « coopérative a été établie en cette ville à I’instiga-« tion des membres du magasin de Toad Lane. Son « principe était de diviser les bénéfices réalisés,par-« tie au Capital, partie au Travail. Cette société eut « beaucoup de succès dans ses premières années, « mais les capitalistes actionnaires pensèrent que « les travailleurs allaient recevoir trop de profits et « firent abolir la part réservée au travail (cris d’in-« dignation). Nous espérons voir avant peu ce droit « remis en vigueur (Bravos) et les principes delà « coopération pleinement développés, car nous « sommes convaincus qu’ils recèlent d’incalculables « bienfaits pour le peuple. »
- M. Hughes prit acte de ces paroles, comme d’un engagement que des efforts seraient faits pour remettre en pratique le trait caractéristique d’une vraie manufacture coopérative, c’est-à-dire le droit du travailleur aux bénéfices de la production.
- Les coopérateurs qui jusque là n’avaient jamais eu d’hôtes en aussi grand nombre, ni de pareille distinction, ne se montrèrent pas aussi forts dans l’organisation des fêtes que dans les opérations commerciales ; mais les choses furent menées du moins avec une cordialité parfaite.
- Après la réunion au théâtre, la foule passa la soirée au magasin central.il y eut bal dans la grande salle de réunion.
- Avant de quitter l’exposé du développement commercial de la Société de Rochdale, disons qu’une des sociétés anglaises envers qui les Pionniers se considèrent comme liés par la reconnaissance est « La Société pour le développement des Associations entre travailleurs. »
- Les Pionniers déclarèrent publiquement que cette Société avait rendu les plus grands services à la cause de la coopération, en propageant dans le pays les informations les plus utiles, en faisant réviser au Parlement les lois qui eussent porté atteinte au mouvement, et voter les mesures propres à donner liberté et sécurité à quiconque se livrait aux entreprises coopératives.
- Parmi les notabilités qui se distinguèrent dans cette œuvre de conciliation et de progrès social, on cite M. Edward Vansittart Neale, Charles Kingsley, Furnival, Ludlow et autres.
- Chapitre XIV
- Institutions de collection mutuelle
- En dehors des opérations commerciales, la Société des Equitables Pionniers a institué parmi ses membres diverses fondations, parmi lesquelles nous citerons la « Société de Prévoyance en cas de maladie et de secours pour les funérailles. » Cette Société fut fondée en 1860. Son but est indiqué par son titre même ; elle verse aux membres malades des allocations journalières et pourvoit aux obsèques.
- Les Equitables Pionniers et leurs familles peuvent seuls faire partie de cette Société. Néanmoins s’ils perdent leur qualité de membres de la Société de Rochdale, ils n’eu restent pas moins membres de la dite Société de Prévoyance pour la maladie et les funérailles.
- Une autre institution à signaler est « la Société de Construction. »
- Dans presque tous les pays le progrès est enfanté surtout par le malheur. La raison seule crée rarement, si jamais cela lui arrive. La Société de construction a donc subi la loi commune.
- Un de ses fondateurs raconte qu’un certain gentleman, à la fois commerçant et propriétaire de cottages, avait loué quelques-uns de ses immeubles à des coopérateurs. Or; dans un moment de mauvaise humeur, ce propriétaire se dît que ses locataires recevant des dividendes sur leurs achats, lui aussi aurait part à ces dividendes, en augmentant les loyers de 30 centimes par semaine.
- Une telle conduite eût pour conséquence immédiate d’éveiller chez les coopérateurs la résolution
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- d’empêcher le retour de pareil fait. Ils constituèrent une Société ayant pour but l’acquisition du sol et l’érection de maisons pour les membres.
- Les Statuts donnèrent, au Comité directeur, pouvoir de bâtir, d’acheter ou de vendre des maisons des ateliers, des moulins, des fabriques. Le Comité put également acheter ou louer le sol sur lequel ces propriétés étaient bâties. Le fonds social fut fixé à 625,000 francs en actions de 25 francs.
- Trente-six cottages furent élevés avant 1867. Le sol alors possédé par la Société en était couvert. Ces constructions furent généralement un progrès sur les demeures habituelles. Mais nous trouvons peu de renseignements sur ce point.
- Le journal « Irish Times, « en 1868, publiait à ce propos les données qui suivent :
- « Le capital est si considérable dans la Société « des Equitables Pionniers et il augmente si rapi-» dement,que les directeurs consacrent maintenant « 250,000 francs comme essai, à l’érection de cotta-« ges de première classe pour artisans. Ils ont dans « ce but acheté une propriété dans le voisinage de « Rochdale. »
- « The Irish Times » parlait d’après les almanachs de la Société. Ces publications annuelles, étaient alors le seul manifeste, la seule histoire des Pionniers.
- (A suivre.)
- L’ASSOCIATION DU CAPITAL & DU TRAVAIL AUX ÉTATS-UNIS.
- Dans un article intitulé : « Coopération » et signé Louis Bristol, le journal de Chicago « The Sen-tinel, » après avoir fait l’historique et la description du Familistère et du système d’association établi à Guise par M. Godin, et cité quelques extraits de la déclaration de principes contenue dans « Mutualité sociale, » cherche à faire comprendre à ses lecteurs les éléments de mise en pratique de ce système aux Etats-Unis.
- « Si l’on me demandait d’indiquer le plus grand obstacle au succès d’une entreprise analogue dans notre pays, dit l’auteur de l’article, je dirais qu’on le trouverait dans nos paniques périodiques qui obligent les manufacturiers à diminuer de temps en temps leur production, et à renvoyer temporairement leurs ouvriers. Pour parer aux éventualités de ces crises avec succès, le manufacturier a besoin de toutes les ressources qu’il a pu accumuler, et si ces ressources étaient partagées entre ses ouvriers
- dans les temps prospèr "s, il serait à craindre que dans un moment de dépression industrielle les pertes ne compromissent complètement le sort et l’existence même de l’association. Pour prévenir cela, il faudrait plus de stabilité dans notre système monétaire.
- « La France, grâce à ses tarifs protecteurs et à son système de banque si bien organisé, jouit de plus de stabilité et de garanties contre les crises que toute autre grande nation commerciale. Nous avons un tarif modérément protecteur, mais notre système de banque établi sur le modèle de celui de l’Angleterre est particulièrement propre à provoquer des paniques, tandis que nos taux si élevés d’intérêts permettent au prêteur d’argent d’absorber une partie considérable des profits de l’industrie, et d’occasionner ainsi des dépressions commerciales et industrielles. Si, avec nos tarifs protecteurs actuels, nous pouvions adopter le système de banques en vigueur en France, avec quelques améliorations additionnelles que l’on pourrait y apporter dans Pintérêt du public, de façon à ce que des accumulations de capitaux ne pussent point être faites par des individualités, les associations de ce genre pourraient être et seraient organisées avec une certitude absolue de succès, Je ne dis pas que l’obstacle que je viens de signaler ne puisse point être surmonté, même avec notre système de banque actuel, mais je dis seulement que si cet obstacle était surmonté, la perspective des efforts des associés serait beaucoup plus rassurante. »
- Ges réflexions de M. Louis Bristol sont justes à un certain point de vue, mais elles contiennent des erreurs que nous croyons devoir relever, dans l’intérêt de la propagation du système de l’Association du Capital et du Travail aux Etats-Unis.
- L’auteur de l’article cité attribue aux tarifs protecteurs une influence tout à fait contraire à celle qu’ils exercent réellement partout où ils sont en vigueur. En effet, la protection en matière d’importation, loin d’être une cause de stabilité et de prospérité commerciales, en est une de malaise et de crises sans cesse renaissants. Des droits ainsi perçus par l’Etat à la frontière sont acquittés en réalité par le consommateur, qui est toujours en fin de compte obligé de rembourser avec usure les avances faites de la sorte par l’importateur, et ce renchérissement des produits importés n’est compensé par aucun avantage réel. Ils ne protègent en apparence que les intérêts de quelques producteurs nationaux,auxquels ils permettent temporairement de soutenir avec quelques succès la concurrence. Nous disons que cette protection partielle n’est véritablement qu’ap-
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- parente, parcequ’elle a pour résultat en effet de pousser le producteur à augmenter souvent outre mesure la fabrication, si bien qu’à un moment donné, il y a excès de production, pléthore de produits, et que cet excédant détruisant violemment l’équilibre normal de l’offre et de la demande, provoque une dépréciation, et par conséquent une crise commerciale.
- Cette conséquence déplorable et infaillible du système des droits prétendus protecteurs n’est pas la seule qui ait une influence fâcheuse sur l’industrie d’une nation. La protection nuit encore au progrès de la production, au point de vue de la qualité des produits manufacturés, parce que le fabricant n’ayant point le stimulant de la concurrence à vaincre, n’a pas besoin de chercher constamment et sans- relâche à améliorer soit les procédés de fabrication, soit la nature des produits qu’il livre à la consommation. Dans ces conditions, si d’une part il trouve quelqu’a-vantage dans les entraves apportées par les tarifs à l’introduction de produits similaires étrangers, il perd ceux qui résulteraient pour lui de l’exportation des siens, et de cette façon ce qu’il peut gagner d’un côté, il le perd sûrement de l’autre; en obtenant cette sorte de monopole à l’intérieur, il se ferme le débouché plus étendu sans comparaison de l’étranger, et il perd toute chance d’écoulement du trop plein qui se produit à certains moments, et donne lieu aux crises signalées parM. Bristol.
- Enfin le renchérissement des objets importés de consommation d’une part, et le chômage forcé qui résulte de l’excès de production rendent la position du travailleur tellement difficile, que son mécontentement ne manque point de se manifester dans ces circonstances, au grand détriment de la tranquillité publique souvent sérieusement compromise. Pins d’une fois déjà les journaux de l’Union américaine ont eu a exprimer à ce sujet des craintes tellement profondes, qu’ils ne parlaient de rien moins que de l’imminence de luttes intestines graves, pour ne pas dire de guerre civile.
- C’est chose fatale que toutes les fois qu’une charge quelconque est imposée trop lourdement au consommateur, c’est-à-dire au peuple elle se traduira à un moment donné par une crise qui affectera la nation toute entière. Que voyons-nous en ce moment dans notre propre pays ? Lorsque par suite de l’aveugle ambition de l’Empire aux abois, la France en proie à tous les malheurs de la guerre s’est vue obligée d’acheter la paix et de réparer ses désastres à des conditions sans exemple dans l'histoire, on a emprunté les sommes nécessaires pour payer les milliards de la libération du territoire.
- La finance en prêtant à gros intérêts et au-des-
- sous du pair ces capitaux, qu’elle a revendus ensuite à la hausse, a trouvé ainsi dans les malheurs publics une source de fortune nouvelle et une cause de profits considérables. Cela a accru dans une proportion colossale la dette nationale ; l’Etat en doit tous les ans payer l’énorme intérêt, et c’est le pays, qui au moyen de l’impôt doit faire face à ces dépenses. La charge étant trop lourde, il en résulte une élévation dans le prix des choses les plus indispensables, entraînant comme conséquence naturelle une hausse telle dans le taux des salaires, que depuis quelques années ce taux a presque doublé. Or si l’augmentation des prix de vente a pu permettre à l’industrie de supporter ce pesant fardeau, il n’en a pas été de même de l’une des branches les plus importantes de la richesse nationale, l’Agriculture qui, placée ainsi dans l’impuissance de soutenir une concurrence toujours croissante de certaines contrées du centre de l’Europe et des Etats-Unis eux-mêmes, voit de plus en plus les travailleurs découragés lui faire défaut, si bien qu’aujourd’hui nous avons sous les yeux l’affligeant spectacle d’exploitations Agricoles importantes à peu près abandonnés par les Agriculteurs, dans des régions pourtant riches et fertiles.
- C’est ainsi que les tarifs protecteurs aux Etats-Unis et les impôts exagérés de consommation en France provoquent fatalement des crises fréquentes, sans que la plupart des esprits sensés, qui étudient sérieusement pourtant ces questions complèxes d’économie politique et sociale, s’en rendent parfaitement compte la plupart du temps.
- L’expérience démontre cependant que toute charge trop lourde pesant en apparence plus directement sur le travailleur fait sentir son contre-coup à la richesse elle-même, par la force même des choses, parce que dans la société humaine tout s’enchaîne et se tient, et c’est une erreur de croire que ce qui peut être préjudiciable aux uns soit réellement profitable aux autres.
- Si donc les crises sont devenues périodiques aux Etats-Unis et pèsent sur leur industrie, c’est au système des droits soi-disant protecteurs qu’elles sont dues. Et si ces crises sont le principal obstacle à l’application du principe de l’Association du Capital et du Travail dans ce pays, le seul moyen de la faire disparaître c’est, à notre avis, de revenir au système plus libéral et plus fécond en résultats avantageux du libre échange.
- Ed. F.
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- LE DROIT DES FEMMES
- Nos lecteurs n’ont sans doute pas oublié l’instance introduite par Mlle Aubertine Auclert devant le Conseil d’Elat. Ils se souviennent qu’au commencement de l’année 1880, Mlle Auclert ayant inutilement tenté de se faire iusci ire sur les listes électorales de son arrondissement, eu invoqudn* sa qualité de contribuable, s’était adressée, sur le refus du maire de faire l’incription, au conseil de Prélecture, pour en obtenir un dégrèvement d’mpôts, et que la aussi sa demande fut repoussée. Mile Auclert déféra la décision prise par le Conseil de Préfecture au Conseil d’Etat, qui rejeta à son tour la demande de la demoiselle Hubertine Auclert.
- A Cela, Mlle Auclert répond : (Droit des Femmes)
- « Le Conseil d’Etat a beau invoquer cette subtilité de la loi qui me fait considérer! ommejouissant de mes droits lorsq i’il s’agit de payer les impôts, et qui, quand je veux exercer ces droits, me les dénie.
- Que demain une de mes parentes ou de mes amies meure, ayant assez de confiance en moi pour me charger de la tuteile de ses enfants. « — Halte-là, dira la loi. — Vous ne pouvez être tutrice, puisque femme, vous ne jouissez pas de vos droits. »
- Mais le Conseil d’Etat m’a dit que je jouissais de mes droits?
- « Oui, certainement, mais vous n’en jouissez pas pour pouvoir être tutrice. »
- Qu’une de mes collègues de La Citoyenne se marie et me prie de lui servir de témoin à la mairie. Dès que l’officier de l’état civil saura que je suis là comme témoin, il s’empressera de dire : « Faites venir un homme ou le mariage ne peut avoir lieu, une femme ne jouissant pas de ses droits, son attes'ation serait sans valeur. »
- Pardon, monsieur, le Conseil d’Etat m’a dit que je jouissais de mes droits.
- Oui, oui, effectivement vous jouissez de vos droits.
- Que je me trouve chez un notaire avec deux de mes amies, l’une d’elles allant vendre un champ, l’autre affermer un domaine.
- Vous aliez nous servir de témoin pour notre vente et notre bail, me disent-elles? C’est impossible, dit l’officier ministériel, la femme ne peut servir de témoin, elle ne jouit pas de ses droits, il faut un homme.
- Mais le Conseil d’Etat m’a dit que jouissais de mes droits?
- Oui, certainement, mademoiselle, vous jouissez de vos droits.
- On me dénie les droits civils. Ah ! c’est probablement des droits politiques que je jouis ?
- Eh bien ! que j’aille à la mairie, chercher ma carte d’él :cteur, les préposés à la révision des listes électorales me la refuseront, disant qu’elle n’appartient qu’à ceux qui jouissent de leurs droits.
- Les Elections législatives vont avoir lieu. Si j’essaie de voter, je suis certaine qu’on me repoussera encore de l’urne électorale avec cette formule : « Vous ne jouissez pas de vos d.oits. »
- Dans tous les actes de la vie sociale et politique, on me dit que je ne jouis pas de mes droits. Cependant quand arrive le moment de payer l’impôt, que, pour ce motif, je demande à en être déchargée, on me répond « Que je suis considérée comme jouissant de mes droits. »
- Ainsi, moi qui ne jouis pas de mes droits pour voler l’impôt, je jouirais de mes droits pour le payer? Ce raisonnement inventé par les hommes civilisés pour se faire entretenir par les femmes scandaliserait à coup sûr les Peaux-Rouges.
- Le Conseil d5Etat, tribunal d’injustice, a prouvé en refusant de donner raison à celles qui ont pour elles le droit, que ce serait vainement que les femmes recourraient à l’illégalité masculine (dite légalité) pour conquérir leur place dans la société.
- La principale ressource qu’ont les femmes pour obliger les maîtres du pouvoir à entrer en accommodement avec elles, c’est de jeter l’inquiétude au camp des hom-
- mes, en rompantTéquilibre budgétaire, c'est de refuser en masse l’impôt. »
- Le rédacteur en chef du journal « le Droit des Femmes » fait à ce sujet les réflexions suivantes :
- Mile Auclert se révolte contre le Conseil d’Elat qu’elle traite de « tribunal d’injustice. »
- Dans l’espèce, elle est beaucoup trop sévère.
- Le Conseil d’Etat ne pouvait pas juger autrement.il s’est conformé à la loi.
- Je suis forcé de dire, à ce propos, que la question du droit de vote des femmes se trouve mal posée. Le droit de suffrage, en France, n’a pas l’impôt pour base; il est attaché à la personne, et ne ressort pas de la qualité de contribuable. La preuve, c’est qu’ii y a des électeurs qui ne payent pas un sou d’impôt.
- Si la théorie de Mlle Auclert était vraie, il faudrait affranchir de l’impôt tous les mineurs propriétaires, tous les étrangers, ou les inscrire sur les listes électorales.
- Quand Mlle Auclert revendique son droit de suffrage en invoquant sa qualité de personne humaine, — elle' a raison.
- Mais quand elle le revendique en invoquant sa qualité de contribuable, — elle a tort.
- A ce compte-là, quiconque paye, voterait.
- Des étrangers pourraient être électeurs chez nous.
- Sans nul doute, puisque c’est l’impôt qui créérait le droit!
- D’autre part, les pauvres qui ne payent rien à l’Etat, seraient exclus du scrutin.
- - Telle pauvre ouvrière gagnant péniblement son pain, habitant une mansarde, n’étant astreinte à aucune contribution directe, n’aurait pas le même droit que la rentière aisée.
- Et si l’on me dit que ce serait juste puisque,ne payant pas l’impôt, la femme pauvre n’a pas à s’occuper de ce qu’on en fait, je répondrai que les élus de la nation se mêlent d’autre chose que d’étudier ie budget; le budget est môme ce qu’tis étudient le moins.
- En revanche, ils repoussent le divorce, et refusent aux femmes commerçantes les droits qu’ils accordent aux hommes commerçants.
- Vous voyez donc bien que la question d’argent est ici tout à fait secondaire.
- On ne doit pas être électeur — ou électrice — parce qu’on paye, mais parce qu’on est quelqu'un.
- Le jour où Mlle Auclert fera reposer son ' droit sur sa qualité de personne humaine et non sur sa qualité de contribuable, dous serons d’accord.
- Le conseil d’Etat a donc bien jugé, en déclaiant que le paiement de l’impôt n'a rien de commun avec la jouissance des droits politiques.
- Un Russe qui possède un hôtel dans les Champs-Elysées, paye l’impôt ; un Prussien qui exerce le commerce en France, paye l’impôt; un enfant au maillot, héritier de son père ou de sa mère, paye l’impôt; —ni le Russe, ni le Prussien, ni l’enfant au maillot, ne sont électeurs.
- Par contre, des hommes ne possédant aucun immeuble, ayant à Paris un loyer inférieur à quatre cents francs, ne payant dès lors rien à l’Etat, jouissent de leurs droits civils et politiques.
- Donc, la question de payer ou de ne pas payer l’impôt est tout a fait étrangère au débat.
- Donc, Mile Auclert se trompe.
- Elle aurait raison en Angleterre, où le droit de vote est attaché à la propriété ; elle a tort en France, où le droit de vote est attaché à la personne, abstraction faite de toute situation de fortune.*
- Elle aura tout à fait raison le jour où, laissant complètement de côté sa qualité de contribuable — qui n’a rien à voir ici, — elle fera reposer son droit sur sa qualité de personne humaine, — de personne humaine consciente et responsable !
- Sur ce terrain, personne ne pourrait la contredire.
- Léon Richer.
- Le Directeur-Gérant : GrODIN.
- Saint-Quentin — lmp. de la Société anonyme du Glaneur
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- 4- ANNÉE. TOME 5 — N” 151
- ie raanèro hebdomadaire 20 c. DIMANCHE 31 JUILLET 1881
- Le Devoir
- REVUE DES RÉFORMES SOCIALES
- BUREAU
- A. GU ISE (Aisne)
- XTX.
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Dire cteur- Gérant Fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE
- par Uenvoi, soit an bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France
- Un an. . . . 10 fr.»» Six mois ... 6 »» Trois mois . . 3 »»
- Union postale
- Un an. . . . 11 fr. »» Autres pays Un an. . . . 13 fr. 60
- ON S’ABONNE A PARIS
- 5,r.N euve-des-petits-Champs Passage des Deux-Pavillons
- "VsJL/Tr—
- S’adresser à M. LEYMARIE administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- Conférence de M. Oodin. — Voyage autour du Familistère. — Pionniers de Rochdale. — Faits politiques et sociaux. — Congrès de Leeds IV. — Etat-civil•
- CONFÉRENCE DE M. GODIN
- le 7 juillet 1881, à & heures du soir.
- (Suite)
- M. Godin donne lecture de la lettre suivante qui lui a été remise par M. Duval, contre-maître d'atelier :
- « M. Godin,
- * Hier, en causant des récompenses que l’Associa-
- * tion accorde à ses membres pour les idées utiles,
- * plusieurs parmi nous ont exprimé l’opinion qu’un 1 ouvrier qui apporte une bonne idée à l’Association
- * devrait avoir tout le bénéfice qu’elle peut faire réa-
- * User et, après discussion, j’ai eu le regret de voir
- * Presque tous les auditeurs partager cet avis.
- * Je vous prie, Monsieur l’Administrateur-Gérant
- * Je bien vouloir donner quelques explications sur
- * ce sujet dans l’une de vos prochaines conférences.
- * Veuillez agréer, etc... »
- Après cette lecture, M. Godin s’exprime ainsi : L’Association, mes amis, consacre le droit de par-lciPation des travailleurs aux bénéfices de l’indus-
- trie, proportionnellement à l'importance des services rendus par chacun ; ces services étant évalués par les salaires ou appointements.
- Elle donne, en outre, 2 0/0 des bénéfices, soit environ 6,000 francs en ce moment, pour récompenser chaque année les services exceptionnels.
- Cette somme nous ne l’avons point épuisée encore, malgré notre désir d’être large en ces matières.
- A la façon dont la question est posée, on voit que ses auteurs ont perdu de vue les conditions fraternelles de l’Association ; ils ont oublié que l’Association a pour but de faire le bien de tous ses membres, et non de travailler au seul profit de quelques-uns.
- Dans l’industrie telle qu'elle s’est pratiquée jusqu’ici, bien peu de patrons se préoccupent de mettre en relief l’intelligence apportée par l’ouvrier dans son travail; bien peu accordent des récompenses aux idées utiles ; notre association, au contraire, va au-devant de l’ouvrier ; elle signale, elle inscrit et elle récompense tous ceux qui se distinguent par la moindre chose ; elle attribue un fonds spécial à ces services exceptionnels.
- La question est donc de savoir dans quelle mesure cette attribution est juste en principe. D’abord, il faut comprendre que lorsqu'un ouvrier conçoit une idée applicable à la production de l’Association, c'est l’Association même en mettant devant les yeux de l’ouvrier son outillage, ses produits et tous ses moyens d’action, qui a provoqué en celui-ci l’idée nouvelle. D’un autre côté, c’est elle qui peut faire fructifier et produire l’innovation ; sans elle l’idée resterait sans valeur. L’Association est faite pour travailler au profit de tous ses membres, il est donc juste qu’elle fasse des bénéfices au profit de tous; elle ne doit pas travailler au profit d’un seul.
- En conséquence, il faut voir dans les récompenses
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- accordées aux idées utiles des encouragements, un honneur, une distinction plutôt qu’une rémunération. Dans une Association où chacun serait mù par un véritable esprit de fraternité, tout le monde donne-sait pour le bien général et sans rétribution exceptionnelle, tout le concours de ses idées utiles. C’est là le véritable esprit d’Association, c’est celui qui m’a fait mettre à votre service tout ce dont je disposais. Ceux qui aujourd’hui font une distinction tellement tranchée entre l’intérêt de l’Association et leur intérêt propre qu’ils se disent : « A moi tout, rien aux autres, » ne comprennent rien au but poursuivi ici, et doivent etre les premiers à trouver au fond du cœur que M. Godin a été bien sot de mettre ses biens à leur service. Ils doivent se dire qu’à la place du fondateur de l’Association, ils eussent tout gardé pour eux. Ceux-là, mes amis, ne comprennent pas l’idée de justice qui m’a guidé dans mes actes ; ils ne comprennent pas que l’homme doit étendre le cercle de ses affections au-delà de sa propre personne, et que son devoir est d’être utile aux autres.
- •Mais si nous envisageons la question posée, à leur propre point de vue, il est encore facile de prouver combien ils se trompent. Si nous nous mettons en face du seul intérêt individuel, c’est l’offre et la demande qui règlent tout. Or, mes amis, il est arrivé bien des fois, dans ma carrière industrielle que des inventeurs sont venus m’offrir des découvertes très-importantes suivant eux, mais que je ne jugeais pas à propos d’accepter.
- Qu’arrivait-il? Abandonnées à leurs seules ressources, ces gens prenaient des brevets, cherchaient en vain à tirer parti de leur invention, dépensaient une partie de leurs épargnes, parfois même toutes leurs économies sans aboutir à rien.
- Il ne suffit pas eh effet d’avoir des idées. Il faut savoir et pouvoir en tirer parti.
- Or, parmi nous surtout, au sein de nos usines, l’idée nouvelle que l’ouvrier peut croire si volontiers n’appartenir qu’à lui seul, est, je le répète, engendrée dans une forte mesure par le milieu. L’homme ns la conçoit point de tout s pièces; c’est en voulant adjoindre quelque chose à ce qui est déjà que l’invention se crée. Vous êtes redevable de l’idée à tout ce qu’on a précédemment accompli autour de, vous. Quand vous vous en croyez seul créateur et q ce vous dites : « A moi seul tous les bénéfices qui résultent de l’innovation, » vous agissez donc en aveugle. Et vous méritez que l’Association vous réponde :
- « Gardez votre invention et allez l’exploiter ailleurs. Vous croyez que l’Association, ses ateliers,ses machines, son administration sont sans droit sur les
- résultats que votre idée peut donner. Apprenez donc par l’expérience à voir pour quelle part elle devrait être dans son application. »
- Que ferait alors l'auteur de l’idée? Ne serait-il point réduit à l’impuissance?
- L’xVssociation quand elle utilise et féconde vos idées, quand elle en tire des bénéfices dans lesquels vous avez votre part, vous donne, en outre, une récompense exceptionnelle pour votre innovation. Le sentiment de l’équité n’a't-il point tous ses apaisements dans cette manière de faire.
- Si la récompense exceptionnelle, si le droit de l’inventeur, qui vous est reconnu vous semble insuffisant, c’est sur ce point que votre réclamation doit porter. Alors vos prétentions seront examinées et l’on y donnera satisfaction si elles sont justes.
- Mais remarquez qu’on ne peut récompenser que les idées vraiment utiles, que celles dont l’Association peut tirer parti.
- Et même dans ces conditions, que d’innovations j’ai vu appliquer pendant quelques .mois, puis abandonner ensuite parce qu’on y reconnaissait des conséquences préjudiciables.
- Il est donc bien entendu, mes amis, qu’ici c’est au profit de tous que les bonnes idées doivent être exploitées. Ceux qui ne peuvent entrer dans cette manière de voir devront ouvrir atelier pour eux et exploiter eux-mêmes leurs inventions.
- Un autre côté des choses est à mettre en lu-
- mière.
- Quand vous considérez une idée nouvelle appliquée aux produits de l’Association et que vous en calculez les résultats, vous arrivez, à supposer que ces résultats sont un bénéfice sur chaque produit.
- La plupart du temps, cela n’est point exact, et il n’y a pas de profit du tout.
- Pourquoi?
- Parce fait que le grand point en industrie c’est de tenir le marché, et qu’on ne le tient qu’à condition de livrer les produits à la fois les mieux conditionnes et les moins chers.
- Les prix de revient de chacun de nos appareils sont établis avec le plus grand soin, et les améliorations dans la fabrication sont portées en réduction des prix de revient. A ces prix nous ajoutons un tant 0/0 qui constitue le bénéfice à répartir aux membres de l’Association.
- Si nous voulions trop gagner, vous comprend parfaitement que nous ne vendrions pas. Et s1 vente cessait, ce serait l’arrêt du travail et la ferme ture des ateliers. Le grand point est donc d’entre tenir la vente.
- C’est pourquoi la plupart du temps, les bonnes
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- ^ovations servent non à constituer un bénéfice mais à diminuer le prix des appareils, afin de garderie pas sur la concurrence et de satisfaire le commerçant et le consommateur.
- Entretenir la vente et, par conséquent, le travail n’est-ce point là servir votre intérêt le plus pressant. L’Association doit donc savoir gré aux auteurs d’idées utiles, mais si elle leur abandonnait tout le bénéfice que l’idée rapporte quel service auraient-ils rendu? Elle n’en ferait pas bénéficier le commerce en diminuant le prix des produits et, en définitive, ce serait l’inventeur lui-même et tous les associés qui y perdraient, si l’Association en arrivait à se laisser devancer par la concurrence sur le marché.
- Persuadez-vous bien, mes amis, que nous sommes incapables de réaliser des choses à la fois grandes et durables tant que nous sommes imbus de l’esprit d’égoïsme, C’est l’esprit de fraternité qui peut seul rendre nos actes véritablement utiles à nous-mêmes et aux autres.
- N’ai-je point toujours charchéà vous donner l'exemple en cet ordre de faits? Maintenant que les choses fonctionnent non à mon bénéfice particulier, mais pour vous tous, ne travaillé-je pas plus que jamais pour votre bien générai?
- Voyez depuis cinq ans quelle activité dans la création des machines et des modèles nouveaux, quelle transformation dans toutes les choses qui peuvent directement servir à votre prospérité.
- C’est votre avenir, c’est l’avenir de vos familles, que je veux assurer , Cette pensée qui me guide en tout acte doit devenir également la vôtre.
- Persuadez-vous bien que l’homme qui s’appuie sur l’égoïsme prend une voie contraire à celle qui mène aux bienfaits de l’Association. Pour être digne de la protection des autres, il faut être disposé à faire quelque chose pour eux.
- Songez toujours que l’Association est là qui vous seconde, qui vous protège, qui garantit votre avenir, et rendez lui le concours de tous vos efforts et de toutes vos pensées.
- VOYAGE AUTOUR DU FAMILISTÈRE
- II
- Je pourrais commencer,comme bien d’autres voyageurs illustres qui ont écrit des relations de voyage Plus ou moins intéressantes, par vous dire d’une façon exacte et précise le degré de latitude par lesquels se trouve situé le grand palais du travail, fiue nous avons à explorer. Mais en agissant de la
- sorte, je ne ferais que suivre une règle logique et naturelle, presque banale, et lorsqu’on est quelque I peu fantaisiste, on aime volontiers à s’affranchir des règles, et c'est mon cas aujourd’hui. D’ailleurs j’ai d’autres raisons de ne point en agir de la sorte. Ces raisons, qui me sont personnelles, je pourrais me dispenser de vous les donner, mon cher lecteur ; mais cela vous entraînerait peut-être |à des suppositions à perte de vue, et je préfère vous les dire tout Simplement, sans phrases. Non, je n’aime pas les phrases ; cela fait perdre du temps, un temps précieux, et lorsqu’on s’adresse à des gens sérieux, le mieux est de ménager cette monnaie des Anglais.
- Donc si je ne vous dis pas d’une manière strictement géographique par quel méridien et sous quelle latitude se trouve placé le Familistère, c’est d'abord par l’excellente raison que pour cela il faudrait le savoir, et je l’ignore complètement. Je sais bien que vous allez me dire que je suis un ignorant et de plus un maladroit, car avec une carte de France, ou le premier ouvrage de géographie venu, j’aurais su que l’édifice en question se trouve par 1° 25 de longitude Est, et par 49°40de latitude Nord. Sans doute, vous avez raison, comme toujours, j’en conviens, mais convenez aussi que pour chercher cela sur une carte ou dans un livre, il faut y passer un certain temps si infinitésimal qu’il soit. Or, vous le savez, le temps c’est de l’argent, et je n’aime pas à gaspiller mon argent.
- Quoi ! vous m’appelez avare ? Eh bien, entre nous soit dit,cher lecteur, vous me traitez assez durement je crois. J’ai à peine écrit dix lignes, et déjà vous m'avez qualifié d’ignorant, de maladroit, de pingre, cela promet. Heureusement que j’ai le caractère endurant, et je n’aime pas à m’arrêter en chemin ; car sans cela, j’entamerais ici avec vous une dissertation très savante, pour vous démontrer que l’on peut ne rien connaître sans être un ignorant, ne pas savoir s’y prendre, sans être un maladroit, et aimer à garder son argent sans être un avare. Il y aurait d’abord des définitions à faire de chacune de ces épithètes, des distinctions à établir entre elles ensuite, et cela pourrait nous mener trop loin peut-être du Familistère, que nous avons devant nous, et où nous allons.
- Vous voyez bien là bas, au dessous de nous, dans la direction du Nord,ce vaste édifice en briques,formé d’un grand bâtiment central, flanqué de deux ailes en retour, d’un style simple et sévère,dont les lignes harmonieuses en somme ne déplaisent point à l’œil ? Voilà le Familistère, but de notre voyage. G’ est lui que nous avons à parcourir, à visiter, à explorer, à connaître enfin, comme M. Largeau connaît Biskra
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- et le pays de Rirhra, comme Flammarion, connaît la lune et ses mers de laSénérité, des Crises,de la Tranquillité, des Vapeurs etc. Or. sachez-le bien, ce n’est pas une petite besogne que nous entreprenons, et nous risquons de n’en pas avoir fini de sitôt, si, en lecteur mal appris,vous persistez dans votre système d’interrompre à propos de tout et de rien, comme vous l’avez fait jusqu’à présent.
- Bon, vous m’interrompez déjà pour me dire que vous n’y voyez pas de portes... Eh mon Dieu, qu’est-ce que cala nous fait ? Et d’abord, il n’y a pas de portes parce que nous sommes au mois de juillet,car au mois de décembre vous en verriez. Et puis,à quoi servent les portes ? Alfred de Musset a fait un proverbe délicieux sur le fameux dicton : ce II faut qu'une porte soit ouverte ou fermée. » Or,permettez-moi de vous dire que ce dicton ne me paraît pas avoir le sens commun. En effet, ouverte, une porte est justement comme si elle n’existait pas,et fermée,elle empêche d’entrer ou de sortir. Voulez vous maintenant me dire pour quoi sont faites les portes ? C’est évidemment pour permettre de sortir ou d’entrer. Donc une porte fermée est précisément un obstacle au but pour lequel elle a été créée et mise au monde; et si, ouverte elle ne sert à rien, fermée, elle est non seulement inutile, mais encore gênante.
- Quoi ! vous me dites que je patauge,que je raisonne comme un poêle mobile ou comme un légitimiste ? Vous prétendez que mon argumentation ne vaut rien, parce qu’une porte est faite pour abriter du froid l’hiver? Soit; mais alors on a donc eu raison en été de s’en passer au Familistère. Or, vous saurez que l’hiver il y en a; convenez, par conséquent, que là où elles sont utiles, on sait les employer, mais qu’on les supprime dès qu’elles ne peuvent qu’embarrasser ; c’est évidemment un progrès, un progrès bien simple certainement, mais l’œuf de Christophe Colomb était bien simple aussi, et nul ne s’en était avisé avant lui.
- D’ailleurs, voyons, il n’y point de portes ! Eh bien, tant mieux ; cela me parait fort caractéristique ; car c’est une des meilleures preuves de l’esprit "libéral qui a guidé l’auteur de cette étonnante entreprise. Toutes les fois que l’on se trouve en présence d’un grand édifice de ce genre, ou logent un grand nombre de personnes, la première idée qui se présente à l’esprit c’est l’idée d’une caserne ou d’un couvent, et grâce aux préjugés généralement admis, aux usage établis, on songe aux portiers, aux consignes, aux réglements, aux sanctions pénales qui en sont le corollaire obligé, et comme l’on a toujours l’instinct qui fait naturellement aimer la liberté, on est porté à tourner le dos au bâtiment et à n’y pas en-
- trer même en visiteur. C'est l’impression que produit toujours sur l’homme la vue d’un fort, d’une caserne d’une prison, de tout édifice à l’intérieur duquel on sent que la liberté est tant soit peu genée.
- Eh bien, ici rien de pareil ; point de portes, par conséquent point de portier, de concierge, de gérant, de gardien, de surveillant. Au Familistère il n’y a pour veiller aux entrées ou aux sorties, que la Liberté sainte et sacrée, planant invisible sur ce palais du Travail. Si mince qu’il soit, une porte constituerait un obstable à l’exercice de cette liberté, aussi toute porte y est supprimée lorsqu’elle est inutile, comme dans l’été. Un concierge ici serait un contre-sens. Cet édifice est le palais du travail; or on l’a dit souvent, le travail c’est la liberté, et l’on a eu raison? Y a-t-il au monde un homme plus libre que le travailleur ? Je ne parle point ici, bien entendu, de celui qui ne se livre au travail que contraint et forcé, tout en soupirant après le moment où il pourra s’en dispenser; celui-là n’est point un travailleur. Celui dont je parle est l’homme honnête et sage, qui comprenant sa mission sur la terre, sait que par le travail seul il pourra la remplir, et qui, imbu de cette idée, aime le travail, se passionne pour ainsi dire pour lui, et finit par y trouver des jouissances infinies. Demandez à cet homme, s’il connaît un plaisir qui vaille ceux que le travail procure? Y a-t-il pour le véritable travailleur ennui pareil à celui de l’inaction, de l’oisiveté ?
- Donc point de portes, liberté absolue d’ehtrer, de sortir, d’aller, de venir sans la moindre entrave de jour et de nuit. Point de portes et, par conséquent, point de portiers, point de concierges! O Parisiens, mes amis, mieux que personne vous apprécierez à sa juste valeur, cet immense agrément? Quel est celui de vous qui n’a pas eu à maudire . plus d’une fois dans sa vie cette institution malfaisante des portiers, dont on a dit avec raison qu’ils étaient les ennemis-nés des locataires? Que de tracasseries, que d’avanies, que de soucis et de tourments on vous épargnerait, si l’on imitait à Paris le fondateur du Familistère. Pouvoir entrer et sortir de chez vous en toute liberté, à toute heure, sans avoir à demander le cordon ou à parler au concierge, hein, cela ne décuplerait-il pas les agréments du séjour de la capitale? Ce que vous n’avez pas, ce que vous ne pouvez pas avoir à Paris, les habitants du Familistère l’ont, ils en jouissent, et cette liberté leur est précieuse.
- Avant d’entrer dans ce palais faisons-en le tour. De quel coté commençons nous ? Est-ce à droite ? Nous y trouvons l’Oise qui forme le fer à cheval autour de ses pelouses et l’enserre dans son ruban
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- d’azur, bordé d’arbres touffus Cela forme un rideau de verdure à l’abri duquel les enfants viennent prendre leurs joyeux ébats dans le jardin, en face de la prairie communale servant sur l’autre rive de patu-rage aux troupeaux. Connaissez-vous, s’il vous plaît, quelque chose de plus délicieux que cela! Tous les agréments de la ville, sans ses inconvénients, unis aux charmes de la campagne, non pas telle qu’on la v0it à St-Mandé, ou au Vésinet, mais telle que la nature la créée î
- Vous aurez beau dire tout ce qui vous passera par la tête, moije vous préviens que vous n’arriverez jamais à me faire convenir que lorsque vou3 avez passé une journée à Enghien, à Asnières, ou à Robinson, vous avez été à la campagne. Des arbres taillés en espalier ou en ombrelle, comme dans le parc de Versailles, des jardins grands comme des serviettes, où l'on a mis un peu de tout et même des jets d’eau, des volières en toile métallique, des allées d’arbres à perte de vue peintes à faire illusion sur le mur d.u fond de la propriété, comme dans certaines guinguettes de barrière, tout cela n’est pas plus la campagne que le décor du dernier acte de Guillaume Tell n’est le lac des quatre cantons ni la Suisse.
- La campagne, c’est la plaine verte aux tons variés et multicolores des chaumes,des près, et des bois, où paissent tranquilles les vaches aux tétines rebondies, pêle-mêle avec les juments poulinières et les chevaux de ferme, gardés par une robuste paysanne en sabots, filant sa quenouille dé chanvre sur le bord du ruisseau, un grand chapeau de paille sur la tête, bravant le hâle et le soleil,et mordant de temps a autre à belles dents dans une énorme tartine de pain bis appétissant et nutritif, comme pas un pain plus blanc de la ville. Au milieu de tout cela, vous êtes dépaysé, vous n’êtes plus chez vous, vous êtes à la campagne. Vous êtes là dans la vérité de la vie, dans la réalité de l’existence,qui à la ville est le plus souvent factice et de convention.
- Ici tout est vrai, la vertu aussi bien que le vice, la nature aussi bien que ce que la civilisation y a apporté ; ce n’est point ici que l’on verra, comme dans beaucoup de cas à Paris et ailleurs, les chignons luxuriants, les gorges plantureuses, les hanches aux splendides contours des femmes disparaître comme par enchantement dans le mystère du boudoir ; la perspective du tableau qui offre à nos regards ce bois sur la hauteur, est formée de coteaux Vrais avec un véritable bois, le bois de Courcelles, pour couronne. Cette rivière, dans laquelle ces en-fânts jouent,le pantalon retroussé jusqu’aux genoux, fait marcher un peu plus haut des moulins, des usi-nes> roels, vrais, sans aucune espèce de fiction. On
- y voit moins de canotiers qu’à Asnières ou à Bougi-val, mais en revanche on y trouve beaucoup plus de poisson, ce qui me paraît infiniment plus utile. A ce propos, tenez si vous vous placez un instant sur le pont qui conduit du Familistère à l’Usine, dont les constructions s’élèvent à perte de vue de l’autre côté de la rivière, vous serez surpris, comme je l’ai été, de voir les innombrables myriades de poissons, qui pullulent autour de l’endroit où l’eau tiède des générateurs se déverse dans l'Oise. Rien ne peut donner une idée exacte de leur nombre ; ils vont, viennent, se pressent, se heurtent, se poursuivent, plongent et remontent à la surface, font mille détours et évolutions, paraissent et disparaissent avec la rapidité de l’éclair, se cachent et se montrent plusieurs fois en une seconde, et l’œil se fatigue à suivre la vertigineuse promptitude de leurs mouvements.
- Aussi lorsque la pêche est ouverte, on voit bon nombre d’habitants du familistère, la ligne à la main, chercher quelque bonne friture dans ces eaux poissonneuses de la petite rivière. Ils sont moins nombreux «assurément que sur certains quais de Paris, ces pêcheurs à la ligne ; mais je crois que leurs ménagères, par contre, peuvent compter plus sûrement sur le produit de leur pêche que leurs pareilles de la Capitale. Et ils n’ont pas besoin, pour cela, comme les trop patients Parisiens, de perdre de longues heures qui seraient infiniment mieux employées autrement ; non, c’est dans leurs moments de loisir, après les fatigues d’une journée bien remplie, ou dans la matinée du dimanche, que ces dignes travailleurs se livrent à ce paisible exercice. Cela vous donne presqu’envie, vous qui n’avez jamais toaché une ligne, de faire comme eux.
- Cette rivière qui serpente autour du familistère est si engageante, ces poissons qui y folâtrent partout en troupes nombreuses semblent si fort vous inviter à les saisir, que je me laisserais tenter, ma foi, et vous aussi, cher lecteur, quelqu’aversion que vous puisse inspirer d'ailleurs cette paisible distraction.
- [A suivre)
- Jk-rs—
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- LE DEVOIR
- HISTOIRE
- DES
- ÉQUITABLES PIONNIERS DE ROCHDALE
- Chapitre XV
- Le Département de l’Education
- NOTE DU TRADUCTEUR
- Nous arrivons, à un des points-les plus intéressants de l'histoire des coopérateurs de Rochdale. Le sujet vaut qu'on lui consacre un chapitre spécial. Aussi devons-nous remonter au début de la Société, afin cVy suivre le développement des mesures prises en vue du progrès intellectuel et moral des coopérateurs et de leurs fa/mil les.
- Un discours prononcé par un des Pionniers, M. Greenwood, devant une Assemblée de délégués des sociétés coopératives le 14 juillet 1877, nous fournit concurremment avec le livre de M. Holyadke, les détails qui suivent sur la naissance et les progrès du département de VÉducation chez les coopérateurs de Rochdale.
- Les premiers Pionniers avaient l’habitude de se réunir après la journée de travail dans l’arrière-boutique du vieux magasin, afin de se communiquer les nouvelles de la semaine. Fréquentes et sérieuses furent les discussions tenues dans la « Boutique des vieux tisserands ,» comme avaient dit les Doffers, concernant l’amélioration du bien-être humain, les plans de rédemption sociale et l’anéantissement des conditions iniques dans lesquelles le travailleur est placé.
- Ce fut en 1849, que la Société des Pionniers organisa le premier noyau de ce qu’on appelle aujourd’hui le département de l’Education.
- Un comité de direction fut formé. Ce comité recueillait les dons de livres ou d’argent. Ces dons étaient facultatifs.
- Quelques membres livrèrent généreusement des volumes d’une grande valeur. L’un d’eux disait :
- « Bien que je donne mes livres, ceux-ci n’en res-« tent pas moins à mon usage, puisque que je puis « les aller prendre à la bibliothèque du magasin. »
- Bientôt la Société, en vue de répondre aux besoins de ses membres, vota une donation de 125 fr. pour le développement de la bibliothèque.
- Cette bibliothèque était ouverte une fois par semaine, le samedi soir, de 7 à 9 heures ; entrée libre pour les membres. La salle aux journaux était ou-
- verte moyennant une cotisation volontaire de quatre sous par mois.
- Le comité trouvant insuffisant le nombre des fi, vres, fit, le trimestre suivant, un nouvel appel aux membres. L’assemblée vota une seconde donation de 125 fr. et répéta la même chose trois mois après
- Les besoins s’éveillant toujours, le comité conçut le projet de demander 1000 fr. à la prochaine assemblée trimestrielle. Mais il savait bien que les donations précédentes avaient soulevé certains murmures de la part de quelques coopérateurs. Il fallait donc user de diplomatie pour désarmer l’opposition devant cette demande nouvelle et singulièrement grossie.
- Le comité eut l’adresse d’amener le plus ardent des opposants à se décerner l’honneur de proposer lui-même que 1000 fr. fussent accordés au comité d’éducation.
- La bibliothèque ne cessa de croître en faveur parmi les sociétaires. En 1853, lors de la révision des règles de la Société, M. John Brierley, un très-ancien membre, suggéra que 2 1/2 0/0 du bénéfice net soient anuellement consacrés à l’éducation. Cette idée fut adoptée et inscrite aux statuts.
- Les intérêts afférents à ce fonds de réserve permirent de rétribuer des professeurs au grand avantage des coopérateurs et de leurs familles.
- De 1850 à 1855, une école pour enfants fut ouverte. Le prix d’admission était de vingt centimes par mois. En 1855, une autre salle fut affectée à l’usage des personnes de 14 à 40 ans, dans un but d’instruction mutuelle. Cette salle pouvait contenir 20 à 30 personnes.
- En 1858, la bibliothèque contenait 1400 volumes et le comité annonçait aux membres que la salle aux journaux serait maintenant ouverte gratuitement à tous les Equitables Pionniers.
- En 1858, le nombre des livres s’élève à 2.000 et le temps consacré au prêt des volumes est augmenté. La bibliothèque est ouverte le mercredi soir aux mêmes heures que le samedi. En 1859, les livres s’élèvent à 2,200. En 1860, à 3,000.
- En 1862, l’almanach delà Société, imprimé or sur foud bleu, consacre un long chapitre au département de l’éducation. Il relate que la bibliothèque compte maintenant 5,000 volumes, dont la plupart de grande valeur ; que la salle de lecture contient 14 journaux quotidiens et 32 hebdomadaires, mensuels ou trimestriels ; ces journaux représentaient toutes les opinions politiques et religieuses. Les coopérateurs s’étaient sagement mis en garde contre la possibilité d’être accusés d’étroitesse d’esprit. IB n’imitaient pas ces gens timides qui sont effrayés
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- je voir les choses sous leurs divers aspects, qui répugnent toute leur vie à la vérité, ne la regardent jamais en face, de sorte que lorsqu’ils la rencontrent toute droite sur leur chemin, ils ne la reconnaissent pas.
- Les lorgnettes, les atlas, les stéréoscopes sont mis à l’usage des sociétaires et, pour une faible somme, ps ont le droit d’emporter ces instruments à domicile, ainsique les microscopes et les télescopes.
- Vers cette époque, 1862, le temps consacré dans la soirée à changer les livres des membres était de nouveau devenu insuffisant. Le comité dut prendre un employé spécial qui consacra tout son temps à la bibliothèque. Cet homme était relieur de profession. Il eut charge d’entretenir les volumes et de veiller aux abonnements de journaux.
- La bibliothèque était ouverte 7 heures par jour pour les membres.
- En 1864, deux nouvelles salles de lecture sont ouvertes.
- En 1867, la bibliothèque comprend 6,000 volumes et dix salles de lecture dans diverses parties de la ville. En 1869, il y a 7,000 volumes et 11 salles de lecture.
- Le comité donne alors au catalogue de la bibliothèque de nouveaux perfectionnements.
- Les ouvrages y sont classés :
- I. Par l’indication des titres.
- II. Par la nature des questions traitées dans les volumes.
- III. Par les noms d’auteurs.
- De cette façon, si vous connaissez seulement le titre d’un ouvrage, vous le trouvez à son ordre alphabétique.
- Si vous désirez savoir quels ouvrages la bibliothèque contient sur telle ou telle matière, vous n’avez qu’à consulter le catalogue au titre en question.
- Si vous avez une prédilection pour un auteur quelconque, le catalogue vous donne la liste des ouvrages que vous pouvez trouver sous ce nom à la bibliothèque.
- Ce mode d’établir un catalogue a donné toute satisfaction.
- Le catalogue imprimé, était tiré à 7,000 exemplaires; il revenait à 1 fr. 45 cent. ; néanmoins chaque exemplaire était vendu aux membres seulement 0 fr. 80 cent. Actuellement, ces mêmes catalogues sont vendus 30 centimes.
- En 1870, la bibliothèque comptait 9,000 volumes. En 1875, 11,000. En 1876, 12,000.
- Le nombre des ouvrages mis en circulation de I Juin 1876 à Juin 1877, est de 37,316. I
- Conjointement avec les moyens d’instruction *
- 1 offerts par les classes, la bibliothèque, les salles de
- I lecture et les journaux, le comité organisa des conférences sur des sujets scientifiques intéressants. Ces conférences eurent lieu dans une des salles de la ville, tant que la Société des Equitables Pionniers fut dépourvue d’une salle propre à ces réunions.
- Lorsqu’elle eut constitué sa propre salle d’assemblée, le comité d’éducation organisa pendant les mois d’hiver de 1870 à 1873, une série de conférences ouvertes gratuitement au public. Ces conférences eurent du succès jusqu’en 1872, surtout parce qu’il n’y avait alors aucune autre Société pour en offrir de semblables.
- En 1873, différents corps organisèrent de leur côté des conférences dans les salles d'écoles. Il y eût parfois jusqu’à six conférences données un même soir dans la ville. Le public perdit le goût de cet exercice.
- Le comité d’Education de la Société des Pionniers reconnaissant que les conférences avaient cessé de plaire, se détermina en 1873, à nouer au nom de la Société des relations avec le département des arts et sciences de South Kensington à Londres. Par l’entremise de cette institution, la Société a profité depuis cette époque des dons du gouvernement en faveur de ceux des étudiants qui suivent le nombre de cours exigés dans une session, et qui passent avec succès leurs examens.
- Les matières suivantes sont enseignées par d’habiles professeurs, dans les classes de la Société des Equitables Pionniers de Rochdale:
- « Mathématiques, dessin géométrique et mécani-« que, théorie de la mécanique, physiologie,
- « botanique, magnétisme et électricité, chimie « inorganique, dessin linéaire et d’ornement, géo-« métrie et perspective, accoustique, lumière et « chaleur, langue française. »
- Tous les enfants des coopérateurs ,, filles et garçons , qui désirent développer leurs facultés intellectuelles, peuvent profiter de ces classes.
- Les allocations éducationnelles montent à environ 25,000 francs par an.
- De 1857 à 1877,c’est-à-dire dans une période de20 ans, la dépense totale en approvisionnement de livres pour la bibliothèque a été de 65,000 francs, ce qui donne une moyenne de 5 fr. 60 cent, par- volume. La Société possède des ouvrages qui coûtent depuis quelques centimes jusqu’à 500 francs l’exemplaire.
- Dans la même période, les salles aux journaux ont coûté, en feuilles et revues diverses, 108,900 francs,
- Si ces sommes eussent été réparties en dividende^
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- aux membres, elles eussent à peine augmenté la part | de chacun de dix centimes par action de 25 francs.
- En fait d’instruments, l’institution possède trente-deux lorgnettes, trois batteries magnétiques, un très-grand télescope et un petit, un microscope, deux zéotropes, quatre grandes collections de vues diverses pour microscopes, deux stéréoscopes et un cosmocope....
- La salle centrale de lecture est pourvue de vingt-sept journaux quotidiens, cinquante-cinq revues hebdomadaires, trente-trois revues mensuelles et neuf trimestrielles.
- Le département de l’Education est gouverné par un comité de onze membres élus. Ce comité est renouvelable, partie à l’assemblée générale d’Avril, partie à l’assemblée générale d’Octobre ; et cela de façon à ce que les membres élus restent un an en fonction.
- Le comité dispose des fonds d’éducation et en a le contrôle.
- Un livre d’observations est tenu à la disposition des membres dans la salle centrale de lecture.
- Si quelqu’un désire recommander un ouvrage il doit donner, outre le titre, le nom de l’auteur, celui de l’éditeur et l’indication du prix. Une colonne est ouverte aux observations que le proposant juge utiles pour faire accueillir sa demande.
- Les bibliothécaires sont désignés, rétribués et contrôlés par le comité d'éducation.
- Ce comité a ses réunions spéciales trimestrielles. Les procès-verbaux en sont tenus avec soin.
- Un sous-comité passe annuellement en revue tous les livres de la bibliothèque, et présente à ce sujet un rapport au comité.
- Nous devons observer que c’est la sage mesure de consacrer 2 1/2 0/0 des bénéfices nets à un but d’éducation générale, qui a élevé si haut la Société de Rochdale entre toutes les Sociétés coopératives. C’est cette « règle d'or » qui a donné tant de valeur à l’exemple des Equitables Pionniers, qui leur a valu tant d’amis, tant de renommée. C’est elle enfin qui, en contribuant au progrès intellectuel et moral des coopérateurs, a préservé la Société elle-même de voir ses règles entamées ou détruites par des hommes ignares ou mal informés, qui n’eussent pas manqué, là comme partout, de faire leurs efforts pour détruire les points mêmes les plus remarquables de la Société de Rochdale. Car les ignorants sont toujours prêts à admettre que l’intelligence ne j
- rapporte pas d’argent, tandis qu’en réalité sans intelligence, il n’y aurait pas de dividendes du tout ni dans les magasins coopératifs ni ailleurs.
- Dans « l’histoire de la coopération à Halifax » q est constaté que les hommes intelligents ont fait défaut à la Société de Brighouse. M. William Cooper, un des fameux vingt-huit, émet à ce sujet l’avis suivant qui nous paraît clore utilement co chapitre.
- « Si l’intelligence a manqué à Brighouse, j’en « conclus que là comme en beaucoup de Sociétés on « a commis quelque faute. Où manquent les salles « de lecture, les bibliothèques et les moyens d’ins-« truction, il faut s’attendre à ne point rencontrer « le travailleur intelligent. Celui-ci cherchera ail-« leurs la satisfaction de ses goûts.
- « Mais il est prouvé par l’expérience que si la « Société coopérative est assez sage, assez libérale, « pour fournir à ses membres, salles de lecture et « autres, elle attire à elle inmanquablement ceux « qui ont besoin de la nourriture de l’esprit.
- « Les classes, les bibliothèques et les salles de « lecture de Rochdale, Oldham, Bury et quelques « autres Sociétés, ont réuni un nombre d’hommes « qui ne se seraient point rassemblés pour le seul « appât du dividende, bien que cet appât lui-même « soit nécessairement apprécié par la plupart clés « travailleurs et de leurs familles ». .
- Chapitre XVI
- Conclusion
- NOTE DU TRADUCTEUR
- M. Ceorges-Jacob Holyoahe a publié, outre l’his toire des Equitables Pionniers de Rochdale, de nombreux ouvrages sur le mouvement coopératif. Tout récemment il a donné le tome deuxième de « VHistoire de la coopération en Angleterre. » C'est à ce dernier et remarquable ouvrage que nous empruntons les réflexions par lesquelles nous terminons cette histoire.
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- La Société s’améliore par des milliers de voies et de moyens. La coopération est un des agents du progrès. Son mérite distinctif sera de mettre fin au paupérisme.
- La coopération cherche les moyens matériels du progrès humain. Elle ménage des provisions à ses membres par les « Stores » et fournit par les manufactures les choses de première nécessité. Elle tenc à rendre commune la propriété de la terre et des navires ; à organiser toutes les opérations industrielles et commerciales, de façon à ce que le travailleur commande lui-même son propre travail. Elle assure l’éducation et le gouvernement personnel de ses membres, puisque chacune des sociétés coopératives se contrôle et se soutient par elle-même.
- Les instruments de la coopération sont le capital et le travail. Le capital est constitué par l’épargne ou emprunté à intérêt fixe. Cet intérêt payé, la Société ne doit rien de plus au capital.
- Le principe directeur de la coopération est de répartir équitablement les bénéfices de la production, entre tous les travailleurs qui ont concuru à produire ces bénéfices, soit par le travail de la pensée, soit par le talent, soit par l’effort manuel.
- Telle est la nature du principe qui influencera l'avenir de l’industrie. La coopération est la force nouvelle qui garantira chacun des êtres humains contre le besoin, à toutes les époques et dans toutes les circonstances de la vie.
- C’était déjà le but que s'étaient assigné les,premiers Pionniers de Rochdale puisque, comme nous l’avons vu, ils tendaient à égaliser la répartition de la richesse, à créer l’atelier coopératif, à faire que les travailleurs devinssent leurs propres patrons, à grouper les ouvriers dans une colonie, sur un sol à eux appartenant, où ils se seraient entretenus et développés en association intelligente et prospère.
- Les Pionniers ont accompli une grande part de leur tâche. Mais ceux qui se donnent des buts élevés se font un lot de modestie. Quelque grande que soit la part réalisée, cela paraît toujours petit à leurs yeux. Au contraire, ceux qui se sont assigné un but sans grandeur sont fiers de leurs moindres actes, sans avoir en réalité aucun mérite sérieux. ,
- Cela dit, il peut être intéressant pour le lecteur de jeter les yeux sur le tableau des opérations de la Société des Equitables Pionniers depuis l’époque de la fondation, 1844, jusqu’en 1880.
- ANNEES {membres CAPITAL SOCIAL CHIFFRE D’AFFAIRES BENEFICES
- 1844 28 Fr. 700 _
- 1845 74 4 525 Fr. 17 750 Fr. 550
- 1846 80 6 300 28 650 2 000
- 1847 110 7 150 48 100 i 800
- 1848 149 9 925 56 900 2 925
- 1849 390 29 825 165 275 14 025
- 1850 600 57 225 329 475 22 000
- 1851 630 69 625 440 825 24 750
- 1852 680 86 775 408 800 30 150
- 1853 720 146 200 567 500 41 850
- 1854 900 179 300 834 100 44 075
- 1855 1 400 275 800 1 122 550 77 725
- 1856 1 600 323 000 1 579 925 98 025
- 1857 1 850 378 550 1 994 725 136 750
- 1858 1 950 454 000 1 867 000 157 100
- 1859 2 703 676 500 9 600 300 268 475
- 1860 3 450 942 750 3 801 575 397 650
- 1861 3 900 1 073 125 4 405 150 450 500
- 1862 3 501 961 625 3 526 850 439 100
- 1863 4 013 1 234 025 3 965 800 491 775
- 1864 4 747 1 552 625 4 373 425 567 925
- 1865 5 326 1 969 450 4 905 850 628 900
- 1866 6 246 2 499 725 6 228 050 798 275
- 1867 6 823 3 210 875 7 122 975 1 040 475
- 1868 6 731 3 080 825 7 272 500 936 475
- 1869 5 809 2 335 575 5 910 950 713 550
- 1870 5 560 2 007 275 5 575 525 630 225
- 1871 6 021 2 687 500 6 163 050 725 650
- 1872 6 444 3 322 800 6 689 425 841 000
- 1873 7 021 4 022 150 7 180 300 968 725
- 1874 7 639 4 820 350 7 472 200 1 016 975
- 1875 8 415 5 642 050 7 641 425 1 205 300
- 1876 8 892 6 350 000 7 629 750 1 266 700
- 1877 9 722 7 006 875 7 793 850 1 291 200
- 1878 10 187 7 308 600 7 466 975 1 317 350
- 1879 10 427 7 200 875 6 751 800 1 243 775
- 1880 10 613 7 314 250 7 091 375 1 213 625
- Ces chiffres ne sont pas lourds et prosaïques comme il arrive trop souvent. Chacun d’eux brille d’une lumière inconnue aux analystes et qu’on n’avait encore aperçue nulle part. Nos ancêtres ne l’ont pas connue.
- Ils fouillèrent du regard avec angoisse les sombres champs de l’industrie, mais il n’y découvrirent aucune lueur. Ce qu’ils espéraient voir apparaître, c’était le premier* symptôme de l’émancipation matérielle du pauvre par le pauvre lui-même. Ce rayon désiré se leva, enfin non pâle, incertain, trem-blottant, mais dans tout l’éclat d’une lumière qui se crée d’elle-même, qui s’entretient, se nourrit, se développe chaque jour et resplendit, inextinguible, indépendante.
- Les colonnes de chiffres qui marquent les étapes de la Société de Rochdale sont en réalité comme des phares de lumière dans la nuit de l’industrie.
- Voilà ce que le sens commun et le courage industriel ont réalisé. Voilà ce qui fut l’œuvre de la sollicitude généreuse de quelques hommes ; ce que e lecteur lui-même peut aujourd’hui contribuer à rendre plus triomphant encore, s’il consent à s’employer pour guider dans la même voie les travailleurs désireux de s’émanciper eux-mêmes, et non
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- encore reliés au mouvement coopératif, à l’association de toutes les forces humaines.
- Ainsi se réaliseront les conditions du bien-être et du développement physique et moral de chacun des êtres humains,
- Fin.
- FAITS POLITIQUES & SOCIAUX BE LA SEMAINE
- LES ÉLECTIONS PROCHAINES
- Déjà dans un ceïtain nombre de circonscriptions la période électorale est ouverte. La chambre aura épuisé son mandat dans quelques jours. Le gouvernement a, dit-on, l’intention de convoquer les électeurs pour ia fin août. Il est naturel que, sur plusieurs points ou la lutte sera vive, le corps électoral ait éprouvé le besoin de se mettre au travail et de se préparer à la grande œuvre qui l’attend.
- L’assemblée à élire aura une tâche difficile, elle aura à reprendre et à faire triompher toutes les grandes questions que la chambre actuelle a ajournées"eu que le sénat a rejetées dans l’ombre. Elle devra terminer la réorganisation de notre armée et fonder véritablement l’égalité du service militaire ; elle aura pour tâcne de préparer la séparation de l’Eglise et de l’Etat en fortifiant celui-ci et en désarmant, celle-là ; d’entreprendre résolument la réorganisation de la magistrature ; d’achever la réforme .de l’instruction nationale à tous les degrés ; enfin, elle devra marcher hardiment dans la voie financière ouverte par la chambre actuelle, c’est-à dire rendre la vie plus facile aux populations laborieuses par l’allègement des charges publiques, parla suppression de ces contributions indirectes qui pèsent à la fois sur la consommation et la reproduction. Cette assemblée aura à remplir un autre devoir qui n’exigera pas moins de science politique et de fermeté républicaine ; Ü lui faudra montrer que la République peut constituer des gouvernements durables, ayant des programmes bien définis, résolus à les faire 'prévaloir et à triompher ou à succomber avec ces programmes ; il lui f udra faire plier sous la règle parlementaire les ambitions qui seraient tentées de s’y dérober et demander que chacun prenne, non pas la place qu’il désire, mais la place où il peut rendre le plus de services. Il lui fau-faire rendre à notre administration l’unité d’action, la Stabilité et l’autorité, que les réactions du 24 mai et du 16 mai et les tâtonnements qui ont suivi lui ont fait perdre, A elle enfin, si le courage et la pervérence nécessaires ne lui font pas défaut, doit revenir l’honneur de trouver la formule définitive de nos grandes liber-tées politiques et de les inscrire alors dans le texte constitutionnel pour donner plus de force au pacte national et plus de sécurité à nos mœurs publiques.
- Pour que l’assemblée nouvelle soit à la hauteur de cette grande tâche, la première condition est qu’elle renferme une majorité compacte, ayant des vues communes sur la situation et les besoins de la France, et déterminée à les réaliser en dépit de tontes les routines gouvernementales qu’elles pourraient heurter.
- Le parti socialiste, qui a pour habitude de faire beaucoup plus de tapage que de besogne, commence à s’agiter en vue des prochaines élections. On voudrait bien pouvoir se compter en affrontant cette lutte dans les divers arrondissements électoraux de Paris ; mais la difficulté est de trouver des candidats qui veuillent bien courir à un échec certain.
- Or, la plupart des noms connus se dérobeut. Après M, Henri Rochefort, qui déclarait il y a quelques jours
- « qu’un siège dans la nouvelle Chambre ne lui souriait pas plus que dans l’ancienne, r, voici M. Malon et M. Jules Guesde qui font aujourd’hui des déclarations à peu près semblable?. S’il y avait quelque chance d’être élu, il est probable que les candidats ne feraient pas défaut. Mais personne dans le parti ne se faisait d’illusion à cet égard. D’ailleurs, le résultat des élections municipales, où les candidats socialistes ont été^ battus dans les quelques arrondissements de Paris où ils avaient osé poser leur candidature, et qu’ils supposaient devoir leur être les plus favorables, ne sont pas de nature à les encourager à entrer en lice.
- Ils ne s’entendent pas entre eux ; la discorde est dans leur camp ; comment donc marcheraient-ils unis au scrutin ?
- Ainsi, tandis que M. Henri Rochefort et les journaux de sa nuance préconisent une politique, les collectivistes socialistes en préconisent une autre, leur jettent la pierre et les traitent de réactionnaires.
- Yoici comment s’exprimait, il y a quelques jours, dans une réunion tenue rue de la Chapelle, un de ces collectivistes révolutionnaires :
- « Nous ne voyons qu’une seule différence entre opportunistes et radicaux, intransigeants ou autres ; c’est que les uns ont les places, et les autres cherchent à les avoir. Il y a antago- isme entre les prolétaires et les bourgeois, en'tre ceux qui produisent et ceux qui ne font rien, entre les voleurs et les volés. Nous ne devons donc pas faire de compromissions inutiles et déshonorantes. Nous devons mettre les amitiés personnelles de côté, et ne pas nous écarter un seul instant de nos principes.,..
- » Nous tiendrons touj ours haut et ferme le drapeau de la; révolution sociale, et nous n’irons pas à la remorque d’une bande d’intrigants. Nous ne voulons plus être dupés, pas plus par les 363 que par ceux de l’alliance socialiste.
- Mlle Louise Michel ne s’exprime pas autrement dans la Révolution sociale. On voit que cette école révolutionnaire ne se gêne pas pour jeter à beau les intransigeants et les radicaux de la nuance de M. Rochefort et tutti quanti, qu’elle traite de « bourgeois. »
- ¥ *
- Les nouvelles d’Algérie paraissent meilleures de beaucoup cette semaine. Le bombardement et l'occupation militaire de Sfax ont sensiblement donué à réfléchir aux insurgés, qui semblent avoir compiis qu’ils avaient entrepris une lutte aussi inutile qu’inégàie. Déjà l’on annonce que quelques-unes des tribus soulevées ont fait leur soumission.
- Quant à Bou-Amena, sa dernière expédition ne paraît pas avoir été profitable à ses bandes ni favorable a son propre prestige. On dit que la discorde et le décourage ; eut régneraient dans son camp. Parmi ses adhérents, les uns disent que c’est folie de ne pas battre immédiatement en retraite vers le sud, et les autres prétendent qu’il serait honteux de rentrer les mains vides. Quoiqu’il en soit, il est certain que depuis le combat de Kreid«.r, le jour même de la fête nationale, Bou-Amena rentré dans ie désert après avoir traversé le Chott-el Ghergui près d’El-Hanniat-Gheigui a fait peu parler de lui, ce qui doit être bon signe.
- ANGLETERRE
- A la Chambre des communes Sir Ch.. Dilke a donné quelques détails sur l’état des négociations relatives au traité de commerce anglo-français : aucune communication n’a été échangée entre les deux pays, au sujet du traité de commerce, depuis le départ des commissaires français. Quant à la question des droits sPycl~ fiques, le gouvernement anglais ne peut garantir d une manière générale qu’il ne consentirait pas à des droits plus élevés que les droits actuels sur certaines marchandises anglaises. Car il pourrait arriver que ce tut un
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- devoir pour le gouvernement de consentir à l’élévation de certains droits sur certaines marchandises, afin d’obtenir une réduction sur d’autres articles plus importants pour le commerce anglais.
- *
- * *
- L’hypothèse, absolument injustifiée, d’une alliance entre la France, l’Allemagne et l’Autriche, fait au jour-d’hui l’objet des préoccupations de certains journaux anglais et autrichiens.
- Onia trouve explicitement formulée dans une correspondance de Vienne du Standard, qui la présente comme l’objectif à la fois politique et économique de M. de Bismarck. Le prince-chancelier se proposerait par là d’assurer à l'Europe une paix solide, de la délivrer en même temps du fardeau écrasant des charges militaires, et d’affranchir enfin, grâce à une union commerciale des trois puissances, le continent, jusqu’ici tributaire des fabriques anglaises. Les incidents survenus dans les négociations du traité de commerce anglo-français auraient encouragé, à ce point de vue,les espérances* des hommes d'Etat allemands et autrichiens.
- La Vorsiait zeitung tient déjà pour réalisée,en grande partie, l’alliance franco-allemande. L’intérêt achèvera ce qui reste à faire.
- Le TagUatt, de Vienne, considère comme très heureux pour la France ce changement survenu dans les affinités de sa politique. Suivant ce journal, l’idée mère de l’alliance franco-austro-allcmande réside dans la conviction acquise par le prince de Bismarck que toute guerre européenne ne profite qu’à l’Angleterre et aux Etats-Unis. C’est donc contre ces deux puissances qu’il faut lutter sur le terrain économique, et pour cela il est nécessaire de créer Un accord sérieux des plus puissants Etats de l’Europe.
- La Nouvelle Presse libre, plus réservée, ne méconnaît pas ce qu’a de séduisant cette idée d’une entente intime des deux plus puissantes nations militaires de l’Europe.
- Il ne lui répugne pas non plus de croire que M. Gambetta se prêterait à la conclusion de ce pacte. Quoi qu’il en soit, elle ne voit là, pour le moment, qu’un beau rêve.
- Même appréciation dans VExtrablatt.
- Le projet d’une triple alliance de l’Allemagne, de l’Autriche et de la France n’est pas nouveau. On se rappelle que l’idée première a été préconisée tout d’abord parles journaux officieux allemands, et l’empressement avec lequel les officieux austro-hongrois saisissent chaque occasion qui leur est offerte de l’appuyer, prouve combien peu on est disposé, à Vienne, à accueillir les ouvertures de l’Italie en vue d’une alliance. De plus, on ne saurait dire que la France est isolée en Europe, comme certains l’ont affirmé * quand son alliance est recherchée avec une telle persistance par l’Allemagne et l’Autriche.
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- Un singulier procès dont la possibilité serait aisément révoquée en doute dans notre pays va se juger en Angleterre.
- M. Bradlaugh,libre-penseur Irlandais avait été nommé membre de la'Chambre des communes par les électeurs de Northampton. Invalidé une première fois pour refus ce serment, il fut réélu, et sur la demande de sir Stafford Northeote, ancien chancelier de l’Echiquier, il ne fut pas admis à siéger, toujours pour refus de serment. Fort de son droit, il tint bon, et réussit enfin à siéger et môme à voter dans une ou deux séances. Inde irœ chez les réactionnaires, qui n’ont rien trouvé de mieux que le procès en question.
- MM. Cl rke, homme de paille des jésuites anglais, expert-géomètre, a été subventionné pour intenter à Bradlaugh ce procès ridicule, qui après avoir trouvé gain de causé devant deux tribunaux, revient aujourd’hui à Queens'-Bench en avant-dernier ressort, en attendant le suprême appel à la Chambre des pairs.
- La grande question est de savoir, si M. Clarke (qui \ demande à Bradlaugh, au nom de la conscience publi- ! que [\)t la bagatelle de 12,500 fr» par vote émis sans avoir I
- au préalable prêté serment) a levé sa première assignation, avant ou après le vote.Sile député de Northampton qui a « commis le délit » le 2 juillet 1880 à 4 h. 1/4 arrive à prouver qu’il était matériellement impossible à l’agent des cléricaux de lui signifier, à 4 h. 1/2, un acte judiciaire de 4 pages grand format, le procès qui dure depuis plus d’un an sera à recommencer sur de nouveaux frais, et avant que le jugement ne soit rendu, il passera de l’eau sous Westminster Bridge !
- Bradlaugh, voyant que le gouvernement le berne, s’est adressé à ses électeurs, qui lui ont conseillé de ne pas se laisser intimider par les cris de paon de ses adversaires .
- Une imposante manifestation a eu lieu à Chelsea sous la présidence de M. Bart, membre du Parlement. Sir Charles Dilke, vice-ministre des affaires étrangères, et député du district, s’est fait excuser... Branlaugh, accompagné de Mm0 Besant, a eu un succès prodigieux quand il a déclaré que pour la sixième fois il tenterait tout ce qu’il est humainement possible de tenter pour aller prendre possession de son siège à la Chambre.
- C’est le mercredi, 3 août, que le député de Northampton accomplira sa sixième tentative. La veille, 2 août, un meeting monstre sera tenu dans Trafalgar-Square. Des députations viendront de tous les points de l’Angleterre, et il ne serait pas impossible que la foule, poussée à bout par l’injustice et l’insolence systématiques de la Chambre, n’accompagnât à Westminster celui que l’intolérance religieuse a mis à la tête d’un parti révolutionnaire, qui deviendra d’autant plus menaçant et d’autant plus redoutable, que les cagots de la réaction et les faux libéraux s’efforceront avec plus de rage de fermer les portes du Parlement à un député deux fois élu.
- En vérité il faut que ces Messieurs soient bien maladroits, pour ne s’être point aperçus encore que M. Branlaugh est bien plus dangereux hors de la Chambre qu’à la Chambre.
- ALLEMAGNE
- On lit dans la Gazette de Francfort :
- Les médecins de l’impératrice, après avoir annoncé qu’ils ne publieraient plus de bulletin sanitaire, viennent cependant d’en communiquer un. On sait ici que l’impératrice est dans un état de faiblesse extrême.
- Le dernier bulletin indique que l’on s’attend d’un moment à l’autre à un changement défavorable dans la situation de l’auguste malade.
- ITALIE
- Les relations diplomatiques entre la France et l’Italie tendent à redevenir aussi cordiales qu’elles l’étaient avant les événements de Tunis.
- Notre ambassadeur à Rome a adressé plusieurs notes au ministère des affaires étrangères, d’après lesquelles il ressort que l’Italie, désirant ardemment reAer l’alliée de la France, aurait refusé d’accepter les offres d’alliance que lui aurait renouvelés récemment encore le chance -lier de l’empire allemand.
- CHILI
- On nous écrit de Valparaisou, 7 juin :
- L’arrangement pacifique et définitif de la question chilo-argèntine, qui était en suspens depuis tant d’années, aura très-probablement pour conséquence d’amener la conclusion de la paix du Chili avec le Pérou et la Bolivie. C^s deux puissances, bien que battues, conserveraient encore l’espoir de voir des difficultés éclater entre le Chili et la République argentine. La suppresion
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- de cette éventualité doit les amener à régulariser la situation qui leur est imposée par leurs défaites.
- A.u Chili, tous les partis se préparent pour la nouvelle et prochaine élection présidentielle.
- ÉTATS-UNIS
- Ih’ïissagisüiti Gruiteaix* — Malgré la rigueur des ordres donnés, un correspondant du Herald a trouvé moyen d'avoir le court entretien suivant avec Guiteau, auteur de l’attentat contre le président des Etats-Unis :
- Sautant à bas de son lit et appuyant la tète aux barreaux, le prisonnier a demandé :
- — Comment va le président ?
- Informé qu’il souffrait beaucoup, il a repris : « J’en suis très peiné ; je regrette de ne pas lui avoir envoyé une balle de plus dans le corps, ce qui aurai t terminé ses souffrances. »
- — Quel a été votre mobile ?
- — Il y a six semaines que je méditais cet acte, et je l’ai accompli par une inspiration divine. J’ai agi dans un but politique et par patriotisme. J'étais allé à la gare pour exécuter mon dessein, il y a deux semaines, quant le président est allô à Long-Branch, mais il est venu donnant la main à Mme Garfield, et elle semblait si délicate, que le cœur m’a manqué.
- — Quelqu’un est-il mêlé à cette affaire?
- — Non, je l’ai conçue et exécutée moi-même. J’en suis seul responsable* Personne sur la terre, ne le savait. Je regardais comme une nécessité décarter Garfied pour sauver le parti républicain. Je n'en voulais pas personnement au président, et j’avais contribué à l’élire.
- — Ne craignez-vous pas un châtiment ?
- *— Nullement. J’ai agi pour le bien du parti républicain et du pays. Je ne'doute pas que je serai relaxé. Je suis un stalwart des stalwarts. Je connais fort bien le vice-président Arthur et le général Grant.
- A une question touchant l’état de ses facultés mentales, il a répondu :
- — J’ai eu autrefois deux cousins dans un asile d’alié-' nés. Mes seuls autres parents vivants sont une sœur, à Chicago et un frère à Boston.
- — Avez-vous pensé vous poser en martj^r?
- — Je n’ai pas eu cette idée. Je savais qu’il était nécessaire que quelqu’un supprimât Garfield, et j’ai décidé d’être ce quelqu’un pour sauver le parti et le pays. Je suis véritablement fâché que cet acte l’ait tant fait souffrir, mais je ne connaissais pas d'autre moyen qu’une balle pour délivrer le parti républicain de sa personne. Mon seul motif était d’avoir un stalwart pour président.
- J’ai eu du repos pour la première fois depuis six semaines. Cette idée m’obsédait l’esprit et m’empêchait de dormir. Maintenant que c’est fait, mon seul désir est qu’il ne guérisse pas, ce qui rendrait mon acte inutile. S’il meurt, j’aurai l’esprit parfaitement tranquille, et je n’ai nulle crainte des conséquences.
- * * *
- X-’iw solation, Nés cause» et le remède.
- — L’insolation est causée par l’excessive chaleur, principalement quand le temps est lourd.
- Les insomnies, la fatigue, la surexcitation, l’abus des stimulants sont des causes prédisposantes. Les personnes travaillant au soleil, surtout de onze heures du matin à quatre heures de l’après-midi, sont des plus sujettes à être attaquées par l’insolation.
- Yoici quelques-unes des précautions à prendre pour éviter cette maladie :
- Si l’on travaille au soleil, il convient de porter un chapeau léger (uon noir, cette couleur absorbant la chaleur) et de mettre sur la tête, au-dedans du chapeau, un linge humide ou une grande feuille verte.
- Il faut se découvrir fréquemment pour s’assurer que le linge reste humide. N’arrêtez pas la transpiration, buvez avec modération pour la faciliter.
- Si quelqu’un se trouve abattu par la chaleur, on doit
- en attendant la venue du médecin, faire boire de l’eau ou mieux encore du café froid.
- Dans le cas où la peau se tr ouve chaude et sèche, on doit verser de l’eau froide sur le corps et les membres et mettre sur la tête de la glace pilée enveloppée dans un linge.
- A défaut de glace, on peut prendre un linge humide et \erser continuellement de l’eau dessus. Si le malade se trouve pâle et a le pouls faible, on lui fait respirer de l’ammoniaque pendant quelques secondes, ou on lui fait avaler une cuiller à café d’esprit aromatisé d’ammoniaque, mêlé à deux cuillerées d’eau avec un peu de sucre.
- *
- * -V
- Ce qui9!! ïio fiant; pa® détruire. — Au moment où la destruction des .nids est vraisemblablement pratiquée sur une grande échelle, la Gazette des Animaux rappelle les noms des oiseaux les plus utiles à l’agriculture :
- Le vanneau débarrasse les chantiers du tard qui ronge et détruit le bois le plus solide.
- La tourterelle et le pigeon ramier, qui sont granivores, ne se contentent pas de rechercher, pour leur nourriture, certaines baies et menus graines qui donneraient naissance à des herbes envahissantes; ils se font un régai des petits escargots.
- Les canards sauvages et autres palmipèdes de passage, dont le chasseur attend impatiemment l’apparition, arrivent précisément à l’époque où de nombreux insectes, nuisibles à l'homme et aux animaux,ont déposé leurs œufs dans les eaux de nos étangs et de nos lacs.
- La poule d'eau sait trouver dans les herbes aquatiques, où elle circule, la punaise d’eau, digne sœur de celle des bois et de l’autre.
- Le veracer, comme beaucoup d’autres oiseaux, —pinsons, bouvreuils, roitelets, huppés, etc., — fait la chasse la plus active aux chenilles ; il en amasse une provision pour ses petits dont l'estomac ne peut digérer les graines.
- La chenille velue, que repoussent en générale les autres oiseaux, est poursuivie avec acharnement par le coucou.
- Au premier rang des oiseaux utiles, doit être citée la pie qui passe sa vie à poursuivre et a détruire des insectes de toute espèce.
- Tout en se promenant dans nos jardins « en pantoufles jaunes, comme un oiseau qui est chez lui » suivant l’expression pittoresque de Théophile Gautier, le merle dévore à lui seul des milliers de limaces, sans compter les colimaçons et les œufs de papillons qu’il sait parfaitement découvrir sous les feuilles où ils sont cachés.
- Il n’y a pas, jusqu’à Valouette, qui ne prenne une part considérable à la destruction des insectes; elle fait une guerre à outrance aux larves de fourmis, aux vers de sauterelles.
- Une seule mesange apporte chaque jour à ses petits des centaines de chenilles et absorbe pour son propre compte plus de 500 larves ou œufs d’insecte.
- Donc, respect à cette armée de voltigeurs voltigeant, à cette aimable et vigilante petite gendarmerie -ailée qui traque sans relâché et sans merci les ravageurs de nos champs, de nos bois et de nosjardins,
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- Obat ou Canard. — Un singulier phénomène d’électricité vient d’être découvert par le professeur Maynard, de Cincinnati (Amérique). Chacun sait que le chat possède, entre autres facultés, lorsqu’il est frappé à rebrousse poil, celle de dégager dans l’obscurité des étincelles, comme la meilleure machine électrique. Or, le professeur de Cincinnati, est propriétaire d’une des plus fortes batteries électriques connues, elle est de la force de 600 à 1,000 chevaux. De plus, il possède un ma-magnifiqne chat noir. Il y a quelques jours , notre matou avait approché son n?z vers l’un des pôles, pen-? dant que sa queue touchait l’autre pôle. A l’instant
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- même, le matou fut traversé par un courant électrique de la force de 600 à 1,000 chevaux son poil se hérissa et 11 lança des étincelles comparables à celles.d’un morceau de fonte chaufté à blanc et soumis à l’action du pilon. En même temps, il se mit à miauler d’une façon épouvantable.
- Le professeur accourut et le dégagea aussitôt.
- Mais écoutez ceci ! le chat était et resta électrisé; il dégageait une clarté égale à 800 bougies. Le professeur Maynard saisissant aussitôt la portée incalculable de cet événement, a Pourquoi, se dit-il, n’éclairerions nous pas nos maisons, nos rues, etc, avec des chats électriques, au lieu de la fameuse lampe Edisson qui se fait tant attendre. »
- Et voilà comme dans le bon pays des inventions, le chat est peut-être tout simplement sur le point d’être converti en un mode d’éclairage, à moins que ce ne soit en canard !!!
- LE CONGRÈS DE LEEDS
- IV
- C’est sous la présidence de M. Thomas Hugues que s’ouvre à dix heures du matin, le deuxième jour, la troisième séance du Congrès, consacrée à la lecture de rapports,et à la discussion du plan de propagande du mouvement coopératif proposé par le comité central, de la publicité du manuel de coopération rédigé par MM. Hugues et Vansittart Neale, du développement a donner au mouvement de production,et enfin des mesures à prendre pour amener une alliance plus troite avec les Trade Unions.
- Dans un discours très substantiel prononcé à l’ouverture de la séance, le président met son auditoire au courant des progrès réalisés par le mouvement coopératif aux Etats-Unis, et particulièrement dans l'Etat de Tennessée. Passant ensuite à un reproche fait à certains coopérateurs d’avoir enfreint les règles qui découlent du principe adopté par l'Association, M. Hugues dit qu’il y aurait effectivement lieu de blâmer, moins peut-être la Société de vente en gros, que les Associations qui l’ont entraînée à le faire, pour avoir trafiqué sur l’article nommé la butyrîne. Un des principes fondamentaux de l’Association coopérative porte que les sociétés pourront acheter et vendre toutes sortes d’articles, excepté ceux qui sont notoirement falsifiés ou initiés, même dans le cas ou leurs clients leur en commanderaient. La butyrine peut être un condiment aussi sain que tout autre, l’orateur ne le sait pas,et par conséquent il n’émettra point d’avis à ce sujet. Mais ce qu’il y a de certain c’est que c’est une substance imitée ou falsifiée, qu’à ce titre la Société ne devait point l'admettre parmi les articles de son commerce, et qu’il est de son devoir d’en suspendre absolument la vente
- | dans ses magasins. C'est non seulement un devoir rigoureux, mais c’est aussi une mesure avantageuse au point de vue des bénéfices, car on gagne toujours J à s’en tenir à la règle que l’on s’est tracée.
- ) L’orateur cite à l’appui de son dire,le succès obtenu j et la confiance inspirée enfin par VAgriculiural | Society of London, succès et confiance qui ontdigne-| ment récompensé sa persévérance à ne pas admettre • de sophistication, et à ne fournir que des denrées de ? choix.
- « Il est un sujet,ajoute ensuite l’orateur,sur lequel l je voudrais dire quelques mots ; c’est celui qui se j relie le plus intimement à la question vitale de la coopération de production. Les intéressants articles publiés dans le Cooperative News, dûs à la plume de notre ami M. Vansittart Neale sur les établissements français de M. Grodin, ont de nouveau appelé l’attention des coopérateurs et du public sur cette ancienne forme de coopération, qui, il y a quelques années nous fit concevoir de si belles espérances, la forme de la participation industrielle. Vous savez que dans un temps, beaucoup d’entre nous attendaient de grands résultats de la combinaison qui consistait à associer le patron avec ses ouvriers, combinaison que l’on avait désignée sous ce nom, et de laquelle une expérience fut faite non loin de cette ville, dans les charbonnages de Messieurs Briggs.
- « Je ne dirai rien des canses qui firent échouer cette grande expérience.' Nul n’a regretté plus que moi cet insuccès. J’avais pris des actions dans ces charbonnages, afin d’aider de tout mon pouvoir cette admirable entreprise de la participation des ouvriers aux bénéfices, qui malheureusement n’eut point de succès là, ni dans d’autres essais, tels que ceux de MM. Fox, Heal et Cie, ce qui arrêta tout élan nouveau dans cette partie de notre grand mouvement social. Mais, mes amis, je suis heureux de vous dire que l’on fait encore dans ce sens beaucoup plus que la plupart d’entre nous ne se le figurent. Je connais personnellement plusieurs maisons de commerce qui commencent à apprécier toute la sagesse de ce système, et à l’appliquer en payant à leurs travailleurs leur part de bénéfices proportionnellement à leurs services.
- « Il est fort désirable en même temps que cette branche de la coopération se développe davantage,et je crois que jamais le moment n'a été plus favorable et n’a présenté autant de chances de succès qu’ac-tuellement. C’est pourquoi, je suis certain que vous serez tous heureux d’appuyer de tout votre pouvoir l’effort que tente,dans ce sens,l’honorable gentleman qui^ siège sur cette estrade en ce moment, M. Sedley Tailor de l’Université de Cambridge. Plusieurs d’entre
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- vous savent qu’il va établir une Société, sous le nom de Société de participation,destinée à persuader aux patrons d’adopter le principe du paiement au travail d’une part dans les bénéfices. J’espère donc que votre concours lui est assuré d’avance, parce que son entreprise est un mouvement véritablement coopératif et complètement d’accord avec nos principes. »
- Ce discours est suivi du scrutin pour la nomination des membres du comité central, et après le dépouillement, dont les résultats sont immédiatement portés à la connaissance de l’Assemblée, on passe à la lecture des rapports du Comité central sortant. D’après ces rapports, il est constant que beaucoup de sociétés n’ont pas adressé au comité,les éléments nécessaires pour être comprises dans les tableaux dressés pour faire connaître au Congrès les résultats obtenus durant l’année. Malgré cette lacune, voici quelques uns des chiffres qui permettent de se rendre compte de la situation.
- Angleterre et pays de Galles. Année 1878. Année 1879 Dif. en moins Diff. en plus
- Nombre sociétés Nombre des 889 889
- membres . . . 482.859 582624 19.765
- Ventes ... Z. 18.455.07ô 17.690.903 764.173
- Bénéfices nets . 1.554.271 1.594.279 40,008
- r ^Participai. L,a*)'^Emprunts. 5.407.010 5.370.956 37.050
- 945.570 1.322.158 376.538
- Eeosse.
- Nombre de sociétés Mombre demem- 197 197
- bres 63.793 67.474
- Ventes. ... Z. 2.494.296 2.154.283 19.987
- Bénéfices nets. . 232.699 254.274 31.575
- p | Participai. L‘aP‘| Emprunts. 352.255 370.505 18 250
- 167.860 168.461 598
- Ainsi avec un chiffre de ventes moindre de 736,713 livres sterling en 1879 qu’en 1878, l’Association a néanmoins réalisé un chiffre de bénéfices nets supérieurs et s’élevant à 40,008 livres ou soit francs 1.000.200 »» sur un total de bénéfices de francs 39.856.975, près de 40 millions.
- Le rapport constate que de 1862 à 1877,62 sociétés ont été forcées de se dissoudre, et que, parmi elles, une s’est transformée en Société ordinaire, et une autre a fusionné avec une Association coopérative créée tout récemment pour la sauver. Par contre dans ce même laps de temps, il s’en est formé 48 nonvelles, dont il a été rendu compte au dernier Congrès, et auxquelles il convient d’en ajouter 42 autres portées, sur les registres de l’Union en l’année 1880.
- Le plan de propagande pratique du système coopératif proposé par le Comité central de l’Union consiste à faire faire par le comité,à l’égard des sociétés
- qui pourraient en avoir besoin, ce que l’Association mère fait pour les branches diverses qui se rattachent à elle, en leur fournissant les capitaux nécessaires pour leur développement. Le comité pourrait opérer au moyen d’un fonds central à ce destiné, administré sous sa direction, suivant des règles soigneusement établies, en le garantissant des pertes, grâce à un prélèvement sur les bénéfices nets,comme cela se pratique pour les assurances coopératives.
- Le rapport, en proposant ce plan, prévoit l’objection tirée de ce qu’une pareille facilité offerte à une Association pourrait affaiblir, sinon éteindre, chez ses membres, l’esprit du self-help, le sentiment qui fait que l’on ne compte que sur soi-même pour vaincre les difficultés et surmonter tous les obstacles.Pour la réfuter, il dit que si bon que soit ce sentiment, il ne faut point que cela empêche de tenir compte des circonstances, car souvent tel individu qui a déployé beaucoup plus d’énergie que tel autre, échoue là où. ce dernier réussit. Ainsi, que voit-on en Angleterre même ? Si l’on tire une ligue idéale allant de Manchester à Newcastle on Tyne, on trouve que dans les quatres comtés compris dans cette limite, il n’y a eu que 38 pour cent d’insuccès dans le mouvement coopératif, tandis que dans les autres on en compte 79 pour cent, sans que l’on puisse dire que les coopérateurs aient été ni moins ni plus énergiques dans leurs efforts les uns que les autres. D’où vient donc cette différence ? Des circonstances évidemment moins favorables ici que là : le capital n'abondait peut-être pas autant dans les deux régions, ou bien la population était plus disséminée ou plus habituée à se voir offrir les denrées à domicile par des marchands ambulants dans l’une que dans l’autre. En un mot, les difficultés à vaincre ont été d’une part trop grandes pour être surmontées,tandis qu’ailleurs on a pu en venir à bout plus aisément.
- Sur cette question importante, soit que les conclusions du rapport n’aient point paru suffisamment nettes et pratiques, soit que les coopérateurs ne se jugeassent point assez éclairés pour se prononcer, il n’y a eu ni discussion ni vote, et presque toute la séance a été consacrée à la discussion relative au manuel des coopérateurs. A ce sujet, le rapport du comité rappelle que c’est sur la proposition de la section du sud au congrès de GJoucester, sur un mémoire de M. Hughes, que la publication du manuel fut décidée. Voici, d’après le plan expose par M. Hughes, les matières qui devaient y être traitées.
- Introduction : Esquisse historique de la Coopération. Union des Congrès coopératifs.
- Partie lre. La base morale de la coopération et ses relations avec
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- 1° La foi religieuse — 2° Les autres mouvements philanthropiques — 3“ Le socialisme , le communisme et autres systèmes politico-sociaux.
- Parte II. Les bases économiques de la coopération, et leurs relations avec.
- 1° La concurrence — 2° Les théories économiques courantes— 3° L’Etat-Partie III. La pratique de la Coopération.
- 1° Dans la vente — 2° Dans la production — 3° Dans la vie sociale — 4° Vis-à-vis de de la loi.
- Partie IV. Les concours et les obstacles à la Coopération — Dangers à éviter — A. ce programme, on a ajouté, à l'instigation de M, Abraham Grenwood, un chapitre sur les Banques coopératives.
- C’est à M. Hughes et au secrétaire général M. Neale que le soin de rédiger ce manuel fut confié avec faculté de se faire assister dans ce travail, par tel coopérateur qu’ils jugeraient à propos de s’adjoindre. L’œuvre a été faite et soumise à l’appréciation d’un membre de chaque section, désigné à cet effet au congrès de Leicester, et aucune réclamation n’ayant été faite au sujet des opinions qui y sont formulées ni des conclusions que l’on en tire, c’est en cet état que le travail est présenté à la délibération du Congrès.
- Plusieurs orateurs prennent part à la discussion, à la suite de laquelle l’assemblée vote à l’unanimité moins deux voix la résolution suivante : « Le comité publiera le manuel de la même manière que ses ' autres traités, et le Congrès adresse ses remerciements les plus cordiaux à MM. Hughes et Vansittart Neale, pour ce travail auquel ils ont apporté tout leur dévouement.
- La séance est levée pour le lunch.
- A la reprise des travaux dans l’après-midi, deux membres délégués des Trades-Unions ayant été introduits, suivant l’usage, la parole leur est donné successivement. Le premier M. Crawford, secrétaire de l’association des Mineurs de Durham dit que pour l’utilisation de l’excédant de capitaux de la Coopération, il y aurait à chercher une combinaison qui facilitât l’alliance des coopérateurs avec les Trade-Unionists. Elle existe déjà dans une certaine mesure, mais l’orateur la voudrait beaucoup plus étroite.
- M. Burnett, secrétaire des mécaniciens amalgamés , (Amalgamated Engineers) reconnaît que les membres des Trades-Unions n’ont rien à offrir de bien défini au sujet du placement des fonds d’excédant. Malgré leurs sympathies pour le mouvement coopératif, ils ne sont point disposés encore à colla-
- borer à des entreprises de production. Le désastre des Ateliers de Ouseburn a beaucoup refroidi l’enthousiasme des Trades-Unionists pour la production coopérative. Néanmoins, que les coopérateurs marchent dans leur voie d’un pas ferme et assuré, et les membres des Trade-Unions ne demanderont pas mieux que de les aider de tout leur pouvoir.
- M. Newton remercie les délégués de leurs expressions de bon vouloir et de sympathie, et il croit que grâce aux efforts réunis des deux grandes corporations, l’on parviendra à atteindre le but que l’on se propose : l’élévation des classes ouvrières. Il pense que l’on fera bien de capitaliser les bénéfices pour fonder des établissements de production.
- M. Lloyd Jones dit qu’en s’unissant ensemble les coopérateurs et les Trades-Unionists assureront le succès de l’organisation du travail.
- Avant de poursuivre la discussion des questions à l’ordre du jour, le Congrès adopte à l’unanimité le rapport du Comité, et fixe le lieu de réunion du prochain congrès à Oxford. Il décide aussi qu’un exemplaire seulement du manuel sera adressé à chaque société.
- La question à l’ordre du jour est la production coopérative.
- M. G-reening propose de voter la résolution suivante :
- « En vue d’une prompte réalisation, autant que cela est actuellement praticable, un comité d’affaires sera nommé, et chargé de rédiger le ou les plans pour le développement de la production coopérative, et le comité central sera autorisé à payer les frais de ce comité. »
- M. Greening, en expliquant sa proposition, déclare qu’il veut la nomination d’une petite commission composée d’hommes d’affaires capables, pour étudier sous toutes les phases cette question importante. Il y a quelque chose à faire dans ce sens, et ce sera pour le Congrès de Leeds un honneur d’avoir imprimé ce mouvement en avant, au lieu de le laisser au prochain congrès d’Oxford. Il laisse le choix des membres de ce comité aux soins du Congrès.
- La proposition est appuyée par un déléguéEcossais, mais plusieurs autres membres le combattent. Les uns trouvent qu’elle est inutile, parce que la question a été décidée déjà dans un sens d’ajournement ; d’autres prétendent que si la commission ainsi nommée marche d’accord avec le comité central elle risquera de faire double emploi, et si elle se trouve en antagonisme avec lui, il pourra y avoir conflit; quelques-uns demandent qu’elle soit nommée par le comité central.
- M. Greening répond que le comité central est un comité de discussion et de propagande, et que la
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- commission qu’il propose de nommer est un comité de travail et d’action. Il pense qu’il ne peut pas y avoir de conflit, puisque les attributions bien définies de chacun seront distinctes. On pourrait le composer de six membres, et en prendre un dans chaque section.
- M. Neale est d’avis que prendre un membre dans chaque section serait le moyen d’empêcher les travaux du comité, vu la difficulté de réunir des membres appartenant à des sections éloignées. Il vaudrait mieux charger le comité central de ces nominations. Sa proposition étant appuyée par plusieurs délégués, à la condition que l’on agira immédiatement, M. Neale promet que le comité sera nommé le lendemain.
- Dans ces conditions la motion mise aux voix est adoptée.
- Après un vote de remerciements au Président, la séance est levée.
- (A suivre.) Ed. F.
- ÉTAT CIVIL DU FAMILISTÈRE
- NAISSANCE
- Mardi 19 Juillet. — Létrier Ernest, fils de Létrier Ernest et de Lambert Lodoxisca.
- ..
- L’Association du Familistère de Guise demande les employés suivants :
- Pour sa manufacture d’objets d’ameublement et d’appareils de chauffage en fonte :
- 1° Un chef d’atelier des mouleurs et de la fonderie, bon praticien dans le moulage ;
- 2° Un chef d’atelier des monteurs-ajusteurs, connaissant bien le travail ;
- 3° Un chef d’atelier d’émaillerie connaissant la chimie céramique ;
- 4° Un dessinateur pour modèles d’appareils de chauffage ;
- Elle demande en outre pour l’économie domestique du Familistère :
- 5° Un chef commercial pour les approvisionnements et le contrôle des divers magasins de vente ou débits de l’Association ;
- 6° Un jardinier connaissant l’arboriculture et la cultures générale des jardins.
- Le personnel de la Société s’élève à environ 350 familles dans ses logements et à 13G0 ouvriers dans son usine.
- On ne sera admis à l’un où l’autre de ces emplois qu’avec preuve de capacité et mani de bons renseignements.
- Le Directeur-Gérant : GODIN.
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- fLe numéro hebdomadaire 20 c.
- DIMANCHE 7 AOUT 1881
- .• ANNÉE, TOME 5 — N" 152
- Le Devoir
- DES RÉFORMES SOCIALES
- BUREAU
- A GUISE (Aisne)
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant Fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE
- par Fenvoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France
- Un an. . . j» 10fr.)>» Six mois ... 6 »» Trois mois . . 3 »»
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- ON S’ABONNE A PARIS 5,r.Neuve-des-petits-Ghamps Passage des Deux-Pavillons
- S’adresser à M. LEYMARIE administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- Avis. — Souscription Camille Desmoulins, premières listes. — La question social et Véducation, II. — Une fête improvisée. — Faits politiques et sociaux. — Voyage autour du Familistère, III. — Le Congrès de Leeds, V. — La laiterie Coopérative de Kiel. —Bibliothèque du Familistère.— Etat civil du Familistère. — Des effets aux causes. — Bulletin Bibliographique.
- .mWMSi
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- Aux abonnés du DEVOIR
- « Le Devoir », revue des Réformes sociales Publiée hebdomadairement à Guise est l’organe des principes sur lesquels est fondée l’Association du Capital et du Travail actuellement en pleine prospérité au Familistère.
- Au point de vue des solutions pratiques des gestions sociales, aucune étude ne saurait être G°mplète, si elle n’embrasse dans son ensemble jjdssi bien que dans ses détails, l’organisation* u Familistère, unique au monde, que « le evoir*» a pour mission spéciale de faire con-
- naître. En effet, cette institution présente aujourd’hui le fait sans précédent de la répartition des bénéfices aux garanties mutuelles, au Travail et au Capital.
- Aucune dès Sociétés ou fondations adoptant le principe de la participation des ouvriers aux bénéfices ne réalise d’une façon aussi complète l’idée féconde de l’Association, d’après des règles fixes de justice distributive, parce qu’aucune n’a encore résolu, comme la création du Familistère, le problème difficile de fournir au travailleur, en même temps que sa part de gains dans les bénéfices de la production, les avantages de l'aisance au sein même de son intérieur.
- En travaillant à répandre la connaissance des divers éléments de cette création dans le but de faciliter l’étude et la solution des problèmes qu’elle a résolus, le journal « le Devoir» fait une oeuvre, de propagande et de sacrifice éminemment utile à tous. Pour que la mission qu’il s’est imposée soit efficacement remplie, il faut qu’il soit encouragé, et qu’il ait des lecteurs en grand nombre.
- C’est de nos abonnés, de nos lecteurs habituels que nous pouvons attendre cette propagande nécessaire, et c’est pour cela que nous sollicitons d’eux le concours qu’ils peuvent nous fournir, en faisant connaître notre feuille, et en lui suscitant de la sorte des abonnés nouveaux. Œuvre de dévouement de laquelle tout pensée de lucre est exclue, elle a droit, par le but auquel elle tend, aux sympathies de tous ceux qui comprennent que l’intérêt le plus vif du pays est aujourd’hui de propager les principes à l’aide desquels se réalisera la conciliation de toutes les classes de la société.
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- SOUSCRIPTION POUR L’ÉRECTION DE LA STATUE CAMILLE DESMODLIN '
- 1^ Liste de la Municipalité
- La ville de Guise et le Conseil général de FAisne, chacun 1,000 fr,; 2,000 fr. — Les députés de l’Aisne et M. Matton Gaillard, de Yervins, chacun 800 fr.; 1.000 fr. — M. Sébline, préfet de l’Aisne; Pouillart, adjoint de Guise; la ville de La Fère; M. Cléry Virgile, d’Origny-Sainte-Benoîte ; Devilîers, docteur en médecine, chacun 100 fr.; 500 fr. — MM. Leroux, sous-préfet à Yervins; Lefèvre de Gourcelles, conseiller d’arrondissement; Deîaby, maire de Proisy; Delorme, maire de Guise; Richard, adjoint de Guise; Labbé, banquier à Guise, et Dezaux, industriel à Guise, chacun 50 fr.; 300 fr.; M. Dourlet, propriétaire à Guise, 30 fr. — Collecte faite au banquet du 14 Juillet au Nouvion-en-Thiérache, M. Garet, juge de paix à Guise, M. Parmentier Alexandre, Maçon Hénin, chacun 25 fr.; 75 fr. — 20 voyageurs de 1’Hôtel Miau, 22 fr. 50. — La ville de Villers-Cotterêts : M. Godart, président du tribunal civil à Bayeux; M. Marc Baré, Bauvidé, quincailler; Borgnet, brasseur; Pruvost Jourdain. Filliot, tanneur; Laisné, brasseur, chacun 20 fr.; 160 fr. — M. Edouard Barré, imprimeur à Guise, 15 fr.; M. Prévôt Catté, boulanger ; Ernest Godet, Henri Godet, Ad. Gollart, Féglin-Garbe, Miau, maître d’hôtel; Langlet, notaire, chacun 10 fr., 70 fr.; M. Fournier, proscrit du 2 décembre; Lebon, de Beaume«les-Dames; Grebel, architecte; Pesant, caissier caisse d’épargne; Copigneaux Carré, Robbé, Alfred Devaux, Huchet Gaspard, Edouard Garbe , Carré , notaire ; Cavel, vétérinaire ; Poquet , Mlla Clara Richard, Solder Legrand, Magniette, Petit Loubry, Maréchal Loubry, Marchand, chacun 5 fr., 90 fr. .— M. Chauchart,Tordeux Warnesson, Saintignon, Cochet, Edouard Pierre, Blanchard Ernest, chacun^} fr., 18 fr, — MM. Joumarin, Minart père chacun 2 fr. 50, 5 fr.; 6ouvrières de M. Filliot, 2 fr. 75. — Total : 4,366 fr. 55.
- MM. Borhne, Bocquet Tourbe, Boudalet, Y® Dorigny, Fontaine Vasseur, Prat Delacourt, Marchand loueur de voitures, Brogniez Ernest, Frappez Breuzard,Minart fils, Devin, Léonard contrôleur, Devraine, Coûtant, Camus Constant, Bleidel. Un inconnu, Dessailly, Dudin père, Edouard Dudin, Froment, Sézille, Robillard, Mlle Adèle et Maria de l’Hôtel Riau, Miau père, Lambois fils, cha-chacun, 2 fr. — Total 54 fr.
- 7 ouvriers de M. Dezaux. — Total 2 fr. 75.
- MM. Judas, Diet Louis, Greiner,Kien,Labarre,Devaux, Aubert, Fauchart, Simon Lhommeau, Maison,Delacourt, Gaudefroy, Lenoir-Thiéry, Landouzy, Tordeux Longuet, Gauthier, Chanoine Bleuze, Seaudin, Guiard d’Audigny, Paul Caillaux, Alliot huissier à Wassigny, Decroix,Hau-tion père, Deligny Hamel, Thiéry, Léguiller, Hutin, Blondelle, Rudant, Sabas, Roquet, Govin, Un anonyme, Mozin, Dhénin Jules, Clisse facteur, Louis Chevalier, chacun 1 fr. — Total 36 fr.
- MM. Varet, Rohat-Talon, Favéreaux, Blondelle, Mar-lière, Un anonyme, Bosquette, Cochet Louis, Rousselle, chacun 0 fr. 50. — Toi al 4 fr.
- Total 4.463 fr. 30
- lFa Liste du Familistère
- MM. Godin, fondateur du Familistère : 300fr.,Pernin, directeur de l’outillage : 20, André, directeur commercial ; 20, Piponnier, chef de comptabilité : 5, Barbary, ingénieur, chef des modèles : 5, Lelon, ingénieur : 5, Foquet Ernest, surveillant ; 5, un libre penseur socialiste de la Sarthe : 5, Déquenne fils, chef de fonderie : b, Régnier : 3.
- Roger Victor, Mismaque Alliot, Dirson Edmond, Bil-lidnt Hocquet, chacun 2 fr. — Total 10 fr.
- Migrenne, Anonyme, Bisiaux, Poulain, Poulain J.,
- Dutilloy, Sartiaux, Haraux, G. Lambert, Séret, Allizard Bouillon Aimé.'Moyat, Buire, Bourdanchon,Deplanque’ Venet, Défontaine, Gillion, Dossogne, Tasserit, Lacroix’ Remy, Jumeau Victor, Hazard, Lelong Louis, Bredouil-lard Th., Dessein Henri, Dron Eugène, Méresse Pierre Lefèvre J., Haution, Lefèvre Sôvérin, Englebert, Henry Emile, Curillon, Dury, Lorent Eug., Milaret, Bailliot A Viôville, Holot Charles, Manesse Onésime. Duchesné Emile. Louis Edmond, Louis Albert, Dudin Uiysse Hébert Marcel, Painvinin, forgeron, Grevin Charles,Des-quilbet, Léguillier Louis, Dequenne, père, Evens Jean Lefèvre Pierre, Bouleau Léon, un démocrate socialiste du Familistère, Lefèvre Mouvelon, Défontaine Gustave Dirson Arthur, Proix Pascal, Hennequin Joseph. Jamart Auguste, Larabre Armand, Allart Eugène, Blondelle Eugène, Blancanot, Andrieux Eug., Mathieu Emile Lelong Jules, Lefèvre Aug., Gauchet Victor, 70 chacun’ à 1 fr. — Total 70 fr. ’
- Desmouliu Achille, la famille Beauchêne, chacun 1 fr. 50. — Total 3 fr.
- Compère Eugène, Battut fils, Laporte Louis, Détrez Désiré, Peteau Léon, Quignon, Nicolas Joseph, Duclog Joseph, Olivier Remy, Ribeau Jules, Drecq, Pennelier, Lemaire, Blanche, Laboue, Aueiaux Bénoni, Nicolas Charles, Logez, Dèroo, Jokossky, Bouchard, Germain, Braillon, Léthem Constant, Cochet Aimé, Waret Paul| Maillet Clovis, Delhaie, Méresse J., Baquet Stanislas, Parmentier Désiré, Patte , Dérez Eugène, Froment Alexandre, Louis Alphonse, Poulain Alexis, Reutier Ernest, Hennequin Auguste, Groseh, Damiens Constant, Disant Jules, Burlet Louis, Cordelette, Sénateur fils, Dumur Louis, Lardier Joseph, Marchand. Durieux Julien, Faniel Arsène , Cartigny , Magnier Edmond , Hamel Ernest. Dupont, Lhôte Louis, Hulin Jules, Boinet Eugène, Bidoux père, Bidoux Louis, Venant Théophile, Pamart Adolphe, Druard père, Fontaine François, Morlain, Hombrouck, Duchateau Victor, Jason Aimé, Déflorenne Auguste, Duval Louis, Dubois Ernest, Sar-razin Ernest, Lajeunesse Arthur, Painvin Emile, Louvet Alfred, Jumeaux Emile, Patte père, Bombir Jules, Piré Jules, Meugnier G., Lecaille père, Dagnicourt Clovis, Lefoy Grépin, Besançon Victor, Princelle Joseph, Commun Ferdinand, Braillon Georges, Drocourt Ernest, Baquet Florus, Cartigny Léon, Anstelle Ed., Lavabre Jean-Baptiste. Flamant, Bachelet Eugène, Carpentier Georges, Basse François, Vandois Emile, Proix Emile, Proix Martial, Dahy père, Louis Eugène, Guerbé Gustave, Mathieu Eugène, DupoLt Zéphir, Andrieux Jean, Mmo Défontaine, Beaucamp, Gauthier Alexis, Loue) Alfred, Haution Emile, Fossé Pierre, chacun 0,50 c. —-TotU : 54 fr. 50.
- Gillion père, Hamel Louis, Xavier Gustave, Point Louis fils, Coupé Aimé, Casseleux, Leduc Jules, Dufour Hector, Basse Désiré, Patte Paul, Blanquin fils, Dagnicourt Alfred, Cochet Jules,Hamel Jules,Maréchal Emile, Fouconnier, Monvoisin père, Glaire Eugène, Lacroix père, Pré Jules, Pré Clovis, Léguiller Georges, Bourillon, Lavabre Camille, Blanquin Louis, Moreau Jules,Flamant Léonard,Duquenne Firmin,Garuier Victor,Cochet Louis, Garbe Emile, Duquenne Eugène, Flamant, Mathieu Gustave, Hubière père, Druard Aimé, Chanoine père, Mabi-lotte Louis, Rousseau Joseph, Guerbé Gustave,Beljambe Fernand, Gauthier Georges, Chanoine Jules, Bidoux Aug., Léguiller père, Morlet Emile, Baudaux Louis, Lefèvre Eugèue, Robert Démophile, Lépine Auguste, Derche Edouard, Margry Paul, Hubière Victor, Herny Henry, Ancelin Edouard, Vatin Louis, Herbert Josep/b Dagnicourt Louis, Dagnicourt Gladieux,Besançon Louis, Dupont Auguste, Minette Charles, Husson Victor, Parmentier Henri, Vendois Paul, Dahy Clémentin, Ancelin Camille, Vérinos Emi.e, Besançon Aimé, Hubière Das-ton, Delavenne Edmond, Fouconnier Armand, Gerneiie famille, Lamy Alexis, Meurice Adolphe, Bridoux FraQ' çois, Leconte, Dirson Jules, Gaspard Camille, .A-n(\rrieui. père, Poix Octave, Masse Aristide, Louis Césaire, Man • lotte Alexis, Roha Georges, Bredouillard Urial, Gar Edouard, Collet Ferdinand, Dupont Julien, Monneus Léon, Marié Martial, Tardier Louis, Blondelle victo ,
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- ,hevalier Adolphe, Lebègue Isidore,Béthune Léon,Baillé pourrier Xavier, Pourrier Louis, Borilleux Emile, Lard Ernest, Loiseaux père, Garlier Adonis, Poulain Mil Beaurain, Cochet Emile, Duval Osée, Houdin Eu-*Lq Houdin Léon, Maret Félix, Thiéry Jules, Drouin-fpSUr, chacun 2b centimes, 28 25. — Total à reporter 538 75.
- la question sociale et l’éducation
- ii
- Nous avons dit que l’ignorance et le défaut de compréhension étaient les causes de l’espèce de mauvais vouloir, ou tout au moins d’insouciance, que met en général l’ouvrier à entrer dans la voie d’études sociales, qui lui feraient connaître et apprécier tous les avantages de l’association. C’est nn fait malheureusement trop positif, brutal comme tous les faits, et bien facile à constater partout, mais surtout dans notre pays. On ne sait pas, non-seulement parce que l’on n’a pas appris ce qu’il aura fallu étudier pour savoir, mais encore parce que les choses que l’on a pu apprendre on les a le plus souvent mal digérées. Et cette ignorance, il faut le remarquer, n’est point exclusivement restreinte à la catégorie sociale des travailleurs, elle s’étend dans une mesure plus ou moins large à tout le monde, et bien des membres des classes dirigeantes sont sur ce point aussi peu avancés, sinon plus en retard encore que l'ouvrier. De là, la lenteur que met le progrès à s’accomplir, parce que, malgré les dispositions les plus libérales, et avec la meilleure volonté de le réaliser, on ne sait comment s’y prendre pour cela. On ne sait pas, où l’on sait mal ; aussi, pour nous, il y a deux sortes d’ignorances : l’ignorance absolue, celle de l’illettré, et l’ignorance relative, celle de l’homme qui sait, mais qui n’a point compris ce qu’il a étudié, etpour qui la science peut souvent être plus nuisible qu’utile.
- L’ignorant absolu, detoutes pièces, peut apprendre, fit> par conséquent, à la rigueur, chez lui le mal n’est Point sans remède. D’ailleurs comme il a conscience ^sa complète ignorance, il se défie de lui-même, il egt forcément modeste, et plus facilement disposé à douter ceux qu’il sait plus instruits que lui, en gé-n^al. Si l’on réussit à lui faire comprendre une vé-r'té, il l’admettra volontiers sans se butter à des tfées préconçues, à des préjugés peu sensés, et l’on Couvera chez lui une certaine dose de docilité qui Militera la tâche que se sera imposé son guide. Le |0llt est de faire entrer dans sa tête la vérité que 011 veut lui faire admettre ; cela peut quelquefois 11 ^tre pas très aisé, mais si l’on y est parvenu, on Peut compter que la semence ainsi jetée sera tombée
- sur une bonne terre, et qu’elle y portera d-s fruits d’une façon durable.
- On aura assurément à lutter souvent contre un entêtement propre à ces natures incultes, qui est l’un des obstacles les plus sérieux que rencontre l’éducateur du peuple. Cette obstination, doublée de la méfiance qu'inspire presque toujours au prolétaire l’homme de qui il dépend et dont il considère les intérêts comme fatalement opposés aux siens, est une des conséquences les plus fâcheuses que l’ignorance entraîne après elle. Pour l’ouvrier, le patron est à peu près toujours un ennemi, et ce n’est qu’en se faisant violence qu’il en viendra à l’envisager sous un jour plus vrai. Mon Dieu, peut-on lui faire un crime de ce sentiment instinctif? Certainement non; car, il faut bien le reconnaître, le plus communément, il a raison en pensant de la sorte. De tout temps, le maître a indignement exploité ses hommes, et les exceptions à cette règle déplorable sont de nos jours même, extrêmement rares. Il n’y a pas encore un siècle que la Révolution a aboli la servitude, et si la chose n'existe plus en droit, l’on ne peut pas dire qu’elle ait entièrement disparu en fait, malgré quelques atténuations résultant de l’émancipation légale.
- L’ouvrier illétré est malheureux à cause de son ignorance, cela n’est point douteux, mais ii l'est aussi beaucoup par la faute de celui qui l’emploie, et, pour s’en convaincre, l’on n’a qu’à voir les ouvriers dans ces conditions au Familistère, où ils jouissent d’un bien-être relatif, que bien des malheureux employés d’administration des villes envieraient, non sans raison. L’exploitation impitoyable du patron ajoute donc-le plus souvent un élément puissant de malaise à la cause première qui est l’ignorance de l’ouvrier. Or comme c’est aussi chez le patron, au défaut d’intelligence de ses véritables intérêts moraux qu’il faut attribuer cette conduite, car il manque lui aussi de la véritable notion du bien, il s'ensuit que le vrai remède à cette double source du mal consiste à éclairer et à instruire l’un aussi bien que l’autre. Combattre l’ignorance par tous les moyens possibles, tel est le but que tout homme dévoué à la cause sociale doit poursuivre avant tout
- Il est urgent, indispensable d’instruire l’ouvrier, en lui inculquant la notion exacte de ses droits et de ses devoirs, et celle de ses intérêts, qui sont absolument basés sur le sentiment du vrai, du juste, et du bien, comme but pratique de l’existence humaine.
- Mais si l’ignorance absolue est un élément incontestable de malaise pour l’ouvrier, l’ignorance que
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- j’ai appelée relative ne l'est certainement pas moins. Si nous ne craignions point d’être taxé d’exagérations en exprimant toute notre pensée, nous dirions que le demi-savoir, la science mal digérée est beaucoup plus nuisible à l’homme que l’ignorance, et la chose nous paraît aisée à démontrer.
- Pour cela, nous n’avons qu’à examiner avec un peu d'attention les idées de la plupart des ouvriers instruits, et à les peser dans la balance du bon sens et de l’équité. Les congrès récents nous en fournissent le moyen le plus commode et le plus actuel.
- Or, dans ces congrès, que voyons-nous? Une chose qui frappe tout d’abord,c’est la façon si radicalement différente dont les Anglais et les Français comprennent la marche à suivre dans la tenue et la conduite de leurs Congrès, et en second lieu, la manière quelque peu erronée des ouvriers français d’envisager la portée et les conséquences de la Révolution Française, au point de vue social.
- Tandis que les Anglais, avec ce sens pratique qui caractérise leur nation, s’y occupent sérieusement de leurs affaires, sans jamais s’en écarter, discutant avec le plus grand soin et le bon sens le plus parfait les questions qui se rattachent directement à leurs intérêts, si bien que le temps est mesuré presque parcimonieusement à chaque orateur, le Français se perd le plus ordinairement dans des aperçus politiques à perte de vue,embrassant toute sorte de sujets plus ou moins étrangers à la question, formulant des théories économiques et sociales plus ou moins sensées, et se lançant à corps perdu dans des spéculations transcendantes sur les réformes à opérer dans la Société. Souvent, en écoutant leurs orateurs de Congrès, on se croirait dans une assemblée de législateurs chargés de rechercher les meilleures bases d’une Constitution politique et d’une forme de Gouvernement. Rien ne leur paraît en dehors de leur compétence; ils mêlent les questions les plus différentes avec un aplomb imperturbable, et naturellement les conclusions auxquelles ils arrivent par de pareils procédés sont des plus singulières, pour ne pas dire plus.
- Que résulte-t-il de cette manière si différente de procéder chez les deux nations? En Angleterre, les congrès sont ouverts, et l’on voit des membres éminents de l’aristocratie, de l’Eglise et de la bourgeoisie venir y prendre part, et fournir le concours de leurs lumières et de leur bonne volonté aux travailleurs, qui n’y perdent absolument rien et qui y gagnent, au contraire, les sympathies de toutes les classes, dont les distinctions finiront par disparaître peu à peu, pour faire place à une véritable confra-
- ternité sociale. Cela est si vrai qu’en France, bieQ des esprits éclairés et éminents en sont venus à se demander si les Congrès des coopérateurs Angiaig sont bien réellement des Congrès ouvriers.
- En France, au contraire, les congrès sont fermés • il n’y a que les délégués ouvriers des corporations ouvrières qui y soient rigoureusement admis. La dé-légation reçue tient lieu aux membres de tout ce qui est nécessaire pour y travailler utilement,de science de raison, d’expérience et de compétence. L’on pour' rait comparer le mandat du délégué ouvrier au Congrès, à la lettre d’obédience des instituteurs congréganistes, qui, sans rien savoir, avaient le droit de tout enseigner, du moment qu’ils en étaient pourvus Les hommes éminents qui ont consacré toutes les ressources d’un talent hors ligne et de consciencieuses études d’une longue vie à la solution du problème complexe de l’amélioration du sort des travailleurs frapperont vainement à la porte du Congrès, pour y apporter le concours de leurs lumières et de leur dévouement, ils en seront exclus comme bourgeois, et considérés, par conséquent,comme des adversaires dont on doit se méfier et se garder.
- Faut-il s’étonner, dans de pareilles conditions, si les étranges discussions qui s’y produisent y sont devenus inévitables? Sans direction, sans guide, ces esprits bien intentionnés, mais aveuglés par leurs passions, qu’une demi-science est impuissante à tempérer et à maintenir, s’égarent dans ce labyrinthe inextricable, d’où le moindre fi 1 d’Ariane les aiderait à sortir. Aussi, le résultat de ces assises est-il presque toujours nul et sans portée. Les congrès chez nous succèdent aux Congrès, et les questions intéressant l’ouvrier, les questions sociales n’ont point pour cela fait un pas en avant.
- Les enseignements que comporte la Révolution Française sont compris également par l’ouvrier Français de bien des manières diverses. Au lieu de voir en elle quelque chose d’analogue à l’opération douloureuse que lo chirurgien est obligé de pratiquer à temps, afin de sauver le corps, et de préparer son ' prompt retour à la santé, au lieu de la considérer comme le prélude violent, mais nécessaire, d'une série de transformations progressives pacifiques, les uns y voient un modèle à imiter dans toutes les circonstances, pour opérer des réformes, et les autres une modification définitive, sorte de panacée universelle, à laquelle il faut revenir constamment pour appliquer le remède au mal social. Quelques-uns la jugent incomplète, et voudraient la recommencer & la copiant et en l’amplifiant,et enfin un certain nombre plus éclairé ou plus sensé l’apprécie à sa juste valeur. II y a parmi eux des révolutionnaires purs'
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- communistes et des socialistes. Toutes les dési-guations par lesquelles ils se distinguent se rappor-tünt à l'une de ces trois grandes catégories.
- Les révolutionnaires veulent détruire ce qui existe ga’ils trouvent mauvais, sans trop savoir ce qu’ils auraient à mettre à sa place. Ils procèdent de St-Just et de Robespierre, et ne voyant que le côté mauvais des institutions, ils sont toujours pour les moyens violents, comme si, dans un pays où règne le suffrage universel, les révolutions violentes n’étaient point an absurde contresens.
- Les communistes partant du principe, faussé par l’exagération, de l'égalité des droits, qui ne peut point exister d’une façon absolue, veulent une part égale pour tous dans la propriété de la terre, aussi bien qu’en toutes choses, et dans leur utopique désir de réalisation de la justice dans l’humanité, ils en arrivent à substituer au despotisme individuel le despotisme collectif, pire encore. Pour réaliser leur idéal impossible, ils ne reculeraient pas non plus devant les moyens violents, et pour eux encore la révolution est aussi un exemple à suivre.
- Quant aux socialistes dont les idées reposent sur des principes plus vrais et plus justes, ils sont parmi les ouvriers en minorité. C’est fâcheux, parce que si la majorité des travailleurs, laissant de côté les fausses théories révolutionnaires et communistes, savait comprendre et adopter les véritables doctrines sociales, qui seules peuvent fournir le remède réel au mal, ses discussions seraient mieux conduites et plus fructueuses pour le progrès, que tous recherchent avec passion. Les socialistes vrais sont des esprits assez sages et assez éclairés pour ne rien attendre de la force, pour avoir pleine confiance dans leur bon droit et dans le succès de leurs pacifiques et patients efforts. Socialisme et révolution sont deux termes contradictoires, et ce n’est que par une fausse manière d’entendre le premier, que quelques hommes cherchent à les accoupler ensemble. En réalité, la désignation de socialiste-révolutionnaire est un contresens.
- C’est par suite de ces erreurs communes à la plupart des ouvriers instruits, que les exagérations et les excès se renouvellent sans cesse au sein du Congrès Français, et qu’ils n’aboutissent qu’à des résultats négatifs. Il en sera probablement ainsi, tar*t que les études de la classe ouvrière n’auront P°int été mieux dirigées et surtout mieux digérées.
- Cn dirait, en voyant ce que cette demi-instruction, Çette ignorance relative produit, que la nourriture lntel)ecluelle absorbée par ces esprits était trop Sahstantielle pour eux, et de même que l’on voit un Jeune enfant dépérir et s’éteindre si on le nourrit
- exclusivement de viandes, de même il semble que le cerveau de quelques-uns de ces orateurs de congrès s’atrophie sous l’influence d’études trop fortes.
- Malheureusement, si ces exagérations n’ont point de prise sur les intelligences saines et bien nourries, elles exercent trop souvent une pernicieuse influence sur les esprits faibles ou incultes de leurs collègues ignorants, et c’est à ce point de vue surtout que l’on peut dire que cette science que nous avons appelée l'ignorance relative est encore pire que l’ignorance absolue.
- (A suivre.)
- UNE FÊTE IMPROVISÉE
- Rien n’est agréable comme une fête improvisée, lorsqu’elle est réussie. A ce point de vue, la petite soirée musicale dont les habitants du Familistère ont pu jouir Dimanche 31 juillet n’a rien laissé à désirer.
- La Société Philharmonique du Familistère a coutume de donner tous les quinze jours, le dimanche, un concert dans la cour ou le jardin du palais aux habitants. Ce jour là, à raison de la chaleur, elle avait offert au Conseil d’administration de retarder le concert jusqu’au soir, et de le donner double dans le jardin illuminé. Cette proposition, ayant été acceptée par le conseil qui décida que la petite fête aurait lieu dans le jardin réservé de l’Association5en quelques heures, ce jardin remarquable, véritable petit parc d'une richesse horticole tout-à-fait hors ligne, voyait les arbres de ses allées se couvrir de lanternes vénitiennes, qui semblaient de grosses grappes de fruits d’or aux branches des grands pins. Cette illumination donnait à la perspective agrandie du jardin un aspect féerique.
- Au centre d’une grande pelouse ménagée dans le haut du jardin et toute entourée d’arbres gigantesques, on avait placé des pupitres pour les musiciens, et tout autour de cet amphithéâtre des bancs avaient été disposés pour les spectateurs.
- Un peu avant huit heures la population endimanchée du Familistère se porte dans le plus grand ordre vers le jardin, où chacun se rend a'ccompagné des siens, et lorsque l’horloge fait entendre ses huit coups, la musique, exécutant une joyeuse marche, se dirige à son tour vers ie lieux de ia fête. Bientôt, les bancs, les allées, les tonnelles sont remplies de monde. Hommes, femmes, enfants animent de tous côtés cette enceinte, dont les oiseaux nombreux, ses hôtes habituels, sont effarouchés de cette invasion
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- insolite, et n’osent rentrer â leur nid dont la paix est ce soir si fort compromise.
- Sous l’habile direction de son chef d’orchestre, M, F. Poulain, la Société Philharmonique a exécuté d’une façon tout à fait digne d’éloges, un allegro militaire, l’ouverture des Emigrants et la valse des Cent Vierges de Lecocq. Après un repos de quelques minutes, elle a fait entendre la St-Quentinoise, marche originale et pleine de brio, suivie de La Blandre, ouverture ravissante, le morceau capital et le plus applaudi, avec raison, de ce concert ; une reprise andante de clarinettes est surtout du plus charmant effet dans ce petit chef d’œuvre. Deux polkas, celle Mignon, et « la Pistonnette », cette dernière exécutée en dehors du programme à la demande du public, ont terminé la fête, de tous points, nous l’avons dit, charmante.
- Pourquoi les détracteurs obstinés de l’ouvrier qui craignent de lui donner la liberté après laquelle il aspire, ces hommes des classes dirigeantes qui redoutent l’indépendance du travailleur comme une calamité sociale, n’assistaient-ils point à cette petite solennité d’une population de travailleurs ? Ils auraient vu que plus on leur donne de liberté et moins ils en abusent. Dans unjardin plein de plantes rares, de fleurs précieuses, plus de mille personnes de cette classe ont pu, pendant deux heures, aller et venir partout, sans que le moindre dégât ait été commis, sans qu’une fleur ait été arrachée de sa tige, ni une seule plate-bande foulée, chaque père, chaque mère de famille faisant eux mêmes la police, et étant les premiers à empêcher leurs enfants de dépasser les limites des allées. Certes, ces enneirfis-nés de la population ouvrière n’ont jamais vécu avec elle, ou bien ils ne l’ont jamais comprise.
- FAITS POLITIQUES & SOCIAUX DE LA SEMAINE
- FRANCE
- La séparation des chambres et le décret de convocation des électeurs pour le 21 août, sont les deux grands événements de la semaine. Devant la lutte électorale qui va commencer, toute autre considération disparaît. Le peu de temps que le gouvernement laisse aux électeurs pour bien mûri? leur choix a provoqué les récriminations des journaux de tous les partis qui, presque sans exception, s’accordent à blâmer cette précipitation que rien ne semble justifier. Cependant la majorité des organes de la presse a compris que, dans cette situation, le meilleur parti à prendre était d’utiliser de son mieux le temps qui leur est si parcimonieusement accordé, et, au lieu de récriminer, d’étudier soigneusement les programmes à imposer aux futurs élus, il reste encore assez de réformes à. faire, de progrès à réaliser, pour qu’il soit urgent de se livrer activement et sans le moindre retard
- à cette étude essentielle. Que chacun se mette doue i l’œuvre et prenne à tâche de contribuer pour sa pan bonne consolidation de l’édifice,
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- Xjes marins français en Tunisie. ^,
- priBô de Sfax et de Gabès n’aura sans doute pas p France le retentissement qu’elle mérite. Qu pourr croire qu’il s’agit là d’une de ces faciles victoires comm on peut en remporter dans les expéditions lointai^6 Ce sera une grave erreur. La prise de Sfax est un véri table fait d’armes, sur laquelle les lettres particulière font aujourd’hui la lumière. Il ne faut pas oublier qq! pendant huit jours deux cuirassés sont restés inactif’ au mouillage de Sfax. Leurs commandants avaient bien jugé les difficultés à surmonter; ils n’étaient pas en mesure de le faire. L’escadre est arrivée, et quarante-huit heures après Sfax était pris.
- Il faut rendre hommage à nos officiers et à nos marins et surtout à leur digne amiral, homme froid, calme’ méthodique comme son bombardement, mais ne reculant jamais et ayant dans ses équipages une confiance absolue. L’amiral avait calculé son attaque ; il en avait prévu les phases dans sa pensée, tout s’est passé comme il l’avait prévu, ses ordres ont été exécutés de point eu point.
- Après la prise de Sfax, il est parti pour Gabès sans troupes, et a enlevé le village de Mamzel et le fort qui .l’avoisine avec ses marins. La mission de l’amiral Garnault est remplie, les compagnies de débarquement de la division du Levant occuperont les deux villages jusqu’à l’arrivée des troupes YAlgésiras.
- L’amiral Conrad va rester devant Sfax et Gabès avec sa division, composée de La Oalissonnière, de la Rein-Blanche, de lAlma et de six canonnières. Deux avisos, le Corse et Y Hirondelle, feront le service entre ie navire amiral et Tunis. Le fil télégraphique est coupé à Mehdia.
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- Les colons espagnols en Algérie. — Le
- Courrier d Oran publie la lettre suivante que lui adresse un Espagnol, ancien résident de. la province, et qui contraste heureusement avec les déclamations d’une partie de la presse espagnole :
- Monsieur le rédacteur,
- J’ai lu dans le Courrier que les Espagnols de la province d’Oran sont pris d’une animosité contre les Français.
- Permettez-moi, monsieur, de vous dire qu’il ne faut pas confondre la colonie espagnole de l'Algérie avec quelques écrivains qui sont venus avec la Numancia, (après les événements de Garthagène), et qui ont troublé momentanément la fraternité et qui a régné et régnera entre Espagnols et Français; nous sommes trop liés pour craindre un instant" qu’il y ait du trouble entre nous; vos intérêts sont les nôtres et les nôtres les vôtres; des mariages réciproques nous ont unis à jamais.
- Qu’on vienne voir ces colons espagnols, travaillant toute la journée dans la campagne avec cette chaleur torride, et la nuit, au lieu de se reposer, être obligés de faire la garde dans leurs champs pour éviter les vols que commettent les Arabes toutes les nuits. Croyez-vous que ces braves colons s’occupent du journal ElGor-reo espanol ? Non, monsieur; ces gens-là ne s'occupent que de leur sécurité, de leur travail. Vous qui avez été le défenseur de la colonie espagnole en Algérie, vous ne les abandonnerez pas. ‘ .
- Quant au Correo espanol, il est écrit par un seU homme. Qu’il soit seul responsable, et qu’il supporte seul les conséquences de ses écrits inconvenants.
- Recevez, etc.
- ANGLETERRE
- La Chambre des communes a terminé la discussion du rapport sur l’axameu effi bill agraire en comité, a»
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- commencement de la séance un tory, M. Warton, a demandé à sir W. V. Harcourt s’il permettrait à M. Bradlaugh de réunir le 2 août un meeting à Trafalgar Square, contrairement à une loi du temps de George III, (tui interdit tout meeting de plus de cinquante person-nes dans un rayon de un mille autour de Westminster. Le ministre de l'intérieur a promis de faire respecter la loi.
- Le procès auquel ont donné lieu les votes parlementaires de M. Bradlaugh se complique de plus en plus, jq. Clarke, qui veut le faire condamuer à 12,500 fr. d’amende pour chacun de ses votes, n’est quun homme de paille derrière lequel s’abritent les ennemis politiques et religieux du député de Northampton. Ce dernier a réussi à découvrir qu'un des protecteurs de M. Clarke est un député très conservateur, M. Newdegate, qui a payé pour Clarke une note de procédure de 10 à 15,000 fr. Or il y a, parait-il, une loi — le Code anglais est riche — qui condamne à l’amende et à des dommages-intérêts tout individu participant pécuniairement à un procès dans lequel il n’est pas personnellement intéressé.
- M. Bradlaugh va donc poursuivre M. Newdegate et lui demander des dommages-intérêts équivalant à la somme que réclame de lui M. Clarke. S’il gagne son procès, ce seront les conservateurs qui payeront l’amende de plusieurs millions à laquelle ils ont voulu le faire condamner !
- ALSACE-LORRAINE
- Le courant antiallemand est tellement fort en Alsace-Lorraine, et l’on prévoit aux prochaines élections un échec si complet du gouvernement, que les journaux allemands discutent déjà la question du remplacement du gouverneur de la province. Il est clair que le maréchal de Mauteuffel ne sera pas remplacé avant que les élections aient fait éclater à tous les yeux l’impuissance du système vexatoire employé par lui depuis quelque temps. Nous devions cependant noter le bruit de sou très prochain remplacement comme un symplôme de la situation.
- ALLEMAGNE
- On se demande quelles conséquences pour le gouvernement intérieur du royaume auront les élections qui viennent d’avoir lieu en Bavière.
- Jusqu’ici le ministère était libéral, et s’était maintenu en présence d’une Chambre divisée en deux grands groupes à peu près d’égale force, le parti clérical n’ayant guère que deux membres de plus que le parti libéral. Le parti clérical disposant à l’avenir d’une vingtaine de voix de majorité, il semble que le ministère libéral soit condamné.
- Deux membres de ce ministère, MM. Lutz et de Crailsheim. viennent de se rendre à Kissingen auprès du chancelier pour lui demander des conseils. Divers journaux croient savoir que M. de Bismarck maintiendra l’avis qu’il leur aurait déjà donné après les élections primaires : de rester provisoirement au pouvoir et de tenter de gouverner contre la majorité.
- Jusqu’à ce jour, l’empire d’Allemagne n’avait des attachés militaires accrédités qu’à Saint-Pétersbourg, à Paris, à Rome, à Bruxelles, à Vienne, à Berne et à Munich. Un poste analogue vient d’être créé pour Coustantinople; c’est M. Deines^ capitaine d’état-major, qui a été chargé de cette mission et qui s’est déjà rendu à destination.
- Nous avons dit que Bebel, un des chefs du parti socialiste, vient d’être 'élu député en Saxe, et que les journaux allemands se demandaient si le gouvernement reconnaîtrait la validité de sou élection. Pour être élu en Saxe, il faut payer au moins 30 marcs d’impôts. Or M. Bebel a été expulsé de Leipzig, et depuis son expulsion, il n’a pas de revenu personnel sur lequel il puisse payer 30 marcs de contributions.
- Mais M. Bebel a fait valoir que sa femme continue à gérer ses affaires, et que les contributions qu’elle paie,
- et qui dépassent de beaucoup la somme de 30 marcs, doivent lui être portées en compte.
- Le gouvernement saxon a adopté cette manière de voir. M. Bebel pourra donc aller occuper son siège. Il y aura dès lors quatre députés socialistes à la Chambre saxonne.
- Sept socialistes viennent encore d’être expulsés de Leipzig. Des délégués de diverses sociétés d’étudiants réunis à Eisenach ont décidé la reconstitution de la grande Burschenckafl allemande, en projet depuis de longues années.
- Des délégués de diverses villes industrielles au nombre de 200 environ, réunis à Cologne, ont décidé que les ouvriers de fabrique devront former un parti spécial, bien discipliné, se tenant en dehors des partis politiques, résolu à voter exclusivement pour des candidats favorables au projet de rendre les corporations obligatoires, et de réclamer des mesures destinées à combattre l’influence des grands capitaux.
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- Le prestige militaire et diplomatique de l’empire se montre de plus en plus impuissant à retenir les Allemands chez eux. Le nombre des émigrants qui se sont embarqués dans les divers ports du ler janvier au 30 juin s’élève à 156,000. Si la proportion reste la même dans le second semestre, cette année aura vu partir 300,000 Allemand. Ce chiffre n’avait pas eucore été atteint jusqu’ici.
- La Gazette de VAllemagne du Nord publie une des nombreuses lettres de menace qui ont été adressées dans ces derniers temps au chancelier. Dans cette lettre on lui dit ceci :
- « C grand et bête chancelier de fer, tu n’échapperas pas au châtiment qui t’attend; ce que nous t’avons promis autrefois s’accomplira sans faute. Ta misérable politique de despote est cause que tu n’es plus même sûr de ta vie. Tu n’as qu’à continuer à expulser d’Ade-magne des concitoyens : tu n’en, feras que plus vite connaissance avec le fossoyeur. Il faut exterminer la race de Bismarck. »
- A cette lettre, mise à la poste à Hambourg, étaient joints des articles découpés dans des feuilles progressistes et une caricature de la Réforme de Hambourg. La Gazette de l'Allemagne du Nord exploite ce détail avec sa bonne foi habituelle, et accuse le parti progressiste de vouloir susciter un nouveau Kullmann.
- Le rédacteur en chef de la Gazette de l'Allemagne du Nord est eu ce moment à Kissingen : c’est assez dire qui inspire les attaques dirigées par ce journal contre les progressistes.
- RUSSIE
- Les journaux russes, auxquels il est interdit de porter dans les questions politiques, sociales, administratives, voire même économiques, l’esprit d’examen, qui fait l’essence de la presse, se rabattent sur les questions religieuses. Il est incontestable que le fractionnement en d’innombrables sectes des doctrines plus ou moins contraires à l’ordre établi est une menace aussi longtemps que leurs adeptes restent constitués eu société secrètes. Le rasAol s’étend du Nord au Midi comme un réseau aux mailles insaisissables. Le chiffre de dissidents grandit tous les ans; déjà il monte au delà de 14 millions. Ses proportions toujours croissantes ont jeté l’alarme parmi le clergé orthodoxe, qui pousse des cris d’effroi au milieu du désarroi général. Les mesures répressives qu’il réclame ont fait leur temps et aussi leur œuvre, Le baptême de feu et de sang a sacré martyrs et propagateurs de la foi d’obscurs fanatiques, des rêveurs inoffensifs, des hallucinés dont ia place était marquée dans un asile d’aliénés et non au bagne, où on les envoyait faire des prosélytes, et ils n’y manquaient pas. Les prisons et les mines étaient, en effet, des endroits admirablement choisis pour y faire germer les semences de révolte contre les lois divines et humaines.
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- D’autre part, les nihilistes n’ont pas entièrement désarmé dans la capitale. Dernièrement, la police a trouvé à Saint-Pétersbourg, au cimetière de Smolensk, un des plus éloignés du centre de la ville, le cadavre d’un des meilleurs et des plus actifs détectives chargés de suivre les menées nihilistes. On raconte que cet agent, arrêté autrefois pour participation au parti socialiste, avait dû la liberté a des révélations importantes. On utilisa sa bonne volonté, et après s’être assuré de sa fidélité à ses nouvelles fonctions, on l’attacha à la police secrète de Saint-Pétersbourg. Il s’affilia en qualité d’étudiant expulsé à une société secrète d’ouvriers, et prenait part à leurs conciliabules. Le cimetière de Smolensk était le lieu des rendez-vous, à cause de sa situation isolée. On voulait prendre les conspirateurs dans un grand coup de filet; la police prévenue attendait le signal convenu. Il ne vint pas, et quand les agents se décidèrent à sortir de leur cachette, ils trouvèrent le cimetière vide et l’ex nihiliste égorgé.
- TURQUIE
- D’après une dépêche de Constantinople du 27 juillet, tous les condamnés dans l’affaire du meurtre d’Abd-ul-Aziz, dont la peine a été commuée, seront déportés dans le Hedjaz, aux environs de la Mecque. Seuls, les deux lutteurs qui ont fait des aveux et les deux officiers qui ont été condamnés à dix ans de travaux forcés restent momentanément à Constantinople.
- L’attitude d’une partie des ulémas, favorable aux condamnés, semble avoir beaucoup influé sur les décisions du sultan. Nous trouvons à ce sujet, dans une lettre de Constantinople adressée à la Correspondance politique >les détails suivants :
- Il y a ici un dignitaire dont le titre est « fetwa-ômendi, » qui est inamovible, parce qu’il ne s’occupe point de politique et représente uniquement le chéri, (le droit religieux), tandis que le cheikh-ul-islam prend aussi part aux délibérations politiques du cabinet, et est compris dans chaque changement ministériel. Ce personnage donne sans appel son avis par écrit et sous forme de réponse à des questions.
- L’émendi actuel, rappelant son grand âge (il a 80 ans), déclara qu’il ne voulait pas mourir en emportant le regret d’avoir agi contre sa conviction. Son fetwa fut que tous les accusés étaient innocents, et qu’on pouvait punir tout au plus les deux hommes qui avaient avoué le crime. C’est en vain qu’on s’est efforcé de lui faire changer d’avis, le vieillard ne veut pas céder. Cet incident montre que le chéri (droit religieux), est plus puissant en Turquie que les tribunaux, qui n’ont pas la moindre indépendance.
- Les démonstrations des softas contre l’avant-dernier cabinet d’Abd-ul-Aziz avaient fortement compromis l’autorité de ce dernier; aussi est-ce avec un vif mécontentement que le sultan actuel voit l’attitude des ulémas.
- S’il faut en croire le correspondant du Daily-News, à Constantinople, Midhat-Pacha aurait tenté, mardi soir, de s’ouvrir les veines avec une paire de ciseaux. On l’arrêta à temps et l’on pansa ses blessures; il déclara qu’il avait voulu prouver que l’on pourrait se tuer ainsi.
- Le sultan fit appeler Midhat-Pacha et exprima le regret qu’il eût cherché à attenter à sa vie. Midhat, (toujours d’après le correspondant anglais), répondit que la vie n’avait plus de prix pour lui, et qu’il préférait être exécuté que d’être banni. La seule faveur qu'il aurait demandée eût été d’être fusillé au lieu d’être pendu.
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- 3L*e cas de M\ Duquesnay, — On lit dans le Voltaire :
- L’épiscopat français continue à donner de hauts exemples.
- On se rappelle qu’au mois de février dernier, le siège
- archiépiscopal de Cambrai devint vacant par suite de la mort du cardinal Régnier.
- A cette époque M. Duquesnay, ancien curé d’une des paroisses de Paris, était évêque de Limoges. Dans cette ville il manœuvrait en- piassier, ménageant à la fois la réaction et le gouvernement.
- Vers la fin de février,on apprit qu’il avait assisté à un grand dîner officiel donné par M. Massicault, préfet de la Haute-Vienne, et qu’au dessert il avait manifesté, dans un toast, des sentiments de vive sympathie pour la République!. .
- La presse entière enregistra ce fait rare et inattendu.
- Trois jours après M. Duquesnay était nommé archevêque de Cambrai ; mais dès que sa nomination fut un fait accompli, les feuilles cléricales démentirent avec ensemble le toast républicain de Limoges.
- Le tour était joué !
- Aujourd’hui l’archevêque Duquesnay se distingue en tète des prélats les plus hostiles et les plus agressifs • dans une circulaire à ses curés, il vient d’opposer lè droit divin à la volonté nationale, et de déclarer qu’il n’avait aucune espèce de compte à rendre au gouvernement, attendu qu'il est Romain avant d'être Français.
- ¥ ¥
- On nous apprend, dit la Justice, le véritable motif de la colère de l’archevêque de Cambrai contre le gouvernement de la République française.
- Le Conseil d’Etat vient de réduire des quatre cinquièmes un legs de 150,000 francs qui avait été fait au profit du séminaire de M. Duquesnay.
- Cette nouvelle est d’autant plus affligeante, que co. séminaire est un des plus riches de France, et qu’il s’achète des rentes tous les ans.
- VOYAGE AUTOUR DU FAMILISTERE
- III
- Après nous êtes promenés autour des pelouses qui, derrière le palais, longent la rivière dans laquelle nous aurions fructueusement jeté nos lignes, si nous n’avions pas eu à voir tant d’autres choses remarquables qui nous restent à explorer, nous aurions pu entrer dans l’enceinte du Familistère par une des nombreuses issues qui s’offraient à nous sur notre passage. Mais quo’que notre excursion ait pris déjà, grâce à vous, cher lecteur, toutes les allures d’une tournée vagabonde et tout à fait fantaisiste, je croirais manquer néanmoins à tous mes devoirs de guide bien appris, si je ne vous conduisais pas à l’entrée principale, comme il convient de faire à l’égard d’un visiteur de votre importance.
- Vous faites la grimace, et vous vous dites que vous vous passeriez de tant d’honneur, parce qu’il faut pour cela traverser cette vaste place, sous les rayons ardents d’un soleil caniculaire, et que vous redoutez une insolation. Vous pensez qu’il serait plus naturel et plus humain de vous mettre sans plus tarder à l’abri en pénétrant à l’intérieur par l’huis le plus rapproché. Vous avez bien raison, ma foi, et je serais très fort de votre avis, si j’étais
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- moins de mon temps. Mais, depuis que je suis au monde, je vois toujours que ce ne sont point ces considérations qui guident les actions des hommes. Voyons dites-moi ; lorsque, par exemple, on veut célébrer uue grande fête nationale, comme notre dernière fête du 14 Juillet, il serait assez naturel et très humain de laisser à chacun la plus ample liberté de la fêter à son gré, n’est-ce pas ? Oui, me dites-vous ; eh bien, vous n’y êtes point du tout. Pour faire les choses comme il faut, voici comment il faut procéder. On s’arrange de façon à ce qu’une partie de la population, et non la plus à dédaigner, au contraire, serve de spectacle à l’autre. En conséquence l’on condamne les hommes de la garnison â venir quel ques fois de loin, par une température de feu, qui rend la marche on ne peut plus pénible, et à se tenir ensuite pendant de longues heures au soleil, dans un vaste champ comme l’Hippodrome de Longchamps à Paris. Et tout cela, pourquoi ? Tout simplement pour procurer un prétendu amusement à quelques myriades de badauds, qui s’imposent la corvée de courir à la revue, suant sang et eau, se fatiguant, s’éreintant, s’abreuvant de poussière à bouche que veux-tu, pour voir des uniformes et des bataillons harassés défiler devant une tribune ! Voilà une fête, surtout pour ces pauvres diables de troupiers qui n’ont pas dû en être charmés.
- Croyez-vous encore qu’il ne serait pas tout naturel et plus humain de donner, par exemple aux conducteurs et serre-freins des chemins de fer une tenue d’été, au lieu et place de ces chaudes tuniques qu’on leur fait porter en toute saison? Est-ce que leur ser vice en souffrirait, parce qu’une tunique en Orléans ou en alpaga sinon en coutil remplacerait leu*’ uniforme de gros draps épais, bon pour le mois de novembre? Et les facteurs de la postt ?Est-ce que leurs lettres seraient moins exactement remises, parce qu’ils porteraient un vêtement de toile dans ces rues de Paris, dont la reverbération des maisons toujours blanches et du pavé fait souvent des fournaises?
- Non, lecteur, il ne suffit pas qu’une chose soit naturelle et humaine, que dis-je, il ne suffit pas qu’elle soit logique, pour que les hommes l’admettent. J’ai donc raison de vouloir vous conduire per fas et ne-fas dans l’intérieur du Familistère par lagran.de entrée. Je dis plus : vous devriez vous estimer heureux d’être traité de la sorte. Combien y a-t-il de gens cloués dans leur lit par la maladie, ou dans une prison par une condamnation, ou dans un cloître par des vœux imprudents que l’on regrette, qui vou draient bien être à votre place ! Pour être heureux, ae l’oubliez pas, il faut toujours regarder non pas
- ceux qui sont au-dessus, mais ceux qui sont au-dessous de soi.
- Cela dit, nous voici arrivés; donnez-vous la peine d’entrer. Ah, vous regardez ce tableau des logements? Eh bien, voilà le concierge de cette partie du Familistère. En réalité, voyons, à quoi est utile un portier dans une maison où il y a plusieurs locataires? A vous indiquer, à vous étranger qui n’y êtes jamais venu, le logement de la personne que vous venez de visiter. En dehors de cela, le concierge ne sert véritablement à rien. Ici, ce tableau, qui vous fournit l'indication de l’étage et du numéro du logement occupé par chaque locataire, tient très utilement et très pratiquement lieu de portier. Il n’est ni trop bavard, ni impoli, ni bourru, ni désagréable, et il vous renseigne parfaitement. Vous voyez qu’on a trouvé ainsi un moyen économique et commode de remplacer vos cerbères Parisiens. Ah mon Dieu, c’est bien simple, dites-vous! Et sans doute, c’est toujours l’œuf de Colomb.
- Avez-vous remarqué que ce n’est presque jamais des choses les plus simples que l’on s’avise tout d’abord! Cela est si vrai que l’on est presque toujours surpris de voir mettre en pratique la simplicité. Votre étonnement en présence de ce tableau indicateur n’en est-il pas une preuve? Lorsqu’un inventeur imagine une machine quelconque, il est fort rare que le premier spécimen ne renferme point une foule de complications que l’on finit petit â petit par faire disparaître, si bien que les perfectionnements des inventions consistent presque toujours dans des simplifications. Voyez la machine à coudre! La première qui ait été construite aux Etats-Unis où elle a été inventée, était extrêmement compliquée, et celles que l’on fabrique aujourd’hui, meilleures incontestablement, sont d’une très grande simplicité.
- Cela tient à ce que l’homme civilisé a des tendances, surtout chez nous, à rechercher toujours ce que l’on nomme vulgairement la petite bête, le fin du fin, la quintessence du raffinement.au lieu devoir les choses telles qu’elles sont.La civilisation en améliorant les conditions de l’existence humaine par toute sorte de moyens factices, finit par influer de la même façon sur bien des intelligences, et par leur faire envisager toutes choses sous une espèce de jour factice aussi. A mon avis, un des mérites du fondateur du Familistère, c’est de n’être jamais tombé dans ce travers pour aucun des innombrables détails dont il a eu à s’occuper, pour mener à bien cette création, et c’est ce qui rend son œuvre si éminemment pratique.
- A chacune des entrées principales des ailes laté-
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- raies du vaste édifice, vous trouverez un tableau semblable vous indiquant les numéros des logements de ceux qui les habitent. Comme vous le voyez, c'est aussi simple que complet.
- Cette porte à droite dans l’allée, c’est l’Economat; c’est de là que tout ce qui a trait à l’administration courante du Familistère, avec ses nombreux services, rayonne comme d’un foyer puissant. C’est là que se concentrent et que reçoivent satisfaction les innombrables demandes et réclamations inévitables dans une population de quatre cent familles à peu près.
- Faisons quelques pas, et nous voici*dans la cour du bâtiment central. Que dites-vous, comme salie de bal, par exemple, de ce vaste parallélogramme qui mesure bien quarante cinq mètres sur 20, et qui, par conséquent présente une superficie, de neuf cents mètres, parfaitement à couvert par une toiture vitrée, fort bien aéré par en haut et par en bas, et dont le sol recouvert de ciment dur ne peut point produire de poussière ? Or remarquez encore s’il vous plait, qu’il est tellement uni, qu’il pourrait servir aux amateurs du Shating pour leurs exercices. Abondamment an osé l’été, sans le moindre inconvénient, on y entretient, grâce à ces bouches d’air que vous apercevez semées à sa surface, une fraîcheur relative que vous appréciez aujourd’hui, après avoir traversé la place si ensoleillée pour y arriver. L’hiver, c’est là que, durant les heures de récréation, les enfants à l’abri se livrent à leurs jeux avec toute l’ardeur de leur âge. En ce moment, elle est déserte, parce que les jardins du familistère sont préférables par le beau temps, comme lieu de récréation.
- Aussi, comme l’on s’en donne! Pendant que quelques mamans assises sur les bancs à l’ombre des grands arbres, travaillent en causant et en surveillant, tout ce petit monde, s’agite, va, vient, court,se poursuivant, s’évitant, se fuyant, se rapprochant avec des cris, des éclats de voix tantôt joyeux, tantôt irrités, variant vingt fois dans une minute comme les impressions si mobiles du jeune-âge.
- Le triple rang des galeries superposées qui règne tout autour de cette cour permet de circuler librement d’un logement à un autre, d’un coté de cour à l’autre, et d’une aile du bâtiment à l’autre. C’est destné à remplacer, avec les avantages inappréciables de la lumière et de l'aération parfaite, les corridors et les allées des édifices ordinaires, si incommodes et si peu salubres le plus souvent. Ceci est encore un immense progrès réalisé en matière d’architecture pour les habitations, et lorsqu’on aura
- apprécié à sa valeur toute la portée de ce système, il n’est pas douteux qu’il ne soit adopté dans les constructions de l’avenir.
- Vous vous taisez, lecteur, et votre silence est pour moi une approbation. Avec votre nature narquoise, vous voudriez bien trouver une objection à faire, et je vois bien que vous vous battez les flancs pour en imaginer une, mais elle ne vient pas. Ce doit être une serre-chaude, dites-vous. Mais vous sentez bien vous-même le contraire. Sur la place que vous venez de traverser n’aviez-vous pas bien plus chaud que dans cette cour? A quelle époque pourtant aura-t-on une température plus élevée que dans ce mois de juillet de l’an de grâce 1881 ? Or, entre la température de la place et celle de la cour, il y a une différence de dix à douze degrés de moins pour cette dernière, Pour que ce fut une serre-chaude, comme vous le prétendez, il faudrait que l’air ne s’y renouvelât pas sans cesse, comme cela a lieu, 'par les prises d’air du sous-sol et par celles de la toiture. Or, dans ces conditions, le verre n’étant point conducteur du calorique, il est impossible, surtout la cour étant arrosée abondamment, ce qui remédie à la sécheresse de l’air, il est impossible, dis-je, que les cours ne soient pas fraîches. Allons, convenez-en, votre objection n’est point fondée. Reconnaissez que l’idée mise en pratique ici est excellente, et ne tombez pas dans [ce travers commun qui fait croire de bon ton à bien des gens de ne jamais paraître étonnés de rien, de ne jamais rien admirer, nil admirari. On leur montrerait les temples Egyptiens de Karnak ou de Louqsor, dans une nef desquels, Notre-Dame de Paris toute entière ferait l’effet d’un meuble de milieu dans un salon, qu’ils ne voudraient point manifester leur admiration de crainte de manquer de distinction, Il est de bon ton de ne s’émouvoir de rien. Mais ici, mon cher lecteur, malgré que vous en ayez, votre silence est pour moi plus éloquent que bien des exclamations.
- A votre droite, dans cette cour centrale se trouve le magasin de comestibles, épicerie, vins, bière, liqueurs, pain etc., à la porte duquel sont chaque jour affichées dans un tableau ad hoc les annonces que l’administration du Familistère a à faire à la population. A gauche, le magasin de mercerie, d’étoffes, etc., et en face le passage, qui à l’aide d’une passerelle sur la pelouse, donne accès aux bâtiments de la nourricerie, du pouponnât et de l’asile. Nous devons à tous ces établissements une visite.
- (A suivre.)
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- LE CONGRÈS DE LEEDS
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- La séance de mercredi, la dernière du Gongrès, s’ouvre à l’heure habituelle, dix heures, sous la présidence de M. Crabtrée.
- Les deux questions à discuter sont, : l<> La vérification des comptes des sociétés de coopération, et le manuel des vérificateurs. 2° L’organisation de la coopération et l’éducation.
- Sur la première question, le rapport dit que dans toute société, il est nécessaire d’exercer un contrôle sérieux et efficace, sur la comptabilité, car de la bonne tenue et de la régularité de celle-ci dépendent la prospérité de l’association, et la confiance qu’elle peut inspirer.Mais il y a contrôle et contrôle. De même qu’un mécanicien expérimenté, entre les mains duquel on place une machine, examine aussitôt, sans s’arrêter à des détails insignifiants, les parties essentielles du mécanisme, celles dont dépend son bon ou son mauvais fonctionnement, de même le bon surveillant,appelé à vérifier des comptes, porte principalement son attention sur les parties vitales de la comptabilité avant toute autre, afin de s’assurer clairement de la situation réelle et vraie des affaires sociales.
- La loi de 1876 sur les sociétés industrielles et de prévoyance prescrit d’y faire vérifier soigneusement, au moins une fois tous les ans, les comptes sur les registres de la Société, soit par des contrôleurs publics nommés à cet effet, soit par deux personnes ou plus nommées conformément aux statuts de la Société. Une fois par an, avant le 1er juin, il devra être adressé au greffier du ressort un état général des recettes et des dépenses, des fonds et des effets de la Société, suivant les résultats fournis par la vérification,
- Ainsi, il est évident que les devoirs du vérificateur Sont non seulement .onéreux, et de nature à engager sérieusement sa responsabilité, mais encore difficiles à remplir et souvent pénibles, surtout lorsque les affaires de la Société n’ont pas été très prospères, et qu’il a de fâcheuses constatations â faire,
- Or comme la loi précités ne pose aucune règle pour indiquer la façon dont les vérifications doivent être faites, ni les aptitudes et connaissances requises pour remplir convenablement cette fonction, il est de toute nécessité de rédiger un manuel à l’usage des vérificateurs. Ce qui le prouve c’est qu’il n'existe aucun système adopté par les vérificateurs dans la coopération, On peut dire que chacun agit à
- | sa guise, et aussi est-il arrivé que beaucoup d’entre | eux se sont égarés.
- En conséquence l’auteur du rapport, M. Milburne propose de faire un manuel dans la même forme que les manuels de Beeton sur les assurances, les agences etc, traitant des questions suivantes :
- 1° Qu’es't-c.e que la vérification des comptes ? — 2° Des qualités et des devoirs du vérificateur. — 3° Ce qu’est un contrôle efficace — 4° Erreurs à éviter dans la vérification. — 5° Appendice contenant un modèle des états annuels, et des autres documents légaux, des tables etc.
- Après discussion, et sur la proposition de M. B. Jones, l’assemblée vote presqu’à l’unanimité la nomination d’un comité, dont feront partie MM. Bailey de Newcastle et Milburne chargés de préparer le projet de manuel, et de le soumettre à l’approbation du Comité de l’Union.
- L’on passe ensuite à l’examen de la question de l’organisation et de l’éducation. Ce sont, dit M. Holmes, les deux appuis sur lesquels la coopération s’étage et se meut, les deux piliers du portique par lequel la coopération doit entrer dans le temple. Si dans des temps fort critiques, Rochdaleet Leeds ont réussi, c’est parce que chez eux l’organisation a combattu l’égoïsme individuel et fait triompher l’intérêt social. Le fait de l’organisation du Comité central de Coopération, avec ses six sections, ses dizaines de subdivisions et ses centaines de Conférences, concentrés dans une admirable unité d’action dans ces Congrès annuels, auxquels de profonds économistes et de savants professeurs sont venus fournir les lumières de leur savoir et de leur expérience, et qui comme celui de Leeds ont été honorés de discours d’un des plus grands personnages de l’aristocratie, en même temps qu’un des plus sages penseurs de l’Angleterre, ce fait est merveilleux et donne lieu d’être fier de ses résultats, lorsqu’on considère la modestie des débuts qui les ont amenés.
- Les vrais coopérateurs doivent être des alliés et non point des rivaux ; et c’est le principe de la justice et non de l’égoïsme qui doit les guider dans tous leurs rapports. En un mot, c'est l’intérêt général qui doit toujours servir de base à l’organisation de toutes les associations coopératives.
- M. Bailéy lit de son côté un discours, dans lequel il dit que, grâce à sa bonne organisation, l’ensemble des associations coopératives a pu réaliser de 1861 à 1880 des économies qui ne s’élèvent pas à moins de 394,614,500 francs qui ont été en partie distribués par l’effort coopératif appliqué entre 560,703 membres, compris dans le mouvement dans la Grande Bretagne.
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- Il passe ensuite en revue les divers systèmes d’organisation suivis depuis le commencement du mouvement, et montre la progression du développement, depuis la Conférence Committée primitif, jusqu’à la constitution de l’Union coopérative avec ses cinq sections en 1873. L’année 1881 nous fait faire un pas de plus dans cette œuvre d’organisation; et avec le Congrès annuel, les Comités central, de l’Union, et de section, nous voyons partout autour de nous, organisées volontairement, des Associations de Conférences de District. *
- Cette création spontanée et utile peut être adoptée régulièrement en fixant les circonscriptions de districts, d’après leurs limites naturelles, et en la complétant par l’établissement de ces conférences, partout où elles n’existent pas encore. Chacune de ces associations de Conférences de district doit avoir son président, son secrétaire correspondant, son secrétaire de statistique, et sa commission exécutive. Ce seront autant de centres de propagande, dont il serait oiseux de démontrer l’utilité et l’importance ; l’opinion qui a tant d’influence de nos jours, l’opinion généralement exprimée est que cette organisation est nécessaire pour la propagation future de l’éducation coopérative.
- En conséquence, l’orateur propose de modifier dans ce sens les règles, les ordres et la procédure de l'Union Coopérative.
- Quant à l’éducation, M. Holmes dit qu’elle doit tendre à faire pénétrer dans l’esprit de ceux qui se joignent au mouvement coopératif les véritables principes de ce genre d’association, et à inculquer ces principes aux enfants des membres. Pour cela, l’organisation actuelle est très favorablement adaptée aux exigences. Chaque société a son comité local, qui peut réunir ensemble les classes des enfants des deux sexes, et si des Essais, des Traités et des Catéchismes étaient fournis par le Comité, de façon à ce que les écoliers soient instruits au moyen de simples leçons en matière d’économie politique, sociale, et domestique, on en serait largement récompensé par les inappréciables résultats que l’on obtiendrait. Si des formules claires des principes, imprimées sur des feuilles volantes et placées en tête des réglements de toutes les sociétés étaient connues, on pourrait alors exiger que chaque nouvel adhérent les signât, en entrant dans la corporation. Des lectures ou conférences faites dans certaines occasions par des hommes capables et accrédités, convenablement rémunérés, pourraient aider puissamment au progrès du mouvement, et provoqueraient peu à peu dans les réunions et les fêtes même, le goût des adresses, où l’on étudierait la solution
- des divers problèmes, qui restent à étudier, en en faisant disparaître entièrement tous ces burlesques non sens trop communs dans ces assemblées.
- Après une discussion dans laquelle M. Bell propose de renvoyer l’étude de la question aux conférences de section, qui seront chargées de se renseigner au moyen d’un enquête et de la discuter mûrement, l’assemblée adopte cette motion, et le vote de remerciements d’usage clôt la séance et le Congrès.
- LÀ LAITERIE COOPÉRATIVE DE KIEL
- Il existe à Kiel dans le Schleswig une laiterie coopérative [Kieler Qenossenschafts Meieri), qui est sans contredit l’une des plus remarquables laiteries qui se puissent voir.
- Elle ne compte encore que 4 ans d’existence,mais les résultats auxquels elle est parvenue, surtout en ce qui concerne la qualité des produits, sont si surprenants, qu’elle attire déjà sur elle l’attention d’agronomes distingués.
- Les détails que nous allons donner sur elle sont empruntés à’un rapport deM. E. Chesnel, de l’Institut national agronomique, qui s’est rendu dans les pays Scandinaves pour y étudier les progrès de l’industrie laitière plus avancée dans ces pays-là, parait-il, que dans aucun autre.
- La laiterie coopérative de Kiel occupe une vaste construction en briques, comprenant des écuries et remises, la laiterie proprement dite, la fromagerie, une machine à vapeur surmontée d’une grande cheminée comme dans une usine, des magasins pour la vente en gros et un local pour la vente au détail.
- La laiterie proprement dite contient trois centrifuges du système Lefeltd, l’habile ingénieur allemand auquel l’industrie laitière doit plusieurs instruments perfectionnés. Chacun de ces appareils consiste en un cylindre de fer, ouvert par le haut, dans lequel tourne une turbine en acier. Sous l’influence d’une rotation de plus en plus rapide, le lait prend peu à peu la forme d’un manchon, qui se divise bientôt en couches concentriques, la crème reste tout près de l’axe de rotation, le lait maigre vient ensuite, et les impuretés sont refoulées vers la surface la plus éloignée. Pour faire sortir la crème on verse par un tube spécial du lait maigre qui, repoussant la crème vers le centre, la fait refluer par une ouverture percée au centre du couvercle du tambour jusqu’au dessus de ce couvercle.
- La laiterie coopérative possède trois de ces engins, deux de 200 litres, un de 100 litres. Ils tournent à
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- raison de 1200 tours à la minute ; en moins d’une demi heure la crème est séparée. On traite de la sorte le lait de 550 vaches, environ 4000 litres par jour.
- Trois réservoirs en béton, doublés de fer blanc, ayant chacun 2 mètres sur 4 reçoivent le lait maigre, ils sont placés dans le sous-sol, droit au-dessous des centrifuges, ce qui permet de les remplir par un simple conduit. La crème est conservée dans des vases en fer blanc plongés dans un réservoir de ciment garni d’eau et de glace.
- Les transports de lait, en ville ou ailleurs, se font par des voitures-citernes, partagées dans le sens de la longueur en trois compartiments ayant chacun son robinet à l’arrière de la voiture. Les parois de la citerne sont fermés d’une double cloison métallique, remplie de bourre de poil, le lait est également double et peut contenir de la glace.
- Les avantages que les co-associés retirent de cette entreprise sont sérieux. Tandis que le litre de lait doux vaut dans ce pays 15 fr. les cent litres, la Société vend ces mêmes cent litres sous formes ;
- 1° de 14 litres de crème à 1 fr. 25. . ,17 fr. 50
- 2° de 80 litres de lait écrémé à 10 cent, le litre................................ 8 fr. 60
- Et en moyenne. . . 26 fr. 50
- La Société encaisse de la sorte 1040 fr. par jour, sur lequel elle réalise un bénéfice brut de 400 francs environ.
- Malgré le prix élevé des centrifuges, malgré les frais d’acquisition et d’entretien du moteur à vapeur, le bénéfice net est encore très beau. Les ménages des associés de Kiel s’en trouvent admirablement.
- Ed. Champury.
- BIBLIOTHÈQUE DU FAMILISTÈRE
- Notre sympathique et éminent confrère et ami M. Fauvety, Président de la Société des Etudes Psychologiques, vient de faire don à la Bibliothèque du Familistère d’un lot considérable de livres, qui ne comprend pas moins de cent vingt et un volumes, Nous ne saurions trop remercier M. Fauvety au nom de nos travailleurs, auxquels il procure de la sorte un surcroit d'utiles distractions, de cette libéralité véritablement hors ligne. Certainement ceux de nos lecteurs qui connaissent le donateur, son esprit franchement libéral et son coeur si plein de dévouement à la cause de l’émancipation de l’ouvrier comprendront le sentiment de reconnaissance dont nous sommes pénétré aujourd’hui, et ils s’associeront à la pensée qui nous en dicte l’imparfaite expression. Merci donc mille fois à M. Fauvety de son gracieux don.
- Nous devons aussi des remerciements à M. Ch.
- Limousin, rédacteur du « Journal des Economistes » pour le don du volume de la Revue du Mouvement Social (année 1880-1881) qu’il a fait également à notre Bibliothèque.
- Ces précieuses marques de sympathie de la part d’hommes d’un talent et d’un caractère élevés nous fournissent l’occasion,que nous sommes heureux de mettre à profit,pour rappeler avec gratitude les noms de donateurs antérieurs, tels que MM. Alamartin, Narcisse Barret, Ed. de Pompery, Favelier père, Louis Toguetti, Ch. Lemonnier, Benoit Malon, Châtelier, Boissy, (Société de Secours Mutuels des Amis de la Famille,) Leieu, Mlle Eugénie Pierre, Emile Bedinghans, Yansitart-Neale, Frédéric Borde, Paul Coste, E. Fauconnier, Angely Feutré, Paul Hacquart, Caroline de Barrau, M. et Mme Eus. G-arcin, J. Delaporte, Roustaing, Ed. Champury, Ch. Fauvety, Pouliquers, Rampai et autres donateurs anonymes ou dont nous ne retrouvons pas les noms, et à qui nous renouvelons ici l’expression de notre sincère reconnaissance.
- ÉTAT CIVIL DU FAMILISTÈRE
- NAISSANCE
- Mercredi 27 Juillet 1881 — Jouron Leonard, fils de Jouron Léonard et de Lenoble Marie.
- Samedi 30 Juillet 1881 — Louis Paul-Emile, fils de Louis Léon et de Bouin Léodie.
- DES EFFETS AUX CAUSES
- Sous ce titre, un journal italien, « Il Secolo » de Milan, publie un article sur la situation sociale et politique actuelle, dont nous traduisons volontiers pour nos lecteurs les passages suivants :
- « Ceux qui aiment les fortes émotions doivent être contents. Partout en effet nous voyons des persécutions féroces, ou des insurrections, ou des guerres en perspective.
- « En Russie, les persécutions politiques et religieuses et tous les prodromes d’un effroyable cataclysme ; en Allemagne, les anciens libéraux-nationaux divisés en fractions à l’infini, très hostiles les unes aux autres; dans la Cisleithane, la guerre latente mais prête à se manifester entre Autrichiens et Tchèques ; des défiances et des soupçons réciproques entre la France et l’Italie; dans l’Algérie méridionale, des nuées d’insurgés guidés par un chef adroit et audacieux mettant dans l’embarras les autorités françaises ; à l’extrémité orientale de la Tunisie une insurrection sanguinaire menaçant de se transformer en guerre sainte des Arabes contre les Européens ; et pour combler la mesure, au-delà
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- de l’Atlantique, le pacifique et vertueux président des Etats-Unis frappé, pour ainsi dire à mort, par un misérable, pour un refus d’emploi.... Si tels sont les résultats de la civilisation tant vantée de notre siècle par les gouvernants de l’Europe et d’Amé-rique, nous pourrions demander quels seraient ceux de la barbarie qui viendrait à triompher sûrement, le jour où leurs tristes agissements auraient fini par persuader à tous que ce n’est que par le mensonge, la fraude, la violence et les mauvaises passions que l'on gouverne le monde.
- Il y a véritablement des moments ou le plus bel idéal promis aux peuples par les génies promoteurs ardents de la liberté est couvert d’un voile tellement épais, que, sous l’influence délétère du découragement, on se sentirait disposé à répéter le mot désespéré de Brutus : « Vertu, tu n'es qu'un mot », si l’histoire de l’humanité, plus attentivement étudiée, ne nous montrait toujours voisines des grandes catastrophes les voies sereines de la régénération, et, dans le mépris des principes élevés de la saine morale, la véritable cause des calamités et des désordres que l’on déplore.
- « En présence aujourd’hui de tant d’indices de grands soulèvements, et d'une pareille accumulation d’éléments inflammables, auxquels il suffirait d’une étincelle pour mettre toute l’Europe en feu, les ennemis de la démocratie s'écrient avec emphase : « Où sont donc passés ces grands principes de liberté et de progrès constant dans le bien ? Croirez-vous en core au triomphe de la justice parmi les hommes, de la fraternité dans le peuple, et de l’arbitrage pacifique substitué à la raison du plus fort, au sort des armes, pour résoudre les conflits internationaux? Ne voyez-vous pas que tout le monde se rit de ces nobles mais stériles principes, et que de toutes parts le vieil homme semble renaître plus menaçant et plus avide de ruines et de sang ?
- « Oh, non, nous ne voyons pas cela. Dites-nous à votre tour, ô nos très savants contradicteurs •: Parce que la foudre abat parfois les arbres qui s’élevaient majestueux sur la rive d’un fleuve, est-ce que l’on renoncera à en planter d’autres, qui, à un moment donné, fourniront l’abri tutélaire de leur ombre contre les ardeurs accablantes d’un soleil d’été ? Parce qu’une tempête accompagnée de grêle aura détruit la moisson d’un pauvre villageois, est-ce qu’il cessera de labourer, de travailler et d’ensemencer son champ pour la récolte prochaine ? Parce que la maladie souvent aura moissonné dans sa fleur une précieuse existence, déclarera-t-on chimérique la science médicale ou chirurgicale, inutile l’hygiène, [et vains
- tous les soins à prendre pour conserver la vie aux êtres qui nous sont chers? »
- « De même que les anomalies et les perturbations dans le monde physique, bien étudiées dans leurs causes ne détruisent nullement, mais confirment au contraire les règles qui sont en vigueur dans l’univers, de même les commotions et les catastrophes qui surviennent dans l'ordre moral ne portent point atteinte aux principes qui guident l’humanité vers lé progrès.
- « Les violences, les insurrections, les manifestations de haine, et les menaces de guerre dont nous sommes aujourd’hui témoins sont une protestation contre un ordre de choses basée sur l’injustice, ou une preuve que les gouvernements et la presse, qui a une si grande influence sur l’éducation politique, travaillent encore à pervertir les bons instincts des populations et à les faire tourner au profit de desseins ambitieux, en exploitant les préjugés, les passions malsaines, les rivalités et les haines de race et de nationalité, héritage des temps de barbarie.
- « Si le nihilisme, a la honte des puissantes ressources dont dispose l’empire Moscovite, menace de révolutionner et de mener toute la Russie dans une immense catastrophe, c’est que le despotisme n’a plus que quelques années à vivre, par la force même des choses. Si en Allemagne le prince Bismarck, tout en poursuivant à outrance les socialistes, fait siennes quelques-unes de leurs idées fondamentales pour les appliquer dans les projets de loi qu’il présente à la Législature, c’est qu’il comprend qu’aujourd’hui aucun gouvernement ne peut plus se maintenir longtemps sans l’appui moral des masses, qui ne s’obtient qu’en donnant satisfaction à leurs besoins les plus urgents.
- « Si en Autriche, les Tchèques et les Allemands, après tant d3 tentatives d’apaisement, sont toujours à la veille d’une collision générale, cela confirme l’opinion tant de fois exprimée par nous que la monarchie Hapsbourgeoise, en groupant ensemble des éléments hétérogènes, doit se transformer en un état purement fédératif, ou créer un empire Slave, en laissant aux autres nationalités qui le composent aujourd’hui leur complète autonomie.
- « Si entre l’Italie et la France, les malheureux événements de Tunisie ont fait méconnaître (espérons que ce sera pour peu de temps), les intérêts communs et les liens qui unissent ensemble les deux peuples, liens contractés sur les champs de bataille, où ils ont combattu ensemble, et s’ils ont réveillé les jalousies et les défiances que l’on croyait depuis longtemps éteintes, c’est en partie la faute de la presse, qui au lieu d’instruire, trompe et corrompt.
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- et surtout de la diplomatie des gouvernements libéraux qui, au lieu de parler franchement et ouvertement, de façon que les nations dont elle représente les intérêts sachent ce que ces gouvernements veulent et vers quel but ils tendent, aime au contraire à s'entourer de mystère, à suivre des voies détournées qui ne sont bonnes et nécessaires que pour les gouvernements des époques de servitude.
- « Si les populations arabes, de Tripoli au Maroc, se lèvent contre la domination Française, cela veut dire qu’elles n’ont pas encore compris les bienfaits de la civilisation et les avantages qu’elles retireraient d’une transformation qui serait pour elles un progrès inappréciable.
- « Enfin, si en Amérique le président de la grande République est tombé victime d’un assassin, cela prouve qu’aucune Constitution politique ne pourra empêcher quelques cerveaux malades de se détraquer entièrement.
- « En somme dans tout cela, nous ne voyons aucun motif pour repousser ces principes de démocratie progressive et de solidarité entre les peuples, qui sont le gage le plus assuré de la prospérité et de la liberté à l’intérieur, et de la paix féconde et honorée à l’extérieur. Nous croyons que tous ces faits confirment la vérité et la sagesse de ces principes que nous avons toujours soutenus, parce qu’en définitive c’est pour les avoir méconnus ou méprisés, que les gouvernants des nations les ont livrés en proie à des agitations intermittentes ou à des secousses subites.
- « Il n’en serait point’ ainsi si les principes de liberté et de justice avaient toujours été pris pour règle par les gouvernements des grandes puissances, et si leurs actes avaient toujours été conformes à ces principes sages et féconds. »
- Ed. F.
- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
- LES PRINCIPES DE 89, SUIVIS DE L’EGLISE & DE L’ESCLAVAGE
- Par A. Morin (1)
- Depuis si longtemps (il y a tout près d’un siècle) qu’ils ont été proclamés et qu’ils sont censés mis en pratique, il semblerait que rien ne reste plus à dire sur les principes de 1789. Cette opinion sera’t ce-
- (1) Paris 1881. Librairie Jeanmaire, rue des Bons-Enfants, 32. Broch. de 189 pages. Prix : 30 c.
- (pendant une erreur : le nouvel écrit de M. Morin en fournit la preuve.
- D’abord, ces principes, qui sont, il est vrai, la base du droit public en France et dans la plupart des pays civilisés, n’ont comme le fait remarquer l’auteur, jamais été réalisés que partiellement. Pour qu’ils le fussent intégralement, il faudrait dépasser la sphère politique et instituer c~s garanties sociales, mieax définies de nos jours, mais qui se trouvent implicitement déjà dans le paragraphe suivant des dispositions fondamentales de la Constitution de 1789 :
- « Il sera créé et organisé un établissement géné-« ral de secours 'publics, pour élever les enfants « abandonnés, soulager les pauvres infirmes, et four-« nir du travail aux pauvres valides qui n’auraient « pas pu s’en procurer. »
- Cette disposition, dans sa généralité du moins, est restée lettre morte, et elle fait l’objet des revendications fondées du socialisme depuis cinquante ans, Poar montrer l’excellence des principes de 1789, A, S. Morin met en regard de chacun d’eux l’état de choses auxquels il avait pour but de remédier. L’écrivain passe aussi en revue les abus de l’ancien régime, que la Révolution a fait disparaître. Rien de plus utile et de plus opportun qu’un semblable rappel, car la masse du peuple jouit à peu près inconsciemment de l’émancipation que la Révolution lui a procurée, et bon nombre de ceux qu’elle a élevés aux honneurs et à la fortune qui sans elle, eussent été, par leur condition de roture, condamnés à végéter toujours dans les rangs inférieurs, vont jusqu’à la renier, jusqu’à s’en faire les détracteurs et les ennemis parfois les plus acharnés.
- Au régime des castes la Révolution a substitué l’égalité des citoyens ; au privilège d’aînesse masculine, l’égalité des enfants dans la famille ; aux juridictions et aux pénalités différentes suivant la qualité des personneSjUne même justice et un mêmegenre de peines pour tout le monde. Sous d’autres rapports pareillement, elle a établi l’unité de législation au lieu de la multiplicité bizarre des coutumes, l’u-niformité des poids et mesures du système décimal au lieu de la confusion des anciennes mesures qui changeaient de noms et de valeurs dans les diverses provinces, quelquefois même d’un canton à un autre.
- Après avoir énuméré ces bienfaits dont nous sommes redevables à la Révolution, Morin arrive au terrible droit de guerre. Les rois, sous l’ancien régime, l’exerçaient sous aucun contrôle. L’Assemblée de 1789 et celles qui la suivirent ne manquèrent pas de stipuler que le chef du pouvoir exécutif ne pourrait entreprendre aucune guerre sans le consentement de la représentation nationale. Cette disposi-
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- tion, pour lo malheur de la France, ne put empêcher le violateur de tous les droits, le premier Bonaparte, de déclarer et de faire les guerres les plus injustes et les plus insensées. Vainement fut-elle renouvelée dans la Constitution républicaine de 1848 ; un autre Bonaparte en fit le même cas que le précédent, et avec le consentement plus ou moins forcé de chambres serviles, engagea la guerre du Mexique, puis celle de Prusse, dont on sait le triste dénouement.
- Ce qu’il faudrait donc enseigner à la France, — la plus dupée et la plus dupable des nations,— ce n’est pas seulement le mérite des principes de 89, mais encore le moyen de le mettre à l’abri de toute atteinte, le moyen de conserver, une fois obtenues, les conquêtes du droit sur l’arbitraire.
- Les Anglais nous donnent sous ce rapport un exemple que nous devrions nous efforcer de suivre : ils avancent lentement dans la voie des libertés, mais le chemin qu’ils y ont fait n’est jamais perdu ; aucun pouvoir ne leur ferait faire un pas rétrograde.
- Nous autres français nous passons, dans l’espace de quelques années, d’un extrême à l’autre : tantôt liberté jusqu’à la licence, tantôt prostration muette sous le sceptre d’un despote, le tout avec d’immenses malheurs publics et particuliers.
- Pour revenir au petit livre de Morin sur les Principes de 89, il est écrit d’un style clair et précis, par un homme possédant à fond son sujet, l’aimant en outre avec passion ; c’est une excellente œuvre de propagande dans l’intérêt de la cause démocratique et républicaine. Çà et là quelques coups de boutoir y sont donnés au cléricalisme, en tant qu’ennemi juré et implacable des Principes de 89. On ne pouvait moins attendre de l’auteur des publications populaires ayant pour titre : Séparation de l’Église et de l’État ; — La Confession ; — Le Mariage des Prêtres; — La Superstition, etc.
- Dans une annexe à sa brochure actuelle, Morin a présenté un résumé très bien fait du savant ouvrage de M. Auguste Rivière : VÉglise et l’Esclavage, où il est démontré que c’est bien à tort qu’on prétend faire honneur à l’Église d’avoir aboli cette odieuse institution. Non-seulement ses docteurs depuis Si Paul jusqu’à Bossuet, depuis S. Augustin jusqu’à M. Bouvier, évêque contemporain du Mans, dont les ouvrages sont classiques dans les séminaires ; non-seulement des papes et des théologiens autorisés ont défendu l’esclavage, mais, à présent même, la catholique Espagne est la dernière des nations d’Europe à le maintenir dans certaines de ses colonies.
- C. P.
- L’Association du Familistère de Guise demande les employés suivants :
- Pour sa manufacture d’objets d’ameublement et d’appareils de chauffage en fonte :
- 1° Un chef d’atelirr des mouleurs et de la fonderie, bon praticien dans le moulage ;
- i
- 1 2° Un chef d’atelier des monteurs-ajusteurs, con-
- I naissant bien le travail ;
- 3° Un chef d’atelier d’émaillerie connaissant la chimie céramique ;
- 4° Un dessinateur pour modèles d’appareils de chauffage ;
- Elle demande en outre pour l’économie domestique du Familistère :
- 5° Un chef commercial pour les approvisionnements et le contrôle des divers magasins de vente ou débits de l’Association ;
- 6° Un jardinier connaissant l’arboriculture et la cultures générale des jardins.
- Le personnel de la Société s’élève à environ 350 familles dans ses logements et à 1300 ouvriers dans son usine.
- On ne sera admis à l’un où l’autre de ces emplois qu’avec preuve de capacité et muni de bons renseignements.
- Chaque Samedi 16 pages grand in-8o, 2 colonnes
- REVUE HEBDOMADAIRE
- Scientifique, illustrée, spéciale, seul journal tenant les lecteurs au courant de tous les détails de l’Exposition universelle d’électricité, organe indépendant des exposants
- RÉDACTEUR EN chef : W. de FONVIELLE E. de CLISSON : directeur
- Un numéro, 40 centimes. — L'année, 18 francs. Union postale 20 francs.
- PARIS, 16, rixe du Croissant, PARIS
- Envoi do numéros spécimens gratis sur demande
- TITWIi'lll ...........il)—IWHMillli
- Le Directeur-Gérant : GODIN.
- Suint-Quentin — lmp. de la Société anonyme du Glaneur
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- iLe numéro hebdomadaire 20 c.
- DIMANCHE 14 AOUT 1881
- '® ANNÉE, TOME 5 — N° 158
- Le Devoir
- ES RÉFORMES SOCIALES
- BUREAU
- A. GUISE (Aisne)
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE
- par renvoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France
- Un an. . . . 10 fr.»» Six mois ... 6 »» Trois mois . . 3 »»
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- on s^bonne A PARIS 5,r.Neuve-des-petits-Ghamps Passage des Deux-Pavillons
- S’adresser à M. LEYMARIE administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- Le VI Congrès de Leeds. — Voyage autour du Fa-milistère — A propos de la Conférence de Londres —- Faits politiques et sociaux. — Lettre de Russie. — Lettre d’Icarie. — Souscription Camille Desmoulins 2mes listes. — Du serment. — Correspondance d'Allemagne.
- m'WMS
- Le journal « LE DEVOIR » est envoyé gratuitement à titre d’essai.
- Si le journal n'est pas renvoyé après le 4e numéro, Vadministration fait présenter une quittance dabonnement.
- Aux abonnés du DEVOIR
- « Le Devoir », revue des Réformes sociales publiée hebdomadairement à Guise est l’organe des principes sur lesquels est fondée l’Association du Capital et du Travail actuellement eu pleine prospérité au Familistère.
- Au point de vue des solutions pratiques des Questions sociales, aucune étude ne saurait être complète, si elle n’embrasse dans son ensemble JJdssi bien que dans ses détails, l’organisation du Familistère, unique au monde, que « le uevoir*» a pour mission spéciale de faire con-
- naître. En effet, cette institution présente aujourd’hui le fait sans précédent de la répartition des bénéfices aux garanties mutuelles, au Travail et au Capital.
- Aucune des Sociétés ou fondations adoptant le principe de la participation des ouvriers aux bénéfices ne réalise d’une façon aussi complète l’idée féconde de l’Association, d’après des règles fixes de justice distributive, parce qu’aucune n’a encore résolu, comme la création du Familistère, le problème difficile de fournir au travailleur, en même temps que sa part de gains dans les bénéfices de la production, les avantages de l’aisance au sein même de son intérieur.
- En travaillant à répandre la connaissance des divers éléments de cette création dans le but de faciliter l’étude et la solution des problèmes qu’elle a résolus, le journal « le Devoir» fait une œuvre, de propagande et de sacrifice éminemment utile à tous. Pour que la mission qu’il s’est imposée soit efficacement remplie, il faut qu’il soit encouragé, et qu’il ait des lecteurs en grand nombre.
- C’est de nos abonnés, de nos lecteurs habituels que nous pouvons attendre cette propagande nécessaire, et c’est pour cela que nous sollicitons d’eux le concours qu’ils peuvent nous fournir, en faisant connaître notre feuille, et en lui suscitant de ta sorte des abonnés nouveaux. Œuvre de dévouement de laquelle tout pensée de lucre est exclue, elle a droit, par le but auquel elle tend, aux sympathies de tous ceux qui comprennent que l’intérêt le plus vif du pays est aujourd’hui de propager les principes à l’aide desquels se réalisera la conciliation de toutes les classes de la société.
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- LE CONGRÈS DE LEEDS
- VI.
- Le Congrès de Leeds dont nous avons rendu compte dans nos précédents numéros offre peut-être moins d’intérêt que ceiui tenu l’année dernière parles coopérateurs anglais à Newcastle, au point de vue de ^l’importance des questions discutées, mais il présente néanmoins deux faits très dignes d’attirer l’attention des socialistes sérieux, qui s’intéressent aux progrès de ce mouvement decoopération si développé en Angleterre.
- Le premier de ces faits est le discours de lord Derby. Ce discours est fort remarquable par les larges et justes appréciations qu’il contient de l’importance, de la vitalité, de l'honnêteté et de l’influence de la coopération, qui fait espérer beaucoup pour le bonheur et la prospérité future du pays. Dans la bouche d’une personnalité aussi élevée, les vues exprimées ont une portée considérable, et elles lui font autant d’honneur qu’elles en font à la coopération. Lord Derby a dit avec raison que la coopération réveillait et entretenait chez ses membres le sentiment de la véritable fraternité, et qu’elle éc r* tera à l’avenir toute cause d’agitation et de malaise, tout danger de convulsions politiques, en détournant l’énergie des travailleurs dans une direction plus profitable et plus utile pour eux.
- Il reconnaît que la coopération offre encore l’avantage d'inspirer naturellement au travailleur des idées d’ordre et d’économie, dont le défaut a toujours été jusqu’à présent une des causes principales des maux du paupérisme, et dont la pratique lui procure une aisance, un confort relatif, dont la vie domestique se ressent avantageusement. Sous ce rapport, rien de plus moralisateur que le mouvement coopératif, et c’est avec raison que l’orateur affirme qu’on ne saurait trop l’encourager par tous les moyens.
- Il nous semble, en entendant un membre de l'aristocratie anglaise, i’une des plus fières du monde professer hautement de pareils sentiments à l'égard d’uDe institution des plus démocratiques, qu’il y a là un symptôme et une leçon extrêmement profitable pour nous. Si l’on compare, en effet, les sympathies que manifestent en Angleterre les hautes classes pour ces efforts du travail vers l’émancipation, avec l’apathie et l’indifférence que lui témoignent dans notre pays les classes dirigeantes, quelles pénibles réflexions ne suggère point cette comparaison ?
- : Est-il possible que dans un pays aussi renommé pour son intelligence et son amour du progrès que la France, il y ait des catégories d’individus qui ont si peu tout à la fois de sentime.it et de sagesse? Eh quoi, lorsque cette bourgeoisie doit son émancipation politique et sociale, sa liberté, la haute position que lui a créé la Révolution au puissant et efficace concours des prolétaires, sa gratitude se traduit par une dédaigneuse indifférence quand ce n’est point unè hostilité très marquée ouverte ou dissimulée ? Lorsque ces travailleurs qui l’ont si utilement aidée à devenir ce qu’elle est réclament cette chose juste, équitable, et si conforme à toutes les lois de la nature, le droit de vivre, non-seulement elle refuse de les aider à son tour, mais encore et trop souvent elle trouve leurs prétentions exorbitantes, et elle emploie tous les moyens possibles, la violence même, comme à la Ricamarie, pour entraver leurs vigoureux efforts!
- Ce n’est pas seulement de l’ingratitude et de Vin-justice, c’est-à-dire une mauvaise action, c’est aussi de l’aveuglement sur ses proqres intérêts. On ne sait pas voir ce que l’ancien ministre des affaires étrangères anglais voit et reconnaît si bien. Aider le mouvement de libération des travailleurs, c’est agir dans l’intérêt bien entendu de la société toute entière. Ce mouvement encouragé fait disparaître les causes d’agitation et de troubles et écarte le danger des convulsions sociales, en donnant satisfaction à un droit et à un besoin légitimes de l’ouvrier. Le travailleur est l’un des éléments les plus essentiels de la vie et de la prospérité publiques. N’est-il point juste et strictement équitable qu’il ait sa part proportionnelle dans les avantages de cette prospérité, qu’il contribue si puissamment à créjr? Donc favoriser ces aspirations raisonnables serait de la part des classes dirigeantes agir dans leur propre intérêt et s’assurer la tranquillité et la paix.
- Est-ce donc une existence bien agréable en vérité que celle que mène en ce moment tel souverain du Nord, dont les journaux nous disent qu’il a été heureux, dans uû de ses derniers voyages, de pouvoir arriver à destination, car on avait découvert sur son passage de nombreuses mines destinées à le faire sauter, si bien qu’il est désormais obligé de cacher soigneusement ses itinéraires, et de se mettre en route, comme un malfaiteur qui se cache, la nuit ou en dissimulant le but de son voyage? La puissance, les honneurs et la richesse à ce prix, mais c’est horrible ! Et c'est pourtant la situation que crée l’aveuglement égoïste des gens qui ne veulent rien accorder aux autres, et tiennent à tout posséder euX' mêmes.
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- C’est cette vérité que lord Derby a très nettement constaté dans le discours qu’il a prononcé devant les coopérateurs anglais au Congrès de Leeds. C’est : là ce que nous considérons comme un fait important I dans ce Congrès.
- Suivant le noble lord, la coopération est un moyen de solution du conflit entre le travail et le capital, éléments qui sont en lutte constante et dont aucun n’a tort individuellement. La coopération, dit-il, résout le problème comme un mariage entre deux parties termine un procès. Cette ingénieuse image est juste peut-être, car de même qu’un mariage contracté dans ces conditions laisse la porte ouverte I aux incompatibilités d’humeurs, qui peuvent en ame- | Ber la dissolution, de même la coopération n’est I point suffisante en réalité pour faire disparaître en- I tièrement tout germe de discorde entre le capital et I le travail. I
- En fait, qu’est-ce que la coopération telle qu’elle 1 existe en Angleterre, c’est-à-dire la coopération de 1 distribution principalement? C’est à proprement S parler une exploitation commerciale montée par ac- I tions, avec cette différence que les actionnaires sont I en même temps les principaux clients de l’entreprise. f C’est géré plus honnêtement, plus philanthropique- I ment que les sociétés commerciales ordinaires, mais s’il n’y a point, comme dans ces dernières, lutte entre les deux éléments, c’est parce que le capital est fourni par le travailleur lui-même, actionnaire et consommateur tout à la fols, et non pas parce que leurs ntérêts opposés sont réellement conciliés.
- Il n’en est point de même avec la coopération de production, où l’élément travail exerce une influence plus grande que dans celle de distribution, et où par conséquent son rôle est au moins égal sinon supérieur à celui du capital. Ce genre de coopération est une des formes de la véritable association de ces deux éléments indispensables, et c’est pour cela que ! nous avons relevé comme un fait important, dans les délibérations du Congrès de Leeds, le vote par lequel il a été décidé qu’une Commission serait nommée spécialement pour étudier sous tous ses aspects la question de l’organisation de la coopération de production, en appliquant au développement du mou- I Paient dans ce sens, les capitaux considérables qui I se trouvent en excédant dans les caisses des sociétés I de l’Union. I
- L’importance de cette mesure résulte de ce fait ! qu’il est un acheminement vers la mise en pratique I du principe de la participation du travailleur aux I bénéfices de l’Association du Capital et du Travail, 1 Seule solution pratique du conflit constaté par lord ji Derby.
- En général, les sociétés coopératives de la Grande-Bretagne ont des capitaux disponibles dont elles recherchent un mode d’emploi utile. Diverses propositions ont été faites à ce sujet au sein du Congrès. Quelques vieux coopérateurs ont plaidé chaudement la cause de la commandite des sociétés coopératives de production, et à notre avis, c’est le meilleur emploi que l’on puisse faire de ces fonds. Ii est vrai qu’un certain nombre de délégués au Congrès n’ont pas paru très disposés à adopter cette règle de conduite, parce que diverses tentatives faites en Angleterre et en Ecosse ont échoué. Mais on n’a pas eu de peine à démontrer que ces insuccès, dûs à des causes qui n’ont rien de commun avec le système de coopération appliqué à la production, ne prouvaient rien contre son utilité et son efficacité, et ne devaient point par conséquent être un obstacle a sa mise en pratique dans des conditions plus favorables.
- Il semble, en effet, que lorsqu’on aura développé en Angleterre le mouvement coopératif de production comme on l’a fait de celui de consommation, il y a toutes probabilités que l’on arrivera à accomplir une révolution analogue à celle que provoqua l’établissement de Wholesale Coopérative et de la Civile service supply Association. On sait que la création de ces deux importantes entreprises, en compromettant très sérieusement les intérêts de tout le commerce de l’Epicerie dans Londres et dans plusieurs villes importantes d’Angleterre, suscita des protestations,. des pétitions au Parlement, et des injonctions aux députés par leurs électeurs, dans le but d’empêcher cette concurrence ruineuse ; et, que tout cela n’ayant abouti qu’à rendre plus prospère encore l’institution incriminée, les commerçants atteints finirent par adopter de leur côté la forme coopérative, ce qui leur permit de supporter la lutte avec beaucoup moins de désavantage. Ce fut un grand pas fait en avant.
- Si l’on arrive à mettre la coopération de production au même niveau que celle de distribution, pourquoi la révolution que nous venons de rappeler ne s’accomplirait-elle point de même dans l’Industrie ? Or si cette transformation avait lieu, l’on serait bien près, ce nous semble, d’avoir résolu le grand problème social de la conciliation des intérêts du Capital et du Travail. Voilà pourquoi nous avons vu avec satisfaction le vote du Congrès en faveur d’une étude sérieuse de la question par un comité spécial, et nous sommes de l’avis de M. Greening auteur de la proposition qui a dit que « ce serait pour le Congrès de Leeds un honneur d’avoir imprimé ce mouvement en avant, au lieu de le laisser au prochain Congrès d’Olford. »
- Le journal Cooperative News du 16 juillet publie
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- LE DEVOIR
- une lettre adressée à son directeur sur la production cooperative, de laquelle nous traduirons pour terminer quelques passages :
- « On reconnaîtra généralement, dit le correspondant, que la question de la coopération de production en est aujourd’hui au point stationnaire ou elle se trouve et presqu’antïpathique pour bien des coopérateurs, principalement pour deux raisons savoir : faute d’une juste appréciation de la grandeur et de l’efficacité de l’idée, et manque de capitaux pour la mettre en pratique. C’est le défaut de ces deux éléments essentiel des entreprises industrielles de coopération, qui a été aussi la cause des échecs que les tentatives passées ont éprouvés. J’ajouterai même qu’un peu plus de bonne volonté en faveur de l’idée aurait aisément sauvé beaucoup de celles qui
- ont manqué, et rendrait prospères celles qui végètent aujourd’hui. »
- « On a dit souvent que le coopérateur véritablement fidèle au principe de l’Association devait toujours être prêt à faire soutenir par les magasins de la coopération toutes les institutions coopératives de quelque nature qu’elles soient. C’est un devoir strict que ce concours constant, infatigable, à fournir de la sorte, en vertu de la confraternité sociale, à toutes les sociétés sœurs qui peuvent en avoir besoin. Et pour cela, c’est la maxime suivante que tout coopérateur devrait adopter et mettre en pratique :
- « L’usage le plus convenable des bénéfices résultant de la coopération est de les consacrer à des entreprises coopératives. »
- « Mais s’il peut se faire que quelques-uns soient assez dévoués, assez convaincus pour faire l’application de ce précepte, il ne faut point se dissimuler que l’espérer de tous serait un illusion profonde. Aussi ne faut-il point compter sur un pareil désintéressement. Mais ce que je proposerais, pour commencer, c’est que chacun de ceux qui ont compris toute l’utilité du développement de la production coopérative, renoncent à une part déterminée de leurs dividendes annuels, pour la création d’un fonds spécial et exclusivement destiné à la coopération de production. Cette caisse serait analogue à celle de l’éducation actuellement existante dans la plupart des sociétés, et elle pourrait être administrée de la même manière. Ainsi, si chacun se contentait de recevoir 7 1/2 pour cent sur son dividende, en laissant le surplus à la Caisse de Production, en calculant à 10 p. 0/0 la moyenne du dividende total, suivant les comptes-rendus de l’année 1879, et en prenant ce chiffre pour base, on trouve que le rendement annuel serait en faveur de la dite Caisse de 400,000 livres sterling (dix millions de francs) envi-
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- ron. Ce serait une noble offrande des coopérateurs à une grande idée. »
- Le correspondant termine en faisant un pressant appel aux membres convaincus de l’union coopérative, que l’on considère comme des idéologues enthousiastes, mais qui comprennent en réalité mieux que leurs détracteurs que c’est là le couronnement logique et vrai des efforts de la coopération. Pour qae les autres en viennent à partager leurs vues, c’est à l’éducation spéciale dans ce sens qu’il faut avoir recours, car l’élan à donner à la production coopérative est le nœud gprdien qu’il reste à trancher pour atteindre le but définitif, la prospérité sociale dans l’avenir.
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- VOYAGE AUTOUR DU FAMILISTÈRE
- IV
- Je vous prie, mon cher lecteur, de ne point perdre de vue dans le voyage que nous avons entrepris, que le problème que l’on a voulu résoudre en construisant le Familistère est celui-ci :
- Faire jouir l'ouvrier et sa famille de l’équivalent du bien être du riche, en lui donnant un logement sain et commode, pourvu de tous les avantages, de toutes les ressources que l’on trouve dans, le logement du riche,et en remplaçant par des institutions communes les services que le riche retire de la domesticité.
- Nous avons donc à voir ensemble si le problème est résolu d’une façon satisfaisante ou non; car vous savez qu’il y a deux manières de résoudre un problème : l’une est satisfaisante et l’autre ne l’est pas; par exemple, lorsque, placé en face du nœud Gordien, Alexandre le tranche avec son glaive, il vient à bout, si l’on veut, de la difficulté ; mais c’est en détruisant l’obstacle et non en l’applanissant.
- Ce problème, on a cherehé à le résoudre ailleurs au moyen des cités ouvrières et autres constructions analogues. C’était une solution, mais celle trouvée par le fondateur du Familistère est-elle préférable comme plus satisfaisante ? Telle est la question à laquelle je vous prierai de répondre lorsque, notre voyage fini,vous aurez pris une connaissance exacte et complète de l’habitation unitaire, et je vous préviens que je ne vous ferai pas grâce,et que j’exigerai cette réponse.
- Lui. Mon Dieu, ce que j’ai vu déjà me paraît fort bien compris. Mais dores et déjà je crois pouvoir vous dire que je vois à votre habitation unitaire un immense désavantage sur les cités ouvrières.
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- jlloi- Vraiment? Et quel est ce désavantage ? lui. L’habitation unitaire est inférieure à la cité ouvrière, en ce que dans celle-ci l’ouvrier, ayant une maison toute entière à son usage, y jouit d’une liberté absolue, que l’on ne peut pas retrouver dans uUe vaste habitation commune comme le Familistère 0u l’ordre ne peut régner sans un règlement et un règlement sévère avec sa sanction pénale. Or la liberté, c’est le premier des biens, et sans elle au diable tout le reste.
- Moi. C’est une erreur profonde. Sans vous parler des innombrables insuffisances des cités ouvrières,et pour ne retenir de votre objection que la partie essentielle, je vous répondrai qu’il est inexact de prétendre que l’habitant du Familistère ne jouit pas d’une liberté complète, autant au moins que celui des maisons des cités ouvrières.
- lui. Comment ? Puisque ce dernier est absolument maître chez lui ?
- Moi. Mais au Familistère aussi,chacun'est absolument maître dans son logement. Sa liberté n’a d’autre limite que celle indispensable pour ne point porter atteinte à celle de son voisin, et il en est de même partout ailleurs, dans la cité ouvrière comme dans toute autre.
- hui. Et le règlement ?
- Moi. Eh bien le règlement en quoi est-il une entrave à l’exercice de la liberté? Que porte-t-il en somme, ce règlement? Des prescriptions relatives à la propreté, à l’hygiène, à l’ordre, toutes choses qui sont dans l’intérêt de tous, et que l’on n’a pas besoin de recommander aux gens sensés et raisonnables qui sont au courant des prescriptions hygiéniques. En dehors de ces recommandations indispensables, il n’y a rien. Chacun lest libre, vous l’avez déjà vu, d’entrer,de sortir à son gré,d’aller et de venir partout ou bon.lui semble, de faire ce qu’il lui plaît sans que personne songe seulement à s’en préoccuper. Or si ce n’est point de la liberté cela, je ne sais vraiment Pus ce que la liberté peut-être.
- Lui. La liberté c’est la faculté de tout faire à sa §uise et à sa convenance.
- Moi. Erreur, Monsieur, erreur. A ce compte là, lorsque vous empêchez un voleur de vous subtiliser votre montre dans votre gousset,vous portez atteinte ù sa liberté, puisqu’il faudrait, suivant votre déflni-^0ü> Pour qu’il fut libre, qu’il eut la faculté de s’approprier votre chronomètre, s'il le trouvait à sa con-vooance.
- Lui. Ah mais non; ce ne serait point de la liberté CeK ce serait de la licence. La liberté c’est la faculté tout faire sans nuire à la liberté des autres.
- Moi. Puisque vous reconnaissez que la liberté bien
- | entendue dans la véritable acception du mot,comporte cette restriction, nous sommes d’accord, et vous devez convenir que cette liberté est pleinement assurée à tous dans le Palais social. En effet, pourvu que l’on ne gêne point les autres, l’on peut y faire absolument tout ce que l’on veut, et mieux encore que dans les cités ouvrières.
- Lui. Vraiment? Comment l’entendez-vous?
- Moi. D’une façon bien simple. Dans la grande majorité, pour ne pas dire dans la totalité des ménages d’ouvriers, il y a à peu près toujours des enfants et des enfants en bas âge, dont les soins occupent toute lajournée de la mère de famille et l’empêchent de faire autre chose. Dans la cité ouvrière, la femme est donc forcément tenue de la sorte à la tâche dans son intérieur, et elle n’a point la liberté de vaquer à d’autres occupations. Au Familistère, grâce à l’établissement auquel nous nous rendons en ce moment, cet obstacle à la liberté de la mère de famille disparaît entièrement.
- Lui. Est-ce de cette construction que j’aperçois au bout de cette passerelle que vous parlez?
- Moi. Précisément. Cette construction,c’est la nour-rîcerie. Elle reçoit tous les matins les petits enfants au berceau que la mère y conduit pour toute la journés, et qui y sont admirablement soignés sans que les parents aient à s’en' occuper un seul instant. Nous y voici arrivés, visitons-là, en compagnie de sa gracieuse directrice, qui veut bien nous en faire les honneurs.
- Comme vous le voyez, la salle est bien aérée et largement éclairée par les côtés et par en haut. L’hiver, elle est parfaitement chauffée par ce grand calorifère placé au milieu. Dans l’une des divisions se trouve la nourricerie proprement dite, coupée elle-même en deux parties par une balustrade. Dans celle du fond, garnie de tapis, qui assourdissent le bruit des pas, sont rangées en ordre le long des murs un certain nombre de barcelonnettes. d’une propreté irréprochable, où reposent sur une épaisse couche de son, matelas moelleux et éminemment hygiénique, les bébés frais et roses sous la garde vigilante des surveillantes. A la tète de chaque berceau, dans une cartouche appliquée au mur se lit le nom de l’enfant. Le linge qui les garnit est fourni par l’administration du Familistère gratuitement, comme les soins donnés aux enfants. C’est avec les sommes prélevées annuellement, avant tout partage des bénéfices généraux de l’association, que l’on peut pourvoir à toutes les dépenses que les services de l’enfance occasionnent.
- Dans la partie antérieure de la nourricerie, vers 1 le centre, on a établi une petite enceinte circulaire
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- double, formée par des grilles en bois à hauteur d’appui des petits enfants, et assez semblables, en miniature, à la corbeille des agents de change à la Bourse de Paris. Cette installation aide la marche des bébés, qui essayent leurs premiers pas, les surveillantes la nomment « la promenade ».
- Je ne sais, lecteur, si vous êtes de mon avis, mais je ne connais rien de plus mignon, de plus charmant à voir, que ces petits êtes gracieux et purs, qui sur leurs petites jambes mal affermies encore,cherchent à venir à vous les mains tendues, et semblent prêts à tomber à chaque pas. Lorsqu’un visiteur se présente, dans leur candide ignorance, ils le saluent toujours du seul mot que leurs mères aient encore eu le temps de leur apprendre, et ils l’appellent « papa » . C'est ainsi qu’ils viennent de nous accueillir, et vous souriez en les entendant vous adresser cette qualification si douce.
- La première fois que j’eûs l’honneur de voir le créateur de toutes ces choses que nous admirons aujourd’hui, il était accompagné d’un philanthrope italien éminent, fondateur lui-même d’un grand nombre de banques populaires dans son pays, j’ai nommé l'honorable Francesco Vigano de Milan. Il venait de passer une quinzaine de jours au Familistère, et il paraissait enthousiasmé de tout ce qu’il y avait vu. En nous faisant part de ses impressions, il nous disait qu’il avait été frappé, en entrant dans ces salles en compagnie de M. Godin, d’entendre les enfants appeler ce dernier papa, et cela nous émut, parce que nous trouvions dans cette expression employée par ces petits êtres un sentiment extrêmement juste à Fégard du grand fondateur de cette admirable association. Nulle parole de reconnaissance ne nous paraissait valoir ce simple mot, et j’avoue que, pour ma part, j’en fus fort impressionné. Je dois convenir aujourd’hui, que mon imagination avait paré tout cela de trop belles couleurs, puisqu’en nous voyant, nous inconnus vulgaires, ils nous ont salué de même.
- Enfants, ce titre de père, le plus grand, le plus noble de tous, que vous prodiguez ainsi à tout venant, il faut en être plus ménager. Plus tard, vous apprendrez qu’il n’appartient qu’à celui de qui vous tenez la vie physique, à celui qui après vous avoir donné l’être, a consacré ses jours à donner satisfaction à vos besoins, travaillant pour vous, vous sacrifiant ses plaisirs et ses distractions, et se privant souvent lui-même, pour vous nourrir, vous vêtir, vous élever. Dans un autre ordre d’idées, ce titre appartient encore à celui, qui en développant en vous l’être moral, dévoue aussi sa vie à former votre intelligence, à la nourrir,à l’enrichir de toutes
- les connaissances indispensables,et à façonner votre âme au bien, en lui inculquant soigneusement ies principes de la morale et de la dignité humaine L’auteur de vos jours et l’instituteur, voilà vos véri. tables pères, chers petits enfants, aimez les donc et respectez les comme ils le méritent.
- Que celui à qui vous devez ces soins maternels si touchants hors du foyer domestique, celui qui eQ donnant à vos parents le moyen de vous procurer tout cela, leur permet de vaquer aux travaux qui peuvent apporter une aisance relative dans leur intérieur, soit salué par vous du nom de père, c’est, encore justice. Jamais homme ne le mérita mieux, jamais citoyen n’eût plus de titres à la reconnaissance de ceux qui profitent des aspirations si noblement réalisées d’un grand esprit et d’un grand cœur.
- Dans d’autres salles de cet édifice, dont les murs sont tapissés de grands tableaux représentant les divers individus du règne animal, et autres images utiles, sont installées de petites tables scolaires, car c’est la petite classe où l’on place les enfants de deux à quatre ans, qui commencent à apprendre tout ce qu’il est possible de leur enseigner à eet âge. Ces tables n’occupent que la moitié de l’espace; l’autre est destiné aux jeux dans les jours de mauvais temps. Par les belles journées d’été, les enfants ont les galeries couvertes qui régnent tout autour du petit édifice et qui donnent accès sur la pelouse au milieu de laquelle s’élève la nourricerie.
- Une des particularités qui frappent le visiteur, c’est l’intelligence avec laquelle tout a été prévu pour éviter le moindre danger de chûte ou de heurt à ces petites créatures imprudentes et insouciantes. Toutes les précautions possibles ont été prises, pour éloigner tout cause d’accidents. Vous en avez la preuve dans l’émotion avec laquelle notre introductrice nous parle de l’événement survenu hier dans cet établissement. Pendant l’opération du lavage qui a lieu régulièrement tous les jours, et à l’eau chaude, un des enfants, malgré la surveillance attentive, malgré toutes les précautions prises, a pu s’approcher sans qu’on le vit du vase rempli d’eau bouillante, et le petit imprudent s’est fait une bru-lùre à la main. C’est peut être la première fois que pareil accident arrive ; aussi voyez quel émoi il a produit chez ces excellentes femmes qui sont chargées de ces travaux. C’est avec des larmes dans la voix que ce récit nous est fait, et nous avons de la peine à les consoler en leur rappelant que sous les yeux de la mère elle-même la même chose peut se produire à tout moment.
- Une cuisine pourvue de tous les accessoires néces-
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- gaires a été construite à droite de l’entrée ; en face, petit parloir ou les enfants déposent leurs effets et les petits paniers renfermant leurs provisions. Enfin des cabinets d’aisance aux cuvettes et aux sièges microscopiques sont aussi ménagés dans l’intérieur de l’établissement pour ses petits habitants. Tout çeia est propre, admirablement tenu, et je vois à l’expression de votre visage, lecteur, que vous n’y trouverez absolument rien à reprendre. Eh bien, je sais tout comme vous, et je confesse que si j’étais obligé de formuler une critique si minime quelle fût, j’en serais fort embarrassé.
- Ai-je besoin de vous dire que l’usage de la Nour-ricerie est entièrement facultatif pour les mères de famille au Familistère ? Vous auriez assurément fort mal compris la pensée qui a guidé le fondateur, si vous n’aviez pas eu la conviction que même pour faire profiter de cet inappréciable service, il ne pouvait songer un seul instant à porter la moindre atteinte à la liberté des intéressés. Bien plus, à celles qui préfèrent ne pas s’en servir, des berceaux sont prêtés, sur leur demande, pour qu’elles puissent guider leur enfant auprès d’elles. Cela n’empêche pas, si elles ont besoin de s’absenter, d’accueillir momentanément le nourrisson dans l’établissement commun. En un mot, le but de cette création est évidemment de donner aux mères toutes les facilités possibles pour bien élever leurs enfants.
- Ne quittons point ce lieu charmant, sans adresser une parole de gratitude à ces dignes femmes, pour la façon véritablement maternelle dont elles s’acquittent de ce devoir, qui à côté de ses agréments présente aussi de bien pénibles préoccupations. Elles sont dignes du choix que le fondateur a fait d’elles pour leur confier cette tâche éminemment utile. J
- (A suivreJ !
- A PROPOS DE LA CONFÉRENCE DE LONDRES
- Il y a dans cette expression : prostitution réglementée quelque chose qui révolte. La loi réglementant la prostitution, cela nous parait un fabuleux illogisme.
- La prostitution! c’est-à-dire pour- les hommes le vice sans cœur et sans entrailles, pour les femmes, le fruit d’une misère et d’une ignorance singulières, le chemin de la souffrance et de l’hospice, pour tous <leüx, la maladie et le don sans amour de ce qu’il y a au monde de plus mystérieux et de plus sacré; c’est cette prostitution que des règlements de police,nous ne dirons pas tolèrent, mais encouragent au point qu’une des résolutions adoptées par la Fédération
- contre la prostitution réglementée dans sa dernière conférence de Londres est ainsi conçue :
- « Dans chacun des pays où il existe un système de
- * réglementation de la prostitution par la police, on « trouve invariablement que la police est d’un côté « un instrument d’administration injuste et oppres* « siye en dehors de la loi, et d’autre part qu’elle « s’arroge un pouvoir qui échappe à toute responsa* « hilité effective, soit devant son chef administratif « nominal, soit devant les cours de justice et qu’elle « tend ainsi inévitablement et progressivement à « devenir un tyran public corrompu, au lieu d’être « un serviteur public utile.
- « En certains pays l’un et l’autre de ces abus sont « aggravés et rendus plus difficiles 4 empêcher dans « la proportion où le contrôle local est .subordonné « à l’organisation d’une police nationale en une seule
- * force sous la main d’un gouvernement exéeutif « central.
- « En conséquence, outre la réforme de la loi elle-»
- “ même, il est essentiel dans le but de purifier son « administration exécutive:
- « 1Q Que la police soit de toutes manières subor*
- « donnée à une autorité judiciaire indépendante et « qu’elle soit restreinte à l’accomplissement de ses « fonctions exécutives ;
- « 2° Qu’elle soit rendue pleinement et effective*
- « ment responsable de tous ses actes devant les « cours de justice ordinaires ;
- « 3° Qu’elle soit décentralisée et placée sous un « contrôle local. »
- La conférence de Londres, édifiée par-des documents irrécusables, a fait de plus la déclaration aui* vante :
- « L’expérience de la Belgique et de la France, les « pays dans lesquels le système de la réglementa-« tion de la prostitution par la police en vue de pré-*
- « tendues fins sanitaires a été le plus complètement « et le plus soigneusement développé, a montré « d’une façon concluante que ce système conduit iné*
- « vitabiement tôt ou tard à la complicité des auto*
- « rites de la police dans l’infâme trafic par lequel « les plus riches des maisons tolérées placées sous « la surveillance de la police sont pourvues de vie*
- « limes nouvelles, »
- Il y a eu en Belgique tout dernièrement, nos lec* teurs ne l’ignorent pas, un procès fameux qui a dé* voilé des manœuvres ignobles ; nous ne demandons qu’une chose, quant à nous : c’est l’application à tous et à toutes du droit commun. C’est la seule façon de rentrer dans les principes de justice absolue, dont les gouvernements, pas plus que les hommes, n’ont le droit de s’écarter.
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- La campagne entreprise contre la prostitution réglementée ne nous semblerait d’ailleurs que la chasse à un palliatif, s’il n’y avait pas au fond une question plus haute, une question d’équité.
- Nous savons bien que la Fédération a d’ores et déjà sauvé du naufrage bien des destinées qu’emportait l’orage du vice, qu’enveloppaient les embûches de toutes sortes ; nous savons bien que maint abus a été par elle châtié, après qu’elle l’a eu découvert au prix de mille efforts, que beaucoup de pauvres filles lui doivent leur rachat et sont devenues, grâce à elle, d’honnêtes et honorées mères de famille, nous savons tout cela, et pourtant nous ne pouvons nous empêcher de répéter sans cesse : Le remède n’est pas là. Il est dans les réformes d’économie sociale ; dans les mesures saines et justes de répartition d’un travail modéré et équitable et d’un salaire suffisant. Avec l’extinction du paupérisme , la prostitution disparaîtrait bientôt de nos mœurs. Quant à nos lois, elles n’ont rien à y voir, et qu’on ne nous vienne pas parler de salubrité publique.
- A la séance du 21 juin, M. Yves Guyot, à la suite d’ailleurs de plusieurs témoignages analogues au sien, explique une série de douze graphiques, dont il a été fait usage dans les délibérations du Conseil municipal de Paris. Ces tableaux prouvent clairement :
- 1° Que la prostitution ne se recrute effectivement que parmi les mineures ;
- 2° Que malgré tous les efforts de la police le nombre des inscriptions ne cesse pas de diminuer ;
- 3° Que les maisons de tolérance sont des foyers d'infection.
- Nous croyons utile de citer ici la 3’’ résolution prise par la Conférence de Londres :
- « La Fédération demande qu’on observe ou qu’on « établisse des lois interdisant la séquestration des « personnes, et que les lois relatives à l’excitation « des mineures à la débauche, soit établies, soit à « établir, s’appliquent aussi bien aux clients ou « acheteurs, qu’aux fournisseurs et proxénètes. »
- Mme Guillaume Shack , qui représentait deux Sociétés allemandes, le Kulturbund, dont le siège est à Beuthen, et la Sociélé pour le relèvement moral, après avoir présenté divers rapports remarquables, a demandé, avec l’appui de la section allemande de la Fédération, que la prochaine Conférence annuelle ait lieu à Berlin. j
- MmeLina Morgenstern, rédacteur de la Gazette des S Femmes de ménage a fait aussi un exposé très- ] intéressant du mouvement qui commence à sè mani- j tester en Allemagne dans le sens des principes de la I Fédération. ï
- La France était représentée à la Conférence par MM. Sigismond Lacroix, Yves Guyot, de Bouteiller Mesureur et dr Dubois, par les délégués de l’AMocfa-tion française abolitionniste : Mm0 Champman M. le baron de Billing, M. A. Desmoulins, M. Mayer, rédacteur de la Lanterne, M. et Mme de Mortier (cette dernière représentant aussi la Solidarité des Femmes), enfin par M. Appias, pasteur à Paris.
- Mlle Mozzoni qui, avec MmeE. Nathan, représentait l’Italie, a prononcé un magnifique discours des plus littéraires.
- Jacques COURRIER.
- FAITS POLITIQUES & SOCIAUX DE LA SEMAINE
- FRANCE
- On a l’habitude de dire que la prochaine chambre sera toute entière faite à l’image de la Chambre de 1877 ; cela n’est pas tout a fait exact, même avec le scrutin d’arrondissement. Un de nos confrères s’est amusé à dresser la liste des 363 qui se trouvent mis pour une raison ou pour une autre dans l’impossibilité de se présenter aux suffrages de leurs électeurs. Treize d’entr’eux, appartenant à la Chambre actuelle, renoncent spontanément à toute candidature ; 23 sont devenus sénateurs, l’un a été nommé président de la République, ce qui fait 37 membres de ce groupe ne pouvant plus faire partie de la Chambre. Il y a 38 morts, il y en a 18 qui n’ayant pas été réélus au 14 octobre, ont renoncé à la vie publique. Cela fait en tout 93 membres du groupe des 363 qui n’appartient pas à la Chambre ou qui n’appartiendront plus à la nouvelle.
- Il reste 270 anciens 363 qui tous évidemment ne seront pas réélus. Le personnel pourra être modifié dans une certaine mesure. L’important est qu’il soit convenablement modifié, c’est-à-dire en vue de la formation d’une majorité de gouvernement. Que ce soit la politique modérée ou l’union républicaine qui l’emporte, ce qu’il faut, c’est qu’un des groupes ait la majorité, c’est que Ton sache quelle sera la ligne directrice de la politique.
- Il faut bien envisager le passé pour préparer l’avenir. Yoilà pourquoi Ton est obligé de jeter un coup d’œil en arrière sur cette Chambre dés 363 qui a libéré le pays et triomphé du pouvoir personnel, mais malheureusement n’a pas su aller jusq’au bout de sa tâche.
- Pourquoi ?
- La République française va nous répondre :
- « Au lieu de former une majorité compacte, sachant ce qu’elle veut et ce qu’elle ne veut pas, elle est restée partagée en groupes impuissants, jaloux les uns des autres, qui ont fini même par se diviser chacun en deux moitiés sur presque toutes les questions vitales.
- « Avec une chambre ainsi fractionnée, comment donc aurait pu se former un ministère homogène, suivant une politique décidée, ne craignant pas d’engager sa responsabilité parce qu'il eût été certain d’être appuyé par les représentants du peuple dont il aurait personnifié toutes les aspirations ? n’étant jamais sûr du lendemain, le cabinet Waddington transformé en cabinet Freycinet, et puis en cabinet Ferry, a dû forcément vivre au jour le jour sans règle, sans programme, sans boussole. »
- Rien n’est plus juste. La Chambre des 363 a été une Chambre de combat contre la réaction menaçante; elle n’a pas contenu tous les éléments qui étaient nécessaires pour parvenir à entourer la République d’institutions vraiment républicaines.
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- Au fur et à mesure que la République s’affermit, et l’affermissement est aujourd’hui définitif, les réformes doivent se succéder les unes aux autres, logiquement, progressivement. C’est ce que n’a pas compris après 1879 le pouvoir exécutif ; c’est ce que la Chambre défunte était 'incapable de réaliser par suite de son absence d’homogénité politique. Il serait déplorable que l’on suivit indéfiniment les mêmes errements. Le seul moyen d’y couper court, c’est d’envoyer des citoyens résolus, actifs, ayant des vues générales sur la politique républicaine et disposés à former cette majorité gouvernementale qui a fait jusqu’à présent défaut à la République.
- La période électorale a beau être courte : nous espérons que la victoire restera devant l’urne populaire à la République progressiste.
- ANGLETERRE
- L’Angleterre n’a pas de chance dans l’Afghanistan. Le gouvernement de l’émir Abd-ul-Rahman, qui s’est fondé sous ses auspices, est déjà chancelant. Ayoub-Khan,devenu maître de Candahar après un semblant de bataille, dans laquelle l’incapacité du général de l’émir et peut-être la défection d’un régiment de Caboul lui ont procuré une victoire facile, va probablement marcher sur Caboul.
- Le gouvernement anglais, qui n’a pas voulu conserver Candahar, ne paraît pas avoir l’intention d’accorder à Abd-ul-Rhaman l’appui de son armée de l’Inde. Lord Hartington l’a indiqué hier à la Chambre des communes. Des armes et de l’argent, voilà toute l’assistance qu’elle prêterait au protégé de l’Angleterre.
- Le gouvernement ne veut pas faire au profit de l’émir une nouvelle campagne de l’Afghanistan. Mais si Abd-ul-Rahman succombait, le fruit de la dernière campagne gérait perdu, et l’Inde anglaise aurait àsa frontièrenord-‘ouest un pays livré à l’anarchie ou un souverain hostile.
- En même temps, l’annexion à la Russie du territoire d’Akhal cause des inquiétudes qu’a manifestées hier lord Hartington. « Ce n’est pas une question indifférente pour l’Angleterre, a dit hier le ministre de l’Inde, que ce rapprochement de la Russie dans la direction de l’Afghanistan.
- L’indépendance et l’intégrité de l’Afghanistan sont des questions d’une importance vitale. Le gouvernement n’a pas l’intention de pei mettre une intervention quelconque de la part d’une puissance étrangère dans les affaires intérieures de l’Afghanistan. »
- Mais si, d’une part, l’ordre de choses établi par l’Angleterre chez les Afghans cessait d’exister, si l’Afghanistan redevenait un champ libre, ouvert aux intrigues internationales, l’occupation par la Russie de Geok-Tépé, et l’action que cette puissance pourrait exercer de là sur Merv et sur HéraL causeraient plus d’un ennui à l’Angleterre.
- L’iMSwurreoticm tilg-ériesasse. — Rou-Amema ne fait aucun mouvement sans avis préalable des principaux chefs, réunis en une sorte de conseil. Les délibérations sont toujours très tumultueuses, par suite des inimitiés qui divisent les tribus ou fractions de tribus dissidentes. Les Laghouat et les Harrar de Frendah sont eu antagonisme avec les Traû, lesquels, à leur tour, refusent absolument une réconciliation avec les Rezaïna, et décl rent qu’ils quitteront le marabout plutôt que de consentir à marcher avec ces derniers ; aussi les Rezaïna se sont décidés soit à aller vers Si-SIiman, soit, à regagner leur territoire, si le gouvernement veut leur accorder l’aman.
- Le dernier insuccès du marabout a jeté ses contingents dans un profond découragement. Sans orge, sans givres, exténués de fatigue et de privations, ils ont entouré en tumulte la tente du marabout et menacé de 1 abandonner, s’il ne trouvait un moyen de les tirer de cette situation critique.
- Bou-Amema se propose de se diviser en deux groupes et de se diriger vers l’ouest, dans le sud du Maroc pour y acheter des provisions.
- line s’agit plus de razzia. Le premier groupe, sous la direction "du khalifa du marabout, nommé El-Nadj-Nahemi, groupe comprenant les Harrar et les Trafi, devait aller à Aïn-Saffra. Le second groupe, composé des Oulad Ziad et des Laghouat, se‘dirigerait du côté de Figuig, sous le commandement du maraboutlui-même. Le premier groupe est formé, en majeure partie, de fractions indigènes qui, suivant les déclarations des Harrar échappés, ne suivent plus l’agitateur que par foice et adoptent sa proposition avec l’arrière pensée de rentrer sur notre territoire dès que Bou-Amema serait éloigné avec l’autre groupe. Bou-Amema, averti de ce projet de désertion, a décidé alors que tous ses contingents marcheraient réunis sous sa direction; mais, avant de partir, il s’est débarrassé des bouches inutiles. Quatre-vingt vieillards ou infirmes ont été renvoyés et invités à rentrer chez eux avec leur bétail. A une dizaine d’heures de marche, ils ont été rejoints par des Trafi, qui leur ont enlevé une grande partie de leur bétail. Le lendemain, ils furent rencontrés par. les Rezaïna qui les razzièrent, ne leur laissant que des morceaux d’étoffe pour se couvrir. Beaucoup sont morts en route. Ceux qui sont arrivés jusque chez eux sont dans un état pitoyable.
- Interrogés par l’autorité militaire relativement aux relations de Bou-Amema avec les Ouled-Sidi-Cheik et leurs deux chefs, Si-Sliman et Si-Kaddour ber-Hamza, ils ont dit savoir que Bou-Amema leur avait écrit, mais avait reçu une réponse hautaine. Ils ont ajouté que les rebelles’croient que Si-Sliman recherche la faveur de l’autorité française, et que celle-ci lui a promis une situation élevée’s’il saisissait Bou-Amema.
- Le marabout n’attend plus rien des tribus du Tell, excepté peut-être des Bei-Mattar. Actuellement il s’efforce de se concilier les gens de Figuig, et il a abandonné toute idée de prendre une offensive quelconque contre nous. Le beau-frère de l’Agka Kaddour a conclu que l’insurrection était, suivant lui, si bien au déclin que, si Bou-Amema lui promettait une couronne, il refuserait de marcher avec lui.
- ITALIE
- La violence des attaques contenues dans la lettre du cardinal Guibert au clergé de Paris, a produit à Rome un grand étonnement.
- IÎ est inexact que le gouvernement italien ait appelé sur cette lettre 1 attention du gouvernement Lançais; mais on a des raisons de croire que le cabinet en fut frappé, et adressa des représentations à Mgr Guibert.
- Le langage des personnes fréquentant le Yatican autorise à penser que le pape désapprouve tous les efforts tendant à entraîner le clergé français ou italien dans les luttes politiques.
- D’autre part, une lettre de Madrid nous apprend que le conseil des ministres a décidé de répondre à la note du Yatican. en disant que l’Espagne regrette les événements de Rome, mais que les devoirs Internationaux lui interdisent d’intervenir dans les affaires d’Italie.
- On écrit de Florence :
- L’ouverture des conférences pour le traité de commerce franco-italien produit en Italie la plus vive satisfaction, et Ton considère l’envoi d'un commissaire français à Rome comme une preuve nouvelle des dispositions amicales du gouvernement de la République à notre égard.
- Quelque puisse être le langage de certaines feuilles qui, en Italie (et sans doute aussfen France), ne représentent que des opinions individuelles ou des fractions infimes, le fait d'un grand apaisement public des deux pays ne saurait désormais être mis en doute. Dans tous les cas, les rapports des deux gouvernements sont redevenus excellents, et tout ce qui peut rapprocher, par
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- LE DEVOIR
- un échange de bons procédés, la France et l’Italie, est assuré de trouver également bon accueil à Rome et à Paris,
- Il faut d’autant plus s’en féliciter que rien ne saurait être plus favorable au maintien du concert européen qui a déjà résolu de si grosses difficultés au début de cette année, et qui en a encore plus d’une autre à résoudre.
- RUSSIE
- On écrit de Saint-Péterbourg :
- Le grand événement de la semaine est le départ de l’empereur et de la famille impériale pour Moscou. Les préparatifs ont été tenus dans le plus profond secret. Jamais précautions plus grandes n’ont été prises. Depuis Peterhof jusqu’à Moscou, sur un parcours de près de 650 kilomètres, la voie'ferrée était gardée par la troupe. Un bataillon de chaque régiment de la garde était requis pour le service de surveillance le long du chemin de fer. Les maisons et les caves attenantes au cheminée fer avaient été rigoureusement visitées par les gendarmes, et les ponts ont été l’objet d'un examen spécial. M, Fréliakof, maire de Moscou, a été mandé à Saint-Pétersbourg, il y a une huitaine de jours, et, reçu en audience particulière par l’empereur, il a eu communication du projet d’Alexandre III de se rendre dans la capitale primitive. Les journaux ont reçu l’ordre formel dp np point parler du séjour impérial â Moscou, et de s’en tenir là-dessus aux nouvelles données par la gazette officielle. Alexandre III se prop se de rester quinze jours dans le centre de la réaction à outrance, et de faire un pèlerinage à Prosk-Sergewski, couvent renommé par ses reliques. Le comte Ignatief, seul entre tous les ministres, accompagne le maître. Il personnifie en quelque sorte le gouvernement, et dans le gouvernement l'élément actif et agité ! Il ne cache pas à ses amis qu’il considère son passage au ministère de i’intérieur comme transitoire, et qu’il vise aux affaires étrangères; aussi travaille-Ml à calmer les susceptibilités que cette transformation pourrait causer à la cour de Berlin. En attendant, le comte ignatief ne néglige rien pour entourer l’empereur d’une atmosphère d’adoration populaire. Nous sommes en pleine idylle autocratique. D’innombrables députations de paysans, dans les costumes les plus variés et parlant les idiomes los plus divers, arrivent de tous les coins du vaste empire des tsars pour avoir le bonheur ineffable de contempler les traits de leur bien aimé souverain, et pour être admis à l’hon neur de baiser la main de l’impératrice. Les voitures de la cpur promènent ces autochtones plus ou moins authentiques ; on pousse l’attention jusqu’à leur servir leurs mets nationaux, dont la description se trouve tout au long dans les feuilles officieuses, et ils repartent en bénissant le ciel, le tsar et son ministre.
- La tsarine, de son côté, visite les cabanes de pêcheurs dans les environs de Peterhof. Les journaux ont raconté récemment tout au long un épisode fort attendrissant, où l’impératrice jouait par anticipation, le rôle d’une fée bienfaisante, en promettant d’être la marraine de l'en* fant à naître d’Ivan Michaïlof.
- Cependant une dépêche postérieure affirme que l'em* pereur et l impé'atrice ont quitté Moscou très*précipi tamment au milieu de la nuit, et qu’en dehors de quelques hauts personnages tout le monde ignore de quel côté ils se sont dirigés. Auraient-ils cédé à quelque nouvelle menace des nihilistes?
- Voici le fin mot de ce départ : «-
- L’empereur, à peine arrivé au Kremlin (Moscou), a appris qu’un complot était tramé contre lui, et qu’on avait l’intention de l’assassiner. Une jeune nihiliste avait été choisie pour lui offrir comme bienvenue un bouquet de fleurs, et en même temps lui plonger un poignard dans la poitrine. Tout était bien calculé, et le czar, à cette heure-ci, aurait cessé de vivre, si le prince Dolgoroukof, gouverneur général de Moscou, n’avait été prévenu par un traître.
- On parle d’un amant jaloux.
- Le czar a donné ordre de préparer tout pour quitter immédiatement Moscou ; la panique l’a saisi complètement, et, à l’heure où vous aurez ieçu ma dépêche, il aura quitté la ville.
- Le lieu où il se rend est tenu dans le plus grand secret: on croit qu’il veut se rendre à Nijny-Novgorod et de la, s’il n’est pas en sûreté, il ira dans la ville de Ka-
- zan. , , ,
- Les nihilistes ont gagné dans ces derniers temps beaucoup de terrain; leurs agents secrets sont partout, Pobedonoszeff, lui-même, l’ancien précepteur du czar, a tout a fait perdu la tête et conseille au czar les choses les plus absurdes ; ce qu’il s’empresse de faire, croyant par ià sauver sa vie.
- Un étudiant qui a tenté de se suicider dans le quartier Piski et qui a survécu trente six heures à son attentat, a avoué que le sort l’avait désigné pour tuer le Tsar le jour de Saint Pierre et Saint Paul.
- LETTRES DE RUSSIE
- St-Pétersbourg, le 20/S Juillet,
- « Que lu dame admirant son salon étendue sur un « sofa recouvert de soie, se donne une fois la peine « de se représenter toutes les souffrances qu’on dû « endurer les ouvriers qui ont fabriqué tous les « objets qui s’étalent devant ses yeux ! Si cette élé-« gante carte de visite qui est sur la table savait « parler, elle raconterait que dans ce moment peut* « être, la main qui l’a faite est déjà paralysée, cette « glace luxueuse qui reflète toute la splendeur de « ce riche salon a sans doute un jour reflété la per* u sonne tremblante d’un ouvrier amaigri, qui a été « empoisonné par des vapeurs mercurielles en la « fabriquant; ces riches et élégantes tentures n’ont-« elles pas causé au pauvre tisserand, une maladie « mortelle, forcé qu’il était de rester devant son « métier, le ventre comprimé, ces tapisseries qui « par leur éclat et leur beauté rappellent le prin-« temps, ont couvert les doigts de l’ouvrier d’am-1 « poules dues à des émanations empoisonnées, et i « toutes ces souffrances dont plusieurs pouvaient | « être facilement évitées, sont acceptées sans la ! « moindre plainte, Un ouvrier sort des rangs, l’au-I « tre le remplace, après celui-là le troisième et ainsi j « des autres... »
- s C’est en ces termes qu’un économiste anglais s’ef-; força de tracer vivement un tableau des circonstan-| qes malsaines qui entourent l’existence de l’ouvrier j en fabrique.
- Mais si cette vie présente tant de dangers pour l’ouvrier adulte, à quel point doit-elle peser sur les enfants ?
- Dans ma dernier lettre, je vous ai dépeint la situation de l’ouvrier adulte dans les fabriques russes •
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- LÉ DEVOIR
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- Cette fois je vais m’occuper du travail des enfants en Russie,
- Pour sauvegarder la santé des enfants ouvriers,
- 11 faut porter son attention sur les qnatres causes suivantes : l’âge du jeune travailleur, la longueur de la journée de travail, le travail de nuit, le genre de fabrication auquel il se voue.
- Il est évident que, plus l’âge de l’enfant est tendre que plus sa journée de travail est longue, plus facilement se ruine sa santé, et moins il a de chances de longévité. En langue arithmétique la longévité de l’enfant ouvrier est en proportion inverse de la longueur de sa journée ce travail, et en proportion directe de l’âge oh il entre à la fabrique.
- Malgré tout l’amour des divers gouvernements d’Europe pour! a théorie du laisser-faire et du laisser~ passer, le socialisme les â pourtant forcés de réglementer le travail des enfants. Ainsi, en Angleterre et en Autriche, il est défendu de faire travailler des enfants âgés de moins de dix ans. En Allemagne, en France, dans les Pays-Bas, en Suède et en Norwége, l’âge d’admission des enfants dans les fabriques est
- 12 ans. Enfin en Suisse il n'y a pas d’enfants ouvriers âgés de moins de 14 ans.
- De même dans tous ces pays la loi réglemente la longueur de la journée de travail ce l’enfant ouvrier; en Angleterre, les enfants âgés de moins de 14 ans, ne peuvent travailler plus de six heures et demie, et de 14 à 18 ans plus de dix heures ; en Autriche, dix heures, en France de six à dix heures, suivant le mode de fabrication, et en Suisse onze heures,
- En Russie, il n’existe encore aucun vestige de réglementation de cette nature, et tout dépend de l’arbitraire du fabricant et de celui du représentant du gouvernsment, avec lequel le premier a toujours des moyens de s’entendre. Ainsi, d’après une statistique du gouvernement de Moscou, dans les manufactures de M, Lapine, les enfants de 8 ans travaillent 12 heures par jour ; dans les manufactures de M. Tré-tiakof, les enfants de 6 ans travaillent 12 heures par jour. Dans les filatures deBechetnikof les enfants de 8 ans travaillent 13 heures par jour; dans les filature de Chernichef, les enfants de 10 ans travaillent comme les adultes, 15 heures par jour. Dans les fabriques de couleurs de Térékof, les enfants de 10 ans travaillent 16 heures par jour. Enfin, dans les teintureries de la Compagnie Frantz Babenek, les enfants travaillent comme les adultes, 17 heures par jour.
- Tous travaillent de jour et de nuit, les garçons et les filles, les femmes enceintes, les ouvriers adultes, et cela sans aucune différence,
- Entrez dans les filatures de soie des frères Rous-
- sakof, écrit le correspondant d’un journal russe, et vous verrez des jeunes filles de 12 à 14 ans maigres, pâles, ridées, courbées, travaillant 18 heures par jour, de 10 heures du soir à 4 heures de Vaprès-midi, et cela pour 35 roubles par an, c'est-à-dire 105 fr.
- Elles n’ont jamais eu d’enfance, et elles ne savent pas ce que c’est que la jeunesse. Jamais elles n’ont eu de libres plus de six heures après un travail de 18 heures; six heures pour dormir et satisfaire aux exigences de la vie physique et morale J aussi quelles exigences morales ont-elles !
- Nous ne sommes pas de force à lutter avec la syphilis, écrit un médecin de campagne, des environs d’un grand centre industriel. Les ouvriers revenant à la campagne, cachent cette maladie, et en infectent les membres de leur famille; même les enfants qui reviennent des fabriques n’en sont pas exempts.,
- Les adversaires de la réglementation, dans la yie industrielle en Russie, disent que notre pays est exclusivement agricole, et que, si on le compare avec l’Europe-Occidentale, son industrie est médiocre, Pourtant la somme des objets fabriqués peut s'évaluer annuellement; en Russie à 3,200 millions de francs, tandis qu’en Prusse et en Autriche cette somme n’est plus que de 3 millions; la Suisse, qui s’occupe tant de réglementation dans son existence industrielle ne compte que 216,000 ouvriers, tandis que chez nous il y en a 463 mille. Donc cet argument des adversaires de la réglementation que l’industrie russe est si peu de chose qu’il n’y a pas à s’en occuper, n’a aucune valeur.
- Pourtant le gouvernement despotique penche du côié de ces adversaires, bien que depuis longtemps différents projets pour sauvegarder la- santé des ouvriers aient été élaborés par diverses sociétés de médecins et d’économistes ; les institutions du tzar ne présentent aucun moyen de pouvoir réaliser quelque amélioration dans ce sens.
- L’ouvrier a beaucoup de peine à améliorer son sort dans une république ; il est donc facile de comprendre combien doit être rude la lutte sous le despotisme.
- OSSIPROFF.
- UNE LETTRE DTCARIE
- Le Devoir fidèle à la mission que son caractère de Revue des Réformes sociales lui impose, se fait une loi de porter toujours à la connaissance de ses lecteurs, tout ce qui concerne les tentatives faites dans la voie du progrès social. A ce titre, sans avoir rien à modifier à notre appréciation très sommaire du 27 mars dernier, mais en même temps, faisant droit
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- LE DEVOIR
- à la réclamation qui nous est faite en vue de la rectification d’une assertion erronée, nous donnons volontiers la publicité à la lettre suivante, qui nous est adressée d’Icarie (Zowa) :
- Icarie, Corning, box 164, Zowa, U. S.
- Cher citoyen Godin,
- Nous prévalant de vos déclarations au sujet de l’intérêt que vous portez à l’expérience icarienne — déclarations contenues dans « le Devoir b du 27 mars dernier — nous nous faisons un vrai plaisir de vous adresser le n° 1 de notre nouvel organe, où vous trouverez une foule de renseignements concernant notre situation morale et matérielle. L’Inventaire, particulièrement, vous donnera les informations que vous disiez regretter de ne pas avoir.
- Votre entrefilet du 27 mars au sujet des Icariens contient quelques inexactitudes que nous n’avons pas relevées alors parce qu’elles ne sont pas importantes.
- Ainsi, vous dites que le parti qui a demandé la séparation était composé en grande partie de proscrits de la Commune, tandis qu’il n’y avait parmi nous que deux de ces citoyens : — Dereure et Tangny, aujourd’hui démissionnaires, — et qu'il y en avait un nombre égal chez nos ex-adversaires delà majorité : — Sauva et Lemoine.
- La vérité est que le gros de chaque parti d’Icarie était composé d’anciens membres : l’un comprenait principalement les jeunes, la génération nouvelle d’Icariens et étaient désignés sous le noms de progressistes ; l’autre était formé des vieux Icariens,appelés conservateurs, pour la plupart ne sachant pas écrire et à peine lire, dont tout l’énthoùsiasme pour l’avancement général de la Société avait été éteint par les luttes à soutenir contre les nécessités cruelles d’une mauvaise situation financière.
- C’est là, d’ailleurs, la meilleure excuse à leur rétro-gradisme, et nous, les jeunes, n’avons jamais à leur en faire un crime. Nous avons seulement voulu que les anciens ne fassent point un obstacle infranchissable à la marche d’Icarie, et à l’accomplissement de sa mission morale dans le monde. Aucun homme sensé ne nous a blâmé pour avoir lancé Icarie dans la bonne voie des principes, et fait qu’aujourd’hui elle est connue un peu partout comme une Société où se tente la plus curieuse et la plus utile expérience du siècle. L’intérêt toujours croissant que, grâce au réveil que nous avons sonné,l’on témoigne à Icarie nous prouve, d’ailleurs, que votre mouvement était devenu nécessaire,
- C’est cet intérêt que l’on nous porte qui nous fait penser qu’un article daus le « Devoir » sur Icarie et sa situation présente serait fort bien accueilli par ses lecteurs, et ajouterait à tous les arguments que vous donnez en faveur de l’association la toute puissance des faits et des bons résultats qu’elle nous a fait obtenir dans le court espace de deux aus.
- Le Familistère et Icarie, bien qu’ayant des principes et une méthode différents, sont de la même famille en ce
- sens que tous deux cherchent à démontrer pratiqu e-ment la fécondité de la solidarité humaine et le degré de sociabilité dont est susceptible notre nature.
- Avec nos félicitations pour le solide progrès que vous avez introduit au Familistère, en l’érigeant en « Incorpo-rated lody » comme nous l’avons fait pour Icarie, nous vous prions d’agréer nos salutations fraternelles.
- Pour la communauté Icarienne :
- Emile Péron,
- secrétaire.
- SOUSCRIPTION POUR L’ÉRECTION DE LA STATUE CAMILLE DESMOULIN
- 2e LISTE DU FAMILISTÈRE
- Report de la liste précédente, 538 fr. 75
- MMmes Marie Moret, 20 b
- Dallet, 2 b
- Lefranc Adolphe, 2 »
- MMrs Lefranc » 2 b
- Rousselle Grosnier, _ 2 »
- Fortis, ’ 2 »
- Ducruet Josebh, Buridan MMmes Roger Pruvost, Nicolas; chacun 1 fr., 4 »
- Massé Emile, Dupont Huile, Poulain G., BisseuxLouis, Vasseur François , Bénard Villers, chacun Ô fr. 50 3 »
- Lobjeois Charles, et Dubois Tetier
- chacun 0 fr. 25, >> 50
- Total 576 25
- Grégoire, Lalin Alfred, Gariier Bernard, Guerbé Charles, Judas Paul, Lefèvre Jules, Denimal Auguste, Ala-voine Jean-Baptiste, Bombart, Duplaquet Georges, Alliot Jules, Fleury Camille, Dassonviile Victor, Rabelle Edmond, Decroix Pierre, Herbin Louis, Fouconnier Pros-per, Pourrier Joseph, Dagneaux Louis, Louvet Charles. Gervais père, Camus Roger, Heurteaux, X*** P., Roger E., Leroy Ch., Hardy Achille, Mabilotte Victor, Pallié Jean, Nerda Camille, Grançon Alfred, Hutin Louis, Legay Antoine, Leroy Armand, Josquin César, Sarrazin Alfred, Garbe Aimé, Fournier Jules, Gambier Aimable, Avot Jules, Tardier Maxime. Leciaire Zacharie, Bôquet Joseph, Duchange Emile, Poulain Zoé, Alliot Marie, Mms Rousseaux, Ribeaux Joseph, Vailier Eugène, Bion-delle, Ponthieu Arsène, Lhôte Charles. Labrasse Edouard, Maillet Léonard, Soissons Julien, Holot Louis, Lalisse Paul, Romby Léon, Drocourt Louis, Devaux Camille, Duchateau, Droit François, Mansieaux Appolon, Lalain Alexis, Carlier Ernest, Cochet Zéphiriu, Chimot Ar'hur, Hallé Auguste, Barbier Albert, Alavoine Alexis, Cotte-nest Fidèle, Dutailly Arthur, Poulain Joseph, Roppé César, Rousselle Joseph, Leroy Constant, Fossé Adolphe, Mma Rabelle, Mm* Massé Louis, Mme Leclère, Tardier Jules, Alavoine Marcelin, Faniel Edouard, Dupont Fontaine, Delescluze, Mmo Duquenne, Routier Mériaux, Mme Lamy, Dandrimont Vital, Laporte Eugénie, Bourbier Léonie, Mrae Hennequin, Mme Chevryer,"Mraa Ri beau, M“ü Malderey Eugénie, Mme Véron, Mm® Cochet Hutin. Sarrazin Emile, Dieux Larive, Delzart Louis père, Daimô Louis, Burlet Alfred, Soyeux Edouard, Baquet Elisée, Moneuse Edouard ; chacun 0 fr. 25 : 27 fr.
- Gaillard Edouard, Fortin Hector, Macaigne Louis, Le-long Emile, Macaigne Emile, Froment Jules, Valentin Etienne, Hennequin Henri, Maréchal Auguste, Vandois Paul, Brélant Adolphe, Gordien fils, Hennequin Amédée, Bâton Victor, Dantan Auguste, Carrelte Charles, Besançon fils, Lemaire Jules, Mériaux Alfred, Carlier Emile,
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- LE DEVOIR
- £25
- Sarrazin Alphonse, Bridoux, Bridoux Jean-Baptiste, Gaudériaux Elie fils, Ancelin Jean-Baptiste, Gordien père, Gasseleux Arsène, Alavoine Jules, Jumeaux Victor, Cordelette, Alavoine Ernest, Cauchy Charles, Cuve-lier Adrien, Choquenest, Dérez Pierre, Allart Alfred, Bourgeois Jules, Dieux Auguste, Cellet Jules, Jury Constant, Fossé Eugène, Allaire Ernest, Mouvelon Jean-Baptiste, Alliot Jules, Mazure Sidomir, Laporte Louis père, Gosset Alfred, Ribeau Octave, Rousselle Emile, Daimez Ernest, Lecouffre Eugène, Lagache Charles, Guyot Maximin, Degagny Eugène, Lemoine Florentin, Grançon Virgile, Tennières Adrien, Vinchon Clovis, Richârdin Ernest, Allaire Ulysse, Lamy Jules, Bran-court Arthur, Abraham Louis, Abraham Ulysse,Lefèvre Aimé, Alavoine Jules, Tierfoin Timothée, Merda Alfred, Judas Jules, Grossejambe, Lebeau Joseph, Milaret Ernest, Fresson Jules, Larmoyeux Florus, Froment Henri, Fouconnier Edouard, Leclaire Alexandre, Daimez Cé-lestin, Vasseau Théophile, Beaurain Edmond, Besançon Henri, Damiens Constant, Damiens Henri,Andrieux Auguste, Gardez Henri, Pennelier Gélestin, Routier Pros-per, Damiens Louis fils, Mériaux Alphonse, Noël Gustave, Lefèvre Arthur, Daimez Romain, Mahieux Virgile, Olivier Arsène, chacun 25 centimes. — 23 50.
- Roger Pruvost, 1 »
- Nicolas, 1 »
- Ducruet Prosper, 1 »
- Lobjois Charles, V 25
- Dubois Létrier, » 25
- Rousselle, 2 »
- Buridant, 1 »
- Romby, Parmentier Emile, chacun 0 fr. 15 » 30
- Froment Louis, Laporte Emile, Eou-bert Désiré, Foubert Alphonse, chacun, î fr. 4 »
- Fortier Louis, Désumeur Charles, Désumeur Julien, Alavoine Clovis, Maréchal, chacun 0 fr. 10 » 50
- Houdin François, Legrand Paul, chacun 0 fr. 20 » 40
- Pezart Jean-Baptiste, 9 50
- Flamant Désiré, » 15
- Duclos Emile, » 30
- Delzart Gédôon, Humain Hubert, Romby Julien, chacun 0 fr. 10 » 30
- Govin Beaudot, Govin Camille, chacun 0 fr. 10 » 20
- Edmond Louis, Lefranc Dominique, Mm" Lefranc, chacun 2 fr. » 50
- 4 »
- Maréchal Arthur, Bourgeois Léonard, Hamel Eugène, Royer Ernest, Lanoy Emile, Dequin Louis, Mabilotte 'Julien, Venet Emile, Denoyen Georges, Tellier Gabriel, Larmoyeux père, Delion Jean-Baptiste, Hutin Jules, Brochard François, Bruges Alfred, Champenois Aimé, Venet Camille,* Boulanger Louis, Juliard Jules, Hutin Théophile, Baudaux Armand, Vitoux Virgile, Garla Jules, Blondeau Léon, Petithomme Eug., Wallon Louis, Dirson, Coutellier, E. ’ Défontaine, Verneuil, Voiseux, Fouconnier Achille, Beaufort.Laffolé, Henry. Beaucamp, Xavier père, Lebeau César ; chacun 0 fr. 25 : 9 fr. 50 Paroissien Maximin, Gosset Athanase, Homet Victor, Lemaire Joseph, Parisse Alfred, Conpain Marcellin, Herbin Louis, Fayola père, Beaudaux Alfred, Hallé Louis, Daimez père, Détrez Ernest, Battu père, Quent Aimé, Gaspard Jean-Baptiste, Pagnier Faglin, Défontaine Quest, Massé Louis père, Dubuie Louis, Blanquin Sylvain, Delvigne Edmond, Noizet Joseph, Patte Charles, Gordien Gustave, Massé, Dupont Huile, Bénard Viller, Vasseur François, Bisseux Louis, Poulain Georges, Fouconnier Auguste ; chacun 0 fr. 50 : 15 fr. 50 MMrs Drocourt Louis, » 40
- Olivier Louis, Magnier Constant,
- chacun 0 fr. 35 » 70
- Ville nain, Poulain François, Druart Emile, Ribeaux Eugène, chacun 0 fr. 30 1 20
- Prat Théophile, Leduc Fructueux,
- Froissard Firmin, Lanoy François ; chacun 0 fr. 20 » 80
- Un groupe de 9 personnes, 1 15
- Total 673 fr. 65
- M. Ganault, avocat à Laon, " 20 fr. »
- T-SA3
- DU SERMENT
- De simples incidents prennent parfois l’importance d’une question, selon la façon dont ils se présentent, les circonstances qui les entourent,le temps et les lieux où iis se produisent. Tel est l’incident Bradlaugh à propos du serment.
- Soulevée comme elle l’a été,c’est-à-dire en mettant enjeu la conscience humaine, se produisant au sein d’une assemblée constitutionnelle, au moment de l’avénement au pouvoir du gouvernement libéral et quand s'agitent des intérêts aussi importants que ceux auxquels touche le Land Bill, il eut été difficile que la protestation de l’élu de Northampton ne fût qu’un coup d’épée dans l’eau. M. Bradlaugh,du reste, ne néglige rien pour eu saisir le pays, et il vient d’en appeler au peuple de la décision parlementaire.
- La presse de la métropole, même celle libérale, mentionne à peine le mouvement, nous voulons dire l’agitation qui se fait autour de cette question du serment; mais il est probable, lorsque ces lignes paraîtront dans le Devoir, que les différents meetings organisés par la Ligue pour la défense des droits constitutionnels,auront forcé les journaux à rompre ce silence calculé. En attendant, ce mouvement s’accentue de plus en plus, l’association libérale dans les comtés y pousse avec vigueur et la résolution suivante adoptée par la branche de Dudley donnera une idée exacte de la physionomie qu'il affecte : « La réunion est d’avis (à l’unanimité) que les électeurs de Northampton ont le droit de déclarer que,jusqu’à ce que leur élu soit admis à siéger et à remplir ses devoirs de député, ils ne paieront pas un farthing d’impôt à l’Etat. » Ceci pour ce qui est du côté matériel de la question. Pour le côté moral,la résolution porte : « Pénétrée du sentiment que c’est un tort d'exiger un serment là où une affirmation est le véritable mode de procéder, l’assemblée affirme de plus que si celui qui se parjure après un tel serment peut en courir sur cette terre la peine des travaux forcés il n’est pas coupable aux yeux de Dieu et n’a pas à redouter de châtiment dans l’autre monde; que ce serment n'est qu'un reste de barbarie une vaine formalité qui n’a plus de raison d’être dans ce 19m8 siècle. Elle trouve étrange que ce soit un athée, M. Bradlaugh qui soit obligé de rappeler à la génération
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- LE DEVOIR
- actuelle ce que le Christ enseignait il y a dix-neuf cents ans, quand il disait : vous ne jurerez pas ! »
- *
- * *
- Ainsi la question du serment présente deux faces : l’une morale et l’autre matérielle on politique ; c’est du moins ce qu’en pense le public anglais. Cette pensée est également la nôtre.
- Selon nous il est certain qu’envisagé au point de j vue de la pure morale, le serment est une chose j sainte; que celui qui s’engage volontairement a faire j un acte et qui ne remplit pas son engagement est j coupable. Les capitulations de la conscience ne sont j pas plus admissibles que les illusions de l’esprit ou j du cœur. Vous avez juré : votre promesse est immua- j ble, nul excuse ne saurait vous en dégager.
- Mais au point de vue de la politique peut on en dire autant? Hélas, trois fois hélas ! Non !
- A ce sujet, un souvenir nous vient. C’était dans les derniers jours de décembre 1848; on demandait à Proudhon ; « Que pensez-vous du serment de Louis-Napoléon Bonaparte ? » — « Que c’est le premier coup de hache porté à la constitution, » répondit le célèbre publiciste. — « Vous ne croyez donc pas à la sincérité du Président de la République ? » interrogea-t-on de nouveau. « Il ne s’agit pas ici'de sincérité », fut-il répliqué, « car outre qu’il existe mille moyens, sans violer un serment, de faire le contraire de ce qu’il supposé, la nécessité n’est-elle pas plus forte que tous les serments ? M. Bonaparte, assurément, a bien été maître de jurer, mais le prince Napoléon n’est pas du tout maître détenir. En prêtant serment à la constitution, le premier a juré comme Président de la République,parce qu’il n’en pouvait pas davantage, mais en ce faisant il n’a pas engagé sa conscience d’homme, il n’a pas entendu, neveu de l’Empereur, abdiquer ses prétentions en faveur de la République. Soyez en certain, in petto le citoyen a fait ses réserves contre le magistrat, l’homme privé ne s’est pas effacé devant l’homme public. »
- Et, au fait, combien voyons nous d’hommes dont la probité, (ceci n’a rien à faire avec 1 homme de Décembre), est incontestable, dont les rapports sociaux, au sein de la famille comme dans le tourbillon du monde, sont on ne peut plus moraux, et qui, cependant, ne craignent pas de prêter des serments que la plupart du temps ils,n’ont pas la volonté de tenir, au su et vu de tout le monde. Nul ne se fait illusion à cet égard, pas plus celui qui reçoit le serment que celui qui le prete, et pas plus celui-ci ou celui-là que le public témoin de cet engagement. On a juré : ce n’était pas sérieux. On se parjure : c’est tout naturel. Certains, plus scrupuleux, ou voulant
- paraître tels, crieront sans doute au sacrilège... c’est qu’ils n’envisageront que le côté moral ; mais qu’ils regardent l’autre face, leur indignation tombera et nul ne songera à flétrir le parjure.
- Il n’y a pas à se le dissimuler, une telle tolérance est chose fort regrettable, il est possible qu’une vertu à toute épreuve ne se laisse pas ébranler par le mauvais exemple ; mais les mâles vertus sont rares et l’esprt public, quelque bien qu’on puisse en dire, se laisse facilement influencer par ce mauvais exemple, surtout lorsqu’il vient d’en haut.
- Od doit tenir compte également des circonstances. For instance, une faction s’empare violemment du pouvoir. Elle veut donner à son usurpation une sorte de sanction morale et pense s’imposer au respect de la nation par la foi du serment. Tout ce qui tient à la vie publique, depuis le plus haut fonctionnaire jusqu’au garde-champêtre, jusqu’au conton-nier, tous devront prêter le serment exigé.
- Que faire ? Il n’y a pas trente-six chemins : s’abstenir, ou jurer.
- En s’abstenant, on s’isole virtuellement de la vie politique, on laisse le champ libre à l’oppression. Au lieu de la lutte par les moyens légaux, ce sont les menées ténébreuses, les agitations sourdes, la conspiration, le poignard qni perfore, la balle qui troue, la bombe qui met en lambeaux .
- En jurant, on cède à la force. L’engagement pris n’est dû qu’à la contrainte et dès lors le serment n’est plus considéré que comme la vaine formalité dont nous avons parlé, formalité dépouillée de toute sanction morale que l’on remplit sans conviction et que, à la première occasion, on foulera aux pieds sans le moindre scrupule.
- La prestation d’un tel serment par lequel on ne se. sent pas ou ne se croit pas lié, devient une ligne de conduite. Le parjure, comme moyen, est élevé à l’état de système ; il prend quasi les proportions d’un principe. Par cette tendance à se justifier à ses propres yeux qui est, il faut bien le dire, dans la nature humaine, on en arrive aux distinctions subtiles, à faire la différence entre les serments qui doivent être tenus, et ceux qui peuvent être violés. C’est le déraillement complet de l’intelligence que suivent bientôt la dépravation de l’esprit et la perversion du cœur. Enfin de déraillements en dépravations et de dépravations en perversions, une fois sur cette pente, on roule jusqu’au fond du gouffre de la corruption.
- A tout cela, quel remède ?
- Nous n’en voyons qu’un seul : la suppression du Serment.
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- Dans une société démocratique, où l’élection et le concours sont à la base de toutes les institutions, le serment est un contre-sens. On a dit, on a écrit même que le serment ne saurait jamais être que limité et conditionnel. Nous avouons n'avoir pas encore pu comprendre comment cela pourrait être. En revanche il nous apparaît plus saisissable avec son caractère absolu, immuable ; mais alors nous nous disons qu’il ne peut être dû. qu’à l’être absolu et immuable telle que la Divinité nous est représentée. Reste à savoir si elle s’en soucie beaucoup ou si elle en a besoin : il nous sera permis d'en douter.
- E. P. Maistre.
- CORRESPONDANCE D’ALLEMAGNE
- Le docteur Cohn, rédacteur israélite du New-Steltiner-zeïtung a quitté Stettin (Stettin) dans des circonstances qui méritent d’être racontées avec quelques détails. Après une incursion propangandiste des antisémites dans cette ville, le rédacteur en question accompagné de son frère, rencontre il y a quelque temps l’architecte Luttoseh, un antisémite connu. On s’apostrophe, on s’injurie, on en vient même aux coups, et les deux juifs, tirant de leur poehe la grosse clé de leur maison, blessent l’architecte. Ce dernier court par la ville en criant : « Voyez, citoyens allemands, déjà les Juifs cherchent à nous tuer. » La foule poursuit les frères Cohn en vociférant : « Hors l’Allemagne, les Juifs. » Les deux Israélites ne durent leur salut qu’à la protection de la police. Lorsqu’ils quittèrent la ville 2,000 personnes les suivirent au chemin de fer en criant : « Bon voyage pour la Palestine, pour Jérusalem. »
- La population une fois en émoi, des troubles s’ensuivirent : l’imprimerie du journal fut détruite; des maisons habitées par des Juifs furent assaillies et eurent leurs vitres brisées par des pierres.
- A Berlin les agitateurs ne craignent pas de dire hautement qu’ils travaillent à débarrasser l’Allemagne de sa population judaïque. Autre symptôme; un député libéral de l’Allemagne du Sud disait encore il y a quel-quelques mois pouvoir constater avec joie que la Bavière était restée étrangèré à cette déplorable rivalité des rues. Hélas ! depuis, le virus réactionnaire a gagné ces régions. A l’université d’Erlangen on a Phabitude de choisir chaque année un recteur dans une faculté différente, de façon à donner à chacun son tour. Il y a quelque
- temps il s’agissait de procéder au vote et l’on savait d’avance que le choix tomberait sur le professeur juif, docteur Rosenthaï. On chercha en sous-main à le faire se désister de sa candidature, et en fin de compte ce fut un allemand qui fut élu sous prétexte que l’université d’Erlangen étant une institution protestante, un juif ne saurait la présider.
- Pour en finir avec cette question nous dirons que l’orateur conservateur et antisémite Enrici a fait voter le 18 à Berlin, dans une réunion de 1,800 personnes, une résolution de rupture avec les conservateurs qui ne veulent pas soutenir la lutte contre les Juifs. Cette animosité qui s’accentue tous les jours davantage prouve que l’Allemagne marche vers une période d’agitation de plus en plus grande : Le télégraphe russe annonce que l’entrevue de Guillaume et de François-Joseph à Gastein ne sera pas seulement un acte de courtoisie, mais un grand événement politique, auquel assistera un plénipotentiaire de la Russie, choisi parmi les membres de la famille impériale. Les temps passent où de telles entrevues pouvaient avoir une importance prépondérante, et ce n’est pas ce que peuvent dire les empereurs qui changera quoi que ce soit aux destinés futures de l’Allemagne destinées que nous pressentons.
- — Le résultat des élections primaires en Bavière donne la victoire au parti ultramontain. Ce fait a produit une profonde sensation dans l’empire d’Allemagne. La Germania se félicite de voir pour six ans la majorité de la Chambre des députés du second état de l’empire passer aux mains des adversaires de l’unité germanique. La scission du parti libéral est cause de ce résultat. Bismarck, comme il l’a dit lui-même en parlant des nationaux libéraux a mis son adversaire au pied du mur, mais ce n’est là pour le Chancelier qu’une demi-victoire. Il tombe de Charybde en Scylla. Les nationaux libéraux sont vaincus, mais le particularisme triomphe.
- — Le nouveau geuverneur de Bohême, le feld-maré-chal Kraus, a prononcé un discours en recevant les autorités. Ils sont toujours jolis et sages, ces discours-là : il ne veut pas faire de la politique de parti, mais rendre une égale justice aux deux nationalités tchèque et allemande.... rétablir la concorde en faisant respecter la loi. Qui vivra verra ?
- — Les socialistes viennent de remporter un succès à Apolda (Saxe-Weimar), où il y avait trois membres du
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- conseil municipal â élire. Ils l’ont remporté sur toute la ligne et ont maintenant la majorité.
- — Voici quelques chiffres éloquents sur l’émigration. Il a passé par Hambourg seulement 74.683 émigrants, du 1er janvier au 30 juin : c’est à peu près deux fois plus que pendant les six premiers mois qui suivirent la guerre de 1870, L’année dernière le nombre des émigrants pour toute l’Allemagne a été de 106,190.
- — Relativement au petit état de siège de Leipzig, un fait rétrospectif intéressant à noter, c’est la démission du préfet municipal Ruder. (Le poste de préfet municipal correspond à celui de notre préfet de police).
- Ruder est un ancien émule, en 1848, de Robert Blum. Il est devenu depuis réactionnaire. Il y a environ deux ans l’adjoint de Ruder, ne voulant pas signer les expulsions, s’était suicidé. Aujourd’hui c’est le maître qui quitte la place. Ruder qui s’est toujours montré jaloux de son autorité vis-à-vis du gouvernement niait la nécessité de l’état de siège qu'il a considéré comme ,un blâme à son adresse. Sa retraite a été un grave écbec pour le gouvernement.
- — Pauvre gouvernement allemand, il aurait bien besoin d’un procès de haute trahison à grand Éoum. boum afin de rehausser son prestige. Il y a neuf mois, quelques disciples de Most, à la tête desquels s’était mis un mouchard, avaient fondé, dans les environs de Darmstadt, une espèce de société secrète qui avait pu être le prétexte d’une soixantaine d’arrestations, accompagnées de la mise en scène voulue. Hélas ! on a dû relâcher presque tout ce monde et le grrrand procès de haute trahison fait une bien triste mine vis-à-vis des 20 à 25 pauvres diables qui se sont laissé pincer dans la souricière .
- — Les socialistes berlinois attendent avec impatience la décision que prendra le tribunal fédéral suisse, relativement au congrès socialiste universel de Zurich. Le comité du parti démocrate socialiste suisse, qui a pris l’affaire en mains, a décidé détenir, en tous cas, le congrès en Suisse, sinon a Zurich, du moins dans un antre canton. On pense que le gouvernement n’osera pas mettre à exécution les menaces proférées par le directeur du canton de Zurich contre les délégués étrangers. Les fédérations et tous les groupes socialistes sont priés de désigner immédiatement leurs délégués, et de les annoncer au comité d’administration à l’adresse de M. J. Obrist, Volksimchhandlung Eottengen, Zurich.
- Johann Richter.
- L’Association du Familistère de Guise demande les employés suivants :
- Pour sa manufacture d’objets d’ameublement et d’appareils de chauffage en fonte :
- 1° Un chef d’atelier des mouleurs et de la fonderie, bon praticien dans le moulage ;
- 2° Un chef d’atelier des monteurs-ajusteurs, connaissant bien le travail ;
- * 3° Un chef d’atelier d’émaillerie connaissant la
- • chimie céramique ;
- 4° Un dessinateur pour modèles d’appareils de chauffage ;
- Elle demande en outre pour l’économie domestique du Familistère :
- 5° Un chef commercial pour les approvisionnements et le contrôle des divers magasins de vente ou débits de l’Association ;
- 6° Un jardinier connaissant l’arboriculture et la cultures générale des jardins.
- Le personnel de la Société s’élève à environ 350 familles dans ses logements et à 1300 ouvriers dans son usine.
- On ne sera admis à l’un où l’autre de ces emplois qu’avec preuve de capacité et muni de bons renseignements.
- Chaque Samedi 16 pages grand in-8®, 2 colonnes
- REVUE HEBDOMADAIRE
- Scientifique, illustrée, spéciale, seul journal tenant les lecteurs au courant de tous les détails de l’Exposition universelle d’électricité, organe indépendant des exposants
- RÉDACTEUR EN chef : W. de FONVIELLE E. de CLÏSSON : directeur
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- PARIS, 16, rue «lu Croissant, PARIS
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- De numéro hebdomadaire 20 c.
- DIMANCHE 21 AOUT 1881
- 4. ANNÉE, TOME 5 — N” 154
- Le Devoir
- REVUE DES RÉFORMES SOCIALES
- BUREAU
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- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Dire cteur- Gérant Fondateur du Familistère
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- SOMMAIRE
- Conférence de M. Godin. — Causerie anticatholique et religieuse.— Faits politiques et sociaux. Voyage autour du Familistère. — Etat-civil du Familistère. — Une promenade dans les environs de Dieppe.
- "mrmasi
- Le journal « LE DEVOIR » est envoyé gratuitement à titre d'essai.
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- |„naître. En effet, cette institution présente
- aujourd’hui le fait sans précédent de la répartition des bénéfices aux garanties mutuelles, au Travail et au Capital.
- Aucune des Sociétés ou fondations adoptant le principe de la participation des ouvriers aux bénéfice^ ne réalise d’une façon aussi complète l’idée féconde de l’Association, d’après des règles fixes de justice distributive, parce qu’aucune n’a encore résolu, comme la création du Familistère, le problème difficile de fournir au travailleur, en même temps que sa part de gains dans les bénéfices de la production, les avantages de l’aisance au sein même de son intérieur.
- En travaillant à répandre la connaissance des divers éléments de cette création dans le but de faciliter l’étude et la solution des problèmes qu’elle a résolus, le journal « le Devoir» fait une oeuvre, de propagande et de sacrifice éminemment utile à tous. Pour que la mission qu’il s’est imposée soit efficacement remplie, il faut qu’il soit encouragé, et qu’il ait des lecteurs en grand nombre.
- « Le Devoir », revue des Réformes sociales publiéeffiebdomadairementà Guise est l’organe des principes sur lesquels est fondée l’Association du Capital et du Travail actuellement en pleine prospérité au Familistère.
- Au point de vue des solutions pratiques des questions sociales, aucune étude ne saurait être complète, si elle n’embrasse dans son ensemble ^ussi bien que dans ses détails, l’organisation du Familistère, unique au monde, que « le ûevoir^» a pour mission spéciale de faire con-
- C’est de nos abonnés, de nos lecteurs habituels que nous pouvons attendre cette propagande nécessaire, et c’est pour cela que nous sollicitons d’eux le concours qu ils peuvent nous fournir, en faisant connaître notre feuille, et en lui suscitant de la sorte des abonnés nouveaux. Œuvre de dévouement de laquelle tout pensée de lucre est exclue, elle a droit, par le but auquel elle tend, aux sympathies de tous ceux qui comprennent que l’intérêt le plus vif du pays est aujourd’hui de propager les principes à l’aide desquels se réalisera la conciliation de toutes les classes de la société.
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- CONFÉRENCE DE M. GODIN
- le 28 juillet 1881, à 8 heures du soir.
- Mes amis,
- C’est la question de gouvernement en général dans les opérations industrielles comme dans les opérations sociales que je vais traiter dans cette conférence.
- Remarquons de suite que partout une direction est nécessaire, que nulle œuvre ne s’accomplit, que nul but ne s’atteint sans que l’intelligence préside à la conception de l’ensemble et donne aux faits de détail l’impulsion qui les rattache à la pensée commune.
- Malgré l’évidence de cet état de choses, il n’est pas rare à notre époque d’entendre des gens contester le principe de gouvernement, et conclure que les sociétés se passeraient fort bien de toute direction.
- Ceux-là certainement n’ont jamais rien dirigé dans le travail humain ; s’ils s’étaient le moins du monde mêlés aux faits de la vie productive, ils eussent bien vite reconnu que si l’œuvre la plus simple ne s’accomplit qu’autant que quelqu’un la conçoit et la dirige dans son développement, à bien plus forte raison les fonctions de la vie sociale et politique ne s’accomplissent-elles pas sans que des directions leur impriment en tous sens une marche régulière.
- L’ouvrier sait bien que sa tâche journalière, si petite qu’elle soit, exige des soins et de l’attention. Il en est de même de toute œuvre. Ladirection, l’administration, le gouvernement des choses sont un travail d’un autre geure que celui de l’ouvrier, mais c’est toujours un travail, c’est-à-dire une opération, qui exige de l’activité, de l’intelligence, de la volonté.
- Une association comme la nôtre embrasse une multiplicité de fonctions qui démontrent la nécessité du gouvernement, de l’administration et de la direction dans toutes les choses sociales; elle est en petit le modèle d’un Etat.
- Chacun des principaux chefs de service peut être considéré comme un ministre chargé d’un département spécial dans le mouvement de l’entreprise.
- Supposez qu’un de ces chefs de fonctions vienne à manquer dans l’Association, sans qu’on ait rien fait pour le remplacer, ne serait-ce pas immédiatement la perturbation dans la marche des affaires ou du travail ?
- Vous reconnaissez que des directions sont nécessaires dans une association comme la nôtre dont vous saisissez les détails, soyez convaincu qu’elles sont aussi utiles dans tous les rouages de la Société.
- Ceux qui disent le contraire sont des myopes d’esprit qui ne voient pas l’importance du rôle des directions dans la Société, parce que l’étendue de ces fonctions dépasse leur conception.
- La direction et l’administration sont inhérentes à l’existence de toute société et relèvent des mêmes principes, aussi puis-je poser en fait, mes amis, que si l’on comprend ce qui est bon, ce qui est bien, ce qui est vrai, pour la direction d’une Société comme la nôtre, on comprend également sur quelle base doit reposer la bonne direction du département et de la nation.
- L’histoire de l’humanité nous montre que les sociétés ont toujours eu des gouvernements, que les choses humaines n’ont jamais marché et ne peuvent jamais marcher sans direction ; mais nous voyons en même temps que les gouvernements et les directions ont toujours été proportionnés au niveau intellectuel et moral des peuples.
- Dans les âges d’ignorance, c’est la force qui domine. Lignoranoe n’admire rien plus que le géant et l'audacieux. Tout alors doit plier sous la rudesse du commandement.
- La violence, la cruauté, la perfidie, la bassesse dominent dans les moyens de gouvernement quand ils dominent chez les peuples eux-mêmes.
- Le sentiment du droit de chacun, le respect de la liberté individuelle, l’idée de la protection mutuelle et sociale, se font jour dans les gouvernements, quand ils existent chez les gouvernés.
- C’est une loi toute naturelle. Voyez de nos jours les Kroumirs que la France est obligée de réprimer. Comparez-les aux peuples civilisés. Quels chefs ont-ils et peuvent-ils se donner ? Qui choisissent-ils parmi eux ? Adonnés au brigandage, ils veulent naturellement pour chef le plus fort, le plus violent, le plus audacieux, le plus rusé d’entre eux.
- Au contraire, les peuples civilisés commencent à vouloir pour chefs des hommes intelligents qui placent avant toutes choses l’amour du bien public, le respect des droits et de la liberté de chacun des citoyens.
- Mais il faut bien reconnaître que nous n’en sommes encore qu’aux premiers pas dans cette voie. Nous avons compris que la force n’est pas la justice et que les gouvernements basés sur la force engendrent la violence et l’abus. Nous avons compris combien il est nécessaire que les gouvernants soient doués des plus hautes qualités morales, mais ce n’est encore qu’une lueur de la vérité. Le plus difficile, le plus important reste à réaliser, c’est d’organiser les choses de façon à faire toujours intervenir au pou-6 voir les plus capables et les meilleurs.
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- Quand ces idées s’éveillent dans les Sociétés, and les peuples écartent de leur sein l’esprit de domination et de despotisme, une phase de transi-jion laborieuse s’ouvre pour eux. p’axe de la souveneraité étant déplacé, le peuple, oblige de faire sortir un ordre nouveau de l’ordre jjjcien a recours au suffrage pour enlever au despote le droit d’élection.
- C’est ainsi que la Révolution française après avoir brisé le joug de la féodalité et la monarchie permit aiî peuple de se réunir dans ses comices pour élire ieS hommes auxquels il confiait les destinées de la patrie. Mais une révolution aussi considérable dans les habitudes et dans les mœurs ne s’opère pas sans résistances ni sans de dures épreuves. Les voies véritables du gouvernement démocratique ne se découvrent que par des expériences qui s’éclairent les unes les autres.
- Aussi l’empire effaça-t-il la souveraineté du peuple pour ressusciter le gouvernement de la force, et fit-il ainsi subir à la France le despotisme militaire et le régime bâtard des royautés onstitutionnelies jus-p’en 1848. Le suffrage universel date seulement de cette époque.
- Voyez combien nous sommes rapprochés encore des temps d’autocratie et de domination absolue, et comment il est concevable que l’exercice de la souveraineté du peuple ne soit pas encore réellement organisé, ni par conséquent le mode de gouvernement qui doit en sortir.
- L’opinion publique est fort peu avancée sous ce rapport, les institutions propres à permettre au citoyen de faire d’une façon sûre les meilleurs choix dans les élections des représentants du pays font défaut; la corruption électorale et la corruption représentative en tiennent aujourd’hui la place.
- La France a donc un nouveau problème à résoudre, celui de l’organisation même du gouvernement démocratique, je veux dire du gouvernement vraiment social.
- G est un progrès considérable qui s’impose à notre société moderne.
- L humanité ne cesse jamais sa marche en avant.
- progrès, elle ajoute toujours un progrès nou-Veau. La société moderne met en lumière les droits ^ masses. L’ouvrier autrefois esclave, puis serf.
- aujourd’hui citoyen ; il a droit de vote et d’in-aeûce dans les affaires publiques. L’homme le plus Pauvre jouit de ces mêmes droits. Pouvons-nous nous arrêter-là? Non, l’homme est né pour perfectionner. P°ur améliorer toutes choses.
- Le suffrage universel a des cotés défectueux, i]
- nous appartient de trouver et d’inaugurer les moyens de son bon fonctionnement.
- Notre recrutement administratif est imparfait et plein des erreurs monarchiques, il faut l’organiser de façon à le soustraire au caprice et au favoritisme.
- Les capacités directrices font défaut dans la production, il faut les créer et leur faire place.
- Le grand embarras à tous les degrés de fonctions dans la société est de savoir où trouver les candidats réellement aptes à bien remplir les mandats qu’il s’agit de conférer.
- Voyez ce qui se passe quand on veut, par exemple, nommer un député. Qu’il s’offre un ou plusieurs candidats, c’est sur leur propre parole ou sur la recommandation de leurs amis qu’il faut se baser pour croire à leurs mérites. Nulle autre preuve, rien qui affirme d’une façon certaine la capacité et la moralité du candidat. L’électeur n’a aucun moyen de contrôle. Il est obligé de s’en remettre à une notoriété plus ou moins usurpée ou douteuse.
- La volonté de l’électeur est bien de nommer des hommes intelligents, capables, dévoués au pays, mais la plupart du temps, il est séduit par de belles paroles, et il vote pour un candidat empressé avant tout à se faire une position dans le monde. Il n’en serait pas ainsi si le suffrage universel était pourvu d >s institutions propres à garantir son bon fonctionnement, à offrir aux électeurs des candidats dont la valeur fût éprouvée, contrôlée et établie d’une façon indiscutable avant les élections.
- Aussi quelles sont les conséquences d’élections faites dans les conditions actuelles ? On a des Chambres qui font peu de besogne. Le pays se plaint ; il sent le malaise qui en résulte. Serait-il plus heureux en changeant la Chambre? Non, les mêmes causes produiront les mêmes effets. Les mêmes hommes, en grande partie, reviendront siéger; quelques-uns seront remplacés par d’autres choisis dans les mêmes conditions et n’apportant pas plus de capacité au service de la chose publique.
- La bonne volonté des élus ne suffit pas. Dans quelques fonctions que ce soit, il faut à la moralité joindre la capacité pour faire œuvre bonne et utile.
- Donc, ce qu’il faut aujourd'hui, c’est inaugurer des institutions qui formeront et mettront en évidence les réelles capacités directrices dont la France a le besoin, afin que le peuple sache où trouver ces gens capables, et cesse d’être souvent laproiedes hâbleurs ou des individus animés par la cupidité.
- Quelles seront ces institutions? J’ai déjà exposé dans ce journal que, pour des fonctions bien moins importantes que celles de la direction d’un Etat, dans les bonnes administrations spéciales, soit in-
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- dastrielles, soit publiques, nul employé n’est admis qu’après examen souvent même après concours.
- Ce que les administrations privées jugent nécessaire pour accorder une humble fonction d’employé devient plus urgent quand il s’agit de confier à un homme une part importante d’influence et de direction, sur les destinées d’un pays, sur les questions sociales, de paix ou de guerre dont dépendent la vie, le bien-être et la prospérité des citoyens.
- Et pourtant, c’est alors qu’on nomme aux fonctions sans concours ni examen préalables, sans rien qui garantisse ni les capacités du candidat, ni son dévouement à la chose publique.
- J’ai s montré dans « le Devoir » que le remède à cet état de choses, c’est l’inauguration du concours et de l’examen intellectuel et moral pour tous les citoyens, sans exception, dans toutes les écoles du pays, à partir de l’instruction primaire.
- Que dès l’enfance, toutes les capacités soient cultivées, que les progrès intellectuels soient constatés, que les fautes graves, les bonnes actions et surtout le dévouement soient inscrits au compte de chacun, que les examens soient régulièrement établis pour consigner la valeur intellectuelle et le mérite moral de chaque élève; que les écoles secondaires, puis supérieures, spéciales, etc... ne s’ouvrent devant l’élève qu’au fur et à mesure qu’il aura acquis les capacités voulues ; mais que tous les enfants du peuple sans exception, voient s’ouvrir devant eux les hautes écoles s’ils ont les capacités et les qualités nécessaires pour ea suivre les cours. Alors les vocations se ^dessineront, les sujets se relèveront, la hiérarchie des intelligences et des caractères sera établie, les hommes seront classés par leurs propres mérites pour tous les degrés des fonctions, on aura des candidats sérieux pour toutes les fonctions sociales, administratives et industrielles, et l’électeur saura où trouver les candidats dignes de ses suffrages.
- Certainement les hommes particulièrement aptes aux fonctions manuelles seront toujours la grande majorité ; cela est dans les besoins de la nature humaine comme de la société. Les intelligences directrices sont les plus rares ; mais c’est une raison de plus pour mettre en évidence les sujets exceptionnels destinés à conduire les choses pour le plus grand avantage de tous.
- Avec une organisation de l’instruction publique ainsi ordonnée, les caractères et les intelligences que renfermeraient les Ecoles nationales seraient ouvertement signalés à l’attention publique. Les administrations, comme le peuple sauraient où s’adresser pour trouver des hommes capables. Lorsqu’il s’agirait d’élection, l’électeur laissé absolument libre
- de son choix aurait au moins la satisfaction de savoir où prendre des candidats dont le mérite serait ga ranti par des diplômes spéciaux régulièrement ac quis.
- Cela donnerait lieu à une spécialisation nouvelle de l’enseignement et des écoles; on serait conduit à élargir le cadre de nos instHutions et à faire place à la science de l’économie sociale.
- Nous avons aujourd’hui des Ecoles pour former des Ingénieurs propres à diriger l’édification des choses matérielles. Il serait plus intéressant encore d’avoir des Ingénieurs sociaux qui connussent les modes les plus sûrs de bien administrer, de gérer économique-ment, d’entretenir partout la fécondité et l’abondance.
- On dira que c’est là un rêve, mais le rêve d’aujourd’hui est la réalité de demain. L’instruction publique s’organise en France sur des bases telles, que ce que je viens de dire sera prochainement reconnu nécessaire par tous ceux qui s’occupent de la question.
- Ce sont ces mêmes principes, mes amis, qui m’oiq guidé dans les prescriptions de nos statuts concernant les fonctions administratives.
- Dans l’Association aussi, il y a des fonctionnaires dont le bon recrutement est indispensable à votre prospérité, d’où la nécessité, par conséquent, de former par avance un corps d’hommes reconnus propres aux fonctions.
- Nous sommes tous assujettis à l’accident, à la maladie, à la mort. Vos conseillers de Gérance, vos chefs de fonctions doivent un jour ou l’autre vous faire défaut; moi-même je serai dans ce cas.
- Que serait-il arrivé si les statuts n’avaient rien prévu pour le recrutement de vos administrateurs ?
- Les membres restants de l’administration ou le Gérant lui-même eussent été embarrassés dans le choix d’un successeur. Dans le cas d’un membre nommé à l’élection, des cabales se fussent immédiatement organisées et on aurait pu voir élire le pins habile en paroles et laisser de côté l’homme dévoué, capable et trop modeste pour faire parade de son savoir et de son dévouement.
- Or, la sécurité de votre avenir, la prospérité de vos familles, le bien de l’Association enfin, exigent que vous ayez à votre tête non des hâbleurs, mais d’habiles administrateurs. Il vous faut des hommes non-seulement capables et intelligents, mais hautement titrés, sous le rapport du caractère, des bo®' mes conciliants, généreux, embrassant les choses au point de vue des satisfactions et du bien de 1* masse et non au point de vue des satisfaction5 étroites de la personnalité et de l’amour-propre.
- Comment distinguer ces hommes ?
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- suffrage seul ne suffît pas, nous venons de le 0jr parce que l’électeur est trop facilement abusé.
- pour compléter, pour assurer le bon fonctionnent du suffrage que les statuts prescrivent ici le ,ncours et l’examen, comme premier moyen d’accès ^fonctions. De cette façon, le corps des associés devant lui un groupe de candidats dont la valeur jtellectuelle et morale, éprouvée à l’avance, est à la ateUr des mandats qu’il s'agit de remplir. Les acteurs n’ont plus ensuite qu’à choisir entre ces jndidats les personnes qui leur conviennent le tieax-
- ’fon-seulement les Statuts ont ainsi constitué des -ambres éligibles, mais des prescriptions spéciales terminent que ces membres reconnus aptes aux onctions de Conseillers élus seront, aussitôt leur -érite reconnu, admis dans les conseils de l’Asso-iation en qualité d’auditeurs.
- De cette façon, ils peuvent s’initier par avance à a direction des opérations sociales. Ils entendent, ^voient comment les choses sont agencées et gourmées dans l’Association ; et le jour oh fera défaut,
- ;m des chefs actuels, vous aurez là des hommes :at formés pour prendre la succession, sans qu’au--.idésarroi s’établisse dans les services.
- Dans ces conditions mêmes, il faut vous attendre,
- :as amis, à ce que notre société pourra manquer ifois des capacités directrices dont elle a besoin, limons ne pouvons échapper à la loi commune qui «fait partout sentir à notre époque, l’insuffisance «s capacités.
- L’administration et la direction sont la grande Acuité dans toute entreprise, parce que, je le ré-tfe, la France, comme les autres Etats, n’a point *core instituée dans son sein les grandes Ecoles piales où les jeunes gens seront formés aux dif-i;'les fonctions de directeur et d’administrateur.
- Quand les capacités feront défaut dans nos raugs, devrons nous empresser de faire appel à celles 1 dehors et de les recevoir parmi nous, après l:i|ten et concours comme le prescrivent les Sta-
- sont là des questions de la plus haute impor-^> et sur lesquelles votre méditation devrait iIercer souvent.
- ^gez, mes amis, que certains rouages ne fonc-'^nent pas encore dans notre société, et qu’il faut lettre en action.
- ( eQ est ainsi du corps des auditeurs dont je viens parler. Trois ou quatre demandes ont été déposée mémoire à l’appui. Le Conseil les a exami-^ais en présence de ce fait que les Statuts Vivent l’élection de tr»is conseillers et que les f
- candidats n’étaient guère que de ce nombre, le Conseil a été obligé de surseoir à l’élection des membres du Conseil de Gérance, jusqu’à ce que le corps des auditeurs soit en nombre suffisant pour que les associés puissent faire leur choix et le modifier aux élections suivantes s’ils le désirent.
- LesStatuts, vouslesavez me réservent le droit, en qualité de fondateur, d’appeler au premier Conseil de Gérance, trois conseillers pour tenir la place des Conseillers élus. Mais je préférerais ne point user de ce droit, et que vous les nommasssiez vous-mêmes.
- Pour cela, il nous faudrait un groupe d’au-moins huit ou dix auditeurs, afin que le choix des trois élus puisse se faire parmi eux.
- L’Association se préoccupe de cette situation et fait les démarches pour compléter son personnel. Que les hommes qui parmi vous se sentent des capacités réelles fassent donc les études et les efforts voulus pour se mettre à la hauteur des fonctions à remplir.
- Les nécessités d’une bonne direction dans une société comme la nôtre vous initient, mes amis, aux obligations plus graves du gouvernement d’un Etat. Quand il est si intéressant pour votre avenir et celui de vos enfants, pour la bonne marche du travail, d’avoir ici de bons chefs de fonctions, vous comprenez combien il importe au peuple français tout entier d’avoir de bons, d’habiles députés et sénateurs ' et des gouvernants du plus haut mérite.
- Les principes de l’administration sont les mêmes partout.
- Donc l’examen et le concours qui nous apparaissent de première nécessité pour le choix des employés d’une société particulière, sont également de première importance pour le choix des grands fonctionnaires de l’Etat.
- Lorsque par la pratique des concours et de l’élection dans les écoles et dans l’intruction publique à tous les degrés, le suffrage universel sera mis en possession des garanties qui lui font défaut, il pourra toujours faire arriver au pouvoir les hommes qui, à des capacités reconnues, joindront l’estime et la confiance des électeurs.
- CAUSERIE ANTICATHOLIQUE ET RELIGIEUSE
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- J’ai choisi pour titre de cette publication les deux termes qui m’ont paru le mieux résumer le caractère de la lutte que j’ai entreprise. Quelque original qu’il pourra paraître à certaines personnes pour les-
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- quelles ces deux mots : Anticatholique et religieux sont inconciliables, ce titre indique suffisamment le but que nous nous proposons pour que nous puissions nous dispenser d’un long exorde avant d’entrer en matière.
- Démontrer d’une façon claire et précise que la religion catholique est remplie d’erreurs, qu’à côté de ces erreurs il y a une morale qui lui sert de base dont les préceptes sont sublimes, en un mot : Corn-battre le catholicisme tout en proclamant la nécessité de la Religion, tel est notre but.
- Si le lecteur plongeant son œil scrutateur au fond de notre pensée veut savoir à quelle école nous appartenons, si nous avons une croyance religieuse et quel est son nom, nous lui répondrons avec la plus grande sincérité : Nous sommes protestant dans l’acception la plus large du mot, protestant contre les abus, protestant contre toutes les erreurs, nous cherchons le juste, le vrai, pour rendre nos recherches plus fructueuses, nous butinons un peu partout, donnez à la Religion que nous rêvons de voir s’implanter parmi nous le nom que vous voudrez, ap-pelez-là : La Religion laïque, la Religion d’accord avec la science, la Religion sans dogmes, la Religion sans prêtres, l’étiquette nous importe peu, notre profession de foi se résume en ces mots : G-uerre à l’erreur, guerre au fanatisme religieux, recherche de la vérité. Nous combattrons donc sans trêve ni merci les nombreuses erreurs imposées comme articles de foi à la crédu ité des fidèles : L’infaillibilité papale, le péché originel, la divinité du Christ, l’Ecriture sainte, etc., etc.
- Tout en combattant la religion catholique d’une façon implacable, nous en respectons la partie essentiellement morale, nous la revendiquons comme devant former la base de l’enseignement de toute société civilisée et nous considérons cette morale comme n’étant la propriété exclusive d’aucune secte ; quant aux dogmes et aux pratiques de dévotion dont on l'a environnée, je dirai même voilée, l’intelligente population française ne les a déjà plus en respect, et bientôt je l’espère, elle demandera avec autorité que l’on soumette à la loi commune ces sectateurs ennemis du progrès, et qu’on leur retire les privilèges dont ils ont toujours été favorisés jusqu’à ce jour.
- Notre œuvre a un caractère éminemment populaire; en faisant toucher du doigt les erreurs catholiques, nous justifions et nous expliquons pourquoi les masses se détachent de cette croyance que les progrès acquis font trouver chaque jour plus absurde; nous démontrons péremptoirement que si le peuple s’en éloigne, c’est par haine de l’erreur. Du
- mépris de l’erreur à l’amour de la vérité il n’y a qu’un pas; nous pouvons donc répondre à ceux qui voient dans cet abandon un signe de décadence ou de démoralisation, que nous, nous y voyons un grand progrès moral; un peuple qui raisonne est un peuple mûr pour le bonheur, mûr pour Injustice et pour la liberté.
- Qu'est-ce que la Religion ?
- La Religion est la recherche de Dieu par l'homme-elle a pour but d’arriver à la connaissance de là vérité en ce qui concerne le problème de notre origine et de nos destinées futures par l’étude des questions psychologiques; mais comme l’homme peut errer dans ses recherches, elle doit être perfectible et se développer à l’instar de toutes les autres institutions.
- Aucune religion ne doit prétendre posséder la vérité à l’exclusion de toute autre; chaque jour armé du flambeau de la science, l’homme arrache un lambeau du voile qui la lui couvre ; la vérité doit être sa conquête, elles jaillira des efforts combinés de tous les peuples, qu’ils soient catholiques, protestants ou islamistes.
- La meilleure des religions est celle qui favorise le progrès, la plus pernicieuse est celle qui l’entrave; l’une doute toujours d’elle et cherche sans cesse à s’éclairer, heureuse quand elle peut découvrir une vérité nouvelle, sa divise est: Charité, Progrès; l’autre au contraire se croit la seule vraie et ne permet pas qu’on la discute; elle est fille des ténèbres, elle porte inscrit sur son drapeau: Fanatisme et Intolérance.
- Qu'est-ce qu'un Catholique ? [
- Un catholique est un homme qui croit aveuglément tout ce que l’Eglise lui ordonne de croire. Si sa raison lui crie : Cela n’est pas, il met son esprit à la torture pour arriver à se persuader que cela est. !
- Demandez à un fervent croyant si ses convictions religieuses seraient ébranlées, si vous parveniez a lui prouver d’une façon péremptoire que tel point de l’enseignement catholique est faux; il vous répondra infailliblement : L’Eglise ne peut pas se tromper.
- Le Catholicisme exige de la part de ses fidèle» l’abdication de la plus précieuse de leurs facultés. La Raison ; là est le danger pour la société moderne, notre devoir est donc de travailler à miner 1 empir* , de ce parti qui rêve de plier le monde sous ses loi--en nous servant de cette raison dont ses pontife-voudraient empêcher l’usage.
- A l’œuvre donc, chercheurs avides de lumière et ® vérité, disciples des philosophes qui ont prociam ^ nécessité du doute et l’autorité de la raison, que l’on accuse d’être les démoralisateurs de la *
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- ciété, parce que nous voulons séparer la foi morale pure qui en est la base des différents dogmes et des cérémonies du culte qui sont l’enveloppe périssable de toute religion ; puisons à pleines mains dans l’arsenal clérical, soumettons au creuset de la logique et du bon sens leurs articles de foi, analysons le Syllabus, et voyons si parmi ces prétendues vérités, il n’y en a pas desquelles on puisse dire, au nom de la conscience et de la raison loyalement interrogées : Ces enseignements sont faux.
- Ce point est très important à établir, car parmi ces vérités dogmatiques imposées à la crédulité des fidèles, une seule reconnue fausse détruit tout l’édifice catholique, et nous conduit à admettre que si l’Eglise s’est trompée sur un point, elle a pu également se tromper sur d’autres. Dès lors tout est remis en question, et l’Eglise n’est plus infaillible.
- Nous savons qu’à côté de ces erreurs grossières il y a la morale évangélique, morale qui ne vieillira jamais, qui est de tous les temps et de tous les lieux. Noas retrouvons les mêmes préceptes, éternels, immuables, chez Aristote, Socrate, Platon, et beaucoup d’autres réformateurs ; tous ont affirmé que ces préceptes qui bien compris rendaient l’homme meilleur, n’avaient nullement besoin pour produire sur les masses leurs effets salutaires d’être enchaînés aux dogmes religieux d’une caste sacerdotale quelconque.
- Je n’emploierai point, pour mener à bonne fin la guerre sans trêve ni merci que je veux faire à ces dogmes surannés, le système des attaques personnelles ; je ne relèverai point pour les jeter à la face des partisans du catholicisme les exemples de faits d’immoralité commis par quelques-uns des membres du clergé; si ces faits atteignent chez les membres du clergé et des différentes congrégations des proportions inquiétantes pour la morale publique, la loi religieuse, loi contre nature, qui les condamne à un célibat perpétuel, en est la seule cause. Je ne chercherai point non plus à établir une distinction entre ce qui est la même chose, à flétrir et condamner les jésuites d’une main en paraissant protéger le clergé séculier de l’autre. Animé d’un ardent amour de la vérité, je m’attacherai à prouver que le crime réel du Catholicisme est d’entretenir dans les masses des erreurs grossières, d’être ennemi de tout progrès, et par cela même d’être la cause de l’extinction du sentiment religieux raisonné dans notre pays, n’ayant à offrir à nos intelligences mûries par les siècles et éclairées par les progrès de la science qu’un assemblage de pratiques ridicules et de croyances absurdes que le bon sens repousse.
- L'Article XVI du Syllabus devant la raison
- Art. XVI. — Anathème à qui dira : Les hommes
- peuvent dans quelque culte que ce soit trouver la voie du salut éternel et y parvenir.
- Dieu, nous dit l’Eglise catholique, est infiniment bon, infiniment juste ; il veille sur toutes ses créatures avec une tendresse sollicitude et les aime d'une égale affection.
- Je me hâte de déclarer que cette définition me satisfait entièrement ; une autre plus longue, en apparence plus complète, serait peut-être moins exacte. Je crois en effet que le créateur,que je ne veux point essayer de définir de peur de m’égarer, possède toutes les perfections au suprême degré.
- Que fait la sainte Eglise de ce Dieu infiniment bon d’après l’article XVI du Syllabus ?
- Elle fait de ce Dieu de justice,qui aime,nous dit-elle, tous ses enfants d’un amour infini, le bourreau de tous ceux qui meurent en dehors de l’Eglise catholi-lique. Elle assigne à son Dieu un rôle qui répudierait le père le plus dénaturé.
- En effet, il y a en Asie 300 millions de boudhistes, en Europe 150 millions de protestants, on Afrique 100 millions de mahométaots; ces sectes principales se partagent le monde ; tous ces êtres, quoique nés dans des religions différentes sont des enfants de Dieu ; combien parmi ces créateurs ont eu l’occasion d’entendre parler du catholicisme ? Très peu, assurément. Eh bien, tous, bons et méchants, sont confondus dans la même réprobation, et, de- par l’article XVI du Syllabus, iront, condamnés par leur créateur, brûler pendant toute l’éternité,pour expier *e crime épouvantable de netrepas nés catholiques.
- Je discutais un jour cette grave question avec un prêtre de campagne, homme bon et vertueux s’il en fut jamais tolérant... autant que peut l’être un prêtre catholique.
- Je soutenais ma thèse à l’aide de l’argumentation que je viens de développer, insistant sur ce qu’a de monstrueux et d’outrageant pour la divinité cette croyance qui condamne au feu éternel les trois quarts du genre humain.
- Mais cela ne peut pas être, me dit mon interlocuteur emporté par accès de franchise, et tout homme, à quelque religion qu’il appartienne, peut-être sauvé, s’il est vertueux pendant sa vie. Je connais bon nombre de prêtres qui pensent comme moi à ce sujet.
- — Cette déclaration vous honore, Monsieur le curé, je suis heureux de vous trouver d’accord avec moi sur ce point; mais comment concilier votre dire avec le Syllabus ?
- — Mais le concile s’est trompé, poursuivit-il, et cette légère erreur, que je constate comme vous, n’implique pas pour cela que la religion catholique
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- ne soit une institution de source divine et qu’elle n’ait rendu d'immenses services à l’humanité.
- — Mais alors, repris-je, que devient l’infaillibilité du pape, et cette maxime fameuse, objet de notre discussion : Hors de l’Église point de salut.
- — Assez, assez, je vous en prie, me dit le pauvre prêtre qui voyait bien qu’il allait trop loin, et que la déclaration qu’il venait de me faire sentait fort l’hérésie ; vous jetez le doute dans mon âme et vous la torturez. Par respect pour mes 30 années de sacerdoce, laissons-là cette conversation.
- — Loin de moi la pensée de vouloir vous faire dè la peine, Monsieur le curé, mais pourquoi résister à la voix de votre conscience qui vous crie que vous dans êtes l’erreur.
- — Terrible alternative où vous me placez-là, Monsieur.
- — Et dont vous ne pouvez sortir honorablement, continuai-je, qu’en reniant vos croyances passées; car :
- Ou le Syllabus est vrai, et alors, Dieu n’est pas bon, ou il est faux, et l’Église n’est plus infaillible.
- Vous aimez l’Église, je le sais, mais le voile qui vous cachait la fausseté de ses doctrines étant déchiré, pouvez-vous lui continuer une confiance absolue sans offeoser Dieu.
- Ce n’était pas probablement la première fois que ces graves questions se présentaient à son esprit; son caractère de prêtre lui défendait de les résoudre, mais sa raison les avait déjà jugées. Il était convaincu à l’avance de la vérité de ce que je lui disais, aussi n’asseya-t-il aucune objection sérieuse; ce qu’il regrettait de notre conversation, c’était de s’être laissé aller à m’avouer qu’il partageait mes idées à ce sujet.
- Je ne voulus pas abuser plus longtemps de l’avantage que j’avais sur mon interlocuteur.
- Allons, Monsieur le curé, lui dis-je en le quittant, du courage. Travaillez à défricher le champ de l’erreur pour y substituer l’immortelle vérité ; c’est la meilleure manière de servir Dieu.
- Je serrai la main à ce brave prêtre que j’aimais de tout mon cœur, et auquel je me reprochais d’avoir fait de la peine en le contraignant à mépriser son Dieu ou à renier sa foi.
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- FAITS POLITIQUES & SOCIAUX DE LA SEMAINE
- FRANCE
- Le pays tout entier est cette semaine uniquement occupé des élections. Après le discours de Raon l’Etape et
- j Nancy, après ceux de Tours et de Belleville, les jour ,1 naux ont reproduit celui prononcé à Guise dans laréu" nion électorale de dimanche, par M. Ed. Turquet sous-secrétaire d'Etat au ministère de l’Instruction publique' L’éminent député de l’Aisne a énuméré à grands traits les travaux de la Chambre élue en 1877, et rappelé la série de lois républicaines et véritablement démocratiques votées par elle. Son discours a été souvent interrompu par des applaudissements nourris et bruyants" L’orateur a terminé son compte-rendu par l’énoncé d’un programme très franchement républicain, assez conforme à celui que M. Ferry avait exposé à Nancy, et à celui de M. Gambetta à Belleville. La révision partielle de la Constitution, dans le sens d'une plus juste base à donner au mode de recrutement du Sénat figure parmi les réformes à opérer le plutôt possible dans ce programme, et l’orateur a fait ressortir l’injustice criante du système actuel, grâce auquel, une petite commune du département de l’Oise qui compte treize électeurs nomme autant de délégués pour les élections sénatoriales que Paris qui a près d’un million d’électeurs. Signaler cet abus c’est le faire condamner. Le pays réuni au moment où paraîtront ces lignes autour des urnes ne manquera certainement point de prononcer cette sentence si équitable et si juste.
- ALGÉRIE
- On a imposé aux tribus révoltées du Sud oranais, comme condition d’aman, de livrer Bou-Amama et les Djeramna qui ont assassiné le lieutenant Weinbrenner, en outre de se soumettre à un désarmement général.
- Le commandant La font, que l’on avait envoyé à trois jours de marche de Géryville pour escorter les Arabes qui avaient demandé l’aman, n’a ramené que des femmes, des enfants et des impotents. Tous les guerriers sont restés dans le Sud.
- Le général Delebecque, commandant la division d’O-ran, est parti en tournée d’inspection. Il est actuellement à Tiaret.
- Les nouvelles sur les dispositions des chefs des tribus sahariennes sont assez contradictoires. Un personnage influent de la tribu marocaine des Mouia, qui nous est dévoué, a écrit à Tlemcen, que Si Sliman et les Rezaina. qui se sont joints définitivement à lui, se préparent à quitter Oum-Sliman pour se norter àOglat es-Sadro, sur le territoire de Beni-Matar. Suivant ces avis, des personnages influents, étrangers au pays, essaient de rétablir la concorde entre Si Sliman et les Djambaa, qui nous sont soumis.
- Il a ajouté que Si-Sliman serait toujours disposé à entretenir dps rapports amicaux avec nous. Quant à Si-Kaddour-ben-Hamz, des ouvertures lui ont été Dites par les tribus insurgées des Laghouat et des Ouled Ziad.
- Il est presque certain que Si-Kaddour a accepté ces ouvertures, et qu’il se prononcera contre nous.
- Contrairement à ces premières nouvelles, des nouvelles non moins fondées annoncent qu’un combat a été livré le 7 août, au matin, par Sliman les Rezaina et les Beni-Guil, aux Djambaa. Si-Sliman aurait été blessé très grièvement et les Djambaa auraient eu l’avantage.
- Les Hamyan-Djambaa sont Marocains de fait, par le traité de 1845. Mais, malgré cela, il3 ont toujours vécu sur notre territoire avec les Hamyan et les Cbaffa. Nous les avons toujours administrés et leur avons donné des caïds.
- Nous avons par suite considéré comme insoumis ceux qui ont passé de l’autre côté du méridien qui délimite notre frontière tracée en 1845.
- Ce sont les Hamyan soumis dont il s’agit dans les nouvelles qui précèdent.
- Le Courrier d'Oran annonce déjà la présence du ms d’Abd-el-Kader dans la province.
- Cette information est controuvée. , ..
- Tous les Espagnols relâchés par Bou Amema a la sui de négociations par l’intermédiaire d’un tiers, et que i
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- fatigue avait empêchés de regagner immédiatement le Tell auront bientôt rejoint Oran.
- On annonce que vingt-huit d’entre eux, dont cinq femmes, seront prochainement ramenés par Je fils du caïd des Mehia.
- ALSACE-LORRAINE
- On sait que le chanoine Korum, que le pape vient de nommer à l’évêché de Trêves, est alsacien et alongtemps prêché en langue française àla cathédrale de Strasbourg. De ce dernieCfait on aVaft conclu que le nouvel évêque ne savait point suffisamment la langue allemande et qu’il ne pourrait point en Allemagne, dans son nouveau diocèse, remplir d’une manière satisfaisante les devoirs de son ministère.
- Il paraîtrait au contraire, d’après le Journal d’Alsace et le Bayrischer Kurier, que le chanoine Korum passe pour le meilleur prédicateur en langue allemande dans toute l’Alsace-Lorraine.
- Le choix de M. Korum, qui, un des premiers avait annoncé du haut de la chaire le bref papal ordonnant de prier pour l’empereur, a été accepté à Berlin sur la recommandation du statthalter, maréchal de M&nteuffel et M. de Bismarck; ceux-ci ne pouvaient guère se tromper dans la personne de l’élu, car le feld-maréchal connaît fort bien M. Korum qui, avec l’évêque de Strasbourg, est un des hôtes bienvenus du statthalter.
- Quant au chancelier, il avait chargé un de ses plus habiles secrétaires de prendre des informations sur M. Korum, et l’impressiou produite par le rapport de ce secrétaire sur le prince de Bismarck a été des plus favorables; elle s’est accrue depuis à la suite des entretiens que le chancelier a eus avec le chanoine strasbourgeois. Cet ecclésiastique, dont l’instruction scientifique est des plus solides, est considéré dans le diocèse de Strasbourg comme un digne prêtre.
- M. Korum aurait été choisi, tant par Rome que par Berlin, parce qu’il est un ecclésiastique éminent ; mais, selon la feuille bavaroise on aurait voulu aussi prouver par ce choix à l’Alsace-Lorraine catholique que, ni à Rome ni à Berlin, on n’entend tracer une limite entre la Prusse et le Reichsland, et que, pour les hautes fonctions religieuses et politiques, on compte nommer indifféremment les hommes distingués de l’un ou de l’autre de ces pays.
- Les élections municipales de la ville de Metz sont terminées, le scrutin de ballottage de dimanche dernier a donné deux voix à l’élément allemand immigré, l'un des élus est M. Sauvin, professeur au lycée impérial, l’autre le docteur Adelmann, médecin allemand.
- L’élection de ce dernier n’est due qu’à la scission qui s’est produite dans le parti messin, à propos de la can didature de M. Abel, ce dernier s’étant retiré de la lutte -au dernier moment. Grâce au sectionnement, le parti allemand compte 4 des siens au conseil municipal et le parti messin 28, c’est la première fois que les allemands sont représentés dans l’administration de la commune de Metz. Ajoutons qu’il a manqué 2 ou 3 voix aux allemands pour obtenir la victoire dans la lre section.
- La presse allemande chante victoire, elle tire du résultat du vote, une philosophie selon nous, absolument fausse, la Gazette de Cologne estime que la brèche étant ouverte, les conséquences naturelles s’en suivront.
- Nous n’avons pas besoin de remarquer à ce proposque la ville de Meiz est devenue au point de vue social une des villes mortes des pays annexés, tout ce qui a pu partir l’a fait, d’autre part l’immigration allemande à la suite de l’armée de Metz a valu une véritable invasion de fonctionnaires, employée, etc., lesquels armés du bulletin de vote ont pu faire passer des leurs, notamment dans la 3e section.
- Le parti messin, nous n’en doutons pas, tirera profit de cette expérience.
- ANGLETERRE
- Londres, 11 août.
- Nous retrouvons encore la politique anglaise aux pri-
- I ses avec le land Mil. La loi fortement amendée, rendue vaine à force d’amendements conservateurs, subit la dernière épreuve législative ; la chambre des communes repousse avec un ensemble remarquable les amendements introduits par les lords, et dont l’effet direct serait de détruire par trop l’esprit même de la réforme agraire conçue par le gouvernement.
- Le premier ministre est forcé de ruser avec la majorité conservatrice de la chambre haute. Il a beau jeu, car la majorité gouvernementale aux communes est une majorité unie et éclairée comme il en faut pour réaliser une grande réforme. Le chef du cabinet prêche la modération aux députés, il leur demande même quelque condescendance pour la chambre des seigneurs ; il le fait avec d’autant plus d’ardeur, qu’il est certain que les communes ne céderont pas et résisteront aux autres jusqu’au bout par conviction. Il y a longtemps que Molière a dit que ta faute est à ceux qui veulent être trompés et non à ceux qui trompent. Les lords seront forcés de se laisser battre et le land bill deviendra loi.
- Sitôt le vote acquis, on verra cesser comme par enchantement tous les crimes et tous les délits qui fourmillaient en Irlande. Ges attentats à la vie et à la propriété des citoyens ont été grossis à plaisir pour jeter le trouble dans les cervelles mal équilibrées des conservateurs, et leur faire croire que refuser encore une fois satisfaction à l’Irlande, c’était risquer, cette fois, de se jeter en plein dans la révolution. La crainte aura été salutaire, et l’exagération des crimes des Irlandais a permis à l’administration actuelle de rendre justice à leurs justes revendications. Les lords se sont d’ailleurs prêtés de bonne grâce à cette innocente supercherie de crimes et délits. Leurs instincts oppresseurs ont été satisfaits par l’arrestation plus ou moins arbitraire des principaux meneurs delà ligue. Ils vont être rendus à la liberté, à leur grand regret sans doute, car les égards dont ils i jouissaient dans les prisons d’Etat vont cesser, en même % temps que leur auréole de popularité va .-’évanouir. On ouvrira la porte des prisons politiques, sans autre forme de procès, sans qu’il soit nécessaire de proclamer d’amnistie, puisqu’il n’y a pas eu de procès. On peut dire è fmita lacommedia, pourvu que l’histoire ne répète pas le mot, et que l’on dote réellement la malheureuse Irlande d’une réforme utile, indispensable.
- ALLEMAGNE
- Ce qui ressort de plus clair des diverses appréciatious au sujet de l’entrevue de Gastein, c’est que l'Autriche et l’Allemagne affirment de plus en plus leur étroite alliance politique, pendant que les antipathies de race des deux peuples se donnent libre carrière.
- Les hommes d’Etat autrichiens — l’empereur en tête — croient que l’alliance allemande sert les intérêts de l’empire. Ils en sont complètement convaincu^ et ils renfoncent leurs antipathies, en mettant leur mouchoir de poche par-dessus.
- Il y avait juste 9 ans, jour pour jour, qu’avait eu lieu la fameuse réunion dite des trois Empereu”s. dans la-, quelle celui de Russie a joué le rôle du mystifié. Cette coïncidence de date n’est peut-être pas fortuite ; eu tous cas, l’empereur actuel sait à quoi s’en tenir et l’alliance austro-allemande, sans la Russie, ne peut être considérée autrement que comme une alliance contre la Russie.
- Il se prépare dans les Balkans, et surtout dans le Danube, des événements qui seront probablement mûrs au printemps prochain et qui dévoileront brusquement la véritable portée de cette alliance à deux.
- Mais, pour cela, il faut que nos voisins du midi soient occupés ; ils le sont et ils le serout.
- Les deux ministres, dit-on, n’ont pas assisté à l’entrevue, quoique cependant ils fussent à Gastein, preuve que la rencontre n’a absolument rien de politique ! Que rien de nouveau n’a été convenu,je l’admets volontiers; mais je suis tout aussi certain que l’entrevue avait bien réellement un côté politique.
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- On a voulu affirmer avec éclat que l’alliance intime existe entre les deux gouvernements, en dépit des antipathies qui séparent les deux peuples. Voilà le côté politique, et il est assez remarquable par l’avertissement qu’il contient.
- La Chambre de commerce de Cologne vient de lancer une note discordante dans le concert des adresses que les amis du chancelier font confectionner à l’occasion desapolitique commerciale. Les négociants et fabricants représentant l’industrie rhénane trouvent que les droits soi-disant protecteurs, ne protègent en résumé que les intérêts de la caisse de l’empire.
- Ils comprennent autrement la politique commerciale et ils voudraient que quelques traités de commerce sérieux intervinssent pour favoriser un peu l’exportation de nos produits, au lieu d’interdire l’entrée des produits étrangers.
- Depuis deux ans, tous les objets nécessaires à l’existence ont augmenté dans une proportion considérable; il en résulte que le bénéfice procuré par la protection est en définitive encaissé par l’Etat, et que le producteur et le consommateur se retrouvent gros Jean comme devant,, avec cette différence que les marchés étrangers se ferment pour nous.
- L’opinion de la Chambre de commerce de Cologne a, sans contredit, une importance plus grande que celle exprimée par les fabricants de bonneterie de Grossenhuiss ou des délégués du cercle des ouvriers indépendants.
- Cependant la Norddeutsche Allgememe Zeitung fait grand état de deux adresses envoyées par ces messieurs au prince de Bismarck, pour le féliciter sur sa manière d’entendre le commerce.
- Ces messieurs se placent au point de vue étroit de leurs intérêts personnels, ce sont des particularistes commerciaux, tandis que la Chambre du commerce représente l'ensemble des intérêts industriels d’un immense rayon. Elle a donc une toute autre valeur : c’est sans doute pour cela que la N orddeulsohe Allgemeine Zeitung n’en parle pas.
- A propos de Cologne, il me revient un fait qui mérite les honneurs de la publicité. Un dé mes amis, séduit par la cathédrale et la vue du Rhin, se décide à passer quelques mois dans la ville administrée par le docieur Becker. Il loue un modeste appartement, et, 8 jours après, il reçoit un billet dimpositions communales four 6 mois qu'm suvpose qu'il va rester, s’élevant à la somme de 51 Ir. 75 centimes, ce qui ferait fr. 103,50 pour un an.
- Avis aux étrangers, qui séduits par les agréments de la ville, auraient i’inteution a’y rester plus de 8 jours.
- Mon ami a signalé cette singularité au premier bourgmestre, en lui annonçant son départ immédiat, si l’on maintient la carotte. Il attend la réponse.
- La 'Norddeutsche Allgemeine Zeitung continue a abominer les progressistes. Elle les appelle maintenant des sans-patrie et des anti-Allemands. Vous verrez qu’au' moment des élections elle les appellera socialistes et demandera leur expulsion.
- Ce serait, en effet, le seul moyen de se débarrasser d’eux ; car, il ne faut pas se le dissimuler, le paiti progressiste gagne rudement du terrain et bat furieusement en brèche la réaction et l'autoritarisme bismarckien.
- Nos élections au Reichsrath nous ménagent des surprises. ‘ D. T.
- D’après le correspondant berlinois de la Nouvelle Presse libre, ce serait maintenant le tour des journaux libéraux de recevoir des lettres de menaces.
- Une de ces lettres, parvenue au Tagblatt, dit en substance que dans le cas d'un attentat sur le prince de Bismarck, trois des journalistes les plus populaires, progressistes, démocrates-socialistes et juifs, ces éléments anti-allemands trouveront dans un lieu déterminé, une mort terrible.
- On fait maintenant une proposition tendant à ce que tous les journaux libéraux de Berlin et de la province
- < renoncent à toute polémique avec la Gazette de l’Alte-
- I magne du Nord.
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- La politique électorale cio M. de Bis» | marek. — Les nouvelles qui nous parviennent de 1 tous côtés confirment ce que nous avons dit au sujet delà politique électorale de M. de Bismarck.
- La Germania, organe de l’ultramontanisme allemand éprouve une complète satisfaction de ce rapprochement avec la curie romaine, mais le parti du centre manifeste I un certain mécontentement de ce que toutes ees néno-i dations avaient été faites directement entre Rome et°te gouvernement prussien.
- D’apiès ce que raconte le Journal de Mayence, M. de Grossier, ministre des cultes du royaume de Prusse, se serait rendu incognito à Strasbourg, il y a trois semaines
- Ienvùon, et aurait entamé lui-même les négociations avecM. Korum et avec M. Farnani, auditeur de la nonciature du Saint-Siège, à Munich.
- Il est vrai que la Germani'i et les autres organes catholiques ne font nullement connaître ce que leur parti est près à do mer en échange des concessions qu’on lui a faites ou qu’on lui a promises.
- Cependant la nomination d’un certain nombre de titulaires à des cures catholiques qui étaient vacantes depuis longtemps serait un indice de l’importance des engagements pris de part et d’autre.
- Du reste, le changement d’attitude du gouvernement coïncide avec une recrudescence de violence contre les juifs. Des actes sauvages ont été commis à 'Waldenbourg, à Jastrow et dans d’autres villes moins importantes sans que les autorités aient fait aucune arrestation.
- Jeudi dernier aussi le prédicateur Stoecker, un des plus ardents apôtres du mouvement antisémique,a posé sa candidature devant plus de 2,000 auditeurs et a parlé surtout du droit de la justice pour tous. Droit et justice pour les catholiques! veut dire, sans dpute, le candidat anti-progressiste qui se proclame en même temps catholique socialiste. Ces derniers termes ainsi accolés nous semblent tant soit peu contradictoires,mais les partisans quand même de la politique de M. de Bismarck ne regardent pas de si près.
- AUTRICHE
- Vienne, 8 août 1881.
- Le décret impérial convoquant les dix-sept diètes provinciales de l’Autriche, inaugure la vie parlementaire dans les différents pays de l’empire. Bien que les diètes, par suite de la réforme électorale, aient perdu l’influence qu’elles exerçaient autrefois sur la politique de la monarchie austro-hongroise et que leur action soit actuellement limitée aux affaires purement administra-’ tives, elles peuvent cependant, par des résolutions ou des manifestations de toute nature, prendre une attitude décisive vis à-vis du gouvernement.
- On s’attend généralement à ce que le gouvernement, dans celles des diètes où le parti clérico-féodal dispose de la majorité, emploie toute son influenpe pour empêcher ees ma- ifestations qui, d’après lui, ne pourraient qu’aigrir davantage les esprits déjà surexcités.
- Malgré cela il est douteux que les cléricaux se contentent des concessions qui leur ont déjà été octroyées, et qu’ils s’abstiennent de formuler des réclamations nouvelles II est à craindre aussi que les évêques tyroliens ne recommencent à protester contre la fondation de coma.unes protestantes qui, suivant eux, compromettent l’unité religieuse du pays.
- C’est surtout dans les diètes du pays où plusieurs dialectes sont usités que l’on doit s’attendre à des incidents curieux. Les Allemands, en Bohême, tâcheront de rendre le gouvernement responsable des attaques dirigées contre les étudiants de l’Université de Prague, et protesteront contre le peu d’énergie déployée par la police dans cette afïaire, ainsi que contre les confiscations de journaux et les tentatives faites par la direction de la I presse pour étouffer la discussion.
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- L’arbitraire avec lequel on traite, depuis des mois, la presse autrichienne, n’inspire aucune confiance dans la politique de concidation que prétend poursuivre le ministère Taaffe. Notre législation en matière de presse, laiss nt aux autorités administratives la latitude de saisir tout écrit qui n’est pas agréable au gouvernement, sans faire ratifier leurs décisions par un jury, il faudrait un gouvernement plus libéral que celui du comte Taaffe, pour que cette prérogative exorbitante ne donnât lieu à aucun abus. Toutefois, aucun des gouvernements antérieurs n’avait poussé aussi loin T'abus, de ce pouvoir discrétionnaire.
- Aussitôt que la session parlementaire sera ouverte, cette question de la presse sera agitée et discutée, mais la majorité sur laquelle s’appuie le cabinet actuel pour gouverner, se composant surtout d'éléments cléricaux et réactionnaires, tout se bornera probablement à des récriminations et à des protestations.
- Une question d’une certaine importance occupe en ce moment nos cercles militaires, c’est la création d’une landwehr dans la Bocca di Gattarro formant la partie méridionale de la Dalmatie. On n’a pas encore oublié l’insurrection sanglante occasionnée dans cette province par la tentative du gouvernement d’étendre la conscription militaire aux habitants de ce pays.
- Retranchés dans leurs montagnes inaccessibles, ces montagnards hardis et infatigables tiennent tête aux forces supérieures envoyées par le gouvernement autrichien pour les contraindre à se soumettre aux lois ; mais au lieu de vaim re leur résistance, les généraux de l’empereur François-Joseph, pour leur faire déposer les armes, furent obligés de leur promettre qu’à l’avenir iis seraient exemptés du service militaire et de leur payer une somme considérable sous prétexte de les indemniser des prétendus dommages qu’ils auraient subis par le fait de leur propre insurrection.
- Depuis, l’Autriche a occupé l’Herzégovine qui touche à la Bocca et le gouvernement songe, avec le temps, à enrôler les habitants de cette nouvelle province dans son armée. Les autorités militaires, comptant sur les forces que le gouvernement est obligé de maintenir dans les districts occupés, qui, dans le cas d’une nouvelle insurrection, pourraient prendre les Dalmatiens à revers, se sont occupés de nouveau et sérieusement de l’enrôlement des Bochèzes dans la landwehr.
- Mais les habitants de la Crivoscie ont déclaré qu'ils aimeraient mieux tuer leurs fils que de les voir endosser J’uuiforme autrichien et ils ont réussi, jusqu'à présent, à empêcher les troupes d’entrer sur leur territoire.
- Le gouvernement ne trouve pas encore le moment opportun pour employer contre eux la force armée, et il cherche à arranger l’affaire par des voies amiables et à les capter par toutes sortes de promesses plus ou moins sincères.
- Cependant ces tentatives de conciliation n’ont amené aucun résultat et encore dernièrement quatre cents soldats, qui, lancés à la poursuite d’une bande de brigands, avaient franchi la frontière delà Crivoscie, ont été attaqués paria population et forcés de battre en retraite.
- Si donc le gouvernement, comme il eu manifeste l’intention, veut réellement commencer, au mois d’octobre l’enrôlement des Bochèzes, on peut s’attendre à de graves évènements, à moins toutefois que l’habileté des négociateurs slaves ne réussisse à tout obtenir par la persuasion.
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- Le roi des île» Sandwich. — Le roi des
- îles Sandwich, David Kalakana Ier, vient d’arriver en France. Il a succédé au roi Lunalino, qui mourut à 33 ans. après dix-huit mois de règne.
- Kalakaua es! un roi constitutionnel qui « règne et gouverne. »
- Sous sa présidence omnipotente, il a quatre ministres chargés d’élaborer les décrets et ordonnances qu’ils soumettent ensuite à la signature du souverain. Il a en outre un conseil privé composé de 35 membres. Sa personne est inviolable et à l’abri de toute critique.
- Au moment de son embarquement,une foule immense d’indigènes l’ont accompagné sur les bords de la mer, lui souhaitant tous les plaisirs et tous les bonheurs.
- Voici l’itinéraire qu’il a suivi : le Japou, la Chine, les Indes l’Egypte, i’Italie. l’Angleterre, ia Belgique, l’Allemagne, l’Espagne et enfin la France.
- Depuis quelques années cet archipel s subi de grandes transformations. La civilisation a pénétré chez ces peuplades sauvages, qui, il y a cinquante ans, se livraient encore à l’anthropophagie.
- Dans les villes, les habitants portent des vêtements èuropéens, mais ils ont beaucoup de peine à s’habituer aux chaussures. A la campagne, les travailleurs ont conservé l’usage du caleçon.
- Quant aux femmes, elles portent une robe montante, qui leur descend jusqu’aux pieds, sans ceinture à la taille. Elles ornent les longues tresses de leurs cheveux de fleurs d’oranger et de jasmin.
- I-Ionolulu. la capitale, située dans l’île Vabi. compte 10,000 habitants. Elle possède des quais, une raffinerie de sucre, une fonderie, une usine à gaz, des moulins, etc. La reine Emma a fondé dans les environs un hôpital qui porte son nom.
- La population des îles s’élève à 67,000 habitants dont 61000 Mormons.
- La passion des divertissements, forme le caractère le plus saillant des races polynésiennes. La natation fait les délices des Kanaks ; ils prennent leurs ébats dans la mer, les rivières et les viviers pendant une grande partie de la journée.
- On dit que le voyage en Europe de Kalakaua a des visées politiques.
- David Kalakaua Ier, est descendu à l’Hôtel Continental, où il occupe le grand appartement n° "5 du premier étage avec vue sur le jardin des Tuileries. Dès son arrivée, le souverain a manifesté le désir de voir M. Grévy ; mais le départ de M. le présideut de la République pour Mont-sur-Vaudrey a nécessairement fait ajourner cette visite. Le roi d’Hawaï a quitté Paris lundi matin pour se rendre en Portugal et il reviendra le 25 à Paris faire ses visites officielles. Le monarque polynésien est accompagné de M. Armstrong, son ministre de ia justice ; du colonel Judd, son chambellan ; de M. le comte de Cannart d'Hamale, son consul général à Bruxelles, remplaçant M. Colin de Paradis, consul en France, gravement malade ; de M. Michiels, compositeur belge chargé de lui organiser une musique particulière à Honolulu, et de notre confrère M. Henri Boland, directeur du National de Bruxelles. Kalakaua visitera aujourd’hui l’Exposition d’électricité ; il a passé la soirée de vendredi à l’Hippodrome et s’est arrêté un instant aux concerts des Ambassadeurs etdel’Alcazar d’été.
- VOYAGE AUTOUR DU FAMILISTÈRE
- Y
- En quittant la nourricerie, nous voici de nouveau dans la cour centrale. C’est l’heure où les enfants s’y réunissent pour se rendre ensemble à leurs classes respectives. Ces bannières que vous voyez portées par des élèves sont les drapeaux des divers cours, ainsi que l'indique l’inscription que vous pouvez lire sur chacune d’elles. L’une appartient à la lecture, une autre à l’écriture, une autre au calcul, celle-ci à la géographie, celle-là à l’analyse grammaticale, au irtyie, à la géométrie, etc. f Sous la conduite du maître et des maîtresses,
- I garçons et filles se rangent en files, les uns d’un
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- coté, les autres de l’autre, et dans cet ordre, bannière en tête, ils se dirigent vers les bâtiments de l’école situés de l’autre côté de la grande place que vous venez de traverser en rechignant, en face du Familistère. Leur marche est accompagnée de chants sur des airs entraînants et gais, dont les paroles sont choisies comme renfermant un enseignement. Par exemple celui-ci :
- Quelle est notre terre natale ?
- C’est la France, petits amis.
- Et quelle en est la capitale?
- Chacun sait bien que c’est Paris.
- Londres est celle de l’Angleterre,
- Et d’Ecosse c’est Edimbourg;
- Munich se voit dans la Bavière,
- Et dans la Russie est Pétersbourg.
- Ces chants disent aussi soit une fable de Lafontaine, soit une pensée patriotique, soit une simple image poétique. J’ai retenu un soir la strophe suivante :
- Dans l’azur profond et limpide La nuit sème ses doux flambeaux,
- Et revient sous son dais splendide Inviter le monde au repos.
- Dormez terres et fleuves bleus,
- Dieu sur nous veille aux cieux.
- Eu voyant défiler sur la place cette théorie rustique, l’esprit se reporte aux jours déjà si lointains de l’enfance avec leurs naïves illusions, leurs joies si futiles et pourtant si intenses, leurs chagrins souvent aussitôt disparus que nés, leur mobilité d’impression et de sentiments et surtout leur insoucieuse tendance à gaspiller ces trésors inappréciables, dont le jeune âge est si riche, et que l’on regrette si amèrement quand la neige des années couvre nos chevelures.
- Nous aussi, il y a bien longtemps déjà,* nous marchions en rang sous le pérystile d’un sombre collège, pour nous rendre en classe, mais nulle bannière ne nous guidait, et nul chant n’égayait notre âme dans ce trajet sombre et triste. Ce gai soleil, qui ici inonde de son éclatante lumière ces files d’enfants joyeux et libres au grand air, c’est à peine s’il daignait un instant dans la journée laisser filtrer un maigre rayon dans cette cour, dont l’étendue ne lui enlevait point son apparence de préeau. Et malgré cela, malgré notre encellulement de pensionnaire, malgré les interminables thèmes et vers latins ou grecs, malgré les longues heures d’étude, coupées parcimonieusement de rares moments de récréation, malgré pensums et retenues, nous étions pleins de bonne humeur et de joyeuses idées, et le temps ne nous paraissait pas long, ni l’existence insupportable. La satisfaction d’apprendre, l’émulation, l’espoir nous soutenaient, et aujourd’hui encore, nous reportant à cette époque, nous la regret-
- tons comme la plus belle période de notre existence.
- Il y avait pourtant des jours dans l’année, où nous sortions nous aussi bannières en tête, et animant notre marche par des hymnes et des chants. C’était dans une des plus catholiques villes du Midi, et chaque procession à la Pentecôte, à la Fête-Dieu, à l’Assomption était une grande fête pour toute la population. Les rues étaient tendues de toiles qui interceptaient les rayons du soleil, les maisons étaient pavoisées, le sol jonché de fleurs, et la foule parée se pressait bruyante sur le parcours du cortège, que l’incontestable talent de mise en scène du clergé catholiquB savait toujours rendre brillant. C’était un joli spectacle que croyants et incrédules aimaient à venir contempler. Il est vrai qu’à cette époque, le Syllabus n’avait point vu le jour, les évêques étaient encore tous gallicans sans exception, et l’infaillibilité papale n’était point encore venue soulever le clergé français pour cette guerre ouvertement déclarée au bon sens, à la raison et au progrès. Si la foi, sous les investigations de la raison, tendait de plus en plus à disparaître dans le peuple, comme elle avait depuis longtemps disparu des esprits des classes plus instruites, l'habitude, les usages traditionnels, la routine enfin, faisaient encore accepter sans répugnance ces manifestations publiques, qui à cette époque n’avaient pas revêtu leur caractère provocateur d’aujourd’hui.
- Tout le reste progresse ; grâce au Syllabus et au concile du Vatican, le catholicisme a rétrogradé de sept siècles, et il a perdu la seule chose qui l’eût soutenu jusqu’alors, son prestige. Loin de le regretter, l’on doit s’en estimer heureux, car cela a singu-ièrement contribué à hâter la transformation si utile de l’enseignement national désormais laïcisé et obligatoire en même temps que gratuit.
- Gratuite est l’éducation donnée aux enfants au Familistère, ai-je besoin de le dire ? Elle est laïque aussi et obligatoire. Si pour suivre ces enfants dans les bâtiments de l’école, il n’était pas nécessaire, lecteur, de vous imposer la corvée de traverser de nouveau cette grande place que vous avez tout à l’heure manifesté tant de répugnance à parcourir sous ce soleil de feu, nous aurions pu visiter leurs classes, et nous renseigner sur les méthodes suivies. Mais je vous fais grâce pour aujourd’hui, et nous ne sortirons pas du Familistère avant d’y avoir tout vu.
- Ici comme partout, il y a des pauvres et des riches, mais toutefois dans un sens relatif, car de pauvreté absolue, vous n’en trouverez pas, et tout le monde y jouit du nécessaire. Les nombreuses institutions
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- de prévoyance qui ont été créées dès ce but, sont toujours alimentées les premières et abondamment, précisément dans ce but. Nous aurons occasion d’en reparler, lorsque nous visiterons l’usine et que nous examinerons cette admirable organisation de l’association. Mais le plus ou moins d’aisance des habitants se traduit par le plus ou moins de place qu’ils occupent au Familistère. Comme tous les logements y sont loués à. raison de tant le mètre superficiel, il est clair que celui qui peut payer plus pour se loger y occupe un grand espace, et vice-versâ.
- Ce n’est point comme à Paris où dans les quartiers du centre, un petit appartement où l’on peut à peine se remuer coûte trois ou quatre fois plus cher qu’un logement trois fois plus grand à Montmartre ou à Vaugirard. Ainsi, pour n’en citer qu’un exemple : Nous étions trois rédacteurs dans un des journaux quotidiens que je ne nommerai pas, ayant les mêmes appointements, et à peu près les mêmes ressources. L’un, ancien rédacteur du Figaro, habitué à l’existence boulevardière, avait loué dans une petite rue, au coin de la place de la Bourse, un appartement de cinq pièces au cinquième, qu'il payait 2400 fr. par an ; l’autre occupait aux Batignolles, à proximité du square et du parc Monceaux, un appartement de cinq pièces, avec balcon ayant un développement de dix-sept mètres sur deux rues, qui lui coûtait, également au cinquième, 600 fr. Enfin le troisième occupait à Vaugirard un pavillon de cinq pièces aussi, entre deux jardins, auquel on arrivait par une allée d’arbres, et ce, moyennant un loyer annuel de 450 francs.
- A propos des habitations parisiennes, auxquelles il est impossible de penser sans se rappeler en même temps les exigences inouies de certains propriétaires, je n’oublierai jamais celle qui me fut notifiée un jour par un concierge, qui me faisait visiter un appartement en location dans la rue Richelieu. L’ensemble du logis paraissait à ma convenance, et j’allais presque m’exécuter, lorsque le digne pipelet se mit à m’énumérer les divers articles du règlement édicté par le propriétaire. Amendes nombreuses pour ceci et pour cela, rentrée à dix heures, charbon et eau à monter avant onze heures du matin, toute une kyrielle enfin de prescriptions plus ou moins baroques, que l’on retrouve assez communément dans la plupart des maisons de la capitale, mais se terminant par la défense absolue de planter le moindre clou dans les murs de l’appartement. Pour le coup, je pris l’escalier, que je dégringolai quatre à quatre,]et je cours encore. Je constatai que le logement en question resta lontemps encore en
- 1 location après ma visite, et je ne serai point sur-* pris qu’avec des prétentions pareilles, le propriétaire n’ait pas trouvé de locataires.
- Au Familistère, les logements sont loués à raison 26 centimes le mètre par mois au rez-de-chaussée et au 2e étage, de 27 centimes au premier, et de 23 cent, au troisième. Les mansardes sont louées à raison de 10 centimes. Ainsi, les logements qui ont en moyenne une superficie de 37 mètres carrés coûtent par mois 9 fr. 60 au rez-de-chaussée et au deuxième étage, 10 fr. 75 au premier et 8 fr. 40 au troisième. Bien entendu il ne s’agit ici que des logements ordinaires, composés de deux pièces et un cabinet. Il y en a qui sont composés de trois pièces et plusieurs cabinets, surtout dans le bâtiment central et dang l’aile droite la dernière construite. Quelques fois aussi, un logement vacant est mis aux enchères et naturellement celui qui en offre le prix le plus élevé l’obtient.
- Dans ce bâtiment du centre où nous nous trouvons actuellement, vous pouvez compter quatorze portes à chaque étage, chaque porte donne accès à deux logements ce qui fait pour tout le pavillon, en y comprenant les logements des encoignures, dont nous n’apercevons point les portes d’ici, cent trente numéros, depuis 134 jusqu’à 264 inclusivement. A cela il faut ajouter les mansardes qui nous donnent la suite jusqu’au n° 328. Nous avons donc en tout 194 logements dans ce bâtiment.
- Cela ne veut pas dire qu’il soit habité par 194 ménages ; car, comme je vous l’ai déjà dit, il y a des locataires plus aisés ou ayant une famille plus nombreuse, à qui un simple logement de deux ou trois pièces ne suffit pas et qui en occupent deux, et même davantage. La disposition des habitations se prête fort aisément à cette réunion, et une simple porte intérieure à ouvrir pour les faire communiquer suffit pour cela. Dans ce cas la porte extérieure devient la porte de l’appartement et le palier sur lequel ouvrent les deux logements ainsi réunis se transforme en vestibule.
- En général, les logements ont une pièce donnant sur la cour intérieure et une dont la fenêtre a vue sur la place ou sur les jardins. Ces deux fenêtres placées en face l’une de,l’autre permettent de renouveler l’air des appartements en un rien de temps, et contribuent très-efficacement à rendre les logements salubres. L’eau à tous les étages est à portée de tous les habitants avec une abondance qui ne laisse rien à désirer. Elle est fournie par un puits artésien foré expressément pour l’alimentation du familistère. Aussi, vous le voyez, la propreté règne partout dans ce palais, à tous les étages et toujours. Tous les
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- matins, les cours, les galeries, les passages sont lavées et nettoyées : (ici on appelle cela loqueter, sans doute des loques dont on se sert, comme les matelots se servent de fauberts à bords des navires pour leur lavage du matin.
- Vous me demandez quels sont les habitants du Familistère? Ce sont tous des associés ou des sociétaires, ouvriers de l’usine en grande majorité, et quelques employés, un ou deux ingénieurs, et les chefs des services industriels et autres. Dans les premiers temps de mon séjour ici, j’aimais à contempler de ma fenêtre la sortie de tout ce monde aux heures des repas, qui ont lieu le matin à neuf heures, l’après midi à une heure et demie, et le soir à six heures et demie. La place qui presque toujours est déserte et silencieuse, s’anime alors et se couvre de monde. Tous ces travailleurs, noirs de la noble poussière du travail, arrivent en masse, et se dirigent chacun de leur côté pour rentrer au logis. Il n’est pas rare d’en voir qui portent sur leur bras leur petit enfant venu au devant d’eux du côté de l’usine. Le petit est fier d’être ainsi porté, et le père ne sent plus la fatigue sous ce gracieux fardeau. Tout cela fait plaisir à voir et réjouit le cœur.
- L’existence de ces dignes travailleurs est extrêmement régulière. Comme grâce à l’admirable organisation du palais commun, leur intérieur est rendu agréable, ils s’y plaisent autant que partout ailleurs,et on en voit fort peu fréquenter assidûment les buvettes et les cabarets, et y perdre avec une partie de leur salaire le meilleur de leur temps. L'ivrognerie y est rare autant que l’inconduite. Les ménagères de leur côté sont Aères de leur logis et l’entretiennent avec soin ; elles travaillent avec goût dans leur intérieur ou la gêne n’a point accès, et l’on n’en voit point perdre leur temps à voisiner, à faire des commérages et des cancans, chose si commune dans les grandes agglomérations de femmes d’ouvriers, et même de petites bourgeoises. Ces travers, fruits de l’oisiveté et de la paresse sont peu en honneur ici, parce que la journée y est utilement occupée. Il faut, à l’heure dite que l’homme trouve son repas prêt, et comme on en fait trois, avec le linge à laver, la maison à tenir en état, les travaux de couture à faire, et les soins à donner aux enfants, la ménagère a de quoi employer utilement sa journée, sans avoir de temps à perdre.
- Une des causes de perte de temps pour les femmes de travailleurs est la nécessité d’aller quelquefois loin pour faire les approvisionnements du ménage. Ici, elle disparait, parce que, comme vous le voyez en ce moment par vous-même, elles peuvent s’appro-
- visionner dans l’un des deux magasins qui nous font face dans ce pavillon, de la plupart des choses indispensables. Là, dans celui qui est à notre gauche, elles trouvent du pain, de la bière ou du vin, du sucre, toutes les denrées coloniales sans exception, du combustible et tout ce qui est nécessaire au chauffage et à l’éclairage.Dans celui que nous apercevons à droite on peut acheter des étoffes, de la mercerie, de la chaussure, des chapeaux ou des casquettes, des ar-| ticles de ménage, de la papeterie etc. Pour la boucherie et la charcuterie, les ménagères n’ont que la place à traverser, et dans l'un des bâtiments qui font face à l’aile gauche du Familistère on trouve des magasins pour cette branche de l’alimentation. Les vaches du Familistère, dont l’étable fait aussi partie de ces bâtiments, fournissent à la nourricerle et aux enfants au berceau un lait pur et crémeux, dont on ne connaît l’existence à Paris, et dans les grandes villes que par ouï dire.
- Vous voyez, mon cher lecteur, que si la capitale est plus bruyante et plus riche en distractions que notre retraite de Guise, nous avons comme compensation très appréciable une foule de choses dont vous y êtes à peu près complètement privés. Trouvez dans tout Paris, par exemple, une tasse de lait fumant, comme celui que nos travailleurs peuvent déguster tous les matins ici ! Oui, je sais bien que vous avez là bas des nourriceries, où l'on voit des vaches que l’on peut traire devant vous et dont vous boirez le lait, si cela vous plaît. Mais ces vaches sont pour la plupart phthisiques, et comme elles n’ont point de pâturages où1 elles puissent aller chercher une alimentation propice, leur lait est extrêmement pauvre et fort peu nourrissant.
- Quant à l’air, à l’eau, à la liberté, qu’ici l’on peut gaspiller à son aise, si l’on veut, ils vous sont mesurés là bas par vos propriétaires grincheux et autocrates avec tant de parcimonie, que l’on peut dire qu’ils vous en donnent juste assez pour que vous en puissiez vivre. Et l’espace ! L’espace, cette 'mage saisissante de la liberté, pauvres travailleurs des villes, il vous fait complètement défaut. Vos perspectives consistent en desmurs blancs, ou en une série de toits gris qui découpent leur silhouette rectiligne sur un ciel gris, des cheminées ornées de panaches de fumée grise ou noire que dominent, pour les plus favorisés, les clochers de quelqu’église ou les hautes cheminées de quelqu’usine. Voilà pour l’extérieur. A l’intérieur, il est chez vous des appartements entiers qui tiendraient fort à l’aise dans le vestibule de certains logements d’encoignure du Familistère.
- Je me rappelle avoir vu dans la rue de Navarin,
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- j’en pourrais dire le numéro, si je voulais, un de mes amis mariés logé dans un appartement soi disant de quatre pièces. La cuisine était juste assez grande pour contenir le fourneau et une petite fontaine; la salle à manger ne permettait pas d’ouvrir tout entier les deux battants de la table pourtant petite. Quant au salon c’était un chef d’œuvre; lorsqu’on était assis sur le canapé près de la porte, il était impossible à d’autres de passer, les pieds des personnes assises touchant le mur opposé, dans ce boyau superlativement étroit. Seule la chambre à coucheravait des dimensions à peu près supportables. Tout l’ensemble de ces pièces n’offrait certainement pas une surface de vingt mètres superficiels, Et cela était côté comme loyer dans les huit cents ou mille francs.
- Vous comprenez aisément, je pense, cher lecteur, que lorsqu’on arrive de la capitale, après un séjour de vingt années, par exemple, et que l’on se trouve au milieu de cette aisance de cette amplitude de vie dont on jouit partout ici, l'on éprouve quelque chose qui rappelle la sensation que doit ressentir le prisonnier rendu tout à coup à la liberté. Ses poumons se dilatent pour respirer à grands traits cet air vivifiant et pur, qui semble d’autant plus délectable que l’on a plus longtemps été soumis au régime de l’air méphitique des geôles. Ainsi purifié, le sang circule plus actif dans les veines, et l’on se sent mieux vivre. Le physique saturé de bien-être influe d’une façon puissante sur le moral,et l’âma se trouve ainsi fort bien disposée à travailler à son perfectionnement, et au progrès de l’humanité toute entière.
- (A suivre.)
- ÉTAT CIVIL DU FAMILISTÈRE
- DÉCÈS
- Dimanche 14 août 1881. — Louis Albert, âgé de 3 mois.
- UNE PROMENADE DANS LES ENVIRONS DE DIEPPE
- Comment tu habites Dieppe et tu n’as pas été au château d’Arques, dis-je à ma fille l’autre jour après déjeûner.
- — Je l’ai vu de loin, de la forêt qui est ravissante, me répondit-elle, et, une,heure après, dédaignant le chemin de fer qui nous eût fait franchir les six kilomètres qui nous séparent de ces ruines du moyen-âge, nous allions bravement à pied bras dessus bras dessous, à travers la plus délicieuse campagne normande qui se puisse voir.
- Arrivés à Arques, à travers champs (nous n’aimons pas les sentiers battus), nous nous mîmes en devoir de monter vers le château.
- — Prenez une tasse de bon lait, nous disaient à chaque détour du chemin les accortes jeunesses qui arrêtent les touristes au passage, en leur offrant de s’installer à des tables servies d’avance en plein air.
- Nous arrivâmes enfin au haut de la colline.
- Quel gai spectacle s’offre à ma vue en ce moment; quel calme et quelle sérénité; le soleil couchant éclaire la vallée d’Arques ; à ma droite au-delà du large fossé sur le remblai duquel je suis assis, s’élèvent les ruines du château d’Arques; à ma gauche mon regard s’arrête un instant sur la vaste plaine dans laquelle serpentent ces rivières minuscules, ces gracieux ruisseaux l’Arques et la Béthune. Les prairies s’étendant à perte de vue, sont tachetées de points bruns et roux qui animent le paysage de leur grouillement; ce sont les vaches, les bœufs, les juments et leurs poulains,gambadant autour d’elles : tous vont, viennent, s’agitent ou paissent tranquillement <
- Le poulain remue la queue, tette sa mère : tout cela semble heureux de vivre, tout cela est doucement doré par le soleil qui semble courir à la mer pour s’y engloutir jusqu’à demain.
- Plus loin dominant cette paix et ce bonheur l’horizon du ciel où courent quelques nuages échanerés de rose, le superbe forêt d’Arques, se découpant en ondulations d’un vert sombre sur le ciel bleu.
- — Viens, semble-t-eild dire au touriste, viens te reposer â mon ombre des agitations de la vie : ici les hommes ne se pressent pas jalousement les uns contre les autres ; ici, antithèse de ton Paris aux odeurs fétides, aux agitations fébriles, tu trouveras le repos, la solitude; ici tu ne peux que devenir meilleur et plus sain !
- Mais qu’est-ce que ce vaste espace de verdure que je vois là et qui, dégarni d’arbres, semble former une échancrure prise dans la forêt Çamonte de la plaine et ça s'étend jusqu’au pied des arbres qui couronnent la colline. Tout en haut une aiguille pointue en pierre annonce que les hommes ont passé par là.
- C’est en effet le monument qui rappelle qu’il y a 300 ans des français, massacrant des français, engraissaient de leur sang et de leurs cadavres cette plaine fertile. >
- Henri IV préparait son règne Celui qui a reçu le titre de bon roi marchait dans le sang d’une partie de ses sujets pour arriver jusqu’ou trône. Ce monument rappelle l’œuvre de massacre et de désolation, la célèbre bataille d’Arques.
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- Inutile de rappeler ici comment Mayence presque victorieux fut foudroyé par les canons du château d’Arques, aussitôt que le brouillard se levant, les monstres de bronze purent cracher la mort.
- Ne nous arrêtons pas à ce spectacle horrible, à ce sacrilège en un si beau pays : l’homme tuant l’homme sans haine, sans la logique du fauve qui se repaît au moins du cadavre, l’homme, dis-je, massacrant pour obéir au maître que guide une misérable ambition! Rappelons seulement ce qu’écrivait d’où je suis le roi galant à sa maîtresse, la belle Cori-sande et passons o atre : « Mon cœur, c’est merveille de quoi je vis, au travail que j’ai... je me porte bien... Mes affaires vont bien... Je les attends, et, Dieu aidant, ils s’en trouveront mauvais marchands. Je vous baise un million de fois. De la tranchée d’Arques. Ilenriot. »
- Voilà un des premiers actes décisifs de ce bon roi selon la légende, du monarque de la poule au pot. Tandis que ses panégyristes le représentent sauvant la France, se dévouant à ses sujets qui s’entr'égorgeaient pour sa plus grande gloire, lui au moins dit la vérité à Corisande : « Mes affaires vont bien! »
- Ilseraroi; commentregretterait-illesangrépandu, la guerre civile qui lui sert de marchepied, la famine des parisiens et toutes les horreurs qui ouvrirent les portes de l’église où il lui fallut entendre la messe !
- Bâti en 1040, le château d’Arques était flanqué de 14 tours de diverses dimensions, rondes, carrées, toutes voûtées, à deux ou trois étages.
- Le donjon central, de forme carrée, dominait tout l’édifice de sa masse imposante; il était séparé en deux par un mur de refend de deux mètres d’épaisseur: d’un côté se trouvait un escalier pour monter sur la plate-forme, une chapelle, un grand magasin; de l’autre un second magasin, plusieurs prisons, un puits, un moulin, etc. Au pied du donjon on voyait un escalier conduisant à deux souterrains dont l’un s’étendait jusqu’à la rivière, et même, prétend-on, jusqu’à Dieppe.
- En touchant à ces murs en ruines, des paquets de cailloux et de terre me restaient dans la main. Je me rappelai alors les aqueducs des environs de Mayence bâtis huit cents ans auparavant et pourtant solides comme au premier âge. Voilà où en étaient arrivées ces populations affolées par la superstition religieuse, par la crainte de la fin du monde en l’an mil, abruties par les moines qui les exploitaient, la tradition scientifique de la bâtisse était oubliée depuis des siècles; les hommes marchaient à reculons... la recette du ciment romain était à jamais perdue.
- En voyant ces ruines du château d’Arques, éclairées par le soleil couchant et me racontant le passé avec leurs masses poétiques dominant la colline verte, un sentiment d’espoir me traverse le cœur: leur décadence affirme un progrès, au lieu des petites boucheries d’alors, nous avons, il est vrai, les gigantesques hécatombes actuelles, mais qu’importe : Le jour est proche, où l’histoire des peuples sera éclairée d’un rayon de vérité, comme ces ruines sont éclairées par le soleil ; alors plus instruits parla philosophie de l’histoire, ils repousseront toute guerre avec horreur, car ils auront enfin compris que leur intérêt s’allie aux aspirations de leur cœur.
- Jacques Courrier.
- Le Directeur-Gérant : GODIN.
- L’Association du Familistère de Guise demande les employés suivants :
- Pour sa manufacture d’objets d’ameublement et d’appareils de chauffage en fonte :
- 1° Un chef d’atelier des mouleurs et de la fonderie, bon praticien dans le moulage ;
- 2° Un chef d’atelier des monteurs-ajusteurs, connaissant bien le travail ;
- 3° Un chef d’atelier d’émaillerie connaissant la chimie céramique ;
- 4° Un dessinateur pour modèles d’appareils de chauffage ;
- Elle demande en outre pour l’économie dômes-tique du Familistère :
- 5° Un chef commercial pour les approvisionnements et le contrôle des divers magasins de vente ou débits de l’Association ;
- 6° Un jardinier connaissant l’arboriculture et la cultures générale des jardins.
- Le personnel de la Société s’élève à environ 350 familles dans ses logements et à 13G0 ouvriers dans son usine.
- On ne sera admis à l’un où l’autre de ces emplois qu’avec preuve de capacité et muni de bons renseignements.
- SAINT-QUENTIN
- Société anonyme du Glaneur, Grand’Place, 36.
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- ANNÉE, TOME 5 — N° 155
- dbe numéro hebdomadaire 20 c,
- DIMANCHE 28 AOUT 1881
- Le Devoir
- REVUE DES RÉFORMES SOCIALES
- bureau
- À guise (Aisne)
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GOBIN Directeur-Gérant Fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE
- par renvoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France
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- "SVCLyTr—
- S’adresser à M. LEYMARÏE administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- La Question sociale et l’éducation, — Causerie an-iicatholique et religieuse 11. ~~ 3® liste de souscription Camille Desmoulins. — Faits politiques et sociaux. — L'Agriculture et C Association. — les Nihilistes et leur nouvelle politique. — Les nations catholiques. — La locomotion aérienne. — Variétés.
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- Le journal « LE DEVOIR » est envoyé gratuitement à titre (Cessai.
- Si le journal n'est pas renvoyé après le 4e numéro, Vadministration fait présenter une quittance d'abonnement.
- Aux abonnés du DEVOIR
- « Le Devoir », revue des Réformes sociales Publiée hebdomadairement à Guise est l’organe des principes sur lesquels est fondée l’Asso-Gation du Capital et du Travail actuellement en pleine prospérité au Familistère.
- Au point de vue des solutions pratiques des Questions sociales, aucune étude ne saurait être complète, si elle n’embrasse dans son ensemble ^ussi bien que dans ses détails, l’organisation Familistère, unique au monde, que « le ecoir » a pour mission spéciale de faire con-
- ) naître. En effet, cette institution présente
- aujourd’hui le fait sans précédent de la répartition des bénéfices aux garanties mutuelles, au Travail et au Capital.
- Aucune des Sociétés ou fondations adoptant le principe de la participation des ouvriers aux bénéfices ne réalise d’une façon aussi complète l’idée féconde de l’Association, d’après des règles fixes de justice distributive, parce qu’aucune n’a encore résolu, comme la création du Familistère, le problème difficile de fournir au travailleur, en même temps que sa part de gains dans les bénéfices de la production, les avantages de l’aisance au sein même de son intérieur.
- En travaillant à répandre la connaissance des divers éléments de cette création dans le but de faciliter l’étude et la solution des problèmes qu’elle a résolus, le journal « le Devoir » fait une oeuvre, de propagande et de sacrifice éminemment utile à tous. Pour que la mission qu’il s’est imposée soit efficacement remplie, il faut qu’il soit encouragé, et qu’il ait des lecteurs en grand nombre.
- C’est de nos abonnés, de nos lecteurs habituels que nous pouvons attendre cette propagande nécessaire, et c’est pour cela que nous sollicitons d’eux le concours qu’ils peuvent nous fournir, en faisant connaître notre feuille, et en lui suscitant de la sorte des abonnés nouveaux. Œuvre de dévouement de laquelle tout pensée de lucre est exclue, elle a droit, par le but auquel elle tend, aux sympathies de tous ceux qui comprennent que l’intérêt le plus vif du pays est aujourd’hui de propager les principes à l’aide desquels se réalisera la conciliation de toutes les classes de la société.
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- LA QUESTION SOCIALE & L’ÉDUCATION ni
- Après avoir indiqué les inconvénients nombreux et les fâcheuses conséquences de l’ignorance absolue aussi bien que de l’ignorance relative, en démontrant du même coup l’urgente nécessité de l’instruction sociale des classes dirigeantes non moins que de celle des travailleurs, il nous reste à faire connaître comment, à notre avis, cette instruction ou plutôt cette éducation doit être donnée-
- La science officielle telle qu’elle existe aujourd’hui est tout à fait insuffisante pour atteindre le but que l’on doit se proposer, et qui consiste à éclairer l’humanité sur sa véritable mission sur la terre, et sur les moyens les plus propres à la bien remplir. La science de nos jours, à' force de ne vouloir exclusivement admettre que les faits palpables, visibles, placés en un mot sous le contrôle direct des sens, est tombée dans un déplorable excès, en négligeant une des parties essentielles de son domaine, la partie psychique, pour n’exploiter que la partie purement matérielle. De là ce fait désolant que beaucoup de savants contemporains sont matérialistes.
- Or la matière n’est évidemment pas l’unique élément de la vie, car, sans cela, nous ne verrions point journellement la différence radicale qui se produit chez l’être animé au moment de sa mort, puisqu’aus-sitôt que la vie a abandonné ce corps, où rien ne paraît changé matériellement, l’inertie complète remplace le mouvement, et l’insensibilité absolue la sensibilité. Cet élément, dont la disparition subite modifie aussi profondément les conditions de l’être matériel, n’est point matériel lui-même, puisqu’il n’est perceptible par aucun de nos sens, et que tout en ne pouvant ni le voir, ni l’entendre, ni le toucher, nous le sentons exister au dedans de nous. Quelle que soit donc sa nature, il est certain qu’elle est autre que celle de la matière, et commo son importance, au point de vue du rôle qu’elle joue dans la nature, est immense, il s’ensuit que son étude, sa connaissance est extrêmement utile. Par conséquent, la science exclusivement matérialiste est une science incomplète, une science de mort, et non point la science de la vie.
- Le savant qui, en plaçant une grenouille vivante dans le champ, de son microscope a surpris sur le fait le phénomène de la circulation du sang m’enseigne là une chose utile à connaître sans doute ; mais son enseignement est incomplet ; s il est dans l’impuissance de m’apprendre pourquoi, lorsque cette circulation s’arrête définitivement par suite d’une
- blessure, d’un coup ou d’une maladie, la vie cesse avec elle. Nos savants ont constaté certains faits de l’existence ; ils en ont déduit les conditions et les lois ; ils savent que telle cause étant donnée, il s’en suit inévitablement tel ou tel effet. Mais ce qu’iis ignorent et ignoreront toujours, tant qu’ils restrein dront, comme il l’ont fait, le cercle de leurs investigations à un seul ordre de choses, c’est la nature de la vie, son essence, son origine et son but Anal.
- Cette ignorance est déplorable et il y aurait urgence, suivant nous, à le faire cesser, si l’on veut arriver à la véritable science. En effet, la mission de l’homme sur la terre étant l’entretiçn de la vie, en améliorant sans cesse par le travail ses conditions essentielles, il est clair que cette étude est indispensable pour que cette mission puisse être bien remplie. Tant que l’on ne s’y livrera point conjointement et simultanément avec celle des organismes matériels dans lesquels la vie se manifeste au sein de la nature, on ne pourra point espérer de posséder la science véritable et complète.
- C’est par cette étude indispensable que Ton peut acquérir les véritables notions de la saine morale, qui est la base essentielle et unique de toute éducation sociale. L’homme ne peut comprendre les principes de la vérité, de la justice et du bien, s’il ne connaît pas bien sa nature, son origine spirituelle et le but pour lequel il a été créé. Il ne suffît pas pour lui apprendre la morale, de lui en enseigner quelques préceptes vulgaires, si justes qu’ils puissent paraître, si l’on néglige de le mettre à même d’en saisir la cause, l’origine et le but. C’est pour cette raison, par exemple, que la religion catholique, quoique fondée au début sur une morale sublime dans certains de ses préceptes, n’a abouti en réalité qu’à former des hommes immoraux pour la plupart, et dans tous les cas très inférieurs au point de vue de l’accomplissement des devoirs de l’humanité. Quoi de plus absurde que de dire à un homme qu’il doit pratiquer la vertu sur cette terre, par crainte d’un châtiment impitoyable dans une existence future, ou dans l’espoir d’une récompense? Quoi de plus immoral que d’enseigner que la vie la plus criminelle peut, aussi bien que l’existence la plus pure, se terminer par les récompenses en question, moyennant quelques pratiques ridicules, qaeb ques momeries insensées ? Et pourtant quel plQS beau précepte de morale peut-on enseigner que cela1 de la fraternité humaine, du pardon des injures, et celui qui prescrit de faire aux autres ce que noas voudrions qu’on nous fit ?
- D’où vient cette anomalie choquante ? De ce qaa les enseignements donnés n’ayant pas en vue le v0<
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- ritable but auquel ils doivent tendre, on perd sa voie dès le début de la course, et la route toute hérissée d'obstacles se dérobe aux regards du voyageur aveuglé par ses passions et par son égoïsme.
- Or quel est le but vers lequel doit tendre l’éducation sociale de l’homme? La réponse à cette question capitale se trouve dans les pensées exprimées par le directeur du « Devoir », dans le discours prononcé à la fête de l’enfance au Familistère, le 7 septembre 1879.
- « A. quoi sert la vie humaine, dit-il, quel est le but de l’existence de chacun de nous ?
- « Trouver la réponse à cette question, chercher à approfondir le but de l’existence est certainement ce qu’il importe le plus à l’homme de faire.
- « Se connaître soi-même, connaître les rapports qui existent entre la vie humaine et la vie générale, c’est comprendre la loi de la vie, c’est posséder la science utile à l’homme pour se guider dans les voies régulières de son rôle terrestre.
- « Pour accomplir une œuvre quelconque, il faut à l’avance en bien définir, en bien déterminer, en bien concevoir les conditions. Pour bien accomplir l’œuvre de la vie il faut donc ne pas ignorer ce qu’est la vie elle-même.
- « Or, la vie universelle, car Faction incessante de l’Etre et des êtres pour entretenir la vie elle-même; en conséquence, la seule et unique mission de l’humanité sur la terre, c’est de développer, d’agrandir et de perfectionner le cercle de la vie en toutes choses.
- « Oui, l’activité de l’homme a pour principal objet de servir au progrès de' la vie générale ; mais son premier devoir est de commencer à travailler à sa propre perfection, à sa perfection physique comme à sa perfection morale ; la santé du corps et la santé de l’esprit nous sont indispensables pour nous mettre en état d’être utiles aux autres comme à nous-mêmes.
- « Il n’y a de véritablement glorieux dans l’humanité que ce qui concourt à son bien, à son progrès, à son élévation dans les voies de la civilisation.
- » On me dira que l’histoire est en contradiction avec ce que j’avance, que les hommes de guerre et de destruction ont été jusqu’ici célèbres dans le soutenir des peuples.
- “ La réponse est facile : les hommes admirent le mal tant qu'ils ne savent comprendre que le mal ; ils admirent le bien quand leur intelligence et leurs vertus se sont élevées au niveau du bien.
- “ II ne faut donc pas s’étonner que pendant les premiers âges d’ignorance et de barbarie, les hom-
- ï mes se soient fait gloire du carnage et de la dévastation Mais ce sont là des aberrations qui ne trouvent pas grâce devant le progrès de la véritable vie, quels que soient les éloges que l’erreur puisse leur | accorder.
- j « Ces fausses gloires sont destinées à la réproba-j tion des hommes et même à l’oubli, pour faire place [ aux véritables gloires du travail utile à l’humanité.
- | « Oui, désormais c’est par le travail que l’homme
- I doit s’élever glorieusement dans la vie ; c’est par j des œuvres utiles au développement et au progrès \ de l’humanité que Vhomme doit marquer son pas-| sage sur la terre.
- | « Pour qu’il en soit ainsi, l’activité humaine doit
- être employée au perfectionnement humain. Chacun de nous doit chercher d’abord les moyens de sa propre perfection, afin de se mettre en état d’aider au progrès des autres hommes.
- « Telle est la loi de la vie. Le Créateur a donné a l’existence humaine une part à accomplir dans l’œuvre de la nature et du progrès terrestre. C’est par le travail que l’homme remplit cette mission ; c’est par le travail qu’il édifie tout ce qui est utile à son progrès ; et c’est en travaillant à son progrès propre que l’homme se met en état de concourir au progrès de la nature entière »
- La loi du progrès est la loi primordiale de la Création. Tout lui obéit en ce monde, depuis les milliards de soleils, de planètes et d’astres de toute sorte, qui se meuvent dans l’espace, jusqu’à l’humble mousse des forêts, depuis l’auteur suprême de la vie jusqu’aux microscopiques infusoires, qui pullul-lent dans l’immensité infinitésinale d’une goutte d’eau.
- Concourir pour sa part au progrès dans l’humanité, en progressant soi-même et en aidant au progrès des autres, telle est donc la véritable mission de l’homme sur la terre.
- Mais le progrès physique et le progrès intellectuel que la science moderne a plus spécialement poursuivis jusqu’à présent ne sont pas tout le progrès ; ils sont mêmes peu de chose, s’ils ne s’appuient solidement sur le progrès moral, qui est la base unique, inébranlable du véritable progrès, parce que seul il peut amener l’homme au dégré de perfection nécessaire pour qu’il puisse remplir utilement sa mission sur la terre.
- Or pour travailler efficacement à son avancement, à son perfectionnement moral, il est nécessaire que
- 1 l’homme soit bien convaincu de la nécessité d’y parvenir, qu’il comprenne que sans cela, il ne peut rien ? espérer dans l'avenir, rien accomplir de réellement ! utile dans le présent. Tant que l’égoïsme, l’intérêt
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- personnel, les passions dicteront ses antes, il sera impuissant à concourir à l’œuvre commune, et, ne progressant pas lui-même, il ne sera d’aucune utilité au progrès de l’humanité. Tant qu’il ne saura pas envisager le travail dont la loi s’impose à lui, comme un moyen d’atteindre le but de la vie hu* maine, le progrès de l’humanité, et tant qu’il ne s'y dévouera pas d’un cœur désintéressé, comme la fourmi, qui fidèlement moissonne pour la communauté, sans arrière pensée ni découragement, il n’aura pas atteint le dégré de perfection morale qui doit rendre son œuvre utile à lui même et aux autres
- Lui inculquer cette conviction, le bien pénétrer de cette idée doit être l’objet principal de son éducation sociale, et c’est à cela par conséquent que tout enseignement à lui donner doit tendre.
- La vie sociale exige le dévouement, le concours désintéressé de chacun à l’œuvre commune ; et de même que les membres du corps humain agissent concurremment, chacun de son côté, pour donner satisfaction aux besoins du corps entier, de même chaque homme doit savoir et vouloir,par son travail, aider au progrès de tous. De même que chaque astre se meut dans son orbite, sans jamais la dépasser pour ne point troubler l’ordre de l’harmonie universelle, de même chaque travailleur dans sa sphère doit agir en repectant l’harmonie de l’ensemble social. Tous les concours sont utiles, tous sont nécessaires, et à ce point de vue, la besogne accomplie par l’humble ouvrier des champs qui féconde le sol de ses sueurs rend service comme celle de l’ingénieur, qui mûrît et trace, au prix de nombreuses veilles, le plan de quelqu’œuvre grandiose destinée à relier entre eux deux Océans. L’humanité ne peut pas plus se passer du travail de l’un que de celui de l’autre ; et par conséquent ils ont tous les deux leur utilité.
- Lorsque l’éducation bien dirigée aura fait germer ces idées et ces sentiments dans les esprits et dans les cœurs, lorsque l’individu dégagé des entraves de l’égoïsme et de l’envie aura la conscience de sa mission bien comprise et bien remplie, le tableau que trace à l’avance M. Mouchon dans son livre intitulé : « Un collège en plein soleil ou Véducation au XXe Siècle », sera devenu une réalité.
- « Ce qui divisait le plus les hommes, dit cet auteur, c’était cette espèce d’antinomie qu’on établissait jadis entre bourgeois et ouvriers, les uns voués exclusivement au travail de l’esprit, pendant que les autres l’étaient au travail des bras. Le bourgois méprisait l’ouvrier qu’il regardait comme un esclave, l’ouvrier jalousait le bourgeois qu’il regardait comme
- un fainéant. Depuis qu’on s’occupe un peu plus d’instruire les uns et de développer les muscles des autres, ces antipathies disparaissent. L’ouvrier plus instruit s’aperçoit que le travail de l’esprit est aussi difficile, peut-être plus, que le travail des bras. Il regarde l’architecte comme un travailleur tout aussi bien que le maçon. Le bourgeois de son côté ne méprise plus un travail qui entretient la vigueur de son corps, et lui procure chaque jour de très nobles jouissances. Quand il aborde un ouvrier, il sait parler sa langue et se mettre à sa portée. Il peut lui dire :
- « Je suis des vôtres », et le lui montrer.
- « Bref, il n’y a plus qu’une nuance entre l’un et l’autre, l’un travaille de son cerveau pour vivre et de ses bras se distraire; l’autre fait exactement l’inverse, et tous deux se rencontrent et se comprennent au milieu... Cela finira peut-être par déraciner de la bourgeoisie cette couardise chronique qui la rendait si méprisable, et la poussait à chercher en dehors d’elle-même, dans les moyens les plus vains et les plus bas, la préservation de ses intérêts.
- « A quoi attribuer cet affaissement des caractères cet énervement des consciences, cet oubli de la notion du devoir, ajoute ailleurs cet auteur, cette soif de jouissances, cet égoisme féroce, et pourquoi n’oserions-nous pas le dire ? cette immoralité débordante qui ont fait la honte de notre pays, et qui ont failli le précipiter dans des abîmes sans fond ? A bien des causes, je le veux,mais tout d’abord n’en doutez pas, à un système d’éducation qui semblait ordonné en vue de produire et de multiplier ces déplorables résultats.
- « A la place de la conscience, vous aviez mis un réglement. Le règlement ôté, vous vous êtes trouvés en face d’une taêle rase. »
- « Dix années entières vous aviez tenu cet enfant, puis cet adolescent, puis ce jeune homme serré dans d’étroites lisières. Le jour en rompant brusquement ces liens, vous lui avez dit : « il est temps, sois homme ! » il est tombé, et sa chùte a ôté si lourde,
- 1 qu’il ne s’en est pas relevé.
- « Vous aviez étouffé en lui avec soin tout sentiment d’indépendance et tout genre d’initiative ! A la première difficulté, au premier danger, il a pris peur, et il s’est donné un maître, le premier venu. »
- Cette peinture est fidèle. Pour faire un travailleur utile au progrès do la société, il faut que l’homme soit robuste et sain. L’être malingre et chétif ne peut point faire de bonne besogne, et c’est pour cela qu’il est indispensable que l’éducation ait surtout en vue de former des hommes forts et solides, au moral plus encore qu’au physique, car nous l’avons déjà
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- dit, c’est surtout du côté moral que l’éducation est insuffisante et imparfaite .
- Relever le niveau intellectuel de l’humanité est chose utile assurément; mais pour rendre cette utilité complète, il faut aussi et surtout travailler à relever en même temps son niveau moral, et pour obtenir ce résultat, il reste évidemment beaucoup à faire.
- [A suivre)
- CAUSERIE ANTICATHOLIQUE ET RELIGIEUSE
- II
- Du sort des enfants morts sans baptême.
- Il y a quelques jours, j’aperçus en passant dans une des rues populeuses de la ville de X... un rassemblement assez nombreux devant la maison d’un petit boutiquier. Je m’approchai, et je vis sur le seuil de la porte le cercueil d’un enfant nouveau-né que l’on allait porter en terre.
- L’heure du départ était venu ; les sanglots de la mère arrivaient jusqu’à moi, le père essuyait furtivement les larmes qui coulaient de ses yeux ; l’assistance toute entière paraissait profondément attendrie. Un homme s’empara du cercueil, le posa sur un brancard, puis l’on se mit en marche vers le cimetière. J’aurais certainement poursuivi mon chemin, si je n’avais été frappé d’une particularité qui excita mon attention.
- Il n’v avait pas de prêtre à cet enterrement, comment cela se faisait-il ?
- Immobile et livré à mes réflexions, je regardais s’éloigner le modeste cortège, lorsqu’un curé qui passa près de moi devinant sans doute la cause de ma préoccupation se chargea de me donner des explications à ce sujet.
- — Voyez, Monsieur, me dit-il, comme il y a des parents qui sont imprudents.
- Ne qualifier que d’imprudent l’enterrement civil d’un enfant me parut charitable de la part d’un prêtre, et me donna une idée favorable de mon interlocuteur.
- Ainsi, poursuivit-il, voici un enfant âgé de trois raois qui va être victime de la colère de Dieu, parce ^e, pour de misérables raisons, on a retardé le moment de son baptême. La mort est entrée, a surpris tout le monde, et le pauvre petit a expiré sans Ç^on ait pu lui administrer ce précieux sacrement. Quel exemple terrible, Monsieur, et quelle responsa- f
- bilité pour les parents, que le salut d’une âme perdue par leur faute, et cela pour l’éternité.
- Stupéfié par un semblable raisonnement qui bouleversait toutes mes idées, je ne savais si je devais répondre ou simplement m’éloigner en méprisant le fanatique qui pouvait tenir un langage aussi insensé; je cédai à l’indignation que j’éprouvais.
- — Comment, vous croyez cela, vous, Monsieur le curé, mais votre Dieu, c'est donc un coquin. Est-ce la faute de ce pauvre petit s’il n'a pas été baptisé, et Dieu, qui connaît l’avenir et qui savait par conséquent que la mort surprendrait cet enfant, n’aurait-il pas mieux fait de la laisser dans le néant, que de le créer pour une éternité de souffrance.
- — Mais vous, Monsieur, repartit le prêtre, manifestant un profond étonnement de la façon courroucée dont je venais de lui répondre, vous n’êtes donc pas catholique pour raisonner ainsi.
- — Si, Monsieur, on a pris pour moi comme pour tant d’autres l’engagement que je croirais à tout ce que l’Eglise ordonne de croire ; aujourd’hui, je proteste contre cette promesse faite en mon nom, et je m’honore de ne pas la tenir. Mais vous, Monsieur le curé, est-ce que vous croyez bien fermement ce que vous venez de me dire touchant le sort des enfants non baptisés. Si vous me répondez affirmativement, je déclare que vous êtes l’homme le plus fanatique que j’aie jamais rencontré, et que la religion capable de fausser le jugement d’un homme à un tel point est la plus dangereuse 'des croyances.
- — Pour moi personnellement, me dit-il, je crois ces enfants damnés, et je suis en cela d'accord avec les pères de l’Eglise dont l’autorité fait loi, particulièrement avec saint Augustin, qui a combattu avec succès la secte des Pélagiens, qui niait le péché originel et la damnation des enfants morts sans baptême. Plusieurs conciles mémorables se sont prononcés dans le même sens et ont approuvé ce grand saint.
- — Et vous croyez que ce pauvre petit brûle en ce moment pour avoir commis le crime de n’avoir pas été baptisé.
- — Je le crois. Nous sommes les rejetons d’Adam et les conséquences qu’entraîna sa désobéissance doivent retomber sur toute sa postérité.
- — Voyons; raisonnons, Monsieur le curé, ma conscience me ferait un reproche de vous avoir laissé partir sans tenter un dernier effort pour vous convaincre de l’absurdité de votre thèse. Laissez-moi vous citer 4 vers, 4 vers seulement d’un poète de notre époque, touchant la question des responsabilités incombant à chacun, dans l’hypothèse où le
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- crime imputé à notre premier père aurait été réellement commis.
- Si lu l’as créé bon, le crime est impossible,
- Si tu l’as fait mauvais, la faute en est à toi.
- Ne pouvais-tu prévoir qu’il trahirait sa foi,
- Toi qui sais l’inconnu, toi qui vois l’invisible.
- Tels sont les termes énergiques et d’une logique serrée avec lesquels il réfute cette croyance monstrueuse du péché originel. Avouez qu’ils atténuent considérablement la responsabilité de notre premier père, et, s’il y a eu un crime, ne vous semble-t-il pas parfaitement démontré que la première cause du mal c’est Dieu lui-même.
- Que répondez-vous à cela ?
- — Je réponds qu’il fallait bien qu’Adam fut coupable puisqu’il fut condamné. Dieu fait bien ce qu’il fait.
- — Vous me rendez fier, Monsieur le curé, de n’être catholique que de nom; vous répétez tous les jours à qui veut l’entendre que la France est une nation de 34 millions de catholiques; pour la gloire de mon pays et l’honneur de mon siècle je pense bien qu'en France il n’y a pas 100 mille individus qui croient à de semblables absurdités, et lo moment n’est pas éloigné où l’on rougira d’avoir pu professer de semblables doctrines.
- Lorsque vous vous écriez dans vos temples que nous sommes dans des temps où l'impiété déborde, que la religion catholique est indignement attaquée tous les jours, je crois pour l’honneur de la civilisation, que loin de nous alarmer d’un tel état de choses, nous devons nous en réjouir.
- — Vous êtes un fort mauvais chrétien, Monsieur, me dit le prêtre, et je vous plains.
- — Pardon, monsieur le c uré, ne jouons pas sur les mots, je suis anticatholique, mais je crois être aussi bon chrétien que vous; jamais morale ne m’a paru plus belle que celle que Christ est venu enseigner aux hommes, et je vénère la mémoire de ce grand génie ; je crois en Dieu autant que vous, mais au lieu de m’incliner devant ce vieux bon Dieu que vous avez fait à votre image, méchant, vengeur, capricieux, je cherche Dieu dans la nature et je l’admire dans ses œuvres. Quand je iis Victor Hugo, lorsque j’admire les merveilles de la science, et que je suis ses progrès dans les travaux admirables des Crookes, des Figuier, des Flammarion et de tant d’autres, il me semble que je me rapproche de lui, et que cette mystérieuse porte d’airain qui cache à nos yeux les secrets créateurs, nous la briserons un jour.
- Ce malheureux fanatique que je devrais maudire s’il n’était pas surtout à plaindre, m’accorda avant de me quitter, que, si lui personnellement croyait avec Saint Augustin à la damnation des enfants
- morts sans baptême, l’Eglise ne s’était pas encore prononcée d’une façon définitive sur ce point, et qu’fi se pourrait que ces enfants, au lieu de brûler dans l’enfer, passent leur éternité dans les limbes, où sans jouir de la vue de Dieu et des délices réservées aux élus, ils n’éprouveraient aucune souffrance,
- — Vraiment, vous m’accordez cela, Monsieur le curé, vous êtes en vérité bien bon, merci pour ces pauvres petits.
- « Et les enfants qui meurent ayant été baptisés, quel est leur sort à eux.
- — Oh, eux, ils vont au ciel, ce sont de petits anges.
- — Oui, je comprends, lui dis-je avec ironie, au nom de la justice de Dieu. Les uns et'les autres n’ont fait ni bien ni mal; ils sortent également purs des mains de leur Créateur; pour les uns le bonheur éternel, pour les autres, la privation de la vue de Dieu, sinon la damnation.
- Edmond Bourdain.
- SOUSCRIPTION POUR L’ÉRECTION D’UNE STATUE A CAMILLE DESMOULINS A GUISE
- 3e Liste du Familistère, (Usine de Laeken-Bruxelles)
- Lecaille Alphonse, Gauchet A. Bourgeois B. Duval J.
- Cari.
- Un citoyen.
- V anhen ver swy n.
- (Belge), 0 fr. 25 ' 2 85
- 2 90
- 2 »»
- 1 »»
- 1 »»
- 5 »»
- 15 fr. 00
- Gras, chef d’atelier. 2 »»
- Caure Jules, Pigon Joseph,Lebègue Auguste,
- Sarrasin Alfred, chacun 0 fr. 25. 3 50
- Total. 18 fr. 50
- FAITS POLITIQUES & SOCIAUX DE LA SEMAINE
- FRANCE
- Les élections générales législatives qui ont eu lieu dimanche ont été naturellement la grande préoccupation de la semaine.
- Elles ont donné pour résultat 65 ballotages et 483 élections définitives. Dans ce dernier chiffre, l’on compte 398 sièges acquis à la cause républicaine et 85 attribués aux partis monarchiques. Les bonapartistes ne comptent dans ce nombre que pour 27 sièges et ils ont perdu 37 sièges dont les titulaires ont déserté la lutte ou sont restés sur le carreau. Les monarchistes ont de leur cote perdu 19 sièges. Gomme d’autre part, les républicains en ont perdu 9, le bénéfice net pour eux se réduit a 47 sièges.
- Quoique l’on puisse dire que la grand© majorité d»
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- LE DEVOIR
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- députés sortants ont été réélus, il ne serait pas exact de prétendre que la nouvelle chambre ne sera que la reproduction de l’ancienne. Les conditions dans lesquelles jgs membres les plus modérés du centre gauche et de l’Union républicaine ont été nommés leur imposent un programme beaucoup plus accentué dans le sens des réformes radicales, programme auquel il faudra qu’ils se conforment.
- Les 398 républicains élus se subdivisent à peu près
- Centre gauche.............. 41
- Gauche..................... 159
- Union Républicaine. . . , 170
- Extrême gauche.............. 28
- 398
- Les républicains ont enlevé aux monarchistes, tout compte fait, 47 sièges.
- Parmi les 65 circonscriptions dans lesquelles il y a ballotage, 4 étaient représentées par des monarchistes, et dix par des bonapartistes. Il y a tout lieu d’espérer que dans toutes, les élections définitives seront républicaines.
- Avec ces éléments, il est aisé de voir qu’une coalition des deux extrêmes ne réussirait à former qu’une minorité absolument impuissante, et que la majorité de gouvernement qui formait le grand dèsideratum de l’ancienne Chambre est désormais créée.
- Affaire» «le Tunisie. — Les tribua tunisienne^ sont décidément en pleine insurrection et leur mouvement est d’accord avec celui des tribus algériennes.
- Les Ourghoma,qui ne reconnaissent plus l’autorité du bey, ont livré un combat acbarné à la tribu fidèle des Zlass. Il y a eu de part et d’autre,de nombreux morts et blessés.
- Les nouvelles de l’intérieur sont de plus en plus mauvaises et la situation s’aggrave chaque jour.
- On annonce qu un grand nombre d'Arabes rebelles se sont rassemblés sous les ordres d’Ali ben-Khalifa, près de l’Enfida, sur la grande route de Kairouan.
- D’autre part les déserteurs tunisiens ont rejoint les insurgés des environs de Sousse et des troubles sont signalés de tous côtés.
- Le gouverneur de Sousse est impuissant à maintenir l’ordre. Les Arabes ne veulent plus reconnaître l’autorité du bey.
- A Médiah, ou craint des troubles qui pourraient être provoqués par les Mellelits faisant cause commune avec sept cents déserteurs tunisiens réfugiés à Ksourkef et Moknis.
- Le télégraphe est coupé entre Sousse et Médiah.
- A Sousse, un Maltais a été assassiné par un Arabe, qui est eutré dans la ville, sabre dégainé, en criant : Jehed! c’est-à-dire : guerre sainte ! sans qu’aucun gardien l’arrêtât.
- Il s’est précipité dans la boutique d’un MGtais et a assassiné ce dernier en lui portant six coups de sabre.
- Ce meurtre a Causé un grand émoi parmi la population européenne.
- Le commandant du cuirassé anglais le Monarch avait même manifesté l’intention de faire débarquer un détachement pour assurer la sécurité des habitant européens if n’y a renoncé que sur l’assurance qui lui a été donnée par le général tunisien Baccouch que l’ordre serait maintenu par l’autorité, locale.
- Le Daily Tèlègraph dit qu’il a des raisons de croire que la Porte accédera prochainement à la demande faite par la France, de destituer le gouverneur de Tripoli.
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- La situation eu Tunisie. — Notre situation en Tunisie, sans présenter rien d’alarmant, n’est pas aussi satisfaisante qu’on aurait pu l’espérer il y a deux m°is. Les insurrections qui ont éclaté à Sfax et à Gabès ont été assez promptement réprimées; mais il reste flans toute la régence un esprit d’insoumission qui
- montre que le traité du 12 mai n’a pas encore été compris ou accepté par les populations nomades de l’intérieur. Dans la plupart des régions habitées par les tribus l’autorité du bey a perdu toute influence. La police locale, qui était fort mal faite auparavant, n’est plus faite du tout. De là ces maraudages continuels aux portes de Sousse, de Tibourba, d’Hammam-el-Lif et même de Tunis.
- Cette situation n’a par elle-même rien d’inquiétant, puisqu’elle n’est en réalité qu’une aggravation de l’état permanent de désordre dans lequel ce pays vit depuis de longues années. Personne ne pouvait espérer raisonnablement que la présence de nos troupes civiliserait et ordonnerait en quelques mois une contrée où le respect des lois et de l’autorité a presque toujours été inconnu. Les tribus qui se sont insurgées à Sfax et à Gabès sont en insurrection presque permanente contre le gouvernement du bey ; celles qui ont exercé des déprédations le long du littoral ou dans la vallée de la Medjerdah ne sont guère plus soumises. Ce serait donc commettre une grave erreur que de considérer les troubles actuels comme une conséquence de l’expédition française. Tout au plus pourrait-on dire que le traité du 12 mai et les changements qu’il a apportés dans l'organisation de la régence ont donné plus d’audace aux bandes de pillards en même temps qu’ils affaiblissaient le peu d’autorité et de force que possédait encore le gouvernement tunisien.
- Aujourd’hui, grâce à nos troupes, la sécurité règne dans toutes les villes du littoral,c’est-à-dire sur tousses points où il y a une population sédentaire, laborieuse, livrée aux travaux de l’agriculture et du commerce. Il ne reste plus débandés insurgées que dans quelques villages des environs de Gabès et de Zerzis. Les chefs de ces bandes ont constaté qu’ils n’avaient aucun secours à attendre du côté de la Turquie, et ils sont prêts à se soumettre moyennant un emploi ou un grade quelconque dans la hiérarchie administrative tunisienne. Il ne s’agit donc plus de pacifier la Tunisie, mais de l’organiser, de lui donner ce qu’elle n’a jamais eu, une administration et une police. Cette œuvre n’est pas la moins difficile, car il faut savoir si le pays coutient les éléments nécessaires à cette nouvelle organisation. Il faut cependant l’absorder vigoureusement, et peut-être aurait-on dû commencer par là le lendemain du traité du 12 mai.
- Une démonstration militaire faite dans le Sahel à la fin de jnin eût certainement empêché les troubles de Sfax et de Gabès,. elle n’eût pas empêché les faits de pillage qui ont eu lieu dans les campagnes des environs de Tunis ou le long du littoral. En Tunisie pas plus qu’ail-leurs la police ne peut s’exercer par des troupes régulières. Un corps spécial de sécurité publique, une administration politique et financière composée de fonctionnaires honnêtes et fidèles sont en tout pays les bases essentielles de l’ordre. Tant que le gouvernement français, par la voie de ses représentants, n’aura pu obtenir du gouvernement tunisien les réformes nécessaires dans le personnel admistratif de la régence, il n’y aura rieu de fait. Les tribus nomades continueront à se faire la guerre entre elles, des bandes de pillards ravageront les campagnes, les émigrants européens qui voudront coloniser l’intérieur n’auront aucune sécurité, le gouvernement français sera responsable de toutes les incuries tunisiennes,et nous serons obligés de maintenir dans la régence un corps de troupes beaucoup plus nombreux qu’il ne conviendrait.
- ANGLETERRE
- Ce qui se passe en ce moment en Angleterre est très digne de notre attention, et peut-être même de nous servir d’exemple. La Chambre des lords ne s’est pas contentée d’amender la loi agraire que lui avait envoyée la Chambre des communes, elle a persévéré dans quelques-uns de ses amendements, bien qu’ils eussent été repoussés par la .seconde Chambre, de sorte que celle-ci et le gouvernement avec elle en étaient à se demander qui céderait* et de quelle manière l’accord
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- LE DEVOIR
- pourrait s’établir. L’embarras venait, au fond, de ce que tout le monde, en cette circonstance, est également resté daus la limite de ses droits et a également fait son devoir. Le bi.ll dont ii s’agit est une mesure très particulière, qui ne saurait se justifier économiquement, puisqu’elle modifie les conditions de la propriété sans le consentement des propriétaires, et cela pour ramener ces conditions à un état depuis longtemps dépassé par le droit moderne. La seule excuse pour un acte législatif de cette espèce, c’est la nécessité politique, le besoin de mettre fia à la misère et à la révolte de tout un peuple, le besoin, tout au moins, de prouver à l’Irlande que, si l’Angleterre ne peut lui accorder l’autonomie parlementaire, elle est décidée à tout essayer pour supprimer les griefs réels. Tels ont été les motifs de M. Gladstone, en présentant un projet de loi extraordinairement hardi, contraire à toutes les idées économiques modernes, contraire a une foule de droits reconnus, et, pour le dire en passant, un projet dont notre goût français pour l’uniformiié législative n’aurait pas admis l’idée un seul moment. Ajoutons, pour compléter la situation, que le bill agraire n’avait point figuré l'année dernière dans le programme électoral des libéraux, et que par conséquent le suffrage populaire qui a porté M. Gladstone au pouvoir ne pouvait être regardé comme s’étant prononcé en faveur de la mesure. Cela est si vrai qu’à la Chambre lé parti libérai s’est divisé sur la loi, et que, si ie bill a été voté eu fin de compte par une énorme majorité relative, c’est grâce à un nombre considérable d’abstentions. On sait que les dissidences ont éclaté jusque dans le sein du cabinet lui-même, et que le duc d’Argyll a donné sa démission pour ne pas se prêter à une mesure qu’il condamnait.
- La Chambre des lords a-t-elle compris quel tort elle se faisait en persistant dans son attitude intransigeante à propos du land bill irlandais?
- C’est probable. Car l’étendue des concessions faites par la Chambre des communes, sur la proposition du gouvernement, n’est pas telle que cos concessions puissent satisfaire les grands propriétaires de la Chambre haute.
- Le conflit a été évité. Le mérite en revient moins aux lords, qui n’ont cédé qu’à la dernière minute, à M. Gladstonne.
- Lord Salisbury, le leader des tories à la Chambre des lords, s’est déclaré satisfait des concessions faites par la Chambre des communes". Mais il a accompagné cette déclaration de telles réserves, que sa satisfaction paraît plus imposée que spontanée. Il a exprimé l’espoir que le bill ne serait pas nuisible aux intérêts des propriétaires ; mais il'a ajouté qu’il en laissait néanmoins toute la responsabilité a la Chambre des communes.
- Après une discussion pro forma, la Chambre des lords a voté, et le bill est devenu ioi.
- La crise est donc écartée.
- ALLEMAGNE
- L' Orimil-Zeitmig annonce qu’on vient de saisir à Passau, on vertu d’une ordonnance du tribunal allemand, à la frcolère même de T Autriche , et d’y vendre aux enchères pour la somme de 800 marks un wagon de troisième classe du chemin de fer Elisabeth, et quelques jours auparavant pour la somme de 48 marks un wagon-salon de la même compagnie autrichienne.
- Nous rappellerons en peu do mots les causes de cette guerre de wagons). Les sociétés autrichiennes veulent payer leurs coupons d’obligations en argent, conformément aux titres d’émission, et les porteurs allemands en veulent recevoir le payement en or, conformément a la loi d’empire sur l'unité métallurgique.
- La cour suprême d’Autriche donne raison aux Compagnies; mais les tribunaux allemands donnent droit-aux porteurs La vérité juridique à Vienne est ainsi un mensonge à Berlin. Les porteurs cherchent alors a profiter de la moindre imprudence des Compagnies autrichiennes, dont ils font saisir et vendre ie matériel, aussitôt qu’il dépasse la. ligne de frontières.
- Les Allemands organisent des conférences pour l’unio des tarifs, pour le raccordement des lignes: mais ta u que cet état de guerre durera, les Compagnies autri chie mes feront bien de ne plus laisser franchir la fron tièîe à leurs wagons, en attendant que i’union poliiiânp ait pour corollaire le règlement d’une situation aiio/ male, qui ne se présente"en Europe qu’entre les deux Etats d’Allemagne et d’Autriche amis. k *
- CORRESPONDANCE ITALIENNE
- Rome, 19 août, 1881.
- Dans une série d’articles remarquables à la fois par une grande indépendance d’esprit <-t par la largeur des vues, M. Gabriel Rosa, le Nestor des républicains Lombards, a pris à tâche de démontrer que tonte politique contraire à l’union de la France et de l’Italie est uue politique de réaction, funeste à la liberté et à la prospérité des deux nations. Après avoir constaté que — comme le pangermanisme de M. de Bismarck — le panslavisme de la Russie, basé sur le militarisme, ou pour mieux dire sur une espèce de hiérocratie militaire byzantine, est une œuvre d’absoptiou et d’écrasement, la négation même du génie italo-grec et de la civilisation gréco-romaine à laquelle l’Europe doit tous le-, progrès qu’elle a réalisés depuis la. Renaissance, il engage la France à ne pas se laisser tenter par la perspective et la gloriole d’une nouvelle croisade pour le rétablissement du christianisme en Orient, qui amènerait nécessairement le pape moscovite à Constantinople, comme préliminaire du rétablissement du pouvoir temporel des papes d’Occident. Dans cette nouvelle croisade, dont seules la Russie et l’Allemagne profiteraient, la France trouverait sur son chemin l’Angleterre, l’Italie et l’Espagne menacées dans leurs plus chers intérêts. Une campagne chrétienne en Orient serait un anachronisme : or, en politique, un anachronisme est uue faute irréparable. Une fois engagée dans cette voie, la France serait à la merci des Puissances du Nord, dont l’une prendrait Salonique, l’autre Constantinople. Dans tous les cas, quelle que puisse être l'issue d’une telle campagne, la France y perdrait sa liberté, car jamais les empereurs et les rois ne lui pardonneronr d’avoir tué la royauté et d’être la seule grande République en Europe.
- Mais la démocrarie italienne aussi doit fermer les oreilles aux sirènes qui la flattent pour l’attirer dans l’orbite d’une combinaison artificielle. Il se peut que la monarchie, poussée par l’instinct de sa propre conservation, engage la nation dans une alliance contre nature. Alors ce sera à la démocratie de l'eu tirer, *.n faisant cause commune avec la démocratie française. Que la France ne se laisse point séduire par des ambitions malsaines, mais que l’Italie travaille à développer ses libertés à l’intérieur, qu’elle s-’unisse aux parus vraiment républicains du dehors, et qu’elle s’applique à faciliter les rapports commerciaux et à étendre les bienfaits de la civilisation en Orient et eu Afrique.
- Au fur et à mesure que la lumière se fait dans le gâchis delà politique africaine, il se produit un revirement dans l’opinion publique.|I1 reste bien des points obscurs à éclaircir, mais chaque jour soulève un coin du voile qui couvre les mystères de cette politique. Ce ne sont plus les journaux royalistes qui soufflent seuls la discorde en excitant les passions du patriotisme, le plus égoïste et le plus étroit, ia presse cléricale de son côte appelle l’intervention de l’armée française en Italie pour « délivrer le pape prisonnier au Vatican ». Bonapartistes, légitimistes, conservateurs, royalistes et eUricaux, tous prêchent la guerre. C’est pourquoi la démocratie doit non- seulement prêcher la paix, mais empêcher jcs querelles de ménage de devenir uue cause de guéri e entre deux nations destinées â marcher unies la main dans la main, comme l’a fort bien dit M. Louis Blanc dans son excellent discours prononcé au Congrès aiui-clérical de Paris — discours que la Lega et d’autres feuilles démocratiquues ont reproduit in extenso.
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- LE devoir
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- La lutte est plus que jamais engagée entre l’esprit clérical et l’esprit laïque, entre l’Eglise romaine et la nation italienne. Léon XIII, le savant disciple de Sainl-Thomas-cTAquin a, dans son allocution du 4 courant, lancé un défi, une injure sanglante à la face de Tltalie. Ii appelle les libéraux italiens une « bande de scélérats» qu’il ne méprise que pour concentrer toute sa colère contre les hommes du gouvernement qui, dit-il, « n’ont défendu ni les droits de la religion, ni la liberté des citoyens contre la fureur des impies. » Gomme Pie IX, M. Pecci se pose en martyr aux yeux du monde catholique et conclut en disant;!: « Puisque le pape mort n’a pu être préservé des outrages des libéraux, on peut déduire quel serait le sort du pape vivant, s’il cessait d’être le prisonnier du Vatican ? » Comme toujours, la harangue pontificale est un appel à l’intervention étrangère contre la patrie italienne, et une réclame à la cap tivité du pape pour exploiter la bonne foi des croyants.
- Le peuple romain a répondu à cette provocation en se rendant en foule au meeting de Polylheama, pour reclamer l’abolition des garanties Le meeting a été imposant et digne d'un peuple qui a conscience de ses droits et de sa dignité, malgré les provocations du gouvernement. Avec'ia loi des garanties, la dynastie guelfe de Savoie tendait la perche à la papauté mourante, c’était un premier pas vers la « conciliation » des deux souverains. Le pape, qui doit avoir des motis pour refuser ces avances, a toujours répondu non possumus ; repoussée par le premier intéressé, la loi des garanties n’a plus aucune raison d’être. Si le pape ne se croit pas en sûreté à Rome, qu’il aille à Jérusalem ; personne n’ira l'y chercher ! Pourquoi rester i Rome « prisonnier » tandis qu’il pourrait aller à Avignon recevoir les hommages du monde catholique!
- La grande colère de M. Pecci vient de ce que l’abolition de la loi des garanties le placerait sur un pied d’égalité avec les autres citoyens ; les corporations florissantes sous son haut palrouuage rentreraient dans Je régime du droit commun. On voit par cette simple énumération la portée du mouvement anti-clérical qui se produit en ce moment en Italie. Lorsque le pape ne sera pius devant la loi un souverain inviolable, mais un simple citoyen responsable de ses actions, il n’aura plus d’autres pouvoirs que celui de la parole, ni d’autre autorité que celle qui lui viendra de sa valeur personnelle. Le Vatican et les autres bâtiments occupés par ses « généraux » reviendront à l’Etat, qui en disposera pour le plus grand avantage de la collectivité, et les 3,266,000 livres que le .gouvernement italien tait inscrire chaque année sur le grand livre de la dette publique en faveur du pape serviront à des œuvres moins folles que celle de payer les ennemis de la nation. Conclusion : le peuple indien a un devoir sacré à remplir vis-à-vis de-l'humanité, celui de rendre Rome à la civilisation, de débarrasser le monde d’une institution qui ne répond point aux besoins de notre tempes, qui est une entrave a la prospérité et au progrès des nations. A. U.
- P. S. — Au moment même où l’intervention de la police avait rempli de trouble et de confusion l’assemblée du Polythéama, sur un geste de M. Parhoni, un grand, silence se fit. et lui. ayant, d'une voix haute et claire, prononcé IVrdre du jour interdit par la police, cet ordre au jour a été voté par acclamation. Le meeting s’est aussitôt dispersé sans aucuu désordre, avant que le commissaire de police eût eu le temps de se reconnaître et de comprendre ce qui se faisait. Voici cet ordre du jour précédé des deux principaux considérants qui l’appuyaient :
- « Considérant que la papauté nie l’autorité de la raison et de la conscience, èe met en contradiction avec le droit moderne et vise à rétablir le dualisme politique du moyen-âge.
- « Que reconnaître la papauté, c’est amoindrir 1\ souveraineté d • la nation, et altérer profondément le caractère laïque de la souveraineté populaire. ;
- « Le Peuple de Rome, déclaré qu’il entend que la loi j des garanties soit abrogée, et que les palais apostoliques . fassent retour à l’Etat" » !
- RUSSIE
- Le résultat des récoîtes'en Russie est connu maintenant. Les provinces du Midi et du long du Volga sont très favorisée*, quoique le rendement ait été moindre qu’on n’aurait dû s’y attendre,les ensemencements ayant été forcément réduits à cause de la disette de l année précédente. Le centre et le nord de - la Russie ont une récolte médiocre ; le résultat, en somme, peut se résumer par une bonne moyenne. L’abondance va entrer dans les cabanes désolées de nos paysans ils vont pouvoir manger à leur faim et payer leurs arriérés d’impôts plus ruineux que les mauvaises récoltes. La main-d'œuvre s’est payée à des prix très élevés cette année, et paysans et ouvriers ont leur hiver assuré. De quel prétexte les instigateurs des désordres antisémiques vont-ils colorer les excès qui se eommett nt centre les populations juives,la misère du peuple orthodoxe ne pouvant plus être invoquée?
- Dans les provinces de Kiev et de Tchernigof,ces excès ont passé de l’état aigu à l’état chronique — iis semblent entrer dans les mœurs. Il ne se passe pas de jour que les paysans n’attaquent les habitations juives,ne détruisent et ne pillent ce qu’elles contiennent, et ne réduisent leurs propriétés a la ruine — d’autant pius irrémédiable que leurs soutiens naturels, les coreligionnaires plus riches ont été mis daus la même situation. A Bo-rispol, notamment, et a Niegèoe ces violences contre les propriétés et les personnes ont atteint des proportions considérables. A Borispol les troupes ont dû faire usage de leurs armes; il y a eu des émeu tiers tués,d’autres blessés. Il est regrettable que l’autorité n’empêche pas en temps utile le pillage, et qu’elle n’arrive que pour constater les dégâts et. arrêter une vingtaine d/émsuliers, qu’on relâche ordinairement faute de preuves.
- C’est un apprentissage de déso.die et un avant-goût d’insubordination aux lois, qu’on aurait pas dû laisser s’implanter dans ie populaire : quand il n'y aura plus de juifs à piller, on courra aux Arméniens ou -ux musulmans, ce sera un retour vers les époques primitives, où les hommes vivaient en hostilité permanente, et ne s’unissaient que pour repousser ou pour combiner une agression.
- TURQUIE
- On sait que ie dernier procès d’Etat, relatif à l’assassinat supposé du sultan Ahd-ul-Aziz était tout dirigé contre T ex-sultan Mourad, dont Tétai mental s’est beau-cour,. amélioré depuis quelque temps. D’après la Correspondance autrichienne, le sultau est convaincu que Mourad et sa mère conspirent, ou au moins que des conspirateurs veulent se servir de Tex-suitan pour arriver à leurs fins. L’acte d’accusation contre Midhal-Pacha et ses compagnons contenait un passage où Mourad et sa mère étaient représentés en termes assez clairs comme les véritables fauteurs de l’assassinat d’Ab-ul-Aziz. Il paraît en outre, que Mahmoud-Damal-Pacha et Nourrl-Pacha. ont signé, sous la menace d’être exécutés en cas de refus, un document dans lequel il est dit qu’ils ont fait tuer le sultan Abd-ul-Aziz sur l’ordre do Mourad. Mais on supposa tout de suite que l’afiaire ne se terminerait pas ainsi. Et, en effet, on parle d’une nouvelle enquête ouverte au palais.
- On apprend à cette occasion quelques détails rétrospectifs qui jettent un jour nouveau sur la situation actuelle Ainsi, lorsque le sultan Mourad manifesta les premiers symptômes d’un dérangement de ses facultés mentales,et que le conseil des ministres eut décidé que, conformément au « chéri », il fallait proclamer un autre sultau, Midhat-Pacha offrit le trône à Abd-ul-Hamid à la condition qu’il le céderait ae nouveau à Mourad, dans le cas où celui-ci recouvrerait toute son intelligence. Abc-ul-Hamid ayant refusé, Midhat lui répondit que le conseil des ministres s’adresserait à son frère Rechid-Ef-fendi, s’il n’acceptait pas cette condition.
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- LE DEVOIR
- Sur les instances de son entourage, Abd-ul-Hamid accepta et signa un document y relatif. Peu de temps après, Midhat-Pacha fut envoyé en exil, après avoir refusé de rendre le document et déclaré qu’il ne le possédait plus, et que ta pièce en question devait se trouver dans les archives de la Porte. On croit maintenant que le dernier procès et les arrestations auxquelles il a donné lieu ont pour but de perdre Mourad dans l’opinion publique.
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- Un juge de paix, chef de brigands. —
- Une bande de voleurs ayant pour chef le juge de paix George O’Connor. répandait la terreur depuis des mois dans le village d’Antonito, Colorado (Amérique).
- Tous les étrangers de passage étaient dévalisés, et le juge refusait invariablement d’accueillir leurs plaintes. De plus, il faisait souvent arrêter des citoyens, et il les condamnait à l’amende sans aucune espèce de motif.
- Jeudi soir, à son retour en chemin de fer d’un voyage à Alamoa, il s’est endormi dans le irain.
- A l’arrivée à Antonito, un serre-frein l’a réveillé, pour lui permettre de rentrer chez lui et, à peine descendu de wagon, le juge a fait arrêter ce serre-frein, sous prétexte qu’en 1’éveillant il avait manqué de respect à la justice.
- L’excentrique magistrat est allé ensuite dans Raymond ITouse et, exhibant d°ux pistolets, il a adressé un torrent d’invectives au propriétaire de l’hôtel, qui n’a pas osé répondre un seul mot, attendu que, tout en l’insultant, l'honorable O’Connor tenait ses revolvers braqués sur sa tète.
- Le lendemain soir, c’est-à-dire avant-hier, le juge de paix a parcouru à cheval les principales rues du village, armé d’une carabine Winchester et des deux pistolets qui ne le quittaient jamais, et menaçant de tuer tous ceux qu’il rencontrerait.
- Sa ronde achevée, il est entré dans un cabaret et s’est fait servir un verre de whiskey, mais, comme il le portait à ses lèvres, quelques membres du comité de vigilance lui ont sauté dessus et l’ont traîné à l’abattoir, où il a été pendu sans autre forme de procès.
- L’AGRICULTURE & L’ASSOCIATION
- La France, on l’a dit très souvent, est un grand propriétaire, ce qui signifie une contrée essentiellement agricole. Si donc, comme on le reconnaît généralement, pour que la richesse d’un pays se développe d’une manière normale et permanente il faut que l’agriculture prospère, cette nécessité est, à l'égard de la France, pne des plus impérieuses qui puisse s’imposer à une nation.
- Obtenir le plus grand produit net, ou en d’autres termes la plus grande quantité de produits avec le moins de temps, d’argent et de travail possible, tel est en fait d’agriculture, comme du reste en matière d’industrie, la condition principale à remplir pour arriver à cette prospérité.
- Plus d’un esprit généreux regardant avec raison l’accomplissement de cette condition comme une sorte de sine quâ non, et posant en principe que : le sol du pays est la propriété commune, sans vouloir rien faire cependant qui ressemble à la loi agraire ou partage des terres, ni à la communauté des biens,
- pense que l’on pourrait donner au gouvernement (à un gouvernement bien organisé, s’entend), le droit de diriger la production du sol dans le plus grand intérêt de tous. S’appuyant en cela sur maints pu-blicistes et, entre autres, parmi les allemands sur Thaër et Puffendorf, ils déclarent que les propriétaires actuels ne doivent être considérés que comme de simples usufruitiers. A leurs yeux, le clergé autrefois reconnaissait cette vérité, et ils en trouvent la preuve dans les dimes qui, dans l’origine, étaient destinées à subvenir aux frais de l’éducation natio-. nale et à nourrir ceux qui n’avaient ni terres, ni travail. « Le sol », disent-ils, « appartenait à la « nation, les rois l’ont prêté aux feudataires à con-« dition de service : les feudataires l’ont gardé, et la a dîme a été la compensation offerte par l’usurpa-« tion. Mais l’usurpation n’a pu prescrire le droit. « Le droit préexiste et tous les peuples de l’Europe « le reconnaissent aujourd’hui dans leurs codes d’une « manière plus ou moins explicite. »
- Il est certain, dirons-nous nous-même, qu’on semble retrouver ce droit à la base de maints statuts anglais, tels que la loi sur les pauvres et l’enclosure bill.
- Il est bien vrai aussi que, en France, jadis, à chaque avènement, le roi confirmait les titres de propriété aux détenteurs du sol. De nos jours, les lois sur l’expropriation pour cause d’utilité publique, les lois sur les mines, ceiles sur l’exploitation des forêts prouvent, dans tous les cas, que le propriétaire foncier n’est jamais laissé complètement le maître.
- Quoiqu’il en soit, et malgré l’exemple des Indes anglaises où il n’y a pas d’autre contribution que la contribution foncière dont les produits s’appliquent aux besoins du pays, en dépit de ce qu’il peut y avoir de bon dans un mécanisme de gouvernement où l’Etat est considéré comme le seul propriétaire, noas ne pensons pas qu’en France un retour à un tel état de choses soit possible... Nous le regardons comme incompatible avec la liberté sociale aussi bien qu’avec l’émancipation individuelle.C’est donc à un autre moyen que nous demanderons la solution de la question posée dans les termes ci-dessus : Obtenir la plus grande quantité de produits avec le moins de temps, d’argent et de travail possible, Ce moyen, on l’a déjà deviné, c’est l’Association.
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- « L’association agricole « a dit M. Louis Reybaud dans ses Etudes sur les réformateurs socialistes et modernes, » est une idée féconde, qui se réalisera tôt ou tard quand le fractionnement du sol aura porté ses fruits. *
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- Près de 40 ans se sont écoulés depuis que l’Académie française conférait' le prix Monthyon à l’ouvrage que nous venons de citer. On a pu, durant cette période, se rendre un compte exact des avantages aussi bien que des inconvénients du morcellement de la propriété.
- Considéré au point de vue social, ce morcellement a des avantages incontestables. Il multiplie les propriétaires, augmente par cela même la somme des libertés, fait des citoyens et donne ainsi à l’esprit de conservation ses véritables assises.
- Envisagé au point de vue de la production, au contraire, il présente des inconvénients que chacun peut reconnaître. Là où 'le sol s’émiette à l’infini ; là où la petite culture domine, les frais sont plus grands les bénéfices des exploitations importantes diminuent, bien des forces se perdent et s’usent dans le détail.
- Dans les pays, en effet, où la grande propriété existe et où elle est travaillée convenablement comme en Angleterre et dans le nord de l’Ecosse, la prodction du sol est beaucoup plus consiérable, toutes proportions gardées, que dans ceux où la terre est fractionnée. Dans le premier de ces pays (le calcul en a été fait), un cultivateur produit au moins trois fois sa dépense. C’est qu'avec la grande propriété l’exploitation est industrielle, l’emploi des machines est non-seulement possible, mais essentiel ; la division du travail est appliquée, il n’y a pas de déperdition de forces et il y a économie dans les frais.
- Mais, d’un autre côté la grande propriété est un nid de privilèges et d’abus, aussi n’entendons-nous pas demander la reconstitution du grand proprétaire mais bien plaider en faveur de la pratique de la grande culture. La reconstitution de la grande propriété a été, il y a quelques années, un projet caressé par les partisans du droit divin. Ce n’était pour eux qu’un moyen de reconquérir une partie au moins de ce qu’ils ont perdu en influences de toutes sortes. Ils n’ont pas réussi. Ils ne pouvaient pas réussir : ils avaient contre eux l’amour du paysan pour la terre, et son esprit d’économie. Puis ils manquaient d'argent et de crédit.
- Pour pratiquer la grande culture sans reconstituer la grande propriété, le mode, nous l'avons déjà dit, c’est l’association... l’association qui, en faisant disparaître les inconvénients économiques du fractionnement du soi, en censure tous les avantages sociaux.
- Par l’association agricole, nous n’entendons pas un groupement forcé, une communauté égalitaire dans laquelle l’individu se trouve absorbé par l’être Collectif. Nous entendons une agrégation libre, lais»
- sant à chacun son individualité, et dans laquelle les forces puissent se grouper pour la production, voire même, dans de certaines limites, pour la consommation, sans jamais cesser de respecter la légitimité de la vie intime,
- L’association agricole, comme nous la comprenons, n’est donc point un calque du passé, un retour à ce | qui n’est plus et a pu avoir sa raison d’être en son ! temps et dans des circonstances données, mais qui, de nos jours, dans le siècle où nous vivons et au sein de notre société moderne, ne serait à nos yeux qu’une monstrueuse anomalie.
- Ainsi, tout d’abord Liberté complète dans l’agrégation.
- Avec la liberté, nous voulons aussi l’Egalité ; non point l’égalité telle qu’elle a servi et sert encore de base aux enseignements du christianisme, égalité purement spirituelle, toute de théorie et dont les nivellements n’ont lieu que par et après la mort.., Non ! L’égalité que nous réclamons pour l'association doit être pratique, et nous demandons sur la terre et dans ce monde, ce que le christianisme promet dans les deux et au sein de Dieu. La Révolution française avait proclamé, établi dans la loi humaine ce dogme consacré par la loi divine. Depuis, des gouvernements se sont succédé dont quelques-uns, tout en reconnaissant la légitimité du principe égalitaire, en ont rendu l’application impossible ; aujourd’hui, sous l’empire de nos institutions démocratiques et pour les consolider, nous devons trouver précisément dans l’association le moyen de la réalisation politique de ce principe.
- Mais nous le dirons bien haut, afin qu’on ne se méprenne pas sur la signification que nous prêtons au mot égalité, nous ne voulons pas faire de l’Association un lit de Procuste ; nous ne voulons pas appliquer à tous les hommes le même niveau. Nous voulons, au contraire, que l’on tienne compte des mérites, des intelligences et des aptitudes, et ce, dans l’iatérêt même des associés. Nous voulons que là, comme dans la Société, il y ait une hiérarchie qui soit en harmonie avec notre Etat républicain et soit fondée sur l’élection. Assurément il y aura des premiers et des derniers, des dirigeants et des dirigés, mais les derniers pourront toujours devenir les premiers,mais les dirigés auront toujours le droit d’être dir;geants à leur tour.
- Comme toute collectivité, l’Association agricole doit tirer sa puissance du résultat de forces combinées. Ce serait donc non seulement présomptueux, mais encore inconséquent de notre part, si, l’isolant, nous prétendions qu’elle accomplit sa mission sans \ê secours des éléments au milieu desquels elle se
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- trouve. Nous croyons donc, nous sommes donc persuadés que, sous le rapport politique, sans se placer immédiatement sous la tutelle de l’Etat, nous voulons dire sans accepter ses lisières, elle doit obtenir de lui la protection due à tout membre du corps social, et que, au point de vue économique, elle doit trouver dans une caisse spéciale le crédit dont a besoin tout agent actif de production et de bien être, pour se développer et prospérer.
- Son union, son affiliation (si je puis m’exprimer ainsi), avec les associations industrielles et manufacturières, nous semble aussi devoir être une des conditions de son succès. Ces dernières sont ses devancières, et n’aurions-nous pas à invoquer le principe de la solidarité des intérêts, ce fait seul de la part des associations industrielles et manufacturières d'avoir précédé, dans leur organisation, les associations agricoles, doit assurer à celles-ci l’aide que doit naturellement toute sœur aînée à sa sœur cadette.
- Enfin, dans la répartition des produits de l’Association, nous voudrions que là aussi|et surtout, on eut le soin de ne pas oublier en faisant cette répartition entre les co-participants, que tout homme qui vient au monde a droit à l'existence, et que c’est principalement de la terre, notre Alma mater, que chaque nouveau venu doit attendre les moyens de pourvoir à cette existence.
- Tels sont, rapidement indiqués, les points fondamentaux de l’association agricole ainsi que nous l’entendons ! De ces points, le dernier sur lequel nous insistons particulièrement, doit, avec l’institution de tonds de retraite pour les vieillards et les invalides et de caisses de secours pour les malades, compléter dans son ensemble harmonique notre trilogie républicaine : Liberté, Egalité, Fraternité !
- C. P. Maistre.
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- LES NIHILISTES ET LEUR NOUVELLE POLITIQUE
- Saint-Pétersbourg, ce 25 juillet, 6 août 1881.
- Depuis l’avènement d’Alexandre III, les chefs du nihilisme, ou, pour parler plus clairement, — de la révolution russe sans distinction de nuance, — ont adopté un nouveau plan de campagne.
- Peut-être même ce nouveau programme était-il prémédité avant le 13 mars, n’étant en définitive qu’une phase logique et nécessaire dans l’ensemble de leur évolution ?
- Certains indices, recueillis tout récemment par la haute police, témoignent en effet de la préexistence
- dans l’esprit des nihilistes de ce revirement subit, auquel, il faut l’avouer, le gouvernement russe n’était que très mal préparé.
- Le coup de foudre du 13 mars avait stupéfié l’administration, le public des villes, la grande masse du peuple. Pris au dépourvu, tout le monde était anxieux, cherchait..., consultait l’avenir ! La peur et l’espérance, la douleur et la joie, toutes les vibrations de Famé, violemment secouée, se confondaient dans l’ineffable curiosité, dans cette grande passion du lendemain, qui brûle les heures après toute catastrophe politique.
- Seuls, au milieu du désarroi général, les nihilistes étaient restés calmes, silencieux, parfaitement de sang-froid ; et pendant que Saint-Pétersbourg et la Russie se voilaient de noir, s’adonnaient à la prière et à l’inaction la plus contemplative, les chefs des principales fractions révolutionnaires se donnaient déjà rendez-vous en Suisse, en Allemagne, en Russie pour s’entendre sur l’adoption d’une nouvelle ligne de conduite.
- La discussion des divers chapitres de ce programme ne paraît avoir été ni longue, ni difficile, car à peine les pompeuses funérailles d’Alexandre II avaient-elles sommé son successeur d’entrer en lutte, que la haute police constatait déjà les premiers effets caractéristiques du changement de position de l’adversaire.
- Deux faits étranges s’étaient produits presque instantanément. D’abord, aucun des individus suspects. qu’on filait soigneusement depuis des mois, — ne fréquentait plus sa compagnie habituelle, et toutes les pistes, péniblement acquises se trouvaient ainsi effacées et perdues d’un seul coup.
- Ensuite, toutes les personnes notoirement hostiles au gouvernement et que la police avait laissées en liberté pour s’en servir comme de points de repère, s’étaient subitement transformées en autant de chaleureux partisans de l’autocratie, haranguant, écrivant, agissant même aü profit du régime existant. Là où l’on s’attendait à des horions, on se trouvait soudain en face d’une sympathie publiquement affichée; là où on avait flairé le nihiliste, la souricière ne prenait plus que de paisibles bourgeois. Cependant, tandis qu’elle se demandait encore si elle rêvait, le hasard se chargea tout à coup d’éclairer l’autorité sur la signification réelle de ces phénomènes.
- Un vulgaire braconnier, voleur, ou faiseur de contrebande, comme on voudra, entrait subrepticement en Russie par la frontière galicienne, lorsque deux balles, tirées par des douaniers, l’étendirent
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- raide sur le carreau. Dans l’une de ses poches on I trouva une lettre sans adresse. On l’ouvrit. C’était I une espèce de circulaire, enjoignant aux frères et 1 amis de travailler la campagne au profit d’Alexandre III. « Répandez », y était il dit textuellement,
- « sur le czar et ses intentions- généreuses le plus de fables possible. Insistez sur le fait qu’il serait décidé à distribuer toutes les terres des grands propriétaires, les siennes propres et celles de l’Etat aux paysans, Faites-en le Czar du bas peuple / »
- Cet important document fut immédiatement envoyé à Saint-Pétersbourg. Hélas, il n’était plus temps. La propagande acharnée de la Révolution au profit de prétendues libéralités de l’empereur avait fait son chemin, prenant tous les jours de l’avance sur les réticences du gouvernement.
- Le plan des nihilistes se dessinait clairement.
- Surfaire les mérites du nouveau czar ; promettre le bonheur en son nom ! Le proclamer rédempteur du peuple, réparateur résolu de toutes les misères, vengeur de l’iniquité d’autrefois ; l’exalter jusqu’aux nues,le confondre avec Dieu, tout cela, pour allumer dans le paysan la fièvre de l’impatience, à côté d’une soif farouche de liberté; la foi aveugle dans les bienfaits du despotisme, à côté de l’aveuglement plus absolu encore de l’espérance. Et puis, quand rien de toutes ces choses ne se réaliserait, quand aucune de ces promesses ne s’accomplirait, quand le misérable le deviendrait doublement à force de déceptions, crier au peuple : « Après ce dernier mensonge du czar, il ne nous reste plus d’autre espoir qu’en nous-mêmes ! Aux armes ! Renversez le tyran ! »
- Aujourd’hui, le gouvernement sait à quoi s’en tenir sur cette nouvelle tactique ; mais, quelle que soit sa vigilance, il sera impuissant à arrêter la manœuvre des nihilistes. L’autorité peut-elle, au début de ce règne, vouloir amoindrir la popularité du czar ? Peut-elle, aux vagues suggestions de félicité des nihilistes, dont elle ignore encore toute l’étendue et le cruel raffinement, opposer l’affirmation dégrisante que rien ne se fera ? Peut-elle fermer la porte à l’espérance, quand dans beaucoup d’endroits le peuple meurt littéralement de faim ?
- Le gouvernement se trouve donc pris au piège, bêtement, inextricablement, comme le dernier des maraudeurs.
- En face de l’étonnante ubiquité des nihilistes, de leur organisation si disciplinée et, nous n’hésitons pas à le reconnaître, si dangereusement intelligente ; en présence de la folle exaltation du peuple pour son jeune souverain, et de l’impossibilité matérielle où se trouve le paysan de renoncer à un soulage-
- ment à bref délai, le gouvernement a donc pris le parti de prêcher la patience... dans le désert.
- L’Eglise s’en est mêlée, et du haut de leurs chaires on entend les popes de tout calibre exhorter le peuple à la sagesse, à l’abnégation, au recueillement, dans l’attente des paternelles réformes projetées par le czar. Mais le peuple, habitué aux mensonges officiels, blasé sur les reculades et les périphrases des fonctionnaires, rit tout doucement dans sa barbe, et demeure bien convaincu que malgré tant de dissimulation chez les doctes seigneurs et prêtres, ses informations particulières sur les dernières intentions du czar sont les seules vraies. C’est maintenant plus qu’une croyance. C’est un article de foi ! Et les mystérieux nouvellistes, insaisissables sous leurs multiples déguisements, qui parcourent aujourd’hui les villages du Nord au Midi, de l’Est à l’Ouest, ont beau jeu pour le renforcer à volonté. De loin en loin la police s’empare de l’un de ces missionnaires après l’avoir traqué avec cette discrétion lente et prétentieuse, qui caractérise les mauvais limiers. Mais il a déjà eu le temps de faire son maximum de propagande, et pour un agent de la Révolution qu’on neutralise, il s’en trouve aussitôt dix nouveaux.
- Voilà sous quels auspices Alexandre III vient de faire son voyage à Moscou, à Nijni-Novgorod, et de là sur le Volga, à Vostroma, etc.
- Le comte Ignatieff, le nouveau ministre à tout faire, qui l’accompagnait dans cette tournée, habilement aménagée pour sa propre popularité, avait voulu montrer au czar émerveillé des millions d’hommes pieusement agenouillés sur son passage, courbant la tête sous son auguste bénédiction.
- Le spectacle auquel Alexandre III vient d’assister en touriste a dû, en effet, l’attendrir, peut-être même lui inspirer de grandes résolutions. Car il a vu son peuple prosterné, baisant la trace de ses pas, sonnant toutes les cloches, chantant tous les cantiques, hanté par toutes les espérances. Et au milieu de la foule inepte qui l’acclamait en délire, les nihilistes criaient plus fort que les autres, et quand le peuple s’agenouillait, ordonnaient d’une voix de Stentor : « A terre ! Plus bas ! Encore plus bas ! » Et le peuple d’obéir.
- Partout, où le czar s’est montré, les nihilistes l’avaient précédé d au moins trois mois, et pendant qu’il voyageait, les agents du gouvernement occulte voyageaient à ses côtés, à leur manière, qui à cheval, qui à pied, qui en chemin de fer, — déguisés tour à tour en mendiants, en moines, en officiers, en maîtres d’école, en cosaques. Partout, où il s’arrêtait, l’ombre vengeresse de la Pérowskaja et des
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- milliers de suppliciés sous le règne de son père, s’arrêtait aussi, criant à tue-tête : « Vive Alexandre III ! »
- « Quels braves gens ! » dit un jour le czar au comte Voronzofl-Dachkofï, en contemplant du haut de son yacht, le Téméraire, des milliers de paysans agenouillés sur la berge, non loin de Vostroma...
- — C’est le meilleur des peuples ! répondit le comte, il adore Votre Majesté.
- — Je n’ai qu’une crainte, fit spirituellement le czar, c’est qu’ils ne m’adorent trop.
- En effet, adoration oblige.
- Le czar était engagé, par ses paroles, par sa venue —- et surtout par les nihilistes.
- ^ Qu’en fera-t-il ?
- LES NATIONS CATHOLIQUES
- Sous ce titre le journal « Il Secolo » de Milan publie les lignes suivantes :
- Nous sommes habitués à considérer l’Espagne comme le pays catholique par excellence, et à son nom, on sent s’éveiller aussitôt en soi l’idée de St-Dominique, de Torquemada et de l’Inquisition.
- Mais aujourd’hui les temps sont changés et voici ce que nous lisons dans un journal de Madrid :
- « Léon XIII a raison; le pontife ne jouit pas à Rome de la sécurité qu’il désire, et il ne peut point montrer en public le faste nécessaire à sa dignité. Mais pourquoi tout cela?
- « Parce que l’Eglise Romaine et le pontife qui la représente sont ennemis de l'Italie, et travaillent à détruire l’unité et l’intégrité de la nation. Les propres déclarations de Léon XIII le démontrent.
- « L’Italie a donc le droit de traiter en ennemis ceux qui ne cessent pas un moment de la troubler et de la menacer, invoquant sans cesse avec la croix du Christ l’intervention étrangère.
- « Que Léon XIII renonce à toute velléité de domaine temporel, qu’il tienne compte des faits accomplis au nom d’une idée et d’une justice supérieure à la sienne, qu’il réprime d’une main ferme l’enthousiasme intempestif et très imprudent de ses partisans, qu’il vive conformément aux lois italiennes pour le monde catholique, et il n’aura alors rien à craindre, rien à déplorer des maux qui ont leur racine dans l’Eglise elle-même, dans ses protestations maladroites, dans ses inqualifiables provocations, et dans son manque de respect et d’égards envers les pouvoirs constitués. »
- Ce n’est pas déjà si mal, que vous en semble?
- L’Espagne catholique pourrait rendre des points à des pays que l’on lui suppose supérieure !
- Si Léon XIII tourne ensuite ses regards vers la France très chrétienne pour se consoler, voici ce que lui dit le « Journal des Débats. »
- « Le monde, nous parlons du monde raisonnable, admettra difficilement que la sécurité de Léon XIII soit menacée parce que le transport des cendres de Fie IX a été troublé ; le monde se dira que le Saint-Père est libre de rester séquestré dans le Vatican ou d’en sortir; que s’il y reste, il s’y trouve à l’abri de tout danger et de toute insulte, et que s’il en sort, il se verra entouré des hommages et du respect qui lui sont dus. La loi, et à défaut de la loi et des engagements pris solennellement, l’honneur seul obligera le gouvernement italien à protéger la personne du pape, s’il lui plait de sortir de la ville, quand même le devoir du pape l’obligerait à condamner ce qu’il appelle des lois injustes votées à Rome ou à blâmer ouvertement ce qu’il se plait à nommer « iniquité. »
- « Le'gouvernement du Quîrinal qui n’a rien de commun avec l’esprit des Ténèbres, a fait la plus prompte et la plus spirituelle réponse, tant au prétendu « prisonnier du Vatican », qu’aux hommes politiques qui demandent l’abolition des lois de garantie comme onéreuses à l’Etat qui se trouve lié par elles, sans aucune compensation. »
- Si l’Espagne et la France les deux seules puissances tout à fait catholiques ne veulent point les entendre, de qui le Pape peut-il espérer de faire admettre ses plaintes?
- LA LOCOMOTION AÉRIENNE ÉLECTRIQUE
- A côté de tant de produits en pleine maturité du génie de l’invention, qui font la gloire de l’Exposition internationale d’électricité, celle-ci possède, à l’état de simple projet, l’aérostat de M. Gaston Tis-sandier.
- Ce n’est qu’un petit ballon fusoïde de 8 mèires 50 de long, 1 mètre 30 de diamètre au milieu, et d’une capacité d’environ 2,200 litres, qui, gonflé d’hydrogène pur, n’est capable d’enlever, outre son propre poids, que 2 kilogrammes !
- Mais si faible que soit sa force ascensionnelle, elle lui suffît pour emporter son moteur; mais ce moteur qui est une machine dynamo-électrique, construite par M. G. Trouvé, est actionné par l’élément secondaire de M. Gaston Planté, et actionne lui-même une hélice à deux branches de 40 centimètres de diamètre; ce moteur est exempt du péril grave et de la
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- grande difficulté inhérente à l’emploi de la vapeur en aéronautique; ce petit aérostat marche très bien malgré sa petitesse, car ici l’exiguité de l’expérience est une condition défavorable. Voilà bien des éléments d’intérêt. Ajoutons que l’inventeur est homme de conscience, d’expérience et de caractère, qu’il est en situation de reproduire à l’échelle d’exécution, sans aucune aide étrangère, l’expérience produite aujourd’hui à titre de simple démonstration , et qu’enfin il a cette chose que François Bacon qualifie si justement « d’inimitable », le bonheur; qu’il réussit à tout,- même, ce qui est un grand comble, à réussir sans se faire de jaloux.
- Pour toutes ces causes, son projet semble appelé à plus d’avenir que n’en ont eu les projets analogues que nous avons vu naître, non grandir. Puisqu’il plaît à M. Giffard de léguer au plus digne la conquête de l’air, M. G. Tissaudier, si complètement initié aux traditions de cet illustre inventeur, qui se l’associa dans l’entreprise du ballon captif, et voué depuis si longtemps par patriotisme, curiosité scientifique et disposition aventureuse à la navigation aérienne, ancien aéronaute de la Défense nationale, au service de laquelle il mit un esprit si allègre ; auteur d’ascensions mémorables, dont une à jamais mémorable qui a mis assez en relief sa « prérogative individuelle », comme Bacon appelle encore le bonheur; enfin, par dessus tout cela, homme de science politique et pratique, M. Gaston Tissandier était bien préparé à assumer les chances bonnes ou mauvaises, toutes glorieuses de la succession.
- On vient de dire que l’électricité substituée à la vapeur dans la propulsion des aérostats, aurait sur celle-ci le double avantage d’un danger et d’une difficulté éliminés. Le danger est celui qu’entraîne inévitablement un foyer allumé sous un aérostat plein d’hydrogène, sur une légère plateforme emportée dans l’océan aérien. Or, le moteur électrique fonctionne sans foyer. Quant à la difficulté créée par la vapeur, c’est celle du délestage résultant de la combustion du charbon et de la vaporisation de l’eau dont les produits s’échappent dans l’air ; il en résulte que l’aérostat tend sans cesse à monter. Ici non plus, rien de pareil.
- Cela dit, entrons dans le détail du petit aérostat de l’exposition. Il amusera encore les personnes qu’il ne fera pas réfléchir, et procurera du divertissement même à ceux à qui il n’apportera pas d’espérance.
- Son moteur genre Siemens (fondé sur l’excentricité des joues de la bobine de Siemens, soit dit pour les connaisseurs) pèse 220 grammes. Le couple secondaire qui l’alimente pèse 1 kilog. 300. Moteur et
- couple sont fixés à la partie supérieure de l'aérostat. Dans ces conditions, l’élice (de 40 centimètres de diamètre) fait 6 tours 1/2 par seconde et l’aérostat avance de 1 mètre dans le même temps (au milieu d’un air calme, bien entendu). Cela dure pendant plus de 40 minutes, au bout desquelles le véhicule a, par conséquent, fait ses 2 kilomètres 1/2.
- Je raconte là une des expériences que l’auteur communiquait ces jours-ci à l’Académie des sciences. Mais d’autres combinaisons sont possibles. On a remplacé le couple ci-dessus par deux couples montés en tension et ne pesant chacun que 500 grammes; en même temps, on a substitué à l’hélice de 40 centimètres de diamètre une hélice d’un diamètre moitié plus grand. Les choses ainsi disposées, la vitesse de l’aérostat a été à peu près doublée, mais la force motrice était épuisée au bout de dix minutes. Enfin, avec trois éléments, la vitesse a été de 3 mètres par seconde. Ces expériences, faites un grand nombre de fois au Conservatoire des arts et métiers, i’aérostat étant attelé à un manège, seront répétées tous les jours dans les mêmes conditions à l’Exposition d’électricité.
- Maintenant, tournons-nous, avec l’auteur, vers l’avenir.
- Supposons un aérostat allongé et terminé par deux pointes, pareil à celui que M. Giffard inventa, construisit et expérimenta à ses frais en 1852 et que vingt ans plus tard M. Dupuy de Lomé imita aux nôtres si savamment et si inutilement. L’aérostat long de 40 mètres et de 13 mètres 50 de diamètre au milieu aura une force ascensionnelle totale de 3,500 kilogrammes, d’où, déduisant 1,000 à 1,100 kilogrammes, poids de tous les agrès, il restera 2,300 à 2,500 kilogrammes. Nous pourrons donc le munir d’un moteur dynamo-électrique de la force de six chevaux-vapeur pesant 300 kilogrammes environ et de 900 kilogrammes d’éléments secondaires. Il pourra prendre encore plus de 1,000 kilogrammes de voyageurs et de lest; et nous tablons au plus bas, carie poids du moteur et des piles pourra être notablement diminué. Enfin, attelons la machine dynamoélectrique à un hélice de 5 à 6 mètres de diamètre. L’aérostat fera au milieu d’un air calme ses vingt kilomètres à l’heure.
- Sous cette condition du calme de l'air, il pourra partir et rentrer à heure fixe après avoir évolué au-dessus de Paris pendant un temps qui ne sera pas très considérable; mais le temps ne fait rien à un commencement, et ce serait là un glorieux commencement, très propre à tirer la question de l’ornière, à en faire un objet plein d’intérêt pou” le public et le point de mire des inventeurs. Avec cela, on va vite
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- et loin. Cela gagné, ü resterait bien des choses à faire. La diversité en direction, des courants aériens supeiposés dans une même verticale et la possibilité d’aller chercher par une variation d’altitude un vent favorable, et par le même moyen de fuir un vent contraire, sont, à l’actif de la navigation aérienne, des avantages et des ressources qui n’appartiennent qu’à elle; seulement, pour en jouir, il faudra pouvoir multiplier dans l’atmosphère les montées et les descentes sans perdra ni lest ni gaz. Mais, fit faber fabendo, dit le proverbe qui exprime une loi universelle. Même les petits des animaux apprennent leur état de bêtes, il en est de même de ces petits du génie humain, les machines.
- Victor Meunier.
- Une lettre ci’JEg^ypte
- La découverte de trente-six sarcophages de rois et de reines de la dix-septième dynastie d’Egypte par M. Maspéro a été un des événements importants de ces derniers mois, et le jeune et savant égyptologue a trouvé, on peut le dire, la renommée définitive dans l’obscur caveau où gisaient les momies royales.
- On ne saurait imaginer combien il a fallu de diplomatie au jeune archéologue pour arracher leur secret aux fellahs qui vendaient, à Thèbes, des papyrus et-des statuettes aux Anglais. Mariette-Pacha,, pour les en empêcher, employait la rigueur. M. Maspéro y mit de la prudence — une prudence doublée d’énergie d’aideurs, puisqu’il fit arrêter, interroger et bâtonner à Kènèh, le nommé Abd-er-Ressoul, l’un des principaux pourvoyeurs de Mustapha-Aga, agent consulaire d’Angleterre. Cet Abd-er-Ressoul, qui se livrait depuis des années au commerce illicite des antiquités, portait d'ailleurs, quand on l’arrêta, à son côté un revolver dont il fit mine de se servir, mais qui n’intimida personne et qui ne l'empêcha point d’être jugé. Il fut relâché d’ailleurs sans avoir rien avoué.
- Plus tard, luï-mêwe vint conduire les archéologues au dépôt dont on tirait, depuis des années, les richesses du roi Pinotem. Là, à soixante mètres environ au sud du temple de la reine Hatasou, à Oeir-el-Bahari, dans un corridor taillé a ans le roc, on découvrit les trente-six sarcophages, plus cinq papyrus funéraires, des bijoux d’or et d’argent, des vases, 3,600 statuettes et statues funéraires, en tout 5,000 monuments qu’on a mis, paraît-il, douze jours à charger sur le bateau à vapeur du Musée et sur une grosse barque du Nil. Cette cargaison précieuse est maintenant arrivée, absolument sauve, au musée de Boulaq.
- Il y a là les rois les plus illustres des dynasties qui régnèrent 1700 ans et 1200 ans avant notre ère; il y a Rashenem, Amosis, Aménophis Ier, peut-être Sésoslris, et qui nous eût dit que nous poumons contempler jamais la momie de ce Ramsès II ?
- Oui, 36 pharaons, reines, fils et filles de rois. Le spectacle est réellement émouvant. J’ai rarement ressenti une émotion plus vive que celle que j’ai éprouvée en me trouvant, il y a deux jours, en présence des restes de Ram?ès II et de Sels I. Les momies sont admirablement conservées; celle de Tfiotmès I est adorable d'expression et de fraîcheur; les guirlandes de fleurs qui la couvrent sont encore intactes. Il y a une malheureuse reine qui deit être morte en couches, à en juger par un petit bambin qu’elle a à ses côtés. On a trouvé 3,700 figurines funéi aires en terre ï émaillée bleue, mais d’un travail très grossier. Pas de ! bijoux, mais en revanche des provisions alimentaires, g
- ] telles que gigots do gazelles, oies, et divers autres fruits. I Les paniers dans lesquels ces provisions sont contenues I sont d’un travail très intéressant et très bien conservés, f Je ne vous parle pas des perruques qui sentent mauvais, ! ni des coffrets, canapés, vases a libations, etc. Mais je vous signale une magnifique tenture en cuir rouge, vert et jaune, ainsi qu’un petit tabouret en ivoire et" cuivre de Ramsès IX, qui sera un véritable petit bijou, lorsqu’on aura rassemblé les pièces. Eu somme c’est une trouvaille hors ligne, et ce serait vraiment un crime de ne pas construire une salle spéciale digne de contenir toutes ces richesses.
- Lorsque le bateau a quitté Thèbes, en emportant toutes ces dépouilles royales, les femmes fellahs, sur les deux berges du Nil, ont suivi le bateau pendant un certain temps en poussant des cris comme s’il s’agissait d’un enterrement? La même cérémonie s’est reproduite devant tous les villages jusqu’à Syout.
- Le Directeur-Gérant : GODLN.
- L’Association du Familistère de Guise demande les employés suivants :
- Pour sa manufacture d’objets d’ameublement et d’appareils de chauffage en fonte :
- 1° Un chef d’atelier des mouleurs et de la fonderie, bon praticien dans le moulage ;
- 2° Un chef d’atelier des monteurs-ajusteurs, connaissant bien le travail ;
- 3° Un chef d’atelier d’émaillerie connaissant la chimie céramique ;
- 4° Un dessinateur pour modèles d’appareils de chauffage ;
- Elle demande en outre pour l’économie domestique du Familistère :
- 5° Un chef commercial pour les approvisionnements et le contrôle des divers magasins de vente ou débits de l’Association ;
- 6° Un jardinier connaissant l’arboriculture et la cultures générale des jardins.
- Le personnel de la Société s’élève à environ 350 familles dans ses logements et à 13C0 ouvriers dans son usine.
- On ne sera admis à l’un où l’autre de ces emplois qu’avec preuve de capacité et muni de bons renseignements.
- SAINT-QUENTIN
- Société anonyme du Glxneur, Grand’Place, 36.
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- 4* ANNÉE, TOME 5 — N* 156 I* numéro UUomadmn ZO e. DIMANCHE 4 SEPTEMBRE 1881
- Le Devoir
- DES REFORMES
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- BUREAU
- A GUISE (Aisne)
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant F ondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE
- par l'envoi, soit au bureau cle Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
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- S’adresser à M. LEYMARIE administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
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- La question sociale et Véducation. — Nouvelles du Familistère. —Faits politiques et sociaux. — Voyage autour du Familistère. — Le parti ouvrier. — Le véritable patriotisme. — Bibliothèque du Familistère. — Faits divers. — Etat-civil. — Variétés.
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- Le journal « LE DEVOIR » est envoyé gratuitement à titre d'essai.
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- Aux abonnés du DEVOIR
- « Le Devoir », revue des Réformes sociales publiée hebdomadairement à Guise est l’organe des principes sur lesquels est fondée l’Association du Capital et du Travail actuellement en pleine prospérité au Familistère.
- Au point de vue des solutions pratiques des questions sociales, aucune étude ne saurait être complète, si elle n’embrasse dans son ensemble aussi bien que dans ses détails, l’organisation du Familistère, unique au monde, que « le devoir » a pour mission spéciale de faire con-
- naître. En effet, cette institution présent aujourd’hui le fait sans précédent de la répartition des bénéfices aux garanties mutuelles, au Travail et au Capital.
- Aucune des Sociétés ou fondations adoptant le principe de la participation des ouvriers aux bénéfices ne réalise d’une façon aussi complète l’idée féconde de T Association, d’après des règles fixes de justice distributive, parce qu’aucune n’a encore résolu, comme la création du Familistère, le problème difficile de fournir au travailleur, en même temps que sa part de gains dans les bénéfices de la production, les avantages de l’aisance au sein même de son intérieur.
- En travaillant à répandre la connaissance des divers éléments de cette création dans le but de faciliter l’étude et la solution des problèmes qu’elle a résolus, le journal « le Devoir» fait une œuvre, de propagande et de sacrifice éminemment utile à tous. Pour que la mission qu’il s’est imposée soit efficacement remplie, il faut qu’il soit encouragé, et qu’il ait des lecteurs en grand nombre.
- C’est de nos abonnés, de nos lecteurs habituels que nous pouvons attendre cette propagande nécessaire, et c’est pour cela que nous sollicitons d’eux le concours qu’ils peuvent nous fournir, en faisant connaître notre feuille, et en lui suscitant de la sorte des abonnés nouveaux. Œuvre de dévouement de laquelle tout pensée de lucre est exclue, elle a droit, par le but auquel elle tend, aux sympathies de tous ceux qui comprennent que l’intérêt le plus vif du pays est aujourd’hui de propager les principes à l’aide desquels se réalisera la conciliation de toutes les classes de la société.
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- LÀ QUESTION SOCIALE ET L’ÉDUCATION IY
- Pour relever le niveau moral chez le travailleur, besoin bien autrement urgent encore que le relèvement de son niveau intellectuel, il faut que son éducation sociale ait en vue, avant toutes choses, de lui inculquer les notions de la saine morale, non point de cette morale de convention que les religions enseignent, et dont elles prétendent se faire un monopole, ni de la morale spéculative des philosophes qui n’est à proprement parler qu’une des formes de l’esthétique, mais de celle qui prend sa source dans l’une des lois les plus incontestables de la nature, la loi du progrès vers le bonheur.
- Cette morale est celle qui a pour but la pratique du bien. Elle ne peut exister qu’à l’aide d’un principe invariable, accessible à la raison, et assignant un but à toutes les actions de l’homme, critérium incontestable qui permet de les justifier ou de les condamner. Ce principe, tout homme en a le sentiment instinctif plus ou moins défini en lui-même, et il en recherche la source dans une cause qui lui est supérieure, mais qu’il ne découvre pas toujours*
- C’est en exploitant ce sentiment inné, que les religions ont réussi à faire admettre la divinité comme la cause suprême, et le principe immuable cherchés; mais comme aucune d’elles n’a jamais su définir la nature divine et le lien qui l’unit à l’homme, elles ont été impuissantes toujours à découvrir cette grande loi morale du progrès, la loi du droit, du devoir et de la justice. C’est pour cela qu’elles ont toujours fini par enseigner l’erreur, l’injustice et le mal, en les prenant à tort pour le bien.
- Le véritable principe et le but de toutes choses, de l’homme aussi bien que de tous les autres organismes, c’est l’être. Sans l’être rien n’existe, et hors de lui, nous ne trouvons que le néant. Etre c’est vivre, et par conséquent c’est la vie qui est le principe et le but de tout.
- La vie est partout, et toujours, dans l’homme comme dans l’animal, la plante ou le minéral. I
- Elle est la loi suprême des individus, des sociétés, de l’humanité, de l’univers et de l’Infini : elle est la grande loi morale cherchée, et l’on peut dire avec assurance qu’elle est la base réelle des règles que l’homme doit suivre dans l’ordre physique, dans l’ordre intellectuel et dans l’ordre moral, et comme conséquence dans l’ordre social.
- Le progrès, c’est la vie s’améliorant sans cesse, se développant, s’étendant à l’infini, animant et vivifiant toutes choses. C’est la lutte féconde transformant incessamment la matière pour compléter de plus en plus les conditions normales de l’existence, et faisant tout concourir à l’œuvre vitale, la production, l’entretien et la conservation de la vie.
- La vie c’est Dieu, infini, éternel, parfait, principe absolu de l’être, substance universelle de qui tout émane et à qui tout doit fatalement aboutir, se manifestant en tout et toujours, n’ayant jamais commencé et ne devant jamais avoir de fin. Elle est en nous et hors de nous; nous la sentons, nous la touchons, nous la voyons, et la nier est chose matériellement impossible. Retranchez-là de l’univers, que restera-t il ? Rien, le néant.
- La vie est donc le grand critérium du bien et du mal dans le monde, car l’on peut définir à coup sûr le bien : Ce qui est utile au progrès de la vie, ce qui contribue à multiplier la quantité d’existence dans l’univers par les plus grands facteurs possibles. Le bien moral consiste dans la coopération active de l’individu à la progression régulière de la vie universelle, comme le bien physique consiste dans la pratique de tout ce qui peut concourir à développer la santé et la vie, et le bien intellectuel dans l’étude de tout ce qui est nécessaire et utile au progrès de la vie de chacun et de tous.
- Dans ces conditions, il est évident que la pratique du bien, qui fait l’objet de la véritable morale, est la loi primordiale de l’humanité, comme la loi suprême de vie dont elle découle est la règle souveraine de l’univers. Le bien étant ce qui est utile au progrès de la vie, la
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- moraie a donc pour but de travailler constam- j raie, pour ne point comprendre que la guerre ment et de toutes ses forces à la conservation, d’agression ne peut dans aucun cas se justifier,
- à l’entretien, au développement, au progrès et au perfectionnement de la vie humaine.
- Grâce à cette loi, tout individu a un droit imprescriptible à tout ce que la nature rend nécessaire pour la conservation, le développement et le perfectionnement de la vie chez l’individu, dans la société et dans l’humanité.
- Mais comme tout droit a nécessairement pour corrélatif un devoir, l’homme a l’obligation non-seulement de respecter, de protéger et de conserver la vie des autres, mais encore d’aider par son travail à la développer et à la faire progresser en lui-même et dans l’humanité.
- De son droit dérivent la liberté et l’égalité, de son devoir découle la fraternité, la véritable charité humaine.
- Le devoir de l’homme c’est l’obligation du travail, seul moyen qu’il ait de collaborer au bien de la société, qui est sa véritable mission sur la terre. C’est par le travail que l’homme fait produire les choses indispensables à l'entretien et à la conservation de la vie, c’est par lui qu’il fait subir à la matière toutes les transformations propres à faciliter le développement et le progrès de la vie.
- De ce droit et de ce devoir des individus résulte pour les sociétés l’obligation absolue de respecter, de protéger au-dessus de toutes choses la vie humaine dans l’individu, dans la famille et dans la nation. Telle est la loi morale.
- Si les religions comprenant mieux les conditions d’existence de la divinité, et mieux instruites des vrais principes de la morale avaient enseigné ainsi qu’elles le devaient, comme précepte fondamental, le respect de la vie humaine, l’histoire de l’humanité n'aurait point eu à enregistrer de tout temps [es innombrables maux occasionnés par la guerre, ce fléau exécrable, qu’elles n’ont pas craint de faire naître et d’em courager chez tous les peuples et dans tous les siècles, comme une chose agréable à Dieu, et, on tous cas, approuvée par lui.
- Il faut n’avoir pas la moindre idée de la mo-
- car, si chez l’individu attaqué la loi de la vie fait un devoir de se défendre, chez l’assaillant rien ne peut rendre l’attaque légitime. Une conquête n’est jamais une chose juste, et toutes les victoires des conquérants ne pourraient justifier la plus légère agression. Le prix d’une seule existence humaine, dans la balance de la saine morale, est infiniment supérieur à celui de la possession de tous les royaumes de la terre.
- L’institution monarchique, si chère aux religions, n’est pas davantage conforme aux lois de la vraie morale, parce qu’elle détruit le principe d’égalité, qui est une des conséquences nécessaires et logiques de la grande loi souveraine de la vie humaine, et qu'elle porte atteinte à celui de la liberté, sans laquelle l’homme est empêché de remplir sa mission sur la terre.
- La guerre et la souveraineté d'un homme sont donc des maux sociaux absolument incompatibles avec le règne de la morale dans la Société.
- L’éducation sociale qui présente ces deux choses comme des institutions naturelles et logiques n'ayant aucun inconvénient au point de vue moral est donc une éducation erronée, et c’est pour cela que le niveau moral de l’humanité en général et, dans notre Société, des classes dirigeantes aussi bien que des classes dirigées, nous paraît avoir tant besoin d’être relevé.
- Qu'importe au bien de l'espèce humaine que l’on ait pu subjuguer à tel point la matière que l’homme puisse la faire obéir docilement à sa volonté pour la satisfaction de ses besoins physiques, si ces découvertes précieuses dont la science est si fière ne servent qu’à augmenter la somme des maux de la Société? Â quoi bon inventer la poudre à canon, la dynamite et tant d’autres substances qui augmentent la puissance de l’homme sur la matière, si elles ne doivent être employées qu’à la destruction et à la ruine, au lieu de l’être au progrès et à l’avancement de l’humanité? Créer des outils sans relâche est
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- moral, mais employer les mêmes matériaux à forger des armes est nuisible, et par conséquent immoral.
- Ce qui cause l’erreur que nous signalons dans l’éducation,telle qu’elle est donnée aujourd’hui, c'est que l’on n’a point assez compris que le parfait équilibre entre les droits et les devoirs des hommes est indispensable pour produire la justice en toutes choses, et que sans la justice il ne peut y avoir de liberté ni d’égalité sur la terre. Or, comme l’absence de liberté rend le progrès impossible, la mission de l’humanité n’est point remplie, et le bien exilé de la terre cède la place au mal. De là le régime d’égoïsme barbare plus ou moins habilement dissimulé qui s’est implanté si profondément au cœur même de nos sociétés.
- Tout le monde connaît, et réclame énergiquement ses droits, mais bien peu s’acquittent avec la même conscience de leurs devoirs ; chacun cherche la satisfaction de ses penchants, fut-ce au détriment des autres, et dans ces conditions, la vie sociale au lieu d’être une association de concours vers le progrès, se transforme en une lutte incessante, acharnée et sans merci.
- Il s’ensuit que nécessairement il y a dans la société des vainqueurs et des vaincus. Gomme les uns jouissent sans mesure des résultats de leur triomphe, les autres souffrent dans la même proportion, car dans une organisation aussi mal équilibrée, le bien de l’un ne s’obtient qu'au prix du mal de l’autre. Le satisfait n’a qu’une chose en vue : maintenir à tout prix un état de choses dont il profite; et celui qui souffre ne songe de son côté qu’à prendre une revanche qui lui paraît légitime. La liberté et l’égalité méconnues, la fraternité disparaît forcément.
- Tels sont les fruits de cette fausse morale que les Religions d’abord et la Science après elles ont enseignée depuis des siècles.
- Nous avions donc raison dans un précédent article de dire que l’ignorance relative, ainsi que nous avons qualifié l’instruction insuffisante ou mal digérée, pouvait être plus nuisible que l’ignorance absolue.
- C’est donc pour remédier à ce mai si grave et malheureusement si invétéré que nous voudrions voir asseoir tout le système d’éducation sociale de l’humanité sur les notions complètes de cette véritable morale dont les religions n’ont jamais compris le premier mot, tout en paraissant l’enseigner.
- Aimez-vous les uns les autres, faites du bien même à ceux qui vous font du mai, et ne faites pas aux autres ce que vous ne voudriez pas que l’on vous fît, a dit après d’autres philosophes, l’immortel fondateur du christianisme. Ce sont certes là des préceptes d’une morale absolument irréprochable. S’aimer les uns les autres n’est-ce pas pratiquer la fraternité, faire du bien à ceux qui vous font du mal, n’est-ce point se conformer à cette loi suprême qui impose à l’homme l’obligation non seulement de respecter la vie humaine par dessus tout, mais encore de la protéger et de l’aider à progresser? Ne point faire aux autres ce que l'on ne voudrait pas qu’on nous fît, n'est-ce point pratiquer le juste, le bien, dans toute son étendue ?
- D’où vient donc, que tout en enseignant ces préceptes si éminemment moraux, la religion chrétienne n’ait produit que d’incessantes persécutions, des guerres sans fin, des désordres inouïs, en un mot d’effroyables maux?
- Cela vient de ce qu’elle n’a jamais mis en pratique ces préceptes, parce que n’ayant point la notion de la loi fondamentale de l’humanité, pas plus que de la véritable nature de l'Etre-Suprême, elle n’a point su les appliquer.Gomme son ignorance laissait le champ libre aux passions, aux appétits déréglés, aux mauvais penchants, il y avait lutte constante entre la pratique et la théorie, et il en résultait que la conduite démentait incessamment la doctrine morale.
- Si le christianisme n’a pas pu atteindre à la connaissance de la saine morale, les autres religions qui lui sont inférieures telles que le judaïsme et l’islamisme, chez qui la loi du talion était en honneur, l’ont pu encore moins. Seules les religions de l’Inde paraissent l’avoir corn-
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- prise, car chez elles le respect de la vie est un précepte rigoureusement observé.
- Certaines écoles philosophiques de l’antiquité ont aussi possédé dans une large mesure ces notions de morale. Mais, dans son aveuglement despotique, le catholicisme a tout fait, pendant toute la durée de sa domination, pour détruire l'effet de leurs enseignements dans les âmes, et les nouvelles écoles de philosophie longtemps dirigées par les clercs ne se sont jamais encore élevées jusqu’à cette connaissance indispensable et précieuse.
- Tout cela explique rabaissement du niveau moral de l’instruction aujourd’hui et démontre l’urgente nécessité de travailler ardemment à le relever. C’est à ce prix et à ce prix seulement que la Société humaine pourra trouver enfin un remède efficace aux maux sans nombre dont depuis si longtemps elle souffre, et qu’elle a toujours cherché inutilement à pallier, se sentant impuissante à les guérir. On attribue ces maux à l’ignorance, et c’est pour cela que nous voyons actuellement ce magnifique élan de la nation pour la propagation de l’instruction. Certes Ton a raison dans une certaine mesure. Mais si Ton se donnait la peine de constater que l'égoïsme, une des sources principales du mal, est plus profondément ancré, plus invinciblement enraciné dans les cœurs des classes instruites que dans l’àme des illétrés en général, on se convaincrait bien vite que le mal est plutôt dans la mauvaise instruction que dans l’ignorance.
- Ce que l’on nomme les classes dirigeantes possède l’instruction, l’éducation, la fortune, fout. Sont-elles meilleures dans leur ensemble Que l’ensemble des travailleurs? Nui n’oserait 1 affirmer, et s’il y avait des gens disposés à le soutenir, l’histoire et les faits constants sont là pour leur opposer le démenti le plus catégorise. Donc l’instruction telle qu’elles l’ont reçue Ue serait point suffisante, et pour la rendre liment utile au bot que l’on se propose, il est nécessaire de la réformer.
- Sans cela, ce que nous avons constaté de déplorable au sein des Congrès,ouvriers, dans les
- délibérations même de certaines assemblées politiques se renouvelera encore et toujours, et la Société continuera à piétiner sur place dans cette fange aux exhalaisons délétères qui menacent sa santé et sa vie.
- (.A suivre).
- NOUVELLES DU FAMILISTÈRE
- Assemblée générale extraordinaire des associés.
- Le mardi 16 août a eu lieu, à huit heures du soir, dans le foyer de la salle des spectacles du Familistère, une assemblée générale des associés, convoquée, conformément aux dispositions de l’art. 62 des statuts, en séance extraordinaire, dans le but de se prononcer sur l'adoption ou le rejet des demandes d’admission au titre d’associés de 8 postulants dont les noms suivent :
- Walton Louis-Auguste, employé aux magasins;
- Andrieux Eugène fils, mouleur;
- Louis Edmond père, contre-maître mécanicien ;
- Lefèvre Emile, contre-maître de l’émaillerie;
- Mismaque fils, id. de fonderie;
- Baquet Florus, mouleur;
- Orosche G-uillaume, id. ;
- Legrand Jules, employé à l'émaillerie.
- Le bureau est composé de M. Dequesne fils, président en l’absence du fondateur, et de MM. Barbary et Pernin, conseillers de gérance, ayant qualité d’associés, assesseurs, le premier faisant fonctions de secrétaire.
- L’appel nominal permet de constater la présence de 44 membres dont les noms figurent sur la liste de présence annexée au procès-verbal de la séance, suivant les prescriptions de l’art. 65.
- Sont absents : M. Bodin, fondateur; Mme Marie Mo-ret, en voyage; M. Piponnier, chef de la comptabilité, en tournée d’inspection à l’usine de Laeken, et M. Cortigny Jules, malade.
- Après l’appel des associés présents, le président déclare la séance ouverte.
- Lecture est faite du procès-verbal de la précédente assemblée qui est adopté.
- L’ordre du jour portant proposition d’admission au titre d’associés des huit membres ci-dessus nommés est lu ensuite.
- Le président signale à l’attention de l’assemblée la situation de chacun des postulants dans l’association, et il donne lecture des articles 10, 11 et 14 des statuts ainsi conçus-
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- Art. 10. Les conditions générales pour être admis dans l’association à l’un des titres quelconque d’associé, de sociétaire ou de participant sont :
- 1° D’être d’une moralité et d’une conduite irréprochables ;
- 2® D’adresser, à l’administrateur-gérant une demande d’admission, sur une formule délivrée dans les bureaux de l’association, laquelle demande doit contenir tous les renseignements exigés sur le postulant ;
- 3° De prendre connaissance des présents statuts et des règlements qui y sont annexés, et d’adhérer expressément aux dispositions qu’ils renferment.
- Art. 11. L’adhésion aux statuts et règlements particuliers et l’engagement d’en observer religieusement les dispositions, -donnés par tout membre de l’association, associé, sociétaire ou participant, sont constatés dans les procès-verbaux des séances de réception sur un livre affecté à cet usage.
- Le procès-verbal de réception est lu en séance tenante ; il est approuvé et signé du membre admis, ou si ce dernier ne sait pas écrire, mention est faite de son empêchement.
- Les procès-verbaux de réception sont transcrits et signés sur trois registres déposés :
- L’un entre les mains du fondateur,
- Le second dans les archives nationales,
- Le troisième en lieu convenable pour être consulté par les membres de l’association quand ils le désirent.
- Art. 14. Les associés sont les membres de l’association qui, outre les conditions générales énumérées (art. 10), remplissent les conditions particulières suivantes :
- 1° Etre âgé d’au moins vingt-cinq ans ;
- 2° Résider depuis cinq ans au moins dans les locaux du Familistère ;
- 3° Participer au moins depuis le même temps aux travaux et opérations qui font l’objet de l’association ;
- 4° Savoir lire et écrire ;
- 5° Etre possesseur d’une part du fonds social s’élevant au moins à 500 francs ;
- 6° Etre admis par l’assemblée générale des associés.
- Les conditions prescrites nQg 2, 3, 6 ne sont pas obligatoires pour le membre appelé à la qualité d’associé en vertu des droits réservés au fondateur par l’art 12.
- Cette formalité remplie, l’on procède aux opérations du scrutin qui donne les résultats suivants :
- Sont admis au titre d’associés :
- M. Walton Louis-Auguste à la majorité de 32 voix M. Legrand Jules à la majorité de 33 voix.
- Ne sont pas admis, comme n’ayant point obtenu le nombre statutaire de voix fixé par l’art. 68 aux deux tiers des membres présents :
- Andrieux Eugène fils. • • 24 voix.
- Louis Edmond père. . . 12 —
- Mismaque fils. . . . . 28 —
- Baquet Florus. . . 29 —
- Grorche Guillaume . . . 28 —
- Lefèvre Emile. . . . . 27 —
- L’ordre du jour étant épuisé, le président invite, aux termes de l’article 71 des statuts, le secrétaire à donner lecture des notes prises par lui pour la rédaction du procès-verbal, afin de permettre, s’il y a lieu, les rectifications; les notes ayant été approuvées, le président déclare la séance levée.
- FAITS POLITIQUES & SOCIAUX DE LA SEMAINE
- L'Avenir militaire annonce qu’il est question d’utiliser les fossés des fortifications de Paris, pour y établir des tirs spécialement destinés aux armes de guerre.
- Le projet vient de faire un pas en avant.
- Le ministre de la guerre approuve en principe cette création.
- Pour commencer, il serait établi quatre tirs au nord, à l’est, au sud et à l’ouest de la capitale.
- Si cet essai réussit, de nouvelles concessions pourront être accordées.
- * *
- JLes élections «&> l’Europe. — Le résultat des élections du 21 août une fois connu en Europe, le télégraphe nous a apporté les appréciations de la presse étrangère.
- Ges appréciations n’ont rien de malveillant pour cette pauvre République qui devait, semblait-il, appeler sur nous les colères de l’Europe entière, au dire de ses ennemis.
- Au dehors, on estime que la France est définitivement sortie des incertitudes et des crises ; qu’elle en a fini avec les révolutions ; qu’elle est bien définitivement une nation en possession d'elle-même, sensée, pru-dentQ ; et cela équivaut à dire que l’Europe est satisfaite, car elle sait trop ce que lui coûtent toujours à elle-même, d’une manière ou de l’autre, les convulsions de la France.
- Donnons d’abord la parole aux journaux anglais :
- Le Times déclare que les élections du 21 août prouvent clairement que la République a été définitivement acceptée par le pays d’une façon qui n’admet plus de contestation. . .
- Il n’y a pas eu d’agitation, parce que le sentiment général étant un sentiment de sécurité, il ne s’agissait que de renouveler le vote de confiance de 1877, et, en le renouvelant de le proclamer en face d’une opposition affaiblie et démoralisée.
- « Ce serait, toutefois, continue le journal angiaj • commettre une grosse erreur que de croire que la poi" tique républicaine sera une politique facile ; bien a contraire. .
- « Car, bien que la majorité du peuple français so d’accord sur la forme du gouvernement, les opinion, diffèrent grandement sur les questions que ce gouvern -ment est appelé à résoudre, Pour diriger un corps
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- LÉ DEVOIR
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- hétérogène que l’est évidemment la nouvelle majorité, il faudra que le gouvernement soit aussi fort que possible-
- « Il est probable que M. Gambetta ne refusera pas le pouvoir. Car il est toujours le chef de la grande masse des républicains et le seul homme qu’ils consentiront à suivre pendant longtemps. »
- Le Times ajoute que les amis de la France souhaitent vivement que M. Gambetta ait assez de force pour être maître de lui-même et de la majorité.
- Le Daily News considère le résultat des élections de dimanche comme une victoire pour la République modérée. Nulle Chambre, dit ce journal, ne pouvait être moins révolutionnaire, moins anarchique, moins menaçante sous tous les rapports, que celle à laquelle la France vient de confier ses intérêts, pour un nouveau terme de quatre ans.
- Elle rassurera le peuple, qui a toujours besoin d’être rassuré Les élections ont démontré la modération et l'intelligence de la France.
- Le Daily Télégraphia que la France s’est positivement déclarée en faveur des institutions existantes, ainsi que des réformes calmes à l’intérieur.
- L'Etoile Belge estime que le parti de la République sortira, plus fort et plus discipliné de la nouvelle épreuve.
- « La République, dit-elle, est définitivement fondée en France. Le pays sait que rien n’est possible en dehors du régime actuel. »
- Le même journal, le plus répandu en Belgique, fait ressortir particulièrement la défaite des bonapartistes.
- Bien qu’hostile à M. Gambetta et aux républicains qui le suivent, le Nord, journal russe paraissant à Bruxelles, enregistre avec impartialité les résultats qu’il résume ainsi :
- « La plupart des députés républicains de l’ancienne Chambre sont réélus, et la minorité anti-républicaine se trouve diminuée au profit des divers groupes de la gauche, à l’exception cependant du centre gauche, qui semble devoir sortir du scrutin d’hier plutôt affaibli que fortifié. »
- L’appréciation de la Nouvelle Presse libre est particulièrement remarquable :
- « Les élections du 21 août, dit ce journal, ont placé la République française sur des bases solides. Désormais, il n’y a plus de raison de craindre qu’elle puisse un jour être escamotée. La défaite des monarchistes prouve que la République n’a pas seulement pour elle la majorité des habitants des villes, mais que, de plus, les paysans ont cessé d’écouter les cajoleries des descendants de leurs anciens seigneurs. La France est réellement devenue républicaine. Le 21 août est le jour où sont mortes les espérances monarchistes. L’élection de M. Gambetta dans les deux circonscriptions de Belleville montre premièrement que la popularité de cet homme politique n’a pas diminué dans la classe bourgeoise, aisée et éclairée, et que son étoile ne baisse aucunement. Cette double élection prouve en outre que, même dans cet arrondissement radical, les intransigeants ne sont ni assez nombreux ni assez puissants pour inspirer des inquiétudes sérieuses.
- « Dans toute cette ville de Paris qu’on considère comme le foyer du plus farouche radicalisme, on n’a élu que trois intransigeants.
- « La France veut la République, elle veut développer la liberté par les moyens légaux, mais elle veut en même temps maintenir l’ordre et la tranquillité. Les intransigeants ont succombé, comme les monarchistes, d’une manière assez pitoyable. »
- Le Fremdenblatt s’exprime ainsi :
- « La République repose aujourd’hui sur des ba«es plus solides que jamais- Les idées républicaines ont pénétré dans le sang du peuple français. La République a précisément gagné un grand nombre de nouveaux partisans parmiles électeurs des campagnes sur lesquels U parti clérical comptait avant tout* Ce qui caractérisé
- principalement les élections du 21 août, c’est que les partisans de la République modérée et bourgeoise ont eu la part du lion dans la victoire remportée par les républicains en général, tandis que les partis extrêmes de la gauche et de la droite ont essuyé des pertes considérables, ou n’ont obtenu que des succès insignifiants.
- <k L’Europe ne se félicitera pas moins que la France du résultat des élections du 21 août. Ce résultat garantit au dehors la consolidation de la paix, et, à l’intérieur du pays, le développement pacifique et continuel du bien-être moral et matériel de la France. »
- Transcrivons encore l’opinion de l'Allgemeine Zeüung, de Vienne :
- « Après le triomphe de M Gambetta, l’épisode le plus marquant de toute la campagne électorale est la grande déroute des bonapartistes. Tous les partis monarchistes sont, du reste, morts en France, pour le moment. La nation marche avec une entière confiance dans la voie du républicanisme, et le seul danger qu’il y ait à signaler consiste peut-être dans la trop grande force que le parti républicain pourra acquérir à la Chambre des députés, car il arrive facilement à un parti gouvernemental trop fort de se désunir et de périr. »
- Le Tagblatt s’exprime ainsi :
- « La portée pratique immédiate du résultat des élections consiste dans ce fait remarquable que les vides laissés par les bonapartistes, les cléricaux et les réactionnaires de toute sorte ont été remplis presque partout par des républicains modérés. La France voit son bien-être et sa sécurité suffisamment garantis par la République, qui a prouvé qu’elle était capable de se mouvoir et de progresser. »
- L'Extrablatt constate l’augmentation des forces du parti républicain et fait remarquer que la difficulté avec laquelle M. Gambetta a réussi à triompher montre jusqu’à quel point l’audace et la force du parti révolutionnaire ont augmenté depuis le retour de l’élément communiste.
- Le journal autrichien termine en conseillant à M. Gambetta d’accomplir le plus tôt et le plus complètement possible la menace qu’il a faite de poursuivre les esclaves ivres jusque dans leurs repaires, afin de les châtier.
- La presse allemande est plutôt favorable.
- La Tribune de Berlin dit que les élections qui viennent d’avoir lieu en France n’ont pas diminué le prestige de M. Gambetta, qui consume toutes ses forces pour le bien public.
- Le journal ajoute, toutefois, que leur résultat aura pour conséquence d’obliger M. Gambetta, dont la valeur est trop précieuse pour que la France puisse d’un cœur léger y renoncer, à en1 retenir de bons rapports avec les éléments modérés.
- La Gazette de Voss pense qu’une majorité homogène ayant été obtenue, M. Gambetta pourra difficilement refuser de prendre la présidence du conseil, qui mettra à une véritable épreuve sa réputation d homme d’Etat.
- La Qazette nationale, après examen des conditions dans lesquelles pourra gouverner la majorité, conclut que les dernières élections ont dû prouver à M, Gambetta qu’il doit faire alliance avec les modérés.
- Le Weserzeitung, parlant du résultat des élections françaises, dit que, pour la seconde fois, la République vient de résister à toutes les épreuves et qu’elle a, par le fait, dissipé toutes les incertitudes et tous les revirements que la restauration monarchique aurait amenés à sa suite.
- La monarchie dans toutes ses nuances n’a plus aucun espoir, et cette situation durera aussi longtemps que les trois prétendants lutteront pour le trône. Mais l’événement le plus important est incontestablement la faiblesse du parti anarchiste. Si M. Gambetta accepte la présidence du conseil, la gauche et l’union républicaine seront liées pour une collaboration durable, et la République pourra compter sur la paix intérieure.
- Dans le cas où l’antagonisme entre M. Gambetta et le pouvoir présidentiel deviendrait plus aigu, ou irréparaM
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- ble, le pays serait certainement exposé de nouveau aux plus grands dangers.
- La Gazette de VAllemagne du Nord, organe du prince Bismark, constate le caractère bien déterminé des élections françaises. « Leur résultat, dit-elle, signifie la victoire de la politique progressiste et révisionniste que soutient M. Gambetta et a laquelle s’est rallié le ministère Ferry. »
- A Rome, les premières impressions du journal VItalie sur les élections françaises sont qu’elles constituent une victoire de la République sage et modérée,dont M. Jules Grévy est l’émanation.
- Ces élections sont la preuve que la France veut l’ordre et le calme à l’intérieur, sans les séparer d’un progrès lent, mais sûr.
- Quant à l’extérieur, ces élections font espérer que l’Europe se trouvera en présence d’un gouvernement stable, ennemi d'une politique d’aventures.
- L'Osservatore romano, organe officiel du Vatican, est heureux de constater que les légitimistes conservent à peu près leur situation.
- Le Diritto dit :
- Les élections françaises attestent encore une fois que la grande majorité du pays a abandonné les stériles agitations sur les formes de gouvernement,pour acclimater et consolider les institutions républicaines.
- Les élections ont ajouté de nouveaux éléments de force et de stabilité.
- Il appartiendra à l’Union républicaine de former un nouveau ministère, nécessaiiement un ministère Gambetta, M. Gambetta étant le seul homme assez influent sur la gauche républicaine pour avoir sa bienveillance, et sur l’union pour l’empècher de pactiser avec la démagogie pure.
- Mais pour constituer un cabinet fort et viable, il faut que M. Gambetta puisse compter sur l’appui sincère du centre gauche comme de l’union républicaine; qu’il soit le chef reconnu de tous les républicains de la Chambre.
- Il reste à savoir si la position de M. Gambetta après les élections de dimanche est encore égale à celle du jour où il a pris la direction du parti républicain.
- L'Opinions conseille à l’Italie d'être vigilante, et d’éviter jusqu’à l’ombre d’une provocation envers la France.
- Plus le conflit entre les radicaux et les républicains modérés s’envenimera, plus il sera à craindre que ceux-ci ne cherchent à assoupir les difficultés intérieures au moyen de diversions extérieures, au détriment des Etats plus faibles ou réputés tels.
- ALGÉRIE
- Le commandant du 19e corps a commencé à traiter avec M. Roustan de l’organisation d’une gendarmerie tunisienne pour réprimer les maraudeurs de manière à ménager nos troupes.
- De sou côté, M. Roustan a reçu à ce sujet des instructions particulières de M. le ministre des affaires étrangères pour la réalisation de ces diverses mesures d’ordre intérieur.
- M. Roustan a sans doute déterminé le réglement des frais d’entretien des troupes qui rendent à Mohamed-el-Sadok le service d’occuper son pays où il songe à faire indemniser la France des dépenses occasionnées par la conquête.
- BUENOS-AYRES
- L’Exposition de Bnenos-Ayres. — La
- Chambre de com’merce de Paris est informée officiellement qu’il s’ouvrira à Buenos-Ayres, le 15 février 1882, une exposition où les machines et appareils étrangers seront admis. Le dernier terme pour obtenir un empla-
- cement est fixé au 15 décembre prochain, et les objets doivent être expédiés dans les premiers jours de jan vier 1882. au plus tard. Les constructeurs de machines qui voudraient concourir à celte exposition trouveront d’ailleurs auprès du consul de Buenos-Ayres l’aide et les informations nécessaires.
- ITALIE
- Un conseil municipal en cour d’assises l
- Un incident bien singulier vient de se produire dans une petite commune d’Italie. Le conseil municipal tout entier a été traduit aux assises sous l’inculpation de vol, de corruption, de malversations, effi...
- Entre autres faits relevés par l’accusation, i] y a cer-taiue forêt communale qui a entièrement disparu et dont le prix a été partagé entre les conseillers. ’
- Le jury est resté toute la nuit en délibération et ce n’est qu’à cinq heures et demie du matin que le verdict a été prononcé.
- Deux conseillers seulement ont été absous. Quant au syndic (le maire) et aux autres conseillers, le premier a été condamné à dix ans de réclusion et les autres aux travaux forcés.
- Cette condamnation a produit dans le pays la plus profonde impression, mais en même temps la plus vive satisfaction.
- AUTRICHE-HONGRIE
- Xj© panslavisme en Hongrie. — M. Tisja vient d’adresser aux gouverneurs de province une circulaire qu’analyse ie Pester Loyd. Elle est relative aux menées des pauslavistes en Hongrie. Il parait que le mélropitain Serbe aurait reçu, du général Ignatieff, uue forte somme d’argent qui doit servir à créer uu journal panslaviste destiné à soulever les Serbes de la Hongrie méridionale. Ensuite on fonderait un club national pour donner une direction au parti. M. R'istics, le professeur Milowitcs et le prêtre Speckovitcs seraient placés à la tête de ce club qui aurait plusieurs succursales dans les province habitées par des Slaves et des Esclavons. Le ministre de l’intérieur invite les préfets à surveiller rigoureusement tous ces agissements.
- C’est en opérant de la même manière qu’Ignatieff avait préparé la guerre turco-russe. Le ministre hongrois a donc raison de surveiller les agents de ce brouillon, qui a fait tant de mal à son pays et qui rêve, sans doute, une nouvelle diversion sanglante aux embarras de l’intérieur.
- Il semble même que les projets d’Iguatieff aient reçu un commencement d'exécution. D’après le journal polonais de Lemberg, en Galicie, le Degiennik Polski, on aurait arrêté deux officiers russes vêtus en bourgeois, les colonels Protopopol et Palica, qui étaient eu train d’examiner les nouvelles fortifications de Puzemysl. Ou trouva sur eux des cartes topographiques et des notes détaillées sur les chemins de fer galiciens.
- L© voyage de l’Empereur et i»ou e«-t,i*e>vïi© areo 1© roi Humbert. — François-Joseph a quitté Ischl le 24 et a pris congé d’une façon cordiale du prince Milan de Serbie. Ensuite l’empereur est allé à Brush pour assister aux grandes manœuvres. Il se rendra dans la Haute-Hongrie à l’occasion des manœuvres d’automne qui ne seront terminées que le 10 septembre. L’entrevue avec le roi d’Italie ne pourrait donc pas avoir lieu avant le 15 du mois prochain.
- La Correspondance politique de Vienne a démenti ce fait. Mais si aucune démarche officielle n’a ôté tentée, il est certain que des propositions officieuses ont été échangées.
- Le Pest r Lloyd, dont les attaches sont connues, dit que la rencontre pourra avoir lieu à de certaines conditions. L’Italie devrait donner des garanties sérieuses et
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- notamment renoncer à l’espoir chimérique d’une alliance avec le gouvernement de M. Gladstone, cet ennemi passionné de l’Autriche. Il est possible que l’entrevue ait lieu, bien que rien n’ait été décidé à cet égard.
- RUSSIE
- L’expulsion des Juifs. — On annonçait dernièrement que le gouvernement russe voulant mettre fin à l’agitation anti-sémitique, avait décidé d’accorder aux juifs les mêmes droits qu’aux autres sujets russes, ce qui leur permettrait d’obtenir la protection des lois.
- Le meilleur moyen, en effet, de se débarrasser des. juifs c’est de leur donner une patrie, de les attacher au sol et do les empêcher d’être tour à tour Polonais, Allemands ou Russes.
- Mais on a sans doute réfléchi que les droits des sujets russes étaient trop difficiles à déterminer, pour qu’il fut possible d’en accorder le bénéfice aux malheureux juifs.
- Les mesures libérales, projetées par Ignatieff.ont doue été abandonnées et, sous l’influence de "MM. Katffjf et Pobiedonosuf, on a décidé d’expulser tous les juifs qui n’ont pas de profession avouable.
- L’exécution de cette mesure commencerait par les juifs de la Russie méridionale et des ports de la mer Noire.
- ALLEMAGNE
- Berlin, 23 août 1881.
- Il n’y a peut-être pas un Allemand qui ne s’occupe, en ce moment, peu ou preu, de la campagne électorale.
- Le plus curieux, c’est que l’on se bat toujours dans l’obscurité. L’époque vies élections dem ure le secret de M. de Bismarck, et cette époque ne sera connue du vulgaire que lorsque les partis, épuisés en luttes stériles, offriront au chancelier l’occasion d'une victoire possible.
- Les reptiles de la presse officieuse viennent d’introduire hardiment, dans la discussion, un élément redoutable. Personne ne songeait sans doute à présenter le monopole du tabac comme un bienfait destiné à entraîner la classe ouvrière dans le sillon du gouvernement. C’est cependant ce qui arrive en ce moment.
- La Cor-, espondance provinciale prétend que le monopole du tabac n’a d’autre ambition, dans les vœux du chancelier, que de devenir « le patrimoine du pauvre! »
- Avec le monopole du tabac, le tabac opérera des merveilles.
- Les ouvriers allemands seront pensionnés dans leurs vieux jours ; ils recevront des secours en cas de maladie et seront garantis contre les accidents et contre le chômage. Je sais bien que le monopole pèsera surtout sur l’ouvrier, consommateur par excellence ; mais si le chancelier rend ainsi avec usure le malheureux sou qu’il extrait de la poche du travailleur, celui-ci doit s’estimer vraiment heureux.
- La pipe et le cigare seront transformés en tontine et au lieu de porter son argent à la caisse d’épargne, l’ouvrier se paiera une demi-douzaine de cigares dé la régie, ce qui aura exactement le même résultat, avec l’agrément en plus. Quand un patron présente son personnel, il désigne habituellement les ouvriers modèles par ces mots : un livret de... marcs.
- Dorénavant on dira : 12 cigares par jour. Ce sera le comble de l’esprit d’économie.
- Le plus clair, c’est que le monopole commencera par prendre l’argent et que le reste est pure hypothèse, ou pour mieux dire : thèse électorale.
- Pour le moment, il est de bon gcût de désigner les projets de notre chancelier sous l’expression de « christianisme pratique ».
- Je vous ai, du reste, déjà édifié sur le plan final de notre système de contributions. Remplacer partout les contributions directes par des contributions indirectes. Cela présente cet énorme avantage que le budget des recettes est fixé pour un temps indéterminé et que le gouverne-
- ment est toujours en mesure de se passer des députés, race bavarde et désagréable, cherchant à fourrer son contrôle partout et que, pour cette raison, on désigne dédaigneusement sous !e nom de parlernentaristes.
- Nous offrons en ce moment le spectacle d’un gouvernement cherchant un appui dans l’ouvrier contre le tiers-état. On flatte l’ouvrier; mais on le flatte comme on flatte un chien qu’on désire museler.
- Lorsque la grande masse des prolétaires sera entraînée dans le système du socialisme d’état, lorsque par l’assurance forcée, le grand nombre sera affilié aux établissements publics accordant des secours, en des circonstances déterminées, les listes électorales seront, de fait, tellement modifiées que l’élément populaire sera réduit à 1 impuissance la plus absolue et qu’il assistera impassible au muselage du parlementarisme.
- Je vous ai déjà indiqué cette déduction.
- A remarquer, que le christianisme pratique est d’essence protestante et qu’il se remue sous des formes diverses. C’est le christianisme pratique qui, sous l’impulsion du Dr Stoecker, prédicateur de la cour, a mené, contre la race israélite, cette déplorable campagne qui a provoqué les massacres et les actes de fanatisme qui ont jeté un voile sombre sur certaines provinces russes et prussiennes.
- L’attitude ambiguë de notre chancelier, protestant d’une main qu’il était à cent lieues d’encourager ce mouvement stupide, et recevant de l’autre main les adresses des Stoecker et Ce, prêtait le flanc à toutes les suppositions. Elles ont fait naître les appréciations désagréables d’un journal d’ici : « Les Berliner Nachrichten. » M. de Bismarck, se sentant percé à jour par un article du rédacteur Eppenstein, a eu recours à son ancien truc et a chargé la justice de le blanchir aux yeux des libéraux, ses anciens libéraux.
- Les juges ne demandaient sans doute qu’à rendre au chancelier ce petit service de blanchisseur; mais ils ont craint de compromettre la réputation de leur savon. Ils n’en ont pas moins blanchi queîqu’u î ; ils ont blanchi le journaliste, et ont introduit dans leur jugement un « attendu » qui proclame que M. Eppenstein avait apprécié exactement la situation créée par l’attitude de notre chancelier.
- Cet « attendu » assez inattendu fait le bonheur du journal berlinois et occasionne, paraît-il, une recrudescence névralgico-mauvaise-humoro de M. de Bismarck. Ces juges sont sans pitié. Pour le consoler, les admirateurs quand même de notre homme d’Etat « par la grâce de Dieu », lui ont fait une ovation à sa rentrée dans sa bonne ville de Berlin.
- MEXIQUE
- Le congrès mexicain vient d’appiouver divers projets d’utilité publique, parmi lesquels il faut signaler celui qui concerne l’agrandissement du port de la Yera-Cruz, et la concession à une compagnie, dont le général Grau est le directeur, d’une voie ferrée qui prendra le nom de Méridional-Mexicain.
- Partant de Mexico, cette ligne traversera les villes de Puebla et d’Oaxaca, se dirigeant vers Tehuautepee, pour être ensuite prolongée jusqu’à la frontière de Guetem-ala, en jetant des embranchements sur la Yera-Gruz et sur Huatulco.
- La compagnie pourra eu outre, si elle le juge utile, relier par une ligne secondaire ies villes de Tuxtla, de Chiapas et de San Ghristobal.
- Les travaux auront une durée maximum de dix ans, et ils s’effectueront sans subvention du Trésor mexicain ; mais la compagnie aura le droit d’importer eu franchise tous les matériaux nécessaires à la construction du chemin ou à sa réparation pendant viugt-einq ans. Pendant les mêmes vingt cinq ans, la voie et le capital qu’elle représente ne payeront aucun impôt, le chemin restant d’ailleurs la propriété définitive de la compagnie. Le gouvernement mexicain s’est toutefois réservé la faculté de racheter le chemin après dix-aeuf ans d’exploitation.
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- LE DEVOIR
- VOYAGE AUTOUR DU FAMILISTÈRE
- VI.
- Etre bien logé est une des conditions essentielles du bien être de l’homme à quelque catégorie sociale qu’il appartienne. Une habitation commode, confortable, hygiénique, agréable' est un désir commun à tous les hommes depuis le prince jusqu’au dernier paysan. Ce sentiment éprouvé par tous serait satisfait si tous les travailleurs des villes et des campagnes étaient logés comme le sont ceux du Familistère, puisque ces derniers habitent un palais.
- Le jour où tout le monde trouverait à se loger ainsi dans un palais, on ne verrait plus ni masures, ni chaumières, et la condition du bien être dans l’habitation se trouverait parfaitement rempli. eC’est un rêve, direz vous, cher lecteur. Non, vous voyez par vous-même, que ce rêve est devenu ici une réalité complète.
- Une question se pose tout naturellement à l’esprit maintenant. Je suis certain que vous la formulez in petto, tout comme moi. Vous vous dites : Ce qui est mis en pratique ici, ne serait-ce point une utopie que d’espérer de la faire appliquer de même partout ?
- Ma réponse à cette question, la voici. Non ce n’est point une utopie, et je suis convaincu qu’à un moment donné, plus ou moins éloigné, par exemple, ce fait se réalisera. Il est possible que cela n’ait lieu que dans un siècle, mais cela aura lieu certainement, parce que c’est un progrès parfaitement conforme à la loi de la vie humaine et de la vie socia’e, et que, par conséquent, il s’impose fatalement.
- Que cela soit un progrès, personne assurément ne le contestera. Qu’il soit pratique, l’existence de plus de vingt années que compte le Familistère le démontre surabondamment, et il serait oiseux d’insister là-dessus. Le seul point que nous ayons donc à examiner est la question de savoir si la chose est possible à réaliser partout.
- Je dis oui, et j’ai à prouver mon dire. Dans une usine, où l’agglomération indispensable des ouvriers existe, il est clair que la chose est faisable et même facile. Il suffît pour cela que le chef d’industrie, le patron de l’usine imite l’exemple donné par la fondateur du Familistère. La seule difficulté réelle que cett8 mise t3n pratique rencontrera sera d’ordre purement moral, et naîtra de la résistance que l’égoïsme et l’amour du lucre du chef d’usine opposeront au projet, et il est certain que cette résistance sera énergique et extrêmement difficile à vaincre*
- | Mais la question n’est point là pour nous, puisque I nous ne nous occupons que de la possibilité matérielle.
- A ce point de vue, nous pouvons donc affirmer que la réalisation est non seulement possible, mais relativement aisée. Nous pourrions ajouter qu’elle serait avantageuse pour tous, pour le patron aussi bien que pour l’ouvrier, parce que nous ne croyons pas qu’il y ait un meilleur préservatif contre les grèves que le système de participation des travailleurs aux bénéfices de l’industrie. Nous pourrions, constater en même temps que si le fondateur du Familistère n’a point encore d’imitateurs, c’est parce que les patrons n’ont point compris toute l’util-ité et toute la portée de cette mesure, au point de vue même de leurs propres intérêts. Limiter ses bénéfices semble au premier abord un sacrifice très onéreux, et c’est véritablement un grand sacrifice. Mais il trouve sa compensation dans le fait, qu’outre l’accomplissement d’un grand devoir humanitaire, on se garantit la durée constante de la partie de bénéfices que l’on a conservée, en écartant les risques que court le capital, par suite des grèves, des chômages volontaires, du mauvais vouloir et des mal façons de la part des travailleurs. En associant ses employés et ses ouvriers aux bénéfices de son industrie et aux avantages de la richesse produite, le patron assure un concours dévoué, constant, consciencieux et sûr, à l’œuvre commune et, par conséquent, le moyen le plus certain de perpétuer son industrie de la façon la plus profitable à tous.
- Le capital engagé dans une telle association comprenant l’habitation unitaire comme le Familistère et ses usines est admirablement placé, et par conséquent, à ce point de vue encore, cela présente des sécurités d'avenir pour les chefs d’industrie.
- Mais n’insistons point sur cet ordre d’idées, et poursuivons notre démonstration. La création d’un palais social, possible et aisée pour les ouvriers d’une usine travaillant en nombre et en commun, le serait-elle également pour les ouvriers agricoles ? Evidemment oui pour les grandes exploitations, puîsqu’en somme, l’association agricole embrasserait forcément toutes les industries rurales. Elle serait donc comparable en nombre aux grandes usines. Ce serait la population des villages associés. Dans ces conditions l’exploitation agricole se ferait avec plus d’ordre et de sécurité. Les bras ne lui feraient plus défaut au moment des moissons.
- Or, si l’association du travail et du capital permet au Familistère de G-uise de prospérer, pourquoi n’en serait-il pas de même partout ou elle fonctionnerai
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- Dans l'état actuel du morcellement de la terre et de la division des intérêts de nos villages, la seule chose possible serait une association bâtarde de consommation et de production, dont les tendances se manifestent aujourd’hui par la coopération sous diverses formes. C’est l’entrée en association par la petite porte.
- Le Familistère, au contraire, en est l’entrée parla grande porte, parce que le Familistère embrasse tout l’ensemble de la vie sociale.
- Mais il est certain qu’une institution de ce genre heurte de front bien des idées reçues, bien des préjugés et surtout beaucoup d’intérêts mesquins et égoïstes. C’est sans doute pour cela, que le fondateur du Familistère a eu tant à lutter contre des résistances inouïes de la part de son entourage, et qu’il a été en butte à tant de critiques, à tant d’insinuations malveillantes de la part des éternels ennemis du progrès de la société et de l’émancipation des travailleurs. Les journaux consérvateurs, organes de ces gens qui regrettent dans les choses du passé les abus criants dont ils tiraient si grand profit, ont déversé sur lui pendant des années la calomnie sous toutes les formes, et si leur venimeuse bave n’a point réussi à empoisonner sa vie, c’est parce que la force, l'énergie de ses convictions avait cuirassé son âme de ce triple airain dont parle Horace, et qui rend l’homme de foi si fort et si puissant.
- C’est grâce à cette fermeté de convictions, à cette foi inébranlable qu’il a pu, suivant l’expression d’un journal, suivre résolument sa voie sans jamais se laisser arrêter par les broussailles dp chemin. Dans l’ordre industriel aussi bien que dans l’ordre social, il a abordé de front tous les obstacles qui se dressaient devant lui, et la plupart du temps, il a eu la satisfaction de les vaincre.
- « En ce qui concerne l’amélioration matérielle et morale du sort de ses ouvriers, dit encore le journal en question, M. Gôdin a su mener à bonne fin sa vaste entreprise du Familistère, qui, en dépit de la critique, est l’œuvra d’un véritable philanthrope et d’un éminent organisateur. Il faut être de mauvaise foi pour nier les services rendus par M. Godin, dans la sphère de son action, à l’humanité, et ceux qui l’attaquent seraient fort embarrassés de produire des états de service aussi nombreux et aussi bien remplis que les siens, »
- Cette appréciation si juste des bienfaits du Familistère et de son fondateur, nous la retrouvons sous mille formes diverses dans quantité de journaux étrangers aussi bien que nationaui. Nous pourrions en citer un grand nombre, tels que le « New York Beralâ, » « l'Evolution, » « le Trutk seeher * et
- , VEverning Post, » de New-York, « VAustralasian,»
- I* de Melbourne, « la Coopérative News, » de Manchester, « le Genevois, » le Bulletin du Mouvement social, Il Popolo, de Gênes, « le Nouveau Journal, » k les Etats-Unis d'Europe, etc., etc., et tous ceux qui ont visité le palais social formulent au retour cette question dictée par l’admiration : « Qui donc construira chez nous un Familistère ? »
- « Le Familistère est ce qu’il prétend être, dit le « New-York Herald, « l’habitation du travailleur et de sa famille, habitation dans laquelle les ouvriers peuvent vivre confortablement et économiquement, élever leurs enfants et trouver un sùr asile dans la vieillesse, sans rien devoir à la charité publique. Tout ce que le Familistère donne à ses habitants leur est alloué non comme une faveur, mais comme un droit. »
- « Le confort et les bénéfices dont ils jouissen sont dûs à la judicieuse application de deux grands | principes : coopération, et association du Capital et
- I* du travail. »
- N’y a-t-il pas lieu d’être surpris, en présence d’une si forte somme d’admiration manifestée pour cette œuvre éminemment sociale et progressive par la presse de tous les pays, que nulle part on n’ait vu surgir encore des imitateurs? Ce n’est point que cette cause n’ait rencontré des avocats éloquents et convaincus, surtout en Angleterre. Mais malgré que tout le monde s’accorde à constater les graves difficultés qui surgissent de tou+es parts entre travailleurs et capitalistes, malgré que les journaux les plus clairvoyants jettent le cri d’alarme souvent, et reconnaissent que, si d’ici à quelques années on n’a point apporté remède à ces maux, au moins dans une certaine mesure, le monde est menacé d’une nouvelle révolution sociale plus terrible que celle qui, il y a 90 ans frappait la France, malgré que les capitalistes tremblent en face de ces perspectives si sombres de l’avenir, nul ne se décide à faire un pas en avant dans la voie que leur a tracé le fondateur du Familistère, et cependant ce pas aujourd’hui pourrait bien être le salut demain.
- Le principe de la participation du travail aux bénéfices est pourtant appliqué déjà en France et en Alsace-Lorraine par un certain nombre d’industriels, qui n’ont eu qu’à s’en louer depuis qu’ils ont adopté cette mesure. Pourquoi ne la complètent-ils point, en offrant à leurs ouvriers les avantages de l’aisance dans leur intérieur, par la construction d’un Palais social pour leur habitation?
- Bien des innombrables difficultés contre lesquelles le créateur du Familistère a eu à lutter n’existeraient point pour eux, et iis ont un modèle qu’ils n’auraient
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- qu’à copier, pour ainsi dire. Ils sont animés des sentiments philanthropiques, dont l’absence, chez le plus grand nombre, est presqu’un insurmontable obstacle. Ils ont déjà assuré l’avenir du travailleur chez eux, la moitié par conséquent du chemin est fait. Pourquoi n’achèvent-ils pas leur voyage? Pourquoi ne complètent-ils pas leur œuvre?
- Craignent-ils les inconvénients de la promiscuité? Pour se renseigner à cet égard, ils n’ont qu’à visiter le Familistère, et ils se convaincront que quoique tant de personnes soient abritées sous le même toit, il n’y pas entre elles plus de promiscuité que dans un village, et beaucoup moins qu’il n’y en aurait au grand hôtel, par exemple, que le Familistère rappelle dans une certaine mesure.
- Si un écrivain a pu dire de cette habitation sociale que « c’est de toute la France l’endroit où l’on a le plus de liberté, » ou peut ajouter, sans aucune crainte de démenti, que c’est aussi celui où il y a le plus de moralité, et ce n’est assurément pas un des moindres mérites de cette vaste entreprise.
- Elle n’a point trouvé encore d’imitateurs, parce que rien n’exerce plus d’empire sur l’homme que la routine. Une innovation, c’est presqu’un crime dont tout le monde a peur de se rendre coupable. Cela est vrai dans les grandes choses, aussi bien que dans les plus petites. Tenez, lecteur, qui n’a mille fois maudit ces affreux chapeaux, dits tuyaux de poêle, si gênants, si incommodes, si absurdes de forme, si impossibles enfin ? Qui n’a cent fois répété qu’il serait à désirer qu’on les remplaçât par ces élégants chapeaux de feutre du temps de Louis XIII, si commodes et si souples en même temps que si confortables? Eh bien, depuis plus d’un demi-siècle que cette mode ridicule dure, y a-t-il eû, parmi jles rois de la mode, un seul homme qui ait osé innover sur ce point, en renonçant à la disgracieuse et baroque coiffure ? Ah, par exemple, et la routine donc ?
- S’affranchir de la routine, en ce monde, c’est affronter le ridicule, et voilà une chose que bien peu de gens oseront faire. On bravera mille fois la mort dans un combat, dans un duel, dans une course de chevaux, dans n’importe quel exercice violent qui amuse ou qui pose son homme, mais s’exposer à faire rire de soi les sots, en faisant le premier une chose sensée, oh pour cela, jamais. Le plus brave n’aura jamais assez de jambes pour fuir un pareil danger.
- Cette fidélité constante au respect des lois de la routine est une mine on ne peut plus féconde qu’exploitent avec succès les chefs avisés de bien des établissements publics. N’est-ce point à cela, par exemple, que doivent leur petit bien-être, j’allais dire leur rapide fortune, les garçons de café de la capi-
- tale, qui spéculent sur l’absurde tribut que les consommateurs parisiens s’imposent volontairement ? Cela est si bien devenu lune institution, que nul n’ignore aujourd’hui qu’il n’y a peut-être pas, sur toute la ligne des boulevards, un seul établissement de ce genre qui paye son personnel autrement qu’avec le produit des pourboires, quand le chef de l’établissement ne s’en réserve pas une part plus ou moins forte. Que dis-je, il y en a, où les garçons payent tant par an pour servir dans l’établissement, et où ils réalisent malgré cela des bénéfices.
- Vouloir énumérer toutes les absurdités que fait commettre aux hommes dame routine, dont ils se font si volontiers les esclaves, ce serait s’embarquer dans une entreprise qui pourrait nous mener loin, car la liste en est .longue et presqu’interminable. C’est dans tous les cas à elle qu’il faut attribuer en partie l'anomalie que nous signalons, en constatant le peu d’empressement que mettent les hommes les mieux intentionnés à imiter une institution si supérieure à tant de fondations philanthropiques auxquelles bien des capitalistes ont consacré des sommes si considérables. On voit parfois des hommes léguer des millions pour la fondation d’un hôpital. Depuis vingt ans qu’un bel exemple a été donné pour améliorer le sort des travailleurs et rendre inutile l’hôpital, pas un seul testateur n’a été tenté de le suivre.
- Ne désespérons point pourtant. Le grand principe de la participation du travail aux bénéfices par l’association du Capital et du Travail a commencé à entrer dans nos mœurs industrielles, puisqu’il est appliqué à Paris, à Mulhouse, à Angoulême, à Thann et ailleurs. C’est un premier pas de fait dans la voie tracée par l’auteur de « Mutualité sociale. » S’il est vrai, comme le dit le vieil adage : « qu’il n’y a que le premier pas qui coûte, » nous pouvons espérer voir bientôt faire le second, car tout cela s’enchaîne logiquement.
- (A suivre.)
- Un Gargantua
- Le docteur Tanner qui vient de mourir, avait conquis sa célébrité en restant quarante jours sans manger; un allemand vient de parier lui, de manger pendant quarante jours, à condition qu’on lui laisse neuf heures de sommeil par jour et le choix des aliments.
- Ce Gargantua moderne est un ouvrier carrier nommé Wetz, âgé de 25 ans. Il a déjà fait, il y a deux ans, un pari de ce genre, mais moins important. En quatorze jours, il a englouti 1,660 kilog. de victuailles de toutes sortes, arrosées de prés de trois cents litres de bière brune et blonde.
- De nombreux paris sont engagés pour et contre, et il ne reste plus qu’à trouver le local et à fixer la date de l’épreuve. Wetz ayant demandé quelque temps pour s'entrainer. ‘ •
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- LE PARTI OUVRIER
- Pour la première fois, dans la lutte électorale, on a vu apparaître, avec une certaine organisation et un plan d’ensemble, un parti qui depuis longtemps déjà cherche à se constituer et auquel il faut faire attention : c’est le parti ouvrier. Il est parvenu à mettre en ligne, devant le scrutin du 21 août, plus de cinquante candidats qui ont prétendu exprimer les revendications des classes laborieuses et réclamer pour elles le droit d’être représentées dans le Parlement. Ce n’est encore qu’un mouvement confus et un effort impuissant. Partout les candidatures ouvrières ont échoué et n’ont réuni qu’un nombre insignifiant de suffrages. Le parti ouvrier ne répond pas, d’ailleurs, à son titre. Il est dirigé par des pseudo-travailleurs qui exploitent à leur profit personnel les souffrances très réelles des populations ouvrières, et qui n’ont d’autre but que de se servir d’elles et de s’en faire une armée pour monter à l’assaut du pouvoir.
- Le suffrage universel est la puissance absolue du nombre. Or, qui est le nombre, sinon ce peuple immense qui travaille et qui peine dans les rangs inférieurs de la société ? Le jour où il le voudrait résolument, le jour où il s’unirait dans une même pensée, il est certain qu’il serait le maître et que rien ne pourrait lui résister. Le bulletin de vote lui donne à la fois le moyen de se compter et de dominer sans partage. Il faut s’estimer heureux que, dans cette foule colossale, les révolutionnaires de principe soient encore en si faible minorité, et que le très-grand nombre ait assez de bon sens et de patience pour attendre en paix les réformes qu’on leur promet toujours et qu’on ne leur donne jamais.
- Les élections du 21 août sont, à cet égard, un avertissement qu’il importe d’entendre. Le parti ouvrier a constaté son existence. L’heure est donc venue de s’occuper. sérieusement, loyalement, des intérêts et des besoins du monde du travail, de satis- j faire à ses réclamations légitimes, de réaliser les j réformes économiques et sociales, vraiment prati- j ques, qui peuvent assurer le bien-être des masses ; j en un mot, de porter remède aux souffrances très- 1 réelles et très imméritées des populations labo- j rieuses. I
- M. Gambetta a remarquablement défini la mission j de la nouvelle législature en disant qu’elle sera 1 réformatrice. Les plus urgentes, parmi les réformes nécessaires, sont celles qui doivent améliorer la condition de l’ouvrier, car c’est la garantie même de la paix sociale et de la prospérité publique. Or,
- malheureusement, c’est de cet intérêt de premier ordre que s’occupent le moins les chefs de parti.
- La réforme du Sénat, la réforme de la magistrature, la séparation de l’Eglise et de l’Etat, etc, etc., qu’est-ce à côté du terrible problème de la misère, des questions fondamentales de l’organisation du travail, des immenses besoins de la production et de la consommation ?
- C’est de ce côté qu’il faut porter désormais toute l’action législative et gouvernementale.
- Il a, dans les vastes régions où travaille la fouie, des douleurs et des infortunes qui alimentent les haines irréconciliables de ceux qui ne possèdent pas contre ceux qui possèdent. Quand donc cherchera--on à les apaiser et à les guérir ? Quel est l’homme d’Etat, digne de ce nom, qui fera du problème social le principe même de son pouvoir et de sa popularité ? Quel est celui qui, au lieu de mettre en première ligne la révision de la Constitution, la guerre au clergé, la laïcisation des écoles, y mettra l’abolition des octrois, les dégrèvements d’impôts, la liberté des échanges, le développement du droit d’association, l’émancipation du travail, la mutualité du crédit, la participation de l’ouvrier aux bénéfices du patron, l’organisation d'un vaste système de retraites, et par-dessus tout le développement de l’instruction professionnelle, destinée à classer toutes les aptitudes, et à ouvrir aux fils du peuple des voies et des carrières nouvelles pour s’élever sur l’échelle sociale ?
- Yoilà la grande, la féconde politique qu'il faut inaugurer sans hésitation et poursuivre avec énergie. Celle-là, en dormant à notre pays une prospérité et une puissance merveilleuses, assurera à celui qui en saura prendre l’initiative un prestige considérable sur l’opinion, et un nom à jamais illustre dans l’histoire de notre temps.
- Montagae en fea
- On a annoncé dernièrement qu’on venait de découvrir près de Solingen, en Prusse, une montagne en feu. On écrit a ce sujet de Solingen a la Gazette de Barmen :
- Maintenant que l’effroi s’est dissipé quelque peu, on commence à tirer parti du feu qui se trouve à l’intérieur de la montagne. Une famille qui habite dans le voisinage n’a pas eu besoin d’allumer du feu depuis plusieurs semaines; lorsque vient le moment de faire la cuisine, tous les membres de cette famille prennent leurs chaudrons et leurs casserolles, et se rendent sur la montagne, écartant un peu les pierres, placent leurs ustensiles sur le trou ainsi formé, ei voient leurs mets cuire de la plus belle façon.
- « Il est absolument impossible d’éteindre le feu [de la montagne. Ou a déjà employé une énorme quantité d’eau dans ce but, mais on a obtenu aucun résultat. Le feu semble, au contraire, avoir fait des progrès.
- « A un certain endroit de la montagne, une cavité où l’on a pratiqué un trou au moyen d’une barre de fer dégage une chaleur si intense, qu’on peut àjpeine placer sa main au-dessus de l’ouverture. »
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- LE VÉRITABLE PATRIOTISME
- Il est des gens chez qui l’idée du patriotisme n’est pas encore sortie de ce cercle étroit,mesquin,égoïste que lui avaient tracé les peuples de l’antiquité, tels que les juifs ou les grecs, pour qui la patrie ne dépassait point l’enceinte d’une ville ou d’une province tout au plus. Pour faire prospérer cette petite communauté, tout moyen leur paraissait bon, même le mensonge et la duperie. Comme à leurs yeux tous les autres peuples étaient des barbares, ils n’avaient pas le moindre scrupule de les traiter en barbares.
- Pour ces patriotes de faible envergure,tout l’amour de la patrie consistait à donner sa vie, à la sacrifier sur les champs de bataille, ou à en exalter les gloires quelqu’éphémères qu’elles fussent, jusqu’à se persuader qu’en dehors de leur pays, il n’y avait rien de beau ni de grand.
- Ses progrès devaient être principalement dés conquêtes, et pour en faire, le plus futile prétexte était un mobile suffisant d’interminables guerres, qui le plus souvent n’aboutissaient qu’à des désastres réciproques. On a peine à se faire une idée de ce que pouvaient être des honnmes qui, comme les héros d’Homère, se lançaient dans des expéditions telles que la guerre de Troie, pour une cause aussi insignifiante que les infortunes d’un mari abandonné par une épouse cascadeuse.
- Une foule de rois entraînant leurs peuples dans une guerre qui dure plusieurs lustres, pour venger les mécomptes conjugaux de l’un d’eux, et luttant tenacement jusqu’à la destruction de la ville où le ravisseur a pris naissance, c’est chose bien grave pour une offense si légère. Et pourtant c’est un exploit patriotique si considérable pour l’époque,que la poésie s’en est inspirée pour produire un chef d’œuvre.
- Pour nous, disciples de la démocratie, qui a la justice pour mobile et la vérité pour drapeau,la patrie c’est la terre ou l’humanité est appelée à vivre, que nous devons aimer parce que nous y trouvons partout nos frères dans une foi commune et dans de communes aspirations vers le progrès et le bonheur. C’est là que nous avons mission de travailler à Tœu-vre commune, le bien de l’humanité.
- ISous croyons que s’il est beau et glorieux de mourir sur les champs de bataille en combattant pour l’indépendance de la patrie, il fn’y a aucune gloire ni aucun honneur à porter la désolation et la mort dans d’autres contrées, ni à y faire des conquêtes. Se défendre contre d’injustes et violentes attaques est, en fait de guerre,tout ce que le patrio-
- tisme démocratique comporte. Mais s’il repousse cette fausse gloire que l’on tire des conquêtes et des invasions meurtrières, il proclame comme belles et glorieuses véritablement les luttes pacifiques qui ont le progrès pour but,celles qui s’efforcent de dompter la matière au profit des besoins de l’humanité, et dans le domaine moral celles qui tendent à détruire la réaction, l’obscurantisme, les préjugés surannés, les passions antipatriotiques et subversives, bravant au besoin l’impopularité, le ridicule et la calomnie, pour soutenir et faire triompher la cause de la justice et de l'humanité.
- Il y a donc en réalité patriotisme et patriotisme.
- L’un reconnaît et rend hommage à toutes les grandes choses accomplies par le pays, mais, sans se laisser aveugler par les fumées de la fausse gloire il fait passer avant tout la justice, et rougirait de sacrifier celle-ci à celle-là. Comme il sait aimer véritablement sa patrie, il en blâme franchement les erreurs, les vices, les défaillances ; il cherche à la guérir de cette sotte vanité, qui trop souvent persuade aux gens que leur pays, comparé aux autres peuples, est d’une supériorité incontestable. Il n’admire point chez ses concitoyens ce qu’il condamne chez les autres, et il sait rendre justice aux étrangers pour les qualités qu’il loue chez ses compatriotes, parce qu’il n’a point deux poids et deux mesures en ce qui concerne l’enthousiasme ou la désapprobation.
- L'autre ne sait rien voir digne d’éloge en dehors de chez lui ; les défauts de ses compatriotes sont pour lui des qualités ; au lieu de flétrir leurs vices, il les flatte, et il voit un progrès dans chacune de leurs erreurs; pour lui une défaite est un malheur immérité, et, à son sens, tous les peuples doivent sacrifier leurs intérêts propres aux intérêts de sa patrie.
- La patrie étant ainsi érigée en idole, peu lui importe que ce qui lui profite soit nuisible aux autres et tandis que la politique philanthropique sait sacrifier les individus au bien de l’humanité, la politique de nationalité, sacrifie toute l’humanité au profit de la patrie. Ayant défini à priori ce qui peut contribuer à sa prospérité, à sa grandeur, à la satisfaction donnée à ses aspirations,le patriotisme dont ii s’agit se préoccupe fort peu que les droits des autres peuples, la justice et les traités s’y opposent; pour lui ce sont dès lors des ennemis naturels.
- Ces faux patriotes sont comme certaines mères aveugles qui craignent de contrarier et de toucher à leur fils unique ! Aussi, comme ces mères insensées, comme ces fils uniques, il arrive un jour où ils se repentent mais trop tard d’avoir agi de la sorte, parce que ces enfants mal élevés devenus hommes ne
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- savent point se conduire et deviennent les fauteurs de leurs propres malheurs.
- C’est dans les moments difficiles que l’on reconnaît ses vrais amis, et c’est aussi dans le malheur que le vrai patriote, le vrai philantrope se révèle. Lorsque l’homme tombé dans l'infortune se trouve seul et abandonné de tous, l’ami véritable accourt le chercher, le consoler, le secourir; lorsqu’un peuple entraîné par des politiques intéressés à spéculer sur ses mésaventures crie vengeance,représailles,guerre le véritable ami de’son pays ne craint pas d’élever la voix pour lui donner de sages conseils de modération et de paix ; et quand enfin la nation mal inspirée s’est précipitée d’elle-même sous le joug de l’oppresseur, le patriote, aussi incapable de récrimination que de flatteries, n’a plus de repos qu’il ne l’ait aidée à se relever, ou il succombe avec elle.
- On rencontre souvent de nos jours des gens qui font du patriotisme à bon marché, mais de mauvais aloi, soufflant le feu des passions populaires, offrant un aliment aux haines et à la soif de la vengeance, excitant les ressentiments, spéculant en un mot sur l’aveuglement des masses, et malheureusement en flattant ainsi leurs idées, ils ne réussissent que trop communément. De là les lourdes charges que les préparatifs de guerre font peser sur les nations et qui les appauvrissent; de là le malaise constant, les inquiétudes, les craintes sans cesse renouvelées, qui nuisent si déplorablement à leur prospérité et à leurs progrès.
- Dans les moments de danger,la patrie peut compter sûrement sur le dévouement absolu des vrais patriotes toujours prêts à sacrifier leur vie pour elle avec d’autant plus d’abnégation qu’ils auront mis d’ardeur à lui faire entendre auparavant les conseils de la vérité,de la justice et de la paix. Quant à ces pseudo-patriotes qui ne savent que chercher la satisfaction de leurs vues ambitieuses dans les excitations malsaines des passions chauvines,c’est dans leurs rangs que se trouvent toujours ceux que les parisiens du siège ont surnommés avec tant de vérité les francs-fleurs. Ceux-là, lorsque l’ennemi bivouaque sur le sol sacré de la patrie, se prélassent à Bruxelles ou à Londres, d’où ils suivent à l’abri les événements
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- attendant pour rentrer dans leur pays que tout danger ait cessé.
- Peuples, méfiez-vous toujours de ceux qui vous flattent ; sachez reconnaître vos vrais amis, ceux dont la franchise parfois brutale dans la prospérité se transforme en héroïque dévouement aux jours de l’infortune.Parmi vos conseillers,discernez les justes des ambitieux, et n’oubliez jamais que le véritable
- patriotisme est celui qui profite à l’humanité toute entière, et non pas exclusivement à une nation. Le patriotisme ainsi élargi conduit au progrès, le patriotisme étroit des anciens peuples ne saurait enfanter que la guerre et la destruction. Ceux qui regrettent le passé avec son patriotisme ami des con* quêtes ne sont point de vrais amis de leur pays ; fermez l'oreille à leurs discours et fuyez-les comme vos pires ennemis.
- BIBLIOTHÈQUE DU FAMILISTÈRE
- La Bibliothèque du Familistère doit à la libéralité de M. Ch. Menn, un de nos abonnés, les ouvrages suivants :
- Les Arts Industriels en Suisse par John Carteret, 1 volume.
- Mémoires couronnés à la suite du concours institué par la ville de Genève sur la question des Petits Logements.
- Cours de Législation constitutionnelle par M. James Fazy, 1 volume.
- Genève Suisse, poésies recueillies à l’occasion du Jubilé patriotique de Septembre 1864.
- En consignant ce don dans le Devoir, nous en exprimons à son auteur notre reconnaissance au nom e s habitants du Familistère.
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- HORRIBLE CATASTROPHE
- Le Trait à'Union, de Mexico, contient les détails suivants sur une catastrophe survenue le 23 juin sur la ligne du chemin de fer de Morelos, récemment inauguré.
- Un train, transportant une partie du 3« bataillon d’infanterie, partit de Cuautla le 23 juin à dix heures du soir pour se rendre à Mexico ; ce train se composait,en outré, de wagons où se trouvaient les soldats, de plusieurs plates-formes chargées de barils à'aguar-Mente (eau-de-vie).
- ! Quand ce train quitta Cuautla, remorqué pas les machines nos 2 et 3, le temps était magnifique; seulement au loin et aux environs du nord-est apparaissait un orage qui tombait déjà à une grande distance de la voie. Le conducteur n’avait rien à craindre; la locomotive se mit en marche, entraînant plus de 30e personnes : soldats, employés, ouvriers, femmes et enfants.
- Le train avait parcouru quelques kilomètres quand un vent du nord-est souffla avec violence, annonçant l’approche de la tempête qu’on avait crue, au dép*art, encore éloignée.
- Bientôt la pluie succéda au vent; puis se déchaîna l’ouragan, dont les rafales étaient si violentes que les poteaux télégraphiques étaient couchés à terre et les fils mis en pièces.
- Le conducteur, comme le capitaine d’un navire en
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- péril, prit toutes les précautions nécessaires; les serre-freins descendirent sur les marchepieds des voitures,et, au péril de leur vie, s’inclinaient à chaque instant au niveau des roues pour s’assurer à la lueur de leurs lan ternes, que la tempête n’avait jeté aucun obstacle surla voie.
- La machine ralentit sa marche le plus possible pour gagner la montée qui commence à Cuautlaetse termine dans la plaine de la Valle de Amecameca.
- À environ 13 kilomètres avant d’arriver à la ville historique, le voyageur observe que le pittoresque du terrain, très accidenté de Ozumba à Nepantla, disparaît pour laisser place, à Punta del Malpais, à une descente rapide jusqu’à la Valle de Guautia, descente qui décrit de longues et interminables courbes jusqu’à Morelos.
- Or, un peu en avant de Malpais, entre les kilomètres 12 et 13,la première de ces courbes est coupée aux deux extrémités de son arc par un ravin très profond.
- Aux intersections des deux courbes de ce ravin et de la voie, deux ponts magnifiques et solides ont été construits en maçonnerie. Celui qui est du côté de Cuautla porte le nom*de Juan-Antonio. Ce pont fut construit avec un véritable excès de précautions, en prévision d’une croissance extraordinaire des eaux.
- Le Juan-Antonio était terminé depuis trois mois et la Compagnie avait reçu les félicitations d’ingénieurs étrangers et nationaux.
- La première locomotive arrive enfin sur le bord du ravin et à l’entrée du Juan-Antonio.
- Les piliers de ce pont, enfoncés dans les crevasses du précipice, sont entièrement invisibles pour les mécaniciens,les passagers et les conducteurs. Le Juan-Antonio ne peut se voir qu'au moment où on est dessus.
- Or, une croissance imprévue des eaux, un changement subit dans la direction des courants,circonstances assez communes, mais impossibles à deviner pour l’ingénieur le plus habile, avaient précipité sur les piliers du pont une avalanche épouvantable, un torrent dévastateur, qui démolit la base des piliers et les renversa dans les profondeurs de la gigantesque crevasse, faisant seulement, comme un piège infernal de la fatalité et de la mort, les lignes parallèles des deux rails suspendus dans le vide et se prolongeant tout le long du chemin comme pour engager à y passer avec une tranquillité parfaite.
- L’œil vigilant des serre-freins ne pouvait apercevoir le danger à cause des profondes ténèbres de la nuit, mal percées par la lueur du falot de la machine.
- La locomotive suivit avec la même vitesse,et rompant alors les frêles barres de fer, on entendit au milieu des rafales de l’ouragan, au milieu de tous les fracas de la tourmente, la chute de cette chaîne de wagons remplis d'êtres humains qui s’engouffraient au fond de l’abîme, se brisant, se pulvérisant, et couverts instantanément de lambeaux de toutes sortes de corps humains broyés.
- La chaudière éclata en tombant; le feu de son fourneau se communiqua aux barils à'aguafdiente, et aussitôt s’alluma au fond de ce ravin ténébreux un incendie indescriptible. Les barriques d’alcool éclatèrent en mille pièces avec des crépitations infernales, en lançant au loin leurs débris.
- Les flammes léchaient le visage et le corps des malheureux déjà blessés dans la chute; d’autres expiraient entourés de flammes dévorantes ; d’autres mouraient, traversés par les balles des fusils des soldats, dont les armes et les cartouches ôtaient parties au choc : augmentant ainsi, par le bruit de la fusillade, l’horreur de cette catastrophe sans précédent dans les annales de nos sinistres de chemins de fer.
- La ligne télégraphique étant brisée par la violence de la tourmente, la nouvelle^ du sinistre n’est arrivée à Mexico que le lendemain à midi. |
- Le vendredi, à quatre heures, arrivait un train de I
- secours avec des médecins des sections d’ambulance et des brancards.
- D’après un télégramme du gouverneur de Morelos la responsabilité du désastre incomberait à un officier’ du 3e bataillon qui, revolver en main,a obligé le mécanicien à continuer le voyage malgré les représentations de celui-ci.
- On a retrouvé 138 cadavres. 7 officiers sont parmi les morts. On compte 79 soldats et 12 femmes blessés. L’administrateur des Haciendas a été tué. L’officier présumé coupable et le mécanicien ont échappé au désastre; ils ont été conduits devant les autorités judiciaires. ’
- ÉTAT CIVIL DU FAMILISTÈRE
- 20 Août 1881. — Naissance. — Marie Druart, fille de Druart Aimé et Baudry Félicie.
- 26 Août 1881. — Décès. — Nicolas Fernand-Jules, 6 ans, fils de Nicolas-Charles et Jearmot Rosalie.
- Le Directeur-Gérant : GODIN.
- wm—— 1
- * L’Association du Familistère de Guise demande les employés suivants :
- Pour sa manufacture d’objets d’ameublement et d’appareils de chauffage en fonte :
- 1° Un chef d'atelier des mouleurs et de la fonderie, bon praticien dans le moulage ;
- 2° Un chef d’atelier des monteurs-ajusteurs, connaissant bien le travail ;
- 3° Un chef d’atelier d’émailierie connaissant la chimie céramique ;
- 4° Un dessinateur pour modèles d’appareils de chauffage ;
- Elle demande en outre pour l’économie dom es tique du Familistère :
- 5° Un chef commercial pour les approvisionnements et le contrôle des divers magasins de vente ou débits de l’Association ;
- 6U Un jardinier connaissant l’arboriculture et la
- cultures générale des jardins.
- Le personnel de la Société s’élève à environ 350
- familles dans ses logements et à 13C0 ouvriers dans son usine.
- On ne sera admis à l’un où l’autre de ces emplois qu’avec preuve de capacité et muni de bons renseignements.
- SAINT-QUENTIN
- Société anonyme du Glaneur, Grand’Place, 36.
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- 4« ANNÉE» TOME 5 — N“ 157 £t numéro IMomddre 20 c. DIMANCHE 11 SEPTEMBRE 1881
- Le Devoir
- REVUE DES RÉFORMES SOCIALES
- BUREAU
- A GUISE (Aisne)
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant F ondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE
- par renvoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France
- Un an. . . . lQfr.w» Six mois ... 6 mm
- Trois mois . . 3 mm
- Union postale
- Un an. . . . 11 fr. »» Autres pays Un an. . . . 13fr.60
- on s'abonne A PARIS 5,r.Neuve-des-petits-Champs Passage des Deux-Pavillons
- S’adresser à M. LEYMARIE administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- La Fête de VEnfance au Familistère. — Causerie anti-catholique et religieuse, m. — Faits politiques et sociaux. — L'échec des candidatures ouvrières. — Voyage autour du Familistère, vu. — Conférences sociales en Suisse.
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- Le journal « LE DEVOIR » est envoyé gratuitement à titre d'essai.
- Si le journal n'est pas renvoyé après le 4e numéro, Vadministration fait présenter une quittance dabonnement.
- Aux abonnés du DEVOIR
- « Le Devoir », revue des Réformes sociales publiée hebdomadairement à Guise est l’organe des principes sur lesquels est fondée l’Association du Capital et du Travail actuellement en pleine prospérité au Familistère.
- Au point de vue des solutions pratiqués des questions sociales, aucune étude ne saurait être complète, si elle n’embrasse dans son ensemble aussi bien que dans ses détails, l’organisation du Familistère, unique au monde, que « le Devoir » a pour mission spéciale de faire con-
- naître. En effet, cette institution présent aujourd’hui le fait sans précédent de la répartition des bénéfices aux garanties mutuelles, au Travail et au Capital.
- Aucune des Sociétés ou fondations adoptant le principe de la participation des ouvriers aux bénéfices ne réalise d’une façon aussi complète l’idée féconde de l’Association, d’après des règles fixes de justice distributive, parce qu’aucune n’a encore résolu, comme la création du Familistère, le problème difficile de fournir au travailleur, en même temps que sa part de gains dans les bénéfices de la production, les avantages de l’aisance au sein même de son intérieur.
- En travaillant à répandre la connaissance des divers éléments de cette création dans le but de faciliter l’étude et la solution des problèmes qu’elle a résolus, le journal « le Devoir » fait une œuvre, de propagande et de sacrifice éminemment utile à tous. Pour que la mission qu’il s’est imposée soit efficacement remplie, il faut qu’il soit encouragé, et qu’il ait des lecteurs en grand nombre.
- C’est de nos abonnés, de nos lecteurs habituels que nous pouvons attendre cette propagande nécessaire, et c’est pour cela que nous sollicitons d’eux le concours qu’ils peuvent nous fournir, en faisant connaître nofre feuille, et en lui suscitant de la sorte des abonnés nouveaux. Œuvre de dévouement de laquelle tout pensée de lucre est exclue, elle a droit, par le but auquel elle tend, aux sympathies de tous ceux qui comprennent que l’intérêt le plus vif du pays est aujourd’hui de propager les principes à l’aide desquels se réalisera la conciliation de toutes les classes de la société.
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- LA FÊTE DE L’ENFANCE AU FAMILISTÈRE g
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- La fête de l'Enfance ! Mot magique, qui depuis plus d'une semaine faisait déjà tourner bien des têtes au Familistère. Quoi d’étonnant à cela, d’ailleurs? Pour l'enfant, ce mot renferme l’idée d’une distribution de prix avec accompagnement, pendant deux jours, de jeux de toute sorte. Or, rappelons-nous tous, hommes vieux et jeunes, rappelons-nous les jours sitôt passés de notre enfance. Quel charme, quelle ivresse, ne trouvions-nous pas dans la pensée de la distribution des prix 1 C’était la présence des grandes personnalités du lieu, fonctionnaires, illustrations, dignitaires, devant lesquels notre nom prononcé faisait sourire d’émotion le père, et mouillait les yeux de la mère, fiers tous deux de nos succès. C’étaient tous nos camarades approuvant par leurs sincères applaudissements la récompense accordée ; c’était le discours compréhensible ou non d'un magistrat ou d’un professeur, que l’on écoutait impatient, et dont on saluait la fin par des bravos équivoques, mais adressés surtout au silence enfin gagné de l’orateur, plus qu’à son éloquence. C’était aussi, et par-dessus tout, la perspective des vacances, c’est-à-dire des longues promenades dans la campagne, des bonnes parties de plaisir faites en famille, des travaux des champs auxquels on prendrait une part quelconque, prétexte de plaisir, dans tous les cas. Oh, comme les cœurs battaient à l’approche de ce grand jour, dont on avait longtemps à l’avance marqué la date sur le calendrier !
- Enfants , comme nous autrefois, les jeunes habitants du Familistère avaient ressenti ces impressions, plus vives et plus intenses, dans les derniers jours de la semaine qui précédait le grand dimanche. Aussi, bien de ces petits êtres qu’il faut d’habitude réveiller tous les jours pour l’heure de la classe étaient-ils ce jour-là éveillés dès l'aurore, et cette fois, au lieu d’exciter leur ardeur, c’est à la tempérer et à la calmer que les mamans ont dû travailler.
- Mais dès la première heure, à l’animation qui commence a régner partout dans l’intérieur du palais social, on peut comprendre que le jour qui vient de luire n’est point une journée ordinaire. Ce va et vient général inusité trahit la joie, le contentement qui sont comme le prélude inévitable d’une solennité. Ce sont les parents qui vont faire les dernières empiètes pour la fête ; les enfants qui se hâtent pour se faire beaux et parés d’une façon digne de la cé-
- rémonie ; les employés qui commencent les préparatifs de la solennité et des jeux qui doivent l’égayer • les organisateurs qui déjà surveillent les travaux de décorations, d’installation et d’organisation • c’est, en un mot tout le monde qui agit, qui se meut et veut concourir pour sa part à embellir la journée. Partout les fronts sont exempts de soucis ; partout on lit sur les physionomies un sentiment de gaieté et de bonne humeur.
- Plus d’une maman a veillé les soirs précédents pour préparer à temps la robe neuve qui doit parer ce jour là sa fillette, ou le costume dont le garçon sera si fier, en allant chercher ises couronnes. Dans chaque foyer, on a fait pour le mieux, suivant ses ressources, et soyez certain que partout l’on a atteint jusqu’aux extrêmes limites du possible. Voyez ces gamines, qui déjà se montrent de toutes parts dans les galeries et les cours... Toutes ont leur petite tête garnie de papillotes, que l’on otera seulement au dernier moment, afin que la chevelure conserve les ondulations ou la frisure qu’on a voulu lui donner. En un mot, de quelque côté que vous visitiez à ce moment le Familistère, vous verrez, des apprêts qui vous annoncent clairement la solennité.
- Est-il nécessaire d’ajouter que l’impatience de tous ces petits cœurs leur fait trouver trop lentes, beaucoup plus lentes que d’habitude, lès heures de cette matinée qui leur paraît ne devoir jamais finir ? Ah, c’est que la fête ne doit commencer qu'à deux heures et demie, et lorsque le désir et l’espoir vous ont tenu réveillé depuis cinq heures du matin, l’après-midi se fait par trop attendre.
- Pourtant, la vue des préparatifs faits à l’intérieur constitue au besoin une distraction qui aide à tromper l’attente. C’est dans la grande cour du bâtiment central que doit avoir lieu le soir le grand bal, et l’on s’occupe déjà de l’embellir. Trophées, festons, guirlandes, écussons, devises, tout cela s’apprête pour parer au moment voulu l’immense quadrilatère avec ses trois rangs de galeries. C’est là d’ailleurs que doit se former le cortège, là qu’après la cérémonie de la distribution des prix, il doit'se rendre de nouveau pour se disperser,
- En même temps la salle de spectacle où doit avoir lieu la distribution des prix est livrée aussi aux décorateurs qui lui font sa toilette des grands jours. Aussi, soyez certains que si pour les plus petits la matinée paraît bien longue, il y a en revanche des travailleurs pour qui ces heures là sont peut être trop courtes. Tout n’est-il pas relatif en ce monde ?
- Dans la grande cour, au fond, du côté de l’est, un grand trophée à la hauteur du premier étage renferme
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- tous les attributs de l’enfance et de l’éducation. On y voit, surmontées d’un cartouche représentant des amours tenant des guirlandes, des cartes géographiques, des dessins de toutes sortes, un globe terrestre, un berceau, des livres, des chevalets portant des tableaux noirs, des solives en bois de toutes formes, îe tout encadré de feuillage et de lettres de l’alphabet multicolores. Tout autour de la galerie, des guirlandes courant en festons le long des rampes, relient entre eux de nombreux écussons entourés de verdure et de drapeaux, sur lesquels on lit des inscriptions de la morale la plus élevée, telle que ; «Aimez-vous les uns les autres... » « Le travail sera le salut du monde. » « Le travail même le plus infime est un mérite devant Dieu. » « Aidez-vous,_ le ciel vous aidera » etc.
- En face du grand trophée, dans la cour, s’élève l’estrade destinée aux musiciens qui doivent par leurs accords, mettre l’entrain parmi les danseurs et les danseuses du soir. Tout cela n'est pas encore la fête, mais le spectacle en est déjà réjouissant, et prédispose admirablement au mouvement à l’entraînement de la fête. Ce sont des préliminaires qui offrent souvent presqu’autant d’agrément que la solennité.
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- Enfin, l’heure fixée pour la réunion de tous les éléments du cortège dans la vaste enceinte a sonné. Les pompiers, drapeau en tête, se rendent à leur poste au son du tambour et du clairon, suivis de la musique avec sa riche bannière, à laquelle de nombreuses médailles de concours forment une triple couronne d’or, et des archers dont le drapeau montre aussi avec orgueil ses médailles comme celui des pompiers. Tous les enfants sont à leur poste et se sont rangés en ordre sous la conduite des maîtres et maîtresses si dévoués et si dignes. C’est un joli coup d œil que celui qu’offrent aux regards ces fraîches toilettes enfantines, et ces gracieuses têtes secouant leurs blondes chevelures bouclées, dans l’impatience de voir commencer la cérémonie.
- Voici venir bientôt les membres des divers comités et enfin le personnel du conseil de gérance dont le doyen, M. Dequenne fils, remplace cette fois le fondateur absent.
- Le cortège s’organise aussitôt et se dirige vers la salle de spectacle dans l’ordre suivant :
- Les sapeurs-pompiers, les enfants par classes et divisions, la musique du Familistère, les membres du Conseil et le personnel de l’administration, les archers.
- Sur les marches du théâtre la foule impatiente at- i
- tend l’ouverture des portes; un murmure de satisfaction accueille les battements des tambours, signal tout à la fois de la mise en marche du cortège, et de l’ouverture de la salle. On se précipite, et en un clin d’œil, du faîte à la base toutes les places sont occupées et regorgent de monde. Le coup d’œil du théâtre en ce moment est splendide. Un large escalier tout bordé d’arbustes fleuris relie le parterre à la scène agréablement encadrée de feuillage et de fleurs. Toute cette verdure se marie parfaitement au décor du fond qui représente un ciel, et c’est dans ce gracieux cadre que sont disposés les sièges des administrateurs et des directrices de l’éducation et de la crèche, qui viennent y prendre place. Derrière eux est installée la musique dans le fond de la scène.
- Le parterre est exclusivement occupé par les enfants, que l’on a eu le soin de placer par rang de taille, les plus petits bébés qui bégayent à peine devant tous les autres. Les loges d’avant* scène sont occupées par le maire do Guise, îe premier adjoint, des conseillers municipaux et autres invités de distinction.
- Après une ouverture musicale et un chœur d’enfants célébrant les mérites du travail, on voit défiler de gentilles fillettes blondes qui récitent de touchantes petites pièces de poésie, alternant avec des morceaux d’harmonie, et une courte scène enfantine, renfermant sous sa forme légère un profond enseignement moral, clôt ces petits exercices scolaires. C’est un des caractères remarquables du choix qui préside à tout ce que l’on fait apprendre aux enfants, qu’il est toujours guidé par une noble pensée ou un sentiment élevé. Le travail, la fraternité humaine basée sur le principe de l’égalité la plus absolue,, la piété filiale, le patriotisme bien compris, sont les sujets invariablement préférés, parce que l’enseignement donné de la sorte est le plus parfait et le plus propre à graver profondément ces nobles sentiments dans les jeunes âmes des enfants. Partout l’idée qui a dicté la grande œuvre au fondateur du Familistère se retrouve toujours dans les détails de la pratique.
- M. Dequenne fils prononce d’une voix ferme et mâle le remarquable discours suivant :
- Chers élèves,
- En l’absence de M. Godin, le Conseil de Gérance a désigné le pins ancien de ses membres associés pour présidera celle cérémonie. C’est à ce titre que je prends la parole pour vous exprimer d abord, tout îe regret que nous éprouvons de n'avoir pas avec nous notre cher bien
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- faiteur. S’il eut été là, sa voix plus éloquente et plus autorisée aurait su mieux que nous, vous dire et vous dépeindre la gra ndeur et l’importance de cette cérémonie.
- ’ Cette fête qui nous réunit, chers enfants,s’est renouvelée souvent parmi nous; mais cette année elle revêt un caractère qu elle n’avait pas précédemment, elle est devenue une fête de l’association, de l’association du capital et du travail, établie entre nous par M. Godin; œuvre grande et généreuse, qui, nous l’espérons, sera la véritable expression du progrès social et humanitaire, et qui plus tard servira d’exemple à ceux qui auront à cœur l’émancipation et le bien être des travailleurs, et voudront nous imiter.
- Cette fête, chers enfants, est une de celles qui doivent vous être les plus chères; y en a-t-il une en effet qui nous laisse des impressions plus pures et plus douces, et plus tard, dans l’âge mûr ou la vieillesse, ne nous reportons-nous pas par le souvenir à cette époque de notre insoucieuse jeunesse,où les combats et les désillusions de la vie n’avaient pas encore refroidi notre âme et endurci notre cœur.
- Ah î mes enfants! beaucoup d’entre vous hâtent de tous leurs vœux, souhaitent de tout leur cœur, le moment où ils pourront quitter les bancs de l’école pour venir avec nous partager nos peines et nos labeurs; ne vous hâtez pas tant, restez le plus longtemps possible à l'école, profitez des leçons que l’on vous y donne,et plus tard, vous n’aurez pas l’amer regret de n’avoir pas su eu profiter en vous disant : que ne puis-je recommencer, que ne puis-je encore m’instruire comme je l’aurais pu et comme je l’aurais dû.
- Ne l’oubliez pas, mes enfants, dans notre belle France, sous le gouvernement démocratique qui nous régit, où les progrès de l’éduca-tioo physique et morale sont maintenant l’objet de toutes les attentions et de tous les efforts des hommes du pouvoir, il ne sera bientôt plus permis d’être un ignorant sans être montré au doigt; et pauvre ou riche, ouvrier ou patron,
- tous seront égaux devant le savoir et l’intelligence, tous pourront parvenir.
- Vous avez des exemples frappants sous les yeux : votre fondateur, M. Godin, vos directeurs sont tous des enfants du peuple travailleur qui sont parvenus par leur intelligence et leur travail, à devenir des hommes utiles à leur pays et à l’association dont vous-mêmes pourrez devenir des membres distingués.
- L’éducation au Familistère, qui a toujours été l’objet des soins assidus de M. Godin, et à l’amélioration de laquelle il s’est dévoué, va recevoir une nouvelle impulsion. D’accord avec le 'Conseil de Gérance, il est disposé à faire de nouveaux sacrifices ; le nombre des classes sera augmenté, un cours supérieur y sera ajouté, les meilleurs élèves iront y compléter leur éducation ; et si parmi eux il en est qui s’y distinguent et dénotent une intelligence supérieure, ils seront envoyés, aux frais de l’association, dans des écoles supérieures du pays‘pour y achever leurs études.
- Eh ! ne serions-nous pas heureux! ne seriez-vous pas fiers ! si quelqu’un de vous, fils d’ouvrier oo d’employé, soit comme ingénieur ou directeur à Fusine, soit comme pratiquant une profession libérale dans le pays, ou portant le glorieux uniforme de l’officier français, venait s’asseoir parmi nous dans une cérémonie semblable et entendait dire : c’est un enfant du Familistère, c’est un ancien élève de ses écoles !
- Vous vous rendrez donc dignes, mes enfants, des sacrifices que l’on a faits pour vous et que l’on est disposé à faire encore ; étudiez, travaillez, prenez de la peine, c’est le fonds qui manque le moins, a dit le grand fabuliste français; encouragez et récompensez vos professeurs en profitant des leçons qu’ils vous donnent; soyez sages, obéissants et, respectueux envers eux, vous leur rendrez la tâche plus facile et moins désagréable.
- Et vous, maîtres et maîtresses, vous Mme la directrice des écoles, persévérez dans vos efforts, qu’une noble émulation vous excite à bien faire ;
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- .^oubliez pas que vous avez charge d’àrnes, n’oubliez pas que le professorat est une espèce de sacerdoce, votre conscience satisfaite et l’estime publique seront votre récompense.
- Vous, pères et mères de ces enfants, ne vous désintéressez pas de leur éducation, qoe votre influence s’exerce sur eux pour leur faire comprendre et inculquer dans leur esprit, qu’un homme sans instruction, fût-il ouvrier, n’est qu’un être incomplet. Souvenez-vous que les maîtres et maîtresses, quels que soient leur valeur et leur mérite, ne peuvent donner à vos enfants que les meilleures principes de l'instruction et de l’éducation, principes qu’ils ne pourront conserver qu’au tant que vous en leur faciliterez les moyens. Il faut qu’à sa sortie de classe l’enfant ne soit pas abandonné à lui-même et trouve près de vous des encouragements à travailler ses devoirs.
- Quant à nous, membres du Conseil de Gérance, nous continuerons ce que nous avons commencé, d’après le désir et sous l’impulsion de M. Godin, nous viendrons de temps en temps faire avec les maîtres et maîtresses, les examens de leurs élèves, nous partagerons leurs travaux, nous les encouragerons, nous chercherons à adoucir la tâche ingrate et ardue qui leur incombe, trop heureux, si par notre présence et nos efforts, nous avons pu exercer une influence salutaire et amener des améliorations.
- Nous allons, chers élèves, vous distribuer les prix que vous avez mérités; certains d’entre vous seront mieux partagés que d’autres, ils le devront à leurs aptitudes et à leur application ; que ceux qui en auront fassent tous leurs efforîs pour se maintenir au premier rang et en obtenir encore; que ceux qui n’en auront pas prennent courage, et ils pourront aussi l’an prochain obtenir des distinctions.
- Nous terminons, chers enfants, en souhaitant que de nobles sentiments s’imprègnent dans v°s coeurs et y dominent toujours :
- L’amour filial et le respect pour vos parents;
- La reconnaissance pour M.Godin votre bienfaiteur;
- L’amour sacré de ia patrie française;
- Le dévouement à ia République.
- Une salve d’applaudissements accueille cette ch aude péroraison et comme un écho des sentiments qu’elle exprime, la Marseillaise fait aussitôt entendre ses immortels accords.
- Un chœur d’enfants et un morceau de musique précédent ensuite la distribution des prix.
- Quoi de plus simple au monde que cet appel de noms suivi de la remise de livres aux heureux enfants, qui, par leur conduite et leur application, ont mérité cette distinction ? Et pourtant, d’où vient que l’on n’y assiste jamais sans émotion ? Combien y a-t-il de mères et même de pères qui ne sentent leurs yeux devenir humides malgré eux à la vue de ces jeunes êtres venant recevoir de quelques personnages cette récompense de son travail ? Nous en avons certes remarqué plus d’un qui dissimulait mal sous un sourire, une larme qui voilait leur regard ! Si nous ne craignions point d’être taxé d’indiscrétion nous pourrions bien en citer un, qui retenu sur la scène par son devoir, entendait nommer un certain nombre de fois sa blonde fillette* et sur ia physionomie duquel chaque fois se lisait la joie, l’orgueil paternel,et une émotion bien naturelle et bien douce. Mais que l’on nous permette une observation... Pourquoi n’a-t-on pas eu une seule fois l’idée d'envoyer cette gentille enfant recevoir des mains de cet heureux père l’un des six ou sept prix qu’elle a obtenus ? C’est un oubli bien explicable au milieu de la préoccupation de ce moment, et il serait injuste de ne pas le reconnaître.
- Toutes ces cérémonies se ressemblent,mais comme elles touchent à l'un des sentiments les plus intimes du cœur humain, celui delà famille, elles éveillent toujours un puissant intérêt dans le cœur des assistants, qu’un lien plus ou moins étroit unit aux heureux triomphateurs de la journée.1 Quoique désintéresse sous ce rapport, nous avons remarqué, non sans émotion, un jeune orphelin dont le nom n’a point été prononcé moins de dix fois. Quelle satisfaction pour ceux qui remplacent auprès de lui les parents disparus ?
- Pendant que ces réflexions se présentent à notre esprit, le cortège s’est reformé et le tambour annonce le retour au Familistère, où l’on se .rend dans le même ordre qu’au départ. Seulement, cette fois les enfants récompensés portent leurs couronnes et la foule s’est jointe au cortège qu’elle grossit considérablement.
- Arrivé dans le pavillon de'droite, la Société philharmonique exécute avec son succès ordinaire une fantaisie sur le thème des Cloches de Corneville, et chacun alors rentre chez lui pour finir en famille
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- cette charmante journée que doit clôturer le bal du soir.
- A huit heures, l’orchestre donne le signal des danses. L’immense nef se garnit peu à peu, et bientôt les quadrilles d’abord clair-semôs se multiplient et se pressent. A la population du Familistère, en effet, n’a point tardé à se joindre celle de la ville de Guise, et ce n’est pas sans une flatteuse satisfaction que l’on remarque parmi ces visiteurs bienveillants, le chef vénéré de la municipalité, qui a honoré le bal de sa présence jusqu’à une heure assez avancée, quelques notabilités de la ville, des officiers de la garnison, et surtout un grand nombre de danseurs et de danseuses. Le puissant orchestre dont les accords résonnent dans cette vaste enceinte électrise toute cette jeunesse, dont la gaieté communicative réjouit le cœur des assistants que l’âge alourdit, et pour qui ces plaisirs ne sont pius que des souvenirs. En un mot, c’est une fête de famille dans toute l’acception du mot, et personne ne s’y sent étranger ni déplacé. C’est l’effet inévitable de la véritable fraternité, la devise par excellence de l’Association du Familistère.
- III
- Le deuxième jour (car toute bonne fête ne doit-elle pas avoir un lendemain ?) est consacré spécialement aux jeux des enfants. Ici il y a division naturelle, distinguant entre les jeux des garçons et ceux des filles, et aussi entre les âges des enfants. Pour ceux qui n’ayant point encore sept ans ne peuvent prendre part aux jeux, une tombola a été organisée pour onze heures du matin au théâtre. Chaque petit bam bin reçoit un lot formé de jouets, de bonbons, d’images, etc.
- Pour les jeux qui ont lieu l’après-midi de deux heures à six heures, des prix en argent variant de 2 fr. 50 à 0 fr. 75 sont attribués à chaque partie. Ce sont pour les garçons : le jeu de balle à cheval dans la cour du pavillon central, le jeu de casse-pot sur la place en face le bâtiment du centre et un carroussel ou jeu d'anneaux dans la cour gauche. Pour les filles ce sont le jeu de collin-mailIard dans la cour de l’aile droite; les anneaux au même lieu, et le jeu de ciseaux dans le pavillon central.
- Est-il utile de dire que l’entrain avec lequel tout ce petit monde se livre à ces exercices ne laisse rien absolument rien à désirer? Les accidents qui provo • quent les éclats de rire de l’assistance ne l’entament point, au contraire, car ils contribuent plutôt à l’exciter et à l’accroître. Heureuse trois fois heureuse enfance Que si peu de chose satisfait et réjouit! Gardez, gardez, enfants aussi longtemps que vous
- | le pourrez cette fraîcheur et cette vivacité d’impressions, qui est le propre de l’innocence et de la bonne conscien e. Nul trésor, sachez-le bien, ne vaut celui là et nul malheureusement n’est plus facile à perdre. L’expérience qui toujours le remplace est beaucoup trop coâtease à acquérir et elle n’offre pa*, tant s’en faut les mêmes avantages.
- I La journée s’écoule ainsi joyeusement grâce à cette
- i variété d’exercices et de plaisirs, et lorsque la nuit J arrive, un charmant concert entremêlé de chant 1 et un feu d’artifice tiré dans le rond point .des 1 jardins derrière le Familistère, aux bords de l’Oise | couronnent dignement la solennité dont le souvenir restera dans le cœur des enfants pour les encourager à mériter l’année prochaine de nouvelles récompenser.
- Bien des fois déjà cette fête a été célébrée au Familistère. Pour nous qui y assistions pour la première fois, elle nous a frappé par le caractère élevé des éléments qui la composent, par le soin évident qu’ont pris les organisateurs de lui donner autant que possible la force d’un ensemble d’enseignements masqués sous le voile du plaisir, et par le but auquel elle tend, l’amélioration des cœurs, par l’émulation et la satisfaction d’un légitime amour propre. La cordiale union qui règne parmi les membres de l’Association qui se pressaient tous, sans exception, sur les bancs du théâtre à la distribution des prix aux enfants du Familistère n’est pas un des moindres attraits de la journée, et ce spectacle nous a semblé plein de promesses pour l’avenir. Nous nous trompons fort, ou des enfants élevés de la sorte seront un jour des hommes droits, loyaux et sincèrement démocrates.
- CAUSERIE ANTI-CATHOLIQUE ET RELIGIEUSE
- nr
- JDe la. Divinité cia Olvrist
- Christ est-il Dieu ?
- Cette grave question, après avoir longtemps agité les premiers siècles du Christianisme, fut tranchée définitivement en l’an 325 par le fameux concile de Nicée. Définitivement, on le croyait alors. Parce qu’on avait versé des flots de sang en faveur de sa thèse, parce qu’on avait supprimé ses contradicteurs, on croyait la question définitivement enterrée.
- Le progrès est lent, mais sa marche est continue. Quelles que soient les autorités dont on se prévale pour soutenir une idée, si elle est fausse, il faut tôt
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- ou tard qu’elle se rectifie pour faire place à une interprétation plus en rapport avec la vérité.
- Après avoir mûrement réfléchi sur cette grave question de la divinité du Christ, après l’avoir soumise au. contrôle sévère de ma raison loyalement interrogée, après avoir pesé les arguments des partisans et des adversaires de cette croyance, je réponds : Non, Christ n’est pas Dieu, et j’essaye de le prouver.
- La science astronomique nous apprend que l’infini est rempli de planètes comme celle que nous habitons, de soleils comme celui qui nous éclaire, et que leur nombre est plus grand que celui des grains de sable de la mer. Personne aujourd’hui, pas même les plus orthodoxes d’entre les catholiques, n’ose contester cette croyance à la pluralité des mondes.
- Si l’univers est peuplé de planètes comme la nôtre, cas mondes doivent bien servir à quelque chose ; il serait illogique, je dirai même absurde, de supposer que de tous ces astres, la Terre, qui est une des planètes les moins favorisées, tant sous le rapport du volume que sous celui des conditions climatériques, eut seule le privilège d’avoir des habitants.
- Si tous ces mondes, dont la quantité est innombrable, sont habités, il doit y avoir beaucoup d’humanités se trouvant dans les mêmes conditions que l’humanité terrestre, c’est-à-dire ayant manqué à l’observance de Dieu, et par conséquent ayant besoin d'un rédempteur.
- S’il n’y a qu’un seul Dieu en 3 personnes, le Père, le Fils, et le Saint-Esprit, comment ferez-vous, messieurs les catholiques, pour donner des Sauveurs à toutes ces humanités tombées. Ne sentez-vous pas la difficulté de diviser ainsi votre Dieu pour un rôle actif en une infinité de petites parties, sans compter ce que perd de son prestige le fameux mystère de la Rédemption, si l’on peut supposer que ce sacrifice, loin d’être un privilège accordé à notre terre, se répète tous les jours dans quelque coin de l’univers au profit des humanités tombées.
- Croyez-moi, chrétiens de toutes les communions, partisans de la Divinité du Christ, il n’y a qu’un moyen pour vous de perpétuer dans le monda cette croyance à laquelle vous tenez tant. C’est de faire reculer l’humanité de 10 siècles en arrière, d’anéantir ! toutes les conquêtes de la science, particulièrement de la science astronomique, et de ressusciter cette antique croyance qui dit que les étoiles sont des flambeaux allumés par la main de Dieu pour éclairer ta splendeur de nos nuits...........................
- Christ est un imposteur s’il n’est pas Dieu, m’objectent les partisans dé sa divinité. Nous ne basons
- notre foi que sur ses propres paroles rapportées par les Evangélistes, c’est dans les textes mêmes que nous allons chercher les preuves de sa divinité.
- Quoique je me défie des textes, qui ont été certainement altérés par les traductions, témoin certains passages qui pris à la lettre ne signifient absolument rien ou ont une signification ridicule, je consens à suivre mes adversaires sur ce terrain, et je leur dis : Je le veux bien, cherchons ensemble où est la vérité,
- Si Christ est Dieu, il a dû le formuler d’une façon nette, claire, ne prêtant à aucun'e équivoque, il a dû surtout ne.rien dire qui contredise cette assertion.
- J’ai beau chercher je ne vois nulle part cette déclaration formelle dans laquelle il affirme sa divinité. J'y vois bien quelques passages dans lesquels il se dit le fils de Dieu, où il dit être en relation directe avec lui et avoir reçu pleins pouvoirs de sa part, paroles qui témoignent de sa supériorité et non pas de sa divinité, je ne vois rien d’autrement précis ; mais en revanche, je trouve de nombreuses citations où Jésus déclare que Dieu lui est supérieur, qu’il est plus grand que lui.
- J’ai extrait des Evangiles les principaux passages relatifs à cette question, je les livre à l’appréciation de mes lecteurs.
- — Evangile selon Saint Mathieu. Ch. XIX, Y. 15.
- Alors un jeune homme s’approcha et lui dit : Bon
- maître, quel bien faut-il que je fasse pour acquérir la vie éternelle. — Jésus lui répondit : Pourquoi m’appelez-vous bon ? Il n’y a que Dieu seul qui soit bon.
- Les citations des 3 autres évangélistes sont identiques.
- — Evangile selon Saint Jean. Ch. X, Y. 44.
- Les Juifs lui répondirent : Ce n’est pas pour vos bonnes œuvres que nous vous lapidons, mais parce qu’étant homme, vous vous faites Dieu. — Jésus leur répartit : Si dans votre loi on appelle dieux ceux à qui la parole de Dieu était adressée, et que l’Ecriture ne puisse être détruite, pourquoi dites-vous que je blasphème, moi que mon père a sanctifié et envoyé dans le monde, parce que j’ai dit que je suis le fils de Dieu.
- — Evangile Saint Jean, Ch. XX, V. 17.
- Jésus lui répondit : Ne me touchez pas, car je ne suis pas encore monté vers mon père, mais allez trouver mes frères, et dites-leur de ma part : Je monte vers mon père et votre père, vers mon Dieu et votre Dieu.
- — Evangile selon Saint Jean. Ch. XVII, V. 3.
- La vie éternelle consiste à vous connaître, vous qui êtes le seul Dieu véritable, et à connaître Jésus-Christ que vous avez envoyé.
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- — Evangile selon Saint Jean. Ch. XIV, V. 28.
- Si vous m’aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je m’eü vais à mon père, parce que mon père est plus grand que moi.
- Tous ces passages extraits des Evangiles viennent attester que Christ n'est pas Dieu. Ainsi, de par Jésus lui-même, l’Eglise est prise en flagrant délit d’erreur, il a eu beau s’en défendre, on l’a fait Dieu malgré lui.
- Christ Dieu, est un être ridicule, incompréhensible. Qui peut comprendre les souffrances d’un Dieu ? Quel mérite a-t-il à faire le bien ?
- Christ homme, au contraire, nous apparaît comme un être éminemment supérieur; il plane au-dessus de l’humanité tout entière; il adroit à notre vénération et à notre reconnaissance. Il est venu remplir sur la terre une mission moralisatrice ayant pour but de faire avancer l’humanité. Il possédait au plus haut degré l'amour de tous ses semblables ; il est venu apporter aux hommes des paroles d’amour, de paix et de progrès, il détruisit l’esclavage, proclama l’égalité des hommes, et leur enseigna le respect qu’ils se doivent les uns aux autres. C’est une des plus grandes figures dont l’humanité ait gardé le souvenir ; il mérite notre admiration et nous devons vénérer sa mémoire.
- Edmond Bourdain.
- FAITS POLITIQUES & SOCIAUX DE LA SEMAINE
- FRANCE
- Les ballottages ont donné les résultats que chacun prévoyait avant le scrutin ; ils ont renforcé la majorité républicaine et sensiblement amoindri les éléments de l’opposition monarchique. La droite a, en effet, éprouvé des pertes aussi sensibles par le nombre que par l’autorité des personnages éliminés de la nouvelle Chambre; elle perd dix sièges : MM. Godelle, baron Haussmann, baron Jérôme David, comte de Bouville, Charlemagne, Gaslonde, Combes, prince d’Aremberg, marquis de Val-fons et baron de Klopstein ont définitivement échoué et sont remplacés par des républicains. Ceux-ci perdent deux sièges; ceux de MM. Fleury, député sortant de Cosne, et M. Morel, député sortant du Puy, battus, le premier, par M. de Bourgoing, impérialiste, et, le second, par M. de Kergorlay, monarchiste.
- En résumé, sur 64 sièges disputés au scrutin de ballottage de dimanche ou compte 56 députés républicains et 8 monarchistes dont 5 bonapartistes.
- Gela donne comme composition oe la nouvelle Chambre :
- Zi57 Républicains 45 Bonapartistes 45 Monarchistes
- 547
- Les élections des Colonies qui seront très probablement républicaines ajouteront dix sièges de plus au contingent républicain.
- Si l’on fait le décompte des diverses nuances, on trouve 206 députés de l’union républicaine, 168 de la gauche, 46 de l’extrême gauche, radicaux et intransigeants, et 44 du centre gauche. -
- En y comprenant l’Algérie, 47 départements ont une représentation absolument républicaine, 19 n’ont qu’un député de droite; dans 21, la gauche est en majorité* dans 7, les membres de la droite l’emportent sur ceux de la gauche : ce sont la Charente, les Côtes-du-Nord, le Gers, la Loire-Inférieure, le Maine-et-Loire, le Morbihan et la Vendée.
- Sur 10,179,345 inscrits, 7,181,443 ont été aux urnes 2,997,902 se sont abstenus. Ce chiffre est supérieur a celui de 1877.
- En résumé, la gauche gagne 72 sièges, la droite en perd 56.
- ¥ *
- « Le 8 octobre prochain, la ville de St-Quentin (Aisne) célébrera l’inauguration d’un monument superbe érrné en l’honneur de'ses concitoyens, qui r poussèrent victorieusement un corps de troupes allemandes dans la journée du 8 octobre, et en l’honneur aussi des braves soldats qui luttèrent, dans une bataille fameuse, contre des forces trois fois supérieures, le 19 janvier 1871.
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- Promesses «de mariage. — Les promesses de vente valent vente, les promesses de mariage ne valent rien.
- En vertu de cette licence, combien d’hommes malhonnêtes se font un jeu de briser le cœur et l’avenir de pauvres filles. En voici encore une, Marie Hibout, excellente ouvrière, qui, abusée par les promesses de mariage d’un bandit masculin, vient de se donner la mort.
- L’époque du mariage de Marie Hibout avait été fixée au mois de septembre. Elle avait acheté sou trousseau et négligé un peu ses pratiques pour le confectionner. Elle y mettait un bonheur et une ardeur facile à concevoir On l’avait bien prévenue que son prétendu avait d’autres idées, mais elle s’était refusée à croire à ces bruits, qu’elle attribuait à la méchanceté de ses voisins.
- Hier, comme elle travaillait, le concierge lui monta une lettre.Elle l’ouvrit etlalut. C’était un faire-part du mariage de son fiancé avec une autre jeune fille. Elle sortit aussitôt et rentra chez elle deux heures après. Le concierge remarqua qu’elle avait une allure peu ordinaire et allait monter jusqu’à sa chambre, au quatrième étage, lorsqu’il entendit le bruit de la chute d’un corps sur le pavé de la cour.
- Il y courut et trouva Marie Hibout étendue sur le sol, la tête fracassée. Elle était morte sur le coup. Elle venait de se jeter parla ienêtre de sa chambre.
- Nous en sommes certains, la justice ne recherchera pas l’assassin de Marie Hibout. il est permis aux hommes d’assassiner les femmes quand c’est i>our s'amuser.
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- 3L© programme <cï« futur* cabinet. — Nos lecteurs savent que nous mettons au-dessus de tout les questions sociales qui ont pour objet l’amélioration du sort des masses. Là est l’intérêt fondamental, là est la véritable science du gouvernement, là est l’avenir de l’ordre contre la révolution.Ce n’est pas dans les repaires de la démagogie qu’il faut aller combattre les fauteurs d’anarchie, c’est dans les souffrances trop réelles des classes laborieuses et dans les régions effrayantes du paupérisme.
- Pour la première fois, dans ses discours et dans ses manifestes, M. Gambetta a abordé résolument le problème social, et nous avons applaudi sans réserve. S’il veut arriver au pouvoir pour le résoudre dans l’esprit élevé de cette doctrine humaine et libérale dont nous nous sommes depuis si longtemps constitués les défenseurs, qui n’est pas la doctrine sans entrailles du
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- « laisser-faire », mais qui impose à l’Etat ]a loi suprême de satisfaire aux besoins de tous ceux qui travaillent et de remédier aux maux de tous ceux qui soufï'reut, il nous trouvera prêts â seconder ses efforts.
- Mais il faut faire de cette étude la grande, la principale préoccupation du gouvernement et des Chambres. Il faut la faire passer avant toute affaire de parti. Il faut sacrifier sans hésiter à cet immense intérêt public la politique de combat et de passion. La guerre a la misère et à l’ignorance fera, pour la consolidation de la République et pour la popularité de l’homme d’Etat qui l’entreprendra résolûment, bien plus que la guerre au cléricalisme, lequel n’est plus redoutaDle, et la guerre aux partis monarchiques, qui sont définitivement vaincus.
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- !L«. T-nnissie et l’ÆJgçéirie. — La situation se complique de plus en plus en Tunisie et en Algérie, — et malgré les correspondances optimistes des journaux ministériels, il apparaît aujourd’hui, d’une façon bien évidente, que nous sommes à la veille d’une des insurrections les plus graves que nous ayons eu à combattre.
- Quand la période électorale était dans toute son acuité, on a soigneusement arrêté toutes les dépêches compromettantes; les envois de troupes ont été retardés.
- Mais aujourd’hui il faut bien que la vérité se fasse jour! La Tunisie est tout entière en insurrection : nous ne sommes plus maîtres que de la place même occupée par nos troupes. Il y a des bandes d’insurgés aux portes même do Tunis.
- On lit dahs le Temps :
- Les dépêches de Tunis établissent une fois de plus la nécessité absolue d’envoyer des renforts dans la Ré gence. Le corps expéditionuaire est certainement insuffisant pour une offensive vigoureuse, qu'il est indispensable de prendre pour empêcher que l’insurrection ne i se généralise. Les indigènes sont parfaitement renseignés sur notre effectif en Tunisie ; ils ont constaté la faiblesse numérique des colonnes de marche ; ils ont vu la colonne Corréard, malgré les deux combats heureux qu’elle a livrés, rétrograder jusqu’à Hamman-Lif, aux portes de Tunis ; ils savent que les partis insurgés circulent librement entre nos colonnes, ne permettant plus d’expédier un convoi sans escorte, et poursuivant nos courriers jusque dans la banlieue de Tunis et de la Gou-lette. Ces faits, bien connus des indigènes, encouragent les rebelles et amèneraient dans un temps donné la défection de tribus soumises. De plus, l’appel, dans la région de Tunis, de troupes postées ailleurs, pourrait déterminer le soulèvement du pays évacué par elles. A tous les points de vue, il faut donc prendre l’offensive, et pour cela, il est nécessaire d’accroître sérieusement l’effectif du corps expéditionnaire. On ne doit pas l’oublier; nous nous trouvons en présence d’une insurrection qui peut devenir générale en Tunisie, qui le deviendra certainement si nous ne sommes pas en force, et qui sera d’autant plus longue et difficile à vaincre que nous aurons plus longtemps tardé à frapper de grands couqs.
- En Algérie, les incendies, les attaques à main armée se multiplient.
- La surface dévastée parles incendies, dans la province de Constantin^, est évaluée à 80,000 hectares, qui n’étaient, en majeure partie, couvert que de broussailles, Toutefois, pour éviter le danger permanent qui résulte de leur présence aux abords des forêts, les indigènes vont être éloignés.
- Ceux qui justifieraient de droits réels recevront soit une indemnité en argent, soit une compensation en terrain.
- Un arrêté du gouverneur général, pris conformément aux délibérations du conseil gouvernemental, prononce la mise sous séquestre des biens des indigènes occupant des zônes forestières de Jemmapes et de Bougie.
- Indépendamment de cette mesure, les indigènes dont J la culpabilité aura été établi, seront déportés. 1
- ! Le caporal Bourbier, les zouaves Blondeau -A Cléret, | faisant partie d’un détachement chargé de combattre les incendies à l’Oued-Zen, ont été entourés par les flammes et brûlés vifs.
- Les obsèques de ces trois infortunés, victimes de leur dévouement, ont eu lieu avec une grande solennité. C’est une catastrophe épouvantable.
- SENEGAL
- La France annoDce que des nouvelles désolantes du Sénégal ont été reçues à Bordeaux.
- La mortalité dans notre colonie ne fait qu’augmenter. La maladie atteint indifféremment les Européens et les indigènes, qui en étaient indemnes dans les épidémies ordinaires.
- On ne parle plus seulement de fièvre jaune ; le mot de « peste > a été prononcé Aussi la terreur est-elle à son comble.
- Le steamer Tamesi a emporté 40 passagers pour la France, et le Gondé 100.
- Le voilier Danube, en expédition, est assailli de demandes de passage.
- Quoique la Gorée n’ait pas encore été atteinte par le fléau, la panique commence à la gagner.
- ANGLETERRE
- Sous ce titre : Le droit contre la force brutale, M Brad-laugn vient d’adresser au peuple anglais une longue proclamation que le Times reproduit en entier.
- Le député de Northampton proteste de nouveau contre la violation, qui a été faite en sa personne, des droits de ses commettants, et il annonce qu’au début de la prochaine session, il se représentera devant la Chambre des communes. Rappelant les 300 meetings qui l’ont approuvé, les 330,000 citoyens qui ont adressé au parlement un total de 1,088 pétitions, il s’écrie : « Je demanderai au peuple anglais : Youlez-vous me voir une fois encore expulsé de votre Chambre par la force brutale ? J’en appelle à vous pour me protéger contre une violence illégale. »
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- Le chemin de fer & ciel ouvert sur la Manche. — Nous avons à plusieurs reprises parié des études et expériences faites en vue de l’établissement d’un chemin de fer sous-marin qui relierait ensemble la France et l'Angleterre; mais ce n’est pas là le seul plan qui ait été conçu dans ce but, il y en a deux autres consistant, le premier, en un chemin de fer tubulaire reposant même sur le fond du détroit, et le second en un pont à ciel ouvert sur la Manche.
- Le promoteur de ce dernier projet, M.Vérard de Sainte-Anne, dans une entrevue qu’il vient d’avoir avec notre ministre des travaux publies, a pu donner à M. Sadi-Carnot des détails fort intéressants sur les moyens que l’on compte employer pour la réalisation de cette œuvre grandiose, et l’a, paraît-il, convaincu de la possibilité de l’accomplir promptement et avantageusement.
- Les moyens pratiques sont ainsi déterminés. On a d’abord cherché à reconnaître, de 100 à 200 mètres de distance, la nature et la solidité du fond de la mer, qui doit servir de base aux travaux de construction ; puis on a étudié les profondeurs diverses du détroit partagées en trois zones distinctes, les positions et vitesses des courants de flots et de jusants, ainsi que les courants et force des vents.
- Enfin, on a déterminé la longueur et la largeur des bancs de roches, situés au centre du détroit, leur élévation exacte aux basses marées, les points d’appui matériels et la solidité qu’ils présentent pour la construction de la voie.
- On a pu ainsi s’assurer que, pour les trois quarts du parcours, la moyenne des profondeurs est inférieure à 21 mètres, c’est-à-dire que sur une longueur de 39 kilomètres de parcours total, 27 kilomètres et plus restent, comme profondeur, dans les limites de deux atmosphères.
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- La deuxième zone comprend les profondeurs de 30 à 30 mètres ; sa largeur est de 8 kilomètres, et la moyen ne de sa profondeur est de 96 mètres ou trois atmosphères et demie.
- La troisième zone, qui a une longueur de 3 kilomètres et demi seulement, contient les fonds maxima de 50 à 53 mètres.
- Pour cette dernière section, afin d’atténuer sa profondeur et la réduire au besoin à trois atmosphères, on a arrêté en principe rétablissement d’un radier; mais des ingénieurs et des entrepreneurs d'une grande expérience pour les travaux en mer sont d’avis que, vu la solidité du fond du détroit, on peut, à l’aide de l’air comprimé, établir directement sur la roche la base des piles et se passer ainsi de radier.
- La Chambre va être, du reste, appelée dans quelques jours à discuter cette importante question d’un chemin de fer à ciel ouvert sur la Manche, et nous verrons quels seront les arguments invoqués pour ou contre le projet dont nous venons de parler.
- ALLEMAGNE
- Le princede Bismarck sévit plus que jamais contre le parti socialiste. Les expulsions deviennent de plus en plus nombreuses, une certaine agitation se répand dans, les grands centres.
- D’après la Gazette de Cologne, le maréchal de Moltke vient d’adresser aux autorités militaire une circulaire portant que les entrepreneurs chargés d’exécuter des travaux pour l’administration de l’armée, ne doivent employer aucun ouvrier faisant partie des associations interdites par la loi contre les socialistes.
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- Les avances de l’Allemagne. — Sous le titre de « l’Entente franco-allemande »,ia Gazette d'Augs-Oourg, qui est un organe important d’outre-Rhin, publie un article qu’il convient de remarquer, et dont les tendances générales répondent'aux préoccupations des hommes politiques plutôt qu’aux sentiments des masses. Nous signalons à nos lecteurs les passages suivants :
- L’alliance de l’Italie avec l’Autriche ne saurait être défensive, puisque personne ne menace l’Italie. . . .
- Entre les diverses nations européennes, il en est peu qui soient disposées à faire de la grande politique. La Russie est tout entière à son panslavisme, les Italiens comme les Anglais ne semblent accessibles qu’à des considérations égoïstes. L’Autriche-Hongrie, par la diversité de sa population, est empêchée de garder son indépendance dans les questions internationales. Les deux seuls Etats qui, abstraction faite des puissances de second ordre, puissent s’élever au-dessus d’une politique exclusivement nationale, sont la France et l'Allemagne................................................
- Il fallait, après la guerre de 1870, pour échapper aux menaces de revanche qui, à la longue, en compromettant la paix et la prospérité générales,eussent été insupportables, ou anéantir politiquement la France ou, puisqu’elle existait, la laisser grande,l’aider même à le redevenir. C’est ce dernier plan qui semble l’avoir emporté auprès du prince de Bismarck. Nous verrions sans aucune inquiétude politique, la France s’étendre des colonnes d’Hercule au canal de Suez. Pourvu que nos intérêts économiques fussent sauvegardés, nous n’aurions aucune jalousie pour cet accroissement de puissance, car nous n'aurions rien à craindre d’une France ainsi agrandie. Il est dans l’essence d’une puissance coloniale de devoir occuper à sa périphérie démesurée ses forces les plus précieuses.
- Les hommes d Etat français, tous les bons politiciens de ce pays savent parfaitement où. tend leur nouvelle politique étrangère, qui ne peut avoir de succès qu’avec l’appui de l’Allemagne. Bien plus, ce succès est assuré par nous. Car du moment que la politique allemande
- s’accommode d’une pareille entente, il est convenu qu’elle ne saurait agir qu’en toute franchise.
- Si les hommes d’Etat italiens tentaient donc de nous demander une alliance dirigée contre la République française, il nous faudrait les renvoyer à l’époque indéfinie où les Français perdraient l’esprit et préféreraient une guerre de revanche à l’empire de l’Afrique. En atténuant, il nous semble que l’entente franco-allemande devient Je plus en plus visible.
- Ce langage est clair ; le but n’est pas douteux : c’est l’Allemagne implorant l’alliance de la France républicaine.
- TJ» démocrate à, la, cour. — Lors de la rencontre de l’empereur d’Autriche avec le roi de Wurtem-bourg, dit la « N eue freie Presse»,on a beaucoup remarqué, dans la suite de ce dernier souverain,au milieu des uniformes chamarrés et des habits de cour constellés,un personnage simplement vêtu de noir, comme le roi, et ayant seulement la boutonnière garnie du rub<*n de l’ordre de Frédéric, connu sous le nom de « blauer Fritz. L’inconnu faisait sensation par son air fier et ses manières aisées. Renseignements pris, il n’était autre qu’un jeune américain, Richard Jackson, natif de l’Ohio : et actuellement lecteur de S. M. Charles de Wurtemberg.
- li s’était fait remarquera Stuttgard par sa fréquentation assidue des cours du Conservatoire. On crut qu’il avait la vocation du virtuose, mais il dérouta ces prédictions en entrant comme employé au consulat d’Amérique.
- Le jeune Jackson était devenu un homme formé,d’une stature imposante et d’une physionomie à la fois sympathique et décidée.
- On raconte sur l’origine de sa fortune à la Cour, qu’il s’était arrangé tous les jours de façon à rencontrer le roi pendant‘la promenade quotidienne de celui-ci, à un certain endroit du parc du château. Là, l’étranger saluait le souverain avec un respect si marqué, que ces coups de chapeau attirèrent l’attention, puis la sympathie du roi. Ces rencontres continuèrent sans autres incidents jusqu’au jour où le roi Charles accosta l’inconnu et lui offrit de le prendre à son service. Il se procura d’ailleurs d’excellents renseignemente sur le jeune homme.
- Bref, l’Américain entra à la Cour,seulement il eut soin de prévenir le roi qu’il n’entendait abdiquer son indépendance de citoyen de la grande république que pour lui seulement et qu’il n’obéirait à aucun ordre qui ne lui serait pas directement donné par Sa Majesté. Le roi accepta ees conditions, et M. Jackson fut nommé lecteur avee un traitement de 6,000 marcs et un appartement de cinq pièces au palais.
- Depuis son entrée à la cour il a gagné de plus en plus la confiance de son maître, qui se fait accompagner par lui et s’entretient familièrement avec lui en public.
- Et voilà comment un républicain Yankee put faire sa fortune au service d’un roi de la vieille Europe !
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- JLâ’ISxposTtion. cl® Yeaise. — L’ouverture de 1 l’exposition géographique internationale a été très bril-I faute.
- I M. Van Derbweck a prononcé un discours où il a 1 exprimé des sentiments de gratitude pour le roi d’Italie.
- La France est généralement admirée pour son exposition cartographique et ethnographique, ainsi que pour les produits de son industrie privée, et notamment ses mappemondes. On loue aussi ses ouvrages topographiques destinés à l’enseignement.
- L’exposition de l’Espagne ancienne et moderne est également appréciée. On remarque surtout ses nouvelles cartes militaires.
- L’Egypte, excite vivement l’intérêt par son exposiiion ! d’objets provenant de l’intérieur de l’Afrique, et spécia-* lement par la collection du voyageur Gessi.
- L’Autriche expose de magnifiques cartes militaires.
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- L’Allemagne également ; celle-ci est aussi remarquée pour ses instruments
- La Russie, pour ses cartes pédagogiques, ethnographiques et militaires.
- L’Angleterre, pour ses instruments, pour ses cartes, pour ses collections du bureau des Indes.
- La Belgique, pour ses ouvrages d'enseignement et pour ses cartes militaires.
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- L'homme le plus âgé, sans doute en Europe est un nommé Martin Basci, résidant dans la paroisse de Wysoka, près Trenschin (Hongrie).
- Basci est Slavon de naissance, il compte aujourd’hui 124 ans.
- Les hommes de soixante et soixante-dix ans disent se souvenir que, dans leur enfance Martin Basci était déjà presque un vieillard. Son âge ne lui a rien ôté de sa vigueur corporelle et de la fraîcheur de ses facultés. Depuis de longues années il vît chez l’aubergiste du village, fend le bois, porte de l’eau et soigne les bêtes.
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- On écrit de Constantinople à la Correspondance politique :
- Le sultan a interrompu presque entièrement ses relations avec les ambassadeurs et la diplomatie. La plupart des représentants étrangers ne le voient que pour lui remettre leurs lettres de créance. L’envoyé d’Espagne a dû attendre quarante jours avant d’être reçu. Le général Wallace, le nouvel envoyé des Etats-Unis de l’Amérique du Nord, attend déjà depuis plus d’un mois le moment de sa réception pour présenter ses lettres de créance. Cette année, comme toujours en pareille occasion, toutes les ambassades et légations ont fait demander dés cartes | pour pouvoir assister à la cérémonie du Baïram. Aucune mission n’a reçu les cartes demandées ; il a été répondu à chacune qu’il n’y avait plus de place.
- Le sultan est évidemment redevenu méfiant. Ces derniers temps, il est sorti deux fois en voiture pour assister aux cérémonies religieuses, et deux fois la'route qui avait été indiquée au cocher et au personnel de son escorte a été subitement changée à la dernière heure.
- RUSSIE
- Moscou capitale. — Il est décidé que le czar Alexandre III passera cette année, avec tonie la cour, 1a. plus grande partie de l’hiver à Moscou.
- Pour ne point trop mécontenter la capitale politique, le jeune empereur compte aller passer deux ou trois semaines à Saint-Pétersbourg ; mais il affiche de plus en plus l’intention de rendre à la capitale sacrée, à la ville sainte des vieux Russes, son antique importance.
- Cette résolution est généralement interprétée comme une preuve nouvelle que le souverain veut rompre sans retour avec tout l'entourage allemand par lequel son père s’était laissé envahir.
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- Le gouvernement russe fait tous ses efforts pour activer la construction des chemins de fer stratégiques de la Pologne. Il comprend que, dans le cas d’une guerre contre l’Autriche, il sera essentiel de pouvoir agir sur la Pologne autrichienne.
- Nous sommes loin du temps où l’on faisait consister l’équilibre de l’Europe dans l’alliance des trois empereurs. Les choses ont changé de face depuis la dernière guerre d’Orient. Etablie en Bosnie, l’Autriche aspire peut être à une suprématie dans la presqu’île des Balkans. Et la Russie, toujours les yeux fixés sur le Bosphore, voit quel ennemi elle aura dorénavant à combattre de ce côté.
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- Le service militaix*e «les chiens. — On
- fait en ce moment de très curieux essais dans plusieurs jj corps d’armée russes avec des chiens spécialement dres- \ ses comme doublures des sentinelles aux avant-postes. *
- Pendant la dernière guerre russo-turque, le général Yanuowski, aujourd’hui ministre de la guerre, avait en effet observé à plusieurs reprises la vigilance et le flair remarquanles d’un pet t chien‘de troupe, qui s’était adjoint comme volontaire à un détachement en reconnaissance.
- La nuit, quand les hommes, harassés, avaient du jrnal à résister à la somnolence, le chien, qui les avait vu placer, s’eu allait d’une sentinelle â l’autre, les tenant en éveil, faisant la ronde et donnant l’alarme au moindre bruit.
- De là l’idée originale, aujourd’hui à l’étude, de renforcer les avant-postes par des patrouilles canines, militairement éduquées.
- On expérimente aujourd’hui avec cinq races différentes, parmi lesquelles le chien-loup de l’Oural semble devoir donner le meilleur résultat.
- Ce qu’il s’agit surtout d’obtenir du chien, c’est un léger grognement en place de la pleine voix, afin que les bêles ne se déroulent point l’une l’autre
- De plus, on enseigne au chien l’exploration périodique de la campagne sur un signal donné, et dans une direction déterminée. A son retour il doit par son attitude tranquille ou inquiète, signaler la présence ou l’absence de l’ennemi.
- Chaque chien a son numéro d’ordre et un collier imperméable, pouvant au besoin contenir les dépêches. Chaque régiment aura sa meute.
- L’ÉCHEC DES CANDIDATURES OUVRIÈRES ET SOCIALISTES.
- Il importe de bien s’expliquer la cause de l’échec des candidatures ouvrières et socialistes dans les élections générales qui viennent d’avoir lieu (I).
- Çet échec témoignerait-il que la question sociale eût perdu de son importance ou de son actualité ? et qu’elle méritât moins de fixer l’attention de la nouvelle législature ? ^
- Ce serait grandement se tromper, je crois, que d’admettre une telle interprétation.
- La nécessité, l’urgence, de s’occuper de la recherche et de l’application des moyens de mettre un terme aux conflits toujours renaissants entre le travail et le capital, entre les ouvriers et les patrons, s’impose de plus en plus. Bien loin que la question sociale s’efface devant la question politique,- c’est, au contraire, celle-ci qui passe au second plan désormais, du moment que le triomphe de la République se trouve assuré chez nous. Or, le scrutin du 21 août, en éliminant de la chambre une soixantaine de députés monarchistes, a confirmé décisivement ce triomphe. Il ne tiendra qu'aux républicains de le rendre définitif, en gouvernant avec sagesse et en donnant satisfaction aux besoins de notre époque. Entre ces besoins, celui des réformes sociales occupe à coup sûr le premier rang.
- (1) La nomination d’un certain nombre d'intransigeants ne compense ni n’atténue cet échec, ceux-ci étant des politiciens radicaux et nullement des socialistes, encore moins des représentants de l’intérêt de l’ouvrier, quoique ce soient les voix vrières qui aient le plus contribué à leur élection.
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- Certes, la présence dans la Chambre, et d’hommes ayant étudié à fond le problème des rapports entre le capital et le travail ; et d'ouvriers que leur situation met tout particulièrement à même de sentir le vice de ces rapports tels qu’ils ont subsisté jusqu’à présent, serait chose à ia fois opportune et utile.
- Pourquoi donc les candidatures qui se sont posées à ce double titre ont-elles piteusement échoué et n’ont-elles réuni partout, sauf à Saint-Etienne, qu’un nombre de voix dérisoire ?
- C’est qu’en général, tous ceux qui se sont donnés pour les représentants de ces candidatures, sans apporter aucun plan acceptable, se déclaraient collectivistes, communistes, socialiste s-révolutionnaires, ne dissimulant pas leur intention d’employer au besoin la force et la terreur pour arriver à leurs fins.
- Avec la meilleure volonté du monde, avec les dispositions les plus favorable^ aux réformes sociales, on ne pouvait en conscience voter pour des candidats, qui par leurs doctrines tendent ouvertement à la spoliation, et qui se disaient résolus à tout mettre à feu et à sang pour réaliser leurs utopies indigestes.
- Si les adeptes du socialisme, si les ouvriers particulièrement veulent se faire ouvrir les portes de la Chambre, il faut qu’ils se présentent avec des programmes moins vagues et surtout moins menaçants que ceux qu’ils ont exhibés pendant la récente période électorale. La première condition de succès pour les futurs candidats ouvriers et socialistes, ce sera de répudier complètement et sincèrement tous les projets de revendication violente.
- Sans nul doute, le travail dans notre société manque encore des garanties qui lui sont dues.
- Nous ne sommes guère plus avancés sous ce rap-rapport qu’à l’époque (1791) où l’abbé Fauchet demandait « qu’à côté des lois en faveur de ceux qui possèdent, on voulût bien en faire en faveur de ceux qui n’ont rien. »
- Mais ce n’est point par des bouleversements nouveaux que pourront être obtenues pour le travail la protection, les garanties et la justice complète qu’il réclame avec toute raison et à bon droit : c’est par de meilleures combinaisons du régime industriel, par des combinaisons qui soient de nature à concilier et à mettre d’accord l’intérêt des travailleurs avec celui des patrons et des capitalistes. Or il n’y a, pour atteindre ce but, que le système de la participation des premiers aux profits des entreprises dans lesquelles ils apportent leur concours : système déjà essayé et pratiqué avec succès dans quelques grands établissements.
- Le législateur et le gouvernement n’ont pas qualité, il en faut bien convenir, pour trancher et régler ia question. Mais ils peuvent intervenir par des encouragements envers les particuliers qui prennent cette initiative et donnent ce louable exemple. La haute approbation des pouvoirs publics pourrait beaucoup pour provoquer, pour activer l’imitation. C’est ce but de l’union, de l’association des intérêts qu’il faut poursuivre, et non pas un retour impossible au morcellement de l’industrie et des ateliers, suivant le conseil donné par un correspondant du journal le Temps, d’après une particularité du scrutin dans la circonscription de Saint-Etienne.
- Voici ce que mande ce correspondant :
- o La ville de France où les socialistes ont remporté le succès relatif le plus marqué est Saint-Etienne. M. Amoureux a obtenu plus de 7,000 voix, tandis que M. Berlho-lon, son concurrent heureux, en a réuni 9,000 environ. Le succès relatif de M. Amouroux est l’œuvre des ouvriers mineurs, et son échec définitif est dû aux ouvriers passementiers. Voila une proposition intéressante : je m’explique.
- « 11 s’est passé au congrès ouvrier de Saint-Etienne un petit fait tumultueux, sans Importance au milieu de tant d’autres incidents bruyants. Un délégué ou deux furent exclus du congrès parce qu’ils employaient un ouvrier pour les aider dans leur petite industrie.
- « — Vous êtes des employeurs ! — Pas de patrons ! — Associez votre ouvrier, mais ne lui donnez pas de salaire. » Voilà ce que leur criaient les représentants des pures doctrines socialistes.
- « Ace moment,on vit beaucoup d’ouvriers passementiers de Saint-Etienne se lever et protester.
- « On sait que ces ouvriers possèdent pour la plupart un ou plusieurs métiers et que, lorsque les membres de leur famille ne peuvent suffire au travail, ils emploient à la journée des garçons passementiers ou des femmes qui n’ont pas encore les 2 ou 3,000 francs nécessaires 'pour acheter un métier et « se mettre à leur compte ».
- «Or, interdireau passementier propriétaire de plusieurs engins de travail de pouvoir les faire marcher, quand l’ouvrage abonde, en employant un ou deux ouvriers étrangers, c’est fermer pour ainsi dire l’avenir à cet honnête travailleur et lui ravir l’espoir tant caressé d'une petite fortune pour ses vieux jours. C’est l’égalité, mais dans la misère et le labeur incessant.
- « Nos ouvriers tisseurs n’ont pas voulu dès lors s’associer aux théories absolues émises au congrès de Saint-Etienne, et ils sont restés fidèles à M. Bertholon dont ils ont assuré le succès. On estime leur nombre à 5 ou 6,000.
- « Tout autre a été l’opinion des ouvriers mineurs. Ceux-là ne possèdent que leur pic, pas même leur lampe de sûreté. Ils entrent dans la mine pied nus avec les vête-! ments les plus sales qu’ils possèdent, en sortent affreu-* sement noirs avec un morceau de vieux bois sous le
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- bras pour faire la soupe, et une pièce de quatre ou cinq francs dans la poche. Rien ne les attache à leur métier, si ce n’est l’habitude et la difficulté de faire autre chose. Point d’espoir de petite fortune rapide. A peine quelques entreprises pénibles, au fond des puits, leur donnent-elles quelques gains. La longévité dans le métier est dérisoire. On est mécontent du caissier de secours. Bref, ces pauvres gens sont tout prêts à accueillir toutes les promesses trompeuses, toutes les réductions forcées des heures de travaille partage des mines et autres choses insensées, qu’un homme serait même impuissant à formuler à une tribune française. Voilà pourquoi les mineurs, les ouvriers de la manufacture, tous les travailleurs qui ont une journée et rien de plus, ont voté pour M. Amouroux, à qui il en coûtait fort peu de promettre, comme on dit ici, « plus de beurre que de pain ».
- « Ce sont aussi les mineurs de la circonscription de M. Crozet-Fourneyron (LaRicamarie etFirminy) qui ont donné la minorité à l’ancien secrétaire de la Chambre. Ils étaient également éblouis par les promesses d’Amou-roux, qui devait marcher sur la manufacture d’armes, descendre dans les mines, régenter tout et redresser tous les torts.
- « N’y a-t-il pas dans ce premier fait de l’ouvrier passementier, possesseur de ses outils, restant par cela même modéré en politique, et dans cet autre fait de l’ouvrier-manœuvre, simplement salarié, acceptant les yeux fermés toutes les utopies socialistes, n’y a-t-il pas, dis-je, dans ces deux faits, un enseignement précieux?
- « Je suis de ceux que la question sociale préoccupe et par métier et par goût. Eh bien, je n’hésite pas à penser que nous, républicains, nous devons nous approprier immédiatement cette partie excellente du programme socialiste qui consiste à demander la propriété des instruments de travail pour l’ouvrier. Le métier à tisser, la machine à coudre, l’étau du petit fabricant d’armes en chambre nous ont donné des voix modérées au scrutin du 21 août, ne l’oublions jamais.
- « J’estime s?ns paradoxe que les petites machines motrices, les petits appareils électriques à la portés de tous, les piles, etc., feront plus pour la politique progressive que tous les discours. La division de la propriété des instruments de travail est appelée à jouer le même rôle en France que la division de la propriété de la terre. C’est un principe modérateur.
- « Voilà l’idée unique que j’ai voulu mettre en saillie dans cette lettre en m’appuyant, comme je m’en suis fait une loi, sur une chose exacte, sur un vote récent. A nos hommes d’Etat d’aviser. »
- L’explication de ce qui s’est passé à Saint-Etienne dans le vote des deux catégories d’ouvriers de cette région est tout à fait plausible, et doit être parfaitement juste. La déduction qu’en tire le correspondant du journal n’en laisse pas moins beaucoup à désirer.
- Et d’abord, n’y a-t il donc rien à faire, rien à tenter pour que ces ouvriers mineurs dont il nous dé-
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- I peint la condition misérable, puissent être aussi, eux,
- ; par des améliorations apportées à leur sort, détournés de donner leurs voix à des gens qui leur promettent des choses impossibles, aux candidats, en un mot, de la subversion sociale? Ne pourrait-on leur créer un intérêt dans les rudes et périlleux travaux qu’ils exécutent et les rattacher ainsi à la cause de l’ordre ?
- En second lieu, la prétention de ramener l’industrie à cet état où chaque ouvrier avait son atelier propre et travaillait isolément ou bien avec le concours d’un ou de deux compagnons, est en contradiction directe avec la marche du mouvement industriel à notre époque. Si pareille disposition est applicable au tissage de certaines étoffes et à la confection des rubans, elle serait tout à fait impossible dans les industries qui exigent un ensemble d’actions coordonnées, le concours de nombreux coopérateurs. Comment, je le demande, conçoit-on que pourrait s’exercer en petit l’extraction de la houille, la métallurgie, etc. ? La grande industrie, c’est une donnée qui s’impose et qu’il n’est au pouvoir de personne de changer. Il faut s’arranger pour vivre avec elle et trouver moyen d’intéresser l’ouvrier au résultat de de la tâche qu’il est chargé d y remplir. Pour cela, toujours même recette : Participation aux bénéfices, association, association dont le principe, quand on voudra bien s’enquérir sérieusement des moyens de l’appliquer, s’adaptera fort bien à toutes les variétés de travaux à accomplir.
- J’ai entendu exposer, dans des conférences, par M. Tolain et par M. Corbon entr'autres, qui d’ouvriers sont devenus aujourd’hui sénateurs, comment, grâce à la simplification, à la réduction du prix des moteurs à la vapeur ou même électriques, ils espéraient que les petits ateliers de famille pourront lutter sans désavantage contre les gigantesques usines montées par de puissantes compagnies financières. C’est là, suivant mon humble avis, une pure illusion.Autant vaudrait soutenir qu’avec des soldats isolés ou avec de simples escouades sans aucun lien entre elles, un pays pourrait se défendre contre les grandes armées, fortement organisées, des Etats voisins.
- Le morcellement industriel, quelques efforts de raisonnement qu’on fasse pour en soutenir la cause, à très bonne intention, je l’accorde, mais par des motifs plus ou moins spécieux; le morcellement, dis-je, a fait son temps. La démocratie ne réussirait pas à en prolonger l’existence: elle n’y a d’ailleurs aucun intérêt; son avenir est tout entier dans l’association, et pas ailleurs.
- Ch. Pellarin.
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- LE DEVOIR,
- VOYAGE AUTOUR DU FAMILISTÈRE
- VII
- Connaissez-vous, cher lecteur, quelque chose de plus fatiguant que de rester immobile debout, comme nous faisons depuis déjà pas mal de temps ? Moi, j’aimerais mieux faire une longue marche dût-elle durer le double, qu’une station de ce genre ; aussi, il me semble que vous devez éprouver comme moi le besoin de quitter cette cour centrale, où, d’ailleurs nous n’avons plus grand chose à voir, pour circuler un peu dans les autres parties du Familistère. Tournons donc à gauche, si vous le voulez bien, et dirigeons-nous vers l’aile la plus rapprochée de nous, l’ancien familistère, comme le nomment les habitants, parce qu’elle a été construite la première.
- Car, il faut bien que vous sachiez que cet admirable établissement n’a point été bâti tout d’une pièce. Je ne sais pas au juste si le plan en a été conçu d’un seul jet, mais je sais que des années se sont écoulées entre l’édification de chacun des trois bâtiments qui le composent.
- Il est des natures bien équilibrées, prudentes et pleines de sagesse, qui savent n’avancer qu’au fur et à mesure qu’elles sentent que le terrain est solide sous leurs pieds ; mais il en est d’autres, et j 'en connais très intimement, qui ne comprennent les choses que complètes, et qui ne peuvent supporter une œuvre inachevée. Tant que leur plan n’est pas entièrement exécuté, ces derniers ne vivent pas ; ils sont impatients, agacés, nerveux, et leur existence, dans ces conditions, est un véritable tourment. Aussi n’y pouvant tenir longtemps, ils se lancent en avant un peu à l’aventure, et le plus souvent ils vont se casser la tête contre l’obstacle, ou s’embourber dans un sol mouvant.
- Les premiers, au contraire, marchent beaucoup plus lentement mais plus sûrement aussi, et ils réussissent presque toujours à atteindre le but, plus vite même que les autres. C’est en somme l’histoire du lièvre et de la tortue du bonhomme.
- Le fondateur du Familistère a procédé avec pru -dence, et il su attendre le temps nécessaire pour mener son œuvre à bonne fin ; il voulait démontrer, par le fait accompli, toute la puissance du travail, car c’est à sa seule coopération qu’est due la complète réalisation de l’idée qu’il voulait mettre en pratique. Mais que d’énergie, que de persévérance il lui a fallu déployer pour cela ! Il est, je crois, fort difficile de s’en faire une idée exacte.
- Sans parier des objections plus ou moins sensées, des critiques inévitables autour de toute entreprise importante quelle qu’elle soit, il se trouva dès le commencement en butte à la jalousie, à l’abjecte envie et à la méchanceté. La création du Familis-
- itère, qui pourvoyait aux besoins des ouvriers de Fusine, fut vue d’un œil jaloux par l’administration municipale de Guise, dont les édifices étaient écrasés par la masse imposante du Nouveau Palais du Travail, par les propriétaires dont les logements inoccupés baissaient de prix, et par les commerçants, aux intérêts desquels les magasins établis dans le Familistère portaient une grave atteinte, en diminuant leur clientèle.
- A ces adversaires intéressés de l’entreprise se joignirent les sots, qui ne peuvent admettre ce qu’ils sont incapables de comprendre, les ennemis politiques du fondateur, êtres avilis par le servilisme monarchique, et même les indifférents, toujours portés à écouter les calomnies dictées par la malignité publique et à les propager, uniquement pour le plaisir de faire du mai.
- Toutes ces mauvaises volontés coalisées révèrent mieux qu’une opposition platonique ou non ; elles n’eurent plus qu’un but : l’écrasement de l’entreprise. Quel zèle, quelle constante activité, et quels efforts incessants elles mirent en œuvre pour satisfaire ainsi leur haineuse envie î Rien ne fut épargné, les tracasseries les plus mesquines, les ennuis de toute sorte, les calomnies les plus absurdes, tous les moyens étaient bons, et les manœuvres les plus basses ne furent même pas dédaignées,
- Impuissants toutefois contre l’industriel et l’homme public, c’est dans son entourage même que l’on chercha des alliés. « Parmi les personnes qui m’entourent, dit-il lui-même dans « Solutions sociales », on ne comprenait que l’économie étroite, le cumul de l’argent, et la passion des propriétés en terre ; l’entreprise du Familistère était bientôt considérée comme une folie et devenait un sujet d’amères critiques intérieures, dont mes ennemis surent tirer tout le parti possible pour me nuire. La malignité publique , surexcitée par toutes ces causes , sut bientôt semer l’esprit de désunion dans mon entourage, et tourner contre moi des personnes sur l’af-| feetion desquelles je devais le plus compter. »
- C’est en exploitant ces sentiments étroits, qui ne vibraient point à l’unisson des siens, qu’on parvint à lui susciter des entraves sérieuses, en provoquant des procès longs et pénibles, des litiges douloureux,
- ; qui aboutirent à des sacrifices moins onéreux qu’in-i justes.
- Mais malgré tout cela, il triompha de tous ses
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- ennemis, et il accomplit son oeuvre. Et son œuvre a prospéré, et nous l’admirons ensemble aujourd’hui.
- Savez-vous, ami lecteur, que pour celui qui la contemple sans parti-pris d’aucune sorte, l’humanité, en somme, est une triste chose ? Aussitôt qu’un de ses membres, sortant de la route battue, s’élève par quelqu’invention utile, par quelqu’œuvre grandiose, c’est à qui lui courra sus, criant haro et s’essoufflant sottement à le poursuivre.
- Un de mes amis, originaire d’un des pays les plus arriérés de nos départements de l’Ouest, me racontait que dans son village tout homme dont l’instruction dépasse la somme ordinaire des connaissances fort restreintes des habitants, est considéré comme un sorcier, et, comme de raison, on ne tarde pas à lui rendre le séjour de la localité insupportable. On lé fuit, on l’évite avec soin, et par tous les moyens possibles on lui manifeste la répulsion qu’il inspire. S’il a le malheur de porter un livre sous son bras, ce volume, fut-il un simple roman, ou même un dictionnaire, devient aussitôt le grand Albert, le dragon rouge ou toute autre faribole de ce genre. Or, songez donc, les anciens du pays se souviennent d’avoir vu des hommes portant de ces sortes de livres emportés tout à coup par l’Esprit malin. Ils l’ont vu, Monsieur, ils l’ont vu comme je vous vois.
- Ce que le lettré est pour ces villageois stupides, l’homme aux grandes idées, aux sublimes conceptions, aux nobles sentiments l’est pour l’humanité. Elle en prend ombrage, et elle s’en fait instinctive--ment l’ennemie. Galilée est jeté en prison, Jean Huss meurt sur un bûcher comme Jeanne d’Arc et Savonarole, et ceux qui vantent les prouesses d’un Napoléon tournent Fourrier ou Allan Kardec en ridicule, et élèvent des statues à M. Thiers ou à M. de Morny.'Heureux encore ceux dont l’humanité se contente de rire.
- Le grand penseur, l’éminent philanthrope à qui les travailleurs doivent la création du Familistère fut abreuvé de dégoûts dans le cours de son entreprise,et s’il eût été un homme ordinaire,il y eut mille fois renoncé avant sa complète réalisation. Mais de même qu’il démontrait par le fait la puissance du travail, il prouva par ses actes toute la force de la volonté de l’homme, que rien ne peut détourner de son but.
- Je vous ai cité des journaux qui ont parlé de cette institution, et qui l’ont appréciée à sa juste valeur. Je ne vous ai certainement pas nommé tous les organes de la presse qui en ont fait mention avec de justes éloges, et à la liste que j’en ai donnée j’aurais pu en ajouter une plus longue encore. Vous n’êtes pas sans avoir remarqué que c’est surtout à
- l’étranger que l’entreprise a été sainement appréciée ; mais cela ne doit point nous surprendre, car nous savons depuis longtemps que si nul est prophète en son pays, c’est surtout en France que cela est vrai.
- De tous temps les inventeurs, les grands initiateurs Français ont été forcés de porter leurs inventions en Angleterre ou aux Etats-Unis, pour les voir accueillir ensuite dans leur pays. A l’étranger, l’on apprécie mieux que chez nous les innovations utiles et pratiques.
- Cette justice qu’il a trouvé en Angleterre, en Amérique et ailleurs pour son œuvre, a-t-elle consolé le fondateur du Familistère des injustices et des mauvais procédés de ses concitoyens et de ses proches ? Je ne le crois pas, chez un homme de cœur il est des blessures qui ne se cicatrisent jamais.
- Mon Dieu, lecteur, que vous avez de mobilité dans vos impressions ! Voilà qu’en passant votre attention semble attirée par cette grande pancarte collée sur le tableau placé à la porte de l’Epicerie. Un rien vous distrait, la moindre chose vous attire ; véritablement, vous êtes insupportable. Cette affiche est une liste des enfants des écoles qui se sont le plus distingués dans leurs études, et l’on a soin de la placarder de la sorte, parce que cette publicité est pour eux un stimulant des plus efficaces.
- N’est-ce point toujours par l’amour-propre, par la vanitée flattée que l’on mène le plus sûrement les hommes ? Que de choses la plupart d’entre eux ne font-ils pas pour un simple bout de ruban, à la possession duquel de grands honneurs sont attachés ? J’en connais qui, pour en avoir, ont dépensé plus qu’un honnête ouvrier ne peut gagner dans une année entière. L’enfant, diminutif de l’homme, est très accessible à ce sentiment de vanité qui, après tout, est louable lorsqu’il provoque une noble émulation.
- Cette liste nous fait connaître en même temps le nombre d’élèves qui fréquentent actuellement 1 chaque classe. Ainsi, pour la première, suivie par les enfants de douze ans environ, elle acuse 41 élèves. Dans la deuxième, où l’on compte 38 élèves, on reçoit les enfants de huit à dix ans. La troisième qui est accessible aux enfants de six à huit ans nous fournit 46 noms, et enfin nous voyons que 80 enfants au-dessus de 4 ans composent aujourd’hui la quatrième classe qu’on nomme aussi l’asile ou bambi-nat.
- Vous vous arrêtez maintenant devant l’épicerie... Est-ce que vous voudriez y entrer. Mon Dieu, quel ; flâneur que cet homme ! Encore s’il y avait un. siège
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- quelconque, cela pourrait passer ; mais vous tenir ainsi constamment sur vos jambes, c’est un vrai supplice. Enfin,, que faire? Il faut bien vouloir ce que Ton ne peut empêcher. Allons, bourreau, regardez, ne vous gênez pas, je suis trop esclave de la politesse d’une part, et de mon devoir de l’autre, pour vous planter là, comme j’en aurais envie, si je n’écoutais que ce que X. de Maistre appelle la bête... Etudions donc ce magasin.
- A l’entrée, en face la porte, une cage vitrée où se tient la caissière. Tout le tour de la pièce, des casiers garnis de toutes espèces de marchandises, dont nous n’allons pas j’espère donner la nomenclature, et des comptoirs derrière lesquels cinq ou six jeunes femmes s’empressent à servir l’acheteur. Ici, il n’y a point d’article à faire, point de prix à débattre; il n’y a qu’à demander ce dont on a besoin, et donner son nom ; la vendeuse l’inscrit sur un bulletin que vous remettez à la caisse, où vous payez votre achat. C’est simple et prompt, et en vous retirant vous savez que vous n’avez point été surfait.
- O lecteur ennuyeux, êtes-vouscontent? Pouvons- ; marcher maintenant? Oui ; Ah ! ce n’est pas malheureux enfin • Si cela eût duré encore quelques minutes, je crois, ma foi, que mes membres ankylosés m’auraient refuse le service . Allons , marchons. ..
- [À suivre.)
- CONFÉRENCES SOCIALES EN SUISSE
- Nous lisons dans un journal de Lausanne, l’avis suivant :
- « Le 31 août une conférence familière a été donnée, à la demande de quelques personnes, au cercle de Beau-Séjour, par M. Godin, fondateur du Familistère de Guise. M. Godin a montré les nombreux avantages que présentent les habitations unitaires aux divers points de vue de l’économie, de la sauté, du confortable et de la vie intellectuelle et morale. Le vif intérêt qu’a provoqué ce trop court entretien a engagé les auditeurs de M. Godin à lui demander une conférence publique, qu’il a bien voulu accorder aux habitants de notre ville, et qui aura lieu vendredi 2 septembre, au Musée Industriel, à 8 h. du soir.
- Nous espérons que le public lausannois saura mettre à profit la bonne fortune qui lui sera offerte d’entendre un des hommes les plus compétents et les plus dignes d’être écoutés au sujet des graves problèmes qu’agite la société contemporaine, et notamment la possibilité de fournir à la classe laborieuse une habitation aussi confortable que celle du riche. »
- Nous trouvons, en outre, dans la Revue autre journal de Lausanne, dans le n° du 3 septembre l’en-trefüet qui suit :
- Conférence. — « Le temps nous manque aujourd’hui pour rendre compte de la remarquable
- conférence qui, malgré le mauvais temps, avait attiré hier, au Musée Industriel, un auditoire nombreux et sympathique. Disons seulement que M. Godin* le généreux fondateur du Familistère de Guise, où tant de travailleurs ont trouvé, depuis plus de vingt ans tous les équivalents de la richesse et toutes les ressources de la vie morale, a réveillé dans l’assemblée par sa parole émue, les nobles sentiments de fraternité qui l’ont toujours inspiré lui-même. De chaleureux applaudissements ont témoigné de l’accueil fait par son auditoire aux idées de philantropie pratique qu’il exposait avec l’autorité d’une longue expérience et d’un succès croissant. Ces idées ne peuvent être exposées en quelques lignes, et nous leur accorderons prochainement la place qu’elles méritent espérant que l’exemple de tant de bien accompli pourra donner quelques résultats utiles pour les habitants de Lausanne. »
- Nous espérons donner prochainement le texte de ces conférences aux lecteurs du « Devoir. »
- Le Directeur-Gérant : GODIN.
- L’Association du Familistère de Guise demande les employés suivants :
- Pour sa manufacture d'objets d’ameublement et d’appareils de chauffage en fonte :
- 1° Un chef d’atelier des mouleurs et de la fonderie, bon praticien dans le moulage ;
- 2° Un chef d’atelier des monteurs-ajusteurs, connaissant bien le travail ;
- 3° Un chef d’atelier d’émaillerie connaissant la chimie céramique ;
- 4° Un dessinateur pour modèles d’appareils de chauffage ;
- Elle demande en outre pour l’économie dômes tique du Familistère :
- 5° Un chef commercial pour les approvisionnements et le contrôle des divers magasins de vente ou débits de l’Association ;
- 6° Un jardinier connaissant l’arboriculture et la
- cultures générale des jardins.
- Le personnel de la Société s’élève à environ 350
- familles dans ses logements et à 1300 ouvriers dans son usine.
- On ne sera admis à l’un où l’autre de ces emplois qu’avec preuve de capacité et muni de bons renseignements.
- SAINT-QUENTIN
- Société anonyme du Glaneur, Grand’Place, 36.
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- 4. ANNÉE, TOME 5 — N" 158
- Le numéro heUomadaire 20 c. DIMANCHE 18 SEPTEMBRE 1881
- LE DEVOIR
- REVUE DES QUESTIONS SOCIALES
- BUREAU
- A. GUISE (Aisne)
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant Fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE
- par renvoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France
- Un an. . . . 10 fr. »» Six mois ... 6 »»
- Trois mois . . 3 »»
- Union postale
- Un an. . . . 11 fr.»»
- Autres pays Un an. . . . 13fr. 60
- on s’abonne A PARIS 5,r.Neuve-des-petits-Champs Passage des Deux-Pavillons
- S’adresser à M. LETMARIE administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- Confèrence de M. Godin — Faits politiques et sociaux. — La question sociale et la Petite République Française. — Voyage autour du Familistère. — Le Progrès du Socialisme. — Variétés.
- Compte rendu sténo graphique de la Conférence donnée à la Salle du Musée industriel de Lausanne par M. Godin, le 2 Septembre 1881.
- Lausanne, 2 septembre 1881.
- Salle du Musée industriel
- CONFÉRENCE
- DONNÉE A 8 HEURES DU SOIR
- par M. GODIN
- Fondateur du Familistère de Guise
- (Aisne, France.)
- Mesdames, Messieurs,
- Pour peu que I’od compare notre époque aux temps Qui l’ont précédée, on reconnaît que la société présente, par ses moyens de diffusion de la pensée,'par k presse, par la facilité des relations et des rapports eutre les hommes, a donné à l’esprit public des causes de développement que le passé n’a pas connues. Dans toutes les sociétés les classes laborieuses ont
- lutté pour la liberté et pour l’indépendance de leur existence. Les citoyens plongés dans la gêne et le besoin ont toujours et partout cherché à améliorer leur sort.
- A notre époque surtout, au milieu du développement considérable des ressources publiques et privées, la question sociale prend une importance qui la met au niveau des questions politiques. C’est qu'aujourd’hui les connaissances se généralisent, l'instruction se répand parmi tous les citoyens, la raison et le jugement de chacun se forment de tous côtés, les progrès de la richesse sont compris de tout homme, les comparaisons s’établissent partout sur les faits de répartition du bien-être et de la richesse, sur les rapports économiques de la production et de la consommation. De là les revendications quijjs’élè-vent de tous côtés de la part des classes qui estiment ne pas avoir tout ce qui leur est dô.
- Mais il faut bien reconnaître que les revendications basées sur la seule haine des abus ne servent qu’à exciter des sentiments d’envie qui peuvent détruire, mais sont impuissants à édifier. Abandonnée à ses propres forces, la haine des abus n’est qu’un élément de dissolution. Elle conduit à la négation et la négation n’est point un principe créateur.
- Aussi que voyons-nous chez la plupart de ceux qui sont à la tête des revendications provoquées par les vices du système économique actuel. Nous voyons surtout la haine dans la conception du remède à y appliquer.
- C'est presque toujours ainsi, du reste, que l’humanité a procédé dans son mouvement en avant. On a critiqué avant de comprendre par quoi on pouvait remplacer les faits critiquables.
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- Aujourd’hui la négation règne sur presque toutes les questions. On nie le droit du capital à l’intérêt; on nie le droit de propriété individuelle, on nie même, par haine des abus commis en son nom, la valeur du sentiment religieux, enfin on va jusqu’à méconnaître l’existence d’une volonté rectrice dans l’univers, on va jusqu’à nier Dieu.
- Peut-être cette phase de négation est-elle nécessaire dans les évolutions sociales. Je ne m’arrêterai pas à en chercher le pour ni le contre ; je crois que tous les mouvements de la vie de l’humanité tracent, quels qu’ils soient, leur utile sillon. Je répéterai seulement que la négation est incapable d’édifier et de construire; elle ne peut qu’attaquer et détruire, et souvent aller jusqu’à s’anéantir elle-même.
- Or, ce qu'il faut à l’esprit du véritable progrès et au monde moderne, c’est le remède aux maux qui divisent la société.
- Ce remède, je veux hautement affirmer ici qu’il a son principe dans le sentiment religieux, je ne veux même pas dire dans le fanatisme ni l’esprit de secte, mais je veux dire ce sentiment religieux qui a le bien universel de la vie humaine pour objet. C’est sur ce sentiment religieux que se basera la société de l’avenir ; c’est sur l’amour du prochain, l’amour de l’humanité, l’amour de la vie humaine en général. Tant que cet amour ne sera point réellement le principe des réformes et des institutions sociales, celles-ci ne donneront que des résultats imparfaits.
- Q’est ce grand principe de morale sociale qui a déterminé l’édification du Familistère et qui sert de base à l’Association dont j’ai à vous exposer les traits principaux.
- Le problème, vous le comprenez, est donc celui-ci : Appeler les classes laborieuses à la participation et aux bienfaits de la richesse, mais de façon à ce qu’elles jouissent de ce bien-être par un juste emploi de la richesse acquise, tout en servant utilement les intérêts de ceux qui donnent au capital cette sage destination.
- La régénération sociale ne peut réellement se faire qu’à l’aide de la richesse acquise et intelligemment appliquée.
- Ne pouvant donner à chacun des hommes la fortune, il faut donner à chacun les équivalents de la richesse.
- Or, je le répète, une telle œuvre ne peut s’accomplir si l’on n’est imbu de cet amour de lhumanité qui fait qu’on désire pour chacun les mêmes biens que pour soi-même.
- Toute entreprise qui ne reposerait pas sur cet amour vrai de la vie humaine serait condamnée dans son germe. Comment réaliserait-elle le bien pour
- I tous les membres qu’elle comprendrait, si ce bien n’était pas cherché et voulu par les fondateurs.
- Au contraire tout emploi de la richesse fait fraternellement pour le bien d’une Société, réaliser a certainement pour les sociétaires les conditions du bien-être et du progrès.
- Examinons donc comment ce but a été poursuivi dans l’œuvre du
- Famii ictère
- La Société du Familistère de Guise association coopérative du Capital et du Travail, que j’ai fondée en France, dans le département de l’Aisne, comprend aujourd’hui environ 1,400 ouvriers et employés. Elle a deux usines, l’une en France, l’autre en Belgique. En France elle a, en outre, des logements pour environ 400 familles, soit 1,200 personnes, hommes, femmes et enfants, employés et ouvriers.
- Ces logements constituent non point autant de maisons séparées, mais un vaste édifice. Je ne dirai point que ce palais soit splendide ; il est cependant exact de dire qu’il forme un édifice remarquable et remarqué, de l’avis de tous ceux qui l’ont vu.
- Mais les principes que je vous ai exposés trop brièvement sans doute, me font une obligation de vous montrer tout d’abord par quelles institutions de protection mutuelle la population toute entière du Familistère de Guise est garantie contre le besoin et le dénuement, dans toutes les circonstances de la vie.
- Avant de réaliser le pacte légal de l’Association du Familistère, quand je procédai à l’installation des premières institutions de mutualité, et en vue de répondre au respect de la vie humaine que nous nous devons les uns aux autres, j’ai cherché tout d’abord à donner aux travailleurs et à leurs familles les garanties de l’existence.
- Dans ce but a été fondée une assurance mutuelle qui verse à l’ouvrier malade des allocations quotidiennes équivalant à peu près à son salaire ordinaire. Cette assurance lui accorde en outre, les visites gratuites du médecin de son choix, les médicaments, le linge et les soins qui peuvent lui être nécessaires.
- Il m’est impossible d’entrer ici dans le détail d’organisation de cette assurance. Des fondations analogues existent aujourd’hui, sous le nom de Sociétés de secours mutuels, dans beaucoup d’industries. Mais ce qui caractérise l’assurance du Familistère, c’est qu’elle est complétée par d’autras institutions qui garantissent contre le besoin non-
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- seulement l’ouvrier malade mais aussi toute sa famille*
- En effet une autre assurance existe à côté de celle des secours en cas de maladie, c’est l’assurance des pensions aux invalides du travail qui garantit le nécessaire aux familles.
- par cette deuxième assurance, voici comment il est procédé à l’égard de la famille d’un ouvrier malade.
- Tenant compte des allocations versées par l’assurance contre la maladie et des gains des autres membres de la famille, on examine si le budget s’élève au taux voulu pour éviter le besoin, et s’il y a déficit, l’assurance du nécessaire intervient pourver-ser ce qui peut manquer. Le compte des ressources journalières indispensables à l'existence est fait comme suit :
- Pour le père. I ÔO
- Pour la mère, selon le cas. . 1 ou I 25 Pour chaque enfant de plus de 16 ans. 1 »» Pour » » de 14 à 16 ans . » 75
- Pour » » de 2 à 14 ans. * » 50
- pour * » de moins de 2 ans » 25
- Ces derniers ont droit, en outre, aux soins gratuits de la nourricerie.
- L’assurance qui comble, en cas de besoin au Familistère le déficit du budget des recettes de la famille a un deuxième objet : celui de servir des pensions aux invalides du travail Après quinze ans de service, tout ouvrier ou employé de l’Association s’il se trouve incapable de travailler, a droit à une retraite dont le taux est déterminé par les statuts.
- Les retraites s’élèvent proportionnellement aux années de service.
- Outre cela, tout ouvrier qui serait frappé d’incapacité de travail avant les quinze ans réglementaires a, dans certains cas, des droits à une pension. Les faits exceptionnels sont soumis au Comité d’administration de l’assurance ; il s’en est peu présenté jusqu’ici, et je dois dire qu’ils ont tous été réglés de la façon la plus satisfaisante parles comités.
- L’administration des assurances se fait par des comités élus parles ouvriers membres de l'Association. .
- Je suis obligé de négliger les détails d’organisation, le temps à consacrer à cette conférence ne permettant pas les développements.
- Voilà donc par quelles institutions de protection mutuelle nous répondons d’abord au véritable principe religieux qui nous commande de nous aimer et
- nous entr’aider les uns les autres.
- Que serait, en effet, la Religion si elle ne se tra-
- duisait en fait pratique dans les actes de la vie. Ou la religion n’est qu’un mot, ou elle doit imprimer à toutes nos institutions le caractère de fondations faites pour le bien plus grand nombre.
- Mais un autre principe encore a servi de base à la constitution des assurances mutuelles au Familistère, Dans les garanties de l’existence données à tout sociétaire on a vu, non-seulement un devoir rempli, mais aussi un droit reconnu et respecté.
- L’association du Familistère proclame en effet que dans toute production, le travail de l’homme s’assimile une autre action antérieure à la sienne et prépondérante. Cette action est celle de la Nature. L'homme s’abuse facilement sur l’importance de son rôle, il croit volontiers qu’à lui seul sont dus les fruits de son travail et que la possession lui en revient, en conséquence, sans contestation possible. C est là un grave oubli des lois de la production. L’action de la nature précède celle de l’homme et seconde celui-ci dans tous ses travaux. Sans la part que la nature apporte au travail, l’homme serait réduit à l’impuissance. En effet, il peut bien, en effet, confier le grain à la terre, mais est-ce lui qui le fait germer,‘croître et fructifier. La nature ajoute son action à la nôtre dans la création de toutes les richesses. Rien ne se fait sans le concours suprême qu’on pourrait appeler l’action de Dieu.
- Or, si l’homme peut se dire possesseur légitime de ce qui est dû à son travail particulier, peut-il aussi légitimement s’approprier ce que la nature fait pour le bien commun de tous les hommes ? Evidemment non. Donc c’est au nom du concours de la nature dans les faits de la production humaine que la société du Familistère reconnaît et proclame le droit des faibles aux garanties de l’existence.
- C’est avec regret que je me vois obligé de passer aussi rapidement sur l’exposé des principes qui me guident, mais il faut que je vous donne un aperçu des dispositions matérielles du Familistère.
- La description de cette fondation a déjà été publiée, il y a quelques années, dans votre ville par un de ces hommes dont l’esprit et le cœur sont toujours ouverts aux idées de générosité et de progrès, je veux parler de M. le professeur Raoux, mon ami, à à présent, et qui de concert avec quelques autres citoyens m’ont fait l’honneur de m’appeler à donner cette conférence devant vous.
- Par les descriptions dues à M. Raoux un certain nombre d’entre vous connaissent l’importance matérielle du Familistère ; iis ont vu les gravures et les plans de l’édifice et de ses dépendances. A ceux qui n’ont point lu la brochure de M. Raoux, je dirai que le Familistère est un vaste palais comptant onze
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- cents fenêtres, ce qui -vous donne une idée de son étendue, si les appartements qu’il comporte étaient distribués en petites maisons, la fondation comprendrait 5 kilomètres de longueur de maisons se touchant les unes les autres.
- Le Familistère est composé de trois parallélogrammes avec caves, rez-de-chaussée et trois étages.
- La partie centrale est en arrière des deux autres, ce qui forme entre les deux ailes une cour extérieure de 70 mètres de longueur sur 80 à 100 mètres de profondeur.
- Le Familistère a 180 mètres de front en façade. A l’extrémité de la place d’honneur et en face du centre du palais se trouvent les bâtiments des Ecoles. En face de chacune des ailes sont des bâtiments annexes pour divers services dépendant du palais.
- Chacun des trois pavillons d’habitation disposé, comme je l’ai dit, en parallélogramme, renferme à l’intérieur une cour vitrée, qui met la circulation à couvert par tous les temps dans toute l'étendue de l'édifice.
- Sur le pourtour des cours vitrées, à chaque étage, règne une galerie ou balcon protégé par une balustrade de fer. Ces galeries mettent en communication tous les logements du Palais, puisque chaque logement a son entrée sur ces balcons.
- Chaque parallélogramme a quatre escaliers ; un à chacun des angles.
- On arrive donc aux logements, à chacun des étages, avec autant de facilité et de liberté que si l’entrée était directement sur la rue.
- Le balcon, du reste, ri’est pas autre chose qu’une sorte de rue. Il est d’uue largeur suffisante pour qu’on s’y croise et y circule sans se gêner les uns les autres. La promiscuité obligée, qui existe dans les demeures ordinaires entre voisins dont les logis ont entrée sur les paliers d’un même escalier, ne se produit pas au Familistère.
- Vous savez tous par expérience que d’inconvénients résultent, dans les villes, des relations obligées entre voisins. La chose est supportable encore entre les gens bien élevés et amis de la propreté. Mais nul n’ignore le degré de gêne, d’encombrement, de malpropreté qu’atteignent les abords des logis de la classe ouvrière tels qu’ils existent actuellement. Que d’altercations, de disputes mêmes entre voisins à propos des moindres choses abandonnées à l’usage commun, mais dont l’entretien n’est confié à personne.
- Au Familistère, pour donner à chacun les satisfactions de la propreté générale et éviter toute récrimination entre locataires, tout ce qui est d'un usage public; escaliers, balcons, fontaines,lieux d’aisance,
- cabinets aux balayures, etc., est à chaque étage confié aux soins d’employés spéciaux rétribués par l’administration. De cette façon une propreté parfaite est entretenue partout sans qu’aucun locataire ait à s’en préoccuper.
- Dans un édifice comme le Familistère, vous concevez combien il est facile à1 la population de constituer des comités pour des objets divers. Tout ce qui peut concourir au charme, au bien être, à l’instruction commune trouve des adhérents, et les réunions ont lieu avec la plus grande facilité. Un simple signal convenu réunit les comités sans convocations personnelles ni pertes de temps.
- Il va de soi que dans une fondation semblable les plus grands soins sont donnés à l’éducation et à l’instruction de l’enfance. Le Familistère possède dans ce but toute une série de salles d’écoles et de salles de garde.
- Avant de vous en faire le détail, il peut être bon d’observer que les institutions propres à l’enfance étant placées sous les yeux mêmes des parents, les habitants du Familistère ont, sur ce point encore, les équivalents de la richesse.
- Comme les personnes très fortunées, ils ont dans les dépendances mêmes de leur habitation des bonnes et des précepteurs spéciaux pour leurs enfants et ne sont point obligés de se séparer de ceux-ci pour leur faire faire leurs études.
- Au Familistère, la population enfantine est répartie en sept divisions. Tous les soins donnés à l’enfance dans quelque division que ce soit sont gratuits.
- - La première division comprend la nourricerie ouverte aux enfants de moins de deux ans. Dès ses premières semaines l’enfant bien portant, vacciné, peut être admis à la nourricerie. La mère a la faculté de l’y déposer en toute liberté, soit pour une heure, soit pour la journée entière, à son gré. De cette façon, elle recouvre la liberté de se livrer à un travail professionnel et peut être assurée qu’en son absence son enfant recevra les meilleurs soins.
- Il n’y a donc jamais au Familistère de ces abandons si pénibles et qui se produisent pour tant de causes diverses chez les familles pauvres.
- Pour mesurer la grandeur des maux auxquels remédie une nourricerie comme celle du Familistère, il faut avoir été chargé d’enquêtes qui vous aient fait passer en revue les logis de la pauvreté.
- Dans une de ces enquêtes j’ai vu moi-même, un enfant nouveau-né, abandonné seul dans une cham-brette, couché dans une sorte de caisse, placée sur le sol le long d’un mur. L’enfant n’avait sous lui qu’un peu de paille sur laquelle on eût hésité à coucher un chien. Voilà un de ces tableaux malheureusement
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- fréquents dans nos sociétés. D’autre fois quand il y a plusieurs enfants dans une famille, ils se gardent les uns les autres au sein de l’ignorance et d’une misère sordide. Il faut que le père et la mère travaillent, cette obligation passe avant tout.
- Rien de pareil n’est possible au Familistère.Quelle que soit la pauvreté d’une famille, l’enfant trouve toujours à la nourricerie les soins, les aliments, les vêtements qui lui sont nécessaires. Il a son berceau dont le confortable simple et pratique mérite ici une description spéciale.
- Il nous a fallu chercher si longtemps pour arriver à ce mode hygiénique et peu coûteux de coucher le petit enfant, que je crois rendreaux familles un véritable service en le décrivant.
- Dès l’ouverture de la nourricerie nous avions fait usage de tout ce qu’on recommandait alors comme le plus convenable pour la constitution des berceaux.
- C’est ainsi que nous avons mis en œuvre et les toiles de caoutchouc pourvues d’un tube métallique traversant le berceau, et les feutres absorbants et autres innovations qui nous faisaient passer d’un inconvénient à un autre et ne résolvaient point le pro-bème du coucher doux, sans humidité et sans mauvaise odeur.
- Vous comprenez combien la question était importante pour nous. Le berceau d’un seul enfant dans une famille est déjà une cause de soins et d’ennuis dont les embarras sont connus de tous. A la nourricerie, ce n’était plus un seul berceau, il y en avait 40 à 50 qu'il fallait tenir secs et propres.
- Enfin nous découvrîmes cette indication que le son fournissait un excellent coucher pour les nourrissons et qu’il suffisait de les poser directemept dans le son. Nous en essayâmes — mais si le moyen est pratique pour la mère qui n’a rien autre à soigner que son petit enfant, il ne l’est pas dans un établissement où il faut à certaines heures lever 15 à 20 enfants presque en même temps.
- En effet si l’on couche l’enfant à nu sur le son il est à son lever couvert de paillettes de son, adhérentes a tout son corps qui lui donnent l’apparence d’un petit sauvage; le lever ne peut s'effectuer qu’en commençant par un bain complet. C’est un travail d’une demi heure pour chaque enfant; cela n’était Pas pratique.
- Cependant le son était bien la solution du problème h fournissait une couche très douce, et il absorbait l’humidité en s’agglomérant en pelote, qu’on enlevait facilement à la main, ne laissant ainsi aucune cause de mauvaise odeur.
- Pour obvier au seul inconvénient que nous avions trouvé, il suffisait d'isoler l’enfant du son par un
- petit drap. Tel est le mode de coucher usité maintenant depuis plus de 12 ans à la nourricerie du Familistère et qui n’a cessé de donner les meilleurs résultats.
- L’oreiller peut également être rempli de son — chaque jour on ajoute une poignée de son équivalente à celle qu’on enlève, et tous les mois à peu près, on renouvelle en entier le son du berceau.
- Le gros son est le meilleur pour ce mode de coucher ; il doit être tamisé pour en extraire la poussière fine.
- Vous voyez par les soins dont l’enfance est entourée à la nourricerie, que c’est bien pour elle la constitution des équivalents de la richesse.
- Je passe maintenant à la seconde division de l’enfance qui comprend les élèves de 2 à 4 ans.
- Quand l’enfant est propre et qu’il sait marcher, il est reçu dans une sorte de jardin d’enfants préparatoire. C’est si l’on veut une salle de garde, où les petits bambins sont amusés et promenés le plus possible. Pendant les beaux jours, ils sont tenus au jardin presque constamment sous les ombrages. Tout ce qui peut développer leur santé est recherché avant tout. L’instruction ne commence en réalité que dans la troisième division, celle des enfants de 4 à 6 ans.
- Cette troisième division constitue le jardin d’enfants ou la salle d’asile.
- En sortant de cette classe les élèves savent lire. Ils commencent à calculer et entrent dans les degrés de l’école primaire.
- Au dessus des divisions que nous venons de voir, le Familistère possède la classe des enfants de 6 à 8 ans, celle des élèves de 8 à 10 ans, puis celle de 10 à 12 ans et enfin la classe des élèves de 12 à 14 ans.
- Je ne puis entrer dans le détail, cela me conduirait trop loin. Je veux pourtant faire observer que les dispositions meme de l habitation unitaire réalisent l’enseignement obligatoire.
- Tous les mouvements s'accomplissant sous l’œil des parents, nul enfant ne peut manquer à son devoir sans qu’ils le constatent immédiatement.
- Les rentrées et les sorties de l’école concordent avec les entrées et les sorties de l’usine. Quand la cloche sonne pour appeler le père au travail, l’enfant est de même appelé à prendre rang parmi ses camarades, dans la grande cour du pavillon central où tous les élèves se réunissent pour défiler, bannières en tête et en chantant, vers le bâtiment des I écoles.
- Les pères et les mères n’ont donc qu’à jeter un coup d’œil pour voir si l’enfant est à son poste, f Quaud les choses se passent avec cette facilité
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- pour ce qui concerne l'Enfance, vous concevez combien il est aisé aux adultes d’avoir dans le palais des salles de réunion, et de s’assurer tous les moyens possibles de développement et de progrès,
- La population du Familistère a sa bibliothèque spéciale, qui compte aujourd’hui environ 2,000 volumes en lecture courante. Un autre millier de volumes est réservé pour les études sérieuses. Il y a donc 3,000 volumes environ à la disposition des habitants.
- A côté du palais d’habitation, dans un bâtiment spécial, se trouvent les salles de bains, la piscine, les buanderies et lavoirs avec eau chaude et eau froide, lessiveuses et tous les instruments nécessaires aux opérations de lavage.
- L’Association possède, en outre, tous les magasins d’approvisionnements et les comptoirs de vente nécessaires pour répondre aux besoins de la population. La plupart des comptoirs de vente sont dans le palais même, en sorte que de cette fa?on la ménagère peut s’approvisionner par les mauvais temps sans se mouiller les pieds, '
- La vente se fait argent comptant.
- Bien que l’Association ait ses magasins spéciaux, le respect de la liberté individuelle est tel au Familistère que l'habitant n’est en quoi que ce soit obligé d’acheter dans les magasins du palais. Il peut aller faire ses approvisionnements en ville si bon lui semble, mais natureliement la commodité des relations fait que la plupart des familles se fournissent au palais même.
- Tout ce qui concerne les besoins de l’existence depuis l’alimentation jusqu’au vêtement, est en vente au palais. Le nombre des comptoirs est d’environ dix-huit. .
- Près du palais social où les opérations locatives et commerciales ont lieu, il y a l’usine, la manufacture d’appareils de chauffage et d’ameublement, où toute la population du palais est occupée. Cette usine comprend 1,400 travailleurs, ouvriers et employés. Je vous ai aussi signalé que l’Association possède en Belgique une autre usine, de moindre importance. Les travailleurs de ces deux usines font partie de l’Association et sont associés aux bénéfices commerciaux et industriels.
- La répartition se fait au prorata des salaires ou appointements touchés pendant l’année. C’est donc le principe : « A chacun suivant les services rendus » qui sert de base dans cette répartition.
- Il m’est impossible, mesdames et messieurs, d’entrer ce soir dans les développements que cette question comporte. Mais si vous voulez bien en faire
- l’objet de vos réflexions, vous comprendrez parfaite-ment quelles sont les conséquences du mode de répartition si brièvement indiqué.
- Dans l’Association du Familistère, les intérêts comptés au capital représentent la valeur du service rendu par le capitaliste, comme le salaire compté au travailleur représente l’importance des services rendus par ce dernier. En admettant ensuite que mille francs d’intérêt ou mille francs de salaires ont droit à une même part des bénéfices, c’est bien l’application du principe de répartition au prorata des ser-' vices rendus c’est-à-dire la mise en pratique de la répartition équitable.
- Mais il faut tenir compte qu’avant de procéder à cette répartition, l’Association a prélevé, au nom du concours de la nature, comme j'ai eu l’honneur de vous l’exposer, la partdes faibles et des nécessiteux. Elle a prélevé également celle qui est due à l’entretien de tous les services publics, de l’instruction de l’enfance, enfin celle de la réserve dont le taux est fixé par les statuts, pour répondre aux éventualités sociales, commerciales et industrielles, que la prudence commande de prévoir.
- Je sens, mesdames et messieurs, combien un tel sujet est difficile à saisir dans une exposition aussi brève. Mais l’heure m’oblige à ne point m’étendre davantage. J’indiquerai donc aux personnes qui voudraient faire une étude plus approfondie de la question, que tous les renseignements nécessaires se trouvent dans le volume que j’ai publié l’an dernier sous ce titre : Mutualité Sociale,Ce volume contient l’exposé des principes et les Stat uts de l’Association, le réglement des Assurances mutuelles et le réglement d’ordre intérieur.
- Il faudrait plusieurs conférences pour exposer succinctement ce que renferme ce volume.
- Le sujet ne pouvant ce soir se présenter à vous que d’une manière incomplète, il me semble que la question bien naturelle qui doit s’élever dans votre esprit est celle-ci : Quel est le but de cette conférence ! La ville de Lausanne peut-elle réaliser quelque chose d’analogue au Familistère de Guise?
- Eh bienl Mesdames et Messieurs, après examen de la question, je ne crains pas de dire : Qui, Lausanne peut faire une fondation analogue, Lausanne peut créer le Palais social coopératif. Il y a ici tous les éléments propres au succès d’une telle entreprise.
- Je ne dis point qu’il y ait à copier le Familistère dans tous ses détails, ni même à accepter ses dispositions générales ; moi-même si j’avais à édifier de nouvelles habitations unitaires, j’en varierais le plan et les dispositions selon les lieux et les circonstances»
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- gans m’écarter toutefois du principe invariable de l’habitation unique pour une population donnée.
- Examinons donc maintenant ce que Lausanne pourrait faire. Supposez qu’un Palais social coopératif 9oit élevé ici, sans être, comme à G-uise, adjoint à une grande industrie. Les habitants du Palais devraient tout naturellement, pour la plupart, trouver leurs moyens d’occupation en dehors de l’établissement, comme ils le font aujourd’hui. Ce côté des choses m’a donc point à entrer dans nos spéculations. La population d’un tel Palais coopératif comprendrait, sans doute, du reste, des familles à des degrés divers de ressources et d’aisance.
- Voyons donc quelles institutions pourraient être établies tout d’abord au profit de la généralité des habitants.
- Afin de donner à chacun les garanties nécessaires à l’existence, et de répondre au sentiment religieux relatif à la vie humaine, les assurances mutuelles contre le besoin en cas de maladie, d’incapacité de travail, de vieillesse, seraient les premières à instituer.
- Le Palais coopératif devrait également ouvrir tous les magasins d’approvisionnements et de vente, indispensables à la consommation journalière, puisque s’il ne le faisait pas, des intermédiaires non reliés à l’entreprise le feraient pour lui, et en garderaient tous les bénéfices. Or, le Palais coopératif aurait grand intérêt à se passer de ces intermédiaires, et à faire tourner au profit de la population les profits réalisés sur les ventes. Il éviterait aussi, par ce moyen, la consommation des marchandises frelatées ou de qualité inférieure, que le commerce livre trop souvent.
- Deux modes principaux de ressources s’offriraient donc au Palais social coopératif : la location du Palais même et les opérations commerciales dans les débits de l’habitation unitaire. Ces éléments sont certainement suffisants pour assurer le succès.
- Au Familistère de Guise, où les logements ont été j donnés à très bas prix, puisqu’on a pris pour règle au ; début de les livrer au taux où se louaient les misérables taudis offerts jusque-là à l’ouvrier, on a néanmoins réalisé dès les premières années son revenu locatif de 3 0/0. Les opérations commerciales du Familistère ont, de leur côté, apporté un revenu analogue, ce qui a produit 6 0/0 d’intérêt au capital engagé.
- Mais remarquez que cela a été obtenu au milieu des plus graves difficultés, des embarras inextricables qui accompagnent toutes les choses nouvelles. Car tout était à faire, il n’y avait aucun exemple à
- imiter, et l’entreprise se trouvait en face de toutes les résistances que l’ignorance et l’égoïsme peuvent susciter.
- Le second Palais coopératif trouvera certainement la voie plus aisée.
- Si la ville de Lausanne fondait une entreprise analogue, je crois, à en juger par vos coutumes, que l’entreprise recueiilerait seulement, par les loyers, 5 à 6 Q/0 du capital. Elle aurait en outre les bénéfices commerciaux qui pourraient être très importants, si les magasins du Palais étaient habilement conduits et dirigés de façon à inspirer au public cette idée si importante que 1 entreprise est une œuvre sociale et non d’intérêt personnel.
- Conduite avec le discernement qu’inspire le dévouement au bien social, l’association coopérative de location et de consommation que vous fonderiez opérerait sur des prix équitablement rémunérateurs, vous verriez se produire ici des faits analogues à ceux qui se passent en Angleterre, où certaines Sociétés coopératives, agissant dans un esprit moins large comptent néanmoins leurs revenus par millions de francs.
- Quel plus bel exemple, en ce genre, que celui des Equitables Pionniers de Rochdale ? Ils débutèrent en ' 1844, au nombre de 28, et par une cotisation de quatre sous par semaine, somme que chacun d’eux trouvait bien lourde alors à réaliser. Avec cette modique cotisation, ils parvinrent à rassembler de quoi acheter un sac de farine, et ce fut ainsi qu’ils inaugurèrent leurs opérations.
- Or, ils conduisirent les choses avec tant de probité, de vigilance et de capacité, qu’ils possèdent aujourd’hui plus de dix millions de capital. Leur nombre dans la Société mère s’est élevé à plus de dix mille. En outre, ils ont causé un tel mouvement en Angleterre, en faveur de la coopération, que des Sociétés analogues à la leur se sont fondées partout. Les co-. opérateurs en Angleterre disposent aujourd’hui de plusieurs centaines de millions de francs ; ils sont devenus une puissance dans l'Etat, et le Gouvernement doit compter avec eux. ,
- Voilà ce que peut faire la volonté basée sur des principes certains, sur ie travail et la capacité.
- Dans les conditions où pourrait être installé à Lausanne un palais coopératif, ie succès me semble assuré par les rendements locatifs et commerciaux.
- Mais il est certain que la première des conditions pour réussir, celle hors de laquelle rien de semblable n’est possible, c’est l’obligation, pour les fondateurs d’une telle œuvre, de se dépouiller de tout esprit d’égoïsme, et de s’inspirer en tout et toujours de l’esprit
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- de fraternité. Si les capitalistes qui entreprendraient le Palais coopératif voulaient garder pour eux-mêmes tous les bénéfices, ils ne s’inspireraient en rien du désir de travailler pour le bien de la vie humaine en général, l’œuvre serait avortée dans son germe. On n’arriverait à rien.
- La prudence exige, au nom même de l’intérêt des classes laborieuses, qu’une part équitable et soit sûre faite aux capitalistes fondateurs, mais une fois l’intérêt du capital convenu et servi, soit au taux de 5 0/0 si l’on en tombe d’accord, les capitalistes ne doivent point demander d’élévation de ce taux.
- S’il y a des bénéfices, ils doivent comme tous les autres membres de la société intervenir, en raison de leur part de concours, dans les bénéfices, selon le mode que j’ai indiqué tout à l’heure, c’est-à-dire qu’après prélèvement de la part des faibles et réserve de prévoyance générale, les bénéfices restants seraient répartis au prorata des intérêts, des loyers et des achats de chacun.
- De cette façon, toute la population du Palais serait associée aux succès de l’entreprise, et lui donnerait tout le concours possible, tandis que ce précieux concours ferait défaut, si l’œuvre pouvait être considérée par la population comme un moyen de spéculation.
- A propos de la répartition des bénéfices, il ne faudrait point entendre répartition en espèces. Il faut intéresser le public à l’œuvre. La meilleure marche à suivre c’est d’opérer cette répartition en titres de propriété, en parts d’intérêts sur le fonds social. De cette façon le Palais coopératif et ses magasins deviendraient la propriété transmissible aux habitants. Le capital de fondation aurait la double sécurité de ses intérêts régulièrement servis, et du remboursement à un moment donné. Tout le monde, ainsi, capitalistes, locataires et consommateurs seraient attachés par des avantages à l’entreprise.
- Il me reste, mesdames et messieurs, à remercier vivement l’assemblée de l’attention avec laquelle elle m’a fait l’honneur d’écouter cet exposé trop bref d’une œuvre, qui comporte trop de détail pour être complètement exposée en une seule conférence.
- Je suis heureux maintenant d’avoir été invité par . quelques-uns d’entre vous à faire cette conférence, je les en remercie en particulier.
- Permettez-moi, pour terminer, d’exprimer ce vœu : La Suisse, cette sentinelle avancée de la République européenne, et spécialement la ville de Lausanne, donneraient au monde un bel exemple, en réalisant une entreprise aussi humanitaire que celle du Palais social coopératif. Je vous exprime mon vif désir que
- de nouvelles études so iales parmi vous produisent un jour cet heureux résultat.
- (Vifs applaudissements.)
- FAITS POLITIQUES k SOCIAUX UE LA SEMAINE
- FRANCE
- Le second banquet de Honfleur, organisé et offert par les ouvriers de la ville, a permis à *M. Gambetta, non pas de traiter, mais simplement d’effleurer la question sociale, qu’on pourrait plus justement appeler la question du travail. L’orateur républicain s’est contenté' d’esquisser par quelle série de mesures il espère résoudre ce redoutable problème, ou plutôt cet ensemble de problèmes complexes et connexes qui s’imposent à l’attention du philosophe et du législateur. Le but à poursuivre, selon M. Gambetta — il y revient dans toutes les harangues consacrées à ce sujet — est de faire disparaître l’antagonisme entre le patron et l’ouvrier en assurant à celui-ci, dans le présent, une plus grande somme de bien-être, et pour l’avenir une espérance certaine d'émancipation par l’ordre, le labeur et l’économie. En première ligne, M. Gambetta place la diffusion de l’enseignement. L’éducation universelle lui apparaît comme * la pierre angulaire de la rénovation sociale. » Mais il ne pense pas que cela suffise, et, sur ce point, nous sommes pleinement d’accord avec lui. Nous estimons, en effet, que si, après avoir ouvert des écoles, elle devait se reposer, la société se préparerait un triste réveil,, un effrayant lendemain. L’antagonisme qu’on veut effacer deviendrait plus ardent, plus dangereux, plus pressant. Connaissant mieux ses moyens d’action, le travailleur aurait conscience de toute sa force ; il serait, en un mot, d’autant mieux discipliné, et partant d’autant plus redoutable qu’il serait plus instruit.
- L’éducation des classes ouvrières n’est donc une mesure salutaire que si l’émancipation intellectuelle prélude à l’émancipation sociale, si elle est un des facteurs de la solution et non la solution elle-même. Aussi bien M. Gambetta recommande toute une organisation d’institutions de prévoyance, de crédit, d’assistance, de secours mutuels; un plus large développement du régime de l’association, des syndicats libres et des syndicats professionels.
- Depuis déjà longtemps, les mesures énumérées parle président de la Chambre ont fait l’objet de l’étude des sociologues, qui en ont reconnnu l’excellence et prôné l’application. Par infortune, les hommes d’Etat n’ont fait qu’en parler. Ne pensent-ils pas aujourd’hui qu’il serait temps d’agir?
- ILes Cîihiers électoraux. — Un comité électoral, celui de la sixième circonscription de l’arrondissement de Lyon, a eu soin d’introduire dans le programme présenté par lui aux candidats un paragraphe relatif au maintien de la paix et à l’introduction de l’arbitrage.
- « Nous demandons une organisation militaire qui, tout en mettant la nation en état de repousser les agressions, réclame des citoyens le moindre sacrifice possible de liberté, de temps et d’argent, et, considérant que plusieurs Parlements européens et le Congrès des Etats-Unis d’Amérique, dans le but d’assurer la paix entre nations et d’arriver à un désarmement simultané, ont émis le vœu qu’il soit créé un tribunal permanent d’arbitres pour juger les différends internationaux, nous demandons que le Parlement formule le même vœu, et, de concert avec les autres nations, en poursuive la réalisation qui est ardemment désirée par la grande majorité des Français. »
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- Les accidents die chemin <1© fer. — Si
- l’on jette un regard sur les catastrophes arrivées sur les chemins de fer dans ces dernières années, on constate que presque toujours les voyageurs tués ou blessés se trouvaient dans les deux premières ou dans les deux dernières voilures. Les wagons occupant le centre du train sont rarement atteints. Il faudrait donc placer toujours en tête deux voitures de bagages, et ajouter, après la dernière voiture des voyageurs, deux wagons analogues à ceux de devant. En cas d’absence de bagages, on pourrait profiter de ces wagons pour donner satisfaction aux demandes du commerce, et placer dans la dernière voiture des colis postaux, qui voyageraient à grande vitesse. Ce wagon, ainsi placé à 1’ rrière, alourdirait sans doute le train rapide; mais qu’est-ce que ce léger retard à côté des catastrophes dont il pourrait atténuer largement les effets ?
- Il faudrait, en outre, rendre applicables sur toutes les lignes, le frein à air comprimé, au moins pour les trains dé vitesse; ce frein fonctionne très heureusement sur les lignes de l’Ouest et permet d’arrêter à 100 mètres un train rapide. Dans la circonstance actuelle, le mécanicien du train rapide aurait pu, en renversant la vapeur et en mettant le frein en mouvement, arrêter son train, ou tout au moins eulever au choc ses cruelles conséquences.
- Le Figaro signale ce matin un système ingénieux et d’une simplicité extrême, qui permet de relier télégraphiquement, non seulement les. gares entre elles, mais tous les trains entre eux et avec les gares.
- Laissons la parole à notre confrère :
- Pour cela, l’inventeur installe dans chaque fourgon un appareil télégraphique, avec sonnerie, manipulateur, récepteur, boussole, fils conducteurs et pile, le tout contenu dans une boîte de 23 centimètres carrés en dehors de la pile, sur 18 centimètres.
- L’un des pôles communique, par un fil de cuivre, avec une crémaillère dont le jeu est appelé à transmettre ou à isoler le courant, parce que sa tige supporte uue palette mécanique à ressorts qui permet d'obtenir un contact parfait et continu, lorsqu’on rabaisse sur un fil tendu le long des rails et dit fil ae ligne.
- Quant au fil de terre partant de la pile, il est appliqué contre la plaque de garde des roues et permet à l’électricité de se perdre dans les rails. Il forme l’autre pôle.
- La palette à ressort glisse sur le fil de ligoe, dont elle suit les ondulations. Un ressort à boudin, qui presse sur sa tige, la maintient en contact parfait.
- Grâce à cet appareil, chaque train en marche devient un bureau télégraphique mobile, en relation constante avec tous les autres bureaux, c’est-à-dire avec les autres trains en marche ou arrêtés, et avec toutes les gares.
- Qu’un accident lui arrive, il lance une dépêche, et immédiatement le train qui le suit, la gare qu’il vient de quitter, la gare où il va se rendre sont avertis.
- Grâce à ce système, le train 584, obligé de déposer ses voyageurs à Maisons-Alfort et Charenton, aurait pu prévenir instantanément le rapide, la gare de Paris, celles de Yilleneuve, Melun, Gorbeil, et tous les trains de la ligne, de ce retard imprévu. L’accident eût élé évité, et l’on n’aurùt pas à déplorer la mort effroyable d’une vingtaine de voyageurs.
- En Tunisie. — Les nouvelles qui arrivent de Tunisie augmentent chaque jour de gravité. Il est certain maintenant qu’une insurrection générale se prépare dans tout le sud. On eût pu la prévenir si, au lieu de rapatrier une partie du corps expéditionnaire, on avait envoyé les troupes françaises à l’intérieur et dans les ports de l’est.
- Dans cette région, l’autorité du bey n’existe plus; les tribus, ignorant l’état de nos forces, sont convaincues qu’elles "auront facilement raison de nous. Ce n’est déjà plus la lutte individuelle qu’ils se préparent à entreprendre, mais la grande guerre Gala sera préférable pour nos troupes, qui pourront regagner, d’un seul coup, les avantages qu’elles ont perdus. De toutes les villes du littoral, les indigènes émigrent à l’intérieur. On signale
- déjà, au sud de Zaghouan, à Blida-Ciebeb, un rassemblement de quinze mille h rames environ. Il aurait l’intention d’attaquer la ville de Zaghouan.
- La colonne française a pris toutes ses Dispositions pour repousser les assaillants.
- En ce moment, les tribus insurgées ne forment encore qu’un groupement momentané; l’organisation n’existe pas.
- Puisque nous sommes avancés, il faut marcher, et éviter par de promptes décisions l’accomplissement définitif de la résistance indigène.
- Aujourd’hui, c’est le service sanitaire qui est insuffisant. Nous ne voulons pas dire que les médecins ne soignent pas convenablement leurs malades, mais ces derniers sont nombreux et les médecins militaires manquent. Et voilà ce que le ministre de la guerre n’a pu prévoir. Aujourd’hui, dans l’affolement, on s’adresse a l’élément civil. Yoici la lettre confidentielle adressée parles maires de Paris aux médecins de leurs arrondissements :
- MAIRIE DU ARRONDISSEMENT
- Demande de médecins civils pour assurer le service
- de santé militùre
- Paris, le 3 septembre 1881.
- Monsieur,
- Par suite de l’envoi en Algérie d’un certain nombre de médecins aides-majors des bataillons de forteresse qui ont déjà quitté Paris ou le quitteront prochaiDement. le service de santé militaire pourrait, d’un instant à l’autre, se trouver en souffrance. M. le gouverneur de Paris, préoccupé de cette éventualité, désirerait connaîtr , dès à présent, les médecins civils disposés à prêter leur concours à l’administration de la guerre. En conséquence, j'ai l’honneur de vous prier de m'informer si vous consentiriez à vous joindre, le cas échéant, aux médecins inscrits pour assurer le service médical dans les corps et établissements de l’armée.
- Agréez, monsieur, i’assurance de ma considération la plus distinguée.
- Le maire.
- ITALIE
- Léon XIII n’a point lieu de s’applaudir beaucoup de l’emportement où l’a jeté l'incident des funérailles de Pie IX. Le gouvernement et la démocratie ont l’un et l’autre, chacun à sa manière, « ramassé la balle au bond ». M Mancini publie une seconde circulaire plus verte que la première, et dans laquelle, avec toute la politesse voulue par la diplomatie, il donne au pape le plus sec des démentis. La démocratie continue activement sa propagande contre la loi des garanties. Dimanche, à Catane, à Crémone, les sociétés'anticléricales ont tenu des comices qui ont très bien réussi et que la police, cette fois, n’a point troublés. Le comice de Crémone, ou l’on a lu une très-belle lettre de Safîî, n’a point voté seulement l’abrogation de la loi des. garanties, mais aussi et fort à propos la suppression de l’article l*r du Statut reale qui porte que la religion catholique est la religion de l’Etat.
- ALLEMAGNE
- L’entrevue «le Dantzig1. — Le neuf a eu lieu l’entrevue à Dantzig des empereurs de Russie et d’Allemagne, qui quelques jours auparavant a été le thème de discussions sans fin entre les divers organes de la presse en France et à l’étranger.
- Il suffit d’un rapide examen des conditions présentes dé l’Europe et des circonstances au milieu desquelles s’accomplit la conférence de Dantzig pour en apprécier sainemeut le caractère et la signification. Nous rappellerons d’abord que la triple alliance nouée à Gaslein. au lendemain de la guerre franco-prussienne, fut ostensiblement rompue le jour où la Russie, contrainte de déposer sur le tapis-vert du Congrès de Berlin le fameux traité de San-Stefano, dut se résigner à la révi-
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- sion de cet acte, œuvre personelle du général Ignatieff, actuellement ministre favori d’Alexandre III et successeur désigné du prince Gortschakoff. Le résultat du Congrès fut aussi nuisible pour les intérêts de la Russie qu’avantageux pour ceux de l’Au triche-Hongrie. Mise en possession des provinces bosniaques et herzégovi-niennes, l’Autriche Hongrie est assurée, en efïet, dans un avenir plus ou moins éloigné, de la prépondérance sur l’Adriatique et sur la mer Egée. La Russie, au contraire, fut à peu près entièrement dépouillée des bénéfices particuliers qu’elle avait, au prix de son sang, conquis sur les champs de bataille du Lom et de Plevna.
- A partir de cette époque, l’intimité fut encore plus étroite entre les chancelleries de Vienne et de Berlin, mais les relations entre elles et la chancellerie de Saint Pétersbourg devinrent très froides, et lors du sinistre attentat du 13 mars, à l’avènement d’Alexandre III, elles prirent un caractère de tension très grave. Les journaux allemands et austro-hongrois ne se firent pas faute de signaler les antécédents du tsar, ses tendances panslavistes et ses opinions nettement hostiles au germanisme. On rappela qu’il avait, étant l’héritier présomptif, combattu sans relâche l’élément allemand qui dominait à la cour de sou père par 1 influence du nom bre, sinon par l’autorité du talent. On y voyait l’indication de sa politique internationale et comme un présage d’événements futurs.
- Cette situation ne s’est pas modifiée : elle n’a fait qu’empirer avec le temps. A la veille même du jour où la Gazette de l’Allemagne du Nord confirmait implicitement la nouvelle d’une rencontre entre l’empereur Guillaume et le tsar Alexandre, la presse austro-hongroise dirigeait les attaques les plus véhémentes contre la Russie. Une telle coïncidence doit frapper tous les esprits. Est-elle un pur effet du hasard ? A notre sens, cette simultanéité n’est rien moins que fortuite. Les défiances qu’inspiraient le panslavisme aux deux cours du Nord amies et alliées, nous paraissent être la véri table cause du voyage de l’empereur de Russie à Dantzig. Nous considérons celte démarche comme un désaveu formel des brouillons moscovites qui voudraient pousser la Russie dans une politique hasardée et dangereuse. Nous la considérons surtout comme le prélude d’un rapprochement avee l’Allemagne et par conséquent avec l’Autriche, son alliée naturelle. Mais c’est objectera-t-on, une tentative de reconstitution de la fameuse triple alliance de Gastein. Et si cela était, où serait le danger? La triple alliance, nous l’avons montré, a été rompue ipso facto le jour où les Russes ont tiré l’épée, parce qu'elle n’avait qu’une raison d’être : le maintien de la paix générale en Europe. Pourquoi, si elle était renouée, la Irtple alliance aurait-elle une autre signification ?
- La Gazette de la Croix croit savoir que le« négociations entamées par M. de Bismarck avec la Curie pour amener l’apaisement du Kulturkampfvont être poursuivies activement, mais euveloppées du plus grand secret. On ne fera pas de communications au public sur les incidents qui pourront se produire On ne divulguera provisoirement que les résultats au fur et à mesure qu’ils seront acquis.
- En attendant, un incident qui s’est produit lors de l’audience accordée par l’empereur au nouvel archevêque de Trêves, a causé dans Je carrp libéral un assez vif mécontentement. Lorsque l’évôque est entré au châ teau royal, le poste d’honneur lui a présenté les armes. Il y a près de dix ans que ce fait ne s’était pas produit, toute relation directe ayant cessé depuis longtemps entre les autorités ecclésiastiques dë Prusse et "le gouvernement. Les journaux libéraux expriment le regret que des honneurs pareils ne soient pas rendus aux dignitaires des autres cultes égaux par le rang aux évêques. Ils protestent également contre le fait que le nouvel évêque de Trêves a été dispensé de prêter serment de fidélité au roi, et demandent quelles concessions l’Eglise a faites jusqu’ici à l Etat.
- Pour raviver le zèle électoral des Alsaciens-Lorrains, M. de Manleuffel a imaginé d'user pour ia première fois
- de l’arbitraire que lui donne la loi de 1879, il expulse de Strasbourg sansjugement deux ouvriers suspects de socialisme.
- ANGLETERRE
- L’agitation continue en Irlande, malgré le vote du landbtll. Le gouvernement anglais se dispose à prendre des mesures énergiques.
- — Il y a quelque temps déjà qu’a eu lieu à Londres, sous la présidence de Mme Fawcelt, femme du ministre des postes d’Angieterre, la réunion annuelle de la Ligue pour h protection des femmes. Mma Fawcett, dans son discours, a vivement engagé les femmes ouvrières à former des Trades-Unions ou sociétés de résistance comme les ouvriers, et elle a comparé aux habitants d’une autre planète les prétendus économistes, qui affirment que les grèves ne peuvent pas amener l’élévation des salaires ni en maintenir le taux. Il existe déjà en Angleterre de- sociétés de ce genre entre femmes, et elles ont donné d’excellents résultats.
- — Les femmes-médecins ont été exclues du Congrès médical international qui a été tenu à Londres au commencement du mois d’août 188*, et qui a réuni trois mille guérisseurs venus de tous les points du globe. Les médecins sont en général très hostiles à l’admission des femmes dans leur profession; ils invoquent contre elles les mè nes arguments que les ouvriers de telle ou telle profession menacés par le travail des femmes.
- En réalité, il n’y a là qu’une vulgaire question de concurrence. Posez en principe que le travail doit être rétribué sans égard au sexe du travailleur et que la rénumération doit au moins assurer au trava Heur un minimum de moyens d’exi-tence, et la question du travail des femmes, dans la médecine et ailleurs, sera résolue.
- RUSSIE
- Un Russe voulant donner à un Américain de ses amis une juste idée de la Russie lui écrit :
- Supposez que le quatre mars dernier, au lieu d’inaugurer la présidence de M. Garfieid, vous eussiez vu le couronnement d’Ulysse Ier, empereur et autocrate de tous les Etats et de tous les territoires de 1’Union. Supposez que ce czar américain eût frappé une taxe de plusieurs millions puur l’entretien de sa cour,et prélevé pour ses besoins le tiers du revenu total du pays, en ne laissant à l’éducation publique que le quatorzième de l’impôt. Imaginez de plus que pas un de vos dix mille journaux ne puisse désormais paraître sans la permission spéciale d’un censeur impérial, qui donne une entorse à toute idée remarquable, qui supprime tous les faits désagréables à sa majesté. Supposez que les fermiers ont reçu l’ordre de payer au gouvernement impérial, une somme plus forte que tout leur revenu d'une année; que s’ils ont le moins du monde hésité à laisser leurs enfants sans pain,ils ont été envahis par la police et maltraités par les soldats; que toutes sociétés quelconques, même de tempérance, tous clubs, toutes associations, tous meetings sont rigoureusement prohibés ; que l’on ne tolère ni protestations, ni pétitions, ni aucune critique du gouvernement; que l’Eglise d’Etat s’enrichit pendant que l’existence des autres cultes est à peine supportée. Supposez que sur les chemins de fer, des trains, des wagons, des voitures remplies d’officiers d’Etat, ou de personnes suspectes ou victimes de caprices officiels, vont sans cesse des montagnes de la Nouvelle-Angleterre, des côtes du Pacifique, du golfe et des côtes du nord, tous dirigés sur la résidence impériale à Washington. Supposez que dans toutes les cités et dans toutes les villes du nouvel empire américain ce soient les prisons, non les écoles, qui attirent les regards ; que les écoles privées soient interdites; que chaque cité ait reçu une lourde garnison, que chaque maison, fut-ce en"pleine nuit, puisse être ouverte et fouillée par les favoris de l’empereur ou par sa police. Supposez que les cours et les tribunaux ne siègent que
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- pour la forme, et que ce soit la police qui prépare ou qui révise les arrêts. Supposez que deux ou plusieurs provinces ne puissent se mettre en garde contre les sauterelles ou les épidémies qui les dévastent. Supposez que tous vos éditeurs, reporters, auteurs, orateurs, bref, toute personne capable et honorable, soient transportés à Alaska et condamnés à périr dans les mines de mercure, Supposez que votre vie soit à la merci du gouverneur généra), votre propriété à la discrétion des gouverneurs ordinaires, et votre liberté à la disposition de tout policier. Alors, mon cher ami, vous auriez la Russie en Amérique, et les Américains, devenus sujets du czar, hésiteraient à jeter la pierre aux nihilistes, qui combattent pour les droits du peuple en se réservant uniquement l’honneur de périr pour sa cause.
- Herald of peace.
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- Juifs et juives sont absolument exclus de Moscou, et toute contravention est impitoyablement châtiée, le règlement ne fait d’exception que pour les juives prostituées, Le mois dernier, une jeune juive parfaitement honorable, qui se trouvait obligée de suivre à Moscou un cours de sténographie, n’a eu d’autre moyen de demeurer dans la ville que de se faire incrire parmi ces malheureuses. Mais bientôt la régularité de sa conduite et la pureté de sa vie l’ont trahie, et l’autorité l’a mise en demeure ou de pratiquer, ou de quitter la ville, Quelle infamie î
- SUISSE
- Le journal « Les Etats-Unis d'Europe » annonce que l’Assemblée générale de la Ligue Internationale de la Paix et de la Liberté se tiendra' à Genève le dimanche 25 septembre prochain à 9 heures du matin, et que le lendemain une conférence publique aura lieu à 8 heures du soir, salle des A mis de l’Instruction. Le sujet de cette conférence sera :
- Nécessité d'une juridiction internationale qui puisse prévenir la guerre et procurer le désarmement.
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- « La Reme » de Lausanne publie les lignes suivantes sur la conférence faite dans cette ville par M. Godin:
- La question soeiïile. — Le fondateur du Familistère de Guise, en France, M Godin, ancien député, a donné à Lausanne, il y a quelques jours, une importante conférence sur la question sociale et sur le remarquable établissement qu’il a fondé en 1859. Grâce aux savantes combinaisons réalisées dans cette institution, des milliers de travailleurs y ont trouvé, depuis vingt ans, tous les avantages matériels, intellectuels, éducatifs et sociaux que peut procurer la richesse (1)
- Les quatorze cents ouvriers et employés du Familistère et de l’Usine, qui sont logés pour la plupart dans ce véritable palais, participent en outre aux bénéfices locatifs, commerciaux et industriels des deux établissements et reçoivent chaque année des dividendes en titres de propriété, constituant à chaque ouvrier des économies dura&les.
- Le vrai remède aux maux qui affligent la société moderne se trouve, a dit M. Godin, « dans ce sentimenl religieux qui a le bien universel et le bien de la vie humaine pour objet. C’est sur ce sentiment de fraternité que se basera la société de l’avenir. C’est ce grand principe de morale sociale qui a inspiré l’édification et l’organisation du Familistère. »
- Mais ce sentiment n’a pas été seul. Il a été fécondé par
- (lj Voir le volume des Solutions sociales, 655 pages, avec un panorama du FamilLtère ; prix : 5 fr.
- — Mutualité sociale, ou extinction du paupérisme par l’association du capital et du travail; prix : 5 fr — La richesse au service du peuple, in-12 de 192 pages; prix ; 49 centimes.
- Librairie Gmüemin, à Paris, ou au gérant du Devoir, à Guise (Aisne),
- ! cette noble conception philosophique qui considère le j travail et le capital humains comme des facteurs secondaires de la richesse dont la source principale se trouve en réalité dans la vie de la nature ou dans Yaolivitè divine.
- « Si l’homme, ajoute M. Godin, peut se dire posses-
- * seur légitime de ce qui est dû à son travail particu-« lier, il ne peut pas légitimement s’approprier ce que « la nature fait pour le bien commua de tous les hom-
- * mes. C’est donc au nom du concours de la nature dans « les faits de la production humaine que la société du
- * Familistère reconnaît et proclame le droit des faibles « aux garanties de l’existence, »
- Ainsi, cette part de la production, que Dieu peut revendiquer à juste titre, et que le capital garde aujourd’hui pour lui, M. Godin la cède généreusement au faible, au déshérité, à l’invalide, à celui qui ne peut vivre de son travail.
- Honneur à cette noble initiative qui inaugure l’ère de la véritable fraternité et qui confirme les espérances de la véritable philosophie religieuse, puisque celui qui laisse aux malheureux la part du collaborateur divin s’eniicliit de la vraie richesse,de la richesse morale qu’il doit mporter au-delà du tombeau, pour sa continuelle ascension vers l’idéal!
- Ges hautes et sympathiques pensées ont vivement impressionné les nombreux auditeurs du philanthrope français, qui le lui ont témoingé par de cfialeureux applaudissements, en attendant qu’ils aient l’occasion de s’inspirer de ses sages conseils et de son généreux exemple.
- ÉTATS-UNIS
- La Société Pensylvanienne de la Paix a tenu il y a peu de jours, dans le comté de Montgoméry, une Assemblée à laquelle assistaient plusieurs centaines de personnes; Mme Lydia A. Schofield présidait, et le président de la Universal peace Union, M. Alfred H. Love, faisait fonction de secrétaire.
- Yuici les résolutions prises par cette assemblée :
- 1° L’arbitrage devrait être employé pour résoudre toute difficulté et toute querelle dans la famille, dans la commune, dans la nation, entre les nations;
- 2° Dans toutes les écoles, les premiers de chaque classe devraient former un comité d’arbitrage chargé de vider les différends survenus entre les écoliers. On devrait dans tous nos collèges et dans toutes nos universités établir une chaire d’arbitrage ;
- 3° Le prochain Congrès devra par un acte formel faire exécuter la résolution suivante qui a été prise par le Gongrès le 17 juin 1874: « Le Président des Etats-Unis créera une commission d’arbitrage international chargée de négocier avec les puissances étrangères l’établissement d’un bureau international, qui résolve par voie d’a.bitrage et sans aucun recours à la guerre, les différends survenus entre les gouvernements qui auront adhéré à rétablissement de ce bureau. »
- Gette Commission sera composée de cinq citoyens des Etats-Unis spécialement chargés d’en poursuivre l’objet ; ils resteront en fonction le temps fixé par le Président, et lui rendront compte de leur mandat pendant la durée, ou à l’expiration de ce mandat,
- Un crédit de 53,000 dollars est dès à présent ouvert pour les frais et dépenses de la Commission.
- Cet acte recevra une exécution immédiate;
- 4° La vie humaine est inviolable et sacrée, sur le champ de bataille ou sur l’échafaud, qu’ii s’agisse d’un Russe ou d’un Américain, d’un Empereur ou d’un Président, d’un sujet ou d’un citoyen Tuule loi contraire à ce principe n’est pas loi, tout acte contraire au même principe mène au meurtre, au suicide ou à la guerre. Nous honorons la révolte contre le mal, car elle vise purement à la paix, mais l’esprit de révolte qui cherche le succès au prix de la vie humaine va contre son objet, et doit être réprimé et corrigé suivant cette divine autorité qui « pour détruire les violents ne veut que des armes spirituelles et dont la force vienne de Dieu. »
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- LE DEVOIR
- EGYPTE
- Une révolte militaire a éclaté au Caire à la fin de la semaine. Le palais du khédive a été cerné par 4,ÔÜü soldats qui lui ont enjoint de destituer tous les ministres et de convoquer immédiatement une assemblée de notables pour élaborer une nouvelle constitution. Tew-fik-Pacha a fait droit à leurs injonctions.
- Outre la destitution des ministres et l’établissement d’une Constitution, les troupes ont demandé l’exécution des décisions de la commission sur l’armée.
- A l’arrivée des troupes, Je khédive est allé lui-même sur la place du Palais pour empêcher les troupes royales de se joindre aux mécontents; mais il était trop tard. Alors le khédive fit appeler M. Cookson, représentant le consul général anglais, M. Molot.
- M. Cookson a conduit seul les négociations avec Arabi-Bey. lia proposé que les deux dernières demandes des troupes soient renvoyées au gouvernement ottoman, sous cette condition que si la Porte accueillait favorablement cette demande, le khédive s’engagerait à l’agréer également.
- Cette proposition a été acceptée.
- Le khédive a consenti à changer le ministère, et a notifié aux troupes son intention de nommer Ismaïl-Eyoub ou Hadiar comme successeur de Riaz-Pacha.
- Arabi-Bey était disposé à accepter ces propositions, mais les autres colonels insistèrent pour la nomination de Charif, lequel fut enfin agréé par le khédive.
- Cette démonstration complètement imprévue a surpris le gouvernement et le public.
- Hier même, Daoub-Pacba avait nommé un nouveau colonel d’artillerie sans consulter les colonels mécontents.
- On prétend que les colonels, tout en paraissant craindre une occupation turque, étaient en communication avec la Porte qui, suivant eux, approuverait leurs réclamations.
- Tout est tranquille actuellement. Peu de monde d’ailleurs a su ce qui s’était passé.
- Charif est arrivé à quatre heures, tout prêt à entror en fonctions.
- A l’heure actuelle, les consuls anglais, français, autrichiens et russe sont en conseil avec le khédive au palais.
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- A quoi servent les missionnaires —
- La Flandre libérale se pose cette question et elle y répond parle fait suivant:
- Le Times a un correspondant qui parcourt le Canada, à la suite du gouverneur général, le marquis de Lorne. Voici comment il s’exprime au sujet des Peaux-Rouges qu’il rencontre sur son passage :
- « L’agent chargé de les surveiller parle d’eux en termes favorables," de ceux du moins qui sont encore païens. Il a une moins haute idée des chrétiens ; dans son opinion, ils se sont assimilé plus facilement les vices que les vertus des blancs. J’ci le regret d’ajouter que cette manière de voir est celle des Européens en général, sauf bien entendu des missionnaires. »
- Nous pouvons ajouter que tous les hommes qui ont visité l’Inde et l’Asie s’accordent dans la même constatation des faits dans ces contrées.
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- L’exposition d’électricité
- « On entre dans le Palais de l’Exposition par un petit tramway électrique qui, pour quelques sous, vous fait parcourir le charmant jardin qui égaie l’entrée des Champs-Elysées, et vous dépose a l’intérieur du palais.»
- Ainsi s’exprimait l’autre jour un de nos confrères les plus sérieux Sur cette indication, je me suis présenté, muni de mes cinq sous, à la gare élégante qui se trouve derrière les chevaux de Marly et qui servira plus tard de
- point de départ à l’omnibus électrique construit par M. Siemens.
- La gare est terminée, les rails posés, une assez longue file de poteaux supporte des fils de fer dont l’enchevêtrement m’a laissé perplexe. Mais de tramway je n’en >ai point encore vu. Les préparatifs ne sont pas terminés.
- L’intérieur de l’Exposition est à peu près dans le même état. Beaucoup de préparatifs, de machines à demi-montées, des caisses d’emballage, qui donnent une haute idée de ce que sera dans quinze jours l’Exposition d’électricité, du eüarme et de l'imprévu qui s’y rencontreront à chaque pas. Mais rien encore de définitif, rien qui soit réellement en place et fonctionnant moralement. Le tramway électrique de M. Siemens, par exemple, se rattache a une question très délicate. T électricité transformée en force motrice, et sur laquelle l’Exposition actuelle ne peut manquer d’apporter des notions précises. J’aurais voulu commencer dès maintenant une sorte d’étude comparative entre les divers moteurs électriques exposés. Mais comment le faire tant que toute l’Exposition n’est pas entièrement déballée ?
- Il y a en effet, parmi les innombrables applications de l’électricité, deux questions qui dominent toutes les autres, et sur lesquelles les travailleurs s'acharnent en ce moment. C’est la transformation de l'électricité en travail mécanique, et la lumière électrique. Les comparaisons que fera le jury, les récompenses qu’il décernera et, d’un autre côté, les travaux du congrès des électriciens, auront pour effet de déblayer un instant le terrain, de mettre hors de pair quelques-unes des inventions et de rejeter les autres, provisoirement du moins, jusqu’à nouveaux perfectionnements, dans le domaine de l’histoire de l’électricité.
- Mais déjà, dans un premier aperçu, nous pouvons dire qu’un grand nombre des applications de l’électricité, telles que la galvanoplastie et la télégraphie, sont arrivées à un état de perfection relativement remarquable. Il n’y a plus guère à corriger que des défauts de second ordre, défauts qui sont quelquefois très gênants, comme il arrive dans les câbles sous-marins,mais qui n’empêchent pas les appareils de fonctionner, et de rendre de grands services.
- Au contraire, les deux questions à l’ordre du jour;que je viens de signaler, sont, pour ainsi dire, à peine posées. Un grand nombre de systèmes ont été inventés, préconisés dans les annonces, choyés entre amis et actionnaires. Mais chacun de ces systèmes, à côté d’excellentes qualités, présente quelque défaut énorme, qui en rend l’adoption définitive absolument impossible.
- LA QUESTION SOCIALE ET LA « PETITE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE ï»
- Quelque répugnance que nous éprouvions en général à relever les énormités émises chaque jour dans certains journaux politiques sur la question si intéressante de l’amélioration du sort des travailleurs, il nous semble cependant impossible de laisser passer inaperçue la question que la Petite République française pose en ces termes :
- « Que n’a-t-on pas écrit sur les questions sociales ? Des hommes d’une grande intelligence et d’un cœur généreux ont consacré leur vie à ces études. Que reste-t-il de toutes leurs théories et de tous leurs plans de rénovation sociale ? Et qu’ont gagné les travailleurs à tous ces rêves de sociétés idéaies et
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- parfaites, à tous ces projets magnifiques et irréalisables ?
- « Notre méthode est plus simple et plus modeste. M. Gambetta a énuméré les différentes réformes qui lui paraissent immédiatement réalisables. D’autres viendront ensuite et nous espérons qu’il s’établira un véritable concours entre tous les républicains pour proposer, non des chimères et des utopies, mais des projets susceptibles d'être transformés en lois. »
- Deux choses ressortent clairement de la question posée de la sorte par le Journal de la Chaussée-d’Antin. D’abord, d’après lui, ce que des hommes d’une grande intelligence et d’un cœur généreux ayant consacré leur vie à l’étude des questions sociales ont fait ne serait que des chimères et des utopies dont il ne reste absolument rien. Ensuite la méthode de M. Gambetta, qui il n’y a pas bien.longtemps prouvait, en niant à la face du pays la question sociale, qu’il n’en connaissait pas le premier mot, sa méthode, fruit d’études récentes et rapides, sans doute, doit indiquer la solution du problème, au moyen de réformes qui lui paraissent immédiatement réalisables, que d’autres suivront graduellement, etc.
- Il n’est véritablement pas besoin d’être un grand clerc en ces matières pour se convaincre, en lisant les lignes que nous venons de citer, que l’on ne sait à peu près rien à la Petite République française de ce qui touche à la question sociale. Eh quoi ! Il ne reste rien de ce que des hommes éminents ont fait à ce sujet, et les travailleurs n’ont rien gagné à leurs études et à leurs travaux qui ne seraient que des projets irréalisables, des utopies et des chimères ? Mais en vérité l’auteur de la citation en question nous fait beau jeu pour lui répondre, car il nous place dans la situation du philosophe qui n’eût qu’à faire quelques pas pour démontrer le mouvement.
- Notre mouvement à nous, c’est-à-dire le résultat des études de ces hommes intelligents et de cœur dont parle la Petite République existe, et pour le prouver nous n’avons qu’à en prononcer le nom.Sans parler des opulentes associations coopératives de travaillleurs de l’Angleterre, ni de celles qui prospèrent en France, sans parler des nombreux établissements industriels et commerciaux où le principe de la participation du travailleur aux bénéfices est pratiquement appliqué depuis des années en France, en Suisse, en Alsace et ailleurs, est ce que le Familistère de Guise n’existe point depuis vingt ans, et est-ce une chimère ou un rêve que sa prospérité incomparable, et son admirable fonctionnement ? Est-ce une utopie que l’aisance dont les travailleurs y jouissent depuis sa création ? Oui ou non, cette
- institution est-elle une solution visible, palpable, matérielle, en un mot, du problème qui finit par s’imposer aujourd’hui à nos gouvernants ? Est-ce un rêve ou une réalité que ce splendide palais de l’ouvrier, où il trouve tous les avantages de la richesse, dont tant de membres des classes prétendues dirigeantes voudraient bien jouir comme lui ?
- De ce que l’exemple donné par son éminent fondateur n’a été encore suivi par personne, de ce que bien peu de gens en France se sont donnés la peine de chercher à connaître cet établissement si remarquable, dont la presse anglaise, américaine, suisse, italienne, etc., a relevé sur tous les tons les merveilleux résultats, s’ensuit-il que cet exemple ne soit excellent, et que cette création ne soit pas véritablement la solution pratique la meilleure et la plus parfaite possible du problème ? Peut-on, surtout en présence de ce palais et de cette usine, l’une des premières du pays, demander: « Que reste-t il de toutes les théories et de tous leurs plans de rénovation sociale ?•»
- Il reste au moins le Familistère, c’est-à-dire l’habitation d’un millier de familles de travailleurs jouissant, grâce à leur organisation et à leur travail, d’un bien être et d’un confort que beaucoup de hauts employés d’administration ou de commerce envieraient avec raison. Le Familistère, quoiqu’on en dise, c’est l’aisance du présent et la sécurité de l’avenir assurés infailliblement à ses habitants, et nous pourrions ajouter, c’est ia fortune pour plus d'un d’entre eux à un relativement bref délai.
- Quant aux résultats de la méthode de M. Gambetta, on nous permettra d'attendre pour en parler que l’on nous l’ait faite connaître, car nous n’aimons point à nous occuper de choses que nous ignorons.
- Cette méthode, si tant est qu’il en existe une, nous craignons fort qu’elle ne réponde pas aux espérances qu’elle semble faire concevoir. Nous ne sommes pas de ceux qui croient à l’universalité d’aptitudes des hommes même supérieurs. Nous ne croyons point, 'par exemple, qu’il suffise à un architecte de génie d’avoir construit un chef-d’œuvre, comme le Dôme de Milan ou Saint-Pierre de Rome pour pouvoir commander une armée comme Napoléon. On peut être un grand orateur, ou patriote éminent, et ne rien entendre aux choses que l’on n’a pas étudiées, car si l’on naît poète ou orateur, on ne devient éminent dans la science que par l’étude et la pratique, et les savants, les professeurs ne s’improvisent pas.
- Or, lorsque M. Gambetta déclarait que la question socia le n’existait pas, il prouvait qu'il n’en avait pas la moindre notion. L’a-t-il étudiée et comprise depuis ? Cela n’est point impossible, mais dans tous
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- les cas, il y a mis trop peu de temps, et la question exige de trop longues études, pour qu’il puisse encore être passé maître en cette science. D’ailleurs, ce serait une grave erreur de penser que c’est uniquement par des lois que l’on arrivera à la résoudre. La solution, de l’avis de tous les hommes compétents, se trouve dans l’application du principe de l’association du capital et du travail ; la chercher ailleurs c’est poursuivre une chimère. Or, pour provoquer cette application indispensable, un gouvernement, quel qu’il soit, est absolument impuissant, et la chose est tout à fait hors de sa compétence.
- VOYAGE AUTOUR DU FAMILISTÈRE
- VII (Suite)
- Vous ne voulez point sortir de cette cour centrale, je le vois, sans être encore entré dans l’autre magasin qui s’y trouve, celui de la mercerie, des vêtements etc... soit ; que votre volonté soit faite allons-y. Ici, nous trouvons une grande variété d’articles . On y vend, toujours en se conformant aux mêmes principes, des étoffes de toute sorte, des chaussures, des coiffures, tout ce qui concerne la mercerie, fil, aiguilles, épingles, boutons, rubans, lainages, toiles, bonneterie, ustensiles de ménage, etc., etc.
- C’est aussi complet que possible dans les conditions dans lesquelles cela se pratique et se meut. On y trouve déjà à se pourvoir très commodément de la plupart des choses indispensables ; mais pour être rigoureusement exact, il faut reconnaître que l’on pourrait y apporter des améliorations pratiques, et la chose serait même fort aisée. Le fondateur du Familistère avec l’admirable sens administratif dont il est doué le voit, le sent, et il l’a plus d’une fois déclaré dans ses conférences. Mais voulant habituer l’Association à ne pas toujours s’en reposer sur lui du soin de l’organisation en toutes choses, il a engagé maintes fois les membres associés, sociétaires et participants à se réunir et s’entendre pour la réorganisation des magasins du Familistère sur le pied de la coopération, et pour leur extension à toutes les branches de consommation qui n’y sont point encore exploitées.
- Avec les admirables éléments que l’Association possède pour cela, avec les innombrables modèles d’établissements coopératifs on ne peut plus prospères que lui offre l'Angleterre et même la France, avec les ressources considérables dont elle dispose, rien n’est plus aisé, nous l’affirmons hautement, et
- Inous le répéterons à satiété, que d’organiser au Familistère des magasins ne laissant absolument rien à désirer, et donnant pleine satisfaction à toutes les exigences, en même temps que des bénéfices considérables aux coopérateurs. Les Pionniers de Roch-dale, les Equitables d'Oldham et tant d’autres, aujourd’hui richissimes et embarrassés même de l’abondance de leurs capitaux, n’avaient au début de leur établissement aucun des éléments de succès que les habitants du Familistère possèdent nombreux et en abondance.
- Or à quelles opérations ces sociétés doivent-elles leur immense fortune ? Tout simplement à la coopération de consommation, et il ne faut point oublier qu’au début les Pionniers deRochdale n’étaient que 28 et que leur première cotisation était de vingt centimes. Ainsi, c’est avec une première mise de fonds de 5 francs 60 que ces hommes ont commencé pour arriver à posséder aujourd’hui assez de millions pour acheter deux Familistères avec leurs usines, et toutes leurs dépendances.
- Et les Pionniers de Rochdale ne sont point les seuls, ni même les plus riches. Les Equitables d’Ol-dham sont encore plus riches qu’eux, et on pourrait citer une quantité d’autres associations fondées sur ces bases qui ont progressé de même.
- L’Association du Familistère possède là une source de bénéfices qui, dans un moment donné, dépasseraient ceux que fournit l’usine elle même, et je vous assure, ami lecteur, que si j’en étais membre, je n’aurais point de repos que cela ne fut organisé et ne marchât de façon à atteindre promptement ce résultat.
- Mais je vois bien ce que vous n’osez' point me dire. Vous pensez que je m’occupe là de choses qui ne me regardent pas, et que je retarde ainsi notre voyage. Vous avez raison, je le reconnais, poursuivons donc notre visite.
- Dans le passage, large de deux mètres,qui, à l’encoignure du côté de la place, nous conduit d’un bâtiment à l’autre, vous voyez, à gauche, d’abord une fontaine, que vous retrouverez à tous les étages, fournissant Teau en abondance pour tous les besoins des habitants. La porte la plus proche est celle du cabinet où se trouve la trappe aux balayures, grâce à laquelle les ménagères peuvent entretenir chez elles la propreté et l’ordre. Puis viennent ce que. les Anglais nomment water closets, doubles à tous les étages, ayant comme les gares de chemins de fer, le côté des hommes et celui des femmes. Dans chacun d’eux, il y a les cabinets réservés à siège et cuvette à l’anglaise, et les cabinets ordinaires à cu-, vette inodore au ras du sol. Dans ces derniers, une
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- fontaine permet aussi de les tenir constamment propres.
- A l’entrée du pavillon de gauche du même côté, se trouve le bureau du service médical, ouvert à deux heures, où l’on peut venir consulter l’un des médecins de l’établissement. Trois boîtes à lettres portant chacune le nom de l’un des docteurs sont placées contre le mur du dispensaire, afin que chacun puisse réclamer les services du médecin de son choix, en indiquant son logement. Tout cela est à la charge de l’association, car, moyennant une très légère cotisation mensuelle au profit de la Caisse d’assurances contre la maladie, chaque habitant du Familistère a droit aux soins gratuits du médecin, aussi bien qu’à la gratuité des médicaments pour lui et pour les siens.
- En continuant toujours dans la même direction notre tournée, nous rencontrons un peu plus loin, toujours sur notre gauche, les salles de bains et de douches au nombre de deux. L’une de ces salles, assez grande, très grande même, est pourvue d’une baignoire en zinc, que deux robinets placés au-dessus permettent de remplir d’eau chaude ou froide, comme dans tous les cabinets de bains possibles. L’autre ne diffère de celle la que par la dimension de la salle beaucoup plus petite, et par la baignoire qui, ici, est en maçonnerie et fixe, au lieu d’être mobile comme l’autre. Je me trompe; il y a encore une différence entre les deux, et elle consiste dans le prix des bains, plus élevé d'un tiers dans la première que dans la seconde. Dans l’une, on paye 0,75 centimes pour un bain, et dans l’autre 0,50 centimes.
- L’élévation des prix s’explique par la nécessité de chauffer exprès une machine pour pouvoir fournir l’eau chaude, et l'on comprend que, même dans ces conditions, les bains sont une charge réelle pour l’association. Tout cela n’a été que provisoire, hâtons-nous de le dire, et l’on installe en ce moment des salles de bains, qui seront beaucoup moins coûteux, dans le bâtiment de la buanderie ; nous le visiterons. Mais les habitants dont les ressources ne leur permettent point de faire même cette dépense, n’en sont point privés pour cela ; ils ont à leur disposition une piscine alimentée par les générateurs à vapeur de l’usine, dont nous aurons occasion de reparler.
- Pour le moment, contentons-nous de prendre à notre droite en longeant la cour intérieure de ce bâtiment, et à l’extrémité nous trouverons à droite l’entrée du Casino. Pénétrons-y, parce que nous y trouverons un siège, dont le besoin se fait impérieusement sentir, pour moi du moins.
- Je ne sais si le proverbe Indien qui dit : « Il vaut mieux être assis que debout, couché qu'assis, et mort que couché, » est vrai ou non, parce qu’il doit avoir un sens caché qui m’échappe ; mais ce que je sais bien par expérience, c’est que toutes ces postures sont fort agréables à leur heure. Il est certain, par exemple, que pour un chasseur qui vient de faire l’ouverture de la chasse, en arpentant toute la journée les près, les bois et les champs sans parler des grands chemins, et qui rentre le soir harassé de fatigue, la position horizontale devenue pour lui un besoin doit être plus agréable que toute autre. Mais si, l’on avait voulu l'y tenir le matin, lorsqu’il partait en chasse, on lui eut rendu un très désagréable service, et cette position lui eût paru la plus déplaisante de toutes. C’est pour un motif analogue que parvenus enfin au Casino du Familistère, je me laisse tomber avec une indicible satisfaction sur ce siège modeste mais bienvenu, qui va permettre à nos jambes de se reposer un peu. [A suivre).
- LES PROGRÈS DU SOCIALISME
- Nous constatons avec plaisir que chaque jour le mouvement socialiste fait un pas en avant; les sociétés coopératives si bien organisées, si nombreuses et si prospères chez nos voisins d’outre-Manche commencent à entrer dans nos mœurs ; ce n’est pas l’association, il est vrai, mais c’est certainement une des routes qui y conduisent le plus sûrement, en montrant d’une manière irréfutable à ceux qui n’ont pas fait des études suffisantes de sociologie, quels sont les résultats immenses que l’on peut retirer de l’Association telle que nous la comprenons.
- Lorsque les sociétés coopéraiives, de consommation, de production et de crédit seront nombreuses et prospères, dans notre pays, ce qui arrivera certainement si nos législateurs nous débarrassent, comme ils nous l’ont promis dans leurs derniers programmes électoraux, des entraves qui pèsent encore sur nos libertés et surtout sur celles d’association et de réunion, ces sociétés atteindront rapidement une importance considérable, et il leur sera facile alors de se procurer le capital nécessaire pour fonder de véritables associations établies sur les justes bases de la répartition entre le capital et le travail, et suivant les principes de mutuelle solidarité.
- Les philanthropes, comme le fondateur du Familistère de Guise, sont malheureusement trop rares, et à défaut de capitalistes intelligents venant apporter à l’ouvrier le capital indispensable dans toute Société, un des meilleurs moyens que puisse em*
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- ployer le prolétariat pour arriver à son émancipation est sans contredit le système coopératif.
- C’est donc avec une vive satisfaction que nous avons appris par un de nos amis qu’une société coopérative de consommation venait de se fonder au Mans, chef-lieu du département de la Sarthe. Cette ville de 50,000 âmes, où la démocratie et le socialisme comptent de nombreux champions, n'avait pas encore de sociétés coopératives : grâce à l’intelligence et au dévouement de quelques-uns de nos amis, au zèle de l’un d'eux, M. Crétois, esprit ferme, persévérant et profondément dévoué à toute idée de justice et de progrès, une Société coo^érativé de consommation appelée La Prévoyante, vient d’être installée rue Dorée, au centre de la ville, dans un quatier habité surtout par des travailleurs. Toutes les classes de la population Manceîle, excet/té toutefois celle qui a en horreur la Marseillaise ét ne connaît d’hymne national, que Sauvez Rome et la France, tous les Manceaux dis je ont adhéré en foule à cette utile institution. Les actions sont de 50 francs avec faculté de se libérer par dixièmes. Les statuts de cette Société nous paraissent établis sur des bases sérieuses ; ouverte depuis quelques jours seulement, les ventes s’élèvent déjà à plus de 200 francs par jour.
- Nous sommes d’autant plus heureux de ce résultat que nous avions il y a quelques années essayé de fonder une Société analogue, que notre départ du Mans nous a empêché de mener à bonne fin. Nos amis ont continué l’œuvre que nous avions ébauchée, et sont arrivés à un heureux résultat; nous les en félicitons sincèrement.
- Connaissant l’esprit démocratique et social de la population manceîle, nous avons la conviction que sous la direction des hommes dévoués et sérieux qui sont à la tête de la Prévoyante, cette Société est appelée à un avenir prospère, et que bientôt elle aura des succursales et des imitateurs.
- A. Doyen.
- La tat>le de FrédéricJe-Grand
- La Gazette de VA llemagne du Nord publie les renseignements suivants sur la façon dont se nourrissait Frédéric le Giand :
- Les mets servis sur la table de Frédéric II n’étaient pas exquis, mais choisis. Il y avait habituellement huit plats dont quatre français, quatre italiens et deux plats préparés conformément au goût particulier du roi et d’après ses propres instructions. Parmi les plats figuraient les petits pois, le hareng frais, le pâté d’anguilles, les choux au jambon, etc. Frédéric avait coutume de dire : « Quiconque n’a pas assez de huit plats ne se contenterait pas de quatre-vingts. »
- Pendant les repas, le roi prenait des notes au crayon, touchant les différents plats, pour en parler au chef de cuisine en sortant de table.
- Frédéric II avait douze cuisiniers bien payés, dont chacun avait une spécialité.
- Ilsétaieot placés sous les ordres du maître d’hôtel du roi, M. Noël. La vaisselle de table dont on se servait était en belle porcelaine. Il n’y avait pas de dessert à l’exception des fruits: Quant aux vins,Frédéric-le-Grand aimait surtout le Bordeaux et le vin de la Moselle ; il en buvait ordinairement près d’une bouteille à chaque repas en le mélangeant d’eau.
- Il évitait le vin du Rhin, à cause de la goutte. Le budget des cuisines du roi était de 12,000 thalers par an ; avec cette somme il fallait fournir huit plats à la table du roi, huit à celle des maréchaux, trois à midi et le soir à dix ou douze domestiques et de la viande fr oide pour les chiens du roi. Lorsque Frédéric invitait à dîner des étrangers de distinction, on servait jusqu’à trente plats qui ne figuraient pas au budget ordinaire.
- Le roi écrivait un jour, vers 1780, à son trésorier Fré-dersdorf: «je suis très content de la cuisine qu’on me fait, mais les cuisiniers ne devraient pas voler la moitié des ingrédiens. Ils dépensent ainsi chaque jour onze thalers de plus. Je t’assure que notre nourriture n’est pas chère, quoi qu’elle soit bonne. » Dans un compte de cuisine du 9 novembre 1734, on faisait remarquer que la consommation extraordinaire était de 25 thalers, 10 gros, 1 pfenning et 1/2 Frédéric écrivit en marge : « On a volé, car on a servi environ 100 huîtres, ce qui fait 4 thalers, le gâteau a coûté 2 thalers, le foie 1 thaler, le poisson 2 thalers, le gâteau russe 2 thalers, total : Il thalers. Le reste est volé. Comme il y a eu aujourd’hui un plat de plus, le hareng et les pois, cela a coûté 1 tha-ler déplus. Donc, tout ce qui est compté au delà de 12 thalers est impertinemment volé.
- « Frédéric. »
- Le Directeur-Gérant : GODIN.
- L’Association du Familistère de Guise demande les employés suivants : •
- Pour sa manufacture d’objets d’ameublement et d’appareils de chauffage en fonte :
- 1° Un chef d’atelier des mouleurs et de la fonderie, bon praticien dans le moulage ;
- 2° Un chef d’atelier des monteurs-ajusteurs, connaissant bien le travail ;
- 3° Un chef d’atelier d’émaillerie connaissant la chimie céramique ;
- 4° Un dessinateur pour modèles d’appareils de chauffage ;
- Elle demande en outre pour l’économie dômes tique du Familistère :
- 5° Un chef commercial pour les approvisionnements et le contrôle des divers magasins de vente ou débits de l’Association ;
- 6U Un jardinier connaissant l’arboriculture et la cultures générale des jardins.
- Le personnel de la Société s’élève à environ 350 familles dans ses logements et à 1300 ouvriers dans son usine.
- On ne sera admis à l’un où l’autre de ces emplois qu’avec preuve de capacité et muni de bons renseignements.
- SAINT-QUENTIN
- Société anonyme du Glaneur, Grand’PIace, 36.
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- 40 ANNÉE, TOME 5 — N° 159 dLe numéro hebdomadaire 20 c. DIMANCHE 25 SEPTEMBRE 1881
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- BEVUE DES «HESITONS SOCIALES
- BUREAU
- A GUISE (Aisne)
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant Fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE
- par renvoi, soit an bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France
- Un an. . . . 10 fr. »» Six mois ... 6 »»
- Trois mois . . 3 »»
- Union postale
- Un an. . . . 11 Ir. »» Autres pays Un an. . . . 13fr.60
- on s’abonne A PARIS 5,r.Neuve-des-petits-Champs Passage des Deux-Pavillons
- S’adresser à M. LEYMARIE administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- La question sociale et Véducation, F. — Voyage autour du Familistère, VIII. — Faits politiques et sociaux. — Le problème social. — Exposition de Vélectricité. — Etat-civil du Familistère. — La guerre et les armées permanentes. — Variétés.
- LA QUESTION SOCIALE ET L’ÉDUCATION V
- C’est à ses fruits que l’on reconnaît l’arbre, a dit un philosophe. Si les fruits de l’éducation actuelle sont mauvais, ainsi que nous venons de le montrer, c’est évidemment parce que ce système d’éducation est mauvais, car jamais un bon arbre ne produit de mauvais fruits. Pourquoi ce système d’éducation est-il mauvais ? Parce qu'il ne tient point suffisamment compte des conditions de la vie humaine, et en même temps de la vie sociale qui en est inséparable.
- Le besoin de vivre chez l’homme est instinctivement accompagné du besoin de sociabilité, car l’homme est un être éminemment sociable. Usent la nécessité de 1’ union avec ses semblables pour mieux soutenir la lutte de la vie, dans laquelle certains efforts sont Impossibles sans la réunion des forces combinées, sans l’association. Cet instinct social, restreint au début à la famille, s’étendit dans les temps barbares
- à la tribu, et, avec la marche des siècles, à 1 a nation, pour tendre enfin à embrasser l’humanité toute entière.
- En société, l’homme prospère, parce qu'il se trouve placé dans les conditions normales de fonctionnement de son organisme, dans le milieu le plus favorable, et qu’il y rencontre les éléments les plus complets dë satisfaction à ses besoins individuels physiques et moraux.
- Ce fonctionnement régulier, un de ses principaux besoins, est donc son droit sur la société, comme le devoir de la société est de le lui fournir, en proportion de ce qu’elle peut. Droit individuel; devoir social.
- Mais l’individu ne peut exiger de la société que selon ce qu’elle reçoit de chacun de ses membres, et, pour sa part, comme il a intérêt à ce qu’elle puisse rendre davantage à chacun, il lui doit à son tour tout ce qu’il peut.
- Ainsi se justifie pleinement la formule socialiste : « A chacun selon ses besoins; de chacun selon son pouvoir;» droit social, devoir individuel.
- Les rapports entre l’individu et la société ainsi établis sont réglés par la morale, que l’on peut définir la science et la règle des rapports sociaux.
- En tant que science, elle s’occupe des phénomènes produits par les passions humaines qui exercent une action conservatrice ou dissolvante sur l’état social en général, ou sur telle ou telle forme d’état social en particulier. Elle montre, par exemple, que le respect des contrats est essentiellement conservateur de la société, et que l’établissement de ces contrats, en assurant à tous les contractants des droits équivalents, est également une cause de conservation so-
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- ciale.'Par contre, elle fait voir que le défaut de sécurité, l’inexécution de ces pactes, la violation des droits qu’ils créent sont des causes de dissolution des Sociétés, qui tendent à reporter les hommes à cet état d’individualisme, où règne ce que l’on appelle le droit naturel.
- La morale domine toute l’évolution scientifique, industrielle et économique de l’humanité, puisque tout le travail social peut se formuler ainsi :
- Connaître chaque jour plus exactement les conditions de prospérité de l’individu, et les réaliser en lui par l’éducation, et hors de lui en agissant utilement sur son milieu.
- La Société s’organisant en vue du bonheur de chacun et de tous, c’est-à-dire en vue d’aider chacun de ses membres à satisfaire ses légitimes besoins, l’individu doic apporter à, la Société toute la force dont il dispose, en retour de l’appui et du concours qu’il obtient de la Société; si l’un ou l’autre faillit à cette tâche, l’équilibre est rompu et le contrat violé, et c’est là ce que la morale a pour but d’empêcher.
- Dans une Société constituée, en effet, la morale s’occupe de tout ce qui tend au maintien ou à la perturbation des conditions d’existence de cette Société. Telle ou telle manière d’entendre ce qui est bien ou mal peut amener dans son sein une modification profonde. Par exemple, n’est-ce point à un changement de cette nature qu’est due la grande transformation sociale inaugurée par la Révolution française. L’inégalité des classes, sur laquelle était fondé l’aucien régime, une fois condamnée comme un mal et disparaissant pour faire place à l’égalité politique, la Société se trouvait du coup profondément modifiée, et Ge progrès incontestable était le résultat d’une plus juste conception de la loi morale des Sociétés.
- La morale a donc pour but de régler les rapports sociaux, et de produire la plus grande somme de bien, qui n’est réalisé que par la plus grande somme de bonheur possible de tous les êtres et de toutes les collectivités d’êtres, familles, tribus, nations, humanités.
- Tout ce qui contribue à la multiplication des existences et de la somme de jouissances qu’elles peuvent obtenir est le bien; tout ce qui les diminue est le mal. Provoquer par tous les moyens licites cette multiplication est conforme à la loi morale, l’empêcher ou l’entraver, n’importe comment, est immoral.
- * Deux hommes, dit M. L. Camescasse, ont chacun une force égale ou inégale, dont la somme est une certaine quantité.
- * Par malentendu, ils luttent l’un contre l’autre, de façon à user soit le tout, soit chacun une part plus ou moins grande de sa, force individuelle.
- Si le combat va jusqu’à l’épuisement des deux adversaires supposés égaux, l’humanité, je veux dire la société, est détruite, sans même av-,dr entrevu le but auquel elle devait tendre.
- « Si, les deux lutteurs étant inégaux, le combat dure jusqu’à l’épuisement du pins faible, l’autre reste seul contre la nature, étant désormais inférieur à ce qu’il avait été d’abord.
- « Si enfin les nécessités de l’existence se font assez sentir aux deux lutteurs pour qu’à un moment donné ils interrompent ou cessent la même lutte, et que ce soit à une séparation qu’ils recourent, ils sont tous les deux réduits au cas précédent d’une lutte solitaire contre la nature, avec des forces amoindries. Et si c’est par une paix et un accord pour vivre ensemble, la Société peut, alors recommencer, mais avec une somme de puissance moindre que celle qu’on avait au début.
- « La morale exige donc que l’on recherche, pour les extirper, toutes les causes, tous les entraînements, qui permettent la lutte de l’homme contre l’homme, et, au contraire, qu’on recherche et applique constamment tous les moyens de coordonner les forces humaines et de les solliciter en vue de la lutte contre les forces de la nature, en tant qu’elles font obstacle à la satisfaction de nos besoins.
- « C’est en quoi réside la Question sociale. »
- La morale est donc la base de la question sociale, de la Société elle-même, et comprise telle qu’elle vient d’être définie, elle est le critérium infaillible pour apprécier sainement la valeur d’un enseignement quelconque.
- Toute éducation dont le résultat sera d’inculquer aux hommes ce principe sacré du droit humain tous pour chacun et chacun pour tous » sera parfaitement morale ; parce qu’elle les portera à conformer tous leurs actes à cette règle sociale, tandis que l’éducation dont le résultat sera d’inspirer au contraire aux hommes l’égoïsme et l’inhumanité, sera foncièrement immorale. Solidarité, égoïsme, voilà les deux pôles sur lesquels pivotent le bien et le mal moral.
- Or, en examinant l’humanité telle qu’elle est aujourd’hui, grâce à l’éducation actuelle, peut-on dire que les enseignements que l’on lui a fournis sont conformes à la morale? Où trouvons-nous ce sentiment essentiellement humain de la solidarité bien solidement établi dans les âmes ? N’est-ce point au contraire l'égoïsme et l’égoïsme le plus abject qui y règne en souverain ? Partout la lutte des intérêts sévit avec fureur, transformant en ennemis acharnés des frères, et sapant jusque dans ses fondements la Société, cette grande famille dont l’union est la
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- condition essentielle du progrès et du bonheur. Au lieu de la devise citée plus haut, les hommes ont adopté l’égoïste formule « chacun pour soi » et l’humanité souffre outre mesure de cet état de choses.
- Comme la lance d’Achille, l'éducation étant la cause du mal, peut en être le remède. Pour cela, il faut que les bases sur lesquelles elle s’appuie aujourd’hui soient entièrement changées. Fondée sur de faux principes de morale tiré d’un enseignement religieux erroné, elle a créé les castes, les privilèges, tous les abus que la grande transformation de 89 n’a pu faire disparaître en entier. Rétablie sur les données de la vraie morale, elle enseignera l’égalité, la fraternité, la justice et l'équité, qui sont les éléments moraux indispensables de la vie humaine et de la vie sociale.
- Lorsqu’au lieu d’enseigner le goût de tant de choses inutiles par leur superfluité, on enseignera,avant tout et par-dessus tout, l’amour du bien, du vrai, du beau, la passion du progrès, le désir d’être ut le à l’humanité, même par le dévouement et le sacrifice, on aura une éducation conforme à la véritable de -tinée de l’homme et aux besoins réels de la Société.
- Il n’y a jamais eu de Société qui ne se soit préoccupée du pourquoi de la vie, qui n’ait cherché à se rendre compte de la destinée, et il n’y en aura jamais qui, tourmentée du même besoin, ne veuille lui donner satisfaction en trouvant une solution à ce problème. Cette solution, la conception catholique de la destinée a prétendu la donner, et c'est sur elle que depuis dix-huit siècles, ou à peu près, toutes les méthodes d’éducation ont été constamment fondées. L’histoire nous montre ce qu’elles ont produit.
- Il est donc urgent, dans l’intérêt de la Société humaine, de renoncer entièrement à ces méthodes funestes par leurs résultats, de faire disparaître jusqu'aux derniers vestiges de ces systèmes basés sur uns fausse conception de la morale, d’où sont issus l°us les préjugés, tous les faux principes dont l’ap-Pücation est la cause des sentiments égoïstes et des actes immoraux et antihumanitaires qu’ils inspirent. iu Heu du chacun pour soi qui se trouve à la base tous les enseignements aujourd’hui, c’est le cha-CQQ pour tous et tous pour chacun qu’il faut résolu-®eüt prendre pour devise. Au lieu de la charité c°mprise dans si-n sens étroit et mesquin d’une fa -Veur accordée, c’est la fraternité humaine dont il être imbu, et qu’il faut entendre dans sa vérita-, ® acception de devoir impérieux et strict. L’homme
- Ù être utile, secourable à l’homme, non point par i>râce et à titre de mérite subjectif, mais par devoir
- et comme une obligation objective. C’est en. s’inspirant de ces données que l’on arrive à la véritable notion de la morale humaine. La charité des catholiques est une concession pour ainsi dire ; la fraternité est un sentiment naturel et obligatoire; la différence est considérable. Ne point aimer, ne point secourir son frère est monstrueux ; ne pas faire la charité, c’est manquer de vertu ou de coeur, si l’on veut, mais ce n’est point un crime aux yeux de ceux qui l’enseignent et en recommandent îa pratique. Faire l’aumône à un malheureux, par exemple, est peut-être méritoire pour celui qui la fait, mais c’est humiliant et avilissant pour celui qui la reçoit. Au contraire le service rendu par un frère qui procure du travail à celui qui manque de pain est aussi méritoire pour l’un que bon et utile pour l’autre.
- C’est par cette transformation indispensable des bases sur lesquelles repose l’éducation que l’on parviendra à réformer les idées et les mœurs des peuples dans le sens du progrès et de l’amélioration des conditions de l’existence sociale. Mettre entière-' ment de côté les formes politico-sociales qui, avec les progrès réalisés, sont devenues surannées et monstrueuses, comme les types antédiluviens le sont, comparés aux types tertiaires et à l’homme qui en est le couronnement ; m ntrer aux hommes qui parviennent au pouvoir ce qu’ils doivent accomplir en vue du bien être des peuples, au lieu de les repaître de vaines formules byzantines et parlementaires; faire concorder toujours le maximum du progrès avec les lois de l’évolution simple et continue, plutôt qu’avec des déclamations et des motions révolutionnaires; substituer aux généraux d’ordres monastiques qui ont fait l’inquisition, et aux généraux d’armée qui ne vivent que des guerres entreprises pour défendre des institutions politiques tbéocratiques ou monarchiques et féodales, et qui disposent de l’existence de quatre millions d’hommes, les grands chefs de l’industrie qui transforme les matières premières et commande aux forces de la nature, pour créer la richesse moderne; faire tomber les barrières qui séparent entre eux les divers Etats, afin que tous les peuples puissent se serrer fraternellement la main, tels sont les résul'ats inappréciables que l’on obtiendra avec un système d’éducation fondé sur les principes de la morale dont nous avons taché de définir la nature et la portée.
- L’éducation ainsi comprise aura pour effet d’étendre et d’agrandir le sens moral de l’individu et de l’humanité toute entière, en inculquant profondément dans les esprits et dans les cœurs le sentiment de la fraternité sociale, qui caractérisera la phase
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- nouvelle de notre civilisation. Grâce à ses nobles initiateurs de notre siècle, elle a déjà commencé à remplacer les couvents hospitaliers, les maladreries et les hôpitaux du moyen-âge, les pensions civiles et militaires dues aux caprices des souverains, par les caisses d’épargne, d’assurances, de crédit populaire et de secours mutuels. Encore un pas, et par la propagation du système de la participation du travailleur aux bénéfices de l’Industrie, de la coopération et enfin de l’Association du capital et du travail, elle arrivera à transformer radicalement les conditions de la vie sociale, et à guérir à tout jamais cette hideuse plaie du paupérisme, qui jusqu’à présent a tant nui au développement progressif des sociétés.
- Sous son empire, il ne sera plus possible de distraire de la richesse publique ces sommes fabuleuses que les gouvernements consacrent de nos jours à entretenir des éléments de destruction, par le maintien obstiné de nombreuses armées, dont la dépense chaque année charge le budget des Etats de plus de seize milliards. La souveraineté nationale se substituant fatalement partout à l’autocratie, rendra inutiles les armées permanentes, et ces immenses capitaux que leur entretien absorbe constamment aujourd’hui pourront dès lors être utilement employés pour la lutte féconde de l’homme contre la matière, dont chaque victoire est signalée par un progrès. Au lieu de revendications violentes, d’appels à la force et de provocations révolutionnaires peu sensées, le monde ne sera plus témoin que de discussions sages et éclairées, en vue d’une amélioration pratiquement réalisable, et d’efforts constants tentés dans le but d’aider à l’évolution pacifique et régulière de l’humanité. Là où la force règne aujourd’hui primant le droit, le droit régnera sans entrave ni conteste, et réduira la force à son véritable rôle d’instrument de progrès, d’outil de civilisation.
- Il adviendra alors de l’égoïsme si communément répandu parmi nous dans ce moment, ce qu'il est advenu de le lèpre du moyen-âge ou de la peste, que nous ne connaissons plus que parce que l’histoire nous en apprend. Envisagé par tous comme une maladie monstrueuse et repoussante, on emploiera tous les moyens hygiéniques possibles pour le détruire, et on le fera disparaître, comme l’on a fait disparaître la lèpre et la peste en Europe. Sa devise : chacun pour soi sera reléguée, comme la peina du talion dans les sombres retraites des fâcheux souvenirs, et elle ira rejoindre dans les ténèbres du passé toutes les institutions néfastes, qu’elle a tant aidées à se soutenir, l’inquisition, la théocratie, le monarchisme, l’art de la guerre, le despotisme, la dictature et l’ambition malsaine des hommes politiques. Les hommes,
- devenus réellement des frères,travailleront d’accord à la prospérité commune, n’ayant pour unique devise désormais que la devise humanitaire : « Chacun pour tous, tous pour chacun. »
- VOYAGE AUTOUR DU FAMILISTÈRE
- VIII [Suite]
- Casino, lieu de réunion pour lire, causer, jouer, danser, nous apprend le dictionnaire, et ce mot qui vient de l’Italien évidemment signifie dans cette langue une cassine , un vide-bouteille , une maison de campagne, de plaisance, etc. L’établissement dans lequel nous sommes maintenant installés, ami lec-leur, est bien en effet un lieu de réunion où l’on peut lire les journaux, causer et jouer. Danser y serait difficile, quoique non impossible, et l’espace s’y prête peu. On y peut vider des bouteilles si l’on veut, mais c’est moins pour cela qu’on y vient, que pour causer ou lire, en buvant un modeste verre de bière pour se raffraîchir.
- A ce propos une observation se présente à mon esprit, et il faut que je vous la communique. La soif est comme la faim un des phénomènes les plus terribles pour l’homme comme pour les êtres organisés; elle est la manifestation poignante et cruelle d’un besoin extrêmement impérieux, qu’ils doivent satisfaire à tout prix sous peine de mort. Rien donc de plus légitime et de plus naturel que de boire lorsqu'on a soif. A cc point de vue la création des cafés, des buvettes était une chose utile, comme répondant à un besoin réel. Mais d’où vient que l’existence de ces établissements ait donné lieu à cet abus de la boisson qui constitue l’ivrognerie ? Huit fois sur dix on entre boire dans un café ou dans une taverne, sans y être poussé le moins du monde par la soif, et cela sans être un ivrogne. Vous avez beaucoup d’hommes, qui à certaines heures s’installent dans un de ces débits, et, sans besoin, consomment tantôt an verre d’absinthe, tantôt de la bière, du vin, etc. Rencontre-t-on un camarade, un ami ? Vite l’on cherche un endroit où l’on puisse entrer pour boire-C’est devenu une habitude, un usage, je dirais presque un devoir dans un certain monde.
- Je constate bien ce fait, mais j’en cherche vainement l’explication. Les boulangers, les bouchers» les charcutiers sont utiles eux aussi, puisqui|s fournissent les moyens de satisfaire un autre besoin non moins tyrannique, la faim. Pourquoi n’a-t-on qas pris l’habitude d’entrer consommer un petit Pal^ comme l’on a adopté celle d’absorber un petit verre •
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- Est-il plus agréable de se désaltérer lorsqu’on n’a point soif, que de manger lorsqu’on n’a pas faim ? Or si Ton trouve tout naturel que l’on vous invite, soif ou non, à boire un verre de bière, on considérerait comme éminemment saugrenu de vous engager à manger un croissant ou deux au sortir d’un repas. Eh bien, j’ai beau me creuser la tête pour trouver la raison de cette préférence accordée à la boisson, je ne la trouve point. L’avez-vous découverte, vous, lecteur ? S il en est ainsi, vous pourrez peut-être m’apprendre par la même occasion, si l’ivrognerie a existé avant l’institution des tavernes, ou si ce sont les débits de liqueurs qui ont donné naissance à ce vice.
- Je sais bien que suivant le récit biblique, c’est le père Noé, qui le premier se lança dans les vignes du Seigneur, au grand esbahissement de son fils Cbam qui s’attira une malédiction paternelle bien sentie, pour avoir ri de l’état d’ivresse du patriarche. Je sais bien qu’il n’existait pas alors de cabaret, et que cela indiquerait assez clairement que c’est la passion du vin qui a précédé l’institution des débis de boisson. Mais outre que les récits bibliques ne sont pas de nature à inspirer une confiance aveugle, l’auteur nous apprend que chez le bonhomme ce fut un accident, une surprise, résultant de son ignorance des propriétés enivrantes du jus de la vigne. Noé ne nous est nullement présenté comme un ivrogne, et par conséquent le fait de son ébriété ne répond point à ma question. S’il n'y avait point de débits de liqueurs, il n’y aurait pas d’ivrognes, à moins qu’ils ne satisfissent leur passion chez eux ; mais d’un autre côté, s’il n’y avait point d’ivrognes, il est probable que les tavernes n’existeraient pas, au moins en si grand nombre. Voilà, ce me semble, un point historique fort intéressant à élucider.
- Le fait que les Athéniens, pour inspirer à leurs enfants l’horreur de ce vice dégoûtant, leur donnaient le spectacle des ilotes pris de vin, ne jette pas plus de lumière sur la question ; car ces ilotes ne se soûlaient que dans les' tavernes, et si celles-ci n’avaient fpas existé, les esclaves n’y auraient point laissé leur raison au fond des amphores. Réfléchissez à cela, lecteur, et dites-moi votre avis, si vous en avez un, cela m’obligera.
- Lorsqu’on parle de Casino aujourd’hui, on se reporte instinctivement par la pensée soit à Bade, ou à Monte-Carlo, et l’idée de maison de jeu se présente à l’esprit, soit à Dieppe ou à Deauville, et l’on voit une station balnéaire avec tous ses plaisirs et tout son luxe. Que de fortunes et d’infortunes ont été occasionnées par l’existence de ces établissements pernicieux plus encore qu’inutiles ! Que de drames, que de tragédies dont ils ont été le théâtre et la
- cause ! Ce serait une curieuse et instructive histoire à écrire que celle de ces lieux de perdition et d’immoralité.
- Vous me demandez non sans raison à quoi bon toutes ces réflexions transcendantes, et quel rapport ces casinos maudits ont avec celui du Familistère. Oh, lecteur, ils n’ont point le moindre point de contact, la plus légère ressemblance. Les casinos à la mode sont luxueux, pourvus de tout ce qui peut induire les âmes vicieuses en tentation, et pleins d’écueils pour la vertu et la probité ; tout y est calculé pour satisfaire les goûts les plus dépravés, les plus funestes, les plus ruineux. En quelques jours, que dis-je, en quelques heures un patrimoine, si considérable qu’il soit, peut y être dilapidé et dispersé aux quatre vents du ciel. Ce sont en un mot des gouffres où tout vient s’engloutir, fortune, considération, dignité. Ici, au contraire, pas le moindre luxe : trois pièces fort simples garnies de quelques tables et de sièges, et un billard, voilà tout le luxe de l’établissement. On y vient causer avec un ami, ou lire les journaux, et l’on n’est nullement obligé pour cela de consommer le moindre liquide, si l’on n’en éprouve point le besoin. La dame qui est chargée de tenir l’établissement ne viendra même à vous que si vous l’appelez, pour vous servir. Il y a loin de là à cet obséquieux empressement que l’on remarque toujours dans les établissements publics de consommation, où, si l’on osait, on vous provoquerait par tous les moyens à vider vos poches à leur profit. Vous y jouissez, comme partout dans le Familistère, de la liberté la plus entière. Les consommations y sont assez variées, quoique pas très nombreuses, et elles n’y sont point d’un prix élevé. Un petit verre de tafia ou d’eau-de-vie coûte cinq centimes, une chope de bière dix centimes.
- L’établissement est ouvert toute la journée le dimanche, et le soir seulement les jours ordinaires. C’est là que se réunissent, avant leurs répétitions ou leurs concerts, les membres de la Société Philharmonique, qui constitue un des éléments de plaisir de l’admirable institution sociale. Les sociétés de tir, les archers, les pompiers s’y réunissent également au moment de leurs exercices. C’est, en un mot, un lieu fort paisible de réunion et de distraction, et, trait caractéristique, il est situé précisément et immédiatement au-dessous des appartements que le fondateur a occupés lui-même pendant plus de vingt années; or il n’est point ami du bruit, croyez-le bien, lecteur, pas plus que de l’ivrognerie, lui qui n’a jamais bu que de l’eau à ses repas. Enfin le Casino ferme régulièrement à dix heures tous les soirs.
- Cela vous paraît gênant pour des ouvriers, qui
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- souvent ont le verbe haut et qub manifestent le plus communément leur joie d’une façon bruyante. Vous avez raison, et on l’a si bien compris, que vous pouvez voir en face des fenêtres du Casino donnant sur la rue une buvette, où les travailleurs viennent se désaltérer en sortant de l’usine, quand ils en sentent le besoin. Les jours de paye surtout, on les y voit plus nombreux que d’habitude, et parfois les chants y retentissent sans gêne. C’est une concession faite aux moeurs et aux habitudes de l’ouvrier qui, hâtons-nous de le dire, n’en abuse pas généralement. La liberté est, quoiqu’on en dise, un des éléments les plus efficaces de moralisation. Dès qu’il se sent libre et parfaitement libre, I homme ne tarde pas à sentir naître en lui la conscience de sa dignité, et de là à éprouver le besoin de la soutenir et de la faire respecter, il n’jr a qu’un pas vite franchi. Le respect de soi-même est une des conséquences de la jouissance de la liberté.
- Revenons au Casino. Dans l’étude que nous faisons en ce moment tous les détail sont utiles à recueillir, parce que chacun d’eux contribue dans une mesure plus ou moins étendue à éclairer et à renseigner. Eh bien la salle des journaux est beaucoup plus régulièrement visitée que la salle de billard. Dans la première vous verrez tous les soirs invariablement des lecteurs plus ou moins nombreux ; dans la seconde, on trouve assez rarement des joueurs dans la semaine, et quelquefois dans l’après-midi du dimanche. i
- Cela prouve qu’on lit plus qu’on ne joue au Familistère. Ainsi, tandis que la ville de Guise possède un magnifique emplacement soigneusement entretenu pour le J( u de paume et de boulas, il ne paraît pas que jamais l’idée d’en établir dans une des dépendances du palais social en soit venue à personne. Il y a dans ce détail, léger en apparence,une indication précieuse sur les goûts et les habitudes de ses habitants. Nous la compléterons en constatant que les terrains de l’Association consacrés aux jardins particuliers sont toujours loués et cultivés avec soin, et cette culture semble être la distraction favorite le dimanche des travailleurs de l’usine. Libres de choisir leurs amusements, il est évident que c’est leur goût seul qu’ils consultent dans leur choix, et en tirant, par voie d'induction, du choix fait par eux la constatation de leurs goûts, on ne court point rixe, ce me semble, de se tromper.
- Donc, on lit, avons nous dit, plus qu’on ne joue au Familistère. Aussi y a-t-on crée dès le début une bibliothèque,que l’on vient d’installer définitivement dans l’ancien appartement du fondateur, au premier étage, immédiatement au-dessus du Casino. Nous
- pouvons donc en montant quelques marches nous y rendre et la visiter lorsque nous quitterons le Casino.
- Au moment de sa création et dans la pensée de ceux qui le fondèrent, le Casino ne devait point être public, mais accessible seulement aux membres de la Société formée pour le c^éer. Il fallait pour y être admis, observer rigoureusement le règlement assez sévère qui le régit, payer une cotisation peu élevée, il est vrai, pour son entretien, et avoir une tenue convenable. Une cinquantaine de noms figurent actuellement au ta ieau des membres du Casino, dont on s’occupe en ce moment de réviser le règlement, et de reconstituer les éléments.
- L’installation au premier étage de la bibliothèque du Familistère, d’un salon de lecture et d’une salle de conversation, n’est peut-être pas étrangère à ce remaniement du Casino devenue nécessaire.
- En somme, ce lieu de distraction et de plaisir est beaucoup moins fréquenté que ne le ferait supposer le groupement, sous le même toit, d’un millier de travailleurs, qui après les fatigues d’une journée toujours bien remplie, n’ont pas beaucoup de passe temps et de distractions, en dehors de celui-là. Une fois par semaine, le samedi, la Société philharmonique joue ses morceaux en répétition au théâtre, et ces jours là les assistants sont plus nombreux dans cette salle qu’ils ne le sont les autres jours au Casino. Les soirées du jeudi les attirent aussi en assez grand nombre au théâtre, où M. Godin fait généralement ce jour là des conférences sur quelque question qui intéresse les ouvriers.
- Au Familistère, c’est comme, une grande famille dont le fondateur est le père vénéré, que l’on vient écouter volontiers, lorsqu’il veut bien faire entendre sa voix. On se groupe autour de lui, et l’on tâche de profiter des précieux enseignements que contiennent toujours ces allocutions familières du jeudi, Aussi, de son côté, se plait-ii au milieu de ces grands enfants, dont le bien-être et le progrès moral, intellectuel et physique est depuis longtemps le but qu’il a assigné à son existence.
- On dit avec raison que l’homme s’attache par les bienfaits qu’il rend bien plus encore que par ceux qu’il reçoit. A ce titre qui plus que le fondateur du Familistère a pu s’attacher à ses travailleurs? Quel chef d’industrie au monde a fait autant pour ses ouvriers que lui ?
- Deus nobis hæc otia fecit, dit le berger de Virgile en parlant d’Auguste parce que ce prince abien voulu lui laisser sa chaumière et son troupeau. Un dieu nous a fait ces loisirs, s’écrie t-il, plein de reconnaissance qu’on ne l’ait pas dépouillé de ce qui lui
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- appartenait! Quelle qualification le poète de Mantoue mettrait-il donc dans la bauclie du travailleur de Guise, pour celui qui, en trouvant la solution du pro -blèrae social,a mis en pratiqué le premier le principe de l’Association du capital et du travail, et placé ainsi à la portée du travailleur le bien être et l’aisance, disons mieux encore, les équivalents de la richesse dans l’habitation unitaire, au Palais social? Si Auguste fut un dieu pour avoir purement et simplement respecté le bien d’autrui, que sera donc celui qui appelle les agents de sa fortune à la partager avec lui?
- Vraiment les flatteurs des princes, vus au soleil de la liberté républicaine, paraissent bien plats et bien vils, malgré tout leur génie 1 Faire un dieu d’un tyran, parce qu’il veut bien faire trêve un moment à ses exigences de despote... Cela nous parait aujourd’hui bien étrange, et il semble qu’on ait de la peine à croire que les courtisans du fameux roi-soleil étaient plus plats et plus avilis encore que ceux de l’empereur Romain. Et nous avons encore de nos jours des gens qui regrettent ces temps néfastes, et qui seraient prêts à imiter ces platitudes ! Ah ce n’est pas chez eux que l’on trouverait des hommes vouant leur vie à l’amélioration du sort des travailleurs... Ce n’est point dans leurs rangs qu’on pourrait rencontrer des apôtres du progrès, uniquement animés de l’amour de l’humanité.., Ce n’est point parmi eux que l’on verra jamais des fondateurs de Familistères !
- Et pourtant, vous en êtes témoin, lecteur, quel plus noble but un homme pourrait-il assigner à sa fortune ? Quel usage plus utile et plus glorieux en même temps en pourrait-il faire ? Qn cite des hommes qui ne sachant chaque année que faire de leurs immenses revenus, les emploient à agrandir sans cesse leurs domaines et leurs chasses. Que leur en restera-t-il, grand Dieu, de cette fortune employée de la sorte, le jour ou un accident de chasse, un refroidissement, une attaque d’apoplexie viendra les retrancher du nombre des vivants, et quels regrets laisseront-ils sur la terre ? Ils savent bien pourtant que, si à l’heure de leur mort les Louvois,les Colbert et les Louis XI regrettent leur passé, les Vincent de Paul ne voient dans le trépas qu’un heureux passage à une vie meilleure et à des récompenses méritées ! Mais à quoi servent les exemples, les souvenirs de l’histoire et les leçons du passé à ces gens que la richesse et l’amour de la fortune aveugle ? Quels nobles sentiments peut on attendre de gens richissimes, qui poursuivront impitoyablement une pauvre mère de famille pour avoir cueilli quelques fagots do bois mort dam leurs terres» ce qui leur
- aura fait tort de quelques centimes peut-être? Oh l’humanité, lecteur, qu’elle est laide à voir sous ce jour là ! J’aime décidément mieux la contempler dans cette modeste enceinte du Casino du Familistère, où je la vois travailleuse et gaie,utile et compatissante, humaine enfin pour tout dire en un mot.
- N’en déplaise à ces gens qui se qualifient d’honnêtes, dans le sens que du temps de Brantôme on prêtait à ce mot, on trouve toujours plus de cœur, plus de loyauté, plus de moralité et une plus grande somme de bons sentiments chez le peaple travailleur que dans ces classes oisives, qui tiennent le haut du pavé, et chez qui la possession de pièces de cent sous tient lieu de tout mérite, de toute valeur personnelle. Qu’on leur offre, à ceux là, un établissement comme le Casino où nous sommes, et il ne tardera pas à devenir entre leurs mains, un tripot malsain, un coupe gorge, un repaire du vice, à la place d’un paisible lieu de distraction et de passetemps qu’il est entre les mains des travailleurs.
- (A suivre.)
- FAITS POLITIQUES & SOCIAUX DE LA SEMAINE
- X^e préîsicleiit Gfarfielcl. — Le président des Etats-Unis est mort le 20 à dix heures cinquante du soir à Longbranch, après trois mois de cruelles souffrances. La vigueur exceptionnelle de sa constitution, qui avait fait longtemps espérer son rétablissement, n’aura servi qu’à prolonger davantage une douloureuse agonie, Aux hommes de l’art il appartient d’exami ier si par un traitement différent, par une opération hardie et même périlleuse au début, comme nous l’avons vu affirmer dans beaucoup de publications américaines, il n’eùt pas été possible de venir en aide à cette constitution si vigoureuse, et de la mettre a même de triompher de la terrible épreuve qu’elle avait subie. Aujourd’hui que le mal est irréparable, il ne nous reste plus, après nous être associés sincèrement aux sentiments de deuil que cette moit a suscités sur tout Je territoire de la grande République américaine, qu’à rechercher quelles peuvent être, au point de vue politique, les conséquences immédiates de ce douloureux événement.
- Rappelons en quelques mots les principaux incidents de la carrière du président défunt :
- James Abraham ü-arfield était né à Orange, comté de Guyahoga, dans l’Etat d’Ohio, le 19 novembre 1831. Son père, originaire de la Nouvelle Angleterre, était cultivateur. James Garfield passa sa première jeunesse à la ferme, travaillait à la terre l’été et comme apprenti charpentier durant l’hiver. Un peu plus tard, nous le trouvons conducteur de chalands sur les canaux. Obligé par une maladie d’abandonner après quelques mois cette terrible profession, il commence au « séminaire » de Geauga ses études littéraires, et, en 1884, il obtient son admission au Williams-Collège » où il fut gradué en 1886, Il enseigna quelque temps dans une école de Hiram, dans le comté de Portage, puis il étudia le droit et exerça la profession d’avocat. Bientôt il commença à s’occuper de politique. Il fut nommé membre du Sénat de l’Etat de l’Ohio en 1889. En 1861, il prit une part active à la mobilisation de la milice de i’Ohio et outra lui-même dans l’armée de l’Union comme colonel du 42* régiment de volontaires de son Etat natal. Il donna
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- sur les divers champs de bataille de la guerre de sécession des preuves de capacité et de valeur, qui lui procurèrent un avancement rapide. Nommé brigadier général le 10 janvier 1862, il devenait bientôt après chei d état-major de l’armée du Cumberland et passait major-général en septembre 1863. Après la guerre, il rer^?' C*^QS l’arène politique et fut élu à quatre reprises différentes représentant d’un des districts de l’Ohio au Congrès des Etats-Unis. Il venait d’être élu sénateur quand il fut désigné, en juin 1880, par la Convention du parti républicain, réunie à Chicago, pour remplacer M. Hayes a la présidence des Etats-Unis. ,
- On se rappelle ce qui se passa à cette époque. Les candidats en présence étaient le généra Grant, le secrétaire fédéral des finances M. Sherman, le sénateur Blaine et quelques autres concurrents de moindre importance. La Convention se trouvait presque également ! partagée entre les partisans du général Grant et ceux de ses adversaires. Durant plusieurs séances, les forces des divers candidats s’étaieut maintenues dans un équilibre qui ne permettait point d’espérer la constitution d une majorité absolue sur le nom d’aucun d’entre eux. A chaque tour de scrutin, deux ou trois voix s’étaient égarées sur le nom du général Garfield, délégué lui-même a la Convention, et celui-ci avait même cru devoir a un certain momeut protester contre ce qu’il regardait comme une plaisanterie d’un goût plus ou moins douteux. Tout a coup, après vingt et quelques ballottages, une douzaine de voix se portent sur ce nom, que quelques-uns des adversaires de la troisième présidence du général Grant commencent a regarder comme le plus propre à rallier la majorité des suffrages. Successivement, les partisans de Sherman, de Blaine et même de Grunt, se déclarent en sa faveur, et quelques minutes plus tard James-Abraham Garfield est acclamé unanimement candidat du parti républicain à la présidence des Etats-Unis.
- Le 2 novembre, ce choix était ratifié par le vote populaire des Etats qui, tout en donnant au géuéral Garfieid un no * bre de voix à peu près égal à celui qu’obtenait son compétiteur démocrate le général Hancock, n en assurait pas moins au premier une très forte majorité S dans le collège électoral du second degré, composé comme on sait, pour chaque Etat, d’un nombre d’électeurs égal à la somme des députés et des sénateurs que cet Etat envoie au Longrès fédéral.
- Toutefois, l’adhésion des partisans du général Grant a la candidature Garfield n’avait été obtenue qu’à la condition de prendre dans leur fraction le candidat a la vice-présidence, fonction presque honorifique en elle-même, mais qui assure à son titulaire la succession du président des Etats-Unis en cas de décès ou d’empêchement de celui-ci pendant la durée de son mandat. Le vice-président choisi dans ces conditions était le général Chester Arthur, ancien collecteur de la douane de New-York, révoqué par le président Hayes, ami intime du sénateur Gonkling, de New-York, lequel était lui-même le principal meneur du mouvement en faveur d’une troisième présidence du général Grant.
- * ♦
- ILa. détente. — D’après des renseignements autorisés, nous sommes ên mesure de penser que, depuis quelques jours, il s’est produit entre la France et l’Angleterre une sérieuse détente relativement aux négociations pendantes du traité de commerce.
- D’une part, le gouvernement français paraît s’être décidé à accorder à l’Angleterre la prorogation qui a fait l’objet des dernières difficultés, aussitôt qu’il aura acquis la certitude que les bases d’un arrangement définitif peuvent être considérées comme arrêtées. D’autre part, le gouvernement anglais, mis au courant par le récent séjour en France de sir Charles Dilke, des véritables intentions de notre pays, aurait renoncé, non pas à obtenir la prorogation, qui est, en effet, devenue nécessaire, mais à l’obtenir avant d’avoir consenti à reprendre les négociations.
- Il a été ainsi trouvé un terrain de conciliation : la France n’attendra pas l’échéance du 8 novembre pour
- faire profiter l’Angleterre des avantages de la prorogation,—et l’Angleterre n’attendra pas la prorogation pour consentir à renouer les négociations.
- Par suite, il a été, en quelque sorte, tacitement décidé que les pourparlers avec iTtalie seraient conduits à bonne fin avant le 30 septembre, et que lundi prochain les conférences s’ouvriraient à Paris pour conclure le traité projeté entre la France et l’Angleterre, la prorogation au 8 février devant être consentie dès l’ouverture des conférences.
- * ¥
- Tunisie. — Que devient la colonne Sabatier? Les troupes placées sous les ordres de ce général soutiennent, paraît-il, depuis plusieurs jours, les tassauts furieux de contingents ennemis de beaucoup supérieurs en nombre. Par infortune, les télégrammes que nous recevons ne contiennent, sur l’importance et l’issue de ces combats, que des indications vagues. On ignore jusqu’à l’endroit précis où la brigade est campée. Selon certains confrères, elle se trouverait à six kilomètres de Me-grine ; selon d’autres, elle serait à proximité des sources qui devraient alimenter Tunis. Nous disons que ces sources devraient alimenter Tunis, parce que les insurgés ont coupé le canal et que la capitale de la Régence, privée d’eau, est pour l’heure menacée de la soif.
- La seule chose certaine est que le général Sabatier, chargé de marcher sur Kairouan, la cité sainte, avec des forces dérisoires, a été arrêté net dans la région de Zaghouan, à une quarantaine de kilomètres de Tunis, par des rassemblements considérables de Bédouins du Sud. La colonne Corréard, qui avait essuyé le même sort sur la route d’Hamœamet, et qui, après trois journées consécutives de combats, avait dû rétrograder jusqu’à Hammam-el-Lif, da peur d’être enveloppée, se dirige en toute hâte vers Zaghouan pour dégager le général Sabatier. C’est là tout ce que nous savons de la situation de cette brigade. Encore nous a-t-il fallu procéder par déduction et un peu par hypothèse. Le ministère de la guerre est-il mieux informé? On ne le croirait pas. Il garde, en dépit des perplexités de l’opinion, un silence à rendre jaloux les deux noirs muets de don Salluste.
- En résumé, les opérations, sans être compromises,sont loin d’être bonnes. Les hésitations du gouvernement, la lenteur désespérante qu’il a apportée à l’envoi des renforts ont permis à l’insurr ction de s’étendre et de -e généraliser; l'imprévoyance du commandement a failli faire subir des échecs graves à nos troupes. L’expérience imposera, nous l’espérons, au premier plus de décision et au second plus de prudence.
- Le gonvereement <1© l’Algérie. — M.
- Albert Grévy a-t-il donné sa démission de gouverneur général de l’Algérie ? Nous l’ignorons, et les'renseignements fournis à ce sujet sont contradictoires. Cependant, il est difficile de croire que le gouverneur eût pris un congé, dans les circonstances graves où se trouve la colonie, s’il n’eût pas résolu de résigner ses fonctions. Les bruits qui ont couru à ce sujet n’ont donc rien d’invraisemblable.
- Les décrets qui viennent de modifier profondément l’administration algérienne, en rattachant tous les services aux divers ministères, donnent à ces bruits une nouvelle consistance. Il n’y a rien d’étonnant que le haut fonctionnaire qui a exercé, avec des attributions étendues, le gouvernement de l’Algérie, ne veuille pas consentir à la situation subalterne et amoindrie que lui fait le nouveau régime.
- De toutes les conceptions étranges dont l’organisation algérienne a été l’objet, celle qui vient d’être adoptée est en effet la plus inconcevable.
- Quoi ! c’est lorsque l’Afrique septentrionale est tout entière en insurrection ; lorsque, par conséquent, l’unité de direction et d’action dans notre colonie africaine est un besoin plus impérieux que jamais, qu’on va éparpiller l’autorité et l’administration entre une dizaine de ministères qui, pour la plupart, ont été jusqu’ici a peu
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- près complètement étrangers aux choses de l’Algérie ! On conviendra que le moment est au moins mal choisi. Mais, fût-on dans des conditions plus favorables, le système n’en serait pas meilleur pour cela.
- Quand donc arrivera-t-on à comprendre qu’une grande colonie comme l’Algérie ne peut pas s'administrer comme un département français, et que toutes les idées d’assimilation sont autant d’utopies et de chimères?
- C’était déjà beaucoup que le gouverneur de l’Algérie fût subordonné à un seul ministre, celui de la guerre autrefois, et tout récemment celui de l’intérieur.'On va maintenant plus loin, on en fait le délégué de tous les ministres. Quel labeur désormais il lui faudra pour s’entendre avec chacun d’eux ! Dans toute question importante, il sera condamné à s’épuiser en correspondances, en démarches et peut-être en intrigues pour s’assurer une majorité dans le conseil. Ce sera le gâchis et le conflit en permanence.
- Et que deviendront les intérêts de l’Algérie? Ce n’est pas seulement la défense de la colonie qui exige une grande concentration de l’autorité et des solutions rapides, c’est bien plus encore le développement de la colonisation. Aujourd’hui, grâce à la bureaucratie paperassière qui nous domine, les moindres affaires attendent des années avant d’aboutir ; que sera-ce lorsqu'elles devront passer par l’interminable filière ae plusieurs départements ministériels ?
- RUSSIE
- Je viens vous communiquer des nouvelles fort importantes sur l’entrevue des deux empereurs, à Dantzig, que je tiens d’une source certaine et qui ont été, jusqu’au dernier moment, tenues dans le plus grand secret. L’entretien des deux empereurs, à bord du üohemollern, et pendant le diner à Arlushof, n’a presque pas roulé sur la polilique. Le vieil empereur Guillaume a interrogé surtout son petit neveu Alexandre III, sur la mort et les derniers moments de son père, le czar Alexandre II. Pendant le dîner, à Artushof, il a été d’une amabilité vraiment touchante envers lui.
- En parlant des relations des deux peuples du Nord, il a prononcé les paroles suivantes, qu’on me garantit authentiques :
- « Pendant que ma vie durera, aucun malentendu entre « nous n'est possible; et quand je ne serai plus un jour, « mon fils Fritz étendra dans ce sens le lien d’amitié et « la fraternité d’armes, comme ils ont toujours, jusqu’à « présent, existé entre nos deux peuples. »
- Le czar Alexandre III s’est montré, de son côté, le plus aimable possible et n’a rien négligé pour plaire à son vieux grand-oncle le Siegergreiss (le vieillard des victoires), comme on l’appelle à Bérlin. — L’entretien de l’empereur Alexandre III avec le prince de Bismarck a roulé presque entièrement sur la politique intérieure russe et le mouvement révolutionnaire socialiste qui envahit l'empire.
- Ici je puis vous affirmer d'une source certaine que le prince de Bismarck a conseillé à Alexandre III de s’ap puyer le plus possible sur les éléments allemands-russes qui sont le moins révolutionnaires, et qui, dans leur propre intérêt, sont obligés de soutenir à tout prix l’autocratie des czars.
- Naturellement, il a dit qu’avec sagesse et vigueur on deviendra facilement maître des révolutionnaires. Au contraire, l’entretien que M. de Giers a eu avec le prince de Bismarck a en entier trait à la politique extérieure. M. de Giers, le dirigeant de la politique étrangère de la Russie, a parlé surtout de la question autrichienne et des relations de la Russie avec l’Autriche, dont les relations étaient assez tendues ces derniers temps.
- Je puis vous dire que, pour le moment, une catastrophe entre ces deux Etats est conjurée; mais ne vous trompez pas, ce ne sera pas pour longtemps, car les idée s et la politique des slavophiles, qui sont tout-puissant s eii ce moment à la cour du czar, tendent à un seul but ; c’est de réunir les peuples slaves sous un sceptre, et
- pour en arriver là, la première chose doit être une guerre avec l’Autriche. Ils espèrent que cette guerre occupera tout le peuple russe et qu’elle anéantira la propagande révolutionnaire des nihilistes.
- Cette entrevue a porté un coup à la politique du comte Ignatieff. On croit même qu’il tombera en disgrâce et J sera bientôt remplacé.
- | Yoilà encore quelques détails sur les mesures de santé | prises à bord de la Devskava :
- j « Avant de servir au voyage du czar Alexandre III, le. { navire a été vérifié minutieusement trois fois par trois j commissions différentes. Les matelots, c’est-à-dire l’équi-|| page du bateau, s’étaient rendus pendant la nuit à bord j de l’embarcation du czar, absolument nus, et ils se sont | revêtus de leurs habillements, visités d’avance pour savoir s’ils ne contenaient pas des engins explosibles. A Dantzig, la descente à terre a été rigoureusement interdite, ainsi que toute communication.
- AUTRICHE
- Le voyage de M. Sabouroff à Paris et à Londres, entrepris par cet ambassadeur au lendemain de l’entrevue de Dantzig, et après une série de conférences avec le prince de Bismarck, est attribué aux mesures internationales que les trois empires du Nord voudraient prendre, d’accord avec les autres puissances, contre les conspirateurs et les assassins politiques. C’est là sans doute une des premières conséquences du rapprochement qui s’est opéré entre les cours de Berlin et de Saint-Pétersbourg, à la faveur de la rencontre des deux souverains. Les préoccupations que lui causent les progrès du nihilisme auraient-elles été l’unique motif du voyage du tsar Alexandre à Dantzig et de sou entrevue avec l’empereur Guillaume? Il est difficile, quant à présent du moins, de répondre à cette question.
- Mais il paraît certain que la cour de Vienne ne partage pas les appréhensions que manifeste la presse hongroise. A l’occasion des manoeuvres militaires qui ont lieu à Miskoltz, l’empereur François-Joseph a porté, dans un banquet d’officiers, un toast au tsar Alexandre : « Nous fêtons aujourd’hui, a-t-il dit, l’anniversaire de mon excellent ami l’empereur de Russie. Je bois à sa santé et je fais des vœux pour son bonheur. » La publicité donnée à ces paroles montre, du moins, que, dans les sphères officielles, on ne se sent guère menacé par l’entrevue de Dantzig. La chancellerie de Vienne aurait d’ailleurs reçu, avant l’événement, des assurances aussi formelles que rassurantes.
- ANGLETERRE
- lue Congrès «les Trade’s Unions. — Les
- sociétés ouvrières anglaises viennent, pour la première fois, de tenir leur congrès annuel à Londres, dans la capitale même de l’empire anglais, à côté du Parlement et des grands tribunaux qui, pendant si longtemps, ont refusé de les reconnaître. Comme l’a dit M. Crawfurd, président d’âge, ce n’est qu’au prix des plus grands efforts que.les sociétés ouvrières anglaises sont parvenues - avoir place au soleil et à être admises à défendre les intérêts qui leur sont confiés. 122 associations, dont quelques associations de femmes, ont envoyé au congrès 157 délégués ; ces associations ne comptent pas moins de 467,689 membres. C’est M. Coulson, membre de l’union des briqueüers, si importante à Londres, qui a été élu président du congrès.
- Jusqu’à présent, la grande préoccupation du congrès s’est portée sur un seul objet : améliorer la condition juridique faite aux Traders Unions, compléter la législation. Il ne s’est produit aucun discours en faveur des théories et des systèmes des congrès ouvriers de Marseille, du Havre, de Lille, de Paris La réforme sociale àb ovo, la rénovation de la société tout entière paraissent être des objets tout à fait étrangers aux associations ouvrières anglaises. Elles n’ont pas la prétention de régir l’Angleterre, et encore moins de renouveler le monde.
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- Elles exercent cependant une influence réelle sur la société anglaise. Et la meilleure preuve de cette influence, le"lord maire de Londres s’est chargé de ladon-ner, en invitant tous les délégués à une grande soirée à Mansion-House, dans Egyptian-Hall, c’est-à-dire dans la salle où, depuis si longtemps sont reçus les représentants les plus autorisés du gouvernement anglais.
- Le lord-maire a naturellement pris la parole dans la réunion et reconnu combien étaient grands les services que les Trade’s Unions avaient rendus à l’Angleterre. M. Broadhurst, membre du Parlement, lui a répondu au nom du congrès dont il fait partie.
- Après les discours, un concert et une collation présidée par lady mayoress, ont été gracieusement offerts aux délégués.
- L’introduction des Trade’s Unions dans la société anglaise est donc un fait accompli. Les mœurs ont ratifié ce que les lois avaient préparé. Les ouvriers ne font plus une classe à part, comme le faisait remarquer dernièrement M. Bright; ils font corps avec la nation, ils font partie intégrante de la société elle-même.
- Il en sera ainsi en France, si les congrès ouvriers veulent bien le permettre. Les ouvriers ont, en France, plus de puissance politique qu’en Angleterre, mais ils ont moins d’influence sociale : c’est qu’ils ont parfois perdu de vue le but principal qu’ils devaient poursuivre. Ce but, c’est moins l’influence politique que l’amélioration de leur condition par une aisance plus grande et une instruction mieux entendue. Aisance et instruction acquises, le reste viendra par surcroît.
- Quels progrès dans la situation des ouvriers anglais et des Trade's Unions l
- Les Trade's Unions forment des associations légales ; elles peuvent posséder, acquérm, ester en justice, recevoir; elles ont abdiqué toutes violences; elles luttent à armes courtoises avec les associations de patrons ; elles tiennent des congrès pacifiques dans cette capitale qui compte près de quatre millions d’habitants ; des concerts sont offerts à leurs délégués dans les appartements où viennent s’asseoir les membres du Parlement, les magistrats, les ministres et même la reine d’Angleterre 1 Bien mieux : les discussions économiques les plus actuelles et les plus générales leur sont soumises.
- Les coursiers en coton, de Liverpool
- Londres, 14 septembre.
- La dispute qui vient de surgir entre les courtiers de Liverpooi et les filateurs de Manchester est assez édifiante pour que l’attention publique s’y attache. Au moment où les filateurs et les tisseurs se plaignent avec amertume de la concurrence étrangère et des entraves mise au développement de l’industrie cotonière par les restrictions des tarifs étrangers, voici que l®on s’aperçoit de la véritable cause du mal : les courtiers de Liverpool se sont constitués en une sorte de syndicat monopoleur à l’instar de ce qui se fait aux Etats-Unis.
- _ Les Anglais ont adopté le même nom que les Américains pour désigner ce genre d’assoaation d’accapareurs, ring, cercle. Le courtier d’habitude ne peut pas faire le commerce pour son compte personnel et il **'3 garantit pas les achats qu’on lui fait, c’est ce qui constitue la différence d'avec le commissionnaire qui peut faire le commerce, mais qui doit garantir les transactions qui passent par ses mains. Les spéculateurs sont gens effrontés, et malgré que leur qualité de brokers, courtiers, leur défendre de se livrer à des transactions personnelles, ils s’arrangent de façon à respecter la loi en apparence tout en la violant en réalité.
- Les filateurs sont les premières victimes des agissements de ces messieurs, et ils ont résolu de s’affranchir de leur tyrannie déshonnête.
- Les courtiers unis comme une bande de monopoleurs ont réussi à amener par des moyens factices une hausse sérieuse sur les cotons bruts. Les filateurs, pour en finir, ont résolu d’arrêter la filature, et ils se sont entendus avec le* manufacturiers qui emploient les filés pour les convertir en tissus. A eux deux, le ûlateur et le tisseur parviendront évidemment à ramener la matière
- première à uu taux normal. Les choses en sont à un point tel que tous les district du Nord souffrent d’une véritable crise et pue l’on est forcé d’arrêter le travail.
- Les filateurs de tout le Lancashire se sont réunis hier à l’hôtei de ville de Manchester et ils ont résolu à une forte majorité d’arrêter leurs broches en masse.
- La malhonnêteté des courtiers va ainsi jeter sur le pavé des milliers de pères de famille.
- Les patrons ont déclaré qu’ils étaient prêts à laisser leur machines inactives tout un mois et les ouvriers ont de leur côté reconnu la nécessité de faire des sacrifices pour rendre a l’industrie son indépendance et sa situation normales.
- Les courtiers ont accaparé depuis deux mois tous les arrivages, mais s’ils ne peuvent s’en défaire, ils vont être constitués en pertes. Les plus forts arrivages sont à venir, en septembre et eu octobre. Les filateurs s’ils peuvent seulement attendre un mois auront fini avec le ring des spéculateurs, et avec leur système cornering un plus joli mot venant de corner.coin ; signifiant qu’on pousse l’acheteur dans un coin, pour lui faire subir les brimades des haussiers.
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- IL© Tunnel sous la, Manche. — L’événement de cet hiver sera l’achèvement d’une galerie d’essai du tunnel sous-marin entre la France et l’Angleterre.
- Il ne s’agit plus aujourd’hui de projets ou de tâtonnement. On travaille bel et bien d’une manière régulière, et beaucoup de personnes qui s’étaient rendus à Boulogne pour l’inauguration du monument de Sauvage ont pu s’eu assurer de visu.
- C’est une excursion peu longue et dispendieuse, car il n’y a pas vingt-cinq kilomètres à vol d’oiseau entre la bouche du tunnel et Boulogne-sur-Mer.
- Quant aux galeries actuellement en percement elles doivent avoir du côté français environ 1,800 mètres, et du côté anglais 1,600-mètres.
- C’est ce travail qui se poursuit en ce moment dans les meilleures conditions possibles.
- Lorsqu'il sera achevé, ce sera uu peu plus du dixième du tunnel qui se trouvera tracé.
- Eu effet, la longueur de la galerie souterraine doit être exactement de 29 kilomètres 200 mètres. C’est la longueur mesurée au niveau de la marée basse.
- Seulement avec les galeries d’accès, du côté anglais et du côté français, il faut compter au moins deux kilomètres en plus!
- Maintenant, que faut-il pour achever l’œuvre? De l’argent? Les Compagnies du Nord de France et du Sud-Est anglais sauront bien en trouver.
- Du temps? Avec les machines dont on dispose, cinq ou six ans seraient suffisants.
- Cet hiver, probablement à la fin de novembre ou au commencement de décembre, on pourra examiner les résultats des premières sections entreprises sur le territoire de France et sur celui d’Angleterre.
- * ALLEMAGNE
- IL© domaine «1© la vapeur. — Dans un rapport publié par le bureau de statistique de Berlin, nous voyons que les quatre cinquièmes des machines fonctionnant sur le globe ont été construites depuis environ vingt-cinq ans. Actuellement, la France compte 49,500 chaudières fixes ou mobiles, 7,000 locomotives et 1,830 chaudières de navires ; l’Allemagne, 59,000 chaudières, 10,500 locomotives et 1,700 chaudières de navires ; l’Autriche 12,600 chaudières et 2,800 locomotives.
- La force équivalente aux machines à vapeur en acti-
- Ivité représente : Pour les Etat-Unis, 7 million 1/2 chevaux-vapeur ; l’Angleterre, 7 millions ; l’Allemagne, 4 millions 1/2 ; la France, 3 millions ; l’Autriche, i mil-i lion 1/2. ,
- 1 Dans ces chiffres ne sont pas comprises les locomou-I vea dont le nombre s'élève, dans les deu* mondes, »
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- 105,000, roulant sur 350,000 kilomètres de chemin de fer, et représentant une force totale de 30,000 de chevaux ; en y ajoutant la force des autres machines, on arrive au chiffre de 40 millions de chevaux*vap, ur.
- En principe, le cheval-vapeur a la puissance de trois chevaux vivants, le cheval vivant celle de sept homme -. Les machines à vapeur fonctionnant dans le monde entier représentent donc la force de près de 1 milliard d’hommes, plus du double de l’effectif des travailleurs correspondant àla population du globe, qu’on estime être de 1,445.923,000 habitants.
- La vapeur a, par conséquent, triplé la puissance du travail de l’homme, tout en lui permettant de ménager ses forces physiques et d’étendre ses connaissances intellectuelles.
- * *
- Un "volcan artificiel. — Les journaux de Cologne nous apprennent un fait étrange qui vient de se passer à Apeurade (Province Rhénane).
- Des ouvriers y creusaient un puits artésien et la sonde avait déjà pénétré à une profondeur de 147 mètres,lorsqu’on entendit un bouillonnement violent accompagné d’un bourdonnement sourd. Puis tout à coup, le sable, les pierres et l’argile qui remplissaient le cylindre creux, s’échappèrent avec une violence inouïe et furent lancés à une grande hauteur. En même temps, on entendit une forte détonation qui fut suivi d’un sifflement aigu produit par la sortie d’une colonne de gaz fétide qui prit aussitôt feu à l’aide d’une allumette.
- On vit apparaître alors une flamme très claire qui s’éleva à une grande hauteur, jusqu’au moment où de nouvelles éruptions de cailloux et de sables, l’éteignirent.
- Ce phénomène assez rare s’explique du reste facilement,
- On sait, en effet, que la plupart des eouches de roches qui composent notre globe et dont la décomposition est très lente, fournissent surtout de grandes quantités d’hydrogène carboné.
- Or, il arrive que ce gaz ainsi concentré dans les entrailles de la terre, s’échappe par toutes les fissures qu’il peut rencontrer Et lorsqu’il n’en rencontre pas, dès qu’une ouverture, comme celle qui vient de lui être faite par l’introduction de cette sonde, se produit aussitôt, il se précipite avec fureur, renversant tout sur son passage, s’enflammant même, et en un mot il joue l’office d’un véritable volcan.
- C’est précisément ce qui vient de se produire, c’est un phénomène naturel, il est vrai, mais qu’il n’en est pas moins étrange.
- Un trait charmant
- On nous garantit, dit le Voltaire, l’exactitude de la curieuse anecdote que voici :
- Une maison de banque de Verviers recevait dernièrement une lettre d’une maison de Buda-Pesth.
- Il s’agissait, elle le savait, d’une affaire très importante ; mais la lettre était écrite en hongrois et personne à Verviers ne connaissait cette langue.
- Un des associés de la maison prit le chemin de Bruxelles. Mais là, la même difficulté se renouvela. Absence complète de Hongrois.
- Heureusement, il y avait l’ambassade ; le banquier s’y présenta. Un attaché parlait en effet le hongrois, mais il s’était détaché pour aller prendre des bains de mer à Biarritz !
- En désespoir de cause, le malheureux porteur de la lettre alla conter sa peine au bourgmestre qu’il connaissait et qui, après avoir longuement réfléchi, se frappa le front tout à coup.
- — Parbleu ! dit-il, les idées les plus folles sont souvent les meilleures. Donnez-moi votre lettre. Je vais tenter une aventure î
- Uq lendemain, il rapportait la lettre accompagnée
- d’une traduction en français, évidemment tracée d’une main féminine :
- — A quelle fée de Hongrie dois-je cette bonne fortune ? lui demanda le banquier ravi. Il s’agit d’une affaire de plusieurs millions, et je serais heureux de donner un bon trinkgeld au traducteur, qui me permet d’arriver à temps pour conclure.
- — Je vous prends au mot se hâta de dire le bourgmestre. Vous me devez dix mille francs pour mes pauvres, car la traductrice n’est autre que la reine. Elle s’est fait un vif plaisir de faire appel à sa connaissance de la langue hongroise pour obliger un de ses sujets.
- Dussions-nous passer un instant pour d’affreux monarchistes, nous ne pouvons nous défendre de trouver le trait charmant.
- LE PROBLÈME SOCIAL
- Qui donc prétendait, il n’y a pas bien longtemps, qu’il n’y avait point de question sociale ?
- Aujourd’hui, au contraire, le problème est à l’ordre du jour. Les dernières élections françaises, avec les candidatures socialistes, ont mis en lumière quelle est la tendance économique de notre époque et quels remèdes sont proposés pour réagir contre ces tendances.
- Pendant cette période électorale et surtout depuis, le socialisme est discuté dans toute la presse.
- Et ce n’est pas seulement la presse radicale qui s’occupe de la question. Des journaux conservateurs comme le Siècle et le Temps, retournent le problème sur toutes ses faces, et arrivent à des conclusions parfois très-radicales.
- C’est ainsi que le Temps de la semaine dernière, parlant des élections de Saint-Etienne où le candidat socialiste a obtenu plus de 7,000 voix contre 9,000 qu’avait son concurrent républicain, arrive à dire que ce sont les ouvriers passementiers qui, au nombre de plus de 5,000, ont voté contre le candidat socialiste parce que, dans une assemblée publique, ce candidat avait traité ces passementiers de bourgeois. Or, ces ouvriers, possédant leur instrument de travail, emploient parfois, à leur compte, quelques jeunes ouvriers. Le reproche fait à ces petits patrons est exagéré et est complètement dénué de bon sens.
- Eh bien ! le croirait-on, le Temps conclut qu’il est nécessaire que tous les ouvriers possèdent leurs instruments de travail et alors, ajoute-t-il, les socialistes ne seront plus à craindre parce qu’ils n’auront plus de raison d’être.
- Cette conclusion fait sourire évidemment.
- Ce ne sont pas seulement les outils qui doivent appartenir à l’ouvrier, mais encore la matière première. Ainsi, les menuisiers et les marbriers, pour -ne parler que de ceux-là, possèdent leurs outils,
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- mais le bois et le marbre leur manque. Le houilleur peut, lui aussi, être possesseur de sa pic et de l’un ou l’autre outil dont il a besoin ; en sera-t-il moins sous la dépendance du possesseur de la mine de charbon ?
- Et aussi, ce n’est pas individuellement que les instruments de la production — outils et matières premières — doivent être possédés, c’est socialement, collectivement, pour la bonne raison que la grande industrie, l’emploi des machines, exigent la coopération de grandes masses de travailleurs.
- L’exemple de la presse française n’est pas le seul. En Allemagne, on connaît les vues de M. de Bismarck au sujet de la question sociale. Son organe, la Gazette générale de VAllemagne du Nord,revient tous les jours sur les projets de socialisme d’Etat du grand chancelier. Son but, on le sait, c’est de réglementer les industries en faveur des ouvriers et d’assurer à ceux-ci, par l’intervention de l’Etat et des patrons, des secours en cas de maladie ou de chômage, et une pens on en cas d’incapacité de travail.
- Certes, comme l’a dit Liebknecht dans une conférence donnée à Zurich, il y a quelques jours, les vrais socialistes ne peuvent mettre leur main dans celle de Bismarck, qui a signé la loi contre le socialisme. Le socialisme, a dit encore Liebknecht, sera démocratique ou il ne sera pas, c’est pourquoi les tentatives bismarkiennes ne réussiront pas. Si nous citons ce fait, c’est seulement pour montrer quelle est la préoccupation de nos hommes d’Etat actuels.
- En Angleterre aussi, et depuis longtemps, l’Etat intervient en faveur des ouvriers. Les lois sur le travail des enfants et des femmes, les lois d’hygiène, celles qui ont pour objet la réglementation des heures de travail, etc., etc., font voir que là aussi le problème social est posé et reconnu. La dernière loi agraire, faite celle-ci au profit de l’Irlande, a aussi son bon côté. Elle profitera aux fermiers, à l’exclusion des ouvriers agricoles, c’est possible, mais ceux-ci feront parler d’eux à leur tour et obtiendront justice.
- En France, M. Gambetta a eu, la semaine dernière, une entrevue avec un journaliste étranger, et la question sociale a fait tous les frais de cet entre tien.
- • Voici, d’après un journal français, ce qu’aurait dit M. Gambetta :
- « Les tendances des différents groupes socialistes, a dit M. Gambetta, se sont manifestées d’une façon plus marquante que lors des récentes élections municipales. Il est vrai également que la libre discussion enchaînée sous le régime des partis monarchi-
- ques et aujourd’hui absolument libre, favorise l’éclosion des démonstrations fâcheuses, qui toutefois sont également de nature à hâter l’épuration du mouvement social. Il serait même à désirer, au point de vue des intérêts généraux de l’Etat, que cette épuration se produise pendant une époque de développement pacifique. Nous pâtissons encore des péchés du passé.
- « Les pernicieuses conséquences du césarisme, né de la guerre des classes, font qu’aujourd’hui encore on identifie avec ce régime l’Etat,et que surtout ceux qui ne s’en tiennent qu’à la surface des choses et ignorent le développement historique ne voient dans l’Etat qu’un appareil inutile, au lieu d’une communauté essentiellement moralisatrice appelée à achever l’éducation et le développement de l’humanité pour la conduire à la liberté.
- « Que la partie turbulente des intransigeants ne s’inspire que des rancunes, voilà ce qui a été démontré surabondamment par son attitude à l’égard du scrutin de liste. Ils l’ont combattu, bien qu’il soit d’une importance extrême pour préparer la voie aux réformes sociales, en affranchissant le législateur des influences locales. Nos institutions permettent à nos ouvriers de s’organiser et de faire ainsi eux-mêmes leur éducation.
- » Le véritable intérêt de l’ouvrier réclame donc sa sérieuse participation au développement des institutions qui forment la base d’une amélioration progressive mais continue de la situation sociale. Cette amélioration dépendra de l’éducation du peuple. « L’Etat doit intervenir et faire preuve d’une initia-« tive vigoureuse. En protégeant les femmes et les « enfants, en fixant la durée des heures de travail, « en préconisant des assurances contr e la maladie, « les accidents des ouvriers, en assurant le sort de « la vieillesse », il fera disparaître les obstacles les plus graves de l’éducation populaire et il combattra ainsi le plus efficacement possible les tristes suites de l’efiondrement de la vie de famille.
- » Ces idées ne sont pas neuves ; elles n’appartiennent pas à telle ou telle personne; le développement des relations économiques nous les a imposées et a mûri leur réalisation. Il est difficile d'aborder aujourd’hui des problèmes sociaux plus ardus. On peut bien se livrer à quelques inductions générales au sujet de l’avenir, mais il est impossible de pressentir dès à présent les progrès de la science et les vues des générations à venir. »
- On le voit, la tendance est la même partout : il faut que l’Etat intervienne dans le domaine de la
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- production pour protéger les faibles et assurer aux ouvriers des garanties qu’il ne possède pas.
- Les hommes les plus en vue dans les trois principaux pays d’Europe, reconnaissent donc qu’il y a nécessité de s’occuper de la question sociale. D’aucuns le font d’une façon que nous ne pouvons admettre sans doute, mais nous serons des premiers à profiter de leurs bêtises.
- « Le xixe siècle est le siècle des ouvriers », a dit un homme d’Etat anglais. Que les ouvriers s’entendent et s’unissent, et ces paroles se réaliseront. Comme l'a dit M. Janson : « La société moderne porte le socialisme dans ses flancs et de gré ou de force il faudra bien qu'elle en accouche ! »
- L. B.
- L’FXPOSITION D’ÉLECTRICITÉ
- Nous commencerons ce compte-rendu par le récit de notre visite chez Edison. L’application que cet homme ingénieux a su faire de l’électricité à l’éclairage des appartements est une des principales nouveautés de l’Exposition ; les salles 24 et 25 sont occupées par lui.
- La question de l’éclairage domestique est aujourd’hui sortie du domaine de l’expérience, pour entrer dans la pratique, et ce n’est pas le moindre mérite de l’exposition d’Edison, d’accuser dans ses plus petits détails un caractère absolument industriel. Il met, en effet, sous les yeux des visiteurs toute une série de lampes, d’accessoires, de genouillères semblables à celles des becs de gaz,tournant à volonté autour d’un pivot ; leurs commutateurs, identiques aux robinets à gaz, s’ouvrent et se ferment avec la même facilité pour donner la lumière ou l’éteindre. Tous ces objets sont d’une fabrication courante et économique.
- L’électricité, utilisée pour l’éclairage des salles 24 et 25, est produite par un générateur dynamo-électrique du système Edison, actionné par une locomobile à vapeur, installée au rez-de-chaussée. Des fils la conduisent au premier étage et la distribuent aux lampes et à quelques appareils télégraphiques ou téléphoniques.
- Les modèles de canalisation sont exposés dans la salle 24, sur une table.
- On dirait, à première vue, une exposition métallurgique. Une énorme barre cylindrique, formée d’un produit isolant, sorte de gutta-percha à bon marché, dans laquelle courent les deux conducteurs de cuivre reliés à la machine dynamo-électrique, constitue la canalisation principale. Elle se divise au gré des besoins dans des boîtes en matière isolante et où des jonctions de deux à six rues peuvent être opérées, sans que les interruptions pouvant accidentellement se produire dans l’une, aient aucune influence sur les autres. En rendant les lampes indépendantes les unes des autres, M. Edison est arrivé à la division à volonté de la lumière.
- Un régulateur enregistre les oscillations du courant produites par l’allumage ou l’extinction des lampes, et permet de ne mettre à ia disposition du consommateur que la quantité d’électricité nécessaire à ses besoins.
- En outre, barres conductrices, matière isolante,boîtes, armatures et vis de Jonction, patères, plaquettes de cuivre, genouillères à contacts en cuivre, permettent d'éloigner ou d’approcher la lampe d’un mur ou d’une cloison, comme un simple bec de gaz.
- La lampe proprement dite est d’une fabrication aussi pratique quoique plus délicate.Pour vous en donner une idée à peu près exacte, figurez-vous un verre ayant la forme et la grosseur d’une belle poire qu’on aurait coupée à un centimètre au-dessous de la queue : à l’inté-
- rieur, dans la partie renflée, se développe un filament de charbon, gros comme un cheveu, en fera cheval ou plus exactement en jq et rattaché par ses deux extrémités à deux fils de platine. Le vide a été fait dans le verre et sa partie inférieure est hermétiquement close par un disque isolant, entouré par deux anneaux de cuivre où viennent se souder les deux fils de platine de l’intérieur.
- Yoilà toute la lampe d’Edison. Posez-là où bon vous semblera, puis mettez les deux anneaux du petit disque de fermeture en communication avec les conducteurs d’une pile ou d’une machine électrique, et la lumière jaillira brillante et douce autour du filament de charbon. La lampe peut fonctionner ainsi de sept à huit mois et la personne chargée de la soigner n’aura qu’à tenir en état de propreté l’enveloppe extérieure du verre et les cuivres apparents.
- M< Bachelot, qui est XalUr ego de M. Edison, son ami et son collaborateur de la première heure,qui a partagé toutes ses études et tous ses travaux; qui, seul au monde, est au courant des projets et des idées de l’illustre inventeur; qui, aidé parle docteur Otto A Moses, a dirigé avec une remarquable intelligence la splendide installation de l’exposition Edison au Palais de l’Industrie, dotera Paris des merveilles dont les habitants de New-York jouissent déjà. En Amérique, la lumière Edison court les rues, gravit en ce moment tous les étages pour jeter bientôt sa douce clarté dans les appartements les plus reculés. Le plan d’un quartier de New-York est exposé dans la salle 25 avec ses immenses bâtiments où circulent les fils électriques, ses rues traversées par les canalisations souterraines, sa fourmilière de lampes, ses installations de machines motrices et de générateurs d’électricité.
- Nous croyons savoir qu’avant la fin de l’année, Paris n’aura rien a envier sous ce rapport à New-York. M. Bachelot crée en ce moment,dans Paris, des ateliers dont il prend la direction, pour la fabrication en grand des appareils du système d’éclairage Edison. Aussitôt qu’il en aura en quantité suffisante à sa disposition, il procédera à leur installation dans divers quartiers de ia capitale. L’époque n’est donc pas éloignée où nous pourrons remplacer avec économie nos lampes fumeuses, à huile, à pétrole ou au gaz, emplissant nos appartements d’une odeur âcre, par la lumière si pure du savant de Menlo-Park.
- A New-York, la lumière électrique est dès maintenant livrée au même prix que le gaz.
- Une compagnie concessionnaire du système Edison s’est formée, qui prend toute la dépense des appareils à sa charge et les remplace lorsqu’ils sent hors de service. La compagnie perçoit seulement les dépenses de lumière qui se contrôlent du reste au moyen d’un compteur fort ingénieux et fort simple dû au même inventeur. Ce compteur fonctionne ainsi.
- On sait que l’électricité a la propriété de décomposer les sels métalliques. Si un vase qui en contient une solution est traversé par ùn courant, un précipité se forme progressivement au fond du vase. La décomposition s’opère en raison de la durée du courant. M. Edison a appliqué ce principe à son compteur. Les fils de chaque appartement traversent des flacons remplis d’une solution métallique qui se décompose sous l’action des courants. On recueille les dépôts qui s’y forment en un temps donné et on les pèse. On connaît ainsi l’intensité totale des courants employés et on établit les prix de revient en conséquence.
- Get éclairage ne constitue qu’une partie de l'exposition deM. Edison. Il a envoyé de Menlo-Parkune multitude d’appareils dans chacun desquels s’affirment les ressources d’un esprit prodigieusement doué. Citons parmi les plus curieux son télégraphe quadruplex permettant de transmettre simultanément quatre dépêches par le même fil ; son téléphone à charbon d’un usage général; son électro motographe enregistr tnt, au moyen d’un cylindre de chaux en contact avec une lame de platine, les vibrations les plus faibles d’un courant : il y a là en germe, un nouveau système de télégraphie appelé à un grand développement.
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- Citons également un télégraphe qui permet de reproduire une lettre, un manuscrit ou un dessin, dans un temps très court ; des instruments de précision;un photomètre composé d’un chariot gradué exprimant le pouvoir éclairant des appareils soumis à l’épreuve; des cylindres en cuivre pour établir des comparaisons, au moyen de réchauffement de l’eau, entre la lumière du gaz et la lumière électrique, etc.
- Nous parlerons prochainement des auditions téléphoniques. P. B.
- ÉTAT CIVIL DU FAMILISTÈRE
- Le 17 Septembre, décès de Nouvellon Jean-Baptiste, âgé de 60 ans.
- Les mœurs du héron cendré.
- Le héron commun qu’on trouve en France est d’un cendré bleuâtre. Le sommet de la tête et le front sont blancs; une huppe noire, élégante, très flexible, orne le derrière de sa tête; la partie antérieure du cou est blanche, tachetée de noir; les couvertures des ailes sont grises avec de grandes plumes noires; le bec est jaune verdâtre. La longueur de cet oiseau, de l’extrémité du bec à celle de la queue, est d’environ un mètre. Comme tous ses congénères, il se nourrit de reptiles, de batraciens, de .nollusques nus, de vers et d’insectes. Dans le voisinage de la héronnière, le poisson n’entre que d’une façon accidentelle dans son alimentation. M. Noury, professeur de dessin à la Société industrielle d’Elbeuf, s’est assuré qu’il en est tout autrement dans les autres régions, et que, contrairement à l’opinion accréditée, le héron est un grand destructeur de truites.
- En 1879, à une des séances des Sociétés savantes des départements, à la Sorbonne, M. Louis Olivier a présenté quelques observations peu connues sur cet oiseau faites par M. Noury. Il lui est arrivé plusieurs fois de surprendre en flagrant délit de pêche ce hardi déprédateur de nos cours d’eau. L’oiseau entre dans la rivière, pose ses doigts sur le gravier et dirige son bec en aval. De temps en temps, il exécute des mouvements saccadés de bascule ; relève sa queue, incline sa poitrine, la plonge dans la rivière en lui imprimant dans l’eau une série d’oscillations latérales ; puis cela fait, il se redresse et attend ; il guette une proie. Quand elle est à sa portée, il lance un formidable coup de bec : il a saisi une truite. Il l’avale si elle n’est pas trop grosse, sans jamais la dépécer, puis il reprend sa position horizontale. Bientôt une autre truite se montre : nouveau coup de bec, et la voilà disparue. Une série de truites remontent de même le cours de la rivière jusqu’au héron, qui, à toutes, fait invariablement subir le même sort.
- Intrigué par cette manœuvre, M. Noury en a cherché et découvert la raison. Il a constaté chez le héron la présence de larges loupes graisseuses situées entre le derme et le peaucier des régions pectorale et pelvienne. Les canaux excréteurs de ces glandes débouchent à la base des plumules que recouvrent les grands filets de la poitrine. Au contact de l’air leur sécrétion se résout en une poudre blanchâtre, très fine, onctueuse comme le talc, et d’une écœurante fétidité. Secouée dans l’eau par le balancement du corps, elle en descend lentement le cours. L’odeur
- . qui s’en dégage paraît être pour les truites d’une in-i comparable suavité : car, à peine ces poissons l’ont-ils senti qu’ils en recherchent la source, et c’est ainsi qu’ils se rapprochent du héron et tombent sous ses coups.
- La meilleure preuve, ajoute M. Noury, que l’on puisse donner de cette explication consiste à mettre une poitrine de héron dans un piège : on peut être certain qu’il sera bientôt rempli. L'expérience a réussi chaque fois qu’elle a été tentée.
- Ce fait extrêmement curieux n'avait pas encore été signalé. Observateur d’un véritable talent, M. Noury a fait sur plusieurs autres oiseaux, sur le martin pêcheur, le roitelet, le bouvreuil, etc., des remarques très intéressantes et peu connues ; nous ferons très prochainement de nouveaux emprunts à son travail.
- de Donvjlle.
- DELA GUERRE & DES ARMÉES PERMANENTES p.)
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- Le bilan de la guerre de ces deux cents dernières années solde par un total de huit millions et demi de cadavres, et plus de quatre-vingt milliards de dettes publiques.
- A quoi, il faut ajouter les incendies, les pillages, les épidémies, les attentats aux mœurs, les crimes et les infamies de tout genre qui ont souillé le passage des armées.
- Et nos historiens modernes en sont encore à la honteuse glorification de ces chefs d'abattoirs humains ! et les professeurs d’histoire osent encore profaner les noms de grands hommes et de héros en les donnant à des misérables qui ont promené la torche et le glaive d’un pôle à l’autre et jusque sur les flots des océans ! Et les majorités résignées continuent à laisser vider leurs veines et leur bourse au profit des minorités criminelles qui les méprisent en prenant leur or et leur sang!
- Heureusement que tous les hommes ne se résignent pas â porter le joug infamant de la guerre, et que des voix éloquentes s’élèvent de temps en temps pour flétrir ce triste héritage des temps barbares, et pour chercher des remèdes à cette plaie honteuse qui souille encore l’âge moderne.
- Nul parmi ces hommes n’a exprimé avec plus de talent et de conviction le cri de la conscience indignée ; nul n’a mieux disséqué ce membre gangrené du corps social actuel; nul n’a plus nettement indiqué le remède à ce mal que ne l’a fait M. Patrice Larroque, dans le remarquable volume dont on vient ne lire le titre.
- Si les pages émues et souvent dramatiques de ce beau livre étaient lues devant de grandes assemblées par des hommes par ageant l’indignation de l'auteur contre le crime des guerres offensives, et si ces lectures se multipliaient en divers pays, l’opinion publique en serait certainement modifiée,et les amis de la paix verraient rapidement grossir leurs rangs.
- A défaut de cette tribune retentissante, jetons au moins dans le courant de la presse internationale
- (1) Par Patrice Larroque, ancien professeur de philosophie, ancien Recteur des académies de Caen et de { Lyon, mort en 1879.
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- quelques fragments du livre de M. Patrice Larroque.
- « Que sont devenus ces vastes empires fondés par la guerre? Où sont les conquêtes des grands capitaines, soit de l’antiquité, soit des temps modernes : Sésostris, Cyrus, Alexandre, Jules César, qui est le vrai fondateur de l’empire romain, Charlemagne, Gengis-Khan,Tamerlan, Charles-Quint, Charles XII, Napoléon enfin;
- » Ces œuvres établies à si grands frais par la violence ont été détruites par la même cause. Les plus belles et les plus riches contrées du globe, l’Europe orientale, l’Asie occidentale et méridionale, et l’Afrique septentrionale, ont été, dans les temps anciens, couvertes de nombreuses populations et de cités florissantes. Depuis longtemps, ces mêmes contrées ne présentent plus que de vastes déserts couverts de ruines, et à travers lesquelles on voit errer quelques rares peuplades à demi-barbares... » a Voilà l’ouvrage de la guerre!... »
- « Et l'on viendra encore célébrer les louanges de cette furie digne de toutes les malédictions ! et l’on osera nous dire encore qu’elle est le véhicule de la civilisation! Combien plus souvent n’a-t-elle pas été le véhicule de la barbarie, en abrutissant les vaincus par le despotisme, ou en leur apportant tantôt la grossièreté, tantôt la corruption des vainqueurs! » a Les résultats les plus positifs de ces victoires si vantées et obtenues dans les hasards de la guerre se réduisent à avoir fait à la partie adverse « un peu peu plus de mal qu on ne s’en est fait à soi-même. »
- « Il y a sur la place Vendôme, continue l’auteur, une colonne avec une statue qui s’élève à plus de 40 mètres. Eh bien 1 si les cadavres de tous ceux qui sont morts pour qu’on pùt élever ce trophée glorieux étaient couchés côte à côte sur tout le sol de la place, comme ils le sont dans la fosse commune, iis formeraient une pyramide qui monterait bien plus haut que la colonne, et la statue « aurait 120 mètres » de cadavres par-dessus la tête ! »
- Combien faudrait-il ajouter de mètres à cette hideuse pile de cadavres, si l’on y entassait toutes les victimes des guerres insensées du second empire, depuis les hécatombes du deux décembre jusqu’à celles des deux sièges de Paris, et aux silencieuses funérailles par delà 1 Océan ?
- Mais ce n’est pas seulement quand elles font couler à flots le sang et l’or des peuples que les armées permanentes leur sont fatales. Même en pleine paix, leur influence malfaisante se manifeste sur la « santé physique et morale » des villes de garnison, d’où cette double inoculation rayonne promptement jusque dans les campagnes les plus reculées.
- 1° Ces légions de célibataires, jeunes, robustes, oisifs, excités par les boissons alcooliques, l’intempérance alimentaire, les lectures aphrodisiaques et les spectacles immoraux se précipitent à l’envi dans le gouffre des sensations érotiques, y ruinent leur constitution, en même temps celle de leurs victimes, sans parler des enfants naturels échappés à l’avortement ou à l’infanticide.
- Ces lamentables résultats sont écrits sur toutes les pierres et dans toutes les rues des villes de garnison.
- 2° Les recrutements militaires enlevant toujours la fleur de la jeunesse masculine, ce sont les refusés des conseils de révision, c’est-à-dire les infirmes, les invalides, les faibles de constitution, et quelquefois les sujets atteints de maladies héréditaires, qui restent chargés de la reproduction de l’espèce.
- Car les jeunes filles, surtout à la campagne, sont
- généralement assez pressées de trouver des maris, et se résignent au médiocre quand il n’y a pas de choix.
- 3" Quant à ceux qui rentrent dans leurs foyers, plus ou moins riches en pathologie militaire, les uns se marient et ne procréent pas des hercules ; les autres restent célibataires, à la manière des villes de garnison, et ne font pas diminuer le chiffre des enfants malingres et illégitimes.
- « On a remarqué, dit M. Larroque, pendant les » guerres du premier Empire, que l’abâtardissement » de l’espèce humaine faisait en Europe et particu-» librement en France de rapides progrès, et l’on » sait que cette lugubre marche rétrograde a recom-» mencé sous le nouvel empire. »
- 4“ L'institution militaire, continue l’auteur, «n’est » pas assurément la seule cause du débordement des » mœurs et du mépris dans lequel est tombée l’ins*
- » titution du mariage; mais c’en est une des princi-» pales, ne fùt-ce que parce qu’elle condamne au » célibat un grand nombre d’hommes jeunes et forts.
- » Il est donc certain que ce que Ton peut appeler » aujourd’hui la prostitution privée aussi bien que » publique n’est susceptible d’aucune atténuation,
- » tant que se maintiendra le système actuel des ar-» mées permanentes. »
- » Quand ces armées sont lassées des délices de « Capoue ou rongées par le spleen de l’oisiveté, elles « rêvent les drames sanglants des champs de ba-» taille, deman ent la guerre et en font naître les » occasions.
- » Des hommes qui n’ont d'autre emploi de leur » activité que de se battre pour une cause quelcon-» que, demandent à se battre en effet; leurs chefs » surtout, qui vivent splendidement des maux en-» gendrés par la guerre, y poussent par toutes sortes » de moyens.
- II
- Mais que faut-il pour extirper de la société moderne cette gangrène qui la ronge, l’épuise, la déshonore et semble, dans certains moments, menacer l’existence même de la civilisation.
- 1° Il faudrait d’abord « remplacer les armées permanentes par des milices nationales » ;
- « La France pourrait armer ainsi deux millions d’hommes, dont un million mobilisable, jeunes gens de 20 à 30 ans.
- » L’Angleterre pourrait avoir un effectif de 1,200,000 hommes. »
- De pareilles armée seraient vraiment nationales; elles ne connaîtraient que la guerre défensive, la seule nécessaire et légitime, et elles seraient plus formidables que ne le fut jamais aucune armée. Que coûteraient-elles? Presque rien, en temps de paix, et elles rendraient l’état de paix presque nécessaire.
- 2° Il faudrait ensuite que les peuples qui s’octroient si prématurément le nom de civilisés, voulussent bien sortir de l’état de nature ou de l’état sauvage dans leurs relations politiques.
- Car on ne l’a pas assez remarqué et flétri, les peuples les plus civilisés à l’intérieur, vivent entre eux comme de véritables sauvages, puisqu’ils se rendent justice à euæ-mêmes, et ne connaissent d’autre droit international que celui du sabre et du canon.
- « Contre le danger de la guerre dont la menace est permanente dans les monarchies, même tempérées, j’avoue, ajoute l’auteur, que je ne vois plus aujourd’hui, pour les nations européennes, de préser-
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- vatif radical et de garantie assurée que dans le système républicain, accompagné de plusieurs libertés fondamentales telles que la liberté religieuse, la liberté de la presse, la liberté de l’enseignement, la liberté des échanges, etc. »
- La Ligue de la paix et de la liberté ne tient pas un autre langage depuis sa fondation (1867), et nous sommes heureux de rapprocher ici des hommes éminents par 1 intelligence et par le cœur (1).
- 3° En attendant que les peuples aient conquis ces libertés, il faudrait se hâter de remplacer dans l’éducation l’odieuse apologie de la guerre par son énergique condamnation ; il faudrait flétrir les con quérants au lieu de leur tresser des couronnes ; il faudrait débaptiser les lieux célèbres que des hommes furieux ont transformé en charnier, et les appeler, non des champs d'honnneur, mais des champs de honte.
- « La poésie et tous les autres arts font admirer » aux élèves les exploits militaires, dont ils ne leur » montrent que le côté brillant, leur en dissimulant »> toujours le côté odieux. Ils fascinent leurs regards » par des trophées étincelants, et charment leurs » oreilles par des chants de triomphe, quand il fau-» drait frapper leur imagination de ces spectacles » affreux qui se montrent à chaque pas sur les » champs de carnage.
- » Quel désenchantement lorsqu’en un jour de ba-» taille ces jeunes enthousiastes de la gloire mili-» taire, n’ont plus entendu d’autre musique que l’ef-» froyable tonnerre de la canonade et des feux de » peloton, mêlés aux gémissements des mourants, » et lorsque ces beaux uniformes et ces armes qu’on » avait fait scintiller à leurs yeux éblouis, ont été » souillés de sang et couverts' des entrailles jaillis-» santés de leurs compagnons d’infortune! »
- Qu’on leur apprenne plutôt « que pendant les deux » cents dernières années l’Europe a contribué dans » cette imm nse tuerie pour une part d’environ huit » millions d’hommes, la France en ayant perdu, à » elle seule, plus de quatre millions.
- Qu’on leur apprenne « que les cinq millions d’hom-» mes actuellement sous les armes seraient portés » au double par l’appel des gardes nationales, des » milices et des landwehrs, et que, d’un instant à » l’autre, par le seul fait de la volonté personnelle » de trois ou quatre monarques, dix millions d’hom-» mes peuvent être lancés les uns contre les autres » et s’entretuer..terrifiante réflexion à laquelle » on est saisi d’un sentiment d’effroi, mêlé de dégoût » pour cette incomparable folie des nations qui pas-» sent pour les plus éclairées du globe. »
- Arrière donc ces poètes et ces historiens barbares de la Grèce, de Rome et des temps modernes, qui distillent, dans les jeunes âmes, le redoutable virus de la guerre ! Arrière ces professeurs dangereux qui abritent leur rhétorique du carnage derrière le Dieu des armées et la gloire de la patrie! Arrière ces maîtres imprudents qui, de l’école primaire à l’université, réveillent, dans les âmes, ces basses passions de l’animalité, ces restes humiliants de la sauvagerie primitive 1
- Qu’ils apprennent àla jeunesse que s’il est glorieux de verser son sang pour défendre sa patrie., il est odieux de répandre le sang et de voler la patrie de ses voisins. Qu’ils gardent leur enthousiasme et leur
- 1. Cette ligne a pour organe les Etats-Unis d'Europe, revue hebdomadaire dirigée avec autant de zèle que de dévouement par son infatigable président, M. Charles Lemonnier.
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- ! rhétorique pour la guerre défensive, mais qu’ils I osent flétrir la guerre offensive, et la mettre résolument au ban de la civilisation moderne.
- Et comme les armées permanentes tiennent incessamment la guerre suspendue sur ia tête des peuples par un fil qu’une seule main suffit à briser ; c’est contre cette dangereuse institution que les amis de la paix doivent diriger leurs attaques, en cherchant à la remplacer par des milices nationales, qui ne connaissent que la guerre défensive.
- Tel est le résumé de ce remarquable volume, qui ne devrait manquer dans aucune bibliothèque, qu’on devrait lire dans les assemblées populaires, et transformer en livre d’école, en attendant des manuels d’histoire anti-belliqueux.
- Ce qu’il faut apprendre à tous, c’est la guerre offensive et défensive contreles hostilités de la nature, contre le mal physiologique et contre le mal moral; c’est le remplacement de l’entr’égorgement par l’arbitrage, du glaive par la balance, de la force brutale par le droit;
- Guerre donc vigoureuse et incessante au mal cosmologique, au mal corporel et au mal moral; paix, justice et fraternité entre les hommes de toutes les classes, de toutes les races et de toutes les latitudes.
- Un ami de la paix et de l'arbitrage.
- Lausanne, 1881.
- Les coiffures
- Il résulte d’expériences nombreuses faites par M. Troupeau sur les Coiffures au point de nue de la chaleur solaire, expériences communiquées au Congrès d’Alger, que :
- 1® Les coiffures de forme conique et arrondie sont plus fraîches que les fonds plats ; — donc le casque est préférable au képi dans les pays chauds.
- 2° Une carcasse épaisse, formée d’une substance mauvaise conductrice de la chaleur, garantit efficacement contre les rayons solaires.
- 3° On doit bannir tout métal dans la construction de la coiffure.
- 4® Une bonne ventilation obtenue à l’aide de ventouses latérales, vers le sommet, et d’une galerie à la base, isolant la tête, détermine un abaissement très sensible dans la température intérieure.
- 8® Le couvre-nuque n’est réellement utile que quand il est percé d’œillères correspondant aux ventouses de la coiffure.
- Ou peut juger par ces indications, combien le képi réglementaire est loin de remplir les conditions voulues pour protéger la tête de la radiation solaire. S’il n’est pas possible de le remplacer par un casque léger et bien aéré comme celui dont est dotée l’armée anglaise des Indes, on peut néanmoins le modifier à l’aide d’une galerie circulaire destmée à isoler la coiffure de la tête, et en perçant le couvre nuque-d’œillères correspondant aux ventouses.
- Voilà des considérations auxquelles Aristote n’avait pas pensé, en écrivant son fameux chapitre ; nous espérons, néanmoins, que les membres de la commission d’habillement en feront leur profit.
- Le Directeur-Gérant : GODIN.
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- 48 ANNÉE, TOME 5 — N° 160
- £e numéro hldomadaire 20 c. DIMANCHE 2 OCTOBRE 1881
- BUREAU
- A GUISE (Aisne)
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant Fondateur du Familistère
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- par renvoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
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- S’adresser à M. LEYMARIE administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
- SOMMAIRE
- Les Droits et les Devoirs — Voyage autour du Familistère IX — Faits politiques et sociaux — Le Chat Sauveur — Bibliographie — Etat-civil du Familistère Variété.
- LES DROITS ET LES DEVOIRS
- I
- Ces jours derniers, à la dixième chambre du tribunal correctionnel de la Seine, on jugeait deux affaires de vagabondage d’enfants, et les incidents qui s’y sont produits ont provoqué l’indignation dans le cœur des assistants en montrant dans toute sa nudité une hideuse plaie sociale.
- Dans l’une des causes, il s’agissait d’un garçon d’une dizaine d’années, d’une figure intelligente et douce. Le président ayant demandé si le père présent à l’audience réclamait son enfant, le père, homme de haute taille, vêtu comme un ouvrier aisé, déclara ne vouloir plus s’en charger. Or, c’était la première fois Que l’enfant comparaissait devant un tribunal. Pressé de questions par le juge surpris, l’ouvrier répondait qu’il ne pouvait surveiller son fils ni s’en occuper, parce qu’il partait le matin à quatre heures pour se rendre à son travail.
- Qui donne à manger à l’enfant ? interroge le président.
- Une femme qui habite chez moi.
- Ah! s’écria le juge, voilà le mot de la situation!... Cette femme est votre maîtrësse, et c’est parce que votre enfant la gêne, que vous n’en voulez plus.
- Silence significatif du père.
- L’autre affaire, analogue à peu près, se rapporte aussi à un jeune apprenti que son père refuse également de réclamer. L’enfant, âgé de quatorze ans, répond à une question du président qu’il ne peut rester dans aucune place, parce que chez son père il y a une femme qui le bat tous les jours, et dont les coups le rendent malade.
- Interrogé à ce sujet par le juge, lepère déclare être en effet remarié et il ajoute : J’en avais bien le droit!
- Voilà donc deux pères, deux brutes plutôt, qui, dépourvus de sens moral, sont tombés plus bas que les animaux les plus grossiei s et les plus cruels. La buse stupide, le tigre ont de l’amour pour leurs petits, et c’est peut-être le seul bon sentiment dont ce dernier soit susceptible; les deux hommes dont il s’agit n’ont pas même cet instinct du plus féroce des animaux. Ils ont, l’un une maîtresse, l’autre une femme dont la présence suffit pour leur faire oublier le sentiment le plus naturel et les devoirs sacrés de la paternité.
- Ces enfants rendus, malgré elle, à leur famille, par le tribunal, vont continuer à être maltraités et chassés de la maison paternelle; repris comme vagabonds, ils finiront par être condamnés et enfermés dans une maison de correction d’où ils sortiront pervertis, eux qui aujourd’hui sont loin d’être méchants et qui, recueillis et soignés, seraient devenus certainement des ouvriers honnêtes et laborieux et peut-être des citoyens utiles et remarquables.
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- Or, à ce mal affreux la société ne peut appliquer aucun remède efficace pour le moment ! N’est-ce point une déplorable lacune? Un homme de cœur, M. Bon-jean, a bien créé une institution en faveur de l’enfance abandonnée, et dans l’application en grand de son idée se trouve peut-être la solution en germe de cette question. L’Assistance publique elle-même a organisé un service dans ce but, Mais qu’est-ee qu’un établissement isolé, dont les ressources sont nécessairement bornées, pour répondre à tous les besoins qui, dans une ville comme Paris, se manifestent constamment sous ce rapport? Et n’est-ce point cet abandon de parenté dénaturés qui est la cause principale de cette dépravation de mœurs de la jeunesse que l’on constate dans l’œuvre d’épuration entreprise en ce moment dans la capitale par la police?
- Il y a évidemnœnt là pour le législateur une mesure sérieuse à adopter, une profonde et radicale réforme à opérer. Il est impossible au sein de la civili sation de laisser subsister plus longtemps une pareille lacune. On ne peut point tolérer un état de choses qui condamne inévitablement au crime l’enfant souvent bien doué, qui a le malheur d’avoir un père méconnaissant entièrement ses devoirs et chez qui la fibre paternelle n’a jamais vibré. De quel droit la société punira-t-elle ce jeune criminel, puisque c’est par sa faute qu’il le serait devenu, si elle ne prend aucune mesure pour l’éviter? Voilà un enfant rempli de qualités naturelles, je suppose; son père lecbasse de chez lui par ses mauvais traitements... Trop jeune pour gagner sa vie par un travail quelconque, que deviendra-t-il? Il errera au hasard, il vagabondera, et la police, comme c’est son devoir, l’arrêtera. Il sera envoyé dans une maison de corréction, où le contact des vauriens ne tardera pas à flétrir et à détruire en lui tous les bons instincts; à sa majorité, gâté, vicié, bon à rien, que pourra-t-il faire ? Neuf fois sur dix, il vivra en mauvais sujet, en paresseux, et glissant rapidement sur cette pente, il ira grossir cette population inavouable des carrières et des égouts dont chaque jour la justice criminelle a à s’occuper ! Et fatalement il ira un jour échouer au bagne ou à l’échafaud. Or, en bonne conscience, quel est le vrai coupable dans ce cas ?
- C'est la loi ou les interprètes de la loi. Aux termes de l’article 535 du Code pénal et de l’article 3 de la loi du 30 décembre 1875, le juge peut destituer les pères de la tutelle, quand ils auront excité ou favorisé la débauche de leurs enfants, ou bien quand ils les auront employés habituellement à la mendicité.
- D’un autre côté, pour que l’abandon existe aux yeux de la loi, il faut qu’il soit volontaire et qu' 1 se soit manifesté de la part du père par la remise de
- l’enfant au guichet de Basile départemental, et la renonciation expresse à ses droits de tutelle. Tant que cela n’a point été fait, la loi le lui rendre.
- Ainsi entre la sauvegarde de l’enfance et la conservation à des indignes des droits de la puissance paternelle, le magistrat ne peut hésiter, c’est la seconde de ces choses qu’il doit choisir. Et affirmer en plein tribunal que l’on ne veut point se charger de remplir les devoirs de cette tutelle n’est point suffisant pour constituer aux yeux de la loi l’abandon?
- Eb bien, nous disons que cette loi est mauvaise; sî les parents refusent de se soumettre aux obligations que la paternité leur impose, la société a le devoir de leur enlever la jouissance de leur droit de tutelle.
- Toutes les nations de l’Europe ont institué des garanties contre les abus de la puissance paternelle et quelques-unes vont très loin dans cette voie. La France, en raison des lacunes de son Code civil, est, de tous les pays, celui où la protection de l’enfance est la moins assurée, surtout au sein de la famille.
- Pour que le service organisé à Paris par l’Assistance publique à l’instigation du Conseil municipal, pour recueillir les enfants moralement abandonnés, puisse s’appliquer utilement à tous les cas, il faut qu’une fois l'abandon constaté, non point par des renoncements ou des déclarations inutiles, mais parle seul fait du vagabondage de l’enfant, suivi du refus du père de s’en charger, les droits paternels de cet homme soient complètement abolis et transportés à la société, qui, elle, s’en chargera, et les placera comme apprentis dans des usines, des manufactures, des fabriques, les surveillera, leur donnera une profession industrielle et les amènera à l’âge d’hommes régénérés par le travail libre, en les rendant honnêtes, laborieux et utiles à la vie publique.
- C’est ainsi que les diverses créations faites en faveur de l’enfance abandonnée pourront remédier au mal si grave que nous signalons, d’une façon complète, et répondre à tous les besoins d’une population considérable.
- Dans une société bien organisée, pareille chose, si elle se produisait, n’entraînerait point de ces déplorables conséquences. Pour en citer un exemple, nous pourrions dire que si dans la population du Familistère, un père venait à refuser de garder chez lui son enfant, celui-ci ne serait pas abandonné pour cela, et l’Association se chargeant de lui pourvoirait à son éducation, à ses besoins, et en ferait un honnête homme et un travailleur.
- II
- Mais, si nous n’avons pu nous empêcher de flétrir,
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- en passant, avec un vif sentiment d’indignation la misérable conduite de ces êtres mille fois indignes d’être pères, et de signaler la lacune que ces faits dénotent dans nos institutions, il est une circonstance qui nous a surtout frappé et que nous tenons à relever. L’un de ces pères tombés si bas, auquel on demande s’il est remarié* répond en relevant la tête d’un air de fierté : J'en avais bien le droit !
- Le droit, c’est le grand mot de tous, honnêtes ou non» dignes ou indignes.
- Voilà un homme qui, d’un de ses devoirs les plus impérieux, ne fait pas le moindre cas, qui s’en affranchit sans honte ni remords, mais qui n’oublie point d’invoquer ses droits. Il avait le droit de se re-giafiêr, et il en a üsé ; dans sa pensée, tiül né peut lui en faire dfi crime. Mais il avait àusëi lé dévoir de veiller sur son ënfaht, dè lé garder, dè pourvoir â sés besoins; fnàis lüi, si pénétré du sentiment dè sdh droit, fait bofi marché dë son devoir, il èiî fait allègrement litiëfe, saris se doütér qii’iî sê placé àlhsi dâhâ la situation d'üü CohrnierÇant qui refuserait dè payer ses dettes, ffiâis qui serait intraitable pour îè recoutrëmiênt dë ses créances.
- Oü peut à èë propos së dëfaafidër : Y ft-t-il des droits sans deVôifs àu sein dë la Société?
- Il n’y a point dë droits sans devoirs* et pour le démontrer il suffît d’étudier les véritables OOnditionS dé la vie humaine. Dette étude montre en effet qu'â côté dé chaque droit* la loi naturelle aussi bien qUè la loi sociale placent un devoir qui en est le corollaire et la eonsiquencê logique*
- Tout être Sur la terre, par le fait de Son existence possède dés droits incontestables qui dérivent tous du droit primordial et souverain, le droit de vie.
- Dès son entrée dans le monde, l’être quel qu'il soit reçoit la vie et avec elle, dans les productions de la sature* tous les moyens de fâ conserver, de l'entretenir et de la développer. L'animal, dans son milieu üâtnrëi, ne meurt jamais de f aim parce qu'il trouve toujours là nourriture indispensable â sa subsistance;’ il tt'est pas non plus victime des intempéries parce que la nature lui fournit lès éléments nécessaires pour Se Construire des abris.
- L’homme, sous ce rapport, n’est peut-être pas aussi bien partagé que l'animal, mais il jouit du meme droit avec les mêmes moyens de pourvoir à ses besoins divers. Â l’êtât de nâturé, il a la pleine Possession de la terre ét il peut' à son gré y puiser toutes les ressources qu’elle pëUt fui produire, et Çu’îl se procure par Son industrie, cfràSsë, pêche Ou culture, suivant sés instincts, ses goûts, sés préfé-fonces.
- A l’état de société ces droits sont-iis détruits pour lui ? En aucune façon; son droit subsiste tout entier, quoique modifié dans une certaine mesure. Mais quelles que soient les modifications que l’état de société puisse faire subir aux conditions dans lesquelles ce droit peut s’exercer, elles ne peuvent avoir pour effet licite de l’anéantir ni même de le diminuer.
- Lorsque la Société vient enlever à l’homme la possession du sol, de quelque manière que cette sorte d’expropriation s’accomplisse, unecomp nsation légitime lui est due, car sans cela ce serait une atteinte coupable portée à son droit absolu à l’existence.
- Cette compensation constitue le premier devoir de la Société envers l’individu ; elle consiste dans la protection, l’aide et l’assistance qu’elle doit lui accorder, et c’est ainsi que le droit à ia vie se transforme pour chacun des membres du corps social eh droit à la protection de sa personne, droit à l’aide pour la satisfaction de ses besoins et droit à l’assistance dans le malheur.
- « Le droit réel, dit M. G-odin dans son livre « Solutions sociales »* c’est tout ce que la nature rend nécessaire dans la vie matérielle* intellectuelle et morale, pour la conservation, le développement et l’équilibre de la vie dans l'individu, dans la Société, dans l’hûmanitéi
- « Le droit* e’est la liberté, car1 c’ëst dans l’exercice du droit, suivant la loi de la vie, que l’homme peut trouver la liberté d’user sans obstacle de ses facultés physiques, intellectuelles et morales pour soû bien propre et celui de ses semblables.
- « Le droit, c’est Légalité* Car O’est dans l’application du droit* Suivant la loi dë là vie, que se trOttvè l'égalité dë satisfaction des facilités dè chacun. »
- Telle est la véritable portée élu droit de l’individu vis-â-vîà de là Société et telle par conséquent là définition du devoir de la Société envers l'individu. C’est la conséquence logique de la transformation de l'état de nature à l’étât de Société pour l’homme. En échange des droits individuels auxquels elle se substitue et dont elfe fait des droits sociaux, elle contracte des devoirs sociaux qûi là lient rigouréu-sëmént Vis-à-viS de l’individu.
- * Lé devoir réel, ajoute le fhêmé auteur, c’est lâ protection et fe respect dûs à là’ pratiqué' des lois de la vie ; c'est l’application de Cés mêines lois à la coh-servâtion, au progrès et à l'harmonie de la Vîé dans i’îndividû, dans la Société, dans rhùûianité.
- « Le devoir, c’est la charité, car la charité, c^eât l’ànioar qüé Ïës grands, les forts, lés savants et les
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- puissants doivent porter aux petits, aux faibles, aux ignorants, aux peuples et aux travailleurs, pour leur ménager à tous les moyens d’accomplir les lois de la vie dans la plénitude des facultés que chacun possède.
- « Le devoir, c’est la fraternité, car la fraternité, c’est l’union des hommes dans l’amour du bien public ; c’est l’émulation dans le progrès de tous les moyens propres à concourir à la conservation, au développement et à l’harmonie de la vie au profit de tous.
- « Le devoir, c’est la charité et la fraternité, car c’est le devoir qui dirige nos aspirations, nos tendances, nos actions vers le progrès social, et vers le bien à faire aux hommes en vue de leur rendre facile leur participation à l’œuvre de vie. »
- Le droit de l'individu constitue donc, par le seul fait de son existence un devoir pour la Société, et, par conséquent, il est toujours vrai qu’un droit n’existe point sans le contrepoids pour ainsi dire d’un devoir.
- Mais ce n’est pas seulement à la Société que l’existence du droit individuel impose un devoir; ce droit en impose un à l’individu lui-même, et la jouissance de son droit ne peut s’exercer qu’à la condition qu’il remplisse le devoir qui en est la conséquece nécessaire.
- Nous avons dit qu’à l’état de nature l’homme avait la possession du sol, et qu’il trouvait dans les diverses productions de la terre de quoi satisfaire à ses besoins. Mais à cette satisfaction, la loi de nature a posé une condition rigoureuse, sinequa non, un de-r voir impérieux à remplir. Cette condition, c’est la nécessité de travailler pour tirer des éléments cette nourriture, cet abri dont l’homme a besoin. Cette obligation est tellement stricte et inéluctable, que si l’homme ou l’animal ne la remplissent point, ils ne trouveront pas la satisfaction de leurs besoins; s’ils ne cherchent point à se procurer des aliments indispensables ils ne les obtiendront pas, car la terre ne fournit ce qu’on lui demande qu’à la condition qu’on la cultive, et l’on ne récolte qu’autant que l’on a semé.
- Donc le droit à la vie ne va point sans le.devoir du travail, et si la Société en enlevant à l’individu la possession du sol a modifié les conditions d’exercice de ce droit, elle n’a point modifié l’obligation imposée par la nature à cet exercice, et elle laisse subsister tout entier le devoir. Le droit de vivre est confirmé par le devoir de vivre, qui entraîne la nécessité de travailler au maintien, à l’entretien et au développement de la vie. J
- De même que le droit à l’existence impose à la So- j
- j ciété le devoir de la protection, de l’aide et de l’as-{ sistance à la vie individuelle, de même le devoir du | travail imposé à l’individu constitue pour la Société j un droit vis-à-vis de lui. Elle a droit au travail de chacun de ses membres, à leur concours, à l’œuvre sociale, de même que chaque membre ou corps social a droit à la protection et au concours de la Société pour tout ce qui est nécessaire à son existence. Tous les droits et tous les devoirs s’enchaînent ainsi étroitement et ne peuvent subsister les uns sans les autres. C’est pour cela que prétendre jouir d’un droit sans tenir compte du devoir qui en est le corrélatif naturel, c’est violer le pacte et se rendre coupable d’une grave usurpation.
- L’homme tenu de travailler pour jouir de son droit de vivre a donc aussi droit au travail, puisque son existence est à ce prix. Il est clair que si pour vivre il faut qu’il travaille, il faut qu’il ne rencontre aucun invincible obstacle à l’accomplissement de ce devoir, Sans cela il se trouverait dans la situation d’un homme attaqué à qui on lierait les mains en lui imposant l’obligation de se défendre.
- L’avantage de l’état de Société sur l’état de nature pour l’homme consiste en ce que, dans le premier, il est isolé pour soutenir la lutte contre les éléments, qui constitue le travail, tandis que dans le second il a le concours de ses semblables, qui lui facilite énormément la victoire. Aussi, si à l’état de nature il a la liberté de satisfaire ses besoins les plus simples, à l’état de Société il a la faculté d’obtenir plus que le nécessaire. Dans la création de la richesse, c’est le travail de l’homme à l’état de Société qui concourt puissamment avec l’œuvre de la nature. Ils sont les deux facteurs de ce produit utile. La conséquence de ce fait est que, dans la production générale, se trouve une part qui ne peut avec justice augmenter les réserves de la richesse au profit de quelques individus seulement, et que ceux qui se l’attribuent exclusivement dépouillent iniquement la communauté, et portent une atteinte grave aux droits de la Société. Cette part, celle qui correspond au concours de la nature, appartient à tous,et elle doit être consacrée à la protection, à l’assistance du faible, du déshérité, du malheureux que l’âge, les infirmités ou toute autre cause me+teht dans l’impossibilité de travailler.
- Il s’est trouvé des philosophes qui ont contesté au pauvre le droit de vivre, et Malthus, un ministre de l’Evangile en Angleterre, n’a pas craint d’écrire qu’ « un homme qui nait dans un monde occupé, si sa famille n’a pas le moyen de le nourrir, ou si la Société n’a pas besoin de son travail, cet homme n’a
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- pas le moindre droit à réclamer une portion quelconque de nourriture, il est réellement de trop sur la terre. Au grand banquet de la nature, il n’y a point de couvert mis pour lui. La nature lui commande de s’en aller, et ne tardera pas à mettre elle-même cet ordre à exécution. »
- Cette énormité était tellement monstrueuse, que Maltus lui même n’osa point la maintenir, et qu’il effaça ces lignes des éditions suivantes de son livre. Mais chose inouïe, cet homme a fait école, et d’autres après lui ont nié le droit du pauvre à l’existence. Cette doctrine est diamétralement opposée à la loi de nature qui place non-seulement la vie, mais encore la jouissance des productions de la nature pour sa conservation et son développement parmi les droits naturels et imprescriptibles de l’homme. Le véritable titre originel d’investiture pour les biens de la terre, c’est la qualité d’homme, et cette qualité suffît à elle seule à donner à qui la possède droit à une quantité déterminée de ces biens, ou à son équivalent. En effet, la nature humaine n’admet point de distinction entre les hommes, elle est une et la même pour tous, et par conséquent le droit de vivre doit être égal pour tous, et chacun a à revendiquer sa part du patrimoine primitif, première propriété, source, fondement et moyen de tous les autres.
- Possession vaut titre est devenu un axiome de droit, ce qui n’empêche point cette maxime d’être absolument fausse, car elle légitime tout simplement, l'usurpation, le pillage et le vol. L’homme qui dépouillera par exemple un cadavre trouvé sur son chemin de sa bourse et de ses bijoux, en deviendrait donc légitime propriétaire par le fait de la possession, parce que le mort dépouillé ne pourrait réclamer son bien ? Non assurément ; on possède légitimement parce qu’on est propriétaire, et on n’est pas propriétaire parce que l’on possède.
- Ceci nous amène tout naturellement à l’étude du droit de propriété individuelle et à celle du devoir lui en est la conséquence.
- [A suivre).
- VOYAGE AUTOUR DU FAMILISTÈRE
- IX [Suite]
- Montons quelques marches, et nous voici dans le Nouveau local de la Bibliothèque. Une bibliothèque, 1uel trésor! Il y a des gens, et je n’ai aucune peine ^ avouer que je suis de ce nombre, qui passeraient eûr vie là-dedans, et pour qui nul séjour ne paraît Préférable à celui-là. Comment en serait-il autre-
- ment? Pour celui qui a soif de savoir, qui ne connaît rien de supérieur au plaisir de s’instruire, n’est-ce point une source inépuisable de science et d’érudition ? On y entretient constamment à son gré un commerce toujours agréable et suivi avec les hommes érudits de tous les temps, les philosophes, les poètes, les historiens et les écrivains de tous les âges et de tous les pays. Le gourmet peut comme le papillon y aller butiner de fleur en fleur les parfums les plus délicats, les plus suaves arômes, et, semblable à l’abeille, en composer son miel intellectuel, précieux aliment de l’intelligence.
- J’en appelle à tous ceux qùe la nature de leurs travaux ont amené à passer de longues heures à la Bibliothèque nationale ; y a-t-il eu dans le cours de leur vie des moments passés plus vite et d’une façon plus agréable? N’ont-ils pas souvent trouvé trop rapide la marche du temps, et regretté les rigueurs du réglement qui les forçaient à interrompre au meilleur moment une lecture attrayante, une étude remplie d’intérêt ? Aussi, que l’on cherche, comme Montaigne, du plaisir par un honnête amitsemen dans les livres, ou qu’on veuille y puiser la science, la connaissance de soi-même et des autres, celle de l’histoire de l’humanité, ou tout autre notion, on finit par s’y passionner, et l’on se transporte pour ainsi dire loin du monde présent,pour vivre et frayer avec les esprits éminents dont les pages nous captivent et nous séduisent de la sorte.
- Ce n’est point dans une assemblée de plaisir, dans une soirée mondaine, dans un établissement public où l’on va soi-disant se distraire, que l’on trouvera jamais l'équivalent des satisfactions que l’homme d’étude goûte dans une bibliothèque. Peut-être,quelques fois au théâtre éprouve-t-on quelque chose d’analogue, mais c’est plus rare, surtout lorsqu’on n’est plus à l’âge des illusions et de l’inexpérience.
- C’est pour cette raison, à mon avis, que rien n’est non-seulement plus utile mais encore plus agréable à offrir aux hommes que la jouissance d’une bibliothèque. On peut dire justement de la création des bibliothèques qu’elle réunit Yutile dulci d’Horace, elle joint l’utile à l’agréable. L’œuvre entreprise dans ce but par la Ligue de l’enseignement est éminemment moralisatrice, car une fois que le travail-? leur de la ville ou des champs aura pris goût à la lecture, et pour cela il suffira qu’il commence à en tâter, les cabarets et les débits de boissons où il venait perdre son temps ne tarderont pas à être désertés pour jamais.
- Un ami aussi ardent de la moralisation des travailleurs et du progrès social que le fondateur du Familistère ne pouvait pas ne pas doter sa création
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- d’une Bibliothèque, où l’habitant du palais unitaire put trouver et des éléments d’étude et des occasions de distraction.
- Un vestibule nous conduit d’abord dans la salle de lecture, l’ancien salon du fondateur, vaste pièce largement éclairée le jour par deux fenêtres et le soir p r deux becs de gaz, les murs ornés de grandes cartes géographiques et dont une grande table occupe le centre. A gauche de l’entrée, une cheminée entretient pendant l’hiver une température supportable pour les lecteurs. A droite dans le fond,l’entrée de la bibliothèque.
- C’est une chambre carrée dans laquelle deux meubles reliés entre eux par des tablettes comblant, les vides contiennent environ deux mille volumes. Ils sont catalogues et rangés par catégories et nous y voyons la série d’ouvrages de propagande républicaine, celte des études sociales et politiques, celle des ouvrages d’histoire, des livres de science et des arts, la série des romans,des œuvres littéraires et du théâtre, les ouvrages poétiques, les relations de voyage et même une série de livres traitant du spiritisme et du magnétisme, véritables sciences, peu appréciées encore de nos jours, mais qui finiront par prendre leur place dans la nomenclature des connaissances humaines, comme tout ce qui est basé sur la vérité.
- Dans le monde il est à remarquer en général que toute branche nouvelle de la science est toujours fort mal accueillie au début par les savants encore plus que par les ignorants. On commence par tourner en ridicule les adeptes de la nouvelle doctrine, et ce n’est qu’à force de patience, d’énergie et de persévérance que ces hommes convaincus arrivent à faire admettre les vérités qu’ils ont découvertes et laborieusement constatées.La chimie, dont nos modernes médecins bourrent exclusivement leurs ordonnances, resta dédaigneusement écartée par la faculté, tant que sous le nom d’Alchimie elle ne put pendant des siècles se faire prendre au sérieux. Il en fut de même de l’astronomie que l’on confondit longtemps avec l’astrologie, et qui, au moyen âge, exposait ses adeptes aux rigueurs de l’inquisition, témoin Galilée et autres.
- Mais rien ne résiste à la puissance de la vérité. Tous les sarcasmes, toutes les railleries des ignorants ou des sots viennent se briser à ses pieds, comme les vagues phosphorescentes de l’Océan contre les rochers de la côte. Lorsqu’on entre dans le golfe de Gascogne par l’embouchure de la Gironde, on voit dans le lointain à gauche la vieille et sombre tour de Cordouan, immobile au milieu des flots tourmentés, comme une sentinelle avancée qui veille et
- dont le phare, œil vigilant, semble surveiller l'immensité de l’Océan. Elle est l’image de la vérité; toutes les attaques auxquelles elle est en butte s’émoussent contre son impassibilité et n’interrompent ni sa veille, ni son éclat; elle éclaire, et attend patiente que l’humanité ait enfin aperçu sa lumière pour se guider vers le port.
- Le cadre de la bibliothèque du Familistère est aussi complet que possible, comme vous pouvez is voir, ami lecteur.Gomme auteurs,tous les classiques ou à peu près, escortés de noms éminents, tels que Louis Blanc, Schœlcher, L. Viardot, Pelietan, Jean Macé, Frédéric Passy, Godin, Fourier, St-Simon, Bonnemère, Fauvety, Georges Sand, Dumas, Berthet, Dickens, Saintine, W. Scott, Théophile Gautier, Janin, Conscience, Hugo, Lamartine, Cervantes, Quinet, Michelet, H. Martin, Flammarion, Flourens, Faraday, A. de Musset, Augier, Sardou, etc., etc.,en un mot tout ce qui peut instruire, tout ce qui peut distraire, tout ce qui peut charmer.
- La bibliothèque est placée sous la direction du Conseil de gérance, qui nomme le bibliothécaire chargés du service et du soin de faire observer le réglement. A l’exception de quelques livres portés sur un catalogue spécial, les volumes ne doivent point sortir de ia bibliothèque, qui du reste est ouverte à tous les habitants du Familistère sans distinction de sexe ni d âge, je crois, sauf pourtant les trop jeunes enfants, bien entendu.
- Les lecteurs y sont admis tous les jours de sept heures et demie à dix heures du soir les jours de semaine, et les dimanches de trois à six heures, et de sept et demie à dix. Le bibliothécaire est un des membres de l’Association avec la qualité d’associé, zélé partisan des doctrines sociales dont le Familistère est l’application pratique.
- Le réglement est affiché dans la salie de lecture. Ses prescriptions peu nombreuses n’imposent guère que l’obligation de ne point troubler le calme nécessaire aux séances de lecture ou d’étude. La sanction pénale consiste en une amende légère qui, comme toutes celles qui sont perçus au Familistère, sont versées à la caisse de prévoyance des membres de l’Association.
- On retrouve dune les dispositions de os réglement l’esprit libéral qui préside à tout ce qui concerne l’existence au sein du pa!a,is social, et l’on accorde le plus largement possible le temps à cette utile distraction. Les travailleurs de l’ufine sont occupes depuis six heures du matin jusqu’à six heures et demie du soir? sauf les deux heures et demie consacrées aux repas. Or, quoique pour celui qui travaille des bras une occupation d’esprit soit un véritable dé-
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- lassement, comme la travail maauel est une distraction réelle pour l’homme travaillant de tête, U est impossible de donner plus de temps à la lecture, que les deux heures et demie fixées par le réglement pour les jours ordinaires, et les cinq heures et demie en deux séances du dimanche Le Conseil de gérance qui a rédigé ce réglement a donc fait les choses au mieux, et les habitants doiyent lui en savoir gré.
- Nous avons dit que l’interdiction d’emporter des livres n’était point générale et qu’un catalogue spécial désignait les ouvrages que l’on peut lire chez soi. Ce catalogue est nombreux et varié, et cette disposition est certainement une excellente mesure, la meilleure de toutes, à mon sens Le livre est le meilleur compagnon de l’homme, le seul dont on ait toujours à se louer et fort rarement à se plaindre. Dans l'isolement, l’homme qui a des livres à sa disposition cesse d’être seul; il lit, et tous ses ennuis, ses chagrins, son abandon sont oubliés pour un moment du moins. Le voyageur oublie les longues heures d’immobilité du trajet dans la lecture, et son voyage d’ennuyeux qu’il aurait été, devient agréable C’est surtout dans les longues traversées 4 bord d’un na-vire que cotte compagnie est précieuse.
- Il y a longtemps bien longtemps que je fis ma première traversée, et pour mon début je restai cinq mois en route. Celui qui n’est jamais monté à bord d’un navire, peut-il se faire une idée de ce que sont ces journées passées entre le elel bleu et les flots bleus à perte de vue, enfermé dans un espace à peine grand comme la galerie d’un des petits côtés de l’aile gauche du Familistère?
- « A notre réveil le lendemain du départ, écrivais-je alors, nos regards cherchèrent en vain quelques vestiges qui nous fissent reconnaître cette belle France que nous ne reverrons peut-être jamais. Rien ne parut à nos' regards inquiets, pas la moindre cime d’arbre, pas le plus petit.clocher rustique; partout les flots, partout l’immense solitude de l’Qçéan. Cet abandon , cet isolement complet serrent le cœur ; l’ennui le saisit et le ronge, comme le ver rouge ronge la moëlle de l’arbre puissant et vigoureux. La Vie du bord très uniforme et monotone ne mérite assurément pas d’être décrite. On se lève sans savoir ce que l’on fera ni ce que l’on verra dans la journée, souvent même on ignore l’endroit où l’on se trouve ; le soir on se couche incertain et indifférent comme l’on s'est levé, et la journée du lendemain ne diffère en rien de celle de la veille. »
- C’est dans ces heures si décolorées et si lentes que la possession d’un livre est prisée» Le passager sur son navire est comme un condamné dans sa prison. s'il lui est impossible de s’y créer une occupation, et
- s’il est privé de livres, l’ennui sombre et mortel envahit tout son être et l’abreuve d’amertume et de fiel. Mais qu’on lui donne des livres et tout change aussitôt ; l’oubli vient avec eux, et l’ennui disparait comme par enchantement. Les flots et le ciel ne sont plus que l’immensité dans laquelle la pensée peut errer à son aise sans entraves, et les murailles du cachot ne sont plus pour elle une barrière infranchissable. Dans ce trou noir et étroit, l’imagination surexcitée par la lecture prend son essor, et contemple ces beaux couchers de soleil des tropiques si splendides et si magnifiquement décrits par Chateaubriand, ou l’auteur de la Chaumière Indienne; elle assiste égayée aux splendeurs des grandes solennités de l’Orient, qu’un voyageur comme Gauthier lui montre à travers le prisme éblouissant de son opulente palette, ou elle accompagne Dumont d’ürville dans son voyage autour du monde, si elle ne préfère s’élever jusqu’aux hauteurs de la métaphysique , avec l’un on l’autre des grands maîtres des écoles philosophiques.
- Quel est l’homme dont la société procurerait à l’isolé de pareilles jouissances ? Et quelle est la distraction aussi dépourvue d’arrière-pensées, d’inquiétudes que celles-là ? Dans une partie de plaisir quelconque, tous, jeunes ou vieux, en savourant la joie du moment, sont toujours préoccupés par la pensée de sa courte durée, et entrevoient le regret qu’elle leur laissera ensuite. Celle que l’on trouve dans l’étude ou ]a simple lecture n’offre rien de pareil, et ne laisse après elle aucune amertume, aucun regret- c t
- L’attrait de cette distraction est tel qu’il n’est point rare de voir de jeunes garçons à peine âgés de douze oa treize ans préférer cette occupation à tous les jeux de leur âge, et il nous serait très facile, dans le Familistère même d’en rencontrer plus d’un, Le travailleur plus âgé, sa journée finie, goûte très volontiers les plaisirs de la lecture, et il apprécie par conséquent le bienfait de la création de Ja Bibliothèque,
- Le h Devoir » mentionne chaque fois les dons de livres qui viennent augmenter le stock dont la bibliothèque est formée, et il a souvent à s’acquitter de cette agréable tâche. Les donateurs sont nombreux, et parfois leurs dons sont d’une valeur réelle. Puissent-ils se multiplier encore et provoquer de nouveau les manifestations de reconnaissance de la part des habitants, car le fonds est encore loin d'être aussi riche qu’il serait désirable, Apart ces quelques lacunes, telle qu’elle est, la bibliothèque du Familistère est une excellente chose, et il est peu d’usines,
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- croyons-nous, dont le personnel soit aussi favorisé sous ce rapport, comme sous tant d autres.
- Mais nous n’avons point encore tout visité, lecteur, et il nous reste à voir le salon de conversation attenant à la nouvelle salle de lecture. On y entre à gauche, et la porte en est située en face de celle de la Bibliothèque, entre la cheminée et la fenêtre. C’est une assez grande pièce carrée à deux fenêtres, formant l’encoignure du bâtiment. Elle est chauffée par une cheminée dans le genre de celle de la salle de lecture, et un guéridon, et quelques sièges la meublent. On pent s’y réunir pour se distraire dans une causerie particulière ou générale, des préoccupations du travail, des fatigues de la journée ou de l’attention trop soutenue d’une étude sérieuse. C’est un élément de plus ajouté à ceux que l’habitant du Familistère trouve à sa disposition pour les heures de loisir. L’été, naturellement, tout cela exerce une attraction moindre que dans la mauvaise saison; mais l’hiver, c’est on ne peut plus précieux, et j’ai la conviction qu’il y aura des jours où toutes ces salles seront peut-être trop petites pour contenir tous ceux qui y sont attirés. Ce sera, j’en suis persuadé, un fort agréable spectacle pour le fondateur du Familistère, et pour ses dignes collaborateurs aujourd'hui, les membres du Conseil de gérance, qui y trouveront une digne récompense de leur zèle et de leurs travaux.
- {A suivre.)
- FAITS POLITIQUES & SOCIAUX DE LA SEMAINE
- FRANCE
- Les chemins d© fer &> 1© public. — En
- France, lorsqu’un accident grave de chemin de fer se produit, les journaux et le public s’en émeuvent et crient contre les administrations qui en sont responsables ; chacun formule sa critique, dit son motet propose son moyen d’eD éviter le renouvellement. Cela dure une semaine ni plus ni moins, et les Compagnies laissent dire et continuent à exploiter comme de plus belle la vie des voyageurs au profit des économies qui grossissent leurs bénéfices.
- A ce propos, voici un détail édifiant qui peut se passer de tout commentaire :
- Les appointements d’un conducteur de train sont de 1,200 francs par an. En déduisant la somme de 10 francs par mois pour la misse, 48 francs par an pour la retraite et les amendes qu’on n’oublie jamais de lui infliger, ce pauvre employé ne touche pas plus de 85 francs par mois.
- Mais, en revanche, les compagnies exigent que les mécaniciens fassent des économies de chauffage ou de combustible, parce que cela augmente la prime dans des proportions fabuleuses. De là des retards dans la marche des trains, qui se trouve naturellement intervertie, et, par suite, des accidents inévitables.
- Interrogez un mécanicien quelconque à ee sujet, il vous répondra de la façon la plus naturelle du monde :
- « Je me fiche pas mal de la perte de temps, pourvu que je fasse des économies. »
- C’est tout bonnement monstrueux ! On ne saurait trop insister sur ce point, qui est une des plaies les plus dangereuses des administrations de chemins de fer.
- Il faut absolument que ce système soit détruit, que les économies soient supprimées. Les directeurs, sous-directeurs, ingénieurs toucheront 100,C00 francs de moins par an, mais le public y gagnera une chance de salut.
- * *
- Affaires de Tunisie. — La situation en Tunisie ne s’est pas améliorée cette semaine. Les maraudeurs ont repiis leurs razzia et leurs assassinats dans la région de Djedeida. Le train de Tunis à Ghardimaou a dû rétrograder le 21 dans la matinée et retourner à Tunis prendre des troupes. Près de Djedeida la voie était encombrée de cavaliers arabes qui ont couché en joue le mécanicien et voulaient tirer sur le train. Ils ont pillé le Fondouk de Djedeida et tué un arabe et un italien.
- A Tunis, dans certaines classes, la panique est plus grande que jamais, On redoute l’occupation, quoique la majorité de la population la désire. Mais l’on craint les manœuvres de certaines autorités tunisiennes, et les zouaona qui occupent les forts.
- Le général Sabattier se bat presque tous les jours contre des groupes de rebelles qui tombent nombreux sous nos balles. Quoique rien de ce qui a été publié de prétendues surprises et de pertes de cette colonne ne soit vrai, il est temps que nos troupes commencent sérieusement leur campagne et refoulent les rebelles qui deviennent chaque jour plus hardis.
- La région du Gherg est complètement déserte ; les habitants se sont réfugiés ;.artie à Hammada, partie à Kessera et partie à Ujebel-Trozza. De ce côté les insurgés sont en général découragés, mais il sera prudent de ne point leur accorder l’aman sans les avoir châtié. •
- * *
- L’arbitrage international. — La Société pour l’amélioration du sort des femmes a eu l’excellente idée d’adresser, le 12 août dernier, un appel aux électeurs français qui leur recommandait d’introduire, dans les programmes et dans les mandats électoraux, un paragraphe relatif à l’arbitrage international. Nous regrettons que ce document ne nous soit point parvenu en temps opportun, nous l’eussions très-volontiers publié,
- *
- * *
- Yoici une application nouvelle du principe de l’arbitrage. Les chambres syndicales des ouvriers et patrons pâtissiers de Paris se sont entendus pour créer un comité d’arbitrage, composé de patrons et d’ouvriers, chargé de statuer sur les différends qui peuvent s’élever entre les ouvriers et les patrons. Nous ap' laudissons. Le principe d’arbitrage n’est au fond que le principe de l’autonomie de la personne humaine, base de la morale, de la justice et de la paix. Il peut et doit régler aussi bien les différends privés les plus simples que les diffé-fférends internationaux les plus compliqués. Mais pour que ce principe ait sa force et sa vertu, il est nécessaire, avant tout, que les arbitres soient choisis librement.
- ANGLETERRE
- La Fédération démocratique. — Samedi soir a su lieu, à Londres, un meeting organisé par la Fédération démocratique, parti de formation récente.
- La réunion, composée de mille personnes environ, la plupart appartenant à la classe ouvrière, a voté des résolutions très radicales sur l’abolition de la Chambre des lords et la nationalisation du sol. Plusieurs discours
- I intéressants ont été prononcés, principalement paj-George Mitchell, ouvrier agricole, qui a secondé Joseph Arch dans l’organisation des sociétés des « Ouvriers de l’agriculture. »
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- On a applaudi aussi beaucoup miss Craigan, réellement très éloquente, surtout dans la peinture des souf-frances des pauvres ouvriers irlandais. Tous les orateurs ont demandé un parlement plus représentatif et l’affranchissement du joug de la noblesse et du clergé.
- ALSACE-LORRAINE
- Comme tous les gouvernements despotiques, celui du St atthalter d’Alsace-Lorraine a cru imposer silence à un organe de l’opinion publique en supprimant le journal « la Presse. » Mais il s’est encore trompé une fois, comme ils le font toujours en pareille circonstance. Les actionnaires de la feuille interdite en fondent une nouvelle qui ne sera probablement que la première sous un titre différent.
- Voici la circulaire qui a été, en effet, envoyée aux ha- ; bitants de Strasbourg et de l'Alsace :
- Strasbourg, le 22 septembre.
- Monsieur,
- La situation actuelle de l’Alsace-Lorraine et l’approche des élections pour le Reichstag rendant nécessaire la création d’un organe périodique, indépendant et libéral, j’ai fait hier à la présidence de la Basse Alsace la déclaration, exigée par l’article 2 du 11 mai 1868, de mon intention de publier à Strasbourg un journal politique quotidien sous le titre : Echo d'Alsace et de Lorraine.
- L'Echo paraîtra dès les premiers jours du mois d’octobre, il sera rédigé en allemand et en Français et répondra à toutes les exigences d’une publicité quotidienne.
- J’ose espérer que vous voudrez bien réserver votre abonnement à l'Echo et contribuer à la diffusion et au succès du nouveau journal en le propageant parmi vos amis et connaissances.
- Dès que les formalités seront remplies, j’aurai l’honneur de vous informer de ia date de l’apparition de l'Echo et de vous faire connaître les conditions d’abonnement.
- Agréez, M....., l’expression de mes sentiments dis-
- tingués,
- J. Kablé.
- La plupart des journaux allemands s’occupent de la suppression parle Statthalter de la Presse de Strasbourg. La Gazette de Francfort, notamment examine les raisons que donne le décret officiel et dit que ces raisons ne sont nullement concluantes.
- Gomment, ajoute la Gazette de Francfort, peut-on dire que l'on a permis la discussion libre des intérêts du pays, quand on anéantit un organe qui ne fait que discuter ces intérêts à son poiut de vue?
- Etait-il réellement nécessaire de recourir à cette mesure rigoureuse?
- Dans quel but a-t-on donc fondé à grands frais un journal officiel consacré à guerroyer contre le parti de la protestation?
- Pourquoi prend-on des mesures qui, vraiment, ne sont pas faites pour apaiser les esprits? Nous ne croyons pas que la suppression de la Presse, qui a été décidée en vue des prochaines élections, serve les vues du gouvernement.
- Notre propre expérience de ce que l’on souffre à voir livrés à la merci de l’arbitraire les fruits de ses efforts matériels et spirituels nous permet, conclut la Gazettei d’apprécier justement le coup qui frappe la Presse.
- On écrit de Strasbourg que la suppression de la Presse est une pure manoeuvre électorale. L’autorité allemande nourrit l’espoir chimérique d’empêcher la réélection de M. Kablé, mais celui-ci sera certainement réélu. Groi-rait-on que la véritable raison de la suppression de ce vaillant journal est tout simplement la conjonction et qui se trouve dans son titre : |
- La Presse d'Alsace et Lorraine I
- Le nom légal du pays est Alsace-Lorraine. En plaçant la conjonction et au lieu du trait-d’union on protestait, au dire de l’autorité alleman e contre l’ordre de choses établi, et ces deux lettres renfermaient une protestation et un refus de reconnaître le nom légal du pays» Très forts sur la valeur des mots et sur la grammaire les Staatthalters allemands, n’est-ce pas?
- Le ministère de l’intérieur de Prusse prépare une loi destinée à « régler », c’est-à-dire à combattre, le mouvement d’émigration, qui emporte cette année un nombre si extraordinaire d’Allemands vers l’Amérique et d’autres parties du monde. Nous avons dit que le nombre des émigrants s’est élevé à lb0,000 dans les six premiers mois de l’année. La Gazette nationale annonce que la proportion a été encore plus considérable au mois de juillet et au mois d’août et que le mouvement qui avait dépeuplé d’abord certains villages de la Prusse orientale s’étend maintenant aussi a la Prusse occidentale.
- ÉTATS-UNIS D’AMÉRIQUE
- M, C. A. Arthur, président delà République des EltatH-Unis. — M. Chester Abram Arthur occupe depuis trois jours la présidence de la République américaine. Gomme pour son devancier le vice-président Johnston, c’est un événement inattendu, mais prévu par la constitution américaine, qui le place brusquemene en évidence. Le nouveau président est né comme M. Garfidd en 1831, il a par conséquent 50 ans, c’est un homme aux allures simples et cordiales, nature douce et sympathique, d’un jugement sûr et possédant comme tous les hommes d'ÈLat américains, une profonde expérience politique.
- Il y a un an a peine, le nouveau président n’occupait en politique qu’une place secondaire; intime du général Grant, partisan d’une troisième présidence de cet homme d’E at, il n'aspirait point aux honneurs élevés que les événements lui réservaient. Il n’avait été ni sénateur, ni représentant, et ses états de services se bornaient à des fonctions administratives, à des honneurs militaires presque secondaires.
- Avant l’attentat du 2 juillet, on ne connaissait guère le président actuel de la République. Simple homme d'affaires, M. Arthur faisait de ia politique un peu comme tout le monde aux Etats-Unis, entre deux opérations financières. Il appartenait au parti.des slalw.-uts, à la coterie Grant-Gonkliug-Arthur, alors que M. Garfield représentait le parti des modérés, des scrupuleux,de ceux qui réclamaient avant tout des réformes administratives et un frein aux abus bureaucratiques. Nous avons dit que son élection à la vice-présidence avait été le résultat d’une transaction entre les deux fractions du grand parti républicain.
- M. Arthur avait été quartier-maître général de l’Etat de New-York pendant la guerre de sécession, quatre ans après la pacification du pays,le général Grant succédant a M. Johnston, le nommait directeur des douanes de New-York. On savait le nouveau fonctionnaire un des intimes du président et du sénateur Gonkling ; on l’accusait de faire partie de ce triumvirat de la spéculation, connu encore aujourd’hui aux Etats-Unis sous la dénomination des gens du Gonkling ». Pendant plusieurs années, M. Arthur administra les douanes de New York quelque peu dans les intérêts du parti politique auquel il appartenait; c’est le gros des griefs des démocrates et de la fraction moaérée du parti républicain.
- Pendant plusieurs années jusqu’à l’élection du président Hayes, M.Arthur continua d’administrer la douane de New-York au mieux des intérêts politiques de ses amis. A-t-il montré dans ces fonctions des aptitudes spéciales, une entente des affaires qui pût faire pressentir son élévation future à la présidence? Non. Il était simplement et toujours l'homme à tout faire de MM. Grant et Gonkling, accomplissant sans scrupule la besogne de ses chefs.
- C’est encore parce qu’il était acquis corps et âme à la faction grantiste, que M. Arthur fut choisi, par la con-
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- veution électorale de Chicago,comme candidat à la vice-présidence de la République,
- Avec de pareils antécédents, il n’y a pas lieu de s’étonner que M> Arthur se soit heurté à des défiances systématiques, Ces défiances ont été fort loin :
- On ma pas oublié sans doute que l’auteur de l’attem-tat, Guiteau, dans des lettres qui furent saisies par la 1 justice, se proclamait partisan de MM. Arthur et Con- j kling. Il fallait, disait-il, faire disparaître M- Garfield et j le remplacer par un stalwwt. De la, dans le premier ! moment d’émoi, une terrible tempête d’indignation populaire contre les adversaires de M. Garfield. On dut faire protéger M. Arthur par la police pour le soustraire à des violences personnelles. *
- M. Arthur a cherché depuis lors à réagir contre cette impopularité par une attitude très correcte. Il s’est mis en relations cordiales avec les ministres de M Garfield, et il semble que l’événement du 2 juillet lui ait fait ou^ blier les vieilles querelles entre les modérés et les stal-warts, entre le parti Garfield et la coterie Grant-üon- , kling-Arthur. j
- Et maintenant reste la question de savoir si le nouvel ' élu sera à la Maison-Blanche ce qu'il était au port de [ New^York ! Nous ne le pensons pas ; du reste le cas n’est point tout à fait nouveau, Quand M. Johnston sue«-cèda corntitntiQunellement au président Lincoln, le Nord en fut consterné, le nouveau président passait pour un ami des sécessionnistes, on prévoyait déjà des complications nouvelles,
- Ces fâcheux présages ne se vérifièrent pas, M, Johns-* ton poursuivit la politique d'apaisement de son regretté prédécesseur ; il sut mettre au-dessus des intérêts du parti ceux pl s généraux de Ja nation américaine. Nous pensons queM. Arthur subira forcément ces influences plus élevées, et qu’il continuera l’œuvre commencée par M. Hayes et poursuivie par M, Garfield, celle des réformes administratives et de la répression des abus, que la condescendance des devancier de M. Hayes avait laissé s’introduire dans l'organisme bureaucratique.
- Le peuple américain a salué avec enthousiasme l’avè-nement au pouvoir d’un homme énergique et honnête Qomme M. Garfield, il a vu en lui le régénérateur plutôt que l’homme politique. M. Arthur est trop clairvoyant pour ne pas saisirdans son ensemble une situation aussi nettement définie, il comprendra aisément que toute modification à la politique de son devancier lui ferait perdre l’autorité que lui donne l’attitude très correcte qu’il a observée depuis l’attentat du 2 juillet.
- C’est mardi dernier que M. Brady, juge à la cour su* prôme de New-York, a assermenté en son domicile, à New-Vork le nouveau président de la République américaine. En raison des eircoistances dans lesquelle a lieu son élévation au pouvoir, M. Arthur a été investi de l’autorité présidentielle de la manière la plus simple, sans appel au congrès et sans cérémonie officielle. Toutefois une convocation du parlement américain est imminente, ai tendu qu’aux temps de la constitution américaine le poste de vice-président échoit soit au président de la chambre, soit à celui du sénat. Or, ces deux postes étant aujourd’hui vacants, il s’agit d’y pourvoir.
- Le Télégraphe rapporte une touchante anecdote qui fait à la fois le plus grand honneur à Mme Garfield et au peuple américain :
- Du jqur -r c’était à la fin de la première quinzaine — pendant l’un de ces mieux passagers qui nous trompèrent tous, on apprit qu’un moment, dans la Grise précé-dente, le docteur Morton et môme le docteur Blisg, si lent d’ordinaire à désespérer, avaient pru tout perdu et parlaient de renoncer à la lutte,
- Mme Garfield, alors, s’était levée, et, leur barraut la route ; e. Non. messieurs, leur dit-elle ; non, vous, ne l’abandonnerez pas. Ne croyez pas aux symptômes, ne croyez pas à votre expéiience ordinaire. Ne croyez qu’à l’esp 'ir. Il survivra; nous le sauverons. » A ce réoit, partout répandu par le télégraphe, il y eut comme un soulèvement d’enthousiasme en faveur de Mme Garfield. Une souscription naüouale, ouverte à New*-York, produisit en huit jours 700,000 franc». AQmana, à K<?u*a$» :
- City, dans i’Qhia, en vingt endroits, les municipalités votèrent de magnifiques remmeîments à celle qui n’avait point voulu désespérer du président.
- Tant de dévouement, tant d’amour ont été valus.Mais le nom de Mme Garfield n’en restera pas moins, a côté de celui de son mari, dans l’affection et l’admiration publiques.
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- Pour finir sur ce sujet funèbre, voici un fait singulier, rapporté par le Figaro .•
- La mort du président Garfield reporte l’attention du public sur son assassin Guiteau.
- Ce misérable avait pour maîtresse la nièce de l’actrfce Laura Keene.
- Or, Laura Keene, dont le nom est bien connu aux Etats-Unis ; était en scène au Gord’s théâtre de Washington avec Wilkes Booth quand celui-ci frappa le président Lincoln en criant : Sic semper tyrannis !
- Il était donc réservé à cette artiste, par nne coïncidence inouïe, de voir son nom mêlé aux circonstances qui ont environné le meurtre de deux présidents des Etats-Unis.
- Si c’est exact, c’est bien frappant et bien extraordinaire.
- t
- » Y
- Ihe président Grurrfield, ™ Ecrivain et mora-liste à ses heures, le président Garfield est l’auteur d’un volume de Maximes et de pensées, qui a été publié à Philadelphie et tiré à un nombre considérable d’exemplaires.
- Voici quelques extraits de ce volume :
- Il vaut mieux succomber avec le bon droit, que de triompher par l’injustice.
- La pauvreté est dure à supporter ; je puis en parler savamment; mais, neuf fois sur dix, il est bon pour un jeune homme d’être jeté par dessus bord, réduit à couler ou contraint à nager seul.
- Si la faculté de travailler beaucoup ne constitue pas le talent, G’est du moins la meilleure manière d’y sup* pléer.
- S’il est une chose digne de l’admiration et des éloges de l’humanité tout entière, c’est la vie d’un honnête homme; un honnête homme est celui qui ose regarder le diable en face et qui a le courage de lui dire ; « Tu es le diable. »
- La sanction est la base de toute loi j une loi manquant de sanction n’est pas une loi.
- On voit par ces citations que la victime de l’assassin Guiteau était un homme d’un esprit vraiment élevé et l’on s’explique le deuil fie l’Amérique du Nord.
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- Une rixe sanglante ou plutôt un véritable combat a eu lieu à Gremîin, près de la frontière de Poméramie. Les habitants de ce village, sous prétexte que les ou-v.iers qui travaillent au chemin de fer de Kustein et Stargardt leur font concurrence et les empêchent de gagner un bon salaire, se sont réunis le 13 septembre au nombre de 370 et ont donné l’assaut au eampement des ouvriers. Une dépêche, arrivée dans l’après-midi a Landsberg, a annoncé qu’un ouvrier a été tué et que 22 autres sont grièvement blessés. Le procureur de Lands-berg est parti immédiatement pour Gremlin afin d’ouvrir une enquête judiciaire au sujet de cette émeute de paysans.
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- Y Y*
- On suit, en Allemagne, avec le plus grand intérêt, l'attitude des socialistes au moment où la période électorale va s’auvrir. G’est pour la première fois qu’ils auront à voter sous le régime du « petit état de siège. » L’agitation électorale est donc presque impossible pour
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- ce parti, et, malgré cela, dans un grand nombre de cercles, il a ses candidats.
- De plus, le contingent qu’il apportera dans la lutte, pour ou contre tel ou tel candidat, pourra déterminer, dans beaucoup de circonscriptions, une modification complète du résultat. C’est assez dire que l’on attache une importance plus considérable que jamais à ces hommes si énergiquement poursuivis par la réaction autoritaire.
- Comme conséquence de la loi du petit état de siège,la police a interdit mercredi une réu- ion électorale où Bepel, le député socialiste sortant, devait prendre la parole. Ces interdictions, loin d’amoindrir la force du parti socialiste lui assurent au contraire, le succès. Les auditeurs de Bebel se sont séparés en l'acclament avec enthousiasme et en protestant aeec énergie contre la violation d’une liberté consacrée par la Constitution allemande, '
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- M, de Bismarck accentue do plus en plus son action personnelle dans la lutte électorale. Après les lettres et les télégrammes, voici venir le programme du chancelier, qui a paru dans la Correspondance provinciale. Ce programmé, essentiellement économique, porte sur les points suivants : « Régénération industrielle, agricole et commerciale dé l'Allemagne, au moyen du système pro^ tecteur, qui la rendra indépendante de l’étranger; augmentation des ressources financières de l’empire par une répartition plus intelligente et plus équitable de Vimpôt, notamment par le développement des contributions indirectes ; amélioration du sort des classes ouvrières, suivant les principes d’un christianisme pratique (assurant ces et corporations obligatoires pour l’ouvrier); rupture définitive avec la doctrine économique du laisser-passer, du laisser-faire, avec la théorie de la liberté du commerce et de l’industrie; inauguration par l’Etat, arrivé à la conscience de ses dev irs, du rôle vraiment chrétien de modérateur des forces sociales et de protecteur du faible contre le fort, dans le domaine de la production. »
- ITALIE
- JL© & V©n|se, ^ La France nous
- apprend que l’administration municipale de Venise est en train de défigurer cette ville admirable pour l’accommoder au goût moderne ;
- Le Ponte Panada, un des plus vieux ponts de Venise, le dernier en son genre, vient d’éire détruit et remplacé par un misérable et grotesque pont en fer, qui a coûté une somme plus considérable que celle qu’il aurait été nécessaire de dépenser pour consolider le Ponte Panada. Trois campaniles, ceux de San Paterniano, de Santa Ternita, défia Maddalena pnf été démolis et on fait place à des bâtisses modernes. Le dernier, une tour massive crénelée, élevée sur le Gastello Baffo, au IX® siècle, était un monument artique et archéologique de la plus haute valeur. Il ne gênait nullement la circulation sur la place déserte où il était; mais les architectes ingénieurs jugeaient indispensable sa destruction, per il decoro delta Cita.
- Il en a été de même pour la Tour romaine de Mestre ; on l’a jetée bas, toujours, per il decoro délia Cita.
- Tous les Çampi de Venise, toutes ces places si pittoresques ayec leurs pavés ronges et leur encadrement de vieilles maisons et de vieux palais sont bouleversés et remplacés par des squares ornés d’arbrisseaux rabougris et de plantes étiolées,
- Et on^ assure qu’il s’est constitué, il y a quelques temps, à Venise, une société pour la conservation des monuments historiquesl!! Amère dérision}
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- JLa, torture en Roumanie, On lit dans l'Indépendance roumaine :
- Nous avons plus d’une fois parlé des actes d’atrocité
- I commis par des fonctionnaires sur des paysans. Nous avons aujourd’hui un nouveau cas à signaler. Le voici :
- Il y a quelque temps, un voi avec effraction fut commis dans la commune d’Uliesci, district de Dambavitza. Les voleurs restèrent inconnus.
- Le sous-préfet, M. Nico-Russu, voulait cependant des coupables. Onze paysans, soupçonnés d’être les auteurs du vol, furent arrêtés; mais ils nièrent énergiquement, et, en effet, il n’y avait pas la moindre preuve contre eux.
- Le sous-préfet imagina alors de les faire maltraiter pour obtenir l’aveu de leur culpabilité,
- On commença par leur faire administrer une maîtresse bastonn*ade, mais sans résultat; les patients continuèrent 4 protester de leur innocence. Ou les fit ensuite mettre nus et on les fustigea horriblement avec des orties ; mais ce fut en vain,malgré leurs souffrances, les malheureux ne voulurent point se reconnaître pour les voleurs.
- Le sous-préfet leur fit introduire des plumes d’oie entre l’ongle et la chair. Les pauvres martyrs poussaient des cris lamentables, sans pouvoir réussir à émouvoir le sous-préfet qui, de plus en plus exaspéré, leur fit souffrir les derniers supplices,
- A demi morts, le corps couvert de plaies, exténués, les paysans finirent par consentir à se déclarer les auteurs du vol,
- On les renvoya en cour d’assises. Mais là, ils dévoilèrent ce qui était arrivé. Leurs corps encore tout meurtris témoignaient éloquemment des souffrances qu’ils avaient endurées.
- Quelques-uns d’entre eux resteront même estropiés toute leur vie.
- Leur innocence fut démontrée et on les acquitta.
- Il faut un exemple sévère pour mettre fin à ces barbaries honteuses, indignes d’un peuple civilisé.
- LE CHAT SAUVEUR
- I
- Dans un de ces vieux châteaux historiques que l’on retrouve encore en France, perchés, comme des aires d’aigle, au sommet de pics plus ou moins accessibles, un drame mystérieux, qui préoccupa longtemps les esprits dans le pays, s’accomplit dans les dernières années de l’empire, et de ce mystère on n’eut la clef que dix ans plus tard, c’est-à-dire tout dernièrement.
- Ce château appartient à une familie, historique comme lui, dont le chef mariait sa fille en 186... et le mariage se célébrait dans cette demeure des ancêtres qui avait vu, depuis sa construction, tant d’autres fêtes de famille. Celle-ci ne le cédait en rien à celles dont la tradition avait redit les merveiil.es. Jeune et belle au-delà de toute expression,gracieuse gomme la plus aimable des grâces, la mariée épousait un jeune rejeton d’une grande race,beau comme elle, et élu par son cœur avant que ses parents y eussent songé. Toutes les promesses du bonheur futur semblaient être réunies pour inaugurer les commencements de ce ménage assorti entre tous, lorsqu’une épouvantable catastrophe vint changer la fêta en un deuil aussi terrible qu’inattendu.
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- La messe avait été célébrée dans la chapelle du manoir. Le prêtre avait trouvé des accents attendris pour appeler sur les nouveaux époux les bénédictions du ciel, et un repas luxueux avait réuni autour d’une table élégante les nombreux parents et invités de la noble famille. Après le déjeuner, cette foule sympathique s’était dispersée dans les jardins, où des jeux s'étaient organisés, en attendant le repas du soir et le bal qui devait couronner la solennité. Après divers exercices joyeux, dans lesquels toute la jeunesse animée et folle avait pris à cœur de se surpasser, l’un des plus jeunes parents de la mariée proposa une vaste partie de cache-cache à laquelle devaient prendre part toutes les personnes de la société sans exception. La proposition fut acceptée, la partie engagée, et chacun à qui mieux mieux choisit la retraite la plus impénétrable. La gaieté générale allait croissant, lorsqu’arriva le tour de la jeune épousée. Celle-ci rentra dans le château pour s’y mieux cacher, et l’on attendit son signal pour se mettre à sa recherche.
- Le signal ne s’étant pas fait entendre, après quelques minutes d’attente, croyant à une espièglerie, chacun se mit à chercher la jeune fille. Vains efforts ! Le château exploré des caves aux greniers ne livre pas son secret. On crie, on appelle, on recommence vingt fois les mêmes investigations, toujours même silence, toujours même incertitude, et les heures lentes s’écoulent sans que la mariée ait donné le moindre signe d’existence.Qu’est-il arrivé? Nulle part on ne trouve de trace de son passage. A l’inquiétude succède bientôt dans les cœurs le chagrin avec la conviction d’un accident. Un malheur est à craindre. La nuit vient, et, las de chercher dans la maison où l’on a tout fouillé sans résultat, l’on dirige les recherches au-dehors. On visite de toutes parts les ravines au fond desquelles la malheureuse est peut être tombée. Plus d’un, dans les broussailles qui bordent les flancs du précipice croit avoir trouvé un fil-, un bout de ruban qui semble une piste, mais rien ne vient confirmer les espérances que ces indices douteux ont fait naître.
- Des valets expédiés à cheval dans toutes les directions reviennent aussi peu renseignés qu’à leur départ. Toute la nuit se passe dans ces allées et venues, sans autre résultat que des hypothèses multipliées à l’infini que rien ne vient changer en réalité.
- Les jours, les semaines, les mois s’écoulent, et l’on n’a pas plus trouvé de traces de l’infortunée jeune femme que le premier jour. Les malheureux parents sont en deuil, car ils ne doutent plus de la mort de leur enfant, et l’époux désespéré, anéanti, s’est réfu-
- gié dans un monastère, poury pouvoir pleurer jusqu’à la mort son bonheur si vite envolé.
- II
- Dix ans après, un hasard tout à fait extraordinaire est venu révéler le sort de la malheureuse enfant, que tant d’efforts inutiles n’avaient pu faire retrouver ni sauver.
- C’était pendant les vacances. Un élève de l’Ecole Polytechnique, parent des châtelains, était en villégiature dans ce château néfaste. Un jour de mauvais temps, retenu forcément au logis, et ne sachant à quelle distraction se vouer, il se mit à parcourir le manoir historique du sommet à la base. Dans la vieille salle des gardes, entre deux larges panneaux historiés, il aperçoit une petite porte presqu’invisi-ble, et poussé par la curiosité, il cherche à l’ouvrir. Après quelques efforts, la porte cède et donne accès dans un petit réduit sombre, dans lequel le jeune homme pénètre sans hésiter. Dans ce réduit, il ne voit rien que trois murs nus sans le moindre ornement. Tout indique que cette retraite ignorée n’a pas été ouverte depuis longues années, et il creuse sa tête pour comprendre à quel usage elle a pu être primitivement destinée. Tandis que son esprit travaille, sa main se promène machinalement sur la muraille du fond quand, tout à coup, cette partie qui est formée d’une porte massive en chêne doublé de fer s’ouvre, et l’imprudent est précipité plutôt qu’il ne descend dans une vaste chambre carrée, de quelques marches en contre-bas, et ne recevant du jour que par une grande lucarne percée à l’un des murs. Ses yeux ne distinguent d’abord aucun objet, mais en s’habituant à l’obscurité il finit par saisir tous les détails de ce lugubre séjour.
- Sur les murs des panoplies complètes, un cor colossal, une de ces énormes épées à deux mains comme celle de François Ier à Marignan, une carte et un grand portrait de vieux soudard farouche. Autour de la pièce, plusieurs sièges massifs sculptés, quelques meubles, et, au milieu, une grande table aux pieds tors, chargée de quelques livres, de plumes, un vaste écritoire, etc. Auprès de la table un fauteuil à dossier très élevé.
- Lejeune homme, en approchant de la table, distingue avec un sentiment d’horreur une forme humaine, une femme, ou plutôt un squelette, dont de riches bijoux et des lambeaux de vêtements indiquent le sexe, assis et le coude appuyé sur la table
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- soutenant la tête. Devant elle est un papier qu’il saisit, et qu’il essaye de lire.
- « Oh vous que le destin conduit en ce lieu,
- « dit le billet posthume, perdez toute espé-« rance; ce réduit est une tombe, où la faim « achève l’œuvre commencée par le déses-a poir. » Diane de P...
- A cette lecture, le malheureux commence à comprendre le danger de sa position. Il court à la porte qui s’était lourdement refermée sur lui, et cherche à l’ouvrir biais inutilement. Point de serrure, point de bouton, point de saillie ; partout le fer, uni, froid, poli comme le marbre d’un tombeau. L’effroi pénètre son âme, et une sueur glacée commence à poindre sous son épaisse chevelure d’adolescent. Il a compris que, comme la malheureuse fiancée dont la dépouille est sous ses yeux, il est enseveli vivant. Il ébranle de toutes ses forces doublées par le désespoir cette lourde porte sur laquelle les ongles s’émoussent et se rompent inutilement. Il appelle au secours avec des cris désespérés qui ne sont pas entendus. Chaque fois que ses yeux rencontrent le visage décharné de la pauvre fille dont le premier il a retrouvé la trace, les dents du spectre,se détachant sur le fond sombre de la face, frappent son imagination,qui croit entendre le rire de la mort assurée de sa proie.
- Epuisé de ses inutiles efforts, il se laisse tomber sur un siège, et la tête dans ses mains, il commence à s’abandonner au désespoir. C’est la prédiction de la morte qui se réalise. Le désespoir d’abord, la faim ensuite... La faim! horrible perspective! Cette femme qui est là devant lui est morte ainsi !
- Mais il a vingt ans, il est homme, et, le premier mouvement de découragement passé, il se raidit et se relève transfiguré. La fenêtre est placée très haut il montera jusqu’à elle. Avec une fiévreuse activité, il prend la table qu'il traîne jusqu’au pied de la muraille; sur cette base il entasse les uns sur les autres les meubles et les sièges pesants, qui heureusement meublent ce souterrain, et il parvient ainsi à construire un énorme échafaudage qui lui permet d’atteindre la lucarne. Il se hisse comme il peut jusqu’au sommet, et il peut regarder au dehors.
- Cette ouverture est pratiquée dans le rocher qui surplombe le précipice sur lequel est perché le château. Des barreaux massivement scellés dans le roc rendent toute évasion impossible de ce côté, et le malheureux commence à craindre de n’avoir pas gagné grand chose à son opiniâtre travail, lorsqu’il aperçoit à une faible distance un chat, qui nonchalamment assis le regarde d’un œil impassible ; une idée traverse son cerveau surexcité : s’il peut le saisir, cet animal peut devenir son sauveur ; mais comment s’en emparer ? Un geste, un bruit peut
- l’effaroucher, et le mettre en fuite, et sa fuite c'est la mort certaine, inévitable, que ne donnerait-il pas en ce moment pour avoir une friandise, quelque chose capable d’attirer cette bête de qui dépend son salut !
- Le chat le regarde toujours. Bientôt, il se met à lécher régulièrement sa patte, comme si une tempête terrible ne sévissait pas dans un cerveau humain à deux pas de lui. Le jeune homme anxieux ne le quitte pas des yeux, n’osant pas faire un mouvement de peur de l’effrayer. Enfin il essaye de l’appeler du ton le plus cpressant qu’il peut prendre, et il lui sourit gracieusement, comme si ce sourire avait pu lui concilier les bonnes giâces de l’animal. Celui-ci ne bronche pas et regarde toujours indifièrent le jeune homme. Enhardi, ce dernier réitère ses appels et une émotion puissante s’empare de lui lorsqu’il voit le chat se lever. Va-t-il fuir, va-t il se diriger de son côté ? Cuisante incertitude ! Seconde pendant laquelle on vit un siècle !
- L’animal redressé s’étire et s’approche lentement de la lucarne. Le jeune homme guettant fiévreux, anhélant, s’en saisit. Tout en le caressant,il descend de son échafaudage tenant la bête sous son bras; il tire un crayon de sa poche, et sur une des feuilles moisies de papier qu’il trouve sur la table, il trace quelques lignes indiquant sa situation, et les moyens à employer pour sa déliyrance. Il fixe ce papier au cou de l’animal, au moyen d’un lambeau d’étoffe du vêtement de la morte, et il lui donne la liberté.
- Le chat fat aperçu, et le jeune homme délivré. Le corps de la malheureuse fiancée fut pieusement enseveli dans ce lieu même, et à la place de la chambre funèbre, une chapelle a été construite pour la sépulture de la famille.
- BIBLIOGRAPHIE
- La Bibliothèque du Familistère vient de s’enrichir des ouvrages suivants, don de M. le professeur Raoux de Lausanne :
- Des Sociétés mutuelles de consommation.
- Orthographe rationnelle ou Ecriture phonétique.
- Les Cerveaux noirs et l’orthographe.
- Manuel Théorique de la réforme éducative.
- De la destinée de l’homme d’après les lois de sa nature.
- Elle a reçu en outre de la Société scientifique d’E-tudes Psychologiques de Paris deux livres extrêmement intéressants, qui ont remporté ex œquo le prix du Concours institué par M. Guérin de Villeneuve de Rions, pour la meilleure étude sur l’histoire du
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- spiritualisme dans l’humanité,'d'après lé programme suivant :
- « Rechercher qu’elles ont été, à travers les âges « et dans tous les pays, les croyances des peuples, « des fondateurs de religions, des grands philosophes « sur l’existence des Esprits, sur la possibilité des « communications entre eux et nous, sur la persis-« tance de la vie après ce que nous appelons la « mort; sur le retour à de nouvelles existences, soit « sur cette terre, Soit dans quelques mondes sidé-« raux. »
- Parmi les nombreux concurrents, les lauréats ont été M. Rossi de Guistiniani,professeur de Philosophie à Smyrne avec son livre » Le Spiritualisme dans l’histoire » et M. Eug. Bonnêmère avec L'âme et ses manifestations dans l Histoire.
- Pour le Devoir, qui s’est donné pour mission l’étude de toutes les questions qui Intéressent le progrès de l’humanité, rendre compte de ces deux ouvrages, est une obligation à laquelle il ne doit pas se soustraire. Dans la grande lutte engagée de nos jours entre le matérialisme sous ses diverses formes et le spiritualisme, notre journal ne doit pas rester neutre et simple spectateur; il doit encourager par tous les moyens celui des deux partis dont ie drapeau a pour devise : Progrès et amélioration des conditions d’existence matérielle, intellectuelle et morale de l’humanité, but que nous poursuivons nous-mêmes de toutes nos forces.
- Nous voyons ce qu'a produit dans ce sens le matérialisme, et c'est pourquoi nous lui tournons le dos, pour aller porter notre concours à ses adversaires qui comprennent mieux la mission de l’homme sur la terre et sa véritable destinée. Nous pensons que tout ne meurt pas avec le corps, et que la mort n’est que le seuil de la véritable vie.
- C’est ce qu’exprime l’auteur de « Le Spiritualisme dans l Histoire » lorsqu’il dit que l’homme est avant tout un être pensant, dont le revêtement terrestre, soumis aux lois de la matière, finira par se désagréger et pénétrer dans l’écoulement cosmogonique.
- « Les entraves corporelles n’existant plus, dit-il, l’Esprit seul restera, Indestructible et immortel. »
- Il prouve l’existence de l’Esprit et de l’esprit substantiellement concrêt, par des citations très explicites d’Hernès, Spinosa, Swedenborg, Plotin, Aristote, Saint-Hilaire, les pères de l’Eglise, Tertullien, Leibnitz, Louis Jourdan, Plutarque, Diog. Laërce, Epicure, Origène, Saint-Bernard, les lois de Manou, Colebrooke, Saint-Paul, Le Yogasastra et le Kabyla Hindous etc., etc. et il nous montre la doctrine spiritualiste répandue chez les sauvages, chez les Barbares, et chez les peuples civilisés, dans tous les
- temps et sous toutes les latitudes; parmi les Chal-dens aussi bien que dans l’Inde et l’Egypte, en Grèce, en Chine, en Perse, chez les peuples Scandinaves* dans la Judée, partout, et professée par des hommes tels qüe Platon, Socrate, Pythagore , Xenocrate, Hesiode, Epictete, Plutarque, Philon le Juif, Lucrèce, Horace, Lucien, Cicéron et mille autres dans l’antiquité, Van Heîmont, Paracelse, Thomas Wilis, Roger Bacon, Ambroise Paré, Kepler, Ticho-Brahé ét autres au moyen-âge, et enfin par d’innombrables auteurs éminents dont la nomenclature serait trop longue, dans ies temps modernes.
- Le livre est très substantiel dans son cadre sagement circonscrit; tout y porte, tout s5y tient, tout y est juste et bien en place. Les nombreuses citations qu’il renferme sont comme autant de coups de massue qui terrassent l’adversaire, et l’aplatissent sans merci. Le style est concis, nerveux et clair, sans exclure pour cela î’élégance; cest une sobriété de bon aloi, qui rappelle les montures simples dont le joaillier artiste sait parer ses pierres les plus précieuses.
- L’auteur de « VAme et ses manifestations à travers VHistoire », M. Eugène Bonnetoère est connu de nos lecteurs, qui ont pu lire « l'Histoire des Paysans », « Les Dragonnades, histoire des Cani-sards », « L’Histoire de là France sous Louis XlV, »
- « L’Histoire populaire de la France, etc. » Son nouveau volume est digne dé ses devanciers, et forme une histoire très complète des croyances spiritualistes de tous les peuples, depuis les peuplades de l’Océanie, et les esquimaux de G-roenland, jusqu’à la brillante école d’Alexandrie et ses adeptes les philosophes Hermétiques. Il nous fait assister aux évocations des Chaldéens, des Assyriens, à celles du Brahmamisme et du Bouddhisme, de la Grèce et de l’Italie, du Judaïsme et du Christianisme et même du Mahométisme, et il conclut en disant ; « Toutes les religions, sans en excepter le Christianisme, admettent donc l’existence des Esprits. Il importe peu qu’on les désigne sous le nom de Mânes, Anges ou Saints. Ce sont toujours les âmes de ceux due nous appelons morts. Ils nous conseillent, nous dirigent, nous Inspirent : n’étant pas infaillibles (Dieu seul l’est,) ils se trompent parfois, aussi devons-nous soumettre leurs inspirations au contrôle de notre raison. »
- * Oui, dit- il encore,comme le croyaient les hommes des siècles écoulés, une âme universelle, égalitaire, plane sur le monde auquel elle donne la vie. L’âme Individuelle est une parcelle empruntée par chacun de nous à la masse commune, une étincelle ravie au foyer général. De même, nous formons nos corps
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- d’âtômes que la terre nous prête pour un temps ; puis à l'heure de la mort, la terre reprend ce qu’elle nous avait confié; tout se décompose et redevient de légers atômes, dont les uns, plus matériels, peuvent reformer de nouvelles enveloppes corporelles, dont les autres plus subtils, constituent le Férouer, l’Ochêma, le corps électro-lumineux, comme l’appel lent quelques savants, le corps aromal, disait Fou-rier, qui a jeté un regard si profond sur toutes ces questions transmondaines; où si l’on veut, le péris-prit d’Allan Karduc qui enveloppe l’âme et lui garantit son individualité. »
- Enfin, citons encore pour terminer cette déclaration de l’auteur .* « La conscience pure que donne le travail fait en vue du progrès est la récompense qui déjà sur cette terre nous fait pressentir celle que nous devons recevoir dans l’autre.
- » Tel est l’avenir promis. Suivant nos actes, nous pouvons en hâter ou en retarder l’heure. Sachons nous connaître, regardons en nous-même et faisons en sorte qu’au moment suprême l’harmonie règne entre nos facultés développées par l’étude de toute notre vie, afin que nous arrivions plus \ôt près de l’éternel dans la grande unité qui est le but de notre existence terrestre. »
- Comme son concurrent heureux, ce livre est écrit d’un style clair, sobre de développements, quoique plein de faits et de démonstrations péremptoires et logiques. Sa philosophie douce et remplie de sérénité semble puisée dans une logique lumineuse et s’inspirant du plus admirable bon sens. Après l’avoir lu, on ne peut qu'approuver la décision du jury du concours qui a partagé le prix entre le livre de M. Eugène Bonnemière et celui de M. Rossi de Gusti-niani. Le premier plus philosophe et le second plus historien étaient également dignes de la distinction qu’ils ont obtenue.
- Quant à la doctrine dont ils se sont faits les défenseurs, il faut reconnaître que si elle a contre elle les railleries dédaignéuses et les négations d’un certain nombre de savants modernes, qui avouent naïvement ne l’avoir point jugée digne de leur examen, elle a par contre en sa faveur le témoignage et les opinions du nombre d’hommes éminents par leur science et leur érudition dans tous les siècles et dans tous les pays, et, dans cette situation, si un doute pouvait exister, nous préférons être avec Platon, Paracelse, Swedenborg et Roger Bacon, plutôt qu’avec des hommes qui préfèrent la négation à l’étude, la raillerie à l’examen. Une doctrine qui console et contribue au progrès de l’humanité a trop les attributs d’une vérité pour être répudiée sur la simple affirmation a priori des instituts
- officiels. La véritable science procède toujours par la consciencieuse investigation des faits quels qu’ils soient; elle les étudie sans parti-pris d’aucune sorte, et elle ne se prononce qu’en pleine connaissance de cause,après avoir mûrement pesé le pour et le contre, et d’après une conviction faite basée sur l’expérience, la raison et la logique. C'est ainsi que l’on arrive à trouver la vérité et c’est ce qui nous plait chez les spiritualistes ; ils recherchent le vrai dans les faits et dans l’étude des phénomènes, en vue du progrès de l’esprit humain, et ils n’admettent pas plus l’infaillibilité de la science que celle de la théologie.
- Travaillant à une œuvre commune, « Le Devoir » est avec eux, et ses colonnes leur seront toujours ouvertes pour la défense de la vérité, de la fraternité et de la solidarité entre les hommes.
- A M. le professeur Raoux de Lausanne et à la Société scientifique d’études psychologiques, au nom des habitants du Familistère, merci 11
- ÉTAT CIVIL DU FAMILISTÈRE
- NAISSANCES
- 14 Septembre 1881. — Fournier Camille-Zéphir, fils de Fournier Jules et de Poirette Sophie.
- 27 Septembre 1881. — Rabelle Georges-Alfred, fils de Rabelle Edmond et de Gordien Julienne,
- Ua Noé aérien. — Un journal anglais nous apporte la nouvelle stupéfiante que voici :
- Un vieillard de 83 ans, d’un esprit excentrique, du Lincolnshire, est, dit-on, tellement convaincu que la fin du monde arrivera prochainement, qu’il a fait construire un immense ballon au moyen duquel il espère pouvoir assister à la destruction de notre planète sans partager le sort ds ses habitants. Il emportera, dans son voyage aérien, de la viande de conserve, du cognac, de i’eau gazeuse, du vin rouge et d’autres vivres en quantité suffisante pour trois ans, vu qu'il a calculé que sa vie finirait naturellement au bout de ce temps-la. Il pense qu’il y aura parmi les débris du monde quelque fragment assez gros pour lui servir à un momentfavorable et passery les deux ou troif>années qu’il a encore à vivre. Il a l’intention d’emmener dan? son ballon son garde-forestier, vieux serviteur qui lui a toujours montré une grande fidélité, mais comme ce dernier n’a que 52 ans, fl lui a bien fait remarquer qu'il serait forcé de subvenir à ses besoins lorsqu’il n’y aurait plus de vivres dans le ballon, c’est a-dire dans trois ans.
- Après avoir fait tous ces préparatifs et pris toutes ces précautions, le vieillard a, paraît-il, déclaré avec le plus grand calme qu’il se trouverait mieux sans le monde qu’avec le monde.
- Le Directeur»Gérant : GODIN.
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- VIENT DE PARAITRE •
- MUTUALITÉ SOCIALE
- ET
- ASSOCIATION DU CAPITAL ET DU TRAVAIL
- ou
- EXTINCTION DU PAUPÉRISME
- Par la consécration du droit naturel des faibles au nécessaire et du droit des travailleurs à participer aux bénéfices de la production
- Par GODIN
- En vente à la librairie du Devoir, broché avec la vue générale des établissements de l'Association, 5 francs; sans la vue, 4 francs.
- L'édition à cinq francs se vend aussi à la Librairie GUILLAUMIN et Ge, 14, rue Richelieu et à la librairie Ghio, 1, 3, 5, 7, galerie d’Orléans, Palais-Royal, Paris.
- DU MÊME AUTEUR A. la Librairie dn DEVOIR s
- SOLUTIONS SOCIALES, 1 volume de 655 pages, avec la vue générale du Familistère, les vues intérieures, plans et gravures.
- Edition in-8°. . . 10 fr.—- Édition grand in-18°. , . . 5 francs.
- • En vente également chez Guillaumin et Cie, éditeurs, 14, rue Richelieu, Paris.
- ÉDITION I>E1 LA BIBLIOTHÈQUE DÉMOCRATIQUE
- La Politique du travail et la Politique des privilèges, volume de 192 pages. . 0.40 c.
- La Souveraineté et les Droits du Peuple, volume de 192 pages...................0.40 c.
- La Richesse au service du Peuple, volume de 192 pages..........................0.40 c.
- Les Socialistes et les Droits du travail, volume de 192 pages. .•..............0.40 c.
- Histoire des Equitables Pionniers de Roclidale, de G, J. HOLYOAKE, résumé extrait et traduit de l’ Anglais, par Marie MORET.................. : . 0.75 c.
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- 1er volume broché, 432 pages. ..... 4 francs.
- 2e » » 464 » ............ 4 »
- 3e » » 624 » ............ 6 »
- EN PRIME AUX ABONNÉS T>U «DEVOIR^»
- LS FILLE DE SON PERE, par Mme Marie Howland, volume de 650 pages au prix
- réduit de 1 fr. 50.
- Ce dernier volume se vend également au prix de 3 fr. 50, chez Ghio, éditeur, 1, 3, 5, 7, Galerie d’Orléans, Palais-Royal, Paris.
- Ces ouvrages sont envoyés franco contre mandats ou timbres-poste adressés au gérant du Devoir, à Guise (Aisne).
- Saint-Quentin — lmp. de là Société anonyme du Glaneur
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- 4e ANNÉE, TOME 5 — N° 161 numéro leliomadaire 20 c. DIMANCHE 9 OCTOBRE 1881
- LE DEVOIR
- REVUE DES QUESTIONS SOCIALES
- BUREAU
- A GUISE (Aisne)
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant Fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE
- par renvoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France
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- SOMMAIRE
- Les Droits et les Devoirs III. — Voyage autour du Familistère X. — Faits 'politiques et sociaux. — Le Socialisme de Vavenir. — Corresponuance. — La gratuité de l'instruction et les fournitures scolaires. — L'Emancipation des femmes. — Bibliographie : Manuel d’hygiène générale et de végétarisme. — Etat civil du Familistère. — Variétés.
- LES DROITS ET LES DEVOIRS
- III
- Avant d’entrer dans l’examen du droit de propriété individuelle, il n’est peut-être pas inutile de bien définir d’une part ce qu’il faut entendre par droit, et Vautre part ce qu’il faut entendre par propriété. Personne assurément n’ignore ce que sont ces cho-Sfis; mais c’est précisément ce que tout le monde sait 41 croit savoir que l’on étudie le moins, et c’est pour tela que cette recherche préliminaire nous parait Pieusement utile.
- Le droit, pris dans son acception la plus large, est 'afaculté régulière d’user dans la mesure nécessaire tout ce qui se rattache à la satisfaction des be-!(J*ÜS de la vie. Dans un sens plus étroit, on définit jtëaéralement le droit tout ce qui est conforme à la |0l> mais cette définition n’est pas exacte, parce que e droit, de même que le devoir, est toujours subor-0llûé à la justice, et que la loi, nous l’avons montré, souvent être injuste et contraire à l’équité.
- Le droit existe antérieurement à toute loi, et par conséquent, loin d être un dérivé de la loi, c’est au contraire sur lui que toute loi doit être fondée. La loi de vie, loi naturelle et primordiale, n’est autre chose que le droit de vie avec son corrélatif le devoir de la vie. Le droit, en un mot, est la base de l’existence morale de l’humanité.
- Il n’existe réellement qu’à la condition de ne point nuire. Ainsi le droit de chaque être à l’existence est un droit positif et légitime, parce qu’il est conforme à la loi de nature et qu’il ne porte préjudice à rien ni à personne, tandis que le droit monarchique, le droit de souveraineté d’un seul, n’est point un droit, puisqu’il ne peut s’exercer qu’au détriment des droits des autres hommes.
- Quant à la propriété que l’on peut définir : la chose légitimement possédée par quelqu’un, il y a une distinction à faire pour que la définition soit exacte. Cette distinction consiste à séparer la propriété foncière de la propiiété mobilière. La propriété foncière individuelle est contraire à la loi de nature, à la loi de vie ; car c’est de la terre que l’homme reçoit la vie ; elle est l’élément de son existence, la source des biens qui lui sont nécessaires pour la satisfaction de ses besoins. L’aliénation de la terre au profit d’un ou de plusieurs individus est donc une atteinte portée aux droits de l’humanité. Nul ne peut établir des droits imperceptibles sur le sol, et c’est en violation du droit naturel qie le fait a été consacré.
- Donc la propriété foncière individuelle n’est nullement un droit; c’est un fait. Si l’on en recherche l’o* rigine dans l’histoire, on la trouve presqu’invariable-ment dans la violence de la conquête, dans le prétendu droit de la force; et la majeure partie des grandes
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- LÉ DEVOIR
- propriétés héréditaires en Angleterre, en France et ailleurs, fi’oüt pdiiit d’autre point dê départ. Or uti fait n’a jdiîiaié engendré ni légitimé uh droit, et la force dans aucun cas iie petit régulièrement faire loi. Quant à la propriété mobilière, à celle qui porte sur les prddtiîts du travail êt de IMttdustrie individuels, c’est tout différent.
- Ldrsqu’dn dit fine la propriété individuelle a pour origine le travail* parce que les objets agricoles et industriels, le défrichement de la terré, la construction des usines, la fabrication des outils représentent un travail, on est dans le vrai en Ce qui concerné la propriété de ces .objets, dés produits de Ce défrichement* de ces usines et, dé ces outils, mais non point si l’on applique au sol lui-même qui est par essence, et ne peut pas casser d’être, propriété commune, non d’un certain nombre d’individus, mais de l’humanité, toute entière»
- Le droit de propriété de la société sur le sol et les richesses naturelles est reconnu par les lois des divers pays de droit romain; il est implicitement adopté et exercé au moyen de la loi d’expropriation pour cause d’utilité publique, delà législation sur les mines et autres. ;
- « Il nous semble, dit M., Ch.^M. Limousin, (dans le Mauvement social, juillet 1880), que le principe juridique de la propriété devrait être celui-ci : A la société, à titre de domaine réel ou de domaine éminent, la propriété -de toutes lefs utilités gratuites, c’est-à-dire de toutes les richesses naturelles, sol et matières premières ; aux individus, à titre de domaine réel, toutes les utilités onéreuses qui ne sont pas nécessaires pour les services publics,,c’est-à-dirq tout,le produit du travail, excepté la part de ce produit que l'a société juge nécessaire de posséder, et qui doit être le plus minime possible. A la société la terre et les matières premières; aui individus, le capital, même lorsqu’il est associé â la terre et à des matières premières. »
- En droit, le mot de propriété individuelle ne doit donc s’appliquer qu’à ce qui est la création de l’individu, le fruit de son travail, de son génie. Le capital, la richesse qu’il a ramassé est son bien, sa chose, et la-dessus èon droit de .propriété est inattaquable, absolument imprescriptible. Quant â celle du sol, tous les socialistes sérièux sont d’accord à reconnaître qu’elle ne peut se justifier en aucune façon.
- « La nature accorde â l’homme, dit l’auteur de « Mutualité êodïdle », la faculté de disposer des biéns qù’eîle prépaie pour lui; mais elle ne donné et né confère à personne, par âucuû signe pârtiôuliêr, lé privilège d’acCàparer Ces biens. De l’assistance qu’elle accorde, elle fait tm droit pour tous les hommes à
- une part du produit qui en résulte; en conséquence le domaine naturel est inaliénable*
- « Son aliénation n’a lieu qu’en violation du droit naturel, violation malgré laquelle tous lés hommes conservent de génération en génération leur droit imprescriptible au fond commun de la nature.
- « L’homme a pour mission d’approprier la matière à son usage* de la transformer et d’ajouter au travail de la nature son propre travail ; là commence le droit de propriété individuelle.
- « Ce que l’homme ajoute au travail delà nature lui appartient en propre ; c’est l’œuvre qui le grandit dans la vie; le fruit dé son travail est le rayonnement de lui-même, c’est une extension de son être.
- « Mais l’homme ne peut faire acte de propriété sur son travail sans se trouver obligé vis-à-vis de ses semblables. La'propriété lui impose dés devoirs, puisque l’aliénation de la matière au profit de l’individu se ferait au préjudice de tous, si l’appropriation individuelle n’entraînâit le devoir d’uhé compensation au profit de ceux que cette appropriation prive de l’exercice de leur droit de participer au fonds commun et à ses fruits naturels.
- . « Investi du besoin de la possession, l’homme n’a pas distingué entre son travail et l’œuvre de la nature à laquelle ce travail a, été appliqué. Pour conserver la propriété de son travail, il s’est approprié en même temps les fruits naturels et le fonds commun qui n’appartiennent qu’à l’humanité.
- « Et l’homme ayant méconnu les véritables principes du droit, les sociétés en ont méconnu l’usage ; elles se sont dessaisies de toute action sur la richesse, parce que l’activité humaine l’avait rendue individuelle.
- « Les lois de progrès ne peuvent permettre aux sociétés de perpétuer indéfiniment cette erreur sociale ; le droit de propriété issu du travail de l’hommô ainsi que la plus-value qu’il a su donner aux choses, doivent être distingués de ce qui provient du fonds naturel sur lequel chaque être humain conserve part de droit. »
- Tout le monde sent et comprend parmi les hommes qui se sont occupés de la question, que l’état de choses actuel est défectueux en ce qu’il né donne poM satisfaction au droit naturel de l’homme. Toutes le; écoles ont discuté le moyen à adopter pour répnrei cette injustice et faire cesser cette erreur sociale, d une seule, à notre avis, a trouvé à cet égard quelqo( chose de pratique et de vrai. Fourier a le premi®1 trouvé la formule qui, modifiée plus pratiquemen par le fondateur du Familistère, donne la vraie so lution du problème.
- Ce problème se posait en ces termes : Garantir1
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- chacun sa fortune, ses capitaux, ses économies, tout en respectant le droit de tous à participer au fonds commun et à ses fruits naturels.
- Il est clair que l’on ne peut songer sans injustice I à déposséder les propriétaires fonciers de leurs biens, quoique leur droit soit fondé sur une erreur sociale,
- : pourtant aussi longtemps que la propriété du soi |reStera aux mains des individus, le droit de tous sera | violé et la loi naturelle méconnue.
- pour concilier ces deux exigences inéluctables et [contraires, l’association est la voie légitime et natu* relie, qui permet d’effacer cette violation, et de faire [centrer la collectivité dans ses droits.
- Pour cela, on mobilise la valeur immobilière, Termes, habitations* fermes, fabriques, ateliers, machi-lues et outils sont convertis en actions,et ces actions constituent les nouveaux titres de propriété.
- Les anciens propriétaires du sol et des maisons, chefs d'industrie, les patrons, les cultivateurs, des artisans, les ouvriers, les commerçants, etc. de* Tiennent des actionnaires et ne perdent absolument rien de leur fortune. Tous les droits se trouvent sau* Regardés, ceux du capital aussi bien que ceux du travail, mais personne, en exerçant Son droit, né porte plus préjudice aux droits d’autrui» La richesse [immobilière étant convertie en actions, nul ne peut i disposer arbitrairement du sol, le laisser en friche ou lui donner une destination nuisible aux in* térêts généraux»
- Par la constitution de la propriété actionnaire, on (rend plus facile le déplacement dè la fortune si difficile aujourd’hui quand elle est immobilière» Chaorin | peut en disposer à son gré, sans nuire â la marche d'aucune entreprise ni sans en changer la destination. Ainsi se trouve â jamais assurée la stabilité de toutes les industries, de toutes les exploitations, qui | “e sont plus à la merci des revers de fortune ni des Accessions et des partages, et la propriété action* taire fait disparaître tous les écarts tous lés abus Auxquels la constitution actuelle de la propriété in* |dividuelle da sol donne naissance»
- Quand à la solidité de la valeur, elle est incontesté puisqu’elle reposesur la chose, et que la ga-pûtie est absolument la même. Elle s’accroîtra ptoe, car personne n’ignore aujourd’hui toute la puissance de l’association, puisque c’est grâce à elle ! l'on a pu accomplir ces gigantesques travaux l’exécution du canal de Suez, le percement du p'toplon, qui auraient été impossibles sans elle. Au r°yen des ressources créées par l’association on remettre partout en pratique,en agriculture comme 11 industrie, les méthodes les plus avancées, profiter
- de tous les perfectionnements, réaliser tous les progrès. Une foule d’améliorations que le simple individu n’aurait jamais pu accomplir, l’association les obtient facilement, et ainsi la valeur augmente en raison directe de l’accroissement de la production.
- Ce n’est pas tout encore. Avec le système de l’association étendu à la commune et à l'Etat, la mutualité s’organise aisément, et la Société remplit dans toute son étendue le devoir de protection, d’aide et d’assistance du faible et du déshérité, qui est inhérent à l’exercice du droit, et que le système de propriété individuelle du sol en vigueur aujourd’hui permet de méconnaître complètement et d’oublier. Ce devoir est pourtant impérieux, et constitue au profit du malheureux incapable de travailler un droit incontestable et sacré. Il est basé sur la part de la nature, comme l’un des trois facteurs de la production, laquelle ne peut point équitablement être accaparée, comme aujourd’hui, par l’un ou l’autre des deux facteurs restants.
- Le droit ne peut donc point exister sans le devoir, ni le devoir sans le droit, et c’est à tort que l'homme sacrifiant aux préjugés et à l’erreur, invoque toujours îe droit, sans se préoccuper en même temps de son devoir. Lorsque îe droit et le devoir cessent d'être eri équilibre, la Justice n’existe pas, elle disparaît, car « la Justice réelle, c’est, suivant l’expression de M. C-odin, la pondération du Droit et du Devoir par le respect de leur usage à la iibre pratique des lois de la vie; elle ménage à tous les moyens de concourir à l’entretien, au progrès et à l'harmonie de la vie, dans la mesure des forces et de la capacité dévolues à chacun, et elle assigne à chaque chose la destination la plus utile à la vie.
- « La Justice, c’est la vérité; car la vérité dans l’ordre moral, c’est ce qui est conforme aux lois de la vie, aux besoins de la création et à son activité ; la vérité, c’est la réalité des faits êt des besoins sur lesquels la Justice opère pour répartir entre les hommes les biens nécessaires à la conservation, au développement et à l’équilibre physique intellectuel et moral de chacun»
- « La justice, c’est la solidarité de tous les hommes dans la vie ; l’harmonie et le bonheur sur la terre sont à ce prix. Mais la solidarité est aussi la base de la Justice suprême dans la vie générale ; elle est le ressort de la loi d’équilibre qui fait que chacun s’élève ou descend selon la spécificité de ses œuvres, c’est-à-dire suivant le mérite ou le démérite de ses actions dans la vie. »
- Le concours de la Nature aussi indispensable que celui du travail de l’homme sous ses diverses formes, dans l’œuvre de production de la richesse, est la base
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- fondamentale du droit des faibles, des pauvres, des infirmes aux choses nécessaires à l’existence, et cette part ne peut être équitablement distribuée que de cette façon. C’est ce que le fondateur du Familistère a compris et appliqué le premier à son institution, donnant ainsi l’exemple de la véritable répartition des richesses créées par l’association du travail et du capital. Ce qu’il a fait dans une sphère nécessairement restreinte, sera accompli en grand par le gouvernement, dès que le progrès ayant détruit les préjugés et déraciné l’égoïsme dans les cœurs, on aura fini par comprendre les véritables droits et les véritables devoirs de la Société envers l’individu et de l’individu envers la Société. Lorsque l’association de tous les intérêts, ênfin admise comme la seule solution pratique de la question sociale, aura permis de faire régner la solidarité parmi les hommes, la mutualité sera définitivement organisée sur de larges bases, et la part de bénéfices de la nature prélevée par l’Etat sur la production nationale, sous forme d’impôt, servira à alimenter le Trésor des assurances contre le besoin et l’infortune.
- C’est seulement alors que l’on aura réellement porté le dernier coup au paupérisme, et que l’on aura établi sur la terre le règne de la grande loi de la nature, la loi de la vie, en inaugurant en même temps celui de la fraternité et de la solidarité humaines. Tous les droits étant exercés et tous les devoirs remplis, c’est la Justice qui présidera à toutes les actions des hommes, et toute cause de discorde disparaissant, tous les fléaux des rivalités, des guerres, des révolutions violentes disparaîtront avec elle. Heureux seront ceux qui verront ce progrès réalisé et qui pourront jouir sans trouble de cette paix féconde et inaltérable !
- VOYAGE AUTOUR DU FAMILISTÈRE
- X [Suite]
- Il nous reste à visiter les différentes annexes du palais social, magasins, écuries, buanderie, l’usina et les écoles; mais avant de quitter l’enceinte du Familistère, il ne sera peut-être point sans intérêt de faire un peu connaissance avec ses habitants, et de nous rendre bien compte de leur situation au sein de l’association, de leurs habitudes et de leurs mœurs. Après avoir examiné attentivement les lieux il nous paraît utile d’étudier les hommes. On aime à savoir non-seulement où. l’on vit, mais encore avec qui l’on vit.
- Ouvriers, employés ou chefs de service, tous les
- habitants du Familistère sont ou associés ou sociétaires ou participants de l’Associat'on. Les exceptions sont tellement rares, qu’elles n’existent pas Il est généralement reçu, je le sais, de soutenir que les exceptions confirment les règles, et j’avoue que e n’ai jamais pu comprendre ce que l’on a voulu dire par là; je ne sais si cela tient à une fêlure, à une lacune dans mon intelligence, mais je ne vois point comment une exception peut confirmer une règle Une exception, dans ce cas, est synonyme de dérogation ; or lorsqu’on déroge à une loi, on l’annule, on la détruit, temporairement ou définitivement peu importe, mais on ne la confirme pas. Cette maxime sonne faux comme un paradoxe et produit le même efîet que si l’on disait, par exemple, qu’une blessure aide à la circulation du sang. De même que la blessure trouble et détruit souvent la circulation, de même une exception porte une atteinte grave à l’application d’une règle, loin de la confirmer. Quoiqu’il en soit, la règle pour la qualité des habitants du Familistère n’a que très peu ou point d’exceptions.
- Les associés et les sociétaires sont tenus d’y habiter, c’est une des conditions imposées par les statuts pour leur admission à ce titre dans l’Association. Les participants peuvent y avoir leur domicile, mais ils n’y sont point obligés.
- En ce moment le nombre des associés ne dépasse point cinquante. Celui des sociétaires est plus considérable et celui des participants encore davantage. La nature des occupations n’exerce aucune influence sur la situation des personnes dans la Société, et l’on voit des chefs de service qui ne sont que participants, tandis que de simples ouvriers, des manœuvres pour ainsi dire, sont associés.
- Comme la première condition prescrite par les statuts, pour être admis à un titre quelconque dans l'association, est d’être d’une moralité et d’une conduite irréprochable, et comme les renseignements sont à cet égard recueillis avec conscience et examinés avec soin, il est clair que l’on peut considérer comme un point acquis que tous les assistants da Familistère sont des gens d’une moralité éprouvée et d’une bonne conduite.On s’y trouve donc certainement avec d’honnêtes gens,et cette certitude est déjà une excellente chose pour tout ce qui concerne le commerce ordinaire de la vie.
- Quelle est donc la Société un peu nombreuse, dans ce que l’on appelle le monde, monde entier, demi-monde, tiers, quart ou huitième de monde où j’on peut avec la même assurance en dire autant? On voit tous les jours des gens en fréquenter assidûment d’autres, leur serrer la main, les recevoir chez eux» et un beau jour être tout surpris d’apprendre due
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- cet homme en apparence si bien, si comme il faut, si distingué, cet ami, enfin n’était qu’un valgaireche-valier d’industrie, un malhonnête homme. Et cela se voit constamment dans les cercles les plus élégants, les plus collet-montés. C’est que rien ne ressemble plus à un honnête homme qu’un coquin; bien mieux il arrivera souvent à ceux qui jugent les apparences appelés à choisir entre les deux, de donner la préférence au dernier sur le premier. Cela s’explique parce que l’honnête homme n’ayant rien à masquer, rien à dissimuler sera moins soigneux des apparences que l’autre, qui, au contraire, à tout intérêt à se déguiser et à donner le change. L’extrême correction dans la tenue et dans la mise n’est pas toujours un indice bien sùr de celle de la conduite.
- A ce propos, une réflexion. Les tribunaux correctionnels ont constamment à juger des gens accusés de vol, d’abus de confiance, d’escroquerie, de faux, etc. Des pick-pockets nombreux défilent sans cesse devant eux, et sont condamnés, comme déraison, puisque le plus souvent c’est la main dans le sac, ou plutôt dans la poche, qu’ils ont été pris. Eh bien,, combien, parmi ces criminels, en voit-on couverts de la cotte de l’ouvrier et les mains ennoblies par le cal que laisse le travail? Peut-être pas un, et dans tous les cas, l’immense majorité a les mains blanches et molles de l’oisif ou de l’homme de plume, et la mise soignée de l’élégant; la tenue transcendante de la haute gomme y est infiniment plus commune que la tenue modeste du travailleur.
- Un jour, un jeune homme arrivant de la province à Paris, fut chargé par une très honorable maison de commerce de Bordeaux du placement de ses vins dans la capitale. Consciencieux et désirant gagner honnêtement sa vie, il cherche activement à se créer une bonne clientèle, et il s’entoure de tous les renseignements possibles pour ne faire que de bons choix. Il réussissait assez bien au gré désintéressés, lorsqu’un jour on lui présente un vieillard des plus respectables, qui avait une commande importante à donner et qui fournit d’excellentes références. Impossible de rien imaginer de plus convenable que cet homme à barbe blanche, dont le langage était grave, correct, sensé, prudent, parfait en un mot. Lejeune courtier accepte la commande, la transmeta sa maison et la fait exécuter. Quel n’est point son étonnement, très peu de jours après, de recevoir du parquet U{ie invitation à se présenter le lendemain au cabinet de l’un des juges d’instruction, et en y arrivant d’a-Percevoir dans l’antichambre son vénérable acheteur entre deux gendarmes, les menottes aux poignets comme un malfaiteur dangereux. Ce vieillard si cor-
- rect en apparence était un repris de justice qui comptait à son actif ou plutôt a son passif trente neuf condamnations? A soixante-dix ans que comptait le misérable, cela ne ferait pas loin d’une condamnation par couple d’années.
- Eh bien, ami lecteur, voilà une chose grave, un très fâcheux inconvénient auquel on n’est point exposé avec les habitants du Familistère. On peut avec certitude affirmer que leur passé est pur, que leur présent est sans reproche, et comme le genre de vie auquel ils sont soumis est le plus moralisateur que l’on puisse imaginer, il est à espérer que leur avenir sera toujours conforme à leur passé.
- Tout le monde est d’accord à reconnaître la puissance de moralisation du travail. Bien mieux que les exercices stériles prescrits par les religions, prières, méditations, abstinences ; il maintient l’esprit dans les limites du devoir, et c’est avec raison que l’on a pu dire : qui travaille prie. La grande loi de la vie universelle est le progrès, et tout dans l’univers obéit à cette loi divine. Tout progresse, tout s’améliore, tout se perfectionne; tout concourt à cette œuvre unique : le soleil dont la puissante action mûrit les moissons et ramène les saisons ; la terre qui fait germer le grain et le multiplie dans son sein, le fleuve dont les eaux fécondent la terre et lui donnent la vie, l’air dont les éléments sont le véhicule de la chaleur qui fait vivre, de la lumière qui ramène l’activité, et de l’électricité dont les effets ne sont pas moins actifs dans l’œuvre de la nature. Partout la vie c’est le travail, parce que le travail est la voie unique du progrès.
- C’est cette loi du travail générateur du progrès qui règne en souveraine dans l’association du Familistère. Cette population, c’est exclusivement une population de travailleurs. G-rands et petits, jeunes et vieux, pauvres ou riches, savants ou ignorants, tous ici travaillent, et vous ne trouveriez pas un seul individu dans l’enceinte du palais social, qui ne prête un concours réel et efficace à l’œuvre commune. Parmi les clauses des statuts qui formulentles causes d’exclusion de la Société, figure l’inassiduité au travail, et cette clause est tellement formelle, que c’est peut être, avec celle relative aux actes d’improbité, une des plus essentielles aux yeux de l’association.
- De cette application constante et assidue au travail résulte une élévation sensible dans le niveau moral de la population. Un des grands fléaux des usines et ateliers, c’est le chômage du lundi, qui fait perdre une journée aux travailleurs et qui est fort préjudiciable aux intérêts de l’industrie. Ce fléau est inconnu à l’usine duFamilistôre,où le travail est non seulement
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- aussi actif le lundi que les autres jours, mais encore aussi complet et comptant le même nombre d’heures. Cela tient à ce que grâce précisément à ce genre d’existence du palais social, il existe entre les habitants une sorte d’émulation inconscjente, si l’on veut, mais réelle dans une certaine mesure, qui empêche de ne pas se montrer aussi régulier, aussi correct que son voisin. Cette cause influe jusqu’à un certain point sur la conduite ; mais il en est encore une autre dont l'action est encore plus puissante. Les enseignements paternellement prodigués par le fondateur dans ses conférences du jeudi ont fait comprendre aux ouvriers que la perte qui résulte pour eux d’un chômage quelconque, personnelle lorsqu’il s’agit d’un salarié, est singulièremént grossie lorsqu’il s’agit d’un associé, parce qu’elle porte non-seulement sur l’homme lui-même, mais encore sur l’industrie de l’usine toute entière. Dans un grand établissement comme celui de l’Association, tout le travail s’enchaîne ; les machines marchent toujours, utilisées ou non ; les forces motrices sont en mouvement, que l’ouvrier soit ou non à son poste, et comme leur mise en train ne peut avoir lieu sans une dépense relativement considérable, il s’ensuit que non-seulement il y a perte par le défaut de production, mais encore par les frais rendus de la sorte inutiles. Ainsi le chiffre de la perte est cloublé, et c’est non-seulement celui par la faute du quel cela arrive qui s’en ressent, mais encore tous les membres de l’Association. Supposons, par exemple, que les dépenses de l’usine, du chef des forces motrices et des machines, soient de mille francs par jour, et que le bénéfice qu’elles produisent soient également de mille francs. Il est vrai que le chômage de .tout le personnel ouvrier pendant un lundi occasionnera à la Société une perte sèche de deux mille francs, ou soit le bénéfice de deux journées de travail. Renouvelé toutes les semaines, ce chômage enlèverait donc à l’industrie dont il s’agit près d’un tiers des bénéfices de l’année. Or pour l’ouvrier associé, participant, par conséquent, aux bénéfices, c’est considérable, car si l’on suppose que sa part annuelle soit par exemple de six cents francs, ce chômage la réduit à quatre cents, auxquels il faut ajouter le montant du salaire des 52 lundis qui double au moins cette différence.
- C’est ainsi que l’intérêt personnel bien compris, joint à l’émulation et aussi sans doute au sentiment plus noble du devoir rend le fléau dont nous parlons inconnu à l’usine du Familistère. Cela est si bien compris que les ouvriers ont accepté, dans l’intérêt de l’Association , un règlement qui punit d’une j amende légère, au profit de la caisse d’assurapce 1
- contre les maladies, l’absence non justifiée de l’atelier, non-seulement pendant la journée entière mais même pendant l’un des tiers dans lesquels elle est divisé.
- Tout cela est aujourd’hui un fait accompli; tout le monde est d’accord, et les ouvrages multiples de cette association marchent sans encombre. Mais tout le naonde sait que les réformes ne s’opèrent pas toujours sans obstacles et sans lutte. Il est souvent plus malaisé de faire accepter aux gens le bien qu’on veut leur faire que le mal, et le fondateur du Familistère a rencontré même chez ceux qui devaient profiter de l’application de ses idées, plus d’une résistance active ou passive de diverses sortes; il a eu peut-être autant de mal à faire recevoir, que d’autres en ont à se faire donner.
- « En quelque pays que ce soit, dit fauteur de « L’Histoire des Equitables Pionniers de Roctidale », les ignorants rfiont confiance en rien. Ils ne connaissent que l’argent comptant. L’esprit est parfois myope comme l’œil ; il lui faut alors une sorte de télescope pour augmenter sa vue. »
- Les gens raisonnables et sensés qui savent voir juste ne tardent point à accepter un réforme utile et avantageuse. Mais pour un qui est dans ce cas, combien en trouve-t-on qui cherchent toujours la petite bête, et qui refusent souvent un bienfait uniquement parce qu’ils n’en peuvent point comprendre le mobile ? On a parfois occasion de le constater dans le cours de ^existence, et quant h moi, lecteur, toutes les fois que cela m’arrive je ne puis m’empêcher de penser à la fameuse anpedqte du membre du Jpckey-Çlutq gui ayait parié une forf,g somme, p’il irqit sur le Pont-Neuf, et y étalerait une pertaipe quantité de pièces de vingt francs, qu’il offrirait aqx passants à cinq francs pièce sqns réussir à le§ vendre. Là traditiqg rappgrte qpe penfiqnt tout le temps qu’il y passa? il n’eût qu’un seul a.cfieteur, un Anglais. Ên homme pratique^ cet ipsulaire examinées pi.èpes d’or mises en vente de la sorte ; et lorsqu’il se fut convaincu qu’elles étaient de tjon alog il en acpej# autant que ses moyqns lq lui permirent. Les autres passants^ très nombreux^ s’arrêtaient, palpaiept, tournaient et retournaient les pièces, pt l’on voyait à leur physionomie que leur unique préoccupation était de dqviner le motif qui portait le vendeur à donner pour cinq francs ce qui en valait yingj;. Et invariablement comme ils n’arrivaieqt pointfè résoudre ce difficile problème, ils se retiraient §aps achp' ter, ce qui fit gagner au vendeur son pari.
- Est ce gqe cela ne dépeint point très fidèlement les hommes, surtout dans notre beau pays de France ? L’Anglais, lui, y voit un bénéfice à réaliser positive-
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- ment, et comme il lui importe peu que l’autre fasse une perte non moins positive, il achète, sans pe casser la tête à chercher quel est le mobile qui fait agir celui à qui il a à faire. Le Français, au contraire a besoin de savoir cela, et il préférera renoncer à un profit certain, qu’à la satisfaction dp son intempestive curiosité.
- Cette histoire est peu celle de M. Godin et de quelques membres de l’Association, chercheurs de la petite bête, et ne comprenant pas lte mobile qqi le faisait agir. Pour certaines natures, il est des sentiments tellement élevés, tellement au-dessps de la portée ordinaire de leur intelligence et de leur cœur, quelles ne peuvent y croire, et qu’elles se forgent mille idées plus absupdes, p|us baroques les unes que les autres, pour ne pas admettre tout simplement le.yéritable fait. Pour l’égoïste, le désintéressement est chose absolument incompréhensible, et dans toutes les actions des hommes il est naturellement porté à rechercher l’intérêt caché qui les dicte. L’é-goïspie est pour les sentiments ce qp’est le prjsme pour la lumière; et de même que le prince décpmpose les rayons jumineux et dénature Iq lumière, de même l’égoïsme en décomposant le mobile des .actes humains, dénature ^es sentiments les plus nobles-et les plus purs.
- L'égoïsme est certainement l’ennpmi le plus redoutable de la solidarité et de lq fraternité humaines. Il est puissant parce qu’il a pris racine dans les plus profonds replis dp. cœur humain, et qu’il y est établi en maître, ep souverain, en despote. Or les exemples les plus remarquables qui sont donnés aux hommes affectés de ce défaut, pe sopt pas toujours, suffisants pour les guérir- Ainsi tout en admirant le désintéressement avec lequel le fondateur du Familistère a abandonné aux travailleurs de son usine Ja meilleure part des bénéfices, lu) qui pouvait les garder tout entiers pour lui, tous les habitants du palais spcial n’ont pas pu se défaire entièrement de ce sentiment mauvais, qui est l’un des principaux défauts de l’humanité. Il y a encore bëaucaup d’égoïsme dans cette population, qui aurait tant de raisons de n’en plus avoir. On suit les enseignements de l’homme éminent dopt on a accepté les bienfaits, niais on p’esf point encore imbu des principes de sa morale, au point de faire passer l’intérêt général avant Ipqt autre, èf fjfi comprendre que ce qui est de l’intérêt de tous est encore le plus avantageux pour chacun.
- Le socialisme pratique qui a dicté la création du Familistère ne compte encore que peu d’adeptes bien pénétrés dq ses idées dans son enceinte, et l’œuvre de leur multiplication est lente et laborieuse. Espérons qu’elle marchera plus rapidement à mesure que
- les années se succédant accroîtront graduellement la prospérité de. l’institution,, et que les ré,sp.||#ts s’ac-Gumulant démontreront par des chiffres aux travailleurs, que l’muvre est fioppe, qu’elle est pvanj;,aggpse et utile, et qu’ils ont intérêt à lui fournir le concours matériel et moral le plus complet et plus absolu.
- (A suivre.)
- FAITS PSLfflpS k SOCIAUX DE U SEMAINE
- liberté. — Voici Iqs résolutions- qui ont été votées à Genève, par la Ligué 'fie la'paix et'de la libertés :
- ; résolutions : : ’ .
- Première résolution ' ,, X
- Attendu que les circonstances politiques et sociales peuvent retarder longtemps encore la création en Europe d'un tribunal "internationalr Attendu qu’il est de l’intérêt de tous les peuples de substituer le plus tôt et Te plus largement possible le principe de l’arbitrage à la guerre ; F '
- Attendu que la négociation et la conclusion de traités d’arbitrage 'particuliers intervenus successivement dè peuple à peuple semblent le moyen le plus facile et le pîufi prompt d’arriver â ce but ; ’ ' ‘ >
- Vu les résolutions déjà votées par elle, à Lugano en 1873, à Genève en 1873 et en 1879 ; ’
- La Ligue , :
- Approuve pleinement les démarches faites jusqu’iei par le Comité central, en vue de préparer la négociation d’un traité d’arbitrage permanent entre la République française et les(Etats-ünis d’Amérique ; elle désiretque le Comité continue ces démarches, et en tente de nouvelles aux mêmes fins, soit auprès de la République française,, soit auprès fie tout autre gouvernement.
- Deuxième résolution
- Attendu que le peuple du Tranqyaal p’avqit pris lç§ proies cpptre l’Angleterre qurappè,s. ayolr. plu-
- sieurs qunges inutilement reyeqffïqùê jip.féCîiitqp"d’ynp Cfinventibh .régulièrement passée eutjp^ps repjïéseniqnfg et ceux de là Grandè-Rfetagne, pt" g’êtrè Vu réduit pjy les entreprises et par les agressions dp sir Barflè Ffèrq
- à défeudre son ihqepeudqQce.el sa liberté;
- ' Attendu qu’en'émvapl qpx affaires l’pn des premiers soins de M- Gladstone de »e igetlrejen deyp|r fié fairp justice 'T cë peuple; F
- Attendu qu’au moment où fut donné l’ordre d’ouvrir les négociations, les Boërs venaient d’obtenir sur les troupes anglaises, un spccéynarqué ;
- ‘. qùeiQ çftbiqç'j;' Rri£anpïqgp. pp voulut point
- attendre pour cpti cidre que le drapeau afiglqis eût repris militairement 1’avantagè, ' ’ f ' ' ’ ’ '
- La Ligue •
- Féîipité lé gouvernement anglais, et particulièrement M.’ GïadsïonpjVi avoir sans'jiësitpf fait just'ice aji£' Boërs. appliqué ia‘maxime fondamentale’du droit dés gè6fê,qui veut que tout peuple ait le droU inaliénable de se posséder et de se gouyerppr lui7aiêQipvet mettant de côté tout faux honneur, éôùclü Ta pàiXsans chercher à laver dans le sang ja prétendue honte d’un échec militaire rééent. ' -r ; r v ' ' v' ^
- Troisi^e résolution •
- Attendu que la loi russe in'.erdit aux Israélites tput domiefie et tout séjour daqs les, villes et provinces de l’empire russe, à l’exception des pwmneçs. polonaises ;
- . Attendu qu’ep Allemagne, en Russie, en Roumanie,
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- en Hongrie, les israélites ont été récemment l’objet de persécutions odieuses ;
- Attendu que la liberté de conscience, corollaire de la liberté de penser, est au premier rang des libertés né-cessaires*
- Attendu que le maintien et la défense de cette liberté sont le devoir impérieux de tout gouvernement civilisé;
- La Ligue
- Flétrit la barbarie de ceux qui se sont faits, en Allemagne, en Russie et ailleurs, les promoteurs des persécutions auxquelles des populations égarées ou grossières se livrent contre les israélites,
- Félicite les gouvernements qui, s’inspirant de senti ments plus humains, ont donné assistance et protection aux persécutés,
- Condamne énergiquement les gouvernements qui permettent ou tolèrent des excès, qui font reparaître au milieu de notre civilisation les fureurs du moyen âge.
- Quatrième résolution
- Considérant que l’absence d’un droit des gens positif, et d’un tribunal international nommé par les peuples rend plus étroite l’obligation pour chaque peuple de se conformer de lui-même aux principes de la morale et de la justice;
- Considérant que depuis près de deux siècles la France a tenu la Tunisie pour une nation indépendante et reconnu comme régulier le gouvernement des beys ;
- Considérant que les dommages incessamment causés depuis de longues années à l’Algérie française par les incursions et les déprédations des Kroumirs. pouvaient être empêchés par un simple redressement de frontière et par rétablissement sur cette froutière d’une ligne de défense, sans qu’il fût indispensable d’occuper militairement toute la Tunisie, encore moins de renverser le gouvernement du bey ;
- Atteudn, en tout cas, qu’en pareille situation le devoir de la nation qui se croit lésée est de tenter d’abord la voie de l’arbitrage ;
- Attendu qu’après avoir, malgré les protestations du bey, envahi presque toute la Tunisie, la République française a poussé ses colonnes jusqu’au palais du bey, et a Fait présenter à celui-ci un traité tout rédigé avec injonction de le signer dans un délai de quatre heures ;
- Attendu que sous couleur de protectorat ce traité enlève au bey l’administration de la Tunisie, et ne lui laisse que le semblent de l’autorité;
- Attendu que le prétexte mis en avant par la France que la possession de la Tunisie est indispensable à la sécurité de l’Algérie française, est exactement la raison sur laquelle en 1870-1871 l’Allemagne s’est fondée pour conquérir et annexer! Al>ace-Lorraioe ;
- Atteûcu que si une telle maxime était érigée en loi, les nations faibles seraient toujours à la discrétion des nations plus fortes, quisqu’il n’existe point déjugé auquel puisse en appeler le plus faible ;
- La Ligue
- Blâme les actes par lesquels le gouvernement de la République française a porté atteinte à l’indôp3ndance du gouvernement et à l’autonomie du peuple de Tunisie.
- Déplore que le gouvernement français ait en cette grave circonstance manqué à la tradition républicaine, en méconnaissant les principes de justice et de liberté qui sont la garantie de l’existence des peuples.
- ANGLETERRE
- Le Times annonce de nouveaux délais dans la conclu-clusion du traité de commerce franco-anglais ; les commissaires anglais, dit-il, vont revenir à Londres, et il a des raisons de croire que les difficultés qui les obligent à venir chercher de nouvelles instructions se rapportent & la question des laines et des cotons.
- Le Times ajoute qu’il n’y a guère d’espoir d’arriver à
- une entente immédiate sur ce point, et que les négocia tions seront ajournées probablement pendant environ il’ mois. u
- IRLANDE
- Des scènes violentes ont encore troublé le comté de Mayo. Lundi,une centaine d’hommes de police venaient protéger des porteurs de contraintes. Durant deux jours les cloches de la chapelle de Kilmore n’ont cessé de sonner, pendant que les cornes retentissaient dans les mon-tagnes. Une foule de plus de six cents personnes a assailli la police à coups de pierres ; plusieurs agents o it été contusionnés ; la police a exécuté plusieurs charges contre la foule et l’a frappée à coups de bâton. Dans un village dont les maisons étaient closes, elle eut à soutenir une attaque des plus violentes. Des pierres étaient lancées de tous côtés, et plusieurs policemen ont été cruellement blessés. La police a chaigé de nouveau et trois hommes ont été arrêtés.
- ITALIE
- Le correspondant romain de la Défense, parlant du nouveau meeting contre la loi des garanties qui a eu lieu à Forli, dans les Romagnes, écrit :
- Sans qu'il y ait un projet de réel de départ, je sais de bonne source que les dispositions sont prises au Vatican de manière à permettre au Saint-père, si cela était nécessaire, de quitter Rome en quelques heures, et je sais qu’il y a avec le gouvernement anglais une entente ta-ite qui autorise le pape à se diriger immédiatement sur Malte, le cas échéant.
- De son côté Vitale, dans son numéro du 23 septembre dernier, examinant, sans y croire, cette hypothèse d’un départ possible du pape, fait remarquer que les nou-velles de ce genre circulent ï ériodiquement, depuis 1870. à certaines époques de l’année. Au fond, selon elle, Léon XIII, pas plus que Pir‘ IX,n’a jamais songé sérieusement à quitter Rome; et il appuie son opinion sur les considérations suivantes qu’il nous paraît intéressant de mettre sous les yeux de nos lecteurs :
- On raconte que Pie IX, à qui quelques fanatiques con-sellaient de prendre le chemin de l’exi1, et d’aller s’établir à l’île de Malte, se serait borné à répéter un proverbe assez vulgaire de sa vil'e natale : « Des paysans de Sinigaglia, aurait-il répondu, ont l’habitude de dire : A t vieux bœuf on ne change pas l’étable. (A bove vecchio non g i cambia stalla). » Nous sommes assez disposé à donner à ce sage proverbe une extension beaucoup plus grande, et nous l’appliquons non seule ment à la personne d’un vieux pontife,mais à la papauté elle-même. Le pape serait-il âgé de 20 ans qu'il serait mal conseillé, s’il risquait l’existeuce d’une institution caduque ; ce n’est donc pas seulement un vieux pape qui ne doit pas songer à changer de résidence, c’est le représentant d’une vieilleinstitution.Lejour où elle serait déracinée du sol où elle est née, où elle s’est développée, c’en serait fait d’elle ; le monde qui s’incline devant le chef de la religion catholique romaine, s’inclinerait difficilement devant le chef de la religion catholique maltaise.
- Nous pensons, avec le journal italien, qu’il convient d’accueillir avec une extrême réserve les insinuations ou les menaces du parti clérical au sujet de cette question. Le pape restera à Rome, tout l’indique; c’est là qu’on verra un pouvoir, ombre et décrépitude d’une autorité naguère entourée de prestige, s’agiter tristement avant de disparaître dans un monde qui n’est plus fait pour lui.
- ESPAGNE
- On écrit d’Alméria (Espagne) à l’agence Havas :
- La presse locale se livre à une polémique qui ne laisse pas que d'être édifiante pour quiconque a pu croire bénévolement à sa sincérité, dans l’affaire des émigrés d’Algérie. Vous vous rappelez encore ces récentes explo-
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- sions d’indignation,et ces appels éloquents des journaux et des juntes, qui voulaient persuader aux colons de la province d'Oran de revenir au plus vite eu Espagne, où la charité publique et privée, 1’eaapressement de chacun, gouvernement et particuliers, leur donneraient un travail facile et rémunérateur, et leur feraient bientôt oublier les souffrances endurées dans l’exil. Que de dilhy rambessur la générosité andalouse ! Et que d'insultes à cette France incapable de faire respecter sur son piopre territoire le pavillon e-t les sujets d une nation amie ! On annonçait pompeusement la fin de cette émigration sans cesse croissante, qui enlève chaque année à l’Espagne les meilleurs de ses enfants.
- Or deux mois se sont à peine écoulés, et voici ce qne nous dévoile la presse d’Almeria : la charité qui devait faire des miracles, a fait défaut; les émigrés d’Algérie ont été abandonnés à leur dénûment, et bientôt, ans pain, sans gîte, ils ont regretté les oignons d’Egypte, et la plupart d’entre eux, préférant le retour pénible en Afrique à la mort par la faim dans les villages d’Espagne, ont repris la route d’Oran.
- La Cronica méridional, qui nous donne ces e émouvants » détails sur la nouvelle expatriation de ces victimes désignées à la « férocité des Maures », ne peut s’empêcher de rapporter certains propos qu’a tenus à l’un des rédacteurs du journal, avant de se rembarquer, un groupe de rêèmigranls.
- « Après tout, disaient ces braves gens, nous ne sommes pas sûrs de succomber, en Afrique surtout, s’il est vrai que l’on distribue des armes aux colons; car avec des armes, nous autres Espagnols, nous ne craignons ni Maures ni chrétiens. »
- Et ils ajoutaient : « En Algérie, outre les 14, 16 et 20 réaux que nous gagnons, au lieu de 6 ou 7 en Espagne, on paye le travail de nos femmes 6 ou 8 réaux, et celui de nos enfants 3 ou 4 réaux, ce qui fait pour une famille, trois ou quatre fois plus de salaire qu’en Espagne. »
- Voilà des aveux bons à recueillir; il nous" souvient qu’il y a quelques semaines, la presse madrilène affirmait sérieusement que, dans la province d’Oran, l’Espagnol était exploité sans vergogne par le colon français, qui payait son labeur « avec une mauvaise poignée de riz par jour. »
- Mais passons et bornons-nous à constater que la Cronica prévoit pour un temps prochain « un nouveau et plus puissant courant d’émigration espagnole vers l’Algérie. » Non-seulement les victimes de Saïda réintègrent leurs foyers des Hauts- Plateaux ; mais ils emmèueut avec eux des parents et des amis restés fidèles à la patrie jusqu’aux derniers événements.
- Pour en finir avec ces tristes récriminations, nous pourrions signaler quelques notes bien curieuses de Ylmparcial, nous apprenant que les fonds recueillis par la charité française pour les inondés de Murcie ont été distribués par tes autorités locales aux émigrés d’Algérie Il y aurait là matière à réflexions édifiantes.
- Mais soyons généreux et taisons-nous.
- RUSSIE
- On mande de Saint-Pétersbourg à la Presse de Vienne : Les nihilistes viennent de publier un nouveau numéro de la Varodnaia Votia où se trouvent les communications suivantes : « Nous engageons nos affiliés à user de la plus grande prudence, car le nouveau préfet de police est plus habile que ses prédécesseurs « Les adresses demeurent les mêmes. (Ce sont là probablement les adresses des maisons où se réunissent les nihilistes). Par contre, il ne faut plus employer les signes de reconnaissance sur les lettres, car il paraîtrait que la police en possède la clef.
- « Le comité de propagande à Saint-Pétersbourg est dissous, de même que le comité exécutif et le comité central pour toute la Russie. »
- La dépêche de la Presse ajoute :
- Le gouvernement a pris toutes les mesures pour continuer à combattre efficacement les nihilistes. L’empereur reviendra bientôt a Saint-Pétersbourg.
- Lee» incendics aux ÏCtats-TIuls. — On lit
- daus le Courrier des Etats- U>iis :
- Les dépêches du Michigan apportent des rapports désolants : les feux de forêts ont consumé dans cet Elat, — principalement dans les comtés de Horan et de Sani-lac, — un espace évalué à 1,000 milles cafrés.
- Le nombre des personnes brûlées vives n’est pas connu, mais s'élève probablement à 500. Parmi les survivants, une quantité ont perdu la vue.
- Dix mille personnes ont leurs résidences brûlées. Le3 pertes mitérielles sont énormes, mais leur chiffre, approximatif ne pourra pas être connu avant plusieurs jours.
- Lps villes dont les noms suivent ont été entièrement détruites : Bad-Axe, Veruna, Forest-B iy, Richmondville, Charlestou, Anderson, Deckersville, Harri^onville et Sandusky. Ont été partiellement consumés les villages de Port Hope, Minden etHubly.
- Les perles des villages ne sont rien, comparées à celles des campagnes, où les victimes ont été si nombreuses qu’il serait impossible d’en faire l’énumération.
- Ces terribles incendies ont été éteints par un orage pendant la nuit de mercredi, et les personnes qui depuis parcoure.-t les bois des districts dévastés trouvent des corps humains carbonisés à chaque pas. On en a relevé vingt-sept entre Bad-Axe et Port-Hope.
- Soixante-cinq autres ont été enterrés dans vingt-six des villages brûlés. M. George Ferguson, de White-Rock, qui a fait une visite dans cette région désolée, a compté cent seize corps sur sa route.
- On ne peut pas se faire une idée exacte de l’étendue de la calamité, attendu que le nombre des manquants est très considérable.
- Suivant les témoins oculaires, l'approche de cet ouragan de feu a été précédée par de curieux changements atmosphériques. Le firmament était d’abord d’une couleur cuivrée; les jours suivants, il est devenu pourpre, et dans l’après-midi de lundi, il faisait si noir que les gens étaient obligés de se munir de lanternes pour ne pas s’égarer dans les rues et sur les chemius.
- Des comités de secours ont été organisés à New York, à Cincinnati, Cleveland et en d’autres villes. Le chemin de fer de l’Erié offre de transporter gratuitement les dons en nature soit à Détroit, suit en tout autre point du Michigan.
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- On télégraphie de Washington, 28 septembre, qu’un employé du musée de médecine militaire, nommé Bayley, a fait au bureau de police une déclaration formelle constatant qu’il a entendu, dans la nuit de lundi, la conversation de deux hommes, qui complotaient d’assassiner le président Arthur.
- Bayley déclare qu’il p mrrait reconnaître les deux individus. Aucune arrestation n’a été opérée jusqu’à présent.
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- On pense que le rrocès Guilteau commencera la semaine prochaine à Washington ; l’assassin du président Garfield sera défendu par son beau-frère, qui est avocat.
- *
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- ILa fortune dew présidents des Etats-ITnis# d’Amérique. — Au moment où l’attention générale se pmte du côté des Etats-Unis d’Amérique, il ne sera pas sans intérêt, cruyons-nous, de donner le chiffre ûe la fortune laissée après leur mort par tous les présidents qui ont gouverné ce grand pays, où l’on compte aujourd’hui plus de cinquante millions d’habitants.
- Le premier président, Washington, laissa 800,000 dollars, soit A millions de francs (on sait que le dollar vaut 5 fr.)
- John Adams laissa 75,000 dollars.
- Jefferson mourut tellement pauvre, que si le Congrès n’avait pas acheté sa bibliothèque 20,000 dollars, il serait mort insolvable.
- Madison laissa 150,000 dollars.
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- Monroë mourut pauvre, et ses parents furent obligés de pourvoir aux frais de ses obsèrjues.
- John Quincy-Adarns laissa 55,000 dollars.
- Jacksop, 80,00u dollars.
- Van-BÙren laissa 400,000 dollars. Il ne prit les émoluments attachés à la présidence qu’en sortant; ces émoluments accumulés formèrent une somme totale de 100,000 dollars. On sait qu’ils touchent annuellement 25,0 0 dollars (ou soit 125,000 fr.)
- Polk laissa 150,000 dollars.
- Taylor laissa pareille somme.
- Pillmore laissa 200,000 dollars; Pierce, 50,000; Buchanan, 200,000; Lincoln, 75,000; et enfin la fortune du président Johnson, prédécesseur du général Grant, fut évaluée à 50,000 dollars.
- Quant à la fortune privée du président Garfifffd, dont le chiffre n'est pas encore exactement connu, elle se trouvera considérablement augmentée par le produit d’une souscription nationale faite au profit de sa veuve et qui dépasse aujourd’hui deux millions de francs.
- Un accident «le chemin «le fer en Amérique. — Trois cent cinquante morts. — Un ingénieur des ateliers de Petit-Bourg, M. Raymond Gauthier, qui vient d’arriver des Antilles espagnoles par le Lajayette, raconte l'accident épouvantable qui vient d’arriver sur une ligne de chemin de fer, à peu de distance de Mexico, accident qui dépasse en. horrible tout ce qui s'est passé jusqu’ici, y compris la catastrophe de Cha-rentoû.
- Cette ligne, à voie normale, qui a été construite par une mahon des Etats-Unis, présente des pentes s’élevant jusqu à 18 0/0, et les trains sont munis de deux locomotives, une à l’avant, du s\7sième ordinaire et l’autre à l’arrière, du système à crémaillère, de façon à retenir le train lorsqu’il arrive dans les pentes.
- Le 12 août à la tombée de la nuit, un train ayant en tète deux wagons de pétrole et un certain nombre de voitures à bûugie remplies de 300 soldats avec leurs armes et de 50 voyageurs, descendait une pente rapide qui aboutit à un pont sur un ravin très profond lorsque le chauffeur de là locomotive à crémaillère, en queuv, du train, s’aperçut que tous les wagons disparaissaient l’un après l’autre en arrivant au pont qui était coupé. Il crut à une attaque de baqdits, comme il en arrive souvent dans ce pays, et, après avoir serré ses freins, il sauta sur la voie ainsi qu’un ingénieur de la Compagnie de Fives Lille,qui était arrivé en retard à la précécjente station, et avajt eu tout juste le Umps de monter à côté du chauffeur de la dernière locomotive.
- Le chauffeur et l’ingénieur se réfugièrent dans un bois voisin etneppuvaienlplus douter du sort auquel ils venaient d’échapper, car ils entendaient une fusiijaüe bien nourrie dans la direction du ravin, et comme ils étaient sans armes, ils devaient se résoudre à rester cachés.
- La nuit était venue complète, la fusillade avait cessé, mais ils furent très surpris de voir une lueur intense qui augmentait considérablement dans la direction du ravin. Ils se dirigèrent avec précaution vers le pont et assistèrent^ un spectacle épouvantable.
- Le train entier brûlait avec ses 350 voyageurs !
- Le pont s’était rompu au passage de la première locomotive, et comme aucune chaîne d’attelage ne s’était brisée, tous les wagons avaient été entraînés sans exception avec la locomotive à crémaillère par dessus le tout. Les barils de pétrole s’ôtaient ouverts et l’incendie avait pris immédiatement de telles proportions que deux ou trois voyageurs affreusement brûlés avaient seuls pu s’éloigner du foyer en rampant. Le crépitement de la fusillade était produit par les paquets de cartouches des malheureux soldats.
- L’ingénieur si miraculeusement échappé au désastre chercha a secourir les malheureux qui respiraient encore, mais ce fut en vain, et le uernier qui mourut à côté de lui, une heure après, était l’administrateur des biens 4u marquis de la Torre, l’un des principaux ac-
- tionnaires de la Compagnie de chemin de fer qui venait d’être si éprouvée.
- Nous croyons que cette épouvantable catastrophe est le plus grand désastre qui se soit encore produit sur les voies ferrées, et si le Nouveau monde a établi ses chemins de fer un certain nombre d’années après l’ancien, il semble que, par l’importance de ses désastres, il veuille prendre le pas sur la vieille Europe.
- * ¥
- ï.,e désintéressement «les prêtres, r—
- Quand on parle des moines, des religieux de toutes espèces, la fable de la Fontaine. 1 § Rat retiré dans un fromage de Hollmde, est l’image la plus juste qui puisse se présenter à l’esprit.
- Ne prenant aucune des charges de la vie, ces messieurs se sont assuré une vie exempte de soucis et de l’inquiétude du pain quotidien, que le commun des mortels doit gagner.
- Je ne sais si, quand il écrivit sa fable, la Fontaine savait ce qui s’etaft passé en 1590 à Puis, à propos des jésuites, mais il n’est pas inutile de le rappeler.
- On sait quelle horrible famine décima Paris pendant le siège » e 1590.
- Une visite domiciliaire fut ordpnnée afin de découvrir les vivres cachés.
- Les jésuites, qui avaient alors établi leqr maison professe dans l’ancien hôtel de Giac, que leur avait donné' le cardinal de Lorraine, prétendaient échapper à lq, perquisition.
- Us ont toujours voulu se mettre au dessus des lois.
- Ils dirent que c’était blesser leur honorabilité et qffon devrait s’en rapporter à leur parole, la parole des jésuites! .
- Heureusement, on ne tint aucun compte de leur parole et de leurs protestations; on visita la maison, et pn y trouva, en provisions de viandes salées, farines et légumes, de quoi nourrir la communauté pendant vingt ans.
- Dès le lendemain, les Seize les condamnèrent à donner à manger une fois par jour aux pauvres du quartier.
- Et voilà comment les religieux savent toujours se mettre à l’abri des calamités publiques — dans le fromage de Hollande, qu’ils grignottent tranquillement... à l’intention de ceux qui meurent de faim.
- Il est vrai qu’ils font semblant de prier pour eux...
- Amen. {Rappel).
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- * ¥
- Les chavires biep flqipmées. — Je trouve dans un traité d’économie ppjitique, qui vient d’être publié, des chiffres intéressants sur le nombre.des officiers ministériels, notaires, avoués, hujssiers.
- Il y a à Paris 1Î4 phargps fie notaires et 9,660 dans les départements. Ges chiffres représepient up capital de 1 milliard 128 millions 440,000 francs, dont le revenu à 12 0/0, peut être estimé 147 millions.
- Plus 150 charges d’avoués à la cour, et 3,002 en France, représentant une valeur de 230 millions 770,000 francs, dont le revenu est de 33 millions.
- A qppi il faut encore ajopter 150 charges d’hufesiers à Paris pf, 7,080 enFranpe,d'unèvaiepr totale dp 326,320,000 francs, en capital et 39,158,000 fr. eprevenps; 16 charges de greffiers a Paris. 3,440 dans Ips départemeffiSî ay^ht une valeur ffe 9P,925,poO frl. ep reyenu 10,900,000 fr.; et enfin avec les agréés au tribunal de commerce, les avocats privffégiés'à la cour de cassation, les commissaires priseurs, lps avocats, les agents d’affaires, etc., etc., op arrive 4 un mouvement d’affaires produisant une moyepne de 300 miffifius.
- ’ A bette somme, il faut pn ajouter ppcore une à fpff près égale popr les droits 4 payer fisc. Argent bien employé!!
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- LIS PE VOIR
- LE SOCIALISME DE L’AVENIR
- Pepqis pîq§ b’uu deipq-siècle que s’agitent en France et niême en Europe ce qu’pn appelle cQmmuqépieqt les questions sociales; depuis un den^i-rsiècle que les réformateurs de toutes les écoles épiloguent sur les intérêts de la plassp ouvrière, c'est seulement cette qqnée, pendant lq dernière pé-rjpde électorale, que ces questions ont pris corps ef se sont pour ainsi dire imposées aux candidats à Iq députation-
- Il faut l’qyoqer, du reste, le ipal esf profond et il n’y a qu’qn seul remède vraiment efficace c’est la substitution de l’association au salariat ; l’industrie Sociétaire remplaçant l’indqstrje individualiste. Et p’est un fait indéniable que l’association envahit aur tour de nous l’essor fabuleux, visible, puissant, des associations de capitaux? Que de choses créées par ces vastes commandites?
- Eb bien, puisque toutes ces forces individuelles spnt sans vie, isolées, et qu’elles constituent un tqut Si puissant grqupées, pourquoi les travailleurs 11e fprment-ils pas aussi tout up système de coopération basée sqr une spbde organisation-
- Certes les débuts peuvent être pénibles et peu rémunérateurs, mais n’ayons-nous pas l’exemple des Sociétés de qos jours, très prospères et en pleine possession de |eur moyen d’action dont l’enfance fut I des plus laborieuses?
- Jusqu’ici on a constamment dénié aqx ouyriers le sens pratique pour vivre en association, et les optimistes prétendent toujours que les masses sont dépourvues des qualités morales nécessaires à toute action collective. Fort heureusement que les preuves sont là, probantes, car aujourd’hui nous pouvons montrer avec une certaine fierté les résultats merveilleux, intéressants, obtenus par des Sociétés ouvrières sagement organisées pt restées eu dehors des théories nuageuses. Il serait fastidieux de citer les associations qui fonctionnent actuellement.Qu’on nous permette de rappeler seulement celles dont les efforts ont été couronnés de succès, c’est-à-dire qui ont obtequ dos récompenses à notre dernière exposition.
- C’est d’abord l’assoeiation des ouvriers en pelleterie et en fourrières, laquelle a reçu la grande médaille d’u17 P°UF SQn expositipn collective. Vient ensuite l’assppiation pnvrjère connue sous le nom « d’imprimerie Nouvelle » avec deux médailles.
- Cptte Société méfite une mention spéciale, car fondée en 1.87Q, au capital de 3Q,Q0Q fr., versés à raison do cinquante pf splxqntp-qqiuze centimes par f
- semaine, elle fait aujourd’hui plus de trois millions d’affaires par an. En outre elle s’est considérable ment agrandie ees derniers temps et a porté son capital-actions à deux cent mille francs. Il est bon de faire remarquer que cette association est instituée suivant les sages principes du philosophe anglais Stuart Mill, ou pour nous expliquer plus catégoriquement, disons que les ouvriers associés sont tous dans les mêmes conditions d’égalité, possèdent en commun le capital au moyen duquel sont faites les opérations, et se trouvent placés sous la direction de gérants élus et révocables, pris parmi les actionnaires.
- Beaucoup plus près de nous, en décembre dernier, il s’est pqssé un fait dont l’importance exceptionnelle n’échappera pas aux esprits clairvoyants, cqr il peut avoir d’immenses résultats pour l’avenir de toutes les corporations ouvrières. Il est vrai qu'il a fallu le concours ‘d’un homme intelligent, d’un homme de progrès, lequel a su comprendre tout l’avantage que l’Etat pourrait trouver dans une entreprise exécutée par un groupe de travailleurs.
- Tout le monde sait que depuis le 1er janvier de cptte année, la partie technique du Journa l officiel est confiée aux anciens ouvriers devenus associés. Eh bien ! on ne saurait trop le répéter, ces derniers se sont montrés à la hauteur de la confiance dont ils ont été honorés par le ministre de l’intérieur, et d’une affaire peut-être mal définie au début, ce groupe ouvrier qui fonctionne au mieux des intérêts de tout le monde, s’est aujourd’hui légalement constitué en Société anonyme.
- Ce que l’on sait moins peut-être, c’est que cette Société, d’un genre tout nouveau, car elle n’a que l’intelligence de ses membres comme apport, voulant rester essentiellement démocratique, ne garde pas par devers elle la plus value de ses travaux, ainsi que cela se pratique dans toutes les Sociétés de capitalistes. Non, elle veut faire œuvre de vraie confraternité en versant 5 pour 100 à la caisse des retraites de sa chambre syndicale et, après avoir prélevé 10 pour 100 pour son fonds de prévoyance, elle répartit le restant entre tous les coopérants indistinctement, qu’ils soient actionnaires ou non, c’est-à-dire entre tous ceux qui, de près ou de loin, ont collaboré au travail, qu prorata de leurs heures de présence.
- N’est-ce pas par de pareilles institutions que l’on arrivera à résoudre une partie du problème social, tout en élevant la dignité du travailleur ?
- Nous ne doutpns nullement que pour les collectivistes, ces travailleurs, qui ont mis là leur intelligence et leurs épargqes, seront traités de satisfaits, de repus. Qu’importe, pes derniers veulent prouver
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- LE DEVOIR
- — et le feront — qu’à force de patience et de travail une association ouvrière peut arriver à un résultat véritablement pratique. Voilà le socialisme de l’avenir.
- Barra-Lallier.
- Président du conseil d’administration de la « Société anonyme de composition, impression et distribution du Journal officiel. »
- CORRESPONDANCE
- La gratuité de l’instructloo & les fournitures scolaires
- Un de nos abonnés, préoccupé de la question de la gratuité des fournitures scolaires, nous adresse la lettre suivante,que nous nous empressons d’insérer :
- Visker, le 27 septembre 1881. Monsieur Godin, fondateur du Familistère à Guise.
- Cher et honoré Monsieur,
- Ce n’est pas au Familistère que les réflexions que j’ai l’honneur de vous soumettre peuvent être utiles; mais comme je crois qu’elles peuvent l’être ailleurs, et que je sais combien vous vous intéressez à tous les progrès, je prends la liberté de vous les envoyer.
- J’ai oui dire que la question de la gratuité des fournitures scolaires aux élèves des écoles primaires, a été agitée au ministère de l’instruction publique. Acceptée en principe comme capable de produire d’excellents résultats, cette mesure n’aurait été atermoyée, paraît-il, qu'à cause de la somme assez forte qu’exige son application par l’Etat.
- Aux Etats-Unis de l’Amérique du Nord, où cette gratuité a été pratiquée pour la première fois sur une grande échelle, les hommes politiques de ce pays ont si bien compris qu’elle est un des moyens les plus efficaces et les plus prompts d’arriver à l’instruction rationnelle de tous, qu’ils se sont appliqués à la recommander d’une manière toute particulière.
- Us ont vu, que si dans une démocratie, l’instruction publique ne doit négliger personne, si elle doit être suffisante pour tous, elle doit s’appliquer surtout à effacer tous les préjugés de classe, et empêcher l’éclosion de l’esprit de caste; et c’est dans ce but qu’ils ont établi la gratuité des fournitures scolaires, afin d’arriver dès le premier âge, à la pratique de l’égalité par un de ses côtés les plus immédiats.
- Partagées tout d’abord par la majorité des Etats de 1 Union, ces vues le sont aujourd’hui par tous les Etats, et c’est pourquoi un grand nombre d’entr’eux ont donné au monde ce spectacle, magnifique entre
- tous, de dépenses si fortes attribuées à l’instruction publique, que dans plusieurs, elles absorbent plus de la moitié des revenus budgétaires.
- Avec leur sagacité accoutumée, les américains ont compris que dans une démocratie, c’est au mérite seul, traduit en actes utiles pour autrui, que doivent exclusivement revenir les avantages d’une rémunération proportionnelle à leur utilité. Us ont vu qu’il convient dès lors, tant au point de vue de l’intérêt de l’ensemble, qu’à celui de l’individu, de multiplier autant que possible les aptitudes utili aires, afin de pouvoir disposer de la plus grande somme possible d’intelligence cultivée et dressée à produire. C’est ce qui explique leur grànde sollicitude à cet égard.
- Mais la fourniture gratuite a des inconvénients fort graves. Le don gratuit amoindrit toujours en | effet celui qui le reçoit, et presque toujours celui qui le fait. Dans l’espèce, si le don par l’Etat n’a-moiudrit pas sensiblement celui ci, il atteint gravement le donataire dans le respect qu’il se doit à lui-même, puisqu’il le rive à une impuissance dont il ne lui est pas donné de se délivrer, et que sa délicatesse en sera d'autant plus affectée, qu’il se sentira plus capable de s’acquitter par son travail et qu’il appréciera mieux l’infériorité de sa situation.
- Mais s’il est peu honorable de recevoir un don à titre gratuit, on peut très .honorablement recevoir une avance, une aide, un moyen de travail dont on demeure débiteur. Le don devient ainsi un prêt, et ne laisse derrière lui, dès qu’il est acquitté, que la gratitude pour le service rendu. Le donataire s’élève ainsi moralement, et son élévation se répercutant sur le donateur, le grandit à son tour.
- Voici un moyen simple de concilier la gratuité initiale de ces fournitures avec la délicatesse des enfants.
- U consiste à faire cette avance aux élèves, en leur imposant la responsabilité personnelle et exclusivement morale du remboursement dès qu’ils le pourraient.
- Une comptabilité devient alors nécessaire, mais elle donnerait peu de travail. Elle ne demanderait qu’un grand livre, et un livret pour chaque élève.
- IA. la fin des études primaires, le compte de l’élève serait arrêté au grand livre de l’école et sur son livret, et le total de sa dette demeurerait ainsi fixé. | Au commencement du livret, un texte imprimé expliquerait à l’élève la raison d’être de cette avance, les motifs qui l’ont déterminée, et les devoirs qu’elle lui impose.
- Cette attention n’accroîtrait pas beaucoup le travail de i’instituteur,car dans nos communos rurales, en égard au manque de soin des parents qui laisse-
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- raient trop souvent leurs enfants privés des choses les plus indispensables, les instituteurs sont obligés de leur faire les avances de ces fournitures, et par tant d’en tenir compte. Cette pratique du reste,n’est pas sans danger pour le maitre, il serait évité par la méthode proposée.
- Rien ne grandit autant que la connaissance exacte et la conscience précise d’un devoir à remplir. Pris au sérieux dès le premier âge, traité en homme dès le début, l’enfant se prendrait bien plus vite au sérieux qu’il ne le fait aujourd’hui. Il se développerait aussi plus vite moralement, et en raison directe de son développement intellectuel.
- L’emploi de ce moyen ne pourrait d’ailleurs amener pour les élèves que l’une des deux situations suivantes :
- Ou, devenus hommes, ils se sentiraient liés par cette responsabilité et s’empresseraient de se dégager ; ou, n’en prenant aucun souci, ils manqueraient à ce devoir.
- Dans le premier cas, il demeurerait démontré que l’éducation donnée est excellente, et que l’on s’est victorieusement appliqué à élever leur moralité.
- Si le second cas embrassait la majorité des élèves, ou même une assez forte minorité, il y aurait lieu d’aviser, de rechercher les vices de l’éducation donnée, et d’apprécier la valeur intellectuelle et la moralité des maîtres.
- Mais ce n’est pas nous qui devrions craindre pareille déconvenue. Ce n’est pas en France, le pays de la loyauté et de la générosité par excellence, que ce fait pourrait se produire. Ce n’est pas avec notre personnel de maîtres laïques, si courageux, si intelligent, si dévoué, que nous pourrions craindre de manquer le but.
- Je crois au contraire que la plupart des élèves, pour ne pas dire tous, se souvenant de la dette contractée par eux envers la Société qui les a élevés, non seulement s’acquitteraient loyalement, mais tiendraient à honneur de faire encore davantage ; de donner plus qu’ils n’ont reçu.
- Nous pourrions arriver ainsi en quelques années à faire que les générations successives s’appuyant les unes sur les autres, les dernières venues n’auraient qu’à marcher dans la voie tracée par leurs devancières. Dès lors, les secours de l’Etat n’auraient plus de raison d’être par rapport aux fournitures scolaires, et nous arriverions rapidement non-seulement à cette gratuité en faveur de l’instruction primaire; mais nous pourrions encore l’étendre à tous les degrés de l’instruction publique.
- La question.se réduit ainsi à une avance à faire par l’Etat, et pour un temps relativement court.
- Veuillez agréer, cher et honoré Monsieur, l’expression de mon profond respect et de mon entier dévouement.
- P. Carré.
- Le système que propose notre honorable correspondant serait applicable, si en effet la fourniture gratuite des objets scolaires était, comme il paraît le croire, une gracieuseté de la part de l'Etat. Or, d’après nos principes, basés, comme nous l’avons tant de fois montré, sur le droit individuel, il n’en est pas ainsi. Ces fournitures scola res gratuites, l’Etat les doit à l’enfant, c’est pour lui une dette form die, puisqu’il a le devoir de donner à tous l’instruction, l’enfant y a un droit absolu, par conséquent et cela ne peut lui imposer aucun devoir.Vouloir donc lui faire rembourser à sa majorité une fourniture qui lui était dàe, ce serait comme si un père avait la prétention de faire payer à son fils devenu majeur ses mois de nourrice et autres frais faits pour l’élever. Lorsqu’on veut exiger d’un homme plus qu’il n’est de son devoir de faire, on le pousse à se révolter contre cette injustice, et c’en serait une vraiment , que de réclamer le remboursement de sommes qu’on aurait, non pas avancées, mais payées parce qu’on les devait.
- Il n’y a. donc point d’infériorité de la part d’un donataire lorsque ce qu’il reçoit, c’est tout simplement une créance dont on s’acquitte envers lui.
- En résumé, droit absolu chez l’enfant, et devoir rigoureux de l'Etat, voilà la véritable manière de poser la question en cette matière. La poser de la sorte, suivant l’expression usitée au barreau, c’est la résoudre.
- L’ÉMANCIPATION DES FEMMES
- L’idée du bonheur est une idée neuve en Europe, disait Saint Just, on peut en dire autant de l’idée d’émancipation, non pas que de tout temps les opprimés n’ont pas protesté par la haine contenue ou par la violence, mais cette protestation n’était guère dirigée que contre l’oppression particulière dont on était victime et nullement contre l’oppression générale. La Révolution française fut la première qui ait revêtu ce caractère d’émancipation universelle qui fera sa gloire éternelle.
- C’est à cette grande époque que fut posée pour la première fois (1) par les femmes elles-mêmes, la question de l’émancipation des femmes. Malheureusement, dans le bourgeois même révolutionnaire il y a
- £
- j (1) Si l’on fait abstraction de quelques théoriciens iso-
- I lés comme Postel, Agrippa, etc.
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- toujours du Joseph Prud’homme et pour lui la feüame ne doit être qu’une ménagère soümise.
- Les Jacobins, Saint-Just excepté, se distinguèrent par leur hainê contre les femmes. Des quatre femmes qui furent célèbres sous la Révolution, ils en guillotinèrent deux, Olympe de Gouge et Mme Roland; Ils traitèrent Théroigne de Méricourt avec une odieuse lâcheté (1). On ne sait trop comment Rose Lacombe échappa à leur guillotine qui frappait avec une égale fureur et ceux qui n’étaient pas assez révolutionnaires et ceux qui l’étaient trop.
- La partie la plus remuante des Hébertistes, celle qui se réunissait au club de l’Evêché, était plutôt pour l’émancipation des femmes, puisqu’on y tolérait Rose Lacombe. Mais les hommes d’Etat de ce parti ne pensaient pas autrement que les Jacobins, et l’on sait avec quelles grossières injures Chaumette reçut une députation de femmes à la première « Commune de Paris. » Ai-je besoin de dire que toutes les Assemblées de la Révolution repoussèrent toujours les requêtes des femmes, et l’on ne voyait dans leurs rassemblements que des machinations contre la « chose publique, » seuls les Girondins admettaient en principe l’extension des droits de la femme.
- Malgré les efforts de Condorcet et de ses amis, malgré leurs propres efforts, les femmes qui avaient fondé plusieurs associations (2) n’obtinrent presque rien de la Révolution* et le peu qu’on leur avait accordé leur fut repris au nom de la morale bourgeoise par le Corse incestueux qui étrangla la République.
- Quelques philosophes se prononcèrent encore pour une extension des droits de la femme, mais ces tentatives restèrent inconnues du public. C’est aux socialistes français Saint-Simon et Fourier qu’était réservé l’honneur de poser de nouveau la question devant l’opinion publique. Mais l’opinion publique, même socialiste, fut nettement hostile, et lorsqu’en 1848 les femmes réclamèrent timidement quelques droits politiques, ce fut un socialiste, Proudhoh, qui se signala par les attaques les plus grossières contre elles, et qui sé laissa aller à des expressions qui trahissent une haine sauvage. Pour les viveurs du romantisme, la femme devait se partager entre deux vocations : prostituée ou ménagère, pour satisfaire lés différents appétits de ces messieurs. Le doux Michelet insinuait qu’on la rendrait plus amoureuse, en la battant avec intelligence en certaines occasions.
- Nous ajouterons à ces détails historiques emprtin-
- (4) Ils fouettèrent sur la chair une Théroigne en plein Champs-Elysées. La malheureuse femme fut si mortifiée et si honteuse qu’elle perdit la raison et elle végéta plus de trente ans dans une maison d’aiiénés en proie à une folie rebutante.
- (21 Société fraternelle, Amies de la Goustitution, Société des femmes républicaines et révolutionnaires, etc*
- tés à « la Voix de V Ouvrier » de Bruxelles, que dé nos jours l’idée progresse et se répand de plus ëü plus. C’est principalement aui Etats-Unis qtië lë mouvement é*est accentué et s’est transmis dans les autres contrées. Après avoir admis lés femmes en Amérique à exercer librement les professions libé-! raies, exemple suivi bientôt en Angleterre et même ; en Russie, la question de les investir des mêmes l droits politiques et civils que les hommes y est de-j puis longtemps discutée. Le temps n’est peut-être | même pas très éloigné où les Etats de l*Union amé-i ricaine admettront les citoyennes à jotiir des droits électoraux. C’est la perspective ainsi ouverte à l’ave* nir de sott sexe qui a Salis doute dicté à Mme Row-iand, qüe les lecteurs du « Devoir *> connaissent, la lettre suivante qu'elle nous adresse de Hammon-toü :
- Hammonton (N. J.) Ü. S. A. T septembre 1881 Cher Monsieur,
- Je remarque dans le compte-rendu de votre Conférence du 28 juillet que vous dites en parlant de la date de 1848 1
- « Le suffrage universel date seulement de cette époque. »
- Or, à l’exception du territoire de Wyoning dans l’ile de Man, et du Familistère, je ne connais point d’endroit où. en matière de gouvernement, les femmes ne soient point rangées parmi les criminels, les idiots* et les enfants, c’est-à-dire comme n’ayant pas voix pour la confection des lois qui les régissent, elles et leurs biens.
- Je sais que le terme « Suffrage universel » est employé pour désigner le suffrage-masculin; mais devriez-vous, Vous, Monsieur, l’employer dans ce sens? Ne savez-vous point qu’en faire usage dans cette acception-là, c’est indisposer les gens qui travaillent pour la cause des « Droits de la femmeH » surtout lorsque le thermomètre marque, comme aujourd’hui, 104°/ Farh. à l’ombre ?
- Je vous prie, etc.
- M. Howla.nd.
- Assurément, Mrs Howland a raison, et G’est à tort que l’on nomme universel le suffrage qui ne comporte que l’une des deux moitiés de l’espèce humaine ; si nous nous servons du mot dans le sens qui lui est donné habituellement, c’est parce qu’en en employant un autre nous risquerions de n’être point compris, et nullement parce qüe nous sommes hostile à la reconnaissance des « Droits de la femme » en matière civile et politique. Nous défendons Cette cause de notre mieux* et nous avons l’espoir de la voir enfin triompher de résistances injustes et de répugnances nées uniquement de préjugés surannés autant que peu fondés en raison.
- ——i -eacaimpim* >••••• ~
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- Les chiens de l’Afrique méridionale
- Tout ce qui se dît sur l’instinct, le dévouement,la fidélité de certaines races de chiens en Europe ne saurait égaler les qualités merveilleuses de la race canine de l'Afrique méridionale.
- Les touristes qui ont traversé le âaint-Bernard et le Saint-Gotard ont été étonnés de voir ou d’entendre raconter les prouesses des chiens aux monastères établis dans ces montagnes. Les Parisiens eux-mêmes ont vu avec curiosité dans les rues ces chiens affreusement laids accompagnant et maintenant en bon ordre des troupeaux de bœufs et de moutons. '
- Eh bien ! ces curieux animaux ne sont rien auprès des chiens du Cap de Bonne-Espérance, dans le pays des Hottentots.
- Les lions, les léopards, les tigres, sont les hôtes nombreux qui fréquentent les pâturages au milieu desquels les Hottentots mènent leurs troupeaux et où ils les laissent ordinairement séjourner la nuit selon la température.
- Il s’agit donc de préserver les troupeaux contrôles attaques des carnassiers, et c’est le chien qui en est le plus courageux, lë plus adroit et le plus vigilant défenseur.
- Poil hérissé, museâü pointu, oreilles droites, couleurs gris sale, pattes équarries, cet animal est hideux. Voici ce que fait le gardien *
- La nuit, quand le troupeau est assemblé et parqué quatre chiens se partagent la ligne de protection et se posent en sentinelle par distances égales.
- Il ne se couchent jamais. Iis veillent assis, îâ tête allongée, afin de ne rien perdre du plus petû bruit, du plus léger bruissement et de bien surveiller le troupeau.
- Cela ne suffit pas. Toute défense bien organisée exige une ronde. D’heure en heure, un chien quitte son poste de garde et va patrouiller à plusieurs mètres pour surprendre l’ennemi II va, vient, met l’oreille au guet, flaire, fait mille tours et ne reprend sa place que quand il s’est assuré que l’ennemi n’est pas aux environs. Un autre chien succède âu premier et ainsi de suite jusqu’au jour.
- Mais il ÿ a un moment où l’instinct de ces animaux tient du merveilleux : c'est quand un tigre ou un léopard est en vue et menace d’attaquer le troupeau.
- Il s’agit alors de lutter contre un ennemi de force supérieure, et mal venu serait le chien qui seuWou-drait faire fuir ou terrasser un adversaire aussi redoutable.
- Au jappement d’alarme jeté par la sentinella, les chiens se concentrent, s’élancent ensemble sur la bête malfaisante qu’ils attaquent et qu’ils déchirent. Mais l’ennemi peut être en nombre et les chiens peuvent être insuffisants à le vaincre. Ce sont alors des cris aigus, prolongés, plaintifs, afin d’appeler à leur secours les chiens du troupeau voisin qui accourent aussitôt, à charge de réciprocité.
- Le Hottentot regarde son chien comme un membre de sa famille. Il l’admet à tous les aises du foyer, c’est l’ami de la maison, le gardien de la hutte et le protecteur des bestiaux»
- ttr
- MANUEL D’HYGIÈNE GÉNÉRALE ET DE VÉGÉTATION
- Edouard IfcikOTJX
- De nos jours, les hommes ont une tendance très marquée pour les innovations. Après les Sociétés de tempérance qui, aux Etats-Unis et en Angleterre, voulaient condamner l’humanité à ne boire que de l’eau ou des tisanes, et qui soutenaient mordicus que le vin, les spiritueux, et même la bière la plus anodine étaient aussi nuisibles que des toxiques, voici depuis quelques années la Société végétarienne qui prêche aux hommes l'alimentation exclusivement composée de végétaux. Les apôtres de cette nouvelle doctrine sont les docteurs Huroau de Villeneuve et Goyard en France, Dock et Raoux en Suisse, et leur principal organe est une revue mensuelle intitulée « La réforme alimentaire. » Gomme les tempérants, ils ont des convictions très arrêtées, ils font une guerre acharnée à l’alimentation zoophagique, et ils semblent persuadés que, dans l’antiquité, Zoroastre, Confucius, Moïse, Lycurgut, Solon, Pythagore, Hippocrate, Galien, le roi Numa et bien d’autres encore étaient favorables à leur thèse.
- Ils ont en faveur de leur système des arguments tirés de l’hygiène, de la science économique, de la morale, des règles sociales et de la religion, et dans ce qu’ils appellent les dangers de la zoopbagie, ils semblent en venir à trouver la cause de toutes les maladies, et à croire que le régime végétarien les préviendrait sinon complètement du moins dans une très large mesure. Ils comparent dans des tableaux très instructifs tes proportions de substances nutritives de la viande et des végétaux, et, en donnant la préférence aux principes amylacés sur* l’azote, iis arrivent naturellement à démontrer que le végétal est préférable, comme aliment, à la chair des animaux et des poissons.
- Nous n’avons point la prétention de réfuter les arguments des végétariens parce que nous reconnaissons n’avoir aucune compétence pour cela, nous ne contestons même pas la supériorité de leur régime, qui est peut-être meilleur en effet que l’autre. Mais lorsque, par exemple, l’auteur du manuel d‘‘Hygiène générale et de végétarisme nous dit que « les Ecossais et les Irlandais, presque tous végétariens, sont plus hauts de taille, plus forts et résistent mieux A la fatigue que les anglais, grands consommateurs de viande, » nous ne pouvons nous empêcher de dire qu’il y a là deux erreurs très manifestes. La première consiste à faire des Ecossais des végétariens, attendu que la consommation de viande chez les Ecossais est
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- à peu près la même que chez les anglais. La deuxième erreur est celle qui fait des Irlandais, vivant de pom-mes de terre, des hommes plus hauts de taille, plus forts et résistant mieux à la fatigue que les Anglais. Pour quiconque connaît les Anglais et les Irlandais, c’est le contraire qui est exact. L’Anglais est grand, ro uste, sain, tandis-que l’Irlandais est mièvre, jaune, et relativement faible. Un pas de plus, et les végétariens nous diront sérieusement que les Chinois, dont le riz, qui figure en tète du tableau des substances alimentaires comme la plus riche en principes amylacés, est le principal aliment, sont plus grands et plus robustes que les Anglais.
- Ce qui ressort en somme de la lecture des livres et des articles écrits en faveur de la thèse végétarienne, pour un esprit impartial et désintéressé dans la question, c’est qu’en cette matière, comme dans toutes les autres, l’absolu est une erreur, l’exclusivisme une faute. Que le régime végétarien soit bon, personne ne le contestera, mais c’est à la condition qu’il ne soit pas exclusivement adopté. Chaque tempérament humain à ses besoins spéciaux,et par conséquent, il est impossible de soutenir qu’il faille les soumettre tous indistinctement à un régime unique. L’homme, par la conformation de sa mâchoire et de son appareil digestif, est évidemment destiné par le créateur à se nourrir de viande aussi bien que de végétaux; 1 est omnivore,ou sans cela,on se demanderait à quoi la nature destine les canines dont elle l’a pourvu. En adoptant le régime éclectique suivi jusqu’à présent par l’humanité, elle est resté dans la vérité, et elle n’en doit probablement pas sortir.
- Néanmoins il est juste de reconnaître que les travaux de végétariens sont de nature à rendre de très précieux services à l'homme, en lui découvrant de nouvelles richesses alimentaires économiques, de nouveaux modes d9 préparations, des mélanges hygiéniques en rapport avec les âges, les tempéraments, l’état de santé, le climat ou la saison.
- Forcés de trouver des combinaisons pratiques pour donner aux aliments exclusifs qu’ils prônent l’attrait qui leur ferait défaut sans cela, ils ont imaginé des recettes culinaires qui transforment des mets vulgaires en plats succulents, et ils ont enrichi l’art de l’alimentation d’une foule d’éléments, qui ne peuvent que le faire progresser d’une fiçon sensible. Des substances presqu’inconnues ou trop négligées ont été mises au jour ou victorieusement utilisées par eux, et ils ont ainsi doté l’humanité de richesses nouvelles, qui feront faire un pas immense à l’alimentation, au point de vue de l’hygiène et de l’économie.
- De plus en flétrissant énergiquement comme ils le
- font tous les excès et les abus, ils accomplissent une
- oeuvre utile de moralisation et de progrès. Sans partager leur exclusivisme, nous devons donc rendre hommage au mérite de leurs enseignements, et il nous semblerait injuste de ne pas leur savoir gré de leurs efforts.
- Le Manuel d'hygiène générale et de végétarisme est, à tous égards, un livre bien fait, qui, dans un petit nombre de pages, contient de précieux et substantiels- renseignements, et qu’il est utile pour tous de posséder.
- ÉTAT CIVIL Dü FAMILISTÈRE
- NAISSANCES
- 27 Septembre 1881. — Gosset Alfred-Louis-Emile fils de Gosset Alfred et de Gervais Rosalie. ’
- 29 Septembre 1881. — Drouin Louisa, fille de Drouin Francis et de Lesur Anna.
- -— --««--jijsQaeogasÆG!^
- XJnî -vieux code du cérémonial nous donne les détails suivants sur le personnel dont devait se composer la maison d’un grand seigneur.
- Il fallait, sous peiue de passer pour indigne, avoir intendant, — aumônier, — secrétaire, — écuyer, — deux valets de chambre, — un maître d’hôtel, — officier d’office, — deux garçons de cuisine, -- trois fi des de chambre, — deux servantes de cuisine, — deux pages, — six laquais, — deux cochers, — d6ux postillons, — deux garçons de carosse, — un suisse-portier, — quatre palefreniers,— et cinq valets pour l’intendant, l’aumônier, Je secrétaire, l’écuyer et le maître d’hôtel.
- 11 paraît que dans ce temps-là on ne pouvait être grand seigneur à moins.
- Les gages de tous ces domestiques, dit le manuel, ne s’élevaient guère qu’à dix mille livres par an.
- Ce n’est certes pas une forte somme pour tant de monde, mais la dépense eût elle été encore plus forte, qu’importait au grand seigneur ? Pour entretenir sa maison, il n’avait qu’à pressurer un peu plus ses fermiers.
- En ce temps-là, c’était toujours le bon peuple qui payait.
- Aujourd’hui que les grands seigneurs n’ont plus la ressource de puiser dans la bourse des manants, on voit un peu moins de maisons montées sur le pied de quarante domestiques.
- Les statisticiens sont infatigables. Au congrès médical de Londres, l’un d’eux a communiqué le résultat de ses travaux ; il a constaté qu’il existe sur le globe terrestre 180,000 médecins diplômés. C’est en France que la proportion est la plus élevée, relativement à la population. Sur les 180,000 il en est 12,000 qui écrivent des ouvrages sur leur art. Les Américains, puis les Allemands, enfin les Français et les Anglais, sont ceux qui écrivent le plus. Les médecins anglais sont, de tous les autres, ceux qui conservent le mieux leur... propre santé.
- Le Directeur-Gérant : GODIN
- SAINT-QUENTIN
- Société anonyme du Glaneur, Grand’Place, 36.
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- 4e ANNÉE, TOME 5 — N° 162 £e numéro hebdomadaire. 20 c. DIMANCHE 16 OCTOBRE 1881
- BUREAU
- A GUISE (Aisne
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant Fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE
- par renvoi, soit an bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France
- Un an. . . . 10 fr.»» Six mois . . 6 »»
- Trois mois . . 3 »»
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- on s’abonne A PARIS 5,r.Neuve-des-petits-Champs
- Passage des Deux-Pavillons
- S’adresser à M. LEYMARIE administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
- J9L. "W* ne s®
- Le journal « LE DEVOIR » est envoyé gratuitement à titre d'essai.
- Si le journal n’est pas renvoyé après le 4e numéro, l’administration fait présenter une quittance d’abonnement.
- 3° Approbation de ces rapports par l’Assemblée s’il y a lieu.
- 4° Avis sur les agrandissements de l’usine et la construction de nouvelles machines.
- Présents : M. Godin, fondateur et 46 associés comme en témoigne la liste de présence annexée au procès-verbal.
- Absents : MM. Champenois et Mathieu, en voyage, et M. Méresse, malade..
- SOMMAIRE
- Nouvelles du Familistère : Rapport. — Faits politiques et sociaux. — Voyage autour du Familistère XI. — Etat civil du Familistère. — Bibliothèque du Familistère. — La Conscience perdue.
- NOUVELLES DU FAMILISTERE
- Assemblée générale ordinaire
- Séance du 2 Octobre 1881 à 3 heures après-midi Présidence de M. Gûdin, fondateur
- ORDRE DU JOUR
- 1° Rapport de M. l’Administrateur-Gérant sur les opérations de l’exercice 1880-81.
- 2° Rapport du Conseil de surveillance sur le même
- sujet.
- Le bureau est composé du Président et de Messieurs les Conseillers de Gérance ayant qualité d’associés, savoir : Messieurs Barbary, Dequenne, Pernin et Piponnier.
- Après l’appel nominal, M. le Président déclare la séance ouverte.
- Le procès-verbal de la dernière Assemblée générale est lu et adopté.
- M. le Préisdent donne lecture à l’Assemblée du rapport suivant :
- Société du Familistère d© Guise
- Association coopérative du Capital et du Travail Exercice 1880-1881 « Amis et chers collaborateurs,
- » L’Association du Familistère a clos le 30 juin « dernier son exercice annuel.
- « Conformément aux prescriptions statutaires,j’ai « l’honneur de venir exposer devant vous le rapport » annuel sur la situation morale, industrielle et fi-« nancière de l’Association.
- « Notre Société comprend aujourd’hui 608 mem-
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- « bres répartis comme suit dans les diverses catégo- ; « ries :
- « Associés.................. 50
- « Sociétaires * . . . . 65
- « Participants , . , . , 493
- « Elle occupe, en outre, 911 auxiliaires parmi les-« quels bien des travailleurs de mérite ne sont pas « encore classés au rang des participants, soit parce « qu’ils n’ont pas atteint leur majorité et que, par « conséquent, leurs épargnes restent en réserve jus-« qu’à ce qu’ils aient l’âge voulu pour être admis ;
- « soit parce qu’ils sont trop nouvellement attachés à « nos travaux. Et le plus grand nombre est dans ce « cas par suite de l’augmentation considérable du « personnel des usines depuis la constitution légale « de l’Association. Tous ceux qui réunissent les eon-« ditions réglementaires pour leur admission dans « l’Association ne devront donc pas négliger de faire « leur demande.
- cc Ainsi tous les travailleurs de mérite s’élèveront « peu à peu dans les rangs de l’Association puisque « le mouvement ascensionnel s’opère constamment « depuis la constitution légale de la Société.
- « Le fait moral caractéristique qui n’a cessé de « s’accentuer depuis la signature de nos Statuts, je « le constate avec bonheur, est la sollicitude mu-« tuelle qui s’est emparée de la plupart d’entre vous « pour aider au progrès de notre association.
- « Une activité toute particulière s’est fait jour sur « tous les points. Chacun s’est senti relié d’une « façon plus intime au bien de tous les autres.
- « Nombre d’ouvriers se sont signalés par Tactive « recherche des moyens de travail les plus économi-« ques et les plus avantageux pour l’Association. Le « Conseil de Gérance vient de décider qu’il y a même « lieu d’augmenter le chiffre des récomp mses qui « leur ont été accordées. Les chefs, de leur côté, ont « été empressés à mettre en lumière les services « exceptionnels rendus par les travailleurs. Le même « soin à seconder tout ce qui peut concourir au bien « de la Société a été apporté par les membres des « Conseils dans toutes les questions qui sont de leur « ressort.
- « L’esprit général est donc excellent, il n'y a qu’à « avancer chaque jour davantage dans la voie actuel-« lement suivie.
- « Pour cela il est bon que chacun élargisse de plus « en plus le cadre des questions auxquelles il s’inté-« resse.
- « Je signalerai tout particulièrement à vous, asso-« ciés, qui constituez l’Assemblée générale et la « première catégorie des membres de l’Association,
- « et spécialement à ceux d’entre vous qui ont part à
- « la direction des services sociaux et industriels, « que nos statuts reposent sur des principes dont « nous devons souvent faire l’ebjet de nos réflexions. « Ces principes, toutes les fois que nous avons à « prendre une décision qui intéresse l'Association « entière, doivent être présents à notre espnt.
- « N’oubliez jamais que vous vivez et travaillez « sous le régime de l’Association, que vos avantages « personnels sont intimement liés à la prospérité « commune, que votre avenir, votre fortune, la for» « tune de vos enfants, doit se réaliser par l’Associa» « ciation. Par conséquent c’est en aidant la marche « de la Société de tout votre pouvoir que vous servi-« rez le mieux vos propres intérêts.
- « Quiconque voudrait sous l’empire de l’habitude « du passé et de sentiments étroits et cupides, ne « chercher dans l’Association que des avantages « purement personnels, travaillerait par cela même « même contre ses propres intérêts parce qu'au lieu « d aider à l’essor de la fortune commune il serait « pour elle un embarras, On conçoit, en effet, que si « chacun de vous en agissait ainsi, l’Association ne « serait qu’une vaste arène de tiraillements; elle « marcherait à la ruine, par conséquent à la priva-« vation pour vous de votre travail, de vos salaires « et des bénéfices que vous avez maintenant la satis-« faction de vous partager.
- « Au contraire, l’entente, l’accord entre vous, le « désir du bien commun, vous conduisent et vous « conduiront à une prospérité sans exemple pour les « classes ouvrières, prospérité que la cupidité indi-« viduelle empêcherait, si elle était en dominance « parmi vous.
- « En toute direction oh peut suivre deux voies « toutes différentes. La plus adoptée jusqu’ici cor-« respond àl’étroitessse de la conception de l’intérêt « purement individuel. C’est ainsi que le travail et « l’industrie ont été compris et dirigés jusqu’à ce « jour. Chacun pour soi a été la règle qui met les « hommes en lutte les uns contre les autres. La se-« conde voie plus large et plus généreuse embrasse « non-seulement nos propres intérêts mais aussi « l’intérêt des autres. Elle correspond à l’Associa-« tion de l’industrie et du travail ; elle appelle les « ouvriers à avoir chacun sa part d’économie dans « les bénéfices de la production, et à devenir ainsi « collectivement les propriétaires de leurs instru-« ments de travail; elle intéresse de cette façon « chacun à la prospérité commune. C’est là un fait » qu’il ne faut jamais oublier, tant au point de vue « de l’équité et de la justice qu’au point de vue de « l’intérêt et de la prospérité de l'Association.
- « Associés, sociétaires, participants et auxiliaires,
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- t Bos intérêts sont solidaires. Mais ce sont surtout a ]es associés qui ont besoin de comprendre cette , vérité, car c’est à eux qu’incombent les décisions ; e et s'ils s’inspiraient de l’esprit d’égoïsme, ils en , recueilleraient les fruits les plus amers, les plus , préjudiciables à leurs réels intérêts.
- « pour assurer la prospérité industrielle et morale 8 de 1’œuvre, il faut que tous les membres s’y inté» , ressent, quelle que soit leur catégorie. Pour que 4 cet esprit subsiste parmi nous, nos statuts laissent les catégories ascendantes constamment ou-e vertes ; le candidat méritant doit donc toujours y , être accueilli avec empressement, avec cordialité ; , ü faut qu’il soit de notoriété que pour être admis , dans nos rangs, il suffit de faire preuve de travail , et de bonne conduite.
- « Nous aurons ainsi un corps social dont tous les , membres seront unis dans une pensée commune : « celle de concourir au bien et à la prospérité de , l’Association, ce qui est la seule voie d’assurer la , fortune et les garanties de vos familles pour l’a-« venir.
- « Repoussez donc de vos âmes les sentiments « d’égoïsme si vous voulez le succès de l’Associa-« tien. En toutes choses inspirez-vous de la frater-« nité. Ne séparez jamais les intérêts de vos collè-« gués de vos intérêts propres. A cette condition « l’avenir est à vous, Dieu couronnera vos efforts et « vos travaux.
- « Je constate avec une véritable satisfaction que «j’ai vu cet amour du bien commun se témoigner «dans les Conseils d’une façon spéciale, au sujet du « service de l’Education et de l’Instruction de i’En-« fance.
- « Vos Conseillers se sont constitués en inspecteurs « volontaires des écoles, afin d’apporter sur ce point
- * si intéressant pour l’avenir de l’œuvre, toute l’at-“ tention, toute la sollicitude que le sujet mérite.
- “ Des améliorations sérieuses vont être réalisées “ de ce côté. D’une part l’augmentation de la population enfantine, d’autre part la prolongation du
- * séjour des élèves dans les écoles nécessitent une
- * ^organisation, un appel de forces nouvelles,grâce
- * auxquelles, je l’espère, les classes d’écoles du
- * Familistère vont prendre un rang distingué dans
- * ^instruction.
- “ Dans le même ordre de faits le Conseil du Fami-“ listère a réorganisé la bibliothèque ; l’ouverture
- * de nouvelles salles de lecture au Familistère sera
- * une ressource de plus à l’étude, aux délassements
- * et aux agréments des réunions.
- * Le cercle qui touche â la bibliothèque devra
- * Prochainement se réorganiser à son tour,pour être
- « en harmonie avec les besoins des salles de lee-« ture.
- « Vos assurances mutuelles ont marché de la fa-« çon la plus satisfaisante. Elles ont répondu à tous “ les besoins avec vigilance et sollicitude, je suis « heureux de leur rendre cet hommage.
- « Je passe maintenant à l’examen de chacune des « directions de l’Association.
- « Les opérations générales du Familistère ont « suivi une marche normale et régulière. Messieurs « Défontaine et Roussel ont fait tout le possible à « cet égard. Mais il est incontestable que les serti vices commerciaux pourraient devenir plus pro-« ductifs,s’ils recevaient une impulsion nouvelle par « une direction à la hauteur des besoins.
- « L’Association est toujours dans l’attente d’un “ fonctionnaire embrassant avec intelligence et ca-« pacité l’ensemble des services et le contrôle de « toutes les opérations.
- , « Je ne négligerai rien pour trouver ce fonction-« naire et le faire entrer dans nos rangs.
- « Dans la direction du matériel et des construc-« tions, pendant l’exercice 1880 81, le pont du Fait miîistère a été terminé. Actuellement on achève « un mur de quai sur le canal près du Familistère. « La nouvelle émaillerie a été achevée et pourvue « de son matériel. Elle va être en état de permettre « le déplacement des équipes d’émailleurs et leur « offrira un atelier plus vaste, mieux aéré et plus « salubre.
- « Grâce au tqlent avec lequel M. Pernin a agencé « ce nouvel atelier, nous pouvons espérer trouver là « une cause sérieuse d’amélioration dans la cons-« tructionet la qualité de nos produits.
- « Le développement rapide des affaires a rendu,en « outre, nécessaire l’agrandissement des ateliers de « fonderie et de montage pour y placer des ouvriers. « Il a fallu aussi créer un atelier d'emballage, l’an-« cien étant devenu trop étroit. Ces constructions « nouvelles doivent se continuer par l’agrandisse-« ment des magasins.
- « J’appelle tout particulièrement l’attention de « l’Assemblée générale sur ce point, ainsi que sur « ceux que je vais lui exposer.
- « Un nouvel équipage de machines moulantes va « être mis en train; l’expérience complètement faite « aujourd'hui de cette invention établit que la mou-« lerie mécanique se présente comme une source de « prospérité nouvelle pour l’Association. Je devais « donc signaler à l’attention de l’Assemblée géné-« raie l’intérêt qu’ii peut y avoir à prévoir, dès main-« tenant, la construction d’une nouvelle halle defon-
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- « derie et l’établissement dans cette halle de quatre « machines moulantes.
- « Ces diverses questions sont d’une importance « considérable. Il convient donc que l’Assemblée « générale soit appelée à donner son avis sur elles,
- « puisqu’il s’agit de l’augmentation de ses affaires.
- « Pour le moment,je vous signale ces besoins afin « de vous faire connaître les causes de prospérité que « l’Association a devant elle et d’établir par quel « moyen elle peut les mettre à profit.
- « Les constructions nouvelles et les machines et « engins mécaniques ne sont, en effet, qu’un moyen « de production. Il faut pour en tirer profit des pro-« duits à fabriquer. C’est ce que la Société a réalisé « dans la création de modèles dont le succès a dé-« passé les espérances. C’est ce qu’elle poursuit par « de nouvelles inventions auxquelles M. Barbary se « consacre avec un véritable dévouement. Six bre-« vêts ont été pris cette année en France et en Bel-« gique, au nom de la Société.
- « La construction des appareils, tant pour le « chauffage ordinaire que pour le chauffage et la « cuisson au gaz, exige de nouveaux moyens d’ac~
- « tion. Les machines moulantes nous les offrent avec « une précision et une perfection admirables. L’As-« sociation doit faire le nécessaire pour tirer parti « de toutes ces ressources.
- « Il est donc utile que l’Association émette son « avis sur les faits accomplis et sur les propositions « que la Gérance apporte devant vous.
- « En ce qui concerne la fabrication, jamais la di-« rection de ce service n’a été suivie avec plus « d’exactitude que n’en a apportée M. Dequenne de-« puis que l’Association est fondée. Malgré l’aug-« mentation considérable de la production et du « nombre des modèles en fabrication, la distribution « du travail a toujours été faite avec une telle régu-« larité que la commande a sans cesse reçu satis-« faction, et que les objets en magasins ont été en-« tretenus constamment dans les proportions vou-« lues pour répondre à tous les besoins du service.
- « Mais la responsabilité qui incombe à M. De-« quenne rend certainement nécessaire l’introduc-« tion d’une ou deux capacités nouvelles dans la di-« rection générale des fonderies. Il serait heureux a que l’Association pût les rencontrer.
- « M. André, de son côté, avec la ponctualité qui « lui est propre, a veillé aux approvisionnements « des matières premières de l’usine, de manière à « assurer largement tous les moyens de production. * Il a également eu à répondre au développement « considérable de la vente par la direction des voya-
- « geurs et de la correspondance. Mais ce service est « aussi tellement chargé qu’il y a lieu de faire des « efforts pour donner à M. André des hommes capa-« blés de le véritablement seconder.
- « La comptabilité a aussi reçu les modifications et « les améliorations qu’exigeait la constitution de la « Société. Ces nouveaux travaux n’ont pas empêché « que les écritures sont tenues depuis lors à jour et « avec une exactitude qui jamais n’avait été atteinte « jusqu’ici dans les usines.
- « M. Piponnier a donc montré,sous ce rapport,une « attention à l’exécution du travail dont je le féli-« cite. J’ajoute que je dois également des témoigna-« ges de satisfaction à presque tous les employés « attachés à l’Association.
- « Je puis donc dire avec un véritable bonheur que, « malgré la vigilante direction que j’ai apportée « dans le Familistère et les usines jusqu’au jour de « la fondation définitive de l’Association, jamais un « ordre aussi parfait, aussi complet, n’avait régné « dans tous les services. Jamais l’esprit d’améliora-« tion et de création ne s’était manifesté avec pareil « dévouement et pareil entrain. Je puis dire aujour-« d’hui que mes employés d’autrefois sont devenus « mes collaborateurs,et que le sentiment des mérites « de l’Association s’éclaire dans tous les esprits.
- « Malgré cela il ne faut pas s’éblouir sur les ré-« sultats. Il ne faut pas perdre de vue que pour diri-« ger de grandes affaires, il faut y proportionner les « moyens d’action et avoir pour les bien conduire les « capacités et les hommes nécessaires; il ne faut pas « perdre de vue que depuis la constitution de l’As-« sociation environ cinq cents ouvriers nouveaux « sont entrés au service de la Société. Le personnel « dirigeant ne s’est pas accru dans les mêmes pro-« portions. Il reste donc une part d’action pour la* « quelle il faudrait que de réelles capacités s’adjoi-« gnissent à nous.
- « Il ne faut pas perdre de vue que j’occupe une « certaine place dans toutes les directions de l’Assu-« ciation et qu’il faudra me suppléer un jour; qu’à ce « titre encore il est nécessaire de compléter large* « ment le cadre administratif. C’est ce que tous mes « efforts tendent à faire. Je compte, en outre, sur le « concours dévoué de tous les chefs de services ou de « fonctions, pour m’aider dans cette tâche, pour m® « signaler les points encore faibles des directions et « pour aviser avec moi à les combler. C’est ainsi « que l’Association tirera profit de toutes les res' « sources qu’elle a entre les mains.
- « Je vais maintenant vous exposer la situât^ « matérielle de l'année.
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- nos i m
- ' DE
- ^ASSOCIATION DU FAMILISTÈRE DE GUISE
- GODIN & O
- Au 30 Juin 1881
- ACTIF
- Famil istèr©
- Immeubles....».... 959.445.71 )
- Marchandises...... 77.761.50 j 1.084.059.22
- Comptes débiteurs.... 46.852.01 '
- Usine de Guise
- Immeubles.............. 431.754.89
- Matériel.............. 487.574.40
- Matières premières... 1.015.728.79
- Marchandises........... 283.639.25
- Comptes débiteurs.... 3.627.410.51 Valeurs diverses.... 7.475.19
- 5.853.583.03
- Usine de Laekeu
- Immeubles.......... 120.000 V
- Matériel.............. 53.123.69
- Matières premières... 127.721.69 > 606.240.79
- Comptes débiteurs.... 180.718.56 !
- Marchandises.......... 124.676.85 )
- Comptabilité sociale
- Constructions nouvelles,
- 690.095.65
- 8.233.978.69
- PASSIF
- Familistère
- Comptes créditeurs................ 196.209.28
- Usine de Grnise Comptes créditeurs... 1.470.981.14 Assurances mutuelles contre la
- maladie / 1.501.620.26
- Hommes................. 11.420.15
- Dames................... 6.146.90
- Pharmacie . ............13.072.07
- Usine de Laeken
- Comptes créditeurs................ 46.390.07
- C omptabili té sociale
- Comptes créditeurs.... 68.454.10 Assurance des pensions
- et du nécessaire..... 218.418.52
- Prais d’éducation et
- d'instruction......... 9.354.48
- Amortissement des im- \ 5.403.944.56
- meubles et du matériel................ 364.537.80
- Ponds de réserve... 143.179.66
- 9pitaij Apports. 4.151.634) . nnn ,0cial 1 Epargnes 448.366 } 4,600’000 ,
- Plus-value de l’exercice.......... 1.085.814.52
- 8.233.978.69
- Les dépenses que la Société a dû faire depuis sa
- « fondation pour achever les entreprises déjà coince mencées en bâtiments et en matériel, et pour les ce constructions qu’elle a été obligé d’édifier, de ré-ce parer et d’entretenir, s’élèvent à fr. 690.095.65 « sur lesquels elle a déjà amorti ou « payé................................ 364.537.80
- « Il reste à payer fr. . . 325.557.85
- au crédit du compte amortissement.
- « La Société est donc déjà en possession de plus de la moitié des constructions qu’elle a fait édifier.
- « Cela démontre que nos Statuts ont assuré d’une façon efficace les moyens pour la Société de donner à ses établissements toutes les améliorations que les circonstances exigeront, si, parson activité,son travail et surtout par l’intelligence que ses membres auront su mettre à son service, l’Association se tient à la hauteur
- des besoins.......................
- « Le total des ventes brutes s’élève à 5.423.915.95 sur lesquels on a accordé au commerce une remise de fr............ 988.895.80
- « Total net des ventes fr. . 4.435.020.15 « Le nombre des appareils vendus s’élève :
- « En fourneaux,cuisinières, poêles, à 60.743 pourfr. 2.590.686 » ce En cheminées, calorifères, foyers divers à .... 42.596 » 1.228.813 »
- « En appareils divers à ... . 2.093 » 94.518 »
- « En menus objets
- à environ . . . 200.000 » 521.603 »
- « Totaux. . 305.432 »
- « Les produits bruts de l’année se décomposent ainsi :
- « Familistère (Services commerciaux et loyers) . o .. .
- « Usine de Cuise.................
- « Usine de Laeken................
- 4.435.620 »
- 80.918.78 999.099.12 142 886.52
- Total.......... 1.222.904.42
- « A déduire, conformément aux Sta-« tuts :
- « Pour amortissement des construc-« tions nouvelles, 5 0/0sur 1.391.200,60 « (Immeubles de l’usine et du Familis-
- « tère) .............. 69.560 »
- « Amortissement de » 10 0/0 sur 724.059, 15.
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- LE DEVOIR
- « (Matériel de l’usine et du « Familistère) .... 72.405 90
- « Intérêts à 5 0/0 du ca-
- « pital social........... 230.000 » i
- Ensemble. . . 371.905.90
- Reste net fr. . . 850.938.52
- « Cette somme se répartit comme « suit :
- « Fonds de réserve . * * 25 0/0
- « Capital et Travail ... 50 0/0
- « Administrateur Gérant . 12 O/O
- « Conseil de Gérance . . 9 0/0
- « Conseil de Surveillance . 2 0/0
- « À la disposition du Conseil 2 0/0
- 212.734.84
- 425.469.18
- 102.112.56
- 76.584.42
- 17.018.76
- 17-018.76
- U
- «
- U
- « Total fr . . . 850.938.52
- « La somme de.....................-425.469.18
- revenant au Travail et au Capital est répartie dans la proportion des concours suivants :
- « L’Association a payé, pendant l’exercice 1880-81
- en salaires :
- « Au Familistère .
- « A t’usine de Guise « A l’asine de Laeken
- 66.581.78
- 1.655.086.25
- 151.663.69
- Total des salaires
- 1.873.331.72
- « Concours supplémentaires
- « Des associés ....... 128.813 »
- « Des sociétaires ...... 55.769 »
- Total des concours
- « reconnus au travail................ 2.057.913.72
- « Intérêts du Capital social à 5 0/0 « 'sur 4.600.000 fr.................. 230.000 »
- « Total des services rendus . . . 2.287.913 »
- « Ce qui donne sur le chiffre de 425.469 fr. 18 c. à « répartir, 18 fr. 60 c. pour cent de l’évaluation des « concours.
- « La répartition d? cette somme sé fait de la façon « suivante :
- Salaires
- Total des concours. " Sommes
- « Aux associés• 128.813 fr.
- «Supplément.. 128.813
- 257.626 à 18.60 0/0. 47.918
- « Aux sociétaires.............. 111.538
- « Supplément.. 55.769
- 167 307 » 31.119
- « Aux participants* 747.667 » 139.066
- » Aux épargnes réservés* 79.768 » 14*830
- « A l’assurance des pen-« sions, épargne des
- « auxiliaires. 805.545 » 149.750
- Total. 2.057.913
- Au capital,intérêts,23Q.000 fr. à 18.60 0/0. 42.780
- Total égal Frj 425.469
- « Ce qui porte les intérêts et dividendes du capital ou des parts d’intérêts à 5 fr. 93 0/0.
- Services de l'enfance
- 18S0-1881 pour
- nourricerie. 6.913.22
- Pouponnât. 749.77
- Bambinat. 1.705.37
- les Ecoles. 10.207.37
- Total. 19.575.76
- Assurance contre la maladie. Hommes
- « Solde en caisse au Trjuil-
- « let 1880. 17.635.93
- « Encaissement de l’année. 36.758.27 54.394.20
- « Dépenses de l’année. 42.974.05
- « En caisse au 30 juin 1881. 11.420.15
- Assurance contre la maladie. •— Dames.
- « Solde en caisse au lerjuil-« let 1880. 7.917.55
- « Encaissement de l’année* 3*181*10 « Dépenses de l’année.
- « En caisse au 30 juin 1881.
- Caisse de Pharmacie « Solde en caisse au 1er juillet 1880. 11.587.70
- « Encaissement de tannée. 5.317.45 « Dépenses de l’année.
- « En caisse au 30 juin 1881.
- 11.098.
- 4.951.
- 6.146.
- 16.905.15 3.833 08 1.- .<>724)7
- Assurance des pensions et du nécessaire Solde en caisse au 1er juil-« let 1880. 102.439.84
- Encaissements de l’année. 76.938.80 1 79.378 Dépenses de l’annéd. 16.997
- Restent fr. 162.386 Part des auxiliaires,exercice 1879-80. 56.037
- « En caisse au 30 juin 1881. 218*418
- « A cette somme/s’ajoutent ies dividendes du travail représentés par les salaires des auxiliaires dans l’exercice écoulé, soit......
- « ce qui fait un total de
- 149.750 368.168-
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- LÉ DEVOIR
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- « Les membres de l’Association ont !
- « donc déjà devant eux la perspective !
- « de voir leurs vieux jours garantis I
- « contre le malheur, puisque cette as-« rance seule leur fournit les ressourcées nécessaires.
- « La somme que je viens d’énoncer « provient des ressources suivantes :
- « 1° Prélèvement statutaire pres-« crit sur les bénéfices, 2 0/0 de l'irn-« portance des salaires,soit. . . . 119.957.96
- « ce fond est disponible en espèces ; c l’assurance peut y puiser librement « pour ses besoins.
- « 2° L’assurance est créditrice d’une
- « somme de....................., 248.210.56
- « provenant des dividendes représentés par les salai-c res des auxiliaires, conformément à l’art. 129 de « nos statuts.
- « D’après l’article 128 les dividendes du travail « sont convertis en titres d’épargne. Cela doit-il être « fait pour notre assurance des pensions ,* ceci sou-« lève une question de forme dont les Conseils de « l’association devront s'occuper pour donner au « capital des assurances toute la sécurité possible.
- « L’état prospère de l’assurance des pensions a « permis de songer à l’élévation du minimum accordé « pour la subsistance.Le Comité d’abord et le Conseil ! « de Gérance ensuite ont voté cette augmentation.
- « Lanouveau tarif va être misa l’expérience pendant « quelque temps. S’il ne présente aucun inconvénient * il sera soumis ensuite â votre sanction*
- « Je laisse maintenant la parole au Rapporteur du « Conseil de surveillance pour qu’il complète les ren-« saignements à vous donner* »
- (A suivre.)
- FAITS POLITIQUES & SOCIAUX DE LA SEMAINE
- TJ il oilîeîe** liéroÏQui©. — A propos de la fête que célébrait le 8 la ville de Saint-Quentin pour l’inauguration du monument commémoratif de sa belle défense contre les Allemands, tous les Officiers qui y prirent part avaient été invités.
- Le Colonel Richard qui occupe actuellement les fonctions de chef de cabinet près le ministre de la guerre est peut-être moins connu que ceux de ses camarades invités à fa fête commémorative de Sai t-Queutin. Cependant il a joué un rôle très glorieux dans toute cette période de Phi toiredenos malheurs. Alors chef de bataillon du génie, le général Faidherbe l’avait choisi comme premier âide-de^camp et il rendit les services les plus signalés au commandant eü chef de l’armée du Nord. Le soir de la bataille de Saint-Quentin il se distingua par Un acte d’énergie peu commune, et dont nous n’avons encore trouvé nulle part le récit, bien qu’il mérite àB&üréiüent d’être rapporté dans ses détails
- Nous avons dit que des barricades avaient été con struites dans les faubourgs de Saint-Quentin pour arrêter l’ennemi Une de ces barricades, trè-^ solidement établie, se dressait au faubourg Saint-Martin et le feu qui en partait retarda l’invasion des troupes prussiennes jusqu’à ia chute du jour. Le commandant Richard avait été posté à cette barricade avec ordre d’y tenir le plus longtemps possible. La nuit était venue ; l'ennemi débordait de toutes parts; le commandant Richard, dont les munitions ôtaient épuisées, se voyait tourné avec la petite poignée de braves qui lui restaient.
- — Mes enfants, leur dit-il. nous sommes cernés ; la position n’est plus tenable. Si nous restons, nous nous ferons massacrer sans profit et nos bras peuvent être encore Utiles à la défense du pays. Battons en retraite, chacun de notre côté. Mais, vous entendez, je vous donne rendez-vous demain matin sur leborddu canal, au nord de Saint-Quentin. J’y serai !
- Quand les soldats sont partis et qu’il a lieu de les croire en sûreté, le commandant Richard quitte alors seulement la barricade. Pendant ce temps les troupes avaient déjà envahi Saint-Quentin. Le brave officier voit venir à lui une patrouille allemande qui lui barre la seule issue qui existât. Il se précipite sur la patrouille et, faisant feu de son revolver, tue deux Prussiens, disperse les survivants, et leur passe littéralement sur le corps.
- Richard se croyait sauvé ; mais voilà une seconde patrouille qui accourt. Or le revolver du commandant est vide ! Fort heureusement cet intrépide soldat est doué d’une force herculéenne. Il fond comme un taureau sur les soldats allemands, qui n’en peuvent croire leurs yeux et que la rapidité de cette agression déconcerte; il en assomme un avec la crosse de son revolver, renverse un autre d’tin coup de pommeau de sabre, traverse comme une bombe ia petite cohorte stupéfaite, et s’élance dans une maison dont la porte est ouverte.
- Richard est-il enfin à l'abri? Point du tout. Une femme est effrayée de voir se réfugier chez el e cet officier traqué par l’ennemi; craignant les représailles, elîe se met à crier et fait mine de vouloir livrer le commandant.
- Celui-ci terifie la mégère en lui présentant le eanon de son inoffensif revolver ; elle s’évanouit et, pendant ce temps, Richard arrache son uniforme, le fait disparaître avec ses armes, et revêt une culoite et un bourgeron d’ouvrier qui se trouvaient dans l’appartement.
- Le commandant était à peine ainsi déguisé, qu’une troisième patrouille envahit la chambre et demande à grands cris à fouiller la maison pour y trouver l’officier fugitif. .
- Richard, avec un sang-froid merveilleux, prend une chandelle, l'allume, et conduit les Allemands de la cave au grenier, en les aidant de son mieux danst leurs recherches. Les Prussiens exaspérés d’avoir fait buisson creux, se retirent en sacrant et s’en vont continuer ailleurs leurs perquisitions. Richard file derrière eux; à la faveur ce la nuit, il traverse les lignes ennemies et, le lendemain, à l'heure dite, il est au rendez-vous, où il trouve, tout ému, la presque totalité de ses braves camarades, dont la plupart ont pu conserver des armes*
- On se met en route dans la direction de Guise ; des uhlans harcèlent ces héroïques fuyards, qui échappent heureusement aux lances de leurs poursuivants. Bref, après avoir atteint Guise, où ils étaient en sûreté, le commandant Richard et ses hommes soot repartis immédiatement pour Lille^ où ils sont allés se mettre à la disposition de l’autorité militaire supérieure.
- A raison de cette action étonnante et qui révèle chez son auteur une audace et ure présence d'esprit vraiment inouïes. le commandant Richard fut proposé pour la rosette d’officier de la Légion d’honneur. Il paraît qu’il l’attend encore. On n’accusera pas le général Earre de favoritisme.
- * #
- La colonie française en particulier4 et tous les Européens de Tunis sont indignés des atrocités bomrüises par les insurgés sur les malheureux qu’ils ont tués sür là voie du cberûiü de fers
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- LE DEVOIR
- De la gare d’Oued-Zergua, il ne reste que les quatre murs; tout a été détruit, brûlé ou brisé. Le coffre-fort seul a résisté, mais il ne contenait rien. Le chef de gare a.été brûlé vif, ainsi qu’un autre employé. On a trouvé une apparence de corps, car presque tout a été consumé par le feu. Ces barbares avaient allumé un foyer spécial pour les malheureux qu’ils ont torturés ; les autres cadavres ont ôté trouvés, six au kilomètre 98 et trois le long de la voie. Ils ont pillé les diverses maisons de garde, ont mis le feu au tablier d’un pont, ont enlevé des rails en divers endroits, dévasté les gares de marchandises, et jeté sur la voie ou brûlé les marchandises.
- Le train venant de Ghardimaou s’est arrêté en route, en apercevant des pillards en grand nombre Les voyageurs et les employés, ainsi que les soldats qui étaient dans ce train, sont venus à pied jusqu’à Oued-Zergua. Ils ont trouvé là le spectacle affreux que je vous dépeins. M. Dubos, parti de Tunis le soir même, est arrivé à Oued-Zergua. M. Dubos est l'ingénieur en chef de la Compagnie Bone-Guelma ; il a recueilli les débris informes des deux malheureux brûlés et a fait apporter à Tunis les neuf autres cadavres, tous affreusement mutilés. La machine du train reste en détresse. Elle a été abîmée par les insurgés ; ils ont brisé toutes les pièces qu’ils ont pu enlever, ont enfoncé les wagons et les fourgons et commis tous les dégâts possibles.
- Hier matin, huit cents hommes sont partis de Ma-nouba; mais que vont-ils faire maintenant? Ces hommes auraient dû depuis longtemps se trouver sur la voie. Il y a assez de temps que nous ne cessons de répéter que la voie serait attaquée ; on ne nous a pas cru. Nous étions mieux informés qu’on ne le supposait. Il est positif aujourd’hui qu’on ne trouveia auc m employé qui veuille exposer sa vieen restant dans les stations le long de la voie, aucun surveillant qui consentira à vérifier si la voie est en bon étal avant le passage des trains.
- Une vive émotion règne dans toute la population européenne; tous demandent une vengeance terrible; pas de merci ; il faut à tout prix que nous en finissions avec ces barbares.
- *
- ¥ *
- Les journaux anglais, plus favorisés que la presse française, annonçaient déjà mercredi qu’ordre avait été donné d’occuper les forts de Tunis. Cette nouvelle est confirmée. Le gouvernement français avait hésité jusqu’ici à autoriser une mesure qui lui avait paru porter une atteinte à la souveraineté du bey, mais les récents événements de la vallée de la Medjerdah lui commandent de veiller à la protection des Européens qui pourraient avoir à souffrir des manifestations du fanatisme des 100,000 Arabes de la capitale. Du reste, cette occupation a été convenue en suite d’une entrevue de notre représentant avec le bey.
- On peut dire que la mesure n’est plus qu’une formalité, les troupes françaises occupant toute la banlieue ae Tunis. Cette ville est défendue, comme toutes les ville s arabes, par une enceinte flanquée de tours et armée de canons, cette enceinte est crénelée, sept portes assurent les accès de la ville. A l’aube du jour ces portes s’ouvrent et elles sont fermées à la nuit tombante.
- Le point culminant de la ville est la Kasbah, forteresse entourée de hautes murailles, renfermant le palais du gouverneur, la caserne, quelques dépôts et des réservoirs, L’enceinte et les forts dominent le côté Nord de la ville de Tunis, bâtie elle-même sur une éminence qui descend en pente douce vers le lac d’El-Bahira. Ils assurent la défense du côté de terre et couvrent les routes qui conduisent au Bardo et à Kassar-Saïd.
- Forts, murs d’enceinte et Kasbah n’ont, au point de vue militaire, qu’une importance très secondaire, et si l’autorisation a été donnée d’occuper Tunis d’une manière effective, c’est plutôt pour tenir les Arabes en respect que comme une mesure d’ordre purement militaire. L’occupation immobilisera, au moment où on pourrait les utiliser, plusieurs milliers d’hommes ; il faudra aussi armer les forts de canons plus redoutables que ceux qui encombrent les créneaux de l’enceinte.
- La mesure exercera, nous n’en doutons pas, une in-
- fluence salutaire sur les fanatiques qui conspiraient en pleine rue, grâce à la complaisance des autorités tunisiennes.
- On apprend en outre que les positions qu’occupait Ali-Bey à Medjez-el-Baz ont été renforcées par six bataillons de troupes françaises; les réguliers du général tunisien sont placés sous le commandement des Français. Cette excellente mesure était commandée par les circonstances.
- Les dernières dépêches annoncent en outre que divers points de la vallée de la Medjerdah vont être occupés, afin de prévenir de nouvelles incursions des bandes insurgées ; le matériel de la ligne est garé dàns les stations à l’abri d’un coup de main.
- Les nouvelles du Sud sont bonnes, le Sahel est tranquille, l’insurrection concentrant ses forces à Kairouan.
- Trois colonnes, fortes ensemble de 15 à 16,000 hommes, opéreront contre cette ville : celle du nord est commandée par le général Loger' >t celle de Souse par le général Etienne, et celle qui pénètre en Tunisie depuis Tebessa par le général Forgemol.
- C’est à la colonne qui opère depuis Zaghouan qu’incombe la partie difficile de la campagne; cette colonne aura de grosses difficultés à surmonter; en outre, la distance entre Zaghouan et Kairouan est d’environ 120 kilomètres, et le pays manque d’eau potable. >
- ITALIE
- VJlalie donne les renseignements suivants sur le retour des négociateurs du traité de commerce franco-italien :
- Les négociateurs du traité de commerce avec la France sont rentrés en Italie.
- Le commandeur Etlena, arrivé à Rome, a conféré avec les ministres du commerce et des finances.
- Bien qu’il reste encore quelques légères difficultés à surmonter, on espère, toutefois, arriver à un accord satisfaisant, grâce à l’esprit de conciliation dont les deux gouvernements sont animés.
- Le ministre du commerce français, en se séparant des négociateurs italiens, leur a exprimé d’une façon non douteuse ses sentiments d’affectueuse sympathie.
- Ihéon XIII. — Un correspondant écrit au Moniteur universel :
- Je vais commettre une indiscrétion, mais comme j’ai été l’un des premiers à annoncer le transport mystérieux d’objets appartenant au palais apostolique, je v ux compléter mon information avant que d’autres ne me la volent.
- Je vous disais que des fourgons du Vatican traversaient le Borgo de nuit et même de jour se dirige nt vers... j’en étais resté là. Eh bien ! ces fourgons se dirigent vers l’ambassade d’Autriche près le Saint-Siège, où les objets qu’ils contiennent sont déchargés et mis sous bonne clé. On m’assure qu’il s’agit plutôt de papiers précieux, tirés peut-être des archives secrètes du Vatican, que d’objets d’art ou de valeurs.
- La nouvelle, qui a grand intérêt, prouve deux choses : d’abord que, sans avoir fixé ni l’heure ni le moment, Léon XIII a admis en principe l’idée de son départ de Rome ; secondement, que la papauté n’est pas aussi isolée que veulent bien le dire les italiens, et que des gouvernements très-sérieux et très-dévoués sont disposés à lui prêter aide et appui.
- IRLANDE
- M. Parnell, qui continue sa campagne contre les landlords d’Irlande, a été reçu avec .enthousiasme à Cork. A un banquet qui lui a été offert, il a défini une redevance légitime {fair rent) en disant que le landlord ne devait recevoir pour la terre affermée par lui qu’une redevance représentant la valeur primitive du sol avant
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- LE DEVOIR
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- toutes les améliorations dues au travail du tenancier et de ses prédécesseurs. La redevance due pour la valeur brute du sol, au dire de M. Parnell, ne serait en conséquence, pour l’Irlande entière, que de deux ou trois millions de livres sterling par an. Les landlords exigent au contraire actuellement environ 17 millions de livres par an ; mais bon nombre de tenanciers refusent de les payer.
- « On ne peut dire encore, ajoute M. Parnell, si le land act sera efficace ou non. 11 faut l’accepter si le tribunal, créé par la nouvelle loi, arrive à réduire les redevances à 3 millions de livres. Sinon, les chefs du peuple irlandais devront le d ssuader d’accepter une loi destinée à le désorganiser et à le ruiner. »
- Le père Sheehy, qui accompagne M. Parnell dans sa tournée, a prononcé à Cork un discours très violent, où il a prutesté contre l’incarcération sans jugement préa iable à laquelle il a été soumis en vertu du coercion act. « Si d’ici un mois, a-t-il ajouté, le gouvernement n’a pas mis en liberté les victimes du landlordism, et en particulier Michael Davitt, il faudra que tous les tenanciers refusent de payer leurs redevances. »
- SUISSE
- Le Congrès socialiste iniernaiional.
- — La bonne petite ville de Goire (Curia Roetorum des Romains), n’est élevée que de 390 mètres au-dessus du niveau de la mer ; mais elle paraît être fort au-dessus des théories socialistes et ne pas plus les craindre que les flots de l’Océan. Jusqu’ici, au moins, c’est fort tranquillement que MM. les délégués socialistes ont discuté. Dans la salle du Felsenkeller on discute fort pacifiquement ; rien de démonstratif, quelques guirlandes de feuillage, point de drapeaux rouges ou de noms en évidence.
- De Genève, il est arrivé le compagnon Becker, type-graphe, ancien rédacteur du Journal des Ouvriers ; puis Solari, rédacteur du Précurseur. Liebknecht a annoncé que l’agitation électorale en Allemagne ne lui permettait pas de s’éloigner.
- Dans la séance d’hier, on a élu Becker comme président du congrès et Gonzett comme vice-président. Il n’y a, du reste, que peu de délégués, une trentaine au plus ; le reste sont des amis de Suisse, des gens arrivés sans mandat, mais qui ont la confiance des délégués, puis quelques représentants de journaux.
- Les travaux du congrès ont commencé par les rapports relatifs à l’état de la question sociale dans les divers pays du monde. Pour la Belgique, le délégué Ber-tram a annoncé que, depuis le congrès de Gand, l’union règne de nouveau parmi les socialistes belges ; toutefois,les Wallons inclinent vers les théories anarchiques, alors que les Flamands se placent sur le terrain démocratique ; mais l’organisation de ces derniers est encore imparfaite. Le délégué hongrois Fierenzi expose que le parti socialiste compte 18 000 adhérents en Hongrie, groupés en association ouvrière de secours. Rackow rapporte au sujet de l’Angleterre et de l’Irlande qu’il n’y arien à espérer des radicaux anglais. Le délégné de Saint-Louis, Gaire, donne lecture d’une adresse de sympathie de frères américains ; il expose ensuite la situation des associations ouvrières aux Etats-Unis et annonce que, depuis la révolution des ouvriers de chemin de fer en 1877, les idées socialistes ont gagné un terrain énorme aux Etats-Uffis ; aux sociétés reconnues, il y a Üeu d’ajouter l’association secrète des « Chevaliers du travail. » La situation des ouvriers américains serait aussi pitoyable que celle de l’ouvrier européen.
- Un Polonais fait l’exposé de la situation sociale en Pologne. Les arrestations enlèvent les meilleures forces oece parti; la position des ouvriers, notamment des [^ailleurs des campagnes est lamentable : ils gagnent 20 centimes par jour, avec lesquels ils achètent du pain ®t des pommes üe terre. L’agitation socialiste doit être ùite avec beaucoup de précautions,car les Polonais sont s*ns lois. Un. Russe complète les renseignements don-
- nés sur la situation en Rassie; il dit même que la Russie est si peu informée de ce qui se passe en Europe qu’en a ignoré la réunion du congrès, autrement le comité exécutif se fût fait représenter a Goire.
- Le délégué Joffrin, de Paris, dit que l’agiiation socialiste en France a repi is dans des conditions mudesles. D'abord, au lendemain de la Commune, on ne pouvait faire plus que de demander la constitution de chambres syndicales; puis peu à peu le mouvement prit tle la consistance. On put fonder deux journaux,le Prolétaire, puis YEgaliiè. L’amnistie amena de nouveaux défenseurs de la cause ; des lors les socialistes purent disposer aux élections municipales de 65,000 voix, et aux élections du parlement, 106,000. Dans quelques années, on pourra disposer d’un million de suffrages pour les candidats socialistes, car le peuple reconnaît déjà qpe les radicaux d’aujourd’hui seront les opportunistes de demain. N tre parti, a dit le délégué Joffrio, est aujourd'hui "une puissance qui peut défier aussi bien la bourgeoisie que les anarchistes.
- L exposé général de la situation, au point de vue socialiste, étant terminé, les délégués ont reconnu l'impossibilité d’organiser pour le moment la fédération des socialistes. La question sera posée au futur congrès qui aura lieu à Paris en 1883 et qui sera le congrès universel du socialisme. lia été décidé en outre que des bureaux de secours seraient fondés dans tous les pays.
- La session du congrès se terminera aujourd’hui.
- ALLEMAGNE
- Les journaux autrichiens libéraux discutent vivement la question de savoir jusqu’à quel point le prince de Bismarck est sincère dans ses efforts pour mettre fin au Kulturkampf et pour réconcilier l’Elat avec la curie romaine. La Nouvelle Presse libre croit que, lorsque la période électorale sera passée, les ultramontains allemands s’apercevront que M. de Bismarck ne leur fera pas les concessions qu'ils demandent et que celles qu’il leur a faites jusqu’ici ne tranchent et ne terminent rien, les lois de mai subsistant toujours. La Nouvelle Presse libre croit que ce qui domine chez M. de Bismarck, c’est la haine des ultramontains, lesquels le lui rendent bien. Elle cile à ce propos un trait curieux et peu connu : Lorsqu’on était au plus fort du Kulturkampf. il arriva un jour que M. de Bismarck entrant au château, où l’empereur allait le recevoir en audience, ne fut pas salué par le comte de Nesselrode, maréchal de la cour de l’impératrice. Le comte est un des chefs du parti ultramontain. Le prince de Bismarck lui lança ud regard foudroyant; puis, entrant chez l’empereur, il lui dit: « Majesté, je suis habitué à être salué par les domestiques dans les maisons dans lesquelles j'arrive. Je vous demande une réparation de ''insolence de M. de Nesselrode. Le soir même, le comte de Nesselrode était congédié.
- * *
- Le correspondant du Times à Berlin a toutes raisons de croire que le prince de Bismarck partage les vues de ce journal au sujet du développement ultérieur de la question d’Orient, en tant du moins qu’il s’agit des relations futures entre l’Angleterre et l’Egypte.
- Dans ses conversations privées avec les membres du Congrès, à l’époque de la réunion des diplomates à Berlin, M. de Bismarck n’avait nullement fait mystère de son opinion que l’avenir de la Péuiusule balkanique appartenait à la Russie et à l’Autriche, et que l’Angleterre n’avait aucun iniérêt à empêcher l’établissement de l’une de ces puissances, ou de toutes les deux, entre le Danube et le B isphore, pourvu que sa suprématie en Egypte fût garantie.
- Le correspondant du journal anglais apprend de source digne de foi que le prince de Bismarck est toujours dans les mêmes idées, et que, loin de s’opposer à la réalisation éventuelle de la politique anglo-égyptienne, telle
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- LE DEVOIR
- qu’elle a été esquissée par le Times, il serait probablement le premier à la recommander comme étant en harmonie avec le développement naturel de l histoire, et les conséquences inévitables de la situation.
- Dans un article sur l’accession de 1 Italie à l’alliance austro-allemande, le journal les Grcnzboten, de Leipzig, rédigé par M. Busch, l’ancien secrétaire et le coufident de M. de Bismarck, dif que l’accession de l’Italie irrédentiste à cette alliance est difficile, « cette alliance impliquant, comme un de ses buts principaux, la garantie réciproque des possessions territoriales de l’Allemagne et de l’Autriche. »
- C’est la première fois que l’aveu relatif à la garantie des possessions territoriales des deux pays alliés est fait par un journal officieux.
- RUSSIE - '
- Nouveaiï complot contre la -vie du czai*
- Alexiiïitlï-e XXI . — Un nouveau complot contre la vie de l’empereur Alexandre III vient d’être découvert Le journal des révolutionnaires russe Narodnja Volja (Volonté du peuple) avait annoncé, dans un numéro paru ces derniers jours, qu’un complot se préparait contre le chef de l’Etat, et qu’il serait bientôt puni de ses fautes.
- Comme vous le voyez, les nihilistes ne menacent pas en vain. Le complot a été découvert grâce à la dénon dation de l’un des conjurés qui espérait de cette manière se faire une position.
- Le but des conspirateurs était de tuer l’empereur le dimanche, jour où il se rend au Rasvod (parade du dimanche) au manège, comme c’est l'habitude de tous nos souverains. On n’élait pas encore fixé sur la façon dont on opérerait, mais, d'après ce qu’on me communique, l’arme choisie était le poignard. L’iudiv du désigné par le sort pour tuer l’empereur devait le poignarder au moment où il sortirait du manège pour se mettre en voiture.
- L’usage des bombes avait été repoussé par le comité nihiliste, comme faisant trop de victimes inutilement et versant le sang des innocents.
- Parmi les nombreuses arrestations faites à ce sujet se trouvent deux femmes, sur lesquelles on a pris des papiers fort compromettants et plusieurs lettres chiffrées. C’étaient des étudiants de l ecole de médecine et on les croit agents du comité exécutif. A Gatchino, on a arrêté également un individu qu’on a cru être un des princi paux chefs du parti nihiliste.
- Le gorsdovo,y (sergent de ville) qui, sur l’ordre des agents de la police secrète, le conduisait au poste de police, fut attaqué par deux individus inconnus qui s’étaient noirci la figure. Le gorsdovoy ayant reçu deux coups de couteau dans la région du cœur, tomba raide mort et le prisonnier s’échappa. Jusqu’à présent, tontes les recherches n’ont pu encore jeter la moindre lumière sur ce crime.
- L’impératrice Marie (Dagmar) est dans un état de sur-excitation indescriptible : elle implore le czar Alexandre III pour faire cesser cet état de choses où chaque jour peut amener une catastrophe pour lui, pour ses enfants et pour elle.
- ÉTATS-UNIS
- Le Courrier des Etats-Unis du 22 septembre nous apporte les détails suivants toir la situation de l’assassin du piésident G^rfield :
- A la réception de la oouveile de la mort du président dans la prison où Guiteau est délenu, les gardes ont reçu l'ordre de cacher le fait au prisonnier, "ce qui ne l’a pas empêché de le connaître au bout de quelques minâtes. Il a commencé par exprimer des doutes, mais ayant reçu l’assur «nce que c’étaii la vérité, il est tombé à genoux et s’est mis a prier. On lui a dit alors qu’li a’fcYftit riea k craindre. Il s’est relevé et a marché
- longtemps dans sa cellule en se parlant à lui même par mois décousus et sans suite.
- Depuis la mort du président Garfield, les menaces de iynch contre l’assassin Guiteau ont pris plus de consistance et l'on parle de bandes organisées pour l’éxécu-tion sommaire du prisonnier. Hier malin, en arrivant à la prison, le gardien Grocker a aperçu sur la colliue voisine un nombreux rassemblement dont les allures l’ont vivement alarmé, et il craint que malgré les précautions prises on ne lui enlève son prisonnier. Ses craintes ne sont pas sans fondement. Lundi soir, une cinquantaine de personnes masquées se sont réunies dans un champ, entre Milburn et Middleville, New-Jersey, et il a été décidé qu’on tirerait au sort pour savoir celui qui devrait tuer Guiteau. A ce moment, le président n’était pas encore mort, et il est probable que depuis le tirage au sort a eu lieu, et que celui qui a été désigné n’attend que l’occasion favorable pour exécuter les volontés de l’association.
- Le général Sherman a écrit une lettre, publiée par les journaux américains, pour adjurer ses concitoyens à 1 lisser la justice légale faire son oeuvre :
- Pour Guiteau, je ne demande à aucun soldat ni à aucun citoyen d’avoir une parcelle de sympathie. Au contraire, si de ma volonté je pouvais faire' la loi, je trouverais trop doux de le fusiller ou de le peDdre. Mais je demande à chaque suld t et à chaque citoyen de se souvenir que nous professons d’être la nation la plus fidèle du monde aux promesses sacrées delà loi. Il n’y a pas de mérite à obéir à uno loi agréable, mais il y a de la gloire et de l’héroïsme à se soumettre de bonne grâce a une loi oppressive.
- VOYAGE AUTOUR DU FAMILISTÈRE
- XI [Suite]
- Est-ce sincèrement, lecteur, que vous voulez vous attarder encore clans l’enceinte du Familistère, ou n’est-ce qu’une flatterie de votre part ? J’aime à croire que ce n’est point à ce dernier mobile que vous obéissez en me demandant à visiter quelques logements, car on ne cherche généralement à flatter que les personnes jouissant d’un degré quelconque d'influence, et certes ce n’est point ici le cas. Mais au fait, c’est plutôt par curiosité, sentiment naturel, j’en conviens, et auquel je m’empresse de donner satisfaction.
- Puisque nous sommes clans le palais du travail leur, de l’ouvrier, à tout seigneur4 tout honneur, allons d’abord chez un ouvrier. Le mari est magasinier de l’Usine ; ancien soldat, belle tête mâle et rude, solide gars bien bâti, voix forte, un homme en un mot, et bon enfant comme tous les êtres forts. La femme petite, d'apparence frêle, mais d’une activité, d’une ardeur au travail à toute épreuve ; on se demande où cette petite créature puise cette somme d’énergie, qui lui permet de suffire à toutes les exigences et de résister à toutes les fatigues. Joint a cela, une finesse, une habileté de conduite, qui fait que, sans s’en clouter peut-être, le mari est inaffi-tenu dans les strictes traditions d’ordïe êt d'écane*
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- mie, sur lesquelles se fonde l’aisance dans le foyer.
- Deux pièces seulement, une chambre et une cuisine avec cabinet, composent le logement. En y entrant, à n’importe quelle heure de la journée on est frappé de l’ordre exquis qui règne partout. Le carreau brille, les meubles sur lesquels se jouent les gais rayons du soleil de midi étincèlent, et le luxe du pauvre, l’irréprochable propreté, s’y étale de toutes parts. A droite en entrant, le lit recouvert d’un couvrepieds en guipure, couchette en chêne vernis, dont la teinte jaune lui donne l’aspect du bois de citronier. Une grande armoire de bois pareil fait face, auprès de la fenêtre, à une plus petite, servant de buffet, car cette pièce sert aussi de salle à manger , comme l’indique la table ronde recouverte d’un tapis ciré à fond noir placée au milieu.
- La cuisine, petite pièce blanchie à la chaux, comme tous les murs à usage commun du Familistère, ne trahit sa destination que par la cuisinière, qui montre sa masse noire et ses boutons de cuivre vers le milieu. Sur la tablette, qui partout remplit l’office de dessus de cheminée, quelques ustensiles et une belle pendule en bois sculpté, représentant une chasse, digne d’une salle à manger bourgeoise de bon goût. Dans la chambre à coucher, cette tablette supporte une pendule en cuivre sous globe, flanquée de deux vases en opale bleu. Au-dessous, la cheminée est figurée par une enluminure représentant une sainte famille, naïvement coloriée sur fond noir vernis.
- Deux grandes chromolithographies représentant, dans leurs baguettes dorées, une charmante tête de jeune pâtre Piémontais et une gracieuse contadina, complètent le modeste ameublement. Il n’y a point de superflu, point d’autre luxe que l’ordre et la propreté, mais on sent en entrant là, que s’il n’y a rien de trop, rien non plus n’y manque.
- Tous les intérieurs sont-ils pareils à celui là dans le Palais social ? Vous sentez bien, ami lecteur, que ' pour vous répondre affirmativement, il faudrait un peu trop forcer la note, et faire subir une entorse assez rude à l’exactitude de l’histoire. Mais, comme l’une des causes d’exclusion est d’après les statuts « la malpropreté de la famille et du logis gênante pour le Familistère, » on peut dire que, peu ou prou, tout le monde tient son ménage en ordre, et aucune note par trop discordante ne trouble l’harmonie de l’ensemble.
- Si de l’ouvrier nous montons un degré pour connaître l’habitation d’un associé, artiste attaché à l’usine, et dans une situation supérieure, nous aurons encor© là um étude intéressante à faire}
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- d’autant plus que tout le monde sait qu’un intérieur d’artiste est toujours chose curieuse et originale.
- Ici deux logements d’encoignure ont été réunis pour former un seul appartement composé de cinq pièces et d’une vaste antichambre. A la porte d’entrée nous pouvons constater la présence d’une sonnette, luxe exceptionnel dans les" appartements du Familistère. Le locataire est marié et père d’un gentil petit garçon de quatre ans, à figure intelligente et fine, avec un petit mélange de gravité qui séduit. L’artiste est blond, grand, sympathique. Au moment où nous venons le visiter, il est seul, une absence momentanée de sa petite famille en faisant un mari garçon aujourd’hui, et c’est lui qui nous fait les honneurs du chez soi.
- Les pièces où la femme fait sentir sa présence, où elle préside elle-même, la salle à manger, la cuisine, le salon, la chambre à coucher sont fort bien tenues ; beaucoup d’ordre, de propreté, de soin. Naturellement, nous y trouvons plus de confort plus de place donnée à la fantaisie, au caprice, au plaisir des yeux. Les tableaux y sont plus nombreux, les objets d’art plus abondants, mais avec une certaine sobriété pourtant, et sans cette exhubérance de superfluités, qui caractérise les intérieurs d’artiste célibataire, ou de femme mondaine. On sent ici l’influence bienfai-faisante et douce de la mère de famille bonne ménagère, qui sait calculer et prévoir.
- Le locataire ne se montre réellement ce qu’il est lui-même que dans son atelier. Rappelons, avant d’y pénétrer, une déclaration de principes qu’il nous faisait tout récemment. « Moi, disait-il, je n’aime pas les meubles ; c’est embarrassant, cela encombre et gêne les mouvements. Le véritable moyen pour moi de bien meubler une pièce, c’est d’en dessiner tous les meubles avec soin sur le mur, de manière à faire illusion. De cette façon, votre appartement peut êtro bondé de bahuts, de coffres, d’armoires des styles les plus variés, les plus pittoresques, les plus riches, sans que vous soyez le moins du monde gêné dans vos allures, et sans que vous ayez à sacrifier un pouce de terrain à votre usage. C’est plus commode, plus agréable et infiniment moins coûteux. »
- Parmi les artistes, il est à remarquer que les peintres n’ont pas à cet égard la même manière de voir et de procéder que les sculpteurs. Un atelier de peintre est généralement un véritable musée cosmopolite, où les toiles anciennes surtout abondent avec les meubles les plus divers, les armures, les étoffes, les tapisseries, tout ce qui peut servir de modèle pour le dessin, la couleur ou la composition» Chez le Bculpteurj l’atelier est le plus communément Une
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- vaste nef, peu garnie d’accessoires, et qui ornent seules des statues, des bas-reliefs, des plâtres parsemés çà et là le long des murs. Chez le premier, la couleur joue un grand rôle, et tout peut le guider pour y trouver la vérité. Chez le second, c’est au contraire le dessin sévère et inflexible qui seul prédomine, et la couleur n’y sert absolument de rien.
- Chez notre homme, fidèle au principe énoncé par lui, nous en trouvons l’application dans son atelier. Au-dessus de la tablette-cheminée, nous voyons en effet une très riche glace à Cadre Louis XV finement sculpté, peinte sur le mur. Sur cette même tablette, qu’un fouillis de flacons de gouaches encombre, entre deux vases grecs en terre cuite, se trouve un buste minuscule d’enfant, celui de son fils âgé de quelques mois exécuté par notre hôte. Du reste au milieu de la pièce, sur une selle de sculpteur un buste plus grand du même petit garçon est ébauché, et l’on sent en le regardant que le père y travaille avec amour. Ah, c’est que lorsqu’il parle de son fils, sa figure s’illumine et l’on voit son âme rayonner dans son regard, qu’elle rend si radieux. Ce père aime son enfant de toute la force de son être, et cette affection a presque les allures d’un culte, d’une idolâtrie. En fait de sentiment l’artiste est toujours le mieux doué parmi les êtres humains, car, chez lui, la faculté de sentir est doublée par la tendance à l’idéalisation inhérente à sa nature. Il saisit toujours de préférence et instinctivement le beau côté des choses, et le sens artistique chez lui produit un peu l’effet du caleidoscope, qui pare les objets les plus insignifiants des couleurs les plus éclatantes.
- Sur le mur près de la cheminée, quelques paysages à l’huile, une microscopique tête de mort accrochée sur une palette, deux têtes renaissance en bas-relief et quelques plâtres. De l’autre côté, une bibliothèque, sur les rayons de laquelle, à côté d’ouvrages d’art aux reliures gaies et pimpantes, se montrent de vieux bouquins qui feraient le bonheur d’un biblio-mane, pour ce temps bibliophilisme effréné, où l’on voit l’attrait par les vieux livres poussé jusqu’à la monomanie. Pour quelques amateurs éclairés et compétents, combien ne trouve-t-on pas de gens qui, pour se donner un vernis d’érudition, couvriront d’or de mauvais bouquins, qui n’ont point d’autre mérite que d’avoir été imprimés il y a des siècles, à une époque où l’art de la typographie n’avait point atteint le merveilleux degré de perfection auquel il est parvenu aujourd’hui. Ce sont ceux-là qui achètent un livre, non pour ce qu’il contient de beau et de bon, mais pour le montrer avec orgueil aux visiteurs, et qui, loin de jamais le lire, se gardent bien d’en couper les feuilles, parce que
- cela déprécierait le volume. Pour eux un livre c’est comme un tableau, comme un vase de Sèvres, que l’on se contente de regarder, mais qu’il ne faut point toucher. Ils font comme le paysan, qui ayant acheté un bon manteau, le serre soigneusement dans son armoire, et se garde bien de s’en couvrir, de peur de l’abîmer, même lorsqu’il gèle à pierre fendre.
- Des cartons remplis de dessins, d’esquisses de toute sorte couvrent une table devant la fenêtre. Il y a là des croquis charmants, des portraits ébauchés d’une vive expression. De grandes sépias d’ornements sculpturaux de divers genres garnissent l’un des murs au-dessus d’une autre grande table, sur laquelle un fouillis d’objets divers étale son pittoresque désordre que nous respecterons.
- Un grand médaillon, le portrait du fondateur du Familistère, œuvre aussi de notre artiste, pare le mur à droite de l’entrée. Cette tête caractéristique est bien rendue et l’expression de physionomie sérieuse et pensive est parfaitement saisie. Nous sommes, on le voit, chez un homme de valeur, possédant le sentiment de son art, le feu sacré. La vocation artistique et assurément une des plus belles que l’homme puisse suivre. Reproduire sous toutes ses formes l’œuvre admirable de la nature, œuvre divine, en y ajoutant, si l’on peut s’exprimer ainsi, ce vernis de l’idéal que chaque être humain porte instinctivement en soi, et la rendre fidèlement, en y imprimant le sceau de son individualité, c’est une des plus nobles mission de l’esprit humain. Le sentiment du beau, qui anime nécessairement lame de l’artiste est fatalement accompagnée en lui du sentiment du bien et de celui du vrai ; or, le vrai, le bien, le beau sont les trois éléments de la plus haute morale humaine, de la perfection qui rapproche l’homme de la divinité. Sous ce rapport, l’on peut presque dire que l’art est aussi un sacerdoce, qui fait connaître et par conséquent aimer tout ce qui est beau, tout ce que est bon, tout ce qui est vrai.
- Si au lieu d’un simple voyage fantaisiste d’exploration d’une des plus belles créations de notre siècle, nous écrivions une étude sur l’art, il y aurait beaucoup à dire sur son influence féconde dans la marche de l’humanité vers le progrès moral, qu’il a singulièrement contribué à accélérer dans tous les temps. Mais nous devons rester dans notre sujet, et après avoir serré cordialement la dextre à notre sympathique hôte, devenu un ami pour nous dans cette visite, il nous faut continuer notre excursion.
- Afin de varier vos plaisirs, lecteur, nous allons, maintenant que nous avons visité deux ménages différents, fixer notre choix sur le logis d’un céliba-
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- taire, d’un garçon. Tenez, précisément dans le même corps de bâtiment, au même étage, et en suivant la galerie où nous sommes, nous en trouverons un qui répond à notre programme. Faisons encore quelques pas et nous y sommes.
- Que je vous présente tout d’abord le personnage, et remarquez que ce mot n’est point mal choisi, car nous allons avoir à faire à l’un des membres de l’association, un employé de l’usine. Je vous ai dit qu’il était garçon, mais je n’ai point ajouté qu’il était vieux garçon ; bien loin de là, c’est plutôt un homme jeune, sinon un jeune homme. Sa tête est expressive et belle, sous sa luxuriante chevelure noire, et avec sa figure encadrée d’une barbe épaisse et soyeuse. Ses yeux bleus ont une expression de douceur qui charme et prévient en sa faveur ; c’est encore un sympathique, mais aux allures discrètes et même timides. Il est grand, bien fait, de bonne mine, et en entrant chez lui, sans trop savoir au juste pourquoi, on se sent à l’aise.
- Deux pièces, l’une prenant jour sur la galerie intérieure et l’autre sur la grande place devant le palais unitaire, composant ce logement. Dans la première, sauf une table supportant une cuvette et un pot à eau avec les autres accessoires de toilette peut-être, le seul meuble consiste dans la tablette de cheminée que, nous l’avons dit, l’on retrouve dans toutes les chambres du Familistère. O muse des Gautier, des Dumas, de Musset, toute grande dame que tu sois, je t’invoque ; les duchesses jettent bien une aumône au mendiant qui les implore; prête moi donc ton concours pour dépeindre cette incomparable tablette et tout ce qu’elle contient. Il y a des ustensiles nombreux et divers, et elle est bondée de flacons à moitié pleins de tous les produits chimiques imaginables. L’ammoniaque liquide pur y coudoie ses composés les plus variés acetate, carbonate, sulfate, hydrochlorate, nitrate, salicilate d’ammoniaque, que sais-je ? Et puis les acides, les oxydes, les peroxydes, les sulfites, l’alcool pur, tout un assortiment de substances aux noms bizarres et prétentieux. C’est un meli-melo, un capharnaum d’ingrédients, dont la présence en cet endroit étonne et fait rêver.
- Ce locataire est-il donc un alchimiste, qui cherche, comme les hallucinés du moyen-âge, la pierre philosophale et la recette pour faire de l’or ? Oh non ; ses visées sont plus modestes, et nous les connaîtrons mieux lorsque nous aurons pénétré plus avant dans son domicile. En attendant, terminons l’inspection peu difficile, dès qu’on met la fameuse tablette à part, de cette première chambre. Sur le mur,
- entre la pseudo cheminée et la porte de la deuxième pièce, est fixée par des épingles ou peut-être par des clous de sabotier une grande pancarte sur laquelle sont représentés tous les membres de la fameuse Assemblée nationale élue dans un jour de malheur, suivant l’expression devenue célèbre, cette Chambre monarchique, qui, de guerre lasse, malgré son pouvoir constituant usurpé, ne put constituer que la République boiteuse et mal conformée, produit d’un laborieux enfantement contre nature. On y y voit bien des nullités bruyantes pour quelques hommes éminents modestes, et dans cette masse ' hétérogène, nous distinguons, parmi ces derniers, notre remarquable administrateur-gérant assis entre MM. Brisson et Duprat.
- Mais passons sans nous arrêter à cette bouteille enveloppée, suspendue à l’un des clous qui fixent la pancarte ; le fond de cette bouteille est absent, et le fait de la voir suspendue de la sorte donne à réfléchir ; car enfin, à quoi peut-elle bien servir en cet état ? Tout au plus pourrait-on en faire usage en guise d’entonnoir, et encore! C’est un problème, dont nous n’avons point demandé la solution, et qui restera pour nous insoluble peut-être jusqu’à la fin des siècles.
- Dans la seconde pièce, nous voyons la chambre à coucher, car dans le coin à gauche de la porte nous apercevons un lit de fer. Au coin opposé, du même côté, une table, et entre les deux, deux chaises ou plutôt une chaise et demie. A côté de la table devant la fenêtre, installé sur le trépied traditionnel, un appareil photographique, et tout contre, une grande caisse étroite dressée, supportant un grand carton en équerre, contre lequel une petite glace appuyée indique que cet ensemble sert en même temps de psyché au locataire. Cet heureux mortel, dont le logis rappelle de loin les modestes cellules des cénobites, est un artiste aussi, un artiste amateur; il fait de la photographie Or je sais bien que les peintres refusent aux photographes à tort où à raison le titre d’artistes. Ils prétendent que dans l’exercice de cette profession utile sans contredit le véritable artiste c’est le Soleil. Soit ; mais s’il ne faut point un sentiment artistique plus ou moins profond, pour aider et guider 1 action du Soleil par la bonne distribution de la lumière et la savante combinaison des clairs, des clairs obscurs et des ombres, par la pose plus ou moins adroitement choisie du sujet, d’où vient qu’une épreuve sortant du laboratoire de Pierre-Petit, ou de Valéry ou de Carjat ne ressemble en rien à celles qui viennent de chez Pierre ou chez Paul photographes patentés comme eux ?
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- La photographie, quoiqu’on en dise, est un art aussi, et un art utile. Il a déjà rendu d’immenses et innombrables services, et quand ce ne serait que pour avoir mis le portrait bien ressemblant des personnes aimées à la portée de toutes les bourses, l’humanité lui en devrait une sincère reconnaissance. Sachons donc rendre hommage à notre hôte actuel, qui, s’il possède peu de meubles, a au moins l’amour d’un art précieux, que les gens qui aiment, savent estimer à sa juste valeur.
- C’est égal, si j’avais un conseil à lui donner, je l’engagerais à prier son ami, l’artiste dont nous avons précédemment visité le logis, à peindre sur les murs de ses chambres quelques meubles, qui fassent illusion, et dissimulent un peu la nudité de ce local. Car, il faut bien le reconnaître, sans blesser l’amour-propre de personne, deux pistolets fixés en croix au-dessus de la tablette, un fusil adossé contre la cheminée avee une ou deux cannes à pê che et quelques cannes ordinaires, quelques fioles pleines ou non de substances liquides innommées ne constituent point un mobilier parfaitement suffisant. Il est vrai que l’aimable philosophie qui anime peut-être cet intérieur, et qui rappelle le grenier à vingt ans de Béranger, comme l’arrangement de fioles fait penser à l’ode chez qui, suivant Boileau, un beau désordre est un effet de l’art, cette philosophie du jeune homme et du sage vaut mille fois mieux que tout le luxe et tout le confort que la vieillesse prise si fort, tout en regrettant les privations volontaires ou non de ses jeunes années.
- Mais, lecteur mon ami, nous avons déjà tant flâné, que c’est à peine s’il nous reste assez de temps pour faire une dernière visite qui, à mon sens, doit compléter l’ensemble des renseignements utiles pour bien connaître les diverses sortes de logements du Familistère. Hâtons-nous donc, pour regagner le temps perdu, d’inspecter l’appartement d’un des chefs de service de l’usine, un des ingénieurs qui y sont attachés. Celui-ci est marié, comme les deux premiers', mais avec cette différence que, si l’ouvrier est père et même grand père, quoiqu’ayant à peine atteint la quarantaine, et si l’artiste est père, lui n’a point d’enfants. Faut-il vous le décrire ? Non, j’aime mieux vous le laisser reconnaître à l’inspection de son logis. Je ne serais pas fâché de savoir si votre perspicacité ira jusqu’à me dire s’il est grand ou petit, brun ou blond, jeune ou vieux, emporté ou rassis, gai ou sombre, turbulent ou tranquille, audacieux ou timide, sympathique ou repoussant.
- Il n’est point là eu ce-moment, mais sa dame y est, et c’est elle qui nous fait gracieusement les honneurs du logis. C’est un logement de trois pièces, dont on
- en a fait quatre, au moyen d’une cloison en équerre qui sépare et isole complètement la cuisine, et réserve une partie de la pièce d’entrée. Dans cette partie la présence d’une table ronde et d’un buffet à étagère nous dit clairement l’usage auquel elle a été destinée. Deux cabinets noirs complètent l’ensemble de cette partie. Dans l’entrée derrière la porte, un compteur à gaz nous apprend qu’ici, comme chez le fondateur, on peut s’éclairer et se chauffer au gaz. Un bec installé tout prêt du compteur, éclaire le soir ce couloir un peu sombre, qui donne accès dans la salle à manger et dans la cuisine. Ici un contraste avec le précédent local visité vous frappe tout d’abord. Dans cette cuisine, en effet, il y a surabondance de ce qui dans l’autre logis brille par son absence, le mobilier. Il n’y a pas moins de trois cuisinières, dont une au charbon de terre et une autre au gaz ; j’ignore la destination de la troisième.
- Dans la pièce suivante, j’admire avant tout un des plus beaux produits de l’usine à mon avis. C’est une grande cheminée que vous jureriez en beau marbre noir et non en fonte émaillée ; la ressemblance est telle, que c’est à peine si au toucher votre illusion se dissipe. Je n’en ai point vu de pareille dans tout le Familistère, et je n’aurais pas cru possible d’arriver à un pareil résultat avant de l’avoir vue. Mais procédons par ordre : en entrant tout contre la porte le long du mur à gauche, un divan, à droite une bibliothèque garnie d’ouvrages scientifiques, chimie, métallurgie, physique et spécialement électricité et mécanique, quelques livres de philosophie et de littérature.
- Sur le mur de droite entre la cheminée et l’entrée, au dessus d’une grande table à dessin chargée de papiers, de crayons, de compas et de règles, deux tableaux bizarres représentant une des inventions du locataire, un lavoir de fines, si je ne me trompe. Sur la cheminée une garniture ordinaire, et au delà, un bureau d’acajou portant sur sa tablette, une foule d’objets plus ou moins disparates. On y voit un réveil à côté d’un bocal contenant une couleuvre dans de l’esprit de vin, des échantillons de minéraux à côté d’un flacon de quoi que ce soit. Au milieu de la chambre près de la fenêtre une autre table à dessins derrière laquelle quelques plantes d’appartement montrent leurs tiges vertes, et devant une table ronde. En face du bureau, une grande armoire ; à côté se trouve la porte de la chambre à coucher où nous pénétrerons tout à l’heure.
- Dans cette salle, tout indique que l’on travaille aux heures de liberté. Aussi, y a-t il un peu de tout, de l’ordre avec du désordre ; beaucoup d’ordre dans ce I meli-melo de choses, qui, malgré leur multiplicité,
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- ne produisent d’encombrement nulle part. On peut partout aller, venir et se reconnaître. L’homme qui anime ce milieu est vif et plein d’activité, pétulant même : mais c’est une tête bien équilibrée, qui sait tempérer les mouvements d’une âme parfois impatiente. Ne soyez pas étonné, si en interrogeant notre aimable cicerone, elle nous répond que son époux est irascible, comme un méridional qu’il est. En général, et je dirai presque sans exception, ces natures emportées et de premier mouvement sont les meilleures, elles sont loyales, franches, sans arrière-pensée, et c’est d’elles que l’on dit proverbialement qu elles ont le cœur sur la main.
- La chambre à coucher est petite mais confortable , rien n’y manque et tout est bien à sa place ; là, c’est la femme qui a tout organisé, et c’est une Pagaie, avenante comme toutes ses compatriotes, et d’une égalité d’humur que rien ne semble devoir jamais troubler, union, accord, sympathie, voilà en somme ce que dénote de toutes façons cet intérieur.
- Nous pourrions en visiter d’autres encore, mais nous y retrouverions à peu près les mêmes éléments, avec d’insignifiantes différences, que dans ceux que nous avonq vus. Cela suffit amplement d’ailleurs pour donner une idée exacte et complète de tous les logements et des intérieurs du Familistère. Nulle part, je ne crains peint de le répéter on ne voit moins de promiscuité malsaine et plus d’émulation instinctive forcée pour le bien et la moralisation. Ce résultat fut-il le seul de l’institution de l’habitation unitaire, on aurait le droit d’en être fier et satisfait. [A süivre.)
- ÉTAT CIVIL DU FAMILISTÈRE
- Le 7 Octobre 1881 : Décès de Pagnier Louis, âgé de 45 ans.
- BIBLIOTHÈQUE DU FAMILISTÈRE
- La Bibliothèque du familistère a reçu cette semaine :
- 1Q De M. Mikhail Achkinasi : un roman intitulé : « Les victimes nu Tsar » avec cette dédicace : « Aux chers frères du Familistère » dont le Devoir rendra compte dans un prochain numéro.
- 2° De Mme Eug Garcin : un volume intitulé :
- « Jacques Cœur »
- de la Bibliothèque de la Jeunesse Française. Le Devoir,interprète des sentiments des habitants du Familistère,remercie cordialement les deux donateurs.
- L.A. CONSCIENCE! 3PJ21U13 U JH
- CONTE RUSSE PAR N. TCHEDRINE
- [Traduit par Michel Achkinasi)
- I
- La conscience s’était perdue, et les hommes allaient et venaient comme auparavant fréquentant les théâtres. Gomme auparavant ils se suivaient et se bousculaient, comme auparavant ils fourmillaient happant au passage différentes proies et personne ne sentait que tout à coup quelque chose avait disparu, que dans l’orchestre de la vie une flûte avait cessé de j urer.
- Plusieurs commencèrent même à se sentir plus hardis, plus libres, ils se murent avec plus de facilité; chacun put plus aisément donner le croc en jambes à son voisin. Il était devenu plus facile de flatter, de ramper, de tromper, de calomnier, de moucharder.
- Tout ennui avait disparu; les hommes ne marchaient pas, ils volaient; rien ne les préoccupait, rien ne les tracassait. Le présent et l’avenir, tout était à la disposition de ces heureux qui ne s’étaient pas aperçus de la perte de la conscience.
- La conscience a été perdue tout à coup presque instantanément, hier encore cette ennuyeuse commère se traînait devant vous et possédait votre imagination surexcitée, et subitement il n’en reste rien.
- Les fantômes obsédants disparurent et, avec eux, ce trouble moral qu’amène toujours la conscience accusatrice.
- Il ne restait aux hommes qu’a observer la monde que Dieu leur avait donné et à s’amuser Les sages de la terre comprirent enfin qu’ils avaient secoué lé dernier joug qui entravait leurs mouvements et ils se bâtèrent de recueillir les fruits de cette liberté.
- Les hommes devinrent des bêtes féroces. Les vols, les assassinats, les brigandages firent chose commune, une débandade générale commença.
- La pauvre conscience était toujours sur le chemin, déchirée, conspuée et foulée sous les pas des passants. Chacun la boulait du pied ; chacun se demandait comment dans une ville civilisée, sur une place encombrée de monde, on laissait, à terre une telle difformité.
- Dieu sait combien de temps la malheureuse persécutée serait demeurée sur le chemin, si un misérable ivrogne, pris de vin, ne l’eût ramassée, espérant l’échanger pour un litre.
- Tout à coup il sentît un courant électrique lui passer à travers le corps, il commença à regarder autour de lui avec ses yeux troubles, et iLcomprit clairement que sa tête se dégageait des vapeurs du vin et que peu à peu il commençait à concevoir la réalité dans l’oubli de laquelle il avait perdu ses meilleures forces.
- D’ab -rd il en ressentit quelque peur, cette crainte qui jette l’homme dans l’inquiétude et qui lui donne le pressentiment du danger; ensuite la mémoire se révolta et l’imagination se mit aussi de la partie. Sa mémoire tirait de l’obscurité du passé honteux tous les détails des faiblesses du cœur, des combats et des déchéances.
- L’imagination donnait à tous ces détails des formes vivantes, et ainsi s’éveilla chez lui le jugement.
- Tout le passé sembla au misérable ivrogne un crime horrible et unique. Il n’analysait pas, ne questionnait pas, ne résonnait pas : il était si abattu par le tableau de sa déchéance morale que le procès qu’il se faisait à lui-même volontairement lui causait plus de tourment que le jugement le plus sévère des hommes.
- Il ne veut même pas penser que la plus grande partie de sou passé qu’il maudit maintenant ne lui appartenait pas, à lui pauvre et misérable, mais à une force secrète et monstrueuse qui le tordait et le faisait tourbillonner, comme le vent tord.et fait tourbillonner dans les steppes un faible brin d herbe. Qu’est son passé? Pourquoi a-t-il vécu de cette manière et non autrement ? Qu’est-il lui-même ? Ce sont la des questions àuxquelles il ne peut répondre que par l’étonnement et l’inconscience
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- complète. Le joug détermina son existence; il e t né sous le joug : sous lui il mourra. Il a reçu la conscience, mais à quoi lui serl-elle maintenant ? Ne lui est-elle pas venue pour poser impitoyab eurent ces questions et p; ur y répondre par le silence ? Ne lui est-elle pas venue pour que la vie anéantie montât de nouveau dans le vase Imaé qui ne peut pas môme résister?
- Hélas! La conscience réveillée ne lui apporte ni la paix, ni les espérances ; elle ne lui indiquequ’une issue, l’issue d’une inutile condamnation de lui-même.
- Auparavant il n’avait autour de lui que le noir, c’est maintenant la même obscurité, seulement peuplée par des fantômes obsédants. Ses chaînes sont restées les mêmes, mais elles sont devenues deux fois plus lourdes parce qu'il a compris que ce sont des chaînes, et un torrent de larmes coule des yeux du pauvre ivrogne. Les na«sants s’arrêtent et affirment que c’est le vin qui pleure en lui.
- — Non, frères, je n’en puis plus, c’est insupportable, crie !e pauvre buveur. Mais la foule rit et le raille. Elle ne comprend pas que jamais le misérable n’a été si libre des vapeurs du vin qu’e t ce moment ; elle ne comprend p as qu’il a fait une malheureuse trouvaille, qui déchire son pauvre cœur en mille pièces. Si cette foule elle-même s’était heurtée à cette découverte, elle aurait compris qu’il existe dans le monde un tourment, le plus grand de tous les tourments, celui de trouver tout-à-coup la conscience. Elle aurait compris que son âme est démoralisée et subjuguée comme l’est celle du misérable ivrogne qui pleure devant elle.
- — Non, il faut m’en délivrer, sinon je périrai comme un chien, pense le pauvre buveur, et il veut jeter sa trouvaille sur le chemin, mais en ce moment il est arrêté par un gardien de la paix qui se trouvait à passer.
- — Tiens, tu t'occupes à jeter des libelles, lui dit-il, en le menaçant du doigt. Pour de telles choses, nous menons au *poste.
- L’ivrogne cache vite la conscience dans sa poche et s’éloigne avec elle. Epiant de tous côtés et se glissant comme un voleur, il s’approche d’un cabaret, dans lequel débitait de l’eau-de-vie sa vieille connaissance Prokhoritch.
- Voyant par la fenêtre qu’il n’y a personne dans e cabaret et que Prokhoritch sommeille sur son comptoir, il ouvre promptement la porte, s'élance dans l’auberge et, avant que Prokhoritch ait eu le temps de s’en rendre compte, l’horrible trouvaille était déjà entre ses mains.
- II
- Prokhoritch demeura quelque temps les yeux hagards, puis son visage Se couvrit de sueur. Tout d’un coup il lui sembla qu’il débitait sans patente, mais, revenant à lui, il se convainquit que toutes ses patentes,les bleues, les vertes, les jaunes, toutes étaient au mur. Il regarda le chiffon que l’ivrogne avait mis dans ses mains ; il lui sembla qu’il l’avait déjà vu.
- Eh ! eh! pens-t-il, diable, mais c’est le même chiffon dont j’ai eu tant de peine à me délivrer, lorsque j’ai acheté la patente? Oui, oui, c’est le même
- N’ayant plus de doute, il comprit tout de suite que maintenant il allait être ruiné. Lorsqu’une vilenie pareille tombe dans les mains d’un commerçant,les affaires ne vont plus, se disait-il presque machinalement. Tout d’un coup il pâlit et trembla. Un horrible inconnu le fixa dans les yeux.
- — Ah! il est très criminel de faire boire le peuple,lui soufflait la conscience réveillée. Ma femme Arina,s’écria le marchand, fou de terreur!
- Arina accourut, et à peine eût-elle regardé la trouvaille de son mari, qu’elle se mit à crier d’une voix perçante : au voleur! au voleur !
- — Pourquoi dois-je grâce à ce vaurien,à ce misérable ivrogne qui m’a fourré ce chiffon, pourquoi dois je perdre tout mon bien, dit Prokhoritch, et de grosses gouttes de sueur perlaient toujours sur son front. Pourtant le cabaret, peu à peu, commença à s’emplir de monde, é mais, Prokhoritch, au lieu d’engager ses clients comme I d’habitude à consommer sa marchandise, refusa non |
- seulement de leur verser à boire, à la grande stupéfaction de tous, mais ii s’efforça de leur persuader que le vin est la source de tous les maux pour le pauvre ouvrier.
- — Si tu ne buvais qu’un petit verre, cela pourrait aller, ce serait même utile, disait-il les larmes aux yeux, mais tu as toujours le désir d’en engloutir tout un broc; à quoi cela te sorvira-t-il, on te traînera au poste, tu coucheras au violon, tu y seras tourmenté. Eh bien! sot que tu es, tout cela vaut-il que tu viennes me porter l’argent que tu as gagné à la sueur de ton front?
- — Mais, Prokhoritch, tu es devenu fou, lui disaient les pratiques étonnées.
- — Oh ! il y a bien de quoi le devenir en pareille occurrence, répondit Prokhoritch, regardez donc quelle patente je me suis procurée aujourd’hui. Et il montra la conscience que lui avait jetée l’ivrogne et offrit à ses clients de la prendre. Mais ceux-ci, non-seulement n’y consentirent pas, mais s’éloignèrent même, non sans frayeur.
- — Une jolie patente, n’est-ce pas, poursuivait toujours avec colère Prokhoritch.
- — Et que vas-tu faire maintenant, lui demandaient les clients.
- — Il ne me reste à présent qu’une seule chose à faire : mourir parce que je ne peux plus tromper, je ne peux plus accoutumer le peuple à l’ivrognerie. Que me reste-t-il donc, répétait-il, sinon mourir.
- Tu as raison, dirent-ils en riant et en se moquant de lui.
- — J’ai même l’intention, continua Prokhoritch, de briser tout de suite ces verres et ces bouteilles et de jeter l’eau-Je-vie dans le ruisseau,car lorsqu’on est propropriétaire de ce vertueux talisman, l’odeur de l’eau-de-vie vous donne des nausées.
- — Tu n’oseras pas faire cela, riposta la femme dont le cœur, paraît-il, ne fut pas touché de la saine influence de la conscience sur son mari ; quel saint improvisé !
- Mais il était très difficile de calmer Prokhoritch. Il pleurait à chaudes larmes et répétait toujours.
- « Si ce malheur arrive à quelqu’un, il lui faut boire le calice jusqu'à la lie ; il doit oublier qu’il est commerçant, car cela ne le mènerait à rien. Il doit comprendre qu’il est un malheureux rien autre chose. Tout le jour se passa dans ces réflexions philosophiques et bien qu’Arina eût empêché son mari de briser les verres et de jeter le vin, ils ne vendirent pas une goutte de liquide dans la journée
- Le soir, Prokhoritch s’égaya même un peu, et se mettant au lit, il dit à sa femme qui pleurait : — Eh bien ! ma chère femme, nous n’avons rien gagné aujourd’hui, mais que l’homme se sent heureux quant il possède la conscience? Et vraiment il s’endormit tout de suite, il ne ronfla pas ce soir là, comme il en avait l’habitude lorsqu’il gagnait beaucoup, mais n’avait pas de conscience.
- Cependant, sa femme Arina n’était pas du même avis; elle comprenait très bien que dans les affaires du cabaret, la conscience n’est pas une agréable acquisition, qui puisse apporter des bénéfices. Elle prit la résolution de se délivrer de cette hôtesse importune. Elle eut beaucoup de peine à attendre toute la nuit et aussitôt qu’a travers les vitres couvertes de poussière la lumière parut, elie vola à son mari la conscience et s’élança avec elle dans la rue.
- C’était le jour de la foire. Les paysans avec leurs voilures arrivaient des vil’ages voisins. Le commissaire de police Attrape allait aussi au marché pour y établir l’ordre. A peine Arina a-t-elle aperçu le sieur Attrape qu’une idée heureuse lui surgit. Elle court à perdre haleine après lui et en l’atteignant, elle fourre avec une habileté étonnante la conscience dans la poche de son pardessus,
- (A suivre.)
- Le Directeur-Gérant : GODIN SAINT-QUENTIN
- Société anonyme du Glaneur, Grand’Place, 36.
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- 4 ANNÉE, TOME 5 — N* 163
- "Le numéro hebdomadaire 20 c, DIMANCHE 23 OCTOBRE 1881
- BUREAU
- A GUISE (Aisne
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant Fondateur du Familistère
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- par renvoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris,, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
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- A PARIS 5,r.Neuve-des-petits-Ghamps Passage des Deux-Pavillons
- S’adresser à M. LEYMARI administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
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- Le journal « LE DEVOIR » est envoyé gratuitement à titre d'essai.
- Si le journal n’est pas renvoyé après le 4'8 numéro, Vadministration fait présenter une quittance d’abonnement.
- SOMMAIRE. — Nouvelle du Familistère. — L’association et la Grève. — Faits politiques et sociaux. — Causerie anticatholique et religieuse Voyage autour du Familistère. — Etat civil. — Bibliographie — Bibliothèque du Familistère. — Variétés.
- NOUVELLES DU FAMILISTÈRE
- Assemblée générale ordinaire
- Séance du 2 Octobre 1881 à 3 heures après-midi Présidence de M. Godin, fondateur
- [Suite)
- Après lecture du rapport de la Gérance, lequel est ^ deux reprises accueilli par les applaudissements àe l’Assemblée, M. Leblon, rapporteur du Conseil de surveillance, se lève et donne lecture du document
- suivant :
- Rapport iln Conseil de surveillance sur l’exercice 1880-81.
- « Mesdames et Messieurs,
- “ Conformément au mandat que vous avez bien * voulu nous confier, nous avons l'honneur de vous
- « soumettre les résultats de notre examen des « comptes de la Société pour l’exercice 1880-81.
- « Au point de vue général, votre Commission de « vérification a trouvé parfaitement régulières, sous « le double rapport de la clarté et de l’exactitude,
- « toutes les pièces de comptabilité provenant des « usines de Guise, de Laeken, ainsi que du Familis-« tère; elle a constaté leur entière concordance avec « les livres tenus au siège social.
- Compte® de l’exercice 1 S@0-@ 1
- « En vertu de l’article 109 des Statuts, votre Con-« seil de surveillance s’est particulièrement occupé « de la vérification des comptes et du bilan qui vien-« nent de vous être soumis par votre Admistrateur-« Gérant.
- « En conformité de cet article, votre Commission « de vérification s’est principalement attachée à ar-« river à une constatation exacte des bénéfices réel-« lement acquis dans l'exercice écoulé.
- « A cet effet, elle a examiné avec soin chacun des « comptes qui ont servi à établir le bilan de l’Asso-« ciation au 30 juin 1881, et elle peut vous certifier « que le chiffre de 1,085,814 francs de bénéfices, « accusé par ce bilan, a été établi avec une scrupu-« leuse exactitude.
- « Ce chiffre, déduction faite des intérêts à 5 0/0 « du capital social, laisse une somme à répartir de « 850,938 fr. contre 572,718 fr. l’année dernière, « soit, en nombre ronds, une augmentation d’un « exercice à l’autre de 278,220 fr. à partager.
- « Parallèlement à cet accroissement de bénéfices, « les économies ajoutées aux salaires se sont élevées, « comme vous venez de l’entendre, de 15 fr. 10 à « 18 fr. 60 0/0 de l’importance des gains.
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- « Ce sont là, messieurs, des résultats vraiment « remarquables et qui témoignent hautement des « ressources immenses qui sont entre nos mains « pour continuer l'Œuvre si dignement commencée « par notre Fondateur.
- « Les causes de cette augmentation considérable « dans les bénéfices vous ont été indiquées par le « rapport qui vient de vous être lu. Les détails dans « lesquels nous pourrions entrer à ce sujet ne se-« raient qu’une répétition inutile ; mais votre Con-« seil de surveillance croirait manquer à son devoir, « s’il laissait passer sous silence la cause certaine-« ment déterminante delà prospérité toujours crois-« santé de la Société. Il nous semble que nous n’au-« rons payé une juste dette de reconnaissance en-« vers notre Fondateur, qu’après avoir attibué la « plus large part du développement incessant des « transactions à la sage et habile direction qu’il « sait imprimer à toutes les branches de notre in-« dustrie, à la sollicitude, au zèle et au dévouement « infatigables qu’il apporte chaque jour encore à la « réalisation de l’Œuvre qu’il a fondée.
- « Dans un autre ordre d’idées, et après un examen « minutieux des comptes de l'exercice écoulé, nous « croyons également de notre devoir, messieurs, « d’appeler votre attention sur un compte tout nou-« veau qui figure au bilan sous le titre : « Comptais bilité sociale. »
- * Vous voyez à ce compte une somme de 690,095 « francs qui représente les dépenses de construc-« tions nouvelles et travaux divers exécutés pendant « l’exercice ou qui n’ont pu être amortis l’année « dernière.
- * Quelque considérable que ce chiffre puisse pa-
- * raître à vos yeux, il est loin, ainsi que vous venez « de l’entendre, de répondre aux besoins de produc-« tion que nécessite le développement rapide des « affaires de la Société. Vous pouvez juger, par l’ex-« posé si complet que vient de vous donner notre « Administrateur-Gérant, combien nos moyens déjà « si considérables de production restent encore au-« dessous des exigences de notre clientèle. Aussi « votre Conseil de surveillance, considérant qu’il est « de toute nécessité de mettre notre Société sur un
- * pied de production qui puisse satisfaire à tous les « besoins, n’hésite-t-il pas à vous conseiller de don-
- * ner un avis favorable aux propositions de notre « Administrateur-Gérant, touchant les agrandisse-« ments de nos usines et la construction de nouvel-« les machines à mouler.
- « Si maintenant, messieurs, vous rapprochez les « magnifiques perspectives d’avenir que notre Gé-« rant vient de vous faire entrevoir, des résultats
- « sans précédents de l'exercice qui vient de finir, il « nous semble que jamais Société au monde n’a eu « en mams des éléments d’action aussi puissants « pour développer et propager l’Œuvre de notre * Fondateur. Oui, une véritable ère de prospérité « s’ouvre devant nous ; et, si de notre côté, nous « savons bien nous pénétrer des principes qui ont « présidé à la création de cette œuvre, et que nous «|ne nous en écartions jamais, nous serons heureux « d'avoir participé, dans la mesure de nos facultés, « à la perpétuation d’une œuvre appelée à rendre « d’immenses services à l’humanité.
- « Il y a un an, à pareille époque, cette Association, « fruit de quarante années de labeur de M. Godin, « était en pleine phase d’organisation. Aujourd'hui, « non-seulement elle est constituée, mais elle fone-« tionne avec une régularité surprenante, surtout « quand on jette un ooup-d’œil en arrière et qu’on « se représente les obstacles sans nombre et de toute « nature qu’il a fallu surmonter pour mener abonne « fin une entreprise aussi considérable. Nous avons « la satisfaction de constater avec vous que partout « les Statuts sont religieusement observés, que tous « les services sont bien ordonnés, qu’au premier « rang votre Conseil de Gérance travaille avec une « activité digne d’éloges aux intérêts généraux delà « Société, et qu’il a suffi d’un an à peine pour faire « passer dans le domaine de la pratique ce que la « masse incrédule avait ‘ considéré jusqu’ici.comme « complètement irréalisable.
- « Conformément au désir déjà exprimé l'année « dernière par notre Administrateur-Gérant il ne « nous reste qu’un vœu à émettre : c’est que nous « tous, membres de cette grande Association, nous « venions en aide au Fondateur pour appeler parmi « nous les capacités devant compléter l’organisation « de la Société, et, par cela même, l’assurer contre « les éventualités de l’avenir.
- « En terminant, messieurs, votre Conseil de sur-« veilance croit être l’interprète des sentiments de « l’Assemblée, en offrant à notre Fondateur, un « nouveau témoignage public de haute gratitude « pour l’inébranlable énergie avec laquelle il a pour* « suivi le but aujourd’hui atteint, et pour les bien-« faits de l’Œuvre à laquelle nous avons l’honneur « d’appartenir.
- « Nous sommes heureux également de ' pouvoir « remercier le Directeur de la Comptabilité du con-« cours empressé qu’il nous a prêté pour faciliter « notre tâche.
- « En conséquence de ce qui précède votre Commis'
- « sion de vérification, à l'unanimité, a l’honneur de « vous proposer l’approbation des comptes de l'exer-
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- , cice 1880-1881, tels qu'ils vous sont présentés par „ votre Administrateur-Gérant. »
- L’Assemblée applaudit les conclusions de ce rapport-
- ftt. le Président déclare à l’Assemblée que la discussion est ouverte d’abord sur lé rapport de la Gérance. ,11 se met à la disposition de l’Assemblée pour recevoir toutes les observations qu'on voudra bien lui faire, ou donner toutes les explications qu’on pourra lui demander.
- Aucune observation n’étant faite, M. le Président Invite l’Assemblée à se prononcer sur la répartition et les comptes tels qu’ils sont fixés dans le rapport de la Gérance.
- L’Assemblée approuve à l’unanimité le dit rapport. Elle approuve également le rapport du Conseil de surveillance.
- M. le Président, invite, en outre, l'Assemblée à donner son avis sur les constructions et les agrandissements projetés à l’usine de Guise, et sur l’édification d’une nouvelle lialle de moulerie mécanique et de machines moulantes.
- L’Assemblée à l’unanimité vote ces constructions et agrandissements.
- M. le Président informe l’Assemblée que les parts d’intérêts seront régularisées et que les intérêts seront comptés aux ayants-droit dans le courant du présent mois Les intéressés seront prochainement avisés par voix d’affiche des jours et heures de l’ouverture de la caisse.
- Après examen on décide qu'une première affiche demandera aux ayants-droit d’apporter leurs titres pour y inscrire les parts du présent exercice.
- Ce dépôt sera fait de 9 h, 1/2 à 10 h. et de 2 h. 1/2 à 3 h., à la salle des conseils, au Familistère, les mardi, mercredi et jeudi prochains.
- Rien n’étant plus à l’ordre du jour, le secrétaire lit les notes qu’il a prises pour lui servir à rédiger le procès-verbal, afin de permettre les rectifications, s’il y a lieu.
- Les notes sont adoptées.
- La séance est levée.
- *———< L’ASSOCIATION ET LA GRÈVE
- Oepuis quelques semaines, le nombre des grèves d’ouvriers va en augmentant, et quoique toutes nos sympathies soient du côté des grévistes, c’est-à-dire do ceux qui peinent et qui souffrent, nous ne pouvons nous empêcher de regretter ces luttes où si Souvent ils succombent, après une longue période
- de privations, sans avoir obtenu la moindre atnélio* ration à leur sort.
- En ce moment à Paris plusieurs corporations se rattachant au bâtiment se sont mises en grève. La solidarité qui existe aujourd’hui entre tous les travailleurs font espérer qu’ils sortiront victorieux de la lutte, mais a-t-on réellement bien choisi le moment où cette grève aurait eu Sa plus grande efficacité ?
- Tous ceux qui la soutiennent sont-ils bien convaincus de son utilité, et quelques-uns ne croient-ils pas qu’on eût pu mieux utiliser les ressources qui servent aujourd’hui à soutenir les grévistes ?
- Nous le croyons, nous.
- Quoi qu’il en soit, mais pour cette fois il est trop tard, car ce n’est pas au moment de la bataille qu’on discute, c’est avant ou après ; pour l’instant on agit.
- Néanmoins, il faut songer à l’avenir, il faut s’organiser, pour ne pas être surpris plus tard, si des catastrophes possibles jetaient un jour de redoutables perturbations sur le marché du travail.
- Les ouvriers charpentiers d’Avignon l’ont bien compris dans l’adresse qu’ils ont envoyée à leurs collègues de Paris en grève en ce moment, lorsqu’ils leur disent :
- « Associez-vous et ainsi réunis, entreprenez des travaux à votre compte.
- » Unissez-vous, serrez-vous, harmonisez vos intérêts et vous ne serez plus exploites, comprimés, grugés par les grands industriels.
- » Vous pourriez, par le crédit, obtenir dans des conditions pas trop onéreuses les fonds nécessaires pour organiser vos travaux.
- « Vous écarteriez, ainsi associés, travaillant à votre compte, toutes les mauvaises chances de misère, de chômage, d’oppression, d’exploitation et de tyrannie. Alors, vous respireriez véritablement, vous seriez des hommes libres et des citoyens. »
- Voilà, certes, de bons sentiments qui honorent cette corporation et des conseils qui ne sont pas à dédaigner.
- L’esprit pratique que respire ce manifeste nous fait croire que les ouvriers, les travailleurs manuels pourraient tenter aujourd hui de s’associer entre eux.
- Où est en effet le mal dont ils se .plaignent? Quelles sont les causes de ce statu quo dans îes salaires, qui devient en réalité une diminution par le surenchérissement continu de tous les objets de consommation ?
- D’où provient l’abandon où se trouve le plus souvent le travailleur quand il veut lutter contre
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- l’homme égoïste qui, considérant l’ouvrier comme une machine, en use et en abuse ?
- Nous ne dirons pas, comme certains, que ce triste état de choses a pour unique cause l’existence de la propriété individuelle. Nous ne croyons pas à tant de simplicité dans les phénomènes sociaux qui nous entourent, et dont nous ne saisissons encore qu’im-parfaitement les lois.
- Nous examinerons donc brièvement d’où vient cette infériorité, cette faiblesse, cette servitude même, de la classe productrice par excellence, de celle qui produit ou transforme tout ce qui est nécessaire à la vie matérielle de la société.
- Et tout d’abord cette infériorité réside dans l’ignorance où elle est restée trop longtemps, et d’où elle commence seulement à sortir.
- Puis, l’arrogance, le dédain de la bourgeoisie à son égard a été pour beaucoup dans l’aversion qu’elle manifeste souvent envers elle.
- Enfin, l’esprit de prévoyance, d’épargne qui fait toujours défaut, et s’il est vrai qu’il est impossible pour quelques-uns d’économiser sur un salaire souvent insuffisant pour vivre, nous sommes persuadés que dans certaines corporations où la chose serait facile, elle n’est pas non plus pratiquée.
- Mais une autre infériorité existe aujourd’hui dans la situation économique du travailleur. Il n’est pas maître de son outil, et dans beaucoup de cas il ne peut aspirer à en devenir le propriétaire et le possesseur.
- La rémunération du travail alors ne consiste plus â payer, à sa valeur, le service rendu ; mais à bien exploiter la concurrence que se font entre eux les travailleurs et à en profiter.
- Est-il donc impossible de remédier à cet état de choses ?
- Cette situation anormale doit-elle donc durer toujours ?
- Nous ne le croyons pas, et nous sommes convaincus, au contraire, que par l’association bien organisée, bien comprise, on parviendra à égaliser les parts, à rendre à César ce qui appartient à César, c’est-à-dire à rendre au travailleur ce qui est le produit de son travail.
- Mais pour que des associations de ce genre réussissent, il faut de l’entente et de la concorde entre tous les associés.
- Il faut de l’émulation, sans laquelle il n’y a pas progrès.
- Mais il faut, d’autre part, éviter ces tendances égoïstes qut font trop souvent de l’ouvrier associé un exploiteur pis que celui qu’il remplace.
- Le but enfin est que le travailleur jouisse du pro, duit de son travail.
- Cela est possible, cela est faisable.
- Que dans chaque corporation s’organise une association coopérative, ayant pour base une cotisation mensuelle de chaque associé.
- Que cette association entreprenne des travaux où elle occupera seulement ses associés.
- Qu’elle ne commette pas la faute de distribuer les bénéfices faits au fur et à mesure de leur rentrée, mais qu’elle en fasse au contraire le fondement d’une caisse de retraite pour les ouvriers associés arrivés à l’âge de la vieillesse.
- Qu’elle utilise ses capitaux disponibles à favoriser la création d’associations semblables dans d’autres corporations.
- Et bientôt l’exploitation disparaîtra.
- L’ouvrier deviendra maître de son outillage.
- Les chômages seront plus rares, car pour une même rémunération, l’ouvrier travaillera moins longtemps.
- Les vieillards ne verront plus venir avec effroi leurs derniers jours d’existence, car une retraite leur assurera le repos qu’ils auront bien mérité par une vis de labeur.
- Il suffirait donc que quelques hommes intelligents et surtout dévoués, prissent dans chaque corporation, l’initiative d’une association de ce genre, et bientôt nous verrions baisser les prétentions du capital; nous apprécierions la valeur de la fonction travail et elle imposerait ses volontés.
- Alors la lutte se circonscrirait de plus en plus, il il n’y aurait plus ces catégories d’exploiteurs et d’exploités, de serviteurs et de maîtres.
- Chacun comprendrait sa, fonction et la remplirait par devoir, sachant bien qu’il doit à la société, en échange des services qu’elle lui rend, une certaine somme de travail.
- Et c’est ainsi qu’en dépit des déclamations de certains rêveurs, nous marcherions vers la paix sociale, vers la concorde entre tous les citoyens et vers l’égalité réelle, c’est-à-dire celle qui consiste à donner à tous les hommes les mêmes droits en leur impo* sant les mêmes devoirs.
- (iLa Justice) J.-L. Blanc.
- IM" ' .Hm* «.igji ilF
- FAITS POLITIQUES k SOCIAUX DE LA SEMAINE
- A.1gfé**Ie Sc Tunisie. — Le départ d’Oran du général Delebecque et l’arrivée à Tunis du général Saus sier présagent l'ouverture prochaine d’opérations m»}' taires, à l’ouest, dans le Sahara oranais, à l’est, sur Kai-rouan. Tout en reconnaissant ies obstacles qu'une mar* che sur Kairouan a rencontrés jusqu’ici, d’abord dans »a
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- saison, ensuite dans l’organisalion des transports, nous attendons avec impatience l’entrée des troupes françaises dans cette ville En présence de deux millions ^hommes, et surtout quand ces hommes sont des arabes, n’ayant de respect que pour le plus fort, la force de la France dépend de l’opinion que s’en font les indigènes. Quand les Tunisiens seront convaincus que nous avons non-seulement la force, mais la volonté, la pacification sera faite. Malheureusement tous nos actes depuis le traité de Kassar-Saïd ont inspiré aux indigènes l'opinion contraire Le rappel déplorable des troupes françaises, l’hésitation à occuper Tunis et les port* de l'est,* de petites expéditions exécutées par des forces insuffisantes, ont convaincu les Arabes qu’il nous manquait la force ou l’énergie, ou que notre action était entravée par le sultan, par l’Halie et par l’Angleterre. De là, l’insurrection actuelle. Pour l’étouffer, il n’est pas nécessaire d’aller chercher les insurgés dans tous les coins de la Régence. Deux ou trois coups vigoureux, s'ajoutant au fait, d’une importance politique capitale, de l'entrée de nos troupes à Tunis et à Kairouan, mettront à nos pieds les populations de la Régence. Dès qu’elles auront reconnu la main d’un maître, elles montreront la soumission d’un esclave. En 1864, il a fallu huit mois au bey pour vaincre les insurgés, qui étaient arrivés à une marche de la capitale, et qui auraient occupé et pillé la plupart des villes de l’intérieur et de la côte, a. notre avis, deux mois suffisent amplement au corps expéditionnaire, pourvu qu’ils ne ressemblent en rien aux mois précédents : deux mois de guerre bien faite et de bonne politique. Nous ferons courir ces deux mois à partir du jour où commencera la marche sur Kairouan.
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- Le tunnel sons la Manche. — M Léon Say, accompagné de M. Raoul Duval, est venu, la semaine dernière, à Calais, pour visiter les travaux du tunnel sous-marin.
- À ce propos, rappelons que vers la fin de novembre ou au commencement de décembre prochain on pourra examiner les résultats d’une section d’essai de ce tunnel. Cuilne s’agit plus aujourd’hui de projet ou de tâtonnement, on travaille d’une manière régulière à cette œuvre tant attendue. Les galeries d’essai, actuellement en percement, ont à cette heure du côté français 1,800 mètres et du côté anglais 1,600 mètres environ. Le travail se poursuit dans les meilleures conditions possibles Lorsqu’il se: a achevé, ce sera un peu plus du dixième du tunnel, sa longueur totale devant être de 29 kilomètres 200 mètres (longueur mesurée au niveau de la marée basse). Seulement avec les galeries d’accès du côté français et du côté anglais, il faudra compter au moins deux kilomètres de plus.
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- Action Franco-Anglaîsie ©n Egypte. —
- Le Morning Post s’est procuré et il a publié hier matir Par avance la correspondance diplomatique, qui sera Plus tard communiquée au Parlement britannique, échangée entre les ministres des affaires étrangères de "rance et d’Angleterre au sujet de l’action commune à bercer en Egypte. C’est M. Barthélemy Saint-Hilaire lui, en vue des éventualités qui se préparaient, a proposé au gouvernement anglais d’exercer une action commune "dans le but de maintenir intacte la situation des deux puissances en Egypte, et spécialement l’insti-uition du contrôle anglo-français. Le ministre français eu prenant l’initiative de la proposition d’action commune, laissait à i’Angleterre l’initiative du choix des Vuies et moyens. Lord Granville, saisi de la question Par le ministre français, a proposé d’abord la remise a d Porte ottomane d*uue note identique, et au khédive uUae notification ayant le même sens que cette note; cusuite, l’expédition à Alexanjrie^ de deux cuirassés p?lais et français, comme réponse à l’envoi de commisses ottomans au Caire. Cette proposition fut acceptée par la France, et elle a reçu son exécution. Dans la note
- identique, les deux puissances déclarent que tout en respectant la suzeraineté du sultan en Egypte, elles ne toléreraient pas une démonstration navale portant atteinte à leurs droits et à leur influence dans ce pays. Dans leur notification au khédive, elles repoussent toute ingérence des commissaires ottomans dans les affaires de contrôle, elles mettent en quelque sorte la mission ottomane en surveillance, et expriment le désir que le khédive hâte ie départ d’Egypte des commissaires ottomans. Ainsi l’entente est complète entre les deux gouvernements, leur action est identique, et elle a pour objet à la fois de prévenir une ingérance abusive de ia Porte dans les affaires intérieures de l Egypte, et de maintenir incontrôlé financier anglo-français.
- ANGLETERRE
- L’arrestation die M!. Parnell. — Le 18 octobre M. Parnell, le grand agitateur de l’Irlande, a été arrêté dans la matinée à Kingsbridge, où il se préparait à aller présider dans le comté de Kildaie une grande réunion de la Ligue agraire irlandaise. M. Gladstone a annoncé cette arrestation dans la visite qu’il a faite à la Cité de Londres, où il allait recevoir l’adresse, renfermée dans un coffret en or, que lui a votée la corporation de la cité.
- Cet‘.e arrestation a été opérée en vertu de la loi dite de « coercition », votée cette année par le Parlement britannique, et qui autori e, dans les districts où le vice-roi d’Irlande l’aura déclarée applicable, l’arrestation, par mesure administrative, sans intervention du pouvoir judiciaire, et le maintien en prison, pendant un temps indéterminé et sans recours au magistrat sous la forme de VHabeas corpus, de toute personne jugée dangereuse par l’autorité politique.
- Dans un discours prononcé à Leeds, M. Gladstone a fait des déclarations très énergiques au sujet de M. Parnell. Après avoir rappelé que, par la présentation et le vote de la loi agraire irlandaise, le gouvernement britannique a largement fait tout ce qui est maintenant possible pour guérir les maux de l’Irlande. M. Gladstone déclarait que si les violateurs des lois ne se soumettaient pas désormais au régime légal, « a civilisation avait encore des moyens ;t des forces en réserve pour lutter c< utre l’illégalité. » Depuis lors, le marquis de Salisbury, ministre des affaires étrangères dans le cabinet conservateur, avait mis en quelque sorte le ministère libéral en demeure d’agir, lorsque, dans une réunion conservatrice, il lui reprochait ironiquement d’appliquer la loi de coercition aux comparses de l’agitation irlandaise, mais de ménager soigneusement les chefs. L’arrestation de M. Parnell, l’un des chefs de la Ligue irlandaise, sou principal orateur et le leader des partisans de ia Ligue à la Chambre des Communes, est une réponse aux sarcasmes de lord Salisbury.
- Le tout est de savoir si ce coup d’audace jettera la perturbation dans la Ligue agraire ou au contraire, la poussera aux dernières extrémités.
- En Angleterre, la mesure a excité un grand enthousiasme. M. Gladstone prononçait un discours à Londres, lorsque la dépêche annonçant l’arrestation lui est parvenue ; il a intercalé dans* sa harangue une digression sur la situation actuelle de l’Irlande, » sur la vindicte publique qui venait de sauvegarder l’ordre, la liberté et les droits de la propriété, en sévissant contre les perturbateurs, et notamment en arrêtant l’homme qui cherchait à établir en Irlande une dictature anarchique fondée sur la violence et l oppression. » Ses paroles ont été couvertes d’applaudissements frénétiques.
- Mais par contre, en Irlande, la nouvelle de cette arres-tatiou a provoqué une vive agitation. Déjà un grand nombre de tenauciers refusent de payer les fermages tant que M. Paruell ne sera pas mis en liberté.
- Des meetings de protestation ont été tenus partout, et comme les chefs de la Ligue irlandaise n’acceptent point la loi nouvelle, ils poussent à la résistance et espèrent entraver l’application de la loi agraire.
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- LE DEVOIR
- Le gouvernement ne s’en est pas arrêté à l’arrestation de M', Parnell II a fait arrêter aussi le lendemain MM. Sexton, député du comté de Slige, et Quffin, secrétaire de la Ligue agraire,
- M. Arthur *0 Connor, député de Queens Connty, est sons le coup d’un mandat d’arrêt; M, Q’Kelly, député de Roscommon, a été arrêté à Dublin.
- Un mandat d’arrêt était aussi lancé contre M. Healy, député de Wexford; mais il a été prévenu assez à temps peur ne pas continuer son voyage à Dublin,
- M. Obrren, rédacteur de Vüiuied Irishmem, a été arrêté le la. Le même jour, M JohnBUlon, membre du Parlement, a été arrêté à quatre heures de raprès-midi, et conduit à la prison de Kilmainham,
- Une édition spéciale de la Gazette officielle, proclame que toute forme d’intimidation, soit pour empêcher le payement des fermages, soit pour obliger les sujets de la reine à s’associer à la Land League, soit pour empêcher de faire ce qu’on a légalement le droit de faire, est illégale et criminelle.
- Toute personne usant de ces pratiques sera arrêtée et emprisonnée.
- Ces aotes d'arbitraire, véritablement odieux, qui privent de leurs représentants une partie du pays sont une honte et une source grave de complications pour le gouvernement anglais.
- Que voulait Parnell 1 La liberté pour son pays, l’Irlande, qui est opprimée par l’Angleterre. Il demandait que ses compatriotes, que la famine abat par centaines, pussent échapper à l’épouvantable servitude des riches H tyranniques exploiteurs,et vivre de leur travail. Infatigable et vaillant, rien n’avait pu l’arrêter dans ses généreuses revendications au nom d’un peuple martyrisé. Les menaces ne l’effrayaient point Maintenant, le voilà emprisonné, — et, naturellement, la majorité gouvernementale du Parlement anglais a applaudi. Mais les démocrates de tous les pays protesteront contre l’arrestation du courageux citoyen irlandais, en même temps qu’iis flétriront l’acte de force brutale du cabinet de Londres.
- L’agitation augmente en Irlande,
- Une réunion a été tenne à Dublin dans la Rotunda pour protester contre l’arrestation de M, Parnell, 2Q,000 personnes y assistaient. Une grande foule stationnait en dehors de l’édifice au bord duquel se tenait une force considérable de police.
- La réunion a adopté à Punanimité une résolution flétrissant en termes très violents l’arrestation de M-Parnell.
- Grand enthousiasme. Gris de ; Yive la République irlandaise ! Pag de loyer.
- Dans plusieurs autres villes, la ligue agraire a tenu des meetings, où ont été adoptées des résolutions analogues, affirmant qu’aucun loyer ne sera payé tant que M, Parnell sera emprisonné.
- C’est la guerre civile avec toutes ses horreurs, toutes ses infamies, tous ses crimes que le gouvernement anglais vient de décider en. Irlande, Quelle sera l’issue de cette lutte barbare ? Nous doutons, quelle qu’elle soit, qu’elle puisse tourner à l’honneur de T Angleterre,
- AUTRICHE-HONGRIE
- J..;* î râltn éfe?i C/rivocGieïse ou Çous-Tor-— Le grand empire d’Autriche-Hongrie en est de | nouveau réduit à parlementer avec la tribu des Crivo- j çheïs ou Gous-Tordus, En ^ 1867, après le compromis austro-hongrois, il avait déjà été question d’en finir avec ! qes entêtés montagnards, qui refusaient formellement de ) se prêter de bonne volonté à l’œuvre d’égalisaliou que l’on méditait à Vienne, Les choses se gâtèrent à tel point qu’une campagne militaire, celle des Bocthe dut être entreprise; on voulait forcer les montagnards à satisfaire aux exigences militaires et ils s’y refusaient.
- A Vienne, on s imagina qu’on aurait bien vite raison des récalcitrants; mais ceux-ci battirent les détachements, les bataillons, les brigades, les divisions même envoyées contre eux, Le général Ivanowitsch fut même î
- très heureux de pouvoir terminer la campagne par uae convention qui garantissait aux Crivocheïs le maintien du statu quo ; il est vrai de dire qu’il avait été battu par les insurgés, entre les mains duquel il avait dû abau. donner ses bagages. Après six mois de lutte, en janvier 1870, la paix était signée entre l'empire d’Autriche et ses 36 millions de sujets, et les 13 à 15,Q00 Çous*Tqï dus,
- La position de la tribu est devenue difficile. En octo, bre 1878, l’Autiiche a occupé la Bosnie et T Herzégovine, en sorte que les gens delà tribu sont enlacés par l’etpl pire, sauf cependant au sud-est, où ils communiquent avec le Monténégro, Dans ces conditions, on a voulu, à Vienne, reprendre les négociations, en vue d’impo?erà la tribu les mêmes charges qu’à tous les autres peuples de l’empire, Le gouverneur de la Dalmatie, général Rq. ditseh, a été chargé de prévenir les Qrivocheïs que l’ère de la débonnaireté était passée. Les montagnards corpp. tent bien faire des concessions; mais ils posent, eu* aussi, leurs conditions ; ils demandent qu’il leur soit permis de porter leur costume national, que les commandements soient faits en langue slave, que leurs officiers soient pris parmi eux, qu’ils ne puissent être appelés. à marcher hors de leur territoire, qu’ils puissent séjour ier pendant deux ans hors du pays,sans être considérés comme déserteurs. Par contre, les Gous-Tordus s’engagent à répondre aux appels pour les marœuvres; ils ne demandent que la solde et la subsistance pendant les exercices militaires, qui ne pourront excéder quatre semaines.
- A peu de choses près, çes conditions sont les mêmes que celles formulées en 1869. Le gouvernement autrichien est décidé à user de tous les ménagements; toute-fois, l’opposition s’accentue dans le pays des Crivocheïs, les familles émigrent au Monténégro et de nouvelles complications sont à craindre.
- ALLEMAGNE
- La Gazette nationale annonce que le socialisme fait de grands progrès àThorn.
- Les socialistes posent de nombreuses candidatures pour le Reichstag, A Kœnigsberg, ils présentent MM. Bebei; dans la deuxième circonscription de Berlin,'Vie-reçk; dans la quatrième, Bebei; dans la sixième,Hasen-clever; à Waldenbourg, Kuhn, tailleur; à Reichenbacii-Neurode, Kuhn; dans la circonscription est de Breslau, Hasenclevor; dans la circonscription ouest, Kraecker; à Magdebourg, Viereck; à Naumbourg-Weissenfels, Lie-bknetobt; à Erfurt, Hasenclever; à Alloua,Hasenclaver; à Kiel, Heinzel, tailleur ; à Fleusbourg, Basenolever; Hanovre, Moister; à Brême, Frick; à FrancforRsnr-le-Mein, Doell, ouvrier typographe; dans la lye circonscription de Hambourg, Rittingbausen ; dans la deuxième circonscription, Dietz, imprimeur; dans la troisième, Breuel, relieur; à Cologne, Bebei; à Solingen, Ritting-hausen; à Lennep, Schubmacher, marchand de cuirs; à Elberfeld, Oppenheimer; à Munich. Bebei; à Nuremberg, Grillenberger- àFürlh, Loewenstein; àZittau,Yie-reek ; dans la premi ère circonscription de Dresde,Bebel; dans la deuxième,Liebknecht ; à Meissen,Niese; àGroS’ senhain, Geyer; à Pirna, Kaiser ; à Friebourg, Kaiser; & Doebin-Leissnig, Hadîich; à "Wurzen, Hadlich; à Le’p-
- zig ville, Bebei; à Leipzig-campagne, Dietzgen, tanneur,
- à Cheimnitz, Geïser; à Glauchau-l&erane, Auer ; à Stoll-berg-Schneeberg, Liebknecht; à Wolkenstein-Zchopau, Wiemer ; à Auerbach-Reichenbach, Viereck; à Mers®' bourg, Viereck; à Stuttgart, Dulk; à Esslingen, Bebei, à Mannheim, Dreesbach; à Strasbourg, Bebei; a Die^ bourg-Offenbach, Liebknecht; à Mayence, LiebknecuG à Scheverin, Hasenclever; à Wiemar, Liebknecht ; a
- Iba, Bebei; à Brunswick,Bios; à Schwarzbourg-Sonder-'
- hausen. Viereck ; à Hanau, Frohme. Il y aura en outr des candidats à Zwickau, à Lübeck, à Gassel, à Izehoèi etc.
- RUSSIE
- Le« iffxQrçsïsteæ, — Qo q’a pas tort de dû6'
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- qu’en faisant abstraction de la géographie, on pourrait, à quelques kilomètres d„ Saint-Petersbourg, se croire en pleine Asie orientale, en pleine Mandchourie, et encore.., Car enfin, il s’agirait de démontrer par des faits, qu’en Chine la superstition conserve encore des pratiques aussi barbares, aussi cruelles, que celles dont nos gouvernants peuvent se procurer l’édifiant spectacle daus le district de Iambourg, presque aux portes la capitale.
- Voici ce qui vient de s’y passer :
- Il y a quelques jours c’était la foire annuelle à Riesehi.
- A un kilomètre et demi de cette bourgade se trouve une église consacrée au culte d’une image miraculeuse de saint Nicolas qui, le clergé et la légende le prétendent, fut trouvée en ces lieux Tout près de l’église on voit un bloc de granit formidable, à moitié enfoui dans la terre, que les'habitants de cette contrée vénèrent, à la façon des païens, comme le siège d’une divinité, curative quelconque : on n’a jamais pu savoir laquelle.
- Toujours est-il que tous les ans, pendant la foire des trois jours, cette pierre sert d’autel aux sanglants exorcismes de certains devins, qai font métier d’expulser le diable des possédés, c’est-à-dire de malheureux sujets atteints d’épilepsie ou d’aliénation mentale.
- Il y a longtemps, plus d’un siècle peiit-êtrè, que l’autorité sait quoi s’en tenir au sujet des tortures inouïes qui se pratiquent en plein jour à cet endroit ; mais comme la sainte image de Nicolas le miraculeux tire un beau bénéfice de ces'attroupements périodiques autour de la pierre, et que d’autre part l’Eglise a mille moyens pratiques de se concilier l’administration, — ce petit commerce de cruautés se perpétue, non peut-être sans une certaine progression de raffinement.
- Ainsi l’autre jour les paysans amenèrent ure jeune fille de quatorze ans, chétive, à l’expression idiote,qu’on disait en communion constante avec Satan.
- Le cortège, composé d’une centaine de témoins d’office, parmi lesquels figurait la mère de la patiente, se dirigea lentement, avec des chants, vers le lieu saint, Une' foule compacte de curieux le suivait.
- Après une courte station à l’église, où les gros sous des paysans furent mis à contribution par les adora-teurs de saint Nicolas, — la foule emporta la jeune fille sur la pierre ensorcelée.
- Les devins l’y attendaient avec l’attirail approprié à la circonstance.
- On coucha la malheureuse sur le bloc de granit, et tandis que quatre hommes robustes la maintenaient par les extrémités, un opérateur lui inséra violemment dans la bouche six cierges d’église allumés et saupoudrés d’encens incandescent. Il va sans dire que les bougies s’éteignaient aussitôt dans le pbaryjjx de la victime ; mais, malgré les cris déchirants qu’elle poussait, on les rallumait consciencieusement jusqu’à douze fois, en sorte qu’à la fin toute la région buccale et la langue se trouvèrent brûlées.
- Ce qu’il y a de plus horrible, c’est que la mère de la suppliciée était à côté d’elle, remerciant le ciel de l’entendre crier, ravie de voir le diable s’échapper par sa bouche dans les famées bleuâtres de l’encens. Quant à la foule, recueillie et sincère, elle assistait à l’opération, nu-tête, et en récitant des prières.
- Quand on lâcha la pauvre possédée, elle était dans un état effrayant ; car l’encens enflammé, se mêlant à la cire bouillie des cierges, lui avait calciné les sourcils, les yeux, et presque toute 1a. figure. Quant à la bouche, ce n’était plus qu'une plaie béante. La langue, horriblement gonflée, sortait de la bouche. Ne pouvant plus crier, elle râlait dans d’horribles convulsions.
- C’est dans cet état qu’on la transporta à la pharmacie de la bourgade ; car, au dernier moment, voyant les conséquences de leur ouvrage, les devins avaient pris peur et s’étalent prudemment retranchés derrière l’exceptionnelle ténacité du diable, lequel s’était, selon leur dire, réfugié dans la langue du sujet.
- Le pharmacien envoya chercher un médecin, mais malgré tous les soins qu’on lui prodigua sur le champ, la malheureuse mourut le lendemain.
- Toute cette affaire a été soigneusement consignée dans uu procès-verbal ad hoc, qui suivra probablement son long cours selon l’habitude du pays ; mais, en attendant, l’église de Saint-Nicolas reste grande ouverte et la pierre peut s’attendre dès demain â quelque nouveau client. Les devins n’ont pas été molestés par la police, — et pour cause ! Car il faut bien, comme dit le proverbe, vivre et laisser vivre les autres.
- Toute la question est de savoir où est le diable.
- D. A.
- CAUSERIE ANTICATHOLIQUE ET RELIGIEUSE
- Le peiii Georges ou I’Ecriture sainte devant la raison.
- Georges vient d’avoir 11 ans, c’est un petit garçon à la figure douce et intelligente ; ses manières polies, son air affable, indices d’une nature bien douée en même temps que d’une bonne éducation, lui gagnent vivement l’affection de ceux qui l’approchent. Il suit les cours du collège de B. dont il est un des bons élèves, et doit faire cette année sa première communion.
- Ses parents sont nés dans la religion catholique, ce qui ne veut pas dire que ce soient de fervents croyants ; l’entretien qu’on va lire nous fera mieux connaître leurs pensées intimes sur la question religieuse.
- M. et Mme C. étaient réunis le soir * comme d’habitude dans la salle à manger, le père lisait pendant que la mère se livrait à des travaux d’aiguille; c’était l’heure à laquelle chaque jour Georges revenait du collège, il était de dix minutes en retard, et déjà on commençait à s’inquiéter.
- Soudain la porte s’ouvre bruyamment, Georges arrive tout essoufflé, et sans songer au dîner qui l’attend, se met en devoir de raconter la cause de son retard.
- Papa et maman, dit-il, je vais vous apprendre pourquoi je suis en retard. M. l’aumônïer a fait demander tous ceux qui ont 11 ans accomplis, et il m’a dit que j’allais faire ma première communion cette année.
- C’était bien la peine, répond le père, de courir comme un fou et d’amasser chaud pour nous apporter cette nouvelle-là.
- Tu sais, papa, répondit l’enfant froissé de l’air indifférent avec lequel son père accueillit sa communication, ce n’est pas que j’y tiens à faire ma première communion, mais comme tu m’as dit toi-même qu’il le fallait, eh bien, aussitôt que j’ai eu la nouvelle, j’ai couru pour vous l’apporter ; j’ai également à t’annoncer que M. le principal va venir te faire visite ce soir.
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- Il le faut, parce que ton père le veut, dit Mme C. I en regardant son mari.
- — Parce que je le veux, c’est vrai, ma bonne amie, tu dois comprendre aussi bien que moi qu’avec une société comme celle au milieu de laquelle nous vivons, avec des préjugés aussi enracinés que le sont les préjugés religieux dans notre pays, ce serait créer à notre enfant une position fausse que de ne pas faire comme tout le monde en cette circonstance.
- — Ton raisonnement a peut-être du bon, mais je ne puis pas l’accepter sans protester. Tu as de la chance, toi, de pouvoir transiger avec tes convictions. Quand nous nous sommes mariés, j’étais fervente catholique, tes raisonnements en dessillant mes yeux ont triomphé de moi; aujourd’hui j’ai la certitude que l’enseignement catholique est faux et que la vérité est ailleurs, je ne vois pas pourquoi, puisque c’est notre conviction profonde à tous deux, nous aurions la faiblesse de lancer notre enfant dans une voie que nous savons mauvaise ; je sais bien que tu vas me dire que c’est une simple formalité, et qu’une fois remplie, nous jetterons au feu cathéchisme et histoire sainte ; malgré cela, je ne puis pas m’empêcher de dire que de notre part c’est faire à l’erreur et aux préjugés une concession qui répugne à ma conscience. Je comprendrais que nous agissions ainsi si nous étions dans une position précaire ; il ne faut en effet jamais jouer avec le morceau de pain que l’on a dans la main ; mais quand on est, comme nous, complètement indépendants, je ne le comprends plus, et je trouve notre conduite coupable et sans excuse.
- — Quel radicalisme, grand Dieu, dit le père en souriant, c’est à décourager ceux qui font du prosélytisme ; moi qui désespérais jadis de t’amener à partager mes idées, voilà maintenant que j’ai dépassé mon but. Je ne peux pas dire qu’en principe tu n’es pas dans le vrai, ma femme, mais j’invoque une raison d’ordre supérieur, je tiens à ne pas faire à notre enfant une position fausse dans le monde.
- — Si ce ne sont pas les riches qui donnent l’exemple ; mon ami, qui voudras-tu qui le donne ? Comment espérer voir disparaître les préjugés contre lesquels je t’entends maugréer chaque jour, si personne n’ose les heurter de front ?
- — D’abord moi, papa, se mit à dire Georges, qui pendant cette discussion toute amicale, s’était tenu coi dans son petit coin, je suis de l’avis de maman : Une religion qui est mauvaise pour les parents n’est pas meilleure pour les enfants.
- — Bon, les voilà deux contre moi, à présent.
- La conversation fut interrompue par un léger
- coup de sonnette ; on annonça M. le principal du collège.
- Ce fonctionnaire venait faire visite à M. et à Mme C.., visite un peu intéressée, hâtons-nous de le dire, M. C. étant magistrat municipal et pouvant par conséquent lui être utile en certaines circonstances.
- Ses premières paroles furent pour leur annoncer la nouvelle que leur fils était venu leur apporter si bruyamment.
- — Je vais avoir le regret, M. le principal, de vous apprendre une chose qui va probablement vous surprendre. Nous avons décidé que notre fils ne ferait point sa première communion.
- La foudre fut tombée aux pieds du principal qu’elle ne l’aurait pas plus stupéfié que cette réponse; il ne pouvait revenir de son étonnement et fut quelques minutes sans pouvoir reprendre la conversation.
- — Mais cependant, M. votre enfant a été baptisé.
- — C’est vrai, M. le principal, mais nous le regrettons beaucoup, si c’était à recommencer il ne le serait pas; j’ai à peu près autant de confiance dans la vertu du sacrement de baptême que dans celle de celui de l’Eucharistie.
- — Je vous savais bien anticlérical, mais je ne vous croyais pas d’une impiété aussi caractérisée ; je pensais que ce que vous combattiez dans la religion, c’était seulement les abus qui se produisent en son nom.
- — Vous vous trompiez, Monsieur, ce que je combats, ce ne sont pas tant les abus que les erreurs.
- — Le3 erreurs, où donc voyez-vous des erreurs dans notre sainte religion.
- — A mon tour d’être étonné, M. le principal, vous voulez savoir où je vois des erreurs et des non-sens dans la religion catholique ; votre question me paraît naïve de la part d’un des membres les plus éminents du corps enseignant; cependant, un homme comme vous doit toujours aller au fond des choses, et ne rien accepter, même une croyance, sans savoir à quoi cela l’engage; aussi je ne m’explique pas comment vous pouvez, connaissant les dogmes de l’Eglise catholique, prendre ouvertement sa défense. Vous n’ignorez pas cependant que les gens qui raisonnent s’en éloignent chaque jour davantage — et que le nombre des fidèles pratiquant va toujours diminuant ; vous savez aussi que chaque pas en avant de ce géant qui s’appelle la science nous fait découvrir de nouvelles erreurs dans les livres saints qui forment la base de cette religion, et la rendent de plus en plus inacceptable.
- — En effet, Monsieur, je sais que tout cela se dit, mais ça ne me prouve nullement que la religion ca-
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- tholique ne soit pas toute lumière et toute vérité; tout ce qui s’écrit et ce qui se dit n’infirme point la sublimité de sa morale, seule capable de faire des citoyens honnêtes et vertueux.
- Certaines gens ont une tendance à nier tout ce qu’ils ne comprennent pas, et pour eux tout mystère est une erreur; ce sont probablement ces vérités insondables que vous traitez si dûrement, et que vous appelez des erreurs.
- Tout en défendant énergiquement ce qui est ma foi, je vous ferai cependant une confession, c’est que je n’ai jamais étudié la question religieuse que très-superficiellement, et jamais au point de vue théologique, le travail et l’étude ayant toujours absorbé tout mon temps ; j’ai cru et pratiqué, et je m’en suis tonjours bien trouvé; de même que mes parents m’ont toujours élevé dans un profoud respect pour tout ce qui touche à notre religion, ainsi j’y élève mes enfants; quant aux erreurs auxquelles vous faites allusion, elles iTont jamais frappé mes yeux, et je crois qu’elles n’existent que dans votre imagination surexitée par de mauvaises lectures ; vous me feriez plaisir cependant en me signalant quelques-unes de ces prétendues erreurs ; la lumière ne m’a jamais fait peur.
- Ce ne sera pas difficile de vous satisfaire, M. le Principal, nous n’aurons pas beaucoup de peine à mettre la main sur quelques-unes de ces erreurs; elles foisonnent dans les livres que vous mettez entre les mains de vos enfants. Georges, apporte-moi ton Histoire sainte.
- L’Histoire sainte, l’histoire sainie, je ne conteste point qu’il n’y ait quelque chose de mythique dans ce petit livre; j’en ai même la certitude, mais cela ne prouve point la fausseté de la religion.
- — Oui ou non, sommes-nous obligés de croire à tout ce qui est rapporté dans les saintes Ecritures,et conséquemment d’accepter comme vérités incontestables, sous peine d’être taxés d hérésie, tout ce qui est contenu dans ce petit livre, extrait de l’ancien Testament, et ayant les hautes approbations de mes-seigneurs Iss archevêques et évêques de Paris, de Cambrai, d’Amiens, etc., en un mot, pouvons-nous rester chréPens suivant l’église romaine, si nous n’acceptons pas comme véritables, les récits imagés et invraisemblables contenus dans cet ouvrage, que tous ces hauts dignitaires de l’église recommandent si chaleureusement à la jeunesse chrétienne, et qui sont entre les mains de tous les enfants de nos écoles.
- — Je ne crois pas que nous soyons jamais forcés d’accepter ce qui nous semble mythique ou erroné ;
- pour moi personnellement, je ne m'y considère point comme obligé, et rien ne saurait m’y contraindre.
- — Permettez-moi de vous citer l’article VU du Syllabus que vous sem'lez ne pas connaître, et qui vous prouvera, que suivant les dogmes de cette sainte religion dont vous êtes un des zélés défenseurs, vous n’êtes ni plus ni moins qu’un hérétique.
- Articles. VII. — Anathème à qui dira :
- Les prophéties et les miracles, exposés et racontés dans les saintes écritures sont des inventions poétiques ; les livres des deux testaments renfermant des fictions mystiques et Jésus-Christ lui-même et un mythe.
- Est-ce assez clair? Monsieur? Nous sommes si peu obligés de croire à toutes ces prétendues vérités que, lorsque ce pauvre Galilée, ce martyr de la science, eut découvert que c’était la terre qui tournait autour du soleil,contrairement à l'opinion accréditée alors qui disait qu’elle était immobile, on voulut le mettre à mort, parce que cette vérité nouvelle portait atteinte à un des passages de l’ancien testament ; et s’il n’avait pas eu la bonne pensée, pour désarmer ses bourreaux, de renier sa découverte, et de leur dire : eh bien non, je suis .de votre avis, je m’étais trompé, contrairement à ce que j’affirmais hier, je déclare aujourd’hui qu’elle ne tourne pas ; la sainte inquisition, après l'avoir martyrisé, après lui avoir brisé les membres et tenaillé les chairs, l’eut bel et bien fait mourir, au nom du Dieu vivant. Vous dites, M. le principal,que nous ne sommes pas obligés de croire aux passages qui nous semblent erronés. S’il’y a des erreurs reconnues, pourquoi ne disparaissent-elles pas de vos livres, pourquoi continuer à donnera nos enfants une nourriture que vous reconnaissez malsaine; car l’erreur c’est le poison de l’âme? Pourquoi, contrairement à toutes les autres institutions humaines, qui suivent la marche du progrès et se transformeni sous sa puissante impulsion, la religion catholique persiste-t-elle dans son immobilité,et refuse-t-elle de rompre avec ses vieux errements. Je sais qu’il y a à cela une difficulté ; l’Eglise s’étant déclaré infaillible,ne peut pas avouer qu’elle s’est trompée dans le passé C’est un grand bien pour l’humanité que l’église se soit déclarée infaillible; si elle n’eut pas commis cette faute, en faisant de temps en temps quelques concessions à l’esprit moderne, elle eut pu entraver pendant de longs siècles encore la marche du progrès; grâce à Dieu, le monstre a été vaincu par le démon de ]’ r-gueil; en obéissant à ses insinuations et en sedécin-rant infaillible, l’église à signé sa condamnation et décrété sa mort à bref délai.
- Qu’elle meure donc, et que l’humanité, affranchie de ses dangereuses étreintes, puisse marcher har-
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- dîment à la conquête de vérités nouvelles, tant dans l’ordre moral que dans l’ordre matériel, vérités qui formeront la base de la religion de l’avenir.
- Arrivons à notre livre, M. le principal.
- — Je suis en effet impatient de savoir ce que vous trouverez de si blâmable, de si dangereux, de si faux dans cet innocent petit ouvrage, dont je trouve la lecture pour les enfants, sinon d’une grande utilité, du moins d’une innocuité complète.
- L’histoire sainte, dit l’auteur de ce petit livre, est la première histoire qu’aprennent les enfants. Il aurait pu ajouter : C'est bien souvent la seule; j'ai été à l’école primaire de mon village jusqu’à 12 ans et je n’en appris jamais d’autre ; l’étude de cette his-toire, qui est sans valeur scientifique, d’une morale douteuse, dont les récits n’ont même pas le mérite du vraisemblable, n’est-ce pas suffisant pour le peuple qui souffre et qui travaille? Qu’ont-ils besoin d’en savoir davantage pour faire des serviteurs dociles, et plier sous le joug d’un maître.
- Commençons par la création du monde.
- N’avez-vous jamais été frappé, Monsieur le principal, de trouver dans l’Ecriture sainte ce fait surprenant : Dieu faisant la lumière le 1er jour, tandis que le soleil, qui est la source de toute lumière, ne fut créé que le 4m® jour.
- Chapitre IV.—Dieu voyant que la malice des hommes, était extrême, et que toutes leurs pensées étaient tournées vers le mal, se repentit d’avoir créé l’homme et résolut de l’exterminer de dessus la terre.
- Que pensez-vous de ce Dieu,qui en créant l’homme le fait trop imparfait pour résister à l’esprit du mal, s’aperçoit de son erreur, et pour le punir de ce que, lui Dieu, s’est trompé, le condamne avec toute sa postérité à toutes sortes de maux. Ce manque de prévoyance fait bien peu d’honneur à la prescience divine.
- Toute sa postérité, voilà qui est plaisant, en quoi nous, qui n’étions pas encore à cette époque, avons-nous pu être pour quelque chose dans la désobéissance d’Adam.
- Chapitre III. — Caïn et Abel offrirent des sacrifices au Seigueur. Caïn iui présenta des fruits de la terre, et Abel les plus beaux de ses agneaux. L’offrande d’Abel fut agréable au Seigneur qui rejéta celle de Caïn.
- Dieu, dit-on, est animé d’un même amour pour tous ses enfants.
- Cette action, d’accepter les présents de l’un et de rejeter ceux de l’autre, n’est-elle pas plutôt le fait d’un être injuste et capricieux que celui d’un Dieu juste et bon.
- Chapitre III. — Les descendants de Caïn inventèrent les instruments de musique et l’art de tra-
- vailler les métaux. Mais ils furent méchants comme leur père et furent appelés les enfants des hommes.
- Parce que Caïn était méchant, était-ce une raison pour que ses enfants fussent méchants comme lui. Pourquoi Dieu créa-t-il de bonnes et de mauvaises âmes ? C’est vrai qu’il fit le Paradis, lieu de délices pour les unes, et l’enfer, lieu de tortures pour les autres. Ainsi votre Dieu n’est plus seulement un être absurde, le voilà convaincu d’injustice et de méchanceté. Continuons, nous lui trouverons bien d’autres défauts.
- Chapitre IV. — Noé travailla cent ans à construire l’arche. Quand elle fut achevée, il y fit entrer sa lemme, ses fils avec leurs femmes, et un couple de tous les animaux
- Je vous laisse à penser ce que dût coûter de peine à ce pauvre Noé. l’exécution des ordres du Seigneur lorsqu’il lui fallut entasser dans le même bâtiment, et le chameau des déserts brûlants de l’Afrique, et l’ours des mers polaires, et le bison des prairies du Nouveau-Monde, et la panthère de Java, et le renne de la Laponie, et l’éléphant des Indes. Il ne fallait pas se tromper, il fallait de chaque espèce, mâle et femelle, cette opération ne devait pas toujours s’effectuer sans difficulté. Que de courses à travers le monde dut faire ce pauvre Noé pour obéir aux commandements de Dieu son maître.
- Chapitre VI. — Noé, à son réveil, apprit la conduite de Cham, et ne voulant pas le maudire lui-même, il fit tomber sa malédiction sur Chanaan l’un de ses enfants, dont la postérité fut par la suite exterminée ou réduite à l’esclavage par les descendants de Sem ou de Japhet.
- S’il vous arrivait, un jour, M. le Principal, d’avoir à enseigner à un de vos enfants le respect que l’on doit à son prochain, et que ce prochain fut le fils d’un grand coupable, nul doute que vous ne lui parliez en ces termes : Mon fils, l’homme n’est responsable que du mal qu’il fait, les enfants sont innocents des crimes de leur père, loin donc de te détourner de ce jeune camarade avec lequel tu es chaque jour en contact, tâche au contraire, par ton aménité, par tes bonnes paroles, de lui faire oublier qu'il a un père coupable et banni de la Société, tu auras fait une action charitable, et ta conduite à son égard te fera éprouver autant de joie qu’elle sera agréable à ce pauvre enfant ; il est toujours doux de faire le bien.,Vos paroles seraient celles d’un sage. Telle n’est point la manière d’agir du Dieu de l’Ecriture Sainte. Un homme commet une mauvaise action, non-seulement Dieu le punit dans sa personne, mais encore il extermine et réduit à l’esclavage tous les descendants du coupable jusqu’à la 4° génération, Dieu barbare, injuste et cruel.
- Chapitre XIII, — Mais comme la défaite des peu-
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- pies Chananéens n’était pas encore complète, et que le jour touchait à sa fin, il commanda au soleil de s'arrêter, et le soleil s arrêta au miiijudu Ciel, aussi n’y eut-il jamais un jour aussi long.
- Voilà un passage qui gêne beaucoup messieurs les orthodoxes. En effet, s’il est faux, quelle foi ajouter aux autres récits ; s’il est vrai, quelle confiance avoir en un Dieu qui ne connaît même pas les mouvements de son univers.
- Chapitre XXIII. — La ville de Jéricho était munie fie fortes murailles; Dieu confirma par un second miracle la mission qu’il avait confiée à Josué, Il lui ordonna de faire tourner pendant 6 jours de suite, toute 1 armée d’Israël autour de la ville. Le septième jour, on fit sept fois dans le même ordre le tour de Jéricho, puis tout le peuple, au signal de Josué, poussa de grands cris, les trompâtes retentirent, et soudain les murs de la ville s’écroulèrent avec fracas.
- Voilà certainement une tactique militaire à laquelle nos officiers n’auraient jamais songé, De nos jours on invoque bien encore l’appui du Seigneur dans les combats, mais aucun des belligérants n#escomple sa protection ; chacun trouve plus prudent, pour se rendre la victoire favorable, de perfec-fectionner ses armes et de remplir ses arsenaux dt munitions,
- Cette incroyable histoire de la prise de Jéricho n’est-elie pas la plus absurde que l’on puisse imaginer; les récits de ce genre abondent dans l’Ancien Testament ; ils ont à peu près tous le même caractère de vraisemblance, je vous ferai la grâce de ne point vous en citer d’autres ; pas même celle de Jouas dans le ventre de la baleine, Il faut réellement que l’hydre du Catholicisme produise sur nos gouvernants une grande terrenr, pour que nous en soyions encore en plein xixB siècle à tolérer dans nos écoles l’étude de ce livre insensé, auquel on prétend donner le caractère véridique de l’histoire, Je passerai sous silence l’histoire mouvementée du peuple protégé de Dieu et choisi par lui pour perpétuer la mémoire de son nom sous le gouvernement des juges : Othoniel, Aod, Débora, G-édéon, dtc. Sous le règne de ces hommes saints et vénérés, je ne vois que scènes de carnage, qui m’inspirent horreur et dégoût, et ces hommes à mes yeux, s’ils existèrent jamais, furent de profonds scélérats.
- Que dirai-je de cet autre récit d’une mère avec ses sept enfants3 martyrs d’une foi absurde, qui préfèrent se laisser arracher la langue, la peau de la tête, couper les pieds, les mains, puis mettre dans une chaudière bouillante, plutôt que de manger des viandes défendues par la loi. Tout cela est absurde, n’est-ce pas, et Christ en a si bien senti le ridicule qu’il disait à ceux qui venaient écouter sa parole : Oc n’est pas ce qui entre fians le corps qui souille
- l’âme, ce sont les mauvais désirs et les actions malhonnêtes, Et vos livres saints veulent nous faire admirer ces martyrs imbéciles, victimes du fanatisme le plus ridicule et le plus insensé. Nous vou-* Ions bien les plaindre, mais les admirer, jamais,
- Malgré ce blâme formel de la part du maître, les prêtres de l’Evangile n’eurent pas plus tôt établi leur domination dans le monde, qu’ils se mirent à dogmatiser, et condamnèrent aux peines de l'enfer ceux qui violeraient cesco i mandements de l’Eglise ; Vendredi chair ne mangeras ni le samedi mêmement, Quatre-Temps, Vigiles jeûneras, etc,, commandements qui sont la négation même des paroles de l’Evangile,
- Nous n’irons pas plus loin, monsieur le Principal, ces citations seront suffisantes, je l’espère, pour vous convaincre que dans l’Ancien Testament, non seulement tout n’est pas vérité, mais que tout ou à peu près y est mythique et invraisemblable. Si pour être chrétien suivant le Syllabus, il faut croire à tout ce qui y est contenu, il y a, vous le voyez, une certaine gloire à avoir un grain d’hérésie.
- J’ai écouté avec intérêt les citations que vous venez de me faire et les démonstrations dont vous les avez accompagnées pour en faire ressortir le côté faux et ridicule. La thèse de la vérité de l’Ancien Testament est en effet insoutenable, et ce que je ne puis pas comprendre, c’est que des hommes aussi éminents que ceux qui composaient le concile œcuménique aient eu l’imprudence de décréter quelque chose d’aussi absurde que l’art. VII du Syllabus que vous venez de me citer. Ce sont, disent-ils, les lumières de l’Esprit-Saint qui leur ont inspiré cette rédaction, je conviens avec vous que s’ils avaient fait appel à la lumière de leur raison, elle leur eut inspiré quelque chose de plus logique et de moins insensé.
- Je reconnais que vous êtes plus fort que moi sur le terrain de la critique religieuse, je ne veux point vous y suivre. J’ai consacré ma vie à l’étude des lettres et des sciences; je n’eus guère le temps de m’occuper d’autre chose; de la Religion je prends la partie essentiellement morale et j’y conforme ma conduite ; élevé par des fterents catholiques j’ai toujours suivi les cérémonies du culte ; je suis pratiquant par habitude; ces cérémonies ont pour moi un certain attrait contre lequel je n’ai jamais cherché à résister; cette fidélité à de vieilles habitudes me valent de la part des uns le titre de dévot, de la part des autres l’épithète malveillante de jésuite ; j e laisse dire et ne me préoccupe point de ces petites offenses ; je ne suis point vous pouvez en juger aussi jésuite qu’on le pense; je ne me suis jamais demandé si Ton
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- pouvait rester catholique tout en ne croyant pas ce que votre raison condamne; je le pensais, vous venez de me démontrer le contraire, je vous en remercie; j’ignore le contenu du Syllabus, et j’ai été frappé du passage relatif à l’Ecriture sainte.
- Derrière votre haine du catholicisme, je croyais au début de notre conversation, rencontrer un négateur, un matérialiste, je suis heureux de constater que vous ne combattez que ce qui vous paraît faux, et que vous respectez de la religion la partie essentiellement morale. Vous avez la haine de l’erreur. Avoir la haine de l’erreur, c’est avoir l’amour do la vérité. Quelle que soit votre religion, je la reconnais bonne, quelle que soit son nom, je vous déclare quelle est la mienne.
- Edmond Bourdain.
- VOYAGE AUTOUR DU FAMILISTÈRE
- XII
- Nous quittons le palais social que nous connaissons maintenant de fond en comble, car les caves et les greniers que nous n’avons point visités sont aussi intelligemment disposés au point de vue de l’air, de la lumière et de la salubrité que tout le reste de l’édifice, et traversant la route, nous nous trouvons dans le bâtiment des annexes qui comprend une foule de parties. D’habitude on n’y conduit point le visiteur, parce qu’en somme ici il n’y a rien qui excite la curiosité par quelque innovation ou quelque disposition nouvelle et que ces remises, ces écuries, ces étables ressemblent à toutes les remises connues et inconnues de la campagne et de la ville. Mais comme vous et moi, lecteur, nous sommes des curieux peu ordinaires aimant à tout voir, à tout examiner le laid et le beau, le superlatif aussi bien que l’ordinaire, parceque partout on peut trouver des enseignements, nous visiterons en détail cette partie des immeubles de l’Association comme toutes les autres.
- La première chose que nous y rencontrons, c’est la buvette, grande salle prenant jour par quatre ou cinq fenêtres sur la cour devant le théâtre et les écoles, que nous visiterons aussi, mais à la fin de notre voyage. La buvette a dans le fond un grand comptoir de marchand de vin et tout autour des tables et des sièges. En gens qui savent se conformer au conseil exprimé par le vers du poète
- Cum Romæ fueris Romano tivito more. (1)
- Allons d’abord au comptoir, et prions la dame qui
- (1) Quand yons serez à Rome, vivez y suivant l’usage romain.
- préside en ce lieu aux libations, comme Evohe dans les cérémonies du culte antique, de nous servir un verre de tafia. Oh, ne vous récriez pas, le poète l’a dit : Lorsque vous serez à Rome vivez-y conformément aux usages romains. Or, dans une buvette, l’usage est de prendre au moins un petit verre, prenons donc un petit verre. D’ailleurs ici le petit verre a la contenance à peu près d’un dé, et le tafia n’est pas une liqueur dangereuse. Le tafia, c’est du rhum qui n’a pas encore atteint l’âge de puberté, et qui, comme tout ce' qui est jeune doit par conséquent être innocent. La jeunesse n’est-elle pas toujours l’âge de l’innocence ? Pas toujours, me dites-vous, et la preuve c’est qu’aujourd’hui la police correctionnelle a à juger plus de criminels de seize à vingt ans que de criminels hommes faits. Soit, mais enfin si la jeunesse n’est point l’âge de l’innocence, elle l’a longtemps été, et elle devrait l’être.
- Quoiqu'il en soit, si la liqueur dont il s’agit est # pernicieuse, ce n’est point lorsqu’elle est prise en quantité aussi infinitésimale qu’un modeste petit verre. Ainsi donc, buvons d’autant, comme dit Rabelais, et à votre santé.
- Savez-vous ce qui est peut-être bien traître pour les francs buveurs de ce pays-ci ? C’est ce qu’ils appellent tiot-pots... C’est le tio-pot qui met les gens dedans, et promptement. Tel qui se méfierait peut-être de 1 alcool sous ses formes pures ordinaires, ne se défie point du tio-pot ; et il se laisse prendre à ses traitreuses avances. On le déguste avec plaisir en commençant ; le goût de revenez-y qu’il vous laisse vous fait continuer à le savourer, toujours sans y prendre garde, d’autant plus que le plus souvent l’ami qui vous tient compagnie vous raconte quelque chose qui vous intéresse, et vous achevez le breuvage toujours en causant. Au premier en succède un second, car un proverbe d’ivrogne veut que l’on ne puisse pas marcher sur un seul pied, et pour peu que la causerie se poursuive un peu de temps avec le même attrait, le deuxième pot est vite absorbé, plus rapidement même que le premier, et ' ainsi de suite parfois jusqu’à un quantième quelconque.
- Qu’est-ce donc qu’un p'tio-pot, me demandez-
- vous, lecteur ignorant........Un p’tio-pot c’est un
- mélange à dose égale à peu près de café et d’eau-de-vie. Suivant les goûts probablement, les doses varient, et il doit arriver qu’avec certains buveurs, le café n’y entre que, comme, par exemple, l’acajou, dans la confection des meubles bon marché modernes, c’est-à-dire juste en quantité suffisante pour dissimuler l’autre substance. Rue de Cléry, vous achetez une armoire à glace soi-disant en acajou.
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- Vous grattez l’acajou du meuble, et vous le trouvez épais comme une feuille de papier à lettres, et tout le reste, c’est du bois blanc, d’une blancheur immaculée. Ainsi de ce gloria picard qu’on nomme tio-pot ou l’atôme de café masque des verres entiers d’alcool.
- Notre tafia pris et payé, cinq centimes le dé à coudre, le petit verre, je veux dire, sortons pour continuer notre exploration.
- Du même côté que la buvette nous trouvons les écuries et la remise de l'administrateur-Gérant. Dans l’écurie, deux jolies bêtes Anglo-Normandes pleines de sang et qui, attelées, filent comme le vent. Je suis convaincu que si vous faisiez un pari avec le cocher, à qui arriverait plus vite à Saint-Quentin, vous avec le chemin de fer et lui avec son attelage, c’est vous qui perdriez très carrément votre gageure. Dans ce match, je vous assure que je tiendrais ferme contre le chemin de fer, d’autant plus que travaillant peu, ces chevaux-là peuvent donner un excellent coup de collier, lorsque le besoin s’en fait sentir. Du reste, le cocher est entendu, et il est bien maître de son attelage les rênes en main.
- II est un âge où conduire un cheval est un plaisir fort goûté et pour certaines gens cet âge se prolonge assez longtemps. Tenir ainsi dans la main la direction absolue d'un animal deux fois plus fort que soi, le faire à volonté avancer ou reculer, marcher ou demeurer stationnaire, tourner à droite ou à gauche, cela séduit singulièrement le jeune homme qui sort de l’adolescence, et je me souviens que lorsqu’à seize ans, mon père me confia pour la première fois la conduite de la demi-fortune de la famille, une fortune \éritable en belles espèces sonnantes ne m’eût certainement pas fait autant plaisir. C’étaient à une époque où les omnibus n’avaient pas été remplacés par les chemins de fer. Excepté dans les capitales et dans de très grandes villes, on ne voyait point encore de coupés ni de calèches pleins de confort, comme ceux que nous apercevons dans la remise voisine de cette écurie. Dans la province, on appelait demi-fortune une sorte de cabriolet fermé à quatre roues invariablement attelé d’un cheval. Avec deux chevaux, ce n’est plus une demi-fortune, ce devait être sans doute une fortune entière. Pour se permettre l’un ou l’autre, il fallait être électeur, c’est-à dire avoir terres au soleil, pignon sur rue, et ce que l’on désigne en langue vulgaire par l’expression du foin dans ses bottes. C’était un temps où l’on mettait deux jours passés pour aller de Paris à Bordeaux, mais on n’était pas exposé à se casser le cou, pour une aiguille mal tournée ou pour un disque qui n’a point fonctionné.
- Mais qu’est-ce que tout cela nous fait, et pourquoi me faites-vous bavarder de la sorte ? Sommes nous venus ici pour parler d’attelages et chevaux ? Il me semble, lecteur, que nous avons bien autre chose à faire. Eh bien, ne flânons plus, s’il vous plaît, et poursuivons en conscience notre voyage. Songez que nous sommes encore loin du but, et qu’il nous reste bien des étapes à faire. Or après avoir critiqué comme nous l’avons fait au début de notre voyage le chemin de fer de Saint-Quentin à Guise, parce qu’il semble par moments disposé à cueillir des bouquets en route, nous serions, ce me semble mal venus à nous attarder comme nous le faisons à des bagatelles.
- Passons les autres écuries que nous trouvons plus loin, et ne nous arrêtons pas devant cette étable, où cinq vaches laitières nous regardent d’un œil calme et grave, comme celui d’un bonze en extase devant son nombril. Ces bêtes mériteraient pourtant bien des égards, car plus que bien des hommes, elles sont utiles. C’est par elles que la nourricerie est constamment alimentée d’un lait frais et pur pour les petits enfantelets, comme disait Clotilde de Surville, dont Mazon de l’Agence Havas a voulu faire un mythe. C’est grâce à elles, que les ouvriers de l’émaillage à l’usine peuvent impunément braver les délétères influences des substances avec lesquelles ils opèrent. Saluons donc en passant ces nobles animaux en remerciement de leurs services.
- Quelques pas plus loin, voici un champ de carnage, car la vie est ainsi faite, que la mort cotoie partout la vie, et c’est de la mort que sort la vie, par voie de transformation et d’évolution progressive. A côté, nous avions les vaches nourricières à l’état de vie; ici, nous trouvons le porc, source aussi de vie, mais par sa mort. C’est en cet endroit que la charcuterie prépare ses savoureuses élaborations par l’abattage de ces animaux. On y tue en moyenne trois porcs par jour pour l’alimentation des habitants du Familistère. Allons tout de suite au laboratoire, nous verrons peut-être des choses curieuses.
- Ce laboratoire est très-bien installé, et entretenu avec une propreté et un soin qui font le meilleur éloge possible de l’homme entendu qui dirige cette partie. Voyez-vous cette machine cylindrique, terminée d’un côté par un tube gros comme le petit doigt, et de l’autre par une manivelle ? Eh bien, donnez-vous la peine de tourner vous même. Voyez.... quelques tours de roue vous ont suffi à fabriquer, sans y toucher autrement, au moins un mètre et demi de saucisse. N’est-ce pas parfait ? Zola, dans un de ses romans, a fait de la charcuterie une description merveilleuse de réalité sans doute,
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- mais faîte pour vous dégoûter à jamais d’en manger, et même d’en parler. C’est dommage pour nous, car ici, elle est si bien conduite, si bien fabriquée avec soin et propreté, que cela "Vaudrait la peine d’être décrit avec plus de détail. Même les adversaires de la zoôphagie, les végétariens les plus convaincus, trouveraient malaisément à reprendre â la confection de toutes ces succulentes préparations, boudins, cervelas, saucisses, andouillettes, galantines, pâtés, etc?.... que l’on savoure avec plaisir, lorsqu’on a le travers d’être zoophage.
- Cette machine â vapeur installée au milieu de la cour est placée là pour servir de force motrice au hache-paille, qui, dans le grenier, prépare la nourriture des chevaux.
- Eh, mais voilà précisément dans un coin de la cour une demi fortune ! C’est la voiture qui sert aux courses de l’usine ou du Familistère On la loue même, dans certains cas aux habitants du Familistère, lorsqu’elle est disponible, et cela ne coûte, je crois, que cinquante centimes l'heure. Avec cela, l’été, moyennant une somme de cinq francs, vous pouvez, si vous le désirez, faire une excursion le dimanche, partie de plaisir OU d’affaires. C’est un agrément de plus ajouté à tous ceux que procure l’institution dont nous faisons létude dans Ce voyage.
- Voulez-vous voir la basse-cour ? Mon Dieu, pour bien des gens, cela n’a pas grand attrait, mais moi je ne déteste pas à voir toutes ces bêtes, allez, venir, cueillant un peu partout leur nourriture, un grain tombé par ci, un vermisseau grouillant par là, le coq arpentant fièrement ce domaine qui est le sien, au milieu de toutes ces femelles qui composent son harem. Parfois, en maître généreux il leur abandonne la proie qu’il a lui-même conquise, et elles en profitent avec des témoignages de reconnaissance non équivoques. Lecteur, une question.... Croyez-vous que les animaux ont un langage ? Moi, je le crois. Ce qui me îe fait penser c’est, entre autres choses, le fait suivant rapporté par un savant Anglais, dont je ne me rappelle plus le nom.
- Un beau matin, une fourmi à la recherche du butin quotidien, fit la trouvaille d’une proie évidemment trop lourde pour elle, et qu’elle ne put faire bouger, même avec le concours de trois ou quatre compagnes accourues à son aide. Dans cette situation difficile, elle revint sur ses pas de toute la vitesse de ses jambes, et rentra dans la fourmilière, d’où elle ressortit un moment après, accompagnée d’une foule d’autres fourmis, qui toutes ensemble purent traîner l’objet convoité jusqu’au grenier d'abondance de la communauté. Dans ce fait, je vois
- clairement que la fourmi rentrée au domicile a dû exposer â ses compagnes l’embarras où elle se trouvait, et les décider à se joindre â elle, pour accomplir l’œuvre utile qu’elle avait en vue. Sans cela, comment expliquer cette rentrée, et cette sortie en foule, et cette besogne faite et bien faite ? Le savant en tire cette conséquence, et je la trouve logique *
- L’examen d’une basse-cour ne contredit point cette opinion, et il me parait très probable que ce coq et ces poules s’entendent à merveille entre eux. Voyez comme la femelle se sauve en criant, lorsque le mâle manifeste quelqu’irritation ou quelque mauvais vouloir ! Voyez comme elle lui obéit, et comme elle accourt lorsqu’il l’appelle ! On parle du langage des fleurs, chose très douteuse et de convention ; le langage des bêtes est bien plus probable sinon plus absolument certain.
- Voici une forge où s’exécutent tous les travaux de la serrurerie du Familistère. Plus loin, c’est le dépôt des diverses matières nécessaires aux maçons du palais social pour leurs travaux. Lorsqu’un habitant a un calorifère, un poêle, une cheminée à installer, une porte à faire percer, un ouvrage quelconque de serrurerie, de maçonnerie ou de charpente à faire, il s’adresse à l’économat, qui lui envoie les ouvriers nécessaires. Tous les besoins, toutes les utilités, toutes les convenances ont été ainsi admirablement prévus et satisfaits, dans la mesure la plus complète et la plus étendue possible, par l’étonnant génie d’organisation du fondateur du Familistère, et l’on peut dire avec assurance, que s’il avait toujours été également secondé dans tous les services de détail que comporte une œuvre aussi grandiose que celle qu’il a accomplie, cette œuvre serait parfaite, oui véritablement parfaite, je ne crains point de l’affirmer.
- Cette porte que nous voyons après avoir passé le grand laboratoire de la charcuterie conduit au dortoir, grand local où deux rangs de lits ayant à leur chevêt une armoire rudimentaire, sont placés à la disposition des ouvriers auxiliaires de passage â l’usine, et qui ne sont point assez riches pour se payer un logement au Familistère ou en ville. Ces lits en bois peint en vert à barreaux de fer et â fond sanglé portent une paillasse, un matelas et un traversin. Ils sont garnis de draps et d’une couverture en laine écrue, et constituent un coucher fort suffisant, que bien des travailleurs très méritants n’ont pas à Paris où à Lyon. Le prix, pour avoir le droit de coucher dans ce dortoir, est de quatre francs par mois, un peu plus de deux sous par jour, ou plutôt par nuit. Il y a plus de cinquante lits, mais évidemment tous ne sont jamais occupés. C'est un
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- service rendu à ces pauvres diables, que leur fournir de la sorte un asile aussi bon que possible suivant leurs faibles ressources ; ce dortoir n’a d’ailleurs rien de commun avec l’œiivre même du Familistère.
- Il rend également service dans une certaine mesure aux habitants du familistère, dans les occasions où ils ont des militaires de passage à loger, parce que s’ils ne peuvent les prendre dans leur logement, ils les font coucher au dortoir moyennant une faible rétribution.
- Dans ces annexes se trouvent encore, üne salle Servant de lieu de réunion au comité des délégués des diverses œuvres de mutualité, qui fonctionnent au familistère, et qui ont rapport aux maladies, aux chômages, à la vieillesse, etc ; le magasin de boucherie, de charcuterie et de fruiterie, et le restaurant, qui pour le moment ne fonctionne plus, mais qui, étant une chose utile, sera rétabli, il faut l’espérer. Il y a aussi un local assez vaste non Utilisé aujourd’hui, mais qui trouvera certainement son emploi, et enfin le dépôt de la pompe du Familistère, car le palais social possède un corps fort bien organisé de pompiers.
- Nous en parlerons dans notre prochaine étape, ainsi que de la buanderie que nous trouverons un peu plus loin, avec les salles de bain, et la piscine.
- (A suivre.)
- ÉTAT CIVIL DU FAMILISTÈRE
- NAISSANCES
- Jeudi, 13 Octobre 1881. —- Masse Charles, fils de Masse Louis et de Poqüeyrtis Clara.
- Jeudi, 13 Octobre 1881. — Lebeau Marie-Louise, fille de Lebeau César et de Thouant Sara Zoé.
- Lundi, 17 Octobre 1881. — Germain Edwige-Hortense, fille de Germain Théophile et de Dupont Emma.
- DÉCÈS
- Vendredi, 14 Octobre 1881. — Madame Berlemont, fiée Mette Césarme, âgée de 88 ans 1/2,
- BIBLIOGRAPHIE
- UNE EXPIATION, tel est le titre d’un ouvrage que nous recevons de Mme Eugène Garcin.
- En disant que cet ouvrage est un des meilleurs romaüs que nous ayons lus, nous ne ferons que rendre à l’auteur un sincère hommage.
- Ce livre est une œuvre de sentiment et de convic-
- tion, On y Voit l’éternel drame de la femme trompée en même temps que la lutte de l’esprit des ténèbres et de l’esprit de lumière.
- Le héros, jeté par le remords dans les bras du catholicisme, devient libre-penséur â la voix de sa conscience qui s’éveille et de sa raison qui s’éclaire.
- Le vide et les dangers d’une existence abandonnée aux satisfactions mondaines sont dramatiquement mis en regard de l’apaisement de la conscience et de la joie du devoir rempli, chez l’homme qui s’emploie à concourir au bien et au progrès de tous ceux qui l’entourent.
- Le roman de Mmê Garcin touche â quelques-uns des problèmes sociaux lés plus pressants à résoudre à notre époque, en particulier ceux qui concernent les classes laborieuses et l’émancipation de la femme.
- Puisse l’auteur nous donner beaucoup d’ouvrages inspirés du même esprit. La Société présente recherche avidement lés livres qui parlent à l’imagination; l’auteur de talent qui sait comme Mme Garcin répondre à Ce besoin en s’adressant aux plus nobles sentiments de T âme humaine, fait œuvre d’éduCâtion nationale.
- Le volume, prix; 3 fr., est en vente chez Henri-E, Martin, 45 rue des Sts-Pères, Paris.
- M. M,
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- Dans notre numéro du 9 octobre, une faute de typographie au compte-rendu du Manuel d’hygiène et de végétarisme, de M. Raoux nous fait dire végétation au lieu de végétarisme. Nous nous empressons de rectifier cette erreur en publiant la lettre suivante :
- Lausanne, le 10 octobre 1881.
- Monsieur le Rédacteur,
- Bien qu’in débat contradictoire ne fut point hors de sa place dans le Devoir, vu la portée économique et sociale du régime alimentaire, je ne me permets pas de vous le demander aujourd’hui. Puisque mon nom est cité deux fois en compagnie de deux erreurs que bien des lecteurs ne sauront pas corriger, je viens seulement vous prier de m’accorder quelques lignes pour rétablir la vérité i
- Le public français est d’une telle ignorance à l’endroit du végétarisme, naïvement baptisé lêgumisme même par de prétendus savants, que plus d’un lecteur du Devoir du 9 octobre, page 655, n’aura pas remarqué l’erreur du titre de mon manuel,
- Je viens donc leur dire qu’il ne s’agit ni de Végétation, ni de régime végétal exclusif\ ni encore moins de lêgumisme, mais qu’il s’agit d’nn régime fortifiant (du latin vegetare fortifier), d’un régime conforme à notre organisation, aux besoins normaux de notre natu e.
- Puisque les docteurs Hureau, Goyard, Dock et Fauteur du manuel admet ent le laitage et les oeufs, il n’est pas vrai que les sociétés végétariennes « dont
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- “ ils sont les apôtres, prêchent aux hommes l’ali— « mentation exclusivement composée de végétaux, » comme vous le dites à la 9e et à la 10e.ligne du premier paragraphe. Ce qui est «vrai, c’est qu’il v a des végétariens intransigeants et fantaisistes qui proscrivent rigoureusement de leur table et même de leurs habillements toute matière provenant du règne animal. Mais les sociétés en question et le journal qui les représente ne partagent en aucune façon ces erreurs de diététique et d’hygiène générale.
- Tout ce qu’elles affirment c’est que le régime zoophagique ne donne qu’une force temporaire, suivie bien ôt d’une dépression qui exige de nouvelles rations de viande, des boissons alcooliques ou d’autres excitants produisant en définitive une réelle débilitation, tandis que le régime végétarien procure une force durable ; fait mieux résister aux influences morbides, venant d s climats, des saisons ou des épidémies; facilite l’activité intellectuelle; favorise tous les genres de tempérance; calme les passions et fournit les plus nombreux exemples de longévité.
- Permettez-moi, à ce sujet, d’attirer votre attention et ceDe de vos lecteurs, sur les chapitres VI, VII, VIII et IX du Manuel de végétarisme, où ces différentes afflmatiünssont démontrées parla double autorité de la science et de l’expérience.
- Veuillez remarquer aussi que je suis très loin de considérer le végétarisme comme, une panacée ou un remède à tous les maux, puisque je consacre Tune des deux sections dont se compose le Manuel, à Y hygiène générale et aux réformes urgentes qui s’y rattachent dans tous les pays : (Ministère de la santé publique — Enseignement obligatoire de l’hygiène dans toutes les écoles — Moniteur officiel de la santé, etc.)
- En vous remerciant des lignes élogieuses que vous consacrez aussi à mon travail, je vous présente, Monsieur le Rédacteur,l’assurance de toute ma considération.
- En. Raoux.
- BIBLIOTHÈQUE DU FAMILISTÈRE
- Aux ouvrages précédemment enregistrés donnés à la Bibliothèque du Familistère, il faut joindre un exemplaire du
- MANUEL D’HYGIÈNE ET DE VÉGÉTARISME,
- dont nous avons rendu compte dans un numéro antérieur.
- La -ventilation, du Tunnel du Mon < -Cenis
- Un rapport publié par un ingénieur des chemins de fer de la Haute-Ita ie contient sur la ventilation du tunnel du mont-Cenis les détails suivants :
- Le tunnel du mont Cenis a 12,500 mètres de longueur et renferme 500,000 mètres cubes d’air La température moyenne à l’intérieur est de 25 degrés centigrades. En hiver, la différence de température à l’intérieur et à l’extérieur suffit seule à la ventilation ; d’autant plus qu’il y a une différence de niveau de 132m05 entre les deux ouvertures du tunnel.
- En été, en revanche, la température est à peu près la même à l’intérieur et à l’extérieur, et il faut avoir recours à des moyens artificiels pour obtenir à l’intérieur de Pair respirable. On comprend 1 immense importance de la question lorsque l’on songe que douze trains avec 2,500 voyageurs traversent journellement la montagne et que le trajet par le tunnel dure près d’une demi-heure. Les locomotives brûlent de l’anthracite qui produit peu de gaz acide carbonique et elles sont munies d’appareiis destinés à absorder autant que possible la fumée.
- On a évalué à 6,987 mètres cubes la production quotidienne d’acide carbonnique dans le tunnel. De ces 6,987 mètres cubes, 6,930 proviennent des locomotives. Le reste, des employés, des voyageurs et des lumières. La pro ortion normale du gaz acide carbonique dans l’atmosphère varie de 0,0002 à 0,0005. L’homme peut encore viyre dans une atmosphère renfermant 0,0005 d’acide carbonique.
- Afin d’obtenir en été dans le tunnel du Mont Cenis une atmosphère égale en pureté à celle du chemin de fer souterrain qui entoure Londres, c’est-à dire contenant 0,0015 d’acide carbonique au maximum, on a établi du côté de Bardonnèche un immense ventilateur à moteur hydraulique.
- L’entrée du tunnel est fermée par une porte que les trains ouvrent au moment de leur passage et qui se referme après eux En hiver et pendant les nuits d’été fraîches, on arrête le ventilateur.
- Outre le ventillateur, il y a un appareil destiné à apporter dans le tunnel do l’air respirable comprimé, et l’on veille à ce qu’il y ait le moins de feu possible dans les locomotives.
- Ces précautions seraient encore insuffisantes cependant si la circulation venait à s’accroître dans une mesure sensible.
- Oh ! les Américaines! Elles ne savent rien faire comme tout le monde.
- Lisez plutôt cet extrait àu. Courrier-Journal de Louis-ville :
- A Jackson, Etat de Tenessee, une femme, nommée Mary Hartbret, vient ue mettre au monde sept jumeaux, tous vivants et bien constitués.
- Chaque enfant pèse en moyenne de quatre à cinq livres. Le mari de Mary Hartbret est de petite taille et d’une maigreur excessive.
- Elle, au contraire, est grande, superbement découplée et d’une force peu commune chez la femme. Tout le corps médical de Louisville a fait sa visite à cette mère extraordinaire, qui préoccupe aujourd’hui tous les esprits.
- Quant aux nouveaux-nés, tous mâles, ils ont des yeux bleus et se ressemblent tellement qu’il est impossible de les distinguer les uns des autres.
- Le conseil municipal de la ville a voté une somme de 500 dollars pour venir en aide à cette phénoménale fertilité conjugale.
- Le Directeur-Gérant : GODIN
- SAINT-QUENTIN
- Société anonyme du Glaneur, Grand’Place, 36.
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- 4" ANNÉE. TOME 5 — N° 164
- £e numéro helimaiaire 20 c, DIMANCHE 30 OCTOBRE 1881
- le wmmR
- BUREAU
- A GUISE (Aisne
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant Fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE
- par renvoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
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- S’adresser à M. LEYMARI administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
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- Le journal « LE DEVOIR » est envoyé gratuitement à titre d'essai.
- Si le journal n’est pas renvoyé après le 4e numéro, l’administration fait présenter une quittance d’abonnement.
- SOMMAIRE
- Nouvelles du Familistère- — VAssociation. —-L'Eglise et l’Etat. — Faits politiques et soc aux. Voyage autour du Familistère XIII. — Les sociétés de secours mutuels. — Bulletin bibliographique.
- NOUVELLES DU FAMILISTÈRE
- Assemblée générale ordinaire
- Stance dulZ Octobre 1881 à 3 heures après midi Présidence de M. Go-din, fondateur
- ORDRE DU JOUR s
- Ie Élection de trois commissaires formant le Conseil de surveillance.
- 2° Vote sur un postulant au titra d’associé (M. Bourdanchon Félix).
- Présents : M. Godin, fondateur, et 48 associés comme en témoigne la liste de présence annexée au procès-verbal.
- Absent : M. Mairesse Pierre, (malade).
- Le bureau est composé du Président et de messieurs les Conseillers de Gérance ayant qualité d’associés, savoir : MM. Barbary, Dequenne, Pernin et Piponnier.
- Après l’appel nominal, M. le)Président déclare la séance ouverte.
- Le procès verbal de la dernière Assemblée générale est lu et adopté, et l’on passe à la lre question de l’ordre du jour :
- Élection Je tr»i@ commissaires formant le Conseil de surveillance.
- Cette élection, dit M. le Président, conformément aux statuts, devra se faire désormais à l’Assemblée générale ordinaire de fin d’exercice.
- On passe au vote.
- Le dépouillement du scrutin donne les résultats
- suivants :
- Votants..........................49
- Majorité absolue ...... 25
- M. Leblon Augustin obtient 31 voix M. Mathieu Eugène » 27 voix
- En conséquence ces deux messieurs sont proclamés membres du Conseil de surveillance.
- Il est procédé à un nouveau scrutin pour l’élection d’un troisième conseiller.
- M. Roger Victor ayant obtenu la majorité relative de 15 Yoix, est nommé conseiller de surveillance.
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- "Vote sur uu postulant au titre d’associé.
- M. le Président soumet à l’Assemblée la candidature de M. Bourdanchon Félix au titre d’associé. Il spécifie la situation actuelle du candidat, et dit que celui-ci a rempli dans sa demande les formalités statutaires.
- L’Assemblée passe au vote.
- M. Bourdanchon est nommé associé à la majorité de 34 voix sur 49 votants.
- Conformément à ce qui avait été dit à la dernière Assemblée générale, M. Godin revient sur les propositions d’admission au titre d’associé, écartées dans la séance du 16 août dernier.
- Il précise que le Conseil de Gérance, qui constituait lebureau de cette Assemblée,s’était appuyé, pour faire application de l’article 68 des statuts, sur ce principe, que les deux tiers des voix étant exigés pour le renvoi des associés, il y avait lieu d’admettre la même majorité pour prononcer l'admission.
- Mais en présence du silence des statuts sur la question controversée, M. Godin, usant de ses prérogatives statutaires, admet comme membres associés les candidats qui, dans la séance du 16 août, ont obtenu la majorité absolue des suffrages des associés en exercice.
- La Société comptait alors 48 associés, la majorité absolue était donc 25 voix.
- En conséquence sont nommés associés :
- MM. Baquet Florus qui avait obtenu 29 voix.' Grosch Guillaume » » » 28 »
- Mismaaue Jules fils » » » 28 »
- Lefèvre Emile » » » 27 »
- Rien n’étant plus à l’ordre du jour, M. le Président invite le secrétaire à lire le projet de procès-verbal, afin de permettre les rectifications s’il y a lieu.
- Le projet est adopté.
- La séance est levée.
- Dans le prochain numéro, le Devoir publiera la liste des primes accordées aux travailleurs de l’Association, pour services de tous genres rendus dans le courant de l’année.
- Le Familistère a reçu cette semaine la visite de M. et Mm® Morill, de Vineland (New-Jersey) Etats-Unis d’Amérique, arrivés le 19 octobre à Guise.
- L’ASSOCIATION
- Depuis quelque temps les esprits ont fait un pas immense en Europe dans l’étude de la question sociale qui, malgré toutes les négations, et en dépit des répugnances des parvenus et autres satisfaits de la société, s’impose urgente à l’attention non-seulement des penseurs, des philosophes et des économistes, mais encore et surtout des gouvernements. Aujourd’hui personne n’ose plus dire qu’il n’y a point 'de question sociale, et les gouvernements même les plus arbitraires recherchent par des moyens plus ou moins heureusement trouvés, et avec plus ou moins de sincérité, à la rendre moins dangereuse pour eux.
- C’est cette question qui depuis un siècle a travaillé l’humanité d’un bout du monde à l’autre, et qui a produit dans cet immense océan les violentes tempêtes qui ont détruit en partie les vieilles sociétés monarchiques, féodales ou simplement aristocratiques, chez lesquelles une portion du genre humain, la plus nombreuse et la plus méritante, était esclave de l’autre. C’est elle qui dicta les cahiers qui, comme une révélation divine créèrent en 1789 un monde politique nouveau, et au fond de toutes les réformes politiques ardemment revendiquées et péniblement obtenues enfin, c’était la question sociale qui mettait en mouvement les âmes, souvent inconscientes du mobile qui les faisait agir.
- Là où le peuple croyait ne poursuivre qu’un progrès politique, c’était en réalité vers une amélioration sociale que se portaient ses aspirations et ses vœux mal définis encore. Partout et toujours c’était la souffrance qu’engendrent inévitablement les- privations et la misère qui motivait les revendications violentes du prolétaire, croyant entrevoir dans une meilleure forme de gouvernement un progrès social.
- C’est ce besoin réel, urgent, incontestable et légitime, qui de nos jours se fait sentir plus impérieux encore dans toutes les nations de l’Europe depuis le pôle jusqu’à l’équateur. C’est lui qui soulève les nihilistes indignés contre l’oppression de l’autocratie moscovite, dont les jours sont comptés ; c’est lui qui travaille la malheureuse Irlande, abrutie par la faim et la superstition, et lui met les armes à la main contre l’insupportable tyrannie des grands propriétaires anglais. C’est ce besoin, qui en Allemagne sape sourdement les fondements de cet empire aux pieds d’argile, que la force créa, mais que ruinent le militarisme, le déficit et l’émigration. C’est lui qui, en Italie, où sur 26 millions d’hommes on compte 25 millions de prolétaires, pousse le peuple
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- rechercher soit des accroissements de territoire, dans le mouvement en faveur de Yltalia ir-ÿnta, soit un affranchissement des influences éocratiques, comme dans l'agitation pour l’aboli-]n des lois de garantie, qui laissent encore au ergé une trop grande somme d’action sur les des-dées du pays. C’est ce besoin enfin qui, dans les jjnds comme dans les petits Etats, fait sentir par-lUt son irritant aiguillon et y cause le malaise, inquiétude et la souffrance.
- le désidératum est devenu si évident, que main-mant tout le monde s’en occupe, et que tous les rjjanes de la presse dans tous les pays en étudient iproblème avec plus ou moins d ardeur, plus ou joins de sincérité. Aujourd'hui, il n’est question en jus lieux que des revendications du prolétariat et es réformes sociales à étudier et à mener à bonne u. Peu de gens ayant étudié sérieusement cette lifïicile question, qui en somme se résume dans ce iot : Extinction du paupérisme, chaque jour voit argir des élucubrations singulières, que leurs au-turs présentent, dans leur ignorance, comme la anacée tant désirée, et dont nous ne ferons point inutile énumération, parce que la solution du pro-lème n’est plus à chercher, et que le remède au :al est parfaitement connu.
- Mais de même qu’il a fallu du temps et des peines Colomb pour faire accepter sa solution du pro-ilème de l’existence d’un continent occidental, de Dême que Galilée ne put faire admettre la vérité de on système de son vivant, de même le génie survenant et à jamais immortel, qui le premier a rouvé le remède au mal social du prolétariat, n’a »s encore aujourd’hui rencontré d’autres disciples, pie des adhérents sincères et convaincus , sans toute, mais se tenant toujours dans le domaine de * spéculation, et n’ayant pas assez de foi pour transiter ces doctrines dans la pratique, en les modi-aat suivant les exigences du temps, des lieux et tos circonstances.
- Ce remède indiqué le premier par Fourier, tout le tonde le connaît aujourd’hui, c’est l’Association, et ;est ce sujet éminemment intéressant que nous huions étudier, sous ses diverses faces, et dans ses “''ers modes d application.
- Le principe de la société est instinctif chez Online, il est sans contredit inné en lui. L’homme lçté évidemment créé pour vivre en société, et l’une es choses qu’il redoute le plus, c’est l’isolement, ^dis que la plupart des animaux abandonnent l°Ur toujours leurs petits dès qu’ils n’ont plus be- l Dln de soutien, l’homme au contraire groupe ses
- enfants autour de lui, pour former un commencement de société qui se nomme la famille. Avec les générations, cette famille multipliée constitue la tribu, et plus tard encore la nation, qui n est, en somme, que l’ensemble cl’une certaine quantité plus ou moins considérable de familles. Ainsi, de familiale qu’elle était, cette société devient avec le temps nationale et politique.
- Mais bientôt sa trop grande extension finissait par détruire, pour ainsi dire, le lien étroit qui avait d’abord uni les membres entre eux, et la lutte des intérêts rivaux complétant l’œuvre commencée par l’excès cl’étenclue, les hommes devenus des concitoyens cessèrent d’être des frères, des membres d’une même et immense famille. Malgré cela, le besoin de sociabilité inhérent à la nature de l’homme subsistait toujours et survivait à ce relâchement du lien social social primitif. G’est pour lui donner satisfaction, que dans le sein même des nations, surgirent ces sortes d’associations surtout religieuses, que l’on nomme les castes.
- Ainsi, en consultant l’histoire de l’humanité, nous trouvons ce principe appliqué chez les membres des castes sacerdotales dans l’Inde, dans la Chaldée, en Egypte, en Grèce, à Rome, et, en un mot, chez tous les peuples anciens. Plus tard nous le trouvons en vigueur chez les Thérapeutes d’Egypte, chez les Esseniens, dans la Judée, et enfin chez les premiers Chrétiens. Quelques-uns, comme ces derniers par exemple, vont même si loin dans cette voie, qu’ils en arrivent littéralement à la Communauté des biens, ce rêve peusensé des communistes de notre temps. Dans la primitive Eglise, les actes des Apôtres nous apprennent que deux Chrétiens qui avaient cherché à dissimuler le chiffre de leur fortune, pour ne pas en faire intégralement l’abandon à la Communauté, furent punis de mort par le prince des Apôtres.
- Ce régime, possible à adopter pour les petites sociétés comme celle que formaient les peu nombreux adeptes de la nouvelle doctrine au premier siècle de notre ère, n’était qu’une des formes les plus mauvaises de l’Association, et elle ne pouvait être qu’éphémère. Aussi ne survécut elle pas au siècle qui l’avait vue naître. Mais elle ne périt pas tout entière pour cela ; et peu de temps après les corporations religieuses l’adoptèrent à leur tour modifiée sous certains rapports et sensiblement transformée.
- Les moines , véritables associés , mettaient en commun leurs ressources et adoptaient une existence commune, aux besoins de laquelle chacun fournirait sa quote-part dans la mesure de ses talents ou de ses forces, et le travail de chacun profitait ainsi à tous. Mais c’était en aliénant complètement
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- leur liberté que les membres des congrégations pouvaient obtenir d’en faire partie, et de profiter des avantages que cette vie en commun leur offrait. Cet anéantissement de l’une des plus précieuses et des plus indispensables facultés de l’homme avait nécessairement pour résultat de détruire chez ces religieux l’individualité, et c’est avec raison qu'un de nos ministres a pu dire qu’ « entre l’association et la congrégation il y a cette différence, que l’association augmente les forces de l’individu, tandis que la congrégation les anéantit. »
- Dans une association l’homme grandit, dans une congrégation il diminue si bien, qu’il n’existe plus comme individu ; la congrégation est tout, et l’homme n’est plus rien.
- Quoiqu’il en soit, ces diverses manifestations recueillies dans l’histoire de l'humanité démontrent que l’instinct de l’association est inhérent à la nature de l’homme. Nous pourrions ajouter qu’il est un besoin pour lui.
- La loi suprême de la vie impose à l’homme l’obligation de lutter par un travail incessant contre les obstacles de toute sorte qu’il rencontre dans la nature à la satisfaction de ses besoins. C’est une nécessité inévitable pour lui, à laquelle il doit se soumettre d’une façon absolue. Or seul, il est bien faible, bien désarmé, bien impuissant pour ce combat difficile et pénible de tous les instants. En s’unissant à d’autres êtres, ses semblables, qui, isolés, ne sont pas mieux armés que lui, il augmente ses forces, et celles-ci ainsi décuplées et centuplées ne sont plus au-dessous des efforts à faire, et lui permettent de soutenir avec avantage la lutte, et d’en sortir même victorieux le plus souvent, sinon toujours.
- Telle chose, impossible pour l’homme livré à ses seules ressources comme individu, devient non-seulement possible, mais relativement facile pour une réunion d’hommes. Franchir les mers pour aller dans les contrées lointaines chercher ces substances précieuses nécessaires à sa vie, fouiller assez profondément le sol pour en extraire ces minerais dont il a besoin pour ses travaux, jeter sur un fleuve infranchissable ces ponts qui lui permettent de surmonter l’obstacle, construire ces chemins qui facilitent le transport des denrées indispensables, tout cela, facile pour des collectivités, est au-dessus des forces de l’homme isolé; et c’est pour cela que le sage s'écrie dans l’Ecriture : Vœ soli, malheur à celui qui est seul.
- Nul homme ne peut ici-bas se passer du concours de ses semblables, sans compromettre gravement les conditions de son existence, et de même que l’enfant ne peut pas vivre s’il est abandonné au dé-
- but de sa vie par ses parents ou par ceux qui pourraient prendre soin de lui, de même l’homme abandonné à lui-même sera condamné à s’imposer tant de privations, tant de souffrances et de fatigues qu’il ne tarderait point à succomber. , ’
- L’association directe ou indirecte, manifeste ou latente, de quelque façon qu’elle soit pratiquée est donc un véritable besoin pour l’homme. Insister davantage sur cette proposition serait évidemment superflu comme toute perte de temps.
- Mais ne fut-elle point dans la nature de l'h omnie et ne constituât-elle pas pour lui un besoin, les avantages qu’elle lui offre seraient plus que suffi sants pour la lui faire rechercher et adopter. Supposons, comme le fait Fourier, un certain nombre de petits cultivateurs formant la population d’un village de quelques centaines de foyers. Chacun de nos petits villageois possède une petite propriété qu’il exploite lui même. Ils sont deux cents en tout, si l’on veut. Une vache donne à chacun une certaine quantité de lait tous les jours ; ce lait, pour en tirer profit, il faut l’aller vendre tous les matins à la ville voisine,distante de quelques lieues qu’un cheval met une heure à parcourir. Si nous admettons que fha que cultivateur porte dix litres de lait, et que chaque heure de travail lui rapporte un franc, par exemple, il vendra pour huit francs de lait qui ne lui produiront en réalité que six francs, puisqu’il aura perdu deux heures à un franc pour l’aller et le retour.
- Au lieu de cela, que les deux cents villageois soient associés, et que l’un d’eux soit chargé d’aller à la ville vendre le lait de tous. Il aura deux mille litres dont la vente n’imposera pas une plus grande perte de temps que celle des dix litres de chacun, c’est à-dire, en argent, deux francs. Il vend pour seize cents francs de lait, et en déduisant les deux francs, il a comme produit net à distribuer entre les deux cents associés 1598 francs, et par conséquent chacun d’eux recevra 7 fr. 99, au lieu de six francs, et là où il était obligé de perdre chaque fois deux francs, il ne perd plus qu’un centime sur le produit de sa vente. Cette différence seule lui fait donc gagper par an 725 francs. Si à cette somme l’on ajoute les deux francs qu’il gagne chez lui, en travaillant pendant les deux heures qu’il était oblig® de perdre lorsqu’il allait vendre lui-même son lad, soit pour l’année entière 626 francs, le seul fait de l’association lui aura donc rapporté, pour la vente seule de son lait, un bénéfice de 1351 francs par an, indépendant du produit de la vente lui même, qul n’a point été modifié d’ailleurs. En somme en ven dant la même quantité de lait, chaque cultivateur
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- ura presque doublé son produit, tout simplement en jvant eu,recours à l’association.
- résultat n’est, rien en comparaison des avances que produirait l’exploitation en grand de ces 300 petites propriétés réunies en un seul domaine social-
- La production en grand, c’est aujourd’hui un fait parfaitement et généralement reconnue, est infiniment plus avantageuse que la production en petit.
- pour la grande production, l’association est in-jjspensable. C’est grâce à l’associatiou des capitaux ijue l’on a pu exécuter tous ces travaux gigantesques dont notre siècle est fier à si juste titre. La *erre sillonnée dans tous les sens par des voies ferrées qui abrègent singulièrement les distances, les millions de kilomètres de fils ou de câbles électriques qui portent en un clin d’œil la pensée d’une extrémité du monde à l’autre, la mer méditerranée confondant ses eaux avec celles de la mer rouge, et ouvrant une route plus directe de moitié pour les Indes et la Chine, les bateaux à vapeur sillonnant toutes les mers et tous les Océans,chargés de voyageurs et de marchandises qu’ils transportent avec me incroyable rapidité, le Simplon percé, l’Amé rique séparée en deux continents, la Manche franchie en chemin de fer, toutes ces œuvres grandioses dont une seule suffirait à immortaliser une époque ont été accomplies par l’association des capitaux, et ans elle, elles eussent été impossibles.
- Les avantages de l’association sont si bien consr latés, si bien reconnus aujourd’hui, qu’il n’est plus l’entreprise un peu importante industrielle, com-aerciale, financière ou autre, qui ne se fonde sur *tte base inébranlable de l’association des capitaux, l'eus les grands comptoirs, les usines, les Compagnies d’assurances, celles de navigation, d’éclairage iugaz, de distribution des. eaux des villes tout est institué sur l’association. C’est un courant qui nnporte l’industrie et le commerce de notre époque ;ers des destinées nouvelles.
- Ce mouvement, dont les premiers promoteurs ont *téles disciples de Saint-Simon, ne s’arrêtera plus,
- ^ c’est à lui que sont dûs les étonnants progrès Remplis depuis le commencement du siècle. Il iaccentuera chaque jour davantage, et il arrivera à produire nécessairement tous les résultats qui en ^t la conséquence fatale.
- Parmi ces résultats, il faut compter l’extention °nnée au principe qui ne comporte pas seule-^nt l’union des valeurs de même nature, mais ^si la mise en société de toutes les valeurs équi-Rentes d’ordres différents. L’association des capi-
- taux, si puissante et si féconde avec le concours du travail, ne serait rien et ne pourrait rien sans lui. Par conséquent le travail est une valeur aussi, et une valeur qui ne peut être équitablement considérée comme inférieure à celle du capital. Donc, pour être logique, on doit admettre dans l’association le travail sur le même pied que le capital.
- Depuis quelques années on semble avoir compris cette vérité, car nous voyons le système de la participation du travailleur aux bénéfices de l’industrie ou du commerce gagner du terrain, et s’implanter de plus en plus dans les usines et les maisons de commerce.
- L’équivalence de valeur du travail et du capital est tellement positive, que, sans parler des associations coopératives de consommation dans lesquelles le capital ne joue pour ainsi dire, qu’un rôle très secondaire, nous pouvons citer des associations de travailleurs qui produisent et prospèrent sans autre capital que le matériel industriel et le strict nécessaire pour alimenter de matières la production. Or, comment le capital pourrait-il se passer du concours du travail ? C’est donc à tort que l’on a jusqu’à présent toujours subordonné ce dernier à son coopérateur, le capital.
- Si à ces deux éléments de richesse, on ajoute le troisième non moins puissant et non moins indispensable, celui que la nature fournit, et qui appartient non pas aux capitalistes, ni aux travailleurs, mais à l’humanité toute entière, et qu’en raison du concours qu’il fournit à la production, on lui accorde une part équitable dans le bénéfice de cette production, part qui constituera la propriété des infirmes, des vieillards, de tous ceux en un mot qui sont dans l’impossibilité de travailler, on aura fait la juste répartition de la richesse, et l’on aura détruit le jaaupérisme qui ne peut être détruit que par ce moyen.
- A ce point de vue, l’association est aussi un devoir pour la Société humaine. La mission de l’homme est d’être l’auxiliaire de la vie et du créateur ; il 1 c.oit transformer la matière et vivifier la nature par un travail incessant ; il doit aider ses semblables dans le travail de la vie ; il doit par ses œuvres chercher constamment à améliorer l’existence de tous. Telle est la loi du progrès à laquelle il est tenu d’obéir et de se conformer. Or, le meilleur moyen de rendre son concours à cette œuvre du progrès le plus efficace possible, c’est l’association, puisqu’elle centuple ses forces et ses moyens d’action, sans rien lui enlever de son individualité.
- « Chacun se donnant à tous, dit J. J. Rousseau, ne se donne à personne, et comme il n’y a pas un
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- associé sur lequel on n’acquière le même droit que l’on cède sur soi, on gagne l'équivalent de ce que l’on perd, et plus de force pour conserver ce qu’on a. » Loin de paralyser l’initiative individuelle, l’union des forces l’excite et la féconde. L’intérêt personnel ne perd rien de son stimulant dans l’association ; il persiste, c’est l’égoïsme seul qui est détruit. Enfin l’autonomie individuelle n'est point sacrifiée à la collectivité, car l’association emploie la puissance collective à développer la puissance individuelle, en mettant la force de tous au service de chacun.
- Or, comme chaque homme doit fournir au progrès le concours le plus puissant possible, il s’ensuit que c’est par l’association seule qu’il peut atteindre ce résultat. Par elle ses forces individuelles sont considérablement accrues, et 1 aide qu il fournira à l’œuvre commune en sera par conséquent plus considérable.
- L’association est donc le meilleur agent de progrès pour 1 humanité, et l’encourager, la développer, l’étendre est la plus noble mission que l’homme puisse se donner sur la terre, pour bien se conformer à la grande loi de la vie.
- L’ÉGLISE & L’ÉTAT
- Parmi les questions posées à nos élus, celle de la « Séparation de l’Eglise et de l’Etat, » a occupé avec raison une des premières places. Les libres-penseurs, nous le savons, ne sont pas unanimes à demander cette séparation, du moins immédiatement, et lorsque les uns ne semblent la considérer que comme une vérité relative, les autres l’affirment, au contraire, comme un principe qui doit être généralement et strictement appliqué. Bien que nous n’hésitions pas à nous placer parmi ces derniers nous ne saurions donner formellement tort aux premiers. Ce n'est pas la première fois que de simples malentendus ont partagé en deux camps des hommes arborant le même drapeau et, dans le cas actuel, si nous devons en croire nos amis du camp opposé, le malentendu nous serait attribuable, et viendrait de ce que nous ne distinguons pas les rapports de l’Etat avec l'Eglise Gallicane, des rapports de l’Etat avec l'Eglise de Rome, ou le Saint-Siège apostolique.
- Le Devoir a bien voulu publier dans le temps, sous le titre Le Concordat, l'exposé de nos idées à cet égard. Nous ne savons de quel poids ont pù être les raisons que nous apportions â l’appui de notre manière de voir, et nous ne venons pas aujourd’hui re-
- mettre notre argumentation sous les yeux des lec-teurs du journal. Nous voulons tout simplemen résumer avec tout le laconisme dont nous somme' capable, les principales transformations opérée-dans la législation réîigieuse, et marquer ainsi ief phases de la lutte incessante de ces deux grand* pouvoir?, l’Église et l’État, pendant 18 siècles, c’est-à-dire depuis i’Ere des Césars, jusqu'à la proclamation du concordat. Ce résumé historique, les faits parlant d’eux mêmes, vaudra peut-être mieux et fera plus la lumière, que tous les beaux raisonnements que nous pourrions apporter pour le besoin de notre cause.
- Afin d’être aussi clair que possible, nous diviserons notre travail en cinq périodes :
- La première sera I’Ere des Césars, proprement dite ;
- La seconde sera l’Ero Mérovingienne ;
- La troisième partira de Charlemage et ira jusqu’à Franc as 1er ;
- La quatrième, de François 1er à Louis XIV ;
- La cinquiène de Louis XIV à la Proclamation du Concordat.
- XVJEHx-e «ï©@ Césars
- « Si la doctrine qui nous a rappelé que tous les « hommes sont égaux sur la terre comme devant « Dieu, se fut révélée dans Rome, aux beaux jours « de la République, si elle eut pénétré dans le cœur « de ceux dont l’avarice causa la chute de l’État, si « elle eut brisé les fers des eselaves, quelles armes « puissantes n’eut-elle pas trouvé dans l’organisa-« tion romaine ramenée au principe de l’Égalité ! «
- Assurément, et nous le croyons avec l’auteur que nous venons de citer, si le Christianisme se fut révélé à la Société romaine dans les conditions ci-dessus, la doctrine nouvelle eut puisé des forces considérables dans l’organisation de cette Société. Ma.is il eut fallu que toutes ces conditions hypothétiques fussent remplies ; il eut fallu surtout que le Sénat, ce juge appelé à intervenir d une manière constante entre les citoyens et l’Etat, entre l’Etat et les colonies ou l’étranger, que le Sénat pris comme il l’était dans la classe des riches, et dont l’avarice fit naître des collisions perpétuelles, fut compose autrement, eut une autre origine. Il eut fallu que lu* qui, par un décret, faisait entrer dans son olymP9 les Dieux des peuples qu’il annexait à la République eut voulu consentir à bannir de son ciel toute sa pharmacopée de divinités, la plupart ses créatures, pour y installer un Dieu unique, panacée universelle, devant les vertus souveraines de laquelle il
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- eut eu à s’incliner. Or, nous doutons fort que ce corps éminent eut été capable de semblable abnégation.
- Quoiqu’il en soit, lorsque Christ apparaît, la République n’existe plus. César règne, et non-seulement la Théocratie païenne domine en dépit de l’école stoïcienne, mais encore cette théocratie vient de revêtir sa forme la plus puissante. César, en effet, n’est plus un. simple imperaior, le général qui commande aux armées, le chef de la Société civile, le timonier de l’Etat, il réunit dans ses mains l’absolutisme religieux et politique, il est le « Pontifeœ maximus judeæ atque arbitrer rerum dminarum atque fiumanarum, le pontife souverain juge et arbitre des choses divines et humaines. L’Eglise est tout entière dans’l’Etat. Les empereurs désormais revêtus d’une autorité sans limites et sans rivale sont maîtres absolus de la conscience et de la vie des individus.
- La doctrine nouvelle c’est, malgré l’humilité avec laquelle elle se présente, un ennemi redoutable qui se dresse devant eux. Ils ne sont pas longs à s’apercevoir du danger que ces dogmes subversifs peuvent faire courir à leur puissance, aussi de toute cette puissance vont-ils disposer contre les propagateurs de principes qui, ne se contentent pas de saper le présent, mais prétendent édifier l’avenir. Vainement le réformateur rendra à César ce qui appartient à César ; vainement il rendra hommage au pouvoir temporel, il n’est qu’un imposteur, il faut qu'il meure ? Il meurt sur la croix après avoir confié sa mission à 12 de ses disciples et institué pour son successeur Simon, dit Pierre qui, lui-même, subira le martyr avec Saint-Paul, l’apôtre des gentils.
- Mais le zèle des néophites ne se ralentira pas pour cela. Les conversions se multiplieront au contraire en raison de l’acharnement des persécuteurs. Les bêtes du Cirque, la flamme des bûchers, le fer des bourreaux, rien n’y fera. Cela durera trois siècles, de Néron à Dioclétien.
- Durant cette période, trente-trois évêques occupent le siège de Rome, nommaient successeurs de Saint-P erre, leur suprématie n’est pas reconnue par la communauté chrétienne. L’unité n’existe pas dans le gouvernement de cette communauté. Selon l'expression de Saint-Cyprien, « chaque prêtre dirige, gouverne une portion du troupeau et ne doit compte de sa gestion qu’à Dieu seul.. » Quant à la foi, elle n’est pas une non plus, et mainte et mainte hérésie prend naissance dans le sein même de l’Eglise. Aussi a-t-on pu dire de cette Église piimitive, qu’elle était « une robe sans coutures, mais de nuances diverses. » Néanmoins s'il existe des hérésies au cœur du Chris-
- tianisme, celui-ci triomphe du paganisme et ce triomphe s’annonce au monde par la conversion de Constantin, le premier des empereurs Chrétiens, en l’an 312.
- De 312 à 325, l’unité se prépare, mais elle n’est pas encore accomplie Ce n’est qu’à cette dernière date, celle du Concile de Nicée, que commence véritablement l’ère du catholicisme. C’est la première fois que, dans les préliminaires des actes de ce Concile on voit l’Evêché de Rome désigné comme chef principal de la chrétienté; c’est dans ce même concile que fut dressé le fameux symbole dit Symbole de Nicée ; c’est encore dans cette même assemblée que fut déterminé le jour où la pâque devrait être célébrée, et que fut condamnée la doctrine d’Arius.
- Ce concile, hâtons-nous de le dire, aussi bien que ceux de Césarée, de Tyr et de Constantinople, si toutefois on peut donner le nom de concile à la réunion qui eut lieu dans cette ville des évêques opposés à Arius et d’Arius en personne, ces assemblées, disons-nous, qui se tinrent sous Constantin, comme celles qui se formèrent sous les autres empereurs romains, ne se tinrent et ne se formèrent que sur l’ordre ou la permission de ces derniers. Tout en reconnaissant le Dieu des chrétiens, tout en déclinant le pouvoir déjuger les pasteurs, tout en s’inclinant devant leur indépendance spirituelle, César s’est réservé d’exploiter FUniversalité de la foi dans l’intérêt de sa domination, et s’il ne gouverne pas les conciles, du moins, ainsi que nous venons de le dire, il les convoque. Toutes lés déclarations plus ou moins solennelles qu’il pourra faire ne l’empêcheront point de persécuter tour à tour Ariens et chrétiens, hérétiques et orthodoxes, selon les besoins de sa politique.
- Quant à la communauté chrétienne, elle s’était, on le sait, prosternée de tout temps devant le temporel, en tant que temporel, de l’empereur idolâtre; il ne lui en coûtera pas beaucoup dès lors de rester humble devant l’empereur chrétien, qui la couronne en sa personne. Fidèle donc jusque-là au principe de la séparation des pouvoirs, elle continuera de dire par la voix de St-Jérôme : « Autres sont les lois de César, autres les lois du Christ : » Alice sunt leges Cœsarum, Alice Christi. C’est une pensée identique qui en 347 dans une assemblée tenue à Sardique,dictera à Osius de Cordoue, s’adressant à l’empereur Constance, ces paroles : « S’il ne nous est pas permis de prétendre à l’Empire de la terre, il ne vous est pas permis non plus d’usurper l’encensoir e’ pouvoir sur les choses sacrées. »
- Terminons en disant que c’est sur la propo de ce même Osius de Cordoue et dans cettf
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- assemblée que le fédéralisme épiscopal abdiquant ses antiques pouvoirs vient soumettre le monde à l’autorité du Pontife romain par l’adoption de cette formule : Unus eligitur est, capite constituto, schis-matis tollatur occasio.
- Ce principe fondamental de la première organisation gouvernementale de la Société chrétienne, renferme trois points, comme on le voit. Le premier établit que tous les hommes sans aucune distinction d’intelligence et de condition sont soumis à la loi;
- Le second, que l’unité de la loi, dont l’interprète est l’évêque de Rome, domine toutes les consciences;
- Le troisième, que les arrêts émanés de cette loi vivante sont infaillibles et sans appel.
- Rien de plus explicite, rien de plus net. Il semble que cela ne puisse donner lieu à aucune autre interprétation. Cependant il ne s’écoule pas beaucoup de temps avant que l’ensemble qui en avait été accepté tout d’abord ne soit attaqué, et que l’Eglise agitée par l’esprit d’indépendance ne se lève contre le droit divin de l’arbitraire papal. Les évêques de Constantinople, les plus enragés des rebelles, donnent le signal et s’insurgent contre ce qu’ils nomment l orgueil italique. Saint Hilaire fait entendre de véhémentes et tumultueuses protestations. Saint Augustin lui-même hasarde de respectueuses démonstrations. Mais en dépit des uns et des autres, 'l’unité se fait. Rome écrase les factions, asseoit de jour en jour plus solidement son empire, et fait reconnaître partout la tutelle de son despotisme. Ce despotisme, il est vrai, ne s’exercera réellement que sur les consciences tant que durera l’ère des Césars. La revendication du pouvoir se bornera au spirituel, et l’on fera acte d’o béissance. au prince dans tout ce qui sera temporel. Cette séparation des deux pouvoirs sera inscrite dans le code Justinien au vie siècle.
- En un mot, la maxime : « Il faut rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » sera toujours reconnue, sinon toujours appliquée scrupuleusement, tant que l’établissement impérial restera debout. Mais après la chute des Césars, mais quand l’empire aura été emporté par le torrent des barba res, en sera-t-il encore de même ? Nous allons le voir en retraçant lere mérovingienne.
- E. P. Maistre.
- FAITS POLITIQUES & SOCIAUX DE LA SEMAINE
- TUNISIE
- L’agitation est toujours très grande dans le Sahel oriental, par suite de la crainte que la marche prochaine
- ide nos colonnes sur leur ville sainte inspire aux insurgés.
- Ces jours derniers, des cavaliers Souassi, Zlass et Me-tellil ont voulu frapper un graud coup parmi ceux de leurs coreligionnaires qui ne leur semûlent pas décidés à prendre une part active à la guerre sainte. Indignés surtout de ce que la population musulmane de Msaken, ville a qui sa célèbre medersa de Sidi-Ali-ben-Khalifa, ses belles mosquées et ses zaouia nombreuses ont valu d’être surnommée la Bénarès de l’4frique du Nord, vaquait comme en temps ordiuaue à ses travaux industriels et agricoles, ces pieux justiciers de i'Islam ont décidé que l’expiation commencerait par elle. Dans une plaine voisine de Msaken, ils ont donc attaqué, le 5 de ce mois, sur les chantiers même où ils avaient l’habitude de se rendre, uu groui e de deux cents alfaliers appar tenant à cette localité. Ceux-ci, mieux armés et plus aguerris que les alfatiers de Saïda, ne se sont pas laissé dépouiller sans combattre. Ils ont tenn tête assez longtemps aux agresseurs, qui ont eu pas mal d’hommes et de chevaux mis hors de combat, et qui se sont retirés devant les renfurts envoyés de Msaken au recours des alfo tiers. Abrité- par les meules d’alfa,derrière lesquelles ils ne tiraient qu’à genoux, les intrépides travailleurs comptent trois hommes tués et une douzaine de blessés.
- Dès qu’ils ont eu connaissance de cette agression, les habitants de Msaken ont envoyé des émi&saires à Suusse, pour demander aide et protection au commandant des troupes françaises. Cette supplication a été favorablement accueillie par le général Etienne, et une colonne de Suusse a lait une sortie, qui paraît n’avoir pas duré plus de trente heures; nos j junes soldats ont dû souffrir beaucoup des vents élétde >s qui soufflent depuis quelques jours dans nos parages, malgré les pluies abondantes qui, la semaine dernière avaient rafraîchi l’atmosphère. Iis ne doivent pas avoir subi des pertes sérieuses du fait de l’ennemi, car, selon s n habitude, celui-ci se serait empressé de nous les faire connaître par ses affidés.
- ANGLETERRE
- On essaie, un peu prématurément, de tirer l’horoseope du tribunal agraire qui vient de commencer à fonctionner à Upper Merrion Street (Dublin).
- Les libéraux, qui tâchent de rester optimistes, espèrent qu’à la longue 1 intérêt privé l’emportant sur les conseils de la Ligue, bon uombre de paysans iront demander à la cour de régler leurs différends avec leurs propriétaires En ce cas, il pourra y avoir uu peu de calme eu Irlande Mais comme dit le Daily Teleg>aph, si les cultivateurs obéissent aux ligueurs, il n’y aura de longtemps que tumulte et confusion et d'incalculables souffrances.
- L’archevêque catholique de Cashel n’a pas hésité à répudier le manifeste de la Ligue. Il exprime ses censures dans une lettre qui a paru dans le Freeman de Dublin : il proteste solennellement contre la doctrine résumée par ies mots placardés par toute l’Irlande : No rent. (Pas de redevances !)
- On a lu avec beaucoup d’intérêt une circulaire que M. Mitchell Henry,un des députés du comté de Galwa/, home-nUer modéré, homme très estimé et très écouté à We>d mi ester, qui s’adresse à ses teuanciers dans un langage fort élevé, leur rappelant tout ce qu’il a fait pour améliorer leur position et diminuer le taux des fermages. M. Mitchell Henry espère qu’ils s’arrangeront à l’amiable avec lui, ou porteront leurs griefs devant la cour agraire, mais en tout cas qu’ils rendront justice à ses efforts pour faire droit à tout ce qu’il croyait fondé dans 'eurs réclamations.
- Si beaucoup de propriétaires irlandais avaient parlé sur ce ton, il est probable que les choses n’en seraient pas venues au point où elles sont.
- A l’ouverture de la séance du tribunal agraire,le juge-président, M. O’Hagan, a lu une soi te de discours préliminaire expliquant les formes de procédure que la cour adopterait. Elle savait qu’elle avait à appliquer un act
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- ayant pour objet d'affermir les tenanciers dans la tenue de leurs fermes : la c<>ur a tâche de simplifier autant que possible sa procédure. Les droits d’inscription sont fixés seulement à un shilling, pour qu’aucun fermier n’ait d’excuse s’il ne profite pas des bienfaits de Yact. Cette adresse a produit une bonne impression sur la foule qui remplissait la salle.
- Le gouvernement vient de répondre énergiquement au manifeste de la Ligue agraire. La Ligue est condamnée à mort par une proclamation du lord-lieutenant. Désormais tout meeting de la Land league à Dublin ou dans le reste de l’Irlande sera considéré comme une réunion criminelle.
- Hier, M. Doriss.qui présidait le comité de permanence de la Ligue à Dunlin, a été arrêté. Les bureaux de l’Association ont été fermés; la Land league des femmes survit seule.
- Voici le texte de la proclamation du lord-lieutenant:
- Considérant qu’une association, s’intitulant Land-Lea-gue nationale irlandaise et existant depuis un certain temps, s’est arrogé le droit de s’immiscer auprès des sujets de la reine dans l’exercice libre de leurs droits légaux, et plus particulièrementde contrôler les relations entre les propriétaires et les tenanciers irlandais; considérant qu’on a cherché à mettre àexécution les projets de ladite association par un système organisé d’intimidation tendant à entraver l’exécution des arrêts de la justice de la reine et à pmpêcher les sujets de Sa Majesté d’exécuter leurs contrats et de vaquer à leurs affaires légitimes; considérant que ladite association a aujoui-d'hui avoué son intention d’empêeher le payement de toute espèce de f rmage et de s’opposer à l’exécution de la loi dans le royaume d’Irlande:
- Nous prévenons par la présente toutes personnes, que ladite association s’intitulant Land League nationale irlandaise, ou connue sous n’importe quel autre nom, est une association illégale et criminelle, et que toutes les réunions tendant à faire exécuter ou à favoriser ses desseins sont également illégales et criminelles, et seront empêchées ou dispersées par la force. Nous avertissons en même temps tous les sujets de Sa Majesté qui auraient pu être en relations avec ladite association, qu’ils aient à s’en séparer et à s’abstenir dorénavant de lui venir en aide.
- Nous faisons connaître en même temps que toutes les forces et toutes les ressources qui sont à notre disposition seront employées à protéger les sujets de la reine en Irlande dans le libre exercice de leurs occupations légitimes, à les aider à remplir leurs obligations légales et à écarter tout empêchement à l’exécution des arrêts de la justice.
- Nous faisons parla présente appel à tous les sujets loyaux et dévoués de la couronne, pour qu’ils nous aident à maintenir la loi et l’autorité de la reine dans son royaume d’Irlande.
- Donné au château de Dublin, le 20 octobre 1881.
- Par ordre de Son Excellence :
- W. E. FORSTER.
- De son côté, la Ligue a fait publier hier l’avis suivant dans le Freeman's Journal, de Dublin :
- Les actes du gouvernement pendant la dernière semaine, et principalement la proclamation de ce soir qui annonce en fait la détermination de recourir à la force pour empêcher le peuple irlandais d’exercer son droit constitutionel de se réunir librement en public, font un devoir à la Land League centrale de prévenir le peuple qu’il doit, tout en restant inébranlable dans sa résistance passive, renoncer pour le moment à tous les meetings publics projetés ayant quelque rapDort avec la Ligue, et dont l’autorité pourrait tirer parti pour mettre ses desseins à exécution.
- La nouvelle de la suppression de la Ligue n’a pas produit à Dublin une émotion bien visible. Les bureaux de ja 1 igue ont été fermés avant-hier; tous les livres et tes papiers en ont été enlevés.
- Le Land Leagua des femmes a publié un avis dans tequel elle fait appel aux souscriptions des irlandais,
- pour soulager « la misère de centaine-» de nos hommes, les meilleurs et les ulus braves, qui gémissent aujourd’hui dans les ba-tilles du gouvernement ».
- On a distribué par toute 1 Irlande cent mille exemplaires d’nn numéro du journal VUnited lreiam, organe officiel de la Ligne, qui contenait une gro-sière caricature politique d rigée contre le gouvernement.
- Le Times approuve D décision du cabinet et espère que les paysaus se détacheront de la Ligue, qui est désormais hors la loi.
- Le Daily News approuve aussi le ministère, sans se dissimuler 1’ xtiême gravité d’une mesure qui supprime une association politique et la déclare criminelle.
- Toute la presse discute la lettre de l’archevêque catholique de Gashel, qui était jusqu’ici partisan de M. Par-nell, et qui condamne cepeudant le dernier manifeste L’archevêque dit qu'il a approuvé les principes primitifs de la Ligue qui consistaient à demander la réduction des fermages a un taux équitab e, mais il se prononce coutre le refus absolu de payer aucune redevance que conseillent actuellement les chefs de la Ligue.
- La proclamation du gouvernement, déclare la Land-League une association illégale et criminelle, et engage les bons citoyens a ne pas y prendre part.
- La proclamation ajoute que tous les efforts et tous les moyens du gouvernement seront employés à protéger les sujets de la reine en Irlande dans le libre exercice de leurs droits et dans leurs revendications paisibles et paisibles et légales.
- Le gouvernement a, croit-on, l’intention de faire des arrestations parmi les membre de la ligue, des deux côtés du canal d Irlande, car la ligue a dô-ormais un caractère nouveau depuis sa suppression comme association illégale.
- Le bruit court que le bureau de la ligue sera transféré hors d'Irlande, probablement à Boulogne-sur-Mer.
- Un télégramme de Trabe, publié par YEvening Standard, annonce 1 arrestation de M. Michel Power, un dus principaux membres de la Land league. Le sous-inspecteur Holmes a procédé à l’arrestation en vertu de l’acte de coercition. M. Power est accusé d'avoir cherché à intimider des fermiers pour les empêcher de payer leurs fermages.
- D'autre part, on annonce de Limerick l’arrestation, en vertu de l’acte de coercition, de M. John Godsell, p bli-ciste, ex-président de Mechanic's lnstilule de Limerick.
- La Pall Mail Gazette si naie l’arrestation des membres suivants rte la Land léague : MM. William Gobbe, à Monlmellick Union; M. James W. Joyce, secrétaire de la Land league de Kilmaliock; M. John Higgins, habitant la même ville; M. Michel Higgins, secrétaire de la Léague à CarrigUwhill. Les premiers ont été arrêtés en vertu de l’acte de coercition, le dernier pour refus de paiement de fermage.
- RUSSIE
- L’agitation nihiliste augmente dans toute la Russie, eu dépit des mesures énergiques prises par la police.
- Des arrestations de nihilistes ont lieu journellement à Saint-Pétersbourg.et dans les autres grandes villes.
- On craint très sérieusement d s troubles dirigés contre les marchands et les juifs, c’est-à-dire contre les riches. Le gouvernement a été informé des intentions des socialistes, ce qui explique les paroles adressées par M. Kosloff à l’éditeur du Herald: « Si vous saviez ce qui se prépare à Saint-Pétersbourg, etc. »
- Les troupes sont consignées tous les jours dans les casernes, et on leur a distribué des cartouches à balle. Le parti révolutionnaii e continue de se livrer a des manœuvres systématiques. Il a adres é :
- 1° Des proclamations aux G<>saques de l'Oural, du Don, d'Orenbourg. du Kouban, du Ter, d'Astiakan, de Sibérie, etc., pour les engager à se révolter contre Alexandre III ;
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- 2° Un avis en dialecti petit russien du comité exécutif au peuple de lUkrHue pour 1 exciter coutre les juifs;
- 3° Uue proclamation aux ouvriers russes ;
- 4° Le programme concernant les ouvriers, publié par la rédaction de la Narodnaïa Volia;
- 5° Le programme du comité exécutif, de 6 chapitres, divisés en 24 articles, et revêtu de la .-iguature du comité. publié dès le 27 août dans l'imprimerie de la Narodnaïa, Volia, et paraissant maintenant en troisième édition ;
- Les proclamations adressées aux cosaques et u peu-p e de 1 Ukraine sont datées du 13 et du 15 septembre, mais elles ne sont connues du publie que depuis foi t peu de temps, probablement parce que l'impression a eu lieu très lentement.
- Ges proclama!ions sont plutôt distribuées dans les provinces qu’à Saint-Pétersbourg, où l'on n’eu voit que de très rares exemplaires.
- Elles disent qu’il n’y a plus rien à espérer du czar, que le peuple doit réunir toutes es forces, organiser un j soulèv» ment,et renverser le gouvernement A sa place se i mettra une assemblée nationale composée de députés { nommés directement par le peuple, qui instituera un nouveau gouvernement et fera une nouvelle constitution.
- *
- ¥ ¥
- La ligue antisémitique eu Russie. —
- A l’instigation des journaux de MM. Kaikoff et Aksa-lo ff, il vient de se f umer dans différentes localités de l’empire une ligue autLémitique, a laquelle le gouvernement semblé tout disposé à prêter son concours tacite.
- Voici, à titre de curiosité, les principale clauses auxquelles tout membre decett * association est tenu d’adhé rer sous peine de mise au ban et de poursuites pour trahison {sic) :
- 1° Personne n’achètera rien aux négociants juifs, à quelque bas prix qu'une marchandise lui soit offerte;
- 2° Personne ne louera à un juif une boutique ou une demeure, à n’import1 quel prix;
- 3* Personne n’habitera une maison appartenant à un juif, quand même on i aurait pour rien ;
- 4° Personne ne se servira de domestiques juifs, ni ne leur donnera de l’ouvrage, pas plus qu’on ne devra accepter :n emploi quelconque d’nn patron israelite;
- 5° Personne n’enverra son enfant dans une école où renseignement serait donné par des professeurs juifs ;
- 6° Personne ne suivra les c urs ni ne visitera le- laboratoires, les cliniques ou les séminaires tenus par des juifs ;
- 7° Personne ne se fera soigner par un médecin israé-lite, à moins d’impossibilité absolue de trouver un médecin chrétien ;
- 8° Personne ne lira les journaux rédigés par les juifs ni ceux que publieraient des chrétiens en faveur des Israélites;
- 9° Personne ne fréquentera des lieux publics, des expositions ou des théâtres exploités par des juifs;
- 10° Personne ne donnera sa voix à un candidat juif aux élections municipales;
- 11° Tous les membre-de la ligue sont autorisés à vendre aux juifs — ce qui leur plaira.
- Après cela, il faut tirer 1 échelle; mais ce qu’il y a de très significatif, c’est que le mouvement antisémitique, en Russie, est ouvertement organisé par une poignée de meneurs qui jouissent de la bienveillance absolue du gouvernement.
- ÉTATS-UNIS
- l’indépendance de l’Amérique, c’est i i que fut établi le principe de notre gouvernement fondé sur la souveraineté du peuple.
- » Les rancunes soulevées par ce gran i conflit ont disparu depuis longtemps. Il est impossible aujourd’hui que nous triomphions de notre ennemi vaincu. Du reste | nos cœurs sont trop profondément émus par les expres-• sions de sympalhie profonde que le peuple et la reine i d’Angleterre nous ont fait parvenir à l’occasion du récent malheur qui a frappé 1 Amérique.
- » Mais il est bon qu j nous nous souvenions du patriotisme et de la fo de nos am-êtres et que nous transmettions à nos fils comme un héritage, 1 amour delà liberté sauvegardée par la loi. »
- Le président a ensuite souhailé la bienvenue aux délégués françiis et allemands. Il a rappe’ô les liens qui unissent l’Amérique aux deux nations, et qui ont survécu aux vicissitudes d’uu siècle entier. Il a exprimé l’esp ir que cette amitié persistera et que l’Amérique saura maintenir la paix h l’intérieur et à l’extérieur.
- Ges paroles ont été chaleureusement applaudies.
- Le ministre français a répondu que la France avait été vivement touchée "de l'invitation du peuple américain, qu elle avait tenu à y répondre dignement pour resserrer les liens d’amitié qui unissent les deux nations.
- A York-Towu, la France a laissé les traces de son grmd esprit civilisateur L’orateur se réjouit de la prospérité et de la gloire de l’Amérique, qui donne au monde un grand exemple et à tous les amis de la liberté un grande joie. Rien ne pourra détruire l’amitié des deux Républiques.
- Le président Arthur a donné l’ordre qu’à la fin des fêtes du centenaire, le pavillon anglais s dt salué par les troupes de mer et de terre actuellement à York-Towo, eu reconnaissance des relations amicales qui unissent la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, comme marque des sentiments pacifiques de confunce et de bonne volonté réciproque qui doivent exi-ter entre ces deux pays dans les siècles à venir ; enfin, comme marque du profond re-pect du peuple américain envers 'a reine Victoria.
- Les fêtes du centenaire de Yorktow se terminent aujourd’hui. Hier, une revue des troupes et des marins a eu lieu devant le pré-ident Arthur, accompagné de ses hèles franc»is et des descendants du baron Steuben. S’il faut en croire une dépêche adressée de New-York au Daily News, la présence des descendants de Steuben a donné lieu à un incident très vif, motivé par une question de préséance soulevée par les représentants de la France.
- Les Français se sont plaints de la place occupée par le pavi Ion allemand sur la chaloupe du président. Sur tous les autre* navires, le pavillon français était au mât de misaine, le pavillon américain au grand mât et le pavillon allemand au mât d’artimon; mais comme la chaloupe du prôsiieut n avait que deux mâts, les pavillons français et allemands se trouvaient réunis. Les délégués français ont menacé, dit le Daily News, de se retirer si l’on n’amenait pas le pavillon allemand. M. Blaine a réussi à récoucilier quelque peu les deux partis.
- Nous ne savons quel compromis a été proposé par M. Blaine; mais il était en tout cas étrange de voirie drapeau allemand flotter à Yurktown. A part quelques aventuriers comme le baron Steuben, amenés par le marquis de Rochambeau, les Allemands n’ont pris part à la guerre de l’indépendance que pour combattre dans les rangs auglais. On sait que l’électeur hessois avait lait marché pour fournir un corps de volontaires à la Grande-Bretagne et touchait une prime pour chaque homme tué qu’il s’était engagé à faire remplacer.
- ILe centenaire d’York-Towa, — York-Town, 19 octobre.
- Les délégués frauçais et allemands assistaient à la fête du centenaire.
- Le président Arthur a prononcé un discours dont voici le résumé :
- « G est ici qu’il y a cent ans se termina la lutte pour
- NORVÈGE
- Le journal norvégien le Verdens Gong publie une déclaration du poète Biœrnstieroe Biœruson, un des chefs du parti radical de Norvège, qui montre que les idées répubiicaiues ont fait, dans ces dernières années, de grands progrès dans le royaume Scandinave,
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- «Notre parti se compose de républicains, dit M. Biœrnslierne Biœ uson, et nous ne nous bornons pis à être républicains en théorie, et à rêver silencieusement la Républiuue; non, nous travaillons pour elle et nous faisons ce que nous pouvons pour remplacer la royauté par la souveraineté nationale. Les républicains constituent en Norvège un parti dont les membres ne se comptent que par centaines, mais par milliers, et qui fait connaître ouvertement le but qu’il poursuit. »
- Le Dagblad de Copenhague, reproduisant cette déclaration du chef du parti radical Norvégien, dit qu’elle répond à Létal réel des choses. Le journal danois rappelle à ce sujet l’opposition énergique que le parti en question ne cesse de faire au roi Oscar.
- ALLEMAGNE
- Le tribunal impérial vient de rendre son arrêt dans le rocès pour haute trahison contre Brender et consorts, raun a été condamné à deux ans 7 mois détention. Brender, Dave à 2 ans 1/2, Jacob à 2 ans et 3 mois. Chrislopeit Peschmann à 2 ans, Liehtensteiger à 1 an 1/2, Boll, Dilich à 1 au, Metzkow à 2 ans, Mahr à 3 mois de prisoD, Baum, Christ, Waterstraat et Legel ont été acquittés.
- La fin de la période électora’e approche. Le scrutin s’ouvrira le 27 octobre. A la veille des élections, la Correspondance provinciale, inspirée directement par le chancelier, adresse aux électeurs un dernier appel qui résume le programme gouvernemental dans la consolidation du nouveau système économique protecteur du travail national ainsi que dans l'amélioration du sort des travailleurs, des pauvres et des petites gens, qu’il faut réconcilier avec l’Etat et la société. La Correspondance provinciale annonce que les projets bien connus d’assurances ouvrières pour les invalides et les vieillards avec subvention de l’Etat, seront présentés au Reichstag. Une note officieuse ouvre également aux petits employés la perspective d’une augmentation d’appointements.
- M. Mommsen, le célèbre historien, dont nous avons déjà annoncé révolution, a adressé aux électeurs de la 9e circonscription du Schleswig-Holstein, un manifeste dans lequel il dit que la réforme économique et la politique intérieure du chancelier n'ont pas pour but direct et pour fin dernière l’amélioration du sort des petites gens, des ouvriers, ainsi que le prétendent les journaux officiels et officieux, mais l’augmentation du pouvoir du chancelier. Le prince de Bismarck veut briser le Reichstag, lui enleverses dernières prérogatives,détruire le dernier reste d'autonomie conservé, par les communes, faire des fonctionnaiaes de simples machines, rendre impossible toute association libre, et asseoir sur les ruines de toutes les libertés sa propre dictature: « Officielle ment, il ne restera plus que la couronne. Mais celte couronne sera-t-elle encore celle des Hohenzollern? »
- Le parti catholique de Bavière vient de publier un manifeste électoral, remarquable par la force avec laquelle il accentue le point de vue particulariste. Il déclare formellement que la Bavière entend maintenir l’indépendance relative qui lui a été reconnue lors de la création de l'empire. Le manifeste demande la suppression de la loi de répression du socialisme, la diminution du budget militaire, la création de sociétés ouvrières, et proteste contre le projet d’introduction du monopole du tabac.
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- VOYAGE AUTOUR DU FAMILISTÈRE
- XIII
- Le Familistère possède une petite compagnie de pompiers, volontaires évidemment, mais qui par cela même ne s’en acquittent que mieux de leurs devoirs.
- Leur pompe, que nous trouvons emmagasinée dans les bâtiments annexés, sur le côté qui borde l’Oise, est manœuvrée par eux régulièrement le dimanche. Les risques d’incendie sont rares au paiais social ; sa construction, où le fer et la brique dominent, en éloigne ie danger. Aussi, cette pompe ne sert-elle pas souvent. Mais les pompiers n’en sont pas moins ! toujours prêts à marcher au premier signal d’alarme.
- | Tout le monde aime ces braves soldats du devoir, simples citoyens et travailleurs utiles en temps ordinaire, dévoués lutteurs quand le danger les appelle. Combien plus noble est cette lutte, dont le but est de ! sauver des existences humaines ou des propriétés,
- | que celle qui n’a que le carnage, l’extermination, la rapine, l'incendie, le pillage, le viol pour moyen et pour objet ? Le pompier est le véritable soldat de la civilisation, tandis que celui qui fait de l’art militaire son métier est le soldat de la barbarie.
- On nous dit que les armées permanentes sont utiles. A quoi ? A peser lourdement sur le budget des nations, à leur imposer des charges bien au-dessus de leurs ressources, et à les conduire fatalement, infailliblement au déficit et à la ruine ? Ou bien à favoriser les vues ambitieuses de chefs de gouvernement malhonnêtes, qui les font au besoin marcher contre la nation elle-même, comme cela s’est vu en brumaire et au Z décembre ? Heureux encore lorsqu’elles ne servent pas à imposer à un pays, comme dans les pronunciamentos espagnols, un gouvernement du choix d’un général ambitieux et populaire ?
- Et même lorsqu’elle n’en arrive ,ias à être le Séïde du despotisme ou de l’ambition, l’armée permanente ’ de quelle, utilité est-elle? Elle enlève la meilleure partie de la population aux travaux féconds de la paix, même en temps de paix, pour la livrer en proie à la funeste oisiveté de la vie de garnison, où elle contracte des goûts et des études pernicieux, dont tout le reste de l’existence se ressent ensuite si tristement.
- Il faut une armée pour défendre le pays contre l’agression, disent ses défenseurs. La meilleure armée dans un cas d’agression injuste, c’est la nation elle-même s’armant toute entière pour sa défense. Est-ce que les Etats-Unis avaient une armée permanente, lorsqu’ils battirent les nombreuses armées de la puissante Angleterre pour conquérir leur ind pendance ? Est-ce que les montagnards suisses avaient une armée lorsqu’ils vainquirent la tyrannique Autriche, et s’affranchirent du joug à tout jamais ? L’Espagne avait elle une armée lors de la guerre de l’indépendance contre l’envahisseur étranger, au commencement de ce siècle ? Quelle différence entre ces peuples vainqueurs sans armées, et l’empire en 1870 battu»
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- malgré ses nombreux bataillons, sur tous les champs de bataille par la Prusse !
- Les armées de la France, nous dit-on encore, ont porté le drapeau de la civilisation partout où elles ont passé, etc., etc. Ce n'est point avec le glaive que la civilisation a marché jamais. La civilisation est l’inséparable compagne du progrès, et la première condition d’existence pour le progrès, c’est la paix. Les vrais soldats de la civilisation sont donc les soldats de la paix, et ces soldats-là n’ont pas besoin de généraux ni de tactique. Us n’envahissent pas les territoires ; ils ne portent point le fer et le feu chez leurs voisins ; ils ne portent jamais atteinte à la liberté des peuples, ni à leur prospérité. Ils se dévouent au contraire au salut des autres, protégeant leurs vies contre les fléaux, au prix de leur propre existence.
- Qu’un incendie se déclare dans un immeuble important, comme l’Opéra ou le Printemps à Paris, et l’on verra ces modestes soldats bien autrement glorieux que les soudards gorgés du sang des batailles, voler au péril et combattre le terrible, fléau, et le vaincre même au risque de leur vie. S’il y a des victimes à sauver, leur courage et leur ardeur grandiront encore, et nul danger ne les fera reculer, nu^ péril ne les arrêtera. Et leur dévouement est d’autant plus noble que nulle gloire ne les attend dans cette héroïque lutte. Qui connaîtra seulement le nom de ces braves, à moins qu’ils ne viennent à succomber martyrs de leur devoir? Voilà le véritable héroïsme, la véritable noblesse, la véritable grandeur. Toutes les victoires des conquérants les plus renommés ne valent pas un seul des combats livrés par ces héroïques pompiers, qui sauvent au lieu de faire périr, et donnent leur sang pour préserver l’existence ou même seulement la propriété de leurs semblables
- Le Dieu des armées ne les protège peut-être pas comme il protège les grands capitaines, mais ils ont pour eux le Dieu qui, dans sa perfection infinie, a horreur du mal, du carnage, de la dévastation, de l’injustice et de la cruauté. A ce Dieu là, c’est par des œuvres méritoires utiles à l’humanité que l’on rend un digne hommage, et non pas par des Te Deum après la bataille.
- Voilà pourquoi je préfère mille fois le pompier au soldat, et voilà pourquoi je n’ai pas pu m’empêcher, en passant devant le dépôt de cette pompe, de payer un juste tribut d’éloges à ces bons et dévoués travailleurs de l’usine, qui, après leur rude travail, consacrent leurs loisirs à la manœuvre de cet engin de salut.
- Ajoutons, pour être complètement exact, que lors-
- qu’un sinistre éclate dans la ville, les pompiers du Familistère sont toujours les premiers à porter secours, parce que, grâce à leur groupement dans l’habitation unitaire, au premier coup de clairon ils peu-ve< t se réunir sans perte de temps et marcher.
- Poursuivons notre course, et traversons le pont qui conduit à l’usine de l’autre côté de la rivière. (Test du haut de ce pont, devant la bouche qui déverse dans l’Oise les eaux de la buanderie, que nous avons à notre gauche, que vous pourrez voir, par les belles journées ensoleillées de juin ou de juillet, des myriades de petits poissons se jouer dans ces eaux bleuâtres, où ils pullulent comme les moucherons dans certaines soirées d’été L’œil se fatigue à suivre leurs capricieuses et rapides évolutions, et jamais bande d’oiseaux en migration ne se mut dans les airs avec une aussi incroyable vitesse.
- La buanderie du Familistère est une grande construction ayant la forme d’un rectangle ou carré long qui peut avoir une trentaine de mètres sur dix. Un petit bureau situé'sur la gauche semble destiné à la surveillante, absente, sans doute au moment où nous visitons cet établissement. Au pied d’une construction en briques, que l’on pourrait prendre pour un gigantesque fourneau, deux grandes lessiveuses sont bondées de linge plongé dans le liquide bouillant. La vaste pièce reçoit le jour par une nombreuse rangée de vasistas qui règne sur le mur donnant sur la route, dans toute sa longueur. De ce côté, à une distance de deux où trois mètres du mur, un lavoir à doubles compartiments avec un robinet pour chacun d’eux permet de rincer le linge sans sortir,et en restant à l’abri du froid et des intempéries. L’eau fournie par ces robinets et provenant de l’usine est à une température, toujours la môme, et qui doit atteindre au moins dix à douze degrés.
- Là, comme partout, dans cet admirable création du Familistère,que les étrangers viennent des extrémités de la terre visiter et qu’ils quittent enthousiasmés et surpris, tout a été prévu, calculé avec un soin et une précision vraiment remarquables. Saint-Augustin dit avec raison que Dieu ne se montre pas moins grand dans les infiniments petits que dans les grandioses merveilles de la nature. Le génie de l’homme se manifeste de même, suivant moi, tout aussi grand dans cette foule de petits détails que comporte une grande œuvre, que dans l’ensemble de la conception. Il faut le plus souvent une plus grande somme d’intelligence pour calculer,combiner et faire cadrer ensemble toutes les minutieuses circonstances d'une création, que pour concevoir l’idée même de cette création. On dit que le génie de la femme est plus apte à ce travail de combinaison des
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- détails que l’homme. Cela est vrai, peut être, mais c’est ce qui rend encore plus étonnante l’organisation du palais social, à laquelle aucune intelligence féminine n’a concouru, et que seul son fondateur a conçue et mise en pratique.
- Au dessus de la buanderie, un vaste séchoir où l’aération est aussi complète que possible, favorisée qu’elle est par des ouvertures régnant tout le long de la construction sur ses quatre faces permet d’y faire sécher tout le linge des nombreux ménages du Familistère. Un système d’étendoirs en bois, établis sur deux rangs, en laissant des passages libres au milieu et entre les murs de chaque cote, économise singulièrement l’espace, et multiplie la surface de séchage en facilitant l’isolement de chaque lot de linge. Chaque ménage peut prendre un des compartiments, et y placer sa lessive à sécher, sans crainte de confusion ni de mélange. Impossible de mieux ménager toutes les commodités et de mieux faciliter le travail aux personnes.
- Lorsqu’on est habitué au système des lavoirs parisiens, si peu commodes pour la plupart, et d’une installation si insuffisante, l’on ne peut s’empêcher de rendre pleine justice à la bonne entente qui perce partout dans cette installation si bien comprise,
- Dans la salle de la buanderie à gauche, s’ouvre l’établissement des bains composé de quatre cabinets parfaitement installés; baignoires, porte-manteaux, tablettes, glace, tout l’indispensable s’y trouve; rien de trop, mais rien de manquant non plus. C’est une des choses les plus utiles "p ur une population de travailleurs, à qui la poussière noire du charbon et du sable à mouler de l'usine noircit vite l’épiderme, s’infiltrant peu à peu dans les pores, et pouvant, pur conséquent, très aisément occasionner des maladies, résultant d’une perturbation dans le fonctionnement régulier de la peau, et le jeu de la transpiration normale. Le fondateur a si bien compris cette vérité, que non content des cabinets de bain dont nous parlons il a établi a côté de la buanderie, sous le même toit, une grande piscine, alimentée également par les eaux des générateurs de vapeur de l’usine, dont la température permet aux travailleurs et habitants du palais unitaire de tout âge,de venir s’y livrer aux salutaires exercices du bain et de la natation. Un fond de bois à claire voie, comme ceux que l’on installe dans les écoles de natation à Paris, est posé sur un plan incliné,qui donne à l’eau une profondeur variant de cinquante centimètres à deux mètres et plus peut-être, dans la longueur de la piscine, en écartant de la sorte toute espèce de danger pour les nageurs trop inexpérimentés, où pour ceux qui ne
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- savent pas nager. On jouit ain>i en hiver au Familistère d’un plaisir qu’on ne peut généralement se procurer ailleurs que pendant les grandes chaleurs de l’été. C’est un attrait puissant, et pour le moment peut-être unique en France.
- A certains jours, les enfants de l’asile comme ceux de l’école, sont conduits à îa piscine, où ils prennent leur bain. Rien déplus gracieux, pour le visiteur qui y entre dans ce moment, que le tableau qui s’offre à sa vue. Tous ces bébés blancs et roses se livrent folâtres aux mille jeux de leur âge, dans cette eau limpide et tiède, nageant, barbottant à qui mieux mieux, se poursuivant, se bousculant avec des cris joyeux, comme des petits barbets, faisant sauter l’eau qu’ils se jettent à la face les uns les autres, au milieu des rires argentins d’une cinquantaine d’enfants, rires auxquels se mêlent peut être aussi quel ques pleurs, car à cet âge heureux les impressions sont si mobiles, que chez eux toujours le rire cotoie les larmes. Mais il est impossible de contempler ce spectacle charmant sans un vif sentiment de plaisir. Dans cet état de nudité qui les embellit, tous,ils sont gracieux et plein de gentillesse, débarrassés qu'ils sont de ces vêtements qui les engoncent le plus souvent et qui les privent de cette liberté de mouvements qui fait leur grâce. Chose à noter, au Familistère tous les enfants au-dessus de quatre ans savent nager, de sorte que tout enfant né ou élevé tout jeune dans le palais social, est sùr, à un moment donné, de posséder cette supériorité sur bien des camarades étrangers de son âge.
- Le champ attenant à cette construction sur le bord de la rivière est encore un étendoir, ainsi que l’indiquent les nombreux piquets plantés en quinconce, et reliés entre eux par un fil métallique rendu inoxydable par le galvanisme, pour éviter les tâches de rouille sur le linge.
- Un peu plus loin en suivant le cours de l’Oise, nous trouvons un tir à l’arc, où viennent s’exercer les archers du Familistère, car il possède aussi une compagnie d’archers, qui a fait ses preuves dans plus d’un concours, et dont les victoires sont constatées par les nombreuses médailles qui ornent son drapeau Cet exercice de l’arc poussé si loin dans l’antiquité, et dans lequel les Crétois s’étaient acquis une renommée universelle, n’est plus aujourd’hui qu’un art de pur agrément, n’offrant plus aucune utilité. Mais comme justesse de coup d’œil et bonne entente du calcul de la trajectoire, c’est un art, et l’habileté que l’on y acquiert n’est point sans mérite à défaut d’utilité.
- Il n’en est point tout-à-fait de même de sa rivale, la Société de tir à la carabine,qui existe aussi parmi
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- les habitants du Familistère. Dans l’état actuel delà j civilisation en Europe,avec les armements à outrance : en vigueur parmi toutes les nations, qui les font res- ; sembler à autant de sentinelles, l'arme prête, guettant d’un œil soupçonneux et' défiant leur voisin, dans le but de saisir l’occasion de lui tirer dessus, il peut être bon, utile et même nécessaire de faire* de chaque citoyen un tireur habile, car, tout en ayant horreur de la guerre, il faut admettre la nécessité de se défendre efficacement contre l’agression, de même que lorsqu’un homme est obligé de s’aventurer dans une jungle de l’Inde,il ne le fait que bien armé contre les tigres ou autres bêtes malfaisantes, et il faut par conséquent être en état de lutter avec avantage, puisque l’on peut se trouver un jour condamné à cette extrémité. Exerçons-nous donc au tir à la carabine, puisque c’est une des nécessités du moment, comme il est nécessaire aujourd’hui de savoir bien placer son argent pour ne pas le perdre, et de se méfier des financiers vérei/x qui ont pour maxime que les affaires c’est l’argent des autres.
- Quand donc l'humanité enfin bien renseignée et parfaitement éclairée sur ses droits et ses besoins réels verra-t-elle à jamais aboli ce régime de guerres et de violences, dernier vestige des âges barbares, et définitivement inaugurée l’ère pacifique du progrès et de la fraternité? Dans les litiges privés, ce que l’on nommait bêtement « le Jugement de Dieu » c’est-à-dire la force substituée au droit a depuis longtemps disparu de nos mœurs.. . pourquoi donc dans les différends internationaux n’agit-on pas de même, et ne porte t-on point le débat devant un tribunal international compétent, comme aujourd’hui l’on poî*te devant une cour de justice une question dans laquelle des intérêts particuliers se trouvent en conflit? Le sang verœ n’a jamais rien prouvé en matière de droit, et puisqu’on l’a reconnu en ce qui concerne les personnes, comment ne l’a-t-on pas encore admis lorsqu’il s’agit des peuples? O logique, que ton règne est difficile à établir sur la terre!
- Puisque nous parlons des sociétés diverses formées au sein du Familistère, nous ne pouvons point laisser passer sous silence la Société philharmonique qui est l’une des gloires de cette agglomération de travailleurs. L’on a dit depuis longtemps que la musique adoucit les mœurs et je crois que l’on a eu raison. L’éloquence a toujours eu le pouvoir d’enflammer ou de calmer suivant les circonstances les passions des hommes, et la musique une autre forme de l’éloquence exerce une influence analogue. Les accents de la Marseil’aisr’, comme la parole de Danton, font marcher au combat les so dats de la République, de même qu’une cantate de Chopin ou un discours de
- Lamartine apaisent comme par enchantement les passions et rendent le calme et la modération à des esprits surexcités. Dans une société comme celle du Familistère, un corps de musique est donc une bonne chose et peut exercer une bienfaisante influence. A ce point de vue, nous ne pouvons que féliciter le fondateur d’en avoir encouragé et facilité l’institution.
- La Société philharmonique est assez nombreuse, car elle compte près de cinquante membres. Pour donner une idée juste et exacte du but que l’on s’est proposé en l'instituant, nous ne pouvons areux faire que de citer l’article 1er de son réglement :
- « La Société musicale du Familistère, y est-il dit, est instituée en vue de donner aux membres de l’Association les salutaires avantages que peut procurer la musique, au sein d’une population solidaire et unie d’intention.
- « Pour atteindre ce but, la Société s’impose le soin de poursuivre renseignement de la musique instrumentale au profit des jeunes gens qui ont reçu dans les écoles de l’A.ssociation les premiers éléments de la musique.
- « Cultivée ainsi, la musique doit être une cause de ralliement pour la population ; elle doit contribuer aux plaisirs, aux charmes, aux agréments communs dans Iss fêtes et réunions du Familistère. »
- Dans ce but, le Conseil de gérance alloue annuellement une somme au corps de musique, suffisante pour couvrir les frais d’achats et de réparation d'instruments, achat et copie de musique, habillement, etc.
- Les membres de la Société philharmonique ont adopté l’uniforme des sauveteurs de France, le veston et le gilet étant fournis par l’Association, et le pantalon et la casquette étant à la charge et la propriété du musicien. Ce costume est fort gracieux et coquet, et il avantage beaucoup ies personnes. Mais, dussiez-vous trouver mon goût bizarre, ô lecteur, moi j’aime au-delà de toute expression à voir ces excellents travailleurs, aux répétitions du samedi, eu tenue de travail, la plus belle de toutes, suivant moi, noirs encore de la poussière de l'usine, la cotte ou la blouse portant encore les maculatures du labeur accompli,se transformer un moment en artistes, qui nuancent avec goût les diverses modulations du morceau qu'ils exécutent. Sous l’habile direction de leur chef, musicien entendu et expérimenté, exécutant à l’occasion, d’une façon à justifier le choix de l’administration, ils savent donner aux fortes la vigueur et le brio, et l’expression et le moelleux aux pianos. Dans les allégros ou les andantes i s sont dans le mouvement tout comme dans ies rinforzando ou les scherzo.
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- Si l’on vient les écouter comme l’on va entendre des virtuoses émérites, mon Dieu, il est possible que l'on ne trouve pas qu’ils ont atteint à la perfection de leur art Mais, si tenant compte que ce sont des travailleurs, dont les heures sont très occupées, et qui ne peuvent consacrer qu’un temps très limité à cette étude, on sait avoir l’indulgence à laquelle ils ont droit, on reconnaîtra assurément qu’ils sont supérieurs à ce que l’on pourrait attendre d’eux. Il y a parmi eux des solistes qui exécutent d’une façon absolument irréprochable, et l’on ne peut sans injustice nier que l’ensemble ne soit extrêmement satisfaisant. D’ailleurs les nombreuses médailles, qui forment à leur bannière comme une resplendissante couronne de vermeil, sont là pour attester 1 ur supériorité sur bien des concurrents. Ces médailles ont toutes été gagnées dans des concours, où les prix n’étaient point faciles à obtenir, à Paris ou dans d’autres grandes villes.
- La ville de Guise possède aussi une fanfare dont la bannière montre également, avec un légitime orgueil, de nombreuses médailles. Souvent les deux sociétés s’entendent fraternellement pour donner aux fêtes de la localité un surcroît d’attrait et d’éclat par leur sympathique concours. Qui donc, parmi les habitants de cette petite ville a oublié la belle retraite aux flambeaux qui a servi de prologue à la fête nationale du 14 juillet? Les deux musiques, accompagnées de milliers de porte-»flambeaux, parcoururent ce soir-là ensemble les rues, en semant alternativement sur leur passage les accords harmonieux de leur réper toire, aux chaleureux applaudissements de la population enthousiasmée.
- En les remerciant ici au no i de tous, un peu tardivement peut être, mais non moins cordialement, nous sommes certains de n ôtre démenti par personne, et seul organe de la presse dans la localité, nous pouvons nous croire autorisé, dans cette circonstance, à nous rendre l’interprète des sentiments unanimes de cette population.
- {A suivre).
- LES SOCIÉTÉS DE SECOURS MUTUELS
- On sait avec quelle sympathie nous suivons les efforts du monde du travail pour améliorer sa situation, pour grandir en indéoendance et en sécurité. Laissant à une minorité de plus en plus infime les agitations stériles et les revendications fol.es, rompant ainsi avec des traditions qu’expliquait trop bien une profonde ^norance jointe à un manque presque absolu de liberté, à s’est mis courageusement à l'étude des problèmes flnnt l’ensemble constitue la question sociale. Il a cessé
- de pi étendre les résoudre tous à la fois, et comme par la vertu toute-puissante d’nne formule. Il a appris à compter avec la réalité. De là toute une nouvelle direction donnée à ses recherches, à ses préoccupations, à ses essais d’organisation, une discipline plus féconde, des débats plus pratiques suivis déjà de premiers résultats. Un document intéressant, dont nous devons la communication à l’obligeance du syndicat des Sociétés mutuelles de Reims, va nous offrir un remarquable exemple de ce changement et de ces progrès.
- C’est un rapport présenté à ce syndicat par le délégué qu’il avait envoyé au congrès des Sociétés de secours mutuels tenu à Paris, il y a quatre mois environ. Le rapporteur, l’honorabie M. Charles Richard, y analyse tous les travaux du congrès. Il est curieux de noter quelle sagesseüs accusent, quelle entente des véritables lois économiques, quel souci et quel respect de la liberté. Ou sent, à parcourir ces pages, quel esprit nouveau pénètre chaque jour nos masses laborieuses, et combien se dégage de mieux en mieux pour elles cette vérité, qu’elles ne s'élèveront d’une façon durable au bien-être moral et matériel qu'à force d’épargnes vivifiées par l’association.
- A la fin de l'empire, il n’existait en France que 6,139 Sociétés de secours mutuels. Le capital qu’elles possédaient était de 45 millions, en chiffres ronds. Au 31 décembre 1878, on comptait 6,293 Sociétés, disposant da 86 millions, et la perte de l'Alsace et de la Lorraine nous a enlevé plus de trois cents de ces Sociétés. Au 31 décembre 1879, elles étaient au nombre de 6,525, et leur capital était parvenu à 92 millions. Elles ne comprenaient pas moins de 900.000 membres. Au congrès de Paris, 468 Sociétés, étaient représentées directement ou indirectement.
- La première question qui lui était soumise, celle de l’admission de la femme et de l’entant dans les Sociétés mutuelles, va nous donner une idée des sentiments et des principes qui l’inspirèrent dans la plupart de ses résolutions, et nous faire voir ce que pense, notamment de la famille, ce monde ouvrier dont on a coutume de parler si légèrement. « C’est un système déplorable, lisons-nous dans le rapport du dé.égué de Reims, que celui qui, dans les institutions de prévoyance, traite les travailleurs comme des individus sans famille. La famille on ne saurait trop le rapp- 1er en ces jours où l’on s’occupe activement des questions sociales, la famille est le premier é.ément d’une société C’e t parles familles, qu’une nation constitue un corps véritablement organisé, durable et puissant. » Aussi le congrès a-t-il émis un voie favorable à l’admission des femmes et des enfants dans les Sociétés de secours mutuels, sauf à chaque société à régler celle admission suivant I état de ses ressources.
- Les orphelins devront être également accueillis. Le congrès l’a décidé eu priucipe. Toutefois, ou se trouve, selon nous, en présence d’une œuvre d'assistance qui peut, dans certaines circonstances, incomber plutôt aux municipalités ou à des associations spéciales qu’aux So-
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- ciétés de secours mutuels. Nous avons à peine besoin de rappeler les exemples qu’ont donnés la vide de Paris et l’Association pour la promotion de l'enfance. La voie est tracée. Quant aux Sociétés mutuelles, il importe que, devant leu rbudget encore bien limité, elles sachent, dût-il en coûter à leur générosité, ne point étendre à l’excès leurs engagements. Leurs allocations, ense morcelant trop, eesseroienl d’être efficaces.
- Doivent-elles admettre des membres honoraires? C’était la troisième question sur laquelle le congrès avait à rélibérer, Le débat fut des plus vifs. La majorité s’est prononcée pourladmission de membres honoraires, à la condition qu’elle fût simplement facultative. Point de réglementation générale, on le voit, ni qui soit imposée : tel est, précisément, le trait distinctif de ces résolutions. On ne cherchait jadis la vérité que dans les solutions absolue^ et également obligatoires pour tous; au contraire, maintenant, on tient grand compte de ia diversité des situations. Le salut public devait, croyait-on, résulter d’une loi : on De l’attend plus que de la liberté. Evolution étrangement féconde, et qui fait singulièrement honneur au bon sens de nos masses populaires.
- Nous ne pouvons, à notre vif regret, indiquer toutes les questions dont le congrès de Paris s’est occupé, et dont le délégué de Reims a fait l’exposé : quelles infirmités doivent occasionner les refus d’admission dans les Sociétés ? Quel système est préférable pour le paiement des honoraires aux médecins et pour les frais pharmaceutiques? Quelle doit être la durée des indemnités à accorder aux sociétaires malades? Ne conviendrait-il pas que toutes les Sociétés mutuelles d’une région formassent une sorte de traité d’union, à l’effet de constituer un fonds spécial destiné à prolonger les secours au delà des limites statuaires des Sociétés ? Tous ces points ont fait l’objet d’une étude approfondie. En ce qui touche le dernier, le congrès n’a pas cru devoir ee prononcer spécialement en faveur des unions projetées; mais, en cela, il nous paraît avoir fait simplement application, dans un cas donné, de son principe général de liberté. On l’a bien vu, quand est venue la neuvième questian à l’ordre du jour, celle de la fédération des Sociétés.
- Après discussion, et à la presque unanimité,'nous dit M. Charles Richard, le congrès a émis le vœu que toute liberté soit laissée aux Sociétés de secours mutuels, afin qu’elles puissent, si elles le jugent convenable, se réunir suivant leurs affinités naturelles, pour former des syndicats communaux, régionaux, professionnels ou autres, ayant pour mission de sauvegarder les intérêts généraux des Sociétés, en respectant l'autonomie et la me propre de chacune d'elles. L’association, comprise comme elle doit l’être, a pour cbjet, en effet, non pas d’effacer, mais de renforcer au contraire la valeur et l’individualité de chacun des associés. Par le vœu dont le délégué de Reims nous donne le texte, on peut juger quel chemin cette idée a fait dans notre démocratie laborieuse.
- C’est dans cet esprit, et sous cette réserve formelle, que le concours de l'Etat peut être accepté ou demmdé. Le congrès des Sociétés de secours mutuels l’a reconnu.
- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
- La ligue internationale de la paix et de la liberté publie eu brochure la Conférence sur la Nécessité d'une Juridiction internationale, que M. Ch. Lemonoier a faite à G jnève le 26 septembre dernier. Cette brochure contient un exposé très court, très net, très complet de ce qu’on peut appeler la Question de la paix. Elle••xplique pour quelles raisons cette grande idée de l’arbitrage international, en faveur de laquelle six parlements se sont prononcés depuis huit ans, demeure saas application; comment l’institution d’une Juridiction internationale peut seule fonder la paix, comment cette institution n’est possible que par une Fédération de peuples libres ; quels obstacles s’opposent, et ce qui ne vaut pas moins, par quels moyens pratiques on peut acheminer les peuples vers ce but.
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- Le prix du Manuel est de 1 franc.
- I a Science libre. — L^ journal de quinzaine la Science libre a interrompu sa publication, pendant un mnis, pour sa transformation en journal politique et hebdomadaire.
- A sa rédaction scientifique, littéraire et artistique, elle ajoute les éléments sérieux d’une rédaction politique et financière entièrement parisienne dont l’aulorité a une notoriété universelle.
- Indépendamment de ses informations, absolumen spéciales au point de vue algérien et colonial, la vcience libre publiera tous les quinze jours une revue politique due à la plume du correspondant politique de l’indépendant belg .
- Le bulletin financier sera fourni par une des grandes spécialités de la science financière.
- II sera complété, au point de vue local, par le bulletin de la Bourse de Nice.
- Le journal sera ouvert, comme par le passé, aux discussions contradictoires de toutes les questions qu’il traite.
- Le prix de l’abonnement annuel est porté à 2b francs.
- On s’abonne toujours : à Nice, chez le docteur Desjardin, villa dyuamothérapique, 11b, rue de France, et b3, promenade des Anglais ; et à Paris : A l’agence de Publicité Franco-Algérienne de M. Berthier, 17, rue Paul-Lelong.
- Le Directeur-Gérant : GODIN
- SAINT-QUENTIN
- Société anonyme du Glaneur, Grand’Place, 36.
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- ïœ. numéro hldomadaire 20 c. DIMANCHE 6 NOVEMBRE 1881
- 4- ANNÉE, TOME 5 — N° 165
- BUREAU
- | A GUISE (Aisne)
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant Fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE
- par l'envoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
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- Un an. . . . llfr.»»
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- m w m. s®
- I Le journal « LE DEVOIR » est envoyé gratuitement à titre d'essai.
- Si le journal n’est pas renvoyé après le 4e numéro, l’administration fait présenter \ une quittance d’abonnement.
- 1 —....... -- ---------------------------------
- Le Journal des économistes dans sa livraison de . septembre dernier et la Revue du mouvement social,
- I da même mois, ont publié une étude de M. Charles Limousin sur le Familistère.
- Cette étude renferme quelques erreurs sur lesquelles le Devoir donnera des explications, aussitôt que la réponse faite par M. Godin aura été publiée dans le Journal des économistes.
- SOMMAIRE
- Association du Familistère : Liste des récompenses. — U Association II. — Faits politiques et sociaux. — Voyage autour du Familistère XIV. — L’intervention divine. — La conscience perdue. — Kairouan. — La répartition des bénéfices. — Etat civil du Familistère.
- Pour réparer l’impression causée par une phrase Passée à mon insu dans « le Devoir », je ne puis ftieux faire que de publier la lettre même qu’on m’adresse à ce sujet.
- Je dois en cette occasion aux femmes qui ont aidé a la marche des services du Familistère, à celles qui
- se sont dévouées aux soins de l’Enfance, et particulièrement à l’amitié de la femme qui, depuis vingt ans, a suivi avec dévouement l’éducation et l’instruction des élèves du Familistère en même temps qu’elle accomplissait près de moi les fonctions de secrétaire, ce témoignage de reconnaissance et d’affection.
- Je suis heureux également de rendre hommage au bon souvenir dont témoigne la lettre suivante de nos anciens élèves.
- GODIN.
- « Monsieur Godin, directeur-Gérant du Devoir,
- « Dans un article paru sur « le Devoir » du « 30 octobre, nous lisons avec surprise ces mots : « Cela est vrai peut-être, mais c’est ce qui rend encore « plus étonnante l’organisation du Palais social, à « laquelle aucune intelligence féminine n’a con-« couru. »
- « Nous espérons, Monsieur Godin, que vous serez « heureux d’apprendre que les habitants du Fami-« listère, ainsi que les anciens élèves de nos écoles « (nous sommes fiers d’être du nombre) ne sont ni « assez oublieux, ni assez indifférents pour laisser « passer ce déni de justice envers l’intelligence fémi* « nine doublée d’un cœur loyal et ardent au bien, « que nous avons vue, nous les anciens, consacrer « tous les efforts de sa vie à vous seconder dans « cette œuvre.
- « (Sans oublier, d’autres dévouements féminins « plus obscurs, mais très réels qui tous les jours « concourent de leur mieux au bien général. »
- « Nous nous souvenons aussi de ses bienveillantes « visites dans nos familles aux jours d’épreuves et » de besoin. Et nous, les enfants devenus aujour-« d’hui chefs de famille, nous conservons le souve-
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- « nir des trésors de bonté et des admirables ensei-« gnements qu’elle nous prodiguait de toute son « âme, en s’efforçant de nous initier à l’amour des « plus beaux sentiments humains.
- « La reconnaissance vibre toujours dans nos « cœurs, et c’est au nom de l’équité que nous pro-« testons contre l’appréciation de Monsieur le rédac-« teur encore trop nouveau pour avoir pu apprécier “ et juger des faits par lui-même.
- « Nous ne demandons pas, Monsieur Godin, l’in-« sertion de cette lettre, nous nous en rapportons à « vous pour décider ce qu’il convient le mieux d’en « faire en cette circonstance.
- « Veuillez recevoir, Monsieur Godin, l’expression « sincère des profonds sentiments de respect et de « reconnaissance que vous ont voués tous les cœurs « parmi nous que vous avez comblés de bienfaits. » Dubois Ernest ; Louis Edmond fils ; Mismaque Aillot ; Poulain Firmin ; Marie Dossogne; Marie Hébert, ex-élèves du Familistère.
- La phrase de notre Voyage autour du Familistère à laquelle cette lettre fait allusion a été mal comprise ou mal interprétée par ses auteurs, sans doute parce que notre rédaction donnait prise à cette erreur. Les signataires nous prêtent évidemment une pensée que nous n’avons jamais eue, que nous ne pouvions pas avoir, à moins d’être aveugle ou dément, et nous protestons énergiquement contre l’interprétation donnée par eux à la phrase incriminée. Dans cette phrase, il s’agit de l’idée et de la création du Familistère, de son organisation première d’ensemble, dans laquelle nous admirons cette étonnante prévision de tous les détails. L’ensemble de l’alinéa, dans lequel le mot création revient plusieurs fois, montre que nous n’avions pas le moins du monde en vue les organisations partielles postérieures des divers services, et moins que toute autre, celle des écoles, dont nous n’avons point encore dit un mot, par la raison que, dans notre plan, il leur est réservé un ou peut-être deux chapitres spéciaux.
- Or c’est cette organisation des écoles que semble viser plus particulièrement la lettre, ainsi que le prouve la qualité d’anciens élèves adoptée de préférence par ses signataires.
- Cette protestation faite, comme nous sommes en pleine et parfaite communauté de sentiments avec eux, à l’égard des dignes collaboratrices du fondateur, dont parle la lettre, nous nous associons de tout notre cœur à celui qui leur a dicté cette expression de reconnaissance et d’estime pour des dévoue*
- * ments aussi complets que méritants, que nous I reconnaissons, que nous apprécions et que nous admirons autant qu’eux. Nous les remercions en terminant de nous avoir fourni cette occasion de le proclamer, Ed, Fortis.
- âSSOCiâTIO! DU FAMILISTÈRE
- Exercice 1880-81
- Attribution des 2 0/0 des bénéfices mis à la disposition du Conseil de gérance, en vertu des articles 128 et 6 des statuts,et des articles 78 et 79 du règlement pour être ajoutés à la part de bénéfices des employés et ouvriers qui se sont distingués par des ser^ vices exceptionnels,
- Mérites et qualités récompensés par l’Association
- 1° Bons services. — Bons offices. -—Aide et assistance à chacun dans sa fonction. —- Conduite fraternelle et amicale avec tous.
- 2° Perfectionnements et améliorations dans les produits, dans les procédés, dans le travail et les fonctions.
- 3° Initiative et activité utile à l’Association, travail intelligent.
- 4° Bonne conduite, travail régulier, ouvrage soigné et bien fait.
- Liste des récompenses Duval, surveillant aux boutons. 650 fr,
- Maréchal Florent,contre-maître outillage. 400 Louel Alfred, modeleur. 350
- Louis Edmond, contre-maître outillage. 300 Quent Aimé, surveillant ajustage. 270
- Gras Prosper, Poulet fils, Quent Léon, chacun 250 francs.
- Lambert Edmond, Gaucher Ernest, Rousselle Léopold, Lefèvre Emile, chacun 200 fr.
- Niçolas-Jean-Buptiste, surveillant ajustage. 175 francs,
- Evens Jean, Bourdanchon Félix, Mismaque fils, Dutailly Arthur, chacun 150 fr.
- Lhête Henri, boutonnier. 130 fr,
- Proix aîné, Tardier Maxime, Leclercq Alexandre, Poquet Ernest, Laporte Louis, Rousseau Joseph, chacun 125 fr,
- Proix Denis, surveillant de la fonderie, 120 fr. Pourrier Joseph, Jason Aimé, Godin Adolphe» Bailfiot Virgile, Dequenne père, Liénard Edouard» Moyat Louis, Bocheux Alfred, Bouillet Aimé, Buire Erasme, Froment Louis, Roger-Pruvost, Mme Roger-
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- pruvost, Nicolas Jules, Mm* Goyio concierge, chacun lOOfr,
- Anstolle Edouard, surveillant de la fonderie. 95 fr.
- Legrand Achille, ajusteur. §0 fr.
- Viéviile Auguste, Lefèvre Alexandre, Leguiller Louis, Judas Paul, Louis Albert, Foubert Alphonse, pudin Ulysse, Flamant Adolphe, Haraux, Blanche Léon, Allard Eugène, Lavabre Armand, Laporte Emile, Marchand Boussus, Lavabre J--B., Coupé Ernest, Dasspnville Charles, Leclerq Eugène, Grandin Jules, Quent Victor, Magnier Victor, Ancelet Joseph, "SValton Louis, Cochet Aimé, Delhaye Alphonse, chacun 75 fr.
- Painvin Anselme, Dubois Poulet, Fleury Camille, Magnier Constant, Detrez Ernest, Godériaux père, Rennequin Amédée, Baquet Florus,Blancano Adonis, Coupé L- aîné, Champenois père, Godériaux Elie fils, Méresse Pierre, Sarrasin Alphonse,Froment Alexandre, Dufour Hector, Cartigny Jules, Coupé Alfred, Coupé Alexis, Cartigny Léon, Cartigny Emile, Défon-tsine Quest, Jumeau Victor, Hamel Eugène, Petit-homme Eugène, Péteau Léon, Alliot Jules, Beaurain Edmond, Froment Henri, Chimot Louis, Lefèvre Severin, Doyen Alphonse, Louchet Prosper, Lannoy Désiré, Louis Léon, Berlemont, Victor, Merda Camille, Gambier Aimable, chacun 50 fr,
- Alavoine Ernest, L.ecail père, Cellet Jules, Méresse Constantin, Mathieu père, Faniel Arsène, Legros Marin,Dron Eugène, Letrier Ernest,Bridoux Edouard, Dupont-Fontâine, Tardier François,Meunier Gaston, Mmes Mismaque, Garbe GQvin,AUiot,Gordien,Proix-Froment, MM. Rousseau Narcisse, VRou Léon, Froment César, Routier Joseph, Quignon Arthemy, Du-clos Joseph, Lannoy Paul, Lemaire fils, Baquet Alexandre, Damien Henri, Meriaux Alphonse, Berle-mont Etienne, Richardin Ernest, Mme Legrand Pu-chemin, Mlle Alliot Marie, chacun 40 fr.
- Dassonville J.-B., Hédin Adolphe, chacun 20 fr.
- Usine de Lnohen
- Gauehet Antony, 8G0 fr,
- Bourgeois Benjamin. 200
- DaJaert Guillaume, Ketels père, Liévens Lecail Alphonse, chacun 150 fri
- Van Gelderen Simon, Faure Léopold, Puvai Jules, chacun tQO fr,
- Berghmans Egide, Devischer Corneille aîné,chacun 50 fr,
- L’ASSOCIATION
- II
- Pour bien se rendre compte de la portée du principe de l’Association dans la pratique de la vie des hommes et des Etats, il est utile de ne point perdre de vue le véritable critérium de la vie humaine, règle fondamentale devant servir de guide constant pour la conduite des hommes.
- Ce critérium que Fourier formulait : « Il n'y a (le vrai bien que ce qui concourt au bonheur du genre humain, nous le formulons dans la proposition suivante : Le bien, c'est tout ce qui est utile à la vie humaine, et le mal ce qui lui est nuisible, substituant ainsi la vie au bonheur» La vie est une réalité perceptible pour tous, à laquelle tout peut et doit concourir, sans que le concours prêté aux autres puisse nuire à celui qui le fournit ; tandis que le bonheur est plutôt une abstraction, une non entité, et dans tous les cas une chose relative, à laquelle il est malaisé de concourir puisque c’est à peine si l’on peut en constater l’existence.
- Certainement si l’on place le bonheur dans la satisfaction des besoins de la nature humaine, et c’est dans ce sens que Fourier l’entend, on est dans le vrai en s’inspirant de ses propres besoins, pour rechercher les moyens du bonheur des autres ; mais dans ce cas bonheur est synonyme de vie, et dès lors les deux formules se confondent et n’en feraient qu’une seule.
- Mais où elles diffèrent essentiellement, c’est précisément dans l’application que l’homme sera infaih liblement porté à faire du principe à son propre bonheur, qui ne comporte pas seulement le sens que lui prête Fourier dans sa formule. En réalité, le bonheur comprend, outre la satisfaction des besoins, la jouissance d’une foule d’avantages matériels qui n’ont rien de commun avec les besoins naturels, et dans ces conditions, la recherche du bonheur par la satisfaction de nos appétits conduit, par une pente sensible, à cet égoïsme froid et sec que la morale réprouve et qui est foncièrement inhumain.
- Il n’est pas un homme peut-être dans notre Société actuelle qui saurait trouver le bonheur dans la satisfaction pure et simple de ses besoins, et pour qui le nécessaire ne soit insuffisant. Pour être heureux, il lui faut aussi le superflu, et il lui est, pour ainsi dire, indispensable également. Or, du moment que l’on transforme ainsi le superflu en nécessaire, il n’y a plus de limites aux exigences, et tout ce que l’on sacrifierait au bonheur des autres serait un
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- amoindrissement de ce que l’on en arrive à considérer comme sa part personnelle légitime.
- C’est pour cela que nous prenons la vie humaine pour base de notre critérium de préférence au bonheur pris dans ce sens par Fourier.
- Cela posé, il est clair que la mission de tout homme sur la terre est de concourir de tout son pouvoir à tout ce qui est utile à la vie humaine, puisque faire le bien c’est faire tout ce qui est utile à la vie humaine.
- Nous avons montré qu’isolé, l’homme était bien faible et bien impuissant pour remplir sa mission, et que l’association mettant un terme à cette impuissance, elle constituait pour lui non-seulement un besoin mais un devoir. C’est par elle, avons-nous dit, que l’homme peut soutenir avec avantage cette lutte contre les forces de la nature qui s’intitule le travail. La nature ainsi vaincue fournit abondamment les matériaux indispensables à la production de la richesse, qui donne les moyens de satisfaire à tous les besoins de la vie humaine. Ainsi, la nature d’une part, et le travail de l’autre forment deux éléments de prodnction indispensables, auxquels vient se joindre un troisième, le capital ou fruit du travail accumulé, qui procure à l’élément travail l’outillage nécessaire pour accomplir son oeuvre.
- C’est donc par l’association de ces trois éléments que l’on peut arriver à produire tout ce qui est utile à la vie humaine et atténuer d’une manière sensible, sinon à faire entièrement disparaître, tout ce qui lui est nuisible, ou en d’autres termes à accroître la somme du bien, et à amoindrir autant que possible celle du mal.
- Sur quelles bases doit être établie cette association ?
- Du moment que l’on reconnaît comme éléments de la production les trois agents qui y concourent incontestablement, savoir la nature qui apporte la matière première sous ses formes diverses, le capital qui fournit l’outillage, et le travail qui met ces agents en œuvre et transforme l’élément naturel en produits utiles à la vie, l’association possède les trois facteurs dont le concours crée des droits à la répartition des bénéfices.
- La part contributive de chacun d’eux peut avoir une valeur plus ou moins considérable, mais elle existe, et par conséquent elle doit être reconnue et équitablement rémunéré sur les bénéfices, suivant la juste évaluation de ses services.
- Si l’on prend pour base de cette évaluation, pour le travail le montant du salaire contradictoirement établi par les parties, pour le capital, la base de l’évaluation devra être le montant de l’intérêt qui n’est
- autre chose que son salaire. Le capitaliste recevra donc la quotité proportionnelle représentée par la somme de concours qu’il aura fourni, déterminée par l’évaluation d’après le chiffre de l’intérêt du capital, le travailleur recevra celle qu’indiquera le montant de son salaire annuel, qui représente bien la valeur de son concours, et chacun d’eux se trouvera de la sorte équitablement rémunéré par une juste attribution de la part de produit qui lui revient.
- Mais la part afférente au concours de la nature dans la production à qui revient-elle ? En vertu du principe de l’égalité des droits de tous les hommes à l’usufruit des productions de la nature et à la satisfaction des besoins de la vie, la part du concours de la nature appartient à tous, sans distinction aucune, et par conséquent, en droit strict, elle devrait être répartie entre tous. Mais ce droit de tous a un corrélatif, pour les membres de la collectivité qui peuvent faire ce sacrifice, dans le devoir de fonrnir aux faibles, aux êtres que des infirmités ou des maladies rendent incapables de trouver dans le travail la juste satisfaction de leurs besoins, de quoi fournir à ces besoins sur leur part précisément dans le produit de ce concours de la nature. Ces déshérités, qui par suite d’empêchements réels et involontaires sont privés de leur place au banquet de la vie, ont droit à tout ce qui est nécessaire à la vie, et c’est la part de bénéfices afférente à la nature qui doit être employée à cette fin. Ils représentent ce facteur de la production, et c’est à eux que la rémunération de son concours doit être payée.
- Si la formule sociale vraie porte d’une part « à chacun suivant ses œuvres, » elle porte aussi d’autre part « à chacun suivant ses besoins, » et pour celui qui est impuissant à produire les œuvres, les besoins remplacent les œuvres aux yeux de l’association bien comprise. Tons pour chacun et chacun pour tous, serait un non sens, si cette maxime ne recevait point de la sorte son application au sein de la Société.
- C’est par l’organisation bien établie de la mutualité sous toutes ses formes que l’on peut atteindre ce résultat. C’est en créant les institutions générales de mutuelle protection, que la Société pourra assurer aux enfants et aux ignorants l’instruction à laquelle ils ont droit, aux malades et aux infirmes indigents tous les secours dont ils ont besoin, aux vieillards les ressources nécessaires pour abriter leur existence contre la misère.
- « Les garanties assurant à tous les membres de la famille humaine le nécessaire à l’existence, lisons-nous dans « Mutualité sociale, » dans le cas d’inca-
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- pacité de travail et de besoin, sont les premières à établir en faveur des classes laborieuses.
- « Par cette mesure d’équité, la Société, mettant au service de ceux qui en ont besoin une part des biens que la nature donne chaque jour à l’homme, restituera aux faibles l’équivalence de leur droit naturel.
- « C’est un acte de justice que doit remplir la Société, et ce n’est pas / trop lui demander ; car, si elle a été jusqu’ici surtout puissante dans le mal par les œuvres de la guerre, elle ne doit pas l’être moins l’avenir dans le bien, par les œuvres de la paix. Dans une Société où règne l’amour du bien et de la justice, la richesse doit servir à autre chose qu’à un luxe et à des jouissances excessives pour les uns, lorsque les autres sont dans la plus complète misère ; elle doit faire la part des garanties nécessaires pour assurer aux malheureux l’exercice du droit à la vie. C’est sur la richesse créée qu’il est juste de prélever ce que la prévoyance sociale doit mettre en réserve pour assurer à chacun l’indispensable à l’existence, à l’éducation et à l’instruction.
- Dans l'ordre des satisfactions à donner aux besoins rentrent les pensions aux invalides du travail, le minimum nécessaire à l’existence de ceux qui sont momentanément privés de toute ressource, l’instruction gratuite à tous les degrés pour le développement de toutes les aptitudes. Ce sont là des charges qui incombent à la Société entière.
- « L’assurance ayant pour objet d’accorder l’équivalence des droits naturels à chacun, c’est- à-dire le minimum indispensable à l’existence en cas d’abandon, d’infirmités ou de vieillesse, est nécessairement du domaine de l’Etat.
- « Il faudrait donc pour constituer l’œuvre de la mutualité nationale d’importantes ressources.
- « Qu’on ne vienne pas dire que ces ressources soient impossibles à trouver, car les nations ont au* jourd’hui suffisamment de puissance productive et richesses acquises pour réaliser les réformes dont s’agit.
- “ Si l’on se rend compte, par exemple, qu’une association de mille personnes dépense annuellement, pour garantir à chacun de ses membres nécessiteux ks ressources indispensables à l’existence, une s°inme de 40,000 francs ; si l’on estime que l’assisse mutuelle nationale en France doit s’étendre û abord à toutes les personnes salariées ou vivant ^ seul produit de leur travail, et si l’on évalue, ce ^mbre à vingt millions, ce sera donc à 20,000 fois tarante mille francs ou à huit cents millions que Vra s’élever la somme des recettes du budget de
- la mutualité nationale, pour que son fonctionnement solidaire soit établi.
- « Or, la seule guerre de Prusse a englouti, pour la France, une somme dont le revenu est double de ce qu’il faudrait pour assurer à perpétuité au peuple français les bienfaits de la mutualité sur les bases que je propose. La France paie annuellement, par le fait de cette malheureuse guerre, un revenu qui suffirait pour anéantir à tout jamais le paupérisme et faire disparaître la misère.
- « Toutes ces charges se paient maintenant en pure perte au lieu de servir à améliorer le sort du peuple.
- « Pourquoi donc n’aurions-nous pas à l’avenir la sagesse de consacrer à la conciliation sociale, au triomphe de la paix publique, ce que nous dépensons si facilement pour la guerre? »
- N’est-ce point en vertu du droit naturel de tous à l’existence et à la jouissance des ressources que fournit dans ce but la nature, que l’Etat, en échange de la protection qu’il doit à tous les intérêts, prélève sur chacun des membres de la collectivité nationale, sous forme d’impôts, la part contributive de chacun aux charges publiques? Est-ce qu’en bonne justice lé soin de protéger les faibles,les déshérités de toutes sortes, n’eSt point pour lui un devoir rigoureux qu’il ne remplira dans toute son étendue que lorsqu’il aura organisé cette mutualité sur les larges bases d’une institution véritablement nationale?
- Il nous paraît impossible de répondre autrement que par l’affirmative à ces questions. Quant à ce qui concerne les ressources nécessaires au service annuel de cette institution,nous pourrions ajouter aux énonciations de l’auteur cité plus haut, que l’entretien d’une armée permanente qui charge si lourdement le budget du pays, est une nécessité de bien moindre importance, assurément,si nécessité il y a, que l’entretien d’une caisse d’assurance garantissant à l’avenir l’extinction complète et radicale du paupérisme.
- Si cette loi de la vie, principe de l’idée d’association et de mutualité était comprise et pratiquée par les gouvernements, le règne de la solidarité humaine inauguré enfin sur ses solides fondements rendrait complètement inutiles les armées, en faisant disparaitre à jamais toute possibilité de guerre. C’est de l’antagonisme des intérêts né de l’égoïsme des hommes, ou du faux patriotisme, cet égoïsme des peuples, que proviennent les guerres, et par conséquent, avec l’égoïsme disparaîtrait toute chance de lutte.
- D’ailleurs, si un litige survient entre deux peuples, est-ce qu’une guerre peut équitablement tran-
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- cher le différend ? Est-ce que deux voisins qui sont en désaccord sur quelque point relatif à leurs propriétés., à leurs relations de voisinage ou à toute autre question, prendraient un fusil ou un poignard pour vider la difficulté en champ clos, comme cela a pu se pratiquer dans les siècles barbares? Et ce qui serait considéré comme un acte de démence chez des particuliers est envisagé encore de nos jours comme une nécessité chez les peuples.
- Aujourd’hui l’antagonisme des intérêts, lorsqu’il provoque un conflit entre des hommes,trouve pleine satisfaction devant les tribunaux, qui seuls sont aptes, ou doivent l’être, à constater le droit là où il se trouve, et à rendre bonne justice à tous. Or, comme la vérité n’est pas multiple ni variant suivant les personnes ou les collectivités, comme elle est essentiellement une et la même pour tous, individus ou peuples, ce qui est vrai et juste pour de simples individus, ne peut pas ne pas l’être pour les nations. Si le glaive ne peut pas trancher justement un différend entre personnes, il ne le peut pas davantage entre peuples. Quand Un homme sera le plus fort, s’ensuivra-t-il qu’il avait raison? C’est pour cela que le duel est une chose absurde et ridicule; car neuf fois sur dix, c’est celui qui est dans le droit et dans le vrai qui est victime. La guerre, duel collectif gigantesque est tout aussi insensée, et l’on s’étonne qu’elle ait pu survivre encore aux progrès déjà accomplis.
- Faire disparaître l’égoïsme, et avec lui l’antagonisme des intérêts qui suscite les querelles et les compétitions, tel est le résultat de l’association organisant la mutualité sur de justes et équitables bases. On a souvent dit, non sans raison, que nos mœurs n’étaient point encore compatibles avec les allures de la véritable fraternité, de l’égalité et de la liberté. Cela est juste dans une certaine mesure, et c’est précisément parce que l’association est essentiellement moralisatrice, que par elle cette modification indispensable dans nos mœurs se produira. Dès que l’homme a acquis la conviction sincère que le meilleur moyen de travailler dans son propre intérêt est de travailler au profit de tous, l’égoïsme n’a plus de prise sur lui et l’antagonisme n’existe plus entre les intérêts.
- Or l’égoïsme est le plus redoutable ennemi de l’égalité et de la fraternité. C’est lui, qui,portant chaque individu à toujours tendre à une supériorité sur ses semblables, l’empêche de les considérer et de les traiter comme des frères, et de rendre justice à leurs mérites souvent bien supérieurs aux siens propres. De là les injustices, les mauvais procédés qui irritent et surcitent des querelles et des différends* Toutes
- les luttes, procès, duels, guerres ont pour cause première un froissement quelconque d’amour-propre sous une forme ou sous une autre. Cela peut exister entre des hommes divisés d’intérêts, mais non chez des frères dont les intérêts sont communs.
- C’est donc à l’Association qui centuple les forces de production et fonde dans le cœur le sentiment de la fraternité et de la solidarité humaines qu’il appartiendra de fournir à la société le moyen certain et efficace de mettre définitivement un terme à la plaie sociale du paupérisme.
- Pour cela il faudra que le principe de l’Association s’étende peu à peu de l’entreprise particulière à la commune agricole, de la commune à l’arrondtsse-ment et au canton, et ainsi de suite jusqu’à l’intégralité de la nation. Ce que font aujourd’hui les chefs d’établissement assez éclairés et assez intelligents pour adopter ce système d’exploitation de la production, l’Etat pourra le faire un jour, et à dater de ce moment tous les intérêts étant désormais sauvegardés dans le présent et assurés dans l’avenir, la misère aura complètement disparue du pays.
- Cette heure bénie n’est point hélas près de sonner, nous le craignons, mais le Devoir ne cessera de travailler à la hâter par tous les moyens en son pouvoir, car c’est une mission qu’il s'est donnée, dont il est fier, et à laquelle il ne faillira jamais.
- FAITS POLITIQUES k SOCIAUX DE LA SEMAINE
- événements àn Sahara o misais. —
- Maintenant que toutes les négociations avec Si-Siiman sont rompues, sans qu’elles semblent pouvoir être renouées, il ne peut y avoir aucun inconvénient a en donner un résumé précis, qui permettra de juger la façon dont elles ont été conduites.
- Aussitôt après la fuite de son lieu d’internement, Me-quinez, Si-Sliman se rendit à Ras-el-Aïn, chez les Bem-Mattar, où il établit le campement des serviteurs de sa famille, qu’il avait été chercher et avait amenés avec
- Quelques jours après, à la date du 22 mai, il écrivit au générai commandant à Tlemeen, le chargeant de transmettre au gouverneur général une autre lettre demandant qu’on voulût bien insister auprès de l’empereur du Maroc pour qu’on lui donnât le commandement de tout » les tribus du sud-est du Maroc, qui sont attachées P des liens traditionnels à la famille des Ouled-Sidi-CheiKn. Il promettait d’user de son influence sur ces trl"us façon, disait-il, a servir â la fois l’empereur du Maro , son maître, et le gouvernement français. Je sais, ajou tait-il, que votre gouvernement désire uniquement paix avec ces populations, et je puis seul assurer ce
- paix. Il terminait en offrant, comme garantie de Joyau >
- deux otages de sa famille, qui se relèveraient tous six mois ou chaque année. , v.
- Cette proposition fut prise en considération et j111 ar jet d’une note rappelant les services passés, rendus v Si-Sliman dans le cercle de Géry ville et les mcia k la suite desquels il ht défection*
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- Notre ministre à Tanger qui, dès le lendemain de la fuite de Si-Sliman de Méquinez, avait demandé au Maroc son extradition, ne pouvait se montrer favorable à la proposition dont la prise en considération aurait contredit l’action diplomatique qu’il avait déjà entamée. Aussi fut-il défavorable. Cependant, l’affaire fut soumise par le gouvernement général à Paris, et, sur les ins .an-ces du ministre de la guerre et du ministre des affaires étrangères, on l’étudia si bien que M. Vernouillet fut mandé à Paris.
- Pendant ce temps gagné, ou plutôt perdu, Si-Sliman demandait une solution au gouverneur général, qui chargea le général commandant la subdivision.de lui faire savoir que sa proposition était soumise à la métropole, dont l’assentiment était nécessaire.
- Par cette même lettre, on remerciait Si-Sliman d’avoir renvoyé trois Espagnols prisonniers, qu’il .avait pu se faire remettre par Bou-Àmema, et on le priait de négocier pour la remise des autres, le gouvernement s’engageant à rembourser ce qu’il aurait dépensé dans ce but. Chaque prisonnier remis par l'intermédiaire de Si-Sliman a coûté 1,000 francs. Il y en a eu une trentaine.
- Mais la proposition restait toujours sans solution aucune. Toutes les démarches qui auraient pu la faire aboutir étaient entravées par le mauvais vouloir ou les intrigues des chefs du maghzen d’Oran, qui voyaient avec jalousie le rétablissement possible du pouvoir de Si-Sliman qu’ils avaient contribué à abattre, et par les menées de l’amel (gouverneur) de Oudjda, qui ne pouvait pas être favorable à la constitution d’un grand commandement qui aurait été taillé forcément dans le sien.
- L’amel d’Oudjda, avisé des démarches deM. Vemouil-let, et se faisant fort des ordres de l’empereur du Maroc en suite de ces démarches, demanda au gouvernement français son assentiment à la formation, sur la frontière du S*ahara oranais, d’une petite colonne de troupes marocaines pour aller attaquer Si-Sliman dans ses campements chez les Beni-Mattar. On pria l’amel d’Oudjda de ne pas diriger une action directe contre Si-Sliman.
- Pendant ces marches et contremarches, l’affaire restait boiteuse et des bruits alarmants se firent jour sur l’attitude réelle de Si-Sliman. On fut informé ensuite qu’il avait noué des rapports avec les Amour; qu’il avait razzié les tribus dissidentes des Trafi et Harrar, lesquelles avaient manifesté l’intention de se rendre, et qu’il les avait ainsi forcées à s’éloigner de notre frontière,
- Si-Sliman se montrait, en même temps, de plus en plus irrité de ne recevoir aucune réponse décisive, et, il y a une douzaine de jours, il a écrit au général de Tlemcen une lettre où, changeant de ton, il dit que le temps des négociations est fini, et que Dieu saura favoriser ceux qu’il aime.
- Cette déclaration hostile est trop formelle pour que les intentions agressives de Si-Sliman fassent doute.
- Quand et comment se produiront-elles, c’est ce que l’on ne sait pas.
- AUTRICHE-HONGRIE
- H/esxtre'Vïïe. — Le roi et la reine d’Italie sont arrivés le 27 à Vienne, à sept heures et demie du soir.
- L’empereur, le prince impérial, les archiducs Charles-Louis, Guillaume, Albert, Jean Salvator et Eugène,ainsi que leurs suites, attendaient LL. MM. à la gare du Sud. Le premier accueil fut extrêmement cordial. Les deux monarques s’embrassèrent; l’empereur baisa la main de la reine Marguerite ; le roi Humbert embrassa le prince impérial Rodolphe.
- Une revue a eu lieu le lendemain en l’honneur du roi d’Italie.
- Parmi les personnages qui y assistaient, on remarquait, outre l’empëreur d’Autriche et le roi d’Italie, le prince impérial, les grands ducs, le duc Louis de Bavière, tous les hauts fonctionnaires militaires, les attachés militaires, M. le comte Robilant et le colonel Lanza.
- A leur arrivée et à leur départ, les deux souverains
- ont été vivement acclamés par la foule. La revue a duré une heure.
- La reine d’Italie, la princesse impériale, la princesse Gisèle et l’archiduchesse Marie-Thérèse y assistaient également.
- Le roi d’Italie a reçu après-midi les ministres communs, le comte Taaffe*, le cabinet cisleithan, et les ministres hongrois, qui se trouvent actuellement à Vienne.
- Au retour de la revue, l’impératrice a rendu visite à la reine Marguerite.
- Puis eut lieu, dans les appartements du roi d’Italie, le déjeuner, auquel avait‘été invité le comte Robilant.
- LL, MM. ont ensuite consacré leur première visite à la veuve du baron de Haymerlé pour exprimer à cette dernière leur vive condoléance. La visite dura un quart d’heure. L’impératrice se rendit également auprès de Mme de Haymerlé, pour lui présenter personnellement ses compliments de condoléance.
- MM. Depretis, Mancini et le chef de cabinet Bianchi ont eu dans la journée, au ministère des affaires étrangères, une conférence de plus d’une heure avec le chef de section, M. de Kallay, et le comte Wolkenstein. Le comte Andrassy est également venu conférer avec les ministres italiens.
- ALLEMAGNE
- Si l’on étudie de près l’ensemble des projets économiques de M. de Bismarck, on ne peut qu’être frappé de l’analogie singulière qu’ils présentent — mutanaa mu-tandis — avec le programme de réorganisation commerciale et industrielle de Colbert. Depuis le célèbre ministre de Louis XIV, de profondes révolutions économiques ont modifié les rapport de nation â nation,l’école de Manchester a rallié un peu partout des partisans et imposé ses doctrines à de grands Etats. M. de Bismarck en est resté a peu de chose près au dix-septième siècle. Tarifs protecteurs, prédilection pour le système des impôts indirects, nous ajouterons : reconstitution des anciennes corporations et maîtrises ; toutes ces mesures sont inscrites dans le programme du passé. M. de Bismarck, pour s’en souvenir n’a dû que se reporter à ses souvenirs d’école.
- Ce qui est plus nouveau et plus hardi dans l’œuvre économique du chancelier, c’est le rôle prédominant qu’il prétend faire jouer à l’Etat dans la rénovation qu’il projette. Si les classes ouvrières se sont jetées dans les bras de la démocratie socialiste, c’est qu’elles ont été laissées à leur initiative propre et abandonnées aux égarements de quelques rêveurs mécontents : c’est que le peuple, éternellements mineur, a perdu son tuteur obligé. Il est temps que le tuteur intervienne et sorte de sa neuiraiité, qu’il impose sa discipline à ses pupilles dévoyés, qu’il les protège de son expérience, les guide de ses conseils, qu’il les châtie au besoin, s’ils s’écartent et s’ils se révoltent contre la main paternelle qui les maîtrise. Nous l’avons dit ailleurs, dans la pensée de M. de Bismarck.le socialisme d’Etat doit être la vaccine du socialisme démocratique et anarchique.
- Par le relèvement des tarifs, le chancelier croit avoir assuré aux ouvriers le travail et is salaire dans les manufactures allemandes libres de toute concurrence; par le dégrèvement promis de l’impôt direct remplacé par des contributions indirectes, il se flatte de leur procurer la vie à bon marché : il reste maintenant,et c’est la part de la tâche entreprise la plus délicate et la plus difficile, à discipliner les forces ouvrières, qui vont au chaos et à l’anarchie,pour le plus grand dommage et le plus grand danger de l’Etat.
- Le mal, d’après le chancelier, date de la loi de 1869 sur les corporations, votée sous le ministère de M. Del-brück. Par cette loi, les antiques formes des corporations ouvrières ont été imprudemment brisées, ces associations vénérables, semblables aux ghildes germaniques et à nos maîtrises d’avant la révolution ont été bru»
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- talement désorganisées ; l’esprit de corps et de disci-pline qu’elles maintenaient avec les épreuves du compagnonnage et de l’apprentissage, avec l’autorité légale dont les patrons étaient investis,s’en est allé à vau-l’eau. Depuis 1869, tout n’a cessé d’aller de mal en pis. Le patron a perdu tout droit sur ceux qu’il occupe. Les ouvriers, circulent sans livret, sans lettres de maîtrise ou d’apprentissage, ne prennent plus la peine de s’initier aux pratiques du métier; ils vont en nomades de fabrique en fabrique, proposer pour un temps leurs services. Sans capacité, sans conscience, ils s’établissent patrons, ouvrent hardiment boutique et encombrent le marché de ces produits de pacotille, vendus à vil prix, qui ont déshonoré la fabrication allemande et amené sa décadence. Les caisses d’assurances, les institutions de secours, se sont taries faute d’être alimentées par des subventions régulières. L’ouvrier cesse d’être garanti contre le chômage, les arrêts forcés qu’imposent les accidents et les maladies; et, en proie à la misère et au désespoir, il va grossir les rangs des électeurs de MM. Bebel et Hasenclever. Tels sont les résultats, souvent exposés dans ces dernières aimées au Reichstag, qu’a procurés la législation libérale de 1869.
- C’est à cet état de choses que M. de Bismarck s’est donné la tâche de remédier. Aux termes du projet de loi déposé en 1877 et 1878, et gravement amendé par la commission et la Chambre des représentants, il voulait urement et simplement supprimer les associations lires, rétablir les anciennes corporations telles qu’elles avaient existé avant 1869 et faire rentrer sous la discipline des patrons et la hiérarchie des maîtrises les milices turbulentes et émancipées des travailleurs. La loi, telle qu’on l’a votée, prescrit aux corporations :
- 4° De cultiver l’esprit de corps, de fortifier le sentiment de l’honneur du métier parmi leurs membres;
- 2° De fixer convenablement les rapports qui doivent exister entre les patrons, compagnons et apprentis, de veiller au logement des compagnons en voyage, et aux bureaux de placement ;
- 3° De réglementer l’apprentissage en ayant soin de donner aux apprentis une éducation technique, professionnelle et morale.
- Les corporations doivent de plus :
- 1° Créer et surveiller les écoles d’apprentissage;
- 2° Instituer des examens pour les écoles du compagnonnage et de la maîtrise et délivrer des certificats ;
- 3° Grouper les corporations en vue d’affaires communes (afin de faire concurrence à la grande industrie qui menace en Allemagne comme en France d’absorber et de ruiner la petite industrie);
- 4° Fonder des caisses de secours en faveur des ouvriers malades et de leurs familles;
- 5° Créer des tribunaux d’arbitrage qui auront pouvoir de prononcer entre les patrons et les ouvriers, aux lieu et place des autorités civiles compétentes.
- Cette législation est jugée insuffisante par M. de Bismarck, qui voudrait arriver au système des corporations obligatoires, seul moyen de trancher le mal dans sa racine. Il juge qu’il y a péril à laisser dans le même Etat, en présence et dans une hostilité latente, d’une part les ouvriers groupés en associations libres, de l’autre les ouvriers enrégimentés en corporations. De deux choses l’une, selon lui, ou bien le conflit éclatera entre les ouvriers rivaux, ou les cadres des corporations se videront au profit de l’armée révolutionnaire. Le chancelier n’a pu faire triompher ses idées dans les deux dernières assemblées du Reichstag par suite de l’alliance imprévue des libéraux et progressistes avec les conservateurs libres. Il espère prendre sa revanche dans la nouvelle assemblée.
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- La nouvelle possession des Etats-
- Unis. — Deux bâtiments étaient partis de San-Fran-cisco pour aller dans les mers arctiques, à la recherche de la Jeannette] ce sont les côtres Corwin et Rodgers.
- Une dépêche de San-Francisco nous annonce que le Corwin, laissant le Rodgers pénétrer plus avant dans les I mers polaires, a fait débarquer son équipage sur la terre I
- de Wrangel et qu’il en a pris possession au nom des Etats-Unis. La nouvelle île américaine va s’appeler Nouvelle-Colombie. Voici, du reste, le texte de la dépêche du capitaine Corwin :
- a Le 12 août, nous avons eu le grand plaisir de pouvoir approcher de moins d’un demi-mille du rivage, jus-qu’auquel la mer était libre. Mais ce n’a pas été sans des difficultés considérables, car parfois le petit steamer était entouré de grandes masses de glace contre lesquels il devait employer toute sa force de vapeur pendant plusieurs minutes avant de les mettre en mouvement. Finalement, toutes les difficultés ont été surmontées. Le steamer s’est frayé un passage, et nous avons pu débarquer. M. Reynolds a pris le drapeau, et nous avons pris possession officielle au nom des Etats-Unis. Le drapeau a été hissé à une perche de bois flotté, qui a été placée sur une haute falaise. Au bâton a été attachée une bouteille à large goulot contenant des informations relatives à notre débarquement, ainsi qu’un cylindre d’étain renfermant un numéro du Herald de New-York du 22 mars. En achevant l’érection de la hampe du drapeau, un salut a été tiré par le cotre, et l’équipage a répondu par trois vigoureux hurrahs, mais il n’y avait personne autre dans cette solitude Arctique pour lui faire écho... >
- En Angleterre, l’éclairage électrique a fait promptement de'grands progrès ; toutes les gares à voyageurs ou marchandises, les locaux publics, bâtiments pour exposition, édifices et monuments publics, les places et avenues, sont éclairés électriquement et des essais sont faits pour doter les principales rues de la City de ce mode d’éclairage. Des lampes gracieuses placées au sommet de mâts en fer ornementés, jettent une lumière douce et claire sur les abords du London-Bridge. Les ponts de Blackfriars ei de Southwark sont également éclairés à la lumière électrique, chacun d’après un système différent. D’autres vilies d’Angleterre ont également introduit cet éclairage. A Live'rpool, une concession pour l’éclairage d’un certain nombre de rues vient d’être accordée. A Chesterfield, un conflit avec l’administration du gaz a provoqué l’adoption du système électrique, la compagnie ayant refusé d’abaisser ses prix, qui étaient exhorbitants ; la ville a remplacé du coup 170 becs de gaz par 2,000 flammes électriques ; la pression hydraulique de la ville sera utilisée comme moteur, pour les autres rues, on reviendra au réverbère à l’huile minérale.
- Les frais généraux d’éclairage ont diminué de ce chef dans une proportion d’environ 20 0/0, La petite ville anglaise de Godalminv a passé avec armes et bagages au camp de l’électricité et cela pour des motifs d’économie. Le moteur est également hydraulique. Toutes les rues de cette petite ville sont aujourd’hui éclairées électriquement ; c’est la première ville d’Angleterre qui se passe complètement du gaz Gommé on 16* voit, les Anglais n’hésitent pas; ce que l’on a appelé chez nous « la lumière des poitrinaires, » est de plus en plus apprécié par nos voisins.
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- 3La t>êtise royale. — Un journal anglais de l’Inde annonce qu’un des éléphants du roi de Bangkock, animal vénéré et appartenant à la suite du souverain, est devenu brusquement fou, etr que dans ses accès il écrasé sous ses pieds cinq de ses domestiques. Malgré cela l’animal, qui est sacré, n’a pas été tué ; on s’est contenté de l’entourer d’une barrière bénite par un grand prêtre, que l’animal sacré a naturellement brisée. On a réussi néanmoins à le chasser dans une cour où il a péri.
- La maladie de ce curieux saint a été attribuée à la malveillance de son personnel de service, mais comme on n’a pu découvrir le vrai coupable, le souverain de Siam a décidé qu’il y avait lieu de les décapiter tous. La sentence a été exécutée séance tenante, et trente malheureux ont été mis à mort.
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- Un souverain exotique !
- Le roi Abherkout, voisin du Dahomey, a l’intention de faire une excursion en Europe et doit débarquer prochainement à Marseille. Ce souverain a, paraît-il, une énorme tête et des bras d’une longueur démesurée ; à côté de cela, il est de très petite taille et porte constamment un costume rouge. Sa Majesté est fort occupée dans ses Etats, où elle remplit les fonctions de receveur des contributions, de juge, de bourreau, de ministre, etc. On prétend aussi qu’il n’y a que peu d’années que le roi Abherkout a renoncé à manger de la chair humaine.
- / RUSSIE
- Jhîf«* efc paysans. — S’il est un argument suprême contre la bureaucratie russe, s’il est un argument en faveur d’une grande réforme sous n’importe quel aspect, c’est bien l’horrible misère, la misère noire, qui, à peu d’exceptions près, se déroule comme un immense linceul sur tout l’empire des czars.
- La misère sans issue, habituelle, inéluctable, qu’aucun travail dans le passé n’a su conjurer ni amoindrir, l’éternel face à face avec la rigidité du besoin, cela finit par exaspérer les plus endurants.
- Or, en Russie, depuis la fameuse émancipation des paysans, qui en fait n’a jamais été que la spoliation légalisée, définitivement consacrée, delà classe agricole, c’est-à-dire des véritables et légitimes propriétaires du sol. — la haine de l’injuste n’a jamais cessé de grandir.
- Aujourd’hui, le ressentiment serait à son comble, si l’abondante récolte de cette année ne l’avait pas momentanément enrayé. Mais la récolte sera bien vite dévorée et demain est là, demain avec la haine plus ardente du paysan à bout de ressources pour les bureaucrates, ses inévitables oppresseurs.
- La terre russe est fertile, presque vierge; elle ne demande qu’à produire. Le paysan connaît son sol natal et il l’aime. S’identifiant volontiers avec ces vastes cultures, que sa conscience, d’accord avec la tradition, lui désigne comme son ancien et légitime patrimoine, il en exècre les usurpateurs. Quoi d’etonnant, dès lors, que le paysan, avant de s’en prendre aux représentants directs de l’autocratie, se soit rué sur les juifs qu’il assimile, à tort ou à raison, à la légion de ses tourmenteurs légendaires.
- Ce n’est pas la place d’étudier à fond l’origine, d’ailleurs assez complexe, de l’antagonisme historique entre la race sémitique et les Slaves du Nord.
- Privés de tous droits, tolérés, plutôt qu’associés à la vie nationale, utilisés à la vie nationale, utilisés à l’occasion par le gouvernement comme espions, les Juifs de Russie ne sont encore, en réalité, qu'une fourmilière de trois millions de parasites, jusqu’ici réfractaires à toute assimilation, à toute, solidarité avec les populations slaves.
- Pour les Juifs, la Russie, est un champ de lucre et d’usure, comme pour les fonctionnaires. Les uns et les autres exploitent, absorbent, dévorent, et se sauvent, quand ils sont repus.
- Telle est la situation vraie.
- Je sais bien que. tout récemment encore on s’est apitoyé sur les mésaventures des Juifs dans le midi de la Russie. Je sais qu’ils viennent de passer un mauvais quart d’heure ; mais ce quart d’heure d’angoisses, n’est que l’expiation forcée d’un siècle de déprédations et de vampirisme.
- Quelques exemples suffiront. Je les emprunte intentionnellement aux journaux russes les moins officieux et les moins, hostiles aux Juifs :
- Dans toutes les villes des gouvernements d’Ekatéri- j noslaw et le Gherson, dit le Journal d'Odessa, les Juifs débitaient des farines falsifiées, composées en majeure partie de sable et de plâtre ; — quand les enfants en bas âge mangeaient de ce pain, ils étaient pris de coliques qui, dans plusieurs cas, ont été suivies de mort. On porta plainte. L’autorité compétente constatait la falsification. Mais les coupables se rachetaient aussitôt
- Ipar un pot-de-vin de 500 roubles ou au-delà, et n’en continuaient pas moins leur commerce homicide.
- Et ailleurs :
- Quand on vole au paysan son cheval ou son bœuf, il s’en va tout droit chez le Juif cabaretier de son village et lui offre vingt-cinq ou trente roubles de prime pour rentrer en possession de sa bête. Le Juif se fait tirer l’oreille. Finalement il accepte, et le lendemain matin, si ce n’est le même soir,le Juif lui ramène mystérieusement le bœuf, qui, le plus souvent, était resté sous la bonne garde du Juif d'à-côté. Aussi, quand un vol queri conque se commet, l’autorité s’adresse-t-elle toujours,en premier lieu, au cabaretier, au Juif ou au recéleur, ce qui est tout un.
- Ecoutons maintenant le Nouveau Temps :
- Qu’arrive-t-il, dit cette feuille toujours si réservée, quand, pour une cause quelconque, le paysan est saisi ou vendu par autorité de justice.
- L’esprit de corps étant un des principes de l’organisation communale, aucun paysan ne se présentera jamais pour acheter les bœufs et les hardes de son semblable. Perso me ne vient, et l’adjudication va être ajournée, lorsque tout à coup, au dernier moment, surgissent deux, trois Juifs des environs, avec des offres dérisoires, et le marteau de l’huissier retombe sur une de ces surenchères cruelles, qui abandonnent à l’un des trois compères ce dont personne dans le village n’avait voulu par honnêteté. Un bœuf qui vaut 120 roubles, est adjugé pour le quart de cette somme. Le Juif en donne autant à l’huissier, ce qui ne fait encore que la moitié de la valeur réelle, et le tour est joué.
- VOYAGE AUTOUR DU FAMILISTÈRE
- XIV
- Un jardin ! L’idée que ce mot éveille dans l’esprit est toujours une idée agréable. Dès que l’on parle de jardin, l’imagination se représente aussitôt une étendue plus ou moins considérable de terrain, où les fleurs abondent, réjouissant le regard parleurs vives couleurs si variées et si riches, enivrant les sens de leurs parfums divers, suaves ou capiteux, salutaires ou dangereux. De même que dans un salon, l’on réunit tout ce que l’on possède de plus élégant, de plus riche et de plus beau, de même dans un jardin l’on convie la nature à rassembler tout ce qu’elle peut offrir de plus gracieux, de plus attrayant et de plus sensuel. Les cosmogonies antiques voulant indiquer que le Créateur plaça l’homme dans un lieu le plus agréable possible au début, font naturellement de ce lieu un jardin, l’Eden, un lieu de délices. Le jardin est en réalité un résumé aussi complet que possible de la belle nature végétale, un tableau naturel, où l’artiste tâche de réaliser son idéal comme le peintre dans sa toile. On y supplée la nature, et l’on y crée des paysages absents, des accidents pittoresques qui n’y existaient pas.
- C’est la présence d’un jardin sur notre route, de la buanderie à l’usine, qui m’inspire ces réflexions, ô lecteur, et si vous voulez m’en croire, avant de nous
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- lancer dans l’exploration de ce monde industriel que l’on nomme une manufacture, nous ferons une halte agréable dans cette dépendance du Familistère, l'une des plus attrayantes sans contredit. L’accès en est facile, car jamais aucune de ses portes n’est fermée, et à quelqu’heure du jour qu’il vous plaise de venir vous y reposer, vous en avez la libre jouissance. N’imitons donc point les enfants (et combien d’hommes sont enfants sous ce rapport!) qui ne trouvent plus aucun plaisir à jouir d’une chose, si elle est libéralement mise à leur disposition, tandis qu’ils étaient passionnés à la désirer lorsqu’elle était tenue hors de leur portée. L’entrée du jardin nous est ouverte... Entrons-y.
- u Qu’on ne me reproche pas, dirai-je avec Xavier de Maistre, d’être prolixe dans les détails de mon voyage, c’est la manière des voyageurs. Lorsqu’on part pour monter sur le Mont Blanc, lorsqu’on va visiter la large ouverture du tombeau d’Empédocle, on ne manque jamais de décrire exactement les moindres circonstances : le nombre de personnes, celui des mulets, la qualité des provisions, l’excellent appétit des voyageurs, tout enfin, jusqu’aux faux pas des montures, est soigneusement enregistré dans le journal, pour l’instruction de l’univers sédentaire. »
- Un voyageur qui connaît son métier, comme un journaliste, ou un avocat, doit être..., mon Dieu, disons le mot..., il doit être bavard, sans cela il manque à tous ses devoirs. Concevrait-on un explorateur qui se contenterait de dire qu’il s’est embarqué tel jour à bord de tel navire,et qu’après tant de jours de traversée, il est arrivé à tel port, et ainsi de suite... Supposons un romancier qui vous ferait assister dès le premier chapitre au mariage de son héros avec son héroïne ; n’aurait-il pas complètement manqué son coup?
- Eh bien, lecteur, ne perdons pas de vue que nous voyageons dans un monde à peu près inconnu, tout comme Marco Polo ou Livingstone ; car enfin trouverez-vous beaucoup de monde, en France, qui connaisse le Familistère autrement que par de vagues oui-dires, qui ont à peine laissé une trace dans leur mémoire ? Un gymnaste comme Léotard ou un ténor léger séduisant, à la bonne heure, tout le monde connaît cela. Mais une institution utile au progrès de l’humanité, bast ! Est-ce que cela vaut la peine qu’on se dérange pour la visiter ?
- Mais ce jardin avec ses allées toutes garnies de rosiers aux mille nuances, de géraniums couleuç de feu, de cinéraires variées, de fusains, de bégonias, de primevères, d’héliotropes, de pélargonia, de verveines odorantes, de pétunias, de laurier-roses, avôô
- I ses bouquets ?ombres de pins, au feuillage vert foncé, J sur lequel tranche le vert plus gai des thuyas et des acacias, nous appelle; pénétrons dans ses profondeurs où tout nous promet d’attrayantes séductions.
- Je veux vous faire une profession de foi en matière de fleurs... Je ne déteste point assurément celles dont les éclatantes couleurs plaisent à l’œil, comme le dahlia, les camélias, et une foule d’autres noms en a que je ne veux point vous énumérer ici, parce que ce serait fastidieux comme un catalogue d'horticulteur ou une statistique. Mais combien je leur préfère celles qui, à l’éclat des nuances, joignent l’inestimable avantage du parfum ! Le jasmin odorant, la rose parfumée, le réséda aux doux arômes, le délicieux lilas, le magnolia embaumé, la capiteuse tubéreuse, l’héliotrope aux modestes effluves, l’humble violette, tout ce qui séduit l’odorat, fût-ce une verveine ou un basilic, me semble plus charmant et plus doux. Le parfera, c’est, à mon sens, l’âme de la fleur, et celle qui n’a que l’éclat de sa parure me fait l’effet d’une de ces coquettes sans cœur, qui séduisent à première vue, mais que l’on ne tarde point à mépriser et à haïr pour leur nullité et leur sécheresse.
- Dans ce jardin, nous trouvons de ces fleurs préférées à profusion. Elles y forment de véritables massifs par endroits, et dans les chaudes journées des beaux mois d’été, l’air en est saturé de suaves émanations qui vous font respirer avec plaisir. Les arbres nombreux forment un fond aux mille teintes de vert les plus variées, parcourant toute la gamme de tons depuis le vert bistré des marroniers rougis par l’automne jusqu’au vert clair de l’acacia ou du lilas printanier. Sur ce fond multicolore se détachent çà et là, les buissons fleuris des roses, les bassins rocailleux
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- qu’alimentent des jets d’eau, où dans lesquels se jouent au soleil des poissons rouges, et de distance à distance quelques groupes ou statues en terre cuite ou en ciment peint qui l’imite.
- Tenez, ici à notre gauche, voici un charmant petit groupe en terre cuite dont vous avez pu voir l’original en marbre à la section italienne des beaux-arts à l’Exposition universelle de 1878. Ce sont deux petits enfants, frère et sœur, qui, surpris par une averse, s’abritent de leur mieux sous un parapluie, la fillette relevant très haut sa robe pour garantir le petit caniche qu’elle tient sous son bras droit, et dont les aboiements l’étourdissent et l’effrayent. C’est délicieux comme composition, et l’exécution en est soignée. En le regardant, on pense au tableau de Paul et Virginie dans une situation analogue. Bernardin de Saint-Pierre leur donne pour abri la jupe de la jeune créole, et au théâtre c’est une large feuille de ^atanier qui sert à préserver leurs têtes des atteintes
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- de l’orage. Mais ici l’artiste plus réaliste met bravement à la main de son gamin un prosaïque parapluie. Qu’importe ? Est ce que cela enlève de la poésie à ce groupe gracieux ? La véritable poésie n’est ni dans les mots ni dans les choses ; elle est dans la pensée, dans l’idée que ces mots ou ces choses expriment, et si la pensée est belle, on pourra employer pour la rendre les accessoires les plus prosaïques sans la dénaturer ni l’amoindrir. Héritiers des classiques par trop précieux, nous avons conservé d’eux certaines formules de convention, qui ne sont point dans la nature, et que le véritable artiste comme le vrai poète dédaigne avec raison.
- Dans ce groupe posé au centre d’un bassin, le parapluie forme jet d’eau, ce qui est une idée originale. La fillette effrayée de ce déluge se serre timidement les larmes aux yeux contre son frère, qui paraît fier de la protection qu’il accorde, et qui tient haut et ferme son engin protecteur comme un drapeau.
- Plus loin, au point de jonction de deux allées sur la droite, nous trouvons une statue représentant l'automne imitant la terre-cuite. C’est une jeune fille le front couronné de pampre, qui tient sous son bras droit serré contre sa hanche une corbeille de raisins, et dans sa main droite élevée une coupe. Le modèle est bon, et l’exécution est digne du modèle* Quoiqu’elle ne nous paraisse pas valoir de beaucoup, au point de vue artistique, le groupe dont nous venons de donner la description, il est incontestable que l’original en doit être une œuvre de valeur aussi.
- Le groupe d’enfants au parapluie porte pour signature la lettre W, et nous regrettons de ne point pouvoir en citer l’auteur. La statue de l’automne n’offre aucune trace de signature. Mais toutes ces œuvres sortent des ateliers de Visseaux à Paris.
- En continuant notre promenade dans l’allée par laquelle nous sommes entrés, nous arrivons bientôt à une tonnelle formée par les branches d’un superbe acacia, et qui sert pour ainsi dire de vestibule à une chambre de feuillage couverte en chaume, délicieux abri contre les ardeurs de la canicule. Si vous y venez en humeur de travailler, des sièges et une table ronde en bois vous en offrent le moyen, et vous pourrez méditer, composer et écrire tout à votre aise. Accablé par la chaleur, au contraire, éprouvez-vous le besoin de vous reposer et de vous livrer aux douceurs du far niente et de la sieste ? Un hamac vous y tend, non point ses bras, mais ses mailles complaisantes.
- La sieste qui, dans certaines après-midi torrides présente tant d’attraits à certaines natures, est-elle ou non. une bonne chose, hygiéniquement parlant ? {
- Si nous ouvrions un congrès médical sur cette question intéressante, je gagerais qu’il arriverait ce qui arrive à tous les congrès possibles. Les uns soutiendraient par exemple que la sieste est souverainement hygiénique, qu’il n’y a rien de meilleur pour la santé, et que pour vivre longtemps il faut en prendre la douce habitude, etc, etc. Les autres affirmeraient avec toute l’ardeur d’une conviction très arrêtée que la sieste est pernicieuse au suprême degré, qu’elle détruit la santé, compromet gravement l’existence, et que pour abréger sa vie rien n’est plus efficace que ce procédé. Hippocrate, là comme ailleurs dirait oui, et Galiien dirait non, de telle serte que vous et moi, simples mortels venus à cette docte réunion pour nous instruire, nous en sortirions juste aussi renseignés qu’avant d'y entrer, et réduits à nous faire à nous-mêmes une opinion suivant nos goûts et nos instincts.
- Mon opinion, ma foi, est que lorsqu’on sent l’irrésistible besoin de faire la sieste, on fait bien de lui donner satisfaction, comme l’on a raison de manger quand on a faim, de boire quand on a soif, et de se reposer lorsqu’on est fatigué. Seulement, faites-y attention, je raisonne de la sorte, parce que je n'ai point pris mes inscriptions à l’Ecole de medecine, et que je n’ai consulté à cet égard d’autre autorité que ma simple jugeotte. Si j’avais étudié les causes et les remèdes des nombreuses affections morbides dont le corps humain peut être affligé, peut-être trouverai-je le moyen de vous démontrer que celui qui pratique la sieste, comme le malade de M. Purgon, doit-être abandonné à sa mauvaise constitution,à l’intempérie de ses entrailles, à la corruption de son sang,à l’acreté de sa bile, à la féculence de ses humeurs, pour qu’il tombe dans la bradypepsie, et de là dans la dyspepsie, indé dans l’apepsie, et dans mille autres pepsies plus ou moins ornés de noms ronflants et très prétentieux, qui expriment les choses les plus banales. C’est une si belle chose que la science.
- Dans ce frais abri formé par la tonnelle et par la chambre au toit de chaume, on entend de deux côtés différents, le bruit de l’eau, qui tombe d’une part dans le bassin au triple jet d’eau, qui se trouve en contre-bas devant vous, lorsque vous regardez la rivière qui coule au pied du jardin, et qui coule d’autre part dans le réservoir placé au-dessus de la tonnelle derrière vous. Dans ce dernier, de beaux poissons rouges nombreux prennent leurs ébats aux pieds de la baigneuse en terre cuite de Falconnet, bien connue de tous les amateurs. Cette baigneuse est peut-être, de toutes les œuvres récentes de sculpture, celle qui a été le plus reproduite dans tous les formats, en marbre, en bronze, en plâtre, en pierre,
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- en terre cuite. Cela suffit pour prouver que c’est une œuvre réussie, car on ne reproduit point en général les médiocrités. Vous n’entendrez jamais un orgue de Barbarie moudre un air des Beux Roses, mais vous les entendrez tous vous reproduire ceux de la Muette, ou du Trouvère, ou de Guillaume Tell.
- Cette baigneuse charmante semble prête à tremper le bout de son pied, qu’elle avance, dans l’eau bleuâtre du bassin, et si le piédestal sur lequel elle est placée n’était point si élevé, on croirait que l’eau caresse déjà son orteil, et la fait frisonner.
- Si nous poursuivons et que nous gagnions le haut de la pente que forme le jardin, nous arrivons sur une vaste plate-forme, au centre de laquelle un piédestal en brique attend une Amalthée, sans doute la fille de Melissus qui, suivant quelques-uns, nourrit Jupiter, à qui d’autres assignent la chèvre de ce nom pour nourrice. Du haut de ce plateau qui domine toute la vallée de Guise, on jouit d’un point de vue véritablemant remarquable. A gauche, T usine avec ses hauts fourneaux et ses cheminées que couronne un panache de fumée,quelques toits qui percent ça et là le feuillage touffu des arbres,et un épais rideau de verdure; en face, dans le lointain, la colline verdoyant sur laquelle s’élève le vieux château fort, et sur le premier plan le Familistère, que l’Oise ensarre dans ses capricieux méandres comme un gigantesque serpent argenté. A droite enfin, au-delà de la prairie communale et du moulin qui la termine, la vallée avec ses fabriques, le chemin de fer que la fumée blanche des locomotives en marche retrace à l’œil, et au dernier plan la verte fondaison des arbres qui partout garnissent les cotaux. C’est certainement un délicieux paysage que plus d’un peintre serait heureux de reproduire. Un grand mur masque derrière vous le reste do ce charmant amphithéâtre, que couronne de ce côté le bois de Courcelles au sommet d’une colline, derrière laquelle à droite se dessine dans le ciel au dernier plan le clocher de Lequielles et la silhouette, vaporeuse du village.
- Par un temps clair, ce coup d’œil est on ne peut plus agréable. Mais souvent dans cette vallée, le brouillard estompe les objets,et leur donne une teinte grise qui rend flou l’ensemble du paysage. Des troupeaux de vaches diaprent de côté et d’autres les prairies parmi les quelles serpente capricieusement la rivière, et animent le tableau auquel leurs mugissements donnent une voix. Ainsi à côté de la puis-santé lutte de l’homme qui constitue la grande industrie,tout près de ses fourneaux d’où la fonte ruissèle liquide et lumineuse comme une lave avec des grondements de volcan, la calme paix de la nature complète la scène et présente un contraste plein d’attraits.
- Dans ce jardin même, où le bruit des machines puissantes qui soulèvent ces masses métalliques comme la main de l’homme soulève une plume,arrive encore affaibli, vous entendrez les savantes modulations du rossignol qui lance dans le feuillage épais des pins ses notes mélodieuses comme un chant du ciel.
- Ces oppositions ont un charme puissant dans la nature qui semble se complaire dans les contrastes. A côté des grondements des cataractes qui semblent préluder à quelque sinistre cataclysme, on voit une araignée tisser tranquillement sa toile, insoucieuse et calme comme dans le silence profond d’une forêt. Près d'un volcan en éruption, vomissant des flots de lave incandescente, l’abeille butine gaiement sur les fleurs, et distille son miel, sans le moindre souci des fureurs qui sourdent auprès d’elle.
- Dirigeons-nous maintenant sur la gauche, et nous rencontrerons sur notre chemin une des curiosités de ce jardin, où le chef jardinier donne parfois libre carrière à ses fantaisies les plus bizarres. Comment qualifier autrement, par exemple cet étrange espalier, où vous voyez de volumineuses citrouilles soutenues à trois mètres de hauteur sur leurs tiges comme de simples glands où des oranges? Cela rappelle involontairement la fable de La Fontaine :
- Dieu fait bien ce qu’il fait sans en chercher la preuve Et tout cet Univers et l’aller parcourant,
- Dans les citrouilles je la trouve.
- Aussi, en passant près de ce mur, plein de ce souvenir, est-on instinctivement porté à ne pas s’en trop rapprocher, car si l’un de ces énormes cucurbi-tacés vous tombait sur la tête, il pourrait vous occasionner une sensation désagréable sur le moment. Ce n’en est pas moins un caprice singulier et un succès pour le chef jardinier.
- Quelques pas plus loin, une serre dans laquelle, luxe à noter dans ce pays, de magnifiques grappes de raisin pendent comme de savoureuses stalactiques au plafond vitré,sur lequel les branches de la treille forment des nervures comme celles qu’on admire aux voûtes des cathédrales gothiques. Des milliers de pots contiennent des boutures de toutes sortes de plantes aux fleurs adorantes et riches, qui l’été prochain viendront concourir à leur tour à la gracieuse parure des allées.
- Une dernière statue en ciment imitant la terre cuite représente l’été. Elle a les mains pleines de fleurs et sa tête en est couronnée. Elle fait bien pendant à l’automne que nous avons vu dans une autre allée, et dans un jardin, ces deux statues sont parfaitement à leur place.
- Quoiqu’offrant tous les attraits désirables, ce jardin de l’Association n’est point aussi fréquenté qu’on
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- pourrait le croire en le visitant, et si vous m’en demandiez la raison, ma foi, je ne saurais vous la dire. A moins que ce ne soit parceque comme nous le disions plus haut, l'homme est ainsi fait qu’il n’attache de prix qu’à ce qu’il ne peut avoir, en ne faisant aucun cas de ce qu’il a.
- (A suivre).
- L'INTERVENTION DIVINE
- Un Révérend et un épicier sont voisins... presque porte à porte.
- Le Révérend est pieux... comme doit l'être tout ministre du Seigneur.
- L’Epicier est honnête... tout ce qu’il y a de plus honnête parmi les épiciers.
- Une belle nuit, des voleurs crochètent la porte du Révérend et celle de l’Epicier.
- Ce dernier est complètement dévalisé et, de plus, fort maltraité ; tandis que le premier ne subit aucun mauvais traitement et en est quitte pour la perte d’une somme relativement très minime.
- Si l’épicier maugrée : cela ne fait pas question. Cependant il ne songe pas un seul instant à faire remonter à Dieu ce qui lui arrive, et il s’en prend tout simplement à la police qui eut pu, en effet, mieux remplir son devoir.
- Quant au Révérend, quoique bien certainement il eut préféré maintes autres visites nocturnes à celle dont il a été l’objet, il ne se plaint pas trop et remercie Dieu de ce qu’aucun acte de violence n’a été commis sur sa personne, et de ce qu’on ne lui a pas volé une somme plus considérable.
- Cette action de grâce rendue à la Divinité et qui vaudra sans doute à son auteur, de la part de nos piétistes, une somme de considération qui n’est pas en proportion avec celle en argent qui lui a été prise, cette action de grâce, que signifie-t-elle, sinon que : 1° Dieu a permis ce vol et qu’il en est responsable ; 2° Qu’il s’est montré, contrairement à ce qu’il doit être, tant soit peu partial.
- Et on se demande naturellement, puisque Dieu intervient en toutes choses, pourquoi cette partialité, et surtout pourquoi permettre ces vols et ces actes de violence.
- *
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- Un autre fait!
- Un train déraille.
- Tous les wagons sont renversés,brisés... Tous les voyageurs sont, ou tués, ou blessés grièvement.C'est un désastre des plus grands.
- Un wagon, un seul échappe à ce désastre, et dans
- ce seul wagon se trouve un seul voyageur. Ce voyageur est un incrédule, non pas seulement un libre-penseur, mais un incrédule dans toute l’accepliondu mot,un athée dans tout ce que l’expression renferme de plus fort, eu égard à son sens étymologique. Cet athée se nomme Thomas Cooper.
- Terrifié par le spectacle qui s'offre à sa vue, mais vivement ému de se sentir sain et sauf, au milieu de ces morts et de ces mourants, Thomas Cooper tombe à genoux et remercie Dieu de la manifestation signalée de sa bonté en sa faveur. Thomas Cooper est désormais un croyant. Dans le monde qui se dit religieux, on a crié au miracle, on a applaudi à la conversion de Cooper protégé d’une façon aussi manifeste par la divine Providence.
- Et cependant que résulte-t-il de cette théorie de la Providence et de son intervention ?
- Il résulte de ceci que Dieu, le tout puissant, que Dieu, la bonté même, a détruit un train tout entier et fait une boucherie des voyageurs ... pourquoi? Pour montrer jusqu’où s’étendait sa protection sur Cooper.
- Et lui, l’heureux mortel, lorsqu’il est tombé à genoux, lorsqu’il a remercié Dieu de sa conservation ne lui est-il donc pas venu à l’idée que s’il avait à témoigner sa reconnaissance à la divinité pour l’avoir sauvé, il avait à la maudire d’avoir détruit tant d’êtres humains, ses frères en cette divinité même. Mais hélas !
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- Mais une réflexion nous vient. Oui, nous devons avoir tort d’envisager la chose comme nous venons de le faire. Voici ce que nous aurions dù nous dire :
- Les décrets de Dieu sont impénétrables, et connaissant sa justice et sa bonté, à ce dernier fait qui nous préoccupe il n’y a qu’une seule explication plausible. Tous les voyageurs qui sont morts dans ce déraillement étaient en état de grâce, et les portes du paradis allaient s’ouvrir devant eux. Cooper, lui, était en état do perdition, il a été épargné pour pouvoir se repentir,laver ses souillures et devenir à son tour un des élus. Ce qui a été fait, a donc été bien fait.
- Le père Antoine Casnedi de la compagnie de Jésus qui affirme que « Dieu ne défend le vol qu’en tant qu’il est regardé comme mauvais, et non pas lorsqu’il est connu comme bon, » ne conclurait pas
- mieux que nous ne venons de le faire.
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- Puisque nous venons de parler de la compagnie de Jésus, nous recommandons à certains gros bonnets, jésuites en robe courte et qui ont valets et livrée, ce
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- petit paragraphe extrait du Traité de pénitence du père Valèze Regnald : « Les domestiques peuvent prendre en cachette les biens de leurs maîtres par forme de compensation, sous prétexte que leurs gages sont trop modiques, et ils sont dispensés de la restitution.
- De même, d’après la théologie morale du jésuite Thomas Tamburin, « on n’est point obligé,sous peine de péché mortel, de restituer ce qu’on a pris en plusieurs petits vols, quelque grande que soit la somme totale. »
- Et pour l’édification des maris dont les femmes ont pour directeur un saint homme appartenant à la compagnie, nous citerons encore cet aphorisme du père Henriquez, dans son ouvrage intitulé aussi Théologie morale : « Si un adultère, même clerc, bien instruit du danger, est entré chez la femme adultère, et que, surpris par le mari, il tue celui-ci pour défendre ou sa vie ou ses membres, il ne parait pas encourir l’irrégularité. »
- Tout ceci, bien entendu,ad majorent Dei gloriam!
- C. P. Maistre.
- LA OOIVSOXdEïVOJH PERDUE
- CONTE RUSSE PAR N. TCHEDRINE
- {Traduit par Michel AchUnasi)
- Suite et fin III
- M. Attrape n’était pas un individu tout-à-fait éhonté, mais il n’aimait pas à se gêner et faisait d’ordinaire sa rafle librement. Son extérieur n’était pas complètement celui d’un effronté, mais il avait l’air d’un homme fixant constamment quelque chose. Ses mains n’étaient pas absolument crochues, mais volontairement il s’agrippait à tout ce qu’il trouvait sur son chemin. En un mot, M, Attrape était un vrai maltôtier.
- Et voilà qu’un homme pareil se sent tourmenté ! Il arrive au marché et, pour la première fois, tout ce qui était étalé sur les chariots, sur les estrades, dans les boutiques, lui paraît ne pas être à lui, mais appartenir aux autres. Jamais pareille chose ne lui était arrivée aupa^ ravant, Il frotta ses yeux sans vergogne et se dit : Suis-je devenu fou, ne rêvé-je pas? Il s’approcha d’un char, voulant y poser la patte, mais sa main ne se leva pas. Il s’approcha d’un autre, voulant tirer la barbe d’un paysan, mais hélas ! ses mains ne lui obéirent pas. Il eut peur : qu’est-ce qui m’est arrivé aujourd’hui, pensa Attrade. De cette manière je vais tout gâter. Est-ce qu’il ne vaut pas mieux retourner chez moi pour y trouver un peu de bon sens. Il espérait toujours en même temps que cela passerait. Il commença à se promener au marché, Sur les étalages la volaille, les différentes étoffes semblaient lui dire : « Nous sommes bien près de toi, mais tu ne nous mordras pas, » Les paysans, voyant que cet homme était devenu aussi stupide, commencèrent a se moquer de M. Attrape et l’appelèrent : niais.
- — Décidément, je suis malade, conclut Attrape et il retourna chez lui les mains vides. Madame Attrape le guettait déjà, rêvant aux aubaiues que son mari devait lui apporter.
- Mais quel étonnement ! Rien (
- Le voyant les mains vides, elle l’apostropha avec colère : « Où as-tu caché les sacoches ? »
- Devant ma conscience, je t’assure, commença Attrape...
- Il ne finit pas.
- — Où sont les sacoches, te demande-t-on ?
- — Devant ma conscience, je t’assure, répéta de nouveau Attrape...
- Eh bien ! tu dîneras aujourd’hui de ta conscience, je n’ai pas de dîner pour toi.
- Attrape devint triste, car il savait que sa femme était ferme dans ses résolutions. Il ôta son pardessus et tout d’un coup il devint un autre homme, puisque la conscience était restée dans le pardessus accroché au mur. Attrape se sentait libre et de nouveau il lui parut alors que dans ce monde il n’y avait rien à autrui, mais que tout était à lui. Et il se trouvait de nouveau des capacités pour accaparer et engloutir.
- — Ah ! maintenant, je vous pincerai, dit Attrape en se frottant les mains et il commença à remettre son pardessus pour filer à toutes voiles au marché.
- Mais quel miracle ! A peine eût-il passé son pardessus que les anciens tourments le reprirent. Il y avait deux hommes en lui : l’un sans pardessus, éhonté, rapace et concussionnaire ; l’autre en pardessus, timide, généreux et consciencieux i
- Il n’avait pas encore passé la porte cochère qu’il sentit revenir sa timidité, mais il n’abandonna pas son projet de se rendre au marché, Ii espérait toujours dompter ce mal incompréhensible ; mais plus il se rapprochait du marché, plus son cœur battait, plus il sentait d’amour pour ses pauvres hommes qui restaient toute la journée dans la boue7 et sous la pluie pour gagner quelques kopeecks. Il ne fixait plus les sacs des autres, sa propre bourse lui devenait lourde comme s’il avait connu de source certaine qu’elle contenait non son argent, mais celui d’autres.
- Voilà, mon ami, 15 kopeecks, dit-il en s'approchant d’un paysan et lui donnant la monnaie.
- Et pourquoi cet argent, niais, apostropha celui-ci :
- — Pour mes vieux péchés, ami. Pardonne-moi pour l’amour de Dieu.
- Eh bien ! que Dieu te pardonne.
- Il passa ainsi dans tout le marché et donna tout ce qu’il avait sur lui.
- Ensuite, le cœur soulagé, il tomba dans de profondes réflexions.
- — Oui, je suis très malade, se dit-il enfin, je vais retourner chez moi, et en passant j’emmènerai le plus possible de pauvres et je leur donnerai à manger. Il se mit en route. Les pauvres ne manquaient pas, il les mena tous dans la cour de sa maison. Mme Attrape, ne doutant pas qu’il ne fût fou, le laissa faire, s’attendant à d’autres excentricités. Il s’approcha d’elle et lui dit d’une voix caressante :
- — Voici, ma chère amie, les pauvres gens que tu m’as demandé de t’amener. Donne-leur à manger pour l’amour de Dieu.
- Mais à peine eut-il mis son pardessus au clou, qu’il recouvra la liberté. Il regarda par la fenêtre et s’aperçut avec ôtonuement que presque tous les pauvres de la ville s’étaient rassemblés dans sa cour.
- Il les considère et ne comprend rien.
- Pourquoi sont-ils ici ; faut-il les fustiger tous ? Que fait là cette canaille ? s’écria-t-il en courant furieux dans la cour.
- —- Gomment, canaille, ce sont ces pauvres hommes que tu m’as dit de nourrir, répondit Mme Attrape.
- — Chassez-les, balaie-les, cria-t-il d’une voix de tonnerre.
- Et comme un fou, il rentra dans la maison- Il arpenta longtemps sa chambre, s’efforçant de comprendre ce qui lui était advenu. Lui qui était toujours un homme exact, et quant à son service, un vrai lion, le voici devenu une chiffe,
- — Oh 1 ma femme chérie, garotte-moi pour l’amour de Dieu, je sens qu’aujourd’hui je causerai des malheùfs dont nous ne nous tirerions pas de toute l’année.
- Mine Attrape comprit qu’il était arrivé quelque chose
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- de surprenant à son mari. Elle le déshabilla, le mit au lit, et lui donna une boisson chaude. Un quart d’heure après, en passant dans l’antichambre, elle se dit :
- — Il faut regarder son pardessus, peut-être trouverai-je dans les poches quelques copeeks. Ere fouilla une poche et en retira la bourse tout à fait vide. Elle fouilla l’autre et en ôta une sale guenille. Elle l’étendit et resta saisie d’étonnement.
- —En voilà un farceur, dit-elle, se mettre une conscience dans la poche ! Elle se mit à chercher à qui elle pourrait passer la conscience. Elle aurait voulu trouver une personne qui n’en fût pas trop anihilée et qui n’en éprouvât que quelques inquiétudes. Après un ' moment de réflexion, elle décida qu’elle ne pourrait mieux faire que de la donner au juif Samuel Brgotski, financier et directeur des chemins de fer. Celui-ci a les reins solides, pensa-t-elle, il se tourmentera un peu, mais il en sortira. Elle mit la conscience sous enveloppe, écrivit l’adresse et la mit à la poste.
- — Eh bien, mon ami, maintenant tu peux courageusement retourner au marché, dit-elle à son mari après cette expédition.
- IV
- Samuel Brgotski dînait entouré de toute sa famille : près de lui se trouvait son fils Rubens, âgé de dix ans. Il ruminait dans sa petite tête des opérations financières.
- — Ecoute, papa, si je place ce demi-louis d’or dont tu m’as fait cadeau, à 20 0/0 par mois, combien aurai-je d’argent à la fin de l’année ? demanda-t-il.
- A quel intérêt ? Simple ou composé ? interrogea à son tour le père.
- — Assurément composé, papa.
- — Alors, si c’est l’intérêt composé, tu auras quarante-cinq roubles et soixante-dix-neuf kopeeks, sans les fractions.
- — En ce cas, je le plarerai.
- —• Place-le, mon ami, mais] il faut toujours prendre une garantie sérieuse.
- De l’autre côté du père se trouvait Joseph, un enfant de sept ans, qui s’occupait de la solution du problème. Il volait une bande d’oies ; une fut tirée : combien restèrent sur la place. A l’autre bout de la table était assise la belle Lia, épouse de Samuel, qui tenait dans ses bras sa petite fille Rifa, laquelle semblait attirée par les bracelets d’or qui ornaient les poignets de sa mère. Enfin, Samuel était peureux. Il se préparait déjà à son repas succulent, lorsqu’un laquais lui apporta une lettre sur un plateau d’argent. A peine Samuel eut-il ^enveloppe entre les mains, qu’il bondit comme un poisson sur le gril.
- — Mais qu’est-ce donc*? et pourquoi m!a-Lon envoyé cet objet? cria-t-il en tremblant de tout son corps,
- Quoique aucune des personnes présentes n’eût rien compris à ce cri, tout le monde sentait pourtant que le dîner allait être interrompu.
- Il serait difficile de décrire les tourments que supporta Samuel pendant toute cette journée. Pourtant cet homme faible et maladif subit héroïquement les tordures les plus fortes, mais ne rendit pas un sou.
- — Non, non, tiens-moi bien fort, Lia, disait-il en implorant sa femme dans les moments de crise. Et si je te demande la clef de la caisse, ne me la donne pas, laisse moi plutôt mourir.
- Mais comme dans ce monde il n’y a aucune situation dont on ne puisse sortir, Samuel parvint à se retirer de celle-ci, Il se rappela que depuis longtemps il avait promis de faire un don à une institution philanthropique qui était sous la protection d’un prince, mais les affaires ne lui en avaient pas laissé le temps. L’occasion lui parut bonne. Il décacheta avec précaution l’enveloppe, en retira avec des pincettes le cadeau, le mit dans une autre enveloppe avec un billet de cent roubles la cacheta, et se rendit chez le prince,
- — Je viens, mon prince, faire un don, dit-il en mettant le paquet devant lui sur la table.
- — Je vous reconnais bien là, je savais que vous,
- comme israélite, selon la loi de David... il dansait, il chantait, n’est-ce pas ?
- Le prince perdit le fil de son discours ; il n’était pas très sûr si c’était David ou un autre qui avait fait les lois.
- — Vous ne vous trompez-pas, mon prince; mais quels israélites sommes-nous ? dit Samuel, déjà soulagé. Nous ne sommes des juifs que par l’extérieur,mais notre âme est tout à fait russe.
- — Merci ! répondit le prince ; mais comme vrai chrétien, je regrette que vous, par exemple... Hein?
- — Votre Altesse, nous ne le sommes qu’extérieure-ment. Croyez-moi, pas autrement qu’à l’extérieur.
- — Pourtant...
- *— Votre Altesse...
- — Eh bien, que Dieu vous pardonne.
- Samuel courut chez lui comme s’il avait des ailes. Le soir même, oubliant tout à fait les tourments qu’il avait subis, il inventa une fameuse opération financière qui le lendemain transporta d’admiration toute la Bourse.
- V
- Ainsi se traîna longtemps en ce monde la pauvre abandonnée, passant chez des milliers de personnes, mais pas une ne voulut la garder. Au contraire, chacun pensa à la façon de s’en délivrer et d’en gratifier son voisin.
- Enfin cette vie errante la dégoûta elle-même. Elle dit en pleurant à son dernier maître, un petit marchand qui, dans une misérable galerie, vendait des fratras et ne pouvait rien en retirer.
- — Pourquoi me tyrannisez-vous, là, pourquoi me jetez-vous comme une guenille.
- — Que ferais-je de vous, dame Conscience, puisque vous ne servez à rien.
- — Voilà ce que tu dois faire, répondit la conscience, trouve-moi un petit enfant russe, ouvre devant moi son cœur pur et cache moi dedans. Peut-être cet enfant innocent me gardera, me dorlotera, et lorsqu’il deviendra homme, il n’aura pas honte de moi.
- Le petit marchand fit ce qui était demandé. Il trouva un petit enfant russe, lui ouvrit le cœur et y cacha la conscience. Et l’enfant grandit et avec lui grandit la conscience, et l’enfant deviendra un homme et il aura une conscience humaine et alors toutes les injustices, tous les abus, toutes les iniquités disparaîtront parce que la conscience ne sera plus timide et qu’elle dirigera tout.
- KAW OUAN
- Kairouan, l’objeetif de notre armée en Tunisie, est la ville la plus importante de la régence. Elle se trouva à environ cinquante lieues au sud de Tunis,à quinze lieues environ à l’ouest de Sousse. Elle a été fondée vers l’année 675 de no-re ère, par Okba-ben-Nafa, lieutenant du khalife Moawia.
- D’après les archéologues, la ville actuelle aurait été construite sur les ruines d’une cité romaine, l’antique Vicus August,i. Plus enclins à la superstition qui fait le fond de toutes leurs traditions, les Arabes ne pouvaient manquer de doter leur ville sainte d’Afrique d’une légende plus merveilleuse que vraisemblable.
- A quelques kilomètres au nord de Kairouan on trouve une ligne de rochers appelée « Souathir » et qui se prolonge jusque dans les environs des derniers contre-forts méridionaux du mont Djougar.
- Okba-ben-Nafa, ayant choisi Remplacement de la capitale qu’il voulait édifier, adressa une fervente prière pour demander à Dieu et au Prophète de fournir les pierres qui manquaient pour les constructions; sa prière fut exaucée, et les « Souathir a se détachèrent des montagnes et vinrent rouler jusqu’à proximité de la nouvelle ville musulmane.
- Cependant, malgré la légende, et sans douta à cause de la difficulté d’extraction de ces rochers, qui consti-
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- tuent un soulèvement volcanique assez curieux, on ne trouve à Kairouan qu’un seul édifice construit en pierres. C’est la grande mosquée, Djama el Kébir, contemporaine du fondateur musulman, et dont les matériaux proviennent, non pas des « Souathir », mais des ruines de l’antique « Suffelula », aujourd’hui Sbilla, à vingt lieues environ au sud, sur la route de Djerid.
- Les autres constructions et le mur d’enceinte de la ville sont en briques de fabrication locale, généralement superposées à plat. Le rempart, d’une hauteur de 8 mètres sur 1 m. 50 c. d’épaisseur, est crénelé et flanqué,de distance en distance, de tourelles également en briques. Sa longueur totale est de 6 ou 7 kilomètres.
- Destinée par son fondateur à être la résidence des émirs ou gouverneurs del’Afrique,Kairouan fut promptement peuplée de Sarrazins, à qui elle servit de citadelle pour maintenir les Africains dans la soumission. Assez éloignée de la mer pour ne pas redouter les flottes ennemies, elle devint une ville de grande importance, non seulement par ses richesses, mais encore par l’étude des sciences et des lettres. Elle fut une des académies célèbres des musulmans et devint le siège et la capitale des Etats que les khalifes possédèrent en Afrique.
- Les différents historiens, tels que Ibo-Khaldoun, El-Bakri, Ion-Dinor, etc., ont longuement décrit les révolutions dont Kairouan a été le théâtre. Elle a subi le sort réservé aux grandes cités d'Afrique, et, comme Carthage, elle a été détruite et restaurée plusieurs fois. Mais, à travers les guerres nombreuses qui ont ensanglanté ces régions, entraînant souvent la destruction de la capitale, lé fanatisme ou la superstition ont toujours respecté le plus beau monument de Kairouan, dont le minaret élevé apparaît de fort loin aux yeux des voyageurs.
- Cet édifice, où la prière du vendredi s’accomplit chaque semaine avec la plus grande pompe, contient 304 colonnes en marbre de différentes couleurs. Le Mahral ou grande salle de prières, en compte, à lui seul, cent quatre-vingt-quatre. La plupart de ces colonnes proviennent des ruines de l’ancienne Suffettila.
- La religion a consacré Kairouan aux yeux des Africains. Les rois de Tunis ont voulu y être ensevelis. L’opinion générale des musulmans est que le prophète affectionne plus particulièrement les âmes de ceux qui y reposent et qu’il les conduit directement au paradis.
- Les grands et riches personnages n’épargnent rien pour y avoir leurs tombeaux. On y voit des fidèles se déchausser avant d’y pénétrer, ne voulant en fouler le sol que de leurs pieds nus. Enfin tous les musulmans se plaisent à sanctionner le caractère sacré de cette ville qui, dans un avenir prochain, deviendra, suivant eux, une seconde Mecque.
- En 1855, Pélissier a compté, à Kairouan, 26 mosquées et 55 zaoulas. Le nombre en a considérablement augmenté depuis. Les établissements religieux s’élèvent à 149. Les différentes confréries de tous les pays musulmans s’y trouvent représentés, et les tombeaux des anciens dignitaires fatimistes, aglabites ou hafsites, sont entourés de monuments expiatoires que les fidèles aiment à enrichir de draperies, d’ornements, etc.
- L’accès de la ville étant absolument interdit aux Israélites. Kairouan est une des rares cités africaines,la seule peut-être où l’on n’en rencontre pas. Lorsqu’un juif se présente sur le terroire, on l’installe à un endroit appelé dar lamane (maison de sécurité), situé à deux kilomètres au nord-ouest. Pourtant, une seule exception a été faite en faveur Yousef Lévy, l’adversaire de la Compagnie marseillaise dans la question de l’Mnfida. Yousef Lévy, malgré sa qualité d’israélite, a le droit d’entrer librement à Kairouan.
- Quant aux Européens, ils sont quelquefois autorisés à visiter la ville sainte ; mais la plus grande prudence leur est recommandée afin d’éviter quelque conflit, toujours à redouter au sein d’une population fanatique, surexcitée souvent par d’abondantes libations, en dépit des prescriptions du Coran.
- La population de Kairouan peut être évaluée à 20,000 âmes. Dans ce nombre figurent, pour un tiers au moins les € Souahlia » ou « habitants du Sahel, » c’est-à-dire
- des provinces de Sousse et de Sfax. Kairouan étant le seul grand centre de la religion méridionale de la Tunisie, reçoit chaque jour un nombre considérable d’indigènes qui viennent des différentes tribus voisines pour y faire leurs approvisionnements. Cela constitue une population flottante assez nombreuse et qui se renouvelle journellement.
- Les constructions sont tont en briques blanchies extérieurement à la chaux.
- Les habitants n’ont d’ailleurs pas poussé le fanatisme jusqu’à proscrire les produits de manufactures européennes; quelques maisons ont des persiennes peintes en gris ou en vert; {les charnières et les serrures des portes intérieures proviennent d’Europe ; des chaises,des tables d’acajou, etc., figurent parmi les objets mobiliers.
- Quant au costume des habitants de Kairouan, celui des femmes diffère sensiblemenj du costume des Tunisiennes. Les musulmanes y sont presque toujours vêtues d’un haïk de teinte sombre noir ou bleu foncé. Ces étoffes sont de mises dans les provinces de Sousse et de Sfax, qui sont en communication constante avec la ville sainte.
- Les femmes sortent souvent seules et se réunissent aux portes nord et nord-ouest de Kairouan, d’où elles vont visiter les nombrenx tombeaux des saints les plus vénérés, tels que celui de Sidi Sahnoun, ancien cadi fort célèbre, ou de « Hadj-Djam Errasoul, » où se trouve, dit-on, enterré l’un des brrbiers du prophète
- Les processions se font dans le plus grand silence ; les femmes s’acheminent lentement et pieds nus sans jamais être l’objet de la moindre offense de la part des passants. C'est en raison de ces fréquentes visites féminines que l’accès dos mausolées dont la ville est entourée a été interdite aux Européens.
- La ville est défendue par quelques canons échelonnés le long du mur d’enceinte, qui est fort délabré dans se parties ouest et nord-ouest.
- Quatre portes en bois, bardées de fer, situées < aux quatre points cardinaux, donnent accès dans la cité. L’une d’elles, appelée Bal el Djelladin (porte des peaussiers), est munie d’une double porte intérieure. Au haut de chacune de ces portes, une inscription arabe fait connaître la date de sa construction ou de sa restauration. Toutes remontent à la dynastie des Halsites qui a laissé le plus de traces dans toute la Tunisie. A côté de Bab-Djélladin, une petite poterne toujours ouverte permet aux habitants de communiquer jour et nuit avec les faubourgs extérieurs. Les portes principales sont fermées après le coucher du soleil.
- Autrefois Kairouan était une ville riche, peuplée et florissante. Aujourd’hui, le commerce y est à peu près nul, la science y est à peine connue de nom, et la population, réduite de plus de moitié, ivre de débauche et de fanatisme, semble appeler, par ses excès, la puissance régénératrice de la civilisation.
- t ...—
- ÉTAT CIVIL DU FAMILISTÈRE
- NAISSANCE
- Le 27 Octobre naissance de Bridoux Louise-Vic-torine, fille de Bridoux Edouard et Hamel Victorine.
- Le Directeur-Gérant : GODIN
- SAINT-QUENTIN
- Société anonyme du Glaneur, Grand’Place, 30.
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- 48 ANNÉE, TOME 5 — N3 186 £e numéro hUmnaàdn 20 c. DIMANCHE 18 NOVEMBRE 1881
- BUREAU
- A GUISE (Aisne
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant Fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE
- par renvoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
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- Si le journal n’est pas renvoyé après le 4e numéro, Vadministration fait présenter une quittance d’abonnement.
- SOMMAIRE
- Le Ministère de M. Gambetta. — Voyage autour-du Familistère, 2* partie 1. — Faits politiques et sociaux. — Etudes anticatholiques. — L’Irlande„ — Bibliothèque du Familistère. — Etat-civil. — A propos d'un enterrement civil.
- LE MINISTÈRE DE M- GAMBETTA
- Différents journaux affirment que le ministère de M. Gambetta sera un ministère cle réformes sociales. Quels heureux prophètes seraient ces journaux s’il en était ainsi. Mais nos hommes d’Etat ont-ils le temps de s’occuper des questions d’économie sociale. Ont-ils le temps d’étudier les grands problèmes de t époque, lorsqu’ils sont entraînés au jour le jour, é un côté par les questions stériles de stratégie parlementaire et de l’autre par les affaires politiques durantes. L’orage qui se fait pressentir dans les profondeurs des couches sociales du prolétariat, n’est-il encore assez loin pour qu’on n’en redoute pas
- l’approche, et qu’on se dise : à chaque jour suffit sa besogne, attendons.
- C’est qu’en effet, pour faire entrer le législateur dans la voie de l’équité et de la justice sociale, pour donner aux classes laborieuses la place qui leur est due, il faut de l’intelligence, il faut une puissance particulière de conception. Il est vrai que M. Gambetta a tout cela. Mais l’a-t-il dans le sens propre à lui faire entreprendre ce que réclame la condition moderne des travailleurs ?
- D’ailleurs n’est-ce pas trop demander aux hommes de Gouvernement que d’exiger d’eux des réformes indéfinies. Et s’il est du devoir de la presse de rappeler aux gouvernants la mission qu’ils ont à remplir, n’est-ce pas pour elle un devoir plus grand encore de leur en indiquer les moyens. Malheureusement c’est ce que la presse ne fait pas. Les journaux disent aujourd’hui à l’envi les uns des autres : le moment des réformes sociales est arrivé, mais pas un d’eux n’expose comment ces réformes doivent être opérées.
- La presse sait pourtant bien qu’un gouvernement démocratique, que le gouvernement de la République ne peut guère être utilement autre chose que l’expression de la pensée publique. Il faut donc donner à cette pensée une formule. Il faut que les besoins ressentis dans le corps social arrivent à une expression utile et précise, pour que le gouvernement soit en état de prendre les mesures nécessaires. N’est-ce pas aux journaux, n’est-ce pas à la presse qu’incombe ce travail préparatoire des réformes sociales. Quant à nous, nous concevons les choses ainsi. C’est pourquoi notre revue continuera à serrer de près toutes les questions sociales au point de vue
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- pratique, c’est à-dire au point de vue de l’application. Mais avant d’aborder la question dans ses détails posons-là de nouveau dans sa généralité.
- La question sociale
- Qu’est-ce que la question sociale ?
- C’est le problème à résoudre des garanties du droit social de chacun et de la juste répartition des richesses.
- Combien de personnes, à propos des dernières élections, ont parlé ou entendu parler de la question ou des questions sociales sans savoir en quoi celles-ci consistent, ni quel est le premier mot de leur principe.
- Tout le monde sent vaguement qu’il s’agit de droit et de justice à l'égard des classes laborieuses, mais dès que la période électorale est passée, on oublie facilement ce à quoi l’on ne comprend rien et dont on n’a parlé que pour flatter ses électeurs.
- Par habitude plus que par réflexion, nos députés, nos sénateurs et toute la classe dirigeante considèrent comme absolu le droit de détenir la richesse. Que celle-ci nous vienne de la naissance, de l’héritage, du hasard ou des efforts d’un travail fécond dans ses résultats, nous la tenons pour étrangère au droit des autres hommes.
- Rien dans notre éducation ne nous apprend à réfléchir sur la légitimité de la richesse, sur ses origines, sur les causes qui la produisent ni sur les principes de sa destination naturelle. Rien ne nous enseigne la solidarité que les lois de la vie générale, établissent entre les hommes.
- Les philosophes, les prêtres et les moralistes n’ont parlé de la richesse que pour déraisonner et amonceler mille erreurs à son sujet, souvent en adulant ses possesseurs, quelquefois en vouant l’or au mépris des sages, presque toujours en présentant la pauvreté comme un bien et comme un sort à envier, tout en recherchant la fortune pour eux-mêmes. Nos économistes politiques enfin n’ont vu dans le développement de la richesse que des faits matériels, sans comprendre les lois morales qui s’en dégagent.
- Seuls, les socialistes ont dans ce siècle jeté quelque lumière sur cet important sujet. Saint-Simon, Fourier, Robert Owen, ont particulièrement indiqué la voie de la justice distributive ; ils ont démontré les avantages sociaux que la richesse acquise peut et doit donner aux citoyens. Mais la formule pratique des principes de la véritable économie sociale n’est pas encore assise.
- Rien n’est entré ni dans les mœurs, ni dans la loi pour assigner à l’accumulation de la richesse une
- répartition plus juste donnant à chacun la part équitable qui lui est due.
- Dans la confusion des forces productives chacun cherche à se faire la plus forte part possible de bien-être et de moyens de jouir, sans se préoccuper ni du droit des autres ni de la justice qui devrait régner entre les hommes.
- Nul ne pense que la société a ses lois d’ordre naturel, qu’il nous appartient de chercher ces lois, de les découvrir et d’en faire l’application. Au con-; traire, notre époque est une époque de négations politiques, économiques, philosophiques, religieuses et sociales ; négations qui toutes conduisent à la dissolution du passé sans nous montrer les plans et les principes qui peuvent guider vers une société meilleure.
- Il faut donc que quelques esprits se dévouent à la tâche ingrate de montrer à la société le mal qui la mine et le remède qu’elle doit y appliquer. C’est dans cette pensée que cette Revue a été fondée et que depuis plusieurs années déjà nous travaillons à démontrer à nos hommes politiques l’urgence des questions sociales et de leurs solutions. Mais généralement nos hommes d’Etat ne voient pas que la société moderne c’est le peuple, que les couches sociales qui la composent seront bientôt la puissance des nations et que ceux qui ont charge de gouverner doivent exercer le pouvoir de manière à ne pas sacrifier plus longtemps le droit des masses. C’est ainsi et ainsi seulement qu’ils assureront un ordre durable et prospère.
- Pour les masses présentes, le gouvernement est une question de bien-être par le travail. Il commence à être et il sera bientôt une question de justice dans la répartition de la richesse.
- Dans de telles circonstances, il est nécessaire que la lumière se fasse sur les vrais principes de l’économie sociale; c’est pourquoi je vais en placer de nouveau les éléments devant les yeux de mes lecteurs.
- Il est évident que les avantages et les ressources dont la société dispose sont dus pour la plus forte partie à des causes antérieures à nous. Les biens naturels d’abord sont l’œuvre d’une puissance supérieure dont l’action s’exerce sans cesse indépendamment du travail de chacun de nous ; et ce n’est qu’en empruntant aux forces et aux ressources de la nature les éléments de notre existence que nous pouvons être nous-mêmes, que nous pouvons produire quelque chose. Malgré cela l’homme croit qu’il est tout dans ses actions, qu’il ne doit rien a personne, rien à ses semblables des biens qu’il conquiert.
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- tfais si l’on regarde avec plus d’attention, on voit je si l’homme laboure la terre et lui confie le grain il attend la récolte, ce n’est qu’une partie du .,vail à accomplir pour faire fructifier le sol. Que tiendraient les semailles si la puissance de la je ne donnait la chaleur, la lumière, l’air et l’eau .^pensables pour les faire germer, croître et jùrir. Notre action n’existe donc qu’avec l’aide assistance extérieure.
- ,\utre exemple. L’homme extrait du sein de la ,rre les minéraux préparés dans le travail de for * nation du globe ; il les réduit, les métallisé et leur ut subir mille transformations à son usage. Mais ; la nature lui donne d’abord le minerai, premier jément sur lequel s’exerce le travail de l’homme, je lui donne en outre, le charbon produisant la Valeur nécessaire à la fusion, l’air sans lequel la Valeur ne pourrait se développer, enfin l’eau probant la vapeur qui constitue la force motrice aoderne mettant en mouvement tous les engins de ravail que l’homme peut créer.
- Ces emprunts faits au fond commun de la nature et [concours que celle-ci prêle libéralement à l’homme ans toutes les opérations de la production sont une mrt puisée dans le domaine naturel, domaine au-;iiel tous les hommes ont des droits solidaires. Cela mplique des devoirs de la part de ceux qui peuvent itiliser ces ressources et en tirer profit. Ils doivent, a reconnaissance des services qu’ils reçoivent de la rie générale, une part de leurs profits aux faibles, mx invalides, à ceux enfin qui ne peuvent se procurer ce que la nature a fait pour eux comme pour es autres hommes.
- Non-seulement la société doit à tout citoyen l’é-îiivalence de son droit naturel, mais aussi l’équiva-;®ce de son droit social. Il importe d’établir ce •^nd point autant que le premier et de les confirmer l’un par l’autre.
- Dans sa marche ascendante vers le progrès, l’humanité a accumulé de générations en générations, îes découvertes tendant à améliorer l’existence de ^omme. Les procédés, les moyens, les ressources î111 résultent de cet acquis apporté par le génie ^main, sont entrés dans le domaine public et s’a-’Utent aux ressources naturelles pour rendre le ^’ail et la production plus faciles. Mais, par oubli justice, au lieu de servir à augmenter le bien-:tre général, ces avantages sont utilisés comme ^xdu domaine naturel au profit d’un petit nom-Jl>e) et la masse laborieuse qui met en mouvement °utes ces ressources n’a même‘pas la garantie de la sécurité du lendemain ni du secours ^ malheur. Elle est abandonnée aux rigueurs
- de l’adversité, du chômage, de la maladie, aux besoins de la vieillesse, pendant que le domaine public aide sans cesse à l'accroissement de la richesse au seul profit de ceux qui déjà possèdent quelques biens.
- Ceux-ci ne se doutent même pas que les richesses dont ils disposent soient redevables de quoi que ce soit aux autres hommes.
- Et pourtant le domaine public contient à côté de la richesse privée la somme des biens qui appartiennent à tous : chemins, routes, canaux, chemins de fer, édifices publics ; mais la richesse privée ayant absorbé le domaine naturel, c’est pour elle en grande partie et à son bénéfice que fonctionne le domaine public.
- Le gros de la richesse s’accumule entre un petit nombre de mains. Le capital s’empare de toutes les entreprises ; il absorbe les bénéfices nets.
- Dans une telle situation, il semblerait qu’au moins la richesse dût entretenir à elle seule les services de l’Etat puisqu’elle en retire de si grands.avantages. Eh bien, non ! C’est au labeur, c’est aux classes laborieuses qu’en incombe encore la plus lourde part.
- Il est vrai qu’aujourd’hui on n’a plus recours aux tailles ni à la corvée ; mais de plus savantes combinaisons ont succédé à celles-ci pour dissimuler les charges qu’on fait peser sur les classes ouvrières. On grève d’impôts les denrées de consommation. De cette manière on ne prend plus au travailleur sa récolte ni le produit sorti de ses mains, mais on lui reprend par l’impôt partie du salaire qui lui a été payé pour son travail.
- L’impôt payé par la richesse est peu de chose comparativement à l’impôt indirectement prélevé sur le travail, la production et la consommation.
- Pour tout homme animé de l’amour du juste et qui, avec calme et sans prévention, tient compte de ces faits, il n’est pas possible de ne pas reconnaître que la répartition de la richesse se fait d’une façon abusive, sans équité et sans principe.
- Il résulte, en effet, des considérations qui précèdent que les bénéfices et la richesse qui sans cesse s’accumulent dans notre civilisation présente, sont le résultat de l’action combinée des facteurs suivants :
- f Les éléments et les for-
- 1° Le domaine naturel.) ces de la nature ; èt public
- 2° Le Capital
- 3° Le Travail
- Les ressources du domaine public. Immeubles ;
- Valeurs mobilières.
- Etudes et direction ; Main-d’œuvre.
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- Pourquoi, en présence de ces facteurs indispensables à la production, le Capital se prétend-il seul autorisé à prélever les profits et les avantages créés par l’action commune des divers facteurs ?
- C’est là à n’en pas douter un abus de pouvoir des classes dirigeantes en position de faire la loi.
- Lorsque dans la société toutes les places sont prises, la société elle-même doit ménager à tous ses membres accès à la vie sociale et donner à ceux qui sont sans ressources, l’équivalence des biens naturels auxquels ils ne peuvent toucher.
- Elle le doit non-seulement parce que les déshérités ont un droit naturel au fond commun et qu’ils sont privés d’exercer ce droit, mais aussi parce qu’ils ont un droit social à la part des biens résultant des services du domaine public et-de la plus-value que ces services apportent à la propriété et à la fortune passées aux mains de détenteurs.
- Ces abus dans la répartition des richesses sont aujourd’hui signalés à l’attention publique par les classes laborieuses. Mais comme il arrive dans toute réaction, les revendications dépassent à leur tour les limites rationnelles du juste, en niant l’utilité et la nécessité du capital et, par conséquent, son droit à une part dans les fruits de la production.
- Depuis longtemps j’affirme comme principe de science sociale que les facteurs de la production indiqués ci-dessus, sont ceux qui doivent servir do base à la répartition de la richesse dans la société. Cette vérité n’a pas encore eu les honneurs de la discussion ; peut-être même n’a-t-elle pas été comprise.
- Il est vrai que cette idée à elle seule est tout un plan nouveau d’économie sociale et que nos économistes politiques se soucient fort peu d’aller à nouvelle école, surtout à une école qui renverserait leurs principales données et leurs principales vues économiques, à une école qui établit la loi économique de la solidarité sociale et du droit de chacun à la protection mutuelle et nationale contre l’adversité et le malheur.
- L’opinion publique et la chambre des députés ont déjà abordé l’idée des caisses de retraite pour la vieillesse et les invalides du travail. Un pas de plus et l’on songera à organiser les assurances nationales qui étendront les bienfaits de la mutualité sociale et donneront aux travailleurs les garanties nécessaires pendant le chômage, la maladie et la vieillesse.
- Ces institutions nécessaires il ne suffit pas de les indiquer, il faut en étudier et en préciser les moyens, en dresser le plan, afin que nos hommes d’Etat ne soient pas entraînés à croire encore la
- chose impossible faute d’entrevoir comment elle pourrait s’exécuter.
- Cette tâche est celle que ce journal, revue des questions sociales, s’est imposé depuis sa fondation-c’est celle qu’il continuera de suivre pour mettre en lumière les vérités et les intérêts que ces questions embrassent.
- Dans un prochain article je formulerai le pro. gramme pratique des questions sociales dont nos hommes d'Etat, ministres, députés, sénateurs, journalistes devraient chercher la solution prochaine.
- CODIN.
- VOYAGE AUTOUR DU FAMILISTÈRE
- DEUXIÈME PARTIE I
- Si en présence du bâtiment du Familistère, l’on ne peut s’empêcher de s’arrêter et de le regarder non sans une surprise mêlée d’admiration, comme lorsqu’on se trouve en face de toute œuvre ayant un caractère incontestable de grandeur et d’originalité, il n’en est point de même de l’usine vue de l’extérieur. Cette construction n'a rien de caractéristique, rien qui attire l’attention, et le passant qui ignorerait l’importance de cet établissement ne s’en douterait pas en le voyant de sur la route. Cette porte charretière placée entre deux constructions communes et sans cachet ne trahit en aucune façon une manufacture de cette importance. On pourrait aussi bien la prendre pour l’entrée d’une ferme ou d’une entreprise vulgaire quelconque, que pour ce qu’elle est en réalité, une usine vraiment considérable.
- Est-ce à dire que la pensée créatrice si progressiste de ces établissements ait réservé pour le palais social tous les perfectionnements, toutes les améliorations possibles, en laissant l’usine aux vieux errements, aux routinières allures ? Ce serait mal la connaître que de le penser, et, tout au contraire, en pénétrant dans l’intérieur de la manufacture, nous trouverons encore à signaler de véritables merveilles industrielles, qui ne 1e cèdent en rien, et qui surpassent même tout ce que nous avons eu déjà occasion d’admirer dans l’enceinte de l’habitation unitaire. Mais le luxe architectural extérieur était ici superflu, et il en a été fort sagement exclu. Ce qu’était cet aspect au début de l’entreprise, le voit encore aujourd’hui.
- Avant d’entrer dans les détails des nombreuse» branches de la fabrication, multipliées pour ains1 dire à l’infini, nous voudrions donner une idée bien
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- aCte de l’ensemble. Tâche considérable, car cette .j0e, dont les constructions seules couvrent une ondue de plus de quarante mille mètres carrés, ou Ljt une superficie de près de cinq hectares, comprend L multitude d’ateliers dans lesquels un nouveau Lu se perdrait dix fois, en voulant passer de l’un à Ltre sans guide.
- Quatre vastes fonderies avec leurs cubilots, d’où la Le ruisselle ardente et liquide avec un éblouissant liât, leurs ateliers de moulage occupant des cen-Lesd’ouvriers, et ceux de l’ajustage, de la râpe-L la forge, l’émaillage, la fonderie des modèles, Lrs interminables magasins, leurs halles à coke, à Le réfractaire, à sable, leurs fours à verre, leurs Lderies malléables et de cuivre,leurs ateliers d’em-liage et de minage, et surtout la principale mer-llle de l’établissement, ses deux moulages méca-Les, forment un ensemble grandiose, imposant qui liait sur l'esprit du visiteur quelque chose d’ana-Leà l’impression que l’on ressent en présence lade ces grands spectacles de la nature, comme Lpect de l’Océan ou du Mont-Blanc. Là c’est la Indeur de Dieu que l’on admire, ici c’est la gran-lidu génie de l’homme, ce microcosme divin qui sforme la matière brute en chefs-d’œuvre d’in-fcrie ou d’art.
- «véritable monde industriel, où, comme dans une ptesque ruche un millier d’êtres humains traitent et se meuvent dans une action incessante, Ipoint toujours été ce qu’il est aujourd’hui, et fia volonté, la sagesse, l’activité, le génie d’un Ime qui l’a ainsi transformé progressivement F l’espace de moins d’un demi siècle. En 1829, lin petit village de l’Aisne, Esquehéries, le pas-Ipouvait voir dans une petite maison à l’aspect pabte propre à toutes les habitations do village Pe époque, un atelier de serrurier, dans lequel lofant de douze ans au regard calme et profond Pi activement un ouvrier, son père, dont la figure P éclairée des rouges lueurs de la forge, s’illumi-ll>ar intervalles de reflets rougeâtres fantasti-, f Cet enfant était déjà sérieux et rêvéur; sa p s’était élevée depuis longtemps au-dessus dés r^e son âge, et, ainsi qu’il nous l’apprend lui-r< “ lorsqu’à l’âge de huit à dix ans, il était riQrles bancs de l’école du village, où centqua-f eûfants venaient s’entasser les uns sur les P un air méphitique, et passer le temps à F^àrecevoir la férule du maître, au lieu d’un riment profitable et régulier, il lui arrivait réfléchir sur l’insuffisance et l’imperfec-l’s méthodes d’enseignement qu’on leur appli-
- « Il se disait souvent : si j’étais professeur, j’enseignerais mieux les élèves qu’on ne le fait ici, et il se demandait s’il devait se livrer à l’enseignement.
- « Mais aussitôt, d’‘t-il, un sentiment intime me poussait à cette autre pensée : Non, je dois me livrer à l’apprentissage des arts manuels, car, par eux, j’ai un grand exemple à donner au monde dans la sphère où j’agirai.
- « Cette idée persistante, dans un âge aussi peu avancé, est au moins un fait singulier, surtout si l’on tient compte de l’excessive timidité dont il fai-
- sait preuve, alors dans tous ses actes, et des pénibles difficultés qui offraient à son tempérament frêle et délicat les travaux qui s’exécutaient sous ses yeux. »
- « Pourquoi,demande-t-il lui-même,en rappelant ces impressions de l’enfance, pourquoi un pareil objectif dans un jeune esprit devant lequel nulle perspective n’était ouverte, et pour lequel tout semblait renfermé dans le cercle étroit d’une vie de travail et de pauvreté? »
- Il voit lui-même dans ce fait une question intéressante de psychologie que nous aimerions à étudier, si cela ne nous éloignait pas outre mesure de notre sujet.
- Cinq ans après,il quittait le modeste atelier paternel, pour aller chercher dans les villes un travail plus rémunéré et plus complet. Il nous apprend qu’en se mêlant alors à la masse ouvrière des villes et du compagnonnage, il s’attendait à voir partout des supériorités en savoir et en capacité chez les ouvriers qui l’entouraient, et c’est dans ces dispositions d’esprit qu’il entreprit cette existence de labeur quotidien le retenant à l’atelier depuis cinq heures du matin jusqu’à huit heures du soir.
- C’était sous le règne de Louis-Philippe,c’est-à-dire au début de ce régime qui inaugura cette vaste exploitation de l’homme par le capital, qui commença cette série de fortunes réalisées en peu de temps, grâce au développement imprimé à l’industrie par la création des chemins de fer, et d’une foule d’autres entreprises, qui portèrent cette exploitation à son apogée sous le second empire.
- Si les capitalistes s’enrichissaient rapidement, les souffrances de l’ouvrier, ses misères et ses besoins restaient toujours les mêmes. Le jeune forgeron d’Esquéheries les voyait de près et à nu,et au milieu de l’accablement qu’il en éprouvait il se promettait, si un jour il s’élevait au-dessus de la condition de l’ouvrier, de rechercher les moyens de lui rendre la vie plus supportable et plus douce, et de relever le travail de son injuste abaissement.
- Pendant les trois années que dura ce que les tra-
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- vailleurs appellent le tour de France, 31 constata sauvent la singulière anarchie qui régnait dans les salaires, et l’absence de toute règle dans la répartition des fruits du travail.
- « L’offre et la demande, dit-il, étaient la règle économique sans entrailles et sans cœur qui, parfois, quand j’avais accompli un travail procurant des bénéfices exagérés au maître, ne m’accordait à moi qu’un salaire insuffisant pour subvenir à mes besoins; et qui d’autres fois, au contraire, pour des travaux peu lucratifs pour l’entrepreneur me donnait un salaire plus élevé. »
- L’injustice de ce procédé, si commun alors comme aujourd’hui d’ailleurs, impressionnait péniblement son âme qu’elle blessait dans ses aspirations, et enracina dans son esprit la pensée de vouer sa vie à la mission qu’enfant il avait entrevu sur les bancs de l’école.
- Rentré en 1837 dans la maison paternelle, il y travailla encore deux ans avec son père. Au bout de ce temps, il résolut de s’établir à son tour, et suivant l’habitude de ce pays où l’on se marie généralement fort jeune, U épousa une jeune Esqueherienne de son âge, vingt deux ans, et il fonda dans le village même un atelier pour la fabrication d’appareils de chauffage, dans lesquels la tôle était remplacée par la fonte de fer.
- L’entreprise réussit au delà de ses espérances, grâce à l’activité et à l’intelligence du jeune chef d’industrie, qui ne tarda pas à créer des modèles * nouveaux pour lesquels il se fit breveter d’invention. Bientôt il en arrivait à occuper une trentaine d’ouvriers, et ni l’établissement, ni même le village, ne lui offraient plus des ressources suffisantes pour le développement graduel et constant que prenait la fabrication de ses appareils.
- On était en 1846, et le chef n’avait pas encore trente ans, lorsqu’il transporta son établissement dans un milieu plus propice; dans la charmante ville ! de Guise et sur les bords de l’Oise. Il l’installa dans I une propriété d’un hectare environ.
- De cette installation primitive, on retrouve encore quelques intéressants vestiges dans l’établissement actuel. Lorsque vous avez franchi la porte de l’usine, si vous marchez droit devant vous, après avoir passé la loge du concierge, les écuries et le magasin où se trouve la bascule, vous apercevez à droite une construction en poutres entrelacées, dont les’interstices sont garnis de briques, sur les quelles la patine du temps a répandu une teinte de ruine. C’est dans ce réduit, où aujourd’hui les bourreliers ont leur ate- 1 lier, que se trouvait à Esquehéries l’atelier de fonde- I rie, lors de l’établissement définitif du jeune patron. t
- A Guise, il. n’avait pas de destination spéciale fonderie et l’ajustage ayant élu domicile en face^ lui. Ces deux derniers ont été reconstruits et agraj dis conformément aux besoins del'industrie toujotJ en progrès. Mais le premier est resté tel qu’il éta à l’époque de la fondation, et c’est pour cela qu’üe le plus intéressant à voir.
- Cette construction à l’air viellot et misérable côté des immenses bâtisses qui l’entourent de toi côtés, a un cachet de vétusté qui la rend vénérabl C’est là que le riche industriel d’aujourd’hui a je les fondements de sa fortune, que le petit ouvrii d’Esquehérie se préparait, par de sérieux travaux de consciencieuses études, à se.mettre en mesure donner au monde le grand exemple qu’il s et donné pour but dès ses plus tendres années. C’est berceau fécond que cette masure, car c’est làq pris naissance une des plus belles œuvres du siée]
- A quelques lieues de Guise, le touriste qui visij le département ne manque pas d’aller contempler ruines du vieux château de cette puissante fanai, d s sires de Coucy, l’un des quatre grands barons Franco, qui sous la régence de Blanche de Cash faillit enlever à Louis IX la couronne royale, et d ces ruines rappellent la jalousie féroce d’Enguerr; de Coucy, et la haine que son fils Thomas deM lui voua toute sa vie pour venger sa mère, cei pauvre dame de Coucy, Ade de Marie, morte victi de l’atroce haine de son époux, Quelle triste et mentabte histoire que celle là 1 Accablée de maori traitements, durement repoussée par son seiga et maître, l’infortunée passait sa vie dans la wj sion et dans les pleurs.
- « Il n’y a que toi qui m’aimes, » disait-elle à fils Thomas, qui avait répudié le nom de sonf pour garder celui de sa mère. « Oui, je vous?, ma mère, mais que ne me laissez-vous vous veng répondait-il.
- A quelques jours de là, Enguerrand annonçait'j pauvre femme que Thomas allait partir pour la1 sade. Ade consentit à cette séparation, mais a ravant elle demanda pour son fils la bénédich^j son père. « C’en est trop, s’écria le farouche c lain, je ne bénirai point un enfant que je nepQ-, mer. » A peine ces mots étaient-ils prononces. Thomas de Marie était debout, soutenant sabras sa mère évanouie. Quelques jours apre>1' scène sauvage, le caveau de l’abbaye de Nogen‘j vrait pour recevoir les dépouilles mortelles dA Marie. Au moment où la pierre venait d’être s^ un homme se précipita aux pieds de Thomas ej criant: « Mon fils, pardonne-moi! »
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- votre pardon à la tombe, quant à moi, je n’ai pas de pardon pour vous.
- En disant ces mots, il sortit de l’église, s’élança sur son cheval et prit la route de Saint-Quentin,
- Ces hauts barons, Enguerrand IV et son fils Thomas de Marie étaient de véritables brigands, abusant de leur puissance pour rarçonner et piller tous ceux qui s’aventuraient sur leurs domaines, et voilà les souvenirs que les ruines du château de Coucy rappellent à la mémoire du voyageur qui les visite.
- Combien les souvenirs qu’éveille cette masure enclavée dans les immenses constructions de l’usine actuelle du Familistère sont différents ! C’est là que seul, sans le concours de personne, un homme, animé d’un ardent amour pour les travailleurs ses frères, dont il s’était donné pour but d’améliorer le sort, en donnant à tous les industriels ses collègues d’aujourd’hui un exemple salutaire à suivre, a travaillé non-seulement à acquérir la fortune qui devait lui fournir les moyens d’accomplir son œuvre, mais encore à étudier les questions sociales alors sérieusement agitées, pour leur donner une solution pratique et vraie.
- L’auteur d’une comédie inédite* intitulée « les Intrigants » met dans la bouche d’un de ses personnages cette parole éminemment vraie : « Pour moi l’homme n'est grand gu’autant qu'il est utile » Voilà en effet la vraie grandeur ; et à ce compte, combien le fier château des Coucy, avec son passé de brigandages et de meurtres, de haines sauvages et de vengeances cruelles, est petit à côté de cette bicoque informe d’où est sortie la magnifique conception du Parais du Travailleur, et la mise en pratique de l’Association féconde du Travail et du Capital.
- C’est là que fut élaborée cette doctrine qui considère les forces naturelles, dont l’action s’ajoute au travail humain, comme propriété commune de l’humanité, et dont la conséquence logique est que la Société, c’est-à-dire l’ensemble organisé des êtres humains, à l’obligation de ne point laisser mourir de faim les malades, les infirmes, les incapables et les gens surchargées de famille. Elle doit constituer la mutualité sociale. La Société ne l’ayant point encore fait, le grand industriel de G-uise, fidèle aux résolutions prises par le petit écolier d’Esquehéries, l’a organisée lui-même dans ses établissements.
- Or qu’il nous soit permis d’adresser cette question à tous les hommes éclairés et impartiaux, y eùt-il jamais œuvre plus utile que celle-là, et par conséquent plus véritablement grande?
- Saluons donc avant de passer outre, avec respect et admiration, cette humble masure, qui abrita pendant des années la pensée du fondateur éminent, à
- l’œuvre duquel toute la presse étrangère des deux mpndes a rendu, comme à l’envie, un juste et légitime hommage.
- L’histoire cite avec éclat les noms des ouvriers qui ont rendu des services à l’humanité sous une forme ou sous une autre, tels que les Jacquart, les Richard Lenoir, les Breguet, les Brezin et autres. Ce dernier, que l’auteur du Voyage compte parmi ses alliances de famille, fondeur aussi, légua en mourant toute sa fortune, (quatre millions) pour la fondation de l’Hospice de Garches, pour la retraite des pauvres ouvriers âgés, ayant exercé une des professions que le fondateur avait utilisées dans ses usines. Michel Brézin nommait dans son testament cet asile à créer « l’Hospice de la reconnaissance » en indiquant que, dans sa pensée, le legs fait de sa fortune aux ouvriers pauvres et âgés, n’était qu’un témoignage de gratitude envers ceux dont le travail avait concouru à la lui faire gagner.
- C’était justice. Mais ne vaut-il pas mieux, comme l’a fait le grand industriel de Quise, donner à l’ouvrier l’aisance qui met sa vieillesse à l’abri de la nécessité de recourir à l’hospitalité de l’hospice, que de lui créer cet asile lui-même? S’il est vrai, comme l’a dit un des premiers biographes de Brézin, qu’un simple ouvrier a pu, comme Louis XIV, fonder ses Invalides, nous pouvons dire avec non moins de raison qu’à Quise un simple ouvrier a doté le travailleur de ses Tuileries, comme Catherine de Mé-dicis.
- [A suivre).
- FAITS POLITIQUES & SOCIAUX DE LA SEMAINE
- All’iiïros <1© 'OTisnisie, — Les effets de l’occupation de Kairouan se font sentir tous les jours. La démoralisation des insurgés, dispersés dans toutes les directions, paraît complète. Ils sont maL accueillis dans les tribus, qui comprennent combien leur présence les compromet.
- Nombre d’entre elles ont écrit au général Saussier pour demander l’aman.
- On cite notamment les Sendajou Slass, les Kalippa-SSass, les Gouazin, les Zsembs et les Ouled-Sendassen, qui ont promis de dénoncer et de livrer les instigateurs de l’insurrection.
- A
- * ¥
- Démission de M. Albert Gréyy. — M. Albert Grévy, gouverneur général de l'Algérie, a adressé vendredi la lettre suivante à M. le président du conseil :
- « Paris, 4 novembre 1881,
- » Monsieur le président du conseil.
- » J’ai l’honneur de vous remettre, Monsieur le minis-» tre, ma démission de gouverneur générai civil de l’Al-» gérie.
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- » Veuillez agréer, monsieur le président du conseil, » l’assurance de mon profond respect.
- » Albert Grévy. »
- La même lettre a été adressée par M. Albert Grévy à M. Gonstans, ministre de l’intérieur.
- Si nous en croyons les journaux opportunistes, ce serait justement M. Gonstans qui serait appelé à recueillir la succession de M. Albert Grévy.
- * *
- L'Union libérale raconte le fait étonnant qui suit :
- M. G .., vétérinaire à Charleville, fut appelé dernièrement dans une commune des environs pour abattre une vache, dont une des jambes était gravement atteinte de la gangrène.
- Au lieu de tuer l’animal,M. G... l’acbeta et le ramena chez lui. Il lui coupa la jambe et remplaça le membre manquant par une magnifique jambe de bois.
- Depuis ce temps, la vache se porte à merveille, et marche avec sa jambe de bois aussi bien qu’avec celle qu’elle a perdue.
- L’idée de mettre des membres de bois aux animaux est aussi originale qu’intelligente.
- *
- * *
- A propos des prières publiques qui doivent avoir lieu prochainement pour la rentrée des Chambres, un de nos confrètes raconte l’amusante anecdote suivante :
- C’était aux premiers temps de l’Assemblée nationale. Des prières publiques avaient lieu à la chapelle de Versailles. M. Grévy y vint comme président de l’Assemblée nationale, avec M. Thiers, chef du pouvoir exécutif. Les honneurs religieux furent rendus, à l’entrée de la chapelle, au président de la République; Mgr l’évêque de Versailles lui présenta, selon le cérémonial,l’eau bénite au bout du goupillon. Peu accoutumé aux honneurs présidentiels et fort étranger aux choses de l’Eglise, M. Thiers, au lieu de prendre l’eau bénite, prit le goupillon, dont il se mit à asperger lestement l’évêque, son clergé et l’assistance; ce que voyant, les jeunes clercs qui accompagnaient le prélat ne purent s’empêcher de sourire à la figure des deux présidents, graves comme à la lecture d’une constitution.^
- Cependant M. Thiers, qui se croyait à un enterrement, après s’être servi du goupillon, le passa à M. Grévy pour qu’il renouvelât la cérémonie; mais celui-ci comprit, aux sourires des voisins, que M. Thiers avait commis une bévue et, ne sachant que faire à son tour du goupillon, prit le parti de le dissimuler adroitement sous les pans de son habit.
- Sur le signal de l’évêque, le cortège se rend à l'autel, et les deux présidents viennent se placer aux fauteuils, M. Grévy tenant toujours caché de son mieux le malencontreux objet que l’on retrouva sous son fauteuil.
- N’est-ce pas que toutes les histoires de goupillon ne sont pas aussi amusantes?
- ANGLETERRE
- Après une légère accalmie, les troubles recommencent en Irlande. Du fond de sa prison, malgré la surveillance active dont il est l’objet, M. Parnell a réussi à faire parvenir au Freemans’ Journal une lettre dans laquelle il conseille aux fermiers irlandais de renoncer au projet de remplacer la Land league par de nouvelles Sociétés portant le nom d’Association pour la défense des fermiers. Une organisation de ce genre ne pourrait aboutir à aucun résultat sérieux, le gouvernement s’étant attaqué non pas au nom de la Land league, mais à ses principes et à son but. Le gouvernement, d’après M. Parnell, n’hésiterait pas un seul instant d’interdire toute association nouvelle destinée à faire revivre sous une autre forme l’ancienne association supprimée par lui. Après avoir fait un dernier appel à la fidélité des fermiers irlandais, M. Parnell déclare que tous les prisonniers de Kilmani-ham sont prêts à rester enfermés aussi longtemps qu’il
- le faudra. « Ne vous calmez pas, s’écrie-t-il; ne cessez pas l’agitation afin de faciliter notre sortie de prisen travaillez, au contraire, énergiquement à la réalisation du but poursuivi par la Lana league. »
- Ges excitations à la révolte ont été entendues. Samedi dernier, en effet, un conflit très sérieux a surgi à Bel-mullet, comté de Mayo, entre des paysans et des agents de police. Ceux-ci ont été non seulement forcés de repousser la foule la baïonnette au canon, mais voyant que leur vie était menacée, ils ont dû faire feu. Plusieurs paysans ont été grièvement blessés. De nouveaux désordres sérieux ont eu lieu en divers autres endroits. On envoie des renforts de police et des renforts militaires sur les points menacés, et la flotte anglaise,jdit une dépêche de Madrid, qui se tenait dans le détroit de Gibraltar, vient de partir précipitamment pour l’Irlande. Enfin une exécution capitale — la première depuis le commencement des troubles — serait imminente : le boucher Peter Duff,qui a,comme on sait,a assassiné un constable, en le frappant d’un coup de couteau à la tète, dans une des rues de Dublin, vient d’être condamné à mort.
- Le contre-coup de l’agitation irlandaise se fait d’ailleurs sentir en Angleterre, où non seulement elle a amené la naissance d’une ligue des fermiers anglais et écossais, mais où elle a assuré au parti con-ervateur la victoire dans les élections municipales qui ont eu lieu. Les conservateurs l’ont emporté sur les libéraux, grâce au concours des électeurs irlandais.
- Les journaux du soir annoncent que M. Parnell s’est trouvé subitement mal, dimanche soir, dans le salon qui lui sert de prison.
- Il a eu de violentes attaques qui ont duré plusieurs heures. Ce sont des crises nerveuses, sans doute, qui peuvent provenir du froid intense qui règne depuis plusieurs jours. Nous avons eu depuis hier un peu de neige à Londres ; aujourd’hui 1er novembre, elle est tombée toute la journée sans discontinuer. Dans le centre de l’Angleterre, à Wolverhampton, à Acciogton et Mon-mouth, on a subi une vraie tourmente de neige. La neige a tombé toute la nuit à Wolverhampton Dimanche dernier, la police a empêché à Londres, dans Hoxton, une réunion d’Irlandais, convoquée pour constituer une branche de la Land League,
- Il y a eu huit nouvelles arrestations. Parmi les nouveaux suspects incarcérés figure le révérend Mac-Haie qui est arrêté non pas seulement comme suspect, mais comme rebelle. Ce digue révérend a tout simplement tenu un meeting de la Land League, dans son église, qualifiée de chapelle catholique romaine.
- L’anarchie prêchée par les "prêtres dans leurs églises, maintenant que tous les chefs de la ligue peuplent les prisons, continue à se manifester de ci de là. Le-conseil municipal, la corporation de Dublin, continuent à être témoins de scènes peu édifiantes : les partisans de la ligue reprochent aux autres membres d’avoir accordé le droit de bourgeoisie au premier ministre, qui s’est un peu trop vanté de cet honneur dans ses discours de Leeds, et de le refuser à MM. Parnell et Dillon. Le sentiment d’hostilité qui anime la population de Dublin contre la police, va, dit-on, grandissant. Les évictions pour refus de payement continuent ae plus belle. Hier 500 ouvriers se sont engagés à construire une maison pour un malheureux chassé de sa ferme. A Meath et à Derry, on a décidé de prendre candidats pour des élections parlementaires qui vont avoir lieu, deux des suspects qui sont actuellement en prison.
- L’autorité, à Dublin, ne se relâche d’aucune de ses mesures de prudence ni de rigueur, et on attend de nouveaux renforts de troupes.
- Les dernières nouvelles de la prison de Kilmainham confirment que M. Parnell est malade, sans nous informer du degré de gravité de sa maladie. Peut-être sera-ce là le moyen employé pour le relâcher.
- M. Mac-Donald, membre du parlement, l’élu des mineurs du Yoikshire, ancien mineur lui-même, qui avait commencé à descendre dans la mine à l'âge de 8 ans, vient de mourir à 61 ans, a Hamilton, dans le comté de Kamarke, en Ecosse. C’est une perte immense pour la
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- démocratie anglaise. Sa vie fut aussi active que belle et aussi utile que dévouée à ses compagnons de tra\ ail.
- ALLEMAGNE
- Parmi les particularités à noter dans les élections allemandes, il importe de signaler les progrès faiis par le parti socialiste. Malgré les poursuites gouvernementales et peut-être à cause de ces persécutions, les socialistes ont gagné sensiblement du terrain depuis trois ans, aussi bien dans le Nord que dans le Sud de l’Allemagne. Il est probable d’ailleurs que la propagande faite par les journaux officieux en faveur du socialisme gouvernemental de M. de Bismarck est venue eu aide aux socialistes révolutionnaires : plus d’uD s’est dit sans doute que le socialisme a du bon, puisqu’un homme comme le chancelier se plaît à le reconnaître ; mais il aura pré féré donner sa voix à un vrai socialiste qu’à un socialiste par la grâce de M. de Bismarck.
- L’appui administratif n’a pas porté bonheur aux protectionnistes : il en est plusieurs qui ont été battus môme dans des circonscriptions industrielles qui semblaient gagnées d’avance aux partisans des réformes douanières. C'est ainsi que M. Eugène Richter, le principal adversaire de M. de Bismarck dans le Reichstag, a été nommé à Hagen, au premier tour de scrutin, à une forte majorité. Les protectionnistes ont également perdu le siège de Zittau, et M. de Varnbuhler, le plus chaud partisan des projets économiques du chancelier, a été battu dans le Wurtemberg.
- Un autre résultat dont il faut se féliciter tout particulièrement, c’est l’échec du fameux pasteur Stœcker, le chef du mouvement antisématique, lequel se portait contre M. Virchow. C'eût été un déshonneur pour Berlin, pour « la capitale de l’intelligence », si ce fanatique ennemi des juifs avait été élu. Voici l’appel qu’il avait fait distribuer encore la veille des élections :
- « Le moment est solennel. L'esprit christo-teuton se réveille comme aux jours des guerres de l’indépendance pour secouer un joug étranger, une exploitation insatiable, une insupportable oppression. Nous voulons rester Allemands. Un dieu allemand, un cœur allemand, une foi allemande, une liberté allemande, ainsi jadis chaulait Moritz Arndt, le chrétien fidède, le fidèle allemand. Nos législateurs libéraux ne sont que les serviteurs des gros capitalistes, des égoïstes, des juifs et leurs commensaux. Ne souffrons plus que des juifs soient nos juges ni les Traîtres de nos enfants, etc. Votons donc tous pour le candidat antiprogressiste, pour le prédicateur Stœcker. »
- Celte candidature a échoué piteusement.
- La coalition antisémitique et antiprogressiste de la presse officieuse n’a abouti qu’à renfurcer le parti pro- I grossiste et les socialistes.
- Malgré quelques pertes très sensibles, éprouvées, par exemple, à Fribourg en Brisgau et à Mayence, le centre conserve sa force numérique, et il continuera à former le quart du Reichstag et à disposer, par conséquent, d’un nombre de voix qui permettra à ce parti de disposer de l’appoint parlementaire dans les questions importantes. Son alliance s’impose donc comme une nécessité parlementaire à M. de Bismarck, qui devra subir ses conditions ou recourir à VuUima, ratio d’une (dissolution.
- ÉÏCDES ASTI CATHOLIQUES
- I. lues Miracles
- | L’Eglise en a eu dans tons les temps à sa disposition
- S
- f lorsqu’elle en a eu besoin, et aujourd hui encore, | poar les gens qui aiment à se laisser induire en er-> reur, la grotte de Lourdes et la Salette, cette dernière un peu défraîchie pourtant, entretiennent, autant que faire se peut, la tradition miraculeuse. En fait de miracles, l’une et l’autre de ces sources sont peu de chose en comparaison des besoins du temps. Mais lorsqu’on ne peut, avoir de grives, l’on est bien forcé de se contenter de merles.
- Donc il y a eu dans tous les siècles des miracles pour démontrer la divinité du Christ, les dogmes catholiques, la suprématie du pspe, tout le fatras que la scholastique et la théologie ont nièlé aux enseignements purement moraux du crucifié du Golgotha. Les historiens ecclésiastiques l’attestent très formellement, et comment un ensemble aussi imposant de témoignages ne serait-il pas une garantie indiscutable de véracité ?
- Nous avons d’abord les guérisons et autres prodiges opérés par Jésus lui-même, la résurrection, et ensuite les miracles opérés par les apôtres, et enfin tous les miracles des saints, dans les diverses époques de l’ère chrétienne.
- C'est très complet, le nombre en est considérable, et des milliers d'hommes sont morts bravement pour attester tout cela. A une argumentation aussi solidement établie, basée sur des fondements aussi inébranlables, que répondrez-vous, messieurs les détracteurs du catholicisme, demandent triomphants du haut de leur chaire, les prédicateurs apostoliques.
- Mon Dieu, répondrons-nous, nous n’avons que peu de chose à dire. Nous nous contenterons d’émettre très modestement, mais non moins énergiquement, la proposition suivante :
- « Il n’y a pas, il ne peut pas y avoir de miracles, parce que Dieu lui-même voulût-il en faire, ce qui est impossible, Dieu ne le pourrait pas. »
- Pour le démontrer, voyons d’abord ce que l’on entend par miracle : d’après la définition fournie par l’Eglise elle-même, un miracle est une dérogation aux lois de la nature. Il s’ensuit que pour constater d’une façon péremptoire et pertinente la prétendue dérogation aux lois de la nature, la première condition, la condition sine quâ non, c’est de bien connaître toutes ces lois sans aucune exception. Or, quel est l’homme, pour savant qu’il soit, quelle est l’Académie même qui peut affirmer que toutes les lois de la nature leur sont connues ?
- Au nombre des arguments invoqués par les théologiens catholiques pour démontrer la vérité- de leurs dogmes, figurent en première ligne les miracles.
- Si ce prodige de science existait et se présentait devant nous, nous retiendrions de toutes nos forces l’envie de lui rire au nez qui nous viendrait infailli-
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- blement à sa vue, et nous le prierions très instamment de nous apprendre en vertu de quelle loi de la nature on obtient le résultat suivant, dont tout le monde dans l’Inde peut être témoin à chaque instant.
- Nous laissons la parole à un auteur qui a vu le fait, et qui le rapporte en ces termes :
- « Sir Claude Wade était présent à la cour deRund-jit Singh, lorsque le faquir dont parle Osborne fut enterré vivant, pendant six semaines, dans un cercueil placé dans une cave à trois pieds au-dessous du niveau du sol. Afin d’enlever toute chance d’erreur ou de tromperie, une garde de deux compagnies d’infanterie fut établie dans la maison, et quatre sentinelles relevées toutes les deux heures furent placées à toutes les issues, avec consigne rigoureuse d’empêcher d’entrer dans la maison. Six semaines après, le cercueil fut ouvert; l’homme gisait là enveloppé dans un sac d’étoffe blanche assujetti à la tête par un lien; les membres étaient froids et raides, et la tête inclinée sur l’épaule présentant absolument l’aspect d’un cadavre. Un médecin invité à l’examiner ne trouva pas trace de battementde l’artère ni au cœur, ni aux tempes, ni aux poignets, ni au cou. Toutefois il constata du côté du cerveau une certaine chaleur dont on ne pouvait découvrir ailleurs la présence. Les serviteurs chargés de cette besogne retirèrent le corps de son linceul et le plongèrent dans un bain chaud, où ils le soumirent à un régime de frictions spéciales; ils lui retirèrent ensuite des narines et des oreilles des tampons de ouate qui y avaient été placés avant l’ensevelissement, ils lui frottèrent les paupières avec du beurre, et lui appliquèrent par trois fois sur le sommet de la tête une espèce de gâteau chaud d’une épaisseur d’un pouce. Après la troisième application, le corps eut une convulsion violente, les narines commencèrent à se gonfler par l’aspiration de l’air, la respiration se rétablit, les membres reprirent leur souplesse naturelle, mais le pouls restait toujours à peine perceptible. Après une onction sur la langue, les yeux se rouvrirent, le visage recouvra ses couleurs, et le ressuscité reconnut les assistants auxquels il adressa la parole » (1).
- Des faits tout à fait semblables sont attestés non seulement par les auteurs que nous citons, mais par tous les voyageurs qui ont visité l’Inde, et si mes souvenirs sont exacts, ce spectacle a été donné au prince de Galles lui-même dans son récent voyage dans ce pays. Or, de l’ayeu des faquirs eux-mêmes qui en sont les auteurs, il n’y a point dans leur fait
- (1) Voir Blavatsky : « Isis Univeiled, » vol. 1, p. 477.
- Et Osborne : « Camp and Court of Rundjit Singh.’ »
- Et Braid : « On France. » 5
- Et Mrs Crowe : « Night-Side of Nature, » p. 118,
- la moindre dérogation aux lois de la nature, et bien au contraire, c’est en vertu de certaines lois naturelles, totalement inconnues aux Européens, qu’ils obtiennent ces résultats.
- Donc si nous ne connaissons point toutes les lois de la nature, nous sommes dans l’impossibilité matérielle de constater les dérogations qui y seraient faites en admettant que la chose fut possible. Dans de pareilles conditions, affirmer, comme le fait l’Eglise catholique, que tel ou tel acte est accompli en dérogeant aux lois de la nature, c’est avancer aveuglément un fait dont on ne connaît point le premier mot.
- On comprend facilement qu’en présence de la résurrection apparente, mais parfaitement constatée des faquirs après six semaines et même des mois, (car il y en a eu qui sont restés dix mois), la résurrection du Christ, survenue trente huit heures après sa mort, n’offre plus grand’chose de bien extraordinaire, et l’on cite bien des cas de simple létargie, sans parler de la catalepsie, qui ont duré bien plus longtemps.
- Quant aux guérisons par le simple attouchement, l’imposition des mains,comme disent les prédicateurs catholiques, qui ne connaît à Paris aujourd’hui quelque personne qui ne fasse cela journellement soit à l’aide du magnétisme, soit autrement ? S’il n’y avait point un danger pour ces guérisseurs philanthropiques à publier leurs noms, car la faculté leur chercherait certainement noise, nous pourrions en citer une longue liste. Or ces braves gens n’ont aucune prétention au titre de thaumaturge. Du temps de Jésus Christ et des apôtres et même avant eux, les Thérapeutes ne faisaient point autre chose.
- Enfin, pour compléter autant que nous le permet le cadre de cette causerie,la nomenclature des prodiges catholiques, nous citerons un des miracles les plus étonnants de la tradition catholique.
- Sous le pontificat de Honorius II ou d’Alexandre II, (les deux se prétendaient papes en mêmes temps), et en tous cas en Tannée 1062 environ, des démêlés très âpres s’étant élevés à Florence entre l’évêque de cette ville et l’abbé du monastère de Vallombreuse, un des religieux de cette communauté fut chargé de prouver, en marchant pied nus dans un petit sentier large de trois pas, ménagé entre deux bûchers de chacun trente pas de longueur sur dix de hauteur, le sentier rempli de menu bois prompt à être réduit en charbons ardents, la justice de la cause de l’abbé, et ce religieux nommé Pierre Aldobrandini exécuta avec succès cette périlleuse corvée,en présence d’une multitude immense. Comme de juste, Ton cria au miracle, et Ton réclama du pape la condamnation de
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- l’évêque. Le souverain pontife ne s’y laissa pas prendre, car l’évêque, qui connaissait lai aussi le secret de passer pieds nus dans un bûcher, offrit de subir lui-même l’épreuve. Accepter sa proposition étant impossible sans compromettre gravement le miracle, le pape préféra très sagement laisser les choses en l’état, et il ne fut donné aucune suite au litige.
- Tout cela démontre qu’en somme tous ces prétendus miracles n’en sont point. Nous en concluons que, si bien attestés qu’ils soient, ils ne prouvent absolument rien,et que l’Eglise est tout-à-faifc dans l’erreur lorsqu’elle les invoque comme des arguments irréfutables.
- Nous disons qu’il ne peut pas y avoir de miracles parce que Dieu lui-même ne pourrait point en faire, quand même, par impossible, il le voudrait. En effet, Dieu n’est rien ou il est infiniment parfait, et les catholiques ne contesteront point cette vérité. Si Dieu est infiniment parfait, il doit nécessairement posséder la sagesse infinie,non point cette sagesse perfectible de l’homme, qui chaque jour augmente, et qui chaque jour voyant par expérience son erreur de la veille modifie îe lendemain sa décision erronée. Non, la sagesse infinie est parfaite absolument, et nullement perfectible, et il en résulte que ses décisions sont immuables même pour lui. Or les lois de la nature, c’est lui qui les a posées, cela est incontestable; il ne lui est donc pas possible d’y jamais rien changer, d’y déroger en quoi que ce soit. C’est ainsi que l’on peut sûrement défier non-seulement un thaumaturge quelconque,mais même, si le respect le permettait, la divinité suprême de faire que deux et deux ne fassent pas quatre, que la ligne droite ne soit point le chemin le plus court d’un point à un autre, qu’un bâton n’ait pas deux bouts, et qu’une vierge fécondée,quelque soit le moyen employé pour cela, ne cesse à l’instant même de la fécondation d’être vierge.
- Toutes ces choses,si elles étaient possibles,seraient une véritable dérogation à des lois de la nature parfaitement connues, et par conséquent des miracles. Mais c’est précisément pour cela qu’elles sont, matériellement, mathématiquement impossibles.
- Un des grands torts de la religion mosaïque et chrétienne en général, et du catholicisme en particulier, c’est d’avoir versé extrêmement vite dans l’au-thropomorphisme, d’avoir fait Dieu à l’image de l’homme. Dieu n’est point et ne peut être un dieu vengeur, un dieu jaloux comme le qualifient les prêtres juifs et chrétiens. C’est faire injure à la divinité que de lui prêter ces passions mauvaises, qui se trouvent à peine dans l’âme humaine un peu élevée. Dieu, c’est la perfection sans limites; c’est la vie,
- car il est le principe suprême de la vie; il est la vérité, la justice, le bien infini, il remplit l'infinité de l’espace, et seul l’infini est suffisant pour le contenir, parce qu’il n’a point de bornes, point de limites. Aussi est-il un, un et unique substantiellement aussi bien que personnellement, si l’on peut employer cette dernière expression. Il n’y a ni une ni plusieurs personnes en -Dieu, il est impersonnel parce qu’il est la perfection absolue de la substance. Pour lui les actes, produit des sentiments, sont tout, et les formules rien. Sa véritable religion n’a point de dogmes; elle est toute entière dans la morale, et le fondateur du christianisme l’avait bien compris ainsi, car il n’a pas enseigné un seul dogme, et toute sa doctrine est composée de préceptes moraux. Ses prétendus miracles n’étaient pour lui qu’un moyen propre à inculquer dans les cœurs de ses grossiers disciples les sublimes enseignements qu’il voulait faire prévaloir sur la terre.
- Le plus intelligent de ses disciples immédiats, Jean, et le plus habile des apôtres qui surgirent après sa mort, Paul, l’entendaient également de la sorte. Lorsqu’on demandait au premier,devenu octogénaire, qu’elle était la doctrine du Maître, il répondait : Mes petits enfants,(fil\o\\)y aimez-vous les uns les autres, c'est là toute la doctrine de Jésus-Christ. Et le second déclarait bien haut que la science possible et le don de prophétie lui-même, l’abandon de tous ses biens aux pauvres, voire le martyre, sans la charité, ne servent de rien. « Quand j’aurais, dit-il, le don de prophétie, que je pénétrerais tous les mystères, et que j’aurais une parfaite science de toutes choses; quand j’aurais encore toute la foi possible jusqu’à transporter les montagnes, si je n’ai point la charité, je ne suis rien.
- « Et quand j’aurais distribué tout mon bien pour nourrir les pauvres, et que j’aurais livré mon corps pour être brûlé, si je n’ai point la charité, tout cela ne me sert de rien. » (lre aux Corinthiens xm, 2 et 3).
- Transporter des montagnes, dans le langage apostolique, c’est faire des miracles, et St-Paul lui-même dans cette citation reconnaît implicitement que le miracle ne prouve rien, puisqu’il dit que sans la charité, il ne lui servirait de rien.
- La charité, c’est-à-dire l’amour de l’humanité, la fraternité et la solidarité humaine, voilà la véritable religion divine, voilà le seul culte qui puisse être agréable à Dieu. Faire le bien à tous et pour tous, en faire le but unique de son existence, et travailler en conséquence au progrès matériel et moral de soi même et des autres, c’est servir Dieu mille fois mieux selon ses vœux qu’en cherchant à lui attribuer des
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- vues qu’il n’a pas et qu’il ne peut pas avoir, des actes miraculeux qu’il ne peut accomplir, et des défauts absolument incompatibles avec sa nature.
- De la part de Dieu, un miracle, un seul, serait tout bonnement un suicide. Une seule dérogation aux lois posées par sa sagesse, serait une atteinte tellement grave portée à cette perfection, qu’elle ne pourrait point y survivre, et par conséquent Dieu cesserait d’exister par le seul fait. Cela est tellement vrai, que le nier équivaudrait à soutenir que Dieu peut exister sans être infiniment parfait. Telle est pourtant en réalité l’absurde doctrine que professent ceux qui | prétendent que Dieu fait des miracles, et leur aberration d’esprit va jusqu’à se faire des arguments de cette erreur,posée en fait, pour démontrer des dogmes i qui sont éclos dans les cerveaux mal équilibrés des I pères des conciles, qui tantôt proclamaient ortho- * doxe et tantôt qualifiaient d’hérétique le même en- | seignement, à quelques années seulement d’inter- 1 valle. I
- Niera-t-on, par exemple, qu’en *383 le concile de 1 Constantinople n’ait déclaré article de foi, que le g Saint-Esprit procédait du père seulement, et que I quelque temps après, un autre concile, (celui de Ni-cée,je crois), ait également déclaré que ce même esprit procédait du père et du fils? Que le7e concile de Constantinople n’ait anathématiséle culte des images, et que l.e T concile de Nicée n’ait rétabli ce culte, que le concile de Francfort abolissait de nouveau, et ainsi de suite ?
- Malgré la preuve triomphante à leurs yeux des miracles, les prédicateurs catholiques ne peuvent contester que les variations de l'église catholique, en matière de dogme, ne soient aussi nombreuses que les conciles ou à peu près. Autant de conciles,autant de définitions différentes, si bien que ce qui était non-seulement toléré, mais encore ordonné au septième siècle est aujourd’hui sévèrement interdit, et vice-versâ. On n’en finirait pas si l’on voulait les énumérer toutes. Aujourd’hui l’on déclare dogmatiquement le pape infaillible, et depuis Saint-Pierre jusqu’au onzième siècle, on ne compte pas moins de quatre papes condamnés comme hérétiques parles conciles.
- En présence de tous ces faits, on en arrive à se demander s’il est possible que ces gens-là croient véritablement ce qu’ils prêchent, s’ils connaissent leur histoire, ou s'il est vrai qu’ils soient assez ignorants pour être sincères.
- ------- —
- L’IRLANDE
- Les morceaux oratoires qui se débitent à Guil-dhall, aux grands jours de réception, sont presque toujours des exposés politiques. Ils reflètent assez fidèlement, quand ils n’expriment pas d’une manière formelle, la pensée des hommes qui sont au timon de l’Etat. Justifications et manifestes tout à la fois, s’adressant non-seulement à l’auditoire choisi, dénombré d’avance, réuni autour de l’orateur, mais encore et surtout à l’opinion publique ce juge souverain qui siège hors de l’enceinte officielle, ils expliquent la ligne de conduite suivie par le gouvernement à telles et telles époques et tracent celle qu’il se propose de suivre au cours des événements. Ces discours ont donc leurs significations, leur importance. Sans au cun doute cette signification n’est pas toujours très étendue et l’intérêt qui s’y attache n’est pas toujours le même. Cela dépend des circonstances dans lesquelles ils sont prononcés.
- La situation de l’Irlande, les arrestations antérieures faites dans ce malheureux pays et celle toute récente de M. Parnelî, le chef avoué de la Land lea-gue, les mesures prises par le gouvernement de la Reine contre les agissements de la Ligue, tout cela devait donner et a donné en effet au speech de M. Gladstone une importance capitale. Il importe donc, nous le croyons, pour que tout soit bien compris dans cette situation de l’Irlande, que nous retracions ici ce speech. Les paroles tombées des lèvres du ministre anglais le 13 de ce mois, ne sont pas, on va le voir, un simple chef-d’œuvre d’éloquence destiné à produire un effet passager; elles ne sont point une harmonieuse partition d’un opéra, à la mise en scène splendide, et dont on retiendra quelques notes vibrantes, elles sont, avec leur éloquence et la mise en scène, le prologue d’un drame politico-social en... l’on ne saurait dire combien d’actes, et dont le dénouement devrait, si là comme ailleurs la force ne primait pas le droit, tourner à la confusion de ceux qui en ont ourdi l’intrigue.
- Voici de ce manifeste de M. Gladstone la partie qui concerne le pays qui a donné le jour à O’Con-nell.
- « En ce qui a trait à l’Irlande », a dit le premier ministre, « j’ai pu m’assurer que je suis, sur ce su-« jet, en communion parfaite avec mes collègues. « J’ai dit et je le répète, que le gouvernement a un « devoir des plus difficiles et des plus impérieux à « remplir visr-à-vis de ce malheureux pays,et j’ajoute « que ce devoir, nous sommes déterminés à l’accom-
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- plir. Et soyez certains, MM. que ce ne sont pas ià de vains mots : les actes suivront de près les paroles. Je viens d’apprendre que déjà un premier pas a été fait dans celte voie de revendication de la loi, de l’ordre et des droits de la propriété,c’est-à-dire des éléments vitaux de la politique et de la civilisation. Un homme a été arrêté qui, 'pour des causes que je m'abstiendrai de discuter, s’est fait une place prééminente par ses attaques contre l’autorité de la loi à laquelle il a essayé de substituer ce qui, en fin de compte, ne saurait être pour le peuple irlandais qu’oppression et anarchie.
- « Ce n’est pas au peuple Irlandais que nous avons à faire en ce moment. Notre ferme croyance est que la population Irlandaise, et tout particulièrement la grande masse des fermiers qui constitue, comme vous le savez, près de la moitié de cette population, notre ferme croyance, disons-nous, est que la majorité des tenanciers désire faire un essai loyal des clauses "que le Parlement, au prix des plus grands efforts et d’une non moins grande résolution, a pu introduire dans le Land Bill. Ce contre quoi nous luttons est un pouvoir qui a la prétention de se mettre entre le peuple et la loi et dire au premier jusqu’à quel point, quand, comment et à quelles conditions il doit accepter les bienfaits que le Parlement a proclamé devoir s’étendre à tous sans aucune exception ni réserve.
- « Ce que nous craignons n’est pas le peuple Irlandais pris en masse ; mais nous redoutons qu’une partie de lui ne soit corrompue par des doctrines démoralisatrices, et que maints et maints, un par un, sous l’empire de la terreur, ne confient la garde de leur liberté à des mains dictatoriales, et ne placent l’exercice de leurs droits civils sous la tutelle d’une loi inconnue n’ayant d’autre origine que l’arbitraire.
- « Ce n’est point non plus avec rien de ce qui touche à l’exercice d’un gouvernement local en Irlande que nous avons affaire. Ce n’est pas même avec ce qui est connu dans le pays sous le nom populaire home Rule, et qui peut être interprété dans divers sens dont les uns sont parfaitement acceptables et même désirables, tandis que d’autres sont pernicieux et révolutionnaires, que nous avons maille à partir. Non ! Et, qui plus est, en ce qui a trait à un gouvernement local en Irlande, d’après ce que j’ai dit des gouvernements locaux en général, des bienfaits immenses qu’on peut en attendre, de la façon dont le Parlement est surchargé, grâce à une trop grande centralisation des devoirs qui lui sont imposés, vous ne serez pas surpris, MM. d’ap-
- « prendre que , pour ma part, j'accueillerais avec « plaisir, avec bonheur, toute mesure favorisant le-« tablissement d’un gouvernement local en Irlande « ou dans un? partie de ce pays, à cotte seule condi-« tion que cet établissement n’annule pas ou ne « mette pas en péril la suprématie du Parlement « impérial.
- « Encore une observation ! J’ai reconnu le devoir « et la responsabilité qui incombent au gouverne-« ment. Je vous ai prouvé que cette reconnaissance « de ma part n’était pas une parole en l’air. Vous « avez eu la primeur de cette preuve. Mais MM., « qu’est-ce qu’un gouvernement ? Un gouvernement « n’est pas autre chose qu'une fraction d’une com-« munauté,choisie par cette communauté même pour « remplir, avec l’aide de cette dernière, les devoirs « qui s’imposent à lui, gouvernement, ou qui lui sont « imposés. Eh bien, MM., c’est à la communauté « que je viens faire appel clans les circonstances « actuelles, c’est son appui que je viens lui deman-» der, et cette demande n’est pas une requête, mais « bien une réclamation. J’affirme que, par le seul « fait de la responsabilité qui nous incombe et que « nous assumons comme pouvoir Exécutif, nous « avons le droit de faire cette réclamation. Nous « nous adressons donc à toutes les classes de la « société, à tous les ordres, à tous las partis, aux « soldats comme aux chefs, aux dirigeants comme « aux dirigés. Puis, sans vouloir limiter ou atténuer « en rien la critique, voire même les accusations que « l’on peut porter contre nous (là n’est point la « question), je répète que nous sommes le Pouvoir « Exécutif, et qu’il nous suffit de ce titre pour être « en droit et avoir le devoir de réclamer de la com-« munauté l’appui énergique et cordial qui nous est « nécessaire pour traverser cette grande crise natio-« nale.où se trouve en jeu l’autorité de la loi concer-« nant les droits de la propriété. »
- Ces paroles de M. Gladstone, est-il besoin de le dire, trouvèrent un écho dans chaque bon cœur anglais présent à la réception de Guildhall. Les applaudissements ne firent pas défaut et la terre classique de la Liberté tressaillit d’aise à ces accents du grand orateur-homme d’Etat.
- Mais il n’en fut pas de même en Irlande et ce fut un mouvement général d’indignation lorsqu’on apprit l’arrestation de M. Parnell. De toutes parts les meetings se formèrent pour protester contre cet acte brutal,et le maire de Dublin, à la tête d’une députation de nobles, vint ^exposer ses griefs à M. Forster et se plaindre des provocations de la police. Plaintes inutiles, démarches vaines. Le gouvernement anglais avait prononcé son aléa jacta est, il était en plein
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- dans la voie des mesures exceptionnelles. Après avoir excité, par la présence inopportune de ses policiers, la colère de la mob il la laissa se livrer à de malheureux excès dans une partie de la ville et, prenant pour prétexte, ce qui n’était en somme qu’un fait isolé, les arrestations continuèrent. Enfin les principaux membres arrêtés ayant, de leur prison, lancé un manifeste signé d’eux, d’eux seuls, la Land lêa-gue se trouva être tout à ccup une association illicite : elle fut dissoute. Et notez bien que le conseil des ministres ne s’assemble point pour prendre en commun cette décision,comme il l’avait fait pour l’arrestation de M. Parnell... il n’y eut point d’hésitation, points de moments d’arrêt dans la suite de ces agissements ; le plan était dessiné, l’intrigue était ourdie, les actes du drame se succédaient sur ce plan et selon le nœud de l’intrigue.
- Voici la proclamation du lord lieutenant d’Irlande relative à la dissolution de la Land league.
- « Considérant qu’une association se désignant « elle même sous le nom de Irish national Land lea-« gue existe depuis quelque temps affichant la pré-« tention de s’immiscer dans le libre exercice des « droits légaux des sujets de Sa Majesté et spéciale-« ment de contrôler les rapports entre Landlords et « tenanciers en Irlande.
- « Considérant que cette association, dans un sys-« tême d’intimidation organisée tout exprès, a es-« sayé de mettre obstacle à la marche de la procédure « en empêchant la distribution des assignations « faites au nom de la Reine, de détourner les sujets « de Sa Majesté de l’accomplissement de leurs obli-« gâtions continuelles et de leurs fonctions légales,
- « Considérant que la dite association a déclaré « hautement que son but était de faire suspendre « tout paiement de loyer et de renverser la loi telle « qu’elle est appliquée en Irlande, au nom de la « Reine.
- « Nous avisons toute personne que l’association se « disant Irish national Land league, quelque soit du « reste le nom dont on l’appelle et sous lequel elle « soit connue, est une association illégale, crimi-« nelle, qu’elle est prohibée et qu’elle sera, s’il le « faut, dispersée par la force.
- « En conséquence, nous prévenons tous les sujets « de S. M. la Reine qui peuvent avoir été affiliés à « cette association d’avoir à s’en retirer et à s’abs-« tenir dorénavant de lui prêter appui, faisant con « naître à chacun que dès lors tous les moyens et « ressources qui seront à notre disposition seront « par nous employés à assurer aux sujets de la « Reine, en Irlande, le libre exercice de leurs droits « légaux, à les protéger dans le libre cours de
- « leurs occupations et de leurs travaux, à faire exé-« cuter tous contrats dans leurs dispositions légales, « à sauvegarder enfin la procédure, le service des « actes judiciaires lancés au nom de la Reine, contre « tout empêchement et toute obstruction.
- « Nous faisons donc appel à tous les sujets loyaux « et bien intentionnés de la couronne, les priant de « nous prêter main forte pour tenir haut l’autorité « de la loi, et maintenir la suprématie de la Reine « dans son Royaume d’Irlande. »
- Et maintenant, pourquoi cette répression? Pourquoi ces mesures que nous nous abstenons de qualifier, que pourrait justifier seulement l’insurrection de tout un pays, es qui sont plutôt propres à provoquer cette insurrection qu’à la prévenir ?
- Comment se fait-il que, pour des faits semblables, des gens jugés non coupables et même non suspects la veille, le deviennent le lendemain !
- Par quel phénomène, sans qu’on puisse mettre rien de nouveau à sa charge, une association permise hier, est-elle illicite aujourd’hui?
- En ce qui concerne M. Parnell, par exemple,sont-ce les dernières paroles par lui prononcées en public qui lui valent, entre autre choses, l’application de la loi des suspects ? Mais de votre aveu, messieurs du gouvernement, ou du moins de l’aveu de vos journaux, le leader de la land league n’a renchéri en rien sur ses dires habituels. Son opinion ne s’est pas modifiée et ses conseils à ses compatriotes sont les mêmes. Il est membre du Parlement tout comme auparavant, Pourquoi son emprisonnement? Pourquoi l’arrestation de ceux qui n'ont fait que marcher sur ses pas et n’ont été dans les derniers meetings où ils ont pu se trouver, que ses échos, pas même des commentateurs ? Pourquoi en tout état de cause l’arrestation de ceux qui sont restés silencieux,inactifs, et dont le seul crime était d’être membres influents de la Land league ?
- Ce fameux manifeste lui-même qui, en somme, n’est pas plus violent que celui lancé en réplique à la lettre de lord Beaconsfield, lorsqne cet homme d’Etat dissolvant le Parlement jetait un défi à l’Irlande, ce fameux manifeste, votre presse officieuse, sinon officielle, n’a-t-elle pas confessé qu’il était pour vous un simple prétexte de sévir saisi avec empressement, mais que loin de redouter l’influence qu’il pouvait exercer sur l’opinion publique ainsi que sur ceux auxquels il s’adressait particulièrement, vous n’aviez qu’à vous en féliciter?
- Et,pour prouver cette assertion,cette même presse n’a-t elle pas extrait des journaux étrangers tout ce qu’elle a pu trouver d’écrit dans ce sens ?
- La lettre de monseigneur E. W. Croke, archevê-
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- que de Cashel, n’a-t-elle pas, toujours dans le même but, été citée et récitée,commentée et recommentée ?
- Pourquoi alors toutes ces rigueurs ?
- Vous avez dit, gouvernement de la Grande Bretagne, par la bouche autorisée de votre premier ministre, que vous ne craigniez pas le peuple irlandais pris en masse, que ce que vous redoutiez c’était qu’une partie de ce peuple, égarée par des doctrines démoralisatrices ne se remit pieds et poings liés, pour ainsi dire, entre des mains dictatoriales, sous la protection de l’arbitraire.
- Mais si là se bornent vos craintes, à quoi bon ce déploiement de forces ?
- Gomment, vous avez en présence de vous, contre vous si vous(le voulez, quoique vous ne paraissiez pas en être certain, une faible partie d’une population qui n'a pas d’armes (car vous n’oubliez pas sans doute que vcus en avez fait opérer le désarmement il y a déjà quelque temps), et contre cette fraction de population de laquelle il n’y a plus à craindre qu’elle se mette entre les mains dictatoriales et sous la protection de l’arbitraire, puisque les dictateurs sont en prison et que l’arbitraire est supprimé ; contre cette fraction de population, disons nous, cinquante mille hommes de troupe et toute la police montée et à pieds ne vous suffisent pas ? Vous envoyez chaque jour de nouveaux renforts et vous annoncez que d’autres sont prêts à suivre ces derniers... Cela vous l’avouertz, peut paraître étrange, pour ne pas dire autre chose ?
- Comment, vous avez la ferme croyance (c’est toujours vous qui le dites par la même bouche autorisée) que la majorité des tenanciers dont la grande masse forme la moitié de la population en Irlande, est désireuse de faire un essai loyal du Land bill, et malgré cette ferme croyance sous le prétexte que vous craignez qu’un pouvoir, la Land league, ne vienne mettre obstacle à ce loyal essai, au nom de la liberté, vous violez cette même liberté. Vous brisez une association que votre Constitution, la Constitution anglaise, vous ordonne de respecter, et vous, les élus indirects de la communauté, vous emprisonnez, au nom de la Reine, les élus directs de cette communauté, des représentants du peuple, en un mot ?
- Vous confesserez sans peine que si, dans cette circonstance, vous faites preuve de dévouement à la Couronne, il n’en est pas de même vis-à-vis de la loi fondamentale du pays, et que si vous vous inclinez respectueusement devant Sa Majesté dont vous voulez conserver la suprématie dans son royaume d’Irlande, vous traitez avec un sans-gêne un peu par-trop... anglais une portion notable de la population
- Ide cette bonne sœur l’Irlande, dans la personne de ses mandataires ?
- Comment, vous accueilleriez, dites-vous, avec plaisir, avec bonheur, toute mesure favorisant l’établissement d’un gouvernement local en Irlande ou dans une partie de ce pays, à eette seule condition que cet établissement n’annulât pas ou ne mît pas en péril la suprématie du Parlement impérial, et lorsque le lord-maire de Dublin, le magistrat élu de la corporation, le représentant de ce qu’il peut y avoir de local dans le gouvernement actuel de l’Irlande, vient trouver le premier secrétaire d’Etat de ce pays et lui met sous les yeux les preuves de la brutalité et des provocations de la police, il est répondu à ce magistrat que s’il ya eu des femmes et des enfants mal traités, blessés,la police a également souffert, et que les mêmes circonstances se présentant, la conduite de l’autorité serait la même ?
- Singulier moyen, vous en conviendrez, de prouver votre sympathie pour ce gouvernement local! Etrange façon de vous y prendre pour justifier la nécessité de conserver intacte la suprématie de ce Parlement impérial au nom duquel vous sembleriez parler ?
- Comment ? Mais à quoi bon de nouveaux points d’interrogation. Vous faites, vous aussi, et à votre manière, de l'illégalité pour rentrer dans Végalité, et ceci à la veille de l’ouverture du nouveau tribunal : la Land court. Vous voulez que devant ce tribunal landlords et tenanciers se présentent librement, et que librement soient discutés les griefs des uns et les intérêts des autres. Soit; nous allons voir si vous êtes sincère dans vos déclarations,et dans le cas où vous le seriez, si pour arriver au but que vous vous proposez d’atteindre, la route que vous prenez est la bonne.
- (A suivre») C. P. Maistre.
- BIBLIOTHÈQUE DU FAMILISTÈRE
- Mme Griess Traut a fait don à la Bibliothèque des livres suivants, ce dont nous la remercions cordialement en notre nom et' au nom de tous les habitants du Familistère :
- Le Paradis trouvé, 1 vol.
- Prières pour les différents âges, 2 exemplaires. L’Avenir des femmes (Journal), 28 numéros.
- Le Bulletin continental, organe de la Confédération britannique pour l’abolition de la prostitution, 6 années, 1876-81 inclus.
- Congrès international du droit des femmes (<5juil-let-9 août 1878).
- Histoire d’un paysan, 1 vol.
- Bulletin de la Société protectrice de l’enfance, 1878.
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- LE DEVOIR
- Bulletin de la Société protectrice de l’enfance, 8 numéros.
- La Solidarité (Association pour la défense des droits de la femme), 20 numéros.
- L'Harmonie universelle et le Phalanstère, Fourier, 1 vol.
- L’Astronomie populaire, Flammarion, 3 vol.
- La.Religion laïque, 12 numéros.
- Chronique humanitaire sur les ambulances et hôpitaux roumains pendant la campagne de Bulgarie, 1 brochure.
- Congrès de Genève. Règlementation de la prostitution, 1 brochure.
- Une voix dans le désert, Mme Joséphine E. Butler, 1 vol.
- Bulletin du mouvement social, 25 numéros.
- Rapports annuels sur le travail des enfants dans les manufactures.
- Fondation d’une colonie sociétaire, 1 brochure.
- La Mort de Jésus, tragédies sociales en 5 actes et en vers, I brochure.
- La police des moeurs (Réunion de la salle Lévis, 10 avril 1880), 1 brochure.
- Deuxième Congrès international, Gênes, 27 septembres octobre 1880.
- The Englihwoman’s review, 6 années.
- De plus, une flûte avec clefs en argent pour la musique du Familistère.
- ÉTAT CIVIL DU FAMILISTÈRE
- NAISSANCE
- 31 Octobre. — Dupont Alfréda-Camille-Onézime, fille de Dupont Auguste et de Huile Marie.
- DÉCÈS
- 2 Novembre. — Baudoux Louis, célibataire.
- A PROPOS D’US CTERREBm CIVIL
- Malgré le progrès que l’on peut constater dans l'opinion, en ce qui concerne les cérémonies religieuses aux enterrements, dont on se passe maintenant beaucoup plus aisément que jamais, tous les jours la presse a, à constater des faits qui démontrent le mauvais vouloir de la gent cléricale, et son peu de respect nous ne dirons point pour ia liberté de conscience (ils ne connaissent que la leur) mais même pour la mort que tous, même les plus misérables des hommes, respectent.
- Tantôt, dans les communes où le matériel des pompes funèbres appartient à la fabrique, c’est celle-ci qui le refuse, afin de forcer les parents à venir quand même à l’Eglise ; tantôt, ce sont les porteurs que l’on intimide, par la menace de perte de leur emploi, et que l’on empêche de fournir leur concours pour embarrasser la
- famille; quelques fois c’est la porte de la nécropole même que l’on a soigneusement verrouillée pour empêcher le cortège d’entrer, et mille autres taquineries mesquines et basses de ee genre.
- Ces réflexions nous sont suggérées par la conduite tenue par l’un des agents de la police municipale de Guise, à l’enterrement civil qui a eu lieu vendredi dernier au Familistère. Le maire, conformément à la loi, exige que le cortège ne quitte la maison mortuaire pour se rendre au cimetière que lorsque la présence d’un agent, représentant l’autorité municipale, donne à cette cérémonie sa consécration officielle. Il fixe en conséquence l’heure du convoi,et transmet ce renseignement au commissaire de police, pour qu’il ait à s’y conformer. En général, la police est très exacte aux enterrements, surtout à ceux qui passent par l’Eglise avant de se rendre au cimetière. D’où vient que cette exactitude ne se trouve en défaut que pour les enterrements civils ? Dans, celui qui nous occupe, l’agent chargé de représenter l’autorité s’est permis de faire attendre la famille près d’une heure... De quel droit, et pour quelle raison?
- Nous n’insisterons pas la dessus, parce que nous savons pertinemment que le commissaire de police, informé de ce procédé par trop cavalier de son subordonné Ta aussitôt vertement réprimandé, en présence même de la famille, à qui il l’a obligé de faire des excuses séance tenante, ce dont nous ne saurions trop féliciter ce magistrat.
- Mais que Messieurs les cléricaux, grands et petits, officiels ou officieux, se> le tiennent bien pour dit, le temps de leur domination ridicule est passé et bien passé; c’est en vain qu’ils en souhaitent et en espèrent le retour. La France leur laissera très volontiers la liberté de leurs pratiques et mômeries, mais elle ne supportera plus qu’ils gênent, en quoi que ce soit, la liberté des autres. A force de tendre la corde iis l’ont fait se rompre, et ia corde rompue ne se renouera pas. Jamais un libre-penseur ne songera à aller entraver dans leurs Eglises leurs cérémonies surannées, mais jamais non plus on ne supportera qu’ils entravent les témoignages de sympathie que Ton croit devoir donner à ses morts.
- Ce que les dévots ont donc de mieux à faire, c’est de se soumettre à l’inéluctable loi de la nécessité, à vouloir bon gré malgré ce qu’ils ne peuvent plus empêcher, et à respecter la liberté de leurs adversaires, comme leurs adversaires respectent et respecteront toujours la leur.
- Nous comptons qu’à l’avenir, Messieurs les agents de police voudront bien ne plus faire ia moindre différence entre l’enterrement d'un curé doyen ou de tout autre personnage catholique important, et celui de l’obscur travailleur qui aura eu assez de bon sens et de logique pour se passer des chants sans conviction et sans portée, de chantres salariés qui ne comprennent même pas les paroles qu’ils chantent.
- Le Directeur-Gérant : GODIN
- SAINT-QUENTIN
- Société anonyme du Glaneur, Grand’Piace, 36.
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- £e numéro hebdomadaire 20 c. DIMANCHE 20 NOVEMBRE 1881
- ANNÉE, TOME 5 — N° 167
- BUREAU
- A GUISE (Aisne)
- Toutes les communications doivent être adressées à M GODIN Directeur-Gérant Fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE
- par renvoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou cîe mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France Un an. . . . Six mois . . . Trois mois . .
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- S’adresser à M. LEYMARîE administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
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- Le journal « LE DEVOIR » est envoyé gratuitement à titre d'essai.
- Si le journal n'est pas renvoyé après le 4e numéro, Vadministration fait présenter une quittance d’abonnement.
- SOMMAIRE
- Programme sommaire des Réformes sociales nécessaires. — Voyage autour du Familistère IL — Faits politiques et sociaux. — L’Irlande II. — Le Socialisme d’Etat Allemand. — Lumière et Chauffage. —- La répartition des Bénéfices Bibliothèque du Familistère. — Variétés.
- Programme sommaire
- DES
- RÉFORMES SOCIALES NÉCESSAIRES
- Réformes sociales d’ordre extérieur
- II
- Abolition de la guerre et de l’esprit de conquête ; réprobation de ses crimes et de ses dévastations.
- Organisation de la paix, du respect de la vie humaine et du travail.
- Concert des nations pour faire prévaloir la justice sur la force dans le gouvernement des sociétés.
- Formation d’un congrès international de la paix, dont les membres seront nommés en nombre égal par chaque gouvernement ; ce congrès ayant pour mission d’étudier les mesures suivantes :
- Protocole de la fédération des nations pour prévenir la guerre et assurer le maintien et la conservation de la paix européenne.
- Etablissement d’un conseil arbitrai international ayant autorité pour juger les différends entre nations.
- Mesures de désarmement général.
- Libre échange entre les peuples ; abolition de toutes les douanes.
- Droit de toutes les nations à la mer ; circulation libre des fleuves et des rivières.
- Entente des nations pour rendre cette liberté effective par l’entreprise de grands travaux d’utilité universelle.
- Réformes sociales d’ordre iatéricar
- Extinction du paupérisme ou de la misère.
- Reconnaissance du droit des faibles aux garanties de l’existence.
- Etablissement d’un impôt de mutualité sociale sur les successions afin d’asseoir ces garanties; obligation pour la richesse d’y contribuer dans la mesure nécessaire.
- Organisation libre des assurances mutuelles natio nales dans la commune contre les besoins, pendant la maladie, la vieillesse et l’incapacité de travail.
- Administration particulière des assurances des hommes et des femmes par des comités élus au suffrage universel, chaque sexe nommant séparément son comité.
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- LE DEVOIR
- Ces assurances subventionnées par l’Etat en proportion des sacrifices et des besoins de ia population.
- Liberté complète à l’organisation et au fonctionnement des syndicats du travail soumis du reste au respect du droit commun.
- Simplification du régime de nos lois sur les associations, les sociétés et réunions de toute nature. La liberté pour principe et pour base. La loi ne devant avoir d’autre objet que de caractériser et de protéger l’existence et les droits de ces sociétés comme personnes civiles.
- Protection de la loi à toute forme d’association du travail et du capital établissant la participation des travailleurs aux bénéfices. Les statuts faisant loi pour les associés.
- Instruction gratuite et obligatoire, proportionnée à tous les âges et à toutes les capacités. Organisation de la gratuité. Réfectoire à l’école pour les enfants pauvres.
- Classement national du mérite individuel par le concours et l’élection organisés dans toutes les écoles et à tous les degrés de l’enseignement et de l’administration.
- Emancipation civile1 et politique de la femme.
- Le mariage subordonné au seul lien de l’affection mutuelle.
- Le divorce établi pour les époux désunis.
- Tous les enfants reconnus légitimes devant la loi, comme ils le sont devant la nature.
- Effacer cette monstruosité morale, qui, dans notre code civil, proclame bâtards les enfants de l’amour et souvent légitimes les enfants de l’adultère.
- Enfin révision de nos codes et de nos lois pour les mettre en accord avec la saine raison et en écarter toutes les prescriptions surannées contraires à l’équité et à la justice.
- L’impôt payé par la réserve de la richesse acquise.
- Favoriser dans le régime de la propriété les modifications propres à mettre l’usage de la terre en accord avec les besoins d’une exploitation plus profitable.
- Abolition des monopoles et des privilèges. Liberté d’action pour tout ce qui ajoute à la puissance sociale. i
- Liberté de conscience, de parole, de réunion et de cultes.
- Les églises séparées de l’Etat.
- Je donne ce programme sommaire pour poser les questions sur lesquelles je reviendrai dans cette revue, afin de les développer et d’en exposer les motifs. Mais il m'a paru tout d’abord de la plus grande utilité de formuler en propositions et d’arrêter dans un cadre bien défini les réformes les plus urgentes,
- celles dont dépend le sort du * euple et qui, par ce motif, sont la base de la question sociale. Car par la question sociale il faut entendre la sécurité de l’existence humaine et la jouissance du fruitée ses labeurs C’est ce que la société a pour objet de réaliser et c’est ce à quoi aspirent les classes laborieuses.
- Les besoins sociaux et l’opinion publique créent aujourd’hui aux Chambres etau Gouvernement le devoir de s’occuper de cette sécurité sociale.
- C’est pourquoi je crois faire œuvre utile en produisant ce programme. Mais je ne commets pas l’erreur de penser que toutes les propositions qu’il renferme .soient à réaliser immédiatement. C’est un champ d’action dans lequel nos hommes d’Etat peuvent se mouvoir suivant les circonstances et les occasions favorables.
- Le mal dont souffre notre époque réside dans l’absence de programme et dans l’absence de principe. Les pouvoirs sont ainsi condamnés à un conservatisme qui les fait marcher à la remorque des faits et des événements, sans pouvoir prendre une direction franche et assurée dans un sens bien défini.
- Dans un sens opposé cette absence de principe et de programme donne naissance à cet esprit révolutionnaire et anarchique, qui, incapable de rien édifier, ne songe qu’à renverser et à détruire.
- Ce serait donc une chose heureuse si tous les hommes dévoués au progrès se mettaient sérieusement à l’œuvre pour formuler les problèmes sociaux, les discuter, les éclairer de la lumière de la raison et de la réflexion philosophique. L’opinion publique ne resterait pas sous le coup de ce vide social dissolvant qui produit l’impuissance et l’inaction politique.
- Dans la situation présente, nos pouvoirs publics n’ent guère d’autres mobiles que ceux des ambitions et des intérêts individuels. Il faut relever la société de ces vues étroites et égoïstes, en lui montrant le but supérieur qu’elle doit poursuivre et en lui en indiquant les moyens. C’est pourquoi un programme social est nécessaire.
- Les réformes sociales énoncées dans celui qui précède sont de deux ordres : les unes incombent au gouvernement et aux pouvoirs publics ; les autres sont plus particulièrement du ressort de l’initiative des citoyens.
- * *
- Peut être aura-t-on été surpris de voir en tête ces deux propositions :
- Abolition de la guerre.
- Organisation de la paix.
- Pourtant c’est une première vérité à faire accepter, que rien au monde n’a contribué plus que la > guerre au malheur des peuples, et que la guerre a
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- ouvert la surface delà terre du plus grand des forets : la destruction de l'homme par l’homme. Toujours elle a fait du travail accumulé des générations, jes champs de ruine et de dévastation qui, abreuvés ^ sang humain, doivent être ensuite arrosés de la sueur du travailleur pour réparer les désastres volontairement accomplis.
- La guerre est la plus déplorable des aberrations qui se perpétuent dans l’esprit humain.
- De nos jours, des gouvernants, des hommes d’Etat l’évoquent encore comme une chose indispensable à l’honneur national, à la gloire du nom français, voire même comme moyen de civilisation.
- Faux honneur et fausse gloire. Eh quoi î la civilisation par le meurtre, le ravage et la dévastation ! Ah ! vous êtes bien des représentants du passé Messieurs, vous n’êtes pas des hommes de l’avenir.
- Il faut sortir de ces aberrations et de ces sophismes. Il faut que les pouvoirs s’élèvent enfin au-dessus de ces erreurs plus ou moins pompeuses pour entrer dans la vérité vraiment civilisatrice, celle qui a le bien de l’humanité pour objectif.
- La mission de la civilisation moderne, c’est de réaliser le progrès par le travail.
- Les masses laborieuses sont indifférentes à cette politique vide de résultats qui toujours marche au rebours de ce qui peut améliorer le sort des citoyens et du travailleur en particulier. Si la classe dirigeante reste impuissante à inaugurer une politique vraiment sociale, elle condamnera notre civilisation à de pénibles évolutions. Car les conquêtes que le peuple désire aujourd’hui ce sont celles de la justice et du droit, celles de l’émancipation de tous les citoyens par la paix et le travail.
- Il conçoit que c’est par de sages institutions protégeant le travail et les intérêts des classes laborieuses, que la France remplira sa mission de progrès et de liberté.
- Il conçoit que la paix est indispensable au bonheur du monde.
- Il comprend que la guerre ne fait pas seulement verser inuiilement le sang humain, mais qu’elle soutire 1^ vie intelligente des nations. Elle absorbe la vie politique et sociale d’abord dans les préoccupations de l’attaque et de la défense, ensuite dans la réparation des ruines qu’elle a amoncelées.
- Le peuple français aujourd’hui aspire à un plus l'eau rôle que celui dCKÇonquérant. Il comprend que la France, foyer du progrès' soeial et de l’amour de la liberté, doit désormais exercer une action pacifl-^ et moralisatrice. Il comprend que c’est en travaillant à l’amélioration du. sort des masses et en °rganisant la paix entre les nations, que la Républi-
- que Française se donnera en exemple au monde entier.
- La France républicaine, la Franee démocratique ne peut donc plus vouloir la guerre, mais elle aspire à la sécurité, à la tranquillité, qui assureront l’essor continu de son rôle de progrès pacifique.
- La démocratie sociale comprend que six mois de guerre en Europe anéantissent plus de ressources qu’il n’c-n faudrait pour éteindre le paupérisme et la misère, dans les nations qui prennent part aux désastres que la guerre engendre.
- Ce qu’a perdu la France dans la guerre de 1870 suffirait et au-delà pour garantir â perpétuité toute la population laborieuse française contre les inquiétudes et les souffrances de la misère.
- Tout danger d’adversité extrême disparaîtrait pour les classes ouvrières, si lés folles dépenses de la guerre étaient employées en œuvres et en institutions de prévoyance au profit de l’existence humaine.
- Le bien-être des classes ouvrières ne serait plus un rêve, il deviendrait une réalité universelle.
- Voilà pourquoi il faut placer l’abolition de la guerre et l’organisation de la paix au premier rang des réformes sociales.
- (À suivre) Codin.
- VOYAGE AUTOUR DU FAMILISTÈRE
- II
- La vie de l’homme sur la terre pourrait se résumer en deux mots qui rendent toutes ses impressions morales depuis le berceau jusqu’à la tombe. Ces deux mots sont : « Souvenirs, espérances. » Toute l’existence humaine est comprise entre ces deux termes qui. l’enferment fatalement toute entière. L’enfant qui ne peut pas avoir des souvenirs a l’âme pleine d’espérances ; le vieillard dont le champ de l’espérance va se rétrécissant, de plus en plus se réfugie dans le souvenir, et l’homme flotte entre ces deux perspectives qui l’attirent et le repoussent tour à tour. Pour lui, l’espérance de la veille se transforme en souvenir du lendemain, heureux lorsque l’espérance qui s’offrait à lui riante et radieuse ne prend point, avec sa nouvelle forme, un caractère 1 pénible et douloureux.
- Or toutes choses pour lui revêtent successivement cet aspect. La maison qui fut notre berceau, pleine pour nous alors d’espérances et de joies, ne tarde point à se peupler de souvenirs qui prennent leur place et qui ne sont point, nomme elles, sans
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- mélange de regrets et de douleurs. Le cœur a trouvé l’une des branches les plus importantes de l’admi-
- là d’abord des jouissances complètes d’affection et de bonheur que rien ne paraissait devoir troubler ; mais avec le temps, la mort vient nous ravir une à une ces affections dont elle frappe impitoyablement les objets, un pure vénéré, une mère adorée, des frères, des sœurs chéris, une épouse aimée, des enfants qui faisaient notre joie, et ainsi notre pauvre être dépouillé et meurtri, après avoir laissé quelque lambeau de lui-même à chaque ronce du chemin, n’a plus que le souvenir, cette forme dernière et assombrie de l’espérance.
- Cette construction vieillie que nous avons saluée avec respect en entrant dans l’usine, remplie uniquement d’espérances à Esquehéries, et même â Guise, au moment de sa translation, n’est plus aujourd’hui qu’un souvenir, mélangé sans doute, comme la plupart des souvenirs humains,de chagrins et de joies, et destiné probablement à disparaître dans un temps plus ou moins éloigné, pour faire place à des constructions nouvelles plus appropriées aux besoins de l’entreprise.
- Souvenirs aussi, dans une certaine mesure, ces autres constructions contemporaines de l’installation à Guise, loge de concierge à droite, où une brave et digne femme surveille avec une probité à toute épreuve l’entrée et la sortie de cette armée de travailleurs, que la cloche appelle tour à tour au travail et au repos : souvenir ce bâtiment en face de l’entrée, où se trouvait alors la fonderie, et qui fait aujourd hui partie des grands ateliers de l’outillage.
- Souvernirs encore cette construction à gauche que servait, dans les premiers temps de l’usine, d habitation au chef de maison et à sa famille, et qui aujourd’hui renferme les bureaux et la caisse, dans une annexe plus récente ajoutée au bâtiment primitif.
- Cette maison a un rez-de-chaussée et un étage ; elle est divisée en deux parties par une allée sur laquelle, outre les issues de la rue et de la cour, s’ouvrent quatre portes. L’une d’elles donne accès dans la salle du Conseil de l’Industrie, composée de tous les chefs de service, et l’autre du même côté dans le bureau du chef des approvisionnements, prenant jour sur la cour de l’usine. En face de la première, se trouve le cabinet du directeur du service commercial, l’un des vétérans de l’établissement, car il ne compte pas moins de vingt-trois années de bons et loyaux services , dont douze comme directeur de l’usine de Laeken. Participant, sans doute parce qu’il n’habite point le Familistère, ce qui aux termes des statuts est une condition sine I quâ non de la qualité d’associé, il est à la tête de f
- nistration de l’usine. Elle embrasse en effet, outre la correspondance, qui ne peut être que considérable dans un établissement de cette envergure, où ce doit être par centaines que l’on compte les lettres reçues ou expédiées journellement, les mille détails souvent minutieux qu’elle comporte, les achats de matières premières, fers bruts, minerais, fontes de toutes sortes, blanches, grises, truitées, hématites cuivres, tôles, métaux divers, charbons, sables terres réfractaires , que sais-je ? Aussi conçoit-on qu’il faille à l’homme placé à la tête d’un pareil service une somme de connaissances pratiques, variées, en même temps que spéciales, que, seules, une étude consciencieuse et une expérience souvent pénible peuvent fournir.
- L’achat des matières premières joue toujours un rôle prépondérant dans 1 industrie de la production, parce que du choix du moment, de la qualité, du prix de ces achats dépend implicitement la quotité des bénéfices de la fabrication. Tel achat fait en temps opportun peut enrichir un industriel, comme tel autre, fait à contre temps peut le ruiner. Il y a donc pour celui qui en est chargé dans une manufacture une responsabilité immense et particulièrement redoutable. Hâtons-nous d’ajouter qu’ici elle est fort sagement atténuée et amoindrie par la participation du conseil de l’industrie à toutes les décisions relatives aux marchés à passer, aux achats à laire.
- A côté, nous trouvons les bureaux de la comptabilité. La première pièce est occupée par le chef de ce service indispensable dans tout établissement industriel ou commercial, qui a sous ses ordres une trentaine de comptables ou élèves, tous occupés aux écritures de cette gigantesque ruche. Loin de nous la pensée d’établir la moindre comparaison entre des services également utiles et qui plus ou moins se valent tous. Mais chaque fois que nous entrons dans un bureau de comptabilité, que nous avons entendu un jour, qualifier de séjour des morts par un gros banquier Belge, le souvenir d’une discussion dont nous avons été témoins se représente à notre mémoire, et, ma foi, dussent ces messieurs de la comptabilité de l’usine me chercher noise à ce sujet, je veux la leur raconter ici même. J’ose espérer qu’ils ne prendront pas mon récit en mauvaise part.
- C’était dans une grande administration de publicité à Paris. Un courtier très habile et dont le concours était précieux pour l’entreprise, se présente un jour à la caisse, avec un magnifique traité qu’il venait de faire signer par un des plus riches industriels de la Capitale, et qui lui donnait droit à un
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- partage s’élevant à une somme relativement consi-jérable. Le caissier, un vrai type de ces serviteurs jévoués qui finissent par s’identifier si bien avec les intérêts de leur patron, qu’ils ne les distinguent presque plus des leurs propres, lâche en rechignant es quelques billets de banque montant de la commission dûe, et manifeste en le faisant tant de egrets , que le courtier s’en étonne. On discute dors sur la valeur des services que chacun d’eux end à l’administration, et tandis que le courtier iémontre qu’en multipliant le nombre des clients et jn augmentant le chiffre des affaires il rend plus de jervices que personne, le caissier soutenait qu’au -ontraire c’était lui qui avait da supériorité, parce ju’il était arrivé à économiser chaque année sur les fais généraux une somme de trente mille francs de dus que son prédécesseur.
- Soit, répondit le courtier, mais si l'administration l’avait pour bénéfices à la fin de l’année que vos économies, elle mettrait à se ruiner avec vous un ieu plus de temps qu’elfe ne l’aurait fait avec votre prédécesseur, mais à coup sûr vous n’arriveriez pas i l’enrichir par vos services.
- C’est sans doute pour cela que. le banquier Belge appelait son bureau de comptabilité le séjour des morts, ce qui est évidemment aussi injuste qu’exagéré. S’il eût appelé ses employés de cette partie, ses utilités passives, il eut été beaucoup plus dans le vrai, parce qu’en définitive les comptables sont non-seulement utiles partout, mais rigoureusement indispensables. En réalité, le chef de la comptabilité dans une usine doit posséder une somme de connaissances qu’il est rare de rencontrer dans un seul homme. Il faut qu’il soit au courant de tous les détails des prix des matières premières, des frais de fabrication suivant les procédés divers qui y sont employés, des diverses charges qui pèsent sur chaque service en particulier, et sur leur ensemble, afin que ses livres soient un tableau fidèle, une reproduction exacte et bien nette, de toutes les opérations de la manufacture. C’est seulement de cette façon que la comptabilité d’une usine remplit son but, et rend les services qu’elle est appelée à rendre.
- Dans ces bureaux, se trouve le compartiment consacré à la correspondance, enclavé dans l’ensemble des pièces réservées à la comptabilité. Un appareil téléphonique le met directement en communi -cation avec les magasins fort éloignés de là, et permet d’économiser bien des pas et du temps. C’est la partie la plus active, la plus vivante des bureaux et naturellement non pas la moins utile. En face, se place la caisse qui, clans un établissement de cette importance est loin d’être une sinécure. L’on y fait
- souvent queue le matin, sans compter les jours de quinzaine, où le caissier doit être évidemment dans son coup de feu, et grâce au roulement établi parmi les ouvriers de l’usine, ces jours de quinzaine reviennent pour le caissier toutes les semaines. Ce roulement, que l’on pourrait presque qualifier de paye permanente, divise en deux catégories les ouvriers de l’usine appelés à toucher leur salaire de la quinzaine, en prenant pour base de cette division l’ordre alphabétique des noms, sans distinction de spécialités de métiers. Il a puissamment contribué à faire disparaître chez les travailleurs le déplorable chômage du lundi, en le rendant impossible toujours pour une partie d’entre eux, et l’usine de Guise est la première et peut-être même la seule où cette heureuse innovation ait été appliquée et ait naturellement produit ce précieux résultat.
- Au premier sont placés le bureau des études pour la prise des brevets d’invention, que dirige un jeune ingénieur ayant qualité d’associé, malgré qu’il n’y ait que deux ans qu’il habite le Familistère, et le bureau du contentieux, qui n’est probablement pas non plus une sinécure, au milieu des nombreuses transactions d’une manufacture aussi considérable.
- En quittant ce bâtiment et continuant notre excursion dans la même direction à gauche, nous arrivons à l’atelier des modèles, l’âme et le principe de vie de l’Usine. Ici c’est le génie de l’invention de l’homme qui doit jouer le premier rôle, car il s’agit de la création de nouveaux types, du perfectionnement constant et de l’amélioration des modèles anciens. Ce n’est point dans ce local que dame routine pourrait, comme en tant d’autres endroits, se prélasser à l’aise et régner en souveraine. Dans l’atelier des modèles, la routine, c’est l’ennemi que l’on combat à outrance et sans repos. Inventions nouvelles, transformations perfectionnées des inventions antérieures, modifications en progrès sans cesse poursuivies, tel est l’objet constant des études et des travaux, sous l’inspiration du directeur-gérant, du chef de cet atelier, qui compte à peine, lui aussi, deux années de séjour dans l’association dont il est membre de la première heure.
- Les inventions et les perfectionnements réalisés sont nombreux, et en donner le détail serait beaucoup trop long, et nous forcerait à sortir de notre cadre. Ce qui nous frappe cependant, surtout dans les perfectionnements obtenus, c’est qu’en général ils se traduisent par des simplifications aussi naturelles qu’ingénieuses, soit dans la construction, soit dans le jeu des appareils. Souvent la substitution d’un simple levier, d’un coulisseau ou d’un loquet, à
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- tout un système compliqué de chaînettes ou de tiges assemblées, suffit pour rendre presque parfait un assemblage qui laissait à désirer. Du reste, l’entente parfaite des conditions les plus favorables à l’agencement des pièces diverses dont sont formés les meubles, et leur excellent fonctionnement sont une tradition précieuse de l’Usine de Guise, sans rivale à cet égard depuis longtemps.
- Dans cet atelier et ses dépendances, une quarantaine d’étaux sont constamment occupés par d’habiles ouvriers qui préparent les éléments du travail pour plusieurs centaines de mouleurs. Modèles créés, procédés de fabrication améliorés, non-seulement dans l’ensemble, mais encore et surtout jusque dans les plus petits détails, comprenant la bouton -nerie, la quincaillerie, la robinetterie, etc., et enfin surveillance de la bonne exécution dans toutes les branches de la fabrication, tout cela rentre dans les attributions de ce service que nous avions raison d’appeler tout à l’heure l’âme et le principe de vie de la manufacture.
- Mais je crois m’apercevoir, ô lecteur, que je ne vous ai pas encore dit ce que l’on fabrique dans cet établissement, et votre regard depuis que nous sommes entrés ici m’a paru en effet transformé en point d’interrogation. C’est juste; vous avez le droit d’être renseigné à cet égard, et si vous ne l’avez pas été plutôt, cela tient sans doute à ce phénomène qui se produit souvent, et qui fait qu’un homme qui sait depuis longtemps une chose est naturellement porté à supposer chez les autres la même connaissance, ce qui fait que bien des fois, tout en voulant éclairer la route, l’on oublie d’allumer sa lanterne, Allumons-doncla nôtre, pour que vous puissiez y voir clair.
- Ici, l’on fabrique en grand tous les appareils de chauffage sans exception, depuis le modeste poêle à peine suffisant pour y placer une marmite, jusqu’à la grande cheminée de luxe des salons, le tout en fonte, soit ;à l’état naturel, soit vernie, soit émaillée avec une perfection telle, que vous la prendriez pour du marbre ou pour de la faïence. On y construit des cuisinières de mille modèles et dimensions différents, des calorifères, des meubles, des foyers, des torréfacteurs, des buanderies portatives, des pompes, des poteries diverses, des chaudières, des flambeaux et une foule d’autres objets, pendules, encriers, porte-manteaux, que sais-je? On n’en finirait pas de tout énumérer.
- Cela dit, sans sortir de l’atelier où nous sommes, visitons celle de ses dépendances qui se trouve sous le même toit, où nous trouverons une figure amie, avec laquelle nous avons eu occasion de faire connaissance en visitant les appartements du Familis- ?
- tère. Nous sommes dans l’atelier de sculpture de l’Usine. L’artiste en lisant ces lignes sourira, nous en sommes certain, parce qu’il trouvera qu’il est quelque peu prétentieux, à propos d’appareils de chauffage moulés, de parler de sculpture. Mais dussions-nous blesser encore plus profondément sa modestie, nous soutenons que nous disons la vérité et c'est bien le cas de nous rappeler le mot du sao-e • « Amiens Plato, sed magis arnica veritas. » Platon est notre ami, mais la vérité l’est encore davantage.
- C’est dans cet atelier que toute la partie artistique de l’ornementation des meubles et autres produits de l’industrie s’étudie et s’exécute. Or qui ne sait que l’ustensile même le plus vulgaire peut emprunter une valeur artistique considérable au génie de l’artiste qui l’a dessiné et orné ? Les vases Florentins, les coupes ciselées de Benvenuto Cellini et autres artistes de la Renaissance ne sont-ils pas des chefs-d’œuvre? Un flambeau, un vulgaire chandelier peut être une œuvre d’art, si le talent d’un véritable artiste lui donne la pureté, l’élégance de dessins et l’ornementation de goût qu’il peut comporter, tandis qu’il restera un objet commun et sans valeur, s’il est fait par un homme ne possédant pas le moindre sentiment de l’art.
- L’art peut donc trouver sa place partout, il n’est déplacé nulle part, et nous lui rendrons ici comme ailleurs, toutes les fois que nous le rencontrerons, l’hommage auquel il a légitimement droit.
- Lorsqu’un modèle nouveau est créé, l’artiste en exécute une maquette en terre qu’il façonne et modèle à son gré. Peut-être pourrait-on penser qu’il n’a point tout à fait ses coudées aussi franches qu’il serait nécessaire, en raison des exigences de la matière à ornementer, la fonte, qui, surtout avec l’émaillage, ne semble pas devoir se prêter à une foule de petits détails de dessin, qui ressortiraient pâteux et émoussés, sinon du moule au moins de l’opération de l’émaillage. Mais en voyant certains motifs d’ornementation de quelques cheminées de luxe qui font illusion, on ne tarde pas à reconnaître qu’il est possible à un artiste intelligent de concilier la pureté du dessin et son élégance, avec les .besoins de la fabrication et de l’ornementation des produits exploitées.
- La maquette une fois terminée et acceptée définitivement par la direction, est reproduite fidèlement en plâtre, et, dans cet état, elle constitue le modèle définitif, et l’on en fait un moule en sable fin, tassé et serré, ayant la consistance de la pierre, pour en tirer d’épaisseur l’étalon. Cet étalon sert à son tour
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- à construire le modèle en fonte, sur lequel se base ensuite toute la fabrication.
- Rien n’est intéressant comme de suivre la pensée cle l’homme prenant la matière brute et lui faisant subir une série de tranformations, qui finissent par en faire un meuble utile ou un objet d’art. Ce morceau d’argile informe et sans vie peut devenir une statue pleine d’expression, nous allions presque dire de passion et de mouvement, et cette gueuse rougeâtre qui gît dans la poussière et la boue, va dans un moment se présenter à nous sous la forme d’un élégant flambeau ou d’un autre ustensile brillamment nikelé et flattant l’oeil. C’est en effet un des triomphes de l’industrie humaine que cette métamorphose qu’elle fait subir à la matière, avec laquelle elle sait constamment créer des merveilles. Il semble impossible, en présence de ses étonnants chefs-d’œuvre, de nier que l’intelligence humaine ne soit une émanation, une étincelle de l’intelligence divine, créatrice suprême et féconde inspiratrice de tout ce qui est ffieau, vrai et bon.
- (A suivre).
- FAITS POLITIQUES k SOCIAUX DE LA SEMAINE
- ALGÉRIE
- Ih’expéditi©» «laea*» le Sud oraunt». —
- Les premières opérations des colonnes. — Aïn-Sefra, Aïn-Sfisifa, Tyout et Mogha.
- Les trois colonnes dont se compose le corps expéditionnaire qui opère en ce moment, dans 1* région des Ksour, sont arrivées le 28 octobre : la première, commandée par le général Colonieu, à Aïn-Sfisifa; la deuxième, celle du général Louis, à Aïn-Sefra; la troisième, sous les ordres du colonel Négrier, à Tyout. Chaque colonne ne devait être définitivement constituée qu’à son arrivée sur celui des trois points qu’il lui avait été ordonné d'atteindre à cette date du 28. La colonne partie de Géryville (colonne Négrier), devait, par exemple, se compléter en route par l’adjonction de quelques détachements partis d’El-Aricha avec la colonne du général Louis.
- La. colonne Colonieu — colonne du centre — est composée d’un bataillon du 2e tirailleurs, de deux escadrons du 2® chasseurs d’Afrique, de deux autres escadrons du 4e et d’une batterie du 12e d’artillerie. La cavalerie est sous les ordres du colonel du Pitray.
- La colonne Louis — colonne de droite — est formée de trois bataillons du 2e zouaves, d’un bataillon de la légion étrangère et d’un escadron du 2e hussards. L’infanterie est commandée par la colonne Swiuey.
- La colonne Négrier — colonne de gauche — comprend un bataillon de zouaves, un de tirailleurs et un troisième de la légion étrangère, plus deux escadrons (t une section du'36e d'artillerie et deux du 28®.
- Le convoi de chaque colonne compte 2,000 chameaux, et le goum 200 cavaliers environ.
- L’éiat-major du général et le commandant en chef, général Delebecque^ sont partis avec la colonne Coio hieu. On dit que cette dernière aura pour mission de surveiLer les dissidents et les tribus hostiles, du côté de Figuig, pendant que les deux autres, opérant sous les
- ordres directs du général Delebecque, marcheront sur les deux Moghar.
- Il est possible que ce soit là le. plan du général Delebecque; m is ce qu’on en dit n’est que le""résultat des conjectures.
- Pour le moment, tout ce que l’on sait ici, d’une façon certaine, c’est que Aïn-Sfisifa, Aïn-Sefra, et Tyout serviront de base d’opérations, pendant la campagne, et resteront occupés plus tard.
- ANGLETERRE
- Le Times commente en ces termes l’arrivée de M. Gambetta au ministère :
- Lia tâche que tout Français et toute Française porte au fond de son cœur n’est pas prête à être entreprise.
- L’homme qui personnifie les souvenirs les plus émouvants de la République, ne peut rien faire pour revenir en arrière et évoquer de nouveau le fantôme de la guerre. Lui, dont la carrière a eu quelque chose d’héroïque, doit se borner à faire de la politique courante, à modifier les impôts, à créer telle ou tel Le institution, à créer des traités de commerce.
- Mais il faut se souvenir que, s’il a été le dictateur de Tours, !il est de plus un homme des plus habiles, plein de ressources pratiques. Ses qualités lui serviront plus peut-être que ses grands dons. Doué des unes et des autres, il ne peut manquer de réussir.
- Suivant une dépêche de Limerick adressée au Standard, on a opéré en vertu de l’acte de coércition, l’arrestation de trois fermiers de Tullow, comté de Glare, accusés d’intimidation et d’excitation au refus des redevances. La land commission de Limerick a reçu 4,000 demandes de fixation de redevances, et le nombre total des affaires instruites jusqu’à ce jour s’élève à 25,000. D’après le même journal, la première baraque construite aux frais de la ladies land league de Dublin a été expédiée hier à Gioumore et montée pour servir de logement à un fermier évincé. Elle contient trois pièces et une cuisine.
- Dans les propriétés de lord Digby à Grashill, les plus étendues de l’Irlande, des avis ont été affichés pour exhorter les tenanciers à ne payer aucune redevance avant l’élargissement des land leagners emprisonnés. Des placards analogues ont été affichés en grand nombre dans tout le nord de King’s Gounty.
- ITALIE
- La protestation de la démocratie italienne contre l’alliance dynastique et la politique réactionnaire du gouvernement continuent à Rome, à Florence, à Livourne, à Pise, à Naples, à Milan, dans toute l’Ilalie. Malgré les assurances pacifiques de la presse officieuse, il est certain que Tentrevue de Vienne a eu pour objet un plan d’action à l’extérieur et de réaction à i’iatérieur. A. voir l’acharnement que met la police à réprimer toute manifestation hostile à l’autricho et au Vatican,on comprend que les fameux trois articles du marché de Vienne ne tarderont pas à recevoir leur application. A Rome, la commémoration de l’anniversaire de Menlaua a été interdite; à Livourne, la police a troublé dans les cimetières la touchante cérémonie du jour des morts, parce qu'un jeune étudiant avait fait mine de vouloir parler de Mazzini à une époque où « l’apostasie et la servilité sont autant de titres pour arriver au sommet de la hiérarchie. » Pour ces quelques mots il y a eu des enfants renversés, des femmes évanouies, un sauve-qui-peut général dans le cimetière! mais les cent- et quelques jeunes gens qui étaient allés porter des couronnes sur les tombeaux de Mazzini, de Guerrazzi et d’autres illustres morts, ont tenu bon, et la police n'a pu empêcher que la pieuse cérémonie nè s’accomplisse. On sait qu’a Villa Glori ce n’est que grâce à l’intervention de quelques députés et à la sagesse de ceux qui étaient à la tête
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- du cortège qu’il n’y a pas eu lutte à main armée entre les citoyens et les agents de police qui se sont rués sur deux modestes couronnes d immortelles portant les noms de Trente et de Trieste, couronnes que le comité national de ces deux -villes avait fait déposer sur le monument élevé en souvenir de la catastrophe dans laquelle périrent les deux frères Gairoli. Quelques députés et citoyens étant allés se plaindre au directeur en chef de la poiice, ont reçu pour réponse ces paroles textuelles : « Le gouvernement a donné des ordres formels à la police et à la gendarmerie du royaume pour réprimer, même avec les armes, toute manifestation publique, actes ou discours peu respectueux pour le roi. pour le pape, mais surtout pour l’empereur d Autriche. »
- On dit, sans le prouver, que les républicains sont en minorité : pourquoi donc la faction royaliste,qui détient illégalement le pouvoir, ne rend-elle pas au peuple le suffrage universel et sa souveraineté?
- * *•
- Suivant une correspondance télégraphique publiée par le Morning Post du 11. l’entente absolue entre TAu-triche-Hongrie et l’Italie serait prouvée par le fait que le comité d’état-major italien a décidé de suspendre les travaux de fortification le long de la frontière autrichienne, de pousser par contre" activement les travaux de défense du côté de la France, les fortifications de Rome et surtout celles de Palerme.
- ÉTATS-UNIS
- On mande de Philadelphie au 'fîmes :
- Les résultats des élections de mardi montrent que les démocrates auront une faible majorilô dans la législature de New York.
- M, Seth Low, républicain, a été élu maire de Brooklyn. Des républicains ont été également élus gouverneurs du Wisconsin et de Massachussets. Les démocrates conserveront la majorité dans la législature du Maryland. Les * Readjusters » l’emportent en Virginie, où un des leurs a été nommé gouverneur.
- *
- ¥ ¥
- Le procès Guiteau. — M. Scoville, l’avocat de l’assassin du président Garfield, a renoncé, paraît-il, à invoquer en faveur de Guileau les conséquences du traitement malhabile que les médecins de la Maison-Blanche auraient fait suivre au blessé.
- Il ne reste donc plus à M. Scoville qu'à plaider la folie, et l’avocat ne doute pas que surce point il ne puisse fournir à la cour des témoignages d’une autorité indiscutable.
- Une question intéressante et qui jusqu'ici n’avait pas encore été élucidée, c’est celle de 1 argent avec lequel l’assassin a fait l’emplette du revolver," où s’est-il procuré cet argent ? Quelle est la personne qui lui a prêté cette somme?
- Cette personne est, au dire du Herald,, M. Maynard, directeur général d’une compagnie de téléphones, et dont le bureau se trouve au n° 1418 G. Street, N. W. M. Maynard a raconté à un reporter qu’il avait connu Guiteau il y a vingt ans dans le Michigan, qu’il l’a rencontré deux ou trois fois depuis, à Washington, à Boston et à Chicago. Au mois de mars dernier, M. Maynard avait déjà prêté une somme de 10 dollars à Guiteau, sachant bien que celui-ci ne la lui rendrait jamais. Mais, s’il lui a prêté cet argent, c’est qu’il reconnaissait que le pauvre diable avait réellement faim. Au mois de juin, Guiteau est venu encore demander à M. Maynard une somme de 15 dollars. Mû. par le même sentiment, M. Maynard la lui a encore donnée. C’est grâce à cet argent que Guiteau a acheté le pistolet avec "lequel il a assassiné le président.
- Un casde divorce ombarrassaîit. — On écrit de Chicago, 15 octobre, qu’un cas de divorce ex-
- traordinaire vient de se produire devant la cour supérieure de cette ville.
- La femme Elisabeth Falvv demande modestement à être divorcée de ses deux maris. Elle déclare avoir en 1868, épousé a Lyon (Massachussets) le sieur Dennis Falv3^, lequel l’aurait ensuite abandonnée eu 1872.
- Deux ans plus tard, un nommé Edward Hanes lui annonça qu’elle était veuve, et parvint à la décider à se remarier avec lui.
- Mais ayant appris plus tard que son premier mari n’était pas mort et qu’il avail épousé une autre femme, dont il avait eu plusieurs enfants, elle demande en conséquence à être divorcée de Falvy pour cause d’adultère et de Hanes parce que son mariage avec ce dernier était illégal.
- Ce cas est unique en son genre et paraît embarrasser le juge, qui hésite à rendre une décision basée sur un fait que n’a pas prévu la loi.
- ALLEMAGNE
- Arrestation ai© Mb Hasenclever, — On
- télégraphie de Berlin que M. Hasenclever, le uémocrate-socialiste bien connu, récemment élu député au Reichstag, étant arrivé à Breslau pour présider un grand meeting, a été l’objet d’une ovation enthousiaste de la part de la population.
- La police a empêché le meeting, et comme la foule continuait à applaudir le député socialiste, elle Ta déclaré en état d’arrestation.
- Un grand tumulte s’en est suivi; la foule, qui voulait délivrer le prisonnier, a été brutalisée, de même queM. Hasenclever, par la police. L’intervention de la garuison paraissait imminente quand la foule s’est dispersée, cédant aux conseils de quelques chefs du parti socialiste.
- Comme on le pressentait, les scrutins de ballottage sont défavorables à M. de Bismarck. Jusqu’à présent, pas un caudidat conservateur ou catholique n’a été élu. Toute l’actioa électorale des conservateurs consiste à faire triompher des candidats socialistes : c’est ainsi que M. Liebknecht à Mayence, et MM. Hasenclever et Broec-ker à Breslau l’ont emporté sur leurs concurrents progressistes : mais c’est la, convenons-en, une tactique désespérée. Il est de plus en plus douteux que les deux fractions conservatrices et le centre catholique réussissent à obtenir les trente sièges qui leur manquent pour former une majorité. Et encore il n’est nullement certain que, alors même que les trente sièges seraient gagnés, l’entente puisse s’établir entre les catholiques et M. de Bismarck. Cet étal des choses permet de pressentir de sérieuses cotnplicatious dans la politique de 1 empire d’Allemagne ; c’est cela qui a tendu à accréditer le bruit delà retraite du chancelier, qui aurait dit, d après le journal officieux la Poste. qu’il est profondément découragé, et qu’il ne se sent plus la force de continuer l’œuvre d’unification et de consolidation de l’empire. M. de Bismarck a eu trop souvent recours à cet expédient pour qu il faille y voir autre chose qu’une manœuvre électorale. Le chancelier, avant d’abandonner le pouvoir, tentera probablement de nouvelles élections qui auraient alors un véritable caractère plébiscitaire « pour ou contre Bismarck. »
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- Le Correspondant de Hambourg, parlant des bruits de retraite de M. de Bismarck, dit que, si le chancelier a réellement offert sa démission, il n’a pu le faire que dans le but de produire sur l’opinion publique, dans le pays et dans le nouveau Reichstag, une impression favorable à sa personne.
- La Gazette de Voss, abordant le même sujet, s’exprime ainsi :
- « Après toutes les vaines menaces de se retirer qu’a faites Je chancelier jusqu’à ce jour, il est difficile de prendre au sérieux le nouveau ballon d’essai lancé par la Post. »
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- LE DEVOIR
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- La Gmnaria ne croit pas plus que la Gazette de Los,? que M. de Bismaick ait AuLeulioti de quitter le pouvoir et, après avoir dit que t’ « article de la >Jost, relatif à la retraite du chancelier, n’a été considéré que comme un coup tiré en l’air, elle ajoute que le chancelier de l’empire peut être satisfait de cette nouvelle épreuve, qui montre combien est profondément enracinée la foi dans son inamovibilité. »
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- JL» lumière électrique nu service de lu cour* de Russie. Le czar Alexandre 111 s’e.->t installé a Gatsch'na, petit village aux portes de Saint-Pétersbourg, où il compte passer quelques mois chaque année. Le palais habité par le jeuue souverain, vaste édifice comme toutes les résidences impériales on Russie a dû être l’objet de mesures de surveillance minutieuses ; entre autres innovations, il y a lieu de signaler l'introduction de l’éclairage électrique. l)aus la nuit,le lableau est féerique, ou s’arrêterait volontiers à contempler et admirer cette apparition lumineuse dans la plaine, mais la prudence commande à chacun de passer. A l’interieur la joie ne règne pas; l’impératrice, très affectée par les événements, n’a pas quitté le palais depuis dix jours, elle est en proie a uue excitation nerveuse inteuse.
- jf *
- Quatre mois sur un glaçou. — Passer quatre mois sur un glaçon, dans la mer glaciale, est uue aventure assez extraordinaire qui vient d’arriver à des pêcheurs du cercle d’Onéga, écrit-on d’Arkhangel à la Gazette de l'A llemagne du Nord :
- Sept habitants du village de Durakow étaient partis en bateau le 3 février, pour aller chasser les animaux marins emportant avec eux des provisions et des appareils de chasse ei de pêche.
- Le môme jour ils descendirent sur un glaçon flottant, et s’y établirent pour commencer leur pêché; ils y resterons tranquillement jusqu’au 1er mars, où, par suite d’une tempête, le glaçon fut submergé par les vagues glacées de 1 Océan, de* sorte que les chasseurs durent se réfugier dans leur bateau.
- Heureusement, le vent ne dura pas longtemps et ils pu>eut s'installer de nouveau sur leur glaçon.
- Durant quinze jours et quinze nuits ils "allèrent à la dérive le long des côtes jusqu’au moment où le glaçon se trouva subitement entraîné vers la haute mer. Il ne restait plus aux malheureux naufragés qu’a être engloutis, si leur navire de glace venait a s’entrouvir, ou à périr de faim et de froid s’il continuait sa* marche à travers l’Océan loin de toute terre habitée.
- I s ne savaient où ils allaient, et il y avait vingt jours qu’iis voguaient ainsi sur les eaux remplies de banquises lorsque.le jour de Pâques,ils aperçurent la terre. C'était la pointe de Kaniu; mais i s ne purent aborder. Leur joie fut de courte durée ; uu vent violent du sud les poussa de nouveau vers la pleine mer. Leurs vivres s’épuisaient ; ils ne pouvaient se procurer d’autre nourriture que des phoques ou des veaux marins. Ils passèrent encore six semaines dans cet'.e horrible situation.
- Enfin le 27 mai ils aperçurent une autre fois la terre, c’était la même pointe de Kanin; le courant entraîna leur glaçon jusqu'à l’embouchure du fleuve Slelbowo. C’est là que leur odyssée s’e-t terminée; après avoir été ballottés quatre mois sur les fl >ts de l’Océan glacial, où la mort les menaçait à ch <que instant, ils ont pu gagner le rivage et trouver l'hospitalité chez les Samoyèdes.
- L’IRLANDE
- II
- Quand deux parties adverses se présentent devant un tribunal soit pour y exposer leurs griefs, soit pour y défendre leurs intérêts particuliers, quelles
- sont les conditions nécessaires, indispensables pour que soit équitable en tous points le jugement, sentence arbitrale ou autre, qui doit intervenir?
- Parmi les conditions requises, chacun le dira avec nous deux sont essentielles. La première c’est que le tribunal soit composé de façon à ce que l’impartialité la plus absolue préside à ses décisions. La seconde c’est que les parties aient à leur disposition les mêmes facilités, les mêmes moyens pour faire triompher ce que chacune d’ell s prétend avoir de son côté, c’est â-dire la justice de sa cause.
- Eh bien, peut-on attendre cette impartialité de la part d’un tribunal comme le Land court? Choisie comme elle l’est conformément aux dispositions du Land Bill et dans les circonstances actuelles,n’est-il pas per i is de supposer, au contraire, que dans les causes qui seront portées devant elle par Landlords et fermiers, la balance penchera plus volontiers en faveur des premiers que des derniers ? n’est-il pas permis de le supposer, surtout en apprenant que le premier soin d’un des corps de la magistrature, où se recrute le Land court et auquel appartenait M. Par-nell, a été, au lendemain de l’arrestat on de ce dernier, de le rayer sur le tableau des juges du comté de Witcklow?
- Peut-on dire que tenanciers et Landlords arriveront devant la cour avec les mêmes moyens de défense à leur disposition, et jouissant d’une somme égale de liberté dans l’exercice de leurs droits ?
- Cette lutte judiciaire, qui déjà est engagée à l’heure qu’il est, n’est-ce pas celle du pot de terre contre le pot de fer ?
- Où sont les défenseurs, les conseillers des tenanciers, les hommes en un mot qui disposés à faire un essai de la nouvelle loi, s’étaient mis à l’œuvre et devaient soumettre à la Land court un certain nombre de cas choisis parmi les plus importants,la solution desquels devait être, pour ainsi dire, la pierre de touche du Land Bill ?
- En prison? En prison les chefs de la Land league, tandis que fonctionnent sous la protection des autorités les comités orangistes, the Emmergency com-mi'tee et Y Association pour la défense de la propriété.
- Vous parlez des résolutions de la Land league et de leur illégalité; mais messieuis du cabinet de Saint-James, pourquoi vous taisez yous sur les décisions prises par une des branches de Y association pour la défense de la propriété, dans cette réunion qui vient d’avoir lieu de Land lords et de magistrats ces derniers au nombre de trente?
- La Land league recommandait aux fermiers de ne payer taxe ni loyer avant qu’on ait fait un essai du
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- Land bill et, de cette recommandation, par vous transformée en crime, vous avez pris acte pour arrêter les hommes dont vous redoutez l’influence.
- Mais si cette recommandation qui, en somme, n’avait qu’un caractère provisoire, et dont l'effet pouvait n’être que temporaire, était et est encore un crime à vos yeux, comment se fait-il que la résolution votée, comme nous venons de le dire par une branche de Vassociation pour la défense de la propriété, résolution bien arrêtée, bien définitive et qui consiste, de la part de quiconque est disposé à soutenir le gouvernement, à « se refuser d’une manière générale à toutes réductions sur la rente, à s'engager à soutenir tout tenancier bien pensant contre l’intimidation et les menaces, et enfin à verser un pour cent de la valeur de sa propriété, moitié dans la caisse particulière de l’association, l’autre moitié était destinée à des besoins locaux » que l’on ne définit pas... Comment se fait-il, disons-nous, que cette résolution, qui est un véritable défi jeté à la loi puisqu’on lui dit d’avance : « Vous aurez beau nous condamner à faire des rédactions,nous n’obéirons pas », comment se fait-il que cette résolution ait, non-seulement l’impunité pour elle,mais encore l’approbation de ceux qui crient le plus fort à l’illégalité?
- Vous vous applaudissez des effets de vos mesures arbitraires, des arrestations faites, et de la dissolution de la Land league. L’épée de Damoclès que vous tenez suspendue sur la tête de ceux qui ne se hâteraient pas de rompre avec la dite ligue vou * semble devoir produire un effet des plus merveilleux?
- Vous avez raison à votre point de vue,car les arrestations privent les tenanciers de leurs défenseurs,de leurs conseils, de ceux en qui ils avaient confiance pour obtenir le redressement des torts qui leur sont faits.
- Oh oui, vous avez parfaitement raison, car la dissolution de la ligue imprime la terreur salutaire désirée, et les menaces à l’adresse de ceux qui ont été affiliés à l’association sont tellement bien comprises, que le Solicitor choisi par la ligue et entre les mains duquel plusieurs cas de différente nature et d une grande importance avaient été remis, va peut-être, (si déjà cela n’est fait), sous le coup de ces menaces, abandonner complètement les affaires qui lui avaient été confiées ! Et alors c’est pot de terre-tenancier contre pot de fer Landlord.
- De grâce, messieurs, ne parlez donc plus de la sincérité de vos déclarations ! Ne prononcez plus, surtout, le mot intimidation, vous qui non contents de trouver des suspects dans les chefs de l’agitation, allez en chercher chez les fermiers eux-mêmes... Eh mais, ne venez vous pas de faire également jeter
- en prison, sans doute selon un mot tristement célébré, dans le but de rassurer les bons et de faire trembler les méchants, le médecin de plusieurs des principaux détenus parce qu’il avait la témérité, de visiter ses clients dans leur prison. Il est vrai que ces clients étaient en même temps ses amis. Inde irœ.
- III
- L’opinion publique, à laquelle vous avez fait appel et dont vous sollicitez l’appui s’est demandé, après la mise en scène de G-uiidhall, pourquoi vous aviez frappé ces coups inattendus. Car, vous ne l’ignorez pas, en dépit des bravos qui ont accueilli vos paroles, il y a eu de la surprise, de l’émotion même en présence de la brutalité de vos magistrats. On s’est interrogé, et les réponses n’ont pas été identiques partout et chez tous.
- Les uns ont prétendu que le ministère ne s’était décidé à entrer dans la voie des mesures exceptionnelles, que parce qu’il y avait été entraîné par le courant de l’opinion.
- D’autres n’ont pas hésité à affirmer que M. Gladstone avait, en cela, cédé à la crainte qu’un trop grand nombre de tenanciers s’abstinssent d’avoir recours à la Land court.
- D’autres encore ont dit que le gouvernement désireux de donner une bonne leçon à la populace, mais ne pouvant le faire sans prétexte, avait pensé trouver ce prétexte dans un soulèvement que devaient provoquer les mesures par lui adoptées.
- D’autres enfin croient que le premier ministre n’a été poussé à ces rigueurs que par son animosité per sonnelle contre M. Parnell.
- Il peut y avoir un peu de tout cela dans ce brusque changement de politique vis-à-vis de l’Irlande, mais la raison principale, la voici I
- Tant que la Land league a borné ses prétentions à ce que l’on nomme Griffith’s valuation, c’est-à-dire une réduction de 23 à 30 0/0 sur le loyer actuel, on a supposé qu’il n’y avait aucun danger à laisser la société se développer tout à son aise. On croyait, et l’on croit encore que dans le Sud, l’Est et le Nord-Est de l’Irlande,la Lar.d commission serait disposée à faire en moyenne une réduction de 25 0/0. Mais lorsque, la misère augmentant, M. Parnell et ses partisans semblèrent vouloir fixer comme loyer légitime (fair rent) la valeur annuelle primitive du sol, moins la somme nécessaire à l’homme pour se nourrir, se loger et se revêtir ; lorsque la mise en interdit érigée en système politique donna aux Landiords et aux tenanciers une idée de la force de ces derniers ; lorsque l’on vit la puissance d'action du comité cen-
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- tral de l’association ; lorsque en dépit de la ligue elle-même, les éléments mauvais qui se rencontrent dans tous les mouvements de cette nature, eurent donné signe de vie, le gouvernement aiguillonné principalement par M. Forster parut, quoique avec grande hésitation, vouloir faire un pas dans le sens de la répression.
- L’on arriva, ainsi jusqu’au 29 septembre, époque à laquelle un grand nombre de tenanciers devaient, dit-on, six mois de fermage, et que, par parenthèse ils ne pouvaient ou ne voulaient payer. Déjà de la demie année due au printemps dernier, moitié seulement avait été payée.
- Or, selon des statistiques assez exactes, le montant des fermages en Irlande s’élève annuellement à environ quatorze millions de livres sterling,ou en francs trois cent cinquante millions.
- Il y avait donc à ladite date de septembre dernier, des arriérés pour une première somme représentant moitié des fermages du
- printemps. L.3.500.000 ou fr. 87.500.000
- Puis la 1/2 année échue
- en septembre. L. 7.000.000 ou fr. 175 000 000
- En tout. L. 10.500 000 ou fr. 262.500 000
- Les Landlords se plaignaient en outre d’avoir été obligés de consentir à des réductions qui depuis 1877, s’élevaient, y compris un million de livres ou, en francs 25 millions de perte sèche,à 15 millions de livres ou en francs 375.000.000, somme nouvelle qui, ajoutée à celle-ci dessus, constituerait un total de L. 25.500.000 soit en francs 637.500.000.
- C’est dans les conditions que nous avons dites plus haut, et les regards tournés vers ces chiffres apportés par les Landlords, que fut résolue la série de mesures que nous avons fait connaître et dont on ne peut encore prévoir la fin. Ces mesures, on peut donc le dire actuellement,ont été déterminées par le désir de conserver les intérêts des Landlords, intérêts qui, en dépit du Land Bill, ce prétendu pacte de conciliation. sont diamétralement opposés aux intérêts des tenanciers.
- Le grand meeting qui a eu lieu à Hyde-Park, dimanche 24 octobre, et qui n’a pas réuni moins de cent mille, d’autres disent deux cents mille personnes, a protesté contre la conduite du gouvernement anglais, et a stigmatisé son peu d’humanité si manifeste dans l’arrestation de MM. Dillon et Sexton, dont les jours sont mis en danger par cet emprisonnement.
- Il a dénoncé la tentative inconstitutionnelle du gou- ! vernement de la .Reine en forçant le peuple irlandais j à accepter une loi sans valeur et impraticable. Il a j conseillé à la population d’opposer une résistance I
- I passive aux rigueurs et aux provocations du gouvernement, et de rester ferme dans la voie qui lui a été tracée par MM. Parnell et Davitt, jusqu’à ce que selon les demandes de la ligue, « le sol revienne à celui qui le cultive, au peuple. »
- Enfin, en conséquence des mesures prises parle gouvernement et de ses efforts pour anéantir la grande association et l’œuvre qu’elle poursuit, ledit meeting a avisé les tenanciers de se conformer aux instructions du manifeste, et de ne payer rentes ni taxes tant que le gouvernement constitutionnel n’aura pas été rétabli en Irlande. « Si les tenanciers adhèrent à ces principes, a ajouté l’orateur, nous nous engageons à leur prêter assistance en tout et partout, et même à prendre la place de ceux qui peuvent être arrêtés. »
- D’autres meetings moins importants ayant le mémo but ont été tenus en Angleterre. Ceux qui devaient avoir lieu en Irlande n’ont pu se réunir, la police et les so dats en ayant empêché.
- En Amérique, chaque jour l’agitation grandit. M. O’Connor se multiplie. La sœur de M. Parnell et sa vieille mère poursuivent avec ardeur l’œuvre du frère et de l’enfant. Les souscriptions abondent, et tout ce qui compose la grande presse blâme plus ou moins vivement le gouvernement anglais.
- Quel sera le résultat définitif de tout cela? L’écrasement de l’Irlande, sans aucun doute. Mais, après? La question sociale sera-t-elle résolue ? L’apaisement sera-t-il fait dans les esprits ? De nouvelles complications ne se présenteront-elles pas ? Car il faut bien se figurer que l’Irlande n’est pas seule dans le Royaume-Uni à souffrir de ce que, par euphémisme, on appelle la crise agricole. L’Angleterre et l’Ecosse, elles aussi, sentent la nécessité de modifications profondes, non-seulement dans la législation réglant les rapports entre fermiers et propriétaires, mais encore dans l’assiette de la propriété elle-même. L’alliance des fermiers de la Grande-Bretagne prend des proportions qui doivent donner à réfléchir aux détenteurs du sol. Le nouveau programme des réformes par elle demandées et qui s’élabore en ce moment ne s’en tient plus à des remèdes anodins, à des palliatifs; il va chercher le mal jusque dans sa racine.
- Et si, par aventure, ce qui ne serait pas impossible, les travailleurs de la terre des trois Royaumes, comprenant qu’en somme leurs intérêts sont solidaires, venaient à s’unir, et groupés sous le même drapeau marchaient ensemble à la revendication de leurs droits, nous le demandons aux classes dirigeantes, et principalement à ce qu’on nomme Taris-
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- tocratie anglaise, quelle force opposerait-on à ces nouvelles phalanges ?
- On peut bien, pendant un certain temps, fasciner l’opinion publique par de beaux discours comme celui que vient de prononcer M. Gladstone chez lord Derby; mais encore faudrait-il que, dans ces discours, l’on ne donnât pas quelques crocs en jambe à la vérité, comme l’a fait le grand homme d’Etat en parlant d'O’Connell ; encore ne faudrait-il pas que l’on dénaturât l'histoire, ainsi que nous allons le faire voir. ,
- On peut ainsi réussir jusqu'à un certain point à intéresser une partie de la population en faveur d’une cause, en se posant en victime comme le font les Landlords, en Irlande, et en présentant un chiffre de pertes considérable comme celui qu’ils ont accusé dans les journaux; mais encore faudrait-il que — et nous allons le démontrer — des statistiques exactes, officielles, ne leur donnent pas de démentis.
- On peut être on ne peut plus persuadé qu’une loi dont on est l'auteur et dont l’enfantement a été des plus laborieux, doit être d'une efficacité merveilleuse appliquée aux maux séculaires de tout un pays; mais encore devrait on se rappeler que l’on est homme, c’est-à-dire sujet à l’erreur, et que, dans des circonstances à peu près semblables, on a légiféré avec la même persuasion et avec un- résultat négatif. Le Land act de 1870, dont une partie est conservée dans le Land Bill, ne témoigne-t-il pas de tout cela ?
- En parlant de l’agitation actuelle en Irlande, M. Gladstone a voulu établir une sorte de parallèle entre les doctrines professées par la Land League et celles avouées par O’Connell. Pour ce faire, il a appelé l’attention du public sur no fait capital, le suivant : C’est qu'il est cinq principes desquels, en paroles du moins, le grand agitateur ne s’est jamais départi.
- 1° Sa fidélité formelle à la couronne;
- 2° Son désir de conserver les relations les plus amicales avec la Grande-Bretagne.
- 3° Son respect pour la loi et la vie humaine ;
- 4° Sa conviction que toute réforme politique, même dans le sens du progrès, ne valait pas la peine qu’on versât une seule goutte de sang pour l’obtenir.
- 5° Son profond respect pour la propriété.
- Et après avoir affirmé cela M. Gladstone a jugé n’avoir rien de mieux à faire qu’à flétrir la Land League, ses chefs et leurs convictions.
- Qu’il nous soit permis d’apprécier à leur valeur les affirmations du chef du libéralisme anglais en leur opposant quelques faits irrécusables.
- ’ {A suivre,) C. P. Maistre.
- Sous ce titre : « Une grotte mystérieuse », on écrit de Bar ce!. nue, au Petit Marseillais :
- Os jours derniers, des chasseurs étaient en campagne dans Plie de Fermentera, aux Baiéares. Eu poursuivant leur proie à travers les broussailles, ils se trouvèrent soudain en présence d’une excavation profonde qu’ils résolurent d’explorer. Des ronces eu défendaient l’entrée ; plus loin, des blocs de pierres énormes. Il fallut de la peine et du temps pour rendre libre le passage. Mais à mesure qu'ils pénétraient dans la cavi'ê, leur étonnement grandissait. La galerie qui s’étendait devant leurs pas était creusée par la main de l’homme ; à gauche et à droite, sur les murs, des caractères nombieux autant qu’ i n d é c h i fïYa bl es.
- Après plusieurs heures d’efforts, ils parvinrent enfin dans une pièce spacieuse d’une architecture arabe admirablement conservée et au milieu de laquelle se détachaient deux magnifiques tombes d’une forme très originale et d’une indescriptible richesse.
- Poussés par la curiosité, nos chasseurs, archéologues improvisés, eurent la pensée de pousser leurs investi-galious plus loin.
- Une sorte de couvercle en métal, d’un travail bizarre et compliqué, défendait les deux sépulcres. Sans trop de difficultés, ils parvinrent à le soulever. Et quelle ne fut pas alors leur stupéfaction î Une momie reposait dans chaque sarcophage. Celle de droite semblait appartenir à une jeune femme, celle de gauche à un homme plus âgé. Leur stature était ce ocsale. Sur la tète de la jeune femme, un diadème d’une inestimable valeur, en supposant que les pierreries qui l’enrichissent ne soient pas fausses, jette ses feux au loin ; un collier de perles énormes orne son sein ; ses doigts sont couverts de bagues. et deux escarboucles d’un rouge foncé et d’une dimension inconnue sont attachées à ses oreilles. L’homme porte au front la couronne impériale et, dans la main droite, un sceptre.
- Dans la petite île de Formeutera, il n’est bruit que de cette découverte Le trou était connu depuis longtemps par les gens du pays, mais on pensait qu’il servait de repaire aux serpents, si nombreux dans cei endroit.Des sixehassems en question, quatre sont restés dans i’île pour protéger leur trésor pendant que les deux autres se sont transportés à Madrid pour rendre compte aux autorités de leur importante découverte.
- LE SOCIALISME I»'ÉÎ\T âltEMM
- La politique intérieure de la Prusse a toujours été fondée sur une notion très étendue de l’Etat. Les philosophes, les économistes, les hommes politiques de ce pays, ont, d’après une tradition qui remonte aux origines mêmes de la dynastie, placé la notion de l’omnipotence de l’Etat, de son intervention légitime, nécessaire, dans toutes les branches et sous-branches de la société, comme le fondement même du gouvernement et de l’Etat. Ainsi, U suffit d’ouvrir quelques uns des ouvrages de M Bluntschli, qui vient de mourir, mais qui restera l’un des publicistes les plus importants de l’Allemagne, pour reconnaître jusqu’où ce juïisconsulte éminent a poussé les droits de l’Etat.
- Nul homme d’Etatn’a représenté plus exactement et plus complètement que M. de Bismarck les véritables tendances de la Prusse, dans sa politique intérieure comme dans sa politique extérieure. Sous sa
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- main puissante, les théories des publicistes sont devenues des réalités administratives. Pendant longtemps ces théories ont été populaires, même dans les autres parties de l’Allemagne. Elles correspondaient à ce mouvement d’unité qui a conduit à la prépondérance politique de la Prusse, et à la reconstitution de l’empire allemand au profit de la dynastie des Hohenzollern.
- Le rachat des chemins de fer, les modifications du tarif douanier, les projets de réforme de l’impôt des tabacs, les projets sur les assurances ouvrières en cas d’accident, sur les retraites aux invalides étaux vieillards, les lois de mai 1873 contre l’Eglise catholique, le conseil économique de l’Empire ont été des manifestations de caractère différent, mais émanant du même principe : l’ingérence universelle de l’Etat, ce qu’on a appelé le « socialisme d’Etat ».
- De temps immémorial l’administration prussienne a la main rude. Voltaire en a su et nous en a dit quelque chose. Ces traditions n’ont pas changé.Vigi-' lance, dureté dans 1 ordre adminstratif, omnipotence, ingérence universelle dans l’ordre politique et social, le résultat est peu satisfaisant pour beaucoup d Allemands.
- En Allemagne, en effet, il existe des tendances entièrement opposées aux traditions prussiennes, notamment dans les provinces annexées à la Prusse en 1815, en 1866 et en 1870. Dans ces provinces, où domine le sang pur germanique, toutes les réformes prussiennes, les persécutions religieuses, les tarifs protectionnistes, ont soulevé une violente opposition que rien n’a pu calmer et qui repousse entièrement les nouvelles réformes financières delà Prusse. C’est que la tradition vraiment germanique diffère de la tradition prussienne.
- Il est vrai que le gouvernement prussien a pu se faire l’illusion qu’il serait appuyé par le parti socialiste allemand, mais les réformes prussiennes sont bien loin de l’idéal des socialistes, en même temps que ceux-ci souffrent cruellement des lois draco-niennee portées contre eux.
- Le socialisme d’Etat prussien demeure donc, sans le concours des socialistes de race pure, en présence de i’opposilion de tous les esprits qui, en Allemagne, maintiennent contre l’omnipotence de l’Etat les droits ds la liberté de l’individu.
- Un savant illustre, M. Th. Mommsen, jusqu’à présent l’allié, le soutien du gouvernement prussien, vient de se faire, à Berlin même, l’écho de cette opposition. M. Mommsen a répondu à l’offre qui lui a été faite d’une candidature au Reichstag par les électeurs de la 98 circonscription électorale de Sleswig-Holstein, par une lettre dans laquelle il s’applique,
- entre autres choses, à démontrer que le nouveau système de politique économique vise moins des questions de réforme fiscale que des questions d’extension de pouvoir. D’après M. Mommsen, ce que l’on poursuit, c’est l’annihilation du Reichstag, c’est la suppression de l'autonomie communale, c’est la destruction de la liberté d’association et de l'indépendance des fonctionnaires. M. Mommsen ajoute :
- « Et que sera-ce lorsque tout le régime des assurances sera devenu une chose de l’Etat et lorsque Ton aura ravi aux communes l’école et l’assistance publique ? Alors l’Allemagne sera — comment dirai-je ? — finie [fertig). Que restera-t-il ? Il restera la couronne. Sera-ce encore la couronne des Hohenzol-lern ? Je ne le sais point et je m’arrête ici. Nos enfants auront à faire la réponse à cette question. »
- En effet, le gouvernement prussien, et spécialement M. de Bismarck, paraissent méconnaître la fonction de la liberté dans les sociétés contemporaines Ils ont assisté ou pris part à tant d’actes qui méconnaissaient cette liberté, ils la voient si attaquée par les écoles socialistes et révo utionnaires, si méconnue par les gouvernements, si facilement abandonnée par ses défenseurs, qu’ils ont appris à n’en pas tenir compte, même à la dédaigner.
- Qu’ils se trompent en cela, qu’ils se méprennent sur ce que nous appelons la fonction de la liberté individuelle dans les sociétés actuelles, non pas fonction passive et purement théorique, mais fonction active et réelle, c’est notre plus entière conviction.
- Mais admettons un instant qu’en effet les tendances des sociétés actuelles en Europe ne soient plus favorables à la liberté individuelle et qu’elle doive être, tôt ou tard, sacrifiée à un socialisme d’Etat, plus ou moins oppressif, il n’en serait pas moins vrai que les bases actuelles de Tordre social seraient détruites, surtout les bases économiques, car dans les sociétés actuelles, tous les progrès accomplis dans Tordre économique sont l’oeuvre de l’individu. C’est lui qui a inventé la vapeur, c'est lui qui a cru aux chemins de fer, c’est lui qui a triplé la production agricole, c’est lui qui exploite les mines, c’est lui qui a fait le Suez et qui fera Je Panama, c’est lui qui creuse le tunnel de la Manche, c’est lui qui a dompté l’électricité, c’est lui seul qui a tant amélioré le sort des classes les plus nombreuses, tandis que les gouvernements les accablaient d’impôts et les décimaient par la guerre ; enfin c’est lui, agent infatigable de la production, qui soutient tout.
- Les élections générales qui viennent d’avoir lieu en Allemagne n’ont pas été favorables au socialisme d’Etat. Socialistes, libre-échangistes, catholiques, nationaux-libéraux l’ont également repoussé. C’est
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- LE DEVOTE
- doue une victoire pour la liberté. Nous le constatons avec une réelle satisfaction.
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- Une démonstration pittoresque de futilité de deux Chambres, que rappelle la Liberté.
- Thomas Jefferson, partisan d’une Chambre unique, est invité à souper par Washington qui en voulait deux :
- On servait le thé. Au moment où Jefferson s’apprêtait à verser une partie du breuvage bouillant dans la soucoupe, Washington l’arrêta en lui disant:
- — Qu’allez-vous faire?
- — Mais, dit Jefferson surpris, je vais verser une partie de m n thé dans ma soucoupe, comme cela se fait.
- — Pourquoi?
- — M; is pour le faire refroidir, je ne puis l’avaler tout bouillant.
- — Alors il vous faut donc deux tasses ; vous ne pouvez pas boire votre thé à même, et vous faites une seconde tasse de votre soucoupe.
- — Mais sans doute, répondit Jefferson déplus en plus étonné, c’est le moyen de ne pas me brûler, et la prudence me commande d'agir ainsi
- — Eh bien ! répliqua Washington, c’est pour la même raison que nous voulons deux Chambres. La prudence commande de ne pas faire avaler au peuple une loi sortant toute bouillante des délibérations passionnées d’une Chambre ; il faut qu’elle ait le temps de se refroidir en passant par une seconde Chambre.
- Nous ne déciderons pas si la démonstration est probante, mais l’anecdote est charmante.
- «-e=>N(8>40«-*
- LCHÊRE ET CIIJSCFFAGE
- C’est un des grands résultat de l’Exposition : îa lumière électrique, à tous ses degrés d’intensité et par conséquent dans tous ses modes d’application est désormais un fait pratique.
- Pour les places publiques elle nous offre des petits soleils de 500 à 10,000 candies (ou bougies), selon l’unité de mesure des Anglais de 50 à 1,000 carcels selon notre unité à nous.
- Pour les appartements grands ou petits, elle a les dernières grandeurs d’étoile du charbon incandescent (appareils de MM. Swan, Edison, Maxim, Lane Fox, etc.)
- Enfin, pour les rues et les salles de réunion, nous avons la lumière, divisée a notre gré, que donnent les courants alternatifs.
- Dans l’application domestique l’électricité a sur le gaz,outre la supériorité de sa lumière les deux avantages suivants :
- 1° Exempte de produits de combustion,elle ne vicie l’air en aucune façon :
- 2° A intensité lumineuse égale, elle donne dix fois moins de chaleur que le gaz.
- Ceci résulte des calculs de M. W. Siemens qui, la Société des ingénieurs civils lui ayant, ces jours-ci, j décerné la présidence de sa réunion, a traité ces j sujets avec tout l’intérêt que comporte sa compétence, f
- Ayant constaté la prééminence de l’électricité, le (
- savant orateur n’en conclut point que le gaz n’ait plus qu’à fermer boutique. Le gaz, au contraire, va faire selon lui de plus brillantes affaires que jamais, thèse déjà* connue de nos lecteurs, mais M. W. Siemens la démontre par des arguments à lui. Ce n’est pas dans l’emploi du gaz à l’éclairage qn’il voit le salut et la prospérité croissante de ses produits. Il résulte, en effet, de ses calculs que le gaz employé à faire de la lumière est, relativement, mal et dispendieusement employé. Rendons l’argument très clair.
- On sait que la matière de l’éclairage électrique est fournie,non par la pile,mais par la machine dynamoélectrique, qui, pour donner de l’électricité, exige l’emploi d’une force motrice. Evidemment,çette force peut être fournie par le gaz.
- Le gaz dépensé à la production de la lumière peut donc être employé de deux façons :
- .Ou directement, étant brûlé dans un bec ;
- Ou indirectement, étant employé à mettre en mouvement une machine dynamo-electrique.
- Or, de ces deux, laquelle est la plus avantageuse ? On va être surpris. En d’autres termes, quel rapport y a t-il entre les quantités de lumière produites par une même quantité de gaz, un mètre cube par exemple selon que ce mètre cube est brûlé dans un bec ou appliqué au service d’une machine à lumière ?
- Il y a ce rapport que 1» lumière rç’est, dans ce premier cas, que le dixième ee ce qu’elle est dans le second.
- Autrement dit la combustion du gaz donne dans un moteur une énergie de lumière dix fois plus grande que dans un bec.
- La véritable place du gaz est donc, non dans l’appareil à lumière comme on l’a cru jusqu’ici, mais dans la machine à force ; non dans le bec mais dans le cylindre. Ou plutôt (car on avait eu raison de le croire) ce qui était vrai a cessé de l’être; par l’invention et le perfectionnement des machines dynamoélectriques, nous avons changé tout cela.
- Appliqué à la production de la force, le gaz sera après l’électricité aussi nécessaire que jamais à l’éclairage, et nous aurons à bien meilleur marché une lumière beaucoup plus intense.
- Cette belle démonstration , ces belles formules :
- « la véritable place pour le gaz est l’intérieur des
- cylindres et non pas dans le bec etc. », que nous
- n’avons fait qu’adapter davantage à notre langue, ont
- été couvertes d’applaudissements mérités.
- *
- ♦ *
- Ainsi, quand le gaz, qui, en pratique, sinon en théorie, ne fut chez nous, pendant quarante années, plus ou moins qu’une source de lumière, — on peut se rappeler que le promoteur du gaz courant,
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- Winsor, s’étaît proposé le chauffage comme l’éclairage, — quand le gaz visa à prendre l’entreprise du chauffage, il crut doubler ses possessions et ne fit que s’indemniser de celles qu’il devait perdre. Le moment est venu de cette évolution. Sur le terrain où elle nous transporte, le gaz est sans rival.
- 1° De tous les combustibles, il est le plus avantageux. Un kilogramme de gaz donne six fois plus de chaleur qu’un kilogramme de houille; 2° pas de cendres; 3° pas de fumée; 4° il se rend de lui-même souterrainement chez le consommateur, au grand avantage de la circulation, déjà bien assez entravée, sans que le charroi du bois et du charbon vienne la compliquer encore; 5° il se rend de lui-même dans le foyer, s’enflamme à la première invitation de l’allumette.
- Aux services directs de l’électricité ajoutons donc ce service indirect qu’elle va, par ses succès comme agent lumineux, forcer les compagnies gazières, à pousser de toutes leurs forces au développement d’un mode de chauffage jusqu’ici peu répandu, quoiqu’il soit sans comparaison le plus parfait de tous. A l'électricité l’éclairage; le chauffage au gaz.
- Partage qui d’ailleurs n’a rien d’absolu. Le gaz exclu des grandes scènes comme agent d’éclairage verra sa lumière recherchée et utilisée' dans une sorte de situation modeste. M. Siemens le relègue dans les cuisines, corridors, etc. Il y aura, en effet, ce grand avantage qu’on en peut proportionner la dépense aux besoins de tous ies instants en ouvrant plus ou moins un robinet. Cela lui assure une longue existence à côté de l'électricité. Mais c’est surtout la matière de chauffage que dans l’avenir porteront chez les consommateurs les noirs et puants tuyaux
- dissimulés sous le pavé des rues.
- *
- + *
- M. Siemens traite ensuite d’une autre application de l’électricité moins importante aujourd’hui que la précédente, mais appelée, selon lui, à l’emporter un jour sur celle-ci. C’est de la transmission de la force par l’électricité qu’il s’agit. Voici quelques données dignes de l’intérêt des lecteurs.
- Le courant produit par une machine dynamo-électrique représente les neuf dixièmes du travail fourni par le moteur attelé à cette machine. La force perdue n’est donc jusqu’ici que de 10 pour 100. Mais, mesurée au travail utile de l’outil que le courant est employé à faire travailler, elle est d’environ 30 pour 100. On a obtenu jusqu’à 60 et 70 de rendement; mais en pratique il ne faut pas compter là-dessus.
- Qu’on n’aille pas croire que ce 50 pour 100 constitue un résultat défavorable. Nullement. La force hydraulique ou celle de .l’air comprimé, au lieu et
- place de l’électricité, ne dépenserait pas moins ; et il y a à l’actif de cette dernière l’avantage qu’avec elle la perte ne dépend pas autant de la distance qu’avec les deux forces précitées. « On peut très bien, dit M. Siemens, transmettre une force électrique à 10 et 20 kilomètres, par un conducteur d’une certaine importance, sans augmenter les pertes. » Et le fil électrique est un transmetteur de force bien moins dispendieux qu’un tuyau pneumatique ou hydraulique.
- L’orateur avait gardé pour la fin la description beaucoup trop brève de sa ferme électrique, Dans cette ferme, située en Angleterre, il s’est proposé de transmettre, par le moyen du courant électrique, à tous les mécanismes qu’elle renferme, la force d’un moteur centrai qui est une machine à vapeur.
- Il y a entre autres une pompe qui, d’une distance d’un kilomètre, est ainsi mise en mouvement. Malgré la perte indiquée de 50 pour 100, la consommation de charbon est bien moindre que si, la transmission électrique supprimée, on mettait de petits moteurs dans le voisinage des machines qu’ils devraient faire travailler. C’est l’électricité qui coupe le foin, scie le bois, etc. Le jour venu, tout cela se met au travail comme spontanément, jusqu’à la pompe qui, à cause de son isolement, est dans un endroit fermé à clé. Mais au moment où le mécanicien débraye, il est bien sûr que la pompe se met en route, elle comme les autres machines. C’est une vraie ferme des Mille et une Nuits. Un Seul homme suffit au service de ces mécanismes ; encore s’occupe-t-il des chevaux, etc. L’économie est considérable. Mais il est dommage de déflorer un sujet sur lequel des documents abondants nous permettront avant peu de revenir. Disons seulement que, pour utiliser même de nuit la force dont il dispose, M. W. Siemens a eu l’heureuse idée d’étudier l’influence de l’électricité sur la végétation et les résultats dont s’inspirent ceux qui poursuivent aujourd’hui ce genre de recherches, ont été tels qu’hiver comme été l’inventeur a maintenant sur sa table des pêches,des fraises et autres fruits dont, la belle saison passée, le commun des martyrs n’a plus que le souvenir.
- Victor Meunier.
- X>e trésor de l’empire d’Allemagne
- Dans peu de jours deux membres de la commission de la dette impériale se rendront a la tour de Jules, près de Magdebourg, pour se rendre compte de l’état du trésor impérial, qui y est conservé. La Ghzüte deMag-deiourg donue à ce sujet les détails suivants :
- « Pour péuétrer dans les caveaux où se trouve le trésor de guerre, il faut que les deux commissaires introduisent simultanément dans la serrure les deux ciefs qu’ils possèdent. Le moment où la porte s’ouvre
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- LE DEVOIR
- esl noté sur le procès-verbal.
- « Dans le, caveau se trouvent les 120 millions de marcs en < r qui forment le trésor militaire) de l’empire. Cette soinum est partagée eu bourses de 100,000 marcs chacune. Ou en prend-quelques.-unes au hasard, et un piquet de soi lac-, qui accornpaguent les commissaires, compte les pièces d’or. Ensuite les commissaires examinent les 3 autres trésors : celui pour la const.uclion de forteresses, celui pour la construction d'un palais législatif à Berlin, et le fonds des invalides. Ces trois trésors sont en papier d’Etat. Dès que l’inspection est terminée, les commissaires signent le protocole, et quittent le caveau. »
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- En l’an 1716, le pacha turc Selim était gouverneur de Temeswar, en Hongrie, lorsque le prince Eugène battit l'armée turque et la força à quitter précipitamment la ville. Le pacha un peu pressé, parait il, fit coudre dans une peau de buffle les trésors qu’il ne pouvait emporter et les fit enfouir en dehors de la ville. Depuis lors, de temps à autre, étant donné ses besoins d’argent, le gouvernement turc fait recommencer les fouilles.
- La dernière eut lieu dans le courant de l’année 1860 ; une véritable députation d’effendis, autorisés par Je gouvernement autrichien à faire des recherches, s’abattit sur Temeswar, des fouilles furent faites un peu partout, mais sans résullat.
- Aujourd’hui notre correspondant de Vienne nous informe que l’autorité turque a do nouveau demandé au gouvernement autrichien l’autorisation de recommencer ses recherches.
- LA RÉPARTITION DES BÉNÉFICES
- Au congrès de l’Association britannique pour l’avancement des sciences sociales, tenu récemment à Dublin, la question de la participation des ouvriers aux bénéfices a été longuement discutée dans la section d’économie politique. Le professeur Sedley Taylor, du Trinity College de Cambridge, a fait l’exposé du sujet dans un mémoire très étendu et fort bien écrit. M. Taylor a d'abord établi que la participation des ouvriers et employés aux bénéfices de l’entreprise augmente en réalité la production, tant en qualité qu’en quantité, et, par suite, crée elle-même le bénéfice qui doit être réparti; la part de l’employeur n’étant pas diminuée en réalité, La participation aux bénéfices a, en outre, l’avantage de rendre plus stables les conditions de l’industrie; puisque, lorsque les commandes abondent et que les prix sont hauts, les ouvriers sont certains d’avoir à la fin de la campagne, une participation plus forte. Tandis que, dans les établissements où les ouvriers n’ont que leur salaire, ils profitent des moments de presse pour demander des augmentations et faire des grèves.
- La participation a, d'autre pari, une heureuse conséquence indirecte : le payement des parts annuelles de bénéfices, en mettant dans les mains des ouvriers une somme relativement importante, les invite à l’épargne. Il importe cependant, pour porter un jugement sérieux sur le système, de tenir compte de tous les éléments de la question, et notamment de remarquer que la participation réussit beaucoup mieux avec des ouvriers dont l'intelligence a été développée par l’éducation, qu’avec ceux que l’ignorance a laissés plongés dans l’impré-
- voyance et la grossièreté des instincts. M. Taylor a ensuite fait une revue rapide de l’emploi de la participation. Il a, en passant, indiqué qu’elle est employée avec succès dans plusieurs établissements industriels, commerciaux et financiers de Paris. Il a particulièrement insisté sur les heureux effets de la participation dans l’agriculture et sur les expériences tentées dans divers pays : en Angleterre, en Irlande, en Allemagne et en Danemarck
- Dans la discussion qui a suivi cet exposé, la majorité des orateurs s’est montré favorable au système. M. Fox a fait connaître les heureux résultats obtenus dans la filature de laine Fox frères et G0, dans laquelle les ouvriers non seulement out une part dans les bénéfices, mais sont en outre autorisés à devenir actionnaires de l’entreprise, ce qui transforme peu à peu celle-ci en Société coopérative, et fait que les ouvriers en viennent à assumer les deux qualités de travailleur et de capitaliste.
- D’autres orateurs, parmi lesquels M. Abraham Greenwood, l’un des célèbres Equitables Pionniers deRochdale, et M. Tito Pagliardini, auteur d’un projet de coopération agricole, ont soutenu la même thèse, ainsi que les professeurs Godwin-Smith et Bonamy-Priee,deux éminents économistes, et que M. Harold Carter, membre dn conseil d’administration d’un important établissement industriel où l’on pratique la participation.
- Les adversaires, car il y en a eu, n’ont soulevé que des objectims d’espèces, disant que la participdion était juste et réussiss it en raison de la part de l'intelligence de l’ouvrier dans la production, et qu’elle n’avait pas de raison d’être là où cette intelligence n’influe ni sur la qualité ni sur la quantité des produits.
- BIBLIOTHÈQUE DU FAMILISTÈRE
- M. Santerre, de Réunion (Texas), offre en témoignage de sympathie, à la Bibliothèque du Familistère, La Religion du Progrès, par L. Cortambert,
- A Luzy, dans le département de Saône-et-Loire, vit une étonnante centenaire, Mme veuve George, née Pi-dault, qui a aujourd’hui 116 ans, puisqu’elle est venue au monde le 21 avril 1766. Elle a donc vécu sous Louis XY, Louis VI, la Révolution, le Directoire, le 1 Consulat, l’Empire, la Restauration, Charles X, Louis-Philippe, la République, le second Empire et la troisième République.
- Sou mari, M. George, fut tué par un soldat wurtem-bergeois au moment de l’invasion, en 1814 ; il y a soixante-sept ans qu’elle est veuve ; dans deux ans, il y aura cent ans qu'elle a été mariée, car elle avait dix-huit ans quand elle é ousa M. George. Cette centenaire se porte encore fort bien et jouit de toutes ses facultés et, comme bien on pense, elle aime à raconter le temps par-sé. Elle parle avec plaisir de la Révolution, qu’elle aime et qu’elle admire.
- l,e Directeur-Gérant : GORTN SAINT-QUENTIN
- Société anonyme du Glaneur, Grand’Place, 36.
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- 4e ANNÉE, TOME 5 — N° 168 £e numéro hebdomadaire 20 c. DIMANCHE 27 NOVEMBRE 1881
- SOCIALES
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- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant Fondateur du Familistère
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- m. "w* m. es
- Le journal cc LE DEVOIR » est envoyé gratuitement a titre d'essai.
- Si le journal n’est pas renvoyé après le 4e numéro, l’administration fait présenter une quittance d’abonnement.
- SOMMAIRE
- 'Fédération pour la paix. — Au Journal des Economistes et à la Revue du Mouvement social. — Faits politiques et sociaux. — Causerie anticatholique et religieuse : Les Evangiles devant la raison. — L'Irlande. — La culture au soleil de nuit.
- FÉDÉRATION POUR LA PAIX (1)
- III
- Il est de principe que la Société doit avoir pour premier objet de protéger l’existence de ses membres ; 1a, guerre est donc l’opposé du but social que l’homme recherche. Elle est le renversement de tous les biens que l’homme est en droit d’attendre de son Union en société avec ses semblables.
- En présence des malheurs trop évidents que la guerre entraîne, n’est-il pas conforme au bon sens
- (1) Voir le Devoir des 13 et 20 novembre 1881.
- de penser que les chefs des nations s’élèveront bientôt au-dessus des idées perverses de destruction et de conquête, et comprendront que leur devoir est de placer le sort des peuples sous la protection de la justice et de la raison, au lieu de continuer à les maintenir sous le coup des malheurs de la force brutale.
- Les gloires de la raison et de la justice se lèvent, tandis que les gloires de la violence et de la force sont à leur déclin. Il est donc naturel de penser que les gouvernements puissent s’entendre pour se fédérer en vue de mettre fin au régime de la force et d’inaugurer le règne de la raison universelle, celui de la paix.
- Les hommes qui ne voient d’autre chemin à suivre que les sentiers battus et ceux chez qui l’amour du juste et de l’humanité n’a jamais eu d’écho, pensent que la guerre est une loi de la nature humaine. Ils diront : l’homme a toujours fait la guerre, il la fera toujours.
- Au lieu de se représenter les conditions du bonheur de l’homme en société, les règles suivant lesquelles il observerait la justice, ils se laisseront aller à croire, entraînés par leur penchant personnel pour la lutte et pour l’injustice, que la justice et la paix sont des rêves. Ils ne verront pas que la guerre est due aux restes de barbarie qui infestent la société moderne, à l’état d’imperfection morale dans laquelle l’éducation politique laisse encore les classes dirigeantes.
- N’est-il pas avéré par l’histoire que la guerre a été d’autant plus fréquente et plus atroce que les peuples étaient plus ignorants et plus grossiers, leurs chefs plus barbares et plus cruels.
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- LE DEVOIR
- Les atrocités de la guerfe ont fait l’horreur de l’humanité, et les guerriers eux-mêmes ont pâli devant ses crimes.
- Chez les peuples sauvages, la guerre se fait sans merci : la victoire c’est la cruauté du massacre poussée à ses dernières limites ; l’atrocité du vainqueur va jusqu’à dévorer la chair du vaincu,jusqu’à se faire du crâne de celui-ci un vase à boire.
- Chez les peuples barbares où l’autorité et le pouvoir de la force sont dans toute leur puissance, la guerre est encore le carnage, la dévastation, la mort et l’esclavage. -
- C’est par l’appât du pillage, du vol et du partage des personnes, des biens et des ressources des vaincus, c’est au nom de toutes les convoitises individuelles que les chefs excitent les soldats à la guerre.
- La civilisation a voilé la violence de ces procédés et cherché à leur donner une apparence plus légitime, en les exécutant au nom de l’intérêt de la patrie. Elle a ainsi mis un frein aux excès de la guerre ; elle a rendu les calamités et les malheurs que celle-ci entraîne moins honteux pour ses promoteurs. Les mœurs se sont adoucies; mais la guerre demeure encore à l’état d’institution. Dans tous les gouvernements elle est l’objet d’un département important sous le titre de Ministère de la guerre.
- Quel étrange contraste de voir d’un côté les peuples livrés au travail, créant la richesse, donnant aux sociétés les moyens d’existence et les satisfactions de la vie ; et, de l’autre, les grands, les hommes chargés du gouvernement des nations, préoccupés du moyen de détruire le plus rapidement possible les œuvres accumulées des hommes et les hommes eux-mêmes.
- Pourquoi ne vient-il à la pensée d’aucun d’eux de faire la moindre démarche, le moindre effort.auprès des divers gouvernements pour mettre fin à de telles erreurs?
- C’est que le ferment de nos instincts primitifs, les passions mauvaises qui ont jusqu’ici poussé l’homme à la lutte ne sont pas encore éteintes en nous. Elles ont encore assez d’empire sur les gouvernants pour empêcher les inspirations de la raison et de la justice de diriger leurs actes. La passion et les traditions de la guerre produisent un tel renversement des notions du sens commun que des peuples qui ne se sont jamais vus les uns les autres, qui n’ont entre eux aucun motif de haine, se qualifient d’ennemis et se disposent à se massacrer mutuellement, le jour où leurs souverains se sont déclarés la guerre. Telle est la puissance des liens de l’habitude qui nous retiennent dans la voie du mal.
- ; Pourtant un sentiment de respect plane aujourd’hui sur la vie humaine. Les populations gémissent des erreurs de leurs chefs et, pendant que ceux-ci préparent le massacre, les ambulances s’organisent pour soigner les mutilés et les blessés ; et, après la lutte, les vainqueurs portent même secours aux vaincus.
- De quelles ténébreuses aberrations, mon Dieu ! les hommes d’Etat sont ils restés enveloppés pour perpétuer de semblables malheurs. Ils ont entre les mains la plus belle partie de la force, de la puissance et du travail des sociétés modernes, et ils la font servir à créer des engins de destruction et de guerre. Et en vue de quoi ? Pour, à un moment donné, réunir des centaines de mille hommes sur des champs ravagés et, avec tous ces engins de barbarie raffinée, leur enlever la vie, les faire se massacrer, se mutiler, se briser les membres les uns aux autres.
- Mais une action aussi atrocement mauvaise a-t-elle jamais un butlégitime?Non. Le but est toujours celui de la spoliation. Il s’agit d’usurper quelques lambeaux de territoire et l’autorité du pouvoir sur quelque pays où les hommes pourraient vivre heureux et en paix, sans l’intervention de fceux qui se disputent le terrain.
- Tout le monde est d’accord maintenant que la guerre est la plus grande calamité qui pèse sur les nations.
- Nul n’entreprend aujourd’hui d’en faire l’apologie ; elle a perdu ses chantres et ses poètes ; elle n’a plus que des partisans intéressés ; il ne lui reste d’autre cause que celle des ambitions ou des vues malsaines ; elle n’a même plus le penchant public pour explication, ni pour appui. Tout le monde sait et comprend que la paix est indispensable à la stabilité du travail et au bonheur des peuples ; que pour asseoir des institutions sérieuses en faveur des classes laborieuses, il faut avant tout assurer la sécurité et la stabilité de ces institutions.
- Or, tant que les armées permanentes nous montreront la guerre en expectative, tant qu’il pourra dépendre de quelques volontés insensées et perverses de troubler l’Europe et de porter la guerre où règne la paix, le sort des classes ouvrières restera précaire et tout ce qu’on fera pour elles sera sujet à disparaître dans les jours de malheur où elles en auraient le plus besoin. Car il ne faut pas l’oublier il n’y a pas de trouble social, pas de chômage ni d’arrêt du travail qui égalent ceux que produit la guerre. Il n’y a pas de ruine, pas de privations, de souffrances ni de douleurs aussi grandes que celles enfantées par la guerre.
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- prévenir toutes ces choses, en empêcher le retour | ne serait-ce pas opérer la plus belle des réformes sociales ?
- Mais, en outre, en transformant le génie militaire en génie social, en rendant aux grandes entreprises d'utilité publique, toutes les capacités, les volontés, les forces et les énergies attachées à la guerre, quelle source de bien-être les nations ouvriraient-elles à leur profit.
- Les armées destructives converties en armées industrielles seraient la véritable rédemption du inonde.
- Quand on médite sur ces choses on voit combien les gouvernements des nations sont restés éloignés de leur véritable rôle ; combien a été grande leur insuffisance morale ; combien la volonté et l’intelligence leur ont manqué pour s’élever à la conception du bonheur du peuple et en édifier les moyens. Mais on découvre plus facilement encore avec quelle perversité l’ambition et l’orgueil des gouvernants ont consommé le malheur des peuples.
- Ces faits sont déjà la honte des pouvoirs qui les | ont accomplis. Ils le seront davantage encore devant les sociétés de l’avenir, mais ce qu’il importe aux sociétés modernes, c’est d’éviter le retour de ces cataclysmes entre les nations.
- Un gouvernement qui, au sein de la paix de l’Europe, médite d’entreprendre la guerre est un fauteur de brigandage. Il doit trouver liguées contre lui toutes les nations civilisées, comme les dévaliseurs de grands chemins trouvent, devant leurs entreprises, la résistance de la police et celle des honnêtes gens.
- Il appartient aux gouvernants plus qu’à tous autres de tirer les sociétés de cette situation qui est. aujourd’hui déshonorante pour les chefs des nations.
- Car plus que tous les autres hommes les souverains sont les fauteurs de la guerre.
- Nos sociétés ne renferment plus seulement des amants de la force. Il est permis aujourd’hui de faire appel à la raison, et il n’est en aucune façon déplacé d’affirmer que le gouvernement de la République française est surtout en situation pour proposer la formation d’un congrès universel de la Paix entre les nations civilisées.
- Le ministère de M. Gambetta plus que tout autre est en position pour une telle entreprise.
- En la menant à bonne fin M. Gambetta ouvrirait L voie aux réformes sociales que le peuple attend des progrès de notre temps.
- Les chauvins de la revanche feront des objections &U nom de la France mutilée et humiliée ; les hom-
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- mes sans volonté et sans persévérance ne verront que les difficultés de la réalisation.
- Mais un homme d’Etat d’une réelle puissance pourra comprendre que le progrès et le bonheur réel des peuples sont subordonnés à la sécurité de la vie avant tout, et que la réalisation cle la paix entre les nations civilisées est aujourd’hui la conquête la plus glorieuse qui soit à réaliser.
- La France est actuellement la nation la plus autorisée à proposer le régime de la paix et du désaj> mement.
- Relevée des blessures que la guerre lui a faite, la France ferait acte de générosité en prenant l’initiative de la fédération de la paix.
- Quelle objection raisonnable peut-op. faire à la proposition de la fédération des nations civilisées pour mettre fin à la guerre ?
- Quelle bonne intention peut-on opposer à un tel projet?
- Je défie qu’on fasse autre chose que d’invoquer les'résistances que la proposition rencontrera. Mais ce n’est pas là un motif pour ne point tenter une telle entreprise. Reculer en un cas pareil serait un aveu d’impuissance et d’absence de foi dans le triomphe du bien sur le mal. Pourquoi nos hommes d’Etat ne tenteraient-ils pas l’expérience. Les hési-; tâtions, les objections, les refus qu’ils éprouveront, n’auront rien de compromettant pour personne, à moins que ce ne soit pour les gouvernements qui refuseront d’entrer dans un concert des nations ayant pour objet la suppression de la guerre. Mais n’y aurait-il que deux ou trois puissances pour s’engager au début dans ce concert que ce serait un immense succès,
- L’idée de la paix adoptée par deux puissances en amènerait une troisième, puis une quatrième, et enfin la persévérance dans la poursuite et la discus* sion des avantages de la réforme convertirait la majorité des Etats,. Dès lors la fédération serait bientôt complète, car le sentiment des peuples se mettrait encore plus vite à l’unisson de la paix que ne le feraient certains hommes d’Etat, et alors la force de l’opinion imposerait la fédération aux gouvernements les plus réfractaires.
- (A suivre) Godiu.
- JL.» durée moyenne de la -vie à Paris.
- — Il résulte d’uu travail que vient de faire un médecin de la Faculté de Paris, que depuis quelques années, ia raoyeune de ia vje à Paris a augmenté daus une proportion vraiment encourageante. Pour aniver à la preuve de ce que nous avançons, oa a pris minutieusement la moyenne pi r mille habitants et par an des décès dans les principales villes d’Europe.
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- A Paris, cette moyenne est de 20 pour 1,000 habitants; à Rome, elle est de 26 pour 1,000 ; à Londres, de 22 ; à New-York, de 27; à Vienne (Autriche), de 30; à Turin, de"' ‘ ' ’ ’ ^
- gue, valiser que de 19 pour 1,000.
- Pour ce qui concerne plus spécialement la durée de la vie à Paris, il résulte des statistiques que nous ayons sous les yeux, et qui remontent à vingt-neuf ans en arrière, que sur une moyenne de quatre années, c'est-à-dire de 1852 à 1855, la mortalité avait été de 25 pour 1,000 par an. Depuis cette dernière date, époque de la transformation de Paris, le nombre des décès a suivi une marche décroissante, et, en outre, il est à remarquer que la durée moyenne de la vie a augmenté d’environ huit mois depuis moius de vingt ans. Disons, en terminant, que Paris est la ville d’Europe où les naissances et les décès sont le mieux en équilibre.
- Au Journal des Economistes
- ET
- à la Revue du mouvement social
- « Le Journal des Economistes » et « La rerue du mouvement social » ont publié chacun an article de de M. Ch. Limousin sur le Familistère, dans leur livraison de septembre dernier.
- Ces articles renferment un certain nombre d’erreurs que M. Godin a voulu faire disparaître en adressant immédiatement au Journal des Economistes un article rectificatif.
- C’est seulement dans son numéro de novembre que le Journal des Economistes publie cet article. Nous en reproduisons aujourd’hui le texte dans « le Devoir », afin de rectifier également près de nos lecteurs les erreurs commises par M. Limousin.
- Mais l’article qu’on va lire ne répond qu’au contenu de l’article du Journal des Economistes. Nous croyons donc devoir le faire précéder de quelques observations, au sujet de l’article de la « Revue du mouvement social ». Cela est d’autant plus nécessaire qu’il nous revient de plusieurs côtés que l’article de cette revue a produit chez quelques-uns de ses lecteurs une fâcheuse impression sur le Familistère.
- C’est qu’en effet quoique M. Limousin termine son travail en disant : « Je suis heureux d’avoir visité le « Familistère et je rends du fond du cœur un cha-« leureux hommage à M. Godin pour son œuvre « admirable », le lecteur ne trouve certainement pas, à la lecture de l’article de M. Limousin, le motif de ce chaleureux hommage dont parle l’auteur.
- M. Limousin presque au début de son article dit ceci : « L’aspect extérieur du Familistère cause une « déception au visiteur qui a vu le plan du Phalans-« tère. Dans ce plan, on suppose la construction
- « en pierre, c’est-à-dire de couleur blanche et « joyeuse ; or le Familistère est en briques, comme « tputes les constructions du pays, ce qui lui donne « un cachet triste. »
- M. Limousin n’est pas mieux impressionné quant à l’ensemble de l’architecture du Familistère. La décoration extérieure lui échappe complètement : M. Limousin n’est pas architecte et ne voit que la couleur.
- Les façades du palais décorées de pilastres, de panneaux, de modiilons, de frises, de corniches et d’un entablement remarquable attirent pourtant l’attention de tous les connaisseurs et causent à la généralité des visiteurs une impression profonde de confort.
- Mais l’impression de M. Limousin n’a pas été telle. Car il dit : « Quoique les ingénieurs et employés « de l’usine et M. Godin lui-même habitent le Fami-« listère, celui-ci est toujours une « maison d'où-« vriers », c’est-à-dire a un cachet de nudité, une « absence d’ornementation artistique qui concordent « avec l’état intellectuel et moral de sa population. » Cela n’est certainement flatteur ni pour les personnes ni pour les choses.
- Volontiers Fauteur du présent article réclamerait contre une telle interprétation au nom des personnes intelligentes que renferme l’Association du Familistère.
- Mais notre sujet est au-dessus des questions de personnes, contentons-nous d’ajouter que si le Familistère n’est suivant M. Limousin qu’une « maison d’ouvriers », ces ouvriers sont de bonne compagnie et valent d’autres hommes. Mais laissons la parole à M. Godin en donnant la réponse qu’il a faite au Journal des Economistes.
- LE FAMILISTÈRE DE GUISE
- Sous ce titre le N° de septembre du Journal des Economistes contient un article appréciant l’œuvre du Familistère et son fondateur. M. Limousin expose avec talent sans doute le résultat de ses observations dans la visite un peu courte qu’il a faite au Familistère, mais comme cela arrive généralement pour les comptes-rendus sommaires et faits d’après un examen rapide, le travail de M. Ch. Limousin renferme quelques appréciations qui peuvent induire en erreur, sur des points importants, les personnes qui n’ont point vu le Familistère et n’ont pas étudie son association. Il est nécessaire dans l’intérêt de la vérité qu’une rectification soit mise sous les yeux du lecteur.
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- je viens donc à ce sujet demander asile au' Jour-nal des Economistes pour quelques éclaircissements complémentaires.
- Il semble tout d’abord que le compte-rendu de iq. Limousin, fait en vue du Journal des Economistes, devait surtout analyser l’ensemble et les détails de l’Association du Familistère et les principes d’éco-pomie sociale sur lesquels reposent cette association. Néanmoins cette analyse n’occupe qu’une place relativement peu importante dans cet article.
- M. Limousin accorde plus d’attention à ma personnalité, je ne puis certainement lui en faire un reproche et si je ne préférais de beaucoup les discussions de principes aux discussions de personnes, je pourrais être honoré de certaines de ses appréciations. Mais le point essentiel serait qu’on ne pût se faire de fausses idées sur l’Association du Familistère.
- Or, le jugement que porte sur moi M. Limousin ne peut-il pas provoquer des idées erronées chez des lecteurs déjà prévenus.
- Il dit d’abord :
- « M. Godin est un industriel éminent, un homme « d’affaires remarquable, un homme qui s’est fait « lui-même. Il est aussi un philanthrope au cœur « chaud et vaste, voire même un philosophe. »
- Rien de plus flatteur, je le reconnais. Mais plus loin, M. Limousin ajoute :
- « M. G-odin déclare que ce sont ses doctrines reti-« gieuses qui l’ont guidé dans sa création philan-« thropique. »
- Quelle doctrine? M. Limousin ne le dit pas.
- M. Limousin semble croire que la pensée religieuse, pour ne pas dire philosophique et sociale est entrée en moi à un âge déjà avancé ; la préoccupation des affaires, dit-il, en ayant jusque-là étouffé l’essor, et lue ce développement tardif s’est produit avec une activité quelquefois exagérée.
- Si M. Limousin avait su la vérité, il eût vu qu’à ®es débuts dans la vie la pensée comme aujourd’hui Précédait l'action, et que la forge et le marteau qu’il Contre comme mes occupations premières n’étâient 1^8 l’accessoire de mon existence. C’est donc par P^e fantaisie qu’il en arrive à dire :
- * On voit les âmes ardentes et les esprits assoiffés ‘ d'inconnu, comme M. Godin, se précipiter avec im-‘ Pétuosité dans le domaine de Vincognoseible. On ' c°mprend que des hommes arrivés à un pareil de-
- * ^ d’excitation cérébrale et qui pensent avoir dé-
- * couvert la loi régulatrice du monde soient portés ' a considérer comme peu de chose les œuvres ter-
- « restres où leur esprit pratique s’est donné car-« rière. »
- Ici j’avoue que je ne comprends plus du tout et le lecteur n’aura pas dû comprendre plus que moi, s’il a fait le rapprochement entre « l’industriel éminent, « l’homme d’affaires remarquable, etc... » et le penseur auquel « les choses terrestres semblent, après « expérience vécue, horriblement vulgaires et qui se « lance d’un vol éperdu dans les grandes abstrac-« tions. »
- « Et le lecteur se sera dit :
- Quoi, est-ce que M. Godin serait découragé, dégoûté de ce qu’il a réalisé ? Est-ce que l’homme pratique serait devenu un rêveur? Est-ce que sa religion le détacherait de l'utilité, de la nécessité des œuvres et considérerait-il aujourd’hui comme sans valeur ce qu’il a fait dans le passé ?
- Non, détrompez-vous, chers lecteurs, je tiens en mépris les abstractions, je suis l’homme de l’expérience, de la pratique rationnelle. Que M. Limousin me permette de le lui dire : il s’est trompé et n’a pas compris.
- Ma religion et mon culte sont ceux des œuvres et des institutions utiles à la Société, utiles au perfectionnement et au bonheur de l’homme, en commençant par les classes les plus nombreuses.
- J’ai pu affirmer auprès de M. Limousin que ceux qui ne professent pas ce culte au fond de leur cœur, que les hommes sans conviction ne prendront pas l’initiative d’associer leur capital avec le travail, ni leur richesse avec le labeur. J’ai pu affirmer qu’à mes yeux les institutions humaines n’auront de base durable que le jour où elles s’appuieront sur la connaissance vraie des lois de la vie humaine; ce n’est pas là « le domaine de Vincognoseible » mais celui des faits et de l’expérience.
- Je n’aurais pas relevé ces appréciations sur moi si elles n’avaient, dans l’article de M. Limousin,- un point de contact capital avec l’œuvre même du Familistère. En effet, M. Limousin comprendra que par le temps qui court, il y a certain danger à "être présenté, serait-ce le plus amicalement du monde, comme un illuminé à la foule et même à bien des gens qui se croient des professeurs de la libre pensée. C’est presque vouer un homme à la pitié de ses contemporains et ses œuvres au mépris public, surtout quand M. Limousin ajoute :
- « Le style de ses écrits est prophétique et les « idées qui y sont exprimées semblent n’avoir que « des rapports éloignés avec les combinaisons d’or-« dre pratique qui ont donné naissance au Familis-« tère. »
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- J'ai la ferme conviction qu’un jour arrivera où la science prononcera un jugement absolument contraire. Attendons et passons aux questions de fait*
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- Dans la description du Familistère, M. Limousin établit un parallèle entre le système de l’habitation unitaire et le système des petites maisons isolées. Ce parallèle renferme des considérations très judicieuses, mais M. Limousin ne pose ni le principe ni les règles qui permettent de décider quel est le meilleur mode de construction pour logements d’ouvriers: ou de l’habitation unitaire édifiée sous forme de palais, ou des petites maisons séparées les unes des autres parce qu’on appelle de petits jardins.
- La question présente pourtant assez d’intérêt pour qu’on ne laisse pas plus longtemps planer l’incertitude et l’hésitation en pareille matière. L’habitation est indispensable au bien-être des citoyens; la vérité et la science seraient sur ce point d'une utilité capitale. Le progrès architectural de l'habitation réalisant la plus grande somme d’avantages au profit des familles laborieuses sera un des grands bienfaits des études sociales.
- Voilà environ quarante ans que l’attention publique a été attirée sur l’insuffisance de l’habitation du pauvre, de l’ouvrier. Si La question reste en suspens c’est parce qu’elle est intimement liée à d autres questions sociales qui, elles aussi, attendent que l’opinion publique soit éclairée pour entrer dans la voie de leur application. Il importe donc d’élucider cette question.
- Pourquoi M. Limousin ne le fait-il pas ? Son talent, ses connaissances personnelles lui permettraient d’aborder cette tâche. En ce qui me concerne, j’aiderais volontiers à faire la lumière sur ce sujet, si le Journal des Economistes voulait bien dans ce but m’ouvrir ses colonnes. On remplacerait ainsi les préjugés et les préventions par des idées justes.
- Pour aujourd’hui je dois me borner aux observations que l’article de M. Limousin rend nécessaires.
- Au nombre des préjugés qui existent généralement contra l’habitation unitaire, le premier et le plus accrédité, sans doute parce que M. Jules Simon s’en est fait autrefois 1 organe, c’est que le palais social exige un réglement sévère, un régime de police excessif, celui de ia caserne.
- M. Limousin s’est laissé peut-être un peu entraîner par cette prévention en présentant le système des amendes, et des amendes de 5 francs, comme un procédé normal au Familistère, quand ce n’est qu’une mesure très-rare et tout à fait exceptionnelle. Les amendes de 10, de 20 et de 50 centimes sont déjà peu communes et n’ont d’autre objet que de réveiller le
- sentiment de l’intérêt commun. Mais M. Limousin s’est trompé davantage encore en pensant que la condition morale des débuts avait nécessité un régime disciplinaire.
- Le Familistère, même à sa fondation, n’a jamais eu de règlement disciplinaire; les questions d’intérieur y ont toujours été réglées par lés procédés amiables que l’Association appliqué elle-même dans l’intérêt de tous.
- La liberté la plus complète n’a jamais un seul in. stant cessé d’être la règle de l’habitation. Les avis et les conseils n’interviennent que lorsque l’intérêt public a à souffrir des actes de quelqu’un, et cette mesure a toujours suffi pour établir le bon ordre.
- Le règlement actuel de l’Association ne contient lui-même absolument que des règles et des mesures d'ordre; il ne renferme aucune mesure disciplinaire.
- Cette croyance trop commune à la nécessité de réglementer l’habitation ouvrière tient à ce qu’en général on est encore enclin à estimer en masse la classe laborieuse au-dessous de ce qu’elle vaut, et à croire ses sentiments et son amour du bien inférieurs à ceux des classes bourgeoises. C’est là une profonde erreur dont il faut revenir. Le régime de la classe ouvrière ne doit pas différer de celui de la classe bourgeoise.
- En parlant des classes d’éducation et d’instruction au Familistère, M. Limousin pose cette question :
- « Pourquoi l’école et même la crèche et la salle « d’asile ne sont-elles pas reliées au Familistère par « un passage couvert ? »
- Je suis un peu embarrassé de cette question et de la supposition qu’elle renferme que nos enfants puissent rentrer en classe avec des vêtements mouillés qu’ils devront garder pendant plusieurs heures.
- Quoi, les écoles du Familistère sont à 100 mètres du logement des familles, nos enfants sont réunis avant d’entrer en classe dans les cours vitrées du palais ; s’il pleut, on entend l’ondée tomber sur le vitrage, on attend qu’elle soit passée et tous les élèves se dirigent vers les écoles non-seulement sans pluie, mais à pied sec, car la place extérieure est propre et les écoulements en sont ménagés avec soin.
- L’Association n’a donc pas de passage couvert pour aller aux écoles, par le même motif que nous ne mettons pas de gants blancs à nos enfants pour aller en classe.
- Passant à l’examen de l’Association que j’ai fondee entre le Capital et le Travail, M. Limousin s’arrête aux termes de la répartition pour remarquer que l’Association du Familistère ne sépare pas le talent du travail. Il est, en effet, de principe dans cette Association que la répartition se fasse sur la baSê
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- des services rendus, c’est-à-dire des concours apportés à la production. La force physique, la subtilité, l’adresse sont des facultés productives qui ont leur mérite dans l’exécution; mais elles ne valent rémunération que si elles agissent, que si elles se traduisent en actes utiles. Il en est de même du talent.
- Le talent qui ne fait rien, la force qui reste inactive, la subtilité et l’adresse qui ne s’exercent pas n’ont pas de valeur rémunératoire. C’est dans l’action que se trouve cette valeur, c’est l’importance du ser-service rendu qu’on estime et qu’on rémunère dans la production. C’est pourquoi le capital a droit à un intérêt; c’est pourquoi l’ingénieur a droit à des appointements supérieurs à ceux du manœuvre. Les taux divers de salaires ou d’appointements sont dus aux différentes valeurs de capacités. Ce point étant établi, chacun intervient dans la répartition des bénéfices suivant la valeur de son concours et des services rendus. A chacun suivant ses œuvres.
- M. Limousin affirme ceci :
- « M. Glodin n’est pas un partisan de la démocratie « pure dans l’industrie. Il a créé une aristocratie « dans son association. » Je pense que M. Limousin fait ici abus des mots. Je suis aussi démocrate que qui que ce soit, non seulement en industrie, mais en tout gouvernement.
- A mon sens, les vrais partisans de la démocratie tie sont ceux qui désirent que chacun ait accès à toutes les fonctions suivant sa capacité et son mérite, que tout privilège soit écarté et que les règles de la justice soient introduites dans tous les rapports entre les hommes.
- Où. cela est-il établi en industrie autant que dans l’Association du Familistère?
- M. Limousin voudrait-il que l’Association se fût fondée sans fondateur, organisée et administrée sans organisateur et sans administrateurs, qu’elle fût dirigée sans directeurs ? Non, sans doute. Eh bien ! que faudrait-il de plus que ce quia été fait jusqu’ici? Le suffrage y fonctionne à tous les degrés non seulement pour les hommes, mais aussi pour les femmes. Tout le monde est électeur dans l’Association.
- M. Limousin penserait-il que "l’Association du Familistère aurait pu se fonder tout d’une pièce par le gouvernement direct de la masse des ouvriers et sans statuts ?
- La véritable démocratie, la démocratie organisée, c’est la hiérarchie du mérite, du savoir, de la capacité, établie sans privilège et sans erreur dans toutes les fonctions, en vue du plus grand bien de chacun. Hors de là, c’est l’anarchie, c’est la confusion et le
- désordre dans les éléments sociaux. Je ne suis pas démocrte de cette dernière façon.
- M. Limousin remarque ensuite avec raison que l’Association du Familistère proclame le droit des faibles et des déshérités à une part du produit social, en basant ce droit sur le concours que la nature accorde à la production. Il aurait pu ajouter que j’admets au même rang et comme donnant naissance au même droit la part de la production qui résulte des ressources publiques entrées dans le domaine commun. Je place au rang de ces ressources les routes, les canaux, les chemins de fer qui sont des instruments de travail ; les procédés de l’industrie et les découvertes de la science qui sont des moyens de production, etc. . Toutes ces choses étant mises à la disposition de ceux qui peuvent s’en servir profitent particulièrement à la création de la richesse. A ce titre celle-ci est redevable envers ceux qui ne peuvent profiter des ressources de la nature ni de celles du domaine commun.
- Posant comme principe de justice que les bénéfices de la production doivent être attribués à l’agent qui les a produits, nous divisons ces bénéfices en deux parts, Je livre cette division à l’attention des économistes :
- 1° La part due au domaine commun, provenant des ressources que renferme la terre, de l’action des forces que la nature met à notre disposition, des ressources 'sociales et enfin de l’action publique.
- Cette première part subvient aux besoins des faibles et des nécessiteux; elle doit servir de base aux garanties nécessaires à la vie humaine.
- 2° La part due à Faction individuelle provenant des services rendus par l’usage du capital et par la puissance du travail.
- Cette part est répartie proportionnellement aux services rendus par chacun.
- A ce qu’il y a d’absolu dans ces principes, la mise en pratique exige des tempéraments et des moyens de transition. Il faut enfin dans l’application tenir compte des milieux, des circonstances, et surtout des difficultés extérieures. Je ne doute pas queM. Limousin soit de cet avis et pourtant il semble me faire un reproche de n’avoir pas été immédiatement jusqu’à l’application absolue de ce qu’une société plus avancée que la nôtre pourrait comporter. Et encore ne le fait-il pas toujours avec exactitude. Ainsi il dit : « Les participants ont, ainsi que leur nom l’in-u dique, une part dans les bénéfices; seulement cette « part est versée aux diverses Assurances dont nous « parlerons tout à l’heure ; ce qui fait qu’ils n’ont « d’autre avantage sur les simples auxiliaires, les-
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- « quels profitent aussi de ces assurances, que celui « de n’être congédiés qu’après ceux-ci. »
- C’est là une grosse erreur. Les participants reçoivent dans les bénéfices une part proportionnelle à leurs salaires ou appointements ; et cette part au dernier inventaire est de 18,60 0/0.
- C’est la part du bénéfice représentée par le travail des auxiliaires qui est portée à l’Assurance des retraites, ce qui est fort différent.
- Une dernière observation. C’est aussi une erreur d’avoir dit que l’Assurance mutuelle des femmes a été au Familistère le résultat d’un accident et qu’elle doit prochainement se refondre avec celle des hommes. J’ai, au contraire, affirmé partout daus mes écrits la nécessité de fonder l’Assurance mutuelle des femmes distinctement de celle des hommes dans toutes les communes, lorsque la mutualité nationale s’organisera. C’est une question de convenance absolue que pendant la maladie les femmes soient visitées et que leurs besoins soient discutés par des femmes. L’expérience l’a prouvé au Familistère.
- L’œuvre du Familistère est plus sérieuse que ne le croit M. Limousin. Je l’engage à l’étudier de plus près. Les choses qu’il n’a pas comprises à première lecture lui apparaîtront, je n’en doute pas, avec une importance et une portée plus sérieuses que celles qu’il leur accorde.
- GODIN.
- FAITS POLITIQUES & SOCIAUX DE LA SEMAINE
- ALGÉRIE ET TUNISIE
- Nous avons des détachements à Sidi-Djaben-Absinet, dans le Sers, à Cebiba, dans la Hamada du Ouled-Ayar. Les quatre fractions des Drid sont soumises. Notre général a imposé à chacune d’elle 26,000 fr. de contributions de guerre.
- On a fusillé deux indigènes à Taboursouk. Le gouvernement tunisien a libéré les soldats de Sousse qui étaient dans la caserne de Bendjallai actuellement occupée par nos soldats. On a maintenu sous les drapeaux tous ceux qui avaient fui ou s’étaient montrés récalcitrants.
- Une colonne française, qui se trouvait à Djebel-Trick, est allée à Touat-Zouament. On continue à exiger les fusils des tribus ; quelques-unes en apportent de fort vieux et prétendent qu’elies n’ont pas autre chose. Les Drid ont fourni des chameaux pour nos colonnes. Des indigènes du Sers m’assurent que Ali-ben-Amar aurait été arrêté par les siens, qui l’auraient livré à la colonne française d'Aubigny. Le bey a intimé l’ordre au fils de Lardi-Zarroun de quitter Tunis immédiatement ; il paraît que sa maison était le lieu de réunion de quelques mécontents.
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- L'autorité militaire vient de recommander la surveillance la plus active aux chefs des colonnes qui opèrent dans le Sahara oranais. Il devient probable, en effet, que Si-Sliman va tenter un coup de main dans la région de l’est*
- Un émissaire, qui revient des campements de Si-Sliman, assure que ce dernier devait se mettre en route vers le 9 courant, avec 800 cavaliers, pris parmi les Beni-Guil et les tribus campées autour de lui.
- On annonce, d’autre part, que ce cheik vient de pousser une pointe entre le Kreider et Saïda, et a razzié une fraction des Hamcan, dont il a emmené les femmes les enfants et les troupeaux. Des employés du chemin de fer, prévenus à temps, se sont réfugiés dans la redoule du Kreider.
- Le général Couston poursuit Si-Sliman.
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- Un Arabe, ancien gardien de la voie, à qui on devait un mois de traitement et qui n’avait pas reparu depuis le jour du massacre de l’Oued-Zargua, a été trouvé nanti de plusieurs objets ayant appartenu au chef de gare assassiné. Il est accusé, ainsi qu’un autre Arabe d’avoir pris part au massacre. Après avoir arrêté un Maltais employé de la Compagnie, ces deux individus lui enlevèrent son fusil, et ne le rendirent à la liberté qu’après lui avoir fait jurer qu’il n’était pas Français.
- Le général Japy les a renvoyés au commandant de Medjez, avec ordre de les faire fusiller si l’instruction relevait des faits graves contre eux.
- Une plainte a ôté portée contre quatre Arabes qui, le jour du massacre de l’Oued-Zargua, enlevèrent des marchandises déposées à la gare.
- La route de Kairouan par Djebibina est aujourd’hui complètement libre et très sûre.
- ANGLETERRE
- On télégraphie d’Amérique que M. T. P. O’Gonnor, un des plus jeunes et des plus ardents députés parnellistes, a fait un discours invitant les Américains à aider l’île d’Emeraude à reprendre sa place indépendante parmi les nations. Des bruits alarmants arrivent encore d’Irlande. Les home rulers et les fenians, craignant évidemment que les décisions de la cour agraire ne détournent les paysans de l’agitation, veulent tenter quelque mouvement avant que la Land League ne soit oubliée et qu’il ne soit trop tard pour en réunir les tronçons épars.
- A Boher, près de Groghan, une troupe armée a pénétré, dans la nuit de mercredi dernier, dans la ferme d’un malheureux tenancier suspect d’avoir payé une partie de ses fermages, et d’avoir voulu s’adresser à la Land Court pour faire réduire son loyer. On l’a menacé de mort s’il donnait suite à ce projet. Un membre du comité d’assistance publique, qui s’était opposé à un vote de censure du gouvernement pour l’arrestation de M. Parnell, a été assailli mardi, près de sa résidence, aux environs d’En-nis, et une balle lui a frôlé le visage. A Carrick-sur-Shannon, la chaumière d’un paysan soupçonné aussi du double crime d’avoir payé son loyer et voulu plaider devant le tribunal agraire a été réduite en cendres.
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- Une élection a eu lieu le 19 à Stafford pour remplacer le député ouvrier Macdonald, défunt. Quelques centaines d’Irlandais, qui font partie delà circonscription, ont été invités, dans un meeting qui s’est tenu la veille, par le député O’Donnell, à voter « contre le gouvernement geôlier de M. Parnell. »
- On croit que le gouvernement prépare un bill pour établir une grande municipalité à Londres. Les corporations rédigent un contre-projet qui changerait quelques détails, mais laisserait à la Cité ses gros revenus.
- Un vol audacieux a été commis le 18 au soir au bureau de poste de Hattou-Garden à Londres. Entre cinq et six heures, le gaz a été éteint subitement, et, pendant le désarroi qui a suivi, le sac contenant les lettres chargées a disparu.
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- Le 17 au soir, M. Digby, neveu et agent agraire de | lord Digby, a reçu un coup de fusil pendant qu’il retournait chez lui à Brookville, près Tullamore, en Irlande.
- I Un régisseur, nommé Luke Dillon, a été frappé égale-
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- ment dans la nuit de jeudi, près deBallyhannis, de deux coups de fusil. Son état est désespéré.
- Cinq arrestations ont été opérées en vertu de la loi de coercition.
- La situation va se compliquer encore en Irlande, si les ouvriers agricuiteuis dont le sort n’a pas été amélioré par le land act arrivent à se coaliser comme l’ont fait avant eux les tenanciers : les journaux anglais reproduisent un manifeste publié par un certain nombre d’ouvriers de ferme irlandais qui se plaignent de ce que les tenanciers ne s’occupent que de leurs propres affaires pour s’enrichir, et négligent entièrement les ouvriers de ferme; ceux-ci sont invités à fumer une association pour le redressement de leurs griefs.
- Le manifeste se termine par l’appel suivant : Formons une association puissante pour réclamer nos droits, et montrons au monde que nous avons la ferme volonté de les obtenir.
- D’autre part, la Home rule league, qui poursuit un but politique et non social, a tenu vendredi à Dublin un meeting dans lequel on a arrêté les termes d’un manifeste. Ce document constate que pendant l’agitation agraire, le comité exécutif de la Home rule league avait cru devoir s’abstenir de toute espèce de propagande ; mais que maintenant le temps paraissait arrivé où ia question de l’indépendance législative de l’Irlande devait être portée périodiquement devant le public.
- Le comité a engagé les membres de la ligue à former des associations locales.
- Un entomologiste anglais raconte l’expérience suivante que tout le monde peut répéter. Il plante un bâton au milieu d'une mare, il y dépose une araignée des champs, puis il observe. Au bout d’un certain temps consacré à explorer le bâton et à s’assurer qu’il ne communique par aucun point guéable avec la terre ferme, l’insecte grimpe jusqu’au sommet, y attache un fil, puis il se laisse tomber à la surface de "l’eau, attendant que le vent le pousse sur une herbe voisine. Si le moyen ne réussit pas, l’araignée construit une sorte de houppe soyeuse, assez légère pour flotter dans l’air et se confie à cet aérostat d’un nouveau genre.
- Il faut évidemment le voir pour le croire. Mais, n’est-ce pas le cas ou jamais de s’écrier avec La Fontaine :
- Qu’on m’aille soutenir après un tel récit Que les bêtes n’ont point d’esprit !
- ÉTATS-UNIS
- Suivant une dépêche de Washington, publiée par le Standard du 18, le bruit court qu’on aurait arrêté a Chicago un complice de Guiteau, et découvert un complot qui se rattacherait à l’assassinat du président Gar-field. Toutefois, M. Gorkbill, attorney du district, conteste l’exactitude de la nouvelle, qui paraît n’être qu’une invention. L’intérêt qu’inspire le procès Guiteau va en augmentant. Dans la séance du 17, l’accusé a protesté contre la part que M. Robinson doit prendre à sa défense, et a cherché à persuader à la cour qu’en agissant comme il l’a fait, il représentait la divinité. Plus tard il s’est écrié que le bruit de la découverte d’un complot à Chicago est un mensonge. Il était fort surexcité, gesticulait" violemment et s’est comporté d’une manière très bruyante. Il a essayé d’interrompre l’attorney du district qui a fait le discours d’ouverture de la procédure, et la cour a du le menacer de le faire emmener ; après quoi il a promis de ne plus recommencer.
- M. Blaine, cité comme témoin, a été entendu dans cette séance sur les circonstances dans lesquelles Jes coups de revolver ont été tirés sur le président Garfield. Il a constaté également que de nombreuses demandes d’emploi faites par Guiteau ont toujours été repoussées, et que lui-même lui avait dit de cesser ses instances ; M. Blaine n’a jamais remarqué chez Guiteau rien qui
- ait dénoté un dérangement d’esprit. M. Scovile. l’un des défenseurs, a adressé quelques questions à M. Blaine, et à cherché à faire comprendre que l’âpreté des querelles politiques à l’époque de l’assassinat a dû exercer une certaine influence sur l’assassin.
- Guiteau avait fait de violents reproches à M. Scoville sur la ligne de défense adoptée par ce dernier, la cour a ordonné aux huissiers d’emmener le prisonnier ; cet ordre a pu être exécuté avec beaucoup de peine La cour étant de nouveau réunie, le chargé d’affaires de Venezuela, ainsi que d’autres témoins" oculaires, ont déposé sur les circonstances dans lesquelles les coups de revolver ont été tirés sur le président Garfield.
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- On annonce l’arrivée à New-York d’un steamer amenant 250 juifs émigrés de Russie ; le chiffre total de ces émigrés s’élève maintenant à 2,600, et les diverses compagnies d’émigration doivent en transporter encore 10,000. Us vont fonder des colonies agricoles, principalement en Louisiane et en Virginie.
- ALLEMAGNE
- La presse continue à commenter le message impérial.
- La Post, journal conservateur libéral, reconnaît que le programme contenu dans le message est tel, qu’il ne peut obtenir l’assentiment du centre ni des partis libéraux : « M. de Bismarck sera donc forcé de gouverner avec la minorité et d’inspirer sa politique par la pensée de remplacer le plus tôt possible le Reichstag actuel par un parlement composé d’une façon plus favorable. »
- La Gazete d'Augsbourg dit que le chancelier a revêtu son « armure de fer et pris une position de combat pour diriger une nouvelle attaque contre le libéralisme et le parlementarisme. »
- La Correspondance provinciale, journal officieux, déclare que « le message a pour but de montrer que la politique du prince de Bismarck n’est pas l’expression dos vues personnelles du chancelier, mais qu’elle a été conçue et suivie avec l’assentiment de l’empereur. »
- La Correspondance provinciale ajoute :
- En présence des doutes qui avaient été émis à ce sujet, l’empereur a désiré s’engager encore une fois en faveur de cette politique.
- Le plan de M. de Bismarck ne s’exécutera que lentement, la première session du Reichstag devant finir vers le 1er janvier et ne devant guère s’occuper que du budget.
- La Gazette nationale s’exprime ainsi : ,
- La nation constatera avec douleur qu’il y a dans le message un passage d’après lequel l’empereur, en mourant, n’emporterait de satisfaction que dans le cas ou les projets socialistes de M. de Bismarck seraient réalisés. Nous croyons qu’il n’est ni correct ni prudeut, au point de vue politique, de faire entrer en conflit la conviction des citoyens relative à l’utilité ou à l’inutLité de projets de loi, avec les sentiments de respect et de vénération qu’ils éprouvent pour le souverain. Nous devons donc adresser au ministre responsable le reproche que nous avons adressé, pendant la période électorale à la presse gouvernementale ; il a exposé au premier plan la personne du souverain,alors que son devoir constitutionnel est de couvrir de sa personne à lui chancelier, et de sa responsabilité, la politique de l’empire... Le message a fait prendre partie au souverain pour le chancelier et contre les électeurs.
- La Gazette nationale dit qu’en présence du message, personne ne peut croire que les libéraux puissent s’entendre et gouverner avec le chancelier.
- C’est à onze heures du matin, que les médecins ayant déclaré que l’empereur n’était pas en état de supporter les fatigues de la lecture du discours du trône, ce discours a été remanié et transformé en message.
- L’empereur allait mieux hier. Il paraît que l’état de santé du prince de Bismarck n’est pas non plus brillant. La Gazette nationale dit que le prince a fait au milieu de
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- la lecture, qui n’a duré que douze minutes, plusieurs pauses assez longues, afin de reprendre haleine et des lorces.
- La Germama critique vivement, au nom du centre ultramontain, « le communisme bureaucratique, le socialisme et le gouvernement personnel du prince de Bismarck ».
- La Gazelle de VAllemagne du Nord invite ironiquement les liJDéraux à sortir de leur attitude négative et à dire ce qu’ils veulent. La feuiile officieuse déclare ensuite qu'après tout, s’il est démontré que le pays ne veut décidément pas des réformes qu’on lui, propose, l’empereur et son gouvernement sauront s’accommoder aux circonstances.
- Ce langage forme un étrange contraste avec celui du message.
- M. de Levetzow, conservateur, a été élu président du Parlement allemand par 193 voix contre 148 données à M. de Stauffenberg, libéral.
- M de Frankenstein, membre du centre, a été élu premier vice-président du Parlement allemand, par 197 voix contre 136 données à M. de Benda, libéral.
- SERBIE
- Un grave conflit a surgi dernièrement à Belgrade entre le gouvernement et le chef de l’Eglise serbe, le métx’opolitain Michel. Voici les détails qui nous parviennent à ce sujet : une loi récente ayant établi au profit du Trésor certaines taxes auxquelles devaient être soumis les ecclésiastiques,le métropolitain Michel refusa de se soumettre, avec son clergé, à cette loi, déclarant que le nouvel impôt portait atteinte aux droits et privilèges de l’Eglise nationale. Il exposa ses griefs dans une protestation violente adressée au ministre des cultes. Après avoir usé de tous les moyens de conciliation, le gouvernement se décida a révoquer le métropolitain récalcitrant du poste de l’archidiocèse de Belgrade et de la métropolie de Serbie, et à lui donner un successeur en la personne de Mgr Moïse, évêque de Négotine. A la suite de cet acte de rigueur, les évêques se soumirent et Je fougueux prélat fut interné au couvent de Saint-Pierre.
- Mais M. Michel ne se tint pas pour battu. En quittant le palais métropolitain,il. a adressé au prince Milan' une protestation contre les mesures dont il a été l’objet alléguant que « la Constitution reconnaît l’Eglise nationale de la principauté, et que d’après les principes de l’Eglise orthodoxe,l’Eglise nationale serbe dépend exclusivement du patriarche de Constantinople, en sa qualité de chef de l’Eglise orthodoxe » :
- « Pour ce qui concerne ma personne dit le métropolitain serbe, mon sort sera décidé par le pouvoir compétent, la patriarche de Constantinople, chef du synode oriental, l’empereur de Russie, chef de l’Eglise nationale russe, la patriarche d’Ethiopie, le patriarche de de Jérusalem, le patriarche d’Alexandrie, le métropolite de Grèce. J’en ai appelé à ces membres et chefs de l’Eglise orthodoxe,et seuls les synodes de l’Eglise peuvent me révoquer, mais non un conseil des ministres incompétent à décider quoi que ce soit en fait de question ecclésiastique.
- Mais cette protestation n’aura sans doute aucun effet, et le gouvernement russe a déclaré déjà, dit-on, qu’il considérait cette affaire comme une affaire d’administration intérieure dont aucun gouvernement étranger n’avait le droit de s’occuper,
- Ajoutons que le ministre des cultes et de l’instruction publique de Serbie prépare pour la Skouptchina, un projet de loi tendant a préciser la sphère d’activité et les attributions de l’épiscopat, afin de rendre impossible à l’avenir tout conflit entre l’Etat et l’Eglise. Il est question à la Skouptchina, d’accorder un vote de confiance au cabinet pour son attitude dans le différend avec Texmétropolitain.
- * * *
- Hédlioameuu* et l'argent, — M, X..riche pro* |
- priétaire, avait touché chez son agent de change cent mille francs en billets de banque.
- Rentré dans son hôtel, rue Montaigne, vers dix heures du soir, il constatait l’absence de son portefeuille contenant ses valeurs.
- Le lendemain matin, il se rendait à la préfecture de police pour y faire sa déclaration, et cinq quarts d’heure après, il recevait uu télégramme l’invitant à passer au bureau. U s’y rendit aussitôt. L’employé, qui avait reçu sa déclaration, tira de son tiroir le portefeuille en question, qu’il lui remit, en lui disant qu’il avait été rapporté par un chiffonnier du nom de Marion, dont il lui donna l’adresse.
- M. X..., se fit immédiatement conduire au domicile indiqué, à Glichy. La famille, se composant du père, de la mère et d’une petite fille de six ans, prenait son repas, c’est-à-dire mangeait du pain sec; une cruche d’eau était près d’eux.
- Envoyant entrer un étranger, ils s’étaient levés. Il n’y avait qu’un siège, un escabeau sur lequel s’assit
- M. X...
- L’intérieur de la cabane, construite eu planches, offrait l’aspect le plus misérable : Une couchette de chiffons pour l’enfant; delà paille pour ses parents; des nippes pendues aux parois; la hotte traditionnelle dans un coin.
- M. X... leur apprit qu’il venait les remercier de leur acte de probité, d’autant plus méritoire qu’ils se trouvaient dans le dénûment et, tout en parlant, il lui glissa un billet de 1,000 francs dans les raams.
- Ensuite, il adressa plusieurs questions, auxquelles le chiffonnier hésita à répondre. A la fin, il raconta qu’en passant rue Montaigne, il avait ramassé le portefeuille, et, qu’après y avoir vu du « bon papier », il l’avait jeté dans sa hotte; mais, au lieu de faire sa tournée habituelle, il s’étaR rendu directement ail logis. En entrant, il dit à voix basse à sa femme, pour ne pas être entendu des voisins : « Femme, je t’apporte la fortune. Et il, lui montra des billets de banque. » Sa femme ouvrait de grands yeux. Gomme la lampe répandait peu de lumière, il l’envoya chercher une chandelle. Pendant ce temps, il boucha les fentes de la cabane. Sa femme rentrée et la porte fermée, la chandelle fut allumée; tous les billets furent dépliés et éparpillés sur le plancher.
- Ils passèrent ainsi la nuit, accroupis à regarder cette fortune. De temps eu temps, le silence était rompu par quelques réflexions. La femme disait :— Nous achèterons une jolie maisonnette avec jardin. Que nous serons donc heureux ! — Tu auras de belles robes, répliquait le mari. Tu te promèneras la canne à la main, disait la femme, ça t’ira mieux qu’un crochet. — Qui, nous mènerons une vie bourgeoise dans une bourgade, où nous serons considérés. — Nous enverrons nôtre petite à l’école; elle sera riche notre fille.
- Lorsque le jour parut, la chandelle était depuis longtemps brûlée.’ Epuisée par l’émotion et l’insomnie, ils regardaient les billets dans la môme posture.
- — Dis-donc. femme, crois-tu que ça nous portera bonheur ? — Dame ! je ne sais pas, répondit celle-ci. — M’est avis qu’en mangeant de bonnes choses, le remords nous dira que nous les avons volées. — Tu m'épouvantes, dit la femme. — Aimes-tu mieux souffrir dans la pauvreté que de vivre heureux avec l’idée d’être des voRurs !— Oh ! non ! non ! restons pauvres.
- Les billets furent ramassés et replacés dans le portefeuille.
- ; On sait le reste.
- — Faut nous pardonner, mon bon monsieur, d’avoir eu une mauvaise pensée.
- En entendant ces dernières paroles, M. X... sentit son cœur remuer, des larmes jaillirent de ses yeux. Il ajouta quatre autres billets de 1,000 francs et se chargea de l’enfant.
- Les pauvres gens ne pouvant dans leur joie exprimer leur reconnaissance, se jetèrent à ses pieds.
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- CAUSERIE ANTICATHOLIQUE ET RELIGIEUSE
- Lest Évangiles «levant la raison
- La croyance dans la réalité de l’existence du Christ ne peut pas être sérieusement contestée et rangée comme ont essayé de le faire certains doctrinaires matérialistes, au nombre des mythes.
- Fut-il pétri de chair et d’os comme le commun des mortels, ou, eut-il le privilège, comme le prétendent certains spiritualistes, de revêtir pour accomplir sa mission terrestre, une enveloppe semi-matérielle, presque fluidique, qui le mettait à l’abri des inéluctables besoins de notre pauvre nature humaine? L’une et l’autre de ces deux hypothèses sont également acceptables. Rien d’extraordinaire en effet à ce que Christ ait voulu revêtir le vêtement corporel des autres humains,rien de surprenant non plus à ce qu’il ait pris un corps en harmonie avec la haute élévation de sa nature, spirituelle. S’il est vrai que l’esprit fait la forme, la haute supériorité de Jésus lui imposait certainement un corps d’une fluidité incomparable. L’histoire ne nous offrant point les éléments nécessaires pour trancher cette intéressante question, ne dissertons pas plus longtemps sur ce sujet, et contentons-nous d’affirmer l’authenticité de l’existence de Jésus,ajoutant à nos affirmations l’autorité d’hommes célébrés tels que Josèphe, historien romain, qui parle du bruit qui se fit en Judée autour de cette grande figure prophétique, et mentionne son exécution.
- Il paraît avéré que Jésus-Christ n’a jamais rien écrit, il consacra sa vie publique toute entière à la prédication. Toutes les paroles qui tombaient de sa bouche étaient graves et sentencieuses, et témoignaient d’un homme qui, sous des dehors simples et modestes, possédait les connaissances les plus étendues et les plus approfondies.
- Comment se fait-il que les Evangiles, qui sont l’histoire de sa vie, contiennent à côté de tant de pensées fortes et profondes tant de récits ridicules et incompréhensibles ? Telle est la question que nous allons examiner aujourd’hui.
- Comment celui qui a dit : Aimez-vous les uns les autres, qui avait tant de grandeur d’âme et d’amour de la justice, qui proclama l’égalité des hommes dans un temps ou florissait l’esclavage, a-t-il pu prononcer des paroles comme celles-ci : Evangile selon St-Luc. (Ch. XIX v. 27) « quant à mes ennemis qui n’ont pas voulu que je règne sur eux, qu’on les amène ici et j qu’on les tue en ma présence, » ou bien encore : « Il f est aussi difficile à un riche d’entrer dans le royaume >
- des cieux qu’à un chameau de passer par le trou d’une aiguille. »
- Nous ne devons point accuser Christ de ces anomalies ; les causes de ces intermittences de génie et de pensées absurdes qui nous frappent, en lisant les textes sont multiples, nous allons essayer de les analyser et en faire un examen sérieux et attentif.
- 1° Les Evangiles acceptés comme canoniques ne sont point authentiques et résultent d’un triage fait clandestinement par les premiers évêques chrétiens, travail qu’ils ont par la suite attribué aux quatre évangélistes.
- L’histoire nous apprend qu’il parut dans les premiers siècles chrétiens un grand nombre d’évangiles, quatre seulement furent reconnus par l’Eglise,tandis que 35 environ furent considérés comme apocryphes.
- Si nous lisons les œuvres des premiers pères de l’Eglise, nous remarquons qu’ils ne citent jamais que les Evangiles considérés aujourd’hui comme apocryphes ; si ceux de Luc,Matthieu,Marc et Jean existaient à cette époque, comment se fait-il que les pères n’en aient jamais parlé.
- On lit dans l’Evangile selon Mathieu, que le sang de Zacharie, fils de Barac, massacré entre le temple et l’autel retombera sur les juifs, or, ou trouve dans les œuvres de Josèphe, que ce Zacharie fut tué entre le temple et l’autel, pendant le siège de Jérusalem par Titus. On fait donc raconter par Matthieu, dans son Evangile, un fait qui s’est passé 75 ans après la mort de Jésus-Christ, et par conséquent après la mort de Matthieu.
- Ce fait, joint à l’argument précédent, témoigne à mon avis assez favorablement en faveur de ceux qui nient l’authenticité des quatre Evangiles canoniques et soutiennent qu’ils ont été faits au moins un siècle après la mort du Christ.
- 2° Les Evangélistes ont pu ne pas bien comprendre le véritable sens des paroles de Jésus.
- On pourrait expliquer par cette cause le ridicule de certains textes. Les évangélistes ayant- voulu tout raconter, même ce qu’ils n’avaient pas compris,l’ont narré d’une façon quelquefois incompréhensible. Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement.
- Si l’on ajoute à cela que deux des évangélistes, Marc et Luc, n’ont jamais connu Jésus, on ne trouvera point extraordinaire que, ne racontant que ce qu’ils avaient entendu dire, il y eut dans cette circonstance une nouvelle cause d’altération des paroles du maître.
- 3° En passant par différentes traductions pour arriver jusqu’à nous, le sens de certains passages a pu subir une altération qui modifie le sens primitif.
- Ces fautes de traduction ont dû. en effet être nom-
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- breuses. Ainsi, par exemple, il paraît aujourd’hui avéré que dans le passage suivant : Il est aussi difficile à un riche d’entrer dans le royaume des cieax qu’à un chameau de passer par le trou d’une aiguille, le mot latin que l’on traduisait par : chameau,aurait dû être traduit par cable, ce qui en modifie com • plétement la signification.
- Trois causes principales ont donc pu concourir à altérer l’histoire de la vie du Christ, et le récit de ses enseignements. Lorsque nous interrogeons les textes, nous ne devons donc point nous attendre à y trouver la vérité dans toute sa pureté,quand même nous serions persuadés que Christ n’a pu errer, là comme ailleurs nous devons tout soumettre aux ceritérium de notre raison.
- Si nous trouvons dans les textes évangéliques une conformité de pensées entre les théories que nous préconisons et celles de Jésus, nous nous en servirons en faveur de notre thèse, en disant qu’il y a dix huit siècles, ce grand sage qui s’appelait Jésus pensait comme nous. Si au contraire nous trouvons des passages ridicules ou obscurs, nous ne conclue-rons point pour cela à des pensées injurieuses pour le Christ, puisque nous pensons avoir démélé les causes qui ont produit ces obscurités. Tel est le terrain sur lequel nous nous placerons, lorsque nous ferons des emprunts aux textes 'pour examiner les différents sujets que nous nous proposons de traiter.
- Edmond Bourdain.
- V IRLANDE
- IV
- Un auteur écrivait en 1842, à propos d’O’Connell : « Venu il y a cinquante ans, O’Connell eût probablement péri au gibet, un demi-siècle plus tard, on ne l’écouterait plus. Il ne pouvait paraître ni plus tôt, ni plus tard. »
- En admettant même qu’il soit strictement vrai que le grand agitateur ne se soit jamais départi des cinq principes énoncés par M. Gladstone, la phrase que nous venons de citer suffirait à elle seule à réduire à néant l’argument que le chef du cabinet de Saint -James prétend tirer du parallèle établi entre O’Connell, c’est-à-dire l’Association catholique, ef M. Par-nell, c’est-à-dire la Land league.
- Autres temps, autres mœurs 1 Si l'expérience a justifiéœe dicton, elle[ne justifie pas moins ce qui a été dit bien longtemps avant nous, et que l’on répétera bien longtemps encore après que nous ne serons plus : c’est que chaque chose vient à son heure ;
- c’est que telles réformes peuvent s’accomplir à telle époque dans un pays, qui seraient impossibles à telle autre époque. C’est que, selon l’état social, politique et religieux de ce pays, tels moyens employés à l’accomplissement de ces réformes sont, à un moment donné, non seulement utiles, mais d’une nécessité absolue, tandis que dans un autre moment ils seraient non seulement inefficaces, mais encore nuisibles, pernicieux. Et, en faisant cette assertion, nous ne voulons pas dire que ce qui est justice à telle heure, ne l’est pas à telle autre heure. Nous ne voulons pas insinuer que ce qui est le droit la veille ne l’est pas le lendemain, et vice versa, nous voulons simplement, cette assertion faite d’une manière générale, l’appliquer spécialement à l’Irlande, puisque c’est de l’Irlande que nous nous occupons aujourd’hui.
- Il est bien évident que, à maints égards, l’Irlande de nos jours n’est pas l’Irlande de 1800-1810.
- Abattue comme elle l’avait été en 1798, foulée aux pieds par l’Angleterre, sa spoliatrice d’autrefois, sa persécutrice de tous les temps, qui venait encore de lui ravir ses droits politiques, souffrant de toutes les misères, privée de toutes ses libertés, l’Irlande catholique, lorsque lui vint O’Connoll, avait intérêt à ce que sa lutte contre son oppression fût une lutte constitutionnelle. La paix que lui imposaient les circonstances devait être néanmoins une paix agitée, peaceful agitation, quelque chose tenant le milieu entre l’insurrection et le régime des lois.
- O’Connell le comprit. Jurisconsulte habile, assez adroit pour se servir de ce qui existait dans le code de la tyrannie, et s’en faire des armes contre son adversaire, avocat subtil autant que tribun fougueux, appliqué à tenir en éveil la colère populaire et assez fort pour la maintenir dans les limites voulues, capable, quand même des excès seraient commis, de les défendre devant les tribunaux, et de fasciner les juges comme il entraînait les assemblées populaires, il sut discipliner l’Irlande et présenter un jour à l’Angleterre une nation « constitutionnellement insurgée « debout comme un seul homme, et disposée à ne s’asseoir que lorsque justice lui aurait été rendue.
- Le catholicisme était, pour ainsi dire, la seconde nationalité de l’Irlande; c’est de l’élément catholique par lui groupé qu’il se servira pour revendiquer la liberté. Il croit, en effet, que l’émancipation religieuse faite, la conquête à nouveau des droits politiques de la nation en deviendra plus facile. La question sociale ne vient, pour lui, qu’en troisième ordre, mais s'il n’en pose pas la solution immédiate, il la fait pressentir et s’en servira comme d’un aiguillon pour stimuler les classes déshéritées. La faim, la
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- faim révoltée sera, d’un autre côté, le spectre qu’il fera se dresser devant les yeux de la classe privilégiée pour lui arracher les libertés qu'il revendique. Mais tout ceci ne sera fait, mais son cri : Justice pour l’Irlande, il ne le fera entendre que quand il se sera assuré le concours des partis avancés chez l’oppresseur et l’opprimé. Enfin quand il paraphrasera le sacramentel anathème : A bas les torys 1 c’est qu’il sentira derrière lui, réunis en un faisceau, tous les riches catholiques et un bon nombre de riches protestants. Les premiers seront arrivés à lui par intérêt de religion et de nationalité et peut-être aussi par envie de crédit et de domination. Les seconds y auront été poussés, quelques-uns sans doute par esprit national, quolques autres par la crainte de l’avenir, et tous, bien certainement, par le désir, après avoir bénéficié de l’intolérance du protestantisme, d’entrer dans le partage des bénéfices du catholicisme plus tolérant.
- Cette assistance lui venant des riches de l’Irlande, des radicaux anglais qui en voulaient bien au to-rysme, mais c’était tout, devait être et a été pour O’Connell une entrave et en quelque sorte un amortissement dans sa revendication des réformes autres que celle religieuse. Mais elle a déterminé le ministère tory lui-même à demander, en 1829, par la voix du duc de Wellington, l’émancipation catholique de l’Irlande. « Si vous ne faites pas cette concession *», a dit le noble duc, « il n’y a plus de sécurité pour le pays. » La concession fut faite, O’Connell avait gagné sa cause.
- Bien différente aujourd’hui, on le voit, est la situation de l’Irlande. Cette situation, nous l’avons déjà exposée antérieurement dans plusieurs articles publiés par le Devoir; nous n’y reviendrons donc pas. Mais ce sur quoi nous tenons à appeler de nouveau l’attention des lecteurs, c’est sur ce fait, que ce qui par O’Connell était relégué au troisième plan, apparaît aujourd’hui en première ligne du programme de l’agitation agraire. Oui, la question sociale et sa solution est celle que pose tout d’abord la Land league. La question politique n’arrive que comme corollaire de la première.
- Oui, la faim que laissait subsister O’Connell parce qu’il en avait besoin comme aiguillon, d’une part, et comme moyen d'intimidation d’une autre part; la faim, ce spectre qu’il évoquait et dont l’existence lui paraissait si nécessaire pour entretenir l’agitation en Irlande, qu’il repoussait à outrance la fameuse loi des pauvres; la faim sé présente de nouveau aujourd’hui avec le souvenir de toutes les injustices du passé devant les classes privilégiées, non plus comme une image plus ou moins fantasmagorique,
- mais comme une réalité palpable, comme une douleur vivante qui veut et qui doit être apaisée! Encore une fois est-il possible, sans commettre un anachronisme volontaire, sans donner, comme nous l’avons dit, un croc enjambe à la. vérité, d’assimiler même dans un parallèle la situatiou de l’Irlande d'O’Connel! à celle de l’Irlande des Parnell, des Davitt et des Dillon !
- Quant aux principes auxquels, selon M. Gladstone, le grand agitateur est constamment resté attaché, nous pourrions dire d’une manière générale que lorsque cet attachement s’arrête juste aux limites où commence l’insurrection, la conviction de celui qui les professe ne doit pas être très solide. Néanmoins nous passerons condamnation sur le premier, en tant qu il s agira, non point de la couronne, mais de la personne même de la Reine, dont on représente en effet O’Connell comme énamouré.
- Nous croyons, quand au second que M. Gladstone a eu raison de dire que O’Connell avait toujours été désireux de conserver les relations les plus amicales avec la Grande-Bretagne, s’il a entendu par là que la tribune irlandaise n’avait jamais désiré que les demandes de réforme à l’Angleterre se fissent à coups de fusil, du moins de son vivant; mais lorsque, en présence des résistances systématiques de ce dernier pays, tomberont des lèvres de i’agitateur ces paroles qui révèlent le secret de toute sa vie : « Je lèverai Vétendard de la révolte et je le planterai sur ma tombe 1 » Ne pourrons-nous pas nous demander si l’affirmation absolue de M. Gladstone n’est pas un peu hasardée ?
- Cet appel posthume à la révolte n’accuse pas non plus, que nous sachions, un profond respect pour la loi et pour la vie humaine. Du reste, l’association catholique n’était-eile pas illicite ? N’avait-elle pas été prohibée et dissoute déjà à plusieurs reprises? N’est-ce pas en éludant la loi que O’Connell, en dernier ressort, a pu la faire vivre ?
- Et, lorsque en 1828, à une époque où les catholiques étaient par la loi incapables d’être députés au Parlement, i’agitateur se présentant aux suffrages des électeurs du comté de Clare, s’écrie d’une voix formidable : « La loi vous défend d’envoyer un catholique au Parlement. Eh bien,ije suis catholique, nommez-moi » atteste-t-il de son profond respect pour la légalité ?
- Et encore lorsqu’il emprunte à Thomas Moore ces paroles qu’il fait entendre à l’Irlande du haut des hustings : « Héritiers d’un long esclavage, ne savez-vous pas que ceux qui veulent se rendre libres doivent se tenir prêts à frapper le coup, » paroles qu’il fait suivre de cette menace : « Angleterre, justice pour l’Irlande, ou je laissa tomber sa misère sur
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- toi, » donne-t-il preuve de sa profonde conviction » que toute réforme politique, même dans le sens du progrès ne vaut pas la peine qu’on verse une seule goutte de sang pour l’obtenir ?
- Enfin témoigne-t-il d’un respect réel pour la propriété, cet homme qui s’indignant des injures qui viennent de lui être adressées à propos du tribut annuel qu’il reçoit de l’Irlande, assigne, comme origine aux domaines possédés par son insulteur en Irlande, la voie accoutumée du temps, (celui où s’est constituée la grande propriété de l’aristocratie en Irlande) le sacrilège, le parjure, le vol et Passas- ' sinat.
- Il serait bien difficile également de reconnaître le respect pour la légalité et la propriété tout à la fois, dans le soulèvement général qu’il provoque contre le paiement de la dîme en 1831.
- Bref, pour dire notre pensée en un seul mot, cette assimilation de deux époques, de deux situations bien distinctes, ce parallèle qu’on semble vonloir établir entre des hommes appartenant chacun à l’une de ces époques, les affirmations en faveur du premier tendant à discréditer le dernier, nous paraissent de pauvres arguments et propres plutôt à nuire à la cause que l’on defend, qu’à la servir.
- Il en est de même de cette statistique de prétendues pertes éprouvées par les Landlords, de 1877 à 1881. pendant quatre ans, et qui s’élèveraient à L. I 25.500.000, soit en argent français 637.500.000 fr. Nous avons voulu nous assurer de l’exactitude de ces chiffres et voici ce que nous ont fourni les sources officielles auxquelles nous avons eu recours.
- Les évictions en 1878 et 1879 ont été au nombre de 17,111 représentant une somme de. ................. L 146.947
- Durant le même laps de temps 7.161 mandats lancés, pour une somme de L. 554.546 ; mais il n’y a eu jugement que pour 6.043 cas réduisant le chiffre ci-dessus à. , . L 514.561
- Pertes réelles. Total. . . L 661.508
- C’est très possible que les Landlords aient considéré également comme pertes les indemnités accordées par les Land sessions aux tenanciers, pour différentes causes.
- Ajoutant donc à ce qui précède ces nouveaux chiffres en indiquant ce qu’ils représentent, nous trouvons :
- 1° Payé aux tenanciers pour les indemniser en quittant leurs terrains 1.914
- 2° Pour ameliorations dans les domaines......................- • 2-543
- 3° Pour troubles ou autres empêchements dans la libre possession des teneurs.........................
- 4° Et enfin pour l’Ulster tenant Right...............................
- 8.277
- 5.920
- L 680.162
- Constituant un montant de.
- Ce à quoi ajoutant les arrérages dus de 1880 et 1881 selon les chiffres intéressés et que nous admettons sans contrôle......................L 10.500.000
- Nous obtenons.
- L 11.180.162
- Si du chiffre présenté plus haut, . nous soustrayons celui-ci contre .
- nous trouvons pour différence . .
- L 25.500.000 11.130.162
- L 14.379.838
- , Nous nous sommes vraiment demandés d’où pour, vait provenir cette différence.
- Un instant nous avons pensé qu’elle représentait peut-être les réductions faites par les Landlords sur le prix r*es fermages pendant les deux années 1878 et 1879. Mais en admettant même que tous les Landlords, sans exception, aient fait une réduction de 20 pour cent sur les 28.000.000 formant le montant de ces fermages pour ces deux années, nous n’aurions qu’une somme de 5.600.000 ; c’est-à-dire que pour atteindre la différence ci-dessus L. 14,379.838 il faudrait encore trouver 8,779,838 sur les brouillards de je ne sais quel fleuve.
- Nous laissons a de plus malins que nous le soin de découvrir ce fleuve, mais en attendant cette découverte merveilleuse, il nous sera permis de taxer d’exagération dans le chiffre de leurs pertes MM. les Landlords, et nous répéterons que des procédés de cette nature sont loin de militer en faveur de la cause que l’on défend, que ce soit sa propre cause ou celle d’un autre.
- [A suivre) Q. P. Maistre.
- LA CULTURE AU SOLEIL DE NUIT
- Retournons à la ferme électrique de M. W. Siemens, pour nous enquérir spécialement de l’un des deux services généraux qu’y remplit la reine du jour. Le premier est de faire travailler les machines en leur transmettant la force du mot*, ur installé au centre de l’exploitation. Le second est d’activer et de parfaire la végétation des fleurs, fruits et légumes.
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- C’est de cette dernière fonction que nous nous occu- | perons. Il a déjà été dit que les plus délicates pri- * meurs affluent tout le long de l’année sur la table du maître de cette ferme enchantée. Cette douceur et ce luxe lui sont procurés par une équipe de petits soleils de nuit, de la force de 5,000 candies ou bougies, chacun, qui, au moment où le grand soleil va se coucher, se lèvent ou s’allument, et qui se couchent ou s’éteignent quand le soleil se lève; de sorte que, dans une expérience qui ne dura pas moins de six à sept mois, les plantes restèrent exposées pendant vingt-quatre heures par jour à la lumière soit du soleil, soit de l’électricité, se remplaçant près d’elles; sauf cependant — c’est la note comique — pendant les nuits du dimanche ! Est-ce assez anglais ? Mais comment M. Siemens n’a-t-il pas procuré aux plantes dont il avait charge le repos dominical complet, en les soustrayant, pendant la phase diurne du nycté-méron consacré, aux libertinages du soleil ?
- C’est un fait acquis que la lumière électrique produit sur les végétaux des effets identiques en nature à ceux de la lumière solaire. Sous l’influence de la première comme sous celle de la seconde, les feuilles emmagasinent dans leur tissu la chlorophylle, de qui elles tiennent leur aimable verdure, et les fleurs et les fruits arborent leurs couleurs auxquelles s’ajoutent, chez celles-là cette grâce expansive, le parfum, et chez ceux-ci ce charme discret, la saveur, qui portent au comble leurs mérites auxquels se délecte une innocente sensualité.
- Cela posé, la lumière du soleil étant sujette à de grandes variations, l’idée de lui donner celle de l’électricité pour doublure se présentait naturellement; mais M. Siemens l’a comprise si largement, qu’elle n’est plus celle que tout le monde eût pu avoir. Puisque les lumières électrique et solaire ont sur les plantes des effets identiques, nous avons le moyen de prolonger pendant la nuit l’action de la lumière sur la végétation, et par conséquent de rendre cette action continue. Qu’arriverait-il ? C’est l’objet des recherches qui nous occupent. Il s’agit donc d’obvier, !* non pas aux offuscations, mais aux absences du soleil empêché par des causes non plus météorologiques, mais astronomiques. « Obvier » est bien risqué.
- Les quotidiennes absences du soleil sont-elles un mal ? Sa présence continue ou, ce qui reviendrait au même, l’action ininterrompue d'effets identiques aux siens serait-elle un bien ? Question. De ce que les plantes se trouvent bien d’un jour de douze heures Il ne résulte pas nécessairement qu’elles se trouveraient mieux d’un jour d’une durée double, d’un jour sans fin. On pourra même dans le premier moment |
- incliner vers l’opinion contraire, mais par suite d’une fausse analogie établie entre l’animal et le végétal. Un animal ne saurait demeurer actif jour et nuit, quoiqu’on ait prétendu qu’il en était ainsi des animacules microscopiques ; mais la vie végétative dans l’animal n’a point d’intermittence, elle va d’un mouvement continu et ses journées sont de vingt-quatre heures. Pourquoi n’en serait-il pas de même de la végétation? Notez que c’est ce qui arrive, où à peu de chose près, dans les régions sur lesquelles se lèvent les grands jours polaires. Il y avait donc lieu d’expérimenter. Pour le dire tout de suite, l’expérience a démontré que non-seulement les plantes n’ont pas besoin du repos diurne, mais qu’elles peuvent se passer du repos hivernal.
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- Une orangerie et des serres basses, où se trouvaient déjà des pêchers et de la vigne et une variété d’arbustes à fleurs : rosiers, rhododendrons, azalées etc., fournirent les terrains d’expérience. On y sema on planta des pois, des haricots, du blé, de l’orge, de l’avoine, des choux-fleurs, des fraisiers, des framboisiers, des tomates. La température fut maintenue aussi exactement que possible à 15 degrés. Deux lampes électriques de la force indiquée, qu’alimentaient deux machines dynamo-électriques Siemens, actionnées par le même moteur à vapeur (de six chevaux) qui, pendant le jour, donne le mouvement aux mécanismes de la ferme, éclairèrent l’une l’orangerie, l’autre les serres. Les expériences dont nous nous occuperons d’abord durèrent six mois et demi (du 23 octobre 1880 au 7 mai 1881), pendant lesquelles plantes restèrent constamment éclairées, du matin au soir par le soleil, et du soir au matin par l’électricité. Dans les serres, la lampe suspendue à une hauteur de 8 m. 60 à 4 mètres, était entourée d’un globe de verre transparent, non dépoli. Dans l’orangerie, la lampe était à nu, c’est à-dire non entourée de verre. Ces deux modes d’application ont eu des effets bien différents. Voyons d’abord ceux qu’a donnés la lumière tamisée par le verre blanc. C’est ici qu’est le progrès.
- Croissance rapide et vigoureuse ; tous les caractères de la santé, acquisition de toutes les qualités recherchées, récolte hâtive et abondante, tels furent les résultats. Exemples :
- Pois semés à la fin d’octobre; récolte abondante et parfaitement mûre le 16 février ;
- Framboisiers et fraisiers plantés le 16 décembre ; fruits mûrs, de belle couleur et très savoureux, dès le 14 février.
- Vignes. Les bourgeons commencent à s’ouvrir le
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- 26 décembre, les raisins sont mûrs le 10 mars, et d’une saveur inusitée;
- Quant au froment, à l’orge, à l’avoine, leur croissance fut si rapide, qu’ils versèrent pour cause de faiblesse de tige, ce qui les empêcha de mûrir. Nous verrons tout à l'heure ces mêmes graminées donner
- des résultats tout à fait satisfaisants.
- * *
- Passons à l’autre forme d’application de la lumière électrique. On a vu que dans l’orangerie la lumière était envoyée directement aux plantes. Elles s’en trouvèrent fort mal, dépérirent visiblement. Qu’on apprenne par là à ne tirer de résultats négatifs que des conséquences discrètes. N’eut-on essayé d’abord que de ce mode d’emploi, au lieu, comme l’a fait M. W. Siemens, de les expérimenter comparativement, on se fût cru en droit de regarder la lumière électrique comme essentiellement contraire à la végétation, tandis que l’essai ne condamne qu’une certaine manière de se servir de cette lumière. Attribuant l’état de souffrance de la végétation à l’intensité de la lumière, on atténua celle-ci par de petits jets de vapeur d’eau lancés dans l’orangerie. L’air atmosphérique et la vapeur mélangés ensemble formaient de légers nuages qui, s’interposant entre la lampe et les plantes, furent évidemment favorables à celle-ci, mais ils ne produisaient cependant qu’une amélioration tout à fait insuffisante.
- Pour achever de mettre hors de doute la cause du dépérissement observé, un pied de tomate fut disposé de manière à recevoir à la fois, en des endroits différents. ici la lumière électrique tamisée, et là la lumière électrique directe. Une seule nuit suffît à la production d’effets décisifs ; la partie éclairée distinctement contrastait, par son aspect maladif, avec le reste de la plante, restée saine et vigoureuse dans les parties qu’avait baignées la lumière du verre transparent. On fit encore ceci : des graines de prompte levée, telles que celles de la moutarde,furent semées dans cinq compartiments également distants d’un foyer lumineux, dont le rayonnement arrive au premier de ces compartiments directement,au second à travers une vitre transparente, aux trois autres à travers des vitres jaune, rouge et bleu. Jour par jour on constatait les effets produits, qui, en fin de compte, furent les suivants : à lumière nue, dessèchement; dans la lumière tamisée, croissance complète et vigoureuse ; sous le jaune, les plantes, presque aussi grandes que dans la lumière tamisée, sont inférieures en coloris et en force; sous le rouge, végétation maigre et jaunâtre ; sous le bleu, résultats pires encore. Il n’y avait plus à hésiter : la lampe de l’Orangerie fut entourée d’un globe de verre.
- La question pratique tranchée, reste à savoir comment le verre agit ; carilne parait intercepter aucun rayon lumineux. Mais des expériences déjà anciennes de M. Stokes nous ont appris que l’arc électrique abonde en rayons invisibles, très réfrangibles dont le verre interposé sur leur route absorbe la très grande partie. Il faudrait voir si ce ne sont pas ces rayons réfrangibles dont la présence ou l’absence, suivant que la radiation électrique est ou n’est pas assujettie à traverser une lame de verre, explique l’effet nuisible de la lumière directe et l’action heureuse de la lumière tamisée.
- jf *
- Continuons. Ce n’est pas à huit-clos seulement que M. W. Siemens a expérité l’influence de cette dernière, mais aussi à l’air libre et sur des végétaux de pleine terre.
- Le 6 janvier, du froment, de l’orge et de l’avoine furent semés en ligne. Les gelées et la neige contrarièrent d’abord la germination; mais le temps adouci ils se développèrent rapidement. On cessa dès le commencement de mai, de les traiter par la lumière électrique. Iis donnèrent, fin juin, des épis mûrs. Ne pas perdre de vue que ceci se passe en Angleterre.
- Mais les plantes ainsi traitées se reproduiront-elle de graines. C’était à voir. Or, toutes, et les pois aussi bien que les graminées ont donné des graines fertiles. Cette fertilitése soutiendra-t-elle ? C’est au temps de nous l’apprendre.
- Telles sont, fort en raccourci et dans leurs seules parties essentielles, les expériences de M. W. Siemens, également précieuses au point de vue de la science et la pratique.
- Convaincu que la question du prix de revient se résoudra à l’avantage de son procédé, c’est-à-dire que les frais en seront largement couverts par les produits, l’inventeur croit à son avenir horticole et même agricole. Son opinion, qui n’est pas celle d’un simple savant de laboratoire mais d’un savant d’atelier, espèce nouvelle, d’un homme de chiffres et d’affaires, d'un industriel enfin, a, dans l’espèce,une incontestable autorité. On sait qu’un professeur du Muséum a eu l’idée de mettre à profit l’exposition actuelle pour répéter ces belles expériences dans le Palais de l’Industrie où, cc qui manque, ce n’est pas la lumière électrique. L’idée est heureuse. C’était la meilleure que nous puissions avoir. Suivre le mouvement est ce qu’on a de mieux à faire quand on n’a pas pu le donner.
- ________________________Victor Meunier.
- Le Directeur-Géra,nt : GODIN
- ~ SAINT-QUENTIN "
- Société anonyme du Glaneur, Grand’Place, 36.
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- 4e ANNÉE, TOME 5 — N° 169
- £e numéro hebdomadaire 20 c. DIMANCHE 4 DECEMBRE 1881
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- SOMMAIRE
- Questions sociales : Fédération et Congrès pour la paix. — Voyage autour du Familistère IIe III. — Faits politiques et sociaux. — Etudes anti-catholiques II. — L’Irlande.
- QUESTIONS SOCIALES
- Fédération et Congrès pour la paix (î).
- IV
- La question sociale ayant pour objet de donner à tous les citoyens les garanties de l’existence, elle a nécessairement pour corollaire l’établissement de la sécurité, de la tranquillité et de la paix parmi les peuples. Personne ne contestera que pour ne pas se contenter d’illusions, la première et la plus importante des garanties, c’est que la société nous assure la libre possession de notre vie. Que vaut la liberté du citoyen, tant que celui-ci reste assujetti aux
- (1) (Voir le « Devoir » des 13, 20 et 27 novembre 1881.)
- vicissitudes de la guerre, à l’obligation du recrutement et du service militaire, à l’obéissance passive qu’exige ce service et à l’obligation de se faire tuer sans mot dire quand le caprice du souverain l’exige.
- Voilà, peuples libres, ce que valent vos libertés et ce que sont vos garanties sociales sous le régime des nations armées.
- Il est vrai qu’on vous a dit : « Mourir pour la « patrie est le sort le plus beau, le plus digne « d’envie » ; et l’on s’étourdit avec ces vaines chimères . Mais ce qui est plus vrai encore, ce qui est le plus beau et plus digne d’envie, c’est de vivre et de travailler pour la société, en vivant et en travaillant pour soi ; c’est de vivre et de travailler dans la plénitude de sa liberté au sein de la sécurité et de la paix entre les peuples.
- Quelle foi accorder aux hommes d’Etat qui proposent des réformes sociales, s’ils restent les premiers champions de la guerre, comme le sont aujourd’hui l’empereur Guillaume et son premier ministre.
- Est-il vrai, M. de Bismarck, que vous soyez un sincère partisan du bonheur du peuple.
- Est-il vrai que le peuple soit autre chose à vos yeux qu’un instrument de domination destiné à servir les vues ambitieuses du despotisme, et, sous votre administration, les dessins que vous méditez en vue de la gloire de l’empire allemand, comme vous la comprenez.
- Des vues semblables n’ont rien de commun avec les réformes sociales ; car celles-ci sont inconciliables avec l’état de guerre que vous entretenez en Europe. Le peuple, s’il peut se méprendre sur vos intentions, ne s’y méprendra pas longtemps ; car vos réformes sociales, si elles aboutissent à quelque
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- chose, seront empoisonnées par le virus de l’incertitude que le despotisme traîne à sa suite par absence de sécurité.
- Quelle garantie, en effet, vos réformes offriront-elles aux classes ouvrières,si celles-ci savent que du jour au lendemain l’empire peut les enlever à leurs travaux, à leurs familles, pour les envoyer aux tueries des champs de bataille. Que deviendraient vos prétendues réformes sociales lorsque l’Etat aurait besoin de toutes ses ressources pour la guerre, et que les fonds des caisses d’assurances tarissant, vos assurances seraient alors converties en assurances de mort ou de mutilation, pour ceux que vous leurrez de vaines espérances, et en assurances de misère, pour leurs familles.
- • Croyez-moi, M. de Bismarck, vos réformes n’aboutiront à rien,si vous ne commencez par le désarmement de l’empire allemand, de concert avec le désarmement de toutes les nations européennes.
- Commencez par abolir la guerre ; organisez et consolidez la paix ; alors vous pourrez donner aux réformes sociales un caractère de vérité et de gran-i deur qui en assurera le succès. Si vous agissiez ains les nations de l’Europe marcheraient à votre suite.
- Autrement vous ne serez aux yeux des masses ouvrières qu’un loup affublé de la peau d’un mouton ; loup dont les intentions belliqueuses, visibles, dévoileront toujours les secrets. Jamais vous ne ferez croire que vous soyez capable de donner aux peuples de sérieuses garanties pour l’existence, tant que vous garderez entre vos mains les moyens de faire d’horribles hécatombes de ces hommes à qui s’adressent vos prétendues garanties.
- Voilà, dira-t-on, l’obstacle. Vous ne ferez pas que des hommes de guerre deviennent des hommes de paix. Pourquoi, répondrai - je, si ces hommes de guerre en arrivent eux-mêmes à reconnaître que la guerre les condamne à la faiblesse et surtout au déshonneur. Tant que les erreurs humaines plaçaient la gloire dans les exploits militaires, il n’y avait à espérer aucun moyen de pacification ; mais il en est autrement lorsque la guerre devient exécrable. Or, dans nos sociétés modernes, il n’y a plus à compter sur la gloire dans les exploits militaires. On entrevoit que le peu de prestige qui s’attache encore au succès des armées, s’efface de jour en jour rapidement de la pensée des nations, pour faire place au mépris et à la malédiction des peuples.
- Non, il n’y a plus à compter sur la célébrité par la dévastation et le massacre. Les fauteurs de guerre seront désormais classés au rang des plus grands
- malfaiteurs du monde. Ils n’ont plus à attendre que l’exécration du genre humain »
- Ne conçoit on pas qu’il ne peut en être autrement avec les progrès de la civilisation, avec le sentiment plus juste que l’homme acquiert chaque jour de ses droits, de sa dignité personnelle. Il comprend que ce n’est pas en servant de chair à canon pour contenter des convoitises politiques insensées qu’il accomplit son rôle d’homme. Il sent qu’il a mieux à faire pour le progrès du monde, en se dévouant au travail utile, à la société et à l’humanité. Cette évolution morale, toute différente des passions de la guerre,développe dans l’esprit et le cœur des citoyens le sentiment de la grande loi de la morale sociale qui consiste dans le respect et la vénération de la vie humaine.
- Or, la guerre est la perversion au plus haut degré de cette loi.
- Rien au monde n’a plus outragé, profané, humilié la vie humaine que la guerre.
- Rien au monde autant qu’elle n’a fait descendre les sociétés et les hommes dans la voie du mépris de la vie humaine.
- La guerre est donc le fait le plus opposé au respect et à la vénération de la vie humaine, auxquels la civilisation tend à obéir.
- C’est aux gouvernements qu’il appartient surtout aujourd’hui de se montrer respectueux de la grande loi de morale sociale ; et c’est à ce titre qu’ils doivent se fédérer pour l’abolition de la guerre.
- Reprenons-donc la question de la fédération et voyons comment elle pourra aboutir.
- L’aversion pour la guerre et le désir de la paix sont assez entrés dans la pensée publique pour que l’idée de l’organisation de la paix, trouve dans l’opinion un réel appui, le jour où elle sera officiellement posée.
- L’Organisation de la paix européenne ne se fera évidemment que par un concert de toutes les puissances. Ce concert ne pourra avoir lieu que par une entente préalable sur toutes les questions internationales.
- Pour établir cette entente il faut que les gouvernements se réunissent en congrès, et se fassent représenter par des délégués de leur choix.
- Supposant le congrès des Etats réuni ; il lui faut un plan, un programme de discussion et de travail. Il faut que les délégués de chaque gouvernement arrivent au congrès en admettant en principe les idées générales suivantes î
- Abolition de la guerre.
- | Organisation de la paix.
- Désarmement européen.
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- Arbitrage international.
- Fédération pour l’exécution des arbitrages.
- Mais il faut aussi qu’ils arrivent avec des notions jjéjà débattues dans leurs gouvernements respectifs sur l’application.
- pour arriver à ce résultat, il faut que des hommes d'Etat de différentes nations, animés du véritable juiour du progrès des peuples, se concertent pour étudier et faire étudier préalablement ces questions par leurs gouvernements respectifs. Il faut que ces hommes d’Etat portent leur action sur les mesures préventives de la guerre et ne s’en tiennent plus aux seules mesures défensives ou offensives.
- L’organisation de la paix ne peut se faire qu’à l’aide de mesures transitoires assez nombreuses et d’une réelle importance. Il faut donc que ces mesures soient prévues et raisonnées par avance.
- Il faut qu’un plan de discussion soit bien préparé, bien étudié, avant d’être proposé aux travaux d’un congrès.
- Il faut que le projet prévoie les questions à résoudre, les difficultés qu’elles présenteront et les solutions qui pourront y être données.
- Il est, par conséquent,nécessaire que chaque gouvernement fasse procéder, par une commission spéciale, à une étude préparatoire des questions que soulève la réforme.
- Cette étude faite dans chaque Etat mettrait en lumière les différents intérêts et les différents points de vue des gouvernements. Sans doute des prétentions exagérées et contraires aux principes de la réforme se produiront. Mais cela même mettra en évidence les nations entre lesquelles fentente pourra commencer. Car il n’est pas nécessaire que l’idée de la paix soit unanimement admise, pour que le principe de la fédération se traduise en fait. Il suffit que deux ou trois grandes puissances soient favorables au projet,pour que le congrès puisse commencer partiellement ses travaux, collectionner les documents, examiner les opinions produites sur toutes les questions se rattachant à la réforme, et faire ainsi les travaux préparatoires d’une entente, soit partielle soit générale; le congrès restant ouvert aux représentants de toutes les nations.
- Evidemment la paix ne sera assurée que par l’accord de la majorité des puissances; et l’on peut même dire que l’état définitif de paix n’existera réellement que par le consentement unanime des gouvernements. Aussi est-ce vers cet accord général que tout doit tendre de la part des hommes d’Etat qui prendront l’initiative de ce concert européen, ^lais si les premières tentatives ne peuvent y atteindre ; si, par exemple, des résistances s’opposent au
- I désarmement ; s’en suivrait-il que l’on dût considérer les travaux du congrès comme inutiles. Il faut bien se garder d’une faute semblable. Si le congrès ne peut du premier coup abolir la guerre, il faut au moins qu’il établisse la fédération des forces entre les puissances en communauté d’intentions ; il faut que les nations qui désirent la paix s’unissent et restent unies pour prévenir la guerre. Elles doivent, en outre, conserver et maintenir le congrès de la paix européenne à l’état d’institution permanente,en lui assignant des sessions et en faisant alterner ses réunions tour à tour dans les capitales des nations fédérées.
- Nul doute que l’impression produite par les sessions du congrès, que les appels à la politique pacifique faits à leur occasion, que la publication des travaux de chaque session, n’exercent une salutaire influence sur la politique européenne, et que les nations les plus réfractaires à la paix ne finissent par prendre part au congrès et ne participent ainsi à l’achèvement de son oeuvre.
- En attendant l’heureux jour où le congrès aboutirait à l’organisation définitive de la paix, ses sessions devraient servir à l’élaboration d’un code de droit international, ayant pour principe et pour base le maintien absolu de la paix entre les peuples, l’abolition des causes connues de conflit, et le jugement arbitral des conflits imprévus. Le congrès serait appelé à chercher les règles à intervenir dans un désarmement général, l’emploi à faire des engins de guerre, et tout ce qui pourrait consolider le règne de la paix.
- (A suivre) Godin.
- VOYAGE AUTOUR DU FAMILISTÈRE
- III
- En quittant l’atelier des modèles, nous avons devant nous la fcrge ou plutôt les forges, car il yen a un grand nombre dans cette immense halle qui sert pour ainsi dire de vestibule à une longue enfilade d’ateliers conduisant à la fonderie où sont installés les deux moulages mécaniques.
- Mais avant de visiter ces ateliers intéressants, ne vous semble-t-il pas logique, ami lecteur, d’étudier un peu la matière première que cette armée de travailleurs passe sa vie à transformer en produits industriels merveilleux à notre usage. C’est là îa part contributive de la nature dans cette œuvre admirable, et comme elle est préexistante à celle de l’homme, il nous semble que c’est par elle que nous devons commencer.
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- La nature fournit à l’homme le minerai de fer qui se trouve partout clans l’univers. Vous avez vu par une belle nuit d été des étoiles filantes qui semblent se détacher du ciel, glisser rapidement en traçant dans l’air un sillon de lumière, puis s’évanouir. Parfois le météore se montre sous l’aspect d’une flam ne brillante, qui traverse le ciel en laissant derrière elle une longue traînée lumineuse; le plus souvent, avant de disparaître, le bolide éclate, et ses débris enflammés se dispersent et s’éteignent, et des fragments de pierre encore incandescents sont précipités des hauteurs de l’espace sur la terre. Ces bolides, ces étoiles filantes, ces météores ont tous une commune origine.
- L’espace immense dans lequel notre globe décrit sa gigantesque courbe annuelle est tout semé de ces fragments de matière, qui tourbillonnent dans le ciel, et à travers lesquels la terre lancée se fraye passage. Poussière de mondes détruits, restes du chaos, vestiges informes de nébuleuses primitives, qui n’ont pu se condenser en globes, qui sait ? Le champ reste grand ouvert aux hypothèses. La terre en passant attire ces débris, et les fait devier deleur route ; quelques-uns, dans leur prodigieuse vitesse, s’enflamment, passent et disparaissent en vapeur : ce sont les étoiles filantes. D’autres cédant à l’attraction de la terre tombent lourdement sur le sol, encore brûlants parfois, et parfois refroidis : ce sont les aérolitres. On peut voir dans la galerie de géologie du muséum d’histoire naturelle de Paris une collection nombrense de ces échantillons d’origine extra-terrestre. Tous, sans exception, contiennent du fer, soit combiné, soit à l’état métallique. Il y en a de formés de fer presque pur, malléable et susceptible d’être forgé sans autre formalité. On en a vu un à Caille (Alpes-Maritimes) qui pesait 78Q kilos ; à Olumpa (la Plata) il en existe un du poids de 15,000 kilog., et à Wolfsmühle (Thorn) un autre atteint le poids de 20,000 quintaux.
- C’est le fer qui colore le sang de l’homme et des animaux, par Yhematosine-, c’est lui qui, par la chlorophylle, donne aux feuilles des arbres et aux jeunes tiges des plantes leur belle couleur verte, indice de santé, comme la belle teinte rouge du sang chez les animaux. Il teint encore en rouge, en jaune, en bistre, les grès, les schistes, les bazaltes, les gneiss, les granités, les argiles et les porphyres. » Quand la nature prend le pinceau, disait le minéralogiste Haüy, c’est le plus souvent le fer oxydée qui est sur la palette. » Elle lui doit les tons chauds de ses paysages, c’est de lui que les sables dorés de nos plages tirent leurs blondes nuances.
- C’est le fer que charrient les eaux, filtrant par les
- fentes des rochers, qui donne aux sources minérales leurs bienfaisantes vertus, pour la cure de certaines affections chlorotiques, anémiques et autres. Non. seulement il imprègne les roches et les eaux, l’élément liquide comme l’élément solide de notre pia. nète, mais il est répandu à profusion dans l'immensité. Il existe dans les globes les plus éloignés, dans le soleil, où il est mêlé, à l’état de vapeur, à l’atmosphère de flamme qui enveloppe l’irradiante sphère, dans Mars, qui géographiquement ressemble à la terre, dans Saturne, Mercure, Vénus, Jupiter, Uranus, dans tous les soleils, dans toutes les planètes, dans tous les mondes, dont l’infini est semé, car c’est une substance universelle.
- Il se présente à l’homme sous bien des formes diverses. Tantôt il prend celle de la pyrite jaune ou blanche, sulfure de fer naturel ; tantôt il est oxydulé comme la pierre d’aimant des anciens ; plus souvent il revêt l’aspect de péroxyde, soit anhydre, soit hydraté ; c’est alors le fer oligiste, ou le fer spéculaire, ou l’hématite rouge, ou l’hématite brune, pisolithes ou oolithes ; ou bien enfin, il s’offre sous la forme de carbonate, de silicate, de phosphure, d’arséniure, etc.
- A l’état natif, si le fer est forgeable, il n’est point moulable, et pour cette dernière opération, celle qui nous intéresse plus particulièrement en ce moment, il faut le transformer en fonte. La fonte qu’est-ce ? C’est du fer combiné avec une petite quantité de carbone, de 3 à 6 0/0 de poids environ. Eh bien cette minime proportion est suffisante pour changer totalement les propriétés du métal. Le fer pur est relativement flexible ; liant, quoique tenace, il plie sans rompre ; il se laisse tordre, limer, aplatir sous le marteau ; chauffé au rouge il est docilement pétri pour ainsi dire, sous la forme que l’on veut lui donner. La fonte est cassante et se brise sous le choc ; elle est rebelle, plus ou moins, à l’action du ciseau ou de la lime ; elle ne peut être forgée, mais elle possède, en compensation, la précieuse propriété de se laisser couler dans des moules, tandis qu’elle est fluide, et d’en garder fidèlement l’empreinte après le refroidissement.
- Si au lieu de vous servir purement et simplement de cicerone dans un voyage d’exploration, je vous faisais un cours de métallurgie de la fonte, je pourrais, avec toute la compétence dont je suis doué, vous apprendre combien il y a d’espèces de fontes, tant de première que de seconde fusion. Je vous indiquerais, de façon à rendre impossible toute erreur, les qualités particulières à chaque espèce, en vous enseignant à distinguer, à la simple inspection de leur cassure, la fonte en coquille, de la fonte en gueuse, la fonte noire, de la fonte grise, la font
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- grise de la fonte blanche, et Fane et l’autre de la fonte truitée. Je vous apprendrais quels sont les mélanges d’espèces les plus favorables à la bonne fusion et au succès de l’opération si délicate du moulage, 8t une foule d’autres choses encore que je sais, et que ^us ne savez pas, àmoins pourtant que vous ne les sachiez mieux que moi, auquel cas ma leçon serait bien plus inutile encore. Mais, je le répète, un guide n’est pas tenu d’être un professeur, et si vous confire m’amuse, ce n’est pas une raison pour je vous assomme de ma science. Mais si j e ne veux ni ne dois vous faire un cours de métallurgie, vous ne trouverez pas mauvais, je pense, que nous tassions quelques contestations historiques sur cette matière.
- La fonte n’était pas encore connue du temps où Froissard faisait la description « de la bombarde aerveilleusement grande (en fer forgé) construite pour plus ébahir ceux de la garnison d’Audenarde, laquelle avait 53 pouces de bec, et jetait carreaux merveilleusement grands et gros pesants, et quand cette bombarde descliquoit, on l’ouioit par jour bien le cinq lieues loin, et par nuit de dix, et menait si grande noise au descliquer, que il semblait que tous les diables d’enfer fussent en chemin. »
- Elle était si parfaitement inconnue alors (en 1382), qu’on lançait avec ces bombardes des boulets en pierre ou des barils renfermant un mélange de pierres, de verres, de fer, etc. Les récits des voyageurs, qui témoignent de la connaissance que possédaient les peuples anciens et ceux de l’Afrique et de ,’Asie de la manière de travailler le fer, si bien que M. Rousselet a photographié dans les campagnes de Delhi, au centre de la cour d’une mosquée en ruines, une colonne en fer forgé de 7 mètres de hauteur et de 40 centimètres de diamètre, pesant 14,000 kilogrammes, et datant de l’an 317 de notre ère, les récits des voyageurs sont muets sur la fonte et son emploi.
- Georges Agricola, que l’on a surnommé le père de la Sidérugie et qui nous apprend comment on extrayait le métal de ses minerais, comment on procédât au grillage, à la trempe et à l’aciération,ne parle point davantage de la fonte, et se contente de dire que « le fer minerai est facile à fondre,et qu’on peut le couler. »
- Le plus ancien monument qui témoigne de la connaissance de la fonte est une plaque funéraire du quatorzième siècle, dans l’église de Burwash dans le comté de Sussex. On s’accorde néanmoins à faire üaître l’industrie de la fabrication de la fonte dans ^ Pays-Bas, d’où elle aurait passé en Angleterre. Quoiqu’il en soit, il est avéré qu’en 1490 on fondait en Alsace des poêles en fonte; mais c’était un tra-
- vail local, puisqu’Agricola qui écrivait en 154Ô n’en fait point mention dans son ouvrage.
- Mais il existe un poëme écrit en latin, en 1517,par Nicolas Bourbon, et qui décrit le travail de la fonte, tel qu’il était pratiqué chez le père du poète, à Van-deuvre^sur-Barre (Aube).
- L’auteur raconte l’apparition du dieu Vulcain, qui lui intime l’ordre de faire connaître par ses vers les rudes travaux auxquels il se livre. Le dieu s’étonne que les Muses le négligent de la sorte, et ne répandent point parmi les hommes ignorants l’art d’exploiter l’utile métal. N’est*ce point grâce au fer que le laboureur fait pénétrer la semence dans le sein de la terre, la féconde nourrice? Comment, sans l’aide du fer, enlever aux arbres l’excès de bourgeons parasites, qui ne se développent qu’aux dépens des fruits? C’est avec le fer que l’on taille les rocs les plus durs, et que l’on façonne tous les matériaux qui servent à construire ou à parer les habitations de l’homme. Il est vrai que le fer est aussi le métal de Mars, et l’instrument abhorré des massacres.
- Ainsi parlait le dieu ; son visage était noir et terrible; ses gigantesques cyclopes au teint bronzé, à la chevelure saupoudrée de rouille, au torse baigné de la sueur des travaux, lui servaient d’escorte, et le jeune poète vivement impressionné, après que la vision eût disparu, se résolut de chanter le fer.
- Il décrit d’abord les travaux du charbonnier, qui fournira le combustible indispensable. Puis il nous dit que les enfants, à la coloration rouge du sol, reconnaissent les endroits qui contiennent le fer; « mais sachez, dit-il, que le meilleur minerai est celui qui est le plus lourd et dont la couleur jaunâtre scintille çà et là : fondez-le, et il ne trompera point votre espérance, la coulée sera abondante. » Il dépeint les opérations du lavage, du grillage, de la casse et du lavage final du minerai.
- « C’est alors, dit le poëme, que le minerai est conduit au fourneau, massif de forme carrée dont l’extérieur est construit en pierres communes, mais dont i’intérieur est en roches très dures, qui résistent admirablement à l’action destructive d’une ardente flamme, qu’active sans cesse le souffle de deux instruments en peaux de bœuf, obéissant eux-mêmes à l’impulsion incessante d’une roue à eau. Ces énormes poumons s’enflent et se désenflent tour à tour, pendant qu’au pied du fourneau le fondeur, quand le moment est venu, fait habilement couler la fonte, ou bien, armé de crochets en fer, décrasse le creuset,et, commandant aux soufflets, modère ou active leur action.
- « Alors que des ruisseaux de fer coulent du fourneau, le spectacle est grandiose. Cette lave étincelle
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- et rayonne, éclairant la fonderie d’an jour éblouissant; l’oreille est frappée des sifflements aigüs du métal en fusion; des tourbillons d’étincelles et de fumée s’élèvent dans les airs. »
- Le ruisselet de fonte incandescente est reçu dans la pocha par l’ouvrier, qui la transporte au moule qu’il remplit, et au-dessus duquel l’oxyde de carbone se dégage souvent en petites flammes bleuâtres.Rien n’est saisissant comme le spectacle d’une fonderie en ce moment, avec ses vives oppositions de lumière éclatante autour des cubilots et d’ombres épaisses dans les autres parties. Les moules eux-mêmes présentent ce' contraste, par l’éclat doré et lumineux de la fonte, qui brille à travers les orifices au milieu de la masse noire du sable mêlé de poussière de charbon avec lequel le moule est formé. C’est un tableau digne de tenter un peintre à l’opulente palette.
- Tandis que Ton achève de verser la fonte dans les moules, le creuset du haut fourneau s’est-vidé; le jet brûlant tarit. Les ouvriers dégagent et agrandissent l’ouverture pour faire écouler le reste des scories. On donne le vent : et soudain un jet de flamme furieux s’élance par dessous la tympe et par le trou de coulée. L’ouvrier s’abritant de son mieux et protégeant son visage de son bras levé, agite de l’autre main son ringard dans l’ouverture pour nettoyer le creuset, Le jet de flamme semble envelopper les travailleurs; aux reflets rouges qui les éclairent, à leurs mouvements brusques et précipités avec leurs longs ringards rougis à la pointe, on croirait voir les diables de la légende tisonnant les foyers sous l’infernale chaudière.
- Noirs de poussière et de charbon, le front ruisselant de sueur, les fondeurs écartent les scories et obstruent le trou de coulée avec un tampon d’argile fortement bourré à coupa de rafouloirs, de manière à boucher hermétiquement l’orifice. La coulée est terminée; la fourneau est rechargé, le ronflement des tuyères recommence, et l’opération de la fusion reprend de nouveau sa marche.
- C’est ainsi que l'homme, que Wilson appelle a maMng fire animal, un animal faisant du feu, triomphe de la matière et la plie à ses volontés. Ce fer si dur, si résistant, si tenace, si solide, il le liquéfie, et le fait passer comme de l’eau partout où il lui plaît, par l’ouverture d’an fourneau, dans des rigoles ou dans des poches, jusqu’au moule dont il doit prendre la forme en se refroidissant. Il détruit pour cela violemment ses combinaisons les plus intimes, le contraignant à en former de nouvelles plus à sa convenance; et le métal soumis et dompté obéit, comme le chaos au fiat lu® tout puissant du QH&*
- | teur des mondes. Et pour cela que lui faut-il ? x>u r combustible et de l’air ! ,
- Sien présencede ladépouiile mortellede LouisXIV i Massillon a pu avec raison s’écrier : « Dieu seul es* ! grand, mes frères », cette parole, vraie dans la cir- j constance, ne l’eût pas été autant, si au lieu d’un ' despote, il se fut agi d’un de ces génies humains qui l créent eux aussi, et donnent la vie pour ainsi dire à la matière inerte et brute. Celui qui le premier vainquit les éléments et en fit les esclaves dociles de l’homme, celui-là fut grand assurément après Dieu et de lui l’illustre évêque de Clermont eût pu dire ce qu’a dit plus tard un poète :
- L’homme est un dieu tombé qui se souvient..
- (A suivre).
- FAITS POLITIQUES & SOCIAUX DE LA SEMAINE
- FRANCE
- Parmi les nombreuses réformes demandées par l’opinion, il n’en est pas de plus justifiées que la suppression des tribunaux de première instance et des sous-préfectures.
- Le gouvernement est décidé, paraît-il. à supprimer les tribunaux de première instance, Nous l’en félicitons : le justiciable n’existe pas pour donner de quoi vivre à la procédure qui a son utilité, mais qui est excessivement nuisible comme corps parasite, La plupart des tribunaux de première instance, tels qu’ils sont constitués paraissent être plus utiles à ceux qui en vivent qu'à ceux qui s’en servent ; les sous-préfectures peuvent leur être comparées.
- On comprend, que sous un gouvernement monarchique, pour faire sentir l’autorité politique sur tous les points du territoire, un grand nombre d’agents soient nécessaires. Avec la nation souveraine, le peuple n'a plus à recevoir la volonté d’en haut,les formes qui existaient pour cela doivent disparaître et être remplacées par des institutions qui permettent à la nation de faire connaître sa volonté.
- La sous-préfecture n’a aucune valeur administrative, puisque toutes les pièces qui y arrivent doivent être transmises à la préfecture où il est seulement pris une décision à leur sujet.
- La sous-préfecture ne peut que retarder l’arrivée des documents administratifs,
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- La quinzaine qui vient de se terminer a été l’une des meilleures pour le Trésor de la République française. Les recettes,en impôts et revenus indirects,ont dépassé de plus de seize millions, dans la première moitié de novembre, les évaluations budgétaires. C’est donc un excédant d’un peu plus (l’un million par jour.
- Voila une note qui fera venir l’eau à la bouche dans le pays des milliards où il n’y a plus que des excédants de déficit.
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- A propos de la persécution qui a été organisée contre les juifs en Allemagne et en Russie, on a compté le nombre des juifs.
- On évalue actuellement à 7 millions le nombre de juifs répandus dans le monde.
- Il y en a environ 2,7QO,UÛO en Russie ; en Autriche* lsSQQ,0Q0, L’Allemagne en compte $50,000; la Roumanie 400,000 (soit le dixiéme de m population totale),
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- La Turquie, 100,000 ; la Hollande, 70,000 ; la France, 50,000; l’Angleterre, 70,000 ; l’Italie, 40,000; la Suisse, 7,000 ; l’Espagne, 6,000 ; la Grèce, 6,000 ; la Serbie,4,600 ; la Belgique, 3,000 ; la Suède, 2,000 ; le Portugal, 1,000.
- L’Afrique eu compte 500,000, ainsi répartis : Maroc, 200,000 ; Algérie, 34,000; Tunisie, 60,000; Tripolitaine, 100,000 ; Egypte, 8,000.
- L’Asie 240,000 : Turquie asiatique et Arabie. 150,000 ; Caucase, 30,000; Perse, 20,000 ; Inde, 15,000; Turkestan, 12,000 ; enfin 1,000 en Chine.
- En Amérique : 300,000 dans les Etats-Unis et environ 8,000 dans l’Amérique du Sud.
- Les îles de l’Océanie et l’Australie n’en comptent guère que 20,000.
- AFFAIRES D’ALGÉRIE
- M. Tirman, conseiller d’Etat, est nommé gouverneur général civil de l’Algérie, en remplacement de M. Albert Grévy, dont la démission est acceptée.
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- Bou-Amema et ses contingents,dont on signale la présence à l’est de Chotts, près de Tismouline, continuent à être invisibles. La reconnaissance partie hier pour les puits d’E!-Sady n’a rien vu ou remarqué qui confirmât les renseignements suivant lesquels Bou-Amama y aurait campé la veille. La panique a cessé, mais il est regrettable qu’elle ait pu se produire et surtout se prolonger pendant trois jours. De nouvelles dispositions sont prises pour prévenir le retour d’incursions comme celle de Si-Sliman. Un bataillon, détaché d’El Arricha; occupe maintenant Bouguern.
- Les points de Sfissifa et de Bedroum sont gardés. Le général Delebecque annonce qu'il envoie la brigade Louis à Chellala. Quant aux opérations des colonnes dans la région des Ksour.on peut les considérer comme presque terminées par la destruction de Moghar. Ainsi qu’ii était facile à prévoir, les dissidents ont évité, dans l’extrême Sud, tout contact avec nos colonnes, qui n’ont rencontré que le vide.
- ANGLETERRE
- Il y « eu le 23 à Bradford un grand meeting de trois mille personnes pour réclamer le droit de vote pour les femmes. La réunion était piésisidêe par mistress Mac Laren, sœur de M. Bright. Une des filles du ministre prit la parole ainsi qu’une des filles de Gobden, Mistress Faweett, femme du ministre des postes, s’était excusée par lettre. Le mouvement commence â se propager et l’association du Wom&n suffrage a bon espoir pour la session prochaine.
- La presse est presque unanime aujourd’hui à réclamer de la part du gouvernement un nouvel effort énergique pour rétablir l’ordre en Irlande, Mais on ne voit pas bien ce que peut faire le gouvernement : lia déjà 50,000 soldats et environ Î0,000 constables en Irlande. Le vice-roi et le ministre d’Irlande, M. Forster peuvent proclamer l’état de siège où hon leur semble et faire arrêter qui ils jugent nécessaire. On se demande de quels pouvoirs additionnels l’autorité pour avoir besoin. Mais ni les soldats ni leh polioemen ne suffisent contre une hostilité clandestine, qui se traduit sur mille points à la fois, contre une désobéissance générale à la loi et un refus universel de payer les fermages,
- Mettez M. Parnell en liberté, répète Y Echo. Cette panacée serait acceptable si M. Parnell s’engageait, une fois rendu à la liberté, à prêcher aux fermiers de payer leurs landlords. Mais il est plu® que probable qu’il ne le promettrait pas, et en tous cas il trouverait, au lendemain de son élargissement, quelque prétexta pour revenir à la prédication beaucoup plus populaire du Nu rent, pas de fermages l
- Les journaux reçoivent toujours de nombreuses lettres à propos de Lefroÿ, qui continue à occuper l’attention. Le steward du steamer sur lequel il revînt d’Australie aurait dit qu'il donna, pendant le trajet, des preuves
- fréquentes d’aliénation mentale. On annonce aujourd’hui que l’on a apporté au ministère de l’intérieur un pistolet trouvé ce matin sur la ligne de Brigbton, près de l’endroit où le meurtre deM. Gold doit avoir eu lieu. C’est un revolver à six coups.
- Le jury d’accusation du comté de Kilkenny vient de renvoyer devant les assises deux inspecteurs de police prévenus de meurtre volontaire,pour avoir tué un fermier dans une des émeutes qui ont éclaté à la suite des expulsions des tenanciers.
- Cette décision n’est pas faite pour encourager les constables et les soldats à déployer beaucoup d’énergie pour rétablir l’ordre eu Irlande.
- Par suite de l’augmentation du nombre des affaires soumises à la cour agraire d'Irlande, le gouvernement a l’intention de créer de nouvelles sous-commissions. U en sera créé probablement trois on quatre.
- La cour agraire, poursuivant sa tâche aussi ingrate que méritoire, veut maintenant donner satisfaction aux ouvriers laboureurs comme aux fermiers ; elle a publié un avis faisant savoir qu’elle a les pouvoirs nécessaires pour régler avec les tenanciers les conditions que devront remplir les logements des cultivateurs attachés à leurs fermes ; les sous-commissions sont chargées de recevoir toutes les réclamations que les ouvriers agricoles voudront leur adresser à ce sujet.
- De leur côté les prisonniers incarcérés en vertu du Coercion uct, afin de prolonger la lutte engagée contre le gouvernement anglais et de déménager les ressources de la Ligue, ont tous renoncé aux subventions qui leur étaient payées jusqu’ici sur les fonds do la Ligue pour améliorer leur sort ; désormais ils se soumettront au régime de la prison et se contenteront de la nourriture ordinaire des prisonniers. On sait que les chefs de la Ligue enfermés à Kilmainham ont pris la même décision il y a quelque temps déjà.
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- Le diBnaLamfc <le M!. Porter Rhodei. mm On
- lit dans Paris New-York :
- Samedi soir on a exposé à Londres, chez M. Edwin Streeter, 15, New Bon-Street, un des plus gros diamants du monde; le plus gros, selon ce joaillier, qui ait été trouvé dans le courant du siècle actuel. Il a été découvert dans un gisement appartenant à M. Porter Rhodes, dans la mine de Eimberley (Afrique australe). Sa blancheur remarquable met fin aux assertions d’après lesquelles l’Afrique ne saurait produire que des diamants jaunâtres. Il est vrai que les pierres trouvées près de la surface offraient cette teinte défavorable; mais à présent que les mineurs sont descendus plus bas, ils trouvent dans le Jagersfonteiu et dans d’autres gisements célèbres du pays des Griquas des diamants d’un bleuâtre éclatant. Le diamant de M, Porter Rhodes a été amené au jour le 12 février 1880, et avant de lui faire quitter la région diamantifère, on l’a montré à des spectateurs qui ont payé 500 livres sterling (12,500 fr.) pour le voir. Le produit de cette exposition a été affecte à l’hôpital delà localité. Un syndicat de bijoutiers de Londres a vainement offert 60,000 livres sterling (1,500,000 fr.) de ce diamant, qui pèse 150 carats. H n’est pas encore taillé, mais le clivage est tel que la « table * et une des « faces » sont naturellement formées, et que la pierre perdra moins que toute autre à la taille qui doit la transformer en brillant. On espère qu’elle aura conservé, après qette opération, un poids net de 100 carats. Même ' dans son état brut actuel, sa grande pureté de nuance et sa forme ramassée en font un très bel objet.
- M. Streeter montre, auprès de ce joyau, des modèles d’autres diamants célèores, tels que le Koh-4-Nour (106 carats 1/16), avec lequel la reine a autorisé M. Rhodes à le comparer sur place à Windsor ; l’Etoile du Sud (le grand diamant brésilien), le diamant de Dresde, etc., ainsi que le diamant de Mackel, specimen unique dans lequel, par un caprice de la nature, une pierre plus petite est incrustée dans la plus grande.On voit dans cette collection le diamant rouge de la couleur du rubis,mais qui renvoie les rayons de la lumière électrique avec une
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- réfringence caractéristique du diamant; le diamant vert, ainsi que la pierre de Ceylan ; d’autres pierres plus petites, portées pendant des années par des nègres dans des boîtes attachées derrière leurs oreilles ; de grandes perles d’un blanc laiteux, avec les coquilles lustrées des huîtres qui les ont fournies, des perles roses et des topazes à la surface convexe desquelles brille une étoile lumineuse qui se déplace chaque fois qu’elles sont éclairées différemment. Il était curieux de comparer à ces bijoux la pierre bien plus précieuse trouvée dans l’Afrique australe, et une nombreuse société s’est donné cette jouissance samedi soir. Parmi les assistants étaient plusieurs membres du corps diplomatique. M. Childers,lord E. Churchill et plusieurs autres. La pierre deM. Rhodes a été montrée en janvier dernier, à Osborne, à la reine, â la princesse Béatrice et au prince Léopold, duc d’Al-bany. Sa Majesté, à cette occasion, a fait cadeau à M. Rhodes d’une montre qu’il laissait voir, samedi, à ses visiteurs avec autant de fierté que son gros diamant.
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- Lo grand, -vol de diamants, à Londres. Deux millions. — Voici les détails que nous recevons de Londres sur le vol de diamants à la poste :
- « Mercredi soir, à la brune, un vol audacieux de diamants a été commis dans le bureau de postes de Hatton-Garden. La sacoche contenant les lettres recommandées et les petits paquets, parmi lesquels se trouvent des envois considérables de diamants pour le continent et ailleurs, ont été soustraits, en présence même des employés de la poste. Il est d’usage à Hatton-Garden de faire trois sacoches pour la malle de nuit, l’une contenant les lettres ordinaires, les autres les lettres chargées et les paquets, qui sont transportés ensuite dans une voiture couverte au bureau central du Général Host Office.
- « La confection de ces trois sacoches venaient d’être opérée, peu après 5 heures, lorsque soudain le gaz fut éteint, le compteur étant fermé, et tout l’édifice fut plongé dans les ténèbres, à la profonde consternation des employés comme aussi du public appelé dans les bureaux.
- « Pendant la panique qui s’ensuivit, les sacoches furent arrachées des crampons auxquels elles étaient suspendues derrière le comptoir et emportés par un individu qui n’a pas encore été'découvert. Lorsque les becs furent rallumés et que la confusion eût cessé, on constata que les voleurs avaient disparu avec leur butin dont la valeur, en diamants seuls, comme il appert de l’inventaire dressé par MM. Lerdis et Lewis, sollüors des compagnies d’assurance intéressées, est estimée à environ 80,000 livres sterling. »
- RUSSIE
- Vendredi, dans l’après-midi, un individu se présentait dans la salle d’attente de l’hôtel de la police à Saint-Pétersbourg, et demandait à parler au général Tchévérine, adjoint du ministre de l’intérieur, qui présidait à ce moment une commission administrative. Le général Tchévérine étant arrivé, l’inconnu lui remit une requête, et, profitant du moment où le général la parcourait, il tira sur lui un coup de pistolet.
- Le général n’a pas ôté atteint et a pu arrêter lui-même le meurtrier.
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- Un correspondant de la Justice lui écrit de Russie : Pendant que le czar organise une lutte ouverte et secrète contre les révolutionnaires, l’impératrice russe déclare la guerre aux femmes nihilistes, dans lesquelles elle voit la racine même du mal. Elle déploie beaucoup d’ardeur contre tous les cours d’enseignement supérieur des femmes, ces pépinières du nihilisme. Toutefois, plutôt que de les supprimer ouvertement, elle préfère les tuer par des mesures indirectes et vexatoires. Voici un fait qui donnera une idée de ce que sont ces mesures : Il est défendu aux femmes qui suivent les cours de
- médecine de visiter les cliniques; on ne leur permet que la fréquentation de l’hôpital d’Obouchof (Obouchots-xaia bolnitza), où se trouvent les maladies contagieuses du caractère le plus dangereux.
- ESPAGNE
- La situation est très tendue entre le cabinet et le clergé espagnol, par suite de la présentation du projet de loi sur le mariage civil. Le Libéral prétend que les prélats membres du Sénat sont décidés à se retirer de cette assemblée après avoir protesté contre le projet en question.
- On assure que le gouvernement négocie avec le Vatican afin d’arriver à un arrangement satisfaisant pour tous.
- AUTRICHE-HONGRIE
- Une dépêche du correspondant viennois du Temps annonce que les hostilités ont commencé entre les insurgés de la Grivosce et les troupes. Un télégramme reçu par l’agence Havas annonce que les insurgés se sont emparés de trois petites forteresses, et ont fait prisonniers les soldats qui y étaient en garnison.
- Le télégramme ne donne pas de détails sur ces faits.
- SUISSE
- Après une discussion de quatre heures, le Grand-Conseil du canton de Berne a décidé, par 115 voix contre 88, de ne pas prendre en considération une pétition recouverte de plusieurs milliers de signatures, demandant le rétablissement de la peine de mort.
- La majorité du Conseil d’Etat était d’accord avec la commission du Grand-Conseil, chargé d’examiner cette pétition, pour recommander à l’Assemblée législative une solution négative.
- La minorité de la commission demandait que la question fût jugée par le peuple lui-même.
- ALLEMAGNE
- Voici d’après le correspondant berlinois de la Gazette de Cologne, le résumé des déclarations faites par M. de Bismarck à ses convives du 24 novembre, déclarations dont le télégramme de notre correspondant berlinois nous indiquait hier le sens :
- « Le chancelier a comparé le programme contenu dans le message impérial à la tour d’une église, tour élevée, au sommet de laquelle on n’arriverait peut-être jamais, et en tout cas pas dans ce siècle-ci.
- » Au moment où le chancelier a réussi à établir des relations amicales avec l’Autriche, iL a considéré la guerre de 1866 comme achevée et sa mission comme terminée. S’il a continué et s’il continue à rester en fonctions, il y est déterminé par ses sentiments d’attachement personnel pour la personne de l’empereur et par le désir d’affermir de son mieux les fondements de l’empire.
- » Le chancelier croit que le moyen principal de l’affermir, c’est de créer une situation financière prospère et d’avoir une politique commerciale nationale avantageuse. Il a rappelé que le Zollverem, qui pouvait être dénoncé et qui par conséquent n’était pas bien solide, avait été dans la situation indécise d’alors, le meilleur lien, le lien le plus solide de l’union nationale, et il a dit qu’il était en conséquence autorisé à espérer que les finances nationales et la politique commerciale nationale inaugurée par lui donnerait au jeune èmpire la vraie solidité. C’est de cette pensée qu’est né tout le groupe des lois économiques qui ont déjà occupé le Reichstag et qui l’occuperont encore. Il a appelé ces lois des lois « préventives », destinées à conjurer le danger qui s’approche, par opposition aux lois répressives, telles que la loi contre le socialisme qui est destinée à combattre un danger déjà existant.
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- » Le chancelier ne se croit pas infaillible ; il peut lui arriver de se tromper ; mais pour couvrir sa responsabilité, il est bien tenu de proposer au Reichstag ce qu’il considère comme le meilleur parti à prendre. S’il ne l’emportait pas au Reichstag, il lui faudrait se résigner, car il ne peut pas exécuter son plan sans l'assentiment du Reichstag. Son plan n’est pas un objet autour duquel on doive se battre, mais un but qui mérite que tout le monde travaille de concert pour le réaliser. Si le chancelier arrivait à se convaincre que sa personne nuise à son plan, il se retirerait,ainsi qu’il l’a déjà dit, dans son domaine des affaires étrangères, et confierait à un ministre de l’intérieur de l’empire la direction responsable des affaires. Il ne songe pas à dissoudre le Reichstag. Le chancelier a insisté là-dessus. Et comme M. de Ben-nigsen opina que, puisqu’il en était ainsi, la question du remplacement du chancelier ne serait pas soulevée de sitôt, M. de Bismarck répondit qu’il attendrait naturellement que le Reichstag lui eût donné décharge. Gela n’arrivera probablement que dans quelque temps, probablement vers Noël. »
- M. de Bismarck, quatre jours auparavant,, écrivait dans le même sens au président de l’Union populaire allemande, association conservatrice qui l’avait félicité de sa lutte contre les progressistes :
- J’ai reçu votre dépèéhe et je vous suis reconnaissant des sentiments qu’elle exprime.
- L’avenir de ma situation personnelle sera décidé dans le cours de la session parlementaire actuelle.
- Bismarck.
- Mais le jour où il déclarait à ses hôtes qu’il ne songeait pas à dissoudre le Reichstag, le chancelier faisait publier par la Gazette de VAllemagne du Nord une note qui, indirectement, suspend la menace de dissolution sur le Reichstag :
- Plusieurs journaux faisant allusion à la nouvelle que le message de l’empereur sera porté par le moyen de l’affichage à la connaissance publique, font observer que c’est là une pratique empruntée à la France impériale. Abstraction faite de cette circonstance que cette pratique était en usage en France longtemps avant le règne de Napoléon III, il y a lieu de constater qu’elle est constitutionnelle. On se souvient de la proclamation du roi Victor-Emmanuel à son peuple, lorsqu’on venait de lui envoyer une Chambre radicale, c’est-à-dire résolument libérale, à lui qui était monté sur le trône dans des circonstances difficiles, c’est-à-dire après une campagne malheureuse et au lendemain de la conclusion d’une paix défavorable. Le roi prononça ia dissolution de cette Chambre où Cavour put réaliser entre les divers éléments antagonistes l’entente connue sous le nom de connubio. On sait que cette entente procura à ce grand ministre une majorité qui lui demeura fidèle jusqu’au bout.
- Il est donc clair que le chancelier joue double jeu. Peut-être veut-il attendre, pour prendre une résolution suprême, que, dans l’état de santé du souverain, il se soit produit une crise favorable. En attendant, les déclarations contradictoires de M. de Bismarck mécontentent tous les partis. S
- La légère amélioration dans l’état de l’empereur s’était i maintenue. L’empereur a des dépôts gravelleux. I
- La Gazette nationale a reçu de son correspondant parisien qui, on le sait, tire ses renseignements des bureaux de l’ambassade allemande, un télégramme disant que M. Gambetta, en recevant le corps diplomatique^ « a donné les assurances les plus abondantes sur les tendances pacifiques de son ministère, et qu’il a insisté sur ' ce fait que, dans toutes les questions internationales importantes, il agirait de concert avec les autres puissances. » Le correspondant ajoute : « Les déclarations de M. Gambetta paraissent avoir produit une bonne impression. »
- ÉTUDES AlVTirATHOLIQUES
- IT. Les Dogmes
- Nous avons, dans notre précédente étude, montré J que les miracles n’existant pas et ne pouvant pas exister, parce que les faits miraculeux sont produits | en vertu de lois naturelles qui nous sont inconnues | et non pas en dérogation de ces lois, ne sauraient | constituer, comme le prétendent les catholiques, une J preuve à l’appui d’une doctrine quelconque vraie ou j fausse. Nous voulons aujourd’hui, en passant rapide-| ment en revue les principaux dogmes de l’Eglise, j démontrer qu’ils ne soutiennent point davantage l’examen que les arguments tirés des miracles.
- Sans nous occuper des dogmes secondaires, véritables subtilités byzantines telles que la transubs-tantiation et la présence réelle, la virginité de la mère du Christ, l’infaillibilité des Conciles ou du Pape et mille autres niaiseries de ce genre, nous porterons de préférence notre investigation sur les trois dogmes principaux de la Trinité, de la rédemption, et de l’éternité des peines et des récompenses ou autrement dit de l’enfer et du ciel.
- Il est à remarquer que nulle part dans l’Evangile le Christ ne donne une définition claire et complète de la divinité ; ce n’est qu’en réunissant les textes divers disséminés dans les écrits des évangélistes que Fon peut arriver à connaître l’idée qu’il a émise à ce sujet. La formule donnée par Moïse ne comporte nullement la notion de la trinité, et c’est en cela que le Christ semble différer de lui, puisqu’il fait mention du Saint-Esprit, et qu’en admettant qu’il est lui-même le Verbe incarné, on peut arriver de la sorte à la conception de la nature trine de la divinité.
- Mais pour bien apprécier la doctrine de Jésus-Christ sur cette question capitale, il faut ne point perdre de vue qu’il a constamment fait usage de circonlocutions, de figures, de paraboles, et que, par conséquent, il serait imprudent de prendre toujours ses paroles dans leur sens textuel et littéral, parce que ce serait le plus souvent s'exposer à des erreurs graves. Ainsi Jésus appelle Dieu son père, mais lorsqu’il en parle à ses disciples il leur dit aussi : Votre père qui est au ciel, votre père céleste, et d’autre part, il se qualifie le plus souvent de fils de l’homme.
- S’il se considérait réellement, ainsi que le prétendent les théologiens catholiques, comme le fils de Dieu, cette expression de fils de l’homme n’aurait aucun sens bien défini, et pour lui en trouver un cadrant avec l’idée de la filiation divine, il faut avoir recours à la subtile interprétation de la Scholastique qui n’offre rien de sérieux à l’esprit impartial et rai-
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- sonnable. Revenons donc à la qualification qu’il se donne, ainsi qu’à ses disciples, de fils de Dieu. Est-il fils de Dieu au même titre que ceux à qui il dit en parlant de la divinité, Votre père céleste, ou l’est-il d’une autre façon ? On chercherait vainement dans tout le Nouveau Testament, depuis la première ligne jusqu’à la dernière, un mot, un seul qui établisse d’une façon claire et précise cette différence, et par conséquent l’on est en droit d’en conclure que, dans la pensée du Christ, elle n’existait pas, Jésus était fils de Dieu de même que les apôtres, de même que tous les justes à qui la Bible applique toujours cette qualification, en opposition avec celle de fils des hommes invariablement donnée aux méchants,
- Ce qui le prouve, c’est la parole même du fondateur du christianisme, qui étant appelé bon par un jeune néophyte juif, s’écrie : « Pourquoi m’appelez-vous bon ? Il n’y a que Dieu seul qui soit bon ! >j Il est clair que s'il se fût considéré comme Dieu lui" même, ainsi que veulent le faire croire les théologiens, il n’aurait pas trouvé mauvais qu’on lui don" nât cette épithète applicable, suivant lui, à la seule divinité.
- Ailleurs il dit encore ; * Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. » Ce qui établit une parfaite égalité entre ses disciples et lui, au point de vue de la qualité de fils de Dieu.
- Donc pour le Christ, Dieu est le père des hommes justes et vertueux, et c’est à ce titre qu’il est le sien comme celui de ses apôtres, et sa personne n’entre nullement dans la composition de cette divinité trine, dans laquelle l’Eglise lui assigne la seconde place.
- Pour ses disciples immédiats, Jésus n’est pas davantage une des personnes divines de la Trinité. Sur quatre évangélistes, trois, à savoir, Mathieu, Marc et Duc., n’ont pas un verset, pas un seul mot où Jésus soit identifié avec Dieu, soit appelé Dieu. Il en est de même des Actes des Apôtres et des Epîtres de Jacques, de Pierre et de Jude. Ils lui donnent les noms de fils de l'homme (ce qui désigne souvent les prophètes dans la Bible) (voir Ezéchiel, ch. ?, v. 1, 3, 6, 8 et passim) et de fils de Dieu qu’ils appliquent également à ceux qui aiment la paix et qui font du bien à leurs semblables.
- Les disciples d’Emmaüs parlant de lui après sa mort disent : « Un homme prophète puissant en oeuvre et en parole devant Dieu et devant tout le peuple. » # Nous espérions que ce serait lui qui délivre»* rait Israël, » (Luc, ch. 24, v. 19, 21.) En traduisant ce passage, Le Maistre de Sacy a passé le mot homme qui n’en existe pas moins dans le texte original et dans le latin,
- Quant au quatrième évangéliste, Jean, g’ü corn*'
- 1 mence par déclarer que le Verbe était Dieu et que le Verbe s'est fait chair, il fait d’autre part dire à Jésus qu’il ne peut rien faire par lui-même, qu’il ne fait point sa volonté, mais bien celle de Celui qui l’a envoyé, et qu’il est un homme à qui Dieu a communiqué la vérité. Enfin il le fait paraître surpris de l'accusation de blasphème portée contre lui pour s’être appelé fils de Dieu, alors que les Ecritures donnent ce titre à ceux à qui la parole de Dieu a été adressée, « Jésus leur répondit (aux Juifs qui l’accusaient) ; N’est-il pas écrit dans votre loi: J’ai dit que vous êtes des Dieux ? Si dons elle appelle Dieux ceux à qui la parole de Dieu a été adressée..,, pourquoi dites-vous que je blasphème parce que j’ai dit que je suis le fils de Dieu ? » Aiileurs il dit : « Mais maintenant vous cherchez à me faire mourir, moi qui suis un homme qui vous ai dit la vérité que j’ai apprise de Dieu. » (Le Maistre de Sacy dans sa traduction a supprimé le mot homme, et le remplace par : « Moi qui ai dit, » mais le mot homme se trouve dans tous les textes, excepté les catholiques.) Saint Jean va plus loin encore : il fait déclarer par le Christ que son père est plus grand que lui, qu’il est le seul vrai Dieu, dont lui-même n’est que l’envoyé, et dans un autre passage, l’Apôtre dit : « La vérité éternelle consiste à vous connaître, vous quiètes le seul Dieu véritable, et à connaître Jésus-Christ que vous avez envoyé. »
- Enfin St-Paul dit de son côté : « Le don de Dieu a abondé sur plusieurs par la grâce d'un seul homme, de Jésus Christ. « 11 n'y a qu’un seul Dieu, le père d’où viennent toutes choses... et il n’y a qu’un seigneur Jésus-Christ,par qui toutes choses sont faites. » « Le Dieu de notre Seigneur Jésus-Christ ie père de la gloire, il n’y a qu’un Dieu et père de tous, qui est au-dessus de tous. » « Car il y a un seul Dieu, et un seufmédiateur entre Dieu etles hommes ; Jésus-Çhrist homme. »
- De tous ces textes qui ne prêtent pas le moins du monde à l’équivoque il résulte incontestablement que ni le Christ ni ceux de ses apôtres qui ont été le mieux à même de connaître sa pensée n’ont considéré la divinité comme formée de trois personnes, dont Jésus aurait fait partie, et qu’en réalité pas plus que pour Moïse, la trinité n’existait pour eux.
- Mais, dira-Lon, qu’est»ce que le Saint-Esprit dont parle le Messie ? Si nous interrogeons avec soin les évangiles à ce sujet, non seulement ils n’ontrien qui autorise à admettre l'abstraction de l’esprit saint comme une personne distincte et réelle, mais ils offrent plusieurs textes qui autorisent à nier cette réalité. Par exemple, dans Mathieu, Jésus dit que ! « personne m connaît le fils, si m s’est le père, et
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- que personne ne connaît le père si ce n’est le fils et celui à qui le fils aura voulu le révéler. » Si ce n’est point là la négation expresse et formelle de l’existence d'une troisième personne divine qui, en cette qualité, devrait être omnisciente, nous ne savons plus vraiment ce que les mots veulent dire.
- D’ailleurs, sans pousser plus loin cette recherche pour laquelle les éléments abondent, est-ce îqu’il ne suffit pas pour condamner ce dogme de le voir définir d’une façon si contradictoire par les catholiques eux mêmes?Tandis que Jean (Chap. XV v. 26) fait procéder i’Esprit-saint du père seulement, le concile de Nicée le fait procéder du père et du fils, sans se préoccuper de l'anomalie que tout cet imbroglio présente. En effet, de deux choses l’une : où le Saint-Esprit n’est point engendré, et dans ce cas, il ne diffère pas du père ; ou il est engendré par le père, et dans ce cas il ne diffère point du fils ; où enfin il est engendré par le fils, et en ce eas nous avons un dieu grand-père et un dieu petit-fils. Mais ce qui,par exemple, paraît monstrueux d’absurdité, c’est qu’il puisse être engendré tout à la fois par le père et par le fils, qui eæ pâtre filioque proeedlt. C’est pourtant cela que l’Eglise proclame très haut tous les jours à la messe dans le symbole du Nieée. Il serait extrêmement amusant de suivre les savantes distinctions faites dans la plupart des traités de théologie sur la génération, la procession, la spiration active ou la eircumincession des personnes divines, qui forment les plus abracadabrant galimatias que l’on puisse imaginer ; l’on peut dire que c'est un comble en fait d’insanités. Mais nous ne pouvons point dans cette étude nous abandonner à cette fantaisie qui nous entraînerait beaucoup trop loin.
- Si donc la divinité du Saint-Esprit n’existe pas davantage que celle du Christ, et cela ne fait pas l’ombre d’un doute, la Trinité s’écroule, et ce dogme fondamental du catholicisme disparaît faisant de tout l’ensemble de la doctrine une pitoyable ruine.
- Passons maintenant au dogme de la rédemption. Ce dogme suppose celui de la chute originelle, du péché originel. La genèse indique la faute, consistant en une désobéissance de l’homme aux ordres de Dieu, qui la punit de l’expulsion du paradis, de la malédiction prononcée contre la terre,(qui n’en pouvait mais,soit dit en passant),et de laquelle l’homme ne tirera plus sa nourriture qu’à force do travail, et enfin des maladies et de la mort. Tout en racontant le délit, Moïse ne va pas jusqu’à infliger une peine éternelle peu en rapport avec la gravité de l’aete, mais il étend à la race entière le châtiment de la faute personnelle d’un homme.
- $i Vm prend tout eeta m pied de la lettre, en de
- la peine à comprendre comment une punition aussi disproportionnée peut se concilier, nous ne dirons pas avec la miséricorde et la bonté, mais tout simplement avec la justice de Dieu. Or, comme c’est bien ainsi que l’entend l’Eglise catholique, elle en est réduite à chercher des explications, des interprétations dans une série de raisonnements qui n’ont d’autre défaut que de mettre la vérité et la raison à la torture.
- Selon l’enseignement chrétien, l’homme déchu étant incapable de satisfaire par lui-même à la justice divine, le fils de Dieu s'est chargé de cette satisfaction. Premier non-sens. En effet,d’après les théologiens; celui qui offre à Dieu la satisfaction nécessaire, c’est Dieu lui-même, en vertu de l’indivisible unité de substance des trois personnes,«on in unius singularitate personm sed in unius trinitate subs* tantiœ; d’où il suit que Dieu s’offre à lui-même et accepte sa propre satisfaction. C’est baroque comme l’acte d’un père, qui, en présence d’une faute grave commise par son fils, le chargerait de lui infliger à lui-même une solide correction. Et que l’on ne nous dise pas que nous exagérons, car Bossuet lui-même dit : « Le seul Jésus-Christ, Dieu et homme tout ensemble, était capable, par la dignité indéfinie de sa personne, d’offrir à Dieu une satisfaction suffisante pour nos péchés. » L’homme à péché, c’est Dieu qu se châtie par la main de l’homme, voilà en d’autres termes ce que nous enseigne le grand évêque de Meaux.
- Mais ce qu’il y a de plus étrange dans ce dogme de la rédemption, c’est que le moyen imaginé pour effacer la faute relativement légère d’avoir mangé d'un fruit défendu, entraîne la nécessité d’une offense nouvelle infiniment plus grave encore. Deuxième non sens. En effet, Dieu se sacrifice et s’immole pour l’humanité; mais pour que ce sacrifice puisse s’ao-eomplir, il faut que la victime soit mise à mort par l’homme, ce qui constitue bel et bien un déicide. Ainsi, pour réparer une simple contravention, il faut un crime énorme ! Quelle lumineuse logique !
- Mais le plus illogique de tout n’est ce pas d’avoir admis et de soutenir, comme le font avec tant de persistance les théologiens, que Dieu a fait porter au genre humain tout entier la peine de la faute d’un seul homme ! C’est monstrueux. Si cela était possible, Dieu serait l’être le plus abominablement injuste qui se put imaginer, car il punirait des innocents sciemment et volontairement. Pas un législateur humain ne voudrait se rendre coupable d’une pareille énormité, et des hommes qui se croient religieux ne craignent pas d’attribuer à Dieu l’être parfait jet par conséquent juste par excellence, cette criante injustice!
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- Non, n’en déplaise à messieurs les docteurs catholiques,Dieu n’est point injuste; et s’ils avaient mieux compris l’esprit des enseignements de Moïse, au lieu de s’être attachés toujours aussi servilement à la lettre des textes, ils auraient vu qu’Àdam est la personnification de la première race d’hommes destinée à peupler la terre, lieu d’épreuves,où, par l’expiation de fautes commises dans quelqu’existence antérieure, l’humanité devait progresser et mériter de passer après la mort, dans un monde meilleur, dans une existence supérieure. Telle était la doctrine bien connue de tous les initiés, comme Moïse, aux mystères irrévélables de l’Egypte, dont le récit de la genèse n’est que la grossière exposition exotérique. Or qui ne sait aujourd’hui que les initiés de l’antiquité, y compris Jésus, s’engageaient sous serment, au moment de leur initiation, à ne formuler la doctrine que sous le voile de l’allégorie, des figures et des paraboles ? Ainsi compris, le récit biblique, en établissant que chaque homme ici bas subit la peine de ses propres fautes, et non celle des fautes d’un autre, ne porte plus la moindre atteinte à la justice de Dæu, qu’il consacre au contraire de la façon la plus éclatante et la plus satisfaisante.
- Ainsi encore avec la cause bizarre, le pêché originel disparait, la satisfaction saugrenue de la rédemption.
- Nous aurions pu citer dans la Bible même des textes qui prouvent que Dieu est très nettement contraire à cette doctrine impie qui rend les enfants responsables des fautes des pères. Outre Jésus-Christ qui a dit formellement : « A chacun selon ses oeuvres », Dieu reproche à Ezechiel de se servir de la parabole : « Les pères ont mangé des raisins verts et les dents des enfants en sont agacés. » « Je jure par moi-même dit le Seigneur, que la justice du juste sera sur lui, et l’impiété de l’impie sera sur lui, etc. »
- Mais nous avons encore à dire au moins quelques mots sur le dogme catholique de l’éternité des peines et des récompenses.
- L’éternité des peines est un dogme qui, comme celui du péché originel, choque les notions que nous possédons de la justice infinie de Dieu et de sa miséricorde, si on le prend au pied de la lettre, et si l’on n’en recherche pas le sens allégorique. Dans l’acception étroite du mot, l’éternité des peines ne peut se justifier à aucun titre. Aussi, pour faire admettre cette doctrine si injurieuse pour Dieu, qui punirait ainsi d’un supplice éternel, c’est-à-dire sans fin, une faute passagère, les théologiens sont-ils forcés d’avoir recours à des sophismes alambiqués et ne tenant pas debout, comme le raisonnement suivant de Bossuet :
- « Dans la grande peine du péché, dit-il, celle qui lui est seule proportionnée, c’est la mort éternelle, et cette peine du péché est enfermée dans le péché même. Car le péché n’étant autrq chose que la séparation volontaire de l’homme, qui se retire de Dieu, il s’ensuit de là que Dieu se retire aussi de l’homme, et s’en retire pour jamais, l’homme n’ayant rien par où il puisse s’y rejoindre de lui-même : de sorte que, par ce seul coup que se donne le pécheur, il demeure éternellement séparé de Dieu, et Dieu forcé par conséquent à se retirer de lui jusqu’à ce que, par un retour de sa pure miséricorde, il lui plaise de revenir à son infidèle créature. Ce qui n’arrivant que par une pure bonté, que Dieu ne doit point au pécheur, il s’ensuit qu’il ne lui doit autre chose qu’une éternelle séparation et soustractiog de sa bonté, de sa grâce et de sa présence ; mais dès là son malheur est aussi immense qu’il est éternel. »
- Dans les nombreuses déductions que cet auteur tire du péché, il oublie, au milieu de tout ce que Dieu doit au pécheur, suivant lui, la seule chose qu’il lui doive en réalité, la justice. A l’offense est dû un châtiment proportionné équitablement à sa gravité, sans plus ni moins, et au repentir la grâce, voilà la stricte justice, la vérité. En dehors de cela, il n’y a que des raisonnements creux et sans portée. D’habitude c’est celui qui a commis la faute qui doit revenir ; Bossuet au contraire nous apprend que c'est l’offensé, Dieu, qui, par un retour de sa pure miséricorde, doit revenir à son infidèle créature, et il s’ensuit, ajoute-t-il que la punition doit être éternelle. Singulière logique !
- Un autre théologie.! affirme que Dieu ne juge point l’homme d’après la durée de sa faute, mais d’après la disposition de son cœur, et que les peines sont éternelles parce que le pécheur a une volonté éternelle dans le plaisir du péché. C’est tout simplement du pathos inintelligible. Conçoit-on une volonté éternelle dans le plaisir du péché ?
- Mieux avisé que les précédents, un troisième cherche à justifier l’éternité de la peine par le raisonnement suivant : La gravité de l’offense est proportionnée à la qualité de l’oflensé; or Dieu étant infini, l’offense envers lui est infinie, et mérite par conséquent un châtiment infini. N’est-ce pas bien trouvé, cela ? Ainsi, un insensé, un dément irresponsable qui offenserait un prince serait plus coupable qu’un homme sain d’esprit, et comme tel res-' ponsable de ses actes, qui commettrait la même offense vis-â-vis d’un simple citoyen ! Voilà la logique limpide des arguments théologiques en faveur de ce dogme tout simplement absurde.
- Seul un être infini peut faire quelque chose d'in-
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- fini. L’homme étant un être limité dans ses moyens d’action, dans sa puissance, dans son intelligence, dans ses connaissances et dans son existence terrestre, ne peut produire que des actes limités. Si l'homme pouvait atteindre l’infini dans ses offenses envers Dieu, il devrait pouvoir le faire de même dans ses bonnes actions, et il serait dès lors l’égal de Dieu. Mais si l’homme était infini pour le bien, il ne ferait point le mal, car le bien infini est exclusif de tout mal, et de meme, s’il était infini pour le mal, il ne ferait point le bien. D’un autre côté, ne point proportionner le châtiment à l’offense est une injustice. Si Dieu infligeait une punition infinie à une faute bornée, il ne serait pas juste ; n’étant point juste, il ne serait point parfait,et sans la perfection, la divinité n’existe pas. Donc, si Dieu sanctionnait la doctrine catholique de l’éternité des peines, il n’existerait pas.
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- Ainsi que le Devoir l’a fait connaître à ses lecteurs dans sa partie politique, la Land commission (ou Land court) et le Land act a commencé ses épreuves.
- Quelque chose comme une douzaine de mille de cas ont été ou seront présentés au tribunal qui en a été avisé. Nous ne voulons rien préjuger de l’habileté avec laquelle celui-ci s’acquittera de sa tâche, ni de la nature et du caractère de ses décisions ; mais les débuts ne semblent pas satisfaire complètement la presse même qui soutient le gouvernement.
- Le bruit court que le solicitor de la Land League s’est retiré sous le coup des menaces de la proclamation du lord-lieutenant d’Irlande à l’adresse de quiconque ayant été affilié à l’Association ne romprait pas avec elle. L’arrestation que nous avons signalée du médecin de quelquss-uns des chefs de la ligue, le docteur Kenny, n’était pas propre à encourager M. Mc G-ough, le solicitor en question, à poursuivre le travail dont il s’était chargé. Les différentes causes qu’il avait en main, sur lesquelles la Land commission avait eu à statuer et qui devaient, dans la pensée de la Land league, être la pierre de touche de la nouvelle loi, risquent donc très fort de ne pas être appelées. C’est on ne peut plus douteux que quelqu’un veuille bien s’en charger, et, dans le cas où se présenterait un homme de bonne volonté, n’ayant pas étudié les cas litigieux et de certains délais étant fixés pour la discussion de ces cas, cet homme arriverait-il devant la Cour en temps voulu et suffisamment préparé aux débats ?
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- Quoiqu'il en soit, cette retraite de M. Mc G-ough, vraie ou non, fait pousser à la presse officieuse des soupirs qui pourraient bien être de satisfaction, mais qu’elle dit être de regret. Il paraît que tandis qu’il n’en coûte que quelques shillings aux tenanciers pour traduire en premier ressort un Land lord devant la Cour, c’est par livres et par livres sterling que le Land lord doit compter dans les frais qui l’attendent pour soutenir son procès. Ce ne serait que justice si tout était dit pour l’une et l’autre des parties dans la somme de ces frais; cela rétablirait une sorte d’équilibre entre pot de terre tenancier et pot de fer Land lord ; malheureusement les décisions de la Land commission ne sont pas définitives : on peut en appeler. Alors, si le tenancier veut poursuivre la procédure jusqu’au bout, les frais qui lui incombent ne sont pas moindres que ceux à supporter par le Land lord, de sorte que cet équilibre spécieux disparait complètement et pot de terre reste pot de terre comme toujours ; la lutte redevient inégale.
- « En présence de cet état de choses », dit la presse quasi officielle, « nous déplorons que la Land league se soit retirée de la scène. Elle eût pu à tous égards (au point de vue financier comme au point de vue de la marche de la procédure) être d’une utilité des plus grandes aux tenanciers à ce moment où il s’agit de leurs intérêts les plus directs. » Et elle ajoute : « Tout aurait été pour le mieux si M. Mc Gough avait continué de se charger de la défense des intérêts en question. La Cour était disposée à accorder toutes les facilités possibles aux intéressés : délais, ajournements, remises de cause, etc., etc., en un mot tout ce qui pouvait ou aurait pu faire que les choses arrivassent à bonne fin. »
- Ce langage aurait lieu d’étonner dans la bouche de gens qui ont applaudi de tout cœur et applaudissent encore aux mesures de rigueur qu’on ne* cesse de prendre à l’égard de la Land league, si l’on ne savait que la duplicité n’est pas le côté le moins saillant de leur caractère. Disons, du reste, qu’on ne s’y laisse guère prendre, du moins, chez la Land league. Si l’on en voulait une preuve on la trouverait irrécusable dans le résultat des élections municipales qui ont lieu actuellement, résultat on ne peut plus défavorable au gouvernement partout où se rencontre l’élément irlandais en nombre. La lettre suivante adressée de Liverpool à M. Gladstone par le secrétaire de la Land league dans cette ville, donnera une idée de ce résultat :
- « Permettez-moi de vous faire savoir que, des six « candidats libéraux au conseil municipal de cette « ville, cinq ont été battus hier dans le scrutin au-« quel ont pris part les Irlandais. Vous pourrez, par
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- « là, vous faire une idée de la façon dont 150,000 Ir~ « landais, citoyens de Liverpool, apprécient les « moyens de civilisation tels que vous les appliquez « à l’Irlande. »
- Aux Etats-Unis, un journal catholique, le meilleur du pays, le Boston Pilot, ne se contente plus du but poursuivi par la Land league.
- « Le temps est venu », dit-il, où les Irlandais doi-
- vent couper court avec le Land act et la politique : « pas de loyer. Que ce soit pour le bien ou pour le « mal, la nouvelle loi est en vigueur. Nous voulons « bien croire que ce sera pour le bien et que les te-« nanciers‘fermiers de l’Irlande en retireront jus-« qu’au moindre atome des bienfaits qu’on peut en « attendre. Mais comblât-elle même tous les vœux « de la Ligue, ce ne serait qu’un pas fait en avant. « Le but définitif de l’agitation est le homerule, une « Révolution irlandaise, le séparatisme et l’indépen-« dance» L’heure a sonné de changer la Land league « du sommet à la base. Elle doit aller plus loin et « plus profondément» L'opinion publique, à l’étran-« ger, aura beaucoup plus de sympathie pour une « demande carrément faite du home rule que pour « une guerre organisée, avec le Lanlordisme. »
- Nous ne savons pas si ces conseils ont chance d’être suivis, même par les partisans du home Rule en Irlande, et s’ils laisseront le Land act produire par lui-même tout ce qu’il peut produire, c’est-à-dire selon un dicton familier, cuire dans son propre jus. Mais ce dont nous ne serions pas étonnés c’est, en dépit de la recommandation de M. Parnell, de voir la transformation de la Ligue, Si l’on veut bien se rappeler que l’association catholique à laquelle l’Irlande doit l’émancipation religieuse, n’a pu vivre et atteindre son but, celui poursuivi par O’Connell, qu’en se transformant de mille façons différentes et en se fractionnant, on ne sera peut-être pas éloigné de croire que cette transformation fne devienne une nécessité pour la Ligue agraire.
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- Il est bien entendu que l’opinion que nous venons d’exprimer n’est pas plus un blâme que nous prétendions infliger à la Land league dans la ligne qu’elle a suivie, que l’imputation d’un tort à M. Parnell et à ses amis pour la conduite qu’ils se proposent de tenir. Nous ne nous érigeons pas en juges dans cette circonstance : nous n'en avons ni le droit, ni le devoir. Nous constatons des faits et, pour les apprécier, procédons par comparaison lorsque la comparaison nous semble possible, c’est-à-dire admissible, eu égard aux temps, aux lieux et aux circonstances.
- Nous aurions dû peut-être nous en tenir là en ce
- qui concerne la malheureuse Irlande, les douleurs dont elle souffre et sa situation exceptionnelle dans le monde. Mais ses douleurs sont si profondes, mais sa situation exceptionnelle que nous avons déjà retracée en quelques mots dans des articles antérieurs est si peu comprise, même de ceux qui sympathisent à ses maux, que nous ne pouvons nous empêcher de lui consacrer de nouveau une page ou deux.
- De ce que l’Irlande est un Etat en Europe, on veut toujours conclure de l’état de la Société Européenne à l’état de la Société Irlandaise.
- Aux réformes radicales que réclame l’Irlande on opposé les principes conservateurs : l’ordre, la stabilité, les droits acquis, le respect de la propriété.
- Chacun sait aussi bien et mieux que nous ce qu’était l’Irlande et ce qu’elle est devenus entre les mains de l’Angleterre. Nous ne reviendrons donc pas sur ce sujet, mais nous en prendrons texte et nous demanderons :
- Qu’est-ce que cet ordre que l’on invoque? Il n’est pas autre chose que la consécration d'un désordre social.
- Nous comprenons qu’on puisse faire de l’ordre avec du désordre, ainsi que l’entendait Caussidière en 1848, parce que cet ordre qu’il voulait faire, ou plutôt que le gouvernement de la République avait mission de faire, consistait dans la satisfaction donnée aux réclamations légitimes de la majorité du corps social. Mais l’ordre entendu comme on l’entend en ce qui touche à l’Irlande, c’est la négation du droit des revendications du pays, la consécration de l’usurpation, la proclamation de la force brutale érigée en droit ; c’est en un mot : l’ordre qui règne à Varsovie.
- Et la stabilité? La stabilité de quoi? de l’ordre actuel, d’un état de choses produit momentané de la perturbation, de coups de main heureux, de violences réussies. Gomme si le succès devait tenir lieu de justice, comme si le temps seul pouvait effacer l’iniquité des faits accomplis.
- Les droits acquis .... Acquis ! Comment, s’il vous plaît ?
- Est-ce par l’achat ?
- Est-ce par suite de donation; d’échanges volontairement consentis ?
- Est-ce par le travail et comme fruits de ce travail ?
- Est*ce même par compensation, ou bien encore comme indemnité et dans des conditions librement discutées et acceptées?
- Non 1 Rien de tout cela !
- Les droits acquis I La Prescription, veut*on dire
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- sans doute. La prescription, sorte de vol qui devient ! légal au bout d’un certain temps lorsque le voleur ou le détenteur n’ont pas été inquiétés dans leur possession durant cet espace de temps ; la prescription, justice inventée par les gens à conscience élastique, dans la vie civile, et à l’usage des spoliateurs par la violence dans l’existence des nations.
- La prescription ? Mais aux termes même de la loi civile, elle ne saurait exister vis-à-vis de l’Irlande; car jamais cette malheureuse contrée n’a cessé, par tous les moyens en son pouvoir, de revendiquer ses libertés, ses droits et la propriété de son sol. Et si > l’on ne peut s’abriter derrière la légalité, derrière , quoi se retranchera-t-on ?
- Y a-t-il eu depuis les spoliations même les plus anciennes une assez longue succession de siècles pour que la terre en ait disparu? Non ! j A défaut de cette succession de siècles, a-t-on pu faire oublier, d’une part, a-t-il été possible, d’une autre part, de ne plus se rappeler l’oppression, la misère, celle-ci enfantée par celle-là, la révolte produit de l’une et de l’autre et les échafauds, le sang versé pour avoir raison de cette dernière ? Non !
- Les races spoliatrices et les races spoliées ont-elles disparu ensemble et, avec elles, les ayant-droits et leurs titres? Non l
- Si elles n’ont pas disparu, vainqueurs et vaincus ont-ils pu se confondre dans un bouleversement immense pour ne former désormais qu’un seul peuple, comme feraient des métaux en fusion se mêlant dans une fournaise ardente pour en sortir composé un? Non!
- Quelque révolution géante a-t-elle passé sur cette nation et, après en avoir nivelé le sol, l’a-t-elle creusé pour y jeter les bases d’un nouvel édifice social? Non!
- Enfin, à défaut d’histoire, n’y a-t-il plus de légendes, plus de vieilles ballades, plus de vieux monuments qui parlent du passé? Si, au contraire, tout cela existe dans la configuration du pays lui-même, tradition que le temps semble avoir respecté tout exprès, l’Irlandais voit se dérouler les années écoulées, comparant ce qu’il fat avec ce qu’il est, maudissant et espérant tout à la fois.
- Le Respect de la propriété? Ah, qu’ils ont tort ces Landlords, héritiers des spoliateurs de l’Irlande, d’invoquer ce principe ! Et que surtout ont tort ceux qui, propriétaires aussi, détenteurs de droits établir sur le travail du temps, font chorus avec eux et acceptent ainsi une solidarité dangereuse! A une époque comme la nôtre, époque d’enfantement où, sans remettre tout en question comme le font certains esprits audacieux, on se trouve en présence de pro-
- blèmes dont la solution s’impose, ie manteau dont les nécessités sociales et politiques couvrent ces privilégiés est-il donc déjà si ample, ses plis dissimulent ils déjà si complètement aux yeux de l’égalité la tache originelle de toute propriété, qu’ils ne craignent point d’en couvrir les fruits d’une iniquité qui n’a pas sa pareille dans notre Société européenne ?
- Est-ce donc bien étonnant que, chez ces parias du Royaume-Uni, des hommes se lèvent qui veuillent faire table rase de ces beaux principes foulés aux pieds hier par ceux même qui aujourd’hui les présentent comme l’arche sainte de la Société ?
- Est-ce donc bien étonnant que se considérant comme les insurgés du droit,ils regardent cette table rase appliquée à l’Irlande comme un retour à l’équité, lorsque peut-être à leurs yeux, ayant lieu partout ailleurs, ce ne serait plus que crime ou démence?
- L'Angleterre a essayé, pour justifier ses spoliations sur l’Irlande, de les assimiler aux confiscations révolutionnaires de la France. Mauvais argument; car en admettant que cette assimilation puisse se faire, un abus peut-il justifier un abus et, comme le fait remarquer un vieux dicton de nos pays, si votre voisin allait se jeter dans un puits, iriez-vous vous y jeter aussi ?
- Mais un tel rapprochement, comme justification, n’a pu être tenté que par l’ignorance ou par la mauvaise foi. Les deux faits ne se ressemblent ni dans les motifs qui les ont provoqués, ni dans le but qu’on s’est proposé dans leur accomplissement.
- A qui appartenaient les biens confisqués en France?
- A des hommes qui non contents d’appeler de leurs vœux et à leur aide les armes de l’étranger, en révolte ouverte contre les institutions de leur pays, allaient eux-mêmes chercher ces armes pour les diriger contre le sein de la patrie.
- A qui appartenaient les biens spoliés sur l’Irlande?
- A la race irlandaise elle-même debout pour défendre son sol contre les agressions de l’étranger.
- En France, on punissait la trahison.
- En Angleterre, on châtiait le patriotisme.
- En France, par un respect que certains qualifie^, ront d’outré, voulant enlever à un acte1 de justice l’apparence de la spoliation, on a donné aux émigrés un milliard d’indemnité.
- En Irlande, loin d’accorder une indemnité aux spoliés, on leur marchande le droit de travailler au profit d’autrui les biens qui lui ont été volés.
- En France, les biens confisqués par la nation française ont fait retour à la nation française.
- En Irlande, c’est au profit d’étrangers que la
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- répartition s’en est faite. Depuis le jour de la spoliation jusqu’à aujourd’hui, on en pourrait suivre la trace. On pourrait même invoquer les droits des tiers qui auraient contracté de bonne foi.
- L’assimilation, nous le répétons donc, n’est pas possible. Elle ne saurait être, nous tenons à le dire de nouveau, que le résultat de l’ignorance ou de la mauvaise foi. Vol ici, justice là, voilà la vérité !
- VI
- Nous allions clore cette série d’articles, bien que le sujet soit loin d’être épuisé, lorsque deux nouvelles nous sont arrivées par la voie de la presse. La première, c’est que M. Marc Gough ne s’est pas retiré comme on l’avait dit. Nous pourrons donc le voir devant la Cour et juger de ce que la cause de la Land league peut attendre de son action comme solicitor en même temps que des prétendues bonnes dispositions de la cour vis-à-vis du représentant de l’association.
- La deuxième nouvelle c’est que l’archevêque de Cashel au sujet d’une lettre de laquelle la presse anglaise a fait tant de bruit et dans laquelle il blâmait sévèrement le Land league ou plutôt le manifeste et la ligne de conduite qu’il préconisait, vient cette fois, non pas d’écrire, mais de parler. Nous ne savons pas si dans ce qu’il a dit, il a été mu par le proverbe latin : Verba volani, scripta manent ou bien le dicton français, les écrits sont des mâles et les paroles sont des femelles, mais ses paroles sont complètement différentes de son écrit.
- Il ne retire pas d’une manière expresse ce qu’il a dit du manifeste, mais en réponse à une adresse que lui présentait une députation de Baldigarry « est tout simplement, » dit le Daily News qui avait chanté victoire lors de la lettre de monseigneur, « tout le contraire de ce qu’il avançait dans sa lettre d’il y a 15 jours. »
- « S’il est un homme qui n’a pas changé, c’est moi, » a accentué l’influent dignitaire. « Les chefs du peu-« pie, ceux qui avaient sa confiance, ont été empoi-« gnés par les suppôts salariés de l’ordre et de la « légalité et jetés en prison. Vos privilèges tant « vantés de la Constitution Britannique ont été pra-« tiquement annulés en tant que cela regarde ce « pays (l’Irlande). La liberté de la parole et la liberté « de réunion n’existent plus que pour un petit nom-« bre de privilégiés. Des hommes malades sont « arrêtés au moment le plus critique de leur maladie « et livrés aux geôliers. C’est le règne de la Terreur,
- « non aussi sanguinaire, heureusement, que celui « qui a existé en France aux jours de sa frénésie
- « nationale, mais dans le fait tout aussi vrai, que « nous subissons aujourd’hui. Tel qui est libre ce soir « ne sait pas si demain il ne se réveillera pas en « prison. Oui, tel est l’état de l’Irlande. Donnez à « César ce qui appartient à César, mais gardez pour » vous ce qui vous appartient de droit. Offrez une « rente « a fair rent » raisonnable à qui elle est due, « si elle est acceptée, très-bien, et tout est pour le « mieux ; si elle ne l’est pas, votre devoir est rempli « et les conséquences du refus retombent sur d’au-« très têtes que les vôtres. Otez tout prétexte à la « violence en offrant aucune résistance aux autorités « constituées. Que le monde entier voit que pour « l’amour de notre pays, nous pouvons supporter « toutes les injures, toutes les insultes sans les « retourner à qui nous les prodigue. Ayez confiance « en Dieu et dans la justice de votre cause et aussi » vrai que le Seigneur est vivant, l’heure du triom-« phe légitimé du peuple ne tardera pas de sonner. »
- Ce revirement d’un des dignitaires les plus élevés et, au dire des journaux anglais, des plus influents et des plus dignes d’estime de l’Eglise catholique, a son importance. Il est une preuve du résultat moral des persécutions exercées par l’autorité constituée.
- Un incident qui a eu lieu cette semaine à Armagk a également sa signification.
- M. Gambie juge à ce qu’on nomme county court pour Louth et Armagh, s’adressant au grand jury de la session trimestrielle de Dundalk, se permit de blâmer en termes très vifs la conduite d’hommes se disant ministres du seigneur et ne craignant point d’assister à des meetings illégaux dans lesquels on avise le peuple de suivre le conseil donné par le manifeste de la Land league, de ne payer aucune payer aucune rente. Immédiatement le Rev. M. Kieran, prêtre de la paroisse, entra dans l’enceinte du tribunal et s’adressant au juge : « Ce n’est pas d’un homme, » s’écria-t-il avec indignation, « de s’abriter derrière sa toge de magistrat pour calomnier et insulter des personnes en leur absence. » Et il se retira au milieu des applaudissements de l’auditoire tout entier.
- Plus que jamais, en présence de tout cela, 'nous nous demandons quel sera le résultat définitif de cette lutte. Mais nous faisons des vœux pour tqu’il soit favorable à l’opprimée.
- (A suivre,} C. P. Maistre.
- Le Directeur-Gérant : GODIN
- SAINT-QUENTIN
- Société anonyme du Glaneur, Grand’Place, 36.
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- £ê numéro héiomaâaire 20 e. DIMANCHE 11 DÉCEMBRE 1881
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- SOMMAIRE
- Questions sociales : Protocole de la Fédération — Voyage autour du Familistère IP, IV. — Faits politiques et sociaux. — Causerie anticatholique et religieuse. — L'Eglise et l’Etat : les Mérovingiens. — S’éclairer avec le vent. — Bibliothèque du Familistère. — Etat-civil du Familistère. — Variété.
- QUESTIONS SOCIALES (1)
- Protocol© de la fédération de la paix V
- Parler d’un contrat d’allianca pour la paix entre les nations est certainement une proposition fort peu en accord avec les ressentiments de la guerre et avec cet esprit de lutte qui a refait invasion dans un certain nombre d’esprits et remis pour eux en honneur l’aberration du duel. Evidemment ces hommes qui font encore de la violence et des emportements de la haine la règle de leur conduite, et qui remplacent
- (1) (Voir le « Devoir » des 13, 20, 27 novembre et 4 décembre 1881.)
- les décisions de la raison par celles d’une épée, ne peuvent croire à la direction des choses humaines par la justice et la raison. Non, les hommes qui trouvent l’honneur satisfait dans le sang versé ou dans la mort de ceux qui pensent autrement qu’eux, n’ont pas le sens moral du respect de la vie humaine et ne peuvent avoir le sentiment de l’union sociale, de l’accord des peuples et de l’entente des nations.
- Mais cette irruption accidentelle de la sottise humaine n’empêchera pas la raison de se substituer à la force dans le gouvernement du monde. Ce n’est ni à la passion ni à la haine que peut revenir l’honneur d’inaugurer le règne de la raison,ni même d’en tenter l’inauguration. C’est aux hommes d’intelligence et de cœur, aux hommes qui placent l’intérêt social, l’intérêt de la vie humaine, au dessus des vanités personnelles qu’il appartient d’embrasser une telle cause.
- Je ne me fais pas d’illusions et je ne veux pas en créer pour d’autres. Je n’entends pas que la paix soit un fruit qu’on puisse faire mûrir du jour au lendemain; non, mais ce que je veux établir, c’est que sa maturité sera d’autant plus prochaine que les hommes d’intelligence et de cœur y donneront leurs soins.
- Il faut donc que la discussion du protocole de la fédération soit confiée à des hommes de paix, si l’on veut que la paix s’organise. Il faut que les délégués des gouvernements soient bien pénétrés du désir de placer les bases des relations internationales sous les décisions de la justice et de la raison, en substituant ces décisions, partout où cela sera possible, â celles de la force et de la lutte.
- Mais il faut bien se pénétrer de cette vérité qu’un
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- protocole si sage qu’il soit serait sans efficacité, s’il n’était consacré par l’opinion publique des nations.
- Les travaux en faveur de la paix ne pourront avoir d’effet véritablement utile qu’après que la presse périodique en sera arrivée à discuter elle-même les conséquences considérables qui résulteraient de la paix en Europe, pour l’amélioration sociale des peuples.
- Les conférences du congrès n’auraient-elles que ce résultat que ce serait déjà un grand bienfait. Elever les peuples au sentiment de la sécurité universelle vaudrait certainement mieux que de les entretenir dans le sot orgueil des prépondérances nationales.
- Si une des grandes puissances la France, l’Angleterre ou l’Italie, par exemple, ou toutes trois ensemble, faisaient appel aux gouvernements de l’Europe entière pour arrêter les moyens d’instituer la paix perpétuelle entre toutes les nations occidentales, cela vaudrait mieux que de s’endormir sur nos divisions et nos suspicions internationales, en attendant que l’invasion des barbares s’accomplisse suivant les indications des prophètes de malheur, qui pensent non sans raison que les ambitions démesurées et l’égoïsme de notre temps peuvent nous attirer un châtiment mérité.
- Certainement une telle initiative de quelques puissances provoquant à la paix serait un grand bienfait ; elle aurait pour conséquence immédiate de donner à la presse un aliment nouveau. Cette dernière si indifférente aux propositions de réforme ouvrirait immédiatement la discussion sur la paix et la guerre; et la grande question du sort des peuples serait vue sous toutes ses faces. Le terrain politique se débarrasserait des questions de personnes pour faire place à des discussions plus larges et plus généreuses. Le théâtre des idées s’agrandirait, la presse ne pourrait plus reprocher à nos hommes d’Etat de piétiner sur place et elle, à son tour, ne tournerait plus comme l’écureuil dans sa cage sans faire avancer les questions.
- Tous les grands intérêts de l’Europe et du monde seraient évoqués devant la presse, ou celle-ci les évoquerait elle-même parce qu’il y aurait motif pour le faire.
- Elle ne serait plus enfermée dans le cercle étroit de la discussion agressive de personnes et de coteries politiques.
- Un champ plus vaste et plus fécond lui serait ouvert ; des réformes utiles à tous les peuples se montreraient à travers les travaux du congrès préparant les voies de la paix.
- Les gouvernements et les pouvoirs publics moins en proie à la polémique souvent malveillante des
- partis en seraient plus à l’aise pour travailler utilement aux affaires de l’Etat.
- Les besoins du peuple seraient vus avec plus d’attention ; le calme des esprits ne laisserait plus de prétexte à l’exercice du despotisme, et les réformes sociales pourraient s’effectuer sous l’ascendant de la volonté du peuple.
- Il est vraisemblable que les nations occidentales de l’Europe seront les premières disposées à une entente sur les conditions de la paix. La France, l’Angleterre, la Belgique, le Portugal, l’Espagne, l’Italie, la Grèce, la Suisse, semblent naturellement devoir former le premier groupe favorable à la paix. Cela serait plus que suffisant pour donner immédiatement à la ligue pacifique des nations une réelle autorité morale, et pour que la réunion du congrès exerçât une grande puissance d’attraction sur l’opinion publique en Europe.
- La logique de la mission du congrès rendrait nécessaire dès le début des conférences, une déclaration des principes au nom desquels le congrès seraitréuni.
- Supposons pour un instant, qu’elle fut formulée dans les ternes suivants :
- Les plénipotentiaires des gouvernements de France d’Angleterre, de Belgique, d’Italie, d’Espagne, de Portugal, d'Allemagne, de Russie, et tous autres qui adhéreront à l a présente déclaration,
- Afin de définir leur mission et d’en bien fixer le caractère font, au nom de leurs gouvernements respectifs, la déclaration suivante :
- Les nations prenant part au congrès s’engagent à rechercher les moyens de mettre fin à la guerre.
- La guerre est désormais à leurs yeux un reste des mœurs barbares en complet désaccord avec le progrès moral de la civilisation moderne.
- Elle est une injure à la philosophie et à la raison humaine.
- Elle est en complet désaccord avec tous les intérêts légitimes des peuples et des nations.
- Elle est le plus souverain mépris du droit des peuples, du devoir des nations et de la justice de l’humanité.
- Il appartient en conséquence aux gouvernements animés du désir de travailler au bien des peuples, seul but légitime de leur mission, de s’entendre et de se concerter pour ne plus laisser à la guerre, à l’arbitraire de la violence et de la force, le pouvoir d’imposer leurs décisions.
- Il est, en outre, de leur devoir de faire tous leurs
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- efforts pour assurer la paix du monde et tourner ainsi toutes les forces de la civilisation vers 1ô progrès et la prospérité des peuples.
- En conséquence, le congrès est un appel à l’inter-
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- rention de tous les gouvernements pour constituer l’œuvre sainte de la pacification générale,qui laissera à chaque nation et à chaque peuple une plus grande liberté pour réaliser dans leur sein tous les progrès dont ils seront capables.
- Par ces motifs, les plénipotentiaires réunis s’imposent, à la demande de leurs gouvernements, de n’examiner et de ne discuter que les questions qui doivent concourir à la paix présente et à la sûreté de la paix future entre les nations contractantes,et de formuler le résultat de leurs travaux en ordre, à la suite de la présente déclaration de principes, pour constituer le protocole de leurs conférences.
- Les plénipotentiaires de France,
- » d’Angleterre,
- » d’Italie,
- etc , etc.
- En s’imposant de ne pas s’écarter des discussions et des travaux ayant pour caractère certain de servir à l’établissement de la paix, le congrès évitera tout débat pouvant donner matière à mal entendu.
- Toutes les questions ne devant être examinées que dans le sens favorable à la paix, les débats irritants seront évités, et toute question qui serait en complète opposition avec la paix serait tout simplement écartée des débats.
- La mission et le caractère du congrès étant bien définis, mieux sans doute que je ne puis le faire ici, le congrès aurait à étudier les questions relatives à chaque nation, en prenant pour point de départ les études et les observations déjà faites dans les commissions préalablement instituées par chaque gouvernement en particulier.
- Les études spéciales à la situation politique de chaque pays mettraient en lumière bien des causes latentes de conflit entre les peuples dont le congrès aurait à tenir grand compte ; car si la justice est indispensable entre les individus pour que l’accord règne entre eux, la justice et l’équité ne sont pas moins nécessaires entre les nations pour que celles-ci vivent en paix. Il faudra donc que le congrès futur de la paix répudie toute politique de subterfuge et de finasserie. Il faudra que toutes les questions soient étudiées par lui avec de réels sentiments de justice et de vérité, et que ses résolutions soient basées sur le même esprit. C’est ainsi que ses travaux s’imposeront à la considération et au respect du monde.
- [A suivre). GODIN.
- VOYAGE AUTOUR DU FAMILISTÈRE
- DEUXIÈME PARTIE IV
- Dans un établissement comme celui que nous visitons, où de quel côté que nous portions nos pas à travers ces innombrables et immenses halles servant d’ateliers, nous voyons de toutes parts les courroies de forces motrices se croiser, s’étendre, s’enchevêtrer dans toutes les directions comme les mailles d’un vaste filet transmettant partout le mouvement et la vie, il est impossible de ne pas s’occuper des moteurs, des machines, de l’outillage et des nombreux engins qui représentent ici les richesses de l’expérience et du travail accumulé de l’humanité, dont l’industrie profite comme d’un héritage patrimonial des ancêtres. Si la nature fournit libéralement la matière brute, les travaux de nos devanciers constituent de leur côté un fonds précieux dans lequel l’homme puise d’abondantes ressources et des moyens puissants pour son œuvre incessante de perfectionnement et de progrès,
- L'homme peut utiliser à son gré ces deux éléments naturels qui lui fournissent l’un la matière à transformer et l’autre les forces mécaniques indispensables pour cette transformation.
- La première force motrice dont l’homme fit usage fut celle que lui-même ou ses pareils pouvaient produire, et celle des animaux domestiques à sa disposition. La force des êtres animés peut en effet être employée de différentes façons ; ils poussent ou tirent soit avec les mains soit avec les pieds, ils agissent par leur poids ou par la marche, comme le cheval dans le manège ou attelé à une voiture. Ces moteurs ne pouvaient donner des résultats bien considérables, car l’effort qu’ils sont susceptibles de produire est très limité quant à la puissance et à la durée. Aussi l’homme ne tarda-t il pas à leur substituer l’air et l’eau agents naturels plus puissants et plus durables.
- L’air en mouvement communique la force vive dont il est animé aux organes mobiles qu’il rencontre. En lui offrant les voiles comme moyen d’impulsion pour les navires et les ailes comme agent de motion des moulins, l’homme le fit servir de moteur utile et efficace conformément à ses besoins. Mais son concours, quoique plus puissant, était variable et incertain, et souvent il faisait défaut au
- i moment précis où il aurait été le plus utile. On s’en servit d’abord pour la mouture des grains et plus tard pour scier les bois, etc. Dans l’industrie plus
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- moderne, on l’utilise, non plus comme, force, mais comme agent utile pour les ventilations et les machines soufflantes comme les tuyères des hauts fourneaux, pour les chemins de fer dits atmosphériques, pour les machines à air comprimé, etc.
- L’inconstance du concours prêté par le vent comme force motrice poussa l’homme à se servir de l’eau et à construire les roues et autres appareils hydrauliques, de même que pour utiliser les forces des animaux et celle de l’air, il avait fait les engrenages, les poulies, les mauèges et autres mécanismes ingénieux de nature à remplir le but. Les chûtes d’eau naturelles, celles qu’il créait en construisant des barrages, les forts courants devinrent aussi ses auxiliaires plus soumis et plus dociles que le vent ou même que l’homme et les animaux. Longtemps ce système prévalut dans l’industrie et alla se perfectionnant de siècle en siècle jusqu’au jour ou la vapeur vint le détrôner.
- C’est sur le principe physique de la force d’expansion des liquides et sur la loi de mécanique qui veut que, partout où il y a différence de température il y ait production de force motrice que l’emploi de la vapeur dans les travaux industriels est basé. La chaleur, en augmentant le volume de l’eau par son évaporation, permet d’utiliser ce changement pour engendrer de la force, et le travail se produit ainsi en vertu de l'expansibilité et de l’élasticité de la va-penr.
- Mais rassurez-vous, lecteur, mon intention n’est pas, je vous l’ai dit, de vous faire un cours de mécanique appliquée, ni de toute autre science en rapport avec les machines ou les outils que nous allons voir. Ce que j’en ai dit me paraissait utile pour constater que, dans l’Usine du Familistère, si la force motrice principale est fournie par la vapeur, c’est entourée de tous les progrès accomplis jusqu’à ce jour qu’elle y est employée, progrès qu’on réalise tous les jours, car les hommes qui sont placés à sa tête savent que le progrès n’est point stationnaire et qu’il doit, comme le Juif errant de la légende, marcher, marcher toujours, marcher sans cesse, et ne s’arrêter jamais.
- Tout le monde sait ou croit savoir le nom de celui qui inventa la machine à vapeur, et malgré cela, si l’on demande à quelqu’un de vous dire ce nom, il y a beaucoup à parier que l’un vous nommera Papin, un autre Salomon de Caus, celui-ci Giovanni Branca celui-là Blasco de Garay ou d’autres. La vérité à cet égard, Arago la formule çn disant que l’on a eu tort de considérer la machine à vapeur comme un objet simple dont il fallait absolument trouver l'inventeur.
- « Dans la machine à vapeur, ajoute ce savant, q existe plusieurs idées capitales qui ne peuvent être sorties de la même tête. » Chacun des hommes éminents qui se sont livrés à cette étude a aidé à rendre l’invention applicable et utile, et c’est de cet ensemble de concours que l’invention est née.
- Cela est d’autant plus vrai, que les propriétés de la vapeur, en tant que force motrice des machines, étaient connues de l’antiquité, et non-seulement Héron d’Alexandrie qui vivait plus d’un siècle avant Jésus Christ a publié un traité intitulé Spiritalia sur cette matière, mais il avait exposé au musée d’Alexandrie une machine à vapeur de la forme de celles que l’on nommerait aujourd’hui machine à réaction. La vapeur était utilisée par les Romains et les Grecs à l’aide des eolyphües dont on trouve la description et l’explication dans Vitruve. Senèque même cherche à expliquer les tremblements de terre par les effets que peut produire la vapeur d’eau.
- Léonard de Vinci, tablant sur la pression de la vapeur, avait imaginé la construction d’un canon à vapeur qu’il appelle 1 ’architonnerre, et dont il attri -bue l’invention à Archimède. Par ordre de dates, les noms que nous venons de citer précèdent donc Giovani Branca, Salomon de Caus et Blasco de Garay qui vivaient, ce dernier au xvie, et les deux premiers au xvne siècle. C’est à la fin de ce siècle que Denis Papin construisit ses premières machines à vapeur à piston et à cylindre, qu’il essaya d’appliquer à la marche d’un bateau, mis aussitôt en pièces par les bateliers du Weser.
- Vient ensuite le capitaine Savery, qui le premier sépara les récipients pour utiliser l’idée de Papin de faire le vide par le refroidissement de la vapeur, et enfin la machine de Newcomen, ou machine atmosphérique, la première qui ait réellement rendue des services à l’industrie. Ce n’est qu’après celle-ci que parurent les perfectionnements de Watt, qui imagina de condenser la vapeur hors du cylindre, au moyen d’un réservoir où l’eau se précipite en gerbe divisée, de manière à liquéfier la vapeur. C’est là, sans contredit la plus belle invention de Watt. C’est lui qui a véritablement créé les machines à condensation, à haute ou basse pression, modifiées peut-être plutôt que perfectionnées par Woolf et ceux qui les ont suivis.
- L’usine n’emploie pas moins de cinq machines a vapeur. La première que nous visitons est une machine verticale de quinze chevaux, à balancier et a condensation. Elle fournit la force motrice à l’atelier de la fonte malléable situé à notre gauche, a
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- celui du matériel de l’outillage à notre droite, et aux pilons de l’émaillage en face de nous.
- Le même générateur fournit à la machine motrice de l’atelier dit de quincaillerie dont la force ajoutée à celle de la précédente, forme un ensemble de vingt-cinq chevaux et aux ventilateurs disposés pour aspirer la poussière malsaine de ces ateliers où se travaille le cuivre et autres métaux dangereux.
- La première de ces machines fait mouvoir dans la forge une quantité de machines-outils, telles que grandes et petites raboteuses, tours parallèles ou à engrenages, machine à aléser, perceuses, étaux limeurs, tours divers, ventilateur, etc.,alimentant dix feux de forge. Elle donne en outre le mouvement à l’atelier de corderie placé à l’étage au-dessus, et au dehors aux pilons et aux moulins à broyer le verre qui entre dans la composition destinée à l’émaillage de la fonte.
- Décrire le spectacle qu’offrent aux yeux ces divers ateliers si multiples et si variés, c’est essayer de dépeindre le mouvement, la vie, le travail dans toute son action, dans toute son intensité. L’œil est émerveillé de ce remuement incessant des machines et des hommes, de ce va et vient perpétuel, ordre admirable réel dans un désordre indescriptible apparent. L’oreille est assourdie par cet étourdissant brouhaha des moteurs, des outils, par ce grincement de l’acier sur le fer ou la fonte, par le tintement des marteaux sur l’enclume, le tout produisant un hourvari cacophonique, dont seul un mauvais orchestre, où chacun ferait une partie différente et discordante pourrait imiter. Dans quelques-uns l’odorat lui-même est affecté parles émanations fades et nauséabondes de l’huile surchauffée des chaudières et machines, ou des substances employées pour l’émaillage ou autres opérations essentielles. Ajoutez à tout cela l’atmosphère toujours plus ou moins chargée de poussière de charbon et chauffée par le feu des forges et des générateurs et vous aurez une idée de cet étrange et magnifique tableau.
- Lorsqu’on le contemple en songeant à tout ce qu’il a fallu d’études, de génie, d’efforts, d’expériences renouvelées souvent à l’humanité pour amener les choses à ce point, on ne peut s’empêcher d’admirer et de s’incliner avec respect. Chacune de ces machines que le travailleur fait manœuvrer insouciant a coûté bien des veilles,bien des mécomptes, bien de laborieux efforts à son inventeur, et elle représente peut-être les persévérants travaux d’une existence entière. Et que de fatigues, que de sueurs elle économise aux hommes qui la font agir ! Pour
- produire ce qu’elle donne entre les mains d’un seul ouvrier, il faudrait peut-être sans elle vingt travailleurs ou davantage. Voilà ce dont la génération actuelle est redevable à celles qui l’ont précédée. Ne leur en doit-on pas une sympathique reconnaissance ?
- La machine que nous rencontrons ensuite sur notre route un peu irrégulière et fantasque comme l’imagination, que Léon Goslan appelle la folle du logis, est une machine verticale de 25 à 40 chevaux à balancier et à condensation, comme la précédente, faisant mouvoir des pompes à haute pression à compensateur, et pouvant atteindre jusqu’à dix atmosphères, destinées à monter les charges dans les cubilots de la fonderie voisine, en face de nous.
- Elle transmet la force motrice aux moulins à broyer le noir , et aux moulins à sable, à une broyeuse de terre réfractaire, au ventilateur alimentant d’air les tuyères, et les douze foyers à recuire les louches des mouleurs.
- Elle communique aussi les mouvements dans l’atelier de menuiserie à notre droite, où elle fait mouvoir une perceuse, une affuteuse de scies, un tour, des scies circulaires et à ruban, etc. Elle fait manœuvrer encore, dans l’atelier d’ébarbage, seize meules d’émeri, dont le cri strident vous ahurit et vous porte sur les nerfs auditifs d’une manière horrible. Ici, les hommes ont une tenue spéciale, qui rappelle vaguement les suroîts complets dont les matelots s’affublent à bord des navires par les gros temps, pour s’abriter contre les coups de mer et les embruns.
- Mais là ne se bornent pas encore les services que rend cette bienfaisante machine. C’est elle, en effet, qui transmet le mouvement dans l’atelier de découpage à deux découpeuses poinçonneuses différentes pour les écrous, dans celui du meulage à neuf meules, et dans les autres à un cylindre polisseur, à plusieurs taraudeuses, aux tours à lisser les bacs et pelles, aux perceuses, à deux découpeuses circulaires, et à une foule d’autres que l’on se fatigue à énumérer, bordeuses, plieuses de tiroirs, tours pour manches, que sais-je ?
- Nous allions oublier dans la nomenclature, l’atelier de la râperie où c’est une autre machine plus
- I voisine dont nous allons parler qui porte le mouvement. C’est le plus éloigné, et il est long comme un jour sans pain, cet atelier infortuné des râpeurs, au bout duquel nous trouverons les deux autres fonderies.
- Là nous rencontrons une nouvelle machine qui, elle, a été construite dans l’usine même, pendant l’absence du fondateur, que son mandat de député
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- retenait alors à Versailles. C’est une machine horizontale de 40 chevaux environ, à haute pression, à détente variable à la main. Le chef de service qui en a dirigé la construction en est fier naturellement comme un auteur de son livre, comme un père, quel qu’il soit, de son enfant, et certes l’on peut dire de cette machine qu’elle est l’enfant de la maison.
- Elle donne le mouvement à 6 pompes à haute pression de 12 à 16 atmosphères qui font manœuvrer dix grues hydrauliques et la presse hydraulique des moulages mécaniques.
- Les installations nécessaires pour cette splendide application industrielle sont tout simplement une merveille, de l’aveu de tous les hommes compétents. Vous les expliquer techniquement serait affaire à un industriel rompu à ces matières, et non point à un pauvre journaliste ignorant comme celui qui vous sert de guide qui n’y comprend pas grand chose, il faut qu’il en convienne.
- Mais ce dont il se rend bien compte, c’est la série d’études multipliées et diverses, les calculs, les recherches, les combinaisons nombreuses qu’il a fallu pour faire que tous les éléments de ce merveilleux travail s’agençassent, et vinssent concorder de façon à ce que chaque pièce put jouer son rôle et prendre sa place juste au moment voulu, et pour le temps strictement nécessaire à son fonctionnement. Sur cette’ plateforme tournante, qui supporte une dizaine d’établis, le moule passe automatiquement de l’un à l’autre à l’instant précis où le travail du précédent ouvrier est terminé, et il y séjourne juste assez pour que le travailleur puisse y accomplir sa besogne. C’est d’une précision, d’une exactitude mathématique. Et dans l'exécution d’un travail pareil, que l’on a dû rencontrer d’obstacles, d’entraves, de mécomptes, avant d’aboutir au résultat définitif complet ! Souvent, dans ces sortes d’agencements, une vétille vous arrête et vous oppose un obstacle en apparence insurmontable. L’on se croit près d’atteindre le but, et l’on s’aperçoit, en essayant l’ouvrage, que quelque point a été oublié, il faut recommencer ses études', chercher l’anicroche inattendue qui vous arrête court, et trouver le moyen de la faire disparaître. C’est dans ces luttes que l’intelligence de l’homme livre à la matière que la victoire est glorieuse, et nous mettons ces triomphes si éminemment utiles à l’humanité bien au-dessus de ceux de tous les conquérants, de tous les capitaines, de tous les batailleurs, qui ne connaissent que la force au service de la destruction et du carnage.
- L’emploi du moulage mécanique a pour effet d’épargner aux hommes une grande somme de fatigue inutilej d’économiser du temps en multipliant le
- chiffre de la production, et cela sans en changer à la qualité et en ajoutant à la bonne exécution des produits.
- Le spectateur même le moins compétent contemple avec admiration ce mécanisme, qui permet de recevoir le moule rempli du métal en fusion, et, une fois la révolution accomplie, au bout de quelques minutes, de rendre les pièces prêtes à passer dans l’atelier suivant, pour y subir le traitement qui |lçs achève et les rend propres à être montées.
- Lors même que je pourrais vous expliquer très-clairement par le menu tous les détails de cette étonnante installation, ô lecteur, je ne le ferais pas, parce que, si intéressant que cela puisse être, cela comporte une foule de renseignements techniques un peu trop arides, qui ne sont pas hélas du goût de tout le monde ; et il en résulterait que si vous lisiez cela le soir, au coin de votre feu, par exemple, vous seriez gagné, malgré vous, par cette somnolence invincible qu’impose la lecture de pages ennuyeuses, comme celles des fameuses « Soirées de Saint-Pétersbourg » de Joseph de Maistre, si différent de son frère Xavier, que j’ai pris pour modèle dans ce Voyage.
- Une machine Zimermann de 55 chevaux horizontale à condensation, et à haute ou basse pression néanmoins, à détente variable automatique, et supérieure par conséquent à la précédente, fournit la force motrice de deux moulins et de toute la sablerie conjointement avec celle que nous avons déjà vue. Elles pourraient, en cas de besoin, se suppléer l’une l’autre, de façon à ne pas laisser le travail en souffrance.
- Enfin la dernière est une vieille machine de quinze chevaux, verticale à balancier et à condensation ; c’est la première qui fut installée à l’usine, et elle compte par conséquent de bons états de service. Elle donne le mouvement à cinq moulins broyeurs de sable, à trois malaxeurs, etc.
- Telle est la part faite dans l’usine à cet élément naturel du travail accumulé des âges, qui a produit les progrès et les perfectionnements mis au service de l’industrie moderne par tous les travailleurs nos devanciers. Que nous ont laissé de leurs côtés les conquérants leurs contemporains ? Des ruines, des souvenirs de mort, de dévastation, de malheur. Tandis que les uns luttaient pour nous léguer les éléments du bien-être et de la vie, les autres pillaient , massacraient, dévastaient pour satisfaire leurs convoitises malsaines et leur ambition, et nous léguaient une mémoire haïssable,un nom détesté, et des ravages sans nombre à réparer* Gloire donc a jamais au travailleur, et honte mn sel’des de la vio*3
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- lence et de la force. Par le travail l’homme conquiert la liberté, le bien-être, le bonheur, et par la force il ne peut compter que sur l’esclavage, l'avilissement et la misère.
- (d suivre;.
- FAITS POLITIQUES & SOCIAUX DE LA SEMAINE
- FRANCE
- Il est question d’établir à Paris une école des arts et métiers analogue à celles de Châlons et d’Angers.
- Cet établissement serait organisé par l’Etat avec le concours financier de la ville de Paris.
- La création dont nous parlons n’empêcherait pas la ville d’exécuter, de son côté, le programme qu’elle a conçu au sujet de l’établissement à Paris de nouvelles écoles d’apprentissage.
- Il s’agit d’organiser : 1° une école analogue à celle qui fonctionne déjà au boulevard de la Villette ; 2° une école pour les instruments de précision; 3° enfin, un vaste atelier d’ébônisterie dans le faubourg Saint-Antoine.
- Lorsque toutes ces écoles d'arts et métiers et d’apprentissage fonctionneront dans la capitale, les élèves sortant dès écoles primaires de Paris auront toutes les facilités voulues pour devenir, à bref délai, d’excellents contre-maîtres ou d’excellents ouvriers.
- ¥ ¥
- Les documents officiels établissent qu’en 1879 le nombre des sociétés de secours mutuels était en France de 6,582 ; 4,165 approuvées, et 1,910 autorisées. Ces sociétés possédaient à la même date 90 millions de francs ; elles comptaient entre elles toutes 1,130*000 membres, parmi lesquels 100,UOO femmes seulement.
- A
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- 3be «îé'voxa.eni.eïit. de® femme®. — Trois reli" gieuses sont mortes au Sénégal en soignant des malades atteints de la fièvre jaune, l’épidémie dont les ravages ont été si terribles. Cet acte de dévouement, dont personne ne songe à contester le mérite, devient poulies cléricaux le sujet d’uu enthousiasme qui déborde. Voyez-vous ces sœurs bleues ! Quel courage ! Les serviteurs de Dieu ont seuls cet esprit de sacrifice, ce dédain de l’existence. Les femmes républicaines parlent de patriotisme, mais les actes sont rarement conformes aux paroles
- Htlte-là, s’il vous plaît, et ne prenons point dans le dévouement des unes l’occasion de dénigrer les autres. L’expérience de chaque jour prouve que les sœurs, fussent-elles rouges ou blanches, ne possèdent pas le monopole du stoïcisme. La femme laïque ne recule jamais devant le danger, et pour trois religieuses qui meurent en soignant des fiévreux, combien de mères de famille tombent victimes de privations et de l’excès du travail, pour apporter quelque soulagement à un père infirme ou à un mari cloué sur le lit de douleur par une longue maladie.-Celles là tombent ignorées, avec la seule satisfaction du devoir accompli, et jamais il n’est venu à l’idée de personne de les donner en exemple à un parti politique. Ces dévouements sont si communs dans les classes ouvrières, où une femme ne refuse jamais ses soins à un voisin abandonné, à un travailleur que le mal vient d’atteindre, que tous les journaux cléricaux du monde ne suffiraient pas à les mentionner.
- {Le Petit Fanal.)
- ANGLETERRE
- Le Times du 26 signale quelques nouvelles arrestations de membres de la land*league à Drakestown.
- Sur la demande de l’attorney général, le dossier du procès relatif à la mort de James Mansfield, tué d’un coup de baïonnette pendant les troubles de Ballyragget, a ôté transporté à la cour du banc de la reine. On sait que le jury avait reconnu coupables de meurtre volontaire les deux sous-inspecteurs de police qui commandaient les constables pendant l’affaire de Ballyragget. Le même jour, la cour du banc de la reine a rejeté la demande du nommé Stepban Ryan, qui réclamait des poursuites contre les agepts qui ont contribué à l’expulser de sa ferme pour redevances dues à son landlord.
- Les nouvelles que le Times reçoit du comté de Cavan signalent l’état du pays comme très inquiétant. Des nouvelles du comté de Cork signalent divers attentats contre la propriété et contre les personnes.
- * *
- M. Alexandre Mac-Donald qui vient de mourir en Angleterre à l’âge de soixante ans, président de l’Assemblée nationale des ouvriers mineurs et membre du Parlement, n’avait guère plus de huit ans quand il avait commencé de travailler dans les mines. Doué d’une rare intelligence et d’une énergie plus rare encore, il avait fait lui-même son éducation, travaillant de deux années, l’une dans les mines, l'autre dans l’Université de Glasgow. Il gagnait en un an de quoi s’entretenir pendant deux, if devint ainsi un homme supérieur. Les mineurs de Stafford le nommèrent en 1879 membre du Parlement, où un autre ouvrier, mineur aussi, M. Thomas Burt, était nommé à peu près à la même date. La plupart des lois qui ont depuis quelques années grandement amélioré la situation des ouvriers mineurs sont dues à l’énergique initiative de M. Mac-Donald.
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- 3be® Allewismd.® en A-ngrle+erre.—Il résulte d’une statistique publiée tout récemment qu’il y a en ce moment 100,000 Allemands adultes à Londres. Dans' toute l’Angleterre, en ne compte pas moins de 250,000 Allemands ; à Manchester il y en a eu plus de 60,000, et à Liverpool plus de 10,000, les Allemands ou les fils d’Allemands émigrés occupent des positions supérieures Un cinquième, pour le moins, des grandes maisons de Londres se trouve entre les mains d’Allemands. Il y a ensuite une armée d’employés à Londres, Liverpool, Glascow, Manchester, Birmingham, etc., qui, en raison de leurs modestes prétentions, évincent successivement les employés anglais.
- Il y a à Londres plus de boulangers allemands que l’on n’en rencontre à Berlin, et le nombre des coiffeurs, tailleurs, cordonniers allemands de Londres suffirait largement aux besoins de la plus grande des villes d’Allemagne.
- Les acteurs de la Cour de Meiningen donnent chaque année des représentations au théâtre de Drury-Lane.
- 12,500 journaux allemands arrivent journellement à Londres, qui compte elle-même quatre journaux rédigés dans cette langue.
- Les deux tiers de la colonie allemande de Londres se composent d’éléments des plus douteux. Dans aucune ville d’Allemagne, excepté Berlin, on ne rencontre autant d’Allemands affamés qu’à Londres.
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- On annonce la mort de M. Charles Asplet, négociant jersiais, qui avait été, en 1851, un des amis des proscrits français et l’un des signataires de la protestation que les habitants de Jersey rédigèrent contre l’expulsion de Victor Hugo et des proscrits.
- Au moment où Victor Hugo, expulsé, allait quitter Jersey, Charles Asplet lui demanda un souvenir, i — Que voulez-vous, lui demanda le poète.
- — Votre lanterne et votre plume.
- Il faut savoir que Victor Hugo se promenait parfois, le soir, sur les rochers, et qu’il portait dans ces excursions une lanterne de corne.
- Victor Hugo donna sa lanterne et sa plume à Charles Asplet, avec cet autographe : t
- I a Je donne en quittant Jersey, a Charles Asplet, la
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- lanterne avec laquelle je me suis éclairé, et la plume avec laquelle j’ai essayé d’éclairer les autres. »
- ITALIE
- Voici de quelle façon Vit alla degl' italiani du 29 octobre dernier jugeait,"avant même que le roi Humbert fût parti pour Vienne, le caractère et les conséquences de son voyage. L’événement a déjà prouvé la perspicacité des patriotes dont nous allons reproduire les paroles.
- .. .Est-ce une alliance secrète qui va se conclure entre un empereur par la grâce de Dieu et un roi qui se prétend choisi par la volonté nationale? Eh bien ! nous demandons si cette alliance est au profit de l’Autriche, au profit de l’Italie, ou au profit de l’une et de l’autre ?
- Si l’alliance est au profit de l’Autriche, il n’y aura pas à parler ni de Trieste, ni de Trente. Mais le roi qui peut abandonner quelques prérogatives de la couronne ne peut faire brèche ni aux droits de la nation, ni à l’honneur de l’Italie.Si l’alliance est au profit de l’Italie, l’Autriche devrait nous restituer notre territoire au nom de ce principe des nationalités qui est destiné à dissoudre cet Etat sans nation. Si l’alliance est au profit de l’Autriche et de l’Italie, l’Autriche nous rendant ce qui est nôtre, que lui donnerons-nous? Faudra-t-il l’aider en Orient, oubliant notie résurrection comme nation et notre mission, pour nous faire complices des conquêtes d’autrui, même à notre détriment ? Aucune raison ni en droit ni en fait ne justifie donc cette alliance qui, finalement, si elle n’est pas un baiser de Judas, sera un traquenard de princes.
- Pour nous, n’étant pas disposés à sacrifier à quelque dynastie que ce soit aucune parcelle du droit et de l’honneur national,non plus qu’à reculer devant aucune intrigue de droite ni de gauche, mais décidés à briser toutes les intrigues des anciens et des nouveaux partisans de l’Autriche, nous réservons tout entière notre liberté d’appréciation et notre action pour le jour où la nation italienne verra clairement les résultats de cette alliance.
- AUTRICHE
- La presse autrichienne a reçu l’avis salutaire de parler le moins posssible des mesures prises par le gouvernement pour pacifier les insurgés dalmates. En tout cas, interdiction complète a été faite de mentionner les mouvements des troupes destinées à pacifier le pays des Crivocheïs. Un journal de Prague,ayant enfreint l’inter-terdiction, s’est vu confisquer. Nous" ne vivons cependant pas sous le grand et le petit état de siège. Donc, nous sommes sans nouvelles des Dalmates. De temps a autre cependant, on nous apprend que les « bandes de brigands », loin de disparaître, augmentent en nombre et se montrent dans les montagnes qui dominent les ports des Bouches de Gattaro.
- La Correspondance politique, organe mi-officiel, ne nous dit que la dixième partie de ce que nous voudrions savoir, et le télégraphe est plutôt utilisé pour démentir que pour renseigner.
- Le gouvernement prend la chose au sérieux; les « bandes de brigands » ont grossi et forment une armée insurgée qu’on ne pourra vaincre qu’avec beaucoup de précautions, de prudence et d’habileté.
- De nombreux navires de guerre et de transport sont ancrés dans les bouches de Cattaro, d’où un corps d’armée envahira le pays des Crivocheïs par Dragaï. Un autre corps pénétrera dans l’Herzégovine par Metko-witsch et Spalato, de façon à ce que la tribu insurgée soit promptement cernée. Quatre régiments d’infanterie ont reçu l’ordre de partir. Gomme vous chercheriez en vain dans les journaux autrichiens la nouvelle que je vous doune, je précise :
- Ces régiments sont : un de la garnison de Vienne,deux de Gratz, un de Laibach. Le général Ivanowitsch, qui commande cette armée, a reçu des ordres très précis : il faut, coûte que coûte en finir avec ces gens qui occupent une position privilégiée dans l’empire.
- Le sang va couler, c’est indubitable ; ainsi se trouvent malheureusement justifiées les prévisions de tous ceux qui connaissent le pays dalmate.
- ALLEMAGNE
- Le grand-chancelier est encore une fois engagé dans une lutte acharnée contre l’opinion du Parlement et l’opinion du pays, et il tient tête à tous ses adversaires avec cette indomptable hardiesse qui le caractérise daus toutes les grandes occasions. C'est l’énergie impassible de Médée. « Contre tant d’ennemis, que vous reste-t-il? — Moi! » M. de Bismarck se sent assez fort pour résister à tout le monde. Rien n’est plus saisissant que ce combat d’un seul contre tous.
- Nous avons vu un spectacle semblable il y a près de vingt ans. Le même homme était aux prises avec tous les partis et il les défiait, et il les bravait, et il les dominait avec une audace et un courage extraordinaires. Ce César, que rien n. arrête, se mettait au-dessus des votes du Parlement et n’en tenait aucun compte. « Vous ne voulez pas m’approuver et me suivre, disait-il aux représentants du pays, eh bien! je me passerai de vous et je marcherai sans vous. » Et il le faisait comme il l’avait dit. De tels chefs d’Etat étouffent dans les bornes du système représentatif. Ce sont des dictateurs de nature et de principe qui ne peuvent supporter ni la contradiction, ni l’obstacle.
- Il faut toujours faire grandement attention quand M. de Bismarck se met si résolument et si audacieusement en guerre avec l’opinion et la représentation nationale; on peut être sûr qu’il ne le fait qu’en vue de vastes desseins dont il garde souvent le secret et qui peuvent avoir une importance immense pour sa politique intérieure ou extérieure.
- Cette fois, il semble démontré que la question qui passionne, à l’heure actuelle, la grande intelligence du chancelier de fer, n’intéresse personne au dehors et ne concerne que l’organisation intérieure de l’empire. C’est encore l’unité de l’Allemagne qui hante ce puissant cerveau. Elle se heurtait autrefois aux hostilités du dehors; elle se heurte aujourd’hui aux résistances pavti-cularistes des Etats confédérés et aux aspirations libérales et démocratiques des populations. M. de Bismarck a entrepris de briser ces obstacles et de laisser à sa mort une Allemagne fortement unifiée, dans la main souveraine d’un empereur qui ne soit pas le simple président d’une confédération impériale. C’est dans cette pensée que sont conçues toutes les combinaisons financières et économiques qui soulèvent ne si vives discussions dans le Reichstag; c’est pour cela qu’il a eu l’idée de ce socialisme d Etat qui provoque de si ardentes polémiques. Il veut mettre la main sur tous les éléments de la richesse putdique et de l’activité sociale dans tous les pays confédérés. Il veut faire de l’Etat plus qu’une puissance centralisatrice, il veut en faire une puissance absorbante qui, sous son autorité omnipotente, façonnera l’Allemagne à son gré.
- Les Allemands voienLclairement ce but et ils y résistent. S’ils veulent l’unité nationale, ils tiennent aussi à la liberté, et le système de M. de Bismarck tue à la fois la liberté du citoyen et celle de l’individu. Les socialistes qui admettraient peut être le socialisme d’Etat, si l’Etat c’était eux, luttent à leur tour contre le régime césarien qui prétend faire leur bonheur au profit d’un maître absolu.
- M. de Bismarck a donc contre lui à peu près tout le monde; mais, comme jadis, il ne cède pas et dit crûment à ses adversaires qu’ils n’auront pas raison de son inébranlable volonté.
- La majorité du Reichstag, fermement résolue de son côté à ne pas céder, vient de faire subir au chancelier deux échecs successifs qui attestent les profonds dissentiments qui les séparent; mais ce double vote n’a fait qu’envenimer les choses, sans rien résoudre.
- Comment finira ce duel? Il est difficile de le prévoir. Il y a bien un Parlement en Allemagne, mais le régime parlementaire n’y existe pas. Le chancelier est le minis-
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- tre et le représentant de l’empereur; il ne dépend nulle-ment d’un vote du Reichstag de le renverser. Il a la confiance de son souverain, cela lui suffit pour se maintenir au pouvoir malgré toutes les oppositions coalisées.
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- On a maintenant des détails sur ce qui s'est passé à la cour avant la cérémonie de l’ouverture du Reichstag dans la Salle Blanche. On se rappelle que le bruit s’est répandu dans le monde parlementaire que le prince impérial, qui venait d’avoir une conféreuce assez longue avec le prince de Bismarck, ouvrirait la session du Parlement dans le cas où une indisposition empêcherait celui-ci de le faire. Si les choses se fussent passées de cette façon, on en aurait tiré la conclusion que le prince impérial était d’accord avec le prince de Bismarck sur la politique intérieure. L’empereur a été, en effet, indisposé le 17 novembre, mais c'est le chancelier et non le prince impérial qui a donné lecture du message. On dit aujourd’hui que ce dernier a refusé de se prêter à la combinaison projetée, et l’on devine facilement à quelle interprétation ce refus donne lieu.
- ESPAGNE
- Troublesi ti Griljrattar. — Une émeute s’est produite le 29 novembre à Gibraltar dans les circonstances suivantes : ,
- M. Ganilia, nommé récemment évêque de cette ville contre le vœu des résidants catholiques d'origine espagnole, ayant essayé de prendre possession de son siège eu se rendant à la cathédrale Santa-Maria, escorté par des détachements de la force publique, une foule immense s’est massée devant l'église.
- Dès que ie prélat a fait son apparition, les huées et les sifflets ont éclaté avec une telle persistance, qu’il a été obligé de se retirer. Les manifestants ne se sont pas contentés de protester à la porte du temple, mais ils ont encore suivi l’évêque jusqu’au palais épiscopal, en témoignant leur antipathie profonde par des bordées de cris hostiles.
- Ce n'est pas la première fois que M. Canilla se trouve l’objet d’un tel vacarme : il a déjà tenté, mais en vain, de s'installer officiellement au chef-lieu de son diocèse, et toujours il s’est heurté à une résistance aiguë.
- RUSSIE
- Saint-Pétersbourg, 30 novembre. — Une grande sur-excitation règne actuellement ici par suite de bruits d’après iesqueis feu Alexandre il apparaîtrait" chaque nuit dans la cathédrale de Kasau. On ne sait pas qui a répandu cette histoire do revenant; mais etle semble avoir été inventée par ia Ligue secrète. La foule, qui se rassemble chaque nuit devant l’église pour attendre l’apparition du tzar défunt, devient de plus en plus considérable. Le peuple demande que l’empereur Alexandre II soit canonisé. Détail à noter : ou n’a pas cherché, dès le principe, à mettre fin à ces rassemblements, qui pourraient bien donner lieu à des troubles.
- Sorcellerie et vol. — L'Intérêt public,de Roche-fort, rapporte l’historiette suivante :
- Dans une métairie,dit ce journal,située sur le territoire d’une commune limitrophe de celle de Chotail, le bétail, depuis quelque temps, était constamment atteint de maladies plus ou moins sérieuses. Inquiet, désolé, le fermier alla consulter... non pas le vétérinaire, mais un sorcier qui habite le village voisin, et celui-ci, après plusieurs visites et de profondes méditations, déclara solennellement que le mal avait pour cause les maléfices d'un homme noir, que, lui, sorcier aurait à combattre et à terrasser pour arrêter le fléau.
- Ayant dit, il s’éloigna.
- Le soir,il revint à la métairie,donna l'ordre au fermier, à sa famille, aux serviteurs de s’enfermer au rez-de-
- chaussée de l’habitation et de n’eu sortir sous aucun prétexte; de clore soigneusement toutes les issues ; de placer devant les fenêtres des draps épais; de demeurer immobiles, dans une complète obscurité ; il leur recommanda de ne pas s’inquiéter du bruit qui parviendrait à leurs oreilles, de ne point chercher à pénétrer le mys-\ tère qui allait s'accomplir. Puis il gravit l’escalier qui ( conduit au grenier.
- Les naïfs agriculteurs obéirent aveuglément; ils ôtei-} gnirent le feu de la lampe ; la ferme fut plongée dans j d’épaisses ténèbres, et pendant plus d’une heure un ; vacarme épouvantable,un bruit de lutte les glaça d’épou-| vante. Enfin le calme se fit. Après de longues hé.-ita-| lions, le fermier et sa suite se hasardèrent à allumer j une lanterne. Un valet, le plus hardi de ia bande,voulut j aller voir s’il y avait dans le grenier ries traces du com-| bat livré par le sorcier à l'homme noir ; mais il ne \ vit rien... rien qu’un vide étrange qui s’était produit | dans le tas de blé. Il appela, on accourut, et on constata j qu’il manquait pour 200 francs environ de froment...
- I Mystère I...
- On aurait demandé, payait-il, au fermier dupé le nom du dupeur ; mais le pusillanime et trop crédule cultivateur serait resté muet : il ne voudrait pas dénoncer un homme qui, il en est convaincu, lui jetterait un sort pour se venger.
- CAUSERIE ANTICATHOLIQUE ET RELIGIEUSE
- Combien y a-t-il de catholiques en France ?
- L’Eglise est en danger, me disait il y a quelques jours d’un ton convaincu un député des chevau-légers, clérical endiablé, faisant partie du groupe politique dont M. de Mun est un des chefs les plus autorisés ; uu gouvernement infâme a osé insulter à la foi de 34 millions de français, il a traqué comme des bêtes fauves les moines inoffensifs qui ont eu le tort impardonnable de vouloir rester fidèles à leur foi ; demain il s’attaquera aux ministres de notre sainte religion. %
- — 34 millions de catholiques, dis-je à mon honorable interlocuteur, je crois que vous vous abusez étrangement; à mon avis, ne peut prétendre à ce titre que celui qui pratique et qui croit, et ceux-là ne sont pas si nombreux que vous le pensez.
- — Mettons 30 millions au lieu de 34, si cela peut vous être agréable, me dit M. de B..., la majorité de la nation française n’en est pas moins outragée dans ce qu’elle a de plus cher et de plus sacré : La foi que lui ont léguée ses pères.
- — Nous ne sommes pas encore d’accord, M. le député, un'million est le chiffre maximum que je puisse vous accorder. Non, il n’y a pas plus d’un million d’hommes en France qui épousent vos convictions religieuses.
- — Vous croyez tout le monde aussi sceptique que vous. Pour raisonner ainsi, il faut que vous connaissiez bien mal l’esprit de nos populations rurales ; vous n’avez donc jamais été témoin du spectacle édi-) fiant que présententnos campagnes un jour de grande
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- LE DEVOIR
- fête. Ces jours-là, personne ne songe au travail, on accourt avec empressement de tous les villages à l’appel des cloches qui sonnent à toute volée ; ces jours-là, le châtelain, le notaire, le médecin se coudoient et fraternisent avec le paysan rustique; la ménagère avec ses petits enfants, la jeune fille coquettement parée arrivent à la hâte, pour rien au monde personne ne voudrait manquer à la grand’messe d’un jour de fête; l’église s’emplit, on s’entasse, pour ne point rester debout, les derniers arrivés dévalisent les maisons voisines du saint lieu. Pour douter de la foi catholique de la France, il faut que vous n’ayez jamais été témoin de ces magnifiques élans de la foi populaire qui se manifestent d’un bout de la France à l’autre les jours de fêtes solennelles.
- — Votre description dont je reconnais toute l’exactitude rappelle à mon souvenir quelques paroles que j’échangeai il y a quatre à cinq mois, avec un de ces dévots de circonstance, qui vont à la messe quatre fois par an, et qui provoquent à un tel point votre admiration. Je me heurtai sur la place de l’Eglise, le jour de Pâques, avec un mien cousin, peut-être dix minutes avant l’office. Le court dialogue qui suit s’engagea entre nous :
- — Eh bien, ami, on se dispose à assister à la messe.
- — Que veux-tu, il faut bien faire comme les autres.
- — Alors ce n’est pas la foi qui t’entraîne, tu vas à la messe parce que c’est le jour de Pâques et que tout le monde y va ce jour-là.
- —- Rien entendu, d’autant plus qu’en matière de religion je ne crois à rien du tout.
- — Pas même à l’immortalité de l’âme.
- — A rien, te dis-je, quand on est mort on est bien mort.
- Et je vis mon interlocuteur, après m’avoir quitté, pénétrer dans l’église, prendre l’eau bénite, s’agenouiller, et suivre comme un fervent croyant la célébration de l'office divin. En effet, ce jour-là l’église était pleine, mais je puis vous affirmer que si j’avais interrogé un cent des assistants, 95 m’auraient fait des professions do foi dans le genre de celle que je viens de vous énoncer.
- Vous concluez, M. le député, parce que les églises sont pleines les jours de fête, que la foi est encore vive en France, pour cette même raison, moi je conclus qu’elle agonise; car si ces gens là avaient conscience des devoirs que leur impose leur religion, ce n’est pas les jours de fête seulement qu’ils assisteraient aux offices, ce serait tous les dimanches sans exception, puisque l’Eglise les y oblige sous peine de
- péché. J’en conclus donc, que ce sont les préjugés, tristes fruits de l’ignorance, et non pas la foi, comme vous le prétendez, qui remplissent vos églises les jours de grande solennité.
- — Vous prétendez,monsieur,qu’avec moins d'ignorance il y aurait encore moins de foi, voulez-vous m’accompagner à la sortie de l’église St-Louis, quoi que ce ne soit aujourd’hui qu’un simple dimanche, vous y verrez tout ce qu’une ville de 50,000 âmes renferme d’hommes instruits et bien posés dans la société ; je ne sais si vous oserez encore conclure après cette épreuve que le catholicisme recrute ses fidèles parmi les ignorants.
- — Je ne prétends pas que les gens qui vont à la messe sont tous des ignorants, je prétends seulement, et je le soutiens, que les gens qui vont à la messe et qui ne sont pas des ignorants ne peuvent pas être de vrais catholiques ; le catholicisme ne pouvant pas être examiné de près sans perdre tout son prestige ; ils accomplissent cet acte par obligation, par politique ou par habitude; cependant, j’aime trop à m’instruire et à observer pour refuser l’occasion que vous m’offrez; j’accepte avec d’autant plus d’empressement que je retrouverai là probablement de nombreuses figures de connaissance.
- Nous arrivâmes à temps. Des bourgeois élégamment vêtus sortaient en foule de cette cérémonie où les hommes étaient en majorité, et où l’on remarquait, à côté du riche banquier, du juge réactionnaire de la République, des principaux fonctionnaires qui sont à la tête des plus importantes de nos administrations, le perruquier, le facteur de pianos, l’épicier, le libraire, le pâtissier et jusqu’au boulanger de tous ces messieurs..
- — Vous me permettrez, M. le député, de ne pas compter comme fidèles tous ces mercenaires qui ne viennent là que pour flatter la main qui les paie ; grâce au cléricalisme, aller à la messe pour se faire des clients est une réclame commerciale d’un nouveau genre tout à fait à la mode.
- — Gomment, monsieur, mais c’est une insulte, nous ne contraignons personne.
- — Je sais comment cela se passe dans les officines cléricales ; votre clergé adresse à tous vos fournisseurs de pressantes invitations à assister aux messes d’hommes; ces invitations sont pour eux des ordres; les malheureux savent ce qu’il leur en coûterait s’ils essayaient de raisonner ; ils ont une femme, des enfants, et il faut vivre. Un de ces pauvres diables disait l’autre jour à mon tapissier en lui présentant une de ces invitations : Croyez-moi, essayez-en, vous vous en trouverez-bien, et vous verrez votre clientèle s’augmenter rapidement ,* pour moi, depuis que
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- je me plie aux exigences de ces messieurs, mon commerce est des plus prospères.Oserez vous encore dire que ces gens-là agissent librement. Je dénonce ces procédés à l’opinion publique ; toute lionnête conscience doit réprouver de semblables moyens. Qu’on essaye de convertir un homme à ses idées par la persuasion, je le comprends, mais qu’on le force à prendre un masque, à dissimuler, c’est une infamie et une indignité; Christ fustigait les menteurs et les hypocrites, vous, vous les encouragez et vous les récompensez.
- — Supposerez-vous que nous avons exercé une pression quelconque sur tous ces bourgeois qui viennent eux aussi d’assister à l’office divin ? Les traiterez-vous de mercenaires? Ont-ils agi librement?
- — Ces messieurs, je les connais tous ; ils ont sucé avec le lait maternel le mépris du peuple et de la liberté pour les pauvres gens; ce sont les gros bonnets du parti réactionnaire de votre département, je vous réitère donc que tous ces bourgeois distingués que vous me faites remarquer, et qui, me dites-vous,suivent assidûment les messes d’hommes, sont surtout des ennemis du peuple, mais des catholiques convaincus jamais. J’aperçois bien parmi eux quelques rentiers et commerçants notables de la ville, ils paraissent bien heureux de se trouver avec la fleur de l’aristocratie, parmi eux il y en a peut-être quelques-uns de sincères; mais je nie que tous ces riches bourgeois, que cette fleur de la noblesse de votre pays, gens généralement instruits et distingués, que vous m’offrez comme preuve de la persistance et de la vivacité de la foi, même dans les classes les plus éclairées, soient de vrais croyants.
- — C’est par trop fort, je tiens à vous prouver que vous vous abusez, et que l’incrédulité et la passion vous aveuglent au point d’obscurcir votre jugement, veuillez me suivre chez mon ami, M. C..., banquier, qui vient de nous saluer, et vous ne tarderez pas à être convaincu de votre erreur.
- Edmond Bourdain.
- {La suite au prochain numéro).
- L'ÉGLISE ET L'ÉTAT
- Ere Mérovingienne
- Avant d’ouvrir cette ère aux lecteurs du Devoir, qu’il nous soit permis de dire quelques mots sur l’organisation première du christianisme et l’influence de la nouvelle religion dans les G-aules.
- S’il est une association humaine qui, dès son origine, ait été travaillée par des aspirations unitaires, «’sst assurément i& Sneiété ehrétieim®,
- Partis de Jérusalem, les porteurs de la bonne nouvelle (ainsi que s’intitulèrent les Apôtres et leurs successeurs) avaient propagé la doctrine partout où ils avaient pu pénétrer, opérant des conversions, se faisant des partisans, s’affiliant des adeptes dans les .villes, les bourgades, et jusque dans les plus petits hameaux.
- Désireux de constituer cette force de cohésion nécessaire à toute société qui veut vivre, grandir et prospérer, ces confesseurs d’une même foi disséminés en Orient et en Occident, comprirent de bonne heure qu’il leur était indispensable, pour acquérir cette force, de créer entre eux des rapports permanents. Ils demandèrent cette permanence, entre autres moyens, à des correspondances épistolaires ; mais comme les lettres ne pouvaient être adressées à chacun des associés, ceux-ci, dans toute localité où se trouvait un groupe, choisirent un des membres de ce groupe pour recevoir et communiquer les avis, interpréter et transmettre les remontrances, faire parvenir en un mot aux autres membres tout ce qui intéressait l’association. Ces divers groupes à la tête de chacun desquels se trouvait un élu, c’est l’embryon de la paroisse. L’élu, le prêtre, est toujours pris parmi les anciens, les vieillards.
- Cependant il y a trop d’éparpillement, puis le nombre des fidèles s’accroît et l’on sent le besoin de former une agrégationde ces petites églises éparses. Un centre commun dans chaque province leur est assigné qui sera la ville la plus considérable et le mieux à la portée des divers groupes. Dans chacun de ces centres sera placé, pour exercer une surveillance particulière sur les prêtres de la province, un autre élu désigné également par les suffrages du clergé et des fidèles et choisi aussi parmi les anciens et les plus vénérés d’entre eux. C’est le berceau du diocèse, de l’évêché. Pour que le lien unissant les évêchés les uns aux autres soitjplus solide, pour que l’autorité des dignitaires soit plus respectée, chaque nouvelle élection sera confirmée par les autres anciens d’un même rayon, qui donneront la consécration à l’élu et lui conféreront, comme ils l’ont reçu eux-mêmes, le pouvoir épiscopal.
- Juxtaposés dans la hiérarchie ecclésiastique, mais comme les prêtres et les évêques, produits des suffrages populaires, l’archevêque, le métropolitain et le patriarche ne paraissent que plus tard.
- Le premier titre ne remonte pas au delà du iv0 siècle. C’est en Orient, à Alexandrie, qu’on le trouve pour la première fois. Saint Athanase l’emploie en désignant Alexandre, son prédécesseur. En Occident il est tout nouveau lorsque» en 636, meurt Isidore de Séville qui le mentionne dans ses ouvrages.
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- Le second titre, qui est aujourd’hui synonyme d’archevêque, était donné anciennement aux évêques des villes importantes, que ces évêques eussent ou non des suffragants, c’est-à-dire d’autres évêques soumis à leur autorité.
- Quant à la qualité de patriarche, elle est attribuée, dès le ive siècle, en Orient, aux métropolitains principaux des provinces de cette partie du monde chrétien. Constantinople, Alexandrie, Antioche et Jérusalem étaient les quatre patriarcats de l’Orient. En Occident, Rome, Urbs. Les patriarches, les dignitaires les plus élevés de l’Eglise, ava:ent le droit de consacrer les évêques et de veiller au maintien de la discipline dans les pays soumis à lenr juridiction. Mais, nous le répétons, prêtres, évêques, archevêques, métropolitains et patriarches, tous avaient la même origine, l’élection par le peuple, clercs et laïques.
- Quelques auteurs catholiques et, parmi eux, M. de Maistre, ont cherché à donner le change sur cette organisation première de la société chrétienne. Dans leur amour pour le principe d’autorité, ils l’ont présentée comme une monarchie... Vains efforts dont les témoignages de l’histoire ont eu facilement raison.
- Du reste, n’était-il pas rationnel qu’une religion prétendant se fonder sur l’égalité devant Dieu et la fraternité entre les hommes, consacrât ces principes dans ces institutions fondamentales ? N’eût-ce pas été méconnaître ces principes que de frustrer de leurs droits électoraux les prosélytes de cetto religion?
- Il est vrai de dire que si la société chrétienne se montra dans la pratique fidèle observatrice des maximes qu’elle enseignait, tant qu’elle n’eut pas la sanction de la loi, il n’en fut pas de même lorsqu’elle obtint cette sanction. Outre les dissensions qui fermentaient sourdement dans son sein et se manifestaient à la face du ciel, la liberté religieuse qu’elle avait invoquée si longtemps fut bientôt méconnue par elle et les martyrs de la veille se firent les oppresseurs du lendemain.
- « La Révolution chrétienne, » dit Henri Martin, « ainsi que toutes les révolutions, fut accompagnée de destructions violentes et d’une guerre acharnée contre le passé ; on commença de s'attaquer aux temples, ' aux statues, à ces innombrables chefs-d’œuvre dont l’art païen avait couvert la surface de la terre, et l’œuvre de ruine que les barbares étaient destinés à accomplir fut bien avancée par les chrétiens dans le cours du ive siècle. »
- L’humilité, cette vertu, la vertu Chrétienne par excellence, ne fut pas moins foulée aux pieds que la liberté religieuse, que l’égalité devant Dieu et la fra-
- nité parmi les hommes.La question de prééminence, dans les luttes intestines du Christianisme qui de plus en plus se souillèrent de toutes les violences des passions humaines, vient ajouter encore au tumulte et à la confusion dans l’Eglise. C’est ainsi que telle hérésie condamnée à Rome et à Constantinople se voyait absoute à Antioche et à Alexandrie. Tel arrêt prononcé dans telle province était complètement réformé dans telle autre. Question d’amour-propre où plutôt d’orgueil.... Mesquine satisfaction que se donnaient les patriarches jaloux de leur indépendance et de leurs prérogatives... bien mesquine en effet et qui ne devait pas inspirer aux gouvernés une grande confiance en la sagesse de leurs gouvernants.
- Avait-on dit un dernier adieu aux âges évangéliques ? Nous n’oserions nous prononcer absolument en faveur de 1’affirmative ; mais il est constant qu’à la question morale succédait la métaphysique. Le Christianisme, après avoir échappé à une Théogonie pleine de chimères, se voyait forcé de définir ses idées avec netteté et de préciser ses dogmes avec une rigueur dont l’époque de sentimentalisme n’avait pas éprouvé et ne pouvait pas éprouver le besoin.
- Quoiqu’il en soit, si les cruautés exercées par le Christianisme couronné dans César avaient déjà prouvé au monde que le morale évangélique n’était pas montée sur le trône avec le dogme chrétien, on dut s’apercevoir aussi, lorsque surgit l’Arianisme, que le dogme lui-même était loin d’être inattaqna-ble. La controverse qui s’éleva et dans laquelle on vit non-seulement la parole du maître mise en suspicion, mais encore la divinité du Christ se pose de nouveau comme un problème, jeta le trouble dans plus d’une conscience, ébranla plus d’une conviction. Où était la Vérité? « Avec Arius, » s’écriait l’Orient! « Avec Athanase, « protestait l’Occident 1 Et ce qu’il y avait de plus gra^e dans cette séparation en deux camps du monde Chrétien, c’est que la Constitution de l’Eglise obligeait au respect de la croyance adoptée par les évêques d’Orient et au respect de celle que les évêques d’Oocident tenaient pour orthodoxe, bien qu’ils fussent loin de s’accorder.
- La condamnation d’Arius dans le Concile de Nicée ne fut qu’un incident et ne termina rien. Le Concile de Jardique, lui-même, tout en accordant à l’évèqua de Rome la suprématie sur l’Episcopat tout entier, ne put mettre fin aux dissensions. L’hérésie chassée d’un côté se répandit d’un autre côté.
- Qu’étais-ce que la Gaule durant cette période ?
- La Gaule était devenae romaine. Ses dominateurs
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- l’avaient définitivement divisée en 17 provinces se subdivisant eTes-mêmes en districts ou Cités.
- La Cité (civitas) n’était pas seulement une grande ville, son enceinte et son territoire, mais un district ayant une capitale, siège d’un Sénat, dont l’autorité s’étendait sur les villes, bourgades et hameaux compris dans l'enclave de ce district.
- Chaque Cité formait un diocèse, avait son évêque. La circonscription politique était en même temps la circonscription ecclésiastique. Magistrats, peuple et clergé se trouvaient donc à chaque instant en contact et, connaissant l’instinct d'empiétement des gens d’Eglise, l’on ne sera pas surpris de nous entendre dire que ce contact, l’exercice commun du droit municipal et le concours des suffrages du peuple dans l’élection des premiers chefs ecclésiastiques, ne contribuèrent pas peu à donner à ces derniers une influence qui, pour avoir été salutaire en quelques points dans ces temps encore rapprochés de l’àge apostolique, n’en devait pas moins devenir fatale à la Liberté.
- Les Gaulois étaient divisés en hommes libres et en esclaves. Ces derniers se composaient de deux catégories : les esclaves de la maison et ceux de la terre.
- Les esclaves de la maison, comme l’indique leur dénomination, étaient spécialement attachés à la maison et à la personne de leurs maîtres par qui ils étaient nourris et entretenus.
- Les esclaves de la terre désignés sous le nom de serfs de corps d’héritag’e ou gens de pôle, faisaient valoir des terres que leur assignaient leurs maîtres et pour lesquelles ils payaient à ceux-ci une certaine redevance. Les fruits de ces terres leur appartenant, ils se nourrissaient et s’entretenaient eux-mêmes. Il ne faudrait pas confondre ces esclaves qui étaient attachés à la terre, avec d’autres tenanciers libres connus sous le nom de serfs d’héritage auxquels des terres avaient été abandonnées par leurs propriétaires à condition de les cultiver et de leur en payer
- une redevance aussi annuelle.
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- On distinguait trois ordres dans les hommes libres.
- Le premier ordre comprenait les citoyens les plus considérables du district et parmi lesquels on choisissait les sénateurs. On nommait familles sénatoriales les familles ayant fourni des membres au Sénat.
- Le second ordre renfermait les différents propriétaires appelés Curiales, qui avaient entrée et voix délibérative dans l’assemblée municipale ou Curie de chaque ville ou bourg. On classait également dans ce second ordre d’autres propriétaires de terres mais
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- qui ne possédant pas 25 journaux de terre, ne jouissaient pas des mêmes droits que les Curiales.
- Le troisième ordre se composait de tous les citoyens exerçant des métiers pour vivre, en d’autres termes des artisans. Ces métiers étaient classés par corps ou corporations nommées Colegia opificum.
- Chaque cité possédait également sa milice bourgeoise, armée, disciplinée, devant toujours être prête à marcher sous des chefs reconnus.
- Des assemblées tenues à certaines époques, selon les exigences de la situation ou des circonstances, et composées de délégués ou députés des cités, étaient une sorte d’Etats-Généraux. dans lesquels les districts discutaient leurs intérêts communs, et prenaient des décisions à ce sujet après en avoir délibéré.
- Enfin toute cité avait ses revenus publics provenant des subsides particuliers qu’elle s’imposait et du produit des biens-fonds dont elle était propriétaire.
- Tel était le fonctionnement administratif de la Gaule. Mais outre que ce fonctionnement se bornait à l'intérieur, il ne s’exercait que sous l’autorité supérieure des officiers civils et militaires que les empereurs envoyaient dans les provinces et auxquels ils déléguaient leurs pouvoirs.
- S’il faut en croire M. Raynouard (hist. du droit municipal), « les institutions que Rome avait données aux peuples soumis à son autorité favorisèrent essentiellement la propagation du christianisme ; » cependant, en 363, lorsque Julien, l’apostat, tombe sous les flèches persanes du Tigre, la majorité des Gaules était encore païenne. Après la mort de cet empereur, hâtons-nous de le dire, l’Evangile, avec Hilaire et Martin pour propagateurs, se répandit avec rapidité. La puissance épiscopale s’accrut avec non moins de rapidité aux dépens des institutions politiques. La vie de la Société Romaine se retirant dans le sein du clergé et celui-ci concentrant sa force dans l’épiscopat, les richesses, les moyens matériels de puissance nuis, ou à peu près, entre les mains des laïques, devinrent des leviers formidables entre celles des chefs ecclésiastiques. Ceux-ci, en dépit de leurs divisions intestines et de leurs querelles dogmatiques, restaient unis sur un point, celui d’un incessant empiétement sur le domaine des magistrats civils.
- L’empereur Valentinien, en 365, avait par un décret institué officiellement une magistrature municipale répondant à celle du Tribun du peuple, alors qu’il y avait dans Rome des tribuns du peuple. Cette magistrature est celle de Défenseur de la Cité.
- Le Défenseur de la Cité ne pouvait être choisi dans
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- le sein de la curie ; il ne pouvait être nommé comme les autres magistrats, par l’Assemblée électorale des Curiales ; il devait être élu par l’universalité des citoyens.
- Il n’était pas permis à l’élu de refuser ia dignité que lui conférait le vœu de tous, mais hors le cas de nécessité absolue, on ne pouvait être forcé de l’accepter une seconde fois.
- Un serment était exigé de lui et ses fonctions fixées d’abord pour une durée de cinq ans, furent plus tard réduites à deux.
- Il avait pour devoir, ou plutôt pour prérogatives, de s’opposer aux exactions des curiales contre le peuple et des officiers impériaux contre les curiales.
- De réclamer les esclaves fugitifs.
- De poursuivre la punition des coupables puissants que les magistrats ordinaires n’osaient attaquer.
- De protéger paternellement le faible, le petit, le pauvre. Personne ne pouvait être emprisonné sans son ordre ou sans celui des hauts magistrats, et lorsqu’il supposait ou croyait que ces derniers avaient commis une erreur,une injustice ou un excès de pouvoir, ils avaient le droit de s’adresser aux empereurs eux-mêmes pour en avoir raison.
- « C’est », dit Augustin Thierry, « cette magistrature d’abord purement civile, puis partagée par les évêques, puis envahie par eux avec l’assentiment populaire, qui devait être le fondement de la puissance temporelle de l’épiscopat dans les villes. »
- Les conséquences de la nouvelle position que cet envahissement faisait aux prélats chrétiens, dit à son tour M. Henri Martin, furent plus vastes qu’on ne saurait l’indiquer ici, et la catastrophe immense qui s’approchait, la chute de l’Empire d’Oceident, devait les développer au lieu de les étouffer.
- {A suivre.) C. P. Maistre.
- S’ÉCLAIRER AVEC LE VENT
- Multa renascentur... Le vent sera un de ces revenants. Il a un grand défaut, son inconstance; mais une grande qualité, sa gratuité. Aussi, a-t-il toujours eu ses dévots. Les uns ont cherché et trouvé des récepteurs perfectionnés, capables de céder aux moindres invitations d’Eole et presque aussi portés à tourner en rond qu’une goutte d’une eau visqueuse à se gonfler en boule sous le souffle d’un enfant ; on l’a ainsi de plus en plus rendu propre au service des travaux qui, n’étant pas commandés par l’heure, peuvent attendre la sienne. D’autres ont rêvé d’obvier à ses caprices en accumulant sa
- force dans un agent susceptible de la restituer à toute réquisition ; telle serait de l’eau élevée par le vent ; mais la dimension à donner aux réservoirs rendrait cette solution peu pratique. Personne ne pouvait prévoir celle que les machines dynamoélectriques et les piles secondaires inventées et perfectionnées, l’électricité allait offrir. Le vent peut devenir, grâce à celle-ci, une source première, non-seulement de travail continu, mais, ce qu’on n’eût pas attendu, de lumière, ainsi que le montre sir William Thomson dans un discours sur les « sources naturelles d’énergie » prononcé à l’Association britannique.
- Soit un moulin à vent, une machine dynamo-électrique, une pile secondaire et une lampe à incandescence dans le vide. Le moulin, quand le vent souffle, actionne la machine dynamo-électrique, qui charge d'électricité la pile secondaire, laquelle, le soir venu, alimente la lampe. Comme il est rare que les calmes de vent durent plus de trois ou quatre jours, une capacité de pile permettant d’accumuler de l’électricité nécessaire à la consommation de cinq jours devra suffire. En cinq à six heures de vent, cette pile sera chargée, si émiettées que soient ces heures, et elles le sera en temps utile pourvu que le total s’en complète en cinq jours. Si, par extraordinaire cette condition n’était pas remplie, on en serait quitte pour allumer des bougies ou une lampe, à moins d’avoir une de ces petites machines à vapeur comme on en fait maintenant, toute prête à remplacer le moulin auprès de la machine dynamo-électrique. D’ailleurs, la capacité de cinq jours n'est nullement une limite, l’accumulateur peut être d’une contenance plus grande, et celle-ci n’est indiquée que pour fixer les idées.
- Or, si d’une part nous supposons une [lampe à incandescence de la force de deux bougies, et si nous i admettons d’autre part que cette lampe fonctionne six heures par jour, il résulte des calculs de sir William Thompson qu’une pile secondaire de 20 kilogrammes de plomb et de minium remplira le but. Une telle pile peut, en effet, emmagasiner l’électricité nécessaire à soixante heures de bougie. Quant à ia manière de dépenser ces soixante heures, vous en êtes le maître absolu. Au lieu de les faire, durer cinq jours à raison de six heures par jour, vous pouvez les réduire au trentième et vous procurer pendant deux heures le luxe d’un éclairage de trente bougies ; vous pouvez, à l’inverse, les raréfier au point de les étendre sur plus d’une semaine. Rien ne . vous oblige non plus à vous en tenir à un accumulateur de 30 kilogrammes. Sir William Thomson a calculé que trente-deux de ces accumulateurs don-
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- neraient autant de lumière que quatre des brûleurs ; à gaz de la force de seize bougies qui soût employés à Londres. Sa conclusion est que ce qui manque aujourd'hui, « le peu qui manque » pour que les suppositions qu’on vient de faire passent à l’état défait, c’est un moulin à vent à bon marché : condition facile à réaliser.
- Voilà pour les plus petites localités, pour les résidences les plus isolées, et pour de simples particuliers une perspective bien brillante en concurrence de laquelle le gaz n’a rien à nous offrir.
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- Les piles secondaires auxquelles ce qui précède exige que nous nous arrêtions diffèrent des piles ordinaires en ce que celles-ci sont des sources d’électricité dynamique, tandis que les autres en sont des magasins.
- Quoique la notoriété de ces dernières soit récente, leurs premiers ^commencements sont déjà anciens, puisqu’ils datent du commencement du siècle.
- C’est à un physicien français, nommé G-autherot, que sont dues les expériences princeps d’où les piles secondaires tirent leur origine. Prenez un vase, versez-y de l’eau acidulée, plongez dans cette eau deux lames de platine et faites passer le courant d’une pile Bunsen ou autre ; l’appareil se chargera d’électricité; déta*chez-le de la pile, il gardera l’électricité emmagasinée ; déchargezde quand vous voudrez, où vous voudrez, comme vous voudrez : le courant de décharge aura les propriétés du'courant voltaïque. Telle est l’expérience initiale, et c’est la première forme de la pile secondaire.
- Mais, jusqu’il y a vingt-cinq ans et jusqu’à ce qu’un autre Français s’occupât de les développer et perfectionner, les piles secondaires n’eurent qu’un intérêt théorique. Ce Français est M. Gaston Planté. La première pile secondaire qui ait donné des quantités notables d’électricité lui est due et date de 1859. Les électrodes de platine mentionnées ci-dessous sont remplacées par des lames de plomb; la revue entière des métaux, passée par l’inventeur, lui ayant démontré la supériorité du corps saturnien quant à l’emploi dont il s’agit. Ces lames de plomb sont très étendues, et afin de renfermer le maximum de surface dans le minimum de volume, elles sont enroulées l’une sur l’autre en spirale, sans se toucher bien entendu, d’étroites bandes de caoutchouc les tenant à distance convenable.Le tout placé dans un vase de verre cylindrique à peu près plein d’eau acidulée au dixième (par l’acide sulfurique) constitue l’élément secondaire. Planté tel qu’on le voit à l’Exposition, et tel qu’il est depuis longtemps employé dans les travaux
- de laboratoire, les opérations chirurgicales, l’inflammation des mines, etc. La force électro-motrice est de moitié supérieure à celle de l’élément Bunsen.
- A la possibilité de séparer l’électricité de la source, de la conserver, transporter et dépenser à loisir, joignez l’avantage d’un courant d’une continuité et d’une régularité parfaites ; ces inappréciables mérites des piles secondaires, si propres à étendre les applications de l’électricité dynamique, étaient pour ces appareils une garantie de grand avenir. Toutefois, on leur reprochait deux choses : leur poids et la lenteur de leur formation.
- Le temps de formation de la pile secondaire est une expression qui veut être expliquée. Ce n’est pas du premier coup que cette pile est capable d’emmagasiner toute la quantité d’électricité qu’elle est destinée à recevoir ; il y faut une préparation, il faut la former. Lorsqu’on la charge pour la première fois, au contact de l’oxygène naissant, l’un des électrodes se couvre de peroxyde, l’hydrogène se porte sur l’autre. Lors de la décharge, le peroxyde réduit laisse un dépôt pulvérulent de plomb. Rechargeant alors, en renversant le courant, on peroxyde cette fois la surface de l’autre électrode, tandis que c’est maintenant celle qui s’était oxydée qui se couvre d’hydrogène. Une seconde décharge réduit à son tour ce nouveau peroxyde, qui laisse à sa place du plomb spongieux. Et ainsi de suite. Car ce n’est qu’après des charges répétées dans des sens •alternativement différents, que l’élément devient capable d’emmagasiner une grande quantité d’électricité.
- Cette formation prend du temps,coûte de l’argent. La pile Faure dont il a été tant et si diversement parlé réduit la dépense de l’un et de l’autre. Et non-seulement sa formation est plus rapide et moins coûteuse, mais elle est plus profonde. C’est-à-dire que le pouvoir d’accumulation de la pile est plus considérable. L’auteur du perfectionnement arrive à ce résultat en recouvrant ses électrodes qui sont en plomb et roulées en spirale quand elles sont très longues, et plongées dans de l’eau acidulée (car la pile Faure est directement issue de la fjpile Planté) ; il arrive, dis-je, à ce résultat en recouvrant ses électrodes, soit de minium, soit tout autre oxyde de plomb insoluble. Pour former le couple ainsi monté il n’y a qu’à le faire traverser par le courant électrique : le minium passe à l’état de peroxyde sur l’électrode positive et de plomb réduit sur l’électrode négative; dès que toute la masse a été électrolysée, le couple est formé et chargé.
- D’après une communication de M. Reynier à la Société des ingénieurs civils, « on peut emmagasiner ainsi une quantité d’énergie capable de fournir un
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- travail extérieur de 1 cheval-vapeur, pendant une heure, dans une pile Faure de 75 kilogrammes. » Il ajoute que ce poids pourra être de beaucoup diminué.
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- Laissant là pour aujourd’hui un sujet, que le défaut d’espace ne nous permet pas de compléter, nous-nous bornerons à conclure que nous avons maintenant deux moyens de porter l’électricité au domicile du consommateur : la pile secondaire et le circuit. S’occupant de ce dernier dans le discours cité plus haut, sir William Thomson montre qu’un fil de cuivre de 1 centimètre 27 de diamètre pourrait porter jusqu’à la distance de 483 kilomètres une force de 26,000 chevaux, empruntée au Niagara, force dont les quatre cinquièmes, soit 2I,0G0 chevaux arrivant à destination pourraient être employés dans Montréal, Boston, New-York et Philadelphie à faire de la force et de la chaleur.
- C’est dire qu’il n’y a plus de force gratuite, ni celle du vent ni celle de l’eau, dont nous soyons obligés de laisser se dépenser l’énergie sans profit pour nous. C’est dire qu’il n’y a pas en France de localité où, soit de l'une, soit de l’autre des trois mers sur lesquelles nous avons façadée, la force imcommensu-rable des vagues et de la marée ne puisse être amenée à venir travailler. C’est dire qu’à la pénurie actuelle une immense prospérité succédera, quand nous serons instruits, intelligents et raisonnables assez pour en comprendre, goûter et pratiquer les moyens et les voies.
- Victor Meunier, -----------------
- BIBLIOTHÊQUEDU FAMILISTÈRE
- Mme Ve Boussuat, née Robertson, offre à la bibliothèque du Famiiistère un volume intitulé :
- « VAnglais à la portée des enfants »
- par T. Robertson, l’auteur bien connu d’excellents ouvrages pour l’étude de la langue anglaise.
- Nous offrons à Mme Boussuat nos sincères remerciements au nom de toute la population du Familistère.
- Ministère des Postes & des Télégraphes
- ./m m/- m
- La Caisse d’épargne postale créée par la loi du 9 avril 1881 fonctionnera dans tous les bureaux de Poste de la France continentale à partir du 1er janvier 1832.
- ÉTAT CIVIL DU FAMILISTÈRE
- NAISSANCE
- 3 Décembre. Octave-Polydore Duchangc, fils de Du-change Adonis et de Del val Aurélie.
- MARIAGE
- 26 Novembre. Droit François, tourneur en cuivre, et Huile Charlotte.
- Le vélocipède, cet appareil de locomotion que l’on voit circuler sur les promenades et sur les voies macadamisées, devient un objet de mode sportique tout comme le cheval de course, le yacht et le paliu. Il y a des clubs et des courses de vélocipédîstes comme il y a des clubs de jockeys, de pâtineurs et de canotiers. Mais qu’on ne s'y trompe pas, cet équipage n’est pas d'invention très-moderne.
- Il faisait, dit le Journal des Débats, les délices des incroyables sous le Directoire. Mais il était très-lourdement et grossièrement façonné. On le désignait sous le nom plus rationnel de Vélocifèrel On appelait vélocipède la personne qui le dirigeait. C’était au commencement du siècle l’exercice à la mode que pratiquait la fine fleur des jeunes oisifs de Paris.
- Le pavillon du Hanovre était le rendez-vous des amateurs ; c’est devant fa terrasse de cet établissement public, sur le boulevard des Italiens, que se groupaient les vélocipèdes et c’est de là qu’au signal du départ ils se dirigeaient soit vers la rue Royale, les Champs-Elysées et le Cours-la-Reine, soit vers la ligne opposée des boulevards. Il y avait des paris, de forts enjeux engagés, comme de nos jours pour la course des chevaux.
- Le 20 floréal an XII (19 mai 1804), on représenta au théâtre du Vaudeville une comédie intitulée : les Vélo-ci fères. Elle avait pour auteurs : MM. Dupaty, Chazet et Moreau.
- Le Vaudeville occupait alors la salle du ’Waux-Hall, située rue Charlres-Saint-Honoré qui faisait partie de ce groupe de petites rues sur l’emplacement desquelles on a créé la galerie nord du Louvre et on a ouvert la rue de Rivoli.
- Désaugiers était le directeur de ce théâtre, où se jouaient de préférence les pièces d’actualité. Celle des 1Vélocifères eut un succès colossal. On applaudissait à outrance le couplet suivant qui ne manque pas d’a-pro-propos même aujourd’hui :
- Vous partisans du petit trot,
- Cochers qui ne vous pressez guère,
- Voulez-vous arriver plus tôt.
- Que le plus prompt vélocifère ?
- Sachez remplacer aujourd’hui,
- La rapidité par l’adresse.
- En partant deux jours avant lui.
- Vous le gagnerez de vitesse.
- La caricature ne manqua pas de s’exercer au sujet du nouveau véhicule. Il y a à la collection de la bibliothèque de la rue Richelieu une estampe fort curieuse coloriée :
- Sur un côté, le Luxembourg. Au centre, un vélocifère monté par un personnage paraissant être en état d’ébriété, ayant devant lui pendantes deux gourdes pleines de vin. Le vélocifère a pour attelage deux dindons échappés au couteau du cuisinier du Luxembourg,et entraînant à tire d’aile le véhicule que le personnage en question est impulsant à diriger.
- Au-dessus est écrit : « Départ précipité, novembre 1799.»
- Le personnage, c’est Barras quittant le pouvoir après le 18 brumaire.
- Allons! il faut en prendre notre parti : il n’y a rien de nouveau sous soleil 1
- Le Directeur-Gérant : GODIN
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- SAINT-QUENTIN "
- Société anonyme du Qlaneur, Grand’Place, 36.
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- 4e ANNÉE, TOME 5 — N° 171
- •Le numéro hebdomadaire 20 c. DIMANCHE 18 DECEMBRE 1881
- BUREAU
- A GUISE (Aisne)
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GOBIN Directeur-Gérant Fondateur du Tamilistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE
- par renvoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France
- Un an ... . 10 fr.»» Six mois ... 6 »»
- Trois mois . . 3 »»
- Union postale
- Un an. . . . 11 fr.»»
- Autres pays Un an. . . . 13 fr. 60
- on s’abonne A PARIS
- 5,r.Neuve-des-petits-Champs Passage des Deux-Pavillons
- S’adresser à M. LEYMARIE administrateur de la Librairie des sciences psycholoyiques.
- m w m
- Le journal « LE DEVOIR » est envoyé gratuitement à titre d'essai.
- Si le journal n’est pas renvoyé après le 4e numéro, l’administration fait présenter une quittance d’abonnement.
- SOMMAIRE
- Questions sociales : Les conditions d’un Congrès de la Paix. — Procès-verbal d'admission de sociétaires et participants. — Voyage autour du Familistère. — Faits politiques et sociaux. — Causerie anticatholique et religieuse : Combien y a-t il de catholiques en France ? (Suite). L’alliance des Fermiers en Angleterre. — La situation économique de la France. — Bibliographie. — Etat-civil du Familistère. — Variétés.
- QUESTIONS SOCIALES (1)
- Les conditions d’ua congrès de la paix
- VI
- L’abolition de la guerre, l’organisation de la paix est une question de bien social universel que tous les gouvernants sont loin de comprendre.
- Les passions cupides de l’égoïsme s’étendent aux nations comme aux individus. Chacun de son côté voudrait tout avoir au détriment des autres.
- Difficilement on arrive à comprendre que la justice seule peut donner cet équilibre capable d’établir la
- (1) (Voir le « Devoir » des 13, 20, 27 novembre 4 et 11 décembre 1881.)
- tranquillité sociale parmi les nations comme parmi le peuple.
- Si les classes dirigeantes, si les gouvernants étaient fortement imbus de la pensée du bien social; s’ils en faisaient le principefet la base de leurs directions, certainement ils n’auraient rien de plus pressé que de chercher les moyens d’assurer la paix et de rendre la guerre impossible. Mais toutes les nations n’aborderont pas la question de la paix avec ce point de vue. Plusieurs se demanderont quel avantage elies.y trouveront.
- Ce langage ne sera pas celui d’un intérêt national mais celui des vues individuelles des personnes chargées de représenter les gouvernements dans les conférences de la paix. Car si chaque membre arrivait à ces conférences avec l’amour du bien du peuple,avec cette pensée que les gouvernements ont pour mission la conservation et le progrès de la vie humaine, le premier soin des délégués au congrès serait d’éviter de mettre en péril la vie des citoyens et d’écarter toutes les éventualités de ce péril. Mais aveuglés par de vaines ambitions et par de tristes convoitises, les hommes oublient,sous l’empire de l’égoïsme,l’intérêt supérieur de la vie des citoyens pour s’attacher aux orgueilleuses aventures de la guerre. On perd de vue les avantages immenses qu’on peut conquérir par le travail au sein de la paix, pour chercher ceux qu’on peut extorquer aux nations voisines par les violences de la guerre.
- Il ne faudra donc pas être surpris que les conférences de la paix ne soient pas toujours abordées avec l’esprit qui leur convient. C’est pourquoi il est nécessaire que le congrès ait des principes arrêtés d’avance pour servir de règle et de base à ses déli-
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- bérations, autrement il risquerait de se dissoudre sans rien faire. Il faut que ces règles lui imposent pour constant objectif la réalisation de la paix dans le but supérieur du bien social de tous les peuples. Car les convoitises politiques seront les mauvaises conseillères contre lesquelles le congrès devpa réagir avec prudence et mesure.
- La question de désarmement sera certainement une des plus difficiles à,résoudre, mais il ne faut pas la croire insoluble pour cela.
- Dès qu'on voudra assurer la paix, il faudra rendre la guerre impossible. Cela ne peut avor lieu qu’en enlevant aux mains qui en peuvent abuser ces armements formidables dont l’Europe est couverte, armements qui n’ont plus de raison de rester en exercice si l’on n’en veut pas faire usage.Par conséquent, ils doivent être déposés en lieu de repos.
- Il faut donc consigner les armes de terre et de mer; il faut rompre ces cadres, conçus et armés en vue de la destruction, pour les reconstituer et les outiller en vue de l’embellissement des nations et des conquêtes à faire sur la nature en faveur du progrès et du bonheur des peuples.
- Sous l’influence du progrès des lois et des mœurs, les luttes civiles ont disparu des nations avancées. Les progrès de l’art nautique et l’entente des puissances ont fait disparaître la piraterie des mers. Il reste au xix9 siècle à faire disparaître la guerre sur terre et sur mer entre nations civilisées.
- On sera sans doute surpris de la facilité avec laquelle s’évanouiront les difflcultésapparentes quepré-sentent ces questions, le jour où la volonté des pouvoirs se prêtera à leur applanissement. Le matériel général de guerre sera inventorié et expertisé par une commission internationale,dans toutes les puissances; puis réuni et classé pour devenir propriété fédérale après réglement entre les Etats. Une nouvelle organisation militaire sera établie entre tous les Etats fédérés pour mettre l’union fédérale en mesure de se défendre contre toute agression, et de faire respecter les droits des Etats fédérés.
- Dès lors les puissances principales gagnées à la cause de la paix opéreront le licenciement des troupes sur tous les points de l’Europe, en ne conservant que les milices nécessaires à la police intérieure.
- Les armes et les munitions de guerre seront mises en réserve sous une garde internationale établie à ce sujet, comme étant la propriété commune des nations fédérées.
- Mais, dira-t-on, pourquoi conserver tout l’attirail de la guerre? A ceci je réponds que les Etats seront j juges s’ils doivent en agir autrement. Mais il serait 8 téméraire de songer à un état de paix immédiatement I
- assez grand pour ne pas rester sur ladéfensive contre les peuples placés en dehors de la fédération, et même contre les prétentions abusives qui pourraient s’élever au sein de la fédération.
- Il ne faut pas perdre de vue que quand même les puissances européennes seraient fédérées entre elles, ce ne serait qu’un point encore bien resserré de la surface du globe, et qu’en dehors de nous il y a d’autres peuples chez lesquels l’amour de la paix ne naîtra pas aussi vite. Il faut donc que la civilisation reste en garde contre la barbarie ; mais elle doit le faire en toute vérité, équité et justice, sans jamais perdre de vue que sa missijn est de travailler à l’avancement des peuples et à leur progrès, et non à leur asservissement ni à leur destruction.
- On ne pourrait donc songer raisonnablement à faire disparaître en entier l’effectif militaire, Les nations ne peuvent assurer la paix qu’en tenant compte des mœurs de tous les peuples. En agissant autrement, elles compromettraient la paix même. Mais en établissant cet effectif au point de vue de la sécurité collective des nations fédérées, les armées actuelles peuvent être considérablement réduites, quoique garantissant une sécurité plus réelle.
- L’armée actuelle pourrait devenir l'outillée nationale des travaux publics dans chaque pays. Le génie militaire se transformerait en génie de progrès so* cial. Alors nos chemins de fer et nos canaux ne resteraient plus à l’état d’espérances. Ils recevraient leur exécution. Le ministère de la guerre serait transformé en ministère de la paix et du progrès.‘Ce nouveau ministère aurait à sa disposition l’effectif nécessaire à l’exécution des grands travaux réclamés par la prospérité nationale et internationale, effectif prêt à servir au besoin à la défense fédérale et au maintien de la paix en Europe.
- Les forces et les intelligences employées jusqu’ici à la guerre seraient employées à un nouveau genre d’exploits : créer des chemins de fer et des canaux, découvrir et ouvrir des mines, explorer les pays inconnus et créer des relations avec eux. En répandant partout les bienfaits de la civilisation, par l’industrie et le travail, en portant chez les peuples arriérés nos instruments de culture et les moyens de s’en servir, le génie militaire transformé en génie civil ferait des conquêtes plus sûres qu’en allant ravager les champs cultivés à grand’peine.
- L’art militaire revêtirait alors le double rôle de la conservation et du développement de la prospérité des peuples, rôle autrement grand que celui de la guerre et de la destruction.
- L’état actuel du service militaire tend à une transformation. Lorsque l’union des nations sera consom-
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- mée, les exercices militaires seront une adjonction au travail des colonnes occupées aux travaux d’utilité publique.
- Alors on verra les nations civilisées revêtir un aspect tout nouveau de grandeur. Non seulement les travaux d’utilité publique seront de véritables merveilles, mais les hommes se familiarisant avec le progrès, toutes les réformes nécessaires au bonheur du peuple se réaliseront. Car les bienfaits de la sécurité du dehors feront apprécier combien seront grands à leur tour les bienfaits de la sécurité du dedans.
- L’ère des gloires du travail sera arrivée. Les luttes productives contre les éléments et les conquêtes sur la matière remplaçant les luttes destructives de la guerre, agrandiront chaque jour les ressources dés peuples.
- Dès que l’attention publique sera ouverte à l’exâ-men des immenses avantages que doivent produire les travaux utiles de la paix opposés aux travaux destructifs de la guerre, les peuples seront émerveillés de la grandeur des choses qu’ils peuvent réaliser à leur avantage et pour leur bonheur. Les réformes sociales n’effraieront plus personne ; elles entreront dans les besoins du temps et s'entreprendront alors, comme on entreprend aujourd’hui l’exécution des chemins de fer et toutes autres entreprises d’utilité publique.
- C’est à ces magnifiques résultats que conduiraient infailliblement les travaux du congrès de la paix, dès que serait organisée l’union des nations.
- Débarrassés des inquiétudes extérieures, les gouvernements se livreraient aux améliorations intérieures, et les peuples s’élevant au sentiment de leurs droits et de leurs devoirs, apprendraient à tirer parti de leur émancipation politique, pour établir l’équité sociale dans la répartition des fruits de la production et du travail.
- Pour que la fédération des nations et les travaux du congrès nous conduisent à de tels résultats, il est nécessaire que le congrès se donne pour première obligation de ne pas négliger l’étude de toutes les questions qui peuvent être des causes de .conflit entre les peuples, ou donner matière à des dissentiments entre nations.
- La civilisation moderne a fait disparaître les luttes civiles, elle a unifié les départements et les provinces en nations à peu près homogènes; il faut maintenant qu’elle anéantisse la guerre entre les peuples par la fédération des nations entre elles, et leur unification industrielle, commerciale et agricole.
- {A suivre). GODIN.
- CONSEIL 33E GÈB4NCE
- Séance du 9 Décembre 1881 à 8 fleures du soir
- Présidence de M. Godin, fondateur
- Ordre du jour :
- 1® Admissions des sociétaires.
- 2° Admission de participants.
- Présents : MM. André, Barbary, Dequenne,Pérnin et Piponnier, membres du Conseil,
- Et 58 candidats réunissant toutes les conditions statutaires d'admission au titre de sociétaire ou de participant, et déjà agréés en l’une ou l’autre qualité, par le fondateur et le Conseil de gérance, dans les séances des 29 mars, 4 mai, 30 juin, 28 juillet, 31 août, 25 octobre, et 29 novembre 1881.
- Après l’appel nominal, M. le Présideht déclare la séance ouverte.
- L’ordre du jour est abordé.
- 1° Admission de Sociétaires
- M. le Présidant signale à l’Assemblée que MMi Blanche Léon, écrivain ; Quent Yictor-Eugène, surveillant à l’ajustage ; Louis Eugène, mouleur; Ans-tel'e Victor-Edouard, surveillant; Andrieux Eugène fils,mouleur ; Migrenne Alfred,écrivain; Défontaine-Gillion, écrivain ; Fleury Paul, ajusteur; Magnier Edmond, mouleur ; déjà admis dans la Société à titre de participants, ont depuis demandé, en se conformant aux prescriptions des statuts, leur admission au titre de sociétaires.
- M. le Présideut rappelle à ces membres les obligations qu’ils ont constractées en signant le pacte social. Il leur signale, en outre, que la qualité de sociétaire qui entraîne de nouveaux droits, entraîne aussi des obligations plus étroites, et les invite, puisque le Conseil de gérance les a admis au titre de sociétaires dans ses séances des 29 mars, 4 mai, 30 juin, 28 juillet, 25 octobre et 29 novembre 1881, à renouveler en cette qualité leur adhésion au pacte social, en signant le présent procès-verbal aux deux registres de réception.
- 2e Admission de participants
- M. le Président s’adressant ensuite aux participants assemblés, procède aux formalités habituelles prescrites par les statuts pour l’admission de nouveaux membres.
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- Sont proclamés participants, les candidats dont la liste suit :
- MM. Dumay Vital, écrivain ; Blanquin Jules, mouleur; G-révin Charles, ferblantier; Brouillet Aimé, comptable; Leroy Charles; Jokowsky, écrivain; Drecq Louis, écrivain ; Potart Jules, mouleur ; Gosset Alfred, ajusteur; Larmoyeux Florus, ajusteur; Arnold Louis, ajusteur; Jumeau Eugène, ajusteur ; Andrieux Auguste, ajusteur; Polie Louis-Elie, mouleur; Maréchal Louis, émailleur et mouleur; Fortin Hector, mouleur; Maillet Léonard, mouleur; Henneton Zéphir, emballeur; Fossé Pierre-Ernest, à l’atelier de sculpture; Julliart Jules, ajusteur ; Gar-det Honoré, ajusteur; Huile Joseph, chauffeur; Mé-riauxAlphonse, ajusteur; Àlavoine J B., frappeur; Williot Henri, mouleur; Compère Philippe, casseur de fonte ; Lafosse François, mouleur ; Dirson Louis J.-J., mouleur; Chantreux Jules, mouleur; Cause Edouard, mouleur; Macaigne Louis,mouleur ; Carlier Jules-Ernest, tourneur en cuivre ; Marié Narcisse, mouleur ; Thoret Augustin, voiturier; Marié Jules Martial, mouleur ; Cause Augustin, mouleur ; Duval Louis-Bénoni, chauffeur; Lemaire Auguste fils, ajusteur; Ancelin J.-B., piqueur; Leclercq Zéphir, char-rieur; Delavenne Emile, mouleur.
- Mme* Lemaire Catherine, balayeuse ; Leroux Julienne, femme Basse; Leroy Victoire, râpeuse; Lefèvre Irène ; Rousseau née Hourdeaux Juliette; Zélie Bleux femme Noizet, lessiveuse; Poix ^Louise, (à la buvette) ; Gosset née Gervais, caissière.
- M. le Président complète la proclamation des participants admis jusqu’à ce jour, en signalent que le Conseil de gérance dans ses séances du 29 Mars et du 31 août 1881, a conféré le titre de participants à' quinze candidats de l’usine de Laeken qui avaient rempli les formalités statutaires pour être admis à ce titre.
- Ce sont MM. Davans Guillaume,Devroëde Charles, Olyf J.-B., Mackintosch Théodore, Verbesselt Louis, Vrydrag Gérard,Devischer Nathalie,Coiffé Constant, Lindekins Henri, Bovie jeune, Wiilems Louis, Brayon Edouard,Appelman Pierre,Blockman Michel,-Cauweîs Liévens.
- Le présent proeès-vorbal est lu et adopté.
- La séance est levée.
- VOYAGE AUTOUR DU FAMILISTÈRE
- DEUXIÈME PARTIE V
- Nous voici dans la forge et l’atelier de l’outillage. J’aime l’aspect d’une forge, où l’ouvrier, armé du lourd marteau, pétrit à son gré le fer rouge, et lui donne la forme qu’il lui plaît. C’est une idée bizarre, sans doute, mais il me semble que le travail du fer exécuté de la sorte a quelque chose de plus mâle de plus imposant que bien d’autres travaux qui demandent peut-être plus d'efforts et une fatigue plus grande. J’ai parlé de pétrir, et cette expression rappelle naturellement à l’esprit l’idée du boulanger ; eh bien le mitron qui geint en maniant sa pâte exécute peut-être un labeur plus pénible que celui du forgeron assouplissant le dur métal et le façonnant à sa fantaisie. Mais, je ne sais pourquoi, on s’imagine que cette substance molle et docile n’impose point autant de fatigue que ce métal dur et résistant,qui n’obéit à la volonté du travailleur que contraint et forcé. L’un, à son pétrin, ne semble avoir aucun obstacle à surmonter, aucune résistance à vaincre; l’autre à son enclume paraît au contraire attelé à un effort difficile et dur.
- Imaginations sangrenues et mal fondées évidemment celles-là, car partout le travail est le même, aussi pénible au pied d’un pétrin qu’auprès d’une enclume, et la force de l’homme doit se déployer également dans les deux situations. Mais enfin, on a ses préférences instinctives, irraisonnées le plus souvent, et que l’on a de la peine à combattre.
- En présence de ces huit feux de forge et de ces travailleurs nombreux qui arrondissent, courbent, recourbent, contournent le métal de mille façons diverses, on pense à cet âge d’or où l’on bataillait tant, qu’il fallait toujours et toujours, sans cesse des épées, des fers de lance, des armures, carapaces de fer qui protégeaient le corps du chevalier en le chargeant si fort, que s’il tombait de cheval il lui était impossible de se relever. C’est de cette époque que datent ces admirables épées comme la Durandal de Roland qui taillait les rochers, l’épée de Richard cœur de Lion qui tranchait en deux une enclume et ces lames de Damas qui coupaient net dans l’air des fils de soie floche plus légers que le duvet le plus fin.
- Ce sont les forgerons du moyen âge qui fabriquaient ces armures dont les nombreuses pièces soigneusement polies, artistement ajustées étaient souvent ornées de ciselures délicates enrichies d’or,
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- d'argent, de cuivre, d’émaux précieux. Ce sont eux qui forgeaient ces serrures si éminemment artistiques, ces clefs mervei lieuses de travail et defini, qui font aujourd’hui l'admiration des amateurs et l’orgueil des collectionneurs.
- Les tils de ces ouvriers qui étaient de véritables artistes et qui produisaient des chefs-d’œuvre ont-ils dégénéré ? Non certes, et dussent ces partisans forcenés du passé qu’Horace ridiculise dans ses vers, et qu’il nomme laudatores temporis acli m’accabler de leurs malédictions, voire de leur mépris, je soutiens qu’aujourd’hui l’on travaille le fer aussi bien qu’au moyen-âge. Les serrures artistiques de notre temps valent, quoiqu’on en dise, celles du temps passé, et l’ouvrier de nos jours exécutera une clef tout aussi finement travaillée qu’autrefois.
- Les admirateurs du passé au détriment du présent ne sont point un type spécial à notre époque.Ils ont existé de tout temps, et leur manie a toujours été si exclusive, que même les plus grands maîtres de l’art ont eu souvent à compter avec elle. Tout le monde connaît l’histoire du Cupidon, de Michel-Ange, que celui-ci avait soigneusement enterré dans un champ, après lui avoir coupé un bras, qu'il garda secrètement caché dans son atelier. Lorsque quelques années après, on découvrit la statue, on admira sa beauté, et l’on déclara d’une voix unanime qu’elle était trop parfaite pour n’être point l’œuvre de quelqu’un des grands statuaires de l'antiquité. C’était évidemment une statue antique. Michel-Ange, appelé à la voir au palais de Médicis où elle avait été transportée, fut seul d’avis qu’elle était moderne, mais on se moqua de lui, en affirmant que nul artiste contemporain, pas même lui, n’aurait pu atteindre à un tel degré de perfection. Le grand homme poussé à bout s’en avoua l’auteur, et pour vaincre l’incrédulité obstinée des assistants, il courut chercher chez lui le bras qui manquait, ce qui ferma la bouche à tous les détracteurs du temps présent au bénéfice du passé.
- Ce qui prouve que de nos jours on exécute les travaux artistiques et autres aussi parfaitement qu’autrefois, c’est que l’on a vu nombre de fois des connaisseurs acheter de nos jours, comme œuvres artistiques, des produits du travail moderne. Il y a dans tel hôtel des environs du parc Monceau, par exemple, des rampes d’escalier en fer forgé qui sont tout simplement des merveilles, de véritables chefs-d’œuvre, dignes des plus beaux jours de la Renaissance. s
- Dans l’usine du Familistère, la forge est un des accessoires indispensables pour l’ensemble de l’outillage, à l’atelier duquel elle est jointe. Au milieu
- du mouvement incessant des tours, des étaux, des machines à percer, à raboter, à aléser le fer, on voit auprès des foyers incandescents des hommes préparant les barres rougies, les arrondissant, les carrant, les tordant, les contournant, leur donnant toutes les formes en un mot, avec ce bruit argentin du marteau frappant sur l’enclume. Les vives lueurs des forges, activées à chaque mouvement du soufflet, illuminent ces figures d’éclairs rougeâtres, qui donnent au tableau une teinte fantastique variée à tout instant. Les oppositions de lumière et d’ombre qui forment toujours un contraste heurté sont moins accentuées ici que dans la fonderie, dans le voisinage des fourneaux, mais elles sont plus multipliées et plus rapides, et le spectacle en est beau surtout par ces temps gris de brouillard et de brume, où le jour est indécis et terne comme à l’heure douteuse où la nuit n'est pas encore venue et où la clarté du jour commence à baisser. Alors l’éclat du fourneau de forge étincèle plus brillant et plus vif, et sa rouge lumière éclaire de tons chauds les parties de l’atelier où elle peut porter directement.
- Et puis c’est la nuance du fer lui-même dont les variations suivant le degré de chaleur auquel on le porte offrent un intérêt réel au curieux, nous ne dirons pas à l’observateur. Rouge sombre d’abord, il suffit de quelques coups de soufflet, sur les charbons qui forment son lit, pour le voir passer tour à tour au rouge cerise, au rouge vif, au blanc et enfin au blanc éblouissant près du point de fusion. A ce degré la soudure est aisée, et deux morceaux de fer arrivés à cette température élevée se soudent aussi facilement que deux morceaux de glace que l’on presse l’un contre l’autre. On explique ce fait par l’analogie qui existe entre ces deux substances au point de vue de la diminution de volume en passant de l’état solide à l’état liquide.
- La soudure se fait en chauffant le fer au rouge blanc soudant, c’est-à-dire à 1500°. On donne un bon coup de feu ; le fer retiré du feu étincelle, c’est à peine si l’œil en peut supporter l’éclat. Une petite couche d’oxyde ruisselle parfois en fines gouttelettes comme des perles de sueur. « Le fer sue » dit le forgeron. Il saupoudre légèrement sa pièce d’un peu d’argile qui va former à la surface une sorte de laitier que le choc exprimera facilement. Mais pour que le fer se soude, il faut, tandis qu’il est chaud, frapper des coups vigoureux. A l'œuvre donc ! Le forgeron porte vivement sa pièce sur l’enclume, et il fait signe à ses aides qui ont déjà saisi leurs lourds marteaux. Il indique l’endroit ; les coups tombent alors en cadence fort et dru, tandis
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- que le maître forgeron tourne et retourne le fer sur Fencïume de la main gauche tout en frappant lui-même de la main droite.
- Souvent la soudure d’une pièce un peu forte nécessite plusieurs chaudes ; on replace le fer dans ïe foyer et l’opération recommence. Enfin à un moment donné la soudure est .complète et après le refroidissement on n’enen apercevra plus la trace.
- Fau-il donner une forme à la pièce ? C’est par le martelage au rouge eîair (onze cents degrés environ) que l’on opère ; le fer se laisse alors docilement aplatir, étirer, refouler, donner la forme qu’on veut. S’il faut retrancher une partie de la barre, le forgeron appuie sur la pièce le biseau d’un petit marteau nommé la tranche ; l’aide assène sur la tranche un coup de masse qui produit une profonde entaille, il suffit d’un léger choc sur la partie tranchée pour la détacher.
- La pièce est ébauchée ; on la réchauffe au rouge cerise vers 9*50 degrés pour Fachever, en corriger les défauts à petits coups donnés avee soin, et lui faire prendre Faspect convenable. C’est le coup de fiond, la dernière main, la besogne finale.
- Mais parfois il arrive qu’un martelage trop prolongé a pu écrouir, aigrir la pièce pendant le refroidissement, et la rendre ainsi sinon défectueuse dû moins peu propre au service qu’on en attend. Dans ce cas on la recuit au rouge brun ou rouge naissant de 5 à 600 degrés. Cette chaude modérée en faisant reprendre aux molécules violemment comprimées leur équilibre naturel, rend au métal sa douceur et sa ducfibiïité.
- Ainsi façonnées au marteau, la pièce peut dans bien des cas être considérée comme terminée ; mais très souvent elle exige le travail à froid du burin, de la lime, du foret, du tour. Cette opération dernière se rattache à l’ajustage qui à l’usine ne se fait pas à la main, mais bien à Faide d’une certaine quantité de machines.
- Et pendant que le forgeron assouplît ainsi le fer à sa guise, dans l’atelier de Faj listage qui forme la branche horizontale du T avec la forge, les courroies enchevêtrées dans tous les sens des forces motrices font manœuvrer en même temps la multitude de machines-outils qui viennent achever l'œuvre commencée par lui. Après avoir passé dans toutes ces mains laborieuses qui guident le travail de l’outil, le lingot entré brut par une des portes de la vaste halle se voit transformé en instrument prêt à fonctionner par l’autre. Il a suffi pour cela que chaque ouvrier l’ait gardé juste le temps nécessaire au travail de la machine. J
- Il y a au Louvre un charmant tableau : « Le maré- !
- chai et sa famille. Debout devant le foyer, le forgeron attise son feu pendant que l’aîné des enfants tire la chaîne du soufflet et que la femme regarde tranquillement son mari et son fils. Un paysan accompagné d’un jeune garçon sont là, attendant peut-être un ouvrage commandé. Le groupe est pittoresquement éclairé par la flamme qui jette ses rouges reflets sur les visages animés d’une intelligente bonhomie ; les outils, les accessoires de la forge sont entrevus épars dans l’ombre sur le sol. En le voyant, l’esprit se reporte invinciblement au souvenir de quelque village où l’on a, en passant, entrevu l’atelier du maréchal ou du forgeron, trahi par le son elair de Fencïume et par les intermittentes lueurs du foyer. L’on passe indifférent le plus souvent devant l’atelier des autres travailleurs de l’endroit, mais celui-là, on le remarque toujours. Pourquoi ? CM lo sa ? Je l’ignore, mais, sans l’expliquer, je constate un fait d’expérience personnelle car, ainsi que je l’ai dit en débutant, j’aime la forge, non point la grande forge à machines, avec ses marteaux-pilon et autres outils compliqués, mais la petite forge de nos pères où le bras et la tête du forgeron exécutent l’ouvrage, comme dans la belle toile du Louvre.
- (A suivrey.
- FAITS POLITIQUES & SOCIAUX DE LA SEMAINE
- FRANCE
- On appelle notre attention sur une création destinée à rendre de grands services : c’est une société qui se fonde sous le patronage de la Chambre de commerce de Paris, pour l'enseignement gratuit des langues étrangères.., Parmi les adhérents figurent les principales notabilités de l’industrie, du commerce et de la banque. M. À. Navilie, directeur commereiaV des établissements Pointer* est le promoteur de cette fondation.
- La Société se propose de recruter la plupart de ses élèves dans les rangs des jeunes employés des maisons d’industrie et de commerce. Afin de donner à ces jeunes gens toute facilité de s’instruire, les cours seront gratuits ; ils seront, de plus, institués dans divers quartiers de Paris. afin df’ètreàla portée de tout le monde, et ils seront spécialement dirigés eD vue des relations d’affaires. Les auditeurs qui auront suivi les cours pourront aisément traiter dies opérations^ soit verbalement soit par lettres,, dans la langue qu’ils auront apprise.
- Nous n’avons pas à constater que la connaissance d’une langue étrangère équivaut à la possession d’un capital. Un grand avantage pour les Anglais et les Allemands, e’est que leurs études sur les idiomes étrangers leur permettent de faire apprécier leurs services dans beaucoup de pays. Nos jeunes gens ne sont pas dans des conditions si( favorables, leur infériorité sous ce ràpport les expose à se voir supplanté-, même dans notre pays, pour beaucoup d’emplois fructueux, par des concurrents anglais ou Aüemands,qui,sachant plusieurs langues, peuvent se rendre plus utiles. La Société qui se constitue tend a faire disparaître cette inégalité, et nous applaudissons à sa fondation.
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- TUNISIE
- Les rebelles devraient comprendre qu’au jourd'hui, plus que jamais, il est léméraùe de s’attaquer à nous et qu’en somme ils feraieut mieux de chercher à prendre les chefs et à nous les livrer; nous devrions nous-mêmes, j par tous les moyen*, tâcher de nous emparer des trois chefs qui ont fui et qui pourront dans la suite nous ) causer des embarras ou au moins toujours rallier les j mécontents et former ainsi un noyau autour duquel j pourront se grouper les rebelles.
- Toutes les tribus de l'intérieur sont tranquilles et tout j à leurs travaux agricoles. Les rebelles sont tous refoulés | dans le Sud, au-delà de Gabès et vers la frontière de { Tripoli. j
- Si les forces turques du pachalik fermaient l’accès de f; leur pays aux rebelles, nous pourrions les prendre entre { deux feux et anéantir le reste des dissidents, prendre les | chefs et en finir pour longtemps. I
- Mais, pour le moment il serait inutile de poursuivre plus longtemps dans le Sud, ces quelques dissidents qui trouveraient les frontières de Tripoli ouvertes ; mieux vaut les attendre s’ils veulent venir nous attaquer, et leur affaire sera promptement faite.
- Le temps continue à être des plus mauvais, aussi se hâte-t-ou de terminer les baraquements pour abriter les troupes et les animaux qui se trouvent exposés aux intempéries de la saison, qui parait, cette année, s’annoncer comme particulièrement rigoureuse pour ces contrées.
- Aussi la nature des maladies a-t-elle changé : ce ne sont plus les fièvres dans les ambulances, mais des angines, des rhumatismes, des rhumes et toutes les maladies i rovenaut du froid et de l’humidité. Il faut que nos soldats soieut couverts de vêtements de laine et suivent en cela l’usage des Arabes; unique moyen de les préserver des maladies inhérentes au climat de 1 hiver de ce pays.
- La sollicitude des chefs ne doit pas se refroidir pour épargner des souffrances à 1 armée. ' D.
- SAHARA CRANAIS
- Il semble résulter des dernières dépêches du Sud que la marche en avant des trois marabouts, n’est point encore commencée. Si-3 iman serait parti en razzia avec les Beni-Guil, les Djambaa et les Aitatta; mais les dépêches n’indiquent ni les directions prises ni la tribu contre laquelle la razzia est projetée.
- Quanta Kaidour, il serait encore chez les Doni Menia et chercherait à rétablir la bonne Intelligence parmi ces derniers, afin de les entraîner à faire avec lui une pointe qu’il aurait Vintention d’effectuer sur l’Oued-Zergour.
- Dans le cercle de Géryville, on croit que Si-Kaaddur réussira à déterminer les Doni-Meeoia à suivre l’exemple des Aitatta, dont les dépêches signalent la présence parmi les contingents partis avec Si-Sliman. La participation de ces deux puissantes eoaff dérations au mouvement dirigé Contre nous serait le prélude d’hostilités presque générales de toutes les populr lions.
- Uue fermentation sourde règne même dans quelques tribus algériennes limitrophes du Sahara. Les *disposi-tions des Ilamyan devienueut de plus en plus suspectes-
- A une cinquantaine de kilomètres à l est de Gér.y ville près d’Aflou, cinq tentes de la petite tribu des T i fleur ont été surprises peudant qu’elie* fuyaient pour rejoindre les contingents ennemis. It a fallu faire un exemple : les hommes ont été fusillés.
- Ce fait, dont la nouvelle est arrivée hier, est un indice probant d'une agitation de même nature que celle qui a précédé l’insurrection de Bou-Amama. Ce dernier n’aurait pas encore rejoint Si-Kaddour et Si Sliman, contrairement à ce que disaient les dépêches antérieures ; il serait toujours à Balbala, au delà de Tafilalet, et son influence serait fort diminuée. Son entourage serait dans une grande misère.
- Les petits - enfants «le Camille Dos-moulins;. —Le journal Paris publiait dernièrement une éloquente lettre de M. Jules Auguste, un jeune let-tié haïtien qui a découvert l’existence, à Haïti, de plusieurs descendants ou plutôt descendantes directes de Camille Desmoulins. M. Auguste se propose de réunir, en une brochure, les lettres qu'il écrira à M. Charles Laurent sir ce sujet.
- Pour aller druit au but de celte correspondance, à l’heure où la ville de Gube ce propose d’élever une statue à l’auteur du Vieux CordeAer, les petits-enfants de Camille sont dans la misère à Haïti. Le broDze ou le marbre pour l’aïeul, c’est fort bien. Un peu d’or pour les descendants, ce serait mieux. D'autant mieux, dirai-je, que M. Jules Auguste possède, parait-il, la preuve que la pension accordée par le conseil des Cinq-Gentsau fils de Camille — au petit Horace alors au collège— n'a jamais été payée.
- Elle fat cependant votée, le 26 avril 1796, sur le rapport de Bailleul, avec ce considérant ;
- <« Gomidêrant que Camille Desmoulins, aussi représentant du peuple, membre de la Convention nationale, fut conduit à la mort pour s’être élevé contre les proscriptions et avoir rappelé les principes d’humanité depuis trop longtemps oubliés. »
- C’est en effet là le grand titre de Camille, avec cette journée ensoleillée où il détacha les feuilles vertes du jardin du Palais-Royal pour en faire la cocarde du printemps de la Révolution.
- La communication de M. J. Auguste, de Haïti, au journal Paris fait, ce matin, poser cette question par plusieurs journaux :
- — Comment a vécu et a fini le fils de Camille Desmoulins ?
- Horace Desmoulins ne fut pas abandonné après la mort de son père et de sa mère. Mme Duplessis, sa grand mère, veillait sur lui. Brune, le futur maréchal de France, l’ami de Camille, mullipLa ses démarches auprès des comités, et, en l’an IX, l’enfant était placé au Prytanée de Paris, ce même lycée Louis-le-Grand où son père allait rêver dans la Chartreuse de Gressc t.
- Il demeura là jusqu’au moment où l’on forma les lycées des départements avec les boursiers envoyés au Prytanée. Horace fut désigné pour le lycée de Bordeaux. M. Jules Quicherat a raconté les efforts que fit Mme Duplessis pour empêcher son petit-fils d’être séparé d’elle. Fourcroy l’es aya. Ce fut en-vain; Horace Desmoulins allait partir pour Bordeaux, lorsque M. Delauneau consentit à le prendre au collège de Sainte-Barbe parmi ses pensionnaires gratuits. Je possède et j’ai cité ailleurs une lettre de remerciements tiès touchante, adressée par Mme veuve Duplessis à M. de Lanneau et datée de Bourg-Egalité (Bourg-!a-Reine), le 4 nivôse an XII.
- Une fiche anonyme, piquée à mon autographe, contient celte note, bonne à recueillir, dun professeur du petit Horace :
- « J’ai connu cet enfant, jeune élève à l’institution Sainte-Barbe, de M. de Lanneau, et j’ai été son professeur. Il était fort aimable et fort intéressant. Je n’en ai jamais entendu parler depuis et, s’il existe, on peut dire qu il n’a pas fait tant de bruit que sou père. »
- Horace Desmoulins s'embarqua pour IUïli. Il y arriva en 1817 et deviut commerçant. Vers 1822 ou 1823, il revint un moment en France, mais éprouva comme UDe hâte de retourner à Haïti. Il mourut à Jacmel, le 29 juin 1825, tué en duel, a-t-on dit, ce que M. J. Auguste nie formellement. Peut-être rencontra t-il là-bas Virginie, la vieille négresse, veuve de Billaud-Varennes, dent le nom devait lui rappeler le proscripteur de son père. Virginie, vieille et courbée, vit peut être encore aujourd’hui. Il y a sept ans, lorsque M. le docteur Belances (d’Haïti) me donnait tous ces détails, Virginie, veuve de Bitlaud-Va-rennes, était encore vivante.
- M le docteur Betances, savant et lettré à la fois, nous avait appris que les deux filles d’Horace Desmoulins et de Zoé Villefranche s’étaient mariés à Haïti. L’une d'elles, Mme Boom, possédait les reliques d’Horace Desmoulins, son père. Elle a plusieurs enfants, comme sa sœur. Mme Boom et sa sœur sont donc les héritières directes
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- LE DEVOIR
- de Camille Desmoulins. J’ignorais qu’elles fussent aussi pauvres, etM. J. Auguste vient de faire une bonne action en nous l'apprenant.
- Qu’on él^ve une statue à Camille, sans doute; mais qu’on n’oublie pas ses petites-filles.
- Le malheur est, pour elles, que le nom de Boom ne va pas éveiller la sympathie publique comme ce nom populaire de Desmoulins. Mais c’est le même sang, c’est la lignée directe. Il y a là, comme on dit, quelque chose à faire.
- Toute cette famille Desmoulins a donné sa vie à la patrie. Un des frères de Camille fut gendarme, un autre soldat, et mourut en Vendée, mis en morceaux par les chouans. Sa sœur lui survécut, frappée de névrose. Le vénérable M. Matton (de Vervins), le parent et l’héritier des papiers de Camille, apprendra, avec émotion, comme nous, qu’il existe — au bout du monde, misérables et ignorées — des petites-filles de l’homme qui poussa le premier cri de guerre avec le Discours de la Lanterne, et le premier cri de clémence avec son immortel Vieucs Cordelier.
- ANGLETERRE
- Le mariage du prince Léopold, duc d’Àlhany, et de la princesse Hélène de Waldeek aura lieu au commencement de mai, à la chapelle Saint-Georges, à Windsor, avec le même cérémonial que celui du duc de Con-naught.
- Le lord-maire a reçu cette après-midi une députation de personnes influentes de la Cité et du West~End de Londres, au sujet de la nouvelle souscription dont il a accepté de prendre l’initiative. Il avait déjà, il y a quelques jours, fait appel à la charité publique pour les dames irlandaises dont les fermrges ne rentraient pas ; cette fois, ce dont il s’agit, ce n’est pas seulement de venir au secours de quelques propriétaires plus boycottés que les autres, c’est une sorte de caisse qu’on veut former pour encourager la contre-Ligue, celle de « l’Association pour la défense des droit de la propriété. »
- Le lord-maire adresse une lettre au public pour exposer le motif et le but de cette démarche. Voyant l’impuissance de la police à lutter contre l'organisation occulte supprimée par décret, mais qui suèsiste toujours en fait, le lord-maire croit urgent d’inviter le public à ramasser des fonds pour encourager les bons citoyens en Irlande à se liguer contre les auteurs de crimes agraires, à résister aux terroristes, à se faire constables eux-mêmes au besoin.
- Des meetings auront lieu prochainement à Londres et dans la province pour éveiller^ l’intérêt public en faveur de ce projet. Mais il est à craindre que cette souscription n’envenime encore l’antagonisme de classes et races en Irlande et n’amène des conflits regrettables.
- Le mouvement en faveur du refus du payement des fermages se propage rapidement en Irlande. Les tenanciers de plusieurs grands propriétaires se sont réunis et ont résolu de ne payer aucune redevance jusqu’à la mise en liberté de tous les suspects. Le marquis de Drogheda est boycotté dans sa résidence de Moore-Abbey (comté de Kildare) ; tous les ouvriers agricoles l’ont quitté , il fait venir des ouvriers de Dublin, mais les habitants de la localité refusent absolument d'entrer en communication avec les nouveaux venus. La marquise est obligée de s’occuper elle-même de tous les soins du ménage.
- On continue à arrêter, en vertu du Coercion Acb, des individus soupçonnés d’avoir pris part à des actes d’intimidation ou à des attaques à main armée.
- Un vol de diamants et de bijoux considérable a été commis dimanche dernier à Brynkinallt, résidence de lord Hill-Trévor (comté de Galles). Les malfaiteurs connaissaient évidemment l’intérieur du château, car ils ont accompli leur méfait avec une rare audace, vers midi, pendant que lady Hill-Trévor était au temple. On a interrogé tous les domestiques et on a mis en arrestation provisoire deux d’entre eux, un valet de pied
- et une femme de chambre. Les soupçons se portent aussi sur d’anciens domestiques de lord Hiil-Trévor qui ont quitté son service il y a un an. La police anglaise a pris des mesures pour découvrir les auteurs ou les complices du vol, au cas où ils auraient passé sur le continent pour y vendre les objets dérobés par eux. Ces bijoux sont estimés à 1,500,000 francs.
- * *
- Semaine lugubre à l’étranger; les catastrophes se sont succédées partout poignantes, terribles, irréparables.En voici le bilan sinistre :
- AUTRICHE
- Le Ring-Theater a été consumé par un incendie.
- L’empreur et l’impératrice out envoyé dix mille flo rins pour les familles des victimes de la catastrophe d’hier et pour les employés nécessiteux du théâtre du Ring.
- La maison Haser a donné également une somme considérable.
- Dans tons les quartiers de la capitale on organise des secours en vue de venir promptement en aide aux familles des victimes de la catastrophe d’hier et aux membres du personnel du théâtre privés de leur moyen d’existence.
- Au Conseil municipal, le maire a exprimé en termes émus la profonde douleur occasionnée par la catastrophe et a chargé la commission des finances de présenter au plus tôt un projet en vue d’adoucir la situation des survivants.
- Tous les théâtres préparent des représentations au profit des familles des victimes.
- Le nombre des manquants, d’après les déclarations faites à l’autorité, dépasserait 600.
- Suivant le rapport du gouverneur de Vienne, lu par le président du conseil à la Chambre des députés, les causes principales de la catastrophe du Ring-Theater sont la négligence d’abaisser le rideau métallique sur le devant de la scène, le défaut d’avertissement au service extérieur des pompes, la fermeture du gazomètre, sans qu’on ait probablement allumé les lampes de secours.
- Ou fait une enquête pour rechercher les coupables.
- Le président du conseil a annoncé en même temps que, dès hier, il a donné l’ordre aux commissaires de police de se rendre au théâtre une heure avant le commencement de la représentation, et de s’assurer journellement que les mesures de sûreté ont été réellement prises.
- Le gouvernement promet, d'ailleurs, de faire son possible pour la sécurité du public des théâtres.
- Ces explications ont été accueillies par d’unanimes applaudissements.
- BELGIQUE
- Les journaux de Liège nous apportent les détails suivants sur le terrible accident dont il a été question à la Chambre des représentants.
- Il s’agit d’un des charbonnages de l’établissement de SeraiDg, la houillère Marie. Jeudi,à onze heures et demie du matin, le grisou s(est enflammé à l’un des étages inférieurs de la mine, à deux cents mètres de profondeur, alors que trois cents ouvriers étaient occupés aux travaux.
- Immédiatement avertis de l’accident, le directeur et les ingénieurs du charbonnage, MM. Daxhelet, Jacque-main, Tbiry, etc., firent appel aux mineurs de bonne volonté et, sans ' hésiter, se firent descendre dans la mi ne.
- A peine arrivés au fond, ils purent constater l’épouvantable résultat de l’explosion, car, tout d’abord, ils découvrirent trente-quatre cadavres, à demi carbonisés. Malheureusement leurs recherches devaient les mettre en présence d’une catastrophe plus grande. Derrière un éboulement que les ouvriers percèrent rapidement, se trouvait un homme tué et quatre blessés.
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- Leur premier soin fut de faire remonter les corps à la surface. La nouvelle du triste événement s’ôtait répandue dans la commune et les femmes des ouvriers étaient accourues, affolées d’épouvante, et s’ôtaient groupées autour des puits, difficilement contenues par les autorités qui s’étaient rendues sans perdre un instant sur les lieux, où se trouvaient aussi, naturellement, tous les fonctionnaires supérieurs de Seraing.
- Cette lugubre tâche terminée, les ingénieurs continuèrent leurs recherches, et elles aboutirent à la découverte de nouveaux cadavres, presque complètement défigurés par le feu. S’il faut eu croire une dépêche télé-gra’ hique, expédiée de Seraing à Liège, le nombre des morts s’élèverait à soixante. On craint que ce chiffre lamentable ne soit pas définitif.
- L’explosion a été occasionnée, croit ou, par la mise à feu d’une mine destinée à établir une communication entre deux étages. La fatalité a voulu qu’on rencontrât une poche de grisou.
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- Le Miesssag’e cira jPr'éssideu't de® Etats» ^ Usai®. — Les circonstances tragiques qui avaient amené M, Arthur à la présidence des États-Unis, et le fait qu’il appartenait à une fraction du parti républicain différente de celle dont M. Garfield avait été le candidat préféré, donnaient un intérêt tout particulier au Message qu'il devait adresser au 47e Congrès, dont la session s’ouvrait lundi dernier. Par les nominations qu’il avait déjà faites et par divers indices auxquels il était impossible de se méprendre, le nouveau président avait clairement montré son désir de favoriser, autant qu’il pourrait le faire sans rompre l’unité du parti républicain , le groupe garantisle de ce parti.
- C’était donc avec une assez vive curiosité que l’on attendait le Message présidentiel, document qui est l’expression des vues et de la politique du président, dont les ministres, il est toujours utile de le rappeler, ne sont que les commis. Bien que nous n’ayons pas encore le texte du Message, nous en avons une analyse assez détaillée pour pouvoir en apprécier au moins le fond.
- A part l’exorde consacré à la mémoire du regretté président Garfield, et qui était d’obligation, le Message se divise en deux parties bien distinctes : ia politique étrangère et ia politique intérieure. Nous indiquerons les principales tendances de l’une et de l’autre.
- Il est un fait qui n’a pas manqué d’attirer l’attention des gouvernements européens, c’est que, dans le cours de cette année, la politique étrangère des Etats-Unis s’est accentuée d’une façon significative. On en trouve la preuve dans les motions et les résolutions votées ou présentées dans les deux Chambres du Congrès, non moins que dans les circulaires et les instructions émanant du secrétaire d’Etat Blaine. Il semble que le recensement de 1880, en constatant que la population des Etats-Unis dépasse cinquante millions d’âmes', ait été pour le peuple américain une révélation. Cette révélation iui a donné le sentiment de sa force et lui a inspiré l’ambition de jouer, dans le monde, un rôle actif, et d’exercer l’influence qui paraît légitimement due à cette granue république de 1 Occident, qui menace de devenir, avant longtemps, un empire colossal.
- Cette tendance nouvelle de ia République américaine, nous la retrouvors affirmée dans le Message de M. Arthur. Il endosse tout ce qu’a dit le secrétaire d’Etat Blaiue sous la présidence de M. Garfield. « La garantie de la neutralité du canal de Panama appartient, dit-il, exclusivement aux Etats-Unis. » Il est vrai que la Colombie a proposé aux puissances européennes de garantir conjoiutement la neutralité du canal; mais, dit M. Arthur, « cette proposition est en contradiction directe avec l’obligation prise par les Américains de garantir seuls l’intégrité du territoire colombien et du canal. » C’est clair et net. U y a bien un traité appelé Clayton-Bulwer qui est en contradiction avec celte doctrine ; mais M. Arthur va insister, auprès du gouvernement
- ami de la Grande-Bretagne, pour obtenir la modification de ce traité et l’abrogation des clauses « qui ne s'accordent pas avec les obligations des Elats-Uuis nvers la Colombie ni avec les besoins vitaux des deux parties du traité. »
- A propos du conflit entre le Chili et le Pérou, le Message s’exprime ainsi :
- « Il est a désirer qu’on épargne à ces pays une nouvelle effusion de sang et de nouvelles souffrances, parce que les conséquences du conflit sont dangereuses pour les intérêts de la forme républicaine de gouvernement sur ce continent. »
- Les inlructions données aux envoyés spéciaux amèneront, M. Arthur en a la confiance, le rétablissement de relations amicales entre le Chili et le Pérou. De quelle nature sont ces instructions? c’est ce que le Message nous laisse ignorer. La mission arrivera d’autant plus à propos que le ministre ffméricain au Chili, le général Kilpatriek, vient de mourir.
- Én Europe, les Etats-Unis ont aussi leur mot à dire. Aucune difficulté ne s’élève plus en Allemagne à propos du service militaire réclamé autrefois des émigrés naturalisés qui revenaient dans leur pays natal. L’empereur Guillaume ne veut pas se fânher avec une République qui lui enlèvera cette année trois cent mille de ses sujets. Autrefois la Russie était la meilleure amie des Etats-Unis ; des nuages se sont levés entre les deux pays, et le Message dit assez aigrement : « Il était désirable de raffermir les relations cordiales existaut avec la Russie et d’assurer une protection efficace aux Américains visitant paisiblement ce pays et spécialement aux Israélites qui ont été traités d’une façon quia provoqué d’énergiques remontrances de la part du gouvernement des États-Unis. » A côté de cela, •m avertissement à l’adresse de la Porte qui laisse massacrer les missionnaires américains, et un autre à la Suisse qui a la mauvaise habitude d’expédier aux Etats Unis ses criminels et ses indigents. Avec la Grande-Bretagne, la France, l’Espagne, le Mexique, les relations sont cordiales ; mais on voit que frère Jonathan, devenu grand ne se soucie plus de pratiquer la sage abstention que Washington lui a recommandée quand il était petit. C’est dans la logique des choses.
- Dans la partie du Message relative à la politique in té fleure, il y a à signaler les tendances très proteetionni s tes du président. Il croit qu’avec la continuation des excédents de revenus et l’accroissemeDt constant de la population, la dette pourrait être remboursée en dix ans, mais il admet qu’il faut alléger le fardeau/les impôts.
- CAUSERIE ANTICATHOLIQUE ET RELIGIEUSE
- Combien y a-t-il de Catholiques en France ?
- (Suite)
- Dix minutes après, nous étions introduits dans le salon de M. C., qui nous reçut avec beaucoup de courtoisie. Après les compliments d’usage, notre honorable député me présenta en ces termes : Je vous présente M. X., un de nos compatriotes qui a quitté notre ville depuis quelques années, mon hôte et mon parent, mon ami, si l’on peut appeler son ami un homme avec lequel on n’est jamais d’accord. M. X. est républicain, anticatholique et libre-penseur.
- — Toutes les opinions sont respectables, lorsqu’elles sont honnêtes, me répondit avec politesse
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- le riche banquier en me tendant la main, toutes les croyances sont bonnes lorsqu’elles sont sincères, et je ne doute point que vous ne possédiez ces qualités et dans vos opinions politiques et dans vos convictions religieuses.
- — Je suis flatté de votre bienveillance,- je m’y attendais d’autant moins que M. le député, en me parlant de vous, me disait que vous étiez un homme des plus intolérants pour ce qui touche à vos croyances religieuses.
- — Je n’ai pas dit cela, protesta M. de B.
- — Vous m’avez dit que M. était catholique, on ne peut pas être catholique et être tolérant, s'il avait eu des convictions aussi arrêtées que vous l’aviez annoncé, il ne m’aurait pas répondu : Toutes les croyances religieuses sont respectables.
- — Eh effet, à mon grand étonnement, M. vous a parlé en hérétique plutôt qu’en catholique. J’en instruirai son directeur de conscience, ce qui lui vaudra, je l’espère, une verte semonce.
- — Justement, reprit le banquier, il est du même avis que moi à ce sujet. Un jour que je lui demandais si quelque chose s’opposait dans notre religion à la possibilité de faire son salut dans quelque culte que ce soit, il me répondit : Votre conscience se révolterait à la pensée qu’il en put être autrement, croyez ce que votre conscience vous ordonne. Votre surprise, M. le député, me fait deviner qu’il y a en effet quelque chose qui défend à tout catholique d’adopter cette opinion, quoique rien ne puisse modifier mes idées à ce sujet, je serais curieux de connaî tre ce qui s’oppose, dans notre foi, à l’adoption de cette idée de tolérance.
- — Vous ne connaissez même pas le Svllabus, M., ou résumé des principales erreurs de notre temps, signalées par N. S. P. le pape Pie IX et condamnées par l’Eglise.
- On lit dans ce précieux document :
- Art. XV. Anathème à qui dira :
- Chaque homme est libre d’embrasser et de professer la religion qu’il aura réputée vraie à l’aide des lumières de sa raison.
- Art. XVI. Anathème à qui dira :
- Les hommes peuvent dans quelque culte que ce soit trouver la voie du salut éternel et y parvenir.
- Art. XVII. Anathème à qui dira :
- On peut pour le moins avoir bon espoir pour le salut éternel de tous ceux qui ne se trouvent pas dans le sein de la véritable église de J.-C.
- J’ai cité textuellement, et vous savez : Est condamné aux peines de l'enfer quiconque n’accepte pas comme vraies toutes ces opinions.
- — Vous m’affirmez que ceci est écrit, M.
- — Je joins mon affirmation à celle de M. le député, et j’ajoute : Le pape est infaillible et les décisions des conciles sont inattaquables.
- — Et un concile composé d’hommes intelligents et- éclairés a décrété les monstruosités que vous venez de me citer.
- Le pape est infaillible, l’Eglise ne peut pas se réformer, je lui déclare pourtant qu’il lui faut ou se réformer ou mourir. A partir de ce moment, j’abjure le catholicisme et je me fais protestant.
- — Combien pensez-vous, Monsieur qu’il y avait de personnes à la messe où vous assistâtes ce matin qui s’associent aux articles intolérants du Syllabus.
- —- Je fais à mes coreligionnaires l’honneur de croire qu’aucun d’eux ne voudrait s’y associer.
- — Entendez-vous, M. le député, pas un catholique à l’église, rien que des hérétiques, nous voilà bien loin du million que je vous accordais pour toute la France.
- — Si la foi de l’homme faiblit, et s'il nous arrive d’avoir à enregistrer des défaillances telles que celles de M. C., c’est pour nous une grande consolation de c nstater que chez les femmes la foi est toujours aussi vive, toujours inébranlable; avec la femme, la religion ne peut pas périr.
- — Il est vrai qu’il est dans le tempérament de la femme de s’attacher avec passion à tout ce qui est du domaine religieux, nées dans la religion catholique, elles sont ferventes catholiques, élevées dans la religion réformée, elles font d’austères protestantes ; mais votre espoir de les conserver éternellement à la défense de votre foi est chimérique, et de ce côté-là aussi vous serez déçus ; car quand nous aurons donné à la femme l’instruction nécessaire pour porter un jugement sain sur les questions qui seront soumises à son appréciation, à l’instar des hommes qui raisonnent ; elles brûleront leurs idoles et elles abandonneront cet amas d’erreurs absurdes et de pratiques de dévotion ridicules auxquelles vous les croyez attachées pour toujours,pour voler avec les hommes de bon sens à là recherche de l’immortelle vérité.
- — Je vois bien qu’il nous faudra pour arrêter le flot envahissant de l’impiété recourir aux moyens employés dans les siècles passés par la sainte Inquisition, et supprimer les raisonneurs; Dieu dois donne le pouvoir et la force, et nous lui rendrons la France croyante des siècles passés.
- — Le catholicisme se meurt et rien ne saurait désormais le ramener à la vie ; sa chute sera pour l’humanité l’aurore de temps meilleurs. Rêvez tant que vous voudrez, Monsieur,le retour vers ces temps
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- de barbarie où florissait l’Inquisition ; vos rêves ne nous inspirent aucune crainte.
- Nous pressentons déjà que bientôt une nouvelle umière inondera le monde, nous pressentons ce quel seront les grandes vérités qui viendront se substituer aux. vieilles erreurs du passé et former la religion de l’avenir; d’accord avec la science et avec la raison, elles pourront regarder la raison face à face.
- La religion de l’avenir proclamera la croyance en lajustice de Dieu, en l’immortalité de l’àme, en la pluralité des mondes habités, déjà acceptée par la science, et en la pluralité des existences, sans laquelle il n’y aurait ni justice divine, puisqu'il y aurait inégalité entre les destinées, ni perfection, puisqu’une existence ne peut suffire à acquérir l’universalité des connaissances. '
- Si la pluralité des existences n’est pas une vérité, l’âme n’est pas immortelle, car l’àme meurt le jour où elle ne peut plus progresser. Le progrès est la loi de la vie, la perfection est le but.
- Edmond Bourdain.
- L’ALLIANCE DES FERMIERS EN ANGLETERRE
- Incidemment et à propos de l’Irlande nous avons parlé de Y Alliance des Fermiers en Angleterre. Déjà nous en avions dit quelques mots dans le Devoir à une époque antérieure. Nous connaissions bien à ce moment, ses tendances, ses aspirations, son désir de jouer désormais un rôle actif dans la politique, mais nous ignorions quel était son programme de réforme. Ce programme vient d'être publié sous la forme d’un projet de loi et sous ce nom : A Landlord and tenant Bill for England. Le voici tel qu’il nous a été mis sous les yeux :
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- Indemnités pour améliorations
- « Après la promulgation de cette loi tout tenancier, à l’expiration ou résolution de son bail, aura droit à une indemnité pour les améliorations par lui faites dans sa ferme, ou pour celles qu’il aura acquises, conformément aux dispositions du présent act.
- « Le montant de cette indemnité sera la somme qu’une personne, individualité ou collectivité, ayant les moyens de cultiver fructueusement une ferme, offre pour en devenir le tenancier aux conditions du fermier sortant, ou à celles plus ou moins onéreuses qui auront été déterminées par les dispositions du présent projet de loi.
- « Le landlord peut, en ce qui a trait aux améliora- i
- tions faites par les tenanciers, s’acquitter de deux manières à son choix : 1° soit en admettant comme tenancier la personrie faisant l’offre ci-dessus, pourvu alors que la durée du bail fait à ce nouveau preneur soit d’au moins sept ans; que le loyer soit ou le même que celui du fermier sortant, ou qu’il soit fixé en conformité de la présente loi, et enfin que toutes les autres conditions auxquelles était soumis le fermier sortant ne soient pas plus onéreuses pour le fermier entrant ; 2° soit en payant lui-même la somme offerte au lenancier comme indemnité,,pourvu que lui, Landlord, prévienne par écrit six mois d'avance le tenancier de son intention de payer cette indemnité dans le délai d’un mois après avoir été averti par ce dernier de l’offre faite.
- « Le landlord pourra toujours, mais un an avant l’expiration du bail, prévenir par écrit le tenancier que le loyer payé par celui-ci est trop infime pour permettre de tenir compte des améliorations par lui faites et d en être indemnisé; de son côté le tenancier pourra également, dans les mêmes délais et de la même façon, prévenir le landlord que le prix du loyer est trop élevé pour qu’il puisse l’indemniser des améliorations qu’il aurait pu faire dans la propriété affermée Lorsque cet avertissement n’aura été donné ni d’une part ni de l’autre, le chiffre du loyer payable par le fermier sortant sera celui qui servira de base à l’estimation de l’indemnité.
- « Lorsque fermier et landlord ne pourront tomber d’accord sur l’augmentation ou la réduction du prix du bail, chacune des parties pourra s’adresser à la cour (dont il sera question plus loin,) pour vider le différent, à condition que où une demande d’augmentation ou de réduction du loyer aura été faite et fixée, aucune demande semblable, quelque soit le cas, ne soit accueillie relativement à la même tenue avant que 7 ans se soient écoulés depuis la date de cette fixation.
- « Une telle demande étant faite, s’il est prouvé que la plus-value de la ferme pendant la période d’occupation par le tenancier est due à tout autre cause qu’aux améliorations faites ou acquises par lui, la cour prononcera sur la somme de cette plus-value et déterminera le prix du fermage qu’elle croira devoir être payée par la personne qui offrira une indemnité pour ces améliorations. S’il est prouvé que la valeur de la propriété a diminué pendant la même période sans que cette diminution puisse être attribuée au tenancier, la cour fixera l’estimation de cette moins value en tant qu’elle sera indépendante des faits et gestes du tenancier, et déterminera le loyer de la ferme à payer par la personne offrant une indemnité au dit tenancier.
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- « Lorsqu’un landlord choisira de payer une indemnité, cette indemnité sera due à l’expiration d’un terme, moins cependant ce qu’on aurait à réclamer au tenancier pour arrérages. Ce dernier aura toujours pour garantie absolue de cette indemnité la succession ou la propriété de la tenure. Il pourra transférer ou céder son droit soit d’une manière absolue, soit seulement à titre de garantie.
- Détérioration
- « Lorsqu’un tenancier aura détérioré une tenue, le Landlord aura la faculté de s’adresser en tout temps à la Cour qui évaluera le dommage, et ordonnera au tenancier d’en payer le montant. Si ces détériorations continuaient à se produire, la cour pourrait ordonner l’abandon de la ferme de la part du tenancier en faveur du Landlord aux conditions qu’elle jugerait convenables.
- Bail à nouveau
- « L’une des deux parties (Landlord ou tenancier) qui ne voudra pas renouveler son bail, devra prévenir l’autre, par écrit, deux ans avant l’expiration de ce bail. Si cette formalité n’est pas remplie, le bail continuera moyennant le même prix, pour la même durée et dans les mêmes conditions que le premier contrat existant. Si le bail court d’une année à l’autre ou est à volonté, tenancier ou Landlord n’y pourront mettre fin qu’en tenancier prévenant le Landlord 'ou Landlord prévenant le tenancier deux ans au moins d’avance à dater du jour de l’avertissement.
- >* Quand l’une ou l’autre des deux parties voudra renouveler le bail, si le Landlord demande une augmentation du prix du fermage et que le tenancier ne consente pas à cette demande, le différent devra être porté devant la cour qui statuera. Mais l’augmentation ne saura être accordée que s’il est prouvé que la plus-value de la propriété, si plus-value il y a, est due à tout autre cause qu’aux améliorations y introduites par le fermier. Le montant de Cette augmentation sera alors déterminé par la Cour.
- Recouvrement des loyers
- « Nul Landlord ne pourra pratiquer ni faire pratiquer de saisie pour le paiement du loyer d’une .ferme.
- « Lorsqu’un tenancier négligera ou refusera de payer le loyer dù par lui, le Landlord pourra s’adresser au juge de la County court du district où la propriété en totalité ou en majeure partie est située. Le juge décidera du paiement de ce loyer qui sera assimilé à une dette ordinaire, et soumis à la procédure
- habituelle en matière de dettes : Il sera également laissé à la discrétion du juge de prononcer la résolution du contrat et l’abandon de la ferme de la part du tenancier à une époque déterminée.
- Constitution et juridiction de la Cour
- « La Cour sera formée du juge de la County court du district dans lequel se trouve la propriété affermée, en totalité ou en majeure partie, et de deux assesseurs.
- « Le juge devra, lui, faire connaître la décision de la Cour, mais cette décision qui sera, du reste, sans appel, sera prise à la majorité des voix.
- « Tout Board of Quardians (Conseil administratif) d’une Union où se trouvera une tenue, aura, lors de l’une des deux réunions qui ont lieu en décembre, mais pas plus tard que le 24 de ce mois, à nommer six personnes expertes en matière d’agriculture ou de pâturage. Ces personnes pourront être choisies dans le sein ou en dehors du conseil, et prendre place comme assesseurs du juge de la County court du district dans lequel ont lieu les réunions du Board of Quardians. Le secrétaire du Board enverra par écrit au greffier de la County court du district, les noms et adresses des personnes qui auront été nommées, mais ce, pas plus tard que le 30 décembre de chaque année.
- » On procédera à ces nominations pour la première fois, aussitôt après la promulgation de la Loi. Les élus seront appelés à siéger en leur dite qualité d’assesseurs jusqu’au 31 décembre de l’année courante.
- « Le greffier de chaque county court en recevant avis de la nomination des assesseurs devra en dresser une table alphabétique, et ceux-ci devront siéger régulièrement à partir du 31 décembre qui suit leur nomination jusqu’au 31 décembre de l’année suivante.
- « Dans les huit jours, au plus tard, précédant la session de la cour, le greffier de la county court devra inviter deux des personnes portées sur la liste ci-dessus, à entrer en fonctions comme assesseurs. En cette qualité, joints au juge comme il a été dit, ils entendront toutes les causes entre landlords et tenanciers qui seront portées devant eux et sur lesquels ils prononceront. Il est bien entendu que nul ne pourra être assesseur dans un différent à propos d’un domaine dont il serait ou tenancier, ou landlord, ou agent de ce dernier.
- « Tout différent dont la cause directe ou indirecte serait un contrat de ferme (Bail), à part toute question ayant trait à la validité de ce contrat, sera ! entendu et jugé par la cour. La juridiction de tout
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- autre cour de justice en pareille matière devra dès lors prendre fin, à moins qu’il n’y ait déjà eu de procédure entamée au moment de la passation de cet act.
- « Sous l’empire du présent act, sa majesté pourra toujours, sur et avec l’avis du Lord Chancelier, établir ou préparer une réglementation pour lü la fixation des sessions de la cour; 2° le paiement des assesseurs, la voie de procédure à suivre de la part de la cour, les devoirs des fonctionnaires ou magistrats et les coûts de la procédure.
- « Lorsque, aux termes de cette loi, la cour aura le droit d’autoriser la délivrance d’une assignation ou sommation, le juge de la county court pourra légalement et sans l’aide d’assesseurs, que la session ait lieu ou non dans le district de l’une de ses cours, sur la demande du Landlord, accorder un ajournement aux conditions qu’il jugera convenable.
- Divers
- « La cour, sur la plainte qui sera portée devant elle de toute contravention aux conditions d’un contrat ou de la violation de ce contrat de la part du tenancier, fixera le montant des dommages-intérêts à payer, s’il y a lieu. Mais ce montant ne pourra s'étendre qu’à la moins value constatée de la ferme résultant exclusivement des faits formant l’objet de la dite plainte.
- « Le Landlord durant le cours d’un bail pourra toujours demander et la cour pourra toujours accorder de faire sommation au fermier d’avoir à s’abstenir de tout acte qui dans l’opinion de la cour pourrait porter préjudice à la ferme ou au domaine du landlord.
- « Lorsque dans un bail à ferme il sera stipulé que ce bail prendra fin, ou que le landlord aura îe droit de reprise de possession du domaine affermé, dans le cas, de la part du tenancier, du non accomplissement des conditions consenties, le bail ne sera pas résolu pour cela. Le landlord devra s’adresser préalablement à la cour qui, en vertu de son pouvoir discrétionnaire, fera droit à la plainte, soit en accordant des dommages-intérêts, soit en ordonnant la résiliation du contrat.
- « Tout tenancier aura le droit de céder son bail, pourvu que le cessionnaire ait les moyens de cultiver convenablement la ferme, et à la condition que le landlord ait le choix de résoudre le dit bail en payant une indemnité au fermier sortant, ainsi que le veulent les dispositions de la présente loi.
- « Tout tenancier pourra léguer sa tenue.
- « Lorsqu’un tenancier aura légué sa tenue et que le légataire aura accepté le legs, ce légataire devien-
- dra tenancier, et ce pour le temps restant à courir du bail fait par le décédé.
- « Lorsque le tenancier aura légué sa tenue à plus d’une personne ou sera mort ab intestat, si les représentants du décédé avertissent judiciairement le Landlord de la nomination de l’un des légataires ou autres ayants-droit aux domaines personnels du décédé, pour succéder à sa tenue, cette personne nommée comme il est dit, deviendra tenancier pour le temps du bail restant à courir. Dans le cas où le Landlord n’aurait pas été prévenu, il aurait le droit d’aviser le représentant du décédé d’avoir à résoudre
- bail, et dans ce cas il suffirait que cet avertissement fut donné un an d'avance.
- « Lorsqu’un tenancier mort ab intestat n’aura laissé aucun ayant-droit à ses biens personnels en totalité ou en partie, le bail sera résolu par la mort même du testateur. Le montant de l’indemnité, s’il en est dû au défunt pour amélioration, pourra s’appliquer au paiement des dettes ou à l’accomplissement des engagements contractés par le décédé.
- Impôts locaux
- « Il sera loisible à tout tenancier en possession d’une tenue de déduire du premier terme de la redevance qu’il aura à payer pour sa tenue, les trois quarts de l’impôt concernant cette même tenue et qu’il aurait versé déjà entre les mains de l’autorité, pourvu que ceci ne s’applique à aucun bail à termes annuels antérieur à cette loi. Mais si, quoique antérieure à cette loi, la tenue est d’année à année ou à volonté, cette disposition pourra être mise en pratique après le 29 septembre 1883.
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- Dîme sur le revenu
- « Il en sera de même de la dîme sur le revenu que des impôts locaux.
- Contrats faits en dehors du présent act.
- « Toute convention, toutes conditions, tout arrangement qui sera de nature à annuler voire même à amoindrir ou modifier les droits du tenancier tels que la présente loi les a définis, donnés et réservés, sera nul. Il en sera de même de toute convention, de toutes conditions, de tout arrangement dont l’effet serait de lui offrir quelque avantage à ne pas exercer ses droits, ou de lui imposer quelque désavantage dans l’exercice de ces mêmes droits. »
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- Tel est le projet de loi-programme que les fermiers anglais ont l’intention de faire présenter au Parlement, dans sa prochaine session, par la voie de M. James Howard, leur représentant accrédité.
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- L’économie de cette législation est, on le voit, très anodine; elle n’on a pas moins soulevé de vives objections de la part de certaines individualités, objections qui ont trouvé des échos dans la plupart des journaux, voire même chez la presse libérale.
- Nous allons mettre sous les yeux des lecteurs du Devoir ces objections et les réponses qui y ont été faites. L’exposé en sera bref et nous nous permettrons d’y ajouter nos propres observations.
- {A suivre.) C.-P. Maistre.
- Là SITUATION ÉCONOMIQUE DE LA FRANCE
- Quelques faits principaux nous suffiront pour donner à grands traits une idée des progrès économiques de la France dans ces dernières années. Aussi bien le moment est-il opportun, puisque les négociations du traité de commerce avec l’Angleterre doivent reprendre.
- Voici les faits principaux :
- 1° En 1879, les exportations des neuf premiers mois s’étaient élevées à 2,380 millions ; l’année suivante, elles gagnèrent 135 millions, chiffre considérable, et atteignirent 2,465 millions dans les neuf premiers mois. C’était une grande avance, dont nous avons signalé, en son temps, toute l’importance. Eh bienî en 1881, cette avance a été dépassée de 31 millions. Et ce qu’il y a de plus remarquable, c’est que les sept premiers mois de l’année 1881 avaient présenté, sur l’année 1880, un déficit de 82 millions. D’uu seul bond, en août et en septembre, ce déficit s’est changé en un excédent;
- 2° On ne cesse de dire que la France expédie au dehors plus de numéraire qu’elle n’en reçoit. Cependant, en 1878, l’excédent des importations en numéraire a été de 34,0 millions. Il est vrai qu’en 1880, les exportations ont été supérieures aux importations de 25 millions; mais, en 1881, qu’est-il arrivé? Importations :276 millions; exportations: 187 millions. L’excédent d’entrée a donc été de 89 millions. Tous ces chiffres s’appliquent aux neuf premiers mois de chacune desdites années ;
- 3° Prenons, maintenant, le mouvement des chemins de fer, qui a un rapport si direct avec le développement de la production. En 1879, les recettes brutes de l’ensemble du réseau français avaient donné 914 millions; en 1880, il y a eu un excédent de 114 millions. Cet excédent sera dépassé en 1881. Il s’élève déjà, pour les neuf premiers mois, à 30 millions ;
- 4° Dans leur ensemble, les récoltes de 1881 seront
- les plus productives faites depuis 1875 et 1876. Sans doute, les récoltes des céréales ont été légèrement au-dessous de la moyenne ; mais la France, grâce à son territoire et à son climat, a d’autres récoltes que celle des céréales : les vins, les sucres, les fruits. Sous ce rapport, elle a été bien traitée en 1881 ; notamment la récolte des vins ne s’éloignera pas beaucoup de 40 millions d’hectolitres, d’une qualité supérieure, déjà en partie vendus au commerce à des prix rémunérateurs.
- 5° Le dernier fait, conséquence des premiers, que nous ayons à relever, c’est le rendement des impôts. Nousien avons récemment reproduit le tableau pour les neuf premiers mois de l’année. Il résulte de ce tableau que les évaluations budgétaires ont été dépassées de 150 millions et que les recettes eomspon-dantes de 1880 l’ont été à peu près de 100 millions. Ces résultats ont une très grande importance, parce qu’en 1880 ont été effectuées les diminutions d’un tiers sur l'impôt des boissons et de 40 0/0 sur celui des sucres. Ces diminutions ont imprimé un élan nouveau à la consommation ; il est arrivé ce quenous avions soutenu depuis 1876, que, tout en dégrevant la production de taxes accablantes, le développement inévitable de la consommation compenserait et au delà les sacrifices momentanés du Trésor. On pouvait penser que cette compensation mettrait quelques années à s’accomplir, elle a eu lieu en quelques mois.
- Si, maintenant, nous prenions, une à une, toutes les branches de la production, nous constaterions la même prospérité. Nous venons de parler de l’agri-cultnre et des transports. Faut-il ajouter que la métallurgie française n’a jamais été plus accablée de travail ; qu’elle est hors d’état de suffire aux demandes ; qu’elle a réalisé, depuis 1879, de beaux bénéfices, attestés par la plus value des actions métallurgiques? Même situation dans les industries extractives. En 1880, toutes les industries textiles avaient eu un notable accroissement d’exportations. Il en a été de même en 1881. Nous ne dirons rien de l’industrie du batiment : jamais elle n’a joui d’une plus grande activité.
- Ces résultats attestent combien a été féconde la politique économique inaugurée en 1860, combien ehe répondait aux productions productives de la France, combien elle a réussi à augmenter les ressources et l’aisance du pays. Ils sont la réponse, la réponse péremptoire à tous les sophismes des défenseurs du système protecteur, et l’éclatante confirmation des idées pratiques et généreuses des représentants de la liberté des échanges.
- Cette activité nouvelle, cet essor nouveau dont
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- nous montrons l’étendue et les bienfaits, ont besoin désormais d’un théâtre, d’une clientèle plus vastes que la France elle-même. Les forces productives que nous renouvelons, que nous accumulons chaque année, chaque jour, ont une puissance qui ne portera ses fruits que si elles peuvent s’exercer dans des limites moins restreintes. Les traités de commerce ont pour objet d’étendre et de garantir ces limites, tout en facilitant entre les peuples les échanges des produits que, par suite de la grande loi de la distribution du travail, chaque territoire, chaque climat, chaque peuple, fournit dans de meilleures conditions, de sorte que tous les peuples demeurent participants et associés au développement général des forces de l’humanité.
- BIBLIOGRAPHIE
- Les victimes du Xsear (1)
- Par Mikhaïl Achkinasi
- Nous avons sous les yeux un livre remarquable à plus d'un titre intitulé « Les victimes du Tzar » par M. Mikhail Achkinasi, dont « Le Devoir » a publié souvent des articles pleins d’intérêt sur la Russie. Dans ce roman l’auteur a voulu peindre les aspirations et les efforts de lajeunesse libérale russe pour délivrer son pays de l’horrible despotisme sous lequel il étouffe écrasé, pantelant. C’est un tableau coloré des souffrances du peuple, soldat battu de verges pour une faute légère, paysan mourant de faim ou succombant aux épidémies qu’engendrent la mauvaise nourriture, et les privations, ouvrier abruti par l’ignorance qui en fait l’esclave, la chose de celui qui l’exploite, contrastant avec le luxe et l’insolente morgue des grands, doublée d’une plate servilité qui les fait ramper bassement devant le maître.
- Le principal héros du drame est un jeune médecin qui aspire à l’affranchissement de la Russie par des moyens pacifiques, et qui espère amener le Tzar à opérer lui-même la réforme désirée.Il résiste aux entraînements des autres jeunes démocrates qui, plus clairvoyants, savent que ce n’est point d’en haut que viendra le salut, et qui par conséquent travaillent à le préparer par le peuple, dût-on être contraint de recourir à la violence. Les événements ne tardent point à lui démontrer son erreur, et la prison vient le punir d’avoir compté sur les bonnes dispositions
- de ce despote que les russes nomment leur père. Délivré par sa fiancée, fille delà plus haute noblesse, au prix de sacrifices et -d’efforts inouïs, lorsqu’il espère libre la rejoindre, il ne retrouve plus qu’un cadavre, car l’héroïque enfant, emprisonnée à son tour, a dû se réfugier dans le suicide pour échapper aux violences d’un satyre aviné, son compagnon de captivité.
- L’action est parsemée de conciliabules de conspirateurs dans lesquels chaque parti fait valoir ses raisons, d’émeutes de paysans entraînés par cette jeunesse ardente et patriotique, d’idyles charmantes en pleine tempête sombre,d’admirables dévouements au sein d’ambulances improvisées en pleine guerre par ces étudiants et ces étudiantes fanatisés,d’écoles organisées par eux, et dans une horrible famine suivie d’une épidémie d’ergotisme. Tout cela est bien amené, bien décrit et saisissant.
- Comme personnages, des jeunes gens instruits, intrépides,dévoués à leur cause,et des jeunes filles,non moins convaincues non moins braves, non moins ardentes dans leurs sublimes aspirations. Il y a comme ombre à ces lumineux tableaux un caractère bien des* siné de jeune membre de l’aristocratie prêt à tout pour plaire à l’autorité tyrannique, dont pauvre il attend places et honneurs. Attaché à l’administration judiciaire, il déploie un zèle servile et intéressé à se distinguer par son acharnement à la poursuite des nihilistes, à la tête desquels marche sa plus proche parente dont il convoite la riche dot ou l’héritage.
- M. Achkinasi a su tirer parti de ces données en les groupant dans une action dramatique intéressante au premier chef. lia su surtout intercaler à propos, et sans que l’on y sente le moins du monde l’eflort, une série de réflexions, on pourrait même dire de dissertations, qui obligent le lecteur à méditer sur tant de plaies sociales,dont on n’a pas encore entrepris la guérison dans les régions officielles.
- En somme c’est un livre bien fait et qui mieux est un livre utile. Peut-être pourrait-on reprocher à l’auteur d'avoir peint les nihilistes sous des couleurs trop favorables,car il en fait des êtres trop au-dessus de la nature humaine,pour que la critique ne soit pas instinctivement porté à les trouver invraisemblables, Mais à part ce léger défaut, l’on ne peut que se féliciter de la publication de cette œuvre pleine de saveur et de goût.
- )
- (1) Chez Dentü, galerie d’Orléans.
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- ÉTAT-CIVIL DU FAMILISTÈRE
- DÉCÈS
- L° 2 décembre — Décès de Ilennequin André, fils de Hennequin Joseph et de Gordien Marguerite, né le 24 février 188).
- C’est curieux comme certains paysans sont à la fois bêtes et rusés, faciles et têtus. Tantôt ils se laissent convaincre par le raisonnement le plus absurde, et tantôt ils s’obstineront de telle sorte qu'ils en arriveraient comme le bambin légendaire, à exiger qu’on leur donnât la lune aperçue dans un seau d’eau.
- En voici un qui veut à toute force qu’on lui serve la comète ou plutôt qu’on la lui fasse voir.
- C’est du reste ce qui l’amène en police correctionnelle, non comme prévenu, mais comme plaignant.
- Laissons-le s’expliquer : il est partie civile.
- M. le président. — Vos noms.
- Le plaignant (avec un fort accent). — J’suis Normand.
- M. le président. — Cela s’entend bien, .mais ce n’est pas ce que je vous demande. Comment vous appelez-vous?
- Le plaignant. — Roufflaquin (Joseph-Jean-Népomu-cène), pour vous servir.
- M. le président. — C’est bien ! (Puis s’adressant au prévenu. ) Et vous ?
- Le prévenu. —Léon Landurot, opticien, rue St-La-zare, 37
- M. le président. — L’assignation vous reproche une tromperie sur la qualité de la chose vendue. Qu’avez-vous à répondre ?
- Le prévenu.—Je voudrais bien savoir d’abord ce qu'on me reproche. J’avoue que je ne comprends rien du tout à l’accusation et j’aimerais bien qu’on me l’expliquât.
- M. le président. — Dites-nous vos griefs, plaignant.
- Le plaignant. — Ah ! ben, que j’en aurais long, j’suis Normand.
- M. le président. — Vous nous l’avez dit déjà.
- Le plaignant. — Oui !.., j'ons du bien ! j’sommes pas mal à not’aise, j’ons une femme, des vaches, eun’bonne pièce de terrain derrière la ferme...
- M. le président. —Vous savez, vous n’êtes pas ici pour faire votre inventaire.
- Le plaignant, je n’invante rien, mossieu mon président, c’est tout comme j’vous le dis. Donc je suis venu faire un tour à Paris, puisque je peux me payer ça. Quand je fûmes en partance, ma femme me dit comme ça : « Tu ne m’emmènes t’y pas avec toi, Joseph ?» - Ah ! non, le voyage pour deux, ça coûterait trop cher ! » Quoique j’aurais bien pu nous le payer tout de même, voyez t’y, mais les femmes d’abord, ça interloque en route, c’est comme une longe qu’on aurait au pied...
- M. le président (qui écrivait s’interrompant). — Dites donc ! si nous arrivions à Paris un peu plus vive..
- Le plaignant. — Ah ! dam ! vous comprenez, c’est un peu long de chez nous jusqu’au chemin de fer y a deux bonn’ heures de diligence.
- M. le président (impatienté). — Oh ! oh ! oh !.... mais dépêchez-vous un peu voyons !
- Le plaignant. — Eh bien ! qué qu’tu veux que j’y rapporte que je dis à ma femme. Elle cherche. «Quoi ? un bonnet ? une robe ?» — Non, c’était pas tout ça. Elle voulait quéqu’ chose, un instrument pour l’y faire voir comme il faut la comète, et comme cest une femme
- éduquée, que le vétérinaire lui a même donné comme qui dirait des leçons pour soigner nos bêtes... (Mouvement d’impatience du président).
- Le plaignant. — Or donc, je viens t’ici, on me renseigne la boutique de M. Landurot et j’lui achète en confidence une espèce de seringue avec des verres qu'on devait voir dedans si c’est vrai que la lune à des moustaches. Dès qu’il fait minuit, je dévisse la machine, je r’luque en haut, je ne vois rien.
- Le prévenu. — Je crois bien ! Il faisait un temps de chien, ce jour-là, je m'en souviens.
- Le plaignant. — Le lendemain...
- Le prévenu. — Il pleut tous les soirs depuis six semaines .
- Le plaignant. — Que non dâ ! marchand de seringues, y avait des soirs ousque je voyais les étoiles comme je vous vois! j’ai des yeux, mossieu le président, que je rapercevrais comme qui dirait un poil sur vot’nez, eh bien ! j’ai jamais rapperçu avec sa seringue pas plus de comète que ce qui m’entrerai dans l’œil.
- M. le président. — C’est pour cela que vous venez ici ?
- C’est pas drôle ! J’aime pas qu’on m’mette dedans ! je suis là pour payer, mais j’admets pas qu’on triche J’ai été chercher’un mossieu l’huissier, et je lui ai demandé si pourrait pas tâcher moyen de faire attaquer quelque petite chose à mossieu Landurot, qui n’avait pas voulu reprendre son outil (il tire une grande lunette de sa poche). Le voilà ! je veux plus ! faite-l’y reprendre et tapez dessus.
- « M. le président. — L’huissier s’est moqué de vous et aussi du tribunal, je crois bien, en formulant pareille assignation pour ce fait.
- Le plaignant. — Mais j’ai pas dérobé à Landurot que je ne lui achetais son ustensile que pour voir la comète ... alors pourquoi qu’on ne la voit pas ?
- M. le président (souriant). — C’est logique ! Mais ce n’est pas la faute de Landurot. La comète a disparu.
- Le plaignant. — Ça mossieur mon président, m’est avis que vous faites erreur. Puisqu’y en avait deux chez nous, il y a trois semaines, il doit y est le double... et qu’on paye double ; mais j'en ai seulement pas aperçu la queue d’une.
- Inutile d’ajouter que Roufflaquin est débouté de sa poursuite.
- Le prévenu goguenard, au plaignant. — Vous savez, si vous ne pouvez rien faire de ma... seringue ! Plantez-là chez vous, il en poussera peut-être U!
- SCIENCE
- SOMMAIRE
- Question algérienne, Paul de Régla. — Développement intellectuel des races humaines, etc., Emile Dujon. — Chronique Niçoise, A. de Villeneuve. — Opéra Italien, ... Société d’hygiène de Lausanne, A. Raoux. — Bibliographie, Licencié Biblos. — Régates de Nice, ... — Le Devoir, ... — A travers la Bourse, Clovis.
- Le Directeur-Gérant : GODIN
- SAINT-QUENTIN
- Société anonyme du Glaneur, Grand’Piace, 36.
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- 4* ANNÉE, TOME 5 — N* 172 £e numéro hliomaiaire 20 c. DIMANCHE 25 DECEMBRE 1881
- LE WM -ilISll
- i
- BEVUE DES ' QUESTIONS SOCIALES
- BUREAU
- À GUISE (Aisne)
- Toutes les communications doivent être adressées à M GODIN Directeur-Gérant Fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE
- par Tenvoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France
- Un an. . . . 10 fr.»» Six mois ... 6 »» Trois mois . . 3 »»
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- on s’abonne A PARIS
- 5,r.Neuve-des-petits-Ghamps Passage des Deux-Pavillons
- S’adresser à M. LEYMARÏE administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
- J9k. W M M
- Le journal « LE DEVOIR » est envoyé gratuitement a titre d'essai.
- Si le journal n'est pas renvoyé après le 4e numéro, l'administration fait présenter une quittance d’abonnement.
- SOMMAIRE
- Questions sociales : Le congrès de la paicc et sa mis -sion. ~ Voyage autour du FamU stère IIe VI. i — Faits politiques et sociaux. •— Etudes antica tholiques III. — Les Incendies et Vincombustibilité devant le public. — Peinture et propagande (?) - Etat civil du Familistèie. — Bibliogra phie. — Variété.
- QUESTIONS SOCIALES (1)
- Le Congrès <ïe la paix et sa mission
- VII
- Le réglement de la paix étant par essence le point I de départ d’une politique sociale et populaire, il 1 entraîne nécessairement la révision de toutes les
- ! questions internationales, au premier rang des-
- quelles se trouve la liberté des échanges et de la circulation. Cn ne peut guère comprendre, en effet, que des nations amies et unies entre elles maintiennent des barrières portant entrave aux rapports que les peuples ont intérêt à entretenir.
- G) Voir le « Devoir » des 13, 20, 27 novembre, 4, 11 et 18 décembre 1881.
- Les péages de circulation, de laisser-passer, et toutes les taxes sur les marchandises ont été, à toutes les époques, des impôts perçus au détriment des faibles et pour le profit des torts.. Dans leur perception primitive ils ont eu le plus souvent le caractère de monopoles vexatoires et de spoliations au profit des dominateurs des différents pays dans lesquels ces péages étaient perçus. Aussi les échanges étaient-ils rares et la pauvreté était-elle grande. Car l’abondance pour les peuples résulte de l’affluence et de la vente des produits ; et cette affluence n’a lieu que par la facilité de circulation et l’absence d’impôts sur les produits allant d’un lieu dans un autre.
- Les douanes n’ont plus le caractère spoliateur des péages du passé, mais elles ont conservé les autres défauts de leur origine. Elles constituent dans chaque pays des privilèges au profit des trafiquants de l’industrie ou du commerce et au détriment des consommateurs, c’est-à-dire du peuple. Un certain nombre de grandes fortunes s’élèvent, dans chaque nation, à la faveur du monopole déguisé que les douanes créent à leur profit. C’est là une véritable plaie sociale qu’il faut guérir. Mais ce qui est plus grave, c’est que l’avidi é des privilégiés se développe en raison des avantages dont ces taxes les favorisent, et qu’à certains moments leurs prétentions d’exemptions et de prohibitions vont jusqu’à pouvoir mettre en conflit les nations entre elles. Qu’on établisse la liberté des échanges entre tous les pays., ces convoitises ne se produiront plus, et la paix entre les peuples ne sera plus en danger d’en souffrir.
- Ah, je sais bien que quelques intérêts vivant de ces privilèges auront passagèrement à se plaindre de
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- ces modifications. Mais ce sera pour alléger les charges du plus grand nombre et pour augmenter les avantages de la consommation générale. Les intérêts momentanément compromis seront vite remis en équilibre et les bienfaits de la liberté se feront alors sentir d’une façon universelle.
- La liberté des échanges, l’abaissement de toutes les barrières qui s’opposent encore au libre développement du travail et de l’industrie, est donc une œuvre qui doit compléter celle de la paix ; car elle nouera et cimentera l’union des peuples par des liens si intimes que la pensée de la guerre ne pourra pas plus naître parmi eux, qu’elle ne peut naître aujourd’hui de province à province au sein des nations.
- L’égoïsme national s’effaçant, les peuples se préoccuperont des progrès de la civilisation du monde et des grandes améliorations propres à développer leurs relations.
- Les traités transitoires de commerce sont donc une œuvre internationale de révision à opérer par le congrès, afin d’arriver le plus promptement possible à la suppression des causes d’antagonisme entre les Etats.
- Les douanes entre nations ont si peu de raison d’être que du moment où une nation change de limites, elle change en même temps ses bureaux de douane ; de sorte que si pour un instant on suppose l’unifioation de deux nations, les douanes se trouvent supprimées entre elles, pour le plus grand avantage économique des deux peuples. Entretenir des péages dans le sein de deux pays ainsi réunis serait absurde puisque ce serait revenir aux procédés du moyen-âge.
- Lorsque la Belgique faisait partie des départements français, on ne s’avisait pas de planter des douanes à Hazebrouck, Tourcoing, Baisieux, Blanc-Misseron, Feignies, Jeumont, Givet, Longwy, etc., etc., le commerce se faisait sans entraves jusqu’à Anvers, entre les pays du Nord et du Midi de la France.
- Il n’y a aucun intérêt pour les peuples à ce que les douanes aient été rétablies, au contraire, ils en ont payé le lourd tribut. Il n’y a eu d’avantages que pour les barons de la finance et les industries protégées qui, à l’aide des douanes font payer leurs produits plus chers aux consommateurs; ce qui fait que ceux-ci paient deux fois pendant que les capitalistes s’enrichissent plus vite et que les fraudeurs font fortune.
- Supprimez les douanes entre les nations, et aussitôt les classes ouvrières et l’industrie payeront leur comestible meilleur marché, les étoffes moins chères
- et toutes les denrées alimentaires seront plus abondantes. Le peuple et le travail seront allégés.
- Les gouvernants diront : Avec quoi équilibrerons-nous les budgets des Etats ? Avec la richesse réalisée, répondrai-je, et non avec celle qui est en voie de formation. Ne gênez pas celle-ci dans les évolutions du travail ; laissez-la librement s’épanouir ; évitez cette complication de rouages dans la fiscalité, i cette légion d’agents dont la mission a pour consé-! quence de paralyser l’activité utile des citoyens. Simplifiez tous ces procédés vexatoires de visites et de taxes qui ont pour effet de placer la liberté individuelle en opposition avec la loi. Laissez circuler librement les choses comme les personnes ; cherchez l’unification de l'impôt et abandonnez toutes les formalités qui gênent la libre activité des peuples et des citoyens.
- Je sais bien que cela soulève la grande question de la révision et de la transformation de notre régime fiscal, et que cela n’est pas fait pour être accueilli par les esprits paresseux qui ont peur de toute innovation et ne se sentent ni le courage ni la force de faire aucune recherche ni aucune découverte dans le champ des améliorations sociales.
- Etablir l’impôt de manière à opérer son unification, à en simplifier entièrement le mécanisme et la perception ; le faire supporter uniquement par la richesse réalisée en l’appliquant au capital et au revenu combinés ; voilà la voie à ouvrir pour ne plus assujettir les peuples ni les citoyens aux sujétions innombrables que le régime fiscal fait encore peser sur l’Europe et sur la France en particulier.
- Tout s’enchaîne dans le bien comme dans le mal ; c’est pourquoi la guerre étant le mal suprême, le régime qui la laisse en constante expectative maintient l’hostilité et la division entre les nations, et la séparation des intérêts entre les peuples. Mais c’est aussi pourquoi la paix étant la voie du souverain bien, son avènement aura pour conséquence de conduire les nations sur le terrain de toutes les réformes, bonnes et utiles.
- Les organisateurs de la paix en Europe ne voudront pas laisser leur œuvre incomplète et imparfaite à ce point qu'elle soit éphémère. Ils voudront asseoir cette œuvre sur des bases solides ; cette solidité n’existerait pas si le libre échange et la libre circulation entre les peuples n’étaient établis^ alors que la paix serait consentie.
- Aux luttes destructives de la guerre doivent succéder les luttes productives de la paix ; par conséquent lorsque celle-ci sera le régime constant entre les nations, c’est dans le champ du travail librement ouvert dans l’Europe entière que les rivalités natio-
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- nales se transformeront en émulations ; et c’est à créer toutes les choses utiles au bonheur et au progrès humain que s’emploieront toutes les forces de l’activité des peuples.
- La tâche constante du congrès des nations sera de chercher à faire disparaître une à une les causes d’antagonisme entre nations, et de chercher à créer de plus en plus les causes propres à les unir. Déjà la navigation du Danube est mise sous le protectorat de l’Europe. Il faut que toutes les autres voies de navigation et de transport soient placées dans des conditions encore meilleures.
- Il faut que les routes, les chemins de fer, les canaux, les fleuves et les mers soient francs et libres à la circulation universelle.
- En plaçant l’Europe sur ce pied, le congrès rendra les chances de guerre entre les peuples à peu près aussi difficiles à provoquer que celles de guerre entre provinces aujourd’hui.
- On verra, en effet, une fois la liberté industrielle et commerciale débarrassée des entraves que lui créent aujourd’hui les douanes, les relations entre les peuples prendre rapidement des proportions dont nos hommes d’Etat ne se font maintenant aucune idée.
- On sera surpris du développement inattendu que le libre-échange européen donnera aux affaires, et de la régularisation que ce nouveau régime apportera dans la production et la consommation générales.
- Car c’est une loi économique que les fluctuations, les crises et la détresse publiques se font de moins en moins sentir à mesure que la liberté d’agir et les marchés s’agrandissent. C’est le fait de la solidarité humaine : plus le cercle de l’accord et de l’entente entre les hommes s’élargit, plus ceux-ci sont forts et puissants contre le mal.
- Lorsque l’Europe vivait sous les divisions incessantes du régime féodal, la misère* la famine même accablaient les provinces. L’unification des nations a rendu, avec la paix intérieure, les famines impossibles. La fédération des nations et l’organisation de la paix en Europe seront le couronnement du bonheur des peuples.
- Rois et princes ! Ah si vous pouviez voir et comprendre tout le bien que vous réaliseriez en inaugurant la. paix perpétuelle en Europe, pourriez-vous encore vous laisser aller aux ambitions guerrières et aux vanités dominatrices. Combien ne devrait-il pas vous être plus agréable et plus doux de réaliser le bonheur des. peuples et de mériter ainsi la reconnaissance universelle.
- Mais le ferment de l’orgueil, la passion du despotisme, l’ambition de la domination ont-ils fini leur temps. Ne sont-ils pas au contraire sur le point de se déchaîner sur l’Europe pour l’accabler et l’abreuver une dernière fois des dégoûts que portent en leur sein toutes les haines du monde.
- Telle est l’alternative : la paix ou la guerre. Il faut que le monde se débarrasse de ce cauchemar qu’on appelle les armées permanentes, soit par la voie pacifique conseillée par la justice et la raison^ soit par l’excès même des malheurs que ces armées sont capables de faire fondre sur nous.
- Classes dirigeantes de l’Europe, et en particulier, vous, classes dirigeantes de France et d’Angleterre, à côté des rois et des princes et plus qu’eux encoré vous avez les destinées du monde entre les mains.
- Qu’en ferez-vous ? N’allez-vous pas vous perdre en vous enfonçant de plus en plus dans les voies tortueuses d’une politique sans autre issue' que celle d’un cataclysme européen. JPai peur d’une telle fin pour vous. Mais il m’est plus agréable de prévoir par quelles sages mesures un congrès des puissances européennes nous éviterait ces malheurs.
- C’est ce que je vais chercher en traçant le protocole des travaux d’un tel congrès.
- [A suivre). GODIN.
- VOYAGE AUTOUR DU FAMILISTÈRE
- | DEUXIÈME PARTIE
- I VI
- | Dans l'industrie du fondeur l’art du mouleur joue | un rôle très important, et l’on peut dire qu’il en est | des branches essentielles. Ce sont néanmoins I deux métiers bien différents, quoiqu’étroîtement fiés
- • ensemble, et l’on peut être un excellent fondeur très
- * versé dans tout ce qui concerne la mise en fusion des i métaux, et ne rien entendre aux diverses opérations j du moulage. De même- l’on peut être un mouleur Je ? premier ordre, sans rien connaître aux travaux de
- la fonderie proprement dite. Cela ne veut point dire qu’il n’y ait pas des ouvriers également au courant des deux parties, et 1 on en rencontre souvent, surtout dans les petites industries dont le personnel ne peut pas être nombreux. Mais dans les .grandes ex-: ploitations, les deux spécialités sont bien distinctes et les attributions des uns et des autres parfaitement définies.
- Il y a des chefs d’industrie qui s’attachent avec un I soin jaloux à maintenir chez eux cette déliinitatibn I stricte entre les diverses spécialités, et an négociant
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- parisien me citait un jour une grande maison de Berlin, où l’on a bien soin que chaque ouvrier non seulement n’ait qu’une spécialité, mais encore une spécialité dans cette spécialité. Ainsi, l’on s’arrange, dans cette usine, pour que le travailleur ne puisée se servir que d’une seule couleur, pour les chromolithographies qui en demandent beaucoup, et qu’il soit absolument incapable d’en appliquer d’autres,it ce procédé se continue de la sorte de génération en génération. Les patrons égoïstes et intéressés trouvent à cette manière d’agir un double avantage, savoir: L’ouvrier, rendu ainsi incomplet, n’ayant point de chance de trouver à s’employer ailleurs, est forcé de rester attaché à la maison, et d’un autre côté, bien rompu, par l’nabitude constante, à cette besogne unique, il peut produire mieux et plus qu’un autre. Or, comme pour la plupart des industriels, l’homme n’est guère qu’une machine plus docile et plus intelligente, qui n’a d’autre valeur en soi que celle de sa production, on comprend que cette dernière considération pèse d'un grand poids dans la balance.
- C’est à des raisons de cette nature qu’est due en partie la délimitation des spécialités dans la plupart des exploitations industrielles. Bien des gens d’ailleurs ont l’intime conviction qu’un homme très entendu et très habile dans une carrière est incapable d’avoir ou d’acquérir une compétence aussi grande dans une autre, malgré les innombrables exemples ou contraire que l’histoire nous offre. Cette délimitation a des inconvénients graves pour les hommes, parce qu’elle les empêche d’étendre leurs aptitudes et leurs connaissances en dehors d’un cercle parfois très restreint, mais au point de vue de la production industrielle elle a d’incontestables avantages. Dans l’usine que nous visitons en ce moment, ce principe n’est point appliqué d’une manière absolue, car dans certains ateliers il y a des permutations constantes avec des travailleurs d’ateliers différents,et ces permutations sont pratiquées dans l’intérêt de la santé des ouvriers que certaines spécialités pourraient compromettre par un trop long exercice, et aussi dans l’intérêt de leur position qui se trouve d’autant mieux assurée, qu’en cas de chômage d’une des parties, leurs aptitudes leur permettent de trouver’à s’occuper dans une autre. On retrouve dans cette mesure de prévoyance et de sage sollicitude pour les travailleurs, le sentiment qui a présidé depuis sa fondation à toute l’organisation du Familistère et de l’Usine.
- Nous avons déjà parlé de la fonderie, et nous aurons probablement occasion d’en reparler encore, aussi nous faut-il aujourd’hui visiter l’atelier spé-
- | cial à la confection des moules pour le moulage des I produits. Après avoir vu l’atelier des modèles, ou l’on construit, soit en plâtre, soit en métal les types nouveaux que l’on veut fabriquer, après avoir rendu visite à celui de l’outillage, il semble logique devoir l’atelier ou se préparent les matrices,dans lesquelles le métal en fusion viendra prendre la forme qu’on veut lui donner.
- Dix à douze grandes halles portées sur colonnes reliées entre elles, éclairées par le haut, tout autour desquelles régnent des établis à compartiments scellés dans les murs, et à portée de chaque travailleur des tas de sable de diverses sortes, malaxés plus ou moins fins, purs ou mélangés de poussière impalpable de charbon ou de houille. G est, en effet, le procédé que dans la fonderie on nomme le moulage au sable vert que l’on emploie le plus généralement ici. Le milieu de l’atelier est rempli de châssis,de moules prêts à recevoir la fonte ou qui en sont déjà remplis, de moules en préparation, de toutes sortes d’accessoires à portée de la main, que l’ouvrier trouve à point nommé. Chaque mouleur, à sa place, tasse fortement le sable dans le châssis, tout autour de la pièce à mouler, le retourne pour recommencer l’opération en sens inverse, et lorsqu’il a terminé et enlevé l’étalon, unit avec la spatule ou la truelle les parties planes, ou avive les arêtes, tandis que circulent autour d’eux les hommes chargés des louches pleines du métal fondu, lumineux comme une bougie Jabloskoff, qu’ils versent dans les moules tout disposés à terre. Le liquide s’engouffre en pétillant dans l’oriflce ménagé pour le recevoir, et il circule partout ou il trouve un passage, ce qui l’oblige à ne point dépasser les limites que la volonté de l’ouvrier lui a tracées.
- A Madrid, les jours de courses de taureaux, quelques heures avant la représentation, on enferme chaque animal dans une loge sombre où le jour ne peut pénétrer que par la porte. Au moment où il doit entrer dans l’arêne, on ouvre cette porte qui donne accès sur une suite de couloirs dont le jour est ménagé de façon à ce que la brute marche toujours devant elle, la largeur de ces allées ne lui permettant point d’ailleurs de revenir en arrière. Le taureau est forcément amené de la sorte à la porte du toril, sans possibilité de dévier à droite ou à gauche.
- C’est ainsi que le métal incadescent a sa route tracée qu’il est contraint de suivre, et qu’il remplit avec une docilité imposée toutes les cavités qu’on lui a ménagées dans le sable dont est formé le moule. Il y pénètre en bouillonnant et en chassant violemment l’air dont les gaz décomposés s’échappent en bulles fumantes, et après avoir ainsi fait place nette,
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- il s’y installe paisiblement pour prendre en refroidissant la forme définitive qu’il doit avoir.
- Comme dans notre visite, c’est surtout le côté pittoresque et poétique et nullement la partie technique qui nous intéresse, nous n’entrerons point dans les détails des diverses opérations de cette partie du travail de l’usine. Nous n’avons point besoin de savoir que les sables employés pour le moulage doivent être à la fois un peu argileux et un peu siliceux, que le sable exige qu’on l’emploie sans trop d’humidité, qu’on tire de l’air dans les moules, qu’on coule le plus grand nombre d’entre eux en sable vert, que d’autres au contraire doivent être éluvés et complètement secs, et enfin qu’il faut, suivant la qualité des sables et le volume des modèles, mêler au sable vert, en proportion plus ou moins grande, de la houille broyée et tamisée, qui sert à faire décaper les pièces et à favoriser le dégagement du gaz, et lorsque le mélange est trop gras ou pour les petits objets délicats, y ajouter du poussier de charbon de bois, à la place de la poudre de houille.
- Disons pourtant en passant que les sables ne doivent être ni trop humides ni trop secs pour être d’un emploi plus facile, parce qu’ils donnent des parois plus nettes, et que les modèles s’enlèvent plus aisément sans arrachures.
- Comme towtes les pièces qui se fabriquent dans l’usine sont fines et délicates de forme, on est obligé d’employer des châssis en deux ou plusieurs parties. Ces parties de châesis sont en bois épais, réunies par des crochets. Lorsqu’on emploie le modèle en plâtre pour faire le moule destiné à créer le modèle, il faut ensuite le tirer d’épaisseur, ce qui se fait en enlevant sur la partie qui reproduit l’objet en creux, la quantité de sable nécessaire pour laisser entre cette partie et celle de l’empreinte en relief l’espace voulu pour donner au moule l’épaisseur désirée. C’est un travail minutieuxet difficile, qui demandeunegrande sûreté de main et beaucoup d’habitude. C’est avec ce moule primitif que se fait en métal la pièce nommée l’étalon, qui sert ensuite à la formation des modèles pour l’exécution des moules ordinaires.
- Le moule se fait en appliquant dans le centre de la partie inférieure du châssis, sur une épaisse couche de sable, la pièce à mouler. L’ouvrier remplit de sable dans les conditions voulues les interstices entre les bords du châssis et l’objet, et il presse le sable à coups de refouloir, de façon qu’il soit bien tassé et forme une masse compacte et homogène. Cela fait, il renouvelle l'opération en sens contraire dans l’autre partie de châssis, et il obtient ainsi la double empreinte en creux et en saillie dont l’ensemble constitue le moule. Lorsque toutes les parties de châssis
- Isont bien foulées à point, il démoule, en enlevant avec soin la pièce, et il remonte les châssis pour servir au coulage de la fonte.
- Quelques minutes suffisent au métal pour passer de l’état liquide à l’état solide, et lorsqu’on le retire du moule en brisant son enveloppe de sable, il apparaît sous la forme d'un objet d’un gris métallique brillant, reproduisant parfaitement jusqu’aux moindres détails d’ornementation du modèle, nervures, cannelures, courbes élégantes, dentelures, grillages, voussures, etc., avec d’autant plus de précision et de netteté que le travail est plus délicat.
- On ne s'imagine point, lorsqu’on n'en a pas été témoin, les merveilleux résultats que I on obtient par le moulage ainsi pratiqué. Les ouvrages les plus compliqués, les plus minutieux sortent purs et bien exécutés comme si on les eût façonnés à la main, et peut-être mieux encore. Il y a, par exemple, des chambranles artistiques de cheminée que l’on dirait sculptés au ciseau, lorsque l’émaillage est venu leur donner l’apparence du plus beau marbre. Ils sont ornés de découpures à jour d’une finesse extrême et d’un travail exquis. D’autres présentent des dentelures ou des grillages aux dispositions tellement délicates que l’on se demande comment il est possible de les produire au moyen d’un moule en sable, et qu’après s'en être convaincu de visu, on se dit que rien ne parait désormais irréalisable dans ce sens à l’Industrie poussée à ce degré de perfection.
- En présence de ces progrès accomplis, le philosophe, reportant sa pensée sur la marche de l’humanité à travers les âges, constate que chaque génération réalise quelque nouvelle conquête, qui se traduit par une prise de possession de quelqu’une des forces de la nature qui l’aide à faire un pas en avant dans cette voie féconde. C’est ainsi que la chaleur sous ses mille formes, la lumière dans ses applications diverses, l’électricité avec ses puissants efîets ont été successivement transformées en utiles auxiliaires de i’homme pour dompter la matière et les éléments, et les soumettre à sa toute-puissante volonté. Par la vapeur et le télégraphe électrique, il a supprimé les distances, par la judicieuse application des lois naturelles de la physique, de la chimie et de la mécanique, il métamorphose les substances les plus rebelles à son action, et il en arrive ainsi à modifier radicalement les conditions de son existence.
- Ainsi chaque siècle profite des conquêtes et des découvertes des siècles qui l’ont précédé, et ajoute le fruit de ses propres travaux au produit des travaux de ses devanciers. Ainsi l’humanité améliore et perfectionne ses moyens d’action sur la matière, et transforme en progressant les éléments de la vie. Le
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- progrès moral suit forcément le progrès matériel, mais sa marche est plus lente et plus embarrassée, parce qu’en multipliant les sources de jouissance et de bien-être, le progrès industriel rend aussi plus nombreux les besoins et les appétits déréglés de l’homme. Trouvant plus de moyens de satisfaire ses passions, il s’y livre plus facilement, et comme, suivant l’expression d’un poète, s’il est borné dans ses désirs, il est infini dans ses vœux, il éprouve en avançant une soif nouvelle du beau et de la perfection qui le pousse sans cesse à la recherche du progrès.
- Améliorer les conditions de l’existence physique est donc une partie, mais une partie seulement de la mise en pratique de la loi fondamentale du progrès ; pour l’accomplir toute entière, il faut travailler aussi à l’avancement moral de l’humanité, et ce sera une des plus pures gloires de notre siècle de l’avoir mieux compris que ses devanciers, et de s’être mis à l’oeuvre pour y arriver.
- (A suivre).
- FAITS POLITIQUES & SOCIAUX DE LA SEMAINE
- La IL.igg'ue «le La paix ©t l’asisoel^tio» pour l’avancement des sciences sociales.
- — La Ligue de la paix et de la liberté a récemment adressé la lettre suivante à M. Rouvier,ministre du commerce de la République française. Elle avait quelques jours auparavant écrit dans les mêmes termes et pour le même objet à M. Gamhefta, ministre des affaires étrangères.
- Genève, 27 novembre 1881.
- Monsieur le Ministre,
- Nous avons eu l’honneur d’appeler plusiëurs fois l’attention de M. Tirard, votre prédécesseur, sur l’utilité d’introduire dàns les traités de commerce qui se négocient entre la République française et la plupart des gouvernements de l'Europe, une disposition stipulant que les difficultés sur l’exécution des traités seraient vidées parla voie de l’arbitrage.
- Permettez-nous de faire auprès de vous la même insistance.
- A nos yeux et aux vôtres, nous l’espérons M. le ministre, la principale utilité de cette disposition sera de faire passer dans la pratique internationale l’application d’un principe qui tôt ou tard amènera le désarmement.
- Nous pouvons vous donner l’assurance quo la France rencontrera des dispositions favorables chez plusieurs des peuples avec lesquels elle négocie : en Suisse par exemple, en Angleterre, en Hollande, probablement en Italie et en Belgique.
- Yeuillez agréer, Monsieur le ministre, l’assurance de nos sentiments de profonde considération,
- Ch. Lemonnier.
- L'Association pour l'avancement des sciences sociales a tenu eu octobre dernier, à Dublin, sa session annuelle et, sous la présidence de M. Miller, une des sections de cette assemblée s’est spécialement occupée de l’Arbitrage international. Trois mémoires ont été présentés, lus et discutés, l’un par sir Sherston Baker, un autre
- par M. Arthur de Mareoartu, le troisième par M. E. Car-micaël.
- M. Sherston Baker ne combat point l’idée de l’arbitrage en elle-même, mais il nie que cette idée puisse et même doive recevoir jamais d'autres applications que celles qui en sont faiies de temps à autre, à certains cas particuliers : querelles su.venues entre pêcheurs de diverses nations; questions de frontières à déterminer* indemnités à fixer pour certains dommages. Le fameux arbitrage de l’Alabama n’était, au fond, malgré l’importance de la question, que le règlement d’une indemnité que les Etats-Unis réclamaient de la Grande-Bretagne. M. Sherston Baker ne désapprouve pas ces arbitrages qu’il appelle particuliers. « private », mais la question proposée à i’Assemhlée de Dublin était plus haute et plus générale, elle visait l’Institution permanente d’un tribunal des nations, c’est-à-dire la création d’une Juridiction internationale ; or M. Sherston Baker nie non-seulement la possibilité mais jusq’uà l’utilité d’une telle institution, ilia croit même dangereuse. Là-dessus il s’étend en longues et vives critiques, mais ces critiques fondées pour la plupart, ne frappent en réalité que le fameux projet de paix perpétuelle de l’abbé Saint-Pierre et les imitations qui en ont été faites. M, Sherston Baker mentionne Bentham et Kant,mais il ne paraît point connaître le projet publié en 1814 pat Saint-Simon ni même avoir bien compris Kant. Ses objections, très fortes assurément contre i’abbé de Saint-Pterre, passent tout simplement à côté de l’idée d’une Fédération républicaine de peuples, idée produite par Kant dans son admirable Essai, condensée par Gattaneo et par Victor Hugo dans cette énergique et brève formule : les Etats-Unis d’Europe ; idée reprise, suivie et développée depuis quatorze ans par notre Ligue, dont M. Sherston Baker ne semble point avoir connu l’existence.
- L’écrit de M. E. Carmicaël ne contient au fond rien qui ajoute aucune force aux objections faites par sir Sherston Baker; on y voit seulement que l’auteur a eu quelques connaissance de la formule de Gattaneo et de Victor Hugo, puisqu’il traite de vain rêve l’idée de constituer les Etats-Unis d’Europe.
- Il y a peu de chose à dire de la note lue par M, de Mareoartu; elle est favorable à l’arbitrage, et elle reproduit pêle-mêle la plupart des propositions faites jusqu’ici pour amener une application plus générale de ce principe, mais elle laisse entières les objections faites par M. Sherston Baker. C’est qu’avant tout M. de Mar-coartu tient pour la monarchie; il a peur de la République, et cette peur le retient dans la vieille et naïve école de l’abbé de St-Pierre ; il se borne en réalité à faire des vœux innocents mais vains pour l’établissement d’une Haute Cour et d’une Loi internationale, sans comprendre que pour que ce vœu se réalise il est une condition préalable et nécessaire, la formation d’une Fédé^-ration de peuples. Il faut louer cependant M. de Mar-coartu d’avoir mentionné et même recommandé dans sa note La négociation et la conclusion de traités d’arbitrage permanents entre peuples, dont nos Gougrès de Genève ont donné le projet et la formule en 187g et eu 1874.
- Dans la discussion qui s’est ouverte sur les conclusions des trois mémoires présentés à l’assembTée,M. D. Dudley-Field, qui a IuLmême publié il y a six ou sept 4ns un excellent projet de code international, a fait de très bonnes réponses aux objections de M. Sherston Baker. Cependant, en reconnaissant qu’il y a des questions que leur nature ne permet point de soumettre à l’arbitrage, il a poussé trop loiu la concession quand il a paru ranger dans cette catégorie toutes les questions qui touchent à l’existence à la souveraineté, à la sécurité des nations. Il est très vrai que sur de telles questions il n’y a poiqt de compromis possible, et qq’ep l’état actuel elles ne peuvent guère, quand elles s’élèvent, être vidées que par la force; mais c’est précisément cette considération qui montre qu’que juridiction internationale ne peut vraiment s’établir et durer que par l’institution préalable d’une Fédération dont la constitution aurait été discutée,débattue et ^paiement consentie Ubr§m#nt
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- par tous les peuples qui la composeraient. En effet, l’objet de cette Fédération serait précisément de garantir et de rendre inviolable l’existence, la souveraineté et l’autonomie de chacun de ces peuples. Voilà ce que M. Dudley-Fieid n’a point vu, ou plutôt ce qu’il n’a point voulu voir et peut-être osé dire.
- *
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- Le Congrè» ouvrier de Paris. — Autant les congrès précédents avaient été excessifs, violents, révolutionnaires, autant celui de Paris a été modéré, scientifique, pratique.
- Ce n’est pas, toutefois, que toutes les résolutions votées soient de véritables solutions ; en économie sociale, il ne peut y avoir de solution définitive et immuable, par la raison bien simple que la civilisation est un éternel recommencement de générations ascendantes. <
- Voici le texte de ces résolutions :
- Appel à tous les travailleurs pour se grouper en chambres syndicales, car les syndicats professionnels sont appelés à émanciper les classes laborieuses;
- Abrogation de toutes les lois qui paralysent leur existence (des syndicats), particulièrement des articles 291, 292, 293 et 294 du Gode pénal ;
- Fédération de toutes les chambres syndicales;
- Suppression des bureaux de placement et agences intermédiaires, et prompte réorganisation de ces bureaux par les chambres syndicales;
- Formation de commissions mixtes, composées de patrons et d’ouvriers, chargées d’aider les conseils de prud’hommes dans leurs travaux, et de fixer le prix du travail, afin d’empêcher les grèves ;
- Suppression de renseignement religieux dans les écoles ;
- Laïcité, obligation et gratuité de l’instruction primaire;
- Instruction secondaire accessible aux enfants du peuple, par la gratuité, après concours;
- Gratuité des fournitures scolaires;
- Création d’écoles professionnelles dans toutes les communes ; j
- Maintien du contrat d’apprentissage jusqu’à ce que ; l’apprenti relève des chambres syndicales ou des écoles professionnelles;
- Maintien du travail à la tâche et à la journée;
- Etablissement, par l’Etat, de commissions chargées de veiller à la sécurité et à la salubrité des ateliers ;
- Coopération par la fédération des chambres syndicales ;
- Etablissement de caisses de retraites gérées par les chambres syndicales et subventionnées par l’Etat;
- Le congrès a rejeté, comme sortant de ses attributions, une motion demandant l’abrogation de la loi sur la société l’Internationale des travailleurs.
- *
- ¥ *
- La situation à la Martinique. — M. de
- Lareinty a adressé jeudi au ministre du commerce et des colonies une question au sujet des événements qui se sont passés à la Martinique au mois de juillet dernier, et s’est fait l’organe des inquiétudes de la population blanche de la colonie. M. Rouvier a répondu que la situation ne présentait actuellement -rien d’inquiétant dans l’ile. En effet, aucun désordre matériel n’est signalé ni ne paraît à craindre; cependant la situation n’est point bonne, au moins au point de vue moral ; de profondes divisions existent parmi les habitants; l’esclavage a laissé derrière lui des antipathies violentes ; cette plaie honteuse a disparu, mais elle a comme empoisonné pour longtemps encore l’existence de nos Antilles.
- Il faut remonter un peu haut pour comprendre les passions des partis à la Martinique. En 1738, 111e, colonisée depuis un siècle, comptait 15,000 blancs et 45,000 noirs. C’est le plus haut chiffre que les blancs aient jamais atteint, depuis ils n’ont fait que diminuer. Dès cette époque, on voit se former, entre les maîtres et les esclaves, une classe intermédiaire, résultat des rapports
- des deux autres, celle des mulâtres affranchis. « Les femmes adoucissaient les rapports entre les deux classes, dit le docteur Rufz, dans une remarquable étude sur les populations martiniquaises. Si l’intérêt des colons, si l’opinion publique étaient contraires à l’affranchissement, le sentiment intime de chacun combattait cette opinion, la nature reprenait son empire dans le secret des cœurs, et, comme les mœurs permettaient une sorte de polygamie, l’homme libre tenait naturellement à ce que son sang fût libre : c’était une sorte de luxe que le nombre des bâtards. »
- En 1848, au moment de l’émancipation des noirs,cette classe intermédiaire avait singulièrement progressé en nombre. La population ôtait composée de 9 à 10,000 blancs, de 36,000 hommes de couleur, c’est-à-dire mulâtres, et de 75,000 noirs. L’impossibilité où les femmes noires esclaves étaient de résister à leurs maîtres, la fierté que les femmes de couleur libres ressentaient à se rapprocher des blancs avaient produit des mœurs dont on se fait difficilement une idée. Sur 1,000 naissances, 725 étaient illégitimes ; et, comme une pareille insouciance du mariage ne saurait se corriger en quelques années, aujourd’hui môme c’est à peine si cette énorme proportion s'est abaissée d’un huitième. L’émancipation modifia encore les chiffres des divers éléments de la population. Beaucoup de blancs retournèrent en Europe ou émigrèrent dans les deux Amériques On n’en compte plus aujourd’hui que 5 à 6,000, et les mulâtres, qui ont plus d’enfants que les blancs ou les noirs purs, sont devenus prépondérants par le nombre.
- Comment ces trois catégories d'habitants se comportent elles les unes envers les autres? Voici ce que dit à ce sujet un journal de la fraction blanche, le Propage teur du21 septembre dernier : « La population noire est bonne, naturellement douce, laborieuse, très disposée à écouter les sages conseils, désireuse de constituer chez elle la famille et d’arriver, grâce à ses épargnes, à former ici une classe honorable de petits propriétaires. Si cette population suivait son penchant naturel, elle serait portée à avoir pour la classe blanche une réelle affection, car ce sont les blancs pour la plus grande partie qui lui donnent du travail, qui, dans les occasions difficiles, lui prêtent assistance, et, sur les propriétés rurales, c’est chez les familles blanches qu’elle irouve et secours et soins en cas de maladie, (jue l’agriculture soit prospère et l’aisance des propriétaires rejaillira sur les travailleurs. Noirs et blancs doivent avoir les mêmes intérêts, et le démon de l’envie n’a pas à venir troubler leurs bonnes relations. La colonie serait donc tranquille et heureuse si la classe de couleur, oublieuse de son origine et animée d’une haine inexplicable contre la classe blanche, ne s’était donné pour mission de faire passer celte haine dans le cœur de la classe noire. »
- Examinons comment est née cette haine. Dès qu’elle commença à se former, la classe de couleur fut tenue à un rang inférieur dans la hiérarchie sociale; une vieille ordonnance du siècle dernier défendait d’appeler les affranchis sieur ou dame. Le inonde blanc leur resta toujours fermé, et quand l’émancipation lui eut enlevé ses privilèges, il n’en mit que plus d’amour-propre à ne pas se confondre avec la classe que la loi rendait son égale. « La liberté et l’égalité peuvent se décréter, dit le journal que nous venons de citer, mais le fraternité ne s’impose pas. » Au dire de M. Meignan, les créoles du Fort-de-France passent leur temps à dénigrer sinon à insulter les hommes de couleur sans prouver en quoi que ce soit leur supériorité. 11 est bon de remarquer que cet auteur est légitimiste et clérical, c’est à-dire tout dévoué aux créoles blaucs dont il a récemment soutenu la cause dans le Français,
- Les blancs tinrent donc la classe de couleur à l’écart, et comme ils ne pouvaient pas d’un côté se séparer d’elle au point de vue social et de l’autre lui demander ses voix dans les scrutins publics, ils renoncèrent complètement à la vie politique. Cependant ils étaient en trop petit nombre pour pouvoir ,se passer complètement du reste de la population. Laissons parler encore M. Meignan; cette citation achèvera le tableau des
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- moeurs de la Martinique: « Ou ne peut pas dire, à lia védté, qu’à la Martinique, les mulâtresses forment réellement une société pouvant être comparée à ce qu’était autrefois la société des femmes européennes ; mais comme ces dernières n’ont plus été en assez grand nombre depuis quelque temps pour former, à proprement parler, ce qu’on appelle un monde; comme les blancs, s’ils n’avaient pas fréquenté les mulâtresses, auraient été obligés de vivre dans un cercle excessivement restreint et presque exclusivement composé d’hommes; comme ces mulâtresses, d’ailleurs de commerce fort agréables, ont été fl>ttées de ce rapprochement de la race blanche, il est arrivé que les hommes ont peu à peu fréquenté des femmes de couieur, d'où il résulte un mélange nouveau formant maintenant, n’en déplaise aux quelques rares femmes blanches qui habitent encore Fort-de France, la véritable société de la ville. Cette s iciété est en réalité bâtarde, puisqu’elle est composée de gens d'oiigiues et de positions sociales absolument différentes, puisque le mariage n'iuteivient jamais, mais el e u en existe pas moins an grand jour, aucune autre so iétê ne pouvant lui porter ombrage. La mulâtresse d’ailleurs possédait toutes les qualités nécessaires pour parvenir à ce rapprochement; ede est bonne, douce, tendre, surtout joviale, et ceia indéfiniment jusqu'à l’âge mûr et à la sénilité. ®
- Ainsi les blancs ne peuvent constituer une société ni parmi eux, puisqu’ils ne sont pas assez nombreux, ni avec le concours de la race de couleur, puisqu’ils ne veulent point l’admettre sur le pied de l’égalité. Tandis que l'amour propre continue à les tenir éloignés des mulâtres, la force des choses les enlraîne vers les mulâtresses. Beaucoup de mulâtres sont aujourd’hui riches et grands propriétaires à leur tour, ils possèdent plus de la moitié de la terre dans la partie sud de l’iîe. ils ont fait les plus louables efforts pour organiser l’instruction parmi eux, ils envoi nt leurs enfants compléter leurs études dans la métropole, ces enfants deviennent avocats, magistrats, fonctionnaires, officiers, au même titre que les créoles blancs; tant qu'ils sont en France, où le préjugé de couleur est tout à fait inconnu, ils vivent dans le monde sur le pied d’une parfaite égalité sociale; quand ils reviennent au pays natal, ils retrouvent ce préjugé qui leur interdit de vivre dans une société pareille à celle qu’ils viennent de quitter. Deux camarades de collège, si l’un est blanc et l’autre m -là re, devront cesser leurs relations en rentrant à ia Martinique, une blanche qui épouse un mulâtre se met au ban de la société, un blanc qui épouse une mulâtre.-se ne pourra point conduire sa femme chez ses amis. La ligne de démarcation entre les deux sexes se continue jusque dans les réunions. Le cercle blanc de Saint-Pierre ne reçoit pas de mulâtres.
- ANGLETERRE
- La catastrophe de Canonbury. — Un
- terrible accident de chemin de fer est arrivé samedi, à midi, à quelque distance de Londres, près de Canon-bury, sur ia ligne de Finsbury.
- Cette ligne, qui dessert la banlieue de Londres, a un trafic considérable; les trains s'y succèdent de cinq en cinq minutes. Or, un train très chargé de voyageurs, se rendant à Alexandra-Place, avait été signalé !>ur toute la ligne. Ce train, engagé sous le tunnel entre Finsbury et Highbury (1,200 mètres), filait avec une vitesse de 32 kilomètres à l’heure, quand tout à coup quatre voitures quittèrent les rails et entraînèrent successivement les suivantes.
- Ce premier accident ne présentait pas une extrême gravité quand un accident inattendu vint en faire une véritable catastronhe.
- Un train arrivant de Londres se précipita brusquement sur les voitures couchées plus ou moins sur la Lgne, et sur les voyageurs effarés qui se relevaient ou se sauvaient. Puis, presque au même instant, et comme si ce n’était pas assez de cette double fatalité, un troisième train pénétra dans le tunnel avant que la ligne pût être barrée.
- Une scène atroce s’est alors produite.
- Trois ou quatre cents personnes affolées se bousculaient, se heurtaient aux parois latérales du tunnel, brûlées par la vapeur s’échappant des trois locomotives brisées.
- Le nombre des morts n’est pas encore connu; on ignore aussi celuidas blessés, qui doit être considérable.
- On a déjà retiré quatorze cadavres, et on compte plus de soixante personnes grièvement blessées ou contusionnées.
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- Le Daily News du 15 raconte qu’un garçon de labour nommé William Dimmock, employé à^Iiatfield-Hou.e propriété du marquis de Salisbury, a été tué en touchant les fi s conducteurs servant à 1 éclairage électrique de la résidence du noble lord. Le système d’éclairage se compose de 117 becs d une force de îè chevaux-vapeur.
- Une scieiie dépeudaut de la propriété est reliée à cette dernière par deux fils électriques servant à l’éclairage, et uu troisième fil communique avec lu téléphone Ces fils sont fix s près du coâteau, au mur du jardin, à une hauteur de trois pieds environ. Dimmock était occupé dans le jardin avec les ouvriers qui posaient un nouveau fil pour le téléphone et fui envoyé à une certaine distance pour mettre eu ordre le fil qui s’était tordu au coin d’un mur. Toula coup, les ouvriers entendirent le passage du courant dans les fils, et, ne voyant pas revenir leur compagnon, se rendirent a l’endroit où il avait éié envoyé et le trouvèrent étendu sans vie.
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- La situation ne change point en Irlande ou plutôt elle s’y aggrave. Les a Home Rulers » succèdent à la Ligue agraire Les crimes agraires, pour lesquels ou a dû faire uu néologisme, abondent. Une petite île voisine du comté de Cork, l’île deDursey, s’est quasiment i o-urgée. Les fermiers qui 1 habitent ne veulent payer aucun fermage, et refusent de laisser aborder les troupes et la police anglaise. Ils parlent de se faire une ceiuture de torpilles, et il est question d’envoyer contre eux des vaisseaux de guerre. De leur côté, les fermiers écossais se remueut. Ils ont tenu dans la ville d’Aberdeen un grand meeting où 2,000 délégués représentaient, dil-ou, 40,000 fermiers. Ils demandent : une réduction de fermage, UDe indemnité pour tout fermier sortant, propoi-tionnelle à l’amélioration des terres, des facilités pour ia vente et l’achat des immeubles ruraux.
- ÉTATS-UNIS
- lL.*acci<ïeiit de Pittsbourg. — Les catastrophes se mulliplifnt depuis quelque temps d’une façon véritablement effrayante.
- Une dépêche de Washington (Amérique), annonce qu’un violent incendie s’est déclaré tout à coup, vendredi soir, près de Pittsbourg, dans une pension d ouvriers.
- Sur 43 personnes qui étaient dans la maison, 20 ODt péri.
- On n’a pu jusqu’ici retrouver que dix cadavres.
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- Les Américains avaient beaucoup de femmes médecins, quelques-unes avocats, mais seulement une notaire et deux architectes. Mlle Gillett vient d’ètre nommée notaire dans le district de Colombie et Mlle Margaret Hicks, élève de l’université de Gurnell, vient de se faire architecte.
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- Les prêtresses au dix-neuvième siècle.
- Les journaux américains annoncent que Mlle Myra Kingsbury vient d’être désignée comme desservant de l’église de Sheshesqui, en Pensyivanie.
- Elle était déjà chargée aupaiavant d’une paroisse dans l’Etat de Yermont.
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- Une petite Bépnbliqne. — Il Secolo nous donne des nouvelles de la République de Saint-Marin, il lésa puisées dans le journal local, car Saint-Marin a son journal. Elle prospère, eüe se développe la petite République fière de la liberté dont elle jouit malgré tou-* tes les plaisanteries de ceux qui rient volontiers de sa petitesse. Si petite qu’elle soit, elle a su se faire respecter par les puissances d'autrefois et d’aujourd’hui. Le car linal Alberoni. l’apprit à ses dépens lorsqu’on 1739 il en fut chassé à coups de pierres. Le premier Bonaparte connut sa üerté lorsqu’e.le eut en 1797 la prudence de refuser une augmentation de territoire. On n’a pas oublié qu'il y a quelque temps des banquistes voulaient établir à Saint-Marin une maison de jeu, le peuple résista. Le journal de la République nous apprend aujourd’hui qu’un certaiu Malpoli, général de la milice de la ville, qui avait été le promoteur de l’entreprise, vient d’ètre condamné à huit ans de prison. Voilà donc une petite République qui fait paraître une honnêteté que ne montre point le petit prince de Monaco, protecteur et croupier des banquiers de Monte-Carlo dont il partage les sales bénéfices.
- ALLEMAGNE
- La Gazette de l'Allemagne du Nord avait apporté ces jours-ci un soin tout particulier à annoncer que le prince impérial et ses fils rendaient visite au chancelier, marquant ainsi indirectement mais nettement que le priuee impérial était, contrairement aux bruits qui avaient couru, d’accord avec la politique suivie par M. de Bismarck. v
- Le correspondant berlinois de la Gazette (allemande) de Metz annonce aujourd’hui qu’après en avoir délibéré avec le chancelier, l’empereur a décidé que le prince impérial sera appelé à l'avenir à prendre part a toutes les discussions importantes au sein du gouvernement. M. de Bismarck aurait convaincu l’empereur que la gravité de la situation intérieure de l’empire exigeait que le prince appelé à prendre la succession du souverain dans un avenir plus ou moins prochain prît dès à prê-enl une part de responsabilité dans la direction des affaires et assuiâl ainsi des maintenant la continuité nécessaire dans celte direction.
- Rétablir le pouvoir temporel, reprendre Rome aux romains, rendre au pape la ville et sa banlieue, tout au moius le château Saint-Ange et le Traustévère, écraser l’œuf républicain dans l’Ilalie aplatie et avilie, tenir en laisse le roi Humbert devenu le premier geôlier du peuple, faire ces choses impunément, de complicité avec l’Autriche, avec l’assentiment de la Russie, d'accord avec l Espagne, à la barbe de l’Angleterre empêchée en Irlande, sous le nez de la France enchevêtrée en Tunisie, à la grande stupeur de la Hollande, de la Belgique, de ta Suisse, du Portugal et des autres petits peuples, telle est la menace, la feinte, et, qui sait? le rêve peut-être que M. de Bismaick et les journaux qu’il soudoie ont, cette semaine, fait entrevoir à l’Europe. Mais M. de Bismarck ressemb e à la seiche, il trouble volontiers d’encre les eaux dans lesquelles il nage. C’est son mode de défense, c’est aussi sou mode d’attaque Quui qu’il eu soit, dessein arrêté, tactique, manœuvre, il y a certainement, comme dit le proverbe français « anguille sous roche #. La Sainte Alliance essaie de réunir ses tronçons. Le roi Humbert va maintenant à la messe, sa femme l’y mène par peur de la République. C’est la République qu’on vise au cœur! Mais la République en a vu bien d'autres.
- Sans sortir d’Allemagne, Bismarck peut trouver à qui parler. Déjà le principal organe de la Franc-maçonnerie allemande, le Bauhiit er invite à s’unir pour la résis-tmee la franc-maçonnerie anglaise, la franc-maçonnerie îrançaise, la franc-maçonnerie italienne; les loges prussiennes elles-mêmes, justement irritées des accusations indignes portées contre les chambres de commerce, protestent contre le grand chancelier. Au Reichstag, Iia-senclever a démontré que l’application de la loi contre
- le socialisme multiplie les socialistes, et fortifie leur action en la rendant secrète. Les partis libéraux, dissous par l’effet d’une politique machiavélique, se ressaisissent et tendent à trouver une majorité d’opposition. Dans ses calculs, M. de Bismarck oublie de compter le peuple allemand, qui ne parait point résigné à se laisser éternellement traîner à la remorque. Colosse tant qu’on voudra, le colosse à des pieds d’argile.
- AUTRICHE
- L’archiduchesse Marie-Valentine a demandé que, pour ses élreunes, on lui donne un enf nt à élever devenu orphelin par suite de la catastrophe du Ring-Theater.
- Le déblaiement de l'intérieur du théâtre incendié a dû être sustendu, parce que le pignon de l’édifice menace de s’écrouler.
- Parmi les victimes, on compte : trois ouvriers attachés au théâtre, sept guichetiers ou ouvreuses, trois musiciens de l’orchestre et le chef de claque.
- Le sous-comité, spécialement chargé de secourir le personnel du théâtre, a distribué, hier, entre cent quatre-vingts personnes une somme d'environ 40,000 florins.
- ÉTUDES ANTICATHOLIQUES
- DA MORALE III
- Si dans la partie dogmatique de son enseignement le Christ s’est montré extrêmement sobre de définitions,il n’en a pas été de même pour la partie morale et l’on trouve à cet égard dans les évangiles des éléments nombreux et précis qui permettent de bien dégager sa pensée et de comprendre ses instructions.
- Tout le monde admire la morale évangélique, et c’est sur elle que les dissidents de tous les cultes marchent d’accord, si bien qu’en cette matière, il n’y a point de différence entre le catholicisme et le protestantisme. C’est comme un terrain neutre sur lequel tous peuvent se rencontrer sans inconvénient, un drapeau qui les abrite tous indistinctement et leur est également utile. Elle constitue une règle de conduite sûre et infaillible pour toutes les circonstances de la vie,la voie qui peut conduire au bonheur non seulement l’homme en particulier, mais la société, les peuples, l’humanité.
- Si depuis quelques siècles seulement, ou pour mieux dire depuis un siècle, les mœurs se sont tellement adoucies qu’il est devenu impossible désormais de voir rétablir certaines coutumes sauvages, certaines législations barbares, avec leurs révoltantes pénalités, etc’est à la mise en pratique tardive, sans doute, mais enfin réalisée des préceptes de la morale chrétienne que ce résultat est dû. C est à partir du jour ou la philosophie reprenant le dessus sur la vaine scholastique a fait laisser de côté les questions de
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- dogme si fécondes en querelles,en discussions byzantines suivies de repressions atroces, pour porter les âmes à l’observance de la loi morale, que le progrès n’a point tardé â se produire et que les conditions de la vie sociale se sont améliorées.
- Est ce à dire que les principes de cette morale dont nul ne peut contester la pureté doivent être exclusivement attribués au Christ ? Ce serait une exagération contraire à la réalité des faits connus, car cé qu’il y a de plus remarquable dans cette morale se trouvait déjà dans les doctrines Essenien-nes qui elles-mêmes ne l’avaient certainement point créée.
- Le principe de cette morale est si conforme à la loi naturelle dont nous apportons tous les notions instinctives au fond de notre conscience en venant sur la terre,qu’il n’y a rien d’extraordinaire à ce que l’on trouve une grande analogie entre les enseignements de certaines religions antiques, comme le Bouddhisme, et ceux de la religion chrétienne sur ce point. Le décalogue chrétien n’est autre que le décalogne mosaïque dépouillé de certaines applications dénaturées que les livres du pentateuque en avaient faites. Or, ces préceptes, où Moïse les avait-il puisés ? N’est-ce point dans son initiation incontestable aux mystères de l’Egypte qui tiraient eux-mêmes leur origine de la morale religieuse des cuites de l’Inde ? C’est donc toujours à la grande révélation primitive de l’Orient qu’il faut remonter pour trouver le principe de toute doctrine religieuse morale.
- Jésus-Christ qui a tant modifié les pratiques de Judaïsme à tous les autres points de vue, n’a rien changé aux préceptes fondamentaux de la morale, et il le reconnaît formellement en disant qu’il n’est point venu détruire la loi, mais l’accomplir, Or il y avait deux parties distinctes dans la loi mosaïque : les prescriptions du Mont Sinaï, et les règles disciplinaires établies par Moïse dans le Deuteronome, le Levitiqueet autres livres. Les premières sont invariables et Jésus les maintient intégralement ; les autres appropriées aux mœurs et au caractère de ce peuple grossier, se modifient avec le temps et il n’en est rien resté chez les chrétiens,
- La loi formulée dans les dix commandements est la loi de tous les temps et de tous les pays, et elle a par cela même un caractère divin. Le Christ vient l’accomplir, c’est-à-dire la promulguer à nouveau la développer, lui donner son véritable sens, et l’approprier au degré d'avancement des homme?, non seulement au moment de son passage sur la terre, mais encore et plutôt dans l’avenir, car son esprit supérieur voit plus dans l’avenir que dans le présent si bien que parfois il fera confusion, et annoncera
- j comme prochain dans la génération actuelle des événements qui ne doivent s’accomplir que dans des siècles.
- C’est dans son admirable sermon de la montagne que le fondateur dn christianisme a le mieux indiqué les prépeptes de sa sublime morale. Il y bat en brèche les idées reçues qui font consister le bonheur dans la richesse, dans la possibilité de satisfaire toutes ses fantaisies, et il s’écrie : heureux les pauvres d’esprit, heureux les affligés de ce monde, heureux ceux qui sont bons, justes, miséricordieux, purs, pacifiques, heureux ceux qui savent pardonner à leurs frères, car pour lui tous les hommes sont non-seulement égaux ici bas, mais encore frères, et il proclame ainsi d’une façon solennelle la véritable égalité et la fraternité humaine.
- « Donne à celui qui te demande, dit-il, et ne te détourne point de celui qui veut emprunter de toi. »
- « Si quelqu’un te frappe à la joue droite, présente-lui aussi l’autre. »
- C’est la charité, le pardon des injures établis en, précepte pour le grand bien de l'humanité. Au jeune homme qui l’interroge sur ce qu’il doit faire pour acquérir la vie éternelle, il répond : Si vous voulez entrer dans la vie, gardez les Commandements. Quels commandements ? Vous ne tuerez point ; vous ne commettrez point d’adultère ; vous ne déroberez point; vous ne direz point de faux témoignages ; vous honorerez votre père et votre mère, et vous aimerez votre prochain comme vous-même.
- Ce passage de l’Evangile semble copié sur celui d’un des livres sacrés de la religion Boudhique « la Pra-timoska Sûtva » ainsi conçu :
- « Que dois-je faire, demande un disciple au maître de la religion pour obtenir la connaissance de l’éternelle vérité (Bhodi) pour devenir un upasaha, être parfait ? Observe les commandements , répond le Maître. Lesquels ? T’abstenir toute ta vie de meurtre, de vol, d’adultère, de mensonge, de faux témoignage. »
- La morale a dans la conscience humaine un critérium certain à la lumière duquel l’homme peut juger les préceptes en parfaite connaissance de cause, et qui n’exige de sa part aucun sacrifice de sa raison, aucune transaction, aucun compromis. C’est grâce â lui, que nous pouvons reconnaître que le Christ a été un des initiateurs de la morale la plus pure, la plus élevée, la plus propre à régénérer le monde en rapprochant les hommes et en leur inspirant les sentiments de la fraternité absolue. En leur enseignant la charité et l’amour du prochain, elle crée une admirable solidarité entre les hommes se considérant désormais comme des enfants d’un même père com-
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- mun, qui les aime tou3 d’une affection égale, et qui n’ayant aucune préférence ne fait entre eux d’autre différence que celle que leurs mérites lui imposent. C’est la meilleure disposition pour suivre utilement la loi de Dieu) la loi de la vie, pour marcher à grands pas dans la voie du progrès.
- Mais si telle est la morale prêchée par le fondateur du Christianisme cet enseignement a dû porter ses fruits et inspirer la conduite de ses disciples, de ses ministres, de ses représentants sur la terre. Cela semble naturel et logique, mais combien c’est éloigné de la réalité ? Si l’on consulte l’histoire du Christianisme, depuis les premiers temps jusqu’à nos jours, que voit-on ? Tant qu’ils ont été suspects, persécutés et contraints par conséquent à àe cacher, les catholiques ont plus ou moins pratiqué les vertus recommandées par le Maître. Mais dès que leur religion a ôté prépondérante et adoptée par les Empereurs, c’est l’intolérance qui a remplacé la charité, la tyrannie la fraternité et l’oppression la liberté. Les évêques d’abord égaux ont dû peu à peu s’incliner devant l’autorité usurpée progressivement et patiemment par leur collègue de Rome, qui, une fois maître du spirituel dans l’Eglise, n’a pas tardé à s’arroger la domination temporelle, même sur les têtes couronnées, avec Grégoire VII et Boniface VIII.
- Devenu tout puissant, par suite des empiètements graduels et des usurpations, le clergé, non content de dominer despotiquement les hommes petits et grands, de violer à son profit toutes les lois divines et humaines, a transgressé même les préceptes du dé-calogue, et jamais immoralité plus grande ne s’afficha ouvertement à la face du monde, même dans les plus mauvais jours de la décadence de Rome, des Hélioga-bale, des Caligula, des tyrans les plus crapuleux dont l’histoire ait conservé le souvenir.
- Sous Paul III et ses successeurs, comme sous le pontificat d’Alexandre VI, le clergé, h l’exemple de son chef et de ses conseillers les cardinaux, pratiquait sans pudeur ni retenue la simonie, le concubinage, l’inceste, la sodomie, les vices les plus honteux et les plus dégradants, et cela était si notoire, si manifeste, que Victor Hugo a pu faire dire avec raison à l’un des personnages de son drame « Lucrèce Borgia » qu’en voyant les cardinaux si couverts de crimes vêtus de rouge comme les forçats, on se demandait si c’étaient les galériens qui étaient les cardinaux ou les cardinaux qui étaient les galériens.
- Les historiens, en faisant le tableau de cette époque néfaste qui a précédé le Concile de Trente, déclarent à chaque page qu’il est impossible de traduire dans aucune langue les infamies qui se com-
- mettaient journellement à la Cour pontificale et au seia du clergé. Et pendant ce temps-là, les contrées où la liberté de conscience cherchait timidement à s’affranchir de cette odieuse tyrannie de prêtres infâmes, la plus abominable de toutes, étaient transformées en de vastes champs de carnage, que les armées des princes, esclaves imbéciles des ministres du Christ, couvraient de cadavres d’hommes, de femmes, d’enfants, de vieillards, tandis que l’inquisition allumait ses bûchers sur lesquels elle faisait périr des milliers de victimes innocentes et pures.
- Plus tard, ces désordres furent atténués dans une certaine mesure, lorsque la réforme, ayant ouvert les yeux de tous sur les scandales ecclésiastiques et le trafic impudent des indulgences, eût forcé le Concile de Trente à adopter des mesures indispensables pour rendre les mœurs du clergé plus en rapport avec les dectrines qu’il avait mission d’enseigner auxpeuples. Mais si la dissolution morale des prêtres dut s’amender au moins en apparence, i’esprit de la Compagnie de Jésus qui venait de naître se répandit peu à peu dans le monde des grands et des hommes d’église, avec ses abominables restrictions mentales, ses principes dépravateurs de toute morale et son axiome néfaste, « le but justifie les moyens », de sorte qu’on prenant la nouvelle devise A. M. D. G. Admajorem Dei gloriam, tous les crimes, toutes les abominations se trouvèrent excusées.
- Là où le Christ, qui disait : heureux les pauvres, renoncer à tout ce que vous possédez et suivez-moi, avait prêché l’amour de la pauvreté, les prêtres n’eurent plus qu’un but, s’enrichir par tous les moyens possibles. Où le Christ avait recommandé le pardon des injures, l’amour du prochain, les prêtres ne manifestèrent que haine et désir de vengeance contre tous ceux qui ne voulaient point se plier à leurs exigences. Si Clément XIV supprime l’ordre des Jésuites, il mourra empoisonné par eux ; si Henri IV les expulse de son royaume, ils armeront la main de Ravaillac du coûteau qui les vengera, E^ les guerres de religion ensanglanteront la France pendant plus d'un siècle, soit sous une forme soit sous une autre, guerres civiles ou dragonnades, depuis François Ier jusqu’à Louis XIV.
- Et depuis ces époques sombres, les mœurs s’étant adoucies, que voyons-nous encore ?
- Au lieu de la doctrine prêchée par Jésus, malgré qu’il ait déclaré qu’il était plus facile à un câble de poil de chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d'entrer dans le royaume céleste, ses ministres recherchent toujours avec ardeur la richesse. Ils logent dans des palais L’équipement d’un évêque, par exemple, coûte plus de 25,000 francs,
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- c’est-à-dire de quoi nourrir, pendant une année plus de dix familles de travailleurs. Ils portent des chaînes d’or, des croix d’or, des boucles de chaussure en or, des anneaux de grand prix. C’est dans le vermeil, sinon dans l’or qu’ils font leurs ablutions, et rien n’est trop riche pour eux. Tel prélat porte des ro-cets et des aubes dont les dentelles valent des sommes énormes ; ils ont des équipages, des valets, et parfois même des maîtres d’hôtel. Il y a des évêques devenus grands propriétaires depuis Lsur consécration.
- Le ministère sacré est devenu un commerce. L’administration des sacrements n’est pas toute gratuite; il en est qui sont payés assez chers, comme le mariage ou la première communion, avec son cortège obligé de cierges, de linge pour la confirmation, de cadeaux peu facultatifs au curé, aux vicaires, aux catéchistes, etc., les inhumations dont les messes ont un tarif si élevé, que pour un enfant de six mois, dans une petite paroisse de Paris, la messe coûte dix francs, à prendre ou à laisser. Dans ces églises, où l'on honore celui qui chassait en les fouaillant les marchands du temple, tout se paie, tout se vend. Les dispenses, les indulgences, les prières, les actes, les chaises, tout est tarifé, tout est coté. Qu’une cérémonie extraordinaire attire une aflluence de monde plus considérable que d’habitude, et, comme au théâtre, il y aura des billets à acheter d’avance, si bien qu’il est plus difficile d’entrer ces jours-là dans cette église qu’à la Bourse, le temple tant décrié de l’agiotage.
- Et puis, dans un autre ordre d’idées, dt-puis qu’un pape imbécile a pu, grâce à l’influence des jésuites, détruire les derniers sentiments d’indépendance qui rendirent si glorieuse dans un temps l’église gallicane, et faire triompher Tultramontanisme, le clergé français n’a plus de patrie. La France pour eux ne vient plus qu’au second rang. « Sauvez Rome et la France », dit leur Marseillaise cléricale. Rome d’abord, leur pays ensuite. Ils ont arboré le drapeau du Syllabus, ce factum ridicule d’un esprit sénile, contre les institutions que la France s’est librement données, et ils se font pour ainsi dire un devoir de lutter ardemment contre elles. Le gouvernement qui les paie les compte au nombre de ses adversaires les plus acharnés, et le Christ qui a recommandé de rendre à César ce qui appartient à César n’est pas plus écouté par eux que lorsqu’il prêche le désintéressement, l’abnégation et la charité.
- Le catholicisme déjà si peu justifiable dans ses dogmes est aujourd’hui devenu le cléricalisme, c’est-à-dire la superstition poussée jusqu’à ses dernières limites. Si le Christ revenait aujourd’hui prêcher
- | parmi nous sa sublime morale basée sur l’égalité, I sur la fraternité, la charité, la solidarité humaine la plus élevée, il serait excommunié par nos évêques comme un hérétique et comme un anarchiste. Comme il s’élèverait contre le Syllabus et contre les pratiques du clergé avec la même véhémence qu’il mettait à maudire les Pharisiens et les Scribes, ces cléricaux de son temps, il serait poursuivi par ses propres ministres des mêmes haines qui animaient les juifs conservateurs contre lui de son vivant. Et voilà comment les prêtres catholiques ont compris les enseignements moraux de celui dont ils se proclament les disciples.
- LES INCENDIES ET L’IN COMBUSTIBILITÉ
- Il y a vingt-cinq ans. C’était à Sablonvile, commune de Neuilly. En plein vent, un théâtre fait de voliges et de toiles tendues avait été dressé; théâtre petit, mais complet : planchers, côtières, coulisses, murailles de fond, toiles roulantes, bandes d’air, cordages, rien n’y manquait. Le tout fut aspergé d’essence, puis livré aux flammes à trois reprises sans succès, et par conséquent avec un succès immense, cet édifice fait de sapin et de chanvre s’étant donné pour ininflammable. Un incendie manqué était donc une expérience réussie. Tout fut noirci, carbonisé, mais, l’essence brûlée, le théâtre était encore debout, et les voliges, les toiles, les frises, les décors, chaque chose était à sa place, sans que le vent en eût détaché ni cendres, ni flammèches.
- Dans les mêmes lieux un théâtre également ininflammable, avec un joli décor représentant un buisson de roses et une cabane munie de sa porte mobile, fut soumis à une épreuve analogue, mais rendue comparative de la manière suivante; on répandit sur la moitié de cette construction sept à huit litres d’essence, puis on y mit le feu. A dix pas, la chaleur était insupportable. Quant au résultat, ce fut pour les parties imbibées d’essence la répétition exacte de ce qu’on vient de voir; les autres ne furent même pas atteintes.
- Une autre fois, c’est une chaumière dont la toiture à double versant est formée, d’un côté de paille ininflammable et de l’autre de paille ordinaire. On met le feu à cette dernière, qui brûle avec une rapidité effrayante; mais l’incendie s’arrête juste à l’endroit où commence la paille réfractaire.
- Un paillasson à chaîne en fii de fer préparé depuis sept mois (ceci est à remarquer) est roulé en forme de cylindre vertical qu’on emplit de paille ordinaire et asperge d’essence, après qnbi on le livre aux
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- flammes; les parties du paillasson qui ont reçu de J l’essence sont un peu carbonisées, le reste est intact.
- A l’entrée d’un hangar, on suspend des rideaux de tulle et de mousseline disposés comme ceux d’un alcôve, sous ces rideaux on place des bougies allu- ; niées,-dans leurs plis on jette des paquets d’allu- j mettes enflammées; les rideaux se carbonisent au J contact des bougies et des allumettes, mais ils ne j flambent pas. ?
- Au Cercle de la Presse scientifique, des toiles dite : perse pour ameublement, des mousselines très fines, des tulles et des fiiés de coton, des indiennes, des ; jaconas, des toiles à bâches peintes à l’huile, desti- j nées à couvrir des prolonges d’artillerie, des fleurs j arlificielles en papier excessivement mince, sont exposées successivement, et chaque objet pendant plusieurs minutes, à la flamme d’une bougie, aucun d’eux ne peut être enflammé.
- On trempe dans l’essence un morceau de toile peinte, on raccroche à un clou et on y met le feu; l’essence brûle, la toile reste.
- Un grand feu de cheminée étant allumé, feu de papier, très ardent, activé par un fort tirage, M. Cheyalier, chimiste, membre de l’Académie de médecine s’en approche, tenant devant lui une jupe de tulle blanc que le courant d'air entraîne aussitôt dans la flamme; tout ce que celle-ci touche se carbonise sans que le feu gagne le reste.
- Dans le Cercle de la presse scientifique une touffe de chanvre imbibée d’huile de lin préparée fût plongée dans la flamme d’une bougie ; non-seulement le chanvre ne s’enflamma pas, mais comme quelques gouttes d’huile ininflammable tombèrent sur la mèche de la bougie, celle-ci s’éteignit et on eut toutes les peines du monde à la rallumer.
- A Vincennes un artificier poussa la confiance jusqu’à tenir, pendant plusieurs minutes, au-dessus d’un brasier ardent un sac rempli de poudre; le résultat justifia sa confiance dans l’incombustibilité du sac.
- Je pourrais continuer longtemps cette énumération. Ces choses eurent alors tout Paris pour témoin. En résumé : toutes les étoffes sans exception, le papier et le carton, le bois en planches, en poutres ou divisé en parcelles tenues, les peintures et toutes les surfaces qu’elles recouvrent, peuvent être modifiées de telle sorte que se trouvant en contact avec le feu, elles font le vide autour de lui et le condamnent à s’éteindre faute d’aliments.
- A quelle condition les corps combustibles revêtaient-ils cette nature nouvelle? Notons qu’à part leur inflammabilité, ils ne sont modifiés en rien,gardent leur apparence ordinaire, sont propres à toutes
- les applications usitées. Le traitement, aussi simple et peu coûteux qu'efficace, reposait sur les propriétés du chlorure de calcium; traitement superficiel ou profond suivant les cas, la solution saiine pouvant ou pénétrer jusqu’au cœur des matériaux ou n’en recouvrir que l’extérieur.
- S’agit-il d’un tissu? quelques gouttes de cette solution jetées dans la cuve du teinturier ou de l’ap-prêteur, ou dans le baquet de la blanchisseuse, rendent les étoffes, les teintures, le linge ininflammables. S’agît-il de papier ou de carton? la solution se mêle à leur pâte ou s’étend à leur surface. De décorations théâtrales? Voici la série des précautions qu’on peut prendre :
- 1° La charpente est rendue incombustible par voie d’injection; 2° la toile que cette charpente supporte est recouverte sur ses deux faces d’une couche de liquide protecteur ; 3° le décorateur n’emploie que des couleurs auxquelles la même solution a été mêlée (que ces couleurs soient à l’huile ou à la détrempe); 4° enfin, le décor achevé, la peinture est recouverte de l’enduit réfractaire.
- Quant aux bois,on les rend ininflammables de deux façons, soit en les recouvrant de la solution saline pure ou mêlée à l’huile, cas dans lequel elle revêt les charpentes, les parquets, les tableaux d’un vernis protecteur ; soit en faisant pénétrer cette solution dans la substance même du bois,et alors chaque parcelle de celui-ci se trouve douée d’ininflammabilité.
- Avant M. Carteron, dont le procédé vient de nous occuper, M. le docteur Boucherie, auteur d’une méthode d’injection des bois qui, sur le rapport d’A-rago, fut couronnée par l’Académie des sciences, avait donné le moyen de rendre les bois incombustibles. La préparation des traverses de chemins de fer et des poteaux télégraphiques parle moyen d’une injection qui en accroît si fort la durée remonte à M. Boucherie. Plus anciennement encore, dès 1820, Puchs, inventeur du wasserglass ou verre soluble dont il pressentit la plupart des applications, avait fait ressortir l’utilité de cette substance pour rendre incombustibles les matières aisément inflammables ; il proposait d en recouvrir les boiseries et d’en imprégner les toiles des décors, et l’expérience en fut faite t au théâtre de Munich en 1823. Enfin, nous avons mentionné ici les travaux de MM. Baudin-Martin qui, au moyen de substances différentes essayèrent, lors de l’Exposition des sciences appliquées à l’industrie de renouveler, sans plus de succès que leurs prédécesseurs, les tentativesdontil vient d’être question.
- Tous ces efforts échouèrent contre ? l'indifférence
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- LE DEVOIR
- du public qui, étant le principal intéressé dans l’affaire, donna nécessairement le ton par son attitude aux administrations théâtrales et aux autorités qui les surveillent. Des bois préparés selon la méthode Boucherie, des décors peints selon la méthode Car-teron eussent rendu impossible la catastrophe de Vienne, quelle que soit la part relative pouriaquelle la flamme et la fumée y aient concouru. Si ces procédés n’étaient point parfaits, c’était occasion de perfectionnements à chercher, et non prétexte à l’a* bandon. On ne les eût pas délaissés si le public s’y fût intéressé; s’il savait s’occuper de ses affaires, au lieu, par une vieille habitude monarchique, d’en attendre le règlement du seul gouvernement qui n’est cependant plus aujourd’hui papa et maman, qui ne peut plus être que le fondé de pouvoirs d’un peuple majeur, et libre, comme tel, seul responsable du mal dont il souffre,
- Victor Meunier.
- PEINTURE & PROPAGANDE
- La guerre à la guerre a maintenant beaucoup de défenseurs parmi les hommes de lettres des différents pays. On peut dire que la parole a déployé toute la splendeur de sa force et de son éclat pour démontrer à l’humanité toutes les horreurs de cette plaie sociale qu’on appelle la guerre. Pourtant, si une nouveile voix vient se joindre à celles des combattants de vieille date on ne peut que s’en réjouir, car nuis, mieux que ces mêmes combattants ne savent combien le chauvinisme, le faux patriotisme, le désir de gloire et tous ces facteurs de la guerre sont enracinés dans les sociétés, et surtout chez ceux qui sont proclamés les dirigeants.
- Mais plus grande encore doit être notre joie lorsqu’à la défense de notre cause, vient s’associer un nouvel auxiliaire, la peinture si puissante dans ses moyens, et qui malheureusement, jusqu’à présent, prenait plaisir à voltiger autour de Venus ou de ses prêtresses, des vierges saintes et des vierges profanes, des dieux ressuscités, des festins, des orgies, et qui, si elle touchait à la guerre, ne faisait ressortir de ses œuvres que l’apologie de cette plaie sanglante de l’humanité.
- Le rôle de la peinture a été compris tout autrement par M. Vérétchagine, dont les admirables tableaux représentant des scènes de la dernière guerre turco-russe battent en brèche le fléau, plus que ne l’ont fait et que ne le peuvent faire des centaines et des centaines de livres écrits sur le même sujet.
- Les tableaux de M. Verétchagine sont en ce moment exposés à Vienne. Il suffît de voir cette masse d’hommes affluant chaque jour à cette exposition qui met à nu les souffrances de la chair à canon, de la voir émue jusqu’aux entrailles, versant des larmes et maudissant les homicides privilégiés, pour comprendre quel concours puissant le célèbre peintre a su apporter aux promoteurs de la paix universelle.
- Certes M. Vérétchagine n’a pas manqué d’adversaires, qui le traitent d’anti-patriotes, ce qui est d’autant plus absurde que le peintre a fait lui aussi la campagne pendant laquelle il a même été assez grièvement blessé.
- Nous ne pouvons pas détailler ici les divers sujets de ces innombrables tableaux, nous ne nous arrêterons que sur quelques-uns afin de démontrer quelle est la force de propagande de la peinture. Nous choisirons tout d’abord les deux tableaux intitulés le premier : Avant l'assaut, le second, Après l’assaut.
- Avant l'assaut a pour sujet un épisode de la bataille de Plevna : le jour est sombre, et il tombe une pluie âne. Pressées sur un petit espace, les tronpes russes contemplent avec anxiété le fort dont on va faire l'assaut ; elles comprennent combien le moment est tragique et surtout que leur dernière heure est venue, mais, troupeau docile, elles n’attendent que le commandement pour aller à la mort et la donner aux autres.
- Dans, Après l’assaut, nous voyons un lazaret de bataillon rempli d’un nombre de blessés vingt fois plus grand que celui pour lequel on l’avait préparé. Il pleut beaucoup, et les mourants nagent dans l’eau, la boue et le sang. Les médecins et les sœurs de la Miséricorde s’efforcent de porter secours à ces malheureux, mais le canon agit plus vite qne le bistouri, et, à la place d’un soldat pansé, arrivent cent blessés nouveaux.
- L’hécatombe est ici tellement hideuse que, qui l’a vue une fois devient un adepte des plus zélés des amis de la paix.
- Certes, il y a des hommes incorri ibles. Ainsi l’on raconte que, lorsqu’il y a deux ans l’empereur Alexandre II a vu ces tableaux à Saint Pétersbourg où il avait commandé de les exposer dans son palais, il s’est écrié après une longue méditation : « Quel grand talent 1 mais quel dommage qu’il ait pris une direction aussi subversive. »
- L’empereur François Joseph a déjà actuellement visité maintes fuis cette exposition. En aurait-’il la même idée que feu son cousin l En tous cas ce n’est
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- pas chez les rois qu’il nous faut espérer voir éclore les bons résultats de la propagande inaugurée par M. Vérétchagine, mais chez ces citoyens qui fournissent le fond douloureux de tous ces tableaux.
- On se rappelle que, lors de la guerre en question, pendant quelque temps, les télégrammes qui provenaient du quartier général russe ne continrent que ces mots laconiques : Au défilé de Chipka tout est tranquille.
- M. Vérétchagine nous illustre ces télégrammes en trois petits tableaux.
- Le premier représente un fort tourbillon de neige.
- Le fonctionnaire demeure courageusement à son poste, le fusil à la main, et sa jeune tête enfoncée dans un capuchon qui ne laisse voir que ses yeux.
- Dans le second tableau, le factionnaire est engourdi et enfoncé dans la neige jusqu’aux genoux, courbé, mais toujours tenant son fusil dans ses mains qu’il s'efforce de cacher dans ses manches ; il a la tête baissée sur la poitrine.
- Dans le troisième tableau, il n’y a qu’un monticule do neige dont sort un bout de capuchon d’un côté et un peu plus loin des semelles de bottes. On voit encore la main du malheureux dont les doigts crispés retiennent toujours fortement le fusil.
- Voilà comment le grand peintre a su interpréter ce que dans la langue officielle on appelait : « être tranquille. »
- Nous ne pouvons qu’applaudir à cette nouvelle application de l’art.
- Michail Achkinasi.
- ÉTAT-CIVIL DU FAMILISTÈRE
- NAISSANCE
- Le 15 décembre. — ^Naissance de Louise-Adèle Pain-vin, fille de Emile Painvin et de Louise Défontaine.
- BIBLIOGRAPHIE
- M. Ch. Joly a fait don à la Bibliothèque du Familistère d’un ouvrage dont il est l’aut :ur, intitulé : Traité pratique du chauffage, de la ventilation et de la distribution des eaux dans les habitations particulières.
- Ce livre remarquable devrait être entre lesimains de tous les architectes et de tous les propriétaires qui font construire des maisons d’nabitation, parce qu’il pose avec une clarté incontestable les principes, conformes aux lois de la physique, sur lesquels on doit toujours rigoureusement baser les conditions de satisfaction a donner aux exigences de la vie, sous le rapport de la bonne distribution de l’air, de l’eau et
- I de la chaleur. C’est en effet l’ignorance, l'oubli ou le I mépris volontaire et égoïste de ces lois et de ces I principes qui sont cause que tant de maisons sont
- I défectueuses à ces divers points de vue, non seulement dans les villes les moins favorisées mais encore dans la capitale.
- L’auteur, après avoir rappelé les notions de propriétés des corps quant à la dilatabilité, la conductibilité, la densité et l’équilibre, en tire les conséquences logiques pour leur application dans la pratique aux besoins du chauffage artificiel ; il passe en revue les expériences faites à toutes les époques dans ce but, et énumère les différents progrès réalisés dans cette voie. Il montre les défauts et les avantages des divers systèmes, et il en conclut à la nécessité d’adopter un système ecclectique qui, éliminant autant que possible les uns, réunit tous les autres pour le plus grand bien-être du consom-
- Imateur. Il s’attache à montrer que les cheminées et les appareils de chauffage le plus généralement en usage laissent beaucoup à désirer, parce que tantôt la surface de chauffage est insuffisante, tantôt la forme carrée des foyers occasionne par les angles une grande déperdition de calorique, tantôt enfin parceque la disposition des tuyaux de dégagement laisse perdre la meilleure partie de la chaleur qui s’en va sans aucune utilité dans la cheminée. En un mot, il étudie à fond cette question dans ses moindres détails, et l’on peut dire que son livre est l’un des plus complets et des mieux faits sur la matière.
- L’aération et la ventilation des appartements y est examinée avec le même soin et la même compétence, et l’auteur, s’appuyant sur la double autorité de la science et de l’expérience pratique, montre l'extrême utilité de la circulation du bon air pour la santé. Tel air, tel sang, voilà l’hygiène en quatre mots, dit-il, et il définit les causes de viciation de l’air et les conditions de ventilation dans les hôpitaux, les casernes, les écoles, les màisons, les salles de spectacle, les cuisines, les écuries, etc. Tout cela est traité avec un sens droit et une compétence que l’on ne saurait contester.
- Enfin, il s’occupe également de la distribution des eaux dans les maisons. Ici encore il part d’un principe juste lorsqu’il écrit : « Pas d’eau, pas de propreté ; pas de propreté pas de santé. » Et pour faciliter à tous l’usage des bains dans leur propre domicile au lieu de ce qui existe aujourd’hui, obligeant les gens à courir chercher au loin ce complément indispensable d’hygiène, il indique une modification bien simple dans la construction des cheminées qui permettrait d’utiliser le calorique perdu aujourd’hui pour le chauffage de l’eau des bains.
- Ce livre que nous ne pouvons analyser ici que d’une façon très sommaire et rapide, est un ouvrage que tous devraient lire, parce qu’il renferme de précieux enseignements sur un sujet qui intéresse tout le monde et qui touche aux besoins les plus essentiels de la vie humaine. Nous ne saurions mieux faire que d’en conseiller la lecture à tous les hommes soucieux du progrès en vue de la salubrité publique.
- Qu il nous soit permis en terminant de regretter que l’auteur n’ait point connu les appareils perfectionnés de chauffage que. depuis quelques années surtout, l’usine du Familistère livre à la consommation, et qui remplissent dans la plus large mesure possible les conditions posées dans son livre,qui eût été tout à-fait complet, si il les eût étudiés en même temps que tous les autres systèmes qu’il passe en * revue.
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- LE DEVOIR
- LiA. FILLE
- — Etes-vous mariée?
- — ... Non... monsieur !
- — Nous ne pouvons rien pour vous.
- — Mais... monsieur... mon enfant!... je suis malade... sans ressources !...
- — Impossible i
- — Monsieur !...
- — A une autre !
- — Monsieur !... ne puis-je m’adresser ?...
- — A personne Voyons, écartez-vous!... ne voyez-vous pas qu’on attend, et je suis pressé!
- La scène se passait à l’Assistance publique.
- L’employé avait, dit le mot juste : il était pressé... d’autres attendaient ! C’était l’excuse.
- Louise Maréchal serra plus fortement contre son sein l’enfant qu’elle portait dans ses bras. Elle s’écarta pour laisser passer les... autres; puis triste, la tête penchée, le front assombri, jetant un regard désespéré sur le petit être endormi, elle quitta lentement la salle.
- Louise avait vingt ans ; elle était brunisseuse et gagnait... autrefois, de quoi subvenir à tous ses besoins.
- Un jour, elle rencontra sur le chemin de l’atelier un élégant. C’était la saison des amours Louise était belle, il était beau; tous deux s’unirent C'est-à-dire l’ouvrière se donna tout entière à l’homme qui ne voulait prendred’elle que leschairs, laissant le cœur, ce cœur rempli d’amour, d’affection sincère, de bonté, qui se donnait tout à lui. Elle aima; il se contenta de posséder... quelque temps.
- C’est l’histoire éternelle des filles trompées; la satiété, chez l’homme, amena l’ennui d’abord, l’abandon ensuite.
- Lorsqu’il la quitta, Louise était mère; lui avait disparu... pour toujours !
- Les filles du peuple ont ceci de particulier, qu’elles savent lutter héroïquement contre l’adversité, jusqu’au! bout de leurs forces. Louise lutta.
- Malheureusement, la maladie vint, qui chassa la femme de l’atelier; puis ce furent les couches. Il fallait vivre doublement désormais; un blond chérubin, beau comme sa mère, étendait les bras, semblait aspirer avidemment l’air, la vie, s’implantant de force dans cette société qui l’ignorait et semblait le dédaigner complètement.
- Il fallait vivre! et... plus de travaux !
- Louise, pâle, amaigrie, vaincue par la souffrance, trouva cependant la force nécessaire pour se lever et sortir.
- Son enfant dans les bras, elle alla mendier (le mot vrai) du travail qu’on lui refusa comme on refuse cinq centimes à un malandrin quelconque.
- Il fallait vivre l’enfant criait la faim! le sein de la mère se tarissait et... rien, rien pour y ramener le laie !
- C’était horrible ! Louise pouvait-elle implorer la charité? La mendicité, interdite pour les vrais pau vres, n’est permise qu’aux flibustiers de tous ordres ! La fille mère, honteuse, n’osa mendier.
- Une voisine qui, malheureuse également, n’avait cependant pas hésité à partager sa maigre pitance avec l’abandonnée, eut un jour une idée.
- — Allez chez le commissaire de police! lui dit-elle.
- Louise s’y présenta. •
- — Rien ! On ne peut rien pour vous !
- — Mon enfant !...
- — Adressez-vous à l’assistance publique !
- La pauvrette n avait jamais pensé à cette suprême ressource. Et cependant, elle avait entendu prononcer, autrefois, le nom de cette administration. Joyeuse et confuse presque de n’avoir point songé tout d’abord à cette maison, la jeune mère se rendit à l’Assistance.
- Chemin faisant,elle regardait le petit,dont l’appétit serait enfin satisfaisant; elle se disait que les administrations sont bienfaisantes ; qu’il n’y a pas de home à s’adresser à elles ; qu’elles sont le gouvernement et que I e gouvernement aime le peuple; enfin, heureuse presque, elle calculait l’argent necessaire aux premiers besoins de son enfant. Elle demanderait... tant pour cela; oh ! elle voulait reclamer ie strict nécessaire, de quoi vivre jusqu’à son rétablissement. Alors,elle retrouverait, du travail, et,seule, à l’aide de ses bras, elle éléverait son bébé bien-aimé.
- Louise franchit, dans ces dispositions d’esprit, la grande voûte qui sert d’entrée aux bureaux de l’Assistance publique. On indiqua à la jeune mère l’endroit où elle devait se rendre, ieguichetoùeile devait frapper.
- Aux premiers mots qu’elle prononça, l’employé, prenant son air le plus ennuyé, lui posa cette question horrible :
- — Etes-vous mariée ?
- Il était content, l’employé ; la solliciteuse étant fille, on ne pouvait lui accorder de secours. Et... c’était une besogne de moins pour l'employé !
- Louise rentra chez elle il neigeait au dehors, il gelait au dedans, et l’àtre était vide, ainsi que le buffet. La pauvrette n’avait pas mangé depuis deux jours... et l’enfant, encore robuste, criait, geignait, accrochait ses petites mains au sein tari de la mère. Cslle-ci, désespérée, changeait le bébé de place, lui offrant tantôt i’un, tantôt l'autre de ses seins vides. Peine inutile !
- Louise se coucha sur son grabat. Le lendemain elle était morte !. . Et l’enfant, la bouche toujours collée à la poitrine maternelle, aspirait, sans pouvoir obtenir une nourriture, détruite pour toujours.
- Des voisins charitables ont recueilli l’enfant.
- Diogène.
- LA SCIENCE LIBRE î Sommaire
- Question algérienne, Paul de Régla. — Les vues du prince de Bismarck ... — Développement intellectuel des races humaines, etc. Emile Dujon. — Les Liubs, les Joueurs et l’Etablissement de Monaco, Diogène. — Chronique Niçoise, A. de Villeneuve. — De la Goutte et du Rhumatisme, P. A. Desjardin. — Thérapeutique, médicaments nouveaux, Labbé. — Nouvelles Internationales, Pan. — A côté du bonheur, Marie d’Agiez. — A Travers la Bourse, Clovis.
- le Directeur-Gérant : GODIN
- SAINT-QUENTIN
- Société anonyme du Glaneur, Grand’Place, 36.
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- 5* ANNÉE. TOME 5 — N* 173 £e numéro hetimadaire 20 e, DIMANCHE 1'. JANVIER 1882
- LB WMWwSM,
- BEVUE DES OUESIIONS SOCIALES
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- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN Directeur-Gérant Fondateur du Familistère
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE
- par l'envoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France
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- S’adresser à M. LEYMARIE administrateur de la Librairie des sciences psychologiques.
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- Le journal « LE DEVOIR » est envoyé gratuitement à titre d'essai.
- Si le journal nest pas renvoyé après le 4e numéro, Vadministration fait présenter une quittance d’abonnement.
- SOMMAIRE
- Questions sociales : Bases d'un traité de paix Européenne. — Caisse nationale des retraites de la vieillesse. — Faits politiques et sociaux. — Causerie anticatholique et religieuse. — Alliance des fermiers en Angleterre.
- QUESTIONS SOCIALES (1)
- Bases! d’un traité» de paix européenne VIII
- En suivant l’ordre des considérations que j’ai précédemment produites, on peut en induire que les travaux d’un congrès de la paix aboutiraient au traité suivant :
- Article 1er. — A l’initiative des gouvernements de la France, de la Grande-Bretagne, de l’Italie, etc..etc..une proposition d’entente des puissances a été faite aux divers gouvernements pour
- (1) Voir « le Devoir » des 13, 20, 27 18 et 25 décembre 1881.)
- novembre, 4, 11,
- concerter et assurer la paix en Europe, et, autant que cela sera possible, dans le monde entier.
- Article 2. — Le Président de la République française, la reine d’Angleterre, le roi d’Italie, l’empereur d’Allemagne, l’empereur de Russie, etc., etc.., s'étant associés à cette pensée en vue du bien des peuples, et ayant exprimé leur désir d’inaugurer le règne de la justice et de l’équité dans les rapports entre les nations et de constituer ainsi la paix perpétuelle en Europe, ils ont d’un commun accord décidé de nommer des plénipotentiaires chargés de se constituer en congrès, afin d’étudier et de ratifier le pacte de fédération des puissances et les moyens permanents de l’organisation de la paix.
- Article 3. — A cette fin, ont nommé pour plénipotentiaires, les gouvernements
- de France..............MM.
- de Grande-Bretagne. . »
- etc.
- Chaque gouvernement ayant donné à ses plénipotentiaires les instructions et les pouvoirs nécessaires pour affirmer ses intentions et ses volontés d etudier et résoudre toutes les questions internationales ayant rapport et devant concourir à l’affermissement définitif de la paix, les plénipotentiaires se sont réunis en congrès le....188... et, confor-
- mément aux instructions et aux pouvoirs qu’ils ont reçus, ont rédige le pacte d’union des nations sous l’inspiration des principes contenus dans la proj’es-sion de foi suivante : !‘(L \ ' r
- Article 4. — Au nom de V humanité, dans P inté-rêt des peuples, du progrès et du bonheur. de toute existence humaine,
- Paix et concorde sur la terre.
- Article 5. — Les gouvernements contractants
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- LE DEVOIR
- font solennellement les présentes déclarations :
- Article 6. — Le principe des devoirs et de la morale des nations est semblable à celui de la morale et des devoirs des individus.
- Pratiquer le bien de nation à nation, se rendre de mutuels services est la ligne de conduite que les gouvernements et les peuples doivent observer.
- Article 7. — Les gouvernements faillissent à leur mission et à leurs devoirs quand ils suscitent des différends entre nations et qu’ils oublient le respect des droits des peuples.
- Le mal qu’ils font est plus grand encore quand ils violent ces droits.
- Article 8. — La guerre est le renversement des devoirs des gouvernements ; elle est le plus grand des fléaux dont les erreurs humaines ont affligé la terre. Elle est le plus grand des outrages fait à la justice que se'doivent entre eux les peuples et les nations.
- Les malheurs que cause la guerre relevant particuliérement de la volonté des gouvernements ; c’est aux gouvernants qu’il appartient d’y mettre fin.
- Article 9. — En vue de faire disparaître les erreurs politiques qui jusqu'ici ont causé le malheur du monde ;
- afin d’éviter les malentendus internationaux ;
- pour se soustraire aux entraînements passionnés d'une politique ambitieuse ou irréfléchie ;
- pour écarter l’esprit de conquête ;
- pour mettre fin aux abominations de la guerre entre les nations;
- s’inspirant de l’amour de la justice et du respect de la vie humaine, les nations contractantes se fédèrent et s’unissent par le présent traité d’alliance, pour placer à l’avenir tous les rapports internationaux et toutes les décisions internationales sous la protection de la fédération.
- Article 10. — A cette fin, le congrès international devient permanent; il se compose de membres en nombre égal pour chaque Etat. Ces membres sont nommés et révocables à volonté par les gouvernements qu’ils représentent, et dans la forme que ces gouvernements adopteront.
- Article 11. — La Fédération a pour principal objet de maintenir la paix entre les nations contractantes et de rechercher l’état de paix avec les autres nations.
- Article 12. — Les nations fédérées se déclarent solidaires les unes des autres devant tout événement qui* toucherait à la paix européenne ; le pacte fédéral constitue l’engagement mutuel des Etats fédérés d’agir de concert et de se protéger contre j toute agression.
- Article 13. — L’union fédérale s’interdit toute immixtion dans la politique intérieure des Etats fédérés. Elle entend laisser à chacun d’eux en particulier le soin de régler sa constitution et ses lois intérieures.
- Article 14. — L’Union fédérale s’oblige à toujours employer dans les relations internationales les procédés bienveillants et conciliants, et à toujours chercher dans les différends qui peuvent naître les solutions conformes à la justice, à l’équité et à l’humanité.
- Article 15. — Voulant inaugurer le règne de la paix entre les peuples, les nations fédérées placent les relations internationales sous l’appui de la justice, de la raison et de la vérité. Elles renoncent pour toujours à chercher à imposer par l’autorité de la force et de la violence une prétention qui n’aurait pas l’assentiment des nations fédérées.
- Elles s’engagent à ne plus faire usage des armes que pour se défendre dans le cas d'agression contre une ou plusieurs d’entre elles.
- Article 16. — Chaque nation faisant partie de la fédération, s’interdit le port ét l’usage des armes en dehors de son territoire, sans une autorisation expresse du congrès fédéral, et pour le cas seulement de sa défense restreinte aux limites nécessaires.
- Article 17. — Dans le cas d’agression contre l'une des puissances fédérées, lorsque la défense sera rendue nécessaire, les nations fédérées s’obligent à ne jamais pousser la répression jusqu’à faire pâtir des populations innocentes pour la faute des coupables.
- Article 18. — Le but supérieur de l’union est de mettre toutes les relations internationales en concordance avec l’intérêt et le bonheur des peuples et avec le respect de la vie humaine.
- Article 19. — Pour inaugurer le règne nécessaire de la paix entre les nations, le désarmement général est consenti dans la forme et teneur arrêtées par le présent pacte fédéral.
- Article 20. — Aussitôt la signature des présentes, les nations fédérées désarmeront dans la mesure nécessaire pour tenir leurs forces militaires en équilibre avec les nations qui auront refusé l’union.
- Article 21. — Si toutes les nations européennes acceptent l’union, l’effectif militaire actif sera réduit au cinquième de l’effectif actuel.
- Article 22. — Le désarmement des puissances fédérées se fera simultanément sous le contrôle de commissions internationales nommées pour chacune de ces puissances.
- Article 23. — Ces commissions de désarmement
- seront composées d’autant de membres qu’il y aura
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- LE DEVOIR
- d’Etats fédérés. Chaque puissance nommera ses commissaires.
- Article 24.Les commissions de désarmement feront d’abord l’état et l’inventaire du matériel de guerre de chaque nation, de manière à en fixer la quantité et la valeur pour qu’il en soit tenu compte à chaqüe puissance.
- Article 25. — Le matériel de guerre ainsi expertisé et inventorié deviendra la propriété de l’union fédérale ; et chacune des nations fédérées interviendra dans l’acquittement de la valeur suivant l’im-portanCe de sa population.
- Article 26. — Le congrès international détermi nera ultérieurement les points de concentration où devra être emmagasiné ce matériel de guerre, et le mode de conservation qui devra lui être appliqué.
- Article 27. — Des agents internationaux et une garde internationale seront chargés de la sûreté de ces dépôts d’armes dans la forme qu’arrêtera le Congrès.
- Article 28. — Le matériel de guerre maritime subira les mêmes mesures de précaution en vue des garanties de la paix. Tous les navires de guerre seront désarmés, mis sur le pied de paix et placés sous la surveillance et le contrôle de la fédération, suivant les mesures que fixera le Congrès.
- Article 29. — Des conférences militaires internationales seront instituées pour arrêter l’organisation de l’armée fédérale dans l’intérêt de la défense commune. L’effectif militaire de chaque puissance sera arrêté ensuite par le Congrès. •
- Article 30. — Chaque Etat pourra transformer ses cadres militaires actuels en colonnes outillées pour l’exécution des travaux publics, et tenir ainsi en réserve la plus forte partie de ses contingents, en les faisant alterner des exercices militaires aux grands travaux d’utilité publique. 1
- Article 31. — La fédération proclame l’égalité de droit pour toutes les nations aux avantages naturels. Par conséquent elle n’entend favoriser aucun privilège ni aucun monopole pour une des nations au détriment des autres, et elle entend au contraire toujours intervenir en vue de fonder la paix entre les peuples sur la justice et l’équité.
- Article 32. — Les nations fédérées répudient tout esprit de conquête et s’interdissent l’usage des armes sinon pour la défense de l’union et des nations fédérées. Elles peuvent considérer comme un devoir de chercher à faire pénétrer les progrès de la civilisation chez les peuples arriérés,- mais elles s'engagent à le faire par des moyens pacifiques.
- Article 33. — Les travaux d’utilité européenne et
- universelle pourront être entrepris par les Etats fédérés soit séparément soit ensemble* au moyen deS cohortes nationales outillées. Ces entreprises seront laissées à la liberté des conventions internationales ; l££ fédération ne devra s’en occuper que dans le cas de désaccord ou de conflit et pour maintenir l’accord et 1 harmonie entre les peuples.-
- Article 34. — Lorsqu’une nation fédérée fera une entreprise d’exploration industrielle* commerciale ou scientifique chez les nations étrangères à la fédération, si elle est troublée dans cette entreprise* elle ne pourra chercher la réparation de l’offense qu’en saisissant le congrès international de la question et en suivant ses décisions.-
- Article 35. — L’union fédérale se donnant pour objet de réaliser la paix entre les nations dans le but d’assurer la sécurité et le bonheur des peuples* doit* poursuivant son œuvre, créer ensuite les conditions économiques les plus favorables à la vie* à la santé, au bien-être et au développement intellectuel et moral des peuples.
- En conséquence la fédération entend :
- Effacer les entraves à la libre circulation de tous les produits, lever les restrictions et les obstacles qui existent entreles nations;
- Favoriser l’essor de l’activité des peuples et 1© développement des ressources générales par la liberté des entreprises, du travail et des échanges ;
- Multiplier les moyens de relation entre les peuples, effacer le plus promptement possible les causes d’antagonisme et accroître les causes d’union et d’accord ;
- Les douanes étant pour les nations un obstacle à ces bienfaits* ayant, en outre* pour conséquence de grever les objets de consommation d’un impôt à la charge, des peuples puisqu’il leur fait payer plus chères les choses nécessaires aux besoins journaliers; les douanes étant par ce fait une cause de pauvreté et de misère pour les peuples, ayant en outre le grave inconvénient de susciter des dissentiments * des discussions et des conflits entre les nations, n’ayant d’autre motif que l’esprit d’accaparement et de monopole tout à fait contraire à la justice et à l’équité ;
- Pour remédier à tous ces maux, la fédération institue entre les nations comprises dans l’union, la liberté absolue des échanges et de la circulation.
- Art. 36. — A partir du jour de la ratification et de la signature du présent pacte fédéral, chacun des Etats fédérés avisera à remplacer le produit des douanes par de nouveaux impôts intérieurs à sp convenance et un an après, jour pour jour* les douanes seront supprimées entre les Etats de l’Union.
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- Art. 37. — Si par réciprocité ou tout autre motif, le régime douanier doit être maintenu avec les Etats restés en dehors de l’union, les douanes établies seront transformées en douanes fédérales et le produit en sera appliqué au profit de la fédération entière.
- Art. 38. — Pour assurer à l’oeuvre de la paix euro-péenne les soins qui lui sont nécessaires et pour arrêter les mesures propres à sa perpétuité, le congrès international aura deux sessions ordinaires annuelles : l’une commencera le premier mai, l’autre le premier octobre.
- Le congrès international est, en outre, érigé en tribunal arbitral des différends et des conflits entre nations.
- Les sessions ordinaires du congrès se tiendront à tour de rôle dans la ville capitale de chacune des puissances fédérées. Les sessions extraordinaires pourront se tenir sur les points les plus convenables aux délibérations du congrès. Les séances du congrès ne seront pas publiques.
- Art. 39. — A l’ouverture de la première séance de chaque session, le Président du congrès rappelle à l’assemblée qu’elle a été instituée pour veiller au maintien de la paix entre les nations et qu’elle doit le faire par la plus stricte observation de l’équité internationale.
- Art. 40. — Les affaires et les intérêts internationaux continueront à se régler de gré à gré entre les gouvernements ; mais chacun d’eux aura la faculté de faire appel au congrès pour décider les questions sur lesquelles les gouvernements ne pourraient s'entendre.
- En ce cas le congrès est convoqué en session extraordinaire, à la diligence des représentants au congrès de l’Etat qui veut soumettre la difficulté à la décision internationale. >
- Art. 41. — Les décisions arbitrales du congrès sont placées sous la foi des puissances et des engagements que celles-ci prennent dans le présent pacte fédéral de toujours accepter et toujours observer les décisions du congrès pour éviter la guerre entre elles.
- Lorsqu’il s’agira d’une résolution concernant les relations et les intérêts de la fédération, ou de l’un des Etats fédérés, avec une puissance restée en dehors de l’Union, le sort en sera remis au concert des puissances fédérées dont le congrès restera l’organe.
- Art. 42. — Les principes et l’esprit du présent traité sont la base de l’Union fédérale des puissances et doivent guider désormais les décisions ultérieures du congrès.
- Ce traité sera ratifié et échangé entre les Etats
- fédérés dans un délai de..........................
- En foi de quoi les plénipotentiaires l’ont signé, etc. (A suivre). GODIN.
- LA CAISSE NATIONALE DES RETRAITES DE LA VIEILLESSE
- Nous avons sous les yeux une proposition de loi relative à la Caisse nationale des retraites pour la vieillesse présentée à la Chambre par MM. Guvot Hippoîyte Maze, Bertholon, Casimir Perier, Nadaud, Buyat, Reyneau et Audiffred, députés, dans le but de modifier la loi qui régit cette Caisse, dans le sens du taux de l’intérêt composé du capital de la rente viagère à servir aux déposants de la Caisse des retraites, du chiffre maximum des versements annuels, du maximum des pensions, et enfin de la subvention à fournir par l’Etat.
- L’économie de ce projet consiste à établir pour les pensions de 600 francs et au-dessous le calcul de l’intérêt composé à 5 0/0 au lieu que pour les pensions supérieures à ce chiffre le taux de l’intérêt de capitalisation serait fixé chaque trimestre par un arrêté ministériel, d’après le cours moyen des rentes, après avis de la commission supérieure de surveillance. Il abaisse en outre à 300 francs le maximum des versements annuels, et crée en faveur des travailleurs qui seraient dans l’impuissance de continuer de gagner leur vie et de faire des versements, par conséquent, un fond de réserve alimenté par une subvention annuelle de deux millions fournie par l’Etat.
- Dans l’exposé des motifs qui accompagne le projet de loi proposé, les auteurs constatent d’abord que dans la pensée de ses fondateurs, cette Caisse devait servir exclusivement aux travailleurs, à la petite épargne. Le maximum de la pension fut d’abord fixé à 600 francs, l’entrée en jouissance à 50 ans et le taux de la capitalisation à 5 p. 0/0. Mais, ajoute l’exposé des motifs, le législateur avait oublié une chose, c’était de fixer le maximum des versements annuels; il en résulta que, dès que le prix de l’argent se fut abaissé au-dessous de 5 p. 0/0, des gens aisés arrivés à l’âge de 50 ans s’achetaient d’un seul coup 600 fr. de rentes, soit à capital aliéné, soit à capital réservé, ce qui prouve que l’abaissement du maximum de la pension n’arrête pas les spéculateurs ; ils prennent leur bénéfice où ils. le trouvent quelque petit qu’il soit.
- Or, si l’on tient compte de ce fait que la Caisse des
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- retraites convertit l’argent des déposants en rentes sur l’Etat dont les arrérages ne constituent qu’un intérêt de 3 1/2 ou 4 p. 0/0 au plus, tandis qu’elle capitalise ce même argent à 5 p. 0/0, et que c’est sur le produit de cette capitalisation qu’elle fixe le chiffre des rentes viagères qu’elle a à servir aux déposants, on comprend qu’elle est en perte au profit de gens qui spéculent précisément sur cette différence d’intérêt, et qui ne se trouvant pas précisément dans 3 la situation précaire des travailleurs auxquels l’Etat | destinait spécialement les avantages de cette insti-, tution, n’y ont absolument aucun droit.
- C’est cet abus que la loi de 1853 avait en vue de .< réprimer en diminuant de 1/2 p. 0/0 le taux de l’intérêt et en fixant à 2,000 fr. le maximum des versements annuels. De plus elle ajournait la jouissance de la rente à deux années après le dernier versement. Ces mesures furent utiles contre la spéculation, mais elles compromirent l’existence de la Caisse par suite de la pénurie de versements. Ce que voyant le gouvernement, une loi votée le 12 juin 1861 vint détruire les précautions prises en 1853. L'ajournement à deux ans fut supprimé, le maximum de la pension porté de 600 à 1,000 fr. et, chose inouïe, celui des versements haussé à 4,000 francs. Est-ce qu’un ouvrier a jamais été en position d’économiser quatre mille francs par an, dans un pays quelconque? Aussi n'était-ce pas à lui que l’on pensait évidemment en adoptant des dispositions pareilles.
- Après la guerre franco-allemande, le taux de la capitalisation ayant été de nouveau porté à 5 p. 0/0 et le maximum des pensions élevé à 1,500 francs, la spéculation reprit de plus belle, et les gens aisés, les capitalistes s’empressèrent de faire un excellent placement à 5 p. 0/0, de tout repos, sans compromettre en rien les intérêts de leurs héritiers, puisqu’ils versaient habituellement à capital réservé.
- Or si l’on considère qu’en 1872, les rentes viagères à servir par le Trésor s’élevaient à 8,741,408 fr., que cette somme a presque triplé, puisque dans le budget de 1882 elle est prévue pour 20,500,000, on n’a point de peine à comprendre que la Caisse s’épuise, qu'elle détruit les éléments de sa capitalisation, puisque depuis 1874 elle a versé au Trésor 20 millions de plus qn’elle n’aurait dû verser.
- Les auteurs de la proposition espèrent donc remédier à cet état de choses : 1° En autorisant dans la plus large mesure conciliable avec la comptabilité les petits versements, que leur projet propose de laisser commencer à un franc, en admettant toutefois que la capitalisation n’aura lieu qu’à partir de cinq francs ; 2° en coupant court à toute spéculation,
- en restreignant à un maximum de 300 fr. les versements annuels des particuliers, ceux des Caisses de secours mutuels étant illimités ; 3° enfin, en faisant attribuer par l’Etat à la Caisse des retraites une subvention annuelle de deux millions exclusivement employée à bonifier les pensions liquidées prématurément pour cause, soit de blessures graves, soit d’infirmités ayant amené l’incapacité absolue de travail, et constatées conformément au décret du 27 juillet 1861.
- Ce projet de loi constituerait certainement un progrès sur ce qui existe actuellement. Il replacerait cette institution dans sa véritable voie, l’assurance contre les maux de la vieillesse du travailleur. Mais elle ne répond pas encore entièrement aux aspirations progressives de la vie sociale, car elle restreint l’action de la Caisse des retraites aux seuls travailleurs qui ont pu réaliser sur leurs salaires les économies nécessaires pour faire les versements annuels exigés pour obtenir à l’heure de la retraite la rente viagère qui assure le pain de leurs vieux jours. Encourager l’épargne est assurément une excellente mesure, mais en faire la condition exclusive de l’aide à fournir aux déshérités et aux invalides du travail, c’est restreindre le droit des faibles et le devoir de la société à leur égard.
- Tout être humain incapable de gagner sa vie a droit au nécessaire de la vie ; c’est la loi primordiale de la nature, confirmée par les préceptes de la morale universelle. Tous les sages de tous les siècles l'ont enseignée aux hommes, en leur recommandant de s’entr’aider les uns les autres, et le tort de certains gouvernement est de considérer ces recommandations comme une chose facultative et toute gracieuse, tandis qu’elles constituent un précepte rigoureux, un devoir strict. Le seul fait de profiter la part de biens qui est libéralement et gratuitement fournie par la nature à tous les hommes sans distinction, impose à ceux qui en profitent l’obligation de venir en aide à ceux de leurs semblables qui se trouvent dans l’impossibilité de jouir des mêmes avantages. Or comme c’est par le fait de l’organisation de la société que cette impossibilité existe pour eux, il est du devoir de la société de réparer le mal qu'elle a fait elle-même sans conditions ni restrictions d’aucune sorte.
- En n’admettant au bénéfice de secours fournis par la Caisse des retraites que ceux qui ont pu réaliser des économies pour faire les versements annuels, l’Etat fait absolument ce que font les Compagnies d’assurances, qui moyennant une prime annuelle, garantissent, à une époque déterminée, un capital fixé d’avance ou une rente viagère convenue. C’est une assurance plus avantageuse que celle des Com-
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- pagnies évidemment,' puisque les Compagnies elles-mêmes, tant qu’elles l’ont pu, ont converti leurs polices en livrets de la Caisse des retraites, mais cela n’est point suffisant, et îe rôle de l’Etat est plus grand, plus élevé que celui de simple assureur.
- L’ouvrier qui ne gagne point assez pour vivre et faire vivre sa famille, et ce sont les plus nombreux, celui qui, par conséquent, ne peut matériellement pas réaliser la moindre économie sur son salaire afin de faire un versement si minime qu’il soit, cet ou-, vrier pourquoi serait-il condamné dans sa vieillesse à tendre la main à l’aumône, tandis que son compa- • gnon de travail moins chargé de famille ou plus favorisé par les circonstances aura son pain assuré pour ses vieux jours. Est-ce parce qu’il aurait plus besoin de secours qu’il en sera privé? Ses droits à la part de la nature sont-ils modifiés parce qu’il aura été plus malheureux durant sa vie ? Même en admettant que son défaut de prévoyance puisse entrer pour 1 une part dans l’énumération des causes de cette infortune, ce travers est-il un crime passible véritablement de la peine de mort à laquelle on îe condamne implicitement de la sorte?
- La loi de la vie est une et la même pour tous sans aucune distinction de- qualité ou de défauts, de mérite on de démérite. Le droit à l’existence est inhérent à l’être, bon ou mauvais, valide ou invalide. Ce droit doit être respecté par tous, et satisfaction à ce f besoin doit être donnée à tous. Tant que la société n’aura pas atteint ce but, elle n’aura point entièrement rempli son devoir, et l’Etat son représentant naturel sera en défaut. C’est un principe absolu, immuable que tous les raisonnements du monde ne sauraient infirmer à aucun degré.
- Les objections sont nombreuses, nous le savons, mais en réalité elles peuvent se réduira à une seule que Ton formulerait ainsi : l’Etat ne peut point nourrir, loger et vêtir tous les malheureux qui manquent de pain et sont dans l’impossibilité de le gagner ; ses ressources n’y sauraient suffire.
- A cela nous répondrons d'abord que cela ns détruit en aucune façon l’obligation qui lui est imposée, pas plus que l'insolvabilité bien constatée d’un débiteur ne détruit la dette. On peut être excusable jusqu’à un certain point de ne point s’acquitter, mais on n’est nullement quitte.
- Mais d’ailleurs est-il bien exact que l’Etat ne le puisse point ? C’est ce que nous ne saunons admettre à aucun point de vue. Un pays comme la France n’est point tellement peuplé que le sol ne puisse fournir de quoi faire vivre to ;s ses habitants. Son commerce et son industrie sont d’autre part assez prospères pour augmenter ses ressources dans une f
- très ample mesure. Si donc il y a en France cette plaie sociale qu’oo nomme le paupérisme, c’est aux institutions, à l'administration des affaires du pays que cela doit être attribué. Ce ne sont point les ressources qui manquent à l’Etat, mais la science ou la volonté de les employer de façon à faire disparaître ce mal.
- Si le pays est riche, et nul ne contestera cette qualité à la Franco, l’Etat a à sa disposition de tout puissants moyens pour parer à tous les besoins des citoyens ou de la nation. Pour s’en convaincre, fi suffit de jeter les yeux sur l’histoire contemporaine et de voir avec quelle facilité il lui a été possible de faire face, dans la guerre franco allemande, à la dé-pense aussi gigantesque qu’imprévue d’une quinzaine de milliards, sans que son crédit en ait été le moins du monde atteint, ni ses ressourcée compromises, il en est résulté une augmentation d’impôts dont contrairement aux craintes conçues, le recouvrement s’est constamment opéré sans presqu’aucune gêne, aucun malaise pour les citoyens, malgré l’énormité des intérêts annuels à servir à ce capital exhorbitam-ment accru de la dette publique,intérêts qui auraient presque suffii à la destruction du paupérisme,comme nous le verrons ci-dessous.
- L’Etat est donc assez riche pour pouvoir subventionner utilement, et c’est en somme tout ce qu’on lui demanderait,non-seulement une caisse de retraites pour la vieillesse tel qu’elle existe actuellement,mais une caisse d’assurances mieux organisées contre la maladie,le chômage,l’incapacité de travail à quelque cause qu’elle soit due,une caisse en un mot assurant à tous le nécessaire de la vie.
- Comment admettre que cela soit impossible à l’Etat lorsque Ton voit de tous côtés des particuliers créer dans leurs établissements industriels ou autres des institutions de ce genre, dont l'organisation ne laisse rien à désirer, et qui fonctionnent admirablement sans la moindre lacune, sans le moindre obstacle.
- Sans aller chercqer nos exemples plus loin, que se passe-t-il au Familistère de Guise ? Dès l’origine de la manufacture d’appareils de chauffage qui lui a servi de base, une caisse de secours et de service médical en cas de maladie fut instituée à l’aide d’une cotisation extrêmement minime prélevée chaque quinzaine sur le salaire de l’ouvrier. C’est un comité élu par les travailleurs de l’usine et parmi eux qui fut, dès le début, chargé d’administrer la Caisse et d’en constituer, discuter et approuver le règlement.
- En même temps que la cotisation personnelle qne Ton peut évaluer à 1 0/0 du salaire alimentait le fond de l’assurance, le chef de 1 industrie faisait de son côté abandon au profit de ce même fonds des amende*
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- pour infractions au règlement et des retenues pour malfaçons dont le montant était équivalent au chiffre des cotisations.
- Plus tard cette institution fut complétée par la création de quatre assurances nouvelles sous la libre initiatives de personnes, élues par la population.
- Les deux premières désignées sous le nom d'assurances de prévoyance, l’une pour les hommes, et l’autre pour les femmes, ont pour objet d’assurer un complément de secours aux ouvriers malades, et d’étendre les bienfaits de la mutualité en généralisant l’assistance en cas de maladie et en donnant à chaque membre de la famille le droit aux soins gratuits du médecin de son choix. Elles puisent leurs ressources : 1° Dans les cotisations des habitants arrivés à l’àge du travail, et dont le montant est à la volonté du cotisant et donne droit à des allocations proportionnelles. 2° Dans un prélèvement sur les bénéfices industriels de l’usine dont le montant est égal à la somme totale des cotisations.
- La troisième assurance, dite de pharmacie est établie pour garantir les médicaments, les soins et les choses nécessaires pendant la maladie. Elle est alimentée de la même façon que les précédentes et fonctionne dans les mêmes conditions. Elle paie les médicaments, les appareils, les instruments, le linge, les soins des gardes,et enfin,en cas de mort, les frais civils des funérailles.
- La quatrième assurance dite des invalides du travail, des orphelins et des veuves est destinée à compléter le système d’assurance mutuelle de la vie au profit des habitants du Familistère et des ouvriers de son usine. Elle est complètement à la char e de l’industrie qui impute pour cet objet aux frais généraux de l’établissement une somme équivalente à 2 0/0 des salaires payés annuellement, subvention plus que suffisante, puisque depuis sa création, les dépenses de cette caisse ne s’élèvent qu’à la moitié des allocations qu’elle reçoit.
- Au 1erjuillet 1881, voici quelle était la situation de ces caisses.
- Maladie, hommes,en caisse d’ensemble....................... 54.394 20
- Maladie, dames. En caisse ensemble ....................... 11.098 65
- Pharmacie. Encaisse........». 16.905 15
- Pension et nécessaire, (invalides etc). Encaisse................ 179.378 64
- Ainsi l’on a un ensemble de dépenses annuelles de.........................Fr.
- Dépenses
- 42.974 05
- 4.951 75 3.833 08
- 16.997 68 68.756 56
- Si l’on considère le Familistère, comme une petite commune de 1.000 âmes, on voit que la somme dépensée pour pourvoir à tous les besoins de la mutualité s’élève à 70.000 francs chiffre rond. La France comptant 86 mitions d’habitants pourrait donc être
- imaginairement divisée en 36.000 communes ayant besoin pour le fonctionnement de la mutualité chez elles d'une somme annuelle trente - six mille fois plus élevée que les 70.000 francs ci-dessus ou soit 2.520.000.000 de francs. En admettant que comme au Familistère, les cotisations des habitants fournissent la moitié de cette somme,il resterait à la charge de l’état à fournir l’autre moitié ou soit un milliard 260 millions.
- Or sans parler du budget du ministère de la guerre que l’abolition des armées permanentes est fatalement destinée à détruire, croit-on qu’en dehors de ses ressources ordinaires, l’Etat ne trouverait point de quoi subvenir largement à cette dépense dans les biens de main morte, qu’il aie droit incontestable de saisir pour cause d’utilité publique, dans le produit des successions en déshérence, dans tant d’autres ressources extraordinaires dont l’examen nous entraînerait beaucoup trop loin,mais quetoutle monde entrevoit aisément.
- La mutualité organisée et administrée parles intéressés et largement subventionnée par l’Etat, voilà le vrai remède au paupérisme,le moyen efficace de mettre la vieillesse du travailleur à l’abri du besoin et de l’infortune.
- Tout en reconnaissant donc,comme nous le faisions en débutant que le projet de loi Nadaud et Mace est un véritable progrès sur ce qui existe actuellement, nous avions raison de dire qu’il est encore insuffisant pour donner satisfaction à tous les besoins du corps social et qu’il présente encore des lacunes qu’il serait urgent de combler le plutôt possible.
- FAITS POLITIQUES & SOCIAUX DE LA SEMAINE
- Leg iti on dut i <m ss en Algérie. — Le mal
- causé par les épouvantables tempêtes qui ont sévi sur toute L’étendue du Tell algérien, est bien plus grand qu’on ne le supposait d’abord.
- Dans la province de Goustantine, des pertes matérielles considérables sont à déplorer sur tout le littoral ; toutes les routes sont défoncées, les ponts enlevés, et les communications postales et télégraphiques entre Constan-tine et Alger n’ont pas encore pu être rétablies.
- Dans la province d’Oran, 'aux désastres matériels il faut ajouter un grand nombre de victimes. Le Ghêliff a débordé; le barrage de la Mina à Relizane a cédé sous la pression des eaux ; la plupart des gourbis arabes et des habitations européennes ont été emportées ; enfin, au delà de Relizane, la plaine de l’Habra n’est qu’un immense lac. Le grand barrage de l’Oued-Fergou, dont les murs ont 40 mètres d’épaisseur à la base, et construit par la Compagnie Faanco-Algérienne, s’est en partie écroulé. 40 millions de mètres cubes d’eau se sont précipités dans la plaine. On est obligé de porter des secours à Perrégaux avec des embarcations.
- Les dégâts sont incalculables et c’est par centaines
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- qu’il faut compter les victimes.
- L’administration civile, d’accord avec l’administration militaire, fait tous ses efforts pour secourir les inondés.
- Des cavaliers sont envoyés dans toutes les directions portant des sacs de pain à l’arçon de leur selle, et des charrettes réquisitionnées apportent des canots de sauvetage. Des ambulances s’élèvent sur tous les points accessibles.
- Ceux qui ont échappé au désastre sont dans une affreuse misère, et font appel à la charité publique.
- ANGLETERRE
- Le journal de la Ligue agraire, Y United Ireland, qui avait été supprimé dernièrement à Dublin, a paru à Londres ; un certain nombre de numéros qu’on a essayé d’introduire en Irlande ont été saisis.
- On dément que M. Parnell ait été transféré de la geôle de Kilmainham dans celle d’Armagh.
- Le comité exécutif qui s’était formé en vue d’organiser une exposition nationale en Irlande pour l’année prochaine, a décidé jeudi de renoncer à ce projet; un grand nombre de membres demandaient qu’on n’offrit pas la présidence de l’exposition à la; reine, pour mai-quer leur opposition au gouvernement anglais ; lesana-nufacturiers de Belfast déclarèrent au contraire qu’ils ne prendraient pas part à l’exposition si elle n’était pas présidée par la reine. En présence de ces divisions sur la question de la présidence, le comité a renoncé à organiser l’exposition.
- Cette résolution a produit un certain désappointement dans la partie septentrionale de l’Irlande, où les souscriptions pour les fonds destinés à couvrir les frais avaient déjà atteint près de 400,000 fr. ; on dit qu’une exposition spéciale sera organisée à Belfast pour le nord de l’Irlande, et que la présidence en sera offerte a la reine, pour lui donner une preuve ostensible du loyalisme de la population de cette partie de File. i; *
- * •¥•
- La misère en Irlande :
- Faut-il, en effet, que ce pays soit malheureux pour qu’on soit obligé d’y ouvrir aes souscriptions au bénéfice des... propriétaires?
- Les journaux anglais nous apprennent que la souscription ouverte par le lord-maire de Londres, en faveur de l’association pour la défense de la propriété en Irlande, s’élevait jeudi soir à 7,000 livres sterling, et que celle en faveur des dames propriétaires en Irlande, qui se trouvent dans la détresse par suite du refus des redevances, avait atteint le total de 10,000 livres sterling.
- ITALIE
- Le pape a reçu, selon l’usage, le corps des cardinaux venus pour lui présenter, par l’organe du cardinal doyen,"' leurs félicitations à l’occasion des fêtes de Noël etfie la nouvelle année.
- Dans sa réponse au cardinal doyen, le pape aurait, d’après VOsservatore romano, exposé que sa situation était de plus en plus difficile. Il se serait plaint d’avoir été réduit à célébrer la récente canonisation sans la pompe habituelle ; il aurait ensuite revendiqué, comme le seul moyen d’assurer l’indépendance de son pouvoir spirituel « le pouvoir temporel dix fois séculaire de la papauté. »
- « Il est donc naturel, aurait-il ajouté, que les évêques qui sont à Rome soient appelés à donner leur opinion sur l’état de choses actuel, qui est inconciliable avec la | dignité du Saint-Siège, et que les fidèles du monde entier témoignent de leur anxiété, non seulement pour le temps présent, mais aussi pour l’avenir.
- « Toutefois, a-t-il dit en terminant, je m’efforcerai de guider la barque de saint Pierre au milieu de cette mer agitée, attendant avec calme le moment où Dieu fera cesser la tempête. »
- ESPAGNE
- Nous avons raconté il y a quelques semaines les troubles qui ont eu lieu à Gibraltar au moment de l’installation officielle de l’évêque, M. Canilla; on se rappelle que la population espagnole s’était montrée fort émue du choix de cet évêque, choix attribué à l’influence anglaise.
- Il paraît que cette émotion est loin de se calmer, car on signale de nouveaux troubles à Gibraltar : la foule a assailli la maison d’un Père.jésuite favorable à l’évêque; on a enfoncé les portes et on a chassé violemment les jésuites.
- Il a fallu une intervention énergique de la police pour
- j mettre fin au conflit. »
- 1
- ! ÉTATS-UNIS
- I
- Nouveau triomphe des femmes américaines.
- I Déjà il y a des femmes avocates, notairesses, et récemment on en signalait une,nommée desservante d’une paroisse. Voici que, dans l’Etat de Washington, on va leur donner les droits politiques : elles seront électriees et. éligibles, elles voteront, elles siégeront au parlement.
- Espérons que les discussions gagneront en courtoisie.
- ALLEMAGNE
- La Chambre des seigneurs de Bavière a rejeté par 31 voix contre 17, la proposition votée par la Chambre des députés et tendant à l’abrogation du mariage civil. Les princes de la famille royale, à l’exception d’un seul, se sont prononcés pour le rejet.
- 44 *
- La Gazette de VAllemagne du Nord se plaint de ce que, dans les provinces russes de la Baltique, l’agitation antiallemande, constatée depuis longtemps dans les populations de la campagne en Livonie, aille croissant. Dans le cercle de Werro, un pasteur aurait reçu un coup de feu; les paysans mettraient souvent le feu aux habitations des Allemands.
- A propos «3© l’fiTGolitiori de la guerre. —
- Histoire d'une utopie. — M. Angelo Umilta, professeur à l’Académie de Neufchâtel, vient de donner dans cette ville, sous les hospices de la Société neuchâteloise d’utilité publique, une première conférence dont le sujet était Y Histoire dune utopie.
- Le public était nombreux et sympathique, et, quoique le sujet en lui-même fût quelque peu aride, on a remarqué que les dames y étaient en majorité, ce qui arrive presque toujours à Neufchâtel [où les dames s’intéressent à toutes les questions d’art, de science et de morale.
- M. Umiltà a raconté par quelles phases l’idée de la paix a passé à travers les siècles.
- A force d’entendre traiter d’utopie des idées qui, selon lui, font la gloire de l’espèce humaine et de notre civilisation, M. Umiltà s’est demandé si la Société serait condamnée à une lutte perpétuelle et livrée à un combat sans fin ; et si après être tombée dans une enfance décrépite, elle ne reviendrait pas à l’état sauvage, puisque la guerre est œuvre de sauvages, tandis que la discussion est l’œuvre des hommes civilisés. La civilisation serait-elle un mal au lieu d’être un bien? Schopenhauer, Hartmann, l’école pessimiste serait-elle dans le vrai? Sommes-nous le jouet de la destinée ? » Ces doutes troublaient mon esprit, a dit l’orateur, ils assombrissaient l’idéal que je m’étais formé d’une Société telle que les progrès de la science et le développement de la raison la laissent entrevoir. Je voulais en avoir le cœur net et, avant de me rendre aux raisonnements des pessimistes, je me mis à la recherche des faits authentiques
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- a l’appui de ma manière de voir ; voici ce que j’ai trouvé :
- 1° Que l’aspiration à un ordre de choses où la guerre offensive serait considérée et punie comme un crime de lèse-humanité est aussi ancienne que l'homme civilisé lui-même. Cicéron avait une idée très nette de la liberté, du droit commun, de l’égalité, de l'inviolabilité de la personne humaine. Dans ses livres immortels : De Re-publica, de Legibus, de Officiis, qu’on devrait traduire dans toutes les langues et donner à étudier à tous les jeunes gens qui aspirent à devenir magistrats, députés, ministres ou diplomates, il proclame hautement que le principe de la morale universelle est dans la loi immanente et impérissable de la nature;
- 2° Que dans l’antiquité classique on ne trouve des traces vagues et fugitives de cette aspiration que chez les philosophes et les poètes. Dans l’antiquité, dont les institutions reposaiént sur le principe d,e la force qui en était la manifestation éclatante, il ne pouvait être question d’un droit commun à tous les hommes et à tous les peuples, la guerre était et devait nécessairement être un moyen d’ordre suprême des Sociétés organisées succédant aux peuplades nomades belliqueuses et sanguinaires par nature. Athènes avait déclaré sans détour que la raison c’était le droit du plus fort. Quant aux peuples qui gravitaient autour de la civilisation hellénique, ils n’avaient aucune notion de droit, de justice et d'humanité ; partout nous y voyons la guerre, le pillage, la destruction faire la loi; les vaincus sont tués où deviennent esclaves : ils ne sont plus des hommes, mais des choses.
- Deux siècles plus tard, Ulpianus, sous l'empire, avait déclaré que, devant la loi de la nature, tous les hommes naissent libres, tous les hommes sont égaux, et que celui qui va contre cette loi universelle va contre la nature elle-même et commet un acte injuste et arbitraire.
- Il faudra dix-huit siècles, s’écrie l’orateur, avant que cette vérité si simple se fasse jour, et peut-être d’autres siècles encore avant qu’elle se complète par ce principe de Mazzini : « La vie humaine est inviolable, il n’y a point d'étrangers sur la terre, tous les hommes sont égaux dans le droit et dans le devoir devant la loi morale universelle. »
- 3° Que dans le moyen-âge, en pleine barbarie, lorsque la religion adultérée n’était plus que fauatisme et superstition. au milieu de l’anarchie morale et politique qui caractérise cette époque de transition et de transformation, la notion d’un droit public quelconque ne pouvait se faire jour. La société d’alors n’ayant ni science, ni philosophie ne connaissait d’autre autorité que celle qui émanait du pape ou de l’empereur ; même les villes libres tenaient à se placer sous la suzeraineté de l’Eglise ou de l’Empire.
- L’école humaniste de Pomponazzi, de Simon Parzio, de Vanini, de Giordano Bruno, de T. Gampanella, commence à faire un peu de jour à travers ces ténèbres. Donato Giannatti trace les bases sur lesquelles doit s’établir il buono stato — l’Etat démocratique — dans son livre Délia vita civile publié en 1329.
- Un autre Florentin, Matteo Palmieri, esquisse d’une main sûre les principes de « la République et du droit des gens, qui est In justice universell : » et prévoit que dans un avenir plus ou moins éloigné « l’amour immense de la justice et de l’humanité sera le fondement des institutions et inspirera toutes les manifestations de la vie publique. » La raisom parfaite, dit Matteo Palmieri, est innée dans chacun de nous, répandue chez tous les hommes, chez tous les peuples ; la seule vraie, immanente et universelle; elle est de tous les temps,de tous les lieux : toutes les bonnes lois écrites ont leur source, leurs racines dans la loi éternelle et universelle de la nature, de cette loi découlent toutes les obligations envers la famille, envers la patrie, envers l’humanité, elle est en un mot la fraternité universelle. Il n’est point permis de s’écarter de cette loi, sinon pour défendre sa vie, ses biens sa liberté... Il y a deux moyens de trancher les différends : l’un par la discussion, lorsqu’on cherche le droit de chacun ; l’autre par
- la force... Le premier est le propre des hommes, le second est le propre des brutes. On ne doit recourir à la force qu’en cas de légitime défense pour sa patrie et pour vivre en paix, libres et indépendants. » L’espèce humatn3 est unie par la chaîne rndissoluble de l’amour Il ne peut donc y avoir de guerre qu’en cas de légitime défense. Un arrangement, même désavantageux,est préférable à une guerre heureuse. Dans tous les cas la guerre doit avoir pour but la paix... Les travaux fécouds de la paix doivent être le vrai but des sociétés civilisées : toute la sagesse des hommes d’Etat deit viser à accroître par l’échange réciproque des produits,de l’industrie et du commerce, la prospérité universelle et a faire en sorte que les peuples soient unis entre eux par le lien de l’amitié et le respect de droits réciproques... » C’est à des idées immortelles que s'est inspiré Alberic Gentiii, le fondateur du droit des gens, le précurseur de Grotius, de Puffendorff et de Bluntschli. « L’application loyale des principes posés par Matteo Palmieri, dit M. Umiltà, suffirait pour fonder une juridiction internationale parfaitement viable. L’autonomie de la personne humaine, c'est l’autonomie des peuples,c’est la garantie de la liberté et de l’existence des petits Etats, c’est le fondement du droit international que les légistes de l'empire s’efforcent en vain de fonder sur la morale élastique du beati possidentes si cher aux grands politiciens de .nos jours.
- Aorès avoir exposé les doctrines d’Alberic Gentiii, M. Umiltà ajoute : « Les principes du droit des gens énoncés par l’école italienne des humanistes ont trouvé leur application intégrale dans la grande Fédération des Etats-Unis d’Amérique, dans le développement pacifique et l’organisation toujours plus rationnelle de la Confédération suisse.
- Le reste de la conférence a roulé sur les idées de William Penn, de Thomas Morus, de Bernardin de Saint-Pierre, de Saint-Simon, pour arriver au développement des idées de Kant, qui est notre père à tous, nous amis de la paix par la justice et par la liberté.
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- Les O Illinois* sur 3a Tamise. — Le commerce anglais s'est vivement ému d’un incident qui, selon les burgraves de la Cité, menace son existence. L’autre jour la Tamise, à l’abord des Docks, s’est subitement couverte de bateaux de toute espèce sortant de dessous les entrées des grands magasins qui bordent le fleuve et suivant un grand vaisseau qui entrait à toute vapeur daus le port. Ce vaisseau n’avait rien d'extraordinaire, il était même de construction anglaise, mais... il portait à sa proue le drapeau chinois! C’est la première fois que le Dragon de la Chine flotte dans les eaux anglaises.
- La foule ignorante des ouvriers, des bateliers, des débardeurs de la Tamise, a salué par des hourras frénétiques cette apparition.
- Mais les négociants regardaient en silence et avec une expression de tristesse cette nouvelle arrivée, en se rappelant la menace de Ling, l’envoyé commercial du Céleste Empire, qui vint pour négocier un traité il y a quelques années et qui annonçait avec ce que nous ap-p dions alors l'insolence de sa race l’événement qui vient dose réaliser. « Avant vingt-cinq ans, disait Ling,nous aurons absorbé ie commerce de l’Europe. Le Chinois seul ale génie commercial parmi les fils de la terre. »
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- La danse des serpents chez les Sîoux.
- — Les sauvages de l’Amérique du Nord entre autres les Sioux, ont de curieuses cérémonies, destinées à invoquer Grand-Esprit et à se le rendre propice. On connaît la « danse du Soleil », pendant laquelle ils so transpercent le corps avec des cornes de bizon jusqu'à mettre leur \ie en danger.
- Le lieutenant John Bourke écrit au général Shéridan qu’étant iécemment dans l’agence des Moquis, il a été témoin d’une autre cérémonie bizarre la o danse des Serpents », bonne fortune qui n'était encore échue à aucun blanc.
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- La danse a commencé par le défilé d’une procession divisée en deux parties, les chanteurs et joueurs d’instruments, et quarante hommes et enfants, dont 24 éventaient incessamment avec des plumes d’aigle les serpents que les autres portaient à la main, où plus souvent à la bouche. Il y avait une centaine de ces reptiles, dont plus de moitié étaient des serpents à sonnette, la plupart si gros que les Moquis ne pouvaient les étreindre que partiellement dans leurs bouches. Chaque serpent, après avoir été porté autour d’un long cercle, au son de chants lugubres, a été placé dans une boîte sacrée recouverte d’une peau de bizon.
- Puis la procession s’est formée sur deux rangs, faisant face au grand-prêtre, debout sur le roc sacré. Le roc sacré a une trentaine de pieds de haut et a vaguement la forme d’un corps humain. Au pied est creusée une niche pleine d’offrandes déposées par les fidèles pour se rendre l’idole propice et en obtenir des pluies abondantes. Le grand-prêtre asperge la terre et les assistants avec une plume d’aigle trempée dans un vase d’eau, pendant qu’un médecin agite avec ferveur un instrument particulier dont le bruit imite celui d’une chute de pluie. La première partie de la cérémonie se termine par une prière du grand-prêtre.
- La seconde scène s’ouvre par une promenade cadencée des danseurs, se tenant par le bras deux par deux. Dans chaque couple. l’Indien qui est à droite porte une demi-douzaine de serpents dans la main et dans la bouche, et celle qui, est à g.uiche les évente.
- Les serpents sifflent et se tordent, et il arrive souvent que quelques-uns échappent à l'homme qui les porte. Chaque fois qu’un reptile tombe, les squaws répandent de la farine de maïs, plusieurs Moquis l’éventent précipitamment, le reptile s’enroule pour s’élancer et mordre mais au moment où il prend son élan il est saisi derrière la tête et réintégré dans la bouche de l’indien auquel il a échappé. Les serpents sont finalement replacés dans la loge sacrée, et leur grand-prêtre fait une seconde prière.
- Après un court entracte, les serpents sont rapportés et jetés dans un cercle que les squaws ont préalablement couvert de farine de maïs. Un signal est donné, un certain nombre d’agiles jeunes hommes se précipitent au milieu des serpents, en saisissent le plus qu’ils peuvent, les emportent en courant dans toutes les directions à une certaine distance, les lâchent, et reviennent de toute leur vitesse se confier aux soins des squaws et des médecins et avaler des potions qui empêchent les morsures dont ils sont couverts d’avoir un effet fatal.
- Le lieutenant Bourke a été happé par la vue de cette danse. Elle lui a donné la conviction qu’en fait de ser-pens venimeux et de moyens de guérir leurs blessures, les médicine mm des Moquis en savent plus long que tous les peuples de la terre, y compris les charmeurs asiatiques.
- CAUSERIE ANTICATHOLIQÜE ET RELIGIEUSE
- Le sacrement de pénitence et le célibat des prêtres.
- Le sacrement da pénitence, nous disent les théologiens, est de source divine; il fut institué par Jésus-Christ lui-même, qui conféra à ses apôtres le droit de remettre les péchés, en leur disant : Tout ce que vous lierez sur la terre en mon nom sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel. La théologie s’appuie encore pour prouver le caractère sacré du sacrement de pénitence sur ces paroles de Saint-Jacques : Confessez vos fautes l’un à l’autre, et priez l'un pour l’autre,
- afin que vous soyez guéris. Ces paroles, dont les orthodoxes se font une arme, n’établissent nullement la nécessité de^se confesser à un prêtre, et ne font allusion à l’existence d’aucun sacerdoce.
- J’ignore si Christ a jamais prononcé les paroles rapportées par les évangélistes donnant à ses apôtres les clés des cieux ; s’il les a prononcées, j’ai la certitude qu’elles n’ont jamais eu dans sa bouche la signification qui leur fut attribuée plus tard, et j’affirme que cette création monstrueuse qui s’appelle la confession n’a jamais germé dans la pensée de Jésus.
- J’irai chercher les preuves de ce que j’avance dans Thistoire des premiers' siècles du Christianisme. N’est-ce pas en effet à cette époque, encore pleine de souvenirs du maître, quand sa parole vibrait encore dans tous les cœurs, lorsque la doctrine qu’il était venu enseigner resplendissait dans toute sa pureté, que les hommes auraient dû se souvenir de l’ordre qu’il leur avait donné de confesser leurs péchés pour en obtenir le pardon ; n’est*ce pas de cette époque que devrait dater logiquement la pratique de la confession, et les Evangiles ne devraient-ils pas nous laisser autre chose, comme preuve de l’intention formelle de la part du Christ d’établir ce sacrement, qu’une phrase vague, que la théologie, docile instrument au service des idées de domination des premiers évêques chrétiens, a eu bientôt fait de plier à leurs exigences et à leurs désirs. Les premiers siècles du Christianisme sont muets sur l’institution de la confession. Ce n’est que vers le vu* siècle, que le concile de Ghâlons conféra aux prêtres le droit de confesser, et que vers le xme siècle que le concile de Latran décrétra obligatoire la confession annuelle. On croit généralement que ce fut dans le but de réaliser la doctrine du Christ que fut institué ce pieux sacrement. On avait bien autre chose à faire en ces temps de luttes religieuses que de chercher à imiter ce grand sage, qui avait dit : Aimez votre prochain comme vous-même, voilà toute la loi.
- Le motif réel des pères, en rendant la confession obligatoire, fut d’accélérer la ruina des hérésies qui inspiraient à cette époque de sérieuses inquiétudes à l’orthodoxie catholique ; grâce à cette institution, on avait un moyen sûr de trouver les hérétiques, et par conséquent de s’en débarrasser. '
- Les conciles lancent l’anathème contre quiconque regarde la confession comme une institution humaine, voyons ce que les premiers chrétiens pensaient de cette pratique considérée aujourd’hui comme indispensable pour être sauvé.
- A la fin du vi* siècle, St Goar reprochait A l’évêque de Trêves de s’être jeté à ses pieds pour lui révéler
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- une faiblesse, au lieu de la confesser à Dieu seul.
- St Gilles, vers le même temps, remettait les péchés à ceux qui s’en repentaient, sans exiger qu’ils s’en accusassent.
- St Jean Chrysostome, tout en exaltant les mérites de la confession, recommande de la faire non à des hommes, mais à Dieu.
- Il résulte de tout ceci que les premiers chrétiens n'ont jamais considéré la confession que comme un moyen d’amener les hommes à se repentir de leurs fautes, et n’ont jamais exigé qu’ils s’en accusent à d’autres qu’au souverain dispensateur de toutes choses. Ce ne fut que lorsque le Catholicisme eut maille à partir avec la Réforme, qu’on imagina ce moyen infâme de pénétrer dans les consciences, pour attenter à la liberté, et quelquefois à la vie des citoyens courageux qui osaient opposer des velléités de résistance aux doctrines envahissantes de la cour de Rome.
- A l’aide de la confession, les prêtres ont pendant de longs siècles dominé les peuples et fait trembler les rois. Ils furent jusqu’à la fin du xvuT siècle les maîtres du monde, et aujourd’hui encore la moitié des populations ignorantes de nos campagnes et de nos villes sont encore courbées sous le joug de l’enseignement catholique. Ce n’est que lorsque nous aurons instruit les masses, que nous aurons appris aux hommes de toutes les classes de la société, et aux femmes en particulier, sur la religiosité desquelles le parti prêtre fonde de grandes espérances, à formuler un raisonnement, à distinguer le vrai du faux, et à n’accepter que ce que leur raison leur ordonnera de croire, que nous pourrons dire : Le monstre est vaincu.
- Soumettons au tribunal de la raison le dogme de la confession, et voyons s’il est conciliable avec la justice divine. Nous ne saurions concevoir Dieu autrement qu’infiniment juste, et possédant toutes les perfections au suprême degré. Que devient Injustice de Dieu si le sacrement de pénitence est une vérité ?
- je me servirai d’une comparaison pour démontrer ma proposition.
- Un homme, pendant son existence terrestre a parcouru tous les degrés de l’échelle du crime : vols, faux, attentats à la pudeur, viols, assassinats, il n’a point laissé de mal à faire. La justice humaine, qui l'a condamné à la peine capitale, va le ranger au nombre des vivants.
- Heureux assassin, la pensée de la mort, qu’il va te falloir subir pour expier tes forfaits, va se dresser devant toi menaçante, tourmenter ton sommeil, et amener dans ton àma effrayée, à l’approche du
- moment suprême, le désir de te réconcilier avec le juge inexorable devant lequel tu vas bientôt comparaître. Un prêtre, que tu désires secrètement, vient t’offrir les secours de la religion dans laquelle tu fus élevé. Repenns-toi, te .dit-il, et tu seras sauvé.
- Tu as trop peur pour ne pas t’accrocher à cette dernière espérance. Huit jours se passent dans la pénitence, le repentir et la prière, pendant lesquels l’illustre gredin se met en devoir de travailler à gagner le ciel. Tu veux bien pleurer tes fautes, car la pensée de l’enfer éternel t’effraye, et un instinct naturel te fait te poser à toi-même ce dilemme où la peur prime tout autre sentiment : Si le Catholicisme est vrai, j’ai tout à gagner à me repentir et à me confesser, si ce n’est pas vrai, je n’a rien à perdre. C’est de la lâcheté, c’est la pire des hypocrisies, c’est le comble de l’épouvante et de l’effroi, c’est un calcul infâme, peu importe, on peut se sauver avec ce calcul-là.
- L’instant suprême approche, tu es bien préparé, tu as reçu tous les sacrements, le prêtre t'embrasse une dernière fois et te dit tout bas à l’oreille : Ya, mon fils, tu t’es bien repenti, tu as bien prié, à présent tu peux mourir, Dieu te recevra dans son éternité et tu goûteras avec les élus les félicités éternelles.
- Bienheureux scélérat, tes crimes, dont tu as eu le temps de t’accuser avant la mort, t’ont procuré la certitude d’une éternité bienheureuse ; tu en seras quitte pour quelques siècles de Purgatoire, et encore, si tu as laissé sur cette terre quelque'âme charitable qui se souvienne de toi et veuille bien consacrer quelques louis à ton salut, elle pourra abréger considérablement le temps de ton expiation ; c’est une chose entendue entre l’Eglise et Dieu.
- Bienheureux sont les assassins, bienheureux sont les misérables qui ayant beaucoup péché, ont eu avant de mourir le temps de se repentir et de s’accuser de leurs forfaits.
- Je sais que ces grands criminels contre lesquels la justice humaine requiert la peine capitale sont en bien petit nombre; à l’exemple du Christ qui a dit : Je ne veux point que le pécheur meure, mais je veux qu’il se convertisse et qu’il vive, je désire qu’il y ait possibilité pour ces malheureux de racheter leurs fautes par le repentir et l’expiation dans une existence ultérieure ; (la croyance en furie autre vie est inséparable de la croyance en l’immortalité de l’âme;) mais je trouve^injuste qu’ils'.[partagent les faveurs de ceux qui ont me né sur cette terre une vie exemplaire, n’ayant eu d'autre mérite que celui d’un repentir tardif, et que les crimes dont ils ont souillé
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- leur existence leur servent de marchepied pour escalader le ciel.
- A côté de celte infime minorité des grands coupables de la Société, il y a l’humanité toute entière, l’humanité qui travaille et qui souffre ; les uns favorisés de la fortune, les autres luttant contre la misère ; les uns, malades, infirmes, les autres, bien portants et bien doués de lanature. Parmi cette multitude innombrable qui constitue l’humanité, la mort fauche sans relâche, et la moisson est abondante. Les apoplexies foudroyantes, les accidents, les anévrismes et cent autres cas qui brisent l’existence d’une façon brusque, instantanée, font chaque jour un grand nombre de victimes. Si la doctrine catholique était vraie, si la nécessité de se purifier de ses fautes par le sacrement de Pénitence pour être sauvée était une vérité, combien y en aurait-il parm1 ces êtres arrachés inopinément au tourbillon de l’existence, qui quitteraient la vie sans avoir de péché mortel? Bien peu, assurément, s’il faut en croire tous ceux qui ont écrit sur l’extrême difficulté de se maintenir en état de grâce, s’il faut en croire ces saints qui ont dit que l’homme le plus vertueux péchait au moins 7 fois par jour. Donc, pour le plus grand nombre de ces déshérités, qui ont eu le malheur d’avoir à subir un genre de mort qui ne leur permet pas de se confesser à leur heure dernière, l’enfer éternel, l’enfer avec ses chaudières bouillantes, et ses diables acharnés après les damnés ; parmi eux, la plupart furent bons et menèrent une vie exemplaire ; peu importe, un seul péché mortel suffit pour être damné pour l'éternité. Dérision de la justice divine, pour les uns, les meilleurs, les flammes de l’enfer, pour les autres, les plus indignes, une éternité bienheureuse.
- Si le sacrement de Pénitence est une vérité révélée, Dieu est un être injuste et partial; or, comme Dieu ne saurait être conçu autrement que doué de toutes les perfections,la seule pensée qu’il ne'les possède pas toutes au suprême degré conduit forcément tout homme qui raisonne à nier son existence. Plutôt ne croire à rien qu’à un Dieu injuste et partial, l’homme qui ne croit à rien est au-dessus de celui qui croit à l’absurde, l’athée qui nie tout ce qui ne tombe pas sous ses perceptions est au-dessus du fanatique qui croit aveuglément à l'enfer éternel et à l’infaillibilité du pape.
- La pratique de la confession est humiliante et immorale. Elle est humiliante en ce qu’il y a quelque chose qui froisse le sentiment humain dans l’action d’aller exposer ses fautes à un autre soi-même, pécheur comme nous tous; la répulsion
- qu’éprouve l’homme et même l’enfant à s’approcher de ce sacrement est toute naturelle.
- Elle est immorale, parce que les prêtres du catholicisme ne peuvent avoir de femme, et sont par conséquent plus prêts à écouter les voix du démon de la concupiscence que les hommes mariés. Il est immoral que des hommes qui ont à lutter contre une passion naturelle, passion qui est d’autant plus ardente qu’elle est plus comprimée, soient les confesseurs de nos femmes et de nos filles. Une pénitente jeune et belle au pied d’un jeune prêtre, n’est-ce pas pour lui le supplice de Tantale. C’est aux efforts que font certains de ces malheureux,esclaves de la discipline ecclésiastique, pour résister aux commandements impérieux de la nature, que nous devons d’avoir à constater chez un certain nombre de prêtres ces cas de démence qui les poussent à des actes de lubricité furieuse qui les font échouer si souvent sur les bancs de la police correctionnelle ou de nos cours d’assises.
- Pères de l’église, qui avez crié anathème au mariage des prêtres aux conciles de Trente et de Latran, qui, avant ces conciles, ne vouliez conférer les ordres sacrés aux hommes mariés qu’à la condition qu’ils vivraient avec leurs femmes comme avec une sœur, vous avez mai auguré et des droits et -des besoins de la nature. Les passions sont les mêmes chez tous les hommes, et les sacrements, pas même celui de l’ordre, ne sauraient impunément tenter d’en modifier le cours et d’en troubler l’harmonie. Ce que fit le Créateur est bien fait, vouloir entraver l’action naturelle des passions, c’est s’exposer à leur faire produire les effets les plus subversifs. A vous donc, messieurs les théologiens la responsabilité des scandales que provoque le célibat des prêtres.
- En rétablissant le mariage des prêtres, la Réforme insuffla un sang nouveau à la religion naissante, et le corps sacerdotal y gagna en considération et en moralité. Mais il lui fallut, comme conséquense naturelle résultant du mariage de ses pasteurs, supprimer la confession ; les prêtres non mariés du Catholicisme sont des demi-dieux pour les fidèles, tandis que les prêtres mariés de la Réforme ne se distinguent en rien du commun^des mortels.
- Les conciles lancent l’anathème contre quiconque regarde la confession comme une institution humaine, moi je dis: Anathème à qui outragera Dieu en lui prêtant la pensée d’avoir songé à l’institution de cette pratique, dont le seul but fut d’affermir la domination du corps sacerdotal. Vous dites : Anathème à qui prescrit le mariage des prêtres,’ moi je
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- dis : Anathème à qui porte atteinte aux droits de la nature,et à qui fait passer les intérêts dominateurs de sa religion avant l’intérêt de la morale publique, en exposant, dans un but d’orgueil et de domination, nos femmes et nos filles aux dangers qu’elles peuvent courir, si nous confions à des jeunes confesseurs, auxquels on interdit l’amour et la mariage, le soin de diriger leurs consciences.
- Je ne saurais mieux terminer cet article qu’en citant quelques lignes de l’immortel Paul-Louis Courrier. Nul n’a décrit d’une façon plus saisissante la position faite au prêtre par la loi ecclésiastique qui condamne à un célibat perpétuel, nul mieux que lui n’a peint la lutte du prêtre contre la nature, lorsqu’il se trouve face à face avec une pénitente jeune et belle. Je cite :
- « Quelle vie, quelle condition que celle de nos « prêtres ! On leur défend l’amour et le mariage, « surtout, et on leur livre les femmes. L’innocente « fillette, sous l’aile de sa mère, entend le prêtre « d’abord qui, bientôt l’appelant, l’entretient seule à « seule, qui le premier, avant qu’elle puisse faillir, « lui nomme le péché. Instruite, il la marie, mariée, « la confesse encore et la gouverne. Ce qu’elle n’ose-« rail confier à sa mère, avouer à son mari, lui, prê-« tre, le doit savoir, le demande, le sait, et ne sera « point son amant.Il s’entend déclarer à l'oreille, tout « bas par une jeune femme, ses fautes, ses passions, « ses désirs,ses faiblesses,recueille ses souvenirs sans « se sentir ému, et il a 25 ans. Confesser une femme ! « imaginez ce que c’est. Tout au fond de l’église, une « espèce d’armoire, de guérite est dressée contre le « mur exprès où ce prêtre, non Mingrat, mais quel-« que homme de bien; je le veux sage,pieux, comme « j’en ai connu, homme jeune, ils le sont presque « tous, il attend le soir après vêpres sa jeune péni-« tente qu’il aime, elle le sait, l’amour ne se cache « point à la personne aimée.
- « Vous m’arrêterez là : son caractère de prêtre,
- a son éducation, son vœu.......... Je vous réponds
- « qu’il n’y a vœu qui tienne ; que tout curé de ville lage, sortant du séminaire, sain, robuste et « dispos, aime sans aucun doute une de ses parois-« siennes.
- « Or, je vous prie, celle-là, lorsqu’il l’entend venir « le lendemain, approcher de ce confessionnal, qu’il « reconnaît ses pas et qu’il peut dire : C’est-elle, « que se passe-t-il dans l’âme du pauvre confesseur? « Je le suppose un saint, ne pouvant fuir, il gémit « apparemment, soupire, se recommande à Dieu; « mais, si ce n’est qu’un homme, il frémit, il « désire, et déjà, malgré lui, sans le savoir peut-« être, il espère. Elle arrive, se met à ses genoux, à
- « genoux devant lui dont le cœur palpite. Vous êtes « jeune, Monsieur ou vous l’avez été, que vous « semble entre nous d’une telle situation ?
- « ...Si vous avez une fille, envoyez-la Monsieur,au « soldat, au hussard, qui pourra l’épouser, plutôt « quJà l’homme qui a fait vœu de chasteté.»
- Edmond Bourdà.in.
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- L’ALLIANCE DES FERMIERS EN ANGLETERRE
- il
- A tout seigneur tout honneur!
- Le duc d’Argyll est beau-père de l’une des filles de S. M. B. ; la duchesse de Lorne.
- Le duc d’Argyll est un des plus grands propriétaires du Royaume-Uni.
- Le duc d’Argyll est cet ex-membre du gouvernement libéral qui s’est séparé de M. Gladstone à propos et à cause du Irish Land Bill.
- La question agricole semble être son cauchemar, et la manière dont elle est traitée dans le projet de loi de l’Alliance des fermiers anglais ne paraît pas lui sourire mieux que la solution cherchée dans le Irish Land Bill.
- En sa qualité de duc et de grand propriétaire, le noble highlander s’étonne que, dans la Grande-Bretagne où de temps immémorial le sol s’est transmis par héritage, a été acheté et vendu, hypothéqué et loué toujours de la même façon, c’est-à-dire sous l’empire d’une législation qui a son origine dans les âges féodaux, l’on veuille changer quelque chose à ce mode de faire. Donner un droit sur le sol à tout autre personne qu’au détenteur de ce sol, c’est violer la loi fondamentale de tout pays civilisé, dit le noble duc et cette considération doit suffire à elle seule pour faire condamner le programme de l’Alliance des fermiers.
- « Cependant, » ajoute-t-il, « il y a quelque chose de plausible dans cette demande de la part des fermiers de pouvoir disposer de la valeur des améliorations par eux faites ou d’en être indemnisé, mais ceci est plus apparent que réel et lorsqu’on le regarde de près on voit que cela repose seulement sur the falïacies of languague, c’est-à-dire des sophismes. »
- Et pour le prouver, le noble contradicteur fait le calcul suivant sur lequel nous appelons l’attention du lecteur.
- Supposons une ferme de 100 acres louée en moyenne à raison de 30 shillings l’acre. Le terrain est parfaitement sain à part quelques parcelles qui ont besoin d’être drainées. Les dépendances sont, quoique à la vieille mode, en bon état ; mais il y manque un teck
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- LE DEVOIE
- à porcs et une remise pour les instruments de labourage.
- Le fermier qui a besoin de ces choses vraiment essentielles, fait drainer les terres et construire le
- teck ainsi que la remise.
- Le drainage pour 10 acres à raison de
- 16 L. l’acre, lui coûte...................160 L.
- Les constructions lui reviennent à . . 200
- Ce qui constitue un chiffre d'amélioration, de..................................360
- 360 L.
- Ici le duc Lût observer que par amélioration on ne saurait entendre le capital flottant que le tenancier met dans le stock et la cuiture d’une ferme. De ce capital le fermier est largement indemnisé lorsqu’il sort, par la vente de la récolte et ce qui lui est alloué dans certains comtés où les habitudes locales sont plus favorables au fermier sortant qu’au fermier entrant.
- Ceci étant, le fermier dont il est question plus haut n’a donc mis réellement dans la ferme qu'une somme de L. 360.
- Dans cette sorte d’association du propriétaire et du fermier comme dans tout autre de cette nature, le principal associé est assurément le propriétaire. Or dans le cas dont il s’agit quel est en capital fixe la part du landlord, son apport? Cet apport est le sol lui-même plus les dépendances qui servent à son exploitation.
- Quelle est la valeur de ce sol ?
- Pour 30 ans d’achat, cette valeur serait L. 4.500 — 100 acres à 30 sh. l’acre par an, font 3.000 sh. ou L. 150 pour un an, et pour30 ans,
- 30 x 150 =.................... • 4.500 L.
- Les bâtiments d’exploitation ont coûté....................... 800
- C’est donc un total de. . . 5.300 L. apporté
- par le propriétaire.
- « Est-il juste », demande alors M. le Duc, « que la direction de cette affaire et de tous les intérêts qui s’y rattachent passe des mains de celui qui apporte L 5300 entre celles d'un homme qui n’y met pas plus de 360 L. »
- On dirait que le noble Lord a conscience de la faiblesse de son argumentation en dépit des chiffres qu’il aligne, car il répond : « Mais l’exposé précédent ne met pas encore dans tout son jour l’iniquité du projet dans la concession qu’il fait aux tenanciers de vendre leurs tenues parce qu’ils y ont fait de légères améliorations. Il est d’autres cas où cette iniquité est encore plus flagrante.
- « Par exemple, voici une tenue que met en vente le tenancier. La culture de cette tenue a été des plus routinières, mais le sol est bon. L’acheteur l’a jugé tel et a vu qu’un assolement intelligent et l'emploi de procédés nouveaux doivent augmenter immensément les produits de la ferme, il n’hésite donc pas et offre un prix élevé représentant la valeur réelle du sol, prix auquel le fermier n’â pas droit et qu’il empoche cependant. Vendant sa tenue dans ces contions, en effet, il vend ce qui ne lui appartient pas.
- « On prétend qu’il n’y a pas .d’autre moyen de garantir au tenancier ce que l’on appelle la valeur entière [the full value) des améliorations par lui faites. Dès lors se pose la question : Qu’entend-on par cette valeur entière et comment la constater ?
- « La valeur pleine d’un bâtiment peut bien se déterminer au moyen du prix qu’il a coûté, en en déduisant, d’une part, les détériorations qu’il a subies et en y ajoutant, d’une autre part, l’intérêt ou la valeur du loyer. Maïs en peut-il être de même lorsqu’il s’agit du sol ?
- « Dans le cas mentionné plus haut (relativement aux améliorations), nous avons estimé très haut [16 L. par acre) les frais de drainage que nous avons, du reste, supposé parfaitement réussi. On peut, à moins de frais, obtenir de semblable opération des résultats importants. J’ai moi-même (c’est toujours le duc qui parle,) réalisé en pareil cas une augmenta* tion de revenu dans la proportion de 36 à 60 st. par acre ; c’est-à-dire que la valeur du sol qui était de 54 L l’acre s’est élevé à 90 L. Naturellement, si ce travail eut été fait par le fermier, il eut retiré de sa cuiture un profit égal à celui du propriétaire.
- « Est-ce le prix entier de vente de cette plus-value du sol qui est la valeur pleine que le tenancier a le droit de s’approprier ?
- « Si on ne l’entend pas ainsi, quelle est la part du tenancier ? Quelle est celle du propriétaire ? Dans quelle proportion cette dernière doit-elle être établie ? Tout le temps durant lequel le tenancier a joui du produit total, doit-il entrer ou non en ligne de compte ? Ou bien la valeur entière pour le tenancier doit-elle être calculée sur la dépense augmentée d’un intérêt déterminé de la somme dépensée ?
- « A coup sûr la première interprétation est celle que l’on a en vue, puisque l’on dit que l’évaluation des améliorations est inaccessible. S’il s’agissait, en effet, de la seconde, cette évaluation serait parfaitement définissable et dès lors facile à faire.
- « Alors le débat se transporte sur l’attribution au tenancier de tout ce qui constitue la plus-value, au moins pour un temps limité. Dans ces conditions,
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- quel sera la durée de ce temps et sur quel principe sera-t-elle supputée ?
- « S’il est donné au propriétaire d’avoir sa part des avantages dans le large revenu dû principalement à la fertilité du sol et à l’état de sa propriété, à quel moment rapproché sera-t-il appelé à jouir de cette part et sur quelle base sera-t-elle fixée ?
- « Ces questions qui se posent d’elles-mêmes démontrent que si l’on veut protéger le fermier dans son droit de vente (free sale), on est entraîné à le protéger également dans l’élévation du loyer, if air rent) et dans la durée de son bail [fixity of tenure). Ce sont donc les trois Fs qui reparaissent comme dans le Irish Land Bill.
- Là, M. le duc insiste pour que la liberté de contracter soit pleine et entière. Il doit en être de l’agriculture comme de tout ce qui est affaire; elle doit être laissée aux soins des hommes compétents, x Quant aux améliorations permanentes c’est aux propriétaires de les faire. C’est un bon placement pour leurs capitaux. La plus-value qui en résultera, couvrira et au-delà l’intérêt de l’argent empruntée avec le sol pour garantie. Sur une ferme, ajoute le duc, j’ai payé 12 p. 0/0 pour un drainage effectif. Sans la liberté de contract cela ne pourrait être.
- Enfin, selon lui, « c’est une erreur de croire qu’un nombre considérable de fermiers ont des capitaux qu’ils languissent de faire valoir en les plaçant dans des améliorations agricoles mais qu’ils en sont détournés par la répugnance des landlords à leur consentir des baux. Les fermiers sont, au contraire, bien plus à court d’argent que les propriétaires. »
- « La protection législative contre l’entrée des produits étrangers n’est pas plus illusoire que celle dont le but serait de garantir les fermiers de ia concurrence étrangère, voire même de celle qu’ils se font entre eux. Il en est de même d’une législation que met en garde les tenanciers contre les landlords dont l’intérêt direct, immédiat, est de donner toutes les garanties possibles aux cultivateurs les plus capables et les plus entreprenants. »
- III
- En entendant le duc d’Argyll s’écrier que l’on ne doit pas toucher à une législation qui date des temps féodaux, on se rappelle involontairement les protestations de la noblesse en France, lors de la réunion des Etats-Grénéraux qui précéda notre grande Révolution. C’est absolument le même raisonnement : Cela existe depuis des siècles, donc cela doit continuer à exister. « Vilains », disaient les grands seigneurs français, « vous avez été triqués jusqu’à ce jour, triqués vous devez être jusqu’à la consom-
- ! mation des siècles. » — « Manants », grognent les seigneurs terriens anglais, « vous avez été exploités jusqu’à présent, c'est dans votre rôle, exploités vous devez être jusqu’à ce qu’il vous plaise de faire autrement. « Vos plaintes sont fallacieuses, du reste, et votre argumentation n’est qu’un sophisme. »
- Sophisme? Puisque le mot a été prononcé, voyons à qui il doit s’appliquer.
- Et d’abord, quand le duc avance que les fermiers veulent vendre leurs termes (en anglais holdings), il se trompe, il n’a pas bien lu, ou il a mal compris. Ce que les fermiers entendent avoir le droit de vendré, ce sont les améliorations par eux introduites dans la propriété. Dans la plupart des pays agricoles du monde civilisé, les fermiers ont un droit imprescriptible au paiement de la valeur des améliorations qui sont leur œuvre propre. Dans le Nord-Est du Portugal, ce qui n’èst qu’un projet chez les fermiers anglais, est une réalité pratique dont les résultats sont des plus heureux. Si l’on compare la situation agricole du Minho et de ces parties du Portugal où le système du Tenant Right n’est pas en vigueur à celles où il fonctionne régulièrement, le contraste est frappant, si frappant que nul n’ose émettre le moindre doute sur les avantages immenses qu’en retirent toutes les classes de la Société.
- M. le duc semble oublier également que dans le projet de loi de l’Alliance des fermiers, le landiord ayant le droit de préemption, quant à la cession ou vente par le tenancier de ses intérêts dans la plus-value du sol dù à son travail, a par cela même le pouvoir de choisir ses fermiers. Il y a plus encore, toujours d’après le même projet de loi, faculté lui est laissé de refuser comme tenancier, sur des motifs appréciables, l’acquéreur des améliorations du fermier sortant. Le noble duc combat donc un fantôme lorsqu’il s’oppose a * projet d’enlever au landiord le choix de ses tenanciers.
- Il commet une non moins grande erreur lorsqu’il prétend qu’un fermier sortant vendra toujours son tenant right au plus offrant, sans entrer dans d’autres considérations que l’élévation de l’offre.
- Le vendeur, en effet, ne s’expose-t-il pas à une perte certaine en cédant son tenant Right à un homme incapable, n’ayant pas les capitaux nécessaires ou dont, pour d’autres raisons, la situation ne serait pas acceptable ? En somme, le landiord a toujours le droit d’option entre payer au cours du marché la valeur des améliorations de son tenancier, et, par conséquent, la prise de possession de la tenue dont il choisit à son gré le nouveau fermier, ou admettre en cette qualité une personne ayant à tous égards tout ce qu’il faut pour cultiver la ferme avec succès,
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- LE DEVOIR
- et contre laquelle, s’en référant pour cela à la cour, il n’y aura rien à redire. De telle sorte que, en payant ce qui est légitimement dû au fermier sortant, le landlord conservera tous les privilèges dont il jouit, comme landlord, dans la disposition de sa propriété, du choix de ses tenanciers, tandis que s’il refuse de payer, ainsi que nous venons de le dire, il trouve dans la cour une protection efficace contre l’admission comme fermier d’un homme de paille ou de tout autre personne ne réunissant pas les conditions nécessaires pour constituer un bon et honnête cultivateur ; car la probité entre en ligne de compte dans tout cela.
- M. le duc semble croire que ce système de vente, au prix du cours, du tenant Right, aurait pour résultat d’empêcher les propriétaires de faire des améliorations dans leurs domaines. Nous ne voyons réellement pas comment, ni pourquoi. Le projet de loi est positif et fait une distinction soigneuse entre la plus-value due aux améliorations du fermier, d’une part, et celle résultant de tout autre cause, ou provenant de tout autre source, d’une autre part. Le landlord, s’il fait des améliorations lui même, ou s’il fait des avances pour cela, est toujours certain de recueillir les fruits ou de toucher les intérêts qui lui sont dus... Dès lors, s’il n'est pas lésé, pourquoi ne ferait-il pas ce qui, en dernière analyse, tourne toujours à son profit? Le fermier n'emporte pas le sol sous la semelle de ses souliers et, en admettant qu’il ne puisse rembourser les avances que le landlord lui aurait faites, l’argent étant employé à l’amélioration de ce sol, ce dernier retrouverait toujours ses avances dans le produit de la propriété et la loi prévoyant ce cas admet, du reste, la compensation dans le prix de la vente du tenant RigM. Enfin si la loi avait pour effet comme c’est son but, à ce que nous croyons, de faire cesser le doute au sujet des deux personnes, landlord ou tenancier, qui, comprenant ses intérêts, devra améliorer et améliorera le sol, on ne saurait que s’en applaudir à tous égards. L’agriculture en général s’en trouvera mieux et les intéressés directs seront certains de recueillir les fruits de leur travail.
- M. le duc ne veut pas que ces fruits, quand bien même ils seraient le résultat du travail ou des dépenses du tenancier, appartiennent en tant que plus-value à ce dernier. Son raisonnement est celui-ci : Les améliorations agricoles sont le produit de deux éléments ; l’un de ces éléments est la participation du tenancier, argent ou sueurs ; l’autre est la fécondité naturelle du sol cultivé. « Dès lors, part à chacun de ces deux éléments, » ajoute le noble contradicteur. .. Ce qui revient à dire : le tenancier déve-
- loppe à ses frais et par son habileté les ressources du sol appartenant au landlord, donc celui-ci doit participer aux avantages qui sont la conséquence de ce développement.
- Sophisme, dirons-nous à notre tour.
- En effet, toute dépense en fait d’agriculture est une expérience impliquant plus ou moins de risques et dont le résultat bon ou mauvais dépend du jugement et de l’habileté de l’expérimentateur. Si le landlord fait lui-même cette expérience, il expose son capital, court les risques de perdre et dès lors a droit au profit tout entier, si profit il y a. S’il n’a pas les moyens de faire cette expérience ou ne veut pas la tenter et que le tenancier, lui, la fasse à sa place, ne serait-il pas monstrueux que le landlord réclamât sa part des bénéfices en résultats ? Eh quoi, le propriétaire dont le devoir est de développer les ressources du sol qu’il possède nominalement, négligerait de remplir ce devoir, ce dont pâtirait la nation tout entière, et l’on voudrait que le fermier qui remplirait ce devoir incombant au landlord, ne pût pas récolter toute la moisson qu’il aurait semée? Mais ce ne serait pas seulement injuste; ce serait encore souverainement impolitique. Pour que la thèse de M. le duc fût soutenable, il faudrait qu’en cas d’insuccès de la part du fermier, celui-ci eut au moins le droit de réclamer une partie de cc que lui aurait coûté son expérience; sans cela ce serait lui dire en jetant un gros sou en l’air : « Pile, j’ai gagné, face, vous avez perdu ! »
- D’un autre côté nul ne songe à faire supporter au Landlord la moindre part dans la perte occasionnée par la faute du fermier. Si celui-ci a, même avec l’intention de bien faire,détérioré au lieu d’améliorer les fonds qu’il cultive, il doit prendre à son compte la perte tout entière et faire plus encore, indemniser la propriété des détériorations dûment constatées, mais aussi nous le répétons, il a droit, en cas de succès, à tout le profit résultant de ses expériences. Nous ajoutons que soutenir qu’il ne saurait être permis à un tenancier d’essayer, dans et avec les conditions sus-dites, de développer les ressources du sol qu’il tient à bail,c’est préconiser une doctrine absolument contraire aux intérêts du pays. Enfin si les trois F* : free sale, fair rent, fixity of teuure sont connexes, inséparables ; si l’application de l’une entraîne nécessairement l’application des deux autres, comme le prétend le duc d’Argyll, eh bien soit, va pour les trois Fs et que les fermiers anglais ajoutent cela à leur programme ; ils ne s’en trouveront pas plus mal.
- {A suivre.) C.-P. Maistre.
- Le Directeur-Gérant : GrODIN
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- DU Ve VOLUME
- A.
- Abolition de la peine de mort. Voir peine de mort.
- Abus en Rassie, 110.
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- Agriculture, son enseignement, 268.
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- Allocution deM. Louis Blanc à la fête de Victor Hugo, 148. Anniversaire de Fourier, 202.
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- Ashantes, situation de ce peuple, 17.
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- Atelier, son introduction à l’école, 46.
- Aveu, 298.
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- B
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- Capital, son association avec le travail, 65.
- Catastrophe (horrible), 575.
- Catholiques libéraux, 166. ,
- Causerie anti-catholique et religieuse, 533, 549, 582, 679, 763, 793,809,842.
- Centenaire (les),
- Chanson russe, 264.
- Chant (le plus vieux du monde), 271.
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- Chauvinisme à l’école en AFemagne, 43.
- *> qu’il enfante la cruauté, 285.
- Chemins de fer à Tunis, 185.
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- * en Indo-Chine, 43.
- » au Sénégal, 133.
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- » le transcontinental Canadien, 171.
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- * » aux Etats-Unis, 284. •
- .f » leurs progrès, 121,271.
- a airMexique, 203. *
- Chicago, son commerce, 121. . ,
- Chiens de l'Ahique méridionale, 655. • •' ;5 7
- Chinois en-Australie, 272, (dans ia Tamise).
- Choix des fonctionnaires, 225, 241.
- Choses de l’autre monde, par E. Nus, 253.
- Cireassiens vagabonds, 99. _ „
- Clergé, ce qu’il touchait avant la Révolution, 93. Cléricaux, leur attitude envers le socialisme, *87.
- Club d’études sociales à Londres, 207. •
- Cochincidne Française, 430.
- Coiffures, 624.
- Col ection (la plus ancienne cou ue) 32.
- Collectivisme, son désaveu par les ouvriers, 24.
- Collèges communaux, 6. ' • •
- Combien y a-t il de catholiques,en France, 793. - ,ot Commerce, celui de l'opium, 285. >vi
- Concours sur des questions économiques, 63.
- Conditions d’un congrès de la. paix, 301.
- Conférences monétaire, 261. ' »
- » deM. Godin, 337, 333, 369', 385, 433, 449, 466, 481,530,593.
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- Conférences sociales en Suisse, 593.
- » de Londres (à propos de la), 519.
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- » de la paix, 150 {les conditions d’un; 801, sa mission, 817.
- » anti-clérical, 204, 232, 315.
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- » régional ouvrier, 301. 379, 397, 407.
- » socialiste du midi, 363.
- » coopératifs deLéeds, 426, 438, 469, 493, 507, 514. » (Les), 431.
- Conscience perdue (la), 671, 718.
- Conseils muuicipal de Paris, 132.
- » généraux. 291, 311.
- Conservaleurs modèles, 144.
- Constitution de la véritable commune, 17.
- » française, sa révision, 166, 206,237, 24î, 357. Contribution et impôt, 81, 97.
- Correspondance, 187.
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- Corvée, sa suppression daus les colonies, 326 Cours forcé, son abolition en Italie, 151.
- Crémation des morts, 25. 2<>3,239, 249, 400.
- • au Japon, 368.
- Crimes, ceux de la séduction, 270.
- Criminalité des femmes, 28.
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- I>
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- Dégrèvement des cafés, 212.
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- Désarmement du Luxembourg, 102.
- Désaveu du collectivisme, 24.
- Dessèchement du lac Fuschiuo, 48.
- Développement physique des femmes, 128.
- Dévouement des femmes, 791.
- Discours. Celui de M. Gambetta à l’ouverture de la Cbam
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- Divorce, 86. 94, 102, 113, 120, 136.
- » En Suisse, 252.
- » Société des amis du divorce, 269.
- Dogmes (les), 777.
- Domaine public, son extension, 13,
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- Duc oculiste, 122. *
- Duel, son interdiction, 122.
- » réflexions.
- Durée moyenne de la vie à Paris, 755.
- Duvergier de Hauranne, 363.
- E
- Echec des candidatures ouvrières et socialistes, 587. Ecoles. Celles à tricoter, 27.
- » Nouveau statut des écoles primaires, 64.
- » Celles d’adultes à Bruxelles, 76.
- > Dans l’Etat de New-York, 144.
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- Expérience, celle du loup, 240.
- Exposition d’électricité, 604, 621.
- Explorateur perdu, 63, 136, 171.
- » Blanchi, 250.
- F
- Faits politiques et sociaux, 6, 20, 38, 54, 68, 83, 101, 116, 131, 148, 166,211. 223, 243, 261, 277,293, 301, 357, 382, 392, 404, 424, 441, 456, 472, 490, 502, 520, 536, 550, 566, 584, 660, 615, 632, 647, 663, 676, 696, 710, 727, 743, 760, 774, 791. 806, 822, 839.
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- Le Familistère de Guise (au Journal des Economistes et à la Revue du Mouvement social), 756.
- Assemblée générale extraordinaire, 4, 308. Assemblée générale ordinaire, 68, 83, 657, 673, 689.
- Le jour de l’an, 19.
- Conseil de gérance, 37, 53, 227, 803. Rapport de l’administrateur-gérant. 68, 83, 657.
- Bilan, 85.
- Liste des récompenses, 706.
- Rapport du Conseil de surveillance, 99, 673. Un dimanche d’hiver, 107.
- Situation des assurances mutuelles au 31 janvier, 147.
- Sa Bibliothèque, 148,403,509,575, 671, 688, 735, 752, 800.
- Coniérence de M. Boland, 161.
- » M. Sterlin, 430.
- Appréciation de la presse, 196.
- Etat-civil, 243. 293, 309. 356, 390, 438, 463, 496, 5b9, 543, 576, 622, 639, 656, 671, 687, 720, 736. 800, 815, 831.
- Fête du Travail (récit de la), 289.
- » discours de M. Godin, 305.
- Fête de l'Enfance, 578.
- Fêle de nuit, 309.
- Conférences de M. Godin, 337, 353, 369,385, 433, 449, 466, 481, 530.
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- Familistère. Visiteurs, 306, 356, 431.
- » Voyage autour du Familistère, 453, 483,
- 501, 516, 539, 570, 590, 606, 612, 629, 644, 666, 684, 699, 713, 724, 739, 771, 787, 805, 819.
- Fédération ouvrière de Marseille, 153.
- » et congrès pour la paix, 753, 769.
- » de la paix (protocole de laj, 785.
- Femmes. Sa situation dans la famille, 8.
- » » 1’uidustrie, 9.
- » Ses droits civils, 10, il, 77, 284, 340 345.
- ' ï- Ses droits politiques. 10, 13, 77, 284.
- Leur instruction supérieure, 11,240.
- * Opinion de V. Hugo sur leur droit, 15.
- » Docteur en Finlande, 25.
- » Lauréat de l’Université de Genève, 43.
- » Meeting de femmes en Hollande, 63.
- » Couféreuces de M. Leguuvé, 76.
- » Leurs droits (correspondance), 96.
- » Candidat à un Conseil municipal français, 110. » Leurs droits en Italie, 118, 122, 133.
- » Etudiants en Russie, 119, 154.
- » » en Angleterre, 125.
- » Docteur en Belgique, 137.
- » Compositeur de musique, 136, 285.
- » Leurs lectures, 137.
- » Pétition a MM. le» sénateurs, 140.
- * Leurs droits en Irlande, 150
- >• * en Amérique, loi.
- » Leur situation d’après M. Legouvé, 169, 204.
- » Pharmaciennes eu Hollande, 171.
- » T aite des biauches, 176.
- » Qu’ehes ont voté, 188. 1
- » Inspectrices d’école, 204 .
- » Electeurs à l’ile de M*n, 207.
- » Une comtesse docteur eu médecine, 236.
- » Uue pensée sur leurs droits, 237.
- » Les femmes docteurs eu Russie, 250.
- » » » en France, 2i8.
- » Situation de l'épouse, 299.
- » » de la mère, 300.
- » Groupe de femmes socialistes, 362.
- » La femme et les ouvriers, 362.
- » Le droit des femmes, 482.
- » Leur émancipation, 653.
- Fermiers anglais et irlandais, 27.
- Fers (supplice à bord d‘un navire), 217.
- Fêtes. Celle de Victor Hugo, 148.
- » naliouale a Guise, 468.
- » improvisée, LOI.
- Feuilleton. Uu révolté, 302, 317, 332.
- Fidji (détails sur ces îles), 136.
- Fille mèie (la), 832.
- Fortifications eu fer, 143.
- Fortune des présidents des Etats Unis d’Amérique, 649. Fourier, banquet de ses discipies, 267.
- Frais de procès, 11.
- France en 1880, 1.
- Gr
- Garfieid (le président), 615, 634.
- Gargantua (un), 572.
- Génie de la guerre et l’organisation sociale, 396, 406. Gorini, 122.
- Gouvernement. Des hommes et des qualités qui lui sont nécessaires, 177.
- Gratuité de l'instruction et les fournitures scolaires,652. Grèves. Celle de Wigam, 57.
- * » ilu Laucashire, 57, 87, 118.
- » Grève maladroite, 111.
- Grisou, ses victimes, 121.
- Groupement, qu’il s’acceutue de plus en plus, 321. ’ >
- Guerre, sa déification par M. de Moltke. 104.:
- » Celle de l’Amérique du Sud, 135.
- > » dans l’Asie centrale, 135.
- » discussion â l’Institut, 228.
- » Sa condamnation, 252.
- » et armées permaner tes, 623. Gymnastique pour dames, 187.
- II
- Habitation unitaire, 17, 33, 49.
- » ouvrières à Londres, 31/
- » La grande habitation comparée aux maisonnettes, 230.
- » et les intérêts des enfants, 26».
- Héron cendré (les mœurs du), 622.
- Héros industriel, 139. f
- » Utile, 347. • • • •
- Hirondelles, 284.
- Histoire des pionniers de Rochdale, 348, 364, 374, 394, 409,420, 443, 459,475,486.
- Histoire d’une utopie.
- Houille, sa statistique, 247.
- ' I
- Icarie, 204,251.
- Impôts. Leurs plus-values, 38.
- » La contribution et l’impôt, 81,97.
- » eu Turquie, 94.
- » Celui sur le papier, 110.
- » » , » la viauue, 148.
- » foncier, 166. ’
- Incendie, secours, 346. ,
- » et i’incombusiibilité, 828.
- Initiative privée eu matière d’iuatruclion, 78. Insurrections en Suisse, 256.
- » eu Algérie, 342.
- Instituteurs, leur soit autrefois, 157.
- Instruction criminelle. Sa létorme, 185.
- Instruction, loi qui la rend obligatoire, 6. , , m Celle des femmes, lî.
- » » » jeune;s filles, 14.
- » discussion au congrès du Havre, 22.
- » Son budget à Genève, 25.
- » Sa statistique en Angleterre, 30.
- * Frais d’examen universitaires, 63.
- » Initiative privée en cette matière, 78.
- * Instruction civique, 88.
- » » publique aux Etats-Unis, 415.
- » Ses progrès dans le!Doubs, 170.
- » » » à Rruxedes, 236.
- » Classification des caractères, des intelli-
- gences, des capacités et des vocations, 257,273.
- Interpellation sur les armements grecs, 131. Intervention divine,717.
- Inventions, 136.
- Irlande. Etudes sur ce pays, 13, 26, 27, 13p, 145,164,332. » Sou agitation (voir au mot situation!.
- * Misères et remèdes, 284, 3U0, 315, 334, 367, 378, 411, 732, 745, 764, 781.
- Israélites, 76, 77.
- Ivrognerie en Russie, 285. , .
- J
- Journal curieux, 208.
- Juges de paix, extension de leur compétence. 180.
- » élus en Suisse, 341.
- Juifs et le tsar (les), 463.
- Justice, comment on la rend en Italie, 285.
- . K
- Kairouan, 719.
- Kroumirs, campagne contre eux, 228, 244, 247, 261, 277, 293, 310, 312.
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-
-
-
- 6
- 'mimSm
- L
- Lakanal, beau trait, 182.
- Laine minérale, 15.
- Laiterie coopérative de Kiel, 508.
- Land Bill, 378. 411, 427.
- Landlords irlandais, 223.
- Lingue française en Amérique, 124.
- Lingues anciennes condamnées, 249.
- Lettres de Russie, 522.
- > d’Icarie, 523.
- » de six ex-élèves, 705.
- Liberté rie la Presse, 52, 101, 104, 117.
- » d’association, 86.
- » municipale, 117, 132.
- Libre-pensée en Angleterre, 76.
- Libre échange (voir'proteclion).
- Ligue internationale de la paix, 647, 822.
- Locomotion aérienne électrique, 558.
- Logements à bon marché à Londres, 222.
- Lumière électrique dans les mines, 62.
- » de M. Kordig, 96.
- » et chauffage, 750.
- Lune et son influence sur la température, 287.
- m
- Magistrature, loi qui la réforme, 6.
- » son élection en Suisse, 118.
- Magnétisme et somnambulisme, 95.
- Maison d’un grand seigneur. 656.
- Manifeste des pionniers de Rochdale, 351.
- Manuel d’hygiène et de végétarisme, 655, 704.
- Mariage des prêtres, 211.
- Martinique (la situation à la), 823.
- Militarisme en Allemagne, 11, 94.
- » en France, 63.
- » et 1 ouvrier. 298.
- Mines d’or nouvelles, 93.
- » d’argent nouvelles. 110.
- » celles de la Tasmanie, 233.
- » statistique des accidents, 238.
- Ministère de M. Gambetta, 721.
- Miracles (les), 729.
- » en Sicile, 237.
- Miroirs magiques, 221.
- Misère, faits y relatifs, 76, 77, 123, 142.
- • des Irlandais, 144.
- des cordonnieis à Chicago, 251.
- » en Russie, 155.
- Mœurs (voir police).
- » du héron cendré, 622.
- » américaines, 270.
- Montagne en feu, 573.
- Morale (la;, 825.
- Moralité berlinoise, 204.
- Moteurs hydrauliques, 154.
- Muiron (Just), 39u.
- Musées scolaires en Belgique, 28.
- * pédagogique du ministère del’instr., 121. t commercial à Anvers, 217.
- » de Carthage, 405.
- IV
- Nations catholiques, 558.
- Nécrologie (Just Muiron), 390.
- Nihilistes et leur nouvelle politique, 556.
- Noé aérien, 637.
- Nominations aux fonctions, 209.
- Normand et la comète (le), 816.
- Nouvelles diverses, 11, 25, 43, 62, 76, 93, 109, 121, 136.
- O
- Octroi de Paris (ses recettes), 38.
- Opéra populaire, 330*. i '
- Opinions, o. étrange, 271.
- Orphelins, leur sort, 121.
- Oublié sur le champ de bataille, 426. Ouvrier (le parti). 573.
- Ouvrière mère de famille, 183.
- JP
- Paix. Essai de Kant sur la paix perpétuelle. 31.
- » Mouvement en sa faveur au sujet de Tunis, 297, 312, 314.
- Palais communal, 33. 49.
- Panslavisme en Hongrie, 568.
- Panthéon, son retour à sa destination, 167.
- Patriotisme, (le véritable), 574.
- Pauvreté, paupérisme, ses progrès à Londres, 331. Peine de mort, 93, 103, 116, *120,' 134, 138, 166, 180. Peinture et propagande, 830.
- Peste en Asie, 250.
- PHition ouvrière, 206.
- Pétrole au Venezuela, 393.
- Pharmacie coopérative, 246.
- Philanthrope riécéié, 171.
- Pionniers de Rochdale (voir au mot histoire).
- Police des mœurs, 03, 77, 176, 180, 250, 330.
- » » protestation, 270.
- Politique des classes, 111.
- » méditerranéenne, 314.
- Poste primitive, 191.
- Poursuites de presse, 197.
- Préfecture de police, 245. 294, 326, 340,
- Presse, sa liberté. Voir liberté.
- » Nécessité d’une presse ouvrière, 60.
- » Curieuse statistique, 224.
- Prisonniers, leur situation sous Louis XIV, 256. Prix-Botta, 330, 340. 345.
- Problème social, 619.
- Programme des réfetmes sociales nécessaires, 737. Progrès des Etats-Unis, 77, 95.
- » du socialisme, 607.
- » social. Gomment il s’accomplit, 129.
- » que les révolutionnaires sont ses ennemis, 331. Promenade aux environs de Dieppe, 543,
- Propriété, dans les Iles Britanniques, 252.
- Prospérité des villes suisses, 42.
- » de» finances françaises, 149.
- Protection douanière, 133, 197.
- Protocole de la fédération de la paix, 785.
- Quartiers ouvriers en Angleterre, 142.
- Question sociale et l'éducation, 418 499, 546, 562, 610.
- » u et la Petite République française, 605.
- » » de la paix, 721,737,753,769,785, 801,817,
- » » 833.
- R
- Recensement allemand, 400.
- Réfectoires à l’école. 77.
- Réflexions de Michelet, 332.
- Réformes sociales nécessaires (programme des) 737. Réfractaires en Alsace Lorraine, 60.
- Réhabilitation des ouvriers, 219.
- Religions, ouvrage de M. Jillot, 319.
- ‘ » statistique de l’Angleterre, 320. Reliques fausses, 269.
- Répartition des bénéfices, 752.
- Représentation des ouvriers au parlement, 40. Retraites civiles, 87.
- Revenus du Trésor, 7.
- Révision de la Constitution, 166, 206, 237, 244, 357. Rivière intermittente, 158.
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-
-
-
- 7 —
- Roehdale. Voir au mot histoire. 349. Rome, sa prospérité, 299.
- Routes. Complètement de leur réseau, 88. Russie, les abus, 119.
- » Etudes sur ce pays, 151, 233, 329.
- Sàhcrit. Qu’il se parle encore, 141. Sarcophages égyptiens (découverte de 36) 560. Science libre, 704.
- Scrutin secret, son abolition, 132.
- » de liste, 149.
- Séduction, 120, 153.
- Séminaristes, leur service militaire, 116. Serment (du) 525.
- Singes à Gibraltar, 67.
- Situation politique, en général, 1.
- Situation économ.
- »
- »
- »
- Socialisme.
- Socialisme en Russie, 118.
- en Afrique australe, 22, 88, 182,214. en Algérie, 342, 359. en Allemagne, 7, 45, 57, 71, 79, 103, 118, 132, 149, 167, 181, 213, 245, 278, 295, 311, 327, 340, 358. en Alsace-Lorraine, 213, 295, 340. en Amérique du Sud, 72, 169, 181, 200, 247.
- en Angleterre, 39, 57, 87, 102, 117, 132, 149, 168, 198, 212, 229, 246, 262, 279, 295, 311, 327, 340, 359. en Asie centrale, 40, 88, 264. en Australie, 200.
- » Autriche-Hongrie, 71, 168, 199, 263, 311, 327, 3*1, 359.
- » Belgique, 39, 57, 133, 168, 181, 246, 311.
- à Buenos-Ayres, 214. en Bulgarie, 328, 359. à Cuba, 7.
- eu Dinemarck, 168. en Egypte, 282.
- en Espagne, 21,103,181,198,230,263. aux Etats-Unis, 57, 149, 169, 181, 214, 327. en France, 1.
- » 814.
- en Grèce, 87, 102, 149, 168, 199, 230, 246 262 279
- en Hollande, 7*2, 103, 168, 214, 311. en Irlande, 21, 39, 56, 87, 102, 117, 118. 132, 149, 168, 181, 213, 230, 279 327.
- en Italie. 103. 118, 149, 246, 262,1279, 295,311,326, 327, 341, 358. au Luxembourg, 102. au Maroc, 280. au Pérou, 280. en Portugal, 230. en Roumanie, 246, 279,296. en Russie, 71, 118, 149, 181, 198, 201, 2?0, 246, 263, 278, 297, 311, 328. en Suisse, 118,213, 229, 263,278,296, 341, 358. à Tripoli, 57.
- en Turquie, 87, 102, 105, 149, 168, 199, 230, 280, 297, 342, 359. à Tunis, 8*, 199, 229, 262, 277, 297, 312 324, 342, 359. en Espagne, 11. en Allemagne, 63, 71, 167, 234.
- en Suisse, 21.
- Celui de MM. deMun et Hervé, 187. » » M. Chambord, 212.
- » des Orléanistes, 325. les progrès du, 607. de l’aveuir, 651. d'Etat allemand, 749.
- Sociétés. Celle des travailleurs, amis de la paix» 12.
- » de prévoyance des employés de l'Etat, 120.
- » ouvrières, leur rôle, 125.
- » coopératives en Allemagne, 155.
- » » de Roubaix, 190.
- » » des cochers, 331.
- » pour l’amélioration du sort des femmes, 346. » de secours mutuels, 703.
- Sottises matérialistes, 48.
- Source de gaz, 348.
- Sourds-muets, leur emploi, 331.
- Souscription nationale pour l'érection d’une statue à Camille Desmoulins, 465, 498, 524, 550.
- Souvenir, 128.
- Stanley, nouvelles de cet explorateur, 76.
- Statistique. Celle de l’instruction en Angleterre, 30.
- » » des journaux, 42.
- Statue à Camille Desmoulins, 129, 465, 498, 524.
- » à Carnot, 137.
- » à George Sand, 203.
- » à Edgard Quinet, 203.
- Subventions annuelles aux Opéras, 190.
- Suppressions désirables (celle des Octrois), 212.
- Sur les bords de l’Orge (nouvelle), 462.
- Syndicats professionnels, 57, 73, 117, 180, 185, 191, 202, 342, 402.
- rjr
- Tabac, mesures contre son abus, 25.
- » concours » » » 255.
- » sa consommation, 174.
- Table de Frédéric-le-Grand, 608.
- Tableau de la vie réelle, 121.
- Tarif des douanes (voir protection).
- Télégraphe, son introduction en Chine, 43, 185.
- » optique, 269.
- Tendance au groupement, 321.
- Terre aux Etats-Unis, 142.
- Thiers, son manque de sérieux, 154.
- Trait charmant, 619.
- Traités de commerce, 326.
- Travail, son association avec le capital, 67.
- » réglementation de la journée, 109.
- » travaux des Chambres, 6, 20, 38, 54, 68, 83, 101. Travailleurs ruraux, améiiralion de leur sort, 154.
- > amis de la paix, 413.
- Travaux publics eu Russie, 123.
- » des Chambres françaises, 228, 243.
- » Son introduction dans les écoles, 294,
- » Celui des enfants, 311.
- Tremblement de terre à Chio, 269.
- Trésor de l’empire d’Allemagne, 751.
- Tunnel, celui sous la Manche, 236, 298, ^
- Tyrannicide, 218.
- tJ
- Université Hopkins, à Baltimore, 64.
- Utilité de deux Chambres, 750.
- Vélocipède, 800. " ;)
- » électrique, 377.
- Vente d’armes des arsenaux, 148.
- Ventilation du tunnel du Mont-Genis, 688.
- Victime de son dévouement, 120.
- Volcan artificiel, 619.
- Voyage autour du Familistère, 453, 483, 504, 8!6, 381, 570, 590, 606, 612, 629, 644, 666, 684, 699, 713, 724,789, 771, 787, 805, 819.
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- Wallace socialiste, 77.
- Z
- Zèle déplacé, 137.
- Zuiderzée, son dessèchement, 298.
- Saint-Quentta — lmp. de la Société anonyme du Giaaewr
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